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Mylène Farmer a vécu un véritable cauchemar

Posté par francesca7 le 26 novembre 2016

 

On se demande parfois jusqu’à quels sommets Mylène Farmer va pouvoir se hisser. Les méchantes langues qui, voilà trente ans, prédisaient que cette jeune chanteuse au look étrange ne serait qu’un feu de paille et que sa flamboyante chevelure ne serait bientôt plus que cendres froides, ont eu le temps, depuis, de manger leur chapeau une bonne douzaine de fois !

 mylène chez francesca

Car la petite Mylène, dont ils prévoyaient de ne faire qu’une bouchée, n’a cessé de grandir, jusqu’à devenir l’une des reines des hit-parades : elle a notamment obtenu sept disques de diamant et a inscrit un grand nombre de chansons dans le top 50 et dans le top 10.

Conséquence logique de tout cela : en 2013, elle se classait première parmi les chanteurs francophones les mieux payés, avec la croquignolette somme de 4,7 millions d’euros. Même avec un fisc glouton, ça laisse de quoi voir venir, non ?

Du coup, on se disait que, cette fois, la star de 54 ans aurait du mal à grimper encore plus haut sur l’échelle de la gloire. C’est pourtant bien ce qu’elle vient de faire, en faisant littéralement voler en éclats le cadre de la chanson francophone pour déclencher, sur Internet, un buzz mondial !

Afin de réaliser ce tour de force, la diablesse rousse n’aura eu besoin que d’un clip. Mais pas n’importe lequel, évidemment. En août dernier, pour appâter ses fans qui attendaient son nouvel album avec des trépignements d’impatience, Mylène avait sorti un extrait de celui-ci : Stolen Car. Il s’agit d’une chanson de Sting, partiellement traduite en français par Mylène elle-même… et interprétée en duo avec son illustre auteur ! 

D’emblée, c’est le carton : en une semaine, la chanson est classée en tête des ventes, renvoyant Enrique Iglesias à une modeste seconde place. Mais ce n’est encore rien : il y a quelques semaines, c’est le clip qui a mis le feu aux poudres planétaires : pour la première fois, les articles sont plus nombreux dans la presse internationale que dans la presse francophone, les éloges se multipliant de l’Asie à l’Amérique latine et jusqu’aux États-Unis !

Devant un tel triomphe, c’est une sorte de vertige que l’on éprouve… Ce vertige, il est encore multiplié par dix (au moins !) si l’on songe qu’il s’en est fallu d’un cheveu pour que Mylène Farmer ne devienne pas chanteuse, pour que personne, jamais, ne connaisse le son de sa voix.

 ecriture de mylène

Simplement parce que, cette voix aujourd’hui adulée partout, il lui est arrivé d’en avoir honte, et même d’être humiliée à cause d’elle. Logiquement, la petite Mylène aurait dû naître en France, tout comme sa sœur et son frère aînés. Seulement voilà : lorsqu’elle pointe le bout de son nez, en septembre 1961, il y a déjà plusieurs mois que toute la famille Gautier (le vrai nom de la future chanteuse) s’est installée au Québec, pour des raisons professionnelles : le père, Max, ingénieur des Ponts et Chaussées, a été muté au Canada pour participer à la construction du barrage de la Manicouagan.

Il se passe une chose toute simple, naturelle, mais dont Mylène n’a pas pris conscience tout de suite : elle parle français avec un fort accent québécois ! Forcément, puisqu’elle n’a rien connu d’autre, depuis sa naissance…

Dans un premier temps, puisque chaque mot qu’elle prononce lui vaut rires et quolibets, elle s’enferme dans un mutisme presque total. Un mutisme qui, s’il s’était transformé en seconde nature, l’aurait à coup sûr empêchée de songer à se présenter devant un public pour chanter !

Sensibilité

1Heureusement, Mylène Farmer a déjà ce caractère bien trempé qui la conduit à essayer de surmonter les obstacles plutôt que de renoncer. C’est pourquoi, très vite, comprenant que tous ses ennuis venaient de ce maudit accent, elle a demandé à ses parents de lui faire suivre des séances d’orthophonie. Et elle a travaillé d’arrache-pied… jusqu’à ce que toute trace de parlure québécoise ait disparu ! Du coup, tous ses complexes se sont envolés et, quelques années plus tard, c’est sans craindre les moqueries qu’elle a pu se lancer à corps perdu dans la chanson.

Cette expérience, qui aurait pu être traumatisante, a eu au contraire chez Mylène un effet bénéfique car elle a été humainement enrichissante.

Ayant touché du doigt l’injustice, la jeune fille a pris conscience que d’autres enfants en souffraient, et bien plus qu’elle. Alors, dès l’âge de 11 ans, chaque dimanche, elle a rendu visite aux petits tétraplégiques de l’hôpital de Garches, proche de la maison familiale.

Mylène Farmer venait de se découvrir une sensibilité aux autres qui, bientôt, allait lui permettre de devenir l’immense artiste que le monde entier connaît.

 

article de Valérie Bergotte de France DIMANCHE

 

Publié dans Mylène 2013 - 2014, Mylène AU FIL DES MOTS, Mylène dans la PRESSE | 1 Commentaire »

MUSIC NEWS des années 1996 avec Mylène Farmer

Posté par francesca7 le 15 octobre 2016

 

 Entretien avec Eric JEANJEAN

 Comme à chaque sortie d’album (jusqu’en 1999), Mylène Farmer accorde un entretien à NRJ, mais celui-­ci diffère des précédents dans sa forme, puisqu’il est diffusé en plusieurs parties diffusées tout au long de la journée et accompagnées à chaque fois d’une chanson du nouvel album.

Lors du week-­end spécial Mylène Farmer du 31 mai au 2 juin 1996, cet entretien est rediffusé en partie avec quelques passages qui n’avaient pas été diffusés en octobre 1995. Vous retrouvez donc ici la retranscription intégrale reconstituée.

Eric Jeanjan : Lorsque Mylène Farmer sort un nouvel album, c’est sur NRJ qu’on le découvre avant tout le monde, et quand Mylène Farmer parle, c’est sur NRJ qu’elle le fait. Journée spéciale Mylène Farmer en exclusivité sur NRJ. Donc, « Anamorphosée », c’est le nom du tout nouvel album de Mylène Farmer.

Un album qui nous procure un double plaisir : d’abord celui de réentendre Mylène Farmer avec de nouvelles chansons sur les ondes radios, et puis un vrai plaisir, celui de vous rencontrer aujourd’hui.

Bonjour !

 mylène

 

 Mylène Farmer : Bonjour. EJ : Merci une nouvelle fois d’avoir accepté notre invitation. Une invitation d’autant plus précieuse que les interviews que vous donnez sont rares. Ce sera d’ailleurs ma première question : comment se fait-­il que vous soyez si rare chez nous, les médias français ? Est­ce que c’est parce que vous n’avez pas envie de vous dévoilez, que vous craignez pour votre tranquillité ? Ou simplement parce que vous pensez que le média, c’est un mets à savourer avec parcimonie pour éviter l’indigestion ?

MF : Un peu tout ça, je dois dire, mais surtout parce que c’est un exercice qui est difficile pour moi et parce que je redoute la justification en général.

EJ : On revient encore une fois sur cet album, qui a été enregistré à Los Angeles. C’est la première fois que vous enregistrez à Los Angeles ?

MF : Oui.

EJ : D’accord. Qu’est­-ce qui s’est passé ?  Vous en aviez marre de la France, marre d’être en France ? Peut-être aussi du statut de star, qui parfois peut être lourd à porter…

 MF : J’avais envie effectivement de…toujours cette idée du voyage. Auparavant, je redoutais l’idée de prendre une valise, un avion et de partir vers l’inconnu, et aujourd’hui j’avoue que c’est quelque chose qui m’enchante ! Est­-ce que j’en avais marre de la France, comme vous dites : non.

Peut­-être que j’en avais marre de moi, quelque part, et ce quelque part se rétrécissait au fur et à mesure donc j’ai senti pour moi une urgence que de m’envoler. Il se trouve que c’était Los Angeles parce que j’y connais quelques personnes, donc c’est plus facile et que c’est une ville qui offre une qualité de vie assez étonnante –si tant est qu’on puisse se l’offrir, j’en suis consciente. Mais…voilà !

 mylène0

EJ : Vous aviez envie de partir, de vous exiler, ou vivre quelques temps là-­bas, ou vous aviez vraiment décidé d’écrire l’album là-­bas ? Ou c’est une fois que vous étiez là-­bas que vous avez fait l’album ?

 MF : Non, ça n’était pas prémédité. Je suis partie là-­bas, j’y suis restée et après, effectivement, j’ai demandé à Laurent de m’y rejoindre.

 EJ : C’est là que vous avez écrit cette belle chanson, qui est la première de l’album : « California ». J’ai relevé quelques phrases que j’aime bien ­ c’est assez significatif d’ailleurs de ce que vous avez dit, vous allez confirmer ou infirmer : « Aéroport, aérogare mais pour tout l’or m’en aller / C’est le blues, le coup d’cafard / Changer d’optique, prendre l’exit / M’envoyer l’Amérique »… (sic)

MF : Voilà, c’est le résumé de ce que je viens de dire ! (rires)

EJ : C’est exactement ça ! (Mylène acquiesce d’un murmure)

Diffusion de « California »

Image de prévisualisation YouTube

https://youtu.be/JAS2XAvINtc

 

EJ : On va parler d’ « Anamorphosée », maintenant. C’est donc le nom du nouvel album (Mylène acquiesce). Alors, je me suis amusé ­ on le disait tout à l’heure hors antenne­ à regarder dans le dictionnaire, donc la définition du mot ‘anamorphose’, d’ailleurs puisque le mot réel c’est ‘anamorphose’­ dans le Larousse 1995 : ‘Image déformée d’un objet donnée par certains systèmes optiques, ou bien représentation volontairement déformée d’une forme ou d’un objet et dont l’apparence réelle ne peut être distinguée qu’en regardant l’image sous un angle particulier ou au moyen d’un miroir courbe’. Alors, est­-ce que je dois m’attarder à ce titre ? Ca veut dire que vous avez choisi ce titre parce que les gens ont une image déformée de vous, ou bien est­-ce que c’est simplement un titre qui fait joli ?

MF : Non. Moi, j’y ai trouvé une autre définition : ma perception du monde, j’ai ce sentiment, s’est élargie, s’est agrandie. L’idée de l’anamorphose, pour moi, c’est le moyen de tout re-concentrer, de tout rassembler pour n’en faire qu’une. Voilà.

EJ : Qu’est-­ce qui a fait que votre vision du monde s’élargisse ?

MF : J’ai l’impression que le voyage m’a donné une clé, et puis ça fait partie de l’apprentissage de la vie, j’imagine. Je pense avoir changé, je pense avoir découvert des choses que je ne connaissais pas auparavant, avoir accepté surtout beaucoup de choses.

 EJ : Qu’est­-ce qui a changé chez vous ?

MF : Quelque chose d’assez fondamental, à savoir que je n’appréhende plus la mort de la même façon, à savoir j’ai peut-­être aujourd’hui accepté la mort, j’ai probablement accepté une vie après la mort, ce qui me permet aujourd’hui, moi, de vivre et d’accepter la vie, tout simplement. Donc je pense que c’est le vrai changement en moi.

EJ : Ca veut dire que pendant toutes ces années où on vous a découverte, vous aviez une espèce d’angoisse permanente ­ j’allais dire une angoisse résiduelle­ qui a toujours été au milieu de ce que vous faisiez ?

 MF : Une hantise de la mort, oui, absolument. Oui.

EJ : Et ça s’est traduit par quoi ? Vous avez découvert Dieu, ou vous avez découvert un… ?

MF : Non. C’est au travers de, je dirais, de réflexions. Il y a des choses qui sont venues spontanément à moi. Je considère que j’ai eu de la chance. Et puis c’est au travers de lectures, également.

EJ : Vous avez peur de l’autre ? Ou des autres, en général ?

MF : Non.

EJ : Non ?

MF : Non. Il ne m’effraie plus ! (rires)

 

Diffusion de « XXL »

Image de prévisualisation YouTube

https://youtu.be/itT1IzQW82o

 

EJ : Est­-ce que vous êtes susceptible de vous engager, de mettre votre notoriété au bénéfice d’une cause quelle qu’elle soit ? D’abord, est-­ce que vous l’avez déjà fait et est­-ce que vous pensez que c’est important de le faire et de profiter justement de cette notoriété et du fait que vous soyez un vrai vecteur de communication, puisque vous avez des gens qui vous écoutent et qui vous aiment ?

MF : Je crois que c’est important de le faire dès l’instant qu’on sait le faire et qu’on a envie effectivement de s’y prêter. Maintenant, je l’ai fait et…

EJ : (la coupant) Vous l’avez fait pour quoi ?

MF : C’était pour la recherche contre le sida (sur l’album « Urgence » sorti en juin 1992, nda). Maintenant c’est vrai que des choses publiques, j’ai un petit peu plus de mal à le faire. Je préfère que ça se fasse dans le privé. Qu’on le sache ou qu’on ne le sache pas, ça n’a pas grande importance du moment que je peux le faire.

EJ : Parlons de « Eaunanisme ». Alors là, c’est une chanson qui m’a beaucoup amusé de par l’orthographe d’ « Eaunanisme » : vous avez écrit ‘eaunanisme’ (il épelle le mot). Le vrai mot, c’est onanisme, qui vient ­ j’ai cherché encore dans le dictionnaire, je me suis beaucoup amusé avec vous dans le dictionnaire !

(rires de Mylène) ­ qui vient du personnage biblique de Onan, et ça veut dire masturbation. Alors, qu’est­-ce que je dois comprendre, là ?! Eau : c’est une relation particulière avec l’océan ? Un texte très sexe, enfin me semble-­t-­il !

MF : Plus sensuel que sexe, je pense ! J’avais envie de l’élément eau, maintenant l’onanisme c’est effectivement la recherche du plaisir par soi­-même. Moi, quand j’ai écrit cette chanson, je pensais à l’écriture, donc je pense qu’il y aura des milliers de lectures quant à cette chanson. J’ai essayé d’évoquer l’écriture : l’écriture est aussi un plaisir solitaire, en tout cas dans un premier temps, et j’avais envie d’écrire comme un petit conte, en évoquant un personnage. Voilà !

 mylène1

EJ : Est-­ce que ça veut dire que vous écrivez pour vous faire du bien ? Est­ce que c’est une forme, je dirais, de thérapie ?

MF : Je crois que c’en est une. Maintenant, c’est aussi, je pense, un intérêt pour l’autre, une fois de plus. Diffusion de « Eaunanisme »

EJ : C’est important, pour vous, l’image ? Je me rappelle de clips fantastiques. D’ailleurs, pratiquement tous les clips sont des mini films extraordinaires : « Pourvu qu’elles soient Douces » était génial ; « Libertine », c’était génial ; le clip de Besson, effectivement je me rappelais plus que c’était lui qui l’avait fait, mais c’était vachement bien ! C’est très important, pour vous, l’image que vous donnez ?

MF : C’est important, et l’image tout simplement pour moi est importante dans ma vie. J’adore le cinéma, j’adore la photo, oui.

EJ : On parlait cinéma justement avec le film de Laurent Boutonnat, « Giorgino ». Moi j’ai eu l’impression d’une petite cabale. On va pas polémiquer là­-dessus, moi je suis pas d’accord, simplement c’est un film qui nous a permis de découvrir un vrai talent : le vôtre, en tant que comédienne. Est­-ce que c’est une expérience que vous retenterez, le cinéma ?

MF : Probablement ! Je me le souhaite. Maintenant, c’est vrai que ça ne fait pas partie, ou plus partie, de l’état obsessionnel. C’est vrai qu’avant…

EJ : (la coupant) Ca l’a été ?

 MF : Ca l’était, parce que c’est vrai que j’ai eu ce désir il y a très, très longtemps que de faire ou du cinéma, ou du théâtre et que j’ai eu cette rencontre avec Laurent Boutonnat, et que nous sommes nés tous les deux d’une chanson toujours avec cette envie que de pouvoir faire un film, lui le réaliser et moi l’interpréter. Pendant ces dix années, c’est vrai qu’on a pensé à ce film, à un film, et voilà nous l’avons fait !

EJ : Vous avez des propositions au cinéma ? MF : J’en ai quelques-­unes, oui. EJ : Et pour l’instant, pas de réponse positive ?

MF : Pas pour l’instant, non.

EJ : On parlait justement, puisqu’on reste dans les médias, on parlait de la télé tout à l’heure, hors antenne. Quelle est votre opinion justement face à la télé telle qu’elle existe aujourd’hui en France et puis aux Etats­-Unis que vous connaissez bien maintenant ?

 MF : Oui. La télévision en France, d’abord je la regarde très, très, très peu, si ce n’est que le peu d’émissions que j’ai vues c’est vrai qu’il y avait cette idée de répétition aujourd’hui, de banalisation de tout, et surtout ce ton qui se veut sarcastique, cynique et tout le monde n’a pas le talent pour ça ! Donc j’ai l’impression que ça n’a dans le fond pas grande importance, la télévision, en tout cas la façon dont ils la font. Diffusion de « XXL » à nouveau

EJ : On va parler des chansons, maintenant. Il y en a une qui m’a marqué, c’est peut­-être celle que j’ai le plus écouté, qui s’appelle « L’Instant X ». C’est autobiographique, ça ?!

MF : D’une certaine manière. C’est­-à­-dire qu’il est toujours difficile de s’extraire de son texte, maintenant je parle de moi et je peux parler aussi de l’autre dans ces moments-­là…

EJ : Avec le jeu de mot sur ‘zoprack’…

MF : J’ai été obligée ! (rires)

EJ : Ha bon ?! Pourquoi ? Pourquoi vous avez pas dit Prozac ?

MF : Parce que c’est interdit.

EJ : Ha oui ? Dans une chanson vous n’avez pas le droit ?

MF : On n’a pas le droit de faire la publicité d’un médicament, donc plutôt que de l’enlever et de le tuer, j’ai préféré le mutiler et m’en amuser ! (rires)

EJ : En changeant deux lettres, d’accord ! Une chanson, je dirais, un peu spleen, c’est-­à-­dire je raconte l’histoire pour ceux qui l’ont pas encore écoutée –mais on va l’écouter tout à l’heure, de toute façon­ on ne peut plus vivre sans cette fameuse petite pilule qui va nous rendre heureux. Qu’est­-ce que vous pensez, vous, de cette, je dirais, façon de vivre-­là qui est très américaine, d’ailleurs ?

MF : C’est vrai. La dépendance est une notion qui n’est pas agréable, maintenant si ça peut aider des gens, pourquoi pas ? Si c’est pas dangereux, si les effets secondaires ne sont pas…

 EJ : C’est un vrai débat, le Prozac, quand même…

MF : Oui. Est­-ce qu’il est fondé ? J’avoue que je n’en sais rien. Je ne connais pas bien le sujet, si ce n’est que je connais beaucoup de personnes qui l’ont utilisé, ou continué de l’utiliser…

EJ : Pas vous ?

MF : J’ai essayé. J’ai abandonné très vite, mais plus parce que c’est l’idée que d’être justement dépendant de quelque chose qui m’est insupportable, donc c’est vrai que parfois quand on va très, très bas ­ et je crois qu’on a tous dans sa vie une période comme ça, période parfois répétée ­ on fait appel à quelque chose de l’extérieur…

EJ : Qui peut nous aider à nous en sortir…

 MF : Oui, mais c’est vrai que ça fait réellement partie de notre société aujourd’hui. EJ : Vous, vous préférez vous battre ! MF : J’ai ça en moi, donc j’ai de la chance, je pense.

Diffusion de « L’Instant X »

Image de prévisualisation YouTube

https://youtu.be/D4xaUXQ4wEE

 

 EJ : On va parler de vos projets maintenant, si vous le voulez bien. Un album, en règle générale, c’est suivi d’une tournée. Est­-ce qu’il va y en avoir une ?

 MF : Je ne sais pas.

EJ : Ha bon ? Vous n’êtes pas sûre ?

MF : Je n’ai pas la réponse.

EJ : D’accord ! C’est difficile de monter sur scène quand on est timide ?

MF : Oui et non. C’est quelque chose que je peux tout à fait surmonter, puisque je l’ai fait. Et puis il y a toujours ce sentiment de dédoublement…

EJ : C’est pas vous…

MF : C’est moi ! Bien sûr que c’est moi, mais là on parlait plus de l’appréhension et de la peur. Ca fait partie des paradoxes que l’on a en soi. J’ai toujours cette idée de l’ombre et de rester dans l’ombre, et puis avoir cette faculté que de pouvoir aller sous la lumière dès l’instant que l’on décide de le faire. Voilà. Et à ce moment-là, c’est vrai que là, la réflexion n’existe plus. C’est plus quelque chose d’animal, je dirais, plus d’instinctif que la réflexion.

EJ : C’est quoi, c’est un besoin d’amour le fait de monter sur scène ? Ou besoin de donner aux gens qui vous aiment, justement, et qui font l’effort de venir vous voir ?

MF : Je crois que c’est un partage. C’est donner et puis c’est recevoir. L’un ne peut pas aller sans l’autre.

EJ : Vous avez un message à donner à ces gens-­là ?

MF : C’est toujours difficile ! Je n’aime pas cette idée de porter un message, mais…

EJ : Ne serait­-ce que dans vos chansons, est-­ce qu’il y a un message, au final ?

 MF : Je ne sais pas. Je ne sais pas, c’est plus un témoignage, je dirais, qu’un message. Maintenant, je pense à ces personnes qui ont du mal à vivre et j’aimerais qu’elles puissent rencontrer la personne ou la lecture ou qu’il se passe un moment, comme ça, dans leur vie qui va les aider. Voilà, si je puis souhaiter ça, je le souhaite !

EJ : Et si vous, vous pouvez être ça, c’est bien !

MF : Je n’aurai pas cette prétention.

EJ : Oui, mais vous l’êtes quand même, je veux dire. A partir du moment où il y a des gens qui vous aiment aussi fort, c’est que quelque part vous leur faites du bien…

MF : Je l’espère !

EJ : Est-­ce que vous avez, après la promotion de cet album et après cet album-­là, d’autres projets ?

MF : Non, parce que je ne pense pas de cette façon-­là, c’est-­à-­dire que j’essaye ­ et je crois j’arrive­ de vivre l’instant présent. Et c’est ce qui est important pour moi, dans ma vie : c’est de ne pas ni faire appel aujourd’hui au passé, ni me projeter dans l’avenir mais avoir cette attention sur ce moment présent. Et je crois, puisqu’on a évoqué plusieurs fois ­ en tout cas, moi ­ cette idée du changement, je crois qu’elle réside exactement ici.

EJ : Sur scène, justement, tant d’amour, ça doit faire du bien pour l’ego, ne serait-­ce que de savoir qu’il y a des gens qui font vraiment l’effort d’être là, qui arrivent des heures avant…

MF : Oui, c’est vrai. C’est une belle déclaration.

EJ : Qu’est-­ce qui vous blesse le plus, en général ?

MF : L’absence de générosité, je crois.

EJ : Est-­ce qu’il y a quelque chose qui ne vous touche pas du tout, ou plus du tout ? MF : Oui : le qu’en dira-­t­-on. (rires) EJ : C’est vrai ?

MF : Oui.

EJ : Ca a été important pour vous ? Ca vous a un peu pourri la vie ?

MF : Ca n’a jamais été important pour moi. Jamais. Si ce n’est qu’aujourd’hui c’est encore moins important, parce qu’une fois de plus j’ai…Non, je me moque des qu’en dira-­t­-on, oui.

EJ : Qu’est-­ce qui…Oui, vous voulez rajouter quelque chose ?

MF : Non, je pensais que quand on n’a plus peur du regard de l’autre, quand c’est un regard qui ne vous agresse plus, l’autre n’est plus un ennemi donc il n’y a plus ce sentiment de peur.

EJ : Oui, je comprends. Qu’est-­ce que je dois faire si je veux devenir votre ami ?

MF : (silence) Vous êtes sérieux ?! (rires) Nous en parlerons plus tard !

EJ : D’accord ! Je regardais votre biographie : pratiquement trois millions d’albums vendus maintenant, des milliers de fans…Est-­ce que, justement, les fans, les gens qui vous aiment et qui parfois passent dans votre vie, c’est difficile à gérer ? Parce que des fois, il y a tellement d’amour que c’est maladroit…

MF : Là encore, je ne ferai pas de grande littérature quant à ce sujet. Je crois que ça fait partie de ce métier. Mieux vaut être appréciée que le contraire !

EJ : Bien sûr…

MF : Et d’autre part, je crois que je n’ai jamais eu réellement d’agression. Au contraire. Maintenant, c’est vrai que…Mais c’est pas par rapport à moi, dans le fond, c’est plus par rapport à la personne qui passe beaucoup, beaucoup de temps, qui attend des heures et parfois la nuit, et c’est vrai que dans le fond c’est une idée qui me dérange.

EJ : Pourquoi ça vous dérange ?

MF : Mais parce que c’est pas normal selon moi, et surtout par rapport à moi, de savoir que quelqu’un m’attend et attend quoi, dans le fond ? Je ne sais pas…

EJ : On a l’impression justement que les gens, les fans, n’aiment pas peut­-être ce que vous êtes réellement et n’aiment que l’image que vous donnez de vous, l’image professionnelle…

MF : Là encore, je ne me pose pas ce genre de question. C’est quelque chose de spontané chez eux. C’est parfois obsessionnel, maintenant dans le fond, ça les regarde…

 EJ : Je vous remercie mille fois d’abord pour cet album, « Anamorphosée », et puis ensuite d’avoir été avec nous, et je sais une nouvelle fois, je le répète mais c’est vrai, vos interviews sont rares donc précieuses.

MF : Merci à vous.

EJ : Merci beaucoup, Mylène Farmer. Au revoir.

MF : Merci, au revoir.

parution NRJ 16 OCTOBRE 1995

 

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A l’occasion d’un week­-end spécial avec Mylène Farmer

Posté par francesca7 le 3 septembre 2016

 

 

 

 

Mylène Farmer sur MCM et pour la promo de « Dance Remixes » et de « Que mon Cœur Lâche », Mylène accorde une interview fleuve à la chaîne. L’entretien a cette particularité qu’on ne voit jamais le journaliste, pas plus qu’on ne l’entend.

MF : Je n’essaie pas de me composer un personnage. C’est ma timidité, c’est vrai que je ne fais aucun effort pour moi­-même, non. Je ne suis pas dans cette rigueur. Je ne suis pas très tendre avec moi­même. Diffusion d’un court extrait du clip « Je t’aime Mélancolie ».

MF : Vous savez, dans la mesure où je fais justement peu d’interviews, la presse dit ce qu’elle veut de moi, et c’est pas grave non plus. Mais c’est vrai que les médias ne sont pas tendres. Je ne dis pas avec moi, je dis en général. Peut­-être que beaucoup de personnes sont réunies dans ces métiers et n’arrivent pas à créer eux-mêmes ou elles-­mêmes tout simplement. Je crois que c’est un mal français. Je crois qu’on n’aime pas le succès tout simplement, en tous cas le succès à long terme. C’est toujours douteux. (sourire)

mylène

L’exercice de l’interview est un exercice qui m’est pénible en ce sens que j’ai du mal à parler de moi, que c’est un exercice de toute façon assez difficile, donc c’est pour ça que je préfère le rendre rare. Diffusion d’un extrait du clip « Ainsi Soit Je… ».

