• Accueil
  • > Recherche : mylene farmer ses animaux

Résultats de votre recherche

Ils font vibrer le cœur de Mylène Farmer

Posté par francesca7 le 26 novembre 2016

Elle n’a jamais fait mystère de son amour pour les animaux. Et pour ceux qui douteraient encore de la sincérité de ses sentiments, sachez que Mylène Farmer a tout de même vécu pas moins de vingt-cinq ans avec un singe capucin baptisé E.T., qui était tout à la fois son compagnon, son meilleur ami et son confident.

Martyre

Inconsolable après la mort de la pauvre bête, disparue en 2011, la star lui avait même dédié un album, Monkey Me. Mais alors que la chanteuse s’apprête à faire son grand retour avec un nouveau disque qui sera dans les bacs pour Noël et comprendra un duo plutôt inattendu avec Sting, une autre preuve de son affection sans limites pour toutes les formes de vie vient d’être révélée.

 chez francesca

(Mylène et Benoît ont un berger suisse blanc depuis 2012. C’est la même race que Elfi, le chien que possède Laurent Boutonnat et sa compagne. La première fois qu’on a pu l’apercevoir, c’était dans la voiture de Mylène lors de son arrivée à l’inauguration de la Cité du Cinéma de Luc Besson le 21 septembre 2012. Pour l’anecdote, Liloup a son propre… « psy » pour animaux !)

L’histoire, relatée dans les colonnes de l’hebdomadaire VSD, remonte au début du mois de mai 2009. À l’époque, l’artiste vient de faire un triomphe à Nice, envoûtant les 8 500 spectateurs du palais Nikaia.

Une fois les projecteurs éteints, Mylène Farmer monte à bord d’une berline aux vitres teintées pour rejoindre, en toute discrétion, un célèbre restaurant étoilé où l’attend un succulent souper à partager avec quelques intimes. Mais à peine a-t-elle franchi les portes de l’établissement que, vision d’horreur, la star découvre de malheureux homards baignant dans un aquarium, des crustacés destinés à être plongés vivants dans de l’eau bouillante pour satisfaire les papilles de riches gastronomes ! 

Les amateurs de fruits de mer oublient trop souvent le calvaire que vivent ces infortunées créatures pour satisfaire leur appétit, mais pas l’artiste qui, avec son cœur « gros comme ça », veut leur épargner ce martyre. « Ils vont être mangés ? Je vous les achète ! » lance-t-elle au maître des lieux.

Aussitôt dit, aussitôt fait, et voilà qu’à 2 h du matin, devant de rares témoins éberlués, notre célèbre rousse, encore plus flamboyante qu’à l’ordinaire, se hâte de traverser la promenade des Anglais pour libérer au plus vite dans la Grande Bleue une dizaine de homards, rescapés, grâce à elle, d’un carnage culinaire.

Les années ont certes passé depuis ce spectaculaire acte militant. Mais, si vous exercez la profession d’écailler et que vous voyez Mylène Farmer s’avancer à grands pas vers votre étal, dites-vous que c’est sans doute votre jour de chance.  

 

Claude Leblanc pour France Dimanche

 

Publié dans Mylène 2015 - 2016, Mylène dans la PRESSE, Mylène et des CRITIQUES | Pas de Commentaires »

A l’époque du DIRECT avec Mylène FARMER

Posté par francesca7 le 3 septembre 2016

 

 

 

Philippe Gildas reçoit Mylène Farmer sur le plateau de son « Direct », sorte de première version de ce qui deviendra « Nulle Part Ailleurs ». Mylène, dans un tailleur gris beige, prend place aux côtés de la comédienne Marie-Christine Barrault pour répondre aux questions de l’animateur.

mylène

Philippe Gildas : Bonjour Mylène ! Est-ce que le clip est fini ?
Mylène Farmer : Il est terminé, oui. 

PG : Ca sortira bientôt ?
MF : Il est en montage actuellement pendant une semaine, une semaine de mixage et la troisième semaine sera la bonne !

PG : Je voudrais bien voir « Libertine » au milieu des loups !
MF : Oui, ça va être très, très beau je pense !

PG : Vous l’avez vraiment fait avec des loups ?
MF : On a fait avec un loup, et puis sinon y a des…Je vous donne pas le secret, quand même ! (rires)

PG : Mais je savais depuis le début qu’elle voulait à tout prix faire son clip dès la sortie, avant même la sortie de « Tristana », d’ailleurs ! 
MF : Oui !

PG : Et vous l’avez tourné en Ardèche, non ?
MF : Non, non, non, on l’a tourné dans le Vercors, avec des plaines enneigées…Un très, très beau décor !

PG : « Tristana », c’est votre combien, cinquième 45 tours ?
MF : Oui. 

PG : C’est une carrière qui est partie à cent à l’heure, alors ! Y a combien de temps ? Trois ans ?
MF : Ca fait, depuis « Maman a tort », trois ans, oui. Avec un album, entre !

PG : Et « Maman a tort », c’était pas hasard !
MF : Rien n’est un hasard, mais c’est vrai que j’ai eu la chance de rencontrer deux personnes qui…

PG : (il l’interrompt) Boutonnat ?
MF : Boutonnat, oui, Laurent Boutonnat avec qui je continue, compositeur donc qui m’a composé la première chanson. 

PG : Il a eu, enfin je sais pas qui a voulu cette rencontre mais c’était bien puisque trois ans après un album est sorti…
MF : Oui.

PG : …qui a combien ? Six mois ?
MF : A peu près, oui. (l’album est pourtant sorti un an pile auparavant, ndlr)

PG : (…) Et voilà maintenant le nouveau 45 tours, « Tristana », on l’écoutera chanter dans un instant !

Philippe Gildas se tourne alors vers Marie-Christine Barrault, qui parle des films en costumes.

PG : (…) Mylène elle adore les déguisements !
MF : (rires) C’est vrai, j’aime bien les costumes, oui, les époques.
Marie-Christine Barrault : Les robes sont très, très lourdes ! (…) Pour chanter, je suis pas sûre que ce soit bien ! (rires)

PG : (se tournant à nouveau vers Mylène) Alors, « Tristana », l’histoire de « Tristana » ?
MF : Que voulez-vous savoir ?!

PG : Après « Libertine », il fallait le trouver quand même !
MF : Oui! C’est la dure reconversion de « Libertine » ! C’est une histoire simple, « Tristana », c’est un peu la mélancolie, un peu le désespoir. Voilà, c’est un peu la couleur de cette chanson. 

PG : Pourquoi chaque fois, vous qui avez une vie professionnelle parfaitement réussie apparemment une vie privée aussi dont vous n’avez pas à vous plaindre, la petite québécoise…non c’est pas Québec, vous hein ?
MF : C’est Montréal. 

PG : …venue en France, non pas pour chanter mais bien avant déjà ! Vous aviez quel âge ? 10 ans, 12 ans ?
MF : Oui c’est ça, 9, 10 ans. 

PG : Quand vous voulez retravailler, vous allez au Canada sans problèmes : ils vous connaissent bien !
MF : Ils me connaissent pas du tout au Canada, non ! Non, non ! L’album est sorti, « Libertine » est en train de sortir mais je n’ai rien fait dans ce pays. 

PG : Mais ils vous connaissent quand même ? Ils savent…
MF : Certainement. Depuis « Maman a tort », oui, ils s’intéressent un peu à ce que je fais.

PG : Sinon vous n’envoieriez pas vos disques en priorité là-bas, après la France !
MF : Ce n’est pas en priorité, c’est eux qui font appel à vous s’ils sont intéressés. 

PG : Mais ça sert pas d’être canadienne ?
MF : Je ne crois pas. En ce qui me concerne, non parce que…

PG : Ils vous considèrent pas du tout comme canadienne ?
MF : Ben j’avoue que j’y suis jamais retournée, que je n’ai jamais re-rencontré donc des canadiens. Il était question que j’y aille là, en mai donc c’est en pourparlers. Donc je pourrai vous répondre après ! (Mylène ira finalement au Canada un an plus tard, ndlr)

PG : La carrière de mannequin, vous l’avez complètement abandonnée ?
MF : Oui, j’avais fait ça vraiment en dilettante, c’était pour gagner ma vie. Donc j’ai complètement abandonné parce que inintéressant et pas du tout ce à quoi j’aspirais. 

PG : Alors qu’est-ce que vous ferez après la chanson ?
MF : Probablement élever des singes !

PG : (rires) Et pourquoi ?
MF : Parce que j’ai une passion de cet animal, des animaux en général, mais c’est vrai des singes spécialement. 

PG : Mais qu’est-ce que vous en ferez ?
MF : Bah écoutez, un élevage probablement !

PG : Mais des grands ? Des petits ?
MF : Plutôt des gros. 

PG : Oui, mais ça se reproduit ! (rires)
MF : Oui. Vous avez peur des familles nombreuses ?! (rires)

PG : De singes, oui !
MF : Y a plein de choses à faire : l’éducation…Enfin, je sais pas, y a plein de découvertes à faire certainement avec ces animaux. 

PG : Enfin pour l’instant vous continuez la chanson ?
MF : Pour l’instant, je suis ravie de chanter ! (rires)

mylène

Philippe Gildas demande ensuite à Mylène d’interpréter « Tristana », ce qu’elle fait, entourée de ses deux danseuses. A l’écran apparaît parfois un trucage vidéo entourant Mylène de fausses flammes. Après la chanson, Mylène retrouve sa place face à l’animateur.

PG : Le dernier 45 tours de Mylène Farmer, « Tristana ». Alors en attendant la surprise du clip, parce que si j’insiste tellement sur le clip c’est…elle devrait faire du cinéma ! « Libertine » faisait combien de temps, le clip ?
MF : Je crois que c’était onze minutes. 

PG : Un vrai film, en plus !
MF : Oui. Celui-là (« Tristana », ndlr) est parti pour être un peu plus long, d’ailleurs !

PG : Ha, vous allez faire encore plus long ?! Mais faut faire du cinéma carrément !
MF : Bah écoutez, peut-être un jour ! (rires)

PG : « Libertine », vous l’aviez tourné dans un château ?
MF : On l’a tourné dans un château…heu qu’est-ce qu’on a fait d’autre ?! (sourire) On a fait de l’extérieur également. Et là, c’est essentiellement extérieur et un peu studio. 

MCB : Vous avez combien de temps pour tourner un clip ?
MF : Il y a la préparation -je vous laisse juge, vous connaissez le métier ! Sinon de tournage, c’était à peu près cinq jours. Cinq, six jours mais vraiment à temps complet, c’est-à-dire c’était de 5h du matin à 11h du soir !

PG : Mais pourquoi est-ce que par rapport à une chanson vous faites un clip aussi long par exemple, et qui est une autre aventure ?
MF : Oui, par plaisir. 

MCB : Mais alors vous changez la musique, vous l’allongez ? Comment vous faites ?
MF : C’est-à-dire qu’on met ou de la musique additionnelle, dans « Libertine » c’est ce qui s’est produit, y a des moments sans musique, y a des moments avec voix-off, enfin y a plein de possibilités ! Et là en l’occurrence, on va mettre probablement la version du maxi 45 tours, donc qui est un peu plus longue que le 45 tours lui-même, avec une musique additionnelle et autre. 

PG : Vous préférez passer beaucoup de temps par exemple à tourner ces clips, à les préparer, les tourner ou bien faire de la scène ? Ce sont deux choses très différentes…
MF : Cette question est très pernicieuse, je le sens ! (rires)

PG : Vous avez fait le podium Europe 1 ? (tournée des boites de nuit à l’été 1986 avec Catherine Lara en tête d’affiche, ndlr)
MF : J’ai fait effectivement le podium Europe 1 et…

PG : C’est une sacrée école, hein ?
MF : Oui, tout à fait, oui. Très intéressant et très agréable. Je préparerai certainement une scène, mais je vais attendre déjà d’enregistrer un autre album. Quant aux tournages, c’est vrai que le cinéma me passionne, les tournages me passionnent. Et tourner avec Laurent c’est aussi quelque chose que j’aime beaucoup. 

MCB : Comment on fait ? C’est tout en play-back ? Vous écoutez la musique quand vous tournez ?
MF : Non, du tout. C’est-à-dire que chacun procède de façon différente. Nous, c’est vrai qu’on fait complètement abstraction de la chanson, du texte et de la musique pendant le tournage, et ce sera effectivement en play-back derrière. 

MCB : Comme un vrai film, quoi. 
MF : Oui, oui.

Philippe Gildas se tourne ensuite vers ses autres invités et Mylène n’intervient plus jusqu’à la fin.

 

SOURCE : DIRECT  AVRIL 1987
Présenté par Philippe GILDAS sur CANAL +

 

Publié dans Mylène 1987 - 1988, Mylène en INTERVIEW | Pas de Commentaires »

RECIT DE L’ADOLESCENCE DE Mylène FARMER

Posté par francesca7 le 16 juillet 2016

 

‘Mon adolescence’, par Mylène Farmer  paru dans OK du 25-janv-1988                                                                                                                                        

« Nous sommes entrés, à mon avis, dans une ère de désintéressement.                                     

Notre époque a perdu son âme. »  

blog francesca                                          

Mon caractère : l’envie d’être à part.                                                                                

- Quelque part, j’étais peut-être un peu comme l’héroïne de ma dernière chanson : « Sans contrefaçon…je suis un garçon… ». Je n’étais pas un garçon manqué mais une fille manquée ! Depuis ma plus tendre enfance, je n’ai jamais aimé jouer à la poupée, à la dînette… J’ai toujours préférée la compagnie et les jeux des garçons. Certainement cela a dû influencer mon caractère… Jusqu’à l’âge de dix ans, j’ai vécu au Canada une enfance heureuse. J’étais très ouverte, bavarde… Et mon arrivée en France a été un véritable choc. J’ai eu du mal à m’intégrer à l’époque. Mais je n’ai pas souffert de cette période de transition qu’on appelle l’adolescence, disons que j’ai commencé à exister réellement il y a peu de temps, quand j’ai commencé à me réaliser dans le métier que j’ai choisi. Avant j’étais mal à l’aise. Sûrement un peu déracinée… En fait, je n’avais qu’une envie déjà : être à part, être la personne élue. Ce que je ne supportais pas, adolescente, c’est d’être perdue parmi 30.000 fourmis. Et c’est justement ce qu’on vous demande lorsqu’on est adolescent : ne pas être marginal, bien se noyer dans la masse. De cela oui, j’ai souffert !                                                                                                                          

Mes études : incolores et inodores.                                                          

- Je me souviens d’une chose étonnante : j’ai toujours refusé d’arriver en retard au cours. Hiver comme été, je me retrouvais seule à 7h30 devant la porte alors que nous ne commencions qu’à 8h… En revanche, je ne portais aucun intérêt quant à la suite de la journée. C’est un paradoxe bizarre que je n’ai jamais pu m’expliquer. Peut-être est-ce dû à mon signe zodiacal : Vierge ascendant Vierge, cause de conflit, de dualité ? En dehors de ça, j’ai vécu une scolarité que je qualifierai d’incolore, d’inodore. J’adorais le français, mais hélas, il m’a été enseigné par des profs qui le détestaient. J’aimais bien aussi le dessin, le théâtre et les sciences naturelles. Quant aux maths, j’étais archi nulle. En fait, mon esprit anti-cartésien ne pouvait pas s’accommoder de la logique mathématique.                                                                                                                                                                                                                         

Mes parents : je leur dis merci.                                                                                                       

- J’ai eu la chance d’avoir des parents intelligents, ouverts, généreux dans l’âme. Si je voulais leur parler, je pouvais le faire sans problème, mais mon caractère d’adolescente introvertie me poussait plutôt à me taire. En fait, à part notre ‘exode’ difficile pour moi au début, j’ai vécu dans un univers plutôt agréable, entouré de frères et de soeurs, comme la plupart des autres familles. En tout cas, je ne remercierai jamais assez mes parents d’avoir su régler parfaitement le problème de l’argent de poche. J’en avais un peu, mais pas trop. Dans des limites raisonnables qui font qu’on apprécie toujours les choses, qu’il vous reste les désirs. J’avoue que j’avais été choquée par les sommes exorbitantes que recevaient certains élèves.                                     

blog francesca1

Mon look : Maman n’avait pas tort.                                                                                                             

- Ma mère  a toujours adoré s’habiller et de ce fait elle m’a forcément influencée, je m’en inspirais plus ou moins, fatalement. Mais à 14-15 ans, le budget alors était limité en ce qui concerne les vêtements, aussi je recherchais avant tout à bien marier les couleurs plutôt que de trouver des formes originales. J’etais déjà définitivement pantalons et je me souviens en particulier d’une tenue bordeaux – j’ai craqué un moment pour cette couleur – pull et pantalons assortis que je trouvais du plus bel effet ! J’avais les cheveux très courts et je n’ai jamais eu les cheveux plus longs que ma coupe actuelle. Et jusqu’à « Maman à tort » ils étaient bruns. Ce n’est qu’à partir de « Libertine » qu’ils sont devenus roux.                                                                                   

Mes loisirs : l’équitation, déjà…                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                  

- La lecture, c’est venu assez tard. Non, vers 15 ans, j’étais surtout très dessin. Et puis déjà une passion pour les animaux et les zoos. J’avais essayé le piano, la danse classique (une seule séance, car à la fin la tête me tournait), puis j’ai tenté l’équitation et là mes parents ont dû se dire « Encore un de ses caprices ! ». Maman a vraiment eu tort car là, j’ai vraiment craqué. Au point de monter trois fois par semaine, de partir en stage l’été… Bien sûr, il y a eu aussi la musique. A la maison on était plutôt musique classique et côté variétés c’était Serge Reggiani, Gréco, Brel, Brassens, Barbara… Serge Reggiani, j’ai beaucoup aimé, je suis même allée le voir deux fois sur scène. Et puis, il y a eu Dutronc. Je n’ose pas dire mon idole, car j’ai horreur de ce mot, mais comme je n’en vois pas d’autres… J’avais tous ses albums, des petits joyaux, musiques et textes sublimes. Et quand il me restait un peu de temps, j’allais au cinéma. J’ai toujours été fascinée par le cinéma, par l’image. Et ses stars mythiques : Marilyn et James Dean, bien sûr mais aussi et surtout, Greta Garbo. Une comédienne, un personnage et un destin hors du commun…                                                                                                  

Mes premières amours : elles étaient impossibles et platoniques.                                                                         

- C’est venu vraiment très tard ! Adolescente, je n’étais pas du tout branchée boums par exemple. J’y suis bien allée deux, trois fois, pour voir, mais c’était pas mon truc. Malaise. Plutôt que des amours, j’ai eu des intimités intellectuelles avec des garçons, des relations platoniques, évidemment sans contact physique… Mais mes copines, elles, avaient plein de flirts et, bizarrement, j’en ai souffert. Quelque part, je jalousais leurs succès auprès des garçons. Encore un paradoxe de ma part. Mais j’avais trop d’appréhension pour franchir le pas… En fait, à l’époque je ‘fantasmais’ sur des amours impossibles avec tel ou tel comédien. Quelque part je devais trouver ça moins difficile qu’une idylle ‘en chair et en os’…                                                                         

En conclusion.                                                                                                                                                                                                                                                

- Nous sommes entrés, à mon avis, dans une ère de désintéressement. On se dit que la vie est difficile d’entrée de jeu – et c’est vrai qu’elle l’est, difficile – car d’entrée de jeu aussi, il y a le chômage. Notre époque a perdu son âme. Nous avons une crise bien plus grave que les problèmes boursiers. La vraie crise, elle est mentale, c’est dans nos têtes qu’elle se passe. Cela dit, je reste optimiste car en période de crise, il se passe toujours des choses qui font avancer le monde, un renouveau, un regain de création, d’énergies…                   

Publié dans Mylène 1987 - 1988, Mylène Autrement, Mylène dans la PRESSE, Mylène en CONFIDENCES | Pas de Commentaires »

Les programmes TV préférés de MYLENE FARMER

Posté par francesca7 le 19 juin 2016

                                                                                                                                                    

 

Entretien avec Florence TREDEZ                                                        1                                                                                        

Lundi                                                                                                                                                                                                  

• A2 15h55                                                                                                                                                                                        

C’est encore mieux l’après-midi                                                                                                                                                                                                                                

C’est encore mieux avec Dechavanne, ce ‘voyou’ aux manières de gentleman, ou le contraire. Une émission dynamique en diable.                                                                                                                                                                                                 

• FR3 13h30                                                                                                                                                                                      

Muppets Show                                                                                                                                                                               

Formidable ! Je caresse l’idée, insensée peut-être, d’être un jour l’invitée des « Muppets ». A propos de marionnettes, je voudrai en profiter pour dénoncer l’un des scandales de la télévision française. Qu’on nous rende Bart et Ernest, ces deux présentateurs-marionnettes de « 1, rue Sésame », qu’une censure imbécile a envoyés au placard ! Je pleure surtout Bart, mon préféré, quoique, à la réflexion, Ernest et Bart soient indissociables.                                                                                                                                                            

• La 5 19h35                                                                                                                                                                                     

Star Trek                                                                                                                                                                                            

À chaque fois que je regarde la 5, je tombe sur les oreilles en chou-fleur de M. Spock ! Horreur ! « Star Trek », c’est tellement idiot et abêtissant qu’à côté Bart et Ernest passent pour des philosophes ! A cause de « Star Trek », je n’aurai jamais d’enfants, car je ne veux pas qu’ils voient ça !                                                                                                    

Mercredi                                                                                                                                                                                           

• A2 21h55                                                                                                                                                                                        

Le Dossier d’Alain Decaux                                                                                            

J’aurais aimé avoir un prof d’Histoire comme Alain Decaux, j’aurais peut-être appris plus de choses. Thème du dossier : ‘150 millions de fausses livres sterling pour Hitler’. Tout ce qui a trait à Hitler, comme à tous les personnages extraordinaires (Louis II de Bavière, Gilles de Rais, Néron, le chevalier d’Eon, …le Diable) me passionne. Je déteste l’ordinaire.                                                                                                    

• FR3 20h35                                                                                                                                                                                      

Embarquement Immédiat                                        

J’ai une profonde sympathie pour Gilbert et Maritie Carpentier. Je déplore qu’on ne leur ait pas assez fourni de moyens pour cette émission. C’est une bonne émission de variétés, présentée par notre comique national, Boujenah. A part ça, j’ai tourné tout l’après-midi dans un restaurant italien, le lac d’Annecy est très beau, j’y ai vu des cygnes et un message…                                                                                      

Jeudi                                                                                                                                                                                                   

• TF1 20h30                                                                                                                                                                                      

Columbo                                                                                                                                                                                           

Columbo, ton univers impitoyable, ton imperméable mal repassé, ta mine triste me plaisent. A priori, tu n’as rien d’attirant mais c’est ce que j’aime en toi. Si je te rencontrais, je te proposerais illico un rôle dans le « Muppets Show ». Ta série vaut tous les téléfilms français réunis.                                                                                                                                                                                                 

• A2 15h00                                                                                                                                                                                        

Sergent Anderson                                                                                                                                                                                    

Je ne connais pas cette série, mais Angie Dickinson est une comédienne que j’adore. « Cinéma, cinémas » lui avait consacré une séquence où elle expliquait, avec humour, qu’elle avait ‘raté le coche’ d’une certaine façon, et qu’elle ne serait jamais une Jane Fonda ou un Meryl Streep. « Cinéma, cinémas » ! Le générique est génial. Disons que c’est une émission qu’on regarde plus facilement quand on a bu un verre de trop de champagne que celle de Mitterrand.                                                                                                                                                                                        

Vendredi                                                                                                                                                                                          

• A2 21h25                                                                                                                                                                                        

Apostrophes                                                                                                                                                                                   

Comment, au cours des siècles, a-t-on regardé le corps nu de son voisin, ou son propre corps ? Quels sont les rapports entre pudeur corporelle et pudeur des sentiments ? Autant de questions qui tentent de définir ce qu’est le sentiment complexe de la pudeur. ‘Je suis libertine, je suis une catin…’ J’aurais aimé avoir une présence physique, le clip de « Libertine » par exemple, sur le plateau d’ « Apostrophes ».                   

Samedi                                                                                                                                                                                              

• A2 22h25                            

Les Enfants du Rock                                                                                                                                                                                                 

Un spécial très spécial avec Frankie goes to Hollywood…                                                                                                                                                                                                                                                      

Les dessins animés                                                                                                                                                                                                  

J’ai vingt-cinq ans, et pourtant quand je vois ce pitoyable Caliméro avec sa coquille d’œuf sur le crâne, j’ai envie de pleurer !                                                                                                                                                                                                            

Dimanche                                                                                                                                                                                         

• TF1 16h30                                                                                                                                                                                      

Les Animaux du Monde                                                                                                                                                                                                                           

L’émission que ET et moi attendons chaque semaine !                                                                                                       

Source/ FRANCE SOIR 06-oct-86                                                          

 

Publié dans Mylène 1985 - 1986, Mylène Autrement, Mylène dans la PRESSE | Pas de Commentaires »

TRISTANA a vu le jour grâce à Gaëtan

Posté par francesca7 le 4 mai 2016

GAETANGaëtan
Mylène évoque régulièrement cet homme vivant au milieu de nombreux animaux à ses débuts, dans la presse (la première fois dans un reportage photo accordé à « Télé 7 jours » paru le 15 novembre 1986) et même à la télévision (« Les animaux du monde », TF1, 22 mai 1988).

Mylène dira de lui : « Gaëtan et sa femme Christine sont des gens formidables. Ils ont élevé leur fils de trois ans Uryen au milieu de cette faune et il n’en a pas du tout peur. » La plupart des animaux que l’on peut voir dans les premiers clips de Mylène sont les siens (Tristana, Ainsi soit je…)
On n’en entendra plus parler après 1988, date à laquelle il est certainement sorti de l’entourage de Mylène Farmer.

 

On a vu son nom pour la première fois lors du dressage des loups dans TRISTANA chanson interprétée par Mylène Farmer extrait de son premier album studio, Cendres de lune (1986). La chanson est sortie en tant que quatrième et dernier single de l’album en janvier 1987. Il y fut rajouté lors d’une réédition.

tristana-mourthe

Synopsis de TRISTANA

Au milieu des plaines de Russie, dans un château, une cruelle tsarine (interprétée par Sophie Tellier) convoque un moine (Sacha Prijovik), son fidèle serviteur, pour avoir des nouvelles du royaume. La révolte couve… Mais la tsarine en a assez. Elle veut savoir si elle est toujours la plus belle du royaume. Le moine lui répond en lui disant que, bien qu’elle soit très belle, il y a aussi la jeune Tristana (Mylène Farmer), dont les gens disent que la peau est plus douce qu’une pêche… Folle de rage, la tsarine ordonne au moine de la tuer et de lui ramener sa peau de pêche, avant d’éclater d’un rire diabolique. Dans la forêt enneigée, Tristana s’amuse avec son amoureux, Rasoukine. Mais le moine et ses sbires arrivent. Rasoukine (Vladimir Ivtchenko), qui tentait de la protéger, se fait taillader la joue à l’épée. Folle de chagrin, Tristana prend la fuite et roule dans la neige. Elle est recueillie dans une maison par sept nains, qui l’hébergent et la nourrissent. Un portrait de Karl Marx est suspendu dans la maison. Le moine rapporte à la tsarine l’épée qui a tué Rasoukine. Celle-ci lèche le sang qui la macule, ses yeux se révulsent, et des images d’archives apparaissent à l’écran : Lénine faisant des discours enflammés, un peuple révolté… Au petit matin, alors que les nains vont travailler, Tristana est perdue dans ses pensées, qui vont vers Rasoukine. Elle ne perçoit pas le danger : la tsarine, les yeux toujours révulsés, s’approche d’elle. Tristana, endormie, est réveillée par le rire de la tsarine, qui lui jette une pomme à la figure, ce qui éclabousse de sang le portrait de Marx. La tsarine prend alors la fuite, mais finit dévorée par les loups. Le moine, lui, périt par le froid. Les nains, au chevet de la belle Tristana, sont inconsolables. Rasoukine entre dans la pièce et dépose un baiser sur les lèvres de Tristana. Avec les sept nains autour de lui, il porte Tristana dans ses bras, vers un lieu ensoleillé et enneigé. « Tristana, es-tu vivante, ou es-tu morte ? ». Elle rit au soleil, et joue avec la neige… « Je ne sais pas ».

Publié dans Les Clips de Mylène, Mylène 1987 - 1988, Mylène dans la PRESSE, Mylène et L'ENTOURAGE | Pas de Commentaires »

Entre Mylène et Nathalie Rheims – une passion est née

Posté par francesca7 le 23 mars 2016

A partir de 2006, la romancière est souvent apparue aux côtés de Mylène lors d’apparitions publiques de celle-ci. Les deux femmes se sont régulièrement citées l’une l’autre en interviews, notamment pour évoquer le projet d’adaptation cinématographique d’un roman de Nathalie, L’ombre des autres, dans lequel Mylène devrait tenir le rôle principal.
Par ailleurs, Nathalie a écrit un article sur Mylène en 2008 (paru dans « Madame Figaro ») et a interviewé son amie pour « Paris Match » en décembre 2010.

Un article de Gala du 11 août 2015 nous racontait : « Et puis, il y a « Natha­lie », dans sa propriété extra­or­di­nai­re­ment fleu­rie de Saint Florent, en Corse, (…). Ici, rien qui ne fende la torpeur, sinon les allées et venues de Paul, le chien Shiba, et peut-être les conver­sa­tions télé­pho­niques que la maîtresse des lieux a quasi ritua­li­sées en fin d’après-midi avec sa si chère amie, la chan­teuse Mylène Farmer.« 

 ban-rheims

Belle déclaration 

Portrait de Mylène Farmer par Nathalie Rheims 

« Comment parler de toi ? Comment dire, sans dire, ce que tu es ? Décrire ton être. Ecrire ton existence. Raconter. Passer par les mots. Tourner autour de ton âme comme on découvre le ciel, comme on explore une galaxie inconnue. Faire ton portrait, toi que je sais, toi que j’aime tant. Exercice impossible puisque c’est le silence qui tisse la trame de tout ce qui nous lie. S’il y avait un titre à ce commencement, ce serait « l’Une pour l’autre ». De ton amour, de ta confiance, je me sens la gardienne, et je veille sur ce privilège.  

Silencieuse et secrète – n’est-ce pas ainsi que te décrivent tous les livres qui te sont consacrés ? Mystérieuse aussi, puisque telle est ta nature profonde. Ceux que tu aimes deviennent des coffres inviolables où reposent des fragments de toi comme les pièces d’un trésor. Pourtant, il n’y a rien d’indicible, de caché, tout est dans ce que tu écris, dans les strophes qui nous viennent par ta voix, si ce n’est ce que toi-même tu as oublié.  

Je te regarde à travers le miroir magique où chacun aime à se reconnaître, et je traverse ce prisme pour rejoindre ton reflet. Je m’approche, pose mes mains sur la vitre, le verre tremble comme une eau limpide.  

J’effleure la surface du bout des doigts, tu apparais dans la transparence. Dehors le soleil irradie le paysage, mais les persiennes restent closes. Tous les mots son jetés, épars, à travers la pièce. Tu me souris, les ramasses un à un et les jettes dans un grand sac. Tu me fais signe de te suivre. Tu avances, projetant sur le sol ton ombre qui guide mes pas, la lumière filtre derrière les volets et reste invisible à nos yeux.  

Laisse-moi te suivre dans l’ombre de ton âme, et puisqu’il faut choisir, laisse-moi devenir l’autre, à la poursuite d’un je, qui se demande à quoi je sers.  

 « Plus grandir », dis-tu mais comment continuer ? Te raconter au creux de tes phrases. Montrer, apparaître. S’effacer. Faire silence. Mourir puis renaître. Trouver la force. Les images de toi se forment comme des clignotements d’éclats électriques. Toi, si proche, personne ne peut imaginer à quel point tu es simple dans la vraie vie, celle que nous partageons, loin des fantasmes et des folies.  

Humaine, si près de ceux que tu aimes, si attentive à tout, à tous. Tu poses des questions, écoutes les réponses avec précision, soucieuse du bien-être de tes amis, soudée à ta famille, faisant cors avec celui que tu aimes. Si loin de tout ce qui peut se dire ça et là, dans ces tombeaux de papier.  

En savoir davantage, c’est l’impression que voudraient donner ceux qui écrivent sur toi sans te connaître, et feignent de croire que ton absence dans cette caravane de l’étrange, où tout le monde s’affiche et se montre, est une position cynique et réfléchie. Mais il n’en est rien. Aucun rouage, aucune stratégie dans ta décision. Juste le désir de n’apparaître que dans son travail. Le reste, la vie, le quotidien, ne recèle ni sanctuaire ni caveau dans lesquels reposeraient toutes sortes de facettes obscures. Il faut t’apprendre pour comprendre que les secrets que tu poursuis sont des valeurs d’absolu.  

Je pense à notre rencontre, quelque part en Corse, après nous être croisées plusieurs fois, sans nous approcher, nous regardant de loin, comme si chacune pensait que le moment n’était pas venu, qu’il fallait l’attendre. » 

Nathalie Rheims a écrit aussi ça …. 

 

mylène et laurent

LAURENT ET TOI Mylène

 Depuis, tu m’éblouis par ce mélange constant de force, de fragilité, de certitude et de doute. Parfois je me demande si tu as conscience de ce que tu es, de l’image que tu projettes et qui avance, silhouette chinois, vers le refuge de ta maison aux murs clairs, ton arche de Noé, car tu pourrais y accueillir tous les animaux de la terre.  

Lever l’ancre et naviguer loin, très loin. « où irons-nous ? » me dis-tu dans un éclat de rire. Où tu veux. Tu le sais. Mais il n’est pas encore temps.  

« Point de suture », tu en as tissé la trame avec Laurent Boutonnat. Comment écrire sur toi sans évoquer Laurent ? Là aussi, tant de projections, d’à peu près. Vous êtes les deux faces d’un monde qui n’appartient qu’à vous. Vous avez fermé la frontière pour baliser vos territoires, qui se rejoignent dans un univers où personne ne règne en maître. Je crois que cela s’appelle une alliance.  

C’est un album clair, l’ombre a pris le large, laissant derrière elle des chansons qui s’éparpillent dans des chagrins anciens. La nature est changeante, dis-tu, mais le brouillard s’est levé, on est passé à l’heure d’été. Les vents continueront de te tourmenter, mais nous repousserons les hivers. Changer pour devenir une autre tout en restant la même. Et se donner à soi-même.  

Tu apparais à nouveau à l’intérieur de ces plaies refermées dans l’œil de la caméra de Bruno Aveillan, qui filtre chaque étincelle. Tu surgis, fée surnaturelle, projetant le flux sidéral d’un amour universel. Tu réveilles le monde, les nuits sont chaudes.  

Ils seront des milliers à t’attendre lorsque les jours auront rallongé. Tu t’y prépares, tu t’entraînes chaque jour, réfléchis, construis, dessines, collabores avec tous ceux qui t’accompagnent dans ce nouveau chapitre. Avant le Stade de France, les 11et 12 Septembre 2009, il y aura la tournée – l’anxiété, le cœur qui cogne, les tempes qui se serrent. Mais tout sera, j’en suis sûre, comme tu l’avais imaginé.  

Je te regarde, en écrivant ces mots, tandis que sur un grand édredon blanc, tu scandes « Appelle mon numéro ». Combien de fois, chaque jour, nous arrive-t-il de le faire ? Les saisons passent et tu attends un signe qui ne viendra peut-être pas. Benoît di Sabatino a saisi, dans ses images, la petite fille qui demeure. « Sans Contrefaçon », telle que tu es, à la fois douce et volontaire. 

images-42

Vierge ou démon 

Je dessine ton visage à l’encre de mon stylo. J’en connais chaque détail, chacun des contours. Tu te transformes, passant les saisons, les débordant « sans logique », jusqu’à écrie « je me quitte », mais c’est pour mieux te transfigurer. Passer de la femme à l’androgyne, de la vierge à la figure du diable, pour toi ce n’est qu’n jeu d’enfant. Pourtant la dualité te possède et t’interroge. Tu parles de l’ange, la face tournée vers les ténèbres, tes éclats de rire, tes moments de tristesse, parce que ta fragilité au monde est comme du cristal qui peut se briser à chaque dissonance « Ange, parle-moi, dis-moi si tu est là ». C’est bien toi qui l’as écrit, alors écoute. Ceux qui ont disparu veillent, souvent tu me dis ; « Si on allait voir des fantômes ? », mais où se cachent-ils ? Tu aimes jouer avec les feux follets, explorer l’inconscient, te promener dans le surnaturel, mais c’est toujours dans tes poèmes que l’au-delà surgit, que les anamorphoses transfigurent les images, dans tes textes que les rêves sont les plus accessibles. 

Tu apprivoises la mort par la magie des mots, repoussant l’idée du néant. Tu aimes te balader dans les cimetières, parce que leur calme et la beauté des pierres t’apaisent. Tu penses, si souvent, je le sais, à ceux que tu as perdus, même si tu n’en parles pas. « Si j’avais au moins revu ton visage, entrevu, au loin, le moindre nuage ». Qui peut savoir si, à force de le dire, de le chanter, quelque part, peut-être, quelqu’un t’entendra. 

Tes yeux prennent la couleur du cuivre pour se fondre dans le reflet de tes cheveux. Les vanités d’émail sertissent chacun de tes doigts comme autant de protections, de talismans. 

La vie avance, l’âge semble t’ignorer. Ton portait serait-il caché quelque part, scellé dans un réduit dont toi seule posséderais la clé ? Aurais-tu passé un pacte avec l’ange ? Et lorsque tu lui parles, est-ce qu’il te répond ? C’est lui, sans doute, qui a fait se croiser nos routes. 

Ecrit Par Nathalie Rheims dans Le Figaro 2008. 

Publié dans Mylène 2007 - 2008, Mylène AU FIL DES MOTS, Mylène en CONFIDENCES, Mylène et L'ENTOURAGE | Pas de Commentaires »

Le premier Champs Elysées de Mylène

Posté par francesca7 le 21 décembre 2015

 

 Champs Elysées

Le 6 mai 1987 : Mylène Farmer pense probablement à ce moment-là qu’il faut monter sur scène pour promouvoir ses preemières chansons et rencontrer ses fans. Mais d’abord, il lui faut réaliser un nouvel album. Avant l’arrivée de cet album, Ainsi Soit je… la chanteuse propose un premier extrait : Sans contrefaçon. Le public, de plus en plus nombreux, va pouvoir acquérir trois supports : Un 45 tours, un Maxi 45 Tours et un maxi CD avec une pochette carton façon Single 2 titres, le premier de la carrière de Mylène.

Avec cette chanson, les contours de l’univers assez spécifique de la chanteuse se désignent progressivement ; elle devient aussi une icône gay. Dans un premier temps, Laurent Boutonnat qui travaille d’arrache-pied sur les musique sdu prochain album de Mylène, avait pensé proposer en sigle une reprise de la célèbre chanson de Juliette Gréco, Déshabillez-moi mais, pendant l’été 1987, les projets vont être modifiés, le nouveau single de Mylène sera Sans Contrefaçon. La première de Déshabillez-moi n’est pas pour autant écartée. On la retrouvera sur l’album Ainsi soit je….

Le futur tube sort le 16 octobre 1987. On découvre sur la face B du 45 Tours in inédit : La route triste, avec une musique de Laurent Boutonnat et des paroles de Mylène Farmer, ce qui sera dorénavant monnaie courante. Le duo travaille sur le scénario du clip et, le 19 octobre, Mylène se fait mouler le visage pour la fabrication d’une marionnette.

Le démarrage de Sans contrefaçon en radio est plutôt laborieux se qui n’est guère du goût de Mylène, qui lance un défit à son manager Bertrand Le Page : « Je me souviens qu’elle m’avait téléphoné en me disant : « Si tu es un bon manager, tu vas me le prouver : je veux deux fois plus de passages sur NRJ pour Sans contrefaçon ».J’ai eu le trac, mais je les ai obtenus ».

Parallèlement, la chanteuse va débuter la promotion en télévision à partir de mi-novembre 1987 et va interpréter le titre pas moins de seize fois jusqu’ne févier 1988. Des efforts qui seront récompensés. L’extrait du futur album entre le 5 décembre 1987 à la 21è place du TP50 et atteindra la 2è place, son meilleur classement, le 20 février 1988. Le hit de l’époque de la chanteuse Sabrina, Boys, Bosy, Boys, l’empêchera d’accéder à la première marche du podium. Sans Contrefaçon se vendra à plus de 500 000 exemplaires en France et sera certifié Singe d’or. C’est alors le plus gros tube de Mylène Farmer.

Le tournage du clip se déroule du 9 au 14 décembre 1987 sur les plages de La Hague dans le Cotentin. Il est réalisé un peu tardivement alors que la chanson est déjà un succès. C’est la première fois que Mylène participe aussi activement à l’écriture du scénario. Sa première idées était que l’histoire se déroule dans un camp de concentration.

Le clip est diffusé en avant-première pour la presse au cinéma Max Linder à Paris en janvier 1988 et est nommé aux Victoires de la Musique la même année. Mais le trophée est remporté par les Rita Mitsouko pour le clip C’est comme ça réalisé par Jean-Baptiste Mondino.

Ainsi soit- je… est le second album de Mylène Farmer. Il sort le 14 mars 1988. Ainsi soit-je… c’est aussi le nom d’une chanson qui va devenir le second extrait un mois plus tard. Il fait suit e au précédent tube sulfureux Sans Contrefaçon. C’est la première fois que Mylène décide de sortir une ballade, elle prend donc un risque. C’est peut-être une manière de monter plusieurs univers musicaux.

http://www.dailymotion.com/video/x37mqa

Le single sort le 4 avril 1988 sur différents supports : à côté des classiques 45 tours et maxi 45 tours, on découvre pour la deuxième fois un CD Maxi et pour la première (et unique) fois un CD Vidéo. Le single se vend à environ 150 000 exemplaires en France et atteint la 12è place du TOP50. Un des rares singles de Mylène à  ne pas avoir réussi à rejoindre le TOP10, mai peu importe, il a séduit les fans. D’après nombre d’entre eux, la version studio serait parfois fatigante, mais c’est l’une des chansons qui dégage le plus d’émotions lors d’un concert. Le clip réalisé par Laurent Boutonnat en deux jours sur fond vert aux Studio Sets de Stains en région parisienne est diffusé en avant-première le 22 mai 1988 dans l’émission Les animaux du monde sur TF1, émission à laquelle Mylène participe ce jour-là.

En 1988, Ainsi soit je.. ; est interprété dans huit émissions différentes.

extrait de Mylène Farmer Ses mots, Ses clips aux Editions Chapitre.com 2014

Publié dans LES LIVRES de Mylène, Mylène en VIDEOS, SES MOTS, SES CLIPS | Pas de Commentaires »

LES ENTREPRISES ET SOCIETES DE MYLENE F.

Posté par francesca7 le 13 octobre 2015

 

 

Requiem Publishing SA

Création : 26 octobre 1989
Forme juridique : Société à responsabilités limitées
Capital social : 200 000 euro
RCS : Paris B 352 077 218
Dirigeant : Mylène Farmer et Laurent Boutonnat
Siège : 15, rue de Douai 75009 Paris
Activité : Edition d’enregistrements sonores – 221G
Commentaire : Cette société produit la création des deux artistes, paroles et musiques. Cela leur permet de se répartir les droits d’auteur et d’avoir une liberté de création quasi totale. Production de tous les titres de Mylène depuis 1989 (avant, l’édition des titres appartenait à Bertrand Lepage, qui a ensuite revendu ses droits à BMG), les trois albums d’Alizée (GourmandisesMes courants électriquesEn concert) et le titre I want your wife des Good Sex Valdes.

 Mylène Farmer

Stuffed Monkey

Création : 13 décembre 1993
Forme juridique : Société à responsabilités limitées
Capital social : 100 000 euros
RCS : Paris B 393 280 243
Dirigeant : Mylène Farmer
Siège : 4 rue de la Paix 75002 Paris
Activité : Edition d’enregistrements sonores – 221G
Commentaire : Société d’exploitations des publications et des supports ne commençe réellement ses activités qu’en 1999 avec la production de Innamoramento et est utilisée depuis pour tous ses ses albums. Son nom fait référence à son amour pour les singes.

Siege STUFFED MONKEY  
Depuis le : 01-12-2012  
SIRET 39328024300030  
Adresse 5 RUE MEYERBEER – 75009 PARIS  
Activité Enregistrement sonore et édition musicale (5920Z)  

 

Innamoramento SARL

Création : 12 décembre 1997
Forme juridique : Société à responsabilités limitées
Capital social : 45 000 euros
RCS : Paris B 414 788 349
Dirigeant : Mylène Farmer
Siège : 4 rue de la Paix 75002 Paris
Activité : Production de films institutionnels et publicitaires – 921B
Commentaire : Production de films publicitaires.

 L’activité principale de INNAMORAMENTO est Production de films institutionnels et publicitaires, de clips vidéo de films de formation ou éducatifs de films publicitaires de films techniques et d’entreprise la production et la réalisation : mais ne comprend pas : la réalisation de génériques en vidéo-graphisme 

 Le dirigeant de la société INNAMORAMENTO est : Mme. GAUTIER Mylene (54 ans), Président - Mme Mylene GAUTIER est aussi Gérant de la société BETTY MONKEY  dont le siège social est situé 5 Rue Meyerbeer 75009 PARIS. Il s’agit d’une société ayant la forme juridique : SARL unipersonnelle. Elle a été immatriculée au greffe de Paris B 788 501 062 le 02-10-2012 avec une dotation en capital de 5.000,00 €. Elle a pour activité Arts du spectacle vivant ( production de spectacles, diffusion de spectacles, orchestres, compagnies, acteurs, danseurs, musiciens, conteurs, acrobates, conférenciers

Mme Mylene GAUTIER est aussi Gérant de la société ISIAKA  dont le siège social est situé 15 Rue de Douai 75009 PARIS. Il s’agit d’une société ayant la forme juridique : Société à responsabilité limitée. Elle a été immatriculée au greffe de Paris B 441 075 199 le 27-02-2002 avec une dotation en capital de 8.000,00 €. Elle a pour activité Enregistrement sonore et édition musicale ( éditeur de musique, édition de musique, maison de disque, studio d’enregistrement, production radio, production d’émission de radio, producteur de radio, producteur d’émissions de radio)

Mme Mylene GAUTIER est aussi Gérant de la société SCI ML  dont le siège social est situé 15 Rue de Douai 75009 PARIS 09. Il s’agit d’une société ayant la forme juridique : Société civile. Elle a été immatriculée au greffe de Paris D 445 305 865 le 19-02-2003 avec une dotation en capital de 225.000,00 €. Elle a pour activité Location de terrains et d’autres biens immobiliers ( location de bureaux, location d’espaces commerciaux, location de halls d’exposition, location de salles de conférence, location de salles de réception, location de salles de réunion, location de terres, location de terrains) 

 

 mylene-f

 

 

Dichotomie SARL

Création : 29 novembre 2000
Forme juridique : Société à responsabilités limitées
Capital social : 8 000 euros
RCS : Paris B 433 696 507
Dirigeant : Mylène Farmer
Commentaire : Production du titre I’m not a boy de Christia Mantzke en octobre 2001.

DICHOTOMIE, SARL au capital de 8 000€, a débuté son activité en octobre 2000.

Mylene FARMER est gérant de la société DICHOTOMIE. Le siège social de cette entreprise est actuellement situé 4 rue de la Paix - 75002 Paris 2 -

DICHOTOMIE évolue sur le secteur d’activité : Production de films cinématographiques, de vidéo et de programmes de télévision ; enregistrement sonore et édition music

 

Isiaka SA

Création : 27 février 2002
Forme juridique : Société anonyme
Capital social : 8 000 euros
RCS : Paris B 439 628 965
Dirigeant : Mylène Farmer et Laurent Boutonnat depuis 2005
Siège : 15 rue de Douai 75009 Paris

Activité : Edition d’enregistrements sonores

Production des deux derniers albums d’Alizée Mes courants électriquesEn concert et du titre I want your wifedes Good Sex Valdes en juin 1984.

 

Société Civile Immobilière ML

Création : Février 2003
Forme juridique : Société civile
 RCS : Paris D 445 305 865 – SIRET 44530586500013
Dirigeant : Mylène Gautier et Laurent Boutonnat – gérant 2000
Siège : 15 rue de Douai 75009 Paris
Activité : Location de biens immobiliers

 

LONELY LISA

 Déposée par Mylène en septembre 1997.

