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Souviens-toi du jour : Mylène

Posté par francesca7 le 12 mars 2015

 

 

mylene-farmer-souviens-toi-jour_1900u_3h7izoLa Journée internationale en hommage aux victimes de la Shoah est l’occasion de se replonger dans la discographie de Mylène Farmer, qui publiait il y a un peu plus de 15 ans le titre « Souviens-toi du jour » en référence au destin tragique de l’écrivain Primo Levi. Découvrez l’histoire d’une chanson…

 Pour le 70ème anniversaire de la libération du camp d’Auschwitz, les hommages se multiplient et les rescapés témoignent. Des cérémonies de commémoration sont organisées avec plusieurs chefs d’État et différents programmes sont diffusés à la télévision pour que personne n’oublie les horreurs de la Seconde guerre mondiale. La musique sera aussi le moyen de rendre hommage aux victimes, notamment grâce à l’orchestre symphonique de Jérusalem qui va jouer pour la première fois ce soir au siège de l’Unesco, à Paris. C’est également l’occasion de se remémorer les artistes qui ont chanté par le passé la désolation de la Shoah, à l’instar de Jean Ferrat, qui s’est inspiré du film d’Alain Resnais pour écrire le titre « Nuit et brouillard » en 1963.

http://www.dailymotion.com/video/x136056

Des références à « Si c’est un homme » de Primo Levi

Bien plus tard, Mylène Farmer a repris les mots de l’écrivain Primo Levi, sans doute l’un des plus célèbres survivants du camp d’Auschwitz, pour écrire le titre « Souviens-toi du jour ». Troisième extrait de l’album « Innamoremento », sorti en septembre 1999 pour le lancement du « Mylenium Tour » de la chanteuse, ce titre évoque un monde qui a changé « au bruit des pas qui résonnent », faisant référence à l’armée nazie, aux « destins muets » de tous ces hommes morts dans les camps et à l’obligation de ne jamais oublier. « Souviens-toi que l’on peut tout briser / Les destins sont liés » chante l’artiste, tout en répétant à de multiples reprises le titre de l’ouvrage « Si c’est un homme » de Primo Levi. Sur le pont, Mylène Farmer clame également plusieurs fois et en hébreu « Zokher eth Ayom », qui signifie littéralement « Souviens-toi ».

Pour illustrer cette chanson qu’elle a écrite et composée par Laurent Boutonnat, Mylène Farmer a fait appel au réalisateur allemand Marcus Nispel, connu pour avoir travaillé sur plusieurs films d’horreur tels que « Massacre à la tronçonneuse » et « Vendredi 13″.

En savoir plus sur http://www.chartsinfrance.net

 

Publié dans Mylène 2015 - 2016, Mylène en VIDEOS | Pas de Commentaires »

SKYROCK avec Frédérico et Mylène

Posté par francesca7 le 17 février 2015

 

31 MAI 1996 : Entretien avec Frédérico MUSA :

1996-04-bA propos de sa motivation pour remonter sur scène :

Mylène Farmer : C’est une vraie, vraie envie profonde, un vrai désir que de retrouver le public, donc c’est dur en aucun cas. Maintenant, un spectacle de deux heures, c’est toujours difficile. Il y a beaucoup de changements de costumes, ça c’est exercice assez difficile. Mais moi, j’ai pris vraiment, vraiment un grand plaisir !

A propos de la conception du Tour 96 :

MF : J’ai décidé de monter sur scène un peu tardivement. C’est­-à­-dire, j’ai travaillé à peu près ­ nous avons travaillé ! ­ deux mois, je crois, ce qui est très peu. Il y avait des postes séparés, sachant qu’il y a eu des réunions et des désirs précis. Maintenant, j’ai fait appel à une équipe de concepteurs, donc, d’images avec qui j’ai beaucoup parlé, chanson par chanson et eux après m’ont apporté leur talent, leurs idées. De même, chorégraphiquement, j’ai fait appel à deux chorégraphes (Christophe Danchaud et Jaime Ortega, nda) plus mes propres chorégraphies. J’ai réellement souhaité sur ce spectacle avoir des talents extérieurs différents parce que je pense que ça peut apporter quelque chose.

 A propos de sa vie à Los Angeles :

MF : Non, je vis à Paris ! Néanmoins, j’aime bien le voyage, j’aime bien Los Angeles sur des périodes courtes. C’est une ville violente, mais ça, nous ne le savons pas parce qu’on est quand même dans des quartiers un peu plus protégés, donc je ne vais pas mentir et vous dire que j’ai été confrontée à cette violence mais elle existe vraiment, bien évidemment. Maintenant, Los Angeles, non, est une ville qui est difficile parce que la rencontre est difficile. Maintenant, moi j’y ai trouvé l’espace, j’y ai trouvé une idée de liberté et de repos, en tout cas pour l’esprit, et ça a été parfait pour cette période.

A propos de la musique qu’elle écoute :

MF : J’aime beaucoup MC Solaar parce qu’il a apporté, indépendamment de ce rythme ­ le rap ­ et de ces boucles, une vraie richesse dans ses textes et c’est quelqu’un que j’aime beaucoup, oui. Sinon, j’aime beaucoup U2, j’aime beaucoup Peter Gabriel… (elle réfléchit) Quand on doit les évoquer, on les oublie ! (rires) J’aime Bob Marley, j’aime les Eagles, j’aime beaucoup de choses, Alanis (elle bute sur le prénom puis se reprend) Morisette ­ pardon, j’écorche son nom ­ j’aime beaucoup, beaucoup !

A propos de la dance et des remixes qu’elle propose de façon presque systématique :

MF : J’aime l’idée de danse, j’aime regarder les gens danser. J’aime cette évasion, donc j’aime l’idée qu’il y ait des dance remixes, oui. J’aime beaucoup le remix en revanche de « I miss you ». (il faut comprendre « Missing », du groupe Everything but the girl, nda)

A propos de son singe capucin,

1996-04-aE.T. : MF : E.T. est toujours à la maison, les singes n’ont pas le droit de voyager, elle a été obligée de rester. Le singe est interdit, de tout façon, c’est pas un animal que l’on doit domestiquer. Mais elle va bien, merci ! (rires)

NB : cette interview a été réalisée au Zénith de Toulon, le lendemain de la première, lors d’une rencontre avec plusieurs journalistes. Diffusée dans la matinale de Cauet, celui­-ci demande à son acolyte de raconter un petit incident qui est survenu pendant cette rencontre : un journaliste de France 3 a attaqué son interview en faisant remarquer à la chanteuse que malgré la réussite de son spectacle, elle n’avait ‘pas de voix’. Mylène a aussitôt coupé court à l’entretien en indiquant la sortie à ce journaliste ! La séquence se finit avec la diffusion de « California ».

Publié dans Mylène 1995 - 1996, Mylène AU FIL DES MOTS, Mylène en INTERVIEW | Pas de Commentaires »

Mylène : RECONTRE AVEC LA PRESSE RÉGIONALE

Posté par francesca7 le 8 février 2015

 

giorgi-02-aSeptembre 1994 : Laurent Boutonnat, Mylène Farmer et Jeff Dahlgren ont rencontré tous trois ensemble ­ pour la seule fois ­ les journalistes à l’occasion de la projection de presse de « Giorgino ». Différents journalistes interviewent alors longuement les trois protagonistes séparément, et leurs déclarations seront très partiellement reprises lors d’articles accompagnant la sortie du film dans les quotidiens L’Alsace, Le Républicain Lorrain, Le Guide Mériodional, L’Est Républicain et La Nouvelle République , ainsi que dans le supplément lillois Sortir (cf. ces références). Ce qui suit est la retranscription intégrale de l’enregistrement (près de quarante minutes) de l’entretien avec Mylène Farmer.

Comme pour l’entretien accordé en 1988 à Télé Star (cf. bonus de l’année 1988), on peut s’amuser à repérer les déclarations qui ont été gardées et observer comment parfois elles ont été remaniées.

Comment avez­vous abordé le passage de la chanson au cinéma ? C’est quand même différent…

­ C’est un travail différent. L’émotion est prodigieuse en scène, donc je crois que émotionnellement, il est difficile de rencontrer quelque chose de plus fort que la scène, en tout cas pour moi. Maintenant, d’un point de vue plus ludique, c’est un métier passionnant. Difficile, mais passionnant.

Laurent Boutonnat vient de nous dire que le rôle était très proche de vous. Vous le sentez comme ça ?

­ On va dire que ça n’engage que lui ! (rires) C’est la fosse aux lions ! Je ne me sens pas, oui, radicalement opposée au personnage de Catherine. Je ne suis pas Catherine. Peut­être avons­nous en commun à la fois cette fragilité et cette colère rentrée qu’elle a en elle, cette sensation parfois de n’être pas comprise et d’avoir un comportement parfois ou irrationnel, ou différent et dont on veut bien vous condamner. Voilà, peut­être en ça, je… Et puis définitivement, je ne retrouve plus le mot, l’enfant, voilà, qui est en Catherine et que je retrouve avant tout. Je vais y arriver ! (rires)

Et la colère rentrée que vous avez en vous, c’est une colère contre quoi ?

­ Contre la vie en général.

C’est­à­dire les injustices… ?

­ Oui. J’ai une colère en moi, quelque chose d’assez violent contre l’injustice, oui certainement, mais tout : la vie en général, la difficulté de vivre et toutes ces choses­là. Ce n’est pas passif, voilà.

Comment ça s’est passé, l’écriture du scénario ? Vous étiez impliquée dedans ?

­ Du tout, du tout. Non, non, Laurent Boutonnat a écrit son scénario, ses personnages. On en a très, très peu parlé et mon souhait était de lire le scénario fini, terminé.

Est­ce que vous avez une tendresse particulière pour certaines scènes ?

­ Me concernant, ou le film en général ?

Non, non, où vous êtes dedans. Une scène que vous aimez…

­ J’aime une partie du film qui est la réanimation : j’aime aussi bien d’un point de vue narratif que montage.

Toute cette partie où Marie, qui est la gouvernante, délire, devient complètement folle, elle est à l’extérieur. La réanimation… ce que ça suppose également. Je trouve ce passage vraiment magnifique.

Quand il réanime la fille. C’est différent, parce qu’il le joue quand même…

­ Voilà, avec l’amour. Je crois que c’est tout dit !

Est­ce que c’est une façon d’aller justement contre cette colère­là ? Est­ce que ça aide ?

­ Je pense que c’est un pansement, oui. C’est un joli pansement et c’est fondamental, je crois, pour la vie de chacun. L’amour est un pansement à la colère.

Comment vous avez décidé le passage du clip au film, quelque chose où on doit faire passer beaucoup de choses en un temps limité à un film qui a le temps d’installer un personnage ?

­ J’allais dire, sans prétention aucune, très, très naturellement, si ce n’est que c’est vrai qu’il y a toujours une frustration dans un clip parce qu’il n’y a pas la parole ­ si ce n’est qu’il y a les mots d’une chanson et qu’on n’a pas le temps de développer un personnage. En tout cas, c’est très concis, donc je dirais plus une ‘frustration d’actrice’ dans les clips, et puis cette envie aussi dans le fond d’interpréter quelqu’un d’autre que soi. Ca, c’était fondamental pour moi. Même si bien évidemment il y a des choses que j’ai puisées en moi, c’est quand même un personnage qui n’est pas le mien.

Et l’envie de passer au cinéma date de loin pour vous, ou pas ?

­ J’ai souhaité, j’étais très attirée par le cinéma bien avant la chanson, et quand j’ai rencontré Laurent Boutonnat, notre naissance a été la chanson. Une naissance commune, sachant qu’on pouvait aussi s’exprimer au moyen des clips ­ ça a été très important pour moi­ avec toujours cette idée qu’un jour on ferait quelque chose : lui en tout cas, un film et moi également, ensemble ou non.

Donc c’était clairement l’idée de départ que vous avez réalisée…

­ Oui, absolument. Oui, oui. Notre rencontre…ces deux passions­là étaient en chacun de nous, définitivement.

Sur scène, vous vous dirigez vous­même, or là, c’est différent. Est­ce que vous avez découvert que vous aviez la docilité nécessaire pour vous laisser faire ?

­ Non. Non, je l’ai réellement décidé parce que je savais que c’était capital pour moi et pour le film, c’est­à­dire justement de n’avoir à la fois plus ces inhibitions qui font partie de moi dans la vie de tous les jours, c’est­à­dire de baisser les bras et de se dire « Maintenant, laissons­nous porter ». Et c’est quelque chose, oui, d’assez difficile, mais en aucun cas il n’y a eu de conflit ou quelque chose comme ça.

Et c’est la première fois dans votre carrière où vous vous laissez porter complètement ?

­ Oui. C’est­à­dire cette volonté que de ne pas tout contrôler, sachant que c’est aussi un travail commun malgré tout avec Laurent avec mes propres décisions, mes textes et des choses quand même qui m’appartiennent. Maintenant, sur un film, j’étais ‘au service’ d’un metteur en scène.

Oui, mais un metteur en scène que vous connaissez bien, quand même…

­ Bien sûr, mais ça c’est…

Est­ce que vous avez refusé des rôles déjà, auparavant ?

­ Oui. Oui, oui, on m’avait proposé quelques rôles avant, que je n’ai pas acceptés parce que je n’ai pas trouvé ce que je voulais. Mais j’aurais pu commencer avec quelqu’un d’autre, oui…

Quels genres de films est­ ce que vous aimez, que vous allez voir ? Quels réalisateurs ?

­ J’aime beaucoup, beaucoup de réalisateurs, donc je peux vous donner une palette de réalisateurs. J’aime beaucoup Spielberg, je dirais tous les Spielberg ­ à part peut­être « Jurassic Park » qui ne m’a pas vraiment touchée, mais tous ses styles. J’aime David Lean profondément, David Lynch, Oliver Stone, Jane Campion, découverte il y a longtemps, lorsqu’elle avait fait son premier film que j’avais vraiment adoré. Il y en a tellement…

Vous allez les voir en salle ou bien vous les regardez à la télévision ?

­ Non, je vais les voir en salle. La télévision dénature quand même beaucoup. J’aime le cinéma…

Qu’est­ce qui vous a poussé à refuser les films qui vous avaient été précédemment proposés ?

­ Parce que ou les metteurs en scène ne m’attiraient pas, ou des rôles qui ne me plaisaient pas. Maintenant, c’est difficile, parce que je ne vais pas vous dire quoi, qui et pourquoi… !

Non, mais quels genres de rôles c’était ?

­ A l’époque de « Sans Contrefaçon », c’était un rôle sur l’androgynie ; à l’époque de « Libertine », c’était un rôle un petit peu plus dénudé…

Oui, donc une exploitation de…

­ giorgi-02-eUn petit peu, oui, plus qu’une réflexion réelle et puis aussi, on m’avait proposé un film et je travaillais, moi, sur mon spectacle, donc j’ai privilégié bien évidemment le spectacle à un tournage.

Et là, le fait de vouloir faire un long­métrage, ça impliquait que vous arrêtiez de penser ou de vivre comme une chanteuse ?

­ Totalement, oui.

C’est la première fois. Comment vous l’avez vécu, ça ?

­ Plutôt mal. Plutôt mal, oui. Une sensation d’abandon et peur des retrouvailles, donc oui, c’est…

Ca fait combien de temps que vous n’avez plus chanté ?

­ Deux ans, au moins…

Ha oui ! Et les retrouvailles, alors, c’est pour quand ?

­ J’espère bientôt ! Je vais attendre, comme je disais, que le réalisateur délaisse ses caméras pour reprendre son piano. (rires)

Donc vous étiez dans un autre état d’esprit pendant ces deux ans…

­ Oui, totalement. C’est­à­dire se dire « Voilà, maintenant une page est tournée ».

Vous avez découvert quelqu’un d’autre ?

­ C’est un bien grand mot, mais en quelques sortes, oui. C’est ­à­ dire maintenant, voilà : passons à une autre expression et puis tant qu’on veut de moi… Mais on ne revient jamais de la même façon, et je ne sais pas de quelle façon…

Vous savez que si vous continuez dans une carrière d’actrice et chanteuse, vous ferez ça à chaque fois, faire des coupures entre chaque…

­ Je pense que ça sera de cette façon, puisque je n’ai fait qu’une scène depuis que je fais ce métier. Je n’ai eu le souhait de monter sur scène qu’une fois et j’ai attendu longtemps avant de le faire, donc en ce sens je n’ai pas tout à fait la même façon d’envisager le métier qu’un autre artiste, qu’un autre chanteur qui fait de sa vie des tournées, du studio, des choses comme ça. Moi, je n’ai pas fait ça : j’ai fait peu de disques, j’ai fait peu de télévision, peu de scène donc je continuerai dans ce sens­là.

Et pourquoi cette envie de faire peu, mais bien ?

­ Hé bien, parce que c’est fondamental pour moi.

On en a connu d’autres à votre place qui font à la fois chanteur, acteur, quelques fois même présentateur de télé et voilà, quoi… !

­ …et qui se cassent la gueule ! (rires)

De qui voulez­ vous parler ?! (rires) C’est assez étonnant de voir que vous coupez à la limite une carrière pour en commencer une autre alors que beaucoup à votre place auraient dit « Je vais tout faire en même temps »…

­ Pour des choses un petit peu moins élevées ­ déjà, d’un point de vue technique ­ Laurent Boutonnat étant le compositeur, s’il décide de faire un long­métrage, en aucun cas je ne peux le perturber et lui dire « Voilà, maintenant faisons un album ! »…

Vous pouvez peut­être aller voir d’autres compositeurs…

­ Oui, mais je n’en ai pas envie. Je n’en ai pas envie. Et quant à, je sais pas, essayer d’expliquer ça, la scène par exemple, c’est quelque chose pour moi qui ne peut pas en aucun cas être routinier. Mais une fois de plus, ça n’engage que moi, c’est très personnel. L’émotion que moi j’ai eu au travers de la scène, c’est quelque chose que je ne pourrai pas avoir ou ressentir de la même façon éternellement, je le sais. Donc j’ai ce sentiment aujourd’hui, puisqu’on en parle, que je ferai peut­être une deuxième scène, et peut­être plus jamais…

Vous avez peur de gâcher le moment en le multipliant…

­ Parce que je pense, oui, que les choses s’affadissent.

Vous pouvez avoir la même réaction par rapport au cinéma. Si vous faites trop de films, peut­être que vous n’aurez plus…

­ Mais je n’en ferai jamais trop, je le sais aussi. Je pense que j’aurai le même comportement ­ou appréhension par rapport au cinéma, bien évidemment.

C’est une façon de se préserver, ça…

­ On peut voir ça comme ça, oui. Tout ça, c’est conflictuel aussi : parfois, on se dit qu’on aimerait bien penser un peu autrement ou vivre les choses un petit peu moins intensément ou violement comme ça, parce que dans le fond, le résultat est violent, à savoir qu’une scène, ou deux, ou trois uniquement dans sa vie, dans une vie d’artiste, c’est peu, donc… Je ne sais plus ! (petit rire)

Ce que vous recherchez, finalement, c’est la pureté…

­ Oui, c’est des mots…C’est difficile de s’attribuer ces mots­là pour soi, mais en soi, oui c’est préserver un sentiment. C’est vrai que je ne voudrais pas arriver et avoir le sentiment que de tricher ou que de ressentir ‘à peu près mais pas tout à fait’…Ca, c’est quelque chose qui réellement tuerait ma vie d’artiste, voilà, le ressentiment. Définitivement, donc en ce sens ça parait toujours très dramatique, quand j’emploie des mots comme ça, mais c’est réellement ce que je ressens, donc c’est pour ça…

Vous dites que vous faites peu de choses pour vous expliquer, et pourtant on a l’impression, et je pense que c’est probablement utile pour vous, qu’on vous voit énormément et on a l’impression que vous êtes très présente : il y a comme un paradoxe. Vous dites « Je fais peu pour faire bien » mais en même temps on a l’impression que vous êtes tout le temps là ­ je m’en plains pas, hein !

­ Ca, je ne sais pas…

Il y a les chaînes de télé, vos clips passent… J’ajoute un élément : quand on parle aux photographes de presse, ils disent « Mylène Farmer, elle est très difficile à photographier ». Donc vous préservez votre image, il y a encore un autre aspect, là. Est­ce que vous jouez avec votre ça ? Est­ce que vous jouez avec votre image ?

­ (légèrement agacée, sa voix se fait plus aiguë) Non, il n’y a pas de… (le journaliste continue, mais Mylène l’interrompt fermement) Non, non, non mais comment ça pourrait exister ?!

Mais parce que vous avez une image, vous êtes quelqu’un qui n’existez que…pour beaucoup de gens, vous avez une image : vous avez cité tout à l’heure « Libertine » ou des trucs comme ça. Pour beaucoup de gens vous représentez quelque chose…

­ Je crois que l’image a été très importante. Le clip est né il n’y a pas très, très longtemps, pour moi, pour ma carrière, ça a été très important. Maintenant, quant à une difficulté que de me photographier ou de m’interviewer, ça a été une décision de ma part, parce que ce n’est pas un moyen d’expression pour moi qui est très facile, que c’est quelque chose que j’appréhende. Je n’aime pas parler de moi.

Ca se passe bien, là !

­ Oui, bien sûr…Mais, en ce sens, j’ai préféré faire le minimum. Quant aux photos, c’est pareil : avec les journaux ou la presse, il peut y avoir une exploitation qui est outrancière et dérangeante. C’est quelque chose que je ne veux pas m’autoriser, donc j’ai refusé ça également, peut­être aussi parce que le contrôle m’échappe parce que c’est difficile de demander à un journal que de contrôler tout. Maintenant, c’est un peu mon souhait aussi : je veux dire, si des photos sont faites, j’estime que j’ai le droit de choisir ces photos­là, en tout cas de donner mon avis ou de demander tel ou tel photographe. Donc c’est des choses qui en général ne sont pas acceptées.

Mais il y a une différence entre dire « Je veux choisir les photos » et refuser les photographes !

­ Je sais pas bien et puis je vais vous dire quelque chose : il y a aussi beaucoup de choses qui se disent et qui n’existent pas, aussi. J’en veux pour preuve une séance de photos que j’ai fait il y a deux jours ­ ça, ça expliquera bien des questions ­ et qui s’est très bien passée. Et le soir, quelqu’un qui travaille à mes côtés m’appelle pour me dire « Je ne comprends pas, qu’est­ce qu’il s’est passé pendant cette séance de photos ?

Tu as refusé d’aller faire des photos dans les jardins du Luxembourg ?! », et c’est né de nulle part ! Donc, pour vous dire que j’ai moi­même des informations d’un comportement qui n’existe pas ! C’est­à­dire, dans le fond, plus vous êtes silencieux et plus on vous reproche de silence et on essaie de vous attribuer des comportements excentriques.

Et ça veut dire certainement plus intéressés…

­ Appelez ça comme vous voulez. Parfois c’est véhément, parfois c’est…Mais voilà, un silence provoque une réaction et provoque parfois une animosité…

Ce qui est quand même fascinant dans votre carrière, c’est que vous arrivez sur le devant de l’actualité ­ on vous voit, on vous entend ­ et on a l’impression que vous vous retirez. Vous arrivez à faire ça, il y a deux cas en France : il y a Isabelle Adjani, après certains films, on ne l’entend plus parler, et puis vous. Comment vous arrivez à faire ça ?

­ Là, je parlerais de nature profonde, non pas de marketing. Je pense que si c’est sa nature profonde, je pense qu’à un moment donné l’extérieur l’accepte. Je crois que je ne sais pas très bien répondre à cette question, parce que c’est comme ça, parce que je ne peux pas faire autrement.

Donc c’est pas du marketing, ça…

­ Non, parce que le marketing, ça peut marcher un an, deux ans, trois ans, mais pas sur la longueur : ça, ça n’existe pas. Marketing, il y en a toujours dans une carrière, que ce soit pour un film, que ce soit pour la chanson. Pour tous ces moyens d’expression, le marketing existe, on ne peut pas l’occulter et le nier.

Maintenant, dans ces choses­ là, non, définitivement ce n’est pas du marketing. Et d’ailleurs, je ne cherche pas à me justifier par rapport à ça !

Mais on ne vous demande pas de vous justifier, d’ailleurs…

­ Non, non, bien sûr…

…on vous pose des questions sur ce qui vous rend différente de beaucoup d’autres dans le showbiz !

­ Oui.

Qu’est­ ce vous avez prévu comme émissions télé pour ce film ?

­ Je pense que je vais faire les journaux de 20h ­ c’est­à­dire que ce sont là aussi des choses qui sont brèves, concises ­ avec Patrick Poivre d’Arvor, et puis je crois Antenne 2. Et puis je ne sais plus ! (rires)

Ce genre de manifestation, un peu comme aujourd’hui ou un journal de 20h, vous le faites avec plaisir ou vous forcez quand même un peu ? C’est pas un plaisir, comme ça, de rencontrer… ?

­ Là, maintenant tout de suite, sans parler de plaisir, c’est plutôt agréable ­ si ce n’est que j’espère que j’arrive à répondre à vos questions ! Vous dire que je le fais spontanément : non, définitivement pas ! (rires)

Est­ce que vous avez ramené ces jolis bracelets de Tchécoslovaquie ?!

­ Non ! (rires) Bizarrement, j’ai eu ça je crois il y a dix ans, et je ne les ai jamais portés. J’ai décidé de les mettre aujourd’hui !

Un événement, c’est pour nous.

­ Mais c’est français.

Dans l’avenir immédiat, c’est la chanson ? Vous y retournez, ou… ?

­ J’ai pas compris !

Dans l’avenir immédiat, vous retournez à la chanson ?

­ Oui, je pense. A moins d’une proposition fulgurante ! (rires)

Spielberg ? « Jurassic Park 2 » de Spielberg ? (rires de Mylène) Justement, ils font un casting en ce moment !

­ Mais sinon, la chanson, un album, oui…

Ca vous manque ?

­ Oui, oui.

La sortie, c’est pour quand ?

­ Je ne sais pas…

L’an prochain ?

­ J’avoue que je n’ai même pas la notion du temps, donc… ! Un album peut mettre quatre mois ­ quatre ou cinq mois ­ et puis la préparation d’une scène, peut­être un an. Peut­être, je ne sais pas… (il faudra en réalité patienter un an tout juste pour l’album et un an et demi pour la scène, nda)

Est­ce que vous allez voir les autres sur scène ? Il y a France Gall, en ce moment…

­ Précisément France Gall, non. Je vais peu dans les spectacles, non pas par manque d’intérêt mais parce que je ne m’y sens pas bien, que d’aller dans des lieux où il y a beaucoup, beaucoup de monde…

Une salle, ça vous dérange, quoi…

­ C’est­à­dire, une salle, quand on est sur une scène et qu’on voit beaucoup de monde, c’est prodigieux !

Quand on est assis et que fatalement on vous repère, j’ai toujours un petit peu de mal. Mais ça m’arrive, bien sûr, d’y aller mais enfin depuis deux ans, quasiment personne. J’aurais adoré aller voir Nirvana et je regrette d’avoir manqué ce moment. (le suicide de Kurt Cobain remonte alors à tout juste six mois, nda)

Et à aucun moment il n’a été question que vous enregistriez ne serait­ce que la musique du générique du film, ou une chanson dans le film ?

­ giorgi-02-dOui, il y a eu un souhait de Laurent, peut­ être des choses vocales plus que des mots, parce que des mots je pense que c’était une erreur. Et puis finalement ça ne s’est pas fait pour des emplois du temps différents, et il a choisi et il a eu raison ­ des chœurs d’enfants, et c’est magique ! (rires) Mais essayer de faire une chanson, non, et essayer après de la mettre en clip…

Oui, par exemple…

­ …non, je pense que ce film ne méritait pas ça. (elle se reprend) Non, j’allais dire qu’il n’avait pas besoin de ça, j’ai fait une confusion !

Qu’est­ce que vous pensez de la musique du film ?

­ Je la trouve très belle.

En tant qu’actrice, vous vous préparez comment à un rôle comme celui­là ? Vous avez dit que vous vous laissez faire…

­ Pas de préparation, non. Si ce n’est le souhait de… j’ai demandé à un docteur en psychiatrie, je   voulais assister à des entretiens entre des malades et donc un docteur.

Et vous avez pu le faire ?

­ Pardon ?

Vous avez pu le faire ?

­ Oui, je l’ai fait.

Ca vous a apporté quoi ?

­ J’avais envie de voir pour Catherine, lui trouver une gestuelle qui était particulière, donc je savais que je pouvais voir ça, observer ça. C’est plus dans une gestuelle que pour tout autre chose, et puis parce que de toute façon le sujet est passionnant.

Et ces entretiens, ça se passait comment ? Vous étiez assise à côté du docteur ?

­ Oui, c’est ça : j’avais une blouse blanche, donc j’aurais pu être quelqu’un de l’hôpital !

Donc il y a des malades qui ont été auscultés par Mylène Farmer, il faut le savoir ! (rires)

­ Oui, c’est malheureusement difficile d’y trouver un sourire, mais…

Vous avez fait ça en milieu hospitalier, alors ?

­ Oui. Et puis ça a été relativement bref et j’ai essayé d’être la plus discrète possible. Mais c’est troublant. C’est troublant.

Ca se passe comment, ce genre d’entretiens ?

­ C’est des entretiens qui sont très courts ­ en tout cas cette journée­là­ avec des personnes très diverses, qui ont fait des choses très diverses aussi, pour certaines qui ne sortiront probablement jamais. Et puis, vu de l’extérieur, on a un regard totalement faussé, c’est­à­dire qu’on lui donnerait son ticket de sortie immédiatement ! Et puis, oui, c’est des gens qui sont sous l’emprise des médicaments, donc c’est toujours aussi un peu faussé…

Ca doit quand même être quelque chose de soit choquant, soit bouleversant, ce genre d’expérience…

­ Oui, parce que ces gens ­là aussi… Je fais référence à un des entretiens où la personne avait beaucoup d’humour, et c’est vrai qu’à un moment donné, déjà parce que c’est oppressant pour soi et qu’on se prend à rire ou à éclater de rire avec la personne, et que dans le fond médecin, c’est tout sauf ça qu’il faut faire, parce que c’est donner raison à cette personne. Et c’est vrai qu’on est hors de ce monde…

Les malades, c’était des hommes, des femmes… ?

­ Des hommes et des femmes d’âge très différents…

C’est vous qui avez eu le besoin de faire cette démarche ?

­ Cette démarche ? Oui, j’avais vraiment envie. Vous dire que j’étais persuadée d’y puiser quelque chose pour Catherine, ça c’était l’inconnu. Mais j’ai vu par exemple, pour les mains ça, c’est quelque chose que j’ai retenu, parce que ces malades ont souvent la tête baissée et ont une, j’allais dire, une hystérie, en tout cas une raideur dans les mains et souvent les doigts très écartés ­pas des choses molles, c’est toujours des choses très tendues. Donc, c’est peut­être la chose que j’ai essayé de retenir…

Et les médecins expliquent ça comment ?

­ Je n’ai pas posé la question. Et puis je crois qu’on est soi­même, quand on est dans une tension nerveuse, on a des choses qui se raidissent ­ c’est presque naturel ­ sauf que eux, c’est décuplé. Et puis c’est de l’inquiétude, je crois, qui arrive dans les gestes et dans les mains et le regard. Ces malades, c’est les yeux et les mains. Le reste du corps est plutôt inerte, en général.

On se sent comment face à ça ?

­ C’est bouleversant, c’est perturbant et puis on se sent totalement inutile, c’est la chose la plus difficile. Après, évidemment, on lit. On n’a pas le choix.

Vous êtes née à Paris ?

­ Non, au Canada, à Montréal.

Et vous êtes revenue très tôt ?

­ J’ai passé neuf ans là­bas.

Et vous êtes d’une famille artistique ?

­ Du tout !

Vous êtes le vilain petit canard de la famille !

­ Oui ! (rires)

Qu’est­ce que vous espérez du film ? Qu’il va y avoir plein de propositions cinéma ?

­ J’espère réellement qu’il rencontrera un public. C’est vraiment mon souhait principal maintenant. Dans un deuxième temps, oui bien sûr, j’espère qu’il m’apportera d’autres rôles. Mais, là, ma vraie angoisse, c’est ça.

C’est­à­dire que ­ imaginons le pire ­ si ça devient un échec, vous le ressentirez très mal ?

­ Très certainement comme un échec personnel, oui. Même si je ne suis pas responsable dans le fond, mais oui. Oui, parce que c’est important, vraiment important.

Vous allez le présenter à Montréal ?

­ Je ne sais pas. (rires) Peut­être !…

Et vous sentez le poids du film ? C’est lourd sur vos épaules comme le poids d’un disque ?

­ Non. Non, parce que le poids du film, là, est quand même bien distribué. Il y a quand même le personnage de Giorgino (sic) qui est très important, et puis…

Oui, mais vous savez quand même que le gros de la promotion va être fait sur votre nom…

­ Bien sûr, oui. Il me semble que le disque est plus dur à porter pour moi, plus lourd. (elle pouffe puis se reprend) Je vais presque me contredire dans la seconde, je crois : les deux sont très durs et très angoissants. (rires)

Ca fait une différence, pour vous ?

­ Pas réellement, puisque mon implication, j’allais dire, est peut ­être de la même force, de la même ampleur, oui. Si ce n’est que dans la chanson il y a mes mots, il y a l’écriture, donc c’est quelque chose de… Dans le film, les mots ne m’appartiennent pas : ce sont les miens, mais ce sont ceux de quelqu’un d’autre.

Pourquoi vous n’avez pas essayé d’être co­scénariste pour proposer vos mots ?

­ Parce que je pense qu’à un moment, on se perd, parce que je n’ai pas ce talent, tout simplement, et qu’à un moment donné je préfère que quelqu’un s’occupe de moi un peu. Non, avoir cette envie que quelqu’un vous dise « Voilà, j’ai pensé à toi, j’ai écrit quelque chose. Je t’ai donné ces mots­là, en tout cas au personnage, maintenant débrouille­toi avec ».

Vous pourriez avoir exactement la même envie pour la chanson, que quelqu’un vous amène une chanson toute prête, la musique et le texte tout faits…

­ Jamais, non. Non, sinon je n’aurais pas fait ce métier.

C’est­à­dire que vous êtes prête à vous abandonner quand vous êtes actrice, mais quand vous êtes chanteuse vous avez besoin de tenir les rênes du métier ?

­ J’ai besoin d’écrire mes mots pour pouvoir moi y donner ce que j’ai envie d’y donner, sinon ça ne m’intéresse pas.

Et vous n’imaginez pas encore écrire des mots pour un film ?

­ Non. Non, non…

Laurent Boutonnat va faire beaucoup de films en Tchécoslovaquie ? Vous allez faire des tournées maintenant ?

­ Non, non. Je crois qu’il doit recevoir une chaîne, peut­être oui. (on verra en effet Laurent Boutonnat accorder quelques petits entretiens en télévision pour la sortie du film sur France 2, Canal + et M6, nda) Il est toujours surpris d’être reconnu, mais c’est quand même très modéré !

Les conditions de vie sont difficiles, là­bas…

­ Le propos n’était même pas celui­là. Vous savez, on était dans des lieux tellement retirés du monde qu’on n’a pas été vraiment confrontés à ça du tout.

Le phénomène des fans, vous le vivez comment ?

­ Est­ce que vous pouvez préciser ? Vous pensez à quoi ?

Parce que vous faites partie des actrices ­ des chanteuses, pardon ! ­ qui ont des fans, avec tout ce que ça peut comporter comme comportements d’idolâtrie. Comment est­ce que vous vivez ça ?

­ J’ai fait attention à ça ­ si ce n’est que c’est quelque chose qu’on ne maîtrise pas, de toute façon ­ déjà en refusant de faire un fan­ club, voilà.

1996-05-cPourquoi ?

­ Parce que en tout cas que ça ne me convenait pas. Maintenant, que de rencontrer des personnes et leur comportement…il y a toujours des choses qui vous dérangent, mais pas pour soi, qui vous dérangent pour ces personnes ­là, parce que parfois ces personnes­ là sont très malheureuses et peuvent rester des journées entières, ou parfois des nuits, à attendre quelque chose. Donc si je peux le donner sur un très court instant, je vais le donner. Je préfère ! Maintenant, c’est vrai qu’on ne peut pas donner à tout le monde parce que après, c’est…

Vous imaginez par exemple qu’il y a des jeunes qui ont dans leur chambre des centaines de photos de vous, des t ­shirts… ?

­ Je ne veux pas penser à ça !

Nous vous remercions beaucoup. Merci pour votre gentillesse !

­ Merci à vous !

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Déjeuner de gala sur NOSTALGIE avec Mylène

Posté par francesca7 le 8 février 2015

 

30 NOVEMBRE 1996 -Entretien avec Michel COTTET

1996-05-aMichel Cottet : L’actualité de Mylène Farmer, c’est cet album, « Anamorphosée » ­bien que ayant déjà quelques mois, il est encore tout frais et tout présent à notre mémoire et on se laisser bercer en ce moment par l’excellent titre « Rêver » ­ et puis il y a cette tournée, non pas gâchée mais interrompue pour une stupidité. Il ne m’appartient pas de déverser une kyrielle de qualificatifs pour essayer de vous cerner, de vous faire réagir ­ c’est toute la magie d’un personnage. Ceci dit, tout ce mystère qui débouche sur un statut de phénomène est ­ce que vous n’avez pas l’impression quelquefois que cela fait ombrage à votre vrai statut, qui est avant tout quand même, si je ne m’abuse, auteur compositeur­ interprète ?

Mylene Farmer : Ombrage, je ne sais pas bien. Est­ce que j’en souffre ? Non, pas vraiment. J’ai décidé de ce mystère en ce sens que je parle peu et que je réponds peu aux questions en général, donc je crois que j’en suis l’auteur donc je n’ai pas à m’en plaindre.

MC : Je ne parlais pas forcément du mystère mais du fait que à force de vouloir justement le percer, on en oublie de parler avec vous de ce qui quand même nous séduit au préalable, c’est­ à­ dire votre  musique, votre façon d’écrire, votre façon de paraître sur scène. Est­ce que parfois vous n’avez pas l’impression d’être dépassée par vous­même, en quelques sortes ?

MF : Je ne suis pas sûre de pouvoir répondre à cette question, si ce n’est que c’est vrai que  l’évocation de l’écriture est quelque chose, dans le fond, d’assez rare de la part d’un journaliste parce que je crois qu’il est plus enclin à parler ou d’une vie privée que l’on ne veut pas dévoiler, ou des choses qui sont ‘plus racoleuses’. Peut­être que je souffre de ça un peu, oui.

MC : On y reviendra, et j’espère comme ça que votre passage à Nostalgie vous aura ôté un peu de souffrance puisqu’on évoquera votre écriture. Ce que l’on sait, c’est que vous avez quand même ‘fui’ à Los Angeles pour essayer de retrouver une forme de solitude. Vous avez vos repères, j’ai les miens : moi, c’est Léo Ferré, Ferré qui disait : ‘Dans la solitude, le désespoir est une forme supérieure de la critique. Pour l’instant, nous l’appellerons bonheur’. Le désespoir, vous l’avez touché ?

MF : Je crois qu’il a fait partie de mon quotidien, mais maintenant je ne pense pas être la seule ! Je pense que le commun des mortels a des moments de bonheur et des moments de détresse absolue. Je crois que même une journée peut être comblée par bonheur et tristesse à la fois. Maintenant, est­ ce que je fais l’apologie de la détresse et du malheur : non. Je l’ai exprimée, en tout cas.

MC : Cette solitude, vous la recherchez ?

MF : Je ne suis pas sûre de me définir comme quelqu’un d’étant solitaire. J’aime parfois avoir des moments, oui, seule : l’écriture est un moment privilégié pour ça. Maintenant, j’aime bien la compagnie  de personnes choisies.

MC : Quel est le moment le plus fort, justement ? C’est rentrer dans cette solitude ou en sortir pour retrouver l’autre ou les autres ?

MF : Je crois que les deux sont à déguster ! (rires)

MC : Je poursuis avec ce texte de Ferré, toujours sur cette solitude : ‘je voudrais m’insérer dans le vide absolu et devenir le non ­dit, le non avenu, le non vierge par manque de lucidité’. Ne pas rencontrer le bonheur, est­ce que c’est pour autant être lucide ?

MF : (elle se répète la question à elle­ même) Ne pas rencontrer le bonheur…Je ne sais pas. En tout cas, j’aime l’idée de s’approcher de ce vide et de ne faire qu’un avec ce vide. C’est vrai qu’il y a quelque chose, l’idée du néant, qui est quelque chose de très happant. C’est vrai que parfois, on a envie de se confondre avec le vide, avec le rien.

MC : Ce que vous appelez le non­ dit, qui est essentiel pour la réussite…

MF : Oui.

Diffusion de « California »

MC : Mylène Farmer est votre invitée aujourd’hui dans ce « Déjeuner de gala » sur Nostalgie, avec cette notion de non ­dit. Ne pas énoncer, ne pas expliquer pour susciter la curiosité, est­ ce que c’est bien compatible avec une autre notion, qui est celle de la fidélité ? Je veux dire par là, quand on côtoie des gens ou des habitudes, forcément on perce le mystère, donc là c’est un peu antinomique, non ? Parce que vous êtes quelqu’un de fidèle ­ je parle du point de vue professionnel !

MF : Je pense être quelqu’un de fidèle, oui, dans tous les sens du terme et toutes les situations. Maintenant, pardonnez­moi : j’ai oublié la question ! (rires)

MC : Je disais, parallèlement à cette fidélité vous êtes porteuse de cette idée de non­dit : ‘je garde la mystère, je ne veux pas qu’on me dévoile et je ne veux pas dévoiler’. Est­ce bien compatible, ces deux approches ?

MF : Là encore, je ne… Le non ­dit, j’aime les non ­dits, maintenant est­ ce que je suis caractérisée par le non-dit : je ne le crois pas. Maintenant, j’ai choisi de dire certaines choses, de dévoiler certaines choses, de les clamer parfois et quand une question ou un sujet me dérange, là effectivement ce sera ou un non ­dit ou un non tout court ! (rires)

MC : Donner un sens à tout, c’est ridicule pour vous, finalement…

MF : Je sais pas si, là encore, c’est ridicule ­ pardonnez­ moi ! (rires) Je ne pense pas avoir d’abord la prétention, et je ne pense pas que la vie vous offre un sens à tout. Je crois que ça fait partie aussi du mystère de la vie, du mystère de la mort, de toutes ces choses qu’on ne sait pas et qu’on ne saura probablement jamais. Parfois on peut souffrir de ce silence et des ces non­réponses, et parfois je trouve ça plutôt bien. C’est une forme de liberté aussi en soi.

MC : Je vais peut ­être vous soulager, je viens à votre secours ­ si tant est que vous en ayez besoin : finalement, c’est pour ça que vous redoutez l’exercice que nous sommes en train de faire parce qu’il est communément admis qu’à toute question doit correspondre une réponse, et en plus logique !

MF : Oui. Oui, c’est vrai que là, dans le fond je n’aime pas la logique, je n’aime pas le rationnel et c’est un exercice qui est difficile, uniquement parce que je dois parler de moi, dans le fond c’est aussi bête et simple que ça. C’est un exercice difficile pour moi.

MC : Parler de soi… Parler d’idées qui vous traversent la tête, c’est peut­ être pas forcément parler de vous. C’est peut­être plus facile…

MF : Oui, mais c’est une façon de se mettre en avant et c’est vrai que là, ça fait partie d’un exercice qui est probablement utile à l’artiste, en tout cas on lui demande. Mais si j’avais à choisir, je crois que j’aurais rayé cette mention ! (rires)

MC : Le non­ dit, c’est aussi l’imaginaire. Est­ce un jardin dans lequel vous aimez flâner ?

