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Et Mylène devint Farmer

Posté par francesca7 le 2 septembre 2015

 

 

  mylène devient farmer   « Je refuse de devenir la femme que vous voulez faire de moi. Terne, insignifiante, normale. »

 Ce matin-là, Frances Farmer s’entretient avec Walter Freeman, le psychologue qui prétend la soigner, suite à un internement en psychiatrie décidé par sa propre mère. En signe de défi, comme pour montrer qu’elle veut rester elle-même envers et contre tous, elle écrase sa cigarette sur le cuir du bureau. Jessica Lange interprète le rôle dans Frances, le film réalisé par Graeme Clifford, en 1983. L’histoire vraie d’une actrice hors du commun qui, après avoir grandi à Seattle, a fait carrière dans les années 1930.

Une ascension aussi fulgurante qu’éphémère. Récompensée par un prix d’excellence à seize ans pour avoir rédigé une brillante dissertation niant l’existence de Dieu, puis star à Hollywood affichant des sympathies communistes, Frances Farmer n’obéit qu’à un seul principe : « Toujours faire ce qu’on juge bon et se moquer éperdument des autres. »

     D’où le diagnostic d’asociale qui lui colle à la peau. Pour la couler dans la norme, la psychiatrie va multiplier les tentatives. Camisole de force, traitements par électrochocs, injections d’insuline à haute dose, bains glacés prolongés… Rien n’y fait. Et Frances reste fidèle à elle-même, insoumise malgré tout. Jusqu’à ce que le bon docteur Freeman décide de la lobotomiser, afin de mettre en sourdine ses émotions.

Enfonçant une longue aiguille au fond du globe oculaire, il sectionne les nerfs reliant le cortex au thalamus. L’actrice, en qui le cinéaste Howard Hawks voyait une future Marlene Dietrich, mourra seule, à cinquante-sept ans, terrassée par un cancer de l’œsophage.

     Un destin bouleversant, qui a marqué la jeune Mylène. Elle a vingt-deux ans lorsqu’elle visionne le film dans une salle obscure. Lorsqu’il s’agit de choisir un pseudonyme, le nom de Farmer, qu’on voit à plusieurs reprises apparaître en lettres capitales sur la boîte aux lettres de la maison familiale, s’impose avec la force de l’évidence. Laurent Boutonnat, lui aussi, a été impressionné par l’œuvre de Graeme Clifford. On trouvera d’ailleurs, dans Giorgino, des séquences qui rappellent certaines scènes de Frances, notamment l’internement de Catherine au milieu des aliénées. Et cet insoutenable sentiment d’oppression qui saisit un individu doué de raison lorsqu’il est immergé au milieu des malades mentaux.

     Entre Frances et Mylène, il existe une filiation manifeste. Une haine farouche de l’hypocrisie sociale, d’abord. Dans le film, l’actrice, tout auréolée de gloire, revient à Seattle, où elle est célébrée par une fête, mais elle refuse de jouer le jeu. Ainsi, tout sourire, elle envoie ses quatre vérités à une dame patronnesse qui lui prédisait, il y a peu, qu’elle « finirait en enfer ». Sur le choix de son pseudonyme, Mylène restera plutôt laconique, se contentant d’évoquer son admiration pour cette femme « complètement écrasée par Hollywood79 » qu’elle aurait aimé interpréter au cinéma. Comme Frances, Mylène éprouve une aversion pour la lâcheté ordinaire. « Depuis mes débuts, je n’ai accepté aucune concession. La qualité que j’admire le plus, c’est l’intégrité, et je remercie la vie qui m’a permis de suivre ce chemin. »

 

Le 19 novembre 1988, lors des Victoires de la Musique, la chanteuse va prouver qu’elle n’entend pas être de ces artistes qui s’agenouillent devant la profession. Sacrée meilleure interprète féminine de l’année, elle reçoit son trophée des mains d’Alain Souchon en se disant « contente et triste » à la fois.

Une attitude mal perçue par le milieu qui, paradoxalement, la récompense ce soir-là. Quand on est ovationnée, ne faut-il pas s’incliner ? Pire, elle refuse d’interpréter une chanson en direct, comme la tradition l’exige des lauréats. En coulisses, c’est l’effervescence. En guise d’explication, son manager, Bertrand Le Page, n’apaise en rien les esprits chagrins : « Mylène ne chante pas avec un orchestre de bal », lance-t-il, comme pour jeter de l’huile sur le feu.

      Dans son édition du 21 novembre, le quotidien Libération ne manque pas d’épingler la chanteuse pour ce manquement à ces « obligations » et de railler les « nouveaux mystères » que « son laconisme » soulève. Peur de chanter en direct ? Orgueil démesuré ? Mylène est sommée de s’expliquer. Mais ceux qui s’attendent à un repli stratégique en seront pour leurs frais. « En prenant ma récompense, j’ai vu défiler les plus belles images de ma vie et les plus cruelles aussi. Dans la voiture, en quittant le Zénith, avec mon manager Bertrand Le Page, nous n’avons échangé aucun mot. J’étais assise à serrer très fort entre mes mains cet objet très lourd. C’est ma manière de vivre les choses. Mon sens de la fête est le repli sur soi, sans occulter le bonheur. Chez moi, j’ai placé la Victoire dans mon salon, sur un haut-parleur.

Comme beaucoup d’artistes, j’ai été étonnée, je n’ai vu aucune inscription sur le trophée, pas même la catégorie. Tout juste “Victoires de la musique 1988”. Je regrette cet anonymat. »

      C’est donc pour n’avoir pas vu son nom sur la statuette que Mylène s’est assombrie. Cette reconnaissance, si ardemment désirée, lui a soudain semblé vide de sens. Ce nom qu’elle s’est choisi pour atteindre son astre n’a même pas été gravé sur le socle du trophée. Pour elle, il ne s’agit pas d’un simple détail, c’est une indélicatesse qui montre que ce sacre relève de la mascarade. En elle, c’est la petite fille en quête de vérité qui souffre dans un monde où les adultes mentent.

 

     Mylène ne sera plus jamais nommée aux Victoires de la Musique. Tout juste évoquera-t-on en catimini sa récompense pour « l’album le plus exporté » en 1996. Le milieu n’a pas pardonné. Entre lui et la chanteuse, l’état de grâce n’a pas fait long feu. Rebelle à intégrer le moule, Mylène va mener sa route en toute indépendance, sans céder à ces compromissions qui la révulsent. Pour demeurer au sommet, pas besoin de taper dans le dos de ces artistes qui rêvent de l’intégrer dans leur grande et belle famille. Faire copain copain n’est pas son genre. L’amitié est une offrande qu’elle n’accorde qu’avec parcimonie.

Ainsi, on ne la verra jamais parader dans les concerts des Restos du Cœur ; cette liesse collective n’est pas pour elle.

     images (3)Dix-sept ans après l’incident des Victoires de la Musique, Mylène apprend par les organisateurs de la soirée que les votes du public l’ont sacrée « meilleure interprète féminine des vingt dernières années ».

Un plébiscite qui aurait pu tourner au sacre cathodique si la belle avait daigné répondre présente à l’invitation de la production. Mais la chanteuse n’a pas oublié. Pire, au risque d’être une nouvelle fois taxée d’ingratitude, elle rappelle que son dernier single a pour titre Fuck Them All. Un bras d’honneur qui provoque un vif émoi dans la salle, où se sont pourtant infiltrés de nombreux fans. La voix de Jean-Luc Delarue, qui anime la soirée, a du mal à couvrir les sifflets qui pleuvent de toutes parts. Histoire de calmer le jeu, Nagui, son coéquipier, lance à la star une invitation pour l’année suivante, assurant qu’elle est « la bienvenue aux Victoires ». Peine perdue… Confortablement installée devant l’écran de son

téléviseur, Mylène peut jubiler. Le bras de fer continue de tourner à son avantage.

 

De même, elle boude systématiquement les hommages institutionnels. C’est pour cette raison qu’elle a refusé de se voir remettre la Légion d’honneur. À ses yeux, être une artiste ne mérite aucune récompense qui se situe sur le terrain de l’honneur. Cohérente, la star s’est également opposée à ce que son nom figure dans le dictionnaire Larousse, assorti d’une notice biographique de quelques lignes. Parce que rien ne l’indispose davantage que d’être figée dans la posture d’une statue inerte, elle a, enfin, décliné l’offre qui lui a été proposée de faire son entrée au musée Grévin. Avoir sa réplique de cire ? Une idée terrifiante à ses yeux. Une façon de l’enterrer vivante alors qu’elle est loin d’avoir livré tout ce qui agite son esprit.

     Il faut une force colossale pour oser se mettre à dos une partie du métier. Une grande intégrité, aussi. Mais pour défendre son nom, si cruellement absent de son premier trophée, la chanteuse n’a jamais manqué de pugnacité. « Elle me fait penser au verre, me confie Philippe Séguy. Cette matière extrêmement fragile qui est, en même temps, d’une telle dureté qu’il peut traverser les siècles » Ce nom, emprunté à une autre, mais associé au prénom qu’elle a reçu à la naissance, Mylène en a fait, davantage qu’un patronyme d’artiste, une véritable signature.

     D’une pochette d’album à l’autre, il est d’ailleurs passionnant d’observer la lente évolution des typographies, sur lesquelles la star veille avec un soin quasi maniaque. Lettres qui semblent gravées dans le marbre, comme sur une pierre tombale, pour Ainsi soit je ; calligraphie épurée sur les deux albums suivants ; pleins et déliés sur l’opus Innamoramento, où prénom et nom se superposent pour former une forteresse inexpugnable ; sur Avant que l’ombre… apparaissent des pointes acérées qui, prolongeant le tracé des lettres, semblent protéger l’artiste comme une armure ; sur le dernier album, Point de suture, le « M » et Mylène et le « F » de Farmer sont reliés par un filet en une osmose parfaite, mais les pointes sont toujours là, donnant à cette architecture de lettres rouges des allures d’oursin. Pas besoin d’une longue exégèse pour décrypter le message : qui s’y frotte s’y pique.

 

Extrait du livre : MYLÈNE par Hugues ROYER aux Editions Flammarion 2008

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La veine artistique de Mylène Farmer

Posté par francesca7 le 29 août 2015

 
 
mylene-farmer-ouvOn ne devient pas artiste par hasard. 
On ne choisit pas ce chemin à part sans y avoir été initié. 
Ce germe qu’on porte en soi, comme une poussée impérieuse, 
encore faut-il qu’il croise la route d’un autre pour 
former une arborescence. 
Selon Lacan, « le moi se construit à l’image du semblable ».
 Le mieux, sans doute, est d’avoir pu trouver un modèle dans
 son entourage familial. 
C’est du côté de la branche paternelle
 que le tempérament artistique de Mylène s’enracine. 
Depuis sa jeunesse, Paul Albert Gautier,le grand-père,
 s’adonne à la sculpture sur bois et sur plâtre. 
Même s’il décède bien avant la naissance de sa petite-fille,
 celle-ci n’ignore pas qu’il avait aménagé un atelier 
d’artiste à Vanves, près de Paris, afin de donner libre cours à sa passion. 
Dans le clip de Plus grandir apparaît d’ailleurs l’une de ses œuvres,
 une vierge en plâtre, prêtée par son père pour l’occasion. 
En 2006, lorsqu’elle choisit de situer l’action du clip
 de Redonne-moi dans un atelier de sculpture, Mylène rend, d’une certaine façon,
 un nouvel hommage à ce grand-père qu’elle n’a pas connu. Elle avouera d’ailleurs 
avoir elle-même été attirée par cette discipline. 
« Plus jeune, j’ai pratiqué le modelage, la poterie. 
Le contact avec la terre est si particulier. »
 
                                                      ** 
Autre référent incontournable, la grand-mère Jeannette. 
Une femme de caractère, indépendante, très différente de Marguerite, qui semble
 ne vivre que pour ses quatre enfants. Depuis la mort de son mari, en 1953, 
Jeannette s’est installée avec la famille dans la maison de Pierrefonds. 
Une cohabitation pas toujours facile, notamment pour sa belle-fille qui a parfois
 le sentiment que Max lui échappe, pris dans les filets de sa mère comme un petit garçon docile.
 « Elle ne cessait de me disputer mon mari »,confiera-t-elle. Autoritaire, Jeannette exige 
le silence absolu lorsqu’elle s’installe au piano – elle a obtenu un premier prix au
 conservatoire de Marseille. C’est le père de Mylène qui, pour faire plaisir à sa maman,
 a fait installer l’instrument au milieu du salon. 
Lorsqu’elle joue, les enfants ont pour consigne de se taire. 
Il ne leur viendrait pas à l’idée, d’ailleurs, de contrarier leur grand-mère. 
Parfois, sa présence suffit à glacer l’atmosphère. 
Peut-être le goût profond de Mylène pour le silence vient-il de là... 
En tout cas, Jeannette semble avoir noué un contact privilégié avec la fillette, 
qui l’admire et la redoute à la fois. Toutes deux ont trouvé un singulier terrain d’entente :
 la visite des cimetières. Entre la mamie et sa petite-fille, s’instaure également 
une vraie correspondance. Alors qu’elle n’a rien d’une élève modèle, Mylène s’applique
 dès lors qu’il s’agit d’écrire à sa grand-mère. Elle forme bien ses lettres, veille
 à ne laisser aucune faute d’orthographe. Là, s’enracine sans doute le sentiment 
que l’écriture peut être un soulagement quand le contact avec l’autre s’avère difficile.
 « J’ai été très gentille, alors fais ce que tu as promis, emmène-moi au cimetière »,
 disent en substance les missives de Mylène. Au bas des pages, elle signe à l’américaine,
 avec des croix en guise de bisous.
 
                                                      ** 
Des années plus tard, la chanteuse a maintes fois évoqué le souvenir de sa mamie Jeannette. 
« Dimanche prochain, je t’emmènerai dans tel cimetière, m’écrivait-elle dans des lettres
 que j’ai conservées. Je l’envisageais sans angoisse, comme un cadeau à lui faire, 
une belle chose à partager. C’est avec elle que j’ai appris que ces endroits sont 
certes parfois tragiques, mais jamais sinistres45. » Pour la petite fille, les cimetières
 constituent une compagnie plutôt rassurante. On peut y contempler des curiosités architecturales,
 y comparer les stèles, y déchiffrer les hommages gravés dans le marbre. 
Bref, imaginer le destin de ces êtres dont l’existence semble coincée entre deux dates.
 Silencieux, ces lieux sont propices, sinon à la prière, du moins à la méditation. 
« J’arrive tout à fait à me recentrer dans un cimetière. » 
Décor privilégié de son enfance, les cimetières vont hanter l’imaginaire farmerien.
 Deux de ses clips, Plus grandir, à ses débuts, et Regrets, le duo avec Jean-Louis Murat,
 seront tournés dans ces endroits mortifères – le premier à Saint-Denis, le second à Budapest.
 Surtout, la scénographie du premier spectacle de Mylène, en 1989, sera entièrement 
conçue autour d’un cimetière. Après avoir interprété L’Horloge, la chanteuse s’engouffre
 même dans une tombe. Cette noirceur assumée classera d’emblée Mylène parmi 
les icônes « gothiques ». 
                                                    **
Rien de morbide, pourtant, dans cette passion pour les cimetières. 
Du plaisir, au contraire, une forme de communication avec cette grand-mère qui 
fascine Mylène. Mamie Jeannette se montre également très intéressée par les choses de l’art.
 « Elle adorait le théâtre et la peinture47. » À son contact, Mylène s’intéresse à la comédie.
 Certains soirs, alors que ses frères et sœur sont endormis, elle se rêve actrice. 
Une manière d’exorciser la peur des autres qui la bloque parfois. Quand elle s’imagine 
sur scène, ceux qui la paralysaient se mettent à l’écouter religieusement. 
C’est comme une revanche. Elle n’a plus à surmonter cet effort surhumain de briser la glace. 
Sa grand-mère lui montre également des reproductions de tableaux dans des livres lourds 
qu’elle feuillette comme des reliques. Elle lui apprend à distinguer les nuances infinies
 du ciel, le gris des nuages, les dégradés de vert qui donnent aux paysages leurs reliefs.
 
                                                    ** 
largeMylène n’a que quatorze ans quand Mamie Jeannette s’éteint, en 1975. 
Durant plusieurs semaines, elle se terre, inconsolable, 
dans un silence violent comme une colère sourde.
 Elle caresse parfois les touches du piano, devenu muet, mais aucune 
mélodie ne fait danser ses doigts. Impossible de tourner la page sans 
saisir le sens de tout ça. 
Cette femme lui a montré la voie. Elle savait se faire entendre et 
respecter. 
Surtout, elle a vécu sans rien sacrifier de ses passions. 
Mylène sent confusément qu’elle partage cette exigence avec sa Mamie. 
Elle non plus ne veut pas d’une existence tiède et convenue. 
Et puis, la disparition soudaine d’un être aimé renforce encore 
le sentiment d’urgence qu’éprouve l’adolescente : 
la vie n’attend pas, il faut la prendre à bras-le-corps, 
sans remettre au lendemain la moindre de ses envies. 
Dès cet instant, l’école lui semble
 un insupportable carcan. Mais il est trop tôt encore pour ruer dans les brancards. 
                                                    **
Même si tout est encore un peu flou, Mylène entend rester fidèle aux valeurs que lui
 a transmises sa grand-mère adorée. Par la suite, elle n’aura de cesse de rechercher 
la compagnie des artistes. Les seuls êtres avec lesquels elle peut partager ses angoisses
 sans se sentir exclue ou anormale. Les seuls qui soulageront le sentiment de solitude 
abyssale qui la ronge. Mais, surtout, elle veut elle-même devenir artiste. 
Dans quel domaine ? Il est trop tôt pour le dire. Elle aime dessiner, peindre, 
chanter aussi. Mais elle ne ressent aucune vocation précise. Juste l’envie de 
« devenir quelqu’un ». Comme un défi lancé à la mort.  
 
Extrait du livre : MYLÈNE par Hugues ROYER aux Editions Flammarion 2008

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Nouvel album de Mylène Farmer en décembre 2015

Posté par francesca7 le 25 août 2015

avant que minuit ne vienneSelon Paris Match et  Pure Charts son dixième album 

Si le plus grand mystère entoure encore la sortie du dixième album de Mylène Farmer, les premières informations et rumeurs commencent à circuler. Selon les informations de Paris Match, l’opus de la chanteuse rousse préférée des Français sortira au mois de décembre 2015, exactement trois ans après « Monkey Me », son dernier album écoulé à près de 400.000 exemplaires. En revanche, aucune tournée ne serait prévue pour 2016, malgré le plébiscite de sa précédente tournée « Timeless 2013″, avec plus de 450.000 spectateurs réunis dans les plus grandes salles de concerts du pays.
Le premier single dévoilé en octobre

Selon nos informations, la star serait d’ores et déjà en pourparlers pour se rendre à Cannes à l’occasion de la 17ème édition des NRJ Music Awards, qui aura lieu le 7 novembre 2015. Une participation qui laisse penser que le premier single de la chanteuse devrait être interprété dans la soirée et dévoilé quelques jours avant, à la fin du mois d’octobre. La chanteuse âgée de 53 ans est une habituée de la cérémonie de TF1 puisque depuis son lancement en 2000, elle a remporté neuf prix, ce qui en fait l’une des artistes les plus primées de l’histoire des NRJ Music Awards.

Une nouvelle équipe

648x415_mylene-farmer-cotes-sting-projet-constellations-2015 - CopieSi la préparation de l’album a pris autant de temps, c’est que l’interprète de « California » a dû aller à la recherche de nouveaux collaborateurs. Muse a un temps été envisagé pour poser sa patte sur l’album, mais la bande de Matthew Bellamy avait démenti l’information lors d’une interview accordée à Pure Charts. Son pygmalion de toujours Laurent Boutonnat ne devrait pas non plus apparaître aux crédits de nouvel album, occupé par d’autres projets. De qui s’est-elle entourée pour ce dixième album ? Le mystère reste entier.

Mylène Farmer a fait beaucoup parler d’elle ces derniers temps. Après avoir publié un livre de photos « Fragile », fruit d’une rencontre avec l’artiste Sylvie Lancrenon et qui a donné lieu à une exposition, la star était aussi à l’honneur de l’exposition consacrée à Jean-Paul Gauthier où ses tenues de scènes les plus emblématiques ont été présentées au public.

article de Matthieu RENARD

En savoir plus sur http://www.chartsinfrance.net/Mylene-Farmer/news-98307.html#GSd4RipQWMIYksDf.99

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Constellations 2015 : duo Mylène et Sting

Posté par francesca7 le 25 août 2015

 

une photo publiée par le label Polydor, accompagnée de la date du 28 août 2015. Le nom Constellations a également été dévoilé, sans que l’on sache s’il désigne le fameux morceau ou l’album entier.

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A l’heure où tout circule librement sur Internet et où plus rien n’est secret, la chanteuse française est parvenue à maintenir l’embargo sur son 10ème et nouvel album. Rien ou presque n’aura filtré jusqu’au dernier moment. Les rumeurs allaient bon train, pourtant : le retrait annoncé de Laurent Boutonnat, des titres enregistrés à Londres avec le groupe Muse, un premier single composé par Yvan Cassar (dont les propos élogieux à l’endroit de Mylène ont fait le tour des forums au mois d’avril 2015)…

Finalement, c’est la Fnac, puis Pascal Nègre lui-même – patron d’Universal Music – qui ont dévoilé la première information : le nouvel opus de la star sortira avant la fin de l’année 2015, soit près de trois ans après Monkey Me (2012), certifié disque de diamant en France en seulement un mois. 

Le 18 août, Polydor créé l’effervescence sur les réseaux sociaux en annonçant le titre Constellationsla date du 28 août et en dirigeant les internautes vers le site www.mylenefarmer-constellations2015.com sur lequel figure une photo de Mylène, enlacée par le chanteur Sting ! Les fans de l’icône rousse sont bien sûr aux anges et se perdent en conjectures. D’aucuns déclarent déjà qu’il s’agirait d’un album constitué entièrement de duos…

En savoir plus sur http://www.evous.fr/Mylene-Farmer-Constellations-2015-duo-Sting,1188623.html#cbfoSuckLR21mqAJ.99

 

Publié dans Mylène 2015 - 2016, Mylène en DUOS | Pas de Commentaires »

De l’inconvénient d’être née

Posté par francesca7 le 22 août 2015

 

 mylene-farmer
Certains n’ont pas choisi de naître. Ils ne ressentent pas, 
au fond d’eux, ce souffle 
qui bouscule tout, chasse les nuages et vous pousse 
toujours vers la lumière. 
Ils traversent l’existence comme des fantômes, promenant leur 
souffrance comme un fardeau greffé dans leur dos. 
Parfois, ils ont besoin de se pincer très fort 
pour se rappeler à eux-mêmes qu’ils sont vivants. 
Ils ne parviennent pas à aller de l’avant sans être 
paralysés de questionnements. Ils ne sont pas suicidaires,
 non, ni forcément morbides. 
 
Simplement sceptiques. Pourquoi sont-ils nés ? 
Est-ce le fruit  du seul hasard ? 
Leur existence a-t-elle bien un sens ?
 
Autant de doutes qui ne les laissent jamais en paix. Jusqu’à leur dernier soupir, 
il leur faut apprendre à apprivoiser leurs peurs, ne plus redouter la tombée du 
jour comme la promesse d’une nouvelle insomnie.
 
Mylène est de ceux-là. Elle aime à citer un mot de Samuel Beckett qui, dit-elle,
 l’accompagne depuis des années : « Ma naissance fut ma perte. » 

Le 12 septembre 1961, pourtant, c’est un magnifique bébé qui vient au monde à 
l’hôpital du Sacré-Cœur de Pierrefonds. Il est 5 heures 17 quand Mylène voit le jour,
 ce qui lui donne une configuration astrale singulière, Vierge ascendant Vierge. 
Marguerite, sa mère, a déjà donné la vie à deux autres enfants, Brigitte, en 1959, 
et Jean-Loup, en 1960. Pour cette femme de trente-sept ans à la silhouette gracile, 
la naissance de Mylène marque la fin d’un cycle. 

D’ailleurs, alors que les trois premiers enfants se suivent à une cadence rapide, 
le petit dernier, Michel, ne pointera le bout de son nez que huit ans plus tard. 
Une pause semble donc avoir été nécessaire avant d’agrandir encore la famille.
 
Mylène n’ignore rien des circonstances de sa venue au monde. La photographe Elsa Trillat,
 qui a eu des contacts privilégiés avec la famille Gautier en 1987, en témoigne.
 « Une fois, sa mère a fait une projection de photos de famille. J’ai vu Mylène bébé,
 elle était bien costaude. Ravie, elle s’est tournée vers moi et m’a dit : “Tu vois, 
quand je suis née, j’ai déchiré les entrailles de ma mère 8.” » Formule lapidaire qui
 dénote l’humour décapant de la chanteuse. Provocation, aussi, adressée à sa génitrice,
 comme si une rivalité fantasmée avait pu s’instaurer dès l’origine entre les deux femmes.
 Comme si, entre le bébé qui se bat pour naître, et sa maman, se jouait une lutte à mort,
 au terme de laquelle l’un des deux pouvait éventuellement disparaître...
 
                                                   1987-16-a
 
     « Je suis née en colère », affirme Mylène. Un sentiment qui ne la quittera pas, 
signant sans doute une forme d’insoumission dans son tempérament. Surtout, cette colère
 va s’avérer très productive : elle sera le carburant de son expression artistique. 
Bien plus tard, la chanteuse évoquera un cauchemar récurrent qui la poursuit, et dans
 lequel son inconscient revisite cette scène archaïque. « Un lit immense, des draps blancs. 
J’y suis blottie en position du fœtus. Devant moi, un énorme cordon ombilical, 
vraiment énorme...
 
Il m’incombe de le couper. Comment ? Avec les dents ? Je ne suis qu’une enfant. » 
Détresse d’un être qui, malgré ses appels au secours désespérés, doit apprendre à se 
débrouiller seul. À bien des égards, ce mauvais rêve est révélateur d’une obsession 
qui va hanter l’œuvre farmerienne : cette solitude existentielle qu’elle chantera 
sur tous les tons.

 De constitution fragile, Marguerite doit se ménager. Une amie de la famille Gautier,
 Bertha Dufresne, évoque également ses problèmes de dos. Bricoleur, Max Gautier fait 
son possible pour que son épouse puisse s’occuper des trois enfants dans les 
meilleures conditions.  « Dans la salle de bains, il avait installé une planche 
amovible qui permettait à Marguerite de réaliser la toilette de Mylène en évitant 
de se pencher trop en avant au-dessus de la baignoire, car son dos la faisait parfois 
souffrir. »
 
 Entre ce bébé robuste qui, très tôt, semble jauger les êtres, et cette maman 
ralentie par la fatigue, une forme d’incompréhension va s’installer.
 
Mylène ignore encore pourquoi elle ressent cette colère sourde. 
À mesure qu’elle grandit, que son corps s’affine, que son regard sur le monde 
s’intensifie, tout va s’éclairer. Impossible de savoir à quel moment le déclic
 se produit. Toujours est-il que cette découverte va marquer son existence à jamais :
 la fillette prend conscience de sa finitude. Ce que la vie a de révoltant, c’est 
qu’elle s’achève dans la mort. Rien ne dure, nous ne sommes que de passage. 
Comment ne pas éprouver une immense rage face à cette cruelle évidence que le monde
 adulte semble vouloir cacher aux enfants ? Un choc terrible, qui résonne comme 
la fin d’une certaine innocence. « Le fait d’être mortelle est quelque chose 
d’insupportable, dit-elle. Je porte ce fardeau avec moi. »
 
                                                     **
 
      Il lui faut vivre avec cette vérité indépassable, qui ne la réconcilie 
nullement avec sa mère. Car en lui donnant la vie, celle-ci l’a condamnée à 
mourir par la même occasion. Est-ce un hasard si la première chanson de Mylène 
s’intitule Maman a tort ? À l’époque, Marguerite semble dubitative sur le succès 
du 45 tours. Sans doute ne croit-elle pas, à l’époque, aux chances de réussite de 
cette enfant qui lui semble si peu conciliante. Au fond, la comptine dit surtout 
le refus de la fille de s’identifier à la figure maternelle.
 
Lors de son premier spectacle, en 1989, Mylène mettra d’ailleurs en scène une 
dispute avec sa mère, interprétée par Carole Fredericks, sur le thème :
 « Tu n’es pas ma mère et je ne serai jamais ta fille. » Un clin d’œil aux conflits 
qui ont émaillé les rapports entre les deux femmes. 
 
Donner la vie, c’est donner la mort. Le clip de Sans contrefaçon illustre 
bien ce paradoxe. La marionnette de bois ne devient vivante qu’au contact de 
la figure maternelle, incarnée par Zouc ; son regard plein d’amour suffit à l’animer.
 Mais cette vie, qu’elle réussit à lui insuffler, elle la lui reprend aussitôt : dès
 qu’elle s’éloigne, l’héroïne redevient pantin, au grand désespoir de son créateur.
 
                                                    Mylène-Farmer
 
 « Pendant vingt-trois ans, j’ai maudit ma mère de m’avoir mise au monde », avoue-t-elle.
 Avant d’ajouter : « Et puis après, je l’ai adorée. » Il aura donc fallu que 
Mylène entame sa carrière de chanteuse pour trouver un sens à son existence et, 
par conséquent, faire la paix avec celle qui l’a enfantée.
 
Voilà qui en dit long sur l’ambition qui la guide : en devenant artiste, 
elle veut, ni plus ni moins, défier cette mort qui lui gâche la vie. 
Une obsession qui transparaît dans nombre de ses clips, où les personnages 
qu’elle incarne semblent flirter avec la Faucheuse comme pour mieux l’apprivoiser. 
Ainsi Mylène est-elle enterrée dans Plus
grandir, empoisonnée dans Tristana, abattue dans Libertine, noyée dans 
Ainsi soit je, brûlée vive dans Beyond My Control, assassinée dans California, 
suicidée dans L’Âme-Stram-Gram ou encore refroidie dans Fuck Them All. 
Mettre en scène sa propre fin, n’est-ce pas le meilleur moyen d’exorciser 
son angoisse de disparaître ?
 
Dans Paradis inanimé, l’une des chansons de son dernier album, la chanteuse
 imagine même le scénario de sa mort avec une sérénité déconcertante :
« Dans mes draps de chrysanthèmes / L’aube peine à me glisser / Doucement son requiem
 / Ses poèmes adorés. » Aucune angoisse n’affleure : le repos éternel a des 
allures de long sommeil apaisant. Rien ne viendra désormais perturber ce silence
 qui enveloppe le corps comme un linceul. Et lorsque les pensées ressuscitent le passé,
 c’est avec le sentiment d’une existence pleinement savourée. 

Le meilleur antidote à l’angoisse de disparaître ? L’amour reçu que Mylène garde
 dans son cœur comme un trésor inaliénable. « Et mourir d’être mortelle / 
Mourir d’être aimée », chante-t-elle à la fin du refrain.

Dans le salon de son appartement, en région parisienne, Marguerite Gautier
 expose à la vue des visiteurs le premier disque d’or de sa fille. 
Un signe qui ne trompe pas. Si Mylène a gardé en elle, intacte, cette colère 
qui reste le moteur de sa créativité, elle a fait, depuis longtemps, la paix avec 
celle qui lui a donné la vie.
 

Extrait du livre : MYLÈNE par Hugues ROYER aux Editions Flammarion 2008

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Un passage de Ainsi soit-elle

Posté par francesca7 le 20 août 2015

 

Le texte qui suit a été écrit par l’écrivain Philippe SEGUY (seul biographe officiel de Mylène Farmer), qui sortait à l’époque son ouvrage Le Vent de Sud : Mémoires du compte de Cagliostro  (éditions Les Presses de la Renaissance, 1999). A cette occasion il écrit pour le Mylène Farmer International Fan-Club (aujourd’hui fermé) un texte qui trace un parallèle entre la conception de la révolte par Laurent Boutonnat et les évènements de mai 1968.   Philippe SEGUY a publié une biographie (depuis très recherchée) de Mylène FARMER en 1990 Ainsi soit-elle. On reconnaît dans tous ces textes le style de son auteur… 

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     Un visage aigu, entouré d’une coiffe de cheveux roux. Un regard clos, une bouche fermée. Seul le col blanc, en fer de lance, éclaire le costume sombre de cette garçonne qui marche, pommette rosie des coups reçus, sur cette plaine Hongroise, emportant dans son sillage un troupeau d’enfants carapaçonnés de hardes. En 1991, Mylène FARMERinterprète Désenchantée. Laurent BOUTONNAT réalise le clip. Tous deux semblent conjuguer un passé défini, une mémoire prête à jaillir et qui se fige, pareille à de la cire, pour cause de nostalgie et de défaites répétées à croire, encore, en l’homme et en ses idées.

    Cette infinie langueur intime dangereusement le mal dont souffre une génération tout entière, privée, bien malgré elle, des bruits et des agacements furieux du mois de mai 1968. C’est en elle, c’est pour elle que Mylène FARMER incruste le désenchantement, source amère où elle boit seule. Le je qu’elle emploie ici n’a pas figure de règle, ne fait pas vœu de sacerdoce, ne prétend à rien d’autre qu’au constat d’une solitaire, déçue. Blessée par ce qu’elle récent comme une trahison, délestée de tous les mots d’ordre, des anathèmes brandis, des idées d’amphithéâtre. Le drapeau rouge n’en finit plus de s’effilocher dans le chaos. De lui ne demeure qu’un rideau de scène s’entrouvrant par à-coups sur un théâtre d’ombres, la satisfaction amère de ressasser les causes perdues par les autres, de s’en rassasier jusqu’à le crier dans une chanson.

    Mylène FARMER admet que l’on partage sa souffrance, qu’elle sait véritable, qu’elle ne veut pas contagieuse, mais ne juge personne digne de réparer les cicatrices. Dans cet enclos lugubre où la plongent les caméras de Laurent BOUTONNAT, elle suscite et mène la révolte, rompt des liens, se grise, un temps, de liberté. Voici de quoi nourrir un malentendu définitif, elle qui se refuse à fédérer, à rassembler et dont la première place l’expose encore davantage. La fatalité ouatée de l’échec rattrape la bande de forçats miniatures, courant sous le soleil qui tombe vers un désarroi glacé. Pas une plainte. Plus une larme. Le piège du paradoxe se referme. Faire le tour de la prison n’est pas l’apprivoiser. Dans le regard de Mylène FARMER, se lit le courage triste d’avoir perdu la foi en franchissant le seuil de l’age adulte.

Philippe SEGUY.

                                                 extrait du mfifc n°26 – printemps 2000.

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Auteur de la biographie Ainsi soit-elle nous dévoile

Posté par francesca7 le 20 août 2015

 

 

100_2045J’ai un parcours un peu atypique. A la base, je suis docteur en histoire. En même temps, j’ai été comédien professionnel pendant 9 ans. Le destin a fait que j’ai arrêté mon métier d’acteur, que j’adorais, et que je me suis dit « qu’est-ce que je peux faire maintenant que je ne suis plus comédien : écrire ». J’ai donc commencé à piger à droite à gauche, et à rencontrer des gens qui m’ont donné la possibilité de le faire. Parmi ces gens, j’ai rencontré grâce à une amie comédienne Sylvie Devillette, qui à l’époque était quasiment rédactrice en chef de plusieurs magazines de variété. Je parlais très souvent de Mylène, parce qu’à l’époque, elle faisait Libertine. Etant spécialiste du XVIIIème siècle, j’avais adoré la manière dont Mylène abordait le XVIIIème. On a une tendance un peu ridicule de considérer le XVIIIème siècle comme un siècle gentillet, de jolis rubans et de moutons, alors que c’est un siècle extrêmement cruel, très dur. Les liaisons dangereuses ne sont pas loin, et surtout, la Révolution n’est pas loin. C’est un siècle où le sang coule et dieu sait, pour revenir à Mylène, que le sang est un élément important de ses problématiques. Je parlais donc assez souvent de Mylène Farmer à cette amie comédienne, qui m’a dit que je devrais écrire sur elle. Je lui ai répondu que ça n’intéresserait personne. Sans me le dire, elle en a parlé à Sylvie Devilette qui m’a commandé un article pour Rocknews. Je m’en souviens très bien, puisque j’avais trois jours pour le faire ! Je ne dis pas que j’ai fait un chef d’œuvre, mais j’ai fait mon papier. Deuxième hasard, Bertrand Le Page, qui était à l’époque manager de Mylène, a vu ce papier. Mylène l’a également lu et m’a envoyé un mot adorable de félicitations. Il y a donc eu un premier article, un deuxième article, un troisième article et le groupe de presse qui produisait Rocknews a décidé de consacrer un numéro spécial à Mylène. J’ai écrit la quasi-totalité des textes, avec toujours cette frustration d’être calibré par un magazine.