Forme juridique : Marque déposée en couleurs
Les classes déposées sont :
– La 14 joaillerie et bijoux ;
– La 16 objets en papier et carton, photos ;
– La 18 objets en cuir et peaux d’animaux ;
– La 21 la vaisselle et objets de table ;
– La 24 linges de bain et linge de table ;
– La 25 vêtements confectionnés pour hommes, femmes et enfants ;
– La 27 revêtements de sol et mur ;
– La 28 jeux, jouets.
Tout objet en relation avec le comte Lisa-Loup et le conteur.

Produits/services :
Appareils et instruments photographiques cinématographiques, appareils pour l’enregistrement, la transmission, la reproduction du son ou des images, supports d’enregistrement magnétiques, disques acoustiques Instruments de musique Papier, carton Produits de l’imprimerie ; articles pour reliures, photographies ; papeterie, matériel pour les artistes ; pinceaux cartes à jouer, caractères d’imprimerie clichés Tissus Vêtements, chaussures, chapellerie Dentelles et broderies, rubans et lacets boutons, crochets et oeillets, épingles et aiguilles, fleurs artificielles Articles de gymnastique et de sport (à l’exception des vêtements, chaussures et tapis) Éditions de livres, de revues, production de spectacles, de films. Agences pour artistes.

Classes : 09, 15, 16, 24, 25, 26, 28, 41

Propriété
Déposant : Mademoiselle Mylène GAUTIER
24, rue d’Aumale, 75009 PARIS

 

Mylène Gautier (accord entre Sony Ericsson et la chanteuse)

Création : 24 novembre 2008
Forme juridique : Marque française, enregistrée sous le numéro 08 3xxxxx – INPI Paris
Déposant : Mylène Gautier
Mandataire : MARKPLUS INTERNATIONAL
Siège : 46, rue Decamps, 75116 Paris
Activité : Marque française déposée pour la France
Commentaires : Appareils et instruments photographiques cinématographiques, appareils pour l’enregistrement, la transmission, la reproduction du son ou des images, supports d’enregistrement magnétiques, disques acoustiques Instruments de musique.
Papier, carton Produits de l’imprimerie ; articles pour reliures, photographies ; papeterie, matériel pour les artistes ; pinceaux cartes à jouer, caractères d’imprimerie clichés.
Tissus Vêtements, chaussures, chapellerie Dentelles et broderies, rubans et lacets boutons, crochets et oeillets, épingles et aiguilles, fleurs artificielles.
Articles de gymnastique et de sport (à l’exception des vêtements, chaussures et tapis).
Editions de livres, de revues, production de spectacles, de films.
Agences pour artistes.
Classes : 03, 09, 14, 15, 16, 18, 21, 24, 25, 26, 28, 34, 35, 41
Voir le dépot.

 sans-contrefacon

Betty Monkey

Création : 02 octobre 2012
Forme juridique : SARL unipersonnelle
Déposant : Mylène Gautier
Siège : 5 Rue Meyerbeer 75009 Paris
SIRET : 78850106200012
RCS : Paris B 788 501 062
Capital social 5.000,00 euros
Activité : Arts du spectacle vivant (code 9001Z)

Sur l’année 2013 elle réalise un chiffre d’affaires de 155 000,00 €.
 Cette entreprise a obtenu le label transparence car elle a publié au moins un bilan sur les deux dernières années. Son dernier bilan a été clôturé le 31/12/13.

Cette entreprise est dans un contexte concurrentiel très élevé puisqu’elle compte 108 506 concurrents en France, 16 888 concurrents dans le département PARIS.

Publié dans Mylène Autrement, Mylène dans la PRESSE, Mylène et des CRITIQUES, Mylène et mes BLABLAS | Pas de Commentaires »

Le bestiaire farmerien

Posté par francesca7 le 16 septembre 2015

 

 

bestiaire farmérienElle feuillette un magazine en froissant nerveusement les pages. Elle saisit un stylo dont elle ôte le capuchon, avant de griffonner un dessin en quelques traits sur une feuille de papier. Un mouchoir à la main, elle essuie une chaussure noire, à talon plat, comme pour la faire reluire. Elle décroche le téléphone, puis le repose aussitôt, avec maladresse. Elle craque une allumette et pousse un cri en voyant la flamme. 

Elle, c’est E.T., le singe capucin qui partage la vie de Mylène depuis vingt ans. Un animal de sexe féminin qu’elle a accepté de filmer, chez elle, pour les besoins d’une émission de télévision. C’est dans une boutique des quais de Seine que Mylène a eu le coup de foudre pour le regard triste et drôle de ce petit animal. Depuis, dans chacun de ses appartements successifs, la chanteuse a conçu un espace pour cette compagne miniature : une pièce avec une grande cage afin qu’elle puisse se dépenser. Impossible de la laisser en liberté totale : elle pourrait tout saccager sans scrupule. Impossible également d’introduire une autre espèce : sa jalousie maladive pourrait être fatale à l’intrus.  Chaque fois qu’elle évoque E.T., Mylène jubile comme une petite fille. Elle est intarissable sur le sujet des capucins. « Ils ressemblent tellement aux enfants », dit-elle. Leur vivacité, leur capacité à imiter certains gestes humains ne cessent de l’émerveiller. Avec eux, elle peut se montrer tour à tour joueuse ou maternelle. Pendant quelque temps, E.T. a partagé sa cage avec Léon, un mâle de la même espèce, ainsi prénommé en hommage au film de Luc Besson. Mais la cohabitation n’était pas des plus faciles, et la chanteuse a dû se résoudre à se séparer de lui. 

Si les capucins sont des animaux de compagnie sans doute fascinants, Mylène n’a jamais caché sa proximité avec le règne animal dans son ensemble. « J’aime les animaux. Ils correspondent peut-être à une certaine forme de solitude et de lâcheté que je ressens : ne pas vouloir affronter la réalité des êtres. » Si le Québec de son enfance lui a offert des contacts privilégiés avec quelques chats, mais aussi un écureuil, c’est pour les chevaux que la chanteuse se prend d’affection à l’adolescence. Pour beaucoup de jeunes à cet âge, l’équitation n’est pas seulement une façon d’apprivoiser la plus belle conquête de l’homme. C’est aussi une école de la vie, la célébration d’un certain mode d’existence, proche de la nature, avec la responsabilité d’un animal dont il faut prendre soin, après l’avoir chevauché.

Le rapport de force et d’affection qui s’établit alors ne cesse de fasciner la jeune femme.

 

À cette époque, Mylène, plutôt misanthrope, voudrait bien être vétérinaire, un métier idéal lorsqu’on veut fuir les humains. Mais la durée des études la dissuade de persévérer dans cette voie. Elle décide alors de devenir monitrice d’équitation. Un challenge à sa portée, pense-t-elle. Elle fréquente assidûment le centre hippique de Porche fontaine, près de Versailles. Mais, afin d’améliorer son niveau, elle veut effectuer un stage équestre en Normandie. Max Gautier, son père, accepte de la laisser partir à Conches, au début de l’été 1977. Elle n’a pas encore seize ans. Là, en échange de leçons gratuites, elle s’occupe d’établir les menus et de préparer les repas pour l’équipe des moniteurs. Rien des tourments qui la rongent n’est vraiment réglé, mais le contact avec les chevaux lui permet au moins d’échapper à un

environnement familial qui l’oppresse. « Je ne veux pas jeter la pierre à mes parents, mais j’étais en manque affectif », confiera-t-elle. 

Passion de circonstance, moyen de respirer en se créant une vie parallèle ? Pas seulement. Car la chanteuse restera fidèle à son amour des chevaux. À ses débuts, Laurent Boutonnat va exploiter ses talents de cavalière dans les clips qui ont fait sa légende. Par la suite, on la verra encore plusieurs fois sur une selle. Lors du Jumping de Bercy 1998, Mylène accepte de participer au spectacle qui célèbre les cinquante ans de son ami Mario Luraschi, qui réalise des cascades équestres au cinéma depuis trente ans. Sur l’air de Pourvu qu’elles soient douces, la star, vêtue d’une redingote grise, s’essaie à quelques exercices réputés difficiles qui ont fait l’objet d’un entraînement préalable. Elle conduit sa monture jusqu’au tiers de la piste et parvient à la faire saluer, avant de s’élancer au galop. Si l’équitation a disparu de son présent, Mylène est tout de même réapparue à cheval en 2004 dans le clip de Fuck Them All, preuve qu’elle n’a pas perdu la main.  

Chez elle, l’amour des animaux demeure constant. À ses débuts, Mylène rejoint parfois des amis qui possèdent une ferme en Normandie. Elle se ressource au milieu de leur étonnante ménagerie, où cohabitent des chiens, des chats, des poules, mais aussi des perroquets, une panthère noire, un tigron, un chimpanzé, des scorpions, une mygale, un dromadaire et même un loup. Une véritable arche de Noé où elle se sent chez elle. Par la suite, alors qu’elle a déjà plusieurs succès à son actif, la chanteuse continue de fréquenter le zoo de Thoiry avec le photographe Christophe Mourthé. Tous deux y passent des après- midi entiers à s’amuser comme des enfants, observant les chimpanzés, les ours et les girafes, un cornet de glace à la main. 

Les animaux ont en commun avec les enfants de ne jamais tricher. Ils manifestent leurs envies ou leurs besoins de manière claire et entière. Il n’y a donc pas à se méfier d’eux comme on peut craindre la duplicité des adultes. Présents dans sa vie, il était naturel qu’ils traversent son œuvre. Sans doute Mylène a-t-elle songé à la ferme de ses amis en clôturant l’album Ainsi soit je par « The Farmer’s conclusion », un titre entièrement musical où sont mixés des cris d’animaux divers et variés, hennissements, bêlements et autres beuglements. Seule manifestation humaine ? Un râle mimant la jouissance sexuelle. 

1987-11-bProbablement Mylène cherche-t-elle à réveiller en elle l’animalité qui sommeille, enfouie sous le poids du raisonnable, celui qui dicte les interdits et frustre les désirs. Parfois, elle se sent araignée. Elle lui donne un prénom, Alice, et lui chuchote des mots tout bas pour ne pas l’effrayer. Sur scène, en 1996, elle jubile de cette métamorphose, prend un malin plaisir à chevaucher son araignée de métal, symbole de l’artiste torturée et dépressive. À d’autres moments, elle éprouve le besoin d’être entourée de corbeaux. Sur l’album L’Autre, l’un d’eux s’est posé sur son épaule. « Il passe pour incarner un oiseau de mauvais augure mais là, je l’associe plutôt à un allié, un protecteur», dira-t-elle. Cette fervente lectrice d’Edgar

Poe a peut-être songé au poème que l’écrivain a composé sur ce volatile mal aimé. « Quelque maître malheureux à qui l’inexorable Fatalité a donné une chasse acharnée, toujours plus acharnée, jusqu’à ce que ses chants n’aient plus qu’un unique refrain, jusqu’à ce que les chants funèbres de son espérance aient adopté ce mélancolique refrain : Jamais ! Jamais plus ! » Le cri du corbeau, rauque et désagréable à l’oreille, ressemble à une plainte qu’on aurait étouffée. Comment Mylène pourrait-elle ne pas se sentir proche de cette espèce, elle qui a transformé sa douleur intérieure en un chant harmonieux ? Fidèle au symbolisme qu’elle développe, la chanteuse sera d’ailleurs escortée d’une nuée de corbeaux dans le clip de Fuck Them All.

 

Pour elle, il existe une forme de continuité entre les règnes animal et humain. La preuve, c’est qu’il peut lui arriver d’éprouver de la compassion… pour un tourteau. Le 25 mai 1996, les propriétaires du restaurant « Le Lido », situé à Toulon, sur la plage du Mourillon, sont fiers d’accueillir dans leur établissement Mylène et l’ensemble de la troupe de son spectacle, qui fêtent le démarrage de la tournée dans la ville du Var. Durant le dîner, la chanteuse ne peut détacher son regard du vivier où sont retenus, à la vue de tous les clients, deux tourteaux et quatre étrilles, dont le destin est de finir, tôt ou tard, dans une assiette. S’adressant aux patrons du restaurant, elle les supplie de les libérer. Une demande qui leur semble incongrue. Alors elle insiste : « Pour moi, c’est un symbole. » À ce moment-là, ce n’est pas tant un caprice de star qu’un désir de petite fille. Comment lui refuser cette faveur ? Les témoins de la scène se souviennent d’une procession surréaliste : musiciens, danseurs et techniciens cheminent à pied vers la mer, suivis de quelques fans intrigués, avec tout le contenu du vivier. Et Mylène semble jubiler. Sa tournée démarre sous de bons auspices.

 

Les animaux ont quelque chose de précieux à nous apprendre. Quelque chose que nous avons perdu, et qui relève sans doute de l’instinct de survie. En les observant, la chanteuse se projette aisément dans leur règne. La vidéo de Comme j’ai mal en atteste de manière spectaculaire. La jeune héroïne passe des moments privilégiés avec les scarabées qu’elle retient prisonniers dans une boîte à chaussures percée de trous. Après les avoir libérés, elle les laisse courir sur ses bras. Une passion secrète qu’elle cultive loin du regard de son père, menaçant et violent. Elle veut tellement ressembler à ses insectes qu’elle se met à se 2nourrir, comme eux, de morceaux de sucre. Prélude à une métamorphose qui pourrait lui apporter cette carapace dont elle a tant besoin pour se protéger des autres. Au terme d’une étrange mue, durant laquelle elle semble engluée dans un cocon étouffant, Mylène s’est transformée en un gigantesque insecte. Sorte de libellule géante équipée de griffes qui lui permettent désormais de se défendre face à l’adversité. 

Voilà pourquoi l’animal est si fascinant aux yeux de Mylène : parce qu’il n’est pas façonné par l’éducation ou amputé de ses moyens par une morale qui lui coupe les ailes, il garde, intacte, la capacité de se défendre, même s’il lui faut tuer pour survivre. Durant sa longue carrière, la chanteuse a prouvé à maintes reprises que, lorsque c’est nécessaire, elle n’hésite pas à sortir ses griffes, comme la lionne rugissante qu’on aperçoit furtivement dans le clip de Optimistique-moi. « Pour faire ce métier, il faut avoir les reins solides parce qu’il y a des ennemis mortels », dit-elle. On devine, derrière ce propos, l’exceptionnel instinct de survie dont il faut disposer pour mener une carrière aussi exceptionnelle. 

Extrait du livre : MYLÈNE par Hugues ROYER aux Editions Flammarion 2008


Publié dans MYLENE par H.ROYER | Pas de Commentaires »

Un combat secret de mylène

Posté par francesca7 le 23 août 2015

 

Si certaines personnalités étalent leur engagement en faveur du bien-être animal dans les médias, Mylène Farmer préfère agir en silence.

AOUT farmer

Les confrères du magazine VSD rapportent dans leur nouveau numéro que la chanteuse n’hésite jamais avant d’améliorer le sort des animaux. Dans la nuit du 2 au 3 mai 2009, Mylène Farmer se produisait à Nice sous le regard de Pascal Nègre (patron d’Universal), Jean-Paul Gaultier, à l’origine de l’une de ses tenues de scène et du maire de la ville, Christian Estrosi, pour lancer le coup d’envoi de sa tournée. A la suite de sa prestation au Palais Nikaïa, Mylène Farmer s’est rendue « en petit comité » dans un restaurant pour se restaurer.

Dès son arrivée dans l’établissement, la chanteuse a immédiatement remarqué un vivier de homards vivants. « Ils vont être mangés ? » demandait-elle, très inquiète, avant de proposer au restaurant de leur acheter ces petites bêtes afin de les sauver. Quelques heures après, à 2 heures du matin, Mylène Farmer a traversé la promenade des Anglais « pour rendre leur liberté à une dizaine de crustacés bleus » rapporte le magazine VSD, ironisant sur le fait que la star n’est « même pas végétarienne ». 

Une jolie anecdote qui devrait sans aucun doute augmenter l’effervescence autour du grand retour de Mylène Farmer.

Cette semaine, on apprenait que la chanteuse reviendra le 28 août 2015 prochain avec Constellations, un titre en duo avec Sting, avant de dévoiler un nouvel album à la fin de l’année.

Source : http://www.closermag.fr/people

 

Publié dans Mylène 2015 - 2016, Mylène Autrement | Pas de Commentaires »

MYLENE A L’INSTANT X

Posté par francesca7 le 14 juin 2015

 

DEJEUNER DE GALA A LA MYLENE – sur NOSTALGIE le 30 NOVEMBRE 1996

JOURNALISTE(S) : MICHEL COTTET

mylène

À l’occasion de la reprise du Tour 96, Mylène est l’invitée de Radio Nostalgie pour cette émission qui prend la forme d’une conversation entre l’animateur Michel Cottet, curieux de tout, et son invité.

Cet entretien est probablement le plus long que Mylène ait jamais accordé (bien qu’à peine quelques mois plus tôt elle déclarait à Paul Amar à l’issue d’une émission plus courte que celle-ci qu’elle ne ferait sans doute jamais plus d’émission aussi longue !).

Il est à noter que, probablement débarrassée du poids de l’image de la télévision et de la crainte que les propos soient déformés par la presse écrite, Mylène est ici très à l’aise et semble intellectuellement complice avec Michel Cottet, qui s’intéresse notamment beaucoup à l’auteur plutôt qu’à la chanteuse.

L’actualité de Mylène Farmer, c’est cet album, « Anamorphosée » -bien que ayant déjà quelques mois, il est encore tout frais et tout présent à notre mémoire et on se laisser bercer en ce moment par l’excellent titre « Rêver »- et puis il y a cette tournée, non pas gâchée mais interrompue pour une stupidité. Il ne m’appartient pas de déverser une kyrielle de qualificatifs pour essayer de vous cerner, de vous faire réagir –c’est toute la magie d’un personnage. Ceci dit, tout ce mystère qui débouche sur un statut de phénomène est-ce que vous n’avez pas l’impression quelquefois que cela fait ombrage à votre vrai statut, qui est avant tout quand même, si je ne m’abuse, auteur-compositeur-interprète ?

-Ombrage, je ne sais pas bien. Est-ce que j’en souffre ? Non, pas vraiment. J’ai décidé de ce mystère en ce sens que je parle peu et que je réponds peu aux questions en général, donc je crois que j’en suis l’auteur donc je n’ai pas à m’en plaindre.

Je ne parlais pas forcément du mystère mais du fait que à force de vouloir justement le percer, on en oublie de parler avec vous de ce qui quand même nous séduit au préalable, c’est-à-dire votre musique, votre façon d’écrire, votre façon de paraître sur scène. Est-ce que parfois vous n’avez pas l’impression d’être dépassée par vous-même, en quelques sortes ?

-Je ne suis pas sûre de pouvoir répondre à cette question, si ce n’est que c’est vrai que l’évocation de l’écriture est quelque chose, dans le fond, d’assez rare de la part d’un journaliste parce que je crois qu’il est plus enclin à parler ou d’une vie privée que l’on ne veut pas dévoiler, ou des choses qui sont ‘plus racoleuses’. Peut-être que je souffre de ça un peu, oui.

On y reviendra, et j’espère comme ça que votre passage à Nostalgie vous aura ôté un peu de souffrance puisqu’on évoquera votre écriture. Ce que l’on sait, c’est que vous avez quand même ‘fui’ à Los Angeles pour essayer de retrouver une forme de solitude. Vous avez vos repères, j’ai les miens : moi, c’est Léo Ferré, Ferré qui disait :‘Dans la solitude, le désespoir est une forme supérieure de la critique. Pour l’instant, nous l’appellerons bonheur’. Le désespoir, vous l’avez touché ?

-Je crois qu’il a fait partie de mon quotidien, mais maintenant je ne pense pas être la seule ! Je pense que le commun des mortels a des moments de bonheur et des moments de détresse absolue. Je crois que même une journée peut être comblée par bonheur et tristesse à la fois. Maintenant, est-ce que je fais l’apologie de la détresse et du malheur : non. Je l’ai exprimée, en tout cas.

Cette solitude, vous la recherchez ?

-Je ne suis pas sûre de me définir comme quelqu’un d’étant solitaire. J’aime parfois avoir des moments, oui, seule : l’écriture est un moment privilégié pour ça. Maintenant, j’aime bien la compagnie de personnes choisies.

Quel est le moment le plus fort, justement ? C’est rentrer dans cette solitude ou en sortir pour retrouver l’autre ou les autres ?

-Je crois que les deux sont à déguster ! (rires)

Je poursuis avec ce texte de Ferré, toujours sur cette solitude : ‘je voudrais m’insérer dans le vide absolu et devenir le non-dit, le non avenu, le non vierge par manque de lucidité’. Ne pas rencontrer le bonheur, est-ce que c’est pour autant être lucide ?

-(elle se répète la question à elle-même) Ne pas rencontrer le bonheur… Je ne sais pas. En tout cas, j’aime l’idée de s’approcher de ce vide et de ne faire qu’un avec ce vide. C’est vrai qu’il y a quelque chose, l’idée du néant, qui est quelque chose de très happant. C’est vrai que parfois, on a envie de se confondre avec le vide, avec le rien.

Ce que vous appelez le non-dit, qui est essentiel pour la réussite…

-Oui.

Diffusion de « California »

Mylène Farmer est votre invitée aujourd’hui dans ce « Déjeuner de Gala » sur Nostalgie, avec cette notion de non-dit. Ne pas énoncer, ne pas expliquer pour susciter la curiosité, est-ce que c’est bien compatible avec une autre notion, qui est celle de la fidélité ? Je veux dire par là, quand on côtoie des gens ou des habitudes, forcément on perce le mystère, donc là c’est un peu antinomique, non ? Parce que vous êtes quelqu’un de fidèle –je parle du point de vue professionnel !

-Je pense être quelqu’un de fidèle, oui, dans tous les sens du terme et toutes les situations. Maintenant, pardonnez-moi : j’ai oublié la question ! (rires)

Je disais, parallèlement à cette fidélité vous êtes porteuse de cette idée de non-dit :‘je garde la mystère, je ne veux pas qu’on me dévoile et je ne veux pas dévoiler’. Est-ce bien compatible, ces deux approches ?

-Là encore, je ne… Le non-dit, j’aime les non-dits, maintenant est-ce que je suis caractérisée par le non-dit : je ne le crois pas. Maintenant, j’ai choisi de dire certaines choses, de dévoiler certaines choses, de les clamer parfois et quand une question ou un sujet me dérange, là effectivement ce sera ou un non-dit ou un non tout court ! (rires)

MFarmerDonner un sens à tout, c’est ridicule pour vous, finalement…

-Je sais pas si, là encore, c’est ridicule –pardonnez-moi ! (rires) Je ne pense pas avoir d’abord la prétention, et je ne pense pas que la vie vous offre un sens à tout. Je crois que ça fait partie aussi du mystère de la vie, du mystère de la mort, de toutes ces choses qu’on ne sait pas et qu’on ne saura probablement jamais. Parfois on peut souffrir de ce silence et des ces non-réponses, et parfois je trouve ça plutôt bien. C’est une forme de liberté aussi en soi.

Je vais peut-être vous soulager, je viens à votre secours -si tant est que vous en ayez besoin : finalement, c’est pour ça que vous redoutez l’exercice que nous sommes en train de faire parce qu’il est communément admis qu’à toute question doit correspondre une réponse, et en plus logique !

-Oui. Oui, c’est vrai que là, dans le fond je n’aime pas la logique, je n’aime pas le rationnel et c’est un exercice qui est difficile, uniquement parce que je dois parler de moi, dans le fond c’est aussi bête et simple que ça. C’est un exercice difficile pour moi.

Parler de soi… Parler d’idées qui vous traversent la tête, c’est peut-être pas forcément parler de vous. C’est peut-être plus facile…

-Oui, mais c’est une façon de se mettre en avant et c’est vrai que là, ça fait partie d’un exercice qui est probablement utile à l’artiste, en tout cas on lui demande. Mais si j’avais à choisir, je crois que j’aurais rayé cette mention ! (rires)

Le non-dit, c’est aussi l’imaginaire. Est-ce un jardin dans lequel vous aimez flâner ?

-J’aime surtout, je dirais, au travers de lectures. Quant à mon imaginaire, oui, je cultive ce jardin, je crois, oui. Maintenant, là encore j’aurais du mal à en parler parce qu’il est imaginaire, justement !

Mais un auteur se doit d’imaginer, et l’imagination c’est une forme de liberté que vous recherchez…

-Oui.

Pause publicitaire

Retour dans « Déjeuner de Gala » sur Nostalgie. On parle avec Mylène Farmer, votre invitée, de la liberté. Quelles sont les situations, les mots, les événements dans lesquels vous ne vous sentez justement pas libre ?

-Les dîners où il y a beaucoup de personnes… (elle cherche, puis pouffe de rire)

Une foule, c’est pas ‘beaucoup de personnes’, c’est qu’une personne raisonnée ?

-Oui. Oui, c’est toujours un peu facile comme détournement, mais dans le fond c’est vrai. C’est vrai, quand on est en face d’un public, quelque soit la salle, à partir du moment où il y a plus de deux personnes, trois personnes, mais plus le nombre est grand et plus il ne reforme qu’un et une énergie, en tout cas.

En tête à tête, vous vous livrez plus -parce que sur scène, on peut dire que vous vous livrez- vous vous livrez plus que devant une multitude de gens…

-Non, je pense que c’est faux. Je pense que je me livre davantage, mais peut-être sans la présence des mots ou en ayant choisi les mots. Maintenant, je crois que l’émotion que moi je ressens sur scène et que je peux offrir est quelque chose qui est une mise à nu, qui est beaucoup plus importante que dans une interview. J’ai malgré tout le contrôle de moi-même et de mes silences aussi.

Ca fait douze ans, mine de rien, que vous êtes dans ce métier de la chanson. (Mylène confirme en riant) Est-ce que la situation a failli vous échapper une fois, durant ces douze ans ?

-M’échapper, non, je ne le crois pas. Je ne sais pas à quoi vous faites allusion précisément, mais j’ai…

Être dépassée par ses propres motivations, s’embarquer dans un chemin qui n’était pas le bon…

-Avoir envie d’arrêter parfois tout, oui, ça m’est arrivé.

C’est une façon de contrôler, justement, comme cette fuite…

-De nombreuses fois, oui. Hier encore…

‘J’avais vingt ans…’, mais ça c’est Aznavour ! (rires de Mylène) La fuite dans les mots, c’est quand même plus bénéfique que la fuite à Los Angeles ? Vous l’évoquiez tout à l’heure avec mon jardin imaginaire…

-Oui, je crois que j’ai eu besoin pour continuer d’écrire, puisqu’on parle des mots, que j’ai eu besoin de ce passage. Maintenant, il s’est effectué à Los Angeles, dans le fond ça aurait pu être ailleurs, en tout cas un pays dit étranger. Mais j’y ai trouvé, oui, si ce n’est une réelle source d’inspiration, en tout cas moi je me suis nourrie, si je puis dire, à ma façon. J’y ai trouvé quelque chose, oui.

C’est Jean-Louis Murat qui, à ce même micro –je fais allusion à lui parce que vous l’avez rencontré, ne serait-ce que pour un duo- qui expliquait que dans un texte, finalement, le texte n’était jamais aussi beau que lorsque à la fin de la chanson on n’avait pas forcément tout compris.

-Oui…

Et pour vous aussi, je crois, à savoir que les mots ont plus d’importance que l’idée…

-Je pense qu’il vaut mieux savoir, en tout cas pour soi-même, face à soi-même, savoir ce qu’on a voulu dire. Maintenant, je suis d’accord que la chose trop expliquée, qui ne laisse pas dans le fond à l’autre une liberté, me dérange.

Diffusion de « L’Instant X »

Avec nous, Mylène Farmer qui est notre invitée dans ce « Déjeuner de Gala » sur Nostalgie aujourd’hui samedi. Je fais une petite digression avec les images, je voulais en parler un petit peu plus tard. Vous parlez de notion de liberté quant à la perception d’une chanson : le clip, pour le coup c’est bien souvent quelque chose de très cadenassé. On nous impose des images, on nous fait une explication –ça ne vous concerne pas tout le temps- mais n’est-ce pas un piège ?

-C’est vrai, c’est un piège. Mais là encore, est-ce qu’on a le choix de ne pas faire sur une chanson une mise en images ? Là encore, malheureusement je n’ai pas ce choix-là parce que ça serait suicidaire. Mais sur certaines chansons, c’est vrai que certainement je n’aurais pas fait de clip, parce que justement il y a une réduction du sujet évoqué, et puis parfois c’est magique aussi, donc…

J’ai lu que vous disiez : ‘Quand j’écris mes textes, je livre beaucoup plus de moi que vous ne croyez. Il suffit de savoir écouter’. Est-ce que vos chansons sont codées ? C’est un exercice qui peut vous amuser, ça ?

-Non, je ne suis pas sûre d’être aussi intelligente que ça. En tout cas, j’aime bien les mots, donc j’aime jouer avec les mots…

Pas de fausse modestie, jeune fille ! (rires)

-…mais codés, non. Non. Je n’ai pas ce sentiment-là.

 

Y a-t-il quand même une notion –j’ai cru vous entendre le dire, cette fois-ci, donc la véracité du propos est entière, que vous aimiez cette forme d’irrationalité dans un texte et, comme vous venez de le souligner, que vouloir forcément une d’explication, c’est pas le but. Cette notion d’irrationnel, elle vous caractérise lorsque vous écrivez ?

-Non, je ne pense pas. Je ne pense pas, maintenant, sans parler de moi, quand je lis par exemple Cioran, puisque ça m’arrive de le lire en ce moment, à cette faculté que vous donner des mots-clés, et là encore de vous laisser votre propre imagination. C’est un peu confus, ce que je dis, mais… (rires) Un peu comme les haïkus, vous voyez, ces poèmes qui sont très, très courts. On vous donne deux mots, on va vous dire –je dis n’importe quoi : un chien, une fourmi et la senteur du foin et tout à coup, ça va évoquer une multitude de choses. Mais là, ça sera à chacun d’interpréter ou d’imaginer. Donc j’aime, en tout cas si c’est ce que vous évoquez comme étant une irrationalité, alors c’en est une, oui, parfois…

INSTANTXC’est finalement l’éducation que l’on reçoit lorsqu’on allait à la maternelle qui se transforme avec des beaux mots, mais c’est ça en fait : on apprend aux enfants, on leur montre un chat et leur imaginaire… (Mylène acquiesce d’un murmure) Vous faites allusion, donc, à Emil Michel Cioran, ce philosophe français pessimiste (en réalité, bien que vivant à Paris et d’expression française, Cioran n’a jamais eu la nationalité française, nda), dont l’œuvre s’exprime souvent par aphorismes. Vous en avez des favoris, vous ? Des proverbes, des… ?

-Je n’ai malheureusement pas beaucoup la mémoire des… (rires) Je retiens difficilement !

Ben, ‘tomber sept fois’, il y a déjà ça !

-‘Tomber sept fois’, c’était court donc facile à retenir ! Oui, il y a ce proverbe, effectivement, japonais qui dit ‘tomber sept fois, toujours se relever huit’ donc je l’ai volé.

Vous êtes charmée par ce genre de formules ?

-Là encore, c’est le plaisir des mots et l’intelligence qui peut s’en dégager. En tout cas, sans parler même d’intelligence, à la fois la précision dans la non précision. Il y a cette phrase maintenant qui me revient… (rires) Je vais faire mon exercice ! (rires)

Allez-y, soufflez bien !

-‘Tout ce qui ne m’a pas tué me rendra plus fort’

Pause publicitaire

Voilà, de retour avec Mylène Farmer qui est notre invitée aujourd’hui dans ce « Déjeuner de Gala ». Je faisais référence à cette chanson qui figure sur l’album « Anamorphosée », c’est la première fois où vous signez la musique : « Tomber 7 Fois… »…

-Oui, oui. Absolument, oui.

Après les mots, la musique. C’est une forme de défi que vous vous êtes lancé à vous-même ?

-Non. Là encore, ça s’est passé relativement naturellement : j’ai une guitare à la maison, donc il m’arrive parfois de tenter d’y jouer et ma foi, voilà, j’ai trouvé donc cette chanson, mais est-ce que j’ai envie de faire ça et prolonger ça : non, je ne le crois pas.

Vous vous êtes surprise vous-même ?

-D’une certaine façon, oui, probablement ! (rires)

Vous avez regardé autour si personne ne vous avait vue commettre cet acte affreux qui était d’écrire une musique ?!

-(rires) Oui, dans la mesure où j’ai pas de formation de musicienne. J’en ai le goût, en tout cas, mais je pense qu’il faut plus de talent pour composer.

Vous êtes quand même pluridisciplinaire –on évoquera plus tard le goût de la peinture- vous écrivez, vous chantez, c’est tout à fait dans vos cordes, en tout cas c’est dans votre mentalité. C’est aussi de la liberté, finalement, que de savoir faire plusieurs choses, non ? C’est pour ça que cette notion de devenir compositrice, ou compositeur pardon, ça peut aussi vous aller, non ? C’est pas un défi qui vous… ?

-Non, parce que là encore, sans parler de talent, je sais ce que je suis ‘capable’ de faire, en tout cas de revendiquer, on va dire. Maintenant, quant à la musique, là encore, la composition, je sais que je m’essoufflerai très, très vite parce que manque tout simplement de connaissance, là encore.

Vous voyez que vous êtes intelligente, puisque l’intelligence c’est savoir reconnaître ses limites.

-Je ne ferai pas de commentaires ! (rires)

On saute du coq à l’âne, c’est le cas de le dire : vous aimez les animaux, je vous emmène sur le terrain des animaux. Comment va E.T. ?

-Très bien !

Bien. Ce qu’il y a de fabuleux dans la communication avec les animaux, c’est que l’on émet des mots, eux les perçoivent comme des sons suivant l’intonation, et finalement, là on retombe sur c’est presque une chanson qu’on écrit avec les animaux : ils interprètent comme ils le veulent. Est-ce que mon parallèle vous choque ?

-Non. Vous faites ce que vous voulez, d’abord ! (rires) Mais effectivement, oui, les animaux, en tout cas les petits singes, connaissent probablement les sonorités, mais les visages aussi. Ils interprètent beaucoup l’expression, liée au son probablement. C’est un être, là pour le coup, relativement intelligent, caractériel aussi, qui a ses humeurs, mais c’est toujours aussi passionnant d’avoir un singe.

C’est l’animal –nous en parlions tout à l’heure- qui se rapprocherait le plus de nos réflexes. C’est pour ça que vous l’avez choisi ?

-Je crois que j’ai simplement une passion pour le singe. À chaque fois que je vois un documentaire sur ces animaux, j’ai envie de changer de vie et d’aller les retrouver, de les aider ou d’essayer de dialoguer, de m’y intéresser en tout cas. J’ai vu beaucoup, beaucoup de reportages sur les chimpanzés, les orangs-outans ou les gorilles. C’est vrai qu’une vie comme celle de Diane Fossey est une vie passionnante, mais c’est une vie difficile aussi.

C’est une grande tendresse que vous avez envers les animaux, tout à l’heure vous étiez avec les chiens ! Vous aimez leur naïveté ? Leur fidélité ? C’est ce qui vous attire ?

-Là encore, je vais probablement vous décevoir mais je ne suis pas sûre d’analyser toutes les envies que j’ai, ou les communications que j’ai. J’aime les animaux parce que dans le fond, c’est très spontané. Maintenant, si vous voulez vraiment trouver pourquoi on aime un singe, pourquoi on aime un chat ou un chien, dans le fond, ça, ça ne m’intéresse pas de savoir pourquoi je les aime. Je les aime, tout simplement.

Diffusion de « Mylène s’en fout »

« Mylène s’en fout ». Pas nous ! Elle est votre invitée aujourd’hui sur Nostalgie, dans ce « Déjeuner de Gala ». On a aimé –et on aime toujours- cet album, notamment, « Anamorphosée ». Je voulais juste un petit mot sur cet univers musical : il y a eu une évolution. Est-ce qu’on peut la qualifier, cette évolution, de tonique, d’énergique ? Ca serait le bon mot ?-Je vais être obligée, moi, de revenir vers mes albums précédents : je n’ai pas eu le sentiment que ces albums n’étaient pas énergiques, donc en ce sens je ne peux pas aller dans cette idée de ‘plus d’énergie’. Je crois que parce qu’il y a des guitares, beaucoup plus de guitares qu’avant, peut-être que l’énergie vient aussi de là. Peut-être dans la façon de chanter, qui est probablement un peu différente : je chante plus grave –en tout cas, je me le suis autorisé !

Dans le ton, rassurez-nous ! (rires)

-Dans un ton plus grave. (elle hésite) Là, j’avoue que je ne sais pas bien… « Désenchantée », pour moi par exemple, est une chanson extrêmement énergique –mais ça n’engage que moi- au même titre que « L’Instant X », si ce n’est que la production est très différente. Là, oui.

Voilà, justement : en quatre ans, est-ce que vous avez eu l’impression de vivre une révolution musicale ?

-Non…

D’abord, est-ce que vous avez écouté ce qui se faisait ? Quand se passent comme ça quatre années, est-ce qu’on a le doute de se dire ‘je vais décrocher, je vais avoir un handicap insurmontable’ ? Parce que c’est un métier qui va très, très vite –je parle de la technologie, ne serait-ce que ça…

-Oui. Oui, oui. Là encore, c’est plus une envie profonde non pas que de changer radicalement, mais simplement puisque j’ai passé un certain temps aux Etats-Unis, c’est vrai qu’on est enclin à écouter beaucoup plus de musique : si on écoute la radio, on écoute que de la musique américaine en tout cas et qui est essentiellement beaucoup de guitares, et puis aussi dans les mélodies… Donc, en ce sens je ne me suis pas dit, là encore, ‘Pour le prochain album, il va falloir faire attention !’. C’est simplement un désir, tout simplement, que d’aller vers quelque chose de plus ce qu’on appelle live, moins de gimmicks. Je sais pas si j’ai répondu à votre question ! (rires)

Si ! Faire office de référence, comme vous le faites aujourd’hui, est-ce que c’est une forme de reconnaissance éternelle ?

-Référence… ?

Vous êtes une entité…

-Oh, pardon : moi ?!

Oui ! Est-ce que c’est une forme de reconnaissance ?

-Est-ce que je suis une référence ?!

Quoiqu’il advienne, à partir de ce jour vous resterez quelque chose auquel on pourra s’identifier, auquel on fera référence. Est-ce que cette reconnaissance, vous la percevez ? Et comment vous l’acceptez ?

-Je la perçois parfois. Quand je monte sur scène, je crois que c’est le moment où l’on vous applaudit, tout simplement, où on vous dit que vous êtes quelqu’un d’important à ce moment-là. C’est important au moment où je le fais. Maintenant, vous dire est-ce que ça me rassure ou est-ce que c’est important pour moi : je ne suis pas sûre, là encore, de pouvoir répondre à cette question. Je ne sais pas. (rires) J’aurais plutôt une humeur aujourd’hui de nous somme peu de chose, donc ça va être difficile pour moi que de vous dire ‘Je suis une référence’ !(rires)

Mais nous sommes peu de chose, je vous le confirme ! Il faut mieux en rire…

-J’aime ce que je fais. Je crois que je vais, là encore, faire ou une pirouette ou une réponse plus concise : j’aime profondément ce que je fais. C’est le plus important.

Pause publicitaire

Bien. De retour dans « Déjeuner de Gala » sur Nostalgie avec Mylène Farmer. Il y a quelque chose que vous aimez et que vous ne faites pas encore, et que vous allez certainement faire parce que vous n’êtes pas être à vous laisser abattre, c’est le cinéma. (Michel Cottet semble ignorer qu’à la date de la diffusion de cet entretien, « Giorgino » venait de sortir deux ans auparavant ! nda) Tout ce que vous entreprenez sur scène, sur disque, sur les clips, il y a –j’ai l’impression, arrêtez-moi si je me trompe- une approche cinématographique.

-Oui…

Votre bonheur total serait aujourd’hui, ou dans quelques années, d’avoir une pile de disques de diamant et puis une pile de bobines de films, quand même, non ?

-Là encore, je ne suis pas sûre. Il y a quelques années, j’aurais -et je l’ai dit, que de ne pas faire de cinéma, j’en mourrais…

Je voudrais qu’on ferme… Oublions tout ça et voyons devant !

-Non, non ! Je le révoque, parce qu’aujourd’hui je crois que je peux m’en passer tout à fait. Ca, c’est pour répondre à la notion de pile et de collection (rires). J’aimerais refaire un film, avoir un rôle qui bien sûr m’intéresse. Maintenant, me projeter dans un avenir de cinéma : pas du tout. Honnêtement, pas du tout.

Mais cette approche –j’en finirai avec le cinéma…

-Mais j’aime le cinéma, donc voilà pourquoi j’aime l’image.

Voilà, ce qui explique peut-être votre petite différence –enfin, pas votre différence, ce que j’expliquais tout à l’heure : le phénomène musical- parce que vous appréhendez les choses avec un autre regard, celui de la caméra, même si on parle de chanson…

-Là encore parce que mon goût probablement, oui, pour le cinéma, pour l’image, pour l’évocation. Donc là c’était une rencontre formidable, en tout cas, quand j’ai commencé ce métier, à savoir que le clip était un élément essentiel pour un artiste, et ça a été quelque chose de magique pour moi –déjà d’avoir travaillé avec Laurent Boutonnat, qui a fait quand même la plupart de mes clips et qui est quelqu’un de grand talent. Là encore, c’est l’idée de rencontre, que de pouvoir aller voir Abel Ferrara et lui demander de travailler avec lui, Marcus Nispel, autant de gens qui ont beaucoup de talent. Là, c’est plus l’idée -on parlait de solitude tout au début- là c’est l’idée réellement de deux ou de trois, de ne pas être seule justement dans une création.

Vous citez Bergman, Polanski, Annaud –je lis, hein !- Sergio Leone, dans le monde du cinéma. Est-ce que vous avez eu des rencontres fascinantes, au-delà des œuvres, avec ces gens ou avec d’autres ? Est-ce qu’il y a des gens que vous aimeriez rencontrer ? Vous aussi, certainement, vous êtes titillée par ces…

-J’aurais adoré rencontrer Bergman, mais il ne m’a pas attendue ! (rires) Maintenant, là encore, est-ce que j’ai des vœux : non. J’aurais aimé rencontrer Cioran, mais il n’est plus. J’avais très, très envie de rencontrer Abel Ferrara, c’est chose faite.

Vous avez percé un peu le mystère ?

-De ce monsieur ? C’est quelqu’un d’assez fascinant, aussi bien dans la destruction que dans l’énergie, mais c’est quelqu’un de fascinant en tout cas.

Donc c’est intéressant, finalement, d’essayer de percer le mystère des gens et de les rencontrer…

-Oui, bien sûr ! Bien sûr. Mais là encore, c’est quelqu’un qui se dévoile très, très peu.

C’est d’autant plus passionnant…

-Il faut comprendre des choses, accepter d’autres, tolérer parfois, mais c’est quelqu’un de très riche, oui.

« À force d’ignorer la tolérance, nous ne marcherons plus ensemble »…

-Oui ! (rires)

Diffusion de « Rêver »

Juste avant ce titre, on parlait justement de chanson, du disque. En parlant de chanson, c’était dans l’album « L’Autre… » : ‘Agnus Dei, moi l’impie je suis saignée aux quatre veines’. À défaut de mépriser la religion, le bouddhisme c’est quand même quelque chose que vous avez cerné avec le livre de Sogyal Rinpoché, auquel vous rendez hommage d’ailleurs sur la dédicace de l’album. (Mylène confirme d’un murmure) Vous avez lu « Le Livre Tibétain de la Vie et de la Mort ». Cette philosophie consiste à vivre le moment présent : concrètement, c’est quoi ne pas vivre les moments avant et après qui peuvent redonner le sourire comme ça ?

-Ne pas vivre les moments avant ou après ?

Puisque la définition…

-Oui, oui. C’est une façon de ne plus se mettre en réel danger -mais ça c’est une notion dans le fond que je n’aime pas parce que j’aime le danger, j’aime l’inconnu- mais en tout cas d’un danger qui n’est pas réellement intéressant, à savoir c’est vrai que le passé peut être un fardeau. L’avenir, l’idée de l’avenir, se projeter dans l’avenir et de se dire ‘Qu’est-ce que je vais faire demain ?’ est quelque chose de terriblement angoissant, donc quand on a à la fois la connaissance qui est celle des autres, puisque vous évoquiez ce livre, cette philosophie est un pansement. Maintenant, il y a des choses que l’on accepte et puis d’autres que l’on rejette, et c’est vrai que l’idée, la notion de vivre son présent est quelque chose de cicatrisant, dans le fond.

Malgré cette référence, je crois savoir que vous n’épousez pas pour autant la cause du bouddhisme…

-Non, c’est-à-dire que c’est toujours pareil : puisque j’ai évoqué ce livre dans mon album, après c’est toujours difficile parce que si les médias s’en emparent, on va vous dire ‘Donc vous êtes bouddhiste’. Et c’est vrai que moi j’ai quelques nuances, en sachant que je ne le pratique pas tous les jours, je n’ai jamais rencontré le Dalaï-lama, je n’ai jamais réellement rencontré de bouddhistes mais je m’y suis intéressée et c’est quelque chose, une fois de plus, qui m’a fait beaucoup de bien, que je trouve très sensé et surtout très réparateur. Ce n’est pas une religion, c’est plus une philosophie donc c’est quelque chose de plus tendre.

Je parlais de tolérance tout à l’heure : c’est une de vos valeurs essentielles…

-Là encore, j’en ai besoin et c’est vrai que je le réclame chez l’autre. Là encore, c’est un apprentissage, parce qu’on ne devient pas tolérant comme ça, du jour au lendemain : il suffit de quelque chose qui vienne percuter votre esprit, quelque chose de violent par exemple, et j’aurais presque envie de nier tout ce que je viens de dire donc là encore, c’est un chemin qui est long ! Mais c’est vrai que cette notion de tolérance est quelque chose d’indispensable pour l’être humain.

Et quand la tolérance confine presque au pardon, c’est un peu facile quand même, non ?

-Pardon ?

Lorsque la tolérance confine au pardon, c’est un peu facile comme attitude : il faut quand même se révolter, se battre, non ?

-Oui. Maintenant, l’idée du pardon, là je pense…

Je parle pas du Grand Pardon ! (rires)

-…brutalement à un article que j’ai lu sur ces femmes et hommes qui ont perdu des êtres chers et qui sont allés voir les bourreaux de ces personnes perdues. Là, c’est une idée du pardon qu’on pourrait qualifier de presque insoutenable mais c’est quand même une grande idée, donc j’aime cette idée du pardon.

Un que vous pardonnez, parce que je présume qu’il est toujours numéro un dans votre cœur dans la littérature, c’est Edgar Allan Poe : « Allan » la chanson, oui, c’était ça ?

-Oui, bien sûr !

Bon, on ne sait jamais !

-Non ! (rires)

Il y a « Le Corbeau », avec l’emblème sur… C’est toujours le numéro un dans votre cœur ?

-C’est quelqu’un que j’aimerai éternellement, ça oui ! Maintenant, j’ai des lectures un petit peu plus légères en ce moment, qui sont Mary Higgins Clark dont je suis en train de dévorer tous ses livres !

Très en vogue, oui !

-C’est plus léger, mais c’est assez passionnant ! C’est bien écrit, en tout cas. (rires)

C’est très en vogue, presque à la mode d’ailleurs…

-Oui. C’est plus vulgaire ! (rires)

Ca lave l’esprit ?

-C’est une détente en tout cas, oui. (rires)

Pause publicitaire et flash info

Retour sur Nostalgie dans ce « Déjeuner de Gala » avec Mylène Farmer. On parlait de littérature, on parlait d’Edgar Allan Poe et puis de Mary Higgins Clark et de sa soi-disant légèreté. Parmi les lectures qui sont plus tendues, j’avais noté Henry James et puis Julien Green

c’est drôle, on en parle alors qu’il veut être révoqué de l’Académie Française alors qu’il n’en a pas le droit, ce brave homme- avec ses angoisses métaphysiques. Est-ce qu’ailleurs c’est toujours mieux que là où on est ?

-Je le pense de moins en moins. Est-ce que c’est le voyage qui vous donne ces… ?

Ha, vous vous éloignez de notre ami Julien, là ! (rires)

-Oui ! Là encore, c’est l’idée de projection ou d’anticipation, d’imaginer effectivement que l’autre va vivre mieux, que l’ailleurs est un meilleur. Dans la mesure où j’essaye de vivre des moments présents, ce seront mes moments à moi –non pas que je n’envisage pas l’autre, mais je me dis que dans le fond j’ai de la chance de vivre ce que je vis, même si parfois c’est difficile donc de ne pas chercher justement cet ailleurs hypothétique.

J’évoquais Julien Green, philosophe mais aussi photographe avec des autoportraits, des photos de famille (Michel Cottet prononce d’abord ‘des autos de famille’ ce qui provoque un fou rire de Mylène) Le pauvre, il est né au début du siècle, des autos il devait pas tellement en voir !

