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Boutonnat rend hommage dans Tristana

Posté par francesca7 le 28 mars 2014

Laurent Boutonnat rend hommage dans Tristana au film Octobre de S.M. Eisenstein, oeuvre grandiose de propagande soviétique, qui retrace les journées de juillet et la révolution bolchevik de 1917. On y retrouve les mêmes thèmes comme celui du montage signifiant, des figures de Lénine, de l’amour sous-jacent, de la bourgeoisie et celui de la révolte envers les Tsars.

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    C’est au milieu du clip de Tristana (1987) que l’on croit voir les images d’archives de la révolution russe d’octobre 1917. Or, si c’est bien un discours de Lénine en personne dont Laurent Boutonnat s’est servi, les images des tireurs du tsar tirant sur la foule ne renvoie pas à 1917 et sont, de surcroit, nullement documentaires ! Il s’agît là de la reconstitution de la révolte de février 1905 (bien avant celle de 1917 donc) devant le palais d’Hiver de Saint-Petersbourg par le cinéaste Vyacheslav Viskovsky. Laurent Boutonnat a en effet pioché ces impressionantes (mais fictionnelles) séquences de mouvements de foule en noir et blanc dans son film Devyatoye Yanvarya (Le Neuvième de Janvier), tourné en 1925. L’effet documentaire reste très fort, d’autant plus que dans le générique de fin de Tristana, le film de Vyacheslav Viskovsky danslequel a pioché Boutonnat n’est nullement crédité.

Laurent Boutonnat, lui, voulait se servir de ces images pour illustrer la révolution de 1917 dont ne subsite qu’une seule image fixe, prise depuis la fenêtre d’un appartement de la Perpective Nevski (toujours à Saint-Petersbourg). Une reconstitution a bien eu lieu : celle de Eisentein en 1927 pour son film Octobre. C’est ce film de Eisenstein et plus particulierement son montage qu’a tenté de reproduire Laurent Boutonnat dans cete séquence.

Le film d’Eisenstein donc, Octobre (1927), est une immense fresque qui, dédiée au prolétariat de Petrograd, célèbre la révolution victorieuse de 1917. C’est un film de commande pour célébrer les dix ans de la révolution prolétarienne. On assiste à deux phénomènes : d’une part on ne peut éviter de remarquer la « poétisation » du récit, en y apportant des éléments grandioses (les scènes de foule lors de la première tentative de prise du palais d’hiver par exemple) des scènes symboliques à l’esthétisme sophistiqué (comme par exemple ce cheval qui reste pendu au pont qui se lève, et qui finit par chuter). En deuxième lieu on assiste à une représentation, à une transcription quasi picturale de l’Histoire. Transcription qui tiendrait de la pure fiction si elle n’était pas rendue authentique par une dimension documentaire, car ces évènements se sont réellement passés, dix ans plus tôt, sur les lieux mêmes du tournage.

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Les falsifications de l’Histoire 

    Eisenstein a du faire des choix. Des choix qui ne tenaient qu’à lui de respecter ou non. Par exemple, dans le rapport à la réalité, le cinéaste ne se positionne ni entièrement dans la fiction, ni dans le documentaire. S’il a certes choisi la reconstitution (c’est elle qui apporte la structure narrative au film), il se permet également de travestir parfois la réalité, de modifier certains détails, parfois importants, de l’Histoire. Eisenstein ajoute plusieurs scènes au film, qui n’ont aucun référent dans ce qu’il s’est réellement passer en 1917. Par exemple les quelques plans où Kerenski se prend pour le nouveau Tzar sont imaginaires, la scène qui conte la découverte des médailles de St Georges par les soldats aussi. Il ajoute également de superbes scènes qui, à défaut d’entretenir directement un discours de propagande, guide le spectateur vers une certaine forme de contemplation par le biais d’un vocabulaire cinématographique très esthétique, comme pour la scène (inventée elle aussi) où les caves à vin du palais d’Hiver sont saccagées. C’est ici que réside le pouvoir du cinéma ; c’est là où se trouve la faculté de mélanger réel et fiction, sans que l’on puisse distinguer les deux. Ces scènes ajoutées par Eisenstein viennent enrichir le film, et ne rendent que plus fascinantes les autres séquences inspirées du réel, qui se mêlent pour ne faire qu’une œuvre, cohérente et finalement terriblement personnelle.

