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Le Poupée de cire, poupée de sons de Mylène

Posté par francesca7 le 3 janvier 2015

 

Dans LIBÉRATION du 7 NOVEMBRE 1995

Entretien avec Laurent RIGOULET

1995-06-bA propos de sa fuite de Paris, quelques mois plus tôt :

­ J’ai envie de voyager. Je n’ai pas de réponses sur l’avenir. J’avais envie de voir la lumière. Paris, c’était le noir. Je n’exclus pas l’idée que je suis partie pour me reconstruire.

A propos de ses deux singes capucins, E.T. & Léon :

­ Il n’en reste plus qu’un, E.T., une femelle. Un vrai caractère, susceptible, attentif…

A propos de l’échec de « Giorgino », un an auparavant :

­ Une sanction inhumaine. Plusieurs années difficiles à surmonter, et tout se volatilise en deux jours. Je l’ai admis ­ disons que je l’ai toléré. Mais mon envie de partir était liée à cette période.

A propos de son enfance et de son adolescence :

­ J’ai tout oublié, hormis la neige. On m’a dit que j’en mangeais beaucoup ! Je m’ennuyais, j’étais solitaire.

J’écoutais Genesis, les Doors, les Eagles, Bob Marley, Gainsbourg, Barbara, Dutronc…

A propos de ses velléités d’actrice :

­ Du jour où j’ai quitté l’école, j’ai décidé que je voulais être actrice. Je ressentais déjà cette envie d’être en pleine lumière et de ne pas m’y exposer en même temps. Jouer me procurait du plaisir et un vrai déplaisir.

Etrange…Je n’ai pas insisté.

A propos de ce qui lui a plu chez Laurent Boutonnat :

­ Son physique de romantique, ses yeux bleus, très pâles, son côté secret. Il parle peu, comme moi…

A propos de son rapport à l’image :

­ J’ai toujours aimé l’idée d’exister dans le regard de l’autre.

A propos de ses goûts littéraires :

­ Je m’intéresse à Sade, à Henry James, aux romans russes, aux symbolistes. La poésie m’a enflammée : des gens avec qui je pouvais dialoguer en silence…

A propos de l’implication de Laurent Boutonnat dans son imagerie :

­ C’est un peu des deux : moi en libertine, c’était lui ; « Sans Contrefaçon », c’était moi. J’avais mis un mouchoir dans mon pantalon à la maison, pour voir. J’aime me travestir. On m’a longtemps appelée ‘mon petit garçon’ !

A propos de l’état d’esprit dans lequel elle est sortie du tournage de « Giorgino » :

­ Ce serait mentir de dire que j’étais heureuse…

A propos de sa nouvelle philosophie de vie :

­ Je me sens mieux depuis que j’ai compris qu’il y avait une vie après la mort. Et j’ai une force en moi : je peux tomber très bas, me laisser descendre, mais je repars toujours. Je m’interdis de sombrer totalement.

 

Publié dans Mylène dans la PRESSE, Mylène en CONFIDENCES | Pas de Commentaires »

RTL avec Mylène dans Grand Studio RTL

Posté par francesca7 le 28 décembre 2014

 

 

12 SEPTEMBRE 2009 – Entretien avec Anthony MARTIN

radio-cAu lendemain de son deuxième concert au stade de Genève, Mylène Farmer reçoit Anthony Martin dans sa suite située au bord du lac Léman. Diffusée le jour de l’anniversaire de la chanteuse, qui se produit le soir même pour sa deuxième représentation au Stade de France, cette interview a été annoncée à grand renfort de publicité dans la presse au début de la semaine par la station qui en a même diffusé un court avant­ goût dans son émission matinale « Laissez­-vous tenter » le mercredi 09.09.2009.

En préambule, Anthony Martin nous apprend que l’entretien a eu lieu assis dans l’herbe, dans le petit jardin attenant à la suite de la chanteuse, fatiguée mais souriante et bavarde !

Bonjour, Mylène Farmer !

­ Bonjour.

Merci de m’accorder cet entretien. Nous sommes à Genève. Vous avez donné un concert hier devant trente­-deux mille personne à Genève. Comment vous sentez­vous au lendemain de ce concert ?

­ Je vais vous répondre comblée et à la fois évidemment très, très fatiguée ! (rires) Mais des moments inoubliables. Inoubliables !

Vous ne vous ménagez pas sur scène : vous arpentez la scène de long en large, vous dansez évidemment –parce qu’on vous attend aussi pour ça. Vous concevez la scène comme un défi physique, aussi ?

­ En tout cas, je m’y prépare : j’ai à peu près six mois d’entraînement avant que de me produire en scène avec un coach qui s’appelle Hervé Lewis, avec qui on fait un travail incroyable. Il me connaît depuis presque j’allais dire une quinzaine d’années (vingt­cinq en réalité ! nda) donc on se connaît vraiment très, très bien. Donc oui, l’appréhension physique, si je puis dire, en tout cas l’exercice physique fait partie du spectacle, mais quand on est porté par un public –celui que j’ai devant moi, c’est quelque chose qui est tellement porteur qu’on en oublie l’effort ! C’est plus l’émotion qui gagne le terrain.

Vous adorez entendre chanter le public : souvent, à la fin d’un morceau, d’un tableau, d’une chanson, vous reprenez a capella pour les entendre. Ca, c’est le plus beau cadeau, finalement, pour un artiste…

­ C’est le moment probablement le plus magique, en tout cas un des moments les plus magiques c’est vrai, puisqu’ils s’approprient la chanson. J’allais dire, c’est presque de l’ordre du divin. Ce sont des mots un petit peu graves toujours, mais c’est quelque chose –je reprends le mot ‘magique’­ c’est exceptionnel de vivre quelque chose comme ça, bien évidemment.

Diffusion d’un extrait de « Rêver » enregistré lors des concerts de Genève

Quand on vous voit sur scène, on se dit que vous ne pouvez pas préférer l’ombre à la lumière : vous avez l’air si forte, si vivante dans la lumière !

­ Là, je vais vous répondre que le choix de l’ombre et de la lumière est le choix entre la vie privée et la vie publique, qu’on peut rester vivant aussi dans l’ombre. J’ai ce paradoxe en moi : je suis capable de vivre aussi bien dans l’ombre et de m’exprimer dans la lumière.

On a l’impression que votre timidité est transcendée quand vous vous trouvez, comme hier soir par exemple, devant trente mille personnes. Vous l’expliquez comment, ça ?

­ Alors ça, je crois que je n’ai pas d’explication. Je l’ignore moi­même, si ce n’est que je sais mon handicap devant trois personnes, je ne sais pas si je peux qualifier ça d’aisance devant trente mille personnes, mais en tout cas il y a une bascule qui se fait presque naturellement. J’ai plus de difficultés, oui, avec deux, trois personnes que devant une immense audience.

Parce que finalement vous n’avez pas à leur parler : vous êtes là pour leur offrir et recevoir. C’est peut­être ça…

­ En tout cas, les mots sont à travers mes textes et puis là, pour le coup, il n’y a rien de préparé : quand j’ai envie de dire quelque chose, c’est que j’en ressens le besoin. Là, c’est place au naturel, c’est place à l’émotion en direct, pour le coup !

Diffusion de « C’est une Belle Journée »

radio-bJustement, quand vous écrivez vos textes, est-­ce que vous pensez déjà à l’aspect visuel d’un tableau dans un futur, sur scène ?

­ Non, sincèrement. Là, je suis dans une pièce isolée, je travaille avec Laurent Boutonnat donc, qui est aussi compositeur, et les mots j’allais dire s’appuient, s’accrochent, s’harmonisent avec la musique donc j’ai besoin de la musique avant d’écrire des mots. Parfois, la musique m’inspire des sentiments, des sensations ; parfois, j’ai une envie de texte et puis la musique s’accorde avec ce texte mais en aucun cas l’image n’apparaît dans ma mémoire à ce moment­là, non.

Vous me disiez vous êtes dans une pièce quand vous écrivez vos paroles : vous êtes seule comme un écolier à son bureau, avec une page blanche, le stylo, vous mettez un fond sonore –donc là, vous vous inspirez de la musique­ ça se passe vraiment comme ça ?

­ Ha, tout à fait ! Dans une pièce en tout cas totalement isolée, ça j’en ai besoin. Comme un écolier / écolière ?

J’ai un très mauvais souvenir de scolarité ! En tout cas, besoin bien évidemment d’isolement et puis la musique sur laquelle je mettrai des mots.

Sur scène, vous incarnez vraiment –et c’est ce qui est fascinant­ l’intimité et la grâce dans une mise en scène gigantesque. Quel est le secret pour marier tout ça, pour y arriver ?

­ J’ai toujours aimé, moi, en tout cas avoir besoin du gigantesque et du spectaculaire. Maintenant, j’ai besoin de moments d’intimité et c’est ce qu’on a essayé de créer sur ce spectacle, à savoir avec le proscenium et la croix (petite confusion de Mylène, puisque le proscenium en forme de croix était celui du spectacle présenté à  Bercy 2006. Pour les stades en 2009, le proscenium se finit en forme d’étoile, nda) qui est au centre du stade même, et c’est là qu’il y a un vrai, vrai partage. J’allais dire il y a un partage même quand on est sur une scène frontale, mais vraiment au milieu sur cette croix (sic) on crée ce moment intime qui pour moi est de l’ordre j’allais dire de la communion, presque –encore un mot fort, mais c’est vrai que c’est un vrai, vrai moment d’intimité malgré le grand nombre : ce grand nombre devient un, devient quelque chose d’assez exceptionnel pour moi.

Il y a un autre couple ­ on a parlé gigantisme et intimité ­ il y a aussi le couple qui frappe quand on vous voit sur scène, c’est discrétion et provocation. Comment faites­vous pour que discrétion et provocation fassent bon ménage ?

­ Tout dépend si vous évoquez discrétion dans la vie privée, ou est­ce que c’est discrétion sur scène même ?

Sur scène, vous êtes discrète, vous êtes intime et en même temps vous êtes forte, vous êtes présente : ça tient sur vous, c’est vous qui menez ce gros barnum –le mot n’est pas beau mais au moins on comprend ce que je veux dire­ et vous êtes dans la provocation aussi dans les chorégraphies, les tenues…

­ Je vais vous faire une réponse assez banale : toutes ces facettes font partie de moi. Je suis de nature discrète en général, de nature timide parfois mais l’éclat de rire fait partie de moi aussi comme vous avez pu le constater puisque nous avons eu du mal à démarrer ! (rires) (Anthony Martin relata effectivement en préambule à l’interview que juste avant de démarrer l’entretien, amusés par l’incongruité de la rencontre, assis face à face dans l’herbe aux abords d’une suite, lui et Mylène Farmer sont partis d’un fou rire spontané qui eût  l’avantage de détendre l’atmosphère, nda) Et puis à la fois je crois que j’ai cette ­ là pour le coup, je n’y suis pour rien, c’est un cadeau de la vie­ j’ai à la fois sans doute cette fragilité mais aussi cette force ­en tout cas je vais l’exprimer de cette façon ­ c’est une force qui me permet de surmonter toutes mes peurs, tous mes démons au moment où j’en ai le plus besoin.

Il ne reste plus que trois concerts dans cette tournée 2009 (deux lors de la diffusion de l’interview, nda).

Est­ce que vous avez une appréhension de la fin de tournée ? Le ‘spectacle blues’ ?!

­ Je l’ai. Je crois que je l’avais dès le premier jour puisqu’on sait que tout début a une fin. Maintenant, quand à la gestion de ce blues, de ce grand vide, c’est quelque chose qui m’est d’abord très, très personnel mais je ne vous cache pas que tout artiste vous répondra que oui, c’est un vide qui est presque insurmontable. Je crois que le secret dans ces cas­là c’est, ma foi, de se reprojeter dans une création. Voilà, créer quelque chose, non pas pour oublier mais pour se redonner la force et de continuer et de vivre.

Donc c’est par la création que vous allez remplacer les applaudissements chaque soir à 21 heures parce qu’il y aura plus personne pour vous applaudir dans votre salon ?!

­ Alors, ‘remplacer’ ça va être compliqué : de toute façon, c’est irremplaçable. Mais oui, c’est certainement par la création que je vais retrouver des forces et l’envie de continuer ! (rires)

Diffusion de « Beyond my Control », suivi d’une pause publicitaire.

Que faites­vous, Mylène Farmer, dix minutes avant d’entrer en scène ? Si on peut faire le décompte, vous êtes avec qui ? Vous êtes où ? Est­ce que vous avez des rituels, des objets qu’il faut absolument avoir sous la main… ?

­ Ecoutez, quant aux rituels, je ne sais pas si je peux…Non, là encore, la pudeur regagne du terrain ! (rires)

J’ai auprès de moi Anthony (Souchet, son meilleur ami, nda) qui reste avec moi dans la loge. C’est un moment, en tout cas les dix dernières minutes sont vraiment un moment de recueillement. Quand j’allais dire de recueillement, c’est plus de concentration. Et puis, pour trahir un tout petit secret, Laurent (Boutonnat, nda) passe cinq minutes avant l’entrée en scène, me serre la main et me dit ‘Fais le vent’ ! (elle éclate de rire) Et là, personne ne comprend, mais ‘Fais le vent’, ça veut dire ‘Respire’, c’est une manière de respirer et d’essayer de destresser un peu. Mais c’est vraiment dans le silence. Et quant aux objets, ma foi, ils sont là mais ils sont miens ! (rires)

Vous en avez, en tout cas…

­ J’en ai !

Diffusion de « L’Instant X ».

Vous êtes attentive aux productions des autres artistes, parfois sur scène ou en studio, les albums ?

Vous écoutez beaucoup ?

­ radio-aJ’écoute beaucoup de musique. Je suis attentive et j’ai évidemment, comme tout le monde, des préférences.

Mes goûts musicaux sont assez éclectiques. Je vais vous donner quelques noms : j’adore Sigur Rós –j’adore leur univers­, j’adore Depeche Mode, j’adore David Bowie, j’adore Juliette Gréco etc. etc. Il y a énormément d’artistes que j’apprécie, bien sûr, et ce sont en général des artistes qui ont leur propre univers et sur scène qui ont envie de proposer au public des choses aussi incroyables, même si là elles restent très, très intimes si on parle d’une Juliette Gréco par exemple, mais c’est j’allais dire une telle présence, un tel univers de mots et de personne, des choses profondes qui me touchent beaucoup.

C’est marrant, parce que Juliette Gréco, que j’ai rencontré il y a deux mois à peu près en interview au moment de la sortie de son album, m’a longuement parlé de vous en interview en disant tout le bien qu’elle pensait et l’admiration qu’elle avait pour vous !

­ C’est gentil ! Ca me touche.

Puisqu’on parle des autres artistes, est­-ce que la mort de Michael Jackson vous inspire ? En tout cas, qu’est­ce qu’elle vous inspire, cette mort ?

­ Le tragique, la notion d’incompatibilité, j’allais dire encore, de vie privée et vie publique, de médias. C’était un immense, immense artiste –ça, nous le savons tous. C’est quelqu’un dont j’appréciais, comme beaucoup d’entre nous, les spectacles mais l’homme aussi : sa fragilité, sa sensibilité. C’est tragique. C’est le mot qui me vient à l’esprit, voilà. Je suis triste, comme beaucoup de personnes.

Et les albums, les DVD, vous les avez à la maison ?

­ Absolument.

Diffusion de « Désenchantée », suivi d’une pause publicitaire

Si on fait le point, Mylène Farmer, puisqu’on se rend compte en 2009, au mois de septembre, ça fait vingt­cinq ans ! Vingt­cinq ans de carrière ! Pour durer, le secret c’est le travail ?

­J’ai toujours peur de donner des leçons, mais en tout cas le travail, l’opiniâtreté sont essentiels, oui.

Parfois dans la souffrance ?

­ Je crois que c’est là, indissociable. En tout cas, je ne vais parler que de moi : j’allais dire tout travail est certes un plaisir, c’est un acharnement, mais la douleur en fait partie ­ la douleur, parce que les doutes ; ce peut être la douleur physique, il faut aller au­delà de soi…

Je me posais la question, parce que votre univers, on le connaît, il est très défini, très cohérent depuis le début : où est­ce que vous allez chercher votre nourriture artistique ?

­ Un peu partout. Je peux vous parler d’une exposition que j’ai découvert à New York il y a quelques temps et qui s’appelait « Art Body » (« Our Body » en réalité, nda) : beaucoup d’écorchés, c’est l’humanité décharnée, découpée et j’avoue que j’ai été non pas choquée, mais très impressionnée, intriguée. C’est parti aussi d’une réflexion et ça m’a donné l’idée, en tout cas l’envie d’exploiter l’écorché et justement le corps, et donc est venue, est née cette idée de l’écorché et j’en ai parlé à Jean­Paul Gaultier qui était enchanté de pouvoir créer un écorché multiplié par tous les danseurs et c’est le tableau d’ouverture. Voilà, ce peut être une source d’inspiration. Maintenant, bien sûr, la peinture, la littérature, tout ce qui peut passionner et faire partie de notre vie. Des auteurs : Stefan Zweig, mais là encore je vous épargnerai la liste parce que… ! (rires)

C’est assez intéressant finalement de savoir. Peut­être les voyages vous inspirent. Est­ce que les rencontres humaines vous inspirent ?

­ Je crois que l’être humain m’inspire, tout simplement. Maintenant, vous dire est­ce que cette personne aura déclenché telle idée : là, ponctuellement, je peux pas vous le dire, j’en sais rien. Mais les rencontres –les belles rencontres­ sont très, très rares mais elles sont indispensables à sa vie.

Je le disais : vingt­cinq ans de carrière, Mylène Farmer. Est­ce que vous avez le sentiment d’avoir construit une œuvre ?

­ Non, je peux pas vous le dire. Non. Stefan Zweig va construire une œuvre ! J’ai construit quelque chose, je suis fière de ce que j’ai pu construire, sans prétention aucune. Je suis heureuse d’avoir rencontré un public, je suis heureuse de cette fidélité. Voilà ! (rires)

Est­ce que le fait de durer, aussi, répond à une obsession de laisser une trace ?

­ Ecoutez, très sincèrement, l’obsession de laisser une trace ne ait pas partie de moi. Maintenant, pour être tout à fait honnête, j’aimerais que l’on ne m’oublie pas. Mais la vie n’est pas finie, donc à moi de le construire.

Diffusion de « A Quoi je Sers… »

Vous avez peu de souvenirs de votre enfance. Est­ce que vous avez imprimé ces vingt­cinq dernières années de chanson, de musique, de tournée, de rencontre avec le public ?

­ J’ai imprimé des moments uniques. J’ai une mémoire qui est très, très sélective aussi ­je crois que c’est nécessaire, sinon on est envahi par trop de choses­ et des choses qu’on voudrait ou qu’on a oubliées, c’est nécessaire, je crois, pour sa santé mentale. Mais des choses qui sont inscrites très, très fortement : bien évidemment. Tout au long de ces années, forcément…

Ce sont des images de scène ?

­ Aussi. Aussi et surtout. Mais il y en a d’autres aussi, plus douloureuses mais qui ont nourri ma vie.

Et puis la présence chaleureuse du public, qui se manifeste pendant les concerts et peut­être aussi entre les concerts, quand vous croisez les fans…

­ Ca, vous savez, c’est une fois de plus –là encore, c’est moi qui réponds mais j’imagine que tous les artistes répondent la même chose, si ce n’est que j’allais dire : je leur dois tout. Je ne sais pas si c’est la vérité, mais j’ai une chance inouïe. Je le sais. C’est eux qui m’ont soutenue, qui m’ont, j’allais dire, aidée probablement de vivre. C’est incroyable. C’est incroyable. C’est, là encore, un cadeau de la vie que je ne soupçonnais pas possible pour moi, et même si on évoquait le travail, laissons le magique opérer et ce public pour moi est magique et dans son intensité et dans sa fidélité, bien évidemment. J’ai une chance inouïe.

Est­ce que finalement ce métier a été votre survie ?

­ Oui, oui. Là, définitivement, oui. Oui. C’est quelque chose qui m’a aidé à m’incarner là où j’avais le sentiment plus jeune de n’être pas incarnée du tout, de n’être attachée à rien, de n’être reliée à rien. Oui, c’est fondamental.

C’est très fort de dire oui, finalement à cette question…

­ Parce que là encore, c’est je crois…J’allais dire l’honnêteté, même si ça peut paraître enfantin ou démagogue. Enfin, peu importe, là vous êtes témoin : c’est spontané, c’est vrai.

Diffusion de « Appelle mon Numéro », suivi d’une pause publicitaire.

Est­ce que vous avez apprivoisé vos peurs et vos souffrances avec le temps, avec le succès ?

­ Non, et c’est sans doute pas grave. Ou très grave, je ne sais pas ! (rires) Je n’ai pas la réponse, mais j’ai certainement pansé des plaies. Il y a toujours ce mot qui revient dans le vocabulaire de chacun d’entre nous, c’est ‘faire le deuil de quelque chose’ : malheureusement, moi je ne crois pas qu’on puisse faire le deuil de quelque chose. Maintenant, on peut tenter de faire ré émerger la vie et des choses qui vous aident à tenir, qui vous aident à vous réveiller, qui vous aident à sourire. Maintenant, tout ce qui est douleur, tout ce qui est doute, tout ce qui est peur est là, ancré et là encore ça fait partie de votre sang, de vos veines : c’est là. C’est présent mais c’est sans doute nécessaire –peut­être pas, mais c’est là en tout cas ! (rires)

Nécessaire à la création ?

­ On va dire que c’est…Forcément, forcément ça aide, en tout cas à une certaine créativité, oui.

Dans le spectacle, visuellement, sur les deux écrans géants, on voit beaucoup de têtes de mort. Est-ce que l’idée de mourir vous terrifie encore ?

­ radio-hL’idée de mort, de ma propre mort, en tout cas l’idée de la mort me terrifie, fait partie de chaque deux secondes de ma vie. Est­ce que ma propre mort me terrifie ? Je vais vous dire parfois oui,  parfois non.

Parfois, le mot ‘fatalité’ est plutôt serein : je me dis ‘Bon, ça se fera. De toute façon, c’est inéluctable !’ (rires)

Parfois elle me hante et parfois je l’oublie. Là encore, c’est tout et son contraire donc je ne vous aide pas beaucoup avec ma réponse ! (rires)

Qu’est­ce qui vous fait rire dans la vie, Mylène Farmer ?

­ (elle pouffe) Les débuts d’interviews où on a un air très dramatique quand on commence ! (en rapport avec l’anecdote rapportée plus tôt, nda). L’absurde, probablement.

L’absurde sous toutes ses formes : visuel…

­ Toutes ses formes.

…dans les dialogues, aussi…

­ Aussi.

…au cinéma –je sais que vous, vous avez une passion pour le cinéma !

­ Je voudrais aller voir le film de Tarantino, puisqu’on m’en a dit grand bien et ça a provoqué beaucoup d’éclats de rire, donc… ! Je n’aime pas tout, il y a certains films que j’ai adorés ­ de même que j’accepte qu’on n’aime pas tout de moi ­ mais ce film­là en particulier, oui, il m’intrigue !

Vous avez finalement passé vingt-­cinq ans –et ça va encore continuer, on le sait et évidemment je vous le souhaite­ à peaufiner les contours de votre univers artistique, avec ce culte évidemment du mystère. Comment est­ce que vous définissez le mot ‘mystère’ ?

­ (pensive) Le mot ‘mystère’…Oh, mon Dieu ! Déjà, pour commencer, il n’y a pas de stratégie du mystère me concernant. J’espère qu’on a compris. Maintenant, vous dire quelque chose sur le mystère, c’est quelque chose qui est caché, qui peut être d’un ordre religieux –mais là, je vais vous donner une définition de dictionnaire ! Laissons cette réponse mystérieuse, je ne suis pas sûre de pouvoir définir le mystère.

Diffusion de « Libertine », suivi d’une pause publicitaire.

Nous sommes le 12 septembre, c’est une belle journée, Mylène Farmer : c’est votre anniversaire aujourd’hui et vous n’êtes pas près d’aller vous coucher puisqu’un gros cadeau vous attend au Stade de France ce soir, quatre­vingt mille personnes pour le dernier concert de votre tournée en France. Vous aimez faire la fête pour votre anniversaire ?

­ Je vais vous faire une confidence : il y a fort longtemps que je ne célèbre plus mon anniversaire, mais pour être tout à fait franche, un anniversaire devant quatre­-vingt mille personnes au Stade de France, c’est quelque chose qui sera, je crois, incroyable à vivre, donc j’adore cette idée-­là ! (rires) Celle­ci, je l’aime ! Et cette date évidemment n’a pas été choisie : il se trouve que le Stade de France était libre le 11 et le 12 septembre. Il se trouve que le 12 septembre est cette fameuse date anniversaire donc ce sera quelque chose d’assez unique, effectivement pour moi. Ce sera un immense cadeau de quatre­vingt mille personnes. C’est incroyable ! (rires)

Puisqu’on parle de l’avenir, vous m’avez dit d’ailleurs ‘Après une tournée, le meilleur c’est de se replonger dans la création’ : est­ce que vous avez une idée du prochain disque studio ?

­ Absolument pas. Absolument pas, parce que bien évidemment on pense à ‘Qu’est­ce que je vais faire demain ? Qu’est­ce que je vais faire demain ?’, maintenant je n’ai pas les réponses. J’ai le projet d’un longmétrage…On verra ! J’ai, bien évidemment, le projet d’un prochain album, mais là encore c’est une page blanche. Une page totalement blanche, mais très envie de m’y remettre très, très vite !

On évoquait votre passion pour le cinéma, vous me dites ‘projet d’un long-­métrage’ : j’imagine que c’est quelque chose qui vous tient très à cœur. Est­ce qu’on peut en savoir un peu plus ?

­ C’est un projet qui avait été initié par Claude Berri, que j’aimais profondément, tiré d’un ouvrage de Nathalie Rheims et dont le metteur en scène sera Bruno Aveillan, et ce sera pour lui son premier long­métrage. Et ma foi, après c’est le…l’avenir dira !

Et ce sera pour vous un premier rôle…

­ Et ce sera pour moi un premier rôle, un deuxième film et, j’espère, une rencontre avec le public. (sourire)

Est­ce que ça veut dire pour l’avenir aussi que peut­être un jour vous essaierez de laisser une part plus importante au cinéma ?

­ Je n’ai aucune, aucune réponse à cette question. J’ai besoin de la musique, j’ai besoin des mots. Je pense que je suis –j’en suis même convaincue­ je suis quelqu’un d’instinct, d’instinctif donc je sais que le jour où je ne souhaiterai plus dire ces mots, chanter, je choisirai ce moment avant qu’il ne me choisisse et ne me saisisse.

Est­ce que ça sera pour laisser la place au cinéma ? Je n’ai sincèrement pas la réponse. Je ne sais pas.

Vous connaissez la date, l’échéance ?

­ Non. Bien sûr que non. Non, non.

Vous me rassurez !

­ (rires) C’est gentil ! Non…

Qu’est­ce qui vous ferait arrêter la musique ?

­ L’absence de désir. (un temps) Vous allez avoir un énorme silence pour une radio, ici ! (rires)

C’est parfois intéressant !

­ Quand on n’a plus envie de donner ni envie de recevoir ­ d’abord j’imagine qu’on est un être mort, donc je ne me le souhaite pas ­ mais je crois que tout art a ses limites. Je sais pas. Je vais peut­être dire une énorme absurdité, je sais pas, je reviens encore à l’idée d’instinct : je crois que ça sera spontané, quelque chose en moi me dira ‘Là, il faut arrêter’.

Ca révèle une vraie force de caractère !

­ Peut-­être ça fait aussi partie de moi, cette force de…oui, oui de caractère, sans doute. En tout cas, ne pas tricher avec soi­même. Voilà : ne pas se mentir et essayer de dormir un petit peu de temps en temps ! (éclats de rires)

Vous dormez tranquille enfin aujourd’hui ou… ?

­ Non. (nouvel éclat de rire) Non, ce n’est pas possible !

Diffusion d’un extrait de « Effets Secondaires »

­ Mais là encore ­ je crois qu’on va conclure cette interview­ j’ai une fois de plus une chance incroyable. Je vis des moments incroyables. Je remercie à nouveau de vive voix le public, je remercie cette fidélité et puis…et je vais essayer de ne pas pleurer, là on va arrêter ! (dans un tremblement de voix) Merci beaucoup.

Et c’est moi qui vous remercie. Merci, Mylène Farmer, de m’avoir accordé cet entretien. Merci beaucoup.

Diffusion de « Sans Contrefaçon » pour finir l’émission.

Publié dans Mylène Autrement, Mylène dans la PRESSE, Mylène en INTERVIEW | Pas de Commentaires »

MYLENE POUR 2015

Posté par francesca7 le 25 décembre 2014

 

2007-decembre2Pourtant beaucoup plus productive que d’accoutumée durant ces six dernières années, Mylène Farmer ne publiera finalement pas de nouveau disque dans les prochaines semaines, contrairement à ce qu’affirmaient les rumeurs. Les fans vont devoir s’armer de patience.
 

Il fallait s’y attendre ! Après avoir enregistré trois albums et assuré deux tournées en six ans seulement, Mylène Farmer retourne dans l’ombre. Alors que des rumeurs persistantes annoncent la sortie d’un nouvel opus pour les fêtes de fin d’année, en réalité, rien n’est prévu pour le moment. Selon nos informations, sauf surprise, aucun nouveau disque ne doit paraître avant l’an prochain. Il est même très probable qu’il faille attendre jusqu’à fin 2015 pour entendre de nouvelles chansons de Mylène Farmer. Le dernier disque de la chanteuse,  »Monkey Me », est paru en décembre 2012 et a rencontré un très grand succès, bien qu’il n’ait accouché d’aucun tube. 385.000 exemplaires se sont écoulés mais les titres « A l’ombre » et  »Je te dis tout » n’ont malheureusement pas bénéficié du soutien des radios.

L’année 2013 a également vu la chanteuse remonter sur scène pour une grande tournée. Le show  »Timeless 2013″, plus lumineux et plus épuré que d’accoutumée, a rassemblé plus de 400.000 personnes dans les salles de concerts en trois mois seulement. Le CD et le DVD de cette tournée, sortis successivement en décembre 2013 et au mois de mai dernier, ont eux aussi suscité un grand enthousiasme. En cette fin d’année 2014, il faudra donc se contenter de la réédition des neufs albums studios de Mylène Farmer en vinyles. La plupart sont aujourd’hui introuvables dans ce format. Notamment « Cendres de lune », le premier opus de la chanteuse paru en 1986, et sur lequel figure notamment le tube « Libertine ». Ajoutez à cela que pour la première fois une douche de téléchargement sera inclus sur chaque support.

Réutilisation des infos interdite sans citer clairement Pure Charts (Source : PureCharts.fr).

Publié dans Mylène 2015 - 2016 | Pas de Commentaires »

LE MAG de juin 2000 avec Mylène F.

Posté par francesca7 le 22 décembre 2014

 

10 JUIN 2000 : Entretien avec Lynda LACOSTE – MCM

Enregistré fin avril dans un salon de l’hôtel Costes à Paris, cet entretien est particulier dans le sens où Mylène n’a rien à promotionner : le Mylenium Tour s’est achevé quelques semaines auparavant et l’album live ne sortira pas dans le commerce avant plus de six mois. En revanche, au moment de l’enregistrement de l’émission, Mylène est en plein travail avec Alizée sur « Moi…Lolita » qui sera envoyé peu après en radio et qui sera déjà un tube au moment de la diffusion, mais évidemment aucune allusion n’y sera faite pendant l’entretien ! La langue maternelle Lynda Lacoste étant l’anglais, sa syntaxe est parfois bancale. Néanmoins, ses propos sont retranscrits ici tels quels.