-Changez la question !

Non, non, non je la conserve ! J’aimais beaucoup sa définition d’un cliché parfait –je lis les trois points : savoir voir, être rapide et être patient pour réussir donc une photo. Est-ce que ce ne sont pas un procédé qu’on pourrait appliquer à une chanson, finalement, pour sa réussite ?

-(elle répète) Savoir voir, être rapide et être patient… Oui ! Oui, ça peut être… (elle s’interrompt, visiblement perdue)

Non, c’est pas grave, c’est pour mes enchaînements comme ça…

-Oui, oui, j’entends bien ! (elle éclate de rire)

…on arrive sur la peinture, n’est-ce pas, vous voyez…

-Parce que vous, tout est écrit ; moi, rien ! (rires)

Je suis obligé de prendre des notes ! Donc je voulais faire un parallèle entre la photo, la chanson et la peinture, qui est quand même un art aussi qui, si je ne m’abuse, vous titille…

-J’adore la peinture. Je la connais depuis peu, dans le fond. J’ai rencontré certaines personnes qui font partie de ce métier, donc de la peinture, qui m’ont d’une certaine façon éduquée.

Lesquelles ? Enfin, si toutefois ça n’est pas…

-Pierre Nahon, que je connais peu mais… Albert Koski (mari de Danièle Thompson. Mylène a assisté a plusieurs vernissages de l’artiste et est une intime du couple, nda) est quelqu’un qui m’a aidée et puis ma foi, après ce sont des expositions, ce sont des livres : j’adore acheter des livres de peinture, j’adore acheter quand je le puis quelques peintures.

Des livres pour essayer de reproduire ou simplement pour la beauté de… ?

-Pour une évasion, là encore. C’est aussi intéressant de feuilleter un livre de peinture qu’un roman. J’aime beaucoup Egon Schiele, j’aime Max Ernst, j’aime Klimt…

Je suis largué en peinture, alors là je dis rien, je fais celui qui connaît, mais alors là, non !

-Non, non mais… ! Henri Michaux, l’écrivain, qui était également un peintre. Et puis beaucoup d’autres.

Vous aimez la peinture, c’est pas pour autant que vous aimez vous emmêler les pinceaux, hahaha ! (ironique)

-(elle pouffe) Je dois répondre ?! (rires)

J’en aurai presque fini avec mes références littéraires –enfin celles d’une époque qui n’est pas forcément celle que vous vivez actuellement -il y avait notre ami Kafka. J’avais lu un bel article sur Prague, vous dévoiliez la ville de Prague avec beaucoup de bonheur (paru dans le magazine « Femme » en juin 1996, nda). C’est parce qu’elle vous rappelle Montréal, de par son climat, de par… ?

1989-06-Très honnêtement, je ne me souviens pas de Montréal, si ce n’est que j’ai le goût de la neige, donc probablement lié à cette époque. Je n’y suis retourné qu’une fois et extrêmement brièvement donc c’était quelque chose que je qualifierais de pas très agréable (Mylène y est effectivement retournée à l’automne 1988 dans le cadre d’une série photo avec Elsa Trillat. Des années plus tard, lorsque celle-ci évoquera ce voyage pour le Mylène Farmer Magazine, elle parlera également d’une mauvaise ambiance, nda). Donc je ne me souviens pas de Montréal, en somme.

Je ne sais pas si vous vous souvenez de cet article sur Prague que vous avez formidablement bien rédigé…

-Non, je ne m’en souviens pas. (l’article a pourtant été publié quelques mois à peine plus tôt, nda)

C’est un art que vous aimez aussi. Il était axé sur les monuments historiques, sur les gens de la littérature etc. Ca vous passionne, ça, l’histoire des villes ?

-Oui. Je suppose que c’est à peu près normal quand on découvre une ville de savoir ce qui s’y est passé, quels étaient les écrivains, qui a hanté qui ou qui a hanté quoi… Oui, là c’est encore un intérêt pour l’autre.

Il y a notre ami le marquis, ça vous aimez bien, aussi…

-Le marquis, oui ! Le divin marquis ! (rires)

Le marquis de Sade. Il va bien ?!

-Je l’ai délaissé, lui, un petit peu ! (rires) Il trépigne !

Justine (héroïne des écrits du marquis de Sade, nda) va être en colère !

Diffusion de « Comme j’ai Mal »

« Comme j’ai Mal », c’est bien entendu Mylène Farmer, extrait de l’album « Anamorphosée ». Mylène, notre invitée aujourd’hui sur Nostalgie dans ce « Déjeuner de Gala » avec des chansons, avec des livres. Parmi toutes ces lectures, qui une nouvelle fois peuvent changer ou évoluer –ceci dit, celles qu’on a évoqué et que vous revendiquez, c’est quand même un monde fantastique et morbide : est-ce que le suicide peut flirter, être limitrophe de cet univers que représentent les Julien Green, les Cioran etc. ?

-Est-ce que je… ?!

Le suicide, la notion de suicide peut être limitrophe de cet univers pessimiste…

-Là encore, est-ce que ce sont des thèmes de prédilection ? Je m’y sens bien…

Pour l’époque où vous vous sentiez bien. Je ne veux pas…

-Non, non je m’y sens toujours très bien !

Est-ce que cette notion de suicide, qui est quand même une limite à franchir ou ne pas franchir après tout, est-ce qu’elle était présente dans vos lectures ? « Le Mythe de Sisyphe » de Camus, est-ce que vous l’avez lu par exemple ?

-Non, non. Est-ce que vous faites allusion à moi, est-ce c’est quelque chose qui m’a hantée, ou est-ce que c’est quelque chose qui… ?

 

Oh non, je n’irais pas jusque là. Non, non. D’une façon générale, quand on est ‘imbibé’ non pas d’alcool –bien que vous appréciiez le Bordeaux et je vous en félicite !- mais imbibé de ce genre de lectures, aussi diverses soient-elles…

-Oui, ce sont des chemins dangereux. Effectivement, si on s’imbibe et fait une indigestion d’auteurs comme ça, de lectures, ça devient sa vie de tous les jours, sa pensée de tous les jours donc on finit par… A la fois c’est passionnant et pourquoi c’est passionnant ? Parce qu’on ressent ces mêmes choses, donc fatalement se crée un lien entre l’auteur et le lecteur. Maintenant, ça peut être dangereux si on ne s’abreuve que de…

C’est pour ça qu’il y a Mary Higgins Clark !

-Oui, peut-être ! Parce qu’il y a toujours ces ingrédients mais il y a toujours une notion d’espoir, j’imagine. Oui, il faut avoir le recul nécessaire pour ne pas effectivement essayer d’illustrer ce que l’on lit, en tout cas de l’appliquer à sa vie, voilà.

Vous êtes en train de nous avouer quand même professionnellement, à travers vos lectures, une formidable conscience des limites, un recul, une sérénité par rapport à vous-même…

-Oui, je le pense. Parfois, je n’aime pas ça, je n’aime pas cette maîtrise.

Ca empêche une folie, d’être trop maître de soi, d’être trop lucide finalement ?

-D’une certaine manière, oui. Et une trop grande lucidité mène à un cynisme parfois, et ça je m’en défends aussi parce qu’être cynique, je crois, c’est pas très intéressant pour sa vie ni pour les autres. Mais là encore, c’est moi qui suis responsable de ça.

Pause publicitaire

Retour sur Nostalgie dans ce « Déjeuner de Gala » avec Mylène Farmer. Un petit clin d’œil à votre nom : ‘Farmer’, c’était un personnage d’un film que Jessica Lange a tourné etc. Enfin bref ! (incarnée au cinéma en 1982 par Jessica Lange, Frances Farmer est décédée en 1970, nda)

Aujourd’hui, si vous deviez choisir un autre nom en référence, ça serait Greta ?

-Non ! (rires)

Non ? Ca changerait pas ?

-E.T., ça me conviendrait parfaitement ! (rires)

Greta, ça m’arrange : j’étais sur « Cendres de Lune »…

-J’ai bien compris, oui ! (rires)

Léo Ferré –j’y reviens, vous voyez, chacun les siens- c’était la mélancolie, ‘la mélancolie, c’est revoir Garbo’ dans « La reine Christine ». Pour vous c’est quoi, la mélancolie ?

-Qu’est-ce que pour moi la mélancolie… ?! Hmm…

Vous avez autant de temps que vous voulez pour répondre !

-Oui, mais plus je vais mettre du temps et plus la réponse sera décevante !

Non, peut-être que vous n’êtes pas mélancolique, donc c’est un sentiment qui n’évoque rien de spontané, justement…

-Je la trouve très souvent dans la musique. Ecouter une musique évoque chez moi une mélancolie. Mais là, précisément, non je n’ai pas de réponse…

Ecouter les Doors, les Eagles, Gainsbourg, Dutronc, ça c’est de la mélancolie, c’était votre…

-Oui…

Vous êtes allée voir, par exemple, Dutronc au Casino (de Paris, nda) y a quatre ans ?

-Non.

Barbara, aussi, qui a bercé votre… Non ?

-Non. Le dernier spectacle que j’ai vu, c’était Alanis Morissette.

Barbara, qui vient de sortir un album (« Barbara », 1996, nda) : ‘Il me revient, il me revient en mémoire, il me revient une histoire, il me revient des images’ ça, c’est pas votre cas, ça, hein…

-Qu’il me revienne des images ? J’essaye le moins possible ! (rires)

L’adolescence ne revient jamais. Vous n’aimez pas l’adolescence d’une façon générale : est-ce que c’est parce que vous n’appréciiez pas le manque de personnalité chez l’autre ? Est-ce qu’on peut faire le lien ?

-Je n’aime pas l’adolescence. Là encore, je n’ai évoqué que la mienne : c’est un passage que je n’ai pas aimé du tout, du tout.

Peut-être dans le regard des autres adolescents que vous croisiez à l’époque…

-Ca, de toute façon, mais avant tout on ne s’aime pas soi-même et là pour ça, je crois que je n’avais même pas besoin du regard de l’autre.

Ca vous plaît aujourd’hui d’être presque adulte ?

-Je crois que je ne le serai jamais !

J’ai dit ‘presque’, hein !

-(rires) Oui, je me préfère aujourd’hui qu’il y a cinq ans, six ans, dix ans, vingt ans. La trentaine est quelque chose de plus doux, pour moi en tout cas.

Ca correspond à ce que vous imaginiez lorsque vous étiez adolescente ?

-Non. Là encore, je me suis toujours envisagée -c’est plus une détresse qui venait à moi, donc de s’envisager plus grand dans le temps est quelque chose qui n’était pas là encore très doux. Mais j’ai toujours entendu ‘Vous verrez, l’âge de trente ans ou la trentaine pour une femme est bien plus magique que cette période qu’est l’adolescence’ et j’avoue que je puis dire oui, en tout cas me concernant.

Là, c’est à demi magique : vous êtes au milieu de cette décennie exceptionnelle !

Diffusion de « Vertige »

« Vertige », toujours extrait de votre album, Mylène Farmer, « Anamorphosée » -je vous parle, puisque vous êtes notre invitée aujourd’hui sur Nostalgie dans ce « Déjeuner de Gala » ! On parlait juste avant de votre adolescence. Vous ne répondrez pas si je vais un peu trop loin : vous dites aussi avoir été en manque d’affectif, est-ce qu’avec le recul vous avez l’impression d’être passée à côté d’une bonne thérapie pour soigner cette blessure ?

-Là encore, puisque c’est une inconnue pour moi je ne peux pas répondre, en ce sens que je n’ai pas fait cette démarche. Maintenant, nous sommes tous d’abord des êtres très sensibles mais il y a une hypersensibilité que vous ayez dans le fond ou non cet amour, vous ne le percevez ou en tout cas pas peut-être à sa juste valeur, ou peut-être que vous en demandez une surproduction donc en ce sens, vous allez souffrir. Donc je dois faire partie, si je peux me caractériser, de cette catégorie d’êtres hypersensibles, donc difficiles.

« Et Tournoie… » : ‘Ton pire ennemi, tu peux l’expulser de toi’…

-Là, ça fait partie, oui, de cette…

Il rôde encore ?

mylene-farmer-ouv-Bien sûr. C’est pour ça : là, je pensais à ça et à l’évocation du bouddhisme et toutes ces choses qui sont très belles et très reposantes mais malgré tout on se lève le matin et on peut toujours avoir cette notion du mal qu’on a en soi, cette capacité à faire la mal, cette négation de soi et toutes ces choses qui font que ça perturbe votre esprit et c’est là où c’est difficile, parce que c’est là où vous décidez, vous êtes réellement maître ou de votre vie ou de votre journée et décidez que non, ça va aller mieux parce que ça vaut le coup.

Ce méchant, il s’appellerait Alice, l’araignée malicieuse ?

-Oui, tout à fait ! (rires)

Ca m’amène à la scène : entre le spectacle de 1989 et celui-ci, qu’est-ce que vous vouliez absolument ne pas reproduire ?

-Trop de tristesse.

Voilà, on sait toujours ce qu’il faut pas faire, on sait pas forcément ce qu’il faut faire, mais voilà, c’est ça…

-Oui, j’avais envie de…Mais là encore, ça a commencé par l’écriture de l’album, donc fatalement la scène est différente puisque j’ai suggéré, moi, des choses avant, en tout cas mes changements intimes.

Ceci dit, si je puis me permettre, le spectacle comporte la quasi-totalité des nouvelles chansons mais dans sa globalité, ça ne représente que 40% et pourtant le spectacle a une tenue, c’est la même. Il est quand même…

-J’ai eu envie d’abord d’évoquer le blanc, avec tout ce que ça peut évoquer pour l’autre, essayer de donner de la joie ; maintenant de la réflexion, bien évidemment, mais l’idée du show en soi : l’idée du show qui est quelque chose de à la fois factice, rapide mais quelque chose de fondé.

Pause publicitaire

C’est toujours votre « Déjeuner de Gala » sur Nostalgie. On est pratiquement en tournée, on parlait de votre disque, c’est la scène actuelle -ce soir vous serez à Nîmes. Cet écran géant, c’est votre idée ? C’est pour avoir un spectacle à deux vitesses, ce fameux show que vous venez de décrire et puis également qu’on puisse vraiment lire dans vos yeux ?

-D’une certaine manière, oui. Là encore, c’est peut-être extrêmement narcissique mais c’est ‘pensons aux personnes qui sont tout au fond et qui ne voient que des petites choses sur scène qui bougent’, donc j’allais dire je me devais, non je ne me devais pas de le faire mais moi étant spectateur, c’est vrai que j’ai une frustration si je ne vois pas les yeux de la personne. Donc voilà pourquoi cette idée de l’écran géant et parce qu’il y a eu…

Surtout quand ils sont jolis !

-(elle rit, un peu gênée) Et puis l’envie aussi de projeter des choses sur cet écran, parce que bien évidemment il n’y a pas que moi, évoquer l’abstraction et là encore, c’était une chose…

Et vos sourires, on dirait –c’est peut-être fait exprès- il y a des expressions très agréables qui nous propulsent vers le blanc…

-Là, c’est peut-être la différence alors par exemple avec la première scène et la deuxième : sur la première, je n’aurais jamais pu avoir une caméra qui reproduise justement mon visage en gros plan. Ca, c’est quelque chose qui m’aurait mortifiée parce que peut-être que je n’étais pas prête pour ça (il est à noter que pour les deux dates à Bercy en 1989, des écrans géants étaient pourtant placés de part et d’autre de la scène, nda) alors que là, c’est quelque chose que je… c’est sans doute ça, le vrai changement : c’est de devancer ça et de dire ‘Voilà, maintenant je vais vous donner aussi mes clignements d’œil, mes larmes, mes joies, mes sourires, mauvais ou bons profils, peu importe : je me livre !’ (rires)

‘Dieu vomit les tièdes’, ça c’est vous qui l’avez…

-C’est dans la Bible ! (rires)

Oui, oui, je vous cite, je l’ai noté et je voulais rebondir là-dessus : vous êtes dure dans le travail ? Vous avez l’œil à tout ? Vous maîtrisez tout ?

-Maîtriser, je ne sais pas, mais en tout cas je fais en sorte, oui, de maîtriser le maximum. Dure, probablement ; pénible, à mes heures sans doute, mais maintenant je respecte l’autre, donc je pense que…

Les réactions, lorsqu’il y a un point qui vous agace, elles sont spontanées ou réfléchies pour apporter la solution ou pour essayer d’imposer votre vision des choses ?

-Elles sont… Là encore, c’est pas aussi simple que ça. Je m’enflamme très, très vite ! Même si dans le fond, la réponse a été donnée tout de suite, parfois elle est un petit peu trop -je ne trouve plus le mot !- démesurée, mais en tout cas elle est instinctive.

Diffusion de « Laisse le Vent Emporter Tout »

« Laisse le Vent Emporter Tout », c’est Mylène Farmer, extrait de votre album « Anamorphosée ». Continuons ce « Déjeuner de Gala » sur Nostalgie : on faisait référence tout à l’heure sur l’album aux guitares de Jeff Dahlgren. Est-ce qu’il y a eu d’autres ingrédients comme ça sur l’album et sur la scène que vous vouliez absolument avoir à vos côtés pour perdurer ce nouvel élan ?

-Sur la scène, oui : avoir des musiciens qui ont envie de jouer.

Pourquoi ? Le contraire, ça existe ?!

-Oui, parce que dans ce métier, ça peut devenir une routine très facilement. On vient en studio, on fait une séance et on s’en va… Qu’il y ait une énergie centrale sur scène, qui sera la mienne puisque je vais être le point central, et à la fois des danseurs et des musiciens, s’il n’y a pas une osmose parfaite, en tout cas un réel désir commun, je crois que c’est quelque chose qui est à moitié gagné. Donc, outre les capacités et les talents de musicien, il y a aussi ce vrai désir de se dire qu’à chaque fois qu’un spectacle est quelque chose d’exceptionnel et qu’il faut tout donner.

Cette osmose, on la ressent tout de suite ? Non, bien entendu, il faut du temps…

-Je crois que là encore, c’est plus l’idée de l’instinct qui vient quand on fait le choix des musiciens, et puis après je crois que c’est malgré tout à la fois et un travail et un partage. C’est-à-dire, c’est vrai qu’il y a beaucoup de moments, par exemple pendant les répétitions –que ce soit avec des danseurs ou avec des musiciens- il y a beaucoup de moments après la scène, avant le spectacle, à la cantine… Ca peut paraître ridicule, mais ce sont des moments qui sont importants à chaque fois parce qu’il y a une vraie ou communication, ou communion et que c’est là que se construit réellement ce que les gens vont ressentir sur scène.

À la cantine, comment on se détend ? On parle de blagues ou on continue à peaufiner les détails, ou à se dire ‘Ca, c’était pas bien ; ça, c’était bien’… ?

-Il y a toujours ces choses-là qui surviennent, mais en général pour un tel spectacle, parce que c’est quelque chose qui est obligé d’être extrêmement calibré. Après vient le temps de…

Ca doit être parfait avant qu’on l’ait commencé…

-Parfait : là encore, je me méfie un petit peu de ces mots en parlant de moi et de ce spectacle, mais en tout cas les choses techniques, par exemple, doivent être extrêmement étudiées, sinon on va à une catastrophe !

Vous vous aimez, parfois ?

-(elle soupire, puis rit) Sans doute, oui. Sans doute…

Vous aimeriez être l’amie de Mylène Farmer ?

-Posez-moi une autre question ! (rires)

‘De ce paradoxe je ne suis complice / Souffrez qu’une autre en moi se glisse’, héhé ! Est-ce que l’illogisme serait donc la seule logique possible ? Oh, c’est compliqué !

-Je vais avoir mal à la tête, bientôt ! (rire franc)

On a bientôt fini, docteur ! C’est vous : en lisant vos chansons, en les écoutant ça inspire ce genre de… Mon imaginaire a fonctionné, vous voyez ! (Mylène acquiesce d’un murmure) Donc forcément, c’est vrai que vous avez peut-être des difficultés à y répondre. ‘Mais qui est l’autre’ ?!

Diffusion de « Et Tournoie… »

« Et Tournoie… », c’est Mylène Farmer bien entendu, notre invitée aujourd’hui dans ce « Déjeuner de Gala ». Je reviens sur la scène : c’est Paco Rabanne qui vous habille –vous voyez, j’ai tout noté parce que je peux pas tout me souvenir, moi !- en 1989, c’était Thierry Mugler, qui avait fait aussi le clip de …

-Oui…hqdefault

Il y a eu Gaultier sur le clip de « Je t’aime Mélancolie », Alaïa sur le clip de « Que mon Cœur Lâche », non c’est pas ça ?

-Oui !

Bref, c’est une vraie collection ! C’est drôle…

-Oui, j’aime bien les couturiers !

Vous jouez sur scènes avec ces tenues ? C’est une façon de vous… ?

-Oui. Là encore, j’ai travaillé assez longtemps avec l’équipe de Paco Rabanne.

C’est une volonté de changer, comme ça, d’aller de l’un à l’autre qui ont quand même des styles très différents ?

-Oui. Encore que sur la première scène, à part deux ou trois tenues, Thierry Mugler n’était pas si en avant que ça : c’est-à-dire qu’il a accepté de prêter son talent mais de respecter aussi mon univers. Je fais allusion à « Tristana », par exemple, qui était des manteaux russes avec des écharpes, des gants : c’est pas très Thierry Mugler ! Maintenant, pour Paco Rabanne, l’idée c’était que ce soit près du corps, que ce soit ce qu’on appelle sexy… (rires)

Et talons hauts, cette fois-ci !

-Et talons qui sont très, très hauts ! (rires) Et Paco Rabanne, là encore ça fait partie des rencontres et des choses qui deviennent presque une évidence une fois que c’est choisi. C’est quelqu’un qui aime le blanc, c’est quelqu’un qui aime l’énergie, qui aime autant de choses qui avaient un rapport avec ce show.

Dans le monde de la mode, dans le monde de la chanson, il y a forcément moult personnes qui essaient de vous approcher, non ? Des projets, vous devez en avoir !-Mais non, pas tant que ça !

Pourquoi ? Vous faites peur ?!

-Je ne sais pas ! Mais non, il y a pas tant de…

Restons sur le domaine de la mode : il y a pas beaucoup de personnes au monde qui réclament autant de tenues pour une scène, et surtout des tenues qui sont mises en valeur, qui servent à quelque chose, non pas simplement à dire ‘Vous avez vu ? J’ai une belle tenue !’, donc forcément ça doit attiser les esprits fertiles !

-Mais non ! Alors, est-ce que c’est propre à ce pays ? J’en sais rien, mais c’est plus à soi à chaque fois de faire des démarches et d’avoir des désirs et d’aller vers l’autre plus que créer de réelles envies chez l’autre, non…

J’ai juste noté, il y avait Baudelaire aussi, j’ai oublié, avec « L’Horloge », que vous aviez adapté sur l’album « Ainsi Soit Je… » : ‘Trois mille six cents fois par heure, la seconde chuchote : souviens-toi’, ça, ça doit vous énerver, ça ! C’est pas vous, ça !

-(rires) C’est plus moi, ou j’essaye de ne plus l’être ! (rires)

J’avais noté également, pour essayer d’en finir avec cet album, « Anamorphosée », sur « Mylène s’en fout », c’est la pureté à travers le jade, ce minéral chinois. La pureté, ça pourrait être aussi un mot pour vous définir ?

-Oh, là encore c’est un exercice que je ne ferai pas, tenter de me définir, donc je vous laisse ces mots-là, mais le jade, l’évocation du jade qui évoque effectivement la pureté, l’idée aussi d’un matériau brut, d’un matériau qui n’est pas précieux mais qui devient avec le temps quelque chose de précieux

–mais là je ne m’évoquais pas moi précisément !

J’espère que ‘c’est sexy’, Nostalgie ! En tout les cas, c’est vrai qu’essayer de découvrir quelqu’un, essayer de percer le mystère, ça peut amener un grand risque : la déception. Je peux vous dire que vous êtes l’exception qui confirme la règle !

-C’est gentil ! Je pensais exactement à ça, à savoir est-ce que je n’ai pas déjà trop parlé ?!(rires)

Je voulais finir en vous paraphrasant : laissons le vent emporter tout, laissons Mylène prendre soin de tout. Voilà !

-(rires) C’est gentil à vous, en tout cas ! Merci !

Merci beaucoup.

Publié dans Mylène Autrement, Mylène et ses longs discours | Pas de Commentaires »

POUR UN CLIP AVEC TOI Mylène Présenté par Laurent BOYER

Posté par francesca7 le 25 mai 2015

M6 du 7 AVRIL 1991

« J’ai un souci de garder les choses secrètes, je suis probablement comme les enfants : j’aime encore les surprises. »

1991-01-hLe contexte de ce long entretien est un cas unique, puisqu’il a lieu sur le plateau du clip « Désenchantée », en plein tournage de celui­-ci. Laurent Boyer se retrouve donc en extérieur, aux côtés de Mylène qu’on découvre avec son apparence du clip, protégée du froid par une grosse doudoune noire.

Cette interview est la première apparition télévisée de Mylène depuis novembre 1989. Après la fin du Tour 89 début décembre, elle avait alors complètement disparu médiatiquement.

Laurent Boyer : C’est en direct de Budapest, en Hongrie, en fait à la sortie de la ville, que nous sommes installés pour le cinquième jour de tournage du clip qu’on attendait ­ enfin du clip et du 45 tours de Mylène Farmer qui s’appelle « Désenchantée », que vous entendez à la radio déjà depuis le 18 mars, dans l’attente d’un album qui s’appelle « L’Autre… », et qui sortira le 8 avril. (la date de sortie nationale officielle de l’album est le 10 avril 1991, nda) Alors, déjà, merci à Mylène de nous recevoir ici, car c’est la première fois qu’une équipe de télévision ­ petite, l’équipe ! ­ a le droit de s’installer sur le tournage d’un clip C’est bien la première.

Bonjour Mylène !

Mylene Farmer : Bonjour (elle sourit puis baisse la tête, les yeux plongés vers le sol).

LB : Alors vous découvrez une Mylène un peu… on comprend pas bien… On se dit qu’elle est sortie d’un roman de Charles Dickens. Vous voyez que ce matin, on l’a un peu tabassée, elle a un petit peu de sang qui coule des lèvres. Elle a beaucoup souffert et elle est habillée, comme d’habitude, par Thierry Mugler (rires), ou encore Amor, comme on peut le constater. Mylène, bienvenue. Merci de nous recevoir ici, c’est très joli. (en regardant derrière) Je crois que ça, c’est en fait l’image du début du clip…

MF : Oui (elle hoche la tête)

LB : Je crois que le clip commence comme ça. On est en plein tournage donc on est comme vous, on découvre un petit peu l’ambiance de ce clip. Alors, c’est Mylène dans cette tenue­là qu’on découvrira dans le clip…

MF : Sans le manteau !

LB : Sans le manteau, parce que le manteau a un côté un peu plus mode…

MF : Un peu moderne, oui.

LB : Il faut dire qu’il ne fait pas très chaud. Cinquième jour de tournage. Il y a combien de temps que tu es installée ici, Mylène ? Ça fait une huitaine ?

MF : Ça fait à peu près huit jours, oui.

LB : Je sais que c’est pas très facile pour toi parce qu’il y a les conditions climatiques qui ne sont pas évidentes. Je crois qu’il a fait très froid, la semaine dernière…

MF : Oui, beaucoup plus froid qu’aujourd’hui.

LB : Là, ça va un petit peu mieux. On a droit au soleil sur Budapest. Assez joli… Et puis, tu te lèves très tôt, et vous tournez toute la journée, c’est ça ?

MF : On a des horaires un peu différents chaque jour. Mais ce matin, on s’est levé à cinq heures du matin.

LB : Alors cet album arrive. On en a beaucoup entendu parler. Et quoique, puisque ça fait un moment que tu es absente, en fait. Depuis le dernier Bercy, on n’entend plus parler de Mylène Farmer…

MF : Je crois que ça fait un peu plus d’un an, maintenant.

LB : Qu’est­ce qui s’est passé ? C’était une retraite ou c’était le temps de la création ?

MF : Je crois que c’est un petit peu des deux. Je crois qu’on a besoin de se cacher après une scène. C’est beaucoup d’émotion. Et d’autre part, j’ai préparé le… troisième album, je crois ?!

LB : C’est le troisième, je te le confirme ! (rires)

MF : C’est le troisième. Et ma foi, voilà, ça a pris à peu près quatre, cinq mois de studio.

LB : De studio, et de création aussi, d’écriture, parce que tu as écrit…

MF : Oui. Toute l’écriture, c’était vraiment sortie de scène jusque entrée en studio.

LB : Est­ce qu’on peut dire…Cet album, on n’en parle pas encore, il sort le 8 avril, donc on ne sait pas encore, personne n’a écouté. On sait qu’il s’appelle « L’Autre… ». Il y avait « Ainsi Soit Je… », il y a « L’Autre… » maintenant. C’est quoi, c’est une continuité cet album ?

MF : (elle hausse les épaules) J’ai un petit peu de mal à m’expliquer quant au contenu d’un album. Je dirais que c’est de la même veine. C’est très difficile pour moi. C’est quelque chose d’assez mystérieux finalement, même pour moi.

LB : Y’a que toi qui a écrit sur cet album…

MF : Oui.

LB : …ou on trouvera d’autres textes d’autres gens ? (Mylène fait « non » de la tête). Y’a une dizaine de titres, c’est ça ?

MF : Oui, il y a à peu près dix titres. Il y en a même dix. Et non, je suis la seule à écrire. J’ai délaissé les poètes ! (petit rire)

1991-01-aLB : Bien. Les conditions de tournage, vous le verrez, parce que vous allez voir énormément d’images du tournage, on en profite en fait puisque tu nous reçois ici, vous allez découvrir de quelle façon Laurent Boutonnat et Mylène Farmer travaillent sur un clip, sur ce clip qu’on découvrira tout à l’heure, « Désenchantée ». Vous le verrez par deux fois, ce clip, avant la fin de l’émission, deux versions différentes. Il y a à peu près une centaine de figurants ici ?

MF : C’est ça.

LB : Des enfants. Alors pourquoi avoir choisi des enfants ? Des enfants hongrois en fait, à Budapest. Y’a une raison particulière ?

MF : Il y a plusieurs raisons pour le choix de la Hongrie. Il y a d’abord la neige. On voulait un paysage de neige. D’autre part, effectivement, on voulait beaucoup de figurants. Et on voulait surtout des enfants qui portent quelque chose de grave dans le visage, dans le regard. C’est vrai que les pays de l’Est, pour ça, c’est fabuleux. D’autre part, il y a beaucoup de techniciens en Hongrie qui sont très performants et professionnels.

Et enfin, une des dernières raisons, c’est que c’est beaucoup moins cher, et qu’on peut faire des choses grandioses avec peu de moyens, finalement.

LB : Est­-ce que ça veut dire que ça va être dans la lignée de l’imagerie Mylène Farmer ? Parce que c’est vrai que Mylène Farmer, on l’associe aux clips, clips scénarisés qui sont en fait des films, non plus des clips. Est-ce que c’est dans la même veine et ça s’inscrit toujours dans cette veine scénarisée et à grand spectacle ?

MF : Ce sera la même chose. C’est la même écriture et le même réalisateur. Et pratiquement la même équipe à chaque fois, sur chaque tournage.

LB : Est-­ce qu’on peut dire aussi que, quelque part, si vous venez tourner ici, en Hongrie, à Budapest… On y pense souvent quant à toi, tes ambitions cinématographiques, et celles de Laurent… On peut se dire qu’il y a peut­-être aussi… On sait que « Cyrano de Bergerac » a été tourné en Hongrie. On peut se dire qu’il y a peut­ être aussi, pour toutes les conditions que tu as données, les prémices d’un futur long métrage, le moyen de repérer pour un long métrage…

MF : (sourire) Ça, c’est quelque chose d’envisageable, qui a été envisagé. Mais j’avoue que, pour l’instant, c’est quelque chose qui n’existe pas, et puis c’est quelque chose qui appartient à Laurent, en tous cas pour l’instant. Donc, en fait, je ne puis rien dire. Mais ce que je sais, c’est qu’il avait fait effectivement des repérages, avant d’envisager le clip, en Hongrie pour un long métrage.

LB : L’histoire de Mylène Farmer en clips, on va essayer de la découvrir. On va découvrir plusieurs extraits des grands clips de Mylène, et on en reparle dans quelques instants. Regardez bien : Mylène Farmer en images.

Diffusion d’extraits des clips de « Libertine », « Tristana », « Sans contrefaçon », « Pourvu qu’elles soient douces », « Sans logique » et « A quoi je sers… ».

LB : Voilà, Mylène. On vient de découvrir les extraits des on va appeler ça des films, Mylène Farmer, de « Libertine » à « Tristana », tous les grands classiques. Qu’est­ce que ça te fait de revoir ton histoire, et presque ta carrière, en clips ? C’est vrai qu’on a beaucoup associé ça, avant la scène  j’entends : l’association, c’était « Mylène Farmer, c’est de l’image ; Mylène Farmer n’existe que par l’image ». Est­ce que tu as ce sentiment ? Est­ce que tu la revendiques, ou est­ce que, au contraire, ça te gène, maintenant que tu as fait de la scène ?

MF : Non, non, je n’ai aucune gêne quant à mon passé. C’est quelque chose qui est, je crois, très important pour moi, l’image. C’est ce qui m’a fait connaître, très certainement. Bien évidemment les chansons, mais c’était quelque chose d’essentiel en tous cas. Donc j’en suis très contente. Très contente. Et c’est vrai que j’avais besoin de la scène, mais ça c’est pour mes propres émotions, pas… (silence)

LB : Justement, à ce propos, tu dis que, en fait, assez fréquemment, tu es en état de peur, et que tu as besoin de cette peur pour oublier. Mais pour oublier quoi ? Tes angoisses ?

MF : Pour oublier ses angoisses, pour oublier que la vie est profondément dure et parfois laborieuse. Pour oublier beaucoup de choses qui sont trop intimes pour vous les raconter.

LB : D’ailleurs, tu cites quelqu’un qui s’appelle Luc Dietrich, qui dit « L’oubli c’est le sommeil de nos douleurs ».

MF : Euh… No comment ! (rires)

LB : C’est ça? Tu confirmes? Y’a pas de problèmes, ça reste ça. Mais cette trouille, elle te fait du bien, elle te motive ? Par exemple, au moment d’entrer en studio, tu dis que tu as quelques angoisses. Mais quand tu parlais de ça, tu n’avais pas encore fait la scène ­ y’avait pas encore eu le Palais des Sports, Bercy…

MF : Les véritables angoisses sont quand même celles, je crois, de la scène. Le studio, c’est autre chose. En tout cas, le studio, moi je parlerais plutôt de l’écriture. Parfois, on a l’impression qu’on n’a plus de nourriture pour pouvoir aussi donner des choses. Ça, c’est quelque chose qui m’a fait un peu peur : quand on sort de scène, on est complètement vidé. Et puis, on s’aperçoit que ça se fait au fil du temps.

LB : Vidée de ses émotions, de son trac, de ses sentiments ?

MF : Non, comblée d’émotions. Mais, c’est difficile à exprimer. C’est…

1991-01-bLB : C’est un petit peu particulier quand même pour quelqu’un qui a une trouille permanente, ou qui a des angoisses et une peur, de monter sur scène devant dix­ huit mille personnes.

MF : Il y a une différence entre trouille et angoisse, je trouve.

LB : Les angoisses, c’est plus profond ?

MF : J’en sais rien. Enfin moi, je me résumerais comme quelqu’un d’angoissé, mais pas trouillard du tout par contre. C’est quelque chose de très motivant finalement, oui.

LB : L’exécutoire c’est l’écriture ? Par exemple, tu dis que tu as eu une période d’écriture après Bercy…

MF : Dans un premier temps, oui, c’est l’écriture, absolument. Mais il y a beaucoup de choses à jeter.

Justement, quand a eu des émotions très, très fortes, en général, l’après émotion, c’est pas le moment pour rédiger des choses. Je crois qu’il faut attendre quelques mois avant d’essayer de s’échapper de quelque chose de puissant.

LB : Tu fonctionnes presque comme une éponge : tu as besoin de regarder ce qu’il se passe autour…

MF : La métaphore est jolie, je vous remercie ! (rires)

LB : N’est­ce pas ?! Je vous en prie ! J’aurais pu choisir autre chose, c’était inélégant. C’est fonctionner comme une éponge : regarder ce qu’il se passe autour et retracer une histoire. Par contre, il y a une chose qui est étonnante, c’est que dans la plupart de tes titres, assez fréquemment, ça revient souvent, comme un leitmotiv, il y a la mort qui est là, qui est présente. Est­ce que ça fera également partie du futur album, de « L’Autre… » ?

MF : Je dirais que c’est quelque chose qui est inhérent à ma vie. C’est quelque chose qui me trouble. Est­ce que ça me passionne ? Je ne sais pas bien. Oui, c’est quelque chose qui sera présent, mais c’est en deçà des mots, c’est pas forcément dit avec violence non plus.

LB : Ça, ça fait bien partie de ton personnage. Quand on parle de toi, on a presque envie de parler de clairobscur.

On a l’impression qu’il y a des antinomies, des paradoxes permanents. Il y a la sauvage d’un côté, puis la timide de l’autre subitement…

MF : Elles existent. Je crois qu’on ne peut pas fabriquer pendant sept années. Je suis comme ça, et je peux avoir mes moments d’euphorie, comme tout le monde, bien évidemment. Mais je crois que je suis profondément timide.

LB : Alors, on vient de voir une série de clips, de « Sans logique » à « Sans contrefaçon », ou encore « Tristana », « Libertine ». Il y en a un qu’on n’a pas vu, volontairement, qu’on va découvrir maintenant, c’est « Ainsi Soit Je… » où là, effectivement, c’est peut­être ce côté paradoxe, il s’est passé autre chose dans le tournage de ce clip. Déjà dans l’utilisation du noir et blanc, et du sépia. Et puis, c’était pas une scène à grand spectacle. On n’était pas, comme ici à Budapest, dans une usine désaffectée, avec de la neige, avec des trains qui passent. Et je crois que c’est un des clips que tu préfères, c’est une des images de toi, « Ainsi Soit Je… », que tu aimes bien.

MF : Je sais pas si c’est une image que j’aime bien. Là, j’apprécie beaucoup la sobriété de ce clip. Pour le thème, le sujet et l’univers, en tous cas l’ambiance, je crois que c’était important d’être très, très sobre, et surtout pas explicatif, pas être narratif non plus. Donc avoir des images et suggérer des choses, c’était plus important.

LB : « Ainsi Soit Je… », Mylène Farmer. On regarde.

Diffusion du clip de « Ainsi Soit Je… ».

LB : « Ainsi Soit Je… », Mylène Farmer. Donc un des clips que Mylène préfère. Rentrons maintenant dans le détail : si on est ici à Budapest, c’est pour vous montrer, c’est ce que vous allez découvrir, des images de ce tournage de clip. C’est une première fois, je le disais tout à l’heure, et l’on t’en remercie, avec Laurent Boutonnat et Thierry Suc, de nous avoir acceptés sur le tournage d’un clip, parce que vous êtes un peu avares d’images de ce travail que vous faites en équipe sur le tournage d’un clip, comme en ce moment ici, en Hongrie.

MF : Je ne sais pas si nous sommes avares, mais c’est assez difficile qu’une autre équipe intervienne parce que, quelquefois, un tournage, surtout comme celui­-ci, c’est une grosse machinerie et ça peut perturber le metteur en scène, et tout le monde. Et c’est vrai qu’on a un souci de garder les choses secrètes, mais parce que, moi, je suis probablement comme les enfants : j’aime encore les surprises. Donc j’aime bien cet effet de surprise quand on a un nouveau clip ou de nouvelles chansons. C’est pour ça que je fais très peu écouter l’album avant qu’il ne sorte. C’est une manière de préserver la chose.

Images du tournage de « Désenchantée », avec la mention : « Budapest ­ 22.02.91 ». Les figurants attendent.

Mylène aussi…

LB : A propos de ce titre, tu parles de génération, de chaos, d’intensité ­ j’ai eu l’occasion d’écouter le titre une fois. C’est presque un titre d’actualité. C’est une fois de plus le malaise. Mais c’est le malaise de quoi ? D’une génération ? Y’a ‘génération’ dedans. Quelle génération ?

MF : Là, je suis un petit peu désolée parce que, même si le mot ‘génération’ existe, je parle surtout de moi. Je ne veux en aucun cas impliquer, même si j’emploie une fois de plus le mot ‘génération’, je n’implique que moi.  Maintenant, c’est que si quelques personnes pensent comme moi, je dirais tant mieux ! Mais, une fois de plus, ça n’engage que moi. Je ne veux en aucun cas faire de la revendication. Et moi, me situant plutôt hors du temps et hors de l’Histoire, je préfère qu’on ne me considère que comme tel.

LB : Mais pourquoi te situes­tu hors de tout ? Parce que rien ne te touche ? Ça m’étonne…

MF : Ça n’a rien à voir. On peut se situer et se placer hors de tout. C’est une manière de se protéger, c’est une manière surtout de s’échapper du monde environnant. Maintenant, je fais la même chose que vous toute la journée, probablement. Mais en aucun cas, je ne me servirais de l’actualité présente. Non pas parce que ça ne me touche pas, ce serait cruel de le dire, mais parce que ce n’est pas mon propos que de parler de ça.

Images du tournage du clip de « Désenchantée » ­ la scène où Mylène et les enfants s’enfuient du camp. Gros plans sur de nombreux figurants.

Laurent Boutonat and Mylène FarmerLB : Parle-­moi un petit peu de « Désenchantée ». Vous êtes venus ici, à Budapest, tu le disais tout à l’heure, pour des raisons de tournage. Je sais que Laurent et toi vous aimez bien la neige, vous aimez bien l’humeur de cet endroit, la Hongrie. Mais dans le clip, on voit de jeunes enfants ­ il y a une centaine de figurants hongrois ­ avec des têtes très particulières, grimés, masqués, habillés un peu comme toi…

MF : Tout à fait. Même encore plus sales ! (rires)

LB : Assez minimaliste, quoi, dans la tenue. Alors, pourquoi ce choix ? D’où vient l’inspiration de ce choix ?

MF : Là, j’avoue qu’il est né probablement d’un amour commun, de Laurent et moi­-même, pour tout ce qui est Dickens, qui est « Oliver Twist ». On aime beaucoup, tous les deux, David Lean qui avait réalisé, je crois que c’était un de ses premiers longs métrages, qui était « Oliver Twist » qui était absolument magnifique. Et c’est surtout cette approche du conte qui est permanente.

LB : Oui, ça reste un petit peu dans ce qu’on a vu déjà chez toi…

MF : Oui

LB : …dans les histoires qui avaient avant, dans les scénaries qui avaient été développés. C’est toujours un conte et une histoire. Tu aimes les histoires. Tu aimes les fins, aussi, qui sont pas forcément belles, c’est que tu dis à propose du cinéma.

MF : Oui. J’aime les fins, je crois même que je préfère, les fins tragiques.

LB : Tu fais beaucoup de reproches d’ailleurs au cinéma français à ce sujet­là.

MF : (soupir) Je le fais dans ma vie privée ! (rires) Et en privé, très souvent, je… Non, je ne ferai pas de grands discours sur le cinéma français. J’ai l’impression effectivement que le cinéma français, en tous cas celui d’aujourd’hui, me touche moins qu’un autre cinéma ­ le cinéma russe, le cinéma américain parfois, le cinéma anglais. Maintenant il y a toujours des…

LB : (la coupant) Tarkovsky, dans le cinéma russe, par exemple ?

MF : C’est quelqu’un que j’aime beaucoup. J’aime beaucoup Bergman, David Lean qui malheureusement a arrêté de tourner, je crois. Mais j’aime aussi… Il y en a beaucoup.

LB : Dans « Désenchantée », dans le clip, c’est un univers carcéral particulier…

MF : On a essayé d’avoir quelque chose d’intemporel. C’est pour ça aussi le choix de ces costumes, parce qu’on ne peut pas tout à fait situer l’époque. Alors ça se situe effectivement dans un milieu carcéral. Il y a une autorité autour de ces enfants. Qu’est­ce qu’on peut dire ? Et que ces enfants n’ont rien à perdre, donc il leur reste comme solution la révolte, et c’est ce qu’il va se passer dans le clip.

Images du tournage du clip de « Désenchantée » ­ la scène de la fuite des enfants.

LB : Je me souviens, enfin j’ai lu ça quelque part, sans parler de ton histoire, que quand tu étais petite, tu passais beaucoup de temps dans les hôpitaux psychiatriques. Tu as fait ça pendant un petit moment…

MF : Ce n’était pas des hôpitaux psychiatriques, c’était d’ailleurs l’hôpital de Garches, qui a beaucoup d’enfants handicapés, moteurs et mentaux effectivement. Je m’en suis, en tout cas j’en ai un souvenir, j’ai eu l’impression de m’en occuper beaucoup. J’y allais très souvent le dimanche. J’étais assez petite.

LB : Mais c’est pas un truc de petite fille, ça ! C’est quand même assez original, comme attitude…

MF : Je sais pas bien. J’avais probablement besoin d’aller vers quelqu’un, vers les autres en tous cas. Mais c’est bouleversant, c’est passionnant. Peut­être que j’y retournerai un jour…

LB : Ça n’a pas de rapport avec ça, avec l’encadrement, toute la structure qui est autour des enfants du clip ?

MF : Peut­être inconsciemment. Là j’avoue que… (rires)

LB : Y’a pas d’incidence ?

MF : Effectivement, il y a des acteurs, de jeunes enfants, qui sont handicapés. Et on s’est aperçu ­ il y a une anecdote absolument magnifique ­ qu’un enfant handicapé, qui est sur le tournage, et qui s’est adapté au tournage en quatre jours. Et son éducatrice nous a dit que, en quatre jours, il avait fait des progrès de six mois. Donc c’est une jolie récompense (sourire).

LB : Là c’est ton côté humaniste ?

MF : Oh non !

LB : Comment tu échanges avec tous ces jeunes hongrois qu’on voit là ?

MF : C’est un échange uniquement de regards puisque nous n’avons pas la même langue, et que les interprètes ne sont pas toujours là pour traduire. Ce sont des regards et puis… Ce sont surtout des gens…

Tous ces figurants ne jouent pas. Ils sont très, très justes. Enfin, ils jouent, mais en aucun cas ne surjouent, et c’est ce qui est fascinant. Ils ont une spontanéité. On a l’impression qu’ils sont nés dans ces costumes, dans cette époque. Et ça, j’avoue que c’est un plus pour le tournage.

LB : Je crois que c’est un parti pris. J’ai eu l’occasion de parler avec ce qu’on appelle un casting-­producer ici ; il m’a dit que, dans le choix des gens, il y avait peu de comédiens, hormis la matonne…

MF : Absolument, oui.

LB : Il y a des délinquants, des jeunes enfants de l’école…

MF : Il y a de tout, oui. Ce sont des gamins de la rue. (rires)

LB : …avec leurs réactions. C’est­à­dire quand on vit à Budapest, quand on a vécu ce qu’on a vécu, quand on a eu l’histoire qu’on a eue, dans une ville qui, somme toute, quand on se promène un peu ici, on sent que c’est pas forcément réjouissant au niveau de l’humeur et de l’âme….

MF : C’est en tous cas habité.

LB : C’est ça, on sent qu’il y a une âme, mais on sent qu’il y a une pression.

MF : Il y a une dureté et il y a une…oui une dureté réelle.

Images de Laurent Boutonnat filmant la scène finale de « Désenchantée ». Laurent Boyer, qui est à ses côtés, réussit l’exploit de faire dire quelques mots au réalisateur, habituellement très discret.

Laurent Boutonnat : On a une scène avec tous les figurants, avec Mylène. C’est un raccord à faire sur ce petit monticule. Nous, on est derrière, avec la caméra. On va faire brûler des pneus pour avoir une grosse fumée noire, pour être raccord avec l’usine d’hier où il y avait le feu, etc. Ils sont censés s’échapper de l’usine, et ils vont descendre de cette petite colline pour courir dans cette immense plaine, vers rien.

L. Boyer : Ce sera le dernier plan du clip ?

L. Boutonnat : C’est l’amorce des derniers plans en fait. C’est le premier plan où ils s’échappent de cette prison/usine pour partir dans la plaine. Après, on a plusieurs plans à faire de leurs visages qui courent…

L. Boyer : Ça a été un bonheur pour toi d’avoir cent figurants, de jeunes hongrois ?

L. Boutonnat : Oh oui, oui, oui. C’est formidable !

L. Boyer : Pas trop difficile à gérer ?

L. Boutonnat : Non parce qu’il y a une équipe très solide qui tient bien tout ce monde­là. Ils ont des têtes extraordinaires en plus. Il y a quelque chose de formidable ici, c’est qu’ils sont… Ils jouent bien. C’est même pas jouer ; ça leur plaît de faire ça, donc c’est presque naturel.

