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Salman Rushdie rencontre Mylène F.

Posté par francesca7 le 4 mai 2016

Mylène était conviée au mariage de l’écrivain qui a eu lieu le 17 avril 2004 à New York (Etats-Unis). Mais on sait qu’ils se connaissent depuis au moins 2000, année à laquelle on les a vus ensemble à un cocktail new-yorkais 

 

En 2002 : photo de Mylène et le fils de Salman

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Salman Rush­die: un poète contre les anathèmes – Article paru dans Gala

Comment je fais connaître les sites patriotes aux fans de Mylène Farmer 

Salman RushdieContrairement à l’imam de Brest, je pense qu’il faut s’enivrer de musique et je ne me prive pas pour le faire. La musique adoucit les mœurs et j’apprécie particulièrement la chanteuse française Mylène Farmer. J’entends déjà grincer des dents, notamment parce que son pseudonyme est anglo-saxon, mais c’est une célébrité qui, de mon point de vue, incarne très bien les valeurs de la France et de la civilisation occidentale. 

Je n’aurais sans doute pas les mêmes opinions politiques si je n’étais pas un admirateur de celle qui interpréta, entre autres, « Libertine », dans un clip évoquant le libertinage du XVIIIème siècle. Elle a su, tout au long de sa carrière, incarner une femme libre, provoquer avec une élégance que j’apprécie, contribuer à lever des tabous – il est vrai que le terrain était bien préparé depuis mai 1968 et l’œuvre féministe, notamment – et proposer des références culturelles de qualité, tout en visant un large public et en utilisant les media. Pour cette raison, elle est généralement méprisée par les «bobos», comme les Inrocks qui ne la loupent jamais à chaque sortie d’album (mais sa musique se vend extrêmement bien depuis trente ans).

J’en parle ici aussi parce que la récompense pour la fatwa contre Salman Rushdie a été augmentée très récemment par l’Iran ; or, la chanteuse est connue pour s’être liée d’amitié avec l’écrivain depuis fort longtemps. Alors, je suis allé sur un site non officiel (elle est l’une – voire la seule – chanteuse française médiatique à ne pas avoir de site officiel) pour partager l’information relative à l’auteur des Versets sataniques. En effet, les admirateurs de la chanteuse ont l’habitude de relayer l’actualité de Salman Rushdie, quoique Mylène Farmer n’ait jamais pris de position politique à ce sujet. J’avais alors décidé de partager un lien vers l’article que Riposte laïque a consacré très récemment à Salman Rushdie (http://ripostelaique.com/liran-offre-39-millions-de-dollars-futur-tueur-de-salman-rushdie.html), mais j’ai été censuré…

Ne baissant pas les bras et convaincu de ne pas être d’extrême-droite, j’ai relancé le débat en publiant sur le même site un message où j’expliquais ceci, entre autres : « la liberté d’expression, les valeurs républicaines, la libération des interdits religieux sont des idéaux élevés et tous ceux qui connaissent Mylène Farmer comme artiste, ses paroles et actions comme femme publique, aussi discrète soit-elle, doivent DEFENDRE cela. Les ténèbres progressent dans le monde, revoyez le clip de Leila*, par exemple, réécoutez la Poupée qui dit non, dans toute sa carrière Mylène Farmer a incarné la femme insoumise. Les horreurs de l’Etat islamique et le recul de ce qui fait notre civilisation, celle dans laquelle Mylène Farmer a puisé pour construire son univers, ne peuvent plus vous laisser indifférents. On ne peut plus tolérer qu’un imam à Brest prétende que la musique est la créature du diable et que celui qui écoute régulièrement de la musique court le risque d’être transformé en singe ou en porc par Allah ». * extraite de l’album « Bleu Noir », cette chanson évoque une fille du Shah d’Iran, qui s’était engagé dans la construction d’un Etat laïque, jusqu’à ce que la Révolution islamique de 1979 l’écarte du pouvoir.