2000-01-eLynda Lacoste : Bonjour et bienvenue dans Le Mag. Aujourd’hui, c’est un mag exceptionnel puisqu’il s’agit de Mylène Farmer qui n’accepte que très rarement de venir à la télévision. N’oubliez pas que pour tous les artistes, vous pouvez poser des questions soit par Internet, soit par minitel, soit par téléphone. Allons­y pour la première partie !

Après un générique qui montre l’animatrice pénétrer dans l’hôtel et des assistants décorer le salon privé de bougies, on découvre Mylène habillée d’une veste en jean et d’une longue jupe écru et arbore un chignon sophistiqué.

LL : Bonjour Mylène. Merci beaucoup d’être venue dans Le Mag. Alors, vos concerts sont toujours des spectacles avec une répétition, j’imagine, immense. Mais est­ce que ça vous est arrivée de littéralement ne plus pouvoir marcher sur vos pieds à cause des talons aiguilles, et comment faites-vous pour vous récupérer assez vite ?

Mylène Farmer : Pour me récupérer vite, je me suis beaucoup entraînée avant cette scène : j’ai un entraînement physique. Quant aux talons aiguilles, c’est assez facile de marcher avec, finalement ! (sourire)

LL : Ah bon ?! Moi, j’ai du mal, mais c’est peut­être le fait de danser avec…

MF : Je ne danse pas sur des talons aiguilles, ce sont des talons qui sont un petit peu plus larges, quand même. Mais c’est une difficulté, en tout cas un danger pour les chevilles, mais j’ai pris le parti que de choisir ces chaussures. C’est plus élégant.

LL : Les concerts ne sont pas sans risques : vous êtes tombée accidentellement à Lyon en 1996.

Qu’est­ce que vous vous êtes dit ? Est­ce que vous vous êtes dit ‘Bon, il faut virer quelqu’un tout de suite !’, ‘Est­ce qu’il faut calmer la chorégraphie ? ‘, ‘Est­-ce qu’il faut faire moins de concerts ? Qu’est­ce que vous vous êtes dit ?!

MF : Renvoyer tout le monde ! (rires)

LL : Oh ! On vire tout le monde ?! Ça m’étonnerait ! (Mylène, silencieuse, laisse planer le doute) Oh oui ?!

MF : Non, non. Je ne sais pas bien quoi répondre. Ça a été un grand choc pour moi, en tout cas.

LL : Avec votre dernier album, il y avait quand même encore, même dans l’an 2000, des clips qui ont été censurés le jour. Est­ce que ça vous a choqué ou est­ce que vous cherchez exprès d’avoir des clips qui choquent parce que, comme ça, on parle plus ?

MF : Je crois que ça n’a aucun intérêt que de vouloir choquer à tout prix pour que l’on s’intéresse à vous. Il se trouve que j’aborde des sujets qui sont peut­être épineux, voire tabous. C’est un risque. Maintenant, la censure ­et spécialement en France, je trouve­ est un peu sévère et s’attaque à tout et n’importe quel sujet, ce que je trouve vraiment regrettable.

LL : Même votre premier clip, « Maman a Tort », a été censuré à l’époque. (si certaines émissions ont choisi de ne pas diffuser ce clip à l’époque, celui-­ci n’a en tout cas jamais été interdit, nda) Mais vous êtes quelqu’un qui est capable de faire des clips qui peuvent durer jusqu’à dix­-sept minutes. Quand vous voyez le niveau que vous avez atteint, vous, quelle est votre réaction sur le niveau des clips qu’on peut voir en France en l’an 2000 ?

MF : Là encore, vous me demandez de porter un jugement et j’avoue que c’est quelque chose que je n’aime pas faire. Je peux vous dire en revanche qu’il y a des artistes que j’aime beaucoup et qui font de très beaux clips. J’aime l’univers de Björk, j’aime ce qu’a apporté Peter Gabriel, David Bowie…Il y a beaucoup d’artistes qui ont des clips intéressants.

Diffusion d’un extrait du clip « Optimistique-­Moi »

LL : Sur cet album, vous avez travaillé, bien sûr, avec j’imagine un homme dans lequel vous avez beaucoup de confiance, Laurent Boutonnat (Mylène confirme et sourit), mais vous avez travaillé avec d’autres compositeurs pour cet album­là. Est­ce que…

MF : (la coupant) Non !

LL : C’était que lui qui a fait toutes les chansons ?

MF : J’ai fait, moi, quelques chansons, comme compositeur et comme auteur…

LL : D’accord.

MF : …et c’est tout !

LL : OK. Mais pour les nouveaux gens avec qui vous avez envie de travailler, est­ce que vous demandez à Laurent son avis ou est­ce que vous lui parlez après d’avoir déjà pris votre décision sur les nouveaux gens avec qui vous avez envie de travailler ?

MF : Si vous me parlez de composition, je n’ai jamais eu le souhait que de travailler avec quelqu’un d’autre qu’avec Laurent. Maintenant, en terme de vidéo, oui j’ai fait appel à beaucoup de réalisateurs différents. Est­ce que je demande son avis : non ! (rires)

LL : D’accord. Et, parce que justement vos clips sont d’un tel niveau, est­ce que vous accepteriez de travailler avec des nouveaux talents, ou est­ce qu’il faut toujours quelqu’un qui ait déjà fait leurs preuves pour travailler avec vous ?

2000-01-dMF : C’est d’abord très, très difficile que de trouver un réalisateur, donc je vois beaucoup, beaucoup de cassettes. C’est vrai qu’il m’est difficile d’aller vers quelqu’un qui n’a jamais rien fait parce qu’on ne peut pas s’appuyer sur un travail qui a déjà…enfin, sur des choses qui sont concrètes, réelles. Donc je vais plus facilement vers des réalisateurs qui ont déjà réalisé des vidéos. Voilà. Donc mon choix s’est porté sur Marcus Nispel, Abel Ferrara et Michael Haussman pour le dernier. (« Optimistique­Moi », nda) Diffusion d’un extrait du clip « California »

LL : Vous avez un corps magnifique…

MF : (surprise, elle pouffe de rire) C’est gentil !

LL : Est­ce que, pour vous, votre corps est aussi important dans votre travail que votre voix ?

MF : Non. Non. (dans un rire) Je ne sais pas quoi vous répondre, si ce n’est que je… (silence) Tout est important ! On va dire, aussi bien, alors l’apparence physique que le vêtement, que le verbe aussi : tout est important pour moi. Maintenant, est­ce que je suis obsédée par ma ligne, par mon corps ?

Non, absolument pas. Je ne fais du sport que quand je monte sur scène.

LL : D’accord. OK. Alors, vous êtes la seule artiste française qui est aussi collectionnée ­et même plus collectionnée­ que Johnny Hallyday. Est­ce que vous êtes quelqu’un qui prend plus de temps à choisir les objets que vous avez envie d’associer avec votre nom ? Et est­ce qu’il y avait des objets que vous avez systématiquement refusé ?

MF : Systématiquement refusé, je n’en ai pas le souvenir. Mais je travaille en tout cas avec quelqu’un qui me donne des idées ­ parfois, j’apporte moi­-même des idées. Et là encore, c’est quelque chose que je qualifie d’important. En tout cas, je fais attention, oui, à ce que je propose. Voilà ! (sourire)

LL : Il y a beaucoup de questions sur l’Internet, beaucoup de sites qui vous sont consacrés. Est­ce que ça vous intéresse, l’Internet ? Et est­ce que vous regardez les sites qui sont consacrés sur vous ?

MF : L’Internet m’intéresse, oui. Mais j’utilise mon computer surtout pour les e­mails. J’aime bien correspondre.

(rires)

LL : Et est­-ce que vous regardez les sites qui sont consacrés à vous ?

MF : On va rester… (visiblement embarrassée) Je ne sais… Je m’y intéresse, oui. J’ai du mal à… Le culte de moi­même est quelque chose qui m’est difficile. Maintenant, je sais qu’il y a un travaille qui est fait, et qui est très bien fait. Donc je regarde ça de près et de loin. Je vais rester évasive ! (large sourire)

LL : Alors, sur l’Internet, on dit qu’il y a des sites où on peut vous voir nue. Est­ce que votre entourage est au courant de ça ? Et, si c’est le cas, pourquoi ces sites existent­ils encore aujourd’hui ?

MF : Ecoutez, j’ignore ces sites ! (rires) Maintenant, il est facile de faire arrêt sur image quand on prend une vidéo et puis on va sortir l’image en question. Maintenant, si je suis dénudée ou nue dans une vidéo, qu’y puis-je ?! (soupir) Le faire interdire, c’est très difficile. Très difficile. Même si on interdit, quelqu’un d’autre le fera.

Donc tant pis pour moi ! (sourire)

Diffusion d’un extrait du clip « Libertine »

LL : Pensez­vous qu’on vit dans une société où les jeunes se sentent obligés d’être parfaits, ambitieux, énergiques tous les jours ? Et qu’est­ce que vous pouvez leur conseiller, les gens qui ont envie d’être individuels, uniques et différents ?

MF : De rester unique, c’est très important. (sourire) Qu’est­ce que je peux rajouter ? Qu’il est important, et que je leur souhaite, d’avoir une passion dans la vie. C’est un moteur qui est fondamental pour vivre et survivre.

LL : Vous avez beaucoup d’émotion en vous. Est­ce qu’il y avait des situations où vous vouliez absolument pas pleurer et ça arrive, et vous sentez que ça monte quand même, et est­ce que, puisque ça arrive peut­être souvent, vous avez une ruse pour éviter les larmes ?

MF : Non, ça, je crois, c’est quelque chose que je ne contrôle absolument pas, et je ne veux pas me défendre que d’avoir justement une émotion forte. C’est arrivé énormément de fois en scène, à des moments auxquels je ne m’attendais absolument pas justement. Et, je crois, s’il y a quelque chose qu’on peut partager en scène avec le public, c’est justement une émotion. Donc je n’ai aucune immunition. (sic !) (rire)

LL : Alors, il y a beaucoup de comédiens qui adoreraient avoir autant d’émotions à leur portée. Est­ce que ça vous dirait un jour d’être prof de cinéma ou de théâtre ?

MF : Absolument pas, non ! (rires) Non.

LL : Non ?

MF : Non. Et je crois qu’il y a beaucoup de comédiens qui ont leur propre émotion. (rires)

Diffusion d’un extrait du clip live « Rêver », suivi d’une page de publicité

LL : On se retrouve dans « Le Mag », avec Mylène Farmer : deuxième partie.

Jingle

LL : Alors, un de mes films préférés, c’est un de vos films préférés aussi, c’est « Frances » (Mylène confirme), joué par Jessica Lange, et il y a une scène dans ce film où elle revient chez elle, dans sa ville natale, en tant que grande star, et il y a une femme devant elle qui lui lèche les bottes, et elle dit ‘Vous n’étiez pas la femme qui m’a haïe il y a dix ans, qui m’a traitée comme pire que rien ?’ et donc, tout le monde a bien vu qu’elle l’a bien mis dans sa place. A l’époque où vous étiez mannequin, est­ce que vous avez eu des gens qui vous traitaient peut­être pas bien, quand vous étiez anonyme, et est­ce que vous avez pu vous faire justice aujourd’hui, avec la femme que vous êtes aujourd’hui ?

2000-01-aMF : Ecoutez, je n’ai pas beaucoup de souvenirs, si ce n’est que je vais détourner la question : les personnes qui sont méchantes, vindicatives, il y en a, et j’en rencontre encore aujourd’hui. Maintenant, est­ce que j’ai une réaction ? En général, j’essaie, non, d’avoir la réaction contraire à ses instincts premiers, à savoir que je préfère répondre par la gentillesse à l’arrogance. C’est moins douloureux. (sourire)

LL : Alors justement, vous avez dit que vous êtes dans une époque de votre vie où vous êtes en pleine forme, heureuse, beaucoup plus équilibrée, beaucoup plus de confiance en vous, mais pour les jeunes qui vous adorent, qui peut­être sont en train de vivre des enfances où ils ont du mal à vivre le bonheur, qu’est­ce que vous pouvez leur dire pour qu’ils sortent de là ?

MF : Là encore, je crois que je n’ai aucune, ni solution, ni même conseil, si ce n’est que j’en reviens à la réponse précédente : tenter de trouver une passion, un moteur dans sa vie. Maintenant, je crois qu’au travers de la lecture ­et c’est ce qui m’est arrivé­ on peut découvrir des choses, trouver des pansements, et je crois que, dans le fond, la chose fondamentale, c’est le dialogue, c’est pouvoir trouver une forme de communication.

Diffusion d’un extrait du clip « XXL »

LL : Vous avez travaillé avec beaucoup d’américains, vous avez travaillé pas mal aux Etats­Unis. Que pensez­vous avoir appris avec les américains que vous avez pas pu peut­être apprendre ici, en France ?

MF : Probablement… (soupir et silence) Je pense au travail : ce sont des gens qui sont très investis dans leur travail. Ce sont des personnes qui n’ont pas peur, je crois, ni du succès, et qui le revendiquent même. Je crois que c’est une rigueur dans le travail surtout. Maintenant, est­ce que j’ai appris ça d’eux, je n’en sais rien mais en tout cas, j’ai pu, ne serait­ce que pendant les tournages de vidéos… Chacun est réellement à sa place et s’investit dans son travail. Il n’y a pas de mélange entre le sentiment et la fonction. Alors parfois c’est désagréable, mais parfois c’est agréable parce que c’est efficace et que ça va vite.

LL : Alors, ce qui est rare avec les artistes, c’est que vous avez des fans qui peuvent venir vingt-quatre heures avant un concert pour venir vous voir, et donc ils sont là peut-­être pour être sûrs d’au premier rang, alors peut­-être ils mangent pas, peut­-être ils boivent pas, et le concert commence, ils tombent dans les pommes donc ils voient même pas le concert ! (rires)

MF : C’est un peu dramatique tout ça, non ?! (rires)

LL : Non mais ça existe ! Alors qu’est­ce que vous avez envie de dire à tous ces pauvres gens qui vous adorent, qui ont même pas vu le concert du coup ?

MF : Et bien que c’est dommage pour moi ! (large sourire)

LL : Mais est-­ce que vous pensez que c’est une des raisons pour lesquelles vous aimez bien sortir des live et faire des vidéos de vos concerts ?

MF : Je ne suis pas sûre de comprendre le sens de la question…

LL : S’il y a tellement de gens qui tombent dans les pommes donc ils voient pas le concert, ils vont le voir en vidéo…

MF : (rire…consterné ?) Je ne sais pas. Mais, en tout cas, c’est quelque chose de très intéressant que de travailler sur un live, oui.

LL : Alors, votre dernier concert a été filmé par une douzaine de caméras, je crois. Est­ce que vous vous sentez différente le jour où vous savez que ça va être filmé, et est­ce que votre spectacle s’est organisé en fonction du fait que vous savez qu’il faut que ce soit filmé aujourd’hui ?

MF : Non, absolument aucun changement. Quant à mon comportement, moi­même, je crois qu’on ne peut pas ignorer totalement la présence des caméras. Maintenant, je crois qu’il y a une dimension telle en scène qu’on finit par oublier ces choses­là. Dans les dix premières minutes, c’est assez présent, et après, je fais totalement abstraction. Et le spectacle est totalement le même avant, après.

Diffusion d’un extrait du clip live « La Poupée qui fait Non »

LL : Alors, vous êtes la seule artiste française ­encore une fois ! (rires de Mylène) ­mais cette fois­ci, vous êtes la seule artiste française pour être une artiste diamant : c’est­à­dire que tous les albums que vous vendez, ça se vend à plus de un million. (Mylène confirme) Alors, puisque vous voyez que vous avez un tel succès en France, est­ce que vous avez envie ­parce que, en plus, vous êtes quelqu’un qui adore travailler­ vous avez envie de peut­être apprendre d’autres langues pour  toucher d’autres marchés dans le monde ?

MF : Ecoutez, jusqu’à présent, ça a été un refus de ma part. Plusieurs fois, on m’a j’allais dire ‘proposé’ de faire album anglais ou dans une autre langue. Dans la mesure où j’écris moi-­même mes textes, il m’est difficile d’envisager ou une adaptation de quelqu’un d’extérieur, ou moi­-même, je ne possède pas la langue suffisamment pour pouvoir traduire. Et dans la langue française ­dans ma langue en tout cas­ j’aime bien jouer avec les mots, donc c’est très compliqué de trouver ça dans une langue qui n’est pas la vôtre.

LL : On est souvent touché par les peintres parce qu’ils arrivent à nous toucher vraiment à l’intérieur de nous. Quelle est la dernière exposition que vous avez vue où vous avez été vraiment et réellement touchée ?

MF : C’était dans un musée à New York et… L’art moderne…. Je peux vous dire les peintres que j’aime : Egon Schiele, évidemment. (sourire) J’aime Max Ernst, j’aime Picabia. Et je vais oublier probablement tous ceux que j’aime ! (sourire) Mais j’aime la peinture, oui. Ce sont des moments très privilégiés.

Diffusion d’un extrait du clip « Je te rends ton Amour »

LL : Il y a un moment dans votre concert où il y a quelqu’un qui peut monter sur scène avec vous.

Comment assurez­vous la sécurité dont vous avez besoin ? Parce qu’on sait jamais…

MF : Là encore, je crois que je ne… Est-­ce que c’est de l’inconscience ? J’en sais rien. Mais je ne pense pas à ces moments d’hypothétique danger. Et là encore, c’est un moment spontané. J’ai mis beaucoup de temps avant que de faire monter quelqu’un sur scène, et je préfère là encore une spontanéité. Donc il m’est arrivé ­ce n’est pas systématique­ de faire monter quelqu’un. Et, dans ces cas­là, non, je pense à autre chose qu’à un danger. Plus un partage.

LL : Vous êtes terriblement connue dans les pays francophones. De tous les pays d’Europe, pourquoi avoir choisi la Russie ?

MF : Pourquoi la Russie ? Parce qu’ils ont diffusé, quand j’ai commencé ce métier, ils ont diffusé énormément de vidéos. Et puis il y a des personnes là­-bas qui ont beaucoup travaillé sur moi. Et j’avais très envie de découvrir la Russie, en tout cas son public. Je ne peux pas vous dire que je connais bien la Russie, si ce n’est que Saint­Pétersbourg est une ville magnifique, que j’y ai fait quelques rencontres qui sont assez jolies aussi, avec beaucoup d’artistes, des peintres notamment, et que c’est un changement parce que c’est un public qui n’est pas ‘acquis’ ­si tant est qu’on puisse avoir un public acquis­ mais vraiment là, c’était quelque chose d’assez étonnant. D’autre part, ils sont quand même assez brimés : ils n’ont pas le droit de se lever pendant un concert, ils n’ont pas réellement le droit de manifester leur joie, et ils l’ont quand même fait, à la fin du concert : ils se sont levés, ils se sont approchés au bord de scène. Ce sont des moments assez forts.

Diffusion d’un extrait du clip « Tristana »

 LL : A la sortie d’une tournée, normalement, pour la plupart des gens, c’est des vacances. Mais vous avez déjà envie de retravailler tout de suite ?

MF : Je travaille déjà (rire). Je travaille sur le live en studio, pour le mixage, et bientôt sur le film du live. Et j’ai quelques projets à venir, donc ce sera une période de travail. (personne ne le sait encore au moment de l’enregistrement, mais Mylène prépare avec Laurent Boutonnat à la fois le lancement d’Alizée et de son premier single « Moi…Lolita » et à la fois une participation à la bande originale du long-­métrage d’animation américain « Les Razmoket à Paris » avec le titre inédit « L’Histoire d’une Fée, c’est… », nda)

LL : Est­ce que vous êtes quelqu’un qui peut très bien prendre des vacances, ou est­ce que vous vous sentez tout de suite coupable le jour où vous ne travaillez pas ? Est­ce que vous êtes plus contente quand vous travaillez ?

MF : J’ai cette culpabilité, oui, mais j’ai ça en moi : j’aime le travail. C’est quelque chose que j’aime profondément donc c’est… Là encore, je me nourris de ça très facilement. L’oisiveté ne me sied pas du tout !

(rires)

téléchargementLL : Alors, ce qui est formidable, c’est que vous êtes, je crois, une perfectionniste, et c’est bien dans le travail. Mais est­ce que ça veut dire que, après chaque concert, vous prenez les musiciens, les  chanteurs, les techniciens et que vous faites une espèce de résumé du concert ?

MF : Non, du tout.

LL : Jamais ?

MF : Non, non. Ni avant. Je sais qu’il y a beaucoup d’artistes qui aiment prendre la main de leurs  camarades et faire une prière avant de monter sur scène, j’avoue que je ne connais pas ça. (sourire) Et après le travail, non. Après le travail, c’est terminé. Après, chacun ponctuellement apprécie ou n’apprécie pas le moment, mais c’est plus quelque chose, j’allais dire, un état solitaire, de solitude, en tout cas pendant la première heure. Mais ce qui ne vous empêche pas les éclats de rire. Maintenant, quant au résumé de la situation, de ce qui s’est  passé, non.

LL : Justement, est-­ce que, pendant un concert, vous avez envie de vous éclater de rire, parce que vous voyez un danseur qui a fait un faux pas, ou je sais pas quoi ? Et est­ce que ça vous est arrivé, devant votre public, de sortir de la chanson carrément ? Ou est­ce qu’il y a jamais eu quelque chose comme…

MF : Sortir de la chanson, non. Maintenant, des éclats de rire, oui, bien sûr. Bien sûr. Ce qui fait qu’on n’est pas des robots non plus ! (rires)

Diffusion d’un extrait du clip « Je t’aime Mélancolie »

LL : Il y a quelque chose dans mon émission où les téléspectateurs peuvent poser trois questions.

J’en ai pris trois : première question, c’est que, bien sûr, il y a beaucoup de vos fans qui se sentent frustrés parce qu’ils ne vous entendent pas assez en dehors de la scène, et ils ne vous voient pas assez non plus ­moi, je suis ravie que vous êtes là aujourd’hui ! (sourire de Mylène). Et, est­ce que ça vous dirait un jour d’être un peu plus proche d’eux, dans leur avis ?

MF : Moi je n’ai pas la sensation que d’être loin d’eux, donc, là encore une pirouette probablement, mais j’ai l’impression d’être très proche d’eux. Maintenant, est­ce que ça doit passer par l’interview, par la justification ?

Je n’en suis pas sûre. Je me sens, en tout cas moi, proche d’eux.

LL : OK. Deuxième question : vous avez dit que la vulnérabilité est un compagnon agréable et nécessaire. Est­ce que, finalement, ça vous ennuierait d’être parfaite, même s’il y a des jours où vous tentez à tout prix de l’être ?

MF : Là encore, je ne sais pas ce qu’est un être parfait… (rires après un silence)

LL : Mais y a pas des jours on a quand même envie au moins de faire le mieux qu’on peut faire ?

MF : Perfectionniste, oui. Parfait, absolument pas, non, ce n’est pas une quête en soi. Mais perfectionniste dans mon travail, oui. Là, ça part, je crois, d’un respect de l’autre et respect de soi­même. Je prends du temps avant de faire une pochette, je réfléchis. J’ai envie d’offrir des choses qui, moi, me plaisent vraiment.

LL : Troisième question Internet, et dernière question : pour les gens qui se sentent un peu perdus, peut-­être ils sont athées, je sais pas, qu’est­-ce que vous pensez que le bouddhisme pourrait leur apporter ? Et je crois qu’il y a plusieurs styles de bouddhisme…

MF : Ecoutez, ne serait­ce que par curiosité, découvrir cette philosophie. Dire qu’elle est    probablement plus douce que d’autres philosophies ou religions, qu’elle est probablement ­en tout cas ça l’a été pour moi­ plus convaincante, que ce peut être simplement un passage dans leur vie, mais que c’est, en tout cas, intéressant que de s’ouvrir à cette philosophie : ça peut panser l’âme, ça peut aider en tout cas. Là encore, j’en reviens à l’idée de dialogue : si on n’a pas la chance d’avoir quelqu’un à qui parler, on peut le faire au travers d’une lecture comme ça, parce que vous avez beaucoup de réponses ­en tout cas, si ce ne sont pas des réponses, en tout cas des tentatives de réponses. (sourire)

images (1)LL : OK. Je vous remercie beaucoup d’être venue.

MF : Merci à vous. (sourire)

LL : Et bon travail !

MF : Merci beaucoup.

LL : Merci bien.

MF : Merci.

L’émission se termine sur des images de l’équipe technique rangeant leur matériel dans le salon où a pris place l’entretien, le tout sur la musique de « Optimistique­-Moi »

Publié dans Mylène 1999 - 2000, Mylène dans la PRESSE, Mylène en CONFIDENCES | Pas de Commentaires »

MYLENE SUR LE POINT J de novembre 1999

Posté par francesca7 le 12 décembre 2014

 

1999-05-aEntretien avec Julie SNYDER du 9 NOVEMBRE 1999 – TVA (Québec)

En plein « Mylenium Tour », Mylène accorde un entretien pour le talk­show québécois de Julie Snyder. Il faut dire que, à l’époque, il avait été fortement question que la chanteuse aille donner quelques shows outreAtlantique, mais ça ne s’est finalement pas fait.

Le sujet commence par un rapide patchwork audio et vidéo, mêlant des extraits des différentes tournées et des différents clips de Mylène, mais aussi des images inédites tournées par les équipes de Julie Snyder de la chanteuse dans les coulisses de son « Mylenium Tour », avant d’entrer en scène. En effet, la production a tourné des images dans les coulisses des concerts de Bercy en vue d’en faire un reportage mais là encore, le projet n’a pas abouti.

On découvre l’animatrice canadienne en face de Mylène, toutes deux assises sur des canapés en cuir noir, dans ce qui semble être une loge. La chanteuse porte une longue jupe écrue et une veste en jean bleu.

Julie Snyder : Vous avez un succès phénoménal. Grasset disait que la réussite c’est souvent la revanche sur le bonheur. Est­ce que ça s’applique à vous ?

Mylène Farmer : Probablement, oui. (rires) Oui, c’est très difficile d’être heureux…

JS : Est­ce que quand vous étiez petite, vous vous disiez ‘Quand je serai grande, je serai chanteuse’ ?

MF : Non, du tout. Je crois que je ne me suis jamais posée cette question, en tout cas je n’en ai pas le souvenir. Je ne sais pas…

JS : Et à quel moment vous avez eu envie de devenir chanteuse ?

MF : C’est un hasard : je voulais être actrice, donc j’ai pris des cours de théâtre ­ mais ça c’était plus tardivement ­ et puis c’est une rencontre qui a fait que j’ai commencé la chanson.

JS : Et puis, vous vous êtes dit ‘Je me lance là­dedans’ ?

MF : Là, je crois que c’est la vie qui m’a happée. En tout cas, je me souviens m’être dit ‘Je sais que c’est ce que je veux faire’, surtout à travers l’écriture. C’est quelque chose qui m’a tout de suite beaucoup aidée et intéressée.

Extrait de « Rêver » live 96

JS : Votre spectacle est très spectaculaire, est un grand déploiement. Ça ne ressemble à rien : autant c’est très spectaculaire, autant c’est très, parfois très émotif, très intimiste. Quand vous vivez les moments d’émotion, on sent la foule frissonner avec vous et vous pleurez même en interprétant certaines chansons. Dans quel état êtes­vous ?

MF : D’émotion intense : c’est quelque chose à la fois qui consume, et à la fois c’est un partage.

JS : Est­ce que vous pleurez systématiquement à chaque spectacle ?

MF : Ecoutez, je ne sais pas. Je ne réfléchis pas à tout ça, si ce n’est qu’il y a des chansons, oui, dont le texte me touche profondément. Et puis c’est vrai que l’écoute que j’ai, qui est d’une grande, grande qualité, d’une grande chaleur, me provoque aussi, me suscite des émotions.

JS : Quand on assiste à votre spectacle, on a l’impression d’être à la messe, à une cérémonie et après la cérémonie, après la communion avec le public ­parce que c’est très, très intense­ est­ce que vous ressentez un vide après cette grande force ?

MF : Je le ressens fatalement, mais c’est plus après, quand une tournée est terminée, que c’est vraiment le grand trou noir. Là, j’ai la chance d’être accompagnée et entourée, donc c’est vrai que le plongeon est assez bref. Maintenant, la nuit parfois propose d’autres choses. (rires)

JS : Les paupières ont du mal à se fermer ?

MF : Oui. Beaucoup de mal, oui.

JS : Qu’est­ce que vous faites dans ce cas­là ?

MF : Je crois que j’ai le spectacle qui revient en boucle : ce que j’ai considéré comme étant des  erreurs, je pense à des textes, je pense à des mouvements, à tout ce qui fait le spectacle…

Extrait de « Désenchantée » live 96

JS : Vous arrivez à tout gérer : par exemple, le spectacle, c’est vous qui l’avez conçu…

MF : C’est moi, c’est moi et beaucoup d’autres ! Je crois que faire les choses seule, c’est quelque chose qui ne m’intéresse pas. J’aime le dialogue, que ce soit avec un, deux, dix…Maintenant, donner naissance à quelque chose et puis après faire appel à des gens de talent autour de moi.

JS : Non, mais vous le portez sur vos épaules…

MF : (sourire) Je le porte sur mes épaules oui, en tout cas au moment X, c’est­à­dire quand je rentre sur scène, il n’y a plus que moi, mais aussi des danseurs et des musiciens, et une technique. Mais c’est vrai que si moi je flanche, le spectacle n’est plus.

Extrait de « XXL » live 96

JS : Vous êtes née au Québec. (Mylène confirme) Et où vous avez vécu exactement au Québec ? En région ? A Montréal ?

MF : Une province du Québec. Je ne sais plus. (silence) Je me souviens simplement du nom SainteMarcelline, si ça peut vous aider ! (rire nerveux) Le reste, je ne sais pas…

JS : Vous alliez chez les sœurs ? Chez les Marcellines ?

MF : Oui.

JS : Et pourquoi vos parents, qui sont quand même français… Parce que vos parents sont pas québécois, on dit souvent que vous êtes québécoise : vous l’êtes parce que vous êtes née au Québec, vous avez un passeport canadien. (Mylène confirme) 1999-05-dMais pourquoi vos parents sont venus au Québec ?

MF : Pour raison professionnelle.

JS : Et ils sont retournés en France aussi pour raison professionnelle ? (Mylène confirme) Et est­ce que vous étiez contente de retourner en France ?

MF : Je ne peux pas…Je pourrais mentir. Je n’ai pas ce souvenir là non plus ! (rires)

JS : Mais quand même, pour une petite fille, passer du Québec à la France, donc c’est une autre culture. Avez­vous eu un choc en arrivant ici ?

MF : Ecoutez, on m’a dit ­alors là je vais vous répéter ce qu’on m’a dit­ que c’était quelque chose d’assez difficile. Maintenant, moi­même, je n’en ai pas le souvenir.

Extrait de « Vertige » live 96

JS : Il y a des tableaux qui sont très sexy. Vous êtes quand même ­peut­être que vous n’aimerez pas l’expression­ vous êtes un sex­symbol…

MF : Je ne sais pas ! (rires)

JS : Non mais que vous le sachiez ou non, vous êtes très belle ! Est­ce que vous, vous vous trouvez belle quand vous vous voyez sur scène ou quand vous regardez les vidéos ?

MF : Non, non. Ce sont des moments difficiles pour moi ! (rires) Je préfère voir l’ensemble, voir si le  moment est beau, riche, émouvant. Mais quant à moi, me polariser sur moi : non, c’est toujours quelque chose de très difficile.

JS : Pourquoi c’est quelque chose de si difficile de parler de vous, de penser à vous…

MF : Il y a pas de réponse.

JS : … de vous regarder ?

MF : Je ne sais pas.

Extrait du clip « Libertine »

JS : Est­ce que vous êtes aussi libertine que dans vos clips ?