Genèse
C’était le moment où Mylène se plaçait dans le Top 50, où les ventes explosaient, après l’album Ainsi soit je… On sentait de la part du public une curiosité, qui ressemblait déjà à de l’amour. On n’était pas encore dans le domaine du sacre, mais il y avait quelque chose qui était du domaine de l’affectif, très intense. Puis Mylène a débuté sa tournée en 1989, et il y a eu un dîner organisé dans les Jardins de Bagatelle (ndlr : après la première au Palais des sports). Au cours de ce dîner, Sylvie Devilette, qui connaissait personnellement Laurent Boutonnat, m’a d’abord présenté à Laurent, ensuite à Mylène, et enfin à Bertrand. J’ai parlé quelques minutes avec Mylène, le contact a été très bon. C’est en revenant à ma table avec Sylvie que j’ai eu l’idée d’un livre sur Mylène qui me permettrait de donner davantage de profondeur. Bertrand Le Page a été le premier à être d’accord pour un livre. Celui qui allait devenir le mari de Sylvie, François, a réalisé la maquette. On était tous les trois extrêmement d’accord pour faire un livre qui plaise tout d’abord à Mylène, ensuite à nous, et bien évidemment à ceux qui nous feraient la grâce de bien vouloir l’acheter. Nous avons eu tout d’abord contact avec trois éditeurs. Comme les gens voyaient que le livre allait certainement coûter beaucoup d’argent, ce qui a d’ailleurs été le cas, il y a eu plusieurs désistements.

Bertrand
Bertrand Le Page était un personnage extrêmement particulier, très douloureux, pour des raisons personnelles, remarquablement cultivé et intelligent. C’est un personnage qui envoûtait et qui en même temps faisait peur à tous ceux qui l’approchaient. Il portait cette espèce de brisure, de fêle en lui, qui étaient très intenses. Mylène est une femme qui est à la fois fascinée par cet aspect morbide, mais qui, en même temps, a un tempérament de vie très fort. Je crois que, pour arriver 100_2048à écrire sur la mort comme elle le fait, il faut avoir un goût de la vie certainement beaucoup plus important qu’on ne veut bien vous le laisser croire. C’est ma version des choses. Bertrand avait compris ça, que Mylène montait, qu’elle était dans l’ascension, et que lui était progressivement dans la chute. Et c’est exactement ce qui s’est passé. Il avait également un désir d’exigence terrible. Il disait que la couleur rousse des cheveux de Mylène, c’était lui. Il m’a dit au moins dix fois : « Vous comprenez, Philippe, une chanteuse, ce n’est pas châtain. C’est blond, brun ou roux. Il faut trancher, il faut donner une couleur, une marque, une griffe. » Pour en revenir au livre, Bertrand avait évidemment tenu à voir le texte, Mylène aussi, puisque je l’ai vraiment rencontrée à ce moment-là, et qu’on a travaillé ensemble. Dès que Bertrand s’est intéressé au projet, l’accord de Mylène m’était acquis. Il a organisé des séances d’interview, au Crillon si je m’en souviens bien. J’ai aussi interviewé Laurent.

Dîner aux Beaux Arts
Le livre est sorti en 1991, et en 1989, il y a eu ce drame sombre. Mylène, à l’issue de sa tournée, a donné un autre dîner à l’école des Beaux-arts, que Bertrand avait encore une fois entièrement organisé. J’étais en train de parler avec Mylène, car ma table était voisine de la sienne, et j’ai vu son regard se figer complètement. Je me souviens qu’il y avait dans la salle des chaises Napoléon III. Bertrand a pris une chaise et l’a jetée contre une autre chaise. Laurent, lui, n’avait pas quitté son manteau, il sentait la soirée très mal, il passait de table en table avec un regard assez figé, assez dur. Et là, Mylène m’a dit quelque chose du genre « excusez-moi Philippe, mais Bertrand est en train de faire n’importe quoi ». Et la rupture était faite. C’est moi qui ait du dire à Bertrand que le chapitre du livre qui lui était consacré sautait… Après la rupture, Bertrand n’était plus rien. Il a essayé de travailler avec d’autres artistes, Sheila, ou Corinne Hermès, qui l’a d’ailleurs assez mal vécu car il était très dur. J’ai continué à garder contact avec lui, pour des raisons strictement personnelles. Il m’a raconté une histoire atroce. Un jour, il conduisait la Mercedes, au moment du concert. Il était extrêmement fatigué, il a du déraper et la voiture a basculé légèrement de son ornière, mais il l’a rapidement redressée. Mylène a du avoir peur je pense, et lui a dit « écoute, si tu veux te suicider, fais-le sans nous »… C’est une femme qui peut être dure. On ne fait pas la carrière qu’elle a faite sans être dure. Alors, qu’est-ce que veut dire la dureté ? Si la dureté veut exigence, elle est dure. Si la dureté veut dire cruauté, alors elle n’est pas dure.

Mylène au travail
La préparation du livre a donc duré assez longtemps. Je me souviens de la rencontre avec Sylvie Devilette, où Mylène a découvert mes textes. J’étais dans une autre pièce avec Bertrand, c’est Sylvie qui me l’a raconté. Elle me disait que Laurent passait à Mylène les feuilles les unes après les autres, en lui soulignant les passages de son doigt, et qu’elle manifestait quand même une certaines émotion. On passait de l’article au livre, et pour une jeune artiste évidemment, ça n’a rien à voir, le mécanisme est différent. Lorsque je l’interviewais, c’était une femme qui me parlait assez spontanément. Il n’y a pas eu de corrections de sa part, par exemple. Elle parlait toujours avec une grande précision. Cela m’énerve d’ailleurs un peu lorsque je lis des interviews publiées dans la presse, et où quelque part, je ne la retrouve pas. Alors bien évidemment, les années sont passées, les choses évoluent. Mais on sent bien parfois que les journalistes n’ont pas entendu ou n’ont pas voulu entendre. Le son « Farmer » est très particulier. Mylène est une femme intelligente, qui s’exprime très bien, et ce son part, parfois, un peu en vrille dans la presse.

Cadeaux
J’ai aussi eu contact avec Thierry Suc, c’est d’ailleurs lui qui m’a emmené la première fois en voiture chez l’éditeur du livre, Jean-Pierre Taillandier. Pour la petite histoire, dans la voiture, Thierry me faisait écouter un single de Mylène qui allait sortir. Et moi, je visualisais tous les feux pour qu’ils passent au rouge, et que j’aie la possibilité d’en entendre le plus possible ! Thierry m’avait d’ailleurs proposé de m’arrêter, si je voulais ! C’est un garçon exquis, un très grand professionnel. Mylène m’a fourni des dessins pour ce livre. Je voulais qu’elle me donne des choses qui lui soient extrêmement personnelles. Au départ, il était même question qu’elle me donne des lettres qu’elle écrivait quand elle était petite. J’ai vu ces lettres, elle les signait à l’américaine, avec les croix qui symbolisent les bisous. Et dans l’une de ses lettres, c’était absolument adorable, elle disait à sa grand-mère : « j’ai été très gentille, je n’ai pas fait pipi au lit, j’ai été vraiment mignonne, alors fais ce que tu m’as promis, emmène-moi au cimetière ». Cette adoration pour les cimetières n’est pas du tout une invention marketing, pas plus que celle pour le sang. Des années avant Je te rends ton amour, Mylène me disait « le sang est une belle matière ». Mais il ne faut pas la limiter à « ça ne va pas bien, c’est horrible ». Mylène est une femme qui aime la vie. Je n’ai pas gardé contact avec Mylène après le livre. Et ce n’était pas fait pour. Elle a tourné la page, j’ai tourné la page. Je suis passé sur d’autres projets. Je suis romancier, et j’ai d’autres livres qui sont sortis depuis.

100_2050Mylène la séductrice
A un moment donné, Mylène avait dit de moi « j’aurais préféré ne jamais le connaître ». C’était balzacien, bien sûr à notre niveau, entendons-nous. Quand madame Anska tombe éperdument amoureuse de Balzac, elle tombe d’abord amoureuse de l’auteur et d’un homme qui écrit comme un Dieu et qui la fascine, elle, la petite aristocrate polonaise. Avec Mylène, il y a eu une séduction qui est passée par les mots. Elle m’a donné ses mots, j’en ai fait un livre et je lui ai donné mes mots. Ma manière d’écrire est très tactile, très cinématographique. J’ai besoin d’un regard, d’une présence, d’une silhouette. J’ai besoin de quelque chose qui s’incarne. Mylène m’a donné une émotion, et c’est sur cette émotion que j’ai travaillé. Ce parfum, cette façon de s’habiller, cette façon d’enrouler ses membres sur elle-même, ce côté chrysalide qu’elle peut avoir, cette grâce extraordinaire… tout ça, j’en avais besoin. Vous savez, quelqu’un qui génère votre magazine, qui offre une réflexion au niveau du texte, au niveau de la maquette, c’est quelqu’un qui mérite le respect. C’est une belle carrière, c’est une carrière longue, c’est la première star de France, c’est quelqu’un qui mouille sa chemise, qui donne… Mais je n’ai jamais rencontré quelqu’un qui m’a dit « je suis un ami intime de Mylène, je la connais très bien ». A-t-elle des amis proches ? Je n’en sais rien. Quel rapport a-t-elle vraiment avec sa famille ? Je l’ignore. Elle m’a raconté qu’elle avait un jour évoqué avec sa mère, comme toutes les adolescentes, l’idée du suicide. Sa mère lui a répondu : « Ma petite, tu es comme la mauvaise herbe, et la mauvaise herbe ne meurt jamais ». Cela m’a amusé de constater que, quelques années plus tard, Mylène reprenait la formule sans problème aucun.

 

source Instant-Mag – 2004

 

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INTERVIEW DE Yannik Provost – Tout sur Mylène Farmer

Posté par francesca7 le 17 juillet 2015

 

 

Mylène Farmer : une grande astronaute en vente sur www.edilivre.com/

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« Une grande astronaute » : c’est dans ces termes que Mylène Farmer aimerait que l’on se souvienne d’elle. Une grande conquérante de l’imaginaire. La seule artiste féminine française à avoir marqué son empreinte sur quatre décennies, passant du métier de mannequin pour publicités à la scène du stade de France vingt-cinq ans plus tard. De nombreux ouvrages lui ont été consacrés, tentant en vain de percer le secret de sa réussite. « On invente ma vie, mes émotions » disait-elle en 2006. Alors pour raconter la carrière de Mylène Farmer, qui de mieux que Mylène Farmer elle-même ?

 

Trente ans de carrière sont retracés dans cet ouvrage, uniquement réalisé à partir de propos de l’artiste puisés dans plus de trois cent cinquante interviews de presse, à la radio ou télévisées, de 1984 à fin 2013.

 

Yannik Provost bonjour ! Votre livre est réalisé à partir des propos de l’artiste, puisés dans plus de trois cent cinquante interviews presse, radio ou télévisées, de 1984 à 2014. On imagine que le travail de recherche a dû être long et laborieux ?

 

Pour réaliser « Mylène Farmer : une grande astronaute », plus de deux ans m’ont été nécessaires. Je me suis beaucoup basé sur le site d’un confrère, Mylene-interviewed.c.la. Woodstock (co-webmaster également de mon site Web Innamoramento.net) y recense l’intégralité des retranscriptions des interviews de la chanteuse depuis 1984. J’ai tout relu, mais j’ai également réécouté et revisionné toutes ses interviews (fichiers vidéos, audio…), pour retrouver le ton des réponses, par exemple.

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Vous précisez que votre livre ne contient ni rumeurs, ni bruits de couloirs. Une volonté de respecter l’artiste et sa vie privée ? 

Plus qu’une volonté, cela découle surtout du principe même de l’ouvrage : ce sont les mots de la chanteuse, ou en tous cas ceux qui nous sont parvenus… avec la déformation possible que l’on connaît pour certaines interviews de presse écrite, des années 80 surtout ! Les journalistes se plaisaient alors à parfois romancer ou exagérer certains propos ! Mais j’ai pris le parti de conserver ces interviews tout de même : déjà, parce qu’il est bien subjectif de juger que tels passages sont exagérés de l’intervieweur, mais également parce que le livre se veut une « image » de l’artiste construite à partir des interviews de 1984 à 2013. Pour que ce soit plus clair : je ne prétends pas qu’il s’agit là d’une autobiographie où tout est vrai, où tout a été dit à 100% par l’artiste de façon certaine ; c’est uniquement une biographie construite à partir de ses interviews, que le journaliste ait exagéré des réponses, ou que Mylène elle-même se soit amusée (et c’est le cas) à inventer des anecdotes, qu’importe, c’est une image que l’on peut avoir de sa carrière et de sa vie par rapports à ses interviews.

 

On sent dans votre avant-propos une grande précaution à préciser que ne voulez pas parler au nom de Mylène Farmer. Pourquoi ? La peur d’être mal compris par les fans dans votre démarche ? Ou là encore une précaution vis-à-vis de la chanteuse ? 

Les deux : je voulais que ma démarche soit claire, bien comprises, que ce soit par le public ou par l’entourage de la chanteuse. Pour évoquer de nouveau ma réponse suivante, évidemment que si on imagine Mylène lire cette biographie, elle rigolerait de beaucoup de passages, ne se souviendrait pas avoir dit ça, ou ne se retrouverait pas dans certains chapitres. J’en reviens au principe du livre : je ne prétends pas avoir écrit une fausse autobiographie de la manière qu’aurait pu le faire la chanteuse pour ses 30 ans de carrière ; je prétends avoir écrit une fausse autobiographie à partir des interviews publiées !

 

D’ailleurs, question inévitable : la chanteuse et/ou son équipe ont-ils été mis au courant de votre livre ? Lui avez-vous envoyé ? 

Au courant oui, mais pour l’envoi ce sera dans quelques jours !

 

Parlons du choix des chapitres ! Comment avez-vous fait pour regrouper les dires de la chanteuse sous des grands thèmes comme « Eléments biographiques », « Carrière », « Métier » et « Personnalité » ? Cela doit-être un véritable casse-tête non ? Comment avez procédé ? 

Un casse-tête, c’est le terme ! Concrètement, j’ai tout relu/réécouté/revu, à chaque réponse je « notais » cela comme allant dans telle catégorie, tel futur chapitre… Certaines parties ont ensuite fusionné, tout a pris un ordre chronologique… Il faut savoir qu’à la base, « Mylène Farmer : une grande astronaute » devait être uniquement axé sur ce que la chanteuse a pu dire pour expliquer ses textes et clips (ce qui correspond au final à la partie « centrale » de l’ouvrage dans la table des matières). Et finalement, j’ai pris mon courage à deux mains et je me suis dit que ce serait bête de ne pas en profiter pour faire ce travail pour la moindre de ses phrases, que ce soit au sujet de ses goûts cinématographiques ou ses souvenirs d’enfances à regrouper. Je sais pertinemment que des passages du livre peuvent paraître… « lourds » ? Je veux parler de tout ce qui se retrouve par n’être qu’un listing, dans le genre « J’aime tel artiste, et lui, et lui, et je me souviens avoir eu un album d’untel ». Il fallait vraiment ne pas perdre un seul mot, un seul souvenir, donc on retrouve ces espèces de listing ou des passages redondants.

 

L’artiste accorde désormais peu d’interview. On imagine forcément qu’une mise à jour de votre livre est plutôt lointaine ? Elle ne vous facilite pas la tâche sur ce coup-là ! 

Je ne pense pas qu’il y aurait un jour une mise à jour ! Déjà parce qu’effectivement il n’y aura pas beaucoup de « matière » à l’avenir, mais aussi parce que j’aime bien l’idée que le manuscrit se soit arrêté fin 2013, pile pour les trente ans de carrière.

 

Les médias et les biographes se targuent souvent dans leur promotion de vouloir « percer le mystère Farmer » ! Ma question est simple ! Avez-vous réussis à travers les propos de la chanteuse à percer son mystère ? 

D’un point de vue personnel, en tant que fan, réaliser ce livre m’a beaucoup appris ! On a beau avoir déjà tout lu ou tout entendu sur elle, lorsque tout est réuni comme ça, et non perdu à travers des commentaires de journalistes ou au milieu d’autres réponses de l’artiste moins « intéressantes », on peut se concentrer sur l’essentiel. Des anecdotes précises, des rêves qu’elle a racontés avoir fait certaines nuits, des explications sur des paroles de chansons alors même que l’on avait oublié qu’elle ait formulé ces explications un jour…

 

Le succès de la chanteuse ne semble pas vouloir fléchir puisque après les succès en billetterie de sa tournée, du film du concert, le public achète aujourd’hui en masse le DVD Timeless ! Et pourtant elle est quasi muette dans les médias. Comment expliquer ce phénomène ? 

Mylène Farmer l’a défini très bien, dans le titre de la préface du livre photos « Avant que l’ombre… à Bercy » publié en 2006 : c’est « inexplicable » !

 

Votre premier ouvrage sort aux Éditions Edilivre. Qu’est-ce qui vous as convaincu à rejoindre cette maison d’édition ?  

Une fois le manuscrit terminé, dans une première version « courte », il y a plus d’un an, j’ai commencé à l’envoyer à plusieurs maisons d’éditions : des plus connues aux plus petites. Beaucoup de lettres de refus pendant des mois, et puis un jour « Edilivre » m’a répondu, en janvier dernier. Ce n’est pas la parfaite maison d’édition, puisqu’elle imprime les exemplaires à la commande, mais c’est bien mieux que rien ! Sans ça, le livre n’existerait toujours pas à l’heure actuelle. Je reçois même encore aujourd’hui parfois des lettres de refus pour des envois que j’ai pu faire en décembre dernier à des maisons d’éditions…

 

Plus de 4400 « J’aime » sur la page Facebook consacré à votre livre avant même sa sortie. C’est un véritable plébiscite des fans pour ton bouquin. Est-il envisageable, si le succès est au RDV, que votre ouvrage sorte un jour en librairie ? 

 Pas sous cette maison d’édition. Mais si un autre éditeur est intéressé par la suite évidemment… ! Je ne pense pas que le livre sera un grand succès de vente comparé aux autres publiés sur la chanteuse. Et pour cause : le prix ! Edilivre étant basé sur l’impression à la commande, cela engendre un coût assez élevé (surtout pour un pavé de 434 pages au format 170*270). Prix que j’ai tout de même pu arriver à faire réduire juste avant la sortie, malgré les apparences…

 

C’est votre premier livre. Cela-t-il donné envie de réitérer l’expérience ? 

Non ! Je ne suis pas écrivain, c’était uniquement un exercice de style pour celui-ci, un travail que j’aurais pu faire uniquement pour une rubrique de mon site Web. Mais en livre, c’est beaucoup plus lisible et appréciable.

 

Vous reversez directement à l’association Arc-en-ciel, qui réalise les rêves d’enfants hospitalisés, l’intégralité de vos droits d’auteurs. Pourquoi ne pas vouloir récolter le fruit de votre travail ? 

Tout ce que je fais depuis onze ans est à but non lucratif. La publicité que l’on peut parfois voir sur mon site Web ne me sert qu’à financer mes serveurs, ou même investir dans l’achat de documents/photos inédits pour les offrir aux fans de la chanteuse. Pour le livre, c’est dans le même esprit, et après tout je n’ai fait que le composer : ce sont les mots de la chanteuse, ce serait étrange de gagner de l’argent sur ça ! Pour chaque livre commandé via Edilire.com, l’association touchera 20% à la fin de l’année. 

Mylène Farmer s’est elle-même engagée avec cette association il y’a quelques années en rendant visite à des enfants malades dans des hôpitaux. C’est ce qui vous a poussé à choisir cette association plutôt qu’une autre ?  

Effectivement, pousser le concept jusqu’au bout ! Mais aussi parce que j’avais déjà été en contact avec eux l’hiver dernier, lorsque je leur avais versé le surplus de cagnotte pour la publication dans « Libération » que j’avais organisée pour les 30 ans de carrière de l’artiste.

 

En 2003 vous avez créé sous le pseudo « Ptigénie » le site Innamoramento.net qui connait désormais un succès croissant auprès des fans de la chanteuse. Est-il facile de gérer un site web sur Mylène Farmer ? On sait que les fans de la chanteuse sont très exigeant … 

Aujourd’hui, c’est devenu plus facile, puisque je me suis habitué depuis onze ans au « fonctionnement » des fans sur Internet. Je sais pertinemment que quoi que l’on fasse, les statistiques et autres probabilités feront que certains ne seront pas contents ! C’est une règle immuable qui vaut évidemment pour la vie en générale. Parfois je lis des choses sur mon site, ou sur moi, qui peuvent faire mal parce ce sont des choses qui ne me correspondent pas. On parle sans savoir… Je vais prendre un exemple tout bête qui m’a marqué cet hiver : lorsque j’ai organisé la publication de la demi-page dans le quotidien Libération pour les trente ans de carrière, j’ai été contraint de mettre en bas de celle-ci les noms des donateurs ayant participé à hauteur de 100€ à la cagnotte. J’ai alors pu lire sur un forum que j’avais organisé tout cela dans le but égoïste de m’offrir mon propre nom dans un quotidien… Sauf que dès le départ, il était hors de question pour moi d’inscrire mon nom dans cette petite liste. Lorsque la demi-page a été publiée, ces personnes n’étaient pas très prolixes pour faire remarquer que mon nom n’y figurait pas. En règle générale, il est plus facile de spéculer de façon négatives sur des intentions, que d’imaginer un instant que, oui, il est possible de faire des choses « juste comme ça », pour partager une passion. Mais dans la grande majorité, les retours que j’ai sont très sympathiques, sur Facebook, Twitter, par mails… et me donnent envie de continuer à tenir ce site encore longtemps !

 

« Une grande astronaute » : c’est dans ces termes que Mylène Farmer aimerait que l’on se souvienne d’elle. Mais vous Yannik,  avec quels termes aimeriez-vous qu’on l’on souvienne de vous ? 

J’aime bien une citation que j’avais trouvée, en slogan de mon site à une époque : « Une chose n’a de valeur que si elle est peut-être partagée ». On ironise souvent à mon propos pour ce mot, « partage », que j’emploie encore et encore comme un illuminé qui verrait le monde en mode Bisounours, petits papillons et champs de fleurs à perte de vue. On me demande souvent, en privé, si je n’ai pas des fichiers inédits (photos, vidéos…) sur Mylène Farmer qui ne seraient pas sur mon site, et que je pourrais montrer discrètement (c’est bien connu, un secret, c’est une chose que l’on ne dit qu’à une personne à la fois). Je réponds toujours  que tout est sur mon site ! Je n’ai aucun plaisir à garder quelque chose pour moi sur mon PC. Ou, en tout cas, si c’est pendant un temps le cas pour des photos inédites (par exemple) non publiées, c’est qu’elles le seront bientôt et que ce n’est qu’une question de temps, pas de « je garde ça pour moi youhou ». Et l’anniversaire du site, ou la fête de Noël, est toujours une bonne occasion pour publier ce genre de choses ;)

 

Interview réalisée par Rozier Sébastien sur http://www.linstant-interview.com/#!yannik-provost/c6e

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Une disciple de Mylène Farmer

Posté par francesca7 le 17 juillet 2015

 

jeu concours1 solA l’image de Lisa-Loup qui finit par vomir une perle de sang, incarnation de son mal-être, Mylène Farmer apparaît toujours comme cette femme-enfant mal grandie, révélant sa folie au fil des mots, mêlant impudeur sadique et angoisse muette en des créations aussi belles et aussi terrifiantes qu’elle-même. Car cette dualité permanente, de la forme et du fond, du sens réel et du sens caché, de l’image et de son reflet est, chez Mylène Farmer, la clé qui permet d’entrer dans son étrange univers personnel, dont la sensibilité à fleur de peau, la sensualité perverse et le spleen romantique mènent l’auditeur dans le plus touchant des paradis empoisonnés.

Bien que Mylène Farmer soit une artiste unique en son genre, elle a créé quelques émules qui, pour l’heure, sont bien loin de connaître un succès comparable. Citons la principale “disciple” : la chanteuse RoBERT, dont la voix et les intonations semblent souvent calquées sur celles de Mylène Farmer. Personnage étrange au physique inquiétant, RoBERT tire son pseudonyme, selon la légende, du surnom décalé dont l’aurait affublée un ancien amant. Elle apparaît en 1991 avec le single Elle se Promène, qui sera son unique tube, probablement dû au fait que bien des auditeurs pensèrent qu’il s’agissait d’une chanson de Mylène Farmer.

S’ensuivront deux albums assez réussis, Sine (1992), publié sur Sony, sur lequel on trouve une frétillante reprise de The Model de Kraftwerk, et Princesse de Rien (1997), un disque plus mature, enregistré après un long silence de cinq ans suite à d’interminables problèmes avec Sony, et publié sous quatre éditions différentes, dont la dernière en date est sortie en 2000. Sur cet album, on trouve quelques textes d’Amélie Nothomb, dont RoBERT est devenue l’amie, qui signera régulièrement par la suite des paroles de ses chansons et lui consacrera même un livre : Robert des Noms Propres. Depuis, RoBERT piétine quelque peu, même si sa renommée ne cesse de grimper.

Celle Qui Tue (2002), son troisième album, est un ratage complet, suite de mélodies insipides enrobées d’arrangements technoïdes fauchés et peu inspirés. En 2004, elle sort une sorte de best of, Unutma, dans lequel on retrouve l’essentiel de ses chansons dans des versions hélas remixées, et fort mal remixées. Seul titre à bénéficier de ce lifting racoleur, Le Prince Bleu, petite bluette enfantine et nostalgique extraite de Celle Qui Tue, et qui fera l’objet d’un single, illustré par un magnifique clip en 3-D qui passera en boucle pendant tout l’été 2004, et sortira même en version DVD.

Extrait de Lumières & Trahisons Stars du spleen grand public, et autres poussières d’étoiles par Mario Glénadel et Christophe Lorentz

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Mylene farmer : une grande astronaute

Posté par francesca7 le 15 juillet 2015

 

 

1540-1Paru le 27 juin 2014  / « Une grande astronaute » : c’est dans ces termes que Mylene Farmer aimerait que l’on se souvienne d’elle. Une grande conquérante de l’imaginaire. La seule artiste féminine française a avoir marque son empreinte sur quatre décennies, passant du métier de mannequin pour publicités a la scène du stade de France vingt-cinq ans plus tard. De nombreux ouvrages lui ont été consacres, tentant en vain de percer le secret de sa réussite. « On invente ma vie, mes émotions » disait-elle en 2006. Alors pour raconter la carrière de Mylene Farmer, qui de mieux que Mylene Farmer elle-même ?

Trente ans de carrière sont retraces dans cet ouvrage, uniquement réalise a partir de propos de l’artiste puises dans plus de trois cent cinquante interviews de presse, a la radio ou télévisées, de 1984 a fin 2013.

 

Biographie de l’auteur

Né en 1988, Yannik Provost nous offre Mylène Farmer : une grande astronaute, son premier ouvrage aux Éditions Edilivre. L’auteur reverse directement à l’association Arc-en-ciel, qui réalise les rêves d’enfants hospitalisés, l’intégralité de la somme perçue par ses droits d’auteurs. Reconnue d’utilité publique en 2004, c’est en 1991 que cette association naît, avec l’unique vocation de réaliser les rêves des enfants malades. Un rêve unique et singulier qui doit être pour chacun inoubliable. www.arc-en-ciel.com

 

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LA PLANÈTE MODE DE JEAN-PAUL GAULTIER

Posté par francesca7 le 14 juillet 2015

LIVRE «  »

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En juin 2011 est créée à Montréal une exposition itinérante consacrée au créateur Jean-Paul Gaultier qui parcourt ensuite plusieurs villes du monde.

Parmi les créations exposées, on retrouve, prêtée par Mylène Farmer, la tenue d’écorché portée par cette dernière pour son entrée en scène lors du Tour 2009.

Un beau livre accompagne cette exposition dans lequel on retrouve le témoignage de nombreux artistes ayant travaillé avec Jean-Paul Gaultier. La guêpière du clip « Je t’aime Mélancolie », la tenue du shooting pour « Anamorphosée », les costumes du Tour 2009 et les tenues portées par Mylène pour plusieurs apparitions publiques sont autant de raisons pour cette dernière de répondre à un petit entretien publié dans ce livre, d’autant qu’elle défilera pour le créateur peu de temps après !

Quelles créations Jean-Paul Gaultier ont frappé votre imagination ?

-Je vais si peu aux défilés…Bien sûr, son révolutionnaire soutien-gorge conique a marqué nos mémoires. Les jupes pour homme aussi !

Que représente son travail pour vous ?

-C’est un grand artiste. Je considère donc son travail et ses créations comme des œuvres d’art. A la manière des tatouages –qui l’ont souvent inspiré- il a déjà posé une empreinte indélébile sur l’histoire de la mode, avec sa virtuosité et sa personnalité irremplaçable.

Vous avez beaucoup tous les deux exploité la thématique de l’identité sexuelle, le masculin, le féminin, l’androgynie. A-t-il eu une influence sur vous ?

-Jean-Paul m’inspire beaucoup. J’espère que nos univers s’influencent mutuellement. J’en serais en tout cas très flattée !

Vous avez souvent travaillé avec Jean-Paul Gaultier pour des clips et des sorties officielles. Il a aussi crée les costumes de votre tournée en 2009. Comment s’est déroulée cette collaboration ?

-Il y a eu beaucoup de complicité, de rires, d’attentions réciproques, de réflexion. Toutes les tenues étaient extraordinaires, les miennes comme celles des danseurs. Le costume Ecorché est un chef-d’œuvre ‘ensanglanté’ qui a marqué l’imaginaire collectif. Le tableau ‘tutuesque’(sic) nous a enchantés : les danseurs et les danseuses étaient chaque soir très fébriles avant SDC12703leur entrée en scène !

Votre plus beau souvenir au sujet de Jean-Paul Gaultier ?

-Quand il a répondu ‘oui’ à la question « Voulez-vous travailler avec moi sur mon prochain spectacle ? » !

Un mot pour décrire Jean-Paul ?

-Pétillant !

 

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Mylène Farmer sur SKYROCK avec Jacky

Posté par francesca7 le 11 juillet 2015

 

7 MAI 1988 – Entretien avec JACKY

L’émission débute par un extrait de « Ainsi Soit Je… »

Jacky : Salut à tous, c’est Mylène Farmer et Jacky avec vous jusqu’à 20h !

Mylène Farmer : Bonjour ! (rires)

mylène5J : Bonjour, Mylène Farmer ! « Ainsi Soit Je… » : qu’est­ce que ça veut dire, ça ?

MF : Qu’est­ce que ça peut te faire ?! (rires)

J : Ben, c’est pour toi que je dis ça ! Enfin, c’est pour les ‘skyrockeurs’, d’ailleurs…

MF : « Ainsi Soit Je… », c’est le titre à la fois de l’album et du dernier 45­Trs.

J : Bon. Et pourquoi c’est pas « Ainsi soit­il » ?!

MF : Parce que j’ai préféré parler de moi !

J : …plutôt que du petit Jésus !

MF : Ensuite, il y a ‘Ainsi soit tu’ et ‘Ainsi soit il’ !

J : Et ‘Ainsi soit nous’, non ?!

MF : Non ! (rires)

J : Alors, c’est tes goûts jusqu’à 20h : tout ce que tu aimes en musique, et en tout d’ailleurs !

MF : Oui…

J : Tu es d’accord ?

MF : Oui, c’est formidable !

J : Alors là, tu as choisi INXS…

MF : Oui.

J : Parce qu’ils sont australiens ou pour autre chose ?

MF : Tout spécialement pour la chanson et pour le personnage ­ enfin, en tout cas pour le chanteur. Je le trouve très sensuel et j’aime beaucoup la production de leur dernière chanson.

J : Qui s’appelle « Need You Tonight ».

MF : Yes !

J : Tu es d’accord ?

MF : Je suis d’accord !

J : Bon, ben écoute ! Je te vois bien en train de te mettre dans une poche de kangourou, non ? (rires de Mylène) Avec fermeture Eclair !

MF : Je n’ai pas de kangourou. Pas encore !

J : Oui, enfin on en parlera de tes singes, tout çà ! Allez, INXS !

Diffusion de « Need You Tonight », suivi de « L’Horloge »

J : (…) « L’Horloge », c’est donc un poème de Charles Baudelaire…

MF : Absolument, qui est tiré de « Spleen et Idéal », et c’est un poème que j’aime beaucoup, bien sûr.

J : Je m’en doute, si tu l’as mis en musique !

MF : Absolument.

J : Tu aimes Baudelaire depuis longtemps ou tu as eu une révélation soudaine ?

MF : Non, c’est une révélation qui est continue depuis quelques années !

J : Depuis que tu es en classe de sixième ?

MF : Ca, je ne sais pas. Je crois l’avoir étudié, effectivement, en classe…

J : Oui ? Certainement, comme tout le monde.

MF : …mais je ne m’en souviens pas bien. Non, c’est une redécouverte, en fait : j’ai relu « Spleen et Idéal »…

J : Et tu as eu envie de… ?

MF : …et j’ai eu envie de la mettre sur cette musique qui avait été composée avant.

J : Beaucoup avant ou… ?

MF : Non, qui a été terminée un mois avant.

J : Il y a d’autres poètes que tu aimes bien à part Baudelaire ?

MF : Oui, il y a Rilke. Qu’est­ce que j’aime bien ? Rimbaud. Je vais en oublier plein…

J : Tu vas en oublier plein, mais c’est Baudelaire, quoi. Tu as eu envie de…

MF : C’est le plus violent, probablement, dans son écriture.

J : Certainement. Tu es violente ?

MF : J’ai une part de moi­même, oui, qui doit être très violente…

J : Tu le caches bien, parce que tu es relativement douce comme fille, enfin apparemment !

MF : Apparemment, Jacky ! (rires)

J : Apparemment seulement ?

MF : Méfiez­vous du loup qui dort, comme on dit !

J : Méfiez­vous de Mylène Farmer qui dort ! Qui dort pas trop, hein ? Bon ! On va écouter Spandau Ballet…

MF : (dubitative) Oui…

1988-02-dJ : D’accord ?

MF : D’accord !

J : De toute façon, c’est ton émission donc tu peux être que d’accord ! (rires de Mylène)

Après la diffusion du titre de Spandau Ballet, Jacky décrit la pochette de l’album « Ainsi Soit Je… » en s’attardant sur la poupée qui y figure.

MF : C’est une autre Mylène Farmer.

J : Tu préfères laquelle ?

MF : C’est sa marionnette…

J : La marionnette ou la vraie ?

MF : Celle de gauche est encore plus étrange que celle de droite !

J : Ben oui !

MF : …pour ceux qui ont la pochette ! (rires)

J : Mais, comme toutes marionnette qui se respecte, elle a des petites ficelles ? On peut la diriger ?

MF : Non. Celle­ci, il faut lui introduire la main dans le corps, dans le dos, et remonter jusqu’à la tête pour pouvoir actionner la bouche.

J : Elle peut parler ?

MF : C’est une marionnette de ventriloque, pas de…

J : Tu es ventriloque, Mylène ?