MF : J’aime surtout, je dirais, au travers de lectures. Quant à mon imaginaire, oui, je cultive ce jardin, je crois, oui. Maintenant, là encore j’aurais du mal à en parler parce qu’il est imaginaire, justement !

MC : Mais un auteur se doit d’imaginer, et l’imagination c’est une forme de liberté que vous recherchez…

MF : Oui.

Pause publicitaire.

MC : Retour dans « Déjeuner de gala » sur Nostalgie. On parle avec Mylène Farmer, votre invitée, de la liberté. Quelles sont les situations, les mots, les événements dans lesquels vous ne vous sentez justement pas libre ?

MF : Les dîners où il y a beaucoup de personnes… (elle cherche, puis pouffe de rire)

MC : Une foule, c’est pas ‘beaucoup de personnes’, c’est qu’une personne raisonnée ?

MF : Oui. Oui, c’est toujours un peu facile comme détournement, mais dans le fond c’est vrai. C’est vrai, quand on est en face d’un public, quelque soit la salle, à partir du moment où il y a plus de deux personnes, trois personnes, mais plus le nombre est grand et plus il ne reforme qu’un et une énergie, en tout cas.

MC : En tête à tête, vous vous livrez plus ­parce que sur scène, on peut dire que vous vous livrez-vous vous livrez plus que devant une multitude de gens…

MF : Non, je pense que c’est faux. Je pense que je me livre davantage, mais peut­être sans la présence des mots ou en ayant choisi les mots. Maintenant, je crois que l’émotion que moi je ressens sur scène et que je peux offrir est quelque chose qui est une mise à nu, qui est beaucoup plus importante que dans une interview. J’ai malgré tout le contrôle de moi­même et de mes silences aussi.

MC : Ca fait douze ans, mine de rien, que vous êtes dans ce métier de la chanson. (Mylène confirme en riant) Est­ce que la situation a failli vous échapper une fois, durant ces douze ans ?

MF : M’échapper, non, je ne le crois pas. Je ne sais pas à quoi vous faites allusion précisément, mais j’ai…

MC : Être dépassée par ses propres motivations, s’embarquer dans un chemin qui n’était pas le bon…

MF : Avoir envie d’arrêter parfois tout, oui, ça m’est arrivé.

MC : C’est une façon de contrôler, justement, comme cette fuite…

MF : De nombreuses fois, oui. Hier encore…

MC : ‘J’avais vingt ans…’, mais ça c’est Aznavour ! (rires de Mylène) La fuite dans les mots, c’est quand même plus bénéfique que la fuite à Los Angeles ? Vous l’évoquiez tout à l’heure avec mon jardin imaginaire…

MF : Oui, je crois que j’ai eu besoin pour continuer d’écrire, puisqu’on parle des mots, que j’ai eu besoin de ce passage. Maintenant, il s’est effectué à Los Angeles, dans le fond ça aurait pu être ailleurs, en tout cas un pays dit étranger. Mais j’y ai trouvé, oui, si ce n’est une réelle source d’inspiration, en tout cas moi je me suis nourrie, si je puis dire, à ma façon. J’y ai trouvé quelque chose, oui.

MC : C’est Jean­Louis Murat qui, à ce même micro ­ je fais allusion à lui parce que vous l’avez rencontré, ne serait­ ce que pour un duo ­ qui expliquait que dans un texte, finalement, le texte n’était jamais aussi beau que lorsque à la fin de la chanson on n’avait pas forcément tout compris.

MF : Oui…

MC : Et pour vous aussi, je crois, à savoir que les mots ont plus d’importance que l’idée.

MF : Je pense qu’il vaut mieux savoir, en tout cas pour soi­ même, face à soi­ même, savoir ce qu’on a voulu dire. Maintenant, je suis d’accord que la chose trop expliquée, qui ne laisse pas dans le fond à l’autre une liberté, me dérange.

Diffusion de « L’Instant X »

1996-05-cMC : Avec nous, Mylène Farmer qui est notre invitée dans ce « Déjeuner de gala » sur Nostalgie aujourd’hui samedi. Je fais une petite digression avec les images, je voulais en parler un petit peu plus tard. Vous parlez de notion de liberté quant à la perception d’une chanson : le clip, pour le coup c’est bien souvent quelque chose de très cadenassé. On nous impose des images, on nous fait une explication ­ ça ne vous concerne pas tout le temps­ mais n’est­ce pas un piège ?

MF : C’est vrai, c’est un piège. Mais là encore, est­ce qu’on a le choix de ne pas faire sur une chanson une mise en images ? Là encore, malheureusement je n’ai pas ce choix ­là parce que ça serait suicidaire. Mais sur certaines chansons, c’est vrai que certainement je n’aurais pas fait de clip, parce que justement il y a une réduction du sujet évoqué, et puis parfois c’est magique aussi, donc…

MC : J’ai lu que vous disiez : ‘Quand j’écris mes textes, je livre beaucoup plus de moi que vous ne croyez. Il suffit de savoir écouter’. Est ­ce que vos chansons sont codées ? C’est un exercice qui peut vous amuser, ça ?

MF : Non, je ne suis pas sûre d’être aussi intelligente que ça. En tout cas, j’aime bien les mots, donc j’aime jouer avec les mots…

MC : Pas de fausse modestie, jeune fille ! (rires)

MF : …mais codés, non. Non. Je n’ai pas ce sentiment­là.

MC : Y a ­t ­il quand même une notion ­ j’ai cru vous entendre le dire, cette fois ­ci, donc la véracité du propos est entière, que vous aimiez cette forme d’irrationalité dans un texte et, comme vous venez de le souligner, que vouloir forcément une d’explication, c’est pas le but. Cette notion d’irrationnel, elle vous caractérise lorsque vous écrivez ?

MF : Non, je ne pense pas. Je ne pense pas, maintenant, sans parler de moi, quand je lis par exemple Cioran, puisque ça m’arrive de le lire en ce moment, à cette faculté que vous donner des mots­ clés, et là encore de vous laisser votre propre imagination. C’est un peu confus, ce que je dis, mais… (rires) Un peu comme les haïkus, vous voyez, ces poèmes qui sont très, très courts. On vous donne deux mots, on va vous dire –je dis n’importe quoi : un chien, une fourmi et la senteur du foin et tout à coup, ça va évoquer une multitude de choses. Mais là, ça sera à chacun d’interpréter ou d’imaginer. Donc j’aime, en tout cas si c’est ce que vous évoquez comme étant une irrationalité, alors c’en est une, oui, parfois…

MC : C’est finalement l’éducation que l’on reçoit lorsqu’on allait à la maternelle qui se transforme avec des beaux mots, mais c’est ça en fait : on apprend aux enfants, on leur montre un chat et leur imaginaire… (Mylène acquiesce d’un murmure) Vous faites allusion, donc, à Emile Michel Cioran, ce philosophe français pessimiste, dont l’œuvre s’exprime souvent par aphorismes. Vous en avez des favoris, vous ? Des proverbes, des… ?

MF : Je n’ai malheureusement pas beaucoup la mémoire des… (rires) Je retiens difficilement !

MC : Ben, ‘tomber sept fois’, il y a déjà ça !

MF : ‘Tomber sept fois’, c’était court donc facile à retenir ! Oui, il y a ce proverbe, effectivement, japonais qui dit ‘tomber sept fois, toujours se relever huit’ donc je l’ai volé.

MC : Vous êtes charmée par ce genre de formules ?

MF : Là encore, c’est le plaisir des mots et l’intelligence qui peut s’en dégager. En tout cas, sans parler même d’intelligence, à la fois la précision dans la non précision. Il y a cette phrase maintenant qui me revient… (rires)

Je vais faire mon exercice ! (rires)

MC : Allez­ y, soufflez bien !

MF : ‘Tout ce qui ne m’a pas tué me rendra plus fort’

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MC : Voilà, de retour avec Mylène Farmer qui est notre invitée aujourd’hui dans ce « Déjeuner de gala ». Je faisais référence à cette chanson qui figure sur l’album « Anamorphosée », c’est la  première fois où vous signez la musique : « Tomber 7 fois… »…

MF : Oui, oui. Absolument, oui.

MC : Après les mots, la musique. C’est une forme de défi que vous vous êtes lancé à vous­même ?

MF : Non. Là encore, ça s’est passé relativement naturellement : j’ai une guitare à la maison, donc il m’arrive parfois de tenter d’y jouer et ma foi, voilà, j’ai trouvé donc cette chanson, mais est­ ce que j’ai envie de faire ça et prolonger ça : non, je ne le crois pas.

MC : Vous vous êtes surprise vous ­même ?

MF : D’une certaine façon, oui, probablement ! (rires)

MC : Vous avez regardé autour si personne ne vous avait vue commettre cet acte affreux qui était d’écrire une musique ?!

MF : (rires) Oui, dans la mesure où j’ai pas de formation de musicienne. J’en ai le goût, en tout cas, mais je pense qu’il faut plus de talent pour composer.

MC : Vous êtes quand même pluridisciplinaire ­ on évoquera plus tard le goût de la peinture ­ vous écrivez, vous chantez, c’est tout à fait dans vos cordes, en tout cas c’est dans votre mentalité. C’est aussi de la liberté, finalement, que de savoir faire plusieurs choses, non ? C’est pour ça que cette notion de devenir compositrice, ou compositeur pardon, ça peut aussi vous aller, non ? C’est pas un défi qui vous… ?

MF : Non, parce que là encore, sans parler de talent, je sais ce que je suis ‘capable’ de faire, en tout cas de revendiquer, on va dire. Maintenant, quant à la musique, là encore, la composition, je sais que je m’essoufflerai très, très vite parce que manque tout simplement de connaissance, là encore.

MC : Vous voyez que vous êtes intelligente, puisque l’intelligence c’est savoir reconnaître ses limites.

MF : Je ne ferai pas de commentaires ! (rires)

MC : On saute du coq à l’âne, c’est le cas de le dire : vous aimez les animaux, je vous emmène sur le terrain des animaux. Comment va E.T. ?

MF : Très bien !

MC : Bien. Ce qu’il y a de fabuleux dans la communication avec les animaux, c’est que l’on émet des mots, eux les perçoivent comme des sons suivant l’intonation, et finalement, là on retombe sur c’est presque une chanson qu’on écrit avec les animaux : ils interprètent comme ils le veulent. Est­ce que mon parallèle vous choque ?

MF : Non. Vous faites ce que vous voulez, d’abord ! (rires) Mais effectivement, oui, les animaux, en tout cas les petits singes, connaissent probablement les sonorités, mais les visages aussi. Ils interprètent beaucoup l’expression, liée au son probablement. C’est un être, là pour le coup, relativement intelligent, caractériel aussi, qui a ses humeurs, mais c’est toujours aussi passionnant d’avoir un singe.

MC : C’est l’animal ­ nous en parlions tout à l’heure ­ qui se rapprocherait le plus de nos réflexes.

C’est pour ça que vous l’avez choisi ?

MF : Je crois que j’ai simplement une passion pour le singe. A chaque fois que je vois un documentaire sur ces animaux, j’ai envie de changer de vie et d’aller les retrouver, de les aider ou d’essayer de dialoguer, de m’y intéresser en tout cas. J’ai vu beaucoup, beaucoup de reportages sur les chimpanzés, les orangs­outans ou les gorilles. C’est vrai qu’une vie comme celle de Diane Fossey est une vie passionnante, mais c’est une vie difficile aussi.

MC : C’est une grande tendresse que vous avez envers les animaux, tout à l’heure vous étiez avec les chiens ! Vous aimez leur naïveté ? Leur fidélité ? C’est ce qui vous attire ?

MF : Là encore, je vais probablement vous décevoir mais je ne suis pas sûre d’analyser toutes les envies que j’ai, ou les communications que j’ai. J’aime les animaux parce que dans le fond, c’est très spontané.

Maintenant, si vous voulez vraiment trouver pourquoi on aime un singe, pourquoi on aime un chat ou un chien, dans le fond, ça, ça ne m’intéresse pas de savoir pourquoi je les aime. Je les aime, tout simplement.

Diffusion de « Mylène s’en fout »

MC : « Mylène s’en fout ». Pas nous ! Elle est votre invitée aujourd’hui sur Nostalgie, dans ce « Déjeuner de gala ». On a aimé ­ et on aime toujours ­ cet album, notamment, « Anamorphosée ». Je voulais juste un petit mot sur cet univers musical : il y a eu une évolution. Est­ce qu’on peut la qualifier, cette évolution, de tonique, d’énergique ? Ca serait le bon mot ?

MF : Je vais être obligée, moi, de revenir vers mes albums précédents : je n’ai pas eu le sentiment que ces albums n’étaient pas énergiques, donc en ce sens je ne peux pas aller dans cette idée de ‘plus d’énergie’. Je crois que parce qu’il y a des guitares, beaucoup plus de guitares qu’avant, peut­être que l’énergie vient aussi de là. Peut­être dans la façon de chanter, qui est probablement un peu différente : je chante plus grave ­ en tout cas, je me le suis autorisé !

MC : Dans le ton, rassurez­ nous ! (rires)

MF : Dans un ton plus grave. (elle hésite) Là, j’avoue que je ne sais pas bien… « Désenchantée », pour moi par exemple, est une chanson extrêmement énergique ­ mais ça n’engage que moi ­ au même titre que « L’Instant X », si ce n’est que la production est très différente. Là, oui.

MC : Voilà, justement : en quatre ans, est­ ce que vous avez eu l’impression de vivre une révolution musicale ?

MF : Non…

MC : D’abord, est ­ce que vous avez écouté ce qui se faisait ? Quand se passent comme ça quatre années, est­ce qu’on a le doute de se dire ‘je vais décrocher, je vais avoir un handicap insurmontable’ ? Parce que c’est un métier qui va très, très vite ­ je parle de la technologie, ne serait ce que ça…

MF : Oui. Oui, oui. Là encore, c’est plus une envie profonde non pas que de changer radicalement, mais simplement puisque j’ai passé un certain temps aux Etats­ Unis, c’est vrai qu’on est enclin à écouter beaucoup plus de musique : si on écoute la radio, on écoute que de la musique américaine en tout cas et qui est essentiellement beaucoup de guitares, et puis aussi dans les mélodies… Donc, en ce sens je ne me suis pas dit, là encore, ‘Pour le prochain album, il va falloir faire attention !’. C’est simplement un désir, tout simplement, que d’aller vers quelque chose de plus ce qu’on appelle live, moins de gimmicks. Je sais pas si j’ai répondu à votre question ! (rires)

MC : Si ! Faire office de référence, comme vous le faites aujourd’hui, est­ce que c’est une forme de reconnaissance éternelle ?

MF : Référence… ?

MC : Vous êtes une entité…

MF : Oh, pardon : moi ?!

MC : Oui ! Est­ce que c’est une forme de reconnaissance ?

MF : Est­ ce que je suis une référence ?!

MC : Quoiqu’il advienne, à partir de ce jour vous resterez quelque chose auquel on pourra s’identifier, auquel on fera référence. Est­ce que cette reconnaissance, vous la percevez ? Et comment vous l’acceptez ?

MF : Je la perçois parfois. Quand je monte sur scène, je crois que c’est le moment où l’on vous applaudit, tout simplement, où on vous dit que vous êtes quelqu’un d’important à ce moment ­là. C’est important au moment où je le fais. Maintenant, vous dire est­ce que ça me rassure ou est­ce que c’est important pour moi : je ne suis pas sûre, là encore, de pouvoir répondre à cette question. Je ne sais pas. (rires) J’aurais plutôt une humeur aujourd’hui de nous somme peu de chose, donc ça va être difficile pour moi que de vous dire ‘Je suis une référence’ ! (rires)

MC : Mais nous sommes peu de chose, je vous le confirme ! Il faut mieux en rire…

MF : J’aime ce que je fais. Je crois que je vais, là encore, faire ou une pirouette ou une réponse plus concise : j’aime profondément ce que je fais. C’est le plus important.

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1996-05-eMC : Bien. De retour dans « Déjeuner de Gala » sur Nostalgie avec Mylène Farmer. Il y a quelque chose que vous aimez et que vous ne faites pas encore, et que vous allez certainement faire parce que vous n’êtes pas être à vous laisser abattre, c’est le cinéma. (Erreur de Michel Cottet, puisqu’à la date de la diffusion, « Giorgino » venait de sortir deux ans auparavant ! nda) Tout ce que vous entreprenez sur scène, sur disque, sur les clips, il y a ­ j’ai l’impression, arrêtez ­moi si je me trompe ­ une approche cinématographique.

MF : Oui…

MC : Votre bonheur total serait aujourd’hui, ou dans quelques années, d’avoir une pile de disques de diamant et puis une pile de bobines de films, quand même, non ?

MF : Là encore, je ne suis pas sûre. Il y a quelques années, j’aurais ­ et je l’ai dit, que de ne pas faire de cinéma, j’en mourrais…

MC : Je voudrais qu’on ferme…Oublions tout ça et voyons devant !

MF : Non, non ! Je le révoque, parce qu’aujourd’hui je crois que je peux m’en passer tout à fait. Ca, c’est pour répondre à la notion de pile et de collection (rires). J’aimerais refaire un film, avoir un rôle qui bien sûr m’intéresse. Maintenant, me projeter dans un avenir de cinéma : pas du tout. Honnêtement, pas du tout.

MC : Mais cette approche ­ j’en finirai avec le cinéma…

MF : Mais j’aime le cinéma, donc voilà pourquoi j’aime l’image.

MC : Voilà, ce qui explique peut ­être votre petite différence ­ enfin, pas votre différence, ce que j’expliquais tout à l’heure : le phénomène musical ­ parce que vous appréhendez les choses avec un autre regard, celui de la caméra, même si on parle de chanson…

MF : Là encore parce que mon goût probablement, oui, pour le cinéma, pour l’image, pour l’évocation. Donc là c’était une rencontre formidable, en tout cas, quand j’ai commencé ce métier, à savoir que le clip était un élément essentiel pour un artiste, et ça a été quelque chose de magique pour moi ­ déjà d’avoir travaillé avec Laurent Boutonnat, qui a fait quand même la plupart de mes clips et qui est quelqu’un de grand talent. Là encore, c’est l’idée de rencontre, que de pouvoir aller voir Abel Ferrara et lui demander de travailler avec lui, Marcus Nispel, autant de gens qui ont beaucoup de talent. Là, c’est plus l’idée ­ on parlait de solitude tout au début­ là c’est l’idée réellement de deux ou de trois, de ne pas être seule justement dans une création.

MC : Vous citez Bergman, Polanski, Annaud ­ je lis, hein ! ­ Sergio Leone, dans le monde du cinéma. Est ­ce que vous avez eu des rencontres fascinantes, au­ delà des œuvres, avec ces gens ou avec d’autres ? Est­ce qu’il y a des gens que vous aimeriez rencontrer ? Vous aussi, certainement, vous êtes titillée par ces…

MF : J’aurais adoré rencontrer Bergman, mais il ne m’a pas attendue ! (rires) Maintenant, là encore, est­ce que j’ai des vœux : non. J’aurais aimé rencontrer Cioran, mais il n’est plus. J’avais très, très envie de rencontrer Abel Ferrara, c’est chose faite.

MC : Vous avez percé un peu le mystère ?

MF : De ce monsieur ? C’est quelqu’un d’assez fascinant, aussi bien dans la destruction que dans l’énergie, mais c’est quelqu’un de fascinant en tout cas.

MC : Donc c’est intéressant, finalement, d’essayer de percer le mystère des gens et de les rencontrer…

MF : Oui, bien sûr ! Bien sûr. Mais là encore, c’est quelqu’un qui se dévoile très, très peu.

MC : C’est d’autant plus passionnant…

MF : Il faut comprendre des choses, accepter d’autres, tolérer parfois, mais c’est quelqu’un de très riche, oui.

MC : « A force d’ignorer la tolérance, nous ne marcherons plus ensemble »…

MF : Oui ! (rires)

Diffusion de « Rêver »

MC : Juste avant ce titre, on parlait justement de chanson, du disque. En parlant de chanson, c’était dans l’album « L’Autre… » : ‘Agnus Dei, moi l’impie je suis saignée aux quatre veines’. A défaut de mépriser la religion, le bouddhisme c’est quand même quelque chose que vous avez cerné avec le livre de Sogyal Rinpoché, auquel vous rendez hommage d’ailleurs sur la dédicace de l’album. (Mylène confirme d’un murmure) Vous avez lu « Le livre tibétain de la vie et de la mort ». Cette philosophie consiste à vivre le moment présent : concrètement, c’est quoi ne pas vivre les moments avant et après qui peuvent redonner le sourire comme ça ?

MF : Ne pas vivre les moments avant ou après ?

MC : Puisque la définition…

MF : Oui, oui. C’est une façon de ne plus se mettre en réel danger ­mais ça c’est une notion dans le fond que je n’aime pas parce que j’aime le danger, j’aime l’inconnu ­ mais en tout cas d’un danger qui n’est pas réellement intéressant, à savoir c’est vrai que le passé peut être un fardeau. L’avenir, l’idée de l’avenir, se projeter dans l’avenir et de se dire ‘Qu’est­ce que je vais faire demain ?’ est quelque chose de terriblement angoissant, donc quand on a à la fois la connaissance qui est celle des autres, puisque vous évoquiez ce livre, cette philosophie est un pansement. Maintenant, il y a des choses que l’on accepte et puis d’autres que l’on rejette, et c’est vrai que l’idée, la notion de vivre son présent est quelque chose de cicatrisant, dans le fond.

MC : Malgré cette référence, je crois savoir que vous n’épousez pas pour autant la cause du bouddhisme…

MF : Non, c’est­ à ­dire que c’est toujours pareil : puisque j’ai évoqué ce livre dans mon album, après c’est toujours difficile parce que si les médias s’en emparent, on va vous dire ‘Donc vous êtes bouddhiste’. Et c’est vrai que moi j’ai quelques nuances, en sachant que je ne le pratique pas tous les jours, je n’ai jamais rencontré le Dalaï­ lama, je n’ai jamais réellement rencontré de bouddhistes mais je m’y suis intéressée et c’est quelque chose, une fois de plus, qui m’a fait beaucoup de bien, que je trouve très sensé et surtout très réparateur. Ce n’est pas une religion, c’est plus une philosophie donc c’est quelque chose de plus tendre.

MC : Je parlais de tolérance tout à l’heure : c’est une de vos valeurs essentielles…

MF : Là encore, j’en ai besoin et c’est vrai que je le réclame chez l’autre. Là encore, c’est un apprentissage, parce qu’on ne devient pas tolérant comme ça, du jour au lendemain : il suffit de quelque chose qui vienne percuter votre esprit, quelque chose de violent par exemple, et j’aurais presque envie de nier tout ce que je viens de dire donc là encore, c’est un chemin qui est long ! Mais c’est vrai que cette notion de tolérance est quelque chose d’indispensable pour l’être humain.

MC : Et quand la tolérance confine presque au pardon, c’est un peu facile quand même, non ?

MF : Pardon ?

MC : Lorsque la tolérance confine au pardon, c’est un peu facile comme attitude : il faut quand même se révolter, se battre, non ?

MF : Oui. Maintenant, l’idée du pardon, là je pense…

MC : Je parle pas du grand pardon ! (rires)

MF : …brutalement à un article que j’ai lu sur ces femmes et hommes qui ont perdu des êtres chers et qui sont allés voir les bourreaux de ces personnes perdues. Là, c’est une idée du pardon qu’on pourrait qualifier de presque insoutenable mais c’est quand même une grande idée, donc j’aime cette idée du pardon.

MC : Un que vous pardonnez, parce que je présume qu’il est toujours numéro un dans votre cœur dans la littérature, c’est Edgar Allan Poe : « Allan » la chanson, oui, c’était ça ?

MF : Oui, bien sûr !

MC : Bon, on ne sait jamais !

MF : Non ! (rires)

MC : Il y a « Le corbeau », avec l’emblème sur… C’est toujours le numéro un dans votre cœur ?

MF : C’est quelqu’un que j’aimerai éternellement, ça oui ! Maintenant, j’ai des lectures un petit peu plus légères en ce moment, qui sont Mary Higgins Clark dont je suis en train de dévorer tous ses livres !

MC : Très en vogue, oui !

MF : C’est plus léger, mais c’est assez passionnant ! C’est bien écrit, en tout cas. (rires)

MC : C’est très en vogue, presque à la mode d’ailleurs…

MF : Oui. C’est plus vulgaire ! (rires)

MC : Ca lave l’esprit ?

MF : C’est une détente en tout cas, oui. (rires)

Pause publicitaire et flash info.

1996-05-fMC : Retour sur Nostalgie dans ce « Déjeuner de gala » avec Mylène Farmer. On parlait de littérature, on parlait d’Edgar Allan Poe et puis de Mary Higgins Clark et de sa soi­ disante légèreté. Parmi les lectures qui sont plus tendues, j’avais noté Henry James et puis Julien Green ­ c’est drôle, on en parle alors qu’il veut être révoqué de l’Académie Française alors qu’il n’en a pas le droit, ce brave homme ­ avec ses angoisses métaphysiques. Est­ ce qu’ailleurs c’est toujours mieux que là où on est ?

MF : Je le pense de moins en moins. Est­ce que c’est le voyage qui vous donne ces… ?

MC : Ha, vous vous éloignez de notre ami Julien, là ! (rires)

MF : Oui ! Là encore, c’est l’idée de projection ou d’anticipation, d’imaginer effectivement que l’autre va vivre mieux, que l’ailleurs est un meilleur. Dans la mesure où j’essaye de vivre des moments présents, ce seront mes moments à moi ­ non pas que je n’envisage pas l’autre, mais je me dis que dans le fond j’ai de la chance de vivre ce que je vis, même si parfois c’est difficile donc de ne pas chercher justement cet ailleurs hypothétique.

MC : J’évoquais Julien Green, philosophe mais aussi photographe avec des autoportraits, des photos de famille (Michel Cottet prononce d’abord ‘des autos de famille’ ce qui provoque un fou rire de Mylène) Le pauvre, il est né au début du siècle, des autos il devait pas tellement en voir !

MF : Changez la question !

MC : Non, non, non je la conserve ! J’aimais beaucoup sa définition d’un cliché parfait ­ je lis les trois points : savoir voir, être rapide et être patient pour réussir donc une photo. Est­ce que ce ne sont pas un procédé qu’on pourrait appliquer à une chanson, finalement, pour sa réussite ?

MF : (elle répète) Savoir voir, être rapide et être patient… Oui ! Oui, ça peut être… (elle s’interrompt, visiblement perdue)

MC : Non, c’est pas grave, c’est pour mes enchaînements comme ça…

MF : Oui, oui, j’entends bien ! (elle éclate de rire)

MC : …on arrive sur la peinture, n’est­ ce pas, vous voyez…

MF : Parce que vous, tout est écrit ; moi, rien ! (rires)

MC : Je suis obligé de prendre des notes ! Donc je voulais faire un parallèle entre la photo, la chanson et la peinture, qui est quand même un art aussi qui, si je ne m’abuse, vous titille…

MF : J’adore la peinture. Je la connais depuis peu, dans le fond. J’ai rencontré certaines personnes qui font partie de ce métier, donc de la peinture, qui m’ont d’une certaine façon éduquée.

MC : Lesquelles ? Enfin, si toutefois ça n’est pas…

MF : Pierre Nahon, que je connais peu mais… Albert Koski (mari de Danièle Thompson. Mylène a assisté a plusieurs vernissages de l’artiste et est une intime du couple, nda) est quelqu’un qui m’a aidée et puis ma foi, après ce sont des expositions, ce sont des livres : j’adore acheter des livres de peinture, j’adore acheter quand je le puis quelques peintures.

MC : Des livres pour essayer de reproduire ou simplement pour la beauté de… ?

MF : Pour une évasion, là encore. C’est aussi intéressant de feuilleter un livre de peinture qu’un roman. J’aime beaucoup Egon Schiele, j’aime Max Ernst, j’aime Klimt…

MC : Je suis largué en peinture, alors là je dis rien, je fais celui qui connaît, mais alors là, non !

MF : Non, non mais… ! Henri Michaux, l’écrivain, qui était également un peintre. Et puis beaucoup d’autres.

MC : Vous aimez la peinture, c’est pas pour autant que vous aimez vous emmêler les pinceaux, hahaha ! (ironique)

MF : (elle pouffe) Je dois répondre ?! (rires)

MC : J’en aurai presque fini avec mes références littéraires ­ enfin celles d’une époque qui n’est pas forcément celle que vous vivez actuellement ­ il y avait notre ami Kafka. J’avais lu un bel article sur Prague, vous dévoiliez la ville de Prague avec beaucoup de bonheur (paru dans le magazine « Femme » en juin 1996, cf. cette référence, nda). C’est parce qu’elle vous rappelle Montréal, de par son climat, de par… ?

MF : Très honnêtement, je ne me souviens pas de Montréal, si ce n’est que j’ai le goût de la neige, donc probablement lié à cette époque. Je n’y suis retourné qu’une fois et extrêmement brièvement donc c’était quelque chose que je qualifierais de pas très agréable (Mylène y est effectivement retournée à l’automne 1988 dans le cadre d’une série photo avec Elsa Trillat. Des années plus tard, lorsque celle­ci évoquera ce voyage pour le Mylène Farmer Magazine, elle parlera également d’une mauvaise ambiance, nda). Donc je ne me souviens pas de Montréal, en somme.

MC : Je ne sais pas si vous vous souvenez de cet article sur Prague que vous avez formidablement bien rédigé…

MF : Non, je ne m’en souviens pas. (l’article a pourtant été publié quelques mois à peine plus tôt, nda)

MC : C’est un art que vous aimez aussi. Il était axé sur les monuments historiques, sur les gens de la littérature etc. Ca vous passionne, ça, l’Histoire des villes ?

MF : Oui. Je suppose que c’est à peu près normal quand on découvre une ville de savoir ce qui s’y est passé, quels étaient les écrivains, qui a hanté qui ou qui a hanté quoi… Oui, là c’est encore un intérêt pour l’autre.

MC : Il y a notre ami le marquis, ça vous aimez bien, aussi…

MF : Le marquis, oui ! Le divin marquis ! (rires)

MC : Le marquis de Sade. Il va bien ?!

MF : Je l’ai délaissé, lui, un petit peu ! (rires) Il trépigne !

MC : Justine (héroïne des écrits du marquis de Sade, nda) va être en colère !

Diffusion de « Comme j’ai mal »

MC : « Comme j’ai mal », c’est bien entendu Mylène Farmer, extrait de l’album « Anamorphosée ». Mylène, notre invitée aujourd’hui sur Nostalgie dans ce « Déjeuner de gala » avec des chansons, avec des livres. Parmi toutes ces lectures, qui une nouvelle fois peuvent changer ou évoluer ­ ceci dit, celles qu’on a évoqué et que vous revendiquez, c’est quand même un monde fantastique et morbide : est ­ce que le suicide peut flirter, être limitrophe de cet univers que représentent les Julien Green, les Cioran etc. ?

MF : Est­ce que je… ?!

MC : Le suicide, la notion de suicide peut être limitrophe de cet univers pessimiste…

MF : Là encore, est­ ce que ce sont des thèmes de prédilection ? Je m’y sens bien…

MC : Pour l’époque où vous vous sentiez bien. Je ne veux pas…

MF : Non, non je m’y sens toujours très bien !

MC : Est ­ce que cette notion de suicide, qui est quand même une limite à franchir ou ne pas franchir après tout, est­ ce qu’elle était présente dans vos lectures ? « Le mythe de Sisyphe » de Camus, est-ce que vous l’avez lu par exemple ?

MF : Non, non. Est­ce que vous faites allusion à moi, est­ce c’est quelque chose qui m’a hantée, ou est­ce que c’est quelque chose qui… ?

MC : Oh non, je n’irais pas jusque là. Non, non. D’une façon générale, quand on est ‘imbibé’ non pas d’alcool ­ bien que vous appréciiez le Bordeaux et je vous en félicite ! ­ mais imbibé de ce genre de lectures, aussi diverses soient­elles…

MF : Oui, ce sont des chemins dangereux. Effectivement, si on s’imbibe et fait une indigestion d’auteurs comme ça, de lectures, ça devient sa vie de tous les jours, sa pensée de tous les jours donc on finit par… A la fois c’est passionnant et pourquoi c’est passionnant ? Parce qu’on ressent ces mêmes choses, donc fatalement se crée un lien entre l’auteur et le lecteur. Maintenant, ça peut être dangereux si on ne s’abreuve que de…

MC : C’est pour ça qu’il y a Mary Higgins Clark !

MF : Oui, peut­être ! Parce qu’il y a toujours ces ingrédients mais il y a toujours une notion d’espoir, j’imagine.

Oui, il faut avoir le recul nécessaire pour ne pas effectivement essayer d’illustrer ce que l’on lit, en tout cas de l’appliquer à sa vie, voilà.

MC : Vous êtes en train de nous avouer quand même professionnellement, à travers vos lectures, une formidable conscience des limites, un recul, une sérénité par rapport à vous ­même…

MF : Oui, je le pense. Parfois, je n’aime pas ça, je n’aime pas cette maîtrise.

MC : Ca empêche une folie, d’être trop maître de soi, d’être trop lucide finalement ?

MF : D’une certaine manière, oui. Et une trop grande lucidité mène à un cynisme parfois, et ça je m’en défends aussi parce qu’être cynique, je crois, c’est pas très intéressant pour sa vie ni pour les autres. Mais là encore, c’est moi qui suis responsable de ça.

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MC : Retour sur Nostalgie dans ce « Déjeuner de gala » avec Mylène Farmer. Un petit clin d’œil à votre nom : ‘Farmer’, c’était un personnage d’un film que Jessica Lange a tourné etc. Enfin bref ! (Incarnée au cinéma en 1982 par Jessica Lange, Frances Farmer est décédée en 1970, nda) Aujourd’hui, si vous deviez choisir un autre nom en référence, ça serait Greta ?

MF : Non ! (rires)

MC : Non ? Ca changerait pas ?

MF : E.T., ça me conviendrait parfaitement ! (rires)

MC : Greta, ça m’arrange : j’étais sur « Cendres de Lune »…

MF : J’ai bien compris, oui ! (rires)

MC : Léo Ferré ­ j’y reviens, vous voyez, chacun les siens ­ c’était la mélancolie, ‘la mélancolie, c’est revoir Garbo’ dans « La reine Christine ». Pour vous c’est quoi, la mélancolie ?

MF : Qu’est ­ce que pour moi la mélancolie… ?! Hmm…

1996-05-gMC : Vous avez autant de temps que vous voulez pour répondre !

MF : Oui, mais plus je vais mettre du temps et plus la réponse sera décevante !

MC : Non, peut ­être que vous n’êtes pas mélancolique, donc c’est un sentiment qui n’évoque rien de spontané, justement…

MF : Je la trouve très souvent dans la musique. Ecouter une musique évoque chez moi une mélancolie. Mais là, précisément, non je n’ai pas de réponse…

MC : Ecouter les Doors, les Eagles, Gainsbourg, Dutronc, ça c’est de la mélancolie, c’était votre…

MF : Oui…

MC : Vous êtes allée voir, par exemple, Dutronc au Casino (de Paris, nda) y a quatre ans ?

MF : Non.

MC : Barbara, aussi, qui a bercé votre…Non ?

MF : Non. Le dernier spectacle que j’ai vu, c’était Alanis Morissette.

MC : Barbara, qui vient de sortir un album (« Barbara », 1996, nda) : ‘Il me revient, il me revient en mémoire, il me revient une histoire, il me revient des images’ ça, c’est pas votre cas, ça, hein…

MF : Qu’il me revienne des images ? J’essaye le moins possible ! (rires)

MC : L’adolescence ne revient jamais. Vous n’aimez pas l’adolescence d’une façon générale : est­ce que c’est parce que vous n’appréciiez pas le manque de personnalité chez l’autre ? Est­ce qu’on peut faire le lien ?

MF : Je n’aime pas l’adolescence. Là encore, je n’ai évoqué que la mienne : c’est un passage que je n’ai pas aimé du tout, du tout.

MC : Peut ­être dans le regard des autres adolescents que vous croisiez à l’époque…

MF : Ca, de toute façon, mais avant tout on ne s’aime pas soi ­même et là pour ça, je crois que je n’avais même pas besoin du regard de l’autre.

MC : Ca vous plaît aujourd’hui d’être presque adulte ?

MF : Je crois que je ne le serai jamais !

MC : J’ai dit ‘presque’, hein !

MF : (rires) Oui, je me préfère aujourd’hui qu’il y a cinq ans, six ans, dix ans, vingt ans. La trentaine est quelque chose de plus doux, pour moi en tout cas.

MC : Ca correspond à ce que vous imaginiez lorsque vous étiez adolescente ?

MF : Non. Là encore, je me suis toujours envisagée ­ c’est plus une détresse qui venait à moi, donc de s’envisager plus grand dans le temps est quelque chose qui n’était pas là encore très doux. Mais j’ai toujours entendu ‘Vous verrez, l’âge de trente ans ou la trentaine pour une femme est bien plus magique que cette période qu’est l’adolescence’ et j’avoue que je puis dire oui, en tout cas me concernant.

MC : Là, c’est à demi magique : vous êtes au milieu de cette décennie exceptionnelle !

Diffusion de « Vertige »

MC : « Vertige », toujours extrait de votre album, Mylène Farmer, « Anamorphosée » ­ je vous parle, puisque vous êtes notre invitée aujourd’hui sur Nostalgie dans ce « Déjeuner de gala » ! On parlait juste avant de votre adolescence. Vous ne répondrez pas si je vais un peu trop loin : vous dites aussi avoir été en manque d’affectif, est ­ce qu’avec le recul vous avez l’impression d’être passée à côté d’une bonne thérapie pour soigner cette blessure ?

MF : Là encore, puisque c’est une inconnue pour moi je ne peux pas répondre, en ce sens que je n’ai pas fait cette démarche. Maintenant, nous sommes tous d’abord des êtres très sensibles mais il y a une hypersensibilité que vous ayez dans le fond ou non cet amour, vous ne le percevez ou en tout cas pas peut­ être à sa juste valeur, ou peut­ être que vous en demandez une surproduction donc en ce sens, vous allez souffrir. Donc je dois faire partie, si je peux me caractériser, de cette catégorie d’êtres hypersensibles, donc difficiles.

MC : « Et Tournoie… » : ‘Ton pire ennemi, tu peux l’expulser de toi’…

MF : Là, ça fait partie, oui, de cette…

MC : Il rôde encore ?

MF : Bien sûr. C’est pour ça : là, je pensais à ça et à l’évocation du bouddhisme et toutes ces choses qui sont très belles et très reposantes mais malgré tout on se lève le matin et on peut toujours avoir cette notion du mal qu’on a en soi, cette capacité à faire la mal, cette négation de soi et toutes ces choses qui font que ça perturbe votre esprit et c’est là où c’est difficile, parce que c’est là où vous décidez, vous êtes réellement maître ou de votre vie ou de votre journée et décidez que non, ça va aller mieux parce que ça vaut le coup.

MC : Ce méchant, il s’appellerait Alice, l’araignée malicieuse ?

MF : Oui, tout à fait ! (rires)

MC : Ca m’amène à la scène : entre le spectacle de 1989 et celui­ ci, qu’est­ ce que vous vouliez absolument ne pas reproduire ?

MF : Trop de tristesse.

MC : Voilà, on sait toujours ce qu’il faut pas faire, on sait pas forcément ce qu’il faut faire, mais voilà, c’est ça…

MF : Oui, j’avais envie de…Mais là encore, ça a commencé par l’écriture de l’album, donc fatalement la scène est différente puisque j’ai suggéré, moi, des choses avant, en tout cas mes changements intimes.

MC : Ceci dit, si je puis me permettre, le spectacle comporte la quasi ­totalité des nouvelles chansons mais dans sa globalité, ça ne représente que 40% et pourtant le spectacle a une tenue, c’est la même.

Il est quand même…

MF : J’ai eu envie d’abord d’évoquer le blanc, avec tout ce que ça peut évoquer pour l’autre, essayer de donner de la joie ; maintenant de la réflexion, bien évidemment, mais l’idée du show en soi : l’idée du show qui est quelque chose de à la fois factice, rapide mais quelque chose de fondé.

Pause publicitaire

MC : C’est toujours votre « Déjeuner de gala » sur Nostalgie. On est pratiquement en tournée, on parlait de votre disque, c’est la scène actuelle ­ ce soir vous serez à Nîmes. Cet écran géant, c’est votre idée ? C’est pour avoir un spectacle à deux vitesses, ce fameux show que vous venez de décrire et puis également qu’on puisse vraiment lire dans vos yeux ?

MF : D’une certaine manière, oui. Là encore, c’est peut ­être extrêmement narcissique mais c’est pensons aux personnes qui sont tout au fond et qui ne voient que des petites choses sur scène qui bougent, donc j’allais dire je me devais, non je ne me devais pas de le faire mais moi étant spectateur, c’est vrai que j’ai une frustration si je ne vois pas les yeux de la personne. Donc voilà pourquoi cette idée de l’écran géant et parce qu’il y a eu…

MC : Surtout quand ils sont jolis !

MF : (elle rit, un peu gênée) Et puis l’envie aussi de projeter des choses sur cet écran, parce que bien évidemment il n’y a pas que moi, évoquer l’abstraction et là encore, c’était une chose…

MC : Et vos sourires, on dirait ­ c’est peut ­être fait exprès ­ il y a des expressions très agréables qui nous propulsent vers le blanc…

MF : Là, c’est peut­ être la différence alors par exemple avec la première scène et la deuxième : sur la première, je n’aurais jamais pu avoir une caméra qui reproduise justement mon visage en gros plan. Ca, c’est quelque chose qui m’aurait mortifiée parce que peut­ être que je n’étais pas prête pour ça (il est à noter que pour les deux dates à Bercy en 1989, des écrans géants étaient pourtant placés de part et d’autres de la scène, nda) alors que là, c’est quelque chose que je…c’est sans doute ça, le vrai changement : c’est de devancer ça et de dire ‘Voilà, maintenant je vais vous donner aussi mes clignements d’œil, mes larmes, mes joies, mes sourires, mauvais ou bons profils, peu importe : je me livre !’ (rires)

MC : ‘Dieu vomit les tièdes’, ça c’est vous qui l’avez…

MF : C’est dans la Bible ! (rires)

MC : Oui, oui, je vous cite, je l’ai noté et je voulais rebondir là­dessus : vous êtes dure dans le travail ? Vous avez l’œil à tout ? Vous maîtrisez tout ?

MF : Maîtriser, je ne sais pas, mais en tout cas je fais en sorte, oui, de maîtriser le maximum. Dure, probablement ; pénible, à mes heures sans doute, mais maintenant je respecte l’autre, donc je pense que…

MC : Les réactions, lorsqu’il y a un point qui vous agace, elles sont spontanées ou réfléchies pour apporter la solution ou pour essayer d’imposer votre vision des choses ?

MF : Elles sont… Là encore, c’est pas aussi simple que ça. Je m’enflamme très, très vite ! Même si dans le fond, la réponse a été donnée tout de suite, parfois elle est un petit peu trop ­ je ne trouve plus le mot ! ­ démesurée, mais en tout cas elle est instinctive.

Diffusion de « Laisse le Vent Emporter Tout »

MC : « Laisse le Vent Emporter Tout », c’est Mylène Farmer, extrait de votre album « Anamorphosée ». Continuons ce « Déjeuner de gala » sur Nostalgie : on faisait référence tout à l’heure sur l’album aux guitares de Jeff Dahlgren. Est­ce qu’il y a eu d’autres ingrédients comme ça sur l’album et sur la scène que vous vouliez absolument avoir à vos côtés pour perdurer ce nouvel élan ?

