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FRANCE SOIR reçoit MYLENE

Posté par francesca7 le 4 avril 2015

 

giorgi-02-a1er OCTOBRE 1994 – Entretien avec Richard GIANORIO

Vous avez négligé la chanson trois ans durant pour ce film. Un risque calculé ?

­ Je n’aime pas ce mot de risque. Je ne calcule rien : je n’ai rien à prouver, aucun défi à relever. Je préfère ne pas me mesurer, je n’aime pas les choses tièdes. J’ai attendu ce film pendant dix ans…

Avez­vous appris à jouer la comédie ?

­ Avant que je ne rencontre Laurent Boutonnat, j’ai suivi le cours Florent pendant trois ans. Est­ce qu’on y apprend quelque chose… ?! C’était en tout cas une période intéressante. Pour « Giorgino », je ne m’autorisais pas le droit à l’erreur : une, deux prises maximum. Au-­delà, mes inhibitions auraient repris le dessus et je me serais enfuie pour me cacher dans ma loge. Alors, on se lance sans réfléchir et on puise l’émotion dans ses propres névroses, ses propres douleurs…

Quelle scène vous a paru le plus difficile à jouer ?

­ Celle de la pendaison. C’est la seule image que j’ai voulu voir pendant le tournage. Mon corps suspendu, comme si j’étais morte, cela me semblait si réel ! J’étais très troublée…

« Giorgino » capture tous les maux et les fantasmes de l’univers ‘farmerien’ naguère défini dans vos clips. Toujours pas guérie ?

­ Je ne guéris d’aucun de ces maux­là, bien au contraire. Les choses ne se cicatrisent pas, le temps ne fait pas son œuvre. On laisse des choses, on en trouve d’autres…Ou peut­être que je ne suis pas faite pour le bonheur. Mais je ne veux pas être dramatique, je n’ai pas le monopole de la souffrance !

Qu’est­ce qui vous chagrine ?

­ Le manque d’ambition artistique, le manque de générosité, le manque de démesure. Je me sens un peu à l’étroit dans un pays où l’on condamne l’ambition et les différences…

Justement, vous êtes plutôt ‘différente’…

­ Je me suis toujours sentie différente par rapport au monde environnant. Je suis incapable de converser ou de me sentir bien quelque part. J’ai très peu d’amis, je ne sors pas. Au fond, je mène une vie très aliénante. Je fais parfois des efforts, je fais un pas mais je me rétracte aussitôt. Il y a toujours ce paradoxe : j’ai besoin de me montrer, d’être dans la lumière et en même temps, je ne pense qu’à me cacher, à rester dans ma forteresse. J’ai peur du jugement. En fait, j’ai une vraie maladie, qui s’appelle la paranoïa. Voilà, on a tout dit.

Avez­vous déjà pensé à une analyse ?

­ Une fois, oui, récemment. J’étais en état d’urgence, je suis allé voir quelqu’un. J’ai arrêté la première séance.

Je ne peux pas m’abandonner, la confession m’est impossible.

Et la sérénité ?

­ Elle ne sera jamais au rendez­vous. Ce n’est pas pour moi.

Êtes­-vous capable de légèreté ?

­ J’ai un côté simiesque et enfantin. Alors il m’arrive d’être comique. Je n’ai pas l’impression d’être une grande personne !

Justement, vous n’en finissez pas de ne pas guérir de votre enfance. A­t­elle été trop belle ou trop terrible ? ­

giorgi-02-bJe n’ai pas de souvenirs d’enfance jusqu’à l’âge de quinze ans environ. C’est très perturbant. Que ressentez­-vous ? ­

 J’ai comme une colère qui ne m’a pas quittée, et qui va grandissant. J’ai l’impression de ne pas être comprise.

Même par Laurent Boutonnat, votre Pygmalion ? ­

Il perçoit des choses, mais j’ai aussi mes secrets à moi. C’est mon double. J’ai du mal à expliquer cette relation. Mylène Farmer dans vingt ans ? ­ Je ne peux pas l’envisager. Les cinq jours à venir m’angoissent déjà, alors vingt ans, vous pensez, c’est l’infini… ! Une certitude ? ­ Oui : on finit tous les pieds devant !

Publié dans Mylène 1993 - 1994, Mylène dans la PRESSE | Pas de Commentaires »

RADIO CONTACT : LE RENDEZ­-VOUS de Mylène Farmer

Posté par francesca7 le 1 avril 2015

 

1995-01-aCoucou, tout le monde ! Je suis ravie de vous retrouver, comme tous les mercredis soir entre 20h et 21h. Une heure spéciale qui est consacrée ce soir à Mylène Farmer, qui vient de sortir son nouvel album, « Anamorphosée » ­ un mot d’explication sur ce titre dans quelques instants en compagnie de l’intéressée.

C’est rare d’avoir Mylène Farmer en interview, encore plus en radio, donc je vous invite à savourer sans relâche ces soixante minutes passées en sa compagnie ! Tout de suite, « Et Tournoie… », extrait de cet album, « Anamorphosée » : on écoute et on se retrouve en compagnie de Mylène dans quelques minutes !

Diffusion de « Et Tournoie… » «

 Et Tournoie… », extrait du nouvel album de Mylène Farmer, qui nous a rejoint. Mylène, bonsoir !

MF : Bonsoir. Mylène qui nous revient après quatre ans d’absence, vous vous êtes fait attendre !

Vous avez pas trouvé le temps un petit peu long ?

MF : Non, j’avoue que j’ai eu besoin de ce temps. J’ai eu besoin du voyage, j’ai eu besoin de découvrir d’autres choses pour pouvoir, moi, me nourrir et pouvoir écrire, tout simplement.

Ca veut dire qu’il y avait un ras-­le-­bol, une certaine lassitude qui s’était installée ?  Qu’il y avait besoin de faire le vide autour de soi et de changer tout à fait son entourage ou même sa vision des choses ?

MF : Changer son entourage, pas réellement. L’envie que de voyager, oui, définitivement. Et puis après le film, j’avais envie de faire…est­-ce qu’on peut appeler ça une rupture ? Je ne sais pas, mais en tout cas, effectivement, simplement l’envie de découvrir autre chose et de se régénérer.

Voilà qui est fait : Mylène Farmer qui nous revient anamorphosée.

Alors, petite leçon de vocabulaire, je suppose que c’est un mot que tout le monde ne connaît pas ! Je vous laisse nous l’expliquer…

MF : Je vais plutôt vous donner l’explication que moi j’ai bien voulu lui donner ­ je vous laisserai faire l’explication du dictionnaire ! (sourire) Ma perception du monde a probablement changé, en tout cas s’est élargie, et l’idée de l’anamorphose est cette idée que j’ai eu besoin de l’anamorphose pour reconcentrer toutes ces idées, toutes ces impressions, ces sensations pour n’en faire plus qu’une.

Diffusion de « California »

Juste avant la pause, on s’écoutait « Californie » (sic !), un des titres de l’album « Anamorphosée », de Mylène Farmer. Un album qui nous vient d’ailleurs en droite ligne de la Californie, et plus précisément de Los Angeles.

C’est une ville que vous connaissiez déjà avant ?

MF : Oui, j’ai passé beaucoup de temps à Los Angeles, et précisément j’ai passé neuf mois : c’était avant, pendant et après l’album. J’ai passé quelques temps à New York également et ma foi, je m’y sens bien ­ m’y sentais bien, en tout cas. J’avais besoin de cette idée d’espace, à la fois de perte d’identité, puisqu’on ne me connaît pas là-­bas, pour pouvoir moi m’y retrouver, me retrouver.

Ca fait du bien de se replonger dans une espèce d’anonymat, là-­bas, de se dire qu’on peut mener une vie tout à fait normale ?  Parce que bon, ici c’est vrai qu’il y a Mylène Farmer la star : même quand vous vous absentez, il suffit que vous réapparaissiez au détour d’un magazine ou au détour d’un coin de rue et hop, Mylène Farmer la star ressurgit.

Là-­bas, on peut se balader dans la rue, etc.

Ca aide ?

MF : Vivre comme tout le monde, je crois que c’est important, ne serait-­ce que cette notion de vivre normalement. C’était en tout cas très, très important pour moi. C’est vrai que je l’ai trouvée là­bas, j’aurais pu la trouver à Bali ou ailleurs, mais j’avais quand même besoin d’une ville : j’avais besoin moi que de me promener, que de faire les gestes de tous les jours sans avoir quelqu’un qui m’observe. Voilà pourquoi Los Angeles !

C’était un peu votre rêve américain ?

Ou même le rêve californien, puisque la Californie aux Etats-Unis occupe une place à part dans l’univers des américains : il y a le rêve américain pour nous, européens que nous sommes, et puis aux Etats-­Unis c’est le rêve californien, la Californie c’est toutes les stars, c’est le soleil à perpétuité…

MF : Je crois qu’il y a une qualité de vie qui est certaine. C’est vrai que ne serait­-ce que le temps, le climat est très agréable. Je crois qu’ils ont une grande liberté. Avoir ce sentiment que l’américain, en tout cas le californien, ne juge pas l’autre, n’a pas le jugement facile ou parfois ces regards qui vous dérangent, vous savez, parce qu’ils vous jugent de trop près ou anormalement. Maintenant le rêve américain, non, je n’en ai pas. Je n’en ai pas et je préfère New York, par exemple, à la Californie. New York est beaucoup plus proche de ma sensibilité, j’allais dire de ma façon de vivre. Maintenant, pour revenir à la Californie, c’est un endroit qui est agréable.

Qui est agréable quand on peut y vivre bien, faut pas l’oublier non plus !

Non, puisque Los Angeles est la cité de toutes les contradictions, la cité des anges mais également la cité des démons et c’est vrai que la plus grande pauvreté côtoie la plus grande richesse, comme partout aux Etats­-Unis, je vais dire…

MF : Ha oui, c’est très, très fort, là-­bas. C’est vrai que moi j’étais très, très privilégiée. Sans jamais oublier ce qu’il se passe parce que malgré tout, c’est dans la rue, c’est au regard de tout le monde. J’ai passé mon permis de conduire là­-bas, donc c’était un peu tardif mais c’est vrai que c’était quelque chose d’important pour moi que de pouvoir prendre une voiture ­ ça parait désuet comme ça ! (Mylène veut sans doute dire ‘dérisoire’, nda) ­ et que de pouvoir rouler.

C’est vrai que les distances là-­bas et les paysages sont magnifiques, donc c’est une sensation de liberté, tout simplement, dont j’avais envie.

Ha bon ?!

Mylène Farmer a passé son permis de conduire là­-bas ?! Si tardif ?! Pourquoi ?! Elle avait peur de conduire ?! C’est vrai que Paris, c’est pas évident…

MF : Parce que j’ai d’abord un sens de l’orientation absolument déplorable ! Vous savez, parfois on n’explique pas bien les choses : il suffit de changer d’univers pour s’autoriser certaines choses. Effectivement, c’était une peur que j’avais en moi que d’être seule à un volant parce que je pense qu’on m’a toujours dit que c’était dangereux et qu’éventuellement je n’y arriverais pas, et vous vous apercevez que c’est une conquête phénoménale que de le décider et seule, et dans une autre langue dans un autre pays, donc c’est une satisfaction un peu puérile mais très agréable ! (sourire)

Diffusion de « XXL ».

1995-01-bIl y a quelques instants, Mylène Farmer nous révélait qu’elle avait passé son permis de conduire, ce qui ne vous empêche pas, Mylène, de prendre le train, comme dans le clip « XXL ». Pourquoi le train ?

MF : Le train ?

Le train, c’est le voyage. Maintenant, vous dire pourquoi il est utilisé dans ce clip, c’est pas précisément pour cette raison, mais c’est vrai que l’idée de Marcus Nispel ­ le réalisateur ­ était une très, très belle idée selon moi, et que cette idée du ventre qui est le train et qui a tous ces enfants à l’intérieur et toutes ces vies, je trouve que c’est une très, très, très belle idée. Il y a une belle galerie de personnages dans ce clip : il y a des vieilles personnes, il y a des enfants etc. mais, je veux dire, chaque visage a été choisi délicatement ?

MF : Oui. Je pense que c’est un beau travail qu’ils ont ­ ‘qu’ils ont’, parce qu’ils font appel à des assistants qui eux font des castings après acceptation du réalisateur­ mais c’est un beau travail. C’est vrai qu’en Californie, il y a des visages extraordinaires. Ces visages-­là auraient pu être de Hongrie, de Russie… Voilà donc pour le clip qui illustre le premier extrait de cet album, « XXL ».

Mylène Farmer toujours en quête d’amour maximal, je veux dire ?

MF : Oui. Si j’ai envie de résumer en tout cas mes envies d’aujourd’hui, c’est effectivement ­ et je crois que c’est le sentiment de tout un chacun­ c’est un peu plus de sécurité et surtout un peu plus d’amour.

Un amour qui reste quand même je vais pas dire déçu, mais les amours qui transparaissent dans cet album sont quand même plutôt des ruptures, des déceptions. Enfin, moi c’est l’impression que j’en ai…

 MF : Oui, ce qui est intéressant pour moi aujourd’hui, c’est que j’ai écrit les textes et on se dépossède des chansons une fois qu’elles sont et écrites et interprétées, donc maintenant c’est moi qui vais découvrir vos lectures, donc pour moi c’est à la fois une surprise et intéressant. L’évocation de la rupture, je sais pas si c’est que j’ai voulu dire. Peut-­être que c’est ce que j’ai écrit, dans le fond !

Maintenant, moi ma rupture, je la situais plus comme une élévation. C’est toujours compliqué, ou la justification ou l’interprétation des choses, mais c’est cette envie de s’élever, tout simplement, tout en ayant à la fois les pieds bien sur terre et essayant de comprendre l’autre mais en n’oubliant pas, et c’est peut­-être l’espoir que moi je me suis attribué, que la mort n’est pas une fin en soi.

Donc en ce sens, si rupture il y a, c’est j’allais dire une rupture de l’esprit terrestre et cette envie que d’aller découvrir autre chose et d’envisager d’autres choses.

Dans le fond, c’est peut-­être une envie de spiritualité, tout simplement.

Diffusion de « L’Instant X ».

« L’Instant X », ‘L’an 2000 sera spirituel’. Vous-­même, vous êtes à la recherche de cette spiritualité ?

MF : Moi j’en ai fondamentalement besoin et je pense, quand j’écoute et quand j’essaye de lire en tout cas les autres, je crois qu’on a tous envie de ça, parce qu’on vit dans un monde qui est de plus en plus désespérant et totalement bouché, donc qu’on ait ce souhait-­là : oui.

Et pour justifier sa vie, une fois de plus, ici et pour pouvoir l’apprécier, je crois qu’on a envie d’imaginer que notre vie ne s’achève pas, une fois de plus, quand la mort apparaît. C’est vrai que cette notion-­là faisait partie de moi avant et aujourd’hui je n’en veux plus, je ne l’accepte pas sinon moi je n’arrive pas à vivre correctement. Après, c’est au travers de lectures, au travers ne serait-­ce que de réflexions, de méditations. Tout cela est un peu confus ! (rires)

Il y a des livres qui vous ont marquée ?

Puisque là on a parlé de Malraux (‘L’an 2000 sera spirituel’, nda) mais je ne sais pas si Mylène Farmer a un livre de chevet qui l’a peut­-être éclairée justement vers une autre vision des choses ?

MF : Oui. Très, très précisément j’ai eu plusieurs lectures, mais j’ai un livre –je ne sais pas si je peux dire que je recommande, mais en tout cas qui moi m’a beaucoup appris et beaucoup aidé­ qui est « Le livre tibétain de la vie et de la mort » de Sogyal Rinpoche ­ un nom un peu compliqué ! ­ qui vous parle indépendamment du bouddhisme. Je ne sais pas si c’était le sujet qui m’intéressait réellement, mais qui parle justement de votre importance, de l’importance de votre vie et de l’importance de lui trouver une qualité pour pouvoir justement envisager sa mort relativement sereinement et pour pouvoir envisager des choses qui sont l’après­-mort.

Donc ce sont autant de choses qui sont très belles d’abord et qui vous donnent un petit peu d’espoir.

C’est un livre qui vous a aidée à exorciser peut-­être cette image ou cette présence de la mort qui était ancrée profondément en vous ?

MF : D’une certaine manière, oui. Je crois que chaque être est très, très isolé. Même s’il a des amis, même s’il a des conversations, on a quand même en soi cette solitude et cette difficulté que de communiquer donc on se pose de vraies questions, des questions parfois qui vous hantent toute une vie et parfois on trouve les réponses, ou on pense trouver les réponses, donc c’est vrai que j’ai eu sans acharnement cette réponse. Vous pouvez prendre quatre personnes différentes qui vont lire la même chose, elles vont trouver des réponses différentes. Donc moi j’ai trouvé quelque chose comme un baume, donc j’y ai trouvé un sens, voilà, et c’est vrai que ça m’a beaucoup, beaucoup aidée, oui.

Diffusion de « Tomber 7 fois… ».

Mylène Farmer est toujours notre invitée ce soir jusque 21h.

 Mylène, on vient de s’écouter « Tomber 7 fois… » : c’est un peu votre devise dans la vie ?

MF : Oui, en tout cas ça fait réellement partie de moi. Un, je ne me donne pas le droit de tomber, en tout cas plus bas que terre, et j’ai toujours cette volonté donc que de relever la tête. Et c’est surtout pas moi qui ai inventé ça, c’est un proverbe chinois (japonais en réalité, nda) qui dit ‘Tomber sept fois, toujours se relever huit’. C’est toujours une belle idée, c’est toujours cette notion de résurrection, cette envie que de se redresser donc c’était quelque chose que j’avais envie d’exprimer, oui.

Dans un autre genre, plus futile dirons-­nous, il y a « Alice », la petite araignée. Les araignées, ce sont des petites bêtes qui vous intéressent ?!

MF : J’ai une phobie des araignées ! (rires)

Mais j’ai toujours eu en mémoire une tout petite histoire d’une petite araignée dans une cellule et qui était le seul compagnon du prisonnier ­ ce qui n’a rien à voir avec le thème d’ « Alice », mais je peux apprivoiser aussi une petite araignée ! (rires)

Araignée qui est le symbole de ‘Araignée du matin, chagrin ; araignée du soir, espoir’. Est-­ce que l’araignée est un symbole particulier pour vous ?

MF : Non. Non. L’araignée… Vous savez, parfois on a des choses qui vous viennent vous ne savez pas pourquoi et c’est vrai que quand j’ai entendu cette musique qui a cette boucle, cette répétition j’y voyais bien la marche d’un petit animal, comme ça. Et puis après, vous ne savez pas, vous parlez de… Alice est devenue l’artiste et la représentation du mal-­être de l’artiste. (rires)

Diffusion de « Alice » puis de « Sans Contrefaçon ».

Les articles de presse qui vous sont consacrés dépeignent quelqu’un qui me semble être un être bourré de contradictions. A vous voir là en face de moi, vous avez l’air un petit peu fragile, pourtant c’est pas vraiment l’image qui transparaît de vous : on a plutôt une image qui est synonyme de provocation…

MF : Oui, mais je pense que je ne suis pas un cas unique. Je crois qu’on a tous des paradoxes assez violents en soi. Ces paradoxes font partie de moi, oui. Maintenant, moi j’y vois ­ puisqu’on a la pochette devant les yeux ­ là j’y vois quelque chose de plus pur que de provocateur, si ce n’est que l’idée de provocation fait aussi partie de ma vie. Sans parler de revendication, je trouve que c’est important que de provoquer, au moins susciter quelque chose, une réflexion en tout cas, ou une révolte…

Ca ne s’arrête pas à ‘Mylène la provocante’, comme on a pu parfois vous coller cette image parfois un peu excessive…

 MF : Bien sûr, mais ça, malheureusement on ne peut pas faire le procès de ces choses un petit peu ou caricaturales ou réductrices. C’est vrai que dès l’instant où vous chantez ou « Libertine » ou « Sans Contrefaçon », c’est vrai que la notion d’étiquette est quelque chose qui fait partie de notre société, donc dès l’instant où moi j’ai accepté de l’idée de « Libertine », pour ne parler que de ça, il faut accepter tout ce qui va aller avec : et les réflexions et la caricature.

Diffusion de « Libertine ».

Suite aux réflexions et autres commentaires qui ont accompagné cette chanson, parfois vous n’avez pas eu envie de remettre les pendules à l’heure ?

MF : Non. Qu’on ait des coups de colère quant à certaines réflexions ou justement cette façon que de réduire un être à un état ou une provocation : oui, parfois. Moi, c’est plus la notion de colère que de réelle tristesse, parce que dans le fond je n’attache pas beaucoup d’importance à ça, et je crois de tous temps j’ai ressenti les choses de cette façon. Vous dire qu’on n’est pas touché, atteint, ce serait faux et un mensonge mais une fois de plus, je n’y attache pas grande importance. Ce que l’autre pense de moi, s’il a envie d’essayer d’y découvrir certaines choses plutôt qu’un jugement hâtif : tant mieux pour moi. Sinon, tant pis, c’est pas grave ! Moi, je vis bien avec ce que j’ai exprimé, donc voilà !

Diffusion de « Mylène s’en fout ».

1995-01-dCet entretien touche à sa fin mais j’en profite encore quelques minutes car c’est quand même assez rare de vous avoir en promo !

MF : Oui, parce que d’une part c’est un exercice difficile pour moi, d’autre part la justification est un exercice et en soi quelque chose qui n’est pas à mon sens indispensable, si ce n’est que je m’aperçois qu’il faut aussi, de même que j’ai envie qu’on me donne, je me dois de donner. Donc c’est pour ça qu’aujourd’hui j’accepte un petit peu plus l’idée du dialogue, parce que je pense que c’est important. Mais je sais que ça sera de toute façon des moments rares, en tout cas pour moi. Je ne dis pas rare en sa qualité, mais rare en tout cas dans sa multiplication ! (rires)

Alors comme on n’a pas souvent l’occasion de vous rencontrer, on va peut­-être vous laisser un petit mot de conclusion, une pensée que vous auriez envie d’exprimer aux auditeurs belges…

MF : Oh je ne sais pas ! Je ne suis pas sûre d’être très, très, très douée, si ce n’est que j’espère qu’ils aimeront mon album et que j’ai un très, très bon souvenir de mon passage en Belgique sur scène. C’était un moment assez magique !

Moment qui avait été immortalisé d’ailleurs en vidéo… (le film « En Concert » sorti en septembre 1990 a effectivement été tourné pendant les représentations du spectacle à Bruxelles en octobre 1989, nda)

MF : Oui, donc je les remercie pour ce moment ! Merci beaucoup et à très bientôt, on l’espère !

MF : Au revoir !

source : Entretien avec Cathy TROGRANCIC (Belgique) 15 NOVEMBRE 1995

Publié dans Mylène 1995 - 1996, Mylène en INTERVIEW | Pas de Commentaires »

COIFFURE BEAUTÉ INTERNATIONAL interroge Mylène

Posté par francesca7 le 21 mars 2015

 

French Singer Mylène FarmerCe métier est plein de facettes. Avez­vous une préférence : sortir un disque, être sur scène…?

­ J’ai besoin de tout. J’aime écrire les textes de mes chansons mais j’ai également besoin de retrouver l’émotion que l’on éprouve en étant sur scène. C’est pour moi un véritable combat. Je suis plutôt discrète, mais dans ces moments­là tout est décuplé : sentiments, impressions, capacités…On est à la fois conscient et complètement inconscient. Il est difficile d’exprimer ce que l’on vit, mais c’est une émotion énorme. J’aime aussi faire des clips. L’histoire vient d’abord du texte de la chanson, mais également du dialogue que j’ai avec les gens qui m’entourent. En fait, j’ai toujours besoin de plus et d’aller plus loin.

N’aimeriez­vous pas faire du cinéma ?

­ Le cinéma est effectivement un projet. J’ai eu quelques propositions depuis deux ans, mais je n’ai pas le temps d’y songer sérieusement. Mon film culte est « La fille de Ryan », j’ai adoré aussi « L’important c’est d’aimer ». Je trouve les films de Bergman, de Spielberg et les anciennes productions splendides, certainement parce que j’ai du mal à me projeter dans notre époque. J’aime l’ambiance de ces films et l’élégance des vêtements d’autrefois. Il me semble qu’il y avait une histoire dans chacun d’eux, alors que ceux que l’on fait actuellement n’ont pas d’âme.

Qui crée vos costumes de scène ?

­ Thierry Mugler a créé les costumes du spectacle du Palais des Sports en mai dernier et ceux de Bercy.

Nous lui présentons le projet de la scène, et lui propose ses idées. Il a une démesure étonnante et sait faire abstraction de la mode. Le spectacle de Bercy sera exactement le même que celui de ma tournée en province. Nous avons essayé de créer un personnage qui évolue dans le temps en jonglant avec les ambiances et les saisons. Il y a en tout sept changements de costume.

Et vos cheveux ?

­ Ma coiffure reste très simple, je n’aime pas être sophistiquée. Je n’aime même pas l’envisager, cela ne va pas du tout avec mon caractère. Je préfère le dépouillement. Vous voyez : pas de vernis, pas de boucles d’oreilles, sinon j’ai l’impression d’être travestie. Si je porte un bijou, il est toujours très sobre.

Vos créateurs préférés ?

­ J’apprécie beaucoup ce que fait Roméo Gilli, Thierry Mugler bien entendu, Azzedine Alaïa et Fayçal Amor.

Mais je vais voir peu de défilés car je n’aime pas l’effervescence et je n’aime pas être prise en photo. Donc plutôt que de me trouver dans une situation de conflit, j’évite de me rendre dans les lieux où je vais rencontrer journalistes et photographes. Je me promène de temps en temps dans le Marais et vers la place des Victoires, où il y a de très belles boutiques.

Il paraît que vous collectionnez les chaussures…

­ En effet, je voue une véritable passion aux chaussures ! Pour les bottines très fines et les chaussures plates. Je vais souvent chez Stéphane Kélian, Philippe Model et Charles Kamer. Je ne suis pas conservatrice, sauf pour les chaussures dont je n’arrive pas à me défaire et pour mes costumes de scène. Cela me plairait de constituer un petit musée à titre privé !

Comment vivez­-vous la mode au quotidien ?

­ La silhouette que je préfère est celle de Katherine Hepburn : chemise, gilet et pantalon. Une apparence masculine qui est en fait extrêmement féminine. J’ai complètement banni jupes et robes, je m’habille de façon décontractée. Cela ne veut pas dire blue­jean / baskets, disons plutôt faussement décontractée, car j’aime l’élégance. Je porte des vêtements aux formes et aux couleurs sobres. Je trouve le pourpre très beau mais je n’en porte pas souvent, simplement parce que l’on n’en trouve pas. J’adore le blanc cassé, le noir et les tons pastel. Je préfère les vêtements d’hiver à cause de l’atmosphère de cette saison. Un grand bonheur serait d’aller faire un jour un reportage sur la banquise !

Vous devez aimez les matières confortables…

­ Je suis fascinée par le cashmere, le velours de soie et par la soie d’une façon générale. En Inde, j’ai vu des tissus fabuleux…

Vous avez beaucoup voyagé ?

­ 1989-17-bNon, très peu. Avant, je n’en éprouvais pas l’envie. Maintenant si, mais je ne trouve pas le temps ! J’aimerais retourner en Inde pour y faire quelque chose d’utile. Je n’ai pas un tempérament à apprécier le farniente, je m’ennuie très vite en vacances. En plus de découvrir un pays, il me faut un but. La Russie m’attire, mais je ne veux pas m’y rendre en tant que touriste puisque l’on ne voit rien. Je veux être en contact avec les gens des campagnes et approcher des choses fondamentales.

Vous ne parlez pas du Canada…

­ Je n’ai pas envie de retourner au Canada, ce pays me semble trop calme. Par contre aller aux Etats­Unis, ça, oui ! Pour moi, c’est un pays de gagnants, un pays qui bouge. J’ai une vie très remplie, le mode de vie des américains me plairait certainement.

Les américains sont fervents de sport, vous pratiquez une activité sportive régulièrement ?

­Je fais du jogging dans la forêt du bois de Boulogne. Au départ, je courais pour avoir de l’endurance, pour être en forme sur scène, et puis j’ai continué. C’est un bienfait extraordinaire. Je suis très persévérante, un peu bornée, même ! Je vais au parc Monceau quand j’en ai l’occasion, mais pour m’y promener simplement.

Faites­vous attention à votre image ?

­ Je ne fais pas une fixation sur mon image, mais j’ai un minimum d’hygiène de vie, bien sûr. Par contre, je ne fais pas très attention à ce que je mange, c’est trop triste de se priver ! Pour les photos, c’est vrai que je suis vigilante. J’ai un droit de regard. Ce que je ne peux hélas contrôler, ce sont les tournages télé. Je trouve la lumière rarement belle, l’ambiance est peu propice à de belles images.

Vous avez une peau magnifique : un tel atout ça s’entretient par des soins en institut, des crèmes…

­ Je ne fréquente absolument pas les instituts ! Cela me dérange et je ne m’y sens vraiment pas à l’aise. J’utilise une crème pour mon visage, c’est tout. Je ne suis pas du style à essayer les dernières crèmes qui sortent sur le marché, ça ne m’intéresse pas.

Etes­vous également fidèle à un seul parfum ?

­ J’adore les parfums. Je porte Shalimar qui est pour moi l’évocation du passé, Heure bleue, Chloé et Femme de Rochas.

Je crois que c’est Alain Divert qui vous a transformée en rousse. L’idée vient de qui ?

­ Bertrand LePage m’a donné l’idée de changer de couleur. D’ailleurs, maman est rousse. Alain Divert m’a fait ma première coloration, un roux plus électrique que maintenant. Nous avions de très bonnes relations mais à présent, je vais dans un petit salon où l’ambiance est presque familiale. Je m’y sens mieux que chez un grand coiffeur. Je me rends une fois par mois chez Margaux. Elle me coiffe de façon très naturelle : catogan ou cheveux défaits, parfois relevés mais cela n’a rien d’habituel. Chez moi : shampooing Phytosolba et après-shampooing.

Ah, je vais peut­être couper mes cheveux ! La décision n’est pas facile à prendre mais j’aime beaucoup le style garçonne qu’avait Jane Birkin au temps de « Je t’aime moi non plus ». Vous me verrez avec des cheveux courts, mais pas avant un an. (Mylène se fera effectivement couper les cheveux très courts par Jean­Marc Maniatis en janvier 1991, nda)

C’est vous qui avez lancé la mode du catogan. Cet hiver, les deux points d’orgue de la coiffure sont les rousses et les coupes boule. Vous lisez les magazines de mode ?

­ Je lis n’importe comment, je ne suis pas attachée à un magazine. De temps en temps, il m’arrive d’avoir de véritables boulimies de magazines !

 

source : DÉCEMBRE 1989 – Un sourire au bord de la fêlure – Entretien avec Valérie le MOUËL

Publié dans Mylène 1989 - 1990, Mylène en CONFIDENCES | Pas de Commentaires »

Mylène Farmer n’est pas celle que l’on croit

Posté par francesca7 le 17 mars 2015

 

 « Je n’ai pas l’impression d’être un objet du désir, ou alors je dois me voiler la face inconsciemment. »

1988-26-bA propos de son enfance :

­ A cette époque- là, j’étais une petite fille plutôt renfermée. Je ne pensais pas vraiment à la chanson. Je n’achetais pas de disques, ma seule passion était les animaux. J’ai vécu très mal le passage de l’enfance à l’adolescence. Heureusement, je portais en moi la conviction très forte que j’allais réussir dans un domaine artistique, mais je ne savais pas encore lequel.

A propos de « Plus Grandir », son premier texte en tant qu’auteur :

­ C’est le premier texte que j’ai écrit, il est très important pour moi. Aujourd’hui j’ai ‘grandi’ dans la forme mais pas dans le fond…

A propos de sa rencontre avec Laurent Boutonnat et de son entourage professionnel :

­ Il cherchait quelqu’un pour enregistrer « Maman à Tort ». Mon physique de l’époque correspondait complètement à la chanson. J’ai fait ce premier disque dans une inconscience totale. C’est sur « Libertine » que je me suis rendue compte de la différence entre un succès d’estime et un succès médiatique. Et là, j’ai peur de ne pas arriver à assumer… Dans ce métier, c’est très important d’être rassurée, poussée par quelqu’un. Mon manager, Bertrand Lepage, a été pour beaucoup dans ma transformation physique depuis « Maman a tort » et dans le fait que j’ai pris confiance en moi. Ensuite c’est vrai, il y a beaucoup de travail.

A propos de son succès et de sa façon de le gérer :

­ J’ai toujours voulu être connue, alors je ne vais pas dire que je n’aime pas ça, mais quelquefois c’est difficile à assumer. On n’a pas toujours envie du regard des autres. Je n’ai jamais rêvé d’une sérénité parfaite, mais la réussite n’a pas vraiment calmé mon mal de vivre…

A propos de son goût grandissant pour l’écriture :

­ Je n’ai jamais écrit de poèmes quand j’étais petite, et le goût de la lecture m’est venu assez tard, vers dix- sept ans. Pour écrire, j’ai besoin de la musique comme support. Je crois que je ne pourrais pas écrire de chansons vraiment gaies. L’album « Ainsi Soit Je… » est comme une sorte de journal de bord.

A propos du sentiment de déception par rapport à la vie :

­ C’est difficile à dire, mais il est certain qu’il y a un fossé entre ses rêves d’enfant et ce que l’on vit vraiment…

A propos de son rapport à sa propre image :

­ J’aime mon physique trois minutes par jour. Je sais tout ce qu’on peut faire avec un appareil photo ou une caméra. J’en connais tous les mécanismes et cela ne me rassure pas. Je sais simplement que je suis photogénique. Je consacre beaucoup plus de temps qu’avant à mon physique. Je me regarde dans les vitrines, et sur les tournages j’ai toujours besoin d’avoir un miroir à portée de main. J’achète toutes les crèmes et je me laisse facilement influencer par la publicité !