J’en ai alors profité pour glisser une petite publicité pour Résistance républicaine, que j’ai décrite comme un mouvement « apolitique de lutte pour que la liberté ne meure pas en France » et en terminant ainsi mon message : « apprenez à vous poser les vraies questions et à défendre l’héritage des lumières. On a besoin de toutes les forces vives pour lutter contre le recul de la liberté ».

Description de cette image, également commentée ci-aprèsQuand elle était un peu au creux de la vague, cette chanteuse a fait un duo très marginal dans sa carrière avec un Algérien (Khaled) dont la vie familiale avait été par la suite médiatisée pour des raisons peu réjouissantes (sa femme avait porté plainte contre lui pour violences conjugales et il fut condamné pour abandon de famille ; sources :http://www.liberation.fr/france-archive/1997/06/14/khaled-traine-devant-le-juge-par-sa-femme_207001 et http://www.leparisien.fr/faits-divers/deux-mois-de-prison-avec-sursis-pour-khaled-08-05-2001-2002152994.phpet voici ce qu’il dit de l’islam… :

 

 

 

 

 

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https://www.youtube.com/watch?v=yGXdb_aQl8k  

Toutefois, ce duo aux accents « raï » était une reprise de la chanson de Polnareff « La poupée qui dit non », ce qui me semble plein de sens à présent ! Interpréter avec ce chanteur alors en vogue – c’était l’époque où on nous bassinait de raï – une chanson qui parle de la libération sexuelle des jeunes filles en incarnant « la poupée qui dit non », c’était ne pas manquer de toupet.

On peut penser ce qu’on veut de Mylène Farmer – s’il vous plaît, Christine, ne lui faites pas un portrait à la Michel Delpech, je vous en voudrais beaucoup. Loin de moi de prétendre que, contrairement au reste du « show business », elle serait indifférente au dieu Ploutos, auquel Aristophane consacra une pièce quelques millénaires avant que nous naissions… Cependant, sans jamais prendre de position politique, contrairement à moult artistes « bobo » – si ce n’est le mariage homosexuel, auquel elle a reconnu qu’elle n’avait aucun motif de s’opposer, mais sans se livrer à aucun militantisme – elle sait, par ses textes, clips, inspirations et choix artistiques poser des questions essentielles à notre temps. Pour toutes ces raisons, Michel Onfray, il y a quelques années – c’était à l’époque je l’appréciais bien, jusqu’à ce que je lise la critique qu’Eva lui a consacré à propos des Evangiles – avait expliqué qu’il l’appréciait particulièrement.

Il n’est pas étonnant qu’elle ait indiqué que Georges Bataille ou Stefan Zweig, entre autres, ont inspiré ses textes. Elle a su mettre en musique mieux que quiconque les sombres poèmes de l’ermite de Solesmes, Pierre Reverdy. Je connais assez son travail pour dire qu’elle ne mérite aucun reproche de la part des patriotes !

Qui plus est, elle est l’une des rares chanteuses françaises à être très connue et appréciée des Russes, au point que la Russie est, à chacune de ses dernières tournées, un passage obligé, chacune de ses dates de concert faisant alors le plein là-bas. Fait remarquable, alors qu’un journaliste l’interrogeait très récemment sur la Russie en raison des lois récentes sur l’homosexualité, elle a affirmé, contrairement à certains chanteurs qui refusent de se rendre en Russie pour des raisons politiques, qu’elle n’a jamais été ennuyée en Russie pour ses concerts (elle est réputée pour ses tenues très sensuelles voire provocantes) et ses chansons (certains textes étant aussi sulfureux).

J’ai apprécié de l’apprendre, car, ne parlant pas le russe, je ne sais quelle opinion me faire sur ces textes ainsi que sur les lois réprimant les offenses aux sentiments religieux (http://www.lesechos.fr/12/06/2013/LesEchos/21455-067-ECH_russie—vote-d-une-loi-reprimant-les—offenses-aux-sentiments-religieux–.htm).

