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CONFÉRENCE DE PRESSE POUR MYLENE

Posté par francesca7 le 9 octobre 2014

 

16 DÉCEMBRE 2004

2004-01-aSi Mylène Farmer a déjà fait des rencontres avec la presse, c’est la première fois qu’elle se prête au jeu de la conférence de presse organisée de façon solennelle. Cette première dans sa carrière prend place au Salon France Amériques, non loin des Champs Elysées, à Paris. La chanteuse, alors totalement absente des médias depuis plus de deux ans, vient y annoncer officiellement son retour sur scène et son prochain album.

Une petite cinquantaine de journalistes est présente. Ils représentent l’ensemble des médias (presse, radio, tv) français, belges et suisses.

Dans le grand salon où se tient la rencontre, éclairé d’une multitude de bougies, prend place une imposante table rectangulaire noire très design avec deux pieds triangulaires posée sur une petite estrade et en fond, un immense triptyque au même motif que celui qui illustrera l’enveloppe promotionnelle du single « Fuck Them All » quelques mois plus tard.

Avec un quart d’heure de retard sur l’horaire annoncé (18h30), Thierry Suc, manager et producteur des spectacles de Mylène Farmer, pénètre dans la pièce et prend la parole face aux journalistes.

Thierry Suc : (…) Le 8 mars 2000, il y a bientôt cinq ans, Mylène Farmer donnait le dernier concert de sa tournée « Mylenium Tour », à Saint-Pétersbourg, en Russie, devant quinze mille spectateurs, et cette tournée, qui a fait à peu près quarante-trois villes, a réuni environ quatre cent mille personnes. Depuis, il n’y a pas eu d’autres concerts. Et je suis là pour vous annoncer qu’elle reviendra sur scène le vendredi 13 janvier 2006 pour treize concerts à Bercy uniquement. Les spectacles précédents, Mylène a toujours souhaité présenter le même spectacle à Paris et en province par respect pour son public, bien évidemment. Là, nous allons concevoir un spectacle qui sera intransportable : l’infrastructure technique ne permettra pas d’aller en province donc ce sera un spectacle unique -j’espère dans tous les sens du terme- et intransportable, comme je vous l’ai déjà dit. On a travaillé depuis quelques temps sur l’organisation de packages de facilités , on va dire, pour les gens de province qui vont venir-je crois qu’il y a pas mal de personnes de province qui sont là.

Donc de toutes les grandes villes de province, il y aura une possibilité d’avoir des tarifs préférentiels avec Air France, on a réservé pas mal de chambres d’hôtel avec des tarifs aussi négociés, et les vendredis et samedis, il y aura une possibilité accrue de disponibilité de places pour les gens de province, de Belgique et de Suisse. Il y aura également des bus qui vont être organisés par les autocaristes pour toutes les villes qui ne sont pas trop loin de Paris qui permettront aux gens de venir et de pouvoir rentrer après sans rester dormir à l’hôtel. Qu’est-ce que je peux vous dire d’autre ? Voilà… Pour vous présenter le schéma de cette production : vendredi 13 janvier 2006, treize concerts. Et je pense que maintenant, on va accueillir Mylène Farmer et Laurent Boutonnat pour parler avec de ce spectacle.

Une porte s’ouvre sur la droite de la scène. Le duo fait son entrée dans un silence étonnant. Pas un bruit, pas un applaudissement. Mylène s’installe au centre, son manager est à sa droite et Laurent à sa gauche. La chanteuse porte des cuissardes noires laissant dépasser des bas blancs, une minijupe blanche, une veste écrue avec des fleurs bleues brodées et un bustier blanc. Elle arbore son éternel chignon roux. Sourire aux lèvres, Mylène est radieuse, mais visiblement intimidée. Laurent, lui, mâchouille un chewing-gum. C’est la première fois qu’il fait face aux journalistes depuis dix ans ! Habillé en noir des pieds à la tête, il a toujours les cheveux en bataille.

Tout le monde est installé ; la première question arrive timidement. Suivant la tradition, les journalistes se lèvent, prennent le micro qui circule à travers la salle et se présentent avant de poser leur question (quelques journalistes cependant omettent de se présenter !)

Yves (« La dernière heure », quotidien belge) : On a déjà annoncé que c’était votre concert d’adieu…

Mylène Farmer : Vous m’annoncez quelque chose que j’ignore. Ce n’est pas mon concert d’adieu. Non, non, je souhaite faire ce métier le plus longtemps possible !

Michel Troadec (« Ouest France ») : Juste une question facile : c’est la symbolique des treize concerts un vendredi 13. Comment est venue l’idée ?

MF : Ecoutez, c’est vraiment un pur hasard. J’avoue qu’on s’amuse de cette idée en tout cas ! (rires) C’est un pur hasard.

TS : Vous savez – juste pour la petite histoire – c’est un vrai hasard parce que Bercy est peu disponible en fait pour les spectacles -c’est une salle de sport avant tou t- et lorsqu’on a téléphoné pour dire qu’on préparait ce spectacle, il y avait une possibilité à partir du vendredi 13 janvier, et il y avait treize soirées de disponibles. Et je peux vous dire que si vous additionnez vendredi 13 janvier, si vous faites 13 janvier 2006 (13 + 01 + 2006, nda), ça fait treize !

MT : Pour continuer, si c’est un spectacle intransportable, ça veut dire que vous avez prévu des choses un peu particulières, en tout cas des choses assez énormes. Est-ce qu’on peut en savoir déjà ?

MF : Vous savez, ça fait pour l’instant à peu près six mois qu’on travaille sur le spectacle, avec quelques idées. Vous dire que ce sera magique, je l’espère ; que ce sera émouvant, je le souhaite. Ma foi, après, il faut continuer pour nous de travailler tous les trois ! (rires) Si monsieur Boutonnat veut ajouter quelque chose…

Laurent Boutonnat : Par rapport au fait que ce soit intransportable, l’idée en fait, c’est d’utiliser toute la salle de Bercy, qui est une salle assez incroyable, de pouvoir l’utiliser complètement. C’est-à-dire de se dire que, tout d’un coup, on n’a pas besoin de restreindre la scène, etc. On peut tout faire ! Avoir plusieurs scènes, maquiller toute la salle, mettre du son partout, mettre des caissons de basse sous tous les gradins. Par exemple, au niveau du son, essayer de mettre du son de façon à ce que tous les gens, où qu’ils soient dans la salle, aient la même direction sonore, c’est-à-dire qu’il n’y ait pas de direction sonore face à une scène.

Donc on essaie plein de choses, on va essayer plein de choses pour ça. Voilà. Plus des tas d’éléments qui font que ce spectacle ne peut pas être transporté.

Daniel Beaucourt (« Télépoche ») : Je voulais vous demander : la stratégie du silence, enfin ce qu’on a qualifié de stratégie du silence, vous a plutôt réussi ces dernières années. Pourquoi vous la brisez aujourd’hui puisque la conférence de presse, c’est pas un exercice auquel vous êtes rompue, je crois, en tout cas pas en France…

MF : Non. Et je suis très intimidée ! (sourire)

DB : Pourquoi vous avez décidé de vous adresser aux médias, cette fois-ci ?

MF : Ecoutez, je l’ai fait vraiment pour une raison : c’est pour répondre à une demande de Thierry Suc qui est mon ami, mon manager et producteur de spectacles, parce que je pense que parfois il faut savoir être quelqu’un d’autre que soi-même. Ma nature profonde est le silence et, peut-être, le mystère. Je ne cultive pas le mystère, contrairement à tout ce qu’on peut dire sur moi. C’est ma nature profonde. J’ai beaucoup de mal à parler de moi-même, j’ai beaucoup de mal à me justifier. Maintenant, je pense qu’il était là important de répondre à cette demande.

Sonia (NRJ) : Est-ce que vous pouvez nous parler du contenu du spectacle ? Nouvel album, pas nouvel album ? Nouvelles chansons sur scène ?

MF : Oui, j’ai un nouvel album qui sortira, je pense, mi-mars. Nous sommes en quasi finalité de cet album, en mixage donc. Vous dire qu’il existera sur scène, certainement, dans sa majorité, et puis bien sûr d’autres chansons d’autres albums. Quant au contenu de la scène, là, j’avoue que je ne peux pas répondre précisément parce que c’est en cours d’élaboration ! (rires)

S : L’atmosphère des chansons, peut-être ?

MF : Ecoutez, l’atmosphère…En terme de production, peut-être qu’il y a un petit changement. Moi, je reste la même donc la même atmosphère…

LB : Vous savez, c’est difficile de répondre précisément sur des choses qu’on fait soi-même, d’avoir du recul dessus, sur ‘Est-ce qu’il y a des choses qui changent ?’, ‘Est-ce que c’est différent ?’. C’est toujours très difficile, ça…

Franck Besnier (« Egéries ») : Je voulais savoir s’il était envisageable d’aller au-delà de ces treize dates que vous avez d’ores et déjà prévues, ou est-ce que c’est treize dates quoiqu’il en soit ?

MF : Là, je pense que c’est plus Thierry Suc qui pourra vous répondre, mais je crois…

TS : (la coupant) Pour l’instant, c’est vraiment treize dates parce que les disponibilités de Bercy ne permettent pas de faire autrement, donc les choses peuvent évoluer encore avec le temps, mais aujourd’hui c’est treize concerts.

X : C’est un énorme travail pour treize représentations. Je voulais vous demander si ce travail de production est un travail que vous adorez, que vous attendez avec impatience, dans lequel vous prenez votre pied…

MF : Mon pied ? Probablement ! (rires) Vous savez, la production d’un spectacle… Le travail… J’aime le travail, j’aime travailler. Ça donne un sens à ma vie. Et la seule chose qui me guide, c’est l’envie d’être sur scène et partager la scène avec le public, donc quel que soit le travail, peu m’importe. Mais c’est beaucoup de travail, en effet !

X : Justement, pour seulement treize fois sur scène !

MF : C’est vrai. C’est aussi une frustration, croyez-moi ! Mais c’est mon choix, donc j’assume ce choix-là. Et puis je sais que je remonterai sur scène dans le futur donc je sais que je retrouverai et la province, et… voilà.

Antoine Menuisier (« Le matin », quotidien suisse) : Est-ce qu’il y aura un DVD du spectacle ?

MF : Oui, bien sûr. Comme pour tous mes spectaclesAM : Et ensuite, à votre avis, la province ce sera pour quand, la province ?

MF : La province ? Mais la province ne peut pas être visitée justement pour toutes ces raisons, parce que nous ne pourrons pas transporter ce spectacle en province. Mais sachez quand même que sur les trois scènes précédentes que j’ai faites, nous avons, et c’était vraiment très important pour aussi le respect du public, et avant tout pour le respect du public, que de transporter le même spectacle à Paris et en province.

Or là, c’est vrai que c’est une décision : parce qu’il n’est pas transportable, je ne peux pas voyager.

LB : Donc l’idée, c’est que les gens viennent la voir.

MF : Voilà. Très humblement, je vais demander aux gens de venir à moi !

TS : D’habiter Bercy complètement, de pouvoir faire des choses dans Bercy qu’on ne peut pas faire lorsqu’on s’installe quatre soirs, cinq soirs ou six soirs.

Virgine Carton (« La voix du Nord ») : Vous avez évoqué quelques éléments du spectacle. Est-ce qu’il y aura aussi des chorégraphies, est-ce que vous savez à peu près combien vous serez sur scène ?

2004-01-bMF : Il y aura des chorégraphies, il y aura des danseurs, il y aura bien sûr des musiciens (rires). Ma foi, combien serons-nous sur scène ? Je ne sais pas actuellement. Peut-être Thierry…

TS : Non, pour l’instant c’est vraiment la phase où les castings vont commencer, etc. C’est un tout petit peu tôt. On a commencé… Pour pouvoir mettre les spectacles en vente -ils vont être en vente à partir de demain matin- il y a un site également qui vient d’être créé qui sera opérationnel demain matin avec la possibilité pour tous les gens de province d’accéder donc à ces fameux packages dont je parlais, pour ceux qui voudront.

Pour pouvoir mettre en vente, on a dû donc avoir un dessin des scènes pour savoir un petit peu où on allait, pour savoir quel serait l’angle de vision à tel endroit ou à tel endroit puisqu’on n’a pas du tout envie d’avoir des gens qui se retrouveraient derrière la scène, contrairement parfois à d’autres spectacles. Donc, c’est la seule chose qu’on sait aujourd’hui, si on a avancé sur l’infrastructure, nous, pour pouvoir dire que les gens placés à tel endroit verront bien, ceux qui sont là, comme ils verront pas, on met pas ces places là en vente, etc.

X : Est-ce que ce sera quelque chose de jamais vu ?

TS : On l’espère !

MF : Ecoutez, ce serait un peu présomptueux de notre part, mais en tout cas le plus magique possible, oui.

LB : Ce qui est bien, c’est qu’on peut tout faire dans un cas comme ça. Alors, le but n’est pas de faire des choses jamais vues -parce qu’il y a des choses, on croit que personne les a jamais vues, et puis on s’aperçoit que…- mais en tout cas, que ce soit surprenant.

Séverine Servat (« Gala ») : Je me demande si c’est pas un peu restrictif de faire ça sur Paris, et quel va être le coût pour les gens qui vont venir vous voir de province ? Je sais que vous avez fan-club très actif, particulièrement fanatique d’ailleurs, mais…

MF : (la coupant) Aimant, peut-être pas fanatique. Je préfère le mot ‘aimant’. (rires)

 

SS : On peut considérer qu’il est très passionnel, votre public, quand même. Mais donc, il va se déplacer pour venir vous voir. Est-ce que ça lui coûte cher ?

MF : Monsieur Thierry Suc ?! (rires)

TS : Alors, les places… Bon je vais vous donner le prix des places. Ça va s’échelonner de cinquante-quatre euros, les moins chères, à cent trente-deux euros, les plus chères, au prix de vente publique. Il y aura des packages, comme je vous l’ai expliqué. Vous pourrez venir de Toulouse ou de Bordeaux, suivant bien évidemment… Chacun pourra choisir. Parce que je crois que ça va être aussi un rendez-vous, peut-être, pour certaines personnes, de dire ‘on vient passer un week-end à Paris’. Il y aura un spectacle, ils auront une nuit d’hôtel, deux nuits d’hôtel. On a des nuits d’hôtels en deux étoiles, trois étoiles…

 

TS : On a fait travailler des gens, des agences de voyage qui ont essayé de négocier dix mille chambres d’hôtel au meilleur tarif possible. On a pris tout ça en amont, on a eu une négociation avec Air France  qui a permis d’obtenir un prix de billet à peu près autour de cent euros d’où que ce soit que les gens viennent, aller-retour, quel que pays d’où ils viennent. Donc, je pense qu’aujourd’hui, bien sûr que c’est de l’argent et on en est très conscients, mais pour moins de trois cents euros, quelqu’un pourra venir voir le spectacle et passer un week-end à Paris, pour un concert le vendredi soir ou le samedi soir, par exemple. Je pense qu’on a essayé vraiment d’obtenir les meilleurs tarifs.

Ça se fait dans plein d’autres villes dans le monde où il y a des villes de spectacles qui attirent les gens qui viennent comme ça régulièrement. Quand il y a un rendezvous lié à un projet artistique, je pense que ça vaut la peine.

Aurélie (M6) : Je voulais savoir pourquoi avoir attendu cinq ans avant de remonter sur scène, et est ce que le public vous a manqué ?

MF : Le public me mange toujours. (elle se reprend aussitôt) C’est un lapsus ! (éclat de rire) Me manque toujours, oui. Pourquoi avoir attendu aussi longtemps ? Parce que j’ai eu besoin d’abord de faire un nouvel album, que j’attendais aussi que Laurent soit disponible. D’autre part, je veux ces moments rares. Je sais que je suis peu montée sur scène -j’ai trois spectacles à mon actif- pour cette raison, parce que j’ai besoin d’avoir probablement une émotion intacte, que j’ai besoin de ces moments de silence pour pouvoir revenir et, j’espère, donner le maximum, et recevoir aussi.

Eric Jean-Jean (RTL) : Deux questions sur l’album. On sait qu’il arrive en mars : qu’est-ce qu’on peut dire dessus ? Comment il va s’appeler ? Et puis qu’est-ce que Mylène, vous, auteur, vous avez envie de raconter dans ce nouvel album ?

MF : Je vais répondre surtout à la première question. L’album s’intitulera « Avant que l’Ombre… » avec trois petits points derrière. Vous dire qu’il y aura de nombreuses chansons -je pense quatorze titres enregistrés.

Et, pour tenter de répondre à la deuxième question, c’est continuer très égoïstement de parler de moi, de mes ombres, de mes lumières, et puis voilà ! (rires)

EJJ : Vous en êtes où dans l’enregistrement, mixage, production ?

MF : Très, très avancé, là.

LB : Oui, l’album sera probablement terminé à la fin de l’année. Le 31, je crois ! (rires) (cette précision de Laurent Boutonnat est sans doute une ‘private joke’ car effectivement, contractuellement l’album « Avant que l’Ombre… » devait être achevé au 31.12.2004 au plus tard et que Laurent Boutonnat avait pris beaucoup de retard sur la réalisation, nda)

TS : Pas le 13 !

LB : Pas le 13 ! (rires de Mylène) Voilà. Ce sera pratiquement terminé à la fin de l’année.

TS : Et il y aura un premier single fin janvier. Fin janvier. (le premier single, « Fuck Them All », sera finalement mis en radio le 9 février 2005, nda)

X (Pink TV) : Je voulais savoir : pourquoi êtes-vous devenue une idole ou une icône pour la communauté gay qui fait partie de votre public ?

MF : Pourquoi… ? Pardon, je n’ai pas compris…

X : Pourquoi êtes-vous devenue une icône, quelque part, une star pour la communauté gay qui vous soutient, qui est très présente dans votre public ?

MF : Pour la communauté gay, c’est ce que vous avez dit ?

X : Oui.

MF : Pourquoi ? C’est probablement plus à eux de répondre pour moi ! (rires) Si ce n’est que la chose qui me vient à l’esprit, c’est peut-être ont-ils une sensibilité exacerbée, comme la mienne. Et puis, quoiqu’il arrive, ça me réjouit !

David Lelait (« Nous deux ») : J’aimerais vous poser une question. Vous présentez, depuis pas mal d’années déjà, des spectacles très impressionnants, vous êtes une show-woman, et j’aimerais savoir si vous n’avez pas envie, par moments, de présenter un spectacle plus intimiste, pourquoi pas l’Olympia, pourquoi pas une petite salle ? Quelque chose qui soit pas un grand spectacle, mais qui soit simplement un tour de chant. Est-ce que ça vous fait pas envie quelque part ?

MF : Ça peut être envisageable dans l’avenir, mais c’est vrai que j’ai encore envie de grandes salles, d’immensité. Mais pourquoi pas, c’est possible ! Je ne connais pas, en tout cas, cette expérience, mais ce dont je suis sûr, c’est que même si on fait un Bercy ou, j’imagine, un Stade de France pour ceux qui ont envie de le faire, on peut tout à fait créer une intimité dans une immensité. Donc ça ne manque pas, à priori, une petite salle. Peut-être pas au Stade de France, me dit Laurent ! (rires) Je ne sais pas.

LB : Non, mais Bercy est bien pour ça.

MF : Peut-être dans l’avenir. Pourquoi pas.

Stéphane Lecarrié (Radio 6, radio de Calais) : Bon nombre de vos clips sont de véritables productions cinématographiques. Est-ce qu’on peut s’attendre à un concert réalisé dans un univers cinématographique, avec des effets 5.1 – c’est à la mode en ce moment – enfin bref un  environnement cinéma…

MF : (à Laurent) A toi ! (rires)

LB : Le problème du 5.1, c’est que ça demande une direction : c’est-à-dire que si vous envisagez du 5.1, il faudrait que les gens soient face à une scène, avec une direction -(en faisant des gestes avec les mains pour mimer les gens face à la scène) un, deux, trois, quatre, cinq, etc. L’idée, effectivement, de jouer avec ça, mais sans avoir de direction, en ayant, ce que je vous disais tout à l’heure, la même direction, pour, où que soient les gens… Par contre, jouer avec le son, avec les basses, avec les effets, ponctuer peut-être entre des moments ou des chansons avec des effets de lumières et de son, oui, bien sûr. C’est vachement bien, ça !

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TS : Ce qu’on peut dire, c’est que le son va être travaillé avec un jeune ingénieur du son très talentueux, avec lequel on a déjà travaillé, qui s’appelle Stéphane Plisson.

Jean-Louis Gérard (MCM) : C’est aussi une question pour Laurent Boutonnat : quelle est la couleur musicale de l’album ? Qu’est-ce qui vous a inspiré ? Vous étiez revenu avec un single aux sonorités électro, « L’Âme-Stram-Gram »…

LB : (simultanément) Il y a longtemps, alors !

JLG : Qu’en est-il cette fois-ci ?

LB : Oh, c’est difficile ! Je crois qu’il y a beaucoup de… (silence) Oh, c’est très difficile pour moi de répondre !

Je sais qu’on aime beaucoup, Mylène et moi-même, les mélanges. C’est un album où il y a beaucoup de musiciens, un mélange de musiciens, de sons électroniques. Beaucoup d’acoustique, un peu d’électronique. Il y a beaucoup d’instruments acoustiques.

MF : Je vais t’interrompre, mais il y a sans doute, par rapport aux autres albums, beaucoup plus de guitares.

LB : Oui, beaucoup plus d’instruments…acoustiques ! (rires)

Jean-Christophe Federici (« Starclub ») : Je souhaiterais vous poser une question par rapport aux concerts : vous vous déplacez assez souvent en concert, est-ce qu’il y a un performer ou un concert récent qui vous a plus ou moins marqué ? Est-ce que vous avez une référence scénique personnelle qui vous tient à cœur ?

MF : La première, ou le premier groupe qui me vient à l’esprit, c’est U2 qui j’avoue, pour sa musique et pour la performance, la voix et l’âme surtout, m’impressionne énormément. (silence) C’est toujours quand on vous pose la question qu’on a un énorme trou ! (rires)

LB : Contrairement à ce que vous dites, Mylène ne va très, très souvent en concert…

JCF : Je crois que vous êtes allée voir Madonna. Qu’est-ce que vous en avez pensé et est-ce qu’elle vous a inspirée justement, peut-être pour ce spectacle ?

MF : Ecoutez, je trouve que c’est évidemment une personne de grand talent, une grande professionnelle. Si je puis formuler une toute petite critique, je trouve que ça manque un tout petit peu de sentiments, manque d’âme. Maintenant voilà, c’est pas à moi d’en juger. Puisque vous me posez la question donc je… Mais, néanmoins, c’est une personne, évidemment, de grand talent.

Daniel Beaucourt (« Télépoche ») : Contrairement à ce que disait ma collègue, ma consoeur (Séverine Servat de « Gala », nda), vous n’avez pas de fan-club, je crois, en France. Vous n’avez jamais voulu en avoir…

MF : Non, je ne l’ai jamais souhaité.

DB : Toutefois, il y a eu beaucoup de…enfin il y a eu des publications qui, je sais pas, ont vu le jour, peut-être avec votre assentiment ou non. En tout cas je pense que « L’Instant Mag » faisait partie de celles-là…

MF : (le coupant) Qui est de qualité, d’ailleurs.

DB : Que vous évoque justement la fin de ce magazine ? (le vingtième et dernier numéro d’ « Instant Mag » est effectivement paru à l’automne précédent pour faire place à une nouvelle publication, « Mylène Farmer & vous », qui a cessé de paraître en 2007, nda)

MF : La fin. Il y a une fin à tout donc je la prends avec…avec quoi ? Avec sérénité. (petit rire) Et je crois qu’ils ont l’intention de faire, de poursuivre un autre magazine, il me semble.

TS : Ils en démarrent un autre, oui.

MF : Ils en démarrent un autre.

TS : Mais rien n’est initié par Mylène ou par son entourage. Les fans qui décident de créer un fan-club peuvent le faire : on les a toujours laissés complètement libres de le faire. Et ceux qui décident d’arrêter quelque chose sont bien évidemment libres de le faire également. C’est leur choix de faire ou de ne pas faire.

DB : Enfin, je pensais que vous aviez quand même un certain droit de regard sur ces publications…

MF : Non, absolument pas !

TS : Rien du tout. Aucune ligne éditoriale n’est contrôlée, regardée. Ils font ce qu’ils veulent, ils disent ce qu’ils veulent.

Gilles Médioni (« L’Express ») : Je croyais que vous aviez des projets cinéma. Est-ce qu’ils sont mis entre parenthèses à cause de la tournée ?

MF : Ecoutez, moi-même j’ai été assez surprise de beaucoup d’annonces concernant le cinéma ! Pour l’instant, il ne s’agit pas pour moi de faire de cinéma. En revanche, j’aime le cinéma. J’espère un jour faire un autre film, et pourquoi  pas m’essayer à la production. En tout cas, c’est un métier qui me passionne et que je sais très, très, très difficile. Mais c’est un univers qui m’intéresse.

GM : Laurent Boutonnat, vous n’aviez pas un autre projet cinéma, aussi ?

LB : C’est plus qu’un projet ! C’est un film qui est en préparation aujourd’hui et qui se tournera en mars prochain.

GM : On peut savoir le sujet ?

LB : C’est une adaptation, une vraie adaptation d’un roman du XIXe siècle qui s’appelle « Jacquou le Croquant ». Voilà ! (le film sortira en janvier 2007 et rencontrera un certain succès, nda)

X : Pourquoi « Giorgino » n’est-il pas sorti en DVD ? Une question de droits ou une volonté de votre part ?

LB : Non, c’est que… Ça a été une histoire assez difficile à vivre, « Giorgino », vu que ce film n’a pas marché du tout. Et, à l’époque, comme j’étais très, enfin j’ai presque financé moi-même presque 80% de ce film, donc c’était…il a fallu rebondir. Et j’ai pu récupérer, en fait, les droits de ce film, les droits d’exploitation vidéo, etc.

Et, à ce moment-là, vous n’avez qu’une envie, c’est prendre les droits, les mettre dans un tiroir, le fermer et ne plus jamais en entendre parler ! Donc voilà, c’est ce qui s’est passé. C’est aussi simple que ça ! Et peut- être un jour, je le sortirai en DVD, oui. Peut-être après un autre film ou un truc comme ça. Voilà. (un double DVD sortira effectivement en décembre 2007 après une ultime projection sur lles Champs-Élysées, en présence de Laurent Boutonnat face à 200 fans vainqueurs d’un concours, nda)

L’attachée de presse prévient que c’est la dernière question…

Sophie Khairallah (« Too Much ») : Je voulais vous poser deux petites questions, en fait. La première était par rapport à l’album. J’avais entendu parler de collaborations, pour les compositions de musique, avec d’autres artistes…

MF : (immédiatement) Absolument pas, non. Jamais. Jamais envisagé. Donc non ! (petit rire)

SK : D’accord ! Et la deuxième, c’était tout simplement : qu’est-ce que vous pensez de la biographie qui est sortie sur vous de Bernard Violet ? (quelques semaines auparavant, l’auteur polémique a sorti une biographie controversée sur Mylène Farmer dont les médias se sont fait largement l’écho, souvent ironiquement, nda)

MF : Bernard qui ?! (rires) C’était facile ! (rires)

LB : Mais tu l’as lue, non ? (sourire embarrassé de Mylène, rires dans la salle suite à sa répartie)

L’attachée de presse clôt la conférence. Les journalistes applaudissent.

