• Accueil
  • > Recherche : mylene farmer sens maquillage

Résultats de votre recherche

Mylène photographiée par Christophe Mourthé

Posté par francesca7 le 13 mai 2016

        

En 2003, le photographe Christophe Mourthé a raconté dans la presse avoir eu une histoire d’amour avec Mylène au début de sa carrière. Ils se sont rencontrés en 1984, et ont collaboré ensemble quelques temps, avant la rupture affective et artistique en 1987.

 

 1

 

Textes de Christophe MOURTHÉ 

- Mylène Farmer 

Tout d’abord il y a eu Jean Marais, Line Renaud, l’équipe des Bronzés, Thierry Le Luron et Yves Mourousi. Puis Fellini, Zeffirelli, Dario Fo, Gassman, Strehler, les filles du Crazy Horse – J’avais 19 ans à peine. Il n’y a pas d’âge pour photographier des stars. Des vraies stars. Par la suite, il y a eu Arielle Dombasle pour Playboy, Jean-Marie Bigard en Penseur de Rodin, Renaud, les adieux de Sheila, Pétula Clark pour un Olympia, les Bee Gees à Paris, César ou Nougaro, Leslie Caron et Michèle Morgan, Zizi Jeanmaire et son truc en plumes, Amanda Lear et Marie Laforêt, Patricia Kaas, Hélène Ségara, Lio ou Patrick Juvet.

Qui d’autres encore ? Combien sont-ils ? 

Mais c’est surtout pour Mylène Farmer que je reçois encore des lettres de fans, 15 ans après. Une courte histoire qui allait marquer l’histoire d’un photographe et de son modèle. Cette collaboration tellement forte qu’on peut même qualifier de fusion me colle à la peau depuis toujours, depuis que nous nous étions rencontrés chez Bertrand Le Page. Nous étions intimidés, étonnés,distants. Bertrand prit les choses en main, et confirma le bien fondé de notre rencontre. Celui-ci avait un grand talent, c’était de découvrir des talents – Et de les faire fusionner. Avec Mylène, nous devions nous apprivoiser, mais nous savions déjà aussi que notre rencontre était une bonne rencontre. 

Notre première séance de photo eut lieu dans un fameux studio de la rue des Acacias à Paris. 

Tout le show business et tout le cinéma sont passés dans cette rue. La grande époque de Salut les Copains et tout ceux qui font rêver les fans. J’y ai moi même déshabillé Arielle Dombasle pour Playboy et réalisé la plupart de mes portraits de vedettes. 

Mylène dû se satisfaire d’une toute petite cabine de maquillage non chauffée et Denis Menendez travailla sur son teint de porcelaine. Elle m’apparut dans la lumière tel un ange. 

Malgré l’intense activité qui régnait dans le studio, elle fût douce, complice déjà, extravertie pour cette fois, et avait compris que nous ferions vraiment un bout de chemin important ensemble. Elle vit ma façon d’éclairer une femme et elle comprit qu’en m’ayant choisi, elle avait trouvé en moi le parfait complément à son univers. Nous nous sommes revus beaucoup, avons partagé des instants de tous les jours, appris à nous connaître. Manger une glace ou des bonbons, aller au zoo ensemble, faire les magasins, c’était simple mais c’était important. 

Nous sommes des artistes à l’âme fragile avec un univers si singulier à fleur de peau. 

Je lui fis connaître mon monde et elle me fit comprendre le sien. Nous nous comprenions si bien que l’osmose était parfaite. 

Mon travail d’images plaisait à Mylène. Pour notre bien à tous deux. Mylène a pu s’abandonner totalement au regard d’un objectif qui ne la mitraillait pas, qui la considérait en douceur. 

Involontairement, j’ai apposé quant à moi sur ma muse une griffe, une patte, et surtout une couleur, celle de cette fameuse chevelure qui fit sa marque de fabrique. 

Quand j’ai connu Mylène, elle venait d’obtenir un succès populaire avec la chanson « Libertine ». les cheveux était d’une couleur rousse mais assez mal définie. 

Trois ans auparavant, c’est le maquilleur et coiffeur de génie Denis Menendez, mon ami, qui avait créé pour moi une couleur de cheveux inhabituelle. 

J’avais réalisé en 1984, pour ma série, les fameux « Casanovas » une image de ma soeur Virginie dans un château très connu de la région de Blois. Cette image présentée avait séduit Mylène, comme toutes les autres photos de la série. C’est ce travail photographique qui a déclenché chez elle le désir de travailler avec moi. La couleur de la perruque que portait virginie est – car personne ne le sait à ce jour – abricot. Comme le rouge que l’on trouve sur un abricot un peu mur. Sur les indications de Denis, les ateliers Poulain, célèbres perruquiers de théâtre des années 80, ont réalisé cette couleur insensée. 

vernissage1

Nous étions au printemps de l’année 1987.

Personne n’a décidé cela en particulier ou tout le monde indirectement. 

En tous les cas, Mylène avait toujours une reproduction de la photographie de Virginie sur une étagère bien en évidence pour mémoire. Elle y réfléchissait sans doute. 

C’est donc tout d’abord un simple de coiffeur de la rue Jean Mermoz à Paris qui a reproduit cette teinture sur les indications de Mylène, photo en main. 

Aujourd’hui, il est aisé de comprendre l’importance de cette période pour l’image de Mylène. Seul Michel Polnareff en France avait compris avant elle l’importance du look pour un artiste et de nos jours, une simple paire de lunettes blanches est synonyme de Polnareff. La couleur abricot sera toujours associée au mythe Farmer. 

Je n’avais pas encore à l’époque de statut de photographe. Seul le N et B fige à jamais sur du papier un Cocteau, une Marilyn, une Piaf, un Zorro ou un Steve McQueen  et renvoie cette personne au rang de Star immortelle. 

Elle permet à son auteur de rentrer dans la cour des grands tel un Newton ou un Doisneau.

Elle était ma star et je me devais de l’immortaliser comme telle. Je désirais lui prouver que j’étais le meilleur pour elle, pour nous.

Il s’agissait de mes premières grandes photos en N et B.

Je connaissais le travail d’Alekan, le meilleur directeur photo des grandes années du cinéma,les films d’Hitchcock ou ceux d’Eric Von Stroheim. Que seraient aujourd’hui une Grâce Kelly, un Harry Baur ou un Gabin sans ses talents inouïs? Je pris aussi exemple sur Harcourt, le studio de photos des Stars mythiques. J’y ai ajouté une touche personnelle à base de réflexion de miroirs et je tenais le cadeau parfait pour ma muse. J’étais heureux. 

Elle est devenue une Star de l’image. J’en suis très fier. 

Le noir et blanc figeait ainsi Mylène à jamais.

Je l’ai ressenti si fort en faisant ces images qu’aujourd’hui elles restent uniques et pour longtemps encore.

Le regard et toute cette sensualité qui s’en dégagent sont incroyables. 

Peu de fois, Mylène a tant donné dans une photo, invitation au rêve, au désir, instants magiques d’une intimité partagée qu’elle ne donnera plus que dans ses chansons. 

Mylène reste gravée en moi. 

Elle m’écrivit un jour cette dédicace intime mais tellement vraie: « tu es un petit diable qui me prends mon âme. Etre photographiée par toi est un plaisir et un honneur. » 

La vie nous a éloigné, Mylène et moi, mais cela devait être ainsi.

L’histoire est close.

 Mylène

Les casanovas 

Les casanovas, c’est tout d’abord une rencontre. Celle d’un photographe et d’un maquilleur en quête de création.

Tout deux à la recherche d’émotions vraies et de magie. 

Au début des années 80, je me fixe entre Paris et Venise et rencontre Denis Menendez, génie authentique du maquillage et de la coiffure. 

De notre complicité naîtront les fameux « Casanovas », personnages androgynes d’un 17/18ème siècle finissant, mis en scène dans des Palais vénitiens sous des lumières crépusculaires. Les « Casanovas » imposent alors un style novateur et audacieux. Une imagerie irréelle proche des plus grands peintres. 

Pour ma part, j’ai toujours été fasciné par l’ univers de splendeur décadente de cette période. 

Le théâtre italien que m’avait fait découvrir mon père Claude Mourthé, les fabuleuses rencontres en Italie avec Fellini et Zeffirelli, la lecture de Goldoni de façon plus studieuse, la commedia dell Arte, Arlequin, les masques, le mystère, puis la séduction cachée, l’ambiguïté de cette époque chez les protagonistes amoureux. 

J’en étais tellement passionné qu’il fallait que je réalise en photo un travail qui touche cette période de frivolité et d’aventures romanesques. 

J’avais en tête le Casanova de Fellini, la version particulière du Casanova de Comencini (la jeunesse de Casanova à Venise) et surtout le Barry Lindon de Stanley Kubrick, ce film merveilleux qui raconte l’ascension et la décadence d’un aventurier au travers de la société d’une fin 17/18 ème. 

Et puis Venise… 

Ca me semblait évident puisque tout à Venise évoque le théâtre, avec une espèce de grandiloquence pleine de références au passé. 

Cette ville est hors du temps et il y règne une atmosphère d’illusion comme dans les décors. 

Il semble qu’elle renvoie aux désirs de chacun, à de profonds fantasmes. Je l’ai aimé et je l’aime toujours. Elle est l’imaginaire de chacun. 

Nous avions 2O ans et nous étions dans un état de grâce pour réaliser ces images aujourd’hui reconnues mondialement. 

Depuis, nous en avons réalisé de nombreuses autres selon notre envie. 

Denis nous quitta en 1994 me laissant le soin de transmettre notre passion et de créer la suite de notre histoire.

Venise est un théâtre. La magie ne meurt jamais.

 

Dita 

Photographier Dita est toujours un vrai bonheur doublé d’un honneur. 

Elle me fait une confiance aveugle depuis presque dix années et me reste très fidèle malgré les nombreuses sollicitations du monde entier. 

Elle est l’incarnation de la Femme et du Fantasme dans toute sa beauté. 

Chaque image est magique et je la découvre un peu plus à chaque instant.

Elle est devenue une autre muse pour moi et succède aujourd’hui à la plupart de mes modèles avec une classe et une élégance inégalée.

 1995-07-d

Chaque photographie devient culte et notre travail est toujours d’une grande beauté et d’une sensualité inouïe. 

Merci Dita d’être une Femme pour moi. 

Christophe MOURTHÉ dans un article paru sur http://www.chezhiggins.com/crbst_204.html

 

Publié dans Mylène et L'ENTOURAGE | Pas de Commentaires »

Non, Mylène Farmer n’est pas toujours à poil

Posté par francesca7 le 19 avril 2016

Contrairement à une idée apparemment répandue chez les non fans de la Belle, Mylène n’est (encore) jamais apparue offerte sous les yeux d’un photographe, (j’entends offerte: dévoiler l’ensemble de ses charmes: poitrine et compagnie) exception faite de la séance qui a servi à illustrer la pochette de Rêver, où l’on découvre une Mylène ayant pour unique tenue un maquillage efficace, mais sans qu’aucune partie intime ne soit dévoilée :

Mylène est en effet recroquevillée sur elle-même, à l’instar de Je te rends ton amour. Mylène a toujours refusé les séances photos nues, qui sont selon elle définitivement motivées par la cupidité. (elle s’en explique après le clip Libertine, indiquant le nombre impressionnant de personnes qui ont voulu exploiter ce filon de nudité).

mylene31

En revanche, Mylène se dévoile totalement dans Libertine ou l’amour n’est rien. Quand un interviewer lui demande si elle est au courant des clichés qui circulent sur le net, Mylène avoue qu’il serait inutile de les interdire, puisqu’il est très facile de faire des arrêts sur image. Si Mylène n’est apparue de façon totalement suggestive qu’à une seule reprise, et ce pour les besoins de Libertine, elle n’a jamais rechigné à se montrer dans des poses sensuelles ou érotiques. Un journaliste n’a pas hésité à qualifier les photos illustrant le best of Les mots, réalisées par Ellen Von Unverth, de « porno chic. ».

La chanteuse s’en était offusquée « La pornographie n’a, à ma connaissance, jamais été chic. » en ajoutant qu’aucune « nudité apparente » ne s’y trouve proposée, avant de reprendre l’expression dans Porno Graphique: « je dis qu’il n’y a pas de porno chic »: cette expression l’a apparemment vraiment choqué.

Il est évident que comparée à une Hélène Ségara, Mylène Farmer fait figure de scandaleuse. Signalons que Mylène Farmer, contrairement à Madonna, ne se dénude jamais gratuitement.

Et puis, remercions de façon triviale Mylène : elle a un beau corps, et elle a la générosité de nous en faire profiter… (dois-je préciser qu’il s’agit d’humour, au risque de passer pour un fan aveuglé par sa passion ? )

Publié dans Mylène Autrement, Mylène et des CRITIQUES | Pas de Commentaires »

Tourner la page avec Mylène

Posté par francesca7 le 29 octobre 2015

                                         

 

     Tourner la page MylèneTout commence comme dans un rêve. Ce matin-là de l’année 1996, Amélie Nothomb reçoit l’appel d’une journaliste de Vogue qui souhaite organiser des interviews croisées de personnalités. « Choisissez n’importe quelle vedette qui soit située soit à Paris, soit à Londres », précise son interlocutrice. « La première personne à qui j’ai pensé était Mylène, explique la romancière, parce que depuis plusieurs années j’aimais beaucoup ce qu’elle faisait, notamment l’album Ainsi soit je, qui est à mon goût le plus beau et dans lequel j’adore tout. J’ai donc donné une liste au Vogue allemand avec Mylène Farmer au sommet, me disant : “Mylène est inaccessible mais on peut toujours rêver.” Une semaine après, à ma grande surprise, Vogue m’a rappelée en me disant : “Mylène Farmer est OK pour l’interview. Elle a lu vos livres et aime beaucoup ce que vous écrivez…” Je tombe par terre : elle a lu mes livres, c’est le comble ! »

 

     Rendez-vous est pris à l’hôtel de Crillon, le 22 décembre 1995. C’est Mylène qui organise tout, choisit son photographe, Marianne Rosenstiehl. « Je suis arrivée en métro, poursuit Amélie, et j’ai été accueillie comme une reine. On m’a dit : “Attendez, mademoiselle Farmer va venir.” Elle est enfin arrivée, maquillage télé, coiffure, habillement incroyable et tout et tout… J’étais très impressionnée, mais le contact s’est très bien passé. Mylène a été charmante. Je ne m’attendais pas à ce qu’elle soit comme cela. Je m’attendais en fait à quelque chose de beaucoup plus distant. Elle était extrêmement disponible, réservée c’est vrai, mais ouverte. Elle parle avec beaucoup d’intelligence. Elle réfléchit beaucoup à ce qu’elle dit et ce qu’elle dit n’est jamais banal. » 

     Pour la séance de photos, c’est le staff de Mylène qui prend Amélie sous son aile. « Sa coiffeuse et son habilleuse sont venues s’occuper de moi pour que je n’aie pas l’air trop ridicule à côté de la star. On s’est beaucoup amusées pendant cette séance, Mylène y étant beaucoup plus hardie. Ceci a duré environ cinq heures. » La belle entente se poursuit au-delà du travail. « Après, visiblement, le courant était passé, puisque Mylène m’a demandé si j’étais libre le soir. Nous sommes donc allées dans un restaurant japonais en compagnie de Jeff Dahlgren, Thierry Suc et Marianne Rosenstiehl. » 

     Un contact qui passe aussi bien entre deux personnalités aussi atypiques, et l’on se dit que peut-être se noue le début d’une amitié… C’est ensuite que le rêve d’un jour va déboucher sur un grand vide. 

Quelques semaines plus tard, pourtant, Mylène laisse un message sur le répondeur d’Amélie. Elle ne semble pas au mieux de sa forme et exhorte la romancière à la rappeler. Ce que fait Amélie aussi sec, sans réussir à parler à l’idole de vive voix. Par la suite, elle reçoit un appel de Thierry Suc. Il lui explique que Mylène serait très honorée de pouvoir inclure un texte signé d’elle dans le programme de sa tournée. Flattée, Amélie se met au travail avec sa passion habituelle. Et faxe quelques pages dans la foulée. Hélas ! il sera jugé « trop long » par la star, qui le fait dire à Amélie par le biais de Thierry Suc.

Pas de problème, Amélie rédige en un quart d’heure l’article qui sera finalement retenu, où elle cite le fameux mot de Baudelaire, « Le beau est toujours bizarre », pour dépeindre la chanteuse.  

     Plusieurs mois se passent. Toujours aucune nouvelle de Mylène. Par chance, le « Tour 96 » passe par Bruxelles, où vit Amélie Nothomb. La romancière, qui ne veut rater l’événement pour rien au monde, achète deux places. Le jour du spectacle, elle reçoit un appel du staff de la star : « Naturellement, Amélie, vous êtes invitée. » Un geste qui n’efface pas l’amertume. Même si, avec le recul, l’auteur de Hygiène de l’assassin estime que Mylène lui a fait « un très beau cadeau » en partageant une journée entière avec elle, les rendez-vous manqués qui ont suivi lui laissent un goût d’inachevé. Dans la préface de La Part d’ombre, une analyse très fouillée de l’univers farmerien, Nothomb évoque d’ailleurs une « muraille de glace » que la chanteuse dresse entre elle et les autres et qui la rend « prisonnière ».  

      Pour croiser la route de Mylène, sans doute faut-il accepter d’être uniquement de passage. Ce qu’elle peut offrir à cet instant-là, ce don de sa personne qui semble entier, et même chaleureux, rien negarantit qu’il se reproduira. Pour cette adepte du « Nevermore » cher aux romantiques, l’existence doit ressembler à une quête insatiable de sensations inédites. Afin de fuir la tiédeur, il faut éviter tout risque de bégaiement. Lorsque Mylène pressent qu’une seconde entrevue sera moins intense que la première, elle préfère ne pas donner suite. C’est ainsi. Se forcer ne servirait à rien.  D’ailleurs, elle ne se force en rien.  

      Si l’on devait établir la liste de ceux qui ont attendu en vain un coup de fil de Mylène, sans doute serait-elle longue. Mais, davantage encore que ces rencontres furtives qui ont pu faire naître des espoirs déçus, égratignures vite pansées, certains collaborateurs historiques, écartés de la route de la chanteuse, en ont gardé une forme d’aigreur. Jean-Claude Dequéant, le compositeur de Libertine, est de ceux-là. Dès 1987, alors que son tube a fait basculer le destin de la chanteuse, le duo Boutonnat/Farmer prend ses distances. « Ce sont eux qui se séparent de moi. Je suis assez contrarié : mon nom n’est jamais cité nulle part, même pas dans les propos de Mylène – une évocation de temps en temps, ça fait toujours plaisir. Je l’exprime avec un peu de véhémence et l’on finit par se quitter. » 

      farmer-Avec le recul, Dequéant comprend mieux les motivations de cette rupture artistique : la chanteuse et son mentor fonctionnent en circuit fermé et veulent le moins possible dépendre des autres. Elle va écrire les paroles, lui les partitions : ainsi, ils seront les seuls artisans de leur succès. « Laurent devait prouver qu’il était capable lui-même de fabriquer des tubes aussi forts que Libertine [...] La suite lui a donné raison puisqu’il y a eu d’autres chansons formidables nées de son cerveau et de celui de Mylène. J’ai par exemple une grande admiration pour Désenchantée ou C’est une belle journée. »  

      À deux, ils se créent une bulle où, finalement, les autres ne seront jamais que de simples figurants. Et malheur à ceux qui voudraient s’octroyer un premier rôle : à se croire indispensable, on s’attire une sanction d’autant plus implacable. Bertrand Le Page, dont le comportement devenait ingérable, en a fait les frais. Mais d’autres se sont vus remerciés sans avoir pour autant commis la moindre faute. Le cas de Christophe Mourthé est sans doute différent, puisque c’est lui qui coupe les ponts avec la chanteuse. Jugeant que ses talents ne sont pas reconnus à leur juste valeur, il décide de mettre fin à leur collaboration en 1987, après des vacances particulièrement tendues. Pour que la star comprenne sa décision, il boycotte le rendez-vous qu’elle lui a fixé. Un geste ensuite lourd à assumer. Car Mylène ne le contactera plus. Et il faudra dix ans au jeune photographe pour faire son deuil. « Quand vous entendez ses chansons à la radio et que vous la voyez à la une des magazines, les blessures ont du mal à se refermer », dit-il. 

     Une fois la page tournée, difficile de revenir en arrière. Elsa Trillat le sait. Pour elle aussi, la porte s’est soudain fermée à double tour, avec tout ce que cela suppose d’amertume. Des années plus tard, elle croise la chanteuse dans un aéroport. Toutes deux avaient été si complices par le passé que la photographe, intriguée par cet heureux hasard, tente de renouer le contact. En vain. « Derrière ses lunettes de soleil, Mylène est restée distante. Elle m’a dit avoir trop souffert pour envisager de me revoir. C’était une fin de non-recevoir, polie mais ferme. »  

      Pour Sophie Tellier aussi, la coupure est douloureuse. Au début des années 1990, la chorégraphe souhaite travailler davantage « pour elle » et moins « dans l’ombre des artistes ». Au moment de Giorgino, elle espère tout de même décrocher un rôle, comme Laurent Boutonnat le lui aurait laissé entendre des années auparavant. Mais quand elle en parle à Mylène, elle s’entend répondre : « C’est un film international, donc le casting est international. » Une douche froide. Sans doute, d’ailleurs, la star n’imagine-t-elle pas à quel point Sophie se sent blessée. Ainsi, lorsque la chanteuse l’appelle à la rescousse, depuis New York, pour l’aider à choisir ses danseurs pour la tournée de 1996, la chorégraphe dit non. « Toutefois, je lui laisse mon assistant, l’un des danseurs, Christophe Danchaud, ainsi que Valérie Bony – des gens en qui elle a confiance 360. » Depuis, plus aucune nouvelle. Et pourtant, malgré une cassure professionnelle qu’elle reconnaît avoir provoquée, Sophie Tellier aurait aimé revoir Mylène.

Il faut croire que, lorsque vous lui dites non une fois, les ponts sont coupés à jamais… 

     Faut-il en déduire que la star serait une manipulatrice prompte à exploiter le talent des autres avant de les jeter aux orties lorsqu’elle n’a plus besoin d’eux ? Certains ne sont pas loin de le penser. Pour Christian Padovan, musicien de la première heure, la chanteuse sait jouer de sa timidité afin d’obtenir ce qu’elle veut de ses collaborateurs. « C’est sa séduction. Personne n’est dupe, mais on préfère ne pas savoir si c’est de la manipulation ou pas. » Toutefois, dans ce débat, il convient de distinguer le ressenti de la réalité. Car s’il est désagréable d’avoir le sentiment qu’on s’est servi de vous, peut-on reprocher à une artiste de chercher à obtenir le meilleur de ceux qui l’entourent ? Philippe Séguy pousse le raisonnement plus loin : « Toute création se nourrit de la sève des autres, me dit-il. C’est le principe de tous les grands artistes. Dès que l’autre est dépulpé, il n’a plus de raison d’être. » 

     Certes. Mais l’art d’utiliser le talent des autres peut aussi s’exercer sans cynisme, avec respect. 

C’est ce que fait Mylène, y compris dans sa manière de rompre. Dès qu’elle décèle chez ses collaborateurs des frustrations ou des velléités d’indépendance, elle ne cherche pas à les retenir. Pourquoi leur compliquerait-elle la tâche ? La vraie question serait plutôt : pourquoi diable s’acharnent-ils à vouloir revenir après avoir tenté de partir ? Certes, travailler avec elle est toujours un choix. Il suppose une part d’abnégation, de soumission aussi, non à sa personne mais aux choix artistiques qu’elle a décidés. « Qui m’aime me suive », fredonne-t-elle dans L’Amour n’est rien… Mais elle n’oblige personne à l’aimer. 

     Mylène n’est pas de ceux qui s’encombrent du passé. Survivre dans ce milieu si dur, c’est se projeter sans cesse dans le futur. Quitte à réécrire l’histoire, du moins à effacer les souvenirs qui ne font pas sens dans son parcours. François, qui partagea un stage d’équitation avec Mylène à Conches en 1979, l’a appris à ses dépens.  

     Un soir de 1988, il aperçoit l’ex-cavalière à la télévision dans « Lahaye d’honneur », une émission en direct sur TF1. Ni une ni deux, il grimpe sur sa moto et fonce dans les studios de La Plaine-Saint-Denis pour des retrouvailles qu’il espère chaleureuses. La chanteuse se trouve à l’arrière d’une voiture, sur le point de quitter les lieux. Autorisé à s’approcher d’elle par Bertrand Le Page, il se présente. Mais bientôt, son enthousiasme retombe. « Elle ne me reconnaît pas. Ai-je changé à ce point ? Lorsque je lui rappelle les stages d’été, elle me répond simplement : “Écoutez, j’ai la mémoire qui flanche.” Alors, j’essaie d’évoquer un maximum de souvenirs, en un temps record, mais rien n’y fait. Elle a déjà un statut de star. On ne se reverra jamais, malheureusement. »  

   mylène   La chanteuse aurait-elle menti ce jour-là ? Rien ne permet de l’affirmer. Pour elle, qui a le sentiment d’avoir commencé à exister avec la chanson, il est naturel que ce qui relève de sa préhistoire se soit en partie évaporé. La fameuse phrase de Nietzsche, « l’oubli est la manifestation d’une santé robuste », s’applique à merveille dans le cas de Mylène. Pour affronter le présent avec l’énergie nécessaire, encore faut-il ne pas être encombré de scories du passé ; à plus forte raison quand ce passé vous rappelle que vous n’avez pas toujours été une star reconnue et adulée. C’est l’hypothèse, en tout cas, que forge Sophie Tellier lorsqu’elle réfléchit sur la question. « Le passage de la petite Mylène toute timide à ce qu’elle est devenue maintenant me fascine. C’est plutôt cette mutation, la construction du personnage, que je trouve incroyable. Elle a su retenir les conseils de Bertrand Le Page, c’est l’une de ses qualités : elle emmagasine très vite et elle est très bosseuse. Elle a appris le chant sur le tas, puisqu’au départ elle ne chantait pas du tout. La danse également, elle a gardé tout ça, on ne peut pas le lui enlever. Peut-être qu’elle ne désirait plus vraiment me voir parce que je suis “un témoin” de tout ce travail et de toute cette transformation. »

      Là encore, n’allons pas prêter à la chanteuse une dureté qui la rendrait insensible à la souffrance d’autrui. Même dans une histoire d’amour, rien n’est simple : celui qui rompt n’est pas forcément le bourreau, face à une innocente victime. Que Mylène soit capable de se détourner de personnes qui lui ont beaucoup apporté, c’est un fait. Qu’elle le fasse, aux dires de certains, avec indifférence, ce n’est, en revanche, absolument pas avéré. Au contraire, tout porte à croire qu’à chaque fois se produit un déchirement, un sacrifice nécessaire mais coûteux. 

      C’est sans doute le sens de sa reprise, lors de la tournée 1989, de la chanson de Marie Laforêt, Je voudrais tant que tu comprennes. À qui songe-t-elle en l’interprétant ? Quel souvenir peut provoquer un tel torrent de larmes ? La réponse n’appartient qu’à Mylène. Pourtant, une chose est sûre : les paroles lui vont comme un gant. « Je voudrais tant que tu comprennes / Toi que je vais quitter ce soir / Que l’on peut avoir de la peine / Et sembler ne pas en avoir. » C’est le thème de la rupture qui est clairement évoqué ici. Une séparation froide et irréversible, mais qui cache en réalité une souffrance. « Le cœur blessé on peut sourire / Indifférente apparemment », chante-t-elle. Combien de collaborateurs, d’amis, d’amants peut-être, ont-ils ressenti cette cruelle absence quand la chanteuse s’est détournée d’eux ? Sans doute faut-il voir cette chanson comme une lettre d’adieu qu’elle aurait pu adresser à chacun d’eux. 

      Oui, on peut tourner des pages qui sont autant de visages sans être un monstre. Que celui qui voudrait jeter la pierre à Mylène s’interroge sur son propre passé. Qui pourrait se targuer d’avoir cheminé sans laisser personne sur le bas-côté ?

 

Extrait du livre : MYLÈNE par Hugues ROYER aux Editions Flammarion 2008

Publié dans MYLENE par H.ROYER | Pas de Commentaires »

L’épreuve du miroir Face à Mylène

Posté par francesca7 le 12 septembre 2015

 

 

Tous ceux qui l’ont approchée ont été saisis par sa beauté. Hommes et femmes, indifféremment. Ainsi, l’écrivain Amélie Nothomb succombe lors de leur première rencontre, en décembre 1995, pour une interview croisée dans l’édition allemande du magazine Vogue. « La première chose que j’ai à dire, c’est que c’est une des personnes les plus belles que j’ai jamais vues. Elle est vraiment plus belle en réalité qu’en photo. C’est quelque chose qui m’a frappée. » Bien que Mylène ne possède pas des traits académiques, il émane de sa personne un éclat qui n’appartient qu’à elle. Une lumière qui provient de l’âme et irradie tout son être. H. R. Giger, le dessinateur qui a inspiré le décor du « Mylenium Tour », a lui aussi succombé. « En rentrant chez moi après notre entrevue, j’ai dessiné plusieurs portraits de Mylène, mais qui sont tous restés inachevés car il faudrait que je la revoie à nouveau pour mieux saisir sa beauté et son mystère si spécial. » 

Amélie N et Mylène

Qu’on lui dise qu’elle est belle ne la rassure pas. Au pire, ça peut même provoquer des réactions insolites. Dans Giorgino, la séquence où Jeff Dahlgren, après avoir dévalé un escalier, doit déclarer à la sauvage Catherine combien il la trouve jolie va être délicate à tourner. La raison ? Chaque fois, un irrépressible fou rire s’empare des deux acteurs. Sans doute Mylène a-t-elle du mal à recevoir ce type de compliment. Il faudra qu’elle ramasse un clou douteux au sol et le serre dans sa main jusqu’à sentir une douleur pour que la prise soit finalisée. 

Depuis ses débuts, avec une touchante sincérité, elle ne cache pas combien il lui est difficile de s’accepter : « Je ne me suis jamais trouvée jolie, et cela ne change malheureusement pas. » Lors de sa première tournée, elle semble obsédée par cette question. « J’étais son miroir, confie son manager. Elle me disait : “Bertrand, Bertrand, est-ce que je suis belle ?” Je lui répondais : “Non, mais tu es divine.” » Éprouve-t-elle un complexe particulier ? « Mon nez n’est pas ce que je préfère en moi. » Ainsi, à la photographe Elsa Trillat, elle aurait expliqué qu’elle se désolait de ressembler à Barbra Streisand. « Par moments, c’était une telle fixette qu’elle a envisagé de faire rectifier son nez. Mais je le lui ai déconseillé. Je lui ai dit : “Si tu fais ça, ton regard va changer.” » Mais Mylène n’est pas particulièrement à l’aise non plus avec son regard, cette légère coquetterie qu’on note sur quelques rares clichés, plus prononcée lorsqu’elle rit aux éclats. 

Quant à son nez, il a eu l’heur de séduire Amélie Nothomb. « Il est complètement japonais. Je l’aime vraiment beaucoup. Il paraît pourtant qu’elle n’en est pas fière. Elle a bien tort ! » Contrairement à d’autres artistes de sa génération, Mylène a choisi de ne pas corriger l’appendice que la nature lui a donné – et pas seulement par peur du bistouri. Bien lui en a pris : son nez singulier lui donne du caractère et lui confère sa beauté hors norme. D’ailleurs, grâce à la caméra de Laurent Boutonnat, mais aussi au talent des maquilleurs et des photographes, l’objet de son complexe va se fondre dans son visage comme cette neige dont elle raffole sous les rayons du soleil. 

Très vite, le cinéaste apprend en effet à offrir au public le meilleur de sa muse, ce trois quarts gauche qui la sublime à l’écran. Dès la fin des années 1980, Mylène sera systématiquement filmée sous son bon profil, que ce soit dans ses clips ou lors des émissions de télévision. D’ailleurs, lorsqu’elle accepte de venir sur un plateau, la place de la caméra et l’angle d’éclairage de son visage font partie des règles inflexibles. Même la télévision russe, en 1999, a dû se conformer à ces consignes strictes. 