L. Boyer : C’est peut­être mieux que des comédiens. Ils ne surjouent pas !

L. Boutonnat : Ah oui ! C’est impossible, les comédiens ! Ils ont quelque chose de naturel comme ils ont jamais fait ça de leur vie, ils ont une espèce de maladresse. Mais t’as l’impression qu’ils ont fait ça toute leur vie, que ce sont de grands professionnels.

L. Boyer : T’as voulu tourner ici, ça s’appelle la pousca…

L. Boutonnat : La puszta !

L. Boyer : C’est quelque chose d’énorme. C’est la plaine hongroise. Le ciel se rejoint avec la terre.

L. Boutonnat : Absolument. La Hongrie est un pays plat où il n’y a que des plaines. Et tout le centre de la Hongrie, c’est ça : des centaines de kilomètres avec rien, et c’est très impressionnant, surtout avec la neige.

On a l’impression que le ciel et la terre se rejoignent et que y’a rien. C’est le néant. Et c’est beau.

Après quelques images du tournage de la scène de fin et une page de publicités, on retrouve Laurent Boyer aux côtés de Mylène Farmer.

LB : A Budapest, dans un lieu un peu particulier qui est un lieu de tournage, celui que Mylène Farmer et Laurent Boutonnat ont choisi pour ce clip, « Désenchantée », qu’on va découvrir dans quelques instants puisque vous allez le découvrir pour la première fois sur M6, presque en exclusivité, parce qu’il est pas passé beaucoup avant. On a parlé un peu de ce clip, de la façon dont tu as travaillé. Alors toi, c’est ta tenue permanente, ta tenue Dickens on va dire, c’est un peu ça. Et puis, un travail de maquillage. Tu n’hésites pas à te grimer. Là, on voit que tu as effectivement la petite trace de sang. Tu as beaucoup souffert dans ta vie…

MF : (elle sourit et pose un doigt au coin de sa bouche) Je me suis fait très mal ici. C’est parce que j’ai reçu des pierres. Donc, fatalement, je me suis coupée avec une pierre.

LB : Il y a autre chose que tu as coupé, ça tout le monde l’aura remarqué. J’ai pas sauté dessus tout de suite…

MF : C’était élégant ! (rires)

LB : Merci !

MF : Ils sont coupés !

LB : Ça va de plus en plus dans ton côté…pourquoi j’allais dire androgyne ?

MF : Allons bon ! (rires)

LB : Est­ce qu’il y a un autre mot ? Peut­être ‘différente’ ? Ce côté masculin. Oui, ce côté masculin. On sait pas trop quoi. Cette image un peu masculine et féminine. Le fait de couper les cheveux, tu sacrifies au mythe.

Mais la coupe, on va dire « Mylène Farmer, décidément, est de plus en plus masculine »…

MF : Oh non, je ne pense pas. En tous cas, ce n’est pas mon souhait. Et je pense qu’on peut avoir des cheveux très courts et être très féminine quand même.

LB : Un exemple : Katherine Hepburn.

MF : Audrey Hepburn! Katherine Hepburn a eu les cheveux longs plutôt, elle. Mais elle avait une façon très féminine de s’habiller, mais toujours avec des pantalons. Très sobre. Que puis­je vous dire sur la coiffure ?

1991-01-gLB : Sinon que t’avais envie de le faire, et que ça fait causer quoi !

MF : Ça, c’est vous qui dites que ça fait causer ! Moi, j’avais tout simplement envie de changer de tête, c’était important pour moi. Et puis, c’est plus facile de se coiffer quand on a les cheveux courts !

LB : J’aime quand on parle de pratique comme ça, c’est bien ! (rires) Mylène Farmer, « Désenchantée », le clip, on le regarde tout de suite, et c’est la première fois que vous le découvrez.

Diffusion du clip « Désenchantée », version courte.

LB : Mylène, on a parlé tout à l’heure des enfants hongrois, on en a beaucoup parlé, de ce choix, du lieu bien sûr. Alors, il y a une infrastructure et une équipe assez importantes. Il y a beaucoup de gens sur ce tournage…

MF : Je crois qu’il y a à peu près cent vingt personnes, mais il y a surtout douze personnes, enfin ‘surtout’ parce qu’elles viennent de Paris, douze personnes dans l’équipe technique.

LB : Des français, donc ?

MF : Oui, absolument.

LB : Avec qui vous avez l’habitude de travailler ?

MF : Oui. Jean­Pierre Sauvaire, qui est chef opérateur. Carine Sarfati, qui est aux costumes. Et beaucoup d’autres, et je m’excuse de ne pas les citer.

LB : C’est une équipe de copains, ça. C’est des gens avec qui vous travaillez fréquemment. On a l’impression que c’est presque une famille…

MF : Oh oui. C’est des gens de grande qualité humaine et professionnelle. C’est vrai que c’est un plaisir, à chaque fois, de les réunir à nouveau.

LB : On voit pas de chevaux dans ce clip !

MF : Non.

LB : Y’a pas le…

MF : Le syndrome chevaux ? (rires) Non, il n’existe pas ! (le dernier jour du tournage, une scène montrant un squelette au dos d’un cheval noir parcourant la fameuse plaine vide sera pourtant tournée, mais coupée au montage final, nda)

LB : Y’a pas le Cadre Noir, et pourtant, ça fait partie de ton histoire, quand même…

MF : Ça, c’est la presse qui est allée un petit peu trop loin ! J’ai fait beaucoup d’équitation dans ma jeunesse, j’ai effectivement fait un passage, mais très bref, à Saumur, mais c’était pour envisager de passer le monitorat. Donc c’était très, très bref. La presse s’est emparée de ça et en a fait une grande monitrice d’équitation, mais je n’en suis pas là. (sourire)

LB : Ça faisait pas partie de tes aspirations. En fait, chanter non plus, vraiment ?

MF : Non, ce n’était pas une vocation. Mais c’est quelque chose de… C’est probablement un cadeau de la vie qui m’a été fait.

LB : Est­ce que c’est une chance qui passe à un moment donné ? Est­ce qu’il faut la saisir cette chance ? Au moment où tu as rencontré Laurent sur le premier 45­trs, il y a une petite voix qui t’a parlé ?

MF : C’est l’autre, justement ! (sourire)

LB : (ne comprenant visiblement pas l’allusion au titre du nouvel album à venir) C’est l’autre ?

MF : Oui, c’est une petite voix. C’est une chance et une évidence à la fois. C’est­à­dire que quand j’ai rencontré Laurent… Tous les deux, nous sommes nés de la même chose. Donc c’est quelque chose de très fort et très beau, en tous cas pour ma vie.

LB : Autre chose qui a probablement été très bon, on en parlait tout à l’heure, de tes émotions, de ta peur, de ce qui te motive, de ce qui te fait avancer, ça a été la scène. Ça a été le Palais des Sports, ça a été Bercy par la suite. Moi, je t’ai vue dans les deux cas. Je t’ai vue pleurer sur scène, pleurer d’émotion sûrement, d’intensité. Est­ce que ça, c’est l’avènement pour toi ? Le parcours a été long, de 84 à 89, cette scène, est­ce que ça représente l’avènement ? Et est­ce que ça te manque déjà, l’absence de scène depuis à peu près un an ?

MF : Je ne sais pas si on peut parler d’un manque. C’est très, très troublant, la scène. En tout cas, la façon dont moi j’ai abordé la scène et la façon dont je l’ai ressentie, c’est quelque chose de très troublant. Donc c’est quelque chose qui marque énormément. Là aussi, c’est difficile pour moi d’en parler parce que c’est très riche.

Je ne sais pas. C’est une grande émotion. Maintenant, je pourrais dire beaucoup d’autres choses, mais c’est délicat pour moi parce que je…

LB : Est­ce que c’est une émotion passée, ou est­ce que c’est une émotion qui implique le fait d’être en désir justement de cette émotion ?

MF : C’est une émotion qui fait partie maintenant de mes souvenirs. Mais, dans la mesure où c’est aujourd’hui, je peux la considérer comme étant du passé. Donc c’est quand même… Comment vous dire ? C’est une plaie.

En tous cas, dans mon souvenir, c’est une plaie car c’est quelque chose que je n’ai plus actuellement. Ce qui ne veut pas dire que j’ai envie d’y retourner tout de suite non plus. J’ai envie de vivre dans ma vie des choses très fortes. Je sais que je ne pourrai pas les renouveler quotidiennement. Donc je sais que ma première fois sur scène, c’était quelque chose d’incroyable pour ma vie. Est­ce que je ressentirai les mêmes choses si je remonte une deuxième fois sur scène ? C’est la question, en fait, que je me pose, donc c’est en ce sens que c’est très déstabilisant.

LB : Qu’est­ce qui peut t’inspirer justement un désir aussi fort, où tu te dis « Tiens, si je faisais ça, j’aurais peut­ être une émotion encore plus forte » ? Y’a le cinéma, probablement ? On t’a proposé d’ailleurs des rôles au cinéma. Garcia t’a proposé un rôle, il me semble…

MF : (visiblement réellement surprise) Vous me surprenez parce que, moi, je n’en ai jamais parlé.

LB : Ah oui ? C’est des échos, alors. Des bruits…

MF : (perturbée) Non, mais c’est pour dire que je n’en ai jamais parlé.

LB : C’est vrai ou pas ?

MF : C’est vrai que j’ai rencontré Nicole Garcia. J’ai vraiment souhaité la rencontrer. J’avais ce projet de scène, donc il a fallu choisir et c’était évident pour moi. Ce n’était même pas un choix. Mais j’ai quand même souhaité la rencontrer. J’aime bien cette femme. J’ai eu quelques propositions. J’attends. J’attends parce que ce ne sont pas encore les bonnes. Et que j’y mettrai, je dirais, la même démesure et la même passion pour aborder ce thème­là. Mais c’est… J’attends, voilà.

LB : Peut­-être, alors. Qui sait ? On parlait d’émotion à l’instant. L’émotion, l’intensité : c’est extrait d’un double album qui est sorti, c’est également la cassette vidéo live du Palais Omnisports de Paris Bercy. (le concert a en réalité capté à Bruxelles, nda) C’est Mylène Farmer sur scène. « Plus Grandir ». Regardez…

Diffusion du clip de « Plus Grandir (live) ».

LB : « Plus grandir », à l’instant. C’est la scène, c’est Mylène Farmer en scène. Mylène nous en parlait à l’instant, avec cette émotion nette et intense qu’était cette scène. A propos de ton succès, parce que tu as quand même du succès, tu es…je sais pas si on peut dire star ou vedette…

MF : J’en sais rien. C’est pas mon problème.

LB : Tu t’en fous ! Par contre, il y a une réflexion que tu t’es donnée à toi­même une fois dans une interview, tu t’es toi­même posée la question, et tu y as répondu, et j’ai trouvé ça assez intéressant. Tu dis « Si le succès se meurt, je serai dans une solitude incommensurable et presque insupportable ». Alors, ça aussi, c’est le paradoxe du personnage puisque tu viens de me dire « Bof, je m’en fous, c’est pas mon problème. Je suis star, je suis vedette, c’est pas… ».

MF : Non, mon problème n’est pas le mot qu’on emploiera pour définir. Mais mon vrai problème, c’est d’exister, et donc d’avoir le regard des autres posé sur moi, d’avoir quelqu’un qui m’écoute. Et ça, c’est… Pourquoi je fais ce métier ? C’est parce que j’ai besoin de ça pour vivre.

LB : C’est le désir d’amour des autres. Probablement le désir de donner aussi…

MF : Bien sûr. Ça c’est…Oui, bien évidemment, oui.

LB : Est­ce que tu projettes un petit peu dans l’avenir et te dire « Est­ce que je continuerai à faire ça ? » ? C’est­ à­dire un album tous les trois ans, une scène, … Je me demande su tu es capable de tomber dans une routine…

MF : Non, parce que je pourrai dès le prochain album remonter sur scène. Non, je ne peux pas me projeter dans l’avenir. Quand je pense à l’avenir, je vois l’échec donc je préfère ne pas y penser. Et j’y pense malgré tout ! (rire nerveux) Mais c’est pas une grande quiétude en tous cas.

LB : On a l’impression qu’il y a un mal de vivre permanent chez Mylène Farmer…

MF : Oh, je ne voudrais pas n’émaner que ça, mais je… (soupir) Que dire ? Oui, appelons ça le mal de vivre.

Appelons ça une incompatibilité avec la vie, en tout cas.

LB : Avec les autres, des fois ?

MF : Avec les autres, mais ça nous sommes tous pareils.

LB : L’enfer c’est les autres, quoi !

MF : Oui, bravo ! (rires)

LB : Je vous en prie. (un camion arrive en second plan, depuis le décor du clip, et vient tout droit vers le ‘plateau’ d’interview) Ne vous inquiétez pas, on a un camion qui nous arrive dessus ! On est vraiment sur les lieux du tournage de ce clip ! (rires de Mylène qui se retourne) Y’a même des coups de mitraillettes de temps en temps. C’est l’apocalypse quoi ! (le camion passe juste derrière eux puis disparaît, Mylène est morte de rire) Voilà, merci, c’est gentil. Ne changez rien. Restez où vous êtes. On s’installe et on continue dans le même esprit. Mylène, on va regarder « Désenchantée » une autre fois… Ah, je voulais dire une chose.

L’album n’est pas encore sorti, par contre, il y a une chose que tu as faite et qu’on n’attendait pas forcément, c’est un duo avec quelqu’un, sur cet album, avec Jean­Louis Murat. Alors là aussi, il y a une rencontre un peu particulière. Cette rencontre est née de quoi : de ton désir, du sien ?

MF : Ça, je vais garder ça mystérieux. Je crois que c’est né de toute façon d’un désir commun. Nous nous sommes rencontrés et on a décidé de chanter cette chanson ensemble. Et je suis très heureuse d’avoir rencontré Jean­Louis. J’aime beaucoup sa voix, d’abord, et j’aime surtout sa façon d’écrire. Et c’est quelqu’un qui a réellement un univers. C’est pour moi ­ je ne sais pas s’il appréciera le compliment, c’en est un pour moi ­c’est un poète d’aujourd’hui. C’est quelqu’un qui me touche beaucoup. (sourire)

LB : Mylène Farmer, « Désenchantée ».

Diffusion du clip « Désenchantée », version intégrale.

LB : Voilà, « Désenchantée », Mylène Farmer. On est sur le tournage de ce clip. L’album sort le 8 avril, je vous le rappelle. (la date officielle annoncée par la maison de disque sera pourtant le 10 avril, nda) L’album s’appelle « L’Autre… ». Le 45­trs, vos le connaissez puisqu’on l’entend en radio, déjà, depuis le 18 mars.

Mylène, après ce tournage, après Budapest, ça va être quoi ? Ça va être promotion ? Quelques télés…Très peu, d’après ce que je sais.

MF : Très peu de télés, oui.

LB : Merci de nous avoir accordé cette interview, surtout ici.

MF : Merci d’être venu.

LB : Je t’en prie. On se remercie encore ! Et après, ça va être peut­être un peu de repos, t’occuper des animaux. Tu as toujours des animaux ?

MF : J’ai toujours mes deux singes.

LB : Oui, c’est ça.

MF : Et, quant au repos, non. Définitivement, je déteste le repos et l’oisiveté.

LB : Tu t’ennuies ? Ça t’ennuie, le repos ?

MF : Oui. Et ça m’inquiète beaucoup. Beaucoup !

LB : Mylène, merci d’avoir été avec nous. Et puis, on se retrouvera probablement prochainement. On ne sait pas. Qui sait ?

MF : D’accord.

1991-01-eLB : Merci. C’était ici, à Budapest, et elle va continuer le tournage du clip. Et il fait de plus en plus froid, je vous assure. (rires de Mylène) Ah ! Je sais que ton rêve, ce serait de faire un reportage sur la banquise.

MF : Oui, absolument.

LB : C’est toujours vrai ?

MF : C’est toujours vrai.

LB : Je sais pas si j’irai t’interviewer sur la banquise ! (rires) Ça s’arrange pas ! Merci Mylène.

MF : Merci.

LB : A bientôt.

MF : Au revoir.

Générique (extrait de « Désenchantée » sur des images du tournage).

Publié dans Mylène en INTERVIEW, Mylène et ses longs discours | Pas de Commentaires »

Mylène Farmer par Mylène Farmer

Posté par francesca7 le 26 avril 2015

 

Entretien avec Jean­Francis VINOLO NOVEMBRE 1988

 

1988-25-c« Je n’ai pas l’impression d’être un objet du désir, ou alors je dois me voiler la face inconsciemment. »

Comme l’indique le titre de ce long article, Mylène parle d’elle­même, comme si elle dressait son propre portrait.

Et ceci sans l’intervention du journaliste qui a ainsi rédigé son entretien comme un long monologue, retranscrit ici tel quel.

­ J’ai toujours adoré les déguisements, d’ailleurs qui ne les aime pas ? Enfants, nous passons notre temps à nous déguiser, à jouer des personnages : les belles princesses, les princes charmants, tous liés à l’innocence de notre jeunesse.

On s’imagine l’amour, et on en devine que les contours. Certains jours, on s’aperçoit que nos princes charmants ne sont que des princes navrants, des Arlequin de love story. La vérité est en fait que le costume est un plaisir intense qui me pousse à me propulser dans des histoires antérieures, mêlées de mélancolie et de provocation. Où l’amour et la haine se déchirent en un combat meurtrier…

De ce fait, « Ainsi Soit Je… » s’est imposé comme la suite logique de « Cendres de Lune ». C’est à la fois un univers plus intérieur où la jeunesse, le temps et la mort se combattent. Baudelaire et Edgar Poe en sont les témoins intemporels, tout en étant très liés à mon propre univers. Ils ont dans leur œuvre une richesse inépuisable. C’est parfois morbide, mais j’aime aussi approcher la mort. Prenez « L’Horloge » de Baudelaire, c’est aussi en soi une projection de la mort. Imaginez ce balancier dans son mouvement incisif qui fouette l’espace et marque l’érosion du temps, la perte de la jeunesse, le flétrissement de la peau… Même si l’on vous dit qu’une ride dans un sourire est en fait une expression, inexorablement, ce mouvement balancier vous emporte vers le souffle suprême qui s’appelle… la mort. La mort, je la vois apparaître comme quelque chose d’angoissant. Une étape inconnue. Mais une inconnue que j’imagine magnifiée et magique, qui toujours nous renvoie vers ces liens existentiels que sont le bien et le mal.

­ Quand j’étais enfant, j’avais beaucoup de mal à imposer mon visage de jeune fille, je tenais le rôle du garçon.

L’histoire du mouchoir roulé en boule est une histoire vraie, que j’ai transposée en chevalier d’Eon dans une époque qui m’est chère. En fait, j’avais beaucoup de mal à exister en tant que femme. Je n’aime pas expliquer ‘je suis comme ci ou comme ça’. On me voit en perverse romantique, en libertine ou en princesse tristesse…

L’idéal serait d’écrire et de chanter ce qui nous est propre et de ne jamais en briser l’image par nos apparitions.

Il est dommage d’expliquer les pourquoi et les comment…

Enfant, quand on est propulsé dans le cosmos, on a très peur de la vie. Je pense notamment à cette scène de Schlöndorff, dans son film « Le Tambour » : le refus de naître, la peur de l’inconnu extérieur. C’est un peu la projection de la chanson « Plus Grandir ».

A l’inverse, quand on vieillit, on a très peur de la mort. Pour moi, la notion du temps, c’est la notion de peur.

Baudelaire était un visionnaire quand il écrivit : ‘Souviens­toi que le temps est un joueur avide qui gagne sans tricher, à tout coup ! C’est la loi’. C’est plutôt quelque chose d’optimiste par rapport à ce poème. En réalité, j’ai à la fois peur de la vie, mais je crois qu’il y a une justice divine liée à des perceptions très profondes.

­ On me parle souvent de mon côté exhibition et provocation, de la projection de mon corps mis à nu. En fait, j’ai l’impression que je ne m’en rends pas compte. Si je le fais ainsi, c’est que je sais qu’il n’y aura jamais de trahison quant à la façon de me 1988-25-bfilmer ou de me percevoir de la part de Laurent Boutonnat. Je pense que l’on a évité toute vulgarité, tout voyeurisme gratuit, spécialement dans « Pourvu qu’elles soient Douces ». On a atteint une espèce de vraie sensualité, totalement différente de celle de « Libertine », qui elle était beaucoup plus violente. C’est vrai que la nudité est quelque chose de difficile en soi, mais c’est aussi ce paradoxe qui existe en moi : c’est savoir que je peux être complètement introvertie et que peut­être pour moi… enfin, je ne sais pas… mais présenter un corps de cette façon­là n’est réellement pas un problème, car il a une utilité par rapport à une histoire, et ça aurait été ridicule de ne pas s’y essayer.

­ Avec le recul, depuis quatre ans, et avec le succès, j’ai tendance à me méfier de tout le monde. Mais vous savez, avant, je me méfiais surtout de moi. Je me faisais très peur. J’ai des relations souvent difficiles, parfois même une incommunicabilité avec les hommes. Je suis sûre que c’est lié à mon enfance, au manque d’autorité masculine à l’époque, d’où, aujourd’hui, la perte d’une certaine confiance dans les rapports et un énorme doute de soi que je ne veux surtout pas analyser. Je suis quelqu’un qui a une âme peuplée d’appréhensions qui ne sont pas calculées. Si l’on pouvait calculer ses doutes, ce serait merveilleux. C’est vrai que l’on peut douter tout en étant conscient du potentiel que l’on a à l’intérieur de soi, j’en suis aujourd’hui convaincue. On peut avoir cette volonté de faire ce que j’ai fait depuis quatre ans. Là, je vous parle essentiellement de moi, et non pas de ce que l’on peut percevoir. C’est­à­dire ne faire aucune concession, mais être toujours habitée par ces mêmes doutes mais surtout, et avant tout, d’une énorme volonté.

Prenez l’amour. L’amour et la volonté de vivre l’amour. Je pense que l’amour est la façon la plus douloureuse de vivre sa vie. Je ne me rappelle plus qui disait ‘L’amour est un grand bonheur inutile’… Pourquoi inutile, je ne le sais pas, mais c’est à la fois un moment d’extase et de grande désillusion. L’amour est pour moi la recherche d’une sérénité intérieure. Malheureusement, je ne suis pas très optimiste, bien que l’on puisse aussi se voiler la face. L’amour est douleur et beauté mélangées, le moteur essentiel pour vivre, exister et créer.

C’est aussi lié aux belles choses, sans être matérialiste. Avoir la passion du beau, par exemple : pour les voitures, spécialement les voitures anciennes. L’odeur du cuir, leur linge, tout ce qui est agréable à l’œil et le plaisir de caresser la carrosserie d’une Bentley ou d’une Jaguar. C’est une sensation forte où la notion de vitesse est exclue, c’est essentiellement porté sur l’esthétisme.

Comme les sculptures de Rodin, l’enchevêtrement des corps, les formes rondes, le poli de la matière et l’âme qui s’en dégage… Giacometti est pour moi l’expression de la mort en permanence. Je ne sais pas si c’est qu’il a voulu dégager, mais c’est ce que j’ai ressenti très fort en moi. Turner, pour la peinture et les couleurs. Les couleurs vous envoient au cœur des sentiments, un énorme rapport avec les sensations de la vie.

J’aime le sang, le rouge sang. Autour de moi, il y a toujours beaucoup de sang. Le sang est symbole. Un bain de sang ou un bain de boue, ça peut être une sensation merveilleuse d’évoluer dedans. Je sais, c’est choquant. C’est aussi très attirant. C’est une très belle matière et une belle couleur, comme le pourpre et le noir.

­ Je crois qu’il est bon de casser les tabous. Beaucoup de personnes l’ont fait dans la littérature. Il est vrai que dans la chanson, c’est plus difficile, mais on s’aperçoit que le public est prêt à l’accepter, quitte à en être choqué. Mais il est évident qu’il y a aussi une demande de la part du public, ou sinon comment expliquer le succès ? Quand le public m’écrit, il me parait évident que tous ces tabous prennent une vraie valeur thérapeutique.

Je ne pense pas que le fait d’exhiber son corps suscite instantanément le désir auprès des hommes. Quand je me regarde, j’ai plutôt tendance à me faire peur. Peut­être que si j’étais un homme, j’aurais une attirance, mais je ne sais pas… Je n’ai pas l’impression d’être un objet du désir, ou alors je dois me voiler la face inconsciemment, je refuse peut­être cette image. Je n’ai pas la notion de vérité ou du savoir par rapport à la réalité d’un regard masculin.

L’homme a besoin de la femme pour exister et créer. Je ne suis pas sûre du contraire. Avec Laurent, par exemple, je pense que je lui apporte beaucoup, sinon avec le temps, cela s’essoufflerait. Je crois être honnête et lucide par rapport à moi­même, et que le jour où ça n’existera plus, il faudra que je passe à autre chose.

­ En tant que femme, l’amour reste pour moi la quête d’un idéal et d’une certaine autorité de force et de protection. Une dualité avec soumission et parfois une envie de faire mal, de couper la tête ou autre chose, de céder et de ne pas céder.

Les rapports se font dans la douleur. C’est parfois très dur, mais c’est aussi un grand bonheur de parler de ses meurtrissures.

Les hommes qui me séduisent le plus sont les hommes de tête et d’un certain âge : l’homme de 35, 40 ans est pour moi l’homme idéal. C’est sûrement mon complexe oedipien qui ressort. Aujourd’hui, mes critères de beauté changent de plus en plus. Auprès des homosexuels, j’ai beaucoup d’affinités. Peut­être est­ce à cause de ma timidité…

Je ne pense rien de l’homme­mannequin. Ce n’est pour moi qu’un plaisir visuel sur papier glacé. Mais je crois que ces hommes en souffrent, car toute leur vie est régie par un seul critère : leur physique.

­ Je ne peux que remercier la vie de ce qu’elle m’a donné, ce qui ne m’empêche de ne pas me trouver jolie, ce qui va à l’encontre du fait que je me dénude dans mes clips.

Je suis narcissique, consciemment ou inconsciemment on cultive son image. C’est comme un miroir. Pour moi, le miroir est une chose fondamentale dans la vie. Si je n’ai pas mon reflet dans les douze heures, j’ai l’impression d’en mourir. Mais ce n’est pas une complaisance que de se regarder dans un miroir. On y voit aussi beaucoup de défauts. C’est peut­être la peur de se perdre…

En règle générale, je sais ce que je représente au niveau de l’image publique, et je sais ce que je suis. Je ne pense pas en souffrir énormément.

Si aujourd’hui j’aime le milieu du cinéma et le métier d’actrice, c’est que pour moi le plateau de tournage est devenu un lieu de prédilection. Je suis une autre identité qui s’oublie sans jamais vraiment s’oublier.

­ 1988-25-dLes lieux de retraite sont importants comme se sentir bien chez soi. Ma chambre est aussi un de mes lieux de prédilection. Je l’appelle ‘mon caveau’, sans aucun côté morbide, tout simplement parce qu’elle est très sombre. La lumière me dérange et m’angoisse, au même titre que je n’aime pas le soleil. On dit que le soleil est synonyme de sourire, et pourtant je ne souris pas beaucoup. Je traduis mes joies d’une autre façon : une larme m’émeut plus qu’un sourire. D’ailleurs, une larme est un sourire. Le fait de vivre dans une pièce obscure est un plaisir qui m’est propre, comme celui de partager ma vie avec E.T. et Léon, mes deux singes que je considère comme mes enfants. C’est un plaisir maternel. Les singes sont des animaux qui ont énormément besoin d’affection. J’ai les mêmes angoisses qu’une mère à l’égard de ses enfants. Un singe est très dépressif. J’ai très peur qu’ils tombent malades. Quand je les entends éternuer, je ne sais plus quoi faire, même si je sais que c’est normal. Si j’avais un enfant, je ne pourrais jamais lui offrir une paire de patins à roulettes, je serais une mère invivable. J’ai ces mêmes angoisses vis­à­vis de E.T. et Léon.

Ensemble, de par leur caractère, ils me ressemblent un peu. E.T. est la plus réservée, elle n’offre pas son amitié à tout le monde. Elle est à la fois très attentive et caractérielle à souhait. Léon est plus jeune, on dirait un Pinocchio. Lui, il a besoin de contact, il est très doux.

Entre nous, c’est un dialogue perpétuel, il faut vraiment le voir pour le croire. Il se passe des choses magiques.

Dans les moments de grande tristesse, c’est vers eux que je me retourne. Certains préfèrent les hommes, moi ce sont les animaux, même si dans la douleur on est profondément seul. E.T. et Léon ne jugent pas, c’est un dialogue affectif sans un mot, car les mots, bien souvent, c’est ce qui fait le plus mal.

­ C’est comme la tolérance et l’intolérance. Avant, j’avais une façon hâtive de juger les gens. J’étais une rebelle, une instinctive. Je pensais ne jamais me tromper, jusqu’au jour où je me suis trompée. J’apprends à comprendre, j’essaie de m’ouvrir vers d’autres personnes, j’essaie d’être plus tolérante. Mais c’est si difficile, la peur des autres. C’est comme pour l’amour : j’aimerais tout vivre en une heure, dans un moment intense, et ne plus subir l’érosion du temps sur l’amour et les choses de la vie qui s’installent au goutte­à­goutte. C’est peut­ être un de mes fantasmes : tout vivre vite et fort. Chez un homme, j’aime la fidélité de l’esprit, et surtout du corps. Je ne peux envisager la possibilité de vivre avec quelqu’un qui me trompe physiquement. Quant aux hommes, à cet égard, ils vous diront que ce n’est pas la même chose. Pour eux, une femme s’ouvre et s’offre.

C’est donc lié à l’esprit. A l’inverse, l’homme pénètre, ce qui est à leurs yeux moins lourd de symboles. Je ne suis pas vraiment en accord avec cette façon de penser. Ma vision de l’amour est plutôt une image d’Epinal. C’est sûr, j’ai des fantasmes, comme tout le monde, mais je ne recherche pas avant tout à séduire. Si je ressens une attirance très forte envers un homme, j’ai un rejet total, et là je sais ce que ça veut dire. J’ai une envie de castration, de griffer et de faire très mal parce que je sais qu’il y a une très forte attirance et que j’en éprouve le rejet.

Aujourd’hui, je ne pourrais plus vivre à côté de quelqu’un qui ne crée pas. Je veux en être à la fois le témoin, l’inspiratrice et l’actrice, ou sinon, je ne le peux pas. Est­ce que c’est ça, idéaliser ? Est­ce que cela existe à long terme ? Je ne le sais pas encore… En fait, au lieu de toujours parler, on devrait accorder plus de place au silence. Ce sont en fait les plus belles phrases d’amour.

 

Publié dans Mylène 1987 - 1988, Mylène AU FIL DES MOTS, Mylène Autrement, Mylène en CONFIDENCES, Mylène et ses longs discours | Pas de Commentaires »

INTERVIEW INÉDITE de Mylène Farmer

Posté par francesca7 le 13 avril 2015

 

ÉTÉ 1987

Mylene FARMER 1987 Credit : Caprio /DALLELe contexte de cette interview est assez flou. Sortie des archives de Bertrand LePage (qui accompagne Mylène pendant cet entretien) dans la deuxième moitié des années 1990, elle était à l’évidence prévue pour la presse, puisque lorsque l’enregistrement démarre, on entend Mylène orienter le journaliste vers Polydor pour récupérer des photos, et le journaliste parle d’article.

Néanmoins, elle n’a jamais paru nulle part, et c’est donc l’enregistrement sonore brut dont nous disposons, avec tout ce qu’il faut de bruits d’ambiance, puisque l’entretien est réalisé dans un café. A ce jour, nous sommes malheureusement incapables de déterminer la publication à laquelle cette interview était destinée, ni l’identité de l’interlocuteur de Mylène.

Mylène Farmer, vous rentrez en force dans le Top 50 avec « Tristana », votre nouveau 45­trs. En fait, c’est une continuité après « Libertine », une continuité de succès. Qu’est­ce qui s’est passé ?

Pourquoi après trois ans, vous vous mettez à cartonner vraiment, d’après vous ? C’est un changement de style, un changement d’équipe, un changement de vision ?

MF : (rires) Il n’y a eu ni changement de style, ni changement d’équipe ! C’est un concours de circonstances, des chansons qui arrivent au bon moment. C’est la seule réponse que je peux formuler.

Comment êtes­vous arrivée dans la chanson ? Et comment vous avez pu faire votre premier 45­trs, « Maman a Tort » ?

MF : J’ai rencontré une personne qui s’appelle Laurent Boutonnat, et qui était compositeur et qui m’a proposé la première chanson, qui s’appelait « Maman a Tort ».

Est­ce qu’avec ce texte, qui peut porter un petit peu à contradiction, vous n’avez pas eu peur de choquer un petit peu les médias ou le public ?

MF : On n’a jamais peur de choquer les médias quand on prend le parti de chanter une chanson comme « Maman a Tort ». C’est avant tout un plaisir et puis après, c’est des réactions successives.

Toujours dans l’ordre chronologique, j’aimerais qu’on examine le deuxième 45­trs, « On est Tous des Imbéciles ». Parlez­nous de ce texte que j’aime beaucoup.

MF : Vous parler du texte… Hé bien, nous sommes tous des imbéciles, ce qui nous sauve c’est le style ! C’est toujours ce que j’ai pensé ! (rires)

C’est à partir du troisième que vous avez commencez à miser, je dirais, sur le vidéo­clip en fait, énormément puisqu’il était formidablement bien réalisé…

MF : A miser, c’est­à­dire que non. Sur « Maman a Tort », on avait fait un clip mais on avait à l’époque très, très peu de moyens. C’était déjà Laurent qui l’avait…je ne trouve plus le mot ! Enfin bref, tourné. (rires) Sur « On est Tous des Imbéciles », étant donné le déroulement de la chanson qui avait bien marché médiatiquement, mais pas du tout au niveau des ventes, c’était difficile d’envisager un clip. Et sur « Plus Grandir », c’était l’occasion, puisque là c’était une nouvelle maison de disques, donc d’autres horizons et effectivement, le premier clip réellement personnalisé.

Avec « Plus Grandir », vous avez abordez un petit peu le thème du désespoir. Bon, on retrouve le désespoir, je trouve, dans « Tristana ». C’est quelque chose qui vous correspond ?

MF : Je suis une femme désespérée, le saviez­vous ? (rires)

Désespérée de quoi ?

radio-02-bMF : Non, on ne peut pas parler comme ça. De même qu’il y a des thèmes qui m’attirent, comme la mort, c’est vrai que le désespoir est…Et puis c’est trop compliqué à expliquer déjà ici ! Je ne sais pas, c’est une angoisse permanente, oui, de la vie, de plein, plein de choses…

Vous avez peur de vieillir ? Vous êtes obsédée par le temps qui passe ?

MF : Pas réellement. Pas dit dans ces termes­là. C’est­à­dire tout le monde a peur de vieillir, mais c’est pas,moi, ce qui m’obsède, non. C’est peur de la mort plutôt, peur de beaucoup de choses… Oui, je pense être une personne angoissée, mais certains jours sont formidables ! (rires)

Entre les deux, il y a eu « Libertine ». Là, certaines critiques ont dit que c’était de la provocation. Vous jugez ça en ces termes ?

MF : Moi, je vais vous répondre par autre chose : c’est que la critique, je m’en moque éperdument. Que ce soit de la provocation, c’est la même chose que « Maman a Tort », qu’ « On est Tous des Imbéciles » : c’est un choix. C’est surtout des choses qui n’ont peut­être pas déjà été dites jusqu’alors, qui moi m’amusent.

Comment le thème de cette chanson est venu ?

MF : J’avoue que c’est venu un petit peu subitement. On était en studio, sur la musique qui était déjà enregistrée. Vous savez, on fait du yaourt pour essayer de mettre en place une voix, et j’ai dû dire « Je suis une catin » comme ça, et puis de ça est née cette chanson ! (elle pouffe)

Et puis, il y a eu à partir de là l’explosion avec le vidéo­clip. Je pense qu’on peut dire jusque­là ­bon je n’ai pas vu le dernier­ c’est le meilleur vidéo­clip. Je crois qu’il a fallu justement assez peu de moyens contrairement à ce qu’on pense, enfin tout est relatif, pour le réaliser.

MF : Oui, tout est relatif. C’est vrai qu’on nous a prêté beaucoup plus de moyens qu’il y en a eu parce que je pense qu’à l’image, le résultat pouvait ressembler à beaucoup, beaucoup de moyens certainement. Mais ça, c’est le talent certainement du réalisateur et d’une équipe aussi qui l’entourait. Et quant au suivant, c’est quelque chose de totalement différent qui est encore plus orienté sur le cinéma et que moi, j’avoue… Non, j’allais dire une bêtise, je l’aime autant que « Libertine », mais c’est… Il faut le voir, quoi ! C’est difficile aussi d’en parler…

Lorsqu’on dit que le succès de « Libertine » est venu grâce à ce vidéo­clip, vous êtes d’accord ?

MF : Je crois qu’on peut dire à 70%, c’est quelque chose, oui, qui a provoqué un intérêt certain. Bon, c’est vrai qu’il y a eu TV6 qui a énormément aidé cette promotion et qu’effectivement du jour où est né ce clip, il y a eu des ventes immédiates. Donc on peut dire que le clip a beaucoup aidé, en tout cas a beaucoup aidé ma personne.

Au niveau de « Tristana », vous avez fait de nombreuses télévisions avec une superbe chorégraphie.

Comment l’idée est venue ? Comment s’est faite la mise en place de cette équipe ?

MF : (soupir) Ca, c’est des choses toujours assez subites, en fait. On a toujours l’impression que les artistes, c’est vrai, travaillent. Ca, c’est évident… Sur « Tristana », quand la chanson est née, quand elle a été enregistrée, après moi, je me suis posé le problème de comment la promouvoir. J’ai tout de suite pensé à deux personnes derrière moi. Je préférais deux personnes féminines, mais qui n’avaient pas le prototype des danseuses qu’on voit en télévision. De même que la chorégraphie, que j’ai faite donc, je la voulais très visuelle, mais très proche de l’ambiance de la chanson. C’est­à­dire, pour moi, qui évoque un petit peu la Russie, une ambiance un peu slave, donc je voulais, comme ça, des espèces d’oiseaux noirs derrière moi, un peu rigides… Voilà comment ça s’est imaginé. Et puis après, ma foi, c’est un peu du travail quand même !

Apparemment, c’est vous qui décidez de la façon de mener votre carrière, puisque vous dites « J’ai décidé, j’ai voulu… ». Y a pas de producteur, une équipe qui fait pression autour de vous, derrière ?

MF : Je sais pas… Moi, c’est toujours quelque chose qui me fait un peu sourire. Des pressions… Je veux dire, ou on envisage une carrière et on est complètement, effectivement, manipulée et je trouve ça un peu dommage. Moi, je travaille de très, très près avec Laurent, je travaille avec lui ­Laurent Boutonnat. J’ai quelques personnes autour de moi, la personne que vous voyez et qui est Bertrand, qui est mon manager. Y a aussi une maison de disques, mais eux, si vous voulez, ce sont les porte­parole un peu d’un chanteur. ‘J’ai décidé’, c’est­à­dire que moi, sur les chorégraphies, effectivement à chacun son métier, c’est ça que je veux dire. Laurent, quand lui construit un scénario, moi j’ai un droit de regard, il est évident. Je dis ‘Ca, ce serait bien…’ parce qu’on est, je pense, des êtres relativement intelligents. Mais je ne me mêle pas ni de la mise en scène, parce que ce n’est pas mon métier, ni de la mise en image. Donc voilà, je crois que chacun sa place.

C’est un peu ce qu’on mélange en France, je trouve. C’est­à­dire qu’on s’imagine être des être exceptionnels dans tous les domaines. Et ça, c’est une erreur.

Parlons maintenant de votre look. Bon, au niveau des deux premiers 45­trs, il était assez sage, assez je dirais banal, sans que ça soit péjoratif. Et puis après, il y a eu un revirement total avec apparemment, vous avez les cheveux d’une différente couleur, vous avez un look totalement différent…

MF : Ca doit certainement être très explicable. Quand on dit ‘un métier qu’on apprend’, certainement… C’est­à­dire que sur « Libertine », quand on parle d’osmose, c’est aussi quelque chose qui s’est produit. C’est­à­dire effectivement, il y a eu le clip, tout de suite il y a eu, bon, une chanson qui a quand même marché assez facilement, même si c’est le clip qui a provoqué après les grosses cadences. Que moi effectivement, l’époque de cette chanson, puisqu’on l’avait située dans le libertinage, j’aime tellement les costumes, que ça a été tout de suite évident pour moi de mettre cet uniforme. Et après, ben voilà c’est « Maman a Tort », c’est « On est Tous des Imbéciles » et « Plus Grandir » qui ont fait que « Libertine » a existé de cette façon. Ca, c’est évident !

Est­ce que vous n’avez pas dans votre tête, quelque part, des projets, à plus ou moins long terme, cinématographiques ?

MF : Non, pas des projets ­si ce n’est celui que j’ai depuis assez petite, c’est de jouer un jour dans un film.

Mais là aussi, beaucoup de prétention : pas dans n’importe lequel. C’est pour ça que je n’ai pas commencé d’ailleurs cette carrière, même depuis la chanson, où j’ai eu quelques propositions. Vous imaginez le genre de propositions… ! (elle pouffe) Donc, oui, c’est quelque chose que je laisse dans le coin de mon esprit, que j’ai vraiment envie de réaliser. C’est vrai que si Laurent, un jour, réalise un long­métrage, ce qui pourrait être assez précis maintenant, ce serait la personne avec qui j’aimerais tourner. Y en a quelques­uns d’autres, mais très peu…

Parlez­moi de l’album que vous avez fait l’année dernière, de votre premier album, des chansons, des thèmes abordés ?

radio-02-cMF : Ben, moi, je vais vous faire un exposé très scolaire ! Il y a quoi ? je crois dix chansons, donc les 45­trs qui sont inclus dedans. Il y a une chanson qui s’appelle « Chloé », qui parle de la cruauté des enfants, qui est traitée d’une façon un peu comptine satanique. Une autre chanson qui s’appelle « Vieux Bouc », qui parle du diable et qui est un peu humoristique aussi. Il y a « Au bout de la Nuit », qui fait la face B de « Tristana », donc, le dernier 45­trs, qui là traite un peu du désespoir, un peu de… J’ai du mal à mettre des étiquettes, parce qu’une chanson ­ce dont on m’avait fait d’ailleurs le reproche­ ne parle pas de ax+b et de ‘je prends mon petit crème le matin’, donc c’est également difficile de l’expliquer. Si ce n’est qu’il y a, je l’espère, une ambiance générale, enfin un thème général en tout cas. Qu’est ce qu’il y a d’autre, je ne sais plus ! (rires) Il faudrait avoir le 33­trs sous les yeux , là, j’avoue…

Quels sont les traits essentiels de votre personnalité en tant que chanteuse ? J’ai l’impression par exemple, à première vue, qu’il y a un côté pudique assez maqué chez vous. Est­ce que c’est vrai ?

MF : Oui… Je suis quelqu’un, je pense, de pudique, ce qui doit vous sembler un paradoxe, quand on chante « Libertine » ou « Maman a tort », mais c’est un métier paradoxal, et moi je crois avoir une personnalité certainement paradoxale, mais comme beaucoup de personnes. C’est des choses qui n’ont rien à voir finalement entre elles. On peut avoir beaucoup de pudeur et à la fois être excentrique à certains moments.

J’ai l’impression que vous n’êtes pas le genre de chanteuse à pavoiser dans des cocktails mondains ou des choses comme ça…

MF : Je pense que vous avez vu juste ! (rire franc) Non, je n’aime pas ça, je n’ai jamais aimé ça et je crois que je n’aimerai jamais ça !

Parlez­nous maintenant de la scène : quand est­ce qu’il y aura une scène parisienne, comme l’Olympia ou quelque chose comme ça ? Comment vous voyez votre spectacle ?

MF : Je ne sais pas encore, ni en ce qui concerne la date, parce que c’est pas encore quelque chose qu’on a fixé. C’est quelque chose que je pense beaucoup. Quant à la mise en scène…(soupir) Je vais vous dire des choses un peu imprécises, si ce n’est que je voudrais un spectacle visuel, essayer peut­être de mêler un peu du théâtre, mais un regard très, très loin, ça fait toujours un peu peur (rire nerveux)… J’avoue que j’en sais rien, mais c’est quelque chose que j’aimerais beaucoup faire.

Depuis trois ans, qu’est­ce qui vous a marqué dans ce métier ? Est­ce qu’il y a des choses qui vous ont déplu, qui vous ont plu ?

MF : Tout m’a marqué, parce que, sans dire de bêtises, je crois que tous les jours on apprend ou on désapprend quelque chose. Mais en tout cas, il se passe quelque chose. Ha si ! une généralité : c’est que concernant vraiment le groupuscule ‘show­business’, c’est­à­dire que ce soient les producteurs d’émissions, les programmateurs, les gens de télé, les gens des médias sont des gens, qui ont essayé d’installer une, comment dire, une espèce de loi qu’ils ont créée et qu’ils ne respectent pas eux­mêmes, voilà. C’est­à­dire qu’ils ont créé un Top 50 qui veut dire des ventes de disques, qui voudrait dire donc des programmations obligatoires à la télévision, qui voudrait dire un certain respect malgré tout de l’artiste, et que quelque fois, eux, manquent un peu d’intégrité par rapport à ça. Mais c’est quelque chose qui ne m’étonne pas vraiment !

Mais voilà, moi, la chose qui m’a le plus pas bouleversée, mais qui m’a confortée, en fait, dans mon idée. C’est­à­dire, à mon avis, un manque de talent général et manque d’intégrité, tout simplement.

Vous évoquiez le Top 50, c’est quelque chose de regrettable pour vous ? Le fait…

MF : (elle l’interrompt) Non, bien sûr que non. Chacun a sa chance un jour. C’est­à­dire qu’autant sur « Plus Grandir », je n’ai pas goûté les délices du Top 50, sur « Libertine », ce sont des références maintenant qui sont établies pour les jeunes, c’est évident, ça, on ne peut pas faire abstraction. Donc quand on est dedans, on est ravi, parce que ça engendre plein de choses. Le Top 50, je m’en fous, moi, à la limite ! Mais parce que ça existe et qu’il faut exister avec. Voilà, point final !

Le problème, c’est que c’est peut­être plus dur, dans la mesure où une carrière marche ou ne marche pas suivant l’entrée d’une chanson au Top 50, ou pas.

MF : C’est le drame de ce métier, maintenant. C’est qu’effectivement les gens, enfin toujours ces gens des médias ­je ne sais pas pourquoi, quand je dis ça, j’ai toujours l’impression de voir les corbeaux d’Hitchcock, vous voyez ? ­ces gens­là ne pensent plus du tout, effectivement, ni ‘carrière’, ni ‘continuité’ à la limite. Mais ça, c’est encore une minorité finalement, parce qu’on se rend compte aussi, qu’il y a quand même des gens qui, derrière, vous suivent depuis un moment. Mais ces gens­là, on ne les rencontre pas forcément en temps et en heure. Voilà, c’est le drame de ce métier : c’est que maintenant, n’importe qui, n’importe quand peut faire un million de disques et demain ne plus exister, et que ça ne dérange a priori personne, puisque tous les jours, il y en a un qui sort, et tous les jours y en a un qui meurt.

Une fois, dans un journal, vous avez dit que vous aviez plus d’admiration pour un homme de science que pour un chanteur. C’est vrai ?

MF : Oui, je confirme. Ca n’a rien de méchant, une fois de plus, ni de venimeux. C’est quelque chose qui existe. J’ai plus de fascination, c’est vrai, pour quelqu’un dit intellectuel mais sans, moi, prétention de ma part, c’est­à­dire pour quelqu’un qui…je ne sais pas, j’ai plus la fascination d’un grand metteur en scène, d’un grand écrivain, d’un savant, ces métiers­là. Des gens qui, je ne sais pas, qui construisent réellement, qui ont l’essence de cette construction, que les chanteurs n’ont pas. La preuve, je veux dire tous les jours vous  rencontrez des chanteurs et tous les jours vous ne découvrez pas des, je sais pas, des gens bouleversants, des gens incroyables, parce que malgré tout…

Mais comme l’acteur : il y a une race d’acteurs qui est certainement prodigieuse, enfin on les remarque aussi à l’écran, voilà c’est ça que je veux dire ! Les chanteurs prodigieux, on les remarque aussi à l’écran. Voilà…Une fois de plus, là, je suis spectateur quand je dis ça.