MF : Oh, je le suis à mes heures, oui !

J : Oui ? Et tu la fais parler, la marionnette Mylène Farmer, ou non?

MF : Ca m’est arrivé devant mes petits singes, justement.

J : Et ils comprennent le langage ?

MF : Ils comprennent tout !

J : Mais tu devrais le faire à la télé une fois, non ?

MF : On l’a fait, oui ! La marionnette…

J : Tu l’as fait ? A quelle émission ?

MF : Je ne sais plus. (cette mise en scène a été faite à deux reprises : « Lahaye d’Honneur » le 15.01.1988 et « Les Uns et les Autres » le 06.02.1988, toutes deux sur TF1, nda)

J : Et tu la fais parler ?

MF : On l’a pas fait parler parce que c’était difficile d’actionner la bouche, parce que le marionnettiste n’était pas là. Mais elle était présente sur le plateau : la chanson démarrait sur la marionnette et terminait sur la marionnette.

J : C’était quelle chanson ?

MF : Il s’agissait de « Sans Contrefaçon » ! (rires)

J : …que nous écouterons au cours de l’émission.

MF : Absolument ! (rires)

J : Tu en as d’autres de marionnettes, à part la tienne ?

MF : Non. Non. Non, non.

J : Tu en voudrais d’autres, non ?

MF : J’ai vu un magasin qui avait effectivement des très anciennes marionnettes à fil, et qui sont somptueuses.

J : Oui, c’est très beau ça, les marionnettes…

MF : Oui. C’est une collection que je ferais bien, ça, oui.

J : Tu pourrais peut­être la démarrer, non ?

MF : Je ne sais pas ! (rires)

J : On verra, quoi ! Quelques publicités sur Skyrock…

MF : Bien. C’est indispensable je crois ?!

J : Malheureusement ! A tout de suite !

Pause publicitaire puis diffusion de « Ca va, ça vient », le premier tube de Liane Foly.

J : C’était Liane Foly : « Ca va, ça vient ».

MF : C’est bien.

J : Bon, c’est bien, ça, hein ? Ca va, ça vient, on se demande ce qui se passe ! Tu es en train de faire un clip, là, en ce moment ? Tu l’as terminé ? Comment ça se passe ?

MF : Oui, on a tourné il y a une semaine. Tout a été fait en studio.

J : Sur « Ainsi Soit Je… » ?

MF : C’est sur « Ainsi Soit Je… » et c’est un clip qui sera un petit peu plus court que les précédents.

J : Pourquoi ? Tu les trouvais trop longs, les précédents ?

MF : Pas du tout, non. C’est pour changer un petit peu, d’une part, et d’autre part il y a ces nouveaux compacts qui introduisent cinq minutes d’images, donc que nous allons projeter… (rires) (Le clip figurera effectivement sur un CD vidéo incluant également différentes versions de la chanson, nda)

J : Donc tu vis avec ton siècle !

MF : Voilà ! Donc, je pense que ça durera cinq minutes, je crois.

J : Et c’est le même réalisateur ?

MF : C’est toujours Laurent Boutonnat. Nous sommes revenus à la première équipe et aux mêmes studios que le clip de « Plus Grandir », qui étaient les studios de Stains, et nous avons le même chef opérateur.

J : Est­ce qu’il y a Zouc ?

MF : Zouc n’est pas présente, non ! Elle était sur « Sans Contrefaçon ».

J : Comment ça s’est passé avec Zouc ? C’est toi qui l’as demandée, ou c’est elle qui… ?

MF : C’est moi qui l’ai demandée. Je l’avais demandée, j’avais eu envie d’une première rencontre, c’était à l’occasion d’une émission qui s’appelait « Mon Zénith à Moi ».

J : Oui, sur Canal +.

MF : Voilà. Et j’ai eu le souhait donc d’inviter Zouc, qui a répondu oui. Et après est venue l’histoire de « Sans Contrefaçon », du clip et le personnage était évidemment Zouc.

J : C’était bien, en plus. Tu l’avais vue sur scène, Zouc ?

MF : Je l’ai vue deux, trois fois, il y a très longtemps et j’ai revu son nouveau spectacle qui est formidable, qui est d’une grande tristesse, mais…

J : Et vous êtes restées amies ? Enfin, vous vous revoyez fréquemment ?

mylène1MF : On se téléphone régulièrement. Mais elle, elle est en tournée actuellement, donc ça lui prend énormément de temps. Moi, parallèlement, j’avais l’enregistrement de mon album. Mais je l’ai eue récemment, elle va bien !

(rires)

J : Bon, t’es sûre, ou… ?

MF : Oui ! (rires)

J : Parce qu’elle écoute là, on sait jamais !

MF : Peut­être…

J : Là, tu as choisi Renaud…

MF : Oui.

J : « Putain de Camion », une chanson qui est dédiée à Coluche.

MF : Oui, j’avoue que j’ai pas encore découvert son album, ce que je vais faire bientôt, mais…

J : Tu es inconditionnelle de Renaud ?

MF : Je ne sais pas si on peut parler d’inconditionnelle, en tout cas c’est vraiment quelqu’un que j’aime bien.

J : Qui te touche ?

MF : Qui me touche énormément, oui, qui a une émotion qui me touche.

J : Voilà. Et Coluche, tu l’aimais bien ?

MF : J’aimais bien Coluche. J’aimais bien aussi monsieur Desproges.

J : Oui, c’est bizarre, hein ? Tous ces comiques qui s’en vont comme ça…

MF : Oui. C’était les meilleurs. Qui reste­t­il ?!

J : Bon, il reste Michel Leeb, mais enfin bon… !

MF : Sans commentaires ! (rires)

J : Il vaut mieux, non ? il vaut mieux écouter Renaud, non ?

MF : Oui !

Diffusion de « Putain de Camion » de Renaud, suivi de la reprise de Mylène de « Déshabillez­Moi »

J : Coucou, c’est Jacky et Mylène Farmer sur Skyrock ! (rires de Mylène) Ben, faut le rappeler de temps en temps, parce qu’ils vont l’oublier, Mylène ! Mylène Farmer dans « Déshabillez­Moi ». Depeche Mode, ça fait longtemps que t’aime ça, non ?

MF : Ca fait très longtemps ! (rires)

J : Dès le premier album, quoi, tout de suite, d’entrée de jeu…

MF : Non, non, faut pas mentir. J’ai un petit frère qui écoute énormément Depeche Mode et qui m’a fait découvrir ce groupe à force d’écoute.

J : Ha, d’accord. Donc, c’est ton frère…Ha bon, comme quoi !

MF : Et après, c’est vrai que j’ai découvert leur univers que j’aime beaucoup. Et ma foi, nous continuons.

J : Et « Déshabillez­Moi », comment c’est venu, ça ?

MF : « Déshabillez­Moi », c’est aussi un concours de circonstances.

J : En écoutant Juliette Gréco, ou quoi ?

MF : Non, du tout. C’est lors d’une émission qui s’appelait ‘Les Oscars de la Mode’ (diffusée sur TF1 le 21.10.1987, nda). On m’a demandé d’y participer, et comme clin d’œil, c’était « Déshabillez­Moi », c’était évident. Et c’est vrai que j’ai pris un plaisir énorme, je pense pour Laurent Boutonnat aussi, que de l’enregistrer en studio.

J : Ben oui, surtout que moi j’aime bien cette version !

MF : Oui, c’était intéressant de la réactualiser.

J : Absolument. Et Juliette Gréco, tu l’as vue ? Tu as eu des échos ?

MF : Non, j’avoue que je connais très peu Juliette Gréco. Je connais beaucoup plus Barbara.

J : Tu ne connais pas son avis sur la chanson, quoi…

MF : Ah, non plus ! Non, non ! (rires) Mais j’aimais bien « Je hais les dimanches » aussi, de Juliette Gréco.

J : Oui, c’est vrai. Mais tu te rends compte que c’est extrêmement bien écrit, quoi, « Déshabillez-Moi»…

MF : Ah oui. Admirablement bien, oui.

J : Et ça te va bien d’ailleurs !

MF : (rires) Entre « Libertine », « Déshabillez­Moi »… ! (rires)

J : Ben oui ! Et tu te déshabilles souvent, non ? Tous les soirs ?

MF : J’aime bien être nue, évoluer dans mon appartement nue.

J : Nue ? Mais totalement nue ?!

MF : Totalement nue !

J : Ben écoute… ! Et les fenêtres sont ouvertes, non ?!

MF : Non, elles sont fermées, les rideaux fermés.

J : Bon…

MF : Aucune chance ! (rires)

J : Aucune chance pour moi tu veux dire ?!

MF : Je ne sais pas, Jacky…

J : Et dans la rue, tu aimes bien évoluer nue ?

MF : (rires) Vous avez des questions qui sont absolument impossibles d’y attacher des réponses (sic)

J : Bon d’accord ! Steevie Wonder… (alors que le disque démarre)

MF : (l’air très peu convaincu) Oui…oui…

J : Bon, ben ok ! Steevie Wonder !

Diffusion d’un titre de Steevie Wonder.

J : Alors, demain c’est le deuxième tour, tu sais, des élections, tu sais, pour élire le président de la République. Est­ce que tu as voté déjà pour le premier tour ?

MF : Non.

J : Non ? Est­ce que tu vas voter pour le deuxième tour ?

MF : Non plus.

J : Ca ne t’intéresse pas du tout ?

MF : C’est pas le problème. Je n’ai jamais voté et j’avoue que je n’ai plus envie de voter.

J : Il y en a aucun qui t’inspire ?

M F : Non, c’est pas ça. Il y a des personnalités qui m’intéressent. Maintenant, par rapport à la direction de diriger un pays, j’avoue que je n’ai pas la compétence moi­même pour pouvoir juger, je crois.

J : Donc tu préfères t’abstenir…

MF : M’abstenir, oui.

J : Totalement ?

MF : (elle acquiesce d’un murmure)

J : Tu regardes un peu ce qui se passe quand même, les débats politiques… ?

MF : Moi, le débat politique, oui, j’aime beaucoup.

J : Parce que c’est un peu un show, quoi…

MF : Oui, oui. Non, non, il y a des choses qui sont très intéressantes, très drôles. Très déprimantes aussi, quelquefois.

J : Est­ce que tu as regardé le débat Jacques Chirac / François Mitterrand ?

MF : Non. Moi, j’étais en enregistrement de télévision, donc, et j’ai raté le débat. Mais j’ai demandé qu’on l’enregistre. Donc c’est quelque chose que je regarderai.

J : C’est très, très bien. (rires de Mylène) Donc là, tu as choisi « Allan »…

MF : Oui !

J : …qui est un extrait de ton nouvel album.

MF : Oui, et…

J : Tu peux me raconter l’histoire brièvement de cette chanson ?

MF : Il s’agit de Allan Edgar Poe (sic). Dans cette chanson, je parle de Ligéia qui est une de ses nouvelles, qui parle sans doute de ces femmes idéales. Que dire d’autre ? C’est un auteur que j’aime.

J : Oui, moi aussi d’ailleurs.

MF : Et j’aimerais beaucoup faire un clip sur cette chanson aussi.

J : Donc, peut­être tu vas sortir cette chanson en 45­Trs ?

MF : Peut­être !

J : Tu aimerais pas faire des clips sur toutes tes chansons de l’album ?

MF : Si. C’était un projet, mais un projet qui est très, très cher et il faut avoir surtout du temps, ce que nous n’avons pas actuellement. Mais c’est vrai que c’est quelque chose que j’aimerais faire.

J : Tu auras pas le temps de faire ça ?

MF : Non. Entre le studio, l’enregistrement, après la promotion les clips et tout ça, c’est vrai que ça mange énormément de temps. C’est le thème de « L’Horloge » : ‘Et j’ai pompé ta vie avec ma trompe immonde’.

J : Mais si tu as envie de le faire, ça serait bien d’y consacrer un peu de temps, non ? Enfin, je dis ça, comme ça !

MF : Oui, oui. Oui, nous y pensons.

J : Personne l’a fait déjà, je crois. Si ? En France, je sais pas…

MF : Je sais pas. Je sais que les cassettes ­ ce qu’on avait fait, la compilation des clips ­ ça, personne l’avait fait jusqu’à présent.

J : Parce que tu es une artiste qui attache beaucoup d’importance à l’image de tes chansons, non ?

MF : Oui, bien sûr, oui. Parce que j’aime l’image, j’aime le cinéma.

J : Pour toi le clip, c’est un support extrêmement important ? Ca fait partie de la chanson ?

MF : Je sais pas si c’est extrêmement important. En ce qui concerne le cas de « Libertine », c’est vrai que ça avait été on pourrait presque dire indispensable. Maintenant après, c’est plus un plaisir qu’un besoin. Je crois qu’on peut se passer de clip, il y a suffisamment d’émissions de télévision. Nous attendons toujours une chaîne musicale…

J : Tu crois que ça va venir, ça ?

MF : J’en sais rien.

J : T’en sais rien. Tu la souhaites, toi ?

MF : Oui. J’aimerais beaucoup, oui.

J : Est­ce qu’il y a des émissions de télévision que tu refuses de faire ? Sans les citer !

MF : Il arrive un moment où c’est vrai que mon souhait c’est de paraître le moins possible.

J : D’envoyer ton clip, quoi…

MF : C’est d’envoyer le clip parce que malheureusement, on ne nous donne pas toujours de bons éclairagistes, de bons caméramans, et qu’à la fin on en a un peu assez, c’est vrai, de voir son image un petit peu massacrée ­ là je dis son image vraiment physique ­ et qu’on en finit, oui, par couper un peu tout ça.

J : « Allan », alors ! (Mylène acquiesce) Allons­y…

1996-08-aDiffusion de « Allan »

J : Je vous rappelle que vous êtes sur Skyrock avec Mylène Farmer et Jacky !

MF : Est­ce que ça a une signification, Erasion ? (nom d’une chanson diffusée pendant la coupure, nda)

J : Ca doit en avoir une, mais je l’ignore totalement !

MF : Ha bon !

J : Faudrait peut­être demander à nos auditeurs, non ?

MF : Peut­être ! (rires)

J : Vous nous écrivez ! Alors : « The Farmer’s Conclusion », c’est quoi ça ? Je vois sur l’album… (rires)

MF : Alors ça, c’est une idée de Laurent !

J : C’est un instrumental ? Parce que j’ai écouté…

MF : Oui.

J : Laurent étant le compositeur de tes chansons…

MF : Oui, absolument…

J : Je précise pour les auditeurs !

MF : « The Farmer’s Conclusion », c’est la conclusion de la fermière ! (rires)

J : C’est donc un jeu de mot, je suppose, en ce qui concerne ton nom ?

MF : Oh oui, je pense ! Vous êtes perspicace ! (rires)

J : Je suis observateur aussi, oui !

MF : (elle reprend son sérieux) Et c’est une petite chanson, elle dure combien de temps ? Je sais pas, très peu de temps…

J : Très peu de temps, mais j’aime bien moi…

MF : Très peu de temps. Il y a le pied qui est un cochon, la basse, c’est le chien ­ enfin c’est toute une construction, comme ça, qui est assez drôle.

J : Oui, c’est assez bizarre mais c’est… Ca lui a pris du temps ?

MF : Non ! (rires) Je vous garantis que non ! (éclat de rire)

J : Ca a été fait comme ça, quoi…

MF : C’était comme ça, en studio.

J : Ouais…Live, pratiquement ?

MF : (elle acquiesce d’un murmure)

J : Alors tu as encore beaucoup de singes, Mylène, ou tu n’en as toujours qu’un seul ?

MF : Non, j’ai eu un bébé.

J : Oui…Un bébé singe ?

MF : Un bébé singe, un bébé capucin.

J : Avec qui ? Avec un singe ou un humain ?

MF : Je ne sais pas ! (rires) C’est un capucin, et il est un petit peu différent du premier. Il vient d’un autre pays, celui­là vient de Chine. Il est né en France, il est né en captivité mais il a un petit air chinois !

J : Captivité pour un singe, ça veut dire quoi exactement ?

MF : Ca veut dire qu’on ne les capture pas dans leurs pays, qu’ils ne sont pas traumatisés comme ils pourraient l’être s’ils étaient capturés dans leur propre pays. C’est comme on fait des élevages de chiens ou de chats, ou je ne sais quoi. Ils sont un petit plus domestiqués. Je déplore le fait que, c’est vrai, d’abord la vente est interdite, mais il y a des magasins qui en vendent…

J : Dommage…

MF : Non, pas dommage !

J : Non, vaut mieux hein…

MF : Parce que c’est très difficile de s’occuper d’un singe. Il faut vraiment…

J : Ca te prend beaucoup de temps ?

MF : Enormément de temps, oui.

J : Pourquoi ? Parce qu’il faut vraiment lui parler ?

MF : Parce que ça a une demande d’affection qui est aussi importante, je crois, que la nôtre. On dit ça de chaque animal, mais je crois que le singe a une demande qui est étonnante.

J : Et pourquoi tu as choisi le singe ?

MF : Justement pour ce besoin de donner aussi un peu d’affection ! (rires)

J : Non, mais tu aurais pu en choisir un autre animal…

M : C’est vrai. Non, mais ça a un répondant qui est incroyable, et puis un contact qui est… C’était les singes, voilà !

J : Tu as deux singes, donc, chez toi ?

MF : Donc j’en ai deux, maintenant : j’ai le bébé et la maman. Une fausse maman, mais…

J : Mais comment ils vivent ? Ils sont en liberté dans ton appartement ?

MF : Pas continuellement, ça c’est impossible.

J : C’est ça qui m’impressionne…

MF : Ils ont une très, très grande cage, et je les sors fréquemment et je m’amuse avec eux.

J : Ah, ils sont en cage quand même, donc…

MF : Oui, mais la cage c’est…

J : C’est obligatoire la cage pour un singe ? Non ?

MF : Si, c’est indispensable sinon ils vous ruinent votre appartement en deux minutes ! (rires)

J : Ha oui d’accord, ils mangent n’importe quoi !

MF : Ben, il y en a une qui est très calme. Le bébé est beaucoup plus dynamique, donc lui renverse tout…

J : C’est des enfants quoi, faut s’en occuper comme… Non ?

MF : Pratiquement, oui.

J : Tu y consacres beaucoup de temps ? Dès que tu peux ?

MF : Beaucoup de temps. C’est pour ça que je pars très, très peu en vacances. D’ailleurs, je n’aime pas beaucoup l’oisiveté, donc… Mais c’est vrai que c’est difficile. On ne peut pas laisser un singe à autrui, c’estimpossible.

J : Ben, c’est ça, oui…

MF : Impossible. C’est très dépressif en plus.

J : Donc, quand tu te déplaces, tu te déplaces avec tes singes, ou tu les laisses ?

MF : Je fais en sorte. Mais sinon, je reste.

J : Donc tu te consacres pratiquement ­ pas complètement, mais beaucoup, quoi !

MF : Oui. Quel dévouement ! (rires)

J : Ben oui, mais c’est bien, non ?

MF : Oui !

J : Johnny Hallyday ­ bon, c’est pas un singe, mais … (Mylène se prend d’un fou rire qu’elle tente d’étouffer) ­ on va écouter Johnny Hallyday, maintenant.

MF : C’est « Je te promets » ?

J : Ouais…

MF : Il le dit combien de fois ?

J : Il le dit souvent je crois, non ?

MF : Je crois !

J : Aussi souvent que « Je t’attends », je crois. Non, je sais pas…

MF : Je vous laisse juge ! (son fou rire la reprend)

J : Je sais pas si il est en cage, mais…Il est pas en cage lui, Johnny Hallyday, non ? On y va : « Je te promets »

Diffusion de « Je te promets » de Johnny Hallyday

J : Bon, il est 19h, vous êtes sur Skyrock et il n’y a pas de flash ! C’est pas grave, remarque, hein Mylène ?!

MF : Il n’y a pas de publicité, non plus ?

J : Il n’y a pas de publicité, il n’y a pas de flash ! On va écouter Aubert, c’est toi qui as choisi, « Tel est l’amour »…

MF : Oui, il est…

J : (il la coupe) On va en parler après ! Aubert & co…

Diffusion de « Tel est l’amour » de Jean­Louis Aubert

J : « Tel est l’amour », choisi par Mylène Farmer.

MF : Oui, j’ai vu leur clip.

J : Il est bien, hein ?

MF : Il est très, très, très beau.

J : Donc tu préfères le clip à la chanson, à la limite !

MF : Non, du tout. Non, non. J’aime beaucoup Jean­Louis Aubert.

J : Oui. Que tu as rencontré ?

MF : Une fois.

1995-06-bJ : Une fois ?

MF : Croisé. C’est quelqu’un que j’aime bien. Que dire d’autre ? Je trouve qu’il a un physique pour le cinéma.

Je ne sais pas si ça a déjà été fait, proposé…

J : Je ne pense pas, mais peut­être ça viendra !

MF : Oui. Et voilà, c’est un peu tout ce que j’ai à dire sur Jean­Louis Aubert !

J : Ben écoute, Mylène Farmer, c’est très, très bien. Passons maintenant à Alpha Blondy…

MF : Oui. Vous allez m’en dire deux mots ! (rires)

Diffusion d’un titre de Alpha Blondy, suivi de « Tristana »

J : « Tristana » de Mylène Farmer. Alors ça, c’est ‘souvenirs souvenirs’, Mylène ?

MF : On va penser plutôt aux souvenirs du tournage du clip…

J : Ce sont des souvenirs récents, quand même ?!

MF : Oui, relativement oui.

J : Oui, quand même !

MF : C’était fabuleux : la neige, tout ce que j’aime. C’était un tournage très difficile.

J : Mais le clip était bien quand même ?

MF : Je pense, oui !

J : Tu l’aimes toujours, la chanson ?

MF : Oui !

J : Est­ce que tu réécoutes tes anciens disques ? « Maman a Tort »… ?

MF : Non, un peu difficilement.

J : Pourquoi ?

MF : Parce que le deuxième album est tout récent, et…

J : C’est­à­dire qu’il est pas assez ancien pour toi pour que tu puisses l’écouter, c’est ça ?!

MF : Je sais pas. Je pense que je sais pas si un auteur relit tous ses livres. J’en suis pas sûre. Non, je reviens difficilement à ce que j’ai fait avant.

J : Ca fait combien de temps que tu chantes ? Combien d’années, maintenant ?

MF : Je crois que ça fait quatre ans.

J : Quatre ans ? (Mylène acquiesce) Donc ça a été très vite pour toi, le succès, non ? Tu penses ?

Enfin, je sais pas, peut­être pas, je me rends pas compte…

MF : Je crois que ça a été progressif. C’est ce qui est, enfin, ce que j’aime le plus dans cette évolution.

J : Tu es vigilante, lucide, par rapport à tout ça ?

MF : Je pense très lucide, et puis surtout envie de travailler.

J : Beaucoup ?

MF : Oui. J’ai besoin de travailler, moi, pour survivre. Vraiment, le travail.

J : Sinon tu t’ennuies ? Oui, tu n’aimes pas l’oisiveté, tu me l’as dit…

MF : Non, sinon je m’ennuie. Je pourrais être dépressive très facilement, aussi.

J : Tu as des tendances à la dépression ?

MF : Je pense, oui. J’en suis même sûre ! (sourire)

J : Et « Tristana », cette chanson, c’était dédié à quelqu’un ou c’était juste… ?

MF : Non, c’est une atmosphère, et puis c’est…

J : Qui correspondait à l’époque où tu l’as écrite ?

MF : Pas du tout. Oh non. Non, non, non, non ! Non, je crois que l’époque après ce phénomène un petit peu russe qu’on a vu dans les magasins avec les poupées russes est venue à brûle­pourpoint, et c’était pas du tout volontaire.

J : Est­ce que tu aimes prendre l’air du temps ?

MF : Je préférerais être intemporelle…

J : Oui…

MF : …donc hors mode.

J : Tu l’es déjà un peu, non ?

MF : Ca, je ne peux pas dire ! (sourire)

J : Oui, oui ! Il vaut mieux être hors mode que mode ?

MF : (elle acquiesce d’un murmure)

J : Pourquoi ? Parce que la mode, ça se démode ? Tu as peur de disparaître ?

MF : Forcement éphémère…

J : Là, tu as choisi Jacques Dutronc, « Il est cinq heures, Paris s’éveille ». C’est une chanson assez sensuelle…

MF : Magnifique.

J : Magnifique, oui…

MF : Il m’est arrivé d’errer la nuit, au petit matin ! (rires)

J : Oui ? Souvent ? Tu aimes bien la nuit ?

MF : J’aime la nuit. Je ne suis pas vraiment quelqu’un de la nuit…

J : Donc tu dors, la nuit ?

MF : Il m’arrive de dormir. Je me réveille très souvent, pour faire des confidences ! (rires)

J : Des cauchemars, non ?

MF : Je fais beaucoup de cauchemars, mais ça c’est vraiment par période. Je pense que c’est lié à des faits réels de sa vie. Je suis plus sujette aux cauchemars qu’aux rêves.

J : Ca ne te dérange pas ?

MF : Pas du tout, non.

J : Ca t’arrange, peut­être ?

MF : J’ai également une complaisance dans ce genre de… (rires)

J : Est­ce que ça t’est arrivé d’écrire une chanson d’après un cauchemar que tu avais fait ? Ca t’a inspirée ?

MF : Heu, non. Non, pas réellement. Mais c’est un bon sujet, je vais le garder ! (rires)

J : Tu peux le noter, d’ailleurs ! Et tu t’es retrouvée déjà dans Paris à l’aube, comme ça, vers cinq heures, sur les trottoirs, dans les boîtes… ?

MF : Oui, ça m’est arrivé ! Mais Paris est une des plus belles villes. J’ai peu voyagé, mais c’est vrai que c’est une des plus belles villes au petit matin.

J : Dans ta jeunesse, tu sortais beaucoup ?

MF : Non, très peu aussi.

J : Tu n’aimais pas ça, les boîtes de nuit…?

MF : Non. Non, non. Je n’aimais pas évoluer parmi tout le monde.

J : Trop superficiel pour toi, ou… ?

MF : Non, à cette époque là, je ne jugeais pas ça comme tel mais je ne m’y sentais pas bien. Je préférais rester chez moi. (silence) Ne me regardez pas comme ça, Jacky ! (rires)

J : Non, mais c’est bien ! Bon, Jacques Dutronc, allons­y !

Coupure musicale avec « Il est cinq heures, Paris s’éveille », suivi d’un titre de Bryan Ferry.

J : C’est Bryan Ferry : tu dois aimer ça, non ?

MF : Oui…

J : Ca correspond un peu à ce que tu aimes, non ?

MF : A quoi ?! A mon son ?!

J : Je sais pas ! A ton type de garçon ? Je sais pas, physiquement, moralement…

MF : Non, mais c’est quelqu’un qui a beaucoup de classe, qui a de belles chansons.

J : Oui, je trouve. Qui est propre sur lui, qui est bien habillé, qui dégage…Tu aimais bien « Roxy Music » ? (groupe monté en 1971 par Bryan Ferry, nda)

MF : Dois­je entendre que je suis propre sur moi ?! (rires)

A (2)J : Oui. C’est un compliment, non ?

MF : Oui !

J : Tu aimais bien Roxy Music ? Non ?

MF : Oui ! Oui, oui…

J : Est­ce que tu vas au concert ?

MF : Très peu. Le dernier concert c’était Gainsbourg.

J : Oui, là au Zénith, ou au Casino de Paris ?

MF : Oui, au Zénith (en mars 1988, nda). J’aurais peut­être préféré le Casino de Paris…

J : Oui, certainement…

MF : Ca, c’est vraiment avec trois points de suspension parce que je ne l’ai pas vu.

J : Tu as pas aimé le Zénith ?!

MF : Je ne me permettrais pas de dire ce genre de choses…

J : Sur Gainsbourg…

MF : …parce que j’aime beaucoup vraiment Gainsbourg. Maintenant, je pense que quelque chose de plus intimiste, oui, serait plus proche.

J : Tu as peur de la foule, non ?

MF : Je ne m’y sens pas très, très bien, c’est vrai. J’ai un peu peur des regards, surtout.

J : Qui se portent sur toi ?

MF : Oui. Mais ça depuis vraiment que je suis toute petite.

J : Ca n’a rien avoir avec le fait que tu sois un personnage public, alors ?

MF : Ca s’est amplifié, fatalement, puisqu’on vous regarde un peu plus facilement.

J : Oui, c’est ça…

MF : C’est pour ça que j’ai pas envie de provoquer non plus ce genre de choses qui pourraient m’être désagréables, donc c’est pour ça que je sors moins.

J : Quand tu étais ‘inconnue’, ça te gênait ?

MF : Enormément ! Quand j’étais dans un train, et que ce face à face avec…

J : Dans les compartiments, c’est horrible !

MF : C’était terrible. Je préférais me lever et…

J : Qu’est­ce que tu faisais ? Tu prenais un livre ?

MF : Non : coller mon nez contre la porte ! (rires)

J : Tu regardais les vaches ?

MF : …et regarder les vaches passer ! (rires)

J : Ou les singes ! (rires de Mylène) Lio : tu aimes bien alors, c’est ton choix, ça…

MF : J’aime beaucoup cette fille, absolument.

J : Moi aussi, remarque !

MF : C’est une fille pleine d’énergie que je trouve très, très belle.

J : Qui dégage une espèce de…

MF : Hmm hmm…

J : OK, « Les brunes comptent pas pour des prunes », c’est ça ?

MF : C’est un des titres que je préfère. C’est pas le plus récent, je crois…

J : Mais c’est pas grave, Mylène Farmer ! (rire gêné de Mylène) Allons­y : Lio !

Diffusion du titre de Lio, suivi de « Pourvu qu’elles soient Douces »

J : « Pourvu qu’elles soient Douces », qu’on vient d’écouter…

MF : De quoi s’agit­il ?!

J : Alors, oui ?!

MF : Je vous pose la question !

J : Bah justement, je te le demande Mylène ­ je vous le demande !

MF : (rires) Il s’agit des petites fesses.

J : Pourquoi ? Tu aimes bien les petites fesses ?

MF : Oui…

J : Des singes, ou pas forcément ?

MF : Non, là il faut avouer que les fesses de singes ne sont pas très jolies, pas très douces ! Mais…

J : Celles d’hommes ?

MF : Celles de bébés !

J : Tu as un enfant ?

MF : Non.

J : Tu aimerais en avoir un ?

MF : Je ne sais pas. Je ne peux pas me prononcer là­dessus, mais…

J : Peut­être ? S’il vient, tu…

MF : Ce n’est pas le propos du moment, en tout cas.

J : Ouais, pas le temps, quoi !

MF : Voilà, pas le temps ! (rires)

J : Pas l’envie, alors ?

MF : Pas l’envie, tout simplement, non.

J : Ce sont des fesses de bébés dont tu parles, là, dans cette chanson ?

MF : Non pas des fesses de bébés, mais je disais que j’aimais beaucoup les fesses de bébé !

J : Ce sont les fesses en général ?

MF : Les fesses en général…

J : C’est une partie du corps agréable à regarder ?

MF : C’est une des plus jolie parties du corps.

J : Ca dépend qui, non ? Je sais pas !

MF : Comme toujours. Mais en l’occurrence, je préfère les fesses aux…

J : Aux quoi ? Au nez, par exemple ?!

MF : Les fesses aux nez, par exemple ! (rires)

J : Les oreilles tu trouves ça moche, par exemple ? C’est pas très sensuel…

MF : (rires) Non, les pieds ! J’aime pas du tout les pieds !

J : Ah bon ?

MF : Non.

J : Les doigts de pieds, ou le pied en général ?

MF : Le pied en général.

J : Pourquoi ? Tu trouves que ça a une forme vulgaire ?

MF : Je ne sais pas. Non, je trouve ça inélégant. C’est bizarre !

J : Même les tiens ?

MF : Même les miens, oui !

J : Tu supportes pas tes pieds, quoi ? Tu ne les regardes jamais ?

MF : Non. J’aime pas du tout mes pieds.

J : Et les mains ? Plus déjà !

MF : Oui, beaucoup plus. Avoir de belles mains, oui, ça doit être révélateur certainement d’une sensibilité. On dit que les artistes, en tout cas les artistes peintres et écrivains, ont très souvent ­ enfin, les hommes ­ de très, très belles mains, très longues, très fines.

J : Tu as déjà remarqué ça ?

MF : Oui.

J : Oui ? Mais qu’est­ce que tu trouves bien sur les fesses ? Je comprends pas ! C’est la rondeur, c’est quoi ? C’est… ?

MF : Jacky ! Vous ne comprenez pas ?! (rires)

J : Expliquez moi, Mylène Farmer !

MF : Quelle est cette innocence ?! (rires)

J : C’est de l’innocence, bien entendu !

MF : (après un silence) Pas de réponse ?! (rires)

J : Bon ! Est­ce que tu connais les fesses de A­Ha, les scandinaves ?

MF : Non, nous n’avons pas été présentés !

J : C’est dommage parce que c’est des fesses nourries au lait entier…

MF : Oui…

J : …puisque ce sont des scandinaves, ils doivent manger du yaourt. Tu veux que je te les présente ?

MF : Oui, avec plaisir !

J : Bon, ben écoute on les écoute et après je verrais ce que je peux faire !

MF : D’accord ! (sourire)

Diffusion d’un titre de A­Ha

J : Je vous rappelle qu’on est toujours avec Mylène Farmer, quand même…

MF : Oui, toujours sur Skyrock, je crois.

J : Oui, avec son album, entre autres, ses goûts. Là, tu as choisi « Sans Logique »…

MF : Oui.

J : « Sans Logique », qu’est­ce que…

MF : (l’interrompant) Le refrain, c’est donc ‘De ce paradoxe je ne suis complice, souffrez qu’une autre en moi se glisse, car sans logique je suis satanique ou angélique’. Et je me trompe dans le texte moi­même ! (rires)

J : Oui, mais c’est presque ça, non ?

MF : Oui.

J : C’est toi qui l’as écrit, de toute façon !

MF : Absolument.

J : Tu écris toutes tes chansons ?

MF : Dans cet album, j’ai…

J : En dehors de « Déshabillez­Moi »…

MF : Et en dehors de Baudelaire : oui.

J : Tu fais confiance à personne d’autre pour les textes, à part Baudelaire ? (rires)

MF : Bien sûr que non ! Non, non, on l’a fait vraiment entre nous, petit à petit. Et j’ai travaillé donc pendant trois mois.

J : Comment tu écris tes textes ? L’inspiration te vient comment ? En restant chez toi alors, puisque tu dis voyager peu.

MF : Oui.

J : C’est dans la tête, quoi, tout le temps, les rencontres avec les gens…

MF : Ce sont des rencontres, ce sont des lectures, Edgar Poe et puis des sentiments, des choses…

J : Est­ce que tu connais beaucoup de gens ? Est­ce que tu as beaucoup d’amis, par exemple ?

MF : Non.

J : Non ? Ca ne te dérange pas ?

MF : Non, pas du tout.

J : Tu restes souvent seule chez toi, à bouquiner ou…?

MF : Ca m’arrive. Il m’arrive de peindre, aussi.

J : Ha, tu peins ?

MF : Un petit peu.

J : Tu pourras me montrer ?!

MF : Hmm, je ne sais pas. Non, je pense pas ! (rires)

J : Tu as déjà montré tes oeuvres ?

MF : Non, non.

J : Ha si, il y a bien des intimes qui doivent les connaître, non ?

MF : Laurent Boutonnat doit en connaître une partie, Bertrand Lepage…

J : Oui ? Et ce sont les deux seuls ?

MF : Je crois, oui, oui.

J : Pourquoi ?

MF : J’ai beaucoup de pudeur quant aux dessins parce que, bon…

J : Tu es pas sûre de toi, c’est pas comme les disques, quoi ?

MF : Non, c’est pas la même chose. C’est que c’est vraiment, ça, quelque chose que en l’occurrence je ne maîtrise pas du tout.

J : Qu’est­ce que tu peins ? Des natures mortes ?