Au détour d’une interview, Mylène évoque d’ailleurs cette forme de dédoublement d’elle-même : « Sur un visage, on dit que le côté droit est le présent, et le gauche le passé. Eh bien, je préfère mon côté gauche. »      Bien sûr, ses traits ne sont pas aussi fins et réguliers que ceux de certains top models. Elle trouve ses lèvres trop minces, son menton un peu fuyant, elle n’aime pas être photographiée de face. Un après-midi de l’été 1987, dans le sud de la France, autour d’une piscine où sont réunis amis et membres de sa famille, elle refuse obstinément de sauter dans l’eau. La raison ? « Elle ne veut pas qu’on la voie avec les cheveux mouillés, me raconte l’un des témoins de la scène. Elle s’imagine, à tort ou à raison, que ça ne l’avantage mylènepas. » 

Alors que son public la trouve magnifique, Mylène ne cesse de nourrir des complexes. Son sens exacerbé de l’esthétique génère une insatisfaction chronique. « Je sais que je ne suis pas un modèle parfait », dit-elle. D’où un rapport complexe au miroir. D’un côté, il est l’ennemi juré, celui qui lui renvoie ce qu’elle ne peut s’empêcher de voir comme ses défauts. De l’autre, il lui permet de s’apprivoiser, de chercher les angles qui la rassurent, bref de faire, le temps d’un coup d’œil furtif, la paix avec elle-même. « J’ai en permanence besoin du reflet de ma personne dans le miroir, même s’il n’est pas celui espéré », confie-t-elle en 1996, au risque de passer pour nombriliste. Dix ans plus tard, lorsque Thierry Demaizière l’interroge sur cette rumeur qui prétend que son appartement serait truffé de miroirs, elle esquive : « Je crois ne pas en avoir un seul. » 

Un paradoxe qui montre bien que rien n’est réglé. « Le souci de n’être pas assez jolie est une angoisse », lâche-t-elle comme si elle s’était résignée à une forme irrémédiable de souffrance. Les psychologues le savent, ce sont les êtres qui ne s’acceptent pas qui passent le plus de temps face au miroir. Sans doute parce qu’ils cherchent désespérément à s’aimer, guettant l’image qui va enfin les réconcilier avec eux-mêmes. En 1989, peu avant sa première tournée, Mylène s’offre un petit plaisir égoïste : accompagnée de Bertrand Le Page, elle remonte les Champs-Élysées dans une limousine noire pour voir les affiches du spectacle placardées sur les colonnes Morice. Lorsque l’image est flatteuse, il n’y a plus aucune raison de bouder son plaisir. 

Au fond, n’est-ce pas de cette fragilité, de cette faille narcissique-là, que naît la beauté véritable ? Le photographe Jean-Marie Périer, auteur d’une série de clichés de Mylène pour Elle en 1998, le dit à sa façon. « Elle m’avait prévenu gentiment que la présence d’un objectif la rendait marteau et que l’acte d’être photographiée la transformait en quelqu’un d’autre. C’était vrai, rien à voir avec la personne au charme si attractif. C’était une sorte d’ovni silencieux qui évoluait sur coussin d’air en évitant les regards. Elle s’asseyait joliment comme un oiseau timide en me lançant de temps en temps un regard qui disait qu’elle ne détesterait pas que tout ça s’arrête. De toute manière, j’étais séduit, puisque je n’ai d’attirance que pour les gens qui n’aiment pas se faire photographier. » 

Les êtres au physique trop parfait nous laissent indifférents. Parce qu’ils n’ont rien à prouver, aucune émotion ne transfigure la symétrie de leurs traits. On ne peut que les admirer, en aucun cas les aimer. Pour s’attacher à quelqu’un, encore faut-il s’accrocher à un défaut, croire qu’on est le seul à pouvoir panser une plaie secrète. Il en est de l’amour pour une chanteuse comme de celui qu’on éprouve pour la femme ou l’homme de sa vie. Cette réserve qui caractérise Mylène, ce visage qu’elle camoufle avec pudeur derrière les boucles de sa chevelure rousse, voilà ce qui la rend aussi attachante aux yeux du public. Quand elle pleure sur scène, qui n’aurait pas envie de la prendre dans ses bras ? 

Farmer Mylene De cette fragilité, elle va faire une force. Puisqu’elle ne se trouve pas jolie, elle sera sublime. Glamour et sexy à la fois. Envoûtante et énigmatique. Infiniment désirable et distante dans le même temps. L’objet parfait du fantasme. Pas besoin d’être la plus jolie pour ça : l’intelligence fait le reste. D’où ce rapport délicat à la photographie. Lorsqu’elle accepte une séance, elle sait le degré d’exigence qu’elle veut atteindre : trouver le cliché qui la rendra séduisante à ses propres yeux. Mission périlleuse, tant elle a fixé la barre à une hauteur démesurée. « Quand on ne s’aime pas ou qu’on ne s’accepte pas, on est beaucoup plus critique. Il y a des images que l’on déteste et, quand on déteste, on déchire. » Tous ceux qui l’ont photographiée savent combien elle est impossible, combien il lui faut être rassurée, par la coiffure, le maquillage, le stylisme, la lumière, avant de se laisser capturer.  D’où, également, cette sophistication dans la construction de son image. Puisque Mylène ne s’aime pas au naturel, elle n’apparaîtra jamais à la télévision sans être au mieux de son apparence. À plus forte raison, elle soigne son look dans ses clips. Quitte, parfois, à en faire trop ? C’est ce que penseront certains fans en découvrant, en 2006, le clip de Q.I. Cheveux soigneusement ondulés et laqués, maquillage sophistiqué : elle ressemble à une poupée un peu trop apprêtée, ce qui, selon certains, a pu nuire au propos du clip, montrant un couple d’amoureux au quotidien. 

Que Mylène, en s’aimant aussi peu, soit devenue aussi belle dans l’esprit du public, constitue sans doute le paradoxe le plus réjouissant de toute sa carrière. Au fond, cette faille que l’on perçoit, sous la perfection de l’artifice, la rend terriblement humaine et touchante. Que penserait-on d’une artiste qui se gargariserait de sa beauté ou se complairait dans l’autosatisfaction permanente ? Sans doute qu’autant de prétention ne mérite pas qu’on s’attache à elle. « Qui peut s’aimer, à part les imbéciles  ? » me souffle Philippe Séguy. Il n’a pas tort. Si besoin était, Mylène nous apporte une preuve supplémentaire de sa clairvoyance. 

 

Extrait du livre : MYLÈNE par Hugues ROYER aux Editions Flammarion 2008


Publié dans MYLENE par H.ROYER | Pas de Commentaires »

POUR UN CLIP AVEC TOI Mylène Présenté par Laurent BOYER

Posté par francesca7 le 25 mai 2015

M6 du 7 AVRIL 1991

« J’ai un souci de garder les choses secrètes, je suis probablement comme les enfants : j’aime encore les surprises. »

1991-01-hLe contexte de ce long entretien est un cas unique, puisqu’il a lieu sur le plateau du clip « Désenchantée », en plein tournage de celui­-ci. Laurent Boyer se retrouve donc en extérieur, aux côtés de Mylène qu’on découvre avec son apparence du clip, protégée du froid par une grosse doudoune noire.

Cette interview est la première apparition télévisée de Mylène depuis novembre 1989. Après la fin du Tour 89 début décembre, elle avait alors complètement disparu médiatiquement.

Laurent Boyer : C’est en direct de Budapest, en Hongrie, en fait à la sortie de la ville, que nous sommes installés pour le cinquième jour de tournage du clip qu’on attendait ­ enfin du clip et du 45 tours de Mylène Farmer qui s’appelle « Désenchantée », que vous entendez à la radio déjà depuis le 18 mars, dans l’attente d’un album qui s’appelle « L’Autre… », et qui sortira le 8 avril. (la date de sortie nationale officielle de l’album est le 10 avril 1991, nda) Alors, déjà, merci à Mylène de nous recevoir ici, car c’est la première fois qu’une équipe de télévision ­ petite, l’équipe ! ­ a le droit de s’installer sur le tournage d’un clip C’est bien la première.

Bonjour Mylène !

Mylene Farmer : Bonjour (elle sourit puis baisse la tête, les yeux plongés vers le sol).

LB : Alors vous découvrez une Mylène un peu… on comprend pas bien… On se dit qu’elle est sortie d’un roman de Charles Dickens. Vous voyez que ce matin, on l’a un peu tabassée, elle a un petit peu de sang qui coule des lèvres. Elle a beaucoup souffert et elle est habillée, comme d’habitude, par Thierry Mugler (rires), ou encore Amor, comme on peut le constater. Mylène, bienvenue. Merci de nous recevoir ici, c’est très joli. (en regardant derrière) Je crois que ça, c’est en fait l’image du début du clip…

MF : Oui (elle hoche la tête)

LB : Je crois que le clip commence comme ça. On est en plein tournage donc on est comme vous, on découvre un petit peu l’ambiance de ce clip. Alors, c’est Mylène dans cette tenue­là qu’on découvrira dans le clip…

MF : Sans le manteau !

LB : Sans le manteau, parce que le manteau a un côté un peu plus mode…

MF : Un peu moderne, oui.

LB : Il faut dire qu’il ne fait pas très chaud. Cinquième jour de tournage. Il y a combien de temps que tu es installée ici, Mylène ? Ça fait une huitaine ?

MF : Ça fait à peu près huit jours, oui.

LB : Je sais que c’est pas très facile pour toi parce qu’il y a les conditions climatiques qui ne sont pas évidentes. Je crois qu’il a fait très froid, la semaine dernière…

MF : Oui, beaucoup plus froid qu’aujourd’hui.

LB : Là, ça va un petit peu mieux. On a droit au soleil sur Budapest. Assez joli… Et puis, tu te lèves très tôt, et vous tournez toute la journée, c’est ça ?

MF : On a des horaires un peu différents chaque jour. Mais ce matin, on s’est levé à cinq heures du matin.

LB : Alors cet album arrive. On en a beaucoup entendu parler. Et quoique, puisque ça fait un moment que tu es absente, en fait. Depuis le dernier Bercy, on n’entend plus parler de Mylène Farmer…

MF : Je crois que ça fait un peu plus d’un an, maintenant.

LB : Qu’est­ce qui s’est passé ? C’était une retraite ou c’était le temps de la création ?

MF : Je crois que c’est un petit peu des deux. Je crois qu’on a besoin de se cacher après une scène. C’est beaucoup d’émotion. Et d’autre part, j’ai préparé le… troisième album, je crois ?!

LB : C’est le troisième, je te le confirme ! (rires)

MF : C’est le troisième. Et ma foi, voilà, ça a pris à peu près quatre, cinq mois de studio.

LB : De studio, et de création aussi, d’écriture, parce que tu as écrit…

MF : Oui. Toute l’écriture, c’était vraiment sortie de scène jusque entrée en studio.

LB : Est­ce qu’on peut dire…Cet album, on n’en parle pas encore, il sort le 8 avril, donc on ne sait pas encore, personne n’a écouté. On sait qu’il s’appelle « L’Autre… ». Il y avait « Ainsi Soit Je… », il y a « L’Autre… » maintenant. C’est quoi, c’est une continuité cet album ?

MF : (elle hausse les épaules) J’ai un petit peu de mal à m’expliquer quant au contenu d’un album. Je dirais que c’est de la même veine. C’est très difficile pour moi. C’est quelque chose d’assez mystérieux finalement, même pour moi.

LB : Y’a que toi qui a écrit sur cet album…

MF : Oui.

LB : …ou on trouvera d’autres textes d’autres gens ? (Mylène fait « non » de la tête). Y’a une dizaine de titres, c’est ça ?

MF : Oui, il y a à peu près dix titres. Il y en a même dix. Et non, je suis la seule à écrire. J’ai délaissé les poètes ! (petit rire)

1991-01-aLB : Bien. Les conditions de tournage, vous le verrez, parce que vous allez voir énormément d’images du tournage, on en profite en fait puisque tu nous reçois ici, vous allez découvrir de quelle façon Laurent Boutonnat et Mylène Farmer travaillent sur un clip, sur ce clip qu’on découvrira tout à l’heure, « Désenchantée ». Vous le verrez par deux fois, ce clip, avant la fin de l’émission, deux versions différentes. Il y a à peu près une centaine de figurants ici ?

MF : C’est ça.

LB : Des enfants. Alors pourquoi avoir choisi des enfants ? Des enfants hongrois en fait, à Budapest. Y’a une raison particulière ?

MF : Il y a plusieurs raisons pour le choix de la Hongrie. Il y a d’abord la neige. On voulait un paysage de neige. D’autre part, effectivement, on voulait beaucoup de figurants. Et on voulait surtout des enfants qui portent quelque chose de grave dans le visage, dans le regard. C’est vrai que les pays de l’Est, pour ça, c’est fabuleux. D’autre part, il y a beaucoup de techniciens en Hongrie qui sont très performants et professionnels.

Et enfin, une des dernières raisons, c’est que c’est beaucoup moins cher, et qu’on peut faire des choses grandioses avec peu de moyens, finalement.

LB : Est­-ce que ça veut dire que ça va être dans la lignée de l’imagerie Mylène Farmer ? Parce que c’est vrai que Mylène Farmer, on l’associe aux clips, clips scénarisés qui sont en fait des films, non plus des clips. Est-ce que c’est dans la même veine et ça s’inscrit toujours dans cette veine scénarisée et à grand spectacle ?

MF : Ce sera la même chose. C’est la même écriture et le même réalisateur. Et pratiquement la même équipe à chaque fois, sur chaque tournage.

LB : Est-­ce qu’on peut dire aussi que, quelque part, si vous venez tourner ici, en Hongrie, à Budapest… On y pense souvent quant à toi, tes ambitions cinématographiques, et celles de Laurent… On peut se dire qu’il y a peut­-être aussi… On sait que « Cyrano de Bergerac » a été tourné en Hongrie. On peut se dire qu’il y a peut­ être aussi, pour toutes les conditions que tu as données, les prémices d’un futur long métrage, le moyen de repérer pour un long métrage…

MF : (sourire) Ça, c’est quelque chose d’envisageable, qui a été envisagé. Mais j’avoue que, pour l’instant, c’est quelque chose qui n’existe pas, et puis c’est quelque chose qui appartient à Laurent, en tous cas pour l’instant. Donc, en fait, je ne puis rien dire. Mais ce que je sais, c’est qu’il avait fait effectivement des repérages, avant d’envisager le clip, en Hongrie pour un long métrage.

LB : L’histoire de Mylène Farmer en clips, on va essayer de la découvrir. On va découvrir plusieurs extraits des grands clips de Mylène, et on en reparle dans quelques instants. Regardez bien : Mylène Farmer en images.

Diffusion d’extraits des clips de « Libertine », « Tristana », « Sans contrefaçon », « Pourvu qu’elles soient douces », « Sans logique » et « A quoi je sers… ».

LB : Voilà, Mylène. On vient de découvrir les extraits des on va appeler ça des films, Mylène Farmer, de « Libertine » à « Tristana », tous les grands classiques. Qu’est­ce que ça te fait de revoir ton histoire, et presque ta carrière, en clips ? C’est vrai qu’on a beaucoup associé ça, avant la scène  j’entends : l’association, c’était « Mylène Farmer, c’est de l’image ; Mylène Farmer n’existe que par l’image ». Est­ce que tu as ce sentiment ? Est­ce que tu la revendiques, ou est­ce que, au contraire, ça te gène, maintenant que tu as fait de la scène ?

MF : Non, non, je n’ai aucune gêne quant à mon passé. C’est quelque chose qui est, je crois, très important pour moi, l’image. C’est ce qui m’a fait connaître, très certainement. Bien évidemment les chansons, mais c’était quelque chose d’essentiel en tous cas. Donc j’en suis très contente. Très contente. Et c’est vrai que j’avais besoin de la scène, mais ça c’est pour mes propres émotions, pas… (silence)

LB : Justement, à ce propos, tu dis que, en fait, assez fréquemment, tu es en état de peur, et que tu as besoin de cette peur pour oublier. Mais pour oublier quoi ? Tes angoisses ?

MF : Pour oublier ses angoisses, pour oublier que la vie est profondément dure et parfois laborieuse. Pour oublier beaucoup de choses qui sont trop intimes pour vous les raconter.

LB : D’ailleurs, tu cites quelqu’un qui s’appelle Luc Dietrich, qui dit « L’oubli c’est le sommeil de nos douleurs ».

MF : Euh… No comment ! (rires)

LB : C’est ça? Tu confirmes? Y’a pas de problèmes, ça reste ça. Mais cette trouille, elle te fait du bien, elle te motive ? Par exemple, au moment d’entrer en studio, tu dis que tu as quelques angoisses. Mais quand tu parlais de ça, tu n’avais pas encore fait la scène ­ y’avait pas encore eu le Palais des Sports, Bercy…

MF : Les véritables angoisses sont quand même celles, je crois, de la scène. Le studio, c’est autre chose. En tout cas, le studio, moi je parlerais plutôt de l’écriture. Parfois, on a l’impression qu’on n’a plus de nourriture pour pouvoir aussi donner des choses. Ça, c’est quelque chose qui m’a fait un peu peur : quand on sort de scène, on est complètement vidé. Et puis, on s’aperçoit que ça se fait au fil du temps.

LB : Vidée de ses émotions, de son trac, de ses sentiments ?

MF : Non, comblée d’émotions. Mais, c’est difficile à exprimer. C’est…

1991-01-bLB : C’est un petit peu particulier quand même pour quelqu’un qui a une trouille permanente, ou qui a des angoisses et une peur, de monter sur scène devant dix­ huit mille personnes.

MF : Il y a une différence entre trouille et angoisse, je trouve.

LB : Les angoisses, c’est plus profond ?

MF : J’en sais rien. Enfin moi, je me résumerais comme quelqu’un d’angoissé, mais pas trouillard du tout par contre. C’est quelque chose de très motivant finalement, oui.

LB : L’exécutoire c’est l’écriture ? Par exemple, tu dis que tu as eu une période d’écriture après Bercy…

MF : Dans un premier temps, oui, c’est l’écriture, absolument. Mais il y a beaucoup de choses à jeter.

Justement, quand a eu des émotions très, très fortes, en général, l’après émotion, c’est pas le moment pour rédiger des choses. Je crois qu’il faut attendre quelques mois avant d’essayer de s’échapper de quelque chose de puissant.

LB : Tu fonctionnes presque comme une éponge : tu as besoin de regarder ce qu’il se passe autour…

MF : La métaphore est jolie, je vous remercie ! (rires)

LB : N’est­ce pas ?! Je vous en prie ! J’aurais pu choisir autre chose, c’était inélégant. C’est fonctionner comme une éponge : regarder ce qu’il se passe autour et retracer une histoire. Par contre, il y a une chose qui est étonnante, c’est que dans la plupart de tes titres, assez fréquemment, ça revient souvent, comme un leitmotiv, il y a la mort qui est là, qui est présente. Est­ce que ça fera également partie du futur album, de « L’Autre… » ?

MF : Je dirais que c’est quelque chose qui est inhérent à ma vie. C’est quelque chose qui me trouble. Est­ce que ça me passionne ? Je ne sais pas bien. Oui, c’est quelque chose qui sera présent, mais c’est en deçà des mots, c’est pas forcément dit avec violence non plus.

LB : Ça, ça fait bien partie de ton personnage. Quand on parle de toi, on a presque envie de parler de clairobscur.

On a l’impression qu’il y a des antinomies, des paradoxes permanents. Il y a la sauvage d’un côté, puis la timide de l’autre subitement…

MF : Elles existent. Je crois qu’on ne peut pas fabriquer pendant sept années. Je suis comme ça, et je peux avoir mes moments d’euphorie, comme tout le monde, bien évidemment. Mais je crois que je suis profondément timide.

LB : Alors, on vient de voir une série de clips, de « Sans logique » à « Sans contrefaçon », ou encore « Tristana », « Libertine ». Il y en a un qu’on n’a pas vu, volontairement, qu’on va découvrir maintenant, c’est « Ainsi Soit Je… » où là, effectivement, c’est peut­être ce côté paradoxe, il s’est passé autre chose dans le tournage de ce clip. Déjà dans l’utilisation du noir et blanc, et du sépia. Et puis, c’était pas une scène à grand spectacle. On n’était pas, comme ici à Budapest, dans une usine désaffectée, avec de la neige, avec des trains qui passent. Et je crois que c’est un des clips que tu préfères, c’est une des images de toi, « Ainsi Soit Je… », que tu aimes bien.

MF : Je sais pas si c’est une image que j’aime bien. Là, j’apprécie beaucoup la sobriété de ce clip. Pour le thème, le sujet et l’univers, en tous cas l’ambiance, je crois que c’était important d’être très, très sobre, et surtout pas explicatif, pas être narratif non plus. Donc avoir des images et suggérer des choses, c’était plus important.

LB : « Ainsi Soit Je… », Mylène Farmer. On regarde.

Diffusion du clip de « Ainsi Soit Je… ».

LB : « Ainsi Soit Je… », Mylène Farmer. Donc un des clips que Mylène préfère. Rentrons maintenant dans le détail : si on est ici à Budapest, c’est pour vous montrer, c’est ce que vous allez découvrir, des images de ce tournage de clip. C’est une première fois, je le disais tout à l’heure, et l’on t’en remercie, avec Laurent Boutonnat et Thierry Suc, de nous avoir acceptés sur le tournage d’un clip, parce que vous êtes un peu avares d’images de ce travail que vous faites en équipe sur le tournage d’un clip, comme en ce moment ici, en Hongrie.

MF : Je ne sais pas si nous sommes avares, mais c’est assez difficile qu’une autre équipe intervienne parce que, quelquefois, un tournage, surtout comme celui­-ci, c’est une grosse machinerie et ça peut perturber le metteur en scène, et tout le monde. Et c’est vrai qu’on a un souci de garder les choses secrètes, mais parce que, moi, je suis probablement comme les enfants : j’aime encore les surprises. Donc j’aime bien cet effet de surprise quand on a un nouveau clip ou de nouvelles chansons. C’est pour ça que je fais très peu écouter l’album avant qu’il ne sorte. C’est une manière de préserver la chose.

Images du tournage de « Désenchantée », avec la mention : « Budapest ­ 22.02.91 ». Les figurants attendent.

Mylène aussi…

LB : A propos de ce titre, tu parles de génération, de chaos, d’intensité ­ j’ai eu l’occasion d’écouter le titre une fois. C’est presque un titre d’actualité. C’est une fois de plus le malaise. Mais c’est le malaise de quoi ? D’une génération ? Y’a ‘génération’ dedans. Quelle génération ?

MF : Là, je suis un petit peu désolée parce que, même si le mot ‘génération’ existe, je parle surtout de moi. Je ne veux en aucun cas impliquer, même si j’emploie une fois de plus le mot ‘génération’, je n’implique que moi.  Maintenant, c’est que si quelques personnes pensent comme moi, je dirais tant mieux ! Mais, une fois de plus, ça n’engage que moi. Je ne veux en aucun cas faire de la revendication. Et moi, me situant plutôt hors du temps et hors de l’Histoire, je préfère qu’on ne me considère que comme tel.

LB : Mais pourquoi te situes­tu hors de tout ? Parce que rien ne te touche ? Ça m’étonne…

MF : Ça n’a rien à voir. On peut se situer et se placer hors de tout. C’est une manière de se protéger, c’est une manière surtout de s’échapper du monde environnant. Maintenant, je fais la même chose que vous toute la journée, probablement. Mais en aucun cas, je ne me servirais de l’actualité présente. Non pas parce que ça ne me touche pas, ce serait cruel de le dire, mais parce que ce n’est pas mon propos que de parler de ça.

Images du tournage du clip de « Désenchantée » ­ la scène où Mylène et les enfants s’enfuient du camp. Gros plans sur de nombreux figurants.

Laurent Boutonat and Mylène FarmerLB : Parle-­moi un petit peu de « Désenchantée ». Vous êtes venus ici, à Budapest, tu le disais tout à l’heure, pour des raisons de tournage. Je sais que Laurent et toi vous aimez bien la neige, vous aimez bien l’humeur de cet endroit, la Hongrie. Mais dans le clip, on voit de jeunes enfants ­ il y a une centaine de figurants hongrois ­ avec des têtes très particulières, grimés, masqués, habillés un peu comme toi…

MF : Tout à fait. Même encore plus sales ! (rires)

LB : Assez minimaliste, quoi, dans la tenue. Alors, pourquoi ce choix ? D’où vient l’inspiration de ce choix ?

MF : Là, j’avoue qu’il est né probablement d’un amour commun, de Laurent et moi­-même, pour tout ce qui est Dickens, qui est « Oliver Twist ». On aime beaucoup, tous les deux, David Lean qui avait réalisé, je crois que c’était un de ses premiers longs métrages, qui était « Oliver Twist » qui était absolument magnifique. Et c’est surtout cette approche du conte qui est permanente.

LB : Oui, ça reste un petit peu dans ce qu’on a vu déjà chez toi…

MF : Oui

LB : …dans les histoires qui avaient avant, dans les scénaries qui avaient été développés. C’est toujours un conte et une histoire. Tu aimes les histoires. Tu aimes les fins, aussi, qui sont pas forcément belles, c’est que tu dis à propose du cinéma.

MF : Oui. J’aime les fins, je crois même que je préfère, les fins tragiques.

LB : Tu fais beaucoup de reproches d’ailleurs au cinéma français à ce sujet­là.

MF : (soupir) Je le fais dans ma vie privée ! (rires) Et en privé, très souvent, je… Non, je ne ferai pas de grands discours sur le cinéma français. J’ai l’impression effectivement que le cinéma français, en tous cas celui d’aujourd’hui, me touche moins qu’un autre cinéma ­ le cinéma russe, le cinéma américain parfois, le cinéma anglais. Maintenant il y a toujours des…

LB : (la coupant) Tarkovsky, dans le cinéma russe, par exemple ?

MF : C’est quelqu’un que j’aime beaucoup. J’aime beaucoup Bergman, David Lean qui malheureusement a arrêté de tourner, je crois. Mais j’aime aussi… Il y en a beaucoup.

LB : Dans « Désenchantée », dans le clip, c’est un univers carcéral particulier…

MF : On a essayé d’avoir quelque chose d’intemporel. C’est pour ça aussi le choix de ces costumes, parce qu’on ne peut pas tout à fait situer l’époque. Alors ça se situe effectivement dans un milieu carcéral. Il y a une autorité autour de ces enfants. Qu’est­ce qu’on peut dire ? Et que ces enfants n’ont rien à perdre, donc il leur reste comme solution la révolte, et c’est ce qu’il va se passer dans le clip.

Images du tournage du clip de « Désenchantée » ­ la scène de la fuite des enfants.

LB : Je me souviens, enfin j’ai lu ça quelque part, sans parler de ton histoire, que quand tu étais petite, tu passais beaucoup de temps dans les hôpitaux psychiatriques. Tu as fait ça pendant un petit moment…

MF : Ce n’était pas des hôpitaux psychiatriques, c’était d’ailleurs l’hôpital de Garches, qui a beaucoup d’enfants handicapés, moteurs et mentaux effectivement. Je m’en suis, en tout cas j’en ai un souvenir, j’ai eu l’impression de m’en occuper beaucoup. J’y allais très souvent le dimanche. J’étais assez petite.

LB : Mais c’est pas un truc de petite fille, ça ! C’est quand même assez original, comme attitude…

MF : Je sais pas bien. J’avais probablement besoin d’aller vers quelqu’un, vers les autres en tous cas. Mais c’est bouleversant, c’est passionnant. Peut­être que j’y retournerai un jour…

LB : Ça n’a pas de rapport avec ça, avec l’encadrement, toute la structure qui est autour des enfants du clip ?

MF : Peut­être inconsciemment. Là j’avoue que… (rires)

LB : Y’a pas d’incidence ?

MF : Effectivement, il y a des acteurs, de jeunes enfants, qui sont handicapés. Et on s’est aperçu ­ il y a une anecdote absolument magnifique ­ qu’un enfant handicapé, qui est sur le tournage, et qui s’est adapté au tournage en quatre jours. Et son éducatrice nous a dit que, en quatre jours, il avait fait des progrès de six mois. Donc c’est une jolie récompense (sourire).

LB : Là c’est ton côté humaniste ?

MF : Oh non !

LB : Comment tu échanges avec tous ces jeunes hongrois qu’on voit là ?

MF : C’est un échange uniquement de regards puisque nous n’avons pas la même langue, et que les interprètes ne sont pas toujours là pour traduire. Ce sont des regards et puis… Ce sont surtout des gens…

Tous ces figurants ne jouent pas. Ils sont très, très justes. Enfin, ils jouent, mais en aucun cas ne surjouent, et c’est ce qui est fascinant. Ils ont une spontanéité. On a l’impression qu’ils sont nés dans ces costumes, dans cette époque. Et ça, j’avoue que c’est un plus pour le tournage.

LB : Je crois que c’est un parti pris. J’ai eu l’occasion de parler avec ce qu’on appelle un casting-­producer ici ; il m’a dit que, dans le choix des gens, il y avait peu de comédiens, hormis la matonne…

MF : Absolument, oui.

LB : Il y a des délinquants, des jeunes enfants de l’école…

MF : Il y a de tout, oui. Ce sont des gamins de la rue. (rires)

LB : …avec leurs réactions. C’est­à­dire quand on vit à Budapest, quand on a vécu ce qu’on a vécu, quand on a eu l’histoire qu’on a eue, dans une ville qui, somme toute, quand on se promène un peu ici, on sent que c’est pas forcément réjouissant au niveau de l’humeur et de l’âme….

MF : C’est en tous cas habité.

LB : C’est ça, on sent qu’il y a une âme, mais on sent qu’il y a une pression.

MF : Il y a une dureté et il y a une…oui une dureté réelle.

Images de Laurent Boutonnat filmant la scène finale de « Désenchantée ». Laurent Boyer, qui est à ses côtés, réussit l’exploit de faire dire quelques mots au réalisateur, habituellement très discret.

Laurent Boutonnat : On a une scène avec tous les figurants, avec Mylène. C’est un raccord à faire sur ce petit monticule. Nous, on est derrière, avec la caméra. On va faire brûler des pneus pour avoir une grosse fumée noire, pour être raccord avec l’usine d’hier où il y avait le feu, etc. Ils sont censés s’échapper de l’usine, et ils vont descendre de cette petite colline pour courir dans cette immense plaine, vers rien.

L. Boyer : Ce sera le dernier plan du clip ?

L. Boutonnat : C’est l’amorce des derniers plans en fait. C’est le premier plan où ils s’échappent de cette prison/usine pour partir dans la plaine. Après, on a plusieurs plans à faire de leurs visages qui courent…

L. Boyer : Ça a été un bonheur pour toi d’avoir cent figurants, de jeunes hongrois ?

L. Boutonnat : Oh oui, oui, oui. C’est formidable !

L. Boyer : Pas trop difficile à gérer ?

L. Boutonnat : Non parce qu’il y a une équipe très solide qui tient bien tout ce monde­là. Ils ont des têtes extraordinaires en plus. Il y a quelque chose de formidable ici, c’est qu’ils sont… Ils jouent bien. C’est même pas jouer ; ça leur plaît de faire ça, donc c’est presque naturel.

L. Boyer : C’est peut­être mieux que des comédiens. Ils ne surjouent pas !

L. Boutonnat : Ah oui ! C’est impossible, les comédiens ! Ils ont quelque chose de naturel comme ils ont jamais fait ça de leur vie, ils ont une espèce de maladresse. Mais t’as l’impression qu’ils ont fait ça toute leur vie, que ce sont de grands professionnels.

L. Boyer : T’as voulu tourner ici, ça s’appelle la pousca…

L. Boutonnat : La puszta !

L. Boyer : C’est quelque chose d’énorme. C’est la plaine hongroise. Le ciel se rejoint avec la terre.

L. Boutonnat : Absolument. La Hongrie est un pays plat où il n’y a que des plaines. Et tout le centre de la Hongrie, c’est ça : des centaines de kilomètres avec rien, et c’est très impressionnant, surtout avec la neige.

On a l’impression que le ciel et la terre se rejoignent et que y’a rien. C’est le néant. Et c’est beau.

Après quelques images du tournage de la scène de fin et une page de publicités, on retrouve Laurent Boyer aux côtés de Mylène Farmer.

LB : A Budapest, dans un lieu un peu particulier qui est un lieu de tournage, celui que Mylène Farmer et Laurent Boutonnat ont choisi pour ce clip, « Désenchantée », qu’on va découvrir dans quelques instants puisque vous allez le découvrir pour la première fois sur M6, presque en exclusivité, parce qu’il est pas passé beaucoup avant. On a parlé un peu de ce clip, de la façon dont tu as travaillé. Alors toi, c’est ta tenue permanente, ta tenue Dickens on va dire, c’est un peu ça. Et puis, un travail de maquillage. Tu n’hésites pas à te grimer. Là, on voit que tu as effectivement la petite trace de sang. Tu as beaucoup souffert dans ta vie…

MF : (elle sourit et pose un doigt au coin de sa bouche) Je me suis fait très mal ici. C’est parce que j’ai reçu des pierres. Donc, fatalement, je me suis coupée avec une pierre.

LB : Il y a autre chose que tu as coupé, ça tout le monde l’aura remarqué. J’ai pas sauté dessus tout de suite…

MF : C’était élégant ! (rires)

LB : Merci !

MF : Ils sont coupés !

LB : Ça va de plus en plus dans ton côté…pourquoi j’allais dire androgyne ?

MF : Allons bon ! (rires)

LB : Est­ce qu’il y a un autre mot ? Peut­être ‘différente’ ? Ce côté masculin. Oui, ce côté masculin. On sait pas trop quoi. Cette image un peu masculine et féminine. Le fait de couper les cheveux, tu sacrifies au mythe.