MF : Je n’ai jamais pris de cours de danse, donc c’est, j’allais dire, quelque chose de plus spontané. Je ne vais jamais en boîte de nuit, je n’y suis jamais allée donc… Mais par contre, c’est quelque chose, oui, de, j’allais dire, de fondamental, non, mais qui m’est indispensable quand je chante une chanson. J’ai toujours, moi, une danseuse avec qui j’ai travaillé pendant très longtemps qui a réglé les ballets pour le ­les chorégraphies pour le concert. Je lui apprends, moi, les mouvements et, au fur et à mesure, elle les fait répéter aux autres danseuses. Quand c’est une chanson un peu rythmée, c’est plus facile d’appuyer un mot par un geste. Je travaille d’abord moi-­même toute seule, ensuite, je travaille avec cette fameuse danseuse pendant deux, trois jours. Et puis après, nous faisons appel à deux, trois ou quatre danseuses. Et je travaille très souvent en studio.

Diffusion d’un extrait du clip « Sans Contrefaçon ». 

MF : Je suis très, très présente en studio. C’est un univers que j’aime bien. Je m’intéresse à tout. J’aime vraiment profondément la musique. Je sais pas s’il y a des critères comme ça. On essaie que ça sonne le mieux possible, que ce soit harmonieux, que ce soit, j’espère, un peu nouveau, et que ce soit dansant avant tout. (sourire)

J’ai un peu de mal, moi, à écouter les chansons anciennes, mais ça redonne une vie à la chanson tout simplement, ça la rend un peu différente. J’espère qu’on part de toute façon sur des bases nouvelles, j’espère qu’on évolue. Maintenant, quant à gérer tout ça : non, j’en suis incapable, je crois que ces choses-­là se font naturellement. On écoute d’autres musiques, on voit d’autres lieux, et tout ça apporte une nourriture certainement pour évoluer.

« Maman a Tort » n’était pas de ma plume, mais dans l’album j’ai chanté « Plus Grandir ». J’ai éprouvé le besoin immédiat d’écrire. Mais après…C’est difficile que de s’avouer qu’on est capable de le faire, d’abord, d’accepter, et d’accepter ses mots, ses émotions, et de les dévoiler aux autres. Mais là encore, c’était quelque chose d’évident pour moi. Je pouvais pas laisser quelqu’un écrire mes mots. Aujourd’hui, j’ai traduit avec un co­adaptateur « Que mon Cœur Lâche » en anglais et je suppose qu’elle va voir le jour, cette chanson. C’est un exercice qui est très difficile parce qu’il faut d’abord parler anglais couramment ­ ce qui n’est pas encore tout à fait mon cas­ et trouver un style d’écriture dans une langue qui n’est pas la sienne, c’est assez difficile.

Donc, pour l’instant, je n’ai fait qu’une chanson réelle en anglais, de A à Z. Diffusion du clip « Je t’aime Mélancolie ».

MF : Moi j’ai besoin de la musique pour pouvoir non pas trouver un thème, mais pour pouvoir écrire des mots sur cette musique, tout simplement. Puisque j’ai travaillé avec Jean­-Louis Murat, je sais que lui a une façon qui est très, très différente de… Lui, c’est quelqu’un qui est très, très productif, qui écrit sans arrêt. J’avoue que moi, j’ai besoin d’avoir un but qui se traduit par un album ou une chanson. En tous cas, c’est d’abord la musique de Laurent qui va me suggérer des choses. J’aimerais beaucoup jouer du piano, mais je n’ai ni le temps, ni peut­-être même l’énergie et c’est difficile de se remettre dans la peau d’un étudiant ou d’un élève. Mais le piano, c’est quelque chose qui me manque, oui. J’avais essayé de jouer le saxophone, mais ça, c’est très, très difficile. J’ai ces instruments avec moi, et c’est très bien ! (sourire)

Diffusion d’un extrait du clip « Regrets ».

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MF : J’aime beaucoup la peinture. J’aime beaucoup la peinture abstraite, surréaliste plus que la figurative. J’aime beaucoup Dali, Max Ernst, Egon Schiele, et beaucoup d’autres que je vais oublier, bien sûr ! J’aimerais beaucoup avoir un Miró ou un Egon Schiele puisqu’on en parlait, mais c’est impossible. C’est un plaisir assez immense que d’avoir un tableau chez soi et de pouvoir le regarder et de vivre avec, de se lever le matin. Et puis c’est passionnant ! Diffusion d’un extrait du clip « Sans Logique ».

 MF : Depuis très longtemps, j’ai pensé au cinéma. Avant la chanson. Et la vie a voulu que je rencontre la chanson d’abord, et je pense que c’est une bonne chose. Maintenant, j’ai très, très envie d’avoir cette émotionlà, oui, pour après, moi, pouvoir redonner une autre émotion parce que je pense que je remonterai sur scène. Mais j’ai besoin de ce passage-­là. C’est, là pour le coup, fondamental dans ma vie. Dans un premier temps, Laurent Boutonnat ne pouvait pas réaliser ce clip parce qu’il a un long métrage en préparation donc, pour le temps, c’était absolument impossible. Donc nous avons fait appel à Luc Besson. Pourquoi Luc Besson ? Parce que c’est quelqu’un que nous connaissons tous les deux, et qu’il nous avait invités un jour pour un très beau voyage sur la banquise, lors de son tournage d’«Atlantis ». Et ma foi, ça nous a semblé évident, et lui a accepté. (sourire)

Je crois qu’on a, de toute façon, des univers qui sont très, très différents. Ce que lui a peut­être apporté, il me semble en tout cas, c’est peut­être un sourire que je n’avais pas dans les autres clips, une légèreté que je n’avais pas. Après, Laurent Boutonnat sera bloqué, de toute façon, pour le montage de son film, pour la musique et pour bien d’autres choses, donc je pense que je vais mettre un peu de temps avant de sortir un autre album. Diffusion d’un extrait du clip « Que mon Cœur Lâche ».

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MF : Je crois que nous avons tous un côté ange, un côté démon. Oui, précisément avec les habits que je portais, en tous cas la robe blanche qui est une robe d’Azzedine Alaïa, et c’est un grand bonheur que de porter ses vêtements. Un artiste, c’est vrai, on l’écoute donc peut avoir une certaine influence qu’il ne maîtrise pas forcément d’ailleurs. Que de prendre position, moi je n’en ai pas envie, mais je respecte les gens qui le font. Moi, j’ai essayé de ne prendre aucun engagement justement, ni de dire ‘il faut en mettre’ ou ‘il ne faut pas en mettre’. Il me semble évident qu’il faut en mettre, mais c’est vrai que ce n’était pas le ‘message’ que je voulais faire passer. Il n’y a pas de message dans la chanson.

Une fois de plus, c’est un constat. Sans parler de constat d’échec, c’est l’impuissance qui rend très malheureux également. C’est quelque chose qui nous est tombé, là pour le coup, du ciel et c’est une chose méchante. Et que de ne pouvoir réagir, c’est la chose la plus cruelle pour l’Homme. Si ce n’est qu’il faut se protéger. Bien sûr, ça me fait mal, c’est quelque chose de tragique. L’amour est totalement perverti, mais je ne crois pas que je dirai quelque chose de très nouveau sur ce thème-­là, si ce n’est qu’il est très douloureux. Ne parlons plus du clip, parlons de la chanson : moi, une fois de plus, ça n’engage que moi, c’est plus un constat sur l’amour, ce que moi je puis ressentir. C’est quelque chose d’un peu difficile en ce moment, et c’était difficile aussi pour moi que de ne pas en parler.

J’essayais d’éviter parce qu’on a toujours peur des sujets un peu racoleurs et je me suis aperçu que, ma foi, ça fait partie de la vie de tous les jours. C’est le quotidien. C’est quelque chose que je ne pouvais pas occulter.

SOURCE / ESCALE 2 JANVIER 1993 Entretien avec Patrick WILLARD MCM 

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A l’époque du DIRECT avec Mylène FARMER

Posté par francesca7 le 3 septembre 2016

 

 

 

Philippe Gildas reçoit Mylène Farmer sur le plateau de son « Direct », sorte de première version de ce qui deviendra « Nulle Part Ailleurs ». Mylène, dans un tailleur gris beige, prend place aux côtés de la comédienne Marie-Christine Barrault pour répondre aux questions de l’animateur.

mylène

Philippe Gildas : Bonjour Mylène ! Est-ce que le clip est fini ?
Mylène Farmer : Il est terminé, oui. 

PG : Ca sortira bientôt ?
MF : Il est en montage actuellement pendant une semaine, une semaine de mixage et la troisième semaine sera la bonne !

PG : Je voudrais bien voir « Libertine » au milieu des loups !
MF : Oui, ça va être très, très beau je pense !

PG : Vous l’avez vraiment fait avec des loups ?
MF : On a fait avec un loup, et puis sinon y a des…Je vous donne pas le secret, quand même ! (rires)

PG : Mais je savais depuis le début qu’elle voulait à tout prix faire son clip dès la sortie, avant même la sortie de « Tristana », d’ailleurs ! 
MF : Oui !

PG : Et vous l’avez tourné en Ardèche, non ?
MF : Non, non, non, on l’a tourné dans le Vercors, avec des plaines enneigées…Un très, très beau décor !

PG : « Tristana », c’est votre combien, cinquième 45 tours ?
MF : Oui. 

PG : C’est une carrière qui est partie à cent à l’heure, alors ! Y a combien de temps ? Trois ans ?
MF : Ca fait, depuis « Maman a tort », trois ans, oui. Avec un album, entre !

PG : Et « Maman a tort », c’était pas hasard !
MF : Rien n’est un hasard, mais c’est vrai que j’ai eu la chance de rencontrer deux personnes qui…

PG : (il l’interrompt) Boutonnat ?
MF : Boutonnat, oui, Laurent Boutonnat avec qui je continue, compositeur donc qui m’a composé la première chanson. 

PG : Il a eu, enfin je sais pas qui a voulu cette rencontre mais c’était bien puisque trois ans après un album est sorti…
MF : Oui.

PG : …qui a combien ? Six mois ?
MF : A peu près, oui. (l’album est pourtant sorti un an pile auparavant, ndlr)

PG : (…) Et voilà maintenant le nouveau 45 tours, « Tristana », on l’écoutera chanter dans un instant !

Philippe Gildas se tourne alors vers Marie-Christine Barrault, qui parle des films en costumes.

PG : (…) Mylène elle adore les déguisements !
MF : (rires) C’est vrai, j’aime bien les costumes, oui, les époques.
Marie-Christine Barrault : Les robes sont très, très lourdes ! (…) Pour chanter, je suis pas sûre que ce soit bien ! (rires)

PG : (se tournant à nouveau vers Mylène) Alors, « Tristana », l’histoire de « Tristana » ?
MF : Que voulez-vous savoir ?!

PG : Après « Libertine », il fallait le trouver quand même !
MF : Oui! C’est la dure reconversion de « Libertine » ! C’est une histoire simple, « Tristana », c’est un peu la mélancolie, un peu le désespoir. Voilà, c’est un peu la couleur de cette chanson. 

PG : Pourquoi chaque fois, vous qui avez une vie professionnelle parfaitement réussie apparemment une vie privée aussi dont vous n’avez pas à vous plaindre, la petite québécoise…non c’est pas Québec, vous hein ?
MF : C’est Montréal. 

PG : …venue en France, non pas pour chanter mais bien avant déjà ! Vous aviez quel âge ? 10 ans, 12 ans ?
MF : Oui c’est ça, 9, 10 ans. 

PG : Quand vous voulez retravailler, vous allez au Canada sans problèmes : ils vous connaissent bien !
MF : Ils me connaissent pas du tout au Canada, non ! Non, non ! L’album est sorti, « Libertine » est en train de sortir mais je n’ai rien fait dans ce pays. 

PG : Mais ils vous connaissent quand même ? Ils savent…
MF : Certainement. Depuis « Maman a tort », oui, ils s’intéressent un peu à ce que je fais.

PG : Sinon vous n’envoieriez pas vos disques en priorité là-bas, après la France !
MF : Ce n’est pas en priorité, c’est eux qui font appel à vous s’ils sont intéressés. 

PG : Mais ça sert pas d’être canadienne ?
MF : Je ne crois pas. En ce qui me concerne, non parce que…

PG : Ils vous considèrent pas du tout comme canadienne ?
MF : Ben j’avoue que j’y suis jamais retournée, que je n’ai jamais re-rencontré donc des canadiens. Il était question que j’y aille là, en mai donc c’est en pourparlers. Donc je pourrai vous répondre après ! (Mylène ira finalement au Canada un an plus tard, ndlr)

PG : La carrière de mannequin, vous l’avez complètement abandonnée ?
MF : Oui, j’avais fait ça vraiment en dilettante, c’était pour gagner ma vie. Donc j’ai complètement abandonné parce que inintéressant et pas du tout ce à quoi j’aspirais. 

PG : Alors qu’est-ce que vous ferez après la chanson ?
MF : Probablement élever des singes !

PG : (rires) Et pourquoi ?
MF : Parce que j’ai une passion de cet animal, des animaux en général, mais c’est vrai des singes spécialement. 

PG : Mais qu’est-ce que vous en ferez ?
MF : Bah écoutez, un élevage probablement !

PG : Mais des grands ? Des petits ?
MF : Plutôt des gros. 

PG : Oui, mais ça se reproduit ! (rires)
MF : Oui. Vous avez peur des familles nombreuses ?! (rires)

PG : De singes, oui !
MF : Y a plein de choses à faire : l’éducation…Enfin, je sais pas, y a plein de découvertes à faire certainement avec ces animaux. 

PG : Enfin pour l’instant vous continuez la chanson ?
MF : Pour l’instant, je suis ravie de chanter ! (rires)

mylène

Philippe Gildas demande ensuite à Mylène d’interpréter « Tristana », ce qu’elle fait, entourée de ses deux danseuses. A l’écran apparaît parfois un trucage vidéo entourant Mylène de fausses flammes. Après la chanson, Mylène retrouve sa place face à l’animateur.

PG : Le dernier 45 tours de Mylène Farmer, « Tristana ». Alors en attendant la surprise du clip, parce que si j’insiste tellement sur le clip c’est…elle devrait faire du cinéma ! « Libertine » faisait combien de temps, le clip ?
MF : Je crois que c’était onze minutes. 

PG : Un vrai film, en plus !
MF : Oui. Celui-là (« Tristana », ndlr) est parti pour être un peu plus long, d’ailleurs !

PG : Ha, vous allez faire encore plus long ?! Mais faut faire du cinéma carrément !
MF : Bah écoutez, peut-être un jour ! (rires)

PG : « Libertine », vous l’aviez tourné dans un château ?
MF : On l’a tourné dans un château…heu qu’est-ce qu’on a fait d’autre ?! (sourire) On a fait de l’extérieur également. Et là, c’est essentiellement extérieur et un peu studio. 

MCB : Vous avez combien de temps pour tourner un clip ?
MF : Il y a la préparation -je vous laisse juge, vous connaissez le métier ! Sinon de tournage, c’était à peu près cinq jours. Cinq, six jours mais vraiment à temps complet, c’est-à-dire c’était de 5h du matin à 11h du soir !

PG : Mais pourquoi est-ce que par rapport à une chanson vous faites un clip aussi long par exemple, et qui est une autre aventure ?
MF : Oui, par plaisir. 

MCB : Mais alors vous changez la musique, vous l’allongez ? Comment vous faites ?
MF : C’est-à-dire qu’on met ou de la musique additionnelle, dans « Libertine » c’est ce qui s’est produit, y a des moments sans musique, y a des moments avec voix-off, enfin y a plein de possibilités ! Et là en l’occurrence, on va mettre probablement la version du maxi 45 tours, donc qui est un peu plus longue que le 45 tours lui-même, avec une musique additionnelle et autre. 

PG : Vous préférez passer beaucoup de temps par exemple à tourner ces clips, à les préparer, les tourner ou bien faire de la scène ? Ce sont deux choses très différentes…
MF : Cette question est très pernicieuse, je le sens ! (rires)

PG : Vous avez fait le podium Europe 1 ? (tournée des boites de nuit à l’été 1986 avec Catherine Lara en tête d’affiche, ndlr)
MF : J’ai fait effectivement le podium Europe 1 et…

PG : C’est une sacrée école, hein ?
MF : Oui, tout à fait, oui. Très intéressant et très agréable. Je préparerai certainement une scène, mais je vais attendre déjà d’enregistrer un autre album. Quant aux tournages, c’est vrai que le cinéma me passionne, les tournages me passionnent. Et tourner avec Laurent c’est aussi quelque chose que j’aime beaucoup. 

MCB : Comment on fait ? C’est tout en play-back ? Vous écoutez la musique quand vous tournez ?
MF : Non, du tout. C’est-à-dire que chacun procède de façon différente. Nous, c’est vrai qu’on fait complètement abstraction de la chanson, du texte et de la musique pendant le tournage, et ce sera effectivement en play-back derrière. 

MCB : Comme un vrai film, quoi. 
MF : Oui, oui.

Philippe Gildas se tourne ensuite vers ses autres invités et Mylène n’intervient plus jusqu’à la fin.

 

SOURCE : DIRECT  AVRIL 1987
Présenté par Philippe GILDAS sur CANAL +

 

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MYLENE FARMER : Elle ose, elle choque et elle charme

Posté par francesca7 le 25 juillet 2016

Mylène chez Francesca

Entretien avec Cécile TESSEYRE                                                                                                             

De « Libertine » à « Pourvu qu’elles soient Douces », vos chansons ont toujours été un peu osées. Jusqu’où irez-vous ?  

MF : – Je ne m’autorise pas de limites. En ce moment, je n’écris pas, la question ne se pose donc pas…      

Certains trouvent vos paroles choquantes…                                                                                                                                                        

- Dans « Sans Contrefaçon » je dis ‘je me fous du qu’en dira-t-on’. C’est vrai. Malgré tout, je pense avoir beaucoup d’interlocuteurs favorables puisque le 33-Trs « Ainsi Soit Je… » approche déjà les 600.000 exemplaires vendus.                      

Et vos parents, votre famille…                                                                                                                                                       

- Nous n’avons aucun dialogue sur ce sujet. Nous sommes une famille de longs silences, mais qui ne sont pas pour autant de longs creux…    

L’amour, le couple sont-ils importants pour vous ?               

- Pour moi, l’amour est fondamental pour la créativité. J’aime beaucoup cette phrase du romancier Luc Dietrich qui dit que ‘l’amour est un grand courage inutile’. Je suis comme mes chansons : libertine, douce et fidèle. Très fidèle.                            

Êtes-vous heureuse ?                                                                                                                                                           

- Je suis incapable de répondre. Une fois de plus, c’est un paradoxe. Pour moi, l’amour doit être grandeur et décadence.  

Lio vient de poser nue pour ‘Lui’. Vous apparaissez dénudée dans certains de vos clips. Vous imiteriez Lio pour des photos ?     

- Non. On me l’a déjà proposé, pour une somme d’ailleurs très rondelette. Je ne le ferai jamais car je n’éprouve aucun plaisir à cela. La seule motivation de ceux qui acceptent est l’argent. Quant à Lio, je me garderai bien de la juger, car c’est une artiste que je respecte beaucoup.

- Je reçois de plus en plus de lettres, et j’ai de moins en moins le temps d’y répondre, car je ne veux déléguer ce bonheur à personne. Je reçois de longues lettres de gens qui ont le mal de vivre et qui cherchent un dialogue ou une consolation. Ma meilleure façon de leur répondre, c’est à travers les chansons. Je n’ai jamais reçu de lettre d’insultes !                                                                                                       

Mylène et FrancescaEn allant chercher votre trophée aux Victoires de la musique, vous avez dit être à la fois très heureuse et très triste.          

- C’était un grand moment d’émotion. J’ai toujours eu du mal à distinguer le bonheur de la tristesse. Chez moi, ils se conjuguent parfaitement. En prenant ma récompense, j’ai vu défiler les plus belles images de ma vie et les plus cruelles aussi. On dit bien que la jouissance est une petite mort. Je n’ai pas voulu chasser le naturel, je n’avais préparé aucun texte, j’ai tout dit spontanément. D’autres choses sont également intervenues, mais je tiens à les garder secrètes.     

Comment avez-vous célébré cette Victoire ?         

- Dans le silence. Dans la voiture, en quittant le Zénith, avec mon manager Bertrand LePage, nous n’avons échangé aucun mot. J’étais assise à serrer très fort entre mes mains cet objet très lourd. C’est ma manière de vivre les choses. Mon sens de la fête est le repli sur soi, sans occulter le bonheur. Chez moi, j’ai placé la Victoire dans mon salon, sur un haut-parleur. Comme beaucoup d’artistes, j’ai été étonnée. Je ne vois aucune inscription sur le trophée, pas même la catégorie. Tout juste ‘Victoires de la Musique 1988’. Je regrette cet anonymat.           

Et le lendemain ?                                                                                                                                                                         

- Je suis redescendue sur terre en me plongeant dans le travail, qui est surtout une préparation physique en vue du Palais des Sports, en mai 1989.                                                                                                                                                            

En quoi consiste cette préparation ?                                                                                                            

- Du sport. Pour l’instant, je le pratique à la dose minimale de quatre fois par semaine pendant environ quatre heures et demie. Ensuite, je m’entraînerai tous les jours. Par exemple, je commence le matin, à dix heures, par une séance de jogging. Le mot a été un peu galvaudé, mais disons qu’il s’agit de courir en ayant de belles foulées et en obtenant un rythme cardiaque en harmonie avec la course. Le résultat doit être de pouvoir courir une heure sans s’arrêter, sans fatigue, et en récupérant son souffle rapidement. C’est un travail de haute précision, dirigé par mon entraîneur, Hervé Lewis.

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Et ensuite ?                                                                                                                                                    

- Nous retournons à son appartement, où Rambo a installé une salle de sport. Un travail comparable à celui d’une danseuse. Après vient le moment du repas. Une bonne alimentation est indissociable d’un bon entraînement physique. Mes repas sont établis par un cuisinier diététicien, Emmanuel Engrand. Il m’a enseigné des menus variés et équilibrés -du poisson et des légumes-crudités- et surtout à manger lentement et à boire peu pendant les repas. Le plus dur a été d’arrêter la cigarette, même si je ne fumais pas vraiment.                                            

Cet entraînement vous a-t-il changée ?                                                                                                                                                                 

- Mon corps a changé. Pendant vingt-quatre ans, je n’ai pas fait de sport, hormis l’équitation et les cours de gym à l’école. Avant, j’avais l’impression qu’après trois ou quatre séances, je serais épuisée. Or, mon énergie est décuplée. Dès le début, mon entraîneur a fait en sorte que je ne souffre pas de courbatures. Quant à ma manière de travailler, elle a gagné en rigueur…                                                                                                                          

Parution sur TÉLÉ 7 JOURS du 10-déc-88                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                         

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LA VIE À PLEIN TEMPS pour MYLENE FARMER

Posté par francesca7 le 9 juillet 2016

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                       

Présenté par Marc BESSOU        -                                                                                                                           

FR3 MIDI-PYRÉNÉES07-avr-87                                                                                                                                                                                 

Marc Bessou énonce ses différents invités. Lorsqu’il présente Mylène, on découvre celle-ci, cheveux lâchés et habillée d’un smoking beige volontairement trop grand.                                                    

Marc Bessou : (…) En bout de rangée, c’est Mylène Farmer. Bonjour !                      

Mylène Farmer : Bonjour.                       

CHEZ FRANCESCA

MB : On écoutera « Tristana », bien sûr (Mylène acquiesce) et puis également, on vous passera à tabac ! C’est l’expression, enfin ça va pas très loin hein !                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                     

MF : Oui, j’aime beaucoup (rires)                                                                                                                                                   

Une séquence où Mylène chante « Tristana » sur le plateau accompagnée évidemment de ses deux danseuses est alors diffusée. Au retour plateau, l’animateur interviewe Mylène.           

MB : Voilà, « Tristana », Mylène Farmer. Je sais pas pourquoi, mais ça amuse beaucoup vos petites danseuses qui sont là (il désigne un endroit hors champ) et qui regardaient le tournage.    

MF : Elles sont indisciplinées, ça ne va pas ! (rires)      

MB : C’est incroyable, ça ! Comment s’appellent-elles ?          

MF : Alors il y a Sophie Tellier et Dominique (Martinelli, ndlr) qui sont danseuses, qui sont choristes, qui aiment le cinéma…Beaucoup de choses !                                                                                             

MB : D’accord. C’est la première fois que vous faites une chanson avec elles ?      

MF : Absolument, oui, oui. C’est la première fois que j’ai des danseuses derrière moi.              

MB : Et pourquoi ? Ca correspond à quoi ? C’est pour habiller, pour étoffer ?      

MF : Non, c’était une envie parce que c’est un bel ensemble. Par plaisir, tout simplement !            

MB : Ce qui a beaucoup marqué dans ce que vous avez fait, c’est les clips, on vous l’a dit souvent, notamment « Libertine ».                                                                                    

MF : Oui…    

CHEZ FRANCESCA1                                                          

MB : Là, pour « Tristana », vous gardez cette présentation plus scénique ? Vous avez pas envie de faire une histoire ?         

MF : Si, si ! C’est en préparation : on va tourner le clip dans une semaine, maintenant. On va aller dans le Vercors, puis y aura du studio près de Paris, donc encore…                                                                   

MB : (il l’interrompt) Y aura vos petites copines qui sont là ? (les danseuses, ndlr)                                                                 

MF : Y aura une des deux – malheureusement, il n’y a pas deux rôles – qui est Sophie, donc, qui était la rivale dans « Libertine »…                                                                                                                                                                                                                                             

MB : Ha d’accord ! La méchante !                             

MF : …et qui sera là une tsarine très méchante, encore ! (rires)                  

MB : Dites-moi, si j’ai bien compté, si j’ai bien tout compris, ça fait cinq 45 tours, non ?    

MB : Hein, quelque chose comme ça ?                                                                                                                                                               

MF : Oui.                                    

MB : Et puis un album !     

MF : Et un album ! Et le prochain, on le prépare, là.                                                                                                                                                                                                                                                                                                                         

MB : J’ai lu, j’ai appris ça, je suis un peu embêté de l’apprendre qu’aujourd’hui d’ailleurs, que vous étiez née au Canada.             

MF : Absolument. A Montréal.                                              

MB : Mais vous êtes française !                                                                                                                                                                              

MF : (sourire) J’ai les deux nationalités.                             