A propos de sa passion pour les vêtements :

­ J’adore les vêtements et les belles matières. Enfant, j’aimais le rose, le jaune, les couleurs vives. J’avais parfois vraiment mauvais goût ! Maintenant, je préfère les couleurs sombres, le classique. J’ai un net penchant pour les chaussures, que je collectionne.

A propos de son besoin d’être toujours occupée :

­ J’ai toujours peur d’une punition divine quand je suis inactive.

A propos de ses goûts musicaux en général :

­ J’ai une préférence pour les instruments mélancoliques, comme le violon.

A propos de ses envies de cinéma :

­ J’en ai très envie, mais je ne sais pas encore comment ça se fera…

1988-26-aA propos du spectacle qu’elle prépare pour le Palais des Sports en mai 1989 :

­ J’en rêvais ! C’est l’obstacle le plus haut, et j’ai un trac fou rien que d’y penser. On va travailler cette scène comme un scénario de film. Il y aura un personnage central et une histoire. Le contact avec le public est la plus grande jouissance pour un chanteur.

A propos de l’amour en général :

­ C’est une succession de désillusions avec des moments forts. Le mariage ? Oui, l’idée me séduit pour la beauté…

 

SOURCE :  STAR CLUB – NOVEMBRE 1988 – Entretien avec Judith CARRAZ

Publié dans Mylène 1987 - 1988, Mylène en CONFIDENCES | Pas de Commentaires »

LE MAG sur MCM reçoit Mylène

Posté par francesca7 le 12 février 2015

 

8 JUIN 1996 – Entretien avec Christian DAVID – MCM

1996-09-cEntre les deux représentations parisiennes du Tour 96, Mylène Farmer reçoit le journaliste de MCM dans sa loge de Bercy. L’entretien a en effet été réalisé le 1er Juin, au lendemain de la première date donnée à Bercy et quelques heures avant la deuxième. Elle porte pour l’occasion une longue et ample jupe couleur ficelle et un top à bretelles bleu clair.

Christian David : Bonjour. Bienvenue dans « Le Mag ». Aujourd’hui, je ne suis pas sur le plateau habituel, je suis dans les loges de Bercy pour un mag spécial avec Mylène Farmer. Bonjour !

Mylène Farmer : Bonjour.

CD : Merci d’être là ! C’est parti « Le Mag » ! Tout de suite : générique.

Générique

CD : Bien, bonjour. Je suis vraiment content de vous rencontrer parce qu’on se connaît pas, on s’est jamais vus ! Alors, je voudrais déjà qu’on parle un petit peu de la conception de l’album ­très, très court parce que je voudrais qu’on parle surtout du show. Je voudrais savoir, le son : où vous avez été chercher ce son particulier qui a dans cet album qui est très moderne ?

MF : Probablement Los Angeles, le fait de travailler avec des musiciens de là­bas. Quant à des désirs en tous cas de guitares, ça, ça vient plus de la maison. Voilà ! (sourire)

CD : Donc il y a quand même une certaine évolution musicale entre le dernier album et celui­ci, et je voudrais savoir comment c’est apparu, comment ce désir est venu d’avoir quelque chose de plus radicalement dur, musicalement…

MF : L’envie d’avoir des guitares, essentiellement. Moi, pour être restée assez longtemps aux Etats­Unis, je crois que ça influence et puis, peut­être une évolution naturelle dans le fond.

CD : Une envie peut ­être, oui, de choses plus dures. Je trouve que l’album a une tendance un peu, un peu rock quand même, on peut le dire…

MF : Là j’en reviens encore, je crois que l’apport des guitares ­ je vais me répéter (rires) ­ je crois que c’est important pour le son, oui.

CD : L’envie de moins de machines ? Parce qu’il y a quand même eu beaucoup de travail sur les machines sur les albums précédents…

MF : C’est vrai que je l’ai beaucoup fait, et c’est vrai que j’avais envie de choses un peu plus ‘live’, comme on dit.

CD : Plus humaines ? C’est plus humain un son de guitare joué par quelqu’un quand même…

MF : Il se passe autre chose, c’est vrai. Mais j’aime bien les deux !

Extrait de « Alice » sur scène à Toulon

CD : Je voudrais qu’on passe à la section show, parce que moi je m’interroge ­ je n’ai pas vu le show encore, je vais le voir ce soir ! Je voudrais savoir comment on arrive à reproduire le son merveilleux que vous avez sur cet album qui a un son studio énorme. Est­ce qu’il est semblable, est­ce que vous avez réussi à trouver ce son sur scène ?

MF : Oui. Il y a des musiciens qui sont vraiment formidables. Je suppose qu’on dit ça à chaque fois qu’on fait une tournée ou un album, mais là, j’avoue que j’ai une chance énorme. Ils sont pour la plupart, si ce n’est la totalité en fait, américains…

CD : Oui, il y a juste un clavier français…

MF : Oui, absolument, qui est Yvan Cassar, qui est le chef d’orchestre.

CD : Qui est une base, qui est la sécurité…

MF : Oui, oui, oui. Et que puis­je dire d’autre ?! Les musiciens français sont très bons musiciens ­ on n’est pas en train de faire des séparations…

CD : Mais enfin c’est juste que vous avez passé beaucoup de temps à Los Angeles, c’est peut­être normal de ramener sous le bras ces musiciens américains…

MF : Voilà, c’était plus simple, oui. J’ai également des danseurs qui sont de New York, donc c’était plus simple aussi pour les répétitions. Enfin, à tous points de vue, c’était plus simple que de prendre des musiciens de là­ bas. Mais en tous cas, ils jouent merveilleusement bien, et c’est vraiment un support énorme pour moi.

CD : Il y a sept ans que vous avez pas fait de scène, c’est quand même beaucoup ! (Mylène confirme)

Alors, est­ce qu’il y a une difficulté à remonter sur scène ou, finalement, c’est vraiment tellement l’envie elle est là que ça se fait tellement comme ça ?

MF : Vous avez la réponse. C’est plus ça. C’est un vrai, vrai désir. Et spontanéité, je crois.

CD : Alors j’imagine qu’il y a eu beaucoup d’émotion. Hier, j’ai des amis qui vous ont vue et qui m’ont dit que, bon il y a un show très technique, très beau, très bien fait, mais il y a quand même beaucoup d’émotion et ça, je trouve que ça colle aussi à votre personnage. C’est important de l’avoir même sur scène…

MF : Ça, c’est quelque chose que j’espère ne jamais perdre, en tous cas cette émotion que me procure le public, dans le fond. Et moi, j’essaie de donner autre chose que justement des choses très établies, très structurées.

CD : Est­ce qu’après sept ans d’absence, est­ce que c’est pas un peu difficile ? Quel public on va retrouver ? Est­ce qu’on va retrouver son public ? Est­ce qu’on a réussi à reconquérir d’autres gens ?

Est­ ce qu’on se pose ces questions­ là quand on arrive à un ou deux jours, voire le jour même, sur scène ?

MF : Dans la mesure où plusieurs personnes, avant même, vous posent cette question : ‘Mais quel est votre public aujourd’hui ?’ J’avoue que j’y ai pensé moi­même, que je l’ai un petit peu entraperçu sur l’album, des visages nouveaux. Et ma foi, là, j’ai un public, je crois, plus d’hommes aujourd’hui que je ne l’avais avant. (sourire)

CD : C’est une bonne nouvelle ! (rires)

MF : C’est une bonne nouvelle ! (sourire) Mais en tous cas, un public vraiment chaleureux. J’ai une chance énorme pour ça, vraiment !

Diffusion d’un extrait du making of du clip « California »

CD : L’image est parfois violente. Je vois dans les clips : vous mourrez, vous faites mourir quelqu’un d’autre que vous, souvent et j’ai entendu dire que vous avez lu un livre qui vous a un petit peu travaillée, un petit peu bouleversée. Donc, est­ce que ça a à voir avec le fait que vous vivez intensément et de ce que vous avez envie de faire passer par l’image, ce que les gens peuvent recevoir ?

MF : J’aime les choses fortes, j’aime les choses qui sortent de la normalité, j’aime les sentiments forts donc c’est… Maintenant, quant à répondre à votre question ‘est­ce que j’aime ou tuer ou être tuée’, ça, ça fait partie de…

CD : (la coupant) Sans psychanalyse, sans psychanalyse ! (rires de Mylène)

1996-09-eMF : Je joue moins peut­être aujourd’hui les victimes, par exemple. Je m’en suis rendue compte dans les clips de cet album. Faisant référence au dernier clip, avec Abel Ferrara, quand on a parlé donc du sujet du clip, je voulais, moi, interpréter une prostituée, et il m’a demandé ‘Mais quel type de prostituée ?’. Je lui ai dit ‘Pas une victime. Je ne veux pas être une victime dans ce clip’.

CD : Vous êtes quand même une victime dans ce clip puisqu’elle meurt cette prostituée…

MF : Oui, mais c’est au­delà de ça. J’ai l’impression, moi, de porter autre chose en tous cas. Quand j’ai rencontré ­parce qu’il y a des prostituées dans la vidéo…

CD : (la coupant) Ah, ce ne sont pas des comédiennes ?!

MF : Non, pour la plupart, ce sont de réelles prostituées et, j’ai eu ce sentiment qu’elles n’étaient elles ­mêmes pas des victimes, qu’elles avaient réellement choisi leur métier. Où est la vraie vérité, la réalité ? Je n’en sais rien. Mais une sensation de liberté, en tous cas, dans leur métier.

Extrait du making of du clip de « California »

CD : Alors sur scène, je voudrais qu’on vienne à la scène, j’imagine qu’il doit y avoir une scénographie, une chorégraphie, des décors. (Mylène confirme) Est­ce que c’est vous qui choisissez ?

Es t­ce que c’est une totale liberté sur ce travail ­là ?

MF : Bien sûr ! Heureusement ! Oui, oui, totale liberté, total contrôle, et surtout total plaisir ­ c’est bien plus intéressant que le contrôle lui­même et là encore, chaque département, c’est vraiment important, aussi bien l’image, cette idée de l’écran, et puis toutes les surprises qui se passent pendant ce spectacle.

Chorégraphiquement, j’ai fait appel… J’ai moi­ même quelques chansons qui sont chorégraphiées, donc, par moi, et j’ai fait appel à deux autres chorégraphes : un qui est français, et qui est sur scène également, qui est un des danseurs, et puis un autre qui vient des Etats­ Unis qui a illustré, donc, une chanson.

CD : Est­ce que c’est pas difficile, pour vous, de… Je voudrais qu’on parle un petit peu maintenant du contact avec les journalistes, la presse, les médias. C’est très rare que vous accordiez des interviews et là, d’un seul coup, vous avez, j’ai l’impression que vous avez envie de parler aux gens.

D’où c’est venu ? Est­ce que justement cette liberté de travail, cette envie de revenir, sept ans d’absence font que, d’un seul coup, on a envie de raconter aux gens ce qu’on a fait, ce qu’on est en train de faire, et ce qu’on a envie de faire ?

MF : Je crois, en tous cas pour ce spectacle, là ça s’est fait relativement spontanément. J’avais envie de parler de ce spectacle, c’est vrai. J’avais envie, oui, de faire partager ça avec les personnes qui m’aiment bien.

CD : Alors, est­ce que ce spectacle a plus d’importance au niveau, je veux dire, personnel, de ce que vous avez pu donner dedans, par rapport à ce que vous avez fait auparavant pour avoir, peut­être, envie d’en parler plus ? C’est peut­être quelque chose qui vous correspond davantage, à l’heure actuelle, c’est­à­dire au moment où vous en êtes là, dans la carrière…

MF : En tous cas, au jour d’aujourd’hui, oui. Oui, je puis dire que je suis en parfaite osmose d’avec ce spectacle.

CD : Vous êtes heureuse donc ? Parce que c’est vrai, on a toujours tendance à dire ‘Oui, Mylène Farmer est quelqu’un d’un peu…’ parce qu’on ne vous entend pas beaucoup, on ne vous voit pas beaucoup, donc évidemment il y a questionnement tout le temps sur la vie des gens quand ils parlent pas trop. Vous êtes quelqu’un de plutôt positif, optimiste ?

MF : Optimiste, je ne pense pas. Positif, oui, j’essaie de l’être et ça, c’est ma quête d’aujourd’hui : essayer de, oui, de rendre les choses un peu plus faciles, un peu plus vivantes, et de ne m’intéresser qu’au moment présent et, dans le fond, c’est ça, il me semble, la vraie force que moi j’ai pu trouver, et que n’importe qui peut trouver. C’est essayer de ne plus être envahie ni par un passé qui peut être ou encombrant ou douloureux, et essayer de ne pas trop se projeter dans le futur qui est toujours une source d’interrogations ou de grands vertiges, donc voilà, c’est, moi, la réponse que j’ai trouvée : c’est vivre le moment présent et essayer de comprendre que c’est important.

Long extrait de « Je t’aime mélancolie » sur scène à Toulon.

CD : Je voudrais qu’on parle un peu des clips parce que, ça, c’est important : il y a aussi une image vidéo très, très importante, c’est même des films, c’est pas vraiment des vidéos très classiques depuis « Libertine » jusqu’à « California ». Je trouve qu’il y a vraiment un gros travail de fait. Est­ ce que ça, c’est important pour vous l’image, de travailler l’image ? Est­ce que c’est aussi un côté artistique que vous exploitez chez vous ?

MF : Oui, j’ai eu la chance, moi, de…

CD : (la coupant) Comédienne, un peu quand même ?

MF : D’abord l’idée de jouer, oui, est quelque chose que j’aime. J’aime l’image, j’aime le cinéma profondément.

J’ai eu la chance de… J’ai commencé ce métier il y a près de douze ans, je crois, le clip commençait d’être quelque chose d’important pour la chanson. Que puis­je dire ? J’ai eu la chance de travailler avec Laurent Boutonnat, donc d’avoir quelqu’un de grand talent, et à la fois d’idée et de conception, et c’est quelque chose que j’aime toujours faire.

CD : Maintenant, c’est devenu tellement habituel. C’est comme un support normal…

MF : C’est vrai.

CD : On sort une chanson, on fait un clip et, des fois, c’est tellement vide ! Et je trouve que ceux­là ont toujours eu un gros travail, pas forcément en rapport avec la chanson, mais qu’il y a toujours un plaisir, je pense, d’artistes ­ comédiens et réalisateurs ­ dans ce que vous faites au niveau images…

MF : Ça, ça fait partie, je crois, de, là encore on va parler de désirs, c’est­à­dire de ne pas se dire ‘Tiens encore une chanson, encore un clip’ mais, à chaque fois, de ré­envisager la chose, et de se dire que c’est toujours aussi important. Et ça l’est réellement pour moi.

Diffusion du clip de « Sans logique »

CD : Alors moi, je voudrais reprendre ce que vous disiez tout à l’heure par rapport au présent, et l’angoisse du futur : c’est vrai que tant qu’on a du plaisir, le présent est important, et là c’est un présent qui va durer puisque la tournée est assez longue. Il est question que vous reveniez…

MF : (elle le coupe) A Bercy.

CD : …à Paris à la fin du mois de juin, et peut­être même à la rentrée. (Mylène confirme très discrètement) Donc est­ce que c’est pas un peu, en même temps, inquiétant d’avoir cette longue haleine de route à avoir devant soi comme ça ?

MF : Je crois que la tournée est relativement courte : j’ai, je crois, vingt­deux dates. Souvent, les   artistes font des tournées de quatre, cinq mois. Donc, moi je l’ai voulue relativement courte pour essayer de ménager, là encore, j’en reviens à la spontanéité et l’idée du vrai plaisir, et non pas de la répétition et de…

CD : (la coupant) Vous ne voulez pas rentrer dans une habitude, un cercle où finalement on ne s’en sort plus et on finit par faire le show comme si on allait faire n’importe quoi d’autre ?

MF : Oui. Oui, j’ai toujours un peu peur de ça donc c’est pour ça que je prends beaucoup de temps avant de remonter sur scène, ou même de faire un album. C’est plus riche comme ça pour moi.

CD : Est­ ce qu’il est question d’un album live ? Il n’y a rien qui existe de vous en live ! Moi je trouve que vous avez tellement d’intensité, d’être dans cette tournée, que ce serait peut­être le moment d’en faire un ? (Christian David semble ignorer totalement l’album et la vidéo live « En Concert » sortis respectivement en 1989 et 1990, et Mylène ne prend pas la peine de rectifier son erreur, nda)

MF : Il y en aura un, oui.

CD : Ah, ben ça c’est une bonne idée !

MF : D’ailleurs, le spectacle ce soir est filmé et l’album sera fait justement aujourd’hui !

CD : Vous prenez beaucoup de temps pour préparer un album, beaucoup de temps pour préparer un spectacle, mais qu’est­ce que vous faites sinon quand vous êtes pas Mylène Farmer sur scène et en studio? Qu’est­ce que vous aimez bien faire dans la vie ?

MF : J’aime bien voyager, j’aime bien lire, j’aime bien… On va s’en tenir à ces deux choses ! (rires)

CD : D’accord, on n’ira pas plus loin ! (rires) Qu’est­ce que vous pensez des gens qui parlent…Est­ce que vous lisez beaucoup les critiques ? Est­ce que vous portez de l’attention à ça ou pas du tout ?

MF : Pas du tout serait un mensonge, mais le moins possible en tous cas.

CD : Est­ ce que vous avez appris à vous blinder ? Est­ce qu’il y a une fragilité qui s’est un peu échappée au fil des temps ? Ou est­ce que vous avez toujours gardé un petit côté où des fois où finalement ça pique, ça fait un peu mal, quoi, et qu’on a envie de tout casser et d’aller taper sur la tête des gens qui écrivent des choses horribles ?

MF : Blindé, je crois qu’on ne l’est jamais et tant mieux. Maintenant, relativiser, ça fait toujours partie de cette même chose, c’est ­à ­dire prendre des distances, ça oui, sérieusement.

CD : C’est important ?

1996-09-aMF : C’est important oui.

CD : Bien, merci beaucoup de nous avoir accueillis dans votre loge !

MF : Merci à vous. Merci.

CD : Donc on rappelle qu’il y a une tournée qui dure jusqu’à peu près ?

MF : (après un silence) Je ne sais pas ! (rires)

CD : (après avoir entendu une réponse de Thierry Suc, manager de la chanteuse, depuis derrière les caméras) Jusqu’à fin juin. Et bien on va vous voir sur scène, d’accord ?

MF : D’accord !

CD : Merci d’avoir été là…

MF : Merci beaucoup.

CD : Au revoir Mylène, merci beaucoup.

MF : Au revoir.

CD : « Le Mag », c’est fini, on se retrouve demain avec autre chose !

Publié dans Mylène 1995 - 1996, Mylène en INTERVIEW | Pas de Commentaires »

Déjeuner de gala sur NOSTALGIE avec Mylène

Posté par francesca7 le 8 février 2015

 

30 NOVEMBRE 1996 -Entretien avec Michel COTTET

1996-05-aMichel Cottet : L’actualité de Mylène Farmer, c’est cet album, « Anamorphosée » ­bien que ayant déjà quelques mois, il est encore tout frais et tout présent à notre mémoire et on se laisser bercer en ce moment par l’excellent titre « Rêver » ­ et puis il y a cette tournée, non pas gâchée mais interrompue pour une stupidité. Il ne m’appartient pas de déverser une kyrielle de qualificatifs pour essayer de vous cerner, de vous faire réagir ­ c’est toute la magie d’un personnage. Ceci dit, tout ce mystère qui débouche sur un statut de phénomène est ­ce que vous n’avez pas l’impression quelquefois que cela fait ombrage à votre vrai statut, qui est avant tout quand même, si je ne m’abuse, auteur compositeur­ interprète ?

Mylene Farmer : Ombrage, je ne sais pas bien. Est­ce que j’en souffre ? Non, pas vraiment. J’ai décidé de ce mystère en ce sens que je parle peu et que je réponds peu aux questions en général, donc je crois que j’en suis l’auteur donc je n’ai pas à m’en plaindre.

MC : Je ne parlais pas forcément du mystère mais du fait que à force de vouloir justement le percer, on en oublie de parler avec vous de ce qui quand même nous séduit au préalable, c’est­ à­ dire votre  musique, votre façon d’écrire, votre façon de paraître sur scène. Est­ce que parfois vous n’avez pas l’impression d’être dépassée par vous­même, en quelques sortes ?

MF : Je ne suis pas sûre de pouvoir répondre à cette question, si ce n’est que c’est vrai que  l’évocation de l’écriture est quelque chose, dans le fond, d’assez rare de la part d’un journaliste parce que je crois qu’il est plus enclin à parler ou d’une vie privée que l’on ne veut pas dévoiler, ou des choses qui sont ‘plus racoleuses’. Peut­être que je souffre de ça un peu, oui.

MC : On y reviendra, et j’espère comme ça que votre passage à Nostalgie vous aura ôté un peu de souffrance puisqu’on évoquera votre écriture. Ce que l’on sait, c’est que vous avez quand même ‘fui’ à Los Angeles pour essayer de retrouver une forme de solitude. Vous avez vos repères, j’ai les miens : moi, c’est Léo Ferré, Ferré qui disait : ‘Dans la solitude, le désespoir est une forme supérieure de la critique. Pour l’instant, nous l’appellerons bonheur’. Le désespoir, vous l’avez touché ?

MF : Je crois qu’il a fait partie de mon quotidien, mais maintenant je ne pense pas être la seule ! Je pense que le commun des mortels a des moments de bonheur et des moments de détresse absolue. Je crois que même une journée peut être comblée par bonheur et tristesse à la fois. Maintenant, est­ ce que je fais l’apologie de la détresse et du malheur : non. Je l’ai exprimée, en tout cas.

MC : Cette solitude, vous la recherchez ?

MF : Je ne suis pas sûre de me définir comme quelqu’un d’étant solitaire. J’aime parfois avoir des moments, oui, seule : l’écriture est un moment privilégié pour ça. Maintenant, j’aime bien la compagnie  de personnes choisies.

MC : Quel est le moment le plus fort, justement ? C’est rentrer dans cette solitude ou en sortir pour retrouver l’autre ou les autres ?

MF : Je crois que les deux sont à déguster ! (rires)

MC : Je poursuis avec ce texte de Ferré, toujours sur cette solitude : ‘je voudrais m’insérer dans le vide absolu et devenir le non ­dit, le non avenu, le non vierge par manque de lucidité’. Ne pas rencontrer le bonheur, est­ce que c’est pour autant être lucide ?

MF : (elle se répète la question à elle­ même) Ne pas rencontrer le bonheur…Je ne sais pas. En tout cas, j’aime l’idée de s’approcher de ce vide et de ne faire qu’un avec ce vide. C’est vrai qu’il y a quelque chose, l’idée du néant, qui est quelque chose de très happant. C’est vrai que parfois, on a envie de se confondre avec le vide, avec le rien.

MC : Ce que vous appelez le non­ dit, qui est essentiel pour la réussite…

MF : Oui.

Diffusion de « California »

MC : Mylène Farmer est votre invitée aujourd’hui dans ce « Déjeuner de gala » sur Nostalgie, avec cette notion de non ­dit. Ne pas énoncer, ne pas expliquer pour susciter la curiosité, est­ ce que c’est bien compatible avec une autre notion, qui est celle de la fidélité ? Je veux dire par là, quand on côtoie des gens ou des habitudes, forcément on perce le mystère, donc là c’est un peu antinomique, non ? Parce que vous êtes quelqu’un de fidèle ­ je parle du point de vue professionnel !

MF : Je pense être quelqu’un de fidèle, oui, dans tous les sens du terme et toutes les situations. Maintenant, pardonnez­moi : j’ai oublié la question ! (rires)

MC : Je disais, parallèlement à cette fidélité vous êtes porteuse de cette idée de non­dit : ‘je garde la mystère, je ne veux pas qu’on me dévoile et je ne veux pas dévoiler’. Est­ce bien compatible, ces deux approches ?

MF : Là encore, je ne… Le non ­dit, j’aime les non ­dits, maintenant est­ ce que je suis caractérisée par le non-dit : je ne le crois pas. Maintenant, j’ai choisi de dire certaines choses, de dévoiler certaines choses, de les clamer parfois et quand une question ou un sujet me dérange, là effectivement ce sera ou un non ­dit ou un non tout court ! (rires)

MC : Donner un sens à tout, c’est ridicule pour vous, finalement…

MF : Je sais pas si, là encore, c’est ridicule ­ pardonnez­ moi ! (rires) Je ne pense pas avoir d’abord la prétention, et je ne pense pas que la vie vous offre un sens à tout. Je crois que ça fait partie aussi du mystère de la vie, du mystère de la mort, de toutes ces choses qu’on ne sait pas et qu’on ne saura probablement jamais. Parfois on peut souffrir de ce silence et des ces non­réponses, et parfois je trouve ça plutôt bien. C’est une forme de liberté aussi en soi.

MC : Je vais peut ­être vous soulager, je viens à votre secours ­ si tant est que vous en ayez besoin : finalement, c’est pour ça que vous redoutez l’exercice que nous sommes en train de faire parce qu’il est communément admis qu’à toute question doit correspondre une réponse, et en plus logique !

MF : Oui. Oui, c’est vrai que là, dans le fond je n’aime pas la logique, je n’aime pas le rationnel et c’est un exercice qui est difficile, uniquement parce que je dois parler de moi, dans le fond c’est aussi bête et simple que ça. C’est un exercice difficile pour moi.

MC : Parler de soi… Parler d’idées qui vous traversent la tête, c’est peut­ être pas forcément parler de vous. C’est peut­être plus facile…

MF : Oui, mais c’est une façon de se mettre en avant et c’est vrai que là, ça fait partie d’un exercice qui est probablement utile à l’artiste, en tout cas on lui demande. Mais si j’avais à choisir, je crois que j’aurais rayé cette mention ! (rires)

MC : Le non­ dit, c’est aussi l’imaginaire. Est­ce un jardin dans lequel vous aimez flâner ?

MF : J’aime surtout, je dirais, au travers de lectures. Quant à mon imaginaire, oui, je cultive ce jardin, je crois, oui. Maintenant, là encore j’aurais du mal à en parler parce qu’il est imaginaire, justement !

MC : Mais un auteur se doit d’imaginer, et l’imagination c’est une forme de liberté que vous recherchez…

MF : Oui.

Pause publicitaire.

MC : Retour dans « Déjeuner de gala » sur Nostalgie. On parle avec Mylène Farmer, votre invitée, de la liberté. Quelles sont les situations, les mots, les événements dans lesquels vous ne vous sentez justement pas libre ?

MF : Les dîners où il y a beaucoup de personnes… (elle cherche, puis pouffe de rire)

MC : Une foule, c’est pas ‘beaucoup de personnes’, c’est qu’une personne raisonnée ?

MF : Oui. Oui, c’est toujours un peu facile comme détournement, mais dans le fond c’est vrai. C’est vrai, quand on est en face d’un public, quelque soit la salle, à partir du moment où il y a plus de deux personnes, trois personnes, mais plus le nombre est grand et plus il ne reforme qu’un et une énergie, en tout cas.

MC : En tête à tête, vous vous livrez plus ­parce que sur scène, on peut dire que vous vous livrez-vous vous livrez plus que devant une multitude de gens…

MF : Non, je pense que c’est faux. Je pense que je me livre davantage, mais peut­être sans la présence des mots ou en ayant choisi les mots. Maintenant, je crois que l’émotion que moi je ressens sur scène et que je peux offrir est quelque chose qui est une mise à nu, qui est beaucoup plus importante que dans une interview. J’ai malgré tout le contrôle de moi­même et de mes silences aussi.

MC : Ca fait douze ans, mine de rien, que vous êtes dans ce métier de la chanson. (Mylène confirme en riant) Est­ce que la situation a failli vous échapper une fois, durant ces douze ans ?

MF : M’échapper, non, je ne le crois pas. Je ne sais pas à quoi vous faites allusion précisément, mais j’ai…

MC : Être dépassée par ses propres motivations, s’embarquer dans un chemin qui n’était pas le bon…

MF : Avoir envie d’arrêter parfois tout, oui, ça m’est arrivé.

MC : C’est une façon de contrôler, justement, comme cette fuite…

MF : De nombreuses fois, oui. Hier encore…

MC : ‘J’avais vingt ans…’, mais ça c’est Aznavour ! (rires de Mylène) La fuite dans les mots, c’est quand même plus bénéfique que la fuite à Los Angeles ? Vous l’évoquiez tout à l’heure avec mon jardin imaginaire…

MF : Oui, je crois que j’ai eu besoin pour continuer d’écrire, puisqu’on parle des mots, que j’ai eu besoin de ce passage. Maintenant, il s’est effectué à Los Angeles, dans le fond ça aurait pu être ailleurs, en tout cas un pays dit étranger. Mais j’y ai trouvé, oui, si ce n’est une réelle source d’inspiration, en tout cas moi je me suis nourrie, si je puis dire, à ma façon. J’y ai trouvé quelque chose, oui.

MC : C’est Jean­Louis Murat qui, à ce même micro ­ je fais allusion à lui parce que vous l’avez rencontré, ne serait­ ce que pour un duo ­ qui expliquait que dans un texte, finalement, le texte n’était jamais aussi beau que lorsque à la fin de la chanson on n’avait pas forcément tout compris.

MF : Oui…

MC : Et pour vous aussi, je crois, à savoir que les mots ont plus d’importance que l’idée.

MF : Je pense qu’il vaut mieux savoir, en tout cas pour soi­ même, face à soi­ même, savoir ce qu’on a voulu dire. Maintenant, je suis d’accord que la chose trop expliquée, qui ne laisse pas dans le fond à l’autre une liberté, me dérange.

Diffusion de « L’Instant X »

1996-05-cMC : Avec nous, Mylène Farmer qui est notre invitée dans ce « Déjeuner de gala » sur Nostalgie aujourd’hui samedi. Je fais une petite digression avec les images, je voulais en parler un petit peu plus tard. Vous parlez de notion de liberté quant à la perception d’une chanson : le clip, pour le coup c’est bien souvent quelque chose de très cadenassé. On nous impose des images, on nous fait une explication ­ ça ne vous concerne pas tout le temps­ mais n’est­ce pas un piège ?

MF : C’est vrai, c’est un piège. Mais là encore, est­ce qu’on a le choix de ne pas faire sur une chanson une mise en images ? Là encore, malheureusement je n’ai pas ce choix ­là parce que ça serait suicidaire. Mais sur certaines chansons, c’est vrai que certainement je n’aurais pas fait de clip, parce que justement il y a une réduction du sujet évoqué, et puis parfois c’est magique aussi, donc…

MC : J’ai lu que vous disiez : ‘Quand j’écris mes textes, je livre beaucoup plus de moi que vous ne croyez. Il suffit de savoir écouter’. Est ­ce que vos chansons sont codées ? C’est un exercice qui peut vous amuser, ça ?

MF : Non, je ne suis pas sûre d’être aussi intelligente que ça. En tout cas, j’aime bien les mots, donc j’aime jouer avec les mots…

MC : Pas de fausse modestie, jeune fille ! (rires)

MF : …mais codés, non. Non. Je n’ai pas ce sentiment­là.

MC : Y a ­t ­il quand même une notion ­ j’ai cru vous entendre le dire, cette fois ­ci, donc la véracité du propos est entière, que vous aimiez cette forme d’irrationalité dans un texte et, comme vous venez de le souligner, que vouloir forcément une d’explication, c’est pas le but. Cette notion d’irrationnel, elle vous caractérise lorsque vous écrivez ?

MF : Non, je ne pense pas. Je ne pense pas, maintenant, sans parler de moi, quand je lis par exemple Cioran, puisque ça m’arrive de le lire en ce moment, à cette faculté que vous donner des mots­ clés, et là encore de vous laisser votre propre imagination. C’est un peu confus, ce que je dis, mais… (rires) Un peu comme les haïkus, vous voyez, ces poèmes qui sont très, très courts. On vous donne deux mots, on va vous dire –je dis n’importe quoi : un chien, une fourmi et la senteur du foin et tout à coup, ça va évoquer une multitude de choses. Mais là, ça sera à chacun d’interpréter ou d’imaginer. Donc j’aime, en tout cas si c’est ce que vous évoquez comme étant une irrationalité, alors c’en est une, oui, parfois…

MC : C’est finalement l’éducation que l’on reçoit lorsqu’on allait à la maternelle qui se transforme avec des beaux mots, mais c’est ça en fait : on apprend aux enfants, on leur montre un chat et leur imaginaire… (Mylène acquiesce d’un murmure) Vous faites allusion, donc, à Emile Michel Cioran, ce philosophe français pessimiste, dont l’œuvre s’exprime souvent par aphorismes. Vous en avez des favoris, vous ? Des proverbes, des… ?

MF : Je n’ai malheureusement pas beaucoup la mémoire des… (rires) Je retiens difficilement !

MC : Ben, ‘tomber sept fois’, il y a déjà ça !

MF : ‘Tomber sept fois’, c’était court donc facile à retenir ! Oui, il y a ce proverbe, effectivement, japonais qui dit ‘tomber sept fois, toujours se relever huit’ donc je l’ai volé.

MC : Vous êtes charmée par ce genre de formules ?

MF : Là encore, c’est le plaisir des mots et l’intelligence qui peut s’en dégager. En tout cas, sans parler même d’intelligence, à la fois la précision dans la non précision. Il y a cette phrase maintenant qui me revient… (rires)

Je vais faire mon exercice ! (rires)

MC : Allez­ y, soufflez bien !

