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Tournage du film de Mylène F. Terminé

Posté par francesca7 le 2 novembre 2017

 

Vivre entre l’ombre et la lumière, le « je » et le « jeu », le hors-champ et le cadre… Elle s’y est habi­tuée. Elle y a même pris goût. Quelques mois avant de révé­ler ses talents d’actrice dans le thril­ler Incident in a Ghost Land de Pascal Laugier, la chan­teuse a bien voulu nous accor­der un entre­tien exclu­sif… libre et passionné !

ghost-land

Elle arrive avec quelques minutes de retard… vécues comme une éter­nité. Trois jours plus tôt, elle s’est lais­sée photo­gra­phier, en comité restreint, par Sylvie Lancre­non. Ambiance déten­due – bercée par la bande-origi­nale du film Tree of life et quelques morceaux de Sting – mais studieuse – choix des vête­ments, retouches maquillage, rien n’échappe à cette perfec­tion­niste. On a beau l’avoir déjà appro­chée, son absence, avant qu’elle ne surgisse devant nous, nour­rit les fantasmes. Trop fragile pour affron­ter nos ques­tions ? Lorsqu’elle finit par se présen­ter, ses jambes fines ne vacillent nulle­ment sur ses stilet­tos. Trop sauvage pour des retrou­vailles ? Cheveux lâchés et visage à peine maquillé, elle porte un collier aux allures d’amu­lette, mais elle a accepté, après le jeu des photos, notre rendez-vous, déta­ché de tout enjeu promo­tion­nel. Son prochain film, Incident in a Ghost Land réalisé par Pascal Laugier et tourné au Canada l’hi­ver dernier, ne sortira proba­ble­ment que début 2018. Soit près de vingt-cinq ans après Gior­gino, premier long-métrage en costumes, thril­ler enneigé et incom­pris de Laurent Bouton­nat. Musi­ca­le­ment, malgré une récente signa­ture avec Sony Music, la parti­tion est encore vierge. Mylène Farmer a l’élé­gance de ceux qui n’im­posent rien… sinon leur présence au monde, diffé­rente, inspi­rée, et inspi­rante.

Gala : Il y a cinq mois, vous avez terminé le tour­nage du film Incident in a ghost land. Un thril­ler éprou­vant qui confronte une famille à des esprits malfai­sants. Aucune séquelle à déplo­rer ?

Mylène Farmer : Toujours le même cauche­mar : Pascal Laugier, le réali­sa­teur, me pour­suit inlas­sa­ble­ment avec sa caméra dans les couloirs de la maison du film ! (Rires). C’était impres­sion­nant de le voir au travail, d’ob­ser­ver comment il faisait corps avec son long-métrage. Je garde un souve­nir très fort de ce tour­nage et de « mes filles » à l’écran.

Gala : Vous avez fait confiance à un réali­sa­teur, récent dans votre galaxie, et vous avez endossé un rôle inha­bi­tuel, celui d’une mère de famille. Le tout, en langue anglaise. Vous aimez pous­ser les curseurs de la diffi­culté ?

M.F. : Je ne parle­rais pas de diffi­culté, mais d’exi­gence. J’aime les projets ambi­tieux, précis, qui demandent l’in­ves­tis­se­ment de toute une équipe pour un résul­tat encore incon­nu… Il y a une certaine beauté dans ce geste collec­tif. J’ai accepté ce film, essen­tiel­le­ment parce que mon rôle était très bien écrit et parce que Pascal maîtrise remarqua­ble­ment ce genre. Son scéna­rio est formi­dable. Me glis­ser dans la peau d’une mère prête à défendre ses enfants était un chal­lenge, mais je l’ai fina­le­ment abordé de façon assez natu­relle, instinc­tive. Quand le tour­nage à débuté à Winni­peg, j’étais une actrice parmi les autres. 

Gala : Reve­nir au Canada, votre pays de nais­sance, a-t-il agité quelques émotions ?

farmer FILMM.F. : Une immense émotion ! J’ai retrouvé la maison de ma petite enfance, à Pier­re­fonds. J’ai pu en redé­cou­vrir l’in­té­rieur, le jardin… Je suis égale­ment reve­nue dans ma première école, tenue par des reli­gieu­ses… Alors que j’em­prun­tais la rue du Belvé­dère, où j’ai grandi, la neige a commencé à tomber. J’étais comme accueillie… 

Gala : Qu’est-ce qui prime pour vous : dési­rer ou se sentir dési­rée ?

M.F. : Sentir le désir… C’est fonda­men­tal pour moi. Vital, même.

Gala : Comment avez-vous préparé votre rôle dans Incident in a Ghost Land ?

M.F. : J’ai travaillé. Claude Berri m’a dit un jour : « Mylène,  si tu connais ton texte à la virgule près, ainsi que les répliques de tes parte­naires, tu pour­ras tout oublier et t’aban­don­ner. » Depuis le cours Florent, je suis amie avec Vincent Lindon, qui m’impres­sionne infi­ni­ment  dans chacun de ses rôles. Son aide fut précieuse. Il m’a conseillé son coach. J’ai répété. Et puis… j’ai fait le grand saut dans le vide !

Gala : Isabelle Adjani a récem­ment déclaré : « jouer, c’est répa­rer ». Qu’est-ce que cela vous inspire ?

M.F. : C’est une défi­ni­tion qui corres­pond parfai­te­ment à cette grande actrice. Mais pour moi… Je ne crois pas à la répa­ra­tion. Je dirais plutôt qu’on apprend à vivre avec soi. Ce qui, déjà, n’est pas une partie de petits chevaux … 

Gala : Pardon­nez la ques­tion, mais la dispa­ri­tion de votre maman, quelques mois avant de tour­ner avec Pascal Laugier, a-t-elle influencé votre inter­pré­ta­tion d’une mère de famille ?

M.F. : Permet­tez que je ne vous réponde pas direc­te­ment. Chacun d’entre nous est touché par des deuils. J’ai la chance de pouvoir écrire sur « mes » absents… Sans les nommer… Et de pouvoir, par la magie des mots, aspi­rer un peu du chagrin des autres. 

Gala : Isabelle Huppert, que vous connais­sez bien, a dit : « être actrice, c’est trans­for­mer en excel­lence ce qui ne l’était pas : la fragi­lité en force, la timi­dité en assu­rance. » Cela vous ressemble, non ?

M.F. : J’ai beau­coup d’ad­mi­ra­tion pour Isabelle Huppert, sa déter­mi­na­tion, ses choix artis­tiques, son jeu unique. Je ne sais pas si ses mots me ressemblent, mais je partage son point de vue. Le dépas­se­ment de soi est un mini­mum, lorsqu’on veut parta­ger avec les autres. Vivre est une aven­ture exigeant que l’on se réin­vente sans cesse, sans jamais se trahir, ni sacri­fier aux modes. Je suis une instinc­tive et ma timi­dité, que j’as­sume, m’a sans doute proté­gée ! 

Gala : Quels sont les mots qui vous touchent le plus ?

M.F. : Les mots pronon­cés au moment où l’on ne s’y attend pas. Je suis fasci­née par la puis­sance des mots portés par la bonne personne, au bon moment. Et « Mon Amour » m’émeut telle­ment… 

 

Propos recueillis par Thomas Durand 

article paru dans http://www.gala.fr/l_actu

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Mylène s’est confiée à GALA

Posté par francesca7 le 25 mai 2017

 

Paris Match| Publié le 17/05/2017 à 18h10Anthony Verdot-Belaval

 

mylène chez francesca

image : Mylène Farmer à Cannes en 2015.Tony Barson / Paris Match

Après de longs mois de silence, la star Mylène Farmer se prépare à faire son grand retour. L’occasion de se confier dans un entretien au magazine «Gala» sur son retour au Canada, sur son envie de jouer, mais aussi sur une mère absente.

Ses nombreux fans attendent son retour musical, après l’immense succès de son dernier opus «Interstellaires», en 2015 (plus de 320.000 exemplaires). Mais encore une fois, Mylène Farmer a décidé de surprendre. Dans les colonnes du magazine «Gala», la star de 55 ans a annoncé son grand retour au cinéma dans le film «Incident in a Ghost Land», réalisé par Pascal Laugier. Tourné au Canada l’hiver dernier, le film est prévu pour l’année prochaine, mais Mylène Farmer se confie déjà sur l’incroyable expérience de tournage, un tournage qui lui a permis de revenir dans son pays natal. Une immense émotion. «J’ai retrouvé la maison de ma petite enfance, à Pierrefonds. J’ai pu en redécouvrir l’intérieur, le jardin… Je suis également revenue dans ma première école, tenue par des religieuses… Alors que j’empruntais la rue du Belvédère, où j’ai grandi, la neige a commencé à tomber. J’étais comme accueillie.»

Vivre entre l’ombre et la lumière, le « je » et le « jeu », le hors-champ et le cadre… Elle s’y est habi­tuée. Elle y a même pris goût. Quelques mois avant de révé­ler ses talents d’actrice dans le thril­ler Incident in a Ghost Land de Pascal Laugier, la chan­teuse a bien voulu nous accor­der un entre­tien exclu­sif… libre et passionné !

Dans ce même entretien, Mylène évoque aussi le travail du réalisateur avec qui elle avait travaillé sur son clip, «City of Love». «J’aime les projets ambitieux, précis, qui demandent l’investissement de toute une équipe pour un résultat encore inconnu… Il y a une certaine beauté dans ce geste collectif. J’ai accepté ce film, essentiellement parce que mon rôle était très bien écrit et parce que Pascal maîtrise remarquablement ce genre. (…) Me glisser dans la peau d’une mère prête à défendre ses enfants était un challenge, mais je l’ai finalement abordé de façon assez naturelle, instinctive».

FILM DE MYLENE

—-> a voir sur https://www.innamoramento.net/mylene-farmer/incident-in-a-ghost-land

« Aspirer le chagrin des autres »

Alors en toute sérénité, visiblement touchée par ce jeu des confessions, Mylène accepte de répondre à une question sur le décès de sa mère, survenu en 2016 (Mylène avait déjà perdu son père il y a vingt ans, ndlr).

«Chacun d’entre nous est touché par des deuils. J’ai la chance de pouvoir écrire sur « mes absents ». Sans les nommer. Et de pouvoir, par la magie des mots, aspirer un peu de chagrin des autres».

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RECIT DE L’ADOLESCENCE DE Mylène FARMER

Posté par francesca7 le 16 juillet 2016

 

‘Mon adolescence’, par Mylène Farmer  paru dans OK du 25-janv-1988                                                                                                                                        

« Nous sommes entrés, à mon avis, dans une ère de désintéressement.                                     

Notre époque a perdu son âme. »  

blog francesca                                          

Mon caractère : l’envie d’être à part.                                                                                

- Quelque part, j’étais peut-être un peu comme l’héroïne de ma dernière chanson : « Sans contrefaçon…je suis un garçon… ». Je n’étais pas un garçon manqué mais une fille manquée ! Depuis ma plus tendre enfance, je n’ai jamais aimé jouer à la poupée, à la dînette… J’ai toujours préférée la compagnie et les jeux des garçons. Certainement cela a dû influencer mon caractère… Jusqu’à l’âge de dix ans, j’ai vécu au Canada une enfance heureuse. J’étais très ouverte, bavarde… Et mon arrivée en France a été un véritable choc. J’ai eu du mal à m’intégrer à l’époque. Mais je n’ai pas souffert de cette période de transition qu’on appelle l’adolescence, disons que j’ai commencé à exister réellement il y a peu de temps, quand j’ai commencé à me réaliser dans le métier que j’ai choisi. Avant j’étais mal à l’aise. Sûrement un peu déracinée… En fait, je n’avais qu’une envie déjà : être à part, être la personne élue. Ce que je ne supportais pas, adolescente, c’est d’être perdue parmi 30.000 fourmis. Et c’est justement ce qu’on vous demande lorsqu’on est adolescent : ne pas être marginal, bien se noyer dans la masse. De cela oui, j’ai souffert !                                                                                                                          

Mes études : incolores et inodores.                                                          

- Je me souviens d’une chose étonnante : j’ai toujours refusé d’arriver en retard au cours. Hiver comme été, je me retrouvais seule à 7h30 devant la porte alors que nous ne commencions qu’à 8h… En revanche, je ne portais aucun intérêt quant à la suite de la journée. C’est un paradoxe bizarre que je n’ai jamais pu m’expliquer. Peut-être est-ce dû à mon signe zodiacal : Vierge ascendant Vierge, cause de conflit, de dualité ? En dehors de ça, j’ai vécu une scolarité que je qualifierai d’incolore, d’inodore. J’adorais le français, mais hélas, il m’a été enseigné par des profs qui le détestaient. J’aimais bien aussi le dessin, le théâtre et les sciences naturelles. Quant aux maths, j’étais archi nulle. En fait, mon esprit anti-cartésien ne pouvait pas s’accommoder de la logique mathématique.                                                                                                                                                                                                                         

Mes parents : je leur dis merci.                                                                                                       

- J’ai eu la chance d’avoir des parents intelligents, ouverts, généreux dans l’âme. Si je voulais leur parler, je pouvais le faire sans problème, mais mon caractère d’adolescente introvertie me poussait plutôt à me taire. En fait, à part notre ‘exode’ difficile pour moi au début, j’ai vécu dans un univers plutôt agréable, entouré de frères et de soeurs, comme la plupart des autres familles. En tout cas, je ne remercierai jamais assez mes parents d’avoir su régler parfaitement le problème de l’argent de poche. J’en avais un peu, mais pas trop. Dans des limites raisonnables qui font qu’on apprécie toujours les choses, qu’il vous reste les désirs. J’avoue que j’avais été choquée par les sommes exorbitantes que recevaient certains élèves.                                     

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Mon look : Maman n’avait pas tort.                                                                                                             

- Ma mère  a toujours adoré s’habiller et de ce fait elle m’a forcément influencée, je m’en inspirais plus ou moins, fatalement. Mais à 14-15 ans, le budget alors était limité en ce qui concerne les vêtements, aussi je recherchais avant tout à bien marier les couleurs plutôt que de trouver des formes originales. J’etais déjà définitivement pantalons et je me souviens en particulier d’une tenue bordeaux – j’ai craqué un moment pour cette couleur – pull et pantalons assortis que je trouvais du plus bel effet ! J’avais les cheveux très courts et je n’ai jamais eu les cheveux plus longs que ma coupe actuelle. Et jusqu’à « Maman à tort » ils étaient bruns. Ce n’est qu’à partir de « Libertine » qu’ils sont devenus roux.                                                                                   

Mes loisirs : l’équitation, déjà…                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                  

- La lecture, c’est venu assez tard. Non, vers 15 ans, j’étais surtout très dessin. Et puis déjà une passion pour les animaux et les zoos. J’avais essayé le piano, la danse classique (une seule séance, car à la fin la tête me tournait), puis j’ai tenté l’équitation et là mes parents ont dû se dire « Encore un de ses caprices ! ». Maman a vraiment eu tort car là, j’ai vraiment craqué. Au point de monter trois fois par semaine, de partir en stage l’été… Bien sûr, il y a eu aussi la musique. A la maison on était plutôt musique classique et côté variétés c’était Serge Reggiani, Gréco, Brel, Brassens, Barbara… Serge Reggiani, j’ai beaucoup aimé, je suis même allée le voir deux fois sur scène. Et puis, il y a eu Dutronc. Je n’ose pas dire mon idole, car j’ai horreur de ce mot, mais comme je n’en vois pas d’autres… J’avais tous ses albums, des petits joyaux, musiques et textes sublimes. Et quand il me restait un peu de temps, j’allais au cinéma. J’ai toujours été fascinée par le cinéma, par l’image. Et ses stars mythiques : Marilyn et James Dean, bien sûr mais aussi et surtout, Greta Garbo. Une comédienne, un personnage et un destin hors du commun…                                                                                                  

Mes premières amours : elles étaient impossibles et platoniques.                                                                         

- C’est venu vraiment très tard ! Adolescente, je n’étais pas du tout branchée boums par exemple. J’y suis bien allée deux, trois fois, pour voir, mais c’était pas mon truc. Malaise. Plutôt que des amours, j’ai eu des intimités intellectuelles avec des garçons, des relations platoniques, évidemment sans contact physique… Mais mes copines, elles, avaient plein de flirts et, bizarrement, j’en ai souffert. Quelque part, je jalousais leurs succès auprès des garçons. Encore un paradoxe de ma part. Mais j’avais trop d’appréhension pour franchir le pas… En fait, à l’époque je ‘fantasmais’ sur des amours impossibles avec tel ou tel comédien. Quelque part je devais trouver ça moins difficile qu’une idylle ‘en chair et en os’…                                                                         

En conclusion.                                                                                                                                                                                                                                                

- Nous sommes entrés, à mon avis, dans une ère de désintéressement. On se dit que la vie est difficile d’entrée de jeu – et c’est vrai qu’elle l’est, difficile – car d’entrée de jeu aussi, il y a le chômage. Notre époque a perdu son âme. Nous avons une crise bien plus grave que les problèmes boursiers. La vraie crise, elle est mentale, c’est dans nos têtes qu’elle se passe. Cela dit, je reste optimiste car en période de crise, il se passe toujours des choses qui font avancer le monde, un renouveau, un regain de création, d’énergies…                   

Publié dans Mylène 1987 - 1988, Mylène Autrement, Mylène dans la PRESSE, Mylène en CONFIDENCES | Pas de Commentaires »

Salman Rushdie rencontre Mylène F.

Posté par francesca7 le 4 mai 2016

Mylène était conviée au mariage de l’écrivain qui a eu lieu le 17 avril 2004 à New York (Etats-Unis). Mais on sait qu’ils se connaissent depuis au moins 2000, année à laquelle on les a vus ensemble à un cocktail new-yorkais 

 

En 2002 : photo de Mylène et le fils de Salman

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Salman Rush­die: un poète contre les anathèmes – Article paru dans Gala

Comment je fais connaître les sites patriotes aux fans de Mylène Farmer 

Salman RushdieContrairement à l’imam de Brest, je pense qu’il faut s’enivrer de musique et je ne me prive pas pour le faire. La musique adoucit les mœurs et j’apprécie particulièrement la chanteuse française Mylène Farmer. J’entends déjà grincer des dents, notamment parce que son pseudonyme est anglo-saxon, mais c’est une célébrité qui, de mon point de vue, incarne très bien les valeurs de la France et de la civilisation occidentale. 

Je n’aurais sans doute pas les mêmes opinions politiques si je n’étais pas un admirateur de celle qui interpréta, entre autres, « Libertine », dans un clip évoquant le libertinage du XVIIIème siècle. Elle a su, tout au long de sa carrière, incarner une femme libre, provoquer avec une élégance que j’apprécie, contribuer à lever des tabous – il est vrai que le terrain était bien préparé depuis mai 1968 et l’œuvre féministe, notamment – et proposer des références culturelles de qualité, tout en visant un large public et en utilisant les media. Pour cette raison, elle est généralement méprisée par les «bobos», comme les Inrocks qui ne la loupent jamais à chaque sortie d’album (mais sa musique se vend extrêmement bien depuis trente ans).

J’en parle ici aussi parce que la récompense pour la fatwa contre Salman Rushdie a été augmentée très récemment par l’Iran ; or, la chanteuse est connue pour s’être liée d’amitié avec l’écrivain depuis fort longtemps. Alors, je suis allé sur un site non officiel (elle est l’une – voire la seule – chanteuse française médiatique à ne pas avoir de site officiel) pour partager l’information relative à l’auteur des Versets sataniques. En effet, les admirateurs de la chanteuse ont l’habitude de relayer l’actualité de Salman Rushdie, quoique Mylène Farmer n’ait jamais pris de position politique à ce sujet. J’avais alors décidé de partager un lien vers l’article que Riposte laïque a consacré très récemment à Salman Rushdie (http://ripostelaique.com/liran-offre-39-millions-de-dollars-futur-tueur-de-salman-rushdie.html), mais j’ai été censuré…

Ne baissant pas les bras et convaincu de ne pas être d’extrême-droite, j’ai relancé le débat en publiant sur le même site un message où j’expliquais ceci, entre autres : « la liberté d’expression, les valeurs républicaines, la libération des interdits religieux sont des idéaux élevés et tous ceux qui connaissent Mylène Farmer comme artiste, ses paroles et actions comme femme publique, aussi discrète soit-elle, doivent DEFENDRE cela. Les ténèbres progressent dans le monde, revoyez le clip de Leila*, par exemple, réécoutez la Poupée qui dit non, dans toute sa carrière Mylène Farmer a incarné la femme insoumise. Les horreurs de l’Etat islamique et le recul de ce qui fait notre civilisation, celle dans laquelle Mylène Farmer a puisé pour construire son univers, ne peuvent plus vous laisser indifférents. On ne peut plus tolérer qu’un imam à Brest prétende que la musique est la créature du diable et que celui qui écoute régulièrement de la musique court le risque d’être transformé en singe ou en porc par Allah ». * extraite de l’album « Bleu Noir », cette chanson évoque une fille du Shah d’Iran, qui s’était engagé dans la construction d’un Etat laïque, jusqu’à ce que la Révolution islamique de 1979 l’écarte du pouvoir.

J’en ai alors profité pour glisser une petite publicité pour Résistance républicaine, que j’ai décrite comme un mouvement « apolitique de lutte pour que la liberté ne meure pas en France » et en terminant ainsi mon message : « apprenez à vous poser les vraies questions et à défendre l’héritage des lumières. On a besoin de toutes les forces vives pour lutter contre le recul de la liberté ».

Description de cette image, également commentée ci-aprèsQuand elle était un peu au creux de la vague, cette chanteuse a fait un duo très marginal dans sa carrière avec un Algérien (Khaled) dont la vie familiale avait été par la suite médiatisée pour des raisons peu réjouissantes (sa femme avait porté plainte contre lui pour violences conjugales et il fut condamné pour abandon de famille ; sources :http://www.liberation.fr/france-archive/1997/06/14/khaled-traine-devant-le-juge-par-sa-femme_207001 et http://www.leparisien.fr/faits-divers/deux-mois-de-prison-avec-sursis-pour-khaled-08-05-2001-2002152994.phpet voici ce qu’il dit de l’islam… :

 

 

 

 

 

Image de prévisualisation YouTube

https://www.youtube.com/watch?v=yGXdb_aQl8k  

Toutefois, ce duo aux accents « raï » était une reprise de la chanson de Polnareff « La poupée qui dit non », ce qui me semble plein de sens à présent ! Interpréter avec ce chanteur alors en vogue – c’était l’époque où on nous bassinait de raï – une chanson qui parle de la libération sexuelle des jeunes filles en incarnant « la poupée qui dit non », c’était ne pas manquer de toupet.

On peut penser ce qu’on veut de Mylène Farmer – s’il vous plaît, Christine, ne lui faites pas un portrait à la Michel Delpech, je vous en voudrais beaucoup. Loin de moi de prétendre que, contrairement au reste du « show business », elle serait indifférente au dieu Ploutos, auquel Aristophane consacra une pièce quelques millénaires avant que nous naissions… Cependant, sans jamais prendre de position politique, contrairement à moult artistes « bobo » – si ce n’est le mariage homosexuel, auquel elle a reconnu qu’elle n’avait aucun motif de s’opposer, mais sans se livrer à aucun militantisme – elle sait, par ses textes, clips, inspirations et choix artistiques poser des questions essentielles à notre temps. Pour toutes ces raisons, Michel Onfray, il y a quelques années – c’était à l’époque je l’appréciais bien, jusqu’à ce que je lise la critique qu’Eva lui a consacré à propos des Evangiles – avait expliqué qu’il l’appréciait particulièrement.

Il n’est pas étonnant qu’elle ait indiqué que Georges Bataille ou Stefan Zweig, entre autres, ont inspiré ses textes. Elle a su mettre en musique mieux que quiconque les sombres poèmes de l’ermite de Solesmes, Pierre Reverdy. Je connais assez son travail pour dire qu’elle ne mérite aucun reproche de la part des patriotes !

Qui plus est, elle est l’une des rares chanteuses françaises à être très connue et appréciée des Russes, au point que la Russie est, à chacune de ses dernières tournées, un passage obligé, chacune de ses dates de concert faisant alors le plein là-bas. Fait remarquable, alors qu’un journaliste l’interrogeait très récemment sur la Russie en raison des lois récentes sur l’homosexualité, elle a affirmé, contrairement à certains chanteurs qui refusent de se rendre en Russie pour des raisons politiques, qu’elle n’a jamais été ennuyée en Russie pour ses concerts (elle est réputée pour ses tenues très sensuelles voire provocantes) et ses chansons (certains textes étant aussi sulfureux).

J’ai apprécié de l’apprendre, car, ne parlant pas le russe, je ne sais quelle opinion me faire sur ces textes ainsi que sur les lois réprimant les offenses aux sentiments religieux (http://www.lesechos.fr/12/06/2013/LesEchos/21455-067-ECH_russie—vote-d-une-loi-reprimant-les—offenses-aux-sentiments-religieux–.htm).

Il est vrai que la Russie nous intéresse, nous, Français, avant tout pour sa politique internationale. Je ne sais pas ce qui se passe exactement en Russie quant aux mœurs, s’agissant de leur politique interne, mais les évolutions du droit russe sont bien loin de la folie des interdits de la charia. Mylène Farmer ne pourrait pas faire en Arabie Saoudite les concerts qu’elle propose en Russie !

Posté par Maxime dans http://resistancerepublicaine.eu/2016/03/02/comment-je-fais-connaitre-les-sites-patriotes-aux-fans-de-mylene-farmer/

 

Publié dans Mylène 2001 - 2002, Mylène AU FIL DES MOTS, Mylène et L'ENTOURAGE | Pas de Commentaires »

Non, Mylène Farmer n’est pas toujours à poil

Posté par francesca7 le 19 avril 2016

Contrairement à une idée apparemment répandue chez les non fans de la Belle, Mylène n’est (encore) jamais apparue offerte sous les yeux d’un photographe, (j’entends offerte: dévoiler l’ensemble de ses charmes: poitrine et compagnie) exception faite de la séance qui a servi à illustrer la pochette de Rêver, où l’on découvre une Mylène ayant pour unique tenue un maquillage efficace, mais sans qu’aucune partie intime ne soit dévoilée :

Mylène est en effet recroquevillée sur elle-même, à l’instar de Je te rends ton amour. Mylène a toujours refusé les séances photos nues, qui sont selon elle définitivement motivées par la cupidité. (elle s’en explique après le clip Libertine, indiquant le nombre impressionnant de personnes qui ont voulu exploiter ce filon de nudité).

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En revanche, Mylène se dévoile totalement dans Libertine ou l’amour n’est rien. Quand un interviewer lui demande si elle est au courant des clichés qui circulent sur le net, Mylène avoue qu’il serait inutile de les interdire, puisqu’il est très facile de faire des arrêts sur image. Si Mylène n’est apparue de façon totalement suggestive qu’à une seule reprise, et ce pour les besoins de Libertine, elle n’a jamais rechigné à se montrer dans des poses sensuelles ou érotiques. Un journaliste n’a pas hésité à qualifier les photos illustrant le best of Les mots, réalisées par Ellen Von Unverth, de « porno chic. ».

La chanteuse s’en était offusquée « La pornographie n’a, à ma connaissance, jamais été chic. » en ajoutant qu’aucune « nudité apparente » ne s’y trouve proposée, avant de reprendre l’expression dans Porno Graphique: « je dis qu’il n’y a pas de porno chic »: cette expression l’a apparemment vraiment choqué.

Il est évident que comparée à une Hélène Ségara, Mylène Farmer fait figure de scandaleuse. Signalons que Mylène Farmer, contrairement à Madonna, ne se dénude jamais gratuitement.

Et puis, remercions de façon triviale Mylène : elle a un beau corps, et elle a la générosité de nous en faire profiter… (dois-je préciser qu’il s’agit d’humour, au risque de passer pour un fan aveuglé par sa passion ? )

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« FÊTE » COMME CHEZ VOUS RECOIT MYLENE

Posté par francesca7 le 12 mars 2016

Lorsque l’émission commence, Marc Bessou salue le public et les téléspectateurs et présente le sommaire de l’émission. Il finit en annonçant Mylène Farmer qu’on retrouve aussitôt sur le plateau, habillée d’un très beau tailleur blanc, assise par terre sur un coussin, les cheveux attachés en arrière pour chanter « Ainsi Soit Je… ». Une fois la chanson terminée, Mylène rejoint, sous les applaudissements du public, Marc Bessou qui tient à la main le 33-trs de l’album « Ainsi Soit Je… ».

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Marc Bessou : Merci Mylène !

Mylène Farmer : Bonjour.

MB : Vous allez bien ?

MF : Très bien !

MB : Je consultais, tout en vous écoutant – tous les sens sont comme ça rassasiés à la fois : l’oreille et la vue – un album que voici, que voilà, je le montre ici (il montre le 33-trs à la caméra), où il y a effectivement « Ainsi Soit Je… », « Sans Contrefaçon », « Allan », qu’on écoutera tout à l’heure, et puis plus surprenant peut-être il y a « L’Horloge » de Baudelaire. Mise en musique ?

MF : Oui.

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MB : C’est un choix de votre part ? Un choix qui peut étonner…

MF : Absolument, oui, oui. Qui est tiré du livre « Spleen et idéal » de Baudelaire, et c’est un de mes poèmes préférés, oui.

MB : C’est pas facile de mettre en musique un poème qui existe : est-ce qu’on a pas l’impression de faire quelque chose d’un peu sacrilège ?

MF : Pas vraiment ! Moi je dirais que c’est un réel plaisir que de parler sur une musique, et là en l’occurrence, la musique a été faite avant le texte, enfin avant le choix du texte, en tout cas (sourire amusé) et ça m’a paru évident que de greffer Baudelaire sur cette musique.

MB : Ca fait maintenant un certain nombre de disques, plus d’une demi-douzaine de 45 tours. On peut dire que vous avez là maintenant cette fois-ci, définitivement semble-t-il, une carrière qui est posée. Quand on démarre dans ce milieu, même si on a un vrai succès, rien n’est jamais acquis, quoi, on sait pas du tout si ça va fonctionner, c’est quand même sur la durée que ça compte. Donc ça fait, là, trois ou quatre ans déjà !

MF : Ce qui est surtout très, très important, c’est qu’un album marche, et en l’occurrence celui-là marche très, très bien et ça c’est formidable pour un artiste.

MB : C’est vrai que c’est un discours classique, d’entendre les chanteurs dire que l’album c’est ce qui est le plus le reflet de la personnalité, c’est vrai. Vous le revendiquez, ça ?

MF : Certainement ! Là, j’ai deux albums : le deuxième album se rapproche encore plus de moi, je pense. Le troisième, j’avoue que je ne sais pas du tout ! (rires)

MB : On n’en est pas là, c’est aller un peu vite en besogne ! C’est assez drôle parce qu’à le fin, je vois qu’il y a… (il regarde le verso du 33-trs) ça termine quand même plutôt bien : ça termine par « Déshabillez-moi », enfin ça termine pas tout à fait, je suis un peu malhonnête. Enfin, l’avant-dernier, c’est ça. Et puis après « Déshabillez-moi », c’est « The Farmer’s Conclusion ». On pourrait d’ailleurs presque dire les titres, ça a un sens si on réfléchit (il énumère les titres de l’album) : ça suit une forme de cohérence.

MF : Je pense qu’il y a une cohérence. J’espère, en tout cas !

MB : Vous savez ça, on vous l’a dit souvent, des tas de fois d’ailleurs, vous êtes un personnage un peu étonnant : on arrive souvent pas très bien à vous placer par rapport aux gens qui font votre métier. Je suppose que…

MF : Laissons les choses comme ça, alors ! (rires)

MB : On laisse les choses comme ça ?!

MF : Oui !

MB : Bon ! On écoute tout à l’heure « Allan ». Merci, Mylène Farmer.

MF : Merci à vous. Et merci au public !

MB : Restez comme ça !

L’émission continue avec différentes chroniques. En toute fin d’émission, Mylène est de nouveau sur le plateau, dans la même tenue mais cette fois avec des gants noirs, pour interpréter « Allan » face à un micro à pied, ce qui fait que Mylène reste relativement statique durant la chanson. Notons que la version de la chanson est inédite sur disque, puisque ici le pont musical est raccourci.

Article du 05-mai-88 – parution ANTENNE 2

 

Publié dans Mylène 1987 - 1988, Mylène en INTERVIEW | Pas de Commentaires »

FRANCE INTER RECOIT MYLENE

Posté par francesca7 le 19 février 2016

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C’est une première aujourd’hui, nous recevons Mylène Farmer. Alors, Mylène Farmer, d’abord merci d’être venue nous présenter ce film. Pour vous, c’est aussi une première mais on vous a vue dans beaucoup de clips qui ont beaucoup marqué, souvent. Je me demandais ce qui vous avait incitée à franchir le pas des clips au cinéma…

Mylène Farmer : L’envie de jouer, tout simplement. Tout naturellement.

Jean­-Luc Hess : Ca remonte à loin, cette envie de jouer ?

MF : Très longtemps, oui.

 JLH : Vous aviez quel âge, à peu près ? Enfin, toute petite fille ou adolescente ?

MF : Non. J’ai peu de souvenirs. Peut-­être l’âge de onze, douze ans. J’ai découvert le théâtre à l’école et j’ai suivi moi­-même des cours de théâtre un peu plus tard, et cette envie de jouer.

JLH : Qu’est­-ce qu’il y a de si formidable à jouer ? Enfin, c’est parce qu’on est quelqu’un d’autre ? C’est parce que… ?

MF : C’est une schizophrénie tolérée ! (rires)

JLH : Une ambivalence !

MF : Et cette envie que de jouer des personnages qui sont différents de moi et de rendre la vie moins fade.

 JLH : Elle est très différente de vous, la Catherine du film « Giorgino »?

MF : Je pense que nous avons des points communs.

 JLH: Par exemple ? Parce que c’est pas un rôle facile : c’est un personnage, on va dire ­ je sais pas comment on va dire, d’ailleurs, Vincent Josse ! ­ on va dire autiste…

Vincent Josse : Oh, je sais pas si on peut dire ça ! Je crois que vous préférerez femme-­enfant : c’est­ à ­dire qu’elle est femme épanouie et jolie comme l’est Mylène Farmer (rire gêné de Mylène) mais qu’elle est restée dans l’univers de l’enfance et qu’elle n’a visiblement pas envie de rentrer dans le monde des adultes. On peut dire ça ?

MF : Oui. C’est quelque chose que j’ai en commun avec elle, très certainement.

JLH : Alors, est­ce que c’est facile à vivre sur un plateau ce genre de rôle ?

MF : C’était un tournage difficile, avec des émotions difficiles à donner mais maintenant, avec le recul, c’est quelque chose que j’ai aimé profondément, même si violence, même si les difficultés de tournage.

JLH : Le metteur en scène est un de vos amis, enfin c’est quelque chose qui est très proche de vous…

MF : Oui…

JLH : …donc ça devrait faciliter le travail, non ?

MF : En ce sens que je connais sa caméra, que je connais sa direction d’acteurs, j’ai une grande, grande confiance et je savais qu’il était là pour me demander le meilleur et après, lui, c’est sa magie de création, de montage et de toutes ces choses qui font que c’est certainement ­ et c’était ­ une facilité pour moi et à la fois une difficulté, parce que c’est difficile que de travailler avec des gens que l’on connaît très, très bien et qu’on n’a pas envie de décevoir. C’était une telle, telle entreprise ! Ce n’est pas un très joli mot pour ça, mais c’était quelque chose de lourd à porter pour lui, donc c’était un climat assez tendu, assez violent.

JLH : On a peut­-être peut aussi –enfin, je sais pas, moi, je suis pas actrice !­ mais quand c’est la première fois qu’on tourne un film, on n’a peut­-être pas envie de montrer tout de soi ? Ou on se sent un peu tout nu ?!

MF : Je crois que je me suis pas posé ce genre de problème. J’ai essayé d’être le plus juste possible par rapport au rôle de Catherine, le rôle qui m’a été donné, avec toujours ces choses, cette pudeur qu’on peut avoir en soi et cette volonté que de se mettre sous la lumière. C’est toujours un dilemme et un paradoxe qui est difficile à gérer.

JLH : Qu’est­-ce qui vous a semblé difficile encore ? Parce que je sais que les conditions du tournage étaient difficiles ­ c’était en Tchécoslovaquie ­, qu’il faisait froid…

MF : Oui… JLH : …

mais qu’est­-ce qui vous a semblé encore difficile ? J’ai l’impression qu’on est un petit peu seul, aussi, quand on est comédienne…

MF : Je crois qu’on est toujours seule. (rires) Toujours seule. Mais je crois à la fois quelque chose de magnifique, qui est le travail d’équipe et à la fois qui est, là aussi, quelque chose de difficile, parce qu’on est confronté à des personnes qu’on ne connaît pas et on est obligé de vivre en autarcie et ça, ce sont des choses qui sont un peu difficiles pour moi, puisque je m’en suis beaucoup protégée.

JLH : Vous recommencerez, quand même ? Ca vous a plu !

MF : Oui !

VJ : Moi, je voudrais dire que c’est un film justement qui m’a plu. C’est un film intéressant parce que je le trouve un petit peu atypique : il ressemble pas aux films que font traditionnellement les jeunes auteurs, notamment pour un premier film. Aujourd’hui, les jeunes cinéastes nous font surtout du cinéma intimiste, et c’est d’ailleurs intéressant. Certains on leur reproche même de parler de leur nombril et visiblement Laurent Boutonnat n’a pas eu envie de parler de son ego ou de son moi mais il a eu envie de nous raconter une belle histoire, comme quand on était petit, vous vous souvenez ?

On se mettait dans notre lit et on écoutait nos parents ouvrir un livre et nous raconter une histoire. Alors, ça commence comme ça : on pourrait dire que… il était une fois un jeune médecin qui rentre de la guerre, qui a une trentaine d’années et qui recherche des enfants. Il s’est occupé de ces enfants avant la guerre et il ne trouve plus trace de ses enfants. Son enquête le mène dans un village très, très mystérieux, un village qui est peuplé d’êtres pas vraiment ordinaires ­ comme votre personnage, Catherine, qui est cette jeune femme accusée par les villageoises d’avoir tué ces enfants ­ et il va chercher la vérité. C’est un conte, un conte pour enfants, pour adultes aussi parce qu’il y a une violence certaine, une cruauté certaine. Il y a tous les ingrédients d’un conte, tout ce qui fait la saveur d’un conte : il y a cette atmosphère très inquiétante, cette atmosphère de suspens, de suspicion, il y a des femmes qui ressemblent à des sorcières, il y a des spectres. On se croirait quelques fois dans un tableau de Goya…

MF : Sans le soleil ! (rires)

VJ : Je voudrais savoir il est né de quelle envie, ce scénario : est-­ce que Laurent Boutonnat, justement, a voulu retrouver ce frisson qu’était le frisson de l’enfance ?

MF : Probablement. Ca, c’est plutôt une question qu’il faudrait lui poser directement. Moi, c’est vrai que je suis là pour parler du film mais en aucun cas je ne peux me prononcer pour lui, si ce n’est que c’est quelqu’un qui a son propre univers et qui aime les contes, qui aime la cruauté des contes.

VJ : C’est un univers quand même commun avec le vôtre…

MF : Oui. Je pense que c’est pour ça que nous nous sommes rencontrés et c’est pour ça que nous avons travaillé ensemble et que cette rencontre a été magique pour moi : c’est parce que nous avions des choses très, très proches, très communes.

JLH : Mylène Farmer, vous vous intéressez de près aux enfants ?

MF : J’aime les enfants, oui.

JLH : Mais vous avez de l’intérêt pour eux ? Parce que j’ai ouï dire, j’ai lu ça dans une gazette que quand vous étiez très jeune, enfin adolescente, vous aviez visité un hôpital où il y avait des enfants handicapés…

MF : Je m’occupais de temps en temps d’enfants handicapés, oui. C’est quelque chose que j’avais envie de faire et tous les dimanches, je crois, j’allais les voir et essayer de communiquer avec eux et de jouer, de leur apporter quelque chose et c’est quelque chose qui vous marque fatalement à vie.