MB : Ha c’est vrai ?! On le dit jamais, ça !                                                                                                                                                           

MF : (soupir) Ca n’a pas grand intérêt, peut être, je ne sais pas ! (rires)                                                                                                           

MB : (il imite l’accent québécois) Parce que généralement, les canadiens, c’est quand même très typique si vous voulez, l’accent…        

MF : Oui, mais je préfère laisser mon accent de côté ! Que je n’ai jamais eu d’ailleurs !                                                                       

MB : Bon. Et ces cinq 45 tours qui se sont succédés en quoi ? Deux ans et demi, à peu près ?                                                                  

MF : Oui, c’est ça. Deux, trois ans.                                                                   

MB : Comment vous vous êtes lancée là-dedans ? C’est toujours la même question, mais c’est toujours amusant de savoir ce qui amène les gens à s’exhiber, en quelques sortes.                                                                                                                                                                                           

MF : Oui. Moi je réponds c’est une bonne étoile au-dessus de ma tête, c’est une rencontre avec deux personnes, qui sont donc…enfin, qui étaient, puisque maintenant je n’ai plus qu’un producteur et compositeur, et puis ma foi après, c’est du travail, du plaisir et puis la chance              

MB : Quand on fait une chanson qu’on a beaucoup aimée, beaucoup vue, donc « Libertine », avant, est-ce que c’est à la fois plus facile pour produire autre chose, mais y a toujours le danger que ça plonge après, non ?                                                                                                                     

MF : C’est-à-dire la fameuse expression « On vous attend au tournant », effectivement. Cela dit, c’est aussi quelque chose d’agréable de proposer quelque chose de nouveau et de différent. Je sais pas bien quoi vous répondre ! (sourire)                                     

MB : Mais y a une chose que vous devriez faire, à mon avis…                                                                                                                                 

MF : Dites-moi !                                               

MB : …c’est : vous devriez avec vos disques mettre une notice explicative parce qu’on ne comprend pas toujours, c’est toujours assez allusif, vous voyez ce que je veux dire ?                                   

MF : (son visage se ferme) Moui…                                                                                                                                   

MB : Par exemple la première chanson, y a des générations de gens qui se sont essuyé le front pour essayer de comprendre ce que vous disiez dans « Maman a tort », ce que vous vouliez dire.           

MF : Dans « Maman a tort » ?               

MB : Et là, « Tristana » c’est un peu mystérieux, aussi. Mais c’est exprès, j’imagine.                                    

MF : Je sais pas si c’est important d’avoir la notice d’emploi d’une chanson. Je crois qu’il y a des personnes sur « Maman a tort », ce dont vous parliez, les personnes ont pris le refrain, « J’aime les plaisirs impolis », d’autres « J’aime ce qu’on m’interdit » et puis sinon c’était la petite comptine : « 1, maman a tort… » et puis à chaque fois on prend des éléments…     

CHEZ FRANCESCA2

MB : Et donc on en fait ce qu’on en veut, finalement. C’est self-service alors ?!                      

MF : On en fait ce qu’on en veut, absolument. Et c’est pour ça aussi que l’apport de l’image pour les vidéoclips c’est encore quelque chose de nouveau, c’est agrémenter une histoire.                                                                                                          

MB : C’est ce qui illustre et c’est finalement à travers ça qu’on comprend le but.                   

MF : Qu’on peut comprendre oui, absolument.                                                                          

MB : Ces vidéoclips, vous les réalisez, enfin le mot n’est pas exact, vous y participez…           

MF : …activement, bien sûr.                                                                                     

MB : …et vous jouez un rôle vraiment décisif dans l’illustration de l’histoire ?                         

MF : Oui, oui. Être extérieure, ça je ne peux pas. Je travaille avec Laurent quant au scénario, et puis après ma foi, c’est lui qui fait…      

MB : Vous dites : Laurent… ?                                                                                                            

MF : Laurent Boutonnat, donc. Excusez-moi, je suis habituée de dire Laurent ! (rires)            

MB : C’est si vous voulez qu’on comprenne, parce qu’on ne sait pas tous : Laurent Boutonnat.         

MF : Voilà, et puis après c’est lui qui s’occupe du cinéma, à proprement parler. Et puis après, c’est un travail d’équipe.       

MB : OK. C’est tout à fait gentil d’être venue. D’ailleurs, vous savez que vous restez ?! Parce que tout à l’heure y a les questions du minitel qui sont posées. 

MF : Oui, absolument ! (rires)                                                                                                                                     

Marc Bessou se tourne alors vers l’invité suivant, l’écrivain Pierre Péan, venu parler de son nouveau livre « Les chapelières », dont l’action se situe à la Révolution. L’occasion pour Marc Bessou de se tourner à nouveau vers Mylène.                                             

MB : (…) Le lien me paraît amusant Mylène. « Libertine », c’est datable de quand, ces costumes, ces décors ? C’est un peu avant la Révolution ?   

MF : C’est le XVIIIème siècle, oui, un peu avant la Révolution.                             

MB : C’est pas très loin, quand même, ce climat de luxure qu’il y avait dans ce film-là et qui précédait l’ouragan.      

MF : Non…                                                                          

L’entretien avec l’écrivain continue. S’ensuit une chronique animalière portant sur les poissons rouges.                                                 

MB : (il s’adresse à tous les invités sur le plateau) Je voudrais savoir si, les uns et les autres, vous avez des poissons rouges ! (…)         

MF : Moi je peux vous raconter une histoire sur deux petits poissons !        

MB : Ha oui, oui, allez-y ! Racontez l’histoire !                 

MF : Alors, c’est deux petits poissons, rouges ou verts comme vous voulez, qui sont dans un bocal et y a un petit poisson qui demande à son voisin : « Dieu existe-t-il ? » Le petit poisson qui réfléchit, qui fait trois bulles et qui dit : « Et si Dieu n’existait pas, qui nous changerait l’eau du bocal ? ». Voilà ! (rires)  

MB : Oh comme c’est touchant ! Vous en avez pas, vous, de poissons, malgré l’histoire ?!                                                                 

MF : Non. Je n’aime pas particulièrement les poissons !                   

MB : Ha ! C’est franc !                                                                                                                                                

La chronique animalière. Après d’autres entretiens, Marc Bessou passe aux questions posées par minitel par les téléspectateurs.      

MB : On va revenir à Mylène Farmer, donc, pour la passer à tabac (d’après le nom de la rubrique, ndlr). Je prends la matraque ! « Passage à tabac », Mylène Farmer ! C’est une façon de parler, hein, parce que c’est pas si brutal que ça ! Ce sont donc les gens qui ont posé des questions sur minitel (…) et je me fais leur porte-voix. Alors, une première question : on vous demande pourquoi dans vos clips vous êtes toujours si provocatrice, s’il vous plaît !

MF : Par goût de la provocation. Voilà une phrase bien courte et très pertinente! (rires)    

MB : C’est pas mal !                                                                                                      

MF : Parce que j’aime provoquer et que ce n’est pas mon seul but, mais c’est vrai que j’ai un goût pour la provocation, comme certainement Pierre Péan, enfin le goût des choses un peu choc.                       

MB : Donc c’est réussi, alors !                                                                                   

MF : Merci !                                                                             

MB : (il continue à lire les questions des téléspectateurs) « Et-tu mariée ? », nous demande Tom.     

MF : Non, je suis célibataire et je vis avec un capucin, qui n’est pas un moine mais un petit singe !           

MB : Quelle drôle d’idée ! Et ça fait quelle taille, ça ?!                                                                                       

MF : Ce capucin est grand comme ça (elle désigne la taille avec ses mains), une très longue queue et à peu près le ton de vos chaussures…                                                                                                                                    

MB : Ha je vous remercie ! Mais quand elles sont cirées, plutôt !                      

MF : …qui ne sont pas cirées, d’ailleurs ! (rires)                                                      

Marc Bessou se tourne vers le chroniqueur animalier pour lui demander s’il connaît les capucins. Celui-ci répond que ce sont des petits singes délicieux, ce que Mylène confirme avec bonheur.                                        

MB : (…) D’autres questions ! Alors, on nous demande, ça c’est peut-être un peu plus sévère : « Avez-vous l’impression qu’il restera quelque chose, qu’on se souviendra des chansons de Mylène Farmer dans quelques années ? » 

MF : Ca, c’est une question à laquelle je ne saurais pas répondre.                                                                        

MB : Mais est-ce que ça vous importe qu’il en reste quelque chose ?                                        

MF : A votre avis ? Si on fait ce métier, c’est qu’on a envie d’y laisser quelques plumes et quelques traces. Bien sûr ça m’importe ! Je vais tout faire pour qu’on ne m’oublie pas ! (sourire)                

MB : C’est bien ! Remarquez, la provocation est un peu liée, d’ailleurs.                   

MF : Oui !                                                                                                                         

MB : Bon. On vous demande, ha ça je suppose que c’est un homme, c’est dommage il a pas laissé son nom ! Il vous demande quel type d’homme vous appréciez dans la vie.                               

MF : Quel type d’homme ? Je ne pense pas avoir un type…                                                                                                 

MB : Les capucins ?                                                                                                    

MF : Les capucins ! (rires) Oui, j’aurais pu répondre ça ! C’est encore une question très difficile…J’aime plutôt, je crois, les hommes dits intellectuels, entre guillemets.                                                                  

MB : Nous sommes tout un groupe ici d’ailleurs qui correspond parfaitement !         

MF : Je veux dire par là, c’est vrai que je suis fascinée par les métiers d’écrivain, journaliste…Mais c’est idiot comme portrait. Je ne sais pas, je ne sais pas bien.                                                                                            

MB : Mais je crois qu’en réalité c’était plus terre à terre, c’était physiquement.             

MF : Physiquement ? Alors, plutôt grand, plutôt des cheveux longs et fournis…            

MB : D’accord. Comme Bernard-Henri Lévy, alors par exemple ?                                                                    

MF : Cela n’engage que vous ! (rires)                  

CHEZ FRANCESCA3                                                                                                       

MB : Très bien ! On vous demande si vous avez fait des études.                 

MF : Oh, j’ai fait des études, je suis allée jusqu’en fin de 1ère. Après, j’ai abandonné et j’ai commencé l’équitation avec assiduité. Et puis ensuite, je me suis tournée vers le théâtre.                           

MB : OK. La toute dernière question : « Est-ce qu’on voit de vous c’est vous, ou est-ce que vous n’êtes pas un peu préfabriquée ? », vous demande Laurence.                                                      

MF : Encore une question qui est très étrange. Préfabriquée, c’est difficile vous savez. Je pense qu’on peut être préfabriqué sur un disque. Sur cinq disques plus un album, c’est très difficile. Moi j’aime ce que je fais et j’aime ce que je propose et j’essaye d’aimer ce que je suis. Donc au diable la préfabrication ! (sourire)          

MB : Parfait, belle conclusion ! Merci !                                                                         

MF : Merci à vous. C’était pas trop dur quand même ! (rires)                                   

Marc Bessou lance ensuite un reportage. Avant de conclure l’émission et juste après avoir évoqué une exposition de peinture, il se tourne une dernière fois vers Mylène.                                                                                                                              

MB : Vous peignez pas un petit peu, vous Mylène Farmer ?                                

MF : Un petit peu…Peindre, non. Je dessine volontiers avec des pastels.             

MB : Qu’est-ce que vous faites alors pendant les périodes d’inactivité ?               

MF : Des choses très étranges. Dans le domaine du dessin, vous parlez ?        

MB : Oui, oui !                                                                                         

MF : Oui, des choses étranges… (elle soupire) Ca, c’est encore plus difficile pour moi à exprimer.    

MB : Bien sûr, oui. Y a des personnages, par contre ?                                                                        

MF : Moi j’ai une fascination pour les insectes, donc y a des insectes un peu bizarres. Sinon, des choses qui ne veulent rien dire !                    

MB : Bon. Enfin qui veulent sûrement dire quelque chose, faudrait peut-être s’y pencher…On n’a pas le temps, là…                            

MF : Nous n’avons pas le temps ! (sourire)                                                       

MB : (…) Au fait, quand est-ce qu’on vous voit sur scène avec les danseuses ?                                                                                                 

MF : Pas encore. Je vais préparer un prochain album pour septembre, octobre (1987, ndlr) et puis après, nous penserons scène.                         

MB : Qui vivra, verra !                                                                                                                                                   

MF : Absolument.                                                                                            

Marc Bessou conclut l’émission en saluant les différents invités puis les téléspectateurs.     

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La GRANDE PREMIÈRE de Mylène Farmer

Posté par francesca7 le 24 juin 2016

                                                                                                                            1                                   

Présenté par Stéphane NICOLAS       _                                                                                                                                                                                                                             

FR3 – 02-août-86                                                                                                                                                                                                                                                                                                            

Stéphane Nicolas : Ca fait un carton depuis quelques semaines et c’est tant mieux : ça s’appelle « Libertine » et celle qui chante c’est Mylène Farmer. Elle est là, bonsoir Mylène !                                                                                                                                                                                                                                                                                                                          

Mylène Farmer : Bonsoir !                                                                                                                                                                                                                                                 

SN : Alors, Mylène passe un peu pour quelqu’un qui prend le public à rebrousse-poil depuis un peu plus de deux ans ! Y avait eu « Maman a Tort » (…), après elle avait déclaré qu’on était tous des imbéciles, et puis là c’est une catin, c’est une libertine ! C’est un peu ça, non, la démarche ?                                                                                                                                                          

MF : La démarche, heu…                                                                                                                                                                                                                                                                                          

SP : C’est prendre les gens à rebrousse-poil ?                                                                                                                                                                                                                                                               2                                                                                                                                                                                                             

MF : Oui, vous faites allusion au ton provocateur de mes chansons ?                                                                                                                                                                                                                                                

SP : Voilà !                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                       

MF : C’est avant tout un plaisir !

SP : Bon tant mieux ! Et le plaisir va être prolongé puisqu’à la rentrée, il est prévu un film sur « Libertine ».                                                                                                                                                                      

MF : Absolument, il y aura un clip qui va illustrer  « Libertine » qui va sortir à la télévision et également au cinéma (ce projet de sortie cinéma sera finalement abandonné, ndlr).                                                                                                                                                                                         

SP : Un grand clip d’une dizaine de minutes. Nous on vous propose pas encore ça puisque ça sortira à la rentrée (le clip était pourtant déjà diffusé en télévision, ndlr), ce que je vous propose, c’est justement l’air que tout le monde a sur les lèvres, et tant mieux c’est un tube : « Libertine », Mylène Farmer !                                                                                                                                                                                                                                                                                  

L’animateur pose son micro et quitte le plateau pendant que Mylène se met en place sur l’introduction de « Libertine ».    

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MYLENE FARMER dans TÉLÉ 7 JOURS 1994

Posté par francesca7 le 15 juin 2016

                                                                                                                                                                                                        

Depuis deux ans, vous avez disparu. On disait ‘Mylène fait son film’ : le film, c’est « Giorgino », film romantique en pleine guerre de 14-18 où vous jouez le rôle d’une jeune fille un peu autiste, élevée au milieu d’orphelins rejetés du monde. Ce film était-il si important pour que vous lui sacrifiez deux grandes années de votre carrière ?                                                                                                              

- Le cinéma était devenu essentiel pour moi. On m’a même entendue dire « Si je ne fais pas de cinéma, j’en mourrai ». C’était sans doute un peu exagéré, mais cela traduisait ce que je ressentais à ce moment-là. La nécessité de sortir de moi-même, de me regarder vivre à travers un autre personnage…                                             

francescamylène                                                                  

Par lassitude d’être devenue un personnage dont on attendait trop ?                                           

- D’être un personnage qui ne parvenait toujours pas à s’aimer, malgré tout l’amour que j’ai reçu du public. Cette envie de cinéma, c’était très ancien : à seize ans, quand j’ai admis que l’équitation -que je pratiquais avec passion- ne serait pas mon métier, j’ai voulu me lancer dans le théâtre, par un besoin de sortir du lot peut-être, plus sûrement par envie de me regarder dans le regard des autres.                                                                                                                                     

La chanson est venue un peu par hasard…                                                                                           

- Quand j’ai rencontré Laurent Boutonnat, il avait écrit avec un ami « Maman a Tort ». Il m’a proposé de chanter cette chanson, j’ai accepté comme un rôle d’actrice. C’est plus tard que je me suis aperçue que j’aimais écrire et m’exprimer par des chansons. Tout s’est enchaîné. Le désir de jouer, lui, était toujours là.                                                                    

Auriez-vous accepté de débuter au cinéma dirigée par un autre que Laurent Boutonnat ?       

- Cela a failli ! Hélas, pour des raisons de date, je n’ai pas pu accepter. Ensuite, le film de Laurent a été tellement long à monter… Finalement, cela me rassurait un peu de tourner mon premier film sous la direction de Laurent. J’avais confiance en son talent, en son amitié. Je savais qu’il ne laisserait rien passer, qu’il ne me permettrait pas de l’à peu près.

Avec quelqu’un que l’on aime beaucoup, on peut avoir peur de blesser par des réticences, on peut craindre de décevoir…                                                                                                                                                                                                          

- D’autant plus qu’avec Laurent, nous nous connaissons si bien qu’il n’est pas nécessaire de nous dire les choses clairement pour savoir ce qu’en pense l’autre. Ce tournage a été terriblement pénible…                                                

En raison des conditions de tournage ? Cinq mois en ex-Tchécoslovaquie, dont une bonne partie l’hiver dans les montagnes de Slovaquie…                                                                                             

- C’était assez rude. Courir des après-midi entiers par moins vingt degrés dans la neige ou sur la glace avec des petites robes serrées… Mais ça n’est pas le côté physique du tournage qui a été le plus dur : le plus pénible, ce sont ces sentiments de doute, de solitude que j’ai éprouvés. Parce qu’il avait à porter sur ses seules épaules toute la responsabilité du tournage, Laurent se protégeait du dialogue. Il me donnait des indications pour la scène et me laissait seule avec mes angoisses, exigeant beaucoup plus de moi que des autres. A certains moments, ma tension était telle que j’ai violement explosé, ce qui m’arrive rarement quand je travaille ! 

                                                                    francescamylène1                                            

Quelles ont été les scènes les plus difficiles ?                                                                                           

- Celle où mon partenaire s’efforce de me ranimer, celle où je me pends. Jouer des scènes où l’on mime sa mort est très éprouvant. Ce sont les seules scènes que j’ai demandé à voir sur la petite télévision de contrôle où le réalisateur regarde la scène qu’il vient de tourner.                                                                                                                                                  

Vous refusiez de regarder au fur et à mesure ?                                                                                    

- Après les scènes, je n’avais plus qu’une envie : aller me cacher ! Quand on sort de soi ce que l’on ne s’autorise pas à laisser voir dans la vie de tous les jours, il faut un moment pour se reprendre, pour ne pas imposer aux autres une fois le mot « Coupez » prononcé l’indécences de ses pulsions secrètes. C’est très fatigant aussi, cette extériorisation de soi, très violent…

Catherine, votre personnage, est à moitié autiste. Comment vous êtes-vous préparée pour ce personnage ?                                                                                                                                                                                                                

- J’ai demandé à un ami psychiatre l’autorisation d’assister à des consultations de malades mentaux pour saisir, par exemple, leur façon de se mouvoir : ces mains qui s’agitent pendant que le regard vous traverse sans vous voir…                                                                                                                                                                                                             

C’est un monde que vous découvriez ?                                                                                                    

- Celui de la maladie mentale, oui. En revanche, les hôpitaux d’enfants, je connaissais. Quand j’avais onze, douze ans, dans le cadre du catéchisme, je me suis rendue avec ma classe au chevet d’enfants lourdement handicapés. J’y suis ensuite retournée assez longtemps.                                                                                                                                                                           

C’est une expérience qui vous a marquée…                                                                                     

- C’est à cette expérience que je dois mon impossibilité à jamais de me sentir complètement heureuse. Le sort de ces enfants condamnés a fait naître en moi une colère dont je ne me débarrasserai, je crois, jamais. Il m’a rendue irrémédiablement pessimiste.                                                                                                                                                                                    

Vous avez en tournant ce film réalisé un de vos plus chers désirs et ça ne s’arrange pas !       

- J’ai honte de le dire, mais j’ai l’impression que plus j’avance, plus j’ai peur. C’est comme une spirale qui m’aspire…

francescamylène2

                                                                                                                                                                                                          

Vous avez pourtant des projets…                      

- J’ai très envie de travailler de nouveau sur un album. J’en ressens impérieusement la nécessité. Je sais qu’au début de l’an prochain, je me retrouverai en studio et je piaffe d’impatience ! Comme toujours : plus l’échéance approche, plus j’ai de doutes sur la validité de mon désir de rechanter…                                                                                                              

Et la scène ?                                                                                           

- On ne peut pas chanter sans penser à la scène. Un moment, j’ai songé que je n’y remonterais plus jamais. Le plaisir avait été si violent que je ne voyais pas comment je pourrais renouveler ce plaisir une autre fois. Le désir m’en est revenu. Là encore, je me dis « Ce sera la dernière fois » – c’est du moins ce que je pense aujourd’hui, je ne suis sûre de rien. J’ai du mal à me projeter dans le futur.                                                                                    

Le cinéma, vous y goûterez de nouveau ?                                                                                    

- Je l’espère, car ce dont je suis certaine c’est que je l’aime définitivement !                                                                

En dépit de la souffrance ?                                                                                                         

- Avant de jouer, c’est l’horreur, et en même temps c’est une jouissance que de surmonter l’insurmontable. La peur est mon moteur. Je vis très mal les moments comme celui-ci où je ne fais rien.                                                                       

Comment vivez-vous votre oisiveté ?                                                              

- Je ne la vis pas, je la subis. Je n’en peux plus d’attendre ! Pendant le montage du film, l’attente m’était devenue si insupportable que j’ai fui. Je ne trouve le repos qu’en voyage. Je suis allée passer un mois à Bali. Je rêve de Bornéo, de Madagascar. Sous des cieux très différents, au milieu de gens, au contact de cultures à l’opposé de la mienne je m’oublie un peu, je vis moins mal.                                                                                                                                                                

Qu’attendez-vous de la sortie de ce film ?                                                                                                  

- Je n’attends rien. J’aimerais que les gens l’aiment, parce que je trouve que c’est un beau film, mais pour moi je n’attends rien de précis. Simplement, je suis heureuse de ce film. Vous avez remarqué le mot ?! « Heureuse », j’ai dit « heureuse » ! Ce n’est pas exactement le mot, mais vous pouvez l’écrire…

       francescamylène3

Questions / Réponses aux débuts de MYLENE FARMER

  

A propos de son singe, E.T :                                                                             

- Je l’ai trouvé que les quais. Il est extraordinaire et nous communiquons très bien ensemble.                                   

Aime-t-il la musique ?                                                                                                                                                

- Oui, beaucoup mais il est très triste quand je pars, ce qui m’arrive de plus en plus avec des télés, les galas, la tournée d’été avec le podium d’Europe 1.                                                                                                 

                                                                                                                                                                                                                  

Il semble que vous réalisiez aujourd’hui vos rêves d’enfant ?                                                                 

- Oui, j’ai toujours aimé chanter. A 10 ans j’ai remporté un premier prix de chant, mais je ne pensais pas alors faire ce métier. Je suis surtout venue en France pour faire du théâtre, mais c’est la mode qui m’a tout de suite accaparée, puisque je suis devenue mannequin. En 1983, au cours d’un casting, j’ai rencontré Laurent Boutonnat qui m’a proposé une chanson, « Maman a tort ». Le côté innocent-pervers de cette chanson a plu au public et depuis, je compose avec Laurent, devenu aussi mon producteur.                                                                                                                                                                                 

francescamylène4A propos des thèmes de ses chansons :                                                                        

- Le piquant de la vie pour moi, est de provoquer, quitte à être censurée, ce qui arriva avec mon premier disque « Maman a tort ». Subversive, je le fus encore avec « On est tous des Imbéciles ». Maintenant je ne veux « Plus grandir », titre d’une de mes nouvelles chansons. Je n’ai jamais quitté mon adolescence et je ne compte pas l’abandonner. La vieillesse me traumatise. Cette fois, je crois que le sujet touche tout le monde. Quant à « Libertine », c’est la chanson choisie par les radios. Mais je ne cherche pas à faire des tubes. On me dit souvent qu’il est difficile de durer dans ce métier, moi je mise sur une carrière et je préfère y croire, je mise sur la continuité.                                                                                       

A propos du clip de « Libertine » :                                                                           

- Dans le gigantesque salon XVII siècle, nous avons retrouvé l’ambiance de cette époque décadente. Avec des perruques et des grimages outranciers, nous avons donné le look libertin aux personnages de notre histoire qui se veut un véritable petit film avec une héroïne –moi, en l’occurrence), des duellistes, une rivale vengeresse, un marquis, des débauchés, une horde de paysans mercenaires. Laurent s’est beaucoup amusé à écrire ce scénario mêlant romantisme et érotisme.                                                                                                                                                                                                                  

                                                                        Entretien avec Martine BOURRILLON 08-oct-94      

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Mylène et la philosophie ONFRAY

Posté par francesca7 le 11 juin 2016

 

 

Rien ne paraît plus surprenant que la rencontre entre un philosophe admiré et une chanteuse adulée, entre une artiste qui remplit Bercy ou le Stade de France et le penseur de l’Université Populaire de Caen.
Et pourtant…

Pour ceux qui les connaissent, il y a bien un lexique commun entre Mylène Farmer et Michel Onfray – puisque tous deux entretiennent une relation particulière au sacré, au mystère, au fantastique, à la fidélité spirituelle.
Du coup, s’est produite une étrange histoire: Michel Onfray a écrit un conte qui, par d’étranges cheminements, a été lu par Mylène Farmer.

En quelques échanges, ces deux créateurs qui ne se connaissaient pas sont convenus de travailler ensemble: à l’un les mots, à l’autres les images…
Résultat magnifique. 

On ne racontera pas ici l’histoire dudit « conte » : résumer ce nouveau « Petit Prince » serait l’abîmer.
Et pourquoi dénaturer le miracle d’une intrigue toute en nuances, en allusions, en fantasmagories? 
Disons seulement qu’on y retrouvera une étoile polaire, une baleine, des aventures, des créatures venues d’ailleurs – quoique…

La mort et la résurrection, le souvenir, sont les vrais acteurs de cette belle histoire.
Il suffit de s’y abandonner.

 

 Mylène chez Francesca

 

Le philosophe et la chanteuse populaires accordent une interview au Point, à une semaine de la parution de leur conte illustré. Morceaux choisis. 

Que se passe-t-il lorsqu’une chanteuse populaire ultra-discrète rencontre un philosophe populaire ultra-médiatique ? Ils parlent haïkus, philosophie allemande et design de lunettes. Mylène Farmer et Michel Onfray accordent une (surprenante) interview au magazine Le Point, jeudi 5 novembre, à l’occasion de la parution de L’Etoile polaire, conte écrit par le penseur et illustré par l’artiste.

Mylène Farmer, c’est “l’idiosyncrasie de Nietzsche”

La rencontre est l’occasion pour eux de se déclarer leur flamme intellectuelle. Pour Michel Onfray, Mylène Farmer représente “un style, un ton, un caractère, un tempérament. Une vie sans paillettes, sans artifices, vraie, donc loin de toute exposition, non par calcul, mais par idiosyncrasie, pour utiliser un mot de Nietzsche (par complexion intime).”

Un compliment que la chanteuse lui retourne avec élégance : “Tout le monde connait le philosophe, son immense talent pour rendre les choses accessibles. L’homme que j’ai découvert est incroyable de vérité, de gentillesse, et d’humour aussi.” 