MF : Là, je sais que cette question revient souvent. Je ne peux pas répondre à cette question­là ! (rires)

JS : Ah ben comment je pourrais la formuler ?! (Mylène, qui tient désormais une cigarette, fixe silencieusement l’animatrice du regard, tout en lui souriant) Vous me regardez et : « Allez, rame ! Rame, ma vieille ! Je t’écoute ! »

MF : Passez à une autre question, en tout cas ! (rires)

JS : Ah, c’est ça ! Ma prochaine question : est­ce que vous aimeriez être comme dans vos clips ?

MF : Vous savez, une chanson, c’est une chanson. Après, on a envie d’y mettre des images, de raconter une histoire à travers cette chanson, donc c’est un moment choisi, un morceau choisi. Vous dire que si j’exprime ‘Sans contrefaçon, je suis un garçon’, si vous me posez la question ‘Est­ce qu’aujourd’hui, vous avez toujours envie de mettre un mouchoir dans votre pantalon’, je vais vous dire non, c’était le passé. Maintenant j’ai exprimé ce moment­là, ça ne veut pas pour autant dire que je dois véhiculer ou cette image ou ce sentiment toute ma vie.

Extrait de « Sans contrefaçon » live 96

JS : Je vous oblige en ce moment à parler de vous, parce que j’ai pas le choix puisque je fais une interview sur vous, et qu’on va pas parler du canapé en cuir sur lequel vous êtes assise ! Est­ce que vous avez l’impression, par exemple, d’être chez le dentiste et qu’on va vous arracher une dent ?

MF : Ce n’est pas à ce point­là, mais c’est une sensation de malaise… (rires)

Extrait du clip « Comme j’ai mal »

JS : Vous le dites vous­mêmes, vous avez une araignée en vous. Vous êtes une petite ‘bibite’ ! (Mylène reste silencieuse, perplexe, puis fait les gros yeux et rit) Non mais, parce que pour moi, vous êtes une petite ‘bibite’ dans le sens où…

MF : (la coupant) Ça veut dire quoi ? (elle éclate de rire, et porte sa cigarette jusqu’au cendrier posé par terre)

JS : Une ‘bibite’, ça existe pas en France ?! Y’a pas de mot ‘bibite’, ici ? (Mylène est morte de rire) En France, une ‘bibite’, c’est ­heu, en québécois, une ‘bibite’ c’est un petit moustique, genre avec des pattes.

MF : (elle éclate de rire en tenant sa cigarette, tandis que l’animatrice mime l’insecte) D’accord.

Extrait de « Alice » live 96

JS : Mylène, dans vos clips, vous prenez beaucoup de risques : vous faites les cascades, vous galopez à cheval, vous êtes attachée sur des trains. Est­ce que vous vous êtes déjà blessée ?

MF : Brûlée deux fois, sur le train (dans le clip « XXL », nda), et pendant le dernier clip (« Souviens­toi du Jour… », nda), il y avait du feu à proximité et il faisait très, très chaud. Probablement des bleus, oui. (sourire)

Je suis quelqu’un de très physique. J’aime ça, j’aime cette prise de risque.

JS : Est­ce que vous aimez souffrir ?

MF : D’une certaine manière, oui, certainement. Certainement.

Extrait du clip « Je t’aime mélancolie »

JS : Vous partagez votre vie avec un singe qui s’appelle E.T. Comment ça s’est passé ? Est­ce que vous vous êtes levée un matin en vous disant ‘Tiens, aujourd’hui, je vais me procurer un singe’ ?!

MF : Je crois que ça s’est passé comme ça. J’avais envie d’un animal et je suis allée dans les magasins qui, malheureusement, vendent des animaux et je suis tombée sur cette petite fille… (sourire)

JS : Et vous l’avez vue tout de suite, comme ça ?

MF : Immédiatement. C’est tentant d’avoir un singe… (sourire)

JS : Oui ? (Mylène confirme) C’était un coup de foudre ?

MF : Oh oui, total ! (sourire)

JS : Instinctivement on sait comment élever un chien ou un chat, mais est­ce que instinctivement vous saviez quoi faire avec le singe ?

MF : Oui. J’ai dû être singe dans une autre vie donc ça a été très facile ! (rires)

JS : Vous croyez à la réincarnation ?

MF : J’aime cette idée. Elle est très poétique.

JS : Et qu’est­ce que vous voudriez être dans une autre vie ?

MF : Ben puisqu’on ne peut pas être un animal, c’est forcément un humain. Maintenant, peu m’importe. Vivons celle­ci !

Extrait du clip « Je te rends ton Amour »

JS : Vous êtes proche de Salman Rushdie pour qui, en quelques sortes, le monde est une prison et vous, vous avez déjà dit ‘Parfois, je me sens enterrée vivante’. Est­ce que vous avez l’impression que votre liberté à vous aussi vous échappe ?

MF : Parfois, mais je ne suis pas sûre que ce soit le monde environnant qui m’impose ça, je crois que c’est moi toute seule effectivement. Et quant à Salman Rushdie, c’est quelqu’un de très gai dans la vie, il a beaucoup d’humour.

JS : Est­ce qu’il vous communique cet humour ?

MF : Oh oui, totalement ! On a de grands éclats de rire ensemble ! (sourire)

JS : Qu’est­ce qui vous attirait chez lui ? Pourquoi vous avez eu envie d’aller vers lui ?

MF : Parce que c’est quelqu’un de charismatique, parce que c’est un grand écrivain ­ je n’ai pas tout lu ses livres (sic), mais certains ­ et puis parce que ce qu’il a vécu est quelque chose qui m’a  profondément touchée.

Et j’avais envie…Voilà, il s’est trouvé qu’on s’est rencontrés lors d’une soirée, je suis allée spontanément vers lui parce que j’avais envie de le connaître.

JS : On vous sent moins sombre qu’avant…

MF : (silence et haussement d’épaules) Ça, je suis pas sûre que je puis répondre à une question comme celle­là. Je crois qu’on a tous ses ombres, donc je les porte en moi et je les porterai jusqu’à la fin de mes jours.

Je crois qu’on apprend aussi avec la vie, avec le temps, ses expériences. Là encore, tenter que de laisser ses fardeaux de côté parfois, mais maintenant, ça resurgit tellement vite.

JS : Votre plus grand hit, ou en tout cas un de vos plus grands hits, c’est « Désenchantée ». (Mylène confirme) Qu’est­ce qui vous enchante ?

MF : La gentillesse. La générosité. Toute forme d’art : la peinture, la littérature, le cinéma. Et puis beaucoup de choses. Le voyage, j’aime voyager.

1999-05-cJS : Merci beaucoup.

MF : Merci à vous…d’avoir souffert avec moi ! (rires)

JS : Oh oui, j’ai souffert autant que vous ! Il y avait une belle réciprocité dans la souffrance ! (rires)

Les deux femmes se lèvent. L’interview se termine sur la toute dernière image du DVD « Live à Bercy », quand on voit Mylène dans les coulisses, après sa sortie de scène, le tout sur la musique de « Désenchantée ».

 

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TV QUÉBEC POUR MYLENE FARMER

Posté par francesca7 le 6 décembre 2014

 

9 NOVEMBRE 1999 INTERVIEW : Julie Snyder

Mylene-Farmer-California 

En plein Mylenium Tour, Mylène accorde un entretien pour le talk-show québécois de Julie Snyder. Il faut dire que, à l’époque, il avait été fortement question que la chanteuse aille donner quelques shows outre-Atlantique, mais cela ne s’est finalement pas fait. 


Le sujet commence par un rapide patchwork audio et vidéo, mêlant des extraits des différentes tournées et des différents clips de Mylène, mais aussi des images inédites tournées par les équipes de Julie Snyder de la chanteuse dans les coulisses de son Mylenium Tour, avant d’entrer en scène.
 
En effet, la production a tourné des images dans les coulisses des concerts de Bercy en vue d’en faire un reportage mais là encore, le projet n’a (malheureusement !) pas abouti.
 

On découvre l’animatrice canadienne en face de Mylène, toutes deux assises sur des canapés en cuir noir, dans ce qui semble être une loge. La chanteuse porte une longue jupe écrue et une veste en jean bleu.

 

Julie Snyder : Vous avez un succès phénoménal. Grasset disait que la réussite c’est souvent la revanche sur le bonheur. Est-ce que ça s’applique à vous ?
Mylène Farmer :
 Probablement, oui (rires) ! Oui, c’est très difficile d’être heureux…

JS : Est-ce que quand vous étiez petite, vous vous disiez ‘Quand je serai grande, je serai chanteuse’ ?
MF :
 Non, du tout. Je crois que je ne me suis jamais posée cette question, en tout cas je n’en ai pas le souvenir. Je ne sais pas…

JS : Et à quel moment vous avez eu envie de devenir chanteuse ?
MF :
 C’est un hasard : je voulais être actrice, donc j’ai pris des cours de théâtre -mais ça c’était plus tardivement- et puis c’est une rencontre qui a fait que j’ai commencé la chanson.

JS : Et puis, vous vous êtes dit ‘Je me lance là-dedans’ ?
MF :
 Là, je crois que c’est la vie qui m’a happée. En tout cas, je me souviens m’être dit ‘Je sais que c’est ce que je veux faire’, surtout à travers l’écriture. C’est quelque chose qui m’a tout de suite beaucoup aidée et intéressée.

Extrait de « Rêver » live 96

JS : Votre spectacle est très spectaculaire, est un grand déploiement. Ça ne ressemble à rien : autant c’est très spectaculaire, autant c’est très, parfois très émotif, très intimiste. Quand vous vivez les moments d’émotion, on sent la foule frissonner avec vous et vous pleurez même en interprétant certaines chansons. Dans quel état êtes-vous ?
MF :
 D’émotion intense : c’est quelque chose à la fois qui consume, et à la fois c’est un partage.

JS : Est-ce que vous pleurez systématiquement à chaque spectacle ?
MF :
 Ecoutez, je ne sais pas. Je ne réfléchis pas à tout ça, si ce n’est qu’il y a des chansons, oui, dont le texte me touche profondément. Et puis c’est vrai que l’écoute que j’ai, qui est d’une grande, grande qualité, d’une grande chaleur, me provoque aussi, me suscite des émotions.

JS : Quand on assiste à votre spectacle, on a l’impression d’être à la messe, à une cérémonie et après la cérémonie, après la communion avec le public -parce que c’est très, très intense- est-ce que vous ressentez un vide après cette grande force ?
MF :
 Je le ressens fatalement, mais c’est plus après, quand une tournée est terminée, que c’est vraiment le grand trou noir. Là, j’ai la chance d’être accompagnée et entourée, donc c’est vrai que le plongeon est assez bref. Maintenant, la nuit parfois propose d’autres choses.(rires)

JS : Les paupières ont du mal à se fermer ?
MF :
 Oui. Beaucoup de mal, oui.

JS : Qu’est-ce que vous faites dans ce cas-là ?
MF :
 Je crois que j’ai le spectacle qui revient en boucle : ce que j’ai considéré comme étant des erreurs, je pense à des textes, je pense à des mouvements, à tout ce qui fait le spectacle…

Extrait de « Désenchantée » live 96

JS : Vous arrivez à tout gérer : par exemple, le spectacle, c’est vous qui l’avez conçu…
MF :
 C’est moi, c’est moi et beaucoup d’autres ! Je crois que faire les choses seule, c’est quelque chose qui ne m’intéresse pas. J’aime le dialogue, que ce soit avec un, deux, dix… Maintenant, donner naissance à quelque chose et puis après faire appel à des gens de talent autour de moi.

JS : Non, mais vous le portez sur vos épaules…
MF :
 (sourire) Je le porte sur mes épaules oui, en tout cas au moment X, c’est-à-dire quand je rentre sur scène, il n’y a plus que moi, mais aussi des danseurs et des musiciens, et une technique. Mais c’est vrai que si moi je flanche, le spectacle n’est plus.

Extrait de « XXL » live 96

 mylene-farmer-ouv

JS : Vous êtes née au Québec. (Mylène confirme) Et où vous avez vécu exactement au Québec ? En région ? À Montréal ?
MF :
 Une province du Québec. Je ne sais plus. (silence) Je me souviens simplement du nom Sainte-Marcelline, si ça peut vous aider ! (rire nerveux) Le reste, je ne sais pas…

JS : Vous alliez chez les sœurs ? Chez les Marcellines ?
MF :
 Oui.

JS : Et pourquoi vos parents, qui sont quand même français… Parce que vos parents sont pas québécois, on dit souvent que vous êtes québécoise : vous l’êtes parce que vous êtes née au Québec, vous avez un passeport canadien. (Mylène confirme) Mais pourquoi vos parents sont venus au Québec ?
MF :
 Pour raison professionnelle.

JS : Et ils sont retournés en France aussi pour raison professionnelle ? (Mylène confirme) Et est-ce que vous étiez contente de retourner en France ?
MF :
 Je ne peux pas…Je pourrais mentir. Je n’ai pas ce souvenir là non plus ! (rires)

JS : Mais quand même, pour une petite fille, passer du Québec à la France, donc c’est une autre culture. Avez-vous eu un choc en arrivant ici ?
MF :
 Ecoutez, on m’a dit -alors là je vais vous répéter ce qu’on m’a dit- que c’était quelque chose d’assez difficile. Maintenant, moi-même, je n’en ai pas le souvenir.

Extrait de « Vertige » live 96

JS : Il y a des tableaux qui sont très sexy. Vous êtes quand même -peut-être que vous n’aimerez pas l’expression- vous êtes un sex-symbol…
MF :
 Je ne sais pas ! (rires)

JS : Non mais que vous le sachiez ou non, vous êtes très belle ! Est-ce que vous, vous vous trouvez belle quand vous vous voyez sur scène ou quand vous regardez les vidéos ?
MF :
 Non, non. Ce sont des moments difficiles pour moi ! (rires) Je préfère voir l’ensemble, voir si le moment est beau, riche, émouvant. Mais quant à moi, me polariser sur moi : non, c’est toujours quelque chose de très difficile.

JS : Pourquoi c’est quelque chose de si difficile de parler de vous, de penser à vous…
MF :
 Il y a pas de réponse.

JS : … de vous regarder ?
MF :
 Je ne sais pas.

Extrait du clip « Libertine »

JS : Est-ce que vous êtes aussi libertine que dans vos clips ?
MF :
 Là, je sais que cette question revient souvent. Je ne peux pas répondre à cette question-là ! (rires)

JS : Ah ben comment je pourrais la formuler ?! (Mylène, qui tient désormais une cigarette, fixe silencieusement l’animatrice du regard, tout en lui souriant) Vous me regardez et : « Allez, rame ! Rame, ma vieille ! Je t’écoute ! »
MF :
 Passez à une autre question, en tout cas ! (rires)

JS : Ah, c’est ça ! Ma prochaine question : est-ce que vous aimeriez être comme dans vos clips ?
MF :
 Vous savez, une chanson, c’est une chanson. Après, on a envie d’y mettre des images, de raconter une histoire à travers cette chanson, donc c’est un moment choisi, un morceau choisi. Vous dire que si j’exprime ‘Sans contrefaçon, je suis un garçon’, si vous me posez la question ‘Est-ce qu’aujourd’hui, vous avez toujours envie de mettre un mouchoir dans votre pantalon ?’, je vais vous dire non, c’était le passé. Maintenant j’ai exprimé ce moment-là, ça ne veut pas pour autant dire que je dois véhiculer ou cette image ou ce sentiment toute ma vie.

Extrait de « Sans Contrefaçon » live 96

JS : Je vous oblige en ce moment à parler de vous, parce que j’ai pas le choix puisque je fais une interview sur vous, et qu’on va pas parler du canapé en cuir sur lequel vous êtes assise ! Est-ce que vous avez l’impression, par exemple, d’être chez le dentiste et qu’on va vous arracher une dent ?
MF :
 Ce n’est pas à ce point-là, mais c’est une sensation de malaise… (rires)

Extrait du clip « Comme j’ai Mal »

JS : Vous le dites vous-même, vous avez une araignée en vous. Vous êtes une petite ‘bibite’ ! (Mylène reste silencieuse, perplexe, puis fait les gros yeux et rit) Non mais, parce que pour moi, vous êtes une petite ‘bibite’ dans le sens où…
MF :
 (la coupant) Ça veut dire quoi ? (elle éclate de rire, et porte sa cigarette jusqu’au cendrier posé par terre)

JS : Une ‘bibite’, ça existe pas en France ?! Y’a pas de mot ‘bibite’, ici ? (Mylène est morte de rire) En France, une ‘bibite’, c’est…heu, en québécois, une ‘bibite’ c’est un petit moustique, genre avec des pattes.
MF :
 (elle éclate de rire en tenant sa cigarette, tandis que l’animatrice mime l’insecte) D’accord !

Extrait de « Alice » live 96

 

JS : Mylène, dans vos clips, vous prenez beaucoup de risques : vous faites les cascades, vous galopez à cheval, vous êtes attachée sur des trains. Est-ce que vous vous êtes déjà blessée ?
MF :
 Brûlée deux fois, sur le train (dans le clip « XXL », nda), et pendant le dernier clip (« Souviens-toi du Jour… », nda), il y avait du feu à proximité et il faisait très, très chaud. Probablement des bleus, oui. (sourire) Je suis quelqu’un de très physique. J’aime ça, j’aime cette prise de risque.

JS : Est-ce que vous aimez souffrir ?
MF :
 D’une certaine manière, oui, certainement. Certainement.

Extrait du clip « Je t’aime mélancolie »

JS : Vous partagez votre vie avec un singe qui s’appelle E.T. Comment ça s’est passé ? Est-ce que vous vous êtes levée un matin en vous disant ‘Tiens, aujourd’hui, je vais me procurer un singe’ ?!
MF :
 Je crois que ça s’est passé comme ça. J’avais envie d’un animal et je suis allée dans les magasins qui, malheureusement, vendent des animaux et je suis tombée sur cette petite fille… (sourire)

JS : Et vous l’avez vue tout de suite, comme ça ?
MF :
 Immédiatement. C’est tentant d’avoir un singe… (sourire)

JS : Oui ? (Mylène confirme) C’était un coup de foudre ?
MF :
 Oh oui, total ! (sourire)

JS : Instinctivement on sait comment élever un chien ou un chat, mais est-ce que instinctivement vous saviez quoi faire avec le singe ?
MF :
 Oui. J’ai dû être singe dans une autre vie donc ça a été très facile ! (rires)

JS : Vous croyez à la réincarnation ?
MF :
 J’aime cette idée. Elle est très poétique.

JS : Et qu’est-ce que vous voudriez être dans une autre vie ?
MF :
 Ben puisqu’on ne peut pas être un animal, c’est forcément un humain. Maintenant, peu m’importe. Vivons celle-ci !

Extrait du clip « Je te rends ton Amour »

JS : Vous êtes proche de Salman Rushdie pour qui, en quelques sortes, le monde est une prison et vous, vous avez déjà dit ‘Parfois, je me sens enterrée vivante’. Est-ce que vous avez l’impression que votre liberté à vous aussi vous échappe ?
MF :
 Parfois, mais je ne suis pas sûre que ce soit le monde environnant qui m’impose ça, je crois que c’est moi toute seule effectivement. Et quant à Salman Rushdie, c’est quelqu’un de très gai dans la vie, il a beaucoup d’humour.

JS : Est-ce qu’il vous communique cet humour ?
MF :
 Oh oui, totalement ! On a de grands éclats de rire ensemble ! (sourire)

JS : Qu’est-ce qui vous attirait chez lui ? Pourquoi vous avez eu envie d’aller vers lui ?
MF :
 Parce que c’est quelqu’un de charismatique, parce que c’est un grand écrivain -je n’ai pas tout lu ses livres (sic), mais certains -et puis parce que ce qu’il a vécu est quelque chose qui m’a profondément touchée. Et j’avais envie…Voilà, il s’est trouvé qu’on s’est rencontrés lors d’une soirée, je suis allée spontanément vers lui parce que j’avais envie de le connaître.

JS : On vous sent moins sombre qu’avant…
MF :
 (silence et haussement d’épaules) Ça, je suis pas sûre que je puis répondre à une question comme celle-là. Je crois qu’on a tous ses ombres, donc je les porte en moi et je les porterai jusqu’à la fin de mes jours. Je crois qu’on apprend aussi avec la vie, avec le temps, ses expériences. Là encore, tenter que de laisser ses fardeaux de côté parfois, mais maintenant, ça resurgit tellement vite.

JS : Votre plus grand hit, ou en tout cas un de vos plus grands hits, c’est « Désenchantée ». (Mylène confirme) Qu’est-ce qui vous enchante ?
MF :
 La gentillesse. La générosité. Toute forme d’art : la peinture, la littérature, le cinéma. Et puis beaucoup de choses. Le voyage, j’aime voyager.

JS : Merci beaucoup.
MF :
 Merci à vous…d’avoir souffert avec moi ! (rires)

JS : Oh oui, j’ai souffert autant que vous ! Il y avait une belle réciprocité dans la souffrance ! (rires)

Les deux femmes se lèvent. L’interview se termine sur la toute dernière image du DVD « Live à Bercy », quand on voit Mylène dans les coulisses, après sa sortie de scène, le tout sur la musique de « Désenchantée ».

 

 

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LE CHEVAL EST SON AMI

Posté par francesca7 le 29 novembre 2014

 

TÉLÉ 7 JOURS 29 OCTOBRE 1988 - Journaliste : Cécile Tesseyre

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À propos de son amour des chevaux :
-Le plaisir d’être à cheval est immense. Les angoisses disparaissent, plus rien n’a d’importance… C’est une discipline que je conseille à tous, même si moi je dois m’en priver pour éviter tout accident. J’ai découvert les chevaux à l’âge de dix ans. J’ai même voulu faire de l’équitation mon métier mais, au moment de passer mon diplôme d’institutrice, j’ai tout abandonné.

À propos de la participation du dresseur Mario Luraschi au clip « Pourvu qu’elles soient Douces » :
-J’ai découvert Mario Luraschi en le voyant à la télévision. Quand les producteurs de mon clip l’ont contacté, j’ai eu la chance de le rencontrer. Les chevaux de Mario sont si bien dressés qu’on a l’impression d’être le meilleur cavalier du monde. Mario leur parle comme à une femme… Dans mon clip, Mario a exécuté toutes les cascades dangereuses. Autrement, c’est moi qui joue mon rôle, comme dans les précédents clips. 

À propos du tournage du clip et de son histoire :
-Il nous a fallu huit jours de tournage en forêt de Rambouillet, cent cinquante figurants, et une équipe technique renforcée. L’action se déroule en 1759, au beau milieu de la guerre de Sept ans qui opposait les armées française et anglaise. Les français envoient un bataillon de prostituées espionnes semer le trouble dans le camp britannique. C’est là qu’intervient Libertine, dont un capitaine anglais est tombé éperdument amoureux… Nous avons eu un conseiller historique pour éviter les anachronismes.

À propos du goût limité de Mylène pour l’Histoire :
-A l’école, elle me passait au-dessus de la tête. Mon caractère rebelle me faisait refuser l’enseignement des professeurs. Plus tard, j’ai découvert les plaisirs de la littérature et je me suis instruite toute seule.

À propos de sa nudité affichée dans le clip :
-C’est le paradoxe de l’artiste. On peut accepter des scènes de nu si elles ont un intérêt, et si on a l’assurance d’un travail bien fait. J’ai confiance en Laurent Boutonnat. Pourtant, j’appréhendais un peu ces scènes. Ce sont les regards, ou les commentaires des personnes sur le plateau qui peuvent rendre la situation embarrassante. Là, tout s’est très bien passé. Malgré tout, me déshabiller dans mes clips ne va pas devenir systématique.

À propos d’un éventuel troisième volet mettant en scène le personnage de Libertine :
-Peut-être même un long métrage sur ce personnage qui me ressemble un peu. Comme elle, je suis une insoumise permanente, et mon caractère est comme le sien, très féminin, avec en plus le côté intrépide des garçons.

À propos des paroles de « Pourvu qu’elles soient Douces » qui peuvent choquer certaines oreilles :
-Disons que la perversité des uns peut être la normalité des autres. C’est une question de tolérance. Avec le temps, je suis moi-même devenue bien plus tolérante à l’égard d’autrui. Mon pardon est plus facile.

À propos de sa collaboration avec Laurent Boutonnat :
-Il y a des rencontres qui marquent. Laurent apporte tant de réponses à mes demandes ! Je crois que, dans une vie, on ne trouve qu’une fois une relation créative aussi forte que la nôtre.

À propos de la préparation de son spectacle au Palais des Sports, en mai 1989 :
-Tous les jours, un professeur vient m’entraîner. Cela demande des sacrifices et une rigueur alimentaire. Fini, les folies Coca-Cola ! Je prends aussi des cours de chant pour donner plus d’assurance à ma voix. Je ne m’étais jamais rendue compte à quel point la respiration est importante.

 

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MYLENE N’EST PAS VRAIMENT ÇA

Posté par francesca7 le 25 novembre 2014

 

STAR CLUB NOVEMBRE 1988

Journaliste : Judith Carraz

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À propos de son enfance :
-A cette époque là, j’étais une petite fille plutôt renfermée. Je ne pensais pas vraiment à la chanson. Je n’achetais pas de disques, ma seule passion était les animaux. J’ai vécu très mal le passage de l’enfance à l’adolescence. Heureusement, je portais en moi la conviction très forte que j’allais réussir dans un domaine artistique, mais je ne savais pas encore lequel.

À propos de « Plus Grandir », son premier texte en tant qu’auteur :
- C’est le premier texte que j’ai écrit, il est très important pour moi. Aujourd’hui j’ai ‘grandi’ dans la forme mais pas dans le fond…

À propos de sa rencontre avec Laurent Boutonnat et de son entourage professionnel :
-Il cherchait quelqu’un pour enregistrer « Maman a Tort ». Mon physique de l’époque correspondait complètement à la chanson. J’ai fait ce premier disque dans une inconscience totale. C’est sur « Libertine » que je me suis rendue compte de la différence entre un succès d’estime et un succès médiatique. Et là, j’ai peur de ne pas arriver à assumer… Dans ce métier, c’est très important d’être rassurée, poussée par quelqu’un. Mon manager, Bertrand Lepage, a été pour beaucoup dans ma transformation physique depuis « Maman a Tort » et dans le fait que j’ai pris confiance en moi. Ensuite c’est vrai, il y a beaucoup de travail.

À propos de son succès et de sa façon de le gérer :
-J’ai toujours voulu être connue, alors je ne vais pas dire que je n’aime pas ça, mais quelquefois c’est difficile à assumer. On n’a pas toujours envie du regard des autres. Je n’ai jamais rêvé d’une sérénité parfaite, mais la réussite n’a pas vraiment calmé mon mal de vivre…

À propos de son goût grandissant pour l’écriture :
-Je n’ai jamais écrit de poèmes quand j’étais petite, et le goût de la lecture m’est venu assez tard, vers dix-sept ans. Pour écrire, j’ai besoin de la musique comme support. Je crois que je ne pourrais pas écrire de chansons vraiment gaies. L’album « Ainsi Soit Je… » est comme une sorte de journal de bord.

À propos du sentiment de déception par rapport à la vie :
-C’est difficile à dire, mais il est certain qu’il y a un fossé entre ses rêves d’enfant et ce que l’on vit vraiment…

À propos de son rapport à sa propre image :
-J’aime mon physique trois minutes par jour. Je sais tout ce qu’on peut faire avec un appareil photo ou une caméra. J’en connais tous les mécanismes et cela ne me rassure pas. Je sais simplement que je suis photogénique. Je consacre beaucoup plus de temps qu’avant à mon physique. Je me regarde dans les vitrines, et sur les tournages j’ai toujours besoin d’avoir un miroir à portée de main. J’achète toutes les crèmes et je me laisse facilement influencer par la publicité !

À propos de sa passion pour les vêtements :
-J’adore les vêtements et les belles matières. Enfant, j’aimais le rose, le jaune, les couleurs vives. J’avais parfois vraiment mauvais goût ! Maintenant, je préfère les couleurs sombres, le classique. J’ai un net penchant pour les chaussures, que je collectionne.

À propos de son besoin d’être toujours occupée :
-J’ai toujours peur d’une punition divine quand je suis inactive.

À propos de ses goûts musicaux en général :
-J’ai une préférence pour les instruments mélancoliques, comme le violon.

À propos de ses envies de cinéma :
-J’en ai très envie, mais je ne sais pas encore comment ça se fera…

À propos du spectacle qu’elle prépare pour le Palais des Sports en mai 1989 :
-J’en rêvais ! C’est l’obstacle le plus haut, et j’ai un trac fou rien que d’y penser. On va travailler cette scène comme un scénario de film. Il y aura un personnage central et une histoire. Le contact avec le public est la plus grande jouissance pour un chanteur.

À propos de l’amour en général :
-C’est une succession de désillusions avec des moments forts. Le mariage ? Oui, l’idée me séduit pour la beauté…

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Mylène, ELLE OSE ET ELLE CHOQUE

Posté par francesca7 le 18 novembre 2014

 

TÉLÉ 7 JOURS - 10 DÉCEMBRE 1988 interview de  Cécile Tesseyre

 

my1La journaliste Cécile Tesseyre réutilisera partiellement son entretien avec Mylène pour le magazine Backstage de mai 1989, agrémenté de quelques déclarations propres à cette autre publication. 
Ce qui suit est donc une reconstitution de l’entretien à partir de ces deux publications.

De « Libertine » à « Pourvu qu’elles soient Douces », vos chansons ont toujours été un peu osées. Jusqu’où irez-vous ?
-Je ne m’autorise pas de limites. En ce moment, je n’écris pas, la question ne se pose donc pas…

Certains trouvent vos paroles choquantes…
-Dans « Sans Contrefaçon » je dis ‘je me fous du qu’en dira-t-on’. C’est vrai. Malgré tout, je pense avoir beaucoup d’interlocuteurs favorables puisque le 33-Trs « Ainsi Soit Je… »approche déjà les 600.000 exemplaires vendus.

Et vos parents, votre famille…?
-Nous n’avons aucun dialogue sur ce sujet. Nous sommes une famille de longs silences, mais qui ne sont pas pour autant de longs creux…

L’amour, le couple sont-ils importants pour vous ?
-Pour moi, l’amour est fondamental pour la créativité. J’aime beaucoup cette phrase du romancier Luc Dietrich qui dit que ‘l’amour est un grand courage inutile’. Je suis comme mes chansons : libertine, douce et fidèle. Très fidèle.

Êtes-vous heureuse ?
-Je suis incapable de répondre. Une fois de plus, c’est un paradoxe. Pour moi, l’amour doit être grandeur et décadence.

Lio vient de poser nue pour Lui. Vous apparaissez dénudée dans certains de vos clips. Vous imiteriez Lio pour des photos ?
-Non. On me l’a déjà proposé, pour une somme d’ailleurs très rondelette. Je ne le ferai jamais car je n’éprouve aucun plaisir à cela (Mylène posera finalement nue à sa propre initiative en 1996 sous l’objectif de Karl Dickenson, nda). La seule motivation de ceux qui acceptent est l’argent. Quant à Lio, je me garderai bien de la juger, car c’est une artiste que je respecte beaucoup.

Que dit votre courrier ?
-Je reçois de plus en plus de lettres, et j’ai de moins en moins le temps d’y répondre, car je ne veux déléguer ce bonheur à personne. Je reçois de longues lettres de gens qui ont le mal de vivre et qui cherchent un dialogue ou une consolation. Ma meilleure façon de leur répondre, c’est à travers les chansons. Je n’ai jamais reçu de lettre d’insultes !

En allant chercher votre trophée aux Victoires de la Musique, vous avez dit être à la fois très heureuse et très triste.
-C’était un grand moment d’émotion. J’ai toujours eu du mal à distinguer le bonheur de la tristesse. Chez moi, ils se conjuguent parfaitement. En prenant ma récompense, j’ai vu défiler les plus belles images de ma vie et les plus cruelles aussi. On dit bien que la jouissance est une petite mort. Je n’ai pas voulu chasser le naturel, je n’avais préparé aucun texte, j’ai tout dit spontanément. D’autres choses sont également intervenues, mais je tiens à les garder secrètes.