MF : Non, c’est…beaucoup d’imagination.

J : Oui ? Surréaliste, un peu ?

MF : Je ne pourrais pas les décrire, là ! (rires)

J : Ha bon, c’est comme ça, quoi ! (Mylène acquiesce) Et tu prends le temps de peindre, par contre ?

688585-jpg_473913MF : Ben parce que peindre, c’est très facile de prendre un pinceau, des couleurs ou du fusain et un papier. Il n’y a pas besoin de grande préparation avant.

J : Est­ce que tu penses à autre chose quand tu peins, ou est­ce que tu es complètement dans ton tableau ?

MF : Non, je pense à beaucoup de choses.

J : Oui, c’est pour ça que c’est…bon ! (rires)

MF : C’est vrai que c’est peut­être plus facile pour moi de peindre que d’écrire.

J : Est­ce que tu fais la cuisine, par exemple ?

MF : Pas du tout !

J : Tu détestes ça ?

MF : Jusqu’à présent, je n’aimais pas beaucoup manger. J’ai quand même découvert quelques plats agréables.

J : C’est important, tu sais ! Est­ce que tu fréquentes les restaurants ?

MF : Très peu.

J : Très peu…Tu es végétarienne ?

MF : Vous êtes de la police ?! (rires)

J : Oui, inspecteur : Inspecteur Jacky !

MF : J’ai découvert la nourriture japonaise.

J : Oui ? Il était temps, remarque. Mais c’est bien ! Tu aimes le poisson cru ?

MF : Les sushis ?

J : Oui…

MF : Oui, j’adore ça !

J : Les tempuras aussi, les beignets de légumes, tu connais ?

MF : Tempura ? Non, je ne connais pas. Non, je connais les sushis, moi : sushis crevettes cuites.

J : Oui, mais c’est très bon ! En plus c’est présenté d’une manière agréable. Ce sont des tableaux, moi je trouve ! (Mylène acquiesce d’un murmure) On n’a pas envie de les manger, à la limite, quand on les voit, non, bien présentés comme ça…

MF : Je ne sais pas ! (rires)

J : Tu les dévores quand même, toi ?

MF : Je les dévore très vite !

J : Bon, on va peut­être écouter un peu de musique là, non ? C’est « Sans logique » !

MF : Oui…

J : Voilà, Mylène Farmer !

Diffusion de « Sans Logique », suivi d’un titre de Peter Gabriel

J : C’était « Biko » de Peter Gabriel. Tu as une passion pour Peter Gabriel je crois : à chaque fois qu’on se voit, tu …

MF : Oui. C’est vrai que j’ai toujours envie de le choisir.

J : T’as raison, parce qu’il est bien !

MF : C’est quelqu’un qui m’émeut, qui a des yeux, enfin, un regard que j’ai rarement rencontré.

J : Exactement. Tu le connais ? Moi, je l’ai…

MF : Non, du tout.

J : Il est charmant, vraiment. Et « Biko », la chanson, tu aimes bien cette chanson, ou c’est comme ça, par… ?

MF : Là, c’est un petit peu comme ça…

J : Tu sais qui c’est Biko ?

MF : Biko ? Non.

J : Le Noir qui s’était fait assassiner en Afrique du Sud…

MF : D’accord. Oui, oui, parce que j’ai vu en plus le clip qui a été fait.

J : Lui aussi, il met beaucoup d’attention à ses clips, quand même, non ?

MF : Oui.

J : A chaque fois, c’est…

MF : Mais il y a un clip qui était fabuleux, c’était le duo avec Kate Bush (« Don’t Give Up », nda) qui était d’une simplicité et d’une sobriété…

J : Qui était très beau, oui…

MF : Magnifique.

J : Tu l’as vu sur scène, non ? Parce que c’est bien !

MF : Jamais, non.

J : Ah ben, tu devrais ! Là, tu… ?

MF : Là je n’ai pas pu y aller.

J : Parce que tu aimes bien Peter Gabriel, tu ne seras pas déçue, quoi. Même avec Genesis à l’époque, tu l’as pas vu ?

MF : Non, non. Non, je connais bien ses albums. C’est quelqu’un qui devrait faire aussi du cinéma.

J : Je pense, oui. Est­ce que tu comptes faire de la scène, toi, par contre ?

MF : Oui, c’est un souhait. C’est quelque chose que je ne ferai pas, je pense, avant un an.

J : Oui…

MF : Mais j’y pense de plus de plus.

J : T’as peur de la foule : ça doit être bizarre, non ?

MF : Non, parce que là il y a cette distance qui est provoquée par la scène, et puis ce n’est pas pareil que de faire un…

J : Enfin, j’ai l’impression que ça serait bien de faire ça !

MF : Oui, je crois. Je pense, en tout cas. J’en ai envie.

J : Oui, faut le faire ! Et les gens attendent ça de toi, maintenant. Enfin, j’ai l’impression, non ?

MF : Certainement, oui. Il y a des personnes qui souhaitent me voir sur scène. J’ai la même envie, donc tout va bien !

J : Tout va bien ! Tu as d’autres envies en ce moment ?

MF : Le cinéma. Et puis, j’aurais l’audace… C’est­à­dire que j’ai envie d’écrire un livre, mais je pense que je le ferai plus tard.

J : Un roman ?

MF : Peut­être des nouvelles. C’est ce qu’il y a de plus dur à mon avis à écrire. Peut­être un roman. J’avoue que je ne sais pas.

J : Et un jour tu voudras exposer tes peintures ?

MF : Ca, je pense que ne le ferai jamais ! (rires)

J : C’est trop moche ?

MF : Non, non, non, non ! (rires)

J : On sait jamais ! Parfois…

MF : Non, non, j’aurais cette lucidité que de le dire ! Mais c’est pas trop moche : c’est trop intime, voilà. (sourire)

J : Trop intime, oui. Où tu t’habilles ? Tu as toujours des beaux vêtements…

MF : J’ai rencontré récemment une femme qui m’a habillée dans le clip de « Sans Contrefaçon » et avec qui je continue de travailler, qui s’appelle Marie­Pierre Tataracci. Voilà.

J : Tu lui fais confiance absolument…

MF : Nous travaillons côte à côte. C’est­à­dire que si j’ai des modifications à faire et à apporter dans un costume, je me permets de le lui dire et de lui soumettre. C’est une femme, oui, qui a justement cette recherche de sobriété et qui a des matériaux qui sont magnifiques : elle travaille beaucoup le…comment ça s’appelle ? Le velours de soie. Elle travaille les satins, la soie.

J : Et les formes aussi : tes vêtements sont assez…

avatar392_72MF : Et puis elle a des formes qui sont très issues, je crois, du théâtre. Voilà ! (rires)

J : Mais c’est très, très bien, Mylène Farmer ! Bon, ben on va se quitter parce qu’il est l’heure…

MF : C’est indispensable ?

J : C’est indispensable. Mais il y a pas de pubs, on se quitte avec « Sans Contrefaçon ». Merci MylèneFarmer et à bientôt !

MF : Merci à vous ­ merci à toi !

J : Ha ben il était temps ! (rires de Mylène) Merci à vous et à bientôt !

MF : Au revoir !

Diffusion de « Sans Contrefaçon » pour clore l’émission.

Publié dans Mylène 1987 - 1988, Mylène et ses longs discours | Pas de Commentaires »

6 MINUTES AVEC MYLENE

Posté par francesca7 le 22 juin 2015

 

1996-0225 MAI 1996 - M6

Le jour du lancement du Tour 96, une équipe de M6 Toulon Marseille l’y a rencontrée pour quelques images diffusées dans le 6 Minutes national, sous le titre : « Le retour ». On découvre alors, dès la première image,

Mylène en chemisier beige, assise dans le fauteuil orange du Tour 96, placé au centre de la scène.

Mylène Farmer : Traqueuse, mais heureuse. Heureuse de le faire en tout cas !

(en voix­off sur un extrait du clip « California ») Mylène Farmer a le trac. Et pour cause : elle n’est pas montée sur scène depuis huit ans. (sic) (sur des images de Mylène prenant place sur le fauteuil) Son retour, elle a décidé de le faire en grand : une tournée de dix ­neuf concerts. On connaît son goût pour l’image : derrière elle, ses musiciens et ses danseurs, il y a un écran géant de neuf tonnes.

MF : Il y a d’excellents musiciens qui m’entourent. J’ai de très, très bons danseurs. Ils viennent tous des Etats ­Unis, non pas parce que les danseurs français ne sont pas bons, mais tout simplement, j’avais envie d’un métissage donc c’est plus facile aux Etats­ Unis pour trouver ce métissage, cette différence de couleurs de peau. Je suis bien entourée.

(sur un extrait du clip de « California ») Mylène Farmer en tournée, ça commence ce soir, au Zénith de Toulon, avec M6.

 

SIDA, LE GRAND RANDEZ-VOUS

4 JUIN 1987 - Présenté par Jean-Marie CAVADA
ANTENNE 2

A l’époque diffusée sur Antenne 2, cette édition de « La Marche du Siècle » est exemplaire puisqu’il s’agit de l’une des toutes premières émissions en France en prime-time consacrée au Sida. A l’initiative de Line Renaud se sont réunis sur le plateau du débat de Jean-Marie Cavada un grand nombre d’artistes venu afficher leur engagement pour cette cause.
C’est le cas de Mylène qui, en cours d’émission, interprète « Au bout de la nuit ».
1987-09-aPlus tard dans l’émission, Jean-Marie Cavada fait réagir les différents artistes présents sur le plateau. Il se tourne donc, entre autres vers Mylène.

Jean-Marie Cavada : Mylène Farmer, ça vous apparaît aussi à vous la grande peur de la fin du siècle, le Sida ?
Mylène Farmer : Ca m’apparaît… ?! Je n’ai pas compris. 

JMC : La grande peur de la fin du siècle. 
MF : Ca transparaît en tout cas. Le fait que cette émission ait lieu, je pense que c’est quelque chose, oui, qui est très, très grave. C’est un fléau. Maintenant, que dire ? Moi j’ai côtoyé la mort de très près, j’ai vu une personne partir avec un problème de cancer. C’est quelque chose de dramatique et la vie est parfois une vaste plaisanterie. Voilà, je ne sais que dire…

Jean-Marie Cavada fait réagir ensuite Marc Lavoine. Mylène n’intervient plus jusqu’à la fin de l’émission. Notons toutefois qu’étant placée derrière Line Renaud et Jean-Marie Cavada, on la voit très, très souvent à l’image.

 

 

Publié dans Mylène 1995 - 1996, Mylène en CONFIDENCES | Pas de Commentaires »

MYLENE A L’INSTANT X

Posté par francesca7 le 14 juin 2015

 

DEJEUNER DE GALA A LA MYLENE – sur NOSTALGIE le 30 NOVEMBRE 1996

JOURNALISTE(S) : MICHEL COTTET

mylène

À l’occasion de la reprise du Tour 96, Mylène est l’invitée de Radio Nostalgie pour cette émission qui prend la forme d’une conversation entre l’animateur Michel Cottet, curieux de tout, et son invité.

Cet entretien est probablement le plus long que Mylène ait jamais accordé (bien qu’à peine quelques mois plus tôt elle déclarait à Paul Amar à l’issue d’une émission plus courte que celle-ci qu’elle ne ferait sans doute jamais plus d’émission aussi longue !).

Il est à noter que, probablement débarrassée du poids de l’image de la télévision et de la crainte que les propos soient déformés par la presse écrite, Mylène est ici très à l’aise et semble intellectuellement complice avec Michel Cottet, qui s’intéresse notamment beaucoup à l’auteur plutôt qu’à la chanteuse.

L’actualité de Mylène Farmer, c’est cet album, « Anamorphosée » -bien que ayant déjà quelques mois, il est encore tout frais et tout présent à notre mémoire et on se laisser bercer en ce moment par l’excellent titre « Rêver »- et puis il y a cette tournée, non pas gâchée mais interrompue pour une stupidité. Il ne m’appartient pas de déverser une kyrielle de qualificatifs pour essayer de vous cerner, de vous faire réagir –c’est toute la magie d’un personnage. Ceci dit, tout ce mystère qui débouche sur un statut de phénomène est-ce que vous n’avez pas l’impression quelquefois que cela fait ombrage à votre vrai statut, qui est avant tout quand même, si je ne m’abuse, auteur-compositeur-interprète ?

-Ombrage, je ne sais pas bien. Est-ce que j’en souffre ? Non, pas vraiment. J’ai décidé de ce mystère en ce sens que je parle peu et que je réponds peu aux questions en général, donc je crois que j’en suis l’auteur donc je n’ai pas à m’en plaindre.

Je ne parlais pas forcément du mystère mais du fait que à force de vouloir justement le percer, on en oublie de parler avec vous de ce qui quand même nous séduit au préalable, c’est-à-dire votre musique, votre façon d’écrire, votre façon de paraître sur scène. Est-ce que parfois vous n’avez pas l’impression d’être dépassée par vous-même, en quelques sortes ?

-Je ne suis pas sûre de pouvoir répondre à cette question, si ce n’est que c’est vrai que l’évocation de l’écriture est quelque chose, dans le fond, d’assez rare de la part d’un journaliste parce que je crois qu’il est plus enclin à parler ou d’une vie privée que l’on ne veut pas dévoiler, ou des choses qui sont ‘plus racoleuses’. Peut-être que je souffre de ça un peu, oui.

On y reviendra, et j’espère comme ça que votre passage à Nostalgie vous aura ôté un peu de souffrance puisqu’on évoquera votre écriture. Ce que l’on sait, c’est que vous avez quand même ‘fui’ à Los Angeles pour essayer de retrouver une forme de solitude. Vous avez vos repères, j’ai les miens : moi, c’est Léo Ferré, Ferré qui disait :‘Dans la solitude, le désespoir est une forme supérieure de la critique. Pour l’instant, nous l’appellerons bonheur’. Le désespoir, vous l’avez touché ?

-Je crois qu’il a fait partie de mon quotidien, mais maintenant je ne pense pas être la seule ! Je pense que le commun des mortels a des moments de bonheur et des moments de détresse absolue. Je crois que même une journée peut être comblée par bonheur et tristesse à la fois. Maintenant, est-ce que je fais l’apologie de la détresse et du malheur : non. Je l’ai exprimée, en tout cas.

Cette solitude, vous la recherchez ?

-Je ne suis pas sûre de me définir comme quelqu’un d’étant solitaire. J’aime parfois avoir des moments, oui, seule : l’écriture est un moment privilégié pour ça. Maintenant, j’aime bien la compagnie de personnes choisies.

Quel est le moment le plus fort, justement ? C’est rentrer dans cette solitude ou en sortir pour retrouver l’autre ou les autres ?

-Je crois que les deux sont à déguster ! (rires)

Je poursuis avec ce texte de Ferré, toujours sur cette solitude : ‘je voudrais m’insérer dans le vide absolu et devenir le non-dit, le non avenu, le non vierge par manque de lucidité’. Ne pas rencontrer le bonheur, est-ce que c’est pour autant être lucide ?

-(elle se répète la question à elle-même) Ne pas rencontrer le bonheur… Je ne sais pas. En tout cas, j’aime l’idée de s’approcher de ce vide et de ne faire qu’un avec ce vide. C’est vrai qu’il y a quelque chose, l’idée du néant, qui est quelque chose de très happant. C’est vrai que parfois, on a envie de se confondre avec le vide, avec le rien.

Ce que vous appelez le non-dit, qui est essentiel pour la réussite…

-Oui.

Diffusion de « California »

Mylène Farmer est votre invitée aujourd’hui dans ce « Déjeuner de Gala » sur Nostalgie, avec cette notion de non-dit. Ne pas énoncer, ne pas expliquer pour susciter la curiosité, est-ce que c’est bien compatible avec une autre notion, qui est celle de la fidélité ? Je veux dire par là, quand on côtoie des gens ou des habitudes, forcément on perce le mystère, donc là c’est un peu antinomique, non ? Parce que vous êtes quelqu’un de fidèle –je parle du point de vue professionnel !

-Je pense être quelqu’un de fidèle, oui, dans tous les sens du terme et toutes les situations. Maintenant, pardonnez-moi : j’ai oublié la question ! (rires)

Je disais, parallèlement à cette fidélité vous êtes porteuse de cette idée de non-dit :‘je garde la mystère, je ne veux pas qu’on me dévoile et je ne veux pas dévoiler’. Est-ce bien compatible, ces deux approches ?

-Là encore, je ne… Le non-dit, j’aime les non-dits, maintenant est-ce que je suis caractérisée par le non-dit : je ne le crois pas. Maintenant, j’ai choisi de dire certaines choses, de dévoiler certaines choses, de les clamer parfois et quand une question ou un sujet me dérange, là effectivement ce sera ou un non-dit ou un non tout court ! (rires)

MFarmerDonner un sens à tout, c’est ridicule pour vous, finalement…

-Je sais pas si, là encore, c’est ridicule –pardonnez-moi ! (rires) Je ne pense pas avoir d’abord la prétention, et je ne pense pas que la vie vous offre un sens à tout. Je crois que ça fait partie aussi du mystère de la vie, du mystère de la mort, de toutes ces choses qu’on ne sait pas et qu’on ne saura probablement jamais. Parfois on peut souffrir de ce silence et des ces non-réponses, et parfois je trouve ça plutôt bien. C’est une forme de liberté aussi en soi.

Je vais peut-être vous soulager, je viens à votre secours -si tant est que vous en ayez besoin : finalement, c’est pour ça que vous redoutez l’exercice que nous sommes en train de faire parce qu’il est communément admis qu’à toute question doit correspondre une réponse, et en plus logique !

-Oui. Oui, c’est vrai que là, dans le fond je n’aime pas la logique, je n’aime pas le rationnel et c’est un exercice qui est difficile, uniquement parce que je dois parler de moi, dans le fond c’est aussi bête et simple que ça. C’est un exercice difficile pour moi.

Parler de soi… Parler d’idées qui vous traversent la tête, c’est peut-être pas forcément parler de vous. C’est peut-être plus facile…

-Oui, mais c’est une façon de se mettre en avant et c’est vrai que là, ça fait partie d’un exercice qui est probablement utile à l’artiste, en tout cas on lui demande. Mais si j’avais à choisir, je crois que j’aurais rayé cette mention ! (rires)

Le non-dit, c’est aussi l’imaginaire. Est-ce un jardin dans lequel vous aimez flâner ?

-J’aime surtout, je dirais, au travers de lectures. Quant à mon imaginaire, oui, je cultive ce jardin, je crois, oui. Maintenant, là encore j’aurais du mal à en parler parce qu’il est imaginaire, justement !

Mais un auteur se doit d’imaginer, et l’imagination c’est une forme de liberté que vous recherchez…

-Oui.

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Retour dans « Déjeuner de Gala » sur Nostalgie. On parle avec Mylène Farmer, votre invitée, de la liberté. Quelles sont les situations, les mots, les événements dans lesquels vous ne vous sentez justement pas libre ?

-Les dîners où il y a beaucoup de personnes… (elle cherche, puis pouffe de rire)

Une foule, c’est pas ‘beaucoup de personnes’, c’est qu’une personne raisonnée ?

-Oui. Oui, c’est toujours un peu facile comme détournement, mais dans le fond c’est vrai. C’est vrai, quand on est en face d’un public, quelque soit la salle, à partir du moment où il y a plus de deux personnes, trois personnes, mais plus le nombre est grand et plus il ne reforme qu’un et une énergie, en tout cas.

En tête à tête, vous vous livrez plus -parce que sur scène, on peut dire que vous vous livrez- vous vous livrez plus que devant une multitude de gens…

-Non, je pense que c’est faux. Je pense que je me livre davantage, mais peut-être sans la présence des mots ou en ayant choisi les mots. Maintenant, je crois que l’émotion que moi je ressens sur scène et que je peux offrir est quelque chose qui est une mise à nu, qui est beaucoup plus importante que dans une interview. J’ai malgré tout le contrôle de moi-même et de mes silences aussi.

Ca fait douze ans, mine de rien, que vous êtes dans ce métier de la chanson. (Mylène confirme en riant) Est-ce que la situation a failli vous échapper une fois, durant ces douze ans ?

-M’échapper, non, je ne le crois pas. Je ne sais pas à quoi vous faites allusion précisément, mais j’ai…

Être dépassée par ses propres motivations, s’embarquer dans un chemin qui n’était pas le bon…

-Avoir envie d’arrêter parfois tout, oui, ça m’est arrivé.

C’est une façon de contrôler, justement, comme cette fuite…

-De nombreuses fois, oui. Hier encore…

‘J’avais vingt ans…’, mais ça c’est Aznavour ! (rires de Mylène) La fuite dans les mots, c’est quand même plus bénéfique que la fuite à Los Angeles ? Vous l’évoquiez tout à l’heure avec mon jardin imaginaire…

-Oui, je crois que j’ai eu besoin pour continuer d’écrire, puisqu’on parle des mots, que j’ai eu besoin de ce passage. Maintenant, il s’est effectué à Los Angeles, dans le fond ça aurait pu être ailleurs, en tout cas un pays dit étranger. Mais j’y ai trouvé, oui, si ce n’est une réelle source d’inspiration, en tout cas moi je me suis nourrie, si je puis dire, à ma façon. J’y ai trouvé quelque chose, oui.

C’est Jean-Louis Murat qui, à ce même micro –je fais allusion à lui parce que vous l’avez rencontré, ne serait-ce que pour un duo- qui expliquait que dans un texte, finalement, le texte n’était jamais aussi beau que lorsque à la fin de la chanson on n’avait pas forcément tout compris.

-Oui…

Et pour vous aussi, je crois, à savoir que les mots ont plus d’importance que l’idée…

-Je pense qu’il vaut mieux savoir, en tout cas pour soi-même, face à soi-même, savoir ce qu’on a voulu dire. Maintenant, je suis d’accord que la chose trop expliquée, qui ne laisse pas dans le fond à l’autre une liberté, me dérange.

Diffusion de « L’Instant X »

Avec nous, Mylène Farmer qui est notre invitée dans ce « Déjeuner de Gala » sur Nostalgie aujourd’hui samedi. Je fais une petite digression avec les images, je voulais en parler un petit peu plus tard. Vous parlez de notion de liberté quant à la perception d’une chanson : le clip, pour le coup c’est bien souvent quelque chose de très cadenassé. On nous impose des images, on nous fait une explication –ça ne vous concerne pas tout le temps- mais n’est-ce pas un piège ?

-C’est vrai, c’est un piège. Mais là encore, est-ce qu’on a le choix de ne pas faire sur une chanson une mise en images ? Là encore, malheureusement je n’ai pas ce choix-là parce que ça serait suicidaire. Mais sur certaines chansons, c’est vrai que certainement je n’aurais pas fait de clip, parce que justement il y a une réduction du sujet évoqué, et puis parfois c’est magique aussi, donc…

J’ai lu que vous disiez : ‘Quand j’écris mes textes, je livre beaucoup plus de moi que vous ne croyez. Il suffit de savoir écouter’. Est-ce que vos chansons sont codées ? C’est un exercice qui peut vous amuser, ça ?

-Non, je ne suis pas sûre d’être aussi intelligente que ça. En tout cas, j’aime bien les mots, donc j’aime jouer avec les mots…

Pas de fausse modestie, jeune fille ! (rires)

-…mais codés, non. Non. Je n’ai pas ce sentiment-là.

 

Y a-t-il quand même une notion –j’ai cru vous entendre le dire, cette fois-ci, donc la véracité du propos est entière, que vous aimiez cette forme d’irrationalité dans un texte et, comme vous venez de le souligner, que vouloir forcément une d’explication, c’est pas le but. Cette notion d’irrationnel, elle vous caractérise lorsque vous écrivez ?

-Non, je ne pense pas. Je ne pense pas, maintenant, sans parler de moi, quand je lis par exemple Cioran, puisque ça m’arrive de le lire en ce moment, à cette faculté que vous donner des mots-clés, et là encore de vous laisser votre propre imagination. C’est un peu confus, ce que je dis, mais… (rires) Un peu comme les haïkus, vous voyez, ces poèmes qui sont très, très courts. On vous donne deux mots, on va vous dire –je dis n’importe quoi : un chien, une fourmi et la senteur du foin et tout à coup, ça va évoquer une multitude de choses. Mais là, ça sera à chacun d’interpréter ou d’imaginer. Donc j’aime, en tout cas si c’est ce que vous évoquez comme étant une irrationalité, alors c’en est une, oui, parfois…

INSTANTXC’est finalement l’éducation que l’on reçoit lorsqu’on allait à la maternelle qui se transforme avec des beaux mots, mais c’est ça en fait : on apprend aux enfants, on leur montre un chat et leur imaginaire… (Mylène acquiesce d’un murmure) Vous faites allusion, donc, à Emil Michel Cioran, ce philosophe français pessimiste (en réalité, bien que vivant à Paris et d’expression française, Cioran n’a jamais eu la nationalité française, nda), dont l’œuvre s’exprime souvent par aphorismes. Vous en avez des favoris, vous ? Des proverbes, des… ?

-Je n’ai malheureusement pas beaucoup la mémoire des… (rires) Je retiens difficilement !

Ben, ‘tomber sept fois’, il y a déjà ça !

-‘Tomber sept fois’, c’était court donc facile à retenir ! Oui, il y a ce proverbe, effectivement, japonais qui dit ‘tomber sept fois, toujours se relever huit’ donc je l’ai volé.

Vous êtes charmée par ce genre de formules ?

-Là encore, c’est le plaisir des mots et l’intelligence qui peut s’en dégager. En tout cas, sans parler même d’intelligence, à la fois la précision dans la non précision. Il y a cette phrase maintenant qui me revient… (rires) Je vais faire mon exercice ! (rires)

Allez-y, soufflez bien !

-‘Tout ce qui ne m’a pas tué me rendra plus fort’

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Voilà, de retour avec Mylène Farmer qui est notre invitée aujourd’hui dans ce « Déjeuner de Gala ». Je faisais référence à cette chanson qui figure sur l’album « Anamorphosée », c’est la première fois où vous signez la musique : « Tomber 7 Fois… »…

-Oui, oui. Absolument, oui.

Après les mots, la musique. C’est une forme de défi que vous vous êtes lancé à vous-même ?

-Non. Là encore, ça s’est passé relativement naturellement : j’ai une guitare à la maison, donc il m’arrive parfois de tenter d’y jouer et ma foi, voilà, j’ai trouvé donc cette chanson, mais est-ce que j’ai envie de faire ça et prolonger ça : non, je ne le crois pas.

Vous vous êtes surprise vous-même ?

-D’une certaine façon, oui, probablement ! (rires)

Vous avez regardé autour si personne ne vous avait vue commettre cet acte affreux qui était d’écrire une musique ?!

-(rires) Oui, dans la mesure où j’ai pas de formation de musicienne. J’en ai le goût, en tout cas, mais je pense qu’il faut plus de talent pour composer.

Vous êtes quand même pluridisciplinaire –on évoquera plus tard le goût de la peinture- vous écrivez, vous chantez, c’est tout à fait dans vos cordes, en tout cas c’est dans votre mentalité. C’est aussi de la liberté, finalement, que de savoir faire plusieurs choses, non ? C’est pour ça que cette notion de devenir compositrice, ou compositeur pardon, ça peut aussi vous aller, non ? C’est pas un défi qui vous… ?

-Non, parce que là encore, sans parler de talent, je sais ce que je suis ‘capable’ de faire, en tout cas de revendiquer, on va dire. Maintenant, quant à la musique, là encore, la composition, je sais que je m’essoufflerai très, très vite parce que manque tout simplement de connaissance, là encore.

Vous voyez que vous êtes intelligente, puisque l’intelligence c’est savoir reconnaître ses limites.

-Je ne ferai pas de commentaires ! (rires)

On saute du coq à l’âne, c’est le cas de le dire : vous aimez les animaux, je vous emmène sur le terrain des animaux. Comment va E.T. ?

-Très bien !

Bien. Ce qu’il y a de fabuleux dans la communication avec les animaux, c’est que l’on émet des mots, eux les perçoivent comme des sons suivant l’intonation, et finalement, là on retombe sur c’est presque une chanson qu’on écrit avec les animaux : ils interprètent comme ils le veulent. Est-ce que mon parallèle vous choque ?

-Non. Vous faites ce que vous voulez, d’abord ! (rires) Mais effectivement, oui, les animaux, en tout cas les petits singes, connaissent probablement les sonorités, mais les visages aussi. Ils interprètent beaucoup l’expression, liée au son probablement. C’est un être, là pour le coup, relativement intelligent, caractériel aussi, qui a ses humeurs, mais c’est toujours aussi passionnant d’avoir un singe.

C’est l’animal –nous en parlions tout à l’heure- qui se rapprocherait le plus de nos réflexes. C’est pour ça que vous l’avez choisi ?

-Je crois que j’ai simplement une passion pour le singe. À chaque fois que je vois un documentaire sur ces animaux, j’ai envie de changer de vie et d’aller les retrouver, de les aider ou d’essayer de dialoguer, de m’y intéresser en tout cas. J’ai vu beaucoup, beaucoup de reportages sur les chimpanzés, les orangs-outans ou les gorilles. C’est vrai qu’une vie comme celle de Diane Fossey est une vie passionnante, mais c’est une vie difficile aussi.

C’est une grande tendresse que vous avez envers les animaux, tout à l’heure vous étiez avec les chiens ! Vous aimez leur naïveté ? Leur fidélité ? C’est ce qui vous attire ?

-Là encore, je vais probablement vous décevoir mais je ne suis pas sûre d’analyser toutes les envies que j’ai, ou les communications que j’ai. J’aime les animaux parce que dans le fond, c’est très spontané. Maintenant, si vous voulez vraiment trouver pourquoi on aime un singe, pourquoi on aime un chat ou un chien, dans le fond, ça, ça ne m’intéresse pas de savoir pourquoi je les aime. Je les aime, tout simplement.

Diffusion de « Mylène s’en fout »

« Mylène s’en fout ». Pas nous ! Elle est votre invitée aujourd’hui sur Nostalgie, dans ce « Déjeuner de Gala ». On a aimé –et on aime toujours- cet album, notamment, « Anamorphosée ». Je voulais juste un petit mot sur cet univers musical : il y a eu une évolution. Est-ce qu’on peut la qualifier, cette évolution, de tonique, d’énergique ? Ca serait le bon mot ?-Je vais être obligée, moi, de revenir vers mes albums précédents : je n’ai pas eu le sentiment que ces albums n’étaient pas énergiques, donc en ce sens je ne peux pas aller dans cette idée de ‘plus d’énergie’. Je crois que parce qu’il y a des guitares, beaucoup plus de guitares qu’avant, peut-être que l’énergie vient aussi de là. Peut-être dans la façon de chanter, qui est probablement un peu différente : je chante plus grave –en tout cas, je me le suis autorisé !

Dans le ton, rassurez-nous ! (rires)

-Dans un ton plus grave. (elle hésite) Là, j’avoue que je ne sais pas bien… « Désenchantée », pour moi par exemple, est une chanson extrêmement énergique –mais ça n’engage que moi- au même titre que « L’Instant X », si ce n’est que la production est très différente. Là, oui.

Voilà, justement : en quatre ans, est-ce que vous avez eu l’impression de vivre une révolution musicale ?

-Non…

D’abord, est-ce que vous avez écouté ce qui se faisait ? Quand se passent comme ça quatre années, est-ce qu’on a le doute de se dire ‘je vais décrocher, je vais avoir un handicap insurmontable’ ? Parce que c’est un métier qui va très, très vite –je parle de la technologie, ne serait-ce que ça…

-Oui. Oui, oui. Là encore, c’est plus une envie profonde non pas que de changer radicalement, mais simplement puisque j’ai passé un certain temps aux Etats-Unis, c’est vrai qu’on est enclin à écouter beaucoup plus de musique : si on écoute la radio, on écoute que de la musique américaine en tout cas et qui est essentiellement beaucoup de guitares, et puis aussi dans les mélodies… Donc, en ce sens je ne me suis pas dit, là encore, ‘Pour le prochain album, il va falloir faire attention !’. C’est simplement un désir, tout simplement, que d’aller vers quelque chose de plus ce qu’on appelle live, moins de gimmicks. Je sais pas si j’ai répondu à votre question ! (rires)

Si ! Faire office de référence, comme vous le faites aujourd’hui, est-ce que c’est une forme de reconnaissance éternelle ?

-Référence… ?

Vous êtes une entité…

-Oh, pardon : moi ?!

Oui ! Est-ce que c’est une forme de reconnaissance ?

-Est-ce que je suis une référence ?!

Quoiqu’il advienne, à partir de ce jour vous resterez quelque chose auquel on pourra s’identifier, auquel on fera référence. Est-ce que cette reconnaissance, vous la percevez ? Et comment vous l’acceptez ?

-Je la perçois parfois. Quand je monte sur scène, je crois que c’est le moment où l’on vous applaudit, tout simplement, où on vous dit que vous êtes quelqu’un d’important à ce moment-là. C’est important au moment où je le fais. Maintenant, vous dire est-ce que ça me rassure ou est-ce que c’est important pour moi : je ne suis pas sûre, là encore, de pouvoir répondre à cette question. Je ne sais pas. (rires) J’aurais plutôt une humeur aujourd’hui de nous somme peu de chose, donc ça va être difficile pour moi que de vous dire ‘Je suis une référence’ !(rires)

Mais nous sommes peu de chose, je vous le confirme ! Il faut mieux en rire…

-J’aime ce que je fais. Je crois que je vais, là encore, faire ou une pirouette ou une réponse plus concise : j’aime profondément ce que je fais. C’est le plus important.

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Bien. De retour dans « Déjeuner de Gala » sur Nostalgie avec Mylène Farmer. Il y a quelque chose que vous aimez et que vous ne faites pas encore, et que vous allez certainement faire parce que vous n’êtes pas être à vous laisser abattre, c’est le cinéma. (Michel Cottet semble ignorer qu’à la date de la diffusion de cet entretien, « Giorgino » venait de sortir deux ans auparavant ! nda) Tout ce que vous entreprenez sur scène, sur disque, sur les clips, il y a –j’ai l’impression, arrêtez-moi si je me trompe- une approche cinématographique.

-Oui…

Votre bonheur total serait aujourd’hui, ou dans quelques années, d’avoir une pile de disques de diamant et puis une pile de bobines de films, quand même, non ?

-Là encore, je ne suis pas sûre. Il y a quelques années, j’aurais -et je l’ai dit, que de ne pas faire de cinéma, j’en mourrais…

Je voudrais qu’on ferme… Oublions tout ça et voyons devant !

-Non, non ! Je le révoque, parce qu’aujourd’hui je crois que je peux m’en passer tout à fait. Ca, c’est pour répondre à la notion de pile et de collection (rires). J’aimerais refaire un film, avoir un rôle qui bien sûr m’intéresse. Maintenant, me projeter dans un avenir de cinéma : pas du tout. Honnêtement, pas du tout.

Mais cette approche –j’en finirai avec le cinéma…

-Mais j’aime le cinéma, donc voilà pourquoi j’aime l’image.

Voilà, ce qui explique peut-être votre petite différence –enfin, pas votre différence, ce que j’expliquais tout à l’heure : le phénomène musical- parce que vous appréhendez les choses avec un autre regard, celui de la caméra, même si on parle de chanson…

-Là encore parce que mon goût probablement, oui, pour le cinéma, pour l’image, pour l’évocation. Donc là c’était une rencontre formidable, en tout cas, quand j’ai commencé ce métier, à savoir que le clip était un élément essentiel pour un artiste, et ça a été quelque chose de magique pour moi –déjà d’avoir travaillé avec Laurent Boutonnat, qui a fait quand même la plupart de mes clips et qui est quelqu’un de grand talent. Là encore, c’est l’idée de rencontre, que de pouvoir aller voir Abel Ferrara et lui demander de travailler avec lui, Marcus Nispel, autant de gens qui ont beaucoup de talent. Là, c’est plus l’idée -on parlait de solitude tout au début- là c’est l’idée réellement de deux ou de trois, de ne pas être seule justement dans une création.