MF : ‘Tout ce qui ne m’a pas tué me rendra plus fort’

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MC : Voilà, de retour avec Mylène Farmer qui est notre invitée aujourd’hui dans ce « Déjeuner de gala ». Je faisais référence à cette chanson qui figure sur l’album « Anamorphosée », c’est la  première fois où vous signez la musique : « Tomber 7 fois… »…

MF : Oui, oui. Absolument, oui.

MC : Après les mots, la musique. C’est une forme de défi que vous vous êtes lancé à vous­même ?

MF : Non. Là encore, ça s’est passé relativement naturellement : j’ai une guitare à la maison, donc il m’arrive parfois de tenter d’y jouer et ma foi, voilà, j’ai trouvé donc cette chanson, mais est­ ce que j’ai envie de faire ça et prolonger ça : non, je ne le crois pas.

MC : Vous vous êtes surprise vous ­même ?

MF : D’une certaine façon, oui, probablement ! (rires)

MC : Vous avez regardé autour si personne ne vous avait vue commettre cet acte affreux qui était d’écrire une musique ?!

MF : (rires) Oui, dans la mesure où j’ai pas de formation de musicienne. J’en ai le goût, en tout cas, mais je pense qu’il faut plus de talent pour composer.

MC : Vous êtes quand même pluridisciplinaire ­ on évoquera plus tard le goût de la peinture ­ vous écrivez, vous chantez, c’est tout à fait dans vos cordes, en tout cas c’est dans votre mentalité. C’est aussi de la liberté, finalement, que de savoir faire plusieurs choses, non ? C’est pour ça que cette notion de devenir compositrice, ou compositeur pardon, ça peut aussi vous aller, non ? C’est pas un défi qui vous… ?

MF : Non, parce que là encore, sans parler de talent, je sais ce que je suis ‘capable’ de faire, en tout cas de revendiquer, on va dire. Maintenant, quant à la musique, là encore, la composition, je sais que je m’essoufflerai très, très vite parce que manque tout simplement de connaissance, là encore.

MC : Vous voyez que vous êtes intelligente, puisque l’intelligence c’est savoir reconnaître ses limites.

MF : Je ne ferai pas de commentaires ! (rires)

MC : On saute du coq à l’âne, c’est le cas de le dire : vous aimez les animaux, je vous emmène sur le terrain des animaux. Comment va E.T. ?

MF : Très bien !

MC : Bien. Ce qu’il y a de fabuleux dans la communication avec les animaux, c’est que l’on émet des mots, eux les perçoivent comme des sons suivant l’intonation, et finalement, là on retombe sur c’est presque une chanson qu’on écrit avec les animaux : ils interprètent comme ils le veulent. Est­ce que mon parallèle vous choque ?

MF : Non. Vous faites ce que vous voulez, d’abord ! (rires) Mais effectivement, oui, les animaux, en tout cas les petits singes, connaissent probablement les sonorités, mais les visages aussi. Ils interprètent beaucoup l’expression, liée au son probablement. C’est un être, là pour le coup, relativement intelligent, caractériel aussi, qui a ses humeurs, mais c’est toujours aussi passionnant d’avoir un singe.

MC : C’est l’animal ­ nous en parlions tout à l’heure ­ qui se rapprocherait le plus de nos réflexes.

C’est pour ça que vous l’avez choisi ?

MF : Je crois que j’ai simplement une passion pour le singe. A chaque fois que je vois un documentaire sur ces animaux, j’ai envie de changer de vie et d’aller les retrouver, de les aider ou d’essayer de dialoguer, de m’y intéresser en tout cas. J’ai vu beaucoup, beaucoup de reportages sur les chimpanzés, les orangs­outans ou les gorilles. C’est vrai qu’une vie comme celle de Diane Fossey est une vie passionnante, mais c’est une vie difficile aussi.

MC : C’est une grande tendresse que vous avez envers les animaux, tout à l’heure vous étiez avec les chiens ! Vous aimez leur naïveté ? Leur fidélité ? C’est ce qui vous attire ?

MF : Là encore, je vais probablement vous décevoir mais je ne suis pas sûre d’analyser toutes les envies que j’ai, ou les communications que j’ai. J’aime les animaux parce que dans le fond, c’est très spontané.

Maintenant, si vous voulez vraiment trouver pourquoi on aime un singe, pourquoi on aime un chat ou un chien, dans le fond, ça, ça ne m’intéresse pas de savoir pourquoi je les aime. Je les aime, tout simplement.

Diffusion de « Mylène s’en fout »

MC : « Mylène s’en fout ». Pas nous ! Elle est votre invitée aujourd’hui sur Nostalgie, dans ce « Déjeuner de gala ». On a aimé ­ et on aime toujours ­ cet album, notamment, « Anamorphosée ». Je voulais juste un petit mot sur cet univers musical : il y a eu une évolution. Est­ce qu’on peut la qualifier, cette évolution, de tonique, d’énergique ? Ca serait le bon mot ?

MF : Je vais être obligée, moi, de revenir vers mes albums précédents : je n’ai pas eu le sentiment que ces albums n’étaient pas énergiques, donc en ce sens je ne peux pas aller dans cette idée de ‘plus d’énergie’. Je crois que parce qu’il y a des guitares, beaucoup plus de guitares qu’avant, peut­être que l’énergie vient aussi de là. Peut­être dans la façon de chanter, qui est probablement un peu différente : je chante plus grave ­ en tout cas, je me le suis autorisé !

MC : Dans le ton, rassurez­ nous ! (rires)

MF : Dans un ton plus grave. (elle hésite) Là, j’avoue que je ne sais pas bien… « Désenchantée », pour moi par exemple, est une chanson extrêmement énergique ­ mais ça n’engage que moi ­ au même titre que « L’Instant X », si ce n’est que la production est très différente. Là, oui.

MC : Voilà, justement : en quatre ans, est­ ce que vous avez eu l’impression de vivre une révolution musicale ?

MF : Non…

MC : D’abord, est ­ce que vous avez écouté ce qui se faisait ? Quand se passent comme ça quatre années, est­ce qu’on a le doute de se dire ‘je vais décrocher, je vais avoir un handicap insurmontable’ ? Parce que c’est un métier qui va très, très vite ­ je parle de la technologie, ne serait ce que ça…

MF : Oui. Oui, oui. Là encore, c’est plus une envie profonde non pas que de changer radicalement, mais simplement puisque j’ai passé un certain temps aux Etats­ Unis, c’est vrai qu’on est enclin à écouter beaucoup plus de musique : si on écoute la radio, on écoute que de la musique américaine en tout cas et qui est essentiellement beaucoup de guitares, et puis aussi dans les mélodies… Donc, en ce sens je ne me suis pas dit, là encore, ‘Pour le prochain album, il va falloir faire attention !’. C’est simplement un désir, tout simplement, que d’aller vers quelque chose de plus ce qu’on appelle live, moins de gimmicks. Je sais pas si j’ai répondu à votre question ! (rires)

MC : Si ! Faire office de référence, comme vous le faites aujourd’hui, est­ce que c’est une forme de reconnaissance éternelle ?

MF : Référence… ?

MC : Vous êtes une entité…

MF : Oh, pardon : moi ?!

MC : Oui ! Est­ce que c’est une forme de reconnaissance ?

MF : Est­ ce que je suis une référence ?!

MC : Quoiqu’il advienne, à partir de ce jour vous resterez quelque chose auquel on pourra s’identifier, auquel on fera référence. Est­ce que cette reconnaissance, vous la percevez ? Et comment vous l’acceptez ?

MF : Je la perçois parfois. Quand je monte sur scène, je crois que c’est le moment où l’on vous applaudit, tout simplement, où on vous dit que vous êtes quelqu’un d’important à ce moment ­là. C’est important au moment où je le fais. Maintenant, vous dire est­ce que ça me rassure ou est­ce que c’est important pour moi : je ne suis pas sûre, là encore, de pouvoir répondre à cette question. Je ne sais pas. (rires) J’aurais plutôt une humeur aujourd’hui de nous somme peu de chose, donc ça va être difficile pour moi que de vous dire ‘Je suis une référence’ ! (rires)

MC : Mais nous sommes peu de chose, je vous le confirme ! Il faut mieux en rire…

MF : J’aime ce que je fais. Je crois que je vais, là encore, faire ou une pirouette ou une réponse plus concise : j’aime profondément ce que je fais. C’est le plus important.

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1996-05-eMC : Bien. De retour dans « Déjeuner de Gala » sur Nostalgie avec Mylène Farmer. Il y a quelque chose que vous aimez et que vous ne faites pas encore, et que vous allez certainement faire parce que vous n’êtes pas être à vous laisser abattre, c’est le cinéma. (Erreur de Michel Cottet, puisqu’à la date de la diffusion, « Giorgino » venait de sortir deux ans auparavant ! nda) Tout ce que vous entreprenez sur scène, sur disque, sur les clips, il y a ­ j’ai l’impression, arrêtez ­moi si je me trompe ­ une approche cinématographique.

MF : Oui…

MC : Votre bonheur total serait aujourd’hui, ou dans quelques années, d’avoir une pile de disques de diamant et puis une pile de bobines de films, quand même, non ?

MF : Là encore, je ne suis pas sûre. Il y a quelques années, j’aurais ­ et je l’ai dit, que de ne pas faire de cinéma, j’en mourrais…

MC : Je voudrais qu’on ferme…Oublions tout ça et voyons devant !

MF : Non, non ! Je le révoque, parce qu’aujourd’hui je crois que je peux m’en passer tout à fait. Ca, c’est pour répondre à la notion de pile et de collection (rires). J’aimerais refaire un film, avoir un rôle qui bien sûr m’intéresse. Maintenant, me projeter dans un avenir de cinéma : pas du tout. Honnêtement, pas du tout.

MC : Mais cette approche ­ j’en finirai avec le cinéma…

MF : Mais j’aime le cinéma, donc voilà pourquoi j’aime l’image.

MC : Voilà, ce qui explique peut ­être votre petite différence ­ enfin, pas votre différence, ce que j’expliquais tout à l’heure : le phénomène musical ­ parce que vous appréhendez les choses avec un autre regard, celui de la caméra, même si on parle de chanson…

MF : Là encore parce que mon goût probablement, oui, pour le cinéma, pour l’image, pour l’évocation. Donc là c’était une rencontre formidable, en tout cas, quand j’ai commencé ce métier, à savoir que le clip était un élément essentiel pour un artiste, et ça a été quelque chose de magique pour moi ­ déjà d’avoir travaillé avec Laurent Boutonnat, qui a fait quand même la plupart de mes clips et qui est quelqu’un de grand talent. Là encore, c’est l’idée de rencontre, que de pouvoir aller voir Abel Ferrara et lui demander de travailler avec lui, Marcus Nispel, autant de gens qui ont beaucoup de talent. Là, c’est plus l’idée ­ on parlait de solitude tout au début­ là c’est l’idée réellement de deux ou de trois, de ne pas être seule justement dans une création.

MC : Vous citez Bergman, Polanski, Annaud ­ je lis, hein ! ­ Sergio Leone, dans le monde du cinéma. Est ­ce que vous avez eu des rencontres fascinantes, au­ delà des œuvres, avec ces gens ou avec d’autres ? Est­ce qu’il y a des gens que vous aimeriez rencontrer ? Vous aussi, certainement, vous êtes titillée par ces…

MF : J’aurais adoré rencontrer Bergman, mais il ne m’a pas attendue ! (rires) Maintenant, là encore, est­ce que j’ai des vœux : non. J’aurais aimé rencontrer Cioran, mais il n’est plus. J’avais très, très envie de rencontrer Abel Ferrara, c’est chose faite.

MC : Vous avez percé un peu le mystère ?

MF : De ce monsieur ? C’est quelqu’un d’assez fascinant, aussi bien dans la destruction que dans l’énergie, mais c’est quelqu’un de fascinant en tout cas.

MC : Donc c’est intéressant, finalement, d’essayer de percer le mystère des gens et de les rencontrer…

MF : Oui, bien sûr ! Bien sûr. Mais là encore, c’est quelqu’un qui se dévoile très, très peu.

MC : C’est d’autant plus passionnant…

MF : Il faut comprendre des choses, accepter d’autres, tolérer parfois, mais c’est quelqu’un de très riche, oui.

MC : « A force d’ignorer la tolérance, nous ne marcherons plus ensemble »…

MF : Oui ! (rires)

Diffusion de « Rêver »

MC : Juste avant ce titre, on parlait justement de chanson, du disque. En parlant de chanson, c’était dans l’album « L’Autre… » : ‘Agnus Dei, moi l’impie je suis saignée aux quatre veines’. A défaut de mépriser la religion, le bouddhisme c’est quand même quelque chose que vous avez cerné avec le livre de Sogyal Rinpoché, auquel vous rendez hommage d’ailleurs sur la dédicace de l’album. (Mylène confirme d’un murmure) Vous avez lu « Le livre tibétain de la vie et de la mort ». Cette philosophie consiste à vivre le moment présent : concrètement, c’est quoi ne pas vivre les moments avant et après qui peuvent redonner le sourire comme ça ?

MF : Ne pas vivre les moments avant ou après ?

MC : Puisque la définition…

MF : Oui, oui. C’est une façon de ne plus se mettre en réel danger ­mais ça c’est une notion dans le fond que je n’aime pas parce que j’aime le danger, j’aime l’inconnu ­ mais en tout cas d’un danger qui n’est pas réellement intéressant, à savoir c’est vrai que le passé peut être un fardeau. L’avenir, l’idée de l’avenir, se projeter dans l’avenir et de se dire ‘Qu’est­ce que je vais faire demain ?’ est quelque chose de terriblement angoissant, donc quand on a à la fois la connaissance qui est celle des autres, puisque vous évoquiez ce livre, cette philosophie est un pansement. Maintenant, il y a des choses que l’on accepte et puis d’autres que l’on rejette, et c’est vrai que l’idée, la notion de vivre son présent est quelque chose de cicatrisant, dans le fond.

MC : Malgré cette référence, je crois savoir que vous n’épousez pas pour autant la cause du bouddhisme…

MF : Non, c’est­ à ­dire que c’est toujours pareil : puisque j’ai évoqué ce livre dans mon album, après c’est toujours difficile parce que si les médias s’en emparent, on va vous dire ‘Donc vous êtes bouddhiste’. Et c’est vrai que moi j’ai quelques nuances, en sachant que je ne le pratique pas tous les jours, je n’ai jamais rencontré le Dalaï­ lama, je n’ai jamais réellement rencontré de bouddhistes mais je m’y suis intéressée et c’est quelque chose, une fois de plus, qui m’a fait beaucoup de bien, que je trouve très sensé et surtout très réparateur. Ce n’est pas une religion, c’est plus une philosophie donc c’est quelque chose de plus tendre.

MC : Je parlais de tolérance tout à l’heure : c’est une de vos valeurs essentielles…

MF : Là encore, j’en ai besoin et c’est vrai que je le réclame chez l’autre. Là encore, c’est un apprentissage, parce qu’on ne devient pas tolérant comme ça, du jour au lendemain : il suffit de quelque chose qui vienne percuter votre esprit, quelque chose de violent par exemple, et j’aurais presque envie de nier tout ce que je viens de dire donc là encore, c’est un chemin qui est long ! Mais c’est vrai que cette notion de tolérance est quelque chose d’indispensable pour l’être humain.

MC : Et quand la tolérance confine presque au pardon, c’est un peu facile quand même, non ?

MF : Pardon ?

MC : Lorsque la tolérance confine au pardon, c’est un peu facile comme attitude : il faut quand même se révolter, se battre, non ?

MF : Oui. Maintenant, l’idée du pardon, là je pense…

MC : Je parle pas du grand pardon ! (rires)

MF : …brutalement à un article que j’ai lu sur ces femmes et hommes qui ont perdu des êtres chers et qui sont allés voir les bourreaux de ces personnes perdues. Là, c’est une idée du pardon qu’on pourrait qualifier de presque insoutenable mais c’est quand même une grande idée, donc j’aime cette idée du pardon.

MC : Un que vous pardonnez, parce que je présume qu’il est toujours numéro un dans votre cœur dans la littérature, c’est Edgar Allan Poe : « Allan » la chanson, oui, c’était ça ?

MF : Oui, bien sûr !

MC : Bon, on ne sait jamais !

MF : Non ! (rires)

MC : Il y a « Le corbeau », avec l’emblème sur… C’est toujours le numéro un dans votre cœur ?

MF : C’est quelqu’un que j’aimerai éternellement, ça oui ! Maintenant, j’ai des lectures un petit peu plus légères en ce moment, qui sont Mary Higgins Clark dont je suis en train de dévorer tous ses livres !

MC : Très en vogue, oui !

MF : C’est plus léger, mais c’est assez passionnant ! C’est bien écrit, en tout cas. (rires)

MC : C’est très en vogue, presque à la mode d’ailleurs…

MF : Oui. C’est plus vulgaire ! (rires)

MC : Ca lave l’esprit ?

MF : C’est une détente en tout cas, oui. (rires)

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1996-05-fMC : Retour sur Nostalgie dans ce « Déjeuner de gala » avec Mylène Farmer. On parlait de littérature, on parlait d’Edgar Allan Poe et puis de Mary Higgins Clark et de sa soi­ disante légèreté. Parmi les lectures qui sont plus tendues, j’avais noté Henry James et puis Julien Green ­ c’est drôle, on en parle alors qu’il veut être révoqué de l’Académie Française alors qu’il n’en a pas le droit, ce brave homme ­ avec ses angoisses métaphysiques. Est­ ce qu’ailleurs c’est toujours mieux que là où on est ?

MF : Je le pense de moins en moins. Est­ce que c’est le voyage qui vous donne ces… ?

MC : Ha, vous vous éloignez de notre ami Julien, là ! (rires)

MF : Oui ! Là encore, c’est l’idée de projection ou d’anticipation, d’imaginer effectivement que l’autre va vivre mieux, que l’ailleurs est un meilleur. Dans la mesure où j’essaye de vivre des moments présents, ce seront mes moments à moi ­ non pas que je n’envisage pas l’autre, mais je me dis que dans le fond j’ai de la chance de vivre ce que je vis, même si parfois c’est difficile donc de ne pas chercher justement cet ailleurs hypothétique.

MC : J’évoquais Julien Green, philosophe mais aussi photographe avec des autoportraits, des photos de famille (Michel Cottet prononce d’abord ‘des autos de famille’ ce qui provoque un fou rire de Mylène) Le pauvre, il est né au début du siècle, des autos il devait pas tellement en voir !

MF : Changez la question !

MC : Non, non, non je la conserve ! J’aimais beaucoup sa définition d’un cliché parfait ­ je lis les trois points : savoir voir, être rapide et être patient pour réussir donc une photo. Est­ce que ce ne sont pas un procédé qu’on pourrait appliquer à une chanson, finalement, pour sa réussite ?

MF : (elle répète) Savoir voir, être rapide et être patient… Oui ! Oui, ça peut être… (elle s’interrompt, visiblement perdue)

MC : Non, c’est pas grave, c’est pour mes enchaînements comme ça…

MF : Oui, oui, j’entends bien ! (elle éclate de rire)

MC : …on arrive sur la peinture, n’est­ ce pas, vous voyez…

MF : Parce que vous, tout est écrit ; moi, rien ! (rires)

MC : Je suis obligé de prendre des notes ! Donc je voulais faire un parallèle entre la photo, la chanson et la peinture, qui est quand même un art aussi qui, si je ne m’abuse, vous titille…

MF : J’adore la peinture. Je la connais depuis peu, dans le fond. J’ai rencontré certaines personnes qui font partie de ce métier, donc de la peinture, qui m’ont d’une certaine façon éduquée.

MC : Lesquelles ? Enfin, si toutefois ça n’est pas…

MF : Pierre Nahon, que je connais peu mais… Albert Koski (mari de Danièle Thompson. Mylène a assisté a plusieurs vernissages de l’artiste et est une intime du couple, nda) est quelqu’un qui m’a aidée et puis ma foi, après ce sont des expositions, ce sont des livres : j’adore acheter des livres de peinture, j’adore acheter quand je le puis quelques peintures.

MC : Des livres pour essayer de reproduire ou simplement pour la beauté de… ?

MF : Pour une évasion, là encore. C’est aussi intéressant de feuilleter un livre de peinture qu’un roman. J’aime beaucoup Egon Schiele, j’aime Max Ernst, j’aime Klimt…

MC : Je suis largué en peinture, alors là je dis rien, je fais celui qui connaît, mais alors là, non !

MF : Non, non mais… ! Henri Michaux, l’écrivain, qui était également un peintre. Et puis beaucoup d’autres.

MC : Vous aimez la peinture, c’est pas pour autant que vous aimez vous emmêler les pinceaux, hahaha ! (ironique)

MF : (elle pouffe) Je dois répondre ?! (rires)

MC : J’en aurai presque fini avec mes références littéraires ­ enfin celles d’une époque qui n’est pas forcément celle que vous vivez actuellement ­ il y avait notre ami Kafka. J’avais lu un bel article sur Prague, vous dévoiliez la ville de Prague avec beaucoup de bonheur (paru dans le magazine « Femme » en juin 1996, cf. cette référence, nda). C’est parce qu’elle vous rappelle Montréal, de par son climat, de par… ?

MF : Très honnêtement, je ne me souviens pas de Montréal, si ce n’est que j’ai le goût de la neige, donc probablement lié à cette époque. Je n’y suis retourné qu’une fois et extrêmement brièvement donc c’était quelque chose que je qualifierais de pas très agréable (Mylène y est effectivement retournée à l’automne 1988 dans le cadre d’une série photo avec Elsa Trillat. Des années plus tard, lorsque celle­ci évoquera ce voyage pour le Mylène Farmer Magazine, elle parlera également d’une mauvaise ambiance, nda). Donc je ne me souviens pas de Montréal, en somme.

MC : Je ne sais pas si vous vous souvenez de cet article sur Prague que vous avez formidablement bien rédigé…

MF : Non, je ne m’en souviens pas. (l’article a pourtant été publié quelques mois à peine plus tôt, nda)

MC : C’est un art que vous aimez aussi. Il était axé sur les monuments historiques, sur les gens de la littérature etc. Ca vous passionne, ça, l’Histoire des villes ?

MF : Oui. Je suppose que c’est à peu près normal quand on découvre une ville de savoir ce qui s’y est passé, quels étaient les écrivains, qui a hanté qui ou qui a hanté quoi… Oui, là c’est encore un intérêt pour l’autre.

MC : Il y a notre ami le marquis, ça vous aimez bien, aussi…

MF : Le marquis, oui ! Le divin marquis ! (rires)

MC : Le marquis de Sade. Il va bien ?!

MF : Je l’ai délaissé, lui, un petit peu ! (rires) Il trépigne !

MC : Justine (héroïne des écrits du marquis de Sade, nda) va être en colère !

Diffusion de « Comme j’ai mal »

MC : « Comme j’ai mal », c’est bien entendu Mylène Farmer, extrait de l’album « Anamorphosée ». Mylène, notre invitée aujourd’hui sur Nostalgie dans ce « Déjeuner de gala » avec des chansons, avec des livres. Parmi toutes ces lectures, qui une nouvelle fois peuvent changer ou évoluer ­ ceci dit, celles qu’on a évoqué et que vous revendiquez, c’est quand même un monde fantastique et morbide : est ­ce que le suicide peut flirter, être limitrophe de cet univers que représentent les Julien Green, les Cioran etc. ?

MF : Est­ce que je… ?!

MC : Le suicide, la notion de suicide peut être limitrophe de cet univers pessimiste…

MF : Là encore, est­ ce que ce sont des thèmes de prédilection ? Je m’y sens bien…

MC : Pour l’époque où vous vous sentiez bien. Je ne veux pas…

MF : Non, non je m’y sens toujours très bien !

MC : Est ­ce que cette notion de suicide, qui est quand même une limite à franchir ou ne pas franchir après tout, est­ ce qu’elle était présente dans vos lectures ? « Le mythe de Sisyphe » de Camus, est-ce que vous l’avez lu par exemple ?

MF : Non, non. Est­ce que vous faites allusion à moi, est­ce c’est quelque chose qui m’a hantée, ou est­ce que c’est quelque chose qui… ?

MC : Oh non, je n’irais pas jusque là. Non, non. D’une façon générale, quand on est ‘imbibé’ non pas d’alcool ­ bien que vous appréciiez le Bordeaux et je vous en félicite ! ­ mais imbibé de ce genre de lectures, aussi diverses soient­elles…

MF : Oui, ce sont des chemins dangereux. Effectivement, si on s’imbibe et fait une indigestion d’auteurs comme ça, de lectures, ça devient sa vie de tous les jours, sa pensée de tous les jours donc on finit par… A la fois c’est passionnant et pourquoi c’est passionnant ? Parce qu’on ressent ces mêmes choses, donc fatalement se crée un lien entre l’auteur et le lecteur. Maintenant, ça peut être dangereux si on ne s’abreuve que de…

MC : C’est pour ça qu’il y a Mary Higgins Clark !

MF : Oui, peut­être ! Parce qu’il y a toujours ces ingrédients mais il y a toujours une notion d’espoir, j’imagine.

Oui, il faut avoir le recul nécessaire pour ne pas effectivement essayer d’illustrer ce que l’on lit, en tout cas de l’appliquer à sa vie, voilà.

MC : Vous êtes en train de nous avouer quand même professionnellement, à travers vos lectures, une formidable conscience des limites, un recul, une sérénité par rapport à vous ­même…

MF : Oui, je le pense. Parfois, je n’aime pas ça, je n’aime pas cette maîtrise.

MC : Ca empêche une folie, d’être trop maître de soi, d’être trop lucide finalement ?

MF : D’une certaine manière, oui. Et une trop grande lucidité mène à un cynisme parfois, et ça je m’en défends aussi parce qu’être cynique, je crois, c’est pas très intéressant pour sa vie ni pour les autres. Mais là encore, c’est moi qui suis responsable de ça.

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MC : Retour sur Nostalgie dans ce « Déjeuner de gala » avec Mylène Farmer. Un petit clin d’œil à votre nom : ‘Farmer’, c’était un personnage d’un film que Jessica Lange a tourné etc. Enfin bref ! (Incarnée au cinéma en 1982 par Jessica Lange, Frances Farmer est décédée en 1970, nda) Aujourd’hui, si vous deviez choisir un autre nom en référence, ça serait Greta ?

MF : Non ! (rires)

MC : Non ? Ca changerait pas ?

MF : E.T., ça me conviendrait parfaitement ! (rires)

MC : Greta, ça m’arrange : j’étais sur « Cendres de Lune »…

MF : J’ai bien compris, oui ! (rires)

MC : Léo Ferré ­ j’y reviens, vous voyez, chacun les siens ­ c’était la mélancolie, ‘la mélancolie, c’est revoir Garbo’ dans « La reine Christine ». Pour vous c’est quoi, la mélancolie ?

MF : Qu’est ­ce que pour moi la mélancolie… ?! Hmm…

1996-05-gMC : Vous avez autant de temps que vous voulez pour répondre !

MF : Oui, mais plus je vais mettre du temps et plus la réponse sera décevante !

MC : Non, peut ­être que vous n’êtes pas mélancolique, donc c’est un sentiment qui n’évoque rien de spontané, justement…

MF : Je la trouve très souvent dans la musique. Ecouter une musique évoque chez moi une mélancolie. Mais là, précisément, non je n’ai pas de réponse…

MC : Ecouter les Doors, les Eagles, Gainsbourg, Dutronc, ça c’est de la mélancolie, c’était votre…

MF : Oui…

MC : Vous êtes allée voir, par exemple, Dutronc au Casino (de Paris, nda) y a quatre ans ?

MF : Non.

MC : Barbara, aussi, qui a bercé votre…Non ?

MF : Non. Le dernier spectacle que j’ai vu, c’était Alanis Morissette.

MC : Barbara, qui vient de sortir un album (« Barbara », 1996, nda) : ‘Il me revient, il me revient en mémoire, il me revient une histoire, il me revient des images’ ça, c’est pas votre cas, ça, hein…

MF : Qu’il me revienne des images ? J’essaye le moins possible ! (rires)

MC : L’adolescence ne revient jamais. Vous n’aimez pas l’adolescence d’une façon générale : est­ce que c’est parce que vous n’appréciiez pas le manque de personnalité chez l’autre ? Est­ce qu’on peut faire le lien ?

MF : Je n’aime pas l’adolescence. Là encore, je n’ai évoqué que la mienne : c’est un passage que je n’ai pas aimé du tout, du tout.

MC : Peut ­être dans le regard des autres adolescents que vous croisiez à l’époque…

MF : Ca, de toute façon, mais avant tout on ne s’aime pas soi ­même et là pour ça, je crois que je n’avais même pas besoin du regard de l’autre.

MC : Ca vous plaît aujourd’hui d’être presque adulte ?

MF : Je crois que je ne le serai jamais !

MC : J’ai dit ‘presque’, hein !

MF : (rires) Oui, je me préfère aujourd’hui qu’il y a cinq ans, six ans, dix ans, vingt ans. La trentaine est quelque chose de plus doux, pour moi en tout cas.

MC : Ca correspond à ce que vous imaginiez lorsque vous étiez adolescente ?

MF : Non. Là encore, je me suis toujours envisagée ­ c’est plus une détresse qui venait à moi, donc de s’envisager plus grand dans le temps est quelque chose qui n’était pas là encore très doux. Mais j’ai toujours entendu ‘Vous verrez, l’âge de trente ans ou la trentaine pour une femme est bien plus magique que cette période qu’est l’adolescence’ et j’avoue que je puis dire oui, en tout cas me concernant.

MC : Là, c’est à demi magique : vous êtes au milieu de cette décennie exceptionnelle !

Diffusion de « Vertige »

MC : « Vertige », toujours extrait de votre album, Mylène Farmer, « Anamorphosée » ­ je vous parle, puisque vous êtes notre invitée aujourd’hui sur Nostalgie dans ce « Déjeuner de gala » ! On parlait juste avant de votre adolescence. Vous ne répondrez pas si je vais un peu trop loin : vous dites aussi avoir été en manque d’affectif, est ­ce qu’avec le recul vous avez l’impression d’être passée à côté d’une bonne thérapie pour soigner cette blessure ?

MF : Là encore, puisque c’est une inconnue pour moi je ne peux pas répondre, en ce sens que je n’ai pas fait cette démarche. Maintenant, nous sommes tous d’abord des êtres très sensibles mais il y a une hypersensibilité que vous ayez dans le fond ou non cet amour, vous ne le percevez ou en tout cas pas peut­ être à sa juste valeur, ou peut­ être que vous en demandez une surproduction donc en ce sens, vous allez souffrir. Donc je dois faire partie, si je peux me caractériser, de cette catégorie d’êtres hypersensibles, donc difficiles.

MC : « Et Tournoie… » : ‘Ton pire ennemi, tu peux l’expulser de toi’…

MF : Là, ça fait partie, oui, de cette…

MC : Il rôde encore ?

MF : Bien sûr. C’est pour ça : là, je pensais à ça et à l’évocation du bouddhisme et toutes ces choses qui sont très belles et très reposantes mais malgré tout on se lève le matin et on peut toujours avoir cette notion du mal qu’on a en soi, cette capacité à faire la mal, cette négation de soi et toutes ces choses qui font que ça perturbe votre esprit et c’est là où c’est difficile, parce que c’est là où vous décidez, vous êtes réellement maître ou de votre vie ou de votre journée et décidez que non, ça va aller mieux parce que ça vaut le coup.

MC : Ce méchant, il s’appellerait Alice, l’araignée malicieuse ?

MF : Oui, tout à fait ! (rires)

MC : Ca m’amène à la scène : entre le spectacle de 1989 et celui­ ci, qu’est­ ce que vous vouliez absolument ne pas reproduire ?

MF : Trop de tristesse.

MC : Voilà, on sait toujours ce qu’il faut pas faire, on sait pas forcément ce qu’il faut faire, mais voilà, c’est ça…

MF : Oui, j’avais envie de…Mais là encore, ça a commencé par l’écriture de l’album, donc fatalement la scène est différente puisque j’ai suggéré, moi, des choses avant, en tout cas mes changements intimes.

MC : Ceci dit, si je puis me permettre, le spectacle comporte la quasi ­totalité des nouvelles chansons mais dans sa globalité, ça ne représente que 40% et pourtant le spectacle a une tenue, c’est la même.

Il est quand même…

MF : J’ai eu envie d’abord d’évoquer le blanc, avec tout ce que ça peut évoquer pour l’autre, essayer de donner de la joie ; maintenant de la réflexion, bien évidemment, mais l’idée du show en soi : l’idée du show qui est quelque chose de à la fois factice, rapide mais quelque chose de fondé.

Pause publicitaire

MC : C’est toujours votre « Déjeuner de gala » sur Nostalgie. On est pratiquement en tournée, on parlait de votre disque, c’est la scène actuelle ­ ce soir vous serez à Nîmes. Cet écran géant, c’est votre idée ? C’est pour avoir un spectacle à deux vitesses, ce fameux show que vous venez de décrire et puis également qu’on puisse vraiment lire dans vos yeux ?

MF : D’une certaine manière, oui. Là encore, c’est peut ­être extrêmement narcissique mais c’est pensons aux personnes qui sont tout au fond et qui ne voient que des petites choses sur scène qui bougent, donc j’allais dire je me devais, non je ne me devais pas de le faire mais moi étant spectateur, c’est vrai que j’ai une frustration si je ne vois pas les yeux de la personne. Donc voilà pourquoi cette idée de l’écran géant et parce qu’il y a eu…

MC : Surtout quand ils sont jolis !