Comment avez-vous célébré cette Victoire ?
-Dans le silence. Dans la voiture, en quittant le Zénith, avec mon manager Bertrand Lepage, nous n’avons échangé aucun mot. J’étais assise à serrer très fort entre mes mains cet objet très lourd. C’est ma manière de vivre les choses. Mon sens de la fête est le repli sur soi, sans occulter le bonheur. Chez moi, j’ai placé la Victoire dans mon salon, sur un haut-parleur. Comme beaucoup d’artistes, j’ai été étonnée. Je ne vois aucune inscription sur le trophée, pas même la catégorie. Tout juste ‘Victoires de la Musique 1988’. Je regrette cet anonymat.

Et le lendemain ?
-Je suis redescendue sur terre en me plongeant dans le travail, qui est surtout une préparation physique en vue du Palais des Sports, en mai 1989.

En quoi consiste cette préparation ?
-Du sport. Pour l’instant, je le pratique à la dose minimale de quatre fois par semaine pendant environ quatre heures et demie. Ensuite, je m’entraînerai tous les jours. Par exemple, je commence le matin, à dix heures, par une séance de jogging. Le mot a été un peu galvaudé, mais disons qu’il s’agit de courir en ayant de belles foulées et en obtenant un rythme cardiaque en harmonie avec la course. Le résultat doit être de pouvoir courir une heure sans s’arrêter, sans fatigue, et en récupérant son souffle rapidement. C’est un travail de haute précision, dirigé par mon entraîneur, Hervé Lewis.

Et ensuite ?
-Nous retournons à son appartement, où Rambo a installé une salle de sport. Un travail comparable à celui d’une danseuse. Après vient le moment du repas. Une bonne alimentation est indissociable d’un bon entraînement physique. Mes repas sont établis par un cuisinier diététicien, Emmanuel Engrand. Il m’a enseigné des menus variés et équilibrés -du poisson et des légumes-crudités- et surtout à manger lentement et à boire peu pendant les repas. Le plus dur a été d’arrêter la cigarette, même si je ne fumais pas vraiment.

Cet entraînement vous a-t-il changée ?
-Mon corps a changé. Pendant vingt-quatre ans, je n’ai pas fait de sport, hormis l’équitation et les cours de gym à l’école. Avant, j’avais l’impression qu’après trois ou quatre séances, je serais épuisée. Or, mon énergie est décuplée. Dès le début, mon entraîneur a fait en sorte que je ne souffre pas de courbatures. Quant à ma manière de travailler, elle a gagné en images (5)rigueur…

À propos des cours de chant qu’elle suit :
-Ces leçons ont été un déclic pour moi. Ma voix a gagné en ampleur et en profondeur. Mon professeur m’a aussi permis de découvrir qu’une manière de chanter est un révélateur de personnalité. On retrouve souvent les mêmes intonations de voix auprès de deux chanteurs ayant un caractère sensiblement identique. 

À propos du fait qu’elle a du arrêter de fumer pour monter sur scène :
-C’est étonnant car je n’ai jamais été une grosse fumeuse, à peine quelques cigarettes par jour…

 

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ROCK NEWS reçoit Mylène Farmer

Posté par francesca7 le 16 novembre 2014

AINSI SOIT ELLE ; AVRIL 1988 Interview  : Hervé Naguet

 

Cet entretien est d’abord paru dans « Rock News » puis le mois suivant dans « Pulsions », agrémenté de quelques questions supplémentaires et amputé d’autres. C’est la retranscription intégrale reconstituée qui est proposée ici.

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Avant de parler de ton nouvel album, j’aimerais revenir sur « Sans Contrefaçon » et te demander si, à choisir, tu aurais préféré être un garçon…
-La seule chose que je puisse dire, c’est que toute une période de mon enfance fut un ‘purgatoire’, c’est-à-dire que, dans mon comportement, je ne figurais ni comme jeune fille ni comme jeune garçon. Une chanson, c’est plus un plaisir et un amusement. Même si aborder ce sujet n’est pas un hasard, ce qu’il faut mettre en avant, c’est une chanson.

Combien de temps as-tu travaillé avec Laurent pour arriver à sortir « Ainsi Soit Je… »?
-Quatre mois de studio et, avec l’écriture des textes, l’écoute des musiques de Laurent, etc. on peut estimer cela globalement à cinq, six mois de travail.

« Ainsi Soit Je… »<:i>, ce n’est pas un peu mégalo comme titre ?! 
-C’est vrai que de dire et d’affirmer
 ‘ainsi soit je’ est une forme de mégalomanie mais, dans mon esprit, je ne l’ai pas formulé dans cette intention. Maintenant, chacun va interpréter comme il le sent. « Ainsi Soit Je… », c’est la présentation d’une jeune fille avec tous ses paradoxes et ses ambiguïtés. « Ainsi Soit Je… », c’est aussi l’univers d’Edgar Poe et, indirectement, celui de Baudelaire. C’est la présentation d’une personne et de sa personnalité.

Y a-t-il un fil conducteur dans « Ainsi Soit Je… » ?
-On me parle d’album concept, je comprends ce que ça veut dire sans trop le comprendre. Je peux en parler différemment, car j’ai écrit tous les textes et j’ai abordé des auteurs, des personnages et des thèmes qui sortent de moi. Quand je parle d’Edgar Poe, c’est parce qu’il est quelqu’un qui a vraiment fait partie de ma vie. Baudelaire, c’est encore autre chose.
 « Sans Logique », c’est le paradoxe satanique et angélique. Ma personnalité et ma dualité, c’est réellement ça. Je peux basculer très facilement d’un extrême à l’autre.

Quel est ton signe astrologique ?
-Je ne suis pas très portée sur l’astrologie, mais cette dualité intense s’explique peut-être par le fait que je sois Vierge ascendant Vierge, et qu’il y a une bataille permanente entre les deux.

Tu définissais « Cendres de Lune », ton précédent album, comme un disque d’ambiance plutôt que de promotion. Comment définirais-tu « Ainsi Soit Je… » ?
-Je n’aime pas définir quelque chose. Quand on répond à des interviews, on est un peu obligé de réduire les choses. Si je vous dis que le premier album était intuitif et que le second est beaucoup plus profond, c’est caricatural, mais c’est un peu vrai. Quand on fait une première œuvre, disque, livre, on veux parler de tellement de choses que c’est parfois un peu confus. Avec, un second album, on maîtrise mieux son œuvre.

images (13)Tu me parles d’Edgar Poe et de Baudelaire, ce sont deux auteurs étranges aux univers bizarres. Ce qui est frappant quant on parle de toi avec d’autres artistes, c’est qu’ils adorent ce que tu fais mais tu les inquiètes par ton côté un peu morbide…
-C’est vrai que la mort, la mère, l’infanticide, tous les thèmes tabous n’ont pas été tellement abordés et, quand on en parle, on dérange et on inquiète. Ce sont des sujets qui me passionnent et qui me tourmentent comme Edgar Poe, qui faisait ressentir à travers ses écrits toutes ses angoisses sur la mort et la peur du néant. Aborder ces thèmes dans une chanson peut déranger, voire choquer. Tout cela est dur à expliquer. Les gens ont l’air d’apprécier ce côté ambigu de ma personnalité.

C’est vrai aussi que ta promotion a l’air d’être extrêmement calculée…
-Oui, et c’est peut-être frustrant pour le public mais ça l’est aussi pour moi. Il est dur d’arriver à imposer sa personnalité et c’est facile de la détruire. Le jour où je déciderai de faire de la scène, de donner rendez-vous aux gens qui m’aiment, il se passera forcement quelque chose d’important pour le public et pour moi.

Qu’est-ce qui a changé en toi depuis un an ?
-Il y a une chose très importante, c’est le courrier. Je ne parle pas des demandes d’autographes mais des lettres qui font deux ou trois pages et qui vous disent des choses sur vous, sur la manière dont les gens vous perçoivent. Plus ça va, plus ce courrier contient des choses importantes qui me touchent réellement par rapport à ce que moi je propose. D’autre part, le succès change forcément les choses, plus par rapport à l’esprit qu’à la vie courante. Je crois que c’est un mélange d’angoisse et de plaisir qui sont décuplés, mais l’un ne va pas sans l’autre. C’est une jouissance qui vous meurtrit.

Pourquoi le choix de ne pas faire de galas ?
-Déjà, je n’aime pas les boîtes de nuit, lieu où se déroulent la plupart des galas. Je n’aime pas être au milieu du monde. Il faut être lucide : si les artistes font des galas, c’est avant tout pour l’argent et, bien sûr, je peux comme tout le monde en avoir besoin. Mais je ne ferais pas de galas pour cela car, pour moi, un gala c’est l’anti plaisir par excellence. Mon vrai plaisir, ce sera de faire de la scène.

Tu n’as pas l’impression de frustrer ton public ?
-Je ne crois pas, car il verrait une représentation qui ne serait pas mienne, que je n’aurais pas préparée.

Et ce rendez-vous ‘d’amour’, c’est prévu pour quand ?
-Un an, deux ans… En tout cas, pas au-delà de deux ans.

Le clip de « Sans Contrefaçon » a donné lieu à une rencontre surprenante, celle de Zouc et de Mylène Farmer. Comment cela s’est-il passé ?
-Je ne connaissais pas Zouc personnellement, mais j’apprécie énormément son personnage et ses spectacles. Elle a effectivement des points communs avec moi parce qu’elle a abordé, entre autres, le domaine de l’enfance et de ses problèmes, de la mort, de la naissance. C’est une femme impalpable, une artiste. C’est un personnage étonnant, dérangeant. La rencontre s’est déroulée au cours de l’émission
 « Mon Zénith à Moi » (diffusée le 10 Octobre 1987 sur Canal Plus, cf. cette référence, nda), et quand, avec Laurent, nous avons commencé à écrire le clip, le personnage de Zouc s’est imposé. Elle représente une sorcière, mais la sorcière dans son côté ambigu : on ne sait pas si c’est une fée ou une sorcière.

Ce clip marquait un changement dans le fond…
-Il y a eu trilogie avec « Plus Grandir », « Libertine » et « Tristana ». Ensuite, il était nécessaire de changer et cela s’est fait naturellement. Le clip de « Sans Contrefaçon »inspire plus de réflexion que les autres, qui étaient plus de très belles images et des scènes intenses qu’une histoire réelle sur un thème précis. Pour « Ainsi Soit Je… », la seule chose que je puisse dire, c’est que ça va être sobre, avec tout ce que ça comporte de difficultés.

Le clip, surtout tel que vous le concevez Laurent et toi, peut pousser au cinéma. Qu’en est-il à l’heure actuelle ?
-J’espère vraiment que nous pourrons tourner un film ensemble, ce serait un beau cadeau. Maintenant, il n’y a rien de précis. Laurent a un projet qui va sûrement se concrétiser. Quant à moi, j’ai reçu des propositions mais rien de bien excitant. J’attends vraiment quelque chose qui me motive entièrement car j’ai vraiment la patience d’attendre. On fait des erreurs quand on n’a pas la force de patienter.

J’aimerais qu’on connaisse un peu mieux le côté personnel de Mylène Farmer, qu’on arrête de parler de la chanteuse pour parler de ses goûts et de ses aspirations. Pour toi, le look, la mode, c’est important ?
-Le mot ‘look’ me fait frémir, j’ai horreur de cette appellation. Quant à l’habit, c’est quelque chose que j’adore. Ma mère n’y est pas étrangère, elle adorait s’habiller et obligatoirement cela m’a marquée. Maintenant, l’aspect physique n’est pas toujours le reflet de l’aspect mental mais les chaussures sont très importantes et peuvent laisser transparaître une personnalité. 

Et la politique, tu réagis à ce qui se passe actuellement ? (lorsque paraît cet entretien, nous sommes à quelques jours du premier tour de l’élection présidentielle qui vit François Mitterrand réélu, nda)
-Je peux avoir des opinions politiques mais je ne me prononcerai jamais, à part sur des choses très, très importantes où je pourrais profiter de mon personnage public pour faire avancer des choses, voire influencer des gens.

Justement, utiliserais-tu le fait d’être un personnage public pour soutenir une cause si on te le demandait ?
-Non. Il y a une chose que je trouve dommage, c’est qu’à l’heure actuelle de nombreuses émissions télévisées demandent des dons pour telle ou telle cause. C’est formidable, mais il arrive un moment où c’est trop, les gens ont des limites. On m’a souvent demandé de participer à des galas pour ‘X’ ou ‘Y’ : je dis non. Le jour où j’aurai envie de faire quelque chose, je le ferai directement sans que tout le monde le sache que j’ai fait un chèque de tant de francs. J’ai besoin de me respecter, et je ne pourrais pas faire autrement.

Comment définis-tu l’amour et comment le vis-tu ?
-Qui est capable de le définir ? C’est la chose la plus inabordable qui existe, c’est un mélange d’euphorie et d’horreur. Une fois de plus, je pense à Edgar Poe qui a écrit une nouvelle sur une femme qui est sans doute la femme idéale. Tous les superlatifs pour la décrire sont destructeurs et impalpables.

images (14)Arrives-tu à bien le vivre ?
-Ni bien, ni mal. Je le vis avec ce que je viens de dire, des moments d’euphorie et des moments terribles. Mais la vie, c’est ça pour tout le monde, artiste ou pas. On peut vendre des millions de disques comme être ouvrier et se lever le matin avec l’envie de te suicider. Le quotidien est la chose la plus difficile à vivre.

Quel est le mot qui te fait horreur ?
-La chose qui me tourmente le plus et qui me fait le plus mal, c’est la désillusion perpétuelle. C’est de vivre avec cette notion du dérisoire. Ca, c’est très dur à vivre.

Et le temps ?
-Il m’obsède. C’est un peu pour ça, le choix de « L’Horloge » de Baudelaire dans l’album. La fuite du temps, c’est horrible. 

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Mylène Farmer écoute la Musique

Posté par francesca7 le 16 novembre 2014

 

JUILLET 1988

images (10)Journaliste(s) : Françoise Cousteau

 

La journaliste Françoise Cousteau, qui signe cet article de ses seules initiales, réutilise ici l’entretien qu’elle a eu avec Mylène et qui était déjà paru partiellement dans Ici Paris le 13 avril 1988. Néanmoins, cette nouvelle parution propose une retranscription plus complète et légèrement différente de cette interview.
Nous faisons donc le choix de présenter de façon distincte ces deux références.

À propos de son enfance, puis de sa vie avant la chanson :
-Je garde de cette époque de vagues souvenirs enneigés…Il y a toujours eu une tendance artistique dans la famille. Mon grand-père était sculpteur et ma grand-mère se passionnait pour le théâtre et la peinture. Moi, quand j’étais petite, j’avais -et j’ai toujours- un grand amour pour les chevaux. À douze ans, j’avais décidé d’en faire mon métier. J’ai passé plusieurs concours, jusqu’au moment où j’ai compris que la pratique seule ne suffisait pas. Il y avait aussi le côté pédagogique… Et, malheureusement, ça ne correspondait pas à ma nature. Alors, j’ai bifurqué, abandonnant la direction chevaline.

Et comment es-tu passée de l’équitation à la chanson ?
-J’ai commencé par exercer plusieurs petits jobs qui me permettaient de suivre des cours de théâtre. Cela m’a été extrêmement bénéfique, car c’est en travaillant des auteurs tel Strindberg que m’est venu le goût de la lecture : ce fut une révélation. Adolescente, je lisais peu. Aujourd’hui, je lis de plus en plus. C’est de là également que m’est venu l’amour des mots. J’ai écrit toutes les chansons, ou presque, d’ « Ainsi Soit Je… », l’album qui vient de paraître.

Tes clips, « Libertine » et « Tristana » pour ne citer qu’eux, sont à chaque fois un éblouissement. Que représentent-ils pour toi ?
-Mes clips sont pour moi un véritable enchantement, une espèce de miroir. La vie de tous les jours m’ennuie, me fait même un peu peur. L’imaginaire est essentiel pour sortir de cette morosité, et c’est là que les vidéos jouent un rôle important.

Tu viens de dire que la vie de tous les jours t’effraie. Comment vis-tu ?
-Chez moi. Dans une prison dorée… J’ai de plus en plus de difficultés à me promener dans la rue. Je déteste aller au restaurant, sortir le soir, mais en même temps je ne pourrais pas un seul instant envisager d’aller vivre à la campagne. J’ai besoin d’être au centre de tout ce qui se passe. Au même titre, je n’aime pas les vacances. J’ai toujours peur de rater quelque chose quand je pars. Mais il ne fait pas pour autant en déduire que je suis la fée du foyer ! Je ne sais pas faire la cuisine, par exemple ! Si j’aime tant ma maison, c’est peut-être parce que j’y habite avec mes deux amours…

Deux amours ? Raconte !
-Non, non, je n’ai pas d’enfants cachés, ni de maris secrets ! J’ai deux singes, des sapajous capucins ! La mère s’appelle E.T. et le bébé, qui n’a que cinq mois, s’appelle Léon. Ils vivent dans une grande cage et le soir, avant de me coucher, je les installe dans un couffin. C’est probablement à cause d’eux que je n’aime pas trop m’absenter de chez moi, ça me culpabilise de les laisser seuls ! À part mes singes, j’aime les fringues. J’adore marier les couleurs. Je ne fais pourtant aucune folie par rapport à l’argent, sans doute à cause de l’éducation que j’ai reçue. Acheter une paire de chaussures reste encore pour moi un instant magique. Je déteste le gaspillage, et puis surtout j’ai peur d’être blasée par le fric !

Au début de notre conversation, tu disais qu’après avoir pris la décision de changer de carrière, en abandonnant ton envie de consacrer ta vie à l’équitation, tu avais suivi des cours d’art dramatique. En regardant tes clips, on s’aperçoit tout de suite que tu es parfaitement à l’aise devant les caméras. Tu n’es pas tentée par le cinéma ?
-Ce n’est pas que je sois pas tentée par le cinéma, mais en fait, il y a un seul film que j’aurais aimé tourner, c’est « La Fille de Ryan », le seul et unique rôle dont j’aurais rêvé. C’était, je trouve, le film le plus extraordinaire qui soit. Malheureusement, il est déjà fait… De toute façon, on verra bien ce que l’avenir me réserve.
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Quels sont les défauts et les qualités que tu apprécies le plus chez quelqu’un ?
-(Mylène réfléchit longuement avant de se confier) En ce qui concerne les qualités, ça me semble évident : droiture et intégrité. Mais revanche pour les défauts, c’est un peu plus complexe. Bien entendu le mensonge et la malhonnêteté me font horreur. Mais je crois quand même que ce qui me gène le plus, c’est de me trouver devant quelqu’un dont j’ai l’impression qu’il n’a pas d’âme, si vous voyez ce que je veux dire. Le creux, l’inconsistance.

Revenons-en un peu à la musique. Dis-nous Mylène ce que tu aimes écouter quand tu es tranquillement chez toi -dans ta prison dorée, si tu préfères !
-J’écoute beaucoup de musique classique, et j’adore les bandes originales des musiques de films. On en revient une fois de plus, je crois, à l’imaginaire. Mais il y a également des chanteurs que j’apprécie beaucoup et dont je ne me lasse pas. Renaud, Kate Bush, Serge Gainsbourg par exemple, ou encore Jacques Dutronc. En ce qui le concerne, j’avoue avoir une petite préférence pour le Dutronc d’hier, par rapport au Dutronc d’aujourd’hui…

Peut-on savoir quels sont tes projets pour les mois qui suivent ?
-Pour l’instant, je suis en pleine promotion et cela m’occupe à temps plein. D’autant plus que l’album « Ainsi Soit Je… » a reçu un accueil formidable, ce qui me fait un énorme plaisir. Donc pas de vacances ! Mais cela ne me prive guère, comme je vous l’ai déjà dit. Pourtant, j’aimerais quand même voyager pour découvrir certains pays. L’Inde par exemple, particulièrement, j’adorerais y aller un jour. On verra plus tard ! Aujourd’hui, tout va bien comme ça. Je suis ainsi faite que je préfère travailler plutôt que me reposer, alors je suis comblée. Je suis d’un naturel optimiste, j’ai confiance.

 

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Mylène par Mylène PERFECT

Posté par francesca7 le 11 novembre 2014

 

 

Comme l’indique le titre de ce long article, Mylène parle d’elle-même, comme si elle dressait son propre portrait. Et ceci sans l’intervention du journaliste qui a ainsi rédigé son entretien comme un long monologue, retranscrit ici tel quel.

On en parle aussi sur le forum de Francescahttp://devantsoi.forumgratuit.org/

images (11)-J’ai toujours adoré les déguisements, d’ailleurs qui ne les aime pas ? Enfants, nous passons notre temps à nous déguiser, à jouer des personnages : les belles princesses, les princes charmants, tous liés à l’innocence de notre jeunesse. 

On s’imagine l’amour, et on en devine que les contours. Certains jours, on s’aperçoit que nos princes charmants ne sont que des princes navrants, des Arlequin de love story. La vérité est en fait que le costume est un plaisir intense qui me pousse à me propulser dans des histoires antérieures, mêlées de mélancolie et de provocation. Où l’amour et la haine se déchirent en un combat meurtrier…

De ce fait, « Ainsi Soit Je… » s’est imposé comme la suite logique de « Cendres de Lune ». C’est à la fois un univers plus intérieur où la jeunesse, le temps et la mort se combattent. Baudelaire et Edgar Poe en sont les témoins intemporels, tout en étant très liés à mon propre univers. Ils ont dans leur œuvre une richesse inépuisable. C’est parfois morbide, mais j’aime aussi approcher la mort. 

Prenez « L’Horloge » de Baudelaire, c’est aussi en soi une projection de la mort. Imaginez ce balancier dans son mouvement incisif qui fouette l’espace et marque l’érosion du temps, la perte de la jeunesse, le flétrissement de la peau…Même si l’on vous dit qu’une ride dans un sourire est en fait une expression, inexorablement, ce mouvement balancier vous emporte vers le souffle suprême qui s’appelle…la mort. 

La mort, je la vois apparaître comme quelque chose d’angoissant. Une étape inconnue. Mais une inconnue que j’imagine magnifiée et magique, qui toujours nous renvoie vers ces liens existentiels que sont le bien et le mal. 

-Quand j’étais enfant, j’avais beaucoup de mal à imposer mon visage de jeune fille, je tenais le rôle du garçon. L’histoire du mouchoir roulé en boule est une histoire vraie, que j’ai transposée en chevalier d’Eon dans une époque qui m’est chère. En fait, j’avais beaucoup de mal à exister en tant que femme. Je n’aime pas expliquer ‘je suis comme ci ou comme ça’. On me voit en perverse romantique, en libertine ou en princesse tristesse… L’idéal serait d’écrire et de chanter ce qui nous est propre et de ne jamais en briser l’image par nos apparitions. Il est dommage d’expliquer les pourquoi et les comment…
Enfant, quand on est propulsé dans le cosmos, on a très peur de la vie. Je pense notamment à cette scène de Schlöndorff, dans son film « Le Tambour » : le refus de naître, la peur de l’inconnu extérieur. C’est un peu la projection de la chanson « Plus Grandir »

À l’inverse, quand on vieillit, on a très peur de la mort. Pour moi, la notion du temps, c’est la notion de peur. Baudelaire était un visionnaire quand il écrivit : ‘Souviens-toi que le temps est un joueur avide qui gagne sans tricher, à tout coup ! C’est la loi’. C’est plutôt quelque chose d’optimiste par rapport à ce poème. En réalité, j’ai à la fois peur de la vie, mais je crois qu’il y a une justice divine liée à des perceptions très profondes. 

-On me parle souvent de mon côté exhibition et provocation, de la projection de mon corps mis à nu. En fait, j’ai l’impression que je ne m’en rends pas compte. Si je le fais ainsi, c’est que je sais qu’il n’y aura jamais de trahison quant à la façon de me filmer ou de me percevoir de la part de Laurent Boutonnat. Je pense que l’on a évité toute vulgarité, tout voyeurisme gratuit, spécialement dans « Pourvu qu’elles soient Douces ». On a atteint une espèce de vraie sensualité, totalement différente de celle de « Libertine », qui elle était beaucoup plus violente. 

C’est vrai que la nudité est quelque chose de difficile en soi, mais c’est aussi ce paradoxe qui existe en moi : c’est savoir que je peux être complètement introvertie et que peut-être pour moi…enfin, je ne sais pas…mais présenter un corps de cette façon-là n’est réellement pas un problème, car il a une utilité par rapport à une histoire, et ça aurait été ridicule de ne pas s’y essayer. 

images (13)-Avec le recul, depuis quatre ans, et avec le succès, j’ai tendance à me méfier de tout le monde. Mais vous savez, avant, je me méfiais surtout de moi. Je me faisais très peur. J’ai des relations souvent difficiles, parfois même une incommunicabilité avec les hommes. Je suis sûre que c’est lié à mon enfance, au manque d’autorité masculine à l’époque, d’où, aujourd’hui, la perte d’une certaine confiance dans les rapports et un énorme doute de soi que je ne veux surtout pas analyser. Je suis quelqu’un qui a une âme peuplée d’appréhensions qui ne sont pas calculées. Si l’on pouvait calculer ses doutes, ce serait merveilleux. C’est vrai que l’on peut douter tout en étant conscient du potentiel que l’on a à l’intérieur de soi, j’en suis aujourd’hui convaincue. On peut avoir cette volonté de faire ce que j’ai fait depuis quatre ans. Là, je vous parle essentiellement de moi, et non pas de ce que l’on peut percevoir. C’est-à-dire ne faire aucune concession, mais être toujours habitée par ces mêmes doutes mais surtout, et avant tout, d’une énorme volonté. 

Prenez l’amour. L’amour et la volonté de vivre l’amour. Je pense que l’amour est la façon la plus douloureuse de vivre sa vie. Je ne me rappelle plus qui disait L’amour est un grand bonheur inutile’… Pourquoi inutile, je ne le sais pas, mais c’est à la fois un moment d’extase et de grande désillusion. L’amour est pour moi la recherche d’une sérénité intérieure. Malheureusement, je ne suis pas très optimiste, bien que l’on puisse aussi se voiler la face. L’amour est douleur et beauté mélangées, le moteur essentiel pour vivre, exister et créer. 

C’est aussi lié aux belles choses, sans être matérialiste. Avoir la passion du beau, par exemple : pour les voitures, spécialement les voitures anciennes. L’odeur du cuir, leur linge, tout ce qui est agréable à l’œil et le plaisir de caresser la carrosserie d’une Bentley ou d’une Jaguar. C’est une sensation forte où la notion de vitesse est exclue, c’est essentiellement porté sur l’esthétisme. 

Comme les sculptures de Rodin, l’enchevêtrement des corps, les formes rondes, le poli de la matière et l’âme qui s’en dégage…

Giacometti est pour moi l’expression de la mort en permanence. Je ne sais pas si c’est qu’il a voulu dégager, mais c’est ce que j’ai ressenti très fort en moi. 

Turner, pour la peinture et les couleurs. Les couleurs vous envoient au cœur des sentiments, un énorme rapport avec les sensations de la vie. 

J’aime le sang, le rouge sang. Autour de moi, il y a toujours beaucoup de sang. Le sang est symbole. Un bain de sang ou un bain de boue, ça peut être une sensation merveilleuse d’évoluer dedans. Je sais, c’est choquant. C’est aussi très attirant. C’est une très belle matière et une belle couleur, comme le pourpre et le noir. 

-Je crois qu’il est bon de casser les tabous. Beaucoup de personnes l’ont fait dans la littérature. Il est vrai que dans la chanson, c’est plus difficile, mais on s’aperçoit que le public est prêt à l’accepter, quitte à en être choqué. Mais il est évident qu’il y a aussi une demande de la part du public, ou sinon comment expliquer le succès ? Quand le public m’écrit, il me parait évident que tous ces tabous prennent une vraie valeur thérapeutique. 

Je ne pense pas que le fait d’exhiber son corps suscite instantanément le désir auprès des hommes. Quand je me regarde, j’ai plutôt tendance à me faire peur. Peut-être que si j’étais un homme, j’aurais une attirance, mais je ne sais pas… Je n’ai pas l’impression d’être un objet du désir, ou alors je dois me voiler la face inconsciemment, je refuse peut-être cette image. Je n’ai pas la notion de vérité ou du savoir par rapport à la réalité d’un regard masculin. 

L’homme a besoin de la femme pour exister et créer. Je ne suis pas sûre du contraire. Avec Laurent, par exemple, je pense que je lui apporte beaucoup, sinon avec le temps, cela s’essoufflerait. Je crois être honnête et lucide par rapport à moi-même, et que le jour où ça n’existera plus, il faudra que je passe à autre chose. 

-En tant que femme, l’amour reste pour moi la quête d’un idéal et d’une certaine autorité de force et de protection. Une dualité avec soumission et parfois une envie de faire mal, de couper la tête ou autre chose, de céder et de ne pas céder. 
Les rapports se font dans la douleur. C’est parfois très dur, mais c’est aussi un grand bonheur de parler de ses meurtrissures. 
Les hommes qui me séduisent le plus sont les hommes de tête et d’un certain âge : l’homme de 35, 40 ans est pour moi l’homme idéal. C’est sûrement mon complexe œdipien qui ressort. Aujourd’hui, mes critères de beauté changent de plus en plus. Auprès des homosexuels, j’ai beaucoup d’affinités. Peut-être est-ce à cause de ma timidité…

Je ne pense rien de l’homme-mannequin. Ce n’est pour moi qu’un plaisir visuel sur papier glacé. Mais je crois que ces hommes en souffrent, car toute leur vie est régie par un seul critère : leur physique. 

-Je ne peux que remercier la vie de ce qu’elle m’a donné, ce qui ne m’empêche de ne pas me trouver jolie, ce qui va à l’encontre du fait que je me dénude dans mes clips. 

Je suis narcissique, consciemment ou inconsciemment on cultive son image. C’est comme un miroir. Pour moi, le miroir est une chose fondamentale dans la vie. Si je n’ai pas mon reflet dans les douze heures, j’ai l’impression d’en mourir. Mais ce n’est pas une complaisance que de se regarder dans un miroir. On y voit aussi beaucoup de défauts. C’est peut-être la peur de se perdre…

En règle générale, je sais ce que je représente au niveau de l’image publique, et je sais ce que je suis. Je ne pense pas en souffrir énormément. 
Si aujourd’hui j’aime le milieu du cinéma et le métier d’actrice, c’est que pour moi le plateau de tournage est devenu un lieu de prédilection. Je suis une autre identité qui s’oublie sans jamais vraiment s’oublier. 

-Les lieux de retraite sont importants comme se sentir bien chez soi. Ma chambre est aussi un de mes lieux de prédilection. Je l’appelle ‘mon caveau’, sans aucun côté morbide, tout simplement parce qu’elle est très sombre. La lumière me dérange et m’angoisse, au même titre que je n’aime pas le soleil. On dit que le soleil est synonyme de sourire, et pourtant je ne souris images (14)pas beaucoup. Je traduis mes joies d’une autre façon : une larme m’émeut plus qu’un sourire. D’ailleurs, une larme est un sourire. 

Le fait de vivre dans une pièce obscure est un plaisir qui m’est propre, comme celui de partager ma vie avec E.T et Léon, mes deux singes que je considère comme mes enfants. C’est un plaisir maternel. Les singes sont des animaux qui ont énormément besoin d’affection. J’ai les mêmes angoisses qu’une mère à l’égard de ses enfants. Un singe est très dépressif. J’ai très peur qu’ils tombent malades. Quand je les entends éternuer, je ne sais plus quoi faire, même si je sais que c’est normal. Si j’avais un enfant, je ne pourrais jamais lui offrir une paire de patins à roulettes, je serais une mère invivable. J’ai ces mêmes angoisses vis-à-vis de E.T et Léon. 