C’est pas moi, m’insérer parmi un groupe ou un autre ? C’est toujours délicat. Mais c’est normal, c’est vrai que ça n’est pas… Personne ne m’a étonnée dans ce milieu.

Comment situez­vous votre public ? Est­ce que vous avez des rapports avec lui, des rapports à travers les lettres que vous recevez, peut­être ?

MF : Bien sûr, le courrier, que j’aime beaucoup. J’ai pas mal de courrier, je pense. Il y a des lettres qui sont passionnantes, qui sont bouleversantes, qui sont même très étonnantes quelques fois ! Là, je pourrais dire un peu la couleur des personnes qui m’entourent, c’est malheureusement des gens un petit peu désespérés, un peu névrosés. Il y en a d’autres aussi qui écrivent à tous les chanteurs et qui veulent le sempiternel autographe, ce qui est charmant d’ailleurs, mais­là, je ne peux pas donner la couleur. Sinon, je sais pas bien. Je sais pas bien encore. Je crois qu’on s’en rend compte réellement dans un spectacle, dans une salle : là, on voit bien qu’il y a une dominante de 14­15 ans ou de personnes plus âgées. J’en sais rien…

C’est quand même fascinant, je trouve, d’être un chanteur et d’avoir un impact sur un public, d’être l’idole d’un public…

MF : Oui…C’est­à­dire, voilà le genre de choses qui sont presque inexprimables mais qui sont un peu traumatisantes, mais aussi dans le bon sens, mais traumatisantes parce qu’inexplicables, parce qu’une personne pourra… Moi, il y a deux, trois personnes qui me suivent à chaque fois que j’ai un enregistrement télévisé, ils seront là, en début, en fin d’émission, ce qui veut dire qu’ils auront attendu dehors, sur le trottoir pendant près de trois heures, quatre heures parfois, qui sont prêts à venir à Cannes…Bon, ce sont des choses qui sont tellement incroyables. Et à ces personnes, on demande une espèce d’attention envers elles, qu’est­ce qu’elles font dans la vie et ces personnes se vexent, car elles disent, ‘Mais c’est pas parce que je suis là que je ne fais rien de ma vie !’. C’est bizarre…

Est ­ce que c’est pas dur, d’avoir comme ça une, j’allais dire une ‘cour’, une cour de fans ? Est­ce que c’’est pas gênant ? On n’est pas toujours enclin à répondre à ces gens…

MF : C’est toujours la peur d’être maladroit, d’être tout simplement absent. Et c’est difficile aussi d’être toujours présent. On sait que ces gens­là ont une demande momentanée, puisqu’ils ou vous rencontrent dans la rue ou vous rencontrent lors d’un spectacle et que vous, vous venez pour eux, mais pour eux dans une majorité, pas pour une personne. Moi j’ai toujours peur, oui, de froisser et c’est quelque chose d’un peu traumatisant aussi et c’est pour ça que…

Vous pensez déjà avoir froissé un admirateur ou quelqu’un qui vous demande… ?

MF : Je crois pas, car j’ai toujours fait très attention, étant moi­même un peu… (rire gêné) J’ai pas une sensibilité à fleur de peau, c’est quelque chose auquel je fais attention. Mais certainement j’en ai froissé, certainement. Mais je ne sais pas, là !

Revenons à ‘l’examen’ de votre carrière : pourquoi une rupture entre RCA et Polydor, entre je ne sais plus quel disque ?

MF : C’était sur « On est Tous des Imbéciles ». Parce que c’est… (soupir) J’ai pas du tout envie de faire le procès d’une maison de disques. Il se trouve qu’une maison de disques nous a fait un appel du pied, que c’était une maison qui allait naître, puisqu’elle avait un nouveau directeur, que RCA avait prouvé certaines choses, mais certainement dans le mauvais sens aussi : leur capacité ou au moins leur envie de m’aider. Et voilà, ce sont les choses de la vie et tant mieux que ça se soit passé comme ça, parce que il y avait un sang neuf chez Polydor certainement, il y avait un directeur jeune, qui a voulu lui aussi prouver des choses et ça, c’est important.

Revenons en guise de conclusion à votre personnalité. Je crois que vous êtes quelqu’un qui aime beaucoup les animaux, puisqu’apparemment, il y a beaucoup de photos de vous qui sont parues dans la presse en compagnie d’un petit singe, notamment . Parlez­nous en…

MF : De mon petit singe ?! C’est vrai que j’ai une passion pour les animaux, mais spécialement pour les singes. Vous dire pourquoi…Je vous mettrai un singe en face de vous, si ce n’est les singes qu’on voit au zoo, mais vraiment près de vous…La première chose, c’est qu’un singe a quatre mains et que c’est très important. Un chat, moi que j’adore, n’a pas non plus la faculté de porter les choses, d’écrire, de faire des gestes, qui certainement vous copie, que c’est un regard qui est tellement intelligent, mais qui est déconcertant aussi ! Je sais pas, ça a un caractère fascinant, le singe…

1987-16-aC’est un animal coléreux…

MF : C’est épouvantable ! C’est­à­dire, oui, c’est coléreux, c’est caractériel. Mais c’est génial, vraiment ! (rires)

Vous avez des ‘prises de bec’ avec votre singe régulièrement ?

MF : Oui, régulièrement, d’autant qu’il a des périodes de chaleurs ­comme tous les animaux­ et j’avoue que le singe, je crois, c’est l’animal le plus énervant qui soit quand il a ses chaleurs ! C’est­à­dire qu’il est ; enfin, le mien en tout cas, cette race de capucin couine pendant trois jours ­parce que ça dure à peu près 3­4 jours, ça dépend de la grosseur des chaleurs­ va couiner, va vous regarder, va vous énerver, va prendre des objets si on ne s’occupe pas de lui et va les taper très, très fort pour qu’on le regarde…Enfin c’est épouvantable !

J’en ferais bien un civet de lapin, un civet de singe plutôt ! (rires)

Très bien, je vous remercie !

Publié dans Mylène 1987 - 1988, Mylène dans la PRESSE, Mylène en INTERVIEW | Pas de Commentaires »

TV VIDÉO JAQUETTES avec Mylène

Posté par francesca7 le 4 avril 2015

 

1986-33-aEntretien avec Hélène MERRICK

Comment est née cette « Libertine » ?

­ Le texte de la chanson ? C’est presque une idée à moi : on était en studio, et au moment de placer ma voix sur la structure musicale qu’on mettait en place, j’ai chanté des paroles au hasard. Je devais être très heureuse ce jour­là, je chantais ‘je suis une pute, une putain’ ! Le compositeur s’est dit « Bon sang, mais c’est bien sûr » et il en a fait « Libertine » !

Et l’histoire que raconte le clip dont l’esthétique fait penser à Barry Lindon ?

­ C’est une déformation professionnelle de faire cette référence ! Mais c’est vrai qu’il y a un travail des lumières un peu analogue, des éclairages à la bougie, des maquillages blancs. Le libertinage évoquait le 17ème siècle, et comme j’aime beaucoup le film de Ridley Scott, « Duellistes », je voulais insérer un duel. Tout ce travail s’est fait à deux, je n’en revendique pas la maternité ! Ce qui compte, c’est le résultat ! Ma part à moi, c’est d’être présente dans tout.

Quel cinéma aimez­vous ?

­ Des cinéastes, plutôt : Stanley Kubrick, Elia Kazan, Polanski, Clouzot, Jean­Jacques Annaud…

Regardez­vous les films en vidéo, chez vous ?

­ De plus en plus, par fainéantise ! Je regarde tous les films que j’ai ratés pendant une période où je n’avais pas envie d’aller au cinéma, peut­être parce que j’avais envie d’en faire ! Je viens de revoir pour la cinquantième fois « Un tramway nommé désir » et bientôt je vais voir « E.T. » dont on va me prêter une cassette !

Vous a­t­on proposé de faire du cinéma ?

­ Non. Je ne vais pas au-devant des gens qui pourraient m’en faire faire, je sors peu et surtout, avoir fait deux clips dans un esprit cinéma ne prouve pas qu’on est une fabuleuse comédienne !

Pourquoi faites­vous mourir Libertine à la fin du clip, comme dans un film où il est ‘moral’ de supprimer une fille de petite vertu ?

­ Là, j’avoue que c’est une idée du metteur en scène. Je trouve que la fin est belle, c’est une histoire triste de toute façon, mais rassurez­vous, c’est la version cinéma ! A la télévision, elle est écourtée, on ne voit pas le duel au début. Ca commence avec le galop du cheval, et ça se termine à la sortie du salon, avant que Libertine ne meure.

Une chanson immorale devrait finir immoralement, non ? Où se situent d’après vous l’immoralité et la provocation qu’on vous attribue dans la presse ?

­ Fatalement à travers mes chansons, et aussi dans les chorégraphies que je fais à la télé. Certains gestes dérangent terriblement les gens.

Vous vous déshabillez dans un clip : est­ce une provocation ou une nécessité ?

­ Ce n’est jamais nécessaire de se dénuder, c’est toujours accessoire et c’est bien ou malvenu, vulgaire ou aussi normal que boire une tasse de thé. Là, en l’occurrence, je ne crois pas que ça soit vulgaire. On parle de libertinage, alors s’il n’y a pas une paire de fesses ou un moment de nudité… ! Je n’ai pas grand­chose à dire sur ce sujet, se produire devant une caméra et dévoiler des secrets, c’est aussi obscène que se mettre nu à l’écran.

Feriez­-vous comme Marushka Detmers dans « Le diable au corps » ?

­ C’est un peu vicieux comme question ! Là, je réfléchirais. Je pense que ce n’était pas indispensable de faire ça dans un film, sinon pour provoquer des entrées !

Cultivez-­vous une image de marque ?

­ Pas réellement. Je réfléchis à une pochette de disque, une télévision, des photos de presse, des interviews, je ne sais pas…

Faites­vous attention à ne pas dire certaines choses ?

­ Certaines, oui. Je ne les dis plus, car elles étaient mal comprises.

Vous mentez ?

­ Oui, bien sûr ! C’est le privilège de l’artiste ! Le mot de sincérité qui revient constamment partout, je le bannis complètement dans ce métier de faux­semblants !

Pensez­vous avoir innové dans le domaine de la chanson ?

­ La chanson est un art mineur, comme dit Gainsbourg. Il ne faut pas se prendre au sérieux ! J’ai évoqué des sujets comme la mort, la mère, la religion… On n’en a pas trop parlé en chanson.

Qu’est­ce que vous aimiez écouter à vos débuts ?

­ Rien ! Je n’aimais rien ni personne ! (rires) Si : Jacques Dutronc, je l’aime toujours d’ailleurs. Je crois n’avoir pas écouté beaucoup de musique étant enfant. Après, je me suis tournée vers la musique de films et je continue. Un peu la musique classique, aussi. Au début, j’aimais le film et la musique, à présent je n’ai pas besoin de connaître les images pour acheter un disque de musique de film, surtout celles de John Barry que j’adore.

Avez­vous pris des cours de chant ?

­ Non, je bénéficie des qualités de mes défauts : une vos fluette qui intéresse les gens, telle quelle !

Avez­vous réellement suivi une éducation religieuse ?

­ Je peux vous mentir, là ! (rires) J’ai été traumatisée par les bonnes sœurs : elles me tapaient, je renversais mes desserts par terre…

Vous avez mis le feu ?

­ Non, j’aurais bien aimé mais je n’avais pas encore l’esprit à ça ! Maintenant, je crois que je le ferais, et puis (prenant l’air convaincu) je me dis des fois qu’un jour, je vais rentrer dans les ordres !

Vous ne me direz pas si vous en avez souffert…

­ (retenant un sourire et d’un air de regrets) Je n’ai pas envie de mentir, aujourd’hui ! (rires) Non, sincèrement, bien que je n’ai aucune attirance pour ce milieu…

On raconte que vous avez fait du dessin…

­ Oui, j’ai peu de temps pour ça et je n’ai pas beaucoup d’imagination, mes dessins sont toujours un peu morbides, je fais des bonhommes désarticulés…

Avez-­vous fait toutes les cascades à cheval dans « Libertine » ?

­ 1986-33-cJ’ai fait de l’équitation pendant cinq ans, maintenant je n’ai plus le temps, mais si j’avais un cheval, je le monterais souvent et librement, sans aller dans un manège, sans l’embêter ! Je voulais faire les cascades moi­même dans « Libertine », mais c’est finalement une cascadeuse qui est montée en selle sur le cheval au galop et m’a doublée pour certains plans de bagarre : si j’avais eu un accident, tout aurait été annulé !

Me direz­-vous combien a coûté le clip de « Libertine » ?

­ Non ! (rires) Ca n’a pas coûté cent briques, comme certains le prétendent. Je n’ai pas envie de donner le prix ! Si les gens le croient très cher, c’est qu’il est réussi. Il a coûté la moitié de ce que vaut un clip français habituellement : un minimum d’argent, un maximum de talent !

Ecrivez­vous des histoires ?

­ Non, je n’écris rien, j’efface !

Qu’est­-ce que vous effacez ?

­ Tout ! Tout ce qui s’est passé hier. J’ai un don pour ne me souvenir de rien sauf de ce qui est vraiment marquant. Mon enfance, mon proche passé, je ne veux pas y penser une seconde ! Ce serait régresser, j’ai besoin d’aller de l’avant, de ne pas regarder en arrière.

Quelle attitude ont les garçons avec vous ? Sont­ils attirés par votre célébrité ou leur faites­vous peur ?

­ Tout le monde n’est pas à l’aise avec moi, je n’en tire aucune satisfaction d’ailleurs, je le remarque, et surtout je n’ai pas envie qu’ils soient à l’aise avec moi ! Je n’en sais rien, j’ai l’impression d’être une vieille grand­mère quand on me pose cette question ! Je reçois des lettres de personnes que je ne connais pas qui déclarent leur flamme (elle s’interrompt) Non, je dis des bêtises, je ne fais pas une fixation là­dessus !

Et vous, quels sont les gens qui vous attirent ?

­ Très souvent ceux que je ne peux pas approcher, docteur ! Ceux qui ont un sens de la folie. La vie est déjà suffisamment laborieuse et triste, on ne va pas s’ennuyer avec les gens qui ont des problèmes dentaires !

Même en traitant des sujets durs ou morbides, vos chansons sont très gaies, non ?

­ Parce qu’elles sont cyniques. Le cynisme, ça sauve tout !

Etes­vous croyante ?

­ Non. Par contre, je peux être intéressée par quelqu’un comme Ste Thérèse d’Avila, qui était une folle à lier elle aussi !

‘Aussi’ ?! Vous vous considérez comme folle à lier ?

­ C’est un peu l’image que je donne dans ce que je fais. Je crois être quelqu’un de pas fou du tout ! Dans la vie, on a tous des moments d’égarement, mais je suis seule dans ce cas­là, il n’y a que mon singe qui me regarde avec des yeux ronds !

Vous pourriez me définir votre caractère ?

­ (en secouant énergiquement la tête) Non ! (rires) Caractérielle ?

Bon alors, pensez­vous bien vous connaître ?

­ Oui, oh oui ! Dommage, mais oui…

Avez­-vous trouvé ce que vous vouliez vraiment faire dans la vie ?

­ Voilà le genre de questions auquel je ne réponds pas ! (rires) L’avenir dira si on m’a pendue pour ça !

Avez­vous envie de faire autre chose aussi ?

­ Je veux réussir dans tous les domaines, ne pas faire la même chose pendant vingt ans. Chanson, cinéma, m’occuper d’animaux à cinquante ans, pourquoi pas, tout et rien !

Fonder une famille ?

­ Non, le pauvre, pauvre enfant ! Je n’en ai tout simplement pas envie.

Pensez­-vous que chacun suit une destinée bien précise ?

­ C’est cruel mais je pense que oui. Après, c’est une question de volonté. A nous d’affiner les gros traits qui nous sont tracés.

Où sont l’enfer et le paradis pour vous ?

­ L’enfer, c’est d’être là et le paradis, c’est d’être là aussi ! Vraiment, l’enfer, c’est la maladie, la pire chose qui puisse arriver à quelqu’un. Et puis « L’enfer, c’est les autres » comme disait je ne sais plus qui !

Oui, l’autre, là !

­ (rires dans tous les coins)

JUILLET 1986 : Mylène Farmer : Cendres de lune

Publié dans Mylène 1985 - 1986, Mylène en INTERVIEW | Pas de Commentaires »

Mylène Farmer n’est pas celle que l’on croit

Posté par francesca7 le 17 mars 2015

 

 « Je n’ai pas l’impression d’être un objet du désir, ou alors je dois me voiler la face inconsciemment. »

1988-26-bA propos de son enfance :

­ A cette époque- là, j’étais une petite fille plutôt renfermée. Je ne pensais pas vraiment à la chanson. Je n’achetais pas de disques, ma seule passion était les animaux. J’ai vécu très mal le passage de l’enfance à l’adolescence. Heureusement, je portais en moi la conviction très forte que j’allais réussir dans un domaine artistique, mais je ne savais pas encore lequel.

A propos de « Plus Grandir », son premier texte en tant qu’auteur :

­ C’est le premier texte que j’ai écrit, il est très important pour moi. Aujourd’hui j’ai ‘grandi’ dans la forme mais pas dans le fond…

A propos de sa rencontre avec Laurent Boutonnat et de son entourage professionnel :

­ Il cherchait quelqu’un pour enregistrer « Maman à Tort ». Mon physique de l’époque correspondait complètement à la chanson. J’ai fait ce premier disque dans une inconscience totale. C’est sur « Libertine » que je me suis rendue compte de la différence entre un succès d’estime et un succès médiatique. Et là, j’ai peur de ne pas arriver à assumer… Dans ce métier, c’est très important d’être rassurée, poussée par quelqu’un. Mon manager, Bertrand Lepage, a été pour beaucoup dans ma transformation physique depuis « Maman a tort » et dans le fait que j’ai pris confiance en moi. Ensuite c’est vrai, il y a beaucoup de travail.

A propos de son succès et de sa façon de le gérer :

­ J’ai toujours voulu être connue, alors je ne vais pas dire que je n’aime pas ça, mais quelquefois c’est difficile à assumer. On n’a pas toujours envie du regard des autres. Je n’ai jamais rêvé d’une sérénité parfaite, mais la réussite n’a pas vraiment calmé mon mal de vivre…

A propos de son goût grandissant pour l’écriture :

­ Je n’ai jamais écrit de poèmes quand j’étais petite, et le goût de la lecture m’est venu assez tard, vers dix- sept ans. Pour écrire, j’ai besoin de la musique comme support. Je crois que je ne pourrais pas écrire de chansons vraiment gaies. L’album « Ainsi Soit Je… » est comme une sorte de journal de bord.

A propos du sentiment de déception par rapport à la vie :

­ C’est difficile à dire, mais il est certain qu’il y a un fossé entre ses rêves d’enfant et ce que l’on vit vraiment…

A propos de son rapport à sa propre image :

­ J’aime mon physique trois minutes par jour. Je sais tout ce qu’on peut faire avec un appareil photo ou une caméra. J’en connais tous les mécanismes et cela ne me rassure pas. Je sais simplement que je suis photogénique. Je consacre beaucoup plus de temps qu’avant à mon physique. Je me regarde dans les vitrines, et sur les tournages j’ai toujours besoin d’avoir un miroir à portée de main. J’achète toutes les crèmes et je me laisse facilement influencer par la publicité !

A propos de sa passion pour les vêtements :

­ J’adore les vêtements et les belles matières. Enfant, j’aimais le rose, le jaune, les couleurs vives. J’avais parfois vraiment mauvais goût ! Maintenant, je préfère les couleurs sombres, le classique. J’ai un net penchant pour les chaussures, que je collectionne.

A propos de son besoin d’être toujours occupée :

­ J’ai toujours peur d’une punition divine quand je suis inactive.

A propos de ses goûts musicaux en général :

­ J’ai une préférence pour les instruments mélancoliques, comme le violon.

A propos de ses envies de cinéma :

­ J’en ai très envie, mais je ne sais pas encore comment ça se fera…

1988-26-aA propos du spectacle qu’elle prépare pour le Palais des Sports en mai 1989 :

­ J’en rêvais ! C’est l’obstacle le plus haut, et j’ai un trac fou rien que d’y penser. On va travailler cette scène comme un scénario de film. Il y aura un personnage central et une histoire. Le contact avec le public est la plus grande jouissance pour un chanteur.

A propos de l’amour en général :

­ C’est une succession de désillusions avec des moments forts. Le mariage ? Oui, l’idée me séduit pour la beauté…

 

SOURCE :  STAR CLUB – NOVEMBRE 1988 – Entretien avec Judith CARRAZ

Publié dans Mylène 1987 - 1988, Mylène en CONFIDENCES | Pas de Commentaires »

Mylène Farmer et LES ANIMAUX DU MONDE

Posté par francesca7 le 25 février 2015

 

Présenté par Marylise DELAGRANGE TF1 22 MAI 1988

1988-04-aLa promotion de « Ainsi soit ­je… » continue pour Mylène qui fait escale sur le plateau de cette émission animalière. Si le contexte se prête peu à une interprétation de la chanson, Mylène offre cependant la première diffusion de son nouveau clip.

L’occasion pour elle d’évoquer encore et toujours son amour des animaux, entourée de son ami Gaétan, éleveur d’animaux qui tient une ferme en Normandie et que Mylène avait déjà présenté pour un reportage photo dans Télé 7 Jours en 1986 et évoqué depuis à plusieurs reprises.

On découvre Mylène assise aux côtés de l’animatrice. Elles sont assises sur des gradins, entourées d’enfants. Mylène porte un tailleur blanc et un nœud blanc également dans les cheveux.

L’émission débute sur un reportage dans un centre animalier d’Afrique qui recueille des orangs-­outans. Au retour plateau, Mylène joue avec Cheeta, un chimpanzé assis à ses côtés.

Marylise Delagrange : Mylène, vous êtes un peu la marraine de Cheeta, vous ?!

Mylène Farmer : Je voudrais être sa propriétaire, la voler à Gaétan ! (rires) Il ne veut pas…

MD : Comment vous avez réagi en regardant ce document où il s’agissait, là, de vie sauvage ?

(Mylène câline Cheeta, désormais allongée sur ses genoux tout en jouant avec le nœud de ses cheveux) Non, Cheeta, alors laisse s’il te plaît le nœud parce qu’on voudrait que Mylène soit habillée jusqu’au bout !

MF : (dans un sourire, les yeux plongés dans ceux du singe) Laisse­moi parler, Cheeta !

MD : Comment est­-ce que vous avez réagi à ce document où on voyait des animaux contents d’être réhabilités à la vie sauvage, contrairement à Cheeta ?

MF : Moi je trouve ça formidable. Formidable.

MD : Alors est­6ce qu’il y a pas quelque chose d’un peu contradictoire dans votre position, qui est d’avoir des animaux chez vous, de les aimer, d’aimer les toucher, et puis justement d’aimer un document comme on vient d’en voir un ?

MF : C’est vrai, c’est très paradoxal mais moi je me dis que je préfère voir mes capucins à la maison avec une cage qui est très, très grande pour eux et que je peux les sortir autant de fois que je veux et les promener. Je préfère les voir à la maison que dans une petite cage dans des magasins.

MD : Oui, parce que c’est là où vous les avez trouvé. On va aller vous rendre visite dans votre appartement de Beaubourg, où justement vous avez deux petits pensionnaires…qui s’appellent comment ?

MF : Le premier, celui que vous allez voir, s’appelle E.T., je l’ai depuis maintenant quatre ou cinq ans, et puis…

MD : C’est un singe capucin ?

MF : C’est un sajou capucin. (l’écran géant au centre du plateau diffuse les images d’E.T. que Mylène avait filmé dans son appartement de l’époque pour l’émission « Mon Zénith à Moi » d’octobre 1987)

MD : (elle désigne l’écran) Le voilà !

MF : Voilà. Et depuis, j’en ai un autre qui est également un capucin, qui a un pelage beaucoup plus clair et qui a été totalement adopté par E.T.

MD : Et ils vivent en semi­ liberté chez vous ?

MF : En semi­ liberté, oui.

MD : Ils font pas trop de ravages ?

MF : Le plus petit, davantage, parce qu’il est beaucoup plus nerveux. Mais elle a un comportement extraordinaire.

MD : Et ce sont des animaux que vous trouvé ou acheté…vous avez été émue parce qu’ils étaient dans une toute petite cage ?

MF : C’est les regards…Moi j’attache une importance considérable aux regards. C’est vrai que quand je suis rentrée dans ce magasin, j’ai vu le regard d’E.T., qui avait un comportement plutôt passif. Et pour moi, c’était évident que de le prendre et de l’avoir à mes côtés et pouvoir lui donner toute l’affection dont elle avait besoin.

MD : Alors, tout le monde se demande comment vous pouvez tourner, travailler et avoir comme ça deux petits singes qui demandent beaucoup de soins et beaucoup d’affection.

MF : C’est à peu près compatible dans la mesure où on n’a pas trop, trop de velléités de grande voyageuse, que je n’ai pas actuellement. Donc, c’est pouvoir rester à la maison et s’en occuper au maximum. Mais si je dois réellement partir, y a une personne, et une seule, qui pourrait s’en occuper. L’animatrice lance ensuite un reportage sur Stella, une jeune anglaise qui recueille et s’occupe de jeunes chimpanzés avant de les réintroduire dans la nature. Au retour plateau, on voit Mylène faire un énorme câlin à Cheeta.

MD : Je crois qu’on le voit : les singes ont besoin d’énormément de tendresse, surtout quand ils sont jeunes. Ils ont vraiment besoin de leur mère, en fait ! (rires) Alors, Mylène, il y a tout de même une chose que vous m’avez dite tout à l’heure que j’aimeriez que vous redisiez parce que je crois que c’est important, c’est qu’en général vous refusez de montrer votre vie avec vos singes pour ne pas inciter d’autres gens à en acheter.

MF : (tout en caressant Cheeta) Oui, parce qu’une fois de plus, un singe n’est ni un chat, ni un chien. On ne peut pas le laisser quand on part en vacances à une tierce personne. C’est un animal très dépressif, je crois, qui pourrait s’abstenir de manger, certes, pendant deux, trois ou quatre jours, mais je pense que ça peut être un traumatisme pour lui que de quitter ses maîtres, Gaétan pourrait le dire mieux que moi.

MD : Et est-­ce que vous ne seriez pas tentée par une expérience semblable à celle de Stella ? Est-­ce que vous êtes un jour capable de dire ‘Au revoir, je m’en vais, je vais aller m’occuper de singes dans la jungle’ ?

MF : Je me sens foncièrement capable. Maintenant, de là à y arriver, à prendre cette décision…Je pense que je le ferai beaucoup plus tard, en tout cas. Mais je crois que ça ne se fait pas non plus à la légère, c’est rentrer comme on rentre dans un couvent. Et avoir certainement avoir beaucoup plus de connaissances quant aux singes et à leur vie que je n’en ai moi­6même. Donc ça serait plus un rêve… Mais j’ai suivi longuement la vie de Diane Fossey, que vous aviez présentée lors de votre émission et qui était fascinante.

MD : Enfin, en tout cas ne nous quittez pas trop vite, je pense que tous les jeunes admirateurs qui sont là seraient très, très tristes, n’est-­ce pas, si Mylène s’en allait !

MF : (rires) Mais je les emmènerai avec moi… Marylise Delagrange lance ensuite un reportage sur Tippi Hedren, célèbre actrice américaine, qui vivait alors entourée de félins. Au retour plateau, Mylène est à nouveau plongée dans ses jeux avec Cheeta.

MD : Je n’arrive vraiment pas à arracher Mylène à sa passion ! (…) Il faut peut­être revenir à la chanson pour conclure : en fait dans beaucoup de vos chansons, il y a des animaux (elle veut en réalité parler des clips) (…) Alors dites­nous, Mylène : il y a des chevaux dans « Tristana », c’est ça ?

MF : Dans « Tristana », il y a des chevaux et surtout un loup, donc, qui appartenait à Gaétan. « Libertine », y a beaucoup de chevaux, « Sans Contrefaçon », il y avait aussi des chevaux, carrioles, marionnette… Et puis le dernier, c’est à découvrir ! Il y a une biche et un grand­duc.

MD : (aux téléspectateurs) Alors nous allons vous montrer, ce sera la conclusion de cette émission, en exclusivité…

MF : Absolument, oui.

MD : …puisque ce n’est encore jamais passé à l’écran, je crois…

MF : Non, jamais.

MD : …le dernier clip de Mylène, qui s’appelle, enfin qui est la chanson « Moi, je » (sic) et vous allez…

MF : (elle la corrige tout en caressant le visage de Cheeta) « Ainsi Soit Je… »…

1988-04-cMD : « Ainsi Soit Je… », pardon !

MF : …qui ne sera pas dans son intégralité, puisqu’on va être obligés, je crois, de couper au bout de quatre minutes.

MD : C’est ça. Mais je crois que les téléspectateurs auront beaucoup l’occasion de le revoir !

MF : Bien sûr, oui.

MD : En les tout cas, merci beaucoup Mylène d’être venue.

MF : Merci à vous. Merci à Gaétan, aussi.

Publié dans Mylène 1987 - 1988, Mylène AU FIL DES MOTS | Pas de Commentaires »

QUEL AVENIR MADAME pour Mylène Farmer

Posté par francesca7 le 25 février 2015

1987-16-aSEPTEMBRE  1987 « Tristana » est votre cinquième 45­trs mais vous n’avez connu véritablement le succès que l’an dernier grâce à « Libertine ». Vous aviez alors vingt­-quatre ans. Cette gloire soudaine a­-t­-elle changé votre existence ? ­

Je ne crois pas. Bien sûr, sur le plan pratique il est plus intéressant d’être connu et d’avoir du succès. Les portes s’ouvrent plus facilement, on a un semblant de respect et on en éprouve une certaine fierté. Par ailleurs, je n’ai plus besoin de faire des galas plus ou moins minables, de me produire dans des clubs entre deux disques ringards. Je me suis jurée de ne plus jamais faire ça. Enfin, financièrement, ce n’est pas mal non plus, puisque chaque matin je peux m’acheter trois croissants au lieu de deux !

Qu’attendez­-vous de l’existence ?

Comment rêvez-­vous l’avenir ? ­

Je ne me suis jamais posée la question. Je vis au présent et pas tellement dans le futur ni le passé. Ce qui est certain, c’est que je ne pense pas au mariage, aux hommes, aux enfants… Je peux même dire que j’occulte totalement le sujet des enfants. Je préfère nettement les animaux ! (rires) Mais cela changera peut­ être un jour…

Vous êtes née le 12 septembre 1961 à 5h17 du matin, à Montréal. Vous êtes donc du signe de la Vierge, ascendant Vierge. Avez-­vous conscience de l’influence de votre thème astral sur votre caractère ? ­

D’assez loin, je dois l’avouer. L’astrologie m’intéresse par personne interposée. Je veux dire par là qu’un ami, Bertrand Lepage, qui travaille à mes côtés, est passionné par le sujet et m’en parle souvent. Son approche est très intelligente et je la respecte totalement, bien que n’étant pas influencée pour autant. Il m’a un jour établi mon thème et m’a révélé des choses assez étonnantes. Il m’a prédit des évènements auxquels je ne pouvais absolument pas m’attendre et qui sont réellement arrivés peu après. Il m’a prédit aussi le succès de « Libertine ». De là à consulter des voyants, il y a un grand pas que je n’ai pas encore franchi. Je pense que le fait d’être du signe de la Vierge m’en a attribué quelques grands traits de caractère, mais je ne suis pas assez calée pour vous dire si je suis une vierge typique.

Quels sont donc alors vos défauts et vos qualités ? ­ J’ai beaucoup de défauts mais je ne vous en citerai que trois, les plus marquants : mauvais caractère, trop de cynisme, et beaucoup d’intolérance. Quant à mes qualités… disons la rigueur et l’intégrité !

 Êtes-­vous superstitieuse ? ­

Non, vraiment pas ! J’aime les chats noirs plus que les autres et je ne vois pas pourquoi la couleur verte ou le fait de passer sous une échelle m’attirerait les foudres de l’au­-delà.

A propos de l’au­-delà, croyez­-vous à une autre existence après la mort ? ­

Je suis dans une phase d’interrogation. Je me sens attirée par ce domaine, mais je reste pour l’instant incrédule. Je n’ai jamais essayé, même par jeu, d’entrer en communication avec les esprits. En revanche, j’ai entendu les témoignages de nombreux amis en qui j’ai toute confiance et qui ont été très troublés par des séances de spiritisme. J’aimerais essayer un jour mais à condition de le faire avec des personnes très sérieuses et très documentées. Pour l’heure, je préfère m’intéresser à l’esprit plutôt qu’aux esprits.

Publié dans Mylène 1987 - 1988, Mylène en CONFIDENCES | Pas de Commentaires »

Déjeuner de gala sur NOSTALGIE avec Mylène

Posté par francesca7 le 8 février 2015

 

30 NOVEMBRE 1996 -Entretien avec Michel COTTET

1996-05-aMichel Cottet : L’actualité de Mylène Farmer, c’est cet album, « Anamorphosée » ­bien que ayant déjà quelques mois, il est encore tout frais et tout présent à notre mémoire et on se laisser bercer en ce moment par l’excellent titre « Rêver » ­ et puis il y a cette tournée, non pas gâchée mais interrompue pour une stupidité. Il ne m’appartient pas de déverser une kyrielle de qualificatifs pour essayer de vous cerner, de vous faire réagir ­ c’est toute la magie d’un personnage. Ceci dit, tout ce mystère qui débouche sur un statut de phénomène est ­ce que vous n’avez pas l’impression quelquefois que cela fait ombrage à votre vrai statut, qui est avant tout quand même, si je ne m’abuse, auteur compositeur­ interprète ?

Mylene Farmer : Ombrage, je ne sais pas bien. Est­ce que j’en souffre ? Non, pas vraiment. J’ai décidé de ce mystère en ce sens que je parle peu et que je réponds peu aux questions en général, donc je crois que j’en suis l’auteur donc je n’ai pas à m’en plaindre.

MC : Je ne parlais pas forcément du mystère mais du fait que à force de vouloir justement le percer, on en oublie de parler avec vous de ce qui quand même nous séduit au préalable, c’est­ à­ dire votre  musique, votre façon d’écrire, votre façon de paraître sur scène. Est­ce que parfois vous n’avez pas l’impression d’être dépassée par vous­même, en quelques sortes ?

MF : Je ne suis pas sûre de pouvoir répondre à cette question, si ce n’est que c’est vrai que  l’évocation de l’écriture est quelque chose, dans le fond, d’assez rare de la part d’un journaliste parce que je crois qu’il est plus enclin à parler ou d’une vie privée que l’on ne veut pas dévoiler, ou des choses qui sont ‘plus racoleuses’. Peut­être que je souffre de ça un peu, oui.

MC : On y reviendra, et j’espère comme ça que votre passage à Nostalgie vous aura ôté un peu de souffrance puisqu’on évoquera votre écriture. Ce que l’on sait, c’est que vous avez quand même ‘fui’ à Los Angeles pour essayer de retrouver une forme de solitude. Vous avez vos repères, j’ai les miens : moi, c’est Léo Ferré, Ferré qui disait : ‘Dans la solitude, le désespoir est une forme supérieure de la critique. Pour l’instant, nous l’appellerons bonheur’. Le désespoir, vous l’avez touché ?

MF : Je crois qu’il a fait partie de mon quotidien, mais maintenant je ne pense pas être la seule ! Je pense que le commun des mortels a des moments de bonheur et des moments de détresse absolue. Je crois que même une journée peut être comblée par bonheur et tristesse à la fois. Maintenant, est­ ce que je fais l’apologie de la détresse et du malheur : non. Je l’ai exprimée, en tout cas.

MC : Cette solitude, vous la recherchez ?

MF : Je ne suis pas sûre de me définir comme quelqu’un d’étant solitaire. J’aime parfois avoir des moments, oui, seule : l’écriture est un moment privilégié pour ça. Maintenant, j’aime bien la compagnie  de personnes choisies.

MC : Quel est le moment le plus fort, justement ? C’est rentrer dans cette solitude ou en sortir pour retrouver l’autre ou les autres ?

MF : Je crois que les deux sont à déguster ! (rires)

MC : Je poursuis avec ce texte de Ferré, toujours sur cette solitude : ‘je voudrais m’insérer dans le vide absolu et devenir le non ­dit, le non avenu, le non vierge par manque de lucidité’. Ne pas rencontrer le bonheur, est­ce que c’est pour autant être lucide ?

MF : (elle se répète la question à elle­ même) Ne pas rencontrer le bonheur…Je ne sais pas. En tout cas, j’aime l’idée de s’approcher de ce vide et de ne faire qu’un avec ce vide. C’est vrai qu’il y a quelque chose, l’idée du néant, qui est quelque chose de très happant. C’est vrai que parfois, on a envie de se confondre avec le vide, avec le rien.

MC : Ce que vous appelez le non­ dit, qui est essentiel pour la réussite…

MF : Oui.

Diffusion de « California »

MC : Mylène Farmer est votre invitée aujourd’hui dans ce « Déjeuner de gala » sur Nostalgie, avec cette notion de non ­dit. Ne pas énoncer, ne pas expliquer pour susciter la curiosité, est­ ce que c’est bien compatible avec une autre notion, qui est celle de la fidélité ? Je veux dire par là, quand on côtoie des gens ou des habitudes, forcément on perce le mystère, donc là c’est un peu antinomique, non ? Parce que vous êtes quelqu’un de fidèle ­ je parle du point de vue professionnel !

MF : Je pense être quelqu’un de fidèle, oui, dans tous les sens du terme et toutes les situations. Maintenant, pardonnez­moi : j’ai oublié la question ! (rires)

MC : Je disais, parallèlement à cette fidélité vous êtes porteuse de cette idée de non­dit : ‘je garde la mystère, je ne veux pas qu’on me dévoile et je ne veux pas dévoiler’. Est­ce bien compatible, ces deux approches ?

MF : Là encore, je ne… Le non ­dit, j’aime les non ­dits, maintenant est­ ce que je suis caractérisée par le non-dit : je ne le crois pas. Maintenant, j’ai choisi de dire certaines choses, de dévoiler certaines choses, de les clamer parfois et quand une question ou un sujet me dérange, là effectivement ce sera ou un non ­dit ou un non tout court ! (rires)

MC : Donner un sens à tout, c’est ridicule pour vous, finalement…

MF : Je sais pas si, là encore, c’est ridicule ­ pardonnez­ moi ! (rires) Je ne pense pas avoir d’abord la prétention, et je ne pense pas que la vie vous offre un sens à tout. Je crois que ça fait partie aussi du mystère de la vie, du mystère de la mort, de toutes ces choses qu’on ne sait pas et qu’on ne saura probablement jamais. Parfois on peut souffrir de ce silence et des ces non­réponses, et parfois je trouve ça plutôt bien. C’est une forme de liberté aussi en soi.

MC : Je vais peut ­être vous soulager, je viens à votre secours ­ si tant est que vous en ayez besoin : finalement, c’est pour ça que vous redoutez l’exercice que nous sommes en train de faire parce qu’il est communément admis qu’à toute question doit correspondre une réponse, et en plus logique !

MF : Oui. Oui, c’est vrai que là, dans le fond je n’aime pas la logique, je n’aime pas le rationnel et c’est un exercice qui est difficile, uniquement parce que je dois parler de moi, dans le fond c’est aussi bête et simple que ça. C’est un exercice difficile pour moi.

MC : Parler de soi… Parler d’idées qui vous traversent la tête, c’est peut­ être pas forcément parler de vous. C’est peut­être plus facile…

MF : Oui, mais c’est une façon de se mettre en avant et c’est vrai que là, ça fait partie d’un exercice qui est probablement utile à l’artiste, en tout cas on lui demande. Mais si j’avais à choisir, je crois que j’aurais rayé cette mention ! (rires)

MC : Le non­ dit, c’est aussi l’imaginaire. Est­ce un jardin dans lequel vous aimez flâner ?

MF : J’aime surtout, je dirais, au travers de lectures. Quant à mon imaginaire, oui, je cultive ce jardin, je crois, oui. Maintenant, là encore j’aurais du mal à en parler parce qu’il est imaginaire, justement !

MC : Mais un auteur se doit d’imaginer, et l’imagination c’est une forme de liberté que vous recherchez…

MF : Oui.

Pause publicitaire.

MC : Retour dans « Déjeuner de gala » sur Nostalgie. On parle avec Mylène Farmer, votre invitée, de la liberté. Quelles sont les situations, les mots, les événements dans lesquels vous ne vous sentez justement pas libre ?

MF : Les dîners où il y a beaucoup de personnes… (elle cherche, puis pouffe de rire)

MC : Une foule, c’est pas ‘beaucoup de personnes’, c’est qu’une personne raisonnée ?

MF : Oui. Oui, c’est toujours un peu facile comme détournement, mais dans le fond c’est vrai. C’est vrai, quand on est en face d’un public, quelque soit la salle, à partir du moment où il y a plus de deux personnes, trois personnes, mais plus le nombre est grand et plus il ne reforme qu’un et une énergie, en tout cas.

MC : En tête à tête, vous vous livrez plus ­parce que sur scène, on peut dire que vous vous livrez-vous vous livrez plus que devant une multitude de gens…

MF : Non, je pense que c’est faux. Je pense que je me livre davantage, mais peut­être sans la présence des mots ou en ayant choisi les mots. Maintenant, je crois que l’émotion que moi je ressens sur scène et que je peux offrir est quelque chose qui est une mise à nu, qui est beaucoup plus importante que dans une interview. J’ai malgré tout le contrôle de moi­même et de mes silences aussi.

MC : Ca fait douze ans, mine de rien, que vous êtes dans ce métier de la chanson. (Mylène confirme en riant) Est­ce que la situation a failli vous échapper une fois, durant ces douze ans ?

MF : M’échapper, non, je ne le crois pas. Je ne sais pas à quoi vous faites allusion précisément, mais j’ai…

MC : Être dépassée par ses propres motivations, s’embarquer dans un chemin qui n’était pas le bon…

MF : Avoir envie d’arrêter parfois tout, oui, ça m’est arrivé.

MC : C’est une façon de contrôler, justement, comme cette fuite…

MF : De nombreuses fois, oui. Hier encore…

MC : ‘J’avais vingt ans…’, mais ça c’est Aznavour ! (rires de Mylène) La fuite dans les mots, c’est quand même plus bénéfique que la fuite à Los Angeles ? Vous l’évoquiez tout à l’heure avec mon jardin imaginaire…

MF : Oui, je crois que j’ai eu besoin pour continuer d’écrire, puisqu’on parle des mots, que j’ai eu besoin de ce passage. Maintenant, il s’est effectué à Los Angeles, dans le fond ça aurait pu être ailleurs, en tout cas un pays dit étranger. Mais j’y ai trouvé, oui, si ce n’est une réelle source d’inspiration, en tout cas moi je me suis nourrie, si je puis dire, à ma façon. J’y ai trouvé quelque chose, oui.

MC : C’est Jean­Louis Murat qui, à ce même micro ­ je fais allusion à lui parce que vous l’avez rencontré, ne serait­ ce que pour un duo ­ qui expliquait que dans un texte, finalement, le texte n’était jamais aussi beau que lorsque à la fin de la chanson on n’avait pas forcément tout compris.

MF : Oui…

MC : Et pour vous aussi, je crois, à savoir que les mots ont plus d’importance que l’idée.

MF : Je pense qu’il vaut mieux savoir, en tout cas pour soi­ même, face à soi­ même, savoir ce qu’on a voulu dire. Maintenant, je suis d’accord que la chose trop expliquée, qui ne laisse pas dans le fond à l’autre une liberté, me dérange.

Diffusion de « L’Instant X »

1996-05-cMC : Avec nous, Mylène Farmer qui est notre invitée dans ce « Déjeuner de gala » sur Nostalgie aujourd’hui samedi. Je fais une petite digression avec les images, je voulais en parler un petit peu plus tard. Vous parlez de notion de liberté quant à la perception d’une chanson : le clip, pour le coup c’est bien souvent quelque chose de très cadenassé. On nous impose des images, on nous fait une explication ­ ça ne vous concerne pas tout le temps­ mais n’est­ce pas un piège ?

MF : C’est vrai, c’est un piège. Mais là encore, est­ce qu’on a le choix de ne pas faire sur une chanson une mise en images ? Là encore, malheureusement je n’ai pas ce choix ­là parce que ça serait suicidaire. Mais sur certaines chansons, c’est vrai que certainement je n’aurais pas fait de clip, parce que justement il y a une réduction du sujet évoqué, et puis parfois c’est magique aussi, donc…

MC : J’ai lu que vous disiez : ‘Quand j’écris mes textes, je livre beaucoup plus de moi que vous ne croyez. Il suffit de savoir écouter’. Est ­ce que vos chansons sont codées ? C’est un exercice qui peut vous amuser, ça ?

MF : Non, je ne suis pas sûre d’être aussi intelligente que ça. En tout cas, j’aime bien les mots, donc j’aime jouer avec les mots…

MC : Pas de fausse modestie, jeune fille ! (rires)

MF : …mais codés, non. Non. Je n’ai pas ce sentiment­là.

MC : Y a ­t ­il quand même une notion ­ j’ai cru vous entendre le dire, cette fois ­ci, donc la véracité du propos est entière, que vous aimiez cette forme d’irrationalité dans un texte et, comme vous venez de le souligner, que vouloir forcément une d’explication, c’est pas le but. Cette notion d’irrationnel, elle vous caractérise lorsque vous écrivez ?

MF : Non, je ne pense pas. Je ne pense pas, maintenant, sans parler de moi, quand je lis par exemple Cioran, puisque ça m’arrive de le lire en ce moment, à cette faculté que vous donner des mots­ clés, et là encore de vous laisser votre propre imagination. C’est un peu confus, ce que je dis, mais… (rires) Un peu comme les haïkus, vous voyez, ces poèmes qui sont très, très courts. On vous donne deux mots, on va vous dire –je dis n’importe quoi : un chien, une fourmi et la senteur du foin et tout à coup, ça va évoquer une multitude de choses. Mais là, ça sera à chacun d’interpréter ou d’imaginer. Donc j’aime, en tout cas si c’est ce que vous évoquez comme étant une irrationalité, alors c’en est une, oui, parfois…

MC : C’est finalement l’éducation que l’on reçoit lorsqu’on allait à la maternelle qui se transforme avec des beaux mots, mais c’est ça en fait : on apprend aux enfants, on leur montre un chat et leur imaginaire… (Mylène acquiesce d’un murmure) Vous faites allusion, donc, à Emile Michel Cioran, ce philosophe français pessimiste, dont l’œuvre s’exprime souvent par aphorismes. Vous en avez des favoris, vous ? Des proverbes, des… ?

MF : Je n’ai malheureusement pas beaucoup la mémoire des… (rires) Je retiens difficilement !

MC : Ben, ‘tomber sept fois’, il y a déjà ça !

MF : ‘Tomber sept fois’, c’était court donc facile à retenir ! Oui, il y a ce proverbe, effectivement, japonais qui dit ‘tomber sept fois, toujours se relever huit’ donc je l’ai volé.

MC : Vous êtes charmée par ce genre de formules ?

MF : Là encore, c’est le plaisir des mots et l’intelligence qui peut s’en dégager. En tout cas, sans parler même d’intelligence, à la fois la précision dans la non précision. Il y a cette phrase maintenant qui me revient… (rires)

Je vais faire mon exercice ! (rires)

MC : Allez­ y, soufflez bien !

MF : ‘Tout ce qui ne m’a pas tué me rendra plus fort’

Pause publicitaire

MC : Voilà, de retour avec Mylène Farmer qui est notre invitée aujourd’hui dans ce « Déjeuner de gala ». Je faisais référence à cette chanson qui figure sur l’album « Anamorphosée », c’est la  première fois où vous signez la musique : « Tomber 7 fois… »…

MF : Oui, oui. Absolument, oui.

MC : Après les mots, la musique. C’est une forme de défi que vous vous êtes lancé à vous­même ?

MF : Non. Là encore, ça s’est passé relativement naturellement : j’ai une guitare à la maison, donc il m’arrive parfois de tenter d’y jouer et ma foi, voilà, j’ai trouvé donc cette chanson, mais est­ ce que j’ai envie de faire ça et prolonger ça : non, je ne le crois pas.

MC : Vous vous êtes surprise vous ­même ?

MF : D’une certaine façon, oui, probablement ! (rires)

MC : Vous avez regardé autour si personne ne vous avait vue commettre cet acte affreux qui était d’écrire une musique ?!