MF : Sur la scène, oui : avoir des musiciens qui ont envie de jouer.

MC : Pourquoi ? Le contraire, ça existe ?!

MF : Oui, parce que dans ce métier, ça peut devenir une routine très facilement. On vient en studio, on fait une séance et on s’en va…Qu’il y ait une énergie centrale sur scène, qui sera la mienne puisque je vais être le point central, et à la fois des danseurs et des musiciens, s’il n’y a pas une osmose parfaite, en tout cas un réel désir commun, je crois que c’est quelque chose qui est à moitié gagné. Donc, outre les capacités et les talents de musicien, il y a aussi ce vrai désir de se dire qu’à chaque fois qu’un spectacle est quelque chose d’exceptionnel et qu’il faut tout donner.

MC : Cette osmose, on la ressent tout de suite ? Non, bien entendu, il faut du temps…

MF : Je crois que là encore, c’est plus l’idée de l’instinct qui vient quand on fait le choix des musiciens, et puis après je crois que c’est malgré tout à la fois et un travail et un partage. C’est ­à ­dire, c’est vrai qu’il y a beaucoup de moments, par exemple pendant les répétitions ­ que ce soit avec des danseurs ou avec des musiciens ­ il y a beaucoup de moments après la scène, avant le spectacle, à la cantine… Ca peut paraître ridicule, mais ce sont des moments qui sont importants à chaque fois parce qu’il y a une vraie ou communication, ou communion et que c’est là que se construit réellement ce que les gens vont ressentir sur scène.

MC : A la cantine, comment on se détend ? On parle de blagues ou on continue à peaufiner les détails, ou à se dire ‘Ca, c’était pas bien ; ça, c’était bien’… ?

MF : Il y a toujours ces choses­là qui surviennent, mais en général pour un tel spectacle, parce que c’est quelque chose qui est obligé d’être extrêmement calibré. Après vient le temps de…

MC : Ca doit être parfait avant qu’on l’ait commencé…

MF : Parfait : là encore, je me méfie un petit peu de ces mots en parlant de moi et de ce spectacle, mais en tout cas les choses techniques, par exemple, doivent être extrêmement étudiées, sinon on va à une catastrophe !

MC : Vous vous aimez, parfois ?

1996-05-bMF : (elle soupire, puis rit) Sans doute, oui. Sans doute…

MC : Vous aimeriez être l’amie de Mylène Farmer ?

MF : Posez­moi une autre question ! (rires)

MC : ‘De ce paradoxe je ne suis complice / Souffrez qu’une autre en moi se glisse’, héhé ! Est­ce que l’illogisme serait donc la seule logique possible ? Oh, c’est compliqué !

MF : Je vais avoir mal à la tête, bientôt ! (rire franc)

MC : On a bientôt fini, docteur ! C’est vous : en lisant vos chansons, en les écoutant ça inspire ce genre de…Mon imaginaire a fonctionné, vous voyez ! (Mylène acquiesce d’un murmure) Donc forcément, c’est vrai que vous avez peut­être des difficultés à y répondre. ‘Mais qui est l’autre’ ?!

Diffusion de « Et Tournoie… »

MC : « Et Tournoie… », c’est Mylène Farmer bien entendu, notre invitée aujourd’hui dans ce « Déjeuner de gala ». Je reviens sur la scène : c’est Paco Rabanne qui vous habille ­ vous voyez, j’ai tout noté parce que je peux pas tout me souvenir, moi ! ­ en 1989, c’était Thierry Mugler, qui avait fait aussi le clip de « XXL »…

MF : Oui…

MC : Il y a eu Gaultier sur le clip de « Je t’aime Mélancolie », Alaïa sur le clip de « Que mon Cœur Lâche », non c’est pas ça ?

MF : Oui !

MC : Bref, c’est une vraie collection ! C’est drôle…

MF : Oui, j’aime bien les couturiers !

MC : Vous jouez sur scènes avec ces tenues ? C’est une façon de vous… ?

MF : Oui. Là encore, j’ai travaillé assez longtemps avec l’équipe de Paco Rabanne.

MC : C’est une volonté de changer, comme ça, d’aller de l’un à l’autre qui ont quand même des styles très différents ?

MF : Oui. Encore que sur la première scène, à part deux ou trois tenues, Thierry Mugler n’était pas si en avant que ça : c’est­à­dire qu’il a accepté de prêter son talent mais de respecter aussi mon univers. Je fais allusion à « Tristana », par exemple, qui était des manteaux russes avec des écharpes, des gants : c’est pas très Thierry Mugler ! Maintenant, pour Paco Rabanne, l’idée c’était que ce soit près du corps, que ce soit ce qu’on appelle sexy… (rires)

MC : Et talons hauts, cette fois­ ci !

MF : Et talons qui sont très, très hauts ! (rires) Et Paco Rabanne, là encore ça fait partie des rencontres et des choses qui deviennent presque une évidence une fois que c’est choisi. C’est quelqu’un qui aime le blanc, c’est quelqu’un qui aime l’énergie, qui aime autant de choses qui avaient un rapport avec ce show.

MC : Dans le monde de la mode, dans le monde de la chanson, il y a forcément moult personnes qui essaient de vous approcher, non ? Des projets, vous devez en avoir !

MF : Mais non, pas tant que ça !

MC : Pourquoi ? Vous faites peur ?!

MF : Je ne sais pas ! Mais non, il y a pas tant de…

MC : Restons sur le domaine de la mode : il y a pas beaucoup de personnes au monde qui réclament autant de tenues pour une scène, et surtout des tenues qui sont mises en valeur, qui servent à quelque chose, non pas simplement à dire ‘Vous avez vu ? J’ai une belle tenue !’, donc forcément ça doit attiser les esprits fertiles !

MF : Mais non ! Alors, est­ce que c’est propre à ce pays ? J’en sais rien, mais c’est plus à soi à chaque fois de faire des démarches et d’avoir des désirs et d’aller vers l’autre plus que créer de réelles envies chez l’autre, non…

MC : J’ai juste noté, il y avait Baudelaire aussi, j’ai oublié, avec « L’Horloge », que vous aviez adapté sur l’album « Ainsi Soit Je… » : ‘Trois mille six cents fois par heure, la seconde chuchote : souviens toi’, ça, ça doit vous énerver, ça ! C’est pas vous, ça !

MF : (rires) C’est plus moi, ou j’essaye de ne plus l’être ! (rires)

MC : J’avais noté également, pour essayer d’en finir avec cet album, « Anamorphosée », sur « Mylène s’en fout », c’est la pureté à travers le jade, ce minéral chinois. La pureté, ça pourrait être aussi un mot pour vous définir ?

MF : Oh, là encore c’est un exercice que je ne ferai pas, tenter de me définir, donc je vous laisse ces mots ­là, mais le jade, l’évocation du jade qui évoque effectivement la pureté, l’idée aussi d’un matériau brut, d’un matériau qui n’est pas précieux mais qui devient avec le temps quelque chose de précieux ­ mais là je ne m’évoquais pas moi précisément !

MC : J’espère que ‘c’est sexy’, Nostalgie ! En tout les cas, c’est vrai qu’essayer de découvrir quelqu’un, essayer de percer le mystère, ça peut amener un grand risque : la déception. Je peux vous dire que vous êtes l’exception qui confirme la règle !

 MF : C’est gentil ! Je pensais exactement à ça, à savoir est­ce que je n’ai pas déjà trop parlé ?! (rires)

MC : Je voulais finir en vous paraphrasant : laissons le vent emporter tout, laissons Mylène prendre soin de tout. Voilà !

MF : (rires) C’est gentil à vous, en tout cas ! Merci !

MC : Merci beaucoup.

Publié dans Mylène 1995 - 1996, Mylène en INTERVIEW, Mylène TOUR 1996 | Pas de Commentaires »

Mylène Farmer au 20 H PARIS PREMIÈRE

Posté par francesca7 le 3 février 2015

 

30 MAI 1996 – Entretien avec Paul AMAR

Paris Première

1996-05-bComme son nom l’indique, cette émission prend place à 20h, sur Paris Première. Paul Amar y reçoit une personnalité différente chaque soir de la semaine, pour un long entretien en tête à tête. Ce soir­là, c’est Mylène Farmer qui est à l’honneur. Le plateau de cette émission, Porte Maillot à Paris, a pour particularité d’être en vitrine : les gens qui passent dans la rue peuvent donc tout voir. C’est sans doute pour cela que l’interview de Mylène a été enregistrée si tard (vers minuit) mais cela n’a pas empêché une poignée de fans de s’y rendre.

Pendant le générique du début, la chanteuse est filmée dans la rue, seule, en contre plongée. Coiffée d’un chignon, elle porte une toute petite robe bleue et des platform shoes blanches. Souriante, mais visiblement mal à l’aise, elle marche dans la nuit parisienne, tantôt les bras dans le dos, tantôt les bras croisés, mais toujours le regard fuyant, et ce jusqu’au studio de l’émission.

Paul Amar : (off sur ces images) Mylène Farmer apparaît très rarement sur les plateaux télé, elle ne les aime pas. Mais notre bulle de verre ressemble si peu à un plateau télé. (Mylène entre dans les locaux de Paris Première) Elle trouve la télévision de plus en plus anecdotique et inintéressante ;  nous veillerons, elle et moi, à rendre l’entretien le plus dense possible. Elle n’aime pas le soleil :  extérieur nuit, ce sera notre décor d’un soir. (Mylène arrive dans le studio et s’assied, seule, sur un canapé, contre la vitrine derrière laquelle se sont agglutinés plusieurs fans) Elle cultive volontiers le mystère, je le savais et je l’ai vérifié en découvrant le titre de son dernier album « Anamorphosée ». J’ai pris, je l’avoue, le dico pour être bien sûr du sens : ‘Anamorphose : image déformée par un miroir courbe’. Pourquoi Mylène Farmer se veut­elle à ce point déformée ? Pourquoi met­elle un miroir courbe entre elle et nous ? Je ne sais pas. Vous non plus, je suppose. Alors, suivez­moi, je vais me glisser derrière le miroir pour tenter de surprendre la vraie Mylène Farmer. Mais, s’il vous plait, ne le lui dites surtout pas, elle pourrait m’en vouloir.

(Paul Amar entre dans le champ de la caméra et s’installe à côté de Mylène)

Bonsoir Mylène Farmer…

Mylène Farmer : Bonsoir.

PA : Merci d’être avec nous dans cette bulle de Paris Première. (regardant les fans de l’autre côté de la vitre) Vous savez que il y a eu Bruel et vous. Voilà ! Le soir, tard, du monde, comme ça, autour de la bulle. Ils nous entendent !

MF : (tournée vers les fans) Bonsoir ! (rires)

PA : La présence de ce public qui est venu vous voir, donc de vos fans, dans cette émission qui commence, ils vous rassurent, ils vous inhibent, ils vous… ?

MF : (en regardant le fans) Me rassurent. (sourire)

PA : Ils vous rassurent ?

MF : Oui. (large sourire)

PA : Parce qu’ils vous aiment ?

MF : Je le suppose puisqu’ils sont là ! (sourire en les regardant)

PA : Vous aimez être aimée ?

MF : J’aime être aimée, oui !

PA : Alors, il est tard, le soir, vous le voyez de toute façon à la lumière, parce que cette émission sera diffusée jeudi 30 pour la première fois, à 20h, c’est­à­dire vingt­quatre heures avant Bercy et, comme vous êtes en tournée, entre plusieurs villes de province et Paris, on a choisi tard le soir pour enregistrer cette émission. Vous auriez préféré être en direct et en pleine lumière, à 20h, ou cette lumière nuit vous convient davantage ?

MF : Je crois que je préfère la nuit.

PA : Pourquoi ?

MF : C’est plus rassurant pour moi.

PA : Pourquoi ?

MF : Ça fait partie des paradoxes : je peux être dans la lumière et j’aime l’ombre également.

PA : Et vous préfèreriez l’ombre ou la lumière si vous deviez choisir ­ lumière jour, ombre nuit ?

MF : J’aurais les deux réponses : l’ombre et la lumière. (large sourire)

PA : L’ombre et la lumière…

MF : Difficile de faire un choix entre les deux.

PA : A vingt­quatre heures de Bercy, vous vous sentez comment ? Ça va ?

MF : Ça va bien. Le trac, quand même, mais relativement sereine.

PA : Et le trac adouci par le fait que vous aimez la scène. Je veux dire : rencontrer le public sur scène dans…

MF : (le coupant) J’aime profondément ça. Je le fais rarement, mais j’aime ça.

PA : Alors, vous allez chanter évidemment toutes vos chansons qu’on connaît, mais notamment les plus récentes, et celles de cet album que j’ai reçu, Mylène Farmer, que j’ai écouté très attentivement et je l’ai dit, en vous accueillant, j’ai repris le titre, je fais un aveu : je ne connaissais pas ce terme, « Anamorphosée »…

MF : C’est un terme cinématographique, mais j’avoue que, moi, je lui ai trouvé un sens plus poétique, et j’ai mis ‘ée’ à la fin. C’était plus pour évoquer l’idée d’un spectre qui s’est élargi ­ donc ma vision du monde, mes sensations qui se sont élargies ­ et l’idée de ce rassemblement, non pas de la compression, mais d’un rassemblement pour ne faire plus qu’une image et pure.

PA : Ce que vous dites, c’est pas ce que j’ai ressenti parce que quand j’ai vu la traduction de ce texte, je me suis dit, quoi, ça veut dire déformation. C’est un peu comme au Musée Grévin : on se présente devant un miroir courbe et, tout d’un coup, c’est pas nos traits. Alors moi je me suis dit…

MF : (le coupant) J’ai pris le risque.

PA : Vous avez pris le risque ?

MF : Je savais que je pouvais. Oui. (rires)

PA : Mais alors justement, enfin, quand j’ai vu ce mot et quand j’ai cherché le sens, j’ai aussitôt regardé vos photos, celles que vous présentez de vous, et aucun trait de vous n’est déformé ! On va les regarder ensemble. (il feuillette le livret du CD « Anamorphosée » en gros plan) Vous apparaissez telle que vous êtes habituellement. Alors qu’est­ce qui est déformé ? Parce que, d’une façon visible, rien n’est déformé : vos yeux, le corps…

MF : Mais, à nouveau, j’écarte, moi, le sens de la déformation, justement. En aucun cas déformation, non.  Peut­être transformation, mais ce n’est pas non plus ‘métamorphosée’. (rires) Peu importe, d’ailleurs. Je préfère le sens poétique de ce mot.

PA : Transformation, si elle devait exister, de quelle nature ?

MF : Je crois que j’ai un grand changement qui s’est opéré en moi. J’ai voyagé, d’abord.

PA : Oui…

MF : Je me suis échappée de la France pendant près d’un an. J’ai essayé d’oublier mon métier, de m’oublier moi­même d’une certaine façon, et essayé de découvrir des choses différentes, des choses qu’on peut qualifier d’un peu plus normales, la vie de tous les jours en somme.

PA : Vous savez que le contraire ­ vous qui connaissez très bien le sens des mots, et je vous écoute, et vous avez écrit vos textes ­ le contraire de ‘normal’, c’est…?

MF : Anormal. J’aime l’anormalité ! (large sourire)

PA : Ce qui m’a un peu effrayé, je vous le cache pas, vous qui dites là, à l’instant, que vous vouliez retrouver un petit peu la normalité, (en lui montrant la pochette de « Anamorphosée ») c’est quoi ?! C’est la décapitation ?! Y’a pas votre tête !

MF : Je sais. Mais, là encore, j’ai pris le risque parce que je savais que ça pouvait évoquer ça. Moi, je l’ai plus pensé en ce sens : l’esprit qui s’échappe, l’esprit qui va vers le haut, l’esprit qui voyage. Donc c’est ce que moi, j’ai voulu évoquer.

PA : L’esprit a voyagé et le corps a voyagé vers l’Amérique, c’est ça, quand vous avez quitté la France ?

MF : L’Amérique. J’ai choisi l’Amérique. Pourquoi ? Je ne le sais pas bien, dans le fond. C’est peut­être plus facile pour moi que d’aller vers Los Angeles puisque j’y avais déjà rencontré quelques personnes. Maintenant, c’était plus l’idée des étendues vastes, d’une forme de liberté, une certaine solitude parce que Los Angeles est une ville pour solitaires : la rencontre est très difficile malgré tout…

PA : Elle peut être violente parfois ?

MF : Elle peut être violente, troublante, mais j’avoue que j’ai passé, moi, un très, très bon séjour.

PA : Et c’est là­bas que vous avez écrit « California » ou c’est ici ?

MF : C’est là­bas.

PA : Ah c’est là­bas…

MF : Donc, moi, j’ai demandé à la personne qui travaille avec moi, compositeur et producteur, Laurent Boutonnat, de m’y retrouver, et cela au bout, je crois, de cinq mois, et j’ai eu cette envie que d’enregistrer l’album à Los Angeles.

PA : Là on regarde ­ je dis bien on regarde, on écoute évidemment ­ « California », mais on regarde « California », là­bas !

Diffusion d’un large morceau du clip « California »

PA : Le regard est très triste à la fin. C’est la perception que vous avez de Los Angeles, de l’Amérique telle que vous la montrez là ?

MF : Non, parce que là, elle est un petit peu caricaturale, je dirais. On s’est quand même polarisé, ou concentré, sur la prostitution. Los Angeles n’est pas uniquement la prostitution. D’ailleurs, il a été difficile de…

Sur Sunset, il y a souvent justement ­ le quartier cloisonné ­ toutes les prostituées, et là j’avoue qu’elles avaient disparu car elles avaient des problèmes avec cet acteur, enfin tout ce qui s’est passé autour de cette anecdote… (allusion à l’arrestation quelques mois plus tôt de Hugh Grant avec une prostituée, nda)

PA : Hugh Grant, oui. Pourquoi ce choix justement ? Pourquoi ce thème ?

MF : Je ne suis pas sûre d’avoir la réponse, si tant est que j’ai toujours envie de jouer, d’interpréter une prostituée. Et j’avoue que sur « California », c’est spontanément venu. Et donc, j’ai fait appel à Abel Ferrara qui, lui, évoque beaucoup la prostitution dans ses longs métrages.

PA : Quand vous dites dans la chanson : ‘Ma vie s’anamorphose’­ c’est difficile à dire, d’ailleurs ! ­ alors ça veut dire quoi dans ce… ?

MF : Dans cette chanson là ?

PA : Dans cette chanson, oui.

MF : Là encore, j’ai toujours une difficulté quant à l’explication de textes. Parfois, il suffit de prendre des mots et, ma foi, une sonorité peut évoquer certaines choses. Moi, ‘ma vie qui s’anamorphose’, si je peux essayer de trouver un sens à ce mot, c’est plus dans l’idée de ce rétroviseur, et là on en revient plus à l’aspect cinématographique, donc de cette concentration du format cinémascope, etc. Mais j’ai l’impression qu’on ennuie les gens avec ça ! (rires)

PA : Y’a un contraste impressionnant ­ moi, je vous découvre, je connaissais vos chansons, mais je vous découvre ­ entre cette façon dont vous vous exprimez, qu’on retrouve d’ailleurs dans vos textes, et cette image que vous montrez avec ce public toujours patient. (il se retourne et regarde les fans derrière la vitre. Mylène lève les yeux vers eux, un large sourire aux lèvres) Apparemment, ils ne se lassent pas de ce que vous dites, de ce que vous montrez de vous. Cette image très, on va dire les choses, qui est même perturbante pour un homme qui vous interviewe, troublante en tous cas, que vous montrez, très provocatrice, et puis les mots que vous employez, ce que vous dites à l’instant.

Vous en êtes consciente, j’imagine quand même ?! C’est délibéré ?

MF : Délibéré, préméditation, non, je n’en suis pas sûre. C’est juste l’idée et l’envie que d’interpréter des rôles différents. C’est autant de facettes qui font partie d’une personnalité. J’essaie, moi, de les exploiter, de ne pas tricher et de ne m’interdire rien.

PA : Rien ! Mais ça veut dire que dans ce clip, vous êtes dans la fiction ? Vous ne mêlez pas ce que vous ressentez, ou dans le texte d’ailleurs que vous écrivez, ce que vous ressentez, parce que j’ai cru comprendre que, et là j’oublie le clip qu’on vient de voir évidemment, j’ai cru comprendre qu’il y avait une frontière très mince entre ce que vous exprimez et la façon dont vous vivez les choses finalement…

MF : Il y a une frontière très, très mince, dans le fond. C’est vrai que quand moi j’écris les textes, dans le fond je ne pense qu’à moi, qu’à ce que je ressens, ce que j’ai envie d’exprimer. Parfois, ce sont des idées ou violentes ou dérangeantes. Mais, là encore, c’est faire abstraction absolument de l’autocensure. Et c’est une liberté pour l’écriture.

PA : Vous êtes de ce point de vue complètement désinhibée ?

MF : Non ! Parce que ce serait là l’absolue liberté. Je ne le suis pas, mais dans le fond, ce métier m’aide à justement extérioriser tout ce que je n’oserais pas probablement dans la vie de tous les jours, donc c’est une chance que de pouvoir avoir ça.

PA : Ça va ? C’est la première fois que vous participez à une émission aussi longue, une heure ?

MF : Aussi longue, oui ! (rires)

PA : C’est la première fois ?

1996-05-cMF : Oui, je crois, oui. (Mylène a pourtant jusqu’alors participé à plusieurs reprises à des entretiens de toute sorte au moins aussi long, mais peut­être pense­t­elle aux conditions de tournage, dans la continuité, dans les conditions du direct etc.)

PA : Et ça va ?

MF : Ça va bien, oui ! (sourire)

PA : Je ne sais pas qui doit avoir le plus peur de l’autre !

MF : (rires) Je ne sais pas…

PA : On retrouve Mylène Farmer dans quelques instants, après la pub.

Coupure pub

Au retour plateau, Paul Amar et Mylène Farmer se sont déplacés : ils sont désormais face à face sur des petits siègent entourant une table basse. Une télévision reprend l’image de leur tête à tête en second plan. Ils se sont éloignés de la vitrine et on ne voit donc plus le public.

PA : Et on retrouve notre invitée, Mylène Farmer. Je ne sais pas si les téléspectateurs ont vu – il y avait tous ces albums que j’ai présentés, enfin j’ai présenté le plus récent évidemment, de vous ­ mais vous êtes arrivée avec un gros livre que vous gardez ! (rires de Mylène) On a changé de lieu, vous êtes arrivée avec ce gros livre, vous le gardez avec vous. Qu’est­ce que c’est ?!

MF : C’est­à­dire que quand vous avez, que nous avons préparé l’émission…

PA : (la coupant) Attendez, on va le montrer. N’hésitez pas ! Je sais bien qu’il est lourd…

MF : (elle s’avance pour poser le livre sur la petite table devant elle, mais le reprend aussitôt, en regarde la tranche, avant même qu’un cadreur, qu’on voit s’approcher, ait pu le filmer !) Je sais qu’on va évoquer la littérature, et ce livre fait partie de…Est­ce que c’est un livre de chevet ? J’en sais rien, mais en tous cas, c’est un livre que je trouve magnifique et c’est un cadeau. Donc j’avais envie de l’emmener tout simplement ! (elle le pose cette fois sur la table)

PA : L’auteur…?

MF : (penchée en avant, elle le feuillette sur la table) Et c’est Allan Edgar Poe (sic), traduit par Baudelaire. Et c’est un livre très ancien du XIXème siècle et qui a beaucoup d’illustrations, si je les trouve. (elle peine en effet à en trouver une au hasard des pages) Ce sont des anciens dessins…

PA : Et bien je vais le découvrir ! Décidément, vous me faites découvrir beaucoup de choses ! (le journaliste feuillette le livre à son tour) Alors, « Le scarabée d’or » ­je sais que vous aimez les animaux.

« Le chat noir ». Décidément ! C’est complètement au hasard, et rien n’est préparé. Tout est improvisé. (il s’arrête sur une illustration qu’on ne voit pas à l’image) C’est un peu lugubre, non ? Mais c’est de la littérature…

MF : (toujours penchée en avant sur son livre, elle ne l’a pas lâché et scrute ­ inquiète ? ­ son feuilletage par l’animateur) Oui. C’est Edgar Poe !

PA : C’est Edgar Poe ! Vous aimez lire, hein ?

MF : (refermant le livre tandis que, comme le journaliste, elle se redresse dans son siège) J’aime lire. Je ne lis pas suffisamment, mais j’aime ça.

PA : Déjà enfant, adolescente, vous lisiez beaucoup ?

MF : Pas du tout. Au contraire ! Je crois que j’ai eu une rébellion absolue quant à l’école et ce qu’on vous imposait comme lecture, donc je crois que j’ai refusé ça totalement. Jusqu’au jour où, autodidacte, j’ai décidé que j’allais, moi, vers une famille littéraire, et puis après, on fait son chemin tout seul. Et c’était plus agréable comme ça pour moi.

PA : Quand vous écrivez vos textes, vos chansons, vous écrivez comment ? Où ? La nuit, le jour ?

Chaudement habillée, dévêtue ? Seule ? Pas seule ?

MF : La seule réponse que je puis formuler : seule. Maintenant, quant à la tenue vestimentaire, je crois qu’elle m’importe. J’essaie de me souvenir ! (elle cherche) Non, ce peut être la journée, la nuit : peu importe.

PA : Le lieu, peu importe ?

MF : Le lieu, non, peu importe.

PA : Peu importe ? (Mylène confirme) Ça peut être chez vous. C’est à Paris, c’est à la campagne, c’est au bord de la mer, peu importe ?

MF : Ça dépend. Pour cet album, par exemple, c’était à Los Angeles, dans une maison qui était louée, qui avait un petit studio à l’étage inférieur. Et c’était…non, pas dans ma chambre. Dans une autre chambre.

PA : Ah, les douze chansons de cet album, vous les avez écrites là­bas ?

MF : Oui.

PA : En ville même ? Dans la ville ?

MF : Oui. J’avoue que je crois ne pas avoir besoin d’un lieu justement précis. J’arrive à m’isoler, et reformer cette bulle dont on a besoin pour écrire, dans n’importe quel lieu.

PA : On a vu la ville, en tous cas telle que vous, vous l’observez, vous la ressentez, dans « California ». On va voir une autre sorte de ville, fin de monde, fin de siècle : « L’Instant X ».

Diffusion d’une partie du clip de « L’Instant X »

PA : Alors tout est blanc, mais c’est pas un blanc immaculé. Là vous annoncez des choses terrifiantes, non ?

MF : (rires) Non, j’ai voulu retracer la vie, non pas la vie, mais une journée, que l’on peut avoir, où tout va mal.  Tout va mal. C’est une concentration d’évènements, dès qu’on se lève, et tout va mal, à nouveau, et on attend ce moment : souvent il se passe ça dans une journée ou dans un mois, où à la fois toutes les choses viennent se concentrer, se former un peu comme un puzzle, et c’est le moment où tout rejaillit, et cette fois vers le haut, et non pas vers le bas. (rires)

PA : Ce jour­là, vous alliez bien ou mal ? C’était un jeu de votre part ou vous étiez dans une humeur plutôt maussade ?

MF : Très sincèrement, je ne m’en souviens pas, mais… Je ne sais pas.

PA : Et cette fin de siècle que vous nous annoncez, vous en pensez quoi, vous ? Vous y croyez au messie ­ parce que vous parlez du messie ? L’instant X, c’est quand le messie arrivera ?

MF : Pas précisément. Je crois… Je crois à quoi ? Une forme de spiritualité, je crois qui est indispensable pour tout le monde. Maintenant, être une religion particulière, non, j’avoue que j’ai du mal à le nommer.

PA : Spiritualité, vous la voyez quoi ? dans le regard de l’Homme, ou là­haut, une force invisible, supérieure ?

MF : Parfois, j’aime l’idée de la force invisible, et je préfère trouver une force et une générosité ici, et de personne à personne. C’est plus important.

PA : C’est quoi le Styx ?

MF : Le Styx, c’est ce lac qui est dans l’enfer. (sourire)

PA : Ah ! Et vous dites ça avec un sourire désarmant ! (rires de Mylène) Vous le connaissez ce lac ?

MF : Je l’ai évoqué souvent en tous cas. J’aime beaucoup ce mot. J’aime bien jouer avec les mots.

PA : Et vous l’imaginez comment, ce lac ?

MF : Très noir.

PA : Et l’Enfer ?

MF : Une idée de l’Homme, dans le fond…

PA : Noir aussi ?

MF : Oui. Trop lourd. Trop lourd, cette idée.

PA: C’est simplement un jeu auquel vous vous livrez ou, au fond de vous, vous avez cette vision assez pessimiste ou de l’homme, ou de l’humanité. Est­ce qu’on se rapproche, quand je vous entends parler et vous entends penser à voix haute, plutôt de la littérature, ou est­ce que vraiment, au fond de vous­mêmes, vous exprimez ce que vous pensez ?

MF : Je crois avoir… Je ne sais pas si vous faites allusion à pourquoi un public a pu me suivre tout au long de ces années quand, moi­même, j’ai évoqué des thèmes un peu plus difficiles, un peu plus désenchantés, parce que moi­même je l’étais profondément, oui. Maintenant, il s’opère dans la vie, à nouveau, des changements, qu’on le veuille ou non, et il y a des personnes qui ne changent pas. Moi, j’ai eu cette chance que de rencontrer… C’est toujours, là encore, difficile ou la justification ou d’essayer de trouver des mots. Vous dire que j’ai trouvé la lumière serait un petit peu fort, mais j’ai une rencontre, en tous cas, d’avec un livre qui a été important dans ma vie…

PA : Lequel ?

MF : …qui est « Le livre tibétain de la vie et de la mort » qui parle de l’idée de l’impermanence, vivre le moment présent. Et ça, ça a été quelque chose d’extrêmement fort pour moi. Cette idée que de ne pas appréhender la mort. Enfin, autant de choses. Là, je vous donne tout en vrac, c’est un peu confus ! (sourire) PA : Non, non, non, non, je vous suis parfaitement ! Vous étiez…

MF : (le coupant) Tout ça pour essayer d’évoquer ce changement.

PA : Oui, parce que vous étiez hantée par l’idée de la mort, par cette notion de mort…

MF : (le coupant) J’étais profondément hantée, c’est­à­dire qu’il n’y avait pas un jour sans que je pense à cette mort.

PA : La mort de l’autre ou… ?

MF : Ou la mort de l’autre ou ma propre mort, le vieillissement, enfin toutes ces choses qui font que vous vivez mal, dans le fond. Et c’est, dans le fond aussi, le refus de vivre (silence et sourire).

PA : Tout au long de l’émission, j’ai le sentiment, parce que là vraiment je vous découvre et j’ai vraiment l’impression qu’il se passe quelque chose de nouveau, puisque vous l’affirmez, et alors il y aurait un décalage, c’est rigolo, si j’ose dire, mais ça doit l’être, entre les sujets qu’on a prévus…

MF : C’est vrai ?!

PA : Hé bien oui, qui sont le reflet de tout ce que vous avez offert, jusqu’à présent, à votre public, et les nouveaux mots que vous prononcez, c’est­à­dire les sentiments que vous exprimez. Alors, ça fait rien, allons jusqu’au bout ! Après tout, vous choisissez difficilement entre l’ombre et la lumière. On va continuer avec ce décalage.

MF : Bien sûr, oui.

PA : Alors, on va voir un extrait de film, « Giorgino » où là vous aviez un rôle difficile, très difficile…

MF : Oui.

PA : On regarde.

Diffusion d’un extrait en version originale de la scène où Catherine est piégée sur un lac gelé.

PA : Dans ce film de Laurent Boutonnat, vous jouez le rôle ­ c’est Catherine, c’est ça ? (Mylène confirme) ­ d’une jeune fille qui a du mal à sortir de sa propre enfance, à la limite de l’autisme. Est­ce que vous rejoueriez ce rôle aujourd’hui ?

MF : Oui !

PA : Il vous a plu ?

MF : Oui, beaucoup. Beaucoup.

PA : (en pointant les fans devant lui) Voilà, le public est encore là ! Vos chansons et vos albums, énormes succès, avec Céline Dion, enfin vous vendez par centaines de milliers et ce film n’a pas rencontré le succès auprès du public. A votre avis, pourquoi ?

MF : Le fameux instant X n’est pas venu ! (rires)

PA : C’est quoi, c’est comme une alchimie qu’on attend, qui se produit ou pas ?

MF : Je crois. Je ne suis pas sûre que ça remette en question ni la qualité du film, ni d’un album, ni d’un artiste.

Là, j’essaie de faire abstraction de moi, de ma présence dans le film, mais tout simplement, je continuerai de défendre ce film, je continuerai d’aimer ce film. Maintenant, je crois qu’il n’a pas trouvé la rencontre, qu’il n’a pas eu cette rencontre d’avec le public. Est­ce que c’était un mauvais moment pour le film ? Est­ce que c’était trop noir pour le public ? Je crois qu’on n’aura de toute façon jamais la réponse, donc… Ma foi, ‘accepter’ cet échec. Mais pour moi, ce n’en est pas un, donc je le vis bien dans le fond.

PA : On voit que vous aimez l’image, on le voit dans vos clips qui sont de petits scénarii, parfois courts, parfois brefs, parfois plus longs ­ dix à douze minutes. Vous aimez l’image au point de faire un long métrage. Vous allez continuer ?

MF : Là encore, je n’ai pas la réponse. Je crois que j’aimerais, oui, faire un autre long métrage. J’aime jouer, j’aime interpréter des rôles.

1996-05-fPA : On va sortir de cet univers un peu glauque, un peu difficile pour entrer dans un autre, beaucoup plus éclairé, là ­ on passe de l’ombre à la lumière ­ dans un univers que vous aimez qui est celui du cheval, et vous allez découvrir un homme que vous connaissez, et que Laure Fortin a rencontré.

Diffusion d’un sujet sur Mario Luraschi, qui avait réglé les cascades sur le clip « Pourvu qu’elles soient Douces ». Il en parle ici ainsi que de sa rencontre avec Mylène.

Mario Luraschi : (…) Pour Mylène Farmer, j’ai eu le grand plaisir de faire son clip. Effectivement, c’était exactement dans les mêmes conditions qu’un vrai film, d’ailleurs on a tourné plus de huit jours. Elle était venue s’entraîner un tout petit peu, pas beaucoup parce qu’elle a pas besoin de s’entraîner ; elle monte quand même très bien. Et on s’est, en plus, super bien marrés ! On a réglé toutes les cascades, aussi bien les grandes galopades, où elle retrouve le bel officier, que la partie grande bagarre où on s’est le plus marrés d’ailleurs !

(…)

PA : Vous n’étiez pas doublée, là, dans le film ?

MF : Non.

PA : C’est vous qui montez ?

MF : Oui, oui.

PA : Vous aimez le cheval…

MF : J’adore ça, oui. Je crois que j’en ai un petit peu peur aujourd’hui, bizarrement.

PA : Pardon ?

MF : Je dis que je crois que j’en ai un petit peu peur, peur de monter à cheval.

PA : Maintenant ?

MF : Oui.

PA : Pourquoi ?

MF : Parce que je le fais de moins en moins. Donc l’acrobatie…peut­être avec l’âge ! (rires) Mais, en tous cas, la rencontre d’avec Mario a été vraiment, je ne sais pas si c’est importante, mais extrêmement agréable. Et c’est quelqu’un d’abord de très doux, très sensuel sur un cheval, et très, très talentueux. Très généreux aussi.

PA : Vous aimez les animaux ?

MF : J’adore les animaux.

PA : On m’a dit que vous aviez un singe. Chez vous ?

MF : Oui.

PA : Il s’appelle comment ?

MF : E .T. C’est un capucin.

PA : C’est­à­dire, un capucin ? C’est quelle… ?

MF : C’est un singe d’Amérique du Sud.

PA : Et il vit avec vous ? (Mylène confirme) Et la communication, ça se passe comment entre vous ?

MF : Très, très bien ! (sourire)

PA : C’est­à­dire ?

MF : Nous pouvons converser, jouer. Des moments de tendresse. Autant de choses qui…

PA : (la coupant) Il peut y avoir une vraie communication entre l’humain et l’animal ?

MF : Bien sûr ! Bien sûr, et précisément le singe.

PA : Qui se passe de mots…

MF : Je crois qu’elle aime bien les mots. Elle aime les intonations, mais ça, comme tous les animaux. Mais c’est quelqu’un de très, très intuitif.

PA : Mylène Farmer reste avec nous jusqu’à la fin de l’heure, jusqu’à 21h. Pub.

Coupure pub

Au retour plateau, Paul Amar et Mylène Farmer ont à nouveau changé de place : ils sont désormais assis sur de hautes chaises de bar autour d’une table. Mylène a un verre de jus d’orange devant elle auquel elle ne touchera pas ! On voit à nouveau le public derrière la vitrine.

PA : Mylène Farmer est toujours avec nous, à quelques heures à peine, elle nous fait la gentillesse de venir dans cette bulle, à quelques heures à peine de Bercy. Vous vous préparez comment ? Vous allez dormir ? Vous allez vous reposer ou pas?

MF : J’ai peu le temps de me reposer, mais je fais beaucoup de sport. J’essaie de continuer avant les concerts, donc c’est de l’entraînement, avec Hervé Lewis qui est un très, très bon entraîneur et un ami également. C’est de la musculation et beaucoup d’endurance, donc de la course. Et en fait, je suis tout, tout près de chez vous quand je viens faire du sport !

PA : Au gymnase à côté­là ?!

MF : Je ne sais pas ! (rire gêné)

PA : Bon, on ne va pas ­ ah ben, c’est vrai qu’il y a le public qui écoute ! Ils pourraient encore vous suivre jusque là !

MF : Non, je plaisante !

PA : Quand vous allez entrer dans la salle, et que vous allez voir cette foule immense, qu’est­ce qui se passe dans votre tête ou dans votre cœur ? Est­ce qu’il bat plus fort ?

MF : Il bat plus fort. Le trac, en général, c’est avant, avant d’entrer en scène. C’est quand on commence à trop penser, trop réfléchir et une fois que ou que l’on monte sur scène, ou en dessous de scène, ou dessus de scène ­tout dépend de l’apparition­ là, j’avoue que s’opère un total changement : on est totalement dans le spectacle. Et, enfin, l’analyse et la réflexion se dissipent.

PA : C’est ça, et là vous vous donnez à la foule, quoi, vous donnez votre talent. Un aperçu de ce concert, vous étiez il y a quelques jours à Toulon pour chanter : on regarde, on écoute, avant d’en parler.

Extraits de « Alice », « Je t’aime mélancolie », « California » et « Désenchantée » filmés lors de la première représentation du Tour 96, à Toulon.

PA : Avant de parler spectacle, et c’est l’objet de toute notre émission, je voudrais une petite parenthèse qui sera brève : le fait d’aller chanter à Toulon ne vous a pas posé de problème, vous avez réfléchi, vous avez hésité ?

MF : Non. Non. Je sais quels sont les problèmes à Toulon. (la ville vient de passer aux mains du Front National lors des récentes élections municipales et de nombreux artistes y annulent leur passage, nda)

Maintenant, ma vie est celle du spectacle donc pourquoi refuser que d’aller dans cette ville ? Tous les gens n’ont pas choisi, une fois de plus, ce qu’il s’est passé et ce qu’il s’y passe. Non, j’y ai pensé, bien évidemment.

Maintenant, j’ai décidé d’y aller et le Zénith de Toulon est une très, très belle salle. Et le public était magnifique !

PA : Et des gens de la municipalité ne vous ont pas agressée, vous ont laissé faire ? Il y a pas eu de problème de ce point de vue ?

MF : Pas du tout. Aucun problème. Aucun.

PA : Allez, on ferme parce qu’on ne va pas parler de ça longtemps : ce n’est pas une émission politique, et puis on ne va pas la polluer. Je vais revenir au spectacle. Vous avez des tenues extravagantes, comme ce soir aussi !

MF : (rires) C’est Paco Rabane qui a fait les habits et là, j’avoue que c’était encore un très, très bon moment, en tous cas toute l’élaboration justement des costumes, les idées. Là encore, j’ai de la chance.

PA : J’imagine qu’on vous a déjà posé la question, mais bon, inévitablement, on y pense en vous regardant sur scène : Madonna. On vous a déjà posé la question ?

MF : Mais pourquoi ‘inévitablement’ ? Est­ce que c’est un défaut journalistique ou est­ce que c’est une vraie envie que de me comparer à Madonna ? Je vais vous retourner la question ! (rires)

PA : C’est bien, j’aime bien ça ! C’est une vraie perception : cette façon que vous avez de bouger sur scène, d’être désinhibée, vous l’avez dit tout à l’heure, de mêler à la fois la danse, le chant, la chanson, mais aussi vos textes, comme une provocation comme ça lancée à l’homme. Donc, inévitablement, la comparaison se fait.

MF : Alors la comparaison ne me dérange pas. (sourire) Et, une fois de plus, je trouve qu’elle a beaucoup de talent donc, dans le fond, peu m’importe.

PA : Peu vous importe.

MF : Peu m’importe.

PA : Vous la prenez pour flatteuse, pour dégradante, pour… ?

MF : Comme je l’ai dit : flatteuse. Flatteuse. C’est quelqu’un de grand talent : qu’on épouse ou non ses revendications, ses excès, c’est malgré tout quelqu’un de grand talent, et elle l’a assez prouvé parce qu’elle dure, perdure, donc ce ne peut être, dans le fond, qu’un compliment, en tous cas sur, j’oserais dire, la longévité en tous cas.

PA : J’imagine qu’un journaliste américain pourrait dire un jour à Madonna ‘Tiens, vous me faites penser à Mylène Farmer’ !

MF : Je ne sais pas ! (rires)

PA : (se retournant pour regarder les fans derrière la vitre) Le public est toujours là et il nous écoute toujours. Moi, je n’en reviens pas ! Vous savez quelle heure il est ? Je le dis aux téléspectateurs : chez vous, il est, quoi, 20h20 pour la diffusion, là, ici, pendant l’enregistrement, il est plus de 0h20. Ils sont venus au tout début, et ils sont encore là ! Ils sont même organisés : ça existe, vous avez un club de fans qui existe et que Lionel Boisseau a retrouvé. Il a rencontré deux de ses adhérents qui parlent de vous, et de quelle manière !

Diffusion d’un sujet sur Olivier et Wilfried, les deux fans qui s’occupent alors du Mylène Farmer Fanzine, créé en 1992. Comme le dit le reportage, ce fanzine s’apprête à devenir le Mylène Farmer Magazine (quelques mois plus tard, en septembre 1996). Intégralement consacré à la star, il continuera d’exister jusqu’en 2004.

PA : Il est là, Wilfried. Il est là ! (gros plan sur le jeune fan en question, derrière la vitre, qui fait un petit coucou à Mylène) Il est venu. Vous le connaissez ? Vous l’avez déjà rencontré ce garçon ?

MF : Probablement. Je ne sais pas. (Mylène regarde fixement le fan avec un grand sourire)

PA : Je ne sais pas, on peut continuer l’interview, oui ? Puisqu’ils écoutent… Il y a comme un lien entre vous et eux, j’ai presque envie de m’effacer si je pouvais !

MF : (rire gêné) Je vous en prie !

PA : Pourquoi vous aiment­ils ?

MF : Je ne sais pas. Je crois qu’il ne faut pas me poser cette question ! Je n’en ai pas la réponse. Je crois que je ne le sais pas.

PA : Le fait que des photos de vous soient comme ça épinglées sur les murs, sur leurs murs, qu’ils s’endorment avec, qu’ils se réveillent avec, ça génère quels sentiments chez vous, quelles sensations d’être présente comme ça dans une telle intimité finalement, de garçons ou de filles ?