Mais au fait, par quelle opération du Saint-Esprit ces deux êtres sont-ils entrés en communication ? Michel Onfray raconte :

J’ai été invité à Radio Classique, qui m’a demandé de venir avec deux fois trois choix musicaux : trois références classiques, trois qui ne l’étaient pas. Mylène Farmer était dans cette partie de programmation […]. Parmi les réactions, il y eut les habituelles remarques des snobs qui écoutent en cachette mais font profession publique de mépriser ce qu’ils adorent en douce.

S’ensuit un échange de textos et la proposition de collaboration sur le conte L’Etoile polaire. Mylène Farmer développe :

Il est rare qu’un écrivain, un philosophe déclare s’intéresser à ce genre mineur qui fait pourtant vibrer la planète. J’ai été profondément touchée et fière […]. J’ai fait la connaissance de Michel Onfray alors que je traversais une période un peu difficile. J’ai été plâtrée jusqu’en haut de la cuisse pendant plus de trois mois. La lecture, l’écriture, l’aquarelle m’ont littéralement sauvée des possibles crises qu’engendre l’immobilté.

MYLENE FARMER

“Michel Onfray est un combattant”

Peu d’aspérité dans cet échange de bons sentiments partagés. On retrouve quand même la Mylène Farmer lunaire que l’on connait quand le magazine leur demande : “Qu’enviez-vous le plus chez l’autre ?” “Ses lunettes ! s’amuse-t-elle. Je les adore. Mais j’adore surtout sa façon de pratiquer la pensée comme un sport de combat. Il maîtrise ses sujets, mais il a aussi le courage de confronter ses idées. Je le trouve intelligent et moderne. C’est un combattant.”

On apprend également que la chanteuse “dévore” Cosmos, l’essai de Michel Onfray sur la nature paru au printemps, et qu’elle se réserve “ses haïkus pour le dessert”. Quant à Michel Onfray, il ne perd pas l’occasion de taper sur les “snobs” pour faire l’éloge de sa nouvelle amie : “Dans ce petit monde, il est souvent de bon ton de mépriser la chanson qu’on écoute discrètement chez soi et d’affecter un goût pour les icônes susceptibles de vous classer socialement.”

Finalement, c’est dans leur rapport à l’autre, “pas misanthrope” mais méfiant, que les deux compères se retrouvent. Le philosophe vante la “sage défense de soi”, la chanteuse une forme de “philanthropie modérée”. Ce qui n’empêche pas leur travail commun d’être une ode à l’existence, selon Mylène Farmer :

L’Etoile polaire s’adresse à quiconque voudra comprendre le cycle de la vie. Il vous emmène vers le Très Haut. “Il est grand temps de rallumer les étoiles”, écrivait Apollinaire. Michel Onfray nous y aide en rallumant L’Etoile polaire.

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Axel Bauer un retour vers Mylène

Posté par francesca7 le 18 mai 2016

                   

 

 

On le sait peu, mais Mylène Farmer a eu une histoire sentimentale avec Axel Bauer au tout début de sa carrière. A la vérité, elle l’a un peu piqué à Jeanne Mas !… D’où la discorde et la grande rivalité entre les deux femmes dans les années 80.
Quoi qu’il en soit, l’histoire de Mylène et Axel ne dure pas très longtemps. Mais pour la petite histoire, des années plus tard, Axel Bauer a été en couple avec… Nathalie Cardone, petite protégée de Laurent Boutonnat (voir plus bas sur la page à ce sujet). Que de protagonistes familiers qui se rejoignent…

 alex bauer

Après avoir éteint la lumière sur sa carrière, le capitaine de Cargo de Nuit la rallume avec une autobiographie et un nouvel album attendu

 

Axel Bauer : « Je suis toujours là ! » dans un article paru dans CORSE.MATIN.com

Pour beaucoup, Axel Bauer restera à jamais cette jeune gouape à la belle gueule de Marlon Brando jeune, qui pose en casquette de marin et tee-shirt à résilles sur la pochette d’un 45 tours de 1983 inspirée de Querelle de Brest (Jean Genet) : Cargo de Nuit. Le titre évoque encore ces soirées où l’on mixait Indochine (L’Aventurier), les Rita Mitsouko (Marcia Baïla) et Mylène Farmer (Maman a tort) en les faisant descendre à coup de tequila rapido. Il y eut bien ensuite (1992) Éteins la lumière, rock d’inspiration Nirvanesque et surtout A ma place, son duo avec Zazie, vendu à 600 000 exemplaires avant la crise du disque (2000). Mais avouons que l’on avait un peu perdu de vue le bel Axel. Lui-même avoue d’ailleurs s’être un peu perdu après l’incroyable succès de Cargo. « Si j’avais composé un Cargo 2, je crois bien que j’en serais mort », confie-t-il, alors qu’on le retrouve quinquagénaire dans un restaurant parisien pour parler de Maintenant tu es seul, autobiographie bien rock’n'roll que publient les éditions Michel Lafon.

« J’avais 22 ans et, du jour au lendemain, je suis devenu riche et célèbre. J’étais encore un gamin et je n’avais aucun plan de carrière. J’ai été atomisé. »

« My Generation »

Refusant d’écrire le Paquebot de jour qu’attendait sa maison de disques, Axel part en vrille, revient, repart, n’arrive pas à se fixer, ni à fixer l’attention durablement sur lui. A la différence d’un Etienne Daho qui lui a peut-être fauché la place : « Son succès a démarré plus doucement. Il a eu le temps de s’y préparer et d’installer sa personnalité », analyse le chanteur, qui raconte avec une belle sincérité son exil londonien, la défonce, les expériences psychédéliques, l’ésotérisme, le shamanisme et la découverte étonnante de ses dons de guérisseur.

Des confidences qui pourraient le faire passer pour le doux illuminé qu’il n’est pas : « J’ai fait le parcours d’un ado des années soixante-dix, biberonné au rock et à la Petite fumée de Castaneda, ni plus, ni moins », estime-t-il.

Du coup, son livre est plus qu’une bio de chanteur : c’est le portrait d’une époque et d’une génération, qui commence et se termine avec un concert des Who, où l’amena son père ancien speaker de Radio Londres et où il prononça la phrase fatidique qui donne son titre au livre : Maintenant, tu es seul.

En 2012, Axel Bauer pourrait se sentir moins seul puisque, outre le livre, il connaît à nouveau le succès avec la BO de la comédie musicale Dracula, où figure Éteins la lumière et pour laquelle il a écrit En transe… ylvanie avec le chanteur des BB Brunes. Les maisons de disques lui font à nouveau les yeux doux pour l’album qu’il a enregistré avec Gérard Manset, Brigitte Fontaine, Marcel Kanche et quelques jeunots. Il y a dessus un « duo mystère » (Mister ?) qui pourrait, dit-on, connaître le même succès que celui avec Zazie. C’est tout le mal qu’on lui souhaite.

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Mylène photographiée par Christophe Mourthé

Posté par francesca7 le 13 mai 2016

        

En 2003, le photographe Christophe Mourthé a raconté dans la presse avoir eu une histoire d’amour avec Mylène au début de sa carrière. Ils se sont rencontrés en 1984, et ont collaboré ensemble quelques temps, avant la rupture affective et artistique en 1987.

 

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Textes de Christophe MOURTHÉ 

- Mylène Farmer 

Tout d’abord il y a eu Jean Marais, Line Renaud, l’équipe des Bronzés, Thierry Le Luron et Yves Mourousi. Puis Fellini, Zeffirelli, Dario Fo, Gassman, Strehler, les filles du Crazy Horse – J’avais 19 ans à peine. Il n’y a pas d’âge pour photographier des stars. Des vraies stars. Par la suite, il y a eu Arielle Dombasle pour Playboy, Jean-Marie Bigard en Penseur de Rodin, Renaud, les adieux de Sheila, Pétula Clark pour un Olympia, les Bee Gees à Paris, César ou Nougaro, Leslie Caron et Michèle Morgan, Zizi Jeanmaire et son truc en plumes, Amanda Lear et Marie Laforêt, Patricia Kaas, Hélène Ségara, Lio ou Patrick Juvet.

Qui d’autres encore ? Combien sont-ils ? 

Mais c’est surtout pour Mylène Farmer que je reçois encore des lettres de fans, 15 ans après. Une courte histoire qui allait marquer l’histoire d’un photographe et de son modèle. Cette collaboration tellement forte qu’on peut même qualifier de fusion me colle à la peau depuis toujours, depuis que nous nous étions rencontrés chez Bertrand Le Page. Nous étions intimidés, étonnés,distants. Bertrand prit les choses en main, et confirma le bien fondé de notre rencontre. Celui-ci avait un grand talent, c’était de découvrir des talents – Et de les faire fusionner. Avec Mylène, nous devions nous apprivoiser, mais nous savions déjà aussi que notre rencontre était une bonne rencontre. 

Notre première séance de photo eut lieu dans un fameux studio de la rue des Acacias à Paris. 

Tout le show business et tout le cinéma sont passés dans cette rue. La grande époque de Salut les Copains et tout ceux qui font rêver les fans. J’y ai moi même déshabillé Arielle Dombasle pour Playboy et réalisé la plupart de mes portraits de vedettes. 

Mylène dû se satisfaire d’une toute petite cabine de maquillage non chauffée et Denis Menendez travailla sur son teint de porcelaine. Elle m’apparut dans la lumière tel un ange. 

Malgré l’intense activité qui régnait dans le studio, elle fût douce, complice déjà, extravertie pour cette fois, et avait compris que nous ferions vraiment un bout de chemin important ensemble. Elle vit ma façon d’éclairer une femme et elle comprit qu’en m’ayant choisi, elle avait trouvé en moi le parfait complément à son univers. Nous nous sommes revus beaucoup, avons partagé des instants de tous les jours, appris à nous connaître. Manger une glace ou des bonbons, aller au zoo ensemble, faire les magasins, c’était simple mais c’était important. 

Nous sommes des artistes à l’âme fragile avec un univers si singulier à fleur de peau. 

Je lui fis connaître mon monde et elle me fit comprendre le sien. Nous nous comprenions si bien que l’osmose était parfaite. 

Mon travail d’images plaisait à Mylène. Pour notre bien à tous deux. Mylène a pu s’abandonner totalement au regard d’un objectif qui ne la mitraillait pas, qui la considérait en douceur. 

Involontairement, j’ai apposé quant à moi sur ma muse une griffe, une patte, et surtout une couleur, celle de cette fameuse chevelure qui fit sa marque de fabrique. 

Quand j’ai connu Mylène, elle venait d’obtenir un succès populaire avec la chanson « Libertine ». les cheveux était d’une couleur rousse mais assez mal définie. 

Trois ans auparavant, c’est le maquilleur et coiffeur de génie Denis Menendez, mon ami, qui avait créé pour moi une couleur de cheveux inhabituelle. 

J’avais réalisé en 1984, pour ma série, les fameux « Casanovas » une image de ma soeur Virginie dans un château très connu de la région de Blois. Cette image présentée avait séduit Mylène, comme toutes les autres photos de la série. C’est ce travail photographique qui a déclenché chez elle le désir de travailler avec moi. La couleur de la perruque que portait virginie est – car personne ne le sait à ce jour – abricot. Comme le rouge que l’on trouve sur un abricot un peu mur. Sur les indications de Denis, les ateliers Poulain, célèbres perruquiers de théâtre des années 80, ont réalisé cette couleur insensée. 

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Nous étions au printemps de l’année 1987.

Personne n’a décidé cela en particulier ou tout le monde indirectement. 

En tous les cas, Mylène avait toujours une reproduction de la photographie de Virginie sur une étagère bien en évidence pour mémoire. Elle y réfléchissait sans doute. 

C’est donc tout d’abord un simple de coiffeur de la rue Jean Mermoz à Paris qui a reproduit cette teinture sur les indications de Mylène, photo en main. 

Aujourd’hui, il est aisé de comprendre l’importance de cette période pour l’image de Mylène. Seul Michel Polnareff en France avait compris avant elle l’importance du look pour un artiste et de nos jours, une simple paire de lunettes blanches est synonyme de Polnareff. La couleur abricot sera toujours associée au mythe Farmer. 

Je n’avais pas encore à l’époque de statut de photographe. Seul le N et B fige à jamais sur du papier un Cocteau, une Marilyn, une Piaf, un Zorro ou un Steve McQueen  et renvoie cette personne au rang de Star immortelle. 

Elle permet à son auteur de rentrer dans la cour des grands tel un Newton ou un Doisneau.

Elle était ma star et je me devais de l’immortaliser comme telle. Je désirais lui prouver que j’étais le meilleur pour elle, pour nous.

Il s’agissait de mes premières grandes photos en N et B.

Je connaissais le travail d’Alekan, le meilleur directeur photo des grandes années du cinéma,les films d’Hitchcock ou ceux d’Eric Von Stroheim. Que seraient aujourd’hui une Grâce Kelly, un Harry Baur ou un Gabin sans ses talents inouïs? Je pris aussi exemple sur Harcourt, le studio de photos des Stars mythiques. J’y ai ajouté une touche personnelle à base de réflexion de miroirs et je tenais le cadeau parfait pour ma muse. J’étais heureux. 

Elle est devenue une Star de l’image. J’en suis très fier. 

Le noir et blanc figeait ainsi Mylène à jamais.

Je l’ai ressenti si fort en faisant ces images qu’aujourd’hui elles restent uniques et pour longtemps encore.

Le regard et toute cette sensualité qui s’en dégagent sont incroyables. 

Peu de fois, Mylène a tant donné dans une photo, invitation au rêve, au désir, instants magiques d’une intimité partagée qu’elle ne donnera plus que dans ses chansons. 

Mylène reste gravée en moi. 

Elle m’écrivit un jour cette dédicace intime mais tellement vraie: « tu es un petit diable qui me prends mon âme. Etre photographiée par toi est un plaisir et un honneur. » 

La vie nous a éloigné, Mylène et moi, mais cela devait être ainsi.

L’histoire est close.

 Mylène

Les casanovas 

Les casanovas, c’est tout d’abord une rencontre. Celle d’un photographe et d’un maquilleur en quête de création.

Tout deux à la recherche d’émotions vraies et de magie. 

Au début des années 80, je me fixe entre Paris et Venise et rencontre Denis Menendez, génie authentique du maquillage et de la coiffure. 

De notre complicité naîtront les fameux « Casanovas », personnages androgynes d’un 17/18ème siècle finissant, mis en scène dans des Palais vénitiens sous des lumières crépusculaires. Les « Casanovas » imposent alors un style novateur et audacieux. Une imagerie irréelle proche des plus grands peintres. 

Pour ma part, j’ai toujours été fasciné par l’ univers de splendeur décadente de cette période. 

Le théâtre italien que m’avait fait découvrir mon père Claude Mourthé, les fabuleuses rencontres en Italie avec Fellini et Zeffirelli, la lecture de Goldoni de façon plus studieuse, la commedia dell Arte, Arlequin, les masques, le mystère, puis la séduction cachée, l’ambiguïté de cette époque chez les protagonistes amoureux. 

J’en étais tellement passionné qu’il fallait que je réalise en photo un travail qui touche cette période de frivolité et d’aventures romanesques. 

J’avais en tête le Casanova de Fellini, la version particulière du Casanova de Comencini (la jeunesse de Casanova à Venise) et surtout le Barry Lindon de Stanley Kubrick, ce film merveilleux qui raconte l’ascension et la décadence d’un aventurier au travers de la société d’une fin 17/18 ème. 

Et puis Venise… 

Ca me semblait évident puisque tout à Venise évoque le théâtre, avec une espèce de grandiloquence pleine de références au passé. 

Cette ville est hors du temps et il y règne une atmosphère d’illusion comme dans les décors. 

Il semble qu’elle renvoie aux désirs de chacun, à de profonds fantasmes. Je l’ai aimé et je l’aime toujours. Elle est l’imaginaire de chacun. 

Nous avions 2O ans et nous étions dans un état de grâce pour réaliser ces images aujourd’hui reconnues mondialement. 

Depuis, nous en avons réalisé de nombreuses autres selon notre envie. 

Denis nous quitta en 1994 me laissant le soin de transmettre notre passion et de créer la suite de notre histoire.

Venise est un théâtre. La magie ne meurt jamais.

 

Dita 

Photographier Dita est toujours un vrai bonheur doublé d’un honneur. 

Elle me fait une confiance aveugle depuis presque dix années et me reste très fidèle malgré les nombreuses sollicitations du monde entier. 

Elle est l’incarnation de la Femme et du Fantasme dans toute sa beauté. 

Chaque image est magique et je la découvre un peu plus à chaque instant.

Elle est devenue une autre muse pour moi et succède aujourd’hui à la plupart de mes modèles avec une classe et une élégance inégalée.

 1995-07-d

Chaque photographie devient culte et notre travail est toujours d’une grande beauté et d’une sensualité inouïe. 

Merci Dita d’être une Femme pour moi. 

Christophe MOURTHÉ dans un article paru sur http://www.chezhiggins.com/crbst_204.html

 

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Jeff Dahlgren partenaire de film de Mylène

Posté par francesca7 le 7 mai 2016

 

Il est le partenaire de Mylène dans le film Giorgino. C’est sur le tournage du film que Mylène s’est beaucoup rapprochée de Jeff Dahlgren. Suite à l’échec du film en 1994, Mylène est partie vivre un an à Los Angeles (Etats-Unis) avec Jeff. Notons que le refrain de California (« C’est sexy le ciel de Californie… ») fait référence à des souvenirs visiblement torrides de Mylène avec le bel Américain. Après cette parenthèse californienne, Jeff a été guitariste sur les albums et tournées de Mylène entre 1995 et 2000. Mylène et lui se sont séparés en 1999.

 Blog de Francesca

Le 5 octobre 1994, la France découvre pour la première fois le visage et le jeu d’acteur de Jeff Dahlgren à l’occasion de la sortie sur grand écran du film de Laurent Boutonnat, « Giorgino ». Alors âgé de 29 ans, il y incarne le personnage de Giorgio Volli, un médecin de retour du front en 1918 qui part à la recherche des enfants orphelins dont il s’occupait avant la guerre. L’acteur et musicien revient longuement sur son expérience avec Mylène Farmer et Laurent Boutonnat. Il nous raconte sa rencontre avec le duo, le casting, le froid, les petits incidents qui ont ponctué le tournage mais aussi sa vision du film, vingt ans après sa sortie. Des souvenirs visiblement impérissables…

Quels souvenirs avez-vous de votre première rencontre avec Mylène Farmer et Laurent Boutonnat ?
J’ai été présenté à Mylène à Los Angeles, par une amie commune. A l’époque, elle travaillait sur « Que mon cœur lâche ». Nous avons longuement parlé de musique, de cinéma et de « Giorgino ». Etant donné que j’ai toujours une guitare avec moi, ça a collé immédiatement entre nous, et une longue amitié est née. Alors que j’étais à Los Angeles avec Mylène, j’ai rencontré Laurent, et nous avons, là encore, eu de longues conversations tous les trois. Nous parlions de musique et de cinéma. Nous sommes devenus proches en très peu de temps. Mes souvenirs de ces rencontres sont ceux de deux nouvelles amitiés.

Vous êtes connu comme musicien. Qu’est-ce qui vous a poussé à passer une audition pour un film ?
J’avais étudié le cinéma pendant plusieurs années et tourné dans beaucoup de publicités. J’ai aussi fait de petites apparitions télévisées. La motivation, pour moi, a toujours été présente. Lorsque Laurent m’a demandé si j’étais intéressé pour passer l’audition pour « Giorgino », j’ai immédiatement répondu « Oui ».

Où a-t-elle eu lieu ?
C’était à l’hôtel Château Marmont, à Hollywood.

Et comment s’est-elle déroulée ?
Bien ! Il n’y avait que Laurent et moi. Il n’y avait pas d’équipe en charge du casting. C’est Laurent qui a fait son choix tout seul. Ça a duré environ une heure. A la base, il m’avait donné un monologue extrait de « Giorgino » à lire pour l’audition. Mais lorsque je suis arrivé, nous nous sommes assis et avons commencé à parler. Au final, je n’ai jamais eu à lire le monologue en question ! Lorsque Laurent a allumé la caméra, j’ai simplement parlé de moi.

Avez-vous dû repasser l’audition par la suite ?
Non. Le soir même, j’ai reçu un appel téléphonique de Laurent qui m’informait que j’avais été retenu pour le rôle de Giorgio.

Est-ce que Laurent recherchait quelque chose de particulier pour le personnage de Giorgio Volli ?
Pas nécessairement. Je ne crois pas qu’il recherchait quelqu’un en particulier. Il cherchait plutôt une qualité, celle d’une innocence d’enfant pour le rôle de Giorgio ; et pour mon bonheur, il s’est avéré que j’avais cette qualité.

Savez-vous si Hugh Grant a été casté pour le personnage de Giorgio Volli ?
Il a été fait mention de Hugh Grant mais aussi de Rutger Hauer.

Venons-en au tournage. Combien de temps a-t-il duré en tout, scènes extérieurs et studio comprises ?
Environ quatre mois et demi.

Avez-vous souffert des conditions climatiques lors des scènes extérieurs ?
Absolument ! A certains moments, les conditions météo étaient vraiment beaucoup trop dures pour nous permettre de travailler. Parfois, il faisait tellement froid qu’il m’était difficile de bouger les lèvres. Donc oui, il y a eu un peu de souffrance, mais globalement, c’était plutôt agréable.

Les scènes studio ont-elles été filmées en une seule fois ?
Oui, nous avons tourné toutes les scènes studio en même temps, et avant celles en extérieur. Elles ont été filmées au studio Barrandov en République Tchèque (ex Tchécoslovaquie, ndlr).

Répétiez-vous certaines scènes avec Mylène Farmer avant de les filmer ? Quelqu’un vous guidait-il lors des répétitions ?
Oui, bien sûr, Mylène et moi répétions ensemble. Laurent, quant à lui, nous guidait et décidait de l’emplacement de chacun des acteurs, et nous en discutions en détail tous les trois.

Y a-t-il eu des scènes plus difficiles que d’autres à tourner ?
Oui, le sauvetage de Catherine à Sainte-Lucie. Cette scène a été la plus difficile. La mise ne place des personnages a été plus approfondie et le tournage de la scène très technique. Il s’avérait difficile de réaliser des gros plans durant le tournage à cause des mouvements rapides. Laurent a alors décidé de nous attacher avec une corde, Mylène et moi, afin que la distance focale reste toujours la même. Dans cette scène, j’utilise un revolver et j’ai Catherine dans les bras, tous les gros plans de cette ont été tournés de cette façon. C’est intéressant de filmer une scène très attendue et énergique avec une caméra située à 60 centimètres du visage.

Il semble que l’atmosphère durant le tournage était tendue. Qu’avez-vous ressenti ?
L’atmosphère était tendue lorsque les scènes que nous tournions étaient intenses, ça fait partie du job. Ça n’était pas comme ça tout le temps ! Ce dont je me souviens le plus, c’est que c’était détendu et professionnel. Nous nous sommes beaucoup amusés.

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Et comment était la relation entre Mylène et Laurent ?
Entre Mylène et Laurent, la relation était bonne et amicale.

Vous souvenez-vous d’anecdotes ou de moments particulièrement marquants durant cette période de tournage ?
Oui, j’en ai même plusieurs ! Tout d’abord, j’étais toujours à l’heure sur le tournage ! (Rires)
Lorsque j’attendais entre deux scènes, je sortais Moreno, mon cheval préféré, et je partais me promener avec lui à travers les collines. Une fois, alors que Jean-Pierre Aumont m’aidait à tirer Moreno pour l’amener à la calèche, il s’est cabré et, en retombant, m’a cassé un orteil ! (Rires) Et puis, les weekends, j’empruntais la voiture de quelqu’un de l’équipe à son insu et je partais aussi loin que je le pouvais, parfois même jusqu’en Pologne !

Je me souviens aussi de mon hôtel, à Prague, qui a dû être évacué à trois reprises à cause d’alertes à la bombe. La troisième fois, j’ai mis vingt minutes pour descendre. J’étais habillé bien chaudement car je savais que j’allais attendre plusieurs heures dans le froid. Mais après vingt minutes d’attente, le rez-de-chaussée de l’hôtel a finalement explosé !

Mais la meilleure anecdote est la fois où j’ai eu le hoquet pendant un jour et demi. J’étais donc dans l’incapacité de tourner une scène, mais la production en a profité pour tourner d’autres scènes avec d’autres acteurs. J’avais depuis peu fait la connaissance de Louise Fletcher. Ce jour-là, nous nous sommes croisés dans le hall de l’hôtel. Elle m’a dit qu’elle savait que j’avais un problème, ce à quoi j’ai réussi à répondre « Oui ». Nous nous sommes assis au bar et elle a demandé au barman une tranche de citron, un petit sachet de sucre et de la sauce Worcestershire (sauce anglaise à la saveur aigre-douce, ndlr). Elle a mélangé cette mixture et m’a dit de l’avaler. Tout de suite après, le hoquet avait disparu, et je reprenais le tournage !

Dans quel était d’esprit étiez-vous avant la sortie du film ?
J’étais dans un très bon était d’esprit. Mylène et moi travaillions sur l’album « Anamorphosée » à cette époque-là. C’est à ce moment que la chanson « Tomber 7 fois… » a été initialement composée. C’était moi l’interprète de cette chanson à la base, mais Mylène l’a tellement aimée qu’elle m’a demandé si elle pouvait l’enregistrer pour l’album.

Avez-vous été impliqué dans le montage du film ?
Il arrivait parfois que je donne des conseils par rapport à la sélection des scènes dans lesquelles j’apparaissais. J’étais également souvent avec Laurent quant il composait la bande originale et, là encore, je donnais mon opinion. En dehors de ça, je n’ai pas eu de rôle dans la postproduction.

Avez-vous été déçu que la sortie soit repoussée de plusieurs mois ?
Non pas du tout ! Il m’est difficile de me rappeler les raisons exactes, mais si nous avions sorti le film en temps et en heure, nous aurions eu comme concurrent le film « True Lies ». Pour la petite histoire, le film en sorti en même temps que « Forrest Gump » qui, à l’époque, était le plus rentable de l’histoire.

Qu’avez-vous pensé de la version finale du film ?
Je n’ai jamais regardé le film en entier ! (Rires)

Pensez-vous que le film soit trop long ?
Pourquoi pensez-vous que je ne l’ai pas regardé en entier ? (Rires) C’est plutôt une question qu’il faudrait poser à Laurent. Je pense qu’il a pris le temps dont il avait besoin afin de raconter au mieux l’histoire qu’il avait imaginée. Avec le recul, j’ai le sentiment que le film est bien mieux compris aujourd’hui.

Quelle est votre scène préférée ?
Comme je vous l’ai dit, je n’ai jamais regardé le film dans sa totalité, mais je dois avouer que c’était sympa de mourir. Toutes les scènes à Sainte-Lucie ont été géniales à tourner !