MF : (elle rit, un peu gênée) Et puis l’envie aussi de projeter des choses sur cet écran, parce que bien évidemment il n’y a pas que moi, évoquer l’abstraction et là encore, c’était une chose…

MC : Et vos sourires, on dirait ­ c’est peut ­être fait exprès ­ il y a des expressions très agréables qui nous propulsent vers le blanc…

MF : Là, c’est peut­ être la différence alors par exemple avec la première scène et la deuxième : sur la première, je n’aurais jamais pu avoir une caméra qui reproduise justement mon visage en gros plan. Ca, c’est quelque chose qui m’aurait mortifiée parce que peut­ être que je n’étais pas prête pour ça (il est à noter que pour les deux dates à Bercy en 1989, des écrans géants étaient pourtant placés de part et d’autres de la scène, nda) alors que là, c’est quelque chose que je…c’est sans doute ça, le vrai changement : c’est de devancer ça et de dire ‘Voilà, maintenant je vais vous donner aussi mes clignements d’œil, mes larmes, mes joies, mes sourires, mauvais ou bons profils, peu importe : je me livre !’ (rires)

MC : ‘Dieu vomit les tièdes’, ça c’est vous qui l’avez…

MF : C’est dans la Bible ! (rires)

MC : Oui, oui, je vous cite, je l’ai noté et je voulais rebondir là­dessus : vous êtes dure dans le travail ? Vous avez l’œil à tout ? Vous maîtrisez tout ?

MF : Maîtriser, je ne sais pas, mais en tout cas je fais en sorte, oui, de maîtriser le maximum. Dure, probablement ; pénible, à mes heures sans doute, mais maintenant je respecte l’autre, donc je pense que…

MC : Les réactions, lorsqu’il y a un point qui vous agace, elles sont spontanées ou réfléchies pour apporter la solution ou pour essayer d’imposer votre vision des choses ?

MF : Elles sont… Là encore, c’est pas aussi simple que ça. Je m’enflamme très, très vite ! Même si dans le fond, la réponse a été donnée tout de suite, parfois elle est un petit peu trop ­ je ne trouve plus le mot ! ­ démesurée, mais en tout cas elle est instinctive.

Diffusion de « Laisse le Vent Emporter Tout »

MC : « Laisse le Vent Emporter Tout », c’est Mylène Farmer, extrait de votre album « Anamorphosée ». Continuons ce « Déjeuner de gala » sur Nostalgie : on faisait référence tout à l’heure sur l’album aux guitares de Jeff Dahlgren. Est­ce qu’il y a eu d’autres ingrédients comme ça sur l’album et sur la scène que vous vouliez absolument avoir à vos côtés pour perdurer ce nouvel élan ?

MF : Sur la scène, oui : avoir des musiciens qui ont envie de jouer.

MC : Pourquoi ? Le contraire, ça existe ?!

MF : Oui, parce que dans ce métier, ça peut devenir une routine très facilement. On vient en studio, on fait une séance et on s’en va…Qu’il y ait une énergie centrale sur scène, qui sera la mienne puisque je vais être le point central, et à la fois des danseurs et des musiciens, s’il n’y a pas une osmose parfaite, en tout cas un réel désir commun, je crois que c’est quelque chose qui est à moitié gagné. Donc, outre les capacités et les talents de musicien, il y a aussi ce vrai désir de se dire qu’à chaque fois qu’un spectacle est quelque chose d’exceptionnel et qu’il faut tout donner.

MC : Cette osmose, on la ressent tout de suite ? Non, bien entendu, il faut du temps…

MF : Je crois que là encore, c’est plus l’idée de l’instinct qui vient quand on fait le choix des musiciens, et puis après je crois que c’est malgré tout à la fois et un travail et un partage. C’est ­à ­dire, c’est vrai qu’il y a beaucoup de moments, par exemple pendant les répétitions ­ que ce soit avec des danseurs ou avec des musiciens ­ il y a beaucoup de moments après la scène, avant le spectacle, à la cantine… Ca peut paraître ridicule, mais ce sont des moments qui sont importants à chaque fois parce qu’il y a une vraie ou communication, ou communion et que c’est là que se construit réellement ce que les gens vont ressentir sur scène.

MC : A la cantine, comment on se détend ? On parle de blagues ou on continue à peaufiner les détails, ou à se dire ‘Ca, c’était pas bien ; ça, c’était bien’… ?

MF : Il y a toujours ces choses­là qui surviennent, mais en général pour un tel spectacle, parce que c’est quelque chose qui est obligé d’être extrêmement calibré. Après vient le temps de…

MC : Ca doit être parfait avant qu’on l’ait commencé…

MF : Parfait : là encore, je me méfie un petit peu de ces mots en parlant de moi et de ce spectacle, mais en tout cas les choses techniques, par exemple, doivent être extrêmement étudiées, sinon on va à une catastrophe !

MC : Vous vous aimez, parfois ?

1996-05-bMF : (elle soupire, puis rit) Sans doute, oui. Sans doute…

MC : Vous aimeriez être l’amie de Mylène Farmer ?

MF : Posez­moi une autre question ! (rires)

MC : ‘De ce paradoxe je ne suis complice / Souffrez qu’une autre en moi se glisse’, héhé ! Est­ce que l’illogisme serait donc la seule logique possible ? Oh, c’est compliqué !

MF : Je vais avoir mal à la tête, bientôt ! (rire franc)

MC : On a bientôt fini, docteur ! C’est vous : en lisant vos chansons, en les écoutant ça inspire ce genre de…Mon imaginaire a fonctionné, vous voyez ! (Mylène acquiesce d’un murmure) Donc forcément, c’est vrai que vous avez peut­être des difficultés à y répondre. ‘Mais qui est l’autre’ ?!

Diffusion de « Et Tournoie… »

MC : « Et Tournoie… », c’est Mylène Farmer bien entendu, notre invitée aujourd’hui dans ce « Déjeuner de gala ». Je reviens sur la scène : c’est Paco Rabanne qui vous habille ­ vous voyez, j’ai tout noté parce que je peux pas tout me souvenir, moi ! ­ en 1989, c’était Thierry Mugler, qui avait fait aussi le clip de « XXL »…

MF : Oui…

MC : Il y a eu Gaultier sur le clip de « Je t’aime Mélancolie », Alaïa sur le clip de « Que mon Cœur Lâche », non c’est pas ça ?

MF : Oui !

MC : Bref, c’est une vraie collection ! C’est drôle…

MF : Oui, j’aime bien les couturiers !

MC : Vous jouez sur scènes avec ces tenues ? C’est une façon de vous… ?

MF : Oui. Là encore, j’ai travaillé assez longtemps avec l’équipe de Paco Rabanne.

MC : C’est une volonté de changer, comme ça, d’aller de l’un à l’autre qui ont quand même des styles très différents ?

MF : Oui. Encore que sur la première scène, à part deux ou trois tenues, Thierry Mugler n’était pas si en avant que ça : c’est­à­dire qu’il a accepté de prêter son talent mais de respecter aussi mon univers. Je fais allusion à « Tristana », par exemple, qui était des manteaux russes avec des écharpes, des gants : c’est pas très Thierry Mugler ! Maintenant, pour Paco Rabanne, l’idée c’était que ce soit près du corps, que ce soit ce qu’on appelle sexy… (rires)

MC : Et talons hauts, cette fois­ ci !

MF : Et talons qui sont très, très hauts ! (rires) Et Paco Rabanne, là encore ça fait partie des rencontres et des choses qui deviennent presque une évidence une fois que c’est choisi. C’est quelqu’un qui aime le blanc, c’est quelqu’un qui aime l’énergie, qui aime autant de choses qui avaient un rapport avec ce show.

MC : Dans le monde de la mode, dans le monde de la chanson, il y a forcément moult personnes qui essaient de vous approcher, non ? Des projets, vous devez en avoir !

MF : Mais non, pas tant que ça !

MC : Pourquoi ? Vous faites peur ?!

MF : Je ne sais pas ! Mais non, il y a pas tant de…

MC : Restons sur le domaine de la mode : il y a pas beaucoup de personnes au monde qui réclament autant de tenues pour une scène, et surtout des tenues qui sont mises en valeur, qui servent à quelque chose, non pas simplement à dire ‘Vous avez vu ? J’ai une belle tenue !’, donc forcément ça doit attiser les esprits fertiles !

MF : Mais non ! Alors, est­ce que c’est propre à ce pays ? J’en sais rien, mais c’est plus à soi à chaque fois de faire des démarches et d’avoir des désirs et d’aller vers l’autre plus que créer de réelles envies chez l’autre, non…

MC : J’ai juste noté, il y avait Baudelaire aussi, j’ai oublié, avec « L’Horloge », que vous aviez adapté sur l’album « Ainsi Soit Je… » : ‘Trois mille six cents fois par heure, la seconde chuchote : souviens toi’, ça, ça doit vous énerver, ça ! C’est pas vous, ça !

MF : (rires) C’est plus moi, ou j’essaye de ne plus l’être ! (rires)

MC : J’avais noté également, pour essayer d’en finir avec cet album, « Anamorphosée », sur « Mylène s’en fout », c’est la pureté à travers le jade, ce minéral chinois. La pureté, ça pourrait être aussi un mot pour vous définir ?

MF : Oh, là encore c’est un exercice que je ne ferai pas, tenter de me définir, donc je vous laisse ces mots ­là, mais le jade, l’évocation du jade qui évoque effectivement la pureté, l’idée aussi d’un matériau brut, d’un matériau qui n’est pas précieux mais qui devient avec le temps quelque chose de précieux ­ mais là je ne m’évoquais pas moi précisément !

MC : J’espère que ‘c’est sexy’, Nostalgie ! En tout les cas, c’est vrai qu’essayer de découvrir quelqu’un, essayer de percer le mystère, ça peut amener un grand risque : la déception. Je peux vous dire que vous êtes l’exception qui confirme la règle !

 MF : C’est gentil ! Je pensais exactement à ça, à savoir est­ce que je n’ai pas déjà trop parlé ?! (rires)

MC : Je voulais finir en vous paraphrasant : laissons le vent emporter tout, laissons Mylène prendre soin de tout. Voilà !

MF : (rires) C’est gentil à vous, en tout cas ! Merci !

MC : Merci beaucoup.

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C’est mylène qui pose des questions à MYLENE

Posté par francesca7 le 25 novembre 2014

 

Dans OK de FÉVRIER 1989

566300mylenefarmer1991mariannerosenstiehl283Le principe de cette rubrique du magazine OK est expliquée dans le titre : l’artiste fait les questions et les réponses !

Quelles sont les choses les plus importantes pour vous aujourd’hui ?
-Il y a le travail et la vie, mais on ne mélange rien. Le mieux pour moi est que je puisse travailler… J’ai besoin de cette peur qui me saisit en studio, sur un plateau, et bientôt sur une scène. Elle est stimulante, et puis cela aide à oublier ce que l’on veut oublier. « L’oubli, c’est le sommeil de nos douleurs » a dit Luc Dietrich.

Soit vous êtes sauvage, introvertie, ou bien vous aimez vous exhiber : comment peut-on vivre ces extrêmes ?
-Mal. Il s’agit simplement de continuer à vivre. Le désir fait que l’on franchit des obstacles sans même parfois les voir.

Et demain, si le succès se meurt, qu’adviendra-t-il ?
-Si c’en est fini du succès un jour, je connaîtrai une solitude incommensurable, insupportable.

Les personnes qui vous entourent, et qui sont dans l’ombre…?
-Elles sont très importantes pour moi, bien sûr. Il doit être parfois pénible pour ces personnes de nous donner de l’assurance et de s’exposer à nos sautes d’humeur. On ne peut demander aux personnes qui vous sont proches qu’elles vous aident quotidiennement à porter votre fardeau. C’est normal.

Si vous devriez brièvement dresser un portrait de vous-même ?
-Une partie de moi est probablement provocatrice, iconoclaste parfois, l’autre partie ennemie de cette première, cherche à l’affadir. Combat ou complémentaire ? Le mot qui me vient à l’esprit est le clair-obscur…

Croyez-vous à la bonne étoile, au destin ?
-Il y a probablement les élus et les autres. De cette élection peut naître soit une grande élévation, soit l’abîme le plus profond. Certaines choses nous sont données, à nous de les enchérir.

Que représente la chanson pour vous ?
-C’est une compagne merveilleuse, je suis passionnée par la musique et ses mots. Il me faut à présent l’émotion d’une scène.

Que pensez-vous des interviews ? Pour ou contre ?
-Je préfère qu’on lise la nature de mes sentiments dans mes chansons plus que dans les magazines.

 

 

 

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MYLENE N’EST PAS VRAIMENT ÇA

Posté par francesca7 le 25 novembre 2014

 

STAR CLUB NOVEMBRE 1988

Journaliste : Judith Carraz

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À propos de son enfance :
-A cette époque là, j’étais une petite fille plutôt renfermée. Je ne pensais pas vraiment à la chanson. Je n’achetais pas de disques, ma seule passion était les animaux. J’ai vécu très mal le passage de l’enfance à l’adolescence. Heureusement, je portais en moi la conviction très forte que j’allais réussir dans un domaine artistique, mais je ne savais pas encore lequel.

À propos de « Plus Grandir », son premier texte en tant qu’auteur :
- C’est le premier texte que j’ai écrit, il est très important pour moi. Aujourd’hui j’ai ‘grandi’ dans la forme mais pas dans le fond…

À propos de sa rencontre avec Laurent Boutonnat et de son entourage professionnel :
-Il cherchait quelqu’un pour enregistrer « Maman a Tort ». Mon physique de l’époque correspondait complètement à la chanson. J’ai fait ce premier disque dans une inconscience totale. C’est sur « Libertine » que je me suis rendue compte de la différence entre un succès d’estime et un succès médiatique. Et là, j’ai peur de ne pas arriver à assumer… Dans ce métier, c’est très important d’être rassurée, poussée par quelqu’un. Mon manager, Bertrand Lepage, a été pour beaucoup dans ma transformation physique depuis « Maman a Tort » et dans le fait que j’ai pris confiance en moi. Ensuite c’est vrai, il y a beaucoup de travail.

À propos de son succès et de sa façon de le gérer :
-J’ai toujours voulu être connue, alors je ne vais pas dire que je n’aime pas ça, mais quelquefois c’est difficile à assumer. On n’a pas toujours envie du regard des autres. Je n’ai jamais rêvé d’une sérénité parfaite, mais la réussite n’a pas vraiment calmé mon mal de vivre…

À propos de son goût grandissant pour l’écriture :
-Je n’ai jamais écrit de poèmes quand j’étais petite, et le goût de la lecture m’est venu assez tard, vers dix-sept ans. Pour écrire, j’ai besoin de la musique comme support. Je crois que je ne pourrais pas écrire de chansons vraiment gaies. L’album « Ainsi Soit Je… » est comme une sorte de journal de bord.

À propos du sentiment de déception par rapport à la vie :
-C’est difficile à dire, mais il est certain qu’il y a un fossé entre ses rêves d’enfant et ce que l’on vit vraiment…

À propos de son rapport à sa propre image :
-J’aime mon physique trois minutes par jour. Je sais tout ce qu’on peut faire avec un appareil photo ou une caméra. J’en connais tous les mécanismes et cela ne me rassure pas. Je sais simplement que je suis photogénique. Je consacre beaucoup plus de temps qu’avant à mon physique. Je me regarde dans les vitrines, et sur les tournages j’ai toujours besoin d’avoir un miroir à portée de main. J’achète toutes les crèmes et je me laisse facilement influencer par la publicité !

À propos de sa passion pour les vêtements :
-J’adore les vêtements et les belles matières. Enfant, j’aimais le rose, le jaune, les couleurs vives. J’avais parfois vraiment mauvais goût ! Maintenant, je préfère les couleurs sombres, le classique. J’ai un net penchant pour les chaussures, que je collectionne.

À propos de son besoin d’être toujours occupée :
-J’ai toujours peur d’une punition divine quand je suis inactive.

À propos de ses goûts musicaux en général :
-J’ai une préférence pour les instruments mélancoliques, comme le violon.

À propos de ses envies de cinéma :
-J’en ai très envie, mais je ne sais pas encore comment ça se fera…

À propos du spectacle qu’elle prépare pour le Palais des Sports en mai 1989 :
-J’en rêvais ! C’est l’obstacle le plus haut, et j’ai un trac fou rien que d’y penser. On va travailler cette scène comme un scénario de film. Il y aura un personnage central et une histoire. Le contact avec le public est la plus grande jouissance pour un chanteur.

À propos de l’amour en général :
-C’est une succession de désillusions avec des moments forts. Le mariage ? Oui, l’idée me séduit pour la beauté…

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INTERVIEW INTÉGRALE POUR TÉLÉ STAR

Posté par francesca7 le 8 novembre 2014

 

MYLENE FARMER – MARS 1988 Journaliste(s) : Michael de Montzlov

 

Le 11 avril 1988, Télé Star publie un article consacré au nouvel album de Mylène Farmer, agrémenté de quelques déclarations de l’artiste, recueillie par un journaliste de l’hebdo télé. 
Ce qui suit est totalement inédit : il s’agit de la retranscription de l’interview intégrale de Mylène Farmer pour le magazine, dont l’enregistrement dure dix-sept minutes. 
On peut s’amuser à comparer l’entretien brut et la façon dont seulement quelques déclarations seront retenues pour illustrer l’article du magazine : suivant la façon dont elles sont mises en forme et parfois reformulées, sorties de leur contexte, l’intention change du tout au tout et l’on se rend compte que la déclaration qui donne son titre à l’article (« Mylène Farmer reconnaît qu’elle fait des caprices de stars ») est purement et simplement inventée de toutes pièces ! Pour mettre en évidence ce procédé, nous avons pris soin de mettre en gras ici les phrases qui seront reprises dans l’article final. 

mylene-inedite2Notons enfin que des fragments de cette interview, s’ils ne paraitront pas dans Télé Star, seront utilisés plus d’un an plus tard pour le magazine Spotlight de juin 1989 dans un article intitulé « Mylène pêle-mêle ».

-Vous parler de cet album (« Ainsi Soit Je… », nda), c’est pas difficile. Ce que je peux en dire, c’est que c’est de la même veine. Là, j’ai participé beaucoup plus à l’écriture des textes que sur le précédent, qui ne comportait donc que trois chansons écrites par moi-même. Celui-ci, peut-être dans son intégralité, est écrit par moi. C’est une continuité. C’est une image : un premier album, c’est un premier jet, et un deuxième album, c’est une autre nourriture. C’est en ça que je dis que c’est une continuité. 

-Je pars d’une musique. Donc Laurent, lui, compose avant l’entrée en studio et puis on voit ça ensemble, et après vient se greffer effectivement le texte –enfin, le travail de l’écriture. Mais toujours partant d’une base musicale. Que vous dire d’autre ?! Après, c’est le chemin normal du studio. Pour l’écriture, il y a pas de moment défini, à savoir que ça peut être aussi bien le matin que l’après-midi, le soir ou même la nuit. C’est vrai que c’est un moment, de toute façon, d’isolement. C’est très dur –en tout cas, moi je n’y arrive pas- d’écrire entourée de personnes. Ca m’est impossible. Donc ce sont des moments de recueillement, à savoir ou ça peut être des moments d’angoisse ou des moments de…je sais pas, de bonheur. J’ai toujours été enclin (sic) à l’autocensure me concernant, donc c’est vrai qu’écrire, j’en ai eu quelques fois l’envie quand j’étais plus petite mais j’ai jamais fait de ce qu’on appelait les journaux intimes, non. Mais c’est vrai que là, c’est quelque chose que j’avais découvert sur les premières chansons, qui étaient donc « Plus Grandir »« Tristana » et « Au Bout de la Nuit » et que là, vraiment, c’est devenu un plaisir et presque un besoin, que je perdrai certainement aussi, parce que je pense qu’on s’essouffle. Mais là, c’est vraiment quelque chose que j’ai découvert et c’est vraiment bien. 

 

-Quand Laurent, puisque c’est le seul compositeur qui travaille avec moi, écrit une chanson, c’est un peu comme si moi, je l’écrivais. Ce sont peut-être simplement des formules différentes, mais on a des mondes qui sont très parallèles. Il n’y a pas de trahison. Et puis, je pense qu’à partir du moment où quand on ne compose pas soi-même et qu’on accepte une chanson, c’est qu’on est complètement prêt à mettre son enveloppe charnelle, si on peut dire ! (rires)

-Je suis quelqu’un, c’est vrai, qui parle peu de plus en plus, parce que maintenant, étant un personnage public, il y a des gens qui s’y intéressent, et donc des interviews. Mais c’est vrai que j’aime le mutisme plutôt qu’autre chose. Oui, je parle toujours aussi peu. Ce n’est pas que je n’aime pas écrire sur moi, c’est que je pense que moi j’ai eu besoin, et chacun à sa manière et à un temps déterminé, de nourriture intellectuelle, enfin dite intellectuelle. A savoir que j’ai besoin de lire les autres, besoin de découvrir les autres. Pas l’écriture des autres, comment dire ? Peut-être s’intéresser, si je lis du Edgar Poe ou si je lis du Maupassant ou si je lis du Strindberg, certainement ça m’a donne envie, moi, de m’exprimer. Ce sont des écrivains qui m’attirent, oui, mais il y en a beaucoup d’autres. C’est vrai que c’est toujours ceux que je cite, parce que c’est ceux qui me viennent à l’esprit en premier. 

-J’aime bien lire de la poésie Quelque chose qui repasse en ce moment, c’était « Pinocchio »de Comencini. Heu, qu’est-ce que j’ai pu aimer ?! J’aimais bien aussi « David Copperfield ». C’est pas un manque d’intérêt, pour l’instant –et de plus en plus, d’ailleurs, depuis quatre ans, cinq ans- c’est un manque de temps. Mais bien sûr que j’aime la poésie. Récemment, j’ai quand même rouvert des poèmes de Rimbaud. Sur ce chapitre, je ne tricherai pas : je n’en ai pas lu énormément. 

-J’ai passé huit années au Canada, le Canada français, et puis après, l’arrivée en France, que je n’ai plus quittée ! C’était une période plutôt agréable. J’en ai malgré tout très peu de souvenirs. L’arrivée en France a été un moment un peu difficile. Sans parler de choc de cultures, parce que ça n’a pas lieu d’être, c’est un comportement qui est totalement différent, un mode de vie qui est radicalement différent. C’est assez choquant quand on est enfant. Ca se traduit par une forme d’agression, des rapports plus durs, plus froids. C’est vrai que là-bas, et même maintenant, les personnes qui vont au Canada sont toujours étonnées par l’accueil de ce peuple, parce que c’est quelque chose qu’ils ont comme en eux. Voilà. Ca a été un choc assez violent. De toute façon, les enfants en général n’ont pas trop de mal à s’intégrer. J’ai jamais eu beaucoup d’amis. C’est vrai que, par contre, au Canada, quand il y avait un anniversaire par exemple, c’était pas en petit comité : y avait près de cent enfants. C’est assez étonnant. Alors qu’ici, c’est beaucoup plus concis. Donc certainement des amitiés beaucoup plus sélectives. 

-J’avais envie de faire tout ce que les autres ne faisaient pas. C’était valable aussi bien dans une classe ou à la maison ou dans la rue, à savoir cette peur panique de ressembler au commun des mortels. Il y a des personnes qui sont faites pour accepter. Accepter la vie, sans trop se faire violence. Et puis, il y en a d’autres, je pense comme moi, où tout devient un combat d’arène. On a envie éternellement de dire qu’on est là. C’est cette fameuse envie d’exister. 

-‘Jouer un personnage’, c’est pour tous les métiers publics. Aussi bien des écrivains qui vont défendre un livre en télévision : ils auront leurs moments d’acteur. C’est normal. Mais c’est moi qui suis dans le rôle. 
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-Ce que je peux dire sur tout le travail que j’ai effectué avec Laurent Boutonnat, qui est quand même bien présent, c’est que depuis le début et jusqu’à maintenant on n’a fait aucune concession. Pour moi, la qualité principale chez l’homme que j’apprécie, c’est l’intégrité.Cette envie de suivre son chemin et de ne faire vraiment aucune concession. Et je remercie la vie, parce qu’aujourd’hui, ça marche plutôt bien et que je suis heureuse de ne pas avoir fait ces concessions que quelques fois on m’a demandées, parce que c’est vrai que les personnalités peuvent être parfois dérangeantes dans ce métier –et heureusement !
Si je n’avais pas rencontré Laurent Boutonnat…Malheureusement, je ne peux pas répondre ! Peut-être aurais-je rencontré une autre personne qui m’aurait indiqué ce chemin. J’aurais été certainement différente, oui. Maintenant, je le dis, c’est un vrai don du ciel. Il y a des rencontres dans sa vie qui sont merveilleuses, et cette rencontre-là a été fondamentale. Ca, j’en suis consciente et heureuse. 

-Je peux jouer d’un peu de guitare, j’ai essayé un petit peu le saxophone mais là, j’ai pas du tout persévéré. Mais c’est un instrument que je pourrais approcher. De là à composer, non. Il ne faut pas tout mélanger. De même que je ne réaliserai jamais ni les vidéoclips, ni un long-métrage ! Chacun son métier, et chacun son talent, surtout !

-Le goût pour les clips, je crois que c’est quelque chose qui est commun à Laurent et moi-même. C’est toujours ces mondes parallèles : on a, je crois, les mêmes goûts cinématographiques, pratiquement les mêmes goûts littéraires. C’est vrai qu’on est tous les deux très attirés par ça. Lui-même doit être un de ceux qu’on appelait les romantiques, dans sa totalité, c’est-à-dire avec tous ses extrêmes.

-Je ne me donne aucun rôle, ou en tout cas dans l’intimité. C’est quelque chose que je ne dirai jamais. Maintenant, je pense effectivement qu’on est dans une ère de dépression qui amène fatalement à la décadence. Je suis une enfant effectivement de cette génération. C’est vrai que c’est un mélange pour la jeunesse actuelle de désespoir et d’envie de hurler quelques fois. Enfin, ‘une décadence’, méfions-nous quand même du terme parce que très souvent, c’est un peu usurpé. C’est une envie de toute façon de tout dire, à savoir de dire certainement des choses qui ont été occultées en d’autres temps. Je ne suis ni bien, ni mal dans cette époque. Je ne peux pas être agacée dans la mesure où, maintenant, il y a un dialogue entre ce public et ce que moi je peux faire artistiquement. Et ça, ça a été une progression. C’est-à-dire qu’on ne peut pas imposer ça. En quatre ans, c’est vrai que là, je suis parvenue à me dire ‘Oui, certaines personnes sont sur la même longueur d’ondes, comprennent ou acceptent, tolèrent’. Il n’y a plus ce divorce qu’il pouvait y avoir. C’est-à-dire que de toute façon, il y a une éducation dans tout, et ça c’est une forme aussi d’éducation. C’est ça, c’est cette progression, d’avancer comme ça, lentement mais sûrement. 

-Le cinéma reste le cinéma. C’est pas la chanson, même s’il y a, c’est vrai, le support vidéoclip. C’est quand même une autre aventure, un long-métrage. Et puis c’est une écriture quand même de personnages, ça va beaucoup plus loin, c’est plus approfondi. Je pense que l’idéal serait, oui, de commencer avec Laurent. Maintenant, il y a beaucoup d’autres metteurs en scène, je pense, avec qui j’aimerais tourner. Mais tout ça aussi se fait…il faut croire en la vie, donc j’essaie d’y croire.

-Avant même de penser à la chanson, je crois que c’est quelque chose que j’avais décidé : être comédienne. Si je peux faire une sobre analyse de tout ça, je pense que mon bonheur a été de commencer par la chanson –enfin, de faire ce que je fais actuellement- et que maintenant, aujourd’hui, je puisse éventuellement penser au cinéma, parce que j’ai eu besoin de ça réellement, d’abord moi-même pour me nourrir, et qu’aujourd’hui je me dis ‘Oui, là, je peux’. Voilà. Quatre, téléchargement (2)cinq ans… Si j’avais fait un film, je pense que c’était une erreur pour moi.

-Si vous parlez de ventes de disques, c’est vrai que j’aime bien savoir jour par jour quelle a été la vente de la journée. Mais ça, c’est plus dans un souci, je sais pas, c’est comme les enfants qui ont –je sais pas quelle métaphore je peux faire, je sais pas- un jouet dans la main, qui ont quelque chose de beau et qui en plus marche, là actuellement. On n’a pas envie de nous le reprendre ! C’est en ça, ce souci de regarder les ventes chaque jour. Ce n’est que ça. Moi, les notions d’argent et tout ça, je suis pas réellement et fondamentalement comme ça, non. Mais j’ai parfois moins la tête dans les nuages, vers les étoiles, que ce qu’il peut paraître…

-Je fais salon avec mes deux capucins et je leur lis Baudelaire ! (rires) Je crois que les animaux aiment vraiment la musique, aiment qu’on leur parle, aiment ces choses là. Ils sont très sensibles à ça. Là en l’occurrence, c’est vrai que les singes c’est quelque chose qui fait partie de ma vie. Je ne peux plus concevoir maintenant de rentrer chez moi et de ne pas voir ces animaux-là. Je pense qu’ils sont heureux. De toute façon, c’est vrai que c’est monstrueux de voir ces magasins qui sont sur les quais, voir ce trafic d’animaux. Il y a ou supporter ou avoir une phobie. Moi, j’ai une phobie des insectes : il ne faut pas me mettre un insecte à portée, parce que ça me met très mal à l’aise ! Ne pas aimer foncièrement les animaux, c’est bizarre. De même que dire ‘Je déteste les enfants’, c’est grave, je pense, pour une personne. Ne pas avoir envie d’en élever, c’est autre chose. 

 

 

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LAURENT BOUTONNAT À PROPOS DE « DÉSENCHANTÉE »

Posté par francesca7 le 29 octobre 2014

INTERVIEW INTÉGRALE DE 1998 : Journaliste(s) : Mathias Goudeau

 

18711672.jpg-cx_160_213_x-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxxEn mai 1999 paraît aux éditions Jean-Claude Latès « Sur l’air du temps – 30 chansons qui ont changé la France », un ouvrage rédigé par Mathias Goudeau et Patrice Tourne. 
Le principe de ce livre est simple : 30 années, 30 faits de sociétés illustrés chacun par une chanson de l’année concernée pour une remise en perspective du contexte de chacune des époques abordées. Chaque chanson sélectionnée est commentée par un de ses créateurs, qu’il en soit l’interprète, l’auteur ou le compositeur.
 

La chanson sélectionnée par les auteurs pour illustrer l’année 1991 est « Désenchantée ». Le chapitre qui lui est consacré réserve quelques propos pour l’occasion de Laurent Boutonnat, dont les commentaires sur son travail musical sont rarissimes. 

Ce qui suit est un document exceptionnel : il s’agit de l’intégralité de l’entretien téléphonique donné par Laurent Boutonnat à Mathias Goudeau à l’occasion de ce livre, courant 1998. 
D’une durée de 20 minutes, il est entré en notre possession à la faveur des recherches d’archives lors de la création de ce site. Si cette retranscription est un travail personnel, tout le crédit va bien évidemment à l’auteur de l’entretien, Mathias Goudeau, qui signa par ailleurs quelques années plus tard un abécédaire consacré à Mylène Farmer.
 

En plus de dévoiler toutes les réflexions de Laurent Boutonnat au sujet de la chanson, du clip, de sa création ou de son unique version live d’alors, cet entretien nous éclaire également sur la difficile organisation d’une interview de Laurent Boutonnat (et encore plus de Mylène Farmer) ainsi que de son regard sur le phénomène dont il est à l’origine. 

L’enregistrement commence alors que la conversation téléphonique semble avoir commencé depuis quelques instants…

 

Mathias Goudeau : Merci beaucoup d’avoir répondu grâce à l’intermédiaire de votre frère. J’avais essayé de vous contacter par Sony mais je sais pas s’ils vous l’avaient transmis…
Laurent Boutonnat :
 Pas du tout !

Non ? Ha bon, d’accord… Bon !
-Ha, les maisons de disque c’est très compliqué !

On vous a expliqué en deux mots de quoi il s’agissait ? Vous avez reçu mon fax ?
-Oui, j’ai reçu votre fax. La seule chose, c’est que bien sûr je fais partie de cette chanson mais c’est Mylène Farmer qui en est l’auteur du texte, donc je pense qu’elle serait plus apte à vous parler de son texte…

Je vous cache pas que j’ai essayé de la joindre par les maisons de disque mais vous voyez…
-Ha oui, ça, ça doit être très compliqué, en effet. Et en plus elle est pas là, elle est aux Etats-Unis !

Ha, elle est aux Etats-Unis ?
-Enfin…le téléphone marche, hein !

Tout à fait ! C’est ce qu’on a dit à chaque fois, mais même par Thierry Suc ça a été un peu difficile…
-Vous l’avez eu, Thierry Suc ?

images (5)Oui ! Enfin, j’ai toujours eu une secrétaire à lui, jamais lui directement et vraiment ça fait au moins six mois que je rame pour ça et je me demande même si elle l’a eue, l’info. Donc, je sais pas, même par e-mail…Nous on veut bien faire ça par e-mail mais c’est un peu difficile, quoi ! Donc oui, c’est pas vous qui avez écrit le texte ?
-Non. Moi je suis auteur de la musique, de la production, de l’arrangement, du clip, de plein de choses mais pas du texte !

D’accord. Alors, comment ça s’est passé par rapport à cette chanson particulière, comment vous l’avez découverte en fait ? C’est elle, Mylène Farmer, qui un jour vous a apporté le texte ?
-Non, parce que avec Mylène, la plupart du temps, ça commence par la musique et ensuite elle travaille un texte sur la musique et la mélodie. Donc ça commence toujours par la musique. 