Ensemble, de par leur caractère, ils me ressemblent un peu. E.T est la plus réservée, elle n’offre pas son amitié à tout le monde. Elle est à la fois très attentive et caractérielle à souhait. Léon est plus jeune, on dirait un Pinocchio. Lui, il a besoin de contact, il est très doux. 

Entre nous, c’est un dialogue perpétuel, il faut vraiment le voir pour le croire. Il se passe des choses magiques. Dans les moments de grande tristesse, c’est vers eux que je me retourne. Certains préfèrent les hommes, moi ce sont les animaux, même si dans la douleur on est profondément seul. E.T et Léon ne jugent pas, c’est un dialogue affectif sans un mot, car les mots, bien souvent, c’est ce qui fait le plus mal. 

-C’est comme la tolérance et l’intolérance. Avant, j’avais une façon hâtive de juger les gens. J’étais une rebelle, une instinctive. Je pensais ne jamais me tromper, jusqu’au jour où je me suis trompée. J’apprends à comprendre, j’essaie de m’ouvrir vers d’autres personnes, j’essaie d’être plus tolérante. Mais c’est si difficile, la peur des autres. C’est comme pour l’amour : j’aimerais tout vivre en une heure, dans un moment intense, et ne plus subir l’érosion du temps sur l’amour et les choses de la vie qui s’installent au goutte-à-goutte. C’est peut-être un de mes fantasmes : tout vivre vite et fort. 

Chez un homme, j’aime la fidélité de l’esprit, et surtout du corps. Je ne peux envisager la possibilité de vivre avec quelqu’un qui me trompe physiquement. Quant aux hommes, à cet égard, ils vous diront que ce n’est pas la même chose. Pour eux, une femme s’ouvre et s’offre. C’est donc lié à l’esprit. A l’inverse, l’homme pénètre, ce qui est à leurs yeux moins lourd de symboles. Je ne suis pas vraiment en accord avec cette façon de penser. 

Ma vision de l’amour est plutôt une image d’Epinal. C’est sûr, j’ai des fantasmes, comme tout le monde, mais je ne recherche pas avant tout à séduire. Si je ressens une attirance très forte envers un homme, j’ai un rejet total, et là je sais ce que ça veut dire. J’ai une envie de castration, de griffer et de faire très mal parce que je sais qu’il y a une très forte attirance et que j’en éprouve le rejet.

Aujourd’hui, je ne pourrais plus vivre à côté de quelqu’un qui ne crée pas. Je veux en être à la fois le témoin, l’inspiratrice et l’actrice, ou sinon, je ne le peux pas. Est-ce que c’est ça, idéaliser ? Est-ce que cela existe à long terme ? Je ne le sais pas encore…

En fait, au lieu de toujours parler, on devrait accorder plus de place au silence. Ce sont en fait les plus belles phrases d’amour. 

NOVEMBRE 1988 - Journaliste: Jean-Francis Vinolo

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INTERVIEW INÉDITE de Mylène par LePage

Posté par francesca7 le 8 novembre 2014

 

8 MAI 1987 Journaliste(s) : Jean-Jacques Frances

 

3159688308_1_10_03Leq3m5Le contexte de cette interview est assez flou. Sortie des archives de Bertrand LePage (qui accompagne Mylène pendant cet entretien) dans la deuxième moitié des années 1990, elle était à l’évidence prévue pour la presse, puisque lorsque l’enregistrement démarre, on entend Mylène orienter son interlocuteur vers Polydor pour récupérer des photos, et le journaliste parle d’article. Néanmoins, elle n’a jamais paru nulle part, et c’est donc l’enregistrement sonore brut dont nous disposons, avec tout ce qu’il faut de bruits d’ambiance, puisque l’entretien est réalisé dans un café. 
Si nos recherches nous ont permis d’identifier le journaliste et la date à laquelle a été réalisé cet entretien, nous ignorons toujours à quelle publication il était destiné.

Mylène Farmer, vous rentrez en force dans le Top 50 avec « Tristana », votre nouveau 45-trs. En fait, c’est une continuité après « Libertine », une continuité de succès. Qu’est-ce qui s’est passé ? Pourquoi après trois ans, vous vous mettez à cartonner vraiment, d’après vous ? C’est un changement de style, un changement d’équipe, un changement de vision ?
(rires) Il n’y a eu ni changement de style, ni changement d’équipe ! C’est un concours de circonstances, des chansons qui arrivent au bon moment. C’est la seule réponse que je peux formuler.

Comment êtes-vous arrivée dans la chanson ? Et comment vous avez pu faire votre premier 45-trs, « Maman a Tort » ?
-J’ai rencontré une personne qui s’appelle Laurent Boutonnat, et qui était compositeur et qui m’a proposé la première chanson, qui s’appelait « Maman a Tort ».

Est-ce qu’avec ce texte, qui peut porter un petit peu à contradiction, vous n’avez pas eu peur de choquer un petit peu les médias ou le public ?
-On n’a jamais peur de choquer les médias quand on prend le parti de chanter une chanson comme « Maman a Tort ». C’est avant tout un plaisir et puis après, c’est des réactions successives.

Toujours dans l’ordre chronologique, j’aimerais qu’on examine le deuxième 45-trs, « On est Tous des Imbéciles ». Parlez-nous de ce texte que j’aime beaucoup…
-Vous parler du texte… Hé bien, nous sommes tous des imbéciles, ce qui nous sauve c’est le style ! C’est toujours ce que j’ai pensé ! (rires)

C’est à partir du troisième que vous avez commencez à miser, je dirais, sur le vidéo-clip en fait, énormément puisqu’il était formidablement bien réalisé…
-À miser, c’est-à-dire que non. Sur « Maman a Tort », on avait fait un clip mais on avait à l’époque très, très peu de moyens. C’était déjà Laurent qui l’avait…je ne trouve plus le mot ! Enfin bref, tourné. (rires) Sur « On est Tous des Imbéciles », étant donné le déroulement de la chanson qui avait bien marché médiatiquement, mais pas du tout au niveau des ventes, c’était difficile d’envisager un clip. Et sur « Plus Grandir », c’était l’occasion, puisque là c’était une nouvelle maison de disques, donc d’autres horizons et effectivement, le premier clip réellement personnalisé.

Avec « Plus Grandir », vous avez abordez un petit peu le thème du désespoir. Bon, on retrouve le désespoir, je trouve, dans « Tristana ». C’est quelque chose qui vous correspond ?
-Je suis une femme désespérée, le saviez-vous ? (rires)

Désespérée de quoi ?
-Non, on ne peut pas parler comme ça. De même qu’il y a des thèmes qui m’attirent, comme la mort, c’est vrai que le désespoir est… Et puis c’est trop compliqué à expliquer, déjà, ici ! Je ne sais pas, c’est une angoisse permanente, oui, de la vie, de plein, plein de choses…

Vous avez peur de vieillir ? Vous êtes obsédée par le temps qui passe ?
-Pas réellement. Pas dit dans ces termes-là. C’est-à-dire tout le monde a peur de vieillir, mais c’est pas, moi, ce qui m’obsède, non. C’est peur de la mort plutôt, peur de beaucoup de choses… Oui, je pense être une personne angoissée, mais certains jours sont formidables !(rires)

Entre les deux, il y a eu « Libertine ». Là, certaines critiques ont dit que c’était de la provocation. Vous jugez ça en ces termes ?
-Moi, je vais vous répondre par autre chose : c’est que la critique, je m’en moque éperdument. Que ce soit de la provocation, c’est la même chose que « Maman a Tort », qu’ « On est Tous des Imbéciles » : c’est un choix. C’est surtout des choses qui n’ont peut-être pas déjà été dites jusqu’alors, qui moi m’amusent.

Comment le thème de cette chanson est venu ?
-J’avoue que c’est venu un petit peu subitement. On était en studio, sur la musique qui était déjà enregistrée. Vous savez, on fait du yaourt pour essayer de mettre en place une voix, et j’ai dû dire ‘Je suis une catin’ comme ça, et puis de ça est née cette chanson ! (elle pouffe)

Et puis, il y a eu à partir de là l’explosion avec le vidéo-clip. Je pense qu’on peut dire jusque-là -bon je n’ai pas vu le dernier- c’est le meilleur vidéo-clip. Je crois qu’il a fallu justement assez peu de moyens contrairement à ce qu’on pense, enfin tout est relatif, pour le réaliser.
-Oui, tout est relatif. C’est vrai qu’on nous a prêté beaucoup plus de moyens qu’il y en a eu parce que je pense qu’à l’image, le résultat pouvait ressembler à beaucoup, beaucoup de moyens certainement. Mais ça, c’est le talent certainement du réalisateur et d’une équipe aussi qui l’entourait. Et quant au suivant, c’est quelque chose de totalement différent qui est encore plus orienté sur le cinéma et que moi, j’avoue… Non, j’allais dire une bêtise, je l’aime autant que « Libertine », mais c’est… Il faut le voir, quoi ! C’est difficile aussi d’en parler…

Lorsqu’on dit que le succès de « Libertine » est venu grâce à ce vidéo-clip, vous êtes d’accord ?
-Je crois qu’on peut dire à 70%, c’est quelque chose, oui, qui a provoqué un intérêt certain. Bon, c’est vrai qu’il y a eu TV6 qui a énormément aidé cette promotion et qu’effectivement du jour où est né ce clip, il y a eu des ventes immédiates. Donc on peut dire que le clip a beaucoup aidé, en tout cas a beaucoup aidé ma personne.

Au niveau de « Tristana », vous avez fait de nombreuses télévisions avec une superbe chorégraphie. Comment l’idée est venue ? Comment s’est faite la mise en place de cette équipe ?
(soupir) Ca, c’est des choses toujours assez subites, en fait. On a toujours l’impression que les artistes, c’est vrai, travaillent. Ca, c’est évident… Sur « Tristana », quand la chanson est née, quand elle a été enregistrée, après moi, je me suis posé le problème de comment la promouvoir. J’ai tout de suite pensé à deux personnes derrière moi. Je préférais deux personnes féminines, mais qui n’avaient pas le prototype des danseuses qu’on voit en télévision. De même que la chorégraphie, que j’ai faite donc, je la voulais très visuelle, mais très proche de l’ambiance de la chanson. C’est-à-dire, pour moi, qui évoque un petit peu la Russie, une ambiance un peu slave, donc je voulais, comme ça, des espèces d’oiseaux noirs derrière moi, un peu rigides… Voilà comment ça s’est imaginé. Et puis après, ma foi, c’est un peu du travail quand même !

136870_EVQUHRUG8DUELTZN4MPEKKGRS2QUWR_14_H192034_LApparemment, c’est vous qui décidez de la façon de mener votre carrière, puisque vous dites ‘J’ai décidé, j’ai voulu…’. Y a pas de producteur, une équipe qui fait pression autour de vous, derrière ?
-Je sais pas… Moi, c’est toujours quelque chose qui me fait un peu sourire. Des pressions… Je veux dire, ou on envisage une carrière et on est complètement, effectivement, manipulée et je trouve ça un peu dommage. Moi, je travaille de très, très près avec Laurent, je travaille avec lui -Laurent Boutonnat. J’ai quelques personnes autour de moi, la personne que vous voyez et qui est Bertrand, qui est mon manager. Y a aussi une maison de disques, mais eux, si vous voulez, ce sont les porte-parole un peu d’un chanteur. ‘J’ai décidé’, c’est-à-dire que moi, sur les chorégraphies, effectivement à chacun son métier, c’est ça que je veux dire. Laurent, quand lui construit un scénario, moi j’ai un droit de regard, il est évident. Je dis ‘Ca, ce serait bien…’ parce qu’on est, je pense, des êtres relativement intelligents. Mais je ne me mêle pas ni de la mise en scène, parce que ce n’est pas mon métier, ni de la mise en image. Donc voilà, je crois que chacun sa place. C’est un peu ce qu’on mélange en France, je trouve. C’est-à-dire qu’on s’imagine être des être exceptionnels dans tous les domaines. Et ça, c’est une erreur.

Parlons maintenant de votre look. Bon, au niveau des deux premiers 45-trs, il était assez sage, assez je dirais banal, sans que ça soit péjoratif. Et puis après, il y a eu un revirement total avec apparemment, vous avez les cheveux d’une différente couleur, vous avez un look totalement différent…
-Ca doit certainement être très explicable. Quand on dit ‘un métier qu’on apprend’, certainement… C’est-à-dire que sur « Libertine », quand on parle d’osmose, c’est aussi quelque chose qui s’est produit. C’est-à-dire effectivement, il y a eu le clip, tout de suite il y a eu, bon, une chanson qui a quand même marché assez facilement, même si c’est le clip qui a provoqué après les grosses cadences. Que moi effectivement, l’époque de cette chanson, puisqu’on l’avait située dans le libertinage, j’aime tellement les costumes, que ça a été tout de suite évident pour moi de mettre cet uniforme. Et après, ben voilà c’est « Maman a Tort », c’est « On est Tous des Imbéciles » et « Plus Grandir » qui ont fait que « Libertine » a existé de cette façon. Ca, c’est évident !

Est-ce que vous n’avez pas dans votre tête, quelque part, des projets, à plus ou moins long terme, cinématographiques ?
-Non, pas des projets -si ce n’est celui que j’ai depuis assez petite, c’est de jouer un jour dans un film. Mais là aussi, beaucoup de prétention : pas dans n’importe lequel. C’est pour ça que je n’ai pas commencé d’ailleurs cette carrière, même depuis la chanson, où j’ai eu quelques propositions. Vous imaginez le genre de propositions… ! (elle pouffe) Donc, oui, c’est quelque chose que je laisse dans le coin de mon esprit, que j’ai vraiment envie de réaliser. C’est vrai que si Laurent, un jour, réalise un long-métrage, ce qui pourrait être assez précis maintenant, ce serait la personne avec qui j’aimerais tourner. Y en a quelques-uns d’autres, mais très peu…

Parlez-moi de l’album que vous avez fait l’année dernière, de votre premier album, des chansons, des thèmes abordés ?
-Ben, moi, je vais vous faire un exposé très scolaire ! Il y a quoi ? je crois dix chansons, donc les 45-trs qui sont inclus dedans. Il y a une chanson qui s’appelle « Chloé », qui parle de la cruauté des enfants, qui est traitée d’une façon un peu comptine satanique. Une autre chanson qui s’appelle « Vieux Bouc », qui parle du diable et qui est un peu humoristique aussi. Il y a « Au bout de la Nuit », qui fait la face B de « Tristana », donc, le dernier 45-trs, qui là traite un peu du désespoir, un peu de… J’ai du mal à mettre des étiquettes, parce qu’une chanson -ce dont on m’avait fait d’ailleurs le reproche- ne parle pas de ax+b et de ‘je prends mon petit crème le matin’, donc c’est également difficile de l’expliquer. Si ce n’est qu’il y a, je l’espère, une ambiance générale, enfin un thème général en tout cas. Qu’est ce qu’il y a d’autre, je ne sais plus ! (rires) Il faudrait avoir le 33-trs sous les yeux , là, j’avoue…

Quels sont les traits essentiels de votre personnalité en tant que chanteuse ? J’ai l’impression par exemple, à première vue, qu’il y a un côté pudique assez maqué chez vous. Est-ce que c’est vrai ?
-Oui… Je suis quelqu’un, je pense, de pudique, ce qui doit vous sembler un paradoxe, quand on chante « Libertine » ou « Maman a Tort », mais c’est un métier paradoxal, et moi je crois avoir une personnalité certainement paradoxale, mais comme beaucoup de personnes. C’est des choses qui n’ont rien à voir finalement entre elles. On peut avoir beaucoup de pudeur et à la fois être excentrique à certains moments.

J’ai l’impression que vous n’êtes pas le genre de chanteuse à pavoiser dans des cocktails mondains ou des choses comme ça…
-Je pense que vous avez vu juste ! (rire franc) Non, je n’aime pas ça, je n’ai jamais aimé ça et je crois que je n’aimerai jamais ça !

Parlez-nous maintenant de la scène : quand est-ce qu’il y aura une scène parisienne, comme l’Olympia ou quelque chose comme ça ? Comment vous voyez votre spectacle ?
-Je ne sais pas encore, ni en ce qui concerne la date, parce que c’est pas encore quelque chose qu’on a fixé. C’est quelque chose que je pense beaucoup. Quant à la mise en scène…(soupir) Je vais vous dire des choses un peu imprécises, si ce n’est que je voudrais un spectacle visuel, essayer peut-être de mêler un peu du théâtre, mais un regard très, très loin, ça fait toujours un peu peur (rire nerveux)… J’avoue que j’en sais rien, mais c’est quelque chose que j’aimerais beaucoup faire.

Depuis trois ans, qu’est-ce qui vous a marqué dans ce métier ? Est-ce qu’il y a des choses qui vous ont déplu, qui vous ont plu ?
-Tout m’a marqué, parce que, sans dire de bêtises, je crois que tous les jours on apprend ou on désapprend quelque chose. Mais en tout cas, il se passe quelque chose. Ha si ! une généralité : c’est que concernant vraiment le groupuscule ‘show-business’, c’est-à-dire que ce soient les producteurs d’émissions, les programmateurs, les gens de télé, les gens des médias sont des gens, qui ont essayé d’installer une, comment dire, une espèce de loi qu’ils ont créée et qu’ils ne respectent pas eux-mêmes, voilà. C’est-à-dire qu’ils ont créé un Top 50 qui veut dire des ventes de disques, qui voudrait dire donc des programmations obligatoires à la télévision, qui voudrait dire un certain respect malgré tout de l’artiste, et que quelque fois, eux, manquent un peu d’intégrité par rapport à ça. Mais c’est quelque chose qui ne m’étonne pas vraiment ! Mais voilà, moi, la chose qui m’a le plus pas bouleversée, mais qui m’a confortée, en fait, dans mon idée. C’est-à-dire, à mon avis, un manque de talent général et manque d’intégrité, tout simplement.

Vous évoquiez le Top 50, c’est quelque chose de regrettable pour vous ? Le fait…
(elle l’interrompt) Non, bien sûr que non. Chacun a sa chance un jour. C’est-à-dire qu’autant sur « Plus Grandir », je n’ai pas goûté les délices du Top 50, sur « Libertine », ce sont des références maintenant qui sont établies pour les jeunes, c’est évident, ça, on ne peut pas faire abstraction. Donc quand on est dedans, on est ravi, parce que ça engendre plein de choses. Le Top 50, je m’en fous, moi, à la limite ! Mais parce que ça existe et qu’il faut exister avec. Voilà, point final !

Le problème, c’est que c’est peut-être plus dur, dans la mesure où une carrière marche ou ne marche pas suivant l’entrée d’une chanson au Top 50, ou pas.
-C’est le drame de ce métier, maintenant. C’est qu’effectivement les gens, enfin toujours ces gens des médias -je ne sais pas pourquoi, quand je dis ça, j’ai toujours l’impression de voir les corbeaux d’Hitchcock, vous voyez ? -ces gens-là ne pensent plus du tout, effectivement, ni ‘carrière’, ni ‘continuité’ à la limite. Mais ça, c’est encore une minorité finalement, parce qu’on se rend compte aussi, qu’il y a quand même des gens qui, derrière, vous suivent depuis un moment. Mais ces gens-là, on ne les rencontre pas forcément en temps et en heure. Voilà, c’est le drame de ce métier : c’est que maintenant, n’importe qui, n’importe quand peut faire un million de disques et demain ne plus exister, et que ça ne dérange a priori personne, puisque tous les jours, il y en a un qui sort, et tous les jours y en a un qui meurt.

Une fois, dans un journal, vous avez dit que vous aviez plus d’admiration pour un homme de science que pour un chanteur. C’est vrai ?
-Oui, je confirme. Ca n’a rien de méchant, une fois de plus, ni de venimeux. C’est quelque chose qui existe. J’ai plus de fascination, c’est vrai, pour quelqu’un dit intellectuel mais sans, moi, prétention de ma part, c’est-à-dire pour quelqu’un qui…je ne sais pas, j’ai plus la fascination d’un grand metteur en scène, d’un grand écrivain, d’un savant, ces métiers-là. Des gens qui, je ne sais pas, qui construisent réellement, qui ont l’essence de cette construction, que les chanteurs n’ont pas. La preuve, je veux dire tous les jours vous rencontrez des chanteurs et tous les jours vous ne découvrez pas des, je sais pas, des gens bouleversants, des gens incroyables, parce que malgré tout… Mais comme l’acteur : il y a une race d’acteurs qui est certainement prodigieuse, enfin on les remarque aussi à l’écran, voilà c’est ça que je veux dire ! Les chanteurs prodigieux, on les remarque aussi à l’écran. Voilà…Une fois de plus, là, je suis spectateur quand je dis ça. C’est pas moi, m’insérer parmi un groupe ou un autre ? C’est toujours délicat. Mais c’est normal, c’est vrai que ça n’est pas… Personne ne m’a étonnée dans ce milieu. 

 Comment situez-vous votre public ? Est-ce que vous avez des rapports avec lui, des rapports à travers les lettres que vous recevez, peut-être ?

-Bien sûr, le courrier, que j’aime beaucoup. J’ai pas mal de courrier, je pense. Il y a des lettres qui sont passionnantes, qui sont bouleversantes, qui sont même très étonnantes quelques fois ! Là, je pourrais dire un peu la couleur des personnes qui m’entourent, c’est malheureusement des gens un petit peu désespérés, un peu névrosés. Il y en a d’autres aussi qui écrivent à tous les chanteurs et qui veulent le sempiternel autographe, ce qui est charmant d’ailleurs, mais-là, je ne peux pas donner la couleur. Sinon, je sais pas bien. Je sais pas bien encore. Je crois qu’on s’en rend compte réellement dans un spectacle, dans une salle : là, on voit bien qu’il y a une dominante de 14-15 ans ou de personnes plus âgées. J’en sais rien…

C’est quand même fascinant, je trouve, d’être un chanteur et d’avoir un impact sur un public, d’être l’idole d’un public…
-Oui… C’est-à-dire, voilà le genre de choses qui sont presque inexprimables mais qui sont un peu traumatisantes, mais aussi dans le bon sens, mais traumatisantes parce qu’inexplicables, parce qu’une personne pourra… Moi, il y a deux, trois personnes qui me suivent à chaque fois que j’ai un enregistrement télévisé, ils seront là, en début, en fin d’émission, ce qui veut dire qu’ils auront attendu dehors, sur le trottoir pendant près de trois heures, quatre heures parfois, qui sont prêts à venir à Cannes… Bon, ce sont des choses qui sont tellement incroyables. Et à ces personnes, on demande une espèce d’attention envers elles, qu’est-ce qu’elles font dans la vie et ces personnes se vexent, car elles disent, ‘Mais c’est pas parce que je suis là que je ne fais rien de ma vie !’. C’est bizarre…

Est-ce que c’est pas dur, d’avoir comme ça une, j’allais dire une ‘cour’, une cour de fans ? Est-ce que c’est pas gênant ? On n’est pas toujours enclin à répondre à ces gens…
-C’est toujours la peur d’être maladroit, d’être tout simplement absent. Et c’est difficile aussi d’être toujours présent. On sait que ces gens-là ont une demande momentanée, puisqu’ils ou vous rencontrent dans la rue ou vous rencontrent lors d’un spectacle et que vous, vous venez pour eux, mais pour eux dans une majorité, pas pour une personne. Moi j’ai toujours peur, oui, de froisser et c’est quelque chose d’un peu traumatisant aussi et c’est pour ça que…

Vous pensez déjà avoir froissé un admirateur ou quelqu’un qui vous demande… ?
-Je crois pas, car j’ai toujours fait très attention, étant moi-même un peu… (rire gêné) J’ai pas une sensibilité à fleur de peau, c’est quelque chose auquel je fais attention. Mais certainement j’en ai froissé, certainement. Mais je ne sais pas, là !

Revenons à ‘l’examen’ de votre carrière : pourquoi une rupture entre RCA et Polydor, entre je ne sais plus quel disque ?
-C’était sur « On est Tous des Imbéciles ». Parce que c’est… (soupir) J’ai pas du tout envie de faire le procès d’une maison de disques. Il se trouve qu’une maison de disques nous a fait un appel du pied, que c’était une maison qui allait naître, puisqu’elle avait un nouveau directeur, que RCA avait prouvé certaines choses, mais certainement dans le mauvais sens aussi : leur capacité ou au moins leur envie de m’aider. Et voilà, ce sont les choses de la vie et tant mieux que ça se soit passé comme ça, parce que il y avait un sang neuf chez Polydor certainement, il y avait un directeur jeune, qui a voulu lui aussi prouver des choses et ça, c’est important.

Revenons en guise de conclusion à votre personnalité. Je crois que vous êtes quelqu’un qui aime beaucoup les animaux, puisqu’apparemment, il y a beaucoup de photos de vous qui sont parues dans la presse en compagnie d’un petit singe, notamment . Parlez-nous en…
-De mon petit singe ?! C’est vrai que j’ai une passion pour les animaux, mais spécialement pour les singes. Vous dire pourquoi… Je vous mettrai un singe en face de vous, si ce n’est les singes qu’on voit au zoo, mais vraiment près de vous… La première chose, c’est qu’un singe a quatre mains et que c’est très important. Un chat, moi que j’adore, n’a pas non plus la faculté de porter les choses, d’écrire, de faire des gestes, qui certainement vous copie, que c’est un regard qui est tellement intelligent, mais qui est déconcertant aussi ! Je sais pas, ça a un caractère fascinant, le singe…

C’est un animal coléreux…
-C’est épouvantable ! C’est-à-dire, oui, c’est coléreux, c’est caractériel. Mais c’est génial, vraiment ! (rires)

Vous avez des ‘prises de bec’ avec votre singe régulièrement ?
-Oui, régulièrement, d’autant qu’il a des périodes de chaleurs -comme tous les animaux- et j’avoue que le singe, je crois, c’est l’animal le plus énervant qui soit quand il a ses chaleurs ! C’est-à-dire qu’il est ; enfin, le mien en tout cas, cette race de capucin couine pendant trois jours -parce que ça dure à peu près 3-4 jours, ça dépend de la grosseur des chaleurs- va couiner, va vous regarder, va vous énerver, va prendre des objets si on ne s’occupe pas de lui et va les taper très, très fort pour qu’on le regarde…Enfin c’est épouvantable ! J’en ferais bien un civet de lapin, un civet de singe plutôt ! (rires)

Très bien, je vous remercie !

Fin de l’enregistrement

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MYLENE FARMER ET SA PREMIERE FOIS

Posté par francesca7 le 31 octobre 2014

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C’est  un car de police qui m’a ramenée. La première fois que j’ai conduit, c’était avec une R5 Alpine, au bois de Boulogne. Je n’avais pas mon permis, je me suis fais arrêter. J’ai évidemment chanté que j’étais libertine ! 

En revanche,  la vraie boum pour moi lorsque j’étais au Canada, c’était la fête d’Halloween. Tous les enfants se déguisent, sortent dans la rue, et sonnent aux portes. Si les adultes ne leur donnent pas des bonbons, on leur jette de la farine dessus !

 

J’ai eu quelques amies, quelques très bonnes amies, que j’ai quittées, parce que ce sont des choses qui se font aussi naturellement. J’ai eu la chance d’avoir des parents intelligents, ouverts, généreux dans l’âme. Si je voulais leur parler, je pouvais le faire sans problème mais mon caractère d’adolescente introvertie me poussait plutôt à me taire. Je me suis opposée deux fois à l’avenir qu’ils envisageaient pour moi. Après deux jours de terminale, j’avais claqué la porte du lycée pour suivre une carrière en rapport avec les sports équestres. On se laisse porter par les jours qui passent et un matin on se dit « Stop, j’ai terminé mes classes » ! Et c’est ce qui s’est passé. Je devais avoir dix-huit, dix-neuf ans. 

Mes parents souhaitaient me voir poursuivre des études générales jusqu’au BAC pour préparer ensuite un examen d’entrée dans l’une ou l’autre des grandes écoles. Ils me voyaient énarque ou ingénieur, comme mon père. Mes parents me voyaient mariée à un jeune diplômé de l’ENA qui me ferait cinq enfants ! Alors que je portais en moi la conviction très forte que j’allais réussir dans un domaine artistique, mais je ne savais pas encore lequel. En fait, à part notre « exode » difficile au début, j’ai vécu dans un univers plutôt agréable, entouré de frères et de sœurs, comme la plupart des autres familles. Je ne remercierai jamais assez mes parents d’avoir su régler parfaitement le problème de l’argent de poche. J’en avais un peu, mais pas trop. Dans des limites raisonnables qui font qu’on apprécie toujours les choses, qu’il vous reste les désirs. J’avoue que j’avais été choquée par les sommes exorbitantes que recevaient certains élèves. 

Être obsédé par le souvenir de l’enfance fait partie de la vie de chacun.  C’est une période qui marque et qui marque pour tout le reste de sa vie. J’ai du mal à m’en extraire. Je ne le pourrais jamais d’ailleurs. J’aime l’enfance, mais elle m’inquiète. La mienne est tellement sourde, étrange…

 

EXTRAIT du livre : « Mylène FARMER – une grande Astronaute » –  de Yannik Provost aux Editions Edilivre.

 

 

 

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LAURENT BOUTONNAT À PROPOS DE « DÉSENCHANTÉE »

Posté par francesca7 le 29 octobre 2014

INTERVIEW INTÉGRALE DE 1998 : Journaliste(s) : Mathias Goudeau

 

18711672.jpg-cx_160_213_x-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxxEn mai 1999 paraît aux éditions Jean-Claude Latès « Sur l’air du temps – 30 chansons qui ont changé la France », un ouvrage rédigé par Mathias Goudeau et Patrice Tourne. 
Le principe de ce livre est simple : 30 années, 30 faits de sociétés illustrés chacun par une chanson de l’année concernée pour une remise en perspective du contexte de chacune des époques abordées. Chaque chanson sélectionnée est commentée par un de ses créateurs, qu’il en soit l’interprète, l’auteur ou le compositeur.
 

La chanson sélectionnée par les auteurs pour illustrer l’année 1991 est « Désenchantée ». Le chapitre qui lui est consacré réserve quelques propos pour l’occasion de Laurent Boutonnat, dont les commentaires sur son travail musical sont rarissimes. 

Ce qui suit est un document exceptionnel : il s’agit de l’intégralité de l’entretien téléphonique donné par Laurent Boutonnat à Mathias Goudeau à l’occasion de ce livre, courant 1998. 
D’une durée de 20 minutes, il est entré en notre possession à la faveur des recherches d’archives lors de la création de ce site. Si cette retranscription est un travail personnel, tout le crédit va bien évidemment à l’auteur de l’entretien, Mathias Goudeau, qui signa par ailleurs quelques années plus tard un abécédaire consacré à Mylène Farmer.
 

En plus de dévoiler toutes les réflexions de Laurent Boutonnat au sujet de la chanson, du clip, de sa création ou de son unique version live d’alors, cet entretien nous éclaire également sur la difficile organisation d’une interview de Laurent Boutonnat (et encore plus de Mylène Farmer) ainsi que de son regard sur le phénomène dont il est à l’origine. 

L’enregistrement commence alors que la conversation téléphonique semble avoir commencé depuis quelques instants…

 

Mathias Goudeau : Merci beaucoup d’avoir répondu grâce à l’intermédiaire de votre frère. J’avais essayé de vous contacter par Sony mais je sais pas s’ils vous l’avaient transmis…
Laurent Boutonnat :
 Pas du tout !

Non ? Ha bon, d’accord… Bon !
-Ha, les maisons de disque c’est très compliqué !

On vous a expliqué en deux mots de quoi il s’agissait ? Vous avez reçu mon fax ?
-Oui, j’ai reçu votre fax. La seule chose, c’est que bien sûr je fais partie de cette chanson mais c’est Mylène Farmer qui en est l’auteur du texte, donc je pense qu’elle serait plus apte à vous parler de son texte…

Je vous cache pas que j’ai essayé de la joindre par les maisons de disque mais vous voyez…
-Ha oui, ça, ça doit être très compliqué, en effet. Et en plus elle est pas là, elle est aux Etats-Unis !