Mais la coupe, on va dire « Mylène Farmer, décidément, est de plus en plus masculine »…

MF : Oh non, je ne pense pas. En tous cas, ce n’est pas mon souhait. Et je pense qu’on peut avoir des cheveux très courts et être très féminine quand même.

LB : Un exemple : Katherine Hepburn.

MF : Audrey Hepburn! Katherine Hepburn a eu les cheveux longs plutôt, elle. Mais elle avait une façon très féminine de s’habiller, mais toujours avec des pantalons. Très sobre. Que puis­je vous dire sur la coiffure ?

1991-01-gLB : Sinon que t’avais envie de le faire, et que ça fait causer quoi !

MF : Ça, c’est vous qui dites que ça fait causer ! Moi, j’avais tout simplement envie de changer de tête, c’était important pour moi. Et puis, c’est plus facile de se coiffer quand on a les cheveux courts !

LB : J’aime quand on parle de pratique comme ça, c’est bien ! (rires) Mylène Farmer, « Désenchantée », le clip, on le regarde tout de suite, et c’est la première fois que vous le découvrez.

Diffusion du clip « Désenchantée », version courte.

LB : Mylène, on a parlé tout à l’heure des enfants hongrois, on en a beaucoup parlé, de ce choix, du lieu bien sûr. Alors, il y a une infrastructure et une équipe assez importantes. Il y a beaucoup de gens sur ce tournage…

MF : Je crois qu’il y a à peu près cent vingt personnes, mais il y a surtout douze personnes, enfin ‘surtout’ parce qu’elles viennent de Paris, douze personnes dans l’équipe technique.

LB : Des français, donc ?

MF : Oui, absolument.

LB : Avec qui vous avez l’habitude de travailler ?

MF : Oui. Jean­Pierre Sauvaire, qui est chef opérateur. Carine Sarfati, qui est aux costumes. Et beaucoup d’autres, et je m’excuse de ne pas les citer.

LB : C’est une équipe de copains, ça. C’est des gens avec qui vous travaillez fréquemment. On a l’impression que c’est presque une famille…

MF : Oh oui. C’est des gens de grande qualité humaine et professionnelle. C’est vrai que c’est un plaisir, à chaque fois, de les réunir à nouveau.

LB : On voit pas de chevaux dans ce clip !

MF : Non.

LB : Y’a pas le…

MF : Le syndrome chevaux ? (rires) Non, il n’existe pas ! (le dernier jour du tournage, une scène montrant un squelette au dos d’un cheval noir parcourant la fameuse plaine vide sera pourtant tournée, mais coupée au montage final, nda)

LB : Y’a pas le Cadre Noir, et pourtant, ça fait partie de ton histoire, quand même…

MF : Ça, c’est la presse qui est allée un petit peu trop loin ! J’ai fait beaucoup d’équitation dans ma jeunesse, j’ai effectivement fait un passage, mais très bref, à Saumur, mais c’était pour envisager de passer le monitorat. Donc c’était très, très bref. La presse s’est emparée de ça et en a fait une grande monitrice d’équitation, mais je n’en suis pas là. (sourire)

LB : Ça faisait pas partie de tes aspirations. En fait, chanter non plus, vraiment ?

MF : Non, ce n’était pas une vocation. Mais c’est quelque chose de… C’est probablement un cadeau de la vie qui m’a été fait.

LB : Est­ce que c’est une chance qui passe à un moment donné ? Est­ce qu’il faut la saisir cette chance ? Au moment où tu as rencontré Laurent sur le premier 45­trs, il y a une petite voix qui t’a parlé ?

MF : C’est l’autre, justement ! (sourire)

LB : (ne comprenant visiblement pas l’allusion au titre du nouvel album à venir) C’est l’autre ?

MF : Oui, c’est une petite voix. C’est une chance et une évidence à la fois. C’est­à­dire que quand j’ai rencontré Laurent… Tous les deux, nous sommes nés de la même chose. Donc c’est quelque chose de très fort et très beau, en tous cas pour ma vie.

LB : Autre chose qui a probablement été très bon, on en parlait tout à l’heure, de tes émotions, de ta peur, de ce qui te motive, de ce qui te fait avancer, ça a été la scène. Ça a été le Palais des Sports, ça a été Bercy par la suite. Moi, je t’ai vue dans les deux cas. Je t’ai vue pleurer sur scène, pleurer d’émotion sûrement, d’intensité. Est­ce que ça, c’est l’avènement pour toi ? Le parcours a été long, de 84 à 89, cette scène, est­ce que ça représente l’avènement ? Et est­ce que ça te manque déjà, l’absence de scène depuis à peu près un an ?

MF : Je ne sais pas si on peut parler d’un manque. C’est très, très troublant, la scène. En tout cas, la façon dont moi j’ai abordé la scène et la façon dont je l’ai ressentie, c’est quelque chose de très troublant. Donc c’est quelque chose qui marque énormément. Là aussi, c’est difficile pour moi d’en parler parce que c’est très riche.

Je ne sais pas. C’est une grande émotion. Maintenant, je pourrais dire beaucoup d’autres choses, mais c’est délicat pour moi parce que je…

LB : Est­ce que c’est une émotion passée, ou est­ce que c’est une émotion qui implique le fait d’être en désir justement de cette émotion ?

MF : C’est une émotion qui fait partie maintenant de mes souvenirs. Mais, dans la mesure où c’est aujourd’hui, je peux la considérer comme étant du passé. Donc c’est quand même… Comment vous dire ? C’est une plaie.

En tous cas, dans mon souvenir, c’est une plaie car c’est quelque chose que je n’ai plus actuellement. Ce qui ne veut pas dire que j’ai envie d’y retourner tout de suite non plus. J’ai envie de vivre dans ma vie des choses très fortes. Je sais que je ne pourrai pas les renouveler quotidiennement. Donc je sais que ma première fois sur scène, c’était quelque chose d’incroyable pour ma vie. Est­ce que je ressentirai les mêmes choses si je remonte une deuxième fois sur scène ? C’est la question, en fait, que je me pose, donc c’est en ce sens que c’est très déstabilisant.

LB : Qu’est­ce qui peut t’inspirer justement un désir aussi fort, où tu te dis « Tiens, si je faisais ça, j’aurais peut­ être une émotion encore plus forte » ? Y’a le cinéma, probablement ? On t’a proposé d’ailleurs des rôles au cinéma. Garcia t’a proposé un rôle, il me semble…

MF : (visiblement réellement surprise) Vous me surprenez parce que, moi, je n’en ai jamais parlé.

LB : Ah oui ? C’est des échos, alors. Des bruits…

MF : (perturbée) Non, mais c’est pour dire que je n’en ai jamais parlé.

LB : C’est vrai ou pas ?

MF : C’est vrai que j’ai rencontré Nicole Garcia. J’ai vraiment souhaité la rencontrer. J’avais ce projet de scène, donc il a fallu choisir et c’était évident pour moi. Ce n’était même pas un choix. Mais j’ai quand même souhaité la rencontrer. J’aime bien cette femme. J’ai eu quelques propositions. J’attends. J’attends parce que ce ne sont pas encore les bonnes. Et que j’y mettrai, je dirais, la même démesure et la même passion pour aborder ce thème­là. Mais c’est… J’attends, voilà.

LB : Peut­-être, alors. Qui sait ? On parlait d’émotion à l’instant. L’émotion, l’intensité : c’est extrait d’un double album qui est sorti, c’est également la cassette vidéo live du Palais Omnisports de Paris Bercy. (le concert a en réalité capté à Bruxelles, nda) C’est Mylène Farmer sur scène. « Plus Grandir ». Regardez…

Diffusion du clip de « Plus Grandir (live) ».

LB : « Plus grandir », à l’instant. C’est la scène, c’est Mylène Farmer en scène. Mylène nous en parlait à l’instant, avec cette émotion nette et intense qu’était cette scène. A propos de ton succès, parce que tu as quand même du succès, tu es…je sais pas si on peut dire star ou vedette…

MF : J’en sais rien. C’est pas mon problème.

LB : Tu t’en fous ! Par contre, il y a une réflexion que tu t’es donnée à toi­même une fois dans une interview, tu t’es toi­même posée la question, et tu y as répondu, et j’ai trouvé ça assez intéressant. Tu dis « Si le succès se meurt, je serai dans une solitude incommensurable et presque insupportable ». Alors, ça aussi, c’est le paradoxe du personnage puisque tu viens de me dire « Bof, je m’en fous, c’est pas mon problème. Je suis star, je suis vedette, c’est pas… ».

MF : Non, mon problème n’est pas le mot qu’on emploiera pour définir. Mais mon vrai problème, c’est d’exister, et donc d’avoir le regard des autres posé sur moi, d’avoir quelqu’un qui m’écoute. Et ça, c’est… Pourquoi je fais ce métier ? C’est parce que j’ai besoin de ça pour vivre.

LB : C’est le désir d’amour des autres. Probablement le désir de donner aussi…

MF : Bien sûr. Ça c’est…Oui, bien évidemment, oui.

LB : Est­ce que tu projettes un petit peu dans l’avenir et te dire « Est­ce que je continuerai à faire ça ? » ? C’est­ à­dire un album tous les trois ans, une scène, … Je me demande su tu es capable de tomber dans une routine…

MF : Non, parce que je pourrai dès le prochain album remonter sur scène. Non, je ne peux pas me projeter dans l’avenir. Quand je pense à l’avenir, je vois l’échec donc je préfère ne pas y penser. Et j’y pense malgré tout ! (rire nerveux) Mais c’est pas une grande quiétude en tous cas.

LB : On a l’impression qu’il y a un mal de vivre permanent chez Mylène Farmer…

MF : Oh, je ne voudrais pas n’émaner que ça, mais je… (soupir) Que dire ? Oui, appelons ça le mal de vivre.

Appelons ça une incompatibilité avec la vie, en tout cas.

LB : Avec les autres, des fois ?

MF : Avec les autres, mais ça nous sommes tous pareils.

LB : L’enfer c’est les autres, quoi !

MF : Oui, bravo ! (rires)

LB : Je vous en prie. (un camion arrive en second plan, depuis le décor du clip, et vient tout droit vers le ‘plateau’ d’interview) Ne vous inquiétez pas, on a un camion qui nous arrive dessus ! On est vraiment sur les lieux du tournage de ce clip ! (rires de Mylène qui se retourne) Y’a même des coups de mitraillettes de temps en temps. C’est l’apocalypse quoi ! (le camion passe juste derrière eux puis disparaît, Mylène est morte de rire) Voilà, merci, c’est gentil. Ne changez rien. Restez où vous êtes. On s’installe et on continue dans le même esprit. Mylène, on va regarder « Désenchantée » une autre fois… Ah, je voulais dire une chose.

L’album n’est pas encore sorti, par contre, il y a une chose que tu as faite et qu’on n’attendait pas forcément, c’est un duo avec quelqu’un, sur cet album, avec Jean­Louis Murat. Alors là aussi, il y a une rencontre un peu particulière. Cette rencontre est née de quoi : de ton désir, du sien ?

MF : Ça, je vais garder ça mystérieux. Je crois que c’est né de toute façon d’un désir commun. Nous nous sommes rencontrés et on a décidé de chanter cette chanson ensemble. Et je suis très heureuse d’avoir rencontré Jean­Louis. J’aime beaucoup sa voix, d’abord, et j’aime surtout sa façon d’écrire. Et c’est quelqu’un qui a réellement un univers. C’est pour moi ­ je ne sais pas s’il appréciera le compliment, c’en est un pour moi ­c’est un poète d’aujourd’hui. C’est quelqu’un qui me touche beaucoup. (sourire)

LB : Mylène Farmer, « Désenchantée ».

Diffusion du clip « Désenchantée », version intégrale.

LB : Voilà, « Désenchantée », Mylène Farmer. On est sur le tournage de ce clip. L’album sort le 8 avril, je vous le rappelle. (la date officielle annoncée par la maison de disque sera pourtant le 10 avril, nda) L’album s’appelle « L’Autre… ». Le 45­trs, vos le connaissez puisqu’on l’entend en radio, déjà, depuis le 18 mars.

Mylène, après ce tournage, après Budapest, ça va être quoi ? Ça va être promotion ? Quelques télés…Très peu, d’après ce que je sais.

MF : Très peu de télés, oui.

LB : Merci de nous avoir accordé cette interview, surtout ici.

MF : Merci d’être venu.

LB : Je t’en prie. On se remercie encore ! Et après, ça va être peut­être un peu de repos, t’occuper des animaux. Tu as toujours des animaux ?

MF : J’ai toujours mes deux singes.

LB : Oui, c’est ça.

MF : Et, quant au repos, non. Définitivement, je déteste le repos et l’oisiveté.

LB : Tu t’ennuies ? Ça t’ennuie, le repos ?

MF : Oui. Et ça m’inquiète beaucoup. Beaucoup !

LB : Mylène, merci d’avoir été avec nous. Et puis, on se retrouvera probablement prochainement. On ne sait pas. Qui sait ?

MF : D’accord.

1991-01-eLB : Merci. C’était ici, à Budapest, et elle va continuer le tournage du clip. Et il fait de plus en plus froid, je vous assure. (rires de Mylène) Ah ! Je sais que ton rêve, ce serait de faire un reportage sur la banquise.

MF : Oui, absolument.

LB : C’est toujours vrai ?

MF : C’est toujours vrai.

LB : Je sais pas si j’irai t’interviewer sur la banquise ! (rires) Ça s’arrange pas ! Merci Mylène.

MF : Merci.

LB : A bientôt.

MF : Au revoir.

Générique (extrait de « Désenchantée » sur des images du tournage).

Publié dans Mylène en INTERVIEW, Mylène et ses longs discours | Pas de Commentaires »

TV VIDÉO JAQUETTES avec Mylène

Posté par francesca7 le 4 avril 2015

 

1986-33-aEntretien avec Hélène MERRICK

Comment est née cette « Libertine » ?

­ Le texte de la chanson ? C’est presque une idée à moi : on était en studio, et au moment de placer ma voix sur la structure musicale qu’on mettait en place, j’ai chanté des paroles au hasard. Je devais être très heureuse ce jour­là, je chantais ‘je suis une pute, une putain’ ! Le compositeur s’est dit « Bon sang, mais c’est bien sûr » et il en a fait « Libertine » !

Et l’histoire que raconte le clip dont l’esthétique fait penser à Barry Lindon ?

­ C’est une déformation professionnelle de faire cette référence ! Mais c’est vrai qu’il y a un travail des lumières un peu analogue, des éclairages à la bougie, des maquillages blancs. Le libertinage évoquait le 17ème siècle, et comme j’aime beaucoup le film de Ridley Scott, « Duellistes », je voulais insérer un duel. Tout ce travail s’est fait à deux, je n’en revendique pas la maternité ! Ce qui compte, c’est le résultat ! Ma part à moi, c’est d’être présente dans tout.

Quel cinéma aimez­vous ?

­ Des cinéastes, plutôt : Stanley Kubrick, Elia Kazan, Polanski, Clouzot, Jean­Jacques Annaud…

Regardez­vous les films en vidéo, chez vous ?

­ De plus en plus, par fainéantise ! Je regarde tous les films que j’ai ratés pendant une période où je n’avais pas envie d’aller au cinéma, peut­être parce que j’avais envie d’en faire ! Je viens de revoir pour la cinquantième fois « Un tramway nommé désir » et bientôt je vais voir « E.T. » dont on va me prêter une cassette !

Vous a­t­on proposé de faire du cinéma ?

­ Non. Je ne vais pas au-devant des gens qui pourraient m’en faire faire, je sors peu et surtout, avoir fait deux clips dans un esprit cinéma ne prouve pas qu’on est une fabuleuse comédienne !

Pourquoi faites­vous mourir Libertine à la fin du clip, comme dans un film où il est ‘moral’ de supprimer une fille de petite vertu ?

­ Là, j’avoue que c’est une idée du metteur en scène. Je trouve que la fin est belle, c’est une histoire triste de toute façon, mais rassurez­vous, c’est la version cinéma ! A la télévision, elle est écourtée, on ne voit pas le duel au début. Ca commence avec le galop du cheval, et ça se termine à la sortie du salon, avant que Libertine ne meure.

Une chanson immorale devrait finir immoralement, non ? Où se situent d’après vous l’immoralité et la provocation qu’on vous attribue dans la presse ?

­ Fatalement à travers mes chansons, et aussi dans les chorégraphies que je fais à la télé. Certains gestes dérangent terriblement les gens.

Vous vous déshabillez dans un clip : est­ce une provocation ou une nécessité ?

­ Ce n’est jamais nécessaire de se dénuder, c’est toujours accessoire et c’est bien ou malvenu, vulgaire ou aussi normal que boire une tasse de thé. Là, en l’occurrence, je ne crois pas que ça soit vulgaire. On parle de libertinage, alors s’il n’y a pas une paire de fesses ou un moment de nudité… ! Je n’ai pas grand­chose à dire sur ce sujet, se produire devant une caméra et dévoiler des secrets, c’est aussi obscène que se mettre nu à l’écran.

Feriez­-vous comme Marushka Detmers dans « Le diable au corps » ?

­ C’est un peu vicieux comme question ! Là, je réfléchirais. Je pense que ce n’était pas indispensable de faire ça dans un film, sinon pour provoquer des entrées !

Cultivez-­vous une image de marque ?

­ Pas réellement. Je réfléchis à une pochette de disque, une télévision, des photos de presse, des interviews, je ne sais pas…

Faites­vous attention à ne pas dire certaines choses ?

­ Certaines, oui. Je ne les dis plus, car elles étaient mal comprises.

Vous mentez ?

­ Oui, bien sûr ! C’est le privilège de l’artiste ! Le mot de sincérité qui revient constamment partout, je le bannis complètement dans ce métier de faux­semblants !

Pensez­vous avoir innové dans le domaine de la chanson ?

­ La chanson est un art mineur, comme dit Gainsbourg. Il ne faut pas se prendre au sérieux ! J’ai évoqué des sujets comme la mort, la mère, la religion… On n’en a pas trop parlé en chanson.

Qu’est­ce que vous aimiez écouter à vos débuts ?

­ Rien ! Je n’aimais rien ni personne ! (rires) Si : Jacques Dutronc, je l’aime toujours d’ailleurs. Je crois n’avoir pas écouté beaucoup de musique étant enfant. Après, je me suis tournée vers la musique de films et je continue. Un peu la musique classique, aussi. Au début, j’aimais le film et la musique, à présent je n’ai pas besoin de connaître les images pour acheter un disque de musique de film, surtout celles de John Barry que j’adore.

Avez­vous pris des cours de chant ?

­ Non, je bénéficie des qualités de mes défauts : une vos fluette qui intéresse les gens, telle quelle !

Avez­vous réellement suivi une éducation religieuse ?

­ Je peux vous mentir, là ! (rires) J’ai été traumatisée par les bonnes sœurs : elles me tapaient, je renversais mes desserts par terre…

Vous avez mis le feu ?

­ Non, j’aurais bien aimé mais je n’avais pas encore l’esprit à ça ! Maintenant, je crois que je le ferais, et puis (prenant l’air convaincu) je me dis des fois qu’un jour, je vais rentrer dans les ordres !

Vous ne me direz pas si vous en avez souffert…

­ (retenant un sourire et d’un air de regrets) Je n’ai pas envie de mentir, aujourd’hui ! (rires) Non, sincèrement, bien que je n’ai aucune attirance pour ce milieu…

On raconte que vous avez fait du dessin…

­ Oui, j’ai peu de temps pour ça et je n’ai pas beaucoup d’imagination, mes dessins sont toujours un peu morbides, je fais des bonhommes désarticulés…

Avez-­vous fait toutes les cascades à cheval dans « Libertine » ?

­ 1986-33-cJ’ai fait de l’équitation pendant cinq ans, maintenant je n’ai plus le temps, mais si j’avais un cheval, je le monterais souvent et librement, sans aller dans un manège, sans l’embêter ! Je voulais faire les cascades moi­même dans « Libertine », mais c’est finalement une cascadeuse qui est montée en selle sur le cheval au galop et m’a doublée pour certains plans de bagarre : si j’avais eu un accident, tout aurait été annulé !

Me direz­-vous combien a coûté le clip de « Libertine » ?

­ Non ! (rires) Ca n’a pas coûté cent briques, comme certains le prétendent. Je n’ai pas envie de donner le prix ! Si les gens le croient très cher, c’est qu’il est réussi. Il a coûté la moitié de ce que vaut un clip français habituellement : un minimum d’argent, un maximum de talent !

Ecrivez­vous des histoires ?

­ Non, je n’écris rien, j’efface !

Qu’est­-ce que vous effacez ?

­ Tout ! Tout ce qui s’est passé hier. J’ai un don pour ne me souvenir de rien sauf de ce qui est vraiment marquant. Mon enfance, mon proche passé, je ne veux pas y penser une seconde ! Ce serait régresser, j’ai besoin d’aller de l’avant, de ne pas regarder en arrière.

Quelle attitude ont les garçons avec vous ? Sont­ils attirés par votre célébrité ou leur faites­vous peur ?

­ Tout le monde n’est pas à l’aise avec moi, je n’en tire aucune satisfaction d’ailleurs, je le remarque, et surtout je n’ai pas envie qu’ils soient à l’aise avec moi ! Je n’en sais rien, j’ai l’impression d’être une vieille grand­mère quand on me pose cette question ! Je reçois des lettres de personnes que je ne connais pas qui déclarent leur flamme (elle s’interrompt) Non, je dis des bêtises, je ne fais pas une fixation là­dessus !

Et vous, quels sont les gens qui vous attirent ?

­ Très souvent ceux que je ne peux pas approcher, docteur ! Ceux qui ont un sens de la folie. La vie est déjà suffisamment laborieuse et triste, on ne va pas s’ennuyer avec les gens qui ont des problèmes dentaires !

Même en traitant des sujets durs ou morbides, vos chansons sont très gaies, non ?

­ Parce qu’elles sont cyniques. Le cynisme, ça sauve tout !

Etes­vous croyante ?

­ Non. Par contre, je peux être intéressée par quelqu’un comme Ste Thérèse d’Avila, qui était une folle à lier elle aussi !

‘Aussi’ ?! Vous vous considérez comme folle à lier ?

­ C’est un peu l’image que je donne dans ce que je fais. Je crois être quelqu’un de pas fou du tout ! Dans la vie, on a tous des moments d’égarement, mais je suis seule dans ce cas­là, il n’y a que mon singe qui me regarde avec des yeux ronds !

Vous pourriez me définir votre caractère ?

­ (en secouant énergiquement la tête) Non ! (rires) Caractérielle ?

Bon alors, pensez­vous bien vous connaître ?

­ Oui, oh oui ! Dommage, mais oui…

Avez­-vous trouvé ce que vous vouliez vraiment faire dans la vie ?

­ Voilà le genre de questions auquel je ne réponds pas ! (rires) L’avenir dira si on m’a pendue pour ça !

Avez­vous envie de faire autre chose aussi ?

­ Je veux réussir dans tous les domaines, ne pas faire la même chose pendant vingt ans. Chanson, cinéma, m’occuper d’animaux à cinquante ans, pourquoi pas, tout et rien !

Fonder une famille ?

­ Non, le pauvre, pauvre enfant ! Je n’en ai tout simplement pas envie.

Pensez­-vous que chacun suit une destinée bien précise ?

­ C’est cruel mais je pense que oui. Après, c’est une question de volonté. A nous d’affiner les gros traits qui nous sont tracés.

Où sont l’enfer et le paradis pour vous ?

­ L’enfer, c’est d’être là et le paradis, c’est d’être là aussi ! Vraiment, l’enfer, c’est la maladie, la pire chose qui puisse arriver à quelqu’un. Et puis « L’enfer, c’est les autres » comme disait je ne sais plus qui !

Oui, l’autre, là !

­ (rires dans tous les coins)

JUILLET 1986 : Mylène Farmer : Cendres de lune

Publié dans Mylène 1985 - 1986, Mylène en INTERVIEW | Pas de Commentaires »

Mylène Farmer pour VOGUE (Allemagne)

Posté par francesca7 le 10 janvier 2015

 

MARS 1996 – Rencontre avec Amélie NOTHOMB

1996-03-aDans le cadre de sa rubrique « Conversation », l’édition allemande du magazine Vogue offre ses pages à l’écrivain Amélie Nothomb dont le succès est alors récent. Alors qu’on lui demande de choisir une personnalité avec qui organiser cette rencontre, son choix se porte sur Mylène Farmer, qui accepte. La rencontre a lieu le 22 décembre 1995, dans un salon du Crillon, place de la Concorde à Paris, sous l’objectif de Marianne Rosenstiehl.

A parution, l’entretien entre les deux femmes est évidemment traduit en allemand (par Bettina Kaps). En voici une traduction vers le français personnelle.

Amélie Nothomb : Je me souviens très bien de la première fois où j’ai entendu votre musique. C’était pendant les vacances de Noël, en 1986. Ma cousine chantonnait « Libertine ». Moi, je n’avais encore jamais entendu cette mélodie. ‘Comment ? me dit­elle Tu ne connais pas Mylène Farmer ?’. Depuis, je suis devenue une grande fan de vos clips. A mes yeux, vous êtes la chanteuse qui propose les clips les plus beaux, les plus talentueux !

Mylène Farmer : Quant à moi, j’ai lu vos livres. C’est la raison pour laquelle j’ai accepté cette rencontre.

AN : Je le sais bien. J’ai appris à connaître grâce à vous un auteur qui m’a marquée : dans l’une de vos interviews, une fois, vous aviez déclaré aimer Luc Dietrich.

MF : Ses livres ne quittent jamais ma table de nuit !

AN : C’est un des rares auteurs qui parvient à écrire en se mettant dans la peau d’un enfant sans se rendre ridicule. J’ai moi­même décrit ma propre enfance dans « Le Sabotage Amoureux » ­ pas de la meilleure manière, à mon goût.

MF : J’ai fait des chansons sur le thème de l’enfance, particulièrement sur la peur de grandir.

AN : Dans votre chanson « Plus Grandir », vous chantez que vous vouliez rester une enfant…

MF : C’est quelque chose que je ne peux pas expliquer moi­même et je ne l’ai pas perçu comme un traumatisme. J’ai vécu au Québec jusqu’à l’âge de neuf ans. Je n’ai conservé qu’un seul souvenir marquant de cette période : celui de la neige.

AN : La neige est récurrente dans vos clips, dans votre film également. Je regrette de n’avoir pu voir « Giorgino ». Il n’est resté que deux semaines à l’affiche à Paris et comme je vis à Bruxelles, je l’ai manqué.

Malgré tout, je sais tout à son sujet, j’ai dévoré tout les articles le concernant. Je suis convaincue qu’il est formidable, quand bien même beaucoup de critiques ont prétendu le contraire. Laurent Boutonnat, qui l’a réalisé, est à mon sens un génie.

MF : Notre film a essuyé des critiques particulièrement violentes. Avant même qu’il ne soit sur les écrans, nous savions déjà qu’il se ferait éreinter. La critique principale était qu’il s’agissait d’un long clip…

AN : Je rêve d’un clip long de deux heures !

MF : Le maquillage, les costumes, l’éclairage : les possibilités qu’il offre sont trop peu exploitées par le cinéma. Qui plus est, le jeu est pour moi important, qu’il s’agisse de jouer son propre rôle ou celui d’un autre moi. J’écris également moi­même  les textes de mes chansons. Ce sont autant de moyens de m’exprimer à travers l’art.

AN : Voilà quelque chose qui m’a frappée : vous vous déguisez souvent. Cependant, vous passez pour être  une artiste relativement discrète…

MF : Lorsque j’apparais nue, quand je fais des photos dites sexy, les journalistes écrivent que je suis impudique et que je n’ai aucun mystère. Que je puisse être si discrète au quotidien leur apparaît comme un vrai paradoxe. C’est pourquoi ils sont dans l’attente d’une justification de ma part. Je déteste cela !

AN : Vous n’avez pas à vous justifier. On ne doit le faire que lorsqu’on a commis des erreurs.

MF : Le clip de « Libertine » a été interdit de diffusion en Allemagne. Quelle hypocrisie ! J’ai déjà vu des films pornographiques à la télévision allemande !

AN : Je n’ai pas encore eu l’honneur d’être censurée…

MF : Cela m’étonne !

AN : Ma famille tient mes livres pour de la pornographie. Vous savez, la Belgique est aujourd’hui encore un pays du XIXème siècle. De plus, je descends de l’aristocratie catholique extrêmement conservatrice.

MF : Votre famille ne veut plus avoir affaire avec vous ?

AN : Précisément. A l’exception de mes parents qui acceptent mes ouvrages. Mon père était diplomate, ce qui nous a permis de vivre à l’autre bout du monde ­ en Asie. Vous savez, la famille Nothomb n’a pas à être fière de son comportement pendant la deuxième guerre mondiale. Je suis reconnaissante envers mes parents d’avoir pu grandir en Extrême­Orient. Lorsque j’ai débarqué à Bruxelles à l’âge de dix­sept ans, j’ai été stupéfaite de constater la consternation des gens lorsque je déclinais mon nom de famille. Aujourd’hui encore, les Nothomb jouent un rôle dans la vie politique belge. Moi, je n’ai rien à voir avec cela.

MF : Votre père n’est­il pas aussi artiste ?

AN : Oui : ambassadeur le jour, chanteur d’opéra nô japonais médiéval le soir !

MF : Merveilleux ! C’est une musique mystérieuse, fascinante.

AN : L’opéra nô le plus court dure quatre heures. Enfants, nous devions assister à la représentation entière, qui plus est à genoux. Aujourd’hui, nous pouvons nous asseoir et même somnoler ­ cela nous aurait été impossible à l’époque. Combien de dimanches avons­nous passés à écouter papa chanter ! Je m’ennuyais terriblement, d’autant plus si je comprends le japonais moderne, je n’entends rien au japonais médiéval !

MF : De mon côté, les rapports familiaux sont tout autres. Naturellement, je garde le contact mais nous parlons peu les uns avec les autres. Je présume que ma mère et mes autres proches sont fiers de mon succès. Mon père n’est plus de ce monde. Il est décédé quand j’avais vingt et un ans, alors que je débutais ma carrière. (erreur de retranscription ou, plus étrange, de Mylène ? Son père étant décédé en juillet 1986, elle avait donc vingt quatre ans à ce moment, nda) Je n’ai reconnu que sur le tard à quel point il était important pour moi. Avec qui vivez­vous ?

AN : Avec ma sœur Juliette, un être extraordinaire. Dans notre enfance, nous étions tout l’une pour l’autre. Nous avons été toutes deux atteintes d’anorexie, seulement je suis seule à l’avoir vaincue. Elle a définitivement arrêté de grandir à l’âge de seize ans. Aujourd’hui, elle en a trente et un et c’est toujours une enfant. Elle rejette les gens, personne ne doit pénétrer chez nous ou bien elle se met à hurler. Elle n’a besoin que de moi.

MF : Moi je vis à Paris avec mon petit singe capucin. Croyez­vous que vous aurez un jour le besoin de quitter votre sœur ?

AN : Non, car je n’ai pas encore ressenti le besoin de me marier et d’avoir des enfants. Qui plus est, je mène une vie sentimentale somme toute normale, mais toujours en dehors de chez moi. Il en résulte pour moi une vie aventureuse, et ça me plaît.

MF : La prolongation de moi­même, c’est quelque chose que je n’arrive pas à imaginer pour le moment. Pourtant, j’aime les enfants.

AN : Ecrire est plus simple que bien des choses de la vie de tous les jours…

1996-03-cMF : L’écriture semble également être angoissante pour vous. Il paraît que vous ne pouvez créer qu’en ressentant la sensation du froid.

AN : C’est exact. Dès que j’écris, le froid s’installe en moi, la température de mon corps chute. Pourtant je ne suis pas frileuse. Pour écrire, je dois m’emmitoufler comme un yéti dans un grand manteau de laine et je porte même un bonnet. Le froid m’est très désagréable mais c’est l’envie d’écrire qui domine.

MF : On dit pourtant que plaisir et douleur ne font pas bon ménage.

AN : Ce mystère, j’en fais l’expérience au quotidien : j’écris tous les jours, au moins quatre heures.

MF : Est­il exact que vous ne dormez souvent que deux ou trois heures par nuit ? J’imagine très bien que, conjuguées à vos angoisses, vos nuits doivent être terribles. L’écriture est un remède à la solitude.

AN : L’insomnie ne me dérange pas. Rechercher le sommeil en vain, oui. Les pensées qui m’assaillent dans ces moments­là sont terrifiantes.

MF : Je connais cela aussi, quand des pensées contradictoires s’affrontent, jusqu’à en devenir folle.

AN : D’autant que toutes deux nous avons un univers quelque peu morbide. Les nuits où je ne parviens pas à dormir, tout tourne autour de la mort et de cadavres : insupportable ! Je suis certaine que j’ai choisi d’écrire pour échapper à cette abomination. En écrivant, je ne souffre plus. Même quand j’écris des choses terrifiantes, je ressens un plaisir immense. Les passages les plus dramatiques de « Hygiène de l’assassin », où Prétextat Tach étrangle de ses propres mains sa jeune amie, m’ont provoqué un fou rire.

MF : Cela fait apparaître ces passages encore plus cruels et inquiétants !