Il est vrai que la Russie nous intéresse, nous, Français, avant tout pour sa politique internationale. Je ne sais pas ce qui se passe exactement en Russie quant aux mœurs, s’agissant de leur politique interne, mais les évolutions du droit russe sont bien loin de la folie des interdits de la charia. Mylène Farmer ne pourrait pas faire en Arabie Saoudite les concerts qu’elle propose en Russie !

Posté par Maxime dans http://resistancerepublicaine.eu/2016/03/02/comment-je-fais-connaitre-les-sites-patriotes-aux-fans-de-mylene-farmer/

 

Publié dans Mylène 2001 - 2002, Mylène AU FIL DES MOTS, Mylène et L'ENTOURAGE | Pas de Commentaires »

Stop aux préjugés sur MYLENE

Posté par francesca7 le 7 avril 2016

 

Sulfureuse, scandaleuse, satanique… Les qualificatifs utilisés par la presse depuis plus de vingt ans sont innombrables, mais l’idée reste la même : Mylène Farmer choque et dérange. En raréfiant ses interviews, Mylène n’a pu éviter la prolifération de préjugés édictés comme autant de vérités générales… Ces idées reçues sont plus nombreuses qu’on ne pourrait le soupçonner. J’ai enquêté sur ces préjugés et autres folles rumeurs, qui courent, et qu’on aimerait voir tout simplement diminuer. Mais on ne peut pas changer la société et l’intolérance qui la scande. Constatons donc quels sont ces préjugés, et tentons un décryptage.

MYL AMOUR

Mylène Farmer est folle.

Sublimation très étonnante du clip Je te rends ton amour. / « La Farmer est folle, je l’ai vu dans Voici, même que quand elle va à l’Eglise, elle se met nue et se roule dans du sang. ». Et pourtant véridique. Il va sans dire (mais ça va mieux en le disant) qu’une telle phrase apparaît ridicule aux yeux des fans, qui reconnaissent ici très aisément un délire (ou une lecture très inquiétante) à partir du clip Je te rends ton amour, où Mylène (pour résumer brièvement, c’est le cas de le dire) incarne une jeune femme qui effectivement se dénude et se « roule dans du sang » (si on puit dire). Le problème, c’est qu’il est possible de comprendre de telles interprétations : là où la majorité des stars de la chanson proposent des clips où l’on peut les voir en tant que chanteuses, femmes ordinaires, telles qu’elles sont dans la réalité, Mylène Farmer a choisi, elle, de faire évoluer dans ses clips, non pas la femme qu’elle est, mais le personnage qu’elle s’efforce de construire.

Les fans perçoivent instinctivement la différence entre la Mylène des clips, et celle que l’on entrevoit dans les clichés volés ou plus rarement les interviews. En revanche, puisque Mylène n’est pour ainsi dire jamais présente à la télévision en tant que femme (interviews, dossiers, reportages…), le grand public, avide de littérature croustillante dont Voici, Closer et Public se font les représentants, n’a que les clips et les analyses psychologisantes qui sont faites dans ces magazines pour se forger une idée (fausse). Ne généralisons pas non plus, et espérons que l’opinion sache faire la différence entre un clip à la Je te rends ton amour, d’allure cinématographique, où l’on comprend aisément qu’il s’agit d’une interprétation, et le dernier clip d’Eve Angéli où cette dernière évolue entre sa cuisine et sa salle-à-manger.

Il est donc possible de comprendre ce préjugé, mais il est bien dommage en revanche de constater que la différence entre un personnage et une femme n’est pas clairement établie. Sans doute parce que le « clip film » n’est pas vraiment généralisé (quoiqu’on dise) et que les clips farmeriens font toujours figure d’Ovni dans le paysage visuel.

Ces confusions récurrentes sont, selon moi, sans doute en partie dues au fait que Mylène surfe sur le métier d’actrice sans en être exclusivement une. Il est rare de voir l’opinion courante faire de telles confusions avec des acteurs à part entière : si l’on n’entend pas dire la ménagère de cinquante ans : « Oh mon Dieu Ewan McGregor a violé une jeune femme après l’avoir rossée, et recouverte de ketchup, de poivre, de sel et de crème fouettée » après avoir vu Young Adam, en revanche on entend dire « Mylène Farmer s’est saignée dans une Eglise, a osé coucher avec un curée ! Elle est folle, c’est une créature du diable »…Mais ce préjugé ne touche (heureusement ?) pas que Mylène.