    Il reste également plusieurs autres divergences entre le réel et la reconstitution filmée. Sont-ce des erreurs dues aux consultants (politiques pour la plupart) lors du tournage ou une volonté exacerbée de Eisenstein à vouloir travestir la vérité au point d’intervertir même l’ordre chronologique d’évènements historiques ? On sera surpris pour l’exemple par la statue d’Alexandre III qui n’a en fait été déboulonnée qu’en 1921 ! Ceci relever très probablement d’un choix délibéré du cinéaste qui avait semble t-il décidé de “tout” se permettre au nom de la propagande, du spectaculaire et du visuel. Les autres différences d’avec les faits réels que l’on peut remarquer relèvent plus de l’anecdotique ou du détail, comme Lénine qui en fait portait une perruque le 10 octobre, alors qu’il n’est pas représenté comme tel dans le film. Détail important ici, Kerenski est toujours représenté en officier dans Octobre alors qu’il était toujours vêtu de noir dans la vie. On a ici à faire manifestement aux choix personnel de Eisenstein, qui avait une vision très précise de son film et de l’impacte que pouvaient avoir des éléments visuels tels que les costumes que porteraient ses personnages. Une grande confusion est également commise lors du renversement du gouvernement provisoire. Alors que la proclamation de se renversement intervient en réalité à 2h10, une demi-douzaine de pendules nous indiquent des heures différentes sauf la vraie : 2h24, 2h07, 2h17, 2h35 et même 3h15. Eisenstein a peut-être voulu retrouver ici ses symboles qui brouillent le temps (comme le sphinx au début du film) et qui rendent la diegese trouble, et transforme le temps en une sorte de « chronologie irréelle ».

 

 

Reconstitution personnelle de la  réalité ou reconstitution d’une  réalité personnelle ? 

    Malgré cette mégalomanie et ce style indéniable (dû en majeure partie au montage, nouveau à l’époque), théâtre et poème en sont absents. C’est ici qu’émerge la notion de parti pris du réalisateur, il ne colle en effet pas à la réalité des faits et prend la décision d’aiguiller son spectateur, de le « persécuter » avec des cartons de titre, de porter son regard sur une souffrance bien précise plutôt qu’une autre. Eisenstein lui-même ne se définissait d’ailleurs pas comme un réaliste mais comme un formaliste. Pourtant, avant même que le film commence, il ouvre bien l’image par un intertitre qui évoque « les évènements de 1917 qui ont été reconstitués dans la plus grande fidélité » et le film qui se veut le « témoin de la naissance du pays soviétique ». Suit d’ailleurs d’une manière non innocente une citation de Lénine, héros charismatique de cette fresque cinématographique qui trouve quand même ses racines ancrées dans le réel. 

     Le résultat de ce film nous donne une œuvre où s’entrecroisent à la fois la poétisation du récit et aussi la dramatisation de l’histoire. C’est lui, Lénine (il ne s’agit en fait qu’un d’un sosie, nommé Nikandrov, Kerenski étant interprété, lui, par Vladimir Popov), que l’on voit d’ailleurs en contre-plongée, dans le vent avec un drapeau à la main, devant l’horloge juste après un intertitre l’annonçant prétentieusement comme une nouvelle Victoire De Samothrace, puissante et indestructible. Eisenstein, dans sa distribution, a bien voulu manifestement coller au réel, non seulement par la présence à l’écran d’un sosie parfait de Lénine mais aussi à en croire l’annonce faite avant le générique dans une réédition récente par la présence d’ »ouvriers, soldats, marins, et même un des chefs de l’insurrection armée, Nikolaï Podvoïski« .

    Les films réalisés en Russie après la révolution d’octobre 1917 sont « politiques », car ils posent en somme une unique question : Celle du rôle du peuple. En ce sens, ils parlent davantage au public car il participait aux évènements dont que le film retrace. Un film comme Octobre peut ici jouer un rôle de fédérateur, entre la nouvelle génération qui n’a pas connu la révolution dix ans avant, ses participants et ses victimes. Tous, après vision de ce film éprouveront sans doute la même souffrance. Et c’est par les scènes grandioses de la manifestation avortée de juin 1917 et celle réussie d’octobre de la même année que le public de ce film se remettra dans le rôle exact qu’il tenait dix ans auparavant, et prendra « conscience » de l’importance et du bien fondé de ses actions de l’époque.