Donc, là c’est vous qui avez initié un peu la chanson ?
-La musique, oui. 

Elle vous a dit ‘Moi je vais écrire quelque chose sur ce thème-là’, à peu près… ?
-Non. Je crois que les choses, c’est rare que ça se passe comme ça –enfin, entre Mylène et moi ! C’est plus un travail d’abord musical et après la musique lui évoque des choses et souvent des bribes de phrase, quelques fois un mot sur le refrain. C’est souvent comme ça que ça se passe : ça part de la musique et il n’y a pas vraiment de thème. Elle a sûrement des idées, des choses de côté dans ses cahiers mais je crois que l’explication de la naissance d’une chanson est toujours difficile. 

Vous vous rappelez un peu des circonstances de celle-là ou pas ?
-Ca remonte à très longtemps, quand même ! Il y a moins six ans, sept ans…

1991 ! Enfin, elle sort en 1991 donc elle a peut-être été…
-Oui, c’est ça, ça a été fait à la fin 1990.

Vous travailliez où ? À Paris ?
-Oui, oui ! On était à Paris à ce moment-là. Je travaillais comme d’habitude, c’est-à-dire chez moi, au piano à la base et puis souvent avec Mylène comme ça, ça commence au piano ou au clavier. J’essaie de me rappeler, hein ! C’est très compliqué ! Je me rappelle lui avoir joué au piano les bases, et surtout le refrain et à partir de là il y a le moment où on se dit ‘Tiens, il y a un truc, une excitation’, je sais pas ! Après, je suis allé enregistrer toutes les bases en studio et je crois qu’à partir de là elle a écrit un texte mais le texte a, je crois, commencé par le refrain, comme la plupart des chansons. 

C’est-à-dire ‘Tout est chaos, à côté…’
-Voilà, ‘tous mes idéaux, des mots abimés’. Je m’en rappelle un peu ! (rires)

Vous savez chez elle d’où vient cette idée d’avoir ce thème-là ?
-Ca, je crois que c’est vraiment des questions à lui poser. En tout cas, moi ce que je peux dire par rapport à ce thème, c’est que -bon, ça n’est qu’une chanson, hein !- mais ça me paraît être un peu l’idée du chaos et du désenchantement et ça me paraît être toujours le cas aujourd’hui dans notre société –notre société occidentale en particulier et parmi les gens jeunes. Je sais pas quoi vous dire là-dessus ! On peut partir sur un débat sur la jeunesse, le suicide des jeunes, plein de choses ! (rires)

Disons qu’entre vous sur la création de cette chanson, c’était conscient que c’était ça par rapport à cette jeunesse à ce moment-là. C’est pas tombé innocemment…
-Non, c’est pas tombé innocemment mais ‘à ce moment-là’, je sais pas. C’est-à-dire que je ne crois pas qu’on se dise ‘Ha la jeunesse est comme ça, on va écrire un truc là-dessus’. Non, ce sont des choses ressenties profondément même si on fait un métier artistique, qu’on vit un peu à part ou un petit peu coupé du monde, en tout cas dans la vie de tous les jours –enfin, pas coupé du monde mais c’est vrai que Mylène est quelqu’un qui malheureusement ne peut pas sortir, enfin c’est compliqué, quoi ! Mais en tout cas, la perception des choses et du monde n’est pas déconnectée de la réalité. Enfin, j’espère ! Sinon c’est le début de la fin !(rires)

Justement, c’est exactement ce qui nous intéresse dans une chanson comme celle-là ! Et puis on imaginait qu’elle arrivait début 1991 alors que les idéaux, même si on remonte aux années 70, n’étaient plus là. Il y avait de ça quand même, non ?
-Oui, enfin c’est presque banal de parler de ça parce qu’on est vraiment à un moment, alors c’est la fin du siècle peut-être, mais c’est quand même assez dramatique ce qui se passe là, justement, par rapport à la paix, par rapport à l’envie, aux idéaux…On peut employer tous les mots qu’on veut ! Et ça n’ira qu’en s’empirant, j’ai l’impression !

C’est votre sentiment ?
-Non, mais je sais pas ! Mais c’est très inquiétant –en tout cas en France, c’est très inquiétant mais alentour ça a pas l’air mieux ! Mais ici c’est très inquiétant et très affligeant.

Alors, on va dépasser la création de la chanson. Quelques petits mots : après l’enregistrement, comment ça s’est passé ? Vous aviez la musique, les arrangements, il y a eu des choses particulières sur cette chanson-là ?
-Hé bien curieusement elle a été extrêmement dure, mais ça c’est des petits détails qu’il n’y a même pas à raconter ! Elle a été extrêmement dure à finaliser, ce qui arrivait souvent d’ailleurs avec Mylène sur des chansons qui ont finalement été des chansons qui ont été fortes ou qui ont marché. C’est-à-dire que ça a été assez douloureux ! Alors après on l’écoute, on se dit ‘Ha, mais c’est fort !’‘Ca va marcher !’ etc. Ca a été extrêmement dur parce que j’ai refait, je l’ai produite, j’ai changé la tonalité, je suis revenu à la première tonalité et puis comme la tessiture de Mylène était plus basse sur cette chanson, sa voix était bizarre, je reconnaissais plus sa voix donc on l’a recommencée. Enfin, ça a été très bizarre, quoi ! Très, très douloureux dans le travail, c’était très compliqué pour au final revenir à ce qu’on avait fait au début. Ca arrive souvent ! Voilà. Sinon, y a rien eu de très particulier !

Au final, vous en êtes content, du résultat ?
-Oui, je suis assez content. C’est-à-dire que aujourd’hui, en écoutant le son de cette chanson je ne la produirais ni ne la mixerais pas comme ça aujourd’hui !

Pourquoi ? Le son a changé aujourd’hui ?
-Non, mais moi dans ma perception, dans le travail c’est vrai qu’il y a des choses…Enfin, on bouge, on change ! C’est plus dans le son, les matières de son, voilà. 

Mais sur le moment, vous êtes satisfait ou ça reste une chanson qui est un peu bancale pour vous ?
-Non, non ! Je pense pas qu’elle soit bancale ! (rires) Elle a été compliquée en studio mais c’est difficilement explicable parce que c’est pas rationnel à des gens de l’extérieur de raconter ça. Il faudrait vraiment assister à tout ça –et même en assistant, je crois pas que… C’est comme sur un tournage : quelquefois, il se passe des trucs dingues et vu de l’extérieur c’est ridicule ! ‘Mais pourquoi ils mettent trois heures à faire un truc de trente secondes ?’, vous voyez ?! C’est pas très explicable mais ça c’est pas fait simplement, quoi !

 

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Et puis elle sort, en même temps elle est choisie comme single…
-Oui, ça a été le premier single de l’album.

Pourquoi ?
-Ben…je sais pas ! Parce que…

C’est vous qui l’avez décidé en partie ?
-Ha oui, oui on l’a décidé, oui. Parce qu’il y avait, en l’écoutant comme ça, quelque chose qui était fort, quoi, dans la musique, probablement dans le texte. Voilà. 

Vous avez pensé que vous vous adressiez à une jeunesse, donc sortir ce single ça pouvait être important ?
-C’est difficile de l’envisager comme ça. On peut pas se dire ça ! Evidemment, quand ça se passe c’est magique ! Vous savez, souvent moi je parlais avec des journalistes et quand ils parlent de Mylène, ils disent ‘Ha, formidable ! Le travail, tout est réfléchi, le marketing, les clips : tout ça, c’est vachement pensé, c’est remarquable’. Mais pas du tout ! Moi je réponds –et c’est un peu pour répondre à votre question- ce n’est pas possible de travailler comme ça ! Ca n’existe pas ! Bien sûr que non, c’est pas pensé, calculé, organisé, fabriqué : les choses se font et se sont toujours faites avec Mylène –que ce soit les clips etc.- sur l’instant, à l’instinct et sans se soucier ni se dire ‘Tiens, on va toucher telle cible, on va parler de telle chose’

D’ailleurs c’est ce qui a fait le choix de cette chanson pour nous, c’est une chanson qui est, j’allais dire, socialement forte, qui tombe à un bon moment. Je parlais pas de marketing, hein ! C’est une chanson qui sort des tripes, quoi…
-C’est vrai qu’à cette époque ça a été assez incroyable, ça a été énorme. Enorme

Vous avez été surpris de ça, du succès qu’elle a ? Ou vous aviez senti artistiquement… ?
-Oui, on sent. C’est vrai qu’on sent quand il y a quelque chose de fort. Maintenant, après on ne sait jamais comment ça se passe ! Mais on sent quand il y a quelque chose de fort, on le voit quand les gens l’écoutent et puis soi-même : quand on a plaisir à l’écouter, à la réécouter, à l’écouter cent fois, même, après avoir travaillé dessus pendant des semaines !

Ce que vous avez fait ?
-Ha oui, oui ! Moi, quand une chanson me plait j’aime bien l’écouter, la réécouter et je m’en lasse pas ! Ca, c’est assez curieux !

C’est une des chansons qui vous restent de Mylène Farmer, dans le sens où si on vous en demande trois, quatre, elle fait partie de celles-là ou pas forcément ?
-Ha oui ! Oui, oui.

Le clip, il est venu comment ce clip ? Puisque là vous pouvez m’en parler, vous êtes le créateur !
-Oui ! (rires) Ha, je me rappelle plus ! Je ne sais plus…

Moi je l’ai très bien en tête, ce clip, avec ces enfants etc. 
-Oui. On reste dans le même sujet, quoi, un peu imagé. Je sais pas quoi vous dire là-dessus, comment c’est venu exactement mais je sais que ces images-là sont venues très vite au moment où il y a eu la décision de faire le clip, ce qui se passe toujours très vite parce qu’on est toujours en retard, qu’il faut aller vite etc. et puis cette idée d’univers carcéral, comme ça, un peu intemporel, c’est venu très vite, quoi. 

Est-ce que vous avez pas un peu aggravé le ton de la chanson, qui était déjà très dur, et vous vous y mettez par l’image un univers, j’allais dire, d’esclavage carrément ?!
-(dubitatif) Oui, sûrement, oui. (il éclate de rire)

Parce que là, c’est vous qui êtes l’auteur du clip, c’est vous qui décidez !
-Oui, enfin on travaille en collaboration mais c’est vrai que souvent ça a toujours été intéressant dans le travail avec Mylène, parce que c’est vrai qu’il y a eu quelques clips –dont« Désenchantée »- qui ont été assez violents, c’était compliqué par rapport à la censure ou même par rapport au public quelques fois mais ce qui est amusant, c’est que ces clips passaient à des heures où tout le monde regarde parce que d’un côté il y avait une image quelques fois très violente, et d’un autre côté il y avait une chanson pop, comme ça, qui se promenait dans les charts etc. Donc c’est assez amusant ! Enfin, je fais pas ça pour m’amuser mais…

Le décalage vous intéresse…
-Oui, j’ai toujours trouvé ça amusant. Je sais que la plupart des clips d’avant de Mylène, je suis pas sûr qu’ils passent. Ils passent aujourd’hui parce qu’ils font partie des clips qu’on a vus, qu’on connait etc. Mais si aujourd’hui on refaisait la même chose, je pense que la censure serait beaucoup plus dure aujourd’hui, quoi. C’est incroyable !

Vous pensez ?
-Ha ben, je le vois, même ! Je le vis ! (rires) Des chaînes comme la 6, c’est incroyable ! On arrive à un truc, ça s’américanise beaucoup dans tout. Il y a une uniformisation mais il y a surtout une peur de sortir d’un type d’images. Je trouve que les images aujourd’hui ne transmettent plus rien, la plupart des vidéos ne transmettent plus rien, même pas d’émotions visuelles. 

Elles n’ont même pas un plus par rapport à la chanson, c’est ce que vous voulez dire…
-Non, c’est de l’image pour l’image, de la forme pure et c’est dommage. 

Un prétexte pour passer de la musique à la télé, quoi…
-Oui. Ha oui c’est ça. À moindre coût pour faire ça en une journée, deux jours parce que ça coûte cher. Mais peu importe les coûts, d’ailleurs parce qu’on arrive à faire des choses avec rien. Il y a plus d’images. Moi je suis frappé quand je regarde la 6 ou MCM le matin, comme ça, tout est pareil ! C’est assez incroyable…

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Une dernière chose pour revenir à ce qui nous intéresse, donc l’implication de la chanson par rapport à ce qui se passait dans la société. C’est vrai que la plupart des chansons de Mylène Farmer n’ont jamais été impliquées, je dirais que c’est presque une des plus impliquées socialement. Vous en pensez quoi ?
-Par rapport à ses autres chansons, vous voulez dire ? Moi je crois pas. Que ça touche quelque chose de social, après c’est autre chose. Je pense que dans le travail de Mylène, ce qui a été fait a toujours été lié à l’enfance. Peut-être pas à des choses précises de société, balisées, qu’on reconnait, mais souvent liées à l’enfance, au fantasme, à la terreur, à la sexualité, à ces choses qui font partie de la vie plus que de la société. 

En même temps, il y a ‘je fais partie d’une génération désenchantée’ : c’est peut-être plus direct que « Libertine » ou des choses comme ça qui sont effectivement des fantasmes, plus des rêves…
-« Libertine », oui, on est dans d’autres choses ! Absolument. Mais ce qui était amusant sur « Désenchantée », avec le temps par exemple sur la dernière tournée de Mylène (le Tour 96, nda) donc c’était cinq ans ou six ans après « Désenchantée » et qu’elle l’a chantée en concert, moi je me souviens d’avoir pris conscience comme ça justement de ça : j’étais dans la salle à Bercy à la console son, donc au milieu de la salle, et tout à coup arrive « Désenchantée », donc hurlements et tous les gens chantaient du début à la fin ! Et tout à coup, j’ai pris conscience des paroles –que je connaissais ! Mais je voyais tous ces gens en regardant autour, il y avait plein de jeunes mais il y avait aussi des gens plus âgés qui étaient là, en train de sauter en l’air, de frapper dans les mains en chantant ce texte : « Tout est chaos, à côté… ». C’était assez incroyable, ça ! C’est vrai que, tout à coup, quand on fait attention aux mots c’est assez étrange ! C’est très marrant ! Et c’est ça que je vous expliquais un peu tout à l’heure entre l’image ou les mots un peu durs ou un peu violents et le côté chanson populaire qui fait que les gens dansent ou chantent mais en prononçant des mots quand même qu’ils ne diraient pas dans la vie ou bien sauf s’ils étaient en train de manifester, peut-être je ne sais pas !

Vous pensez qu’ils chantaient ça comme un air de variétés plus qu’ils ressentaient…
-Oui. Je sais pas si en général, quand on chante une chanson on a vraiment conscience de ce qu’on chante, souvent. C’est comme les tubes américains : la plupart des gens connaissent pas le sens des mots et les retiennent phonétiquement !

Ca vous a surpris dans quel sens ? En vous disant ‘Je suis déçu parce qu’ils comprennent pas ce que ça veut dire’ ?
-Ha non, non pas du tout ! Vous savez, quelquefois vous devenez spectateur de quelque chose : là, j’étais dans le spectacle et puis tout à coup, je voyais tous ces bras se lever, les gens sauter et chanter à tue-tête et donc j’étais plus dans le spectacle et j’ai regardé autour de moi, j’entendais tous ces mots et tous ces gens heureux en train de chanter, crier, taper dans les mains en rythme…

Alors que c’était des mots durs !
-Oui ! C’était assez marrant, ça. Une drôle d’impression…

C’est une chanson qui est demandée en concert ?
-C’est pas qu’elle est demandée, mais quand elle arrive dans le concert à peu près aux trois quarts, c’est le moment où ça explose vraiment ! Dans toutes les salles et dans n’importe quelle ville de France, c’était incroyable ! Incroyable ! C’est vraiment un des plus gros hits de Mylène, d’ailleurs.

Vous vous souvenez du nombre de ventes qu’a fait le single ou pas ?
-Le single à l’époque a fait 650.000, je crois. Mais comme l’album est sorti en même temps, la plupart des gens se sont reportés sur l’album et je crois que ce single a drainé 700.000 albums en deux mois. C’était énorme !

Merci beaucoup de tout ça !
-Mais je vous en prie !

téléchargement (1)Je vous pose la question : vous, vous avez un contact auprès de Mylène pour lui écrire… ?
-Oh oui, ça, j’ai des contacts ! (rires)

Ca, je m’en doute ! (rires) Mais où je pourrais lui écrire d’une manière sans avoir des choses trop personnelles ou il faut absolument que je passe par Thierry Suc ?
-Non, ce que vous pouvez faire…

(fin brutale de l’enregistrement) 

 

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MYLENE FARMER – GARCON MANQUE

Posté par francesca7 le 27 octobre 2014

 

10438920_10152259828792273_9159195212832899814_nJusqu’à l’âge de quatorze ans, j’étais un vrai garçon manqué. J’avais beaucoup de mal à imposer mon visage de jeune fille, à exister en tant que femme. Je tenais le rôle du garçon. Je suis née avec un corps d’androgyne. Ma mère a toujours adoré s’habiller et de ce fait elle m’a forcément  influencée : je m’en inspirais plus ou moins, fatalement. Mais à quatorze / quinze ans, le budget était limité en ce qui concerne les vêtements. Aussi, je recherchais avant tout à bien marier les couleurs plutôt que de trouver des formes originales. J’étais déjà définitivement pantalons et je me souviens en  particulier d’une tenue bordeaux (j’ai craqué un moment pour cette  couleur) pull et pantalons assortis que je trouvais du plus bel effet ! J’avais à ce moment-là les cheveux très courts, après avoir eu pendant longtemps une longue frange qui m’arrivait au-dessus du nez ! J’ai vécu d’une certaine façon comme ce qui allait devenir plus tard des « punks » ! A un moment de ma vie, j’ai pensé être entre deux sexes : j’étais grande, très maigre, je ne  portais que des pantalons, tous mes amis étaient des garçons et pour mieux  leur ressembler j’ai même déjà mis un mouchoir dans mon pantalon pour être plus masculine ! Toute cette période fut un « purgatoire » dans mon comportement. J’ai toujours préféré la compagnie et les jeux des garçons. 

Je jouais aux petites voitures ! Je préférais les camions aux jeux de petite fille. Je n’ai jamais aimé jouer à la poupée, à la dînette… Je fabriquais, comme dans « Tom & Jerry », des petites bombes avec des bouchons de liège et une mèche que je mettais devant les perrons avant de partir en courant ! Je faisais aussi des élevages de vers de terre. J’ai toujours aimé enfouir mes mains dans la terre. C’est véridique, on me prenait pour un petit garçon ! 

J’ai cette réflexion qui est gravée dans ma mémoire : j’étais allée chercher le courrier, un gardien de mon immeuble m’a demandé comment je m’appelais et j’ai répondu « Mylène ». Il m’a alors dit très sérieusement « C’est très joli Mylène pour un petit garçon ». Parce qu’en fait j’avais une voix assez grave, que j’ai forcée de muer avec le temps. J’ai eu au premier abord une animosité, puis après je ne sais pas, ça me semblait évident, alors j’étais mi-homme, mi-femme ! 

C’était assez étrange. Mon envie d’être un garçon tournait à l’obsession, à la névrose. Je refusais d’être une fille. Une  fois, j’avais demandé une panoplie d’agent de police. Mais à part ça je ne me suis jamais déguisée, je n’empruntais pas les vêtements de ma maman et n’avais pas particulièrement de goût pour ça. Aujourd’hui encore, je suis davantage attirée par la gent masculine. Plus tard, lorsque mon corps a définitivement pris des formes plus féminines et lorsque la nature a repris ses droits, je me suis sentie dans la peau de quelqu’un d’autre, comme si j’étais recouverte d’une enveloppe étrange qui aurait entravée mes mouvements, un peu comme dans un film fantastique ! Il n’y a que très récemment que je me suis débarrassée de ce sentiment de gêne et que je suis plus en harmonie avec moi, même si parfois j’ai encore du mal à assimiler le fait que je suis une femme !

 

EXTRAIT du livre : « Mylène FARMER – une grande Astronaute » –  de Yannik Provost aux Editions Edilivre.

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MYLENE Présentée par Patrick POIVRE D’ARVOR

Posté par francesca7 le 18 octobre 2014

 

Au JOURNAL DE 20 HEURES du 18 MAI 1989 : Entretien avec Corinne LALO sur TF1

1989-03-b« Quelques fois, c’est moi qui ai besoin d’eux, et d’autres fois c’est peut-être eux qui ont besoin de moi. »

Pour la première date parisienne du Tour 89, l’équipe de TF1 a réalisé une petite interview de Mylène Farmer diffusée en fin de journal. L’entretien est ponctué d’images de clips et quelques images de l’équipe du spectacle à Saint-Etienne, avant la première.

Patrick Poivre d’Arvor : (après un sujet sur un film consacré aux tziganes) Dans un tout autre genre, la crinière rousse, et quelque peu tzigane d’ailleurs, de Mylène Farmer qui caracole en tête du Top 50, mais ça ne suffirait pas pour lui consacrer un sujet dans ce journal, c’est qu’elle chante bien, sur des textes très personnels, et dès demain, pour la première fois, elle affronte le public au Palais des Sports.

Le reportage commence sur un gros plan de Mylène en extérieur. Elle porte un haut noir et soutient sa tête avec sa main. Une courte séquence tirée du clip de « Libertine » est ensuite diffusée avant de revenir au gros plan de Mylène, qui fait face à la journaliste Corinne Lalo, sans que l’on voie celle-ci à l’image.

Corinne Lalo : (off) C’est avec « Libertine » qu’est venu le succès, mais Mylène Farmer est avant tout romantique, fragile et pudique malgré les apparences.

Mylène Farmer : Je parle souvent de la caméra : je ne la considère pas comme étant une amie, et pourtant j’arrive à me dénuder devant elle. Donc ce sont plein de paradoxes. J’ai en tout cas besoin de ce miroir, quand même.

CL : C’est un exorcisme, un peu ?

MF : Probablement, oui. Moi j’appellerai ça presque une survie, c’est quelque chose d’essentiel.

CL : (off, par-dessus des images du clip « Tristana ») Derrière la caméra des clips vidéo, mais aussi pour les musiques et certains textes, un touche-à-tout de talent aux côtés de Mylène, son alter ego : Laurent Boutonnat. (images de Mylène Farmer et Laurent Boutonnat rentrant dans leur hôtel à Saint-Etienne)

MF : C’est une bonne étoile. Ce sont des rencontres de la vie comme on en a peu, certainement. Pour moi, c’est une rencontre magique par rapport à bien évidemment plein de choses, mais également par rapport au cinéma et à l’image, à sa façon de l’imaginer, de la créer.

CL : (off, par-dessus des images des Victoires de la Musique 1988) Sacrée meilleure chanteuse de l’année, Mylène est une écorchée vive. Elle séduit avant tout les 15-20 ans et les accompagne à travers le spleen de l’adolescence.

1989-03-cMF : S’il y a une image à trouver, je voudrais être le… enfin, c’est un compagnon de route, c’est un peu le Jeff de Jacques Brel : « Jeff, t’es pas tout seul ». C’est un peu ce sentiment-là que j’ai. Quelques fois, c’est moi qui ai besoin d’eux, et d’autres fois c’est peut-être eux qui ont besoin de moi.

CL : (off, par-dessus des images de Mylène Farmer, Laurent Boutonnat, les musiciens et les choristes du spectacle dans la cour de la salle de spectacle de Saint-Etienne où s’est tenue la première de la tournée. On voit notamment Mylène en redingote partager un fou rire avec Carole Fredericks) Mylène et ses musiciens se sont préparés pendant six mois pour réussir ce premier rendez-vous. Une rencontre à guichets fermés puisque tous les concerts affichent complet.

Fin du reportage sur ces images de la troupe.

 un forum : http://devantsoi.forumgratuit.org/

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NAGUI Présente MYLENE FARMER sur M6

Posté par francesca7 le 18 octobre 2014

 

Emission  FRÉQUENSTAR du 22 MARS 1989

 « C’est compliqué, le français ! »

1989-02-dNagui reçoit Mylène Farmer sur le plateau de son émission, qui n’a rien à voir, malgré un titre identique, avec l’émission que créera Laurent Boyer peu d’années plus tard. Mylène vient y présenter son nouveau clip, celui de « Sans Logique ». Habillée d’une veste noire, d’un pantalon noir et les cheveux rehaussés en un chignon strict, elle répond également aux questions de Nagui et a sélectionné quelques clips qu’elle souhaitait diffuser dans l’émission. L’ambiance oscille entre tension et bonne humeur, Mylène ayant visiblement parfois du mal avec l’humour de Nagui, et réciproquement, Nagui semble quelques fois désarmé face à Mylène. Il jongle  avec le tutoiement, le vouvoiement mais parvient néanmoins à faire parler Mylène de ses goûts littéraires, musicaux, de son spectacle à venir et même de son appartement !

Nagui : Mylène Farmer, merci d’avoir accepté notre invitation.

Mylène Farmer : Merci (sourire gêné)

N : C’est très gentil à toi, on est très contents, on est heureux comme tout ! La programmation musicale : tu écoutes beaucoup de musique en règle générale, dans ta vie ?

MF : Beaucoup de musiques de films.

N : Beaucoup de musiques de films ? Des bandes originales ?

MF : Oui.

N : Là en ce moment, tu as la tête prise par quelle musique de film ?

MF : Toujours « Mission » (film réalisé par Roland Joffé en 1986, nda). J’ai du mal à en…

N : C’est pas vrai ? Mais pourtant y en a eu d’autres depuis : y a eu « Le Grand Bleu », y a eu «Bagdad Café», y en eu plein !

MF : « Bagdad Café » oui, merveilleuse…

N : C’est bien, hein ? Et tu vas voir les films qui correspondent aux bandes originales ou tu te contentes de la musique ?

MF : Je me contente de la musique parfois, quelquefois j’y vais aussi à cause de la musique.

N : D’accord…

MF : Et quelquefois, le contraire.

N : C’est marrant, y a pas une seule bande originale dans tous les clips que tu as choisi.

MF : Non, parce qu’on a un petit peu trop vu « Bagdad Café ». « Mission », je pense pas que vous l’auriez passé. Si ?

N : Ha ben on se gêne pas pour en passer d’autres, hein !

MF : Ha, je ne savais pas…

N : Ha ben, on le fera la prochaine fois !

MF : D’accord.

N : Ca sera une occasion de revenir (rires). Elle est notre invitée, et par la même occasion on en profite pour vous présenter son clip, qui sera « clip des clips ». Du Mylène Farmer matin midi et soir, pendant une semaine ! Tout ça à la veille d’une tournée dont nous reparlerons tout de suite après ce tout nouveau clip, « Sans Logique ». Elle est pourtant Vierge, hein, elle est pas Taureau, contrairement à ce que vous allez pouvoir voir dans le clip ! (Mylène sourit)

Le clip de « Sans Logique » est diffusé en entier.

N : Voilà. D’où la pochette, vous comprendrez, pour la trace de sang qu’il y a sur le clip de Mylène Farmer, « Sans Logique ». On va en reparler bien sûr de ce clip, d’abord voyez le cadeau que vous allez pouvoir gagner grâce à cette merveilleuse émission que nous vous présentons sous vos yeux ébahis : vous allez pouvoir gagner le compact d’ « Ainsi Soit Je… », l’album; le compact de « Cendres de Lune », l’album; la cassette vidéo des clips volume un; la cassette volume 2 des clips (Nagui bafouille un peu pendant son énumération) et le baladeur avec la cassette de l’album dedans. (On voit tous ces cadeaux à l’écran) Pff, c’est beaucoup de cadeaux, tout ça !

MF : (suite aux bafouillages de Nagui) C’est compliqué, le français !

N : Hein, c’est compliqué, hein ! Surtout pour quelqu’un qui est es forcément né là-dedans ! (Nagui fait à l’évidence référence au fait que sa mère est professeur de français, nda) (Mylène rit)

Nagui revient alors sur le concours de la semaine précédente avant de se tourner à nouveau vers Mylène.

N : On va voir défiler les dates de la tournée. Ca démarre le 18…

MF : Le 18 mai, jusqu’au 25…

N : …mai, ça c’est pour les dates parisiennes. Ensuite y a plein de dates en province et puis comme y avait encore du monde, parce que là c’est déjà complet pour le Palais des Sports, vous avez rajouté une, voire deux dates, à Bercy au mois de décembre pour clore cette tournée. (Mylène acquiesce) Retour à la case départ, ça c’est génial ça !

1989-02-aMF : Oui, c’est formidable.

N : On peut rajouter une troisième date, si ça continue, non ?

MF : Eventuellement…

N : On va pas se gêner pour se faire du bien ! Ca comporte combien de personnes le Palais des Sports ?

MF : Je crois que c’est autour de cinq mille personnes.

N : Cinq mille personnes et y a sept soirs déjà pleins ?

MF : Oui.

N : Bon, ce qui fait déjà deux Bercy à lui tout seul, donc y a aucun problèmes on peut en rajouter, c’est l’équivalent. Alors Mylène, « Sans Logique » c’est un… Moi je suis surpris, on te voit pas nue dans « Sans Logique », c’est bizarre après « Libertine » et « Pourvu qu’elles Soient Douces »…

MF : C’est de la provocation, ça, Nagui !

N : Non je sais pas ! Ben écoute, c’est de la provocation aussi ce que tu fais des fois dans les clips.

MF : Non, le sujet ne se prêtait pas à la nudité, c’est tout.

N : Voilà. Alors en fait, tu as dit souvent dans la presse que le but n’était pas forcément de provoquer mais que s’il y avait certaines scènes qui pouvaient dérouter les gens, c’était parce que ça dépendait plus du sujet que du simple plaisir que de les choquer.

MF : Oui. Moi je n’ai aucun plaisir à me dénuder sur un plateau. C’est assez difficile, même si c’est en équipe réduite, c’est toujours plus difficile…

N : Oui mais enfin on devine que ça va être vu par des millions de gens, aussi…

MF : C’est vrai, mais ça on n’y pense pas. Il y a cette espèce de divorce, comme ça, sur le tournage. C’est pas la même chose…

N : C’est l’artistique distingué du vulgaire, c’est ça ?

MF : Je crois que oui, il y a une espèce d’inconscience, je crois, que de faire ça. Et puis quand bien même, hein ?! (large sourire)

N : Oui : sans contrefaçon, on se fout du qu’en-dira-t-on ! Alors, est-ce que tu as un côté justement inconsciente ou plutôt très, très, très consciente de tout ce qui se passe ?

MF : Je ne sais pas si je suis l’incarnation de la cartésienne, je crois pas, non. Mais je crois que j’ai les pieds en tout cas sur terre, oui.

N : T’as les pieds sur terre, et tu sais complètement ce que tu fais, ce que tu dis : tout est pesé, réfléchi et calculé. Quand tu écris les textes d’une chanson, c’est maîtrisé, dans tous les sens du terme.

MF : Oui, j’essaye en tout cas de les maîtriser. Je crois qu’il y a pas de perfection mais j’essaye d’y accéderN : OK. Alors, encore une fois dans ces fameuses interviews – c’est vrai que tu en donnes pas beaucoup des interviews…

MF : Parce que je ne m’y sens pas très à l’aise, c’est la seule réponse je crois.

N : Là, ça va pas bien ?

MF : Pas très bien, non ! (sourire)

N : Bon on va essayer que ça aille mieux ! Tu me dis, tu me fais un petit signe dès que ça va un tout petit peu mieux ! (rires de Mylène) Y a beaucoup de références dans ce que tu dis à Baudelaire, auquel tu rends un hommage dans « L’Horloge » en mettant en musique avec Laurent…

MF : Y a d’autres auteurs, mais c’est vrai que j’aime beaucoup Baudelaire. J’aime beaucoup…

N : Edgar Poe !

MF : Edgar Poe, c’est vrai.

N : Et Luc Dietrich.

MF : Luc Dietrich. J’aime beaucoup le théâtre de Steinbeck, mais il y en a tant d’autres. Je cite un petit peu, c’est vrai, toujours les mêmes parce que ce sont effectivement des livres de chevet.

N : Bon, et généralement si on prend Baudelaire et Edgar Poe, ils ont des problèmes existentiels. Là, tu as demandé Jacques Brel avec « Ne me quitte pas », ce qui peut aussi être un…

MF : …qui pourrait faire partie de la même famille, certainement, oui. Pour moi, c’est probablement le plus grand interprète, avec Reggiani aussi. J’aime beaucoup Reggiani. Et « Ne me quitte pas », c’est un cri qu’on formule très souvent.

Diffusion d’une séquence d’archive où Jacques Brel interprète « Ne me quitte pas ».

N : Une petite précision : en plus de tous les cadeaux que nous vous avons montré tout à l’heure, vous allez pouvoir gagner également deux invitations pour aller voir Mylène Farmer en concert, que ce soit à Paris ou en province vous pouvez écrire de partout. Et puis concernant – voilà l’affiche – (l’affiche du spectacle apparaît à l’écran) donc ce Palais des Sports, mais y a également les concerts parisiens du Palais Omnisports de Paris Bercy, les places ne seront en vente qu’à partir du mois d’avril.

MF : Oui.

N : C’est ça, hein ?

MF : Paraît-il…

N : Oui d’accord, mois d’avril. Bon alors, à propos de Jacques Brel, et pour revenir à ce côté Baudelaire et Edgar Poe, on a l’impression que par moments tu portes tout le malheur de la Terre sur tes frêles épaules.

MF : C’est lourd, quelques fois !

N : C’est lourd, hein ?!

MF : Moi-même, je suis très frêle et c’est difficile parfois.