JLH : Ca vous a marquée positivement ou négativement ?

MF : Je ne sais pas si on peut qualifier ça de positif ou de négatif. Ce rend triste définitivement. Même si ces enfants prétendent être heureux, c’est quand même une condamnation qui est lourde et une injustice. Ca, c’est mon regard donc c’est quelque chose qui est intolérable, oui.

 JLH : Mais est­-ce que c’est apparu pendant ce tournage, justement, cette expérience-­là ?

MF : Probablement. Des choses enfouies en moi, des… Vous expliquer et vous dire que, là, j’ai fait référence à telle ou telle chose : non. Je crois que ça fait partie de moi également. Maintenant, j’ai souhaité pour le tournage ­ peut­-être vous faites allusion à ça ­ rencontrer des personnes malades en milieu psychiatrique pour essayer de capter des choses que Catherine pouvait avoir en elle, donc un regard ­ parce qu’ils ont ça, quelque chose de très, très fort : c’est le regard et les mains, les gestes…

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VJ : Une démarche un peu cassée, aussi…

MF : La démarche, là c’est plus la mienne ! (rires) Je crois que ça se situait plus dans le regard et dans les mains. Il y a une gestuelle qui leur est très propre.

JLH : Ca a été difficile, par exemple, d’aller à ces consultations en hôpital psychiatrique ?

MF : Je l’ai fait une fois et brièvement, donc ce serait mentir que de dire… Mais c’est troublant parce qu’à la fois il y a ce côté voyeur, qui est aussi dérangeant pour soi. J’ai une anecdote qui me revient à l’esprit : c’est pendant une consultation, il y avait cette personne en face de son médecin et qui avait beaucoup d’humour, et c’est vrai que j’avais envie d’éclater de rire et c’était la seule chose qu’il ne fallait pas faire parce que c’est étrange que d’arriver dans cet univers­l à. C’est troublant.

JLH : L’humour pourrait soigner certains problèmes, on en parlera peut-­être avec Georges Wilson quand on parlera de « Henri IV » de Pirandello. Vincent… ?

VJ : Parler de « Giorgino », c’est aussi parler de la mort parce qu’elle est omniprésente dès le début du film puisque quand on vous découvre en Catherine, votre mère vient de se pendre. On apprend aussi que votre père est interné. Vous-­même allez essayer de vous pendre mais vous allez survivre. Est-­ce que ça fait froid dans le dos, tout bonnement, de jouer un rôle comme celui­-là avec des scènes comme celles-­là ?

MF : Je dirais que ça fait partie de la vie ­ pas la vie de tous les jours ! ­ mais ça fait partie de la vie : la mort et la vie sont des choses qui sont inséparables.

VJ : Et avoir un rôle aussi difficile dans cette ambiance ? Je rappelle que le film fait trois heures, donc il y a souvent des scènes d’une grande intensité et d’une grande violence, justement. Est­-ce que ça vous a fait découvrir des choses en vous, des choses que vous ne connaissiez pas ?

MF : Non.

VJ : Non ?

MF : Non, si ce n’est la volonté que de faire un autre film ! (rires) Mais sinon…

JLH : Sans avoir froid aux pieds, cette fois, parce qu’il faisait très froid, il paraît !

MF : (rires) Il faisait froid, oui !

VJ : Un autre film qui sortirait peut­-être complètement de cet univers : pourquoi pas un film comique, une comédie ?

JLH : C’est pas votre genre…

MF : (dans un éclat de rire) Tout le monde me le demande si je veux faire quelque chose de comique ! Pourquoi pas ? J’avoue que c’est l’inconnu, ça ne m’appartient pas. Pour l’instant, je n’en sais rien.

VJ : Vous n’avez pas de désir particulier…

MF : Non. J’ai plus un souhait…

JLH : (la coupant) Vous êtes qui, Mylène Farmer ? Vous êtes qui : vous êtes quelqu’un de pessimiste ou vous êtes quelqu’un de joyeux ? Vous n’êtes pas obligée de répondre ! (rires)

MF : Si, je peux vous répondre : je ne suis pas optimiste. Je peux avoir des moments de gaieté, de grande gaieté, oui. (sourire)

GZ : Moi je me demandais : c’est vrai que votre grand-­mère vous emmenait visiter les cimetières ?

MF : Oui. C’est le seul souvenir que j’ai de cette femme. Je l’ai découvert au travers de lettres que je lui avais adressée et c’est vrai, je crois tous les dimanches, elle m’emmenait au cimetière, donc c’était une… (rires)

GZ : Et vous croyez que ça peut expliquer un goût ­ que vous revendiquez ­ pour ce que d’autres diraient morbide… ?

MF : Mais quand on me demande ­ parce qu’on vous demande toujours des justifications, ce qui est naturel ­ ‘pourquoi aimez-­vous ci, pourquoi ça, pourquoi être attirée par telle chose ou telle chose ?’, j’avoue que je n’en ai pas les clés moi­-même, si ce n’est que vous dire pourquoi, donc, j’ai eu ce souvenir-­là, je me suis dit peut­ être ça a été le détonateur de quelque chose, ou cette fascination, ce désir que d’aller vers ces choses-­là.

 JLH : C’est bien d’être une comédienne mais c’est bien d’être une chanteuse aussi : vous n’allez pas abandonner la chanson, le disque, la scène non ?

MF : Bien sûr que non. Non. Non, non.

GZ : Parce que là, ça a tout de même fait une parenthèse de deux ans, je crois, dans votre vie, dans votre carrière…

MF : Oui, qui m’a été un peu imposée puisque le réalisateur est lui­-même le compositeur de mes chansons, donc je l’attends ! (rires)

JLH : Une toute dernière question, Vincent ?

VJ : Oui, très courte : on vous connaît bien sûr, Mylène Farmer, en France mais on ne connaît pas le comédien principal qui a le rôle­-titre de « Giorgino », qui incarne Giorgio : c’est Jeff Dahlgren (il prononce ‘dahlgreen’ et Mylène rectifie la prononciation). Vous pouvez nous dire deux mots de ce comédien ?

MF : C’est quelqu’un qui est américain, de nationalité américaine. C’est quelqu’un qui a une grande, grande sensibilité et qui a un charisme que je juge étonnant et qui est quelqu’un dans la retenue quant à son jeu.

VJ : Les filles qui ont vu le film sont déjà toutes folles de lui, parce qu’il est beau il faut le préciser !

MF : Oui, il est très beau mais il est au­-delà de ça, Dieu merci ! Il a une âme, une très belle âme.

VJ : Il avait une expérience de comédien aux Etats-­Unis ?

MF : Oui. De la même façon que moi j’ai pris des cours de théâtre, lui a du passer aussi dans des cours. Mais je pense qu’il aime ça aussi.

JLH : Je vous remercie, Mylène Farmer…

MF : Merci.

JLH : Donc le film s’appelle « Giorgino », ça sort aujourd’hui. Il faut y aller à 14h !

MF : Merci.

 

 

FRANCE INTER 5 Octobre 1994 INTER 13/14 Entretien avec Gérard ZÉNONI, Jean-Luc HESS et Vincent JOSSE Gérard Zénoni  

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PASCAL LAUGIER et Mylène

Posté par francesca7 le 13 décembre 2015

 

AUGIER Pascal

Pascal, Repéré par Christophe Gans pour ses premiers courts-métrages, Pascal Laugier se voir offrir par ce dernier de réaliser le making-of de son film Le Pacte des loups (2001). Fort du succès du film et du making-of dont la qualité est saluée, Pascal Laugier se jette à l’eau et réalise en 2004 son premier long métrage, Saint Ange, un film d’horreur fantastique dans lequel il dirige Virginie Ledoyen et Lou Doillon. Malgré son relatif échec commercial, le film est discrètement salué par la critique pour les promesses qu’il apporte, sans qu’elles soient considérées comme tenues pour l’instant.

En 2008, il crée la polémique avec son second long-métrage Martyrs, tourné au Canada, qui, à cause de son gore extrême, passe à deux doigts d’être interdit au moins de dix-huit ans. Heureusement pour le réalisateur, l’accès n’en sera finalement limité qu’aux moins de 16 ans avec avertissement, ce qui permit au film une meilleure distribution.

Durant six mois il travaille sur le reboot de Hellraiser, mais sa version sera refusée par les studios de la Weinstein. Toutefois, il se consacre alors à The Secret.

 

City of Love » : Mylène Farmer s’offre un teaser terrifiant pour son nouveau clip titrait ce jour le site CHARTS en France

Mylène Farmer a fait son choix : son nouveau single sera « City of Love ». Le deuxième extrait de l’album « Interstellaires » va s’offrir un visuel sombre et terrifiant si l’on en croit le premier teaser du clip, signé du réalisateur Pascal Laugier.

Jugez plutôt  sur le site : http://www.chartsinfrance.net/Mylene-Farmer/news-100174.html#I1p4fw8iQbYePTjv.99

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AVANT QUE L’OMBRE… À BERCY DÉROULEMENT DU SPECTACLE

Posté par francesca7 le 29 novembre 2015

 

Ce cri qui introduisait le spectacle en introduit aussi le film, sur des images du « rideau de scène », ou plutôt des gigantesques portes qui la cachent encore aux yeux du public. Ce sont en effet deux lourdes portes baignées d’éclairages dorés qui se présentent au public, lui-même baigné d’éclairages d’un rouge oppressant. Au milieu de la salle se trouve une seconde scène en forme de croix, posée au milieu de la fosse. Une musique inquiétante et mystérieuse se fait entendre, constituée de grondements sourds et de chants religieux dignes de l’album « Cendres de lune ».

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C’est l’Introduction. La pression monte du côté du public de ces treize dates exceptionnelles, treize représentations uniquement à Paris-Bercy. Alors que les grondements se font de plus en plus sourds, les lumières s’éteignent brusquement, déclenchant à nouveau les cris du public. La musique va crescendo, jusqu’à l’explosion… « SHUT UP !! ». Un sarcophage futuriste s’illumine des hauteurs de la salle, au-dessus du transept de la croix posée au milieu de la fosse. Mylène est allongée à l’intérieur, yeux clos. Le caisson descend lentement, tandis que des éclairs et des coups de batterie semblables à des explosions traversent la salle. Le sol de la scène centrale en forme de croix est tapissé d’un écran retranscrivant des images évoquant un cœur humain, images signées Alain Escalle, comme toutes celles du show. Lorsque le sarcophage est posé sur la croix, six hommes vêtus de longues robes violettes montent sur la croix, et entourent le sarcophage dans lequel Mylène gît, endormie. Après l’avoir débarrassé des chaînes qui l’ont fait descendre, ils soulèvent le sarcophage et le portent en direction de la scène principale, toujours masquée par ses lourdes portes. Au fil de leur marche, une passerelle reliant les deux scènes descend du plafond. Au moment où les porteurs posent le pied sur la première marche de cette passerelle, les portes s’ouvrent enfin avec fracas, laissant entrevoir dans un éclair aveuglant un escalier sans fin, et deux écrans reprenant les images projetées sur la scène centrale en forme de croix. Arrivé sur la scène principale, les porteurs posent leur fardeau sur un socle, puis se retirent en coulisses. Sous les yeux du public, émerveillé par une telle entrée, le socle se relève lentement à la verticale. L’image de Mylène à l’intérieur, les yeux toujours clos, se relevant lentement, est projetée en live sur l’écran gauche de la scène. Et brusquement, elle ouvre les yeux, comme si les cris du public lui avaient insufflé la vie… Le sarcophage s’ouvre, libérant Mylène tout sourire, qui adresse un signe de main à la foule en délire. 

Et c’est parti pour le voyage… Le voyage semble être le fil conducteur du spectacle, une idée empruntée à Guy de Maupassant, dont une citation figure dans le livre du spectacle. « Le voyage est une espèce de porte par où l’on sort de la réalité connue pour pénétrer dans une réalité inexplorée qui semble un rêve ». Mylène, renvoyée sur terre et ressuscitée treize fois de suite par son public, va donc nous faire voyager dans son monde, ses tableaux…

Mylène commence à chanter Peut-être toi, dans de très beaux éclairages rouge et or. Sa tenue est pour le moins originale, constituée d’une culotte, d’un soutien-gorge et de bottes couleur or, sertis de pierres précieuses. Par-dessus, Mylène porte une cape couleur or également, constituée de fines lanières qui volent derrière elle. Ce titre dynamique est repris par le public, et Mylène le termine avec les fameux « Pam pam pam, padadadam pam… ».

Les accords de guitare qui introduisent la chanson suivante sont rythmés par des éclairages violets qui se lèvent et se baissent en rythme. Parallèlement à cela, une partie de la scène, celle où se trouvent le directeur musical Yvan Cassar, le batteur Abraham Laboriel et le percussionniste Nicolas Montazaud, s’élève lentement, laissant apparaître guitaristes, bassiste et choristes. La scène s’éclaire de bleu lorsque le riff de XXL se déchaîne. Mylène interprète ce titre avec beaucoup de justesse, tandis que les écrans géants derrière elle retransmettent des images live. A la fin de la chanson, Mylène fait reprendre le refrain au public après lui avoir dit bonsoir.

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Retour au calme pour Dans les rues de Londres. Les écrans derrière Mylène diffusent des images d’une silhouette dansante superposée avec une écriture manuscrite… Des éclairages reprenant une rue pavée sont projetés sur l’immense escalier sans fin qui fait office de décor. Mylène interprète ce titre en toute sobriété, se déplaçant le long de la scène, tandis que la scène est éclairée dans des tons dorés. A la fin de la chanson, nous découvrons que les écrans mobiles sont quatre en réalité, qui peuvent bouger, se séparer, se rassembler…

Un bruit de C.B. retentit dans la salle. Le public reconnaît immédiatement California. Les écrans et la scène centrale se recouvrent de la mention « Crime scene – Do not cross ». Mylène apparaît en hauteur, sur la première partie de l’escalier du décor, dans une ambiance très sombre, rougeoyante. L’escalier avance lentement vers l’avant de la scène, et Mylène le descend en rythme avec la chanson. Elle effectue une prestation toute en sensualité de son tube de 1996. A la fin du titre, elle ne manque pas d’adresser un clin d’œil au public sur un langoureux « So ssssex… » !

Un tampon élève Mylène au-dessus de la scène tandis que retentit le rythme saccadé de Porno Graphique. Mylène effectue une chorégraphie géniale totalement barrée, faite de mouvements aussi saccadés et « autistiques » que la chanson, faite de déhanchés suggestifs et de mouvements brusques. Dans une ambiance rougeoyante (encore !), des images d’une opération à vif sont projetées sur les écrans réunis. Au trois quarts de la chanson, sept hommes font leur apparition sur scène, en haut de la première partie de l’escalier du décor. Ce sont Los Vivancos, groupe de danseurs flamenco, espagnols donc. Ils restent immobiles jusqu’à la fin de la chanson où Mylène lâche « T’as pas un p’tit mojito ?! » avant de s’échapper en coulisses. Ils prennent alors possession de la scène pour un interlude flamenco endiablé, fait de claquettes et d’acrobaties, sur un instrumental hispanisant de « Porno Graphique ». Puis le noir se fait…

Une petite mélodie enfantine se fait entendre doucement, tandis que la salle est baignée d’éclairages bleu sombre. Puis les premières notes de Sans contrefaçon retentissent, déclenchant les cris de délire du public. Huit danseuses sont positionnées sur scène, encore immobiles. Elles sont vêtues de pantalons noirs, de vestes à carreaux (comme il se doit pour cette chanson !) colorés et chapeaux haut-de-forme rouges. L’intro se déchaîne, guitare, percussions, Mylène arrive en fanfare du côté droit de la scène, vêtue également d’un haut-de-forme bleu marine, ainsi que d’une petite robe noire à plumes très courte dotée d’une sorte de traîne froufrouteuse, noire également. Mylène et ses danseuses effectuent la chorégraphie bien connue de la chanson devant un public déchaîné, tandis que de superbes éclairages balaient toute la salle. Les écrans des deux scènes projettent des images d’une marelle remplie des symboles masculin et féminin tournant sur eux-mêmes. Mise en scène très réussie. Mylène fait reprendre le refrain au public à plusieurs reprises…

Retour au calme avec une version plus lente et plus sensuelle de Q.I. Les danseuses retirent leur pantalon, leur veste et leur chapeau, dévoilant une petite combinaison noire des plus sexy. Mylène retire également son chapeau et sa traîne. Mylène et ses danseuses effectuent une nouvelle chorégraphie sensuelle et plutôt originale, inspirée du Lac des Cygnes. Le public est enthousiaste, notamment sur la fin de la chanson « Ton Q.I, mon Q.E, ton Q.I, C.Q.F.D… ». Mylène remercie le public, puis reprend cette conclusion de la chanson en chœur avec lui, tandis que les danseuses effectuent de larges mouvements avec les bras.

Déjà, l’intro de C’est une belle journée retentit, et nouveau moment de liesse dans la salle pour le public qui reprend à tue-tête le refrain avec Mylène. Celle-ci, toujours accompagnée de ses huit danseuses, effectue la chorégraphie du titre présentée à la télévision quatre années plus tôt. Les écrans diffusent des dessins animés tirés du clip, accompagnés d’une multitude de lettres C.U.B.J., les initiales de la chanson. A la fin de la chanson, Mylène retourne en coulisses, tandis que les musiciens jouent un instrumental orientalisant, pendant lequel les Los Vivancos arrivent une nouvelle fois sur scène, pour effectuer un nouvel interlude flamenco/claquettes. Puis le noir se fait…

Un orage éclate dans Bercy. Des éclairs flashent toute la salle, tandis que le tonnerre, la pluie et le chant des cigales retentit. Sur la scène centrale en forme de croix, une trappe se retourne sur elle-même, laissant apparaître un piano à queue. Yvan Cassar s’avance sur la scène centrale, sous les applaudissements du public. Il s’installe au piano et débute une introduction que l’on reconnaît comme étant celle de Ange, parle-moi. La voix de Mylène se fait entendre. Mais où est-elle ? Elle est perchée dans un chandelier immense aux flammes en plastique, qui survole le côté gauche de la salle. Le chandelier parcourt ainsi la moitié de la salle, rapprochant Mylène des spectateurs assis de ce côté-ci des gradins. La foule est réellement en délire, on entend peu Mylène tant les cris sont nombreux. Mylène reste imperturbable et termine la chanson, ici dans une jolie version en piano-voix, en se posant au milieu de la scène centrale. Elle descend du chandelier, qui remonte au plafond. Elle porte une nouvelle tenue constituée d’un corset violet, d’un haut transparent passé par-dessus, et de cuissardes bleues. La chanson finie, le public réserve une standing ovation à Mylène, qui semble ne pas en revenir…

La chanson suivante est Redonne-moi, que Mylène interprète visiblement très émue. Dès le second couplet de la chanson, elle peine à finir ses vers. Le public ne manque pas d’aider Mylène et de l’applaudir. Yvan conclut joliment la chanson avec une reprise inédite au piano, durant laquelle Mylène reçoit un bouquet de fleurs du public. Elle lui dit : « Ce sont des moments tellement émouvants pour moi… Merci beaucoup… ».

Toujours sur la scène centrale, Mylène continue ce tableau « émotion », plus proche que jamais de son public. Bercy n’a jamais semblé si intimiste… Elle enchaîne avec Rêver. Dès la fin de l’intro, elle demande à Yvan, submergée par l’émotion : « Donne-moi une seconde… Pardon… ». Tandis que l’écran de la scène du fond retransmet toujours des images live de Mylène, de magnifiques éclairages habillent la chanson. Des colonnes de lumière s’élèvent tout autour de la scène centrale en forme de croix, tandis que Mylène interprète une de ses chansons les plus connues et aimées du grand public. On entend d’ailleurs nettement son public chanter avec elle lors des refrains. Le public reprend également en cœur le refrain lorsque Mylène le lui demande à la fin de la chanson. « C’est une chanson qui vous va si bien… Alors je vous laisse la chanter pour moi »…

L’obscurité grandit pour L’autre… que Mylène interprète encore une fois en toute sobriété, en communion totale avec le public, aussi ému qu’elle. Vers la fin de la chanson, après que la plupart des musiciens l’aient rejointe sur la scène centrale, elle fait monter une fan sur scène, parcourt un peu la croix avec elle puis la serre dans ses bras, concluant la chanson par : « C’est un ami… C’est lui… C’est lui… C’est vous… ».

BERCY1

Dès que les premiers accords de Désenchantée sont plaqués par Yvan, un cri de délire inonde Bercy. Les danseuses de Mylène, en pantalon noir et en haut violet, la rejoignent sur la scène centrale. Elles effectuent avec Mylène la chorégraphie d’origine du titre, tandis que les écrans des deux scènes projettent des images psychédéliques de toutes les couleurs. Au fur et à mesure que la chanson avance, les éclairages sont de plus en plus fous. A la fin de la chanson, des torrents de lumières de toutes les couleurs déferlent dans tout Bercy. Le public, quant à lui, est euphorique. Mylène interprète son plus gros tube, son hymne, au milieu de la salle, au milieu de son public. Comme pour « Rêver », on le distingue bien chanter avec Mylène sur les refrains. En réalité, dans la salle, il chantait plus fort qu’elle… Lors du pont de la chanson, les musiciens restant passent d’une scène à l’autre par la passerelle, une nouvelle fois descendue. Après une multitude de refrains, la chanson se termine et les danseuses retournent sur la scène principale. Mylène reprend le refrain plusieurs fois avec le public, puis présente les musiciens qui l’accompagnent. Après avoir été présentés, ceux-ci retournent sur la scène principale. Puis Mylène va les rejoindre lentement, en reprenant une nouvelle fois le refrain de la chanson avec le public. Sur la passerelle entre les deux scènes, elle se penche pour adresser un petit signe au public juste en-dessous. Puis la musique explose à nouveau et un nouveau refrain est repris.

Retour au calme avec Nobody knows, que Mylène interprète en faisant de simples mouvements de bras et de tête. Les écrans, devant lesquels une sorte de tissu transparent a été descendu, diffusent des images oniriques dans des tons jaunes. Les éclairages rouges et jaunes balaient la salle. Mylène retourne dans les coulisses tandis que les musiciens et notamment Yvan Cassar concluent la chanson par un air mystérieux constitué d’arpèges.

Pour Je t’aime mélancolie, de longues colonnes de tissu descendent du plafond de la scène. A l’intérieur de certaines d’entre elles, Eric Chevalier le claviste, Mylène et quelques danseuses. Les autres sont disposées plus au devant de la scène. Dans une version assez similaire à celle du Tour 96, Mylène ré-interprète cette chanson avec la chorégraphie d’origine, en dépit de son micro qu’elle porte à la main. Dès le premier refrain, elle sort de sous la colonne de tissu. Elle est vêtue une nouvelle tenue : culotte et soutien-gorge en dentelle noirs, par-dessus lesquels elle porte une veste en dentelle noire également.

Interprétation toute en simplicité et en sensualité pour L’amour n’est rien…. Mylène évolue sur scène, jouant avec ses musiciens, notamment ses deux choristes et son bassiste. De jolis éclairages mettent en valeur les colonnes de tissus qui ont libéré toutes les personnes qui étaient à l’intérieur… Lors des derniers refrains de la chanson, ceux-ci montent et descendent en rythme avec la chanson.

Quelle surprise que cette nouvelle interprétation de Déshabillez-moi ! On peut dire que Mylène vit la chanson… Devant un pied de micro, elle joue avec lui et avec le public, multipliant les grimaces, les poses lascives. Sans oublier l’énorme cri qu’elle pousse… Interprétation magistrale de ce classique de Juliette Gréco !

Retour au calme avec Les mots. De magnifiques projections de roses ornent les deux côtés de la scène. Des images de pluie sont projetées sur les écrans, scindés en deux. Mylène chante son premier couplet. Pour le couplet de Seal, surprise, Abraham se lève et c’est lui qui va rejoindre Mylène. Remplaçant de treize soirs, il donne une nouvelle dimension à la chanson en interprétant superbement cette chanson avec une belle voix rauque. Mylène et Abraham semblent très complices et avoir beaucoup d’affection l’un pour l’autre. Mylène le gratifie d’ailleurs d’un smack sur la bouche à la fin de la chanson…

Fuck them all bénéficie d’une mise en scène très étudiée et très colorée. Les Los Vivancos sont de retour sur scène, l’un deux enserrant Mylène dans ses bras. Ils se retournent lentement vers le public au moment de l’intro. Les danseuses sont également présentes sur scène, habillées en geishas. Toute la troupe effectue une chorégraphie inédite, tandis que les écrans diffusent des images évoquant l’Espagne, avec beaucoup de rouge, des images de toréadors, des coupures de journaux… Lors des derniers refrains, la passerelle descend une nouvelle fois relier les deux scènes. La chanson finie, toute la troupe passe sur la scène centrale, au rythme de percussions et des « Fuck them all » qui résonnent dans toute la salle. Mylène présente les danseurs : « Ils sont tous frères, ils sont tous espagnols, ils dansent magnifiquement bien, ils s’appellent Los… Mylene_FarmerVIVANCOS !! ». Puis elle retourne vers les danseuses : « Elles viennent toutes de New York, je suis très très heureuse de travailler avec elles, elles sont toutes plus jolies les unes que les autres, ce sont les danseuses !! ». Tout le monde retourne sur la scène principale, seule Mylène reste… « Et merci à vous, un immense merci !! ». Explosion de guitares. Mylène tournoie sur la scène centrale, au milieu de son public qui l’acclame. On sent les larmes lui monter aux yeux… Elle retourne sur la scène principale. « FUCK THE ALL ! ». Le noir se fait.

Cris du public lorsque Mylène est de retour sur scène. Elle est vêtue d’une nouvelle tenue, un magnifique manteau rouge sang brodé d’or et de perles. Un véritable rideau d’eau coule devant la scène. L’image de Mylène en live est projetée dessus. L’effet est magnifique. Les premières notes de Avant que l’ombre… débutent. Mylène interprète la chanson visiblement émue. Lors des derniers couplets, le rideau se sépare en deux, laissant Mylène passer devant. « Mais laisser le passé, redeve…nir le passé… passé… ». Et à chaque fois que Mylène prononce le mot « Passé », celui tombe du rideau d’eau, constitué de gouttelettes d’eau. L’effet est grandiose, magnifique. C’est la première fois au monde que cette technologie est utilisée. Le public est scotché. Mylène termine la chanson, puis lorsque débute le long instrumental qui conclut la chanson, elle se dirige vers l’escalier sans fin du décor, maintenant orné d’immenses chandeliers dont le pied est sculpté de cobras. Tandis que le rideau laisse maintenant s’échapper la silhouette de Mylène (celle de l’affiche du spectacle), celle-ci monte lentement, très lentement, les marches de cet escalier sans fin. Arrivée à mi-chemin, elle ôté son long manteau rouge, se retrouvant presque nue. Arrivée tout en haut de l’escalier, dans la fumée, elle se retourne et lève la main en direction du public. Elle n’est plus qu’une silhouette lointaine en haut de cet escalier. Le public, abasourdi, répond au signe de main que lui adresse Mylène. Puis lentement, les lourdes portes qui cachaient la scène commencent à se refermer sur elle et sur Mylène, la main toujours levée. Sa silhouette se découpe toujours dans le rideau d’eau. Avec un immense fracas, les portes se referment définitivement. Le dernier plan du film nous montre les fans en pleur devant ce final incroyable et particulièrement fort en émotions…

 SOURCE  / http://www.innamoramento.net/

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 »Insondables », une ballade inédite

Posté par francesca7 le 18 novembre 2015

 

SURPRISE – La nuit dernière, sur son compte Deezer, Mylène Farmer a dévoilé un titre inédit de son dernier album  »Interstellaires ». Dans cette ballade sensuelle, la chanteuse est délicate et étonnante.

Le mystère se lève. Interstellaires, le dixième et nouvel album de Mylène Farmer est attendu pour le 6 novembre prochain. Après  »Stolen Car » en duo avec Sting, voilà que la star a dévoilé une nouvelle chanson sur son compte Deezer.

Image de prévisualisation YouTube

Une Mylène fragile et grave à la fois

À l’écoute de ce nouveau single,  »Insondables », on retrouve la Mylène Farmer des débuts. Dans cette ballade, il n’y a pas vraiment de mélodie entêtante, mais on entend une Mylène fragile, à la voix grave, avec des arrangements délicats. Un titre qui ne ressemble à rien dans la discographie de l’artiste. Ce titre parle de rupture et de séparation, dans le cœur et dans le monde.

Une pochette de l’espace

Il y a quelques semaines, Gala qualifiait sont album de  »lumineux big bang » avec un  »vent de renouveau », un fait que l’on retrouve dans cette ballade à laquelle ne s’attendait pas.  »Insondables » est le fruit d’une collaboration avec l’Américain Martin Kierszenbaum, co-compositeur et producteur.

A LIRE AUSSI >> Ce qu’on a appris en regardant  »Stolen Car », le nouveau clip de Mylène Farmer avec Sting.

La photo de la pochette du single est issue du même shooting que le cliché de l’album. Elle met Mylène Farmer parmi les étoiles, chevelure rousse flamboyante et tenue légère. L’artiste est iconique. Le thème de l’espace est d’ailleurs un thème cher au cœur de la star. Déjà en 2013, Timeless s’inspirait de l’univers cosmique.

Insondable

 

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Si vieillir lui était compté

Posté par francesca7 le 14 novembre 2015

 Vieillir chez Francesca

      Pour la première fois, le visage n’est pas lisse. Le front est strié de rides d’expression. Les yeux sont creusés de cernes que le maquillage accentue. Les cheveux sont plaqués à l’arrière. Sur certains clichés, elle nous fixe avec gravité. Sur d’autres, elle semble perdue, le regard fuyant. Devant l’objectif de Peter Lindbergh, Mylène a accepté de se montrer telle qu’elle est, loin de l’imagerie diaphane véhiculée depuis ses débuts. Une femme à la quarantaine épanouie. Et ces petits défauts n’enlèvent rien à sa beauté. Au contraire, le photographe a réussi à faire affleurer sur son visage la sourde inquiétude qui nourrit l’artiste. Publiés dans la version française du magazine Vogue, ces clichés en noir et blanc ont créé un réel émoi parmi ses inconditionnels.  

      « Beaucoup de gens m’ont avoué que cette série leur avait montré une Mylène Farmer plus “vraie” », a confié Peter Lindbergh après la séance. Lors de la première rencontre entre le photographe et la star, en 1999, son intention avouée était précisément de « casser son image glamour cheveux roux et bouclés ». Pour parvenir à un tel résultat, le maquillage a été déterminant. S’il sert, d’ordinaire, à masquer les défauts, « nous avons choisi, pour cette séance, de renforcer au contraire ces imperfections ». 

Et, si l’on en croit Lindbergh, la star se serait montrée très satisfaite des clichés. « Cette série a été une sorte d’expérimentation pour Mylène, qui était curieuse de savoir ce qui pourrait en ressortir. Alors que, souvent, les acteurs et les musiciens que je photographie imposent des conditions précises, elle s’est montrée au contraire totalement ouverte à mes propositions. Je crois qu’elle a apprécié la complexité qui se dégageait de ces portraits. » 

     Une Mylène sans artifices, rattrapée par les marques du temps… Sans le défi artistique de confier son visage à l’une des plus prestigieuses signatures de la photographie, la chanteuse aurait-elle accepté d’écorner la belle image ? Peut-être que non. Pour l’esthète qu’elle est, voir sa jeunesse s’enfuir n’est absolument pas un sujet de réjouissance. Dès 1998, elle le dit dans une chanson de l’album Innamoramento, dont le titre Et si vieillir m’était conté, renvoie à un film illustre de Sacha Guitry : « La nuit de ses doigts de fer / A abîmé la chair / De sa rouille cruelle. » Mais pourquoi donc la vie, après avoir donné la beauté, s’acharne-t-elle à la reprendre ? La question ne cesse de hanter le poète depuis l’aube de l’humanité. Il est si cruel, en effet, de voir se faner la beauté des femmes que le XXIe siècle semble livrer une guerre sans merci contre cette infamie.

     Anticiper, n’est-ce pas la seule manière d’accepter l’inacceptable ? Sans doute, mais cela n’empêche pas de se battre pour freiner la course du temps. Interrogée par un journaliste russe en 2000, qui lui demande si elle songe avoir recours, un jour prochain, à la chirurgie esthétique, Mylène répond sans détour. « Je ne crois pas. Beaucoup de femmes avec le temps deviennent plus belles qu’elles n’étaient. Ceci dit, je souhaite rester attrayante longtemps encore ! » 

     Pour continuer à séduire son public, elle le sait, préserver la fraîcheur de ses traits est essentiel. Et la chanteuse relève le défi haut la main, comme le confirment tous ceux qui l’approchent. Daniela Lombroso, qui la reçoit en 2005 dans une émission de France 2, parle même d’un « teint de jeune fille ». En même temps, assumer son âge, pour Mylène, c’est aussi accepter de se montrer plus pulpeuse, avec ces formes plus féminines dont elle rêvait adolescente, lorsqu’elle se trouvait trop fluette. 

     Quand elle arpentera la scène du Stade de France, le 12 septembre 2009, la star fêtera en public ses quarante-huit ans. « C’est un pur hasard, jure-t-elle. Il y a longtemps que je ne fête plus mon anniversaire.  L’idée de réunir des personnes pour le célébrer me tétanise  ! » Quelle sera alors sa réaction devant des dizaines de milliers de fans hystériques ? Une immense émotion, sans aucun doute, provoquant un torrent de larmes, c’est inévitable. Chaque année, la chanteuse reçoit des centaines de cadeaux de ses admirateurs, envoyés à sa maison de disques ou à son domicile parisien. Impossible pour elle d’oublier la date de son anniversaire : ses fans ne manquent jamais de la lui rappeler. 

     À quarante-huit ans, bien des chanteuses ont pris leur retraite. Mylène est l’exception. Et il y a fort à parier que Jean Paul Gaultier, responsable des costumes de la prochaine tournée, s’apprête à dessiner des tenues de scène sexy en diable. S’exhiber en cuissardes, à la ville comme à la scène, ne lui fait pas peur. « Vieillir, je l’accepte parce que c’est une fatalité. Mais grandir, non  ! » La raison raisonnable, elle laisse ça à d’autres : quand il s’agit de s’habiller, seul compte le plaisir de se sentir désirable, pour soi et pour les autres. 

      Une sorte de fuite en avant ? Certains n’hésitent pas à le penser. « Vieillir devant son public est un risque énorme pour elle, un danger de voir s’écrouler le mythe qu’elle a échafaudé », me dit Christophe Mourthé. Il y aura donc fatalement un cap difficile. Pas facile, en effet, de se projeter dans un futur

lointain quand on a bâti sa carrière sur une image érotique. On le voit bien avec Madonna qui, à cinquante ans, en fait trop dans le côté exhibitionniste.  Certes, comparer les deux chanteuses est une entreprise contestable, un poncif auquel il faut s’empresser de tordre le cou. « Je pense que Mylène a une vision artistique plus profonde et plus riche que celle de Madonna, confie Mark Fischer. Peut-être est-elle moins fashion, mais à travers son travail, elle essaie de nous dire quelque chose au sujet de l’existence. » 

      C’est justement pour cette raison que la star française est à l’abri d’un tel écueil : son répertoire ne repose pas tout entier sur une image érotique. Il y a dans les paroles de ses chansons un regard posé sur l’existence, des messages d’une teneur universelle qui s’adressent à l’esprit et ne se fondent pas exclusivement sur le désir. Et puis, elle a prévenu : « Je sais que viendra le moment où je ressentirai la nécessité de me retirer. » Pas question, donc, pour elle de livrer le combat de trop, celui qui réduirait à néant vingt-quatre ans de carrière. A-t-elle pour autant l’intention de faire ses adieux dans les années à venir ? « Par respect pour le public, je n’utiliserai jamais cela comme un argument promotionnel », répond-elle à Jérôme Béglé, qui lui demande si le Stade de France sera son ultime concert. 

     Partir comme Greta Garbo, demeurer mythique en gardant l’image intacte… C’est une hypothèse qui n’est pas exclue, mais pas totalement séduisante non plus, tant elle exige de renoncer à un métier qui agit comme une drogue puissante, et surtout de ne plus répondre à la vague d’amour qui s’est abattue sur elle. Le retrait de la Divine, aussi bénéfique fût-il pour sa postérité, pourrait bien avoir en même temps gâché sa vie. 

     Mylène est-elle prête à un tel sacrifice ? Rien n’est moins sûr, d’autant qu’elle semble désormais comblée sur tous les plans. « Je souhaite faire ce métier le plus longtemps possible », confiait-elle en 2004.      Dès lors, on peut donc très bien imaginer qu’elle continue à publier des albums durant encore dix ou quinze ans – à condition, bien sûr, qu’un tel format musical continue d’exister. Si elle persévère dans cette voie, sans doute peut-elle aspirer à un destin à la Barbara, faire vivre le culte dans le cadre de salles intimistes, accompagnée par un seul piano. Une seconde carrière qui ne manquerait pas de panache. Certes, pour l’heure, elle clame encore son goût de la démesure, mais elle conçoit déjà l’instant où cet appétit aura disparu : « Je saurai quand viendra le moment où il faudra que je change. Non pas le fond de mon expression, mais la forme. » 

     Pour tous ceux qui imaginent Mylène comme une femme conduisant sa carrière d’une main ferme sans jamais trembler, le témoignage de Marie de Hennezel, qui a rencontré la star à plusieurs reprises, permet de nuancer le propos. Quelques mois après l’entrevue sur un plateau de télévision organisée par Jean-Luc Delarue, en 1996, la psychologue répond favorablement à une invitation à déjeuner. « C’est un moment qui m’a beaucoup marquée. C’était chez elle, dans un grand appartement. J’étais touchée qu’elle me fasse ainsi entrer dans son intimité. J’ai pu y voir toute la fragilité et la vulnérabilité de cette jeune femme. La solitude aussi. Car elle est l’objet de tant de projections que cela en devient comme une forme de prison. [...] On sent qu’elle est perméable, qu’elle capte les choses et je pense que c’est au prix d’une certaine solitude. Elle m’a vraiment beaucoup touchée. » 

     Une chanteuse prisonnière de l’image qu’elle s’est construite, condamnée à répondre au désir de Ceux qui l’aiment : telle est l’équation difficile que Mylène doit résoudre en permanence. Certes, son devoir d’artiste est d’exprimer ses émotions, mais elle ne peut que s’inscrire dans la continuité du fil qui la relie au public depuis toutes ces années. Elle l’avoue au détour de la chanson Si j’avais au moins… : « Et moi l’étrange paumée / Fiancée à l’enténèbrement. » Bien qu’elle ait terrassé ses fantômes intérieurs, ils continuent de la poursuivre, comme si elle ne pouvait leur échapper. Sur le plateau du 20 heures de TF1, face à Claire Chazal, elle avoue ainsi s’être amusée avec le mot Dégénération, comme pour adresser un clin d’œil à une autre de ses chansons, Désenchantée. 

    Si vieillir m'était conté Pour demeurer à la hauteur de sa légende, Mylène n’est-elle pas condamnée à ressasser inlassablement les mêmes thèmes, à jongler avec les mêmes états d’âme ? « Tout créateur se répète inlassablement et inexorablement », dit-elle. Elle n’a pas tort. Et c’est même ce qui la différencie d’une Madonna, caméléon qui s’épuise à épouser sans cesse les dernières tendances. La star française possède a contrario une extraordinaire constance. Son entêtement à toujours creuser le même sillon, sans tenir compte des modes, signe sa condition d’artiste véritable.  

     « Le sentiment d’abandon est quelque chose qui me hante », dit-elle. N’est-elle pas, au fond, dans la position de la femme aimée qui, par peur de décevoir son amoureux, se force à incarner son fantasme afin de rester désirable à ses yeux ? « Elle ne cesse de chanter son mystère sans jamais dire son secret », a dit Thierry Demazière à propos de Mylène. Il y a quelque chose de juste et de profond dans cette phrase. Et l’erreur de bien des biographes est sans doute d’avoir cru qu’un tel secret pouvait être exhumé. 