 

 

Histoire ou politique ?

    Globalement, on pourrait dire que Octobre se situe du côté de l’histoire. La politique y est présente, certes, mais c’est par son arrière plan historique que le film parvient à prendre toute sa dimension. Si on prend par exemple le plan du sphinx égyptien, il connote à l’évidence l’aspect historique et quasi intemporel de ce qui est en train de se passer : « Révolution » y est référée à « pouvoir de classe », et non pas au simple combat. En somme, on semble moins s’attacher à la révolution elle même, qu’à ses causes, sa préparation, des tentatives, ses détracteurs, ses héros, ses agissements et ses conséquences. A mesure que les héros avancent, l’Histoire avance avec eux. La marche du pouvoir devient la marche d’un régime, d’un avenir. Histoire et politique y sont intimement superposées, comme le soutenait André Malraux :

« Le génie des films révolutionnaires d’Eisenstein illustre le bolchevisme, il ressuscite aussi l’épopée. »

in L’Homme précaire et la littérature, p. 211.

 

 

 

La symbolique

     Cette grande fresque de la révolution d’Octobre reste comme un document rare et précieux: elle entre dans l’Histoire, elle rencontre la politique et sur le même chemin le cinéma, avec par exemple une longue séquence lourde de sens qui nous donne à voir ce fameux « monde cassé en deux »: avec cette levée du pont qui doit isoler le quartier ouvrier du reste de la ville et stopper l’insurrection ouvrière: la rue s’ouvre lentement en deux pans coupés suspendus, créant une béance mortelle sur le fleuve. La longue chevelure d’une jeune femme morte bascule et se répand dans le vide; sur l’autre versant, un cheval blanc abattu dans sa course, glisse et pend au-dessus du fleuve, retenu par le chariot qui le rattache aveuglément à la route verticale. L’image du cheval suspendu pendant un bon moment et qui finit par une chute inéluctable toute la puissance véhiculée par cette première manifestation, avec les banderoles, à l’angle de la Sadovaïa et de la Nievski[1], qui se trouve en quelques minutes réduite à néant. On peut résumer le film à cette seule scène tant elle est forte et sonne juste dans ce que voulait faire passer visiblement S.M. Eisenstein. 

    Plusieurs plans véhiculent le même symbolisme pompier, comme par exemple cet homme en uniforme qui dort, juste après le plan du cheval mort, assoupi là comme pour dénoncer l’impuissance du gouvernement d’alors. On voit aussi ce bolchevique massacré près de la Volga. Images syncopées d’injustices. Ici encore Eisenstein montre le tout par la partie et parvient à faire passer la massacre qui est en train de se passer par la seule mort d’un homme, joyeusement lynché par un couple de bourgeois. Les situations, les personnages sont surélevés ou rabaissés, sans cesse ils sont comparés, comme pour confirmer au spectateur la teneur réelle du personnage auquel on a à faire ; par exemple au milieu du film, Kornikof est comparé à Napoléon Bonaparte d’une manière évidente. Là où les identifications deviennent troublantes et s’emmêlent, c’est quand on sait que lorsque Kérénski n’était “que” ministre des armées, les bolcheviks le surnommaient « Bonaparte au pied du lit »… Avec un humour accessible, la présentation de ces personnages tient souvent de l’ironie.

    Eisenstein orna son film de symboles, ne craignant pas de décevoir son public. Toujours de l’ordre référentiel, lorsqu’on parle de l’ordre d’arrestation de Lénine par le gouvernement provisoire, on distingue très aisément un passeur qui semblerait conduire la révolution bolchevique sur le Styx. Ce qui fait de Octobre un des plus grands films expérimentaux du début du siècle tient également aux symboles mêlant identifications grossières et effets visuels : Kerenski tient par exemple, qui tient un bouchon-couronne du Tzar pour en couvrir une bouteille à plusieurs éléments, ou lors de la scène de l’orateur au congrès, on voit des harpes avec un effet kaléidoscopique qui alterne avec le discours de l’orateur. Ces plans expérimentaux ont une origine. Pour ce dernier par exemple, Eisenstein a eu cette idée d’une citation de Lénine lui-même, qui aurait dit : « Kerenski joue le rôle de la balalaïka pour abuser les ouvriers et les paysans ».  Avec tout ça on voit bien que Eisenstein voulait un spectacle, à son nom, morceaux de bravoure à l’appui, et non une « démonstration ».