MF : Je vous remercie d’être venus, en tout cas. Merci beaucoup.

Le trio se retire.

 

Publié dans Mylène 2003 - 2004, Mylène dans la PRESSE | Pas de Commentaires »

Mylène Farmer à SACRÉE SOIRÉE

Posté par francesca7 le 5 octobre 2014

 

17 AVRIL 1991 – Présenté par Jean-Pierre FOUCAULT -  TF1

1991-03-bPremière prestation télévisée pour Mylène Farmer depuis un an et demi, c’était d’ailleurs à Sacrée Soirée, en novembre 1989. Pour sa première interprétation de « Désenchantée », qui est déjà un tube, à la télévision, Mylène porte un costume entièrement blanc, veste et pantalon, jusqu’aux chaussures plates. Elle est accompagnée de danseuses qui l’accompagnent sur sa chorégraphie.

Avant la chanson, Jean-Pierre Foucault lance un petit montage vidéo reprenant des images de « En Concert ». Puis, une fois la chanson terminée, il s’approche de Mylène.

Jean-Pierre Foucault : Bonsoir Mylène. Quelle ambiance ! Hé bien oui, parce que quand on fait défaut comme ça pendant plusieurs mois…Y’a combien de temps qu’on s’était pas vus à la télévision, Mylène ?

MF : Je crois que ça fait presque deux ans.

JPF : Deux ans, pour bon nombre de personnes qui sont là et qui sont devant le récepteur, ça fait beaucoup.

Alors nouvel album, Mylène…

MF : Oui. Je crois que c’est le troisième également ! (sourire)

JPF : C’est toujours la même équipe…

MF : C’est la même équipe. Je travaille toujours avec Laurent Boutonnat, et depuis peu avec Thierry Suc.

JPF : Alors on a vu des images exceptionnelles de Bercy. On pense déjà à un retour sur scène ou alors c’est une question qui n’est pas d’actualité du tout ?

MF : C’est quelque chose que je délaisse un peu pour l’instant. (soupir) J’ai eu l’envie de faire cet album, maintenant je crois que tout démarre d’un désir, donc pour l’instant j’ai eu quelque chose de tellement fort que je crois que je vais attendre un petit peu. C’est un peu confus tout ça ! (sourire)

JPF : On va encore attendre ! Mylène, c’est une spécialité, nous fait attendre ! Non mais c’est bien, c’est une bonne chose parce qu’on attend avec grand plaisir les choses que l’on aime et les gens que l’on aime. Alors moi j’ai vu le clip. Superbe clip. On a vu les images dans Télé 7 jours. La question qu’on est amenés à se poser les uns les autres, c’est pourquoi pas du cinéma ? Là aussi, c’est une sensation forte !

MF : C’est quelque chose aussi que je souhaite faire. J’ai quelques propositions et j’attends les…ma réponse finalement ! (rire)

1991-03-aJPF : Bon, ben on verra bien ! Dernière question : qui fait la chorégraphie de chacune des chansons qui est toujours extrêmement réussie ?

MF : C’est moi qui la fais ! (sourire)

JPF : Mylène Farmer ! Merci beaucoup. Merci à vous. Mylène à Sacrée Soirée. A bientôt Mylène. Merci.

Mylène est chaleureusement applaudie par le public qui crie même son prénom.

Elle revient en toute fin d’émission sur le plateau pour le générique où tous les invités sont présents. Elle est longuement filmée et très mise en avant par le réalisateur, alors que son prénom fuse encore depuis le public.

 

un forum : http://devantsoi.forumgratuit.org/

Publié dans Mylène 1991 - 1992, Mylène en INTERVIEW | Pas de Commentaires »

DVD « ARTHUR ET LES MINIMOYS »

Posté par francesca7 le 27 septembre 2014

 

2007-01Doublage : Après une première édition DVD en juillet 2007, une version collector sort pour les fêtes de fin d’année avec un disque de bonus, au nombre desquels on retrouve un module sur le doublage des voix des personnages animés. C’est tout naturellement que quelques minutes sont consacrées au doublage de la princesse Sélénia par Mylène Farmer.

Un extrait de ce module avait été présenté à la sortie du film en décembre 2006 sur le plateau de « Vivement Dimanche ». On découvre Mylène Farmer au côté de Luc Besson en session d’enregistrement (en réalité une mise en scène) et en parallèle de ces images, Mylène répond aux questions d’un interlocuteur invisible.

Mylène Farmer : Luc Besson, j’avais déjà travaillé avec lui sur un clip et c’est une expérience qui s’était très bien passée.

Sur la première journée, il y a tâtonnements : on cherche le timbre de voix, on cherche l’énergie. Je dirais même une demi-journée ! Et puis après, c’est avant tout un plaisir. C’est un plaisir. Luc dirige très, très bien et est très, très précis. C’est un plaisir et c’est beaucoup de travail. Huit heures par jour debout, c’est difficile et à la fois très plaisant !

Luc est quelqu’un qui est j’allais dire presque resté dans le monde de l’enfance. C’est quelqu’un de très enthousiaste dans le travail, qui vous communique son enthousiasme.

J’avais de toute façon très, très envie de faire une voix dans un film d’animation. C’était un rêve caché, et Luc m’a donné cette chance.

 

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Mylène Farmer est moins libertine

Posté par francesca7 le 23 septembre 2014

 

MADAME FIGARO du 1er NOVEMBRE 1991

Rencontre avec Danièle THOMPSON

A propos de son rapport aux autres :

- Les gens qui m’attirent sont ceux qui prennent des coups dans la gueule, ceux qui sont à la fois les plus brillants et les plus meurtris. Je n’ai aucune aigreur : le succès est venu si tôt. Mais aujourd’hui j’ai les moyens d’envoyer paître la vulgarité ! J’ai toujours considéré que j’avais tous les droits. Maintenant, j’ai les moyens de mes convictions. Ce ne sont pas des caprices de star. Je me suis tracé un chemin, il ne me fait pas peur.

Personne ne m’obligera à m’allonger sur une peau de panthère devant les caméras de télévision. Je ne l’acceptais pas quand j’avais besoin d’eux. ‘Pour qui elle se prend celle-là ?’ Je l’ai souvent entendu ! C’est encore plus facile de le refuser maintenant qu’ils ont besoin de moi.

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A propos de sa passion pour l’art :

- Je m’ouvre doucement, instinctivement à l’art moderne et contemporain. J’aime la peinture abstraite parce que j’y lis ce que je veux. On ne m’impose rien. C’est comme tomber amoureux de quelqu’un : on ne sait pas qui est vraiment l’autre mais on a soudain envie de le connaître, de percer son mystère tout en sachant qu’on n’y arrivera jamais complètement. J’ai une fascination pour les abstractions de Michaux et les toiles surréalistes de Marx Ernst. Je retrouve l’enfance, la magie du secret et de l’indéfini à travers leurs oeuvres. La peinture est un viol, on s’y ouvre ou pas. Lorsque le viol se transforme en amour, c’est magnifique. J’aime aussi passionnément la peinture d’Egon Schiele. J’aurais pu être son modèle. Lorsque je me regarde dans un miroir, j’ai l’impression d’être une de ses rousses écorchées. Il a tout compris, jusque dans la manière de signer ses toiles. Il y a sans cesse, en lui, un mélange de vie et de mort, comme s’il avait été conscient qu’il disparaîtrait à vingt-huit ans. La peinture synthétise la vraie folie, l’exaltation la plus intime. Curieusement, j’ai connu quelque chose qui se rapproche dans mon esprit de cette exaltation créatrice lorsqu’il y a deux ans je suis montée pour la première fois sur une scène. C’est la plus belle expérience de ma vie, la plus déstabilisante aussi. Mais les mots restent l’essentiel pour moi. Écrire mes chansons, c’est ma raison de vivre. Peut-être parce que, dans mes textes, je ne parle que de moi ! C’est de l’égocentrisme artistique…

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Mylène aime trop la chanson pour l’abandonner

Posté par francesca7 le 23 septembre 2014

 

12 OCTOBRE 1989 LE SOIR (Belgique)

A quoi sert Mylène Farmer ?

Entretien avec Thierry COLJON

« J’aime trop la chanson pour l’abandonner… Mais si j’arrête, ce sera net ! »

Pourquoi ne voulez-vous pas que vos propos soient enregistrés ?

1 - née le 12-09-1961- Ca me perturbe et m’angoisse. Je n’aime pas les interview s qui, pour moi, sont de la nature d’un viol. Mais ça dépend des périodes. J’aime préserver plein de choses.

Que pensez-vous du livre de Patrick M ilo ? (Tout juste sorti lors de cet entretien, l’ouvrage sera retiré de la vente les jours suivants par décision de justice, suite à une plainte de Mylène Farmer, nda)

- On ne m’a pas demandé mon autorisation, ni quoi que ce soit. Ca me dérange que des gens achètent ça, parce que la mise en page est nulle. Le contenu est plutôt sympathique à mon égard, il n’y a pas trop d’erreurs, sauf peut-être quand il prétend que je me complais dans un bain de sang. Je ne suis tout de même pas encore tout à fait folle !

Je n’en veux pas au journaliste qui a écrit ce livre mais plutôt à l’éditeur, Albin Michel, qui aurait pu tout de même me demander mon avis. Mais un autre livre va sortir avec ma caution même si l’auteur ne m’aura pas rencontrée (« Ainsi Soit-Elle » de Philippe Séguy sortira en effet un an plus tard, en revanche il sera le fruit de conversations entre l’auteur et Mylène, nda). Je n’aime pas parler de ma vie privée. Ma vie artistique est connue et c’est suffisant.

Si on s’intéresse tant à votre vie privée, peut-être est-ce parce qu’elle semble très impliquée dans vos textes…

- Oui, on peut l’imaginer. Mais il y aura toujours des points de suspension. Ca reste très scolaire, dans le fond. C’est vrai que j’aimerais aller plus loin…

La presse dite ‘sérieuse’ n’a jamais été très tendre avec vous, refusant d’avaliser de tels penchants…

- Je n’ai pas à m’en plaindre, ça fait partie du jeu. Quand je refuse de rencontrer Libé, ça me fait une pub énorme. Et en réponse, leur vengeance est tellement méchante que ça en devient risible ! (lors des représentations du spectacle au Palais des Sports, en mai 1989, le quotidien consacra une page entière à Mylène pour un article retraçant sa carrière de façon particulièrement méprisante et négative, nda)

Le plus dérangeant est finalement tout l’aspect marketing du produit Farmer…

- C’est vrai que par rapport à la moyenne qui fait le travail en dépit du bon sens, nous – c’est-à-dire trois personnes, Laurent, Bertrand et moi – ne laissons aucune faille. Ca dérange peut-être la profession. Je subis des agressions constantes de ce milieu parce qu’il n’admet pas la réussite.

Ce que j’ai vu dans les coulisses de la remise des Victoires de la Musique m’a dégoûtée. J’étais prête à partir. Si je suis restée, ce n’est que pour le public à qui je devais cette Victoire et sûrement pas au métier qui s’est senti obligé, sous la pression populaire, de me remettre cette distinction.

La scène, c’est une manière de mettre les points sur les i ?

- J’ai toujours refusé de chanter en direct à la télé, n’en déplaise à la Sacem, mais j’ai mes raisons. Je savais que si je montais sur scène, c’était pour faire ce que je voulais. C’est un lieu où l’on ne peut pas tricher. Il fallait que je mette ça au point. J’ai attendu d’avoir des albums pour le faire, l’affection d’un public. C’était aussi un contrat avec moi-même : me prouver qu’avec un mètre soixante-sept et une petite voix, j’étais capable de le faire !

Le plus étonnant dans votre rencontre avec Laurent, c’était que lui se destinait au cinéma et vous au théâtre ?

- Je n’attribue pas cela au hasard, mais à la destinée. Tout de même, j’avais pensé avant à la chanson. J’ai apprécié des chanteurs. C’est la découverte de l’écriture qui m’a fait aimé ce que je fais. Pour le premier album, c’était par inhibition, j’avais en moi des démons à combattre. J’étais frustrée, et à la fois, l’écriture était pour moi un viol intérieur. J’utilise souvent ce mot mais il explique beaucoup de choses…

Dans la chanson « A Quoi je Sers… », vous dites : ‘Je sers à rien du tout / (…) A présent, je peux me taire’. Comment faut-il interpréter cela ?

- C’est vrai que je termine un cycle de sept ans. Je crois en cela. Le clip a un parfum de fin de cycle. J’aime trop la chanson pour l’abandonner, mais faire ce métier autrement peut-être…Mais si j’arrête, ce sera net !

Et le cinéma ?

- C’est une obsession, mais ça me fait peur aussi. C’est autre chose, mais je veux que cela soit aussi fort.

Laurent a déjà écrit un long métrage. Y jouerez-vous un rôle ?

- Je crois, oui, mais je ne peux pas en parler…

Vous acceptez les termes de ‘Pygmalion’ ou de ‘mentor’ le concernant ?

- Pour lui, je crois que c’est mieux d’aller voir plus loin. Notre succès vient de la réunion et du conflit de deux personnes qui débouchent sur une osmose, une adéquation parfaite. Je suis très possessive, et lui aussi ! Il y a une force de deux personnes, deux créations, il y a un don. Si c’est pour ne rien recevoir, cela ne sert à rien…

Vous sentez-vous réellement différente de tout le monde ? Ne croyez-vous pas que les gens ont les mêmes obsessions et fantasmes que vous, raison pour laquelle ils aiment ce que vous faites ?

- Je ne me sens pas fondamentalement différente de tout le monde, mais d’exprimer ces pulsions dans des chansons fait que je suis un être à part parce que les sujets que je traite ne se retrouvent pas habituellement dans les hit-parades. Mais un analyste ne ferait qu’une bouchée de moi ! Je refuse aussi l’étiquette de Top 50 des angoisses et des névroses…

On en revient toujours au mot ‘fantasme’…

- Disons que c’est le plus tapageur…Je ne l’ai pas voulu dans ce sens-là. Quand on cloisonne les mots, on les rend plus violents. On pourrait parler d’autre chose que de la mort, je suis d’accord.

M ais chanter les tabous, n’est-ce pas les désacraliser ?

- C’est vrai qu’on sera très malheureux le jour où plus rien ne sera tabou, mais je crois que c’est universel et intemporel. Les tabous ne mourront jamais. Il y a des millions de mots pour exprimer tout cela. Mais il faut savoir aussi les délaisser, j’en suis consciente.

Ce qui paraît étrange dans ce que j’écris, c’est d’avoir rendu populaire ces tabous : il y avait une demande par rapport à ces sujets-là. J’ai été une sorte de porte-parole, mais aussi d’objet de ces tabous. Ca me fait un peupeur… Je ressens une très grande détresse chez ceux qui s’emparent de cela.

Vous pensez que vos textes peuvent soulager cette détresse ?

- Parfois, on a l’impression que tout cela n’est pas réellement important. Des fois, je me dis : ‘Qu’est-ce qu’on attend de moi ?’. Tous ces personnages que je chante sont proches de moi mais pas dans l’imaginaire. Je ne pourrais jamais camper quelqu’un d’autre que moi.

M ais vous cultivez cela aussi en élevant des singes ou, dans le passé, en jouant sur l’androgynie…

- C’est l’ignorance qui entraîne ces mythes. J’adore les singes, il faut s’en occuper autant que des enfants. Je ne le fais pas pour faire parler de moi. Et l’androgynie, il ne faut pas oublier, comme le reste, qu’il ne s’agit que de fractions de vie. Quand j’écris, c’est la nature des sentiments du moment. Je ne suis pas une grande calculatrice. J’ai besoin de vivre autre chose pour parler d’autre chose…

 

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Mylène et MON ZÉNITH À MOI

Posté par francesca7 le 13 septembre 2014

 

10 OCTOBRE 1987 Présenté par Michel DENISOT  CANAL +

Sur le générique de début, c’est la tradition l’invité de la semaine écrit le titre de l’émission sur une palette graphique. Ainsi voit-on à l’écran s’écrire « Mon zénith…à moi toute seule » de la main de Mylène, avant qu’elle ne signe.

On découvre ensuite le plateau : deux canapés qui se font face. Sur l’un Michel Denisot, sur l’autre Mylène Farmer, en veste blanche et pull gris, cheveux attachés en train de jouer avec un chimpanzé assis à ses côtés !

1

Michel Denisot : Bienvenue à toutes et à tous ! Après Jean-Jacques Beineix et ses fauves, c’est Mylène Farmer et sa chimpanzé qui font leur Zénith ce soir ! Mylène nous expliquera dans quelques instants pourquoi cette passion pour les chimpanzés. D’abord je voudrais rappeler que vous êtes installée dans le show -biz et dans le Top 50 depuis déjà trois ans, avec trois titres, trois succès, qu’on a une image peut-être encore un peu trouble de vous, en tout cas troublante ne serait-ce qu’à cause tous les clips que vous faits, une image assez troublante de Mylène Farmer. (…) Y a eu « Libertine », y a eu « Tristana » et puis vous aviez commencé avec une chanson qui s’appelle « Maman a tort » où vous étiez amoureuse d’une infirmière.

Mylène Farmer : (tout en jouant avec le chimpanzé) Absolument.

MD : Vous entretenez une espèce d’ambiguïté autour de vous ?

MF : Je ne sais pas si je l’entretiens. Je crois que ça fait partie de ma vie, cette ambiguïté, ce paradoxe.

MD : Alors, on commence par vos fantasmes. Votre fantasme c’est quoi ?

MF : C’est tout ce qui est paroissial. C’est vrai que c’est le prêtre !

MD : Le prêtre, c’est un fantasme qui va jusqu’au fantasme sexuel ?!

MF : Oui, ça pourrait aller jusqu’au fantasme sexuel. J’ai eu une éducation religieuse tout à fait normale mais je n’avais de cesse que de séduire le prêtre qui enseignait le catéchisme !

MD : C’est déjà arrivé ?

MF : Ce n’est jamais arrivé, je vous rassure tout de suite ! (rires)

MD : Ca peut arriver ! Ca arrive au cinéma puisqu’il y a une référence cinématographique qu’on va faire d’entrée…

MF : Absolument oui, on a pris « Les diables » de Ken Russel.

MD : « Les diables », où c’est l’histoire d’un prêtre qui a une vie sexuelle assez intense.

MF : Voilà. Ca se passe sous l’Inquisition et c’est un film merveilleux.

MD : Alors on voit un extrait des « Diables » et puis on est allés mener une enquête, on a demandé à deux prêtres, on leur a dit « Voilà, Mylène Farmer rêve de vous ! ». Alors d’abord l’extrait des « Diables » et puis la réaction au fantasme de Mylène Farmer. (rires de Mylène)

Un court extrait du film de Ken Russel « Les diables » est diffusé en VO. Aussitôt après, le père Jean-Louis Vincent et le père Alexis Baquet réagissent au fantasme de Mylène. Le premier élargit la question au rôle du prêtre dans la société moderne tandis que le second prend la chose avec humour et va même jusqu’à proposer un rendez-vous à Mylène ! Petite nuance cependant puisqu’il veut en profiter pour lui parler duChrist, précise-t-il !

MD : Le deuxième vous donne rendez-vous, mais quand même c’est pour vous ramener dans le droit chemin, si je puis dire !

MF : Dans le droit chemin, oui !

MD : Vous pensez quoi de ces réactions ?

MF : Moi je trouve ça plutôt séduisant ! C’est bien de se prêter à ce jeu-là, déjà, à cette interview . Maintenant, ça ne m’empêche de garder, de conserver ce fantasme !

MD : Et c’est un fantasme de petite fille que vous gardez ?

MF : Pas réellement de petite fille. Je crois que j’ai cultivé ça, et c’est vrai que c’est plus maintenant que ça ressurgit. Mais quand il dit (le premier prêtre, ndlr) qu’on est très éloigné de l’Eglise, au contraire : lors du confessionnal on est très, très approché, c’est très intimiste et c’est un moment qui est très proche pour les deux personnes.

MD : C’est très émouvant une confession ? Vous y allez pour le plaisir ?

MF : Moi je vous avoue que je ne me suis confessée qu’une seule fois, et là c’était quand j’étais petite et c’est vrai que j’ai eu un trouble.

MD : Vous n’avez pas envie d’y regoûter ?

MF : Non, pas dans l’immédiat, je vais attendre ! Je vais peut-être aller voir ce monsieur, alors ! (le second prêtre interviewé, ndlr)

MD : En plus, enfin j’y connais pas grand-chose, ils ont l’air bien !

MF : Absolument ! (rires) Mais moi j’aime bien le prêtre version avec l’habit de ville, comme dans « L’exorciste », avec cet habit comme ça, avec le col roulé !

MD : A plastron, costume de clergyman, quoi !

MF : Oui. Davantage, oui ! Parce que la robe, ça, non ça me gêne un petit peu !

MD : Bien ! Alors, l’histoire du singe : vous vivez avec un singe ?

MF : Oui, j’ai un petit singe. C’est un capucin, qui est beaucoup plus petit que celui-ci (elle désigne le chimpanzé à ses côtés) et que j’ai depuis deux ans.

MD : Pourquoi ?

MF : Parce que j’ai une fascination pour cet animal parce que c’est du mimétisme avec nous, c’est fascinant.

MD : Vous avez filmé le singe chez vous. Il est beaucoup plus petit que celui-là, hein ! (gros plan sur le chimpanzé en train de jouer sur le canapé)

MF : Oui, beaucoup plus petit.

MD : Vous lui faites faire tout ce que vous voulez ?

MF : Tout ce que je veux ? Tout ce qu’il veut bien faire !

MD : Oui ?

MF : Oui c’est différent !

Une séquence absolument adorable est alors diffusée. Filmée chez Mylène en cadre serré, on y voit successivement ET dormir repliée sur elle-même, puis boire à même un verre à pied en le tenant dans ses petites mains. ET feuillette ensuite, assise entre les jambes de Mylène, un magazine avant de saisir un stylo, le décapuchonner puis gribouiller sur les pages, encouragée par Mylène. Elle tente ensuite de reprendre le stylo à ET mais celle-ci pousse des cris stridents et Mylène se résigne à lui rendre ! A l’aide d’un petit chiffon, ET se met ensuite à frotter l’une des chaussures de Mylène, puis elle lui donne un téléphone, ce qui permet à ET de jouer avec bonheur avec les touches mais aussi d’être très intrigué quand il entend la tonalité lorsque Mylène lui met l’écouteur à côté de la tête ! Séquence suivante, ET vide une boite d’allumettes sur le sol, en saisit une et la frotte contre le boîtier. Ce qui devait arriver arrive : l’allumette s’embrase, pour la plus grande peur d’ET ! Après une pause câlin, ET joue avec un ours en peluche puis Mylène lui donne un petit biscuit. C’est alors la fin de ce petit reportage maison.

MD : Vous préférez la compagnie des singes à celle des hommes ?

MF : Non, ce serait idiot de dire ça. Mais c’est vrai que je me sens vraiment, j’allais dire, très proche d’eux, vraiment très, très bien avec eux. J’ai une communication qui est très facile avec eux. J’ai le souhait un jour d’élever beaucoup de singes.

MD : Et pourquoi ? Parce que c’est plus facile à manipuler qu’un être humain ?

MF : Non, je crois qu’il faut pas essayer de faire de comparaisons. Simplement parce que j’aime cet animal, que j’ai une fascination vraiment pour cet animal.

MD : Alors vous avez choisi pour la partie musicale –c’est une émission où y a beaucoup de femmes ! (rires de Mylène) Y a qu’un homme qu’on va voir sur un clip, c’est Peter Gabriel tout à l’heure sinon j’ai remarqué, c’est quasiment que des femmes !

MF : C’est contre ma volonté, alors ! J’avoue que j’ai pas du tout…

MD : Ben c’est vous qui avez tout choisi, c’est pas moi !

MF : Oui, absolument mais j’ai pas du tout pensé à ça !

MD : Faut pas que je cherche d’explications à ça !

MF : Non, réellement pas !

MD : Alors les premières à chanter ce sont les Mint Juleps, qu’on commence à bien connaître en France, qu’on a découvert sur Canal déjà l’année dernière dans « Zénith ». Ce sont quatre sœurs et deux copines en fait qui chantent quasiment sans orchestre, et ça c’est assez fascinant. Pour vous, c’est ça la vraie chanson ?

MF : Non, j’ai pas envie de qualifier ça. Moi j’ai découvert cette chanson au travers d’un film publicitaire et j’avoue qu’après je les ai découvertes elles et que je les trouve très, très bien, oui.

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Diffusion d’une séquence où sur le plateau de l’émission les Mint Juleps chantent « Every Kinda People ».

MD : (…) Vous avez commencé à chanter à quel âge ?

MF : Je vais répondre comme presque tout le monde : sous ma douche certainement très jeune ! Mais réellement, à 22 ans.

MD : Vous avez décidé d’être chanteuse à ce moment-là seulement ?

MF : C’est-à-dire que j’ai eu beaucoup de chance. J’ai rencontré une personne qui m’a proposé cette chanson qui était la première, « Maman a tort », et puis après ma foi, c’est beaucoup de travail et puis…

MD : Sinon vous étiez partie pour faire quoi ?

MF : J’avais très envie, je suivais, moi, des cours de théâtre, donc j’avais très envie de m’orienter vers le cinéma ou le théâtre et parallèlement je suivais beaucoup de cours d’équitation. Donc j’avais cette dualité, je savais pas : peut-être l’équitation, peut-être le théâtre ou le cinéma.

MD : C’est vrai que jusqu’à l’âge de 14 ans on vous prenait souvent pour un garçon ?

MF : Absolument, oui ! Moi j’ai cette réflexion qui est gravée dans ma mémoire, c’était un gardien de l’immeuble

et j’étais allée chercher le courrier et il me demandait comme je m’appelais et j’ai répondu « Mylène » et il m’a dit « C’est très joli Mylène pour un petit garçon » très sérieusement.

MD : D’où le titre peut-être de la prochaine chanson qui va sortir bientôt !

MF : Vous êtes bien renseigné ! (rires)

MD : Qui s’appelle… ?

MF : Ce sera « Sans contrefaçon ».

MD : « Sans contrefaçon, je suis un garçon » !

MF : « Je suis un garçon » (sourire)

Pause publicitaire.

MD : (…) On va commencer avec les images d’actualité que vous avez choisies. Ce sont des images, je préviens tout de suite tout le monde, qui sont très, très dures. Pourquoi ces images très dures ?

MF : Parce que j’aime la violence.

MD : Vous aimez la dénoncer ou vous aimez la regarder ?

MF : J’aime la regarder.

MD : Vraiment ?

MF : J’ai, je dirais pas un plaisir sadique, mais c’est presque ça. J’ai une complaisance dans la violence, dans les images de mort presque, oui.

MD : Alors, là ce sont des images extraites d’un document d’Amnesty International, je crois. Ce sont des exécutions : on va voir des corps coupés. C’est troublant, ce que vous nous dites ! (alors que sont diffusées des images où l’on voit des hommes sur une potence : on les cagoule, puis ils sont pendus) C’est un plaisir que vous avez à regarder ça ?

MF : (par-dessus des images où l’on voit un cadavre puis une tête coupée jetés dans une fosse commune) C’est-à-dire qu’il faut faire attention à dire des choses comme ça mais c’est vrai que je dis que ce sont, moi, des images qui m’attire. C’est des choses bouleversantes, oui. Là on a vu des pendus, par exemple, j’ai toujours pensé qu’un jour je mourrai pendue. Ca, depuis très longtemps la pendaison me fascine aussi.