N : Mais pourquoi ? Qu’est-ce qui s’est passé ? Je veux dire, sans faire de confessions ou de psychanalyse, c’est récent comme tournure d’esprit, ou c’est quelque chose qui a toujours été ancré en toi comme sentiment ?

MF : Je vais dire quelque chose d’autre : c’est pour ça que moi je n’aime pas les interviews parce que je préfère, c’est vrai, dévoiler la nature de mes sentiments dans mes chansons plus que dans les interviews.

Pourquoi avoir toujours besoin de se justifier ?

N : Je parle pas de justification, je demande simplement d’où ça vient.

MF : Je ne sais pas. Y a des personnes, je crois, qui sont plus prédisposées à être heureuses ou malheureuses. J’en sais rien. Je ne dis pas que je suis malheureuse…

N : Ha non, t’as tout pour être heureuse, là !

MF : …je dis que je suis foncièrement lucide, ce qui engendre, je crois, quelquefois des désillusions et quelquefois du bonheur aussi.

N : Y a un inconvénient, j’allais dire, ou un enchaînement tout à fait logique, c’est que ton public s’identifie à tes goûts et à ta manière de voir la vie. On parle de Baudelaire, c’est le spleen, c’est la maladie du siècle, c’est « Les Fleurs du Mal », enfin bon (il s’adresse aux téléspectateurs) lisez Baudelaire, à propos, ça peut toujours vous servir dans la vie !

MF : Parce qu’il y a certainement, effectivement, beaucoup de personnes qui se retrouvent ou dans ces textes, ou dans cet univers musical, ou tout simplement dans cet univers. Je crois pas que toutes les personnes soient très, très heureuses et aujourd’hui je crois que c’est aussi de plus en plus difficile.

N : Et toi, qu’est-ce qui te rend heureuse ?

MF : Votre rencontre, probablement ! (grand sourire)

N : Bon ! Sinon, tu as demandé Depeche Mode. Qu’est-ce qui te séduit ? Le côté anglais, le côté rythmé ?

MF : Je crois que c’est un tout, là aussi. C’est un univers, d’abord, un compositeur qui est formidablement doué et puis des paroles qui sont assez belles, parce que je comprends l’anglais plus que je ne le parle, finalement ! (rires)

Diffusion d’un clip de Depeche Mode.

N : Le monsieur dont nous parlions pour les compositions, c’est Martin Gore, qui est le blond bouclé sur le devant…

MF : …qui est tout petit !

N : Tout petit derrière ses claviers ! L’ambiance dans laquelle tu vis : tu vis dans une ambiance sombre ? Eclairée ? L’appartement, comment ça se passe, l’intimité ? On sait qu’il y a les singes, les fameux singes…

MF : C’est très peu meublé, c’est rouge et noir (rires de Nagui qui visiblement ne peut s’empêcher de penser à Jeanne Mas !), et que dire d’autre ? Y a une très, très grande cheminée qui est très, très belle et j’ai une chambre qui est très, très sombre, qui approche le noir, c’est bleu marine très, très foncé.

N : Ca fait partie des couleurs que tu aimes bien, le noir, le bleu, le rouge… ?

MF : Oui. Le rouge, un petit peu moins.

N : Le rouge sang, peut-être, non ?

MF : La couleur du sang, oui, j’aime beaucoup, mais c’est un rouge très, très foncé, très dense.

N : Ce qu’on a vu dans le clip, le mariage par le sang, ce que des fois on fait quand on est gamin, tu l’as déjà fait ?

MF : C’est quelque chose que j’ai fait quand j’étais toute petite, mais au bout du doigt. Ca faisait moins mal !

Parce que l’entaille, là, était plus profonde ! (elle désigne en souriant sa main en référence à cette séquence du clip)

N : Oui, et puis c’était plus mignon en plus, mais c’était moins visuel donc on a essayé de le mettre dans la paume de la main ! (rires) Tu avais aussi raconté que « Sans Contrefaçon », tu avais déjà fait le côté garçon en mettant un mouchoir dans ton pantalon.

MF : Oui, je n’essaye pas de fabriquer des anecdotes.

N : Mais on va finir par trop bien te connaître, j’allais dire, entre les paroles de chansons et les clips !

MF : Finalement, oui.

N : Pour quelqu’un qui veut préserver sa vie privée…

MF : Je vais peut-être arrêter !

N : De chanter ?

MF : Peut-être ! (sourire)

N : Oh, dis pas ça, tu nous fais du mal ! (rires de Mylène) La déclinaison généralement de ce genre de clips, c’est d’aller un tout petit peu plus loin sur scène. Ca, c’est quelque chose qui a intéressé Thierry Mutin, qui te pose une question.

1989-02-fDiffusion d’une vidéo où Thierry Mutin, chanteur des années 80, s’adresse à Mylène.

Thierry Mutin : Bonjour Mylène. Pour moi, l’univers de tes clips est indissociable de ton image et j’aimerais savoir comment tu vas concilier tes clips et tes chansons sur scène.

N : Ha oui, le décor, l’ambiance…

MF : Je ne sais pas si je vais répondre à cette question, dans la mesure où je ne dévoilerai rien de cette scène. Je peux dire que cette scène sera le reflet certainement de mon univers et celui de Laurent Boutonnat.

N : D’accord. Un tout petit peu XVIIIème siècle sur les bords ?

MF : Non, du tout.

N : Du tout ! (ironiquement) Beaucoup de chevaux… (rires)

MF : (sur le même ton) Beaucoup de chevaux, de femmes nues, on l’a déjà dit ! (sourire)

N : …de femmes nues, du sang, voilà, bref ! Allez-y et emmenez une blouse parce que peut-être qu’il va se passer des choses ! (rires) Tom Waits (acteur et chanteur américain souvent présenté comme maniacodépressif, nda) : alors là c’est, encore une fois, comme Baudelaire, comme Edgar Poe qui était quand même un alcoolique, faut bien le préciser, Tom Waits c’est aussi l’image… Tu es attirée par l’alcool ? Tu es attirée par…?

MF : Je suis séduite par les hommes qui boivent, oui.

N : (interloqué) C’est vrai ?!

MF : Oui, c’est vrai.

N : Bon, ben j’ai aucune chance, écoute ! Alors, le « Downtown Train » (chanson de Tom Waits extraite de son album « Rain Dogs » sorti en août 1985, nda), c’est une ambiance de piano-bar que tu aimes retrouver ?

MF : Moi je connais très, très peu Tom Waits, c’est vrai. Je l’ai découvert au travers d’un clip qu’avait réalisé heu…aidez-moi ! Une photographe… (elle cherche)

N : Une photographe… Bettina Rheims ?

MF : Non, pas Bettina Rheims. Oh, c’est dommage on oublie les noms, c’est terrible…

N : Bon, on va le retrouver pendant le clip, en tout cas !

MF : Je vais réfléchir, oui. Et y a une ambiance qui est assez belle dans ses clips. Et puis il a une très, très belle voix.

Diffusion du clip de Tom Waits

N : (après la diffusion du clip, il se tourne vers Mylène) Tu as retrouvé la photographe ?

MF : Oui, qu’elle me pardonne : c’est Dominique Isserman, qui a beaucoup de talent (elle signera une séance photo avec Mylène pour l’album « Avant que l’Ombre…» en 2005, nda)

N : Je suis sûr qu’elle te pardonne ! (…)

Lancement d’une page de publicité, puis retour plateau.

N : Mylène Farmer, qui prépare ardemment sa scène. Ca veut dire quoi, préparer ardemment la scène ?

Répétitions, musiciens, déjà ?

MF : Pas encore, non.

N : Non ?

MF : Je vais le faire dès début avril. Mais quand même répétitions puisque je réalise les chorégraphies sur la scène. J’ai une jeune fille (Sophie Tellier, nda) qui les apprend pour pouvoir les inculquer aux autres danseurs.

N : Ha d’accord, donc en fait tu apprends à une personne qui après apprend aux autres ?

MF : Oui, parce que pendant ce temps-là, moi je répéterai avec les musiciens.

N : D’accord, donc puisqu’il faut analyser, je commence à comprendre comment il faut faire, donc il faut comprendre qu’il va y avoir des danseuses. Plusieurs danseuses, si y en avait qu’une ou deux, elle aurait appris aux deux en même temps. Non, y aura beaucoup de danseuses. On va y arriver à commencer à savoir quelque chose…

MF : Vous oubliez les danseurs !

N : Les danseurs ? Oui, pardon ! Danseurs qui seront peut-être choristes, aussi de temps en temps, à la fois.

MF : Je ne pense pas, non…

N : Elle ne pense pas. Vous voyez qu’on arrive à avoir des petits renseignements ! Bon, et la mise en forme aussi, parce qu’on a vu aussi plein de reportages chez nos confrères de Télé 7 Jours comme quoi tu courrais avec Rambo (surnom de son coach, Hervé Lewis, nda).

MF : Je n’en ai fait qu’un !

N : De reportage ?

MF : Oui (cf. Télé 7 Jours, 10.12.1988). J’ai effectivement un entraîneur qui s’entraîne avec moi –qui m’entraîne, plutôt- et qui m’apprend à courir, ce qui n’est pas une mince affaire !

N : Ca s’apprend, de courir ?

MF : Oh oui, c’est très difficile de courir bien, oui.

N : C’est pour quoi ? Pour la respiration ?

MF : C’est pour le…aidez-moi…pour la mise en forme…

N : Le souffle ?

MF : …c’est pour le souffle, c’est pour une mise en conditions, tout simplement.

N : Il parait que le plus dur, c’était d’arrêter de fumer. C’est vrai ?

MF : C’est vrai. D’arrêter de boire, aussi !

N : Ha oui ? Enfin, de l’alcool ?

MF : Non, du Coca Cola !

N : (…) Tu as arrêté de boire, plus de sucreries, plus rien ?

MF : Non. De moins en moins, en tout cas.

N : Et tu te présentes pour être Miss France bientôt, avec une forme comme ça ?

MF : Si vous êtes mon cavalier : peut-être !

N : Le cavalier ? Oh, je préférerais faire le cheval, soyons fous ! (rires de Mylène) Alors, voici Daniel Darc avec « La Ville ». Je sais que tu adores Daniel depuis Taxi Girl, tu te sens fan ? Pardon : vous vous sentez fan ?

MF : Fan n’est peut-être pas le mot approprié, j’aime beaucoup…

N : ‘Femme’, peut-être alors, non ?

MF : Non plus ! J’aime beaucoup son univers, j’aime beaucoup cette chanson et…que pourrais-je faire comme relation ? J’ai vu « Birdy » récemment (film de Alan Parker où un homme perturbé par son engagement dans la guerre du Vietnam se prend pour un oiseau, nda) et je trouve que ce pourrait être le personnage de « Birdy », voilà, qui veut voler et qui n’y arrive pas.

Diffusion du clip « La Ville » de Daniel Darc.

N : (…) Mylène, que va-t-il se passer dans les quelques jours qui vont précéder la tournée ? C’est-à-dire une fois que tout sera prêt, est-ce que tu vas te ‘concencrer’ (il bafouille) te concentrer ? ‘Consencrer’, aussi on peut !

MF : Choisissez ! (rires)

N : Je sais pas, ‘concentrer’ je préfère !

MF : …me concentrer…

N : (il reprend) …faire du yoga, te retirer, rester seule dans un coin, enfin je sais pas : qu’est-ce qui se passe, généralement ?

MF : Non…Je ne prépare jamais à l’avance, donc je ne sais pas.

N : Tu sais pas ?

MF : Non. Probablement je continuerai de m’entraîner et puis…et puis, je n’en sais rien.

N : Bon. Cette timidité médiatique, elle existe aussi dans la vie privée ?

MF : Avec mes très proches, non, parce que nous avons enlevé le masque, très certainement.

N : Et la main aussi ? (cette remarque de Nagui vient du fait qu’en répondant Mylène repose sa tête sur sa main)

MF : La main reste toujours, d’ailleurs elle est fixée ! (Mylène fait mine de ne pouvoir décoller sa main de son visage)

N : (…) Pour parler quelques petites secondes de Laurent Boutonnat, parce que c’est quand même la personne qui se cache derrière Mylène Farmer et qui fait plein de trucs : qui fait les musiques, qui fait les clips… Comment on peut le présenter au public, aux téléspectateurs ? Qu’est-ce qu’on peut dire de lui ?

MF : Oh, c’est un homme qui a un physique romantique, c’est un homme qui a ses névroses, qui a, je crois, beaucoup de talent et qui aime particulièrement la musique et le cinéma, je crois, et qui aurait envie et qui va réaliser un premier long-métrage.

N : Avec Mylène Farmer dans le premier rôle ?

MF : Je ne sais pas. (grand sourire)

Nagui revient ensuite sur le concours annoncé en début d’émission et annonce aux téléspectateurs la question : quel artiste Mylène a-t-elle associé dans ses goûts musicaux avec Jacques Brel plus tôt dans l’émission ? On revoit les cadeaux à l’écran et les dates de la tournée défilent à nouveau.

N : Y a plein de concerts, c’est la folie ! Y a combien de jours ou de mois de tournée ? Ca commence en mai, ça finit en décembre ?

MF : Non, ça commence…La salle parisienne (le Palais des Sports, nda), c’est en mai et la tournée en province commence en septembre, octobre, novembre et décembre, ce que vous disiez.

N : A Paris, oui, je peux le redire : décembre, le 8 et le 9, donc au palais Omnisports de Bercy (il s’agit en réalité des 7 et 8 Décembre, comme l’indique le bandeau défilant sur l’écran, nda). Le 12 Décembre, vous serez en concert, vous, Mylène Farmer ?

MF : (regard perdu) Je ne sais plus… (Mylène semble ne pas comprendre le sens de la question, et pour cause puisque Nagui fait erreur)

N : Le 12 décembre, c’est votre anniversaire, faut savoir ! (Nagui se trompe effectivement sur la date d’anniversaire de Mylène, nda) Les anniversaires, ça se fête ! Bon, tant pis !

MF : Oui, je ne comprends pas. C’est difficile de vous suivre !

1989-02-cN : Pas du tout ! C’est moi qui suis peut-être un tout petit peu fouillis ! Un petit commentaire sur Kate Bush, puisque c’est le dernier clip que nous allons voir ? C’est la version anglaise de Mylène Farmer ?

MF : Non, ne dites pas ça ! Non… C’est une chanteuse merveilleuse, elle est douée pour tout : pour la composition, l’écriture, le cinéma…

N : Oui, c’est ce que je voulais dire !

MF : Non, je ne fais sincèrement aucune relation.

N : Bon. Et y a eu déjà beaucoup de propositions, de scénarii pour Mylène Farmer ?

MF : Y en a eu quelques-uns, oui.

N : Qui n’ont pas reçu une réponse positive pour l’instant ?

MF : Non, parce que pour l’instant j’exerce ce métier que j’aime, qui est la chanson.

N : Oui. C’est vrai que si jamais vous ne faites pas de cinéma, ça serait cata pour vous ?

MF : Oui. Oui, oui. Sans parler de reconversion, je crois que ça serait une prolongation, une continuité. En tout cas, quelque chose d’essentiel pour moi.

N : OK. Merci, Mylène. ‘Vous’ avez été très sympa, ‘tu’ reviens quand tu veux !

MF : Je reviendrai ! Merci Nagui. (l’émission ne perdurant pas, Mylène ne pût honorer sa promesse, nda)

N : A bientôt. (Il annonce ensuite les prochains invités de l’émission, au nombre desquels figure Alain Souchon) T’aimes bien Alain Souchon ?

MF : Oui, j’aime bien Alain Souchon.

L’émission se finit sur un clip de Kate Bush.

 

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COOL avec Mylène

Posté par francesca7 le 13 octobre 2014

 

MAI 1987

1987-08-aAprès « Libertine », « Tristana » : une autre chanson stylée Mylène Farmer, avec toute l’originalité que ça implique…

- A ce sujet je ne sais pas quoi vous dire. Disons que c’est une chanson qui est différente de « Libertine », c’est une histoire simple. L’entrée en matière est difficile… (sourire)

La mélodie de « Tristana » a une couleur orientale. Hasard ?

- Pas tout à fait. On a essayé un petit peu de donner une couleur slave, une atmosphère d’Ukraine à la chanson. Bien sûr la flûte de pan, ce n’est pas vraiment russe mais cela contribue au climat. Et c’est aussi un peu oriental. J’aime bien les chansons orientales, elles sont souvent très belles.

D’où est venue l’idée de cette chanson ? Il y a un détonateur pour les écrire ?

- Non. C’est souvent à partir d’une mélodie qu’on travaille, donc déjà la musique donne l’atmosphère, l’ambiance sur une idée. Sinon, je n’ai pas de méthode d’écriture. Je travaille avec Laurent Boutonnat et on voit venir. Là, le sujet, ça pourrait être la mélancolie, le désespoir.

Le climat domine toujours dans vos chansons. Celui de « Tristana » est plus froid, plus mystérieux, que celui de « Libertine ».

- Oui, c’est un petit peu angoissant. Il ressemble à l’ensemble de l’album qu’on prépare. Ce sera pour septembre.

Une grande aventure, le clip. Racontez-nous.

- On a tourné dans le Vercors pendant 5 jours. J’ai adoré le tournage, différent de « Libertine ». C’est peut-être un peu orienté vers le cinéma, puisqu’il y a des dialogues et une durée de 11-12 minutes. C’était passionnant.

Toujours la même envie de passer devant une caméra ?

- Oui, cette envie que j’ai depuis toujours, mais à très bien gérer, donc avec patience encore.

Vous évoluer dans votre look, notamment votre couleur de cheveux a changé…

- Sur « Plus Grandir », mes cheveux étaient bruns, maintenant ils sont roux, donc après je ne sais pas. C’est vrai que ça évolue… j’allais dire toutes les deux semaines !

Ce sont des envies personnelles ou des exigences par rapport au métier, au côté personnage public qui doit séduire, surprendre ?

- Tout ça, c’est lié. Je ne sais pas bien expliquer le pourquoi du comment. Ce sont des choses qui se font comme ça parce que je pense que c’est une couleur qui me sied bien à un moment donné. Quant aux vêtements, c’est toujours le plaisir de s’habiller, donc de changer. Comme sur « Libertine », on avait beaucoup d’habits du XVIII ème siècle, sur « Tristana », j’ai axé un peu plus sur un univers russe.

Les danseuses en télévision, c’est pour fignoler le tableau dans le sens du spectacle ?

- Je crois que c’est venu comme ça, quand j’ai commencé moi à me pencher sur cette chanson et sur la façon de l’interpréter. J’ai alors tout de suite pensé à deux personnages à côté de moi, et en l’occurrence j’ai pris deux filles. Je voulais qu’elles aient un côté un peu rigide derrière moi, c’est-à-dire je ne voulais pas exploiter complètement la danse comme on peut l’entendre. Il fallait de vrais personnages.

Il y a une image de Mylène Farmer qui n’est pas soulignée énormément par les médias. Vous ne vous exprimez pas à tort et à travers par le biais de la presse…

- Non, parce que je n’aime pas ça, je crois. Il y a une maxime qui dit « Il faut briller par son absence », mais je pense que c’est bien de ne pas être toujours présente, et puis chacun voit ça d’une manière différente. Moi c’est vrai que j’aime bien le silence quelquefois.

Ca fait partie de votre équilibre ?

- Bien sûr. Je suis comme ça depuis ma tendre enfance.

Vous n’aimez pas trop être regardée, observée, questionnée…

- Cela dépend. C’est le plaisir de se produire devant des personnes mais de choisir ces moments-là. Qu’on en soit ou les acteurs, ou les voyeurs mais pas les victimes. Ca, non !

Vous suivez ça de près chez les autres ?

- Non, je lis peu les journaux. Je regarde de moins en moins la télévision, donc les interviews. Mais fatalement, on voit un peu ce qui se passe autour de soi. Je n’y attache pas une importance capitale.

Vous avez participé à l’écriture du scénario du clip ?

- C’est toujours pareil, on a travaillé ensemble Laurent et moi. Maintenant, le support de cette vidéo, ça pourrait être « Blanche-Neige et les Sept Nains ». Donc, il y avait déjà une colonne vertébrale, une traîne.

Après Laurent a fait le découpage. Comme il pratique le cinéma, ça va très vite visuellement, dans son esprit.

J’ai l’impression que vous suivez fidèlement votre direction sans vous préoccuper des modes, des courants pops ou autres…

- Je crois qu’on ne peut pas trop s’occuper de ce qui se passe ailleurs. Je ne conçois pas les choses comme ça. Ce ne sont même pas des questions que je me pose. C’est faire ce qu’on a envie, point final, et puis après les personnes le perçoivent ou non. Pour l’instant, c’est plutôt agréable.

Ca aide à se sentir mieux, ça donne de l’assurance ?

- Ca ne se passe pas réellement comme ça, ce sont des choses tellement minimes. Mais c’est vrai que ça donne une certaine confiance, certainement. Et puis on arrive au stade où ce n’est plus un 45-trs qui va être jugé, mais un ensemble de choses. A partir de là, les gens vous regardent d’une autre façon.

La réussite, l’envie de prouver, c’était un but depuis toute petite ?

- Il y avait une envie de sortir des sentiers battus, c’est évident. Un besoin de se faire remarquer sous telle ou telle forme. Envie d’exister à ma façon…

Si ça n’avait pas été la chanson ?

- Peut-être le cinéma. Si ça n’avait pas été le cinéma, pourquoi pas l’écriture, mais tout ça c’est dit ‘peut-être’.

Ca reste un des domaines artistiques avec l’envie de montrer quelque chose au public.

- Oui. Sinon je dis toujours après : élever des singes. Mais ça, ce sera une affaire entre les singes et moi, donc ça n’intéressera pas le public. C’est quelque chose que je pourrais faire aussi.

Qu’est-ce qu’on vous dit dans cotre courrier ?

1987-08-b- Il y a les sempiternelles questions sur l’acteur préféré, l’animal préféré, la façon d’arriver à ce métier et puis il y a des choses un peu plus profondes. Sans faire de généralités, il y a quand même des choses qui reviennent sur l’atmosphère que je propose à travers mes albums. C’est certainement des textes et des univers qui les touchent profondément. Et il y a beaucoup de personnes désespérées qui m’écrivent, et des témoignages qui sont vraiment émouvants. Autant, c’est vrai, j’ai quelque fois du mal à dialoguer, les lettres c’est quelque chose que j’adore. Je réponds toujours. Il y a des lettres auxquelles vous vous devez de répondre.

Cette confiance que les gens vous accordent, c’est quelque chose qui vous étonne, qui émeut ?

- Qui émeut, oui, qui peut bouleverser. Pour moi, c’est du domaine presque de l’inquiétant, parce que c’est la question ‘Qu’est-ce qu’un artiste ?’, ‘Qu’est-ce qu’il peut véhiculer ?’. C’est étonnant de pouvoir avoir cette espèce de pouvoir…

 

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Une tournée pour Mylène en 2015 : bonne question

Posté par francesca7 le 11 octobre 2014

mf_tour_2015-208a7 Quand Mylène Farmer repartira-t-elle en tournée ? Son prochain album devant sortir fin 2014, certains fans espèrent l’organisation d’une nouvelle tournée dès 2015. Celle-ci succèderait au Timeless Tour qui avait réuni près de 600 000 spectateurs à travers l’Europe.

Tous les signaux sont au vert pour Mylène Farmer. Si rien d’officiel n’a encore filtré, tout porte à croire que son retour est imminent. Après d’insistantes rumeurs de collaboration avec le groupe Muse, c’est l’écrivain Hugues Royer [dont les informations s’avèrent souvent justes, NDLR] qui vient ajouter de l’eau au moulin. Il affirme ainsi que le nouvel album de la belle a effectivement été enregistré entre Paris et Londres et qu’il devrait paraitre sans prévenir avant la fin de l’année 2014. Derniers arguments apportés : Mylène serait récemment passée devant l’objectif de la photographe Nathalie Delépine et elle aurait aussi été aperçue à la sortie d’une salle de sports parisienne, affichant une silhouette de rêve..

Dès lors, si le successeur de Monkey Me (2012) sort bel et bien en fin d’année 2014, serait-on en droit d’espérer l’organisation d’une nouvelle tournée en 2015 ? Peut-être.

Image de prévisualisation YouTube

http://www.youtube.com/watch?v=kt6qlNQtBxc

Timeless 2013, le précédent tour, fut un succès indiscutable. Un an après avoir attiré près de 600 000 spectateurs à travers l’Europe et quelques mois seulement après la projection au cinéma de sa captation établissant un record historique avec plus de 100 000 spectateurs pour une séance unique, ce fut ensuite au tour du DVD du concert d’être certifié triple diamant avec 16 semaines consécutives en tête des ventes des vidéos musicales ! « Pour les artistes intemporels, les diamants sont éternels », s’enorgueillait le label Polydor en septembre 2014.

Pour découvrir l’agenda 2014 des concerts à Pariscliquez ici ! Et pour l’agenda des concerts 2015cliquez là !

En savoir plus sur http://www.evous.fr/Mylene-Farmer-tournee-2015-2016,1187612.html#oZfZUUPyBmrdRakd.99

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Mylène Farmer : Mystère, mystère

Posté par francesca7 le 11 octobre 2014

 

1987-06-aEmission GRAFITTI  de MARS 1987

Eh bien chère Mylène, nous allons parler de votre discographie, plus particulièrement de « Tristana », votre dernier single. Un titre tout nouveau, tout beau, qui n’apparaissait pas dans l’album.

- Effectivement. Et on va l’y insérer car il va y avoir une nouvelle sortie de l’album sur vynil bien sûr  mais aussi en compact. J’ai envie de faire exister ce 30 centimètres un peu plus qu’il n’a existé. De plus, comme j’ai bénéficié d’une chanson qui a bien marché, « Libertine » pour ne pas la citer, j’avais envie aussi que « Tristana » figure sur mon premier album.

« Maman à tort », « On est tous des imbéciles », « Libertine », un univers ‘indéfini’. Farmer ne refait jamais du Farmer, alors avez-vous raison ? Et est-ce le bon choix de renaître à chaque fois sous une forme différente ?

- Je sais que ça tourmente beaucoup de personnes. C’est vrai que « Tristana » ne ressemble pas à « Libertine », même si ce titre est de la même veine que l’album mais je ne voulais en aucun cas imiter ou faire le plagiat de « Libertine » parce que ça ne m’intéresse pas.

Interprète avant tout : un statut confortable ! Etes-vous à l’aise dans la peau d’une muse aspirant ses auteurs attitrés ?

- En ce qui concerne les textes j’y suis pour quelque chose dans la mesure ou soit je les co-signe, soit je les inspire. Et puis pour les musiques, c’est pareil, je m’y intéresse de très près. Je suis quand même très présente même si c’est vrai que ma signature n’apparaît que très rarement sur l’album. Quant à l’interprétation, c’est à moi de faire le travail de chorégraphie, le travail de l’artiste en fait. Normal !

Une équipe autour de vous, alors si vous présentiez ceux qui se cachent dans l’ombre de leur star préférée ?

- C’est la même équipe depuis le début. Il y a le compositeur qui est aussi le réalisateur du clip, c’est Laurent Boutonnat et il y a quelqu’un qui me suit de très près, c’est Bertrand Lepage, il est, un mot que je n’aime pas beaucoup, mon manager, mais en définitive c’est beaucoup plus que ça et puis bien sûr, il y a la maison de disques qui est toujours derrière nous, avec nous.

Mannequin hier, chanteuse désormais, un changement de décor dû au hasard ou répondant à une nécessité absolue ?

- Ce sont les rendez-vous de la vie qui vous mènent là où vous allez. Chanter, ce n’était pas une  vocation bien que la musique m’ait toujours accompagnée. Je m’orientais plus vers le théâtre ou le cinéma, c’est vrai, mais je voulais de toute façon, occuper une place artistique et faire un métier de création.

Importante, l’apparence chez vous, la forme contre le fond ? Un match au sommet, qu’en pensez-vous ?

- Avant tout je cherche à me faire plaisir mais il est un fait aujourd’hui que l’image l’emporte sur le reste, et que les gens sont plus accrochés par une coiffure, des vêtements, une façon de s’habiller, les attitudes ou les comportements arrivant en deuxième position. Les apparences, c’est ce que l’on peut prendre tout de suite, instantanément. Il y a une femme que j’aime vraiment beaucoup c’est Kate Bush justement parce qu’elle a exploité tous les domaines ! D’abord elle bouge très, très bien, elle sait se servir de son corps merveilleux et puis elle a aussi des chansons qui me fascinent.

Distante, soft, prenez-vous du plaisir à exercer ce métier de professionnelle avancée ?

- Bien sûr, jamais je n’aurais pu travailler dans un bureau ! C’est un plaisir extrême mais les contraintes sont inévitables ! Nous sommes des privilégiés, on nous donne l’antenne, l’image, la possibilité de chanter, d’occuper les ondes. C’est formidable.

Etes-vous perfectionniste ?

- Maniaque même ! Je tiens cela de mon papa. Je suis aussi très colérique. On ne peut pas dire non plus que je sois facile à vivre pour mon entourage.

Vous ne regrettez rien et surtout pas votre existence de mannequin ?

- Tout à fait. Ce métier n’avait aucun intérêt mis à part de me permettre de gagner facilement et rondement ma vie.

Alors comment s’improvise-t-on chanteuse ?

- On ne s’improvise pas. Je crois aux vertus du travail, de la persévérance et de la chance. « Maman a tort », mon premier 45-trs, a super bien fonctionné, ensuite il y a eu « On est tous des imbéciles » qui n’a pas connu le succès public escompté mais ce n’est pas grave, car il faut savoir faire avec les hauts et les bas. On apprend, on se construit, à travers des disques et des images.

A quand les nouvelles images de Farmer clippées ?

- Très prochainement sur nos écrans, les amis ! Et ce clip risque de vous surprendre. Il y aura des loups, de la neige et une belle histoire avec la participation d’une star dont je ne peux pas encore divulguer l’identité.

Mylène actrice, une éventualité ?

- Oui mais il faut bien le reconnaître, je ne croule pas sous les scénarios et puis les propositions ayant été inspirées par « Libertine », les films tournaient tous autour du même sujet si vous voyez ce que je veux dire…

Justement, penchons-nous sur les images. Celles du clip « Libertine » n’étaient pas à mettre dans tous les yeux !

- Ce clip, c’est surtout un amour du cinéma et des images. Moi je le trouve au contraire très romantique. On n’a pas ‘appuyé’ sur les mots, mais on a raconté une histoire avec des bagarres entre filles, avec des chevaux.

« Libertine », « catin » un langage XVIIIème, désuet, aux antipodes du clip branché, un vocabulaire facile à défendre ?

- C’était marrant de remettre au goût du jour ces mots d’une autre époque et puis être chanteur c’est aussi savoir faire l’acteur. Etre capable d’interpréter une prostituée et le lendemain être crédible sous les traits d’une religieuse.

Solitaire, indépendante, des qualificatifs qui vous vont à ravir n’est-ce pas ?

- Complètement. N’est-on pas définitivement seul ?

Conserve-t-on ses amis malgré le succès ?

- J’ai un cercle d’amis très restreint et pour eux je suis restée Mylène, sans Farmer.

Les chanteuses se déshabillant, une mode qui vous ravit ?

- J’ai remarqué, à mon avis, que c’est devenu un peu trop systématique, et puis il ne suffit pas de vêtir un porte-jarretelles pour se vouloir sexy. C’est plus subtil que cela.

Vous verra-t-on à la une d’un magazine de fesses au féminin ?

- J’ai mes clips pour ça !

Vous n’êtes pas comme tout le monde.

- On n’est jamais réellement comme tout le monde parce que lorsque vous marchez dans la rue, les personnes vous reconnaissent. On ne peut plus regarder les autres, car ce sont eux qui nous observent, et on ne peut jamais être soi-même, puisqu’il y a forcément un regard. Parfois c’est très gênant.

Comme dirait Gainsbourg : Aquoiboniste. Vous répétez sans cesse «A quoi bon, à quoi bon… ? »

- Merci, Monsieur Gainsbourg de me l’avoir soufflé.

La chanson, est-ce un art mineur ?

- Qui encule les arts majeurs (rires).

Des voyages au bout de l’horizon ?

- Le Canada, bien sûr, où je vais faire de la promo, ce qui va me permettre surtout de renouer avec ce pays de mon enfance. D’y retourner avec un métier dans les mains ça me fait vraiment très plaisir.

Mission secrète ! Vous ne vous dévoilez guère ?

- Il y a des choses que je trie en interview parce qu’elles appartiennent à mon intimité.

Etes-vous révoltée ?

- Je suis née révoltée, alors !

1987-06-bEncaissez-vous les coups ?

- J’ai appris, je suis devenue juge ! J’encaisse, je souris, je ne dis pas ‘merci’, mais presque ! A mon avis, c’est plus intelligent que de répliquer parfois !

Etes-vous si mystérieuse qu’il y paraît ?

- Non, mais il y a mon métier d’un côté, mes disques, mes clips, mes prestations… A part cela, le reste c’est mon jardin secret.

Optimiste ?

- Pas vraiment. Disons qu’à un moment de mon existence, je suis tombée dans un lourd pessimisme et puis je me suis replongée dans l’action. Voilà, c’est ce qu’on appelle la philosophie, non ?

 

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Mylène Farmer à SACRÉE SOIRÉE

Posté par francesca7 le 5 octobre 2014

 

17 AVRIL 1991 – Présenté par Jean-Pierre FOUCAULT -  TF1

1991-03-bPremière prestation télévisée pour Mylène Farmer depuis un an et demi, c’était d’ailleurs à Sacrée Soirée, en novembre 1989. Pour sa première interprétation de « Désenchantée », qui est déjà un tube, à la télévision, Mylène porte un costume entièrement blanc, veste et pantalon, jusqu’aux chaussures plates. Elle est accompagnée de danseuses qui l’accompagnent sur sa chorégraphie.