  

 

Évocation de l’amour

    Comme si Eisenstein avait le soucis de réaliser un vrai film, il mêle l’amour à son histoire. Il nous montre en effet la statue de deux personnages s’embrassant lors de la capitulation des contre-révolutionnaires (dans la séquence railleuse du « bataillon de choc »). Même si l’interprétation évidente de ce plan est celui du pays se retrouvant lui-même, de l’amour et toute l’imagerie optimiste qu’il comporte, il peut laisser entendre une autre voix, moins évidente…

    L’écrivain italien Francesco Alberoni, dans les années 70 écrit L’Amour Naissant, qui a inspiré l’écriture de l’album Innamoramento (1999). Il laisse à plusieurs reprises entendre que le fait de tomber amoureux (image présente dans Octobre par cette troublante image des statues s’enlaçant) peut se comparer à l’élan d’un peuple derrière une cause, comme celle de la révolution de 1917.

« L’amour naissant, “l’Innamoramento” italien. L’étincelle dans la grisaille quotidienne. Le bonheur mêlé d’inquiétude parce qu’on ignore si ce sentiment est partagé. Un état transitoire qui débouche parfois sur l’Amour. Un phénomène comparable aux mouvements collectifs révolutionnaires » .

Francesco Alberoni

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Souviens-toi du Jour où Mylène Farmer

Posté par francesca7 le 21 avril 2013

 

Paroles : Mylène Farmer
Musique : Laurent Boutonnat

 

Le sujet :
Pour Souviens-toi du jour, Mylène s’est inspirée de la vie d’un auteur cher à ses yeux, Primo Levi, et évoque une de ces oeuvres dont le titre est « Et si c’est un homme ». Primo Levi fut arrêté en février 1944 puis déporté à Auschwitz où il resta presque un an. Il fera partie des rares survivants des camps de concentration. Selon lui, sa survie est due au fait qu’il fut déporté sur la fin de la guerre alors que les Allemands manquaient de main-d’œuvre. C’est après sa libération qu’il décide d’écrire pour dénoncer les atrocités qu’un homme est capable de faire à un autre.

SI C’ EST UN HOMME

Vous qui vivez en toute quiétude
Bien au chaud dans vos maisons,
Vous qui trouvez le soir en rentrant
La table mise et des visages amis,
Considérez si c’est un homme
Que celui qui peine dans la boue,
Qui ne connaît pas de repos,
Qui se bat pour un quignon de pain,
Qui meurt pour un oui pour un non.
Considérez si c’est une femme
Que celle qui a perdu son nom et ses cheveux
Et jusqu’à la force de se souvenir,
Les yeux vides et le sein froid
Comme une grenouille en hiver.
N’oubliez pas que cela fut,
Non, ne l’oubliez pas:
Gravez ces mots dans votre cœur.
Pensez-y chez vous, dans la rue,
En vous couchant, en vous levant ;
Répétez-les à vos enfants.
Ou que votre maison s’écroule,
Que la maladie vous accable,
Que vos enfants se détournent de vous.

Souviens-toi du Jour où Mylène Farmer dans Mylène et SYMBOLISME souviens-toi

Primo Levi
Dans son récit, Primo Levi prépare son lecteur à réfléchir sur les horreurs qu’ont subi les victimes des nazis. Il dénonce la déshumanisation de ces êtres prisonniers et forcés de travailler dans des conditions épouvantables. Peut-on encore appeler « homme » ou « femme » une personne qui souffre aussi bien sur le plan physique que moral, quelqu’un qui a perdu son identité et qui doit supporter les atrocités qui lui sont infligées. Primo Levi tient à ce que le lecteur prenne conscience qu’il faut toujours les garder en mémoire, ne pas les oublier et transmettre le message aux futures générations pour qu’il n’y ait « plus jamais ça ».