Vous citez Bergman, Polanski, Annaud –je lis, hein !- Sergio Leone, dans le monde du cinéma. Est-ce que vous avez eu des rencontres fascinantes, au-delà des œuvres, avec ces gens ou avec d’autres ? Est-ce qu’il y a des gens que vous aimeriez rencontrer ? Vous aussi, certainement, vous êtes titillée par ces…

-J’aurais adoré rencontrer Bergman, mais il ne m’a pas attendue ! (rires) Maintenant, là encore, est-ce que j’ai des vœux : non. J’aurais aimé rencontrer Cioran, mais il n’est plus. J’avais très, très envie de rencontrer Abel Ferrara, c’est chose faite.

Vous avez percé un peu le mystère ?

-De ce monsieur ? C’est quelqu’un d’assez fascinant, aussi bien dans la destruction que dans l’énergie, mais c’est quelqu’un de fascinant en tout cas.

Donc c’est intéressant, finalement, d’essayer de percer le mystère des gens et de les rencontrer…

-Oui, bien sûr ! Bien sûr. Mais là encore, c’est quelqu’un qui se dévoile très, très peu.

C’est d’autant plus passionnant…

-Il faut comprendre des choses, accepter d’autres, tolérer parfois, mais c’est quelqu’un de très riche, oui.

« À force d’ignorer la tolérance, nous ne marcherons plus ensemble »…

-Oui ! (rires)

Diffusion de « Rêver »

Juste avant ce titre, on parlait justement de chanson, du disque. En parlant de chanson, c’était dans l’album « L’Autre… » : ‘Agnus Dei, moi l’impie je suis saignée aux quatre veines’. À défaut de mépriser la religion, le bouddhisme c’est quand même quelque chose que vous avez cerné avec le livre de Sogyal Rinpoché, auquel vous rendez hommage d’ailleurs sur la dédicace de l’album. (Mylène confirme d’un murmure) Vous avez lu « Le Livre Tibétain de la Vie et de la Mort ». Cette philosophie consiste à vivre le moment présent : concrètement, c’est quoi ne pas vivre les moments avant et après qui peuvent redonner le sourire comme ça ?

-Ne pas vivre les moments avant ou après ?

Puisque la définition…

-Oui, oui. C’est une façon de ne plus se mettre en réel danger -mais ça c’est une notion dans le fond que je n’aime pas parce que j’aime le danger, j’aime l’inconnu- mais en tout cas d’un danger qui n’est pas réellement intéressant, à savoir c’est vrai que le passé peut être un fardeau. L’avenir, l’idée de l’avenir, se projeter dans l’avenir et de se dire ‘Qu’est-ce que je vais faire demain ?’ est quelque chose de terriblement angoissant, donc quand on a à la fois la connaissance qui est celle des autres, puisque vous évoquiez ce livre, cette philosophie est un pansement. Maintenant, il y a des choses que l’on accepte et puis d’autres que l’on rejette, et c’est vrai que l’idée, la notion de vivre son présent est quelque chose de cicatrisant, dans le fond.

Malgré cette référence, je crois savoir que vous n’épousez pas pour autant la cause du bouddhisme…

-Non, c’est-à-dire que c’est toujours pareil : puisque j’ai évoqué ce livre dans mon album, après c’est toujours difficile parce que si les médias s’en emparent, on va vous dire ‘Donc vous êtes bouddhiste’. Et c’est vrai que moi j’ai quelques nuances, en sachant que je ne le pratique pas tous les jours, je n’ai jamais rencontré le Dalaï-lama, je n’ai jamais réellement rencontré de bouddhistes mais je m’y suis intéressée et c’est quelque chose, une fois de plus, qui m’a fait beaucoup de bien, que je trouve très sensé et surtout très réparateur. Ce n’est pas une religion, c’est plus une philosophie donc c’est quelque chose de plus tendre.

Je parlais de tolérance tout à l’heure : c’est une de vos valeurs essentielles…

-Là encore, j’en ai besoin et c’est vrai que je le réclame chez l’autre. Là encore, c’est un apprentissage, parce qu’on ne devient pas tolérant comme ça, du jour au lendemain : il suffit de quelque chose qui vienne percuter votre esprit, quelque chose de violent par exemple, et j’aurais presque envie de nier tout ce que je viens de dire donc là encore, c’est un chemin qui est long ! Mais c’est vrai que cette notion de tolérance est quelque chose d’indispensable pour l’être humain.

Et quand la tolérance confine presque au pardon, c’est un peu facile quand même, non ?

-Pardon ?

Lorsque la tolérance confine au pardon, c’est un peu facile comme attitude : il faut quand même se révolter, se battre, non ?

-Oui. Maintenant, l’idée du pardon, là je pense…

Je parle pas du Grand Pardon ! (rires)

-…brutalement à un article que j’ai lu sur ces femmes et hommes qui ont perdu des êtres chers et qui sont allés voir les bourreaux de ces personnes perdues. Là, c’est une idée du pardon qu’on pourrait qualifier de presque insoutenable mais c’est quand même une grande idée, donc j’aime cette idée du pardon.

Un que vous pardonnez, parce que je présume qu’il est toujours numéro un dans votre cœur dans la littérature, c’est Edgar Allan Poe : « Allan » la chanson, oui, c’était ça ?

-Oui, bien sûr !

Bon, on ne sait jamais !

-Non ! (rires)

Il y a « Le Corbeau », avec l’emblème sur… C’est toujours le numéro un dans votre cœur ?

-C’est quelqu’un que j’aimerai éternellement, ça oui ! Maintenant, j’ai des lectures un petit peu plus légères en ce moment, qui sont Mary Higgins Clark dont je suis en train de dévorer tous ses livres !

Très en vogue, oui !

-C’est plus léger, mais c’est assez passionnant ! C’est bien écrit, en tout cas. (rires)

C’est très en vogue, presque à la mode d’ailleurs…

-Oui. C’est plus vulgaire ! (rires)

Ca lave l’esprit ?

-C’est une détente en tout cas, oui. (rires)

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Retour sur Nostalgie dans ce « Déjeuner de Gala » avec Mylène Farmer. On parlait de littérature, on parlait d’Edgar Allan Poe et puis de Mary Higgins Clark et de sa soi-disant légèreté. Parmi les lectures qui sont plus tendues, j’avais noté Henry James et puis Julien Green

c’est drôle, on en parle alors qu’il veut être révoqué de l’Académie Française alors qu’il n’en a pas le droit, ce brave homme- avec ses angoisses métaphysiques. Est-ce qu’ailleurs c’est toujours mieux que là où on est ?

-Je le pense de moins en moins. Est-ce que c’est le voyage qui vous donne ces… ?

Ha, vous vous éloignez de notre ami Julien, là ! (rires)

-Oui ! Là encore, c’est l’idée de projection ou d’anticipation, d’imaginer effectivement que l’autre va vivre mieux, que l’ailleurs est un meilleur. Dans la mesure où j’essaye de vivre des moments présents, ce seront mes moments à moi –non pas que je n’envisage pas l’autre, mais je me dis que dans le fond j’ai de la chance de vivre ce que je vis, même si parfois c’est difficile donc de ne pas chercher justement cet ailleurs hypothétique.

J’évoquais Julien Green, philosophe mais aussi photographe avec des autoportraits, des photos de famille (Michel Cottet prononce d’abord ‘des autos de famille’ ce qui provoque un fou rire de Mylène) Le pauvre, il est né au début du siècle, des autos il devait pas tellement en voir !

-Changez la question !

Non, non, non je la conserve ! J’aimais beaucoup sa définition d’un cliché parfait –je lis les trois points : savoir voir, être rapide et être patient pour réussir donc une photo. Est-ce que ce ne sont pas un procédé qu’on pourrait appliquer à une chanson, finalement, pour sa réussite ?

-(elle répète) Savoir voir, être rapide et être patient… Oui ! Oui, ça peut être… (elle s’interrompt, visiblement perdue)

Non, c’est pas grave, c’est pour mes enchaînements comme ça…

-Oui, oui, j’entends bien ! (elle éclate de rire)

…on arrive sur la peinture, n’est-ce pas, vous voyez…

-Parce que vous, tout est écrit ; moi, rien ! (rires)

Je suis obligé de prendre des notes ! Donc je voulais faire un parallèle entre la photo, la chanson et la peinture, qui est quand même un art aussi qui, si je ne m’abuse, vous titille…

-J’adore la peinture. Je la connais depuis peu, dans le fond. J’ai rencontré certaines personnes qui font partie de ce métier, donc de la peinture, qui m’ont d’une certaine façon éduquée.

Lesquelles ? Enfin, si toutefois ça n’est pas…

-Pierre Nahon, que je connais peu mais… Albert Koski (mari de Danièle Thompson. Mylène a assisté a plusieurs vernissages de l’artiste et est une intime du couple, nda) est quelqu’un qui m’a aidée et puis ma foi, après ce sont des expositions, ce sont des livres : j’adore acheter des livres de peinture, j’adore acheter quand je le puis quelques peintures.

Des livres pour essayer de reproduire ou simplement pour la beauté de… ?

-Pour une évasion, là encore. C’est aussi intéressant de feuilleter un livre de peinture qu’un roman. J’aime beaucoup Egon Schiele, j’aime Max Ernst, j’aime Klimt…

Je suis largué en peinture, alors là je dis rien, je fais celui qui connaît, mais alors là, non !

-Non, non mais… ! Henri Michaux, l’écrivain, qui était également un peintre. Et puis beaucoup d’autres.

Vous aimez la peinture, c’est pas pour autant que vous aimez vous emmêler les pinceaux, hahaha ! (ironique)

-(elle pouffe) Je dois répondre ?! (rires)

J’en aurai presque fini avec mes références littéraires –enfin celles d’une époque qui n’est pas forcément celle que vous vivez actuellement -il y avait notre ami Kafka. J’avais lu un bel article sur Prague, vous dévoiliez la ville de Prague avec beaucoup de bonheur (paru dans le magazine « Femme » en juin 1996, nda). C’est parce qu’elle vous rappelle Montréal, de par son climat, de par… ?

1989-06-Très honnêtement, je ne me souviens pas de Montréal, si ce n’est que j’ai le goût de la neige, donc probablement lié à cette époque. Je n’y suis retourné qu’une fois et extrêmement brièvement donc c’était quelque chose que je qualifierais de pas très agréable (Mylène y est effectivement retournée à l’automne 1988 dans le cadre d’une série photo avec Elsa Trillat. Des années plus tard, lorsque celle-ci évoquera ce voyage pour le Mylène Farmer Magazine, elle parlera également d’une mauvaise ambiance, nda). Donc je ne me souviens pas de Montréal, en somme.

Je ne sais pas si vous vous souvenez de cet article sur Prague que vous avez formidablement bien rédigé…

-Non, je ne m’en souviens pas. (l’article a pourtant été publié quelques mois à peine plus tôt, nda)

C’est un art que vous aimez aussi. Il était axé sur les monuments historiques, sur les gens de la littérature etc. Ca vous passionne, ça, l’histoire des villes ?

-Oui. Je suppose que c’est à peu près normal quand on découvre une ville de savoir ce qui s’y est passé, quels étaient les écrivains, qui a hanté qui ou qui a hanté quoi… Oui, là c’est encore un intérêt pour l’autre.

Il y a notre ami le marquis, ça vous aimez bien, aussi…

-Le marquis, oui ! Le divin marquis ! (rires)

Le marquis de Sade. Il va bien ?!

-Je l’ai délaissé, lui, un petit peu ! (rires) Il trépigne !

Justine (héroïne des écrits du marquis de Sade, nda) va être en colère !

Diffusion de « Comme j’ai Mal »

« Comme j’ai Mal », c’est bien entendu Mylène Farmer, extrait de l’album « Anamorphosée ». Mylène, notre invitée aujourd’hui sur Nostalgie dans ce « Déjeuner de Gala » avec des chansons, avec des livres. Parmi toutes ces lectures, qui une nouvelle fois peuvent changer ou évoluer –ceci dit, celles qu’on a évoqué et que vous revendiquez, c’est quand même un monde fantastique et morbide : est-ce que le suicide peut flirter, être limitrophe de cet univers que représentent les Julien Green, les Cioran etc. ?

-Est-ce que je… ?!

Le suicide, la notion de suicide peut être limitrophe de cet univers pessimiste…

-Là encore, est-ce que ce sont des thèmes de prédilection ? Je m’y sens bien…

Pour l’époque où vous vous sentiez bien. Je ne veux pas…

-Non, non je m’y sens toujours très bien !

Est-ce que cette notion de suicide, qui est quand même une limite à franchir ou ne pas franchir après tout, est-ce qu’elle était présente dans vos lectures ? « Le Mythe de Sisyphe » de Camus, est-ce que vous l’avez lu par exemple ?

-Non, non. Est-ce que vous faites allusion à moi, est-ce c’est quelque chose qui m’a hantée, ou est-ce que c’est quelque chose qui… ?

 

Oh non, je n’irais pas jusque là. Non, non. D’une façon générale, quand on est ‘imbibé’ non pas d’alcool –bien que vous appréciiez le Bordeaux et je vous en félicite !- mais imbibé de ce genre de lectures, aussi diverses soient-elles…

-Oui, ce sont des chemins dangereux. Effectivement, si on s’imbibe et fait une indigestion d’auteurs comme ça, de lectures, ça devient sa vie de tous les jours, sa pensée de tous les jours donc on finit par… A la fois c’est passionnant et pourquoi c’est passionnant ? Parce qu’on ressent ces mêmes choses, donc fatalement se crée un lien entre l’auteur et le lecteur. Maintenant, ça peut être dangereux si on ne s’abreuve que de…

C’est pour ça qu’il y a Mary Higgins Clark !

-Oui, peut-être ! Parce qu’il y a toujours ces ingrédients mais il y a toujours une notion d’espoir, j’imagine. Oui, il faut avoir le recul nécessaire pour ne pas effectivement essayer d’illustrer ce que l’on lit, en tout cas de l’appliquer à sa vie, voilà.

Vous êtes en train de nous avouer quand même professionnellement, à travers vos lectures, une formidable conscience des limites, un recul, une sérénité par rapport à vous-même…

-Oui, je le pense. Parfois, je n’aime pas ça, je n’aime pas cette maîtrise.

Ca empêche une folie, d’être trop maître de soi, d’être trop lucide finalement ?

-D’une certaine manière, oui. Et une trop grande lucidité mène à un cynisme parfois, et ça je m’en défends aussi parce qu’être cynique, je crois, c’est pas très intéressant pour sa vie ni pour les autres. Mais là encore, c’est moi qui suis responsable de ça.

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Retour sur Nostalgie dans ce « Déjeuner de Gala » avec Mylène Farmer. Un petit clin d’œil à votre nom : ‘Farmer’, c’était un personnage d’un film que Jessica Lange a tourné etc. Enfin bref ! (incarnée au cinéma en 1982 par Jessica Lange, Frances Farmer est décédée en 1970, nda)

Aujourd’hui, si vous deviez choisir un autre nom en référence, ça serait Greta ?

-Non ! (rires)

Non ? Ca changerait pas ?

-E.T., ça me conviendrait parfaitement ! (rires)

Greta, ça m’arrange : j’étais sur « Cendres de Lune »…

-J’ai bien compris, oui ! (rires)

Léo Ferré –j’y reviens, vous voyez, chacun les siens- c’était la mélancolie, ‘la mélancolie, c’est revoir Garbo’ dans « La reine Christine ». Pour vous c’est quoi, la mélancolie ?

-Qu’est-ce que pour moi la mélancolie… ?! Hmm…

Vous avez autant de temps que vous voulez pour répondre !

-Oui, mais plus je vais mettre du temps et plus la réponse sera décevante !

Non, peut-être que vous n’êtes pas mélancolique, donc c’est un sentiment qui n’évoque rien de spontané, justement…

-Je la trouve très souvent dans la musique. Ecouter une musique évoque chez moi une mélancolie. Mais là, précisément, non je n’ai pas de réponse…

Ecouter les Doors, les Eagles, Gainsbourg, Dutronc, ça c’est de la mélancolie, c’était votre…

-Oui…

Vous êtes allée voir, par exemple, Dutronc au Casino (de Paris, nda) y a quatre ans ?

-Non.

Barbara, aussi, qui a bercé votre… Non ?

-Non. Le dernier spectacle que j’ai vu, c’était Alanis Morissette.

Barbara, qui vient de sortir un album (« Barbara », 1996, nda) : ‘Il me revient, il me revient en mémoire, il me revient une histoire, il me revient des images’ ça, c’est pas votre cas, ça, hein…

-Qu’il me revienne des images ? J’essaye le moins possible ! (rires)

L’adolescence ne revient jamais. Vous n’aimez pas l’adolescence d’une façon générale : est-ce que c’est parce que vous n’appréciiez pas le manque de personnalité chez l’autre ? Est-ce qu’on peut faire le lien ?

-Je n’aime pas l’adolescence. Là encore, je n’ai évoqué que la mienne : c’est un passage que je n’ai pas aimé du tout, du tout.

Peut-être dans le regard des autres adolescents que vous croisiez à l’époque…

-Ca, de toute façon, mais avant tout on ne s’aime pas soi-même et là pour ça, je crois que je n’avais même pas besoin du regard de l’autre.

Ca vous plaît aujourd’hui d’être presque adulte ?

-Je crois que je ne le serai jamais !

J’ai dit ‘presque’, hein !

-(rires) Oui, je me préfère aujourd’hui qu’il y a cinq ans, six ans, dix ans, vingt ans. La trentaine est quelque chose de plus doux, pour moi en tout cas.

Ca correspond à ce que vous imaginiez lorsque vous étiez adolescente ?

-Non. Là encore, je me suis toujours envisagée -c’est plus une détresse qui venait à moi, donc de s’envisager plus grand dans le temps est quelque chose qui n’était pas là encore très doux. Mais j’ai toujours entendu ‘Vous verrez, l’âge de trente ans ou la trentaine pour une femme est bien plus magique que cette période qu’est l’adolescence’ et j’avoue que je puis dire oui, en tout cas me concernant.

Là, c’est à demi magique : vous êtes au milieu de cette décennie exceptionnelle !

Diffusion de « Vertige »

« Vertige », toujours extrait de votre album, Mylène Farmer, « Anamorphosée » -je vous parle, puisque vous êtes notre invitée aujourd’hui sur Nostalgie dans ce « Déjeuner de Gala » ! On parlait juste avant de votre adolescence. Vous ne répondrez pas si je vais un peu trop loin : vous dites aussi avoir été en manque d’affectif, est-ce qu’avec le recul vous avez l’impression d’être passée à côté d’une bonne thérapie pour soigner cette blessure ?

-Là encore, puisque c’est une inconnue pour moi je ne peux pas répondre, en ce sens que je n’ai pas fait cette démarche. Maintenant, nous sommes tous d’abord des êtres très sensibles mais il y a une hypersensibilité que vous ayez dans le fond ou non cet amour, vous ne le percevez ou en tout cas pas peut-être à sa juste valeur, ou peut-être que vous en demandez une surproduction donc en ce sens, vous allez souffrir. Donc je dois faire partie, si je peux me caractériser, de cette catégorie d’êtres hypersensibles, donc difficiles.

« Et Tournoie… » : ‘Ton pire ennemi, tu peux l’expulser de toi’…

-Là, ça fait partie, oui, de cette…

Il rôde encore ?

mylene-farmer-ouv-Bien sûr. C’est pour ça : là, je pensais à ça et à l’évocation du bouddhisme et toutes ces choses qui sont très belles et très reposantes mais malgré tout on se lève le matin et on peut toujours avoir cette notion du mal qu’on a en soi, cette capacité à faire la mal, cette négation de soi et toutes ces choses qui font que ça perturbe votre esprit et c’est là où c’est difficile, parce que c’est là où vous décidez, vous êtes réellement maître ou de votre vie ou de votre journée et décidez que non, ça va aller mieux parce que ça vaut le coup.

Ce méchant, il s’appellerait Alice, l’araignée malicieuse ?

-Oui, tout à fait ! (rires)

Ca m’amène à la scène : entre le spectacle de 1989 et celui-ci, qu’est-ce que vous vouliez absolument ne pas reproduire ?

-Trop de tristesse.

Voilà, on sait toujours ce qu’il faut pas faire, on sait pas forcément ce qu’il faut faire, mais voilà, c’est ça…

-Oui, j’avais envie de…Mais là encore, ça a commencé par l’écriture de l’album, donc fatalement la scène est différente puisque j’ai suggéré, moi, des choses avant, en tout cas mes changements intimes.

Ceci dit, si je puis me permettre, le spectacle comporte la quasi-totalité des nouvelles chansons mais dans sa globalité, ça ne représente que 40% et pourtant le spectacle a une tenue, c’est la même. Il est quand même…

-J’ai eu envie d’abord d’évoquer le blanc, avec tout ce que ça peut évoquer pour l’autre, essayer de donner de la joie ; maintenant de la réflexion, bien évidemment, mais l’idée du show en soi : l’idée du show qui est quelque chose de à la fois factice, rapide mais quelque chose de fondé.

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C’est toujours votre « Déjeuner de Gala » sur Nostalgie. On est pratiquement en tournée, on parlait de votre disque, c’est la scène actuelle -ce soir vous serez à Nîmes. Cet écran géant, c’est votre idée ? C’est pour avoir un spectacle à deux vitesses, ce fameux show que vous venez de décrire et puis également qu’on puisse vraiment lire dans vos yeux ?

-D’une certaine manière, oui. Là encore, c’est peut-être extrêmement narcissique mais c’est ‘pensons aux personnes qui sont tout au fond et qui ne voient que des petites choses sur scène qui bougent’, donc j’allais dire je me devais, non je ne me devais pas de le faire mais moi étant spectateur, c’est vrai que j’ai une frustration si je ne vois pas les yeux de la personne. Donc voilà pourquoi cette idée de l’écran géant et parce qu’il y a eu…

Surtout quand ils sont jolis !

-(elle rit, un peu gênée) Et puis l’envie aussi de projeter des choses sur cet écran, parce que bien évidemment il n’y a pas que moi, évoquer l’abstraction et là encore, c’était une chose…

Et vos sourires, on dirait –c’est peut-être fait exprès- il y a des expressions très agréables qui nous propulsent vers le blanc…

-Là, c’est peut-être la différence alors par exemple avec la première scène et la deuxième : sur la première, je n’aurais jamais pu avoir une caméra qui reproduise justement mon visage en gros plan. Ca, c’est quelque chose qui m’aurait mortifiée parce que peut-être que je n’étais pas prête pour ça (il est à noter que pour les deux dates à Bercy en 1989, des écrans géants étaient pourtant placés de part et d’autre de la scène, nda) alors que là, c’est quelque chose que je… c’est sans doute ça, le vrai changement : c’est de devancer ça et de dire ‘Voilà, maintenant je vais vous donner aussi mes clignements d’œil, mes larmes, mes joies, mes sourires, mauvais ou bons profils, peu importe : je me livre !’ (rires)

‘Dieu vomit les tièdes’, ça c’est vous qui l’avez…

-C’est dans la Bible ! (rires)

Oui, oui, je vous cite, je l’ai noté et je voulais rebondir là-dessus : vous êtes dure dans le travail ? Vous avez l’œil à tout ? Vous maîtrisez tout ?

-Maîtriser, je ne sais pas, mais en tout cas je fais en sorte, oui, de maîtriser le maximum. Dure, probablement ; pénible, à mes heures sans doute, mais maintenant je respecte l’autre, donc je pense que…

Les réactions, lorsqu’il y a un point qui vous agace, elles sont spontanées ou réfléchies pour apporter la solution ou pour essayer d’imposer votre vision des choses ?

-Elles sont… Là encore, c’est pas aussi simple que ça. Je m’enflamme très, très vite ! Même si dans le fond, la réponse a été donnée tout de suite, parfois elle est un petit peu trop -je ne trouve plus le mot !- démesurée, mais en tout cas elle est instinctive.

Diffusion de « Laisse le Vent Emporter Tout »

« Laisse le Vent Emporter Tout », c’est Mylène Farmer, extrait de votre album « Anamorphosée ». Continuons ce « Déjeuner de Gala » sur Nostalgie : on faisait référence tout à l’heure sur l’album aux guitares de Jeff Dahlgren. Est-ce qu’il y a eu d’autres ingrédients comme ça sur l’album et sur la scène que vous vouliez absolument avoir à vos côtés pour perdurer ce nouvel élan ?

-Sur la scène, oui : avoir des musiciens qui ont envie de jouer.

Pourquoi ? Le contraire, ça existe ?!

-Oui, parce que dans ce métier, ça peut devenir une routine très facilement. On vient en studio, on fait une séance et on s’en va… Qu’il y ait une énergie centrale sur scène, qui sera la mienne puisque je vais être le point central, et à la fois des danseurs et des musiciens, s’il n’y a pas une osmose parfaite, en tout cas un réel désir commun, je crois que c’est quelque chose qui est à moitié gagné. Donc, outre les capacités et les talents de musicien, il y a aussi ce vrai désir de se dire qu’à chaque fois qu’un spectacle est quelque chose d’exceptionnel et qu’il faut tout donner.

Cette osmose, on la ressent tout de suite ? Non, bien entendu, il faut du temps…

-Je crois que là encore, c’est plus l’idée de l’instinct qui vient quand on fait le choix des musiciens, et puis après je crois que c’est malgré tout à la fois et un travail et un partage. C’est-à-dire, c’est vrai qu’il y a beaucoup de moments, par exemple pendant les répétitions –que ce soit avec des danseurs ou avec des musiciens- il y a beaucoup de moments après la scène, avant le spectacle, à la cantine… Ca peut paraître ridicule, mais ce sont des moments qui sont importants à chaque fois parce qu’il y a une vraie ou communication, ou communion et que c’est là que se construit réellement ce que les gens vont ressentir sur scène.

À la cantine, comment on se détend ? On parle de blagues ou on continue à peaufiner les détails, ou à se dire ‘Ca, c’était pas bien ; ça, c’était bien’… ?

-Il y a toujours ces choses-là qui surviennent, mais en général pour un tel spectacle, parce que c’est quelque chose qui est obligé d’être extrêmement calibré. Après vient le temps de…

Ca doit être parfait avant qu’on l’ait commencé…

-Parfait : là encore, je me méfie un petit peu de ces mots en parlant de moi et de ce spectacle, mais en tout cas les choses techniques, par exemple, doivent être extrêmement étudiées, sinon on va à une catastrophe !

Vous vous aimez, parfois ?

-(elle soupire, puis rit) Sans doute, oui. Sans doute…

Vous aimeriez être l’amie de Mylène Farmer ?

-Posez-moi une autre question ! (rires)

‘De ce paradoxe je ne suis complice / Souffrez qu’une autre en moi se glisse’, héhé ! Est-ce que l’illogisme serait donc la seule logique possible ? Oh, c’est compliqué !

-Je vais avoir mal à la tête, bientôt ! (rire franc)

On a bientôt fini, docteur ! C’est vous : en lisant vos chansons, en les écoutant ça inspire ce genre de… Mon imaginaire a fonctionné, vous voyez ! (Mylène acquiesce d’un murmure) Donc forcément, c’est vrai que vous avez peut-être des difficultés à y répondre. ‘Mais qui est l’autre’ ?!

Diffusion de « Et Tournoie… »

« Et Tournoie… », c’est Mylène Farmer bien entendu, notre invitée aujourd’hui dans ce « Déjeuner de Gala ». Je reviens sur la scène : c’est Paco Rabanne qui vous habille –vous voyez, j’ai tout noté parce que je peux pas tout me souvenir, moi !- en 1989, c’était Thierry Mugler, qui avait fait aussi le clip de …

-Oui…hqdefault

Il y a eu Gaultier sur le clip de « Je t’aime Mélancolie », Alaïa sur le clip de « Que mon Cœur Lâche », non c’est pas ça ?

-Oui !

Bref, c’est une vraie collection ! C’est drôle…

-Oui, j’aime bien les couturiers !

Vous jouez sur scènes avec ces tenues ? C’est une façon de vous… ?

-Oui. Là encore, j’ai travaillé assez longtemps avec l’équipe de Paco Rabanne.

C’est une volonté de changer, comme ça, d’aller de l’un à l’autre qui ont quand même des styles très différents ?

-Oui. Encore que sur la première scène, à part deux ou trois tenues, Thierry Mugler n’était pas si en avant que ça : c’est-à-dire qu’il a accepté de prêter son talent mais de respecter aussi mon univers. Je fais allusion à « Tristana », par exemple, qui était des manteaux russes avec des écharpes, des gants : c’est pas très Thierry Mugler ! Maintenant, pour Paco Rabanne, l’idée c’était que ce soit près du corps, que ce soit ce qu’on appelle sexy… (rires)

Et talons hauts, cette fois-ci !

-Et talons qui sont très, très hauts ! (rires) Et Paco Rabanne, là encore ça fait partie des rencontres et des choses qui deviennent presque une évidence une fois que c’est choisi. C’est quelqu’un qui aime le blanc, c’est quelqu’un qui aime l’énergie, qui aime autant de choses qui avaient un rapport avec ce show.

Dans le monde de la mode, dans le monde de la chanson, il y a forcément moult personnes qui essaient de vous approcher, non ? Des projets, vous devez en avoir !-Mais non, pas tant que ça !

Pourquoi ? Vous faites peur ?!

-Je ne sais pas ! Mais non, il y a pas tant de…

Restons sur le domaine de la mode : il y a pas beaucoup de personnes au monde qui réclament autant de tenues pour une scène, et surtout des tenues qui sont mises en valeur, qui servent à quelque chose, non pas simplement à dire ‘Vous avez vu ? J’ai une belle tenue !’, donc forcément ça doit attiser les esprits fertiles !

-Mais non ! Alors, est-ce que c’est propre à ce pays ? J’en sais rien, mais c’est plus à soi à chaque fois de faire des démarches et d’avoir des désirs et d’aller vers l’autre plus que créer de réelles envies chez l’autre, non…

J’ai juste noté, il y avait Baudelaire aussi, j’ai oublié, avec « L’Horloge », que vous aviez adapté sur l’album « Ainsi Soit Je… » : ‘Trois mille six cents fois par heure, la seconde chuchote : souviens-toi’, ça, ça doit vous énerver, ça ! C’est pas vous, ça !

-(rires) C’est plus moi, ou j’essaye de ne plus l’être ! (rires)

J’avais noté également, pour essayer d’en finir avec cet album, « Anamorphosée », sur « Mylène s’en fout », c’est la pureté à travers le jade, ce minéral chinois. La pureté, ça pourrait être aussi un mot pour vous définir ?

-Oh, là encore c’est un exercice que je ne ferai pas, tenter de me définir, donc je vous laisse ces mots-là, mais le jade, l’évocation du jade qui évoque effectivement la pureté, l’idée aussi d’un matériau brut, d’un matériau qui n’est pas précieux mais qui devient avec le temps quelque chose de précieux

–mais là je ne m’évoquais pas moi précisément !

J’espère que ‘c’est sexy’, Nostalgie ! En tout les cas, c’est vrai qu’essayer de découvrir quelqu’un, essayer de percer le mystère, ça peut amener un grand risque : la déception. Je peux vous dire que vous êtes l’exception qui confirme la règle !

-C’est gentil ! Je pensais exactement à ça, à savoir est-ce que je n’ai pas déjà trop parlé ?!(rires)

Je voulais finir en vous paraphrasant : laissons le vent emporter tout, laissons Mylène prendre soin de tout. Voilà !

-(rires) C’est gentil à vous, en tout cas ! Merci !

Merci beaucoup.

Publié dans Mylène Autrement, Mylène et ses longs discours | Pas de Commentaires »

POUR UN CLIP AVEC TOI Mylène Présenté par Laurent BOYER

Posté par francesca7 le 25 mai 2015

M6 du 7 AVRIL 1991

« J’ai un souci de garder les choses secrètes, je suis probablement comme les enfants : j’aime encore les surprises. »

1991-01-hLe contexte de ce long entretien est un cas unique, puisqu’il a lieu sur le plateau du clip « Désenchantée », en plein tournage de celui­-ci. Laurent Boyer se retrouve donc en extérieur, aux côtés de Mylène qu’on découvre avec son apparence du clip, protégée du froid par une grosse doudoune noire.

Cette interview est la première apparition télévisée de Mylène depuis novembre 1989. Après la fin du Tour 89 début décembre, elle avait alors complètement disparu médiatiquement.

Laurent Boyer : C’est en direct de Budapest, en Hongrie, en fait à la sortie de la ville, que nous sommes installés pour le cinquième jour de tournage du clip qu’on attendait ­ enfin du clip et du 45 tours de Mylène Farmer qui s’appelle « Désenchantée », que vous entendez à la radio déjà depuis le 18 mars, dans l’attente d’un album qui s’appelle « L’Autre… », et qui sortira le 8 avril. (la date de sortie nationale officielle de l’album est le 10 avril 1991, nda) Alors, déjà, merci à Mylène de nous recevoir ici, car c’est la première fois qu’une équipe de télévision ­ petite, l’équipe ! ­ a le droit de s’installer sur le tournage d’un clip C’est bien la première.

Bonjour Mylène !

Mylene Farmer : Bonjour (elle sourit puis baisse la tête, les yeux plongés vers le sol).

LB : Alors vous découvrez une Mylène un peu… on comprend pas bien… On se dit qu’elle est sortie d’un roman de Charles Dickens. Vous voyez que ce matin, on l’a un peu tabassée, elle a un petit peu de sang qui coule des lèvres. Elle a beaucoup souffert et elle est habillée, comme d’habitude, par Thierry Mugler (rires), ou encore Amor, comme on peut le constater. Mylène, bienvenue. Merci de nous recevoir ici, c’est très joli. (en regardant derrière) Je crois que ça, c’est en fait l’image du début du clip…

MF : Oui (elle hoche la tête)

LB : Je crois que le clip commence comme ça. On est en plein tournage donc on est comme vous, on découvre un petit peu l’ambiance de ce clip. Alors, c’est Mylène dans cette tenue­là qu’on découvrira dans le clip…

MF : Sans le manteau !

LB : Sans le manteau, parce que le manteau a un côté un peu plus mode…

MF : Un peu moderne, oui.

LB : Il faut dire qu’il ne fait pas très chaud. Cinquième jour de tournage. Il y a combien de temps que tu es installée ici, Mylène ? Ça fait une huitaine ?

MF : Ça fait à peu près huit jours, oui.

LB : Je sais que c’est pas très facile pour toi parce qu’il y a les conditions climatiques qui ne sont pas évidentes. Je crois qu’il a fait très froid, la semaine dernière…

MF : Oui, beaucoup plus froid qu’aujourd’hui.

LB : Là, ça va un petit peu mieux. On a droit au soleil sur Budapest. Assez joli… Et puis, tu te lèves très tôt, et vous tournez toute la journée, c’est ça ?

MF : On a des horaires un peu différents chaque jour. Mais ce matin, on s’est levé à cinq heures du matin.

LB : Alors cet album arrive. On en a beaucoup entendu parler. Et quoique, puisque ça fait un moment que tu es absente, en fait. Depuis le dernier Bercy, on n’entend plus parler de Mylène Farmer…

MF : Je crois que ça fait un peu plus d’un an, maintenant.

LB : Qu’est­ce qui s’est passé ? C’était une retraite ou c’était le temps de la création ?

MF : Je crois que c’est un petit peu des deux. Je crois qu’on a besoin de se cacher après une scène. C’est beaucoup d’émotion. Et d’autre part, j’ai préparé le… troisième album, je crois ?!

LB : C’est le troisième, je te le confirme ! (rires)

MF : C’est le troisième. Et ma foi, voilà, ça a pris à peu près quatre, cinq mois de studio.

LB : De studio, et de création aussi, d’écriture, parce que tu as écrit…

MF : Oui. Toute l’écriture, c’était vraiment sortie de scène jusque entrée en studio.