AN : On m’a qualifiée de sadique ­j’ignore si c’est vrai. Dans la vie quotidienne, certainement pas !

MF : Je ne vous considère pas comme sadique. Vos livres dérangent, c’est pourquoi ils me plaisent. Ils font naître du rejet et du trouble, des réactions très vives. Dans mon travail aussi la mort tient une place importante, après tout elle fait partie de notre existence. Mais maintenant j’ai changé : je suis moins obnubilée par l’idée du néant, de même que par la mort.

AN : J’ai vu ai vue une fois dans une émission où vous pouviez choisir des images (« Mon Zénith à Moi », 10.10.1987, cf. cette référence, nda). Vous aviez alors sélectionné des images de cadavres et de têtes coupées. J’avais trouvé cela écoeurant !

MF : (rires) Je voulais montrer la beauté qui se trouve dans la violence et l’horreur, c’est pourquoi j’avais choisi deux reportages sur des exécutions humaines. Naturellement, une exécution est quelque chose de répugnant et de cruel, mais il s’en dégage une vraie force. Les mots me manquent pour exprimer ce que je ressens.

AN : Vous aviez à ce moment­là dit que voir ces images vous procurait de la joie.

MF : C’était sans doute maladroit. Il faut faire attention à ce que l’on dit et aux conséquences qui peuvent en découler. La mort d’un proche peut aussi être quelque chose de fascinant : quand j’ai vu cette personne étendue, morte devant moi, il me vint à l’esprit que c’était comme une mise en scène. Suis­je morbide ? Est­ce que c’est au­delà de ça ? Est­ce une preuve d’amour ? Je n’en sais rien.

AN : Depuis peu, on sent en vous une influence tibétaine. Que s’est­il passé ?

MF : Je n’ai pas beaucoup travaillé pendant trois ans, j’avais besoin d’oxygène. C’est pourquoi je suis partie aux Etats­Unis –mais l’endroit n’a pas d’importance. J’ai trouvé là­bas par hasard un livre tibétain traitant de la vie et de la mort. J’ai tiré quelques vérités de cet enseignement bouddhiste, à commencer par l’idée qu’il y a une vie après la mort. Cette idée m’a réconfortée. Ce livre a été un pansement pour moi.

AN : Aujourd’hui, vous n’avez plus de doutes ?

MF : Maintenant je ne me laisse plus abattre par l’idée de la mort du corps. Je me dis : oui, il y a une vie après la mort. J’essaye de changer.

AN : C’est quelque chose que l’on ressent dans votre récent album, « Anamorphosée ». En parlant d’immortalité, la célébrité d’une écrivain ne supporte pas la comparaison avec celle d’une chanteuse. Ma notoriété est supportable, amusante même. Votre gloire doit prendre des dimensions considérables : il paraît qu’il y a des fans qui dorment devant votre porte. Comment vivez­vous cela ?

MF : Je dédramatise. C’est la seule façon pour moi de le supporter.

AN : Et quelle était cette histoire de meurtre ?

1996-03-fMF : Ce fût très pénible : un déséquilibré qui voulait me rencontrer a fait irruption dans ma maison de disque et a tiré tout autour de lui avec un fusil. Le standardiste a été tué, c’était un jeune homme de vingt­huit ans. Ca a été un des événements les plus marquants de ma vie.

AN : Tournerez­vous à nouveau un film avec Laurent Boutonnat ?

MF : Je ne sais pas. Je crois que l’échec de « Giorgino » a été un coup de massue pour Laurent.

AN : Puis-­je vous confier l’un de mes rêves ? Plusieurs producteurs ont voulu porter au cinéma « Hygiène de l’assassin », mais à ce jour tous les projets ont échoué. Je souhaiterais que Laurent Boutonnat le filme et que vous jouiez le rôle de la journaliste.

MF : J’ai offert récemment vos livres à Laurent. Je vais lui faire part de votre souhait. Je vous le promets.

Publié dans Mylène 1995 - 1996, Mylène dans la PRESSE | Pas de Commentaires »

BOUTONNAT EST PEUT ETRE NE D’UNE ERREUR

Posté par francesca7 le 25 août 2014

 

 

Laurent Boutonnat réalisateur de clips est né curieusement d’un échec cinématographique, son arrivée dans le domaine musical est purement fortuite. D’abord destiné à la réalisation de longs-métrages, c’est à la suite de l’insuccès de son premier film qu’il se redirigera vers la littérature, puis la musique. Il se servira alors de son double statut de compositeur-producteur auprès de sa première maison de disque pour négocier avec elle la réalisation des vidéo-clips promotionnels. Ce sera pour lui ce fameux « moyen détourné de faire du cinéma ».

jacquou_bordeaux2

 

Laurent Boutonnat est né le 14 juin 1961 rue Auguste Blanqui, dans le XIVe arrondissement de Paris, aîné d’une famille de cinq enfants, il se servira adolescent de certains de ses frères et sœurs pour monter ses sociétés d’éditions phonographiques et aussi de son petit frère Dominique dans son premier long métrage Ballade de la Féconductrice en 1978. Auparavant, Laurent Boutonnat a déjà réalisé dans son enfance de nombreux courts-métrages amateurs avec la caméra Super 8 de ses parents. Un de ses premiers essais date de 1971 où il transpose Bambi de Walt Disney (1942). Sur ses films d’adolescent, il voulait déjà tout maîtriser : de la mise en scène à la musique, du maquillage à l’interprétation elle-même. Parallèlement, il étudie la musique et le piano sur initiative de ses parents dès l’age de cinq ans. Laurent Boutonnat suit sa scolarité de second degré chez les jésuites. Il s’y déplait, n’est doué qu’en littérature et se retrouve plusieurs fois renvoyé. C’est à quinze ans qu’autodidacte, il décide d’abandonner ses études pour aller chercher du travail ; et c’est aussi l’âge à partir duquel il abandonne l’apprentissage musical que lui faisaient suivre ses parents. Parallèlement aux « petits boulots » qu’il cherche, Laurent prend des cours de théâtre durant trois ans et écrit chez lui avec un professeur de philosophie. Il déclarera plus tard « avoir pris goût à cela ». A 16 ans Laurent Boutonnat a la volonté de diriger ses recherches d’emploi vers le secteur audiovisuel, et commence à développer dans son imagination plusieurs projets de longs-métrages dont un film déjà nommé Giorgino ; scripte qu’il reprendra dix ans plus tard. L’histoire de cette première version n’a cependant rien à voir avec le long-métrage qui sortira dix sept ans plus tard. Ce scénario racontait le huis-clos d’un couple dont l’homme aime de plus en plus son épouse, alors que cette dernière prend une peur de plus en plus panique de lui. L’incertitude sur les intentions de l’un et de l’autre débouchait sur un duel final tragique entre les deux époux.

boutbout-gio11 

Boutonnat réalisera finalement Ballade de la Féconductrice en 16 mm. à l’âge de seize ans, qu’il produira à l’aide de son père, et des Films du Marais pour sept mille six cents euros. Il tournera entre Paris et Etretat en fonction des conditions météorologiques. Après avoir été présenté et sifflé au marché du film de Cannes en 1979, Laurent Boutonnat tente de l’exploiter dans une unique petite salle : « Le Marais » à Paris, à partir du 15 mai 1980. Le film qui passe d’abord en comité de censure obtient une interdiction aux mineurs de moins de dix huit ans. Laurent Boutonnat en a alors dix sept. Le dossier de censure retrouvé dans les archives du C.N.C. comporte un court synopsis écrit de la main du jeune réalisateur :

 

« La balade (sic) d’une fleur du mal dans un monde fantasque et allégorique où se mêlent humour noir et horreur. »

 

 Tous les avis convergent vers une interdiction aux mineurs, et Henri Dolbois qui dirige la commission plénière conclue le dossier comme suit : 

« Une anthologie de Hara-Kiri et Charlie-Hebdo. Castration, mutilations d’enfants, torture d’un mongolien adulte en petite voiture roulante. Faces tuméfiées et sanguinolentes. Une femme accouche dans sa cuisine d’un teckel, elle fait l’amour avec lui etc… Le film me paraît justifiable d’une interdiction aux mineurs en raison de l’exhibitionnisme grand-guignolesque ce film attentatoire à la dignité de la personne humaine. Cette interdiction me paraît justifiée bien qu’il s’agisse d’un 16 mm. à faibles objectifs commerciaux. »

Henri Dolbois

  Le film ne restera que deux semaines à l’affiche et totalisera quatre cents cinquante neuf entrées. Plutôt que de retourner à l’école, Laurent Boutonnat, déçu, ne fait plus rien jusqu’à sa rencontre avec Jean-François Chauvel. Ce grand reporter de télévision mort en 1986 avait alors en préparation le tournage d’une série de reportages scientifiques sur le nucléaire : Les Energies Nouvelles. Laurent Boutonnat saisit sa chance et postule comme caméraman pour toute la série d’émissions. Il avouera plus tard: « J’avais prétendu m’y connaître en technique pour qu’il me prenne, et j’ai dû potasser le manuel comme un fou ». Il part donc pendant un an dans les quatre coins de la France pour tourner les images de ces reportages, « La meilleure école » se souviendra t-il en 1990.

  Laurent Boutonnat qui a alors vingt ans se lance dans une nouvelle aventure où il utilisera ses facultés d’écriture et son expérience récente dans le journalisme. C’est l’époque où, remis de l’échec de Ballade de la féconductrice, il multiplie les projets. Toujours avec le sens du subversif et son goût du morbide, il entreprend des recherches pour l’écriture un livre sur l’infanticide. Un ami, Jérôme Dahan fait partie du projet. Parallèlement à cela il réalise des publicités télévisées. Laurent tourne plusieurs spots et s’associe à un producteur du circuit Parafrance. Celui-ci lui proposera de tourner un film d’horreur en deux semaines pour un budget de deux cents trente mille Euros. Suite à des désaccords du fait du producteur, le projet ne verra jamais le jour. C’est à cette période que Boutonnat reprend le script de Giorgino à zéro. Un soir, alors qu’il est accompagné de son ami Jérôme Dahan, il décide d’écrire avec lui les paroles d’une chanson ayant trait à cette enfance qui le hante tant. Le lendemain Jérôme Dahan écrit la musique et le résultat ne leur déplait pas. Ils viennent d’écrire Maman à tort, qui deviendra un petit succès de l’été 1984. Laurent Boutonnat laisse peu à peu de côté le sulfureux livre sur l’infanticide qui ne verra finalement jamais le jour. Les paroles de la chanson fraîchement écrite qui évoquent la folie, l’abandon et le saphisme seraient encore plus explosives dans la bouche d’une enfant. Après une tentative avec une jeune fille de quinze ans qui pose trop de problèmes juridiques avec la D.D.A.S.S, Jérôme Dahan et Laurent Boutonnat organisent un casting où se présentent une cinquantaine de jeunes filles majeures dont la future chanteuse Mylène Farmer, alors âgée de vingt et un ans. Laurent Boutonnat la choisie immédiatement, sans même l’avoir entendue chanter, à cause de son air « psychotique ». C’est suite aux problèmes se posant pour monter le clip de Maman à tort (1984) que Laurent Boutonnat envisage le clip comme seul moyen à court terme de faire du cinéma. Il sait aussi qu’il lui faudra financer lui-même ses projets s’il veut avoir les moyens nécessaires pour les réaliser. Durant la promotion de Maman à tort, Laurent Boutonnat retourne ponctuellement au documentaire en réalisant pour l’Education Nationale Parents… si vous saviez, reportage fictionnalisant de douze minutes sur le rôle de la parentalité. Le duo Dahan-Boutonnat écrira 10 mois plus tard deux autres chansons : On est tous des Imbéciles ne se fera remarquer que grâce à la morbidité de sa face B. Signée Boutonnat, L’Annonciation évoque le viol par le truchement d’une imagerie évangélique.

image

 

 Décidément abonné à l’insuccès systématique de ce qu’il entreprend, Laurent Boutonnat se voit renvoyé de la maison de disques R.C.A. pour laquelle il avait pourtant fini de préparer un album. Laurent Boutonnat se sépare de Jérôme Dahan avec lequel il est en désaccord sur la suite à donner à la carrière de la chanteuse dont ils s’occupaient. Comme rattrapé par la chance, Boutonnat est contacté par Alain Levy qui vient de créer la maison de disque Polydor. Ce label français appartenant à l’Américain Polygram veut tout miser sur la chanson française et signe directement Mylène Farmer et Laurent Boutonnat pour trois albums, alors qu’ils n’assurent pas encore de réels succès commerciaux fiables. Le premier d’entre eux est Cendres de Lune en 1986, entièrement conçu, produit et arrangé par Boutonnat. Il en signe la composition, presque toutes les paroles et la pochette, pour poser les bases d’un climat. Cendres de lune est un laboratoire de boites à rythme, d’échantillonnages194, avec des inserts de chants grégoriens, et dont l’originalité a été saluée par le magazine musical Rock & Folk car il fait cohabiter morceaux avant-gardistes et variété populaire :

 

« Si les paroles sont plutôt du genre la Comtesse de Ségur qui aurait enfin décidé de parler de ce que font vraiment les petites filles modèles, la musique est elle aussi bien ficelée […] Cendres de Lune très court morceau à la limite de l’expérimental et du franchement morbide. Enfin, Vieux Bouc […] suit la même direction, avec ses voix sataniques ricanant en contrepoint qui évoquent une version musicale du Tour d’Ecrou sur fond de messe noire et d’âme en peine et de Lolitas grimaçantes. Tout cela est assez rare et original »

  C’est alors que Boutonnat se décide à monter son deuxième long-métrage à partir du script de Giorgino. Il en commence la préparation, mais son récent succès inattendu dans la production musicale l’occupera trop pour finaliser ce projet. En 1987 Laurent Boutonnat entame l’écriture du deuxième album Ainsi soit-je qui sortira à la fin de la même année. Il crée pour l’occasion sa première société de production discographique: Toutankhamon S.A. Le clip du premier extrait Sans Contrefaçon passera en exclusivité à la télévision le soir du réveillon 1988. Suivront le clip d’Ainsi soit-je et surtout Pourvu qu’elles soient douces. Le clip, qui a coûté deux millions de Francs sera d’ailleurs nommé aux Victoires de la musique de 1988. Il en co-écrit l’histoire avec le scénariste Gilles Laurent, auquel il présentera le synopsis de Giorgino ébauché à dix-huit ans. Tous deux travailleront  sa réécriture pendant quatre ans. C’est avec Gilles Laurent que Boutonnat écrira le scénario de Sans Logique, et surtout concevra le spectacle dont la tournée et le film sont déjà en projet en 1988. 

Depuis que le cinéaste produit lui-même ses courts-métrages, il peut se permettre des budgets colossaux, comme celui nécessaire à la réalisation de Sans Logique (1989) qui aura nécessité un aménagement coûteux des studios d’Arpajon. C’est avec le même système de financement qu’il produira la tournée qui va lui permettre de sublimer son univers en l’extrapolant sur une scène. C’est notamment pour cela qu’il crée le 19 janvier 1989 la société Heathcliff S.A. qui lui permettra de produire la tournée et ses prochains films. Après un essai transformé à Saint-Étienne puis deux semaines au Palais Des Sports de Paris, le spectacle parcourra la France en 60 dates dont deux au Palais Omnisports de Paris-Bercy. Laurent Boutonnat, au delà de la mise en scène et des arrangements, pense au film qu’il tirera de cette tournée. Il crée le 26 octobre 1989 à l’occasion de la sortie du double album En concert une société d’édition phonographique « Requiem Publishing » qui édite depuis, toutes les productions de Boutonnat sans exception. La sortie en salles et sur vidéo du film du spectacle se fera finalement le 25 septembre 1990. Suite à la sortie de En concert, Laurent Boutonnat écrit les dix musiques du prochain album de Mylène Farmer: L’Autre. Il profite du tournage de Désenchantée et de Regrets en Hongrie en février 1991 pour faire des repérages pour Giorgino avec le décorateur Pierre Guffroy. Se consacrant essentiellement à la préparation du long-métrage, les années 1992 et 1993 verront débuter le tournage des scènes d’extérieur du film dans le parc slovaque des Tatras auxquelles suivront les plans d’intérieur aux studios Barrendov de Prague.

 

En mai 1993, le montage et l’écriture de la musique succèderont au tournage. Laurent retournera pour l’occasion dans l’État Tchèque pour en enregistrer la musique. L’exceptionnelle longueur de la post-production due en partie au perfectionnisme de son auteur s’achèvera en août 1994. Après 8 années de travail, Giorgino sort enfin sur les écrans le 5 octobre 1994. Abattu par la critique et sorti au mauvais moment, le film est un échec.

 

 Décidément décisif dans la carrière de Boutonnat, l’échec le conduit à des revirements complets. Celui de Giorgino sera de trop, plongeant son auteur dans le désespoir le plus profond. Après un an sans nouvelle production, qu’elle soit musicale ou audiovisuelle, la suite de son travail montrera une absence totale de continuité. Laurent Boutonnat composera onze musiques pour l’album Anamorphosée annonçant le retour de son interprète fétiche. Suite à ça il co réalisera un autre film de concert Live à Bercy avec François Hanss, son assistant de longue date. 

Le succès commercial de ce film (pourtant uniquement exploité en circuit de cassettes vidéos) n’aura d’égal que l’échec artistique que nous seront forcés de constater. Les nombreux faux raccords involontaires et la superficialité affichée de l’imagerie renient outrageusement le perfectionnisme dont Boutonnat était autrefois capable. Laurent Boutonnat refuse depuis toute interview et toute diffusion de Giorgino, voulant visiblement faire de son long métrage un film maudit. Le film sera tout de même contractuellement diffusé en novembre 1995 sur la chaîne Canal Plus, qui participa à sa production. Boutonnat attendra 1997 avant de reprendre réellement la caméra pour l’ancienne actrice Nathalie Cardone, sa nouvelle égérie avec laquelle il réalisera quatre clips. Il crée pour elle une société de production le 19 juin 1997 : « Calliphora S.A. » et laisse peu à peu en désuétude les sociétés Heathcliff S.A. et Toutankhamon qui cessera même ses activités en 1997. En mai 1999 sort l’album de Mylène Farmer Innamoramento comportant treize titres dont neuf composés par Laurent Boutonnat, mais il n’en signera aucun clip. Le 10 mai 2000 il étend toutefois ses activités financières en fondant LB Société Civile Immobilière qui s’occupe d’achat et de location de biens immobiliers.

 images (17) 

 L’échec qui accompagna toute la carrière de Boutonnat provoqua chez lui deux réactions contraires selon les époques. Alors que son insuccès dans le cinéma l’incita dans sa jeunesse à persévérer dans la voie cinématographique, il ne put se remettre du fiasco commercial de Giorgino qui le fit stopper toute réalisation ambitieuse. Aujourd’hui  Mylène Farmer et Laurent Boutonnat dirigent toujours la société d’éditions phonographiques Requiem Publishing qui produira en mai 2000 une nouvelle chanteuse pour adolescents : Alizée. Laurent Boutonnat écrira pour elle les chansons de ses deux albums et tournera trois clips : Moi… Lolita, Parler tout bas et J’ai pas vingt ans. Ayant cessé sa collaboration avec Nathalie Cardone, il continue néanmoins la composition des chansons de Farmer et réalisera même pour elle deux derniers clips Les Mots et Pardonne-moi, renouant une dernière fois avec leur univers des années 80. En mars 2001 sortent pour la seconde fois sur support numérique l’intégrale des clips que Laurent Boutonnat a tournés pour elle.

 

EXTRAIT DU LIVRE DE Jodel Saint-Marc  « Le Clip en tant qu’œuvre Cinématographique / aux éditions Sorbonne Nouvelle en août 2003

 

Publié dans Mylène et Boutonnat | Pas de Commentaires »

Mais Mylène, qui est donc Laurent B.

Posté par francesca7 le 7 février 2014

 

images (2)Que sait-on de Laurent Boutonnat ? Finalement peu de choses, tant ses interviews sont rares ; qu’il a été dans les années 80/90 le réalisateur de clips dont on a le plus parlé sans jamais le voir ; ceux de Mylène Farmer. L’écrivains Philippe Ségui évoque le mieux, en peu de mots, le mieux le réalisateur :

« Laurent Boutonnat fonctionne par odeurs. Celles de la neige, du vent, du froid et celle aussi de la misanthropie. L’œuvre est souvent tragique et affiche une douleur, une solitude et un univers qui lui sont propres. Ses films qui n’ont pas d’âge nous parlent d’un monde mélancolique qui a la couleur de la fatalité ».

Laurent Pierre-Marie boutonnat est né le 14 juin 1961 dans le XIVè arrondissement de Paris, de Pierre-Louis Boutonnat et marielle Brunher (mariés depuis le 16 juin 1960). Du côté de son père, Laurent Boutonnat est le petit fils de Charles Boutonnat, administrateur de la France d’Outre-Mer, et de Alice Nivot. Non moins célèbre dan les monde des chefs d’entreprise, Pierre-Louis Boutonnat, le père de Laurent, est né à Saint Louis au Sénégal le 4 février 1935 et a derrière lui une impressionnante carrière : tour à tout dirigeant de dizaines d’entreprises, puis de la Croix Rouge, et toujours en 2004 de la société WWF, il a été décoré de la Légion d’Honneur, de l’Ordre National du mérite, et figure dans le Who’s Who officiel.

Laurent Boutonnat grandit avec son frère Dominique et ses trois sœurs au 51 Bd Auguste Blanqui dans le XIIIè arrondissement de Paris : Caroline, Bénédicte, et Stéphanie, devenue journaliste à la matinale de France Inter jusqu’à fin 2008, avant de travailler pour BFM TV. Il se servira d’ailleurs de membres de sa famille pour monter ses sociétés d’éditions phonographiques et aussi de son petit frère Dominique dans son premier long métrage : Ballade de la Féconductrice en 1980. le même qui produire Jacquou le Croquant 26 ans plus tard. Laurent Boutonnat a déjà réalisé dans son enfance de nombreux courts-métrages amateurs avec la caméra Super 8 de ses parents. Son premier essai date d’ailleurs de 1971 où il transpose Bambi chez les humains. Lors de ses fils il dit vouloir déjà tout maîtriser : de la mise en scène à la musique, du maquillage à l’interprétation elle-même ! Parallèlement, i étudie la musique, notamment le piano dès l’âge de cinq ans.

Vidéo : Ballade de la Féconductrice :

Image de prévisualisation YouTube

http://www.youtube.com/watch?v=2pTMjfj8kQw&feature=youtu.be

Au collège, Laurent Boutonnat est chez les jésuites. On retrouvera d’ailleurs des traces de cette éducation dans le clip de Plus Grandir (1985). Il s’y déplaît n’est doué qu’en littérature et est plusieurs fois renvoyé. A quinze ans il décide d’abandonner ses études pour aller chercher du travail. C’est aussi l’âge à partir duquel il abandonne l’apprentissage des instruments que lui faisaient apprendre ses parents, et notamment celui du piano. Parallèlement aux petits boulots qu’il cherche, Laurent prend des courts de théâtre durant trois ans et il écrit chez lui avec un professeur d e philosophie. Il déclarera plus tard « avoir pris goût à cela »…

Laurent Boutonnat le sait déjà : son unique objectif est le cinéma. Il commence à développer dans sa t^te plusieurs projets de long métrage dont un film nommé Giorgino (qu’il reprendra dix ans plus tard). Il réalisera finalement Ballade d la Féconductrice qui restera deux semaines à l’affiche à Paris . Plutôt que de retourner à l’école, Laurent Boutonnat, déçu, ne fait plus rien jusqu’à sa rencontre avec Jean-François Chauvel. Ce grand reporter de télévision (mort en 1986) devait tourner plusieurs émissions de reportages scientifiques sur les énergies nucléaires. Laurent Boutonnat saisit sa chance et postule comme caméraman pour toute la série d’émissions. Il avouera plus tard : « J’avais prétendu m’y connaître en technique pour qu’il me prenne, et j’ai dû potasser le manuel comme un fou !  il part donc pendant un an dans les quatre coins de la France pour tourner les images de ces reportages, « La meilleure école » selon lui.

Laurent Boutonnat a alors 20 ans et se lance dans une nouvelle aventure où il utilisera ses facultés d’écriture et son expérience récente dans le journalisme. Toujours avec le sens du subversif et son goût du morbide, il commence des recherches pour écrire un lire sur l’infanticide. Parallèlement à cela il réalise des publicités télévisées, non par vocation mais tout simplement pour gagner un peu d’argent. Il signe également en 1982 la musique du court-métrage « Panache » de Pascal Deligné, qui deviendra son assistant sur Plus Grandir. Laurent tourne donc plusieurs sports pour des produits de consommation courant (barres chocolatées, ligueur et champagne) puis s’associe à un producteur travaillant pour le circuit Parafrance. Celui-ci lui proposera d e tourner un film d’horreur en deux semaines de tournage pour un budget de 230 000 Euros. Le film ne verra jamais le jour. C’est à cette période que la première version de Giorgino sera écrite par lui. Un soir, alors qu’il est accompagné d’un ami : Jérôme Dahan , il décide d’écrie avec lui les paroles d’une chanson ayant trait à cette enfance qui le hante tant. Le lendemain Jérôme Dahan en écrit la musique et le résultat ne leur déplait pas. Ils viennent en fait d’écrire les paroles de maman a tort, le futur tube de l’été 1984. Laurent Boutonnat laisse peu à peu de côté le sulfureux libre qui ne verra jamais le jour.

Les paroles qui évoquent la folie, l’abandon, et le saphisme seraient encore plus explosives dans la bouche d’une enfant. Après une tentative avec une jeune fille de quinze ans qui pose trop d e problèmes juridiques, Jérôme Dahan et Laurent Boutonnat organisent un casting où se présentent une cinquantaine de filles dont Mylène Farmer, qu’il avait croisé quelque temps auparavant au bras de Dahan. Laurent boutonnat la choisie immédiatement, sans même l’avoir entendue chanter, à cause de son air « psychotique » dont il parlera à Noël Mamère en 1986 au journal télévisé. Lors de ces premières interviews télévisées, on se rend compte que Laurent Boutonnat s’exprime comme le producteur Christian Fechner. Après un clip tourné en vidéo avec un budget de 760 Euros, il aura un projet de vrai court-métrage pour la chanson.

 » C’est un homme qui a un physique romantique. C’est un homme qui a ses névroses. Qui a, je crois beaucoup de talents » Citation Mylène Farmer – Frequenstar – février 1989

Publié dans Mylène Autrement | Pas de Commentaires »

TV VIDÉO JAQUETTES avec Mylène Farmer

Posté par francesca7 le 29 janvier 2014

 

JUILLET 1986 – Mylène Farmer : Cendres de lune – Entretien avec Hélène MERRICK

1986-33-a

Comment est née cette « Libertine » ?

- Le texte de la chanson ? C’est presque une idée à moi : on était en studio, et au moment de placer ma voix sur la structure musicale qu’on mettait en place, j’ai chanté des paroles au hasard. Je devais être très heureuse ce jour-là, je chantais ‘je suis une pute, une putain’ ! Le compositeur s’est dit « Bon sang, mais c’est bien sûr » et il en a fait « Libertine » !

Et l’histoire que raconte le clip dont l’esthétique fait penser à Barry Lindon ?

- C’est une déformation professionnelle de faire cette référence ! Mais c’est vrai qu’il y a un travail des lumières un peu analogue, des éclairages à la bougie, des maquillages blancs. Le libertinage évoquait le 17ème siècle, et comme j’aime beaucoup le film de Ridley Scott, « Duellistes », je voulais insérer un duel. Tout ce travail s’est fait à deux, je n’en revendique pas la maternité ! Ce qui compte, c’est le résultat ! Ma part à moi, c’est d’être présente dans tout.

Quel cinéma aimez-vous ?

- Des cinéastes, plutôt : Stanley Kubrick, Elia Kazan, Polanski, Clouzot, Jean-Jacques Annaud…

Regardez-vous les films en vidéo, chez vous ?

- De plus en plus, par fainéantise ! Je regarde tous les films que j’ai ratés pendant une période où je n’avais pas envie d’aller au cinéma, peut-être parce que j’avais envie d’en faire ! Je viens de revoir pour la cinquantième fois « Un tramway nommé désir » et bientôt je vais voir « E.T. » dont on va me prêter une cassette !

Vous a-t-on proposé de faire du cinéma ?

- Non. Je ne vais pas au devant des gens qui pourraient m’en faire faire, je sors peu et surtout, avoir fait deux clips dans un esprit cinéma ne prouve pas qu’on est une fabuleuse comédienne !

Pourquoi faites-vous mourir Libertine à la fin du clip, comme dans un film où il est ‘moral’ de supprimer une fille de petite vertu ?

- Là, j’avoue que c’est une idée du metteur en scène. Je trouve que la fin est belle, c’est une histoire triste de  toute façon, mais rassurez-vous, c’est la version cinéma ! A la télévision, elle est écourtée, on ne voit pas le duel au début. Ca commence avec le galop du cheval, et ça se termine à la sortie du salon, avant que Libertine ne meure.

Une chanson immorale devrait finir immoralement, non ? Où se situent d’après vous l’immoralité et la provocation qu’on vous attribue dans la presse ?

- Fatalement à travers mes chansons, et aussi dans les chorégraphies que je fais à la télé. Certains gestes dérangent terriblement les gens.

Vous vous déshabillez dans un clip : est-ce une provocation ou une nécessité ?

- Ce n’est jamais nécessaire de se dénuder, c’est toujours accessoire et c’est bien ou malvenu, vulgaire ou aussi normal que boire une tasse de thé. Là, en l’occurrence, je ne crois pas que ça soit vulgaire. On parle de libertinage, alors s’il n’y a pas une paire de fesses ou un moment de nudité… ! Je n’ai pas grand-chose à dire sur ce sujet, se produire devant une caméra et dévoiler des secrets, c’est aussi obscène que se mettre nu à l’écran.

Feriez-vous comme Marushka Detmers dans « Le diable au corps » ?

- C’est un peu vicieux comme question ! Là, je réfléchirais. Je pense que ce n’était pas indispensable de faire ça dans un film, sinon pour provoquer des entrées !

Cultivez-vous une image de marque ?

- Pas réellement. Je réfléchis à une pochette de disque, une télévision, des photos de presse, des interviews, je ne sais pas…

Faites-vous attention à ne pas dire certaines choses ?

- Certaines, oui. Je ne les dis plus, car elles étaient mal comprises.

Vous mentez ?

- Oui, bien sûr ! C’est le privilège de l’artiste ! Le mot de sincérité qui revient constamment partout, je le bannis complètement dans ce métier de faux-semblants !

Pensez-vous avoir innové dans le domaine de la chanson ?

- La chanson est un art mineur, comme dit Gainsbourg. Il ne faut pas se prendre au sérieux ! J’ai évoqué des sujets comme la mort, la mère, la religion… On n’en a pas trop parlé en chanson.

Qu’est-ce que vous aimiez écouter à vos débuts ?

- Rien ! Je n’aimais rien ni personne ! (rires) Si : Jacques Dutronc, je l’aime toujours d’ailleurs. Je crois n’avoir pas écouté beaucoup de musique étant enfant. Après, je me suis tournée vers la musique de films et je continue. Un peu la musique classique, aussi. Au début, j’aimais le film et la musique, à présent je n’ai pas besoin de connaître les images pour acheter un disque de musique de film, surtout celles de John Barry que j’adore.

Avez-vous pris des courts de chant ?

- Non, je bénéficie des qualités de mes défauts : une voix fluette qui intéresse les gens, telle quelle !

Avez-vous réellement suivi une éducation religieuse ?

- Je peux vous mentir, là ! (rires) J’ai été traumatisée par les bonnes sœurs : elles me tapaient, je renversais  mes desserts par terre…

Vous avez mis le feu ?

- Non, j’aurais bien aimé mais je n’avais pas encore l’esprit à ça ! Maintenant, je crois que je le ferais, et puis (prenant l’air convaincu) je me dis des fois qu’un jour, je vais rentrer dans les ordres !

Vous ne me direz pas si vous en avez souffert…

- (retenant un sourire et d’un air de regrets) Je n’ai pas envie de mentir, aujourd’hui ! (rires) Non, sincèrement, bien que je n’ai aucune attirance pour ce milieu…

On raconte que vous avez fait du dessin…

- Oui, j’ai peu de temps pour ça et je n’ai pas beaucoup d’imagination, mes dessins sont toujours un peu morbides, je fais des bonhommes désarticulés…

Avez-vous fait toutes les cascades à cheval dans « Libertine » ?

J’ai fait de l’équitation pendant cinq ans, maintenant je n’ai plus le temps, mais si j’avais un cheval, je le monterais souvent et librement, sans aller dans un manège, sans l’embêter ! Je voulais faire les cascades moi-même dans « Libertine », mais c’est finalement une cascadeuse qui est montée en selle sur le cheval au galop et m’a doublée pour certains plans de bagarre : si j’avais eu un accident, tout aurait été annulé !

Me direz-vous combien a coûté le clip de « Libertine » ?