MF : (rires) Oui, dans la mesure où j’ai pas de formation de musicienne. J’en ai le goût, en tout cas, mais je pense qu’il faut plus de talent pour composer.

MC : Vous êtes quand même pluridisciplinaire ­ on évoquera plus tard le goût de la peinture ­ vous écrivez, vous chantez, c’est tout à fait dans vos cordes, en tout cas c’est dans votre mentalité. C’est aussi de la liberté, finalement, que de savoir faire plusieurs choses, non ? C’est pour ça que cette notion de devenir compositrice, ou compositeur pardon, ça peut aussi vous aller, non ? C’est pas un défi qui vous… ?

MF : Non, parce que là encore, sans parler de talent, je sais ce que je suis ‘capable’ de faire, en tout cas de revendiquer, on va dire. Maintenant, quant à la musique, là encore, la composition, je sais que je m’essoufflerai très, très vite parce que manque tout simplement de connaissance, là encore.

MC : Vous voyez que vous êtes intelligente, puisque l’intelligence c’est savoir reconnaître ses limites.

MF : Je ne ferai pas de commentaires ! (rires)

MC : On saute du coq à l’âne, c’est le cas de le dire : vous aimez les animaux, je vous emmène sur le terrain des animaux. Comment va E.T. ?

MF : Très bien !

MC : Bien. Ce qu’il y a de fabuleux dans la communication avec les animaux, c’est que l’on émet des mots, eux les perçoivent comme des sons suivant l’intonation, et finalement, là on retombe sur c’est presque une chanson qu’on écrit avec les animaux : ils interprètent comme ils le veulent. Est­ce que mon parallèle vous choque ?

MF : Non. Vous faites ce que vous voulez, d’abord ! (rires) Mais effectivement, oui, les animaux, en tout cas les petits singes, connaissent probablement les sonorités, mais les visages aussi. Ils interprètent beaucoup l’expression, liée au son probablement. C’est un être, là pour le coup, relativement intelligent, caractériel aussi, qui a ses humeurs, mais c’est toujours aussi passionnant d’avoir un singe.

MC : C’est l’animal ­ nous en parlions tout à l’heure ­ qui se rapprocherait le plus de nos réflexes.

C’est pour ça que vous l’avez choisi ?

MF : Je crois que j’ai simplement une passion pour le singe. A chaque fois que je vois un documentaire sur ces animaux, j’ai envie de changer de vie et d’aller les retrouver, de les aider ou d’essayer de dialoguer, de m’y intéresser en tout cas. J’ai vu beaucoup, beaucoup de reportages sur les chimpanzés, les orangs­outans ou les gorilles. C’est vrai qu’une vie comme celle de Diane Fossey est une vie passionnante, mais c’est une vie difficile aussi.

MC : C’est une grande tendresse que vous avez envers les animaux, tout à l’heure vous étiez avec les chiens ! Vous aimez leur naïveté ? Leur fidélité ? C’est ce qui vous attire ?

MF : Là encore, je vais probablement vous décevoir mais je ne suis pas sûre d’analyser toutes les envies que j’ai, ou les communications que j’ai. J’aime les animaux parce que dans le fond, c’est très spontané.

Maintenant, si vous voulez vraiment trouver pourquoi on aime un singe, pourquoi on aime un chat ou un chien, dans le fond, ça, ça ne m’intéresse pas de savoir pourquoi je les aime. Je les aime, tout simplement.

Diffusion de « Mylène s’en fout »

MC : « Mylène s’en fout ». Pas nous ! Elle est votre invitée aujourd’hui sur Nostalgie, dans ce « Déjeuner de gala ». On a aimé ­ et on aime toujours ­ cet album, notamment, « Anamorphosée ». Je voulais juste un petit mot sur cet univers musical : il y a eu une évolution. Est­ce qu’on peut la qualifier, cette évolution, de tonique, d’énergique ? Ca serait le bon mot ?

MF : Je vais être obligée, moi, de revenir vers mes albums précédents : je n’ai pas eu le sentiment que ces albums n’étaient pas énergiques, donc en ce sens je ne peux pas aller dans cette idée de ‘plus d’énergie’. Je crois que parce qu’il y a des guitares, beaucoup plus de guitares qu’avant, peut­être que l’énergie vient aussi de là. Peut­être dans la façon de chanter, qui est probablement un peu différente : je chante plus grave ­ en tout cas, je me le suis autorisé !

MC : Dans le ton, rassurez­ nous ! (rires)

MF : Dans un ton plus grave. (elle hésite) Là, j’avoue que je ne sais pas bien… « Désenchantée », pour moi par exemple, est une chanson extrêmement énergique ­ mais ça n’engage que moi ­ au même titre que « L’Instant X », si ce n’est que la production est très différente. Là, oui.

MC : Voilà, justement : en quatre ans, est­ ce que vous avez eu l’impression de vivre une révolution musicale ?

MF : Non…

MC : D’abord, est ­ce que vous avez écouté ce qui se faisait ? Quand se passent comme ça quatre années, est­ce qu’on a le doute de se dire ‘je vais décrocher, je vais avoir un handicap insurmontable’ ? Parce que c’est un métier qui va très, très vite ­ je parle de la technologie, ne serait ce que ça…

MF : Oui. Oui, oui. Là encore, c’est plus une envie profonde non pas que de changer radicalement, mais simplement puisque j’ai passé un certain temps aux Etats­ Unis, c’est vrai qu’on est enclin à écouter beaucoup plus de musique : si on écoute la radio, on écoute que de la musique américaine en tout cas et qui est essentiellement beaucoup de guitares, et puis aussi dans les mélodies… Donc, en ce sens je ne me suis pas dit, là encore, ‘Pour le prochain album, il va falloir faire attention !’. C’est simplement un désir, tout simplement, que d’aller vers quelque chose de plus ce qu’on appelle live, moins de gimmicks. Je sais pas si j’ai répondu à votre question ! (rires)

MC : Si ! Faire office de référence, comme vous le faites aujourd’hui, est­ce que c’est une forme de reconnaissance éternelle ?

MF : Référence… ?

MC : Vous êtes une entité…

MF : Oh, pardon : moi ?!

MC : Oui ! Est­ce que c’est une forme de reconnaissance ?

MF : Est­ ce que je suis une référence ?!

MC : Quoiqu’il advienne, à partir de ce jour vous resterez quelque chose auquel on pourra s’identifier, auquel on fera référence. Est­ce que cette reconnaissance, vous la percevez ? Et comment vous l’acceptez ?

MF : Je la perçois parfois. Quand je monte sur scène, je crois que c’est le moment où l’on vous applaudit, tout simplement, où on vous dit que vous êtes quelqu’un d’important à ce moment ­là. C’est important au moment où je le fais. Maintenant, vous dire est­ce que ça me rassure ou est­ce que c’est important pour moi : je ne suis pas sûre, là encore, de pouvoir répondre à cette question. Je ne sais pas. (rires) J’aurais plutôt une humeur aujourd’hui de nous somme peu de chose, donc ça va être difficile pour moi que de vous dire ‘Je suis une référence’ ! (rires)

MC : Mais nous sommes peu de chose, je vous le confirme ! Il faut mieux en rire…

MF : J’aime ce que je fais. Je crois que je vais, là encore, faire ou une pirouette ou une réponse plus concise : j’aime profondément ce que je fais. C’est le plus important.

Pause publicitaire

1996-05-eMC : Bien. De retour dans « Déjeuner de Gala » sur Nostalgie avec Mylène Farmer. Il y a quelque chose que vous aimez et que vous ne faites pas encore, et que vous allez certainement faire parce que vous n’êtes pas être à vous laisser abattre, c’est le cinéma. (Erreur de Michel Cottet, puisqu’à la date de la diffusion, « Giorgino » venait de sortir deux ans auparavant ! nda) Tout ce que vous entreprenez sur scène, sur disque, sur les clips, il y a ­ j’ai l’impression, arrêtez ­moi si je me trompe ­ une approche cinématographique.

MF : Oui…

MC : Votre bonheur total serait aujourd’hui, ou dans quelques années, d’avoir une pile de disques de diamant et puis une pile de bobines de films, quand même, non ?

MF : Là encore, je ne suis pas sûre. Il y a quelques années, j’aurais ­ et je l’ai dit, que de ne pas faire de cinéma, j’en mourrais…

MC : Je voudrais qu’on ferme…Oublions tout ça et voyons devant !

MF : Non, non ! Je le révoque, parce qu’aujourd’hui je crois que je peux m’en passer tout à fait. Ca, c’est pour répondre à la notion de pile et de collection (rires). J’aimerais refaire un film, avoir un rôle qui bien sûr m’intéresse. Maintenant, me projeter dans un avenir de cinéma : pas du tout. Honnêtement, pas du tout.

MC : Mais cette approche ­ j’en finirai avec le cinéma…

MF : Mais j’aime le cinéma, donc voilà pourquoi j’aime l’image.

MC : Voilà, ce qui explique peut ­être votre petite différence ­ enfin, pas votre différence, ce que j’expliquais tout à l’heure : le phénomène musical ­ parce que vous appréhendez les choses avec un autre regard, celui de la caméra, même si on parle de chanson…

MF : Là encore parce que mon goût probablement, oui, pour le cinéma, pour l’image, pour l’évocation. Donc là c’était une rencontre formidable, en tout cas, quand j’ai commencé ce métier, à savoir que le clip était un élément essentiel pour un artiste, et ça a été quelque chose de magique pour moi ­ déjà d’avoir travaillé avec Laurent Boutonnat, qui a fait quand même la plupart de mes clips et qui est quelqu’un de grand talent. Là encore, c’est l’idée de rencontre, que de pouvoir aller voir Abel Ferrara et lui demander de travailler avec lui, Marcus Nispel, autant de gens qui ont beaucoup de talent. Là, c’est plus l’idée ­ on parlait de solitude tout au début­ là c’est l’idée réellement de deux ou de trois, de ne pas être seule justement dans une création.

MC : Vous citez Bergman, Polanski, Annaud ­ je lis, hein ! ­ Sergio Leone, dans le monde du cinéma. Est ­ce que vous avez eu des rencontres fascinantes, au­ delà des œuvres, avec ces gens ou avec d’autres ? Est­ce qu’il y a des gens que vous aimeriez rencontrer ? Vous aussi, certainement, vous êtes titillée par ces…

MF : J’aurais adoré rencontrer Bergman, mais il ne m’a pas attendue ! (rires) Maintenant, là encore, est­ce que j’ai des vœux : non. J’aurais aimé rencontrer Cioran, mais il n’est plus. J’avais très, très envie de rencontrer Abel Ferrara, c’est chose faite.

MC : Vous avez percé un peu le mystère ?

MF : De ce monsieur ? C’est quelqu’un d’assez fascinant, aussi bien dans la destruction que dans l’énergie, mais c’est quelqu’un de fascinant en tout cas.

MC : Donc c’est intéressant, finalement, d’essayer de percer le mystère des gens et de les rencontrer…

MF : Oui, bien sûr ! Bien sûr. Mais là encore, c’est quelqu’un qui se dévoile très, très peu.

MC : C’est d’autant plus passionnant…

MF : Il faut comprendre des choses, accepter d’autres, tolérer parfois, mais c’est quelqu’un de très riche, oui.

MC : « A force d’ignorer la tolérance, nous ne marcherons plus ensemble »…

MF : Oui ! (rires)

Diffusion de « Rêver »

MC : Juste avant ce titre, on parlait justement de chanson, du disque. En parlant de chanson, c’était dans l’album « L’Autre… » : ‘Agnus Dei, moi l’impie je suis saignée aux quatre veines’. A défaut de mépriser la religion, le bouddhisme c’est quand même quelque chose que vous avez cerné avec le livre de Sogyal Rinpoché, auquel vous rendez hommage d’ailleurs sur la dédicace de l’album. (Mylène confirme d’un murmure) Vous avez lu « Le livre tibétain de la vie et de la mort ». Cette philosophie consiste à vivre le moment présent : concrètement, c’est quoi ne pas vivre les moments avant et après qui peuvent redonner le sourire comme ça ?

MF : Ne pas vivre les moments avant ou après ?

MC : Puisque la définition…

MF : Oui, oui. C’est une façon de ne plus se mettre en réel danger ­mais ça c’est une notion dans le fond que je n’aime pas parce que j’aime le danger, j’aime l’inconnu ­ mais en tout cas d’un danger qui n’est pas réellement intéressant, à savoir c’est vrai que le passé peut être un fardeau. L’avenir, l’idée de l’avenir, se projeter dans l’avenir et de se dire ‘Qu’est­ce que je vais faire demain ?’ est quelque chose de terriblement angoissant, donc quand on a à la fois la connaissance qui est celle des autres, puisque vous évoquiez ce livre, cette philosophie est un pansement. Maintenant, il y a des choses que l’on accepte et puis d’autres que l’on rejette, et c’est vrai que l’idée, la notion de vivre son présent est quelque chose de cicatrisant, dans le fond.

MC : Malgré cette référence, je crois savoir que vous n’épousez pas pour autant la cause du bouddhisme…

MF : Non, c’est­ à ­dire que c’est toujours pareil : puisque j’ai évoqué ce livre dans mon album, après c’est toujours difficile parce que si les médias s’en emparent, on va vous dire ‘Donc vous êtes bouddhiste’. Et c’est vrai que moi j’ai quelques nuances, en sachant que je ne le pratique pas tous les jours, je n’ai jamais rencontré le Dalaï­ lama, je n’ai jamais réellement rencontré de bouddhistes mais je m’y suis intéressée et c’est quelque chose, une fois de plus, qui m’a fait beaucoup de bien, que je trouve très sensé et surtout très réparateur. Ce n’est pas une religion, c’est plus une philosophie donc c’est quelque chose de plus tendre.

MC : Je parlais de tolérance tout à l’heure : c’est une de vos valeurs essentielles…

MF : Là encore, j’en ai besoin et c’est vrai que je le réclame chez l’autre. Là encore, c’est un apprentissage, parce qu’on ne devient pas tolérant comme ça, du jour au lendemain : il suffit de quelque chose qui vienne percuter votre esprit, quelque chose de violent par exemple, et j’aurais presque envie de nier tout ce que je viens de dire donc là encore, c’est un chemin qui est long ! Mais c’est vrai que cette notion de tolérance est quelque chose d’indispensable pour l’être humain.

MC : Et quand la tolérance confine presque au pardon, c’est un peu facile quand même, non ?

MF : Pardon ?

MC : Lorsque la tolérance confine au pardon, c’est un peu facile comme attitude : il faut quand même se révolter, se battre, non ?

MF : Oui. Maintenant, l’idée du pardon, là je pense…

MC : Je parle pas du grand pardon ! (rires)

MF : …brutalement à un article que j’ai lu sur ces femmes et hommes qui ont perdu des êtres chers et qui sont allés voir les bourreaux de ces personnes perdues. Là, c’est une idée du pardon qu’on pourrait qualifier de presque insoutenable mais c’est quand même une grande idée, donc j’aime cette idée du pardon.

MC : Un que vous pardonnez, parce que je présume qu’il est toujours numéro un dans votre cœur dans la littérature, c’est Edgar Allan Poe : « Allan » la chanson, oui, c’était ça ?

MF : Oui, bien sûr !

MC : Bon, on ne sait jamais !

MF : Non ! (rires)

MC : Il y a « Le corbeau », avec l’emblème sur… C’est toujours le numéro un dans votre cœur ?

MF : C’est quelqu’un que j’aimerai éternellement, ça oui ! Maintenant, j’ai des lectures un petit peu plus légères en ce moment, qui sont Mary Higgins Clark dont je suis en train de dévorer tous ses livres !

MC : Très en vogue, oui !

MF : C’est plus léger, mais c’est assez passionnant ! C’est bien écrit, en tout cas. (rires)

MC : C’est très en vogue, presque à la mode d’ailleurs…

MF : Oui. C’est plus vulgaire ! (rires)

MC : Ca lave l’esprit ?

MF : C’est une détente en tout cas, oui. (rires)

Pause publicitaire et flash info.

1996-05-fMC : Retour sur Nostalgie dans ce « Déjeuner de gala » avec Mylène Farmer. On parlait de littérature, on parlait d’Edgar Allan Poe et puis de Mary Higgins Clark et de sa soi­ disante légèreté. Parmi les lectures qui sont plus tendues, j’avais noté Henry James et puis Julien Green ­ c’est drôle, on en parle alors qu’il veut être révoqué de l’Académie Française alors qu’il n’en a pas le droit, ce brave homme ­ avec ses angoisses métaphysiques. Est­ ce qu’ailleurs c’est toujours mieux que là où on est ?

MF : Je le pense de moins en moins. Est­ce que c’est le voyage qui vous donne ces… ?

MC : Ha, vous vous éloignez de notre ami Julien, là ! (rires)

MF : Oui ! Là encore, c’est l’idée de projection ou d’anticipation, d’imaginer effectivement que l’autre va vivre mieux, que l’ailleurs est un meilleur. Dans la mesure où j’essaye de vivre des moments présents, ce seront mes moments à moi ­ non pas que je n’envisage pas l’autre, mais je me dis que dans le fond j’ai de la chance de vivre ce que je vis, même si parfois c’est difficile donc de ne pas chercher justement cet ailleurs hypothétique.

MC : J’évoquais Julien Green, philosophe mais aussi photographe avec des autoportraits, des photos de famille (Michel Cottet prononce d’abord ‘des autos de famille’ ce qui provoque un fou rire de Mylène) Le pauvre, il est né au début du siècle, des autos il devait pas tellement en voir !

MF : Changez la question !

MC : Non, non, non je la conserve ! J’aimais beaucoup sa définition d’un cliché parfait ­ je lis les trois points : savoir voir, être rapide et être patient pour réussir donc une photo. Est­ce que ce ne sont pas un procédé qu’on pourrait appliquer à une chanson, finalement, pour sa réussite ?

MF : (elle répète) Savoir voir, être rapide et être patient… Oui ! Oui, ça peut être… (elle s’interrompt, visiblement perdue)

MC : Non, c’est pas grave, c’est pour mes enchaînements comme ça…

MF : Oui, oui, j’entends bien ! (elle éclate de rire)

MC : …on arrive sur la peinture, n’est­ ce pas, vous voyez…

MF : Parce que vous, tout est écrit ; moi, rien ! (rires)

MC : Je suis obligé de prendre des notes ! Donc je voulais faire un parallèle entre la photo, la chanson et la peinture, qui est quand même un art aussi qui, si je ne m’abuse, vous titille…

MF : J’adore la peinture. Je la connais depuis peu, dans le fond. J’ai rencontré certaines personnes qui font partie de ce métier, donc de la peinture, qui m’ont d’une certaine façon éduquée.

MC : Lesquelles ? Enfin, si toutefois ça n’est pas…

MF : Pierre Nahon, que je connais peu mais… Albert Koski (mari de Danièle Thompson. Mylène a assisté a plusieurs vernissages de l’artiste et est une intime du couple, nda) est quelqu’un qui m’a aidée et puis ma foi, après ce sont des expositions, ce sont des livres : j’adore acheter des livres de peinture, j’adore acheter quand je le puis quelques peintures.

MC : Des livres pour essayer de reproduire ou simplement pour la beauté de… ?

MF : Pour une évasion, là encore. C’est aussi intéressant de feuilleter un livre de peinture qu’un roman. J’aime beaucoup Egon Schiele, j’aime Max Ernst, j’aime Klimt…

MC : Je suis largué en peinture, alors là je dis rien, je fais celui qui connaît, mais alors là, non !

MF : Non, non mais… ! Henri Michaux, l’écrivain, qui était également un peintre. Et puis beaucoup d’autres.

MC : Vous aimez la peinture, c’est pas pour autant que vous aimez vous emmêler les pinceaux, hahaha ! (ironique)

MF : (elle pouffe) Je dois répondre ?! (rires)

MC : J’en aurai presque fini avec mes références littéraires ­ enfin celles d’une époque qui n’est pas forcément celle que vous vivez actuellement ­ il y avait notre ami Kafka. J’avais lu un bel article sur Prague, vous dévoiliez la ville de Prague avec beaucoup de bonheur (paru dans le magazine « Femme » en juin 1996, cf. cette référence, nda). C’est parce qu’elle vous rappelle Montréal, de par son climat, de par… ?

MF : Très honnêtement, je ne me souviens pas de Montréal, si ce n’est que j’ai le goût de la neige, donc probablement lié à cette époque. Je n’y suis retourné qu’une fois et extrêmement brièvement donc c’était quelque chose que je qualifierais de pas très agréable (Mylène y est effectivement retournée à l’automne 1988 dans le cadre d’une série photo avec Elsa Trillat. Des années plus tard, lorsque celle­ci évoquera ce voyage pour le Mylène Farmer Magazine, elle parlera également d’une mauvaise ambiance, nda). Donc je ne me souviens pas de Montréal, en somme.

MC : Je ne sais pas si vous vous souvenez de cet article sur Prague que vous avez formidablement bien rédigé…

MF : Non, je ne m’en souviens pas. (l’article a pourtant été publié quelques mois à peine plus tôt, nda)

MC : C’est un art que vous aimez aussi. Il était axé sur les monuments historiques, sur les gens de la littérature etc. Ca vous passionne, ça, l’Histoire des villes ?

MF : Oui. Je suppose que c’est à peu près normal quand on découvre une ville de savoir ce qui s’y est passé, quels étaient les écrivains, qui a hanté qui ou qui a hanté quoi… Oui, là c’est encore un intérêt pour l’autre.

MC : Il y a notre ami le marquis, ça vous aimez bien, aussi…

MF : Le marquis, oui ! Le divin marquis ! (rires)

MC : Le marquis de Sade. Il va bien ?!

MF : Je l’ai délaissé, lui, un petit peu ! (rires) Il trépigne !

MC : Justine (héroïne des écrits du marquis de Sade, nda) va être en colère !

Diffusion de « Comme j’ai mal »

MC : « Comme j’ai mal », c’est bien entendu Mylène Farmer, extrait de l’album « Anamorphosée ». Mylène, notre invitée aujourd’hui sur Nostalgie dans ce « Déjeuner de gala » avec des chansons, avec des livres. Parmi toutes ces lectures, qui une nouvelle fois peuvent changer ou évoluer ­ ceci dit, celles qu’on a évoqué et que vous revendiquez, c’est quand même un monde fantastique et morbide : est ­ce que le suicide peut flirter, être limitrophe de cet univers que représentent les Julien Green, les Cioran etc. ?

MF : Est­ce que je… ?!

MC : Le suicide, la notion de suicide peut être limitrophe de cet univers pessimiste…

MF : Là encore, est­ ce que ce sont des thèmes de prédilection ? Je m’y sens bien…

MC : Pour l’époque où vous vous sentiez bien. Je ne veux pas…

MF : Non, non je m’y sens toujours très bien !

MC : Est ­ce que cette notion de suicide, qui est quand même une limite à franchir ou ne pas franchir après tout, est­ ce qu’elle était présente dans vos lectures ? « Le mythe de Sisyphe » de Camus, est-ce que vous l’avez lu par exemple ?

MF : Non, non. Est­ce que vous faites allusion à moi, est­ce c’est quelque chose qui m’a hantée, ou est­ce que c’est quelque chose qui… ?

MC : Oh non, je n’irais pas jusque là. Non, non. D’une façon générale, quand on est ‘imbibé’ non pas d’alcool ­ bien que vous appréciiez le Bordeaux et je vous en félicite ! ­ mais imbibé de ce genre de lectures, aussi diverses soient­elles…

MF : Oui, ce sont des chemins dangereux. Effectivement, si on s’imbibe et fait une indigestion d’auteurs comme ça, de lectures, ça devient sa vie de tous les jours, sa pensée de tous les jours donc on finit par… A la fois c’est passionnant et pourquoi c’est passionnant ? Parce qu’on ressent ces mêmes choses, donc fatalement se crée un lien entre l’auteur et le lecteur. Maintenant, ça peut être dangereux si on ne s’abreuve que de…

MC : C’est pour ça qu’il y a Mary Higgins Clark !

MF : Oui, peut­être ! Parce qu’il y a toujours ces ingrédients mais il y a toujours une notion d’espoir, j’imagine.

Oui, il faut avoir le recul nécessaire pour ne pas effectivement essayer d’illustrer ce que l’on lit, en tout cas de l’appliquer à sa vie, voilà.

MC : Vous êtes en train de nous avouer quand même professionnellement, à travers vos lectures, une formidable conscience des limites, un recul, une sérénité par rapport à vous ­même…

MF : Oui, je le pense. Parfois, je n’aime pas ça, je n’aime pas cette maîtrise.

MC : Ca empêche une folie, d’être trop maître de soi, d’être trop lucide finalement ?

MF : D’une certaine manière, oui. Et une trop grande lucidité mène à un cynisme parfois, et ça je m’en défends aussi parce qu’être cynique, je crois, c’est pas très intéressant pour sa vie ni pour les autres. Mais là encore, c’est moi qui suis responsable de ça.

Pause publicitaire

MC : Retour sur Nostalgie dans ce « Déjeuner de gala » avec Mylène Farmer. Un petit clin d’œil à votre nom : ‘Farmer’, c’était un personnage d’un film que Jessica Lange a tourné etc. Enfin bref ! (Incarnée au cinéma en 1982 par Jessica Lange, Frances Farmer est décédée en 1970, nda) Aujourd’hui, si vous deviez choisir un autre nom en référence, ça serait Greta ?

MF : Non ! (rires)

MC : Non ? Ca changerait pas ?

MF : E.T., ça me conviendrait parfaitement ! (rires)

MC : Greta, ça m’arrange : j’étais sur « Cendres de Lune »…

MF : J’ai bien compris, oui ! (rires)

MC : Léo Ferré ­ j’y reviens, vous voyez, chacun les siens ­ c’était la mélancolie, ‘la mélancolie, c’est revoir Garbo’ dans « La reine Christine ». Pour vous c’est quoi, la mélancolie ?

MF : Qu’est ­ce que pour moi la mélancolie… ?! Hmm…

1996-05-gMC : Vous avez autant de temps que vous voulez pour répondre !

MF : Oui, mais plus je vais mettre du temps et plus la réponse sera décevante !

MC : Non, peut ­être que vous n’êtes pas mélancolique, donc c’est un sentiment qui n’évoque rien de spontané, justement…

MF : Je la trouve très souvent dans la musique. Ecouter une musique évoque chez moi une mélancolie. Mais là, précisément, non je n’ai pas de réponse…

MC : Ecouter les Doors, les Eagles, Gainsbourg, Dutronc, ça c’est de la mélancolie, c’était votre…

MF : Oui…

MC : Vous êtes allée voir, par exemple, Dutronc au Casino (de Paris, nda) y a quatre ans ?

MF : Non.

MC : Barbara, aussi, qui a bercé votre…Non ?

MF : Non. Le dernier spectacle que j’ai vu, c’était Alanis Morissette.

MC : Barbara, qui vient de sortir un album (« Barbara », 1996, nda) : ‘Il me revient, il me revient en mémoire, il me revient une histoire, il me revient des images’ ça, c’est pas votre cas, ça, hein…

MF : Qu’il me revienne des images ? J’essaye le moins possible ! (rires)

MC : L’adolescence ne revient jamais. Vous n’aimez pas l’adolescence d’une façon générale : est­ce que c’est parce que vous n’appréciiez pas le manque de personnalité chez l’autre ? Est­ce qu’on peut faire le lien ?

MF : Je n’aime pas l’adolescence. Là encore, je n’ai évoqué que la mienne : c’est un passage que je n’ai pas aimé du tout, du tout.

MC : Peut ­être dans le regard des autres adolescents que vous croisiez à l’époque…

MF : Ca, de toute façon, mais avant tout on ne s’aime pas soi ­même et là pour ça, je crois que je n’avais même pas besoin du regard de l’autre.

MC : Ca vous plaît aujourd’hui d’être presque adulte ?

MF : Je crois que je ne le serai jamais !

MC : J’ai dit ‘presque’, hein !

MF : (rires) Oui, je me préfère aujourd’hui qu’il y a cinq ans, six ans, dix ans, vingt ans. La trentaine est quelque chose de plus doux, pour moi en tout cas.

MC : Ca correspond à ce que vous imaginiez lorsque vous étiez adolescente ?

MF : Non. Là encore, je me suis toujours envisagée ­ c’est plus une détresse qui venait à moi, donc de s’envisager plus grand dans le temps est quelque chose qui n’était pas là encore très doux. Mais j’ai toujours entendu ‘Vous verrez, l’âge de trente ans ou la trentaine pour une femme est bien plus magique que cette période qu’est l’adolescence’ et j’avoue que je puis dire oui, en tout cas me concernant.

MC : Là, c’est à demi magique : vous êtes au milieu de cette décennie exceptionnelle !

Diffusion de « Vertige »

MC : « Vertige », toujours extrait de votre album, Mylène Farmer, « Anamorphosée » ­ je vous parle, puisque vous êtes notre invitée aujourd’hui sur Nostalgie dans ce « Déjeuner de gala » ! On parlait juste avant de votre adolescence. Vous ne répondrez pas si je vais un peu trop loin : vous dites aussi avoir été en manque d’affectif, est ­ce qu’avec le recul vous avez l’impression d’être passée à côté d’une bonne thérapie pour soigner cette blessure ?

MF : Là encore, puisque c’est une inconnue pour moi je ne peux pas répondre, en ce sens que je n’ai pas fait cette démarche. Maintenant, nous sommes tous d’abord des êtres très sensibles mais il y a une hypersensibilité que vous ayez dans le fond ou non cet amour, vous ne le percevez ou en tout cas pas peut­ être à sa juste valeur, ou peut­ être que vous en demandez une surproduction donc en ce sens, vous allez souffrir. Donc je dois faire partie, si je peux me caractériser, de cette catégorie d’êtres hypersensibles, donc difficiles.

MC : « Et Tournoie… » : ‘Ton pire ennemi, tu peux l’expulser de toi’…

MF : Là, ça fait partie, oui, de cette…

MC : Il rôde encore ?

MF : Bien sûr. C’est pour ça : là, je pensais à ça et à l’évocation du bouddhisme et toutes ces choses qui sont très belles et très reposantes mais malgré tout on se lève le matin et on peut toujours avoir cette notion du mal qu’on a en soi, cette capacité à faire la mal, cette négation de soi et toutes ces choses qui font que ça perturbe votre esprit et c’est là où c’est difficile, parce que c’est là où vous décidez, vous êtes réellement maître ou de votre vie ou de votre journée et décidez que non, ça va aller mieux parce que ça vaut le coup.

MC : Ce méchant, il s’appellerait Alice, l’araignée malicieuse ?

MF : Oui, tout à fait ! (rires)

MC : Ca m’amène à la scène : entre le spectacle de 1989 et celui­ ci, qu’est­ ce que vous vouliez absolument ne pas reproduire ?

MF : Trop de tristesse.

MC : Voilà, on sait toujours ce qu’il faut pas faire, on sait pas forcément ce qu’il faut faire, mais voilà, c’est ça…

MF : Oui, j’avais envie de…Mais là encore, ça a commencé par l’écriture de l’album, donc fatalement la scène est différente puisque j’ai suggéré, moi, des choses avant, en tout cas mes changements intimes.

MC : Ceci dit, si je puis me permettre, le spectacle comporte la quasi ­totalité des nouvelles chansons mais dans sa globalité, ça ne représente que 40% et pourtant le spectacle a une tenue, c’est la même.

Il est quand même…

MF : J’ai eu envie d’abord d’évoquer le blanc, avec tout ce que ça peut évoquer pour l’autre, essayer de donner de la joie ; maintenant de la réflexion, bien évidemment, mais l’idée du show en soi : l’idée du show qui est quelque chose de à la fois factice, rapide mais quelque chose de fondé.

Pause publicitaire

MC : C’est toujours votre « Déjeuner de gala » sur Nostalgie. On est pratiquement en tournée, on parlait de votre disque, c’est la scène actuelle ­ ce soir vous serez à Nîmes. Cet écran géant, c’est votre idée ? C’est pour avoir un spectacle à deux vitesses, ce fameux show que vous venez de décrire et puis également qu’on puisse vraiment lire dans vos yeux ?

MF : D’une certaine manière, oui. Là encore, c’est peut ­être extrêmement narcissique mais c’est pensons aux personnes qui sont tout au fond et qui ne voient que des petites choses sur scène qui bougent, donc j’allais dire je me devais, non je ne me devais pas de le faire mais moi étant spectateur, c’est vrai que j’ai une frustration si je ne vois pas les yeux de la personne. Donc voilà pourquoi cette idée de l’écran géant et parce qu’il y a eu…

MC : Surtout quand ils sont jolis !

MF : (elle rit, un peu gênée) Et puis l’envie aussi de projeter des choses sur cet écran, parce que bien évidemment il n’y a pas que moi, évoquer l’abstraction et là encore, c’était une chose…

MC : Et vos sourires, on dirait ­ c’est peut ­être fait exprès ­ il y a des expressions très agréables qui nous propulsent vers le blanc…

MF : Là, c’est peut­ être la différence alors par exemple avec la première scène et la deuxième : sur la première, je n’aurais jamais pu avoir une caméra qui reproduise justement mon visage en gros plan. Ca, c’est quelque chose qui m’aurait mortifiée parce que peut­ être que je n’étais pas prête pour ça (il est à noter que pour les deux dates à Bercy en 1989, des écrans géants étaient pourtant placés de part et d’autres de la scène, nda) alors que là, c’est quelque chose que je…c’est sans doute ça, le vrai changement : c’est de devancer ça et de dire ‘Voilà, maintenant je vais vous donner aussi mes clignements d’œil, mes larmes, mes joies, mes sourires, mauvais ou bons profils, peu importe : je me livre !’ (rires)

MC : ‘Dieu vomit les tièdes’, ça c’est vous qui l’avez…

MF : C’est dans la Bible ! (rires)

MC : Oui, oui, je vous cite, je l’ai noté et je voulais rebondir là­dessus : vous êtes dure dans le travail ? Vous avez l’œil à tout ? Vous maîtrisez tout ?

MF : Maîtriser, je ne sais pas, mais en tout cas je fais en sorte, oui, de maîtriser le maximum. Dure, probablement ; pénible, à mes heures sans doute, mais maintenant je respecte l’autre, donc je pense que…

MC : Les réactions, lorsqu’il y a un point qui vous agace, elles sont spontanées ou réfléchies pour apporter la solution ou pour essayer d’imposer votre vision des choses ?

MF : Elles sont… Là encore, c’est pas aussi simple que ça. Je m’enflamme très, très vite ! Même si dans le fond, la réponse a été donnée tout de suite, parfois elle est un petit peu trop ­ je ne trouve plus le mot ! ­ démesurée, mais en tout cas elle est instinctive.

Diffusion de « Laisse le Vent Emporter Tout »

MC : « Laisse le Vent Emporter Tout », c’est Mylène Farmer, extrait de votre album « Anamorphosée ». Continuons ce « Déjeuner de gala » sur Nostalgie : on faisait référence tout à l’heure sur l’album aux guitares de Jeff Dahlgren. Est­ce qu’il y a eu d’autres ingrédients comme ça sur l’album et sur la scène que vous vouliez absolument avoir à vos côtés pour perdurer ce nouvel élan ?

MF : Sur la scène, oui : avoir des musiciens qui ont envie de jouer.

MC : Pourquoi ? Le contraire, ça existe ?!

MF : Oui, parce que dans ce métier, ça peut devenir une routine très facilement. On vient en studio, on fait une séance et on s’en va…Qu’il y ait une énergie centrale sur scène, qui sera la mienne puisque je vais être le point central, et à la fois des danseurs et des musiciens, s’il n’y a pas une osmose parfaite, en tout cas un réel désir commun, je crois que c’est quelque chose qui est à moitié gagné. Donc, outre les capacités et les talents de musicien, il y a aussi ce vrai désir de se dire qu’à chaque fois qu’un spectacle est quelque chose d’exceptionnel et qu’il faut tout donner.

MC : Cette osmose, on la ressent tout de suite ? Non, bien entendu, il faut du temps…

MF : Je crois que là encore, c’est plus l’idée de l’instinct qui vient quand on fait le choix des musiciens, et puis après je crois que c’est malgré tout à la fois et un travail et un partage. C’est ­à ­dire, c’est vrai qu’il y a beaucoup de moments, par exemple pendant les répétitions ­ que ce soit avec des danseurs ou avec des musiciens ­ il y a beaucoup de moments après la scène, avant le spectacle, à la cantine… Ca peut paraître ridicule, mais ce sont des moments qui sont importants à chaque fois parce qu’il y a une vraie ou communication, ou communion et que c’est là que se construit réellement ce que les gens vont ressentir sur scène.

MC : A la cantine, comment on se détend ? On parle de blagues ou on continue à peaufiner les détails, ou à se dire ‘Ca, c’était pas bien ; ça, c’était bien’… ?

MF : Il y a toujours ces choses­là qui surviennent, mais en général pour un tel spectacle, parce que c’est quelque chose qui est obligé d’être extrêmement calibré. Après vient le temps de…

MC : Ca doit être parfait avant qu’on l’ait commencé…

MF : Parfait : là encore, je me méfie un petit peu de ces mots en parlant de moi et de ce spectacle, mais en tout cas les choses techniques, par exemple, doivent être extrêmement étudiées, sinon on va à une catastrophe !

MC : Vous vous aimez, parfois ?

1996-05-bMF : (elle soupire, puis rit) Sans doute, oui. Sans doute…

MC : Vous aimeriez être l’amie de Mylène Farmer ?

MF : Posez­moi une autre question ! (rires)

MC : ‘De ce paradoxe je ne suis complice / Souffrez qu’une autre en moi se glisse’, héhé ! Est­ce que l’illogisme serait donc la seule logique possible ? Oh, c’est compliqué !

MF : Je vais avoir mal à la tête, bientôt ! (rire franc)

MC : On a bientôt fini, docteur ! C’est vous : en lisant vos chansons, en les écoutant ça inspire ce genre de…Mon imaginaire a fonctionné, vous voyez ! (Mylène acquiesce d’un murmure) Donc forcément, c’est vrai que vous avez peut­être des difficultés à y répondre. ‘Mais qui est l’autre’ ?!

Diffusion de « Et Tournoie… »

MC : « Et Tournoie… », c’est Mylène Farmer bien entendu, notre invitée aujourd’hui dans ce « Déjeuner de gala ». Je reviens sur la scène : c’est Paco Rabanne qui vous habille ­ vous voyez, j’ai tout noté parce que je peux pas tout me souvenir, moi ! ­ en 1989, c’était Thierry Mugler, qui avait fait aussi le clip de « XXL »…

MF : Oui…

MC : Il y a eu Gaultier sur le clip de « Je t’aime Mélancolie », Alaïa sur le clip de « Que mon Cœur Lâche », non c’est pas ça ?

MF : Oui !

MC : Bref, c’est une vraie collection ! C’est drôle…

MF : Oui, j’aime bien les couturiers !

MC : Vous jouez sur scènes avec ces tenues ? C’est une façon de vous… ?

MF : Oui. Là encore, j’ai travaillé assez longtemps avec l’équipe de Paco Rabanne.

MC : C’est une volonté de changer, comme ça, d’aller de l’un à l’autre qui ont quand même des styles très différents ?

MF : Oui. Encore que sur la première scène, à part deux ou trois tenues, Thierry Mugler n’était pas si en avant que ça : c’est­à­dire qu’il a accepté de prêter son talent mais de respecter aussi mon univers. Je fais allusion à « Tristana », par exemple, qui était des manteaux russes avec des écharpes, des gants : c’est pas très Thierry Mugler ! Maintenant, pour Paco Rabanne, l’idée c’était que ce soit près du corps, que ce soit ce qu’on appelle sexy… (rires)

MC : Et talons hauts, cette fois­ ci !

MF : Et talons qui sont très, très hauts ! (rires) Et Paco Rabanne, là encore ça fait partie des rencontres et des choses qui deviennent presque une évidence une fois que c’est choisi. C’est quelqu’un qui aime le blanc, c’est quelqu’un qui aime l’énergie, qui aime autant de choses qui avaient un rapport avec ce show.

MC : Dans le monde de la mode, dans le monde de la chanson, il y a forcément moult personnes qui essaient de vous approcher, non ? Des projets, vous devez en avoir !

MF : Mais non, pas tant que ça !

MC : Pourquoi ? Vous faites peur ?!

MF : Je ne sais pas ! Mais non, il y a pas tant de…

MC : Restons sur le domaine de la mode : il y a pas beaucoup de personnes au monde qui réclament autant de tenues pour une scène, et surtout des tenues qui sont mises en valeur, qui servent à quelque chose, non pas simplement à dire ‘Vous avez vu ? J’ai une belle tenue !’, donc forcément ça doit attiser les esprits fertiles !

MF : Mais non ! Alors, est­ce que c’est propre à ce pays ? J’en sais rien, mais c’est plus à soi à chaque fois de faire des démarches et d’avoir des désirs et d’aller vers l’autre plus que créer de réelles envies chez l’autre, non…

MC : J’ai juste noté, il y avait Baudelaire aussi, j’ai oublié, avec « L’Horloge », que vous aviez adapté sur l’album « Ainsi Soit Je… » : ‘Trois mille six cents fois par heure, la seconde chuchote : souviens toi’, ça, ça doit vous énerver, ça ! C’est pas vous, ça !

MF : (rires) C’est plus moi, ou j’essaye de ne plus l’être ! (rires)

MC : J’avais noté également, pour essayer d’en finir avec cet album, « Anamorphosée », sur « Mylène s’en fout », c’est la pureté à travers le jade, ce minéral chinois. La pureté, ça pourrait être aussi un mot pour vous définir ?

MF : Oh, là encore c’est un exercice que je ne ferai pas, tenter de me définir, donc je vous laisse ces mots ­là, mais le jade, l’évocation du jade qui évoque effectivement la pureté, l’idée aussi d’un matériau brut, d’un matériau qui n’est pas précieux mais qui devient avec le temps quelque chose de précieux ­ mais là je ne m’évoquais pas moi précisément !

MC : J’espère que ‘c’est sexy’, Nostalgie ! En tout les cas, c’est vrai qu’essayer de découvrir quelqu’un, essayer de percer le mystère, ça peut amener un grand risque : la déception. Je peux vous dire que vous êtes l’exception qui confirme la règle !

 MF : C’est gentil ! Je pensais exactement à ça, à savoir est­ce que je n’ai pas déjà trop parlé ?! (rires)

MC : Je voulais finir en vous paraphrasant : laissons le vent emporter tout, laissons Mylène prendre soin de tout. Voilà !

MF : (rires) C’est gentil à vous, en tout cas ! Merci !

MC : Merci beaucoup.

Publié dans Mylène 1995 - 1996, Mylène en INTERVIEW, Mylène TOUR 1996 | Pas de Commentaires »

Mylène Farmer au 20 H PARIS PREMIÈRE

Posté par francesca7 le 3 février 2015

 

30 MAI 1996 – Entretien avec Paul AMAR

Paris Première

1996-05-bComme son nom l’indique, cette émission prend place à 20h, sur Paris Première. Paul Amar y reçoit une personnalité différente chaque soir de la semaine, pour un long entretien en tête à tête. Ce soir­là, c’est Mylène Farmer qui est à l’honneur. Le plateau de cette émission, Porte Maillot à Paris, a pour particularité d’être en vitrine : les gens qui passent dans la rue peuvent donc tout voir. C’est sans doute pour cela que l’interview de Mylène a été enregistrée si tard (vers minuit) mais cela n’a pas empêché une poignée de fans de s’y rendre.

Pendant le générique du début, la chanteuse est filmée dans la rue, seule, en contre plongée. Coiffée d’un chignon, elle porte une toute petite robe bleue et des platform shoes blanches. Souriante, mais visiblement mal à l’aise, elle marche dans la nuit parisienne, tantôt les bras dans le dos, tantôt les bras croisés, mais toujours le regard fuyant, et ce jusqu’au studio de l’émission.

Paul Amar : (off sur ces images) Mylène Farmer apparaît très rarement sur les plateaux télé, elle ne les aime pas. Mais notre bulle de verre ressemble si peu à un plateau télé. (Mylène entre dans les locaux de Paris Première) Elle trouve la télévision de plus en plus anecdotique et inintéressante ;  nous veillerons, elle et moi, à rendre l’entretien le plus dense possible. Elle n’aime pas le soleil :  extérieur nuit, ce sera notre décor d’un soir. (Mylène arrive dans le studio et s’assied, seule, sur un canapé, contre la vitrine derrière laquelle se sont agglutinés plusieurs fans) Elle cultive volontiers le mystère, je le savais et je l’ai vérifié en découvrant le titre de son dernier album « Anamorphosée ». J’ai pris, je l’avoue, le dico pour être bien sûr du sens : ‘Anamorphose : image déformée par un miroir courbe’. Pourquoi Mylène Farmer se veut­elle à ce point déformée ? Pourquoi met­elle un miroir courbe entre elle et nous ? Je ne sais pas. Vous non plus, je suppose. Alors, suivez­moi, je vais me glisser derrière le miroir pour tenter de surprendre la vraie Mylène Farmer. Mais, s’il vous plait, ne le lui dites surtout pas, elle pourrait m’en vouloir.

(Paul Amar entre dans le champ de la caméra et s’installe à côté de Mylène)

Bonsoir Mylène Farmer…

Mylène Farmer : Bonsoir.

PA : Merci d’être avec nous dans cette bulle de Paris Première. (regardant les fans de l’autre côté de la vitre) Vous savez que il y a eu Bruel et vous. Voilà ! Le soir, tard, du monde, comme ça, autour de la bulle. Ils nous entendent !

MF : (tournée vers les fans) Bonsoir ! (rires)

PA : La présence de ce public qui est venu vous voir, donc de vos fans, dans cette émission qui commence, ils vous rassurent, ils vous inhibent, ils vous… ?

MF : (en regardant le fans) Me rassurent. (sourire)

PA : Ils vous rassurent ?

MF : Oui. (large sourire)

PA : Parce qu’ils vous aiment ?

MF : Je le suppose puisqu’ils sont là ! (sourire en les regardant)

PA : Vous aimez être aimée ?

MF : J’aime être aimée, oui !

PA : Alors, il est tard, le soir, vous le voyez de toute façon à la lumière, parce que cette émission sera diffusée jeudi 30 pour la première fois, à 20h, c’est­à­dire vingt­quatre heures avant Bercy et, comme vous êtes en tournée, entre plusieurs villes de province et Paris, on a choisi tard le soir pour enregistrer cette émission. Vous auriez préféré être en direct et en pleine lumière, à 20h, ou cette lumière nuit vous convient davantage ?

MF : Je crois que je préfère la nuit.

PA : Pourquoi ?

MF : C’est plus rassurant pour moi.

PA : Pourquoi ?

MF : Ça fait partie des paradoxes : je peux être dans la lumière et j’aime l’ombre également.

PA : Et vous préfèreriez l’ombre ou la lumière si vous deviez choisir ­ lumière jour, ombre nuit ?

MF : J’aurais les deux réponses : l’ombre et la lumière. (large sourire)

PA : L’ombre et la lumière…

MF : Difficile de faire un choix entre les deux.

PA : A vingt­quatre heures de Bercy, vous vous sentez comment ? Ça va ?

MF : Ça va bien. Le trac, quand même, mais relativement sereine.

PA : Et le trac adouci par le fait que vous aimez la scène. Je veux dire : rencontrer le public sur scène dans…

MF : (le coupant) J’aime profondément ça. Je le fais rarement, mais j’aime ça.

PA : Alors, vous allez chanter évidemment toutes vos chansons qu’on connaît, mais notamment les plus récentes, et celles de cet album que j’ai reçu, Mylène Farmer, que j’ai écouté très attentivement et je l’ai dit, en vous accueillant, j’ai repris le titre, je fais un aveu : je ne connaissais pas ce terme, « Anamorphosée »…

MF : C’est un terme cinématographique, mais j’avoue que, moi, je lui ai trouvé un sens plus poétique, et j’ai mis ‘ée’ à la fin. C’était plus pour évoquer l’idée d’un spectre qui s’est élargi ­ donc ma vision du monde, mes sensations qui se sont élargies ­ et l’idée de ce rassemblement, non pas de la compression, mais d’un rassemblement pour ne faire plus qu’une image et pure.

PA : Ce que vous dites, c’est pas ce que j’ai ressenti parce que quand j’ai vu la traduction de ce texte, je me suis dit, quoi, ça veut dire déformation. C’est un peu comme au Musée Grévin : on se présente devant un miroir courbe et, tout d’un coup, c’est pas nos traits. Alors moi je me suis dit…

MF : (le coupant) J’ai pris le risque.

PA : Vous avez pris le risque ?