MD : (alors qu’on voit à l’image la photo d’un homme exécutant un autre homme au revolver) Et là, celui-là c’est une exécution…

MF : Ca c’est une image, c’est dommage qu’elle soit statique parce que j’aurais bien aimé avoir le reportage parce que c’est l’appréhension de la mort, y a toute cette approche, y a cette personne qui va tirer…Enfin ça suscite plein de réflexions, c’est assez étonnant. J’aime bien voir ça.

MD : Mais vous êtes attirée par ça ? La mort vous attire, vous excite ?

MF : Je suis attirée…Je crois qu’il y a une forme d’excitation, certainement. Moi j’ai très, très peur de la maladie mais de la mort, beaucoup moins. Et pendant ce temps-là Cheeta est en train de me mordre très fort les doigts ! (en effet, le chimpanzé a la main de Mylène dans sa bouche. Celle-ci se retire d’un geste brusque en faisant une grimace de douleur)

MD : Ouh lala ! Bon, on va la garder encore quelques instants et puis on va la libérer à son tour parce que pour elle c’est pas marrant…

MF : Oui…

MD : Alors les photos personnelles que vous avez apporté : on va vous voir enfant. Votre enfance, vous l’avez passée où ?

MF : Je l’ai passée essentiellement à Montréal, au Canada. Et puis après, une vie…

MD : (alors qu’on voit à l’image la photo de Mylène bébé, étendue sur le ventre) Alors ça, voilà ! On vous voit enfin nue ! (rires de Mylène) (d’autres photos de Mylène bébé) C’était la première fois, parce qu’on vous a vue nue dans les clips, aussi, ensuite ! Vous aimez vous montrer ?

MF : Ben ça encore, c’est un paradoxe. J’aime me montrer… (apparaît à l’image une photo de vacances montrant Mylène et Laurent Boutonnat, suivi d’une image blanche)

MD : (il l’interrompt) (…) Une photo toute blanche, pourquoi ?

MF : Toute blanche parce que je voulais faire une trilogie, c’est-à-dire que c’était moi enfant, moi la rencontre de Laurent Boutonnat, qui est mon producteur et compositeur, et puis l’avenir…

MD : L’avenir est en blanc ?

MF : L’avenir est en blanc pour l’instant.

MD : Vous aimez vivre comme ça dans l’incertitude ? Vous n’aimez pas par exemple dire « Ma vie, ma voie est tracée, ma vie personnelle je sais comment ce sera » ?

MF : Oui, je crois que je préfère cette incertitude.

MD : Totalement ?

MF : Oui. Oui, oui.

MD : Vous avez envie de vous mettre en danger ?

MF : Je suis quelqu’un du danger. Je n’aime pas les choses faciles. J’aime les rencontres difficiles, les personnalités difficiles. C’est vrai que la facilité ne m’intéresse pas, ne m’attire pas du tout.

MD : Vous avez choisi Basia…

MF : Oui !

MD : Qui est un bon choix aussi !

MF : J’aime beaucoup cette femme.

MD : Une autre femme, et j’allais dire une étrangère : c’est vrai que vous avez pas fait de choix français ! Vous n’aimez pas la chanson française ?

MF : Pas du tout, c’est-à-dire que moi j’avais demandé deux, trois personnes et ces personnes-là maintenant y a beaucoup de décisions promotionnelles…

MD : Et ça collait pas ?

MF : …et ça collait pas.

MD : C’était qui ? On peut le dire !

MF : Oui, bien sûr ! Moi j’aime beaucoup, et je l’ai toujours dit, Jacques Dutronc. J’adore son univers.

MD : Un album qui sort bientôt !

MF : Voilà, et il a pas pu venir. J’ai demandé également Taxi Girl, qui sort un 45 tours. C’est quelqu’un que j’aime bien. Et la troisième personne, j’avoue que j’oublie !

MD : Et donc on va écouter Basia que vous aimez bien.

MF : Que j’aime beaucoup, oui. C’est quelqu’un qui a beaucoup de classe. Une femme qui est très belle et puis qui chante très, très bien.

MD : Vous aimez le style un petit peu jazzy ?

MF : Avec elle, oui !

MD : Votre nouvel album, puisque vous préparez un album, y a un simple (« Sans contrefaçon », ndlr) qui va sortir donc…

MF : Fin octobre, début novembre (1987, ndlr)

MD : Et l’album sortira en janvier.

MF : Et puis l’album, janvier. (l’album « Ainsi soit-je… » sortira finalement le 14 mars 1988, ndlr)

MD : Avec une autre couleur ? Vous aimez cassez les images ?

MF : Je pense que oui, c’est très bien pour un artiste. Et puis moi, j’ai besoin de ça.

MD : Alors on écoute Basia, qui est l’invitée de Mylène Farmer : « New day for you ».

Sur le plateau de l’émission, la chanteuse Basia interprète son titre.

MD : Alors, la mode c’est quelque chose qui vous touche mais je sais que là aussi, vous n’aimez pas la facilité, vous ne vous habillez pas systématiquement chez quelqu’un de la tête aux pieds. On vous identifie quasiment, même dans certaines émissions si vous commencez une chanson de dos, ce qui était le cas récemment, on vous reconnaît tout de suite, je sais pas à quoi ça tient ! Au début, je crois, vous vous habilliez un petit peu avec Kate Barry, c’est ça ?

MF : Absolument, oui.

MD : Qui est la fille de Jane Birkin, que vous aviez rencontrée et puis vous étiez habillée par elle et puis maintenant vous avez un autre…

MF : Je dois être très infidèle mais là j’ai rencontré donc Faycal Amor…

MD : Qui est un nouveau styliste marocain, qui est né à Tanger…

MF : Oui et qui est quelqu’un qui occulte un peu le star-system pour l’instant.

MD : C’est la première fois qu’on parle de lui peut-être dans une émission.

MF : Oui peut-être, oui ! J’aime beaucoup. Sa collection, c’est intitulé « Les enfants terribles » donc ce n’est pas pour me déplaire, et que dire d’autre ?

MD : Alors vous avez conçu, parce que vous avez beaucoup travaillé sur cette émission, vous avez conçu la mise en scène de la mode qu’on va voir maintenant de Faycal Amor.

MF : Oui.

MD : Et on vous retrouve en train de feuilleter un bouquin. Tournage qui a été fait sur ce plateau immense.

MF : Absolument, oui. On a repris les pneus des photos (rires)

MD : Et les modèles sont sur le livre et sur le plateau. Les voici.

Diffusion d’une séquence où l’on voit en effet Mylène assise sur une pile de pneus en train de feuilleter un livre de mode, puis présentation des modèles.

MF : Je sais pas si vous reconnaissez la musique, c’est « Pinocchio » ! (rires) (chanson « When you wish upon a star » du film de Walt Disney, ndlr) Je crois qu’on pourrait résumer sa collection par la sobriété raffinée, voilà !

MD : C’est tout ce que vous aimez aujourd’hui ?

MF : C’est tout ce que j’aime oui. J’aime la sobriété, j’aime le raffinement.

MD : Voilà les modèles de Faycal Amor, donc qui est un couturier qui démarre. Il est installé à Paris ?

MF : Oui ! Il a une autre marque qui s’appelle « Plein Sud » qui est peut-être plus connue des gens, probablement oui. Et puis donc « Faycal Amor » qui est une signature plus haute couture.

MD : Vous aimez, parce que pour l’instant on peut dire que c’est un couturier un petit peu marginal il  a  pas une grande notoriété et puis vous disiez qu’il fuyait un petit peu le star-system…

MF : Absolument, oui.

MD : …sauf aujourd’hui avec vous ! Mais vous aimez tout ça, vous aimez aller fouiner, découvrir des choses qui ne sont pas évidentes ?

MF : J’aime bien quelque fois aller vers les gens, oui, même si je suis plus fascinée comme vous disiez par les singes ! Quelquefois j’aime bien découvrir l’univers des gens !

MD : Et à Paris quand vous sortez, vous allez dans des lieux où tout le monde va ?

MF : Jamais ! Je sors très, très peu. Je suis plutôt casanière, j’aime bien me protéger et rester dans un milieu clos.

MD : C’est comment chez vous ? C’est noir ? C’est blanc ?

MF : J’ai une chambre qui est, c’est une révélation, une chambre qui est noire. On dirait presque un tombeau parce que c’est très bas de plafond, et tous les murs et le plafond sont noirs.

MD : Comme Dutronc et Françoise Hardy ! Chez eux tout est noir.

MF : C’est ça, oui !

MD : Et vous vivez bouclée chez vous ? Vous mettez le verrou ?

MF : Oui !

MD : Vous avez envie de vivre comme ça, j’allais dire quasiment dans une prison ?

MF : C’est-à-dire c’est pas une envie, c’est une défense parce que je me sens assez mal quand j’évolue dans la rue.

MD : Vous faites quand même du spectacle !

MF : Et pourtant je fais un métier public. Mais c’est le paradoxe. Je l’accepte !

Nouvelle pause publicitaire.

MD : Dans « Mon zénith à moi », vous le savez, on donne chaque semaine à l’invité une caméra et l’invité filme ce qu’il veut. Souvent les artistes se filment eux-mêmes, je ne sais pas pourquoi, et vous Mylène Farmer vous avez fait un autre choix : vous êtes allée à Garches, à l’hôpital où sont les enfants accidentés de la route, et…

MF : Pas essentiellement. Y a des maladies génétiques, y a de tout mais c’est vrai que ce sont essentiellement des enfants, par contre.

MD : Vous y êtes allé parce que je crois, quand vous aviez 10, 11 ans vous faisiez des visites comme ça.  

MF : C’est vrai. Tous les dimanches, moi pour essayer d’échapper à ce dimanche, parce que je hais les dimanches, j’allais fréquemment à l’hôpital de Garches pour rencontrer ces enfants parce que je me sentais bien.

MD : Alors on va retrouver dans ce film qui a été fait par Mylène Farmer une petite fille de 11 ans qui ressemble un peu à Mylène. C’était elle quand elle avait 11 ans, voilà ce qu’elle faisait le dimanche. C’est un très beau document.

Diffusion d’un petit film réalisé par Mylène. Il s’ouvre sur un plan de la façade de l’hôpital de Garches. On voit une petite fille rousse, les cheveux attachés avec un nœud similaire à celui de Mylène, gravir les marches et s’engouffrer à l’intérieur. Une infirmière accueille la petite fille puis celle-ci pénètre dans un couloir. Filmé ensuite en caméra subjective, on découvre une chambre, un lit. La petite fille saisit un verre de lait. Elle est ensuite face à une autre petite fille, malade celle-ci, en train de se livrer à des exercices de rééducation. La petite fille malade parle, raconte des anecdotes, des souvenirs, des rêves…Le verre de lait tombe et se brise sur le sol. La petite fille malade est soulevée par un infirmier. Elle salue la caméra. Elle est ensuite placée dans son fauteuil et échange un câlin avec une jeune femme rousse de dos, les cheveux retenus par un nœud noir. La petite fille du début est devenue adulte. Mylène.

MD : Qu’avez-vous ressenti en retournant comme ça, quelques années après ?

MF : C’est très émouvant. Je crois que je n’ai pas du tout trahi mon souvenir. J’ai eu le même plaisir de retrouver ces enfants, la même pudeur aussi parce que rentrer dans leurs univers, c’est assez difficile, il faut pas les brusquer. Et puis j’ai surtout rencontré une petite fille formidable, qui est la petite fille brune (dans le petit film, ndlr) qui est Eléonore et qui a une maladie qui a un nom paradoxalement aussi beau pour la maladie, qui s’appelle la maladie des os de verre et donc qui est extrêmement fragilisée : elle peut se fracturer quotidiennement les os.

MD : Pour la partie humour de cette émission, et là c’est pas facile d’enchaîner, vous avez choisi Zouc. C’est un thème de l’enfance, aussi, du prochain spectacle de Zouc.

MF : Ce n’est pas que l’humour, Zouc. C’est proche de tout ce que j’ai essayé moi de montrer au travers de ce début d’émission. C’est quelqu’un que j’aime vraiment beaucoup, oui.

Diffusion d’un extrait d’un sketch de Zouc. Au retour plateau, celle-ci a pris place aux côtés de Mylène.

4MD : (à Zouc) L’autre jour, je vous ai vue dans une émission où vous ne parliez pas au présentateur ! Vous aviez un problème de voix ?!

Zouc : Moi j’ai fait ça ?! (rires de Zouc et Mylène)

MD : On va pas y revenir ! Vous n’aimez pas trop les interview s ?

Zouc : Si ! Si, si… C’est des fois difficile, hein.

MF : Très difficile !

Zouc : (à Mylène) On est très sœurs, à un endroit…

MF : J’ai l’impression, oui. J’aime, j’adore l’univers de Zouc. Moi si j’avais une définition, c’est quelqu’un qui ale geste, la voix et surtout le silence. C’est pour moi un personnage de Bergman, et Dieu sait si j’aime le cinéma de Bergman. Voilà, je ne sais pas si c’est un compliment pour vous, mais…J’aime vraiment beaucoup cette femme.

MD : (à Zouc) (…) Est-ce que vous êtes proche de l’univers de Mylène Farmer ? Parce qu’on a découvert plein de choses, enfin je pense que peu de gens s’imaginaient tout ça !

Zouc : La fascination (…), cette attirance pour une chose qui fait peur et en même temps on peut pas s’empêcher…Moi j’ai fait la même chose à mon arrivée à Paris : je voyais toujours les ambulances (…) qui passaient comme ça, je trouvais terrible de voir une action mais de pas voir l’autre côté.

MD : Vous vouliez voir ce qu’il y avait dans l’ambulance ?!

Zouc : Oui et moi je suis allée au Samu et je les ai suivi pendant très longtemps et un jour, j’ai plus pu.

MF : Moi y a quelque chose, j’ai lu le livre de Zouc –que Cheeta m’a complètement déchiré (rires)- et qui est vraiment formidable, je l’ai lu en une heure de temps. J’ai pris en exergue une petite phrase qui relate de son enfance, et elle dit « Je ne voulais pas être un chou, je ne voulais pas être ici. Est-ce qu’il y a quelque chose pour moi ? », c’est à peu près ça. Et moi j’ai eu aussi ce sentiment durant mon enfance, c’est-à-dire je cherchais vainement un lieu où je pouvais me blottir.

MD : Un lieu ou une identité ?

MF : Plutôt un lieu, et peut-être l’identité qui vient après.

Zouc : Un endroit où on vous laisse tranquille ?

MF : Oui, c’est ça. Un cocon, quelque chose où on peut se recueillir.

MD : (…) Vous avez fait un autre choix qui concerne l’univers des enfants, c’est « Bambi ». Mais vous n’avez pas choisi un extrait gai, non plus !

MF : Non, c’est vrai. Là, ce qui m’étonnait, d’abord je pense et je trouve personnellement que c’est le plus beau film de Walt Disney, que c’est certainement le film que je verrai le plus de fois dans ma vie, que là c’est vrai c’est un extrait qui est très douloureux. Et ce qui était intéressant, c’est de voir que c’est très rare de montrer la mort de quelqu’un dans un dessin animé qui est adressé aux enfants, enfin plus spécialement aux enfants, et qu’en plus c’est la mort d’un parent. Ca c’est quelque chose qui est assez étonnant dans un dessin animé. Et donc là, c’est l’extrait de Bambi qui perd sa maman et qui retourne sous le bois, c’est la protection et c’est son père, toute l’image du père.

Diffusion d’un extrait de « Bambi », puis une dernière pause publicitaire.

MD : Dernière partie du « Zénith » de Mylène Farmer avec un dernier extrait de film, c’est un film qui s’appelle « Requiem pour un massacre » d’Elem Klimov, qui vient de sortir.

MF : Qui n’est pas une très jolie traduction. En russe, je crois, ça veut dire « Va et regarde » et je n’aime pas beaucoup la traduction française.

MD : Alors, en deux mots l’histoire du film donc, c’est pendant l’occupation nazie en URSS, y a un village où tout le monde a été massacré…

MF : Complètement décimé, oui.

MD : Y a un petit garçon qui revient dans le village…

MF : Qui est le héros, qui est un jeune paysan qui rencontre une jeune paysanne et qui va être projeté dans ce monde de guerre. C’est prodigieux, ce film. J’avoue que ça fait longtemps que je suis pas allée au cinéma. J’ai vu ce film, pour moi je le qualifierai presque de chef-d’œuvre.

MD : Y a encore beaucoup de cadavres !

MF : Par hasard, certainement ! à c’est autre chose, c’est certainement l’histoire mais c’est aussi la façon de filmer, c’est les lumières qui sont magnifiques. Et puis le cinéma russe, pour moi, c’est un des plus beaux cinémas, c’est un cinéma de symboles et j’aime le symbole.

Diffusion d’un extrait du film « Requiem pour un massacre » d’Ellem Klimov.

MD : (…) On va voir maintenant le clip que vous préférez aujourd’hui, qui est le clip de Peter Gabriel et de Kate Bush. C’est du haut de gamme, c’est sobre, exceptionnel.

MF : C’est les deux artistes que je préfère.

MD : C’est une chanson qui a marché dans le monde entier sauf en France !

MF : C’est vrai, paradoxalement. Pourquoi ? Je ne sais pas…

Diffusion du clip « Don’t give up » de Peter Gabriel & Kate Bush.

Au retour plateau, Michel Denisot est filmé en gros plan. L’image tremble un peu. On découvre alors qu’il est en réalité filmé par Mylène, qui a une caméra sur son épaule.

MF : Michel, vous me faites la « Maxi tête » ?! (jeu télévisé qu’animait Sophie Favier à l’époque sur Canal +, ndlr)

MD : « La maxi tête » ?! Pourquoi ?! Vous voulez renverser les rôles pour la fin de votre émission, prendre la caméra et me poser des questions comme je le fais de temps en temps, ce qui est très désagréable d’ailleurs !

MF : Je voudrais la « Maxi tête », vous savez le jingle qu’on fait sur Canal + !

MD : Quoi ? « Canal +, c’est plus » ?

MF : Voilà, oui mais attendez : vous vous calez bien dans votre fauteuil et vous chantez ! (il s’exécute !) C’est très bien ! Michel Denisot : oui, mais pourquoi ?! (rires)

MD : (il rentre dans son jeu) Y a pas longtemps ! (rires)

MF : Michel, est-ce que votre maman regarde toutes vos émissions ?

MD : Globalement, oui. De temps en temps, je lui dis que c’est pas la peine qu’elle regarde.

MF : Dites-moi le premier mot qui vous passe par la tête.

MD : Maintenant ?

MF : Oui…

MD : Tout va bien ! Ca va, finalement, c’est pas aussi désagréable que ça ! Ca dépend qui filme !

MF : Vous avez des fantasmes, ou un fantasme en particulier ?

MD : J’en ai un qui se rapproche un peu du vôtre, sauf que c’est pas les curés évidemment. J’ai été élevé dans l’enseignement libre comme vous et je dois dire que les bonnes sœurs me tapent dans l’œil, comme vous !

(rires) (…)

MF : Snoopy a dit : « Un ventre plein est un ventre heureux ». Est-ce que vous êtes d’accord avec lui ?

MD : Pas vraiment, non. (…)Le ventre plein, c’est pas tellement mon truc, non.

MF : Vous avez des velléités d’acteur, je crois.

MD : Non, y a eu une histoire comme ça, c’est quelqu’un qui voulait me faire tourner dans un film, ça na pas eu de suite.

MF : Vous n’auriez pas aimé remplacer Michel Blanc dans « Tenue de soirée » ?

MD : (il éclate de rire) Non, non !! C’était un numéro d’acteur très difficile.

MF : Michel, faites-moi rire.

MD : Qu’est-ce que je peux faire ? Il faut que ça soit macabre, il faut que je me coupe la tête, il faut que je m’arrache un bras, il faut que je fasse quelque chose d’épouvantable ! Qu’est-ce qui est plus épouvantable que les images que vous nous avez montrés ?! Je sais pas, je peux pas faire ! J’ai pas envie de me suicider devant vous pour vous faire plaisir ! C’est ça qui vous ferait plaisir ?

3MF : Peut-être ! Si je vous demandais de m’embrasser maintenant, vous le feriez ?

MD : C’est pas facile, équipée comme vous êtes ! Je veux bien essayer…

MF : (rires) Très bonne réponse !

Zouc : C’est des excuses, Mylène !

MD : Je biaise !

MF : Essayez quand même !

MD : C’est marrant à faire ? (tenir la caméra, ndlr)

MF : C’est formidable !

MD : Vous pouvez continuer, si vous voulez.

MF : C’était ma dernière question.

MD : Merci beaucoup. Merci Mylène d’avoir fait ce « Zénith ». (…) Vous avez consacré beaucoup de temps, vus avez beaucoup travaillé sur cette émission et le résultat a été je crois…Vous pouvez dire le mot de la fin, Zouc ? Comment a été cette émission ?

Zouc fait « smack » avec ses lèvres.

MF : Formidable ! Merci ! (elle lui caresse la joue)

Générique de fin.

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FINANCEMENT SUICIDAIRE, MORT D’UN AUTEUR

Posté par francesca7 le 6 septembre 2014

 

 

téléchargement Longtemps pensé, écrit, story-boardé, calibré, Giorgino ne peut être un échec. Le calcul de Boutonnat est simple : Mylène Farmer est un personnage populaire, aimé, et ce grâce aux chansons qu’il a écrites pour elle, aux clips qu’il a tournés pour elle. Conséquence logique d’autant de succès communs, le long-métrage recyclant leur schéma depuis si longtemps exploité est censé attirer le même grand public. Lorsque Laurent Boutonnat se décide en 1988 à lancer la conception du film, il sait déjà qu’il fera plus de trois heures et que on sujet pour le moins morbide aura trait à la seconde guerre mondiale. Non seulement le synopsis et la durée estimée refroidissent les investisseurs, mais le budget nécessaire à la réalisation d’un tel scénario (8 220 000 Euros) est bien trop gros pour qu’un producteur veuille se risquer à investir. Laurent Boutonnat hésitera longuement à réaliser dans un premier temps un film moins coûteux puis se ravisera en décidant de le financer lui-même. Il trouve en 1992 Polygram Films qui acceptera de s’associer à lui à auteur de 3 260 000 Euros d’apport au budget. Suite à cela, deux autres aides viendront s’ajouter comme celle du C.N.C et de canal plus. Le cinéaste reste quand même l’un des propriétaires de son film puisqu’il y a déjà investi  4 870 000 Euros par le biais de sa société Heathcliff S.A. C’est alors qu’obtenant tous les détails par rapport au tournage, il obtient l’agrément définitif du C.N.C. qui sonne le coup de départ de la préparation du tournage.

 

 Décidé à prendre en main toutes les commandes créatives de son film, Laurent Boutonnat consacre une année entière au montage , à la composition de la musique, au doublage et au mixage : « Ce fut un an de travail intensif, sans soirées ni week-end » . Se coupant ainsi de l’esprit de perspective qu’auraient pu lui apporter des collaborateurs lors du travail de post production, Laurent Boutonnat est en train de concevoir un film peut-être trop personnel pour pouvoir être partagé. La date de sortie est reportée une première fois, puis à cause d’un retard sur le doublage de la version française, la date pourtant annoncée sur les dossiers de presse au 24 août 1994 est elle aussi annulée. Le film sortira finalement sans réelle concertation le 5 octobre 1994 en face de trois blockbusters américains qui diminuent encore sa chance de visibilité auprès du grand public. Alors que la semaine précédente avait vu la sortie de Léon (Luc Besson-1994), Giorgino sort une semaine avant Pulp Fiction (Quentin Tarantino-1994) et surtout le même jour que Forest Gump (Robert Zemeckis-1994). En outre, les critiques dans la presse se révèlent assez mauvaises, dénonçant l’emploi de la chanteuse dans un des rôles principaux, et regrettant la longueur de plusieurs scènes.

 

 « Il faut au spectateur un certain courage pour affronter les trois heures que durent le film et connaître le dénouement de cette histoire amphigourique. Peut on encore parler de mise en scène lorsqu’une séquence entière raconte ce qu’un seul plan aurait suffit à dire ? A t-on dit à Boutonnat que tout dans ce faux luxe signale la présence du décor ? » 

« Ses clips étaient des films, assez magnifiques d’ailleurs. Juste retour des choses, son film est comme un immense clip de trois heures (pardon, 2h57) où Mylène Farmer aurait simplement oublié de chanter. […] Et non seulement personne ne chante, mais pas grand monde ne parle.»  

C’est finalement le Studio Magazine d’octobre 1994 qui résume ce que les autres critiques sous-entendent ou introduisent : la maîtrise abusive de Giorgino par Boutonnat.

« Giorgino ressemble à ces enfants fragilisés par des parents trop possessifs et qui, de ce fait, se retrouvent empêchés d’exprimer toutes leurs qualités. »

 

giorgino_pic_tournage01Giorgino reste en moyenne deux semaines à l’affiche en France, tandis que sa sortie en Suisse, en Belgique et en Italie est annulée. Au total le film aura fait soixante mille entrées France et sera, avec le film Les Patriotes (Eric Rochant-1994) le plus gros échec commercial de l’année de sa sortie. Loin de confirmer Laurent Boutonnat comme un auteur à part entière, Giorgino l’aura plus que jamais cantonné à un simple réalisateur de clips à large ambition cinématographique. Après deux longs-métrages sortis et quinze clips réalisés en seize ans de carrière, le réalisateur fait le constat de son échec en terme de construction d’un auteur. Certes il a d’abord réussi à construire une œuvre dans une forme qui ne permettait pas l’épanouissement artistique jusque là, mais il a échoué sur le chemin du grand écran dans lequel il avait placé beaucoup de ses espérances. Alors endetté à la manière d’un Jacques Tati au lendemain de Playtime (1967), Laurent Boutonnat reste « à demi mort » pendant quelques mois, et ferme en 1997 sa plus ancienne société de production : Toutankhamon S.A. Pour remonter financièrement la pente, il produira avant tout via Requiem Publishing et une nouvelle société Calliphora des disques à fort caractère commercial, comme Anamorphosée (Mylène Farmer, Polydor, 1995), ou Gourmandises pour Alizée (Polydor, 2000). Jusqu’en 2003, date de rédaction de ces pages, il ne sera retourné au long-métrage, préférant la composition de chansons de variété, la gestion de ses sociétés de production et d’édition de disque et de sa Société Civile Immobilière. Là où des cinéastes comme Tati qui ont tout perdu avec l’échec de leur film ont trouvé la force et des moyens de se relever pour retourner, Boutonnat comme à son tour désenchanté, a abandonné toute ambition cinématographique. On peut signaler ici que l’ensemble des clips tournés postérieurement à Giorgino s’éloigne de manière visible de tous ceux tournés de 1984 à 1994.

 

C’est vraiment un découragement profond que semble signer l’échec de Giorgino, résumant la carrière de Laurent Boutonnat comme la lente et vaine tentative de construction d’un auteur de cinéma. Lui qui n’aura réussi à trouver d’exposition suffisante que dans le clip a du admettre à ses dépends l’espèce d’emprisonnement pour le cinéaste que l’aspect promotionnel que cette forme représente, ainsi que son appartenance à l’industrie musicale plutôt qu’à celle du cinéma à laquelle elle aurait pourtant pu se rattacher. La conséquence de cet échec pour Laurent Boutonnat est un complet enfermement sur lui-même ainsi qu’une profonde rancune envers le public et la critique qui ont précipité son film en deux semaines dans l’oubli. A partir de novembre 1994, il refuse toute interview sans aucune exception, qu’elle ai pour objet son travail musical ou cinématographique. 