Ha, elle est aux Etats-Unis ?
-Enfin…le téléphone marche, hein !

Tout à fait ! C’est ce qu’on a dit à chaque fois, mais même par Thierry Suc ça a été un peu difficile…
-Vous l’avez eu, Thierry Suc ?

images (5)Oui ! Enfin, j’ai toujours eu une secrétaire à lui, jamais lui directement et vraiment ça fait au moins six mois que je rame pour ça et je me demande même si elle l’a eue, l’info. Donc, je sais pas, même par e-mail…Nous on veut bien faire ça par e-mail mais c’est un peu difficile, quoi ! Donc oui, c’est pas vous qui avez écrit le texte ?
-Non. Moi je suis auteur de la musique, de la production, de l’arrangement, du clip, de plein de choses mais pas du texte !

D’accord. Alors, comment ça s’est passé par rapport à cette chanson particulière, comment vous l’avez découverte en fait ? C’est elle, Mylène Farmer, qui un jour vous a apporté le texte ?
-Non, parce que avec Mylène, la plupart du temps, ça commence par la musique et ensuite elle travaille un texte sur la musique et la mélodie. Donc ça commence toujours par la musique. 

Donc, là c’est vous qui avez initié un peu la chanson ?
-La musique, oui. 

Elle vous a dit ‘Moi je vais écrire quelque chose sur ce thème-là’, à peu près… ?
-Non. Je crois que les choses, c’est rare que ça se passe comme ça –enfin, entre Mylène et moi ! C’est plus un travail d’abord musical et après la musique lui évoque des choses et souvent des bribes de phrase, quelques fois un mot sur le refrain. C’est souvent comme ça que ça se passe : ça part de la musique et il n’y a pas vraiment de thème. Elle a sûrement des idées, des choses de côté dans ses cahiers mais je crois que l’explication de la naissance d’une chanson est toujours difficile. 

Vous vous rappelez un peu des circonstances de celle-là ou pas ?
-Ca remonte à très longtemps, quand même ! Il y a moins six ans, sept ans…

1991 ! Enfin, elle sort en 1991 donc elle a peut-être été…
-Oui, c’est ça, ça a été fait à la fin 1990.

Vous travailliez où ? À Paris ?
-Oui, oui ! On était à Paris à ce moment-là. Je travaillais comme d’habitude, c’est-à-dire chez moi, au piano à la base et puis souvent avec Mylène comme ça, ça commence au piano ou au clavier. J’essaie de me rappeler, hein ! C’est très compliqué ! Je me rappelle lui avoir joué au piano les bases, et surtout le refrain et à partir de là il y a le moment où on se dit ‘Tiens, il y a un truc, une excitation’, je sais pas ! Après, je suis allé enregistrer toutes les bases en studio et je crois qu’à partir de là elle a écrit un texte mais le texte a, je crois, commencé par le refrain, comme la plupart des chansons. 

C’est-à-dire ‘Tout est chaos, à côté…’
-Voilà, ‘tous mes idéaux, des mots abimés’. Je m’en rappelle un peu ! (rires)

Vous savez chez elle d’où vient cette idée d’avoir ce thème-là ?
-Ca, je crois que c’est vraiment des questions à lui poser. En tout cas, moi ce que je peux dire par rapport à ce thème, c’est que -bon, ça n’est qu’une chanson, hein !- mais ça me paraît être un peu l’idée du chaos et du désenchantement et ça me paraît être toujours le cas aujourd’hui dans notre société –notre société occidentale en particulier et parmi les gens jeunes. Je sais pas quoi vous dire là-dessus ! On peut partir sur un débat sur la jeunesse, le suicide des jeunes, plein de choses ! (rires)

Disons qu’entre vous sur la création de cette chanson, c’était conscient que c’était ça par rapport à cette jeunesse à ce moment-là. C’est pas tombé innocemment…
-Non, c’est pas tombé innocemment mais ‘à ce moment-là’, je sais pas. C’est-à-dire que je ne crois pas qu’on se dise ‘Ha la jeunesse est comme ça, on va écrire un truc là-dessus’. Non, ce sont des choses ressenties profondément même si on fait un métier artistique, qu’on vit un peu à part ou un petit peu coupé du monde, en tout cas dans la vie de tous les jours –enfin, pas coupé du monde mais c’est vrai que Mylène est quelqu’un qui malheureusement ne peut pas sortir, enfin c’est compliqué, quoi ! Mais en tout cas, la perception des choses et du monde n’est pas déconnectée de la réalité. Enfin, j’espère ! Sinon c’est le début de la fin !(rires)

Justement, c’est exactement ce qui nous intéresse dans une chanson comme celle-là ! Et puis on imaginait qu’elle arrivait début 1991 alors que les idéaux, même si on remonte aux années 70, n’étaient plus là. Il y avait de ça quand même, non ?
-Oui, enfin c’est presque banal de parler de ça parce qu’on est vraiment à un moment, alors c’est la fin du siècle peut-être, mais c’est quand même assez dramatique ce qui se passe là, justement, par rapport à la paix, par rapport à l’envie, aux idéaux…On peut employer tous les mots qu’on veut ! Et ça n’ira qu’en s’empirant, j’ai l’impression !

C’est votre sentiment ?
-Non, mais je sais pas ! Mais c’est très inquiétant –en tout cas en France, c’est très inquiétant mais alentour ça a pas l’air mieux ! Mais ici c’est très inquiétant et très affligeant.

Alors, on va dépasser la création de la chanson. Quelques petits mots : après l’enregistrement, comment ça s’est passé ? Vous aviez la musique, les arrangements, il y a eu des choses particulières sur cette chanson-là ?
-Hé bien curieusement elle a été extrêmement dure, mais ça c’est des petits détails qu’il n’y a même pas à raconter ! Elle a été extrêmement dure à finaliser, ce qui arrivait souvent d’ailleurs avec Mylène sur des chansons qui ont finalement été des chansons qui ont été fortes ou qui ont marché. C’est-à-dire que ça a été assez douloureux ! Alors après on l’écoute, on se dit ‘Ha, mais c’est fort !’‘Ca va marcher !’ etc. Ca a été extrêmement dur parce que j’ai refait, je l’ai produite, j’ai changé la tonalité, je suis revenu à la première tonalité et puis comme la tessiture de Mylène était plus basse sur cette chanson, sa voix était bizarre, je reconnaissais plus sa voix donc on l’a recommencée. Enfin, ça a été très bizarre, quoi ! Très, très douloureux dans le travail, c’était très compliqué pour au final revenir à ce qu’on avait fait au début. Ca arrive souvent ! Voilà. Sinon, y a rien eu de très particulier !

Au final, vous en êtes content, du résultat ?
-Oui, je suis assez content. C’est-à-dire que aujourd’hui, en écoutant le son de cette chanson je ne la produirais ni ne la mixerais pas comme ça aujourd’hui !

Pourquoi ? Le son a changé aujourd’hui ?
-Non, mais moi dans ma perception, dans le travail c’est vrai qu’il y a des choses…Enfin, on bouge, on change ! C’est plus dans le son, les matières de son, voilà. 

Mais sur le moment, vous êtes satisfait ou ça reste une chanson qui est un peu bancale pour vous ?
-Non, non ! Je pense pas qu’elle soit bancale ! (rires) Elle a été compliquée en studio mais c’est difficilement explicable parce que c’est pas rationnel à des gens de l’extérieur de raconter ça. Il faudrait vraiment assister à tout ça –et même en assistant, je crois pas que… C’est comme sur un tournage : quelquefois, il se passe des trucs dingues et vu de l’extérieur c’est ridicule ! ‘Mais pourquoi ils mettent trois heures à faire un truc de trente secondes ?’, vous voyez ?! C’est pas très explicable mais ça c’est pas fait simplement, quoi !

 

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Et puis elle sort, en même temps elle est choisie comme single…
-Oui, ça a été le premier single de l’album.

Pourquoi ?
-Ben…je sais pas ! Parce que…

C’est vous qui l’avez décidé en partie ?
-Ha oui, oui on l’a décidé, oui. Parce qu’il y avait, en l’écoutant comme ça, quelque chose qui était fort, quoi, dans la musique, probablement dans le texte. Voilà. 

Vous avez pensé que vous vous adressiez à une jeunesse, donc sortir ce single ça pouvait être important ?
-C’est difficile de l’envisager comme ça. On peut pas se dire ça ! Evidemment, quand ça se passe c’est magique ! Vous savez, souvent moi je parlais avec des journalistes et quand ils parlent de Mylène, ils disent ‘Ha, formidable ! Le travail, tout est réfléchi, le marketing, les clips : tout ça, c’est vachement pensé, c’est remarquable’. Mais pas du tout ! Moi je réponds –et c’est un peu pour répondre à votre question- ce n’est pas possible de travailler comme ça ! Ca n’existe pas ! Bien sûr que non, c’est pas pensé, calculé, organisé, fabriqué : les choses se font et se sont toujours faites avec Mylène –que ce soit les clips etc.- sur l’instant, à l’instinct et sans se soucier ni se dire ‘Tiens, on va toucher telle cible, on va parler de telle chose’

D’ailleurs c’est ce qui a fait le choix de cette chanson pour nous, c’est une chanson qui est, j’allais dire, socialement forte, qui tombe à un bon moment. Je parlais pas de marketing, hein ! C’est une chanson qui sort des tripes, quoi…
-C’est vrai qu’à cette époque ça a été assez incroyable, ça a été énorme. Enorme

Vous avez été surpris de ça, du succès qu’elle a ? Ou vous aviez senti artistiquement… ?
-Oui, on sent. C’est vrai qu’on sent quand il y a quelque chose de fort. Maintenant, après on ne sait jamais comment ça se passe ! Mais on sent quand il y a quelque chose de fort, on le voit quand les gens l’écoutent et puis soi-même : quand on a plaisir à l’écouter, à la réécouter, à l’écouter cent fois, même, après avoir travaillé dessus pendant des semaines !

Ce que vous avez fait ?
-Ha oui, oui ! Moi, quand une chanson me plait j’aime bien l’écouter, la réécouter et je m’en lasse pas ! Ca, c’est assez curieux !

C’est une des chansons qui vous restent de Mylène Farmer, dans le sens où si on vous en demande trois, quatre, elle fait partie de celles-là ou pas forcément ?
-Ha oui ! Oui, oui.

Le clip, il est venu comment ce clip ? Puisque là vous pouvez m’en parler, vous êtes le créateur !
-Oui ! (rires) Ha, je me rappelle plus ! Je ne sais plus…

Moi je l’ai très bien en tête, ce clip, avec ces enfants etc. 
-Oui. On reste dans le même sujet, quoi, un peu imagé. Je sais pas quoi vous dire là-dessus, comment c’est venu exactement mais je sais que ces images-là sont venues très vite au moment où il y a eu la décision de faire le clip, ce qui se passe toujours très vite parce qu’on est toujours en retard, qu’il faut aller vite etc. et puis cette idée d’univers carcéral, comme ça, un peu intemporel, c’est venu très vite, quoi. 

Est-ce que vous avez pas un peu aggravé le ton de la chanson, qui était déjà très dur, et vous vous y mettez par l’image un univers, j’allais dire, d’esclavage carrément ?!
-(dubitatif) Oui, sûrement, oui. (il éclate de rire)

Parce que là, c’est vous qui êtes l’auteur du clip, c’est vous qui décidez !
-Oui, enfin on travaille en collaboration mais c’est vrai que souvent ça a toujours été intéressant dans le travail avec Mylène, parce que c’est vrai qu’il y a eu quelques clips –dont« Désenchantée »- qui ont été assez violents, c’était compliqué par rapport à la censure ou même par rapport au public quelques fois mais ce qui est amusant, c’est que ces clips passaient à des heures où tout le monde regarde parce que d’un côté il y avait une image quelques fois très violente, et d’un autre côté il y avait une chanson pop, comme ça, qui se promenait dans les charts etc. Donc c’est assez amusant ! Enfin, je fais pas ça pour m’amuser mais…

Le décalage vous intéresse…
-Oui, j’ai toujours trouvé ça amusant. Je sais que la plupart des clips d’avant de Mylène, je suis pas sûr qu’ils passent. Ils passent aujourd’hui parce qu’ils font partie des clips qu’on a vus, qu’on connait etc. Mais si aujourd’hui on refaisait la même chose, je pense que la censure serait beaucoup plus dure aujourd’hui, quoi. C’est incroyable !

Vous pensez ?
-Ha ben, je le vois, même ! Je le vis ! (rires) Des chaînes comme la 6, c’est incroyable ! On arrive à un truc, ça s’américanise beaucoup dans tout. Il y a une uniformisation mais il y a surtout une peur de sortir d’un type d’images. Je trouve que les images aujourd’hui ne transmettent plus rien, la plupart des vidéos ne transmettent plus rien, même pas d’émotions visuelles. 

Elles n’ont même pas un plus par rapport à la chanson, c’est ce que vous voulez dire…
-Non, c’est de l’image pour l’image, de la forme pure et c’est dommage. 

Un prétexte pour passer de la musique à la télé, quoi…
-Oui. Ha oui c’est ça. À moindre coût pour faire ça en une journée, deux jours parce que ça coûte cher. Mais peu importe les coûts, d’ailleurs parce qu’on arrive à faire des choses avec rien. Il y a plus d’images. Moi je suis frappé quand je regarde la 6 ou MCM le matin, comme ça, tout est pareil ! C’est assez incroyable…

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Une dernière chose pour revenir à ce qui nous intéresse, donc l’implication de la chanson par rapport à ce qui se passait dans la société. C’est vrai que la plupart des chansons de Mylène Farmer n’ont jamais été impliquées, je dirais que c’est presque une des plus impliquées socialement. Vous en pensez quoi ?
-Par rapport à ses autres chansons, vous voulez dire ? Moi je crois pas. Que ça touche quelque chose de social, après c’est autre chose. Je pense que dans le travail de Mylène, ce qui a été fait a toujours été lié à l’enfance. Peut-être pas à des choses précises de société, balisées, qu’on reconnait, mais souvent liées à l’enfance, au fantasme, à la terreur, à la sexualité, à ces choses qui font partie de la vie plus que de la société. 

En même temps, il y a ‘je fais partie d’une génération désenchantée’ : c’est peut-être plus direct que « Libertine » ou des choses comme ça qui sont effectivement des fantasmes, plus des rêves…
-« Libertine », oui, on est dans d’autres choses ! Absolument. Mais ce qui était amusant sur « Désenchantée », avec le temps par exemple sur la dernière tournée de Mylène (le Tour 96, nda) donc c’était cinq ans ou six ans après « Désenchantée » et qu’elle l’a chantée en concert, moi je me souviens d’avoir pris conscience comme ça justement de ça : j’étais dans la salle à Bercy à la console son, donc au milieu de la salle, et tout à coup arrive « Désenchantée », donc hurlements et tous les gens chantaient du début à la fin ! Et tout à coup, j’ai pris conscience des paroles –que je connaissais ! Mais je voyais tous ces gens en regardant autour, il y avait plein de jeunes mais il y avait aussi des gens plus âgés qui étaient là, en train de sauter en l’air, de frapper dans les mains en chantant ce texte : « Tout est chaos, à côté… ». C’était assez incroyable, ça ! C’est vrai que, tout à coup, quand on fait attention aux mots c’est assez étrange ! C’est très marrant ! Et c’est ça que je vous expliquais un peu tout à l’heure entre l’image ou les mots un peu durs ou un peu violents et le côté chanson populaire qui fait que les gens dansent ou chantent mais en prononçant des mots quand même qu’ils ne diraient pas dans la vie ou bien sauf s’ils étaient en train de manifester, peut-être je ne sais pas !

Vous pensez qu’ils chantaient ça comme un air de variétés plus qu’ils ressentaient…
-Oui. Je sais pas si en général, quand on chante une chanson on a vraiment conscience de ce qu’on chante, souvent. C’est comme les tubes américains : la plupart des gens connaissent pas le sens des mots et les retiennent phonétiquement !

Ca vous a surpris dans quel sens ? En vous disant ‘Je suis déçu parce qu’ils comprennent pas ce que ça veut dire’ ?
-Ha non, non pas du tout ! Vous savez, quelquefois vous devenez spectateur de quelque chose : là, j’étais dans le spectacle et puis tout à coup, je voyais tous ces bras se lever, les gens sauter et chanter à tue-tête et donc j’étais plus dans le spectacle et j’ai regardé autour de moi, j’entendais tous ces mots et tous ces gens heureux en train de chanter, crier, taper dans les mains en rythme…

Alors que c’était des mots durs !
-Oui ! C’était assez marrant, ça. Une drôle d’impression…

C’est une chanson qui est demandée en concert ?
-C’est pas qu’elle est demandée, mais quand elle arrive dans le concert à peu près aux trois quarts, c’est le moment où ça explose vraiment ! Dans toutes les salles et dans n’importe quelle ville de France, c’était incroyable ! Incroyable ! C’est vraiment un des plus gros hits de Mylène, d’ailleurs.

Vous vous souvenez du nombre de ventes qu’a fait le single ou pas ?
-Le single à l’époque a fait 650.000, je crois. Mais comme l’album est sorti en même temps, la plupart des gens se sont reportés sur l’album et je crois que ce single a drainé 700.000 albums en deux mois. C’était énorme !

Merci beaucoup de tout ça !
-Mais je vous en prie !

téléchargement (1)Je vous pose la question : vous, vous avez un contact auprès de Mylène pour lui écrire… ?
-Oh oui, ça, j’ai des contacts ! (rires)

Ca, je m’en doute ! (rires) Mais où je pourrais lui écrire d’une manière sans avoir des choses trop personnelles ou il faut absolument que je passe par Thierry Suc ?
-Non, ce que vous pouvez faire…

(fin brutale de l’enregistrement) 

 

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MYLENE Présentée par Patrick POIVRE D’ARVOR

Posté par francesca7 le 18 octobre 2014

 

Au JOURNAL DE 20 HEURES du 18 MAI 1989 : Entretien avec Corinne LALO sur TF1

1989-03-b« Quelques fois, c’est moi qui ai besoin d’eux, et d’autres fois c’est peut-être eux qui ont besoin de moi. »

Pour la première date parisienne du Tour 89, l’équipe de TF1 a réalisé une petite interview de Mylène Farmer diffusée en fin de journal. L’entretien est ponctué d’images de clips et quelques images de l’équipe du spectacle à Saint-Etienne, avant la première.

Patrick Poivre d’Arvor : (après un sujet sur un film consacré aux tziganes) Dans un tout autre genre, la crinière rousse, et quelque peu tzigane d’ailleurs, de Mylène Farmer qui caracole en tête du Top 50, mais ça ne suffirait pas pour lui consacrer un sujet dans ce journal, c’est qu’elle chante bien, sur des textes très personnels, et dès demain, pour la première fois, elle affronte le public au Palais des Sports.

Le reportage commence sur un gros plan de Mylène en extérieur. Elle porte un haut noir et soutient sa tête avec sa main. Une courte séquence tirée du clip de « Libertine » est ensuite diffusée avant de revenir au gros plan de Mylène, qui fait face à la journaliste Corinne Lalo, sans que l’on voie celle-ci à l’image.

Corinne Lalo : (off) C’est avec « Libertine » qu’est venu le succès, mais Mylène Farmer est avant tout romantique, fragile et pudique malgré les apparences.

Mylène Farmer : Je parle souvent de la caméra : je ne la considère pas comme étant une amie, et pourtant j’arrive à me dénuder devant elle. Donc ce sont plein de paradoxes. J’ai en tout cas besoin de ce miroir, quand même.

CL : C’est un exorcisme, un peu ?

MF : Probablement, oui. Moi j’appellerai ça presque une survie, c’est quelque chose d’essentiel.

CL : (off, par-dessus des images du clip « Tristana ») Derrière la caméra des clips vidéo, mais aussi pour les musiques et certains textes, un touche-à-tout de talent aux côtés de Mylène, son alter ego : Laurent Boutonnat. (images de Mylène Farmer et Laurent Boutonnat rentrant dans leur hôtel à Saint-Etienne)

MF : C’est une bonne étoile. Ce sont des rencontres de la vie comme on en a peu, certainement. Pour moi, c’est une rencontre magique par rapport à bien évidemment plein de choses, mais également par rapport au cinéma et à l’image, à sa façon de l’imaginer, de la créer.

CL : (off, par-dessus des images des Victoires de la Musique 1988) Sacrée meilleure chanteuse de l’année, Mylène est une écorchée vive. Elle séduit avant tout les 15-20 ans et les accompagne à travers le spleen de l’adolescence.

1989-03-cMF : S’il y a une image à trouver, je voudrais être le… enfin, c’est un compagnon de route, c’est un peu le Jeff de Jacques Brel : « Jeff, t’es pas tout seul ». C’est un peu ce sentiment-là que j’ai. Quelques fois, c’est moi qui ai besoin d’eux, et d’autres fois c’est peut-être eux qui ont besoin de moi.

CL : (off, par-dessus des images de Mylène Farmer, Laurent Boutonnat, les musiciens et les choristes du spectacle dans la cour de la salle de spectacle de Saint-Etienne où s’est tenue la première de la tournée. On voit notamment Mylène en redingote partager un fou rire avec Carole Fredericks) Mylène et ses musiciens se sont préparés pendant six mois pour réussir ce premier rendez-vous. Une rencontre à guichets fermés puisque tous les concerts affichent complet.

Fin du reportage sur ces images de la troupe.

 un forum : http://devantsoi.forumgratuit.org/

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NAGUI Présente MYLENE FARMER sur M6

Posté par francesca7 le 18 octobre 2014

 

Emission  FRÉQUENSTAR du 22 MARS 1989

 « C’est compliqué, le français ! »

1989-02-dNagui reçoit Mylène Farmer sur le plateau de son émission, qui n’a rien à voir, malgré un titre identique, avec l’émission que créera Laurent Boyer peu d’années plus tard. Mylène vient y présenter son nouveau clip, celui de « Sans Logique ». Habillée d’une veste noire, d’un pantalon noir et les cheveux rehaussés en un chignon strict, elle répond également aux questions de Nagui et a sélectionné quelques clips qu’elle souhaitait diffuser dans l’émission. L’ambiance oscille entre tension et bonne humeur, Mylène ayant visiblement parfois du mal avec l’humour de Nagui, et réciproquement, Nagui semble quelques fois désarmé face à Mylène. Il jongle  avec le tutoiement, le vouvoiement mais parvient néanmoins à faire parler Mylène de ses goûts littéraires, musicaux, de son spectacle à venir et même de son appartement !

Nagui : Mylène Farmer, merci d’avoir accepté notre invitation.

Mylène Farmer : Merci (sourire gêné)

N : C’est très gentil à toi, on est très contents, on est heureux comme tout ! La programmation musicale : tu écoutes beaucoup de musique en règle générale, dans ta vie ?

MF : Beaucoup de musiques de films.

N : Beaucoup de musiques de films ? Des bandes originales ?

MF : Oui.

N : Là en ce moment, tu as la tête prise par quelle musique de film ?

MF : Toujours « Mission » (film réalisé par Roland Joffé en 1986, nda). J’ai du mal à en…

N : C’est pas vrai ? Mais pourtant y en a eu d’autres depuis : y a eu « Le Grand Bleu », y a eu «Bagdad Café», y en eu plein !

MF : « Bagdad Café » oui, merveilleuse…

N : C’est bien, hein ? Et tu vas voir les films qui correspondent aux bandes originales ou tu te contentes de la musique ?

MF : Je me contente de la musique parfois, quelquefois j’y vais aussi à cause de la musique.

N : D’accord…

MF : Et quelquefois, le contraire.

N : C’est marrant, y a pas une seule bande originale dans tous les clips que tu as choisi.

MF : Non, parce qu’on a un petit peu trop vu « Bagdad Café ». « Mission », je pense pas que vous l’auriez passé. Si ?

N : Ha ben on se gêne pas pour en passer d’autres, hein !

MF : Ha, je ne savais pas…

N : Ha ben, on le fera la prochaine fois !

MF : D’accord.

N : Ca sera une occasion de revenir (rires). Elle est notre invitée, et par la même occasion on en profite pour vous présenter son clip, qui sera « clip des clips ». Du Mylène Farmer matin midi et soir, pendant une semaine ! Tout ça à la veille d’une tournée dont nous reparlerons tout de suite après ce tout nouveau clip, « Sans Logique ». Elle est pourtant Vierge, hein, elle est pas Taureau, contrairement à ce que vous allez pouvoir voir dans le clip ! (Mylène sourit)

Le clip de « Sans Logique » est diffusé en entier.

N : Voilà. D’où la pochette, vous comprendrez, pour la trace de sang qu’il y a sur le clip de Mylène Farmer, « Sans Logique ». On va en reparler bien sûr de ce clip, d’abord voyez le cadeau que vous allez pouvoir gagner grâce à cette merveilleuse émission que nous vous présentons sous vos yeux ébahis : vous allez pouvoir gagner le compact d’ « Ainsi Soit Je… », l’album; le compact de « Cendres de Lune », l’album; la cassette vidéo des clips volume un; la cassette volume 2 des clips (Nagui bafouille un peu pendant son énumération) et le baladeur avec la cassette de l’album dedans. (On voit tous ces cadeaux à l’écran) Pff, c’est beaucoup de cadeaux, tout ça !

MF : (suite aux bafouillages de Nagui) C’est compliqué, le français !

N : Hein, c’est compliqué, hein ! Surtout pour quelqu’un qui est es forcément né là-dedans ! (Nagui fait à l’évidence référence au fait que sa mère est professeur de français, nda) (Mylène rit)

Nagui revient alors sur le concours de la semaine précédente avant de se tourner à nouveau vers Mylène.

N : On va voir défiler les dates de la tournée. Ca démarre le 18…

MF : Le 18 mai, jusqu’au 25…

N : …mai, ça c’est pour les dates parisiennes. Ensuite y a plein de dates en province et puis comme y avait encore du monde, parce que là c’est déjà complet pour le Palais des Sports, vous avez rajouté une, voire deux dates, à Bercy au mois de décembre pour clore cette tournée. (Mylène acquiesce) Retour à la case départ, ça c’est génial ça !

1989-02-aMF : Oui, c’est formidable.

N : On peut rajouter une troisième date, si ça continue, non ?

MF : Eventuellement…

N : On va pas se gêner pour se faire du bien ! Ca comporte combien de personnes le Palais des Sports ?

MF : Je crois que c’est autour de cinq mille personnes.

N : Cinq mille personnes et y a sept soirs déjà pleins ?

MF : Oui.

N : Bon, ce qui fait déjà deux Bercy à lui tout seul, donc y a aucun problèmes on peut en rajouter, c’est l’équivalent. Alors Mylène, « Sans Logique » c’est un… Moi je suis surpris, on te voit pas nue dans « Sans Logique », c’est bizarre après « Libertine » et « Pourvu qu’elles Soient Douces »…

MF : C’est de la provocation, ça, Nagui !

N : Non je sais pas ! Ben écoute, c’est de la provocation aussi ce que tu fais des fois dans les clips.

MF : Non, le sujet ne se prêtait pas à la nudité, c’est tout.

N : Voilà. Alors en fait, tu as dit souvent dans la presse que le but n’était pas forcément de provoquer mais que s’il y avait certaines scènes qui pouvaient dérouter les gens, c’était parce que ça dépendait plus du sujet que du simple plaisir que de les choquer.

MF : Oui. Moi je n’ai aucun plaisir à me dénuder sur un plateau. C’est assez difficile, même si c’est en équipe réduite, c’est toujours plus difficile…

N : Oui mais enfin on devine que ça va être vu par des millions de gens, aussi…

MF : C’est vrai, mais ça on n’y pense pas. Il y a cette espèce de divorce, comme ça, sur le tournage. C’est pas la même chose…

N : C’est l’artistique distingué du vulgaire, c’est ça ?

MF : Je crois que oui, il y a une espèce d’inconscience, je crois, que de faire ça. Et puis quand bien même, hein ?! (large sourire)

N : Oui : sans contrefaçon, on se fout du qu’en-dira-t-on ! Alors, est-ce que tu as un côté justement inconsciente ou plutôt très, très, très consciente de tout ce qui se passe ?

MF : Je ne sais pas si je suis l’incarnation de la cartésienne, je crois pas, non. Mais je crois que j’ai les pieds en tout cas sur terre, oui.

N : T’as les pieds sur terre, et tu sais complètement ce que tu fais, ce que tu dis : tout est pesé, réfléchi et calculé. Quand tu écris les textes d’une chanson, c’est maîtrisé, dans tous les sens du terme.

MF : Oui, j’essaye en tout cas de les maîtriser. Je crois qu’il y a pas de perfection mais j’essaye d’y accéderN : OK. Alors, encore une fois dans ces fameuses interviews – c’est vrai que tu en donnes pas beaucoup des interviews…

MF : Parce que je ne m’y sens pas très à l’aise, c’est la seule réponse je crois.

N : Là, ça va pas bien ?

MF : Pas très bien, non ! (sourire)

N : Bon on va essayer que ça aille mieux ! Tu me dis, tu me fais un petit signe dès que ça va un tout petit peu mieux ! (rires de Mylène) Y a beaucoup de références dans ce que tu dis à Baudelaire, auquel tu rends un hommage dans « L’Horloge » en mettant en musique avec Laurent…

MF : Y a d’autres auteurs, mais c’est vrai que j’aime beaucoup Baudelaire. J’aime beaucoup…

N : Edgar Poe !

MF : Edgar Poe, c’est vrai.

N : Et Luc Dietrich.

MF : Luc Dietrich. J’aime beaucoup le théâtre de Steinbeck, mais il y en a tant d’autres. Je cite un petit peu, c’est vrai, toujours les mêmes parce que ce sont effectivement des livres de chevet.

N : Bon, et généralement si on prend Baudelaire et Edgar Poe, ils ont des problèmes existentiels. Là, tu as demandé Jacques Brel avec « Ne me quitte pas », ce qui peut aussi être un…

MF : …qui pourrait faire partie de la même famille, certainement, oui. Pour moi, c’est probablement le plus grand interprète, avec Reggiani aussi. J’aime beaucoup Reggiani. Et « Ne me quitte pas », c’est un cri qu’on formule très souvent.

Diffusion d’une séquence d’archive où Jacques Brel interprète « Ne me quitte pas ».

N : Une petite précision : en plus de tous les cadeaux que nous vous avons montré tout à l’heure, vous allez pouvoir gagner également deux invitations pour aller voir Mylène Farmer en concert, que ce soit à Paris ou en province vous pouvez écrire de partout. Et puis concernant – voilà l’affiche – (l’affiche du spectacle apparaît à l’écran) donc ce Palais des Sports, mais y a également les concerts parisiens du Palais Omnisports de Paris Bercy, les places ne seront en vente qu’à partir du mois d’avril.

MF : Oui.

N : C’est ça, hein ?

MF : Paraît-il…

N : Oui d’accord, mois d’avril. Bon alors, à propos de Jacques Brel, et pour revenir à ce côté Baudelaire et Edgar Poe, on a l’impression que par moments tu portes tout le malheur de la Terre sur tes frêles épaules.

MF : C’est lourd, quelques fois !

N : C’est lourd, hein ?!

MF : Moi-même, je suis très frêle et c’est difficile parfois.

N : Mais pourquoi ? Qu’est-ce qui s’est passé ? Je veux dire, sans faire de confessions ou de psychanalyse, c’est récent comme tournure d’esprit, ou c’est quelque chose qui a toujours été ancré en toi comme sentiment ?

MF : Je vais dire quelque chose d’autre : c’est pour ça que moi je n’aime pas les interviews parce que je préfère, c’est vrai, dévoiler la nature de mes sentiments dans mes chansons plus que dans les interviews.

Pourquoi avoir toujours besoin de se justifier ?

N : Je parle pas de justification, je demande simplement d’où ça vient.