MF : Oui… J’ai presque envie de dire c’est ce pour quoi je fais ce métier, sans penser à effectivement le poster contre le mur, mais en tous cas cette idée que d’être aimée, et que d’être choyée. Donc je ne vais pas me révolter contre le fait que quelqu’un veuille épingler ce fameux poster contre le mur !

PA : Ah non, ce n’était pas un reproche !

MF : Non, non, non ! (sourire) Vous voyez, je suis sur la défensive parce que c’est un sujet qui est extrêmement, dans le fond, délicat pour moi. Pourquoi m’aime­t­on ? Je ne sais pas. Mais, je l’accepte en tous cas.

PA : Est­ce qu’ils aiment ce mystère que vous avez entretenu, que vous entretenez ?

MF : C’est ce qu’ils disaient, en tous cas. Là encore, le mystère, c’est aussi une absence de justifications, que je continuerai probablement de faire, même si là j’ai décidé de parler un peu plus longuement. (sourire) Parce que, une fois de plus, je crois que la justification fait du mal, et me fait du mal à moi­même : trouver les mots justes, c’est très difficile.

PA : Non. Non, non. Vous l’avez fait tout au long de l’émission. Ils aiment peut­être aussi, en tous cas pour certains d’entre eux, garçons ou filles, cette ambiguïté que vous avez cultivée jusqu’à présent…

MF : Probablement.

PA : « Sans contrefaçon ».

Diffusion d’une partie du clip de « Sans contrefaçon »

PA : (le clip est coupé au moment où Mylène et Zouc jouent ensemble, assises face à face) Cette scène est très touchante parce qu’on a parlé une première fois de Zouc quand Denisot était là, parce qu’on avait présenté une interview qu’il avait faite d’elle, il y avait un long silence d’ailleurs, assez étrange entre les deux, et on avait demandé des nouvelles qu’on n’avait pas eues. Là, on revoit Zouc avec vous. Vous avez des nouvelles ?

MF : Non. J’avoue que non.

PA : Elle a disparu comme ça…

MF : Oui. C’est quelqu’un de grand, grand talent.

PA : Oui, oui, et c’est curieux parce qu’un assez grand talent pour survivre aux difficultés de votre métier, parfois, mais bon il y a comme un retrait.

MF : Elle avait en tous cas ­ elle a toujours probablement ­ une grande, grande fêlure en elle, mais c’est une femme très, très troublante en tous cas. Sur le tournage, je me souviens des… Troublante ! (sourire)

PA : Quand vous dites fêlure, c’est curieux parce que c’est un mot auquel j’ai pensé en préparant cette interview, de vous et pour vous. C’est un mot que vous employez volontiers vous­même quand vous évoquez vos propres sentiments ou votre propre vie ?

MF : Je crois que j’ai une fêlure en moi, très certainement. C’est peut­être ce qui, dans le fond, me relie à ces personnes que vous évoquiez, qu’on appelle les fans, et qui ont ça en eux également. Ce peut être un mal de vivre, ce peut être des choses qu’on ne comprend pas bien, ou des manques profonds.

PA : Mal de vivre ?

MF : Le mal de vivre, oui, c’est quelque chose que j’ai évoqué. Est­ce que je l’évoquerai à nouveau ?

Probablement pour l’autre, plus que pour moi. Moi, je crois avoir eu des réponses dans ma vie. Ça a été parcouru de difficultés, de joies également, et je crois que je fais définitivement partie de ces privilégiés. Quand je pense à ‘privilégiés’, je pense souvent à des enfants, par exemple des enfants dans les hôpitaux que je vais voir de temps en temps…

PA : Oui, je sais…

MF : … et à chaque fois que j’ai envie de me plaindre, par exemple, je pense immédiatement à ces enfants, par exemple, et je me dis ‘Bon sang, la vie est courte. Eux ont une vraie, vraie souffrance.’ Elle n’est peut­être pas métaphysique, mais c’est une souffrance qui est profonde et qui est pour, peut­être, leur vie entière et, dans le fond, je ne m’autorise pas à être plus triste que ça, ou plus désarmée que ça. Ce qui n’empêche pas la fêlure, mais qui vous donne envie de vous battre un peu plus vivement en tous cas.

PA : J’ai re­regardé certains de vos albums. Je vous avoue que j’ai cherché désespérément ­ je vais les montrer quand même ­ un sourire. (Il montre la pochette de « Cendres de lune » à la caméra) Alors, celui­ci, il n’y est pas ! (il tient désormais à la main « Anamorphosée ») Le récent, il n’y est pas. « Ainsi soit je… », qui a beaucoup marché, il n’y est pas. « L’autre… », il n’y est pas. Je pensais que vous n’alliez pas sourire pendant cette émission, et vous n’avez cessé de sourire, souvent en tous cas !

Alors, est­ce que ça veut dire que… (il regarde à nouveau la pochette de « L’autre… ») Cet oiseau noir, comme ça, terrible, « L’autre… ». Est­ce que le prochain album, ce sera une Mylène Farmer très souriante ?

MF : Je ne sais pas. Je ne peux même pas envisager le prochain album, donc vous n’aurez pas la réponse.

Quant au sourire, c’est dans le fond assez spontané : vous êtes quelqu’un de charmant, donc j’ai envie de sourire ! (large sourire)

PA : Et vous souriez aussi aux téléspectateurs…

MF : Ça m’arrive aussi ! (rires)

PA : …peut­être à travers moi.

MF : Peut­être !

PA : Cette évolution dont vous parlez comme ça est…

MF : (le coupant) Probablement. Le sourire l’accompagne, en tous cas, oui.

PA : « XXL ». C’est aussi dans le récent album.

Diffusion d’une brève partie du clip « XXL »

Retour plateau avec un gros plan sur un t­shirt porté par une fan derrière la vitre.

PA : Ah ! Il y a même le t­shirt ! (rires) Ça, c’est plutôt début de siècle, ce tournage ? Vous avez fait comment avec cette locomotive ?

MF : C’était un tournage qui a été effectué à Los Angeles, à Fillmore, qui est une concentration d’orangeraies, et il y a beaucoup de trains, des trains anciens. C’est un vrai train, de 1906 je crois et j’étais câblée devant la locomotive et elle roulait vraiment.

PA : Ah, c’est pas un trucage électronique ?! On vous a collée à cette locomotive ? (Mylène confirme)

Vous n’aviez pas peur ?

MF : Non, non. A la fin, oui : le dernier plan, qui est le plan large, où je me suis retrouvée réellement toute seule en face de cette locomotive, avec des loumas qui étaient très, très éloignées…

1996-05-gPA : Loumas, des caméras qui survolent…

MF : …et là, le train prenait vraiment de la vitesse, et tout d’un coup, on se pose quelques questions ! (sourire)

PA : Ah, mais pour le coup justement, on oublie les angoisses métaphysiques, existentielles, mal de vivre… !

MF : Certes ! (rires)

PA : On est dans l’action, finalement comme sur scène.

MF : Oui. On est dans le moment présent.

PA : J’ai oublié de vous demander tout à l’heure, parce que j’ai observé que vous êtes née au Canada, vous avez quitté le Canada à l’âge de neuf ans (Mylène confirme) : vous êtes Canadienne venue en France à l’âge de neuf ans, ou vous êtes Française née au Canada ?

MF : J’ai les deux nationalités. Donc, selon l’humeur, je suis Canadienne ou Française ! (sourire)

PA : Vous êtes née à Montréal ?

MF : Oui.

PA : On a reçu avant­hier, oui c’est ça avant­hier, Charlebois, mais vous n’avez pas le même accent.

MF : Non. Je l’ai perdu très, très vite !

PA : Ah vous l’aviez ?!

MF : Un petit peu, je pense, oui.

PA : Et vous avez cette nostalgie des immensités ? On retrouve souvent ces immensités, ou même la neige, le blanc dans vos clips. Vous l’avez ?

MF : Nostalgie, je ne sais pas. Mais, en tous cas, j’ai un amour profond pour ce blanc immaculé, la neige, le froid. Et j’ai appris à aimer le soleil.

PA : Ah ! Ça aussi, c’est nouveau ! Ça aussi c’est nouveau, parce que dans tout ce que j’ai lu de vous, sur vous…

MF : (le coupant) Oui. J’ai toujours évoqué le froid, c’est vrai, mais…

PA : On est à quelques jours de l’été, c’est parfait, et à quelques heures de Bercy : donc vous allez chanter vendredi soir à Bercy, puis un peu partout en France, et puis en Europe, notamment à Bruxelles, Toulouse, Marseille, Lyon, Genève, donc forte longue tournée…et

Alexandre Pachoutinsky, chef d’édition, me dit dans l’oreille ‘C’est fini’. L’émission est terminée !

MF : C’est fini !

PA : Oui. Ça va ? Ca s’est bien passé ?

MF : Très bien ! Merci à vous, en tous cas.

PA : Donc la première fois que vous participez à une émission d’une heure ?

MF : Oui. La dernière ! (le journaliste, très surpris, reste sans voix) Mais c’était un bon moment ! (moins de six mois plus tard, Mylène se prêtera pourtant à un entretien radio encore plus long que cette émission et cela se produira encore ponctuellement les années suivantes, nda)

PA : Merci beaucoup, Mylène Farmer, et bon Bercy !

1996-05-hMF : Merci beaucoup.

La musique du générique commence, mais le micro de l’animateur reste allumé assez longtemps pour qu’on l’entende indiquer à la chanteuse qu’ils doivent restés assis, ce que Mylène fait sans sourciller. On les voit même discuter ensemble sans que cette fois on ne les entende.

Après l’émission, Mylène se montrera très disponible avec les fans présents, leur accordant une séance d’autographes improvisée et se laissant photographier.

 

Publié dans Mylène 1995 - 1996, Mylène en INTERVIEW | Pas de Commentaires »

Mylène Farmer, JEUNE ET JOLIE

Posté par francesca7 le 21 janvier 2015

 

1996-04-bAVRIL 1996 – Entretien avec Isabelle AITHNARD

La journaliste Isabelle Aithnard aura bien utilisé l’entretien que lui a accordé Mylène Farmer en ce début d’année 1996, puisqu’elle le fractionnera en le publiant dans trois numéros successifs de Jeune et Jolie et dans le numéro de mars de OK Podium (cf. cette référence). Voici reconstitué en une seule partie les trois fractions parues dans Jeune et Jolie.

Vous êtes plutôt timide et solitaire. Chanter vous aide­t­il à surmonter ces états ?

­ Oui, et l’écriture davantage. Quant à la solitude, c’est une chose que j’essaie de bannir aujourd’hui : j’aime désormais l’idée du dialogue et de la rencontre. J’aime probablement donner plus aussi puisque le dialogue est une forme de don.

Quelle est l’origine de cette métamorphose ?

­ J’ai l’impression d’avoir vécu une autre naissance. Je me dis que j’ai eu de la chance, soit parce que la vie me l’a donnée, soit parce que j’ai eu le courage ou l’intérêt d’aller vers autre chose que ce vers quoi je tendais.

Je ne sais si c’est la Californie, mais c’est ce voyage et cette rupture avec une vie. Je parlerais plutôt de perte d’identité pour retrouver ma véritable identité. Je m’essoufflais et j’ai eu besoin de me reconstruire.

Comment vous êtes­vous reconstruite ?

­ Grâce à la liberté tout simplement, et aux rencontres. J’ai pu me déployer et avancer sans être regardée, parce que lorsqu’on n’a plus le désir d’être regardée, il faut s’échapper sinon c’est une prison et une vraie névrose. J’avais envie de respirer et de vivre des choses au quotidien qui sont très banales.

Qu’acceptez­vous que vous refusiez auparavant ?

­ J’ai accepté –même si ça résonne de façon un peu pompeuse­ l’idée de vivre, l’idée de la joie et des plaisirs simples. Ce sont des choses que je n’avais jamais envisagées. Peut­être ce métier m’a­t­il enfermée en me confortant dans une nature plutôt tournée vers l’isolement. Le voyage en Californie m’a beaucoup aidée : le fait de partir seule, donc l’idée du danger, m’a fait ouvrir les bras pour recevoir et découvrir. C’est nouveau pour moi.

On vous imagine mal en Californie ! Vous n’êtes ni très show­biz, ni très cocotier, plages dorées et corps bronzés…

­ C’est pour cela que ça aurait pu être ailleurs. L’idée de vacances, de soleil et de palmiers est une chose que je n’envisage pas, même si je reconnais maintenant que le soleil peut être parfois agréable. J’avais vraiment besoin de larges espaces et je connaissais quelques personnes là­bas. J’y allais aussi pour les studios et les musiciens. La Californie m’a offert une qualité de vie et de liberté que je ne connaissais pas.

Quel regard portez­vous sur vous ?

­ Je ne sais pas bien. Ca doit être diablement personnel pour que je ne puisse pas y répondre ! Pas très tendre, au fond, si ce n’est qu’il y a l’autre moi qui regarde et dit ‘Ca a tenu le coup’. Physiquement, je me suis toujours trouvée trop maigre. Je n’ai jamais employé le mot ‘mince’, mais ‘maigre’. Ca m’a toujours hantée et continue de me hanter. J’aime plutôt la femme qui a des formes. Et puis, ma foi vous voulez vraiment qu’on parle de choses physiques ?! (rires) Je n’aime pas mon nez ! Je n’aime pas… Oh, je sais pas !

Vous mangez, au moins ?!

­ J’ai l’impression de manger beaucoup, parce que je mange à n’importe quelle heure mais c’est plus une façon de picorer qui reste très anarchique. J’aime davantage le salé aujourd’hui que le sucré, et j’ai appris à apprécier le vin. Je ne mange pas de viande par goût et parce que j’aime de moins en moins ce qu’on fait aux animaux. J’aime les féculents, je pourrais manger des pâtes tous les jours ! On dit que je suis difficile, j’ai l’impression d’être très facile puisque j’aime les aliments de base et pas forcément les choses compliquées !

Maintenant, peut­être est­il difficile de me nourrir ! (rires)

Est­ce parce que vous n’aimez pas votre corps que vous vous êtes souvent déguisée ?

­ J’aime me déguiser, ce qui n’implique pas forcément la notion de mensonge même si ça en fait aussi partie.

L’idée du changement, de la pirouette m’intéressait beaucoup : c’était me travestir et garder ma personnalité tout en montrant d’autres facettes. Il y a quelque chose de très ludique, sans parler des peurs qu’on peut avoir ni des mécontentements de soi. Ces choses­là m’ont beaucoup aidée.

Est­ce que vous vous trouvez belle ?

­ Je vais vous dire : j’espère ! Et je tiens à ce ‘j’espère’ ! Je pense être belle à l’intérieur. Maintenant, c’est sans prétention aucune, sans narcissisme. Je pense n’avoir jamais fait sciemment de mal à quelqu’un, et plus je vieillis plus je pense à l’autre.

Qu’est­ce que la beauté pour vous ?

­ La beauté, c’est la générosité. Je trouve belle Marie de Hennezel, l’auteur de « La mort intime » : c’est quelqu’un qui irradie et dégage quelque chose d’étonnant.

Quel constat faites ­vous sur Mylène Farmer ?

­ Je ne crois pas faire ce genre d’exercice, c’est peut­être pour ça que je n’arrive pas à répondre. Ca reste toujours un combat. L’idée de lutte et à la fois de détachement, mais pas au sens négatif. Je sors toujours très peu parce que, dans le fond, j’ai 1996-04-dtoujours craint l’exposition, l’extérieur, l’excès… On en revient toujours au regard de l’autre.

Ce regard, vous l’avez attisé en cultivant un look toujours très original…

­ La mode est une chose très importante dans ma vie. J’aime les couleurs, j’aime m’habiller et me changer autant de fois que je le veux. J’aime penser que le vêtement et l’humeur ont quelque chose à voir ensemble. Je n’ai jamais rejeté l’idée de séduire, même si je ne saurais préciser quelle est ma séduction. L’idée de plaire est importante.

Cela explique les photos très sensuelles du CD ?

­ Le choix d’Herb Ritts n’était pas innocent. Je savais qu’il pouvait m’emmener vers une certaine sensualité sans me donner l’impression d’être dénudée. Peut­être y a­t­il aussi le mot ‘femme’ qui me fait moins peur et que j’accepte totalement. Ces photos sont peut­être plus femme.

Vous mettez même des jeans !

­ Je m’autorise des silhouettes qu’avant je refusais : ça fait partie de cette rupture, de cette renaissance. C’est difficile pour moi de vous dire le pourquoi du comment, si ce n’est que ça fait partie d’un tout. Le talon, par exemple, est une chose que je n’avais jamais abordée et dont je ne peux plus me passer. C’est clinique, dans un sens ou dans l’autre !

Accepter votre féminité veut­il dire que vous envisagez d’être mère ?

­ J’y pense probablement, oui. En tout cas, il y a une réelle et profonde envie alors qu’avant, l’idée de la prolongation de moi­même était impensable. Je l’accepte aujourd’hui comme une chose évidente : rien ne ressemble au fait d’avoir un enfant.

Quelle est votre définition de l’amour ?

­ L’envol. C’est vrai que, dans le fond, si on me demandait sous la torture quelle est la chose la plus essentielle, c’est cette chose que je demanderais : ce ne serait ni mon métier, ni la reconnaissance mais l’amour, l’idée du partage.

Existe­t­il des preuves d’amour ?

­ Oh oui, de multiples ! Dialoguer, s’ouvrir, s’abandonner, écouter sont de véritables preuves. Tout ce qui va vers l’autre, pas nécessairement pour revenir vers soi mais simplement pour donner, est un acte d’amour.

Quels sont votre film et votre chanson d’amour préférés ?

­ Si je devais emporter une seule chanson sur une île, ce serait « Don’t give up », le duo de Kate Bush et Peter Gabriel. Bizarrement, je pense à d’autres titres qui ne sont pas nécessairement des chansons d’amour, comme des titres de Neil Young, qui a par ailleurs bien chanté l’amour. Pour le film, j’ai été profondément bouleversée par « Je t’aime, moi non plus ». Ou plutôt, non ! C’est un lapsus ! Je voulais dire « L’important, c’est d’aimer » de Zulawski.

Êtes­vous jalouse ? Comment votre jalousie se manifeste­t­elle ?

­ Malheureusement, je pense l’être. Je pense être surtout possessive, ce qui engendre et entraîne la jalousie.

Ca se manifeste parfois par de la colère, une colère intérieure surtout et parfois exprimée. Mais il faut mieux l’exprimer que la garder pour soi ! (rires)

A quoi voit­on que vous êtes amoureuse ?

­ Je souris ! (rires)

Et il semble que l’on vous voit beaucoup sourire, ces derniers temps !

­ (elle ne répond pas et esquisse un très, très large sourire)

Que regardez­vous en premier chez un homme ?

­ Très honnêtement, je crois, ses mains et bien sûr son regard.

Et s’il fait ­30° et qu’il a des moufles ?!

­ Hé bien, je lui retire ses moufles ! (rires)

Y a­t­il des choses impardonnables en amour ?

­ Est­ce que je vais dire la trahison ? Sans doute. Et puis aussi l’irrespect.

Seriez­vous prête à faire des sacrifices en amour ?

­ (sans hésitation) Oui, bien sûr ! Là encore, c’est compliqué. Donnez­moi des exemples…

L’homme de votre vie vous demande de tout abandonner pour le suivre au Pérou : que faites­vous ?

­ (elle réfléchit longuement) J’aimerais dire oui, et dans le fond je vais vous dire non. J’aime passionnément la passion mais ma nature me pousse vers la raison, et là encore ce sont deux notions qui viennent se percuter.

Il y a des choses et des êtres que j’aime profondément ici, en tout cas dans ma vie d’aujourd’hui, et cette idée de partir et de laisser un pays pour aller vers un autre : ma réponse est non ! En revanche, s’il est un sacrifice auquel on peut se plier, c’est d’essayer de s’oublier soi­même.

Quels sont vos mots d’amour favoris ?

­ Je ne sais pas si j’en ai. Je crois que le mot ne viendra pas parce que ce sera quelque chose de difficile pour moi : ce sera 1996-04-aplutôt un geste.

Ecrivez­ vous des lettres d’amour aux personnes que vous aimez ?

­ Non, mais je me souviens ­ ou du moins on me l’a rappelé car j’avais oublié ­ d’une petite histoire à propos de lettre d’amour : à l’école, j’avais tenté d’apprendre le russe et je n’avais retenu que trois ou quatre formules dont ‘je t’aime’, que j’ai écrit et remis à quelqu’un.

Le mariage est ­il la plus belle expression de l’amour ?

­ Non, en aucun cas. Je pense que c’est même plutôt embarrassant parfois parce qu’on vous emprisonne sur un papier et que le sentiment n’est pas emprisonnable. C’est quelque chose que je ne considère pas comme très utile et qui, moi, m’emprisonnerait. J’aime l’idée de l’anneau passé au doigt, et en même temps je n’aime pas ce que ça représente. Là encore, c’est conflictuel !

Publié dans Mylène 1995 - 1996, Mylène en CONFIDENCES | Pas de Commentaires »

Mylène Farmer métamorphosée

Posté par francesca7 le 17 janvier 2015

 

LE PARISIEN du 31 MAI 1996Entretien avec Alain MOREL

1996-09-bPubliée à l’occasion de la première représentation à Bercy du Tour 96, cette interview sera republiée, couplée à une nouvelle rencontre avec le même journaliste, cinq mois plus tard dans Ciné Télé Revue avec de nombreux passages coupés lors de la première publication. En février 1997, on trouvera également quelques passages retranscrits dans Salut, signés par un anonyme Kevin.

Voici la reconstitution de l’entretien intégral.

Vous avez entamé ce ‘Tour 96’ à Toulon, là où certains refusent de chanter, là où d’autres viennent pour s’exprimer. Etait­ce un choix délibéré ?

­ Non, si ce n’est celui d’une des plus belles salles de France. Sur scène, mon seul message c’est mon spectacle. Si je devais discourir, je le ferais ailleurs. Je sortirais des lieux communs détestables ! J’ai par ailleurs gagné un procès contre Jean­Marie Le Pen, qui utilisait un sosie de moi pour sa propagande. Je ne prétends pas non plus qu’un chanteur ne doive pas militer : je ne le fais pas et cela n’engage que moi.

Votre nouveau show est très spectaculaire. Est­ce pour vous protéger de l’intimité qu’impose un récital ?

­ L’analyse psychologique, il est trop tôt pour la faire ! (sourire) Je crois que je n’éprouverais pas de réel plaisir à être seulement derrière un micro. Mes envies de scène passent par ce goût du show à l’américaine, de ‘performances’, de polyvalence.

Une performance qui requiert une sacrée condition physique ! Vous la cultivez ?

­ J’ai fait appel à un préparateur physique, Hervé Lewis, qui m’a surtout entraînée à l’endurance : un peu de course à pied, de musculation, des massages et un régime alimentaire à base de sucres lents et sans Coca !

On vous dit végétarienne…

­ Je ne mange pas de viande, mais plus par goût que par convictions diététiques ou morales !

Qu’est­ce qui vous a décidé à revenir sur scène ?

­ Mon nouveau disque, le sentiment d’avoir fait le plein de sang neuf et la longueur de ces années sans le public.

Votre prestation semble plus généreuse, chaleureuse et optimiste, sensuelle aussi, qu’avant…

­ J’ai un peu changé de peau, je vous l’accorde volontiers !

A quoi dont­on cette évolution ?

­ Je me méfie du mot évolution, je lui préfère épanouissement. Depuis quatre ans, j’ai passé quatre ans à réfléchir, à me détacher de certaines choses, à ne m’attacher qu’au moment présent, à m’oublier au profit de l’autre, des autres. Après l’échec de « Giorgino », tout s’est encore accéléré : j’ai découvert le voyage et, ailleurs, le sentiment de vivre enfin en liberté, une sorte d’apprentissage de la vie qui vous fait vous sentir plus légère. Et puis, j’ai tiré grand profit d’une lecture bouleversante, un ouvrage de Sogyal Rinpoché, « Le livre tibétain de la vie et de la mort ». J’y ai appris quelques mots­clés, comme ‘impermanence’, l’idée que pour apprivoiser la vie il faut d’abord accepter la mort, celle aussi qu’il y a une vie après la mort. Si on les reçoit plein pot, ces idées­là font office de détonateur et lorsqu’on les digère, on sent en soi une énergie nouvelle.

Voilà enfin cette sérénité qui jadis n’était pas votre fort…

­ La sérénité, je ne l’ai pas atteinte. Il se trouve encore trop de chaînons manquants et je crains que le doute soit mon éternel compagnon de route, mais aujourd’hui ­ même si je ne renie pas Cioran ­ je remplacerais bien le cynisme par l’humour. Le nihilisme, c’est évidemment tentant face aux agressions de l’époque, mais son enivrement rend stérile. Une chanson comme « Plus Grandir », je ne pourrais plus la chanter. J’ai acquis des certitudes, comme celle du partage et je suis heureuse de terminer mon spectacle par un morceau d’espoir, de même que le colorer de blanc m’a inspirée, parce que c’est une couleur qui vous porte le haut.

Là, on flirte avec la religion, non ?

­ Le danger de la religion, c’est l’endoctrinement. Je considère le bouddhisme, avec sa légèreté et sa générosité, plus comme une philosophie.

Il vous a fallu beaucoup de philosophie pour oublier « Giorgino » ?

­ L’échec fait partie de ma pensée, il n’a donc pas provoqué de rupture. Je crois même qu’il a été un bienfait car il m’a obligée à fuir l’apitoiement sur moi­même et à boucler un cycle.

D’où votre affection pour cette phrase de Nietzsche : ‘Ce qui ne me tue pas me rend fort’ ?

­ Oui. Les difficultés de la vie, et principalement les déchirements entre les êtres, amènent à puiser en soi des forces insoupçonnées.

1996-09-dA dissiper les peurs, aussi ?

­ Non, mais les peurs c’est utile : elles vous dynamitent.

Vous voulez dire ‘dynamisent’ ?!

­ Oh, ça veut dire la même chose ! C’est un lapsus heureux ! (rires)

Et les excès, vous les revendiquez toujours ?

­ J’en aime certains comme j’aime la démesure. Je me méfie de la destruction et de l’irrespect de soi, mais je revendique le droit à la frénésie.

Aujourd’hui, de quelle culture vous nourrissez­vous ?

­ Je lis beaucoup, et pas toujours Sade ! (rires) J’écoute Bob Marley, Courtney Love et d’autres. Je regarde Planète et j’adore la peinture, Ernst ou Jérôme Bosch par exemple –mais je ne vous dirai pas si j’en achète !

Il paraît que vos voyages vous ont conduite à Bali…

­ Je n’y ai passé qu’un mois. Je me suis surtout partagée entre New York et Los Angeles.

Le soleil et les plages, c’est devenu votre truc ?

­ Les plages, non ; le soleil, oui ! Bien sûr, je ne pourrais pas vivre en Californie éternellement, mais de temps en temps l’espace, la surdimension, la qualité de vie quotidienne et même la perte d’identité, cela fait du bien. Et puis, à Los Angeles, j’ai aussi travaillé : enregistrer là­bas m’a galvanisée. Non pas que les musiciens y soient forcément meilleurs qu’ici, mais rencontrer d’autres gens, cela donne du punch à ce que l’on crée.

Qu’avez­vous pensé des gens du métier qui vous disaient finie ?

­ Les gens du métier, je ne les vois pas. Mon disque marche très bien : tant mieux.

Pensez­vous que l’image qu’on a de vous est juste ?

­ Il y a fatalement des erreurs, ne serait­ce que parce que le succès vous fige dans l’instant et parce que toute vision partielle est frustrante. Mais il ne faut pas trop s’attarder sur soi. Je communique avec les gens, je les ressens et je crois qu’au sortir de scène, je suis heureuse.

Sexy, vous l’êtes de plus en plus. Vous avez dit un jour que troubler était un jeu qui permettait de se détester un peu moins. A voir ce nouveau spectacle, vous devez commencer à vous aimer…

­ (sourire) Dire que je m’aime serait aller un peu vite en besogne, mais c’est vrai que j’accepte mieux mon enveloppe : je l’ai un peu rencontrée et je me sens plus prête à la partager. J’éprouve d’ailleurs une certaine fierté à porter de nombreuses tenues en scène et un réel plaisir à m’offrir.

Sur scène, vous mettez à un moment des hommes dans des bulles transparentes. Un de vos fantasmes ?

­ Qui sait ?! (rires) J’ai surtout voulu évoquer la matière plastique et les préservatifs. J’aime cette idée de bulle, de sécurité et de transparence. Mais le rêve, c’est quand même que l’on puisse très vite s’en passer !

Une autre chanson met en scène des drag­queens. On sait que la communauté gay vous apprécie beaucoup et on vous entend chanter dans « Pédale Douce ». Fascination ou militantisme ?

­ Je sais que je suis portée par la communauté gay mais il n’y a pas de philosophie là­dedans. La catégoriser, c’est déjà la différencier et je ne le fais pas. L’androgynie, plus on en parle et mieux c’est ! (sourire)

Qu’est­ce qu’on ne sait pas de vous ?

­ Que je ne sais pas du tout cuisiner ! (rires)

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DÉJÀ LE RETOUR Mylène Farmer

Posté par francesca7 le 7 janvier 2015

 

17 DÉCEMBRE 1995 – Présenté par Jean­Luc DELARUE sur France 2

Second talk­show en quelques jours pour Mylène Farmer, toujours sur France 2, toujours en access prime time, mais en direct cette fois ! La chanteuse est l’invitée principale de « Déjà le retour », l’émission dominicale de Jean­Luc Delarue, prolongation de « Déjà dimanche », le magazine de l’actu people et ‘culture’ de l’animateur.

1995-03-bJean­Luc Delarue (de pied, face caméra, tandis que les invités, dont Mylène, sont assis en second plan, sur deux banquettes) : Bonsoir, ou re­bonsoir. Nous sommes en direct, et nous avons la chance de recevoir ce soir une chanteuse qui fait à la fois partie des gens les plus connues de ce pays, mais aussi les moins connues.

Mylène Farmer est l’une de nos rares grandes stars, un mot qu’on utilise pourtant ici avec un peu de parcimonie ­ ça la fait sourire ­ mais qui s’applique pourtant parfaitement à elle. Mylène Farmer parle très peu, elle dégage du mystère, de l’irrationnel. Ses compositions sont originales, très personnelles. Ses femmes ­ses fans, pardon !­ campent toujours en bas de chez elle, ses albums sont toujours de grands succès. On a envie de savoir beaucoup de choses quand on reçoit Mylène Farmer, notamment savoir ce qu’elle aime vraiment. Et aujourd’hui, elle a choisi d’inviter quelqu’un, première illustration :

une femme psychanalyste qui s’appelle Marie de Hennezel, qui vient de publier un récit qui s’appelle « La mort intime (ceux qui vont mourir nous apprennent à vivre) », qui est préfacé par François Mitterrand.

Mylène Farmer souhaitait la rencontrer, ce sera chose faite. Et puis on parlera aussi de ce bouquin qui a bouleversé, et qui bouleverse, tous ceux qui ont la chance de tomber dessus. Et puis parce qu’il est bon aussi de rire parfois, nous recevrons François Cluzet, qui est acteur comme vous le savez, et qui sera à l’affiche d’une comédie mercredi prochain, avec Guillaume Depardieu. Cette comédie s’appelle « Les Apprentis » et c’est tout bonnement génial. François Cluzet est donc notre troisième invité.

Générique.

JLD : Mylène Farmer, d’abord. Bonsoir, Mylène.

Mylène Farmer : Bonsoir.

JLD : Ça va ?

MF : Très bien ! (large sourire)

JLD : On est contents de vous revoir ! On se demandait même presque si vous ne nous aviez pas un peu oubliés ! Tout le temps, vous avez été extrêmement discrète, vous parlez assez peu, mais alors là, c’est depuis un an, depuis deux ans…

MF : J’ai quatre ans d’absence (sa dernière production discographique remonte à fin 1992, donc trois ans en réalité, nda). Mais j’ai fait quand même un long métrage, et le réalisateur est aussi le compositeur, donc ça a été un travail extrêmement long pour lui, le montage du film. Et puis j’ai eu besoin d’un peu de recul, je crois.

JLD : Donc à l’étranger, vous êtes partie à Los Angeles, un peu à New York également. On peut parler presque d’un exil, dans un pays où on ne vous connaît pratiquement pas, par rapport à la France où c’est fou le phénomène qu’il y a autour de Mylène Farmer : c’est la première fois qu’on reçoit un invité où quatre jours, cinq jours avant, c’est ‘Mais à quelle heure elle sera là ? Elle sera là ?!’ On appelle au bureau. Ce sont des choses assez étonnantes ! Qu’est­ce qui a motivé votre départ, et qu’est­ce qui a motivé votre retour ?

MF : Le besoin d’oxygène, avant tout. L’envie de voyages, de découvrir des choses que je ne connaissais pas, l’envie de s’oublier soi­même, rencontre de nouvelles personnes. Autant de choses qui font… C’est une nourriture dont j’avais besoin.

JLD : Et le retour ? Qu’est­ce qui vous donne envie de revenir en France après ?

MF : Définitivement l’envie de faire mon métier, de revenir à mon métier. (grand sourire)

JLD : En tous cas, vos fans ne vous ont pas oubliée. Je ne sais pas s’il y a toujours des fans qui vous dispensent cet amour ‘XXL’ en bas de chez vous, partout, dans tous vos déplacements. Ça doit être  assez délicat à vivre, j’imagine, parce que vous devez vous demander ce que vous pouvez leur donner en retour quand on vous donne autant d’amour comme ça, non ?

1995-03-aMF : C’est toujours un petit peu difficile, si ce n’est qu’ils sont relativement discrets eux­mêmes, même s’ils attendent en bas de chez moi. C’est une présence à la fois effacée et très démonstrative, donc c’est…

JLD : C’est quoi ? C’est des sourires ? Vous leur dites deux mots ?

MF : Des choses très simples : c’est des échanges de paroles. Mais ils ne me demandent pas davantage…

JLD : Alors, sur votre proposition, nous avons donc invité Marie de Hennezel, qui a écrit « La mort intime » qui est un livre consacré à l’accompagnement aux mourants. Pourquoi est­ce que vous aviez envie qu’on parle de ce livre ?

MF : Parce que j’ai beaucoup aimé ce livre, je le trouve merveilleusement écrit et surtout c’est le témoignage de choses qui me touchent profondément. Que la mort est un sujet qui me passionne, qui m’a hanté de nombreuses années, et qui aujourd’hui me…j’oserais dire, ne m’obsède plus de la même façon, et c’est aussi grâce à cette lecture.

JLD : De quelle manière ? Comment vous expliquez ce déclic ?

MF : J’ai lu deux livres. (à Marie de Hennezel) J’ai lu un autre livre, que vous devez connaître, qui s’appelle « Le livre tibétain de la vie et de la mort » (Marie de Hennezel confirme) et qui parle justement de cet apprentissage que de ne pas craindre et être obsédé, justement, hanté par l’idée de la mort. Et, l’idée peut­être d’une autre vie, également, après la mort ­c’est pas une fin en soi­ et c’est aussi le message que vous donnez dans ce livre. Et puis c’est un…je ne dirai pas un métier, mais un don de soi qui est merveilleux. Et voilà…

J’avoue que ce livre m’a aidée et m’a confortée dans certaines choses.

JLD : (à Marie de Hennezel) En fait, vous êtes psychanalyste, il faut l’expliquer. Depuis une dizaine d’années, vous travaillez dans ces centres de soins palliatifs où, donc, on apporte une présence, une chaleur humaine, quelqu’un avec qui parler, à ceux qui sont en train de quitter la vie. C’est un livre qui est à la fois très positif parce qu’on se dit, finalement, que les mourants sont… Vous n’aimez pas ce terme parce que jusqu’au dernier jour, on est encore vivant.

Marie de Hennezel : Oui.

JLD : Ceux qui vont mourir, en tous cas, sont souvent beaucoup plus en harmonie avec eux­mêmes, qui voient la mort arriver avec beaucoup plus de facilité, s’ils l’acceptent, que ceux qui sont autour d’eux. C’est assez étrange.

MdH : Non, ce n’est pas étrange parce qu’ils sont malades depuis longtemps, donc ils ont fait tout un chemin ­ on ne se rend pas compte du chemin que des gens font quand ils sont atteints d’une maladie grave ­ et que, d’étape en étape, finalement, et souvent dans la solitude, c’est ça qui…souvent dans la solitude parce que les autres, autour, ne veulent pas voir qu’ils font ce chemin. Donc, effectivement, quand ils arrivent à quelques mois, ou à quelques semaines de cette échéance, ils sont souvent beaucoup plus prêts que leur entourage.

Et, vous voyez, ce qui est important dans ces moments­là, c’est vrai qu’on ne peut plus porter de masque (on entend Mylène approuver cette remarque). On a besoin d’aller au bout de soi­même, d’être dans une authenticité très, très grande, et pour cela je crois que les personnes ont besoin de pouvoir échanger avec les autres parce qu’ils sont vivants, justement, jusqu’au bout. Et malheureusement, ce qu’on voit, c’est qu’à cause du tabou de la mort, à cause de cette peur dont vous parlez, les proches, les soignants aussi, la société en général n’est pas capable simplement d’être là (nouvel acquiescement de Mylène), et de se mettre à l’écoute de ce qu’ils ont à nous dire. Alors, j’ai voulu simplement, à partir de mon expérience, dire ‘Ne passez pas à côté de cette expérience’. Parce que c’est une expérience… Je crois que c’est l’expérience humaine la plus profonde qui existe, que de pouvoir être auprès de quelqu’un qui est en train, ou qui va mourir.

JLD : Mais, à la limite, on se dirait presque que le meilleur moment de sa vie, ce serait le moment de sa mort…

MdH : Non.

JLD : …si on est en harmonie avec soi­même. Il y a un film qui va sortir, de Xavier Beauvois, au début du mois de janvier, qui s’appelle « N’oublie pas que tu vas mourir ». Vous pensez qu’il faut vivre avec cette idée­là pour vivre heureux ?

MdH : Je crois que… Pas pour vivre heureux, mais pour vivre peut­être plus consciemment…

MF : (en même temps) Pour redonner les vraies valeurs de la vie probablement…

MdH : …parce que, je crois que, bon qu’est­ce que ça veut dire ‘vivre heureux’ ? On a des moments de bonheur, et puis…. Enfin le malheur fait aussi partie de la vie, justement, la souffrance fait partie de la vie. Donc vivre plus consciemment, plus… Habiter davantage tous les moments de la vie, que ce soient les peines et les joies, mais être là, vraiment, dans sa vie.

1995-03-dJLD : Vous avez été surprise par l’invitation de Mylène Farmer ?

MdH : J’ai été très touchée. Surprise, oui. Très touchée. (à Mylène) Et j’avais très envie de savoir pourquoi vous m’aviez invitée !

JLD : Elle nous l’a dit, plus ou moins. François, vous vouliez faire un commentaire ?

François Cluzet : J’ai lu il y a pas longtemps que le fait de se savoir mortel était la première maturité, c’est­à­dire qu’on devient mûr quand on sait qu’on est mortel. Et puis, je me demande toujours si la mort est pas bien plus longue que la vie, et en ce sens, hé bien il faut profiter de ce qui est court ! (rires)

JLD : (…) François Cluzet n’a pas été choisi par Mylène Farmer, mais je suis certain qu’elle est contente de…

MF : Bien sûr !

JLD : Vous vous connaissiez ?

MF : Nous nous sommes rencontrés sur le tournage du film que j’ai fait, à Prague.

Jean­Luc Delarue fait alors parler François Cluzet de son actualité avant de se tourner à nouveau vers Mylène.

JLD : Vous avez été au cinéma quand vous étiez à Los Angeles ?

MF : Oui, bien sûr.

JLD : Quels sont les derniers films que vous avez vus et que vous avez aimés ? C’est embêtant comme question, ça, parce qu’il faut fouiller… !

MF : C’est toujours quand on me pose cette question que je ne trouve pas de réponse ! (rire nerveux)

JLD : Oui. Vous dites ‘J’ai plus d’humour en moi que de joie’. Quelqu’un a fait une démonstration, par exemple, en disant que dans les jeux télévisés, avant, c’était de l’humour qu’on essayait de dispenser, et aujourd’hui c’est vraiment de la joie : on applaudit, on va gagner un truc, etc. Comment vous situez la différence entre l’humour et la joie ? Et dans quelles situations vous pratiquez l’humour, si vous le pratiquez, si vous êtes seulement sympathisante ?

MF : Avec un vrai recul sur moi­même. Quant à la joie, c’est des moments très, très furtifs. Et ce peut être tout ou n’importe quoi !

JLD : Vous vous marrez dans la vie?

MF : Bien sûr. Bien sûr !

JLD : Non, je sais pas. On connaît… On a peu l’occasion de vous voir vous marrer, Mylène. Je voudrais qu’on se penche un peu sur…Je sais pas quel regard vous portez sur ce qu’on dit sur vous, parce qu’on dit beaucoup de choses, on écrit beaucoup de choses sur vous : des journaux se permettent de faire des dossiers énormes alors que vous ne leur avez même pas accordé une interview. Donc on s’est amusés à se plonger là­dedans. Gilles Bernstein, un des journalistes qui travaille avec nous, s’est penché sur l’image à travers la presse, à travers tout ce qu’on voit dans les journaux. C’est incroyable de voir à quel point vous occupez une place importante dans les journaux, sans même parfois être au courant ! (rire de Mylène)

Gilles Bernstein (en voix­off sur un défilé de couvertures et d’articles de presse) : Mylène Farmer est rare sur les plateaux, mais la littérature la concernant est abondante, quoique peu diversifiée. Tribune la plus accueillante : la presse télé. Mylène ne s’y montre jamais, mais elle doit faire vendre car elle collectionne les couvertures. Télé 7 jours : ‘La confession d’une star’, confession choc : elle a appris à sourire.

Télé 7 jours encore, ‘Son étrange confession’, re­choc : ‘Je n’ai pas de souvenirs d’enfance’. Mais Télé Poche est plus fort que Mylène et propose ‘Un voyage au cœur de son enfance’. Deuxième catégorie : la presse pour jeune fille en fleur. Mylène y fréquente les plus grands : Philippe Swan, David & Jonathan, Roch Voisine. Le célèbre Salut ! ajoute la photo de Mylène bébé, celle de la chanteuse, brune, puis châtain. Pour la voir blonde, reportez­vous à Secrets de stars. Enfin, la presse musicale où l’on trouve le papier le plus méchant, et le dossier le plus complet.

L’assassinat est signé Oliver Cachin, dans Paroles et Musique : Mylène Farmer incarne, dit­il, ‘une certaine idée du néant et peut se contenter, sans logique, de multiplier le zéro à l’infini’. Le dossier, le voici, dans Rock Hit : discographie, biographie, clipographie : un vrai ‘Que sais­je ?’, les photos en plus.

Après le classement par titres, le classement par thèmes. Chapitre 1 : Laurent Boutonnat. Le ‘Pygmalion’, ‘mentor’, ‘réalisateur’, ‘compositeur’, toujours cité, rarement montré, voici la photo, c’est dans Studio.

Chapitre 2 : les singes, car on vous le répète à longueur de colonnes : Mylène vit avec ses singes capucins, ou plutôt son singe puisque Léon est mort (information erronée, nda), et qu’il ne reste que E.T., que voici. Allez, pour conclure, un peu de glamour : Mylène fait la couverture de Photo du mois dernier. La tendance 96 est donc mutine et fragile. Ce que confirment les images du dernier clip remontées spécialement pour Déjà le retour (extrait du clip « L’Instant X », dans une montage inédit puisqu’il ne comporte que les images de Mylène).