Depuis, Laurent Boutonnat a délégué toutes les décisions concernant son long-métrage à son collaborateur Paul Van Parys, qui travaille encore pour lui. Grâce à ses productions discographiques et ses compositions, il a racheté les parts financières de Polygram en 1996, ce qui fait de lui le seul détenteur de son film au monde. Il a ainsi le droit de regard définitif sur toutes les exploitations qui en seront faites. Toutes les diffusions sur le câble et sur les bouquets satellites ne se feront pas à cause de son véto. Seule la diffusion contractuelle du film sur Canal Plus en novembre 1995 et une projection en 1997 à Montpellier furent programmées. Cette dernière projection de Giorgino fut organisée par l’association Zik et Toiles, qui est parvenue à se procurer une copie du film qui tournait à la sortie sur la région parisienne. Le 29 septembre 2001 est organisée une projection au cinéma Max Linder à Paris, qui organise annuellement une projection de certains films de Laurent Boutonnat. Il refusera la projection de Giorgino qui devra être annulée et remplacée par ses films de concerts, qu’il laisse, eux, toujours projeter en salle.

 

EXTRAIT DU LIVRE DE Jodel Saint-Marc  « Le Clip en tant qu’œuvre Cinématographique / aux éditions Sorbonne Nouvelle en août 2003 

 

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L’ŒUVRE « CLIPESQUE » DE BOUTONNAT

Posté par francesca7 le 1 septembre 2014

 

 

images (2)En 2002, Laurent Boutonnat réalise le clip Pardonne-moi pour Mylène Farmer. Non seulement ici Laurent Boutonnat signe son détachement du film de genre dans lequel il s’était illustré des années durant, mais se dégage pour la première fois de ses modes narratifs et de sa symbolique. Boutonnat, depuis qu’il a repris la caméra pour la réalisation de clips en 2000, se fond de plus en plus dans l’intimisme qu’il semble ne plus quitter depuis les clips de Nathalie Cardone de 1997 et 1998. Tout ce qui faisait dans les années 80 et même 90 de chaque clip un oeuvre de divertissement à part entière disparaît ici : plus de figurants, ni de personnages, ni de dialogues, ni d’action. La question la plus évidente alors à se poser est de savoir ce que son cinéma a gagné à se défaire de tout cela ? On remarque justement que tout ce que Boutonnat supprime depuis Mon ange (1998) a trait à la narration, au fait de s’attacher à d’autres structure que celle de l’image. Fernand Léger disait que « l’erreur du cinéma, c’est le scénario ». La solution du problème se trouve peut-être bien ici : Laurent Boutonnat serait-il moins cinéaste qu’avant parce qu’il ne s’attache plus au narratif, dans le sens diégétique tu terme ? Ceci expliquerait pourtant l’absence de troisième long-métrage après les échecs de Ballade de la féconductrice et Giorgino. Pourquoi faire un long-métrage en s’encombrant de contraintes « facultatives » (dont l’histoire) alors que « seule l’image compte » ? On peut bien sûr tergiverser sur le bien fondé de cette démarche; mais si on peut critiquer volontiers Pardonne-moi sur le divertissement et l’ambition, on ne peut lui reprocher son manque d’images. Depuis le début de sa carrière, le vocabulaire de Laurent Boutonnat reste pourtant d’une implacable cohérence. Dans Pardonne moi il va même jusqu’à reproduire en grande partie les cadrages de Maman à tort (1984), comme si ce coup d’essai datant de février 1984 n’en n’avait pas été un et que tout avait été pensé,

réfléchi, approuvé et que tout était resté depuis inamovible dans son cinéma. La répétition des travellings avants sur le visage sont les mêmes, et cette silhouette à robe courte à demi dans l’obscurité qui avance face à la caméra est toujours la même. Bien sûr l’image, la photographie, elle, a évolué, Laurent Boutonnat n’arrêtera jamais d’apprendre, offrant d’année en année des images de plus en plus rares, mais de plus en plus travaillées.

 

téléchargement (2) Si jusqu’à présent les analyses symboliques étaient pertinentes dans le travail de Laurent Boutonnat, elles le sont beaucoup moins depuis 1997. On remarque que dans Pardonne moi elles ne mènent nulle part. Il serait en effet totalement vain de chercher les sous-traitances avec les paroles de la chanson, de trouver la fonction d’éléments graphiques comme l’homme à cheval, le serpent, ou la poussière. Pour la première fois un clip de Boutonnat n’est pas narratif, on pourrait bien sûr analyser le montage, l’énonciation mais ce qu’il est le plus intéressant de voir à travers Pardonne-moi est son réalisateur, ses goûts pour les images syncopées, l’esthétique à tout prix, et les ambiances qu’il souhaite inédites. Si les éléments que choisi Boutonnat pour chaque nouveau clip rappelle les anciens, il apporte en outre à chaque fois un ou plusieurs éléments qui viennent enrichir ce qu’il avait déjà mis en place et qui présentent l’interprète (puisque c’est elle qui est promue) sous un jour à chaque fois un peu différent.

Dans cette optique, l’image la plus frappante n’est pas celle des yeux remplis de blanc, ou de noir (simple effet de frayeur) mais cette espèce de danse tribale au ralenti et au noir et blanc très contrasté et granulé, avec une femme qu’on imagine plongée dans la poussière de l’au-delà. Sur un fond très noir, les particules de cendres s’échappent des cheveux et donnent à la silhouette de la chanteuse en la suivant l’étrange allure d’un spectre. Dans ces plans, l’interprète reste les yeux fermés, totalement inexpressive, comme si quelque chose de surhumain la guidait dans sa danse, l’avait sortie de la poussière où elle reposait depuis la nuit des temps. Seuls deux plans quasi subliminaux surexposés la montreront hilare, la tête basculée en arrière, rendant du même coup l’ensemble de la danse et du clip dénués de logique. Reste ce chevalier mystérieux, lui aussi sur fond noir, qui galope sans fin et qui rythme la chanson. On peut sur ce point remarquer deux choses : Ses apparitions se font à des moments de la chanson où la répétition est aussi musicale, ce qui accroît l’idée d’un galop sans fin du cheval et la course de ce prince qui jamais n’arrivera à destination. Pour renforcer cette idée on peut deviner aussi que le cheval n’avance pas, mais fait du sur place (la fumée en arrière plan reste immobile).

La caméra n’est donc pas en travelling latéral mais en plan fixe, et amorce d’ailleurs à un moment un zoom arrière. Ainsi non seulement on ne peut que ressentir la quête vaine du prince, mais également jouir de la fluidité de sa course, de cette image irréelle en contre-plongée. Les symboles qui autrefois semblaient donner un grande part de leur sens aux réalisations de Boutonnat n’ont même plus leur place dans ce cinéma « de l’image seule ». Il n’y a pas de symbole dans Pardonne-moi. Il serait pourtant facile d’approcher le serpent du pêcher originel et les yeux blancs de la cécité. Mais comment expliquer alors d’autres éléments du clip tels les yeux noirs de la fin du clip, le rapport au texte et la présence du prince sur son cheval ? Chacun de ces éléments n’est ici au service de rien, si ce n’est de lui-même. Quant à l’origine de leur choix, il faut encore s’en retourner vers ce qu’est réellement un vidéo-clip. Chacun des éléments est montré dans le clip à un endroit précis de la bande son. Ainsi le serpent ne peut apparaître que sur le violoncelle du pont musical, tant les sinusoïdes dessinées par son corps matérialisent plastiquement et simultanément la musicalité sonore; les saccades de batterie ne peuvent également correspondre qu’à la danse tribale de la chanteuse les cheveux remplis de poussière, éclairées par des flashs lumineux qui la images (3)laissent deviner par le spectateur plus qu’ils ne la montrent. Même chose pour le travelling sur la chanteuse qui laisse découvrir en levant la tête des yeux vides : dans un cadrage identique, les violons graves dénoncent musicalement parfaitement la monstruosité de ce visage, alors que le piano du début en glorifiait la beauté.

 

 Ce que nous voulons démontrer ici est que Laurent Boutonnat, de 1985 à 1992, n’a pas fait de vidéo-clips. Il a fait des films de fiction romanesque, référencés à des genres ou des sous genres. Mais à aucun moment, ni même pour Ainsi soit-je (1988) ni pour Je t’aime mélancolie (1992), nous avons eu à faire à un vidéo-clip stricto-sensus. A l’origine, le principe du vidéo-clip consiste à illustrer une chanson par des images, rien de plus. Laurent Boutonnat a toujours apposé à cette règle sans cesse davantage d’artifices, d’histoires, de symboles, et de moyens. De Pardonne-moi en revanche, il fait un clip dans le pur sens du terme : une musique avec des images à son service, qui l’illustrent. Le sens des images, leur teneur discursive, tout ceci n’a aucune importance face à leur musicalité intrinsèque et l’effet qu’elles produisent quand on les appose à la bande-son en question. Dans Pardonne-moi plus que jamais, l’image ne peut être présente à l’écran que parce que c’est cette chanson qui est illustrée, alors qu’on peut très aisément imaginer les images de Libertine, Sans Contrefaçon et même Ainsi soit-je sur une autre musique de couleur approximativement équivalente. Les images de Pardonne-moi ne semblent avoir été inventées que parce qu’il y avait tel ou tel son dans la chanson, ces images sonnent juste par rapport aux effets musicaux tout simplement, et ceci pour la première fois chez Boutonnat.

 

Le seul travail du réalisateur en 2002 ne concerne plus que l’image, et rien qu’elle, Boutonnat n’est pas un romancier, pas plus qu’un conteur. Depuis 1997, de Mon Ange à Pardonne-moi en passant par Baïla Si et Les Mots, il n’a cessé de tâtonner pour trouver ce qu’était vraiment un clip, ce qu’était vraiment une image, et donc finalement ce qu’est réellement le cinéma. 

 

Pourquoi alors se cantonner au même type d’image, aux mêmes éléments alors que le réalisateur a su pourtant diversifier ses inspirations en une décennie de clips autrement plus riches visuellement ? Puisque visiblement Laurent Boutonnat s’est détaché du cinéma de fiction romanesque pour se concentrer entièrement à ce qu’est un clip, le réalisateur peut-être lassé images (4)désire faire le meilleur clip, le clip ultime. Laurent Boutonnat rétrécit ainsi de clip en clip le champ d’application de son univers afin visiblement de trouver l’image juste, celle qui broiera la chair de celui qui la regardera. De plus en plus on peut avoir l’idée de ce à quoi ressemblera le clip de Laurent Boutonnat : de longs plans contemplatifs représentant des éléments immobiles, un ciel nuageux, du vent, des fantômes pas encore entrés dans l’au delà et se frottant encore aux humains, une quête sans fin accompagnant une errance éternelle de personnages perdus et auxquels il ne reste que le recueillement. Seulement nous pouvons penser que rien ne distinguera particulièrement le dernier clip de Laurent Boutonnat des autres, que ce sera juste celui sur lequel le cinéaste voudra s’arrêter, estimant achevée la recherche qu’il fait sur l’image et avant tout sur ses propres fantasmes graphiques. Pardonne-moi aurait pu être celui-ci, le seul vrai clip, donc le dernier. Et si ce n’est pas le cas, un cap a de toute façon été franchi en le réalisant : se désintéresser intégralement de tout fonctionnement narratif pour ne se concentrer que sur l’image, quitte à ce qu’elle rende ivre tellement sa splendeur incompréhensible ne renvoie à rien de connu.

 

EXTRAIT DU LIVRE DE Jodel Saint-Marc  « Le Clip en tant qu’œuvre Cinématographique / aux éditions Sorbonne Nouvelle en août 2003 

 

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MYLENE – BOUTONNAT, UN CHEMIN EN SENS INVERSE

Posté par francesca7 le 29 août 2014

 

 

Mylene-Farmer Comme si toute la grammaire de Laurent Boutonnat, sa symbolique, mais aussi sa mégalomanie n’avaient servies qu’à alimenter des années durant l’aboutissement que devait être Giorgino, les productions de clips qui suivirent le long-métrage ne sont visiblement que des souvenirs ressassés des atmosphères passées. Ce qui faisait la spécificité de l’œuvre du réalisateur jusqu’en 1992, date de son dernier clip avant Giorgino, a disparu, ou relève désormais d’un seul coup de l’anecdotique. Laurent Boutonnat, pour qui l’échec de Giorgino aurait été « très douloureux », restera l’unique producteur et compositeur de la chanteuse, réinvestissant son expérience musicale pour douze nouvelles compositions. En revanche il s’abstiendra désormais de réaliser ses nouveaux clips tant le décalage entre le nouveau personnage décidé par la chanteuse et celui qu’il avait conçu pour elle durant dix ans est grand. La superficialité assumée de la suite de la carrière musicale aurait pu s’appuyer sur la technique de tournage parfaitement rodée de Laurent Boutonnat si celui-ci, après avoir raté la sortie de son long métrage, n’avait décidé de se replier entièrement sur son œuvre déjà existante, au point de ne plus pouvoir parler que d’elle, de ne citer plus qu’elle, et de se l’approprier en l’emprisonnant.

 

  Prémices d’un virage inévitable

  Pourtant, dès le come-back de Mylène Farmer en 1991, après les deux ans d’absence qui suivirent En Concert, le film du spectacle, on peut déjà s’apercevoir que Laurent Boutonnat sacrifia peu à peu de ses particularités. De retour sur le marché du clip, le début des années 90 donne le coup d’envoi de la prolifération d’interprètes calibrés pour le marché, ciblés pour tel ou tel public, se cantonnant dans un registre particulier très étroit, le plus souvent destiné aux jeunes. La sorte de variété assez dansante de Laurent Boutonnat, arrosée de paroles identifiables aux pensées qui peuplent les crises d’adolescence, est destiné au même public que la majeur partie des nouveaux artistes commerciaux qui sortent sur le marché à la même époque. Laurent Boutonnat calcule ce retour pour que Désenchantée résonne comme un événement malgré les “tubes” fonctionnant à l’époque. C’est pourquoi il tablera toute la promotion de ses clips des deux années à venir sur une évolution de la forme, en rejetant tout changement brutal, qui aurait sans doute eu pour effet de désorienter le public à reconquérir de la chanteuse. En Mars 1991 sort donc Désenchantée, clip long et coûteux, rythmé et violent qui ne passe pas inaperçu. Pour la dernière fois, Laurent Boutonnat dépasse les six minutes. Si le succès est bel et bien là, les trois clips qui suivront seront de plus en plus courts, leur narration sera de moins en moins lisible et se rapprochera de celle du clip-type, faux raccords et a-chronologie des actions à l’appui.

 

 De Regrets (1991), clip clairement diégétisé, au montage discursif, enrichi de musiques additionnelles, à Beyond my control (1992), cocktail d’images sans lien réel, sur fond noir, suite de tableaux vivants sans actions incluse, Laurent Boutonnat a rejoint le format et la narration qu’exigent les nouveaux comportements du spectateur. « Zapping » aidant, le vidéo-clip ne peut plus prétendre à l’appropriation de l’attention du spectateur sur toute sa durée, et renvoie le réalisateur à sa seule réelle mission : faire remarquer la chanson. A peine pouvait il vivre seul, le clip a été rattrapé par les contraintes commerciales qui le brideront partiellement ; et peut-être pour toute son existence. Les conséquences semblent assez simples : Des images fortes reliées à la chanson, un interprète idéalisée, une intrigue réduite à son stricte minimum. Laurent Boutonnat adapte sa grammaire à ces nouvelles exigences et par deux fois, avant de réaliser Giorgino, offre deux clips à la trame narrative quasi-nulle, aux plans courts et simples, se démarquant l’un après l’autre des ornements qu’il avait popularisé dans les années 80. Si Regrets connaît encore certaines lenteurs, obéit parfaitement aux règles de raccord du cinéma classique, Je t’aime mélancolie ne connaît plus que le bruitage omniprésent, et voit la disparition de l’utilisation du remix pour rendre la chanson différente et plus longue que la version du disque. 

Désormais Laurent Boutonnat n’utilisera en clip que ce qu’on appelle communément les version single. Beyond my control signe définitivement la fin de cette époque, tirant un trait sur tout son additionnel extradiégétique, et limitant les bruitages à quelques ambiances de fond (crépitement du feu, lointains hurlements de loups). On notera d’ailleurs que les trois clips réalisés postérieurement à Désenchantée ont une intrigue très mince comparativement aux précédentes productions courtes du réalisateur. Si on peut encore résumer Regrets à la recherche vaine, toute en symboles, d’une morte par un vivant, difficile d’aller plus loin pour raconter Je t’aime mélancolie et Beyond my control que de dire qu’il s’agit pour l’un d’un combat, et de l’autre d’un adultère. Le scénario qui avait une importance certaine dans le cinéma de Laurent Boutonnat se retrouve inutile en face du nouveau traitement développé par le cinéaste, mais qui continuent néanmoins de rendre son œuvre toujours un peu particulière.

 

 EXTRAIT DU LIVRE DE Jodel Saint-Marc  « Le Clip en tant qu’œuvre Cinématographique / aux éditions Sorbonne Nouvelle en août 2003 

 

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BOUTONNAT EST PEUT ETRE NE D’UNE ERREUR

Posté par francesca7 le 25 août 2014

 

 

Laurent Boutonnat réalisateur de clips est né curieusement d’un échec cinématographique, son arrivée dans le domaine musical est purement fortuite. D’abord destiné à la réalisation de longs-métrages, c’est à la suite de l’insuccès de son premier film qu’il se redirigera vers la littérature, puis la musique. Il se servira alors de son double statut de compositeur-producteur auprès de sa première maison de disque pour négocier avec elle la réalisation des vidéo-clips promotionnels. Ce sera pour lui ce fameux « moyen détourné de faire du cinéma ».

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Laurent Boutonnat est né le 14 juin 1961 rue Auguste Blanqui, dans le XIVe arrondissement de Paris, aîné d’une famille de cinq enfants, il se servira adolescent de certains de ses frères et sœurs pour monter ses sociétés d’éditions phonographiques et aussi de son petit frère Dominique dans son premier long métrage Ballade de la Féconductrice en 1978. Auparavant, Laurent Boutonnat a déjà réalisé dans son enfance de nombreux courts-métrages amateurs avec la caméra Super 8 de ses parents. Un de ses premiers essais date de 1971 où il transpose Bambi de Walt Disney (1942). Sur ses films d’adolescent, il voulait déjà tout maîtriser : de la mise en scène à la musique, du maquillage à l’interprétation elle-même. Parallèlement, il étudie la musique et le piano sur initiative de ses parents dès l’age de cinq ans. Laurent Boutonnat suit sa scolarité de second degré chez les jésuites. Il s’y déplait, n’est doué qu’en littérature et se retrouve plusieurs fois renvoyé. C’est à quinze ans qu’autodidacte, il décide d’abandonner ses études pour aller chercher du travail ; et c’est aussi l’âge à partir duquel il abandonne l’apprentissage musical que lui faisaient suivre ses parents. Parallèlement aux « petits boulots » qu’il cherche, Laurent prend des cours de théâtre durant trois ans et écrit chez lui avec un professeur de philosophie. Il déclarera plus tard « avoir pris goût à cela ». A 16 ans Laurent Boutonnat a la volonté de diriger ses recherches d’emploi vers le secteur audiovisuel, et commence à développer dans son imagination plusieurs projets de longs-métrages dont un film déjà nommé Giorgino ; scripte qu’il reprendra dix ans plus tard. L’histoire de cette première version n’a cependant rien à voir avec le long-métrage qui sortira dix sept ans plus tard. Ce scénario racontait le huis-clos d’un couple dont l’homme aime de plus en plus son épouse, alors que cette dernière prend une peur de plus en plus panique de lui. L’incertitude sur les intentions de l’un et de l’autre débouchait sur un duel final tragique entre les deux époux.

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Boutonnat réalisera finalement Ballade de la Féconductrice en 16 mm. à l’âge de seize ans, qu’il produira à l’aide de son père, et des Films du Marais pour sept mille six cents euros. Il tournera entre Paris et Etretat en fonction des conditions météorologiques. Après avoir été présenté et sifflé au marché du film de Cannes en 1979, Laurent Boutonnat tente de l’exploiter dans une unique petite salle : « Le Marais » à Paris, à partir du 15 mai 1980. Le film qui passe d’abord en comité de censure obtient une interdiction aux mineurs de moins de dix huit ans. Laurent Boutonnat en a alors dix sept. Le dossier de censure retrouvé dans les archives du C.N.C. comporte un court synopsis écrit de la main du jeune réalisateur :

 

« La balade (sic) d’une fleur du mal dans un monde fantasque et allégorique où se mêlent humour noir et horreur. »

 

 Tous les avis convergent vers une interdiction aux mineurs, et Henri Dolbois qui dirige la commission plénière conclue le dossier comme suit : 

« Une anthologie de Hara-Kiri et Charlie-Hebdo. Castration, mutilations d’enfants, torture d’un mongolien adulte en petite voiture roulante. Faces tuméfiées et sanguinolentes. Une femme accouche dans sa cuisine d’un teckel, elle fait l’amour avec lui etc… Le film me paraît justifiable d’une interdiction aux mineurs en raison de l’exhibitionnisme grand-guignolesque ce film attentatoire à la dignité de la personne humaine. Cette interdiction me paraît justifiée bien qu’il s’agisse d’un 16 mm. à faibles objectifs commerciaux. »

Henri Dolbois

  Le film ne restera que deux semaines à l’affiche et totalisera quatre cents cinquante neuf entrées. Plutôt que de retourner à l’école, Laurent Boutonnat, déçu, ne fait plus rien jusqu’à sa rencontre avec Jean-François Chauvel. Ce grand reporter de télévision mort en 1986 avait alors en préparation le tournage d’une série de reportages scientifiques sur le nucléaire : Les Energies Nouvelles. Laurent Boutonnat saisit sa chance et postule comme caméraman pour toute la série d’émissions. Il avouera plus tard: « J’avais prétendu m’y connaître en technique pour qu’il me prenne, et j’ai dû potasser le manuel comme un fou ». Il part donc pendant un an dans les quatre coins de la France pour tourner les images de ces reportages, « La meilleure école » se souviendra t-il en 1990.

  Laurent Boutonnat qui a alors vingt ans se lance dans une nouvelle aventure où il utilisera ses facultés d’écriture et son expérience récente dans le journalisme. C’est l’époque où, remis de l’échec de Ballade de la féconductrice, il multiplie les projets. Toujours avec le sens du subversif et son goût du morbide, il entreprend des recherches pour l’écriture un livre sur l’infanticide. Un ami, Jérôme Dahan fait partie du projet. Parallèlement à cela il réalise des publicités télévisées. Laurent tourne plusieurs spots et s’associe à un producteur du circuit Parafrance. Celui-ci lui proposera de tourner un film d’horreur en deux semaines pour un budget de deux cents trente mille Euros. Suite à des désaccords du fait du producteur, le projet ne verra jamais le jour. C’est à cette période que Boutonnat reprend le script de Giorgino à zéro. Un soir, alors qu’il est accompagné de son ami Jérôme Dahan, il décide d’écrire avec lui les paroles d’une chanson ayant trait à cette enfance qui le hante tant. Le lendemain Jérôme Dahan écrit la musique et le résultat ne leur déplait pas. Ils viennent d’écrire Maman à tort, qui deviendra un petit succès de l’été 1984. Laurent Boutonnat laisse peu à peu de côté le sulfureux livre sur l’infanticide qui ne verra finalement jamais le jour. Les paroles de la chanson fraîchement écrite qui évoquent la folie, l’abandon et le saphisme seraient encore plus explosives dans la bouche d’une enfant. Après une tentative avec une jeune fille de quinze ans qui pose trop de problèmes juridiques avec la D.D.A.S.S, Jérôme Dahan et Laurent Boutonnat organisent un casting où se présentent une cinquantaine de jeunes filles majeures dont la future chanteuse Mylène Farmer, alors âgée de vingt et un ans. Laurent Boutonnat la choisie immédiatement, sans même l’avoir entendue chanter, à cause de son air « psychotique ». C’est suite aux problèmes se posant pour monter le clip de Maman à tort (1984) que Laurent Boutonnat envisage le clip comme seul moyen à court terme de faire du cinéma. Il sait aussi qu’il lui faudra financer lui-même ses projets s’il veut avoir les moyens nécessaires pour les réaliser. Durant la promotion de Maman à tort, Laurent Boutonnat retourne ponctuellement au documentaire en réalisant pour l’Education Nationale Parents… si vous saviez, reportage fictionnalisant de douze minutes sur le rôle de la parentalité. Le duo Dahan-Boutonnat écrira 10 mois plus tard deux autres chansons : On est tous des Imbéciles ne se fera remarquer que grâce à la morbidité de sa face B. Signée Boutonnat, L’Annonciation évoque le viol par le truchement d’une imagerie évangélique.

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 Décidément abonné à l’insuccès systématique de ce qu’il entreprend, Laurent Boutonnat se voit renvoyé de la maison de disques R.C.A. pour laquelle il avait pourtant fini de préparer un album. Laurent Boutonnat se sépare de Jérôme Dahan avec lequel il est en désaccord sur la suite à donner à la carrière de la chanteuse dont ils s’occupaient. Comme rattrapé par la chance, Boutonnat est contacté par Alain Levy qui vient de créer la maison de disque Polydor. Ce label français appartenant à l’Américain Polygram veut tout miser sur la chanson française et signe directement Mylène Farmer et Laurent Boutonnat pour trois albums, alors qu’ils n’assurent pas encore de réels succès commerciaux fiables. Le premier d’entre eux est Cendres de Lune en 1986, entièrement conçu, produit et arrangé par Boutonnat. Il en signe la composition, presque toutes les paroles et la pochette, pour poser les bases d’un climat. Cendres de lune est un laboratoire de boites à rythme, d’échantillonnages194, avec des inserts de chants grégoriens, et dont l’originalité a été saluée par le magazine musical Rock & Folk car il fait cohabiter morceaux avant-gardistes et variété populaire :

 

« Si les paroles sont plutôt du genre la Comtesse de Ségur qui aurait enfin décidé de parler de ce que font vraiment les petites filles modèles, la musique est elle aussi bien ficelée […] Cendres de Lune très court morceau à la limite de l’expérimental et du franchement morbide. Enfin, Vieux Bouc […] suit la même direction, avec ses voix sataniques ricanant en contrepoint qui évoquent une version musicale du Tour d’Ecrou sur fond de messe noire et d’âme en peine et de Lolitas grimaçantes. Tout cela est assez rare et original »

  C’est alors que Boutonnat se décide à monter son deuxième long-métrage à partir du script de Giorgino. Il en commence la préparation, mais son récent succès inattendu dans la production musicale l’occupera trop pour finaliser ce projet. En 1987 Laurent Boutonnat entame l’écriture du deuxième album Ainsi soit-je qui sortira à la fin de la même année. Il crée pour l’occasion sa première société de production discographique: Toutankhamon S.A. Le clip du premier extrait Sans Contrefaçon passera en exclusivité à la télévision le soir du réveillon 1988. Suivront le clip d’Ainsi soit-je et surtout Pourvu qu’elles soient douces. Le clip, qui a coûté deux millions de Francs sera d’ailleurs nommé aux Victoires de la musique de 1988. Il en co-écrit l’histoire avec le scénariste Gilles Laurent, auquel il présentera le synopsis de Giorgino ébauché à dix-huit ans. Tous deux travailleront  sa réécriture pendant quatre ans. C’est avec Gilles Laurent que Boutonnat écrira le scénario de Sans Logique, et surtout concevra le spectacle dont la tournée et le film sont déjà en projet en 1988. 