LB : Est­ce qu’on peut dire…Cet album, on n’en parle pas encore, il sort le 8 avril, donc on ne sait pas encore, personne n’a écouté. On sait qu’il s’appelle « L’Autre… ». Il y avait « Ainsi Soit Je… », il y a « L’Autre… » maintenant. C’est quoi, c’est une continuité cet album ?

MF : (elle hausse les épaules) J’ai un petit peu de mal à m’expliquer quant au contenu d’un album. Je dirais que c’est de la même veine. C’est très difficile pour moi. C’est quelque chose d’assez mystérieux finalement, même pour moi.

LB : Y’a que toi qui a écrit sur cet album…

MF : Oui.

LB : …ou on trouvera d’autres textes d’autres gens ? (Mylène fait « non » de la tête). Y’a une dizaine de titres, c’est ça ?

MF : Oui, il y a à peu près dix titres. Il y en a même dix. Et non, je suis la seule à écrire. J’ai délaissé les poètes ! (petit rire)

1991-01-aLB : Bien. Les conditions de tournage, vous le verrez, parce que vous allez voir énormément d’images du tournage, on en profite en fait puisque tu nous reçois ici, vous allez découvrir de quelle façon Laurent Boutonnat et Mylène Farmer travaillent sur un clip, sur ce clip qu’on découvrira tout à l’heure, « Désenchantée ». Vous le verrez par deux fois, ce clip, avant la fin de l’émission, deux versions différentes. Il y a à peu près une centaine de figurants ici ?

MF : C’est ça.

LB : Des enfants. Alors pourquoi avoir choisi des enfants ? Des enfants hongrois en fait, à Budapest. Y’a une raison particulière ?

MF : Il y a plusieurs raisons pour le choix de la Hongrie. Il y a d’abord la neige. On voulait un paysage de neige. D’autre part, effectivement, on voulait beaucoup de figurants. Et on voulait surtout des enfants qui portent quelque chose de grave dans le visage, dans le regard. C’est vrai que les pays de l’Est, pour ça, c’est fabuleux. D’autre part, il y a beaucoup de techniciens en Hongrie qui sont très performants et professionnels.

Et enfin, une des dernières raisons, c’est que c’est beaucoup moins cher, et qu’on peut faire des choses grandioses avec peu de moyens, finalement.

LB : Est­-ce que ça veut dire que ça va être dans la lignée de l’imagerie Mylène Farmer ? Parce que c’est vrai que Mylène Farmer, on l’associe aux clips, clips scénarisés qui sont en fait des films, non plus des clips. Est-ce que c’est dans la même veine et ça s’inscrit toujours dans cette veine scénarisée et à grand spectacle ?

MF : Ce sera la même chose. C’est la même écriture et le même réalisateur. Et pratiquement la même équipe à chaque fois, sur chaque tournage.

LB : Est-­ce qu’on peut dire aussi que, quelque part, si vous venez tourner ici, en Hongrie, à Budapest… On y pense souvent quant à toi, tes ambitions cinématographiques, et celles de Laurent… On peut se dire qu’il y a peut­-être aussi… On sait que « Cyrano de Bergerac » a été tourné en Hongrie. On peut se dire qu’il y a peut­ être aussi, pour toutes les conditions que tu as données, les prémices d’un futur long métrage, le moyen de repérer pour un long métrage…

MF : (sourire) Ça, c’est quelque chose d’envisageable, qui a été envisagé. Mais j’avoue que, pour l’instant, c’est quelque chose qui n’existe pas, et puis c’est quelque chose qui appartient à Laurent, en tous cas pour l’instant. Donc, en fait, je ne puis rien dire. Mais ce que je sais, c’est qu’il avait fait effectivement des repérages, avant d’envisager le clip, en Hongrie pour un long métrage.

LB : L’histoire de Mylène Farmer en clips, on va essayer de la découvrir. On va découvrir plusieurs extraits des grands clips de Mylène, et on en reparle dans quelques instants. Regardez bien : Mylène Farmer en images.

Diffusion d’extraits des clips de « Libertine », « Tristana », « Sans contrefaçon », « Pourvu qu’elles soient douces », « Sans logique » et « A quoi je sers… ».

LB : Voilà, Mylène. On vient de découvrir les extraits des on va appeler ça des films, Mylène Farmer, de « Libertine » à « Tristana », tous les grands classiques. Qu’est­ce que ça te fait de revoir ton histoire, et presque ta carrière, en clips ? C’est vrai qu’on a beaucoup associé ça, avant la scène  j’entends : l’association, c’était « Mylène Farmer, c’est de l’image ; Mylène Farmer n’existe que par l’image ». Est­ce que tu as ce sentiment ? Est­ce que tu la revendiques, ou est­ce que, au contraire, ça te gène, maintenant que tu as fait de la scène ?

MF : Non, non, je n’ai aucune gêne quant à mon passé. C’est quelque chose qui est, je crois, très important pour moi, l’image. C’est ce qui m’a fait connaître, très certainement. Bien évidemment les chansons, mais c’était quelque chose d’essentiel en tous cas. Donc j’en suis très contente. Très contente. Et c’est vrai que j’avais besoin de la scène, mais ça c’est pour mes propres émotions, pas… (silence)

LB : Justement, à ce propos, tu dis que, en fait, assez fréquemment, tu es en état de peur, et que tu as besoin de cette peur pour oublier. Mais pour oublier quoi ? Tes angoisses ?

MF : Pour oublier ses angoisses, pour oublier que la vie est profondément dure et parfois laborieuse. Pour oublier beaucoup de choses qui sont trop intimes pour vous les raconter.

LB : D’ailleurs, tu cites quelqu’un qui s’appelle Luc Dietrich, qui dit « L’oubli c’est le sommeil de nos douleurs ».

MF : Euh… No comment ! (rires)

LB : C’est ça? Tu confirmes? Y’a pas de problèmes, ça reste ça. Mais cette trouille, elle te fait du bien, elle te motive ? Par exemple, au moment d’entrer en studio, tu dis que tu as quelques angoisses. Mais quand tu parlais de ça, tu n’avais pas encore fait la scène ­ y’avait pas encore eu le Palais des Sports, Bercy…

MF : Les véritables angoisses sont quand même celles, je crois, de la scène. Le studio, c’est autre chose. En tout cas, le studio, moi je parlerais plutôt de l’écriture. Parfois, on a l’impression qu’on n’a plus de nourriture pour pouvoir aussi donner des choses. Ça, c’est quelque chose qui m’a fait un peu peur : quand on sort de scène, on est complètement vidé. Et puis, on s’aperçoit que ça se fait au fil du temps.

LB : Vidée de ses émotions, de son trac, de ses sentiments ?

MF : Non, comblée d’émotions. Mais, c’est difficile à exprimer. C’est…

1991-01-bLB : C’est un petit peu particulier quand même pour quelqu’un qui a une trouille permanente, ou qui a des angoisses et une peur, de monter sur scène devant dix­ huit mille personnes.

MF : Il y a une différence entre trouille et angoisse, je trouve.

LB : Les angoisses, c’est plus profond ?

MF : J’en sais rien. Enfin moi, je me résumerais comme quelqu’un d’angoissé, mais pas trouillard du tout par contre. C’est quelque chose de très motivant finalement, oui.

LB : L’exécutoire c’est l’écriture ? Par exemple, tu dis que tu as eu une période d’écriture après Bercy…

MF : Dans un premier temps, oui, c’est l’écriture, absolument. Mais il y a beaucoup de choses à jeter.

Justement, quand a eu des émotions très, très fortes, en général, l’après émotion, c’est pas le moment pour rédiger des choses. Je crois qu’il faut attendre quelques mois avant d’essayer de s’échapper de quelque chose de puissant.

LB : Tu fonctionnes presque comme une éponge : tu as besoin de regarder ce qu’il se passe autour…

MF : La métaphore est jolie, je vous remercie ! (rires)

LB : N’est­ce pas ?! Je vous en prie ! J’aurais pu choisir autre chose, c’était inélégant. C’est fonctionner comme une éponge : regarder ce qu’il se passe autour et retracer une histoire. Par contre, il y a une chose qui est étonnante, c’est que dans la plupart de tes titres, assez fréquemment, ça revient souvent, comme un leitmotiv, il y a la mort qui est là, qui est présente. Est­ce que ça fera également partie du futur album, de « L’Autre… » ?

MF : Je dirais que c’est quelque chose qui est inhérent à ma vie. C’est quelque chose qui me trouble. Est­ce que ça me passionne ? Je ne sais pas bien. Oui, c’est quelque chose qui sera présent, mais c’est en deçà des mots, c’est pas forcément dit avec violence non plus.

LB : Ça, ça fait bien partie de ton personnage. Quand on parle de toi, on a presque envie de parler de clairobscur.

On a l’impression qu’il y a des antinomies, des paradoxes permanents. Il y a la sauvage d’un côté, puis la timide de l’autre subitement…

MF : Elles existent. Je crois qu’on ne peut pas fabriquer pendant sept années. Je suis comme ça, et je peux avoir mes moments d’euphorie, comme tout le monde, bien évidemment. Mais je crois que je suis profondément timide.

LB : Alors, on vient de voir une série de clips, de « Sans logique » à « Sans contrefaçon », ou encore « Tristana », « Libertine ». Il y en a un qu’on n’a pas vu, volontairement, qu’on va découvrir maintenant, c’est « Ainsi Soit Je… » où là, effectivement, c’est peut­être ce côté paradoxe, il s’est passé autre chose dans le tournage de ce clip. Déjà dans l’utilisation du noir et blanc, et du sépia. Et puis, c’était pas une scène à grand spectacle. On n’était pas, comme ici à Budapest, dans une usine désaffectée, avec de la neige, avec des trains qui passent. Et je crois que c’est un des clips que tu préfères, c’est une des images de toi, « Ainsi Soit Je… », que tu aimes bien.

MF : Je sais pas si c’est une image que j’aime bien. Là, j’apprécie beaucoup la sobriété de ce clip. Pour le thème, le sujet et l’univers, en tous cas l’ambiance, je crois que c’était important d’être très, très sobre, et surtout pas explicatif, pas être narratif non plus. Donc avoir des images et suggérer des choses, c’était plus important.

LB : « Ainsi Soit Je… », Mylène Farmer. On regarde.

Diffusion du clip de « Ainsi Soit Je… ».

LB : « Ainsi Soit Je… », Mylène Farmer. Donc un des clips que Mylène préfère. Rentrons maintenant dans le détail : si on est ici à Budapest, c’est pour vous montrer, c’est ce que vous allez découvrir, des images de ce tournage de clip. C’est une première fois, je le disais tout à l’heure, et l’on t’en remercie, avec Laurent Boutonnat et Thierry Suc, de nous avoir acceptés sur le tournage d’un clip, parce que vous êtes un peu avares d’images de ce travail que vous faites en équipe sur le tournage d’un clip, comme en ce moment ici, en Hongrie.

MF : Je ne sais pas si nous sommes avares, mais c’est assez difficile qu’une autre équipe intervienne parce que, quelquefois, un tournage, surtout comme celui­-ci, c’est une grosse machinerie et ça peut perturber le metteur en scène, et tout le monde. Et c’est vrai qu’on a un souci de garder les choses secrètes, mais parce que, moi, je suis probablement comme les enfants : j’aime encore les surprises. Donc j’aime bien cet effet de surprise quand on a un nouveau clip ou de nouvelles chansons. C’est pour ça que je fais très peu écouter l’album avant qu’il ne sorte. C’est une manière de préserver la chose.

Images du tournage de « Désenchantée », avec la mention : « Budapest ­ 22.02.91 ». Les figurants attendent.

Mylène aussi…

LB : A propos de ce titre, tu parles de génération, de chaos, d’intensité ­ j’ai eu l’occasion d’écouter le titre une fois. C’est presque un titre d’actualité. C’est une fois de plus le malaise. Mais c’est le malaise de quoi ? D’une génération ? Y’a ‘génération’ dedans. Quelle génération ?

MF : Là, je suis un petit peu désolée parce que, même si le mot ‘génération’ existe, je parle surtout de moi. Je ne veux en aucun cas impliquer, même si j’emploie une fois de plus le mot ‘génération’, je n’implique que moi.  Maintenant, c’est que si quelques personnes pensent comme moi, je dirais tant mieux ! Mais, une fois de plus, ça n’engage que moi. Je ne veux en aucun cas faire de la revendication. Et moi, me situant plutôt hors du temps et hors de l’Histoire, je préfère qu’on ne me considère que comme tel.

LB : Mais pourquoi te situes­tu hors de tout ? Parce que rien ne te touche ? Ça m’étonne…

MF : Ça n’a rien à voir. On peut se situer et se placer hors de tout. C’est une manière de se protéger, c’est une manière surtout de s’échapper du monde environnant. Maintenant, je fais la même chose que vous toute la journée, probablement. Mais en aucun cas, je ne me servirais de l’actualité présente. Non pas parce que ça ne me touche pas, ce serait cruel de le dire, mais parce que ce n’est pas mon propos que de parler de ça.

Images du tournage du clip de « Désenchantée » ­ la scène où Mylène et les enfants s’enfuient du camp. Gros plans sur de nombreux figurants.

Laurent Boutonat and Mylène FarmerLB : Parle-­moi un petit peu de « Désenchantée ». Vous êtes venus ici, à Budapest, tu le disais tout à l’heure, pour des raisons de tournage. Je sais que Laurent et toi vous aimez bien la neige, vous aimez bien l’humeur de cet endroit, la Hongrie. Mais dans le clip, on voit de jeunes enfants ­ il y a une centaine de figurants hongrois ­ avec des têtes très particulières, grimés, masqués, habillés un peu comme toi…

MF : Tout à fait. Même encore plus sales ! (rires)

LB : Assez minimaliste, quoi, dans la tenue. Alors, pourquoi ce choix ? D’où vient l’inspiration de ce choix ?

MF : Là, j’avoue qu’il est né probablement d’un amour commun, de Laurent et moi­-même, pour tout ce qui est Dickens, qui est « Oliver Twist ». On aime beaucoup, tous les deux, David Lean qui avait réalisé, je crois que c’était un de ses premiers longs métrages, qui était « Oliver Twist » qui était absolument magnifique. Et c’est surtout cette approche du conte qui est permanente.

LB : Oui, ça reste un petit peu dans ce qu’on a vu déjà chez toi…

MF : Oui

LB : …dans les histoires qui avaient avant, dans les scénaries qui avaient été développés. C’est toujours un conte et une histoire. Tu aimes les histoires. Tu aimes les fins, aussi, qui sont pas forcément belles, c’est que tu dis à propose du cinéma.

MF : Oui. J’aime les fins, je crois même que je préfère, les fins tragiques.

LB : Tu fais beaucoup de reproches d’ailleurs au cinéma français à ce sujet­là.

MF : (soupir) Je le fais dans ma vie privée ! (rires) Et en privé, très souvent, je… Non, je ne ferai pas de grands discours sur le cinéma français. J’ai l’impression effectivement que le cinéma français, en tous cas celui d’aujourd’hui, me touche moins qu’un autre cinéma ­ le cinéma russe, le cinéma américain parfois, le cinéma anglais. Maintenant il y a toujours des…

LB : (la coupant) Tarkovsky, dans le cinéma russe, par exemple ?

MF : C’est quelqu’un que j’aime beaucoup. J’aime beaucoup Bergman, David Lean qui malheureusement a arrêté de tourner, je crois. Mais j’aime aussi… Il y en a beaucoup.

LB : Dans « Désenchantée », dans le clip, c’est un univers carcéral particulier…

MF : On a essayé d’avoir quelque chose d’intemporel. C’est pour ça aussi le choix de ces costumes, parce qu’on ne peut pas tout à fait situer l’époque. Alors ça se situe effectivement dans un milieu carcéral. Il y a une autorité autour de ces enfants. Qu’est­ce qu’on peut dire ? Et que ces enfants n’ont rien à perdre, donc il leur reste comme solution la révolte, et c’est ce qu’il va se passer dans le clip.

Images du tournage du clip de « Désenchantée » ­ la scène de la fuite des enfants.

LB : Je me souviens, enfin j’ai lu ça quelque part, sans parler de ton histoire, que quand tu étais petite, tu passais beaucoup de temps dans les hôpitaux psychiatriques. Tu as fait ça pendant un petit moment…

MF : Ce n’était pas des hôpitaux psychiatriques, c’était d’ailleurs l’hôpital de Garches, qui a beaucoup d’enfants handicapés, moteurs et mentaux effectivement. Je m’en suis, en tout cas j’en ai un souvenir, j’ai eu l’impression de m’en occuper beaucoup. J’y allais très souvent le dimanche. J’étais assez petite.

LB : Mais c’est pas un truc de petite fille, ça ! C’est quand même assez original, comme attitude…

MF : Je sais pas bien. J’avais probablement besoin d’aller vers quelqu’un, vers les autres en tous cas. Mais c’est bouleversant, c’est passionnant. Peut­être que j’y retournerai un jour…

LB : Ça n’a pas de rapport avec ça, avec l’encadrement, toute la structure qui est autour des enfants du clip ?

MF : Peut­être inconsciemment. Là j’avoue que… (rires)

LB : Y’a pas d’incidence ?

MF : Effectivement, il y a des acteurs, de jeunes enfants, qui sont handicapés. Et on s’est aperçu ­ il y a une anecdote absolument magnifique ­ qu’un enfant handicapé, qui est sur le tournage, et qui s’est adapté au tournage en quatre jours. Et son éducatrice nous a dit que, en quatre jours, il avait fait des progrès de six mois. Donc c’est une jolie récompense (sourire).

LB : Là c’est ton côté humaniste ?

MF : Oh non !

LB : Comment tu échanges avec tous ces jeunes hongrois qu’on voit là ?

MF : C’est un échange uniquement de regards puisque nous n’avons pas la même langue, et que les interprètes ne sont pas toujours là pour traduire. Ce sont des regards et puis… Ce sont surtout des gens…

Tous ces figurants ne jouent pas. Ils sont très, très justes. Enfin, ils jouent, mais en aucun cas ne surjouent, et c’est ce qui est fascinant. Ils ont une spontanéité. On a l’impression qu’ils sont nés dans ces costumes, dans cette époque. Et ça, j’avoue que c’est un plus pour le tournage.

LB : Je crois que c’est un parti pris. J’ai eu l’occasion de parler avec ce qu’on appelle un casting-­producer ici ; il m’a dit que, dans le choix des gens, il y avait peu de comédiens, hormis la matonne…

MF : Absolument, oui.

LB : Il y a des délinquants, des jeunes enfants de l’école…

MF : Il y a de tout, oui. Ce sont des gamins de la rue. (rires)

LB : …avec leurs réactions. C’est­à­dire quand on vit à Budapest, quand on a vécu ce qu’on a vécu, quand on a eu l’histoire qu’on a eue, dans une ville qui, somme toute, quand on se promène un peu ici, on sent que c’est pas forcément réjouissant au niveau de l’humeur et de l’âme….

MF : C’est en tous cas habité.

LB : C’est ça, on sent qu’il y a une âme, mais on sent qu’il y a une pression.

MF : Il y a une dureté et il y a une…oui une dureté réelle.

Images de Laurent Boutonnat filmant la scène finale de « Désenchantée ». Laurent Boyer, qui est à ses côtés, réussit l’exploit de faire dire quelques mots au réalisateur, habituellement très discret.

Laurent Boutonnat : On a une scène avec tous les figurants, avec Mylène. C’est un raccord à faire sur ce petit monticule. Nous, on est derrière, avec la caméra. On va faire brûler des pneus pour avoir une grosse fumée noire, pour être raccord avec l’usine d’hier où il y avait le feu, etc. Ils sont censés s’échapper de l’usine, et ils vont descendre de cette petite colline pour courir dans cette immense plaine, vers rien.

L. Boyer : Ce sera le dernier plan du clip ?

L. Boutonnat : C’est l’amorce des derniers plans en fait. C’est le premier plan où ils s’échappent de cette prison/usine pour partir dans la plaine. Après, on a plusieurs plans à faire de leurs visages qui courent…

L. Boyer : Ça a été un bonheur pour toi d’avoir cent figurants, de jeunes hongrois ?

L. Boutonnat : Oh oui, oui, oui. C’est formidable !

L. Boyer : Pas trop difficile à gérer ?

L. Boutonnat : Non parce qu’il y a une équipe très solide qui tient bien tout ce monde­là. Ils ont des têtes extraordinaires en plus. Il y a quelque chose de formidable ici, c’est qu’ils sont… Ils jouent bien. C’est même pas jouer ; ça leur plaît de faire ça, donc c’est presque naturel.

L. Boyer : C’est peut­être mieux que des comédiens. Ils ne surjouent pas !

L. Boutonnat : Ah oui ! C’est impossible, les comédiens ! Ils ont quelque chose de naturel comme ils ont jamais fait ça de leur vie, ils ont une espèce de maladresse. Mais t’as l’impression qu’ils ont fait ça toute leur vie, que ce sont de grands professionnels.

L. Boyer : T’as voulu tourner ici, ça s’appelle la pousca…

L. Boutonnat : La puszta !

L. Boyer : C’est quelque chose d’énorme. C’est la plaine hongroise. Le ciel se rejoint avec la terre.

L. Boutonnat : Absolument. La Hongrie est un pays plat où il n’y a que des plaines. Et tout le centre de la Hongrie, c’est ça : des centaines de kilomètres avec rien, et c’est très impressionnant, surtout avec la neige.

On a l’impression que le ciel et la terre se rejoignent et que y’a rien. C’est le néant. Et c’est beau.

Après quelques images du tournage de la scène de fin et une page de publicités, on retrouve Laurent Boyer aux côtés de Mylène Farmer.

LB : A Budapest, dans un lieu un peu particulier qui est un lieu de tournage, celui que Mylène Farmer et Laurent Boutonnat ont choisi pour ce clip, « Désenchantée », qu’on va découvrir dans quelques instants puisque vous allez le découvrir pour la première fois sur M6, presque en exclusivité, parce qu’il est pas passé beaucoup avant. On a parlé un peu de ce clip, de la façon dont tu as travaillé. Alors toi, c’est ta tenue permanente, ta tenue Dickens on va dire, c’est un peu ça. Et puis, un travail de maquillage. Tu n’hésites pas à te grimer. Là, on voit que tu as effectivement la petite trace de sang. Tu as beaucoup souffert dans ta vie…

MF : (elle sourit et pose un doigt au coin de sa bouche) Je me suis fait très mal ici. C’est parce que j’ai reçu des pierres. Donc, fatalement, je me suis coupée avec une pierre.

LB : Il y a autre chose que tu as coupé, ça tout le monde l’aura remarqué. J’ai pas sauté dessus tout de suite…

MF : C’était élégant ! (rires)

LB : Merci !

MF : Ils sont coupés !

LB : Ça va de plus en plus dans ton côté…pourquoi j’allais dire androgyne ?

MF : Allons bon ! (rires)

LB : Est­ce qu’il y a un autre mot ? Peut­être ‘différente’ ? Ce côté masculin. Oui, ce côté masculin. On sait pas trop quoi. Cette image un peu masculine et féminine. Le fait de couper les cheveux, tu sacrifies au mythe.

Mais la coupe, on va dire « Mylène Farmer, décidément, est de plus en plus masculine »…

MF : Oh non, je ne pense pas. En tous cas, ce n’est pas mon souhait. Et je pense qu’on peut avoir des cheveux très courts et être très féminine quand même.

LB : Un exemple : Katherine Hepburn.

MF : Audrey Hepburn! Katherine Hepburn a eu les cheveux longs plutôt, elle. Mais elle avait une façon très féminine de s’habiller, mais toujours avec des pantalons. Très sobre. Que puis­je vous dire sur la coiffure ?

1991-01-gLB : Sinon que t’avais envie de le faire, et que ça fait causer quoi !

MF : Ça, c’est vous qui dites que ça fait causer ! Moi, j’avais tout simplement envie de changer de tête, c’était important pour moi. Et puis, c’est plus facile de se coiffer quand on a les cheveux courts !

LB : J’aime quand on parle de pratique comme ça, c’est bien ! (rires) Mylène Farmer, « Désenchantée », le clip, on le regarde tout de suite, et c’est la première fois que vous le découvrez.

Diffusion du clip « Désenchantée », version courte.

LB : Mylène, on a parlé tout à l’heure des enfants hongrois, on en a beaucoup parlé, de ce choix, du lieu bien sûr. Alors, il y a une infrastructure et une équipe assez importantes. Il y a beaucoup de gens sur ce tournage…

MF : Je crois qu’il y a à peu près cent vingt personnes, mais il y a surtout douze personnes, enfin ‘surtout’ parce qu’elles viennent de Paris, douze personnes dans l’équipe technique.

LB : Des français, donc ?

MF : Oui, absolument.

LB : Avec qui vous avez l’habitude de travailler ?

MF : Oui. Jean­Pierre Sauvaire, qui est chef opérateur. Carine Sarfati, qui est aux costumes. Et beaucoup d’autres, et je m’excuse de ne pas les citer.

LB : C’est une équipe de copains, ça. C’est des gens avec qui vous travaillez fréquemment. On a l’impression que c’est presque une famille…

MF : Oh oui. C’est des gens de grande qualité humaine et professionnelle. C’est vrai que c’est un plaisir, à chaque fois, de les réunir à nouveau.

LB : On voit pas de chevaux dans ce clip !

MF : Non.

LB : Y’a pas le…

MF : Le syndrome chevaux ? (rires) Non, il n’existe pas ! (le dernier jour du tournage, une scène montrant un squelette au dos d’un cheval noir parcourant la fameuse plaine vide sera pourtant tournée, mais coupée au montage final, nda)

LB : Y’a pas le Cadre Noir, et pourtant, ça fait partie de ton histoire, quand même…

MF : Ça, c’est la presse qui est allée un petit peu trop loin ! J’ai fait beaucoup d’équitation dans ma jeunesse, j’ai effectivement fait un passage, mais très bref, à Saumur, mais c’était pour envisager de passer le monitorat. Donc c’était très, très bref. La presse s’est emparée de ça et en a fait une grande monitrice d’équitation, mais je n’en suis pas là. (sourire)

LB : Ça faisait pas partie de tes aspirations. En fait, chanter non plus, vraiment ?

MF : Non, ce n’était pas une vocation. Mais c’est quelque chose de… C’est probablement un cadeau de la vie qui m’a été fait.

LB : Est­ce que c’est une chance qui passe à un moment donné ? Est­ce qu’il faut la saisir cette chance ? Au moment où tu as rencontré Laurent sur le premier 45­trs, il y a une petite voix qui t’a parlé ?

MF : C’est l’autre, justement ! (sourire)

LB : (ne comprenant visiblement pas l’allusion au titre du nouvel album à venir) C’est l’autre ?

MF : Oui, c’est une petite voix. C’est une chance et une évidence à la fois. C’est­à­dire que quand j’ai rencontré Laurent… Tous les deux, nous sommes nés de la même chose. Donc c’est quelque chose de très fort et très beau, en tous cas pour ma vie.

LB : Autre chose qui a probablement été très bon, on en parlait tout à l’heure, de tes émotions, de ta peur, de ce qui te motive, de ce qui te fait avancer, ça a été la scène. Ça a été le Palais des Sports, ça a été Bercy par la suite. Moi, je t’ai vue dans les deux cas. Je t’ai vue pleurer sur scène, pleurer d’émotion sûrement, d’intensité. Est­ce que ça, c’est l’avènement pour toi ? Le parcours a été long, de 84 à 89, cette scène, est­ce que ça représente l’avènement ? Et est­ce que ça te manque déjà, l’absence de scène depuis à peu près un an ?

MF : Je ne sais pas si on peut parler d’un manque. C’est très, très troublant, la scène. En tout cas, la façon dont moi j’ai abordé la scène et la façon dont je l’ai ressentie, c’est quelque chose de très troublant. Donc c’est quelque chose qui marque énormément. Là aussi, c’est difficile pour moi d’en parler parce que c’est très riche.

Je ne sais pas. C’est une grande émotion. Maintenant, je pourrais dire beaucoup d’autres choses, mais c’est délicat pour moi parce que je…

LB : Est­ce que c’est une émotion passée, ou est­ce que c’est une émotion qui implique le fait d’être en désir justement de cette émotion ?

MF : C’est une émotion qui fait partie maintenant de mes souvenirs. Mais, dans la mesure où c’est aujourd’hui, je peux la considérer comme étant du passé. Donc c’est quand même… Comment vous dire ? C’est une plaie.

En tous cas, dans mon souvenir, c’est une plaie car c’est quelque chose que je n’ai plus actuellement. Ce qui ne veut pas dire que j’ai envie d’y retourner tout de suite non plus. J’ai envie de vivre dans ma vie des choses très fortes. Je sais que je ne pourrai pas les renouveler quotidiennement. Donc je sais que ma première fois sur scène, c’était quelque chose d’incroyable pour ma vie. Est­ce que je ressentirai les mêmes choses si je remonte une deuxième fois sur scène ? C’est la question, en fait, que je me pose, donc c’est en ce sens que c’est très déstabilisant.

LB : Qu’est­ce qui peut t’inspirer justement un désir aussi fort, où tu te dis « Tiens, si je faisais ça, j’aurais peut­ être une émotion encore plus forte » ? Y’a le cinéma, probablement ? On t’a proposé d’ailleurs des rôles au cinéma. Garcia t’a proposé un rôle, il me semble…

MF : (visiblement réellement surprise) Vous me surprenez parce que, moi, je n’en ai jamais parlé.

LB : Ah oui ? C’est des échos, alors. Des bruits…

MF : (perturbée) Non, mais c’est pour dire que je n’en ai jamais parlé.

LB : C’est vrai ou pas ?

MF : C’est vrai que j’ai rencontré Nicole Garcia. J’ai vraiment souhaité la rencontrer. J’avais ce projet de scène, donc il a fallu choisir et c’était évident pour moi. Ce n’était même pas un choix. Mais j’ai quand même souhaité la rencontrer. J’aime bien cette femme. J’ai eu quelques propositions. J’attends. J’attends parce que ce ne sont pas encore les bonnes. Et que j’y mettrai, je dirais, la même démesure et la même passion pour aborder ce thème­là. Mais c’est… J’attends, voilà.

LB : Peut­-être, alors. Qui sait ? On parlait d’émotion à l’instant. L’émotion, l’intensité : c’est extrait d’un double album qui est sorti, c’est également la cassette vidéo live du Palais Omnisports de Paris Bercy. (le concert a en réalité capté à Bruxelles, nda) C’est Mylène Farmer sur scène. « Plus Grandir ». Regardez…

Diffusion du clip de « Plus Grandir (live) ».

LB : « Plus grandir », à l’instant. C’est la scène, c’est Mylène Farmer en scène. Mylène nous en parlait à l’instant, avec cette émotion nette et intense qu’était cette scène. A propos de ton succès, parce que tu as quand même du succès, tu es…je sais pas si on peut dire star ou vedette…

MF : J’en sais rien. C’est pas mon problème.

LB : Tu t’en fous ! Par contre, il y a une réflexion que tu t’es donnée à toi­même une fois dans une interview, tu t’es toi­même posée la question, et tu y as répondu, et j’ai trouvé ça assez intéressant. Tu dis « Si le succès se meurt, je serai dans une solitude incommensurable et presque insupportable ». Alors, ça aussi, c’est le paradoxe du personnage puisque tu viens de me dire « Bof, je m’en fous, c’est pas mon problème. Je suis star, je suis vedette, c’est pas… ».

MF : Non, mon problème n’est pas le mot qu’on emploiera pour définir. Mais mon vrai problème, c’est d’exister, et donc d’avoir le regard des autres posé sur moi, d’avoir quelqu’un qui m’écoute. Et ça, c’est… Pourquoi je fais ce métier ? C’est parce que j’ai besoin de ça pour vivre.

LB : C’est le désir d’amour des autres. Probablement le désir de donner aussi…

MF : Bien sûr. Ça c’est…Oui, bien évidemment, oui.

LB : Est­ce que tu projettes un petit peu dans l’avenir et te dire « Est­ce que je continuerai à faire ça ? » ? C’est­ à­dire un album tous les trois ans, une scène, … Je me demande su tu es capable de tomber dans une routine…

MF : Non, parce que je pourrai dès le prochain album remonter sur scène. Non, je ne peux pas me projeter dans l’avenir. Quand je pense à l’avenir, je vois l’échec donc je préfère ne pas y penser. Et j’y pense malgré tout ! (rire nerveux) Mais c’est pas une grande quiétude en tous cas.

LB : On a l’impression qu’il y a un mal de vivre permanent chez Mylène Farmer…

MF : Oh, je ne voudrais pas n’émaner que ça, mais je… (soupir) Que dire ? Oui, appelons ça le mal de vivre.

Appelons ça une incompatibilité avec la vie, en tout cas.

LB : Avec les autres, des fois ?

MF : Avec les autres, mais ça nous sommes tous pareils.

LB : L’enfer c’est les autres, quoi !

MF : Oui, bravo ! (rires)

LB : Je vous en prie. (un camion arrive en second plan, depuis le décor du clip, et vient tout droit vers le ‘plateau’ d’interview) Ne vous inquiétez pas, on a un camion qui nous arrive dessus ! On est vraiment sur les lieux du tournage de ce clip ! (rires de Mylène qui se retourne) Y’a même des coups de mitraillettes de temps en temps. C’est l’apocalypse quoi ! (le camion passe juste derrière eux puis disparaît, Mylène est morte de rire) Voilà, merci, c’est gentil. Ne changez rien. Restez où vous êtes. On s’installe et on continue dans le même esprit. Mylène, on va regarder « Désenchantée » une autre fois… Ah, je voulais dire une chose.

L’album n’est pas encore sorti, par contre, il y a une chose que tu as faite et qu’on n’attendait pas forcément, c’est un duo avec quelqu’un, sur cet album, avec Jean­Louis Murat. Alors là aussi, il y a une rencontre un peu particulière. Cette rencontre est née de quoi : de ton désir, du sien ?

MF : Ça, je vais garder ça mystérieux. Je crois que c’est né de toute façon d’un désir commun. Nous nous sommes rencontrés et on a décidé de chanter cette chanson ensemble. Et je suis très heureuse d’avoir rencontré Jean­Louis. J’aime beaucoup sa voix, d’abord, et j’aime surtout sa façon d’écrire. Et c’est quelqu’un qui a réellement un univers. C’est pour moi ­ je ne sais pas s’il appréciera le compliment, c’en est un pour moi ­c’est un poète d’aujourd’hui. C’est quelqu’un qui me touche beaucoup. (sourire)

LB : Mylène Farmer, « Désenchantée ».

Diffusion du clip « Désenchantée », version intégrale.

LB : Voilà, « Désenchantée », Mylène Farmer. On est sur le tournage de ce clip. L’album sort le 8 avril, je vous le rappelle. (la date officielle annoncée par la maison de disque sera pourtant le 10 avril, nda) L’album s’appelle « L’Autre… ». Le 45­trs, vos le connaissez puisqu’on l’entend en radio, déjà, depuis le 18 mars.

Mylène, après ce tournage, après Budapest, ça va être quoi ? Ça va être promotion ? Quelques télés…Très peu, d’après ce que je sais.

MF : Très peu de télés, oui.

LB : Merci de nous avoir accordé cette interview, surtout ici.

MF : Merci d’être venu.

LB : Je t’en prie. On se remercie encore ! Et après, ça va être peut­être un peu de repos, t’occuper des animaux. Tu as toujours des animaux ?

MF : J’ai toujours mes deux singes.

LB : Oui, c’est ça.

MF : Et, quant au repos, non. Définitivement, je déteste le repos et l’oisiveté.

LB : Tu t’ennuies ? Ça t’ennuie, le repos ?

MF : Oui. Et ça m’inquiète beaucoup. Beaucoup !

LB : Mylène, merci d’avoir été avec nous. Et puis, on se retrouvera probablement prochainement. On ne sait pas. Qui sait ?

MF : D’accord.

1991-01-eLB : Merci. C’était ici, à Budapest, et elle va continuer le tournage du clip. Et il fait de plus en plus froid, je vous assure. (rires de Mylène) Ah ! Je sais que ton rêve, ce serait de faire un reportage sur la banquise.