Mieux, que sa révélation pouvait expliquer l’œuvre comme une évidence. Et si cette part de mystère irrésolue ne constituait-elle pas, au fond, la clé d’un succès nourri par les seules projections du public ?

C’est bien connu, le secret est le meilleur terreau pour l’imaginaire. 

     Dire cela ne retire rien à l’exception de ce parcours, ni même à la singularité de l’œuvre. Car quoi qu’on écrive sur elle, Mylène Farmer restera, dans l’Hexagone, la chanteuse phare du dernier quart de siècle. Aussi inspirés que soient les mots employés pour la dépeindre, aucun n’atteindra jamais la puissance lumineuse d’une de ses chansons.

 

 

Extrait du livre : MYLÈNE par Hugues ROYER aux Editions Flammarion 2008

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Le business Farmer

Posté par francesca7 le 17 octobre 2015

 MYLENE

 

      Un dispositif inédit pour une star française. Le 20 août 2008, deux cent cinquante mille portables SFR-Sony Ericsson contenant en exclusivité l’album Point de suture sont mis en vente. Il s’agit de la plus grosse opération de ce genre dans l’Hexagone. Dix jours plus tard, Universal annonce le chiffre de cent soixante-quinze mille albums écoulés par ce biais. Si l’on ignore tout des termes du contrat passé entre la chanteuse et l’opérateur téléphonique, la réputation de femme d’affaires de Mylène n’est, en revanche, plus à établir. Elle force même l’admiration de bien d’autres artistes, qui lui envient son savoir-faire. 

« C’est un génie de la communication », m’a dit un jour Étienne Daho, plein d’admiration. Même Jean-Louis Murat, devenu l’un des plus ardents défenseurs de la chanteuse, semble s’incliner face à une réussite aussi époustouflante : « Mylène et Laurent, je les adore et les respecte infiniment. D’une intelligence à la Warhol. Ce sont ceux qui comprennent le mieux les mécanismes de ce business, qui sont en meilleure position pour le pervertir, en tirer tous les fruits. Ils crachent dessus tout en faisant cracher le fruit. » 

      Une analyse qui fait penser à une phrase choc de Michel Houellebecq dans La Possibilité d’une île : « Si l’on agresse le monde avec une violence suffisante, il finit par le cracher, son sale fric. » Est-ce à dire que réussir à attirer toute la lumière – talent réservé à quelques-uns – passerait par un calcul cynique ? Bien sûr que non. Sinon, la recette serait éventée depuis des lustres. Ce que veut signifier Houellebecq, c’est que, si l’on veut être entendu, il faut exprimer un message suffisamment subversif pour mettre radicalement en question la société. N’oublions pas que c’est en chantant « Je suis une catin » que Mylène a réussi à se faire un nom. Il lui aura fallu bousculer l’ordre bourgeois pour faire fructifier sa popularité.  

      Aujourd’hui, la chanteuse a la réputation d’être richissime. L’est-elle autant qu’on le prétend ? Pas sûr. Mais l’idée qu’on l’imagine à la tête d’une fortune colossale est sans doute loin de lui déplaire. 

Chaque année, son nom apparaît en bonne place dans le top 10 des gains les plus conséquents de la chanson française établi par Le Figaro. En 2001, avec des revenus avoisinant les 10,4 millions d’euros, elle prend même la tête du classement, devant Patrick Bruel et Jean-Jacques Goldman. Le plus souvent, Johnny Hallyday, son pendant masculin, n’est pas loin. En moyenne, les gains de la star s’élèveraient à près de trois millions d’euros par an.  

      Pour autant, nul ne s’est encore risqué à évaluer le montant de sa fortune totale, pratique courante dans le monde anglo-saxon. Tout ce qu’on sait, c’est que Mylène habite depuis peu une résidence huppée dans l’un des quartiers les plus verdoyants de la capitale. Qu’elle a le goût de s’habiller couture et qu’elle ne rechigne pas à traverser l’Atlantique pour assister au vernissage d’un de ses amis artistes. Pour le reste, elle semble avoir peu d’attrait pour les signes ostentatoires de la richesse.

 

     Sans doute faut-il alors la croire sur parole lorsqu’elle chante dans Mylène s’en fout : « Moi mes splendeurs / Sont celles du cœur. » Ce qui compte pour l’épater, ce n’est pas tant la valeur marchande du cadeau qu’on lui offre que la symbolique qu’il représente. Les lys blancs ne sont plus les fleurs les plus onéreuses, ce sont pourtant celles qu’elle préfère. Dans sa chanson, elle se dit plutôt insensible à l’attrait du diamant : « L’éclat du chic / Mylène s’en fout / Le jade est un joyau bien plus doux. » Ce qui est en jeu là, ce sont les valeurs de la bourgeoisie, dans lesquelles la chanteuse ne s’est jamais reconnue. 

Réfractaire aux codes imposés, qu’ils soient esthétiques ou éthiques, elle n’en fait qu’à sa tête, exactement comme lorsqu’elle avait quinze ans, face à sa mère qui regardait, l’air consterné, sa manière de s’habiller. 

      Riche peut-être, mais pas question d’avoir l’esprit étriqué d’une bourgeoise. Fille d’ingénieur, elle connaît bien ce milieu pour y avoir grandi et souffert. « C’est une femme très bien éduquée, m’assure Philippe Séguy. On ne se plaint pas, on ne pleure pas. On reste droite, digne et dure . » De cette éducation, elle garde le meilleur, connaît par cœur les bonnes manières, mais rejette le conformisme qui la fait vomir. C’est plus fort qu’elle, elle ne peut s’y soumettre. Il faut toujours qu’elle se distingue. Ainsi, aujourd’hui, Mylène a beau acheter de nombreuses toiles d’art moderne, elle possède un sens plutôt singulier de la décoration. « J’en ai beaucoup, partout. Non pas sur les murs, je n’accroche pas les tableaux, je les laisse par terre, mais ils sont en revanche toujours encadrés3. » La présence du cadre montre que cette disposition ne doit rien à une quelconque négligence : elle est le fruit d’un esprit contestataire qui ne s’est jamais vraiment assagi. 

    Pour Mylène, faire ses preuves, au moment où elle se lance dans la chanson, signifie d’abord parvenir à gagner sa vie sans rien demander à ses parents. Ce n’est pas simple, d’autant que les droits d’auteur couronnant ses premiers succès vont tarder à atterrir sur son compte en banque. « Quand je l’ai connue, me raconte Elsa Trillat, elle n’avait encore rien touché pour Libertine, alors nous déjeunions dans des restaurants chinois ou des fast-foods. Mylène n’y trouvait rien à redire. À l’époque, elle n’a absolument pas de goûts de luxe. » Bien sûr, sa situation financière va changer brutalement et irréversiblement. Témoin de ce virage, Bertrand Le Page trouvera « sa » chanteuse plutôt à l’aise avec son nouveau statut d’artiste prolifique. « Dans le salon de soixante-dix mètres carrés du nouvel appartement où elle s’installe, à l’époque, elle prend des pauses élégantes sur le canapé. » Quant à ses rendez-vous avec la presse, elle les donne au bar du George-V. 

      Ni cigale, ni vraiment fourmi, la star a engrangé un capital qui la met à l’abri du besoin. Aux yeux de sa famille, qui doutait d’elle, la mission est plus que remplie. Ce dont sa mère, Marguerite, convient volontiers : « Mylène s’est faite toute seule. Elle ne nous doit rien. » Il y a dans cette phrase une évidente fierté, mais aussi l’instauration d’une distance, comme si la chanteuse s’était imposé de réussir sans rien recevoir de ses parents, afin qu’ils ne puissent surtout pas s’approprier une part de son succès.  

    FARMER L’argent, en tout cas, ne lui a jamais fait tourner la tête. Peu de dépenses inconsidérées, quelques coups de cœur assumés, beaucoup de cadeaux spontanés pour ses amis ou ses proches collaborateurs… 

Se faire plaisir, oui. Mais ne jamais fermer à double tour l’horizon du désir. Mylène le sait, pouvoir s’offrir tout ce dont on a besoin ne rend pas heureux. Il faut toujours garder en soi une part d’envies inassouvies, des rêves secrets ou impossibles à réaliser. Cette forme de sagesse lui vient de l’enfance. « Je ne remercierai jamais assez mes parents d’avoir su régler parfaitement le problème de l’argent de poche. J’en avais un peu, mais pas trop. Dans des limites raisonnables qui font qu’on apprécie toujours les choses, qu’il vous reste des désirs. » 

De quoi pourrait-elle bien rêver sans pouvoir se l’acheter ? « J’aimerais beaucoup avoir un Miró, ou un Egon Schiele… Mais c’est impossible ! », lâche-t-elle, mi-frustrée, mi-résignée. Pour acquérir une toile de ces artistes, il lui faudrait en effet dépenser plusieurs dizaines de millions d’euros. Ce qui n’est sans doute pas impossible, mais totalement déraisonnable ! Alors elle se résigne : « Je sais qu’il faudra me contenter d’aller les voir au musée. » Mais elle n’a pas dit son dernier mot. L’essentiel, c’est de continuer à fantasmer, ne pas s’enfermer dans une toute-puissance qui vous déconnecte de la réalité. 

      Prudente, Mylène n’a jamais considéré que son succès était acquis une fois pour toutes. L’argent n’est pas une fin en soi, mais la juste récompense de son travail. Il n’y a aucune raison de le mépriser, pas davantage que de l’idolâtrer. L’idée n’est pas d’accumuler pour accumuler, mais d’avoir conscience qu’il

est le meilleur garant de la liberté que revendique la chanteuse. Quand elle a compris que le succès la plaçait à l’abri du besoin, Mylène a voulu bétonner sa position, se donner les moyens de son indépendance. Il y a dans cette obsession quelque chose qui rappelle le projet professionnel de son père au Québec : construire un barrage suffisamment solide pour retenir les eaux du  Manicouagan. 

      Si Mylène a créé plusieurs sociétés, ce n’est pas tant pour faire du business à tout prix que pour protéger sa liberté artistique. Il fallait faire en sorte que sa maison de disques ne lui dicte jamais ses choix. Combien d’artistes, et non des moindres, ont été contraints de se plier au bon vouloir de leur distributeur, y compris sur le plan musical… Avec la complicité de Laurent Boutonnat, Mylène s’est offert la possibilité de contrôler son destin. On a beaucoup glosé sur la création, en octobre 1989, de Requiem Publishing, société chargée d’éditer désormais ses albums. Était-ce un coup tordu à l’encontre de Bertrand Le Page, qui assurait ce rôle jusqu’alors ? Même si le premier manager de la chanteuse l’a vécu ainsi, il est indéniable qu’une telle décision s’imposait dans l’optique du duo Farmer/Boutonnat d’accroître son indépendance. 

      Le choix des musiciens, mais aussi du studio où les chansons vont être enregistrées puis mixées, n’échappera pas non plus à la vigilance du tandem. Afin de s’assurer une autorité absolue dans la production des albums, Laurent Boutonnat monte Toutankhamon au début de la carrière de sa muse – société dont il a revendu toutes les parts à Polygram aux alentours de 1997. Après les frictions consécutives à l’épopée Giorgino, Mylène crée Stuffed Monkey, en décembre 1993, qui produira tous ses albums à partir d’Innamoramento, mais aussi ses clips. Aujourd’hui, six salariés travailleraient pour cette société. Même si elle continue de déléguer certaines questions à Laurent Boutonnat, qui  demeure son partenaire musical exclusif, la chanteuse est désormais seule maîtresse du jeu. Quant à Polydor, la maison de disques à laquelle elle est demeurée fidèle depuis ses débuts, elle n’est que le distributeur de ses albums. Bien que des accords financiers existent entre les deux partis, Mylène peut donc mettre sur le marché des albums qui lui ressemblent à cent pour cent – ce qui est rare dans le métier.  

     Pour certains, toutefois, la volonté d’indépendance n’explique pas tout : Mylène se serait piquée au jeu du business. Sa réussite financière aurait décuplé son envie de faire fructifier son capital. Sinon, pourquoi aurait-elle créé d’autres SARL que celles strictement nécessaires à la production et à l’édition de ses albums ? Ainsi, s’ajoutant à Requiem Publishing et Stuffed Monkey, elle a fondé deux autres sociétés musicales : Dichotomie, en 2000, et Isiaka, en 2002, cogérée avec Laurent Boutonnat. Pour compléter le tableau, la chanteuse est également à la tête d’une société de production de films publicitaires (Innamoramento), et d’une autre, baptisée ML, qui gère des biens immobiliers. 

Cette diversification, qui s’est accrue avec le temps, semble totalement insoupçonnée à ses débuts. « Pour moi, Mylène s’est complètement transformée, explique Sophie Tellier. À la fin des années quatre-vingts, c’était le papillon qui sort de la chrysalide. Et puis, à partir des années quatre-vingt-dix, elle est devenue vraiment “une femme d’affaires”, quelqu’un de totalement différent. »  

      images (9)Bien sûr, le lancement de la carrière d’Alizée, en 2000, a beaucoup fait pour cette réputation de « working girl ». Et pourtant, au début, tout part d’une seule chanson. Après avoir lu le roman de Nabokov, la chanteuse écrit le texte de Moi… Lolita sur une musique dansante de Boutonnat. Tous deux sentent intuitivement le potentiel du titre, mais Mylène n’a plus l’âge de l’héroïne, quinze ans. C’est alors que le tandem décide de faire appel à une autre interprète. Repérée lors d’un passage à « Graines de stars », Alizée, petite brune au regard piquant, va être approchée. Aussitôt commercialisée, la chanson devient un succès colossal. Tube de l’été 2000, comparable sur le plan des ventes au triomphe de Désenchantée neuf ans plus tôt, Moi… Lolita fera, en outre, une carrière internationale comme n’en a jamais connu aucun titre de Mylène : en quelques semaines, Alizée fait un tabac aux Pays-Bas, en Italie, en Espagne, en Angleterre, et surtout au Mexique, où elle devient une star. 

      Préparé dans la précipitation – alors que Mylène est en pleine tournée – et produit par Requiem Publishing, l’album Gourmandises sort dans la foulée, le 28 novembre. Pour en écrire les paroles, la chanteuse a longuement conversé avec sa jeune protégée. Les ventes hexagonales seront au rendez-vous, mais n’atteindront pas le million d’exemplaires, chiffre auquel Mylène semble, elle, abonnée pour chacun de ses albums. En 2003, un second opus naîtra de cette collaboration fructueuse, Mes Courants électriques, édité cette fois par Isiaka. 

Mylène s’y investit pleinement, et pas seulement en signant les textes des chansons. C’est elle qui aurait eu l’idée de l’escarpin géant dans lequel Alizée semble trouver refuge sur la pochette. Elle dessine également certaines tenues portées par la Lolita lors de ses passages très remarqués à la télévision et l’aide à répéter les chorégraphies. 

      Malgré tout, le single J’en ai marre ne parvient pas à tirer l’album vers les sommets. Et le spectacle qui suit, pourtant cornaqué avec soin par Laurent Boutonnat, ne remporte pas un franc succès. C’est à la suite de ces résultats mitigés que la collaboration cessera, d’un commun accord, entre l’écurie Farmer et la jeune Corse. 

      Entre-temps, la Lolita a rencontré l’homme de sa vie, Jeremy Châtelain, musicien qui participa à la Star Academy, l’a épousé à Las Vegas et a donné naissance à une petite fille. Elle veut voler de ses propres ailes, ce qu’elle fera en auto-produisant son troisième album, Psychédélices, en 2007 – ses parrains lui ayant cédé la marque Alizée, leur propriété, pour un euro symbolique. Un retour en demi- teinte dans l’Hexagone, qui permet cependant à la brunette de retrouver son public d’Amérique latine. Et malgré toutes les questions des journalistes cherchant à jeter de l’huile sur le feu quant à ses relations avec Mylène Farmer, elle n’aura que des mots pleins de reconnaissance pour celle qu’elle regarde comme une marraine. « Elle m’a tout appris », dira-t-elle, mettant fin à une polémique autour d’une chanson, Idéaliser, censée être un portrait au vitriol de l’idole. 

   

     Voilà comment la parenthèse Alizée s’est refermée pour la productrice Farmer. Depuis, on a beaucoup glosé sur ses velléités de lancer d’autres artistes, afin de pouvoir quitter la scène un jour sans cesser de tirer les ficelles du métier. Hélas ! pour l’heure, Mylène n’a pas eu la main vraiment heureuse. 

Elle a produit un groupe de musique électronique, Good Sex Valdes, qui a sorti un single, You, dans unerelative indifférence. Via sa société Dichotomie, elle a également poussé le titre de Christia Mantzke, I’m not a boy en 2001, sans qu’il rencontre le succès escompté. Aura-t-elle davantage de réussite avec le générique du dessin animé Drôle de Creepie, sorti en septembre 2008, et interprété par la jeune Lisa, la fille de Michel, son frère cadet ? Trop tôt pour le dire.  

     Évidemment, sa réputation de femme d’affaires a encore gagné du terrain depuis qu’on a appris que Mylène avait déposé une marque, Lonely Lisa, en septembre 2007, à l’Institut national de la propriété audiovisuelle. Utilisant comme logo l’héroïne de son conte illustré, Lisa-Loup et le conteur, paru en 2003, elle donne la liste des différents produits qui pourraient être estampillés de ce label. Articles de papeterie, papiers peints, linge de maison, vaisselle, mais aussi jouets, bijoux et vêtements. Des fausses pistes destinées à brouiller le jeu ? Dans une interview au magazine Têtu, elle livre une clé mettant un terme à Atoutes les supputations : « Lonely Lisa donnera naissance à un site Internet communautaire dans les prochains mois. »  

     Pour celle qui a toujours refusé de créer un fan-club officiel, ce projet semble particulièrement bien ciblé : ses fans sont nombreux à participer aux innombrables forums qui lui sont consacrés sur la Toile. 

Un site communautaire serait un moyen idéal de fédérer ces énergies tout en permettant à chacun de s’exprimer. Une fois de plus, Mylène montre qu’elle fourmille d’idées en tous genres, en dehors même de son métier. Revendiquer une œuvre digne de ce nom, singulière et sans concessions, ne l’empêche pas de posséder un sens aiguisé du marketing. Bref, elle est la preuve vivante qu’on a souvent tort d’opposer, comme des entités inconciliables, l’artistique et le commercial. 

 

Extrait du livre : MYLÈNE par Hugues ROYER aux Editions Flammarion 2008

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Nouvel album de Mylène Farmer en décembre 2015

Posté par francesca7 le 25 août 2015

avant que minuit ne vienneSelon Paris Match et  Pure Charts son dixième album 

Si le plus grand mystère entoure encore la sortie du dixième album de Mylène Farmer, les premières informations et rumeurs commencent à circuler. Selon les informations de Paris Match, l’opus de la chanteuse rousse préférée des Français sortira au mois de décembre 2015, exactement trois ans après « Monkey Me », son dernier album écoulé à près de 400.000 exemplaires. En revanche, aucune tournée ne serait prévue pour 2016, malgré le plébiscite de sa précédente tournée « Timeless 2013″, avec plus de 450.000 spectateurs réunis dans les plus grandes salles de concerts du pays.
Le premier single dévoilé en octobre

Selon nos informations, la star serait d’ores et déjà en pourparlers pour se rendre à Cannes à l’occasion de la 17ème édition des NRJ Music Awards, qui aura lieu le 7 novembre 2015. Une participation qui laisse penser que le premier single de la chanteuse devrait être interprété dans la soirée et dévoilé quelques jours avant, à la fin du mois d’octobre. La chanteuse âgée de 53 ans est une habituée de la cérémonie de TF1 puisque depuis son lancement en 2000, elle a remporté neuf prix, ce qui en fait l’une des artistes les plus primées de l’histoire des NRJ Music Awards.

Une nouvelle équipe

648x415_mylene-farmer-cotes-sting-projet-constellations-2015 - CopieSi la préparation de l’album a pris autant de temps, c’est que l’interprète de « California » a dû aller à la recherche de nouveaux collaborateurs. Muse a un temps été envisagé pour poser sa patte sur l’album, mais la bande de Matthew Bellamy avait démenti l’information lors d’une interview accordée à Pure Charts. Son pygmalion de toujours Laurent Boutonnat ne devrait pas non plus apparaître aux crédits de nouvel album, occupé par d’autres projets. De qui s’est-elle entourée pour ce dixième album ? Le mystère reste entier.

Mylène Farmer a fait beaucoup parler d’elle ces derniers temps. Après avoir publié un livre de photos « Fragile », fruit d’une rencontre avec l’artiste Sylvie Lancrenon et qui a donné lieu à une exposition, la star était aussi à l’honneur de l’exposition consacrée à Jean-Paul Gauthier où ses tenues de scènes les plus emblématiques ont été présentées au public.

article de Matthieu RENARD

En savoir plus sur http://www.chartsinfrance.net/Mylene-Farmer/news-98307.html#GSd4RipQWMIYksDf.99

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Un combat secret de mylène

Posté par francesca7 le 23 août 2015

 

Si certaines personnalités étalent leur engagement en faveur du bien-être animal dans les médias, Mylène Farmer préfère agir en silence.

AOUT farmer

Les confrères du magazine VSD rapportent dans leur nouveau numéro que la chanteuse n’hésite jamais avant d’améliorer le sort des animaux. Dans la nuit du 2 au 3 mai 2009, Mylène Farmer se produisait à Nice sous le regard de Pascal Nègre (patron d’Universal), Jean-Paul Gaultier, à l’origine de l’une de ses tenues de scène et du maire de la ville, Christian Estrosi, pour lancer le coup d’envoi de sa tournée. A la suite de sa prestation au Palais Nikaïa, Mylène Farmer s’est rendue « en petit comité » dans un restaurant pour se restaurer.

Dès son arrivée dans l’établissement, la chanteuse a immédiatement remarqué un vivier de homards vivants. « Ils vont être mangés ? » demandait-elle, très inquiète, avant de proposer au restaurant de leur acheter ces petites bêtes afin de les sauver. Quelques heures après, à 2 heures du matin, Mylène Farmer a traversé la promenade des Anglais « pour rendre leur liberté à une dizaine de crustacés bleus » rapporte le magazine VSD, ironisant sur le fait que la star n’est « même pas végétarienne ». 

Une jolie anecdote qui devrait sans aucun doute augmenter l’effervescence autour du grand retour de Mylène Farmer.

Cette semaine, on apprenait que la chanteuse reviendra le 28 août 2015 prochain avec Constellations, un titre en duo avec Sting, avant de dévoiler un nouvel album à la fin de l’année.

Source : http://www.closermag.fr/people

 

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LA PLANÈTE MODE DE JEAN-PAUL GAULTIER

Posté par francesca7 le 14 juillet 2015

LIVRE «  »

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En juin 2011 est créée à Montréal une exposition itinérante consacrée au créateur Jean-Paul Gaultier qui parcourt ensuite plusieurs villes du monde.

Parmi les créations exposées, on retrouve, prêtée par Mylène Farmer, la tenue d’écorché portée par cette dernière pour son entrée en scène lors du Tour 2009.

Un beau livre accompagne cette exposition dans lequel on retrouve le témoignage de nombreux artistes ayant travaillé avec Jean-Paul Gaultier. La guêpière du clip « Je t’aime Mélancolie », la tenue du shooting pour « Anamorphosée », les costumes du Tour 2009 et les tenues portées par Mylène pour plusieurs apparitions publiques sont autant de raisons pour cette dernière de répondre à un petit entretien publié dans ce livre, d’autant qu’elle défilera pour le créateur peu de temps après !

Quelles créations Jean-Paul Gaultier ont frappé votre imagination ?

-Je vais si peu aux défilés…Bien sûr, son révolutionnaire soutien-gorge conique a marqué nos mémoires. Les jupes pour homme aussi !

Que représente son travail pour vous ?

-C’est un grand artiste. Je considère donc son travail et ses créations comme des œuvres d’art. A la manière des tatouages –qui l’ont souvent inspiré- il a déjà posé une empreinte indélébile sur l’histoire de la mode, avec sa virtuosité et sa personnalité irremplaçable.

Vous avez beaucoup tous les deux exploité la thématique de l’identité sexuelle, le masculin, le féminin, l’androgynie. A-t-il eu une influence sur vous ?

-Jean-Paul m’inspire beaucoup. J’espère que nos univers s’influencent mutuellement. J’en serais en tout cas très flattée !

Vous avez souvent travaillé avec Jean-Paul Gaultier pour des clips et des sorties officielles. Il a aussi crée les costumes de votre tournée en 2009. Comment s’est déroulée cette collaboration ?

-Il y a eu beaucoup de complicité, de rires, d’attentions réciproques, de réflexion. Toutes les tenues étaient extraordinaires, les miennes comme celles des danseurs. Le costume Ecorché est un chef-d’œuvre ‘ensanglanté’ qui a marqué l’imaginaire collectif. Le tableau ‘tutuesque’(sic) nous a enchantés : les danseurs et les danseuses étaient chaque soir très fébriles avant SDC12703leur entrée en scène !

Votre plus beau souvenir au sujet de Jean-Paul Gaultier ?

-Quand il a répondu ‘oui’ à la question « Voulez-vous travailler avec moi sur mon prochain spectacle ? » !

Un mot pour décrire Jean-Paul ?

-Pétillant !

 

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AU LENDEMAIN DE SON CONCERT, Mylène

Posté par francesca7 le 4 juillet 2015

 

RTL – 12 SEPTEMBRE 2009 : ANTHONY MARTIN

cb0ac37eabd1ef4335fdcc2214cef593Au lendemain de son deuxième concert au stade de Genève, Mylène Farmer reçoit Anthony Martin dans sa suite située au bord du lac Léman. Diffusée le jour de l’anniversaire de la chanteuse, qui se produit le soir même pour sa deuxième représentation au Stade de France, cette interview a été annoncée à grand renfort de publicité dans la presse au début de la semaine par la station qui en a même diffusé un court avant-goût dans son émission matinale « Laissez-vous tenter » le mercredi 09.09.2009.

En préambule, Anthony Martin nous apprend que l’entretien a eu lieu assis dans l’herbe, dans le petit jardin attenant à la suite de la chanteuse, fatiguée mais souriante et bavarde !

Bonjour, Mylène Farmer !

-Bonjour.

Merci de m’accorder cet entretien. Nous sommes à Genève. Vous avez donné un concert hier devant trente-deux mille personnes à Genève. Comment vous sentez-vous au lendemain de ce concert ?

-Je vais vous répondre comblée et à la fois évidemment très, très fatiguée ! (rires) Mais des moments inoubliables. Inoubliables !

Vous ne vous ménagez pas sur scène : vous arpentez la scène de long en large, vous dansez évidemment –parce qu’on vous attend aussi pour ça. Vous concevez la scène comme un défi physique, aussi ?

-En tout cas, je m’y prépare : j’ai à peu près six mois d’entraînement avant que de me produire en scène avec un coach qui s’appelle Hervé Lewis, avec qui on fait un travail incroyable. Il me connaît depuis presque j’allais dire une quinzaine d’années (vingt-cinq en réalité ! nda) donc on se connaît vraiment très, très bien. Donc oui, l’appréhension physique, si je puis dire, en tout cas l’exercice physique fait partie du spectacle, mais quand on est porté par un public –celui que j’ai devant moi- c’est quelque chose qui est tellement porteur qu’on en oublie l’effort ! C’est plus l’émotion qui gagne le terrain.

Vous adorez entendre chanter le public : souvent, à la fin d’un morceau, d’un tableau, d’une chanson, vous reprenez a capella pour les entendre. Ca, c’est le plus beau cadeau, finalement, pour un artiste…

-C’est le moment probablement le plus magique, en tout cas un des moments les plus magiques c’est vrai, puisqu’ils s’approprient la chanson. J’allais dire, c’est presque de l’ordre du divin. Ce sont des mots un petit peu graves toujours, mais c’est quelque chose –je reprends le mot ‘magique’- c’est exceptionnel de vivre quelque chose comme ça, bien évidemment.

Diffusion d’un extrait de « Rêver » enregistré lors des concerts de Genève

Quand on vous voit sur scène, on se dit que vous ne pouvez pas préférer l’ombre à la lumière : vous avez l’air si forte, si vivante dans la lumière !

-Là, je vais vous répondre que le choix de l’ombre et de la lumière est le choix entre la vie privée et la vie publique, qu’on peut rester vivant aussi dans l’ombre. J’ai ce paradoxe en moi : je suis capable de vivre aussi bien dans l’ombre et de m’exprimer dans la lumière.

On a l’impression que votre timidité est transcendée quand vous vous trouvez, comme hier soir par exemple, devant trente mille personnes. Vous l’expliquez comment, ça ?

-Alors ça, je crois que je n’ai pas d’explication. Je l’ignore moi-même, si ce n’est que je sais mon handicap devant trois personnes, je ne sais pas si je peux qualifier ça d’aisance devant trente mille personnes, mais en tout cas il y a une bascule qui se fait presque naturellement. J’ai plus de difficultés, oui, avec deux, trois personnes que devant une immense audience.

Parce que finalement vous n’avez pas à leur parler : vous êtes là pour leur offrir et recevoir. C’est peut-être ça…

-En tout cas, les mots sont à travers mes textes et puis là, pour le coup, il n’y a rien de préparé : quand j’ai envie de dire quelque chose, c’est que j’en ressens le besoin. Là, c’est place au naturel, c’est place à l’émotion en direct, pour le coup !

Diffusion de « C’est une Belle Journée »

Justement, quand vous écrivez vos textes, est-ce que vous pensez déjà à l’aspect visuel d’un tableau dans un futur, sur scène ?

-Non, sincèrement. Là, je suis dans une pièce isolée, je travaille avec Laurent Boutonnat donc, qui est aussi compositeur, et les mots j’allais dire s’appuient, s’accrochent, s’harmonisent avec la musique donc j’ai besoin de la musique avant d’écrire des mots. Parfois, la musique m’inspire des sentiments, des sensations ; parfois, j’ai une envie de texte et puis la musique s’accorde avec ce texte mais en aucun cas l’image n’apparaît dans ma mémoire à ce moment-là, non.

Vous me disiez vous êtes dans une pièce quand vous écrivez vos paroles : vous êtes seule comme un écolier à son bureau, avec une page blanche, le stylo, vous mettez un fond sonore –donc là, vous vous inspirez de la musique- ça se passe vraiment comme ça ?

 

-Ha, tout à fait ! Dans une pièce en tout cas totalement isolée, ça j’en ai besoin. Comme un écolier / écolière ? J’ai un très mauvais souvenir de scolarité ! En tout cas, besoin bien évidemment d’isolement et puis la musique sur laquelle je mettrai des mots.

Sur scène, vous incarnez vraiment –et c’est ce qui est fascinant- l’intimité et la grâce dans une mise en scène gigantesque. Quel est le secret pour marier tout ça, pour y arriver ?

-J’ai toujours aimé, moi, en tout cas avoir besoin du gigantesque et du spectaculaire. Maintenant, j’ai besoin de moments d’intimité et c’est ce qu’on a essayé de créer sur ce spectacle, à savoir avec le proscenium et la croix (petite confusion de Mylène, puisque le proscenium en forme de croix était celui du spectacle présenté à Bercy 2006. Pour les stades en 2009, le proscenium se finit en forme d’étoile, nda) qui est au centre du stade même, et c’est là qu’il y a un vrai, vrai partage. J’allais dire il y a un partage même quand on est sur une scène frontale, mais vraiment au milieu sur cette croix (sic) on crée ce moment intime qui pour moi est de l’ordre j’allais dire de la communion, presque –encore un mot fort, mais c’est vrai que c’est un vrai, vrai moment d’intimité malgré le grand nombre : ce grand nombre devient un, devient quelque chose d’assez exceptionnel pour moi.

Il y a un autre couple –on a parlé gigantisme et intimité- il y a aussi le couple qui frappe quand on vous voit sur scène, c’est discrétion et provocation. Comment faites-vous pour que discrétion et provocation fassent bon ménage ?

-Tout dépend si vous évoquez discrétion dans la vie privée, ou est-ce que c’est discrétion sur scène même ?

 

Sur scène, vous êtes discrète, vous êtes intime et en même temps vous êtes forte, vous êtes présente : ça tient sur vous, c’est vous qui menez ce gros barnum –le mot n’est pas beau mais au moins on comprend ce que je veux dire- et vous êtes dans la provocation aussi dans les chorégraphies, les tenues…

-Je vais vous faire une réponse assez banale : toutes ces facettes font partie de moi. Je suis de nature discrète en général, de nature timide parfois mais l’éclat de rire fait partie de moi aussi comme vous avez pu le constater puisque nous avons eu du mal à démarrer ! (rires) (Anthony Martin relata effectivement en préambule à l’interview que juste avant de démarrer l’entretien, amusés par l’incongruité de la rencontre, assis face à face dans l’herbe aux abords d’une suite, lui et Mylène Farmer sont partis d’un fou rire spontané qui eût l’avantage de détendre l’atmosphère, nda) Et puis à la fois je crois que j’ai cette –là pour le coup, je n’y suis pour rien, c’est un cadeau de la vie- j’ai à la fois sans doute cette fragilité mais aussi cette force -en tout cas je vais l’exprimer de cette façon- c’est une force qui me permet de surmonter toutes mes peurs, tous mes démons au moment où j’en ai le plus besoin.

Il ne reste plus que trois concerts dans cette tournée 2009 (deux lors de la diffusion de l’interview, nda). Est-ce que vous avez une appréhension de la fin de tournée ? Le ‘spectacle blues’ ?!

-Je l’ai. Je crois que je l’avais dès le premier jour puisqu’on sait que tout début a une fin. Maintenant, quand à la gestion de ce blues, de ce grand vide, c’est quelque chose qui m’est d’abord très, très personnel mais je ne vous cache pas que tout artiste vous répondra que oui, c’est un vide qui est presque insurmontable. Je crois que le secret dans ces cas-là c’est, ma foi, de se reprojeter dans une création. Voilà, créer quelque chose, non pas pour oublier mais pour se redonner la force et de continuer et de vivre.

Donc c’est par la création que vous allez remplacer les applaudissements chaque soir à 21 heures parce qu’il y aura plus personne pour vous applaudir dans votre salon ?!

-Alors, ‘remplacer’ ça va être compliqué : de toute façon, c’est irremplaçable. Mais oui, c’est certainement par la création que je vais retrouver des forces et l’envie de continuer ! (rires)

Diffusion de « Beyond my Control », suivi d’une pause publicitaire

Que faites-vous, Mylène Farmer, dix minutes avant d’entrer en scène ? Si on peut faire le décompte, vous êtes avec qui ? Vous êtes où ? Est-ce que vous avez des rituels, des objets qu’il faut absolument avoir sous la main… ?

-Ecoutez, quant aux rituels, je ne sais pas si je peux… Non, là encore, la pudeur regagne du terrain ! (rires) J’ai auprès de moi Anthony (Souchet, son meilleur ami, nda) qui reste avec moi dans la loge. C’est un moment, en tout cas les dix dernières minutes sont vraiment un moment de recueillement. Quand j’allais dire de recueillement, c’est plus de concentration. Et puis, pour trahir un tout petit secret, Laurent (Boutonnat, nda) passe cinq minutes avant l’entrée en scène, me serre la main et me dit ‘Fais le vent’ ! (elle éclate de rire) Et là, personne ne comprend, mais ‘Fais le vent’, ça veut dire ‘Respire’, c’est une manière de respirer et d’essayer de déstresser un peu. Mais c’est vraiment dans le silence. Et quant aux objets, ma foi, ils sont là mais ils sont miens ! (rires)

Vous en avez, en tout cas…

-J’en ai !

Diffusion de « L’Instant X »

 Vous êtes attentive aux productions des autres artistes, parfois sur scène ou en studio, les albums ? Vous écoutez beaucoup ?

article_765_photo2-J’écoute beaucoup de musique. Je suis attentive et j’ai évidemment, comme tout le monde, des préférences. Mes goûts musicaux sont assez éclectiques. Je vais vous donner quelques noms : j’adore Sigur Rós –j’adore leur univers-, j’adore Depeche Mode, j’adore David Bowie, j’adore Juliette Gréco etc. etc. Il y a énormément d’artistes que j’apprécie, bien sûr, et ce sont en général des artistes qui ont leur propre univers et sur scène qui ont envie de proposer au public des choses aussi incroyables, même si là elles restent très, très intimes si on parle d’une Juliette Gréco par exemple, mais c’est j’allais dire une telle présence, un tel univers de mots et de personne, des choses profondes qui me touchent beaucoup.

C’est marrant, parce que Juliette Gréco, que j’ai rencontré il y a deux mois à peu près en interview au moment de la sortie de son album, m’a longuement parlé de vous en interview en disant tout le bien qu’elle pensait et l’admiration qu’elle avait pour vous !

-C’est gentil ! Ca me touche.

Puisqu’on parle des autres artistes, est-ce que la mort de Michael Jackson vous inspire ? En tout cas, qu’est-ce qu’elle vous inspire, cette mort ?

-Le tragique, la notion d’incompatibilité, j’allais dire encore, de vie privée et vie publique, de médias. C’était un immense, immense artiste –ça, nous le savons tous. C’est quelqu’un dont j’appréciais, comme beaucoup d’entre nous, les spectacles mais l’homme aussi : sa fragilité, sa sensibilité. C’est tragique. C’est le mot qui me vient à l’esprit, voilà. Je suis triste, comme beaucoup de personnes.

Et les albums, les DVD, vous les avez à la maison ?

-Absolument.

Diffusion de « Désenchantée », suivi d’une pause publicitaire

Si on fait le point, Mylène Farmer, puisqu’on se rend compte en 2009, au mois de septembre, ça fait vingt-cinq ans ! Vingt-cinq ans de carrière ! Pour durer, le secret c’est le travail ?

-J’ai toujours peur de donner des leçons, mais en tout cas le travail, l’opiniâtreté sont essentiels, oui.

Parfois dans la souffrance ?

-Je crois que c’est là, indissociable. En tout cas, je ne vais parler que de moi : j’allais dire tout travail est certes un plaisir, c’est un acharnement, mais la douleur en fait partie –la douleur, parce que les doutes ; ce peut être la douleur physique, il faut aller au-delà de soi…

Je me posais la question, parce que votre univers, on le connaît, il est très défini, très cohérent depuis le début : où est-ce que vous allez chercher votre nourriture artistique ?

-Un peu partout. Je peux vous parler d’une exposition que j’ai découvert à New York il y a quelques temps et qui s’appelait « Art Body » (« Our Body » en réalité, nda) : beaucoup d’écorchés, c’est l’humanité décharnée, découpée et j’avoue que j’ai été non pas choquée, mais très impressionnée, intriguée. C’est parti aussi d’une réflexion et ça m’a donné l’idée, en tout cas l’envie d’exploiter l’écorché et justement le corps, et donc est venue, est née cette idée de l’écorché et j’en ai parlé à Jean-Paul Gaultier qui était enchanté de pouvoir créer un écorché multiplié par tous les danseurs et c’est le tableau d’ouverture. Voilà, ce peut être une source d’inspiration. Maintenant, bien sûr, la peinture, la littérature, tout ce qui peut passionner et faire partie de notre vie. Des auteurs : Stefan Zweig, mais là encore je vous épargnerai la liste parce que… ! (rires)

C’est assez intéressant finalement de savoir. Peut-être les voyages vous inspirent. Est-ce que les rencontres humaines vous inspirent ?

-Je crois que l’être humain m’inspire, tout simplement. Maintenant, vous dire est-ce que cette personne aura déclenché telle idée : là, ponctuellement, je peux pas vous le dire, j’en sais rien. Mais les rencontres –les belles rencontres- sont très, très rares mais elles sont indispensables à sa vie.

Je le disais : vingt-cinq ans de carrière, Mylène Farmer. Est-ce que vous avez le sentiment d’avoir construit une œuvre ?

-Non, je peux pas vous le dire. Non. Stefan Zweig va construire une œuvre ! J’ai construit quelque chose, je suis fière de ce que j’ai pu construire, sans prétention aucune. Je suis heureuse d’avoir rencontré un public, je suis heureuse de cette fidélité. Voilà ! (rires)

Est-ce que le fait de durer, aussi, répond à une obsession de laisser une trace ?