JLD : (…) D’abord, sur la revue de presse, est­ce que, pour vous, c’est une revue de presse qui donne une idée de ce que vous êtes vraiment, ou est­ce que vous avez plutôt l’impression d’avoir, je sais pas, une espèce de revue de fantasmes de journalistes qui n’ont pas assez d’informations pour pouvoir nourrir leurs lecteurs ?

MF : Là encore, je pense que je suis responsable. Mon silence est la cause de…j’allais dire autant de papiers, ou de choses qui sont ou vraies ou fausses. Là encore, j’ai un recul suffisant pour ou ne pas être heurtée, ou prendre ça justement avec un certain recul.

JLD : Oui, je vous ai vu sourire. Ca vous a amusée plutôt, non ?

1995-03-cMF : Maintenant, il y a une presse que je n’aime vraiment pas du tout, c’est la presse ­et je ne parle pas de moi d’ailleurs­ mais qui attaque le physique et des choses extrêmement privées ou   personnelles, et ça, c’est assez inadmissible. Le reste, peu m’importe ! (sourire)

JLD : A chacun de vos albums, surtout dans vos clips, vous avez joué des personnages. Cette fois­ci, autant la pochette de l’album d’ailleurs que le clip donnent le sentiment d’avoir affaire à une Mylène Farmer qui veut se montrer nue, dans tous les sens du terme, elle­même. Est­ce que ça correspond à une réalité ou c’est moi qui ai l’esprit tordu ?

MF : Tordu, je ne pense pas, mais c’était plus, moi, l’idée, la tête étant inexistante, de l’esprit qui s’échappe. Et c’est un peu le parcours que j’ai eu, en tous cas cette initiation que j’ai eue pendant quatre années, d’avoir l’esprit qui voyage.

JLD : Y’a une lettre que vous aimez bien, qui revient souvent dans vos chansons, c’est la lettre X. Rayons X (sic), l’amour « XXL ». Bon, utilisée dans ces circonstances­là, on peut pas vraiment dire que ça parle de choses cochonnes ou que ça parle d’anonymat, mais est­ce que ça correspond…Le X, c’est votre lettre préférée ?

MF : J’aime le X ! (rires) Quant à l’anonymat, c’est parfois agréable.

JLD : Je prends cette phrase, ‘J’aime le X’, je la mets dans un article, et je lui donne un tout autre sens si je veux !

MF : Voilà !

JLD : Quand on parle de vous, inévitablement on parle de votre singe capucin, E.T. ­ donc Léon n’est pas mort, contrairement à ce qu’on a entendu dans le reportage (Mylène confirme). E.T. est remercié sur la pochette de votre album. Alors je voulais savoir quelle était sa collaboration ? Qu’avait­il apporté ?!

MF : (sourire) Sa présence. Et…

JLD : Qu’est­ce qu’il vous apporte ?

MF : Un animal apporte beaucoup de choses. C’est un compagnon. Ce sont des jeux. Ce sont autant de choses qui font que ça provoque un sourire ! (sourire)

JLD : Il vous a donc accompagné aux Etats­Unis j’imagine ?

MF : Non. Non, c’est impossible. On ne peut pas voyager avec un singe, non.

JLD : Tous vos clips sont de vrais petits films. Vous avez également joué dans un long métrage. Vous avez dit à un moment, vous avez été jusqu’à dire ‘Si je ne fais pas du cinéma, j’en mourrai’. Est­ce que cette phrase est encore d’actualité ?

MF : C’est toujours pareil : c’est­à­dire que c’est vrai que quand on parle à un journaliste ­vous le savez aussi bien que moi­ après on vous prend une phrase comme ça et puis on la sort, non pas de son contexte…

JLD : (la coupant) Celle­là, elle est suffisamment forte pour vivre toute seule, presque.

MF : Ce que moi j’ai voulu évoquer, c’est vrai que j’avais besoin absolument de faire un long métrage, de faire un film, de jouer. Donc, en ce sens, j’avais l’impression que si je ne pouvais pas atteindre cette chose­là, c’était une mort en soi. Vous dire que demain, je me serais suicidée, non, probablement pas. Mais, une fois de plus, ça c’est toujours très réducteur, et…

JLD : D’accord. j’insiste pas ! Est­ce que vous pourriez reprendre cette phrase à votre compte, François ?

FC : Non, je ferais du théâtre ! (rire de Mylène)

Cluzet enchaîne alors sur le cinéma, puis sur la grève historique qui paralyse à ce moment­là la France entière pendant des semaines. Delarue demande aussi son avis à Mylène sur le sujet…

JLD : Vous, Mylène, vous l’avez vécu comment ce mouvement ? Quel regard vous avez sur ce mouvement ?

MF : Justement, cette façon que de prendre des personnes, comme ça, en autostop, ça a réhumanisé un peu notre ville, c’est vrai ! (sourire)

Après avoir demandé à Marie de Hennezel son avis sur le sujet, l’animateur clôt l’émission, non sans rappeler l’actualité de chaque invité.

 

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LE JOURNAL DU DIMANCHE reçoit Mylène

Posté par francesca7 le 1 janvier 2015

 

8 JANVIER 2006 – Mylène Farmer habillée pour l’hiver

Entretien avec Henry­Jean SERVAT

2006-01-bMylène Farmer, à quelques jours de votre premier concert, quel est votre état d’esprit ?

­ Hypersensible, angoissée. J’ai la peur au ventre, mais je me sens aussi et surtout très heureuse, tellement heureuse de retrouver mes fans. Il s’agira de l’un des moments essentiels de ma vie. J’ai hâte !

Pour votre retour sur scène, vous cherchiez des idées pas cousues de fil blanc et un couturier qui vous taille des costumes dans l’étoffe de ses rêves…

­ J’avais une seule idée en tête : trouver quelqu’un ayant un véritable univers et des correspondances avec le mien. Quelqu’un de surdimensionné. Le hasard me l’a fait rencontrer en la personne de Franck Sorbier.

Que vous ne connaissiez pas auparavant…

­ J’avoue ! Ce qui n’a rien d’étonnant, puisque non seulement je n’assiste pas aux défilés de couture, mais encore je ne sors jamais ! (on a pourtant vu régulièrement au fil des ans Mylène Farmer assister à des défilés haute couture, nda)

Puisque vous ne mettez jamais les pieds dehors, comment alors l’avez-­vous découvert ?

­ Chez moi, j’ai vu dans un magazine un joli reportage sur les préparatifs et les répétitions d’un opéra magnifique, « La Traviata ». Je suis tombée en admiration devant l’une des robes de l’une des cantatrices : elle était longue, façon Second Empire. Elle s’étalait, rouge sang, somptueuse, gigantesque, comme une coulée de tissu, une cascade de lave voluptueuse. J’ai compris immédiatement que c’était là le genre de tenues que j’attendais. Un coup de foudre et une évidence !

Alors, votre première rencontre ?

­ En silence ! Je lui avais demandé de venir à moi seul. Franck est quelqu’un d’extrêmement secret qui ne sort pas facilement de sa réserve et qui ne trahit pas aisément ses émotions ­un langage que je comprends très bien ! Nous nous sommes d’emblée reconnus et bien entendus, sans avoir à nous parler. Nous vivons l’un et l’autre dans le doute permanent, avec par­dessus tout le souci du travail très bien fait.

Qui a donné les idées à l’autre ?

­ Franck n’était pas, je crois, plus familier de mon univers que je ne l’étais du sien. J’avais des thèmes en tête quant aux décors et quant aux costumes.

Êtes­-vous intervenue dans leur élaboration ?

­Oui, à partir des croquis qui m’ont été proposés. J’ai découvert les métiers à l’ancienne qui composent le monde de la haute couture. Je n’ignore plus rien du vocabulaire des tissus ! J’ai partagé toutes les étapes de la création. Nous sommes partis de choses existantes, revisitées par moi. Au final, ce ne sont pas des costumes que je porte, ce sont des costumes fous et insensés qui me portent et me transportent. Chacun des sept ! (Mylène portera finalement cinq tenues différentes sur scène pour ce spectacle, nda)

Qu’allez­vous faire de vos costumes, le spectacle terminé ?

­ Je vais les garder chez moi. Tous les garder ! J’ai même déjà acheté des mannequins de modéliste pour les mettre dans une pièce ! (certains d’entre eux seront d’ailleurs prêtés par Mylène pour une exposition consacrée à Franck Sorbier à Lyon en 2008, nda)

 

 

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Mylène Farmer sur EUROPA PLUS (Russie)

Posté par francesca7 le 30 décembre 2014

 

3 MARS 2000 – Entretien avec Otar KUSHANASHVILI

Elle est discrète dans la vie mais ressemble à un ouragan sur scène. Après plusieurs années de carrière, personne ne peut lui contester son statut d’artiste culte. Son culte à elle, elle l’a construit de ses propres mains. Le nom de cette personne culte qui est ici à Europa Plus, c’est Mylène Farmer, qui est pour la première fois à Moscou. Tous les entretiens, Mylène, se doivent de débuter de façon lyrique (terme utilisé dans les œuvres de folklore russe, nda) : c’est une façon de dire à quelqu’un des choses agréables pour qu’il garde après un bon souvenir de la conversation ! Je voudrais pour commencer vous dire quelque chose : le genre de femme que vous incarnez est adoré et même vénéré par presque tous les moujiks russes ! Sur cette note élogieuse peut débuter notre entretien sur la meilleure station de Russie, Europa Plus.

2000-01-eMylène Farmer : Lyrique ?! Qu’est­ce que vous entendez par lyrique ?!

Lyrique ? Lyrique par rapport à quoi ? Ha, débuter de façon lyrique ? Le lyrique, c’est du beau, c’est doux, c’est comme le début d’un grand roman où l’auteur explique à ses lecteurs qu’il a écrit ce livre pour eux parce qu’il les aime beaucoup.

MF : (désorientée par la comparaison hasardeuse du présentateur) Et la question, c’est qu’est­ce que j’en pense ?! (rires)

Non, c’est juste une marque de bonne volonté pour s’assurer que vous êtes d’humeur à répondre à mes questions ! Rien d’autre !

MF : D’accord, donc ça me fait très plaisir ! Merci pour ce compliment !

Je n’ai pas été le chercher bien loin car il est vraiment sincère. Passons aux questions, maintenant.

On ne peut pas ne pas aborder les questions ‘touristiques’ ­ je vous en prie, ne me considérez pas comme un journaliste incompétent, je suis certain qu’on vous poserait ces questions dans n’importe quel autre pays que vous visiteriez : dites­nous s’il vous plaît ce que vous pensez de Moscou et de Saint­Pétersbourg, que vous avez déjà visité, je crois. Quelles sont vos impressions ?

MF : Je garde un souvenir impressionnant de Saint­Pétersbourg, je suis plus sensible à son  architecture. J’ai rencontré à Moscou un artiste que j’aime beaucoup qui fait de l’animation, qui s’appelle Garri Bardin ­ je ne sais pas si vous le connaissez…

Oui, très bien. Pour autant que je sache, ce n’est pas évident de le définir. C’est une sorte de génie créatif…

MF : Oui, c’est phénoménal. Ce qu’il fait est phénoménal. Donc j’ai eu la chance de le rencontrer, d’aller chez lui, de voir son lieu de travail, de rencontrer son équipe, donc c’était un moment très fort pour moi. Et puis j’aime le romantisme que peut, moi, m’évoquer ce pays, j’aime sa littérature. Voilà…Voilà ma visite du pays ! (sourire)

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Chère Mylène, j’ai remarqué que c’est dans l’air du temps d’utiliser le mot millénium. Quelle est votre interprétation de ce terme dans le nom de votre spectacle ? Où faut­il en chercher l’origine ? Pour dire les choses plus clairement : pourquoi ce spectacle s’appelle ‘Mylenium’ ?

MF : Pour une simple et…pour la raison la plus simple, en tout cas : c’est que je pouvais, moi, m’amuser avec mon prénom, puisque ‘Mylène’ est dans ‘millenium’ et je trouve ce mot…sans y trouver une explication rationnelle, quelque chose d’assez joli, la sonorité du mot.

Voilà au moins une explication sincère ! D’autres que vous auraient donné des réponses si alambiquées pour qu’on ne les accuse pas de mégalomanie que je me serais endormi au bout de vingt secondes ! Vous avez répondu sincèrement, c’est un très joli mot en effet qui correspond bien à l’époque que l’on vit et qui fait un trait d’union avec votre univers. Pour cela, encore un coup de chapeau !

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Alors, chers amis, nous sommes toujours sur la meilleure station de toute l’Europe, Europa Plus, en compagnie de Mylène Farmer. Si vous ne me croyez pas, alors vous pouvez vous en aller, et si vous me croyez, hé bien…vous pouvez être jaloux ! Passons maintenant à la question suivante. Elle m’a été inspirée par ce que j’ai lu sur vous dans la presse anticipant votre venue chez nous. Il faut dire que la presse russe, j’en frémis rien qu’en le disant, semble avoir voulu faire un concours de celui qui serait le plus piquant à votre sujet. Si on devait décerner un prix sur le sujet, il irait à ce magazine qui vous présente comme n’étant que peurs malsaines et phobies en tout genre, au bord de la folie. Voici leur gros titre : ‘Mylène Farmer tisse sa toile de phobies terrifiantes et de passions morbides’. Que pensez­vous de cette description ? Est­ce qu’il y a une part de vérité ou bien on exécute sur place le journaliste qui a écrit ça ?!

MF : Que je sois habitée par des phobies, oui, certainement ! Maintenant, quelles sont­elles : c’est la question !

Quelles étaient les phobies exprimées dans la presse, ça je ne le sais pas, c’est à vous de me le dire…

Vous avez peut­être la phobie des présentateurs de Europa Plus, je ne sais pas…

MF : Je vais vous couper tout de suite, j’ai une phobie des insectes, par exemple. Voilà ! (rires) Soyez tranquille ! (rires)

Ouf, j’étais prêt à quitter le studio ! J’ai lu encore quelque chose de très drôle aussi, l’occasion pour tous les russes de rigoler de leurs journalistes : ils ont écrit qu’un glaçon dans votre Coca Cola vous donnait envie d’étrangler l’humanité entière !

MF : Alors laissez ces propos aux journalistes ! Puisque je fais de toute façon très peu d’interviews, je crois qu’ils inventent bon nombre de mes propos !

La question suivante peut paraître stupide, mais elle se justifie du fait de vos visites très rares, qui plus est alors que vous venez donner des concerts chez nous : est­ce vrai que le premier spectacle de votre carrière, mis en scène par Laurent Boutonnat, avait pour slogan ‘Venez découvrir la Madonna française’ ?! Et d’une manière générale, que pensez­vous de Madonna ?

2000-01-aMF : Non, là encore, ce sont des propos de journalistes ! C’est toujours très réducteur quand on parle d’une personne : là en l’occurrence, on fait le rapprochement d’avec Madonna ­ je vais essayer de faire court !­ parce qu’il y a une envie de danseurs sur scène, une envie de show dit ‘à l’américaine’, c’est­à­dire vraiment avec tout ce que peut comporter l’idée du spectacle. Voilà. Quelque chose de très intimiste, je n’en ai pas encore z’envie –envie, pardon ! Voilà pourquoi ce rapprochement, j’imagine, d’avec Madonna mais ça ne vient pas de chez nous, bien évidemment. Ce que je pense de Madonna ? Je pense qu’elle est une artiste complète, très douée, bien évidemment. Et…que puis­je dire d’autre… ?!

Je pense que cette description se suffit à elle­même !

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Passons maintenant à la question suivante ­ en rappelant à tout le monde que nous avons la chance sur Europa Plus de converser avec Mylène Farmer, une invitée qui ne vient qu’une fois dans une année lumière ! Est­ce que vous pouvez nous éclairer un peu ­ si ce n’est pas une intrusion dans votre vie privée­ sur les raisons qui vous ont motivée à déménager aux Etats­Unis alors que vous étiez en plein succès en France ?

MF : Mais là encore, c’est une mauvaise information ! Je suis allée à Los Angeles pour enregistrer mon…(elle cherche) un de mes albums ­ j’ai oublié lequel ! (sic !) ­ et je suis resté près de huit mois là­bas. Ce n’était pas un déménagement, mais simplement la volonté que d’enregistrer, de prendre mon temps pour écrire cet album et ça a duré un petit peu plus longtemps que prévu. Donc voilà, je n’ai jamais eu l’intention que de vivre aux Etats­Unis ­ en tout cas, pas encore !

Il faut vraiment que je m’excuse pour tous ces infâmes mensonges que je contribue à véhiculer ! Ceci dit, c’est peut­être aussi dû au fait que vous êtes sur vos gardes quand vous rencontrez un journaliste. Mais n’allez pas croire que je me cherche des excuses : tout ce que je dis là, je ne le tiens pas de tabloïds, mais de revues musicales très respectables !

MF : Je parle peu, je parle très peu de moi : c’est le chemin que j’ai suivi, que j’ai décidé. Maintenant, oui, c’est ce pour quoi les journalistes racontent beaucoup de choses qui sont fausses, bien évidemment.

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Je vais vous donner encore une raison de pester contre mes confrères journalistes : certains, dont je ne partage pas l’avis, ont prétendu que vous avez volontairement repris une certaine imagerie américaine en la simplifiant ainsi que vos arrangements : le son est devenu plus pauvre qu’avant, moins sophistiqué. Certains considèrent que vous étiez revenue d’Amérique plus légère…

MF : Quant au son plus pauvre, je ne suis pas sûre que ce soit un compliment, donc je ne sais pas si je vais y répondre ! (rires) La seule chose que je puis répondre, c’est qu’on… ­ sans parler d’évolution, parce que j’allais dire je me moque de l’évolution, en tout cas je n’ai pas cette revendication, si ce n’est que c’est vrai que dans la vie on grandit, on a des choses qui traversent sa vie et fatalement on change. Pour compléter la réponse, quand nous avons enregistré la première fois aux Etats­Unis, on rencontre fatalement des musiciens américains. J’avais une volonté que de mettre beaucoup plus de guitare que dans les albums précédents.

Voilà, donc c’est une ‘petite influence’, peut­être, américaine, mon passage en tout cas la première fois à Los Angeles.

Que dire de plus ? Dans notre pays, on a souvent répondu aux tentatives d’incursion des américains par ‘Yankees, go home !’

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Votre réticence à parler aux journalistes a au moins ceci de positif, c’est que cette inaccessibilité vous profite. Mais est­ce que vous jetez un œil tout de même à ce qui est publié à votre sujet ?

MF : Ca m’intéresse en ce sens que dès l’instant qu’on a envie d’écrire sur moi, pour dire du bien ou pour dire du mal, je crois que c’est important que de lire au moins pour apprendre des choses, même si elles sont erronées ! (rires) Maintenant, je préfère avoir une distance et garder cette distance d’avec les propos qu’on peut avoir à mon sujet, sinon on se laisse trop abimer par ça. Mais on est en train de faire une guerre ouverte aux journalistes et je n’ai rien contre eux, a priori ! (rires)

C’est sans fin ! Voilà d’ailleurs une citation qu’on pourrait reprendre pour vous faire dire n’importe quoi !

2000-01-bMF : C’est une affaire personnelle ?! (rires)

Il y a une autre citation qui m’a troublé, car à l’évidence je ne suis pas homosexuel ­et même si je l’étais je serais quand même tombé fou amoureux de vous pendant cette petit moment que nous partageons­ bref j’ai été choqué de lire ce gros titre sur un journal : ‘Mylène Farmer est une femme qui se passe très bien des hommes’. Mais c’est un cauchemar ? Est­ce que c’est vrai ?!

MF : Si ce cauchemar est vrai ? Bien sûr que non ! D’abord, j’ai avant tout besoin de l’autre en général, qu’il soit féminin ou masculin. Et pour répondre à votre question, je n’ai absolument rien contre les hommes, non !

C’est gentil de laisser croire aux géorgiens que tout n’est pas si mal dans leur presse. Merci pour eux ! Tous les géorgiens qui écoutent Europa Plus : Mylène Farmer est avec vous !

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Nous sommes limités dans le temps, malheureusement. Je voulais savoir pourquoi vous avez voulu tout faire toute seule dans votre spectacle « Mylenium ». J’ai lu en effet que vous avez refusé les services des metteurs en scène les plus inventifs, de maquilleurs, de stylistes. Du coup, on a dit qu’en refusant de travailler avec tant de gens confirmés, c’est parce que vous n’aviez pas confiance en eux et que vous étiez trop sûre de vous…

MF : (ahurie) Mais c’est totalement faux ! Je n’ai décliné absolument d’abord aucune proposition. Là, j’avoue que, oui, ça devient très étrange, mais… ! J’ai décidé de monter ce spectacle et j’ai fait appel à bon nombre de personnes, que ce soit une costumière de grand talent qui travaille beaucoup pour le cinéma (Dominique Borg, nda), j’ai fait appel à un décorateur de grand talent également qui travaille beaucoup pour l’opéra et le cinéma également et le théâtre (Guy­Claude François, nda) et puis en ce qui concerne la mise en scène, j’étais accompagnée d’une personne qui m’est chère et qui m’a aidée justement à monter toute la dramaturgie de ce spectacle (François Hanss, qui ne sera pas crédité pour la mise en scène ni dans le programme du spectacle ni dans le livret des supports CD et vidéo l’immortalisant mais que Mylène remerciera sur scène pour sa collaboration lors de la dernière date française de la tournée, nda).

C’est fou le nombre de choses fausses ou incorrectes qu’on peut écrire sur vous, je le réalise avec vous ! J’ai bien envie d’aller mettre des coups de poing à tous ces gens qui racontent n’importe quoi, moi !

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Je voulais vous dire qu’à mon avis, vous êtes plus une chanteuse de cinéma qu’autre chose. Qu’est-ce qui a le plus d’importance pour vous : concevoir un spectacle ou bien un clip ?

MF : Quand vous parlez du cinéma, c’est les clips ? Oui ? Je crois que pour moi, en tout cas, tout est important, fondamental. Je n’ai pas pu concevoir de faire ce métier sans la musique, les mots sont très importants, l’image est très importante. J’aime faire ce métier de cette façon.

Merci beaucoup, Mylène Farmer, de la part de toute l’équipe de Europa Plus. Bon succès, bon courage et bon concert à l’Olympski ! (la salle de spectacle de Moscou où Mylène a présenté le Mylenium Tour les 04 et 05 mars 2000, nda)

MF : Merci beaucoup ! Merci infiniment !

Publié dans Mylène 1999 - 2000, Mylène en INTERVIEW | Pas de Commentaires »

LE MAG de juin 2000 avec Mylène F.

Posté par francesca7 le 22 décembre 2014

 

10 JUIN 2000 : Entretien avec Lynda LACOSTE – MCM

Enregistré fin avril dans un salon de l’hôtel Costes à Paris, cet entretien est particulier dans le sens où Mylène n’a rien à promotionner : le Mylenium Tour s’est achevé quelques semaines auparavant et l’album live ne sortira pas dans le commerce avant plus de six mois. En revanche, au moment de l’enregistrement de l’émission, Mylène est en plein travail avec Alizée sur « Moi…Lolita » qui sera envoyé peu après en radio et qui sera déjà un tube au moment de la diffusion, mais évidemment aucune allusion n’y sera faite pendant l’entretien ! La langue maternelle Lynda Lacoste étant l’anglais, sa syntaxe est parfois bancale. Néanmoins, ses propos sont retranscrits ici tels quels.

2000-01-eLynda Lacoste : Bonjour et bienvenue dans Le Mag. Aujourd’hui, c’est un mag exceptionnel puisqu’il s’agit de Mylène Farmer qui n’accepte que très rarement de venir à la télévision. N’oubliez pas que pour tous les artistes, vous pouvez poser des questions soit par Internet, soit par minitel, soit par téléphone. Allons­y pour la première partie !

Après un générique qui montre l’animatrice pénétrer dans l’hôtel et des assistants décorer le salon privé de bougies, on découvre Mylène habillée d’une veste en jean et d’une longue jupe écru et arbore un chignon sophistiqué.

LL : Bonjour Mylène. Merci beaucoup d’être venue dans Le Mag. Alors, vos concerts sont toujours des spectacles avec une répétition, j’imagine, immense. Mais est­ce que ça vous est arrivée de littéralement ne plus pouvoir marcher sur vos pieds à cause des talons aiguilles, et comment faites-vous pour vous récupérer assez vite ?

Mylène Farmer : Pour me récupérer vite, je me suis beaucoup entraînée avant cette scène : j’ai un entraînement physique. Quant aux talons aiguilles, c’est assez facile de marcher avec, finalement ! (sourire)

LL : Ah bon ?! Moi, j’ai du mal, mais c’est peut­être le fait de danser avec…

MF : Je ne danse pas sur des talons aiguilles, ce sont des talons qui sont un petit peu plus larges, quand même. Mais c’est une difficulté, en tout cas un danger pour les chevilles, mais j’ai pris le parti que de choisir ces chaussures. C’est plus élégant.

LL : Les concerts ne sont pas sans risques : vous êtes tombée accidentellement à Lyon en 1996.

Qu’est­ce que vous vous êtes dit ? Est­ce que vous vous êtes dit ‘Bon, il faut virer quelqu’un tout de suite !’, ‘Est­ce qu’il faut calmer la chorégraphie ? ‘, ‘Est­-ce qu’il faut faire moins de concerts ? Qu’est­ce que vous vous êtes dit ?!

MF : Renvoyer tout le monde ! (rires)

LL : Oh ! On vire tout le monde ?! Ça m’étonnerait ! (Mylène, silencieuse, laisse planer le doute) Oh oui ?!

MF : Non, non. Je ne sais pas bien quoi répondre. Ça a été un grand choc pour moi, en tout cas.

LL : Avec votre dernier album, il y avait quand même encore, même dans l’an 2000, des clips qui ont été censurés le jour. Est­ce que ça vous a choqué ou est­ce que vous cherchez exprès d’avoir des clips qui choquent parce que, comme ça, on parle plus ?

MF : Je crois que ça n’a aucun intérêt que de vouloir choquer à tout prix pour que l’on s’intéresse à vous. Il se trouve que j’aborde des sujets qui sont peut­être épineux, voire tabous. C’est un risque. Maintenant, la censure ­et spécialement en France, je trouve­ est un peu sévère et s’attaque à tout et n’importe quel sujet, ce que je trouve vraiment regrettable.

LL : Même votre premier clip, « Maman a Tort », a été censuré à l’époque. (si certaines émissions ont choisi de ne pas diffuser ce clip à l’époque, celui-­ci n’a en tout cas jamais été interdit, nda) Mais vous êtes quelqu’un qui est capable de faire des clips qui peuvent durer jusqu’à dix­-sept minutes. Quand vous voyez le niveau que vous avez atteint, vous, quelle est votre réaction sur le niveau des clips qu’on peut voir en France en l’an 2000 ?

MF : Là encore, vous me demandez de porter un jugement et j’avoue que c’est quelque chose que je n’aime pas faire. Je peux vous dire en revanche qu’il y a des artistes que j’aime beaucoup et qui font de très beaux clips. J’aime l’univers de Björk, j’aime ce qu’a apporté Peter Gabriel, David Bowie…Il y a beaucoup d’artistes qui ont des clips intéressants.

Diffusion d’un extrait du clip « Optimistique-­Moi »

LL : Sur cet album, vous avez travaillé, bien sûr, avec j’imagine un homme dans lequel vous avez beaucoup de confiance, Laurent Boutonnat (Mylène confirme et sourit), mais vous avez travaillé avec d’autres compositeurs pour cet album­là. Est­ce que…

MF : (la coupant) Non !

LL : C’était que lui qui a fait toutes les chansons ?

MF : J’ai fait, moi, quelques chansons, comme compositeur et comme auteur…

LL : D’accord.

MF : …et c’est tout !

LL : OK. Mais pour les nouveaux gens avec qui vous avez envie de travailler, est­ce que vous demandez à Laurent son avis ou est­ce que vous lui parlez après d’avoir déjà pris votre décision sur les nouveaux gens avec qui vous avez envie de travailler ?

MF : Si vous me parlez de composition, je n’ai jamais eu le souhait que de travailler avec quelqu’un d’autre qu’avec Laurent. Maintenant, en terme de vidéo, oui j’ai fait appel à beaucoup de réalisateurs différents. Est­ce que je demande son avis : non ! (rires)

LL : D’accord. Et, parce que justement vos clips sont d’un tel niveau, est­ce que vous accepteriez de travailler avec des nouveaux talents, ou est­ce qu’il faut toujours quelqu’un qui ait déjà fait leurs preuves pour travailler avec vous ?

2000-01-dMF : C’est d’abord très, très difficile que de trouver un réalisateur, donc je vois beaucoup, beaucoup de cassettes. C’est vrai qu’il m’est difficile d’aller vers quelqu’un qui n’a jamais rien fait parce qu’on ne peut pas s’appuyer sur un travail qui a déjà…enfin, sur des choses qui sont concrètes, réelles. Donc je vais plus facilement vers des réalisateurs qui ont déjà réalisé des vidéos. Voilà. Donc mon choix s’est porté sur Marcus Nispel, Abel Ferrara et Michael Haussman pour le dernier. (« Optimistique­Moi », nda) Diffusion d’un extrait du clip « California »

LL : Vous avez un corps magnifique…

MF : (surprise, elle pouffe de rire) C’est gentil !

LL : Est­ce que, pour vous, votre corps est aussi important dans votre travail que votre voix ?

MF : Non. Non. (dans un rire) Je ne sais pas quoi vous répondre, si ce n’est que je… (silence) Tout est important ! On va dire, aussi bien, alors l’apparence physique que le vêtement, que le verbe aussi : tout est important pour moi. Maintenant, est­ce que je suis obsédée par ma ligne, par mon corps ?

Non, absolument pas. Je ne fais du sport que quand je monte sur scène.

LL : D’accord. OK. Alors, vous êtes la seule artiste française qui est aussi collectionnée ­et même plus collectionnée­ que Johnny Hallyday. Est­ce que vous êtes quelqu’un qui prend plus de temps à choisir les objets que vous avez envie d’associer avec votre nom ? Et est­ce qu’il y avait des objets que vous avez systématiquement refusé ?

MF : Systématiquement refusé, je n’en ai pas le souvenir. Mais je travaille en tout cas avec quelqu’un qui me donne des idées ­ parfois, j’apporte moi­-même des idées. Et là encore, c’est quelque chose que je qualifie d’important. En tout cas, je fais attention, oui, à ce que je propose. Voilà ! (sourire)

LL : Il y a beaucoup de questions sur l’Internet, beaucoup de sites qui vous sont consacrés. Est­ce que ça vous intéresse, l’Internet ? Et est­ce que vous regardez les sites qui sont consacrés sur vous ?

MF : L’Internet m’intéresse, oui. Mais j’utilise mon computer surtout pour les e­mails. J’aime bien correspondre.

(rires)

LL : Et est­-ce que vous regardez les sites qui sont consacrés à vous ?

MF : On va rester… (visiblement embarrassée) Je ne sais… Je m’y intéresse, oui. J’ai du mal à… Le culte de moi­même est quelque chose qui m’est difficile. Maintenant, je sais qu’il y a un travaille qui est fait, et qui est très bien fait. Donc je regarde ça de près et de loin. Je vais rester évasive ! (large sourire)

LL : Alors, sur l’Internet, on dit qu’il y a des sites où on peut vous voir nue. Est­ce que votre entourage est au courant de ça ? Et, si c’est le cas, pourquoi ces sites existent­ils encore aujourd’hui ?

MF : Ecoutez, j’ignore ces sites ! (rires) Maintenant, il est facile de faire arrêt sur image quand on prend une vidéo et puis on va sortir l’image en question. Maintenant, si je suis dénudée ou nue dans une vidéo, qu’y puis-je ?! (soupir) Le faire interdire, c’est très difficile. Très difficile. Même si on interdit, quelqu’un d’autre le fera.

Donc tant pis pour moi ! (sourire)

Diffusion d’un extrait du clip « Libertine »

LL : Pensez­vous qu’on vit dans une société où les jeunes se sentent obligés d’être parfaits, ambitieux, énergiques tous les jours ? Et qu’est­ce que vous pouvez leur conseiller, les gens qui ont envie d’être individuels, uniques et différents ?

MF : De rester unique, c’est très important. (sourire) Qu’est­ce que je peux rajouter ? Qu’il est important, et que je leur souhaite, d’avoir une passion dans la vie. C’est un moteur qui est fondamental pour vivre et survivre.

LL : Vous avez beaucoup d’émotion en vous. Est­ce qu’il y avait des situations où vous vouliez absolument pas pleurer et ça arrive, et vous sentez que ça monte quand même, et est­ce que, puisque ça arrive peut­être souvent, vous avez une ruse pour éviter les larmes ?

MF : Non, ça, je crois, c’est quelque chose que je ne contrôle absolument pas, et je ne veux pas me défendre que d’avoir justement une émotion forte. C’est arrivé énormément de fois en scène, à des moments auxquels je ne m’attendais absolument pas justement. Et, je crois, s’il y a quelque chose qu’on peut partager en scène avec le public, c’est justement une émotion. Donc je n’ai aucune immunition. (sic !) (rire)

LL : Alors, il y a beaucoup de comédiens qui adoreraient avoir autant d’émotions à leur portée. Est­ce que ça vous dirait un jour d’être prof de cinéma ou de théâtre ?

MF : Absolument pas, non ! (rires) Non.

LL : Non ?

MF : Non. Et je crois qu’il y a beaucoup de comédiens qui ont leur propre émotion. (rires)

Diffusion d’un extrait du clip live « Rêver », suivi d’une page de publicité

LL : On se retrouve dans « Le Mag », avec Mylène Farmer : deuxième partie.

Jingle

LL : Alors, un de mes films préférés, c’est un de vos films préférés aussi, c’est « Frances » (Mylène confirme), joué par Jessica Lange, et il y a une scène dans ce film où elle revient chez elle, dans sa ville natale, en tant que grande star, et il y a une femme devant elle qui lui lèche les bottes, et elle dit ‘Vous n’étiez pas la femme qui m’a haïe il y a dix ans, qui m’a traitée comme pire que rien ?’ et donc, tout le monde a bien vu qu’elle l’a bien mis dans sa place. A l’époque où vous étiez mannequin, est­ce que vous avez eu des gens qui vous traitaient peut­être pas bien, quand vous étiez anonyme, et est­ce que vous avez pu vous faire justice aujourd’hui, avec la femme que vous êtes aujourd’hui ?

2000-01-aMF : Ecoutez, je n’ai pas beaucoup de souvenirs, si ce n’est que je vais détourner la question : les personnes qui sont méchantes, vindicatives, il y en a, et j’en rencontre encore aujourd’hui. Maintenant, est­ce que j’ai une réaction ? En général, j’essaie, non, d’avoir la réaction contraire à ses instincts premiers, à savoir que je préfère répondre par la gentillesse à l’arrogance. C’est moins douloureux. (sourire)

LL : Alors justement, vous avez dit que vous êtes dans une époque de votre vie où vous êtes en pleine forme, heureuse, beaucoup plus équilibrée, beaucoup plus de confiance en vous, mais pour les jeunes qui vous adorent, qui peut­être sont en train de vivre des enfances où ils ont du mal à vivre le bonheur, qu’est­ce que vous pouvez leur dire pour qu’ils sortent de là ?

MF : Là encore, je crois que je n’ai aucune, ni solution, ni même conseil, si ce n’est que j’en reviens à la réponse précédente : tenter de trouver une passion, un moteur dans sa vie. Maintenant, je crois qu’au travers de la lecture ­et c’est ce qui m’est arrivé­ on peut découvrir des choses, trouver des pansements, et je crois que, dans le fond, la chose fondamentale, c’est le dialogue, c’est pouvoir trouver une forme de communication.

Diffusion d’un extrait du clip « XXL »

LL : Vous avez travaillé avec beaucoup d’américains, vous avez travaillé pas mal aux Etats­Unis. Que pensez­vous avoir appris avec les américains que vous avez pas pu peut­être apprendre ici, en France ?

MF : Probablement… (soupir et silence) Je pense au travail : ce sont des gens qui sont très investis dans leur travail. Ce sont des personnes qui n’ont pas peur, je crois, ni du succès, et qui le revendiquent même. Je crois que c’est une rigueur dans le travail surtout. Maintenant, est­ce que j’ai appris ça d’eux, je n’en sais rien mais en tout cas, j’ai pu, ne serait­ce que pendant les tournages de vidéos… Chacun est réellement à sa place et s’investit dans son travail. Il n’y a pas de mélange entre le sentiment et la fonction. Alors parfois c’est désagréable, mais parfois c’est agréable parce que c’est efficace et que ça va vite.

LL : Alors, ce qui est rare avec les artistes, c’est que vous avez des fans qui peuvent venir vingt-quatre heures avant un concert pour venir vous voir, et donc ils sont là peut-­être pour être sûrs d’au premier rang, alors peut­-être ils mangent pas, peut­-être ils boivent pas, et le concert commence, ils tombent dans les pommes donc ils voient même pas le concert ! (rires)

MF : C’est un peu dramatique tout ça, non ?! (rires)

LL : Non mais ça existe ! Alors qu’est­ce que vous avez envie de dire à tous ces pauvres gens qui vous adorent, qui ont même pas vu le concert du coup ?

MF : Et bien que c’est dommage pour moi ! (large sourire)

LL : Mais est-­ce que vous pensez que c’est une des raisons pour lesquelles vous aimez bien sortir des live et faire des vidéos de vos concerts ?

MF : Je ne suis pas sûre de comprendre le sens de la question…

LL : S’il y a tellement de gens qui tombent dans les pommes donc ils voient pas le concert, ils vont le voir en vidéo…

MF : (rire…consterné ?) Je ne sais pas. Mais, en tout cas, c’est quelque chose de très intéressant que de travailler sur un live, oui.

LL : Alors, votre dernier concert a été filmé par une douzaine de caméras, je crois. Est­ce que vous vous sentez différente le jour où vous savez que ça va être filmé, et est­ce que votre spectacle s’est organisé en fonction du fait que vous savez qu’il faut que ce soit filmé aujourd’hui ?

MF : Non, absolument aucun changement. Quant à mon comportement, moi­même, je crois qu’on ne peut pas ignorer totalement la présence des caméras. Maintenant, je crois qu’il y a une dimension telle en scène qu’on finit par oublier ces choses­là. Dans les dix premières minutes, c’est assez présent, et après, je fais totalement abstraction. Et le spectacle est totalement le même avant, après.

Diffusion d’un extrait du clip live « La Poupée qui fait Non »

LL : Alors, vous êtes la seule artiste française ­encore une fois ! (rires de Mylène) ­mais cette fois­ci, vous êtes la seule artiste française pour être une artiste diamant : c’est­à­dire que tous les albums que vous vendez, ça se vend à plus de un million. (Mylène confirme) Alors, puisque vous voyez que vous avez un tel succès en France, est­ce que vous avez envie ­parce que, en plus, vous êtes quelqu’un qui adore travailler­ vous avez envie de peut­être apprendre d’autres langues pour  toucher d’autres marchés dans le monde ?

MF : Ecoutez, jusqu’à présent, ça a été un refus de ma part. Plusieurs fois, on m’a j’allais dire ‘proposé’ de faire album anglais ou dans une autre langue. Dans la mesure où j’écris moi-­même mes textes, il m’est difficile d’envisager ou une adaptation de quelqu’un d’extérieur, ou moi­-même, je ne possède pas la langue suffisamment pour pouvoir traduire. Et dans la langue française ­dans ma langue en tout cas­ j’aime bien jouer avec les mots, donc c’est très compliqué de trouver ça dans une langue qui n’est pas la vôtre.

LL : On est souvent touché par les peintres parce qu’ils arrivent à nous toucher vraiment à l’intérieur de nous. Quelle est la dernière exposition que vous avez vue où vous avez été vraiment et réellement touchée ?

MF : C’était dans un musée à New York et… L’art moderne…. Je peux vous dire les peintres que j’aime : Egon Schiele, évidemment. (sourire) J’aime Max Ernst, j’aime Picabia. Et je vais oublier probablement tous ceux que j’aime ! (sourire) Mais j’aime la peinture, oui. Ce sont des moments très privilégiés.

Diffusion d’un extrait du clip « Je te rends ton Amour »

LL : Il y a un moment dans votre concert où il y a quelqu’un qui peut monter sur scène avec vous.

Comment assurez­vous la sécurité dont vous avez besoin ? Parce qu’on sait jamais…

MF : Là encore, je crois que je ne… Est-­ce que c’est de l’inconscience ? J’en sais rien. Mais je ne pense pas à ces moments d’hypothétique danger. Et là encore, c’est un moment spontané. J’ai mis beaucoup de temps avant que de faire monter quelqu’un sur scène, et je préfère là encore une spontanéité. Donc il m’est arrivé ­ce n’est pas systématique­ de faire monter quelqu’un. Et, dans ces cas­là, non, je pense à autre chose qu’à un danger. Plus un partage.

LL : Vous êtes terriblement connue dans les pays francophones. De tous les pays d’Europe, pourquoi avoir choisi la Russie ?

MF : Pourquoi la Russie ? Parce qu’ils ont diffusé, quand j’ai commencé ce métier, ils ont diffusé énormément de vidéos. Et puis il y a des personnes là­-bas qui ont beaucoup travaillé sur moi. Et j’avais très envie de découvrir la Russie, en tout cas son public. Je ne peux pas vous dire que je connais bien la Russie, si ce n’est que Saint­Pétersbourg est une ville magnifique, que j’y ai fait quelques rencontres qui sont assez jolies aussi, avec beaucoup d’artistes, des peintres notamment, et que c’est un changement parce que c’est un public qui n’est pas ‘acquis’ ­si tant est qu’on puisse avoir un public acquis­ mais vraiment là, c’était quelque chose d’assez étonnant. D’autre part, ils sont quand même assez brimés : ils n’ont pas le droit de se lever pendant un concert, ils n’ont pas réellement le droit de manifester leur joie, et ils l’ont quand même fait, à la fin du concert : ils se sont levés, ils se sont approchés au bord de scène. Ce sont des moments assez forts.

Diffusion d’un extrait du clip « Tristana »

 LL : A la sortie d’une tournée, normalement, pour la plupart des gens, c’est des vacances. Mais vous avez déjà envie de retravailler tout de suite ?

MF : Je travaille déjà (rire). Je travaille sur le live en studio, pour le mixage, et bientôt sur le film du live. Et j’ai quelques projets à venir, donc ce sera une période de travail. (personne ne le sait encore au moment de l’enregistrement, mais Mylène prépare avec Laurent Boutonnat à la fois le lancement d’Alizée et de son premier single « Moi…Lolita » et à la fois une participation à la bande originale du long-­métrage d’animation américain « Les Razmoket à Paris » avec le titre inédit « L’Histoire d’une Fée, c’est… », nda)

LL : Est­ce que vous êtes quelqu’un qui peut très bien prendre des vacances, ou est­ce que vous vous sentez tout de suite coupable le jour où vous ne travaillez pas ? Est­ce que vous êtes plus contente quand vous travaillez ?

MF : J’ai cette culpabilité, oui, mais j’ai ça en moi : j’aime le travail. C’est quelque chose que j’aime profondément donc c’est… Là encore, je me nourris de ça très facilement. L’oisiveté ne me sied pas du tout !

(rires)

téléchargementLL : Alors, ce qui est formidable, c’est que vous êtes, je crois, une perfectionniste, et c’est bien dans le travail. Mais est­ce que ça veut dire que, après chaque concert, vous prenez les musiciens, les  chanteurs, les techniciens et que vous faites une espèce de résumé du concert ?

MF : Non, du tout.

LL : Jamais ?