MF : Oui, absolument.

LB : C’est toujours vrai ?

MF : C’est toujours vrai.

LB : Je sais pas si j’irai t’interviewer sur la banquise ! (rires) Ça s’arrange pas ! Merci Mylène.

MF : Merci.

LB : A bientôt.

MF : Au revoir.

Générique (extrait de « Désenchantée » sur des images du tournage).

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Sexy coma, univers de Mylène

Posté par francesca7 le 13 mai 2015

La tentation du néant, du vide, de la mort… Voilà qui n’a a priori rien de nouveau dans l’univers de Mylène Farmer… Au fil des albums et depuis Au bout de la nuit, on ne compte plus les volonté de «s’endormir loin [des] chimères» ; de «s’éloigner de tout», de se «dissoudre dans l’éternité»… Je vous épargne la liste intégrale pour citer Mylène elle-même, lors d’une interview sur Nostalgie pour l’album Anamorphosée : «parfois on a envie de se confondre avec le vide, avec le rien». Chanson d’ouverture de Point de Suture, Dégénération fait irrémédiablement penser à California. Les deux chansons traitent en effet rigoureusement du même thème, mais sous deux angles différents…

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Dans California, ce qui est sexy, c’est «le ciel de Californie», c’est-à-dire le voyage, le dépaysement. C’est parce que la vie parisienne est devenue apathie, coma mortifère, que le lointain se pare des couleurs séduisantes d’un fix… Dans Dégénération au contraire, ce qui est sexy, c’est le coma. On est donc dans une véritable dynamique de renversement par rapport à Anamorphosée. Aux portes de Point de suture, l’apathie et la pesanteur combattue dans Anamorphosée deviennent des sources de tentation à la séduction inquiétante…

Volonté de s’arrêter dans ce sexy coma qui cependant est aussi une blessure, une source de mort : un trauma… Jamais autant que dans cet album la volonté de l’arrêt n’aura été si clairement mise en avant, sans doute parce que ces sensations diffuses et paradoxales ont pris corps dans la réflexion sur l’ennui qui semble avoir occupé Mylène ces dernières années…

On pense bien sûr à Paradis inanimé, où Mylène nous offre cette étonnante, et macabre sculpture de son propre gisant… Il s’agit donc de s’arrêter, de tenter de ne plus bouger du tout. Cet attrait de l’arrêt est comparé à l’éros, mais aussi au Styx, fleuve des enfers aux eaux létales. S’adressant directement au coma, qui devient une sorte de force vive, Mylène constate sa dimension séduisante, attirante… Le coma est sexe : force érotique, il est désir… Mais tout comme il était trauma, il est aussi Styx, enfer, force négative et anesthésiante. Les dieux grecs, lorsqu’ils devaient jurer, prononçaient en effet leur serment sur le Styx. C’était, pour un Dieu, le plus sacré des serments, inviolable même pour Zeus… A la divinité qui rompait un serment sur le Styx, le châtiment immédiat : un coma de mort, justement, dans lequel il était privé de tous ses pouvoirs… Ces deux faces du coma, l’une sombre et dangereuse, l’autre plus lumineuse sont cependant toutes deux vécues sur le mode de l’attraction. L’inlassable répétition du «j’aime l’ombre et la lumière» trouve à nouveau ici une illustration : sexy le coma, comme le trauma… Sexe, Styx : même combat… Et mêmes sonorités !

On en arrive donc à cette surprenante volonté, ou plutôt tentative, d’arrêt… Face à l’attraction du vide et de l’apathie : un «test statique». Mais le choix du terme «test» traduit bien cette ambivalence du coma… L’arrêt total, le «paradis inanimé» (un coma transfiguré en expérience mystique) n’est pour l’instant qu’un simple test… A voir donc si l’expérience sera reconduite, ou si le test s’avèrera non concluant…

 

MysterFrizz du site http://www.innamoramento.net/

 

 

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Comprendre le message de Myléne du TIMELESS 2013

Posté par francesca7 le 10 mai 2015

téléchargement (1)

Les premières paroles chantées par Mylène Farmer lors de son dernier spectacle Timeless 2013 ne sont-elles pas « à l’envers cette terre », comme la dystopie est une utopie inversée, c’est à dire une représentation du monde souvent futuriste, toujours infernale, cauchemardesque ?

Comment installer cette dystopie ? D’abord par le lieu de ce voyage à travers les étoiles, vers un univers loin, très loin de notre monde, à des années-lumière, du moins en apparence, et l’arrivée d’un personnage énigmatique qui va changer cet univers. Après le noir, au bout de la nuit, les étoiles au début du spectacle qui finissent par former le visage de Mylène tel qu’il apparaît sur l’affiche de la tournée constitue peut-être un effet d’annonce. Une entrée stellaire, un bouillonnement d’étoiles fixes et filantes qui se rejoignent pour former peu à peu un tunnel rectiligne, puis en spirales, un tourbillon évoquant le Tartare grec. Les étoiles semblent elles-mêmes voyager dans le temps et l’espace. Ce passage entre les dimensions débouche sur un vaisseau qui évoque un cratère dans lequel on s’engouffre pour accéder à l’un de ses couloirs qui semble infini, labyrinthique, un dédale spatial, avec déjà le mélange des imaginaires mythologiques et futuristes : au tunnel stellaire succède un tunnel métallique mais toujours virtuel car ces plans sont des images de scène présentées sur un écran gigagéant, qui occupe tout le « mur » du fond de scène.

Sur cette même chanson, les images de scène semblent évoquer le processus de constitution de l’univers depuis le big bang : naissance et mort d’étoiles, explosions et reconstruction de matières nouvelles à partir d’éléments épars. 

Est-ce une façon d’annoncer l’absurdité du monde dystopique, sur lequel l’héroïne vient d’atterrir, qui tourne à vide sur lui-même ou simplement d’évoquer le cœur, l’âme du vaisseau sans lequel il ne pourrait fonctionner ?

Ce monde lui, on le verra, a trahi son pacte avec la nature à l’image des représentations habituelles de planètes lointaines sur le déclin qui se meurent de la surexploitation de leurs ressources .

téléchargement (2)A ce titre, le crâne nu de Moby, filmé de derrière au début du tableau « Slipping away » et bleuté, ressemble étrangement à la surface d’une planète. La voix stellaire de Mylène sur « A force de » vient donner un nouvel éclairage au thème de la chanson : savoir et vouloir espérer et donner l’espoir à l’autre quelque soit le situation, et ce en contemplant la beauté et la force de la nature : « La force des rapides, des vents qui se déchirent, me donnent l’envie de vivre, donner l’envie de vivre ; à force d’étincelles, que la nature est belle ». MF semble ici apporter au sein de la dystopie la voix salutaire d’un ailleurs, d’une nature qui existe encore bien qu’elle soit perdue ici, et qui va renaître au contact de ce personnage féminin, en tenue de voyage, encapée, entourée d’éclairs bleus à son arrivée sur scène comme l’écran derrière elle.

La voilà prête à réveiller le monde…

Cependant sur le titre suivant, « Comme j’ai mal », le soleil naissant d’ « A force de » semble décliner. Ici-bas, la vie se fragilise. La reconcentration, et non plus le déploiement, de ces lignes lumineuses, voire leur repli, qui plus est sur une musique inquiétante, s’opère autour d’une porte des étoiles mauve sombre qui rappelle un soleil noir ou un trou noir – avec le jeu de mots sur le trou noir psychique puisqu’elle chante « ma mémoire se fond dans l’espace ». Ici, la voix stellaire de Mylène devient gutturale, étrange, comme malade, à l’image de l’étoile déclinante dont les rayons, instables, se formant et se déformant, paraissent chavirer, tanguer dans un sens puis dans l’autre : « ma pensée se fige, animale ». Elle qui vient d’un ciel bleu pur, est comme étouffée par ce lieu étrange, dystopique, où elle vient d’atterrir : « je ressens ce qui nous sépare », ici il s’agit sans doute d’elle et du monde où elle pénètre. Elle est animalisée. Sa faculté à ressentir des émotions ou à penser rationnellement est comme absorbée . Elle décide pourtant de continuer son chemin. Et c’est là qu’elle va rencontrer les robots du tableau de « C’est une belle journée »

Nous voilà entrés au sein du monde dystopique. Et qui croisons-nous en premier ? De bien étranges robots, dès l’introduction du 3ème titre du spectacle « C’est une belle journée ». Tels des têtes chercheuses effrayantes, leurs yeux et à leurs bouches mués en lampes torches semblent traquer tout ce qui sortirait d’une « normalité » érigée en dogme non transgressible et en dehors de laquelle il est impossible de vivre dans une anti-utopie.

Or, ces robots soudain s’humanisent, joyeux, dansants, au contact de la seule femme « souveraine » (Mylène) qui subsisterait dans ce monde ou qui venue d’ailleurs sur son vaisseau spatial découvre un monde où les filles sont des robots : « voir des anges à mes pieds ». La simple présence de cette voyageuse semble leur donner l’envie d’aimer , « de paix », puis de s’aimer mutuellement, comme le montrera l’interlude centré sur eux. On peut y voir une explication de la présence dans ce spectacle de danseurs hommes uniquement autour de Mylène, d’où également l’attitude protectrice des mêmes danseurs très proches autour d’elle pendant le pont de « C’est une belle journée », en particulier des deux danseurs de devant (Raphaël Sergio Baptista, Aziz Baki) qui l’entourent de leurs bras : la rareté se doit d’être protégée. Elle dit d’ailleurs à ce moment-là : « comme un aile qu’on ne doit froisser ».

Ces robots sont l’un des épicentres du spectacle si bien qu’un interlude très original leur est consacré. Ils semblent se toiser du regard, se méfier les uns des autres, peut-être se découvrir comme « êtres vivants ». En tous les cas, ces robots irradient, dans un univers bleu froid, une lumière rouge. Celle-ci rappelle les opérations de détection de la chaleur corporelle qui apparaît souvent « rouge » pour ceux qui la traquent, dans certains univers de science-fiction. Les robots sont alors les seuls signes de vie.

On pourrait dès lors y voir l’interlude d’une autre rencontre amoureuse qui a lieu cette fois entre deux être humains : Mylène F. et Gary Jules sur la chanson suivante : « Mad world ». Pour en revenir aux robots, certes ils semblent méfiants mais ils sont surtout curieux, ils s’apprivoisent et quand l’amour est là, conscient et mutuellement ressenti, ils dansent soudainement la joie d’être aimé, malgré cette surveillance, sur une musique dont les arrangements évoquent des bruits « robotiques ». Ils changent de couleur au gré de leurs émotions : heureux de cet innamoramento, ils sont multicolores de même que les faisceaux de lumière les entourant, de plus en plus nombreux qui jaillisent de toutes parts. A cet instant, même les yeux de surveillance semblent entrer dans la danse et oublier leur mission orginelle pour partager un moment de joie.

images (2)L’animal est-il là au sein de la dystopie ? Sur le tableau « Monkey me », il génère cependant un moment de joie, en liaison avec thème de la chanson qui évoque une rencontre entre un animal prisonnier (en attente d’être adopté dans une animalerie) et une femme, et le sentiment quand leurs regards se croisent. Elle semble se reconnaître en lui, éprouver de l’empathie pour sa souffrance, se sentir elle-même prisonnière, d’où la nécessité d’adopter l’animal pour le libérer. Sur le tableau « Monkey me » du concert, on peut observer sur l’écran des pointillés disposés en cercles concentriques qui rappellent une cible : moment de jeu ou représentation du système solaire ? Les guitares couvertes de leds sur ce titre, donc lumineuses, symbolisent la joie associée au singe dans la mythologie japonaise, la chaleur, la vie au sein de la dystopie comme le marquent les couleurs chatoyantes, solaires (rouge, jaune or) du tableau. Sur certaines dates, 3 guitares sont équipées de leds lumineux : pour symboliser chacune un des trois singes de la sagesse ?

Lorsqu’il est fait de chair et de sang, l’homme est l’objet d’un spectacle-défouloir, objet de désir, sur « Oui mais non », où la chorégraphie virile et les costumes des danseurs semblent évoquer l’esclave ou le gladiateur désarmé ou le lutteur, jeté dans l’arène d’un jeu du cirque équivalent à celui de l’Antiquité romaine. On y développe la même martialité quitte ou double : comme on levait la main pour décider de la mort de quelqu’un, MF sur son fauteuil décide qui elle garde et qui elle rejette parmi ces hommes qui paraissent se lover autour d’elle.

A ce titre, les ombres chinoises, tour à tour noires ou blanches (ou les deux) au détour des portes de l’arène qui s’ouvrent et se ferment, sans cesse renaissantes, semblent signifier la multiplicité des peuples (conquis) réunis comme objet de spectacle au sein des Ludi. Leur forme et leurs mouvements rappellent dans leur agencement les amphores grecques ou les frises de l’Egypte antique. D’ailleurs, les doubles blancs des personnages, évanescents, qui volent, en arrière plan, d’une frise à l’autre, de corps en corps, de réincarnation en réincarnation, rappellent les « kâ », doubles spirituels de chacun être humain, naissant en même temps que lui, dans la mythologie égyptienne.

En contraste, l’homme venu d’ailleurs est l’objet de l’amour véritable dans Timeless. Amour d’adultes en un premier temps sur la partie « piano/voix » du concert. La seule relation humaine pour Mylène est passagère : Gary Jules apparaît sur scène dans l’obscurité et surplombé de faisceaux formant une colonne (un tunnel ?) de lumière vertical et blanc qui le transforme d’emblée en homme-ovni. Comme Mylène, il vient d’ailleurs, il n’appartient pas à ce monde dystopique, d’où le fait qu’il le qualifie de « mad world » et qu’il enjoigne ceux qui l’écoutent à s’ouvrir l’esprit : « enlarge your world ». Il devient dès lors le seul amour possible pour celle qui elle non plus « n’[est] pas de ce monde ». thématique si mylénienne de l’ami imaginaire et du voyage à travers le temps futur et passé et les dimensions (au centre du spectacle Timeless) serait dès lors le moment de la rencontre amoureuse, L’amour naissant…

En effet, en commençant le refrain par « si d’aventure je quittais terre », elle permet au doute de s’installer. Elle projette de quitter cet univers (parce qu’il la rend malade ?) comme elle le fera à la fin du concert, en laissant Gary qui n’est déjà plus présent : elle fait sa déclaration d’amour à un absent. Belle résonance avec le thème originel de la chanson, interprétable comme l’aveu d’amour à un enfant tant voulu mais qu’on a jamais eu, peut-être parce qu’il est mort-né , peut-être parce que l’enfantement tel qu’il se fait normalement est interdit dans certains univers dystopiques, pour contrôler les naissances, éviter la profusion des classes miséreuses, laborieuses, dangereuses. Cet enfant perdu est-il la raison de l’absence de Gary ? Le déploiement de l’amour sur « Les mots » occupait l’ensemble de la scène ; ici, point de suture, noir sur la scène (au début) pour accentuer l’absence, traversé de sept rayons blancs protecteurs, et repli de Mylène avec son pianiste sur la partie droite de la scène, comme si la musique sauvait de tout. « Et pourtant » signe la rupture de la relation – à cause de cet enfant non né ? : « mais tes lèvres ont fait de moi un éclat de toi », dit-elle à Gary, toujours absent – et ce même si l’amour persiste, signant la nécessité du départ. A ce moment, l’outro de « Et pourtant » confié à Yvan Cassar seul sur scène semble signifier que si l’amour est terminé, la musique survit et fait renaître. Alors que la musique gagne progressivement en intensité et en beauté, la scène sombre fait place à une lumière de plus en plus intense, statique puis mobile, qui éclaire la pianiste seul puis l’ensemble de la scène. La vie nous est redonnée par la musique.

images (3)Si l’amour d’adultes n’a pu donner lieu à la naissance d’un enfant, celui-ci apparaît tout de même, venu du public, donc d’en dehors de ce monde représenté sur scène : sur « A l’ombre » pour annoncer le renouveau à venir ou « XXL », chanson centrée sur le besoin d’amour de la femme, quelque soit le monde d’où elle vient. Les vaisseaux projetant des rayons formant des X, des images de MF et de ses guitaristes, de leur complicité, marquent à nouveau les moment de joie apportés par l’amour et la musique là encore – comme sur « Et pourtant », mais cette fois le musicien n’est plus seul. Le moment est idéal pour faire entrer sur scène, dans son univers, un enfant, par exemple celui, très mignon, du 11 septembre 2013. Ce contact amoureux avec le hors scène est élargi à l’ensemble du public dans le tableau « Bleu noir » où Mylène chante sur une nacelle mobile qui traverse l’ensemble de la fosse, et ce en liaison avec la thématique de la chanson, ici la vie vaut la peine d’être vécue pour les relations profondes que l’on y noue : « mais la vie qui m’entoure et me baigne me dit quand même ça vaut la peine » « la bataille est belle, celle de l’amour disperce tout ». Faire chanter au public le premier couplet du titre « Maman a tort » participe du même élan : « deux, c’est beau l’amour » « huit, j’m'amuse ».

Dans la même mouvance, mais plus clairement, « Désenchantée » permet de se focaliser sur les marginaux, les révoltés, les prisonniers politiques, les dissidents de cette dystopie : « tous mes idéaux, des mots abîmés ». Ceux-ci sont figurés par les danseurs. Avec la sorcière Mylène, ils sont enfermés hors du regard des « normaux », sur une planète hostile, rouge, peuplés d’insectes menaçants, veuves noires, gardiens lugubres des prisonniers exilés ….

Cette sorcière de « Désenchantée », nous la retrouvons sur « Diabolique mon ange ». Si la croix sur la nuque de Moby (« Slipping away ») semble renvoyer l’idée de religion, de spiritualité, elle aussi, à un lointain passé, de même que sur la partie piano-voix du concert, la croix très discrète sur l’échancrure de la robe pailletée d’étoiles de MF, elle signe surtout définitivement le rejet de la religion dans cet univers, en dehors de ceux qui tiennent encore quelque chose du passé :? D’ailleurs, les cinq soleils de « Bleu noir » reviennent à ce moment précis, non plus blancs, mais jaunes or, plus puissants, regaillardis par cette renaissance dans un tableau faisant référence au pays du Soleil levant, donc naissant ou renaissant et qui accueille, après « Sans contrefaçon », le tout premier titre de la carrière de Mylène, celle qui la fait naître en tant que chanteuse : « Maman a tort ».

« Sans contrefaçon » ? Des dystopies toujours… « Dans ce monde qui n’a ni queue ni tête », apparaissent des simili samouraï, guerriers rouges de la planète Mars, au double sens du dieu grec de la guerre et du sang versé au combat et de la planète rouge : « prenez garde à mes soldats de plomb, c’est eux qui vont tueront ». 

Dans le même ordre d’idées, toujours sur « Je t’aime mélancolie », l’industrialisation effrénée n’aboutit à rien puisqu’elle sert à construire des engins de mort : machine ambulante qui évoque un lieu de pendaison par couperet avec suspendus serpes et marteaux – symboles du communisme soviétique. Elle permet de mettre au point des engins de répression (gants de boxe sur ressort avec aussi une allusion au clip de la chanson de ce tableau) ou encore des machines occupées à un travail vain et inutile : machines à roues dotées de ciseaux géants mobiles servant à la culture d’une terre aride, bateau au sein d’une mer rougeâtre vide ou peuplée de squelettes de poisson, allusion au travail à la chaîne tayloriste (et à sa symbolique chaplinesque) avec ces bouteilles fabriquées en série qui explosent avant même d’être terminées. Plus loin, les visages humains eux-mêmes toujours indéfinissables semblent être produits en série. A noter que les premières dystopies sont nées avec l’industrialisation – destructrice parce qu’irrespectueuse – du XIXème siècle, révolutions industrielles dont l’une a été marquée par une découverte essentielle : l’électricité, ici représentée par une ampoule qui s’allume et s’éteint au milieu d’un visage vaguement défini. 

Vient « Rêver », le moment du départ, où il faut « changer de ciel », l’ultime chanson du concert, l’hymne à la tolérance, mais qui signale tout de même la fragilité du nouveau monde créé et la nécessité d’un agir ensemble pour le préserver.

Pour terminer, sur l’ensemble du spectacle, il faut souligner que, pas de doute, c’est un spectacle très réussi. Chaque membre de l’équipe sur scène a son moment privilégié, où l’attention est concentrée sur lui, marque de partage et de respect infini pour tous les acteurs du show : Gary Jules chante presque seul sa chanson « Mad world », le public chante presque seul le 1er couplet de « Maman a tort » ; il y a l’intro musical de « Et pourtant » qui met en valeur le pianiste Y. Cassar, l’intro de « Je t’aime mélancolie » pour les danseurs, l’intro de « Diabolique, mon ange » pour tous les musiciens et les choristes, la mise en avant des guitaristes sur « Monkey me » et « XXL » (et de l’un d’entre eux sur l’écran au milieu des « soleils » de « Bleu noir ») et bien sûr l’interlude robots. 

images (4)Et la joie présente du début à la fin du concert, en particulier autour de son héroïne toujours souriante, comme un contrepoint à la dystopie et le signe d’un espoir toujours vivant. Qui a dit qu’elle, Laurent B. et toute leur équipe n’étaient pas capables de se renouveler tout en gardant leur identité ? Où s’arrêtera le pinceau d’écume ? Jamais, puisqu’elle est éternelle… 


SOURCE : Cyril H. – à retrouver sur le site originel :  
http://roadmaster-087.skyrock.com

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Mad World c’est pas pour Mylène

Posté par francesca7 le 7 mai 2015

 

220px-Tears_for_Fears_2008Mad World est une chanson éditée en 1982 par le groupe britannique Tears for Fears.

Écrite par Roland Orzabal et chantée par Curt Smith, cette chanson est le troisième single du groupe et son premier succès, arrivant en troisième position dans le UK Singles Chart en novembre 1982 ; c’est aussi, et dans le même temps, le premier tube international du groupe, se classant au Top 40 dans plusieurs pays à travers le monde (Allemagne, Afrique du Sud, Irlande,Nouvelle-Zélande, etc.). D’ailleurs, concernant ce succès international, il est à noter que c’est en Afrique du Sud que ce titre a atteint sa meilleure place, puisqu’il s’y est classé no 2 au printemps 1983, Tears for Fears devenant alors un groupe très populaire dans ce pays.

Mad World figure sur le premier album de Tears for Fears, The Hurting, qui parut au printemps 1983 et connut lui aussi un grand succès (no 1 au Royaume-Uni, no 7 au Canada,no 15 en Allemagne, no 16 en Nouvelle-Zélande, etc.).

En 1992, Nicola Sirkis, leader du groupe français Indochine, publie un album en solo Dans la Lune. Sur cet album de reprises de chansons qu’affectionne Nicola figure en piste 2Mad World.

En 1995, le refrain cette chanson est repris par le groupe d’Italo dance Jog et engendrera bon nombre de remixes dans le monde de la musique électronique.

En 2001, cette chanson a été reprise par Michael Andrews et Gary Jules pour la BO du film culte Donnie Darko. Cette reprise, éditée plus tard en single, connut un grand succès international, se classant même no 1 des ventes durant plusieurs semaines au Royaume-Uni, fin 2003.

Depuis, d’autres artistes ont interprété ce titre — arrangé de façon similaire à Gary Jules, avec parfois à la clé un certain succès — comme c’est le cas pour Adam Lambert lors de l’émission American Idol ou encore en France avec Benjamin Boehm, lors de l’émission La Nouvelle Star. Dernier en date, le remix de Paul Kalkbrenner.

En 2006 Sara Hickman reprend la chanson qui figurera sur son album Motherlode. Sa version a été utilisée dans l’épisode 18 de la saison 5 de The Vampire Diaries.

En 2011, la chanson est également reprise dans le jeu vidéo Gears of War 3 sur Xbox 360 lors du sacrifice d’un des personnages principaux. Seule différence, cette version n’est pas accompagnée de paroles. Ce sera d’ailleurs cette même version qui aura servi dans la présentation du moteur UnrealEngine 3.0 en 2004 avec ce qui deviendra le projet Gears of War.

Elle fut également reprise par la chanteuse Susan Boyle dans son album Someone To Watch Over Me en 2011.

En 2013, lors de sa tournée Timeless 2013, Mylène Farmer chante la chanson en duo avec Gary Jules.

La même année, Luc Arbogast et Thomas Vaccari, deux candidats de la Saison 2 de The Voice : la plus belle voix, s’affrontent en duel durant les « battles », sur cette chanson, avant de figurer dans le 6e album de Luc Arbogast : Odysseus, sorti en août de la même année.

Le voltigeur français Nicolas Andreani a notamment utilisé cette chanson pour son programme libre.

Certains voient dans Roland Orzabal, qui interprète une danse particulière dans le clip vidéo accompagnant le single, une 5446700266469sorte de précurseur de la tektonik ; en effet, les mouvements qu’il réalise se rapprochent assez de ceux que l’on peut voir dans cette danse. Cependant, cette constatation est à modérer car la musique associée au mouvement new wave du début des années 1980, marquée par l’utilisation importante des synthétiseurs (et dont Tears For Fears fait amplement partie), était aussi marquée par l’apparition de nouvelles formes de danses, aux mouvements plus robotiques, saccadés pouvant effectivement rappeler des danses actuelles, censées être novatrices, ce qui n’est visiblement pas le cas.

La chanteuse estonienne Sandra Nurmsalu reprend la chanson pour Kaks Takti Ette, un télé-crochet estonien.

En 2013, Sophie-Tith, une candidate de la Saison 9 de Nouvelle Star, reprend la chanson pour une audition et lors de la finale où le jury lui donne 4 « bleus » (sur 4).

En avril 2014, c’est Kendji Girac qui reprend la chanson de TFF sur les lives de la saison 3 de The Voice, la plus belle voix, il sera d’ailleurs sauvé par le public grâce à cette reprise.

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L’ESSENTIEL DE MYLENE

Posté par francesca7 le 7 mai 2015

 

mylene-farmerL’essentiel du public Farmer est composé de deux vagues : ceux qui l’ont découverte dans les années 1980, et qui ont une quarantaine d’année actuellement, et ceux qui l’ont suivie plutôt depuis les années 1990. Les années 2000 ont confirmé sa place d’artiste d’exception, mais n’ont pas vraiment apporté de nouveaux « adeptes ». Si Mylène Farmer peut être appréciée à tous les âges, c’est généralement au moment de l’adolescence qu’on la découvre et que son univers « parle ». Il semble en effet, comme un conte, aborder et prévenir des secrets de la vie, des avenirs heureux ou non possible, et bien sûr de la fin de chacun.

L’univers passionnant fait que le public, une fois touché, ne le lâche pas et c’est la raison pour laquelle, actuellement, un public d’une grande diversité se retrouve pour ses concerts.  

Qu’est-ce que Mylène Farmer dit d’elle dans ses chansons ? Que confie-t-elle de sa personnalité ?

A peu près rien. Et pourtant, les gens ont l’impression qu’elle parle d’elle à travers ses textes. Mais en y regardant de plus près, elle reste dans le général. Elle parle de l’amour en général, de la mort. Mais ce n’est jamais abordé personnellement. C’est cela qui touche aussi le public finalement. C’est parce que ses paroles ne sont pas personnalisées que son public s’identifie beaucoup à elle. C’est sa grande force. Elle construit de l’intime à travers son œuvre alors même que celui-ci est très universel. Contrairement à d’autres chanteurs, il y a des éléments de sa vie personnelle, de mise en relief de sa propre histoire à l’intérieur de son univers. Par exemple, elle est capable de parler de la naissance d’un enfant ou de l’enfance en général sans jamais que l’on arrive à savoir exactement de quoi il en ressort pour elle. Si on prend Désenchantée, c’est un hymne à la révolte et à l’enfance mais à aucun moment elle ne fait appel à sa propre enfance. C’est toute l’ambigüité du personnage. Elle arrive à construire un propos autour de l’intime sans jamais livrer quelque chose de personnel. Mais elle évoque suffisamment bien les problèmes pour que son public se sente concerné, s’y reconnaît.

Mylène Farmer, entretient-elle quelque chose de commercial autour de sa part de mystère où n’arrive-t-elle pas à se confier ?

Je ne crois pas du tout à une forme de réserve. Malgré ce qu’elle dit ce n’est pas dans sa nature profonde d’être éloignée des médias. Souvenez-vous, dans les années 1980, elle faisait le Jacky show par exemple. Elle arrive en réalité à se mettre en scène dans des shows pharaoniques comme peuvent le faire les grands timides. Mais elle arrive à le faire car le lien au public n’est pas un lien où il y a un vrai contact. Elle perçoit le public comme une masse en face d’elle. 
Mais il y a aussi une dimension marketing. Ce n’est pas non plus un ange Mylène Farmer, c’est une femme d’affaires. Du coup, cela fait partie de son univers. Elle en joue. 

Mylène Farmer a-t-elle plus tendance à se confier en interview ou dans ses textes ?

Quand elle est en interview, elle est souvent mal à l’aise. Du coup, elle y va en sachant qu’elle ne voudra rien dire. Mais il faut essayer de comprendre son univers comme une tentative de poésie. C’est-à-dire qu’elle essaye de créer de l’émotion. L’enchevêtrement des phrases et des mots qu’elle emploie est très rythmique. C’est certainement son ambition : arriver à évoquer des  thèmes qui procurent de l’émotion à son public tout en en livrant le moins possible d’elle-même. Elle ne se confie pas, ni en interview, ni dans ses textes, en revanche elle donne une forme d’émotion à ses fans et cela au-delà des histoires qu’elle pourrait raconter. Elle faisait de même dans ses clips ultra-scénarisés.

Les fans campent depuis le début de la semaine devant la salle de Bercy, les places se sont arrachées en quelques heures seulement. Que vont chercher les fans dans cette personnalité si particulière ? Etre fan de Mylène Farmer, est-ce une façon de se démarquer et d’exprimer sa singularité ?

Être fan est avant tout une façon de trouver sa singularité. Au contact – même imaginaire – de celle que l’on apprécie, on apprend à se connaître soi-même. Premier temps, on s’identifie à la star au travers du personnage et de son imaginaire, puis on apprend à découvrir l’artiste pour ce qu’elle est et non seulement pour ce qu’elle donne, à mesure que l’on se découvre soi, différent et unique à la fois. Mais la grande force de Mylène Farmer c’est de faire du lien entre les individus. Par exemple, ceux que vous citez ne campent pas que pour leur star : ils se connaissent entre eux, se retrouvent, lient pour certains des liens amicaux d’une grande force, parfois plus ! Au travers de leur star, les fans vivent des émotions fortes, et cela aussi est important.  

hanteuse-mylene-farmer-au-nrj-music-awards-en-janvier-2012Pourquoi touche-t-elle un public si large et si éclectique ?

On pourrait voir Mylène Farmer comme un écran de projection : elle est le support de tous les fantasmes car incarne des visages très différents au fil des histoires qu’elle déroule dans ses clips, sur scène, etc. Son talent scénique en fait également une performeuse hors pair qui explique aussi que certaines personnes qui n’apprécient pas totalement ses titres viennent la voir pour les show qu’elle propose. Ces derniers sont unanimement reconnus pour la qualité de la direction artistique et la grande générosité de ce qui est offert au public. A la fois grandiose, intime, authentique et d’une maîtrise très pensée. C’est tout cela à la fois, Mylène Farmer. 

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Les textes de Mylène vus par le Prof.

Posté par francesca7 le 30 avril 2015

 

 

Michel Arouimi, professeur de lettres à l’ULCO, décortique les textes et les clips de Mylène Farmer

Après avoir publié un livre sur les chansons de Françoise Hardy, Michel Arouimi, maître de conférence en littérature comparée à l’université du littoral, se penche cette fois sur Mylène Farmer. Son nouvel ouvrage, Mylène Farmer, le monde comme il tangue, a été publié en mars. Il y analyse aussi bien les textes que certains clips.

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Pourtant, Michel Arouimi n’aurait jamais pensé écrire une ligne sur cette artiste. « Je ne suis pas un fan de la première heure. J’avais beaucoup de mépris pour ses chansons. » Vers la fin des années 1990, une de ses étudiantes en licence de lettres lui a apporté l’album Anamorphosee. « Elle m’a dit vous allez voir, c’est exactement ce que vous nous décrivez en cours. » Puis le professeur est tombé sur une affiche d’un autre album, Innamoramento, dans laquelle il voit « un condensé des grandes figures de l’apocalypse. J’ai été séduit ».

Mylène Farmer « questionne le sacré »

Amoureux de la poésie, il a retrouvé dans les chansons de Mylène Farmer « un univers très proche du mien. Elle questionne le sacré comme l’ont fait Rimbaud ou Kafka. Dans ses textes, je ne suis pas ému par la beauté du verbe mais par son génie de la synthèse, surtout pour exprimer les mythes ou des problèmes profonds ». Plutôt que d’analyser dans les paroles des sentiments ou le vécu de la chanteuse, il s’attache à « un sens mythique dont Mylène n’a pas forcément conscience ». Michel Aroumi décortique la discographie de l’artiste comme il étudie un livre.

Et que pense le spécialiste de littérature du côté pop et provocateur de Mylène Farmer ? «J’y suis très sensible. C’est un tout. J’ai analysé dans mon livre quelques clips. Il y a des images ou des situations qui éclairent le texte. » Michel Arouimi est aussi un inconditionnel des Rolling Stones. Peut-être aurons-nous l’occasion de découvrir une nouvelle étude approfondie d’un autre géant de la culture pop.

 

Mylène Farmer, le monde comme il tangue, Hermann, collection Vestiges de la langue. 22 €.

 

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AU TRAVERS DES TEXTES DE MYLENE FARMER

Posté par francesca7 le 30 avril 2015

 

imagesAntoine Bioy : Il est vrai que Mylène Farmer possède l’image d’une chanteuse torturée, pourtant il ne s’agit pas de l’essentiel de son univers, et par ailleurs ce dernier a beaucoup évolué avec des chansons plus légères, privilégiant parfois l’esthétique au contenu, comme ses récentes incursions dans l’electro-pop.

Il n’en est pas moins vrai que son panorama artistique reste emprunt d’une certaine mélancolie ; une mélancolie « presque heureuse », dirait Amélie Nothomb. 

Au sein de cet univers forcément intime et tout en contraste, Mylène Farmer montre différentes facettes. Elle peut incarner tour à tour la figure de la femme enfant, de la prostituée, de la dévoreuse d’hommes, etc. C’est en cela que son univers fascine : il est complexe, multiple, parfois en effet ambiguë, et chacun peut y lire une dimension de lui-même. 

Mais le personnage Mylène Farmer est aussi tout en contraste : elle peut créer un lien intime avec ses fans dans la fureur d’un concert, peut évoquer la difficulté de vivre sur un air gai, ou bien sembler évoquer des émotions simples en les parant de références culturelles parfois élitistes. 

Chez Farmer, le lien à l’autre n’est chez elle jamais totalement simple et se vit facilement sur un mode évitant. Pourtant, sa démarche reste sincère et l’intime est recherché dans des moments d’exception telles que ses concerts où l’on touche l’autre sans vraiment être dans un contact direct. Là est sa vraie ambiguïté. 

Quelles sont ses chansons les plus emblématiques, pourquoi ? Qu’évoquent-elles ?  

Libertine avait marqué les esprits par son appel à la sexualité et annonçait son premier N°1 au classement des ventes : « Pourvu qu’elles soient douces ». Pour autant, le top trois des chansons les plus connues est certainement « Sans contrefaçon » en numéro 1 suivi de « Désenchantée », et peut-être dans une mesure un peu moindre, « Rêver ». 

Il est vrai que les chansons emblématiques restent ses chansons mélancoliques, comme « Ainsi soit Je » ou plus récemment « Point de suture » qui constitue sans doute l’un des titres le plus typique de l’univers Farmer : raffiné, authentique, sensuel, et toujours une « pointe féroce » qui donne à sa mélancolie un relief particulier : « Les nuits sont chaudes/ Mon sang chavire et tangue / Bateau fantôme / Qui brûle / Je suis tempête et vent / Ombre et lumière / Se jouent de l’amour / Mes vagues reviennent / Mes flots sont si lourds ».