Depuis que le cinéaste produit lui-même ses courts-métrages, il peut se permettre des budgets colossaux, comme celui nécessaire à la réalisation de Sans Logique (1989) qui aura nécessité un aménagement coûteux des studios d’Arpajon. C’est avec le même système de financement qu’il produira la tournée qui va lui permettre de sublimer son univers en l’extrapolant sur une scène. C’est notamment pour cela qu’il crée le 19 janvier 1989 la société Heathcliff S.A. qui lui permettra de produire la tournée et ses prochains films. Après un essai transformé à Saint-Étienne puis deux semaines au Palais Des Sports de Paris, le spectacle parcourra la France en 60 dates dont deux au Palais Omnisports de Paris-Bercy. Laurent Boutonnat, au delà de la mise en scène et des arrangements, pense au film qu’il tirera de cette tournée. Il crée le 26 octobre 1989 à l’occasion de la sortie du double album En concert une société d’édition phonographique « Requiem Publishing » qui édite depuis, toutes les productions de Boutonnat sans exception. La sortie en salles et sur vidéo du film du spectacle se fera finalement le 25 septembre 1990. Suite à la sortie de En concert, Laurent Boutonnat écrit les dix musiques du prochain album de Mylène Farmer: L’Autre. Il profite du tournage de Désenchantée et de Regrets en Hongrie en février 1991 pour faire des repérages pour Giorgino avec le décorateur Pierre Guffroy. Se consacrant essentiellement à la préparation du long-métrage, les années 1992 et 1993 verront débuter le tournage des scènes d’extérieur du film dans le parc slovaque des Tatras auxquelles suivront les plans d’intérieur aux studios Barrendov de Prague.

 

En mai 1993, le montage et l’écriture de la musique succèderont au tournage. Laurent retournera pour l’occasion dans l’État Tchèque pour en enregistrer la musique. L’exceptionnelle longueur de la post-production due en partie au perfectionnisme de son auteur s’achèvera en août 1994. Après 8 années de travail, Giorgino sort enfin sur les écrans le 5 octobre 1994. Abattu par la critique et sorti au mauvais moment, le film est un échec.

 

 Décidément décisif dans la carrière de Boutonnat, l’échec le conduit à des revirements complets. Celui de Giorgino sera de trop, plongeant son auteur dans le désespoir le plus profond. Après un an sans nouvelle production, qu’elle soit musicale ou audiovisuelle, la suite de son travail montrera une absence totale de continuité. Laurent Boutonnat composera onze musiques pour l’album Anamorphosée annonçant le retour de son interprète fétiche. Suite à ça il co réalisera un autre film de concert Live à Bercy avec François Hanss, son assistant de longue date. 

Le succès commercial de ce film (pourtant uniquement exploité en circuit de cassettes vidéos) n’aura d’égal que l’échec artistique que nous seront forcés de constater. Les nombreux faux raccords involontaires et la superficialité affichée de l’imagerie renient outrageusement le perfectionnisme dont Boutonnat était autrefois capable. Laurent Boutonnat refuse depuis toute interview et toute diffusion de Giorgino, voulant visiblement faire de son long métrage un film maudit. Le film sera tout de même contractuellement diffusé en novembre 1995 sur la chaîne Canal Plus, qui participa à sa production. Boutonnat attendra 1997 avant de reprendre réellement la caméra pour l’ancienne actrice Nathalie Cardone, sa nouvelle égérie avec laquelle il réalisera quatre clips. Il crée pour elle une société de production le 19 juin 1997 : « Calliphora S.A. » et laisse peu à peu en désuétude les sociétés Heathcliff S.A. et Toutankhamon qui cessera même ses activités en 1997. En mai 1999 sort l’album de Mylène Farmer Innamoramento comportant treize titres dont neuf composés par Laurent Boutonnat, mais il n’en signera aucun clip. Le 10 mai 2000 il étend toutefois ses activités financières en fondant LB Société Civile Immobilière qui s’occupe d’achat et de location de biens immobiliers.

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 L’échec qui accompagna toute la carrière de Boutonnat provoqua chez lui deux réactions contraires selon les époques. Alors que son insuccès dans le cinéma l’incita dans sa jeunesse à persévérer dans la voie cinématographique, il ne put se remettre du fiasco commercial de Giorgino qui le fit stopper toute réalisation ambitieuse. Aujourd’hui  Mylène Farmer et Laurent Boutonnat dirigent toujours la société d’éditions phonographiques Requiem Publishing qui produira en mai 2000 une nouvelle chanteuse pour adolescents : Alizée. Laurent Boutonnat écrira pour elle les chansons de ses deux albums et tournera trois clips : Moi… Lolita, Parler tout bas et J’ai pas vingt ans. Ayant cessé sa collaboration avec Nathalie Cardone, il continue néanmoins la composition des chansons de Farmer et réalisera même pour elle deux derniers clips Les Mots et Pardonne-moi, renouant une dernière fois avec leur univers des années 80. En mars 2001 sortent pour la seconde fois sur support numérique l’intégrale des clips que Laurent Boutonnat a tournés pour elle.

 

EXTRAIT DU LIVRE DE Jodel Saint-Marc  « Le Clip en tant qu’œuvre Cinématographique / aux éditions Sorbonne Nouvelle en août 2003

 

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UN MONDE ARTISTIQUE ET UNE CRITIQUE DISTANTES

Posté par francesca7 le 22 août 2014

 

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   Le relais essentiel de Laurent Boutonnat a toujours été la presse, qu’elle soit musicale, quotidienne ou de télévision. Rarement des magazines ou des revues cinématographiques se pencheront sur notre réalisateur pendant ses dix années de réalisation de clips. En revanche, comme un concepteur de films qui grandissent dans l’âme, Boutonnat sera souvent cité dans des critiques d’autres films comme une inspiration auxquels les cinéastes se seraient fiés. Ainsi certains critiques cinématographiques verront dans l’imagerie du Pacte des loups (Christophe Gance – 2001) une référence à Tristana (1987), souligneront les similitudes de traitement du scénario entre Firelight (William Nicholson – 1997) avec Sophie Marceau et celui de Giorgino (1994). D’après ces remarques on peut retirer une inspiration d’ordre imagière plus que narrative ou esthétique. 

Ce qui reste de Laurent Boutonnat pour la presse et le monde artistique semble être avant tout certains éléments graphiques. On n’a jamais vu Boutonnat se vanter de la nouveauté de sa narration ou de compositions d’images inédites ; la particularité de son cinéma réside simplement dans l’assemblage d’imageries décrites dans notre deuxième partie, de sa faculté à en tirer des atmosphères désespérées, des scénarios romantiques que peuplent des séquences oniriques. Les films d’autres auteurs, parmi lesquels les deux pré-cités, reprendraient de Boutonnat certaines de ses images, comme l’omniprésence des loups qui rodent dans la neige, la mythe de la femme enfant, l’utilisation dramatique de la glace se formant à la surface d’un lac et des jeux d’acteurs tout en nuances de Giorgino, et surtout d’une atmosphère, d’un climat lourd mêlé de désespoir dont le cinéaste ne s’est jamais séparé. Le premier article ayant pour seul objet Laurent Boutonnat est tiré du quotidien Le Matin de Paris181. L’accent de l’article est porté avant tout sur le budget exceptionnel qui sera en passe d’être alloué pour la première fois à un clip français (10 500 Euros) et au soin cinématographique porté à la réalisation. 

Laurent Boutonnat qui avait sans doute vendu la peau de l’ours avant de l’avoir tué se vit refuser les crédits relatifs au tournage de la deuxième version de Maman à tort une semaine après la parution de l’article. 

Les motifs invoqués par la maison de disque parlent d’un précédent vidéo-clip déjà tourné en catastrophe par Boutonnat sur un plateau de télévision en cinq jours et déjà en forte diffusion dans les émissions spécialisées. Pour une somme de 116 Euros seulement, il avait réalisé, avant même que le 45 Tours ne sorte dans le commerce, une vidéo interprétant les paroles de la chanson en plans fixes, à la mise en scène immobile. Le long clip sur lequel le réalisateur travaillait était, à en croire son story-board, proche de qui allait devenir son style mais mettait malheureusement de côté l’expérimentation narrative dont le premier essai faisait preuve. Dès la première sortie dans le commerce d’une de ses compositions, Boutonnat par cet article fait déjà parler de lui avant tout par son clip. C’est grâce à cette opportunité de mettre en scène perpétuellement la chanson et son interprète de manière ludique que Boutonnat reste si longtemps loin de ce qui est considéré comme le “vrai” cinéma de salles obscures. Il le confirmera lors de la sortie de Libertine : « Finalement une chanson c’est quelque chose d’assez simple. Mais travailler autour de la chanson, ça c’est réellement passionnant. » Les articles suivants relatifs à Boutonnat se consacrent davantage à son travail de composition et surtout d’arrangement de chanson, comme l’article élogieux de Rock & Folk début 1986. 

On trouve à cette époque les articles relatifs à son travail de cinéaste dans les magazines musicaux, où il est souvent l’objet des pages consacrées aux nouveaux clips. C’est à un magazine traitant de musique autant que de cinéma ou de culture contemporaine qu’il donne sa première interview en avril 1986 pour le clip de Plus Grandir183. Boutonnat avait pour l’occasion organisé deux premières dans deux cinémas de la capitale à laquelle il avait invité la presse cinématographique et musicale. Seule la première catégorie aura répondu présente et se sera fait le relais de cette nouvelle initiative pour un réalisateur de clip. Le milieu cinématographique, lui, reste muet. 

Starfix offre quelques mois plus tard sur deux pages un compte rendu du tournage de Libertine en l’intitulant : «Clip ou film? Les deux. Mylène Farmer inaugure le genre». Le futur assistant réalisateur François Hanss analyse pour la première fois les moyens inhabituels mis à disposition d’un clip et les attributs cinématographiques qu’il adopte. Laurent Boutonnat aura sans soute compris par la suite la nécessité d’insister sur l’aspect cinématographique de ses clips afin de faire de leur sortie à chaque fois un nouvel évènement médiatique. La diffusion télévisée en exclusivité à des horaires exceptionnels de chaque nouvelle production servira à en faire des purs spectacles de divertissements familiaux et non plus destinés au public d’un genre musical particulier. Malgré cette exposition totalement nouvelle pour des clips, la presse et le milieu cinématographiques ne trouveront toujours pas en 1988 de bien fondé à l’analyse d’un tel phénomène.

 

ptg02164000 Peu enclins à tisser d’étroites relations avec le milieu musical français, Laurent Boutonnat et Mylène Farmer, lauréate de la remise de la victoire de la musique de l’interprète féminine de l’année 1988, refusent l’interprétation sur scène de leur succès du moment, comme c’est pourtant la coutume dans cette soirée. Interrogé le lendemain par la presse, Bertrand LePage  expliquera le refus d’une phrase laconique et provocante : « Mylène Farmer ne chante pas avec un orchestre de bal ». Par la suite souvent renommés, notamment en 1991 pour le clip de Désenchantée et en 1996 pour le concert, Laurent Boutonnat et Mylène Farmer ne recevront plus de trophées des mains de la profession, raflant pratiquement tous ceux remis dans d’autres soirées par des votes de public. Depuis sa jeunesse, la volonté de Boutonnat a toujours été de faire du cinéma, ou du moins avoir l’occasion d’en faire. Le clip s’est alors présenté comme une opportunité de porter à l’écran un imaginaire qu’il n’avait pas la possibilité de transmettre par d’autres médiums. Que les milieux respectifs auxquels ont pu toucher le clip, c’est à dire la musique, la télévision et le cinéma, répondent plus ou moins fort à son travail semble importer peu au cinéaste. Jean-Louis Murat qui travaille sous sa direction en 1991 pour Regrets dira de lui plus tard qu’il « filme du morbide pour s’amuser. Lui-même est les premier étonné que ça marche. » Laurent Boutonnat bénéficie donc dès 1888 d’une place à part chez les réalisateurs de clip, ses productions étant diffusées à de grands horaires d’écoute et en étant intégrées dans des shows de divertissements populaires. 

Sans doute par peur d’être considéré comme un réalisateur de télévision qui, après avoir transgressé avec succès les lois de sa forme devait à nouveau subir des règles strictes de diffusion, Laurent Boutonnat délaisse ses récits en forme de contes pour revenir à des images moins admises à la télévision et à des sujets moins “familiaux”. Laurent Boutonnat se lance donc dans des clips plus violents comme Sans Logique, et surtout Pourvu qu’elles soient douces. Ce dernier fut censuré à la télévision de la moitié de sa longueur pour plusieurs causes : la raison officielle invoquée était l’apparition à plusieurs reprises de l’interprète de la chanson entièrement nue. A cela s’ajoutait une longue bataille très sanglante occupant la moitié de la durée. Longue période pendant laquelle la chanson pourtant objet central du clip, était totalement absente de la bande sonore et laissait la place à une musique militaire accompagnant la représentation de la mort de dizaines de soldats français et anglais.

jacquou_makof35Inutile de préciser que la durée exceptionnelle de ce clip le rendait invendable en télévision. Signature d’une volonté évidente d’être associé davantage à la liberté du grand écran qu’à l’asservissement du petit, le cinéma de Boutonnat s’étire, se teinte de violence et de thèmes subversifs. Plus que jamais il se veut en auteur se passant de l’unanimité du public et de sa profession, et non plus en réalisateur de clips consensuels, cantonné aux émissions marginales destinées aux jeunes consommateurs. C’est parallèlement à Pourvu qu’elles soient douces qu’il entreprend la préparation du film du spectacle qui aura lieu un an plus tard. Là encore, le métrage long qui en sortira ne sera pas destiné à la télévision et le soin apporté à sa réalisation et à son scénario témoignera d’une grande envie de sortie sur grand écran. Alors que les revues de cinéma continuent de se cantonner aux films sortant officiellement en salles, la presse télé couvre largement dans ses pages les censures des clips de Laurent Boutonnat en montrant des photographies de plateau en extrait. Les mêmes causes produiront les mêmes effets en 1992 lors de la censure très commentée dans la presse de Beyond my control. Laurent Boutonnat se sera servi du média télévisuel autant pour promouvoir les chansons qu’il composait que les clips qu’il réalisait. Le fait de s’en éloigner de manière régulière a eu pour effet de placer le réalisateur dans un flou entre la télévision et le cinéma. Mélangeant les formes, les genres, les institutions et les moyens de diffusion, Boutonnat est resté un cinéaste insituable durant de nombreuses années. Et si la presse musicale et télévisuelle a reconnu quelquefois en lui un auteur à part entière renouvelant partiellement la forme du clip, le monde cinématographique a continué d’ignorer non seulement son travail, mais aussi l’entièreté d’une forme filmique chez laquelle bon nombre de nouveautés narratives, esthétiques et plastiques continuent régulièrement d’apparaître.

 

EXTRAIT DU LIVRE DE Jodel Saint-Marc  « Le Clip en tant qu’œuvre Cinématographique / aux éditions Sorbonne Nouvelle en août 2003 

 

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UN PUBLIC FIDELE

Posté par francesca7 le 18 août 2014

 

 En associant au clip des attributs et une esthétique cinématographiques, Laurent Boutonnat a contribué à familiariser une partie du public de chansons de variété, surtout très jeune, à certains éléments constituant une œuvre de cinéma. Alors rythmé par la chanson dont ils sont le public, le film s’ouvre à eux comme une sorte de court-métrage musical mettant en scène leur idole. En ce sens on peut admettre que consciemment ou pas, Laurent Boutonnat a utilisé ses chanteuses comme des vitrines. Ce sont elles et leurs chansons qui ont fait connaître son cinéma, qui ont attiré les spectateurs vers son vocabulaire, sa grammaire. Comme un magasin mettant le plus « vendeur » en tête de gondole, Boutonnat a finalement usé du clip comme d’une publicité pour son interprète alors que ce qui était en jeu pour lui relevait de son univers, sa réalisation, ses atmosphères. C’est bel et bien son cinéma qui était l’objet de cette promotion ; et si c’est l’attachement d’un public à la chanteuse plus qu’à lui qui a sans doute causé l’échec de Giorgino, cette vitrine lui a quand même ouvert les portes qui lui ont permis de faire ses films, et de surcroît avec beaucoup de liberté.

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Le public de Laurent Boutonnat a dans un premier temps été celui de ses chanteuses. Dans les années 80, le silence du réalisateur aidant, tout ce qui touchait à sa thématique et à ses éléments graphiques était d’emblée associé à la chanteuse produite. Elle seule se faisait alors le relais d’explications de texte et de justifications à la presse.

 

L’éloignement en 1995 de Boutonnat de son égérie et le tournant artistique de la chanteuse par la suite ne laissait plus de doute quand à l’appartenance de toute cette imagerie au réalisateur. C’est à ce moment qu’un autre public est venu se joindre à ceux qui l’avaient découvert lors de la sortie de Giorgino. Boutonnat qui avait déjà figé son œuvre en n’y ajoutant que quelques clips approximatifs trouve vers 1997 un statut auprès d’un public particulier, composé d’anciens admirateurs de ses interprètes, d’amateurs de la forme du clip, de quelques membres de courants alternatifs comme les gothiques, puis de quelques cinéphiles. C’est pourtant à partir de 1998, alors que des video-cassettes de ses clips et son film de concert sont en vente qu’une demande se fait sentir pour une reprise de leur projection en salles. Alors que tous ses clips sont sur des supports de pellicule faciles à projeter en salles de cinéma, ceux-ci n’entraient malheureusement pas dans le circuit classique de diffusion de films. L’absence de distributeur prive toute projection de copies dans les salles obscures. Les négatifs et pellicules ayant servi aux quelques projections et au transfert vidéo demeurent en possession du réalisateur qui refuse depuis 1994 de les mettre à disposition de son public ou des salles. 

Alors que pour les clips et le film de concert les cassettes sont en vente libre, Ballade de la féconductrice et Giorgino n’ont alors pas été montrées à un autre moment que leur projection en salle en exclusivité. Pourtant, sur initiative de Zik et Toile, une association de cinéphiles de la région de Montpellier, une projection de la copie d’archive de Ballade de la féconductrice est organisée à la Cinémathèque Française en 1998. Contre l’avis de Laurent Boutonnat, cette même association se procure la même année une copie de Giorgino, récupérée lors de la sortie par un collectionneur, pour une unique projection dans un cinéma de Montpellier. Ce sont les dernières fois où un passage d’un long-métrage a été fait en salle de cinéma. Par la suite, les tentatives seront stoppées par l’intermédiaire de Paul Van Parys, associé de Boutonnat, qui ne tolérera que la diffusion en salles de films déjà en vente dans le circuit vidéo traditionnel. 

Depuis l’année 2000, le cinéma Max Linder à Paris organise une fois par an une nuit où sont diffusés tous les clips réalisés par Laurent Boutonnat pour Mylène Farmer, ainsi que le film de son concert de 1989 et celui qu’il a co-réalisé en 1996. La soirée qui affiche chaque année complet remplie sur réservation les six cent sièges que compte la salle. Visiblement bien décidé à ne plus faire de son œuvre celle d’un auteur de cinéma, il refuse de se mêler de ces projections qui se font à l’aide d’enregistrements vidéos de plus ou moins bonnes qualités. La présence dans ses clips de refrains chantés, mais aussi de séquences fortes et divertissantes, de duels et de dialogues laconiques ont une efficacité interactive qu’il est facile d’imaginer lorsqu’ils sont diffusés simplement à la télévision. Manifestement bon public du cinéma de Laurent Boutonnat, les spectateurs le voient en salle comme un divertissement complet, agrémenté d’une ambiance commune à tout événement public à caractère exceptionnel. Plutôt que de découvrir confortablement et en silence de nouveaux films de leur réalisateur, ces soirées restent avant tout un moyen pour les inconditionnels de Laurent Boutonnat de revoir ses films dans un contexte festif, même si la qualité d’image et du son reste proche de celle qu’ils ont chez eux. L’absence de festival de cinéma ou de cycle ponctuel pour les vidéo-clips empêche toute autre moyen de diffusion en salles des films de Boutonnat, comme des autres clips d’ailleurs.

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D’une manière purement technique, cela peut s’expliquer par l’incommodité à projeter une image vidéo sur un grand écran, les clips étant généralement fixés jusqu’à un temps récent sur support Betacam. Celle ci devrait à lors être agrandie au détriment de sa qualité ou kinéscopée, qui est une opération assez coûteuse. Le statut particulier de Boutonnat chez les réalisateurs de vidéo-clips ne suffit pas à un traitement de faveur par rapport à ses confrères et consœurs. Seules ces quelques soirées annuelles, entreprise d’une certaine partie de son public, font de Laurent Boutonnat un réalisateur encore vu après son retrait. On peut noter que la connaissance de ces soirées auprès du public se fait entre autres par le biais de fan-clubs non-officiels des chanteuses qu’il a produit, et que nombreux est le public de l’interprète qui se déplace à cette occasion pour la voir sur grand écran, exposition exceptionnelle pour une chanteuse de variétés. 

On peut relativiser la portée de Laurent Boutonnat et imaginer que sans sa présence sur l’écran, ces soirées au Max Linder n’attireraient pas forcément autant de monde. Suite à de longues négociations entre Paul Van Parys et les organisateurs de la soirée parisienne, un accord est donné en septembre 2001 pour projeter en début de soirée la première bobine de Ballade de la féconducrice. Le choix de cet extrait de huit minutes comprenant le pré-générique et le générique de début du film fait passer cette introduction pour un étrange court-métrage dépourvu de sens. D’autres négociations pour le passage de Giorgino dans son intégralité restent vaines. Le réalisateur, toujours par le biais de son collaborateur, n’aura de cesse de refuser toute projection. 

Malgré la rareté des projections de ses « courts-métrages » au cinéma, Laurent Boutonnat demeure le seul réalisateur de clips dont les films sont passés en salle dans des soirées qui lui sont consacrées. En créant une œuvre particulière, cohérente, s’étalant sur dix ans et reposant sur une même interprète, Boutonnat s’est attiré un public fidèle, toujours présent même dans les années sans actualité professionnelle. Il fait en ce sens figure d’exception autant dans le domaine musical où les phénomènes de mode sont omniprésents, mais aussi dans le domaine cinématographique où, pour sans doute une des premières fois, un réalisateur veut gommer toute trace de son travail esthétique en bloquant obstinément toute copie de se films. Le phénomène inhabituel que nous venons de décrire nous laisse penser que les inconditionnels de Boutonnat restent plus proches du public d’un auteur de cinéma que de celui adepte de chansons de variété. 

Il est en effet capable de pérenniser une œuvre au delà de sa sortie en première exclusivité, la ré-exposant à un public des années après.

 

EXTRAIT DU LIVRE DE Jodel Saint-Marc  « Le Clip en tant qu’œuvre Cinématographique / aux éditions Sorbonne Nouvelle en août 2003 

 

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LE VŒU INCONSCIENT DE BOUTONNAT

Posté par francesca7 le 18 août 2014

 

 

 Comme toute œuvre d’art, Giorgino est régit par un conflit de forces relatif à son auteur. Psychiquement, l’œuvre qu’est ce film fonctionne selon plusieurs axes, qu’on pourrait situer comme faisant partie de la violence de l’univers de l’histoire racontée (la diégèse), de ce qui va le canaliser, et de ce qui va le perdre.

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 - Le pulsionnel réside à l’intérieur de cette fameuse scène finale, dans les directions opposées que prennent chacun des personnages, alors qu’ils tendaient à ce rejoindre jusqu’à lors, ainsi que dans l’apparition fantastique des loups dont l’existence même était niée jusqu’à présent.

 

Ce pulsionnel est rendu par la double plongée des personnages principaux dans ce qui va régir leur futur proche : Giorgio sent durant toute la scène sa propre mort arriver tandis que Catherine sombre dans la folie autour de laquelle elle ne faisait jusqu’à présent que roder, alors que le cheval noir se dirige vers l’enfermement. 

- Nous pourrions situer le contre-investissement dans la passivité avec laquelle Laurent Boutonnat dirige ses personnages vers leur destin. Les couleurs employées sont ternes et chacun des protagonistes fait fi des autres pour se livrer soit à la mort, soit à la folie, soit à l’enfermement. Le pulsionnel est canalisé par cette espèce de « résignation muette » avec laquelle les héros divergent les uns des autres, sans aucune forme de regrets apparents. 

- Le retour du refoulé se trouve sans nul doute dans l’image finale qui nous donne à voir le cheval aux yeux bandés, séquestré dans l’église, s’abreuvant dans le bénitier face à un Christ décapité ; comme si la religion qui avait conduit les héros humains vers leur perte s’était appropriée ce cheval, qui devient par force, parasite de ce lieu « sacré ».

 

Seconde Lecture du découpage

 

Dans une vision d’ensemble de Giorgino, on peut ressentir un panel assez large des émotions que le cinéma peut donner, et on peut facilement trouver des références à tous les genres cinématographiques. On peut y déceler du drame intimiste (lors de la première rencontre entre Giorgio et Catherine notamment), du grand spectacle, de la fiction réaliste, de la comédie dramatique, voire du Western dans les drôles de rapports qu’entretiennent les villageoises entre elles, sans oublier le face à face entre Héloïse et Catherine devant l’église. De manière technique, Giorgino use aussi de toutes les techniques cinématographiques, les travellings, les panoramiques, des champs-contrechamps, une variété d’échelles de plans et de longueurs focales, l’utilisation de plongées et contre-plongées… Giorgino utilise aussi toutes les sortes de hiatus diégétiques et de sauts temporels, mise à part l’analepse. Après visionnage et revisionnages, on se rend compte que l’extrême fin du film pourrait y obéir, sans le revendiquer clairement. De plus, il expliquerait partiellement le mystère de cette fin et en lèverait un petit peu le voile.

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Rappel de la scène : gros plan sur Giorgio qui se balance dans les bras de Catherine, il voit peu à peu le loup assis sur la tombe en train de les regarder. Il esquisse un très léger sourire, arrête de se balancer de droite à gauche, puis ferme les yeux et meurt. Le flash-back dont nous parlons commencerait dans le plan suivant, quand la caméra entame un travelling latéral gauche droite sur le cheval qui entre dans l’église. On revoit ensuite Catherine de face qui se balance avec Giorgio dans les bras alors qu’ils s’étaient arrêtés dans le plan précédent. Elle sourit, sans raison apparente. Ce sourire correspondrait alors à la vue du loup par Giorgio, et donc la satisfaction de Catherine de savoir que Giorgio a découvert son innocence, ce dont elle doutait à voix haute jusque là. Elle arrête alors de se balancer et laisse tomber d’un coup son sourire, baissant le regard à terre puis serrant Giorgio dans ses bras. Si on superpose ce plan au précédent cette action correspond exactement à la mort de Giorgio qu’elle sent expier dans ses bras. On savait que Catherine pouvait voir derrière elle : elle sent la présence des loups dans son dos et l’annonce d’ailleurs à demi-mots à Giorgio : «- Ils sont tout près, ils sont revenus ». En ce sens il serait normal qu’elle ressente ses dernières visions et sa mort sans les voir. Ce flashback expliquerait bien des choses et notamment le fait qu’elle ne veuille pas dans sa dernière réplique qu’il se retourne vers le cheval noir «- Non, ne vous retournez pas ». Sa mort étant proche, si Giorgio s’était retourné il n’aurait pas vu le loup qui innocentait alors celle qui lui fait face.