MF : Je ne sais pas. Y a des personnes, je crois, qui sont plus prédisposées à être heureuses ou malheureuses. J’en sais rien. Je ne dis pas que je suis malheureuse…

N : Ha non, t’as tout pour être heureuse, là !

MF : …je dis que je suis foncièrement lucide, ce qui engendre, je crois, quelquefois des désillusions et quelquefois du bonheur aussi.

N : Y a un inconvénient, j’allais dire, ou un enchaînement tout à fait logique, c’est que ton public s’identifie à tes goûts et à ta manière de voir la vie. On parle de Baudelaire, c’est le spleen, c’est la maladie du siècle, c’est « Les Fleurs du Mal », enfin bon (il s’adresse aux téléspectateurs) lisez Baudelaire, à propos, ça peut toujours vous servir dans la vie !

MF : Parce qu’il y a certainement, effectivement, beaucoup de personnes qui se retrouvent ou dans ces textes, ou dans cet univers musical, ou tout simplement dans cet univers. Je crois pas que toutes les personnes soient très, très heureuses et aujourd’hui je crois que c’est aussi de plus en plus difficile.

N : Et toi, qu’est-ce qui te rend heureuse ?

MF : Votre rencontre, probablement ! (grand sourire)

N : Bon ! Sinon, tu as demandé Depeche Mode. Qu’est-ce qui te séduit ? Le côté anglais, le côté rythmé ?

MF : Je crois que c’est un tout, là aussi. C’est un univers, d’abord, un compositeur qui est formidablement doué et puis des paroles qui sont assez belles, parce que je comprends l’anglais plus que je ne le parle, finalement ! (rires)

Diffusion d’un clip de Depeche Mode.

N : Le monsieur dont nous parlions pour les compositions, c’est Martin Gore, qui est le blond bouclé sur le devant…

MF : …qui est tout petit !

N : Tout petit derrière ses claviers ! L’ambiance dans laquelle tu vis : tu vis dans une ambiance sombre ? Eclairée ? L’appartement, comment ça se passe, l’intimité ? On sait qu’il y a les singes, les fameux singes…

MF : C’est très peu meublé, c’est rouge et noir (rires de Nagui qui visiblement ne peut s’empêcher de penser à Jeanne Mas !), et que dire d’autre ? Y a une très, très grande cheminée qui est très, très belle et j’ai une chambre qui est très, très sombre, qui approche le noir, c’est bleu marine très, très foncé.

N : Ca fait partie des couleurs que tu aimes bien, le noir, le bleu, le rouge… ?

MF : Oui. Le rouge, un petit peu moins.

N : Le rouge sang, peut-être, non ?

MF : La couleur du sang, oui, j’aime beaucoup, mais c’est un rouge très, très foncé, très dense.

N : Ce qu’on a vu dans le clip, le mariage par le sang, ce que des fois on fait quand on est gamin, tu l’as déjà fait ?

MF : C’est quelque chose que j’ai fait quand j’étais toute petite, mais au bout du doigt. Ca faisait moins mal !

Parce que l’entaille, là, était plus profonde ! (elle désigne en souriant sa main en référence à cette séquence du clip)

N : Oui, et puis c’était plus mignon en plus, mais c’était moins visuel donc on a essayé de le mettre dans la paume de la main ! (rires) Tu avais aussi raconté que « Sans Contrefaçon », tu avais déjà fait le côté garçon en mettant un mouchoir dans ton pantalon.

MF : Oui, je n’essaye pas de fabriquer des anecdotes.

N : Mais on va finir par trop bien te connaître, j’allais dire, entre les paroles de chansons et les clips !

MF : Finalement, oui.

N : Pour quelqu’un qui veut préserver sa vie privée…

MF : Je vais peut-être arrêter !

N : De chanter ?

MF : Peut-être ! (sourire)

N : Oh, dis pas ça, tu nous fais du mal ! (rires de Mylène) La déclinaison généralement de ce genre de clips, c’est d’aller un tout petit peu plus loin sur scène. Ca, c’est quelque chose qui a intéressé Thierry Mutin, qui te pose une question.

1989-02-fDiffusion d’une vidéo où Thierry Mutin, chanteur des années 80, s’adresse à Mylène.

Thierry Mutin : Bonjour Mylène. Pour moi, l’univers de tes clips est indissociable de ton image et j’aimerais savoir comment tu vas concilier tes clips et tes chansons sur scène.

N : Ha oui, le décor, l’ambiance…

MF : Je ne sais pas si je vais répondre à cette question, dans la mesure où je ne dévoilerai rien de cette scène. Je peux dire que cette scène sera le reflet certainement de mon univers et celui de Laurent Boutonnat.

N : D’accord. Un tout petit peu XVIIIème siècle sur les bords ?

MF : Non, du tout.

N : Du tout ! (ironiquement) Beaucoup de chevaux… (rires)

MF : (sur le même ton) Beaucoup de chevaux, de femmes nues, on l’a déjà dit ! (sourire)

N : …de femmes nues, du sang, voilà, bref ! Allez-y et emmenez une blouse parce que peut-être qu’il va se passer des choses ! (rires) Tom Waits (acteur et chanteur américain souvent présenté comme maniacodépressif, nda) : alors là c’est, encore une fois, comme Baudelaire, comme Edgar Poe qui était quand même un alcoolique, faut bien le préciser, Tom Waits c’est aussi l’image… Tu es attirée par l’alcool ? Tu es attirée par…?

MF : Je suis séduite par les hommes qui boivent, oui.

N : (interloqué) C’est vrai ?!

MF : Oui, c’est vrai.

N : Bon, ben j’ai aucune chance, écoute ! Alors, le « Downtown Train » (chanson de Tom Waits extraite de son album « Rain Dogs » sorti en août 1985, nda), c’est une ambiance de piano-bar que tu aimes retrouver ?

MF : Moi je connais très, très peu Tom Waits, c’est vrai. Je l’ai découvert au travers d’un clip qu’avait réalisé heu…aidez-moi ! Une photographe… (elle cherche)

N : Une photographe… Bettina Rheims ?

MF : Non, pas Bettina Rheims. Oh, c’est dommage on oublie les noms, c’est terrible…

N : Bon, on va le retrouver pendant le clip, en tout cas !

MF : Je vais réfléchir, oui. Et y a une ambiance qui est assez belle dans ses clips. Et puis il a une très, très belle voix.

Diffusion du clip de Tom Waits

N : (après la diffusion du clip, il se tourne vers Mylène) Tu as retrouvé la photographe ?

MF : Oui, qu’elle me pardonne : c’est Dominique Isserman, qui a beaucoup de talent (elle signera une séance photo avec Mylène pour l’album « Avant que l’Ombre…» en 2005, nda)

N : Je suis sûr qu’elle te pardonne ! (…)

Lancement d’une page de publicité, puis retour plateau.

N : Mylène Farmer, qui prépare ardemment sa scène. Ca veut dire quoi, préparer ardemment la scène ?

Répétitions, musiciens, déjà ?

MF : Pas encore, non.

N : Non ?

MF : Je vais le faire dès début avril. Mais quand même répétitions puisque je réalise les chorégraphies sur la scène. J’ai une jeune fille (Sophie Tellier, nda) qui les apprend pour pouvoir les inculquer aux autres danseurs.

N : Ha d’accord, donc en fait tu apprends à une personne qui après apprend aux autres ?

MF : Oui, parce que pendant ce temps-là, moi je répéterai avec les musiciens.

N : D’accord, donc puisqu’il faut analyser, je commence à comprendre comment il faut faire, donc il faut comprendre qu’il va y avoir des danseuses. Plusieurs danseuses, si y en avait qu’une ou deux, elle aurait appris aux deux en même temps. Non, y aura beaucoup de danseuses. On va y arriver à commencer à savoir quelque chose…

MF : Vous oubliez les danseurs !

N : Les danseurs ? Oui, pardon ! Danseurs qui seront peut-être choristes, aussi de temps en temps, à la fois.

MF : Je ne pense pas, non…

N : Elle ne pense pas. Vous voyez qu’on arrive à avoir des petits renseignements ! Bon, et la mise en forme aussi, parce qu’on a vu aussi plein de reportages chez nos confrères de Télé 7 Jours comme quoi tu courrais avec Rambo (surnom de son coach, Hervé Lewis, nda).

MF : Je n’en ai fait qu’un !

N : De reportage ?

MF : Oui (cf. Télé 7 Jours, 10.12.1988). J’ai effectivement un entraîneur qui s’entraîne avec moi –qui m’entraîne, plutôt- et qui m’apprend à courir, ce qui n’est pas une mince affaire !

N : Ca s’apprend, de courir ?

MF : Oh oui, c’est très difficile de courir bien, oui.

N : C’est pour quoi ? Pour la respiration ?

MF : C’est pour le…aidez-moi…pour la mise en forme…

N : Le souffle ?

MF : …c’est pour le souffle, c’est pour une mise en conditions, tout simplement.

N : Il parait que le plus dur, c’était d’arrêter de fumer. C’est vrai ?

MF : C’est vrai. D’arrêter de boire, aussi !

N : Ha oui ? Enfin, de l’alcool ?

MF : Non, du Coca Cola !

N : (…) Tu as arrêté de boire, plus de sucreries, plus rien ?

MF : Non. De moins en moins, en tout cas.

N : Et tu te présentes pour être Miss France bientôt, avec une forme comme ça ?

MF : Si vous êtes mon cavalier : peut-être !

N : Le cavalier ? Oh, je préférerais faire le cheval, soyons fous ! (rires de Mylène) Alors, voici Daniel Darc avec « La Ville ». Je sais que tu adores Daniel depuis Taxi Girl, tu te sens fan ? Pardon : vous vous sentez fan ?

MF : Fan n’est peut-être pas le mot approprié, j’aime beaucoup…

N : ‘Femme’, peut-être alors, non ?

MF : Non plus ! J’aime beaucoup son univers, j’aime beaucoup cette chanson et…que pourrais-je faire comme relation ? J’ai vu « Birdy » récemment (film de Alan Parker où un homme perturbé par son engagement dans la guerre du Vietnam se prend pour un oiseau, nda) et je trouve que ce pourrait être le personnage de « Birdy », voilà, qui veut voler et qui n’y arrive pas.

Diffusion du clip « La Ville » de Daniel Darc.

N : (…) Mylène, que va-t-il se passer dans les quelques jours qui vont précéder la tournée ? C’est-à-dire une fois que tout sera prêt, est-ce que tu vas te ‘concencrer’ (il bafouille) te concentrer ? ‘Consencrer’, aussi on peut !

MF : Choisissez ! (rires)

N : Je sais pas, ‘concentrer’ je préfère !

MF : …me concentrer…

N : (il reprend) …faire du yoga, te retirer, rester seule dans un coin, enfin je sais pas : qu’est-ce qui se passe, généralement ?

MF : Non…Je ne prépare jamais à l’avance, donc je ne sais pas.

N : Tu sais pas ?

MF : Non. Probablement je continuerai de m’entraîner et puis…et puis, je n’en sais rien.

N : Bon. Cette timidité médiatique, elle existe aussi dans la vie privée ?

MF : Avec mes très proches, non, parce que nous avons enlevé le masque, très certainement.

N : Et la main aussi ? (cette remarque de Nagui vient du fait qu’en répondant Mylène repose sa tête sur sa main)

MF : La main reste toujours, d’ailleurs elle est fixée ! (Mylène fait mine de ne pouvoir décoller sa main de son visage)

N : (…) Pour parler quelques petites secondes de Laurent Boutonnat, parce que c’est quand même la personne qui se cache derrière Mylène Farmer et qui fait plein de trucs : qui fait les musiques, qui fait les clips… Comment on peut le présenter au public, aux téléspectateurs ? Qu’est-ce qu’on peut dire de lui ?

MF : Oh, c’est un homme qui a un physique romantique, c’est un homme qui a ses névroses, qui a, je crois, beaucoup de talent et qui aime particulièrement la musique et le cinéma, je crois, et qui aurait envie et qui va réaliser un premier long-métrage.

N : Avec Mylène Farmer dans le premier rôle ?

MF : Je ne sais pas. (grand sourire)

Nagui revient ensuite sur le concours annoncé en début d’émission et annonce aux téléspectateurs la question : quel artiste Mylène a-t-elle associé dans ses goûts musicaux avec Jacques Brel plus tôt dans l’émission ? On revoit les cadeaux à l’écran et les dates de la tournée défilent à nouveau.

N : Y a plein de concerts, c’est la folie ! Y a combien de jours ou de mois de tournée ? Ca commence en mai, ça finit en décembre ?

MF : Non, ça commence…La salle parisienne (le Palais des Sports, nda), c’est en mai et la tournée en province commence en septembre, octobre, novembre et décembre, ce que vous disiez.

N : A Paris, oui, je peux le redire : décembre, le 8 et le 9, donc au palais Omnisports de Bercy (il s’agit en réalité des 7 et 8 Décembre, comme l’indique le bandeau défilant sur l’écran, nda). Le 12 Décembre, vous serez en concert, vous, Mylène Farmer ?

MF : (regard perdu) Je ne sais plus… (Mylène semble ne pas comprendre le sens de la question, et pour cause puisque Nagui fait erreur)

N : Le 12 décembre, c’est votre anniversaire, faut savoir ! (Nagui se trompe effectivement sur la date d’anniversaire de Mylène, nda) Les anniversaires, ça se fête ! Bon, tant pis !

MF : Oui, je ne comprends pas. C’est difficile de vous suivre !

1989-02-cN : Pas du tout ! C’est moi qui suis peut-être un tout petit peu fouillis ! Un petit commentaire sur Kate Bush, puisque c’est le dernier clip que nous allons voir ? C’est la version anglaise de Mylène Farmer ?

MF : Non, ne dites pas ça ! Non… C’est une chanteuse merveilleuse, elle est douée pour tout : pour la composition, l’écriture, le cinéma…

N : Oui, c’est ce que je voulais dire !

MF : Non, je ne fais sincèrement aucune relation.

N : Bon. Et y a eu déjà beaucoup de propositions, de scénarii pour Mylène Farmer ?

MF : Y en a eu quelques-uns, oui.

N : Qui n’ont pas reçu une réponse positive pour l’instant ?

MF : Non, parce que pour l’instant j’exerce ce métier que j’aime, qui est la chanson.

N : Oui. C’est vrai que si jamais vous ne faites pas de cinéma, ça serait cata pour vous ?

MF : Oui. Oui, oui. Sans parler de reconversion, je crois que ça serait une prolongation, une continuité. En tout cas, quelque chose d’essentiel pour moi.

N : OK. Merci, Mylène. ‘Vous’ avez été très sympa, ‘tu’ reviens quand tu veux !

MF : Je reviendrai ! Merci Nagui. (l’émission ne perdurant pas, Mylène ne pût honorer sa promesse, nda)

N : A bientôt. (Il annonce ensuite les prochains invités de l’émission, au nombre desquels figure Alain Souchon) T’aimes bien Alain Souchon ?

MF : Oui, j’aime bien Alain Souchon.

L’émission se finit sur un clip de Kate Bush.

 

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GRAFFITI HORS SÉRIE avec MYLENE – ÉTÉ 1987

Posté par francesca7 le 13 octobre 2014

 

Mylène Farmer répond à nos questions par téléphone

« Tristana » est votre troisième clip…

1987-09-b

- Il y a eu « Ne plus grandir » (sic), « Libertine » et maintenant « Tristana », réalisés par la même personne :  Laurent Boutonnat.

Vos clips sont davantage des courts-métrages que de simples clips. C’est une volonté de la part de Laurent Boutonnat et de vous-même ?

- C’est d’abord un amour commun avec le réalisateur pour le cinéma. C’est notre propre conception d’une mise en images d’une chanson. On aurait eu plus de temps pour le tournage, ça serait devenu un film, c’est vrai.

Vous vouliez créer un événement en faisant un clip de dix-huit minutes (sic), aussi élaboré, comme pour vos autres clips ?

- L’événement, s’il doit se produire, se produira tout seul. J’espère que ce sera un événement, bien sûr.

Qu’évoque pour vous le prénom « Tristana » ?

- Pour moi, ça évoque tout un univers russe, alors que le prénom est espagnol. Même la chanson évoque pour moi la Russie. C’est pourquoi Laurent Boutonnat a transposé le conte « Blanche-Neige et les sept nains », en Russie. De plus, j’ai appris le russe à l’école, c’était ma seconde langue. C’était déjà une première approche de ce pays. Ce qui m’a aussi permis de parler en russe dans « Tristana ».

Où le clip a-t-il été tourné ?

- On a tourné dans le Vercors en plein mois d’avril dernier. On pensait aller plus loin et on a trouvé ces paysages naturels, ces plateaux enneigés, ces forêts, c’était formidable. Toutes ces séquences en extérieur ont été tournées là et les scènes du palais en studio, bien sûr.

Le tournage n’a pas été trop pénible à cause du froid, de la neige ?

- C’est vrai qu’il y a eu des moments difficiles, notamment sur le plateau enneigé où je suis habillée en blanc et où je tournoie dans le vent. Il faisait très froid et il y avait beaucoup de vent, de plus on a tourné ce plan très tard. Mais c’était passionnant !

On est surpris, dans votre clip de voir des passages en noir et blanc retraçant la Révolution d’octobre, des portraits de Lenine, de Marx.

- Oui, en mêlant ces images en noir et blanc aux images en couleurs, Laurent a voulu faire un ‘doux’ mélange. C’est un clin d’oeil ! Je trouve que c’est une très bonne idée de mélanger ce genre d’images à des images très romantiques, ça crée un contraste.

Comment travaille Laurent Boutonnat sur un tournage ?

- C’est un mélange d’improvisation et de préparation sérieuse. C’est aussi toute une équipe qui se déplace.

Pour ce clip, on était près de quarante personnes, la même équipe que sur « Libertine ». Pour Laurent, c’est à la fois très travaillé et il y a ce que j’appelle le talent d’un réalisateur, c’est-à-dire des choses qui nous échappent un peu quand on est sur un tournage. Alors que pour le réalisateur, c’est très précis dans son esprit. Il y a leur secret aussi…

Par rapport à « Libertine », vous êtes très pudique dans ce clip.

- Oui, on a voulu prendre le contrepied. C’était bien de se vêtir complètement et de ne pas sortir des sentiers battus ! Ca m’a beaucoup amusée de jouer ce personnage très pur !

Parlez-moi des autres personnages du clip…

- Il y a Rasoukine, joué par Vladimir Ivtchenko qui est russe et dont le métier est d’être sculpteur. Les russes sont des gens qui ont une culture très riche et qui ont toute la Russie en eux. Il y a donc deux personnages de nationalité russe ! Le héros, et le moine joué par Sacha Prijovic. Sophie Tellier, qui joue la tsarine, est danseuse. Quand je l’ai rencontrée, je lui ai proposé de jouer dans « Libertine » et ensuite dans « Tristana » (sifflement dans l’appareil, Mylène explique que c’est son petit singe qui appuie sur les touches du téléphone !)

1987-09-aAvez-vous des anecdotes à nous raconter ?

- Oui, une anecdote très sympathique. L’acteur qui joue le paysan, avait tellement le trac qu’avant toutes les scènes difficiles du sous-bois et notamment la scène du baiser, il buvait de la vodka pour surmonter sa pudeur! C’était très émouvant ! D’autant plus qu’il n’est pas acteur !

L’expérience d’actrice vous attire ?

- Oui, énormément. Précisément avec Laurent parce que j’ai travaillé trois fois avec lui. C’est quelque chose qui me tente beaucoup. Peut-être plus tard…

 

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12 questions à Mylène Farmer

Posté par francesca7 le 13 octobre 2014

 

TOP 50 – JUIN 1987

 1987-11-a« Maman à tort », « Libertine », et maintenant « Tristana » : trois titres, trois succès. As-tu trouvé la recette, si elle existe ?

- Je n’ai pas de recette, si ce n’est de faire ce qu’on a envie de faire. Il y a peut-être un moment plus qu’un autre. Trop de facteurs extérieurs entrent en jeu. Il n’y a pas de mode d’emploi.

Pour tes clips vidéo, bénéficies-tu de gros moyens ?

- De bons moyens : sûrement. Je n’aime pas parler chiffres. Laurent Boutonnat, le réalisateur, travaille avec une équipe, des gens qui viennent de la pub, du cinéma. Moi, de mon côté, j’amène ma griffe, mes idées.

Ces petits films ne sont-ils pas un clin d’oeil aux réalisateurs, aux producteurs de cinéma ?

- Oui, peut-être… Je suis attirée par le cinéma depuis longtemps, j’ai eu des propositions mais qui ne me convenaient pas. Mais pourquoi pas un jour prochain, avec Laurent Boutonnat peut-être !

Tu as changé de look. Te correspond-il mieux ?

- De look, pas vraiment, j’ai surtout changé de couleur de cheveux. C’était une envie. Mais côté longueur rien de nouveau, j’aime bien changer de couleur.

Comment travailles-tu pour le choix de tes chansons ?

- Laurent Boutonnat compose la musique et, à partir de cela, on travaille le texte, j’amène des idées, ou des textes entiers comme c’est le cas pour certaines chansons. C’est avant tout un travail de collaboration entre deux personnes qui se connaissent bien, qui ont les mêmes goûts. « Tristana » est un texte qui est peut-être venu à un moment de grand désespoir.

Envisages-tu de faire un jour un duo ?

- Non, je n’envisage pas de duo dans l’immédiat, mais peut-être un jour… Tout dépendra de la proposition.

Quel qualificatif choisirais-tu : fonceuse, passionnée ou rêveuse ?

- Révoltée tout simplement, en général ça me convient, ou alors révoltée passionnée !

Donne-nous ton tiercé Top 50…

- Je dirais Kate Bush et Peter Gabriel en duo, Depeche Mode avec « Strangelove » et le dernier U2.

Tes projets de scène ?

- Je n’en ai toujours pas pour l’instant, c’est volontaire, mais pas dans un court terme. Je ne refuse pas d’en faire, mais plus tard, je veux me donner beaucoup de temps pour ça. Dans ma tête ce n’est pas une finalité, c’est quelque chose qui doit arriver plus tard et pas tout naturellement, après trois ou quatre succès.

Tes loisirs ?

- J’adore toujours visiter les zoos, je suis allée dernièrement à Thoiry. J’aime toujours beaucoup lire, surtout des nouvelles. Le cinéma également, mais surtout sur cassette, chez moi et en VO.

1987-11-bQuels sont tes rapports, s’il y en a, avec les autres chanteuses du Top ?

- Je crois qu’il n’y en a pratiquement pas, si ce n’est des croisements sur des plateaux de télé.

Que feras-tu cet été ?

- Essentiellement l’enregistrement de mon album dans la région parisienne, peut-être deux semaines de vacances en bord de mer avec mon petit singe E.T.

 

un forum pour discuterhttp://devantsoi.forumgratuit.org/

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COOL avec Mylène

Posté par francesca7 le 13 octobre 2014

 

MAI 1987

1987-08-aAprès « Libertine », « Tristana » : une autre chanson stylée Mylène Farmer, avec toute l’originalité que ça implique…

- A ce sujet je ne sais pas quoi vous dire. Disons que c’est une chanson qui est différente de « Libertine », c’est une histoire simple. L’entrée en matière est difficile… (sourire)

La mélodie de « Tristana » a une couleur orientale. Hasard ?

- Pas tout à fait. On a essayé un petit peu de donner une couleur slave, une atmosphère d’Ukraine à la chanson. Bien sûr la flûte de pan, ce n’est pas vraiment russe mais cela contribue au climat. Et c’est aussi un peu oriental. J’aime bien les chansons orientales, elles sont souvent très belles.

D’où est venue l’idée de cette chanson ? Il y a un détonateur pour les écrire ?

- Non. C’est souvent à partir d’une mélodie qu’on travaille, donc déjà la musique donne l’atmosphère, l’ambiance sur une idée. Sinon, je n’ai pas de méthode d’écriture. Je travaille avec Laurent Boutonnat et on voit venir. Là, le sujet, ça pourrait être la mélancolie, le désespoir.

Le climat domine toujours dans vos chansons. Celui de « Tristana » est plus froid, plus mystérieux, que celui de « Libertine ».

- Oui, c’est un petit peu angoissant. Il ressemble à l’ensemble de l’album qu’on prépare. Ce sera pour septembre.

Une grande aventure, le clip. Racontez-nous.

- On a tourné dans le Vercors pendant 5 jours. J’ai adoré le tournage, différent de « Libertine ». C’est peut-être un peu orienté vers le cinéma, puisqu’il y a des dialogues et une durée de 11-12 minutes. C’était passionnant.

Toujours la même envie de passer devant une caméra ?

- Oui, cette envie que j’ai depuis toujours, mais à très bien gérer, donc avec patience encore.

Vous évoluer dans votre look, notamment votre couleur de cheveux a changé…

- Sur « Plus Grandir », mes cheveux étaient bruns, maintenant ils sont roux, donc après je ne sais pas. C’est vrai que ça évolue… j’allais dire toutes les deux semaines !

Ce sont des envies personnelles ou des exigences par rapport au métier, au côté personnage public qui doit séduire, surprendre ?

- Tout ça, c’est lié. Je ne sais pas bien expliquer le pourquoi du comment. Ce sont des choses qui se font comme ça parce que je pense que c’est une couleur qui me sied bien à un moment donné. Quant aux vêtements, c’est toujours le plaisir de s’habiller, donc de changer. Comme sur « Libertine », on avait beaucoup d’habits du XVIII ème siècle, sur « Tristana », j’ai axé un peu plus sur un univers russe.

Les danseuses en télévision, c’est pour fignoler le tableau dans le sens du spectacle ?

- Je crois que c’est venu comme ça, quand j’ai commencé moi à me pencher sur cette chanson et sur la façon de l’interpréter. J’ai alors tout de suite pensé à deux personnages à côté de moi, et en l’occurrence j’ai pris deux filles. Je voulais qu’elles aient un côté un peu rigide derrière moi, c’est-à-dire je ne voulais pas exploiter complètement la danse comme on peut l’entendre. Il fallait de vrais personnages.

Il y a une image de Mylène Farmer qui n’est pas soulignée énormément par les médias. Vous ne vous exprimez pas à tort et à travers par le biais de la presse…

- Non, parce que je n’aime pas ça, je crois. Il y a une maxime qui dit « Il faut briller par son absence », mais je pense que c’est bien de ne pas être toujours présente, et puis chacun voit ça d’une manière différente. Moi c’est vrai que j’aime bien le silence quelquefois.

Ca fait partie de votre équilibre ?

- Bien sûr. Je suis comme ça depuis ma tendre enfance.

Vous n’aimez pas trop être regardée, observée, questionnée…

- Cela dépend. C’est le plaisir de se produire devant des personnes mais de choisir ces moments-là. Qu’on en soit ou les acteurs, ou les voyeurs mais pas les victimes. Ca, non !

Vous suivez ça de près chez les autres ?

- Non, je lis peu les journaux. Je regarde de moins en moins la télévision, donc les interviews. Mais fatalement, on voit un peu ce qui se passe autour de soi. Je n’y attache pas une importance capitale.

Vous avez participé à l’écriture du scénario du clip ?

- C’est toujours pareil, on a travaillé ensemble Laurent et moi. Maintenant, le support de cette vidéo, ça pourrait être « Blanche-Neige et les Sept Nains ». Donc, il y avait déjà une colonne vertébrale, une traîne.

Après Laurent a fait le découpage. Comme il pratique le cinéma, ça va très vite visuellement, dans son esprit.

J’ai l’impression que vous suivez fidèlement votre direction sans vous préoccuper des modes, des courants pops ou autres…

- Je crois qu’on ne peut pas trop s’occuper de ce qui se passe ailleurs. Je ne conçois pas les choses comme ça. Ce ne sont même pas des questions que je me pose. C’est faire ce qu’on a envie, point final, et puis après les personnes le perçoivent ou non. Pour l’instant, c’est plutôt agréable.

Ca aide à se sentir mieux, ça donne de l’assurance ?

- Ca ne se passe pas réellement comme ça, ce sont des choses tellement minimes. Mais c’est vrai que ça donne une certaine confiance, certainement. Et puis on arrive au stade où ce n’est plus un 45-trs qui va être jugé, mais un ensemble de choses. A partir de là, les gens vous regardent d’une autre façon.

La réussite, l’envie de prouver, c’était un but depuis toute petite ?

- Il y avait une envie de sortir des sentiers battus, c’est évident. Un besoin de se faire remarquer sous telle ou telle forme. Envie d’exister à ma façon…

Si ça n’avait pas été la chanson ?

- Peut-être le cinéma. Si ça n’avait pas été le cinéma, pourquoi pas l’écriture, mais tout ça c’est dit ‘peut-être’.

Ca reste un des domaines artistiques avec l’envie de montrer quelque chose au public.

- Oui. Sinon je dis toujours après : élever des singes. Mais ça, ce sera une affaire entre les singes et moi, donc ça n’intéressera pas le public. C’est quelque chose que je pourrais faire aussi.

Qu’est-ce qu’on vous dit dans cotre courrier ?

1987-08-b- Il y a les sempiternelles questions sur l’acteur préféré, l’animal préféré, la façon d’arriver à ce métier et puis il y a des choses un peu plus profondes. Sans faire de généralités, il y a quand même des choses qui reviennent sur l’atmosphère que je propose à travers mes albums. C’est certainement des textes et des univers qui les touchent profondément. Et il y a beaucoup de personnes désespérées qui m’écrivent, et des témoignages qui sont vraiment émouvants. Autant, c’est vrai, j’ai quelque fois du mal à dialoguer, les lettres c’est quelque chose que j’adore. Je réponds toujours. Il y a des lettres auxquelles vous vous devez de répondre.

Cette confiance que les gens vous accordent, c’est quelque chose qui vous étonne, qui émeut ?

- Qui émeut, oui, qui peut bouleverser. Pour moi, c’est du domaine presque de l’inquiétant, parce que c’est la question ‘Qu’est-ce qu’un artiste ?’, ‘Qu’est-ce qu’il peut véhiculer ?’. C’est étonnant de pouvoir avoir cette espèce de pouvoir…

 

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Mylène Farmer : Mystère, mystère

Posté par francesca7 le 11 octobre 2014

 

1987-06-aEmission GRAFITTI  de MARS 1987

Eh bien chère Mylène, nous allons parler de votre discographie, plus particulièrement de « Tristana », votre dernier single. Un titre tout nouveau, tout beau, qui n’apparaissait pas dans l’album.

- Effectivement. Et on va l’y insérer car il va y avoir une nouvelle sortie de l’album sur vynil bien sûr  mais aussi en compact. J’ai envie de faire exister ce 30 centimètres un peu plus qu’il n’a existé. De plus, comme j’ai bénéficié d’une chanson qui a bien marché, « Libertine » pour ne pas la citer, j’avais envie aussi que « Tristana » figure sur mon premier album.

« Maman à tort », « On est tous des imbéciles », « Libertine », un univers ‘indéfini’. Farmer ne refait jamais du Farmer, alors avez-vous raison ? Et est-ce le bon choix de renaître à chaque fois sous une forme différente ?

- Je sais que ça tourmente beaucoup de personnes. C’est vrai que « Tristana » ne ressemble pas à « Libertine », même si ce titre est de la même veine que l’album mais je ne voulais en aucun cas imiter ou faire le plagiat de « Libertine » parce que ça ne m’intéresse pas.

Interprète avant tout : un statut confortable ! Etes-vous à l’aise dans la peau d’une muse aspirant ses auteurs attitrés ?

- En ce qui concerne les textes j’y suis pour quelque chose dans la mesure ou soit je les co-signe, soit je les inspire. Et puis pour les musiques, c’est pareil, je m’y intéresse de très près. Je suis quand même très présente même si c’est vrai que ma signature n’apparaît que très rarement sur l’album. Quant à l’interprétation, c’est à moi de faire le travail de chorégraphie, le travail de l’artiste en fait. Normal !