Quels sont ces thèmes de prédilection et pourquoi fonctionnent-ils ? Quel public est touché par ses textes ?

L’une des grandes forces de « l’univers Farmer » est d’offrir un miroir au public. Au fil des clips, des textes, des scénographies sur scène, la chanteuse aborde des thèmes universels : l’enfance, la passion, les amours contrariés, la sexualité, la finitude… Mais ils ne sont d’ailleurs pas qu’abordés, ils sont incarnés par la chanteuse : elle met en scène ses personnages et les fait vivre, parfois au fil de plusieurs clips, par exemple « Dégénération » et « Si j’avais au moins ». 

L’essentiel du public Farmer est composé de deux vagues : ceux qui l’ont découverte dans les années 1980, et qui ont une quarantaine d’année actuellement, et ceux qui l’ont suivie plutôt depuis les années 1990. Les années 2000 ont confirmé sa place d’artiste d’exception, mais n’ont pas vraiment apporté de nouveaux « adeptes ». Si Mylène Farmer peut être appréciée à tous les âges, c’est généralement au moment de l’adolescence qu’on la découvre et que son univers « parle ». Il semble en effet, comme un conte, aborder et prévenir des secrets de la vie, des avenirs heureux ou non possible, et bien sûr de la fin de chacun.

L’univers passionnant fait que le public, une fois touché, ne le lâche pas et c’est la raison pour laquelle, actuellement, un public d’une grande diversité se retrouve pour ses concerts.  

Qu’est-ce que Mylène Farmer dit d’elle dans ses chansons ? Que confie-t-elle d sa personnalité ?

A peu près rien. Et pourtant, les gens ont l’impression qu’elle parle d’elle à travers ses textes. Mais en y regardant de plus près, elle reste dans le général. Elle parle de l’amour en général, de la mort. Mais ce n’est jamais abordé personnellement. C’est cela qui touche aussi le public finalement. C’est parce que ses paroles ne sont pas personnalisées que son public s’identifie beaucoup à elle. C’est sa grande force. Elle construit de l’intime à travers son œuvre alors même que celui-ci est très universel. Contrairement à d’autres chanteurs, il y a des éléments de sa vie personnelle, de mise en relief de sa propre histoire à l’intérieur de son univers. Par exemple, elle est capable de parler de la naissance d’un enfant ou de l’enfance en général sans jamais que l’on arrive à savoir exactement de quoi il en ressort pour elle. Si on prend Désenchantée, c’est un hymne à la révolte et à l’enfance mais à aucun moment elle ne fait appel à sa propre enfance. C’est toute l’ambigüité du personnage. Elle arrive à construire un propos autour de l’intime sans jamais livrer quelque chose de personnel. Mais elle évoque suffisamment bien les problèmes pour que son public se sente concerné, s’y reconnaît.

Mylène-FarmerMylène Farmer, entretient-elle quelque chose de commercial autour de sa part de mystère où n’arrive-t-elle pas à se confier ?

Je ne crois pas du tout à une forme de réserve. Malgré ce qu’elle dit ce n’est pas dans sa nature profonde d’être éloignée des médias. Souvenez-vous, dans les années 1980, elle faisait le Jacky show par exemple. Elle arrive en réalité à se mettre en scène dans des shows pharaoniques comme peuvent le faire les grands timides. Mais elle arrive à le faire car le lien au public n’est pas un lien où il y a un vrai contact. Elle perçoit le public comme une masse en face d’elle. 
Mais il y a aussi une dimension marketing. Ce n’est pas non plus un ange Mylène Farmer, c’est une femme d’affaires. Du coup, cela fait partie de son univers. Elle en joue. 

Mylène Farmer a-t-elle plus tendance à se confier en interview ou dans ses textes ?

Quand elle est en interview, elle est souvent mal à l’aise. Du coup, elle y va en sachant qu’elle ne voudra rien dire. Mais il faut essayer de comprendre son univers comme une tentative de poésie. C’est-à-dire qu’elle essaye de créer de l’émotion. L’enchevêtrement des phrases et des mots qu’elle emploie est très rythmique. C’est certainement son ambition : arriver à évoquer des  thèmes qui procurent de l’émotion à son public tout en en livrant le moins possible d’elle-même. Elle ne se confie pas, ni en interview, ni dans ses textes, en revanche elle donne une forme d’émotion à ses fans et cela au-delà des histoires qu’elle pourrait raconter. Elle faisait de même dans ses clips ultra-scénarisés.

Les fans campent depuis le début de la semaine devant la salle de Bercy, les places se sont arrachées en quelques heures seulement. Que vont chercher les fans dans cette personnalité si particulière ? Etre fan de Mylène Farmer, est-ce une façon de se démarquer et d’exprimer sa singularité ?

Être fan est avant tout une façon de trouver sa singularité. Au contact – même imaginaire – de celle que l’on apprécie, on apprend à se connaître soi-même. Premier temps, on s’identifie à la star au travers du personnage et de son imaginaire, puis on apprend à découvrir l’artiste pour ce qu’elle est et non seulement pour ce qu’elle donne, à mesure que l’on se découvre soi, différent et unique à la fois. Mais la grande force de Mylène Farmer c’est de faire du lien entre les individus. Par exemple, ceux que vous citez ne campent pas que pour leur star : ils se connaissent entre eux, se retrouvent, lient pour certains des liens amicaux d’une grande force, parfois plus ! Au travers de leur star, les fans vivent des émotions fortes, et cela aussi est important.  

1988-04-aPourquoi touche-t-elle un public si large et si éclectique ?

On pourrait voir Mylène Farmer comme un écran de projection : elle est le support de tous les fantasmes car incarne des visages très différents au fil des histoires qu’elle déroule dans ses clips, sur scène, etc. Son talent scénique en fait également une performeuse hors pair qui explique aussi que certaines personnes qui n’apprécient pas totalement ses titres viennent la voir pour les show qu’elle propose. Ces derniers sont unanimement reconnus pour la qualité de la direction artistique et la grande générosité de ce qui est offert au public. A la fois grandiose, intime, authentique et d’une maîtrise très pensée. C’est tout cela à la fois, Mylène Farmer. 

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DOMICILE A2 – Mylène Farmer

Posté par francesca7 le 13 avril 2015

 

1987-05-bANTENNE 2 du 15 DÉCEMBRE 1987 - Présenté par Marc BESSOU, Hugo BERGSON et Pascale FAURE

En début d’émission, après que Marie Laforêt ait annoncé qui elle avait invitée à la rejoindre sur cette émission, Mylène interprète « La ronde triste », dont c’est l’unique prestation télévisée (la chanson ne fut malheureusement jamais chantée sur scène non plus). Mylène porte alors une longue robe manteau noire et ses cheveux sont maintenus en un petit chignon par un ruban rouge.

Un peu plus tard dans l’émission, Mylène est de retour sur le plateau pour interpréter cette fois­ci « Tristana » (dont c’est l’ultime prestation télévisée). On la retrouve après la chanson assise à une table de verre aux côtés de Marie Laforêt.

Marc Bessou : (à Marie Laforêt) Vous aimez bien, vous me le disiez tout à l’heure, ce que fait Mylène Farmer.

Marie Laforêt : Ha vraiment moi j’adore, je suis inconditionnelle de ce qu’elle fait. Je trouve ça impertinent, fin, intelligent, très dans le coup. C’est vraiment une autre façon d’être, une autre façon de bouger, de dire les mots. C’est vraiment, vraiment très bien, voilà ! Je suis tellement heureuse qu’elle soit là ! (elle lui caresse le bras)

Mylène Farmer : C’est très gentil ! Je voudrais retourner le compliment à Marie Laforêt parce que c’est une femme que j’aime beaucoup, voilà. (sourire)

MB : Dites­moi, c’est vrai que maintenant on est habitués, il y en a eu plusieurs exemples successivement, à lorsqu’on entend vos chansons à découvrir le clip qui va suivre, c’est souvent là que se passent les choses les plus drôles !

MF : Mais là vous n’aurez rien ! (rires)

MB : (il fait mine de pleurer) Mais heu ! Mais pour « Sans contrefaçon » vous préparez quelque chose, quand même ?

MF : Je suis rentrée hier soir de tournage ! Il s’est effectué en cinq jours dans le Cotentin. C’est les seules choses que je peux dévoiler pour l’instant ! (sourire)

MB : D’accord.

ML : Grande surprise ! Elle a raison !

MB : Mais ça va être toujours Hollywood, ce… ?

MF : C’est en tout cas toujours le même réalisateur, Laurent Boutonnat. Nous avons pratiquement la même équipe que sur le clip précédent, et puis ça c’est merveilleusement bien passé.

MB : On a l’impression que vous prenez un plaisir particulier à faire ça, que vous ne feriez plus de chansons sans ça maintenant.

MF : Je ne sais pas, en tout cas c’est une passion. C’est deux choses différentes, mais c’est vrai que le cinéma m’a toujours attiré !

ML : Comme c’est bizarre ce qu’elle dit, ça j’arrive pas à comprendre alors ! (Mylène et Marie Laforêt rient ensemble ­ Marie Laforêt a en effet réussi à la fois dans la chanson et dans le cinéma, ndlr)

MB : Mais vous savez qu’il y a des gens qui chantent et qui font également du cinéma ! Y a quelques exemples !

ML : Je vois pas !

MF : Moi non plus ! (sourire)

1987-05-aMB : (il en revient au clip) Et on le verra quand ? C’est visible quand cette chose ?

MF : Il va partir donc en montage…Je crois une semaine de montage, de mixage : fin décembre, je pense.

MB : Donc ça sera peut­être en janvier !

MF : Fin décembre, début janvier. (le clip sera diffusé en effet dès les derniers jours de décembre, ndlr)

MB : D’accord !

S’ensuit une rubrique culinaire consacrée aux arts de la table. Marc Bessou se tourne vers Mylène.

MB : (…) Mylène Farmer, vous êtes très maîtresse de maison ?

MF : Non, du tout. Très, très mauvaise cuisinière ! Je vais plus volontiers au restaurant, en fait.

MB : Oui, je comprends ça. Enfin, vous invitez quand même quelques camarades, non, même pas ?

MF : Non, j’ai deux singes à domicile maintenant ! (rires)

ML : Ha, ça occupe oui !

L’émission continue son cours sans que Mylène n’intervienne à nouveau.

En toute fin d’émission, elle conclut celle­ci en chantant « Sans contrefaçon », cette fois­ci habillée une nouvelle fois de son costume à carreaux, accompagnée de ses deux danseurs.

 

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POUR LE PLAISIR Présenté par Christian DANIEL

Posté par francesca7 le 8 avril 2015

 

 

20 AVRIL 1986 – sur FR3 ALSACE

1986-02-aMylène chante « Maman a Tort » puis rejoint Christian Daniel et s’installe sur un tabouret.

Mylène Farmer : Merci beaucoup !

Christian Daniel : Mylène, « Maman a Tort ». Mylène, j’ai relevé quelques­unes des paroles dans vos chansons et j’ai le sentiment un petit peu, votre sourire a l’air de me démentir, que vous aimez chanter un petit peu la mélancolie et la tristesse. Je me trompe ?

MF : C’est vrai, je dois être une personnalité un peu mélancolique. Il y a quelqu’un de très célèbre qui disait que la vie pourrit l’esprit et que la mort pourrit le corps. Je sais que c’est très philosophique et très macabre, mais parfois il y a des moments qui sont prodigieux dans la vie aussi.

CD : Est­ce que vous êtes comme ça dans la vie ?

Mylène hausse les épaules d’un air amusé.

CD : Mylène, je relève : « La vie est triste/Aimer c’est pleurer/J’aime ce qu’on m’interdit/Les plaisirs impolis »…

MF : C’est vrai, je pense qu’il y a des moments qui sont terriblement cruels dans la vie et également des moments qui sont prodigieux. Je dois être certainement quelqu’un de mélancolique, mais je pense pas que ça soit incompatible avec ce métier et avec la joie de vivre.

CD : Est­ce que vous n’essayez pas également un petit peu dans vos chansons de provoquer, d’être un petit peu provocante ?

MF : Si, ça depuis le début ! « Maman a Tort », après y avait « On est Tous des Imbéciles », maintenant « Libertine », c’est vrai que j’ai le goût de la provocation mais c’est un peu le but de…comment dire ?…de vouloir défaire les choses, un peu, provoquer, oui…

CD : L’album, avec en titre le nouvel album (single, ndlr) « Libertine ». Alors, vous dites carrément « Je suis une libertine, je suis une catin » : ça, c’est de la provocation, ça !

1986-02-bMF : Oui, à cela je vous réponds que nous sommes tous la prostituée de quelque chose ou de quelqu’un, certainement oui !

CD : Ecoutez, on va écouter « Libertine ». Auparavant, je vous prends par la main pour votre amener sur notre étoile. Mylène Farmer : « Je suis libertine » (sic !)

Il joint le geste à la parole, et Mylène chante sa chanson en effectuant la chorégraphie.

Elle revient à la fin de l’émission pour le générique de fin, au milieu des autres invités et porte un grand bouquet de fleurs dans les bras.

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RADIO CONTACT : LE RENDEZ­-VOUS de Mylène Farmer

Posté par francesca7 le 1 avril 2015

 

1995-01-aCoucou, tout le monde ! Je suis ravie de vous retrouver, comme tous les mercredis soir entre 20h et 21h. Une heure spéciale qui est consacrée ce soir à Mylène Farmer, qui vient de sortir son nouvel album, « Anamorphosée » ­ un mot d’explication sur ce titre dans quelques instants en compagnie de l’intéressée.

C’est rare d’avoir Mylène Farmer en interview, encore plus en radio, donc je vous invite à savourer sans relâche ces soixante minutes passées en sa compagnie ! Tout de suite, « Et Tournoie… », extrait de cet album, « Anamorphosée » : on écoute et on se retrouve en compagnie de Mylène dans quelques minutes !

Diffusion de « Et Tournoie… » «

 Et Tournoie… », extrait du nouvel album de Mylène Farmer, qui nous a rejoint. Mylène, bonsoir !

MF : Bonsoir. Mylène qui nous revient après quatre ans d’absence, vous vous êtes fait attendre !

Vous avez pas trouvé le temps un petit peu long ?

MF : Non, j’avoue que j’ai eu besoin de ce temps. J’ai eu besoin du voyage, j’ai eu besoin de découvrir d’autres choses pour pouvoir, moi, me nourrir et pouvoir écrire, tout simplement.

Ca veut dire qu’il y avait un ras-­le-­bol, une certaine lassitude qui s’était installée ?  Qu’il y avait besoin de faire le vide autour de soi et de changer tout à fait son entourage ou même sa vision des choses ?

MF : Changer son entourage, pas réellement. L’envie que de voyager, oui, définitivement. Et puis après le film, j’avais envie de faire…est­-ce qu’on peut appeler ça une rupture ? Je ne sais pas, mais en tout cas, effectivement, simplement l’envie de découvrir autre chose et de se régénérer.

Voilà qui est fait : Mylène Farmer qui nous revient anamorphosée.

Alors, petite leçon de vocabulaire, je suppose que c’est un mot que tout le monde ne connaît pas ! Je vous laisse nous l’expliquer…

MF : Je vais plutôt vous donner l’explication que moi j’ai bien voulu lui donner ­ je vous laisserai faire l’explication du dictionnaire ! (sourire) Ma perception du monde a probablement changé, en tout cas s’est élargie, et l’idée de l’anamorphose est cette idée que j’ai eu besoin de l’anamorphose pour reconcentrer toutes ces idées, toutes ces impressions, ces sensations pour n’en faire plus qu’une.

Diffusion de « California »

Juste avant la pause, on s’écoutait « Californie » (sic !), un des titres de l’album « Anamorphosée », de Mylène Farmer. Un album qui nous vient d’ailleurs en droite ligne de la Californie, et plus précisément de Los Angeles.

C’est une ville que vous connaissiez déjà avant ?

MF : Oui, j’ai passé beaucoup de temps à Los Angeles, et précisément j’ai passé neuf mois : c’était avant, pendant et après l’album. J’ai passé quelques temps à New York également et ma foi, je m’y sens bien ­ m’y sentais bien, en tout cas. J’avais besoin de cette idée d’espace, à la fois de perte d’identité, puisqu’on ne me connaît pas là-­bas, pour pouvoir moi m’y retrouver, me retrouver.

Ca fait du bien de se replonger dans une espèce d’anonymat, là-­bas, de se dire qu’on peut mener une vie tout à fait normale ?  Parce que bon, ici c’est vrai qu’il y a Mylène Farmer la star : même quand vous vous absentez, il suffit que vous réapparaissiez au détour d’un magazine ou au détour d’un coin de rue et hop, Mylène Farmer la star ressurgit.

Là-­bas, on peut se balader dans la rue, etc.

Ca aide ?

MF : Vivre comme tout le monde, je crois que c’est important, ne serait-­ce que cette notion de vivre normalement. C’était en tout cas très, très important pour moi. C’est vrai que je l’ai trouvée là­bas, j’aurais pu la trouver à Bali ou ailleurs, mais j’avais quand même besoin d’une ville : j’avais besoin moi que de me promener, que de faire les gestes de tous les jours sans avoir quelqu’un qui m’observe. Voilà pourquoi Los Angeles !

C’était un peu votre rêve américain ?

Ou même le rêve californien, puisque la Californie aux Etats-Unis occupe une place à part dans l’univers des américains : il y a le rêve américain pour nous, européens que nous sommes, et puis aux Etats-­Unis c’est le rêve californien, la Californie c’est toutes les stars, c’est le soleil à perpétuité…

MF : Je crois qu’il y a une qualité de vie qui est certaine. C’est vrai que ne serait­-ce que le temps, le climat est très agréable. Je crois qu’ils ont une grande liberté. Avoir ce sentiment que l’américain, en tout cas le californien, ne juge pas l’autre, n’a pas le jugement facile ou parfois ces regards qui vous dérangent, vous savez, parce qu’ils vous jugent de trop près ou anormalement. Maintenant le rêve américain, non, je n’en ai pas. Je n’en ai pas et je préfère New York, par exemple, à la Californie. New York est beaucoup plus proche de ma sensibilité, j’allais dire de ma façon de vivre. Maintenant, pour revenir à la Californie, c’est un endroit qui est agréable.

Qui est agréable quand on peut y vivre bien, faut pas l’oublier non plus !

Non, puisque Los Angeles est la cité de toutes les contradictions, la cité des anges mais également la cité des démons et c’est vrai que la plus grande pauvreté côtoie la plus grande richesse, comme partout aux Etats­-Unis, je vais dire…

MF : Ha oui, c’est très, très fort, là-­bas. C’est vrai que moi j’étais très, très privilégiée. Sans jamais oublier ce qu’il se passe parce que malgré tout, c’est dans la rue, c’est au regard de tout le monde. J’ai passé mon permis de conduire là­-bas, donc c’était un peu tardif mais c’est vrai que c’était quelque chose d’important pour moi que de pouvoir prendre une voiture ­ ça parait désuet comme ça ! (Mylène veut sans doute dire ‘dérisoire’, nda) ­ et que de pouvoir rouler.

C’est vrai que les distances là-­bas et les paysages sont magnifiques, donc c’est une sensation de liberté, tout simplement, dont j’avais envie.

Ha bon ?!

Mylène Farmer a passé son permis de conduire là­-bas ?! Si tardif ?! Pourquoi ?! Elle avait peur de conduire ?! C’est vrai que Paris, c’est pas évident…

MF : Parce que j’ai d’abord un sens de l’orientation absolument déplorable ! Vous savez, parfois on n’explique pas bien les choses : il suffit de changer d’univers pour s’autoriser certaines choses. Effectivement, c’était une peur que j’avais en moi que d’être seule à un volant parce que je pense qu’on m’a toujours dit que c’était dangereux et qu’éventuellement je n’y arriverais pas, et vous vous apercevez que c’est une conquête phénoménale que de le décider et seule, et dans une autre langue dans un autre pays, donc c’est une satisfaction un peu puérile mais très agréable ! (sourire)

Diffusion de « XXL ».

1995-01-bIl y a quelques instants, Mylène Farmer nous révélait qu’elle avait passé son permis de conduire, ce qui ne vous empêche pas, Mylène, de prendre le train, comme dans le clip « XXL ». Pourquoi le train ?

MF : Le train ?

Le train, c’est le voyage. Maintenant, vous dire pourquoi il est utilisé dans ce clip, c’est pas précisément pour cette raison, mais c’est vrai que l’idée de Marcus Nispel ­ le réalisateur ­ était une très, très belle idée selon moi, et que cette idée du ventre qui est le train et qui a tous ces enfants à l’intérieur et toutes ces vies, je trouve que c’est une très, très, très belle idée. Il y a une belle galerie de personnages dans ce clip : il y a des vieilles personnes, il y a des enfants etc. mais, je veux dire, chaque visage a été choisi délicatement ?

MF : Oui. Je pense que c’est un beau travail qu’ils ont ­ ‘qu’ils ont’, parce qu’ils font appel à des assistants qui eux font des castings après acceptation du réalisateur­ mais c’est un beau travail. C’est vrai qu’en Californie, il y a des visages extraordinaires. Ces visages-­là auraient pu être de Hongrie, de Russie… Voilà donc pour le clip qui illustre le premier extrait de cet album, « XXL ».

Mylène Farmer toujours en quête d’amour maximal, je veux dire ?

MF : Oui. Si j’ai envie de résumer en tout cas mes envies d’aujourd’hui, c’est effectivement ­ et je crois que c’est le sentiment de tout un chacun­ c’est un peu plus de sécurité et surtout un peu plus d’amour.

Un amour qui reste quand même je vais pas dire déçu, mais les amours qui transparaissent dans cet album sont quand même plutôt des ruptures, des déceptions. Enfin, moi c’est l’impression que j’en ai…

 MF : Oui, ce qui est intéressant pour moi aujourd’hui, c’est que j’ai écrit les textes et on se dépossède des chansons une fois qu’elles sont et écrites et interprétées, donc maintenant c’est moi qui vais découvrir vos lectures, donc pour moi c’est à la fois une surprise et intéressant. L’évocation de la rupture, je sais pas si c’est que j’ai voulu dire. Peut-­être que c’est ce que j’ai écrit, dans le fond !

Maintenant, moi ma rupture, je la situais plus comme une élévation. C’est toujours compliqué, ou la justification ou l’interprétation des choses, mais c’est cette envie de s’élever, tout simplement, tout en ayant à la fois les pieds bien sur terre et essayant de comprendre l’autre mais en n’oubliant pas, et c’est peut­-être l’espoir que moi je me suis attribué, que la mort n’est pas une fin en soi.

Donc en ce sens, si rupture il y a, c’est j’allais dire une rupture de l’esprit terrestre et cette envie que d’aller découvrir autre chose et d’envisager d’autres choses.

Dans le fond, c’est peut-­être une envie de spiritualité, tout simplement.

Diffusion de « L’Instant X ».

« L’Instant X », ‘L’an 2000 sera spirituel’. Vous-­même, vous êtes à la recherche de cette spiritualité ?

MF : Moi j’en ai fondamentalement besoin et je pense, quand j’écoute et quand j’essaye de lire en tout cas les autres, je crois qu’on a tous envie de ça, parce qu’on vit dans un monde qui est de plus en plus désespérant et totalement bouché, donc qu’on ait ce souhait-­là : oui.

Et pour justifier sa vie, une fois de plus, ici et pour pouvoir l’apprécier, je crois qu’on a envie d’imaginer que notre vie ne s’achève pas, une fois de plus, quand la mort apparaît. C’est vrai que cette notion-­là faisait partie de moi avant et aujourd’hui je n’en veux plus, je ne l’accepte pas sinon moi je n’arrive pas à vivre correctement. Après, c’est au travers de lectures, au travers ne serait-­ce que de réflexions, de méditations. Tout cela est un peu confus ! (rires)

Il y a des livres qui vous ont marquée ?

Puisque là on a parlé de Malraux (‘L’an 2000 sera spirituel’, nda) mais je ne sais pas si Mylène Farmer a un livre de chevet qui l’a peut­-être éclairée justement vers une autre vision des choses ?

MF : Oui. Très, très précisément j’ai eu plusieurs lectures, mais j’ai un livre –je ne sais pas si je peux dire que je recommande, mais en tout cas qui moi m’a beaucoup appris et beaucoup aidé­ qui est « Le livre tibétain de la vie et de la mort » de Sogyal Rinpoche ­ un nom un peu compliqué ! ­ qui vous parle indépendamment du bouddhisme. Je ne sais pas si c’était le sujet qui m’intéressait réellement, mais qui parle justement de votre importance, de l’importance de votre vie et de l’importance de lui trouver une qualité pour pouvoir justement envisager sa mort relativement sereinement et pour pouvoir envisager des choses qui sont l’après­-mort.

Donc ce sont autant de choses qui sont très belles d’abord et qui vous donnent un petit peu d’espoir.

C’est un livre qui vous a aidée à exorciser peut-­être cette image ou cette présence de la mort qui était ancrée profondément en vous ?

MF : D’une certaine manière, oui. Je crois que chaque être est très, très isolé. Même s’il a des amis, même s’il a des conversations, on a quand même en soi cette solitude et cette difficulté que de communiquer donc on se pose de vraies questions, des questions parfois qui vous hantent toute une vie et parfois on trouve les réponses, ou on pense trouver les réponses, donc c’est vrai que j’ai eu sans acharnement cette réponse. Vous pouvez prendre quatre personnes différentes qui vont lire la même chose, elles vont trouver des réponses différentes. Donc moi j’ai trouvé quelque chose comme un baume, donc j’y ai trouvé un sens, voilà, et c’est vrai que ça m’a beaucoup, beaucoup aidée, oui.

Diffusion de « Tomber 7 fois… ».

Mylène Farmer est toujours notre invitée ce soir jusque 21h.

 Mylène, on vient de s’écouter « Tomber 7 fois… » : c’est un peu votre devise dans la vie ?

MF : Oui, en tout cas ça fait réellement partie de moi. Un, je ne me donne pas le droit de tomber, en tout cas plus bas que terre, et j’ai toujours cette volonté donc que de relever la tête. Et c’est surtout pas moi qui ai inventé ça, c’est un proverbe chinois (japonais en réalité, nda) qui dit ‘Tomber sept fois, toujours se relever huit’. C’est toujours une belle idée, c’est toujours cette notion de résurrection, cette envie que de se redresser donc c’était quelque chose que j’avais envie d’exprimer, oui.

Dans un autre genre, plus futile dirons-­nous, il y a « Alice », la petite araignée. Les araignées, ce sont des petites bêtes qui vous intéressent ?!

MF : J’ai une phobie des araignées ! (rires)

Mais j’ai toujours eu en mémoire une tout petite histoire d’une petite araignée dans une cellule et qui était le seul compagnon du prisonnier ­ ce qui n’a rien à voir avec le thème d’ « Alice », mais je peux apprivoiser aussi une petite araignée ! (rires)

Araignée qui est le symbole de ‘Araignée du matin, chagrin ; araignée du soir, espoir’. Est-­ce que l’araignée est un symbole particulier pour vous ?

MF : Non. Non. L’araignée… Vous savez, parfois on a des choses qui vous viennent vous ne savez pas pourquoi et c’est vrai que quand j’ai entendu cette musique qui a cette boucle, cette répétition j’y voyais bien la marche d’un petit animal, comme ça. Et puis après, vous ne savez pas, vous parlez de… Alice est devenue l’artiste et la représentation du mal-­être de l’artiste. (rires)

Diffusion de « Alice » puis de « Sans Contrefaçon ».

Les articles de presse qui vous sont consacrés dépeignent quelqu’un qui me semble être un être bourré de contradictions. A vous voir là en face de moi, vous avez l’air un petit peu fragile, pourtant c’est pas vraiment l’image qui transparaît de vous : on a plutôt une image qui est synonyme de provocation…

MF : Oui, mais je pense que je ne suis pas un cas unique. Je crois qu’on a tous des paradoxes assez violents en soi. Ces paradoxes font partie de moi, oui. Maintenant, moi j’y vois ­ puisqu’on a la pochette devant les yeux ­ là j’y vois quelque chose de plus pur que de provocateur, si ce n’est que l’idée de provocation fait aussi partie de ma vie. Sans parler de revendication, je trouve que c’est important que de provoquer, au moins susciter quelque chose, une réflexion en tout cas, ou une révolte…

Ca ne s’arrête pas à ‘Mylène la provocante’, comme on a pu parfois vous coller cette image parfois un peu excessive…

 MF : Bien sûr, mais ça, malheureusement on ne peut pas faire le procès de ces choses un petit peu ou caricaturales ou réductrices. C’est vrai que dès l’instant où vous chantez ou « Libertine » ou « Sans Contrefaçon », c’est vrai que la notion d’étiquette est quelque chose qui fait partie de notre société, donc dès l’instant où moi j’ai accepté de l’idée de « Libertine », pour ne parler que de ça, il faut accepter tout ce qui va aller avec : et les réflexions et la caricature.

Diffusion de « Libertine ».

Suite aux réflexions et autres commentaires qui ont accompagné cette chanson, parfois vous n’avez pas eu envie de remettre les pendules à l’heure ?

MF : Non. Qu’on ait des coups de colère quant à certaines réflexions ou justement cette façon que de réduire un être à un état ou une provocation : oui, parfois. Moi, c’est plus la notion de colère que de réelle tristesse, parce que dans le fond je n’attache pas beaucoup d’importance à ça, et je crois de tous temps j’ai ressenti les choses de cette façon. Vous dire qu’on n’est pas touché, atteint, ce serait faux et un mensonge mais une fois de plus, je n’y attache pas grande importance. Ce que l’autre pense de moi, s’il a envie d’essayer d’y découvrir certaines choses plutôt qu’un jugement hâtif : tant mieux pour moi. Sinon, tant pis, c’est pas grave ! Moi, je vis bien avec ce que j’ai exprimé, donc voilà !

Diffusion de « Mylène s’en fout ».

1995-01-dCet entretien touche à sa fin mais j’en profite encore quelques minutes car c’est quand même assez rare de vous avoir en promo !

MF : Oui, parce que d’une part c’est un exercice difficile pour moi, d’autre part la justification est un exercice et en soi quelque chose qui n’est pas à mon sens indispensable, si ce n’est que je m’aperçois qu’il faut aussi, de même que j’ai envie qu’on me donne, je me dois de donner. Donc c’est pour ça qu’aujourd’hui j’accepte un petit peu plus l’idée du dialogue, parce que je pense que c’est important. Mais je sais que ça sera de toute façon des moments rares, en tout cas pour moi. Je ne dis pas rare en sa qualité, mais rare en tout cas dans sa multiplication ! (rires)

Alors comme on n’a pas souvent l’occasion de vous rencontrer, on va peut­-être vous laisser un petit mot de conclusion, une pensée que vous auriez envie d’exprimer aux auditeurs belges…

MF : Oh je ne sais pas ! Je ne suis pas sûre d’être très, très, très douée, si ce n’est que j’espère qu’ils aimeront mon album et que j’ai un très, très bon souvenir de mon passage en Belgique sur scène. C’était un moment assez magique !

Moment qui avait été immortalisé d’ailleurs en vidéo… (le film « En Concert » sorti en septembre 1990 a effectivement été tourné pendant les représentations du spectacle à Bruxelles en octobre 1989, nda)

MF : Oui, donc je les remercie pour ce moment ! Merci beaucoup et à très bientôt, on l’espère !

MF : Au revoir !

source : Entretien avec Cathy TROGRANCIC (Belgique) 15 NOVEMBRE 1995

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Mylène Farmer n’est pas celle que l’on croit

Posté par francesca7 le 17 mars 2015

 

 « Je n’ai pas l’impression d’être un objet du désir, ou alors je dois me voiler la face inconsciemment. »

1988-26-bA propos de son enfance :

­ A cette époque- là, j’étais une petite fille plutôt renfermée. Je ne pensais pas vraiment à la chanson. Je n’achetais pas de disques, ma seule passion était les animaux. J’ai vécu très mal le passage de l’enfance à l’adolescence. Heureusement, je portais en moi la conviction très forte que j’allais réussir dans un domaine artistique, mais je ne savais pas encore lequel.

A propos de « Plus Grandir », son premier texte en tant qu’auteur :

­ C’est le premier texte que j’ai écrit, il est très important pour moi. Aujourd’hui j’ai ‘grandi’ dans la forme mais pas dans le fond…

A propos de sa rencontre avec Laurent Boutonnat et de son entourage professionnel :

­ Il cherchait quelqu’un pour enregistrer « Maman à Tort ». Mon physique de l’époque correspondait complètement à la chanson. J’ai fait ce premier disque dans une inconscience totale. C’est sur « Libertine » que je me suis rendue compte de la différence entre un succès d’estime et un succès médiatique. Et là, j’ai peur de ne pas arriver à assumer… Dans ce métier, c’est très important d’être rassurée, poussée par quelqu’un. Mon manager, Bertrand Lepage, a été pour beaucoup dans ma transformation physique depuis « Maman a tort » et dans le fait que j’ai pris confiance en moi. Ensuite c’est vrai, il y a beaucoup de travail.

A propos de son succès et de sa façon de le gérer :

­ J’ai toujours voulu être connue, alors je ne vais pas dire que je n’aime pas ça, mais quelquefois c’est difficile à assumer. On n’a pas toujours envie du regard des autres. Je n’ai jamais rêvé d’une sérénité parfaite, mais la réussite n’a pas vraiment calmé mon mal de vivre…

A propos de son goût grandissant pour l’écriture :

­ Je n’ai jamais écrit de poèmes quand j’étais petite, et le goût de la lecture m’est venu assez tard, vers dix- sept ans. Pour écrire, j’ai besoin de la musique comme support. Je crois que je ne pourrais pas écrire de chansons vraiment gaies. L’album « Ainsi Soit Je… » est comme une sorte de journal de bord.

A propos du sentiment de déception par rapport à la vie :

­ C’est difficile à dire, mais il est certain qu’il y a un fossé entre ses rêves d’enfant et ce que l’on vit vraiment…

A propos de son rapport à sa propre image :

­ J’aime mon physique trois minutes par jour. Je sais tout ce qu’on peut faire avec un appareil photo ou une caméra. J’en connais tous les mécanismes et cela ne me rassure pas. Je sais simplement que je suis photogénique. Je consacre beaucoup plus de temps qu’avant à mon physique. Je me regarde dans les vitrines, et sur les tournages j’ai toujours besoin d’avoir un miroir à portée de main. J’achète toutes les crèmes et je me laisse facilement influencer par la publicité !

A propos de sa passion pour les vêtements :

­ J’adore les vêtements et les belles matières. Enfant, j’aimais le rose, le jaune, les couleurs vives. J’avais parfois vraiment mauvais goût ! Maintenant, je préfère les couleurs sombres, le classique. J’ai un net penchant pour les chaussures, que je collectionne.

A propos de son besoin d’être toujours occupée :

­ J’ai toujours peur d’une punition divine quand je suis inactive.

A propos de ses goûts musicaux en général :

­ J’ai une préférence pour les instruments mélancoliques, comme le violon.

A propos de ses envies de cinéma :

­ J’en ai très envie, mais je ne sais pas encore comment ça se fera…

1988-26-aA propos du spectacle qu’elle prépare pour le Palais des Sports en mai 1989 :

­ J’en rêvais ! C’est l’obstacle le plus haut, et j’ai un trac fou rien que d’y penser. On va travailler cette scène comme un scénario de film. Il y aura un personnage central et une histoire. Le contact avec le public est la plus grande jouissance pour un chanteur.

A propos de l’amour en général :

­ C’est une succession de désillusions avec des moments forts. Le mariage ? Oui, l’idée me séduit pour la beauté…

 

SOURCE :  STAR CLUB – NOVEMBRE 1988 – Entretien avec Judith CARRAZ

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