-Ecoutez, très sincèrement, l’obsession de laisser une trace ne ait pas partie de moi. Maintenant, pour être tout à fait honnête, j’aimerais que l’on ne m’oublie pas. Mais la vie n’est pas finie, donc à moi de le construire.

Diffusion de « À Quoi je Sers… »

Vous avez peu de souvenirs de votre enfance. Est-ce que vous avez imprimé ces vingt-cinq dernières années de chanson, de musique, de tournée, de rencontre avec le public ?

-J’ai imprimé des moments uniques. J’ai une mémoire qui est très, très sélective aussi -je crois que c’est nécessaire, sinon on est envahi par trop de choses- et des choses qu’on voudrait ou qu’on a oubliées, c’est nécessaire, je crois, pour sa santé mentale. Mais des choses qui sont inscrites très, très fortement : bien évidemment. Tout au long de ces années, forcément…

Ce sont des images de scène ?

-Aussi. Aussi et surtout. Mais il y en a d’autres aussi, plus douloureuses mais qui ont nourri ma vie.

Et puis la présence chaleureuse du public, qui se manifeste pendant les concerts et peut-être aussi entre les concerts, quand vous croisez les fans…

-Ca, vous savez, c’est une fois de plus –là encore, c’est moi qui réponds mais j’imagine que tous les artistes répondent la même chose, si ce n’est que j’allais dire : je leur dois tout. Je ne sais pas si c’est la vérité, mais j’ai une chance inouïe. Je le sais. C’est eux qui m’ont soutenue, qui m’ont, j’allais dire, aidée probablement de vivre. C’est incroyable. C’est incroyable. C’est, là encore, un cadeau de la vie que je ne soupçonnais pas possible pour moi, et même si on évoquait le travail, laissons le magique opérer et ce public pour moi est magique et dans son intensité et dans sa fidélité, bien évidemment. J’ai une chance inouïe.

Est-ce que finalement ce métier a été votre survie ?

-Oui, oui. Là, définitivement, oui. Oui. C’est quelque chose qui m’a aidée à m’incarner là où j’avais le sentiment plus jeune de n’être pas incarnée du tout, de n’être attachée à rien, de n’être reliée à rien. Oui, c’est fondamental.

C’est très fort de dire oui, finalement à cette question…

-Parce que là encore, c’est je crois… J’allais dire l’honnêteté, même si ça peut paraître enfantin ou démagogue. Enfin, peu importe, là vous êtes témoin : c’est spontané, c’est vrai.

Diffusion de « Appelle mon Numéro », suivi d’une pause publicitaire

Est-ce que vous avez apprivoisé vos peurs et vos souffrances avec le temps, avec le succès ?

-Non, et c’est sans doute pas grave. Ou très grave, je ne sais pas ! (rires) Je n’ai pas la réponse, mais j’ai certainement pansé des plaies. Il y a toujours ce mot qui revient dans le vocabulaire de chacun d’entre nous, c’est ‘faire le deuil de quelque chose’ : malheureusement, moi je ne crois pas qu’on puisse faire le deuil de quelque chose. Maintenant, on peut tenter de faire ré émerger la vie et des choses qui vous aident à tenir, qui vous aident à vous réveiller, qui vous aident à sourire. Maintenant, tout ce qui est douleur, tout ce qui est doute, tout ce qui est peur est là, ancré et là encore ça fait partie de votre sang, de vos veines : c’est là. C’est présent mais c’est sans doute nécessaire –peut-être pas, mais c’est là en tout cas ! (rires)

Nécessaire à la création ?

-On va dire que c’est… Forcément, forcément ça aide, en tout cas à une certaine créativité, oui.

Dans le spectacle, visuellement, sur les deux écrans géants, on voit beaucoup de têtes de mort. Est-ce que l’idée de mourir vous terrifie encore ?

-L’idée de mort, de ma propre mort, en tout cas l’idée de la mort me terrifie, fait partie de chaque deux secondes de ma vie. Est-ce que ma propre mort me terrifie ? Je vais vous dire parfois oui, parfois non. Parfois, le mot ‘fatalité’ est plutôt serein : je me dis ‘Bon, ça se fera. De toute façon, c’est inéluctable !’ (rires) Parfois elle me hante et parfois je l’oublie. Là encore, c’est tout et son contraire donc je ne vous aide pas beaucoup avec ma réponse ! (rires)

Qu’est-ce qui vous fait rire dans la vie, Mylène Farmer ?

-(elle pouffe) Les débuts d’interviews où on a un air très dramatique quand on commence ! (en rapport avec l’anecdote rapportée plus tôt, nda). L’absurde, probablement.

L’absurde sous toutes ses formes : visuel…

-Toutes ses formes.

…dans les dialogues, aussi…

-Aussi.

…au cinéma –je sais que vous, vous avez une passion pour le cinéma !

-Je voudrais aller voir le film de Tarantino, puisqu’on m’en a dit grand bien et ça a provoqué beaucoup d’éclats de rire, donc… ! Je n’aime pas tout, il y a certains films que j’ai adorés -de même que j’accepte qu’on n’aime pas tout de moi- mais ce film-là en particulier, oui, il m’intrigue !

Vous avez finalement passé vingt-cinq ans –et ça va encore continuer, on le sait et évidemment je vous le souhaite- à peaufiner les contours de votre univers artistique, avec ce culte évidemment du mystère. Comment est-ce que vous définissez le mot ‘mystère’ ?

-(pensive) Le mot ‘mystère’… Oh, mon Dieu ! Déjà, pour commencer, il n’y a pas de stratégie du mystère me concernant. J’espère qu’on a compris. Maintenant, vous dire quelque chose sur le mystère, c’est quelque chose qui est caché, qui peut être d’un ordre religieux –mais là, je vais vous donner une définition de dictionnaire ! Laissons cette réponse mystérieuse, je ne suis pas sûre de pouvoir définir le mystère.

giorgi-02-aDiffusion de « Libertine », suivi d’une pause publicitaire

Nous sommes le 12 septembre, c’est une belle journée, Mylène Farmer : c’est votre anniversaire aujourd’hui et vous n’êtes pas près d’aller vous coucher puisqu’un gros cadeau vous attend au Stade de France ce soir, quatre-vingt mille personnes pour le dernier concert de votre tournée en France.

Vous aimez faire la fête pour votre anniversaire ?

-Je vais vous faire une confidence : il y a fort longtemps que je ne célèbre plus mon anniversaire, mais pour être tout à fait franche, un anniversaire devant quatre-vingt mille personnes au Stade de France, c’est quelque chose qui sera, je crois, incroyable à vivre, donc j’adore cette idée-là ! (rires) Celle-ci, je l’aime ! Et cette date évidemment n’a pas été choisie : il se trouve que le Stade de France était libre le 11 et le 12 septembre. Il se trouve que le 12 septembre est cette fameuse date anniversaire donc ce sera quelque chose d’assez unique, effectivement pour moi. Ce sera un immense cadeau de quatre-vingt mille personnes. C’est incroyable ! (rires)

Puisqu’on parle de l’avenir, vous m’avez dit d’ailleurs ‘Après une tournée, le meilleur c’est de se replonger dans la création’ : est-ce que vous avez une idée du prochain disque studio ?

-Absolument pas. Absolument pas, parce que bien évidemment on pense à ‘Qu’est-ce que je vais faire demain ? Qu’est-ce que je vais faire demain ?’, maintenant je n’ai pas les réponses. J’ai le projet d’un long-métrage…On verra ! J’ai, bien évidemment, le projet d’un prochain album, mais là encore c’est une page blanche. Une page totalement blanche, mais très envie de m’y remettre très, très vite !

On évoquait votre passion pour le cinéma, vous me dites ‘projet d’un long-métrage’ : j’imagine que c’est quelque chose qui vous tient très à cœur. Est-ce qu’on peut en savoir un peu plus ?

-C’est un projet qui avait été initié par Claude Berri, que j’aimais profondément, tiré d’un ouvrage de Nathalie Rheims et dont le metteur en scène sera Bruno Aveillan, et ce sera pour lui son premier long-métrage. Et ma foi, après c’est le… l’avenir dira !

Et ce sera pour vous un premier rôle…

-Et ce sera pour moi un premier rôle, un deuxième film et, j’espère, une rencontre avec le public. (sourire) (le projet sera définitivement abandonné quelques années plus tard, nda)

Est-ce que ça veut dire pour l’avenir aussi que peut-être un jour vous essaierez de laisser une part plus importante au cinéma ?

-Je n’ai aucune, aucune réponse à cette question. J’ai besoin de la musique, j’ai besoin des mots. Je pense que je suis –j’en suis même convaincue- je suis quelqu’un d’instinct, d’instinctif donc je sais que le jour où je ne souhaiterai plus dire ces mots, chanter, je choisirai ce moment avant qu’il ne me choisisse et ne me saisisse. Est-ce que ça sera pour laisser la place au cinéma ? Je n’ai sincèrement pas la réponse. Je ne sais pas.

Vous connaissez la date, l’échéance ?

-Non. Bien sûr que non. Non, non.

Vous me rassurez !

-(rires) C’est gentil ! Non…

Qu’est-ce qui vous ferait arrêter la musique ?

-L’absence de désir. (un temps) Vous allez avoir un énorme silence pour une radio, ici ! (rires)

C’est parfois intéressant !

-Quand on n’a plus envie de donner ni envie de recevoir –d’abord j’imagine qu’on est un être mort, donc je ne me le souhaite pas- mais je crois que tout art a ses limites. Je sais pas. Je vais peut-être dire une énorme absurdité, je sais pas, je reviens encore à l’idée d’instinct : je crois que ça sera spontané, quelque chose en moi me dira ‘Là, il faut arrêter’.

Ca révèle une vraie force de caractère !

-Peut-être ça fait aussi partie de moi, cette force de…oui, oui de caractère, sans doute. En tout cas, ne pas tricher avec soi-même. Voilà : ne pas se mentir et essayer de dormir un petit peu de temps en temps ! (éclats de rires)

Vous dormez tranquille enfin aujourd’hui ou… ?

-Non. (nouvel éclat de rire) Non, ce n’est pas possible !

1996-08-cDiffusion d’un extrait de « Effets Secondaires »

-Mais là encore -je crois qu’on va conclure cette interview- j’ai une fois de plus une chance incroyable. Je vis des moments incroyables. Je remercie à nouveau de vive voix le public, je remercie cette fidélité et puis…et je vais essayer de ne pas pleurer, là on va arrêter ! (dans un tremblement de voix) Merci beaucoup.

Et c’est moi qui vous remercie. Merci, Mylène Farmer, de m’avoir accordé cet entretien. Merci beaucoup.

Diffusion de « Sans Contrefaçon » pour finir l’émission.

Publié dans Mylène 2009 - 2010, Mylène et ses longs discours, Mylène N°5 ON TOUR 2009 | Pas de Commentaires »

MYLENE A L’INSTANT X

Posté par francesca7 le 14 juin 2015

 

DEJEUNER DE GALA A LA MYLENE – sur NOSTALGIE le 30 NOVEMBRE 1996

JOURNALISTE(S) : MICHEL COTTET

mylène

À l’occasion de la reprise du Tour 96, Mylène est l’invitée de Radio Nostalgie pour cette émission qui prend la forme d’une conversation entre l’animateur Michel Cottet, curieux de tout, et son invité.

Cet entretien est probablement le plus long que Mylène ait jamais accordé (bien qu’à peine quelques mois plus tôt elle déclarait à Paul Amar à l’issue d’une émission plus courte que celle-ci qu’elle ne ferait sans doute jamais plus d’émission aussi longue !).

Il est à noter que, probablement débarrassée du poids de l’image de la télévision et de la crainte que les propos soient déformés par la presse écrite, Mylène est ici très à l’aise et semble intellectuellement complice avec Michel Cottet, qui s’intéresse notamment beaucoup à l’auteur plutôt qu’à la chanteuse.

L’actualité de Mylène Farmer, c’est cet album, « Anamorphosée » -bien que ayant déjà quelques mois, il est encore tout frais et tout présent à notre mémoire et on se laisser bercer en ce moment par l’excellent titre « Rêver »- et puis il y a cette tournée, non pas gâchée mais interrompue pour une stupidité. Il ne m’appartient pas de déverser une kyrielle de qualificatifs pour essayer de vous cerner, de vous faire réagir –c’est toute la magie d’un personnage. Ceci dit, tout ce mystère qui débouche sur un statut de phénomène est-ce que vous n’avez pas l’impression quelquefois que cela fait ombrage à votre vrai statut, qui est avant tout quand même, si je ne m’abuse, auteur-compositeur-interprète ?

-Ombrage, je ne sais pas bien. Est-ce que j’en souffre ? Non, pas vraiment. J’ai décidé de ce mystère en ce sens que je parle peu et que je réponds peu aux questions en général, donc je crois que j’en suis l’auteur donc je n’ai pas à m’en plaindre.

Je ne parlais pas forcément du mystère mais du fait que à force de vouloir justement le percer, on en oublie de parler avec vous de ce qui quand même nous séduit au préalable, c’est-à-dire votre musique, votre façon d’écrire, votre façon de paraître sur scène. Est-ce que parfois vous n’avez pas l’impression d’être dépassée par vous-même, en quelques sortes ?

-Je ne suis pas sûre de pouvoir répondre à cette question, si ce n’est que c’est vrai que l’évocation de l’écriture est quelque chose, dans le fond, d’assez rare de la part d’un journaliste parce que je crois qu’il est plus enclin à parler ou d’une vie privée que l’on ne veut pas dévoiler, ou des choses qui sont ‘plus racoleuses’. Peut-être que je souffre de ça un peu, oui.

On y reviendra, et j’espère comme ça que votre passage à Nostalgie vous aura ôté un peu de souffrance puisqu’on évoquera votre écriture. Ce que l’on sait, c’est que vous avez quand même ‘fui’ à Los Angeles pour essayer de retrouver une forme de solitude. Vous avez vos repères, j’ai les miens : moi, c’est Léo Ferré, Ferré qui disait :‘Dans la solitude, le désespoir est une forme supérieure de la critique. Pour l’instant, nous l’appellerons bonheur’. Le désespoir, vous l’avez touché ?

-Je crois qu’il a fait partie de mon quotidien, mais maintenant je ne pense pas être la seule ! Je pense que le commun des mortels a des moments de bonheur et des moments de détresse absolue. Je crois que même une journée peut être comblée par bonheur et tristesse à la fois. Maintenant, est-ce que je fais l’apologie de la détresse et du malheur : non. Je l’ai exprimée, en tout cas.

Cette solitude, vous la recherchez ?

-Je ne suis pas sûre de me définir comme quelqu’un d’étant solitaire. J’aime parfois avoir des moments, oui, seule : l’écriture est un moment privilégié pour ça. Maintenant, j’aime bien la compagnie de personnes choisies.

Quel est le moment le plus fort, justement ? C’est rentrer dans cette solitude ou en sortir pour retrouver l’autre ou les autres ?

-Je crois que les deux sont à déguster ! (rires)

Je poursuis avec ce texte de Ferré, toujours sur cette solitude : ‘je voudrais m’insérer dans le vide absolu et devenir le non-dit, le non avenu, le non vierge par manque de lucidité’. Ne pas rencontrer le bonheur, est-ce que c’est pour autant être lucide ?

-(elle se répète la question à elle-même) Ne pas rencontrer le bonheur… Je ne sais pas. En tout cas, j’aime l’idée de s’approcher de ce vide et de ne faire qu’un avec ce vide. C’est vrai qu’il y a quelque chose, l’idée du néant, qui est quelque chose de très happant. C’est vrai que parfois, on a envie de se confondre avec le vide, avec le rien.

Ce que vous appelez le non-dit, qui est essentiel pour la réussite…

-Oui.

Diffusion de « California »

Mylène Farmer est votre invitée aujourd’hui dans ce « Déjeuner de Gala » sur Nostalgie, avec cette notion de non-dit. Ne pas énoncer, ne pas expliquer pour susciter la curiosité, est-ce que c’est bien compatible avec une autre notion, qui est celle de la fidélité ? Je veux dire par là, quand on côtoie des gens ou des habitudes, forcément on perce le mystère, donc là c’est un peu antinomique, non ? Parce que vous êtes quelqu’un de fidèle –je parle du point de vue professionnel !

-Je pense être quelqu’un de fidèle, oui, dans tous les sens du terme et toutes les situations. Maintenant, pardonnez-moi : j’ai oublié la question ! (rires)

Je disais, parallèlement à cette fidélité vous êtes porteuse de cette idée de non-dit :‘je garde la mystère, je ne veux pas qu’on me dévoile et je ne veux pas dévoiler’. Est-ce bien compatible, ces deux approches ?

-Là encore, je ne… Le non-dit, j’aime les non-dits, maintenant est-ce que je suis caractérisée par le non-dit : je ne le crois pas. Maintenant, j’ai choisi de dire certaines choses, de dévoiler certaines choses, de les clamer parfois et quand une question ou un sujet me dérange, là effectivement ce sera ou un non-dit ou un non tout court ! (rires)

MFarmerDonner un sens à tout, c’est ridicule pour vous, finalement…

-Je sais pas si, là encore, c’est ridicule –pardonnez-moi ! (rires) Je ne pense pas avoir d’abord la prétention, et je ne pense pas que la vie vous offre un sens à tout. Je crois que ça fait partie aussi du mystère de la vie, du mystère de la mort, de toutes ces choses qu’on ne sait pas et qu’on ne saura probablement jamais. Parfois on peut souffrir de ce silence et des ces non-réponses, et parfois je trouve ça plutôt bien. C’est une forme de liberté aussi en soi.

Je vais peut-être vous soulager, je viens à votre secours -si tant est que vous en ayez besoin : finalement, c’est pour ça que vous redoutez l’exercice que nous sommes en train de faire parce qu’il est communément admis qu’à toute question doit correspondre une réponse, et en plus logique !

-Oui. Oui, c’est vrai que là, dans le fond je n’aime pas la logique, je n’aime pas le rationnel et c’est un exercice qui est difficile, uniquement parce que je dois parler de moi, dans le fond c’est aussi bête et simple que ça. C’est un exercice difficile pour moi.

Parler de soi… Parler d’idées qui vous traversent la tête, c’est peut-être pas forcément parler de vous. C’est peut-être plus facile…

-Oui, mais c’est une façon de se mettre en avant et c’est vrai que là, ça fait partie d’un exercice qui est probablement utile à l’artiste, en tout cas on lui demande. Mais si j’avais à choisir, je crois que j’aurais rayé cette mention ! (rires)

Le non-dit, c’est aussi l’imaginaire. Est-ce un jardin dans lequel vous aimez flâner ?

-J’aime surtout, je dirais, au travers de lectures. Quant à mon imaginaire, oui, je cultive ce jardin, je crois, oui. Maintenant, là encore j’aurais du mal à en parler parce qu’il est imaginaire, justement !

Mais un auteur se doit d’imaginer, et l’imagination c’est une forme de liberté que vous recherchez…

-Oui.

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Retour dans « Déjeuner de Gala » sur Nostalgie. On parle avec Mylène Farmer, votre invitée, de la liberté. Quelles sont les situations, les mots, les événements dans lesquels vous ne vous sentez justement pas libre ?

-Les dîners où il y a beaucoup de personnes… (elle cherche, puis pouffe de rire)

Une foule, c’est pas ‘beaucoup de personnes’, c’est qu’une personne raisonnée ?

-Oui. Oui, c’est toujours un peu facile comme détournement, mais dans le fond c’est vrai. C’est vrai, quand on est en face d’un public, quelque soit la salle, à partir du moment où il y a plus de deux personnes, trois personnes, mais plus le nombre est grand et plus il ne reforme qu’un et une énergie, en tout cas.

En tête à tête, vous vous livrez plus -parce que sur scène, on peut dire que vous vous livrez- vous vous livrez plus que devant une multitude de gens…

-Non, je pense que c’est faux. Je pense que je me livre davantage, mais peut-être sans la présence des mots ou en ayant choisi les mots. Maintenant, je crois que l’émotion que moi je ressens sur scène et que je peux offrir est quelque chose qui est une mise à nu, qui est beaucoup plus importante que dans une interview. J’ai malgré tout le contrôle de moi-même et de mes silences aussi.

Ca fait douze ans, mine de rien, que vous êtes dans ce métier de la chanson. (Mylène confirme en riant) Est-ce que la situation a failli vous échapper une fois, durant ces douze ans ?

-M’échapper, non, je ne le crois pas. Je ne sais pas à quoi vous faites allusion précisément, mais j’ai…

Être dépassée par ses propres motivations, s’embarquer dans un chemin qui n’était pas le bon…

-Avoir envie d’arrêter parfois tout, oui, ça m’est arrivé.

C’est une façon de contrôler, justement, comme cette fuite…

-De nombreuses fois, oui. Hier encore…

‘J’avais vingt ans…’, mais ça c’est Aznavour ! (rires de Mylène) La fuite dans les mots, c’est quand même plus bénéfique que la fuite à Los Angeles ? Vous l’évoquiez tout à l’heure avec mon jardin imaginaire…

-Oui, je crois que j’ai eu besoin pour continuer d’écrire, puisqu’on parle des mots, que j’ai eu besoin de ce passage. Maintenant, il s’est effectué à Los Angeles, dans le fond ça aurait pu être ailleurs, en tout cas un pays dit étranger. Mais j’y ai trouvé, oui, si ce n’est une réelle source d’inspiration, en tout cas moi je me suis nourrie, si je puis dire, à ma façon. J’y ai trouvé quelque chose, oui.

C’est Jean-Louis Murat qui, à ce même micro –je fais allusion à lui parce que vous l’avez rencontré, ne serait-ce que pour un duo- qui expliquait que dans un texte, finalement, le texte n’était jamais aussi beau que lorsque à la fin de la chanson on n’avait pas forcément tout compris.

-Oui…

Et pour vous aussi, je crois, à savoir que les mots ont plus d’importance que l’idée…

-Je pense qu’il vaut mieux savoir, en tout cas pour soi-même, face à soi-même, savoir ce qu’on a voulu dire. Maintenant, je suis d’accord que la chose trop expliquée, qui ne laisse pas dans le fond à l’autre une liberté, me dérange.

Diffusion de « L’Instant X »

Avec nous, Mylène Farmer qui est notre invitée dans ce « Déjeuner de Gala » sur Nostalgie aujourd’hui samedi. Je fais une petite digression avec les images, je voulais en parler un petit peu plus tard. Vous parlez de notion de liberté quant à la perception d’une chanson : le clip, pour le coup c’est bien souvent quelque chose de très cadenassé. On nous impose des images, on nous fait une explication –ça ne vous concerne pas tout le temps- mais n’est-ce pas un piège ?

-C’est vrai, c’est un piège. Mais là encore, est-ce qu’on a le choix de ne pas faire sur une chanson une mise en images ? Là encore, malheureusement je n’ai pas ce choix-là parce que ça serait suicidaire. Mais sur certaines chansons, c’est vrai que certainement je n’aurais pas fait de clip, parce que justement il y a une réduction du sujet évoqué, et puis parfois c’est magique aussi, donc…

J’ai lu que vous disiez : ‘Quand j’écris mes textes, je livre beaucoup plus de moi que vous ne croyez. Il suffit de savoir écouter’. Est-ce que vos chansons sont codées ? C’est un exercice qui peut vous amuser, ça ?

-Non, je ne suis pas sûre d’être aussi intelligente que ça. En tout cas, j’aime bien les mots, donc j’aime jouer avec les mots…

Pas de fausse modestie, jeune fille ! (rires)

-…mais codés, non. Non. Je n’ai pas ce sentiment-là.

 

Y a-t-il quand même une notion –j’ai cru vous entendre le dire, cette fois-ci, donc la véracité du propos est entière, que vous aimiez cette forme d’irrationalité dans un texte et, comme vous venez de le souligner, que vouloir forcément une d’explication, c’est pas le but. Cette notion d’irrationnel, elle vous caractérise lorsque vous écrivez ?

-Non, je ne pense pas. Je ne pense pas, maintenant, sans parler de moi, quand je lis par exemple Cioran, puisque ça m’arrive de le lire en ce moment, à cette faculté que vous donner des mots-clés, et là encore de vous laisser votre propre imagination. C’est un peu confus, ce que je dis, mais… (rires) Un peu comme les haïkus, vous voyez, ces poèmes qui sont très, très courts. On vous donne deux mots, on va vous dire –je dis n’importe quoi : un chien, une fourmi et la senteur du foin et tout à coup, ça va évoquer une multitude de choses. Mais là, ça sera à chacun d’interpréter ou d’imaginer. Donc j’aime, en tout cas si c’est ce que vous évoquez comme étant une irrationalité, alors c’en est une, oui, parfois…

INSTANTXC’est finalement l’éducation que l’on reçoit lorsqu’on allait à la maternelle qui se transforme avec des beaux mots, mais c’est ça en fait : on apprend aux enfants, on leur montre un chat et leur imaginaire… (Mylène acquiesce d’un murmure) Vous faites allusion, donc, à Emil Michel Cioran, ce philosophe français pessimiste (en réalité, bien que vivant à Paris et d’expression française, Cioran n’a jamais eu la nationalité française, nda), dont l’œuvre s’exprime souvent par aphorismes. Vous en avez des favoris, vous ? Des proverbes, des… ?

-Je n’ai malheureusement pas beaucoup la mémoire des… (rires) Je retiens difficilement !

Ben, ‘tomber sept fois’, il y a déjà ça !

-‘Tomber sept fois’, c’était court donc facile à retenir ! Oui, il y a ce proverbe, effectivement, japonais qui dit ‘tomber sept fois, toujours se relever huit’ donc je l’ai volé.

Vous êtes charmée par ce genre de formules ?

-Là encore, c’est le plaisir des mots et l’intelligence qui peut s’en dégager. En tout cas, sans parler même d’intelligence, à la fois la précision dans la non précision. Il y a cette phrase maintenant qui me revient… (rires) Je vais faire mon exercice ! (rires)

Allez-y, soufflez bien !

-‘Tout ce qui ne m’a pas tué me rendra plus fort’

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Voilà, de retour avec Mylène Farmer qui est notre invitée aujourd’hui dans ce « Déjeuner de Gala ». Je faisais référence à cette chanson qui figure sur l’album « Anamorphosée », c’est la première fois où vous signez la musique : « Tomber 7 Fois… »…

-Oui, oui. Absolument, oui.

Après les mots, la musique. C’est une forme de défi que vous vous êtes lancé à vous-même ?

-Non. Là encore, ça s’est passé relativement naturellement : j’ai une guitare à la maison, donc il m’arrive parfois de tenter d’y jouer et ma foi, voilà, j’ai trouvé donc cette chanson, mais est-ce que j’ai envie de faire ça et prolonger ça : non, je ne le crois pas.

Vous vous êtes surprise vous-même ?

-D’une certaine façon, oui, probablement ! (rires)

Vous avez regardé autour si personne ne vous avait vue commettre cet acte affreux qui était d’écrire une musique ?!

-(rires) Oui, dans la mesure où j’ai pas de formation de musicienne. J’en ai le goût, en tout cas, mais je pense qu’il faut plus de talent pour composer.

Vous êtes quand même pluridisciplinaire –on évoquera plus tard le goût de la peinture- vous écrivez, vous chantez, c’est tout à fait dans vos cordes, en tout cas c’est dans votre mentalité. C’est aussi de la liberté, finalement, que de savoir faire plusieurs choses, non ? C’est pour ça que cette notion de devenir compositrice, ou compositeur pardon, ça peut aussi vous aller, non ? C’est pas un défi qui vous… ?

-Non, parce que là encore, sans parler de talent, je sais ce que je suis ‘capable’ de faire, en tout cas de revendiquer, on va dire. Maintenant, quant à la musique, là encore, la composition, je sais que je m’essoufflerai très, très vite parce que manque tout simplement de connaissance, là encore.

Vous voyez que vous êtes intelligente, puisque l’intelligence c’est savoir reconnaître ses limites.

-Je ne ferai pas de commentaires ! (rires)

On saute du coq à l’âne, c’est le cas de le dire : vous aimez les animaux, je vous emmène sur le terrain des animaux. Comment va E.T. ?

-Très bien !

Bien. Ce qu’il y a de fabuleux dans la communication avec les animaux, c’est que l’on émet des mots, eux les perçoivent comme des sons suivant l’intonation, et finalement, là on retombe sur c’est presque une chanson qu’on écrit avec les animaux : ils interprètent comme ils le veulent. Est-ce que mon parallèle vous choque ?

-Non. Vous faites ce que vous voulez, d’abord ! (rires) Mais effectivement, oui, les animaux, en tout cas les petits singes, connaissent probablement les sonorités, mais les visages aussi. Ils interprètent beaucoup l’expression, liée au son probablement. C’est un être, là pour le coup, relativement intelligent, caractériel aussi, qui a ses humeurs, mais c’est toujours aussi passionnant d’avoir un singe.

C’est l’animal –nous en parlions tout à l’heure- qui se rapprocherait le plus de nos réflexes. C’est pour ça que vous l’avez choisi ?

-Je crois que j’ai simplement une passion pour le singe. À chaque fois que je vois un documentaire sur ces animaux, j’ai envie de changer de vie et d’aller les retrouver, de les aider ou d’essayer de dialoguer, de m’y intéresser en tout cas. J’ai vu beaucoup, beaucoup de reportages sur les chimpanzés, les orangs-outans ou les gorilles. C’est vrai qu’une vie comme celle de Diane Fossey est une vie passionnante, mais c’est une vie difficile aussi.

C’est une grande tendresse que vous avez envers les animaux, tout à l’heure vous étiez avec les chiens ! Vous aimez leur naïveté ? Leur fidélité ? C’est ce qui vous attire ?

-Là encore, je vais probablement vous décevoir mais je ne suis pas sûre d’analyser toutes les envies que j’ai, ou les communications que j’ai. J’aime les animaux parce que dans le fond, c’est très spontané. Maintenant, si vous voulez vraiment trouver pourquoi on aime un singe, pourquoi on aime un chat ou un chien, dans le fond, ça, ça ne m’intéresse pas de savoir pourquoi je les aime. Je les aime, tout simplement.

Diffusion de « Mylène s’en fout »

« Mylène s’en fout ». Pas nous ! Elle est votre invitée aujourd’hui sur Nostalgie, dans ce « Déjeuner de Gala ». On a aimé –et on aime toujours- cet album, notamment, « Anamorphosée ». Je voulais juste un petit mot sur cet univers musical : il y a eu une évolution. Est-ce qu’on peut la qualifier, cette évolution, de tonique, d’énergique ? Ca serait le bon mot ?-Je vais être obligée, moi, de revenir vers mes albums précédents : je n’ai pas eu le sentiment que ces albums n’étaient pas énergiques, donc en ce sens je ne peux pas aller dans cette idée de ‘plus d’énergie’. Je crois que parce qu’il y a des guitares, beaucoup plus de guitares qu’avant, peut-être que l’énergie vient aussi de là. Peut-être dans la façon de chanter, qui est probablement un peu différente : je chante plus grave –en tout cas, je me le suis autorisé !

Dans le ton, rassurez-nous ! (rires)

-Dans un ton plus grave. (elle hésite) Là, j’avoue que je ne sais pas bien… « Désenchantée », pour moi par exemple, est une chanson extrêmement énergique –mais ça n’engage que moi- au même titre que « L’Instant X », si ce n’est que la production est très différente. Là, oui.

Voilà, justement : en quatre ans, est-ce que vous avez eu l’impression de vivre une révolution musicale ?

-Non…

D’abord, est-ce que vous avez écouté ce qui se faisait ? Quand se passent comme ça quatre années, est-ce qu’on a le doute de se dire ‘je vais décrocher, je vais avoir un handicap insurmontable’ ? Parce que c’est un métier qui va très, très vite –je parle de la technologie, ne serait-ce que ça…

-Oui. Oui, oui. Là encore, c’est plus une envie profonde non pas que de changer radicalement, mais simplement puisque j’ai passé un certain temps aux Etats-Unis, c’est vrai qu’on est enclin à écouter beaucoup plus de musique : si on écoute la radio, on écoute que de la musique américaine en tout cas et qui est essentiellement beaucoup de guitares, et puis aussi dans les mélodies… Donc, en ce sens je ne me suis pas dit, là encore, ‘Pour le prochain album, il va falloir faire attention !’. C’est simplement un désir, tout simplement, que d’aller vers quelque chose de plus ce qu’on appelle live, moins de gimmicks. Je sais pas si j’ai répondu à votre question ! (rires)

Si ! Faire office de référence, comme vous le faites aujourd’hui, est-ce que c’est une forme de reconnaissance éternelle ?

-Référence… ?

Vous êtes une entité…

-Oh, pardon : moi ?!

Oui ! Est-ce que c’est une forme de reconnaissance ?

-Est-ce que je suis une référence ?!

Quoiqu’il advienne, à partir de ce jour vous resterez quelque chose auquel on pourra s’identifier, auquel on fera référence. Est-ce que cette reconnaissance, vous la percevez ? Et comment vous l’acceptez ?

-Je la perçois parfois. Quand je monte sur scène, je crois que c’est le moment où l’on vous applaudit, tout simplement, où on vous dit que vous êtes quelqu’un d’important à ce moment-là. C’est important au moment où je le fais. Maintenant, vous dire est-ce que ça me rassure ou est-ce que c’est important pour moi : je ne suis pas sûre, là encore, de pouvoir répondre à cette question. Je ne sais pas. (rires) J’aurais plutôt une humeur aujourd’hui de nous somme peu de chose, donc ça va être difficile pour moi que de vous dire ‘Je suis une référence’ !(rires)

Mais nous sommes peu de chose, je vous le confirme ! Il faut mieux en rire…

-J’aime ce que je fais. Je crois que je vais, là encore, faire ou une pirouette ou une réponse plus concise : j’aime profondément ce que je fais. C’est le plus important.

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Bien. De retour dans « Déjeuner de Gala » sur Nostalgie avec Mylène Farmer. Il y a quelque chose que vous aimez et que vous ne faites pas encore, et que vous allez certainement faire parce que vous n’êtes pas être à vous laisser abattre, c’est le cinéma. (Michel Cottet semble ignorer qu’à la date de la diffusion de cet entretien, « Giorgino » venait de sortir deux ans auparavant ! nda) Tout ce que vous entreprenez sur scène, sur disque, sur les clips, il y a –j’ai l’impression, arrêtez-moi si je me trompe- une approche cinématographique.

-Oui…

Votre bonheur total serait aujourd’hui, ou dans quelques années, d’avoir une pile de disques de diamant et puis une pile de bobines de films, quand même, non ?

-Là encore, je ne suis pas sûre. Il y a quelques années, j’aurais -et je l’ai dit, que de ne pas faire de cinéma, j’en mourrais…

Je voudrais qu’on ferme… Oublions tout ça et voyons devant !

-Non, non ! Je le révoque, parce qu’aujourd’hui je crois que je peux m’en passer tout à fait. Ca, c’est pour répondre à la notion de pile et de collection (rires). J’aimerais refaire un film, avoir un rôle qui bien sûr m’intéresse. Maintenant, me projeter dans un avenir de cinéma : pas du tout. Honnêtement, pas du tout.

Mais cette approche –j’en finirai avec le cinéma…

-Mais j’aime le cinéma, donc voilà pourquoi j’aime l’image.

Voilà, ce qui explique peut-être votre petite différence –enfin, pas votre différence, ce que j’expliquais tout à l’heure : le phénomène musical- parce que vous appréhendez les choses avec un autre regard, celui de la caméra, même si on parle de chanson…

-Là encore parce que mon goût probablement, oui, pour le cinéma, pour l’image, pour l’évocation. Donc là c’était une rencontre formidable, en tout cas, quand j’ai commencé ce métier, à savoir que le clip était un élément essentiel pour un artiste, et ça a été quelque chose de magique pour moi –déjà d’avoir travaillé avec Laurent Boutonnat, qui a fait quand même la plupart de mes clips et qui est quelqu’un de grand talent. Là encore, c’est l’idée de rencontre, que de pouvoir aller voir Abel Ferrara et lui demander de travailler avec lui, Marcus Nispel, autant de gens qui ont beaucoup de talent. Là, c’est plus l’idée -on parlait de solitude tout au début- là c’est l’idée réellement de deux ou de trois, de ne pas être seule justement dans une création.

Vous citez Bergman, Polanski, Annaud –je lis, hein !- Sergio Leone, dans le monde du cinéma. Est-ce que vous avez eu des rencontres fascinantes, au-delà des œuvres, avec ces gens ou avec d’autres ? Est-ce qu’il y a des gens que vous aimeriez rencontrer ? Vous aussi, certainement, vous êtes titillée par ces…

-J’aurais adoré rencontrer Bergman, mais il ne m’a pas attendue ! (rires) Maintenant, là encore, est-ce que j’ai des vœux : non. J’aurais aimé rencontrer Cioran, mais il n’est plus. J’avais très, très envie de rencontrer Abel Ferrara, c’est chose faite.

Vous avez percé un peu le mystère ?

-De ce monsieur ? C’est quelqu’un d’assez fascinant, aussi bien dans la destruction que dans l’énergie, mais c’est quelqu’un de fascinant en tout cas.

Donc c’est intéressant, finalement, d’essayer de percer le mystère des gens et de les rencontrer…

-Oui, bien sûr ! Bien sûr. Mais là encore, c’est quelqu’un qui se dévoile très, très peu.

C’est d’autant plus passionnant…

-Il faut comprendre des choses, accepter d’autres, tolérer parfois, mais c’est quelqu’un de très riche, oui.

« À force d’ignorer la tolérance, nous ne marcherons plus ensemble »…

-Oui ! (rires)

Diffusion de « Rêver »

Juste avant ce titre, on parlait justement de chanson, du disque. En parlant de chanson, c’était dans l’album « L’Autre… » : ‘Agnus Dei, moi l’impie je suis saignée aux quatre veines’. À défaut de mépriser la religion, le bouddhisme c’est quand même quelque chose que vous avez cerné avec le livre de Sogyal Rinpoché, auquel vous rendez hommage d’ailleurs sur la dédicace de l’album. (Mylène confirme d’un murmure) Vous avez lu « Le Livre Tibétain de la Vie et de la Mort ». Cette philosophie consiste à vivre le moment présent : concrètement, c’est quoi ne pas vivre les moments avant et après qui peuvent redonner le sourire comme ça ?

-Ne pas vivre les moments avant ou après ?

Puisque la définition…

-Oui, oui. C’est une façon de ne plus se mettre en réel danger -mais ça c’est une notion dans le fond que je n’aime pas parce que j’aime le danger, j’aime l’inconnu- mais en tout cas d’un danger qui n’est pas réellement intéressant, à savoir c’est vrai que le passé peut être un fardeau. L’avenir, l’idée de l’avenir, se projeter dans l’avenir et de se dire ‘Qu’est-ce que je vais faire demain ?’ est quelque chose de terriblement angoissant, donc quand on a à la fois la connaissance qui est celle des autres, puisque vous évoquiez ce livre, cette philosophie est un pansement. Maintenant, il y a des choses que l’on accepte et puis d’autres que l’on rejette, et c’est vrai que l’idée, la notion de vivre son présent est quelque chose de cicatrisant, dans le fond.

Malgré cette référence, je crois savoir que vous n’épousez pas pour autant la cause du bouddhisme…

-Non, c’est-à-dire que c’est toujours pareil : puisque j’ai évoqué ce livre dans mon album, après c’est toujours difficile parce que si les médias s’en emparent, on va vous dire ‘Donc vous êtes bouddhiste’. Et c’est vrai que moi j’ai quelques nuances, en sachant que je ne le pratique pas tous les jours, je n’ai jamais rencontré le Dalaï-lama, je n’ai jamais réellement rencontré de bouddhistes mais je m’y suis intéressée et c’est quelque chose, une fois de plus, qui m’a fait beaucoup de bien, que je trouve très sensé et surtout très réparateur. Ce n’est pas une religion, c’est plus une philosophie donc c’est quelque chose de plus tendre.