- Non ! (rires) Ca n’a pas coûté cent briques, comme certains le prétendent. Je n’ai pas envie de donner le prix !

Si les gens le croient très cher, c’est qu’il est réussi. Il a coûté la moitié de ce que vaut un clip français habituellement : un minimum d’argent, un maximum de talent !

1986-33-cEcrivez-vous des histoires ?

- Non, je n’écris rien, j’efface !

Qu’est-ce que vous effacez ?

- Tout ! Tout ce qui s’est passé hier. J’ai un don pour ne me souvenir de rien sauf de ce qui est vraiment marquant. Mon enfance, mon proche passé, je ne veux pas y penser une seconde ! Ce serait régresser, j’ai besoin d’aller de l’avant, de ne pas regarder en arrière.

Quelle attitude ont les garçons avec vous ? Sont-ils attirés par votre célébrité ou leur faites-vous peur ?

- Tout le monde n’est pas à l’aise avec moi, je n’en tire aucune satisfaction d’ailleurs, je le remarque, et surtout je n’ai pas envie qu’ils soient à l’aise avec moi ! Je n’en sais rien, j’ai l’impression d’être une vieille grand-mère quand on me pose cette question ! Je reçois des lettres de personnes que je ne connais pas qui déclarent leur flamme (elle s’interrompt) Non, je dis des bêtises, je ne fais pas une fixation là-dessus !

Et vous, quels sont les gens qui vous attirent ?

- Très souvent ceux que je ne peux pas approcher, docteur ! Ceux qui ont un sens de la folie. La vie est déjà suffisamment laborieuse et triste, on ne va pas s’ennuyer avec les gens qui ont des problèmes dentaires !

Même en traitant des sujets durs ou morbides, vos chansons sont très gaies, non ?

- Parce qu’elles sont cyniques. Le cynisme, ça sauve tout !

Etes-vous croyante ?

- Non. Par contre, je peux être intéressée par quelqu’un comme Ste Thérèse d’Avila, qui était une folle à lier elle aussi !

‘Aussi’ ?! Vous vous considérez comme folle à lier ?

- C’est un peu l’image que je donne dans ce que je fais. Je crois être quelqu’un de pas fou du tout ! Dans la vie, on a tous des moments d’égarement, mais je suis seule dans ce cas-là, il n’y a que mon singe qui me regarde avec des yeux ronds !

Vous pourriez me définir votre caractère ?

- (en secouant énergiquement la tête) Non ! (rires) Caractérielle ?

Bon alors, pensez-vous bien vous connaître ?

- Oui, oh oui ! Dommage, mais oui…

Avez-vous trouvé ce que vous vouliez vraiment faire dans la vie ?

- Voilà le genre de questions auquel je ne réponds pas ! (rires) L’avenir dira si on m’a pendue pour ça !

Avez-vous envie de faire autre chose aussi ?

- Je veux réussir dans tous les domaines, ne pas faire la même chose pendant vingt ans. Chanson, cinéma, m’occuper d’animaux à cinquante ans, pourquoi pas, tout et rien !

Fonder une famille ?

- Non, le pauvre, pauvre enfant ! Je n’en ai tout simplement pas envie.

Pensez-vous que chacun suit une destinée bien précise ?

- C’est cruel mais je pense que oui. Après, c’est une question de volonté. A nous d’affiner les gros traits qui nous sont tracés.

Où sont l’enfer et le paradis pour vous ?

- L’enfer, c’est d’être là et le paradis, c’est d’être là aussi ! Vraiment, l’enfer, c’est la maladie, la pire chose qui puisse arriver à quelqu’un. Et puis « L’enfer, c’est les autres » comme disait je ne sais plus qui !

Oui, l’autre, là !

-          (rires dans tous les coins)

Publié dans Mylène 1985 - 1986, Mylène en INTERVIEW | Pas de Commentaires »

Nathalie Nothomb et Mylène Farmer

Posté par francesca7 le 21 octobre 2012

 

Amélie Nothomb, née le 13 août 1967 à Kōbe au Japon, est une écrivaine belge francophone. Elle partage sa vie entre la France et la Belgique.

Description de cette image, également commentée ci-aprèsLes Nothomb font partie de l’aristocratie belge et plusieurs de leurs ancêtres se sont illustrés dans la vie politique et culturelle (Charles-Ferdinand Nothomb notamment). Fille du baron Patrick Nothomb, ambassadeur de Belgique, Amélie Nothomb a séjourné au Japon (où elle est née), en Chine, aux États-Unis (New York), en Asie du Sud-Est (Laos, Bangladesh, Birmanie). Elle ne découvre la Belgique qu’à l’âge de 17 ans. Elle y finit ses humanités à l’Institut Marie-Immaculée Montjoie d’Uccle pour ensuite entamer des études de philologie romane à l’Université libre de Bruxelles.

Il convient d’ores et déjà de se préparer à l’événement. Mylène Gautier, alias Mylène Farmer, un mixte d’Amélie Nothomb et de Nathalie Kosciusko-Morizet, investira le Stade de France les 11 et 12 septembre pour «deux concerts pharaoniques» {sic]. La billetterie a été ouverte le 28 mars. En deux heures, les places étaient déjà vendues.

C’est que la rouquine gothique à qui l’on doit «l’Ame-Stram-Gram» et dont les clips ont été réalisés par Laurent Boutonnât, Luc Besson et Abel Ferrara, fait l’objet d’un culte qui touche au fanatisme. Rappelons ici qu‘un de ses groupies exécuta à bout portant, en 1991, le standardiste de la maison Polydor au prétexte que son idole ne daignait pas répondre à ses lettres. Il la connaissait mal. Car Mylène est une adepte de la stratégie du silence. Elle ne donne pas d’interviews et tient que, «pourplaire aux jaloux, il faut être ignorée».

Heureusement, la star a son biographe. Il s’appelle Erwan Chuberre. Son éditeur nous précise qu’il est «spécialiste des icônes féminines». On lui doit «les Lèvres de Sylvie Vartan !», «Madonna absolument !», «Britney, toujours vivante !» et «Lorie, entre ange et glamour !». C’est le Henri Troyat exclamatif de Paris-Bercy.

Dans «Mylène Farmer, des mots sur nos désirs» (Alphée, 19,90 euros), on découvre que, à sa naissance, «Mylène a déchiré avec force les entrailles de sa mère», qu’elle a souffert ensuite de «la déchirure de son hymen», qu’elle s’est inspirée de la Bible où elle a lu que «Dieu vomit les tièdes», que le clip de «Libertine» vaut bien le «Barry Lyndon» de Kubrick, qu’elle aime faire l’amour dans les ascenseurs, et qu’un de ses amants était éjaculateur précoce, un regret exprimé dans une émouvante chanson : «C’est sans doute une fuite/Mais te décharger de tout c’est illicite…» On apprend plus tard qu’elle eut une relation avec l’auteur de «Et si c’était vrai…», Marc Levy. On voit par là que cette lecture s’impose.

 

Une discussion qui a été publiée en mars 1995 dans le magazine Vogue. Mieux vaut tard que jamais !


La séance photo qui accompagnait la rencontre est disponible, grâce à Evie
, ici.

Nathalie Nothomb et Mylène Farmer dans Mylène et L'ENTOURAGE 2962277057_1_3_txtyvnbc-229x300
Vogue a écrit:

C’est avec un pas plein d’entrain qu’Amélie Nothomb entre dans la suite de l’hôtel parisien  » le Crillon  » où elle a rendez-vous pour un entretien avec Mylène Farmer. La chanteuse est déjà là. Amélie déborde d’énergie. Mylène paraît timide et fragile. L’écrivain raconte à quel point elle s’est réjouie de cette rencontre :


« Lorsque ‘Vogue’ m’offrit la possibilité de rencontrer la personne de mon choix, je n’ai pas hésité une seule seconde. »
Les deux jeunes femmes rapprochent spontanément leur fauteuil ; toutes deux parlent d’une voix basse.

Amélie Nothomb : Je me souviens très bien de la première fois où j’ai entendu votre musique. C’était en 1986, pendant les vacances de Noël. Ma cousine entonna  » Libertine « . Je n’avais encore jamais entendu cette mélodie. Comment, me dit-elle, tu ne connais pas Mylène Farmer ? Je suis depuis une fan de vos clips. Vous êtes, pour moi, le chanteuse aux clips les plus beaux et talentueux.

Mylène Farmer : Et moi j’ai lu vos livres. C’est pourquoi j’ai accepté de vous rencontrer.

Je le sais. J’ai découvert, grâce à vous, un auteur qui m’a beaucoup impressionné ; vous avez précisé, lors d’une interview, que vous aimiez Luc Dietrich.

Ce sont mes livres de chevet.

C’est un des rares auteurs qui écrit comme un enfant sans se ridiculiser. J’ai moi-même décrit mon enfance dans  » Le Sabotage Amoureux « , mais non de la manière dont je l’aurais souhaité.

J’ai écrit des chansons sur l’enfance, en particulier sur la crainte de grandir.

Dans votre chanson  » Plus Grandir « , vous évoquez le désir de rester une enfant.

Je ne peux moi-même l’expliquer, mais je n’en subit aucunement un traumatisme. J’ai vécu au Québec jusqu’à l’âge de 9 ans ; il ne me reste de cette époque que le souvenir très marquant de la neige.

La neige apparaît dans vos clips de façon ininterrompue ainsi que votre film. Je regrette de ne pas avoir eu la possibilité de voir  » Giorgino « . Il ne fut projeté à Paris que pendant deux semaines et comme je vis à Bruxelles, je l’ai manqué. Je connais cependant presque tout sur ce film car j’ai dévoré tous les articles le concernant. Je suis persuadée qu’il est exceptionnel même si beaucoup de critiques prétendent le contraire. Je considère Laurent Boutonnat, le réalisateur, comme un génie.

Notre film a subi des critiques extrêmement brutales. Nous savions d’avance qu’ils le mettraient en pièce avant sa sortie. La principale critique étant qu’il s’agissait d’un long clip.

2263790455_small_2-300x236 dans Mylène et L'ENTOURAGEJe rêve d’un clip de deux heures !

Le maquillage, les costumes, la lumière ; toutes les techniques existantes ne sont pas exploitées par le cinéma. Le jeu de scène est, par ailleurs, primordial. J’interprète soit mon propre rôle, soit celui d’un autre, j’écris également les paroles de mes chansons. Ce sont les façons de m’exprimer.

Cela m’a frappée, vous vous déguisez souvent et cependant, vous passez pour une artiste particulièrement discrète.

Lorsque je montre ma nudité ou lors de photos sexy, les journalistes me dépeignent comme une dévergondée sans aucuns mystères. Cela leur paraît paradoxal que je sois si discrète d’ordinaire et beaucoup attendent une justification. Je déteste cela !

Vous n’avez pas non plus à vous justifier, comme c’est le cas lorsque l’on commet des erreurs.

Le clip  » Libertine  » a d’ailleurs été censuré en Allemagne. Quelle hypocrisie ! J’ai déjà vu des films pornographiques sur la chaîne allemande.

Je n’ai encore jamais eu l’honneur de me faire censurer !

Cela m’étonne.

Ma famille considère mes livres comme pornographiques. Vous savez, la Belgique est aujourd’hui encore un pays du 19ème siècle. De plus, je descends d’une famille aristocratique et catholique extrêmement conservatrice.

Votre famille vous repousse-t-elle ?

Précisément. A l’exception de mes parents qui acceptent mes ouvrages. Mon père fut diplomate pour que nous vivions en Asie. Vous savez, ma famille ne fut pas fière de son agissement durant la seconde guerre mondiale. Je peux remercier mes parents d’avoir passé mon enfance en Extrême-Orient. Lorsqu’à 17 ans je suis allée, pour la première fois, à Bruxelles, je fut marquée par la consternation des gens à l’évocation de mon nom. Aujourd’hui encore, les Nothomb jouent un rôle important dans la vie politique belge, mais je reste en dehors de cela.

Votre père n’est pas également artiste ?

En effet, il est ambassadeur le jour et interprète de nos chants médiévaux le soir.

Merveilleux ! C’est une musique mystérieuse, captivante.

Le plus court dure 4 heures. Lorsque nous étions enfants, nous devions écouter l’intégralité de ces drames et ceci à genoux. Aujourd’hui, nous sommes autorisés à nous asseoir et même à nous assoupir. Combien de fois avons-nous écouté papa chanter le dimanche !
Je m’ennuyais terriblement, d’autant plus que je ne comprends que le japonais moderne.

Les rapports que j’entretiens avec ma famille sont complètement différents. Bien entendu, je reste en contact avec elle, mais nous communiquons très peu. Je présume qu’elle doit être fière de mon succès. Mon père n’est plus de ce monde, il est décédé avant le début de ma carrière, lorsque j’avais 21 ans. Je n’ai reconnu que plus tard à quelle point il avait compté pour moi. Avec qui vivez-vous ?

Avec ma sœur Juliette, un être hors du commun.
Enfants, nous étions comme les deux doigts de la main et toutes deux anorexiques. Je fus seule à m’en sortir. Elle a cessé de grandir à 16 ans.
Aujourd’hui, à 31 ans, c’est encore une enfant. Elle refuse tout contact social et intrusion dans notre appartement sous peine de hurler. Elle ne veut que ma présence.

Pour ma part, je vis à Paris avec mon singe capucin. Pensez-vous éprouver un jour le besoin de quitter votre sœur ?

Non, car je n’ai encore jamais ressenti le besoin de me marier et d’avoir des enfants. De plus, j’ai une vie sentimentale que l’on peut qualifier de normale, en dehors de chez moi. Ceci me permet de mener une existence quelque peu aventureuse qui me plaît.

Me perpétuer est une chose qui me paraît, pour l’instant, inimaginable. Pourtant j’aime les enfants.

L’écriture est pour moi plus facile comparée à d’autres choses de la vie.

Mais elle vous paraît également torturante. J’ai cru comprendre que vous n’étiez créative que lorsque vous avez la sensation du froid.

C’est exact. Le froid s’installe tout naturellement en moi lorsque j’écris. La température de mon corps chute. Je ne suis pas habituellement aussi frileuse, mais lorsque j’écris, je m’enveloppe de longs manteaux de laine. Je porte même un bonnet. Le froid m’est très désagréable, mais le désir d’écrire prédomine.

On dit pourtant que le désir et le tourment ne sont pas compatibles.

Je vis constamment dans ce mystère et j’écris chaque jour durant quatre heures au moins.

Est-il vrai que souvent vous ne dormez que trois, quatre heures ? J’imagine à quel point vos angoisses sont liées à vos nuits Cela doit être éprouvant. L’écriture est un remède à la solitude.

L’insomnie ne me gêne pas, par contre, la tentative vaine de trouver le sommeil, oui. Ce qui est horrible, ce sont les pensées qui surgissent dans ces moments-là.

Je connais ça aussi : le heurt de pensées différentes, à le limite de la folie.

Surtout que nous possédons toutes deux une fantaisie quelque peu morbide. Lorsque je ne trouve pas le sommeil, toutes mes pensées tournent autours de la mort et de cadavre. C’est insupportable !
Je suis convaincue d’avoir choisi l’écriture pour échapper à cette horreur. Je ne souffre plus lorsque j’écris. Le fait même d’écrire m’apporte une plaisir formidable. Les passages les plus dramatiques d’  » Hygiène de l’Assassin « , où Prétextat Tach étrangle sa jeune compagne de ses propres mains m’ont fait éclater de rire.

Ces passages n’apparaissent que plus cruels et plus inquiétants !

On m’a qualifiée de sadique. Est-ce vrai ? Certainement pas dans la vie de tous les jours.

Je ne vous considère pas comme une sadique. Vos livres dérangent et c’est pour cela qu’ils me plaisent. Ils font naître dégoût et angoisse, des réactions très vivantes. Dans mon travail, la mort est un thème très important. Elle fait, après tout, partie de notre existence.

J’ai eu l’occasion de vous voir dans une émission dans laquelle vous aviez le choix des reportages. Vous aviez retenu des images de cadavres et de corps sans tête. C’était très courageux.

(rires) Je voulais exprimer la beauté qui se trouve dans la violence et l’horreur. C’est pourquoi j’ai choisi deux reportages sur les exécutions.
Une exécution est, bien entendu, répugnante et cruelle, mais il s’en dégage une réelle force. Les mots me manquent pour exprimer ce que je ressens.

Vous aviez alors affirmé éprouver de la joie en voyant ces images.

C’était peut-être maladroit. Il faut faire attention à ce que l’on dit et songer aux conséquences possibles. Même la mort d’un proche peut être fascinante. Voir cette personne morte me parut presque un spectacle. Suis-je morbide ou vais-je au-delà de ça ? Est-ce une preuve d’amour ? Je ne sais pas.

On sent depuis peu en vous une influence tibétaine. Que s’est-il passé ?

Je n’ai pas beaucoup travaillé pendant trois ans, j’avais besoin d’oxygène, c’est pour cela que j’ai voyagé aux Etats-Unis, mais le lieu n’a pas d’importance. Là-bas, par hasard, j’ai trouvé un livre tibétain traitant de la vie et de la mort. J’ai tiré quelques vérités de cet enseignement bouddhiste, à savoir qu’il y a une vie après la mort. Cette idée m’est devenue familière. Ce livre était un baume.

mylene-farmer-sexy-mylne-farmer-m_f-big-241x300Vous n’avez plus de doutes aujourd’hui ?

Je refuse aujourd’hui l’angoisse que me crée la pensée de la mort. Je me dis qu’il existe effectivement une vie après la mort. J’ai changé de philosophie.

On le devine dans votre dernier album  » Anamorphosée « . A propos d’immortalité, la notoriété d’un écrivain n’est pas comparable à celle d’une chanteuse. Ma notoriété est supportable, voire amusante. Mais votre gloire doit prendre des proportions considérables. Il paraît que des fans dorment devant votre porte. Comment vivez-vous cela ?

Je dédramatise. Je ne le supporte qu’ainsi.

Et quelle est l’histoire de ce meurtre ?

Ce fut très douloureux. Un déséquilibré voulant me rencontrer fit irruption dans ma maison de disques, tirant autour de lui avec sa carabine. Il tua le standardiste âgé de 28 ans. Ce fut un des événements les plus marquants de ma vie.

Tournerez-vous à nouveau un film avec Laurent Boutonnat ?

Je l’ignore. L’échec de  » Giorgino  » a été douloureux pour Laurent.

Puis-je vous faire part d’un rêve ? Plusieurs producteurs souhaitaient adapter  » Hygiène de l’Assassin « . A ce jour, tous les projets ont avorté. Je souhaiterais que Laurent Boutonnat adapte le film et que vous interprétiez le rôle de la journaliste.

Je n’ai offert vos livres que récemment à Laurent, mais je vais lui parler de votre souhait. Je vous le promets…

Publié dans Mylène et L'ENTOURAGE | Pas de Commentaires »

Mylène Farmer dans le Magazine VOGUE

Posté par francesca7 le 30 juillet 2012

 

Fondée en 1892 par Arthur Baldwin Turnure, Vogue est alors une petite publication hebdomadaire consacrée à la société mondaine new-yorkaise. À la mort de ce dernier, en 1909, Condé Montrose Nast reprend la publication et la développe. Le premier changement est une parution toutes les deux semaines au lieu de chaque semaine. Nast voyage en Europe au début des années 1910, il va d’abord en Angleterre où il lance le titre en 1916. Il se tourne ensuite vers l’Espagne, où il rencontre un échec, et lance finalement Vogue en France en 1920, ce sera un succès immédiat.

Mylène Farmer dans le Magazine VOGUE dans Mylène et les AUTEURS 2009NathalieDelepine10-300x201En 1973, Vogue américain devient un mensuel.

L’édition américaine est la plus puissante et concurrence WHarper’s Bazaar, et ELLE. Vogue se concentre sur la mode haut de gamme et la haute société depuis son origine. Le magazine a eu pour collaborateurs les plus grands illustrateurs et photographes de mode.

Sous la direction de Grace Mirabella, le magazine sera profondément transformé pour s’adapter aux changement de la société et du mode de vie de ses lecteurs.

La rédactrice actuelle de Vogue aux États-Unis est Anna Wintour, réputée comme « la femme la plus influente de la mode ». Elle a inspiré le personnage de la rédactrice-dictatrice du roman Le Diable s’habille en Prada, adapté au cinéma avec Meryl Streep dans le rôle.

« Le Vogue américain, c’est la bible pour les acheteurs » des magasins de prêt-à-porter de luxe, comme Barneys ou Henri Bendel, explique Marie Saeki, directrice d’une agence new-yorkaise de relations publiques travaillant avec de jeunes stylistes. Et ses lectrices ont un pouvoir d’achat en général supérieur à celles des autres journaux.

Depuis 2001 et la récession des revenus publicitaires aux États-Unis, Vogue consacre de plus en plus ses couvertures aux célébrités, abandonnant peu à peu les top models.

L’édition française, dont la première parution date du 15 juin 1920, a eu pour contributeurs quelques-uns des plus grands artistes et écrivains du xxe siècle. En 1948, Edmonde Charles-Roux y travaille en tant que courriériste, elle en deviendra la rédactrice en chef en 1954. Celle-ci quittera le magazine en 1966 dans un souffle de scandale, après avoir voulu imposer une femme de couleur en couverture.

Longtemps conservatrice et bourgeoise, la ligne éditoriale du mensuel se bouscule dans les années 1970, notamment avec des séries de mode de Guy Bourdin, très sexuelles et scandaleuses. Dans les années 1980, les collectionneurs s’arrachent l’édition de décembre du Vogue. En effet, la rédaction en chef du magazine est confiée à des vedettes diverses comme le Dalaï Lama,Catherine DeneuveKate MossCharlotte Gainsbourg ou Stéphanie de Monaco.

De 2001 à 2011, la rédaction en chef de Vogue Paris est assurée par Carine Roitfeld. Rédactrice de mode, collaboratrice du photographe de mode et portraitiste Mario Testino, elle a été la muse de Tom Ford chez Gucci et est à l’origine de la tendance « porno chic » qui a défrayé la chronique à la fin des années 1990.

Le 1er février 2011, Emmanuelle Alt, qui occupait le poste de rédactrice en chef mode depuis dix ans, remplace Carine Roitfeld.

 

Une discussion qui a été publiée en mars 1995 dans le magazine Vogue. Mieux vaut tard que jamais!  
La séance photo qui accompagnait la rencontre est disponible, grâce à Evie, ici.

Vogue a écrit en 1995:

106161 dans Mylène et les AUTEURSC’est avec un pas plein d’entrain qu’Amélie Nothomb entre dans la suite de l’hôtel parisien  » le Crillon  » où elle a rendez-vous pour un entretien avec Mylène Farmer. La chanteuse est déjà là. Amélie déborde d’énergie. Mylène paraît timide et fragile. L’écrivain raconte à quel point elle s’est réjouie de cette rencontre :
« Lorsque ‘Vogue’ m’offrit la possibilité de rencontrer la personne de mon choix, je n’ai pas hésité une seule seconde. »
Les deux jeunes femmes rapprochent spontanément leur fauteuil ; toutes deux parlent d’une voix basse.

Amélie Nothomb : Je me souviens très bien de la première fois où j’ai entendu votre musique. C’était en 1986, pendant les vacances de Noël. Ma cousine entonna  » Libertine « . Je n’avais encore jamais entendu cette mélodie. Comment, me dit-elle, tu ne connais pas Mylène Farmer ? Je suis depuis une fan de vos clips. Vous êtes, pour moi, le chanteuse aux clips les plus beaux et talentueux.

Mylène Farmer : Et moi j’ai lu vos livres. C’est pourquoi j’ai accepté de vous rencontrer.

Je le sais. J’ai découvert, grâce à vous, un auteur qui m’a beaucoup impressionné ; vous avez précisé, lors d’une interview, que vous aimiez Luc Dietrich.

Ce sont mes livres de chevet.

C’est un des rares auteurs qui écrit comme un enfant sans se ridiculiser. J’ai moi-même décrit mon enfance dans  » Le Sabotage Amoureux « , mais non de la manière dont je l’aurais souhaité.

J’ai écrit des chansons sur l’enfance, en particulier sur la crainte de grandir.

Dans votre chanson  » Plus Grandir « , vous évoquez le désir de rester une enfant.

Je ne peux moi-même l’expliquer, mais je n’en subit aucunement un traumatisme. J’ai vécu au Québec jusqu’à l’âge de 9 ans ; il ne me reste de cette époque que le souvenir très marquant de la neige.

La neige apparaît dans vos clips de façon ininterrompue ainsi que votre film. Je regrette de ne pas avoir eu la possibilité de voir  » Giorgino « . Il ne fut projeté à Paris que pendant deux semaines et comme je vis à Bruxelles, je l’ai manqué. Je connais cependant presque tout sur ce film car j’ai dévoré tous les articles le concernant. Je suis persuadée qu’il est exceptionnel même si beaucoup de critiques prétendent le contraire. Je considère Laurent Boutonnat, le réalisateur, comme un génie.

Notre film a subi des critiques extrêmement brutales. Nous savions d’avance qu’ils le mettraient en pièce avant sa sortie. La principale critique étant qu’il s’agissait d’un long clip.

Je rêve d’un clip de deux heures !

Le maquillage, les costumes, la lumière ; toutes les techniques existantes ne sont pas exploitées par le cinéma. Le jeu de scène est, par ailleurs, primordial. J’interprète soit mon propre rôle, soit celui d’un autre, j’écris également les paroles de mes chansons. Ce sont les façons de m’exprimer.

Cela m’a frappée, vous vous déguisez souvent et cependant, vous passez pour une artiste particulièrement discrète.

Lorsque je montre ma nudité ou lors de photos sexy, les journalistes me dépeignent comme une dévergondée sans aucuns mystères. Cela leur paraît paradoxal que je sois si discrète d’ordinaire et beaucoup attendent une justification. Je déteste cela !

Vous n’avez pas non plus à vous justifier, comme c’est le cas lorsque l’on commet des erreurs.

Le clip  » Libertine  » a d’ailleurs été censuré en Allemagne. Quelle hypocrisie ! J’ai déjà vu des films pornographiques sur la chaîne allemande.

Je n’ai encore jamais eu l’honneur de me faire censurer !

Cela m’étonne.

Ma famille considère mes livres comme pornographiques. Vous savez, la Belgique est aujourd’hui encore un pays du 19ème siècle. De plus, je descends d’une famille aristocratique et catholique extrêmement conservatrice.

Votre famille vous repousse-t-elle ?

Précisément. A l’exception de mes parents qui acceptent mes ouvrages. Mon père fut diplomate pour que nous vivions en Asie. Vous savez, ma famille ne fut pas fière de son agissement durant la seconde guerre mondiale. Je peux remercier mes parents d’avoir passé mon enfance en Extrême-Orient. Lorsqu’à 17 ans je suis allée, pour la première fois, à Bruxelles, je fut marquée par la consternation des gens à l’évocation de mon nom. Aujourd’hui encore, les Nothomb jouent un rôle important dans la vie politique belge, mais je reste en dehors de cela.

Votre père n’est pas également artiste ?

En effet, il est ambassadeur le jour et interprète de nos chants médiévaux le soir.

Merveilleux ! C’est une musique mystérieuse, captivante.

Le plus court dure 4 heures. Lorsque nous étions enfants, nous devions écouter l’intégralité de ces drames et ceci à genoux. Aujourd’hui, nous sommes autorisés à nous asseoir et même à nous assoupir. Combien de fois avons-nous écouté papa chanter le dimanche !
Je m’ennuyais terriblement, d’autant plus que je ne comprends que le japonais moderne.

Les rapports que j’entretiens avec ma famille sont complètement différents. Bien entendu, je reste en contact avec elle, mais nous communiquons très peu. Je présume qu’elle doit être fière de mon succès. Mon père n’est plus de ce monde, il est décédé avant le début de ma carrière, lorsque j’avais 21 ans.
Je n’ai reconnu que plus tard à quelle point il avait compté pour moi. Avec qui vivez-vous ?

Avec ma sœur Juliette, un être hors du commun.
Enfants, nous étions comme les deux doigts de la main et toutes deux anorexiques. Je fus seule à m’en sortir. Elle a cessé de grandir à 16 ans.
Aujourd’hui, à 31 ans, c’est encore une enfant. Elle refuse tout contact social et intrusion dans notre appartement sous peine de hurler. Elle ne veut que ma présence.

Pour ma part, je vis à Paris avec mon singe capucin. Pensez-vous éprouver un jour le besoin de quitter votre sœur ?

Non, car je n’ai encore jamais ressenti le besoin de me marier et d’avoir des enfants. De plus, j’ai une vie sentimentale que l’on peut qualifier de normale, en dehors de chez moi. Ceci me permet de mener une existence quelque peu aventureuse qui me plaît.

Me perpétuer est une chose qui me paraît, pour l’instant, inimaginable. Pourtant j’aime les enfants.

L’écriture est pour moi plus facile comparée à d’autres choses de la vie.

Mais elle vous paraît également torturante. J’ai cru comprendre que vous n’étiez créative que lorsque vous avez la sensation du froid.

C’est exact. Le froid s’installe tout naturellement en moi lorsque j’écris. La température de mon corps chute. Je ne suis pas habituellement aussi frileuse, mais lorsque j’écris, je m’enveloppe de longs manteaux de laine. Je porte même un bonnet. Le froid m’est très désagréable, mais le désir d’écrire prédomine.

On dit pourtant que le désir et le tourment ne sont pas compatibles.

Je vis constamment dans ce mystère et j’écris chaque jour durant quatre heures au moins.

Est-il vrai que souvent vous ne dormez que trois, quatre heures ? J’imagine à quel point vos angoisses sont liées à vos nuits Cela doit être éprouvant. L’écriture est un remède à la solitude.

L’insomnie ne me gêne pas, par contre, la tentative vaine de trouver le sommeil, oui. Ce qui est horrible, ce sont les pensées qui surgissent dans ces moments-là.

Je connais ça aussi : le heurt de pensées différentes, à le limite de la folie.

Surtout que nous possédons toutes deux une fantaisie quelque peu morbide. Lorsque je ne trouve pas le sommeil, toutes mes pensées tournent autours de la mort et de cadavre. C’est insupportable !
Je suis convaincue d’avoir choisi l’écriture pour échapper à cette horreur. Je ne souffre plus lorsque j’écris. Le fait même d’écrire m’apporte une plaisir formidable. Les passages les plus dramatiques d’  » Hygiène de l’Assassin « , où Prétextat Tach étrangle sa jeune compagne de ses propres mains m’ont fait éclater de rire.

Ces passages n’apparaissent que plus cruels et plus inquiétants !

On m’a qualifiée de sadique. Est-ce vrai ? Certainement pas dans la vie de tous les jours.

Je ne vous considère pas comme une sadique. Vos livres dérangent et c’est pour cela qu’ils me plaisent. Ils font naître dégoût et angoisse, des réactions très vivantes. Dans mon travail, la mort est un thème très important. Elle fait, après tout, partie de notre existence.

J’ai eu l’occasion de vous voir dans une émission dans laquelle vous aviez le choix des reportages. Vous aviez retenu des images de cadavres et de corps sans tête. C’était très courageux.

(rires) Je voulais exprimer la beauté qui se trouve dans la violence et l’horreur. C’est pourquoi j’ai choisi deux reportages sur les exécutions.
Une exécution est, bien entendu, répugnante et cruelle, mais il s’en dégage une réelle force. Les mots me manquent pour exprimer ce que je ressens.

2512027513_small_1Vous aviez alors affirmé éprouver de la joie en voyant ces images.

C’était peut-être maladroit. Il faut faire attention à ce que l’on dit et songer aux conséquences possibles. Même la mort d’un proche peut être fascinante. Voir cette personne morte me parut presque un spectacle. Suis-je morbide ou vais-je au-delà de ça ? Est-ce une preuve d’amour ? Je ne sais pas.

On sent depuis peu en vous une influence tibétaine. Que s’est-il passé ?

Je n’ai pas beaucoup travaillé pendant trois ans, j’avais besoin d’oxygène, c’est pour cela que j’ai voyagé aux Etats-Unis, mais le lieu n’a pas d’importance. Là-bas, par hasard, j’ai trouvé un livre tibétain traitant de la vie et de la mort. J’ai tiré quelques vérités de cet enseignement bouddhiste, à savoir qu’il y a une vie après la mort. Cette idée m’est devenue familière. Ce livre était un baume.

Vous n’avez plus de doutes aujourd’hui ?

Je refuse aujourd’hui l’angoisse que me crée la pensée de la mort. Je me dis qu’il existe effectivement une vie après la mort. J’ai changé de philosophie.

On le devine dans votre dernier album  » Anamorphosée « . A propos d’immortalité, la notoriété d’un écrivain n’est pas comparable à celle d’une chanteuse. Ma notoriété est supportable, voire amusante. Mais votre gloire doit prendre des proportions considérables. Il paraît que des fans dorment devant votre porte. Comment vivez-vous cela ?

Je dédramatise. Je ne le supporte qu’ainsi.

Et quelle est l’histoire de ce meurtre ?