MF : Je savais que je pouvais. Oui. (rires)

PA : Mais alors justement, enfin, quand j’ai vu ce mot et quand j’ai cherché le sens, j’ai aussitôt regardé vos photos, celles que vous présentez de vous, et aucun trait de vous n’est déformé ! On va les regarder ensemble. (il feuillette le livret du CD « Anamorphosée » en gros plan) Vous apparaissez telle que vous êtes habituellement. Alors qu’est­ce qui est déformé ? Parce que, d’une façon visible, rien n’est déformé : vos yeux, le corps…

MF : Mais, à nouveau, j’écarte, moi, le sens de la déformation, justement. En aucun cas déformation, non.  Peut­être transformation, mais ce n’est pas non plus ‘métamorphosée’. (rires) Peu importe, d’ailleurs. Je préfère le sens poétique de ce mot.

PA : Transformation, si elle devait exister, de quelle nature ?

MF : Je crois que j’ai un grand changement qui s’est opéré en moi. J’ai voyagé, d’abord.

PA : Oui…

MF : Je me suis échappée de la France pendant près d’un an. J’ai essayé d’oublier mon métier, de m’oublier moi­même d’une certaine façon, et essayé de découvrir des choses différentes, des choses qu’on peut qualifier d’un peu plus normales, la vie de tous les jours en somme.

PA : Vous savez que le contraire ­ vous qui connaissez très bien le sens des mots, et je vous écoute, et vous avez écrit vos textes ­ le contraire de ‘normal’, c’est…?

MF : Anormal. J’aime l’anormalité ! (large sourire)

PA : Ce qui m’a un peu effrayé, je vous le cache pas, vous qui dites là, à l’instant, que vous vouliez retrouver un petit peu la normalité, (en lui montrant la pochette de « Anamorphosée ») c’est quoi ?! C’est la décapitation ?! Y’a pas votre tête !

MF : Je sais. Mais, là encore, j’ai pris le risque parce que je savais que ça pouvait évoquer ça. Moi, je l’ai plus pensé en ce sens : l’esprit qui s’échappe, l’esprit qui va vers le haut, l’esprit qui voyage. Donc c’est ce que moi, j’ai voulu évoquer.

PA : L’esprit a voyagé et le corps a voyagé vers l’Amérique, c’est ça, quand vous avez quitté la France ?

MF : L’Amérique. J’ai choisi l’Amérique. Pourquoi ? Je ne le sais pas bien, dans le fond. C’est peut­être plus facile pour moi que d’aller vers Los Angeles puisque j’y avais déjà rencontré quelques personnes. Maintenant, c’était plus l’idée des étendues vastes, d’une forme de liberté, une certaine solitude parce que Los Angeles est une ville pour solitaires : la rencontre est très difficile malgré tout…

PA : Elle peut être violente parfois ?

MF : Elle peut être violente, troublante, mais j’avoue que j’ai passé, moi, un très, très bon séjour.

PA : Et c’est là­bas que vous avez écrit « California » ou c’est ici ?

MF : C’est là­bas.

PA : Ah c’est là­bas…

MF : Donc, moi, j’ai demandé à la personne qui travaille avec moi, compositeur et producteur, Laurent Boutonnat, de m’y retrouver, et cela au bout, je crois, de cinq mois, et j’ai eu cette envie que d’enregistrer l’album à Los Angeles.

PA : Là on regarde ­ je dis bien on regarde, on écoute évidemment ­ « California », mais on regarde « California », là­bas !

Diffusion d’un large morceau du clip « California »

PA : Le regard est très triste à la fin. C’est la perception que vous avez de Los Angeles, de l’Amérique telle que vous la montrez là ?

MF : Non, parce que là, elle est un petit peu caricaturale, je dirais. On s’est quand même polarisé, ou concentré, sur la prostitution. Los Angeles n’est pas uniquement la prostitution. D’ailleurs, il a été difficile de…

Sur Sunset, il y a souvent justement ­ le quartier cloisonné ­ toutes les prostituées, et là j’avoue qu’elles avaient disparu car elles avaient des problèmes avec cet acteur, enfin tout ce qui s’est passé autour de cette anecdote… (allusion à l’arrestation quelques mois plus tôt de Hugh Grant avec une prostituée, nda)

PA : Hugh Grant, oui. Pourquoi ce choix justement ? Pourquoi ce thème ?

MF : Je ne suis pas sûre d’avoir la réponse, si tant est que j’ai toujours envie de jouer, d’interpréter une prostituée. Et j’avoue que sur « California », c’est spontanément venu. Et donc, j’ai fait appel à Abel Ferrara qui, lui, évoque beaucoup la prostitution dans ses longs métrages.

PA : Quand vous dites dans la chanson : ‘Ma vie s’anamorphose’­ c’est difficile à dire, d’ailleurs ! ­ alors ça veut dire quoi dans ce… ?

MF : Dans cette chanson là ?

PA : Dans cette chanson, oui.

MF : Là encore, j’ai toujours une difficulté quant à l’explication de textes. Parfois, il suffit de prendre des mots et, ma foi, une sonorité peut évoquer certaines choses. Moi, ‘ma vie qui s’anamorphose’, si je peux essayer de trouver un sens à ce mot, c’est plus dans l’idée de ce rétroviseur, et là on en revient plus à l’aspect cinématographique, donc de cette concentration du format cinémascope, etc. Mais j’ai l’impression qu’on ennuie les gens avec ça ! (rires)

PA : Y’a un contraste impressionnant ­ moi, je vous découvre, je connaissais vos chansons, mais je vous découvre ­ entre cette façon dont vous vous exprimez, qu’on retrouve d’ailleurs dans vos textes, et cette image que vous montrez avec ce public toujours patient. (il se retourne et regarde les fans derrière la vitre. Mylène lève les yeux vers eux, un large sourire aux lèvres) Apparemment, ils ne se lassent pas de ce que vous dites, de ce que vous montrez de vous. Cette image très, on va dire les choses, qui est même perturbante pour un homme qui vous interviewe, troublante en tous cas, que vous montrez, très provocatrice, et puis les mots que vous employez, ce que vous dites à l’instant.

Vous en êtes consciente, j’imagine quand même ?! C’est délibéré ?

MF : Délibéré, préméditation, non, je n’en suis pas sûre. C’est juste l’idée et l’envie que d’interpréter des rôles différents. C’est autant de facettes qui font partie d’une personnalité. J’essaie, moi, de les exploiter, de ne pas tricher et de ne m’interdire rien.

PA : Rien ! Mais ça veut dire que dans ce clip, vous êtes dans la fiction ? Vous ne mêlez pas ce que vous ressentez, ou dans le texte d’ailleurs que vous écrivez, ce que vous ressentez, parce que j’ai cru comprendre que, et là j’oublie le clip qu’on vient de voir évidemment, j’ai cru comprendre qu’il y avait une frontière très mince entre ce que vous exprimez et la façon dont vous vivez les choses finalement…

MF : Il y a une frontière très, très mince, dans le fond. C’est vrai que quand moi j’écris les textes, dans le fond je ne pense qu’à moi, qu’à ce que je ressens, ce que j’ai envie d’exprimer. Parfois, ce sont des idées ou violentes ou dérangeantes. Mais, là encore, c’est faire abstraction absolument de l’autocensure. Et c’est une liberté pour l’écriture.

PA : Vous êtes de ce point de vue complètement désinhibée ?

MF : Non ! Parce que ce serait là l’absolue liberté. Je ne le suis pas, mais dans le fond, ce métier m’aide à justement extérioriser tout ce que je n’oserais pas probablement dans la vie de tous les jours, donc c’est une chance que de pouvoir avoir ça.

PA : Ça va ? C’est la première fois que vous participez à une émission aussi longue, une heure ?

MF : Aussi longue, oui ! (rires)

PA : C’est la première fois ?

1996-05-cMF : Oui, je crois, oui. (Mylène a pourtant jusqu’alors participé à plusieurs reprises à des entretiens de toute sorte au moins aussi long, mais peut­être pense­t­elle aux conditions de tournage, dans la continuité, dans les conditions du direct etc.)

PA : Et ça va ?

MF : Ça va bien, oui ! (sourire)

PA : Je ne sais pas qui doit avoir le plus peur de l’autre !

MF : (rires) Je ne sais pas…

PA : On retrouve Mylène Farmer dans quelques instants, après la pub.

Coupure pub

Au retour plateau, Paul Amar et Mylène Farmer se sont déplacés : ils sont désormais face à face sur des petits siègent entourant une table basse. Une télévision reprend l’image de leur tête à tête en second plan. Ils se sont éloignés de la vitrine et on ne voit donc plus le public.

PA : Et on retrouve notre invitée, Mylène Farmer. Je ne sais pas si les téléspectateurs ont vu – il y avait tous ces albums que j’ai présentés, enfin j’ai présenté le plus récent évidemment, de vous ­ mais vous êtes arrivée avec un gros livre que vous gardez ! (rires de Mylène) On a changé de lieu, vous êtes arrivée avec ce gros livre, vous le gardez avec vous. Qu’est­ce que c’est ?!

MF : C’est­à­dire que quand vous avez, que nous avons préparé l’émission…

PA : (la coupant) Attendez, on va le montrer. N’hésitez pas ! Je sais bien qu’il est lourd…

MF : (elle s’avance pour poser le livre sur la petite table devant elle, mais le reprend aussitôt, en regarde la tranche, avant même qu’un cadreur, qu’on voit s’approcher, ait pu le filmer !) Je sais qu’on va évoquer la littérature, et ce livre fait partie de…Est­ce que c’est un livre de chevet ? J’en sais rien, mais en tous cas, c’est un livre que je trouve magnifique et c’est un cadeau. Donc j’avais envie de l’emmener tout simplement ! (elle le pose cette fois sur la table)

PA : L’auteur…?

MF : (penchée en avant, elle le feuillette sur la table) Et c’est Allan Edgar Poe (sic), traduit par Baudelaire. Et c’est un livre très ancien du XIXème siècle et qui a beaucoup d’illustrations, si je les trouve. (elle peine en effet à en trouver une au hasard des pages) Ce sont des anciens dessins…

PA : Et bien je vais le découvrir ! Décidément, vous me faites découvrir beaucoup de choses ! (le journaliste feuillette le livre à son tour) Alors, « Le scarabée d’or » ­je sais que vous aimez les animaux.

« Le chat noir ». Décidément ! C’est complètement au hasard, et rien n’est préparé. Tout est improvisé. (il s’arrête sur une illustration qu’on ne voit pas à l’image) C’est un peu lugubre, non ? Mais c’est de la littérature…

MF : (toujours penchée en avant sur son livre, elle ne l’a pas lâché et scrute ­ inquiète ? ­ son feuilletage par l’animateur) Oui. C’est Edgar Poe !

PA : C’est Edgar Poe ! Vous aimez lire, hein ?

MF : (refermant le livre tandis que, comme le journaliste, elle se redresse dans son siège) J’aime lire. Je ne lis pas suffisamment, mais j’aime ça.

PA : Déjà enfant, adolescente, vous lisiez beaucoup ?

MF : Pas du tout. Au contraire ! Je crois que j’ai eu une rébellion absolue quant à l’école et ce qu’on vous imposait comme lecture, donc je crois que j’ai refusé ça totalement. Jusqu’au jour où, autodidacte, j’ai décidé que j’allais, moi, vers une famille littéraire, et puis après, on fait son chemin tout seul. Et c’était plus agréable comme ça pour moi.

PA : Quand vous écrivez vos textes, vos chansons, vous écrivez comment ? Où ? La nuit, le jour ?

Chaudement habillée, dévêtue ? Seule ? Pas seule ?

MF : La seule réponse que je puis formuler : seule. Maintenant, quant à la tenue vestimentaire, je crois qu’elle m’importe. J’essaie de me souvenir ! (elle cherche) Non, ce peut être la journée, la nuit : peu importe.

PA : Le lieu, peu importe ?

MF : Le lieu, non, peu importe.

PA : Peu importe ? (Mylène confirme) Ça peut être chez vous. C’est à Paris, c’est à la campagne, c’est au bord de la mer, peu importe ?

MF : Ça dépend. Pour cet album, par exemple, c’était à Los Angeles, dans une maison qui était louée, qui avait un petit studio à l’étage inférieur. Et c’était…non, pas dans ma chambre. Dans une autre chambre.

PA : Ah, les douze chansons de cet album, vous les avez écrites là­bas ?

MF : Oui.

PA : En ville même ? Dans la ville ?

MF : Oui. J’avoue que je crois ne pas avoir besoin d’un lieu justement précis. J’arrive à m’isoler, et reformer cette bulle dont on a besoin pour écrire, dans n’importe quel lieu.

PA : On a vu la ville, en tous cas telle que vous, vous l’observez, vous la ressentez, dans « California ». On va voir une autre sorte de ville, fin de monde, fin de siècle : « L’Instant X ».

Diffusion d’une partie du clip de « L’Instant X »

PA : Alors tout est blanc, mais c’est pas un blanc immaculé. Là vous annoncez des choses terrifiantes, non ?

MF : (rires) Non, j’ai voulu retracer la vie, non pas la vie, mais une journée, que l’on peut avoir, où tout va mal.  Tout va mal. C’est une concentration d’évènements, dès qu’on se lève, et tout va mal, à nouveau, et on attend ce moment : souvent il se passe ça dans une journée ou dans un mois, où à la fois toutes les choses viennent se concentrer, se former un peu comme un puzzle, et c’est le moment où tout rejaillit, et cette fois vers le haut, et non pas vers le bas. (rires)

PA : Ce jour­là, vous alliez bien ou mal ? C’était un jeu de votre part ou vous étiez dans une humeur plutôt maussade ?

MF : Très sincèrement, je ne m’en souviens pas, mais… Je ne sais pas.

PA : Et cette fin de siècle que vous nous annoncez, vous en pensez quoi, vous ? Vous y croyez au messie ­ parce que vous parlez du messie ? L’instant X, c’est quand le messie arrivera ?

MF : Pas précisément. Je crois… Je crois à quoi ? Une forme de spiritualité, je crois qui est indispensable pour tout le monde. Maintenant, être une religion particulière, non, j’avoue que j’ai du mal à le nommer.

PA : Spiritualité, vous la voyez quoi ? dans le regard de l’Homme, ou là­haut, une force invisible, supérieure ?

MF : Parfois, j’aime l’idée de la force invisible, et je préfère trouver une force et une générosité ici, et de personne à personne. C’est plus important.

PA : C’est quoi le Styx ?

MF : Le Styx, c’est ce lac qui est dans l’enfer. (sourire)

PA : Ah ! Et vous dites ça avec un sourire désarmant ! (rires de Mylène) Vous le connaissez ce lac ?

MF : Je l’ai évoqué souvent en tous cas. J’aime beaucoup ce mot. J’aime bien jouer avec les mots.

PA : Et vous l’imaginez comment, ce lac ?

MF : Très noir.

PA : Et l’Enfer ?

MF : Une idée de l’Homme, dans le fond…

PA : Noir aussi ?

MF : Oui. Trop lourd. Trop lourd, cette idée.

PA: C’est simplement un jeu auquel vous vous livrez ou, au fond de vous, vous avez cette vision assez pessimiste ou de l’homme, ou de l’humanité. Est­ce qu’on se rapproche, quand je vous entends parler et vous entends penser à voix haute, plutôt de la littérature, ou est­ce que vraiment, au fond de vous­mêmes, vous exprimez ce que vous pensez ?

MF : Je crois avoir… Je ne sais pas si vous faites allusion à pourquoi un public a pu me suivre tout au long de ces années quand, moi­même, j’ai évoqué des thèmes un peu plus difficiles, un peu plus désenchantés, parce que moi­même je l’étais profondément, oui. Maintenant, il s’opère dans la vie, à nouveau, des changements, qu’on le veuille ou non, et il y a des personnes qui ne changent pas. Moi, j’ai eu cette chance que de rencontrer… C’est toujours, là encore, difficile ou la justification ou d’essayer de trouver des mots. Vous dire que j’ai trouvé la lumière serait un petit peu fort, mais j’ai une rencontre, en tous cas, d’avec un livre qui a été important dans ma vie…

PA : Lequel ?

MF : …qui est « Le livre tibétain de la vie et de la mort » qui parle de l’idée de l’impermanence, vivre le moment présent. Et ça, ça a été quelque chose d’extrêmement fort pour moi. Cette idée que de ne pas appréhender la mort. Enfin, autant de choses. Là, je vous donne tout en vrac, c’est un peu confus ! (sourire) PA : Non, non, non, non, je vous suis parfaitement ! Vous étiez…

MF : (le coupant) Tout ça pour essayer d’évoquer ce changement.

PA : Oui, parce que vous étiez hantée par l’idée de la mort, par cette notion de mort…

MF : (le coupant) J’étais profondément hantée, c’est­à­dire qu’il n’y avait pas un jour sans que je pense à cette mort.

PA : La mort de l’autre ou… ?

MF : Ou la mort de l’autre ou ma propre mort, le vieillissement, enfin toutes ces choses qui font que vous vivez mal, dans le fond. Et c’est, dans le fond aussi, le refus de vivre (silence et sourire).

PA : Tout au long de l’émission, j’ai le sentiment, parce que là vraiment je vous découvre et j’ai vraiment l’impression qu’il se passe quelque chose de nouveau, puisque vous l’affirmez, et alors il y aurait un décalage, c’est rigolo, si j’ose dire, mais ça doit l’être, entre les sujets qu’on a prévus…

MF : C’est vrai ?!

PA : Hé bien oui, qui sont le reflet de tout ce que vous avez offert, jusqu’à présent, à votre public, et les nouveaux mots que vous prononcez, c’est­à­dire les sentiments que vous exprimez. Alors, ça fait rien, allons jusqu’au bout ! Après tout, vous choisissez difficilement entre l’ombre et la lumière. On va continuer avec ce décalage.

MF : Bien sûr, oui.

PA : Alors, on va voir un extrait de film, « Giorgino » où là vous aviez un rôle difficile, très difficile…

MF : Oui.

PA : On regarde.

Diffusion d’un extrait en version originale de la scène où Catherine est piégée sur un lac gelé.

PA : Dans ce film de Laurent Boutonnat, vous jouez le rôle ­ c’est Catherine, c’est ça ? (Mylène confirme) ­ d’une jeune fille qui a du mal à sortir de sa propre enfance, à la limite de l’autisme. Est­ce que vous rejoueriez ce rôle aujourd’hui ?

MF : Oui !

PA : Il vous a plu ?

MF : Oui, beaucoup. Beaucoup.

PA : (en pointant les fans devant lui) Voilà, le public est encore là ! Vos chansons et vos albums, énormes succès, avec Céline Dion, enfin vous vendez par centaines de milliers et ce film n’a pas rencontré le succès auprès du public. A votre avis, pourquoi ?

MF : Le fameux instant X n’est pas venu ! (rires)

PA : C’est quoi, c’est comme une alchimie qu’on attend, qui se produit ou pas ?

MF : Je crois. Je ne suis pas sûre que ça remette en question ni la qualité du film, ni d’un album, ni d’un artiste.

Là, j’essaie de faire abstraction de moi, de ma présence dans le film, mais tout simplement, je continuerai de défendre ce film, je continuerai d’aimer ce film. Maintenant, je crois qu’il n’a pas trouvé la rencontre, qu’il n’a pas eu cette rencontre d’avec le public. Est­ce que c’était un mauvais moment pour le film ? Est­ce que c’était trop noir pour le public ? Je crois qu’on n’aura de toute façon jamais la réponse, donc… Ma foi, ‘accepter’ cet échec. Mais pour moi, ce n’en est pas un, donc je le vis bien dans le fond.

PA : On voit que vous aimez l’image, on le voit dans vos clips qui sont de petits scénarii, parfois courts, parfois brefs, parfois plus longs ­ dix à douze minutes. Vous aimez l’image au point de faire un long métrage. Vous allez continuer ?

MF : Là encore, je n’ai pas la réponse. Je crois que j’aimerais, oui, faire un autre long métrage. J’aime jouer, j’aime interpréter des rôles.

1996-05-fPA : On va sortir de cet univers un peu glauque, un peu difficile pour entrer dans un autre, beaucoup plus éclairé, là ­ on passe de l’ombre à la lumière ­ dans un univers que vous aimez qui est celui du cheval, et vous allez découvrir un homme que vous connaissez, et que Laure Fortin a rencontré.

Diffusion d’un sujet sur Mario Luraschi, qui avait réglé les cascades sur le clip « Pourvu qu’elles soient Douces ». Il en parle ici ainsi que de sa rencontre avec Mylène.

Mario Luraschi : (…) Pour Mylène Farmer, j’ai eu le grand plaisir de faire son clip. Effectivement, c’était exactement dans les mêmes conditions qu’un vrai film, d’ailleurs on a tourné plus de huit jours. Elle était venue s’entraîner un tout petit peu, pas beaucoup parce qu’elle a pas besoin de s’entraîner ; elle monte quand même très bien. Et on s’est, en plus, super bien marrés ! On a réglé toutes les cascades, aussi bien les grandes galopades, où elle retrouve le bel officier, que la partie grande bagarre où on s’est le plus marrés d’ailleurs !

(…)

PA : Vous n’étiez pas doublée, là, dans le film ?

MF : Non.

PA : C’est vous qui montez ?

MF : Oui, oui.

PA : Vous aimez le cheval…

MF : J’adore ça, oui. Je crois que j’en ai un petit peu peur aujourd’hui, bizarrement.

PA : Pardon ?

MF : Je dis que je crois que j’en ai un petit peu peur, peur de monter à cheval.

PA : Maintenant ?

MF : Oui.

PA : Pourquoi ?

MF : Parce que je le fais de moins en moins. Donc l’acrobatie…peut­être avec l’âge ! (rires) Mais, en tous cas, la rencontre d’avec Mario a été vraiment, je ne sais pas si c’est importante, mais extrêmement agréable. Et c’est quelqu’un d’abord de très doux, très sensuel sur un cheval, et très, très talentueux. Très généreux aussi.

PA : Vous aimez les animaux ?

MF : J’adore les animaux.

PA : On m’a dit que vous aviez un singe. Chez vous ?

MF : Oui.

PA : Il s’appelle comment ?

MF : E .T. C’est un capucin.

PA : C’est­à­dire, un capucin ? C’est quelle… ?

MF : C’est un singe d’Amérique du Sud.

PA : Et il vit avec vous ? (Mylène confirme) Et la communication, ça se passe comment entre vous ?

MF : Très, très bien ! (sourire)

PA : C’est­à­dire ?

MF : Nous pouvons converser, jouer. Des moments de tendresse. Autant de choses qui…

PA : (la coupant) Il peut y avoir une vraie communication entre l’humain et l’animal ?

MF : Bien sûr ! Bien sûr, et précisément le singe.

PA : Qui se passe de mots…

MF : Je crois qu’elle aime bien les mots. Elle aime les intonations, mais ça, comme tous les animaux. Mais c’est quelqu’un de très, très intuitif.

PA : Mylène Farmer reste avec nous jusqu’à la fin de l’heure, jusqu’à 21h. Pub.

Coupure pub

Au retour plateau, Paul Amar et Mylène Farmer ont à nouveau changé de place : ils sont désormais assis sur de hautes chaises de bar autour d’une table. Mylène a un verre de jus d’orange devant elle auquel elle ne touchera pas ! On voit à nouveau le public derrière la vitrine.

PA : Mylène Farmer est toujours avec nous, à quelques heures à peine, elle nous fait la gentillesse de venir dans cette bulle, à quelques heures à peine de Bercy. Vous vous préparez comment ? Vous allez dormir ? Vous allez vous reposer ou pas?

MF : J’ai peu le temps de me reposer, mais je fais beaucoup de sport. J’essaie de continuer avant les concerts, donc c’est de l’entraînement, avec Hervé Lewis qui est un très, très bon entraîneur et un ami également. C’est de la musculation et beaucoup d’endurance, donc de la course. Et en fait, je suis tout, tout près de chez vous quand je viens faire du sport !

PA : Au gymnase à côté­là ?!

MF : Je ne sais pas ! (rire gêné)

PA : Bon, on ne va pas ­ ah ben, c’est vrai qu’il y a le public qui écoute ! Ils pourraient encore vous suivre jusque là !

MF : Non, je plaisante !

PA : Quand vous allez entrer dans la salle, et que vous allez voir cette foule immense, qu’est­ce qui se passe dans votre tête ou dans votre cœur ? Est­ce qu’il bat plus fort ?

MF : Il bat plus fort. Le trac, en général, c’est avant, avant d’entrer en scène. C’est quand on commence à trop penser, trop réfléchir et une fois que ou que l’on monte sur scène, ou en dessous de scène, ou dessus de scène ­tout dépend de l’apparition­ là, j’avoue que s’opère un total changement : on est totalement dans le spectacle. Et, enfin, l’analyse et la réflexion se dissipent.

PA : C’est ça, et là vous vous donnez à la foule, quoi, vous donnez votre talent. Un aperçu de ce concert, vous étiez il y a quelques jours à Toulon pour chanter : on regarde, on écoute, avant d’en parler.

Extraits de « Alice », « Je t’aime mélancolie », « California » et « Désenchantée » filmés lors de la première représentation du Tour 96, à Toulon.

PA : Avant de parler spectacle, et c’est l’objet de toute notre émission, je voudrais une petite parenthèse qui sera brève : le fait d’aller chanter à Toulon ne vous a pas posé de problème, vous avez réfléchi, vous avez hésité ?

MF : Non. Non. Je sais quels sont les problèmes à Toulon. (la ville vient de passer aux mains du Front National lors des récentes élections municipales et de nombreux artistes y annulent leur passage, nda)

Maintenant, ma vie est celle du spectacle donc pourquoi refuser que d’aller dans cette ville ? Tous les gens n’ont pas choisi, une fois de plus, ce qu’il s’est passé et ce qu’il s’y passe. Non, j’y ai pensé, bien évidemment.

Maintenant, j’ai décidé d’y aller et le Zénith de Toulon est une très, très belle salle. Et le public était magnifique !

PA : Et des gens de la municipalité ne vous ont pas agressée, vous ont laissé faire ? Il y a pas eu de problème de ce point de vue ?

MF : Pas du tout. Aucun problème. Aucun.

PA : Allez, on ferme parce qu’on ne va pas parler de ça longtemps : ce n’est pas une émission politique, et puis on ne va pas la polluer. Je vais revenir au spectacle. Vous avez des tenues extravagantes, comme ce soir aussi !

MF : (rires) C’est Paco Rabane qui a fait les habits et là, j’avoue que c’était encore un très, très bon moment, en tous cas toute l’élaboration justement des costumes, les idées. Là encore, j’ai de la chance.

PA : J’imagine qu’on vous a déjà posé la question, mais bon, inévitablement, on y pense en vous regardant sur scène : Madonna. On vous a déjà posé la question ?

MF : Mais pourquoi ‘inévitablement’ ? Est­ce que c’est un défaut journalistique ou est­ce que c’est une vraie envie que de me comparer à Madonna ? Je vais vous retourner la question ! (rires)

PA : C’est bien, j’aime bien ça ! C’est une vraie perception : cette façon que vous avez de bouger sur scène, d’être désinhibée, vous l’avez dit tout à l’heure, de mêler à la fois la danse, le chant, la chanson, mais aussi vos textes, comme une provocation comme ça lancée à l’homme. Donc, inévitablement, la comparaison se fait.

MF : Alors la comparaison ne me dérange pas. (sourire) Et, une fois de plus, je trouve qu’elle a beaucoup de talent donc, dans le fond, peu m’importe.

PA : Peu vous importe.

MF : Peu m’importe.

PA : Vous la prenez pour flatteuse, pour dégradante, pour… ?

MF : Comme je l’ai dit : flatteuse. Flatteuse. C’est quelqu’un de grand talent : qu’on épouse ou non ses revendications, ses excès, c’est malgré tout quelqu’un de grand talent, et elle l’a assez prouvé parce qu’elle dure, perdure, donc ce ne peut être, dans le fond, qu’un compliment, en tous cas sur, j’oserais dire, la longévité en tous cas.

PA : J’imagine qu’un journaliste américain pourrait dire un jour à Madonna ‘Tiens, vous me faites penser à Mylène Farmer’ !

MF : Je ne sais pas ! (rires)

PA : (se retournant pour regarder les fans derrière la vitre) Le public est toujours là et il nous écoute toujours. Moi, je n’en reviens pas ! Vous savez quelle heure il est ? Je le dis aux téléspectateurs : chez vous, il est, quoi, 20h20 pour la diffusion, là, ici, pendant l’enregistrement, il est plus de 0h20. Ils sont venus au tout début, et ils sont encore là ! Ils sont même organisés : ça existe, vous avez un club de fans qui existe et que Lionel Boisseau a retrouvé. Il a rencontré deux de ses adhérents qui parlent de vous, et de quelle manière !

Diffusion d’un sujet sur Olivier et Wilfried, les deux fans qui s’occupent alors du Mylène Farmer Fanzine, créé en 1992. Comme le dit le reportage, ce fanzine s’apprête à devenir le Mylène Farmer Magazine (quelques mois plus tard, en septembre 1996). Intégralement consacré à la star, il continuera d’exister jusqu’en 2004.

PA : Il est là, Wilfried. Il est là ! (gros plan sur le jeune fan en question, derrière la vitre, qui fait un petit coucou à Mylène) Il est venu. Vous le connaissez ? Vous l’avez déjà rencontré ce garçon ?

MF : Probablement. Je ne sais pas. (Mylène regarde fixement le fan avec un grand sourire)

PA : Je ne sais pas, on peut continuer l’interview, oui ? Puisqu’ils écoutent… Il y a comme un lien entre vous et eux, j’ai presque envie de m’effacer si je pouvais !

MF : (rire gêné) Je vous en prie !

PA : Pourquoi vous aiment­ils ?

MF : Je ne sais pas. Je crois qu’il ne faut pas me poser cette question ! Je n’en ai pas la réponse. Je crois que je ne le sais pas.

PA : Le fait que des photos de vous soient comme ça épinglées sur les murs, sur leurs murs, qu’ils s’endorment avec, qu’ils se réveillent avec, ça génère quels sentiments chez vous, quelles sensations d’être présente comme ça dans une telle intimité finalement, de garçons ou de filles ?

MF : Oui… J’ai presque envie de dire c’est ce pour quoi je fais ce métier, sans penser à effectivement le poster contre le mur, mais en tous cas cette idée que d’être aimée, et que d’être choyée. Donc je ne vais pas me révolter contre le fait que quelqu’un veuille épingler ce fameux poster contre le mur !

PA : Ah non, ce n’était pas un reproche !

MF : Non, non, non ! (sourire) Vous voyez, je suis sur la défensive parce que c’est un sujet qui est extrêmement, dans le fond, délicat pour moi. Pourquoi m’aime­t­on ? Je ne sais pas. Mais, je l’accepte en tous cas.

PA : Est­ce qu’ils aiment ce mystère que vous avez entretenu, que vous entretenez ?

MF : C’est ce qu’ils disaient, en tous cas. Là encore, le mystère, c’est aussi une absence de justifications, que je continuerai probablement de faire, même si là j’ai décidé de parler un peu plus longuement. (sourire) Parce que, une fois de plus, je crois que la justification fait du mal, et me fait du mal à moi­même : trouver les mots justes, c’est très difficile.

PA : Non. Non, non. Vous l’avez fait tout au long de l’émission. Ils aiment peut­être aussi, en tous cas pour certains d’entre eux, garçons ou filles, cette ambiguïté que vous avez cultivée jusqu’à présent…

MF : Probablement.

PA : « Sans contrefaçon ».

Diffusion d’une partie du clip de « Sans contrefaçon »

PA : (le clip est coupé au moment où Mylène et Zouc jouent ensemble, assises face à face) Cette scène est très touchante parce qu’on a parlé une première fois de Zouc quand Denisot était là, parce qu’on avait présenté une interview qu’il avait faite d’elle, il y avait un long silence d’ailleurs, assez étrange entre les deux, et on avait demandé des nouvelles qu’on n’avait pas eues. Là, on revoit Zouc avec vous. Vous avez des nouvelles ?

MF : Non. J’avoue que non.

PA : Elle a disparu comme ça…

MF : Oui. C’est quelqu’un de grand, grand talent.

PA : Oui, oui, et c’est curieux parce qu’un assez grand talent pour survivre aux difficultés de votre métier, parfois, mais bon il y a comme un retrait.

MF : Elle avait en tous cas ­ elle a toujours probablement ­ une grande, grande fêlure en elle, mais c’est une femme très, très troublante en tous cas. Sur le tournage, je me souviens des… Troublante ! (sourire)

PA : Quand vous dites fêlure, c’est curieux parce que c’est un mot auquel j’ai pensé en préparant cette interview, de vous et pour vous. C’est un mot que vous employez volontiers vous­même quand vous évoquez vos propres sentiments ou votre propre vie ?

MF : Je crois que j’ai une fêlure en moi, très certainement. C’est peut­être ce qui, dans le fond, me relie à ces personnes que vous évoquiez, qu’on appelle les fans, et qui ont ça en eux également. Ce peut être un mal de vivre, ce peut être des choses qu’on ne comprend pas bien, ou des manques profonds.

PA : Mal de vivre ?

MF : Le mal de vivre, oui, c’est quelque chose que j’ai évoqué. Est­ce que je l’évoquerai à nouveau ?

Probablement pour l’autre, plus que pour moi. Moi, je crois avoir eu des réponses dans ma vie. Ça a été parcouru de difficultés, de joies également, et je crois que je fais définitivement partie de ces privilégiés. Quand je pense à ‘privilégiés’, je pense souvent à des enfants, par exemple des enfants dans les hôpitaux que je vais voir de temps en temps…

PA : Oui, je sais…

MF : … et à chaque fois que j’ai envie de me plaindre, par exemple, je pense immédiatement à ces enfants, par exemple, et je me dis ‘Bon sang, la vie est courte. Eux ont une vraie, vraie souffrance.’ Elle n’est peut­être pas métaphysique, mais c’est une souffrance qui est profonde et qui est pour, peut­être, leur vie entière et, dans le fond, je ne m’autorise pas à être plus triste que ça, ou plus désarmée que ça. Ce qui n’empêche pas la fêlure, mais qui vous donne envie de vous battre un peu plus vivement en tous cas.

PA : J’ai re­regardé certains de vos albums. Je vous avoue que j’ai cherché désespérément ­ je vais les montrer quand même ­ un sourire. (Il montre la pochette de « Cendres de lune » à la caméra) Alors, celui­ci, il n’y est pas ! (il tient désormais à la main « Anamorphosée ») Le récent, il n’y est pas. « Ainsi soit je… », qui a beaucoup marché, il n’y est pas. « L’autre… », il n’y est pas. Je pensais que vous n’alliez pas sourire pendant cette émission, et vous n’avez cessé de sourire, souvent en tous cas !

Alors, est­ce que ça veut dire que… (il regarde à nouveau la pochette de « L’autre… ») Cet oiseau noir, comme ça, terrible, « L’autre… ». Est­ce que le prochain album, ce sera une Mylène Farmer très souriante ?

MF : Je ne sais pas. Je ne peux même pas envisager le prochain album, donc vous n’aurez pas la réponse.

Quant au sourire, c’est dans le fond assez spontané : vous êtes quelqu’un de charmant, donc j’ai envie de sourire ! (large sourire)

PA : Et vous souriez aussi aux téléspectateurs…

MF : Ça m’arrive aussi ! (rires)

PA : …peut­être à travers moi.

MF : Peut­être !

PA : Cette évolution dont vous parlez comme ça est…

MF : (le coupant) Probablement. Le sourire l’accompagne, en tous cas, oui.

PA : « XXL ». C’est aussi dans le récent album.

Diffusion d’une brève partie du clip « XXL »

Retour plateau avec un gros plan sur un t­shirt porté par une fan derrière la vitre.

PA : Ah ! Il y a même le t­shirt ! (rires) Ça, c’est plutôt début de siècle, ce tournage ? Vous avez fait comment avec cette locomotive ?

MF : C’était un tournage qui a été effectué à Los Angeles, à Fillmore, qui est une concentration d’orangeraies, et il y a beaucoup de trains, des trains anciens. C’est un vrai train, de 1906 je crois et j’étais câblée devant la locomotive et elle roulait vraiment.

PA : Ah, c’est pas un trucage électronique ?! On vous a collée à cette locomotive ? (Mylène confirme)

Vous n’aviez pas peur ?

MF : Non, non. A la fin, oui : le dernier plan, qui est le plan large, où je me suis retrouvée réellement toute seule en face de cette locomotive, avec des loumas qui étaient très, très éloignées…

1996-05-gPA : Loumas, des caméras qui survolent…

MF : …et là, le train prenait vraiment de la vitesse, et tout d’un coup, on se pose quelques questions ! (sourire)

PA : Ah, mais pour le coup justement, on oublie les angoisses métaphysiques, existentielles, mal de vivre… !

MF : Certes ! (rires)

PA : On est dans l’action, finalement comme sur scène.

MF : Oui. On est dans le moment présent.

PA : J’ai oublié de vous demander tout à l’heure, parce que j’ai observé que vous êtes née au Canada, vous avez quitté le Canada à l’âge de neuf ans (Mylène confirme) : vous êtes Canadienne venue en France à l’âge de neuf ans, ou vous êtes Française née au Canada ?

MF : J’ai les deux nationalités. Donc, selon l’humeur, je suis Canadienne ou Française ! (sourire)

PA : Vous êtes née à Montréal ?

MF : Oui.

PA : On a reçu avant­hier, oui c’est ça avant­hier, Charlebois, mais vous n’avez pas le même accent.

MF : Non. Je l’ai perdu très, très vite !

PA : Ah vous l’aviez ?!

MF : Un petit peu, je pense, oui.

PA : Et vous avez cette nostalgie des immensités ? On retrouve souvent ces immensités, ou même la neige, le blanc dans vos clips. Vous l’avez ?

MF : Nostalgie, je ne sais pas. Mais, en tous cas, j’ai un amour profond pour ce blanc immaculé, la neige, le froid. Et j’ai appris à aimer le soleil.

PA : Ah ! Ça aussi, c’est nouveau ! Ça aussi c’est nouveau, parce que dans tout ce que j’ai lu de vous, sur vous…

MF : (le coupant) Oui. J’ai toujours évoqué le froid, c’est vrai, mais…

PA : On est à quelques jours de l’été, c’est parfait, et à quelques heures de Bercy : donc vous allez chanter vendredi soir à Bercy, puis un peu partout en France, et puis en Europe, notamment à Bruxelles, Toulouse, Marseille, Lyon, Genève, donc forte longue tournée…et

Alexandre Pachoutinsky, chef d’édition, me dit dans l’oreille ‘C’est fini’. L’émission est terminée !

MF : C’est fini !

PA : Oui. Ça va ? Ca s’est bien passé ?

MF : Très bien ! Merci à vous, en tous cas.

PA : Donc la première fois que vous participez à une émission d’une heure ?

MF : Oui. La dernière ! (le journaliste, très surpris, reste sans voix) Mais c’était un bon moment ! (moins de six mois plus tard, Mylène se prêtera pourtant à un entretien radio encore plus long que cette émission et cela se produira encore ponctuellement les années suivantes, nda)

PA : Merci beaucoup, Mylène Farmer, et bon Bercy !

1996-05-hMF : Merci beaucoup.

La musique du générique commence, mais le micro de l’animateur reste allumé assez longtemps pour qu’on l’entende indiquer à la chanteuse qu’ils doivent restés assis, ce que Mylène fait sans sourciller. On les voit même discuter ensemble sans que cette fois on ne les entende.

Après l’émission, Mylène se montrera très disponible avec les fans présents, leur accordant une séance d’autographes improvisée et se laissant photographier.

 

Publié dans Mylène 1995 - 1996, Mylène en INTERVIEW | Pas de Commentaires »

Mylène Farmer, JEUNE ET JOLIE

Posté par francesca7 le 21 janvier 2015

 

1996-04-bAVRIL 1996 – Entretien avec Isabelle AITHNARD

La journaliste Isabelle Aithnard aura bien utilisé l’entretien que lui a accordé Mylène Farmer en ce début d’année 1996, puisqu’elle le fractionnera en le publiant dans trois numéros successifs de Jeune et Jolie et dans le numéro de mars de OK Podium (cf. cette référence). Voici reconstitué en une seule partie les trois fractions parues dans Jeune et Jolie.

Vous êtes plutôt timide et solitaire. Chanter vous aide­t­il à surmonter ces états ?

­ Oui, et l’écriture davantage. Quant à la solitude, c’est une chose que j’essaie de bannir aujourd’hui : j’aime désormais l’idée du dialogue et de la rencontre. J’aime probablement donner plus aussi puisque le dialogue est une forme de don.

Quelle est l’origine de cette métamorphose ?

­ J’ai l’impression d’avoir vécu une autre naissance. Je me dis que j’ai eu de la chance, soit parce que la vie me l’a donnée, soit parce que j’ai eu le courage ou l’intérêt d’aller vers autre chose que ce vers quoi je tendais.

Je ne sais si c’est la Californie, mais c’est ce voyage et cette rupture avec une vie. Je parlerais plutôt de perte d’identité pour retrouver ma véritable identité. Je m’essoufflais et j’ai eu besoin de me reconstruire.

Comment vous êtes­vous reconstruite ?

­ Grâce à la liberté tout simplement, et aux rencontres. J’ai pu me déployer et avancer sans être regardée, parce que lorsqu’on n’a plus le désir d’être regardée, il faut s’échapper sinon c’est une prison et une vraie névrose. J’avais envie de respirer et de vivre des choses au quotidien qui sont très banales.

Qu’acceptez­vous que vous refusiez auparavant ?

­ J’ai accepté –même si ça résonne de façon un peu pompeuse­ l’idée de vivre, l’idée de la joie et des plaisirs simples. Ce sont des choses que je n’avais jamais envisagées. Peut­être ce métier m’a­t­il enfermée en me confortant dans une nature plutôt tournée vers l’isolement. Le voyage en Californie m’a beaucoup aidée : le fait de partir seule, donc l’idée du danger, m’a fait ouvrir les bras pour recevoir et découvrir. C’est nouveau pour moi.

On vous imagine mal en Californie ! Vous n’êtes ni très show­biz, ni très cocotier, plages dorées et corps bronzés…

­ C’est pour cela que ça aurait pu être ailleurs. L’idée de vacances, de soleil et de palmiers est une chose que je n’envisage pas, même si je reconnais maintenant que le soleil peut être parfois agréable. J’avais vraiment besoin de larges espaces et je connaissais quelques personnes là­bas. J’y allais aussi pour les studios et les musiciens. La Californie m’a offert une qualité de vie et de liberté que je ne connaissais pas.

Quel regard portez­vous sur vous ?

­ Je ne sais pas bien. Ca doit être diablement personnel pour que je ne puisse pas y répondre ! Pas très tendre, au fond, si ce n’est qu’il y a l’autre moi qui regarde et dit ‘Ca a tenu le coup’. Physiquement, je me suis toujours trouvée trop maigre. Je n’ai jamais employé le mot ‘mince’, mais ‘maigre’. Ca m’a toujours hantée et continue de me hanter. J’aime plutôt la femme qui a des formes. Et puis, ma foi vous voulez vraiment qu’on parle de choses physiques ?! (rires) Je n’aime pas mon nez ! Je n’aime pas… Oh, je sais pas !

Vous mangez, au moins ?!

­ J’ai l’impression de manger beaucoup, parce que je mange à n’importe quelle heure mais c’est plus une façon de picorer qui reste très anarchique. J’aime davantage le salé aujourd’hui que le sucré, et j’ai appris à apprécier le vin. Je ne mange pas de viande par goût et parce que j’aime de moins en moins ce qu’on fait aux animaux. J’aime les féculents, je pourrais manger des pâtes tous les jours ! On dit que je suis difficile, j’ai l’impression d’être très facile puisque j’aime les aliments de base et pas forcément les choses compliquées !

Maintenant, peut­être est­il difficile de me nourrir ! (rires)

Est­ce parce que vous n’aimez pas votre corps que vous vous êtes souvent déguisée ?

­ J’aime me déguiser, ce qui n’implique pas forcément la notion de mensonge même si ça en fait aussi partie.

L’idée du changement, de la pirouette m’intéressait beaucoup : c’était me travestir et garder ma personnalité tout en montrant d’autres facettes. Il y a quelque chose de très ludique, sans parler des peurs qu’on peut avoir ni des mécontentements de soi. Ces choses­là m’ont beaucoup aidée.

Est­ce que vous vous trouvez belle ?

­ Je vais vous dire : j’espère ! Et je tiens à ce ‘j’espère’ ! Je pense être belle à l’intérieur. Maintenant, c’est sans prétention aucune, sans narcissisme. Je pense n’avoir jamais fait sciemment de mal à quelqu’un, et plus je vieillis plus je pense à l’autre.

Qu’est­ce que la beauté pour vous ?

­ La beauté, c’est la générosité. Je trouve belle Marie de Hennezel, l’auteur de « La mort intime » : c’est quelqu’un qui irradie et dégage quelque chose d’étonnant.

Quel constat faites ­vous sur Mylène Farmer ?

­ Je ne crois pas faire ce genre d’exercice, c’est peut­être pour ça que je n’arrive pas à répondre. Ca reste toujours un combat. L’idée de lutte et à la fois de détachement, mais pas au sens négatif. Je sors toujours très peu parce que, dans le fond, j’ai 1996-04-dtoujours craint l’exposition, l’extérieur, l’excès… On en revient toujours au regard de l’autre.

Ce regard, vous l’avez attisé en cultivant un look toujours très original…

­ La mode est une chose très importante dans ma vie. J’aime les couleurs, j’aime m’habiller et me changer autant de fois que je le veux. J’aime penser que le vêtement et l’humeur ont quelque chose à voir ensemble. Je n’ai jamais rejeté l’idée de séduire, même si je ne saurais préciser quelle est ma séduction. L’idée de plaire est importante.

Cela explique les photos très sensuelles du CD ?

­ Le choix d’Herb Ritts n’était pas innocent. Je savais qu’il pouvait m’emmener vers une certaine sensualité sans me donner l’impression d’être dénudée. Peut­être y a­t­il aussi le mot ‘femme’ qui me fait moins peur et que j’accepte totalement. Ces photos sont peut­être plus femme.

Vous mettez même des jeans !

­ Je m’autorise des silhouettes qu’avant je refusais : ça fait partie de cette rupture, de cette renaissance. C’est difficile pour moi de vous dire le pourquoi du comment, si ce n’est que ça fait partie d’un tout. Le talon, par exemple, est une chose que je n’avais jamais abordée et dont je ne peux plus me passer. C’est clinique, dans un sens ou dans l’autre !

Accepter votre féminité veut­il dire que vous envisagez d’être mère ?

­ J’y pense probablement, oui. En tout cas, il y a une réelle et profonde envie alors qu’avant, l’idée de la prolongation de moi­même était impensable. Je l’accepte aujourd’hui comme une chose évidente : rien ne ressemble au fait d’avoir un enfant.

Quelle est votre définition de l’amour ?

­ L’envol. C’est vrai que, dans le fond, si on me demandait sous la torture quelle est la chose la plus essentielle, c’est cette chose que je demanderais : ce ne serait ni mon métier, ni la reconnaissance mais l’amour, l’idée du partage.

Existe­t­il des preuves d’amour ?

­ Oh oui, de multiples ! Dialoguer, s’ouvrir, s’abandonner, écouter sont de véritables preuves. Tout ce qui va vers l’autre, pas nécessairement pour revenir vers soi mais simplement pour donner, est un acte d’amour.

Quels sont votre film et votre chanson d’amour préférés ?

­ Si je devais emporter une seule chanson sur une île, ce serait « Don’t give up », le duo de Kate Bush et Peter Gabriel. Bizarrement, je pense à d’autres titres qui ne sont pas nécessairement des chansons d’amour, comme des titres de Neil Young, qui a par ailleurs bien chanté l’amour. Pour le film, j’ai été profondément bouleversée par « Je t’aime, moi non plus ». Ou plutôt, non ! C’est un lapsus ! Je voulais dire « L’important, c’est d’aimer » de Zulawski.

Êtes­vous jalouse ? Comment votre jalousie se manifeste­t­elle ?

­ Malheureusement, je pense l’être. Je pense être surtout possessive, ce qui engendre et entraîne la jalousie.

Ca se manifeste parfois par de la colère, une colère intérieure surtout et parfois exprimée. Mais il faut mieux l’exprimer que la garder pour soi ! (rires)

A quoi voit­on que vous êtes amoureuse ?

­ Je souris ! (rires)

Et il semble que l’on vous voit beaucoup sourire, ces derniers temps !

­ (elle ne répond pas et esquisse un très, très large sourire)

Que regardez­vous en premier chez un homme ?

­ Très honnêtement, je crois, ses mains et bien sûr son regard.

Et s’il fait ­30° et qu’il a des moufles ?!

­ Hé bien, je lui retire ses moufles ! (rires)

Y a­t­il des choses impardonnables en amour ?