Je parlais de tolérance tout à l’heure : c’est une de vos valeurs essentielles…

-Là encore, j’en ai besoin et c’est vrai que je le réclame chez l’autre. Là encore, c’est un apprentissage, parce qu’on ne devient pas tolérant comme ça, du jour au lendemain : il suffit de quelque chose qui vienne percuter votre esprit, quelque chose de violent par exemple, et j’aurais presque envie de nier tout ce que je viens de dire donc là encore, c’est un chemin qui est long ! Mais c’est vrai que cette notion de tolérance est quelque chose d’indispensable pour l’être humain.

Et quand la tolérance confine presque au pardon, c’est un peu facile quand même, non ?

-Pardon ?

Lorsque la tolérance confine au pardon, c’est un peu facile comme attitude : il faut quand même se révolter, se battre, non ?

-Oui. Maintenant, l’idée du pardon, là je pense…

Je parle pas du Grand Pardon ! (rires)

-…brutalement à un article que j’ai lu sur ces femmes et hommes qui ont perdu des êtres chers et qui sont allés voir les bourreaux de ces personnes perdues. Là, c’est une idée du pardon qu’on pourrait qualifier de presque insoutenable mais c’est quand même une grande idée, donc j’aime cette idée du pardon.

Un que vous pardonnez, parce que je présume qu’il est toujours numéro un dans votre cœur dans la littérature, c’est Edgar Allan Poe : « Allan » la chanson, oui, c’était ça ?

-Oui, bien sûr !

Bon, on ne sait jamais !

-Non ! (rires)

Il y a « Le Corbeau », avec l’emblème sur… C’est toujours le numéro un dans votre cœur ?

-C’est quelqu’un que j’aimerai éternellement, ça oui ! Maintenant, j’ai des lectures un petit peu plus légères en ce moment, qui sont Mary Higgins Clark dont je suis en train de dévorer tous ses livres !

Très en vogue, oui !

-C’est plus léger, mais c’est assez passionnant ! C’est bien écrit, en tout cas. (rires)

C’est très en vogue, presque à la mode d’ailleurs…

-Oui. C’est plus vulgaire ! (rires)

Ca lave l’esprit ?

-C’est une détente en tout cas, oui. (rires)

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Retour sur Nostalgie dans ce « Déjeuner de Gala » avec Mylène Farmer. On parlait de littérature, on parlait d’Edgar Allan Poe et puis de Mary Higgins Clark et de sa soi-disant légèreté. Parmi les lectures qui sont plus tendues, j’avais noté Henry James et puis Julien Green

c’est drôle, on en parle alors qu’il veut être révoqué de l’Académie Française alors qu’il n’en a pas le droit, ce brave homme- avec ses angoisses métaphysiques. Est-ce qu’ailleurs c’est toujours mieux que là où on est ?

-Je le pense de moins en moins. Est-ce que c’est le voyage qui vous donne ces… ?

Ha, vous vous éloignez de notre ami Julien, là ! (rires)

-Oui ! Là encore, c’est l’idée de projection ou d’anticipation, d’imaginer effectivement que l’autre va vivre mieux, que l’ailleurs est un meilleur. Dans la mesure où j’essaye de vivre des moments présents, ce seront mes moments à moi –non pas que je n’envisage pas l’autre, mais je me dis que dans le fond j’ai de la chance de vivre ce que je vis, même si parfois c’est difficile donc de ne pas chercher justement cet ailleurs hypothétique.

J’évoquais Julien Green, philosophe mais aussi photographe avec des autoportraits, des photos de famille (Michel Cottet prononce d’abord ‘des autos de famille’ ce qui provoque un fou rire de Mylène) Le pauvre, il est né au début du siècle, des autos il devait pas tellement en voir !

-Changez la question !

Non, non, non je la conserve ! J’aimais beaucoup sa définition d’un cliché parfait –je lis les trois points : savoir voir, être rapide et être patient pour réussir donc une photo. Est-ce que ce ne sont pas un procédé qu’on pourrait appliquer à une chanson, finalement, pour sa réussite ?

-(elle répète) Savoir voir, être rapide et être patient… Oui ! Oui, ça peut être… (elle s’interrompt, visiblement perdue)

Non, c’est pas grave, c’est pour mes enchaînements comme ça…

-Oui, oui, j’entends bien ! (elle éclate de rire)

…on arrive sur la peinture, n’est-ce pas, vous voyez…

-Parce que vous, tout est écrit ; moi, rien ! (rires)

Je suis obligé de prendre des notes ! Donc je voulais faire un parallèle entre la photo, la chanson et la peinture, qui est quand même un art aussi qui, si je ne m’abuse, vous titille…

-J’adore la peinture. Je la connais depuis peu, dans le fond. J’ai rencontré certaines personnes qui font partie de ce métier, donc de la peinture, qui m’ont d’une certaine façon éduquée.

Lesquelles ? Enfin, si toutefois ça n’est pas…

-Pierre Nahon, que je connais peu mais… Albert Koski (mari de Danièle Thompson. Mylène a assisté a plusieurs vernissages de l’artiste et est une intime du couple, nda) est quelqu’un qui m’a aidée et puis ma foi, après ce sont des expositions, ce sont des livres : j’adore acheter des livres de peinture, j’adore acheter quand je le puis quelques peintures.

Des livres pour essayer de reproduire ou simplement pour la beauté de… ?

-Pour une évasion, là encore. C’est aussi intéressant de feuilleter un livre de peinture qu’un roman. J’aime beaucoup Egon Schiele, j’aime Max Ernst, j’aime Klimt…

Je suis largué en peinture, alors là je dis rien, je fais celui qui connaît, mais alors là, non !

-Non, non mais… ! Henri Michaux, l’écrivain, qui était également un peintre. Et puis beaucoup d’autres.

Vous aimez la peinture, c’est pas pour autant que vous aimez vous emmêler les pinceaux, hahaha ! (ironique)

-(elle pouffe) Je dois répondre ?! (rires)

J’en aurai presque fini avec mes références littéraires –enfin celles d’une époque qui n’est pas forcément celle que vous vivez actuellement -il y avait notre ami Kafka. J’avais lu un bel article sur Prague, vous dévoiliez la ville de Prague avec beaucoup de bonheur (paru dans le magazine « Femme » en juin 1996, nda). C’est parce qu’elle vous rappelle Montréal, de par son climat, de par… ?

1989-06-Très honnêtement, je ne me souviens pas de Montréal, si ce n’est que j’ai le goût de la neige, donc probablement lié à cette époque. Je n’y suis retourné qu’une fois et extrêmement brièvement donc c’était quelque chose que je qualifierais de pas très agréable (Mylène y est effectivement retournée à l’automne 1988 dans le cadre d’une série photo avec Elsa Trillat. Des années plus tard, lorsque celle-ci évoquera ce voyage pour le Mylène Farmer Magazine, elle parlera également d’une mauvaise ambiance, nda). Donc je ne me souviens pas de Montréal, en somme.

Je ne sais pas si vous vous souvenez de cet article sur Prague que vous avez formidablement bien rédigé…

-Non, je ne m’en souviens pas. (l’article a pourtant été publié quelques mois à peine plus tôt, nda)

C’est un art que vous aimez aussi. Il était axé sur les monuments historiques, sur les gens de la littérature etc. Ca vous passionne, ça, l’histoire des villes ?

-Oui. Je suppose que c’est à peu près normal quand on découvre une ville de savoir ce qui s’y est passé, quels étaient les écrivains, qui a hanté qui ou qui a hanté quoi… Oui, là c’est encore un intérêt pour l’autre.

Il y a notre ami le marquis, ça vous aimez bien, aussi…

-Le marquis, oui ! Le divin marquis ! (rires)

Le marquis de Sade. Il va bien ?!

-Je l’ai délaissé, lui, un petit peu ! (rires) Il trépigne !

Justine (héroïne des écrits du marquis de Sade, nda) va être en colère !

Diffusion de « Comme j’ai Mal »

« Comme j’ai Mal », c’est bien entendu Mylène Farmer, extrait de l’album « Anamorphosée ». Mylène, notre invitée aujourd’hui sur Nostalgie dans ce « Déjeuner de Gala » avec des chansons, avec des livres. Parmi toutes ces lectures, qui une nouvelle fois peuvent changer ou évoluer –ceci dit, celles qu’on a évoqué et que vous revendiquez, c’est quand même un monde fantastique et morbide : est-ce que le suicide peut flirter, être limitrophe de cet univers que représentent les Julien Green, les Cioran etc. ?

-Est-ce que je… ?!

Le suicide, la notion de suicide peut être limitrophe de cet univers pessimiste…

-Là encore, est-ce que ce sont des thèmes de prédilection ? Je m’y sens bien…

Pour l’époque où vous vous sentiez bien. Je ne veux pas…

-Non, non je m’y sens toujours très bien !

Est-ce que cette notion de suicide, qui est quand même une limite à franchir ou ne pas franchir après tout, est-ce qu’elle était présente dans vos lectures ? « Le Mythe de Sisyphe » de Camus, est-ce que vous l’avez lu par exemple ?

-Non, non. Est-ce que vous faites allusion à moi, est-ce c’est quelque chose qui m’a hantée, ou est-ce que c’est quelque chose qui… ?

 

Oh non, je n’irais pas jusque là. Non, non. D’une façon générale, quand on est ‘imbibé’ non pas d’alcool –bien que vous appréciiez le Bordeaux et je vous en félicite !- mais imbibé de ce genre de lectures, aussi diverses soient-elles…

-Oui, ce sont des chemins dangereux. Effectivement, si on s’imbibe et fait une indigestion d’auteurs comme ça, de lectures, ça devient sa vie de tous les jours, sa pensée de tous les jours donc on finit par… A la fois c’est passionnant et pourquoi c’est passionnant ? Parce qu’on ressent ces mêmes choses, donc fatalement se crée un lien entre l’auteur et le lecteur. Maintenant, ça peut être dangereux si on ne s’abreuve que de…

C’est pour ça qu’il y a Mary Higgins Clark !

-Oui, peut-être ! Parce qu’il y a toujours ces ingrédients mais il y a toujours une notion d’espoir, j’imagine. Oui, il faut avoir le recul nécessaire pour ne pas effectivement essayer d’illustrer ce que l’on lit, en tout cas de l’appliquer à sa vie, voilà.

Vous êtes en train de nous avouer quand même professionnellement, à travers vos lectures, une formidable conscience des limites, un recul, une sérénité par rapport à vous-même…

-Oui, je le pense. Parfois, je n’aime pas ça, je n’aime pas cette maîtrise.

Ca empêche une folie, d’être trop maître de soi, d’être trop lucide finalement ?

-D’une certaine manière, oui. Et une trop grande lucidité mène à un cynisme parfois, et ça je m’en défends aussi parce qu’être cynique, je crois, c’est pas très intéressant pour sa vie ni pour les autres. Mais là encore, c’est moi qui suis responsable de ça.

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Retour sur Nostalgie dans ce « Déjeuner de Gala » avec Mylène Farmer. Un petit clin d’œil à votre nom : ‘Farmer’, c’était un personnage d’un film que Jessica Lange a tourné etc. Enfin bref ! (incarnée au cinéma en 1982 par Jessica Lange, Frances Farmer est décédée en 1970, nda)

Aujourd’hui, si vous deviez choisir un autre nom en référence, ça serait Greta ?

-Non ! (rires)

Non ? Ca changerait pas ?

-E.T., ça me conviendrait parfaitement ! (rires)

Greta, ça m’arrange : j’étais sur « Cendres de Lune »…

-J’ai bien compris, oui ! (rires)

Léo Ferré –j’y reviens, vous voyez, chacun les siens- c’était la mélancolie, ‘la mélancolie, c’est revoir Garbo’ dans « La reine Christine ». Pour vous c’est quoi, la mélancolie ?

-Qu’est-ce que pour moi la mélancolie… ?! Hmm…

Vous avez autant de temps que vous voulez pour répondre !

-Oui, mais plus je vais mettre du temps et plus la réponse sera décevante !

Non, peut-être que vous n’êtes pas mélancolique, donc c’est un sentiment qui n’évoque rien de spontané, justement…

-Je la trouve très souvent dans la musique. Ecouter une musique évoque chez moi une mélancolie. Mais là, précisément, non je n’ai pas de réponse…

Ecouter les Doors, les Eagles, Gainsbourg, Dutronc, ça c’est de la mélancolie, c’était votre…

-Oui…

Vous êtes allée voir, par exemple, Dutronc au Casino (de Paris, nda) y a quatre ans ?

-Non.

Barbara, aussi, qui a bercé votre… Non ?

-Non. Le dernier spectacle que j’ai vu, c’était Alanis Morissette.

Barbara, qui vient de sortir un album (« Barbara », 1996, nda) : ‘Il me revient, il me revient en mémoire, il me revient une histoire, il me revient des images’ ça, c’est pas votre cas, ça, hein…

-Qu’il me revienne des images ? J’essaye le moins possible ! (rires)

L’adolescence ne revient jamais. Vous n’aimez pas l’adolescence d’une façon générale : est-ce que c’est parce que vous n’appréciiez pas le manque de personnalité chez l’autre ? Est-ce qu’on peut faire le lien ?

-Je n’aime pas l’adolescence. Là encore, je n’ai évoqué que la mienne : c’est un passage que je n’ai pas aimé du tout, du tout.

Peut-être dans le regard des autres adolescents que vous croisiez à l’époque…

-Ca, de toute façon, mais avant tout on ne s’aime pas soi-même et là pour ça, je crois que je n’avais même pas besoin du regard de l’autre.

Ca vous plaît aujourd’hui d’être presque adulte ?

-Je crois que je ne le serai jamais !

J’ai dit ‘presque’, hein !

-(rires) Oui, je me préfère aujourd’hui qu’il y a cinq ans, six ans, dix ans, vingt ans. La trentaine est quelque chose de plus doux, pour moi en tout cas.

Ca correspond à ce que vous imaginiez lorsque vous étiez adolescente ?

-Non. Là encore, je me suis toujours envisagée -c’est plus une détresse qui venait à moi, donc de s’envisager plus grand dans le temps est quelque chose qui n’était pas là encore très doux. Mais j’ai toujours entendu ‘Vous verrez, l’âge de trente ans ou la trentaine pour une femme est bien plus magique que cette période qu’est l’adolescence’ et j’avoue que je puis dire oui, en tout cas me concernant.

Là, c’est à demi magique : vous êtes au milieu de cette décennie exceptionnelle !

Diffusion de « Vertige »

« Vertige », toujours extrait de votre album, Mylène Farmer, « Anamorphosée » -je vous parle, puisque vous êtes notre invitée aujourd’hui sur Nostalgie dans ce « Déjeuner de Gala » ! On parlait juste avant de votre adolescence. Vous ne répondrez pas si je vais un peu trop loin : vous dites aussi avoir été en manque d’affectif, est-ce qu’avec le recul vous avez l’impression d’être passée à côté d’une bonne thérapie pour soigner cette blessure ?

-Là encore, puisque c’est une inconnue pour moi je ne peux pas répondre, en ce sens que je n’ai pas fait cette démarche. Maintenant, nous sommes tous d’abord des êtres très sensibles mais il y a une hypersensibilité que vous ayez dans le fond ou non cet amour, vous ne le percevez ou en tout cas pas peut-être à sa juste valeur, ou peut-être que vous en demandez une surproduction donc en ce sens, vous allez souffrir. Donc je dois faire partie, si je peux me caractériser, de cette catégorie d’êtres hypersensibles, donc difficiles.

« Et Tournoie… » : ‘Ton pire ennemi, tu peux l’expulser de toi’…

-Là, ça fait partie, oui, de cette…

Il rôde encore ?

mylene-farmer-ouv-Bien sûr. C’est pour ça : là, je pensais à ça et à l’évocation du bouddhisme et toutes ces choses qui sont très belles et très reposantes mais malgré tout on se lève le matin et on peut toujours avoir cette notion du mal qu’on a en soi, cette capacité à faire la mal, cette négation de soi et toutes ces choses qui font que ça perturbe votre esprit et c’est là où c’est difficile, parce que c’est là où vous décidez, vous êtes réellement maître ou de votre vie ou de votre journée et décidez que non, ça va aller mieux parce que ça vaut le coup.

Ce méchant, il s’appellerait Alice, l’araignée malicieuse ?

-Oui, tout à fait ! (rires)

Ca m’amène à la scène : entre le spectacle de 1989 et celui-ci, qu’est-ce que vous vouliez absolument ne pas reproduire ?

-Trop de tristesse.

Voilà, on sait toujours ce qu’il faut pas faire, on sait pas forcément ce qu’il faut faire, mais voilà, c’est ça…

-Oui, j’avais envie de…Mais là encore, ça a commencé par l’écriture de l’album, donc fatalement la scène est différente puisque j’ai suggéré, moi, des choses avant, en tout cas mes changements intimes.

Ceci dit, si je puis me permettre, le spectacle comporte la quasi-totalité des nouvelles chansons mais dans sa globalité, ça ne représente que 40% et pourtant le spectacle a une tenue, c’est la même. Il est quand même…

-J’ai eu envie d’abord d’évoquer le blanc, avec tout ce que ça peut évoquer pour l’autre, essayer de donner de la joie ; maintenant de la réflexion, bien évidemment, mais l’idée du show en soi : l’idée du show qui est quelque chose de à la fois factice, rapide mais quelque chose de fondé.

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C’est toujours votre « Déjeuner de Gala » sur Nostalgie. On est pratiquement en tournée, on parlait de votre disque, c’est la scène actuelle -ce soir vous serez à Nîmes. Cet écran géant, c’est votre idée ? C’est pour avoir un spectacle à deux vitesses, ce fameux show que vous venez de décrire et puis également qu’on puisse vraiment lire dans vos yeux ?

-D’une certaine manière, oui. Là encore, c’est peut-être extrêmement narcissique mais c’est ‘pensons aux personnes qui sont tout au fond et qui ne voient que des petites choses sur scène qui bougent’, donc j’allais dire je me devais, non je ne me devais pas de le faire mais moi étant spectateur, c’est vrai que j’ai une frustration si je ne vois pas les yeux de la personne. Donc voilà pourquoi cette idée de l’écran géant et parce qu’il y a eu…

Surtout quand ils sont jolis !

-(elle rit, un peu gênée) Et puis l’envie aussi de projeter des choses sur cet écran, parce que bien évidemment il n’y a pas que moi, évoquer l’abstraction et là encore, c’était une chose…

Et vos sourires, on dirait –c’est peut-être fait exprès- il y a des expressions très agréables qui nous propulsent vers le blanc…

-Là, c’est peut-être la différence alors par exemple avec la première scène et la deuxième : sur la première, je n’aurais jamais pu avoir une caméra qui reproduise justement mon visage en gros plan. Ca, c’est quelque chose qui m’aurait mortifiée parce que peut-être que je n’étais pas prête pour ça (il est à noter que pour les deux dates à Bercy en 1989, des écrans géants étaient pourtant placés de part et d’autre de la scène, nda) alors que là, c’est quelque chose que je… c’est sans doute ça, le vrai changement : c’est de devancer ça et de dire ‘Voilà, maintenant je vais vous donner aussi mes clignements d’œil, mes larmes, mes joies, mes sourires, mauvais ou bons profils, peu importe : je me livre !’ (rires)

‘Dieu vomit les tièdes’, ça c’est vous qui l’avez…

-C’est dans la Bible ! (rires)

Oui, oui, je vous cite, je l’ai noté et je voulais rebondir là-dessus : vous êtes dure dans le travail ? Vous avez l’œil à tout ? Vous maîtrisez tout ?

-Maîtriser, je ne sais pas, mais en tout cas je fais en sorte, oui, de maîtriser le maximum. Dure, probablement ; pénible, à mes heures sans doute, mais maintenant je respecte l’autre, donc je pense que…

Les réactions, lorsqu’il y a un point qui vous agace, elles sont spontanées ou réfléchies pour apporter la solution ou pour essayer d’imposer votre vision des choses ?

-Elles sont… Là encore, c’est pas aussi simple que ça. Je m’enflamme très, très vite ! Même si dans le fond, la réponse a été donnée tout de suite, parfois elle est un petit peu trop -je ne trouve plus le mot !- démesurée, mais en tout cas elle est instinctive.

Diffusion de « Laisse le Vent Emporter Tout »

« Laisse le Vent Emporter Tout », c’est Mylène Farmer, extrait de votre album « Anamorphosée ». Continuons ce « Déjeuner de Gala » sur Nostalgie : on faisait référence tout à l’heure sur l’album aux guitares de Jeff Dahlgren. Est-ce qu’il y a eu d’autres ingrédients comme ça sur l’album et sur la scène que vous vouliez absolument avoir à vos côtés pour perdurer ce nouvel élan ?

-Sur la scène, oui : avoir des musiciens qui ont envie de jouer.

Pourquoi ? Le contraire, ça existe ?!

-Oui, parce que dans ce métier, ça peut devenir une routine très facilement. On vient en studio, on fait une séance et on s’en va… Qu’il y ait une énergie centrale sur scène, qui sera la mienne puisque je vais être le point central, et à la fois des danseurs et des musiciens, s’il n’y a pas une osmose parfaite, en tout cas un réel désir commun, je crois que c’est quelque chose qui est à moitié gagné. Donc, outre les capacités et les talents de musicien, il y a aussi ce vrai désir de se dire qu’à chaque fois qu’un spectacle est quelque chose d’exceptionnel et qu’il faut tout donner.

Cette osmose, on la ressent tout de suite ? Non, bien entendu, il faut du temps…

-Je crois que là encore, c’est plus l’idée de l’instinct qui vient quand on fait le choix des musiciens, et puis après je crois que c’est malgré tout à la fois et un travail et un partage. C’est-à-dire, c’est vrai qu’il y a beaucoup de moments, par exemple pendant les répétitions –que ce soit avec des danseurs ou avec des musiciens- il y a beaucoup de moments après la scène, avant le spectacle, à la cantine… Ca peut paraître ridicule, mais ce sont des moments qui sont importants à chaque fois parce qu’il y a une vraie ou communication, ou communion et que c’est là que se construit réellement ce que les gens vont ressentir sur scène.

À la cantine, comment on se détend ? On parle de blagues ou on continue à peaufiner les détails, ou à se dire ‘Ca, c’était pas bien ; ça, c’était bien’… ?

-Il y a toujours ces choses-là qui surviennent, mais en général pour un tel spectacle, parce que c’est quelque chose qui est obligé d’être extrêmement calibré. Après vient le temps de…

Ca doit être parfait avant qu’on l’ait commencé…

-Parfait : là encore, je me méfie un petit peu de ces mots en parlant de moi et de ce spectacle, mais en tout cas les choses techniques, par exemple, doivent être extrêmement étudiées, sinon on va à une catastrophe !

Vous vous aimez, parfois ?

-(elle soupire, puis rit) Sans doute, oui. Sans doute…

Vous aimeriez être l’amie de Mylène Farmer ?

-Posez-moi une autre question ! (rires)

‘De ce paradoxe je ne suis complice / Souffrez qu’une autre en moi se glisse’, héhé ! Est-ce que l’illogisme serait donc la seule logique possible ? Oh, c’est compliqué !

-Je vais avoir mal à la tête, bientôt ! (rire franc)

On a bientôt fini, docteur ! C’est vous : en lisant vos chansons, en les écoutant ça inspire ce genre de… Mon imaginaire a fonctionné, vous voyez ! (Mylène acquiesce d’un murmure) Donc forcément, c’est vrai que vous avez peut-être des difficultés à y répondre. ‘Mais qui est l’autre’ ?!

Diffusion de « Et Tournoie… »

« Et Tournoie… », c’est Mylène Farmer bien entendu, notre invitée aujourd’hui dans ce « Déjeuner de Gala ». Je reviens sur la scène : c’est Paco Rabanne qui vous habille –vous voyez, j’ai tout noté parce que je peux pas tout me souvenir, moi !- en 1989, c’était Thierry Mugler, qui avait fait aussi le clip de …

-Oui…hqdefault

Il y a eu Gaultier sur le clip de « Je t’aime Mélancolie », Alaïa sur le clip de « Que mon Cœur Lâche », non c’est pas ça ?

-Oui !

Bref, c’est une vraie collection ! C’est drôle…

-Oui, j’aime bien les couturiers !

Vous jouez sur scènes avec ces tenues ? C’est une façon de vous… ?

-Oui. Là encore, j’ai travaillé assez longtemps avec l’équipe de Paco Rabanne.

C’est une volonté de changer, comme ça, d’aller de l’un à l’autre qui ont quand même des styles très différents ?

-Oui. Encore que sur la première scène, à part deux ou trois tenues, Thierry Mugler n’était pas si en avant que ça : c’est-à-dire qu’il a accepté de prêter son talent mais de respecter aussi mon univers. Je fais allusion à « Tristana », par exemple, qui était des manteaux russes avec des écharpes, des gants : c’est pas très Thierry Mugler ! Maintenant, pour Paco Rabanne, l’idée c’était que ce soit près du corps, que ce soit ce qu’on appelle sexy… (rires)

Et talons hauts, cette fois-ci !

-Et talons qui sont très, très hauts ! (rires) Et Paco Rabanne, là encore ça fait partie des rencontres et des choses qui deviennent presque une évidence une fois que c’est choisi. C’est quelqu’un qui aime le blanc, c’est quelqu’un qui aime l’énergie, qui aime autant de choses qui avaient un rapport avec ce show.

Dans le monde de la mode, dans le monde de la chanson, il y a forcément moult personnes qui essaient de vous approcher, non ? Des projets, vous devez en avoir !-Mais non, pas tant que ça !

Pourquoi ? Vous faites peur ?!

-Je ne sais pas ! Mais non, il y a pas tant de…

Restons sur le domaine de la mode : il y a pas beaucoup de personnes au monde qui réclament autant de tenues pour une scène, et surtout des tenues qui sont mises en valeur, qui servent à quelque chose, non pas simplement à dire ‘Vous avez vu ? J’ai une belle tenue !’, donc forcément ça doit attiser les esprits fertiles !

-Mais non ! Alors, est-ce que c’est propre à ce pays ? J’en sais rien, mais c’est plus à soi à chaque fois de faire des démarches et d’avoir des désirs et d’aller vers l’autre plus que créer de réelles envies chez l’autre, non…

J’ai juste noté, il y avait Baudelaire aussi, j’ai oublié, avec « L’Horloge », que vous aviez adapté sur l’album « Ainsi Soit Je… » : ‘Trois mille six cents fois par heure, la seconde chuchote : souviens-toi’, ça, ça doit vous énerver, ça ! C’est pas vous, ça !

-(rires) C’est plus moi, ou j’essaye de ne plus l’être ! (rires)

J’avais noté également, pour essayer d’en finir avec cet album, « Anamorphosée », sur « Mylène s’en fout », c’est la pureté à travers le jade, ce minéral chinois. La pureté, ça pourrait être aussi un mot pour vous définir ?

-Oh, là encore c’est un exercice que je ne ferai pas, tenter de me définir, donc je vous laisse ces mots-là, mais le jade, l’évocation du jade qui évoque effectivement la pureté, l’idée aussi d’un matériau brut, d’un matériau qui n’est pas précieux mais qui devient avec le temps quelque chose de précieux

–mais là je ne m’évoquais pas moi précisément !

J’espère que ‘c’est sexy’, Nostalgie ! En tout les cas, c’est vrai qu’essayer de découvrir quelqu’un, essayer de percer le mystère, ça peut amener un grand risque : la déception. Je peux vous dire que vous êtes l’exception qui confirme la règle !

-C’est gentil ! Je pensais exactement à ça, à savoir est-ce que je n’ai pas déjà trop parlé ?!(rires)

Je voulais finir en vous paraphrasant : laissons le vent emporter tout, laissons Mylène prendre soin de tout. Voilà !

-(rires) C’est gentil à vous, en tout cas ! Merci !

Merci beaucoup.

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CARAMBA Télévision suédoise avec Mylène

Posté par francesca7 le 25 mai 2015

 

 

Présenté par Monsieur X en 1990

tv-02-bAprès un court extrait du clip « Pourvu qu’elles soient Douces », on découvre Mylène Farmer assise face au présentateur de l’émission, vêtue d’un pull crème à col roulé recouvert d’une veste bordeaux.

Le présentateur s’adresse à elle dans un français très correct, et ses questions ainsi que les réponses de Mylène sont sous­titrées en suédois.

Monsieur X : Je suis très fier et enchanté, après ça, presque un peu terrifié de voir une des meilleures artistes françaises aujourd’hui chez nous. Bienvenue à Caramba, Mylène Farmer.

Mylene Farmer : Merci ! (sourire)

Mr X : Mylène, tes vidéo­clips sont comme des vrais films et tu agis comme une grande vedette, comme une Garbo ou Dietrich d’aujourd’hui, n’est­ce pas ?

MF : (elle écarquille les yeux en souriant) Que puis­je dire à ça ?! C’est un compliment, j’aime beaucoup Greta Garbo. Je ne sais pas que répondre ! (elle hausse les épaules, toujours en souriant)

Mr X : Mais Mylène, à propos de notre programme d’aujourd’hui, on ne pourrait pas dire que tu es très diplomatique. Tu aimes la provocation, n’est­ce pas ?

MF : Je crois que ça fait partie de la vie, tout simplement, de même que la violence des clips dont vous parliez. Ca fait partie de la vie, en tout cas de ma vie.

Mr X : Pourquoi la violence ?

MF : La violence, il faudrait la remettre aussi dans son contexte : là, ça se passe au XVIIIème siècle, c’est le libertinage, ce sont les duels, ce sont autant de choses qui sont violentes. C’est vrai que la neutralité, c’est quelque chose que je n’aime pas. J’aime bien les choses excessives.

Mr X : Mais Mylène, tu joues avec les frontières sexuelles. Dans tes chansons et tes clips, tu touches avec plaisir l’interdit. Pourquoi ?

MF : Parce que j’ai décidé probablement de ne pas avoir de tabous, que ce soit dans les textes des chansons ou dans la vie en général. Je crois qu’on peut tout aborder du moment qu’il n’y a pas de vulgarité.

Mr X : Les femmes, dans tes chansons, sont presque toujours très faibles, même maltraitées et torturées.  Quelle est la raison ?

MF : Je ne sais pas si ce sont les femmes…Si j’avais été un homme, j’aurais écrit les mêmes choses. Je ne suis pas sûre que le mot ‘faible’ soit tout à fait justifié dans ce contexte. Je crois que ce sont plus des âmes torturées, ça, oui. Mais faiblesse, non, parce qu’il y a toujours une notion de force, sinon je ne serais, ou la personne que je chante ne serait plus là !

Mr X : Mais dans tout ce que tu fais, il y a une certaine folie, n’est­ce pas ?

MF : Oui, j’aime bien cette notion de folie aussi. Je crois que c’est toujours pareil : pour avoir un sens à sa vie, et puis un sel de la vie, je crois qu’il faut un peu de folie.

Mr X : Ton image est couverte de la mystique (sic), je crois. Tu ne veux pas être trop connue de ton public ?

MF : Non. A ceci, je réponds souvent que je préfère voir la nature de mes sentiments dans mes chansons que dans des interviews. C’est vrai que j’ai du mal à aborder les interviews, j’aime pas beaucoup parler de moi…

Mr X : Tu détestes nos questions ?!

tv-02-cMF : Je crois que je déteste… (elle sourit, gênée) Mais bon, c’est parce que ça m’est difficile, tout simplement.

Mr X : Merci, Mylène. Et maintenant, retournons à ton monde de fées. Merci.

MF : Merci beaucoup ! (large sourire)

Après un nouvel extrait du clip « Pourvu qu’elles soient Douces », une séquence est diffusée où sur le plateau de l’émission, Mylène interprète « Ainsi Soit Je… » (dans sa version edit) dans la grande robe verte en velours qu’elle a porté pour plusieurs des prestations télévisées en France deux ans plus tôt, à la différence près que ses cheveux sont relevés en un chignon serré, alors qu’elle portait toujours les cheveux lâchés avec cette tenue.

 

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POUR UN CLIP AVEC TOI Mylène Présenté par Laurent BOYER

Posté par francesca7 le 25 mai 2015

M6 du 7 AVRIL 1991

« J’ai un souci de garder les choses secrètes, je suis probablement comme les enfants : j’aime encore les surprises. »

1991-01-hLe contexte de ce long entretien est un cas unique, puisqu’il a lieu sur le plateau du clip « Désenchantée », en plein tournage de celui­-ci. Laurent Boyer se retrouve donc en extérieur, aux côtés de Mylène qu’on découvre avec son apparence du clip, protégée du froid par une grosse doudoune noire.

Cette interview est la première apparition télévisée de Mylène depuis novembre 1989. Après la fin du Tour 89 début décembre, elle avait alors complètement disparu médiatiquement.

Laurent Boyer : C’est en direct de Budapest, en Hongrie, en fait à la sortie de la ville, que nous sommes installés pour le cinquième jour de tournage du clip qu’on attendait ­ enfin du clip et du 45 tours de Mylène Farmer qui s’appelle « Désenchantée », que vous entendez à la radio déjà depuis le 18 mars, dans l’attente d’un album qui s’appelle « L’Autre… », et qui sortira le 8 avril. (la date de sortie nationale officielle de l’album est le 10 avril 1991, nda) Alors, déjà, merci à Mylène de nous recevoir ici, car c’est la première fois qu’une équipe de télévision ­ petite, l’équipe ! ­ a le droit de s’installer sur le tournage d’un clip C’est bien la première.

Bonjour Mylène !

Mylene Farmer : Bonjour (elle sourit puis baisse la tête, les yeux plongés vers le sol).

LB : Alors vous découvrez une Mylène un peu… on comprend pas bien… On se dit qu’elle est sortie d’un roman de Charles Dickens. Vous voyez que ce matin, on l’a un peu tabassée, elle a un petit peu de sang qui coule des lèvres. Elle a beaucoup souffert et elle est habillée, comme d’habitude, par Thierry Mugler (rires), ou encore Amor, comme on peut le constater. Mylène, bienvenue. Merci de nous recevoir ici, c’est très joli. (en regardant derrière) Je crois que ça, c’est en fait l’image du début du clip…

MF : Oui (elle hoche la tête)

LB : Je crois que le clip commence comme ça. On est en plein tournage donc on est comme vous, on découvre un petit peu l’ambiance de ce clip. Alors, c’est Mylène dans cette tenue­là qu’on découvrira dans le clip…

MF : Sans le manteau !

LB : Sans le manteau, parce que le manteau a un côté un peu plus mode…

MF : Un peu moderne, oui.

LB : Il faut dire qu’il ne fait pas très chaud. Cinquième jour de tournage. Il y a combien de temps que tu es installée ici, Mylène ? Ça fait une huitaine ?

MF : Ça fait à peu près huit jours, oui.

LB : Je sais que c’est pas très facile pour toi parce qu’il y a les conditions climatiques qui ne sont pas évidentes. Je crois qu’il a fait très froid, la semaine dernière…

MF : Oui, beaucoup plus froid qu’aujourd’hui.

LB : Là, ça va un petit peu mieux. On a droit au soleil sur Budapest. Assez joli… Et puis, tu te lèves très tôt, et vous tournez toute la journée, c’est ça ?

MF : On a des horaires un peu différents chaque jour. Mais ce matin, on s’est levé à cinq heures du matin.

LB : Alors cet album arrive. On en a beaucoup entendu parler. Et quoique, puisque ça fait un moment que tu es absente, en fait. Depuis le dernier Bercy, on n’entend plus parler de Mylène Farmer…

MF : Je crois que ça fait un peu plus d’un an, maintenant.

LB : Qu’est­ce qui s’est passé ? C’était une retraite ou c’était le temps de la création ?

MF : Je crois que c’est un petit peu des deux. Je crois qu’on a besoin de se cacher après une scène. C’est beaucoup d’émotion. Et d’autre part, j’ai préparé le… troisième album, je crois ?!

LB : C’est le troisième, je te le confirme ! (rires)

MF : C’est le troisième. Et ma foi, voilà, ça a pris à peu près quatre, cinq mois de studio.

LB : De studio, et de création aussi, d’écriture, parce que tu as écrit…

MF : Oui. Toute l’écriture, c’était vraiment sortie de scène jusque entrée en studio.

LB : Est­ce qu’on peut dire…Cet album, on n’en parle pas encore, il sort le 8 avril, donc on ne sait pas encore, personne n’a écouté. On sait qu’il s’appelle « L’Autre… ». Il y avait « Ainsi Soit Je… », il y a « L’Autre… » maintenant. C’est quoi, c’est une continuité cet album ?

MF : (elle hausse les épaules) J’ai un petit peu de mal à m’expliquer quant au contenu d’un album. Je dirais que c’est de la même veine. C’est très difficile pour moi. C’est quelque chose d’assez mystérieux finalement, même pour moi.

LB : Y’a que toi qui a écrit sur cet album…

MF : Oui.

LB : …ou on trouvera d’autres textes d’autres gens ? (Mylène fait « non » de la tête). Y’a une dizaine de titres, c’est ça ?

MF : Oui, il y a à peu près dix titres. Il y en a même dix. Et non, je suis la seule à écrire. J’ai délaissé les poètes ! (petit rire)

1991-01-aLB : Bien. Les conditions de tournage, vous le verrez, parce que vous allez voir énormément d’images du tournage, on en profite en fait puisque tu nous reçois ici, vous allez découvrir de quelle façon Laurent Boutonnat et Mylène Farmer travaillent sur un clip, sur ce clip qu’on découvrira tout à l’heure, « Désenchantée ». Vous le verrez par deux fois, ce clip, avant la fin de l’émission, deux versions différentes. Il y a à peu près une centaine de figurants ici ?

MF : C’est ça.

LB : Des enfants. Alors pourquoi avoir choisi des enfants ? Des enfants hongrois en fait, à Budapest. Y’a une raison particulière ?

MF : Il y a plusieurs raisons pour le choix de la Hongrie. Il y a d’abord la neige. On voulait un paysage de neige. D’autre part, effectivement, on voulait beaucoup de figurants. Et on voulait surtout des enfants qui portent quelque chose de grave dans le visage, dans le regard. C’est vrai que les pays de l’Est, pour ça, c’est fabuleux. D’autre part, il y a beaucoup de techniciens en Hongrie qui sont très performants et professionnels.

Et enfin, une des dernières raisons, c’est que c’est beaucoup moins cher, et qu’on peut faire des choses grandioses avec peu de moyens, finalement.

LB : Est­-ce que ça veut dire que ça va être dans la lignée de l’imagerie Mylène Farmer ? Parce que c’est vrai que Mylène Farmer, on l’associe aux clips, clips scénarisés qui sont en fait des films, non plus des clips. Est-ce que c’est dans la même veine et ça s’inscrit toujours dans cette veine scénarisée et à grand spectacle ?

MF : Ce sera la même chose. C’est la même écriture et le même réalisateur. Et pratiquement la même équipe à chaque fois, sur chaque tournage.

LB : Est-­ce qu’on peut dire aussi que, quelque part, si vous venez tourner ici, en Hongrie, à Budapest… On y pense souvent quant à toi, tes ambitions cinématographiques, et celles de Laurent… On peut se dire qu’il y a peut­-être aussi… On sait que « Cyrano de Bergerac » a été tourné en Hongrie. On peut se dire qu’il y a peut­ être aussi, pour toutes les conditions que tu as données, les prémices d’un futur long métrage, le moyen de repérer pour un long métrage…

MF : (sourire) Ça, c’est quelque chose d’envisageable, qui a été envisagé. Mais j’avoue que, pour l’instant, c’est quelque chose qui n’existe pas, et puis c’est quelque chose qui appartient à Laurent, en tous cas pour l’instant. Donc, en fait, je ne puis rien dire. Mais ce que je sais, c’est qu’il avait fait effectivement des repérages, avant d’envisager le clip, en Hongrie pour un long métrage.

LB : L’histoire de Mylène Farmer en clips, on va essayer de la découvrir. On va découvrir plusieurs extraits des grands clips de Mylène, et on en reparle dans quelques instants. Regardez bien : Mylène Farmer en images.