Ce fut très douloureux. Un déséquilibré voulant me rencontrer fit irruption dans ma maison de disques, tirant autour de lui avec sa carabine. Il tua le standardiste âgé de 28 ans. Ce fut un des événements les plus marquants de ma vie.

Tournerez-vous à nouveau un film avec Laurent Boutonnat ?

Je l’ignore. L’échec de  » Giorgino  » a été douloureux pour Laurent.

Puis-je vous faire part d’un rêve ? Plusieurs producteurs souhaitaient adapter  » Hygiène de l’Assassin « . A ce jour, tous les projets ont avorté. Je souhaiterais que Laurent Boutonnat adapte le film et que vous interprétiez le rôle de la journaliste.

Je n’ai offert vos livres que récemment à Laurent, mais je vais lui parler de votre souhait. Je vous le promets…

Publié dans Mylène et les AUTEURS | Pas de Commentaires »

Mylène Farmer et Chr. Mourthé

Posté par francesca7 le 1 mai 2012

 

Mylène Farmer et Chr. Mourthé dans Mylène et L'ENTOURAGE 35Christophe Mourthé (né le 29 avril 1959 à Bordeaux) est un photographe français vivant à Paris et ayant notamment travaillé sur le thème du fétichisme. Il est le fils de l’écrivain et réalisateur Claude Mourthé

Christophe Mourthé a débuté comme photographe de théâtre et de music-hall à l’âge de 19 ans. Il a collaboré également à divers magazines, comme Playboy, Vogue ou Newlook, et réalisé des commandes pour le monde de la publicité et pour des maisons de disques.

L’industrie de la mode fait également appel à lui. Il collabore avec les plus grands magazines (Playboy– à 22 ans, il est l’un des principaux photographes du magazine-, Newlook, Lui, Vogue, Max…), pour lesquels il photographie les modèles.

Arrivent ensuite des commandes pour le monde la publicité (Dim, Rosy…), les grandes agences de presse (Stills, Sipa, Sygma…) et les maisons de disques (pochettes, affiches…).

Il réalise des travaux photographiques sur le thème du fétichisme depuis les années 1990 et est associé au mouvement Fashion Fetish.Il devient rapidement un précurseur de l’école des ‘fétichistes’. Le fétichisme de Christophe Mourthé devient un style à part entière, annonciateur d’une tendance de la mode dont s’emparera plus tard la haute couture. Ses photos sont enracinées tout à la fois dans la période tumultueuse des libertés des années 70 et dans la période du « safe sex » qui allait donner un coup de frein à l’élan de cette décennie. De nouvelles manières de vivre l’amour voient le jour, et le fétichisme est l’une d’entre elles. Christophe Mourthé appartient aussi et surtout à la génération « Palace », de 1978 à 83, tout comme Mugler, Gaultier, Chantal Thomass, Nina Hagen, Louboutin, Blondie, Ardisson, Paolo Calia, Pacadis, Kenzo, Houellebecq, Pierre et Gilles … dont Fabrice Emaer fut le père spirituel. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages photo sur le sujet.

Textes de Christophe MOURTHÉ  - Mylène Farmer

 

Tout d’abord il y a eu Jean Marais, Line Renaud, l’équipe des Bronzés, Thierry Le Luron et Yves Mourousi. Puis Fellini, Zeffirelli, Dario Fo, Gassman, Strehler, les filles du Crazy Horse – J’avais 19 ans à peine. Il n’y a pas d’âge pour photographier des stars. Des vraies stars. Par la suite, il y a eu Arielle Dombasle pour Playboy, Jean-Marie Bigard en Penseur de Rodin, Renaud, les adieux de Sheila, Pétula Clark pour un Olympia, les Bee Gees à Paris, César ou Nougaro, Leslie Caron et Michèle Morgan, Zizi Jeanmaire et son truc en plumes, Amanda Lear et Marie Laforêt, Patricia Kaas, Hélène Ségara, Lio ou Patrick Juvet.

 

Qui d’autres encore ? Combien sont-ils ?

Mylouxetnoux-vip-blog-com-2592801987ChristopheMourthe213 dans Mylène et L'ENTOURAGE Mais c’est surtout pour Mylène Farmer que je reçois encore des lettres de fans, 15 ans après. Une courte histoire qui allait marquer l’histoire d’un photographe et de son modèle. Cette collaboration tellement forte qu’on peut même qualifier de fusion me colle à la peau depuis toujours, depuis que nous nous étions rencontrés chez Bertrand Le Page. Nous étions intimidés, étonnés, distants. Bertrand prit les choses en main, et confirma le bien fondé de notre rencontre. Celui-ci avait un grand talent, c’était de découvrir des talents – Et de les faire fusionner. Avec Mylène, nous devions nous apprivoiser, mais nous savions déjà aussi que notre rencontre était une bonne rencontre.

 Notre première séance de photo eut lieu dans un fameux studio de la rue des Acacias à Paris.

 Tout le show business et tout le cinéma sont passés dans cette rue. La grande époque de Salut les Copains et tous ceux qui font rêver les fans. J’y ai moi même déshabillé Arielle Dombasle pour Playboy et réalisé la plupart de mes portraits de vedettes.

 

Mylène dû se satisfaire d’une toute petite cabine de maquillage non chauffée et Denis Menendez travailla sur son teint de porcelaine. Elle m’apparut dans la lumière tel un ange.

 Malgré l’intense activité qui régnait dans le studio, elle fût douce, complice déjà, extravertie pour cette fois, et avait compris que nous ferions vraiment un bout de chemin important ensemble. Elle vit ma façon d’éclairer une femme et elle comprit qu’en m’ayant choisi, elle avait trouvé en moi le parfait complément à son univers. Nous nous sommes revus beaucoup, avons partagé des instants de tous les jours, appris à nous connaître. Manger une glace ou des bonbons, aller au zoo ensemble, faire les magasins, c’était simple mais c’était important.

 Nous sommes des artistes à l’âme fragile avec un univers si singulier à fleur de peau.

 Je lui fis connaître mon monde et elle me fit comprendre le sien. Nous nous comprenions si bien que l’osmose était parfaite.

 Mon travail d’images plaisait à Mylène. Pour notre bien à tous deux. Mylène a pu s’abandonner totalement au regard d’un objectif qui ne la mitraillait pas, qui la considérait en douceur.

 Involontairement, j’ai apposé quant à moi sur ma muse une griffe, une patte, et surtout une couleur, celle de cette fameuse chevelure qui fit sa marque de fabrique.

Quand j’ai connu Mylène, elle venait d’obtenir un succès populaire avec la chanson « Libertine ». les cheveux étaient d’une couleur rousse mais assez mal définie.

Trois ans auparavant, c’est le maquilleur et coiffeur de génie Denis Menendez, mon ami, qui avait créé pour moi une couleur de cheveux inhabituelle.

 J’avais réalisé en 1984, pour ma série, les fameux « Casanovas » une image de ma soeur Virginie dans un château très connu de la région de Blois. Cette image présentée avait séduit Mylène, comme toutes les autres photos de la série. C’est ce travail photographique qui a déclenché chez elle le désir de travailler avec moi. La couleur de la perruque que portait virginie est – car personne ne le sait à ce jour – abricot. Comme le rouge que l’on trouve sur un abricot un peu mur. Sur les indications de Denis, les ateliers Poulain, célèbres perruquiers de théâtre des années 80, ont réalisé cette couleur insensée.

 Nous étions au printemps de l’année 1987.

Personne n’a décidé cela en particulier ou tout le monde indirectement.

 En tous les cas, Mylène avait toujours une reproduction de la photographie de Virginie sur une étagère bien en évidence pour mémoire. Elle y réfléchissait sans doute.

 C’est donc tout d’abord un simple de coiffeur de la rue Jean Mermoz à Paris qui a reproduit cette teinture sur les indications de Mylène, photo en main.

 Mylouxetnoux-vip-blog-com-5924041987ChristopheMourthe210Aujourd’hui, il est aisé de comprendre l’importance de cette période pour l’image de Mylène. Seul Michel Polnareff en France avait compris avant elle l’importance du look pour un artiste et de nos jours, une simple paire de lunettes blanches est synonyme de Polnareff. La couleur abricot sera toujours associée au mythe Farmer.

 Je n’avais pas encore à l’époque de statut de photographe. Seul le N et B fige à jamais sur du papier un Cocteau, une Marilyn, une Piaf, un Zorro ou un Steve McQueen  et renvoie cette personne au rang de Star immortelle.

 Elle permet à son auteur de rentrer dans la cour des grands tel un Newton ou un Doisneau.

Elle était ma star et je me devais de l’immortaliser comme telle. Je désirais lui prouver que j’étais le meilleur pour elle, pour nous.Il s’agissait de mes premières grandes photos en N et B.

Je connaissais le travail d’Alekan, le meilleur directeur photo des grandes années du cinéma, les films d’Hitchcock ou ceux d’Eric Von Stroheim. Que seraient aujourd’hui une Grâce Kelly, un Harry Baur ou un Gabin sans ses talents inouïs? Je pris aussi exemple sur Harcourt, le studio de photos des Stars mythiques. J’y ai ajouté une touche personnelle à base de réflexion de miroirs et je tenais le cadeau parfait pour ma muse. J’étais heureux.

 Elle est devenue une Star de l’image. J’en suis très fier.

 Le noir et blanc figeait ainsi Mylène à jamais.

Je l’ai ressenti si fort en faisant ces images qu’aujourd’hui elles restent uniques et pour longtemps encore. Le regard et toute cette sensualité qui s’en dégagent sont incroyables.

 Peu de fois, Mylène a tant donné dans une photo, invitation au rêve, au désir, instants magiques d’une intimité partagée qu’elle ne donnera plus que dans ses chansons.

Publié dans Mylène et L'ENTOURAGE | Pas de Commentaires »

Mylène Farmer – Dégénération

Posté par francesca7 le 29 avril 2012

par Arno Mothra le 11 juillet 2008

Il est des indices très simples consistant à repérer rapidement une chronique minable sur Mylène Farmer : cherchez les mots « icône », « gay », « variété française », « pop », « commercial », « libertine », « fric », et, pis encore, telle une cerise pourrie apportant misérablement un peu de couleurs au gâteau de l’infâme, le nom de l’insupportable « Madonna », aussi cupide et charismatique qu’un parcmètre.

Parution dans Sexy coma. Sexy trauma.

Mylène Farmer - Dégénération dans Mylène et des CRITIQUES degeneration-mylene-farmerAccompagnée de Laurent Boutonnat, jeune réalisateur de courts-métrages et du (très) subversif La ballade de la féconductrice, Mylène Farmer jette un énorme pavé dans la mare en sortant Cendres de lune, son premier album, en 1986. Ouvre sombre, novatrice et atypique où s’entremêlent la cold-wave et la new-wave sous un format complètement inédit, une espèce de pop-goth. Aberration, paradoxe ou légitimité : la dame atteindra des records de vente incommensurables à compter de ce premier essai ; précisons qu’en 2008, la plus détestée des plus adulées réussit le coup de grâce de remplir deux Stade de France en 3 heures (en cumul) et vendre 100 000 places pour sa tournée 2009 en une journée. Comme d’habitude depuis 5 ans maintenant, sans aucune publicité ni annonce évènementielle. Certains couillons croiront encore à une stratégie du mystère vicieusement entretenue ; vous direz ça à Rose et Noir, Björk, Brigitte Fontaine et RoBERT, qui seront heureuses d’apprendre qu’elles vendent potentiellement des millions de disques grâce à cette technique infaillible.

Depuis l’apogée d’ Ainsi soit Je. en 1988,  Farmer a su s’attiser la haine des médias et d’un grand nombre de frustrés pseudo créatifs, essentiellement par le doigt d’honneur qu’elle a lancé à ces derniers ; parce que Mylène Farmer s’affuble de différents maquillages sans jamais annihiler les lignes de son masque, aussi pudique qu’exhibitionniste, sans jamais s’engouffrer dans le ridicule, et sans jamais quémander quoi que ce soit dans cette boue populiste qui tergiverse pourtant sur sa personne – et non sur son art, mais peu importe.

Mylène Farmer est devenue la première – et à ce jour la seule – chanteuse littéraire. De Désenchantée en 1991 à L’Amour n’est rien. en 2005, le public aura pu se délecter des clins d’oeil récursifs à Cioran, philosophe sans égal dont le nihilisme et le cynisme côtoyaient sans timidité un humour et une poésie maîtrisés. Ne parlons pas non plus du Marquis de Sade, Georges Bataille, Boris Vian, Sogial Rynpoché, Virginia Woolf ou Apollinaire, occupant également une place de choix parmi les influences les plus visibles. Mylène se moque délibérément de la masse, et l’a toujours fait comprendre avec une très grande classe ; comme de faire chanter à cette dernière, sur les ondes FM, les plaisirs sodomites, la folie hérétique, le trouble psychiatrique, l’obsession clinique, les vagues mélancoliques ou les perpétuels questionnements en rapport à une force supérieure sur l’Homme.

Les gens classant Mylène Farmer au milieu de toutes les conneries fades et mercantiles abondant les radios et les chaînes télévisées sont des ignares sans lueur de culture. D’un état paroxystique, il est aussi jouissif de constater avec quelle hargne (et quelles contradictions pathétiques) l’intelligentsia jus-de-pet s’acharne à lui cracher dessus depuis 25 ans, tout en plébiscitant en aparté nombre de ses clones préfabriqués, sans saveur et sans talent (et sans carrière non plus d’ailleurs).

Parution dans Sexy coma. Sexy trauma.

Après Fuck them all en 2005 – titre dans lequel la prose ambiguë nous renvoyait à l’hérésie, au féminisme, et aux guerres de religions – qui ouvrait l’excellent album Avant que l’ombre., teinté de trip-hop old school, Dégénération annonce le grand retour de la belle pour septembre 2008. Comme souvent, ce nouveau morceau risque fort de diviser le (voire son) public.

Mylene_Farmer_degeneration dans Mylène et des CRITIQUES

Là où l’artiste trempait sa plume dans l’encre de la rhétorique la plus riche, cette nouvelle chanson s’assimile très rapidement à Psychiatric, Effets secondaires, Porno graphique ou You (en duo avec Good Sex Valdes ) de par un texte court et une musique plutôt dub. Dégénération se résume à un couplet répété en boucle, un pont parlé, et beaucoup de choeurs (ou d’échos, c’est selon). Dégénération rime avec Ma génération, Sexy coma à Sexy trauma, et T’es statique à Extatique / Esthétique . Le peu de texte, fort de son asyndète, reste partiellement incompréhensible sans la lecture des paroles officielles (indisponibles à l’heure actuelle). Apologie d’ataxie. Tout laisse place à la spéculation et au mystère qui caractérisent parfaitement l’univers tourmenté de la rouquine, de retour à la sauvagerie. En ce sens, on appréciera la dichotomie entre l’immobilisme (le coma, le trauma, le statisme), et le désir d’un nouveau mouvement rapportant un peu de souffle aux poumons (il faut que ça bouge) ; au conditionnel, l’auteur pourrait se prêter spectatrice à un déséquilibre générationnel, construit de caillots de monotonie, de tiédeur, d’absence de vie, d’absence de dilection, de confusion des genres.

Un peu ampélopsis en ascension continue, Mylène Farmer n’a jamais suivi les modes musicales, et ce titre n’y fait pas exception, même si le son électronique caresse une expérimentation artistique remarquable. Beaucoup de son auditoire aura pu apprécier un retour à une électro froide, comportant cependant une rythmique plus métallique et barrée qu’auparavant.

Parution dans Sexy coma. Sexy trauma.

Dégénération est un titre déstructuré, pas un tube d’été à l’approche facile. Plusieurs écoutes sont nécessaires afin d’en savourer le mélange de sel et de sucre, voire d’essence et de sirop, peu familier. La musique, en crescendo, hypnotique, incite l’auditeur à la claustrophobie, à des coups de tête contre le carrelage, jusqu’à l’apothéose pendant la dernière minute. Comment ne pas écouter Dégénération en boucle ? L’énigmatique pochette du single accentue davantage un certain côté tribal et mystique à la chanson, tout en restant évasive.

Comme d’habitude, Mylène Farmer réussira là où tous échouent : imposer à la masse un titre fort, intègre, ultra créatif et hors normes. Nous nous régalerons également des corbeaux sans plumes et des chauves-souris sans ailes qui, à défaut de l’encre de Chine, baigneront leur critique faiblarde dans le fiel le plus risible, étriqué, vulgaire et obsédé – c’est qu’elle en a de la chance la Madame, que d’être proscrite par des huîtres sans coquille ! Elle en irradie d’autant plus fort.

Pas besoin d’être un aficionado de la belle rousse. Découvrez, prenez le temps, et laissez-vous tournoyer dans cet élan noir de danse sépulcrale ; et surtout, contournez les clichés !

Parution dans Sexy coma. Sexy trauma.

Une magnifique porte d’un dédale qui s’annonce exceptionnel, à la rentrée. Pas d’amylène, juste Farmer, [mode Frances]. Essaim d’assonances, exquise esquisse sans discordance. Vivement la mort subite !

Publié dans Mylène et des CRITIQUES | Pas de Commentaires »

Mylène F. et Christophe Danchaud

Posté par francesca7 le 27 avril 2012

 

Depuis l’enfance, Christophe Danchaud nourri une véritable passion pour le spectacle sous toute ses formes, il a toujours su qu’il évoluerait entre ombre et lumière.

C’est d’abord comme danseur qu’il trouve matière à son épanouissement personnel. Au fil des années, ses nombreuses expériences au sein de compagnies de danse, ses participations à plusieurs comédies musicales lui ont permis de découvrir différents univers, variés et toujours enrichissants.

Mylène F. et Christophe Danchaud dans Mylène et L'ENTOURAGE nars_couture_bouchra_jarrar_danchaud_c_418104905_north_545x

 De toutes ces rencontres et par la confiance qu’on lui accorde c’est tout naturellement qu’il devient chorégraphe (il participe à tous les shows de Mylène Farmer comme danseur et chorégraphe).Son désir de nouveauté et d’apprendre le pousse encore a accepter une nouvelle aventure : le maquillage.

 C’est le maquilleur Jacques Clemente, conscient de sa sensibilité artistique qui lui propose de devenir son assistant sur le film «Prêt-à-porter» de Robert Altman.

 Il comprend immédiatement quil a trouvé ici une nouvelle manière d’exprimer sa créativité, utiliser le maquillage pour raconter une histoire, révéler des émotions, transformer un visage, sublimer les femmes.    Dans le monde du maquillage et de la cosmétique, la richesse de son parcours lui confère une place unique, on lui reconnaît une grande spontanéité, une curiosité toujours intacte, une technicité remarquable et une vraie capacité à se muer dans tous les univers, mode, publicité et cinéma.

En quelques années il collabore avec les plus grands photographes : Karl Lagerfeld, Jean-Baptiste Mondino, Ellen Von Unwerth, Bettina Rheims, Dominique Issermann, Peter Lindbergh… Participe aux défilés : Dior, Lanvin, Galliano, Comme des garçons… et maquille les plus grandes actrices : Vanessa Paradis, Monica Bellucci, Audrey Tautou, Nicole Garcia, Sharon Stone, Catherine Deneuve, Marion Cotillard, Anouk Grinbergh, Jeanne Moreau, Virginie Ledoyen, Juliette Binoche, Keira Knightley…

 Instinctif et libre, Christophe Danchaud bouscule les genres avec pour seul objectif : créer les images de la beauté.

 

Interview de juin 2010 :

C’est grâce à NIVEA que Trendy Mood a pu interviewer Christophe Danchaud. Il a créé pour eux le look Fatale Innocence. Il m’a donc raconté son expérience avec cette marque très grand public dont il ignorait – presque – tout ! Mais avant de parler de cette collaboration, je me suis intéressée à son parcours si atypique…

Trendy Mood : Vous avez été danseur et chorégraphe, jusque là, c’est plutôt cohérent, mais comment passe-t-on de la danse au maquillage ?

MF2000_135a dans Mylène et L'ENTOURAGEChristophe Danchaud : J’ai commencé la danse [de manière professionnelle] très jeune, à 17 ans. J’ai fait du classique, puis du contemporain et du jazz. Je dansais, entre autres, pour Mylène Farmer. En 1996, je réalisais la chorégraphie de son show. Nous sommes très vite devenus amis, je la maquillais pour toutes ses apparitions en public.

A 28 ans, j’avais vraiment envie de faire autre chose que de la danse, j’ai été assistant d’un maquilleur pendant un an. Mais je suis surtout autodidacte. Quand on est danseur, on doit savoir se maquiller seul. Au début, j’avais donc deux casquettes, celle du maquilleur et du danseur. Mais je ne le disais pas, c’était mal vu. Et puis petit à petit je me suis dit qu’il fallait assumer ! J’ai toujours aimé peindre, dessiner, ça fait parti de moi. Cela montrait également aux gens que j’avais une certaine ouverture d’esprit.

Trendy Mood : Vous avez travaillé pour le cinéma, pour la mode. Maquiller quelqu’un dans un film ou pour une publicité ce sont deux approches très différentes ?

Christophe Danchaud : Pas tant que ça. Au niveau de la technique, pour moi, c’est la même chose. Pour la mode, lorsque je maquille une actrice, je ne tiens pas du tout compte de sa personnalité, je la considère comme n’importe quel mannequin. J’essaie de l’emmener ailleurs, dans un autre univers. Elles sont souvent férues de mode alors elles se prêtent facilement au jeu. Et puis tout est moins codé maintenant, on peut se permettre plus de choses.

[NDLR : Christophe Danchaud a maquillé notamment, Marion Cotillard pour Lady Black, Audrey Tautou pour Chanel N°5, Keira Knightley pour Coco Mademoiselle, Monica Belluci dans Astérix Mission Cléopâtre et dans d’autres films, Vanessa Paradis, une des amies, dans de nombreux films.  Il est également maquilleur sur les promos des films avec Monica, Marion, Vanessa, Audrey & co…]

Trendy Mood : Comment avez-vous réagi quand NIVEA vous a contacté ?

Christophe Danchaud : Je n’avais pas d’idée précise en tête. Je savais qu’il y a avait encore beaucoup de choses à créer [NDLR : la marque s'est lancée dans le make-up il y a seulement 10 ans]. L’important pour moi était que j’avais carte blanche. Ca a ensuite été une réelle collaboration.

Trendy Mood : Et vous, chez NIVEA, pourquoi avoir choisi Christophe Danchaud ?

NIVEA : C’est son parcours qui sort de l’ordinaire, son parcours artistique qui nous a séduit. Nous avions aimé le regard différent de Chantal Thomass. Là encore, nous savions que Christophe allait nous enrichir. Et au delà de ça, cela a été une véritable rencontre affective, nous avons travaillé en totale confiance. Nous avions la même logique de travail.

Christophe Danchaud : NIVEA est une marque encore en devenir au niveau du maquillage. Il y a cependant beaucoup de choix, beaucoup de matières. Rien ne m’a été imposé, nous avons toujours travaillé en accord. Je n’avais aucune idée de ce qu’était la « femme NIVEA ». La marque m’a donc aidé, proposé des produits. Nous avons travaillé autour des thèmes de l’été, de la dualité, d’une femme multi-facettes.

Je voulais un parti-pris très « couture », rock, moderne, d’où le blond platine et les lèvres très foncées. Par contre, j’aime les teints transparents, très peu chargés. Ce qui correspondait très bien avec l’image du « soin » de NIVEA. J’ai donc choisi un smoky d’été, marron un peu glossy. Pour les ongles, j’aime quand ils sont rouges, denses, affirmés. C’est ça l’élégance pour moi. Une femme peut ne pas être maquillée, si elle a les ongles rouges, elle est forcément élégante !

Trendy Mood : Au final, est-ce que Fatale Innocence ressemble à ce que vous aviez imaginé ?

Christophe Danchaud : J’avais imaginé une femme plus « boulversante », plus « sauvage ». Mais il fallait respecter les codes de NIVEA. J’en suis très content, nous avons réussi à apporter autre chose.

Trendy Mood : Allez-vous retravailler avec NIVEA ? Quels sont vos projets dans le futur ?

Christophe Danchaud : Cela fait un an et demi que nous travaillons sur Fatale Innocence. Et je suis ravi de cette collaboration. Peut-être qu’on remettra ça un jour, ce n’est pas encore prévu… Pour le moment, je travaille avec une amie styliste sur le maquillage de son premier défilé en juillet.

——————————–

Merci encore à NIVEA d’avoir permis cette rencontre et évidemment à Christophe Danchaud pour sa disponibilité malgré son torticolis et l’heure tardive !

écrit par Trendy Mood http://www.trendymood.com/christophe-danchaud-rencontre-nivea

Publié dans Mylène et L'ENTOURAGE | Pas de Commentaires »

C’est une Belle Journée Mylène FARMER

Posté par francesca7 le 16 mars 2012

 

C'est une Belle Journée Mylène FARMER dans Mylène et SYMBOLISME Mylene-Farmer-C-est-Une-Belle-Journee-Cassettes-Mini-disques-Laser-disques-722049410_MLInjustement réhabilitée dans le classicisme Boutonnien pour le clip de Les Mots, Mylène Farmer confirme bien son penchant déjà ancien pour le léger, la sensation directe, voire l’anecdotique. Comme pour redorer un blason trop rouillé par les couches de maquillage, de paillettes, de mousse et de spray, Mylène FARMER fit appel à Boutonnat le temps d’un clip. Clip qui la replongeait dans une époque où pour la première fois, le clip revêtait les habits du cinéma classique, voire moderne. Seulement, chassez le naturel, il revient vite au galop, et si la vraie nature de Laurent Boutonnat réside bel et bien dans le romanesque, dans le discours sur le monde et sur l’homme, Mylène, elle, donne la trop fâcheuse impression d’avoir eu à se retenir une décennie entière sous la direction de Boutonnat (1984 à 1994) pour pouvoir enfin « se lâcher » et vaguer à présent à des préoccupations narratives et esthétiques bien plus directes.

 C’est une belle journée est une confirmation. Celle que la nature de Mylène FARMER a pris le dessus, a gagné, que c’est sa nature qui est de notre époque et non celle de Laurent Boutonnat. Si ce dernier s’apparente de toute évidence à la modernité et parfois au classicisme cinématographique, Mylène elle, appartient définitivement à la post-modernité.

 Rapidement, précisons que la post-modernité n’est pas un mouvement cinématographique, ni pictural, c’est tout simplement un style. Un style qui fait la part belle à la sensation brute, où il n’y a qu’elle qui compte et qui prend le pas sur la narration ou le symbole.

 Un style qu’on peut qualifier de superficiel qui peut par exemple s’appliquer aussi bien à l’architecture coloniale de l’hôtel de Disneyland  qu’au cinéma du Fabuleux Destin d’Amélie Poulain. Or, de XXL à C’est une belle journée, en passant par California et l’Ame-stram-gram, les productions de Mylène FARMER de la deuxième partie des années 1990 ne discours soit que sur une certaine idée de l’esthétique, soit sur elle-même. C’est une belle journée résume bien ce cinéma là : il ne produit plus du sens, il produit de la sensation. L’emploi du dessin met en scène impeccablement cette idée, il serait hasardeux de chercher une explication à ce vidéo-clip qui ne fait que rassembler la totalité des dessins amateurs que la chanteuse a bien voulu offrir à son public en 6 ans (des premiers dessins représentant la chanteuse elle-même, et mettant en scène une araignée irréelle dans le programme de son concert de 196 ; à la couverture de Où es-tu de Marc Lévy représentant l’enfant avec son baluchon et son ballon de baudruche route).

 Ici comme dans les autres clips précédents, tels ceux de Marcus Nispel, les mouvements de caméra virevoltant s n’ont aucune fonction diététique et ne justifient leur présence que par la volonté de donner tel ou tel style à l’image, de donner telle ou telle vue de l’objet (ou de la personne) représenté. Le discours, lui, devient soit descriptif, soit méta-discursif, et n’a d’autre vocation que de divertir dans un déluge de feux d’artifices multi-pistes son spectateur. On est, avec C’est une belle journée, directement dans ce que Laurent Jullier appelle le Film-concert.

 mylene-farmer-c-est-une-belle-journee-ep dans Mylène et SYMBOLISMEIl est certes très difficile de rester fidèle à une seule idée de l’image et du discours en une longue carrière. C’est pourtant à ce seul prix que l’on peut prétendre à une œuvre au sens plein, voir plus difficilement : au mythe.

 La post-modernité de C’est une belle journée semble irréversible pour Mylène FARMER. sans pour autant coller ici des jugements de valeurs qui seraient probablement mal accueillis par l’individu fanatique de base atteint de cécité mylénienne, comment pourrait-on renouer avec la « modernité classique » des œuvres de Laurent Boutonnat après avoir goûté à cette esthétique très actuelle que répand sur l’écran C’est une belle journée, à coup de travellings avant vertigineux dans le miroir (trace on ne peut plus évidente de style post-moderniste).

Seulement Mylène FARMER, nous le savions déjà, n’a peur de rien et n’aura probablement aucun scrupule à retourner dans quelques mois un clip classique sous la direction de Boutonnat, portant à faux à nouveau son œuvre entre une espèce de « caution Boutonnienne » de sens d’un côté et de « volonté-fashion » actuelle de l’autre. Tout ceci n’est pas très grave à court terme ni pour les admirateurs que nous sommes, ni pour le grand public à la faculté d’adaptation foudroyante aux nouvelles modes.

 Le parcours de Mylène Farmer que nous venons brièvement de retracer sous l’angle du style cinématographique, ne révèle qu’un seul grief : l’incohérence.

 

Signé J.S.M http://fr.wikipedia.org/wiki/Jodel_Saint-Marc

Publié dans Mylène et SYMBOLISME | Pas de Commentaires »

Peter Lindbergh et Mylène Farmer

Posté par francesca7 le 27 février 2012


Peter Lindbergh, de son vrai nom Peter Brodbeck, est un photographe et réalisateur allemand né le 23 novembre 1944 à Leszno en Pologne (Cette ville fut allemande de 1939 à 1945 sous le nom de Reichsgau Wartheland). Il vit aujourd’hui entre Paris, New York et Arles.


Description de cette image, également commentée ci-aprèsPeter Lindbergh a passé son enfance à Duisburg (Rhénanie-du-Nord-Westphalie). Après une éducation élémentaire, il quitte l’école à 15 ans, pour travailler comme décorateur de vitrines pour les grands magasins Karstadt et Horten, à Duisburg.

Il part pour la Suisse à 18 ans. Huit mois plus tard, il quitte Lucerne pour Berlin et prend des cours du soir aux Beaux-Arts. Il se rend à Arles en auto-stop, sur les traces de Vincent Van Gogh qu’il admire. Il passe quelques mois à Arles puis poursuit son périple jusqu’en Espagne et au Maroc, un voyage qui durera deux années. De retour en Allemagne, Peter Lindbergh étudie la peinture libre à l’école d’arts de Krefeld (Rhénanie-du-Nord-Westphalie).

En 1969, encore étudiant, il expose pour la première fois ses œuvres, à la galerie Denise René/Hans Mayer. Le Concept Art marque sa dernière période d’intérêt pour l’art. En 1971, il se tourne vers la photographie et assiste le photographe Hans Lux, à Düsseldorf, pendant deux ans.

Lindbergh a été le premier photographe à réunir Linda, Naomi, Tatjana, Cindy et Christy sur un même cliché, à l’origine du phénomène des « super models » (avec la couverture légendaire du Vogue britannique de janvier 1990). Il réalise les portraits de Catherine Deneuve, Mick Jagger, Charlotte Rampling, Nastassja Kinski, Tina Turner, John Travolta, Madonna, Sharon Stone, John Malkovich et une myriade d’autres comme Mylène Farmer en France.

Pour passer contrat avec Lindbergh en 1992, Liz Tilberis, du magazine américain Harper’s Bazaar a dû faire signer à son éditeur un chèque à sept chiffres.

Vogue France numéro 2291 de septembre 1999, «Mylène», portrait-interview de Olivier Lalanne et séance photo par Peter Lindbergh

Confidences de Peter Lindbergh (Photographe)
Une série de photos surprenantes

Sa Rencontre avec Mylène :
J’ai rencontré Mylène pour la première fois à Paris, en 1999 (ndlr : septembre), à l’occasion d’un shooting pour l’édition française du journal Vogue. Je ne connaissais pas grand-chose d’elle. Elle arrivait directement d’une émission de télévision et ses cheveux étaient très bouclés, et roux. Ma première idée a été justement de ne pas la photographier avec ce look très « femme », superficiel, parce que je me représentais Mylène avant tout comme quelqu’un qui avait un discours, et quelque chose à dire. J’ai remarqué qu’une aura très forte l’entourait, ainsi qu’un sens profond de la poésie.