L’analyse :
SOUVIENS-TOI DU JOUR…
Sortie : 2 septembre 1999
Mylène Farmer/Laurent Boutonnat
Durée : 4’55 (version single)
Maison de disque : Polydor
Editions : Requiem Publishing

Dans sa chanson, Mylène nous demande de garder en mémoire ce crime contre l’humanité que fut le massacre des Juifs dans les camps de la mort (« Souviens-toi »). Tout ce qu’il restait d’eux n’étaient que des cendres qui furent emportés par le vent (« Quand le vent a tout dispersé »). Elle nous demande de rappeler à ceux qui oublient, de leur remettre se souvenir en tête puisqu’il il est trop affreux pour être oublié (« Quand la mémoire a oublié »). L’idée contenue dans le texte est parfaitement résumée dans le titre de la chanson : Souviens-toi du jour!

« Souviens-toi que l’on peut tout donner », c’est la solution proposée par Mylène pour aider ceux qui en ont besoin, ceux qui souffrent, en leur tendant la main et en leur offrant notre soutien moral. On peut les aider à se reconstruire pour rendre leur vie meilleure. Mais, si nous sommes capables de reconstruire, nous pouvons aussi, à l’inverse, détruire toutes choses qui nous assurent paix et bonheur (« Souviens-toi que l’on peut tout briser »). Mylène nous demande d’être attentifs à nous et aux autres pour éviter le malheur.

Comme Primo Levi, elle veut nous faire prendre conscience que chaque personne souffrant et/ou victime d’une injustice est un être humain comme nous et que ce qu’il endure est indigne de lui (« Et si c’est un homme… »). Cette prise de conscience une fois faite (« Si c’est un homme »), il nous faut l’aider et la première chose à faire sera de l’aimer pour l’aider à faire face à son malheur. « Lui parler d’amour à volonté » pour qu’il réalise que cet amour est l’unique chose qui compte sur cette terre et qu’il faut le diffuser afin de s’accepter les un les autres.

Ensuite, Mylène reprend les paroles précédentes pour prouver ce qu’elle avance, pour les expliquer.
« Souviens-toi que l’on peut tout donner, quand on veut qu’on se rassemble ». Ici, elle nous explique que tout est une question de volonté, nous devons nous réunir, nous entraider pour mieux aider les autres. Primo Levi nous explique dans son livre que dans les camps régnait la politique du « chacun pour soi » et que s’il a pu rester humain, c’est parce qu’il a pu se lier avec certains déportés, ce qui a créé une certaine entraide grâce à laquelle il a pu faire face. « L’union fait la force », c’est le message à faire passer.

« Souviens-toi que l’on peut tout briser, les destins sont liés » . En effet, elle nous dit de ne pas fermer les yeux sur le malheur d’autrui car si on laisse faire les choses, elle peuvent nous entraîner aussi, ce qui nous rendrait encore plus coupable de n’avoir pas agi. Primo Levi. Dés le début du livre, nous dit avoir été « incrédule » vis-à-vis des camps. Mais quand il fut déporté, il était trop tard pour agir. Ils étaient impuissants face aux nazis et n’avaient d’autres solutions que de se soumettre. Et puis, si les camps de la mort ont existé aussi longtemps, c’est parce qu’on a fermé les yeux sur eux. Les autres peuples sont donc aussi coupables d’une certaine façon.

Pour Mylène, l’homme est capable du meilleur comme du pire mais, elle nous conseille de se battre pour qu’il ne fasse que le meilleur (« Lui parler d’amour à volonté, d’amour à volonté »). Tout le monde mérite de vivre dans un monde de paix où chacun peut garder sa dignité (« Et si c’est un homme, si c’est homme »).

Le refrain revient à l’idée générale du texte : se souvenir de ce cruel épisode des camps d’extermination pour ne plus qu’ils réapparaissent. Ainsi donc, Mylène choisit d’énumérer différents moment de détresse vécus par Primo Levi, plusieurs interprétations des paroles de ce refrain sont possible.

souv dans Mylène et SYMBOLISME« Le souffle à peine échappé » les déportés doivent subir quelque chose d’horrible et ce chaque fois qu’un souffle s’échappe de leur bouche. A peine arrivés aux camps, les voilà débarqués du train puis, séparés des leurs, ils vont subir diverses « examinassions » pour ensuite aller faire un travail des plus épuisant (et le mot est encore trop faible) et en recommencer un autre tout aussi pénible.