Diffusion d’extraits des clips de « Libertine », « Tristana », « Sans contrefaçon », « Pourvu qu’elles soient douces », « Sans logique » et « A quoi je sers… ».

LB : Voilà, Mylène. On vient de découvrir les extraits des on va appeler ça des films, Mylène Farmer, de « Libertine » à « Tristana », tous les grands classiques. Qu’est­ce que ça te fait de revoir ton histoire, et presque ta carrière, en clips ? C’est vrai qu’on a beaucoup associé ça, avant la scène  j’entends : l’association, c’était « Mylène Farmer, c’est de l’image ; Mylène Farmer n’existe que par l’image ». Est­ce que tu as ce sentiment ? Est­ce que tu la revendiques, ou est­ce que, au contraire, ça te gène, maintenant que tu as fait de la scène ?

MF : Non, non, je n’ai aucune gêne quant à mon passé. C’est quelque chose qui est, je crois, très important pour moi, l’image. C’est ce qui m’a fait connaître, très certainement. Bien évidemment les chansons, mais c’était quelque chose d’essentiel en tous cas. Donc j’en suis très contente. Très contente. Et c’est vrai que j’avais besoin de la scène, mais ça c’est pour mes propres émotions, pas… (silence)

LB : Justement, à ce propos, tu dis que, en fait, assez fréquemment, tu es en état de peur, et que tu as besoin de cette peur pour oublier. Mais pour oublier quoi ? Tes angoisses ?

MF : Pour oublier ses angoisses, pour oublier que la vie est profondément dure et parfois laborieuse. Pour oublier beaucoup de choses qui sont trop intimes pour vous les raconter.

LB : D’ailleurs, tu cites quelqu’un qui s’appelle Luc Dietrich, qui dit « L’oubli c’est le sommeil de nos douleurs ».

MF : Euh… No comment ! (rires)

LB : C’est ça? Tu confirmes? Y’a pas de problèmes, ça reste ça. Mais cette trouille, elle te fait du bien, elle te motive ? Par exemple, au moment d’entrer en studio, tu dis que tu as quelques angoisses. Mais quand tu parlais de ça, tu n’avais pas encore fait la scène ­ y’avait pas encore eu le Palais des Sports, Bercy…

MF : Les véritables angoisses sont quand même celles, je crois, de la scène. Le studio, c’est autre chose. En tout cas, le studio, moi je parlerais plutôt de l’écriture. Parfois, on a l’impression qu’on n’a plus de nourriture pour pouvoir aussi donner des choses. Ça, c’est quelque chose qui m’a fait un peu peur : quand on sort de scène, on est complètement vidé. Et puis, on s’aperçoit que ça se fait au fil du temps.

LB : Vidée de ses émotions, de son trac, de ses sentiments ?

MF : Non, comblée d’émotions. Mais, c’est difficile à exprimer. C’est…

1991-01-bLB : C’est un petit peu particulier quand même pour quelqu’un qui a une trouille permanente, ou qui a des angoisses et une peur, de monter sur scène devant dix­ huit mille personnes.

MF : Il y a une différence entre trouille et angoisse, je trouve.

LB : Les angoisses, c’est plus profond ?

MF : J’en sais rien. Enfin moi, je me résumerais comme quelqu’un d’angoissé, mais pas trouillard du tout par contre. C’est quelque chose de très motivant finalement, oui.

LB : L’exécutoire c’est l’écriture ? Par exemple, tu dis que tu as eu une période d’écriture après Bercy…

MF : Dans un premier temps, oui, c’est l’écriture, absolument. Mais il y a beaucoup de choses à jeter.

Justement, quand a eu des émotions très, très fortes, en général, l’après émotion, c’est pas le moment pour rédiger des choses. Je crois qu’il faut attendre quelques mois avant d’essayer de s’échapper de quelque chose de puissant.

LB : Tu fonctionnes presque comme une éponge : tu as besoin de regarder ce qu’il se passe autour…

MF : La métaphore est jolie, je vous remercie ! (rires)

LB : N’est­ce pas ?! Je vous en prie ! J’aurais pu choisir autre chose, c’était inélégant. C’est fonctionner comme une éponge : regarder ce qu’il se passe autour et retracer une histoire. Par contre, il y a une chose qui est étonnante, c’est que dans la plupart de tes titres, assez fréquemment, ça revient souvent, comme un leitmotiv, il y a la mort qui est là, qui est présente. Est­ce que ça fera également partie du futur album, de « L’Autre… » ?

MF : Je dirais que c’est quelque chose qui est inhérent à ma vie. C’est quelque chose qui me trouble. Est­ce que ça me passionne ? Je ne sais pas bien. Oui, c’est quelque chose qui sera présent, mais c’est en deçà des mots, c’est pas forcément dit avec violence non plus.

LB : Ça, ça fait bien partie de ton personnage. Quand on parle de toi, on a presque envie de parler de clairobscur.

On a l’impression qu’il y a des antinomies, des paradoxes permanents. Il y a la sauvage d’un côté, puis la timide de l’autre subitement…

MF : Elles existent. Je crois qu’on ne peut pas fabriquer pendant sept années. Je suis comme ça, et je peux avoir mes moments d’euphorie, comme tout le monde, bien évidemment. Mais je crois que je suis profondément timide.

LB : Alors, on vient de voir une série de clips, de « Sans logique » à « Sans contrefaçon », ou encore « Tristana », « Libertine ». Il y en a un qu’on n’a pas vu, volontairement, qu’on va découvrir maintenant, c’est « Ainsi Soit Je… » où là, effectivement, c’est peut­être ce côté paradoxe, il s’est passé autre chose dans le tournage de ce clip. Déjà dans l’utilisation du noir et blanc, et du sépia. Et puis, c’était pas une scène à grand spectacle. On n’était pas, comme ici à Budapest, dans une usine désaffectée, avec de la neige, avec des trains qui passent. Et je crois que c’est un des clips que tu préfères, c’est une des images de toi, « Ainsi Soit Je… », que tu aimes bien.

MF : Je sais pas si c’est une image que j’aime bien. Là, j’apprécie beaucoup la sobriété de ce clip. Pour le thème, le sujet et l’univers, en tous cas l’ambiance, je crois que c’était important d’être très, très sobre, et surtout pas explicatif, pas être narratif non plus. Donc avoir des images et suggérer des choses, c’était plus important.

LB : « Ainsi Soit Je… », Mylène Farmer. On regarde.

Diffusion du clip de « Ainsi Soit Je… ».

LB : « Ainsi Soit Je… », Mylène Farmer. Donc un des clips que Mylène préfère. Rentrons maintenant dans le détail : si on est ici à Budapest, c’est pour vous montrer, c’est ce que vous allez découvrir, des images de ce tournage de clip. C’est une première fois, je le disais tout à l’heure, et l’on t’en remercie, avec Laurent Boutonnat et Thierry Suc, de nous avoir acceptés sur le tournage d’un clip, parce que vous êtes un peu avares d’images de ce travail que vous faites en équipe sur le tournage d’un clip, comme en ce moment ici, en Hongrie.

MF : Je ne sais pas si nous sommes avares, mais c’est assez difficile qu’une autre équipe intervienne parce que, quelquefois, un tournage, surtout comme celui­-ci, c’est une grosse machinerie et ça peut perturber le metteur en scène, et tout le monde. Et c’est vrai qu’on a un souci de garder les choses secrètes, mais parce que, moi, je suis probablement comme les enfants : j’aime encore les surprises. Donc j’aime bien cet effet de surprise quand on a un nouveau clip ou de nouvelles chansons. C’est pour ça que je fais très peu écouter l’album avant qu’il ne sorte. C’est une manière de préserver la chose.

Images du tournage de « Désenchantée », avec la mention : « Budapest ­ 22.02.91 ». Les figurants attendent.

Mylène aussi…

LB : A propos de ce titre, tu parles de génération, de chaos, d’intensité ­ j’ai eu l’occasion d’écouter le titre une fois. C’est presque un titre d’actualité. C’est une fois de plus le malaise. Mais c’est le malaise de quoi ? D’une génération ? Y’a ‘génération’ dedans. Quelle génération ?

MF : Là, je suis un petit peu désolée parce que, même si le mot ‘génération’ existe, je parle surtout de moi. Je ne veux en aucun cas impliquer, même si j’emploie une fois de plus le mot ‘génération’, je n’implique que moi.  Maintenant, c’est que si quelques personnes pensent comme moi, je dirais tant mieux ! Mais, une fois de plus, ça n’engage que moi. Je ne veux en aucun cas faire de la revendication. Et moi, me situant plutôt hors du temps et hors de l’Histoire, je préfère qu’on ne me considère que comme tel.

LB : Mais pourquoi te situes­tu hors de tout ? Parce que rien ne te touche ? Ça m’étonne…

MF : Ça n’a rien à voir. On peut se situer et se placer hors de tout. C’est une manière de se protéger, c’est une manière surtout de s’échapper du monde environnant. Maintenant, je fais la même chose que vous toute la journée, probablement. Mais en aucun cas, je ne me servirais de l’actualité présente. Non pas parce que ça ne me touche pas, ce serait cruel de le dire, mais parce que ce n’est pas mon propos que de parler de ça.

Images du tournage du clip de « Désenchantée » ­ la scène où Mylène et les enfants s’enfuient du camp. Gros plans sur de nombreux figurants.

Laurent Boutonat and Mylène FarmerLB : Parle-­moi un petit peu de « Désenchantée ». Vous êtes venus ici, à Budapest, tu le disais tout à l’heure, pour des raisons de tournage. Je sais que Laurent et toi vous aimez bien la neige, vous aimez bien l’humeur de cet endroit, la Hongrie. Mais dans le clip, on voit de jeunes enfants ­ il y a une centaine de figurants hongrois ­ avec des têtes très particulières, grimés, masqués, habillés un peu comme toi…

MF : Tout à fait. Même encore plus sales ! (rires)

LB : Assez minimaliste, quoi, dans la tenue. Alors, pourquoi ce choix ? D’où vient l’inspiration de ce choix ?

MF : Là, j’avoue qu’il est né probablement d’un amour commun, de Laurent et moi­-même, pour tout ce qui est Dickens, qui est « Oliver Twist ». On aime beaucoup, tous les deux, David Lean qui avait réalisé, je crois que c’était un de ses premiers longs métrages, qui était « Oliver Twist » qui était absolument magnifique. Et c’est surtout cette approche du conte qui est permanente.

LB : Oui, ça reste un petit peu dans ce qu’on a vu déjà chez toi…

MF : Oui

LB : …dans les histoires qui avaient avant, dans les scénaries qui avaient été développés. C’est toujours un conte et une histoire. Tu aimes les histoires. Tu aimes les fins, aussi, qui sont pas forcément belles, c’est que tu dis à propose du cinéma.

MF : Oui. J’aime les fins, je crois même que je préfère, les fins tragiques.

LB : Tu fais beaucoup de reproches d’ailleurs au cinéma français à ce sujet­là.

MF : (soupir) Je le fais dans ma vie privée ! (rires) Et en privé, très souvent, je… Non, je ne ferai pas de grands discours sur le cinéma français. J’ai l’impression effectivement que le cinéma français, en tous cas celui d’aujourd’hui, me touche moins qu’un autre cinéma ­ le cinéma russe, le cinéma américain parfois, le cinéma anglais. Maintenant il y a toujours des…

LB : (la coupant) Tarkovsky, dans le cinéma russe, par exemple ?

MF : C’est quelqu’un que j’aime beaucoup. J’aime beaucoup Bergman, David Lean qui malheureusement a arrêté de tourner, je crois. Mais j’aime aussi… Il y en a beaucoup.

LB : Dans « Désenchantée », dans le clip, c’est un univers carcéral particulier…

MF : On a essayé d’avoir quelque chose d’intemporel. C’est pour ça aussi le choix de ces costumes, parce qu’on ne peut pas tout à fait situer l’époque. Alors ça se situe effectivement dans un milieu carcéral. Il y a une autorité autour de ces enfants. Qu’est­ce qu’on peut dire ? Et que ces enfants n’ont rien à perdre, donc il leur reste comme solution la révolte, et c’est ce qu’il va se passer dans le clip.

Images du tournage du clip de « Désenchantée » ­ la scène de la fuite des enfants.

LB : Je me souviens, enfin j’ai lu ça quelque part, sans parler de ton histoire, que quand tu étais petite, tu passais beaucoup de temps dans les hôpitaux psychiatriques. Tu as fait ça pendant un petit moment…

MF : Ce n’était pas des hôpitaux psychiatriques, c’était d’ailleurs l’hôpital de Garches, qui a beaucoup d’enfants handicapés, moteurs et mentaux effectivement. Je m’en suis, en tout cas j’en ai un souvenir, j’ai eu l’impression de m’en occuper beaucoup. J’y allais très souvent le dimanche. J’étais assez petite.

LB : Mais c’est pas un truc de petite fille, ça ! C’est quand même assez original, comme attitude…

MF : Je sais pas bien. J’avais probablement besoin d’aller vers quelqu’un, vers les autres en tous cas. Mais c’est bouleversant, c’est passionnant. Peut­être que j’y retournerai un jour…

LB : Ça n’a pas de rapport avec ça, avec l’encadrement, toute la structure qui est autour des enfants du clip ?

MF : Peut­être inconsciemment. Là j’avoue que… (rires)

LB : Y’a pas d’incidence ?

MF : Effectivement, il y a des acteurs, de jeunes enfants, qui sont handicapés. Et on s’est aperçu ­ il y a une anecdote absolument magnifique ­ qu’un enfant handicapé, qui est sur le tournage, et qui s’est adapté au tournage en quatre jours. Et son éducatrice nous a dit que, en quatre jours, il avait fait des progrès de six mois. Donc c’est une jolie récompense (sourire).

LB : Là c’est ton côté humaniste ?

MF : Oh non !

LB : Comment tu échanges avec tous ces jeunes hongrois qu’on voit là ?

MF : C’est un échange uniquement de regards puisque nous n’avons pas la même langue, et que les interprètes ne sont pas toujours là pour traduire. Ce sont des regards et puis… Ce sont surtout des gens…

Tous ces figurants ne jouent pas. Ils sont très, très justes. Enfin, ils jouent, mais en aucun cas ne surjouent, et c’est ce qui est fascinant. Ils ont une spontanéité. On a l’impression qu’ils sont nés dans ces costumes, dans cette époque. Et ça, j’avoue que c’est un plus pour le tournage.

LB : Je crois que c’est un parti pris. J’ai eu l’occasion de parler avec ce qu’on appelle un casting-­producer ici ; il m’a dit que, dans le choix des gens, il y avait peu de comédiens, hormis la matonne…

MF : Absolument, oui.

LB : Il y a des délinquants, des jeunes enfants de l’école…

MF : Il y a de tout, oui. Ce sont des gamins de la rue. (rires)

LB : …avec leurs réactions. C’est­à­dire quand on vit à Budapest, quand on a vécu ce qu’on a vécu, quand on a eu l’histoire qu’on a eue, dans une ville qui, somme toute, quand on se promène un peu ici, on sent que c’est pas forcément réjouissant au niveau de l’humeur et de l’âme….

MF : C’est en tous cas habité.

LB : C’est ça, on sent qu’il y a une âme, mais on sent qu’il y a une pression.

MF : Il y a une dureté et il y a une…oui une dureté réelle.

Images de Laurent Boutonnat filmant la scène finale de « Désenchantée ». Laurent Boyer, qui est à ses côtés, réussit l’exploit de faire dire quelques mots au réalisateur, habituellement très discret.

Laurent Boutonnat : On a une scène avec tous les figurants, avec Mylène. C’est un raccord à faire sur ce petit monticule. Nous, on est derrière, avec la caméra. On va faire brûler des pneus pour avoir une grosse fumée noire, pour être raccord avec l’usine d’hier où il y avait le feu, etc. Ils sont censés s’échapper de l’usine, et ils vont descendre de cette petite colline pour courir dans cette immense plaine, vers rien.

L. Boyer : Ce sera le dernier plan du clip ?

L. Boutonnat : C’est l’amorce des derniers plans en fait. C’est le premier plan où ils s’échappent de cette prison/usine pour partir dans la plaine. Après, on a plusieurs plans à faire de leurs visages qui courent…

L. Boyer : Ça a été un bonheur pour toi d’avoir cent figurants, de jeunes hongrois ?

L. Boutonnat : Oh oui, oui, oui. C’est formidable !

L. Boyer : Pas trop difficile à gérer ?

L. Boutonnat : Non parce qu’il y a une équipe très solide qui tient bien tout ce monde­là. Ils ont des têtes extraordinaires en plus. Il y a quelque chose de formidable ici, c’est qu’ils sont… Ils jouent bien. C’est même pas jouer ; ça leur plaît de faire ça, donc c’est presque naturel.

L. Boyer : C’est peut­être mieux que des comédiens. Ils ne surjouent pas !

L. Boutonnat : Ah oui ! C’est impossible, les comédiens ! Ils ont quelque chose de naturel comme ils ont jamais fait ça de leur vie, ils ont une espèce de maladresse. Mais t’as l’impression qu’ils ont fait ça toute leur vie, que ce sont de grands professionnels.

L. Boyer : T’as voulu tourner ici, ça s’appelle la pousca…

L. Boutonnat : La puszta !

L. Boyer : C’est quelque chose d’énorme. C’est la plaine hongroise. Le ciel se rejoint avec la terre.

L. Boutonnat : Absolument. La Hongrie est un pays plat où il n’y a que des plaines. Et tout le centre de la Hongrie, c’est ça : des centaines de kilomètres avec rien, et c’est très impressionnant, surtout avec la neige.

On a l’impression que le ciel et la terre se rejoignent et que y’a rien. C’est le néant. Et c’est beau.

Après quelques images du tournage de la scène de fin et une page de publicités, on retrouve Laurent Boyer aux côtés de Mylène Farmer.

LB : A Budapest, dans un lieu un peu particulier qui est un lieu de tournage, celui que Mylène Farmer et Laurent Boutonnat ont choisi pour ce clip, « Désenchantée », qu’on va découvrir dans quelques instants puisque vous allez le découvrir pour la première fois sur M6, presque en exclusivité, parce qu’il est pas passé beaucoup avant. On a parlé un peu de ce clip, de la façon dont tu as travaillé. Alors toi, c’est ta tenue permanente, ta tenue Dickens on va dire, c’est un peu ça. Et puis, un travail de maquillage. Tu n’hésites pas à te grimer. Là, on voit que tu as effectivement la petite trace de sang. Tu as beaucoup souffert dans ta vie…

MF : (elle sourit et pose un doigt au coin de sa bouche) Je me suis fait très mal ici. C’est parce que j’ai reçu des pierres. Donc, fatalement, je me suis coupée avec une pierre.

LB : Il y a autre chose que tu as coupé, ça tout le monde l’aura remarqué. J’ai pas sauté dessus tout de suite…

MF : C’était élégant ! (rires)

LB : Merci !

MF : Ils sont coupés !

LB : Ça va de plus en plus dans ton côté…pourquoi j’allais dire androgyne ?

MF : Allons bon ! (rires)

LB : Est­ce qu’il y a un autre mot ? Peut­être ‘différente’ ? Ce côté masculin. Oui, ce côté masculin. On sait pas trop quoi. Cette image un peu masculine et féminine. Le fait de couper les cheveux, tu sacrifies au mythe.

Mais la coupe, on va dire « Mylène Farmer, décidément, est de plus en plus masculine »…

MF : Oh non, je ne pense pas. En tous cas, ce n’est pas mon souhait. Et je pense qu’on peut avoir des cheveux très courts et être très féminine quand même.

LB : Un exemple : Katherine Hepburn.

MF : Audrey Hepburn! Katherine Hepburn a eu les cheveux longs plutôt, elle. Mais elle avait une façon très féminine de s’habiller, mais toujours avec des pantalons. Très sobre. Que puis­je vous dire sur la coiffure ?

1991-01-gLB : Sinon que t’avais envie de le faire, et que ça fait causer quoi !

MF : Ça, c’est vous qui dites que ça fait causer ! Moi, j’avais tout simplement envie de changer de tête, c’était important pour moi. Et puis, c’est plus facile de se coiffer quand on a les cheveux courts !

LB : J’aime quand on parle de pratique comme ça, c’est bien ! (rires) Mylène Farmer, « Désenchantée », le clip, on le regarde tout de suite, et c’est la première fois que vous le découvrez.

Diffusion du clip « Désenchantée », version courte.

LB : Mylène, on a parlé tout à l’heure des enfants hongrois, on en a beaucoup parlé, de ce choix, du lieu bien sûr. Alors, il y a une infrastructure et une équipe assez importantes. Il y a beaucoup de gens sur ce tournage…

MF : Je crois qu’il y a à peu près cent vingt personnes, mais il y a surtout douze personnes, enfin ‘surtout’ parce qu’elles viennent de Paris, douze personnes dans l’équipe technique.

LB : Des français, donc ?

MF : Oui, absolument.

LB : Avec qui vous avez l’habitude de travailler ?

MF : Oui. Jean­Pierre Sauvaire, qui est chef opérateur. Carine Sarfati, qui est aux costumes. Et beaucoup d’autres, et je m’excuse de ne pas les citer.

LB : C’est une équipe de copains, ça. C’est des gens avec qui vous travaillez fréquemment. On a l’impression que c’est presque une famille…

MF : Oh oui. C’est des gens de grande qualité humaine et professionnelle. C’est vrai que c’est un plaisir, à chaque fois, de les réunir à nouveau.

LB : On voit pas de chevaux dans ce clip !

MF : Non.

LB : Y’a pas le…

MF : Le syndrome chevaux ? (rires) Non, il n’existe pas ! (le dernier jour du tournage, une scène montrant un squelette au dos d’un cheval noir parcourant la fameuse plaine vide sera pourtant tournée, mais coupée au montage final, nda)

LB : Y’a pas le Cadre Noir, et pourtant, ça fait partie de ton histoire, quand même…

MF : Ça, c’est la presse qui est allée un petit peu trop loin ! J’ai fait beaucoup d’équitation dans ma jeunesse, j’ai effectivement fait un passage, mais très bref, à Saumur, mais c’était pour envisager de passer le monitorat. Donc c’était très, très bref. La presse s’est emparée de ça et en a fait une grande monitrice d’équitation, mais je n’en suis pas là. (sourire)

LB : Ça faisait pas partie de tes aspirations. En fait, chanter non plus, vraiment ?

MF : Non, ce n’était pas une vocation. Mais c’est quelque chose de… C’est probablement un cadeau de la vie qui m’a été fait.

LB : Est­ce que c’est une chance qui passe à un moment donné ? Est­ce qu’il faut la saisir cette chance ? Au moment où tu as rencontré Laurent sur le premier 45­trs, il y a une petite voix qui t’a parlé ?

MF : C’est l’autre, justement ! (sourire)

LB : (ne comprenant visiblement pas l’allusion au titre du nouvel album à venir) C’est l’autre ?

MF : Oui, c’est une petite voix. C’est une chance et une évidence à la fois. C’est­à­dire que quand j’ai rencontré Laurent… Tous les deux, nous sommes nés de la même chose. Donc c’est quelque chose de très fort et très beau, en tous cas pour ma vie.

LB : Autre chose qui a probablement été très bon, on en parlait tout à l’heure, de tes émotions, de ta peur, de ce qui te motive, de ce qui te fait avancer, ça a été la scène. Ça a été le Palais des Sports, ça a été Bercy par la suite. Moi, je t’ai vue dans les deux cas. Je t’ai vue pleurer sur scène, pleurer d’émotion sûrement, d’intensité. Est­ce que ça, c’est l’avènement pour toi ? Le parcours a été long, de 84 à 89, cette scène, est­ce que ça représente l’avènement ? Et est­ce que ça te manque déjà, l’absence de scène depuis à peu près un an ?

MF : Je ne sais pas si on peut parler d’un manque. C’est très, très troublant, la scène. En tout cas, la façon dont moi j’ai abordé la scène et la façon dont je l’ai ressentie, c’est quelque chose de très troublant. Donc c’est quelque chose qui marque énormément. Là aussi, c’est difficile pour moi d’en parler parce que c’est très riche.

Je ne sais pas. C’est une grande émotion. Maintenant, je pourrais dire beaucoup d’autres choses, mais c’est délicat pour moi parce que je…

LB : Est­ce que c’est une émotion passée, ou est­ce que c’est une émotion qui implique le fait d’être en désir justement de cette émotion ?

MF : C’est une émotion qui fait partie maintenant de mes souvenirs. Mais, dans la mesure où c’est aujourd’hui, je peux la considérer comme étant du passé. Donc c’est quand même… Comment vous dire ? C’est une plaie.

En tous cas, dans mon souvenir, c’est une plaie car c’est quelque chose que je n’ai plus actuellement. Ce qui ne veut pas dire que j’ai envie d’y retourner tout de suite non plus. J’ai envie de vivre dans ma vie des choses très fortes. Je sais que je ne pourrai pas les renouveler quotidiennement. Donc je sais que ma première fois sur scène, c’était quelque chose d’incroyable pour ma vie. Est­ce que je ressentirai les mêmes choses si je remonte une deuxième fois sur scène ? C’est la question, en fait, que je me pose, donc c’est en ce sens que c’est très déstabilisant.

LB : Qu’est­ce qui peut t’inspirer justement un désir aussi fort, où tu te dis « Tiens, si je faisais ça, j’aurais peut­ être une émotion encore plus forte » ? Y’a le cinéma, probablement ? On t’a proposé d’ailleurs des rôles au cinéma. Garcia t’a proposé un rôle, il me semble…

MF : (visiblement réellement surprise) Vous me surprenez parce que, moi, je n’en ai jamais parlé.

LB : Ah oui ? C’est des échos, alors. Des bruits…

MF : (perturbée) Non, mais c’est pour dire que je n’en ai jamais parlé.

LB : C’est vrai ou pas ?

MF : C’est vrai que j’ai rencontré Nicole Garcia. J’ai vraiment souhaité la rencontrer. J’avais ce projet de scène, donc il a fallu choisir et c’était évident pour moi. Ce n’était même pas un choix. Mais j’ai quand même souhaité la rencontrer. J’aime bien cette femme. J’ai eu quelques propositions. J’attends. J’attends parce que ce ne sont pas encore les bonnes. Et que j’y mettrai, je dirais, la même démesure et la même passion pour aborder ce thème­là. Mais c’est… J’attends, voilà.

LB : Peut­-être, alors. Qui sait ? On parlait d’émotion à l’instant. L’émotion, l’intensité : c’est extrait d’un double album qui est sorti, c’est également la cassette vidéo live du Palais Omnisports de Paris Bercy. (le concert a en réalité capté à Bruxelles, nda) C’est Mylène Farmer sur scène. « Plus Grandir ». Regardez…

Diffusion du clip de « Plus Grandir (live) ».

LB : « Plus grandir », à l’instant. C’est la scène, c’est Mylène Farmer en scène. Mylène nous en parlait à l’instant, avec cette émotion nette et intense qu’était cette scène. A propos de ton succès, parce que tu as quand même du succès, tu es…je sais pas si on peut dire star ou vedette…

MF : J’en sais rien. C’est pas mon problème.

LB : Tu t’en fous ! Par contre, il y a une réflexion que tu t’es donnée à toi­même une fois dans une interview, tu t’es toi­même posée la question, et tu y as répondu, et j’ai trouvé ça assez intéressant. Tu dis « Si le succès se meurt, je serai dans une solitude incommensurable et presque insupportable ». Alors, ça aussi, c’est le paradoxe du personnage puisque tu viens de me dire « Bof, je m’en fous, c’est pas mon problème. Je suis star, je suis vedette, c’est pas… ».

MF : Non, mon problème n’est pas le mot qu’on emploiera pour définir. Mais mon vrai problème, c’est d’exister, et donc d’avoir le regard des autres posé sur moi, d’avoir quelqu’un qui m’écoute. Et ça, c’est… Pourquoi je fais ce métier ? C’est parce que j’ai besoin de ça pour vivre.

LB : C’est le désir d’amour des autres. Probablement le désir de donner aussi…

MF : Bien sûr. Ça c’est…Oui, bien évidemment, oui.

LB : Est­ce que tu projettes un petit peu dans l’avenir et te dire « Est­ce que je continuerai à faire ça ? » ? C’est­ à­dire un album tous les trois ans, une scène, … Je me demande su tu es capable de tomber dans une routine…

MF : Non, parce que je pourrai dès le prochain album remonter sur scène. Non, je ne peux pas me projeter dans l’avenir. Quand je pense à l’avenir, je vois l’échec donc je préfère ne pas y penser. Et j’y pense malgré tout ! (rire nerveux) Mais c’est pas une grande quiétude en tous cas.

LB : On a l’impression qu’il y a un mal de vivre permanent chez Mylène Farmer…

MF : Oh, je ne voudrais pas n’émaner que ça, mais je… (soupir) Que dire ? Oui, appelons ça le mal de vivre.

Appelons ça une incompatibilité avec la vie, en tout cas.

LB : Avec les autres, des fois ?

MF : Avec les autres, mais ça nous sommes tous pareils.

LB : L’enfer c’est les autres, quoi !

MF : Oui, bravo ! (rires)

LB : Je vous en prie. (un camion arrive en second plan, depuis le décor du clip, et vient tout droit vers le ‘plateau’ d’interview) Ne vous inquiétez pas, on a un camion qui nous arrive dessus ! On est vraiment sur les lieux du tournage de ce clip ! (rires de Mylène qui se retourne) Y’a même des coups de mitraillettes de temps en temps. C’est l’apocalypse quoi ! (le camion passe juste derrière eux puis disparaît, Mylène est morte de rire) Voilà, merci, c’est gentil. Ne changez rien. Restez où vous êtes. On s’installe et on continue dans le même esprit. Mylène, on va regarder « Désenchantée » une autre fois… Ah, je voulais dire une chose.

L’album n’est pas encore sorti, par contre, il y a une chose que tu as faite et qu’on n’attendait pas forcément, c’est un duo avec quelqu’un, sur cet album, avec Jean­Louis Murat. Alors là aussi, il y a une rencontre un peu particulière. Cette rencontre est née de quoi : de ton désir, du sien ?

MF : Ça, je vais garder ça mystérieux. Je crois que c’est né de toute façon d’un désir commun. Nous nous sommes rencontrés et on a décidé de chanter cette chanson ensemble. Et je suis très heureuse d’avoir rencontré Jean­Louis. J’aime beaucoup sa voix, d’abord, et j’aime surtout sa façon d’écrire. Et c’est quelqu’un qui a réellement un univers. C’est pour moi ­ je ne sais pas s’il appréciera le compliment, c’en est un pour moi ­c’est un poète d’aujourd’hui. C’est quelqu’un qui me touche beaucoup. (sourire)

LB : Mylène Farmer, « Désenchantée ».

Diffusion du clip « Désenchantée », version intégrale.

LB : Voilà, « Désenchantée », Mylène Farmer. On est sur le tournage de ce clip. L’album sort le 8 avril, je vous le rappelle. (la date officielle annoncée par la maison de disque sera pourtant le 10 avril, nda) L’album s’appelle « L’Autre… ». Le 45­trs, vos le connaissez puisqu’on l’entend en radio, déjà, depuis le 18 mars.

Mylène, après ce tournage, après Budapest, ça va être quoi ? Ça va être promotion ? Quelques télés…Très peu, d’après ce que je sais.

MF : Très peu de télés, oui.

LB : Merci de nous avoir accordé cette interview, surtout ici.

MF : Merci d’être venu.

LB : Je t’en prie. On se remercie encore ! Et après, ça va être peut­être un peu de repos, t’occuper des animaux. Tu as toujours des animaux ?

MF : J’ai toujours mes deux singes.

LB : Oui, c’est ça.

MF : Et, quant au repos, non. Définitivement, je déteste le repos et l’oisiveté.

LB : Tu t’ennuies ? Ça t’ennuie, le repos ?

MF : Oui. Et ça m’inquiète beaucoup. Beaucoup !

LB : Mylène, merci d’avoir été avec nous. Et puis, on se retrouvera probablement prochainement. On ne sait pas. Qui sait ?

MF : D’accord.

1991-01-eLB : Merci. C’était ici, à Budapest, et elle va continuer le tournage du clip. Et il fait de plus en plus froid, je vous assure. (rires de Mylène) Ah ! Je sais que ton rêve, ce serait de faire un reportage sur la banquise.

MF : Oui, absolument.

LB : C’est toujours vrai ?

MF : C’est toujours vrai.

LB : Je sais pas si j’irai t’interviewer sur la banquise ! (rires) Ça s’arrange pas ! Merci Mylène.

MF : Merci.

LB : A bientôt.

MF : Au revoir.

Générique (extrait de « Désenchantée » sur des images du tournage).

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Une musique pour des Robots

Posté par francesca7 le 17 mai 2015

 

 

Pour la tournée, Philippe Stegemann a utilisé deux robots de 2 mètres et trois de 2,30 mètres. Il s’agit de machines employées à l’origine sur les chaînes de fabrication des industries pharmaceutique ou des semi conducteurs, par exemple. A part l’ajout d’un masque en carbone conçu spécialement par Robolounge, ils ne sont pas modifiés. « Mais on utilise des paramètres jamais utilisés dans l’industrie, notamment des accélérations et des décélérations qui leur donnent des mouvements souples », explique le fondateur. Pour ce spectacle, tous les mouvements sont pré-programmés, mais ils pourraient aussi être programmés pour réagir au BPM ou au style de musique, sur un set non connu à l’avance. 

Image de prévisualisation YouTube

La musique de l’interlude a été composée en fonction des robots

Au départ, Robolounge a créé le tableau de C’est une belle journée en travaillant sur les vidéos de la chorégraphie. Puis l’idée d’assurer le premier interlude, pendant lequel la chanteuse change de tenue au bout d’environ 35 minutes de spectacle, s’est imposée. Et là, ce ne sont pas les robots qui se sont adaptés à la chorégraphie, mais le directeur musical, Yvan Cassar, qui a composé la musique en fonction des robots. « Il a consulté nos vidéos et a très bien analysé notre registre, confie Philippe Stegemann. Cela cadre parfaitement, avec une montée en puissance en partant de la musique classique pour aller vers du dubstep. Chaque tableau a une émotion particulière. » 

Effectivement, l’effet est saisissant. Seuls sur scène, sur une adaptation de Schubert, les cinq robots-danseurs forment un ballet esthétique, puis mettent le feu sous les lasers en bougeant comme des danseurs hip-hop. On oublie complètement qu’ils ne sont même pas humanoïdes, tant l’articulation du cou, du « bassin » et des « épaules », plus le masque, suffit à imaginer des bras et des jambes. Timeless est moins coquin que les précédents shows de la star, dommage car sinon elle aurait pu signer la première chorégraphie « robo-érotique », tant on a l’impression que ces robots peuvent tout jouer. 

« On a travaillé avec Mylène sur l’introduction de la chanson »

image-40Les choses sont plus compliquées quand Mylène et les danseurs sont à côté des robots, car ils doivent respecter une distance de sécurité correspondant à leur rayon d’action. Mieux vaut éviter le choc avec un robot de 115 kg en rotation à pleine vitesse… C’est pourquoi, à ces moments là, ils n’effectuent que des mouvements latéraux. En cas de pépin, Philippe Stegemann a cependant constamment dans la main un poignée de validation et un arrêt d’urgence.  

En tout, la préparation du show a duré un an. « L’équipe de Mylène est très pro, très unie, et attentive. Cela m’a beaucoup aidé, ne venant pas du métier. » Philippe Stegemann a même travaillé en direct avec la star, qui s’est investie aussi dans cet aspect du spectacle. « Ca lui plaisait et ça l’intéressait. C’est très agréable de travailler avec elle. On a travaillé ensemble sur les détails de l’introduction de C’est une belle journée. J’ai été très surpris par la rapidité avec laquelle elle a compris les problématiques techniques, elle pourrait être ingénieur. » 

Une belle aventure, donc, pour ce pionnier de la robotique artistique, à laquelle la tournée Timeless 2013 offre une formidable exposition, au moment où la robotique française, plutôt en pointe dans le monde, est soutenue comme un des secteurs industriels d’avenir par François Hollande. D’ailleurs, Philippe Stegemann ne dit pas tout, mais on devine que cette visibilité s’est déjà traduite en contacts pour de futurs projets. « C’est la chance d’une vie ! Je suis sur un nuage », dit-il encore étonné.  

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Faut qu’ça bouge Mylène

Posté par francesca7 le 17 mai 2015

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Pour résumer, Dégénération est la démonstration même de la démarche créatrice de Mylène Farmer. Elle est réflexion sur la possibilité même de l’écriture sans changement, et elle conclut sur la victoire du mouvement sur le coma. Le refrain est à l’image de cet impossible coma, le beat en effet disparaît sur les premières phrases, et les longues notes tenues provoquent une sensation de calme et d’apaisement au sein de cette chanson dynamique : mais le coma est alors qualifié par le terme, fort, de dégénération. Dégénération, soulignons, est un synonyme rare de «dégénérescence». Il désigne un avilissement profond des caractères originaux d’un pays, d’une nation. Aussi attirant soit l’arrêt, il n’a en fin de compte rien permis, rien engendré d’autre qu’une dégénérescence désespérée, un vide créatif… La chanson se fait réflexion sur les mécanismes et les conditions même de l’engendrement d’un texte… Tentation de la boucle, tentation de l’arrêt, et toujours pourtant cette envie d’autre chose. Retour de la rythmique sur la deuxième partie du refrain, comme un réveil qui fait alors émerger une question lancinante : celle de son public… Où est ma génération «désenchantée» ? Où est mon public, qu’est-il devenu ? L’artiste semble se regarder droit dans les yeux, constater la dégénération et vouloir lui trouver une solution : ce sera Point de Suture, album up-tempo, album qui vise sans doute à secouer les choses qu’Avant que l’ombre avait quelque peu ouaté, lissé, anesthésié… 

 

MysterFrizz du site http://www.innamoramento.net/

 

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Comprendre le message de Myléne du TIMELESS 2013

Posté par francesca7 le 10 mai 2015

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Les premières paroles chantées par Mylène Farmer lors de son dernier spectacle Timeless 2013 ne sont-elles pas « à l’envers cette terre », comme la dystopie est une utopie inversée, c’est à dire une représentation du monde souvent futuriste, toujours infernale, cauchemardesque ?

Comment installer cette dystopie ? D’abord par le lieu de ce voyage à travers les étoiles, vers un univers loin, très loin de notre monde, à des années-lumière, du moins en apparence, et l’arrivée d’un personnage énigmatique qui va changer cet univers. Après le noir, au bout de la nuit, les étoiles au début du spectacle qui finissent par former le visage de Mylène tel qu’il apparaît sur l’affiche de la tournée constitue peut-être un effet d’annonce. Une entrée stellaire, un bouillonnement d’étoiles fixes et filantes qui se rejoignent pour former peu à peu un tunnel rectiligne, puis en spirales, un tourbillon évoquant le Tartare grec. Les étoiles semblent elles-mêmes voyager dans le temps et l’espace. Ce passage entre les dimensions débouche sur un vaisseau qui évoque un cratère dans lequel on s’engouffre pour accéder à l’un de ses couloirs qui semble infini, labyrinthique, un dédale spatial, avec déjà le mélange des imaginaires mythologiques et futuristes : au tunnel stellaire succède un tunnel métallique mais toujours virtuel car ces plans sont des images de scène présentées sur un écran gigagéant, qui occupe tout le « mur » du fond de scène.

Sur cette même chanson, les images de scène semblent évoquer le processus de constitution de l’univers depuis le big bang : naissance et mort d’étoiles, explosions et reconstruction de matières nouvelles à partir d’éléments épars. 

Est-ce une façon d’annoncer l’absurdité du monde dystopique, sur lequel l’héroïne vient d’atterrir, qui tourne à vide sur lui-même ou simplement d’évoquer le cœur, l’âme du vaisseau sans lequel il ne pourrait fonctionner ?