Avant la chanson, Jean-Pierre Foucault lance un petit montage vidéo reprenant des images de « En Concert ». Puis, une fois la chanson terminée, il s’approche de Mylène.

Jean-Pierre Foucault : Bonsoir Mylène. Quelle ambiance ! Hé bien oui, parce que quand on fait défaut comme ça pendant plusieurs mois…Y’a combien de temps qu’on s’était pas vus à la télévision, Mylène ?

MF : Je crois que ça fait presque deux ans.

JPF : Deux ans, pour bon nombre de personnes qui sont là et qui sont devant le récepteur, ça fait beaucoup.

Alors nouvel album, Mylène…

MF : Oui. Je crois que c’est le troisième également ! (sourire)

JPF : C’est toujours la même équipe…

MF : C’est la même équipe. Je travaille toujours avec Laurent Boutonnat, et depuis peu avec Thierry Suc.

JPF : Alors on a vu des images exceptionnelles de Bercy. On pense déjà à un retour sur scène ou alors c’est une question qui n’est pas d’actualité du tout ?

MF : C’est quelque chose que je délaisse un peu pour l’instant. (soupir) J’ai eu l’envie de faire cet album, maintenant je crois que tout démarre d’un désir, donc pour l’instant j’ai eu quelque chose de tellement fort que je crois que je vais attendre un petit peu. C’est un peu confus tout ça ! (sourire)

JPF : On va encore attendre ! Mylène, c’est une spécialité, nous fait attendre ! Non mais c’est bien, c’est une bonne chose parce qu’on attend avec grand plaisir les choses que l’on aime et les gens que l’on aime. Alors moi j’ai vu le clip. Superbe clip. On a vu les images dans Télé 7 jours. La question qu’on est amenés à se poser les uns les autres, c’est pourquoi pas du cinéma ? Là aussi, c’est une sensation forte !

MF : C’est quelque chose aussi que je souhaite faire. J’ai quelques propositions et j’attends les…ma réponse finalement ! (rire)

1991-03-aJPF : Bon, ben on verra bien ! Dernière question : qui fait la chorégraphie de chacune des chansons qui est toujours extrêmement réussie ?

MF : C’est moi qui la fais ! (sourire)

JPF : Mylène Farmer ! Merci beaucoup. Merci à vous. Mylène à Sacrée Soirée. A bientôt Mylène. Merci.

Mylène est chaleureusement applaudie par le public qui crie même son prénom.

Elle revient en toute fin d’émission sur le plateau pour le générique où tous les invités sont présents. Elle est longuement filmée et très mise en avant par le réalisateur, alors que son prénom fuse encore depuis le public.

 

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Le goût de la provocation chez Mylène

Posté par francesca7 le 5 octobre 2014

 

LE RÉPUBLICAIN LORRAIN 19 NOVEMBRE 1989

Entretien avec Daniel FALLET

1989-16-aLes cheveux rouges, c’est une de vos idées ?

- Pas du tout ! Au cours d’un dîner, j’ai rencontré Laurent Boutonnat. Cinéaste, musicien à l’occasion, il a écrit une chanson mais il cherchait avant tout une interprète idéale pour un premier 45-trs – c’était «Maman a Tort». En fait, c’est lui le véritable créateur de l’image Farmer.

Vous vous souvenez de vos débuts ?

- Tout à fait ! Au début, d’ailleurs, je ne pensais pas du tout à la chanson. J’étais bonne cavalière et je rêvais de faire carrière dans l’équitation. Puis j’ai fait de nombreux concours de chant. Mais, découragée, je me suis tournée vers le cinéma. Je me voyais déjà en haut de l’affiche. Je n’ai finalement obtenu que quelques apparitions dans des films publicitaires ou des petits emplois de mannequin. Pas terrible ! A cette époque, j’étais brune, les cheveux bouclés. J’avais l’air sage et ingénue. Heureusement, Laurent est arrivé !

Laurent Boutonnat, votre manager ? (sic)

- Oui. C’est lui qui a changé littéralement mon look, il m’a demandé de couper mes cheveux, de les raidir et de leur donner cette couleur roux écureuil. (la réponse de Mylène continue visiblement sur la confusion entre le manager, Bertrand LePage, et Laurent Boutonnat, nda)

C’est ce qui vous donne cette allure provocante ?

- A vrai dire, je me ‘viole’ moi-même !

C’est-à-dire ?

- J’aime la provocation. J’essaye de donner mon image à défaut de pouvoir donner mon corps !

Vous avez complètement délaissé le cinéma ?

- Pas du tout ! Après le clip « Pourvu qu’elles soient Douces », je projette un long métrage avec Laurent.

Un film provocant ?

- Je ne sais pas encore. Pour l’instant, il faut que je termine ma conquête du show-biz.

Vous effectuez actuellement votre première en province. Comment ça se passe ?

- Formidable ! Je fais une moyenne de sept mille spectateurs par concert. A Lyon, on a même dépassé les quotas habituels : treize mille personnes sont venues me voir ! La tournée compte soixante dates dans une quarantaine de villes pendant quatre mois. Je finirai en beauté à Bercy les 7 et 8 décembre prochain.

Et le public de province est-il le même qu’à Paris ?

- Exactement le même. Chaud, très chaud !

Pourquoi Bercy ?

- Je me disais : ‘Je dois y venir, sinon j’en mourrai’.

Le spectacle sera-t-il différent qu’en province ?

- Non, ce serait trop dur de changer de rythme.

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STAR MAGAZINE : Confessions – Interview fleuve de Mylène

Posté par francesca7 le 2 octobre 2014

 

AVRIL 1989 - Entretien avec Marc THIRION & Jean-François VINCENT

« On peut être une artiste populaire tout en cultivant un certain élitisme. »

Cet entretien est paru très partiellement et plus ou moins remanié en novembre 1988 dans le magazine Spotlight, en décembre 1988 dans Rock News et en janvier 1989 dans Podium. Quelques questions sont également reprises dans Rock Hits en mai 1989. A l’occasion de ce numéro spécial de Stars Magazine, l’interview est alors publiée dans son intégralité. En voici donc le script entier.

1989-02-cA quel moment avez-vous songé à donner une suite au clip de « Libertine » ?

- Le personnage était très fort, nous avions envie de le voir vivre plus longtemps. L’idée d’une suite n’était donc pas exclue dès le tournage de « Libertine ». Tout a ressurgi avec « Pourvu qu’elles soient Douces », même s’il était difficile, voire complexe, de greffer cette histoire autour de la chanson.

Pouvez-vous revenir sur le tournage de ce clip ?

- Nous avons passé huit jours dans la forêt de Rambouillet. Debout à cinq heures du matin et couchés le lendemain vers une heure. J’ai tenu à être présente en permanence, même lorsque je ne tournais pas.

L’équipe technique était composée de cinquante personnes, auxquelles il faut ajouter les quelques six cents figurants. C’était des engagés dans l’armée ou des appelés. Nous avons également travaillé avec un conseiller historique. C’était essentiel pour la crédibilité de tout ce qui touchait à cette époque. Il m’a appris, par exemple, que les femmes tenaient le pistolet différemment des hommes. Si ce clip a été le plus dur à tourner, il s’est révélé le plus passionnant.

Pour vous, le clip est-il un luxe ou un moyen d’imposer vos chansons ?

- Le clip de « Pourvu qu’elles soient Douces » a coûté près de 2,8 millions de francs. On peut donc parler de luxe ! Pour ce qui est de la seconde partie de votre question, je crois aujourd’hui en avoir la réponse. La chanson a démarré comme une fusée, ce qui est toujours un peu effrayant. C’est peut-être le fruit de quatre années de travail. Toujours est-il que si ce clip a enrichi la question, il n’a pas été le facteur primordial de sa bonne marche.

Ce besoin d’illustrer vos chansons en images correspond-il à la pensée de Gainsbourg comme quoi la chanson est un art mineur ?

- Non, il s’agit d’un art comme les autres. D’ailleurs, Gainsbourg a rectifié sa déclaration par la suite en affirmant : ‘Les arts mineurs sont en train d’enculer les arts majeurs’. La musique est essentielle à l’homme, comme le sont les images et les mots. Et puis, tout dépend de qui s’immisce dans cet art, hélas souvent galvaudé !

Pourquoi ce choix du XVIIIème siècle ?

- Je redécouvre aujourd’hui l’Histoire, qui ne m’intéressait guère à l’école. J’adore les costumes du XVIIIème, j’adore me projeter dans cette époque. Avec « Libertine », elle s’est imposée d’elle-même.

Vous semblez néanmoins avoir un côté passéiste…

- Vous faites allusion à mon goût profond pour les costumes, les décors ? Certes, je les aime. Je dirais que j’aime le costume pour le costume. Le fait est que je me sens mieux dans des costumes d’époque, souvent plus masculins. Les cols officiers ou les chemises à jabot, je peux tout aussi bien les porter dans la vie.

En littérature, je suis plus attirée par le XIXème siècle. Par contre, si je devais tourner au cinéma, je préférerais être projetée dans un univers antérieur.

Et l’Angleterre ?

- C’est un pays que je connais mal, j’ai donc peu de choses à en dire. Je lui préfère la culture française. Le clip est un peu ironique envers les anglais, mais pas méchant. Tout au plus souligne-t-il là le côté maniéré des anglais de l’époque !

Venons-en à la scène et au rendez-vous fixé au Palais des Sports en mai prochain…

- Je sais être attendue au virage. Les gens me pousseraient à placer ma tête sous la guillotine, mais je ne suis pas sûre qu’ils vont me la couper. Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour ne pas laisser tomber la lame, mais par provocation, je l’affûte ! Rien n’est plus excitant. Monter sur scène est un projet ambitieux et ce, dans n’importe quelle salle. Dès le début, j’ai tenu à placer la barre très haut. Je ne voulais pas une salle dite ‘intimiste’. La communication avec le public est évidemment nécessaire, mais j’aime aussi l’idée de distance, d’une scène grande et profonde. La salle du Palais des Sports est celle qui a allumé en moi une petite flamme.

Il va falloir que je surprenne, je le sais. Je ne peux rien en dévoiler, mais je travaille déjà tous les jours sur la chorégraphie du spectacle. Je me suis imposée un rythme de travail draconien.

Avez-vous une idée du public qui viendra vous voir ?

- Il sera composé en grande majorité de jeunes, mais pas seulement. C’est normal, vu les thèmes abordés dans mes chansons. Ce qui prouve qu’on peut être une artiste populaire tout en cultivant un certain élitisme.

De toute évidence, il existe une envie de démolir les tabous, de se violer, soi et le public, avec des thèmes qui ne sont pas populaires. Seul Gainsbourg avait su jusqu’à présent les aborder. J’ai envie de succès, mais depuis mes débuts je n’ai fait aucune concession. De « Maman a Tort » à « Libertine », nous ne sommes pas dans le mouvement pop. D’autres facteurs rentrent d’évidence en jeu, comme la médiatisation. Une partie du public s’attache à la personnalité d’une artiste, l’autre à son image…

Êtes-vous perfectionniste dans tous les domaines ?

- Je suis en quête de perfection. C’est une faille de ma personnalité, un défaut. On peut ne pas aimer ce propos, c’est pourtant l’image transparente de mon original. Ne pas être attaquable, c’est ne pas tendre de perches.

Justement, parlons un peu de vos rapports avec la presse : vous ne la recevez qu’en échange d’une couverture…

- La couverture ou rien, c’est ce à quoi vous faites allusion ? Quand vous démarrez, on vous rappelle souvent  ce que vous n’êtes pas encore. J’ai souffert et beaucoup travaillé pendant quatre ans.   Maintenant, je suis en droit de demander quelque chose, une récompense peut-être. Pour moi, une couverture c’est magique et beau. La demander peut sembler agressif à certains : je les laisse libres de ne pas parler de moi. Ce n’estpas grave…

Auriez-vous un ego surdéveloppé par rapport aux autres artistes ?

- J’ai assurément un ego très fort, mais pour moi, c’est plus la couverture en tant qu’objet qui compte. J’ai toujours admiré l’emballage d’un cadeau. C’est vrai : je suis narcissique !

Qui est Mylène par rapport à Farmer ?

- Mylène et Farmer sont mon identité, mon nom. Le tout forme sur moi et sur ma popularité une protection. Il n’y a pas de différence entre Mylène, ma vie intime, et Farmer, ma vie professionnelle. Je suis toujours lamême, quelles que soient les situations dans lesquelles je me trouve.

Parvenez-vous à écrire pendant les périodes de promotion ?

- Je voudrais dire tout d’abord que l’écriture a été pour moi une thérapie. Je l’ai découverte seule quand je vivais mal le passage de l’adolescence à l’âge adulte. Je l’ai ressenti comme un viol. Ecrire, c’est s’avouer des choses. Il m’est arrivé de rayer des phrases que ma main écrivait. Mon esprit me poussait à les retirer, je ne me sentais pas encore prête pour les révéler.

Pour en revenir à la question, je ne peux pas écrire en période de promotion car j’ai besoin d’une concentration permanente. Tout ce que je peux faire, c’est extraire des phrases de mes lectures, ou des pensées. Le plus gênant, c’est que j’arrive de moins en moins à ouvrir un livre. Pour lire, j’ai besoin de temps, de repos, comme un recueillement, ce qui m’est impossible quand je travaille beaucoup. Je parviens heureusement à dévorer un livre de temps en temps. Je vous recommande « L’Apprentissage de la Ville » et « Le Bonheur des Tristes » de Luc Dietrich. Il est mort d’une blessure de guerre alors qu’il écrivait un troisième bouquin sur les hôpitaux psychiatriques.

Vous prenez un malin plaisir à brouiller votre personnage ?

- Je n’aime pas jouer. Quand je parle, je ne joue pas. Je hais les jeux, sous toutes leurs formes. Sans doute par appréhension de perdre. De plus, je ne triche pas. Tricher, c’est mentir. La façon dont je me présente est le reflet de mes sentiments internes. La monotonie est si laide…

Dans « Ainsi Soit Je… », avez-vous l’impression de vous être entièrement dévoilée ?

1989-02-a- Oui, par rapport à une volontaire inhibition antérieure. Cet album est presque un viol organisé de ma personne, dû à des contextes, à une écriture. Ce viol était un besoin, comme celui de me dévoiler par l’écriture. J’ai l’impression d’avoir dit des choses qui m’étonnent moi-même. Sur mon premier album, je n’avais écrit que trois textes. Avec « Ainsi Soit Je… », je suis arrivée à transmettre d’autres choses, sur des thèmes que je juge inépuisables.

Vous brillez dans l’ombre du mystère de votre personne. Est-ce consciemment ?

- C’est plutôt une volonté, pas toujours affirmée, certes. Je suis dans la position suivante : avoir besoin de points couverts pour mieux me dévoiler.

Et si l’inspiration, un jour, n’était plus au rendez-vous ?

- Si je sens en moi une faiblesse, je n’écrirai plus. S’il y a une qualité que je m’accorde, c’est bien l’honnêteté.

Je n’aime pas jouer, je ne sais pas tricher.

Parlons du duo Farmer / Boutonnat…

- C’est la magie d’une rencontre dans le domaine créatif. Je crois qu’on peut parler d’une source intarissable.  Peut-être, un jour, aurons-nous besoin de nous échapper, mais pour l’instant nous ne vivons ni tension, ni fatigue. Du moins pour ce qui regarde le public…

Vous laissez volontairement planer un doute sur votre relation ?

- Je ne veux pas de jardin secret qui devienne lieu commun. Ma vie privée m’appartient, je n’ai aucune envie d’en parler. Je préfère écrire des textes. C’est de toute façon complexe : je pourrai vous dire une chose aujourd’hui et son contraire demain. Il n’est pas facile de se protéger. Quelquefois, j’éprouve même un malaise car j’aimerais répondre. Mais il existe ce barrage du journaliste et de la projection sur le public. Je suis néanmoins beaucoup moins bloquée en interview que je ne l’étais à mes débuts. C’était vraiment terrible !

Le terme de ‘Pygmalion’ employé par beaucoup pour évoquer Laurent Boutonnat vous gêne-t-il ?

- Ca me laisse indifférente. Je réponds simplement que deux personnes sont nées en même temps. Bien sûr, le terme de producteur est toujours plus magique aux yeux des gens que celui d’interprète. Mais je suis en paix avec moi-même et mon album « Ainsi Soit Je… ».

Laurent Boutonnat a su vous rendre dans vos clips à la fois pudique et provocante. Imaginez-vous quelqu’un d’autre derrière la caméra ?

- Fameux paradoxe que ma nudité dans les clips ! Elle était certainement liée à Laurent… Si demain un autre me le demandait, je ne sais comment je réagirais. Là, je savais qu’il n’y avait aucune trahison, aucune vulgarité. Laurent ne m’impose jamais rien, il y a avant tout dialogue entre nous.

Vous parlez de nudité au passé ?

- Certainement, et pourtant je n’ai aucune idée du sujet de mon prochain clip. Mais cette fois, je crois que c’est terminé !

Même pour un long-métrage ?

- C’est différent : si ça présente une utilité évidente pour le sujet, pourquoi pas ? Un corps de femme est beau s’il est bien filmé…

Mylène et l’érotisme : un fantasme ?

- Oui. J’aime l’érotisme, c’est très beau. Mais je dis non au sexe, je l’abolis. Je suis une romantique, violente et sensuelle.

Vous disiez auparavant ne pas aimer votre personne…

- Paradoxe ! Je suis propulsée dans le courant avec une étiquette ‘paradoxe’. Comme dit le proverbe : ‘Apprends à cultiver ce dont les autres se moquent’. Mais je ne le fais pas par jeu !

Êtes-vous désormais en parfait accord avec votre corps ? La fameuse question du miroir…

- Le miroir est fondamental dans ma vie. J’ai en permanence besoin de mon reflet. Il n’est pas toujours celui que j’espérais, mais il ne m’empêche pas de me jeter au devant d’une scène.

Vous êtes très attachée à la notion d’androgynie…

- Je me sens éternellement androgyne. Adolescente, j’étais une fille manquée, je rejetais toute féminité. J’ai vécu une période pas très agréable. Aujourd’hui, j’ai l’impression de changer un peu. Une transformation à la fois physique et mentale.

Une personnalité complexe se dégage de vous…

- On parle de fragilité…Elle existe certainement, mais je ne suis pas que fragilité. Je crois avoir une force de caractère masculine.

Comment vous séduit-on ?

- C’est un sujet un peu difficile à aborder. Disons que les choses immédiates me séduisent : n’importe quoi, un regard, une façon de se mouvoir…Mais je veux bien m’échapper de ce sujet…

Parlons de solitude…

- J’aime la solitude. Plus on devient un personnage public et plus on y plonge. Il faut s’y faire et l’apprivoiser.

Vous donnez l’impression de vivre en dehors du temps présent…

- Je ne me désintéresse pas de l’actualité, mais mes jouissances viennent d’ailleurs. Je refuse néanmoins l’isolement total, qui deviendrait dangereux.

Pourtant, vous évoquez la mort, le suicide…

- Des thèmes et des actes… J’ai croisé la mort sans m’en être approchée. Ca marque à vie. Je pense à une phrase d’Edgar Poe : ‘La vie est une longue tragédie dont le héros est un ver conquérant’.

Si je devais choisir, je préférerais la congélation à la déchéance physique !

Croyez-vous en la réincarnation ?

- Je voudrais bien croire à l’immortalité et à l’existence d’un dieu. J’aime cette idée d’un être supérieur. Une petite histoire me revient en tête : deux poissons sont dans un bocal, l’un d’eux demande : ‘Dieu existe-t-il ?’, l’autre répond : ‘Si Dieu n’existait pas, qui nous changerait notre bocal ?’

Croyez-vous au destin ?

- Il y a les élus et les autres… De cette élection peut naître soit une grande élévation, soit l’abîme le plus profond. Certaines choses nous sont données, à nous de les enrichir.

Et si vous n’aviez pas été Mylène Farmer ?

- Comme je suis très attirée par les singes, je dirais Diane Fossey. Elle a vécu avec les gorilles. Dans une vie antérieure, je crois avoir été une souris. Dans mes rêves, il y a souvent des souris !

Les nuits de Mylène ?

- Je ne suis pas insomniaque, mais j’ai des nuits difficiles, sans réveils subits, mais tourmentées, faites de rêves et de cauchemars. Des nuits surpeuplées. Je n’ai pas un sommeil réparateur qui me laisse fraîche et dispose le lendemain matin.

1989-02-fVotre attirance pour les animaux est-elle le signe d’une fuite du monde des humains ?

- C’est une forme de solitude, de lâcheté peut-être…Ne pas vouloir affronter la réalité des êtres. Par ailleurs, j’ai un besoin tactile de les caresser !

Le masque ?

- On rejoint ce que j’ai dit précédemment : je n’ai pas de masque qui me voile la face, même si parfois, je dois faire des efforts par rapport aux autres. J’essaie de leur faire partager le moins possible mes moments difficiles. L’artiste n’est pas seul à souffrir.

Parlons de la musique que vous écoutez…

- J’ai une attirance pour les musiques de film. En ce moment, j’écoute celle de « Mission ». J’aime aussi Moricone, John Barry, Delarue, Goldshmitt. Mais j’écoute aussi Peter Gabriel, Kate Bush, Laurie Anderson et beaucoup de classique…Mais là encore, j’ai besoin de temps, comme pour la lecture : une préparation est nécessaire…

Vous ne faites partie d’aucun courant musical, d’aucune bande d’artistes. Est-ce une volonté ?

- C’est vrai, j’ai très peu d’amis dans ce métier. Je préfère être entourée de personnes qui font un métier éloigné du mien.

Si nous terminions par vos passions ?

- J’aime les animaux, mais nous en avons déjà parlé –j’ai deux singes. J’ai plutôt des passions artistiques, j’admire tout ce qui est création. Plus jeune, j’ai pratiqué le modelage, la poterie. Le contact avec la terre est si particulier…

 

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Mylène ou Les confessions d’une enfant du siècle

Posté par francesca7 le 16 septembre 2014

 

LYON MATIN le 11 MAI 1989 -Entretien avec Jocelyne BLANCHARD

1989-08-aQue représente pour vous cette première scène au Palais des Sports ?

- Je sais être attendue au virage. Les gens me pousseraient à placer ma tête sous la guillotine, mais je ne suis pas sûre qu’ils vont me la couper. Je fais tout ce qui est en mon pouvoir pour ne pas laisser tomber la lame : trois mois pleins de préparation… très physique ! Aller en scène ne s’improvise pas. Il faut se donner tous les moyens de faire quelque chose qui ne donne pas à l’arrivée la moitié d’une chanteuse ou d’un décor.

L’important, de la chorégraphie à la préparation physique, type olympique avec musculation, course à pied et assouplissement, c’est de faire un spectacle que l’on trouve tout à fait naturel aux U.S.A. et complètement anormal en France. Je transporterai le décor parisien en province car il n’est pas question de présenter la moitié de quelque chose.

A l’occasion du tournage de l’un de vos clips dans le Vercors, quel contact avez-vous eu avec Rhône Alpes ?

- Laurent Bat, assistant de Laurent Boutonnat pour mes clips, avait des repérages pour la chanson « Tristana ». Il recherchait des lieux intemporels, des étendues féeriques pour servir de cadre au récit de cette fille au coeur qui a pris froid. Dans le Vercors, nous avons trouvé un endroit désert, magique et superbe.

Nous sommes restés là une semaine avec seulement une voiture à skis, une caravane et des chenilles pour monter le matériel. Et nous nous sommes perdus en fin de tournage ! Si j’en avais eu le temps, je serais bien revenue en hiver. Ou alors cet automne : la tournée me permettra peut-être de retrouver aussi une marraine à Meyzieu !

Qui est M ylène par rapport à Farmer ?

- Il n’y a pas de différence entre Mylène, ma vie intime et Farmer, ma vie professionnelle. On est tous doubles, mais c’est plus violent chez moi, par la confrontation de sentiments et d’états très différents. Tout être a ses paradoxes, les miens sont plus connus. C’est comme une mer qui ne serait jamais calmée. Mais les plus grandes oeuvres se sont faites en état de crise. Combien d’artistes ont créé au moment où ils sont anéantis partout…

A propos d’artistes, de quels créateurs aimeriez-vous être la muse ?

- De Villiers de l’Isle Adam. J’aime son désir d’absolu et son style d’écriture métaphorique. Rilke, quitte à voler son homme à Lou Salomé ! Sans oublier David Lean, Jérôme Bosch, Baudelaire. Comme lui, je pense que le beau est bizarre. Il suscite des sensations indéfinissables, donc étranges. Il peut faire pleurer. Quand j’ai fait « Mon Zénith à Moi », l’émission de Michel Denisot (cf. année 1987, nda), j’ai choqué beaucoup de monde en évoquant une certaine beauté, figée par les images très dures d’évènements tragiques au Mexique.

Votre prédilection pour les XVIIIème et XIXème siècles n’est elle pas un moyen de fuir les réalités présentes ?

- Parlons plutôt de distanciation. Sans penser que j’aurais pu vivre plus heureuse à ces époques-là, j’adore m’y projeter. Pour les costumes et le caractère magique de gens qui ne sont plus de ce monde. Et puis surtout, j’ai découvert aujourd’hui des écrivains que je n’ai pas eu envie de lire à l’école !

L’écriture de vos chansons constitue, dites-vous, une sorte de thérapie…

- L’écriture m’aide à ne pas me taire. Ce qui m’insupporte, c’est que l’on vous demande à l’école de vous taire.

Quand on naît, on crie. Pourquoi n’aurait-on pas le droit de crier tout le temps ?! Je suis lucide : je n’écris que des chansons, même si pour moi, c’est très sérieux.

Comment peut-on être à la fois populaire et élitiste ?

- On peut franchir la barrière populaire sans se sentir une intellectuelle, mais on aime à séduire d’autres personnes que celles du Top 50 – même si ce public est pour moi le plus direct, le plus sensitif et le plus bouleversant.

1989-08-bL’amour a-t-il une place aussi discrète dans votre vie que dans vos chansons ?

- Ce succès qui a l’air d’être là… Il est vrai que c’est fondamental dans ma vie. L’amour, c’est la plaie ! Je n’arrive pas à en parler en terme de bonheur, de sérénité. Car je suis en quête d’un idéal qui n’existe pas, ce qui ne m’empêche pas de multiplier les moments de bonheur. Comme l’héroïne du film « La fille de Ryan », je cours après des chimères. Mais je ne suis pas complètement pessimiste ! Il est à noter que cet entretien paraîtra en septembre 1989 dans Marie-Claire, avec quelques petits changements de vocabulaire dans certaines questions, avec la mention ‘ Propos recueillis par Diane Charney’…

 

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TÉLÉ MOUSTIQUE (Belgique) avec Mylène Farmer

Posté par francesca7 le 16 septembre 2014

 

12 OCTOBRE 1989 – Mauvais sang – Entretien avec Rudy LEONET

« Je suis à la fin d’un cycle. Il va y avoir des choix à faire, je ne sais pas encore lesquels. Les choses s’imposeront d’elles-mêmes. »

1989-14-aPourquoi êtes-vous si avare d’interviews ? Pourquoi est-ce si difficile de vous rencontrer ?

- Je n’aime pas banaliser les interview s, ni répéter toujours les mêmes choses… Et puis encore et encore parler de moi, ça devient aliénant. Je n’ai pas envie non plus de prolonger les chansons, de m’expliquer, de me justifier…

Je pensais que ça vous était vraiment trop pénible de devoir aborder des sujets intimes face à face avec un étranger dans un système de questions / réponses contre nature…

- … (Son nez se pince et elle secoue la tête pour acquiescer, comme embarrassée d’être prise sur le fait)

Choisir le silence, c’est aussi parfois donner le champ libre aux rumeurs…

- J’y suis vraiment indifférente. Elles sont souvent basées sur du ressentiment et de la mauvaise foi.

Comme la rumeur du play-back pendant les concerts ?

- Bien sûr. Je n’ai jamais accepté de faire une seule émission de télévision en chantant en direct. Sur un plateau de télé, je n’ai aucun contrôle sur le son. Je ne veux pas jouer à la roulette russe avec mes chansons, elles me sont trop importantes. Donc, on a immédiatement conclu que je ne savais pas chanter et que mes concerts seraient en play-back. Ca m’est égal. Je sais d’où vient la rumeur, je sais où je vais et ce qu’en pensent ceux qui viennent me voir. Tant pis pour les autres…

Si la critique ne vous touche pas, êtes-vous émue par les récompenses ? Je me souviens de cette soirée des Victoires de la M usique où vous avez reçu votre trophée en déclarant : ‘Je suis contente et triste’. M ais qu’est-ce qui vous a poussée à dire que vous étiez triste alors qu’on vous récompensait?

- J’ai passé des heures en coulisses pour les répétitions de cette soirée télévisée. Tout le gratin du show – business était là et ces gens m’ont écoeurée. Ils se détestent tous. J’étais triste d’avoir été récompensée et reconnue par ces gens-là. Ce sont les Victoire de l’hypocrisie ! J’ai failli m’enfuir, mais je suis restée pour faire plaisir aux gens qui regardaient l’émission. Ils n’auraient pas compris…

Vous n’avez pas d’amis dans ce métier ?

- J’aime bien Lio et Jean-Jacques Goldman. Mais je les connais assez peu…

C’est si important, pour vous, d’être rousse ?

- (silence) Cela a été important à une époque, mais maintenant, ça l’est moins puisque ça fait partie intégrante de moi. Je ne me défie plus en me regardant Votre date de naissance imaginaire (1985 dans sa biographie officielle) correspond très exactement au moment où vous avez choisi de vous teindre les cheveux…

(double confusion de la part du journaliste, puisque dans la brochure promotionnelle qu’il évoque, 1985 est présenté comme une date de fin de cycle, et le passage au roux date quant à lui d’avril 1986, nda)

- C’est vrai… C’est quelque chose que je devais vomir. J’ai toujours eu ça en moi sans oser l’afficher, cette façon d’être différente…Et en l’incarnant physiquement, je ne pouvais plus reculer. J’ai détruit quelqu’un pour en devenir un autre. C’était difficile, comme un défi aux autres…

« Ainsi soit je, ainsi va ma vie, tant pis… » (sic) ?!

- Oui… (Elle sourit, regarde le sol)

Vous vous souvenez de votre première rencontre avec Laurent Boutonnat ?

- Non.

Vous semblez si catégorique sur l’absence de souvenirs…

- En fait, j’y repense très souvent et je n’arrive pas à me rappeler. Même pas son visage. Je me souviens que quelqu’un était là, mais rien de plus. Ca m’ennuie…

Jusqu’au deuxième single, « On est Tous des Imbéciles », Laurent écrivait les chansons avec Jérôme Dahan, qui a disparu ensuite…

- C’est lui qui est parti. Je pense qu’il s’est senti comme un intrus dans la relation exceptionnelle qui se dessinait entre Laurent et moi…

Relation exceptionnelle ?

- C’est mon jumeau, mon double, mon complément vital. Il comble mes vides… On ne peut pas être doué pour tout. Ensemble, nous complétons deux personnalités pour faire un tout.

« On est Tous des Imbéciles » est un disque hybride : il n’est repris sur aucun album, n’a pas eu droit a une vidéo. Il a été écarté comme une bavure…

- J’aime beaucoup cette chanson, mais elle marquait la fin d’une époque, la fin d’un cycle. Un peu comme aujourd’hui on est à la fin d’un cycle. Il va y avoir des choix à faire, je ne sais pas encore lesquels. Les choses s’imposeront d’elles-mêmes.

C’est la phrase de « A Quoi je Sers… » : ‘A présent, je peux me taire si tout devient dégoût’ ?

- Non, non. C’est un peu léger, comme le clip avec les fantômes qui m’emmènent. C’est une image un peu facile, même si elle contient une partie de vérité.

Et la pochette en noir et blanc comme un faire-part mortuaire, comme des adieux…

- Non, il y aura d’autres disques…Plus tard…Vous aimez cette photo ? C’est Marianne (Rosenstiehl, nda) qui l’a prise dans ma loge au Palais des Sports. Je l’adore.

Y a-t-il un but secret que vous vous êtes fixé depuis le premier jour ?

- Oui, j’ai un but à atteindre…

Très précis ?

- (catégorique) Oui, très précis…

Quand vous vous déshabillez dans un clip, c’est pour répondre à l’attente de qui ?

- Du scénariste, donc de Laurent. S’il pense que c’est utile pour son film, j’ai confiance en lui. Mais aujourd’hui, je sais que c’est fini et qu’on ne le refera plus. dans un miroir..

Quand vous parlez de Laurent Boutonnat, vous citez la confiance, le respect, l’admiration. On n’est pas très loin d’un sentiment amoureux…

- (sourire) Je ne veux pas parler de ma vie privée. Je vous dirai seulement que je ne peux pas la dissocier de ma vie professionnelle.

Vous êtes possessive ? Vous accepteriez qu’il travaille avec quelqu’un d’autre ?

- Je sais qu’il ne le ferait pas. Pour l’instant, il ne pourrait pas trouver ailleurs ce que je peux lui apporter.

L’inverse est vrai aussi…

Toutes vos idoles sont des personnages historiques : Louis II de Bavière, Edgar Allan Poe,

Baudelaire… Rien ne vous rattache vraiment à vos contemporains ?

- Vous savez, je ne suis pas très cultivée. Il y a probablement beaucoup de gens que j’admirerais énormément si je les connaissais. J’ai mes références, celles que j’ai trouvées dans les livres. J’ai lu beaucoup quand j’étais petite. Aujourd’hui, je ne lis presque plus. Je le regrette.