« Les yeux sont mouillés », la séparation, l’épuisement, ne pas savoir ce qui les attend et comment tout cela va se finir ne manque pas de faire couler des larmes. « Et ces visages serrés » des Juifs entassés dans les fourgons du train les menant à Auschwitz. Primo Levi nous raconte qu’il ne crut jamais voir le bout de ce terrible voyage (« Pour une éternité »). mais, ces « visages serrés » peuvent aussi se référer au moment de l’arrivée au camp où pendant des heures, dénudés et dans le froid, entassés dans la même pièce, ils ont attendu qu’on vienne les chercher. Enfin, on peut encore y associer l’instant de la sélection où les SS vont décider de la vie ou de la mise à mort des prisonniers sur le simple fait de les voir devant eux pendant quelques secondes (cf « Qui meurt pour un oui, pour un non » du poème). A nouveau, les prisonniers attendent nus et entassés dans une minuscule pièce (Primo Levi ressent même de la chaleur au contact des corps). Même si cette fois, leur attente est courte (« Pour une minute »), le stress qu’elle amène donne l’impression qu’elle dure des heure et l’attente du verdict où les prisonniers sont dans le même état semble durer éternellement (« Pour une éternité »). Beaucoup ont prié (« Les mains se sont élevées ») pour retrouver leurs proches ou pour être déclarés « en bonne santé pour travailler » et ainsi donc pouvoir échapper à la mort. « Les voix sont nouées » aussi bien à l’extérieur qu’à l’intérieur des camps. En effet, les prisonniers avaient interdiction de communiquer entre eux dès leur arrivée aux camps et, à l’extérieur, personne n’osait parler de ce qui s’y passait ni n’avait le courage de s’élever contre les camps de la mort. Il semblerait que quelque chose ait retenu le monde pour l’empêcher de tout découvrir et de réagir pour empêcher ce massacre (« Comme une étreinte du monde »). A la fin du refrain Mylène nous donne la solution pour éviter que ces horreurs se reproduisent : nous devons toutes les garder en mémoire (« A l’unisson ») afin que les générations à venir vivent avec nous une vie digne de l’Homme (« A l’homme que nous serons »). Pour triompher du mal, nous devons être ouverts, altruistes, tolérants et aimants.

Ensuite, Mylène nous dit « Souviens-toi que le monde à changé ». En effet, l’extermination des Juifs par les nazis fut à l’origine de la Seconde Guerre Mondiale qui bouleversa le monde au point de le réduire à un chaos et l’entacha à tout jamais de cette blessure. Ce sont les soldats SS qui ont plongé le monde dans la terreur, le « bruit des pas qui résonnent » représente la marche militaire des SS. Comme chez Primo Levi, le bruit de leurs pas précède l’arrivée des soldats chargés de désigner, lors du premier passage du narrateur à l’infirmerie, qui sera envoyé aux crématoires. Ce petit bruit de pas était le début de l’enfer.

« Souviens-toi des jours désenchantés, aux destins muets ». Les « jours désenchantés » sont bien entendu ceux des prisonniers d’Auschwitz. Eux qui n’ont connu que la souffrance dans ces camps et qui savaient qu’ils n’en ressortiraient pas vivants. Le mot « muet » peut se comprendre comme on sait que les déportés n’avaient pas le droit de communiquer entre eux. Mais, on peut y voir aussi une autre signification : dans les camps, les déportés n’avaient pas le droit de parler et devaient exécuter toutes les tâches qu’on leur demandait sans prononcer un seul mot. On les forçait à rester muet. De plus, même vers le chemin de la mort, lorsqu’ils devaient se rendre dans les chambres à gaz, ils allaient « mourir en silence », pour ne pas avoir a être torturé puis tué mais aussi pour ne pas « effrayer » les enfants.

Mylène répète inlassablement « Lui parler d’amour à volonté, d’amour à volonté » pour que l’on comprenne que la seule solution est de répandre l’amour autour de soi, de donner de l’amour à tous ceux qui le méritent et qui en ont besoin. « Et si c’est un homme, si c’est un homme », toujours dans sa recherche de l’autre, Mylène nous rappelle que nous devons l’aimer puisqu’il est comme nous : un être humain. Pour s’épanouir l’homme n’a besoin que d’une seule chose… aimer et être aimé à son tour.

Dans le pont musical, Mylène répète le titre de la chanson en hébreux pour rendre un hommage direct aux juifs déportés. Elle conclut sa chanson en reprenant les premières phrases de celle-ci en espérant que l’on ait compris son message : se souvenir pour ne plus que de telles atrocités se reproduisent.