Ce monde lui, on le verra, a trahi son pacte avec la nature à l’image des représentations habituelles de planètes lointaines sur le déclin qui se meurent de la surexploitation de leurs ressources .

téléchargement (2)A ce titre, le crâne nu de Moby, filmé de derrière au début du tableau « Slipping away » et bleuté, ressemble étrangement à la surface d’une planète. La voix stellaire de Mylène sur « A force de » vient donner un nouvel éclairage au thème de la chanson : savoir et vouloir espérer et donner l’espoir à l’autre quelque soit le situation, et ce en contemplant la beauté et la force de la nature : « La force des rapides, des vents qui se déchirent, me donnent l’envie de vivre, donner l’envie de vivre ; à force d’étincelles, que la nature est belle ». MF semble ici apporter au sein de la dystopie la voix salutaire d’un ailleurs, d’une nature qui existe encore bien qu’elle soit perdue ici, et qui va renaître au contact de ce personnage féminin, en tenue de voyage, encapée, entourée d’éclairs bleus à son arrivée sur scène comme l’écran derrière elle.

La voilà prête à réveiller le monde…

Cependant sur le titre suivant, « Comme j’ai mal », le soleil naissant d’ « A force de » semble décliner. Ici-bas, la vie se fragilise. La reconcentration, et non plus le déploiement, de ces lignes lumineuses, voire leur repli, qui plus est sur une musique inquiétante, s’opère autour d’une porte des étoiles mauve sombre qui rappelle un soleil noir ou un trou noir – avec le jeu de mots sur le trou noir psychique puisqu’elle chante « ma mémoire se fond dans l’espace ». Ici, la voix stellaire de Mylène devient gutturale, étrange, comme malade, à l’image de l’étoile déclinante dont les rayons, instables, se formant et se déformant, paraissent chavirer, tanguer dans un sens puis dans l’autre : « ma pensée se fige, animale ». Elle qui vient d’un ciel bleu pur, est comme étouffée par ce lieu étrange, dystopique, où elle vient d’atterrir : « je ressens ce qui nous sépare », ici il s’agit sans doute d’elle et du monde où elle pénètre. Elle est animalisée. Sa faculté à ressentir des émotions ou à penser rationnellement est comme absorbée . Elle décide pourtant de continuer son chemin. Et c’est là qu’elle va rencontrer les robots du tableau de « C’est une belle journée »

Nous voilà entrés au sein du monde dystopique. Et qui croisons-nous en premier ? De bien étranges robots, dès l’introduction du 3ème titre du spectacle « C’est une belle journée ». Tels des têtes chercheuses effrayantes, leurs yeux et à leurs bouches mués en lampes torches semblent traquer tout ce qui sortirait d’une « normalité » érigée en dogme non transgressible et en dehors de laquelle il est impossible de vivre dans une anti-utopie.

Or, ces robots soudain s’humanisent, joyeux, dansants, au contact de la seule femme « souveraine » (Mylène) qui subsisterait dans ce monde ou qui venue d’ailleurs sur son vaisseau spatial découvre un monde où les filles sont des robots : « voir des anges à mes pieds ». La simple présence de cette voyageuse semble leur donner l’envie d’aimer , « de paix », puis de s’aimer mutuellement, comme le montrera l’interlude centré sur eux. On peut y voir une explication de la présence dans ce spectacle de danseurs hommes uniquement autour de Mylène, d’où également l’attitude protectrice des mêmes danseurs très proches autour d’elle pendant le pont de « C’est une belle journée », en particulier des deux danseurs de devant (Raphaël Sergio Baptista, Aziz Baki) qui l’entourent de leurs bras : la rareté se doit d’être protégée. Elle dit d’ailleurs à ce moment-là : « comme un aile qu’on ne doit froisser ».

Ces robots sont l’un des épicentres du spectacle si bien qu’un interlude très original leur est consacré. Ils semblent se toiser du regard, se méfier les uns des autres, peut-être se découvrir comme « êtres vivants ». En tous les cas, ces robots irradient, dans un univers bleu froid, une lumière rouge. Celle-ci rappelle les opérations de détection de la chaleur corporelle qui apparaît souvent « rouge » pour ceux qui la traquent, dans certains univers de science-fiction. Les robots sont alors les seuls signes de vie.

On pourrait dès lors y voir l’interlude d’une autre rencontre amoureuse qui a lieu cette fois entre deux être humains : Mylène F. et Gary Jules sur la chanson suivante : « Mad world ». Pour en revenir aux robots, certes ils semblent méfiants mais ils sont surtout curieux, ils s’apprivoisent et quand l’amour est là, conscient et mutuellement ressenti, ils dansent soudainement la joie d’être aimé, malgré cette surveillance, sur une musique dont les arrangements évoquent des bruits « robotiques ». Ils changent de couleur au gré de leurs émotions : heureux de cet innamoramento, ils sont multicolores de même que les faisceaux de lumière les entourant, de plus en plus nombreux qui jaillisent de toutes parts. A cet instant, même les yeux de surveillance semblent entrer dans la danse et oublier leur mission orginelle pour partager un moment de joie.

images (2)L’animal est-il là au sein de la dystopie ? Sur le tableau « Monkey me », il génère cependant un moment de joie, en liaison avec thème de la chanson qui évoque une rencontre entre un animal prisonnier (en attente d’être adopté dans une animalerie) et une femme, et le sentiment quand leurs regards se croisent. Elle semble se reconnaître en lui, éprouver de l’empathie pour sa souffrance, se sentir elle-même prisonnière, d’où la nécessité d’adopter l’animal pour le libérer. Sur le tableau « Monkey me » du concert, on peut observer sur l’écran des pointillés disposés en cercles concentriques qui rappellent une cible : moment de jeu ou représentation du système solaire ? Les guitares couvertes de leds sur ce titre, donc lumineuses, symbolisent la joie associée au singe dans la mythologie japonaise, la chaleur, la vie au sein de la dystopie comme le marquent les couleurs chatoyantes, solaires (rouge, jaune or) du tableau. Sur certaines dates, 3 guitares sont équipées de leds lumineux : pour symboliser chacune un des trois singes de la sagesse ?

Lorsqu’il est fait de chair et de sang, l’homme est l’objet d’un spectacle-défouloir, objet de désir, sur « Oui mais non », où la chorégraphie virile et les costumes des danseurs semblent évoquer l’esclave ou le gladiateur désarmé ou le lutteur, jeté dans l’arène d’un jeu du cirque équivalent à celui de l’Antiquité romaine. On y développe la même martialité quitte ou double : comme on levait la main pour décider de la mort de quelqu’un, MF sur son fauteuil décide qui elle garde et qui elle rejette parmi ces hommes qui paraissent se lover autour d’elle.

A ce titre, les ombres chinoises, tour à tour noires ou blanches (ou les deux) au détour des portes de l’arène qui s’ouvrent et se ferment, sans cesse renaissantes, semblent signifier la multiplicité des peuples (conquis) réunis comme objet de spectacle au sein des Ludi. Leur forme et leurs mouvements rappellent dans leur agencement les amphores grecques ou les frises de l’Egypte antique. D’ailleurs, les doubles blancs des personnages, évanescents, qui volent, en arrière plan, d’une frise à l’autre, de corps en corps, de réincarnation en réincarnation, rappellent les « kâ », doubles spirituels de chacun être humain, naissant en même temps que lui, dans la mythologie égyptienne.

En contraste, l’homme venu d’ailleurs est l’objet de l’amour véritable dans Timeless. Amour d’adultes en un premier temps sur la partie « piano/voix » du concert. La seule relation humaine pour Mylène est passagère : Gary Jules apparaît sur scène dans l’obscurité et surplombé de faisceaux formant une colonne (un tunnel ?) de lumière vertical et blanc qui le transforme d’emblée en homme-ovni. Comme Mylène, il vient d’ailleurs, il n’appartient pas à ce monde dystopique, d’où le fait qu’il le qualifie de « mad world » et qu’il enjoigne ceux qui l’écoutent à s’ouvrir l’esprit : « enlarge your world ». Il devient dès lors le seul amour possible pour celle qui elle non plus « n’[est] pas de ce monde ». thématique si mylénienne de l’ami imaginaire et du voyage à travers le temps futur et passé et les dimensions (au centre du spectacle Timeless) serait dès lors le moment de la rencontre amoureuse, L’amour naissant…

En effet, en commençant le refrain par « si d’aventure je quittais terre », elle permet au doute de s’installer. Elle projette de quitter cet univers (parce qu’il la rend malade ?) comme elle le fera à la fin du concert, en laissant Gary qui n’est déjà plus présent : elle fait sa déclaration d’amour à un absent. Belle résonance avec le thème originel de la chanson, interprétable comme l’aveu d’amour à un enfant tant voulu mais qu’on a jamais eu, peut-être parce qu’il est mort-né , peut-être parce que l’enfantement tel qu’il se fait normalement est interdit dans certains univers dystopiques, pour contrôler les naissances, éviter la profusion des classes miséreuses, laborieuses, dangereuses. Cet enfant perdu est-il la raison de l’absence de Gary ? Le déploiement de l’amour sur « Les mots » occupait l’ensemble de la scène ; ici, point de suture, noir sur la scène (au début) pour accentuer l’absence, traversé de sept rayons blancs protecteurs, et repli de Mylène avec son pianiste sur la partie droite de la scène, comme si la musique sauvait de tout. « Et pourtant » signe la rupture de la relation – à cause de cet enfant non né ? : « mais tes lèvres ont fait de moi un éclat de toi », dit-elle à Gary, toujours absent – et ce même si l’amour persiste, signant la nécessité du départ. A ce moment, l’outro de « Et pourtant » confié à Yvan Cassar seul sur scène semble signifier que si l’amour est terminé, la musique survit et fait renaître. Alors que la musique gagne progressivement en intensité et en beauté, la scène sombre fait place à une lumière de plus en plus intense, statique puis mobile, qui éclaire la pianiste seul puis l’ensemble de la scène. La vie nous est redonnée par la musique.

images (3)Si l’amour d’adultes n’a pu donner lieu à la naissance d’un enfant, celui-ci apparaît tout de même, venu du public, donc d’en dehors de ce monde représenté sur scène : sur « A l’ombre » pour annoncer le renouveau à venir ou « XXL », chanson centrée sur le besoin d’amour de la femme, quelque soit le monde d’où elle vient. Les vaisseaux projetant des rayons formant des X, des images de MF et de ses guitaristes, de leur complicité, marquent à nouveau les moment de joie apportés par l’amour et la musique là encore – comme sur « Et pourtant », mais cette fois le musicien n’est plus seul. Le moment est idéal pour faire entrer sur scène, dans son univers, un enfant, par exemple celui, très mignon, du 11 septembre 2013. Ce contact amoureux avec le hors scène est élargi à l’ensemble du public dans le tableau « Bleu noir » où Mylène chante sur une nacelle mobile qui traverse l’ensemble de la fosse, et ce en liaison avec la thématique de la chanson, ici la vie vaut la peine d’être vécue pour les relations profondes que l’on y noue : « mais la vie qui m’entoure et me baigne me dit quand même ça vaut la peine » « la bataille est belle, celle de l’amour disperce tout ». Faire chanter au public le premier couplet du titre « Maman a tort » participe du même élan : « deux, c’est beau l’amour » « huit, j’m'amuse ».

Dans la même mouvance, mais plus clairement, « Désenchantée » permet de se focaliser sur les marginaux, les révoltés, les prisonniers politiques, les dissidents de cette dystopie : « tous mes idéaux, des mots abîmés ». Ceux-ci sont figurés par les danseurs. Avec la sorcière Mylène, ils sont enfermés hors du regard des « normaux », sur une planète hostile, rouge, peuplés d’insectes menaçants, veuves noires, gardiens lugubres des prisonniers exilés ….

Cette sorcière de « Désenchantée », nous la retrouvons sur « Diabolique mon ange ». Si la croix sur la nuque de Moby (« Slipping away ») semble renvoyer l’idée de religion, de spiritualité, elle aussi, à un lointain passé, de même que sur la partie piano-voix du concert, la croix très discrète sur l’échancrure de la robe pailletée d’étoiles de MF, elle signe surtout définitivement le rejet de la religion dans cet univers, en dehors de ceux qui tiennent encore quelque chose du passé :? D’ailleurs, les cinq soleils de « Bleu noir » reviennent à ce moment précis, non plus blancs, mais jaunes or, plus puissants, regaillardis par cette renaissance dans un tableau faisant référence au pays du Soleil levant, donc naissant ou renaissant et qui accueille, après « Sans contrefaçon », le tout premier titre de la carrière de Mylène, celle qui la fait naître en tant que chanteuse : « Maman a tort ».

« Sans contrefaçon » ? Des dystopies toujours… « Dans ce monde qui n’a ni queue ni tête », apparaissent des simili samouraï, guerriers rouges de la planète Mars, au double sens du dieu grec de la guerre et du sang versé au combat et de la planète rouge : « prenez garde à mes soldats de plomb, c’est eux qui vont tueront ». 

Dans le même ordre d’idées, toujours sur « Je t’aime mélancolie », l’industrialisation effrénée n’aboutit à rien puisqu’elle sert à construire des engins de mort : machine ambulante qui évoque un lieu de pendaison par couperet avec suspendus serpes et marteaux – symboles du communisme soviétique. Elle permet de mettre au point des engins de répression (gants de boxe sur ressort avec aussi une allusion au clip de la chanson de ce tableau) ou encore des machines occupées à un travail vain et inutile : machines à roues dotées de ciseaux géants mobiles servant à la culture d’une terre aride, bateau au sein d’une mer rougeâtre vide ou peuplée de squelettes de poisson, allusion au travail à la chaîne tayloriste (et à sa symbolique chaplinesque) avec ces bouteilles fabriquées en série qui explosent avant même d’être terminées. Plus loin, les visages humains eux-mêmes toujours indéfinissables semblent être produits en série. A noter que les premières dystopies sont nées avec l’industrialisation – destructrice parce qu’irrespectueuse – du XIXème siècle, révolutions industrielles dont l’une a été marquée par une découverte essentielle : l’électricité, ici représentée par une ampoule qui s’allume et s’éteint au milieu d’un visage vaguement défini. 

Vient « Rêver », le moment du départ, où il faut « changer de ciel », l’ultime chanson du concert, l’hymne à la tolérance, mais qui signale tout de même la fragilité du nouveau monde créé et la nécessité d’un agir ensemble pour le préserver.

Pour terminer, sur l’ensemble du spectacle, il faut souligner que, pas de doute, c’est un spectacle très réussi. Chaque membre de l’équipe sur scène a son moment privilégié, où l’attention est concentrée sur lui, marque de partage et de respect infini pour tous les acteurs du show : Gary Jules chante presque seul sa chanson « Mad world », le public chante presque seul le 1er couplet de « Maman a tort » ; il y a l’intro musical de « Et pourtant » qui met en valeur le pianiste Y. Cassar, l’intro de « Je t’aime mélancolie » pour les danseurs, l’intro de « Diabolique, mon ange » pour tous les musiciens et les choristes, la mise en avant des guitaristes sur « Monkey me » et « XXL » (et de l’un d’entre eux sur l’écran au milieu des « soleils » de « Bleu noir ») et bien sûr l’interlude robots. 

images (4)Et la joie présente du début à la fin du concert, en particulier autour de son héroïne toujours souriante, comme un contrepoint à la dystopie et le signe d’un espoir toujours vivant. Qui a dit qu’elle, Laurent B. et toute leur équipe n’étaient pas capables de se renouveler tout en gardant leur identité ? Où s’arrêtera le pinceau d’écume ? Jamais, puisqu’elle est éternelle… 


SOURCE : Cyril H. – à retrouver sur le site originel :  
http://roadmaster-087.skyrock.com

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CONFIDENCES : En plein mystère avec Mylène

Posté par francesca7 le 8 avril 2015

 

 

FÉVRIER 1987 – Entretien avec Danièle ASLAN

French Singer Mylene FarmerA propos de son apparition nue dans le clip « Libertine » :

­ Une chanson, c’est comme un rôle dans un film. On ne le joue qu’une seule fois. Pour réaliser le clip vidéo de « Libertine », j’ai accepté de me montrer nue. Mais je pense que ce sera la dernière fois où la public e verra dans la tenue d’Eve.

A propos de sa jeunesse :

­ Je suis née il y a 25 ans, à Montréal au Canada. J’y ai vécu pendant huit ans une enfance des plus normales dans un milieu relativement aisé. Je suis ensuite venue en France où j’ai pratiqué l’équitation plus que le lycée.

Après deux jours de terminale, j’ai quitté l’école pour suivre une carrière en rapport avec les sports équestres. Je me suis donc aperçue qu’après avoir longuement posé pour une série de photos, je n’étais pas faite pour enseigner, même l’équitation. J’ai alors pris des cours de théâtre et rencontré, je ne sais plus où, Laurent Boutonnat, mon compositeur, réalisateur et manager. Il ne connaissait pas ma voix, moi non plus d’ailleurs, mais mon physique l’a séduit. Il faut croire que cela suffisait pour chanter. Il m’a fait écouter « Maman a tort », j’ai accepté.

A propos du thème véhiculé par « Libertine » :

­ Libertine ? Cela fait partie d’un idéal. Il ne faut pas prendre ce qu’on raconte dans une chanson pour argent comptant. Il y a ainsi des choses qu’on dit, qu’on fait à un certain moment de sa vie, pour une raison définie, mais qu’on serait incapable de refaire dans une autre occasion. J’ai accepté de me déshabiller dans mon clip, mais j’ai refusé de poser nue pour les magazines qui me l’ont ensuite proposé. Je ne veux plus que mon corps rentre dans les foyers. C’est la même chose pour l’émission « Sexy Folies », sur Antenne 2 où j’ai déclaré n’avoir connu l’amour que très tard par rapport aux jeunes femmes de mon âge. Mon enfance et mon adolescence ne m’avaient pas apporté cette joie.

Aujourd’hui, l’instant magique est passé. Je refuse de m’expliquer sur ce sujet. Je ne veux plus me souvenir, sinon de mon premier amour à quatre ans pour un professeur qui le fascinait ! Depuis j’ai des rapports très difficiles avec les hommes.

A propos de « son acharnement à se rendre distante », dixit la journaliste :

­ Je crois aussi que je me complais dans cet état. Parfois pourtant je ne le fais pas exprès. Peut­être même que je me le reproche. Peut­être aussi que j’envie les hommes. L’un de mes aspects androgynes. J’aimerais d’ailleurs jouer un jour le rôle d’un homme au cinéma. J’ai aussi développé cette envie dans l’émission « Sexy Folies » en avouant que j’aimais quelqu’un mais que je rêvais d’être polygame, d’aimer quatre hommes à la fois ! Une pensée très masculine sur laquelle je ne reviendrai pas. Une fois de plus, l’instant magique est passé.

Aujourd’hui, je dirai simplement que je vis à Paris dans un appartement en duplex quasiment vide en compagnie de E.T., mon petit singe. Pourtant, même s’il n’y a qu’un nom sur ma boite aux lettres, cela ne m’empêche pas d’être fidèle !… Parce que, en ce qui me concerne, je ne comprends pas ce que tromper veut dire. Evidemment, si l’homme me trompe, je le tue ! Mais c’est une autre histoire…

Une histoire qui ressemble  un peu au mariage. C’est le cadet de mes soucis. Et les enfants ? Le second cadet de mes soucis.

 

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Mylène Farmer dans le 12/13 de France 3

Posté par francesca7 le 10 février 2015

 

31 MAI 1996 - Présenté par Laurence BOBILLIER et Georges MATTERA

Entretien avec Thierry STAMPFLER et Loïc le MOIGNE

1996-06-aGeorges Mattera : Mylène Farmer retrouve la scène. Il y a sept ans que la chanteuse ne s’était pas produite en public. Ce soir et demain, elle sera à Bercy, avant d’entamer une tournée en province. La métamorphose physique de l’interprète de « Libertine » n’aura échappé à personne, mais honni soit qui mal y pense, le style Farmer n’a pas changé. Thierry Stampfler et Loïc Le Moigne l’ont rencontrée à Toulon.

Le sujet commence par des images du concert de Toulon, « Alice », puis « California » Thierry Stampfler : (off) Un show ambitieux et qui se veut spectaculaire, voici donc la réponse de Mylène Farmer et de son entourage au défi majeur posé à la chanteuse depuis le début de sa carrière : comment passer des vidéoclips soignés, et parfois sulfureux qui ont fait sa renommée aux dures réalités de la scène ? Une stratégie de rupture qu’elle a choisie aussi avec les médias, dont elle sait attiser la curiosité, tout en s’y soustrayant le plus possible. Rarement mystère n’a été entretenu avec autant de soin dans le petit monde du show­business. Le contraste n’en est que plus frappant avec l’attitude de ses fans de toujours arborant avec tendresse les peluches qu’ils s’apprêtaient à lui offrir quelques heures plus tard, sur scène. Sincères et fidèles, ils font pourtant preuve d’un humour détaché et plutôt inhabituel pour des fans. A Toulon, pour être au premier rang, ils se sont installés devant la salle dès 6h du matin. Une passion que Mylène Farmer accueille avec des sentiments parfois mitigés.

Mylène Farmer : (assise sur une chaise en bois au dossier immense, devant une peinture mise en avant, elle porte un t­shirt blanc et brillant) L’idée de quelqu’un qui va attendre toute une nuit, une journée pour croiser votre regard est quelque chose d’assez perturbant. Et j’accepte ça parce que ça fait partie de ce métier.

TS : Contrairement à son spectacle précédent qui était très sombre, la chanteuse a choisi d’évoluer cette fois en pleine lumière, soutenue par des effets visuels parfois spectaculaires. Reste cependant la froideur inhérente à ce type de spectacle. Mylène Farmer parviendra­t­elle à répondre à l’attente de dizaines de milliers de fans électrisés par ce retour très attendu ? Réponse dès ce soir à Bercy, puis dans une dizaine de grandes villes françaises.

 

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Déjeuner de gala sur NOSTALGIE avec Mylène

Posté par francesca7 le 8 février 2015

 

30 NOVEMBRE 1996 -Entretien avec Michel COTTET

1996-05-aMichel Cottet : L’actualité de Mylène Farmer, c’est cet album, « Anamorphosée » ­bien que ayant déjà quelques mois, il est encore tout frais et tout présent à notre mémoire et on se laisser bercer en ce moment par l’excellent titre « Rêver » ­ et puis il y a cette tournée, non pas gâchée mais interrompue pour une stupidité. Il ne m’appartient pas de déverser une kyrielle de qualificatifs pour essayer de vous cerner, de vous faire réagir ­ c’est toute la magie d’un personnage. Ceci dit, tout ce mystère qui débouche sur un statut de phénomène est ­ce que vous n’avez pas l’impression quelquefois que cela fait ombrage à votre vrai statut, qui est avant tout quand même, si je ne m’abuse, auteur compositeur­ interprète ?

Mylene Farmer : Ombrage, je ne sais pas bien. Est­ce que j’en souffre ? Non, pas vraiment. J’ai décidé de ce mystère en ce sens que je parle peu et que je réponds peu aux questions en général, donc je crois que j’en suis l’auteur donc je n’ai pas à m’en plaindre.

MC : Je ne parlais pas forcément du mystère mais du fait que à force de vouloir justement le percer, on en oublie de parler avec vous de ce qui quand même nous séduit au préalable, c’est­ à­ dire votre  musique, votre façon d’écrire, votre façon de paraître sur scène. Est­ce que parfois vous n’avez pas l’impression d’être dépassée par vous­même, en quelques sortes ?

MF : Je ne suis pas sûre de pouvoir répondre à cette question, si ce n’est que c’est vrai que  l’évocation de l’écriture est quelque chose, dans le fond, d’assez rare de la part d’un journaliste parce que je crois qu’il est plus enclin à parler ou d’une vie privée que l’on ne veut pas dévoiler, ou des choses qui sont ‘plus racoleuses’. Peut­être que je souffre de ça un peu, oui.

MC : On y reviendra, et j’espère comme ça que votre passage à Nostalgie vous aura ôté un peu de souffrance puisqu’on évoquera votre écriture. Ce que l’on sait, c’est que vous avez quand même ‘fui’ à Los Angeles pour essayer de retrouver une forme de solitude. Vous avez vos repères, j’ai les miens : moi, c’est Léo Ferré, Ferré qui disait : ‘Dans la solitude, le désespoir est une forme supérieure de la critique. Pour l’instant, nous l’appellerons bonheur’. Le désespoir, vous l’avez touché ?

MF : Je crois qu’il a fait partie de mon quotidien, mais maintenant je ne pense pas être la seule ! Je pense que le commun des mortels a des moments de bonheur et des moments de détresse absolue. Je crois que même une journée peut être comblée par bonheur et tristesse à la fois. Maintenant, est­ ce que je fais l’apologie de la détresse et du malheur : non. Je l’ai exprimée, en tout cas.

MC : Cette solitude, vous la recherchez ?

MF : Je ne suis pas sûre de me définir comme quelqu’un d’étant solitaire. J’aime parfois avoir des moments, oui, seule : l’écriture est un moment privilégié pour ça. Maintenant, j’aime bien la compagnie  de personnes choisies.

MC : Quel est le moment le plus fort, justement ? C’est rentrer dans cette solitude ou en sortir pour retrouver l’autre ou les autres ?

MF : Je crois que les deux sont à déguster ! (rires)

MC : Je poursuis avec ce texte de Ferré, toujours sur cette solitude : ‘je voudrais m’insérer dans le vide absolu et devenir le non ­dit, le non avenu, le non vierge par manque de lucidité’. Ne pas rencontrer le bonheur, est­ce que c’est pour autant être lucide ?

MF : (elle se répète la question à elle­ même) Ne pas rencontrer le bonheur…Je ne sais pas. En tout cas, j’aime l’idée de s’approcher de ce vide et de ne faire qu’un avec ce vide. C’est vrai qu’il y a quelque chose, l’idée du néant, qui est quelque chose de très happant. C’est vrai que parfois, on a envie de se confondre avec le vide, avec le rien.

MC : Ce que vous appelez le non­ dit, qui est essentiel pour la réussite…

MF : Oui.

Diffusion de « California »

MC : Mylène Farmer est votre invitée aujourd’hui dans ce « Déjeuner de gala » sur Nostalgie, avec cette notion de non ­dit. Ne pas énoncer, ne pas expliquer pour susciter la curiosité, est­ ce que c’est bien compatible avec une autre notion, qui est celle de la fidélité ? Je veux dire par là, quand on côtoie des gens ou des habitudes, forcément on perce le mystère, donc là c’est un peu antinomique, non ? Parce que vous êtes quelqu’un de fidèle ­ je parle du point de vue professionnel !

MF : Je pense être quelqu’un de fidèle, oui, dans tous les sens du terme et toutes les situations. Maintenant, pardonnez­moi : j’ai oublié la question ! (rires)

MC : Je disais, parallèlement à cette fidélité vous êtes porteuse de cette idée de non­dit : ‘je garde la mystère, je ne veux pas qu’on me dévoile et je ne veux pas dévoiler’. Est­ce bien compatible, ces deux approches ?

MF : Là encore, je ne… Le non ­dit, j’aime les non ­dits, maintenant est­ ce que je suis caractérisée par le non-dit : je ne le crois pas. Maintenant, j’ai choisi de dire certaines choses, de dévoiler certaines choses, de les clamer parfois et quand une question ou un sujet me dérange, là effectivement ce sera ou un non ­dit ou un non tout court ! (rires)

MC : Donner un sens à tout, c’est ridicule pour vous, finalement…

MF : Je sais pas si, là encore, c’est ridicule ­ pardonnez­ moi ! (rires) Je ne pense pas avoir d’abord la prétention, et je ne pense pas que la vie vous offre un sens à tout. Je crois que ça fait partie aussi du mystère de la vie, du mystère de la mort, de toutes ces choses qu’on ne sait pas et qu’on ne saura probablement jamais. Parfois on peut souffrir de ce silence et des ces non­réponses, et parfois je trouve ça plutôt bien. C’est une forme de liberté aussi en soi.

MC : Je vais peut ­être vous soulager, je viens à votre secours ­ si tant est que vous en ayez besoin : finalement, c’est pour ça que vous redoutez l’exercice que nous sommes en train de faire parce qu’il est communément admis qu’à toute question doit correspondre une réponse, et en plus logique !

MF : Oui. Oui, c’est vrai que là, dans le fond je n’aime pas la logique, je n’aime pas le rationnel et c’est un exercice qui est difficile, uniquement parce que je dois parler de moi, dans le fond c’est aussi bête et simple que ça. C’est un exercice difficile pour moi.

MC : Parler de soi… Parler d’idées qui vous traversent la tête, c’est peut­ être pas forcément parler de vous. C’est peut­être plus facile…

MF : Oui, mais c’est une façon de se mettre en avant et c’est vrai que là, ça fait partie d’un exercice qui est probablement utile à l’artiste, en tout cas on lui demande. Mais si j’avais à choisir, je crois que j’aurais rayé cette mention ! (rires)

MC : Le non­ dit, c’est aussi l’imaginaire. Est­ce un jardin dans lequel vous aimez flâner ?

MF : J’aime surtout, je dirais, au travers de lectures. Quant à mon imaginaire, oui, je cultive ce jardin, je crois, oui. Maintenant, là encore j’aurais du mal à en parler parce qu’il est imaginaire, justement !

MC : Mais un auteur se doit d’imaginer, et l’imagination c’est une forme de liberté que vous recherchez…

MF : Oui.

Pause publicitaire.

MC : Retour dans « Déjeuner de gala » sur Nostalgie. On parle avec Mylène Farmer, votre invitée, de la liberté. Quelles sont les situations, les mots, les événements dans lesquels vous ne vous sentez justement pas libre ?

MF : Les dîners où il y a beaucoup de personnes… (elle cherche, puis pouffe de rire)

MC : Une foule, c’est pas ‘beaucoup de personnes’, c’est qu’une personne raisonnée ?

MF : Oui. Oui, c’est toujours un peu facile comme détournement, mais dans le fond c’est vrai. C’est vrai, quand on est en face d’un public, quelque soit la salle, à partir du moment où il y a plus de deux personnes, trois personnes, mais plus le nombre est grand et plus il ne reforme qu’un et une énergie, en tout cas.

MC : En tête à tête, vous vous livrez plus ­parce que sur scène, on peut dire que vous vous livrez-vous vous livrez plus que devant une multitude de gens…

MF : Non, je pense que c’est faux. Je pense que je me livre davantage, mais peut­être sans la présence des mots ou en ayant choisi les mots. Maintenant, je crois que l’émotion que moi je ressens sur scène et que je peux offrir est quelque chose qui est une mise à nu, qui est beaucoup plus importante que dans une interview. J’ai malgré tout le contrôle de moi­même et de mes silences aussi.

MC : Ca fait douze ans, mine de rien, que vous êtes dans ce métier de la chanson. (Mylène confirme en riant) Est­ce que la situation a failli vous échapper une fois, durant ces douze ans ?

MF : M’échapper, non, je ne le crois pas. Je ne sais pas à quoi vous faites allusion précisément, mais j’ai…

MC : Être dépassée par ses propres motivations, s’embarquer dans un chemin qui n’était pas le bon…

MF : Avoir envie d’arrêter parfois tout, oui, ça m’est arrivé.

MC : C’est une façon de contrôler, justement, comme cette fuite…

MF : De nombreuses fois, oui. Hier encore…

MC : ‘J’avais vingt ans…’, mais ça c’est Aznavour ! (rires de Mylène) La fuite dans les mots, c’est quand même plus bénéfique que la fuite à Los Angeles ? Vous l’évoquiez tout à l’heure avec mon jardin imaginaire…

MF : Oui, je crois que j’ai eu besoin pour continuer d’écrire, puisqu’on parle des mots, que j’ai eu besoin de ce passage. Maintenant, il s’est effectué à Los Angeles, dans le fond ça aurait pu être ailleurs, en tout cas un pays dit étranger. Mais j’y ai trouvé, oui, si ce n’est une réelle source d’inspiration, en tout cas moi je me suis nourrie, si je puis dire, à ma façon. J’y ai trouvé quelque chose, oui.

MC : C’est Jean­Louis Murat qui, à ce même micro ­ je fais allusion à lui parce que vous l’avez rencontré, ne serait­ ce que pour un duo ­ qui expliquait que dans un texte, finalement, le texte n’était jamais aussi beau que lorsque à la fin de la chanson on n’avait pas forcément tout compris.

MF : Oui…

MC : Et pour vous aussi, je crois, à savoir que les mots ont plus d’importance que l’idée.

MF : Je pense qu’il vaut mieux savoir, en tout cas pour soi­ même, face à soi­ même, savoir ce qu’on a voulu dire. Maintenant, je suis d’accord que la chose trop expliquée, qui ne laisse pas dans le fond à l’autre une liberté, me dérange.

Diffusion de « L’Instant X »

1996-05-cMC : Avec nous, Mylène Farmer qui est notre invitée dans ce « Déjeuner de gala » sur Nostalgie aujourd’hui samedi. Je fais une petite digression avec les images, je voulais en parler un petit peu plus tard. Vous parlez de notion de liberté quant à la perception d’une chanson : le clip, pour le coup c’est bien souvent quelque chose de très cadenassé. On nous impose des images, on nous fait une explication ­ ça ne vous concerne pas tout le temps­ mais n’est­ce pas un piège ?

MF : C’est vrai, c’est un piège. Mais là encore, est­ce qu’on a le choix de ne pas faire sur une chanson une mise en images ? Là encore, malheureusement je n’ai pas ce choix ­là parce que ça serait suicidaire. Mais sur certaines chansons, c’est vrai que certainement je n’aurais pas fait de clip, parce que justement il y a une réduction du sujet évoqué, et puis parfois c’est magique aussi, donc…

MC : J’ai lu que vous disiez : ‘Quand j’écris mes textes, je livre beaucoup plus de moi que vous ne croyez. Il suffit de savoir écouter’. Est ­ce que vos chansons sont codées ? C’est un exercice qui peut vous amuser, ça ?

MF : Non, je ne suis pas sûre d’être aussi intelligente que ça. En tout cas, j’aime bien les mots, donc j’aime jouer avec les mots…

MC : Pas de fausse modestie, jeune fille ! (rires)

MF : …mais codés, non. Non. Je n’ai pas ce sentiment­là.

MC : Y a ­t ­il quand même une notion ­ j’ai cru vous entendre le dire, cette fois ­ci, donc la véracité du propos est entière, que vous aimiez cette forme d’irrationalité dans un texte et, comme vous venez de le souligner, que vouloir forcément une d’explication, c’est pas le but. Cette notion d’irrationnel, elle vous caractérise lorsque vous écrivez ?

MF : Non, je ne pense pas. Je ne pense pas, maintenant, sans parler de moi, quand je lis par exemple Cioran, puisque ça m’arrive de le lire en ce moment, à cette faculté que vous donner des mots­ clés, et là encore de vous laisser votre propre imagination. C’est un peu confus, ce que je dis, mais… (rires) Un peu comme les haïkus, vous voyez, ces poèmes qui sont très, très courts. On vous donne deux mots, on va vous dire –je dis n’importe quoi : un chien, une fourmi et la senteur du foin et tout à coup, ça va évoquer une multitude de choses. Mais là, ça sera à chacun d’interpréter ou d’imaginer. Donc j’aime, en tout cas si c’est ce que vous évoquez comme étant une irrationalité, alors c’en est une, oui, parfois…

MC : C’est finalement l’éducation que l’on reçoit lorsqu’on allait à la maternelle qui se transforme avec des beaux mots, mais c’est ça en fait : on apprend aux enfants, on leur montre un chat et leur imaginaire… (Mylène acquiesce d’un murmure) Vous faites allusion, donc, à Emile Michel Cioran, ce philosophe français pessimiste, dont l’œuvre s’exprime souvent par aphorismes. Vous en avez des favoris, vous ? Des proverbes, des… ?

MF : Je n’ai malheureusement pas beaucoup la mémoire des… (rires) Je retiens difficilement !

MC : Ben, ‘tomber sept fois’, il y a déjà ça !

MF : ‘Tomber sept fois’, c’était court donc facile à retenir ! Oui, il y a ce proverbe, effectivement, japonais qui dit ‘tomber sept fois, toujours se relever huit’ donc je l’ai volé.

MC : Vous êtes charmée par ce genre de formules ?

MF : Là encore, c’est le plaisir des mots et l’intelligence qui peut s’en dégager. En tout cas, sans parler même d’intelligence, à la fois la précision dans la non précision. Il y a cette phrase maintenant qui me revient… (rires)

Je vais faire mon exercice ! (rires)

MC : Allez­ y, soufflez bien !

MF : ‘Tout ce qui ne m’a pas tué me rendra plus fort’

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MC : Voilà, de retour avec Mylène Farmer qui est notre invitée aujourd’hui dans ce « Déjeuner de gala ». Je faisais référence à cette chanson qui figure sur l’album « Anamorphosée », c’est la  première fois où vous signez la musique : « Tomber 7 fois… »…

MF : Oui, oui. Absolument, oui.

MC : Après les mots, la musique. C’est une forme de défi que vous vous êtes lancé à vous­même ?

MF : Non. Là encore, ça s’est passé relativement naturellement : j’ai une guitare à la maison, donc il m’arrive parfois de tenter d’y jouer et ma foi, voilà, j’ai trouvé donc cette chanson, mais est­ ce que j’ai envie de faire ça et prolonger ça : non, je ne le crois pas.

MC : Vous vous êtes surprise vous ­même ?

MF : D’une certaine façon, oui, probablement ! (rires)

MC : Vous avez regardé autour si personne ne vous avait vue commettre cet acte affreux qui était d’écrire une musique ?!

MF : (rires) Oui, dans la mesure où j’ai pas de formation de musicienne. J’en ai le goût, en tout cas, mais je pense qu’il faut plus de talent pour composer.

MC : Vous êtes quand même pluridisciplinaire ­ on évoquera plus tard le goût de la peinture ­ vous écrivez, vous chantez, c’est tout à fait dans vos cordes, en tout cas c’est dans votre mentalité. C’est aussi de la liberté, finalement, que de savoir faire plusieurs choses, non ? C’est pour ça que cette notion de devenir compositrice, ou compositeur pardon, ça peut aussi vous aller, non ? C’est pas un défi qui vous… ?

MF : Non, parce que là encore, sans parler de talent, je sais ce que je suis ‘capable’ de faire, en tout cas de revendiquer, on va dire. Maintenant, quant à la musique, là encore, la composition, je sais que je m’essoufflerai très, très vite parce que manque tout simplement de connaissance, là encore.

MC : Vous voyez que vous êtes intelligente, puisque l’intelligence c’est savoir reconnaître ses limites.

MF : Je ne ferai pas de commentaires ! (rires)

MC : On saute du coq à l’âne, c’est le cas de le dire : vous aimez les animaux, je vous emmène sur le terrain des animaux. Comment va E.T. ?

MF : Très bien !

MC : Bien. Ce qu’il y a de fabuleux dans la communication avec les animaux, c’est que l’on émet des mots, eux les perçoivent comme des sons suivant l’intonation, et finalement, là on retombe sur c’est presque une chanson qu’on écrit avec les animaux : ils interprètent comme ils le veulent. Est­ce que mon parallèle vous choque ?

MF : Non. Vous faites ce que vous voulez, d’abord ! (rires) Mais effectivement, oui, les animaux, en tout cas les petits singes, connaissent probablement les sonorités, mais les visages aussi. Ils interprètent beaucoup l’expression, liée au son probablement. C’est un être, là pour le coup, relativement intelligent, caractériel aussi, qui a ses humeurs, mais c’est toujours aussi passionnant d’avoir un singe.

MC : C’est l’animal ­ nous en parlions tout à l’heure ­ qui se rapprocherait le plus de nos réflexes.

C’est pour ça que vous l’avez choisi ?

MF : Je crois que j’ai simplement une passion pour le singe. A chaque fois que je vois un documentaire sur ces animaux, j’ai envie de changer de vie et d’aller les retrouver, de les aider ou d’essayer de dialoguer, de m’y intéresser en tout cas. J’ai vu beaucoup, beaucoup de reportages sur les chimpanzés, les orangs­outans ou les gorilles. C’est vrai qu’une vie comme celle de Diane Fossey est une vie passionnante, mais c’est une vie difficile aussi.