Quelle a été votre réaction quand vous avez lu les critiques négatives de la part de la presse et que vous avez compris que le film était un échec commercial ? Comment ont réagi Mylène et Laurent ?
Ça ne m’a pas affecté car mes critiques à moi étaient positives ! C’est surtout Laurent qui en a pris plein la tête, principalement à cause de la longueur du film, ce qui, pour moi, n’est pas une raison pour le descendre. Ce n’est jamais facile pour personne de gérer ce genre de situation, mais avec du recul, « Giorgino » est en quelque sorte, devenu un succès. Rétrospectivement, j’ai le sentiment qu’il y a eu une meilleure compréhension du film et de sa beauté. « Giorgino » a maintenant une vie à lui…

Avec du recul justement, que pensez-vous de votre jeu d’acteur et de celui de Mylène ?
Je suis fier de ma prestation… enfin, du peu que j’en ai vu ! Et je pense que la prestation de Mylène était bonne également.

Aujourd’hui, que pensez-vous de cette expérience ? Seriez-vous tenté de jouer dans un nouveau film ? Joueriez-vous à nouveau pour Laurent ?
C’était une expérience géniale et j’en garde de très bons souvenirs. Donc oui, je serais prêt à tourner encore et à travailler à nouveau avec Laurent.

Il semblerait que l’échec commercial du film n’ait pas affecté votre relation avec Mylène et Laurent puisque vous avez ensuite collaboré avec eux pour deux albums et deux tournées. Quels souvenirs gardez-vous de ces expériences ?
C’est une question très importante sur laquelle je pourrais écrire un livre entier. Mais pour faire court, cela faisait déjà quatre ans que l’album « L’autre… » était paru et, après la sortie de « Giorgino », Mylène avait besoin d’un album très fort et d’une nouvelle direction artistique. Elle et moi avions déjà passé beaucoup de temps en studio avant « Anamorphosée », donc c’était une continuité naturelle. Mylène aimait le son de ma guitare qui apportait une dimension puissante à sa musique. Après le succès du Tour 1996, les clips vidéo, les singles et le « Live à Bercy », que je travaille pour l’album « Innamoramento » nous a semblé couler de source. J’ai beaucoup de souvenirs fantastiques de cette période, beaucoup de travail, de bon temps, d’amis… et énormément de fans !

Etes-vous toujours en contact avec Mylène et Laurent ?
Oui, Mylène et moi sommes toujours resté en contact. Quant à Laurent, nous avons pas mal échangé mais ça fait un bout de temps que je n’ai pas de ses nouvelles !

Pourquoi n’avez-vous pas continué à votre collaboration avec eux pour les albums suivants ?
Tout simplement parce que je n’étais pas disponible.

Suivez-vous la carrière de Mylène ? Y a-t-il un album ou une chansons que vous appréciez tout particulièrement ?
Oui, je la suis, comme tout le monde, et nous en parlons. Pour moi, son album le plus fort reste « Anamorphosée ». Mais de par mon implication durant l’enregistrement de l’album, et tout particulièrement dans l’écriture de la ligne de guitare de « XXL », je ne suis pas très objectif ! (Rires)

Continuez-vous de jouer avec votre groupe, Jeff Dahlgree/S.T.E.P. ?
J’ai produit, enregistré et mixé onze albums pour divers artistes et je suis actuellement en train de travailler sur mon album qui sortira au printemps prochain. Il y aura quelques singles qui précéderont sa sortie. En ce moment mon groupe Jeff Dahlgren/S.T.E.P. marche très bien et mon single, « California », dépasse mes attentes en termes de rotations radio.

Est-ce que le titre de votre single, « California », est une allusion ou une référence à celui de Mylène ?
Sans commentaire !

Quelle est votre actualité ?
Je produis et je compose. En tant que guitariste professionnel, j’ai joué sur de nombreux albums. Je vais aussi bientôt ouvrir mon site web, jeffdahlgrenmusic.com , grâce auquel je vais débuter, à distance, le mixage et le mastering d’albums d’artistes issus de la scène indépendante. Cela leur permettra de profiter d’une production et d’un son professionnels. Et cela me donnera aussi l’opportunité de travailler avec des artistes français belges et russes. Je travaille beaucoup à distance en ce moment et on m’a beaucoup sollicité. Que ce sot des fans, des musiciens ou des groupes, tous m’ont demandé de mixer pour eux et même de chanter sur leurs compositions. Je vais pouvoir le faire maintenant. J’aime soutenir la scène indépendante. Enfin, grâce au bon retour de mon single « California », j’ai des opportunités pour jouer à Paris et sa région. Ça sera super de vous voir tous là-bas ! En dehors de cela, tout va bien pour moi !

 

Sophie Khairallah et Julien Autier pour Styx Magazine – 2014

 

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MC Solaar et l’aventure de Mylène Farmer

Posté par francesca7 le 28 avril 2016

         

Le chanteur travaille également avec Thierry Suc, manager de Mylène. Dans le livret de ses albums Cinquième As (2001), Mach 6 (2003) et Chapitre 7 (2007), MC Solaar remercie Mylène Farmer dans ses remerciements ainsi que Thierry Suc, TS3, Calogero, et bien d’autres artistes… A noter d’ailleurs que la chanson Outro de l’album Chapitre 7 propose un jeu de mots sur Jacquou le Croquant.

 

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Sur l’album « Cinquième As » de Mc Solaar, il y a dans la partie remerciement de la jackette: « Merci à Thierry SUC et à Mylène… » Mmmm.. peu etre bien que c’est elle, Le saviez vous? Si oui

 

il a donné une interview à Ouest France. A la question : avec quel(le) artiste souhaiteriez-vous faire un duo, il a répondu qu’il n’envisageait pas d’en faire pour l’instant… mais que si Mylène Farmer lui demandait, il ne dirait pas non…

 

En fait pour la petite histoire le clip de « JTRTA » et de »Solaar pleure » ont été tourné dans la même abbaye… car Mylène l’a conseillé a Claude!

 

En 2001, Diam’s mettait un pied dans la cour des grands en signant avec marc Lumbroso, alors le patron du label EMI. Ex-boss des labels Polydor et Polydor IK, manager de Jean-Jacques Golman, on lui doit aussi les signatures de MYELENE FARMER, Vanessa Paradis, Patricia Kass, MC SOLAAR, Keren Ann, Raphaël et tant d’autres. C’est un des rares directeurs artistiques, A and R comme on dit aux Etats-Unis, à être devenu patron d elabel. Il est l’une des figures artistiques et créatives les plus brillante sud monde du disque.

 

Dans Mylène Farmer : une grande astronaute: Biographie non officielle de l’artiste, Mylène dit : 

Au départ, le rap me tapait sur les nerfs ! Je me demandais si c’était vraiment quelque chose d’important. Certainement, puisque cela marchait si bien. Mais je trouvais dommage que cela devienne tout et n’importe quoi. Je ne voyais pas un groupe que l’on puisse sortir du lot. Ça me cassait vraiment les pieds ! Depuis, j’aime PC SOLAAR parce qu’il a apporté, indépendamment de ce rythme du rap et de ces boucles une vraie richesse dans ses textes. C’est quelqu’un que j’aime beaucoup aussi.

 

 

 

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Stop aux préjugés sur MYLENE

Posté par francesca7 le 7 avril 2016

 

Sulfureuse, scandaleuse, satanique… Les qualificatifs utilisés par la presse depuis plus de vingt ans sont innombrables, mais l’idée reste la même : Mylène Farmer choque et dérange. En raréfiant ses interviews, Mylène n’a pu éviter la prolifération de préjugés édictés comme autant de vérités générales… Ces idées reçues sont plus nombreuses qu’on ne pourrait le soupçonner. J’ai enquêté sur ces préjugés et autres folles rumeurs, qui courent, et qu’on aimerait voir tout simplement diminuer. Mais on ne peut pas changer la société et l’intolérance qui la scande. Constatons donc quels sont ces préjugés, et tentons un décryptage.

MYL AMOUR

Mylène Farmer est folle.

Sublimation très étonnante du clip Je te rends ton amour. / « La Farmer est folle, je l’ai vu dans Voici, même que quand elle va à l’Eglise, elle se met nue et se roule dans du sang. ». Et pourtant véridique. Il va sans dire (mais ça va mieux en le disant) qu’une telle phrase apparaît ridicule aux yeux des fans, qui reconnaissent ici très aisément un délire (ou une lecture très inquiétante) à partir du clip Je te rends ton amour, où Mylène (pour résumer brièvement, c’est le cas de le dire) incarne une jeune femme qui effectivement se dénude et se « roule dans du sang » (si on puit dire). Le problème, c’est qu’il est possible de comprendre de telles interprétations : là où la majorité des stars de la chanson proposent des clips où l’on peut les voir en tant que chanteuses, femmes ordinaires, telles qu’elles sont dans la réalité, Mylène Farmer a choisi, elle, de faire évoluer dans ses clips, non pas la femme qu’elle est, mais le personnage qu’elle s’efforce de construire.

Les fans perçoivent instinctivement la différence entre la Mylène des clips, et celle que l’on entrevoit dans les clichés volés ou plus rarement les interviews. En revanche, puisque Mylène n’est pour ainsi dire jamais présente à la télévision en tant que femme (interviews, dossiers, reportages…), le grand public, avide de littérature croustillante dont Voici, Closer et Public se font les représentants, n’a que les clips et les analyses psychologisantes qui sont faites dans ces magazines pour se forger une idée (fausse). Ne généralisons pas non plus, et espérons que l’opinion sache faire la différence entre un clip à la Je te rends ton amour, d’allure cinématographique, où l’on comprend aisément qu’il s’agit d’une interprétation, et le dernier clip d’Eve Angéli où cette dernière évolue entre sa cuisine et sa salle-à-manger.

Il est donc possible de comprendre ce préjugé, mais il est bien dommage en revanche de constater que la différence entre un personnage et une femme n’est pas clairement établie. Sans doute parce que le « clip film » n’est pas vraiment généralisé (quoiqu’on dise) et que les clips farmeriens font toujours figure d’Ovni dans le paysage visuel.

Ces confusions récurrentes sont, selon moi, sans doute en partie dues au fait que Mylène surfe sur le métier d’actrice sans en être exclusivement une. Il est rare de voir l’opinion courante faire de telles confusions avec des acteurs à part entière : si l’on n’entend pas dire la ménagère de cinquante ans : « Oh mon Dieu Ewan McGregor a violé une jeune femme après l’avoir rossée, et recouverte de ketchup, de poivre, de sel et de crème fouettée » après avoir vu Young Adam, en revanche on entend dire « Mylène Farmer s’est saignée dans une Eglise, a osé coucher avec un curée ! Elle est folle, c’est une créature du diable »…Mais ce préjugé ne touche (heureusement ?) pas que Mylène.

Nous disions qu’il était rare que de tels éparpillements apparaissent avec des acteurs à part entière. Rare mais pas inexistant. En effet, l’acteur Ewan McGregor, après avoir tourné Trainspotting, où il incarne un jeune drogué, s’est fait arrêté par la douane américaine, qui après l’avoir vu dans ce rôle, le soupçonnait à tort de posséder des produits illicites…

Nous dirons pour conclure que ce métier d’image peut en troubler beaucoup, eu égard aux multiples travestissements que l’actrice Farmer a par exemple connu dans sa carrière. A-t-on besoin de préciser que la femme Mylène, loin d’être folle, est pour reprendre les termes de ses proches, parfaitement « saine », ce que nous montrent les photos de Mylène au naturel régulièrement. D’ailleurs, il est amusant de voir Mylène presque choquée par l’attitude excentrique de Madonna : « qu’on épouse ou non ses revendications, ses excès, c’est malgré tout quelqu’un de grand talent ».

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Entre Mylène et Nathalie Rheims – une passion est née

Posté par francesca7 le 23 mars 2016

A partir de 2006, la romancière est souvent apparue aux côtés de Mylène lors d’apparitions publiques de celle-ci. Les deux femmes se sont régulièrement citées l’une l’autre en interviews, notamment pour évoquer le projet d’adaptation cinématographique d’un roman de Nathalie, L’ombre des autres, dans lequel Mylène devrait tenir le rôle principal.
Par ailleurs, Nathalie a écrit un article sur Mylène en 2008 (paru dans « Madame Figaro ») et a interviewé son amie pour « Paris Match » en décembre 2010.

Un article de Gala du 11 août 2015 nous racontait : « Et puis, il y a « Natha­lie », dans sa propriété extra­or­di­nai­re­ment fleu­rie de Saint Florent, en Corse, (…). Ici, rien qui ne fende la torpeur, sinon les allées et venues de Paul, le chien Shiba, et peut-être les conver­sa­tions télé­pho­niques que la maîtresse des lieux a quasi ritua­li­sées en fin d’après-midi avec sa si chère amie, la chan­teuse Mylène Farmer.« 

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Belle déclaration 

Portrait de Mylène Farmer par Nathalie Rheims 

« Comment parler de toi ? Comment dire, sans dire, ce que tu es ? Décrire ton être. Ecrire ton existence. Raconter. Passer par les mots. Tourner autour de ton âme comme on découvre le ciel, comme on explore une galaxie inconnue. Faire ton portrait, toi que je sais, toi que j’aime tant. Exercice impossible puisque c’est le silence qui tisse la trame de tout ce qui nous lie. S’il y avait un titre à ce commencement, ce serait « l’Une pour l’autre ». De ton amour, de ta confiance, je me sens la gardienne, et je veille sur ce privilège.  

Silencieuse et secrète – n’est-ce pas ainsi que te décrivent tous les livres qui te sont consacrés ? Mystérieuse aussi, puisque telle est ta nature profonde. Ceux que tu aimes deviennent des coffres inviolables où reposent des fragments de toi comme les pièces d’un trésor. Pourtant, il n’y a rien d’indicible, de caché, tout est dans ce que tu écris, dans les strophes qui nous viennent par ta voix, si ce n’est ce que toi-même tu as oublié.  

Je te regarde à travers le miroir magique où chacun aime à se reconnaître, et je traverse ce prisme pour rejoindre ton reflet. Je m’approche, pose mes mains sur la vitre, le verre tremble comme une eau limpide.  

J’effleure la surface du bout des doigts, tu apparais dans la transparence. Dehors le soleil irradie le paysage, mais les persiennes restent closes. Tous les mots son jetés, épars, à travers la pièce. Tu me souris, les ramasses un à un et les jettes dans un grand sac. Tu me fais signe de te suivre. Tu avances, projetant sur le sol ton ombre qui guide mes pas, la lumière filtre derrière les volets et reste invisible à nos yeux.  

Laisse-moi te suivre dans l’ombre de ton âme, et puisqu’il faut choisir, laisse-moi devenir l’autre, à la poursuite d’un je, qui se demande à quoi je sers.  

 « Plus grandir », dis-tu mais comment continuer ? Te raconter au creux de tes phrases. Montrer, apparaître. S’effacer. Faire silence. Mourir puis renaître. Trouver la force. Les images de toi se forment comme des clignotements d’éclats électriques. Toi, si proche, personne ne peut imaginer à quel point tu es simple dans la vraie vie, celle que nous partageons, loin des fantasmes et des folies.  

Humaine, si près de ceux que tu aimes, si attentive à tout, à tous. Tu poses des questions, écoutes les réponses avec précision, soucieuse du bien-être de tes amis, soudée à ta famille, faisant cors avec celui que tu aimes. Si loin de tout ce qui peut se dire ça et là, dans ces tombeaux de papier.  

En savoir davantage, c’est l’impression que voudraient donner ceux qui écrivent sur toi sans te connaître, et feignent de croire que ton absence dans cette caravane de l’étrange, où tout le monde s’affiche et se montre, est une position cynique et réfléchie. Mais il n’en est rien. Aucun rouage, aucune stratégie dans ta décision. Juste le désir de n’apparaître que dans son travail. Le reste, la vie, le quotidien, ne recèle ni sanctuaire ni caveau dans lesquels reposeraient toutes sortes de facettes obscures. Il faut t’apprendre pour comprendre que les secrets que tu poursuis sont des valeurs d’absolu.  

Je pense à notre rencontre, quelque part en Corse, après nous être croisées plusieurs fois, sans nous approcher, nous regardant de loin, comme si chacune pensait que le moment n’était pas venu, qu’il fallait l’attendre. » 

Nathalie Rheims a écrit aussi ça …. 

 

mylène et laurent

LAURENT ET TOI Mylène

 Depuis, tu m’éblouis par ce mélange constant de force, de fragilité, de certitude et de doute. Parfois je me demande si tu as conscience de ce que tu es, de l’image que tu projettes et qui avance, silhouette chinois, vers le refuge de ta maison aux murs clairs, ton arche de Noé, car tu pourrais y accueillir tous les animaux de la terre.  

Lever l’ancre et naviguer loin, très loin. « où irons-nous ? » me dis-tu dans un éclat de rire. Où tu veux. Tu le sais. Mais il n’est pas encore temps.  

« Point de suture », tu en as tissé la trame avec Laurent Boutonnat. Comment écrire sur toi sans évoquer Laurent ? Là aussi, tant de projections, d’à peu près. Vous êtes les deux faces d’un monde qui n’appartient qu’à vous. Vous avez fermé la frontière pour baliser vos territoires, qui se rejoignent dans un univers où personne ne règne en maître. Je crois que cela s’appelle une alliance.  

C’est un album clair, l’ombre a pris le large, laissant derrière elle des chansons qui s’éparpillent dans des chagrins anciens. La nature est changeante, dis-tu, mais le brouillard s’est levé, on est passé à l’heure d’été. Les vents continueront de te tourmenter, mais nous repousserons les hivers. Changer pour devenir une autre tout en restant la même. Et se donner à soi-même.  

Tu apparais à nouveau à l’intérieur de ces plaies refermées dans l’œil de la caméra de Bruno Aveillan, qui filtre chaque étincelle. Tu surgis, fée surnaturelle, projetant le flux sidéral d’un amour universel. Tu réveilles le monde, les nuits sont chaudes.  

Ils seront des milliers à t’attendre lorsque les jours auront rallongé. Tu t’y prépares, tu t’entraînes chaque jour, réfléchis, construis, dessines, collabores avec tous ceux qui t’accompagnent dans ce nouveau chapitre. Avant le Stade de France, les 11et 12 Septembre 2009, il y aura la tournée – l’anxiété, le cœur qui cogne, les tempes qui se serrent. Mais tout sera, j’en suis sûre, comme tu l’avais imaginé.  

Je te regarde, en écrivant ces mots, tandis que sur un grand édredon blanc, tu scandes « Appelle mon numéro ». Combien de fois, chaque jour, nous arrive-t-il de le faire ? Les saisons passent et tu attends un signe qui ne viendra peut-être pas. Benoît di Sabatino a saisi, dans ses images, la petite fille qui demeure. « Sans Contrefaçon », telle que tu es, à la fois douce et volontaire. 

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Vierge ou démon 

Je dessine ton visage à l’encre de mon stylo. J’en connais chaque détail, chacun des contours. Tu te transformes, passant les saisons, les débordant « sans logique », jusqu’à écrie « je me quitte », mais c’est pour mieux te transfigurer. Passer de la femme à l’androgyne, de la vierge à la figure du diable, pour toi ce n’est qu’n jeu d’enfant. Pourtant la dualité te possède et t’interroge. Tu parles de l’ange, la face tournée vers les ténèbres, tes éclats de rire, tes moments de tristesse, parce que ta fragilité au monde est comme du cristal qui peut se briser à chaque dissonance « Ange, parle-moi, dis-moi si tu est là ». C’est bien toi qui l’as écrit, alors écoute. Ceux qui ont disparu veillent, souvent tu me dis ; « Si on allait voir des fantômes ? », mais où se cachent-ils ? Tu aimes jouer avec les feux follets, explorer l’inconscient, te promener dans le surnaturel, mais c’est toujours dans tes poèmes que l’au-delà surgit, que les anamorphoses transfigurent les images, dans tes textes que les rêves sont les plus accessibles. 

Tu apprivoises la mort par la magie des mots, repoussant l’idée du néant. Tu aimes te balader dans les cimetières, parce que leur calme et la beauté des pierres t’apaisent. Tu penses, si souvent, je le sais, à ceux que tu as perdus, même si tu n’en parles pas. « Si j’avais au moins revu ton visage, entrevu, au loin, le moindre nuage ». Qui peut savoir si, à force de le dire, de le chanter, quelque part, peut-être, quelqu’un t’entendra. 

Tes yeux prennent la couleur du cuivre pour se fondre dans le reflet de tes cheveux. Les vanités d’émail sertissent chacun de tes doigts comme autant de protections, de talismans. 

La vie avance, l’âge semble t’ignorer. Ton portait serait-il caché quelque part, scellé dans un réduit dont toi seule posséderais la clé ? Aurais-tu passé un pacte avec l’ange ? Et lorsque tu lui parles, est-ce qu’il te répond ? C’est lui, sans doute, qui a fait se croiser nos routes. 

Ecrit Par Nathalie Rheims dans Le Figaro 2008. 

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Les amitiés de Mylène avec Nathalie Delépine

Posté par francesca7 le 16 mars 2016

            
La première fois que la photographe Nathalie Delépine apparait autour de Mylène, c’est en 2009, puisque ses photos d’une Mylène au naturel illustrent le programme de la tournée qu’effectue la chanteuse cette année-là.

Par la suite, les deux femmes sont devenues – jusqu’à aujourd’hui encore – inséparables, et Nathalie a par ailleurs effectué de nombreux shootings photo pour Mylène Farmer.

Nathalie_Delepine_Home 

La photographe Nathalie Delépine a mis en ligne récemment en 2012 un site officiel regroupant un grand nombre de ses clichés.

Et, on retrouve évidemment de nombreuses photos de Mylène de l’époque Bleu Noir, du clip Oui mais… Non mais aussi des pochettes de cd et des articles de presse.

Des photos connues mais pour certaines en meilleure qualité que celles dont nous disposions auparavant.

A noter également des photos de Reed Kelly l’un des danseurs du Mylène Farmer Tour 2009.

À découvrir sur ce lien : http://www.nathaliedelepine.com

 

A toi Mylène

Publié le 27/11/2013 dans la Presse : http://www.ladepeche.fr/article

 Mylène Farmer, heureuse d’être sur scène./Photo Nathalie Delepine

 

Ses fans ne la verront que sur la scène du Zénith, ce soir encore et samedi. Ou alors, par une chance incroyable, derrière les vitres fumées de sa grosse voiture. Car avec Mylène Farmer, la discrétion entretient le mythe, depuis son arrivée en jet privé à sa chambre d’hôtel.

Ne la cherchez pas dans les rues de Toulouse, faisant son shopping entre deux gardes du corps.Mylène Farmer n’a pas l’habitude de montrer son joli minois dans les boutiques, effectuant toujours de rapides parcours entre son hôtel et le Zénith, sans détours inutiles. Quand on évoque les déplacements de la chanteuse avec son équipe, les visages se ferment, le silence s’installe. «Mylène estime qu’elle dit tout dans ses spectacles et ses disques, que sa vie privée ne regarde qu’elle, lâche une collaboratrice. Ses admirateurs l’ont compris depuis longtemps : ce sont des gens normaux qui la respectent.» http://francescax7.unblog.fr/2013/12/02/discretion-extreme-arrivee-de-mylene-farmer/

Retrouvez les archives du Blog où l’on parle de Nathalie Delépine http://francescax7.unblog.fr/search/Del%C3%A9pine

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« FÊTE » COMME CHEZ VOUS RECOIT MYLENE

Posté par francesca7 le 12 mars 2016

Lorsque l’émission commence, Marc Bessou salue le public et les téléspectateurs et présente le sommaire de l’émission. Il finit en annonçant Mylène Farmer qu’on retrouve aussitôt sur le plateau, habillée d’un très beau tailleur blanc, assise par terre sur un coussin, les cheveux attachés en arrière pour chanter « Ainsi Soit Je… ». Une fois la chanson terminée, Mylène rejoint, sous les applaudissements du public, Marc Bessou qui tient à la main le 33-trs de l’album « Ainsi Soit Je… ».

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Marc Bessou : Merci Mylène !

Mylène Farmer : Bonjour.

MB : Vous allez bien ?

MF : Très bien !

MB : Je consultais, tout en vous écoutant – tous les sens sont comme ça rassasiés à la fois : l’oreille et la vue – un album que voici, que voilà, je le montre ici (il montre le 33-trs à la caméra), où il y a effectivement « Ainsi Soit Je… », « Sans Contrefaçon », « Allan », qu’on écoutera tout à l’heure, et puis plus surprenant peut-être il y a « L’Horloge » de Baudelaire. Mise en musique ?

MF : Oui.

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MB : C’est un choix de votre part ? Un choix qui peut étonner…

MF : Absolument, oui, oui. Qui est tiré du livre « Spleen et idéal » de Baudelaire, et c’est un de mes poèmes préférés, oui.

MB : C’est pas facile de mettre en musique un poème qui existe : est-ce qu’on a pas l’impression de faire quelque chose d’un peu sacrilège ?

MF : Pas vraiment ! Moi je dirais que c’est un réel plaisir que de parler sur une musique, et là en l’occurrence, la musique a été faite avant le texte, enfin avant le choix du texte, en tout cas (sourire amusé) et ça m’a paru évident que de greffer Baudelaire sur cette musique.

MB : Ca fait maintenant un certain nombre de disques, plus d’une demi-douzaine de 45 tours. On peut dire que vous avez là maintenant cette fois-ci, définitivement semble-t-il, une carrière qui est posée. Quand on démarre dans ce milieu, même si on a un vrai succès, rien n’est jamais acquis, quoi, on sait pas du tout si ça va fonctionner, c’est quand même sur la durée que ça compte. Donc ça fait, là, trois ou quatre ans déjà !

MF : Ce qui est surtout très, très important, c’est qu’un album marche, et en l’occurrence celui-là marche très, très bien et ça c’est formidable pour un artiste.

MB : C’est vrai que c’est un discours classique, d’entendre les chanteurs dire que l’album c’est ce qui est le plus le reflet de la personnalité, c’est vrai. Vous le revendiquez, ça ?

MF : Certainement ! Là, j’ai deux albums : le deuxième album se rapproche encore plus de moi, je pense. Le troisième, j’avoue que je ne sais pas du tout ! (rires)

MB : On n’en est pas là, c’est aller un peu vite en besogne ! C’est assez drôle parce qu’à le fin, je vois qu’il y a… (il regarde le verso du 33-trs) ça termine quand même plutôt bien : ça termine par « Déshabillez-moi », enfin ça termine pas tout à fait, je suis un peu malhonnête. Enfin, l’avant-dernier, c’est ça. Et puis après « Déshabillez-moi », c’est « The Farmer’s Conclusion ». On pourrait d’ailleurs presque dire les titres, ça a un sens si on réfléchit (il énumère les titres de l’album) : ça suit une forme de cohérence.

MF : Je pense qu’il y a une cohérence. J’espère, en tout cas !

MB : Vous savez ça, on vous l’a dit souvent, des tas de fois d’ailleurs, vous êtes un personnage un peu étonnant : on arrive souvent pas très bien à vous placer par rapport aux gens qui font votre métier. Je suppose que…

MF : Laissons les choses comme ça, alors ! (rires)

MB : On laisse les choses comme ça ?!

MF : Oui !

MB : Bon ! On écoute tout à l’heure « Allan ». Merci, Mylène Farmer.

MF : Merci à vous. Et merci au public !

MB : Restez comme ça !

L’émission continue avec différentes chroniques. En toute fin d’émission, Mylène est de nouveau sur le plateau, dans la même tenue mais cette fois avec des gants noirs, pour interpréter « Allan » face à un micro à pied, ce qui fait que Mylène reste relativement statique durant la chanson. Notons que la version de la chanson est inédite sur disque, puisque ici le pont musical est raccourci.