 

Laurent Boutonnat semble avoir été soucieux de donner plusieurs dimensions à son film, voire trop. Sur le plan psychologique, aussi bien qu’esthétique ou psychanalytique, le soucis de cohérence du réalisateur transpire littéralement à l’écran et le résultat donne un film que la critique qualifiera comme «trop peuplé», trop symbolique ou trop fantasmatique. Boutonnat a t-il voulu trop mettre dans son film ? La cohérence, son soucis majeur, peut-elle faire face à tous les questionnements esthétiques ou psychologiques ? L’importance n’est pas vraiment là, et nous préférerons lire Giorgino comme un conflit de forces inhérent aux productions de Laurent Boutonnat. Ce film, comme toute œuvre, qu’elle soit cinématographique ou non, devient un réel alter-ego de l’artiste qui en est l’auteur.

 

EXTRAIT DU LIVRE DE Jodel Saint-Marc  « Le Clip en tant qu’œuvre Cinématographique / aux éditions Sorbonne Nouvelle en août 2003

 

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BOUTONNAT, L’identification DES CONCERTS DE MYLENE

Posté par francesca7 le 3 août 2014

 

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On analysera ces choix de placements sonores en partie par un processus voulu d’identification au public du concert, en particulier pour la scène d’introduction. Alors que le spectateur du film s’attache pendant les plans d’extérieurs à la musique de fond comme à une musique extra-diégétique, il s’aperçoit lors des premiers plans de la salle de concert que cette bande musicale est bel et bien jouée on stage par les musiciens, les acclamations en rythme du public le lui faisant facilement comprendre. Les premiers plans en caméra-épaule embarqués dans le public du concert accroissent ce processus d’identification, le spectateur du film se trouvant au même niveau que les autres spectateurs. Le choix de Laurent Boutonnat de porter l’identification du spectateur sur le public du concert est sans nul doute le plus judicieux, car les deux parties assistent au spectacle et n’en sont pas acteurs. Ceci explique l’absence d’images de coulisses de l’interprète à laquelle on ne doit surtout pas s’identifier, tant sur elle repose tout le spectaculaire de la mise en scène et une grande partie de l’effet charismatique que veut donner le show. 

Lors du passage précédant Ainsi soit-je, la scène d’extérieur de visite du cimetière n’a pas le son intra-diégétique qu’on pourrait en attendre, qui pourrait par exemple être composé des bruits de pas dans les feuilles mortes des allées. Si seuls les bruits de concert sont audibles, c’est justement parce que c’est sur la scène que va se passer l’action, que se place la diégèse, et non pas dans ces plans qui n’ont ici qu’une fonction d’image mentale quasi-onirique et symbolique. Plus que jamais à cet instant le spectateur du film doit se situer par rapport au concert et non pas aux plans additionnels extérieurs à la salle de spectacle. En ce qui concerne la fin du film, alors qu’à l’image se mêlent dans les mêmes plans visages du public du concert et décor en extérieur, le son reproduit cette ambiguïté en ne représentant que le son musical du concert sans celui du public mais néanmoins en y ajoutant les bruits d’extérieurs. C’est peut-être ce moment précis que Laurent Boutonnat choisi pour mettre en évidence le désarroi du public désormais muet qui se recueille devant les cendres encore rouges de la scène. Public alors confondu avec les spectateurs du film, chacun placé symboliquement par Boutonnat devant la scène dans la salle de concert, et devant le décor transplanté dans la nature. On ne peut que se rendre compte de l’extrême cohérence à la fois de la structure scénique à priori hasardeuse et du processus d’identification voulus par Boutonnat : situer le spectateur de son film face au décor de son spectacle, de la même manière dont il a traité les spectateurs du concert par rapport à la scène qui leur faisait eux aussi face.

 

Une structure fictionnalisante

 Décidé à faire de En Concert un film complet, écrit, pourvu d’une diégèse, Laurent Boutonnat s’est sans doute rendu compte que ce qu’il avait appliqué au court-métrage pour réaliser ses clips, il pouvait le réinventer pour le film de son concert en s’inspirant des attributs du long-métrage. Le dispositif du concert permet d’emblée d’appliquer au film qui en sera tiré certaines de ses caractéristiques : le changement de costumes (voire de décors ou de coiffures), le découpage par séquences, la justification de la musique, et avant tout une mise en scène.

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Si Laurent Boutonnat a interprété la présence d’un public comme faisant du concert un spectacle hybride entre le théâtre et le clip, il a sans doute envisagé son film comme un long-métrage dont le genre serait renouvelé. Investissant les mêmes moyens dans la réalisation de ce film qu’au tournage de ces petites réalisation, Laurent Boutonnat veut faire de son long-métrage une partie intégrante de son œuvre de clips, décomplexée du dispositif scénique qui bride malgré tout de manière importante la portée de la mise en scène des actions. Boutonnat dévie cet inconvénient en composant sa scène comme il le ferait pour son cadre lors de la réalisation d’un clip ; d’où l’importance d’identifier le spectateur du film au spectateur de la salle, à la différence près que le second peut, s’il le désire, profiter du hors champ du premier.

 

Le film de concert est vu en général comme un documentaire, retraçant en temps réel les actions contenues dans le spectacle afin d’en donner le compte rendu le plus fidèle. Il y a dans ces films bel et bien une notion de mise en scène, même de scénario, mais ceux-ci sont conçus en amont et n’ont pas pour objet le film, mais son relatifs à la conception du concert en question. Pour prendre une comparaison, le film de concert pourrait s’apparenter au documentaire sur un groupe (une tribu, une association, des amis) qui donne un spectacle à un public ; le documentariste tentant de rendre au mieux la vérité par un effet de réalité. Ces films se veulent généralement le témoignage d’un spectacle, n’interférant pas dans les choix esthétiques et narratifs de celui qui l’a conçu, et livrant simplement, quitte à la commenter et y appuyer un regard, la vision que l’on doit avoir de ce qui s’est passé lors de la prise de vue. 

Laurent Boutonnat étant à la fois l’unique concepteur du concert et le réalisateur du film qui en est tiré, il a choisi d’enrichir le premier par le second, en les éloignant néanmoins l’un de l’autre dans leur forme. Les moyens de tournage mis en œuvre son bel et bien ceux offerts à la majorité des films de fiction ayant un budget comparable : pellicule 35 mm; caméras Steady-cam, ralentis débrayables et loumas à l’appui. 

Mais Laurent Boutonnat a avant tout modifié les plans qu’il avait pris du concert pour les inclure dans une structure fictionnalisante en direction d’un support cinématographique. Non seulement il y a inclus des scènes d’extérieur, situant la scène de concert dans un autre lieu spatial que la salle de spectacle ; mais il a aussi “mutilé” le concert de deux chansons (Plus grandir et Allan) lors du montage du film. L’objet du film n’est pas le même que celui du concert. Si lors du spectacle la pièce principale reste l’artiste qui apparaît sur scène et interprète son répertoire, le film, lui, tourne autour de l’idée du concert, c’est lui l’objet capital du long-métrage. Alors reléguée par le truchement de la caméra au rang de participante au film du concert, la chanteuse n’apparaît plus en tant qu’artiste, mais en tant que personnage jouant un rôle fictionnel. L’abondance d’artifices comme les plans ralentis sur sa personne vont dans le sens de la composition d’un personnage par l’interprète, irréalisant parfois outrageusement sa prestation.

 

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Le choix d’enlever deux parties du concert, à la présence pourtant justifiée dans le spectacle, s’explique de deux façons. Tout d’abord l’enjeu promotionnel étant toujours présent en 1989, deux 45 tours sortiront en extrait de l’album live du concert afin de le promouvoir. 

Plus grandir et Allan sont présents dans le disque qui sort dans le commerce le dernier jour de la tournée. Or le film du concert ne sortira qu’un an plus tard, Laurent Boutonnat qui a suivi de très près l’ensemble de la tournée ne se consacra au montage qu’une fois qu’elle fut terminée. 

Un an de montage et de mixage fut nécessaire et le film sorti en septembre 1990 simultanément en salles et en cassettes vidéo. Les passages du concert concernant les deux chansons furent utilisés à l’époque de leur sortie respective dans le commerce. Alors remontés pour en faire deux clips “live“ présentant eux aussi des scènes extérieures, des ajouts de bruitages et d’effets spéciaux vinrent accompagner les plans filmés pendant le concert (voire chapitre suivant). 

Eux-mêmes vendus en vidéocassette peu après leur diffusion télévisée, l’idée de leur absence sur la cassette du concert sera sans doute venue du souhait d’encourager les acheteurs à se procurer les deux vidéos pour pouvoir jouir de l’intégralité du spectacle. La deuxième raison de “l’amputation” de Plus grandir et Allan relève du simple confort de visionnage du long métrage. Les films de concert, déjà peu nombreux en 1989, ne sortent jamais en salles, excepté quelques-uns uns anglo-saxons réalisés sur pellicule à la fin des années 70. Afin de rapprocher En Concert d’un long-métrage habituel, le fait pour Laurent Boutonnat de retirer ses deux chansons ainsi que tous les temps morts situés entre elles (silences, certaines intros, outros, reprises et rappels…) , le ramena à une durée de une heure et trente minutes, en opposition aux deux heures un peu lourdes qu’aurait duré l’intégralité de la capture du spectacle. La question du choix des chansons à retirer se pose inévitablement. Nous noterons que les deux parties soustraites à l’ensemble ont de maigres chorégraphies, Plus grandir mettant en scène deux danseuses et Allan une seule. 

Si pendant le concert la fadeur relative des deux chansons (pourtant assez rythmées) par rapport au reste ne choqua pas, leur présence dans le film n’eut pas été assez spectaculaire ou même suffisamment distrayante. Boutonnat ne pensa pas frustrer excessivement son public en omettant volontairement ces deux chansons. Celles-ci sont peu connues, et même si Plus Grandir fut un 45 Tours quatre ans auparavant. Celle-ci ne connut alors qu’un succès d’estime et ne restait pas dans la mémoire collective comme une chanson très populaire.

 

La cohérence entre la mise en scène du concert et les ajouts de Laurent Boutonnat, tant au niveau de l’image que celui du son, donne une autre dimension au film. On ne peut le situer que par rapport au décor perdu dans une plaine désolée, et non pas au Forest National de Bruxelles avec des coulisses, des billets d’entrée et des gradins. C’est ici que réside aussi la fiction, dans l’anonymat d’un lieu qu’on remplace par un espace imaginaire. Le concert se découpe en tableaux, chacun regroupant une chanson, parfois deux.

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 A chaque tableau correspond un dispositif d’éclairages, une panoplie de costumes, d’accessoires, et avant tout une façon de filmer. On peut comparer chacun des tableaux de ce film à une séquence dans un long-métrage de fiction, la ponctuation délimitant chacune d’elle étant ici un plan sur le public, une scène d’extérieur ou un noir. Tout au long du film le spectateur (tout comme le public dans la salle) est assujetti à la mise en scène du spectacle. Alors que Laurent Boutonnat aurait pu utiliser les plans sur certaines personnes du public comme de simples plans documentaires sur la réception émotionnelle du spectacle par le public, il les manipule pour les fictionnaliser et les replacer dans des contextes discursifs. Les ralentis qui leur sont appliqués fait ressortir leur utilisation purement sensationnelle et esthétique ; et on mettra par exemple en évidence que le moment où les personnes en question sont filmées est différent de l’endroit où leur plan est monté dans le film. C’est ainsi que la fin du concert fait de surimpressions crée l’impression de personnes se lamentant sur les décombres du décor qui s’enflamme, alors qu’elles n’ont jamais assisté à cet embrasement et ne faisaient que réagir à une des sorties de scène de leur artiste.

 

EXTRAIT DU LIVRE DE Jodel Saint-Marc  « Le Clip en tant qu’œuvre Cinématographique / aux éditions Sorbonne Nouvelle en août 2003

 

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UNE IMAGERIE HOMOGENE POUR MYLENE FARMER

Posté par francesca7 le 23 juillet 2014

 

giorgino_grueLaurent Boutonnat a pris la forme du clip dès Plus Grandir (1985) comme le seul moyen pour lui de créer son univers visuel. Le cinéma qu’avait entrepris de faire le réalisateur en réalisant à dix-sept ans le long-métrage Ballade de la féconductrice (1978) est le même que celui qu’il veut faire avec les clips qu’il tournera. Hors, l’imagerie qu’il souhaite véhiculer est éloignée de celle coutumière des vidéoclips du milieu des années 80. Deux imageries principales habitent les productions de l’époque. D’une part des atmosphères festives et colorées habillent les chansons de variété grâce à des danses et des effets visuels d’incrustation vidéo ; d’autre part des vidéoclips froids et sombres illustrent avec fumigènes et autres effets spéciaux les chansons du mouvement Cold Wave alors à la mode. 

A l’époque, les vidéoclips sont très majoritairement tournés en studio. C’est par goût de mettre enfin à la lumière son univers mais aussi de bouleverser les tendances que Laurent Boutonnat négocie avec sa maison de disque, dès 1984 la réalisation des clips de ses compositions. Mis à part Maman à tort (1984) et son clip tourné dans l’urgence sur support vidéo, Boutonnat investira dans toutes ses productions des conditions de tournage nouvelles et une imagerie dans une forme habituée à de sévères contraintes, surtout financières. Fréquemment tournés en extérieur, les clips et long-métrages réalisés par Laurent Boutonnat véhiculent des éléments récurrents employés dans des contextes différents selon les films. Le cinéaste apporte des éléments peu coutumiers des réalisateurs de vidéoclips : la datation historique de diégèses se déroulant à d’autres siècles, l’utilisation de réels personnages secondaires, puis une imagerie visuelle nouvelle pour le clip, présente uniformément dans chacune de ses productions.

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Lieux et situations 

Les postulats de départ des clips de Laurent Boutonnat comme ses lieux de tournage campent d’emblée dès l’ouverture du film l’atmosphère lourde et négative de ses goûts cinématographiques. Le décor des films de Boutonnat, clips ou long-métrages, a contribué quelquefois à la réception critique de son œuvre en tant que « compilation imagière ». Le réalisateur dans toute sa filmographie a par exemple utilisé cinq fois le décor du cimetière, qu’il soit chrétien ou juif, que ce soit dans des clips ou dans chacun de ses longs-métrages. Boutonnat utilise ce décor dans des contextes pourtant différents. Alors simple élément décoratif servant l’introduction de Plus Grandir et l’errance de la fin de Ballade de la féconductrice, le cimetière prend une fonction symbolique dans Regrets où le lieu est une métaphore de la mort emprisonnant l’héroïne. En Concert élève le décor du cimetière en personnage du film, se sont ses grilles qui ouvrent et ferment le long-métrage, se sont ses tombes et ses « habitants » dont on suit l’évolution et la destruction durant le film. C’est le seul élément que suit le spectateur de la première image à la dernière. C’est seulement Giorgino qui utilise le cimetière selon sa fonction première : le repos et le rappel des personnes défuntes. En effet, seules les tombes du cimetière de Giorgino couvrent des personnages morts non-anonymes appartenant à la diégèse. 

Avant l’apparition des dites tombes à l’écran, le spectateur sait déjà qui elles représentent : les douze orphelins morts sur lesquelles le docteur Volli est venu enquêter. Les autres lieux utilisés par le cinéaste sont parfois emprunts d’une même morbidité, Sans Contrefaçon met en scène des roulottes de cirque vieilles et ternes, et l’action de Sans Logique se passe dans un désert aride au sol duquel traîne des ossements que de longs serpents viennent ronger.

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Les situations de départ des films de Laurent Boutonnat relèvent toujours de contextes difficiles, kafkaïens. Désenchantée par exemple commence par l’emprisonnement et le bizutage de l’héroïne dans une sorte de « prison-usine »99. Le début de Sans Contrefaçon voit un marionnettiste renvoyé violemment du théâtre où il se représentait, se faisant jeter dans la boue et cracher dessus ; et Parler tout bas commence sur une jeune fille perdue au milieu les ruines de sa chambre dans laquelle tombe une lourde pluie. Le décor ainsi directement planté, le public de Laurent Boutonnat reconnaît le ton de l’auteur pendant que le spectateur de clips traditionnels se familiarise avec ces atmosphères nouvelles. Sans Logique est le clip représentant le mieux cette entrée en matière brutale. Le couple assis main dans la main sur une petite dune se taillent les paumes des mains avec un couteau rouillé sans raison apparente. Signe avant coureur du sacrifice auquel ils vont devoir se livrer devant un public familier, l’idée est introduite une nouvelle fois par une petite fille jouant dans la boue et clouant innocemment une figurine du Christ sur une petite croix en bois trouvée au sol. L’utilisation fréquente de scènes fortes et violentes au début des clips ne trouve pas sa justification dans l’unique but stylistique de choquer le spectateur pour « l’accrocher » à l’histoire. 

 Comme c’est fréquemment le cas chez les scènes d’introduction de longs-métrages, chaque petite tragédie de début de film a un sens et détient la fonction de désigner entre quelles personnes et à quel degré va se passer l’action. L’exemple le plus complet revient au pré-générique de Giorgino. La visite du héros chez son docteur est accompagnée par le compte rendu du décès d’un homme dont l’enfant patiente dans le couloir d’attente. On apprend que suite à une longue amputation, le patient a perdu beaucoup de sang puis est mort. Le visage de son fils est l’image qui ouvre le film, et lorsque le héros sortira du cabinet du médecin, il assistera à une scène symbolisant à elle seule toute sa vie. 

Une bonne sœur vient s’accroupir près de l’enfant pour lui murmurer d’une voix douce quelques mots qui nous resterons inaudibles. L’enfant consentant donne alors la main de la sœur et tous les deux s’en vont au fond du long couloir. Avant l’apparition du titre du film, un dernier contrechamp sera fait sur le visage du héros, lui aussi ayant perdu ses parents étant petit. Son personnage est entièrement contenu dans le dernier plan : un garçon à l’âme d’enfant perdu dans un monde d’adulte se fera guider par une religion omniprésente mais impuissante.

 

EXTRAIT DU LIVRE DE Jodel Saint-Marc  « Le Clip en tant qu’œuvre Cinématographique / aux éditions Sorbonne Nouvelle en août 2003

 Nous pouvons parler de Mylène sur  » La Vie Devant Soi «  

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Philippe GILDAS et Mylène Farmer

Posté par francesca7 le 16 juillet 2014

DANS l’émission DIRECT – AVRIL 1987 Présenté par Philippe GILDAS CANAL +

 1

Philippe Gildas reçoit Mylène Farmer sur le plateau de son « Direct », sorte de première version de ce qui deviendra « Nulle Part Ailleurs ». Mylène, dans un tailleur gris beige, prend place aux côtés de la comédienne Marie-Christine Barrault pour répondre aux questions de l’animateur.

Philippe Gildas : Bonjour Mylène ! Est-ce que le clip est fini ?

Mylène Farmer : Il est terminé, oui.

PG : Ca sortira bientôt ?

MF : Il est en montage actuellement pendant une semaine, une semaine de mixage et la troisième semaine sera la bonne !

PG : Je voudrais bien voir « Libertine » au milieu des loups !

MF : Oui, ça va être très, très beau je pense !

PG : Vous l’avez vraiment fait avec des loups ?

MF : On a fait avec un loup, et puis sinon y a des…Je vous donne pas le secret, quand même ! (rires)

PG : Mais je savais depuis le début qu’elle voulait à tout prix faire son clip dès la sortie, avant même la sortie de « Tristana », d’ailleurs !

MF : Oui !

PG : Et vous l’avez tourné en Ardèche, non ?

MF : Non, non, non, on l’a tourné dans le Vercors, avec des plaines enneigées…Un très, très beau décor !

PG : « Tristana », c’est votre combien, cinquième 45 tours ?

MF : Oui.

PG : C’est une carrière qui est partie à cent à l’heure, alors ! Y a combien de temps ? Trois ans ?

MF : Ca fait, depuis « Maman a tort », trois ans, oui. Avec un album, entre !

PG : Et « Maman a tort », c’était pas hasard !

MF : Rien n’est un hasard, mais c’est vrai que j’ai eu la chance de rencontrer deux personnes qui…

PG : (il l’interrompt) Boutonnat ?

MF : Boutonnat, oui, Laurent Boutonnat avec qui je continue, compositeur donc qui m’a composé la première chanson.

PG : Il a eu, enfin je sais pas qui a voulu cette rencontre mais c’était bien puisque trois ans après un album est sorti…

MF : Oui.

PG : …qui a combien ? Six mois ?

MF : A peu près, oui. (l’album est pourtant sorti un an pile auparavant, ndlr)

PG : (…) Et voilà maintenant le nouveau 45 tours, « Tristana », on l’écoutera chanter dans un instant !

Philippe Gildas se tourne alors vers Marie-Christine Barrault, qui parle des films en costumes.

PG : (…) Mylène elle adore les déguisements !

MF : (rires) C’est vrai, j’aime bien les costumes, oui, les époques.

Marie-Christine Barrault : Les robes sont très, très lourdes ! (…) Pour chanter, je suis pas sûre que ce soit bien ! (rires)

PG : (se tournant à nouveau vers Mylène) Alors, « Tristana », l’histoire de « Tristana » ?

MF : Que voulez-vous savoir ?!

PG : Après « Libertine », il fallait le trouver quand même !

MF : Oui! C’est la dure reconversion de « Libertine » ! C’est une histoire simple, « Tristana », c’est un peu la mélancolie, un peu le désespoir. Voilà, c’est un peu la couleur de cette chanson.

PG : Pourquoi chaque fois, vous qui avez une vie professionnelle parfaitement réussie apparemment une vie privée aussi dont vous n’avez pas à vous plaindre, la petite québécoise…non c’est pas Québec, vous hein ?

MF : C’est Montréal.

PG : …venue en France, non pas pour chanter mais bien avant déjà ! Vous aviez quel âge ? 10 ans, 12 ans ?

MF : Oui c’est ça, 9, 10 ans.

PG : Quand vous voulez retravailler, vous allez au Canada sans problèmes : ils vous connaissent bien !

MF : Ils me connaissent pas du tout au Canada, non ! Non, non ! L’album est sorti, « Libertine » est en train de sortir mais je n’ai rien fait dans ce pays.

PG : Mais ils vous connaissent quand même ? Ils savent…

MF : Certainement. Depuis « Maman a tort », oui, ils s’intéressent un peu à ce que je fais.

1987-07-aPG : Sinon vous n’envoieriez pas vos disques en priorité là-bas, après la France !

MF : Ce n’est pas en priorité, c’est eux qui font appel à vous s’ils sont intéressés.

PG : Mais ça sert pas d’être canadienne ?

MF : Je ne crois pas. En ce qui me concerne, non parce que…

PG : Ils vous considèrent pas du tout comme canadienne ?

MF : Ben j’avoue que j’y suis jamais retournée, que je n’ai jamais rerencontré donc des canadiens. Il était question que j’y aille là, en mai donc c’est en pourparlers. Donc je pourrai vous répondre après ! (Mylène ira

finalement au Canada un an plus tard, ndlr)

PG : La carrière de mannequin, vous l’avez complètement abandonnée ?

MF : Oui, j’avais fait ça vraiment en dilettante, c’était pour gagner ma vie. Donc j’ai complètement abandonné parce que inintéressant et pas du tout ce à quoi j’aspirais.

PG : Alors qu’est-ce que vous ferez après la chanson ?

MF : Probablement élever des singes !

PG : (rires) Et pourquoi ?

MF : Parce que j’ai une passion de cet animal, des animaux en général, mais c’est vrai des singes spécialement.

PG : Mais qu’est-ce que vous en ferez ?

MF : Bah écoutez, un élevage probablement !

PG : Mais des grands ? Des petits ?

MF : Plutôt des gros.

PG : Oui, mais ça se reproduit ! (rires)

MF : Oui. Vous avez peur des familles nombreuses ?! (rires)

PG : De singes, oui !

MF : Y a plein de choses à faire : l’éducation…Enfin, je sais pas, y a plein de découvertes à faire certainement avec ces animaux.

PG : Enfin pour l’instant vous continuez la chanson ?

MF : Pour l’instant, je suis ravie de chanter ! (rires)

Philippe Gildas demande ensuite à Mylène d’interpréter « Tristana », ce qu’elle fait, entourée de ses deux danseuses. A l’écran apparaît parfois un trucage vidéo entourant Mylène de fausses flammes. Après lachanson, Mylène retrouve sa place face à l’animateur.

PG : Le dernier 45 tours de Mylène Farmer, « Tristana ». Alors en attendant la surprise du clip, parce que si j’insiste tellement sur le clip c’est…elle devrait faire du cinéma ! « Libertine » faisait combien de temps, le clip ?

MF : Je crois que c’était onze minutes.

PG : Un vrai film, en plus !

MF : Oui. Celui-là (« Tristana », ndlr) est parti pour être un peu plus long, d’ailleurs !

PG : Ha, vous allez faire encore plus long ?! Mais faut faire du cinéma carrément !

MF : Bah écoutez, peut-être un jour ! (rires)

PG : « Libertine », vous l’aviez tourné dans un château ?

MF : On l’a tourné dans un château…heu qu’est-ce qu’on a fait d’autre ?! (sourire) On a fait de l’extérieur également. Et là, c’est essentiellement extérieur et un peu studio.

MCB : Vous avez combien de temps pour tourner un clip ?

MF : Il y a la préparation -je vous laisse juge, vous connaissez le métier ! Sinon de tournage, c’était à peu près cinq jours. Cinq, six jours mais vraiment à temps complet, c’est-à-dire c’était de 5h du matin à 11h du soirPG : Mais pourquoi est-ce que par rapport à une chanson vous faites un clip aussi long par exemple, et qui est une autre aventure ?

MF : Oui, par plaisir.

MCB : Mais alors vous changez la musique, vous l’allongez ? Comment vous faites ?

MF : C’est-à-dire qu’on met ou de la musique additionnelle, dans « Libertine » c’est ce qui s’est produit, y a des moments sans musique, y a des moments avec voix-off, enfin y a plein de possibilités ! Et là en l’occurrence, on va mettre probablement la version du maxi 45 tours, donc qui est un peu plus longue que le 45 tours lui-même, avec une musique additionnelle et autre.

PG : Vous préférez passer beaucoup de temps par exemple à tourner ces clips, à les préparer, les tourner ou bien faire de la scène ? Ce sont deux choses très différentes…

MF : Cette question est très pernicieuse, je le sens ! (rires)

PG : Vous avez fait le podium Europe 1 ? (tournée des boites de nuit à l’été 1986 avec Catherine Lara en tête d’affiche, ndlr)

MF : J’ai fait effectivement le podium Europe 1 et…

PG : C’est une sacrée école, hein ?

MF : Oui, tout à fait, oui. Très intéressant et très agréable. Je préparerai certainement une scène, mais je vais attendre déjà d’enregistrer un autre album. Quant aux tournages, c’est vrai que le cinéma me passionne, les tournages me passionnent. Et tourner avec Laurent c’est aussi quelque chose que j’aime beaucoup.

MCB : Comment on fait ? C’est tout en play-back ? Vous écoutez la musique quand vous tournez ?

MF : Non, du tout. C’est-à-dire que chacun procède de façon différente. Nous, c’est vrai qu’on fait complètement abstraction de la chanson, du texte et de la musique pendant le tournage, et ce sera effectivement en play-back derrière.

MCB : Comme un vrai film, quoi.

MF : Oui, oui.