MF : Non, non. Ni avant. Je sais qu’il y a beaucoup d’artistes qui aiment prendre la main de leurs  camarades et faire une prière avant de monter sur scène, j’avoue que je ne connais pas ça. (sourire) Et après le travail, non. Après le travail, c’est terminé. Après, chacun ponctuellement apprécie ou n’apprécie pas le moment, mais c’est plus quelque chose, j’allais dire, un état solitaire, de solitude, en tout cas pendant la première heure. Mais ce qui ne vous empêche pas les éclats de rire. Maintenant, quant au résumé de la situation, de ce qui s’est  passé, non.

LL : Justement, est-­ce que, pendant un concert, vous avez envie de vous éclater de rire, parce que vous voyez un danseur qui a fait un faux pas, ou je sais pas quoi ? Et est­ce que ça vous est arrivé, devant votre public, de sortir de la chanson carrément ? Ou est­ce qu’il y a jamais eu quelque chose comme…

MF : Sortir de la chanson, non. Maintenant, des éclats de rire, oui, bien sûr. Bien sûr. Ce qui fait qu’on n’est pas des robots non plus ! (rires)

Diffusion d’un extrait du clip « Je t’aime Mélancolie »

LL : Il y a quelque chose dans mon émission où les téléspectateurs peuvent poser trois questions.

J’en ai pris trois : première question, c’est que, bien sûr, il y a beaucoup de vos fans qui se sentent frustrés parce qu’ils ne vous entendent pas assez en dehors de la scène, et ils ne vous voient pas assez non plus ­moi, je suis ravie que vous êtes là aujourd’hui ! (sourire de Mylène). Et, est­ce que ça vous dirait un jour d’être un peu plus proche d’eux, dans leur avis ?

MF : Moi je n’ai pas la sensation que d’être loin d’eux, donc, là encore une pirouette probablement, mais j’ai l’impression d’être très proche d’eux. Maintenant, est­ce que ça doit passer par l’interview, par la justification ?

Je n’en suis pas sûre. Je me sens, en tout cas moi, proche d’eux.

LL : OK. Deuxième question : vous avez dit que la vulnérabilité est un compagnon agréable et nécessaire. Est­ce que, finalement, ça vous ennuierait d’être parfaite, même s’il y a des jours où vous tentez à tout prix de l’être ?

MF : Là encore, je ne sais pas ce qu’est un être parfait… (rires après un silence)

LL : Mais y a pas des jours on a quand même envie au moins de faire le mieux qu’on peut faire ?

MF : Perfectionniste, oui. Parfait, absolument pas, non, ce n’est pas une quête en soi. Mais perfectionniste dans mon travail, oui. Là, ça part, je crois, d’un respect de l’autre et respect de soi­même. Je prends du temps avant de faire une pochette, je réfléchis. J’ai envie d’offrir des choses qui, moi, me plaisent vraiment.

LL : Troisième question Internet, et dernière question : pour les gens qui se sentent un peu perdus, peut-­être ils sont athées, je sais pas, qu’est­-ce que vous pensez que le bouddhisme pourrait leur apporter ? Et je crois qu’il y a plusieurs styles de bouddhisme…

MF : Ecoutez, ne serait­ce que par curiosité, découvrir cette philosophie. Dire qu’elle est    probablement plus douce que d’autres philosophies ou religions, qu’elle est probablement ­en tout cas ça l’a été pour moi­ plus convaincante, que ce peut être simplement un passage dans leur vie, mais que c’est, en tout cas, intéressant que de s’ouvrir à cette philosophie : ça peut panser l’âme, ça peut aider en tout cas. Là encore, j’en reviens à l’idée de dialogue : si on n’a pas la chance d’avoir quelqu’un à qui parler, on peut le faire au travers d’une lecture comme ça, parce que vous avez beaucoup de réponses ­en tout cas, si ce ne sont pas des réponses, en tout cas des tentatives de réponses. (sourire)

images (1)LL : OK. Je vous remercie beaucoup d’être venue.

MF : Merci à vous. (sourire)

LL : Et bon travail !

MF : Merci beaucoup.

LL : Merci bien.

MF : Merci.

L’émission se termine sur des images de l’équipe technique rangeant leur matériel dans le salon où a pris place l’entretien, le tout sur la musique de « Optimistique­-Moi »

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Mylène Farmer pour le magazine ARGUMENTY I FACTY (Russie)

Posté par francesca7 le 20 décembre 2014

 

Entretien avec Igor GOUSKOV du 9 MARS 2000

2000-03-bPourquoi interdire que l’on enregistre cet entretien avec un magnétophone ?

­ C’est un choix. Je n’aime pas l’idée que quelqu’un possède un enregistrement de ma voix et que celle­-ci puisse exister ailleurs sans moi.

Drôle d’idée pour une chanteuse ! Votre voix est pourtant gravée sur des millions de disques !

­ Vous avez raison, ça semble paradoxal mais c’est plus facile pour moi de m’exprimer de cette façon. Il y a quelque chose de technique dans un enregistrement en studio. Un entretien est plus vivant, c’est  important pour moi de voir et ressentir mon interlocuteur en face de moi.

On vous a connue en Russie à la fin des années 1980 grâce à vos magnifiques clips. Pendant les dix années suivantes, il y a eu plusieurs tentatives restées vaines pour vous faire venir en Russie…

­ Cela ne veut pas dire que je ne voulais pas venir en Russie, bien au contraire, mais je ne m’imaginais pas venir chanter sans présenter un spectacle. Il y a eu plusieurs propositions différentes, mais elles ne prenaient pas en compte les impératifs de technique, d’éclairages, c’est pourquoi la principale condition de ma venue en Russie aujourd’hui était de conserver le spectacle que j’ai présenté en Europe à cent pour cent avec tous ses effets, la mise en scène, les chorégraphies, les changements de costumes…

Êtes­vous familière avec notre art : musique, littérature… ?

­ Tarkovski…J’ai vu les films de Tarkovski. Comment je m’y suis intéressée ? J’ai lu des articles, des livres qui mentionnaient son nom puis j’ai acheté une cassette vidéo. C’était « Le Sacrifice ». Aujourd’hui, j’ai tous ses films –mon préféré est « Stalker ».

Peut-­on vous qualifier de cinéphile ? Votre amour pour les clips qui ressemblent à des courts-métrages vient peut­être de là…

­ Oui, si on veut. J’aime beaucoup le cinéma. Vous savez peut­être que je rêvais d’être actrice, je ne pensais pas à la chanson. C’est l’œuvre du hasard, ou de la chance, qui a fait que un jour je me suis rendue dans un studio pour une audition, où le compositeur, Laurent Boutonnat, m’a vue et m’a proposée d’enregistrer la chanson « Maman a Tort ». Vous me parliez de la culture russe : dans la musique, j’aime Tchaïkovski, mais aussi un conte musical formidable, « Pierre et le Loup », de Prokofiev. Quand je prenais des cours de théâtre, j’ai découvert Tchekhov. Vous savez, à l’école, on nous fait toujours lire les classiques, les auteurs ‘essentiels’. Ma réaction était toujours un refus catégorique. Et plus tard, on commence à chercher des explications, une compréhension, on cherche à se retrouver dans la littérature, dans la musique : c’est comme trouver son frère, sa sœur ou son père, pour prendre une image. Ce n’est qu’assez tard que je me suis penchée sérieusement sur la littérature. L’un des écrivains les plus importants à mes yeux est Dostoïevski –je n’ai pas osé le citer quand vous m’avez posé la question : c’est tellement cliché de le citer lorsqu’on parle de la Russie !

Comment est née l’envie d’écrire toutes vos paroles vous-­même ?

­ Je ne peux pas dire que je ne chanterai jamais des chansons écrites par d’autres, mais il faut que les paroles me touchent, ce qui n’est pas encore arrivé. Quand j’ai écrit ma toute première chanson, quelque chose s’est ouvert en moi et j’ai commencé à écrire. C’est quelque chose de difficile à expliquer. Maintenant, je ne peux plus vivre sans ça : mes textes sont un mélange de ce que j’ai réellement vécu et de ce qui naît de mon imagination. C’est un travail permanent de l’esprit qui m’aide à mieux comprendre ce qui se passe en moi sur le moment. Cette simplicité n’est qu’apparente : le temps passe et j’évalue les choses que je vis de façon différente. J’ai peur de généraliser. Se redécouvrir soi­même tout le temps, c’est très émouvant. Je ne vous ai pas dit ­ les choses me viennent éparpillées !­ j’adore les contes russes. Ils sont très particuliers, souvent tristes. J’en ai toute une collection chez moi, et les illustrations sont formidables. Ces livres sont très importants pour, ils me relient au monde de l’enfance, du rêve. J’espère ne jamais me séparer d’eux !

Vos clips ont flirté avec la censure en France à plusieurs reprises ces dernières années…

­ Le clip de « Je te rends ton Amour » a été jugé trop lugubre par un comité de visionnage, particulièrement une scène où on me voit baigner dans du sang. Cette scène a été coupée sur toutes les chaînes de télévision, mais elle est restée sur la vidéo que nous avons vendue et dont les bénéfices ont été reversés à la lutte contre le sida. Avec l’état d’esprit actuel des censeurs, on ne peut jamais savoir ce qu’ils ne vont pas aimer.

Dans mon dernier clip (« Optimistique­-Moi », nda), pourtant très innocent, on nous a reproché la dernière scène, où je m’éloigne debout dans la remorque d’un camion. Cela a été considéré comme un appel à enfreindre le code de la route !

Comment occupez­-vous votre temps libre ? Vous vous promenez, vous courrez les boutiques à la mode, vous jardinez ?!

­ Les deux premières propositions sont impossibles pour moi car je n’aime pas me trouver au milieu de la foule. J’aime dessiner, j’aime voyager…

Mais vous n’étiez jamais venue en Russie, jusqu’ici…

­ 2000-03-aNon, pourquoi dites­-vous cela ? J’ai visité la Russie l’hiver précédent. J’y ai passé une semaine, je suis allée à Moscou et à Saint Petersbourg. Je me suis beaucoup promenée. Saint Petersbourg sous la neige est vraiment magnifique, grandiose. Il y a une église qui m’a fortement impressionnée. C’était inoubliable.

Et personne ne vous a reconnue dans les rues ?

­ Non. Juste une fois, à Saint Petersbourg, un serveur m’a offert un bouquet de fleurs gigantesque. C’était très inattendu, mais agréable !

 

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MYLENE SUR LE POINT J de novembre 1999

Posté par francesca7 le 12 décembre 2014

 

1999-05-aEntretien avec Julie SNYDER du 9 NOVEMBRE 1999 – TVA (Québec)

En plein « Mylenium Tour », Mylène accorde un entretien pour le talk­show québécois de Julie Snyder. Il faut dire que, à l’époque, il avait été fortement question que la chanteuse aille donner quelques shows outreAtlantique, mais ça ne s’est finalement pas fait.

Le sujet commence par un rapide patchwork audio et vidéo, mêlant des extraits des différentes tournées et des différents clips de Mylène, mais aussi des images inédites tournées par les équipes de Julie Snyder de la chanteuse dans les coulisses de son « Mylenium Tour », avant d’entrer en scène. En effet, la production a tourné des images dans les coulisses des concerts de Bercy en vue d’en faire un reportage mais là encore, le projet n’a pas abouti.

On découvre l’animatrice canadienne en face de Mylène, toutes deux assises sur des canapés en cuir noir, dans ce qui semble être une loge. La chanteuse porte une longue jupe écrue et une veste en jean bleu.

Julie Snyder : Vous avez un succès phénoménal. Grasset disait que la réussite c’est souvent la revanche sur le bonheur. Est­ce que ça s’applique à vous ?

Mylène Farmer : Probablement, oui. (rires) Oui, c’est très difficile d’être heureux…

JS : Est­ce que quand vous étiez petite, vous vous disiez ‘Quand je serai grande, je serai chanteuse’ ?

MF : Non, du tout. Je crois que je ne me suis jamais posée cette question, en tout cas je n’en ai pas le souvenir. Je ne sais pas…

JS : Et à quel moment vous avez eu envie de devenir chanteuse ?

MF : C’est un hasard : je voulais être actrice, donc j’ai pris des cours de théâtre ­ mais ça c’était plus tardivement ­ et puis c’est une rencontre qui a fait que j’ai commencé la chanson.

JS : Et puis, vous vous êtes dit ‘Je me lance là­dedans’ ?

MF : Là, je crois que c’est la vie qui m’a happée. En tout cas, je me souviens m’être dit ‘Je sais que c’est ce que je veux faire’, surtout à travers l’écriture. C’est quelque chose qui m’a tout de suite beaucoup aidée et intéressée.

Extrait de « Rêver » live 96

JS : Votre spectacle est très spectaculaire, est un grand déploiement. Ça ne ressemble à rien : autant c’est très spectaculaire, autant c’est très, parfois très émotif, très intimiste. Quand vous vivez les moments d’émotion, on sent la foule frissonner avec vous et vous pleurez même en interprétant certaines chansons. Dans quel état êtes­vous ?

MF : D’émotion intense : c’est quelque chose à la fois qui consume, et à la fois c’est un partage.

JS : Est­ce que vous pleurez systématiquement à chaque spectacle ?

MF : Ecoutez, je ne sais pas. Je ne réfléchis pas à tout ça, si ce n’est qu’il y a des chansons, oui, dont le texte me touche profondément. Et puis c’est vrai que l’écoute que j’ai, qui est d’une grande, grande qualité, d’une grande chaleur, me provoque aussi, me suscite des émotions.

JS : Quand on assiste à votre spectacle, on a l’impression d’être à la messe, à une cérémonie et après la cérémonie, après la communion avec le public ­parce que c’est très, très intense­ est­ce que vous ressentez un vide après cette grande force ?

MF : Je le ressens fatalement, mais c’est plus après, quand une tournée est terminée, que c’est vraiment le grand trou noir. Là, j’ai la chance d’être accompagnée et entourée, donc c’est vrai que le plongeon est assez bref. Maintenant, la nuit parfois propose d’autres choses. (rires)

JS : Les paupières ont du mal à se fermer ?

MF : Oui. Beaucoup de mal, oui.

JS : Qu’est­ce que vous faites dans ce cas­là ?

MF : Je crois que j’ai le spectacle qui revient en boucle : ce que j’ai considéré comme étant des  erreurs, je pense à des textes, je pense à des mouvements, à tout ce qui fait le spectacle…

Extrait de « Désenchantée » live 96

JS : Vous arrivez à tout gérer : par exemple, le spectacle, c’est vous qui l’avez conçu…

MF : C’est moi, c’est moi et beaucoup d’autres ! Je crois que faire les choses seule, c’est quelque chose qui ne m’intéresse pas. J’aime le dialogue, que ce soit avec un, deux, dix…Maintenant, donner naissance à quelque chose et puis après faire appel à des gens de talent autour de moi.

JS : Non, mais vous le portez sur vos épaules…

MF : (sourire) Je le porte sur mes épaules oui, en tout cas au moment X, c’est­à­dire quand je rentre sur scène, il n’y a plus que moi, mais aussi des danseurs et des musiciens, et une technique. Mais c’est vrai que si moi je flanche, le spectacle n’est plus.

Extrait de « XXL » live 96

JS : Vous êtes née au Québec. (Mylène confirme) Et où vous avez vécu exactement au Québec ? En région ? A Montréal ?

MF : Une province du Québec. Je ne sais plus. (silence) Je me souviens simplement du nom SainteMarcelline, si ça peut vous aider ! (rire nerveux) Le reste, je ne sais pas…

JS : Vous alliez chez les sœurs ? Chez les Marcellines ?

MF : Oui.

JS : Et pourquoi vos parents, qui sont quand même français… Parce que vos parents sont pas québécois, on dit souvent que vous êtes québécoise : vous l’êtes parce que vous êtes née au Québec, vous avez un passeport canadien. (Mylène confirme) 1999-05-dMais pourquoi vos parents sont venus au Québec ?

MF : Pour raison professionnelle.

JS : Et ils sont retournés en France aussi pour raison professionnelle ? (Mylène confirme) Et est­ce que vous étiez contente de retourner en France ?

MF : Je ne peux pas…Je pourrais mentir. Je n’ai pas ce souvenir là non plus ! (rires)

JS : Mais quand même, pour une petite fille, passer du Québec à la France, donc c’est une autre culture. Avez­vous eu un choc en arrivant ici ?

MF : Ecoutez, on m’a dit ­alors là je vais vous répéter ce qu’on m’a dit­ que c’était quelque chose d’assez difficile. Maintenant, moi­même, je n’en ai pas le souvenir.

Extrait de « Vertige » live 96

JS : Il y a des tableaux qui sont très sexy. Vous êtes quand même ­peut­être que vous n’aimerez pas l’expression­ vous êtes un sex­symbol…

MF : Je ne sais pas ! (rires)

JS : Non mais que vous le sachiez ou non, vous êtes très belle ! Est­ce que vous, vous vous trouvez belle quand vous vous voyez sur scène ou quand vous regardez les vidéos ?

MF : Non, non. Ce sont des moments difficiles pour moi ! (rires) Je préfère voir l’ensemble, voir si le  moment est beau, riche, émouvant. Mais quant à moi, me polariser sur moi : non, c’est toujours quelque chose de très difficile.

JS : Pourquoi c’est quelque chose de si difficile de parler de vous, de penser à vous…

MF : Il y a pas de réponse.

JS : … de vous regarder ?

MF : Je ne sais pas.

Extrait du clip « Libertine »

JS : Est­ce que vous êtes aussi libertine que dans vos clips ?

MF : Là, je sais que cette question revient souvent. Je ne peux pas répondre à cette question­là ! (rires)

JS : Ah ben comment je pourrais la formuler ?! (Mylène, qui tient désormais une cigarette, fixe silencieusement l’animatrice du regard, tout en lui souriant) Vous me regardez et : « Allez, rame ! Rame, ma vieille ! Je t’écoute ! »

MF : Passez à une autre question, en tout cas ! (rires)

JS : Ah, c’est ça ! Ma prochaine question : est­ce que vous aimeriez être comme dans vos clips ?

MF : Vous savez, une chanson, c’est une chanson. Après, on a envie d’y mettre des images, de raconter une histoire à travers cette chanson, donc c’est un moment choisi, un morceau choisi. Vous dire que si j’exprime ‘Sans contrefaçon, je suis un garçon’, si vous me posez la question ‘Est­ce qu’aujourd’hui, vous avez toujours envie de mettre un mouchoir dans votre pantalon’, je vais vous dire non, c’était le passé. Maintenant j’ai exprimé ce moment­là, ça ne veut pas pour autant dire que je dois véhiculer ou cette image ou ce sentiment toute ma vie.

Extrait de « Sans contrefaçon » live 96

JS : Je vous oblige en ce moment à parler de vous, parce que j’ai pas le choix puisque je fais une interview sur vous, et qu’on va pas parler du canapé en cuir sur lequel vous êtes assise ! Est­ce que vous avez l’impression, par exemple, d’être chez le dentiste et qu’on va vous arracher une dent ?

MF : Ce n’est pas à ce point­là, mais c’est une sensation de malaise… (rires)

Extrait du clip « Comme j’ai mal »

JS : Vous le dites vous­mêmes, vous avez une araignée en vous. Vous êtes une petite ‘bibite’ ! (Mylène reste silencieuse, perplexe, puis fait les gros yeux et rit) Non mais, parce que pour moi, vous êtes une petite ‘bibite’ dans le sens où…

MF : (la coupant) Ça veut dire quoi ? (elle éclate de rire, et porte sa cigarette jusqu’au cendrier posé par terre)

JS : Une ‘bibite’, ça existe pas en France ?! Y’a pas de mot ‘bibite’, ici ? (Mylène est morte de rire) En France, une ‘bibite’, c’est ­heu, en québécois, une ‘bibite’ c’est un petit moustique, genre avec des pattes.

MF : (elle éclate de rire en tenant sa cigarette, tandis que l’animatrice mime l’insecte) D’accord.

Extrait de « Alice » live 96

JS : Mylène, dans vos clips, vous prenez beaucoup de risques : vous faites les cascades, vous galopez à cheval, vous êtes attachée sur des trains. Est­ce que vous vous êtes déjà blessée ?

MF : Brûlée deux fois, sur le train (dans le clip « XXL », nda), et pendant le dernier clip (« Souviens­toi du Jour… », nda), il y avait du feu à proximité et il faisait très, très chaud. Probablement des bleus, oui. (sourire)

Je suis quelqu’un de très physique. J’aime ça, j’aime cette prise de risque.

JS : Est­ce que vous aimez souffrir ?

MF : D’une certaine manière, oui, certainement. Certainement.

Extrait du clip « Je t’aime mélancolie »

JS : Vous partagez votre vie avec un singe qui s’appelle E.T. Comment ça s’est passé ? Est­ce que vous vous êtes levée un matin en vous disant ‘Tiens, aujourd’hui, je vais me procurer un singe’ ?!

MF : Je crois que ça s’est passé comme ça. J’avais envie d’un animal et je suis allée dans les magasins qui, malheureusement, vendent des animaux et je suis tombée sur cette petite fille… (sourire)

JS : Et vous l’avez vue tout de suite, comme ça ?

MF : Immédiatement. C’est tentant d’avoir un singe… (sourire)

JS : Oui ? (Mylène confirme) C’était un coup de foudre ?

MF : Oh oui, total ! (sourire)

JS : Instinctivement on sait comment élever un chien ou un chat, mais est­ce que instinctivement vous saviez quoi faire avec le singe ?

MF : Oui. J’ai dû être singe dans une autre vie donc ça a été très facile ! (rires)

JS : Vous croyez à la réincarnation ?

MF : J’aime cette idée. Elle est très poétique.

JS : Et qu’est­ce que vous voudriez être dans une autre vie ?

MF : Ben puisqu’on ne peut pas être un animal, c’est forcément un humain. Maintenant, peu m’importe. Vivons celle­ci !

Extrait du clip « Je te rends ton Amour »

JS : Vous êtes proche de Salman Rushdie pour qui, en quelques sortes, le monde est une prison et vous, vous avez déjà dit ‘Parfois, je me sens enterrée vivante’. Est­ce que vous avez l’impression que votre liberté à vous aussi vous échappe ?

MF : Parfois, mais je ne suis pas sûre que ce soit le monde environnant qui m’impose ça, je crois que c’est moi toute seule effectivement. Et quant à Salman Rushdie, c’est quelqu’un de très gai dans la vie, il a beaucoup d’humour.

JS : Est­ce qu’il vous communique cet humour ?

MF : Oh oui, totalement ! On a de grands éclats de rire ensemble ! (sourire)

JS : Qu’est­ce qui vous attirait chez lui ? Pourquoi vous avez eu envie d’aller vers lui ?

MF : Parce que c’est quelqu’un de charismatique, parce que c’est un grand écrivain ­ je n’ai pas tout lu ses livres (sic), mais certains ­ et puis parce que ce qu’il a vécu est quelque chose qui m’a  profondément touchée.

Et j’avais envie…Voilà, il s’est trouvé qu’on s’est rencontrés lors d’une soirée, je suis allée spontanément vers lui parce que j’avais envie de le connaître.

JS : On vous sent moins sombre qu’avant…

MF : (silence et haussement d’épaules) Ça, je suis pas sûre que je puis répondre à une question comme celle­là. Je crois qu’on a tous ses ombres, donc je les porte en moi et je les porterai jusqu’à la fin de mes jours.

Je crois qu’on apprend aussi avec la vie, avec le temps, ses expériences. Là encore, tenter que de laisser ses fardeaux de côté parfois, mais maintenant, ça resurgit tellement vite.

JS : Votre plus grand hit, ou en tout cas un de vos plus grands hits, c’est « Désenchantée ». (Mylène confirme) Qu’est­ce qui vous enchante ?

MF : La gentillesse. La générosité. Toute forme d’art : la peinture, la littérature, le cinéma. Et puis beaucoup de choses. Le voyage, j’aime voyager.

1999-05-cJS : Merci beaucoup.

MF : Merci à vous…d’avoir souffert avec moi ! (rires)

JS : Oh oui, j’ai souffert autant que vous ! Il y avait une belle réciprocité dans la souffrance ! (rires)

Les deux femmes se lèvent. L’interview se termine sur la toute dernière image du DVD « Live à Bercy », quand on voit Mylène dans les coulisses, après sa sortie de scène, le tout sur la musique de « Désenchantée ».

 

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TV QUÉBEC POUR MYLENE FARMER

Posté par francesca7 le 6 décembre 2014

 

9 NOVEMBRE 1999 INTERVIEW : Julie Snyder

Mylene-Farmer-California 

En plein Mylenium Tour, Mylène accorde un entretien pour le talk-show québécois de Julie Snyder. Il faut dire que, à l’époque, il avait été fortement question que la chanteuse aille donner quelques shows outre-Atlantique, mais cela ne s’est finalement pas fait. 


Le sujet commence par un rapide patchwork audio et vidéo, mêlant des extraits des différentes tournées et des différents clips de Mylène, mais aussi des images inédites tournées par les équipes de Julie Snyder de la chanteuse dans les coulisses de son Mylenium Tour, avant d’entrer en scène.
 
En effet, la production a tourné des images dans les coulisses des concerts de Bercy en vue d’en faire un reportage mais là encore, le projet n’a (malheureusement !) pas abouti.
 

On découvre l’animatrice canadienne en face de Mylène, toutes deux assises sur des canapés en cuir noir, dans ce qui semble être une loge. La chanteuse porte une longue jupe écrue et une veste en jean bleu.

 

Julie Snyder : Vous avez un succès phénoménal. Grasset disait que la réussite c’est souvent la revanche sur le bonheur. Est-ce que ça s’applique à vous ?
Mylène Farmer :
 Probablement, oui (rires) ! Oui, c’est très difficile d’être heureux…

JS : Est-ce que quand vous étiez petite, vous vous disiez ‘Quand je serai grande, je serai chanteuse’ ?
MF :
 Non, du tout. Je crois que je ne me suis jamais posée cette question, en tout cas je n’en ai pas le souvenir. Je ne sais pas…

JS : Et à quel moment vous avez eu envie de devenir chanteuse ?
MF :
 C’est un hasard : je voulais être actrice, donc j’ai pris des cours de théâtre -mais ça c’était plus tardivement- et puis c’est une rencontre qui a fait que j’ai commencé la chanson.

JS : Et puis, vous vous êtes dit ‘Je me lance là-dedans’ ?
MF :
 Là, je crois que c’est la vie qui m’a happée. En tout cas, je me souviens m’être dit ‘Je sais que c’est ce que je veux faire’, surtout à travers l’écriture. C’est quelque chose qui m’a tout de suite beaucoup aidée et intéressée.

Extrait de « Rêver » live 96

JS : Votre spectacle est très spectaculaire, est un grand déploiement. Ça ne ressemble à rien : autant c’est très spectaculaire, autant c’est très, parfois très émotif, très intimiste. Quand vous vivez les moments d’émotion, on sent la foule frissonner avec vous et vous pleurez même en interprétant certaines chansons. Dans quel état êtes-vous ?
MF :
 D’émotion intense : c’est quelque chose à la fois qui consume, et à la fois c’est un partage.

JS : Est-ce que vous pleurez systématiquement à chaque spectacle ?
MF :
 Ecoutez, je ne sais pas. Je ne réfléchis pas à tout ça, si ce n’est qu’il y a des chansons, oui, dont le texte me touche profondément. Et puis c’est vrai que l’écoute que j’ai, qui est d’une grande, grande qualité, d’une grande chaleur, me provoque aussi, me suscite des émotions.

JS : Quand on assiste à votre spectacle, on a l’impression d’être à la messe, à une cérémonie et après la cérémonie, après la communion avec le public -parce que c’est très, très intense- est-ce que vous ressentez un vide après cette grande force ?
MF :
 Je le ressens fatalement, mais c’est plus après, quand une tournée est terminée, que c’est vraiment le grand trou noir. Là, j’ai la chance d’être accompagnée et entourée, donc c’est vrai que le plongeon est assez bref. Maintenant, la nuit parfois propose d’autres choses.(rires)

JS : Les paupières ont du mal à se fermer ?
MF :
 Oui. Beaucoup de mal, oui.

JS : Qu’est-ce que vous faites dans ce cas-là ?
MF :
 Je crois que j’ai le spectacle qui revient en boucle : ce que j’ai considéré comme étant des erreurs, je pense à des textes, je pense à des mouvements, à tout ce qui fait le spectacle…

Extrait de « Désenchantée » live 96

JS : Vous arrivez à tout gérer : par exemple, le spectacle, c’est vous qui l’avez conçu…
MF :
 C’est moi, c’est moi et beaucoup d’autres ! Je crois que faire les choses seule, c’est quelque chose qui ne m’intéresse pas. J’aime le dialogue, que ce soit avec un, deux, dix… Maintenant, donner naissance à quelque chose et puis après faire appel à des gens de talent autour de moi.

JS : Non, mais vous le portez sur vos épaules…
MF :
 (sourire) Je le porte sur mes épaules oui, en tout cas au moment X, c’est-à-dire quand je rentre sur scène, il n’y a plus que moi, mais aussi des danseurs et des musiciens, et une technique. Mais c’est vrai que si moi je flanche, le spectacle n’est plus.

Extrait de « XXL » live 96

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JS : Vous êtes née au Québec. (Mylène confirme) Et où vous avez vécu exactement au Québec ? En région ? À Montréal ?
MF :
 Une province du Québec. Je ne sais plus. (silence) Je me souviens simplement du nom Sainte-Marcelline, si ça peut vous aider ! (rire nerveux) Le reste, je ne sais pas…

JS : Vous alliez chez les sœurs ? Chez les Marcellines ?
MF :
 Oui.

JS : Et pourquoi vos parents, qui sont quand même français… Parce que vos parents sont pas québécois, on dit souvent que vous êtes québécoise : vous l’êtes parce que vous êtes née au Québec, vous avez un passeport canadien. (Mylène confirme) Mais pourquoi vos parents sont venus au Québec ?
MF :
 Pour raison professionnelle.

JS : Et ils sont retournés en France aussi pour raison professionnelle ? (Mylène confirme) Et est-ce que vous étiez contente de retourner en France ?
MF :
 Je ne peux pas…Je pourrais mentir. Je n’ai pas ce souvenir là non plus ! (rires)

JS : Mais quand même, pour une petite fille, passer du Québec à la France, donc c’est une autre culture. Avez-vous eu un choc en arrivant ici ?
MF :
 Ecoutez, on m’a dit -alors là je vais vous répéter ce qu’on m’a dit- que c’était quelque chose d’assez difficile. Maintenant, moi-même, je n’en ai pas le souvenir.

Extrait de « Vertige » live 96

JS : Il y a des tableaux qui sont très sexy. Vous êtes quand même -peut-être que vous n’aimerez pas l’expression- vous êtes un sex-symbol…
MF :
 Je ne sais pas ! (rires)

JS : Non mais que vous le sachiez ou non, vous êtes très belle ! Est-ce que vous, vous vous trouvez belle quand vous vous voyez sur scène ou quand vous regardez les vidéos ?
MF :
 Non, non. Ce sont des moments difficiles pour moi ! (rires) Je préfère voir l’ensemble, voir si le moment est beau, riche, émouvant. Mais quant à moi, me polariser sur moi : non, c’est toujours quelque chose de très difficile.

JS : Pourquoi c’est quelque chose de si difficile de parler de vous, de penser à vous…
MF :
 Il y a pas de réponse.

JS : … de vous regarder ?
MF :
 Je ne sais pas.

Extrait du clip « Libertine »

JS : Est-ce que vous êtes aussi libertine que dans vos clips ?
MF :
 Là, je sais que cette question revient souvent. Je ne peux pas répondre à cette question-là ! (rires)

JS : Ah ben comment je pourrais la formuler ?! (Mylène, qui tient désormais une cigarette, fixe silencieusement l’animatrice du regard, tout en lui souriant) Vous me regardez et : « Allez, rame ! Rame, ma vieille ! Je t’écoute ! »
MF :
 Passez à une autre question, en tout cas ! (rires)

JS : Ah, c’est ça ! Ma prochaine question : est-ce que vous aimeriez être comme dans vos clips ?
MF :
 Vous savez, une chanson, c’est une chanson. Après, on a envie d’y mettre des images, de raconter une histoire à travers cette chanson, donc c’est un moment choisi, un morceau choisi. Vous dire que si j’exprime ‘Sans contrefaçon, je suis un garçon’, si vous me posez la question ‘Est-ce qu’aujourd’hui, vous avez toujours envie de mettre un mouchoir dans votre pantalon ?’, je vais vous dire non, c’était le passé. Maintenant j’ai exprimé ce moment-là, ça ne veut pas pour autant dire que je dois véhiculer ou cette image ou ce sentiment toute ma vie.

Extrait de « Sans Contrefaçon » live 96

JS : Je vous oblige en ce moment à parler de vous, parce que j’ai pas le choix puisque je fais une interview sur vous, et qu’on va pas parler du canapé en cuir sur lequel vous êtes assise ! Est-ce que vous avez l’impression, par exemple, d’être chez le dentiste et qu’on va vous arracher une dent ?
MF :
 Ce n’est pas à ce point-là, mais c’est une sensation de malaise… (rires)

Extrait du clip « Comme j’ai Mal »

JS : Vous le dites vous-même, vous avez une araignée en vous. Vous êtes une petite ‘bibite’ ! (Mylène reste silencieuse, perplexe, puis fait les gros yeux et rit) Non mais, parce que pour moi, vous êtes une petite ‘bibite’ dans le sens où…
MF :
 (la coupant) Ça veut dire quoi ? (elle éclate de rire, et porte sa cigarette jusqu’au cendrier posé par terre)

JS : Une ‘bibite’, ça existe pas en France ?! Y’a pas de mot ‘bibite’, ici ? (Mylène est morte de rire) En France, une ‘bibite’, c’est…heu, en québécois, une ‘bibite’ c’est un petit moustique, genre avec des pattes.
MF :
 (elle éclate de rire en tenant sa cigarette, tandis que l’animatrice mime l’insecte) D’accord !

Extrait de « Alice » live 96

 

JS : Mylène, dans vos clips, vous prenez beaucoup de risques : vous faites les cascades, vous galopez à cheval, vous êtes attachée sur des trains. Est-ce que vous vous êtes déjà blessée ?
MF :
 Brûlée deux fois, sur le train (dans le clip « XXL », nda), et pendant le dernier clip (« Souviens-toi du Jour… », nda), il y avait du feu à proximité et il faisait très, très chaud. Probablement des bleus, oui. (sourire) Je suis quelqu’un de très physique. J’aime ça, j’aime cette prise de risque.

JS : Est-ce que vous aimez souffrir ?
MF :
 D’une certaine manière, oui, certainement. Certainement.

Extrait du clip « Je t’aime mélancolie »

JS : Vous partagez votre vie avec un singe qui s’appelle E.T. Comment ça s’est passé ? Est-ce que vous vous êtes levée un matin en vous disant ‘Tiens, aujourd’hui, je vais me procurer un singe’ ?!
MF :
 Je crois que ça s’est passé comme ça. J’avais envie d’un animal et je suis allée dans les magasins qui, malheureusement, vendent des animaux et je suis tombée sur cette petite fille… (sourire)

JS : Et vous l’avez vue tout de suite, comme ça ?
MF :
 Immédiatement. C’est tentant d’avoir un singe… (sourire)

JS : Oui ? (Mylène confirme) C’était un coup de foudre ?
MF :
 Oh oui, total ! (sourire)

JS : Instinctivement on sait comment élever un chien ou un chat, mais est-ce que instinctivement vous saviez quoi faire avec le singe ?
MF :
 Oui. J’ai dû être singe dans une autre vie donc ça a été très facile ! (rires)

JS : Vous croyez à la réincarnation ?
MF :
 J’aime cette idée. Elle est très poétique.

JS : Et qu’est-ce que vous voudriez être dans une autre vie ?
MF :
 Ben puisqu’on ne peut pas être un animal, c’est forcément un humain. Maintenant, peu m’importe. Vivons celle-ci !

Extrait du clip « Je te rends ton Amour »

JS : Vous êtes proche de Salman Rushdie pour qui, en quelques sortes, le monde est une prison et vous, vous avez déjà dit ‘Parfois, je me sens enterrée vivante’. Est-ce que vous avez l’impression que votre liberté à vous aussi vous échappe ?
MF :
 Parfois, mais je ne suis pas sûre que ce soit le monde environnant qui m’impose ça, je crois que c’est moi toute seule effectivement. Et quant à Salman Rushdie, c’est quelqu’un de très gai dans la vie, il a beaucoup d’humour.

JS : Est-ce qu’il vous communique cet humour ?
MF :
 Oh oui, totalement ! On a de grands éclats de rire ensemble ! (sourire)

JS : Qu’est-ce qui vous attirait chez lui ? Pourquoi vous avez eu envie d’aller vers lui ?
MF :
 Parce que c’est quelqu’un de charismatique, parce que c’est un grand écrivain -je n’ai pas tout lu ses livres (sic), mais certains -et puis parce que ce qu’il a vécu est quelque chose qui m’a profondément touchée. Et j’avais envie…Voilà, il s’est trouvé qu’on s’est rencontrés lors d’une soirée, je suis allée spontanément vers lui parce que j’avais envie de le connaître.

JS : On vous sent moins sombre qu’avant…
MF :
 (silence et haussement d’épaules) Ça, je suis pas sûre que je puis répondre à une question comme celle-là. Je crois qu’on a tous ses ombres, donc je les porte en moi et je les porterai jusqu’à la fin de mes jours. Je crois qu’on apprend aussi avec la vie, avec le temps, ses expériences. Là encore, tenter que de laisser ses fardeaux de côté parfois, mais maintenant, ça resurgit tellement vite.

JS : Votre plus grand hit, ou en tout cas un de vos plus grands hits, c’est « Désenchantée ». (Mylène confirme) Qu’est-ce qui vous enchante ?
MF :
 La gentillesse. La générosité. Toute forme d’art : la peinture, la littérature, le cinéma. Et puis beaucoup de choses. Le voyage, j’aime voyager.

JS : Merci beaucoup.
MF :
 Merci à vous…d’avoir souffert avec moi ! (rires)

JS : Oh oui, j’ai souffert autant que vous ! Il y avait une belle réciprocité dans la souffrance ! (rires)

Les deux femmes se lèvent. L’interview se termine sur la toute dernière image du DVD « Live à Bercy », quand on voit Mylène dans les coulisses, après sa sortie de scène, le tout sur la musique de « Désenchantée ».

 

 

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MYLENE N’EST PAS VRAIMENT ÇA

Posté par francesca7 le 25 novembre 2014

 

STAR CLUB NOVEMBRE 1988

Journaliste : Judith Carraz

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À propos de son enfance :
-A cette époque là, j’étais une petite fille plutôt renfermée. Je ne pensais pas vraiment à la chanson. Je n’achetais pas de disques, ma seule passion était les animaux. J’ai vécu très mal le passage de l’enfance à l’adolescence. Heureusement, je portais en moi la conviction très forte que j’allais réussir dans un domaine artistique, mais je ne savais pas encore lequel.

À propos de « Plus Grandir », son premier texte en tant qu’auteur :
- C’est le premier texte que j’ai écrit, il est très important pour moi. Aujourd’hui j’ai ‘grandi’ dans la forme mais pas dans le fond…

À propos de sa rencontre avec Laurent Boutonnat et de son entourage professionnel :
-Il cherchait quelqu’un pour enregistrer « Maman a Tort ». Mon physique de l’époque correspondait complètement à la chanson. J’ai fait ce premier disque dans une inconscience totale. C’est sur « Libertine » que je me suis rendue compte de la différence entre un succès d’estime et un succès médiatique. Et là, j’ai peur de ne pas arriver à assumer… Dans ce métier, c’est très important d’être rassurée, poussée par quelqu’un. Mon manager, Bertrand Lepage, a été pour beaucoup dans ma transformation physique depuis « Maman a Tort » et dans le fait que j’ai pris confiance en moi. Ensuite c’est vrai, il y a beaucoup de travail.

À propos de son succès et de sa façon de le gérer :
-J’ai toujours voulu être connue, alors je ne vais pas dire que je n’aime pas ça, mais quelquefois c’est difficile à assumer. On n’a pas toujours envie du regard des autres. Je n’ai jamais rêvé d’une sérénité parfaite, mais la réussite n’a pas vraiment calmé mon mal de vivre…

À propos de son goût grandissant pour l’écriture :
-Je n’ai jamais écrit de poèmes quand j’étais petite, et le goût de la lecture m’est venu assez tard, vers dix-sept ans. Pour écrire, j’ai besoin de la musique comme support. Je crois que je ne pourrais pas écrire de chansons vraiment gaies. L’album « Ainsi Soit Je… » est comme une sorte de journal de bord.

À propos du sentiment de déception par rapport à la vie :
-C’est difficile à dire, mais il est certain qu’il y a un fossé entre ses rêves d’enfant et ce que l’on vit vraiment…

À propos de son rapport à sa propre image :
-J’aime mon physique trois minutes par jour. Je sais tout ce qu’on peut faire avec un appareil photo ou une caméra. J’en connais tous les mécanismes et cela ne me rassure pas. Je sais simplement que je suis photogénique. Je consacre beaucoup plus de temps qu’avant à mon physique. Je me regarde dans les vitrines, et sur les tournages j’ai toujours besoin d’avoir un miroir à portée de main. J’achète toutes les crèmes et je me laisse facilement influencer par la publicité !

À propos de sa passion pour les vêtements :
-J’adore les vêtements et les belles matières. Enfant, j’aimais le rose, le jaune, les couleurs vives. J’avais parfois vraiment mauvais goût ! Maintenant, je préfère les couleurs sombres, le classique. J’ai un net penchant pour les chaussures, que je collectionne.

À propos de son besoin d’être toujours occupée :
-J’ai toujours peur d’une punition divine quand je suis inactive.

À propos de ses goûts musicaux en général :
-J’ai une préférence pour les instruments mélancoliques, comme le violon.

À propos de ses envies de cinéma :
-J’en ai très envie, mais je ne sais pas encore comment ça se fera…

À propos du spectacle qu’elle prépare pour le Palais des Sports en mai 1989 :
-J’en rêvais ! C’est l’obstacle le plus haut, et j’ai un trac fou rien que d’y penser. On va travailler cette scène comme un scénario de film. Il y aura un personnage central et une histoire. Le contact avec le public est la plus grande jouissance pour un chanteur.

À propos de l’amour en général :
-C’est une succession de désillusions avec des moments forts. Le mariage ? Oui, l’idée me séduit pour la beauté…

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ROCK NEWS reçoit Mylène Farmer

Posté par francesca7 le 16 novembre 2014

AINSI SOIT ELLE ; AVRIL 1988 Interview  : Hervé Naguet

 

Cet entretien est d’abord paru dans « Rock News » puis le mois suivant dans « Pulsions », agrémenté de quelques questions supplémentaires et amputé d’autres. C’est la retranscription intégrale reconstituée qui est proposée ici.

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Avant de parler de ton nouvel album, j’aimerais revenir sur « Sans Contrefaçon » et te demander si, à choisir, tu aurais préféré être un garçon…
-La seule chose que je puisse dire, c’est que toute une période de mon enfance fut un ‘purgatoire’, c’est-à-dire que, dans mon comportement, je ne figurais ni comme jeune fille ni comme jeune garçon. Une chanson, c’est plus un plaisir et un amusement. Même si aborder ce sujet n’est pas un hasard, ce qu’il faut mettre en avant, c’est une chanson.

Combien de temps as-tu travaillé avec Laurent pour arriver à sortir « Ainsi Soit Je… »?
-Quatre mois de studio et, avec l’écriture des textes, l’écoute des musiques de Laurent, etc. on peut estimer cela globalement à cinq, six mois de travail.