Article du 05-mai-88 – parution ANTENNE 2

 

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UNE Mylène au TIP TOP

Posté par francesca7 le 1 mars 2016

 

Mylène Farmer est l’invitée principale de cette émission de seconde partie de soirée. Elle en est aussi la marraine puisque c’est la grande première (il n’y en aura d’ailleurs que deux au total).

Après avoir interprété « Comme j’ai mal », la chanteuse rejoint ensuite Eric Jeanjean dans un coin du studio, près d’un piano, pour une interview qu’elle a acceptée à la seule condition que ce soit en tête en tête avec l’animateur.

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EJ : Bonsoir. Merci d’être avec nous dans « TipTop » pour cette première. Je sais que vos télés sont rares donc d’autant plus précieuses. Merci d’être avec nous ce soir pour cette première de « TipTop ». « Comme j’ai mal », c’est un single qui semble particulièrement prédestiné. Alors, une question qui paraît anodine quand on la pose normalement, mais qui là ne l’est pas du tout : comment ça va ?

Mylène Farmer : Très bien, merci !

EJ : Votre poignet ?

MF : Beaucoup mieux ! (sourire)

EJ : C’est vrai ?

MF : Il bouge !

EJ : Il bouge ! (rires) On a eu peur un peu ?

MF : J’ai eu peur oui, bien sûr.

EJ : Alors, on va expliquer pour tout le monde ce qu’il s’est passé en fait : c’était le 15 juin dernier, Mylène est à Lyon, sur scène. Qu’est-ce qui s’est passé ?

MF : Je suis tombée de scène. C’est haut, et ma foi j’ai été entraînée par un danseur, mais peu importe. J’ai eu le poignet donc fracturé, fracture ouverte. Donc c’est du temps pour remettre tout en place.

EJ : Est-ce que vous remontez sur scène parce que vous êtes une femme de parole et que vous aviez promis à vos fans de terminer cette tournée, ou est-ce que vous avez vraiment envie, comme quelqu’un qui tombe de cheval par exemple, de remonter sur cette scène parce que c’est un véritable challenge ?

MF : Parce que j’en ai très, très envie, parce que le spectacle s’est arrêté brutalement, donc indépendamment de ma volonté, et que j’ai très envie de retrouver le public bien sûr.

EJ : Est-ce que le spectacle va changer ?

MF : Oui : je vais éviter de tomber à nouveau ! (Mylène se garde bien d’ajouter qu’une nouvelle version de « Ainsi Soit Je… » intégrera le spectacle sur certaines dates)

EJ : J’aimerais qu’on parle maintenant de votre image en général, sur scène notamment, on a vu de superbes images. Moi, j’ai eu le plaisir d’être là pour la première de votre tournée, c’était dans le Sud de la France. Et, par rapport à cette image que les gens ont de vous, de quelqu’un de timide, de quelqu’un qui ne se donne pas facilement, là, sur scène, vous êtes beaucoup plus extravertie, beaucoup plus dévêtue. C’est toujours cette dualité entre Mylène Farmer, la véritable personne je dirais, et puis aussi Mylène Farmer telle qu’elle est sur scène, un peu agressive, même agressive sexuellement…

MF : Sur scène, agressive sexuellement, je ne le pense pas ! (rires)

EJ : Un peu déshabillée !

MF : J’ai cette dualité en moi – je crois que beaucoup d’artistes l’ont – : j’aime l’ombre et la lumière. Et c’est vrai que je choisis la scène, et c’est un moment de lumière, donc je donne tout ce que je puis donner : l’émotion et, j’espère, un peu de plaisir, une fois de plus, au public.

EJ : Je voudrais qu’on parle de vos clips vidéo. Le clip vidéo, c’est quelque chose d’important, j’ai cru le remarquer, pour vous. Vous vous impliquez beaucoup dans la fabrication des clips vidéo ?

MF : Je m’investis. C’est quelque chose qui m’intéresse beaucoup, qui m’a toujours intéressée, l’image. J’aime les metteurs en scène.

EJ : J’ai en tête justement le clip que vous avez fait pour le single « California », un clip qui a été fait par Abel Ferrara, grand réalisateur s’il en est. Alors comment ça s’est passé ? Il vous a proposé un script, un scénario ou vous y avez travaillé un petit peu ?

MF : Un petit peu différemment : je l’ai appelé, nous avons conversé. Il m’a demandé qu’est-ce que je voulais faire, qu’est-ce que j’exprimais dans ma chanson. Je lui ai dit que je souhaitais jouer une prostituée et nous avons longuement conversé, puis il m’a demandé de travailler sur le scénario parce qu’il pensait que c’était intéressant dans la mesure où j’ai écrit le texte donc que j’avais probablement des idées, puis nous avons à nouveau conversé et je suis allée à New York pour le rencontrer. Et, ma foi, je lui ai proposé quelques idées, il a ajouté les siennes, et nous avons travaillé de cette façon.

EJ : On connaît Ferrara sur ses films qui sont souvent un petit peu violents. Mais là, il vous a poussée à l’extrême ou c’est vous qui avez joué ce rôle de la prostituée ? Il y a une scène extrêmement violente où la prostituée se fait frapper, etc. dans le clip et ça, ça vous plait encore ?

MF : Quand on va vers un metteur en scène comme Abel Ferrara, on sait ce qu’on fait, donc je savais à quoi je m’attendais, et j’avais envie de cet excès.

EJ : Vous êtes l’invitée principale de cette émission, Mylène Farmer. Une nouvelle fois, merci d’être avec nous.

MF : Merci. (sourire)

EJ : Et on se retrouve tout à l’heure pour une grande et belle surprise avec Mylène Farmer.

Plus tard dans l’émission, Mylène Farmer est présente sur le plateau avec Khaled pour interpréter leur version de « La poupée qui fait non ». C’est l’unique occasion d’entendre la version studio de cette reprise, qui sera jouée live sur scène à deux reprises quelques semaines plus tard.

Après la prestation, Mylène et Khaled répondent brièvement aux questions de Eric Jeanjean.

EJ : Alors quand on a un duo, la première idée qui nous vient à l’esprit c’est qui a eu l’idée, et pourquoi cette chanson de Polnareff, Mylène ?

MF : C’est une idée commune. Nous avions envie de chanter ensemble. Et qui a eu l’idée ? Nous aimons tous les deux Polnareff. Moi, personnellement, c’est, je crois, la première chanson que j’ai apprise il y a très, très longtemps.

EJ : Et la version, je dirais, plus arabisante, c’est Khaled, c’est toi, ça ?!

Khaled : Ah ben oui ! (en réalité, les arrangements de cette nouvelle version sont signés Yvan Cassar, nda)

EJ : J’espère en tous cas qu’on vous reverra très, très bientôt tous les deux ensemble, c’était un vrai bonheur de vous avoir dans « TipTop ». Mylène, on en parlait, nous, tout à l’heure, lorsque nous étions face à face : vous, Bercy c’est le 12 décembre…

MF : 12 décembre.

EJ : …et ce que je vous propose, pour donner un petit avant-goût à ceux qui n’ont pas encore vu le spectacle, lors de sa première partie je dirais, c’est de regarder quelques images !

Diffusion d’un long medley vidéo d’extraits du spectacle (« Désenchantée », « California », « Alice », « L’instant X ») dans le montage qui sera celui de la vidéo du spectacle.

EJ : Mylène, une question un peu naïve, mais ça vous fait quoi de voir ces images ?

MF : (qui entend mal en raison des cris du public) Qu’est-ce que ça me fait de voir ces images ?

EJ : Est-ce que ça vous fait quelque chose, est-ce que ça vous trouble ? Comment vous vous sentez lorsque vous voyez le public qui réagit comme ça, notamment sur « L’instant X », vous vous rappelez, on en avait parlé la dernière fois quand on s’était vus à la radio ? (cf. NRJ, octobre 1995, nda)

MF : (en désignant du doigt le public présent) C’est surtout quand je les entends que ça m’émeut toujours, bien sûr !

EJ : Il vous tarde le mois de décembre maintenant ? (Mylène acquiesce d’un hochement de tête) Est-ce que vous avez une petite appréhension ?

MF : On en a toujours, on a toujours le trac. Je crois que Khaled est pareil ! Mais j’ai l’impression que c’est presque plus difficile de faire des moments, comme ça, de télévision que de monter sur scène.

EJ : Pourtant, moi je trouve que vous vous en sortez particulièrement bien. On est d’accord ? Mylène, pour finir, la question que tout le monde se pose en ce moment – on murmure ça dans les couloirs des télés, des radios : est-ce que c’est votre dernière tournée ?

MF : Je n’ai pas la réponse. Je ne sais pas.

EJ : On n’espère pas !

MF : Je ne l’espère pas non plus ! (rires)

 

Les animateurs lancent alors la chanson suivante

 Article du 24-oct-96 – Présenté par Eric Jeanjean et Nathalie SIMON sur TF1

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EUROPE 1 pour Mylène F.

Posté par francesca7 le 24 février 2016

1995

18-oct-95 : Entretien avec Jean-François RABILLOUD

Jean-François Rabilloud : Mylène revient. Vous connaissez peut-être son dernier clip, mais c’est le nouvel album de Mylène Farmer qui sort cette semaine, ça s’appelle « Anamorphosée ». Bonjour, Mylène Farmer.

Mylène Farmer : Bonjour.

JFR : Dans le dictionnaire, l’anamorphose c’est l’image d’un objet déformé par un dispositif optique, une déformation. Pourquoi vous avez choisi ce titre ?

MF : J’ai choisi « Anamorphosée » parce que j’ai pensé à ma perception du monde qui s’est élargie, et l’idée de l’anamorphose c’est pour moi le moyen de rassembler toutes ces impressions, tous ces sentiments pour n’en faire qu’un et pur.

JFR : C’est ça, ça veut pas dire que c’est un monde déformé que vous voyez…

MF : Absolument pas, non. Non.

JFR : Alors, il y a une douzaine de chansons – douze chansons – dont la musique est signée Laurent Boutonnat et les paroles Mylène Farmer. Ca a été écrit aux Etats-Unis ?

MF : Oui, à Los Angeles.

JFR : Est-ce que l’air du temps, si ce n’est l’actualité, vous ont inspirée dans cet album ?

MF : Fatalement. Je parle de moi, mais je parle de l’autre. Oui, le monde m’intéresse.

JFR : Vous n’êtes en France que depuis un mois, après donc ce séjour prolongé aux Etats-Unis. (Mylène acquiesce) Comment est-ce que vous avez retrouvé la France ? Dans quel climat, sur fond d’attentats, puisque vous êtes arrivée il y a un mois, donc, c’est ça ? (à l’été 1995 se sont produit coup sur coup deux attentats, l’un très meurtrier à la station de RER Saint-Michel et l’autre à proximité de l’Arc de Triomphe suivis en septembre d’autres tentatives toujours à Paris, nda)

MF : Oui. Climat extrêmement difficile, extrêmement lourd. Paris est plombé et ma foi, c’est difficile d’y trouver un sourire.

JFR : Vous sentez ça en marchant dans la rue ? C’est quelque chose de pesant ?

MF : Je crois que le ciel est bas. Bas et lourd ! Et puis ma fois, l’actualité et puis je crois si c’est presque vibratoire…

JFR : Vous trouvez que ça se sent…

MF : Oh oui ! Oui. Bien sûr.

JFR : Et quand on marche dans les rues de Los Angeles, on sent quoi par rapport à Paris ?

MF : C’est plus spacieux, je dirais. Peut-être que c’est plus hypocrite, dans le fond !

JFR : Vous trouvez pas que les français réagissent bien, finalement ? Que les gens se comportent pas mal ? Que ça soit les parisiens ou les autres…

MF : Qu’est-ce que vous entendez par ‘se comporter mal ou bien’ ?!

JFR : Ils gardent leur calme, par exemple…

MF : Ca, je ne sais pas. Je ne sais pas bien. Je ne vais pas dans le métro, je suis quelqu’un dans le fond de très protégée. Ils vivent probablement très, très mal. Est-ce qu’ils sont calmes, je ne le pense pas.

JFR : Vous dites qu’on sent ce mal de vivre à Paris : vous allez repartir, vous, aux Etats-Unis ou vous restez là, en France ?

MF : J’ai envie de bouger, j’ai envie du voyage. Maintenant, repartir aux Etats-Unis, je ne sais pas mais c’est vrai que ça donne en tout cas, oui, l’envie que de partir, c’est vrai.

JFR : Aux Etats-Unis, il y a toujours plein d’actualité : la solidarité, par exemple, retrouvée entre Noirs américains et le succès d’une grande marche de ces Noirs américains sur Washington. Est-ce que vous pensez, par exemple avec votre expérience américaine, que les deux communautés noire et blanche finiront par vraiment vivre ensemble un jour ?

MF : Ca, je ne sais pas. C’est pas à moi de me prononcer. C’est le souhait de tout un chacun, maintenant c’est vrai que ça paraît presque utopique.

JFR : On a fait des progrès, quand même !

MF : On a fait des progrès, mais c’est vrai que la violence est j’oserais dire inhérente à ce pays. C’est vrai qu’il y a ce conflit qui est là. Une fois de plus, on le voit quand on se promène dans Los Angeles. Je ne suis pas sûre de l’avoir, moi, rencontré, maintenant c’est vrai qu’il y a des quartiers qui sont plus difficiles et que c’est quelque chose qui est omniprésent, oui.

JFR : Vous me disiez que vous êtes arrivée aux Etats-Unis au moment où commençait le procès Simpson (long procès très médiatisé à l’époque du comédien O.J. Simpson, accusé d’avoir assassiné son ex-femme et l’amant de celle-ci, nda). Vous l’avez suivi, là-bas ? C’était impossible de ne pas la suivre !

MF : Presque malgré moi, j’oserais dire ! (rires) C’est vrai que c’est assez passionnant et assez dérangeant : c’est du voyeurisme mais c’est aussi de l’information. Nous ne sommes pas éduquées et habitués à pénétrer…

JFR : (il la coupe) Donc vous tranchez pas ? Vous dites que c’est trop de reportages à la télé, trop de direct sur ce procès, par exemple ou est-ce que c’est bien ?

MF : Non, je pense que c’est trop. C’est allé trop loin, mais c’est tout de même passionnant.

JFR : Vous avez une idée, comme on en a tous une, sur sa présumée culpabilité ? Il est coupable, il est pas coupable ?

MF : Ha non. Je ne me permettrais pas de dire quoi que ce soit sur ce sujet parce que c’est…

JFR : Et pourtant, toute l’Amérique a un avis là-dessus, pour ou contre…

MF : Tant pis pour l’Amérique !

JFR : Vous êtes rentrée en France il y a quelques temps : les collections, par exemple, c’est aussi l’actualité à Paris. Vous allez beaucoup aux défilés ?

MF : Non. Très, très peu mais j’avais très envie d’aller voir le défilé de Jean-Paul Gaultier (auquel Mylène a en effet assisté la veille de la diffusion de cet entretien, nda). J’aime beaucoup ce créateur.

JFR : Pourquoi ? Qu’est-ce qu’il a de plus que les autres ?

MF : De plus ? Peut-être la fantaisie. Mais il a surtout un grand talent, il a une grande maîtrise de son métier. Une folie, peut-être, en plus, oui…

JFR : Le coup de cœur de Mylène ces jours-ci, qu’est-ce que c’est ?

MF : Depuis un petit moment, c’est un livre que je crois beaucoup, beaucoup de personnes ont découvert, qui est « L’Alchimiste »…

JFR : Oui, qui est un gros, gros succès de ces dernières semaines…

MF : Oui, qui est un livre qu’on a plaisir à conseiller, et c’est une très, très jolie histoire.

JFR : Alors on va se quitter sur un hymne à l’amour, quoi ! « XXL », c’est l’une des chansons de cet album. En résumé, c’est ‘on a tous besoin d’amour’, c’est ça ?!

MF : Oui, c’est ça ! (rires) Merci !

Diffusion d’un extrait de « XXL » pour clore l’entretien.

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FRANCE INTER RECOIT MYLENE

Posté par francesca7 le 19 février 2016

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C’est une première aujourd’hui, nous recevons Mylène Farmer. Alors, Mylène Farmer, d’abord merci d’être venue nous présenter ce film. Pour vous, c’est aussi une première mais on vous a vue dans beaucoup de clips qui ont beaucoup marqué, souvent. Je me demandais ce qui vous avait incitée à franchir le pas des clips au cinéma…

Mylène Farmer : L’envie de jouer, tout simplement. Tout naturellement.

Jean­-Luc Hess : Ca remonte à loin, cette envie de jouer ?

MF : Très longtemps, oui.

 JLH : Vous aviez quel âge, à peu près ? Enfin, toute petite fille ou adolescente ?

MF : Non. J’ai peu de souvenirs. Peut-­être l’âge de onze, douze ans. J’ai découvert le théâtre à l’école et j’ai suivi moi­-même des cours de théâtre un peu plus tard, et cette envie de jouer.

JLH : Qu’est­-ce qu’il y a de si formidable à jouer ? Enfin, c’est parce qu’on est quelqu’un d’autre ? C’est parce que… ?

MF : C’est une schizophrénie tolérée ! (rires)

JLH : Une ambivalence !

MF : Et cette envie que de jouer des personnages qui sont différents de moi et de rendre la vie moins fade.

 JLH : Elle est très différente de vous, la Catherine du film « Giorgino »?

MF : Je pense que nous avons des points communs.

 JLH: Par exemple ? Parce que c’est pas un rôle facile : c’est un personnage, on va dire ­ je sais pas comment on va dire, d’ailleurs, Vincent Josse ! ­ on va dire autiste…

Vincent Josse : Oh, je sais pas si on peut dire ça ! Je crois que vous préférerez femme-­enfant : c’est­ à ­dire qu’elle est femme épanouie et jolie comme l’est Mylène Farmer (rire gêné de Mylène) mais qu’elle est restée dans l’univers de l’enfance et qu’elle n’a visiblement pas envie de rentrer dans le monde des adultes. On peut dire ça ?

MF : Oui. C’est quelque chose que j’ai en commun avec elle, très certainement.

JLH : Alors, est­ce que c’est facile à vivre sur un plateau ce genre de rôle ?

MF : C’était un tournage difficile, avec des émotions difficiles à donner mais maintenant, avec le recul, c’est quelque chose que j’ai aimé profondément, même si violence, même si les difficultés de tournage.

JLH : Le metteur en scène est un de vos amis, enfin c’est quelque chose qui est très proche de vous…

MF : Oui…

JLH : …donc ça devrait faciliter le travail, non ?

MF : En ce sens que je connais sa caméra, que je connais sa direction d’acteurs, j’ai une grande, grande confiance et je savais qu’il était là pour me demander le meilleur et après, lui, c’est sa magie de création, de montage et de toutes ces choses qui font que c’est certainement ­ et c’était ­ une facilité pour moi et à la fois une difficulté, parce que c’est difficile que de travailler avec des gens que l’on connaît très, très bien et qu’on n’a pas envie de décevoir. C’était une telle, telle entreprise ! Ce n’est pas un très joli mot pour ça, mais c’était quelque chose de lourd à porter pour lui, donc c’était un climat assez tendu, assez violent.

JLH : On a peut­-être peut aussi –enfin, je sais pas, moi, je suis pas actrice !­ mais quand c’est la première fois qu’on tourne un film, on n’a peut­-être pas envie de montrer tout de soi ? Ou on se sent un peu tout nu ?!

MF : Je crois que je me suis pas posé ce genre de problème. J’ai essayé d’être le plus juste possible par rapport au rôle de Catherine, le rôle qui m’a été donné, avec toujours ces choses, cette pudeur qu’on peut avoir en soi et cette volonté que de se mettre sous la lumière. C’est toujours un dilemme et un paradoxe qui est difficile à gérer.

JLH : Qu’est­-ce qui vous a semblé difficile encore ? Parce que je sais que les conditions du tournage étaient difficiles ­ c’était en Tchécoslovaquie ­, qu’il faisait froid…

MF : Oui… JLH : …

mais qu’est­-ce qui vous a semblé encore difficile ? J’ai l’impression qu’on est un petit peu seul, aussi, quand on est comédienne…

MF : Je crois qu’on est toujours seule. (rires) Toujours seule. Mais je crois à la fois quelque chose de magnifique, qui est le travail d’équipe et à la fois qui est, là aussi, quelque chose de difficile, parce qu’on est confronté à des personnes qu’on ne connaît pas et on est obligé de vivre en autarcie et ça, ce sont des choses qui sont un peu difficiles pour moi, puisque je m’en suis beaucoup protégée.

JLH : Vous recommencerez, quand même ? Ca vous a plu !

MF : Oui !

VJ : Moi, je voudrais dire que c’est un film justement qui m’a plu. C’est un film intéressant parce que je le trouve un petit peu atypique : il ressemble pas aux films que font traditionnellement les jeunes auteurs, notamment pour un premier film. Aujourd’hui, les jeunes cinéastes nous font surtout du cinéma intimiste, et c’est d’ailleurs intéressant. Certains on leur reproche même de parler de leur nombril et visiblement Laurent Boutonnat n’a pas eu envie de parler de son ego ou de son moi mais il a eu envie de nous raconter une belle histoire, comme quand on était petit, vous vous souvenez ?

On se mettait dans notre lit et on écoutait nos parents ouvrir un livre et nous raconter une histoire. Alors, ça commence comme ça : on pourrait dire que… il était une fois un jeune médecin qui rentre de la guerre, qui a une trentaine d’années et qui recherche des enfants. Il s’est occupé de ces enfants avant la guerre et il ne trouve plus trace de ses enfants. Son enquête le mène dans un village très, très mystérieux, un village qui est peuplé d’êtres pas vraiment ordinaires ­ comme votre personnage, Catherine, qui est cette jeune femme accusée par les villageoises d’avoir tué ces enfants ­ et il va chercher la vérité. C’est un conte, un conte pour enfants, pour adultes aussi parce qu’il y a une violence certaine, une cruauté certaine. Il y a tous les ingrédients d’un conte, tout ce qui fait la saveur d’un conte : il y a cette atmosphère très inquiétante, cette atmosphère de suspens, de suspicion, il y a des femmes qui ressemblent à des sorcières, il y a des spectres. On se croirait quelques fois dans un tableau de Goya…

MF : Sans le soleil ! (rires)

VJ : Je voudrais savoir il est né de quelle envie, ce scénario : est-­ce que Laurent Boutonnat, justement, a voulu retrouver ce frisson qu’était le frisson de l’enfance ?

MF : Probablement. Ca, c’est plutôt une question qu’il faudrait lui poser directement. Moi, c’est vrai que je suis là pour parler du film mais en aucun cas je ne peux me prononcer pour lui, si ce n’est que c’est quelqu’un qui a son propre univers et qui aime les contes, qui aime la cruauté des contes.

VJ : C’est un univers quand même commun avec le vôtre…

MF : Oui. Je pense que c’est pour ça que nous nous sommes rencontrés et c’est pour ça que nous avons travaillé ensemble et que cette rencontre a été magique pour moi : c’est parce que nous avions des choses très, très proches, très communes.

JLH : Mylène Farmer, vous vous intéressez de près aux enfants ?

MF : J’aime les enfants, oui.

JLH : Mais vous avez de l’intérêt pour eux ? Parce que j’ai ouï dire, j’ai lu ça dans une gazette que quand vous étiez très jeune, enfin adolescente, vous aviez visité un hôpital où il y avait des enfants handicapés…

MF : Je m’occupais de temps en temps d’enfants handicapés, oui. C’est quelque chose que j’avais envie de faire et tous les dimanches, je crois, j’allais les voir et essayer de communiquer avec eux et de jouer, de leur apporter quelque chose et c’est quelque chose qui vous marque fatalement à vie.

JLH : Ca vous a marquée positivement ou négativement ?

MF : Je ne sais pas si on peut qualifier ça de positif ou de négatif. Ce rend triste définitivement. Même si ces enfants prétendent être heureux, c’est quand même une condamnation qui est lourde et une injustice. Ca, c’est mon regard donc c’est quelque chose qui est intolérable, oui.

 JLH : Mais est­-ce que c’est apparu pendant ce tournage, justement, cette expérience-­là ?

MF : Probablement. Des choses enfouies en moi, des… Vous expliquer et vous dire que, là, j’ai fait référence à telle ou telle chose : non. Je crois que ça fait partie de moi également. Maintenant, j’ai souhaité pour le tournage ­ peut­-être vous faites allusion à ça ­ rencontrer des personnes malades en milieu psychiatrique pour essayer de capter des choses que Catherine pouvait avoir en elle, donc un regard ­ parce qu’ils ont ça, quelque chose de très, très fort : c’est le regard et les mains, les gestes…

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VJ : Une démarche un peu cassée, aussi…

MF : La démarche, là c’est plus la mienne ! (rires) Je crois que ça se situait plus dans le regard et dans les mains. Il y a une gestuelle qui leur est très propre.

JLH : Ca a été difficile, par exemple, d’aller à ces consultations en hôpital psychiatrique ?

MF : Je l’ai fait une fois et brièvement, donc ce serait mentir que de dire… Mais c’est troublant parce qu’à la fois il y a ce côté voyeur, qui est aussi dérangeant pour soi. J’ai une anecdote qui me revient à l’esprit : c’est pendant une consultation, il y avait cette personne en face de son médecin et qui avait beaucoup d’humour, et c’est vrai que j’avais envie d’éclater de rire et c’était la seule chose qu’il ne fallait pas faire parce que c’est étrange que d’arriver dans cet univers­l à. C’est troublant.

JLH : L’humour pourrait soigner certains problèmes, on en parlera peut-­être avec Georges Wilson quand on parlera de « Henri IV » de Pirandello. Vincent… ?

VJ : Parler de « Giorgino », c’est aussi parler de la mort parce qu’elle est omniprésente dès le début du film puisque quand on vous découvre en Catherine, votre mère vient de se pendre. On apprend aussi que votre père est interné. Vous-­même allez essayer de vous pendre mais vous allez survivre. Est-­ce que ça fait froid dans le dos, tout bonnement, de jouer un rôle comme celui­-là avec des scènes comme celles-­là ?

MF : Je dirais que ça fait partie de la vie ­ pas la vie de tous les jours ! ­ mais ça fait partie de la vie : la mort et la vie sont des choses qui sont inséparables.

VJ : Et avoir un rôle aussi difficile dans cette ambiance ? Je rappelle que le film fait trois heures, donc il y a souvent des scènes d’une grande intensité et d’une grande violence, justement. Est­-ce que ça vous a fait découvrir des choses en vous, des choses que vous ne connaissiez pas ?

MF : Non.

VJ : Non ?

MF : Non, si ce n’est la volonté que de faire un autre film ! (rires) Mais sinon…

JLH : Sans avoir froid aux pieds, cette fois, parce qu’il faisait très froid, il paraît !

MF : (rires) Il faisait froid, oui !

VJ : Un autre film qui sortirait peut­-être complètement de cet univers : pourquoi pas un film comique, une comédie ?

JLH : C’est pas votre genre…

MF : (dans un éclat de rire) Tout le monde me le demande si je veux faire quelque chose de comique ! Pourquoi pas ? J’avoue que c’est l’inconnu, ça ne m’appartient pas. Pour l’instant, je n’en sais rien.