Peter Lindbergh et Mylène Farmer dans Mylène et L'ENTOURAGE MF90_147aLa première chose que j’ai dite à Mylène, c’est que je voulais casser son image glamour « cheveux roux et bouclés ». Elle a immédiatement accepté. Le shooting a duré le reste de la journée et nous avons tous les deux eu le sentiment de vraiment faire quelque chose de fort ensemble. Je pense que cette série a été une sorte « d’expérience » pour Mylène, qui était curieuse de savoir ce qui pourrait en ressortir. Elle a totalement accepté ce « look » que nous avons trouvé ensemble, bien qu’il ait été très marqué, et fort éloigné de son image « commerciale ». Alors que souvent, les acteurs et les musiciens que je photographie imposent des conditions précises, Mylène s’est montrée au contraire totalement ouverte à ce que je pouvais lui proposer. Je crois qu’elle a apprécié la complexité qui se dégageait de ces portraits. Pour ma part, je trouve qu’elle possède un incroyable rayonnement intérieur. En quelques minutes, on peut se retrouver embarqué avec elle dans une conversation passionnante.

Réactions de Mylène face à Peter
Mylène a, je crois, beaucoup apprécié les photos. Beaucoup de gens m’ont avoué que cette série leur avait montré une Mylène Farmer plus « vraie ». J’ai revu Mylène il y a quelques mois à Los Angeles, et je pense toujours que c’est une femme formidable, intéressante et très inspirée. En deux mots, ce shooting a été très intense!!!


Nous ne pensions pas à l’impact que pourraient avoir ces photos sur l’image de Mylène. Elle a totalement joué son rôle, et je crois même qu’à un moment, elle a été réellement cette femme qui apparaît sur les photographies. Le maquillage a bien sûr joué un rôle important dans cette série, car il a été à l’opposé de ce que l’on peut faire habituellement en termes de maquillage, c’est-à-dire cacher les imperfections. Pour cette séance, nous avons choisi au contraire de renforcer ces imperfections, ce qui a produit la spécificité des photos.

 projets de Peter Lindbergh
On m’a décoré « chevalier des Arts et des Lettres » en 2001 et cela m’a beaucoup touché, même s’il faut avouer que cela n’aide pas beaucoup pour la créativité! Dans la vie de tous les jours, cela ne change pas grand-chose, mais c’est un sentiment agréable. Pour ce qui est de mes projets, je n’ai jamais photographie Nicole Kidman, mais ce n’est que partie remise… J’aimerais également réussir à moins travailler. Cela fait vingt ans que j’essaye et je n’y arrive pas! Il faudra un jour que je me demande pourquoi…

Instant-Mag – 2003

Publié dans Mylène et L'ENTOURAGE | Pas de Commentaires »

Mylène des débuts baroques

Posté par francesca7 le 3 novembre 2011

 

Mylène des débuts baroques dans Mylène et mes BLABLAS MF80_176aBien avant Lady Gaga, notre Mylène Farmer nationale osait déjà les looks extravagants et a su se construire un univers bien particulier. Une atmosphère ambigüe et noire qu’elle a créée en duo avec l’auteur-compositeur Laurent Boutonnat. Le 22 janvier prochain la star sera aux NRJ Music Awards. Un évènement très attendu quand on sait que la chanteuse se montre peu en public. L’occasion pour nous de revenir sur son look si unique…

Au début de sa carrière, Mylène Farmer sort quelques singles passés inaperçus. Puis vient ensuite la sortie de Libertine, single pour lequel elle choisit de se teindre en rousse afin de se démarquer du flot des chanteuses populaires des années 80. Grâce à un clip inspiré du film Barry Lyndon et une coiffure peu glamour (les cheveux courts au-dessus et longs derrière), Mylene Farmer explose et restera au top 50 durant 6 mois. Les cheveux attachés par une queue de cheval, la jolie rousse joue sur l’ambigüité en portant des vêtements masculins inspirés du 18è siècle. Ses matières favorites ? Le velours et la flanelle. La Farmermania peut commencer.

Des concerts explosifs

Si à la ville la chanteuse reste discrète, la scène est un de terrain de jeu pour l’interprète de Sans Contrefaçon. Mylène Farmer est l’une des premières chanteuses françaises à développer ses concerts avec des costumes de scène élaborés. Après son retour des États-Unis, la chanteuse aux 26 millions d’albums vendus, se fait plus sexy. Combinaison moulante, talons XXL ou tout simplement en soutien-gorge, l’artiste laisse exploser son côté sensuel tout en restant énigmatique. Elle n’a pas peur de porter des cuissardes vêtue simplement d’un manteau. Des tenues appuyées par un maquillage irisé aux couleurs froides comme le blanc et le bleu pâle. Dans les années 2000, l’artiste se laisse pousser les cheveux et joue avec ses longueurs. Elle devient la reine des chignons « pic à glace ».

Un style affirmé

MF80_60a dans Mylène et mes BLABLASCelle qui se fait rare dans les médias revient pour son nouvel album Bleu Noir, avec un look qui colle aux tendances d’aujourd’hui. Pantalon en cuir, talons aiguilles et top moulant, tel est l’uniforme de la chanteuse dans son nouveau clip Oui mais…Non. Ses streets looks se font très rares et étonnamment sobres avec de longs manteaux dans des couleurs neutres. Au fil des années, Mylène Farmer a su développer son look affirmé et lancer ses propres tendances depuis maintenant 25 ans

Publié dans Mylène et mes BLABLAS | Pas de Commentaires »

THIERRY SUC

Posté par francesca7 le 18 septembre 2011

Thierry Suc, Mylène Farmer et Laurent Boutonnat
Conférence de presse Décembre 2004
Photo: Claude Gassian 

 

THIERRY SUC 2004cp1

Thierry Suc a le même âge que Mylène et Laurent Boutonnat.

 

C’est déjà un homme d’affaires très performant, propriétaire de plusieurs sociétés dans l’immobilier et dans le spectacle. Il a justement débuté sa carrière dans la production du concert en prenant en charge les premières tournées de Jean-Jacques Goldman et de Jean-Luc Lahaye. Toutefois, il n’est pas le seul à contribuer financièrement aux concerts de Mylène car des sociétés comme Toutankhammon, Polygram et Tuxedo Tour se greffent sur l’aventure.

 

 

Interview de Thierry Suc, producteur de Mylène Farmer 

En  mai 2008    

Dans le métier depuis 26 ans, Thierry Suc, 46 ans, a produit les concerts de Jean-Jacques Goldman et la dernière tournée de Claude Nougaro. Il a aussi, dans son écurie, Calogero, Raphaël, Yannick Noah, Zazie, Juliette Greco, Henri Salvador jusqu’à il y a quelques semaines. Depuis 20 ans, il est aussi le producteur des concerts de Mylène Farmer. Un an avant la tournée, premières confidences… 

« Qu’est-ce qui pousse Mylène Farmer, si discrète en privé, à vouloir toujours jouer sur scène dans le grandiose ? » 


Thierry Suc : Mylène aime le show et est heureuse dans la démesure, dans les grands espaces. Je l’ai toujours connue comme ça depuis le jour de son premier spectacle, il y a 20 ans au Palais des sports de Paris. Un besoin d’avoir du monde devant elle, comme autour d’elle d’ailleurs sur scène. 

« Ce nouveau spectacle, il était dans l’air depuis longtemps ? » 


autrenrj-1Lors de sa dernière conférence de presse, fin 2004, pour annoncer les 13 concerts qu’elle allait donner à Bercy en 2006, Mylène avait promis de revenir en province. Et elle a choisi de le faire en 2009 dans les dix plus grandes salles dont le Zénith toulousain, avant de finir dans les stades : Genève, les 4 et 5 septembre, le Stade de France à Paris les 11 et 12, et enfin Bruxelles, le 19. 

« Comment l’avez-vous imaginé ? » 


Les premières réunions de préparation commencent à peine, mais rien n’est imaginé encore. 

« On a pourtant déjà parlé de « scène de verre »… » 


(Rires) Non, vraiment, cela relève du pur imaginaire de certaines personnes. Je peux vous assurer que rien n’est encore décidé. Et même pas un plan de décor ! A ce jour, nous ne connaissons de ce spectacle que les besoins techniques. 

« Par exemple ? » 


Ce sera de l’ordre de onze ou douze semi-remorques, comme pour la dernière tournée. 

« Les musiciens ? » 


Nous ne savons pas… Mais toute l’équipe sera nouvelle. 

« Autour d’Yvan Cassar ? » 


Ce n’est pas certain. Parce que Johnny Hallyday sera lui aussi sur les routes en même temps… 

« Quel est votre budget ? » 


Avec plus de cent personnes tous les soirs, ce sont évidemment des spectacles chers. Au point que techniquement comme financièrement la capacité des salles doit être au minimum de 9 000 places. 

« Il y aura donc les stades et les Zénith. Le spectacle présenté au Zénith sera un spectacle « au rabais » ? » 


suc_0Je suis provincial, je viens de Lyon, et je n’ai jamais fait de spectacle plus petit en province qu’à Paris ! Bien sûr il faudra 30 ou 40 camions pour les stades, mais le spectacle, au iota près et à une personne près sera à l’identique. 

« Et ce nouvel album prévu pour l’automne ? » 


Laurent Boutonnat et Mylène sont en train de travailler. Pour l’instant, la seule chose certaine, c’est que son premier single, « Dégénération », sera en radio le 19 juin. 

« Mylène devrait aussi jouer dans « L’ombre des autres », un film produit par Claude Berri… » 


Oui, mais forcément après la tournée!… 

Propos recueillis par La Dépêche

Thierry Suc nous livre de nouvelles infos sur le spectacle et dément certaines rumeurs… Il annonce également la sortie évènementielle du DVD live pour mars 2010, il sortirait également sous forme de film au cinéma !!! Une première !

A ceux qui voudraient garder la surprise j’ai noirci volontairement les phrases qui divulguent les parties du concert, c’est à surligner avec votre souris pour les autres!   

 

barre


Quelles sont les nouveautés par-rapport à la tournée indoor ?

atris774GHLe spectacle a été redimensionné. Tout a été rehaussé, agrandi. 4 chansons ont été ajoutées : L’Instant X, California, Fuck them all et Le Vent emporte tout que Mylène Farmer n’avait pas chanté depuis 1996. Deux choristes et deux danseuses ont rejoint l’équipe. C’est la plus grande scène couverte d’Europe conçue pour faire face à des problèmes éventuels de météo.

Que fait Mylène Farmer juste avant un concert ?

Après le temps de maquillage et de coiffure, elle se retire une heure seule dans sa loge. Généralement, elle a très très peur avant d’entrer sur scène. Là encore davantage.

La rumeur a évoqué cet été des menaces d’annulation du spectacle du Stade de France pour cause de grippe A ? Quid des assurances ?

Le show est assuré car le contrat a été souscrit en 2008, avant l’épidémie, il ne comporte pas de clause d’exclusion.

On parle d’un Stade de France en 2011 ?

C’est faux. Et la rumeur ne vient pas de nous.

Quand sortira le live qui sera enregistré les 11 et 12 septembre ?

En mars prochain, sous la forme d’un DVD ou peut-être d’un film pour le cinéma, rien n’est encore décidé. Mais ce ne sera pas en 3D comme j’ai pu le lire.

Quels sont vos passages préférés du concert ?

J’adore le tableau des chansons lentes. Un grand moment d’émotion. 

 

Thierry Suc, se confie sur EUROPE – Mylène Farmer 

VIDEO  Image de prévisualisation YouTube 

En janvier 2006, Mylène s’apprête à monter 13 fois sur la scène de Bercy. Puisque la chanteuse refuse de faire sa promotion, c’est son manager qui s’en charge ! Retranscription de l’entretien accordé par Thierry Suc à l’antenne de RTL. 


Mylène Farmer est de retour sur scène, six ans après ! Elle entame demain soir à Bercy une série de treize concerts qui affichent complet depuis longtemps. Thierry Suc, bonsoir. 


Bonsoir. 


Vous êtes le manager de Mylène Farmer, vous travaillez avec elle depuis dix-sept ans maintenant. Treize dates, vendredi treize, treize mille places à Bercy… Elle est joueuse, superstitieuse ? 


3010860767_1_3_hH9NG9E7Pas du tout ! Très sincèrement, c’est un joli hasard. Lorsque nous avons décidé d’organiser ce spectacle uniquement à Bercy, il s’avère que la période qui était disponible faisait que, vu le nombre de répétitions qu’il nous fallait, je me suis rendu compte que démarrer un vendredi était bien,
avant le week-end, pour que les gens de province puissent venir, il s’est avéré que c’était un vendredi treize. Alors j’ai commencé à calculer, en sachant que Mylène chantait X nombre de soirs par semaine et qu’elle avait besoin de jours de repos, pour l’équipe, etc. Et le hasard a fait qu’on est tombés sur un joli vendredi treize avec treize dates possibles, et lorsque nous avons eu l’idée de faire plusieurs scènes, puisque Mylène va se produire pour la première fois, bien sûr sur une scène comme d’habitude au fond de salle à Bercy, mais également avec plusieurs scènes centrales, c’est-à-dire qu’elle sera au cœur du public par moments dans le show. Et lorsque nous avons eu cette idée, forcément, la sécurité a fait qu’on a perdu environ 3 500 places par rapport à la jauge totale de Bercy, et donc au lieu de 17 000 places habituelles, qui est la capacité totale de la salle de Bercy normalement, nous sommes à 13 500 places, quelque chose comme ça. Donc le vendredi treize, treize concerts, treize mille et quelques places… Je dirais que c’est un joli clin d’œil de la vie. 


Treize concerts, elle aurait pu en remplir beaucoup plus ? 


Beaucoup plus. Je pense que, malheureusement, on aurait pu en faire probablement entre vingt et vingt-cinq… Mylène, le show qu’elle va présenter fait qu’on avait besoin de beaucoup, beaucoup de répétitions, que c’est pas quelque chose qu’on peut répéter ailleurs puisqu’il est intransportable ce spectacle, donc il fallait qu’on soit sur place, et de fait on ne pouvait pas aller plus loin. 


Son dernier disque s’est un peu moins bien vendu que les précédents… 


Oui, alors ça… Pardon, je vous interromps mais… Ca, c’est un raccourci, en ce moment, que tout le monde se plaît à prendre, mais aujourd’hui, nous sommes très contents des chiffres de vente, nous venons de sortir le troisième single qui est rentré numéro sept au Top cette semaine, donc rentrer septième en troisième single c’est très bien. Nous sommes à plus de 500 000 albums, le marché du disque a perdu 40 % de ses ventes, donc si on reprend un petit peu toutes 


les sorties singles… 

 

Mais Johnny vient d’en vendre 800 000 par exemple… Mais de toute façon c’est pas grave de vendre moins, ça arrive, il y a des albums qui se vendent moins bien que d’autres… 


Ah non, non, mais tout va bien ! Tout va bien ! Pour nous tout va bien !
Non, non… 


2356681279_small_1Oui apparemment… 


Et je suis pas sûr que celui-ci se vendra moins bien que les autres parce qu’il est loin d’être terminé, il y a quatorze titres dedans, nous avons encore plusieurs singles, et tout va bien. Et je rappelle aussi que Mylène a fait le choix, lors de la sortie de cet album, de ne faire aucune promotion. 


Le mystère, toujours ? 


Le mystère sur le spectacle ? 


Sur le spectacle, sur elle… 


Sur elle, je crois qu’il y a eu cette émission que beaucoup de gens ont vue récemment… Elle l’a exprimé elle-même, donc je ne vais pas paraphraser ses propos… C’est pas un mystère, c’est pas un calcul, c’est, en tout cas, ce qu’elle ressent elle-même, c’est-à-dire de pas avoir envie de parler d’elle plus qu’elle ne le fait, premièrement, et deuxièmement sur le spectacle, c’est tout simplement par respect pour le public. C’est-à-dire je pense que ceux qui vont être là ce vendredi treize… C’est agréable d’arriver avec des yeux d’enfants, d’ouvrir les yeux et de voir quelque chose qu’on n’a pas déjà lu partout. « Alors elle va rentrer comme-ci, elle va faire comme ça, etc. » Donc il y a eu quelques petites fuites, mais c’est formidable quand on peut garder, non pas le secret pour le secret,mais le secret pour le plaisir. 


Ses fans, justement, ils lui donnent beaucoup, ils attendent beaucoup d’elle. Est-ce que, en retour, elle ne donne pas trop peu ? 


Ca, faut le demander aux fans, mais moi je pense qu’un artiste est là pour donner de l’émotion et du plaisir, et lorsque je les vois tous les soirs face à elle – dans les précédents spectacles en tout cas, puisque celui-ci va démarrer – j’ai pas l’impression qu’elle leur donne trop peu, j’ai l’impression qu’il y a beaucoup de bonheur dans les yeux des gens qui sont là, et que justement, pour
avoir cette qualité d’émotion, il faut que ce soit rare. 


Ca donne lieu à des comportements… Bon, qui ne sont pas majoritaires, mais à des comportements un peu excessifs, de fans qui attendent en bas de chez elle, quasiment ad vitam aeternam, qui sont en état de transe… C’est pas justement parce qu’on ne leur donne pas assez en temps normal, hors concerts ? 


Non, moi, je ne pense pas ça. Je pense que ça concerne beaucoup d’artistes, Mylène l’a dit elle-même dans l’interview qu’elle a faite, elle est pas la seule à avoir cela. C’est vrai que pour elle il y a un attachement très particulier, et peut-être par le fait aussi qu’on la voit peu puisque, comme vous le mentionnez on travaille ensemble depuis dix-sept ans, et c’est le quatrième spectacle que nous produisons, donc, en tout et pour tout en vingt ans de carrière, Mylène ne s’est produite « que » quatre fois sur scène. Les gens l’ont très peu vue en fait… 


Vous la connaissez donc parfaitement. Qu’est-ce qui fait, au bout de dix-sept ans, qu’est-ce que vous pouvez dire de sa force, de ce qui fait sa réussite ? 


Son intelligence, et sa qualité d’écoute, sa qualité d’émotion, sa qualité… Il y en a beaucoup, c’est un être très précieux et très rare. Je ne dis pas ça parce que je travaille avec elle, mais c’est une amie personnelle et très proche pour moi.

Elle disait dans « Sept à Huit » la semaine dernière sur TF1 qu’elle
« a toujours autant de colère en elle », ça veut dire quoi, ça ? 


Ca… Ca lui appartient. 


Elle a parfois de la colère contre son manager ? 


Non. Nous ne sommes pas dans ce genre de relation. 


Parce qu’elle dit de la colère, elle dit beaucoup de peur aussi, ça donne l’image de quelqu’un de fragile… 


Bien sûr. Mais je pense que d’abord tout artiste a une fragilité, ça c’est certain, et puis… Mylène est un être sensible, fragile, et fort à la fois, c’est son paradoxe.
Ce qu’on a pu voir encore une fois dans cet interview, et qu’elle a laissé transparaître d’elle-même. 


Elle a une place à part dans le showbiz, est-ce qu’elle a des amis, déjà, dans le showbiz ? 


Mylène, non, c’est quelqu’un qui ne sort pas, qui ne connaît pas en fait, les gens… Non pas par mépris ou par distance, mais c’est quelqu’un qui se protège beaucoup, et je dirais que, dans les moments où elle ne travaille pas, elle est plutôt à l’étranger, donc lorsqu’on se retrouve aux 


États-Unis, là elle connaît pas mal de gens, là elle rencontre des écrivains, des cinéastes, des acteurs, des actrices, des artistes chanteurs. Donc c’est plutôt à l’étranger, je dirai, que sa vie d’ouverture se passe. 


Elle a dit sur TF1 encore, dimanche dernier, que c’était sa dernière interview. Vous pensez que c’est vrai ? 


Je pense que c’est vrai, oui. 


Elle l’avait déjà dit il y a dix ans, chez Paul Amar… 


Oui, alors voilà, on peut se dire que… Voilà, tous les dix ans, peut-être que dans dix ans il y en aura une autre, j’en sais rien… Mais en tout cas… Il est évident qu’il y en aura pas un mois prochain, ça c’est certain, ou dans un an. 

RTL – 2006 

Publié dans | Pas de Commentaires »

Le clip de Q.I

Posté par francesca7 le 11 septembre 2011

Réalisé par : Benoît Lestang
Diffusé le : Juillet 2005
Durée : 4’00 

Le clip de Q.I dans Mylène 2005 - 2006 186488415_smallDans le sombre d’une grande ville sous la pluie, un écran géant disposé sur un immeuble peine à afficher une Mylène sexy à souhait. Un homme marche dans son appartement. Ses fenêtres donnent directement sur cet écran. L’homme le regarde, le touche à travers la vitre humidifiée.

On retrouve une deuxième Mylène dans le même appartement, assise sur un fauteuil en cuir. Bas résille et talons aiguille, elle regarde son homme qui s’avère être un danseur de flamenco (Rafael Amargo). Il s’approche d’elle et lit un livre à ses pieds. Celle-ci, du bout de ses talons, commence à lui retirer sa chemise. Il se laisse faire, semble apprécier. L’homme se retrouver torse nu.

Les deux tourtereaux, derrière une vitre bleue opaque entament une chorégraphie dont on ne voit que les ombres. Ces images entrecoupent le clip jusqu’à sa fin.

Dans la bibliothèque, ils s’enlacent, s’embrassent, jouent de façon sensuelle. Assis l’un en face de l’autre sur un lit, les deux amoureux continuent leurs embrassades. Mylène passe les mains dans le dos de son mari torse nu et les glisse sous sa peau. L’homme semble apprécier.

Les images s’accélèrent et s’entrecoupent de danse du mari, de l’écran géant, des ombres à travers les vitres bleues… CQFD.

Bref, un clip très esthétique où Mylène est sexy à souhait. Toutefois, pas de réel scénario et des fans déçus qui s’attendaient à un clip ultra sexy. Les rumeurs parlaient d’une censure du clip…
A noter que le réalisateur, Benoît Lestang avait déjà travaillé avec Mylène dans la passé : c’est lui qui avait assuré les maquillages de « Giorgino ». Il a également crée la mythique marionnette de Mylène pour le clip « Sans contrefaçon ».

 

 

Publié dans Mylène 2005 - 2006 | Pas de Commentaires »

QI – Clip 2005

Posté par francesca7 le 9 septembre 2011

Réalisé par : Benoît Lestang
Diffusé le : Juillet 2005
Durée : 4’00 

 

VIDEO CLIPImage de prévisualisation YouTube 

 

Le clip Q.I est diffusé pour la première fois en télévision en juin 2005 (à 06h sur MCM puis à 07h en « clip des clips » sur M6 pour les amateurs de détails).

Etonnant:
Aucune censure pour le clip qui sera diffusé en intégralité en journée.
Mais, pour la publicité de l’album diffusée en juillet 2005 et comportant des images du clip, notamment celles sur lesquelles on voit les mains de Mylène pénétrer le dos de son partenaire, le Bureau de Vérification des Publicités a demandé à Universal Music d’effectuer un nouveau montage ne comportant pas ces images. Chose faite mais en réponse à cette censure, Universal Music a proposé la version censurée de la publicité en page d’accueil de son site internet.

en conséquence, QI a été souvent considéré comme un « malicieusement érotique » chanson. L’auteur, François Erwan Chuberre a déclaré ; « les paroles sont délicieusement pervers et la mélodie est entraînante comme une séance de gym tonique menée par Véronique et Davina » 

 

 

HISTOIRE de Q.I : 

 

QI - Clip 2005 dans Les Clips de Mylène 6383221_qDans le sombre d’une grande ville sous la pluie, un écran géant disposé sur un immeuble peine à afficher une Mylène sexy à souhait. Un homme marche dans son appartement. Ses fenêtres donnent directement sur cet écran. L’homme le regarde, le touche à travers la vitre humidifiée.

On retrouve une deuxième Mylène dans le même appartement, assise sur un fauteuil en cuir. Bas résille et talons aiguille, elle regarde son homme qui s’avère être un danseur de flamenco (Rafael Amargo). Il s’approche d’elle et lit un livre à ses pieds. Celle-ci, du bout de ses talons, commence à lui retirer sa chemise. Il se laisse faire, semble apprécier. L’homme se retrouver torse nu.

Les deux tourtereaux, derrière une vitre bleue opaque entament une chorégraphie dont on ne voit que les ombres. Ces images entrecoupent le clip jusqu’à sa fin.

Dans la bibliothèque, ils s’enlacent, s’embrassent, jouent de façon sensuelle. Assis l’un en face de l’autre sur un lit, les deux amoureux continuent leurs embrassades. Mylène passe les mains dans le dos de son mari torse-nu et les glisse sous sa peau. L’homme semble apprécier.

Les images s’accélèrent et s’entrecoupent de danse du mari, de l’écran géant, des ombres à travers les vitres bleues… CQFD.

Bref, un clip très esthétique où Mylène est sexy à souhait. Toutefois, pas de réel scénario et des fans déçus qui s’attendaient à un clip ultra sexy. Les rumeurs parlaient d’une censure du clip… 


A noter que le réalisateur, Benoît Lestang avait déjà travaillé avec Mylène dans la passé : c’est lui qui avait assuré les maquillages de « Giorgino ». Il a également crée la mythique marionnette de Mylène pour le clip « Sans contrefaçon« . 

 


mylene-farmer_clip_qi_003min dans Les Clips de MylèneAs a result, « QI » was often seen as a « mischievously erotic » song. 
French author Erwan Chuberre stated: « Lyrics are delightfully perverse and the melody is as catchy as a tonic gym workout conducted by Véronique and Davina. » 

Le réalisateur Benoît Lestang : son travail

Né le 14 Décembre 1964, Benoît Lestang a travaillé dans les années 80 pour le magazine spécialisé dans le cinéma fantastique Starfix.

Il est devenu l’un des maquilleurs les plus réputés du cinéma français. Il a travaillé sur de nombreux films dont « La cité des enfants perdus » (1995), « Le Hussard sur le toit » (1995), « Le Pacte des loups » (2001), « Arsène Lupin » (2003), « Le scaphandre et le papillon » (2007)… 

 

Il a écrit en 2002 le scénario du film d’horreur « Brocéliande » avec le réalisateur Doug Headline.

En 2005, il signe le scénario, la réalisation et le production d’un court-métrage intitulé « Protocole 33″.

D’une durée de 8’50, ce court-métrage à l’atmosphère mystérieuse et oppressante décrit la destinée d’un homme au bord du gouffre, qui, enfermé dans une cave, prendra un cachet qui le plongera dans des hallucinations étranges. « Protocole 33″ a été présenté en compétition dans la catégorie courts-métrages lors de la 13ème édition du Festival du Film Fantastique de Gérardmer en 2006. 

On retrouve dans ce court-métrage des effets visuels identiques à ceux utilisés dans le clip Q.I. lorsque Mylène enlace son partenaire jusqu’à faire pénétrer ses mains sous son épiderme.

Q.I. reste le seul clip réalisé par Benoît Lestang pour Mylène.

Benoît Lestang est le créateur de la marionnette du clip Sans Contrefaçon en 1987.

Il a travaillé sur les maquillages- effets spéciaux de Giorgino en 1993.

Enfin, il est resté fidèle à Laurent Boutonnat en collaborant à nouveau avec lui en tant que maquilleur sur Jacquou le Croquant sorti en Janvier 2007. Il met fin à ses jours en 2008

Rafael Amargo, de son vrai nom Jesus Rafael Garcia Hernandez est né en 1975 à Pinos Puento ville  d’Andalousie proche de Grenade.

Rafael Amargo, très connu en Espagne, est un danseur et chorégraphe spécialisé dans le flamenco. « Ses chorégraphies reflètent une conception à la fois traditionnelle et actuelle, parfois très proche de la danse contemporaine, elles ne perdent jamais le point de référence de l’essence du flamenco ».

En 1997, il a crée sa compagnie de danse, le compañia Rafael Amargo dont il fêtera les dix années d’existence avec un spectacle présenté à Barcelone en Août 2007.

Il a participé en tant que professeur de flamenco à l’émission « Operacion Triunfo » (l’équivalent de la Star Ac) en Espagne et a joué son propre rôle dans des épisodes de la deuxième saison de la série Un, Dos,Tres


Analyse et Réactions

173903633_smallQ.I. est l’un des clips de Mylène ayant suscité le plus de critiques négatives chez les fans. Beaucoup auront été déçus par l’extrême simplicité du scénario, le montage parfois approximatif créant un clip « lyophilisé, consommable, anodin ». Au final, sa durée brève et l’orientation « moderniste » de son esthétisme lui permettront de se fondre sans problème dans la masse des clips diffusés sur les chaînes musicales.

Le clip Q.I est le reflet de la fusion à l’extrême du corps et de l’esprit jusqu’à ce que deux êtres ne fassent plus qu’un. 

 

Bien que le sens du clip paraisse limpide, certains y verront un message tout autre. Mylène représenterait la mante religieuse qui « après la parade nuptiale et son accouplement, tue et dévore son amant ». Les mains s’enfonçant dans le dos du danseur en seraient le symbole et ce clip pourrait alors s’inscrire dans la continuité du single précédent « Fuck them all » aux accents très féministes. En outre, une telle interprétation permettrait de se référer à l’interview accordée par Mylène à l’émission « Sexy Folies » diffusée le 17 Décembre 1986 sur Antenne 2 et durant laquelle elle confiait: « Si j’avais à choisir ma vie (…) avoir trois, quatre hommes dans ma vie. Si j’avais une métaphore à faire, je prendrais volontiers la mante religieuse, c’est à dire que, si j’en avais le pouvoir, parce que bon je suis pas encore tombée dans la folie totale, mais je crois que couperais la tête volontiers. (Les hommes), Je les aime pas, c’est tout! » 

Interprétation au final très discutable tant la Mylène épanouie et souriante du clip Q.I. semble éloignée de la femme tourmentée de 1986.

Publié dans Les Clips de Mylène | Pas de Commentaires »

C’est une belle Journée – clip 2002

Posté par francesca7 le 9 septembre 2011

 

Le clip C’est une belle journée est un film d’animation réalisé en 2002 

par Benoît Di Sabatino ; à partir de dessins créés par Mylène.

 

 

Vidéo clip : 

 

Image de prévisualisation YouTube 


Le personnage principal évoque immédiatement Mylène : une belle rousse filiforme au visage juvénile et innocent mais avec le corps d’une femme sexy voire provocante. On suit ce personnage dans ses activités quotidiennes d’une grande banalité : lever, bain, gym….
Même son affectueux animal de compagnie, un petit mouton, ne parvient pas à sortir cette jeune femme d’un état oscillant entre ennui et mélancolie. 


Seule l’irruption d’une petite fille jouant à saute-mouton et croquant la vie à pleines dents, bien qu’évoluant dans un univers sinistre, parvient à tirer son aînée de cette torpeur.
 

 

 

C’est une belle journée est le premier clip d’animation de la carrière de Mylène. Le suivant sera Peut-être toi en 2006.


C’est une belle journée est également le premier clip d’animation pour un artiste français réalisé à partir de ses propres dessins. On retrouve un style graphique identique à celui que l’on avait pu découvrir en 2000 avec les dessins illustrant les CD Maxi et les Maxi 45T de Dessine-moi un mouton. On retrouve également le même mouton sur ces dessins et dans le clip C’est une belle journée.

C’est une belle Journée - clip 2002 dans Les Clips de Mylène mylene-farmer-ainsi-soit-jeEn 1985, Mylène participait à l’émission L’Académie des 9 sur Antenne 2 . Elle avait réalisé un dessin d’un objet: le style était déjà très proche des dessins du clip C’est une belle journée. Petit clin d’oeil également au titre Alice et à l’araignée figurant sur le programme da tournée 1996 avec dans le clip C’est une belle journée, l’apparition d’une araignée pendue au bout d’un fil. La première référence qui vient à l’esprit en découvrant ce clip est Le Petit Prince d’Antoine de Saint-Exupéry : les dessins de Mylène rappellent cette oeuvre et le personnage de l’enfant évoque le Petit Prince et son mouton.

Le message de ce clip pourrait être : savoir retrouver l’enfant qui sommeille en nous. 


Le clip se termine par un mystérieux  » A suivre ». Il n’en fallait pas plus pour susciter de multiples spéculations chez les fans en 2002. Beaucoup espéraient que le clip Pardonne-moi serait cette suite tant attendue. Trop évident pour Mylène qui surprendra une fois encore, en publiant en 2003, son premier livre, Lisa-Loup et le conteur , qui reprendra le personnage de la petite fille.  Le personnage de l’enfant était déjà présent sur la couverture du livre Où es-tu? de Marc Lévy publié en 2001, couverture illustrée par un dessin de…Mylène bien sur.
 

 

 

 

ANALYSE DU CLIP : par Dr. Jodel http://jodalsaintmarcfree 

 

Injustement réhabilitée dans le classicisme Boutonnien par le clip de Les Mots, Mylène Farmer confirme bien son penchant déjà ancien (7 ans maintenant) pour le léger, la sensation directe, voir l’anecdotique. Comme pour redorer un blason trop rouillé 2430550121_1 dans Les Clips de Mylènepar les couches de maquillage, de paillettes, de mousse et de spray, Mylène Farmer fit appel à Boutonnat le temps d’un clip. Clip qui la replongeait, nous l’expliquons dans une époque où pour la première fois le clip revêtait les habits du cinéma classique, voir moderne. Seulement chassez le naturel, il revient vite au galop, et si la vrai nature de Laurent Boutonnat réside bel et bien dans le romanesque, dans le discours sur le monde et sur l’homme, Mylène, elle, donne la trop fâcheuse impression d’avoir eu à se retenir une décennie entière sous la direction de Boutonnat (pour rappel de 1984 à 1994) pour pouvoir enfin « se lâcher » et vaguer à présent à des préoccupations narratives et esthétiques bien plus directes. 