­ Est­ce que je vais dire la trahison ? Sans doute. Et puis aussi l’irrespect.

Seriez­vous prête à faire des sacrifices en amour ?

­ (sans hésitation) Oui, bien sûr ! Là encore, c’est compliqué. Donnez­moi des exemples…

L’homme de votre vie vous demande de tout abandonner pour le suivre au Pérou : que faites­vous ?

­ (elle réfléchit longuement) J’aimerais dire oui, et dans le fond je vais vous dire non. J’aime passionnément la passion mais ma nature me pousse vers la raison, et là encore ce sont deux notions qui viennent se percuter.

Il y a des choses et des êtres que j’aime profondément ici, en tout cas dans ma vie d’aujourd’hui, et cette idée de partir et de laisser un pays pour aller vers un autre : ma réponse est non ! En revanche, s’il est un sacrifice auquel on peut se plier, c’est d’essayer de s’oublier soi­même.

Quels sont vos mots d’amour favoris ?

­ Je ne sais pas si j’en ai. Je crois que le mot ne viendra pas parce que ce sera quelque chose de difficile pour moi : ce sera 1996-04-aplutôt un geste.

Ecrivez­ vous des lettres d’amour aux personnes que vous aimez ?

­ Non, mais je me souviens ­ ou du moins on me l’a rappelé car j’avais oublié ­ d’une petite histoire à propos de lettre d’amour : à l’école, j’avais tenté d’apprendre le russe et je n’avais retenu que trois ou quatre formules dont ‘je t’aime’, que j’ai écrit et remis à quelqu’un.

Le mariage est ­il la plus belle expression de l’amour ?

­ Non, en aucun cas. Je pense que c’est même plutôt embarrassant parfois parce qu’on vous emprisonne sur un papier et que le sentiment n’est pas emprisonnable. C’est quelque chose que je ne considère pas comme très utile et qui, moi, m’emprisonnerait. J’aime l’idée de l’anneau passé au doigt, et en même temps je n’aime pas ce que ça représente. Là encore, c’est conflictuel !

Publié dans Mylène 1995 - 1996, Mylène en CONFIDENCES | Pas de Commentaires »

MTV RUSSIE avec Mylène Farmer en 2000

Posté par francesca7 le 30 décembre 2014

 

8 MARS 2000

2000-03-cAprès une présentation de Mylène par un jeune présentateur et des images de « Tomber 7 fois… » extraites du « Live à Bercy », on découvre Mylène assise sur un canapé en cuir, vêtue d’une veste en jean et d’une longue jupe écru, faisant face à ce même présentateur.

Mylène Farmer : Je change…En général, je ne modifie jamais un spectacle, mais pour la Russie j’ai ajouté deux chansons (« Que mon Cœur Lâche » et « Je t’aime Mélancolie », nda) que le public russe connaît, je crois. C’est la seule chose qui est différente.

Medley d’images du « Live à Bercy », par­dessus lequel est diffusé « Déshabillez­moi » extrait du film « En Concert ». Le medley s’achève par des images de cette prestation live…entrecoupée par des plans du public issu de la vidéo live de 1996 ! Sur ces images, le journaliste explique que les albums de Mylène évoquent toujours des choses très personnelles.

MF : Je crois que…oui, chaque album est une partie de ma vie et fatalement, ça vous égratigne un peu.

Journaliste : On sait que votre première tournée n’a eu lieu qu’après l’énorme succès de vos premiers albums. Est­ce que ça veut dire que vous attachez plus d’importance au travail sur un album que sur un concert ?

MF : Je crois que c’est un tout. C’est un plaisir de travailler sur un album et de le présenter sur scène. J’adore le travail de studio, maintenant la scène, c’est des moments très importants. C’est magnifique pour un artiste.

Je dois dire que je crois que ce spectacle au public, et j’espère que les gens apprécient la musique, l’émotion, les chorégraphies, les lumières et ont, j’espère, beaucoup de plaisir !

Extrait de « Désenchantée » tiré toujours du « Live à Bercy »

J : On a entendu beaucoup d’annonces délirantes sur le nombre de personnes qui travaillent autour de vous pour ce spectacle. Combien y a­t­il de personnes, réellement ? On a vraiment entendu des choses invraisemblables !

MF : (amusée) Combien a­t­on dit ?

J : 230 personnes !

MF : (dans un grand sourire) Thierry, réponds ! (Mylène tourne les yeux vers les coulisses en riant. Elle cherche la réponse exacte auprès de Thierry Suc, producteur de la tournée) Non, je crois que c’est moins. Il y a beaucoup de monde, mais pas autant.

Nouvel extrait de « Désenchantée » issu du « Live à Bercy »

J : Je crois que vos animaux domestiques sont des singes. C’est très insolite ! Pourquoi pas des chats ou des chiens ?!

MF : C’est un plaisir. Je les adore et j’adore prendre soin d’eux. Si j’avais choisi un métier autre que la chanson, je crois que j’aurais travaillé avec ces animaux.

J : (très étonné par la réponse de Mylène) Vous voudriez en faire un métier ?!

MF : Non, parce que ça nécessite une formation très précise et rigoureuse. Mais j’aimerais être entourée de beaucoup de singes en tout cas, oui !

Images de la prestation de « XXL » tirée du « Live à Bercy », qui font place à un extrait du clip de la même  chanson, mais toujours sur fond de « Désenchantée » (live) !

J : Comme nous sommes sur MTV, je ne peux pas ne pas évoquer vos clips. Vos vidéos spectaculaires sont connues de tous. Est­ce qu’il va y avoir un nouveau clip prochainement ? Je sais bien que c’est quelque chose qui demande beaucoup de temps, d’énergie aussi, que vous avez sans doute d’autres projets mais cependant est­ce que vous préparez quelque chose ?

MF : Il y aura un nouveau clip pour une chanson du dernier album (ça sera « Innamoramento » au mois de juillet suivant, nda) et plus tard la vidéo du spectacle. Ca fait du travail supplémentaire !

J : Le clip sera pour quelle chanson ? (il prend un exemplaire de l’album « Innamoramento » et le met littéralement sous le nez de Mylène qui regarde le dos de celui­ci)

MF : Ce sera pour « Innamoramento ». (il est à noter qu’il est exceptionnel dans la carrière de Mylène qu’elle révèle aussi longtemps à l’avance quel sera son prochain single ! nda)

Court extrait du clip « Souviens­toi du Jour… »

J : Quel est votre degré d’implication dans la création de vos clips ? Est­ce que vous décidez de tout ?

MF : Ca commence d’abord par le choix du réalisateur, donc je travaille seule pour commencer. Ensuite, je travaille avec ce metteur en scène et ce sont des discussions, des envies communes.

J : Que comptez­vous faire après cette tournée ? Est­ce qu’elle va continuer encore un peu ou bien vous allez retourner en studio ? Qu’allez­vous faire à votre retour de Russie ?

MF : Non, non la tournée prend fin définitivement à Saint­Pétersbourg ! (Mylène ne dit évidemment rien sur le projet qui va l’occuper quelques semaines plus tard : le lancement d’Alizée et de son single « Moi…Lolita », nda)

Extrait du clip « Je te rends ton Amour »

J : S’il y a bien une question qui me tourmente, c’est pourquoi vous ne faites pas carrière dans le cinéma en tant qu’actrice ?

2000-03-aMF : J’ai fait un long­métrage et les propositions que j’ai reçues après ne m’ont guère intéressée, donc je les ai refusées. Peut­être plus tard… !

J : Ha, donc ce n’est pas un refus définitif !

MF : Ha non, non ! Si un réalisateur russe m’invite, ce sera un plaisir que de travailler avec lui ! (rires)

L’émission s’achève sur le final de « Désenchantée » extrait du « Live à Bercy ».

 

Publié dans Mylène 1999 - 2000, Mylène dans la PRESSE | Pas de Commentaires »

Mylène Farmer sur PULSE (Russie)

Posté par francesca7 le 17 décembre 2014

 

MARS 2000

1999-01-eEntretien avec Konstantin SOLOVUKH et Nadezhda KOZHEVNIKOVA

Pulse est un mensuel russe qui présente la particularité d’être publié en deux éditions : l’une russophone et l’autre anglophone. La traduction qui suit a été réalisée à partir de la version en  anglais. A la lecture de l’entretien, il paraît évident que celui­ci a été largement réécrit et que de nombreux éléments descriptifs et d’explication ont été ajoutés ici et là et attribués à la chanteuse. Néanmoins, la traduction est fidèle à la publication. L’article qui accompagne l’interview nous apprend que celle­ci a été réalisée à Paris le 21 février 2000.

Pourquoi votre Mylenium Tour est­il un événement du nouveau millénaire ? En quoi est­il différent de vos tournées précédentes ?

­ Je suis désormais plus tournée vers la poésie. Ce spectacle est plus romantique et lyrique et j’y chante plus de chansons lentes que d’habitude. D’un autre côté, il ne présente pas qu’un concept unique et cohérent : il met en scène deux héroïnes, moi­même et cette déesse qui me protège. Le célèbre artiste suisse Giger m’a offert cette gigantesque statue qui se trouve sur la scène et dont la tête et le bras sont articulés. A ce propos, si vous aimez le cinéma, vous associerez probablement Giger à des films fantastiques tels que « Stranger », « Dune », « Poltergeist 2 » et « Batman Forever ». Sa création rappelle la déesse égyptienne Isis qui représente la féminité et la fertilité. Elle est bien plus qu’un accessoire gadget, un décor impressionnant. C’est une actrice cruciale de mon barnum, cette messe païenne qui prend la forme d’un concert typique de ce qui se fait dans le show­business : la scène est recouverte de glace (sic !), des lumières multicolores clignotent et des confettis argentés tombent sur le public. Des effets de lumières artistiques et mystiques, crées par cinq tonnes d’équipement luminaire, insufflent la vie à la statue.

Apparemment, les critiques vous ont reproché votre goût pour le gigantisme. Vous amenez avec vous dix tonnes d’installation sonore et au total seize semi­remorques remplis d’équipements divers.

Est­ce ce qu’il vous faut pour être à la hauteur ?

­ C’est mon choix, mais gardez bien à l’esprit que la valeur humaine d’un spectacle n’a rien à voir avec le nombre de musiciens, de techniciens ou avec une montagne d’équipement. C’est l’artiste qui fait tout. Si l’artiste n’a rien à dire au public et manque de charisme, une accumulation d’effets sonores ou d’astuces diverses ne sauvera pas la mise. Vous n’êtes pas d’accord ?

Avez­vous des choses nouvelles à dire à travers ce spectacle ?

­ Je pense, oui. Il n’y a pas que ma coiffure ou mes costumes de scène qui ont changé ! J’ai vraiment changé, dernièrement. Je dois entrer dans une nouvelle phase de ma vie. Je ne peux pas vous confier plus de détails : j’ai pour principe de garder ma vie privée à l’écart de la scène. Tout le monde passe par diverses phases dans sa vie, vous savez. J’ai eu une période où j’étais très peu sûre de moi­même, mais maintenant je suis une personne différente : je garde plus la tête froide et je suis plus équilibrée.

Comment expliquez­vous cette transformation ?

­ Je ne sais vraiment pas. Plutôt que de tenter d’apprivoiser mon passé –j’ai eu une enfance relativement solitaire­ j’ai appris à ne garder que les souvenirs agréables, porteurs d’énergie. Une fois, en cours de catéchisme à l’école primaire, on nous a emmenés dans un hôpital pour enfants handicapés. Ce que j’y ai vu m’a marquée à vie. Je suis incapable de faire du mal à un être vivant, pas même à un insecte. Je ne mange pas de viande. Je ne me vante pas : chacun a ses forces et ses faiblesses et j’ai les miennes moi aussi.

Y a­t­il quelque chose que vous n’aimez pas particulièrement dans le show­business ?

­ Je déteste par­dessus tous les stéréotypes, je veux dire cette façon qu’on a de créer des stars formatées à la chaîne. La presse est à blâmer, également. Les paparazzis ne prennent jamais le temps de se renseigner sur ce qu’il y a autour d’un artiste, ils ne s’intéressent qu’aux plus bas détails : qui sort avec qui, combien d’argent gagnent les gens etc. C’est humiliant. Il y a une vie entière d’émotion derrière chacune de mes chansons. Ca me rend furieuse quand on titre ‘Mylène Farmer : les plus belles jambes de la chanson française’ !

Que pensez­vous de la scène rock et de la variété française ? Pensez­vous qu’elle est à la hauteur ?

Tient­elle la comparaison avec, disons, la scène américaine ?

­ Il faut que je vous dise que je me tiens peu au courant de ce que font mes confrères. Je suis d’un naturel plutôt conservateur. Je préfère la chanson française traditionnelle, comme Serge Gainsbourg ou Barbara.

J’aime écouter Jacques Dutronc et Serge Reggiani. Contrairement à la pop française, peu, sinon aucune, chanson américaine n’a de paroles inspirées ni dérangeantes. J’ai deux passeports, l’un français et l’autre canadien, et je me sens parfaitement bien des deux côtés de l’Atlantique. Je connais aussi bien le rock européen que le rock américain et je peux vous dire qu’il n’y a pratiquement pas de différences entre les deux : il y a des bons artistes et des mauvais artistes, c’est tout. Quant à être à la hauteur, si jamais cette notion peut s’appliquer à la musique, ça dépend énormément des circonstances. Il y a des artistes de langue française qui ont du succès aux Etats­Unis, comme Charles Aznavour, Céline Dion ou Lara Fabian là où de grandes icônes américaines ont totalement échoué en Europe. Si l’on se fie aux critiques, le grand temps fort musical de l’année dernière en France et au Canada a été « Notre­Dame de Paris », une comédie musicale de Luc Plamondon et Richard Cocciante, mais je ne l’ai pas encore vue. La chanson québécoise repose à la fois sur son héritage musical et sur une créativité apparemment sans limites : il suffit de nommer des canadiens –mes compatriotes­ aussi célèbres tels que Robert Charlebois, Daniel Lavoie, Diane Dufresne, Fabienne Thibault, Bruno Pelletier ou Garou. Je mets à part Félix Leclerc, que je place sur un pied d’égalité avec Georges Brassens et Jacques Brel. La variété française est internationale, aussi bien que la variété anglo­saxonne.

1999-01-aDans l’une de vos interviews, vous avez déclaré que ‘les hasards de la vie sont primordiaux : quand tout est dit et fait, c’est le hasard qui forge la vie’. Quels sont les hasards qui ont eu une incidence sur la vôtre ?

­ En vérité, je ne me souviens absolument pas d’avoir dit quelque chose de la sorte, mais bon… Le hasard principal dans ma vie a été la rencontre avec le compositeur et réalisateur Laurent Boutonnat. Vous savez, j’ai une formation d’actrice, j’ai fait une école de théâtre et si on m’avait dit que je ferai une carrière professionnelle dans la chanson avant que je ne le rencontre, jamais je ne l’aurais cru ! Laurent a vu en moi des talents cachés et à partir de ce moment, ma vie a pris un tournant radical. Il a également réalisé mes premiers clips, de vrais courts­métrages, en réalité. J’ai ensuite tenu l’affiche dans son long­métrage, mais malheureusement ça n’a pas été un grand succès public.

Autre chose en référence à une de vos déclarations passées : pensez­vous toujours que les animaux sont ‘plus humains que les humains’ ?

­ Cela dépend à la fois des animaux et des humains. Je suis introvertie, solitaire de nature, je sors rarement de chez moi. A la différence de beaucoup de gens, je n’ai pas besoin de beaucoup de rapports sociaux. Je ne regarde pas énormément la télévision, je lis beaucoup de livres en revanche.

Vous citez souvent Montaigne, Edgar Allan Poe et Baudelaire parmi vos auteurs préférés. Avez­vous lu des auteurs plus modernes ?

­ Vous savez, je ne suis pas focalisée sur un auteur ou un genre bien précis. Je suis une lectrice  omnivore, avec une nette préférence pour la poésie et les romans français.

Quel est votre avis sur la culture punk ?

­ Cela a été un moyen de bousculer les conventions. J’ai moi­même vécu d’une certaine façon comme ces punks, je ressemblais à un garçon jusqu’à mes quatorze ans : j’étais grande, très maigre et je ne portais que des pantalons. Plus tard, lorsque la nature a repris ses droits, je suis devenue plus en harmonie avec moi-même, même si parfois j’ai encore du mal à assimiler le fait que je suis une femme ! Mais si vous faites référence aux punks en rapport avec mes cheveux roux, ils sont naturels, ils ne sont pas teints. (sic !) Il en va de même pour mes tenues de scène : je fais la distinction entre ce que je porte sur scène et ce que je mets pour une réception ou pour aller au restaurant. La scène est un fossé insurmontable entre l’artiste et le public.

Je ne sais pas être provocante, je suis quelqu’un de très timide.

Vous aimez l’humour noir ?

­ L’humour noir est synonyme d’humour britannique pour moi. Cela m’évoque Winston Churchill. Il aimait le whisky et une fois, lors d’une réception officielle, il était plutôt éméché. Une femme de la haute société aux charmes douteux l’aborda alors et lui dit du haut de sa vertu ‘Mais comment osez­vous vous présenter dans cet état ?’, ce à quoi il répondit ‘Demain matin, j’aurai désaoûlé alors  que vous, vous serez toujours laide !’.

C’est la première fois que vous faites une tournée en Russie. Quel est votre rapport à notre pays, son histoire et sa culture ?

­ Si on regarde une carte, la Russie et le Canada ont manifestement beaucoup en commun. Vos hivers sont rudes et enneigés, comme le sont les hivers à Montréal, au Canada. J’ai toujours voulu en savoir plus sur votre pays. J’ai même appris le russe pendant trois ans au collège. Je me suis rendue en Russie une fois en tant que touriste : je suis allée à Moscou et à Saint­Pétersbourg, et c’est cette dernière ville que j’ai préféré. J’ai très hâte de m’y rendre à nouveau. Je suis toujours très impatiente avec mes concerts. J’espère que ma bonne étoile ne va pas m’abandonner !

Publié dans Mylène 1999 - 2000, Mylène en INTERVIEW | Pas de Commentaires »

WIT FM avec Mylène Farmer

Posté par francesca7 le 17 décembre 2014

 

8 AVRIL 1999

Mylène Farmer, bonjour.

Mylène Farmer : Bonjour.

1999-02-dEt avant même la première question, j’ai envie de vous dire merci parce que c’est un grand privilège que de vous recevoir ! Vous accordez peu d’interviews, on aura sans doute l’occasion d’en reparler un petit peu plus tard. Le seul ennui, c’est que j’ai à peu près trois mille deux cent douze questions à vous poser ! (rires de Mylène) L’album « Innamoramento » est sorti depuis quelques jours…

MF : Oui.

Je m’applique sur la prononciation ! Pour ceux qui ne l’ont pas encore découvert, vous le définiriez  comment ?

MF : ‘Innamoramento’ exprime le choc amoureux, donc j’ai tenté dans cet album de décliner l’amour dans son spectre le plus large. J’ai également été intéressée par ce mot parce que à l’intérieur, il y a ‘amour’, il y a ‘mort’, autant de choses qui font partie du sentiment amoureux…

C’est vrai que c’est un titre un peu étrange ! La première question qu’on se pose quand on découvre la pochette, c’est ‘Ca veut dire quoi « Innamoramento ? »…

MF : Et si on cherche bien, il y a…

C’est une contraction de l’italien, me semble­t­il…

MF : C’est un mot italien. Le mot correspondant dans la langue française, c’est le verbe s’énamourer, mais on ne l’utilise plus, ou peu…

Vous travaillez avec la même équipe depuis le début de votre carrière…

MF : Oui.

Concrètement, vous fonctionnez comment dans le travail ?

MF : Dans le travail ? Ecoutez, habituellement c’est la musique qui vient avant les mots. Parfois, je retravaille avec Laurent sur la mélodie de voix et puis après, je me mets de mon côté, j’écris les textes et puis après nous allons en studio, et puis ça va progressivement.

L’écriture vient facilement ?

MF : L’écriture parfois vient facilement, et parfois c’est difficile.

Qu’est ce qui vous inspire ? C’est la musique spécifique de Laurent ou ce sont des choses que vous vivez et que vous avez envie d’exprimer ?

MF : Je crois que la musique est importante, elle est toujours à la… enfin il me semble, quand on écoute une musique classique, elle va évoquer ou fait naître en vous des sentiments, et là j’y trouve un thème que j’ai envie d’exprimer. Parfois le texte, même s’il n’est pas écrit, en tout cas le thème, je l’ai en tête et je vais chercher sur quelle musique il sera mieux mis en valeur. Mais c’est d’abord la musique et après l’écriture.

Vous écrivez autre chose que des chansons ?

MF : Non. C’est parce que je ne m’autorise que la chanson pour m’exprimer.

La sortie d’un album, comme ça a été le cas il y a quelques jours, c’est un jour douloureux ? Ca vous angoisse ?

MF : C’est plus angoissant que douloureux, avec toujours l’idée du rejet, l’idée que l’autre ne va pas vous  écouter ou avoir l’envie de vous écouter.

Avant la sortie, vous le faites écouter à des proches pour avoir déjà quelques premières réactions par rapport à tout le travail que vous venez d’effectuer ?

MF : Pas réellement, puisque ces proches que vous évoquez, en général viennent en studio, donc j’allais dire font partie presque intégrante de l’album, donc voient comment ça se construit et l’écoutent. Ils font bien évidemment leurs commentaires. Mais moi, spontanément après, faire des écoutes, non je ne le fais pas.

Et par la suite, vous êtes une artiste qui suit beaucoup les ventes ?

MF : Ecoutez, je pourrais être très hypocrite et vous dire que ça ne m’intéresse pas, mais c’est après tout la révélation, le révélateur du nombre de personnes qui ont envie, là encore, de vous écouter. Donc, oui, bien sûr !

Pause musicale

Mylène, on le disait en tout début d’interview : vous êtes rare dans les médias, on vous voit peu, on vous entend peu. Pourquoi ?

MF : Parce que ce n’est pas un exercice qui m’est très facile et que j’ai du mal, et que je crois que je n’aime, dans le fond, pas beaucoup parler de moi­même.

C’est donc aussi une manière de vous protéger ?

MF : Probablement, oui.

Ca vous permet également d’éviter tout ce qui est plus people ­ parce que c’est vrai qu’on vous voit peu également dans la presse people…

MF : Si ce n’est que le people se sert quand même de moi et dit bon nombre d’âneries. Mais c’est une forme, oui, sans doute de protection.

Vous surveillez ce qui est écrit sur vous, ce qui se dit ? Sans parler uniquement de la presse people, ça peut être très bien une critique de l’album dans Libé…

1999-02-cMF : Non, ça bien sûr que non, puisqu’on ne maîtrise absolument pas ce sujet­ là. Si je donne une interview pour un journal, je demande à relire le papier, mais on ne vous fait relire que vos propres réponses, et je trouve ça tout à fait légitime puisqu’on est ­ j’allais dire l’ensemble des artistes ­ extrêmement échaudés : le propos est sans cesse changé, extrait et, comment dirais ­je, sorti de son contexte pour le remettre dans un autre, donc la reformulation parfois est tout à fait détestable. Donc c’est vrai que je demande de plus en plus de contrôle.

Vous réagissez comment face à la critique ?

MF : Oh, très bien ! L’idée que des personnes n’aiment pas ce que je fais, ne m’aiment pas, est tout à fait normale. Et puis dans le fond, tant mieux ! Il faut avoir des ennemis, il faut soigner ses ennemis ! (rires)

L’image que les gens ont de vous est l’image réelle de ce que vous êtes ?

MF : C’est l’image que j’ai envie qu’on ait de moi, en tout cas.

Je peux le confirmer pour tous les gens qui m’en ont parlé avant cette rencontre : vous êtes très, très belle !

MF : Oh, c’est gentil ! (rire gêné)

Vous vous jugez comment ? Vous vous trouvez comment ?

MF : Je ne suis pas ma plus grande admiratrice ! (rires) Mais j’apprécie, merci !

On va tâcher d’en savoir un peu plus sur vous : vous vivez où ?

MF : A Paris.

Toute l’année? On a lu beaucoup de choses sur Los Angeles, sur…

MF : Oui, non, Los Angeles a été des fractions dans ma vie, qui étaient essentiellement dirigées sur l’album.

Donc j’ai souhaité enregistrer ce nouvel album encore à Los Angeles, qui est une ville essentiellement de travail, donc en somme…

A Paris, vous réussissez à avoir une vie, je dirais, ‘normale’ ? Vous réussissez à sortir, à aller…

MF : Je peux sortir si c’est mon souhait. Maintenant c’est vrai que j’ai de par mon caractère un peu plus de mal à sortir à Paris qu’à New York.

Chez vous, c’est décoré comment ?

MF : Il y a beaucoup de peintures et il y a beaucoup de bois.

Quand vous ne travaillez pas, vous faites quoi ? Vos loisirs, ça tourne autour de quoi ?

MF : J’aime la lecture, j’aime la peinture, je vois beaucoup…

Vous pratiquez ?

MF : Non. Non, je l’apprécie ! (rires) Je dessine parfois, en revanche. Et j’aime le voyage : j’ai la chance de pouvoir voyager, d’avoir du temps pour ça. C’est ce que j’ai fait pendant ces quelques années.

En préparant cette émission, j’ai évidemment pensé à vous : j’ai eu beaucoup de mal à vous imaginer en train de faire la cuisine ! Ca arrive?!

MF : Vous avez raison, je ne sais pas faire la cuisine ! (rires)

Bon, donc ce soir on ne mange pas chez vous ! Je crois savoir que vous avez un singe aussi…

MF : Oui.

Il s’appelle E.T. ?

MF : Oui, E.T.

Comment va­t­il ?

1999-02-bMF : Elle va très bien !

Elle va bien ?

MF : Oui !

Au temps pour moi !

MF : C’est une petite fille !

Ca se passe comment ? Parce qu’on est habitués à voir des animaux domestiques qui sont des animaux, je dirais, ‘classiques’ : chiens, chats, oiseaux, poissons…

MF : Oui…

Avec un singe, ça se passe comment ?

MF : De la même façon ! Il y a peut­être davantage de communication ­ je n’en suis même pas sûre, si ce n’est que le singe a quatre mains (rires) donc le toucher est très important. Maintenant, la caresse est appréciée par tous les animaux, mais c’est vrai que c’est assez extraordinaire.

Si vous n’aviez pas rencontré Jérôme Dahan et Laurent Boutonnat au tout début de votre carrière, vous ne seriez peut­être pas chanteuse. Vous auriez aimé faire quoi ?

MF : Le cinéma est quelque chose qui me tentait énormément. Je pensais devoir et faire du cinéma, et puis c’est la chanson qui est venue avant et j’en suis très heureuse.

On marque une nouvelle pause dans cette émission. Mylène Farmer est avec nous aujourd’hui sur

Wit FM. A tout de suite. Coupure pub.

Mylène Farmer avec nous, sur Wit FM. Mylène, mine de rien vous approchez de la quarantaine, même si vous masquez bien votre jeu ! Vieillir, c’est quelque chose qui vous inquiète ?

MF : Vieillir est quelque chose qui m’inquiète, oui, bien évidemment ! (rires)

D’où la chanson « Et si vieillir m’était conté » ?

MF : Voilà !

On peut en parler un instant pour les gens qui ne l’ont pas écoutée et qui vont l’écouter dans un instant ?

MF : Ben, vous avez dévoilé le thème, et c’est un sentiment qui est parfois oppressant…

Vous vous êtes fixé des limites quant à votre carrière, à sa durée ?

MF : Non, je crois que ce sera spontané. Le jour où je me lève et si je n’ai plus envie ni d’écrire, ni de me montrer, je l’arrêterai.

Jusque là, vous portez quel jugement sur tout ce que vous avez fait, sur tous vos albums, sur l’ensemble de votre carrière ?

MF : Juste le sentiment d’avoir traversé, construit un moment de vie…

Un joli moment de vie ! (rires de Mylène) Il y a des choses que vous regrettez ?

MF : Non.

Que vous feriez différemment ?

MF : Non, non. Absolument pas !

Vous avez énormément de succès, une très grande notoriété : vous le vivez comment au quotidien ?

MF : Bien !

J’imagine que vous êtes financièrement extrêmement à l’aise. Vous êtes dépensière ?

MF : Non, si tant est que je voyage beaucoup, donc ça nécessite quelques moyens.

Alors on revient à la carrière à proprement parler, Mylène. Vos clips sont toujours extrêmement soignés ­ c’est le cas également sur « L’Âme­Stram­Gram » ­ et faits par de grands réalisateurs. C’est devenu une marque de fabrique ?

MF : Non, ça reste une envie que de rencontrer des réalisateurs de talent et d’essayer de trouver parfois même des réalisateurs qu’on ne connaît pas en France, ce qui a été le cas pour ce réalisateur chinois.

On parlait du cinéma tout à l’heure, vous nous disiez que c’était votre ‘première passion’. Vous recevez des scénarii, vous avez envie de remettre un pied dans le cinéma ?

MF : Hmm…Je crois pas que ça soit en terme d’envie : si ça doit arriver, ça arrivera. Je reçois parfois des choses, mais probablement moins qu’on ne peut le penser. Je crois qu’il y a un manque d’imagination sérieux dans ce pays quant à la multiplication de fonctions. (rires)

Vous seriez prête à tenter une expérience dans le cinéma, même si c’est un rôle qui changerait radicalement votre image, enfin l’image que le public peut avoir de vous ?

MF : Surtout si c’est un rôle qui change radicalement ! Oui, bien sûr.

On va se mettre à l’écriture, nous sommes prêts à tout ! (rires de Mylène) Hormis les clips soignés, il y a également beaucoup de disques collectors, qui sont envoyés généralement en radio ­ donc à ce niveau­là on est extrêmement chanceux ­ mais qui par la suite se vendent sur un marché de collectionneurs…

MF : Ceux qu’on appelle en tirage limité, oui…

Oui, qui se vendent très, très cher…

MF : Qui demandent un énorme travail, qui demandent aussi beaucoup de moyens quant à la réalisation donc après, c’est un choix. C’est vrai que là, sur ce collector (le carnet de voyage de l’album « Innamoramento », nda), j’ai passé d’abord beaucoup de temps, mais ce qui n’explique pas, là, le coût de l’objet ­ parce que ça, peu m’importe ­ mais d’un point de vue technique et d’un point de vue qualité, c’est quelque chose qui vaut beaucoup d’argent.

Mais là aussi, c’est vous qui avez la volonté d’amener ce produit, je dirais, pour les plus grands fans…

MF : C’est pour moi fondamental, tout ce qui entoure la musique, les mots. C’est ce qui fait, je présume, aussi la différence de certains artistes. Moi, j’ai besoin de ça, j’ai envie de ça et j’ai envie d’offrir autre chose, quelque chose en plus.

Diffusion de « Et si Vieillir m’était Conté »

Mylène, nous approchons de la fin de cette émission. Vous ferez trois dates à Bercy à la fin du mois de septembre, j’imagine que la tournée est prévue dans la foulée ?

MF : La tournée est prévue, absolument, jusqu’en décembre.

On peut espérer au moins une date à Bordeaux ?

MF : Oui ! (rires) (le « Mylenium Tour » s’arrêtera en effet à Bordeaux pour deux concerts en décembre 1999, puis visitera à nouveau la ville lors de la prolongation de la tournée en février 2000, nda)

Bordeaux, c’est une région que vous connaissez un peu ? Vous y êtes déjà passée souvent en tournée ?

MF : J’y suis passée, mais uniquement dans le cadre du travail, donc très peu de temps pour aller à l’extérieur.

Pour goûter un peu le vin ?!

MF : J’aime le vin ! (rires)

Bon, on tâchera de vous en faire parvenir ! Je reviens à la scène, et là aussi on va revenir à ce qu’on appelle un travail soigné : il y a toujours d’énormes chorégraphies, c’est un vrai spectacle, en plus d’un concert ! Ca demande combien de temps en termes de travail, de préparation ?

MF : Je crois pas, là, qu’il y a de règle. Maintenant, plus vous avez du temps et plus c’est confortable, en tout cas en termes de répétitions, d’évolution et de construction. Le spectacle précédent, je l’ai fait en très, très peu de temps et ça a été très ardu. Sur celui­ci, je vais prendre un peu plus de temps pour la construction, justement.

J’imagine que la construction, ça demande de refaire, de refaire et de refaire encore les choses. Y a un moment où c’est fastidieux ou c’est toujours aussi plaisant ?

MF : Le travail est considérable, mais c’est quelque chose qui me passionne, donc c’est le principal !

Avant de monter sur scène, vous avez le trac ?

MF : Oui, beaucoup! (rires)

Vous pensez à quoi quand vous êtes juste derrière le rideau et que ça va démarrer, que la salle s’éteint et qu’il y a cette clameur qui monte ?

MF : Au public.

Lors de vos spectacles, vous êtes acclamée par des milliers de personnes, il y a un public qui vous donne beaucoup, vous donnez beaucoup. Qu’est ce que vous ressentez quand ça s’arrête, quand c’est fini, que vous êtes dans votre chambre d’hôtel et que vous vous retrouvez dans le calme absolu, seule ?

1999-02-aMF : C’est toujours un moment qui est difficile, parce qu’on se sent… et on abandonne et on se sent abandonné. Maintenant, ça fait partie aussi des choses de la vie, je les connais et dans le fond, ce que je reçois et ce que j’ai reçu est quelque chose de tellement énorme et tellement important pour moi que c’est déjà une grande chance.

A Lyon, il y avait eu un concert assez catastrophique, où vous vous étiez malheureusement cassé le poignet (en juin 1996, nda). Il y a eu d’autres problèmes sur scène, qui sont peut­être des problèmes un peu moins marquants que le public ne voit pas mais qui vous, vous ont beaucoup inquiétée ?

MF : Des problèmes qui sont anodins, qui sont des pannes de micros, des pannes de tapis qui doivent marcher, des pannes de… C’est souvent des problèmes techniques !

On arrive au terme de l’émission, Mylène. J’ai jusque là choisi tous les extraits que nous avons écoutés, ce qui n’est pas forcément facile. Je vais vous laisser le soin de choisir le dernier : on se sépare avec quoi ?

MF : Je ne sais pas. Avec « Je te rends ton Amour » ! Merci encore pour cet entretien.

MF : Merci à vous !

Longue vie à l’album et puis une bonne tournée, où on aura l’occasion de vous revoir à Bordeaux.

MF : Merci.

L’entretien s’achève par la diffusion de « Je te rends ton Amour »

 

Publié dans Mylène en INTERVIEW | Pas de Commentaires »

MYLENE SUR LE POINT J de novembre 1999

Posté par francesca7 le 12 décembre 2014

 

1999-05-aEntretien avec Julie SNYDER du 9 NOVEMBRE 1999 – TVA (Québec)

En plein « Mylenium Tour », Mylène accorde un entretien pour le talk­show québécois de Julie Snyder. Il faut dire que, à l’époque, il avait été fortement question que la chanteuse aille donner quelques shows outreAtlantique, mais ça ne s’est finalement pas fait.

Le sujet commence par un rapide patchwork audio et vidéo, mêlant des extraits des différentes tournées et des différents clips de Mylène, mais aussi des images inédites tournées par les équipes de Julie Snyder de la chanteuse dans les coulisses de son « Mylenium Tour », avant d’entrer en scène. En effet, la production a tourné des images dans les coulisses des concerts de Bercy en vue d’en faire un reportage mais là encore, le projet n’a pas abouti.

On découvre l’animatrice canadienne en face de Mylène, toutes deux assises sur des canapés en cuir noir, dans ce qui semble être une loge. La chanteuse porte une longue jupe écrue et une veste en jean bleu.

Julie Snyder : Vous avez un succès phénoménal. Grasset disait que la réussite c’est souvent la revanche sur le bonheur. Est­ce que ça s’applique à vous ?

Mylène Farmer : Probablement, oui. (rires) Oui, c’est très difficile d’être heureux…

JS : Est­ce que quand vous étiez petite, vous vous disiez ‘Quand je serai grande, je serai chanteuse’ ?

MF : Non, du tout. Je crois que je ne me suis jamais posée cette question, en tout cas je n’en ai pas le souvenir. Je ne sais pas…

JS : Et à quel moment vous avez eu envie de devenir chanteuse ?

MF : C’est un hasard : je voulais être actrice, donc j’ai pris des cours de théâtre ­ mais ça c’était plus tardivement ­ et puis c’est une rencontre qui a fait que j’ai commencé la chanson.

JS : Et puis, vous vous êtes dit ‘Je me lance là­dedans’ ?

MF : Là, je crois que c’est la vie qui m’a happée. En tout cas, je me souviens m’être dit ‘Je sais que c’est ce que je veux faire’, surtout à travers l’écriture. C’est quelque chose qui m’a tout de suite beaucoup aidée et intéressée.

Extrait de « Rêver » live 96

JS : Votre spectacle est très spectaculaire, est un grand déploiement. Ça ne ressemble à rien : autant c’est très spectaculaire, autant c’est très, parfois très émotif, très intimiste. Quand vous vivez les moments d’émotion, on sent la foule frissonner avec vous et vous pleurez même en interprétant certaines chansons. Dans quel état êtes­vous ?

MF : D’émotion intense : c’est quelque chose à la fois qui consume, et à la fois c’est un partage.

JS : Est­ce que vous pleurez systématiquement à chaque spectacle ?

MF : Ecoutez, je ne sais pas. Je ne réfléchis pas à tout ça, si ce n’est qu’il y a des chansons, oui, dont le texte me touche profondément. Et puis c’est vrai que l’écoute que j’ai, qui est d’une grande, grande qualité, d’une grande chaleur, me provoque aussi, me suscite des émotions.

JS : Quand on assiste à votre spectacle, on a l’impression d’être à la messe, à une cérémonie et après la cérémonie, après la communion avec le public ­parce que c’est très, très intense­ est­ce que vous ressentez un vide après cette grande force ?

MF : Je le ressens fatalement, mais c’est plus après, quand une tournée est terminée, que c’est vraiment le grand trou noir. Là, j’ai la chance d’être accompagnée et entourée, donc c’est vrai que le plongeon est assez bref. Maintenant, la nuit parfois propose d’autres choses. (rires)

JS : Les paupières ont du mal à se fermer ?

MF : Oui. Beaucoup de mal, oui.

JS : Qu’est­ce que vous faites dans ce cas­là ?

MF : Je crois que j’ai le spectacle qui revient en boucle : ce que j’ai considéré comme étant des  erreurs, je pense à des textes, je pense à des mouvements, à tout ce qui fait le spectacle…

Extrait de « Désenchantée » live 96

JS : Vous arrivez à tout gérer : par exemple, le spectacle, c’est vous qui l’avez conçu…

MF : C’est moi, c’est moi et beaucoup d’autres ! Je crois que faire les choses seule, c’est quelque chose qui ne m’intéresse pas. J’aime le dialogue, que ce soit avec un, deux, dix…Maintenant, donner naissance à quelque chose et puis après faire appel à des gens de talent autour de moi.

JS : Non, mais vous le portez sur vos épaules…

MF : (sourire) Je le porte sur mes épaules oui, en tout cas au moment X, c’est­à­dire quand je rentre sur scène, il n’y a plus que moi, mais aussi des danseurs et des musiciens, et une technique. Mais c’est vrai que si moi je flanche, le spectacle n’est plus.

Extrait de « XXL » live 96

JS : Vous êtes née au Québec. (Mylène confirme) Et où vous avez vécu exactement au Québec ? En région ? A Montréal ?

MF : Une province du Québec. Je ne sais plus. (silence) Je me souviens simplement du nom SainteMarcelline, si ça peut vous aider ! (rire nerveux) Le reste, je ne sais pas…

JS : Vous alliez chez les sœurs ? Chez les Marcellines ?

MF : Oui.

JS : Et pourquoi vos parents, qui sont quand même français… Parce que vos parents sont pas québécois, on dit souvent que vous êtes québécoise : vous l’êtes parce que vous êtes née au Québec, vous avez un passeport canadien. (Mylène confirme) 1999-05-dMais pourquoi vos parents sont venus au Québec ?

MF : Pour raison professionnelle.

JS : Et ils sont retournés en France aussi pour raison professionnelle ? (Mylène confirme) Et est­ce que vous étiez contente de retourner en France ?

MF : Je ne peux pas…Je pourrais mentir. Je n’ai pas ce souvenir là non plus ! (rires)

JS : Mais quand même, pour une petite fille, passer du Québec à la France, donc c’est une autre culture. Avez­vous eu un choc en arrivant ici ?

MF : Ecoutez, on m’a dit ­alors là je vais vous répéter ce qu’on m’a dit­ que c’était quelque chose d’assez difficile. Maintenant, moi­même, je n’en ai pas le souvenir.

Extrait de « Vertige » live 96

JS : Il y a des tableaux qui sont très sexy. Vous êtes quand même ­peut­être que vous n’aimerez pas l’expression­ vous êtes un sex­symbol…

MF : Je ne sais pas ! (rires)

JS : Non mais que vous le sachiez ou non, vous êtes très belle ! Est­ce que vous, vous vous trouvez belle quand vous vous voyez sur scène ou quand vous regardez les vidéos ?

MF : Non, non. Ce sont des moments difficiles pour moi ! (rires) Je préfère voir l’ensemble, voir si le  moment est beau, riche, émouvant. Mais quant à moi, me polariser sur moi : non, c’est toujours quelque chose de très difficile.

JS : Pourquoi c’est quelque chose de si difficile de parler de vous, de penser à vous…

MF : Il y a pas de réponse.

JS : … de vous regarder ?

MF : Je ne sais pas.

Extrait du clip « Libertine »

JS : Est­ce que vous êtes aussi libertine que dans vos clips ?

MF : Là, je sais que cette question revient souvent. Je ne peux pas répondre à cette question­là ! (rires)

JS : Ah ben comment je pourrais la formuler ?! (Mylène, qui tient désormais une cigarette, fixe silencieusement l’animatrice du regard, tout en lui souriant) Vous me regardez et : « Allez, rame ! Rame, ma vieille ! Je t’écoute ! »

MF : Passez à une autre question, en tout cas ! (rires)

JS : Ah, c’est ça ! Ma prochaine question : est­ce que vous aimeriez être comme dans vos clips ?

MF : Vous savez, une chanson, c’est une chanson. Après, on a envie d’y mettre des images, de raconter une histoire à travers cette chanson, donc c’est un moment choisi, un morceau choisi. Vous dire que si j’exprime ‘Sans contrefaçon, je suis un garçon’, si vous me posez la question ‘Est­ce qu’aujourd’hui, vous avez toujours envie de mettre un mouchoir dans votre pantalon’, je vais vous dire non, c’était le passé. Maintenant j’ai exprimé ce moment­là, ça ne veut pas pour autant dire que je dois véhiculer ou cette image ou ce sentiment toute ma vie.

Extrait de « Sans contrefaçon » live 96

JS : Je vous oblige en ce moment à parler de vous, parce que j’ai pas le choix puisque je fais une interview sur vous, et qu’on va pas parler du canapé en cuir sur lequel vous êtes assise ! Est­ce que vous avez l’impression, par exemple, d’être chez le dentiste et qu’on va vous arracher une dent ?

MF : Ce n’est pas à ce point­là, mais c’est une sensation de malaise… (rires)

Extrait du clip « Comme j’ai mal »

JS : Vous le dites vous­mêmes, vous avez une araignée en vous. Vous êtes une petite ‘bibite’ ! (Mylène reste silencieuse, perplexe, puis fait les gros yeux et rit) Non mais, parce que pour moi, vous êtes une petite ‘bibite’ dans le sens où…

MF : (la coupant) Ça veut dire quoi ? (elle éclate de rire, et porte sa cigarette jusqu’au cendrier posé par terre)

JS : Une ‘bibite’, ça existe pas en France ?! Y’a pas de mot ‘bibite’, ici ? (Mylène est morte de rire) En France, une ‘bibite’, c’est ­heu, en québécois, une ‘bibite’ c’est un petit moustique, genre avec des pattes.

MF : (elle éclate de rire en tenant sa cigarette, tandis que l’animatrice mime l’insecte) D’accord.

Extrait de « Alice » live 96

JS : Mylène, dans vos clips, vous prenez beaucoup de risques : vous faites les cascades, vous galopez à cheval, vous êtes attachée sur des trains. Est­ce que vous vous êtes déjà blessée ?

MF : Brûlée deux fois, sur le train (dans le clip « XXL », nda), et pendant le dernier clip (« Souviens­toi du Jour… », nda), il y avait du feu à proximité et il faisait très, très chaud. Probablement des bleus, oui. (sourire)

Je suis quelqu’un de très physique. J’aime ça, j’aime cette prise de risque.

JS : Est­ce que vous aimez souffrir ?

MF : D’une certaine manière, oui, certainement. Certainement.

Extrait du clip « Je t’aime mélancolie »

JS : Vous partagez votre vie avec un singe qui s’appelle E.T. Comment ça s’est passé ? Est­ce que vous vous êtes levée un matin en vous disant ‘Tiens, aujourd’hui, je vais me procurer un singe’ ?!

MF : Je crois que ça s’est passé comme ça. J’avais envie d’un animal et je suis allée dans les magasins qui, malheureusement, vendent des animaux et je suis tombée sur cette petite fille… (sourire)

JS : Et vous l’avez vue tout de suite, comme ça ?

MF : Immédiatement. C’est tentant d’avoir un singe… (sourire)

JS : Oui ? (Mylène confirme) C’était un coup de foudre ?

MF : Oh oui, total ! (sourire)

JS : Instinctivement on sait comment élever un chien ou un chat, mais est­ce que instinctivement vous saviez quoi faire avec le singe ?

MF : Oui. J’ai dû être singe dans une autre vie donc ça a été très facile ! (rires)

JS : Vous croyez à la réincarnation ?

MF : J’aime cette idée. Elle est très poétique.

JS : Et qu’est­ce que vous voudriez être dans une autre vie ?

MF : Ben puisqu’on ne peut pas être un animal, c’est forcément un humain. Maintenant, peu m’importe. Vivons celle­ci !

Extrait du clip « Je te rends ton Amour »

JS : Vous êtes proche de Salman Rushdie pour qui, en quelques sortes, le monde est une prison et vous, vous avez déjà dit ‘Parfois, je me sens enterrée vivante’. Est­ce que vous avez l’impression que votre liberté à vous aussi vous échappe ?

MF : Parfois, mais je ne suis pas sûre que ce soit le monde environnant qui m’impose ça, je crois que c’est moi toute seule effectivement. Et quant à Salman Rushdie, c’est quelqu’un de très gai dans la vie, il a beaucoup d’humour.

JS : Est­ce qu’il vous communique cet humour ?

MF : Oh oui, totalement ! On a de grands éclats de rire ensemble ! (sourire)

JS : Qu’est­ce qui vous attirait chez lui ? Pourquoi vous avez eu envie d’aller vers lui ?

MF : Parce que c’est quelqu’un de charismatique, parce que c’est un grand écrivain ­ je n’ai pas tout lu ses livres (sic), mais certains ­ et puis parce que ce qu’il a vécu est quelque chose qui m’a  profondément touchée.

Et j’avais envie…Voilà, il s’est trouvé qu’on s’est rencontrés lors d’une soirée, je suis allée spontanément vers lui parce que j’avais envie de le connaître.

JS : On vous sent moins sombre qu’avant…

MF : (silence et haussement d’épaules) Ça, je suis pas sûre que je puis répondre à une question comme celle­là. Je crois qu’on a tous ses ombres, donc je les porte en moi et je les porterai jusqu’à la fin de mes jours.

Je crois qu’on apprend aussi avec la vie, avec le temps, ses expériences. Là encore, tenter que de laisser ses fardeaux de côté parfois, mais maintenant, ça resurgit tellement vite.

JS : Votre plus grand hit, ou en tout cas un de vos plus grands hits, c’est « Désenchantée ». (Mylène confirme) Qu’est­ce qui vous enchante ?

MF : La gentillesse. La générosité. Toute forme d’art : la peinture, la littérature, le cinéma. Et puis beaucoup de choses. Le voyage, j’aime voyager.

1999-05-cJS : Merci beaucoup.

MF : Merci à vous…d’avoir souffert avec moi ! (rires)

JS : Oh oui, j’ai souffert autant que vous ! Il y avait une belle réciprocité dans la souffrance ! (rires)

Les deux femmes se lèvent. L’interview se termine sur la toute dernière image du DVD « Live à Bercy », quand on voit Mylène dans les coulisses, après sa sortie de scène, le tout sur la musique de « Désenchantée ».

 

Publié dans Mylène en INTERVIEW | Pas de Commentaires »

1234
 

linergeek |
give to eat by eating |
ecouteconseil |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Hé ! lecteurs à Saint Marti...
| parlons-en!
| Je me SOUVIENS...