Où en est le projet de long métrage pour le cinéma de Laurent Boutonnat ?

- Il va le faire. On a trouvé l’argent pour le monter. Il commence le tournage après la tournée. (le projet sera reporté jusqu’en 1993, après que le producteur initialement trouvé par Laurent Boutonnat n’ait rien fait pour monter le film, nda)

Il y a un rôle pour vous ?

- Je ne sais pas…Peut-être…

Vous avez envie de tourner dans ce film ?

- Oui…

Laurent vous l’a proposé ?

- (amusée) Oui…

Eh bien, alors ?!

- Bon ! Oui, je jouerai dans le film.

Ca parle de quoi ?

- Il est trop tôt. Je vous le dis, mais vous me promettez de ne pas l’écrire !

C’est juré. Alors ?

- …

1989-09Vous vous êtes bien amusée sur scène, pendant les concerts ? Je veux dire dans le sens purement enfantin du terme…

- Oui, il y a eu de ça. Mais pas que ça. C’est très stimulant. En deux heures, on passe par autant de sentiments différents qu’en dix ans de vie. Je n’étais pas sûre d’aimer ça avant de le faire, c’est pour ça que ce spectacle a été conçu comme le dernier. Je n’étais pas certaine de remonter sur scène après cette première expérience.

Tout dépendra de la tournée : j’ai très peur de me retrouver sur les routes, dans une chambre différente tous les soirs. Je ne sais pas…

En décembre, vous clôturerez la tournée par deux dates exceptionnelles à Bercy. La grandeur de la salle vous fait peur ?

- Oh non ! Pas du tout. J’aurais tremblé à l’Olympia, mais pas à Bercy.

 

Un peu comme la peur du tête-à-tête en interview ?

- Oui, une peur de promiscuité et d’intimité.

Vous êtes heureuse de tout ce qui vous arrive ?

- (soupir) Mary Shelley a dit un jour : ‘Je ne veux pas être de celles que l’on aime, je veux être de celles dont on se souvient’…

M ais pour en arriver là, elle a été obligée de créer un monstre ! (référence au roman « Frankenstein », de Mary Shelley, nda)

- Oui…oui…

 

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Mylène ou les charmes du libertinage

Posté par francesca7 le 13 septembre 2014

 

dans DOMINA MAI 1989

 

1989-06M ylène Farmer, l’image que vous reflétez est celle d’une libertine. Est-ce une profession de foi ?

- C’est un état. (rires) Profession de foi, non ! Il ne faut pas trop se prendre au sérieux ! Mais c’est un plaisir, en tout cas.

Vous donnez également dans vos chansons l’image d’une ingénue…

- D’habitude, on me dit perverse. Je ne sais pas si c’est compatible… Ingénue, non. Plutôt lucide. Pour moi, libertine est l’alliage de coquine et de putain.

Vous vous sentez des affinités avec les libertines du XVIIIème siècle ?

- Dois-je le dire ? C’est une époque qui me fascine, qui m’attire… Oui, j’aurais pu être libertine.

Vous savez qu’à l’époque, ces gens là étaient considérés comme les premiers révolutionnaires dans la mesure où ils démolissaient l’ordre établi, qu’il soit religieux ou moral. Ils se moquaient des vierges…

- C’est ce que j’aurai aimé faire aujourd’hui, mais c’est un peu difficile…

Pensez-vous qu’à notre époque la provocation érotique ait encore une fonction de perturbation sociale ?

- Bien sûr. Ce sont des choses qui certes évoluent un peu, mais qui font toujours partie de l’interdit, c’est évident.

Pensez-vous que la religion a encore une fonction importante dans notre société ?

- Personnellement, je ne lui trouve aucune fonction mais je pense que c’est une chose présente, même omniprésente.

Dans notre système actuel où l’on est entouré par l’érotisme et le sexe – que ce soit dans les films, à la télévision ou dans la pub – pensez-vous qu’il peut y avoir encore de la provocation maintenant qu’elle fait partie des choses normales et quotidiennes ?

- Je pense que oui… Mes chansons provoquent encore des réactions. Rien n’est acquis !

Vos costumes de scène sont très originaux par rapport à ce qu’on voit actuellement : ils sont très raffinés, coquins et très recherchés. Est-ce que vous vous habillez de cette manière provocante dans votre privée ?

- J’adore rester toute nue chez moi ! Mais la lingerie, non, ce n’est pas quelque chose que je cultive à la maison.

J’aime, mais c’est plus amusant de la présenter en public !

Quel type d’homme vous attire ?

- Je vais vous dire une banalité : les hommes intelligents.

Que faut-il faire, ou ne pas faire, pour séduire M ylène Farmer ?

- Il y a plus de choses à ne pas faire qu’à faire ! (rires) Certainement me séduire intellectuellement…

Il vous arrive de ‘flasher’ sur un physique uniquement avant que l’homme ne parle ?

- Oui, ça peut m’arriver, mais je préfère que l’homme me parle. En fait, je n’en rencontre pas souvent, des hommes. Je suis très protégée dans ma maison. J’aime bien les hommes d’un certain âge, d’une certaine expérience. C’est vrai que j’aime bien le côté papa, le côté protecteur…

Pensez vous qu’à l’heure actuelle la sexualité féminine, qui est très mise en avant dans tous les domaines, est toujours dépendante de l’homme ? Existe t-elle toujours à travers les yeux de l’homme ?

- Oui, je le pense. La femme est en représentation : c’est l’homme qui, quoi qu’il arrive, impose. Ca ne me dérange en aucun cas.

Pour revenir aux libertins du XVIIIème avec lesquels vous avez des atomes crochus, quelle a été la première lecture érotique qui vous a troublée ?

- « Justine » de Sade, et après, j’ai continué. Je l’ai lu à quinze ans.

Ca vous a vraiment troublée de façon érotique, ou était-ce un phénomène de curiosité ?

- Vous êtes  bien indiscrètes ! Les deux…D’autant plus que mes parents ne m’avaient jamais parlé de ‘ces choses là’. Ce sont des choses que l’on découvre soi-même, et c’est beaucoup plus drôle de les découvrir ainsi. Il faut garder certains tabous, certains interdits pour les transgresser. C’est bien, les interdits !

Dans la littérature pornographique féminine, genre Xaniera Hollander ou Sylvia Bourdon, est-ce que ces femmes vous fascinent quelque part par leur attitude, par leur violence ?

- Elles ont plutôt tendance à me dégoûter…

Pourquoi ? Parce qu’elles en font trop ?

- Oui, c’est de l’illustration bâtarde et malsaine. Moi, j’aime les choses raffinées. Je trouve que Sade est très raffiné donc c’est ça que j’aime.

Pouvons-nous vous demander quel est votre meilleur souvenir érotique ?

- Ca ne va pas du tout là ! Euh… mon petit singe ! Vous n’en saurez pas plus !

 

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Interview de Gilles Laurent

Posté par francesca7 le 10 septembre 2014

INTERVIEW

« Embauché » par Laurent BOUTONNAT en 1986 pour commencer à travailler sur ce qui sera plus tard Giorgino, Gilles LAURENT co-écrit plusieurs films avec lui. Pour (mieux) gagner sa vie, Gilles est aussi doubleur depuis l’âge de 13 ans). Portrait d’un homme méconnu.

Interview de Gilles Laurent dans Mylène et Boutonnat alearule

gilleslaurent dans Mylène et Boutonnat    La collaboration entre Gilles LAURENT et Laurent BOUTONNAT aura duré 8 ans. Huit années pendant lesquelles il co-écrira quatre films avec le cinéaste :Pourvu Qu’elles Soient Douces , Sans LogiqueMylène FARMER En Concert et surtout Giorgino. On dit même que BOUTONNAT aurait utilisé sa voix pour les voix-off (voix-over devrait-on dire) de Libertine II, l’introduction et le pont de Libertine dans le Concert 89 (la voix qui chuchote). Ce serait aussi lui qui ferait la voix du personnage de Giorgino dans la version française. Côté post-synchronisationGilles LAURENT est la voix de Noumaïos, dans Ulysse 31. Il a incarné un grand nombre de héros de dessins animés et de séries: de Rick Hunter en passant par Jayce… ou Sarki, on le retrouve aussi dans de multiples autres films et séries, la plus connue étant Parker Lewis ne perd jamais où il incarne Jerry Steiner.

Commençons par la sempiternelle question que nous posons à chaque comédien dans cette rubrique : comment et quand avez vous débuté dans le métier ?

    J’ai commencé à l’âge de 13 ans. J’avais répondu à une annonce dans le journal où l’on recrutait des enfants pour un casting et j’ai commencé en tournant un téléfilm, Tête d’horloge, avec Pierre Fresnay. J’ai ensuite tourné pas mal durant toute mon adolescence, environ 3 films par an.

 

Et comment êtes-vous venu au doublage ?

    C’était à cette époque. un jour, on m’a demandé de faire une voix dans le film Little big man avec Dustin HOFMANN. Je devais doubler le héros quand il était enfant; c’était un rôle minuscule avec une seule réplique. Je n’ai vraiment commencé le doublage que quelques mois plus tard avec une série de western qui s’intitulait Les Monroe.

Aujourd’hui, vous continuez à faire des tournages ?

    Non, en fait à partir de 1984, à l’age de 28 ans, j’ai eu envie d’écrire. j’ai alors arrêté les tournages mais tout en gardant les voix (radio, doublage).

 

Parmi les nombreux scenarii que vous avez écrits, il y a des pièces, des téléfilms mais aussi des clips de Mylène FARMER. En quoi consistaient ces clips ?

images (1)    Je n’en ai écrit que 2 avec Laurent BOUTONNAT : Sans logique et Pourvu qu’elles soient douces. Comme dans ses clips, Laurent ne voulait pas illustrer bêtement les paroles de ses chansons, il fallait raconter une histoire notamment dans Pourvu qu’elles soient douces qui était la suite de Libertine. il a donc fallu écrire un scénario en restant cohérent avec la fin du clip de Libertine.

 

Vous avez aussi écrit le scénario du film Giogino toujours avec Laurent BOUTONNAT et Mylène FARMER…

    En effet, ce fut très enrichissant, même si l’expérience fut relativement tragique, car le film n’a pas marché au cinéma. J’ai également participé à la conception du 1er concert de Mylène au Palais des Sports.

 

Votre goût pour l’écriture ne vous a jamais fait poussé à faire des adaptations pour des films ou des séries ?

    Non, jamais, bien qu’on me l’ait proposé. D’abord parce qu’il y a des règles de synchronisme à respecter pour lesquels je n’ai jamais été doué, et ensuite, parce que je préfère créer plutôt que de travailler sur des créations existantes. Ma place n’est pas là et j’admire d’ailleurs les gens qui le font.

 

Et écrire un livre, ça vous tente ?

    Je n’ai jamais écrit jusqu’à présent que quelques nouvelles, mais je ne désespère pas…

 

Quel fut votre premier grand doublage ?

    Ça devait être Bugsy Malone. J’ai fait aussi Damien, cet enfant diabolique qui portait le signe 666, et beaucoup de Vendredi 13.

 

Quels sont ceux qui vous ont le plus marqué ?

    Dans les séries, Parker Lewis est l’une des plus importantes pour moi non seulement j’ai pris du plaisir à la faire, mais elle m’a ouvert un imaginaire visuel. sinon, j’ai beaucoup aimé les Sergent Fowler où je doublais Mr Bean, et les Muppets Babies, un dessin animé d’une incroyable richesse. Dans les films, il y a eu Christine de Carpenter ou Pulsion de Brian De Palma.

 

Et Robotech ?

    Ça aussi j’en garde un bon souvenir; on sentait qu’il y avait un fond intéressant dans cette série. De plus, j’ai aimé travailler avec Daniel BREMOT qui dirigeait le doublage, car s’est une personne qui porte toujours la même attention sur son travail, que ce soit un gros film, une série ou un dessin animé japonais.

 

Avez-vous un rôle type qu’on vous confie en doublage ?

    Si l’on cherche un fou ou un intellectuel qui sait parler très vite, il y a de grandes chances que l’on m’appelle, car c’est le genre de rôle que je tiens facilement.

 

Que faites-vous en ce moment ?

    En doublage, je termine Dr Quinn où je double un petit personnage, son assistant. Je suis sur la vie de famille, une série dans laquelle je fais un personnage hautement allumé, sur les Babalous, un dessin animé français, et sur l’éternel Bervely Hills !

 

Scénariste, c’est un métier qui vous plait bien ?

    Je n’ai jamais eu l’impression d’avoir de métier : je ne suis ni comédien, ni auteur. J’occupe, à un moment donné, certaines fonctions. Ce qui m’intéresse, ce sont les rencontres et ce qu’elles peuvent générer. Comme dit ma femme « Tu peux pas avoir un ami sans travailler avec » !

 

Et vos passe-temps ?

    J’ai un petit garçon, Antoine, qui a 5 ans, et je dirais qu’en dehors de mon métier de père, c’est mon passe-temps favori.

C’est presque philosophique tout ça ! Merci beaucoup.

 

Interview réalisé par Olivier et Pascal

l’Animeland - No. 46 – Novembre 1998.

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L’IMMORTALITÉ DE L’IMAGE : MYLENE

Posté par francesca7 le 25 août 2014

 

59170Plutôt qu’une mise à mort, c’est justement un sauvetage que Libertine sur son cheval noir opère sur le petit tambour. Alors destiné à l’exécution par la troupe française, c’est la mort, pour une fois bienfaitrice, qui contredira ce que disait autrefois son père en venant le prendre pour l’emmener vers des lieux plus sécurisants. Bien que toujours riche en violences de toutes sortes, l’année qui suit Pourvu qu’elles soient douces est celle de l’immortalité. C’est dans Sans Logique (1989) que l’aspect victime de l’héroïne est la plus en adéquation avec l’aspect bourreau. La reproduction du dispositif de la corrida compte beaucoup dans cette dualité. Adepte du retournement de situation, Boutonnat mue pour l’occasion son héroïne en taureau inmaîtrisable. Tour à tour saignée, attachée, bousculée, et même transpercée par le picador, elle trouvera la force de se relever pour l’empaler de ses cornes de fer. Présentée comme une victime jusqu’à la séquence finale du clip, cette femme-taureau humiliée aura fait fi des coups de lames tel un Saint Sébastien résistait aux impacts de flèches. 

Le personnage “clipesque” de Mylène Farmer est présenté à plusieurs reprises comme immortel à l’image, revenant inlassablement de ses aventures tragiques. Boutonnat utilisera de nouvelles fois cette crédibilité qu’il a installée pour évoquer par le truchement de ce personnage la thématique de la mort. Dans le symbolique A quoi je sers la chanteuse sera omniprésente à l’image alors que le propos du clip est précisément une mise en scène de sa mort, ou du moins celui de son personnage public. Une disparition volontaire qui prend des allures de suicide si on s’attache aux paroles de la chanson et à l’action du clip. Thèse confortée par les adieux lisibles du long-métrage En Concert, ce qui pourrait facilement être pris pour un retrait dû à un échec commercial n’est étrangement pas interprété dans la presse. Celle-ci voit essentiellement ces productions de la fin des années 80 comme la fascination morbide et sadique d’un réalisateur pour son égérie qu’il maltraite à l’écran. Jugement en parti exact, tant le réalisateur s’amuse de l’impact qu’a sa différence de ton par rapport au climat ambiant de la promotion de disque et de clip à cette époque. Impact amplifié par le silence du cinéaste dans les médias auxquels il refuse tout entretien entre le spectacle itinérant de 1989 et la promotion de Girogino (1994). Lors d’une rare interview donnée à un magazine à l’occasion des premières dates de la tournée en mai 1989, il aura d’ailleurs cette phrase souvent reprise montrant aussi bien son état d’esprit de l’époque que sa lucidité : « Nous n’allons pas continuer à faire ceci impunément. Un jour on va le payer très cher. Car nous perdons conscience de la violence, de la noirceur, de la morbidité. » C’est précisément parce que Laurent Boutonnat n’avait pas connu d’échec commercial dans le disque depuis Libertine qu’il a pu jouer à ce point sur une thématique aussi négative sans qu’elle ne se soit retournée médiatiquement contre lui.

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 Les quatre clips postérieurs à la tournée pérenniseront l’image du personnage créé pour la chanteuse. Présentée comme un personnage mort, elle sera pourtant toujours énormément présente à l’image, notamment dans Regrets où elle incarne cette sorte de fantôme prisonnier de son cimetière, auquel le bien aimé vivant vient rendre visite. Les deux derniers films réalisés par Boutonnat pour elle à cette époque se démarqueront de cette thématique qui pourtant leur était chère pour adopter une esthétique de clip plus traditionnelle. Le réalisateur alors en pleine préparation de Giorgino quittera tout de même sa “caméra de clip” avec une dernière disparition de la chanteuse (Beyond my Control – 1992), cette fois ligotée et brûlée sur un bûcher. Elle qu’il fit mourir une première fois sur scène, dont il fit incendier le décor, il l’incinère ici comme pour exorciser la forme du clip dont il fut si longtemps consentant prisonnier, avant de passer au long métrage. Métaphore prémonitoire du prochain terrible échec que sera Giorgino, la chanteuse survit aux flammes et relève la tête alors que le feu a cessé ; comme pour rappeler qu’on n’efface pas en un clip un personnage publique qu’on a mit si longtemps à rendre immortel. C’est peut être après tout sans calcul, un peu par hasard que Laurent Boutonnat a osé donner cette morbidité à la forme du clip. Lui qui s’était apprêté à déverser son pessimisme dans d’autres domaines fut guidé vers une forme filmique qui n’attendait pas et n’avait à priori pas besoin de cinéaste auteur. Autrefois éloigné des milieux auxquels il avait tenté d’appartenir, comme la littérature ou le long-métrage, Boutonnat s’est investit dans le clip où, en reversant ses anciens déboires et les fictionnalisant, il a su y placer un style propre.

 

EXTRAIT DU LIVRE DE Jodel Saint-Marc  « Le Clip en tant qu’œuvre Cinématographique / aux éditions Sorbonne Nouvelle en août 2003

 

 

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BOUTONNAT EST PEUT ETRE NE D’UNE ERREUR

Posté par francesca7 le 25 août 2014

 

 

Laurent Boutonnat réalisateur de clips est né curieusement d’un échec cinématographique, son arrivée dans le domaine musical est purement fortuite. D’abord destiné à la réalisation de longs-métrages, c’est à la suite de l’insuccès de son premier film qu’il se redirigera vers la littérature, puis la musique. Il se servira alors de son double statut de compositeur-producteur auprès de sa première maison de disque pour négocier avec elle la réalisation des vidéo-clips promotionnels. Ce sera pour lui ce fameux « moyen détourné de faire du cinéma ».

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Laurent Boutonnat est né le 14 juin 1961 rue Auguste Blanqui, dans le XIVe arrondissement de Paris, aîné d’une famille de cinq enfants, il se servira adolescent de certains de ses frères et sœurs pour monter ses sociétés d’éditions phonographiques et aussi de son petit frère Dominique dans son premier long métrage Ballade de la Féconductrice en 1978. Auparavant, Laurent Boutonnat a déjà réalisé dans son enfance de nombreux courts-métrages amateurs avec la caméra Super 8 de ses parents. Un de ses premiers essais date de 1971 où il transpose Bambi de Walt Disney (1942). Sur ses films d’adolescent, il voulait déjà tout maîtriser : de la mise en scène à la musique, du maquillage à l’interprétation elle-même. Parallèlement, il étudie la musique et le piano sur initiative de ses parents dès l’age de cinq ans. Laurent Boutonnat suit sa scolarité de second degré chez les jésuites. Il s’y déplait, n’est doué qu’en littérature et se retrouve plusieurs fois renvoyé. C’est à quinze ans qu’autodidacte, il décide d’abandonner ses études pour aller chercher du travail ; et c’est aussi l’âge à partir duquel il abandonne l’apprentissage musical que lui faisaient suivre ses parents. Parallèlement aux « petits boulots » qu’il cherche, Laurent prend des cours de théâtre durant trois ans et écrit chez lui avec un professeur de philosophie. Il déclarera plus tard « avoir pris goût à cela ». A 16 ans Laurent Boutonnat a la volonté de diriger ses recherches d’emploi vers le secteur audiovisuel, et commence à développer dans son imagination plusieurs projets de longs-métrages dont un film déjà nommé Giorgino ; scripte qu’il reprendra dix ans plus tard. L’histoire de cette première version n’a cependant rien à voir avec le long-métrage qui sortira dix sept ans plus tard. Ce scénario racontait le huis-clos d’un couple dont l’homme aime de plus en plus son épouse, alors que cette dernière prend une peur de plus en plus panique de lui. L’incertitude sur les intentions de l’un et de l’autre débouchait sur un duel final tragique entre les deux époux.

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Boutonnat réalisera finalement Ballade de la Féconductrice en 16 mm. à l’âge de seize ans, qu’il produira à l’aide de son père, et des Films du Marais pour sept mille six cents euros. Il tournera entre Paris et Etretat en fonction des conditions météorologiques. Après avoir été présenté et sifflé au marché du film de Cannes en 1979, Laurent Boutonnat tente de l’exploiter dans une unique petite salle : « Le Marais » à Paris, à partir du 15 mai 1980. Le film qui passe d’abord en comité de censure obtient une interdiction aux mineurs de moins de dix huit ans. Laurent Boutonnat en a alors dix sept. Le dossier de censure retrouvé dans les archives du C.N.C. comporte un court synopsis écrit de la main du jeune réalisateur :

 

« La balade (sic) d’une fleur du mal dans un monde fantasque et allégorique où se mêlent humour noir et horreur. »

 

 Tous les avis convergent vers une interdiction aux mineurs, et Henri Dolbois qui dirige la commission plénière conclue le dossier comme suit : 

« Une anthologie de Hara-Kiri et Charlie-Hebdo. Castration, mutilations d’enfants, torture d’un mongolien adulte en petite voiture roulante. Faces tuméfiées et sanguinolentes. Une femme accouche dans sa cuisine d’un teckel, elle fait l’amour avec lui etc… Le film me paraît justifiable d’une interdiction aux mineurs en raison de l’exhibitionnisme grand-guignolesque ce film attentatoire à la dignité de la personne humaine. Cette interdiction me paraît justifiée bien qu’il s’agisse d’un 16 mm. à faibles objectifs commerciaux. »

Henri Dolbois

  Le film ne restera que deux semaines à l’affiche et totalisera quatre cents cinquante neuf entrées. Plutôt que de retourner à l’école, Laurent Boutonnat, déçu, ne fait plus rien jusqu’à sa rencontre avec Jean-François Chauvel. Ce grand reporter de télévision mort en 1986 avait alors en préparation le tournage d’une série de reportages scientifiques sur le nucléaire : Les Energies Nouvelles. Laurent Boutonnat saisit sa chance et postule comme caméraman pour toute la série d’émissions. Il avouera plus tard: « J’avais prétendu m’y connaître en technique pour qu’il me prenne, et j’ai dû potasser le manuel comme un fou ». Il part donc pendant un an dans les quatre coins de la France pour tourner les images de ces reportages, « La meilleure école » se souviendra t-il en 1990.

  Laurent Boutonnat qui a alors vingt ans se lance dans une nouvelle aventure où il utilisera ses facultés d’écriture et son expérience récente dans le journalisme. C’est l’époque où, remis de l’échec de Ballade de la féconductrice, il multiplie les projets. Toujours avec le sens du subversif et son goût du morbide, il entreprend des recherches pour l’écriture un livre sur l’infanticide. Un ami, Jérôme Dahan fait partie du projet. Parallèlement à cela il réalise des publicités télévisées. Laurent tourne plusieurs spots et s’associe à un producteur du circuit Parafrance. Celui-ci lui proposera de tourner un film d’horreur en deux semaines pour un budget de deux cents trente mille Euros. Suite à des désaccords du fait du producteur, le projet ne verra jamais le jour. C’est à cette période que Boutonnat reprend le script de Giorgino à zéro. Un soir, alors qu’il est accompagné de son ami Jérôme Dahan, il décide d’écrire avec lui les paroles d’une chanson ayant trait à cette enfance qui le hante tant. Le lendemain Jérôme Dahan écrit la musique et le résultat ne leur déplait pas. Ils viennent d’écrire Maman à tort, qui deviendra un petit succès de l’été 1984. Laurent Boutonnat laisse peu à peu de côté le sulfureux livre sur l’infanticide qui ne verra finalement jamais le jour. Les paroles de la chanson fraîchement écrite qui évoquent la folie, l’abandon et le saphisme seraient encore plus explosives dans la bouche d’une enfant. Après une tentative avec une jeune fille de quinze ans qui pose trop de problèmes juridiques avec la D.D.A.S.S, Jérôme Dahan et Laurent Boutonnat organisent un casting où se présentent une cinquantaine de jeunes filles majeures dont la future chanteuse Mylène Farmer, alors âgée de vingt et un ans. Laurent Boutonnat la choisie immédiatement, sans même l’avoir entendue chanter, à cause de son air « psychotique ». C’est suite aux problèmes se posant pour monter le clip de Maman à tort (1984) que Laurent Boutonnat envisage le clip comme seul moyen à court terme de faire du cinéma. Il sait aussi qu’il lui faudra financer lui-même ses projets s’il veut avoir les moyens nécessaires pour les réaliser. Durant la promotion de Maman à tort, Laurent Boutonnat retourne ponctuellement au documentaire en réalisant pour l’Education Nationale Parents… si vous saviez, reportage fictionnalisant de douze minutes sur le rôle de la parentalité. Le duo Dahan-Boutonnat écrira 10 mois plus tard deux autres chansons : On est tous des Imbéciles ne se fera remarquer que grâce à la morbidité de sa face B. Signée Boutonnat, L’Annonciation évoque le viol par le truchement d’une imagerie évangélique.

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 Décidément abonné à l’insuccès systématique de ce qu’il entreprend, Laurent Boutonnat se voit renvoyé de la maison de disques R.C.A. pour laquelle il avait pourtant fini de préparer un album. Laurent Boutonnat se sépare de Jérôme Dahan avec lequel il est en désaccord sur la suite à donner à la carrière de la chanteuse dont ils s’occupaient. Comme rattrapé par la chance, Boutonnat est contacté par Alain Levy qui vient de créer la maison de disque Polydor. Ce label français appartenant à l’Américain Polygram veut tout miser sur la chanson française et signe directement Mylène Farmer et Laurent Boutonnat pour trois albums, alors qu’ils n’assurent pas encore de réels succès commerciaux fiables. Le premier d’entre eux est Cendres de Lune en 1986, entièrement conçu, produit et arrangé par Boutonnat. Il en signe la composition, presque toutes les paroles et la pochette, pour poser les bases d’un climat. Cendres de lune est un laboratoire de boites à rythme, d’échantillonnages194, avec des inserts de chants grégoriens, et dont l’originalité a été saluée par le magazine musical Rock & Folk car il fait cohabiter morceaux avant-gardistes et variété populaire :

 

« Si les paroles sont plutôt du genre la Comtesse de Ségur qui aurait enfin décidé de parler de ce que font vraiment les petites filles modèles, la musique est elle aussi bien ficelée […] Cendres de Lune très court morceau à la limite de l’expérimental et du franchement morbide. Enfin, Vieux Bouc […] suit la même direction, avec ses voix sataniques ricanant en contrepoint qui évoquent une version musicale du Tour d’Ecrou sur fond de messe noire et d’âme en peine et de Lolitas grimaçantes. Tout cela est assez rare et original »

  C’est alors que Boutonnat se décide à monter son deuxième long-métrage à partir du script de Giorgino. Il en commence la préparation, mais son récent succès inattendu dans la production musicale l’occupera trop pour finaliser ce projet. En 1987 Laurent Boutonnat entame l’écriture du deuxième album Ainsi soit-je qui sortira à la fin de la même année. Il crée pour l’occasion sa première société de production discographique: Toutankhamon S.A. Le clip du premier extrait Sans Contrefaçon passera en exclusivité à la télévision le soir du réveillon 1988. Suivront le clip d’Ainsi soit-je et surtout Pourvu qu’elles soient douces. Le clip, qui a coûté deux millions de Francs sera d’ailleurs nommé aux Victoires de la musique de 1988. Il en co-écrit l’histoire avec le scénariste Gilles Laurent, auquel il présentera le synopsis de Giorgino ébauché à dix-huit ans. Tous deux travailleront  sa réécriture pendant quatre ans. C’est avec Gilles Laurent que Boutonnat écrira le scénario de Sans Logique, et surtout concevra le spectacle dont la tournée et le film sont déjà en projet en 1988. 

Depuis que le cinéaste produit lui-même ses courts-métrages, il peut se permettre des budgets colossaux, comme celui nécessaire à la réalisation de Sans Logique (1989) qui aura nécessité un aménagement coûteux des studios d’Arpajon. C’est avec le même système de financement qu’il produira la tournée qui va lui permettre de sublimer son univers en l’extrapolant sur une scène. C’est notamment pour cela qu’il crée le 19 janvier 1989 la société Heathcliff S.A. qui lui permettra de produire la tournée et ses prochains films. Après un essai transformé à Saint-Étienne puis deux semaines au Palais Des Sports de Paris, le spectacle parcourra la France en 60 dates dont deux au Palais Omnisports de Paris-Bercy. Laurent Boutonnat, au delà de la mise en scène et des arrangements, pense au film qu’il tirera de cette tournée. Il crée le 26 octobre 1989 à l’occasion de la sortie du double album En concert une société d’édition phonographique « Requiem Publishing » qui édite depuis, toutes les productions de Boutonnat sans exception. La sortie en salles et sur vidéo du film du spectacle se fera finalement le 25 septembre 1990. Suite à la sortie de En concert, Laurent Boutonnat écrit les dix musiques du prochain album de Mylène Farmer: L’Autre. Il profite du tournage de Désenchantée et de Regrets en Hongrie en février 1991 pour faire des repérages pour Giorgino avec le décorateur Pierre Guffroy. Se consacrant essentiellement à la préparation du long-métrage, les années 1992 et 1993 verront débuter le tournage des scènes d’extérieur du film dans le parc slovaque des Tatras auxquelles suivront les plans d’intérieur aux studios Barrendov de Prague.

 

En mai 1993, le montage et l’écriture de la musique succèderont au tournage. Laurent retournera pour l’occasion dans l’État Tchèque pour en enregistrer la musique. L’exceptionnelle longueur de la post-production due en partie au perfectionnisme de son auteur s’achèvera en août 1994. Après 8 années de travail, Giorgino sort enfin sur les écrans le 5 octobre 1994. Abattu par la critique et sorti au mauvais moment, le film est un échec.

 

 Décidément décisif dans la carrière de Boutonnat, l’échec le conduit à des revirements complets. Celui de Giorgino sera de trop, plongeant son auteur dans le désespoir le plus profond. Après un an sans nouvelle production, qu’elle soit musicale ou audiovisuelle, la suite de son travail montrera une absence totale de continuité. Laurent Boutonnat composera onze musiques pour l’album Anamorphosée annonçant le retour de son interprète fétiche. Suite à ça il co réalisera un autre film de concert Live à Bercy avec François Hanss, son assistant de longue date. 

Le succès commercial de ce film (pourtant uniquement exploité en circuit de cassettes vidéos) n’aura d’égal que l’échec artistique que nous seront forcés de constater. Les nombreux faux raccords involontaires et la superficialité affichée de l’imagerie renient outrageusement le perfectionnisme dont Boutonnat était autrefois capable. Laurent Boutonnat refuse depuis toute interview et toute diffusion de Giorgino, voulant visiblement faire de son long métrage un film maudit. Le film sera tout de même contractuellement diffusé en novembre 1995 sur la chaîne Canal Plus, qui participa à sa production. Boutonnat attendra 1997 avant de reprendre réellement la caméra pour l’ancienne actrice Nathalie Cardone, sa nouvelle égérie avec laquelle il réalisera quatre clips. Il crée pour elle une société de production le 19 juin 1997 : « Calliphora S.A. » et laisse peu à peu en désuétude les sociétés Heathcliff S.A. et Toutankhamon qui cessera même ses activités en 1997. En mai 1999 sort l’album de Mylène Farmer Innamoramento comportant treize titres dont neuf composés par Laurent Boutonnat, mais il n’en signera aucun clip. Le 10 mai 2000 il étend toutefois ses activités financières en fondant LB Société Civile Immobilière qui s’occupe d’achat et de location de biens immobiliers.

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 L’échec qui accompagna toute la carrière de Boutonnat provoqua chez lui deux réactions contraires selon les époques. Alors que son insuccès dans le cinéma l’incita dans sa jeunesse à persévérer dans la voie cinématographique, il ne put se remettre du fiasco commercial de Giorgino qui le fit stopper toute réalisation ambitieuse. Aujourd’hui  Mylène Farmer et Laurent Boutonnat dirigent toujours la société d’éditions phonographiques Requiem Publishing qui produira en mai 2000 une nouvelle chanteuse pour adolescents : Alizée. Laurent Boutonnat écrira pour elle les chansons de ses deux albums et tournera trois clips : Moi… Lolita, Parler tout bas et J’ai pas vingt ans. Ayant cessé sa collaboration avec Nathalie Cardone, il continue néanmoins la composition des chansons de Farmer et réalisera même pour elle deux derniers clips Les Mots et Pardonne-moi, renouant une dernière fois avec leur univers des années 80. En mars 2001 sortent pour la seconde fois sur support numérique l’intégrale des clips que Laurent Boutonnat a tournés pour elle.

 

EXTRAIT DU LIVRE DE Jodel Saint-Marc  « Le Clip en tant qu’œuvre Cinématographique / aux éditions Sorbonne Nouvelle en août 2003

 

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