MC : C’est une grande tendresse que vous avez envers les animaux, tout à l’heure vous étiez avec les chiens ! Vous aimez leur naïveté ? Leur fidélité ? C’est ce qui vous attire ?

MF : Là encore, je vais probablement vous décevoir mais je ne suis pas sûre d’analyser toutes les envies que j’ai, ou les communications que j’ai. J’aime les animaux parce que dans le fond, c’est très spontané.

Maintenant, si vous voulez vraiment trouver pourquoi on aime un singe, pourquoi on aime un chat ou un chien, dans le fond, ça, ça ne m’intéresse pas de savoir pourquoi je les aime. Je les aime, tout simplement.

Diffusion de « Mylène s’en fout »

MC : « Mylène s’en fout ». Pas nous ! Elle est votre invitée aujourd’hui sur Nostalgie, dans ce « Déjeuner de gala ». On a aimé ­ et on aime toujours ­ cet album, notamment, « Anamorphosée ». Je voulais juste un petit mot sur cet univers musical : il y a eu une évolution. Est­ce qu’on peut la qualifier, cette évolution, de tonique, d’énergique ? Ca serait le bon mot ?

MF : Je vais être obligée, moi, de revenir vers mes albums précédents : je n’ai pas eu le sentiment que ces albums n’étaient pas énergiques, donc en ce sens je ne peux pas aller dans cette idée de ‘plus d’énergie’. Je crois que parce qu’il y a des guitares, beaucoup plus de guitares qu’avant, peut­être que l’énergie vient aussi de là. Peut­être dans la façon de chanter, qui est probablement un peu différente : je chante plus grave ­ en tout cas, je me le suis autorisé !

MC : Dans le ton, rassurez­ nous ! (rires)

MF : Dans un ton plus grave. (elle hésite) Là, j’avoue que je ne sais pas bien… « Désenchantée », pour moi par exemple, est une chanson extrêmement énergique ­ mais ça n’engage que moi ­ au même titre que « L’Instant X », si ce n’est que la production est très différente. Là, oui.

MC : Voilà, justement : en quatre ans, est­ ce que vous avez eu l’impression de vivre une révolution musicale ?

MF : Non…

MC : D’abord, est ­ce que vous avez écouté ce qui se faisait ? Quand se passent comme ça quatre années, est­ce qu’on a le doute de se dire ‘je vais décrocher, je vais avoir un handicap insurmontable’ ? Parce que c’est un métier qui va très, très vite ­ je parle de la technologie, ne serait ce que ça…

MF : Oui. Oui, oui. Là encore, c’est plus une envie profonde non pas que de changer radicalement, mais simplement puisque j’ai passé un certain temps aux Etats­ Unis, c’est vrai qu’on est enclin à écouter beaucoup plus de musique : si on écoute la radio, on écoute que de la musique américaine en tout cas et qui est essentiellement beaucoup de guitares, et puis aussi dans les mélodies… Donc, en ce sens je ne me suis pas dit, là encore, ‘Pour le prochain album, il va falloir faire attention !’. C’est simplement un désir, tout simplement, que d’aller vers quelque chose de plus ce qu’on appelle live, moins de gimmicks. Je sais pas si j’ai répondu à votre question ! (rires)

MC : Si ! Faire office de référence, comme vous le faites aujourd’hui, est­ce que c’est une forme de reconnaissance éternelle ?

MF : Référence… ?

MC : Vous êtes une entité…

MF : Oh, pardon : moi ?!

MC : Oui ! Est­ce que c’est une forme de reconnaissance ?

MF : Est­ ce que je suis une référence ?!

MC : Quoiqu’il advienne, à partir de ce jour vous resterez quelque chose auquel on pourra s’identifier, auquel on fera référence. Est­ce que cette reconnaissance, vous la percevez ? Et comment vous l’acceptez ?

MF : Je la perçois parfois. Quand je monte sur scène, je crois que c’est le moment où l’on vous applaudit, tout simplement, où on vous dit que vous êtes quelqu’un d’important à ce moment ­là. C’est important au moment où je le fais. Maintenant, vous dire est­ce que ça me rassure ou est­ce que c’est important pour moi : je ne suis pas sûre, là encore, de pouvoir répondre à cette question. Je ne sais pas. (rires) J’aurais plutôt une humeur aujourd’hui de nous somme peu de chose, donc ça va être difficile pour moi que de vous dire ‘Je suis une référence’ ! (rires)

MC : Mais nous sommes peu de chose, je vous le confirme ! Il faut mieux en rire…

MF : J’aime ce que je fais. Je crois que je vais, là encore, faire ou une pirouette ou une réponse plus concise : j’aime profondément ce que je fais. C’est le plus important.

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1996-05-eMC : Bien. De retour dans « Déjeuner de Gala » sur Nostalgie avec Mylène Farmer. Il y a quelque chose que vous aimez et que vous ne faites pas encore, et que vous allez certainement faire parce que vous n’êtes pas être à vous laisser abattre, c’est le cinéma. (Erreur de Michel Cottet, puisqu’à la date de la diffusion, « Giorgino » venait de sortir deux ans auparavant ! nda) Tout ce que vous entreprenez sur scène, sur disque, sur les clips, il y a ­ j’ai l’impression, arrêtez ­moi si je me trompe ­ une approche cinématographique.

MF : Oui…

MC : Votre bonheur total serait aujourd’hui, ou dans quelques années, d’avoir une pile de disques de diamant et puis une pile de bobines de films, quand même, non ?

MF : Là encore, je ne suis pas sûre. Il y a quelques années, j’aurais ­ et je l’ai dit, que de ne pas faire de cinéma, j’en mourrais…

MC : Je voudrais qu’on ferme…Oublions tout ça et voyons devant !

MF : Non, non ! Je le révoque, parce qu’aujourd’hui je crois que je peux m’en passer tout à fait. Ca, c’est pour répondre à la notion de pile et de collection (rires). J’aimerais refaire un film, avoir un rôle qui bien sûr m’intéresse. Maintenant, me projeter dans un avenir de cinéma : pas du tout. Honnêtement, pas du tout.

MC : Mais cette approche ­ j’en finirai avec le cinéma…

MF : Mais j’aime le cinéma, donc voilà pourquoi j’aime l’image.

MC : Voilà, ce qui explique peut ­être votre petite différence ­ enfin, pas votre différence, ce que j’expliquais tout à l’heure : le phénomène musical ­ parce que vous appréhendez les choses avec un autre regard, celui de la caméra, même si on parle de chanson…

MF : Là encore parce que mon goût probablement, oui, pour le cinéma, pour l’image, pour l’évocation. Donc là c’était une rencontre formidable, en tout cas, quand j’ai commencé ce métier, à savoir que le clip était un élément essentiel pour un artiste, et ça a été quelque chose de magique pour moi ­ déjà d’avoir travaillé avec Laurent Boutonnat, qui a fait quand même la plupart de mes clips et qui est quelqu’un de grand talent. Là encore, c’est l’idée de rencontre, que de pouvoir aller voir Abel Ferrara et lui demander de travailler avec lui, Marcus Nispel, autant de gens qui ont beaucoup de talent. Là, c’est plus l’idée ­ on parlait de solitude tout au début­ là c’est l’idée réellement de deux ou de trois, de ne pas être seule justement dans une création.

MC : Vous citez Bergman, Polanski, Annaud ­ je lis, hein ! ­ Sergio Leone, dans le monde du cinéma. Est ­ce que vous avez eu des rencontres fascinantes, au­ delà des œuvres, avec ces gens ou avec d’autres ? Est­ce qu’il y a des gens que vous aimeriez rencontrer ? Vous aussi, certainement, vous êtes titillée par ces…

MF : J’aurais adoré rencontrer Bergman, mais il ne m’a pas attendue ! (rires) Maintenant, là encore, est­ce que j’ai des vœux : non. J’aurais aimé rencontrer Cioran, mais il n’est plus. J’avais très, très envie de rencontrer Abel Ferrara, c’est chose faite.

MC : Vous avez percé un peu le mystère ?

MF : De ce monsieur ? C’est quelqu’un d’assez fascinant, aussi bien dans la destruction que dans l’énergie, mais c’est quelqu’un de fascinant en tout cas.

MC : Donc c’est intéressant, finalement, d’essayer de percer le mystère des gens et de les rencontrer…

MF : Oui, bien sûr ! Bien sûr. Mais là encore, c’est quelqu’un qui se dévoile très, très peu.

MC : C’est d’autant plus passionnant…

MF : Il faut comprendre des choses, accepter d’autres, tolérer parfois, mais c’est quelqu’un de très riche, oui.

MC : « A force d’ignorer la tolérance, nous ne marcherons plus ensemble »…

MF : Oui ! (rires)

Diffusion de « Rêver »

MC : Juste avant ce titre, on parlait justement de chanson, du disque. En parlant de chanson, c’était dans l’album « L’Autre… » : ‘Agnus Dei, moi l’impie je suis saignée aux quatre veines’. A défaut de mépriser la religion, le bouddhisme c’est quand même quelque chose que vous avez cerné avec le livre de Sogyal Rinpoché, auquel vous rendez hommage d’ailleurs sur la dédicace de l’album. (Mylène confirme d’un murmure) Vous avez lu « Le livre tibétain de la vie et de la mort ». Cette philosophie consiste à vivre le moment présent : concrètement, c’est quoi ne pas vivre les moments avant et après qui peuvent redonner le sourire comme ça ?

MF : Ne pas vivre les moments avant ou après ?

MC : Puisque la définition…

MF : Oui, oui. C’est une façon de ne plus se mettre en réel danger ­mais ça c’est une notion dans le fond que je n’aime pas parce que j’aime le danger, j’aime l’inconnu ­ mais en tout cas d’un danger qui n’est pas réellement intéressant, à savoir c’est vrai que le passé peut être un fardeau. L’avenir, l’idée de l’avenir, se projeter dans l’avenir et de se dire ‘Qu’est­ce que je vais faire demain ?’ est quelque chose de terriblement angoissant, donc quand on a à la fois la connaissance qui est celle des autres, puisque vous évoquiez ce livre, cette philosophie est un pansement. Maintenant, il y a des choses que l’on accepte et puis d’autres que l’on rejette, et c’est vrai que l’idée, la notion de vivre son présent est quelque chose de cicatrisant, dans le fond.

MC : Malgré cette référence, je crois savoir que vous n’épousez pas pour autant la cause du bouddhisme…

MF : Non, c’est­ à ­dire que c’est toujours pareil : puisque j’ai évoqué ce livre dans mon album, après c’est toujours difficile parce que si les médias s’en emparent, on va vous dire ‘Donc vous êtes bouddhiste’. Et c’est vrai que moi j’ai quelques nuances, en sachant que je ne le pratique pas tous les jours, je n’ai jamais rencontré le Dalaï­ lama, je n’ai jamais réellement rencontré de bouddhistes mais je m’y suis intéressée et c’est quelque chose, une fois de plus, qui m’a fait beaucoup de bien, que je trouve très sensé et surtout très réparateur. Ce n’est pas une religion, c’est plus une philosophie donc c’est quelque chose de plus tendre.

MC : Je parlais de tolérance tout à l’heure : c’est une de vos valeurs essentielles…

MF : Là encore, j’en ai besoin et c’est vrai que je le réclame chez l’autre. Là encore, c’est un apprentissage, parce qu’on ne devient pas tolérant comme ça, du jour au lendemain : il suffit de quelque chose qui vienne percuter votre esprit, quelque chose de violent par exemple, et j’aurais presque envie de nier tout ce que je viens de dire donc là encore, c’est un chemin qui est long ! Mais c’est vrai que cette notion de tolérance est quelque chose d’indispensable pour l’être humain.

MC : Et quand la tolérance confine presque au pardon, c’est un peu facile quand même, non ?

MF : Pardon ?

MC : Lorsque la tolérance confine au pardon, c’est un peu facile comme attitude : il faut quand même se révolter, se battre, non ?

MF : Oui. Maintenant, l’idée du pardon, là je pense…

MC : Je parle pas du grand pardon ! (rires)

MF : …brutalement à un article que j’ai lu sur ces femmes et hommes qui ont perdu des êtres chers et qui sont allés voir les bourreaux de ces personnes perdues. Là, c’est une idée du pardon qu’on pourrait qualifier de presque insoutenable mais c’est quand même une grande idée, donc j’aime cette idée du pardon.

MC : Un que vous pardonnez, parce que je présume qu’il est toujours numéro un dans votre cœur dans la littérature, c’est Edgar Allan Poe : « Allan » la chanson, oui, c’était ça ?

MF : Oui, bien sûr !

MC : Bon, on ne sait jamais !

MF : Non ! (rires)

MC : Il y a « Le corbeau », avec l’emblème sur… C’est toujours le numéro un dans votre cœur ?

MF : C’est quelqu’un que j’aimerai éternellement, ça oui ! Maintenant, j’ai des lectures un petit peu plus légères en ce moment, qui sont Mary Higgins Clark dont je suis en train de dévorer tous ses livres !

MC : Très en vogue, oui !

MF : C’est plus léger, mais c’est assez passionnant ! C’est bien écrit, en tout cas. (rires)

MC : C’est très en vogue, presque à la mode d’ailleurs…

MF : Oui. C’est plus vulgaire ! (rires)

MC : Ca lave l’esprit ?

MF : C’est une détente en tout cas, oui. (rires)

Pause publicitaire et flash info.

1996-05-fMC : Retour sur Nostalgie dans ce « Déjeuner de gala » avec Mylène Farmer. On parlait de littérature, on parlait d’Edgar Allan Poe et puis de Mary Higgins Clark et de sa soi­ disante légèreté. Parmi les lectures qui sont plus tendues, j’avais noté Henry James et puis Julien Green ­ c’est drôle, on en parle alors qu’il veut être révoqué de l’Académie Française alors qu’il n’en a pas le droit, ce brave homme ­ avec ses angoisses métaphysiques. Est­ ce qu’ailleurs c’est toujours mieux que là où on est ?

MF : Je le pense de moins en moins. Est­ce que c’est le voyage qui vous donne ces… ?

MC : Ha, vous vous éloignez de notre ami Julien, là ! (rires)

MF : Oui ! Là encore, c’est l’idée de projection ou d’anticipation, d’imaginer effectivement que l’autre va vivre mieux, que l’ailleurs est un meilleur. Dans la mesure où j’essaye de vivre des moments présents, ce seront mes moments à moi ­ non pas que je n’envisage pas l’autre, mais je me dis que dans le fond j’ai de la chance de vivre ce que je vis, même si parfois c’est difficile donc de ne pas chercher justement cet ailleurs hypothétique.

MC : J’évoquais Julien Green, philosophe mais aussi photographe avec des autoportraits, des photos de famille (Michel Cottet prononce d’abord ‘des autos de famille’ ce qui provoque un fou rire de Mylène) Le pauvre, il est né au début du siècle, des autos il devait pas tellement en voir !

MF : Changez la question !

MC : Non, non, non je la conserve ! J’aimais beaucoup sa définition d’un cliché parfait ­ je lis les trois points : savoir voir, être rapide et être patient pour réussir donc une photo. Est­ce que ce ne sont pas un procédé qu’on pourrait appliquer à une chanson, finalement, pour sa réussite ?

MF : (elle répète) Savoir voir, être rapide et être patient… Oui ! Oui, ça peut être… (elle s’interrompt, visiblement perdue)

MC : Non, c’est pas grave, c’est pour mes enchaînements comme ça…

MF : Oui, oui, j’entends bien ! (elle éclate de rire)

MC : …on arrive sur la peinture, n’est­ ce pas, vous voyez…

MF : Parce que vous, tout est écrit ; moi, rien ! (rires)

MC : Je suis obligé de prendre des notes ! Donc je voulais faire un parallèle entre la photo, la chanson et la peinture, qui est quand même un art aussi qui, si je ne m’abuse, vous titille…

MF : J’adore la peinture. Je la connais depuis peu, dans le fond. J’ai rencontré certaines personnes qui font partie de ce métier, donc de la peinture, qui m’ont d’une certaine façon éduquée.

MC : Lesquelles ? Enfin, si toutefois ça n’est pas…

MF : Pierre Nahon, que je connais peu mais… Albert Koski (mari de Danièle Thompson. Mylène a assisté a plusieurs vernissages de l’artiste et est une intime du couple, nda) est quelqu’un qui m’a aidée et puis ma foi, après ce sont des expositions, ce sont des livres : j’adore acheter des livres de peinture, j’adore acheter quand je le puis quelques peintures.

MC : Des livres pour essayer de reproduire ou simplement pour la beauté de… ?

MF : Pour une évasion, là encore. C’est aussi intéressant de feuilleter un livre de peinture qu’un roman. J’aime beaucoup Egon Schiele, j’aime Max Ernst, j’aime Klimt…

MC : Je suis largué en peinture, alors là je dis rien, je fais celui qui connaît, mais alors là, non !

MF : Non, non mais… ! Henri Michaux, l’écrivain, qui était également un peintre. Et puis beaucoup d’autres.

MC : Vous aimez la peinture, c’est pas pour autant que vous aimez vous emmêler les pinceaux, hahaha ! (ironique)

MF : (elle pouffe) Je dois répondre ?! (rires)

MC : J’en aurai presque fini avec mes références littéraires ­ enfin celles d’une époque qui n’est pas forcément celle que vous vivez actuellement ­ il y avait notre ami Kafka. J’avais lu un bel article sur Prague, vous dévoiliez la ville de Prague avec beaucoup de bonheur (paru dans le magazine « Femme » en juin 1996, cf. cette référence, nda). C’est parce qu’elle vous rappelle Montréal, de par son climat, de par… ?

MF : Très honnêtement, je ne me souviens pas de Montréal, si ce n’est que j’ai le goût de la neige, donc probablement lié à cette époque. Je n’y suis retourné qu’une fois et extrêmement brièvement donc c’était quelque chose que je qualifierais de pas très agréable (Mylène y est effectivement retournée à l’automne 1988 dans le cadre d’une série photo avec Elsa Trillat. Des années plus tard, lorsque celle­ci évoquera ce voyage pour le Mylène Farmer Magazine, elle parlera également d’une mauvaise ambiance, nda). Donc je ne me souviens pas de Montréal, en somme.

MC : Je ne sais pas si vous vous souvenez de cet article sur Prague que vous avez formidablement bien rédigé…

MF : Non, je ne m’en souviens pas. (l’article a pourtant été publié quelques mois à peine plus tôt, nda)

MC : C’est un art que vous aimez aussi. Il était axé sur les monuments historiques, sur les gens de la littérature etc. Ca vous passionne, ça, l’Histoire des villes ?

MF : Oui. Je suppose que c’est à peu près normal quand on découvre une ville de savoir ce qui s’y est passé, quels étaient les écrivains, qui a hanté qui ou qui a hanté quoi… Oui, là c’est encore un intérêt pour l’autre.

MC : Il y a notre ami le marquis, ça vous aimez bien, aussi…

MF : Le marquis, oui ! Le divin marquis ! (rires)

MC : Le marquis de Sade. Il va bien ?!

MF : Je l’ai délaissé, lui, un petit peu ! (rires) Il trépigne !

MC : Justine (héroïne des écrits du marquis de Sade, nda) va être en colère !

Diffusion de « Comme j’ai mal »

MC : « Comme j’ai mal », c’est bien entendu Mylène Farmer, extrait de l’album « Anamorphosée ». Mylène, notre invitée aujourd’hui sur Nostalgie dans ce « Déjeuner de gala » avec des chansons, avec des livres. Parmi toutes ces lectures, qui une nouvelle fois peuvent changer ou évoluer ­ ceci dit, celles qu’on a évoqué et que vous revendiquez, c’est quand même un monde fantastique et morbide : est ­ce que le suicide peut flirter, être limitrophe de cet univers que représentent les Julien Green, les Cioran etc. ?

MF : Est­ce que je… ?!

MC : Le suicide, la notion de suicide peut être limitrophe de cet univers pessimiste…

MF : Là encore, est­ ce que ce sont des thèmes de prédilection ? Je m’y sens bien…

MC : Pour l’époque où vous vous sentiez bien. Je ne veux pas…

MF : Non, non je m’y sens toujours très bien !

MC : Est ­ce que cette notion de suicide, qui est quand même une limite à franchir ou ne pas franchir après tout, est­ ce qu’elle était présente dans vos lectures ? « Le mythe de Sisyphe » de Camus, est-ce que vous l’avez lu par exemple ?

MF : Non, non. Est­ce que vous faites allusion à moi, est­ce c’est quelque chose qui m’a hantée, ou est­ce que c’est quelque chose qui… ?

MC : Oh non, je n’irais pas jusque là. Non, non. D’une façon générale, quand on est ‘imbibé’ non pas d’alcool ­ bien que vous appréciiez le Bordeaux et je vous en félicite ! ­ mais imbibé de ce genre de lectures, aussi diverses soient­elles…

MF : Oui, ce sont des chemins dangereux. Effectivement, si on s’imbibe et fait une indigestion d’auteurs comme ça, de lectures, ça devient sa vie de tous les jours, sa pensée de tous les jours donc on finit par… A la fois c’est passionnant et pourquoi c’est passionnant ? Parce qu’on ressent ces mêmes choses, donc fatalement se crée un lien entre l’auteur et le lecteur. Maintenant, ça peut être dangereux si on ne s’abreuve que de…

MC : C’est pour ça qu’il y a Mary Higgins Clark !

MF : Oui, peut­être ! Parce qu’il y a toujours ces ingrédients mais il y a toujours une notion d’espoir, j’imagine.

Oui, il faut avoir le recul nécessaire pour ne pas effectivement essayer d’illustrer ce que l’on lit, en tout cas de l’appliquer à sa vie, voilà.

MC : Vous êtes en train de nous avouer quand même professionnellement, à travers vos lectures, une formidable conscience des limites, un recul, une sérénité par rapport à vous ­même…

MF : Oui, je le pense. Parfois, je n’aime pas ça, je n’aime pas cette maîtrise.

MC : Ca empêche une folie, d’être trop maître de soi, d’être trop lucide finalement ?

MF : D’une certaine manière, oui. Et une trop grande lucidité mène à un cynisme parfois, et ça je m’en défends aussi parce qu’être cynique, je crois, c’est pas très intéressant pour sa vie ni pour les autres. Mais là encore, c’est moi qui suis responsable de ça.

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MC : Retour sur Nostalgie dans ce « Déjeuner de gala » avec Mylène Farmer. Un petit clin d’œil à votre nom : ‘Farmer’, c’était un personnage d’un film que Jessica Lange a tourné etc. Enfin bref ! (Incarnée au cinéma en 1982 par Jessica Lange, Frances Farmer est décédée en 1970, nda) Aujourd’hui, si vous deviez choisir un autre nom en référence, ça serait Greta ?

MF : Non ! (rires)

MC : Non ? Ca changerait pas ?

MF : E.T., ça me conviendrait parfaitement ! (rires)

MC : Greta, ça m’arrange : j’étais sur « Cendres de Lune »…

MF : J’ai bien compris, oui ! (rires)

MC : Léo Ferré ­ j’y reviens, vous voyez, chacun les siens ­ c’était la mélancolie, ‘la mélancolie, c’est revoir Garbo’ dans « La reine Christine ». Pour vous c’est quoi, la mélancolie ?

MF : Qu’est ­ce que pour moi la mélancolie… ?! Hmm…

1996-05-gMC : Vous avez autant de temps que vous voulez pour répondre !

MF : Oui, mais plus je vais mettre du temps et plus la réponse sera décevante !

MC : Non, peut ­être que vous n’êtes pas mélancolique, donc c’est un sentiment qui n’évoque rien de spontané, justement…

MF : Je la trouve très souvent dans la musique. Ecouter une musique évoque chez moi une mélancolie. Mais là, précisément, non je n’ai pas de réponse…

MC : Ecouter les Doors, les Eagles, Gainsbourg, Dutronc, ça c’est de la mélancolie, c’était votre…

MF : Oui…

MC : Vous êtes allée voir, par exemple, Dutronc au Casino (de Paris, nda) y a quatre ans ?

MF : Non.

MC : Barbara, aussi, qui a bercé votre…Non ?

MF : Non. Le dernier spectacle que j’ai vu, c’était Alanis Morissette.

MC : Barbara, qui vient de sortir un album (« Barbara », 1996, nda) : ‘Il me revient, il me revient en mémoire, il me revient une histoire, il me revient des images’ ça, c’est pas votre cas, ça, hein…

MF : Qu’il me revienne des images ? J’essaye le moins possible ! (rires)

MC : L’adolescence ne revient jamais. Vous n’aimez pas l’adolescence d’une façon générale : est­ce que c’est parce que vous n’appréciiez pas le manque de personnalité chez l’autre ? Est­ce qu’on peut faire le lien ?

MF : Je n’aime pas l’adolescence. Là encore, je n’ai évoqué que la mienne : c’est un passage que je n’ai pas aimé du tout, du tout.

MC : Peut ­être dans le regard des autres adolescents que vous croisiez à l’époque…

MF : Ca, de toute façon, mais avant tout on ne s’aime pas soi ­même et là pour ça, je crois que je n’avais même pas besoin du regard de l’autre.

MC : Ca vous plaît aujourd’hui d’être presque adulte ?

MF : Je crois que je ne le serai jamais !

MC : J’ai dit ‘presque’, hein !

MF : (rires) Oui, je me préfère aujourd’hui qu’il y a cinq ans, six ans, dix ans, vingt ans. La trentaine est quelque chose de plus doux, pour moi en tout cas.

MC : Ca correspond à ce que vous imaginiez lorsque vous étiez adolescente ?

MF : Non. Là encore, je me suis toujours envisagée ­ c’est plus une détresse qui venait à moi, donc de s’envisager plus grand dans le temps est quelque chose qui n’était pas là encore très doux. Mais j’ai toujours entendu ‘Vous verrez, l’âge de trente ans ou la trentaine pour une femme est bien plus magique que cette période qu’est l’adolescence’ et j’avoue que je puis dire oui, en tout cas me concernant.

MC : Là, c’est à demi magique : vous êtes au milieu de cette décennie exceptionnelle !

Diffusion de « Vertige »

MC : « Vertige », toujours extrait de votre album, Mylène Farmer, « Anamorphosée » ­ je vous parle, puisque vous êtes notre invitée aujourd’hui sur Nostalgie dans ce « Déjeuner de gala » ! On parlait juste avant de votre adolescence. Vous ne répondrez pas si je vais un peu trop loin : vous dites aussi avoir été en manque d’affectif, est ­ce qu’avec le recul vous avez l’impression d’être passée à côté d’une bonne thérapie pour soigner cette blessure ?

MF : Là encore, puisque c’est une inconnue pour moi je ne peux pas répondre, en ce sens que je n’ai pas fait cette démarche. Maintenant, nous sommes tous d’abord des êtres très sensibles mais il y a une hypersensibilité que vous ayez dans le fond ou non cet amour, vous ne le percevez ou en tout cas pas peut­ être à sa juste valeur, ou peut­ être que vous en demandez une surproduction donc en ce sens, vous allez souffrir. Donc je dois faire partie, si je peux me caractériser, de cette catégorie d’êtres hypersensibles, donc difficiles.

MC : « Et Tournoie… » : ‘Ton pire ennemi, tu peux l’expulser de toi’…

MF : Là, ça fait partie, oui, de cette…

MC : Il rôde encore ?

MF : Bien sûr. C’est pour ça : là, je pensais à ça et à l’évocation du bouddhisme et toutes ces choses qui sont très belles et très reposantes mais malgré tout on se lève le matin et on peut toujours avoir cette notion du mal qu’on a en soi, cette capacité à faire la mal, cette négation de soi et toutes ces choses qui font que ça perturbe votre esprit et c’est là où c’est difficile, parce que c’est là où vous décidez, vous êtes réellement maître ou de votre vie ou de votre journée et décidez que non, ça va aller mieux parce que ça vaut le coup.

MC : Ce méchant, il s’appellerait Alice, l’araignée malicieuse ?

MF : Oui, tout à fait ! (rires)

MC : Ca m’amène à la scène : entre le spectacle de 1989 et celui­ ci, qu’est­ ce que vous vouliez absolument ne pas reproduire ?

MF : Trop de tristesse.

MC : Voilà, on sait toujours ce qu’il faut pas faire, on sait pas forcément ce qu’il faut faire, mais voilà, c’est ça…

MF : Oui, j’avais envie de…Mais là encore, ça a commencé par l’écriture de l’album, donc fatalement la scène est différente puisque j’ai suggéré, moi, des choses avant, en tout cas mes changements intimes.

MC : Ceci dit, si je puis me permettre, le spectacle comporte la quasi ­totalité des nouvelles chansons mais dans sa globalité, ça ne représente que 40% et pourtant le spectacle a une tenue, c’est la même.

Il est quand même…

MF : J’ai eu envie d’abord d’évoquer le blanc, avec tout ce que ça peut évoquer pour l’autre, essayer de donner de la joie ; maintenant de la réflexion, bien évidemment, mais l’idée du show en soi : l’idée du show qui est quelque chose de à la fois factice, rapide mais quelque chose de fondé.

Pause publicitaire

MC : C’est toujours votre « Déjeuner de gala » sur Nostalgie. On est pratiquement en tournée, on parlait de votre disque, c’est la scène actuelle ­ ce soir vous serez à Nîmes. Cet écran géant, c’est votre idée ? C’est pour avoir un spectacle à deux vitesses, ce fameux show que vous venez de décrire et puis également qu’on puisse vraiment lire dans vos yeux ?

MF : D’une certaine manière, oui. Là encore, c’est peut ­être extrêmement narcissique mais c’est pensons aux personnes qui sont tout au fond et qui ne voient que des petites choses sur scène qui bougent, donc j’allais dire je me devais, non je ne me devais pas de le faire mais moi étant spectateur, c’est vrai que j’ai une frustration si je ne vois pas les yeux de la personne. Donc voilà pourquoi cette idée de l’écran géant et parce qu’il y a eu…

MC : Surtout quand ils sont jolis !

MF : (elle rit, un peu gênée) Et puis l’envie aussi de projeter des choses sur cet écran, parce que bien évidemment il n’y a pas que moi, évoquer l’abstraction et là encore, c’était une chose…

MC : Et vos sourires, on dirait ­ c’est peut ­être fait exprès ­ il y a des expressions très agréables qui nous propulsent vers le blanc…

MF : Là, c’est peut­ être la différence alors par exemple avec la première scène et la deuxième : sur la première, je n’aurais jamais pu avoir une caméra qui reproduise justement mon visage en gros plan. Ca, c’est quelque chose qui m’aurait mortifiée parce que peut­ être que je n’étais pas prête pour ça (il est à noter que pour les deux dates à Bercy en 1989, des écrans géants étaient pourtant placés de part et d’autres de la scène, nda) alors que là, c’est quelque chose que je…c’est sans doute ça, le vrai changement : c’est de devancer ça et de dire ‘Voilà, maintenant je vais vous donner aussi mes clignements d’œil, mes larmes, mes joies, mes sourires, mauvais ou bons profils, peu importe : je me livre !’ (rires)

MC : ‘Dieu vomit les tièdes’, ça c’est vous qui l’avez…

MF : C’est dans la Bible ! (rires)

MC : Oui, oui, je vous cite, je l’ai noté et je voulais rebondir là­dessus : vous êtes dure dans le travail ? Vous avez l’œil à tout ? Vous maîtrisez tout ?

MF : Maîtriser, je ne sais pas, mais en tout cas je fais en sorte, oui, de maîtriser le maximum. Dure, probablement ; pénible, à mes heures sans doute, mais maintenant je respecte l’autre, donc je pense que…

MC : Les réactions, lorsqu’il y a un point qui vous agace, elles sont spontanées ou réfléchies pour apporter la solution ou pour essayer d’imposer votre vision des choses ?

MF : Elles sont… Là encore, c’est pas aussi simple que ça. Je m’enflamme très, très vite ! Même si dans le fond, la réponse a été donnée tout de suite, parfois elle est un petit peu trop ­ je ne trouve plus le mot ! ­ démesurée, mais en tout cas elle est instinctive.

Diffusion de « Laisse le Vent Emporter Tout »

MC : « Laisse le Vent Emporter Tout », c’est Mylène Farmer, extrait de votre album « Anamorphosée ». Continuons ce « Déjeuner de gala » sur Nostalgie : on faisait référence tout à l’heure sur l’album aux guitares de Jeff Dahlgren. Est­ce qu’il y a eu d’autres ingrédients comme ça sur l’album et sur la scène que vous vouliez absolument avoir à vos côtés pour perdurer ce nouvel élan ?

MF : Sur la scène, oui : avoir des musiciens qui ont envie de jouer.

MC : Pourquoi ? Le contraire, ça existe ?!

MF : Oui, parce que dans ce métier, ça peut devenir une routine très facilement. On vient en studio, on fait une séance et on s’en va…Qu’il y ait une énergie centrale sur scène, qui sera la mienne puisque je vais être le point central, et à la fois des danseurs et des musiciens, s’il n’y a pas une osmose parfaite, en tout cas un réel désir commun, je crois que c’est quelque chose qui est à moitié gagné. Donc, outre les capacités et les talents de musicien, il y a aussi ce vrai désir de se dire qu’à chaque fois qu’un spectacle est quelque chose d’exceptionnel et qu’il faut tout donner.

MC : Cette osmose, on la ressent tout de suite ? Non, bien entendu, il faut du temps…

MF : Je crois que là encore, c’est plus l’idée de l’instinct qui vient quand on fait le choix des musiciens, et puis après je crois que c’est malgré tout à la fois et un travail et un partage. C’est ­à ­dire, c’est vrai qu’il y a beaucoup de moments, par exemple pendant les répétitions ­ que ce soit avec des danseurs ou avec des musiciens ­ il y a beaucoup de moments après la scène, avant le spectacle, à la cantine… Ca peut paraître ridicule, mais ce sont des moments qui sont importants à chaque fois parce qu’il y a une vraie ou communication, ou communion et que c’est là que se construit réellement ce que les gens vont ressentir sur scène.

MC : A la cantine, comment on se détend ? On parle de blagues ou on continue à peaufiner les détails, ou à se dire ‘Ca, c’était pas bien ; ça, c’était bien’… ?

MF : Il y a toujours ces choses­là qui surviennent, mais en général pour un tel spectacle, parce que c’est quelque chose qui est obligé d’être extrêmement calibré. Après vient le temps de…

MC : Ca doit être parfait avant qu’on l’ait commencé…

MF : Parfait : là encore, je me méfie un petit peu de ces mots en parlant de moi et de ce spectacle, mais en tout cas les choses techniques, par exemple, doivent être extrêmement étudiées, sinon on va à une catastrophe !

MC : Vous vous aimez, parfois ?

1996-05-bMF : (elle soupire, puis rit) Sans doute, oui. Sans doute…

MC : Vous aimeriez être l’amie de Mylène Farmer ?

MF : Posez­moi une autre question ! (rires)

MC : ‘De ce paradoxe je ne suis complice / Souffrez qu’une autre en moi se glisse’, héhé ! Est­ce que l’illogisme serait donc la seule logique possible ? Oh, c’est compliqué !

MF : Je vais avoir mal à la tête, bientôt ! (rire franc)

MC : On a bientôt fini, docteur ! C’est vous : en lisant vos chansons, en les écoutant ça inspire ce genre de…Mon imaginaire a fonctionné, vous voyez ! (Mylène acquiesce d’un murmure) Donc forcément, c’est vrai que vous avez peut­être des difficultés à y répondre. ‘Mais qui est l’autre’ ?!

Diffusion de « Et Tournoie… »

MC : « Et Tournoie… », c’est Mylène Farmer bien entendu, notre invitée aujourd’hui dans ce « Déjeuner de gala ». Je reviens sur la scène : c’est Paco Rabanne qui vous habille ­ vous voyez, j’ai tout noté parce que je peux pas tout me souvenir, moi ! ­ en 1989, c’était Thierry Mugler, qui avait fait aussi le clip de « XXL »…

MF : Oui…

MC : Il y a eu Gaultier sur le clip de « Je t’aime Mélancolie », Alaïa sur le clip de « Que mon Cœur Lâche », non c’est pas ça ?

MF : Oui !

MC : Bref, c’est une vraie collection ! C’est drôle…

MF : Oui, j’aime bien les couturiers !

MC : Vous jouez sur scènes avec ces tenues ? C’est une façon de vous… ?

MF : Oui. Là encore, j’ai travaillé assez longtemps avec l’équipe de Paco Rabanne.

MC : C’est une volonté de changer, comme ça, d’aller de l’un à l’autre qui ont quand même des styles très différents ?

MF : Oui. Encore que sur la première scène, à part deux ou trois tenues, Thierry Mugler n’était pas si en avant que ça : c’est­à­dire qu’il a accepté de prêter son talent mais de respecter aussi mon univers. Je fais allusion à « Tristana », par exemple, qui était des manteaux russes avec des écharpes, des gants : c’est pas très Thierry Mugler ! Maintenant, pour Paco Rabanne, l’idée c’était que ce soit près du corps, que ce soit ce qu’on appelle sexy… (rires)

MC : Et talons hauts, cette fois­ ci !

MF : Et talons qui sont très, très hauts ! (rires) Et Paco Rabanne, là encore ça fait partie des rencontres et des choses qui deviennent presque une évidence une fois que c’est choisi. C’est quelqu’un qui aime le blanc, c’est quelqu’un qui aime l’énergie, qui aime autant de choses qui avaient un rapport avec ce show.

MC : Dans le monde de la mode, dans le monde de la chanson, il y a forcément moult personnes qui essaient de vous approcher, non ? Des projets, vous devez en avoir !

MF : Mais non, pas tant que ça !

MC : Pourquoi ? Vous faites peur ?!

MF : Je ne sais pas ! Mais non, il y a pas tant de…

MC : Restons sur le domaine de la mode : il y a pas beaucoup de personnes au monde qui réclament autant de tenues pour une scène, et surtout des tenues qui sont mises en valeur, qui servent à quelque chose, non pas simplement à dire ‘Vous avez vu ? J’ai une belle tenue !’, donc forcément ça doit attiser les esprits fertiles !

MF : Mais non ! Alors, est­ce que c’est propre à ce pays ? J’en sais rien, mais c’est plus à soi à chaque fois de faire des démarches et d’avoir des désirs et d’aller vers l’autre plus que créer de réelles envies chez l’autre, non…

MC : J’ai juste noté, il y avait Baudelaire aussi, j’ai oublié, avec « L’Horloge », que vous aviez adapté sur l’album « Ainsi Soit Je… » : ‘Trois mille six cents fois par heure, la seconde chuchote : souviens toi’, ça, ça doit vous énerver, ça ! C’est pas vous, ça !

MF : (rires) C’est plus moi, ou j’essaye de ne plus l’être ! (rires)

MC : J’avais noté également, pour essayer d’en finir avec cet album, « Anamorphosée », sur « Mylène s’en fout », c’est la pureté à travers le jade, ce minéral chinois. La pureté, ça pourrait être aussi un mot pour vous définir ?

MF : Oh, là encore c’est un exercice que je ne ferai pas, tenter de me définir, donc je vous laisse ces mots ­là, mais le jade, l’évocation du jade qui évoque effectivement la pureté, l’idée aussi d’un matériau brut, d’un matériau qui n’est pas précieux mais qui devient avec le temps quelque chose de précieux ­ mais là je ne m’évoquais pas moi précisément !

MC : J’espère que ‘c’est sexy’, Nostalgie ! En tout les cas, c’est vrai qu’essayer de découvrir quelqu’un, essayer de percer le mystère, ça peut amener un grand risque : la déception. Je peux vous dire que vous êtes l’exception qui confirme la règle !

 MF : C’est gentil ! Je pensais exactement à ça, à savoir est­ce que je n’ai pas déjà trop parlé ?! (rires)

MC : Je voulais finir en vous paraphrasant : laissons le vent emporter tout, laissons Mylène prendre soin de tout. Voilà !

MF : (rires) C’est gentil à vous, en tout cas ! Merci !

MC : Merci beaucoup.

Publié dans Mylène 1995 - 1996, Mylène en INTERVIEW, Mylène TOUR 1996 | Pas de Commentaires »

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