« Ainsi Soit Je… »<:i>, ce n’est pas un peu mégalo comme titre ?! 
-C’est vrai que de dire et d’affirmer
 ‘ainsi soit je’ est une forme de mégalomanie mais, dans mon esprit, je ne l’ai pas formulé dans cette intention. Maintenant, chacun va interpréter comme il le sent. « Ainsi Soit Je… », c’est la présentation d’une jeune fille avec tous ses paradoxes et ses ambiguïtés. « Ainsi Soit Je… », c’est aussi l’univers d’Edgar Poe et, indirectement, celui de Baudelaire. C’est la présentation d’une personne et de sa personnalité.

Y a-t-il un fil conducteur dans « Ainsi Soit Je… » ?
-On me parle d’album concept, je comprends ce que ça veut dire sans trop le comprendre. Je peux en parler différemment, car j’ai écrit tous les textes et j’ai abordé des auteurs, des personnages et des thèmes qui sortent de moi. Quand je parle d’Edgar Poe, c’est parce qu’il est quelqu’un qui a vraiment fait partie de ma vie. Baudelaire, c’est encore autre chose.
 « Sans Logique », c’est le paradoxe satanique et angélique. Ma personnalité et ma dualité, c’est réellement ça. Je peux basculer très facilement d’un extrême à l’autre.

Quel est ton signe astrologique ?
-Je ne suis pas très portée sur l’astrologie, mais cette dualité intense s’explique peut-être par le fait que je sois Vierge ascendant Vierge, et qu’il y a une bataille permanente entre les deux.

Tu définissais « Cendres de Lune », ton précédent album, comme un disque d’ambiance plutôt que de promotion. Comment définirais-tu « Ainsi Soit Je… » ?
-Je n’aime pas définir quelque chose. Quand on répond à des interviews, on est un peu obligé de réduire les choses. Si je vous dis que le premier album était intuitif et que le second est beaucoup plus profond, c’est caricatural, mais c’est un peu vrai. Quand on fait une première œuvre, disque, livre, on veux parler de tellement de choses que c’est parfois un peu confus. Avec, un second album, on maîtrise mieux son œuvre.

images (13)Tu me parles d’Edgar Poe et de Baudelaire, ce sont deux auteurs étranges aux univers bizarres. Ce qui est frappant quant on parle de toi avec d’autres artistes, c’est qu’ils adorent ce que tu fais mais tu les inquiètes par ton côté un peu morbide…
-C’est vrai que la mort, la mère, l’infanticide, tous les thèmes tabous n’ont pas été tellement abordés et, quand on en parle, on dérange et on inquiète. Ce sont des sujets qui me passionnent et qui me tourmentent comme Edgar Poe, qui faisait ressentir à travers ses écrits toutes ses angoisses sur la mort et la peur du néant. Aborder ces thèmes dans une chanson peut déranger, voire choquer. Tout cela est dur à expliquer. Les gens ont l’air d’apprécier ce côté ambigu de ma personnalité.

C’est vrai aussi que ta promotion a l’air d’être extrêmement calculée…
-Oui, et c’est peut-être frustrant pour le public mais ça l’est aussi pour moi. Il est dur d’arriver à imposer sa personnalité et c’est facile de la détruire. Le jour où je déciderai de faire de la scène, de donner rendez-vous aux gens qui m’aiment, il se passera forcement quelque chose d’important pour le public et pour moi.

Qu’est-ce qui a changé en toi depuis un an ?
-Il y a une chose très importante, c’est le courrier. Je ne parle pas des demandes d’autographes mais des lettres qui font deux ou trois pages et qui vous disent des choses sur vous, sur la manière dont les gens vous perçoivent. Plus ça va, plus ce courrier contient des choses importantes qui me touchent réellement par rapport à ce que moi je propose. D’autre part, le succès change forcément les choses, plus par rapport à l’esprit qu’à la vie courante. Je crois que c’est un mélange d’angoisse et de plaisir qui sont décuplés, mais l’un ne va pas sans l’autre. C’est une jouissance qui vous meurtrit.

Pourquoi le choix de ne pas faire de galas ?
-Déjà, je n’aime pas les boîtes de nuit, lieu où se déroulent la plupart des galas. Je n’aime pas être au milieu du monde. Il faut être lucide : si les artistes font des galas, c’est avant tout pour l’argent et, bien sûr, je peux comme tout le monde en avoir besoin. Mais je ne ferais pas de galas pour cela car, pour moi, un gala c’est l’anti plaisir par excellence. Mon vrai plaisir, ce sera de faire de la scène.

Tu n’as pas l’impression de frustrer ton public ?
-Je ne crois pas, car il verrait une représentation qui ne serait pas mienne, que je n’aurais pas préparée.

Et ce rendez-vous ‘d’amour’, c’est prévu pour quand ?
-Un an, deux ans… En tout cas, pas au-delà de deux ans.

Le clip de « Sans Contrefaçon » a donné lieu à une rencontre surprenante, celle de Zouc et de Mylène Farmer. Comment cela s’est-il passé ?
-Je ne connaissais pas Zouc personnellement, mais j’apprécie énormément son personnage et ses spectacles. Elle a effectivement des points communs avec moi parce qu’elle a abordé, entre autres, le domaine de l’enfance et de ses problèmes, de la mort, de la naissance. C’est une femme impalpable, une artiste. C’est un personnage étonnant, dérangeant. La rencontre s’est déroulée au cours de l’émission
 « Mon Zénith à Moi » (diffusée le 10 Octobre 1987 sur Canal Plus, cf. cette référence, nda), et quand, avec Laurent, nous avons commencé à écrire le clip, le personnage de Zouc s’est imposé. Elle représente une sorcière, mais la sorcière dans son côté ambigu : on ne sait pas si c’est une fée ou une sorcière.

Ce clip marquait un changement dans le fond…
-Il y a eu trilogie avec « Plus Grandir », « Libertine » et « Tristana ». Ensuite, il était nécessaire de changer et cela s’est fait naturellement. Le clip de « Sans Contrefaçon »inspire plus de réflexion que les autres, qui étaient plus de très belles images et des scènes intenses qu’une histoire réelle sur un thème précis. Pour « Ainsi Soit Je… », la seule chose que je puisse dire, c’est que ça va être sobre, avec tout ce que ça comporte de difficultés.

Le clip, surtout tel que vous le concevez Laurent et toi, peut pousser au cinéma. Qu’en est-il à l’heure actuelle ?
-J’espère vraiment que nous pourrons tourner un film ensemble, ce serait un beau cadeau. Maintenant, il n’y a rien de précis. Laurent a un projet qui va sûrement se concrétiser. Quant à moi, j’ai reçu des propositions mais rien de bien excitant. J’attends vraiment quelque chose qui me motive entièrement car j’ai vraiment la patience d’attendre. On fait des erreurs quand on n’a pas la force de patienter.

J’aimerais qu’on connaisse un peu mieux le côté personnel de Mylène Farmer, qu’on arrête de parler de la chanteuse pour parler de ses goûts et de ses aspirations. Pour toi, le look, la mode, c’est important ?
-Le mot ‘look’ me fait frémir, j’ai horreur de cette appellation. Quant à l’habit, c’est quelque chose que j’adore. Ma mère n’y est pas étrangère, elle adorait s’habiller et obligatoirement cela m’a marquée. Maintenant, l’aspect physique n’est pas toujours le reflet de l’aspect mental mais les chaussures sont très importantes et peuvent laisser transparaître une personnalité. 

Et la politique, tu réagis à ce qui se passe actuellement ? (lorsque paraît cet entretien, nous sommes à quelques jours du premier tour de l’élection présidentielle qui vit François Mitterrand réélu, nda)
-Je peux avoir des opinions politiques mais je ne me prononcerai jamais, à part sur des choses très, très importantes où je pourrais profiter de mon personnage public pour faire avancer des choses, voire influencer des gens.

Justement, utiliserais-tu le fait d’être un personnage public pour soutenir une cause si on te le demandait ?
-Non. Il y a une chose que je trouve dommage, c’est qu’à l’heure actuelle de nombreuses émissions télévisées demandent des dons pour telle ou telle cause. C’est formidable, mais il arrive un moment où c’est trop, les gens ont des limites. On m’a souvent demandé de participer à des galas pour ‘X’ ou ‘Y’ : je dis non. Le jour où j’aurai envie de faire quelque chose, je le ferai directement sans que tout le monde le sache que j’ai fait un chèque de tant de francs. J’ai besoin de me respecter, et je ne pourrais pas faire autrement.

Comment définis-tu l’amour et comment le vis-tu ?
-Qui est capable de le définir ? C’est la chose la plus inabordable qui existe, c’est un mélange d’euphorie et d’horreur. Une fois de plus, je pense à Edgar Poe qui a écrit une nouvelle sur une femme qui est sans doute la femme idéale. Tous les superlatifs pour la décrire sont destructeurs et impalpables.

images (14)Arrives-tu à bien le vivre ?
-Ni bien, ni mal. Je le vis avec ce que je viens de dire, des moments d’euphorie et des moments terribles. Mais la vie, c’est ça pour tout le monde, artiste ou pas. On peut vendre des millions de disques comme être ouvrier et se lever le matin avec l’envie de te suicider. Le quotidien est la chose la plus difficile à vivre.

Quel est le mot qui te fait horreur ?
-La chose qui me tourmente le plus et qui me fait le plus mal, c’est la désillusion perpétuelle. C’est de vivre avec cette notion du dérisoire. Ca, c’est très dur à vivre.

Et le temps ?
-Il m’obsède. C’est un peu pour ça, le choix de « L’Horloge » de Baudelaire dans l’album. La fuite du temps, c’est horrible. 

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Mylène Farmer écoute la Musique

Posté par francesca7 le 16 novembre 2014

 

JUILLET 1988

images (10)Journaliste(s) : Françoise Cousteau

 

La journaliste Françoise Cousteau, qui signe cet article de ses seules initiales, réutilise ici l’entretien qu’elle a eu avec Mylène et qui était déjà paru partiellement dans Ici Paris le 13 avril 1988. Néanmoins, cette nouvelle parution propose une retranscription plus complète et légèrement différente de cette interview.
Nous faisons donc le choix de présenter de façon distincte ces deux références.

À propos de son enfance, puis de sa vie avant la chanson :
-Je garde de cette époque de vagues souvenirs enneigés…Il y a toujours eu une tendance artistique dans la famille. Mon grand-père était sculpteur et ma grand-mère se passionnait pour le théâtre et la peinture. Moi, quand j’étais petite, j’avais -et j’ai toujours- un grand amour pour les chevaux. À douze ans, j’avais décidé d’en faire mon métier. J’ai passé plusieurs concours, jusqu’au moment où j’ai compris que la pratique seule ne suffisait pas. Il y avait aussi le côté pédagogique… Et, malheureusement, ça ne correspondait pas à ma nature. Alors, j’ai bifurqué, abandonnant la direction chevaline.

Et comment es-tu passée de l’équitation à la chanson ?
-J’ai commencé par exercer plusieurs petits jobs qui me permettaient de suivre des cours de théâtre. Cela m’a été extrêmement bénéfique, car c’est en travaillant des auteurs tel Strindberg que m’est venu le goût de la lecture : ce fut une révélation. Adolescente, je lisais peu. Aujourd’hui, je lis de plus en plus. C’est de là également que m’est venu l’amour des mots. J’ai écrit toutes les chansons, ou presque, d’ « Ainsi Soit Je… », l’album qui vient de paraître.

Tes clips, « Libertine » et « Tristana » pour ne citer qu’eux, sont à chaque fois un éblouissement. Que représentent-ils pour toi ?
-Mes clips sont pour moi un véritable enchantement, une espèce de miroir. La vie de tous les jours m’ennuie, me fait même un peu peur. L’imaginaire est essentiel pour sortir de cette morosité, et c’est là que les vidéos jouent un rôle important.

Tu viens de dire que la vie de tous les jours t’effraie. Comment vis-tu ?
-Chez moi. Dans une prison dorée… J’ai de plus en plus de difficultés à me promener dans la rue. Je déteste aller au restaurant, sortir le soir, mais en même temps je ne pourrais pas un seul instant envisager d’aller vivre à la campagne. J’ai besoin d’être au centre de tout ce qui se passe. Au même titre, je n’aime pas les vacances. J’ai toujours peur de rater quelque chose quand je pars. Mais il ne fait pas pour autant en déduire que je suis la fée du foyer ! Je ne sais pas faire la cuisine, par exemple ! Si j’aime tant ma maison, c’est peut-être parce que j’y habite avec mes deux amours…

Deux amours ? Raconte !
-Non, non, je n’ai pas d’enfants cachés, ni de maris secrets ! J’ai deux singes, des sapajous capucins ! La mère s’appelle E.T. et le bébé, qui n’a que cinq mois, s’appelle Léon. Ils vivent dans une grande cage et le soir, avant de me coucher, je les installe dans un couffin. C’est probablement à cause d’eux que je n’aime pas trop m’absenter de chez moi, ça me culpabilise de les laisser seuls ! À part mes singes, j’aime les fringues. J’adore marier les couleurs. Je ne fais pourtant aucune folie par rapport à l’argent, sans doute à cause de l’éducation que j’ai reçue. Acheter une paire de chaussures reste encore pour moi un instant magique. Je déteste le gaspillage, et puis surtout j’ai peur d’être blasée par le fric !

Au début de notre conversation, tu disais qu’après avoir pris la décision de changer de carrière, en abandonnant ton envie de consacrer ta vie à l’équitation, tu avais suivi des cours d’art dramatique. En regardant tes clips, on s’aperçoit tout de suite que tu es parfaitement à l’aise devant les caméras. Tu n’es pas tentée par le cinéma ?
-Ce n’est pas que je sois pas tentée par le cinéma, mais en fait, il y a un seul film que j’aurais aimé tourner, c’est « La Fille de Ryan », le seul et unique rôle dont j’aurais rêvé. C’était, je trouve, le film le plus extraordinaire qui soit. Malheureusement, il est déjà fait… De toute façon, on verra bien ce que l’avenir me réserve.
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Quels sont les défauts et les qualités que tu apprécies le plus chez quelqu’un ?
-(Mylène réfléchit longuement avant de se confier) En ce qui concerne les qualités, ça me semble évident : droiture et intégrité. Mais revanche pour les défauts, c’est un peu plus complexe. Bien entendu le mensonge et la malhonnêteté me font horreur. Mais je crois quand même que ce qui me gène le plus, c’est de me trouver devant quelqu’un dont j’ai l’impression qu’il n’a pas d’âme, si vous voyez ce que je veux dire. Le creux, l’inconsistance.

Revenons-en un peu à la musique. Dis-nous Mylène ce que tu aimes écouter quand tu es tranquillement chez toi -dans ta prison dorée, si tu préfères !
-J’écoute beaucoup de musique classique, et j’adore les bandes originales des musiques de films. On en revient une fois de plus, je crois, à l’imaginaire. Mais il y a également des chanteurs que j’apprécie beaucoup et dont je ne me lasse pas. Renaud, Kate Bush, Serge Gainsbourg par exemple, ou encore Jacques Dutronc. En ce qui le concerne, j’avoue avoir une petite préférence pour le Dutronc d’hier, par rapport au Dutronc d’aujourd’hui…

Peut-on savoir quels sont tes projets pour les mois qui suivent ?
-Pour l’instant, je suis en pleine promotion et cela m’occupe à temps plein. D’autant plus que l’album « Ainsi Soit Je… » a reçu un accueil formidable, ce qui me fait un énorme plaisir. Donc pas de vacances ! Mais cela ne me prive guère, comme je vous l’ai déjà dit. Pourtant, j’aimerais quand même voyager pour découvrir certains pays. L’Inde par exemple, particulièrement, j’adorerais y aller un jour. On verra plus tard ! Aujourd’hui, tout va bien comme ça. Je suis ainsi faite que je préfère travailler plutôt que me reposer, alors je suis comblée. Je suis d’un naturel optimiste, j’ai confiance.

 

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INTERVIEW INTÉGRALE POUR TÉLÉ STAR

Posté par francesca7 le 8 novembre 2014

 

MYLENE FARMER – MARS 1988 Journaliste(s) : Michael de Montzlov

 

Le 11 avril 1988, Télé Star publie un article consacré au nouvel album de Mylène Farmer, agrémenté de quelques déclarations de l’artiste, recueillie par un journaliste de l’hebdo télé. 
Ce qui suit est totalement inédit : il s’agit de la retranscription de l’interview intégrale de Mylène Farmer pour le magazine, dont l’enregistrement dure dix-sept minutes. 
On peut s’amuser à comparer l’entretien brut et la façon dont seulement quelques déclarations seront retenues pour illustrer l’article du magazine : suivant la façon dont elles sont mises en forme et parfois reformulées, sorties de leur contexte, l’intention change du tout au tout et l’on se rend compte que la déclaration qui donne son titre à l’article (« Mylène Farmer reconnaît qu’elle fait des caprices de stars ») est purement et simplement inventée de toutes pièces ! Pour mettre en évidence ce procédé, nous avons pris soin de mettre en gras ici les phrases qui seront reprises dans l’article final. 

mylene-inedite2Notons enfin que des fragments de cette interview, s’ils ne paraitront pas dans Télé Star, seront utilisés plus d’un an plus tard pour le magazine Spotlight de juin 1989 dans un article intitulé « Mylène pêle-mêle ».

-Vous parler de cet album (« Ainsi Soit Je… », nda), c’est pas difficile. Ce que je peux en dire, c’est que c’est de la même veine. Là, j’ai participé beaucoup plus à l’écriture des textes que sur le précédent, qui ne comportait donc que trois chansons écrites par moi-même. Celui-ci, peut-être dans son intégralité, est écrit par moi. C’est une continuité. C’est une image : un premier album, c’est un premier jet, et un deuxième album, c’est une autre nourriture. C’est en ça que je dis que c’est une continuité. 

-Je pars d’une musique. Donc Laurent, lui, compose avant l’entrée en studio et puis on voit ça ensemble, et après vient se greffer effectivement le texte –enfin, le travail de l’écriture. Mais toujours partant d’une base musicale. Que vous dire d’autre ?! Après, c’est le chemin normal du studio. Pour l’écriture, il y a pas de moment défini, à savoir que ça peut être aussi bien le matin que l’après-midi, le soir ou même la nuit. C’est vrai que c’est un moment, de toute façon, d’isolement. C’est très dur –en tout cas, moi je n’y arrive pas- d’écrire entourée de personnes. Ca m’est impossible. Donc ce sont des moments de recueillement, à savoir ou ça peut être des moments d’angoisse ou des moments de…je sais pas, de bonheur. J’ai toujours été enclin (sic) à l’autocensure me concernant, donc c’est vrai qu’écrire, j’en ai eu quelques fois l’envie quand j’étais plus petite mais j’ai jamais fait de ce qu’on appelait les journaux intimes, non. Mais c’est vrai que là, c’est quelque chose que j’avais découvert sur les premières chansons, qui étaient donc « Plus Grandir »« Tristana » et « Au Bout de la Nuit » et que là, vraiment, c’est devenu un plaisir et presque un besoin, que je perdrai certainement aussi, parce que je pense qu’on s’essouffle. Mais là, c’est vraiment quelque chose que j’ai découvert et c’est vraiment bien. 

 

-Quand Laurent, puisque c’est le seul compositeur qui travaille avec moi, écrit une chanson, c’est un peu comme si moi, je l’écrivais. Ce sont peut-être simplement des formules différentes, mais on a des mondes qui sont très parallèles. Il n’y a pas de trahison. Et puis, je pense qu’à partir du moment où quand on ne compose pas soi-même et qu’on accepte une chanson, c’est qu’on est complètement prêt à mettre son enveloppe charnelle, si on peut dire ! (rires)

-Je suis quelqu’un, c’est vrai, qui parle peu de plus en plus, parce que maintenant, étant un personnage public, il y a des gens qui s’y intéressent, et donc des interviews. Mais c’est vrai que j’aime le mutisme plutôt qu’autre chose. Oui, je parle toujours aussi peu. Ce n’est pas que je n’aime pas écrire sur moi, c’est que je pense que moi j’ai eu besoin, et chacun à sa manière et à un temps déterminé, de nourriture intellectuelle, enfin dite intellectuelle. A savoir que j’ai besoin de lire les autres, besoin de découvrir les autres. Pas l’écriture des autres, comment dire ? Peut-être s’intéresser, si je lis du Edgar Poe ou si je lis du Maupassant ou si je lis du Strindberg, certainement ça m’a donne envie, moi, de m’exprimer. Ce sont des écrivains qui m’attirent, oui, mais il y en a beaucoup d’autres. C’est vrai que c’est toujours ceux que je cite, parce que c’est ceux qui me viennent à l’esprit en premier. 

-J’aime bien lire de la poésie Quelque chose qui repasse en ce moment, c’était « Pinocchio »de Comencini. Heu, qu’est-ce que j’ai pu aimer ?! J’aimais bien aussi « David Copperfield ». C’est pas un manque d’intérêt, pour l’instant –et de plus en plus, d’ailleurs, depuis quatre ans, cinq ans- c’est un manque de temps. Mais bien sûr que j’aime la poésie. Récemment, j’ai quand même rouvert des poèmes de Rimbaud. Sur ce chapitre, je ne tricherai pas : je n’en ai pas lu énormément. 

-J’ai passé huit années au Canada, le Canada français, et puis après, l’arrivée en France, que je n’ai plus quittée ! C’était une période plutôt agréable. J’en ai malgré tout très peu de souvenirs. L’arrivée en France a été un moment un peu difficile. Sans parler de choc de cultures, parce que ça n’a pas lieu d’être, c’est un comportement qui est totalement différent, un mode de vie qui est radicalement différent. C’est assez choquant quand on est enfant. Ca se traduit par une forme d’agression, des rapports plus durs, plus froids. C’est vrai que là-bas, et même maintenant, les personnes qui vont au Canada sont toujours étonnées par l’accueil de ce peuple, parce que c’est quelque chose qu’ils ont comme en eux. Voilà. Ca a été un choc assez violent. De toute façon, les enfants en général n’ont pas trop de mal à s’intégrer. J’ai jamais eu beaucoup d’amis. C’est vrai que, par contre, au Canada, quand il y avait un anniversaire par exemple, c’était pas en petit comité : y avait près de cent enfants. C’est assez étonnant. Alors qu’ici, c’est beaucoup plus concis. Donc certainement des amitiés beaucoup plus sélectives. 

-J’avais envie de faire tout ce que les autres ne faisaient pas. C’était valable aussi bien dans une classe ou à la maison ou dans la rue, à savoir cette peur panique de ressembler au commun des mortels. Il y a des personnes qui sont faites pour accepter. Accepter la vie, sans trop se faire violence. Et puis, il y en a d’autres, je pense comme moi, où tout devient un combat d’arène. On a envie éternellement de dire qu’on est là. C’est cette fameuse envie d’exister. 

-‘Jouer un personnage’, c’est pour tous les métiers publics. Aussi bien des écrivains qui vont défendre un livre en télévision : ils auront leurs moments d’acteur. C’est normal. Mais c’est moi qui suis dans le rôle. 
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-Ce que je peux dire sur tout le travail que j’ai effectué avec Laurent Boutonnat, qui est quand même bien présent, c’est que depuis le début et jusqu’à maintenant on n’a fait aucune concession. Pour moi, la qualité principale chez l’homme que j’apprécie, c’est l’intégrité.Cette envie de suivre son chemin et de ne faire vraiment aucune concession. Et je remercie la vie, parce qu’aujourd’hui, ça marche plutôt bien et que je suis heureuse de ne pas avoir fait ces concessions que quelques fois on m’a demandées, parce que c’est vrai que les personnalités peuvent être parfois dérangeantes dans ce métier –et heureusement !
Si je n’avais pas rencontré Laurent Boutonnat…Malheureusement, je ne peux pas répondre ! Peut-être aurais-je rencontré une autre personne qui m’aurait indiqué ce chemin. J’aurais été certainement différente, oui. Maintenant, je le dis, c’est un vrai don du ciel. Il y a des rencontres dans sa vie qui sont merveilleuses, et cette rencontre-là a été fondamentale. Ca, j’en suis consciente et heureuse. 

-Je peux jouer d’un peu de guitare, j’ai essayé un petit peu le saxophone mais là, j’ai pas du tout persévéré. Mais c’est un instrument que je pourrais approcher. De là à composer, non. Il ne faut pas tout mélanger. De même que je ne réaliserai jamais ni les vidéoclips, ni un long-métrage ! Chacun son métier, et chacun son talent, surtout !

-Le goût pour les clips, je crois que c’est quelque chose qui est commun à Laurent et moi-même. C’est toujours ces mondes parallèles : on a, je crois, les mêmes goûts cinématographiques, pratiquement les mêmes goûts littéraires. C’est vrai qu’on est tous les deux très attirés par ça. Lui-même doit être un de ceux qu’on appelait les romantiques, dans sa totalité, c’est-à-dire avec tous ses extrêmes.

-Je ne me donne aucun rôle, ou en tout cas dans l’intimité. C’est quelque chose que je ne dirai jamais. Maintenant, je pense effectivement qu’on est dans une ère de dépression qui amène fatalement à la décadence. Je suis une enfant effectivement de cette génération. C’est vrai que c’est un mélange pour la jeunesse actuelle de désespoir et d’envie de hurler quelques fois. Enfin, ‘une décadence’, méfions-nous quand même du terme parce que très souvent, c’est un peu usurpé. C’est une envie de toute façon de tout dire, à savoir de dire certainement des choses qui ont été occultées en d’autres temps. Je ne suis ni bien, ni mal dans cette époque. Je ne peux pas être agacée dans la mesure où, maintenant, il y a un dialogue entre ce public et ce que moi je peux faire artistiquement. Et ça, ça a été une progression. C’est-à-dire qu’on ne peut pas imposer ça. En quatre ans, c’est vrai que là, je suis parvenue à me dire ‘Oui, certaines personnes sont sur la même longueur d’ondes, comprennent ou acceptent, tolèrent’. Il n’y a plus ce divorce qu’il pouvait y avoir. C’est-à-dire que de toute façon, il y a une éducation dans tout, et ça c’est une forme aussi d’éducation. C’est ça, c’est cette progression, d’avancer comme ça, lentement mais sûrement. 

-Le cinéma reste le cinéma. C’est pas la chanson, même s’il y a, c’est vrai, le support vidéoclip. C’est quand même une autre aventure, un long-métrage. Et puis c’est une écriture quand même de personnages, ça va beaucoup plus loin, c’est plus approfondi. Je pense que l’idéal serait, oui, de commencer avec Laurent. Maintenant, il y a beaucoup d’autres metteurs en scène, je pense, avec qui j’aimerais tourner. Mais tout ça aussi se fait…il faut croire en la vie, donc j’essaie d’y croire.

-Avant même de penser à la chanson, je crois que c’est quelque chose que j’avais décidé : être comédienne. Si je peux faire une sobre analyse de tout ça, je pense que mon bonheur a été de commencer par la chanson –enfin, de faire ce que je fais actuellement- et que maintenant, aujourd’hui, je puisse éventuellement penser au cinéma, parce que j’ai eu besoin de ça réellement, d’abord moi-même pour me nourrir, et qu’aujourd’hui je me dis ‘Oui, là, je peux’. Voilà. Quatre, téléchargement (2)cinq ans… Si j’avais fait un film, je pense que c’était une erreur pour moi.

-Si vous parlez de ventes de disques, c’est vrai que j’aime bien savoir jour par jour quelle a été la vente de la journée. Mais ça, c’est plus dans un souci, je sais pas, c’est comme les enfants qui ont –je sais pas quelle métaphore je peux faire, je sais pas- un jouet dans la main, qui ont quelque chose de beau et qui en plus marche, là actuellement. On n’a pas envie de nous le reprendre ! C’est en ça, ce souci de regarder les ventes chaque jour. Ce n’est que ça. Moi, les notions d’argent et tout ça, je suis pas réellement et fondamentalement comme ça, non. Mais j’ai parfois moins la tête dans les nuages, vers les étoiles, que ce qu’il peut paraître…

-Je fais salon avec mes deux capucins et je leur lis Baudelaire ! (rires) Je crois que les animaux aiment vraiment la musique, aiment qu’on leur parle, aiment ces choses là. Ils sont très sensibles à ça. Là en l’occurrence, c’est vrai que les singes c’est quelque chose qui fait partie de ma vie. Je ne peux plus concevoir maintenant de rentrer chez moi et de ne pas voir ces animaux-là. Je pense qu’ils sont heureux. De toute façon, c’est vrai que c’est monstrueux de voir ces magasins qui sont sur les quais, voir ce trafic d’animaux. Il y a ou supporter ou avoir une phobie. Moi, j’ai une phobie des insectes : il ne faut pas me mettre un insecte à portée, parce que ça me met très mal à l’aise ! Ne pas aimer foncièrement les animaux, c’est bizarre. De même que dire ‘Je déteste les enfants’, c’est grave, je pense, pour une personne. Ne pas avoir envie d’en élever, c’est autre chose. 

 

 

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Mylène Farmer par Bernard Violet

Posté par francesca7 le 6 novembre 2014

4476667ebedd5a1d9d03843f7d3b8c97485aa00cc1b7bMylène Farmer intrigue, fascine et intéresse les français depuis très longtemps déjà, elle fait partie de notre mémoire collective. Succès commercial et artistique sans précédent, elle a construit disque après disque un empire formidablement bien géré et maîtrisé. Une image provocante et mystérieuse à la fois.
Des milliers d’articles ont été fait sur elle et ses activités, mais personne n’avait véritablement mené une enquête sérieuse et riche sur le Phénomène Farmer.


C’est chose faite avec la pertinence et l’acharnement du biographe le plus incorruptible du PLF (paysage littéraire français), j’ai nommé Bernard VIOLET.


Questions/réponses sur le livre dont tout le monde parle, et que l’on vous conseille, violement, au Mague.

Bonjour Bernard Violet, vous êtes, malheureusement,  » l’homme à abattre  » du moment à cause de votre biographie non autorisée, comme on dit, de Mylène Farmer. Est-ce que vous avez travaillé sur la matière  » Farmer  » de la même manière, avec la même méthode, que vos précédents livres sur l’Abbé Pierre, Alain Delon, Hallyday ou la famille de Monaco ?

BV : J’ai peut être été « l’homme à abattre » comme vous dites depuis que des rumeurs ont commencé à circuler un peu partout, sur le web notamment, il y a un an de cela. Question : qui avait intérêt à propager des infos infondées sans prendre le temps de me solliciter ? Des distorsions curieuses en tout cas avec la réalité de mon travail qui respecte toujours la même méthode : amasser une documentation solide que j’informatise, établir une chronologie la plus précise possible, déterminer les pistes à suivre, se déplacer sur le terrain afin de recueillir un maximum de témoignages, puis se mettre à l’écriture. Voilà pour les différentes phases techniques qui représentent deux à trois ans de travail réalisé là encore toujours dans le même état d’esprit : chercher à comprendre les ressorts d’une réussite exceptionnelle et d’un destin extraordinaire. Sans a priori ni préjugés, sans tabous ni complexes.

David Lelait un spécialiste des people me disait dans une précédente e-terview qu’il ne croyait pas aux  » soi-disant  » mystères de Mylène Farmer et que, de ce fait, il restait insensible à son personnage. Etes-vous du même avis ?

BV : Effectivement, je pense qu’il n’y a pas de « mystère Farmer », mais un personnage complexe, fascinant et respectable. Ce cliché « mystère Farmer » est né de la conjugaison de deux paramètres : la personnalité de la chanteuse – authentique timide – et la volonté délibérée de son entourage de créer un « mythe » à la Garbo en jouant sur le silence et l’attente. L’alchimie a d’autant mieux fonctionné que c’était l’ambition profonde de Farmer : vouloir un destin hors du commun, façonné à sa manière, comme si elle était le metteur en scène de sa propre vie. Cela étant, l’accomplissement de ses rêves d’enfant a nécessité un travail phénoménal et une opiniâtreté qui inspirent le respect.

En fait, il y a véritable paradoxe Farmer, car Mylène qui est la chanteuse qui vend le plus de disques en France et qui jouit d’une somme considérable d’articles de presse et qui n’avait jamais eu droit à un véritable travail d’enquête sur elle, avant vous ? Les journalistes français sont-ils moins courageux que vous ?

BV : Au vu de mon expérience personnelle, puis à travers les contacts fréquents et multiples entretenus avec les journalistes, je dois dire que mon jugement est assez sévère sur la profession. En effet, si de nombreux journalistes manquent de courage – peur pour leur carrière ou crainte de se fâcher avec les puissants -, la plupart d’entre eux sont avant tout de gros paresseux qui se contentent de piller leurs confrères, accumulant ainsi les contre-vérités et autres approximations. Je n’ose pas évoquer une minorité qui, elle, se laisse tout simplement acheter : billets de faveur pour des spectacles, séjours dans palaces, dîners dans restaurants de renom, voyages, etc …

Dans la réussite de Farmer, Laurent Boutonnat n’est-il pas aussi important sinon plus que sa création elle-même ?

BV : Boutonnat est un authentique créateur et j’ose même dire un cinéaste de génie. Ses courts-métrages – de véritables chefs-d’œuvres – ont révolutionné le clip en France. « Giorgino » ne méritait ni le désintérêt ni le mépris qu’il a suscité. Je pense que ses relations avec Farmer sont totalement fusionnelles, artistiquement parlant. Ces deux surdoués de la variété française se sont inspirés réciproquement tout en transcendant leurs inspirations.

Comment expliquez-vous le succès commercial immense de Mylène Farmer ? Est-il mérité ou disproportionné selon vous ?

BV : Le marketing n’explique pas tout. On ne vend pas impunément plus de dix millions d’albums. Son talent conjugué à celui de Boutonnat et à celui du manager Bertrand Le Page – au rôle primordial et trop souvent sous-estimé – a permis de bouleverser un univers musical français peu coutumier des terrains minés comme ceux du désespoir, de la folie, du silence et de la solitude. Des thèmes en phase avec la sensibilité d’un public jeune qui s’est reconnu à travers les créations du duo Farmer-Boutonnat. Ce même public avec lequel il n’a pas joué la facilité : souvenez-vous des textes de Baudelaire et de Poe ; ceux de Stephen King et d’Henry James ; les tableaux de Jérôme Bosch, Egon Schiele ou Géricault, etc. Comme me l’a confié l’écrivain Gonzague Saint-Bris, ce genre d’hommage subtil à la littérature et à la peinture est plutôt rare chez les chanteurs de variété peu enclins à s’enrichir d’ambition poétique… .

Vous expliquez dans votre livre que la clef de voûte du personnage de Mylène Farmer se trouve dans des traumatismes liés à l’enfance et qui ont conditionné un univers fantasmatique très particulier.

BV : J’ai repris à moi la magnifique formule de François Mauriac pour lequel « l’enfance est le tout d’une vie, puisqu’elle en donne la clé ». Et je l’ai constaté à travers toutes mes biographies : tout se joue dans les dix premières années de la vie. Toutes les peurs, tous les rêves, tous les fantasmes de mes héros et héroïnes ont eu systèmatiquement un rôle dans leur existence et dans leurs créations. Des influences sur leur imaginaire que j’essaie de décrypter à travers plusieurs grilles de lecture : historique, sociologique et psychanalytique. Dans ce sens, je pense que la fameuse anecdote du putois et du bain de jus de tomate a effectivement créé un traumatisme chez la petite fille qu’était alors Mylène. Sentiment appuyé par l’analyse d’un psychothérapeute pour lequel cette journée mémorable reste probablement l’un des pivots de l’existence de Farmer et dont on retrouvera les correspondances dans certains de ses clips : « Je te rends ton amour » et » Beyond My Control ». Pour être complet, je peux vous dire que c’est la chanteuse elle-même qui m’a mis sur la piste de ce moment crucial de son enfance. En effet, à plusieurs reprises, au début de sa carrière, parmi ses rares souvenirs de son séjour québecois, elle a évoqué cette journée au cours de laquelle elle avait décidé de s’échapper de son école, de rentrer à la maison à pied, mais qu’elle s’était perdue dans les bois (là aussi scène récurrente dans les clips de Farmer) et qu’elle avait été finalement ramenée chez elle grâce à l’intervention de la police. Cette anecdote m’a longtemps taraudé : pour quelles raisons une petite fille de 5 ans décide-t-elle d’échapper à la vigilance des adultes ? En interrogeant au Québec sa première institutrice et ses amies d’enfance de l’époque, j’ai pu reconstituer le puzzle.

Est-ce que les média ont véritablement compris votre démarche intellectuelle et littéraire autour de Mylène Farmer. A partir du moment où vous touchez à l’intimité de la  » star « , on vous reproche de fouiller dans les poubelles et cela bloque le débat. Pourtant Mylène vit en bon personnage public de la  » Femme énigmatique  » que Laurent Boutonnat et elle ont inventé. En France, contrairement aux pays anglo-saxons on n’aime pas cela.

BV : En dehors de quelques animateurs de télévision incultes et tarés, les journalistes, dans leur grande majorité, adhèrent à ma démarche. La presse dite « sérieuse » – le Figaro, France Inter, Europe 1, RTL, etc – m’a réservé des critiques favorables. Comme je l’ai déjà déclaré, je n’ai aucunement touché à la sphère de l’intimité de Mylène Farmer. Pour la simple et bonne raison que celle-ci ne l’expose pas et que la loi est très contraignante sur ce sujet. Si j’évoque longuement son enfance, c’est parce que de nombreuses situations viennent expliquer l’arrière-plan de ses futures créations. Par ailleurs, si je refuse de me limiter à la mythologie entrenue par certains, c’est pour lui apporter une part d’humanité qui rend le personnage encore plus attachant.

Qu’est-ce qui vous a touché chez la mère de Mylène ? Comment vit-elle le succès de sa fille ?

BV : Marguerite Gautier m’a reçu très aimablement. En toute liberté et un tantinet tiraillée. Elle m’a beaucoup parlé, parce qu’il avait beaucoup d’erreurs selon elle dans les bios consacrées jusqu’à ce jour à sa célèbre fille, et en même temps elle s’interrogeait sur les réactions de sa cadette, au caractère parfois peu accommodant. Cela étant, elle m’a assuré être très fière de sa réussite en m’affirmant que Mylène s’était faite toute seule. Un sentiment que je ne partage pas. Je pense que le milieu familial a joué un rôle important dans le destin de l’interprète de « Maman a tort ». Notamment à travers l’influence de sa grand-mère paternelle qui fut une pianiste talentueuse.

Est-ce que vos investigations sur les grands people français vous ont valu des menaces explicites qui ont eu des conséquences sur votre sécurité ou sur votre vie, privée ou sociale ?

BV : D’anciens membres de la fine fleur de la pègre française ont effectivement tenté de m’intimider lorsque je travaillais sur le « Delon ». Mais je pense qu’il s’agissait d’initiatives personnelles prises à l’insu de l’interprète du « Samouraï ». La plupart du temps, mes « héros » qui voient mes travaux d’un mauvais œil préfèrent entamer des procédures judiciaires, des référés notamment. Mais ceux-ci n’aboutissent quasiment jamais puisque je m’efforce de travailler dans le cadre de la loi, au nom de la liberté d’expression. Une autre stratégie est de tenter de me salir ou de me discréditer. Ce fut ainsi le cas récemment sur certains forums farmériens. Dans ce genre de situations je ne transige pas : les auteurs de calomnies, de diffamations, ou de propos attentatoires à l’honneur professionnel sont traînés devant les tribunaux.

On ne peut parler de Mylène Farmer sans ses clips qui ont défrayé la critique. Hors les clips sont des objets virtuels symboliques. Est-ce que Farmer c’est avant tout une bonne gestion de l’image ?

BV : Plusieurs clips ont effectivement été censurés ou diffusés à des heures indûes à la télévision. Là encore, grâce à ce maître de la caméra qu’est Boutonnat, Farmer a appris le sens et la force des images. Ses story-board sont là pour le prouver. En même temps, il est vrai qu’elle est née avec la télévision, son véritable tableau noir.

Le système Boutonnat/Farmer est riche et puissant. Le business de ce couple n’est-il pas davantage devenu financier qu’artiste en définitive ?

BV : Les deux sont intimement liés. Mais être riche n’est ni illégal ni une tare. Sans oublier que Boutonnat et Farmer investissent beaucoup dans leurs créations, leurs spectacles notamment qui coûtent très chers. Ils ne font pas de l’argent pour l’argent, mais pour rester libres de créer comme ils l’entendent.

Que peut cacher la non coopération du clan Farmer à votre travail, qu’a-t-elle donc à cacher ?

BV : C’est une réaction naturelle chez les stars. Elles ont peur de voir écorner leur légende ou leur image qu’elles ont eu tant de mal à imposer. Certaines ont peut être peur de voir révéler des secrets « inavouables ». En même, je pense qu’elles ont tort de ne pas coopérer, car elles sont en général toujours gagnantes puisque je leur apporte une part d’humanité souvent plus passionnante que leur image surmédiatisée. Johnny Hallyday et l’abbé Pierre ont ainsi accepté de collaborer à mon travail. A leur plus grande satisfaction.

Que pensez-vous du fanatisme autour de Mylène, que d’ailleurs elle gère elle-même de manière très audacieuse et pécunière ?

BV : Certains fans sont des excités, c’est vrai, mais pas forcément représentatifs de l’ensemble des farmériens. La plupart de ceux avec lesquels j’ai été en contact se sont toujours montré courtois et curieux. Beaucoup de choses ont été écrites sur le merchandising généré par la chanteuse et sa maison de disques. Je l’évoque également longuement dans ma bio. Personnellement, je ne le trouve pas autrement choquant. D’abord parce que ce sont en général des objets d’une grande beauté ; ensuite parce qu’il y a des plaisirs qui n’ont pas de prix.

Mylène Farmer est-elle aussi fascinante et complexe qu’un Delon par exemple ou l’on est pas du tout dans la même catégorie ?

téléchargement (2)BV : Lorsque je suis contrarié, je dis qu’elle est une Delon en jupon. Et je pense alors à leur façon de tout vouloir régenter. Delon fut un acteur de génie lorsqu’il acceptait de se laisser diriger par des metteurs en scène de génie – Visconti, Clément, Melville – mais a vu sa carrière décliner lorsqu’il a voulu tout faire : l’acteur, le réalisateur, le producteur, etc. Un artiste ne peut pas être bon dans tous ces rôles qui demandent compétences et savoir-faire. Par ailleurs, je pense que leur désir profond d’être considérés comme des stars peut constituer un piège. Gérard Depardieu l’a dit de façon très sincère et peut être très justement lorsqu’il déclarait : « Je ne peux pas, je ne veux pas être une star. On est star parce qu’on le veut, parce qu’on se fabrique, se fige, se tue, s’immole en star. Être star, c’est une passion. Le rôle n’est plus l’écran, mais dans la vie. Moi, je veux pouvoir être dans mes rôles. Acteur. »

Et si Mylène acceptait de collaborer avec vous, referiez-vous un second livre sur elle ?

BV : Bien évidemment. Auparavant, je lui proposerais de rencontrer l’abbé Pierre. Pour lui faire plaisir. En effet, après la diffusion en 1992 d’un reportage d’ « Envoyé spécial » consacré au religieux séjournant alors dans le désert saharien, Farmer avait exprimé le désir de faire sa connaissance. Pour quelles raisons ? Peut-être parce qu’elle pense au fond d’elle-même, comme ce saint homme, qu’ « il ne suffit pas de croire » mais qu’ « il faut aussi devenir croyable »…

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LAURENT BOUTONNAT À PROPOS DE « DÉSENCHANTÉE »

Posté par francesca7 le 29 octobre 2014

INTERVIEW INTÉGRALE DE 1998 : Journaliste(s) : Mathias Goudeau

 

18711672.jpg-cx_160_213_x-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxxEn mai 1999 paraît aux éditions Jean-Claude Latès « Sur l’air du temps – 30 chansons qui ont changé la France », un ouvrage rédigé par Mathias Goudeau et Patrice Tourne. 
Le principe de ce livre est simple : 30 années, 30 faits de sociétés illustrés chacun par une chanson de l’année concernée pour une remise en perspective du contexte de chacune des époques abordées. Chaque chanson sélectionnée est commentée par un de ses créateurs, qu’il en soit l’interprète, l’auteur ou le compositeur.
 