VJ : Vous n’avez pas de désir particulier…

MF : Non. J’ai plus un souhait…

JLH : (la coupant) Vous êtes qui, Mylène Farmer ? Vous êtes qui : vous êtes quelqu’un de pessimiste ou vous êtes quelqu’un de joyeux ? Vous n’êtes pas obligée de répondre ! (rires)

MF : Si, je peux vous répondre : je ne suis pas optimiste. Je peux avoir des moments de gaieté, de grande gaieté, oui. (sourire)

GZ : Moi je me demandais : c’est vrai que votre grand-­mère vous emmenait visiter les cimetières ?

MF : Oui. C’est le seul souvenir que j’ai de cette femme. Je l’ai découvert au travers de lettres que je lui avais adressée et c’est vrai, je crois tous les dimanches, elle m’emmenait au cimetière, donc c’était une… (rires)

GZ : Et vous croyez que ça peut expliquer un goût ­ que vous revendiquez ­ pour ce que d’autres diraient morbide… ?

MF : Mais quand on me demande ­ parce qu’on vous demande toujours des justifications, ce qui est naturel ­ ‘pourquoi aimez-­vous ci, pourquoi ça, pourquoi être attirée par telle chose ou telle chose ?’, j’avoue que je n’en ai pas les clés moi­-même, si ce n’est que vous dire pourquoi, donc, j’ai eu ce souvenir-­là, je me suis dit peut­ être ça a été le détonateur de quelque chose, ou cette fascination, ce désir que d’aller vers ces choses-­là.

 JLH : C’est bien d’être une comédienne mais c’est bien d’être une chanteuse aussi : vous n’allez pas abandonner la chanson, le disque, la scène non ?

MF : Bien sûr que non. Non. Non, non.

GZ : Parce que là, ça a tout de même fait une parenthèse de deux ans, je crois, dans votre vie, dans votre carrière…

MF : Oui, qui m’a été un peu imposée puisque le réalisateur est lui­-même le compositeur de mes chansons, donc je l’attends ! (rires)

JLH : Une toute dernière question, Vincent ?

VJ : Oui, très courte : on vous connaît bien sûr, Mylène Farmer, en France mais on ne connaît pas le comédien principal qui a le rôle­-titre de « Giorgino », qui incarne Giorgio : c’est Jeff Dahlgren (il prononce ‘dahlgreen’ et Mylène rectifie la prononciation). Vous pouvez nous dire deux mots de ce comédien ?

MF : C’est quelqu’un qui est américain, de nationalité américaine. C’est quelqu’un qui a une grande, grande sensibilité et qui a un charisme que je juge étonnant et qui est quelqu’un dans la retenue quant à son jeu.

VJ : Les filles qui ont vu le film sont déjà toutes folles de lui, parce qu’il est beau il faut le préciser !

MF : Oui, il est très beau mais il est au­-delà de ça, Dieu merci ! Il a une âme, une très belle âme.

VJ : Il avait une expérience de comédien aux Etats-­Unis ?

MF : Oui. De la même façon que moi j’ai pris des cours de théâtre, lui a du passer aussi dans des cours. Mais je pense qu’il aime ça aussi.

JLH : Je vous remercie, Mylène Farmer…

MF : Merci.

JLH : Donc le film s’appelle « Giorgino », ça sort aujourd’hui. Il faut y aller à 14h !

MF : Merci.

 

 

FRANCE INTER 5 Octobre 1994 INTER 13/14 Entretien avec Gérard ZÉNONI, Jean-Luc HESS et Vincent JOSSE Gérard Zénoni  

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MYLENE DANS LE SALON D’UN PALACE PARISIEN

Posté par francesca7 le 19 février 2016

 

Dans le salon d’un palace parisien, Mylène livre avec Guillaume Durand la plus longue interview donnée à l’occasion de la sortie du film. Choisissant ses mots avec (trop de) soin, Mylène répond longuement et parfois laborieusement aux réflexions confuses d’un Guillaume Durand qui semble cependant passionné.

Guillaume Durand : (…) Un film, il faut le vendre. Vous qui êtes si timide, ça vous barbe pas tout ça ?

Mylène Farmer : Je ne sais pas si ‘barber’ est le mot juste, mais c’est un exercice difficile pour moi.

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GD : Est-ce que vous avez un petit peu peur, un petit peu d’angoisse parce que un film, c’est pas comme une tournée, c’est pas comme un disque : c’est énormément de travail et tout se joue en une semaine. Quel effet ça vous fait ?

MF : C’est quelque chose de presque inhumain. C’est difficile, c’est difficile. Je crois que je serai contente le jour où ça sortira, et essayer de se déposséder de la chose totalement…

 GD : Alors, « Giorgino » : ça fait combien de temps que ce projet existe pour vous ?

MF : De mémoire, parce que…C’est huit années, je dirais. Et réellement, l’écriture a commencé il y a trois ans. Et il a vu le jour il y a environ un an et demi, je crois.

GD : Donc ça vous a occupée toutes ces dernières années, quoi. L’obsession, c’était de faire ça…

MF : Oui. Surtout Laurent Boutonnat, je dirais, le réalisateur. Moi, j’ai eu beaucoup plus de temps libre, assez pénible là aussi parce que n’ayant pas la faculté que de me tourner vers la musique, puisqu’il est le compositeur. Donc ça a été une période très longue et pas très agréable.

GD : Alors pourquoi fait­-on quelque chose qui n’est pas très agréable à vivre? Quelle est l’exigence de fond ?

MF : La passion, je dirais. D’abord, je pense que c’est un besoin pour moi que de faire des choses, à savoir ou l’écriture, ou des films, créer quelque chose. Faire les choses en termes de plaisir, dans le fond, ce n’est peut-être pas très, très important ou si important. Je crois que ça se passe à une autre dimension.

GD : C’est vraiment quelque chose, on parlait tout à l’heure d’exigence, c’est une importance de la liberté ou… ?

MF : Parce que je ne sais pas gérer cette liberté, de même que j’ai besoin du regard de l’autre pour exister, même si ça paraît quelque chose d’assez dramatique comme confidence ! Mais cette liberté, je la trouve réellement dans mon métier, dans le fond.

GD : Alors, on va évidemment pas raconter le film, parce que les films sont faits pour être vus. On va simplement, avec la bande-­annonce que vous avez eu la gentillesse de nous confier, avoir un petit peu une idée de l’ambiance du film et puis on va parler justement de ce monde qui vous habite et qui habite aussi Laurent Boutonnat. D’abord, donc, des extraits de ce film.

Diffusion de la bande-­annonce de « Giorgino ».

GD : Voilà donc pour le climat du film. Alors pourquoi ce film commence en novembre 1918, si ma mémoire est bonne ? Pourquoi cette date ?

MF : Je vais essayer de répondre pour Laurent Boutonnat. Il me semble qu’il voulait…La guerre 14­18 est en toile de fond, réellement. Je crois que ce scénario est né d’un désir de femmes, de femmes rudes et violentes, donc dans un univers de guerre. Donc c’était plus facile pour lui, j’imagine. C’est difficile pour moi que de répondre à sa place. Pourquoi la guerre de 14­18 ? Parce que c’était une période extrêmement difficile. Avoir des femmes esseulées, c’est un moment qui est effectivement, la guerre, propice pour…

GD : Mais ça vous touche parce que vous connaissez, comme tout le monde, ce qui s’est passé justement à cette époque-­là : bon, non seulement il y a la mort, et elle est très présente aussi dans le film, mais il y a cette idée aussi que ce sont les femmes qui prennent la société à bras-le-­corps. C’est une idée qui vous touche, ça ?

MF : Si je ne porte mon regard que sur ce groupe de femmes : non, définitivement pas ! (rires) Mais une société de femmes, non en aucun cas, dirigée par les femmes, non, je pense qu’une balance, une bonne balance est ce dont nous avons tous besoin.

GD : Alors, le climat on en parle. C’est vrai que souvent quand vous avez fait des clips, des clips longs, des clips qui étaient proches du cinéma on s’est dit « Ça y est, Boutonnat va certainement faire un film, Mylène Farmer a envie de faire un film », maintenant le film est là.

Mais ce climat qui est à la fois historique et à la fois fantastique, il vient d’où ? Pour lui, forcément il répondra d’un coté, mais pour vous, pour l’avoir accepté c’est que ça vous touche aussi…

MF : Moi, c’est plus une grande confiance en Laurent Boutonnat et en son travail. Quant à l’univers, j’ai aimé le scénario et j’ai aimé le personnage de Catherine. Maintenant, essayer de réfléchir… Non, c’est plus des sensations, des odeurs et moi, cette sensation que de pouvoir justement mettre quelque chose dans ce personnage.

GD : C’est quand même pas un monde ordinaire, parce que donc, on va pas raconter, on a dit tout à l’heure le déroulement mais on peut raconter un petit peu le début. Donc, c’est un jeune médecin, il sort, il est démobilisé, il s’occupait d’un asile d’enfants et il essaye de retrouver ces enfants. On a tout une, comment dirai-­je…c’est un itinéraire, au fond…

MF : Oui, tout à fait, oui.

GD : …qui est un itinéraire initiatique. Ça se passe dans la neige, c’est à la montagne, c’est très beau, il y a un père, il y a les femmes qui fument, enfin ce sont des images qui sont des images rares au cinéma.

MF : Je le pense, je le pense. Je pense que son cinéma est rare. Il a une façon de filmer et de raconter des histoires qui lui sont très, très personnelles.

GD : Alors mettez vous à sa place : pourquoi ce monde-là le touche, lui ?

MF : Moi je crois que je ne pourrai pas répondre à sa place. Pour avoir moi­-même posé ces questions dans le fond et lui ne trouvant pas de réelles réponses quant à ces fondements, pourquoi être attiré plus par quelque chose ou autre chose, je ne sais pas bien. C’est comme la peinture, dans le fond : pourquoi est­-ce qu’on est attiré par un peintre ? Moi je crois que je ne saurais pas l’expliquer. Pourquoi tel peintre plutôt que celui­-ci ?

GD : Mais c’est un monde qui est quand même très poétique et qui est très détaché, enfin qui parle un petit peu du réel, on en a parlé un petit peu au début, il y a la guerre de 14, il y a des professions, il y a des gens, il y a des solitudes, il y a des gens ensemble, il y a beaucoup de violence. Mais en même temps, c’est très onirique.

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MF : Oui. C’est sans doute cette attirance pour tout ce qui est conte, l’irrationnel peut­-être, la poésie je pense, oui. Mais des choses qui peuvent faire partie de notre monde et de notre vie de tous les jours, mais c’est vrai qu’il a une attirance pour ça. Maintenant, je suis en train de m’embrouiller parce que je ne sais pas bien pourquoi ! Si ce n’est que j’en reviens à, ne serait­ce que moi, un paysage… Je préfère un paysage, je vais vous dire, fracassé qu’un paysage avec des pommiers en fleurs. Pourquoi, je ne le sais pas. Ce sont des choses, comme ça, qui vous appartiennent.

GD : Qui vous sont donc sensibles, qui sont exprimées très largement. Alors il y a aussi une autre chose qui est très particulière dans le film, bon on va pas comparer avec des metteurs en scène comme Visconti parce qu’il y a pas de rapport, mais c’est vrai qu’il y a un parti pris, on va dire, de lenteur. Parce que si on dit ça, les gens vont dire « On va pas y aller, c’est lent » ! C’est pas du tout lent et ennuyeux, mais c’est volontairement, comment dirais­-je, c’est un rythme comme ça, un peu comme une espèce de mélopée.

MF : Parce que justement, j’en reviens à ces odeurs, à toutes ces choses. Je crois que ça prend du temps pour des personnages, plutôt que justement ce cinéma très monté, très rapide et des personnages qui sont rétrécis, qui ont cette valeur. Je crois que lui justement allait vers une expression plus lente et plus, moi j’oserais dire plus enrichie, mais ça n’engage que moi. Plus généreuse, peut­-être.

GD : C’est vrai que c’est un peu le contrepoids de tout ce dont on parle beaucoup actuellement, de Quentin Tarantino à Luc Besson, où ce sont des hommes en blanc et noir qui deviennent…

MF : Oui, qui ont du talent. Mais c’est vrai que c’est, je pense, une autre expression, une autre façon de raconter les choses.

GD : Comment devient-­on ­ pardonnez-­moi la question ­ mais comment devient-­on justement quand on est chanteuse, quand on fait de la scène, comment devient­-on actrice ? Même si on a fait des clips, ça, ça doit pas être une expérience finalement si facile que ça.

MF : C’est quelque chose que je pense, et sans prétention aucune, avoir en moi. En tout cas, je l’ai souhaité et je le veux depuis tellement longtemps. La chanson est venue à moi un peu par hasard, j’avais envie moi de jouer. J’ai suivi des cours de théâtre, mais ça on s’en moque un peu. C’était simplement un passage, comme ça, dans ma vie. Une envie de jouer, une envie d’interpréter les personnes qui sont autres que moi-­même et cette chose, enfin ce côté ludique quoi, qui est…

GD : …qu’on trouvait énormément dans les clips.

MF : Qu’on trouvait déjà dans les clips, mais en mode tellement rétréci. Mais malgré tout, c’est vrai que c’est comme ça que j’ai pu, bon indépendamment de l’écriture, de la scène, de tout ce qui fait que ce métier est vraiment passionnant, qui m’a fait tenir quand même, parce que c’est long ! J’ai attendu presque dix ans pour réellement faire un premier film. C’est long… (rires)

GD : Oui mais justement alors, est­-ce que ça veut dire que maintenant, parce que finalement quand un film est terminé, c’est vrai que vous allez être délivrée par le fait qu’il sorte, de savoir s’il y a un accueil avec le public, on vous le souhaite évidemment, c’est normal, mais est-­ce que immédiatement, maintenant, vous vous dites « C’est une autre carrière qui commence et c’est vers ça que je veux aller définitivement ». Et es-ce qu’il va falloir attendre longtemps que lui refasse un film, ou est-­ce que vous pouvez tout à fait imaginer de jouer, travailler avec d’autres metteurs en scène ?

MF : Non, je crois qu’aujourd’hui je peux réellement imaginer travailler avec quelqu’un d’autre. Maintenant, je pense que je serai difficile dans mes choix, je le sais. Aussi bien par rapport au réalisateur que l’histoire elle-même. Donc je pense que je, si je puis me projeter sur quelque avenir, faire très peu de films, certainement. Certainement.

GD : Et qu’est­-ce que vous aimez, alors, justement ? Parce que ce cinéma de climat est un cinéma bien particulier, alors qu’est­-ce que vous aimez, vous ?

 MF : Je crois avoir des goûts très éclectiques. Je vais essayer de…J’aime beaucoup Jane Campion, tous ses films, ses premiers films également. J’aime Oliver Stone, j’aime Kubrick, j’aime David Lean, j’aime David Lynch, Bergman…

GD : Donc, c’est un goût éclectique, quoi…

MF : Oui. Oui, dans le fond oui. GD : Mais pas très français, d’après la liste que vous venez de donner ! MF : Polanski, heu… (rires)

GD : Ha oui, c’est toujours du cinéma où il y a beaucoup de spectacle, ou au contraire beaucoup d’onirisme, beaucoup de choses qui sont quand même… C’est pas le mari, la femme et l’amant qu’on trouve !

MF : Non, j’aime les choses qui ont une âme, une histoire et une magie, et qui portent le spectateur. Je peux moi­-même être un spectateur qu’on qualifie de moyen, mais c’est­-à-­dire ne pas avoir cet œil trop critique. Et si un film m’emmène, si une histoire m’emmène, mais c’est magique ! C’est la chose la plus magique, je crois.

GD : Alors à la fin, le héros, Jeff Dahlgren, et vous, vous vous retrouvez dans un cimetière. On va pas dire ce qui se passe, mais c’est vrai qu’il y a quand même comme en peinture, puisque vous avez parlé de peinture, une espèce d’imagerie qui existe : des croix, des églises etc., etc. Ça vient d’où tout ça ?

MF : Ce que cela peut suggérer, bien évidemment, mais d’un point de vue esthétique je crois aussi, qui est important. Une croix, c’est beau. Une tombe…Je trouve qu’une tombe, un cimetière est un endroit magique. C’est quelque chose une fois de plus que nous avons en commun, mais je crois que c’est expliqué par cette rencontre que nous avons eue et qui a été une rencontre fondamentale pour moi dans ma vie et assez immédiate. Donc en ce sens, je crois que c’est presque normal que d’avoir des mondes un peu communs et des attirances.

GD : Vous voulez dire que d’une certaine manière, peut­-être, il vous a aussi arrachée à ce qui pouvait être une carrière de show­-business traditionnelle, que vous n’avez jamais vraiment voulu mener.

MF : Que je n’ai, je crois, jamais menée quoiqu’il arrive ! Mais…envie de faire quelque chose, envie de faire ce long-­métrage et envie de prendre des risques.

GD : Alors comment s’est passé le tournage ? Parce que je suppose que les conditions, étant donné que ça se passe en hiver, en plus y a énormément de scènes qui se passent en hiver mais il fait beau en même temps, ce qui sont des conditions météos pas faciles à trouver parce qu’en général il fait pas toujours beau, ça a dû être un peu long et un peu compliqué. Alors, comment ça s’est passé ? Racontez­-moi…

MF : Le tournage était très, très long, je crois qu’il a duré cinq mois. Quant aux conditions de tournage, c’était difficile à cause du temps bien évidemment, parce que très, très, très froid. Donc par moments, même le tournage a dû s’arrêter parce que trop froid, parce qu’on ne pouvait presque plus jouer. Maintenant, je crois que toutes ces difficultés sont malgré tout inhérentes à un tournage. La réelle difficulté était je crois le…la difficulté de… (Mylène rit de ne pas trouver ses mots) j’allais dire la tension qui régnait sur ce tournage, la tension que toute cette chose que Laurent portait dans le fond qui est extrêmement lourde.

 GD : Vous vous êtes faits totalement, parce que finalement lui, c’est son premier film, vous c’est votre premier grand rôle, vous vous êtes faits mutuellement et définitivement confiance dès le début, ou tout d’un coup du coin de l’œil vous vous êtes un petit peu surveillés l’un l’autre ? Parce que c’est vous qui portez tout : et lui, et vous.

MF : Je crois qu’il y avait à la fois une grande confiance, puisque c’est vrai qu’on a très peu parlé du rôle par exemple. J’ai lu le scénario. Et une fois sur le tournage bien sûr, des indications de mise en scène. Mais de sa part, en tous cas, je suppose que c’est une confiance. ‘Regardés du coin de l’œil’, malgré tout de temps en temps. C’est-­à­-dire moi je l’ai quand même observé travaillant avec d’autres, puisqu’il y avait quand même beaucoup d’acteurs. Et parfois probablement des réactions assez violentes, oui, parce que c’est vrai que dans ces moments-­là, on vous dit « Moteur, action ! » et vous avez une espèce, d’abord d’angoisse profonde, et de demande qui est énorme quant à ou le regard ou même un mot, et que parfois ce mot n’arrive pas et que là on fait abstraction de toute une vie commune.

GD : Ça devient professionnel…

MF : Oui. Oui, dans le fond oui. Beaucoup plus cruel et plus…Mais je crois que c’était aussi essentiel. Je n’aime pas moi être trop protégée. J’étais réellement considérée comme une actrice engagée sur un film, et non pas comme le petit oiseau qu’on va couver. En aucun cas, non.

GD : On se retrouve dans un instant pour parler de ce film de Laurent Boutonnat, avec Mylène Farmer et Jeff Dahlgren. Flash info.

 GD : On se retrouve donc avec Mylène Farmer qui a la gentillesse de nous recevoir pour un film qui va, je l’espère, vous surprendre : « Giorgino », donc, de Laurent Boutonnat, avec Jeff Dahlgren. Alors est­-ce qu’on peut Mylène parler du fait que le film a été tourné en anglais ? Il est tourné en Tchécoslovaquie, il est tourné en hiver et en plus il est tourné en anglais. Pourquoi ? C’est pour rechercher la plus grande audience possible à travers le monde, ou c’est l’histoire…

MF : (elle l’interrompt) Non, sincèrement non. C’est parce que Laurent Boutonnat voulait travailler avec des acteurs comme Louise Fletcher, Joss Ackland, et a trouvé son premier rôle aux Etats­-Unis, donc c’est plus une volonté que d’aller vers des acteurs, donc une langue qui s’est imposée.

GD : Louise Fletcher, tout le monde connaît, c’était l’infirmière de « Vol au Dessus d’un Nid de Coucou » et donc qui parle français, si mes souvenirs sont bons et elle était très charmante. C’est pour aller vers ces acteurs­-là qu’il a choisi ce parti pris là ?

MF : Absolument, oui parce que…Mais lui-­même dit ça « J’aurais pu tourner ce film en espagnol, russe… ». Peu lui importait la langue, dans le fond.

GD : Alors donc un travail qui a été compliqué, et tout à l’heure vous nous disiez que c’était très difficile d’expliquer les raisons pour lesquelles vous étiez dans ce monde-­là, dans à la fois ces rêveries, cette poésie et aussi ces fantasmes. Et pourtant quand on essaie de trouver une logique à tout ça, parce qu’après tout il y a forcément une logique même si on la veut pas, la première chanson c’était « Maman a Tort », après c’était « Libertine », et maintenant c’est un film où il y a énormément de femmes, même si c’est une envie de l’auteur. Est­-ce que cette logique vous apparaît ou est­-ce que c’est un hasard total ? MF : Je pense que c’est un hasard. Mais là une fois de plus, c’est difficile, pardonnez-­moi de le redire… (rires)

GD : C’est pas grave !

MF : …parce que ce film, dans le fond, ne m’appartient pas, en tous cas son histoire et son…

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GD : Mais vous êtes sûre qu’il ne l’a pas écrit pour vous ? Parce que quand vous dites qu’il ne vous appartient pas, il l’a quand même probablement en partie, enfin il savait que vous alliez jouer le rôle principal de Catherine.

MF : Oui. Maintenant je… (elle cherche ses mots) G

GD : C’est du sur­-mesure, quand même…

MF : C’est une bonne couture. Est­-ce que c’est du sur­-mesure ? Je ne sais pas bien, mais là c’est peut-­être plus par pudeur, je ne sais pas bien. Est­-ce qu’il a écrit réellement ce rôle pour moi ? Je ne sais pas, parce que le personnage principal c’est peut­-être lui qui a voyagé avec lui le plus longtemps, et peut-­être que Catherine est arrivée plus tard, donc…

GD : Et est-ce que lui justement, sans sombrer dans une espèce de simplification extrême, est­-ce que lui il s’est vécu un petit peu comme Jeff Dahlgren, donc qui est le héros du film, à savoir ce médecin qui recherche des enfants ?

MF : Je crois qu’il est…Cette chose commune d’avec ce personnage, c’est cette âme d’enfant qu’il a en lui et cette quête, cette quête essoufflée. Je crois qu’il a ça en lui.

GD : Mais quand on a fait un film comme ça, qui est justement un film poétique, est-­ce que c’est, comment dirais-­je, vous savez que la critique en France n’aime pas trop le mélange des genres, ça peut être aussi bien un artiste qui a réussi dans un domaine qui est la variété, le fait de faire du cinéma, ça paraît presque pour beaucoup de gens qui sont extrêmement bien­pensants et extrêmement rigides…

MF : Obscène ? (rires)

GD : Oui. C’est pas obscène, mais on n’a pas le droit de changer de registre, et pourtant vous, vous avez ce besoin et vous en avez même exprimé tout à l’heure l’envie. Ça vous gêne qu’on vous oblige à vous enfermer dans un même registre ?

MF : L’idée de l’enfermement me gêne. Maintenant, est­-ce que moi j’ai été gênée par ça : non. Non, parce que j’ai essayé au maximum de me protéger et de ne pas écouter, de ne pas entendre. Sinon, effectivement si on écoutait et si on entendait réellement, je pense que c’est trop mutilant. Non. J’oserais dire je me moque de ce qu’on pense et de ce qu’on dit. C’est presque vrai.

GD : C’est pour ça que depuis des années vous avez toujours choisi de faire votre métier, d’être extrêmement discrète sur vous, sur votre vie, enfin sur beaucoup d’aspects du travail d’artiste qui en général sont surexploités et plombent votre carrière ?

MF : Oui, parce que je pense… Moi, j’essaye de ne pas m’essouffler et de ne pas essouffler l’autre. Donc en ce sens, je suis obligée d’être absente. Et puis je crois que c’est ma nature profonde, tout simplement donc je n’ai pas à me faire violence pour ça.

GD : Et vous, quand les disques se vendent comme ça énormément, ça veut dire, bien au­-delà du succès commercial, qu’il y un intérêt profond entre un artiste et les gens. Vous croyez que les gens vous aiment pour quoi, au fond ?

MF : Je ne sais pas ! Non… (large sourire) GD : Pour ce mélange entre la fragilité et la provocation ?

MF : Je crois pour, s’il y a à trouver une expression, peut­-être pour la sincérité, parce que je crois que c’est une valeur qui existe toujours. Mais c’est difficile que d’exprimer pourquoi l’autre vous aime. Je ne sais pas…

GD : Et quand est-ce que vous vous êtes rendue compte, vous dans votre carrière, parce que en général les carrières de chanteurs démarrent, elles surfent un petit peu sur les vagues adolescentes, ça a été aussi le début de votre carrière quand vous avez chanté « Maman a Tort » etc. Quand est­-ce qu’on se dit « Moi, je vais faire autre chose », c’est­-à-­dire je pars sur ce plongeoir­-là mais je vais aller dans une autre piscine, quitte à être décrédibilisée un petit peu ?

MF : Là, vous parlez d’un genre plus que de changement radical de vie ?

GD : Non, pas de vie pour vous, mais quand est-­ce que vous vous êtes dit que vous alliez prendre au fond tout ça en mains, sérieusement pour obtenir, pour aller vers des objectifs précis ?

MF : Je crois, le goût du risque. Là encore, c’est…Le calcul n’y est pas pour grand­-chose, si ce n’est que une ‘carrière’, même si c’est un mot qui n’est pas très joli, c’est quelque chose qui se pense, qui se gère. Maintenant, c’est quelque chose qui, je ne sais pas, qui s’est construit comme ça…

GD : Petit à petit…

MF : Oui, qui s’est fait lentement. Mon début n’a pas été fulgurant. J’ai eu trois bonnes années pour apprendre mon métier et apprendre ce que j’aimais et ce que je n’aimais pas, dans le fond, par rapport à moi­-même et par rapport à l’extérieur également.

GD : C’est-­à­-dire ?

MF : C’est­-à­-dire de « Maman a Tort », qui a été un succès mais j’étais quand même encore pas très connue jusqu’alors. Et après il y a eu deux autres 45­tours qui étaient plus discrets. Et puis après, le fameux « Libertine » qui là a été réellement…les projecteurs ont été mis sur moi. Mais donc, pendant cette période… Enfin, tout ça pour essayer d’expliquer que ça n’a pas été quelque chose, comme ça, d’immédiat, on vous donne tout. Ça a été quelque chose d’assez progressif, donc probablement de moins perturbant pour moi.