Philippe Gildas se tourne ensuite vers ses autres invités et Mylène n’intervient plus jusqu’à la fin

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FINANCEMENT PARTICULIER DES CHAINES A DOMINANTE MUSICALE

Posté par francesca7 le 9 juillet 2014

 

 

  Habituellement, le coût du vidéo-clip d’une chanson est presque intégralement couvert par la maison du disque assurant la promotion de cette chanson, le reste du budget étant le plus souvent avancé par un sponsor d’une chaîne télévisée.  

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En France, comme à l’étranger, même lorsque de budgets lourds sont en jeu, la maison de disque finance le clip, comme par exemple quelques-uns illustrant les chansons de Michael Jackson (Remember The Time – John Landis 1991, In The Closet – Herb Ritts 1993, Scream – Hipe Williams 1995), connus pour coûter l’équivalent d’une petite production de long-métrage. En France, le coût moyen d’un vidéo-clip jusqu’au milieu des années 90 était d’environ 16 000 Euros. 

Par la suite, cette moyenne a augmenté progressivement, conjointement au développement et la généralisation de l’emploi des effets spéciaux numériques et des tournages en extérieurs. En 2000 le coût moyen d’un clip français était compris entre 30 000 et 183 000 Euros, dont un dixième est souvent apporté par une chaîne de télévision (M6 ou MCM qui assurent un minimum de passages à l’antenne). Les plus grosses diffusions de vidéo-clips dans les années 90 sur la télévision hertzienne sont assurées par la chaîne M6, qui en programme alors toute la matinée, et une bonne partie de l’après-midi. Fortes de cette large diffusion soudaine, les maisons de disque se livrent dès 1992 à une surenchère de moyens pour faire augmenter la présence de leurs passages. Dès 1996, suite à la baisse du nombre des heures de programmes quotidiens consacrés à la musique en général, et aux vidéo-clips en particulier, M6 impose un certain nombre de critères pour que les vidéo-clips puissent passer sur leur antenne. Ainsi, entre 1996 et 2000, la direction des programmes exigeait que chaque vidéo-clip soit tourné sur pellicule 16mm. Exigence qui n’est pas pour rien dans le fait qu’en 2003 la totalité des clips sont tou és en 16mm. Ou super 16 mm.

 

« Dans sa première définition, la sixième chaîne (TV6) était une chaîne

thématique musicale. […] Bizarrement, l’exploitation en fut confiée au groupe

Métropole TV, constitué majoritairement de la Compagnie Luxembourgeoise

de Télévision dont le portefeuille de séries anglophones est le principal atout

contre des projets dont l’industrie musicale était largement présente. […] Au

grand dam des défenseurs de la musique française et de ceux qui estimaient

que la manne publicitaire française avait ses limites, la sixième chaîne est

généraliste, à orientation musicale. »

 

Désormais la chaîne M6 a certaines obligations minimales en matière de production, de diffusion d’œuvres et d’émissions musicales, ce qui fait encore d’elle en 2003 la première chaîne hertzienne dans le financement et l’exposition des vidéo-clips en France. On peut lire dans une partie de son cahier des charges ceci :

- Obligation de diffusion de 40% d’émissions musicales à 50% d’expression française.

- Obligation de diffusion de 25 heures hebdomadaires de musique dont une heure trente en fin d’après-midi.

- Obligation de production de 100 clips français et coproduction de 100 clips français par an.

- Obligation d’ouvrir aux ministères des affaires étrangères son portefeuille de clips musicaux. 

                                                                                                     mylene-farmer-maman-tort_19jpf_ev06q

  Maman à tort en 1984 sera le seul clip de Laurent Boutonnat à avoir être financé par sa maison de disque. Le faible coût de ce vidéo-clip76, même à cette époque, ne permet pas à Laurent Boutonnat de développer le scénario qu’il a écrit. Ce dernier prévoit de tourner dans un hôpital et un château, avec des dizaines de figurants costumés, et nécessite entre autre de larges mouvements de caméra et d’autres préparations qui demandent du temps, donc coûtent beaucoup d’argent : 67 000 Euros au total. La maison de disque RCA, satisfaite du premier clip, refusera à Laurent Boutonnat d’en tourner une deuxième version, à moins qu’il trouve d’autres sources de financement. La période de promotion de la chanson Maman à tort qui se termine bientôt pose un réel questionnement quant au bien fondé d’une telle recherche de financements. Boutonnat abandonne rapidement son projet (dont le story-board a pourtant été publié au Matin de Paris) mais retient l’idée de faire produire ses clips par des sociétés extérieures à la maison de disque. 

Pour cela il se tourne vers les sociétés de production publicitaires avec lesquelles il travaillait à l’âge de vingt ans. Boutonnat avait alors réalisé quelques publicités pour des sodas et du Grand Marnier, et films d’entreprise.

 

 EXTRAIT DU LIVRE DE Jodel Saint-Marc  « Le Clip en tant qu’œuvre Cinématographique / aux éditions Sorbonne Nouvelle en août 2003

 

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BANDE SON DE POURVU QU’ELLES SOIENT DOUCES

Posté par francesca7 le 9 juillet 2014

 

 

La place de la chanson est entière sur la bande-son jusqu’à ce que la dramaturgie devienne suffisamment importante pour que le spectateur puisse faire abstraction de la musique qu’il s’attendait jusque là à entendre. C’est à ce moment où le film dans son sens cinématographique prend le pas sur le clip promotionnel : ses objets principaux ne sont plus la chanson et son interprète, mais l’histoire et l’ensemble des personnages suivis sur l’écran. C’est pourquoi pendant les dix dernières minutes du clip de P.Q.S.D, la chanson pourtant sensée être jouée ne l’est plus du tout. Elle laisse la place à une nouvelle composition accompagnant, comme une musique de film le ferait, la bataille des deux troupes. Dépassant les missions du clip, Boutonnat influe sur le spectateur notamment par l’emploi des différentes bandes sonores, et l’emmène progressivement de la mise en images d’une chanson à un film de fiction assez indépendant pour se passer de cette chanson.

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 P.Q.S.D rejoint, par les caractéristiques dont nous venons de parler, la conception de plusieurs clips du même réalisateur, dont Désenchantée (1991). Des moyens comparables au clip de 1988 ont été mis en œuvre afin d’identifier davantage le budget du film à celui d’une production Cinématographique qu’à celui d’un clip. Quatre jours de tournage en Hongrie avec une centaine de figurants hongrois ont été nécessaires, et le même soin a été apporté au traitement scénaristique incluant des sujets sous-tendus, ainsi qu’aux caractéristiques cinématographiques apportées comme les génériques et le format de rapport 2.35. D’un point de vue sonore, Désenchantée reproduit le schéma de Pourvu qu’elles soient douces à la différence près que l’usage de la version remixée de la chanson est plus présente dans ce clip, notamment lorsque les prisonniers jusqu’ici enfermés se révoltent et mettent à sac leur bagne. Largement recouverte de bruitages, la présence de la chanson dans cette séquence est pourtant toujours justifiée par l’apport d’un tempo qui rythme les plans d’agitements et de coups, alors qu’une autre musique écrite pour l’occasion ne l’aura pas mieux illustrée. De plus, c’est lors de cette scène que les paroles de la chanson Désenchantée prennent tout leur sens, ce qui n’était pas le cas pour la séquence de bataille guerrière qui aurait illustré des paroles au contenu « érotisant ».

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En 1991, date de Désenchantée, le dispositif mis au point dès 1985 par Boutonnat ne nécessite plus de caractéristiques comme entre autres l’appartenance à un genre cinématographique bien défini. Les clips de Boutonnat n’ont plus besoin pour être respectés d’être injectés de références cinématographiques ou d’être pérennisés par des suites. Ils peuvent être désormais vus comme les films d’un auteur qui trouvent leur justification dans l’entièreté d’une œuvre à laquelle seule ils doivent être rapportés.

 

EXTRAIT DU LIVRE DE Jodel Saint-Marc  « Le Clip en tant qu’œuvre Cinématographique / aux éditions Sorbonne Nouvelle en août 2003 

 

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Chanson sur Mylène Farmer

Posté par francesca7 le 25 juin 2014

 

VIDÉO. La jeune femme s’apprête à revenir sur le devant de la scène avec un sixième album sur lequel figure un titre au nom de son ex-productrice.

Image de prévisualisation YouTube

Alizée prépare son (énième) come-back et, pour l’occasion, s’est teinte en blonde, du nom de son sixième album studio lancé cette semaine par Sony Music. « Méfie-toi des blondes décolorées », prévient-elle sur le premier single dont le clip peroxydé a été divulgué fin avril. De là à y voir à un avertissement à l’attention d’une certaine Mylène Farmer, il n’y a qu’un pas que la presse people s’est empressée de franchir. 

téléchargement (6)Car sur la tracklist de ce nouveau disque figure un titre qui a immédiatement suscité le buzz : une chanson intitulée « Mylène Farmer ». L’ex-graine de star va-t-elle régler ses comptes avec celle qui fut son mentor et la révéla au grand public en 2000 avec « Moi… Lolita » ? Les deux artistes se sont séparées en 2004 et n’auraient plus jamais été en contact depuis. 

« Ce n’est pas un hommage », admet Alizée à propos de ce titre mystérieux composé par Pascal Obispo. « Je ne suis pas là à dire que je l’aime, qu’elle me manque, des trucs improbables, ce n’est pas du tout ça… » Dans une interview à Pure Charts, la gagnante de la quatrième saison de Danse avec les stars explique toutefois qu’il ne s’agit pas d’un réquisitoire contre Mylène Farmer. « Même si ça fait dix ans que je ne travaille plus avec elle, elle fait partie de ma vie. C’est l’artiste pour laquelle j’ai le plus de respect et d’admiration », affirme-t-elle.

« Je ne suis pas Mylène »

La chanson fait donc plutôt figure de récit doux-amer sur quelqu’un qui vit dans l’ombre de la chanteuse. « Je parle de la vie d’un fan de Mylène Farmer. Moi, je suis la personne qui vit avec ce fan. Cette personne avec qui je vis est fan à tel point qu’il voudrait que je sois comme Mylène. Mais je ne suis pas Mylène. Elle a beau être parfaite, ce n’est pas moi. » 

À l’évidence, l’autobiographie n’est pas loin, ce que reconnaît Alizée. La jeune femme, révélée à 16 ans et aujourd’hui âgée de 29 ans, a ressenti le besoin de régler « plein de problèmes dans (sa) tête » et d’exprimer ses sentiments en musique. Pour passer, enfin, à autre chose ? Pas si sûr : « On me parle tout le temps de Mylène, j’en parle tout le temps et j’en parlerai toujours. »

source lepoint.fr

Pourquoi avoir attendu si longtemps pour lui consacrer un morceau ?

« Un petit clin d’oeil pour la remercier »

J’étais prête à en parler aussi parce que, cette année 2013, j’ai fait plein de choses et réglé plein de problèmes dans ma tête. Il restait cette petite parenthèse pas trop réglée. C’est bizarre pour moi car on m’en parle beaucoup et on ne la voit pas beaucoup. Evidemment, une personne qui s’en est approchée, on essaie d’en savoir plus auprès d’elle. On m’en parle tout le temps, j’en parle tout le temps et j’en parlerai toujours. Mais là j’étais prête à en parler plus. Et c’est aussi un petit clin d’œil pour la remercier. Dans mes chansons, je parle toujours des gens qui me tiennent à cœur. J’ai parlé de ma fille, dans « Plus de bye bye » je parle de Grégoire…. Et Mylène Farmer c’était une personne très importante dans ma vie et du coup j’en parle. Tout simplement.

En savoir plus sur http://www.chartsinfrance.net/Alizee/news-92506.html#LJxTQvFprvhMvySx.99

 

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SIDA, LE GRAND RENDEZ-VOUS avec Mylène FARMER

Posté par francesca7 le 15 juin 2014

 

4 JUIN 1987 – Présenté par Jean-Marie CAVADA sur ANTENNE 2

1987-09-bA l’époque diffusée sur Antenne 2, cette édition de « La Marche du Siècle » est exemplaire puisqu’il s’agit de l’une des toutes premières émissions en France en prime-time consacrée au Sida. A l’initiative de Line Renaud se sont réunis sur le plateau du débat de Jean-Marie Cavada un grand nombre d’artistes venu afficher leur engagement pour cette cause.

C’est le cas de Mylène qui, en cours d’émission, interprète « Au bout de la nuit ».

Plus tard dans l’émission, Jean-Marie Cavada fait réagir les différents artistes présents sur le plateau. Il se tourne donc, entre autres vers Mylène.

Jean-Marie Cavada : Mylène Farmer, ça vous apparaît aussi à vous la grande peur de la fin du siècle, le Sida ?

Mylène Farmer : Ca m’apparaît… ?! Je n’ai pas compris.

JMC : La grande peur de la fin du siècle.

MF : Ca transparaît en tout cas. Le fait que cette émission ait lieu, je pense que c’est quelque chose, oui, qui est très, très grave. C’est un fléau. Maintenant, que dire ? Moi j’ai côtoyé la mort de très près, j’ai vu une personne partir avec un problème de cancer. C’est quelque chose de dramatique et la vie est parfois une vaste plaisanterie. Voilà, je ne sais que dire…

Jean-Marie Cavada fait réagir ensuite Marc Lavoine. Mylène n’intervient plus jusqu’à la fin de l’émission.

Notons toutefois qu’étant placée derrière Line Renaud et Jean-Marie Cavada, on la voit très, très souvent à l’image.

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LES RECORDS DE MYLENE FARMER

Posté par francesca7 le 13 juin 2014

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Mylène Farmer est l’artiste ayant classé le plus de singles dans le Top 10 français :
(43 titres) Libertine, Tristana, Sans contrefaçon, Pourvu qu’elles soient douces, Sans logique, Désenchantée, Regrets, Je t’aime mélancolie, Beyond my control, Que mon coeur lâche, XXL, L’Instant X, California, Rêver, La poupée qui fait non, L’Âme-stram-gram, Je te rends ton amour, Souviens-toi du jour, Optimistique-moi, Innamoramento, Dessine-moi un mouton, L’histoire d’une fée, c’est…, Les mots, C’est une belle journée, Pardonne-moi, Fuck them all, Q.I, Redonne-moi, L’amour n’est rien…, Peut-être toi, Slipping away (Crier la vie), Avant que l’ombre… Live, Déshabillez-moi Live, Dégénération, Appelle mon numéro, Si j’avais au moins…, C’est dans l’air, Sextonik, Oui mais… non, Bleu noir, Lonely Lisa, Du temps, À l’ombre.

 

Record de singles classés n°1 dans le Top 50 des meilleures ventes de singles en France :
(13 titres) Pourvu qu’elles soient douces, Désenchantée, XXL, Slipping away (Crier la vie), Dégénération, Appelle mon numéro, Si j’avais au moins…, C’est dans l’air, Sextonik, Oui mais… non, Bleu noir, Lonely Lisa, À l’ombre.

 

Record de singles consécutifs classés n°1 dans le Top 50 des meilleures ventes de singles en France :
(8 titres) Dégénération, Appelle mon numéro, Si j’avais au moins…, C’est dans l’air, Sextonik, Oui mais… non, Bleu noir, Lonely Lisa.

 

Record de singles classés simultanément dans le Top 50 des meilleures ventes de singles en France :
(4 titres) Dégénération, Appelle mon numéro, Si j’avais au moins…, C’est dans l’air.

 

Records de singles d’un même album classés n°1 dans le Top 50 des meilleures ventes de singles en France :
Album Point de Suture : (5 singles, soit tous les extraits) Dégénération, Appelle mon numéro, Si j’avais au moins…, C’est dans l’air, Sextonik.
Album Bleu Noir : (3 singles, soit tous les extraits) Oui mais… non, Bleu noir, Lonely Lisa.

 

Record de ventes de DVD musicaux :
Mylenium Tour, environ 300’000 ventes.
Puis quelques années plus tard Avant que l’ombre… à Bercy, avec 450’000 ventes.

 

Record de ventes de Best of :
Les Mots vendu à près d’1’700’000 d’exemplaires.

 

Record de ventes de double album Live :
Live à Bercy pour plus de 900’000 exemplaires vendus.

 

Records de budget pour un clip français :
Pourvu qu’elles soient douces : 450’000 €, California : 600’000 €, L’Âme-Stram-Gram : 900’000 €.

 

Record de budget pour une tournée française :
Mylenium Tour qui a coûté plus de 120 millions de francs.

 

Record de durée pour un clip français :
Pourvu qu’elles soient douces : 17mn.

 

Record du nombre de Disques de Diamant pour une chanteuse française :
(7 albums) Ainsi soit je…, L’autre…, Anamorphosée, Innamoramento, Les mots, Bleu Noir, Monkey Me.

 

Record du nombre de trophées NRJ Music Awards :
(8 récompenses) Trois en 2000, un en 2001, un en 2002, un en 2003, un en 2006 et un en 2009.

 

Record de revenus engrangés par une artiste française :
10,4 M€ en 2001 (selon Le Figaro).

 

Record de l’artiste française la plus exportée en 2005 :
avec Désenchantée, selon la SACEM (basé sur les diffusions et copies enregistrées en 2004).

 

Record de rapidité de remplissage du Stade de France
Concert du 12 septembre 2009 complet en 2h (vendredi 28 mars 2008 à 10h).
Concert du 11 septembre 2009 complet en 1h15 (mardi 1er avril 2008 à 10h).

 

Record de rapidité de ventes d’une tournée
100’000 places vendues de sa tournée 2009 en une journée de commercialisation (vendredi 23 mai 2008).

 

Record de ventes digitales :
En 2008, le single Dégénération est n°1 du Top des titres achetés sur Internet, avec 4’998 téléchargements, en trois jours de mise en vente.
En 2008, l’album Point de Suture est l’album le plus téléchargé en France (depuis la création des ventes digitales), avec 5’121 téléchargements en quatre jours de mise en vente.
En 2010, l’album Bleu Noir est l’album le plus téléchargé en France (depuis la création des ventes digitales), avec 9’129 téléchargements en première semaine de vente. (MAJ : record battu par David Guetta en septembre 2011)

 

Record de ventes physiques en une semaine :
En 2010, l’album Bleu Noir est l’album qui réalise le plus fort démarrage en France (pour cette année-là), avec 139’000 exemplaires vendus en première semaine d’exploitation.

 

Record de présence dans le Top 50 sur quatre décennies :
Elle est la seule artiste à avoir classée n°1 du Top 50 un single dans les années ’80s, ’90s, ’00s et ’10s.

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Les aides Associatives de la part de Mylène Farmer

Posté par francesca7 le 24 mai 2014

 

CMylène Farmer reste très discrète quand il s’agit d’apporter sa renommée pour l’aide d’association. Pourtant, sans être médiatique, son action reste néanmoins présente et très concrète. Toutes les sommes d’argent qu’elle touche en dommages et intérêts suite à ses procès contre la presse people sont reversées à des associations. Régulièrement, les Enfoirés reprennent les tubes de Mylène Farmer. Sans participer à ces soirées caritatives, Mylène cède ses droits sur ses titres : Libertine et Sans contrefaçon en 2002,Moi… Lolita et Rêver en 2002, C’est une belle journée en 2003, Désenchantée en 2005 et Pourvu qu’elles soient douces en 2006.

D’aucune manière, Mylène ne cherche à tirer profit de ses actions caritatives.

 

Eventail Amour de Soie – mai 2009

mylene farmerPour sa tournée 2009, Mylène Farmer a proposé à la vente, comme merchandising, un éventail fabriqué par les artisans d’un village du Vietnam. L’éventail est en papier et tous les bénéfices de la vente sont reversés au profit de l’Association Amour de soie… et des autres. Grâce à cette assiocation de nombreux enfants seront scolarisés, avec en prime une vélo offert.
Responsabiliser et valoriser les femmes par le travail, leur donner accès à l’éducation, leur permettre de sortir du cycle de la pauvreté, c’est le défi que se propose de relever humblement Amour de soie… et des autres.

 

 

AIDES – décembre 2008

mylene farmerSamedi 13 décembre 2008 était organisé à l’hôtel Intercontinental une vente aux enchères au profit de AIDES, association contre le Sida. De nombreux créateurs et personnalités ont offert à la vente des objets personnels. Carla Bruni a fait don d’une magnifique robe Dior et Mylène Farmer a proposé une illustration originale de Lonely Lisa. Son dessin s’est envolé à 1500 euros.

 

Autistes sans frontières – mai 2006

Mylène Farmer et Franck Sorbier ont signé un t-shirt mis en vente au profit de l’Association Autistes Sans Frontières. Ce t-shirt tiré à 40.000 exemplaires a été vendu dans les 200 boutiques Sephora en France au prix de 15 euros.
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Il s’agit d’une création de Franck Sorbier et Mylène Farmer, puisque le t-shirt représente un dessin d’une des tenues du dernier spectacle de Mylène Farmer.

Communiqué de presse
Il était une fois, une belle histoire pour une belle cause. Mylène Farmer et Franck Sorbier réunis à nouveau pour l’Association Autistes Sans Frontières, ont illustré un tee-shirt qui sera mis en vente au profit de l’association dans les boutiques Séphora en mai 2006. Dans un univers graphique ludique noir et blanc, une figurine habillée d’un costume conçu et réalisé par Franck Sorbier pour le dernier concert de Mylène Farmer, Avant que l’ombre… à Bercy 2006, apportera un moment de bonheur et de douceur pour l’Association Autistes Sans Frontières.
Le site : Autiste sans frontière.

Autistes Sans Frontières finance des dispositifs d’accompagnement permettant d’intégrer des enfants autistes à l’écoleordinaire.

 

AFIPA – avril 2006

L’AFIPA (Association Française et Internationale de Protection Animale) a mis aux enchères, du 30 mars au 8 avril 2006, sur le site www.aucland.fr, des objets ayant appartenu à des célébrités. Mylène, qui mettait aux enchères un morceau du décor des concerts Avant que l’ombre… (ainsi qu’un programme dédicacé) a été la grande gagnante de ce Trophées de star, puisque l’objet a été adjugé à 5850 euros ! Bravo à FRED1969 l’heureux gagnant.

mylene farmer

L’AFIPA (Association Française et Internationale de Protection Animale) est née en 2001. Initialement défendant la cause animale, l’Association se spécialise très rapidement dans la lutte contre la fourrure d’animaux domestiques, à savoir la fourrure de chien et de chat.
Les autres donateurs

Dépèche AFP
Des célébrités mettent des objets personnels aux enchères pour lutter contre la fourrure – Isabelle Adjani, Nathalie Baye, Mylène Farmer ou Arielle Dombasle : une quinzaine de personnalités offrent aux enchères des effets personnels sur le site aucland.fr, à partir de ce jeudi et jusqu’au 30 avril, au profit de l’Association internationale de protection animale (AFIPA).
Nous avons rencontré beaucoup de sympathie de la part de personnalités, hommes et femmes de coeur, qui ont soutenu notre action contre la commercialisation de fourrures de chats et de chiens ou qui nous suivent plus généralement dans notre combat contre la fourrure explique Nicolas Biscaye, directeur de l’AFIPA.
L’association entend faire pression auprès du gouvernement pour qu’il modifie le décret relatif à l’étiquetage de la fourrure et plus particulièrement auprès de Thierry Breton afin que soient mentionnés sur les étiquettes le nom commercial, le nom scientifique, la méthode d’abattage et le pays de provenance de l’animal abattu.
- Isabelle Adjani propose la robe du soir en mousseline de soie rouge signée Tom Ford pour Yves Saint Laurent, portée dans le film La Repentie.
- Tina Arena se sépare du double disque d’or 500 choristes qu’elle a reçu en 2005.
- Mylène Farmer offre un élément du décor de son dernier spectacle à Bercy, authentifié, ainsi qu’un programme dédicacé.
Les fonds récoltés permettront de financer la prochaine campagne des bénévoles de l’AFIPA. Michel Drucker, Paul Belmondo, Patrick Bouchitey, Michel Fugain, Philippe Gelück, Franck Sorbier, Françoise Fabian ou Patrick Fiori participent aussi à l’opération.

mylene farmer
Voici le visuel du morceau des portes colossales (1 x 2 mètres) que Mylène Farmer a offert à l’association AFIPA.

 

Télévie – avril 2006

Le 1er avril, de 9h15 à 13h00, sur Bel RTL et RTL TVI (télévision belge), la mise en vente aux enchères des récompenses des meilleurs albums de l’année 2005 a rapporté 137 600 euros au Télévie.
L’émission belge Télévie est un programme caritatif qui a pour objectif de recueillir des fonds afin de venir en aide aux victimes de la leucémie.
A cette occasion, le disque d’or belge décerné à Mylène Farmer pour son album Avant que l’ombre… a été mis en vente. Grâce à ce geste et à l’ensemble de tous les autres dons, les fonds récoltés sont une fois de plus en hausse par rapport à l’année dernière. Merci pour eux !

televie 2006 Mylène Farmer
Johnny Hallyday
Chimène Badi
Calogero
Celine Dion
Patrick Bruel
Madonna
Le roi soleil
Raphaël
Alain Souchon
Robbie Williams
Frédéric François
Avant que l’ombre…
Ma vérité
Dis-moi que tu m’aimes
Live 1.0
On ne change pas
Des souvenirs devant
Confessions on a dance floor

Caravane
La vie Théodore
Intensive care
Et si on parlait d’amour

12 000 euros
25 000 euros
6 100 euros
6 200 euros
9 000 euros
13 000 euros
8 500 euros
5 600 euros
11 100 euros
6 200 euros
10 000 euros
8 500 euros

 

Rêves – 20 janvier 2006

L’association Rêves agit pour réaliser les rêves des enfants malades. Le 20 janvier 2006, 3 enfants ont pu rejoindre Mylène dans sa loge à la fin du spectacle de Bercy : Laetitia de l’Aveyron, Laetitia du Puy-de-Dôme et Betty du Rhône.

Le site de Rêves reves

 

Solidarité Enfants Roumains Abandonnés – mars 2005

Bonjour je suis Mylène Farmer. Un jour, j’ai découvert dans un reportage, qui m’a profondément bouleversée, la souffrance de milliers d’enfants abandonnés chaque année et enfermés dans des orphelinats en Roumanie.
J’ai rencontré une association qui s’appelle S.E.R.A : Solidarité Enfants Roumains Abandonnés. S.E.R.A sort les enfants des orphelinats pour les rendre à leurs familles ou pour leur trouver une famille d’accueil. S.E.R.A ferme les orphelinats mouroirs, où les enfants sont traités de manière inhumaine. Ces enfants ont besoin de nous.
seraTel est le message que l’on a pu entendre sur les radios Chérie FMet RFM en mars 2005.
Un beau geste de Mylène Farmer pour soutenir cette association venant en aide aux orphelins roumains.