Le clip :
Toute la symbolique du clip est de représenter les chambres à gaz. Mylène, comme les victimes des camps, « évolue » dans une maison qui brûle. A la fin, tout est réduit en cendres, comme les corps des prisonniers.
Mais aussi, le feu est une allégorie des camps de concentration, d’abord réduit à un foyer, Mylène ne s’en soucie pas. Le feu, comme le nazisme, prend de l’ampleur et la piège comme les camps ont piégé Primo Levi. Sans espoir, elle ne peut que subir les choses en chantant jusqu’au bout. On peut remarquer les références comme l’horloge brûlée rappelant que les prisonniers n’avaient plus aucune notion du temps ou les livres calcinés montrant qu’ils avaient comme oublié leur passé et leur culture.

Un texte référence pour le clip :
ABAT-JOUR
Autour de la table
Au bord de l’ombre
Aucun d’eux ne remue beaucoup
Et quelqu’un parle tout à coup
Il fait froid dehors 
Mais là c’est le calme
Et la lumière les unit
Le feu pétille
Une étincelle
Les mains se sont posées
Plus bleues sur le tapis
Derrière le rayon une tête qui lit
Un souffle qui s’échappe à peine
Tout s’endort 
Le silence traîne
Mais il faut encore rester
La vitre reproduit le tableau
La famille
De loin toutes les lèvres ont l’air d’être ferventes et de prier.

Pierre Reverdy

Dans ce poème, nous pouvons remarquer différents éléments contenus dans la chanson de Mylène et dans le clip.

Les références dans l’œuvre de Mylène :

« Souviens-toi des jours désenchantés » : Comme dans la chanson Désenchantée, Mylène n’a pas vu ou n’a pas voulu voir le malheur qui s’abattait sur elle (« je n’ai trouvé de repos que dans l’indifférence »). Quand finalement elle se rend compte de la situation dans laquelle elle se trouve, elle est désarmée dans un monde où « tout est chaos ». Souviens-toi du jour serait-il un souvipetit clin d’œil à Désenchantée? En tout cas, elle souhaite que nous réagissions pour ne pas que nous nous retrouvions dans la même situation.

« Lui parler d’amour à volonté, d’amour à volonté » : En 1995, Mylène nous disait déjà dans la chanson « Rêver » : « J’ai rêvé qu’on pouvait s’aimer ». L’amour est selon elle la plus belle des choses qui puisse exister dans ce monde mais, à la fin, elle se rend compte que l’amour ne ressort pas toujours vainqueur (« J’avais rêvé du mot aimer »). Dans Souviens-toi du jour elle nous répète encore que la seule façon d’être sauvé du malheur c’est d’aimer l’autre quoi qu’il arrive. Ainsi on peut considérer le fait d’aimer comme une aide pour mieux s’en sortir.

Souviens-toi du jour est un texte qui reprend tous les thèmes que l’on peut retrouver dans « l’univers Farmer », c’est-à-dire l’amour, la mort est la religion. Vous retrouverez facilement ces thèmes et la façon dont ils sont abordés dans la chanson puisque nous les avons tous évoqués dans l’analyse.

Sa place sur « Innamoramento » :
Voici ce qu’on peut lire sur la pochette de l’album :
« L’amour naissant, « L’innamoramento » italien. L’étincelle dans la grisaille quotidienne. Le bonheur mêlé d’inquiétude parce qu’on ignore si ce sentiment est partagé. Un état transitoire qui débouche parfois sur L’Amour. Un phénomène comparable aux mouvements collectifs révolutionnaires ».
Francesco Alberoni

Une citation qui colle parfaitement bien à la chanson de Mylène. En effet, la « grisaille quotidienne » pourrait se référer à la vie dans les camps, une vie misérable et tuante avec un « gris » symbole de la tristesse et du désespoir. « L’amour naissant… un phénomène comparable aux mouvements collectifs révolutionnaires », si les peuples s’étaient élevés contre ces camps la situation n’aurait sûrement pas été la même. Il faut se battre pour l’amour, nous sommes tous des êtres humains et le meilleur que nous savons faire c’est aimer. Aimer pour une vie meilleure, pour un monde meilleur.

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