La chanson sélectionnée par les auteurs pour illustrer l’année 1991 est « Désenchantée ». Le chapitre qui lui est consacré réserve quelques propos pour l’occasion de Laurent Boutonnat, dont les commentaires sur son travail musical sont rarissimes. 

Ce qui suit est un document exceptionnel : il s’agit de l’intégralité de l’entretien téléphonique donné par Laurent Boutonnat à Mathias Goudeau à l’occasion de ce livre, courant 1998. 
D’une durée de 20 minutes, il est entré en notre possession à la faveur des recherches d’archives lors de la création de ce site. Si cette retranscription est un travail personnel, tout le crédit va bien évidemment à l’auteur de l’entretien, Mathias Goudeau, qui signa par ailleurs quelques années plus tard un abécédaire consacré à Mylène Farmer.
 

En plus de dévoiler toutes les réflexions de Laurent Boutonnat au sujet de la chanson, du clip, de sa création ou de son unique version live d’alors, cet entretien nous éclaire également sur la difficile organisation d’une interview de Laurent Boutonnat (et encore plus de Mylène Farmer) ainsi que de son regard sur le phénomène dont il est à l’origine. 

L’enregistrement commence alors que la conversation téléphonique semble avoir commencé depuis quelques instants…

 

Mathias Goudeau : Merci beaucoup d’avoir répondu grâce à l’intermédiaire de votre frère. J’avais essayé de vous contacter par Sony mais je sais pas s’ils vous l’avaient transmis…
Laurent Boutonnat :
 Pas du tout !

Non ? Ha bon, d’accord… Bon !
-Ha, les maisons de disque c’est très compliqué !

On vous a expliqué en deux mots de quoi il s’agissait ? Vous avez reçu mon fax ?
-Oui, j’ai reçu votre fax. La seule chose, c’est que bien sûr je fais partie de cette chanson mais c’est Mylène Farmer qui en est l’auteur du texte, donc je pense qu’elle serait plus apte à vous parler de son texte…

Je vous cache pas que j’ai essayé de la joindre par les maisons de disque mais vous voyez…
-Ha oui, ça, ça doit être très compliqué, en effet. Et en plus elle est pas là, elle est aux Etats-Unis !

Ha, elle est aux Etats-Unis ?
-Enfin…le téléphone marche, hein !

Tout à fait ! C’est ce qu’on a dit à chaque fois, mais même par Thierry Suc ça a été un peu difficile…
-Vous l’avez eu, Thierry Suc ?

images (5)Oui ! Enfin, j’ai toujours eu une secrétaire à lui, jamais lui directement et vraiment ça fait au moins six mois que je rame pour ça et je me demande même si elle l’a eue, l’info. Donc, je sais pas, même par e-mail…Nous on veut bien faire ça par e-mail mais c’est un peu difficile, quoi ! Donc oui, c’est pas vous qui avez écrit le texte ?
-Non. Moi je suis auteur de la musique, de la production, de l’arrangement, du clip, de plein de choses mais pas du texte !

D’accord. Alors, comment ça s’est passé par rapport à cette chanson particulière, comment vous l’avez découverte en fait ? C’est elle, Mylène Farmer, qui un jour vous a apporté le texte ?
-Non, parce que avec Mylène, la plupart du temps, ça commence par la musique et ensuite elle travaille un texte sur la musique et la mélodie. Donc ça commence toujours par la musique. 

Donc, là c’est vous qui avez initié un peu la chanson ?
-La musique, oui. 

Elle vous a dit ‘Moi je vais écrire quelque chose sur ce thème-là’, à peu près… ?
-Non. Je crois que les choses, c’est rare que ça se passe comme ça –enfin, entre Mylène et moi ! C’est plus un travail d’abord musical et après la musique lui évoque des choses et souvent des bribes de phrase, quelques fois un mot sur le refrain. C’est souvent comme ça que ça se passe : ça part de la musique et il n’y a pas vraiment de thème. Elle a sûrement des idées, des choses de côté dans ses cahiers mais je crois que l’explication de la naissance d’une chanson est toujours difficile. 

Vous vous rappelez un peu des circonstances de celle-là ou pas ?
-Ca remonte à très longtemps, quand même ! Il y a moins six ans, sept ans…

1991 ! Enfin, elle sort en 1991 donc elle a peut-être été…
-Oui, c’est ça, ça a été fait à la fin 1990.

Vous travailliez où ? À Paris ?
-Oui, oui ! On était à Paris à ce moment-là. Je travaillais comme d’habitude, c’est-à-dire chez moi, au piano à la base et puis souvent avec Mylène comme ça, ça commence au piano ou au clavier. J’essaie de me rappeler, hein ! C’est très compliqué ! Je me rappelle lui avoir joué au piano les bases, et surtout le refrain et à partir de là il y a le moment où on se dit ‘Tiens, il y a un truc, une excitation’, je sais pas ! Après, je suis allé enregistrer toutes les bases en studio et je crois qu’à partir de là elle a écrit un texte mais le texte a, je crois, commencé par le refrain, comme la plupart des chansons. 

C’est-à-dire ‘Tout est chaos, à côté…’
-Voilà, ‘tous mes idéaux, des mots abimés’. Je m’en rappelle un peu ! (rires)

Vous savez chez elle d’où vient cette idée d’avoir ce thème-là ?
-Ca, je crois que c’est vraiment des questions à lui poser. En tout cas, moi ce que je peux dire par rapport à ce thème, c’est que -bon, ça n’est qu’une chanson, hein !- mais ça me paraît être un peu l’idée du chaos et du désenchantement et ça me paraît être toujours le cas aujourd’hui dans notre société –notre société occidentale en particulier et parmi les gens jeunes. Je sais pas quoi vous dire là-dessus ! On peut partir sur un débat sur la jeunesse, le suicide des jeunes, plein de choses ! (rires)

Disons qu’entre vous sur la création de cette chanson, c’était conscient que c’était ça par rapport à cette jeunesse à ce moment-là. C’est pas tombé innocemment…
-Non, c’est pas tombé innocemment mais ‘à ce moment-là’, je sais pas. C’est-à-dire que je ne crois pas qu’on se dise ‘Ha la jeunesse est comme ça, on va écrire un truc là-dessus’. Non, ce sont des choses ressenties profondément même si on fait un métier artistique, qu’on vit un peu à part ou un petit peu coupé du monde, en tout cas dans la vie de tous les jours –enfin, pas coupé du monde mais c’est vrai que Mylène est quelqu’un qui malheureusement ne peut pas sortir, enfin c’est compliqué, quoi ! Mais en tout cas, la perception des choses et du monde n’est pas déconnectée de la réalité. Enfin, j’espère ! Sinon c’est le début de la fin !(rires)

Justement, c’est exactement ce qui nous intéresse dans une chanson comme celle-là ! Et puis on imaginait qu’elle arrivait début 1991 alors que les idéaux, même si on remonte aux années 70, n’étaient plus là. Il y avait de ça quand même, non ?
-Oui, enfin c’est presque banal de parler de ça parce qu’on est vraiment à un moment, alors c’est la fin du siècle peut-être, mais c’est quand même assez dramatique ce qui se passe là, justement, par rapport à la paix, par rapport à l’envie, aux idéaux…On peut employer tous les mots qu’on veut ! Et ça n’ira qu’en s’empirant, j’ai l’impression !

C’est votre sentiment ?
-Non, mais je sais pas ! Mais c’est très inquiétant –en tout cas en France, c’est très inquiétant mais alentour ça a pas l’air mieux ! Mais ici c’est très inquiétant et très affligeant.

Alors, on va dépasser la création de la chanson. Quelques petits mots : après l’enregistrement, comment ça s’est passé ? Vous aviez la musique, les arrangements, il y a eu des choses particulières sur cette chanson-là ?
-Hé bien curieusement elle a été extrêmement dure, mais ça c’est des petits détails qu’il n’y a même pas à raconter ! Elle a été extrêmement dure à finaliser, ce qui arrivait souvent d’ailleurs avec Mylène sur des chansons qui ont finalement été des chansons qui ont été fortes ou qui ont marché. C’est-à-dire que ça a été assez douloureux ! Alors après on l’écoute, on se dit ‘Ha, mais c’est fort !’‘Ca va marcher !’ etc. Ca a été extrêmement dur parce que j’ai refait, je l’ai produite, j’ai changé la tonalité, je suis revenu à la première tonalité et puis comme la tessiture de Mylène était plus basse sur cette chanson, sa voix était bizarre, je reconnaissais plus sa voix donc on l’a recommencée. Enfin, ça a été très bizarre, quoi ! Très, très douloureux dans le travail, c’était très compliqué pour au final revenir à ce qu’on avait fait au début. Ca arrive souvent ! Voilà. Sinon, y a rien eu de très particulier !

Au final, vous en êtes content, du résultat ?
-Oui, je suis assez content. C’est-à-dire que aujourd’hui, en écoutant le son de cette chanson je ne la produirais ni ne la mixerais pas comme ça aujourd’hui !

Pourquoi ? Le son a changé aujourd’hui ?
-Non, mais moi dans ma perception, dans le travail c’est vrai qu’il y a des choses…Enfin, on bouge, on change ! C’est plus dans le son, les matières de son, voilà. 

Mais sur le moment, vous êtes satisfait ou ça reste une chanson qui est un peu bancale pour vous ?
-Non, non ! Je pense pas qu’elle soit bancale ! (rires) Elle a été compliquée en studio mais c’est difficilement explicable parce que c’est pas rationnel à des gens de l’extérieur de raconter ça. Il faudrait vraiment assister à tout ça –et même en assistant, je crois pas que… C’est comme sur un tournage : quelquefois, il se passe des trucs dingues et vu de l’extérieur c’est ridicule ! ‘Mais pourquoi ils mettent trois heures à faire un truc de trente secondes ?’, vous voyez ?! C’est pas très explicable mais ça c’est pas fait simplement, quoi !

 

images (5)

Et puis elle sort, en même temps elle est choisie comme single…
-Oui, ça a été le premier single de l’album.

Pourquoi ?
-Ben…je sais pas ! Parce que…

C’est vous qui l’avez décidé en partie ?
-Ha oui, oui on l’a décidé, oui. Parce qu’il y avait, en l’écoutant comme ça, quelque chose qui était fort, quoi, dans la musique, probablement dans le texte. Voilà. 

Vous avez pensé que vous vous adressiez à une jeunesse, donc sortir ce single ça pouvait être important ?
-C’est difficile de l’envisager comme ça. On peut pas se dire ça ! Evidemment, quand ça se passe c’est magique ! Vous savez, souvent moi je parlais avec des journalistes et quand ils parlent de Mylène, ils disent ‘Ha, formidable ! Le travail, tout est réfléchi, le marketing, les clips : tout ça, c’est vachement pensé, c’est remarquable’. Mais pas du tout ! Moi je réponds –et c’est un peu pour répondre à votre question- ce n’est pas possible de travailler comme ça ! Ca n’existe pas ! Bien sûr que non, c’est pas pensé, calculé, organisé, fabriqué : les choses se font et se sont toujours faites avec Mylène –que ce soit les clips etc.- sur l’instant, à l’instinct et sans se soucier ni se dire ‘Tiens, on va toucher telle cible, on va parler de telle chose’

D’ailleurs c’est ce qui a fait le choix de cette chanson pour nous, c’est une chanson qui est, j’allais dire, socialement forte, qui tombe à un bon moment. Je parlais pas de marketing, hein ! C’est une chanson qui sort des tripes, quoi…
-C’est vrai qu’à cette époque ça a été assez incroyable, ça a été énorme. Enorme

Vous avez été surpris de ça, du succès qu’elle a ? Ou vous aviez senti artistiquement… ?
-Oui, on sent. C’est vrai qu’on sent quand il y a quelque chose de fort. Maintenant, après on ne sait jamais comment ça se passe ! Mais on sent quand il y a quelque chose de fort, on le voit quand les gens l’écoutent et puis soi-même : quand on a plaisir à l’écouter, à la réécouter, à l’écouter cent fois, même, après avoir travaillé dessus pendant des semaines !

Ce que vous avez fait ?
-Ha oui, oui ! Moi, quand une chanson me plait j’aime bien l’écouter, la réécouter et je m’en lasse pas ! Ca, c’est assez curieux !

C’est une des chansons qui vous restent de Mylène Farmer, dans le sens où si on vous en demande trois, quatre, elle fait partie de celles-là ou pas forcément ?
-Ha oui ! Oui, oui.

Le clip, il est venu comment ce clip ? Puisque là vous pouvez m’en parler, vous êtes le créateur !
-Oui ! (rires) Ha, je me rappelle plus ! Je ne sais plus…

Moi je l’ai très bien en tête, ce clip, avec ces enfants etc. 
-Oui. On reste dans le même sujet, quoi, un peu imagé. Je sais pas quoi vous dire là-dessus, comment c’est venu exactement mais je sais que ces images-là sont venues très vite au moment où il y a eu la décision de faire le clip, ce qui se passe toujours très vite parce qu’on est toujours en retard, qu’il faut aller vite etc. et puis cette idée d’univers carcéral, comme ça, un peu intemporel, c’est venu très vite, quoi. 

Est-ce que vous avez pas un peu aggravé le ton de la chanson, qui était déjà très dur, et vous vous y mettez par l’image un univers, j’allais dire, d’esclavage carrément ?!
-(dubitatif) Oui, sûrement, oui. (il éclate de rire)

Parce que là, c’est vous qui êtes l’auteur du clip, c’est vous qui décidez !
-Oui, enfin on travaille en collaboration mais c’est vrai que souvent ça a toujours été intéressant dans le travail avec Mylène, parce que c’est vrai qu’il y a eu quelques clips –dont« Désenchantée »- qui ont été assez violents, c’était compliqué par rapport à la censure ou même par rapport au public quelques fois mais ce qui est amusant, c’est que ces clips passaient à des heures où tout le monde regarde parce que d’un côté il y avait une image quelques fois très violente, et d’un autre côté il y avait une chanson pop, comme ça, qui se promenait dans les charts etc. Donc c’est assez amusant ! Enfin, je fais pas ça pour m’amuser mais…

Le décalage vous intéresse…
-Oui, j’ai toujours trouvé ça amusant. Je sais que la plupart des clips d’avant de Mylène, je suis pas sûr qu’ils passent. Ils passent aujourd’hui parce qu’ils font partie des clips qu’on a vus, qu’on connait etc. Mais si aujourd’hui on refaisait la même chose, je pense que la censure serait beaucoup plus dure aujourd’hui, quoi. C’est incroyable !

Vous pensez ?
-Ha ben, je le vois, même ! Je le vis ! (rires) Des chaînes comme la 6, c’est incroyable ! On arrive à un truc, ça s’américanise beaucoup dans tout. Il y a une uniformisation mais il y a surtout une peur de sortir d’un type d’images. Je trouve que les images aujourd’hui ne transmettent plus rien, la plupart des vidéos ne transmettent plus rien, même pas d’émotions visuelles. 

Elles n’ont même pas un plus par rapport à la chanson, c’est ce que vous voulez dire…
-Non, c’est de l’image pour l’image, de la forme pure et c’est dommage. 

Un prétexte pour passer de la musique à la télé, quoi…
-Oui. Ha oui c’est ça. À moindre coût pour faire ça en une journée, deux jours parce que ça coûte cher. Mais peu importe les coûts, d’ailleurs parce qu’on arrive à faire des choses avec rien. Il y a plus d’images. Moi je suis frappé quand je regarde la 6 ou MCM le matin, comme ça, tout est pareil ! C’est assez incroyable…

475900.jpg-rx_640_256-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx 

Une dernière chose pour revenir à ce qui nous intéresse, donc l’implication de la chanson par rapport à ce qui se passait dans la société. C’est vrai que la plupart des chansons de Mylène Farmer n’ont jamais été impliquées, je dirais que c’est presque une des plus impliquées socialement. Vous en pensez quoi ?
-Par rapport à ses autres chansons, vous voulez dire ? Moi je crois pas. Que ça touche quelque chose de social, après c’est autre chose. Je pense que dans le travail de Mylène, ce qui a été fait a toujours été lié à l’enfance. Peut-être pas à des choses précises de société, balisées, qu’on reconnait, mais souvent liées à l’enfance, au fantasme, à la terreur, à la sexualité, à ces choses qui font partie de la vie plus que de la société. 

En même temps, il y a ‘je fais partie d’une génération désenchantée’ : c’est peut-être plus direct que « Libertine » ou des choses comme ça qui sont effectivement des fantasmes, plus des rêves…
-« Libertine », oui, on est dans d’autres choses ! Absolument. Mais ce qui était amusant sur « Désenchantée », avec le temps par exemple sur la dernière tournée de Mylène (le Tour 96, nda) donc c’était cinq ans ou six ans après « Désenchantée » et qu’elle l’a chantée en concert, moi je me souviens d’avoir pris conscience comme ça justement de ça : j’étais dans la salle à Bercy à la console son, donc au milieu de la salle, et tout à coup arrive « Désenchantée », donc hurlements et tous les gens chantaient du début à la fin ! Et tout à coup, j’ai pris conscience des paroles –que je connaissais ! Mais je voyais tous ces gens en regardant autour, il y avait plein de jeunes mais il y avait aussi des gens plus âgés qui étaient là, en train de sauter en l’air, de frapper dans les mains en chantant ce texte : « Tout est chaos, à côté… ». C’était assez incroyable, ça ! C’est vrai que, tout à coup, quand on fait attention aux mots c’est assez étrange ! C’est très marrant ! Et c’est ça que je vous expliquais un peu tout à l’heure entre l’image ou les mots un peu durs ou un peu violents et le côté chanson populaire qui fait que les gens dansent ou chantent mais en prononçant des mots quand même qu’ils ne diraient pas dans la vie ou bien sauf s’ils étaient en train de manifester, peut-être je ne sais pas !

Vous pensez qu’ils chantaient ça comme un air de variétés plus qu’ils ressentaient…
-Oui. Je sais pas si en général, quand on chante une chanson on a vraiment conscience de ce qu’on chante, souvent. C’est comme les tubes américains : la plupart des gens connaissent pas le sens des mots et les retiennent phonétiquement !

Ca vous a surpris dans quel sens ? En vous disant ‘Je suis déçu parce qu’ils comprennent pas ce que ça veut dire’ ?
-Ha non, non pas du tout ! Vous savez, quelquefois vous devenez spectateur de quelque chose : là, j’étais dans le spectacle et puis tout à coup, je voyais tous ces bras se lever, les gens sauter et chanter à tue-tête et donc j’étais plus dans le spectacle et j’ai regardé autour de moi, j’entendais tous ces mots et tous ces gens heureux en train de chanter, crier, taper dans les mains en rythme…

Alors que c’était des mots durs !
-Oui ! C’était assez marrant, ça. Une drôle d’impression…

C’est une chanson qui est demandée en concert ?
-C’est pas qu’elle est demandée, mais quand elle arrive dans le concert à peu près aux trois quarts, c’est le moment où ça explose vraiment ! Dans toutes les salles et dans n’importe quelle ville de France, c’était incroyable ! Incroyable ! C’est vraiment un des plus gros hits de Mylène, d’ailleurs.

Vous vous souvenez du nombre de ventes qu’a fait le single ou pas ?
-Le single à l’époque a fait 650.000, je crois. Mais comme l’album est sorti en même temps, la plupart des gens se sont reportés sur l’album et je crois que ce single a drainé 700.000 albums en deux mois. C’était énorme !

Merci beaucoup de tout ça !
-Mais je vous en prie !

téléchargement (1)Je vous pose la question : vous, vous avez un contact auprès de Mylène pour lui écrire… ?
-Oh oui, ça, j’ai des contacts ! (rires)

Ca, je m’en doute ! (rires) Mais où je pourrais lui écrire d’une manière sans avoir des choses trop personnelles ou il faut absolument que je passe par Thierry Suc ?
-Non, ce que vous pouvez faire…

(fin brutale de l’enregistrement) 

 

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MYLENE FARMER – ANNEES COLLEGE

Posté par francesca7 le 26 octobre 2014

 

 

MF80_10aAu collège, je passais peut-être pour une égocentrique, je voulais être le centre d’intérêt, c’était pour être reconnue. J’avais envie de faire tout ce que les autres ne faisaient pas, frappée par cette peur panique de ressembler à quelqu’un. C’était valable aussi bien dans une classe ou à la maison ou dans la rue, à savoir cette peur panique de ressembler au commun des mortels. Il y a des personnes qui sont faites pour accepter. Accepter la vie, sans trop se faire violence. Et puis, il y en a d’autres, comme moi, où tout devient un combat d’arène. 

On a envie éternellement de dire qu’on est là. C’est cette fameuse envie d’exister. Le pouvoir des professeurs me révoltait, leur pouvoir de dire qu’une rédaction est bonne ou mauvaise. Ce n’était pas les notes qui me scandalisaient, c’était surtout les appréciations. Il fallait toujours que je me fasse remarquer. Vers l’âge d’onze-douze ans, j’étais souvent odieuse. J’étais un peu plus turbulente à l’école qu’à la maison. 

D’ordinaire, cela avait souvent le don d’irriter mon entourage mais une année, en Sixième, une belle femme blonde qui était en même temps notre professeur de français et de théâtre, ne m’a pas punie une seule fois. Elle avait compris que, si elle n’entrait pas dans mon jeu, je me calmerais toute seule. 

Ça n’a pas loupé, je suis devenue une bonne élève dans ces matières. J’avais envie de la remercier pour sa compréhension. J’avais un besoin, certainement, d’exister très fort à l’école, et c’était pour moi une torture que d’y aller. Mais je me souviens d’une chose étonnante : j’avais ce paradoxe d’arriver une heure avant parce que j’ai toujours refusé d’arriver en retard en cours, et une fois que j’étais assise sur le banc, c’était… c’est du masochisme ! Hiver comme été, je me retrouvais seule à sept heures trente devant la porte alors que nous ne commencions qu’à huit heures. 

En revanche, je ne portais aucun intérêt quant à la suite de la journée. C’est un paradoxe bizarre que je n’ai jamais pu m’expliquer. Enfant, j’étais donc à la fois un mélange de personnage très introverti et en même temps j’avais ce besoin de me faire remarquer. J’ai toujours aimé étonner. La Provocation, c’est le piquant de la vie. Je suis à la fois folle et sage. C’est douloureux et formidable d’affronter toutes ces turbulences. Ce que je suis aujourd’hui  n’est que la concrétisation de cet état d’esprit. Tout n’était pas très clair chez moi, même si je n’étais ni schizophrène ni autiste. Je n’ai aucun souvenir de cette période bizarre, que je n’ai pas aimée. Tout ce qui tournait autour de la scolarité, je détestais. Je n’ai pas été traumatisée, mes parents ne m’ont pas maltraitée, mais c’est comme ça. Dire de moi que je suis une révoltée tout simplement, en général ça me convient, ou alors révoltée passionnée ! J’ai l’impression de ne pas être comprise. 

Aujourd’hui, si tout n’est pas rose, j’arrive mieux à gérer ma salade interne ! 

J’ai vécu une scolarité que je qualifierais d’incolore, d’inodore. J’avais  cette réputation d’élève indisciplinée mais j’arrivais quand même à me maintenir dans la bonne moyenne. Sauf en maths où j’étais carrément nulle. 

Mon esprit anti-cartésien ne pouvait pas s’accommoder de la logique mathématique. Je ne suis pas un apôtre de l’arithmétique. Entre moi et l’algèbre, il y a toujours eu une incompatibilité d’humeur et de compréhension. A l’école, c’était un défilé de zéros pointés. En revanche j’aimais l’histoire. C’est l’un de mes seuls bons souvenirs d’école. J’aurais adoré vivre à l’époque de Louis XV. Les reines, les courtisanes et les petits marquis m’ont toujours fascinée. J’étais plutôt douée en français, j’adorais ça mais avec quelquefois une orthographe un peu anarchique. Hélas, cette  matière m’a été enseignée par des profs qui la détestaient. L’anatomie est aussi une matière dans laquelle j’excellais. Plus pour les croquis qu’on y faisait que pour la matière elle-même. Je me souviens aussi que je modelais des poupées aux effigies de quelques personnes. Je ne les ai jamais percées avec des épingles. 

 J’aimais bien aussi le dessin, le théâtre et les sciences naturelles.  J’ai appris le russe pendant trois ans au collège comme troisième langue. Mais je ne la parle pas, je déchiffre uniquement quelques phrases, c’est plutôt dur. Je l’ai vite abandonnée parce que c’était vraiment trop dur à assimiler. Pour apprendre le russe, il faut pénétrer l’univers d’un pays, d’une autre culture, y consacrer l’intégralité de son temps, « rentrer au couvent ». J’étais très douée pour la poésie, la lecture. J’ai eu brillamment mon diplôme des vingt-cinq mètres durant mes études scolaires, mais j’avais la phobie de l’eau. J’ai trois ou quatre fois eu l’occasion de m’accrocher au bord. 

 

EXTRAIT du livre : « Mylène FARMER – une grande Astronaute » –  de Yannik Provost aux Editions Edilivre.

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Si MYLENE M’ETAIT COMPTEE

Posté par francesca7 le 23 octobre 2014

 

0« Une grande astronaute » : c’est dans ces termes que Mylène Farmer  aimerait que l’on se souvienne d’elle. Une grande conquérante de  l’imaginaire qui a su relever les défis de son métier. La seule artiste  féminine française à avoir marqué son empreinte sur quatre décennies par  ses tubes, ses clips et ses concerts, passant de mannequin pour publicités à  la scène du Stade de France vingt-cinq ans plus tard. Une chanteuse qui  raconte ses rêves et ses cauchemars dans les textes qu’elle écrit elle-même,  en restant paradoxalement quelqu’un que les médias qualifient de  « mystérieuse ». De nombreux ouvrages lui ont été consacrés, tentant en  vain de percer le secret de sa réussite. 

 « On invente ma vie, mes émotions »  disait-elle en 2006. Alors pour raconter la carrière de Mylène Farmer, qui de mieux que Mylène Farmer elle-même ? 

Trente ans de carrière sont retracés dans cet ouvrage non officiel  uniquement réalisé à partir des propos de l’artiste, puisés dans plus de trois  cent cinquante interviews presse, radio ou télévisées, de 1984 à 2014. 

Aucune information n’a été inventée ou récupérée de rumeurs, de bruits de couloirs. Tout ce que vous découvrirez est extrait des entretiens que la chanteuse a pu accorder aux médias. 

Bien que le pronom personnel « je » a été conservé pour rester au plus proche des propos réunis et faciliter la lecture, il n’est en aucun cas question dans cette biographie de parler au nom de Mylène Farmer.  L’objectif de ces trois années de travail a été de réunir et fusionner toutes les idées, les explications, les inspirations et les passions, toutes les pistes sur sa vie qu’elle a elle-même décidé de laisser transparaître au fil du temps. 

Evidemment, en trente ans, tout le monde change : ses points de vues d’alors ne sont donc plus obligatoirement ceux d’aujourd’hui. Cette biographie n’est pas « la » vérité ; mais c’est « une » vérité. Parce que Mylène Farmer l’avance elle-même, le privilège d’être une artiste est de pouvoir tricher quand elle le souhaite. Si elle a inventé quelque détail que ce soit durant ses interviews, et que vous retrouverez donc retranscrit tel quel dans ce récit, cela n’en fait pas moins partie du personnage qu’elle a souhaité faire vivre. Et quel personnage ! Une grande astronaute.

 

EXTRAIT : Avant Propos du livre :  Mylène FARMER une grande Astronaute –  de Yannik Provost

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MYLENE Présentée par Patrick POIVRE D’ARVOR

Posté par francesca7 le 18 octobre 2014

 

Au JOURNAL DE 20 HEURES du 18 MAI 1989 : Entretien avec Corinne LALO sur TF1

1989-03-b« Quelques fois, c’est moi qui ai besoin d’eux, et d’autres fois c’est peut-être eux qui ont besoin de moi. »

Pour la première date parisienne du Tour 89, l’équipe de TF1 a réalisé une petite interview de Mylène Farmer diffusée en fin de journal. L’entretien est ponctué d’images de clips et quelques images de l’équipe du spectacle à Saint-Etienne, avant la première.

Patrick Poivre d’Arvor : (après un sujet sur un film consacré aux tziganes) Dans un tout autre genre, la crinière rousse, et quelque peu tzigane d’ailleurs, de Mylène Farmer qui caracole en tête du Top 50, mais ça ne suffirait pas pour lui consacrer un sujet dans ce journal, c’est qu’elle chante bien, sur des textes très personnels, et dès demain, pour la première fois, elle affronte le public au Palais des Sports.

Le reportage commence sur un gros plan de Mylène en extérieur. Elle porte un haut noir et soutient sa tête avec sa main. Une courte séquence tirée du clip de « Libertine » est ensuite diffusée avant de revenir au gros plan de Mylène, qui fait face à la journaliste Corinne Lalo, sans que l’on voie celle-ci à l’image.

Corinne Lalo : (off) C’est avec « Libertine » qu’est venu le succès, mais Mylène Farmer est avant tout romantique, fragile et pudique malgré les apparences.

Mylène Farmer : Je parle souvent de la caméra : je ne la considère pas comme étant une amie, et pourtant j’arrive à me dénuder devant elle. Donc ce sont plein de paradoxes. J’ai en tout cas besoin de ce miroir, quand même.

CL : C’est un exorcisme, un peu ?

MF : Probablement, oui. Moi j’appellerai ça presque une survie, c’est quelque chose d’essentiel.

CL : (off, par-dessus des images du clip « Tristana ») Derrière la caméra des clips vidéo, mais aussi pour les musiques et certains textes, un touche-à-tout de talent aux côtés de Mylène, son alter ego : Laurent Boutonnat. (images de Mylène Farmer et Laurent Boutonnat rentrant dans leur hôtel à Saint-Etienne)

MF : C’est une bonne étoile. Ce sont des rencontres de la vie comme on en a peu, certainement. Pour moi, c’est une rencontre magique par rapport à bien évidemment plein de choses, mais également par rapport au cinéma et à l’image, à sa façon de l’imaginer, de la créer.

CL : (off, par-dessus des images des Victoires de la Musique 1988) Sacrée meilleure chanteuse de l’année, Mylène est une écorchée vive. Elle séduit avant tout les 15-20 ans et les accompagne à travers le spleen de l’adolescence.

1989-03-cMF : S’il y a une image à trouver, je voudrais être le… enfin, c’est un compagnon de route, c’est un peu le Jeff de Jacques Brel : « Jeff, t’es pas tout seul ». C’est un peu ce sentiment-là que j’ai. Quelques fois, c’est moi qui ai besoin d’eux, et d’autres fois c’est peut-être eux qui ont besoin de moi.

CL : (off, par-dessus des images de Mylène Farmer, Laurent Boutonnat, les musiciens et les choristes du spectacle dans la cour de la salle de spectacle de Saint-Etienne où s’est tenue la première de la tournée. On voit notamment Mylène en redingote partager un fou rire avec Carole Fredericks) Mylène et ses musiciens se sont préparés pendant six mois pour réussir ce premier rendez-vous. Une rencontre à guichets fermés puisque tous les concerts affichent complet.

Fin du reportage sur ces images de la troupe.

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Mylène Farmer de A à Z dans OK

Posté par francesca7 le 18 octobre 2014

 

20 JUILLET 1987 – Entretien avec Véronique DOKAN

1987-13-aA comme Animaux

- Je vis avec un singe nommé E.T. de race capucine depuis trois ans. J’aime les animaux en général car ils sont d’un grand réconfort et ne vous saoulent pas la tête. Outre les singes, j’ai une vénération pour les souris qui sont des êtres intelligents et discrets. Lors d’un reportage photo, il m’est arrivé de poser avec des panthères, une noire et une tigrée. Celles-ci n’étaient que partiellement dressées et conservaient intacts leurs crocs et leurs griffes. La preuve, j’en garde un petit souvenir à la cuisse.

B comme Boutonnat Laurent

- Il tient une caméra depuis son plus jeune âge. Il a même réalisé son premier long métrage présenté au festival de Cannes. Pour l’anecdote, sachez que la commission de censure en a interdit la projection aux moins de dix-huit ans. Rigolo quand on sait qu’à l’époque, Laurent n’avait que seize ans ! Depuis le début, c’est lui qui réalise mes clips et écrit également certaines de mes chansons. Selon moi, et selon beaucoup d’autres, c’est un futur grand metteur en scène.

C comme Cinémascope

- C’est pour moi le plus beau format au cinéma. J’ai une passion pour cet art. Voir des films, cela m’est carrément vital. Récemment j’ai adoré « Le silence » de Bergman et « Le sacrifice » de Tarkovsky. Malheureusement, je n’ai pas trop le temps d’aller au cinéma. En revanche, je regarde beaucoup de films en vidéo mais ça ne procure pas le même plaisir. Mon rêve : installer chez moi une grande salle de projection. J’aime certains films qu’on peut juger austères mais je craque aussi pour les dessins animés de Walt Disney. A chaque fois que je vois « Bambi », je pleure à chaudes larmes.

D comme Diable ou Démon

- J’ai lu « Un bon petit diable » de la Comtesse de Ségur lorsque j’étais petite. Et depuis je me demande s’il n’y a pas toujours un bon petit diable qui sommeille en moi…

E comme E.T.

- Donc mon fameux petit singe capucin. Ou encore le film prodigieux de Steven Spielberg.

F comme Fesses

- Rondes et rosées.

G comme Gorille, Guenon, Gibbon…

- Vous avez dit primates ? Je ne sais pas encore quand, mais je passerai une partie de ma vie avec ces animaux-là. J’ai l’intention un jour de faire un élevage de singes et de vivre entourée d’eux dans un grand espace. Je ne rate jamais les reportages qui parlent d’eux et lorsqu’ils passent à la télévision, je les enregistre.

H comme … Eléphant

- Je fais ce que je veux ! En classe, j’étais plutôt douée en français mais avec quelquefois une orthographe un peu anarchique. Il faut dire que je n’ai jamais été passionnée par les études car dès mon enfance, je rêvais d’un métier artistique. A l’époque, moi qui faisais beaucoup d’équitation, je me voyais bien faire des concours hippiques et puis il y a eu l’aventure de la chanson…

I comme Imagination

- J’en manque pour cette voyelle mais je n’en manque pas par ailleurs. C’est essentiel à ma vie et je la trouve surtout à travers les livres et les films que je vois. J’aime bien parfois me couper du monde et de sa réalité à travers les histoires qu’un bouquin ou qu’un long métrage me propose.

J comme Jeaneton, larirette, larirette !

- J’ai toujours eu une aversion pour ces chansons qu’on entonnait tous en choeur dans les cars scolaires. En réalité je n’ai jamais aimé les choses collectives. A onze ans, j’ai voulu partir en Angleterre, faire un stage d’équitation mais j’ai vite déchanté en voyant les dortoirs avec quinze lits superposés, la discipline… On nous obligeait à ne parler qu’en anglais, chaque mot en français était pénalisé. Alors, je parlais en russe pour contrarier la femme qui nous hébergeait.

K comme Katherine Hepburn

- Aussi belle jeune qu’âgée… Je l’aime beaucoup et j’adorerais vieillir comme cette femme. Elle a une personnalité pleine de mystères et j’aime bien ça.

L comme Lombric

- Je faisais des élevages de vers de terre quand j’étais petite. J’ai toujours aimé enfouir mes mains dans la terre. J’ai été élevée au Canada, dans de grands espaces avec la nature tout autour, et enfant cela me plaisait beaucoup. Aujourd’hui je suis fascinée par Paris. Et la nuit, je trouve que c’est l’une des plus belles villes du monde. Si j’avais le choix (et les sous) j’aimerais bien acheter une vieille et vaste demeure ou un château pour y loger tout un troupeau d’animaux.

M comme Mutisme

- Un état que je connais bien. Il m’arrive très fréquemment et très facilement de ne plus parler pendant un long moment. En règle générale, je ne suis pas quelqu’un qui parle beaucoup, même pas à mes amis les plus intimes. A la limite, j’ai l’impression que je pourrais me confier plus facilement à quelqu’un que je ne connais pas. En fait, j’ai toujours peur qu’on ne me comprenne pas bien.

N comme Noyade

- J’ai la phobie de l’élément liquide. Je sais nager mais je crois que je ne suis allée qu’une seule fois de ma vie à plus de dix mètres de la côte dans la mer. J’ai très, très peur de l’eau. J’aime bien la mer mais plus pour le regarder que pour y barboter. Pourtant, j’ai longtemps rêvé la nuit que je vivais dans l’eau et que j’arrivais parfaitement à respirer. Allez y comprendre quelque chose…

O comme Eau, Haut…

P comme Paroles

- Avant d’être connue, j’avais toujours l’impression que les gens parlaient de moi dans mon dos, se moquaient. Et je prenais toujours toutes les réflexions à mon compte même lorsqu’elles ne m’étaient pas destinées. Aujourd’hui je n’ai pas beaucoup changé et j’avoue avoir du mal à me promener toute seule dans la rue. Cela me terrifie.

Q comme …

- Voir la lettre F

R comme Race

- J’aimerais beaucoup adopter un enfant qui aurait du sang indien. En disant cela, je pense en particulier aux Peaux Rouges du Canada, à un petit sauvage. Je trouve qu’il y a des races d’une beauté rare. Je suis allée en voyage à Bangkok, en Thaïlande, et je crois y avoir vu les plus beaux enfants 

S comme Saucisson

- Je déteste le saucisson. Ca vient du porc, c’est gras et c’est à l’image d’une certaine chanson actuelle dont je préfère oublier le titre… (nb : Mylène évoque « Viens boire un p’tit coup à la maison »)

T comme Tristana

- Ne le dites pas, Tristana c’est moi !

U comme Ubu

- Et je n’en peux plus ! Je ne bois que du Coca mais cela dès le matin au réveil.

V comme Vésicule

- Ca me fait penser à l’anatomie, matière dans laquelle j’excellais. Plus pour les croquis qu’on y faisait que pour la matière elle-même.

W comme Winston Churchill

1987-13-c- Au cours d’une soirée mondaine, Winston Churchill, quelque peu éméché, héla une femme. Celle-ci, excédée, lui tint ce propos : « Monsieur, vous êtes ivre ! ». Celui-ci de rétorquer : « Et vous, madame vous êtes laide, et moi demain j’aurai dessoûlé… »

X comme…

- Je porte plainte contre lui.

Y

- En russe, cette lettre se prononce ‘ou’. C’est une langue que j’ai apprise en classe mais je ne la parle pas.

Je déchiffre uniquement quelques phrases, c’est plutôt dur…

Z comme Zygomatique

- L’apophyse zygomatique, c’est un muscle de la joue du cheval. Ceux qui connaissent comprendront… Les autres, rendez-vous dans le dictionnaire le plus proche !

 

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GRAFFITI HORS SÉRIE avec MYLENE – ÉTÉ 1987

Posté par francesca7 le 13 octobre 2014

 

Mylène Farmer répond à nos questions par téléphone

« Tristana » est votre troisième clip…

1987-09-b

- Il y a eu « Ne plus grandir » (sic), « Libertine » et maintenant « Tristana », réalisés par la même personne :  Laurent Boutonnat.

Vos clips sont davantage des courts-métrages que de simples clips. C’est une volonté de la part de Laurent Boutonnat et de vous-même ?

- C’est d’abord un amour commun avec le réalisateur pour le cinéma. C’est notre propre conception d’une mise en images d’une chanson. On aurait eu plus de temps pour le tournage, ça serait devenu un film, c’est vrai.

Vous vouliez créer un événement en faisant un clip de dix-huit minutes (sic), aussi élaboré, comme pour vos autres clips ?

- L’événement, s’il doit se produire, se produira tout seul. J’espère que ce sera un événement, bien sûr.

Qu’évoque pour vous le prénom « Tristana » ?

- Pour moi, ça évoque tout un univers russe, alors que le prénom est espagnol. Même la chanson évoque pour moi la Russie. C’est pourquoi Laurent Boutonnat a transposé le conte « Blanche-Neige et les sept nains », en Russie. De plus, j’ai appris le russe à l’école, c’était ma seconde langue. C’était déjà une première approche de ce pays. Ce qui m’a aussi permis de parler en russe dans « Tristana ».

Où le clip a-t-il été tourné ?

- On a tourné dans le Vercors en plein mois d’avril dernier. On pensait aller plus loin et on a trouvé ces paysages naturels, ces plateaux enneigés, ces forêts, c’était formidable. Toutes ces séquences en extérieur ont été tournées là et les scènes du palais en studio, bien sûr.

Le tournage n’a pas été trop pénible à cause du froid, de la neige ?

- C’est vrai qu’il y a eu des moments difficiles, notamment sur le plateau enneigé où je suis habillée en blanc et où je tournoie dans le vent. Il faisait très froid et il y avait beaucoup de vent, de plus on a tourné ce plan très tard. Mais c’était passionnant !

On est surpris, dans votre clip de voir des passages en noir et blanc retraçant la Révolution d’octobre, des portraits de Lenine, de Marx.

- Oui, en mêlant ces images en noir et blanc aux images en couleurs, Laurent a voulu faire un ‘doux’ mélange. C’est un clin d’oeil ! Je trouve que c’est une très bonne idée de mélanger ce genre d’images à des images très romantiques, ça crée un contraste.

Comment travaille Laurent Boutonnat sur un tournage ?

- C’est un mélange d’improvisation et de préparation sérieuse. C’est aussi toute une équipe qui se déplace.

Pour ce clip, on était près de quarante personnes, la même équipe que sur « Libertine ». Pour Laurent, c’est à la fois très travaillé et il y a ce que j’appelle le talent d’un réalisateur, c’est-à-dire des choses qui nous échappent un peu quand on est sur un tournage. Alors que pour le réalisateur, c’est très précis dans son esprit. Il y a leur secret aussi…

Par rapport à « Libertine », vous êtes très pudique dans ce clip.

- Oui, on a voulu prendre le contrepied. C’était bien de se vêtir complètement et de ne pas sortir des sentiers battus ! Ca m’a beaucoup amusée de jouer ce personnage très pur !

Parlez-moi des autres personnages du clip…

- Il y a Rasoukine, joué par Vladimir Ivtchenko qui est russe et dont le métier est d’être sculpteur. Les russes sont des gens qui ont une culture très riche et qui ont toute la Russie en eux. Il y a donc deux personnages de nationalité russe ! Le héros, et le moine joué par Sacha Prijovic. Sophie Tellier, qui joue la tsarine, est danseuse. Quand je l’ai rencontrée, je lui ai proposé de jouer dans « Libertine » et ensuite dans « Tristana » (sifflement dans l’appareil, Mylène explique que c’est son petit singe qui appuie sur les touches du téléphone !)

1987-09-aAvez-vous des anecdotes à nous raconter ?

- Oui, une anecdote très sympathique. L’acteur qui joue le paysan, avait tellement le trac qu’avant toutes les scènes difficiles du sous-bois et notamment la scène du baiser, il buvait de la vodka pour surmonter sa pudeur! C’était très émouvant ! D’autant plus qu’il n’est pas acteur !

L’expérience d’actrice vous attire ?

- Oui, énormément. Précisément avec Laurent parce que j’ai travaillé trois fois avec lui. C’est quelque chose qui me tente beaucoup. Peut-être plus tard…

 

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