Message audio :    ||  Le site de SERA

 

Solidarité Asie – janvier 2005

Le 17 janvier 2005 est sorti une compilation des artistes du label Universal en faveur des victimes du raz-de-marée meurtrier du 26 décembre 2004 en Asie. Mylène y est présente avec Rêver, un titre qu’elle avait déjà repris lors d’une émission caritative destinée aux enfants de la guerre.
Ce titre est en passe de devenir un hymne, triste et désenchanté… Le track-listing de l’album est le suivant :

1. Io le canto per te – Florent Pagny
2. La rivière de notre enfance – Garou et Michel Sardou
3. Tout au bout de nos peines – Isabelle Boulay et     johnny Hallyday
4. Je ne sais pas son nom – Chimène Badi
5. Si seulement je pouvais lui manquer – Calogero
6. Elle danse seule – Gérald De palmas
7. Rodéo – Zazie
8. Rêver – Mylène Farmer
9. Tu es mon autre – Lara Fabian et Maurane
10. L’été – Bernard lavilliers
11. Sur la route 66 – Eddy Mitchell
12. Pourtant – Vanessa Paradis
13. Osez Joséphine – Alain Bashung
14. Le défi – David Hallyday
15. Ma révolution – Jenifer
16. Tu seras – Emma Daumas
17. Du courage – La Grande Sophie
18. Showbiz – M. Pokora
19. N 10 – Booba
20. Dis-moi que l’amour – Marc Lavoine et Bambou
21. Suivre une étoile – Nolwenn Leroy
22. Né quelque part – Maxime Le Forestier
Universal Music et les artistes se mobilisent
au profit d’Action Contre la Faim

solidarite asie

 

Peinture d’autistes, parole d’artistes… – avril 2004

L’autisme, grave trouble du comportement mental dont on cherche encore l’origine, limite la communication et la relation aux autres. 100 000 personnes en France sont concernés par cet handicap. Les moyens manquent cruellement pour que chaque autiste bénéficie d’une prise en charge adaptée.
Le 29 avril 2004 est sorti en librairie Peintures d’autistes, paroles d’artistes, un recueil de 124 pages contenant 56 regards d’artistes posés sur des tableaux d’autistes. Face à cet univers de couleurs cabossées, les émotions se sont révélées avec spontanéité et générosité. Le résultat est étonnant !, précise l’éditeur Neyret Michele.
autistes artistesEcrivains, peintres, poètes, musiciens, sportifs, chanteurs, acteurs… ils ont tous accepté sans hésiter d’accompagner de leurs mots et de leurs impressions les couleurs et les silences des artistes autistes. Ce livre vous permettra d’approcher ce monde étrange de l’autisme et ses talents peu ordinaires.
Parmi eux, on trouve Zazie, que l’on savait déjà sensible à cette cause, mais aussi : Annequin et Jullian – J.Philippe Aubanel – Charles Auburtin – Ayerdhal – Luc Besson – Pierre Bordage – François Bourgeon – Marie Thérèse Bourrat – Howard Buten – Charlelie Couture – Sylvie Chausse – Franck Emmanuel-Comte – Guy Darmet – Renée David – Eric Dexheimer – Jean Philippe Dubor – Driss El Kesri - Mylène Farmer - Faudel – Philippe Favier – François Frappa – Pierre Gagnaire – Patrice Giorda – Alex Godard – I Muvrini – Jeff (Têtedoie) – André Julliard – Daniel Kawka – Kent – Keren Ann – Yves Loude – Michel Maly – Maguy Marin – Marino (Théry) – Marthe Martinez – Sophie Mestrallet Sauzay – Geneviève Metge – Nelson Montfort – Gilles Moretton – Yannick Noah – Séverine Piraud – Philippe Piroud – Claire Rengade – Rufus – Camille Saint Jacques – Cristina Tavares – Gérard Teilhol – Bernard Tétu – Bruno Théry – Murielle Thévenet – Claire Truche – Martin Winckler – Michaël Youn – Zenzila.
L’intégralité de la vente du livre est dédiée à l’équipement d’un nouveau centre pour personnes autistes dont l’ouverture est prévue dans la région lyonnaise courant 2005.

 

Cent Titres (l’ARC) – octobre 2003

mylene farmer arcDu 23 au 30 octobre 2003, Mylène expose à l’espace Artcurial un tableau intitulé Cent titres qu’elle a dessiné l’été. Le tableau est vendu aux enchères le 30 octobre 2003 pour un montant de 6500 euros. La somme ainsi récoltée va pour une assocation de lutte contre le cancer du sein (l’ARC). L’heureux gagnant n’est autre que Jean-François Kovalski rédacteur en chef du magazineInstant Mag.
arc

Le site internet

 

Zidane ELA – mai 2002

mylene farmerLe 19 mai 2002 Michel Drucker présente sur France 2 l’émission Zidane ELA, zidanepour soutenir l’Association Européenne contre les Leucodystrophie dont le parrain en France estZinédine Zidane. Mylène interprète C’est une belle journée dans un passage ampexé. Mylène n’est pas présente sur le plateau.
A noter que Mylène participe à la bande annonce de l’émission en compagnie des autres invités et techniciens en second plan. Tous reprennent en cœur Zidane ELA.

 

SIDACTION – juillet 1999

mylene farmerJe te rends ton amour paraît le 8 juin 1999. Ce n’est pas la chanson qui fait scandale mais le clip tourné à l’abbaye de Mériel par François Hanss. On y voit la chanteuse baignant dans une mare de sang après avoir été confessé par un prêtre satanique Un comité de censure jugeant le clip trop violent et blasphématoire pouvant heurter la sensibilité des téléspectateurs demande aux chaînes de repousser tard dans la soirée diffusion du clip et demande à Mylène de le modifier. En réaction, Mylène accepte un nouveau montage du clip mais sort en kiosque la version intégrale le 6 juillet. La cassette VHS du clip est accompagné d’un fascicule. La médiatisation est telle que le succès dépasse les espérances avec 30 000 exemplaires vendus. Pour faire un pied de nez à la censure, Mylène offre la totalité des bénéfices à l’association Sidaction.

 

Urgence 27 artistes pour la recherche contre le sida – juin 1992

urgence

Mylène Farmer participe à une action contre le sida pour la première fois en 1992. Pour Urgence, un double album de reprises acoustiques, sur une idée d’Etienne Daho, Mylène offre une version nouvelle du titre Dernier sourire, alors qu’au départ, Que mon cœur lâche était destiné à figurer sur la compilation, puisque le titre évoque clairement le port des préservatifs.

 

Une soirée pour les Restos – décembre 1988
restos du coeur

La première action caritative publique de Mylème se déroule lors de l’émission de TF1 animée par Jean-Pierre Foucault le 17 décembre 1988 Une soirée pour les Restos. Cette soirée est organisée en faveur des Restos du Cœur et elle coïncide avec l’arrêt de la fabrication du Solex. Jean-Pierre Foucault met aux enchères le Solex présent sur le plateau et dédicacé par Mylène. L’enchère dure le temps pour Mylène d’interpréter Pourvu qu’elles soient douceset est remporté par un certain Samir T. qui propose la somme de 120 000 francs (18 300 Euros). Lors de cette annonce, Mylène sort de derrière son dos un chèque qu’elle remet à l’animateur. Jean-Pierre Foucault, surpris et ému, remercie vivement Mylène sous les applaudissements du public.

 

Contre le sida, les stars se mobilisent – avril 1987

VSD SidaLe 09 avril 1987, on retrouve Mylène associée à 25 autres personnalités à la Une d’un numéro exceptionnel de VSD consacré à la lutte et la prévention contre le Sida. Chacun tient à la main un préservatif.
VSD SidaMylène sera fidèle à son engagement contre le sida tout au long de sa carrière. Toujours en juin 1987, au travers d’une photo de Catherine Cabrol dans le magazine Photo.
En 1995, Mylène est invitée de l’émissionDéjà le retour sur France 2. Elle porte discrètement le pin’s du sidaction. 

 

Concert pour SOS Racisme – juillet 1987

SOS racismeLe 15 juillet 1987, un grand spectacle est organisé au profit de SOS Racisme. SOS racismeLe concert est retransmis par La Cinq. En extérieur, des dizaines d’artistes viennent interpréter en direct leur tube du moment. Mylène interprète Tristaneaccompagné de ses deux danseuses.

 

La chanson pour la vie – Care France – mars 1986

chanson de la vieDepuis 1985, des réunions d’artistes proposent des chansons caritatives au profit de divers causes : Band Aid, USA for Africa, Chanteurs sans frontières. U2, avec 10 artistes chante Sun City contre l’apartheid en Afrique du Sud. La France ne reste pas inactive. Jean-Jacque Goldman créé la chanson des Restos du Cœur. Eté 1985, Alice Donna lance le projet Femmes du monde en réunissant 25 chanteuses au profit de l’association Care France. Claude Lemesle écrit le texte de la chanson, tandis que Alice Dona compose la musique. chanson de la vieLa chanson s’appelleLa chanson de la vie et est interprétée lors de l’émissionChamps Elysées sur Antenne 2 le 15 mars 1986. Malheureusement, Linda de Suza, Marie Myriam, Isabelle Aubrey, Jane Birkin et Dorothée n’ont pu être présentes (malades ou en tournées). Heureusement, Mylène Farmer accepte d’être une remplaçante pour une soir. A noter que toutes les chanteuses appartiennent au label Polydor, label où est sortie quelques jours auparavant le 45 tours. 

 

 

Vusur : http://residencemf.fr/entreprise

 

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Johanna MANCHEC choristes de Mylène Farmer au Timeless 2013

Posté par francesca7 le 23 mai 2014

 

 

johanna manchecChanteuse protéiforme, Hohanna Manchec, se lance très tôt dans le musique en apprenant la guitare et le piano, puis se produit, dès l’adolescence, comme interprète du piano-bas La Périgourdine. Elle fait ses premiers pas de choriste lors du Stade France de Johnny Hallyday en 1998, avec qui elle chantera à nouveau en 1999, 2000, 2003 et 2006. En parallèle, elle donne des cours de chant et cape son premier rôle d’actrice à L’opéra Royal de Wallonie à Liège, en 2003, dans Simenon et Joséphine de Jean-Louis Grinda, elle y joue le rôle principal de Joséphine Baker et s’adonne même aux claquettes.

Présentée par Yvan Cassar à Mylène Farmer, elle participe en 1999 aux choeurs africains de « Mylenium » et « L’amour naissant » sur l’album « Innamoramento ». Par la suite, elle sera présente en tant que choriste sur toutes les tournées de Mylène Farmer à partir du Mylenium Tour.

La chanteuse a à son actif un album solo, « Hymne à la vie » (Février 2011), écrit, composé et arrangé par ses soins.

Image de prévisualisation YouTube

vidéo http://www.youtube.com/watch?v=Mp5QLaditB8

 

Amoureuse du spectacle vivant, Johanna Manchec-Ferdinanc mène avec talent et énergie une carrière de choriste pour Johnny Hallyday et Mylène Farmer, et avec humour et élégance, ses propres concerts…

Mylène Farmer a fait un passage par le Cours Florent. Vous avez, vous aussi, suivi une formation pluridisciplinaire bien avant que Star Academy et autres Popstars n’existent…
J’ai suivi une formation dans une école privée de spectacle. J’ai fait le Festival d’Avignon, travaillé au Cirque d’Hiver et obtenu mon diplôme. Je me suis ensuite frottée à l’école de la vie. J’ai débuté au piano-bar La Périgourdine, un soir où mon meilleur ami a demandé au patron de me laisser interpréter « Summertime ». J’ai été engagée le soir même, malgré un maigre répertoire. Au début des années 1990, j’ai travaillé au mythique cabaret des Trois Maillets. J’étais très attirée par ce lieu rempli des fantômes de Sydney Bechet ou de Nina Simone. J’ai appris à chanter et aussi à susciter l’attention des clients vers trois heures du matin. Cette expérience me sert tous les jours dans ma vie d’artiste. J’y ai croisé Nicolas Montazaud, le percussionniste de Mylène sur Avant que l’ombre… à Bercy.

De ces débuts d’interprète soliste, comment êtes-vous devenue choriste ?
Par hasard et plutôt tard ! Une amie chanteuse m’a demandé de l’accompagner à l’audition pour le Stade de France de Johnny Hallyday en 1998, mon premier engagement aux côtés de cet immense artiste. Ensuite, j’ai auditionné pour le Mylenium Tour : autre rencontre choc dans ma vie artistique avec Mylène Farmer. J’avais évidemment entendu parler de Mylène et j’ai découvert davantage son univers en travaillant avec elle sur ses chansons et sur la mise en scène de sa musique. J’ai été agréablement surprise de la sensibilité qui se dégageait de ses concerts. Comme lors de ma première collaboration avec Johnny, je me suis retrouvée au service d’une artiste renommée et j’ai découvert le fonctionnement de ces grosses machineries, tous les artistes de l’ombre et techniciens qui travaillent en coulisses pour cette grosse entreprise…

Vous aviez rencontré Mylène lors de l’enregistrement de « Dessine-moi un mouton », « Souviens-toi du jour… », « L’amour naissant » et « Mylenium ». Vous souvenez-vous de cette prise de contact ?
Vous me le rappelez… On a fait tellement de concerts depuis ! C’est par l’intermédiaire d’Yvan Cassar que je me suis retrouvée dans cette chorale de studio. Nous étions cinq filles, et notamment Angeline Annonier. J’apprécie son talent et nous travaillons d’ailleurs ensemble sur quelques textes de mon premier album. Nous avions enregistré ces voix à Los Angeles et Paris. Mylène et Laurent Boutonnat étaient présents durant les deux séances.

Quels souvenirs gardez-vous de cette première tournée débutée avec Mylène en 1999 ?
Une incroyable aventure. J’ai été si chanceuse de me retrouver dès le départ sur une telle tournée avec cinq dates à Bercy, il me semble. De plus, nous nous sommes rendus en 2000 en Russie et ce fut une belle expérience. On était habitués à des français surexcités alors que là, tous étaient assis au calme. J’ai trouvé le public de Moscou et de Saint-Pétersbourg très émouvant. Certainement le poids de l’histoire… J’ai adoré accompagner « Innamoramento » et « California » où nous nous retrouvions, avec Mylène et Esther, toutes les trois sur l’escalier central. On partage des moments inoubliables avec l’artiste sur certains titres.

Après le Mylenium Tour, la Tour Eiffel, l’Olympia et la tournée de Johnny en 2000, puis Bercy, le Parc des Princes et sa nouvelle tournée en 2003, vous avez joué le rôle-titre de Simenon et Joséphine au Forum de Liège fin 2003…

J’ai adoré jouer le personnage tumultueux de Joséphine Baker dans cette comédie musicale. Ce spectacle m’a réconfortée et m’a redonné confiance pour prendre plus de risques dans mon métier et j’ai une pensée particulière pour une personne qui m’a beaucoup encouragée. Le scénario était dense. On mettait une histoire en musique, et non l’inverse. Il s’agissait de raconter, avec un vrai orchestre symphonique qui jouait live dans la fosse, la liaison intense entre l’écrivain Georges Simenon et Joséphine.

Qui vous a rappelé pour Avant que l’ombre… à Bercy ?
Mylène et Laurent m’ont convoquée pour les premières répétitions. Nous avions tous la pression étant donné la taille du spectacle. Nous avons fait ce qu’il fallait pour que ce trac ne prenne pas le pas sur le reste.

Quel a été le plus beau moment d’émotion durant le concert de janvier dernier ?
Sans hésiter la chanson « Avant que l’ombre… » interprétée derrière le rideau d’eau. Il se dégageait une atmosphère très prenante, une émotion très particulière sur scène. Je pense que cela apparaissait au public comme une sortie grandiose. Nous sur scène, nous avions toujours le cœur serré. Franchement, je ne pouvais pas m’empêcher d’avoir les larmes aux yeux. Mylène avait une fragilité dans la voix qui laissait passer tant de sensibilité, comme on peut en ressentir lors d’un au revoir. A ce moment-là du show, les plateformes sur lesquelles nous étions installées descendaient et on ne distinguait plus que l’ombre de Mylène qui gravissait l’escalier. Superbe.

Vous étiez physiquement beaucoup moins proche qu’elle que sur le Mylenium Tour…
Pas vraiment. Elle nous rejoignait souvent, notamment sur « L’amour n’est rien… ». Pour « Désenchantée », nous traversions la passerelle pendant l’intermède musical et la rejoignions sur la scène centrale en reprenant le refrain « Tout est chaos… ». C’était un beau moment en plein cœur de Bercy et il me tarde vraiment de voir comment rendaient ces titres. On ne découvre le spectacle qu’après le public car on ne profite pas de tout le travail créatif de son et de lumière. J’ai redécouvert le Mylenium Tour en visionnant la vidéo live.

Les fans de Mylène deviennent un peu les vôtres. Est-ce troublant ?
Non, c’est une forme de reconnaissance. Certains reviennent systématiquement aux premiers rangs et on finit par créer une complicité avec eux. Nous partageons l’amour qu’ils ont pour l’artiste et c’est vrai qu’eux arrivent à nous rencontrer plus facilement que leur idole.

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Les médias évoquent souvent les similitudes entre Johnny Hallyday et Mylène Farmer. Vous qui les côtoyez tous les deux, qu’en pensez-vous ?
D’abord leur immense professionnalisme. Mylène est plus réservée au premier abord. Johnny est un artiste extraordinairement talentueux et attachant, les qualificatifs manquent pour décrire tout ce qu’il représente. Ils ont envie que ceux qui participent à leurs spectacles soient rigoureux. AU fil des jours, on crée autre chose qu’une simple relation de professionnel à professionnel… Ils ont en commun la simplicité en coulisses et la générosité envers leur public sur scène. Ils transmettent une énergie incroyable lorsqu’ils sont sous les projecteurs, et en termes de carrières artistiques, ils sont l’exemple à suivre.

Vous travaillez avec Esther Donbong’Na Essienne sur les spectacles Farmer. Est-ce un luxe de n’être que deux « sexy ladies » comme dirait Johnny, sur un spectacle ?
C’est un plaisir en tout cas. On est toujours en duo pour Mylène. En revanche, ce choix est inédit pour cette tournée plus « roots » de Johnny, nous étions habituées à être plusieurs choristes. J’ai une tonne de souvenirs avec Esther ! Il me faudrait des heures… Je me souviens de rires en répétitions sur le Mylenium Tour. Christophe Danchaud nous faisait répéter une gestuelle sur « Innamoramento ». On devait joindre nos mains pendant que Mylène retournait au creux de la main de la statue. Je me suis retournée dans le mauvais sens et je me suis retrouvée face à face avec Esther, mais comme elle est plus grande que moi, j’avais le nez dans sa poitrine. Impossible dès lors de s’arrêter de rire ! Mylène nous regardait l’air de dire…

La comédie musicale Simenon et Joséphine n’aura duré que cinq jours, tout comme Avant que l’ombre… à Bercy n’aura vécu que treize soirées uniques. Existe-t-il un manque quand tant de répétitions se soldent par si peu de concerts ?
En tant que chanteuse, danseuse et chorégraphe, je travaille sur des spectacles dans l’évènementiel avec ce même sentiment d’éphémère. Je m’investis également dans la direction artistique de la société de production que nous avons créée avec mon manager et mari. Notre plaisir est de faire découvrir d’autres artistes talentueux ou de voyager pour créer des concerts uniques pour de prestigieuses soirées privées, comme à Dallas il y a quelques mois. C’est important de ne pas se perdre dans les arcanes du métier. Je crois au pouvoir de l’expérience et je donne autant d’importance à ma vie artistique qu’à ma vie privée… Les jours off, je retrouve avec intensité ma vie de femme, d’épouse et de maman.

Que reste-t-il à vous souhaiter ?
Que la chance soit toujours au rendez-vous, notamment pour l’enregistrement de mon album. Je consacre beaucoup d’énergie à présenter des mélodies et des textes qui tiennent la route, nourris de toutes mes influences, sans limite à ma création. J’espère que mes chansons trouveront leur public.

Publié dans Mylène et L'ENTOURAGE, Mylène TIMELESS 2013 | Pas de Commentaires »

EVE RAMBOZ et sa collaboration avec Mylène Farmer

Posté par francesca7 le 12 mai 2014

 

 

270px-Eve-Ramboz-rAprès des études aux Beaux-Arts de Bergen, en Norvège puis à l’Insas, en Belgique, EVE RAMBOZ travaille dans le monde entier (Japon, USA, Europe). Elle se consacre aujourd’hui à la réalisation et la supervision d’effets visuels numériques pour le cinéma et la télévision.

Eve RAMBOZ est infographiste et réalisatrice spécialisée dans les effets visuels numériques depuis 1988. Elle st la créatrice, entre autres, des courts-métrages d’animation « Métamorphose » et « Le Jardin des délices ». Elle travaille également pour le cinéma (« Mécaniques célestes » de Fina Torres) et la publicité (« Le fantôme » de la Citroën Saxo en 1997). Elle habille quatre chansons de Timeless 2013 : « Oui mais… non », « Je t’aime mélancolie », « A l’ombre » et « Inséparables/Inseparables ».

Au cinéma, elle apporte sa précieuse collaboration à Peter Greenaway pour Prospero’s book, Les Morts de la Seine et M for man, à Fina Torres pour Mécaniques célestes ou Woman on the top, Roland Joffe sur Good Bye lover et Vatel, Brian De Palma sur Mission Impossible, Steve Baron (Pinochio).

 

Auteur et réalisatrice depuis 1989, elle crée des films d’animation « L’excision de la pierre de folie », « l’Escamoteur », des installations, « E.I , Lumière » et en 1994, Métamorphose, film d’art sur les travaux du Grand Louvre.

Elle fait partie des membres fondateurs de « La Maison », lieu dédié aux effets visuels.

Filmographie

Réalisatrice

  • 1988, L’excision de la Pierre de Folie (3 mn, animation à partir de l’oeuvre de Jérôme Bosch)
  • 1991, L’escamoteur (13 mn, animation à partir de l’oeuvre de Jérôme Bosch ; 2e prix Pixel-INA Animation 2D 1991)
  • 1994, Métamorphose (sur les travaux du Grand Louvre)
  • 1991 Les morts de la Seine de Peter Greenaway
  • 1991 Prospero’s book de Peter Greenaway
  • 1991 M Is for Man, Music, Mozart de Peter Greenaway
  • 1992 Mirage illimité (générique) de Maurice Benayoun et Alain Escalle (1er prix Pixel-INA Génériques 1993 et sélection SIGGRAPH 1994)
  • 1992 Cité antérieures : Sienne de Christian Boustani
  • 1997, Publicité Citroën Saxo « Le Fantôme » (sélection SIGGRAPH 1998)
  • 2000, Arabian nights (Les mille et une nuits) de Steve Barron

 

 

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REVIEW DU CONCERT TIMELESS 2013 (partie 2)

Posté par francesca7 le 1 mai 2014

 

à partir du 7 septembre 2013, Mylène a brassé large pour la Tournée TIMELESS, piochant dans son répertoire un ou plusieurs titres de  chacun de ses albums et enchaînant les surprises, la suite de sa sélection :

mylene-farmer-2009-monkey-004

MONKEY ME

Il aura fallu patienter de nombreux mois pour que « Monkey Me », troisième single extrait du dernier album de Mylène, sorte enfin dans les bacs. Selon les sondages réalisés auprès des fans, ce titre reste l’un de leurs préférés de cet opus mais aussi l’un des plus attendus sur scènes. Joli cadeau donc, que Mylène fait ici à son public. 

Petite particularité  notable ; pas de noir ni de silence absolu entre la fin de « c’est une belle journée » et « Monkey Me », mais un enchaînement musical direct, assuré par quelques mesures de synthétiseur, de charleston puis de guitare saccadée, qui brouillent les pistes pour le spectateur qui se demande alors de quelle chanson il peut bien s’agir ici, avant de découvrir les premières notes de « Monkey Me ». Pour ce titre, Mylène délaisse ses robots et ses danseurs et opte pour une mise en scène sobre aux jeux de lumières rouges et dorées qui permettent une véritable mise à l’honneur de la chanson. Toujours vêtue du même costume, encadrée de ses deux guitaristes et de son bassiste, la chanteuse se place au centre de la scène, face à son micro-pied, ce qui ne l’empêche pas, cependant, de partir à la rencontre de son public.

 

SLIPPING AWAY (CRIER LA VIE) (EN DUO VIRTUEL AVEC MOBY)

 Mylène et Thierry Suc nous avaient promis des surprises pour ce Timeless 2013. Autant dire qu’ils nous ont gâtés. Après les robots, c’st au tour de Moby de faire son apparition sur scène à travers l’écran géant du spectacle pour interpréter, avec Mylène, leur célèbre premier duo « Slipping Away » (Crier la vie). Sorti en septembre 2006, ce single a rencontré un succès de taille auprès du public et restait l’un des grands absents du Tour 2009. 

Alors que les premières notes de la chanson résonnent dans la salle, nous voyons apparaître, sur l’écran, le crâne de Moby, de dos et en très gros plan. Puis c’est en majorité son visage, éternellement impassible, qu’il nous offre durant tout le temps de la chanson à travers des images inédites, sans doute filmées pour l’occasion. Mylène, seule sur scène, éclairée par des jets de lumière blanche faisant écho aux couleurs plutôt froides qui règnent sur l’écran, assure ses couplets avec brio.

Etait-ce la volonté des deux artistes que la chanson soit ainsi présentée sur scène, ou Moby n’a-t-il pu être physiquement aux côtés de Mylène pour d’autres raisons ? Quoiqu’il en soit, outre le plaisir de retrouver enfin ce titre interpréter en live, ce tableau s’inscrit parfaitement dans le scénario de ce Timeless 2013, la présence virtuelle de Moby ajoutant en effet au caractère fantastique du show.

 

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ELLE A DIT / L’AMOUR N’EST RIEN

Encore une fois, Mylène a choisi la sobriété pour l’interprétation de « Elle a dit », titre qui ouvre son dernier album « Monkey Me », pas de chorégraphie, pas d’artifices sur scène, juste un éclairage dans les tons violets et une Mylène debout, au milieu de la scène, face à  son micro-pied. Honneur au texte donc, pour cette chanson qui traite d’homosexualité féminine et de la difficulté à accepter et vivre sa différence dans notre société. Inspirée, a priori, de la bande dessinée de Julie Maroch, « Le bleu est une couleur chaude », il aurait été délicat pour Mylène de passer à côté de ce titre sur scène pour deux raisons : non seulement celui-ci est assez populaire auprès de ses fans, mais il fait également écho au film d’Abdellatif Kechiche, « La vie d’Adèle – Chapitres 1 et 2″, librement inspiré de l’oeuvre de Julie Maroch, et sorti en pleine tournée, le 9 octobre 2013, après s’être fait palmer d’or à Cannes lors de la cérémonie 2013 du célèbre festival.

En Russie cependant, lors des concerts à Moscou (le 1er novembre  2013) et à Saint-Pétersbourg (le 4 novembre 2013), exit « Elle a dit » et bienvenue à « l’amour n’est rien… » Lors du Tour 2009 déjà, la star avait offert cette chanson en remplacement de « A quoi je sers » lors de ses concerts à Saint-Pétersbourg (le 28 juin 2009) et Moscou (le 1er juillet 2009) en raison de sa grande popularité auprès du public russe. Et si, le 27 octobre 2013 à Minsk (en Biélorussie), « l’amour n’est rien… » a également été – comme en Russie – chantée entre « Slipping Away » et « Oui mais..non », « Elle a dit » a bien été interprétée, mais à la place de « Bleu noir » cette fois-ci et sans bras métallique ni nacelle.

Mylène aurait-elle pris goût, en Russie et Biélorussie, à chanter « l’amour n’est rien… » ? Tout porte à le croire puisque ce titre, a, par la suite, définitivement rejoint la setlist des spectacles jusqu’à la fin de la tournée, le 6 décembre, au Palais Nikaïa à Nice. Pour cette chanson, Mylène a de nouveau fait le choix de la simplicité dans la mise en scène : tandis que l’écran géant s’habille de rouge (excepté durant le pont musical où il se retrouve envahi d’une pluie de lumière blanche), plusieurs séries de projecteurs éclairent la scène pendant que la chanteuse s’y promène en interprétant le titre.

EXTRAIT du Magazine Styx Timeless 2013 page 7

 

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