Une équipe autour de vous, alors si vous présentiez ceux qui se cachent dans l’ombre de leur star préférée ?

- C’est la même équipe depuis le début. Il y a le compositeur qui est aussi le réalisateur du clip, c’est Laurent Boutonnat et il y a quelqu’un qui me suit de très près, c’est Bertrand Lepage, il est, un mot que je n’aime pas beaucoup, mon manager, mais en définitive c’est beaucoup plus que ça et puis bien sûr, il y a la maison de disques qui est toujours derrière nous, avec nous.

Mannequin hier, chanteuse désormais, un changement de décor dû au hasard ou répondant à une nécessité absolue ?

- Ce sont les rendez-vous de la vie qui vous mènent là où vous allez. Chanter, ce n’était pas une  vocation bien que la musique m’ait toujours accompagnée. Je m’orientais plus vers le théâtre ou le cinéma, c’est vrai, mais je voulais de toute façon, occuper une place artistique et faire un métier de création.

Importante, l’apparence chez vous, la forme contre le fond ? Un match au sommet, qu’en pensez-vous ?

- Avant tout je cherche à me faire plaisir mais il est un fait aujourd’hui que l’image l’emporte sur le reste, et que les gens sont plus accrochés par une coiffure, des vêtements, une façon de s’habiller, les attitudes ou les comportements arrivant en deuxième position. Les apparences, c’est ce que l’on peut prendre tout de suite, instantanément. Il y a une femme que j’aime vraiment beaucoup c’est Kate Bush justement parce qu’elle a exploité tous les domaines ! D’abord elle bouge très, très bien, elle sait se servir de son corps merveilleux et puis elle a aussi des chansons qui me fascinent.

Distante, soft, prenez-vous du plaisir à exercer ce métier de professionnelle avancée ?

- Bien sûr, jamais je n’aurais pu travailler dans un bureau ! C’est un plaisir extrême mais les contraintes sont inévitables ! Nous sommes des privilégiés, on nous donne l’antenne, l’image, la possibilité de chanter, d’occuper les ondes. C’est formidable.

Etes-vous perfectionniste ?

- Maniaque même ! Je tiens cela de mon papa. Je suis aussi très colérique. On ne peut pas dire non plus que je sois facile à vivre pour mon entourage.

Vous ne regrettez rien et surtout pas votre existence de mannequin ?

- Tout à fait. Ce métier n’avait aucun intérêt mis à part de me permettre de gagner facilement et rondement ma vie.

Alors comment s’improvise-t-on chanteuse ?

- On ne s’improvise pas. Je crois aux vertus du travail, de la persévérance et de la chance. « Maman a tort », mon premier 45-trs, a super bien fonctionné, ensuite il y a eu « On est tous des imbéciles » qui n’a pas connu le succès public escompté mais ce n’est pas grave, car il faut savoir faire avec les hauts et les bas. On apprend, on se construit, à travers des disques et des images.

A quand les nouvelles images de Farmer clippées ?

- Très prochainement sur nos écrans, les amis ! Et ce clip risque de vous surprendre. Il y aura des loups, de la neige et une belle histoire avec la participation d’une star dont je ne peux pas encore divulguer l’identité.

Mylène actrice, une éventualité ?

- Oui mais il faut bien le reconnaître, je ne croule pas sous les scénarios et puis les propositions ayant été inspirées par « Libertine », les films tournaient tous autour du même sujet si vous voyez ce que je veux dire…

Justement, penchons-nous sur les images. Celles du clip « Libertine » n’étaient pas à mettre dans tous les yeux !

- Ce clip, c’est surtout un amour du cinéma et des images. Moi je le trouve au contraire très romantique. On n’a pas ‘appuyé’ sur les mots, mais on a raconté une histoire avec des bagarres entre filles, avec des chevaux.

« Libertine », « catin » un langage XVIIIème, désuet, aux antipodes du clip branché, un vocabulaire facile à défendre ?

- C’était marrant de remettre au goût du jour ces mots d’une autre époque et puis être chanteur c’est aussi savoir faire l’acteur. Etre capable d’interpréter une prostituée et le lendemain être crédible sous les traits d’une religieuse.

Solitaire, indépendante, des qualificatifs qui vous vont à ravir n’est-ce pas ?

- Complètement. N’est-on pas définitivement seul ?

Conserve-t-on ses amis malgré le succès ?

- J’ai un cercle d’amis très restreint et pour eux je suis restée Mylène, sans Farmer.

Les chanteuses se déshabillant, une mode qui vous ravit ?

- J’ai remarqué, à mon avis, que c’est devenu un peu trop systématique, et puis il ne suffit pas de vêtir un porte-jarretelles pour se vouloir sexy. C’est plus subtil que cela.

Vous verra-t-on à la une d’un magazine de fesses au féminin ?

- J’ai mes clips pour ça !

Vous n’êtes pas comme tout le monde.

- On n’est jamais réellement comme tout le monde parce que lorsque vous marchez dans la rue, les personnes vous reconnaissent. On ne peut plus regarder les autres, car ce sont eux qui nous observent, et on ne peut jamais être soi-même, puisqu’il y a forcément un regard. Parfois c’est très gênant.

Comme dirait Gainsbourg : Aquoiboniste. Vous répétez sans cesse «A quoi bon, à quoi bon… ? »

- Merci, Monsieur Gainsbourg de me l’avoir soufflé.

La chanson, est-ce un art mineur ?

- Qui encule les arts majeurs (rires).

Des voyages au bout de l’horizon ?

- Le Canada, bien sûr, où je vais faire de la promo, ce qui va me permettre surtout de renouer avec ce pays de mon enfance. D’y retourner avec un métier dans les mains ça me fait vraiment très plaisir.

Mission secrète ! Vous ne vous dévoilez guère ?

- Il y a des choses que je trie en interview parce qu’elles appartiennent à mon intimité.

Etes-vous révoltée ?

- Je suis née révoltée, alors !

1987-06-bEncaissez-vous les coups ?

- J’ai appris, je suis devenue juge ! J’encaisse, je souris, je ne dis pas ‘merci’, mais presque ! A mon avis, c’est plus intelligent que de répliquer parfois !

Etes-vous si mystérieuse qu’il y paraît ?

- Non, mais il y a mon métier d’un côté, mes disques, mes clips, mes prestations… A part cela, le reste c’est mon jardin secret.

Optimiste ?

- Pas vraiment. Disons qu’à un moment de mon existence, je suis tombée dans un lourd pessimisme et puis je me suis replongée dans l’action. Voilà, c’est ce qu’on appelle la philosophie, non ?

 

un forum : http://devantsoi.forumgratuit.org/

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Poupée de cire, poupée de sons par Mylène

Posté par francesca7 le 9 octobre 2014

 

LIBÉRATION – 7 NOVEMBRE 1995

Entretien avec Laurent RIGOULET

A propos de sa fuite de Paris, quelques mois plus tôt :

1995-06-a- J’ai envie de voyager. Je n’ai pas de réponses sur l’avenir. J’avais envie de voir la lumière. Paris, c’était le noir. Je n’exclus pas l’idée que je suis partie pour me reconstruire.

A propos de ses deux singes capucins, E.T. & Léon :

- Il n’en reste plus qu’un, E.T., une femelle. Un vrai caractère, susceptible, attentif…

A propos de l’échec de « Giorgino », un an auparavant :

- Une sanction inhumaine. Plusieurs années difficiles à surmonter, et tout se volatilise en deux jours. Je l’ai admis – disons que je l’ai toléré. Mais mon envie de partir était liée à cette période.

A propos de son enfance et de son adolescence :

- J’ai tout oublié, hormis la neige. On m’a dit que j’en mangeais beaucoup ! Je m’ennuyais, j’étais solitaire.

J’écoutais Genesis, les Doors, les Eagles, Bob Marley, Gainsbourg, Barbara, Dutronc…

A propos de ses velléités d’actrice :

- Du jour où j’ai quitté l’école, j’ai décidé que je voulais être actrice. Je ressentais déjà cette envie d’être en pleine lumière et de ne pas m’y exposer en même temps. Jouer me procurait du plaisir et un vrai déplaisir.

Etrange…Je n’ai pas insisté.

A propos de ce qui lui a plu chez Laurent Boutonnat :

- Son physique de romantique, ses yeux bleus, très pâles, son côté secret. Il parle peu, comme moi…

A propos de son rapport à l’image :

- J’ai toujours aimé l’idée d’exister dans le regard de l’autre.

A propos de ses goûts littéraires :

- Je m’intéresse à Sade, à Henry James, aux romans russes, aux symbolistes. La poésie m’a enflammée : des gens avec qui je pouvais dialoguer en silence…

A propos de l’implication de Laurent Boutonnat dans son imagerie :

- C’est un peu des deux : moi en libertine, c’était lui ; « Sans Contrefaçon », c’était moi. J’avais mis un mouchoir dans mon pantalon à la maison, pour voir. J’aime me travestir. On m’a longtemps appelée ‘mon petit garçon’ !

A propos de l’état d’esprit dans lequel elle est sortie du tournage de « Giorgino » :

- Ce serait mentir de dire que j’étais heureuse…

A propos de sa nouvelle philosophie de vie :

- Je me sens mieux depuis que j’ai compris qu’il y avait une vie après la mort. Et j’ai une force en moi : je peux tomber très bas, me laisser descendre, mais je repars toujours. Je m’interdis de sombrer totalement.

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STAR MAGAZINE : Confessions – Interview fleuve de Mylène

Posté par francesca7 le 2 octobre 2014

 

AVRIL 1989 - Entretien avec Marc THIRION & Jean-François VINCENT

« On peut être une artiste populaire tout en cultivant un certain élitisme. »

Cet entretien est paru très partiellement et plus ou moins remanié en novembre 1988 dans le magazine Spotlight, en décembre 1988 dans Rock News et en janvier 1989 dans Podium. Quelques questions sont également reprises dans Rock Hits en mai 1989. A l’occasion de ce numéro spécial de Stars Magazine, l’interview est alors publiée dans son intégralité. En voici donc le script entier.

1989-02-cA quel moment avez-vous songé à donner une suite au clip de « Libertine » ?

- Le personnage était très fort, nous avions envie de le voir vivre plus longtemps. L’idée d’une suite n’était donc pas exclue dès le tournage de « Libertine ». Tout a ressurgi avec « Pourvu qu’elles soient Douces », même s’il était difficile, voire complexe, de greffer cette histoire autour de la chanson.

Pouvez-vous revenir sur le tournage de ce clip ?

- Nous avons passé huit jours dans la forêt de Rambouillet. Debout à cinq heures du matin et couchés le lendemain vers une heure. J’ai tenu à être présente en permanence, même lorsque je ne tournais pas.

L’équipe technique était composée de cinquante personnes, auxquelles il faut ajouter les quelques six cents figurants. C’était des engagés dans l’armée ou des appelés. Nous avons également travaillé avec un conseiller historique. C’était essentiel pour la crédibilité de tout ce qui touchait à cette époque. Il m’a appris, par exemple, que les femmes tenaient le pistolet différemment des hommes. Si ce clip a été le plus dur à tourner, il s’est révélé le plus passionnant.

Pour vous, le clip est-il un luxe ou un moyen d’imposer vos chansons ?

- Le clip de « Pourvu qu’elles soient Douces » a coûté près de 2,8 millions de francs. On peut donc parler de luxe ! Pour ce qui est de la seconde partie de votre question, je crois aujourd’hui en avoir la réponse. La chanson a démarré comme une fusée, ce qui est toujours un peu effrayant. C’est peut-être le fruit de quatre années de travail. Toujours est-il que si ce clip a enrichi la question, il n’a pas été le facteur primordial de sa bonne marche.

Ce besoin d’illustrer vos chansons en images correspond-il à la pensée de Gainsbourg comme quoi la chanson est un art mineur ?

- Non, il s’agit d’un art comme les autres. D’ailleurs, Gainsbourg a rectifié sa déclaration par la suite en affirmant : ‘Les arts mineurs sont en train d’enculer les arts majeurs’. La musique est essentielle à l’homme, comme le sont les images et les mots. Et puis, tout dépend de qui s’immisce dans cet art, hélas souvent galvaudé !

Pourquoi ce choix du XVIIIème siècle ?

- Je redécouvre aujourd’hui l’Histoire, qui ne m’intéressait guère à l’école. J’adore les costumes du XVIIIème, j’adore me projeter dans cette époque. Avec « Libertine », elle s’est imposée d’elle-même.

Vous semblez néanmoins avoir un côté passéiste…

- Vous faites allusion à mon goût profond pour les costumes, les décors ? Certes, je les aime. Je dirais que j’aime le costume pour le costume. Le fait est que je me sens mieux dans des costumes d’époque, souvent plus masculins. Les cols officiers ou les chemises à jabot, je peux tout aussi bien les porter dans la vie.

En littérature, je suis plus attirée par le XIXème siècle. Par contre, si je devais tourner au cinéma, je préférerais être projetée dans un univers antérieur.

Et l’Angleterre ?

- C’est un pays que je connais mal, j’ai donc peu de choses à en dire. Je lui préfère la culture française. Le clip est un peu ironique envers les anglais, mais pas méchant. Tout au plus souligne-t-il là le côté maniéré des anglais de l’époque !

Venons-en à la scène et au rendez-vous fixé au Palais des Sports en mai prochain…

- Je sais être attendue au virage. Les gens me pousseraient à placer ma tête sous la guillotine, mais je ne suis pas sûre qu’ils vont me la couper. Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour ne pas laisser tomber la lame, mais par provocation, je l’affûte ! Rien n’est plus excitant. Monter sur scène est un projet ambitieux et ce, dans n’importe quelle salle. Dès le début, j’ai tenu à placer la barre très haut. Je ne voulais pas une salle dite ‘intimiste’. La communication avec le public est évidemment nécessaire, mais j’aime aussi l’idée de distance, d’une scène grande et profonde. La salle du Palais des Sports est celle qui a allumé en moi une petite flamme.

Il va falloir que je surprenne, je le sais. Je ne peux rien en dévoiler, mais je travaille déjà tous les jours sur la chorégraphie du spectacle. Je me suis imposée un rythme de travail draconien.

Avez-vous une idée du public qui viendra vous voir ?

- Il sera composé en grande majorité de jeunes, mais pas seulement. C’est normal, vu les thèmes abordés dans mes chansons. Ce qui prouve qu’on peut être une artiste populaire tout en cultivant un certain élitisme.

De toute évidence, il existe une envie de démolir les tabous, de se violer, soi et le public, avec des thèmes qui ne sont pas populaires. Seul Gainsbourg avait su jusqu’à présent les aborder. J’ai envie de succès, mais depuis mes débuts je n’ai fait aucune concession. De « Maman a Tort » à « Libertine », nous ne sommes pas dans le mouvement pop. D’autres facteurs rentrent d’évidence en jeu, comme la médiatisation. Une partie du public s’attache à la personnalité d’une artiste, l’autre à son image…

Êtes-vous perfectionniste dans tous les domaines ?

- Je suis en quête de perfection. C’est une faille de ma personnalité, un défaut. On peut ne pas aimer ce propos, c’est pourtant l’image transparente de mon original. Ne pas être attaquable, c’est ne pas tendre de perches.

Justement, parlons un peu de vos rapports avec la presse : vous ne la recevez qu’en échange d’une couverture…

- La couverture ou rien, c’est ce à quoi vous faites allusion ? Quand vous démarrez, on vous rappelle souvent  ce que vous n’êtes pas encore. J’ai souffert et beaucoup travaillé pendant quatre ans.   Maintenant, je suis en droit de demander quelque chose, une récompense peut-être. Pour moi, une couverture c’est magique et beau. La demander peut sembler agressif à certains : je les laisse libres de ne pas parler de moi. Ce n’estpas grave…

Auriez-vous un ego surdéveloppé par rapport aux autres artistes ?

- J’ai assurément un ego très fort, mais pour moi, c’est plus la couverture en tant qu’objet qui compte. J’ai toujours admiré l’emballage d’un cadeau. C’est vrai : je suis narcissique !

Qui est Mylène par rapport à Farmer ?

- Mylène et Farmer sont mon identité, mon nom. Le tout forme sur moi et sur ma popularité une protection. Il n’y a pas de différence entre Mylène, ma vie intime, et Farmer, ma vie professionnelle. Je suis toujours lamême, quelles que soient les situations dans lesquelles je me trouve.

Parvenez-vous à écrire pendant les périodes de promotion ?

- Je voudrais dire tout d’abord que l’écriture a été pour moi une thérapie. Je l’ai découverte seule quand je vivais mal le passage de l’adolescence à l’âge adulte. Je l’ai ressenti comme un viol. Ecrire, c’est s’avouer des choses. Il m’est arrivé de rayer des phrases que ma main écrivait. Mon esprit me poussait à les retirer, je ne me sentais pas encore prête pour les révéler.

Pour en revenir à la question, je ne peux pas écrire en période de promotion car j’ai besoin d’une concentration permanente. Tout ce que je peux faire, c’est extraire des phrases de mes lectures, ou des pensées. Le plus gênant, c’est que j’arrive de moins en moins à ouvrir un livre. Pour lire, j’ai besoin de temps, de repos, comme un recueillement, ce qui m’est impossible quand je travaille beaucoup. Je parviens heureusement à dévorer un livre de temps en temps. Je vous recommande « L’Apprentissage de la Ville » et « Le Bonheur des Tristes » de Luc Dietrich. Il est mort d’une blessure de guerre alors qu’il écrivait un troisième bouquin sur les hôpitaux psychiatriques.

Vous prenez un malin plaisir à brouiller votre personnage ?

- Je n’aime pas jouer. Quand je parle, je ne joue pas. Je hais les jeux, sous toutes leurs formes. Sans doute par appréhension de perdre. De plus, je ne triche pas. Tricher, c’est mentir. La façon dont je me présente est le reflet de mes sentiments internes. La monotonie est si laide…

Dans « Ainsi Soit Je… », avez-vous l’impression de vous être entièrement dévoilée ?

1989-02-a- Oui, par rapport à une volontaire inhibition antérieure. Cet album est presque un viol organisé de ma personne, dû à des contextes, à une écriture. Ce viol était un besoin, comme celui de me dévoiler par l’écriture. J’ai l’impression d’avoir dit des choses qui m’étonnent moi-même. Sur mon premier album, je n’avais écrit que trois textes. Avec « Ainsi Soit Je… », je suis arrivée à transmettre d’autres choses, sur des thèmes que je juge inépuisables.

Vous brillez dans l’ombre du mystère de votre personne. Est-ce consciemment ?

- C’est plutôt une volonté, pas toujours affirmée, certes. Je suis dans la position suivante : avoir besoin de points couverts pour mieux me dévoiler.

Et si l’inspiration, un jour, n’était plus au rendez-vous ?

- Si je sens en moi une faiblesse, je n’écrirai plus. S’il y a une qualité que je m’accorde, c’est bien l’honnêteté.

Je n’aime pas jouer, je ne sais pas tricher.

Parlons du duo Farmer / Boutonnat…

- C’est la magie d’une rencontre dans le domaine créatif. Je crois qu’on peut parler d’une source intarissable.  Peut-être, un jour, aurons-nous besoin de nous échapper, mais pour l’instant nous ne vivons ni tension, ni fatigue. Du moins pour ce qui regarde le public…

Vous laissez volontairement planer un doute sur votre relation ?

- Je ne veux pas de jardin secret qui devienne lieu commun. Ma vie privée m’appartient, je n’ai aucune envie d’en parler. Je préfère écrire des textes. C’est de toute façon complexe : je pourrai vous dire une chose aujourd’hui et son contraire demain. Il n’est pas facile de se protéger. Quelquefois, j’éprouve même un malaise car j’aimerais répondre. Mais il existe ce barrage du journaliste et de la projection sur le public. Je suis néanmoins beaucoup moins bloquée en interview que je ne l’étais à mes débuts. C’était vraiment terrible !

Le terme de ‘Pygmalion’ employé par beaucoup pour évoquer Laurent Boutonnat vous gêne-t-il ?

- Ca me laisse indifférente. Je réponds simplement que deux personnes sont nées en même temps. Bien sûr, le terme de producteur est toujours plus magique aux yeux des gens que celui d’interprète. Mais je suis en paix avec moi-même et mon album « Ainsi Soit Je… ».

Laurent Boutonnat a su vous rendre dans vos clips à la fois pudique et provocante. Imaginez-vous quelqu’un d’autre derrière la caméra ?

- Fameux paradoxe que ma nudité dans les clips ! Elle était certainement liée à Laurent… Si demain un autre me le demandait, je ne sais comment je réagirais. Là, je savais qu’il n’y avait aucune trahison, aucune vulgarité. Laurent ne m’impose jamais rien, il y a avant tout dialogue entre nous.

Vous parlez de nudité au passé ?

- Certainement, et pourtant je n’ai aucune idée du sujet de mon prochain clip. Mais cette fois, je crois que c’est terminé !

Même pour un long-métrage ?

- C’est différent : si ça présente une utilité évidente pour le sujet, pourquoi pas ? Un corps de femme est beau s’il est bien filmé…

Mylène et l’érotisme : un fantasme ?

- Oui. J’aime l’érotisme, c’est très beau. Mais je dis non au sexe, je l’abolis. Je suis une romantique, violente et sensuelle.

Vous disiez auparavant ne pas aimer votre personne…

- Paradoxe ! Je suis propulsée dans le courant avec une étiquette ‘paradoxe’. Comme dit le proverbe : ‘Apprends à cultiver ce dont les autres se moquent’. Mais je ne le fais pas par jeu !

Êtes-vous désormais en parfait accord avec votre corps ? La fameuse question du miroir…

- Le miroir est fondamental dans ma vie. J’ai en permanence besoin de mon reflet. Il n’est pas toujours celui que j’espérais, mais il ne m’empêche pas de me jeter au devant d’une scène.

Vous êtes très attachée à la notion d’androgynie…

- Je me sens éternellement androgyne. Adolescente, j’étais une fille manquée, je rejetais toute féminité. J’ai vécu une période pas très agréable. Aujourd’hui, j’ai l’impression de changer un peu. Une transformation à la fois physique et mentale.

Une personnalité complexe se dégage de vous…

- On parle de fragilité…Elle existe certainement, mais je ne suis pas que fragilité. Je crois avoir une force de caractère masculine.

Comment vous séduit-on ?

- C’est un sujet un peu difficile à aborder. Disons que les choses immédiates me séduisent : n’importe quoi, un regard, une façon de se mouvoir…Mais je veux bien m’échapper de ce sujet…

Parlons de solitude…

- J’aime la solitude. Plus on devient un personnage public et plus on y plonge. Il faut s’y faire et l’apprivoiser.

Vous donnez l’impression de vivre en dehors du temps présent…

- Je ne me désintéresse pas de l’actualité, mais mes jouissances viennent d’ailleurs. Je refuse néanmoins l’isolement total, qui deviendrait dangereux.

Pourtant, vous évoquez la mort, le suicide…

- Des thèmes et des actes… J’ai croisé la mort sans m’en être approchée. Ca marque à vie. Je pense à une phrase d’Edgar Poe : ‘La vie est une longue tragédie dont le héros est un ver conquérant’.

Si je devais choisir, je préférerais la congélation à la déchéance physique !

Croyez-vous en la réincarnation ?

- Je voudrais bien croire à l’immortalité et à l’existence d’un dieu. J’aime cette idée d’un être supérieur. Une petite histoire me revient en tête : deux poissons sont dans un bocal, l’un d’eux demande : ‘Dieu existe-t-il ?’, l’autre répond : ‘Si Dieu n’existait pas, qui nous changerait notre bocal ?’

Croyez-vous au destin ?

- Il y a les élus et les autres… De cette élection peut naître soit une grande élévation, soit l’abîme le plus profond. Certaines choses nous sont données, à nous de les enrichir.

Et si vous n’aviez pas été Mylène Farmer ?

- Comme je suis très attirée par les singes, je dirais Diane Fossey. Elle a vécu avec les gorilles. Dans une vie antérieure, je crois avoir été une souris. Dans mes rêves, il y a souvent des souris !

Les nuits de Mylène ?

- Je ne suis pas insomniaque, mais j’ai des nuits difficiles, sans réveils subits, mais tourmentées, faites de rêves et de cauchemars. Des nuits surpeuplées. Je n’ai pas un sommeil réparateur qui me laisse fraîche et dispose le lendemain matin.

1989-02-fVotre attirance pour les animaux est-elle le signe d’une fuite du monde des humains ?

- C’est une forme de solitude, de lâcheté peut-être…Ne pas vouloir affronter la réalité des êtres. Par ailleurs, j’ai un besoin tactile de les caresser !

Le masque ?

- On rejoint ce que j’ai dit précédemment : je n’ai pas de masque qui me voile la face, même si parfois, je dois faire des efforts par rapport aux autres. J’essaie de leur faire partager le moins possible mes moments difficiles. L’artiste n’est pas seul à souffrir.

Parlons de la musique que vous écoutez…

- J’ai une attirance pour les musiques de film. En ce moment, j’écoute celle de « Mission ». J’aime aussi Moricone, John Barry, Delarue, Goldshmitt. Mais j’écoute aussi Peter Gabriel, Kate Bush, Laurie Anderson et beaucoup de classique…Mais là encore, j’ai besoin de temps, comme pour la lecture : une préparation est nécessaire…

Vous ne faites partie d’aucun courant musical, d’aucune bande d’artistes. Est-ce une volonté ?

- C’est vrai, j’ai très peu d’amis dans ce métier. Je préfère être entourée de personnes qui font un métier éloigné du mien.

Si nous terminions par vos passions ?

- J’aime les animaux, mais nous en avons déjà parlé –j’ai deux singes. J’ai plutôt des passions artistiques, j’admire tout ce qui est création. Plus jeune, j’ai pratiqué le modelage, la poterie. Le contact avec la terre est si particulier…

 

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MIDI-PIC reçoit Mylène Farmer

Posté par francesca7 le 2 octobre 2014

 

27 MARS 1987 – Présenté par Philippe BACHMAN - FR3 ÎLE-DE-FRANCE

1987-03-aMylène retrouve une fois encore l’animateur Philippe Bachmann dans cette émission de la mi-journée. Elle interprète « Tristana » puis répond à quelques questions de l’animateur avec qui Mylène est toujours aussi détendue et spontanée.

PB : Mylène Farmer, sa nouvelle chanson : « Tristana ». Impressionnante au niveau de la chorégraphie, c’est de mieux en mieux ! (rires de Mylène) Parce que déjà tu nous avais habitués à pas mal de chorégraphies sur les anciens titres… Je te laisse reprendre ton souffle, tu remarqueras…

Mylène Farmer : Oui ! (rires)

PB : …je discute pendant ce temps-là tranquillement, parce que c’est épuisant, croyez-moi, le métier de chanteuse ! (Mylène acquiesce d’un mouvement de tête) Il ne suffit plus de chanter, il faut savoir aussi danser !

MF : Vous avez des spots qui sont très violents ici, il fait très, très chaud !

PB : Oui, oh c’est pas le seul studio où y a des spots violents, je crois de toute façon !

MF : Non !

PB : (Alors que la pochette du 45-Tours de « Tristana » est montrée à l’écran) C’est un titre qui ne ressemble pas du tout au précédent.

MF : Non, on a essayé de faire exactement le contraire, en fait, de « Libertine »…

PB : Oui…

MF : …de ne pas plagier cette chanson.

PB : Mais toujours dans la même qualité, quand même !

MF : C’est gentil ! Et puis avec une nouvelle ambiance, une nouvelle atmosphère…

PB : Oui…

MF : Et là on a pris justement un peu tout l’univers russe.

PB : Oui, alors ça tombait bien justement…

MF : Ca tombait bien !

PB : …puisqu’on va recevra dans quelques instants Igor Moïsseïev (chorégraphe russe, invité suivant de l’émission, ndlr). Cela dit, un clip en perspective, je suppose ?

MF : Oui, on va tourner je pense d’ici deux semaines. On va prendre comme décor des plaines enneigées et puis ma foi après, c’est un secret !

PB : Tu vas pas aller tourner en Union Soviétique, quand même ?

MF : J’aurais bien aimé, mais je compte faire un voyage là-bas. J’ai vraiment envie d’y aller.

PB : Vraiment envie d’y aller…

MF : Oui !

PB : Tu penses souvent, et depuis le début j’ai remarqué, souvent ‘image’.

MF : Oui.

PB : Parce que tu ne penses pas seulement à la voix, tu penses à l’image, c’est pour ça que je parlais de la chorégraphie tout à l’heure. On parle pour dans quelques mois de la sortie de disques lasers, mais audio et vidéo. Tu dois être au courant, non ?

MF : Un petit peu, mais…

PB : Qu’est-ce que tu en penses ?

MF : Pourquoi pas…

PB : Pour le métier ?

MF : Je sais pas, moi je…On parle toujours de la suppression de TV6 (chaîne essentiellement musicale supprimée trois semaines auparavant et remplacée aussitôt par M6, ndlr) et c’est quelque chose qui, moi, me tient vraiment à cœur parce que c’était une chaîne qui développait un peu autre chose…

PB : C’est vrai.

MF : …et une fois de plus c’est une chaîne qui a été enlevée. Maintenant, des disques dont vous parlez je trouve ça très bien, oui bien sûr.

1987-03-bPB : Enfin on murmure qu’il y aura peut-être une septième chaîne qui sera peut-être thématique dans le style de l’ancienne TV6.

MF : (en chuchotant) Je n’ai pas entendu les murmures ! (rires)

PB : Si, si on le dit, on le dit en tout les cas ! Bon, merci, en tout les cas, et puis on le passera, tiens, ton clip !

MF : D’accord !

PB : Na ! Merci, Mylène Farmer.

L’animateur rejoint ses invités et l’émission continue.

un forum : http://devantsoi.forumgratuit.org/

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FACE A : Mylène Farmer toute en images

Posté par francesca7 le 27 septembre 2014

 

JUIN 1987 – Entretien avec Hervé NAGUET

1987-18-aMylène, avant de parler de l’actualité immédiate, revenons un peu sur les disques précédents…

- Tout a commencé avec une maman et une infirmière pour « Maman a Tort », puis « On est Tous des Imbéciles », « Plus Grandir », « Libertine », et le tout dernier, « Tristana ».

Mais n’est-ce pas exceptionnel que des artistes français, dès leur premier 45-trs, arrivent à s’imposer au niveau des ventes ?

- Non, ça arrive fréquemment. Regardez « Les Bêtises » de Sabine Paturel, Jean-Pierre Mader, Marc Lavoine… Pour eux aussi, le premier 45-trs a très bien marché. C’est un métier très dur, mais c’est très facile de faire un premier disque. Presque n’importe qui peut faire un disque et le vendre.

D’accord, tu as fait un premier 45-trs et tu l’as bien vendu, admettons que tout le monde puisse le faire, mais la suite c’est quand même moins évident ?

- Oui, la difficulté arrive avec le deuxième, le troisième, etc. Car défendre son titre, faire la promo télé, radio, etc. c’est beaucoup plus compliqué.

Et ce qui t’a servi immédiatement, n’est-ce pas l’image que tu donnes de toi ? Tu es vraiment une artiste à images ?

- Pour « Plus Grandir », Laurent Boutonnat a réalisé un clip et là, il y a un travail d’image. A la télé aussi, on réfléchit aux chorégraphies que l’on va proposer et comme pour les interviews, le travail d’image est omniprésent.

A travers tous tes titres, tu dégages une image de ‘femme enfant’…

- Le mot ‘femme enfant’ est attribué un peu à n’importe qui, c’est ce qui me dérange un peu. Je ne suis pas Lolita comme on a pu le prétendre, ce n’est pas mon personnage. J’aime bien les Lolitas, comme tout le monde, mais je me rapproche plus, c’est vrai, d’une femme enfant, car je suis à un seuil où j’ai quitté l’adolescence et où le monde adulte m’effraie un peu, toute proportion gardée. Il se peut que je sois encore une femme enfant à quatre-vingts ans ! (rires)

 

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