GD : Donc d’une certaine manière, vous pouvez vous dire que la même attitude, vous allez, c’est donc la même expérience, vous allez l’utiliser pour le cinéma ? C’est-à­-dire que c’est quelque chose qui commence, vous êtes habituée aux hauts et aux bas de ce qui s’est passé dans la chanson, et comme vous semblez avoir derrière la fragilité une assez grande volonté, vous allez attaquer un deuxième monde, tranquillement et avec le temps. C’est ça l’idée ?

 MF : Oui, là c’est plus une façade sereine, qui en aucun cas n’existe, dans le fond, si ce n’est que là je suis plus posée que d’ordinaire. Mais c’est plus un parcours angoissant qu’autre chose. Maintenant, pour répondre à votre question, je le ferai effectivement avec un maximum de réflexion et de réelles envies. C’est­-à­-dire, me perdre dans quelque chose pour le rien : non, en aucun cas.

 GD : Donc, ça veut dire qu’il faut forcément trouver des textes extrêmement forts, des scénarios extrêmement forts…

MF : Ça va être de plus en plus difficile, je le sais. Mais c’est…

GD : Mais est-ce que vous avez envie, puisque vous avez dit tout à l’heure que vous aimez bien les choses très différentes, d’Oliver Stone à d’autres metteurs en scène, ça veut dire est­-ce que vous pouvez jouer une comédie, par exemple, par goût du fait de jouer ? Ou est-­ce que tellement pas dans votre registre que ça vous paraît surréaliste ?

MF : Si vous me proposez Woody Allen, je vous dis oui, j’accours ! (rires) Maintenant, tous les genres de comédie : non, je pense pas. Je ne sais pas, d’ailleurs, mais je ne pense pas avoir ce talent­-là, et peut­-être cette envie tout simplement. Une bonne comédie, oui c’est aussi intéressant et passionnant qu’un…

GD : Sûrement, mais je veux dire tout le monde a envie de jouer avec Woody Allen, parce que on entre sans frapper, enfin si jamais il vous appelle, on s’assoit, vous lui dites de s’asseoir et on lit même pas le scénario, à la limite ! Mais le monde, le fait de changer de monde, parce que c’est un monde tellement particulier, celui du film donc qui sort mercredi, que c’est vrai qu’il y a aussi le risque d’être cataloguée dans une espèce de fantastique, onirique…

MF : Ma foi, j’en ai pris le risque, et puis j’espère avoir la chance que d’avoir des propositions différentes. Je fais appel, j’allais dire, à l’intelligence du metteur en scène, plus qu’à quelque chose, comme ça, qui…

GD : Mais est­-ce qu’après on se dit pas, quand on a fait un film comme ça, ou quand on a eu une expérience comme ça qui est très profonde, parce que vous avez attendu plusieurs années, vous avez tourné pendant cinq mois, et puis c’est compliqué etc. et puis le film sort, est­-ce qu’on a envie après, j’allais dire, de retourner dans le travail d’avant ? Est­-ce que vous pourriez vous dire « Bon, ben maintenant, il faut s’y remettre », ou est-ce que vous y avez déjà pensé, écrit, travaillé, fait des musiques, ou pas du tout ?

MF : Non. J’ai eu pendant effectivement le tournage même, plutôt juste après le tournage, quand le tournage s’est terminé, une envie que de tout abandonner, tout délaisser. Pour aller vers quoi, c’était le point d’interrogation et plutôt une période d’anéantissement qu’autre chose. Aujourd’hui, oui j’ai très envie de retourner vers l’écriture, enfin mon écriture, en tous cas, pour essayer de découvrir des choses que je ne connais pas moi­-même, je suppose, parce que je ne sais pas ce que je vais faire, je ne sais pas ce que je vais écrire. Mais non, j’ai toujours cette envie. Je sais que si cette envie me quitte, j’arrêterai. J’aurai en tous cas cette honnêteté.

GD : Il y a quelque chose qui peut apparaître paradoxal, c’est que finalement vous êtes très pudique, réservée, timide, et en même temps vous faites des choses qui sont toujours, qu’elles soient habillées ou pas habillées, toujours un peu explosives. C’est jamais… Pourquoi ? MF : Parce que je crois que ça fait partie de mon propre paradoxe. C’est cette envie que de se cacher, cette envie de lumière et qui se reproduit dans le moindre de mes actes et pensées. C’est quelque chose de conflictuel mais nécessaire.

GD : Vous savez que par rapport justement aux années précédentes, on a appelé ça un peu pompeusement les années 80, celles qui s’annoncent sont plus tellement les années de la provocation. Mais quand je dis « la provocation », c’est pas la provocation au sens idiot mais la provocation au sens presque artistique des choses. Maintenant, ceux qui essaient de sortir le bout du nez pour faire des choses un peu différentes, on leur tape sur le bout du nez. Ça vous fait peur, ça ?

MF : J’ai l’impression que ça a existé toujours, ça, que c’est omniprésent, que dès qu’on essaye de faire quelque chose qui n’est pas, effectivement, dans ce chemin balisé, on vous tape sur les doigts. Mais…

GD : On vous a tapé, vous, sur les doigts ?

MF : Attaquée, bien évidemment ! Mais une fois de plus, peu m’importe, ça ne nous touche pas. Un artiste existe parce qu’un public est là. Au fond, j’enfonce des portes ouvertes, mais c’est la vérité vraie! Donc, tant qu’un public me dit « Continue ! C’est quelque chose que nous aimons », je continue !

 GD : Est­-ce que vous vous reconnaissez, non pas personnellement, mais dans des attitudes qui peuvent vous ressembler, par exemple pour quelqu’un comme Isabelle Adjani qui vit un peu…qui au fond montre à l’écran des choses souvent excessives et puis qui le reste du temps disparaît ?

MF : Je ne sais pas si nous sommes pareilles, mais c’est vrai que on m’a fait souvent cette réflexion, par exemple, que nous avions… Mais c’est plus pour évoquer des choses, dans le fond, des choses négatives en fait. Cette comparaison a été…

GD : Non, mais là c’est dit…

MF : Non, je le sais mais là je pense à ça parce que c’est quelqu’un qui, je crois, a essayé réellement de gérer sa carrière et son image et de faire ce qu’il lui plaisait, et parfois de s’évanouir et qu’on le lui a reproché. Maintenant, est­-ce que je…Je ne sais pas, c’est quelqu’un qui a un grand talent.

GD : La dernière question : est-­ce que la vie quotidienne, c’est-­à­-dire celle qui est ni sur les planches, ni dans les studios, ni en tournage, est­-ce qu’on y trouve un peu de bonheur, de plaisir, ou est­-ce que finalement il faut attendre désespérément de faire quelque chose et de se montrer ?

MF : Je crois que j’ai besoin effectivement de faire quelque chose, et ce métier… Sinon, je le vis mal.

GD : En tous cas, on vous souhaite le plus grand succès pour le film…

MF : Merci beaucoup.

GD : …à vous et à Laurent Boutonnat. Le film donc qui est sorti aujourd’hui sur les écrans et que je vous encourage vivement à aller voir, parce que c’est un film qui ne ressemble pas aux autres et c’est tant mieux ! Ciao, à demain. MF : Merci beaucoup… Générique de fin de l’émission.

TALKSHOW 5 OCTOBRE 1994 Présenté par Guillaume DURAND LCI

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SYSTÈME 21 reçoit MYLENE

Posté par francesca7 le 7 février 2016

 

 L’émission débute par un enchaînement de très brefs extraits de tubes de Mylène Farmer (« Sans Contrefaçon », « Pourvu qu’elles soient Douces », « Sans Logique », « Libertine », « Maman a Tort ») qui s’achève sur l’introduction de « L’Horloge ». L’heure tourne. Quatre ans d’absence. Mais cette fois, ça y est : Mylène revient avec un nouvel album.

Rencontre exceptionnelle avec l’artiste la plus énigmatique et la plus adulée du show­biz français.

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Disponible, attentive : c’est l’instant X !

Diffusion d’un jingle dans lequel Mylène invite les auditeurs à découvrir son nouvel album sur la station.

C’est vrai que vous donnez très, très peu d’interviews radio. C’est une des premières fois ? (ce site d’archives, même s’il ne saurait prétendre être exhaustif, permet d’apporter une réponse négative à cette question ! nda)

Mylène Farmer : C’est très, très peu d’interviews en général ! Peu de radio, peu de presse.

C’est la deuxième je crois, puisque je débute la promotion. (la promotion d’ « Anamorphosée » a en effet débuté par les médias belges, nda)

Vous n’aimez pas ?

MF : C’est un exercice difficile pour moi, donc je préfère le rendre rare. Votre tout nouvel album s’appelle « Anamorphosée ».

Ca signifie que Mylène Farmer a décidé de rompre un petit peu avec l’image qu’elle donnait, ou est­-ce que vous avez envie de la transformer ? Quelle métamorphose est en train de se produire ?

MF : C’est plus ma perception du monde qui a changé et qui s’est élargie, donc l’idée de l’anamorphose était pour le moyen de rassembler toutes ces idées, de les concentrer pour n’en faire plus qu’une. Voilà, ce pourrait être l’image autorisée de l’image réelle. Et puis, c’est un jeu de mot ! (sourire)

Vous avez enregistré cet album aux Etats­-Unis, à Los Angeles. C’était la première fois. C’est un passage obligé, les Etats­-Unis, pour un artiste confirmé ? D’où est partie cette envie d’aller travailler là­bas ?

MF : J’ai passé beaucoup de temps aux Etats­-Unis : neuf mois à Los Angeles, un mois à New York. C’est un pays que j’aime bien. L’idée de l’album là­-bas, il se trouve que j’étais là­-bas et que j’avais un besoin, moi, de liberté donc c’est pour ça que j’ai choisi ce pays et qu’il y a de bons studios. Maintenant, l’idée de l’Amérique pour faire un album en aucun cas n’est définie parce que l’Amérique. Il se trouve, une fois de plus, que j’étais là­-bas, donc c’était plus simple pour moi d’amener tout le monde là­-bas !

Qu’est­-ce qui vous plaît, aux Etats-­Unis ? Qu’est-­ce qui vous attire là­-bas qu’il y a pas ici ?

MF : Déjà, le fait que je ne sois pas connue, donc qui pour moi est ‘une grande liberté’, à savoir je peux vivre comme tout le monde. D’autre part, j’aime bien cette notion d’espace, de grandeur. Je préfère définitivement New York à Los Angeles. Aujourd’hui, je peux me l’avouer, en tout cas !

Pourtant, vous consacrez une chanson entière à la Californie !

MF : Oui, parce que c’était un passage qui était quand même important, et une fois de plus, vivre neuf mois dans un pays ou dans une ville, c’est un moment qui est important dans la vie, et c’était un moment important pour moi donc « California », cette chanson, est née effectivement de ce passage.

Diffusion de « California ».

Lorsqu’on écoute, j’ai noté « Rêver », « Comme j’ai Mal », « California » et « Laisse le Vent Emporter Tout », ça parle beaucoup de rupture. C’est un sujet qui vous préoccupe pour l’instant, qui vous inspire particulièrement pour écrire des chansons, des textes ?

MF : Moi j’y vois dans la notion de rupture plus pas quelque chose, pas une notion négative mais au contraire, là encore, je parlerais de passage. C’est plus peut­-être parler d’un niveau de conscience, en tout cas l’esprit qui s’échappe donc, en ce sens c’est probablement une rupture.

Donc peut-­être n’y voyons-­nous pas la même lecture, dans le fond ! Après, ça, c’est quelque chose qui vous appartient puisque ça ne m’appartient pas… La rupture, c’est peut-être un nouveau départ, aussi…

MF : J’y vois dans ce cas-­là effectivement, oui, quelque chose de porté vers le haut, l’esprit qui s’échappe, une fois de plus. Donc oui, c’est une rupture.

Diffusion de brefs passages de « Laisse le Vent Emporter Tout », « Rêver », « Eaunanisme », « Mylène s’en fout », « California ».

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Pour la première fois, vous enregistrez un album aux Etats­-Unis, vous êtes photographiée sur la pochette de l’album par Herb Ritts et pas par Marianne Rosenstiehl qui d’habitude travaille avec vous, je crois, vous avez un nouveau manager (Thierry Suc occupe cette fonction depuis déjà presque cinq ans au moment de cet entretien, pourtant, nda), vous avez un nouveau clip, « XXL », qui a été filmé par Marcus Nispel, si je ne me trompe pas : ça fait pas mal de changements aussi, de ruptures avec le passé. Vous avez décidé de tourner une page par rapport aux gens avec lesquels vous étiez habituée de travailler ?

MF : Je pense pas que ça se… C’est pas quelque chose qui a été défini de cette façon-­là, décidé. Il s’est trouvé donc que ce passage à Los Angeles a provoqué d’autres choses en moi. Par exemple, pour parler du clip, j’ai quand même travaillé dix ans avec Laurent Boutonnat et je pense qu’il était intéressant que d’avoir un autre regard sur moi. Quant à cette volonté que de travailler avec un autre photographe, ça, ça fait appel à la même chose : cette envie que d’avoir un nouveau regard. Maintenant, parler de métamorphose radicale : non, bien sûr que non, si ce n’est qu’on apprend tous les jours et que la vie fait que ou vous changez, ou une fois de plus vous apprenez des choses et cette vie va vous diriger vers d’autres choses, d’autres envies, d’autres pensées. Une fois de plus, en parlant de ce photographe, je savais que lui pouvait m’amener, non pas dans mon univers mais en tout cas photographiquement, amener quelque chose qui était propre à lui et peu t -­être enrichir le mien.

En parlant de changement, justement, on vous sent ­ enfin, c’est une impression toujours personnelle ­ plus préoccupée qu’auparavant des problèmes de société, de la vie qui nous entoure, des problèmes de chacun…

MF : Sans doute. Sans doute, puisque ma vraie préoccupation est dans le fond mon passage et notre passage dans le monde, enfin notre vie terrestre donc c’est vrai que fatalement, on regarde l’autre avec un peu plus d’attention. Auparavant, il me semble que c’était plus axé sur vous.

Là, j’ai l’impression que vous regardez tout à coup plus vers l’autre…

MF : Oui, probablement. Probablement. Mais j’ai toujours regardé l’autre, j’ai toujours été sensible à la sensibilité de l’autre, maintenant c’est vrai que c’est peut­-être moins concentré sur moi.

Peut-­être d’avoir décidé tout simplement d’accepter de vivre, et cette acceptation vous ouvre des portes énormes et vous ouvre très certainement, en tout cas vous acceptez le regard de l’autre et vous acceptez de porter le regard sur l’autre. C’est une certaine maturité…

MF : Très certainement. En tout cas, je ne dirais pas que c’est agréable mais c’est vrai que c’était important pour moi, en tout cas, que ça arrive. (sourire)

Diffusion de « Rêver ».

C’est un album où émerge plusieurs paradoxes : vous parlez d’amour mais à la fois de séparation, vous parlez d’envie de vie et à la fois toujours de cette attirance un petit peu morbide. C’est quelque chose que vous gérez bien, d’être attirée par des extrêmes, comme ça ?

MF : Je vais dire une énorme banalité, probablement mais la mort fait partie de la vie, donc c’est vrai que est-ce que j’ai apprivoisé la mort ou est­-ce que la mort m’a apprivoisée : je ne sais pas bien, si ce n’est que être attirée par les mêmes choses, moi j’appelle pas ça de la morbidité mais simplement un intérêt, en tout cas une interrogation quant à la mort. Maintenant, la vie ­ comme je l’ai dit auparavant­ je tente de l’accepter et de l’apprivoiser.

C’est quelque chose qui vous préoccupe au quotidien ?

MF : Je vis au quotidien de la même façon que vous vivez, donc bien sûr que c’est une préoccupation !

Oui, mais tous les jours vous vous posez une question par rapport à la mort ? C’est quelque chose qui est là, qui est latent, qui vous travaille ?

MF : Dans la mesure où j’ai à la fois, oui, une vraie question que je me pose, des livres qui m’accompagnent qui parlent de ça. J’ai découvert ­ je vais essayer d’être un petit peu plus précise ­ un livre qui je pense m’a beaucoup aidée et qui est très, très intéressant, qui s’appelle « Le livre tibétain de la vie et de la mort » et qui parle justement de cette acceptation de la mort et qui vous parle de la vie comme jamais on n’en a parlé, en tout cas moi c’est mon sentiment.

Vous êtes partie en Inde. Ca a un rapport direct avec ça ?

MF : Non, parce que mon passage en Inde c’était juste un voyage éclair (à l’été 1989, nda), à savoir que quelquefois on a des urgences, il faut absolument partir, donc j’avais choisi l’Inde parce que…je ne sais pas ! Je n’ai pas, non, ressenti grand­-chose en Inde. Maintenant, je sais qu’aujourd’hui, si j’y retournais, je sais que ça serait tout à fait différent. Donc l’Inde, a priori en tout cas sur ce premier voyage, n’a été en aucun cas dirigé par telle ou telle pensée.

Diffusion de « Vertige ».

Est-­ce que vous êtes consciente que sur ce nouvel album ­ certainement, vous l’êtes ­ votre voix a changé ?

MF : Oui, je le suis parce qu’on me l’a dit beaucoup, et puis c’est vrai qu’en studio on s’en rend compte aussi quand on chante.

Certains morceaux sont plus rock qu’auparavant. Vous vous sentez plus rock’n’roll qu’il y a quelques années ?

MF : Non !! (rires) Non, non, non. Simplement faire appel à des instruments lives, ça donne toujours cette connotation rock’n’roll mais en aucun cas ce n’est ma revendication. Non, j’avais réellement le souhait que de travailler, d’avoir des guitares, avoir une batterie live, une basse donc toutes ces choses font que le climat est un peu différent, mais en aucun cas une revendication, non.

Vous écoutez quoi en ce moment, comme musique ?

MF : J’écoute beaucoup Bob Marley, je me suis racheté « Hotel California » (des Eagles, nda), j’ai découvert ­ comme tout le monde, je pense ­ (Alanis) Morissette, que j’aime bien, « Harvest », Neil Young donc, que j’aime vraiment, vraiment beaucoup et je m’aperçois de plus en plus que, indépendamment de l’aspect musical, c’est la voix et la particularité d’une voix qui me touche énormément et c’est vrai qu’entre Neil Young et Bob Marley, ce sont des voix qui sont tellement…qui viennent d’ailleurs !

Diffusion de brefs passages de « Tomber 7 fois… », « L’Instant X », « Vertige », « Comme j’ai Mal » et « XXL », puis de « L’Instant X » cette fois en entier.

Quels souvenirs gardez­-vous de cette grande tournée que vous avez fait il y a six ans, maintenant ?

MF : Oui. Un grand souvenir. Je me souviens du public belge très, très bien. Je l’ai réellement en mémoire. Je sais pas…Un moment qu’on a une fois dans sa vie, parce que je crois que la première fois est la première fois. Si je dois refaire une scène, je ressentirai des choses différentes mais c’est de la même façon que quand on rencontre quelqu’un, la première fois, la première nuit, le premier moment est quelque chose d’absolument magique et qu’on ne peut pas vous enlever, donc c’est quelque chose d’assez étonnant.

Il faut être deux à un rendez­-vous, et là en l’occurrence le public était là, nombreux…

1995-07-dMF : J’ai beaucoup de chance, je le sais. Beaucoup, beaucoup de chance. J’ai eu beaucoup de monde mais ce qu’il y a de plus important, toute cette masse finit par ne faire plus qu’un aussi, donc c’était une attention qui était… Oui, c’est un beau cadeau de la vie, ça !

Quand pourra-­t-­on vous revoir sur une scène en Belgique ?

MF : Je n’ai pas la réponse moi-­même. Je préfère dire que je ne sais pas, parce que je pense que je ne sais pas, dans le fond ! Je ne sais pas…

Diffusion de la fin de « Je voudrais tant que tu comprennes » qui s’enchaîne avec « Eaunanisme » pour clore l’émission.

ISSU de RADIO 21 (Belgique) 21 OCTOBRE 1995

Publié dans Mylène 1995 - 1996, Mylène AU FIL DES MOTS, Mylène en INTERVIEW | Pas de Commentaires »

Mylène PARMI LES STARS 90

Posté par francesca7 le 20 janvier 2016

 

11 JANVIER 1993 Présenté par Michel DRUCKER TF1

Après avoir interprété « Que mon Cœur Lâche » accompagnée de deux danseuses, Mylène Farmer rejoint Michel Drucker, qui reçoit Alain Prost. Devant eux trône le disque de diamant décerné à Mylène pour un million d’exemplaires de son album « L’Autre… » vendus, qui prend la forme d’une grande pyramide en verre.

1993-02-b1993-02-a

Michel Drucker : En ce début d’année, on peut encore faire les bilans de l’année passée.

Je vous présente : Alain Prost, Mylène Farmer.

 Mylène Farmer : Bonsoir.

MD : Mylène Farmer qui était, avec ce disque de diamant une des grandes triomphatrices de l’année. Je voudrais revenir sur la chanson : le clip n’a pas été fait par votre cinéaste habituel, mais par Luc Besson.

MF : Oui.

MD : Ça a été difficile pour vous d’abandonner votre complice habituel pour vous confier à un autre metteur en scène, même si vous l’aimez bien, que vous le connaissez ?

 MF : Un petit peu difficile, mais je connais bien Luc Besson. Nous nous sommes rencontrés, il nous a invités en Arctique pour un très, très beau voyage (cf. « Stars 90 » le 09.09.1991), donc nous le connaissions bien, et puis c’est un très bon metteur en scène, donc c’était à la fois difficile et facile !

MD : Et c’était un changement. C’est un changement d’atmosphère par rapport à vos derniers clips…

MF : Oui, c’est vrai que nous avons des univers assez différents, et Luc, je crois, a su nous apporter une légèreté, et peut­être une dédramatisation par rapport au thème de la chanson.

MD : C’est une de vos dernières apparitions à la télévision comme interprète, comme chanteuse, puisque vous partez en Tchécoslovaquie pour tourner pendant plusieurs mois votre premier long métrage.

MF : Oui. (le départ de Mylène pour rejoindre le plateau de « Giorgino » est effectivement imminent, nda)

MD : Vous allez revenir à la chanson plus tard, vous ne savez pas ?

MF : Bien évidemment, oui ! Bien sûr ! (sourire)

MD : Vous voulez poser une question à Alain Prost ?

MF : Ecoutez, oui, je vais essayer…

MD : C’est un univers que vous ne connaissez pas, mais qui vous fascine quand même…

MF : Que je connais très peu, mais j’avoue que je suis capable de regarder des…

MD : Des Grands Prix de Formule 1.

MF : Des Grands Prix, oui, absolument. Je sais que M. Prost, et tous les coureurs automobiles, côtoient la mort et j’aurais voulu savoir : que représente­-t­-elle ?

MD : Que représente ce flirt permanent avec la mort ?

Alain Prost : En réalité, c’est la grande difficulté. On en parle très, très peu, mais malgré tout, sans être macabre, de temps en temps, vous laissez vos affaires dans la chambre le matin, et vous vous dites « Tiens, ce soir, on sait jamais, je vais peut­-être pas les retrouver ».

Et vous y pensez…

Avant de laisser partir Mylène, Michel Drucker présente des ouvrages sur les différents films de Luc Besson. Il offre celui de « Nikita » à la chanteuse, puis la salue, en lui souhaitant bonne chance pour son film.

Mylène le remercie, puis remercie le public. Elle reste assise, tandis que Drucker lance un autre sujet.

Publié dans Mylène 1989 - 1990, Mylène en CONFIDENCES | Pas de Commentaires »

QUATERBACK MAI 1987 – avec Mylène

Posté par francesca7 le 16 janvier 2016

 

Entretien avec François TAURIAC

 1987-17Le contexte de cet entretien est à préciser avant d’en lire la retranscription : il s’agit d’un magazine sportif entièrement dédié au football américain qui propose donc une courte rencontre avec Mylène Farmer, au hasard d’une page…

L’interview est totalement incongrue puisque passées les questions d’usage sur son actualité, le journaliste s’entête à faire parler Mylène de sport…

Que représente la chanson dans ta vie ? ­

La chanson est pour moi ce que le sang est à Dracula : entendez par là que musique et chanson sont deux éléments indispensables dans mon existence. Je ne peux pas m’en passer.

En fait, la chanson est une sorte de Gardénal ? (médicament contre l’anxiété, nda) ­

 Vous n’avez qu’à téléphoner à Dracula, il ne manquera pas de vous expliquer ses sensations !

Quelle a été ta première rencontre avec le sport ? ­

L’équitation. J’en ai fait très tôt, mais lorsque j’ai commencé à grandir, j’ai dû arrêter. Mais dans tous mes clips, je fais du cheval !

Bon, si je te dis Quaterback ? ­

Ha oui, c’est une marque de biscuits d’apéritif ?!

Non, c’est un nouveau mensuel traitant du football américain. Au fait, que penses-­tu de ce sport ? ­

Si ça ne tenait qu’à moi, je mettrais moins d’épaulettes !

Tu connais les règles du jeu ?

 ­ Je n’y connais pas grand­-chose, mais je pense que tout est permis, sauf de taper en dessous de la ceinture…

Aimerais­-tu commenter un match ? ­

Non, j’aimerais plus que ça : je voudrais arbitrer une rencontre. De cette façon, je pourrais voir tout ce qui se passe, sans pour autant prendre part à cette fantastique bagarre !

Tes projets ? ­

Je viens d’achever le tournage du clip de mon dernier titre, « Tristana ». Laurent Boutonnat est en train de le monter en studio. D’autre part, je prépare mon deuxième album. S’il me reste un peu de temps, j’aimerais prendre des cours de football américain.

 Sans blague ! 

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Une Mylène qui fait peur

Posté par francesca7 le 26 décembre 2015

 

dans son dernier clip, c’est une Mylène flippante que nous voyons…

CLIP DE MYLENE

La chanteuse française s’est métamorphosée en étrange créature pour la vidéo accompagnant son titre City of Love, tiré de son nouvel album.

 la rousse incendiaire s’est en effet transformée en extraterrestre nue, pâle et pourvue d’ailes diaphanes, de longues griffes et d’une chevelure faite de pics oranges. Le résultat aussi beau que flippant est signé Pascal Laugier, spécialiste français du film d’horreur à qui l’on doit notamment Saint Ange et Martyrs. 

Fidèle à elle-même, c’est plus un mini-métrage qu’un simple clip que nous offre l’interprète de Libertine. Mise en scène théâtrale et très esthétique, ambiance surnaturelle, à la fois burtonesque et pesante, paroles prônant l’amour comme salut… on retrouve bien là la patte de l’artiste performeuse.

Pour se mettre dans la peau de cette curieuse créature découvrant par le biais de divers images ce qu’est l’amour tel que les humains le conçoivent avant de s’éprendre d’un mannequin en bois, Mylène Farmer a dû faire preuve de beaucoup de patience puisque sa transformation a nécessité près de 7h de maquillage avant chaque prise de vue. Heureusement, le tournage qui a eu lieu au château de Chambly dans l’Oise, n’a duré que deux jours, ou plutôt deux nuits.

 

Publié dans Les Clips de Mylène, Mylène 2015 - 2016, Mylène et mes BLABLAS | Pas de Commentaires »

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