 

C’est une belle journée est une confirmation. Celle que la nature de Mylène Farmer a pris le dessus, a gagné, que c’est sa nature qui est de notre époque et non celle de Laurent Boutonnat. Si ce dernier s’apparente de toute évidence à la modernité et parfois au classicisme cinématographique, Mylène elle, appartient définitivement à la post-modernité

 

Les images  de C’est une belle journée résume bien ce fait qu’il ne produit plus du sens, il produit de la sensation. L’emploi du 1sll4_480x270_pxfrzdessin met en scène impeccablement cette idée, il serait hasardeux de chercher une explication à ce vidéo-clip qui ne fait que rassembler (brillamment c’est vrai) dans une histoire (totalement amphigourique il faut l’admettre) la totalité des dessins amateurs que la chanteuse a bien voulu offrir à son public en 6 ans (des premiers dessins représentant la chanteuse elle-même, et mettant en scène une araignée irréelle dans le programme de son concert de 1996 ; à la couverture de Où es-tu de Marc Lévy représentant l’enfant avec son baluchon et son ballon de baudruche route). Ici, comme dans les autres clips précédents tels ceux de Marcus Nispel, les mouvements de caméra virevoltants n’ont aucune fonction diététique et ne justifient leur présence que par la volonté de donner tel ou tel style à l’image, de donner telle ou telle vue de l’objet (ou de la personne) représenté. Le discours lui, devient soit descriptif, soit méta-discursif, et n’a d’autre vocation que de divertir dans un déluge de feux d’artifices multi-piste son spectateur. On est, avec C’est une belle Journée, directement dans ce que Laurent Jullier appelle le Film-concert. 

 

Il est certes très difficile de rester fidèle à une seule idée de l’image et du discours en 18 ans de carrière. C’est pourtant à ce seul prix que l’on peut prétendre à une œuvre au sens plein voire plus difficilement ; au mythe. La post-modernité de C’est une belle journée semble irréversible pour Mylène Farmer

 

Sans pour autant coller ici des jugements de valeurs qui seraient probablement mal accueillis par l’individu fanatique de base, atteint de cécité mylénienne, comment pourrait-on renouer avec la « modernité classique » des œuvres de Laurent Boutonnat après avoir goûté à cette esthétique très actuelle (pourtant vieille de 25 ans si on considère le premier film post-moderne comme étant La guerre des Etoiles) que répand sur l’écran C’est une belle journée, à coup de travellings avant vertigineux dans le miroir (trace on ne peut plus évidente de style post-moderniste). 

 

Seulement Mylène Farmer, nous le savions déjà, n’a peur de rien et n’aura probablement aucun scrupule à retourner dans quelques mois un clip classique sous la direction de Boutonnat, portant à faux à nouveau son œuvre entre une espèce de « caution Boutonnienne » de sens d’un côté et de « volonté-fashion » actuelle de l’autre. Tout ceci n’est pas très grave à court terme ni pour les admirateurs que nous sommes, ni pour le grand public à la faculté d’adaptation foudroyante aux nouvelles modes. 

 

Le parcours de Mylène Farmer que nous venons brièvement de retracer sous l’angle du style cinématographique, ne révèle qu’un seul grief : l’incohérence… 

 

 

 

Quoi que…. Si l’on considère le côté mystique ou peut-être bien spirituel !!! 

 

Publié dans Les Clips de Mylène | Pas de Commentaires »

Mylène, un article dans Elle

Posté par francesca7 le 2 septembre 2011

 

 

Toujours à la même période, le magazine Elle dans son édition du 5 avril 1999 offre une interview exclusive de la chanteuse, accompagnée d’un shooting signé par Jean-Marie Périer sur lequel il reviendra à l’occasion de son livre Flash : « On fait une première photo, je la sors du châssis et la lui tends. Mylène pose l’épreuve sur une table et se penche pour la regarder de près (…) Puis elle se relève en dodelinant de la tête et dit doucement : « Non ! » Et elle déchire la photo ». 

 

 

Mylène, un article dans Elle  dans Mylène 1999 - 2000 MF2000_133aVraie ou fausse rousse ?
Ma couleur naturelle est châtain, c’était fade. Je suis devenue rousse quand j’ai commencé à chanter.

Pourquoi pas platine ou corbeau ?
Parce que j’ai une peau de rousse. Il y a eu une erreur de la nature: j’aurais dû naître rousse.

Physiquement, comment se trouve-t-elle ?
(moue, gêne, silence) Je ne me supporte pas. Je me regarde peu, je ne vois jamais mes clips. C’est très douloureux.

Ce corps mince et musclé ?
Je me trouve trop maigre; je rêve de prendre cinq kilos.

Si peu s’aimer et sans arrêt se cacher derrière des masques, des déguisements, des maquillages
Mais ces masques, c’est moi qui les choisis. Forécement, ils traduisent quelque chose. C’est difficile de trouver le mot juste. Je ne suis pas portée sur les confessions. Je ne me livre pas parce que je ne sais pas. Je ne peux pas parler de moi. C’est douloureux. On peut en mourir.

La psychanalyse ?
Ça m’intéresse, d’un point de vue intellectuel. Mais je n’ai pas le temps, et je ne suis pas sûre d’avoir envie de ce genre d’introspection.

Son enfance au Québec
Je n’ai aucun souvenir d’enfance. C’est comme un trou noir : rien.

La neige dans ses clips et dans Giorgino
Je ne me sens bien que dans le froid. Pendant longtemps, je ne supportais ni le soleil ni la chaleur.Ça va mieux depuis que j’ai vécu en Californie.

Ses parents ?
Pardon, mais c’est mon seul territoire privé.

Laurent Boutonnat
Il compose, j’écris, il s’agit d’une vraie collaboration artistique. Tout ce que je peux vous dire c’est que je n’ai jamais fait quelque chose que je n’avais pas envie de faire.

L’atmosphère dix-huitièmiste de certains de ses clips

Je ne peux pas expliquer pourquoi mais je m’y sens bien. Je crois que je me sentirais mal dans toutes les époques. Mais tout compte fait, c’est au XIXè siècle que j’aurais aimé vivre, ne me demandez pas pourquoi.

L’ambiance sadomaso de ses clips ?
Cela doit correspondre à des fantasmes que je porte en moi.

Les cimetières, la mort qui plane partout ?
J’adore les cimetières, c’est un des endroits dans lesquels je me sens bien. Où que j’aille dans le monde, j’y vais, cela apprend beaucoup sur une culture, un peuple. Ce goût doit me venir de l’enfance. J’ai retrouvé des lettres de ma grand-mère dans lesquelles elle me disait : « Dimanche, je t’emmènerai dans tel cimetière ».

MF2000_16a dans Mylène 1999 - 2000Ses collaborations avec Luc Besson et Abel Ferrara
Je les ai appelés tout simplement. Ferrara, cela a été dur, des mois de négociation, de coups de fil à trois heures du matin.

Son désir de cinéma
J’en avais un désir presque clinique, le désir est toujours là. J’attends qu’un réalisateur ait envie de moi.

La notoriété lui pèse-t-elle ?
J’aime cet état-là, j’aime qu’on me reconnaisse, j’aime l’idée d’avoir accompli ce petit bout de chemin, mais je m’égare… C’est vrai que c’est aussi pesant. Quand j’ai besoin d’un réel anonymat, je vais le chercher à l’étranger. Je crois que je pourrais vivre à New York, je m’y sens bien. Je peux y marcher dans la rue sans me soucier de savoir si je suis jolie ou si je marche droit, entrer dans un café, des choses toutes bêtes.

Choses qu’elle ne peut plus faire à Paris ?
En tout cas, je ne me les autorise pas. On peut toujours faire tout ce qu’on veut, mais c’est dur d’être observée quand on n’a pas envie de l’être.

La vie de Mylène Farmer à Paris ?
Ma vie est essentiellement consacrée à mon travail. Je sors très peu, je vois peu de gens. Je vis comme une recluse. C’est vrai, parfois j’ai le sentiment d’être enterrée vivante. Mais il y a des choses plus douloureuses dans la vie.

Son singe capucin ?
Il est extraordinairement intelligent et agile; vous savez, ce sont ces singes qui aident les handicapés.

L’actualité ?
Le Pacs, la parité, non, je ne suis pas tout ça.

L’amour ?
On voudrait tellement que la passion dure, mais la réalité nous contraint à dire que, non, ça ne dure pas.
 

Publié dans Mylène 1999 - 2000 | Pas de Commentaires »

CLIP – Je t’aime mélancolie – 1991

Posté par francesca7 le 28 août 2011

 

 

Date de tournage:  novembre 1991 

Lieu de tournage: Studios Sets à Stains (France) 

Réalisateur: Laurent Boutonnat 

Durée: 05’13 

Clip présent sur : L’autre… 

 

Production : Heathcliff S.A.
Budget : environ 45.000 €


 

VIDEO CLIP 

Image de prévisualisation YouTube
 

 

Synopsis : Laurent Boutonnat
Directeur de la photographie : Jean-Pierre Sauvaire
Montage : Agnès Mouchel
Costumes : Jean-Paul Gaultier
Costumière : Carine Sarfati
Chorégraphie : Mylène Farmer
Photographe : Claude Gassian

CLIP « JE T’AIME MELANCOLIE » 



Dates du tournage : novembre 1991
- Tournage du clip (Deux jours de tournage (un jour pour le combat de boxe, un jour pour la chorégraphie) aux studios Sets à Stains, dans la Seine-Saint-Denis) 


06/12/1991 – 1ère diffusion du clip (‘Tous à la une’ – TF1) 

 

CLIP - Je t'aime mélancolie - 1991 dans Les Clips de Mylène cbb2acb9Suite au meurtre du réceptionniste de Polydor, Mylène Farmer part aux Etats-Unis (officiellement pour passer son permis de conduire). Elle fuit en fait les réactions qu’a pu provoquer l’acte de cet homme vexé de ne recevoir aucune réponse à ses lettres !

 

Laurent Boutonnat lui, commence à préparer pendant ce temps, le tournage de Giorgino qui commencera exactement dans un an. A cette période, il est en plein repérage dans le Jura avec le décorateur du film : Pierre Guffroy. Il prendra toutefois quatre jours pour tourner le clip de Je t’aime Mélancolie.

 

Après quelques jours de préparation pour la construction (sur mesure) du grand ring de boxe, deux jours de tournage sont consacrés aux scènes de combat. Les deux autres jours de tournage sont eux réservés à la chorégraphie orchestrée par Mylène Farmer. On note que les dix danseuses derrière Mylène sont les mêmes que celles de la promotion de Désenchantée, neuf mois plus tôt.

 

Mis à part Sophie Tellier qui, pour la première fois, n’assure plus la coordination des ballets. Elle a décidé juste avant le clip de cesser momentanément sa collaboration avec Mylène et Laurent pour se consacrer à sa propre carrière. Elle attend le tournage de Giorgino pour revenir ….

 

On pressent déjà la fin proche de l’univers de Laurent Boutonnat pendant Je t’aime Mélancolie. L’histoire se fait mince, la durée se fait courte, et on succombe de lus en plus à l’esthétique du clip. Ses derniers véritables courts-métrages n’ont visiblement pour unique but d’en arriver à l’oeuvre ultime : Giorgino. Après ce film, d’ailleurs comment ne pas comprendre qu’il n’est pas la peine faire autre chose ?… Qu’aurait pu faire Laurent l’année suivante qui n’aurait pas paru comme fade ? Il ressemble tellement à u aboutissement que l’univers semble difficile à prolonger. Vu de cette façon, Je t’aime Mélancolie peut être lu comme un avant-goût de « l’après Mylène » chez Laurent Boutonnat. Des clips comme Populaire se rapprocheront d’ailleurs plus de ce film que de mises en scène plus ambitieuses telles Tristana ou Sans Logique.

 

 

 

Contexte : 

 

melancolie dans Les Clips de MylèneUn homme est à la corde à sauter. Mylène, elle ne s’entraîne pas et semble se concentrer comme pour entrer sur scène. Nous sommes dans un gymnase sombre, juste avant un combat. Des voix masculines se font entendre en bruit de fond, comme si dans une autre pièce, on pariait sur quelqu’un. Nous sommes en fait dans un vestiaire. L’entraînement de l’homme est intensif. La personne qui lui fera face ne devra pas compter sur sa pitié. Mylène elle montre son absence d’attendrissement en éteignant par la seule force du poing la flamme d’une bougie. La partie peut commencer .. Nous sommes au bord d’un ring de boxe aux dimensions irréelles. L’espace l’entourant est quant à lui plongé dans l’obscurité. Les cris lointains d’une foule font penser à des spectateurs placés trop loin pour assister correctement au combat. Les seuls intéressés sont les 2 adversaires et nous-mêmes qui sommes placés idéalement aux premières loges d’un affrontement souvent évoqué au sens figuré, mais jamais au sens propre : la guerre homme-femme, la guerre des sexes. Comme elle aime à le dire la même année que le tournage : Mylène « a encore ici quelques comptes à régler avec la gente masculine », comme précédemment dans Pourvu qu’elles Soient Douces et Pas de Doute.

 

 

Chaque combattant à son propre coach (tous deux des hommes) un arbitre vient sur le ring donner le coup d’envoi du combat (un homme aussi). Les regards sont cruels et promettent une haine réciproque qui semble aller bien au-delà des cordes d’un ring… on pense évidemment au jeu de regards entre Libertine et son adversaire duelliste, lorsque l’issue du combat penchait autant d’un côté que de l’autre partie. Après le coup d’envoi, les deux corps se tournent autour durant tout le premier couplet de la chanson. Les deux personnes sont très sérieuses et ne laissent rien transparaître, contrairement aux sourires pervers entre les adversaires de Libertine et Sans Logique. C’est là où intervient la folie de Boutonnat, éternel adepte du décalage et de l’inversion. Parallèlement au sérieux, à la durée et la virilité du combat, Mylène toute souriante danse avec deux danseuses derrière elle sur la même musique qui rythme les coups des deux adversaires, sensés être sur le même ring. Sa tenue es légèrement différente, s’étant vêtue d’un porte-jarretelle sous une guêpière faisant étrangement référence au sadomasochisme. Contrairement au départ de Thierry Rogen pour le mixage un an plus tard, on ne regrettera pas le départ de Sophie Tellier du clan Farmer-Boutonnat. La chorégraphie de Je t’aime mélancolie est d’une grande élégance et d’une très haute tenue. De plus, elle est une des plus rythmées et dansantes qu’ai inventé la chanteuse. 

 

3f458413Une brève coupure entre les deux rounds ne fera que relancer les regards haineux à défaut de les calmer. Le combat reprend de plus belle, et la tension montant de plus en plus, le combat commence à dégénérer. Les coups bas se multiplient et le soudain acharnement de l’homme sur la femme pour la mettre KO oblige l’arbitre à intervenir. Il se recevra rapidement un coup de poing dans le nez donné par l’homme qui le rendra KO se faisant ridiculement évacuer par les entraîneurs. Désormais plus de pitié, plus personne ne peut arrêter le match qui dégénère. Les deux combattants s’affronteront jusqu’à la mort. Ils enlèvent même leurs gants de boxe pour se livrer à un véritable combat d’arts martiaux. Alors la chorégraphie s’accélère et les danseuses derrière Mylène Farmer ont à présent des gants de boxe aux mains pour exécuter la chorégraphie qui devient infernale. Dans le combat, les hauts coups de pied fusent, au bord de l’épuisement, l’issue du combat est proche et la femme est en faible posture… ; elle utilisera les dernières forces qui lui restent pour tournoyer sur elle-même et envoyer à son malheureux adversaire un coup de pied dans la tête qui le fera passer par-dessus les cordes du ring.

 

[…]

 

 

 

Beaucoup verront dans ce combat l’affrontement entre la chanteuse populaire et la critique, le texte de la chanson y faisant plus ou moins référence. Ce serait plutôt un mélange de réaction vindicative contre une critique douloureuse, de masochisme (la tenue) face à l’homme croyant détenir tous les pouvoirs et de double emploi (toujours récurrent dans le cinéma de Boutonnat) entre le bourreau (elle gagne) et la victime (l’issue du combat ne lui apportant absolument rien).

 

 

 

ANALYSE SVP ………….. 

 

Le tournage de Je t’aime Mélancolie se situe avant les repérages définitifs du long-métrage Giorgino dont les prises de vue débuteront un an plus tard, pendant la promotion de Que mon cœur Lâche. Comme pour laisser la voie libre à l’ambition pour ne pas dire la mégalomanie de Girogino, Boutonnat semble avoir mis un frein sur les moyens qu’il mettait en oeuvre jusqu’à présent.

 

0Au sein de celle-ci la chanteuse interprète certaines parties de la chanson en question. L’avantage de cette structure est à la fois de mettre l’artiste en avant, de justifier tous les avantages scéniques qui lui sont attribués (éclairages, maquillages parfois outranciers, accessoires et danseurs) sans que cela nuis pour autant au récit éventuel, puis de se rapprocher du cinéma de fiction en y intégrant une histoire ou même un fil conducteur ténu qui implique une intrique auquel  le spectateur pourra se rattacher, voire s’identifier.

 

En somme, le problème que pose Je t’aime Mélancolie est sur plusieurs plans un problème de limites ; en se séparant des attributs que lui-même avait créé, comment Laurent Boutonnat peut-il continuer de se faire remarquer pour continuer de créer l’événement, la longueur en moins.

 

Afin de maquer cette carence, Boutonnat joue précisément sur le changement quasi radical au lieu d’adapter, de raccourcir, et de modifier par touches parcimonieuses ce qu’il savait faire et qu’il appliquait sans cesse depuis sept ans. Le réalisateur se décide à se battre avec les mêmes armes que ses confrères au lieu d’en chercher de nouvelles. Puisque c’est finalement bien de promotion dont il s’agit ici, c’est précisément le format-chanson, avec une histoire simple, une imagerie plus légère, des costumes et maquillages plus actuels et sans génériques, sans suite ou presque que les clips postérieurs à Désenchantée ont pu compter sur une exposition plus large dès leur sortie.

 

Peut-être orientés par les paroles de la chanson, certains critiques ont lu le clip comme une métaphore d’un combat de l’interprète contre eux. Dans cette optique, les images peuvent être vues comme l’adaptation de certaines phrases de la chanson dont elles s’inspirent : « Une sauvage née vaut bien d’être estimée, elle fait souvent la nique aux trop bien cultivé […] Pour plaire aux jaloux il faut être ignorée. » ce rapport avec la réalité du métier que subissent Laurent Boutonnat et sa muse au quotidien, le réalisateur ira jusqu’à le figurer  dans son casting ; il fera appel à un vrai boxeur poids-léger yougoslave et à un arbitre français professionnel ; Gérard Boutonet.

 

La tenue de Mylène Farmer pour les plans de chorégraphie (une guêpière en cuir ornée de clous soutenant des porte-jarretelles noirs) laissent penser à un arrière plan sado-maso appuyé par l’isolement de l’homme et de la femme sur un espace scénique (le ring). Soumis au regard d’un public, isl seraient venus sur ce ring pour se faire mal physiquement avec le consentement de l’autre. Seulement ces pistes ne mènent guère très loin par rapport au texte de la chanson, même extrapolé ; la seule suivie à l’époque fut celle de l’hyperbole sur la critique.

 

L’homme sur le ring, symbolisant la critique au sens large, perd le match ; et la phrase-titre reprise comme un leitmotiv régulièrement : « Je t’aime mélancolie », résonnerait comme une revendication face à ceux qui avaient reproché au couple Boutonnat-Farmer leur imagerie négative.

 

Après le retrait symbolique de la critique face aux coups portés par la chanteuse à la fin du clip, celle-ci se retrouve plus seule que jamais désormais livrée à elle-même, coupée du regard extérieur, près de ce public plus silencieux que jamais devant lequel elle devra tôt ou tard livrer un nouveau combat pour le distraire. Le silence de glace qui clos le clip fait pourtant bien comprendre que la gagnante a eu ce qu’elle a voulu ; et que libérée « des jaloux », elle est à présent ignorée. L’ennemi battu, elle n’est pourtant libérée de rien, prisonnière de la scène et écrasée par les faisceaux de ces projecteurs qui l’exposent peut-être davantage qu’elle ne l’aurait voulu.

 

affiche-jtm

Publié dans Les Clips de Mylène | Pas de Commentaires »

Mylène dans Vogue

Posté par francesca7 le 26 août 2011

CR de l’Interview paru dans Vogue en mars 1995 

 

Vogue (Allemagne) : mars 1995 

 

 

 

Mylène dans Vogue dans Mylène 1995 - 1996 106161C’est avec un pas plein d’entrain qu’Amélie Nothomb entre dans la suite de l’hôtel parisien  » le Crillon «  où elle a rendez-vous pour un entretien avec Mylène Farmer. La chanteuse est déjà là. Amélie déborde d’énergie. Mylène paraît timide et fragile. L’écrivain raconte à quel point elle s’est réjouie de cette rencontre : 


 » Lorsque ‘Vogue’ m’offrit la possibilité de rencontrer la personne de mon choix, je n’ai pas hésité une seule seconde. «  


Les deux jeunes femmes rapprochent spontanément leur fauteuil ; toutes deux parlent d’une voix basse. 

                                                                             

A.N. : Je me souviens très bien de la première fois où j’ai entendu votre musique. C’était en 1986, pendant les vacances de Noël. Ma cousine entonna  » Libertine « . Je n’avais encore jamais entendu cette mélodie. Comment, me dit-elle, tu ne connais pas Mylène Farmer ? Je suis depuis une fan de vos clips. Vous êtes, pour moi, le chanteuse aux clips les plus beaux et talentueux. 

 

M.F. : Et moi j’ai lu vos livres. C’est pourquoi j’ai accepté de vous rencontrer. 

 

Je le sais. J’ai découvert, grâce à vous, un auteur qui m’a beaucoup impressionné ; vous avez précisé, lors d’une interview, que vous aimiez Luc Dietrich

 

Ce sont mes livres de chevet. 

 

 

107106604_small dans Mylène 1995 - 1996C’est un des rares auteurs qui écrit comme un enfant sans se ridiculiser. J’ai moi-même décrit mon enfance dans  » Le Sabotage Amoureux « , mais non de la manière dont je l’aurais souhaité. 

 

J’ai écrit des chansons sur l’enfance, en particulier sue la crainte de grandir. 

Dans votre chanson  » Plus Grandir « , vous évoquez le désir de rester une enfant. 

 

Je ne peux moi-même l’expliquer, mais je n’en subit aucunement un traumatisme. J’ai vécu au Québec jusqu’à l’âge de 9 ans ; il ne me reste de cette époque que le souvenir très marquant de la neige. 

 

La neige apparaît dans vos clips de façon ininterrompue ainsi que votre film. Je regrette de ne pas avoir eu la possibilité de voir  » Giorgiono « . Il ne fut projeté à Paris que pendant deux semaines et comme je vis à Bruxelles, je l’ai manqué. Je connais cependant presque tout sur ce film car j’ai dévoré tous les articles le concernant. Je suis persuadée qu’il est exceptionnel même si beaucoup de critiques prétendent le contraire. Je considère Laurent Boutonnat, le réalisateur, comme un génie

 

Notre film a subi des critiques extrêmement brutales. Nous savions d’avance qu’ils le mettraient en pièce avant sa sortie. La principale critique étant qu’il s’agissait d’un long clip. 

Je rêve d’un clip de deux heures ! 

 

Le maquillage, les costumes, la lumière ; toutes les techniques existantes ne sont pas exploitées par le cinéma. Le jeu de scène est, par ailleurs, primordial. J’interprète soit mon propre rôle, soit celui d’un autre, j’écris également les paroles de mes chansons. Ce sont les façons de m’exprimer. 

 

Cela m’a frappée, vous vous déguisez souvent et cependant, vous passez pour une artiste particulièrement discrète. 

 

Lorsque je montre ma nudité ou lors de photos sexy, les journalistes me dépeignent comme une dévergondée sans aucuns mystères. Cela leur paraît paradoxal que je sois si discrète d’ordinaire et beaucoup attendent une justification. Je déteste cela ! 

 

Vous n’avez pas non plus à vous justifiez, comme c’est le cas lorsque l’on commet des erreurs. 

 

MF2000_135aLe clip  » Libertine «  a d’ailleurs été censuré en Allemagne. Quelle hypocrisie ! J’ai déjà vu des films pornographiques sur la chaîne allemande. 

 

 

Je n’ai encore jamais eu l’honneur de me faire censurer ! 

 

Cela m’étonne. 

 

Ma famille considère mes livres comme pornographiques. Vous savez, la Belgique est aujourd’hui encore un pays du 19ème siècle. De plus, je descends d’une famille aristocratique et catholique extrêmement conservatrice. 

 

Votre famille vous repousse-t-elle ? 

 

Précisément. A l’exception de mes parents qui acceptent mes ouvrages. Mon père fut diplomate pour que nous vivions en Asie. Vous savez, ma famille ne fut pas fière de son agissement durant la seconde guerre mondiale. Je peux remercier mes parents d’avoir passer mon enfance en Extrême-Orient. Lorsqu’à 17 ans je suis allée, pour la première fois, à Bruxelles, je fut marquée par la consternation des gens à l’évocation de mon nom. 

 

Aujourd’hui encore, les Nothomb jouent un rôle important dans la vie politique belge, mais je reste en dehors de cela. 

 

Votre père n’est pas également artiste ? 

 

En effet, il est ambassadeur le jour et interprète de nos chants médiévaux le soir. 

Merveilleux ! C’est une musique mystérieuse, captivante. 

 

Le plus court dure 4 heures. Lorsque nous étions enfants, nous devions écouter l’intégralité de ces drames et ceci à genoux. Aujourd’hui, nous sommes autorisés à nous asseoir et même à nous assoupir. Combien de fois avons-nous écouté papa chanter le dimanche ! 

Je m’ennuyais terriblement, d’autant plus que je ne comprends que le japonais moderne. 

Les rapports que j’entretiens avec ma famille sont complètement différents. Bien entendu, je reste en contact avec elle, mais nous communiquons très peu. Je présume qu’elle doit être fière de mon succès. Mon père n’est plus de ce monde, il est décédé avant le début de ma carrière, lorsque j’avais 21 ans. 


Je n’ai reconnu que plus tard à quelle point il avait compté pour moi. 

 

Avec qui vivez-vous ? 

 

Avec ma sœur Juliette, un être hors du commun. 


Enfants, nous étions comme les deux doigts de la main et toutes deux anorexiques. Je fus seule à m’en sortir. Elle a cessé de grandir à 16 ans. 


Aujourd’hui, à 31 ans, c’est encore une enfant. Elle refuse tout contact social et intrusion dans notre appartement sous peine de hurler. Elle ne veut que ma présence. 

 

Pour ma part, je vis à Paris avec mon singe capucin. Pensez-vous éprouver un jour le besoin de quitter votre sœur ? 

 

Non, car je n’ai encore jamais ressenti le besoin de me marier et d’avoir des enfants. De plus, j’ai une vie sentimentale que l’on peut qualifier de normale, en dehors de chez moi. Ceci me permet de mener une existence quelque peu aventureuse qui me plaît. 

 

Me perpétuer est une chose qui me paraît, pour l’instant, inimaginable. Pourtant j’aime les enfants. 

L’écriture est pour moi plus facile comparée à d’autres choses de la vie. 

            Mais elle vous paraît également torturante. J’ai cru comprendre que vous n’étiez créative que lorsque vous avez la sensation du froid. 

 

C’est exact. Le froid s’installe tout naturellement en moi lorsque j’écris. La température de mon corps chute. Je ne suis pas habituellement aussi frileuse, mais lorsque j’écris, je m’enveloppe de longs manteaux de laine. Je porte même un bonnet. Le froid m’est très désagréable, mais le désir d’écrire prédomine. 

On dit pourtant que le désir et le tourment ne sont pas compatibles. 

 

Je vis constamment dans ce mystère et j’écris chaque jour durant quatre heures au moins. 

 

Est-il vrai que souvent vous ne dormez que trois, quatre heures ? J’imagine à quel point vos angoisses sont liées à vos nuits Cela doit être éprouvant. L’écriture est un remède à la solitude. 

 

L’insomnie ne me gêne pas, par contre, la tentative vaine de trouver le sommeil, oui. Ce qui est horrible, ce sont les pensées qui surgissent dans ces moments-là. 

 

Je connais ça aussi : le heurt de pensées différentes, à la limite de la folie. 

 

Surtout que nous possédons toutes deux une fantaisie quelque peu morbide. Lorsque je ne trouve pas le sommeil, toutes mes pensées tournent autours de la mort et de cadavre. C’est insupportable ! 


Je suis convaincue d’avoir choisi l’écriture pour échapper à cette horreur. Je ne souffre plus lorsque j’écris. Le fait même d’écrire m’apporte une plaisir formidable. Les passages les plus dramatiques d’  » Hygiène de l’Assassin « , où Pretextat Tach étrangle sa jeune compagne de ses propres mains m’ont fait éclater de rire. 

Ces passages n’apparaissent que plus cruels et plus inquiétants ! 

On m’a qualifiée de sadique. Est-ce vrai ? Certainement pas dans la vie de tous les jours

 

Je ne vous considère pas comme une sadique. Vos livres dérangent et c’est pour cela qu’ils me plaisent. Ils font naître dégoût et angoisse, des réactions très vivantes. Dans mon travail, la mort est un thème très important. Elle fait, après tout, partie de notre existence. 

J’ai eu l’occasion de vous voir dans une émission dans laquelle vous aviez le choix des reportages. Vous aviez retenu des images de cadavres et de corps sans tête. C’était très courageux. 

(Elle rit) 


Je voulais exprimer la beauté qui se trouve dans la violence et l’horreur. C’est pourquoi j’ai choisi deux reportages sur les exécutions


Une exécution est, bien entendu, répugnante et cruelle, mais il s’en dégage une réelle force. Les mots me manquent pour exprimer ce que je ressens. 

Vous aviez alors affirmé éprouver de la joie en voyant ces images.           

C’était peut-être maladroit. Il faut faire attention à ce que l’on dit et songer aux conséquences possibles. Même la mort d’un proche peut être fascinante. Voir cette personne morte me parut presque un spectacle. 

 

Suis-je morbide ou vais-je au-delà de ça ? Est-ce une preuve d’amour ? 

 

Je ne sais pas. 

 

On sent depuis peu en vous une influence tibétaine. Que s’est-il passé ? 

 

Je n’ai pas beaucoup travaillé pendant trois ans, j’avais besoin d’oxygène, c’est pour cela que j’ai voyagé aux Etats-Unis, mais le lieu n’a pas d’importance. Là-bas, par hasard, j’ai trouvé un livre tibétain traitant de la vie et de la mort. J’ai tiré quelques vérités de cet enseignement bouddhiste, à savoir qu’il y a une vie après la mort. Cette idée m’est devenue familière. Ce livre était un baume. 

 

Vous n’avez plus de doutes aujourd’hui ? 

 

Je refuse aujourd’hui l’angoisse que me crée la pensée de la mort. Je me dis qu’il existe effectivement une vie après la mort. J’ai changé de philosophie. 

 

On le devine dans votre dernier album  » Anamorphosée « . A propos d’immortalité, la notoriété d’un écrivain n’est pas comparable à celle d’une chanteuse. Ma notoriété est supportable, voire amusante. Mais votre gloire doit prendre des proportions considérables. Il paraît que des fans dorment devant votre porte. Comment vivez-vous cela ? 

 

Je dédramatise. Je ne le supporte qu’ainsi. 

 

Et quelle est l’histoire de ce meurtre ? 

 

Ce fut très douloureux. Un déséquilibré voulant me rencontrer fit irruption dans ma maison de disques, tirant autour de lui avec sa carabine. Il tua le standardiste âgé de 28 ans. Ce fut un des événements les plus marquants de ma vie. 

 

Tournerez-vous à nouveau un film avec Laurent Boutonnat ? 

 

 

Je l’ignore. L’échec de  » Giorgiono «  a été douloureux pour Laurent. 

Puis-je vous faire part d’un rêve ? Plusieurs producteurs souhaitaient adapter  » Hygiène de l’Assassin « . A ce jour, tous les projets ont avorté. Je souhaiterais que Laurent Boutonnat adapte le film et que vous interprétiez le rôle de la journaliste. 

Je n’ai offert vos livres que récemment à Laurent, mais je vais lui parler de votre souhait. Je vous le promets. 

 

 

Traduction : Barbara Volk
On peut supposer qu’il y ait eu une double traduction : du français à l’allemand puis de l’allemand au français.
Le texte que je vous propose ici est celui paru dans le « Mylene Farmer Magazine n°2″
 

Publié dans Mylène 1995 - 1996 | Pas de Commentaires »

 

linergeek |
give to eat by eating |
ecouteconseil |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Hé ! lecteurs à Saint Marti...
| parlons-en!
| Je me SOUVIENS...