Nous disions qu’il était rare que de tels éparpillements apparaissent avec des acteurs à part entière. Rare mais pas inexistant. En effet, l’acteur Ewan McGregor, après avoir tourné Trainspotting, où il incarne un jeune drogué, s’est fait arrêté par la douane américaine, qui après l’avoir vu dans ce rôle, le soupçonnait à tort de posséder des produits illicites…

Nous dirons pour conclure que ce métier d’image peut en troubler beaucoup, eu égard aux multiples travestissements que l’actrice Farmer a par exemple connu dans sa carrière. A-t-on besoin de préciser que la femme Mylène, loin d’être folle, est pour reprendre les termes de ses proches, parfaitement « saine », ce que nous montrent les photos de Mylène au naturel régulièrement. D’ailleurs, il est amusant de voir Mylène presque choquée par l’attitude excentrique de Madonna : « qu’on épouse ou non ses revendications, ses excès, c’est malgré tout quelqu’un de grand talent ».

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Un titre n° 1 au TOP 50 des années 1990

Posté par francesca7 le 23 décembre 2015

 

Sans titreDès la sortie de l’album Ainsi soit je… une chanson est particulièrement appréciée par les fans de Mylène. Il s’agit de Pourvu qu’elles soient douces ; qualifiée « d’ode à la sodomie ».

La chanteuse choisit ce titre comme troisième extrait. Le single sort le 12 septembre 1988, jour de l’anniversaire de la chanteuse. En radio, une version plus courte et légèrement remixée est proposée. Même avant la sortie du clip, le succès est au rendez-vous, puisque le titre se classe numéro 1 du TP50 pendant cinq semaines consécutives. Pourvu qu’elles soient douces se vend à plus de 700 000 exemplaires. Il est certifié disque d’or et reste encore aujourd’hui l’un des trois plus gros succès de Mylène Farmer. On retrouvera sur la face B des 45 Tours et en piste 2 du CD maxi un titre inédit : Puisque.

Le tournage du clip se déroule dans la forêt de Rambouillet, dans les Yvelines, fin août 1988  il va durer 8 jours, dans des conditions difficiles : « Nous nous levions tous les matins à 5 heures et nous couchions le lendemain à 1heure », confiera la chanteuse. Pour les fans, c’est du « pur Farmer ». Le budget : 4 000 000 francs soit 600 000 € ; plus de 600 figurants choisis dans l’armée française ; 50 techniciens. Laurent Boutonnat va également faire appel à un conseiller historique. Ce court-métrage de dix-huit minuits (le plus long de la carrière de Mylène Farmer) est la suite de celui tourné pour Libertine en 1986.

Après me gros succès de Pourvu qu’elles soient douces qui marquera l’année 1988, Mylène Farmer souhaite proposer un dernier single extrait de son album Ainsi soi je… Ce sera Sans Logique. Un 45 Tours, un Maxi 45 Tours et un CD Mai (en carton) illustrés par une photo prise par Marianne Rosenstiehl sont mis en vente le 20 Février 1989. Le cliché montre une Mylène tête baissée, le visage pâle, une larme de sang coulant sur sa joue gauche.

Pour la face B du Vinyle, la chanteuse, très généreuse à cette époque, propose un nouvel inédit, Dernier sourire, même si au départ c’est la reprise du titre Je voudrais tant que tu comprennes (initialement chanté par Marie Laforêt) qui avait été envisagée.

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En 1989, Sans logique sera l’une des 10 chansons à générer le plus de droits d’auteur et atteindra la 10è place du TOP singles en France en se vendant à environ 200 000 exemplaires.

  »Sans logique c’est le paradoxe satanique et angélique. Ma personnalité et ma dualité, c’est réellement ça. Je peux basculer très facilement d’un extrême à l’autre« , dit Mylène Farmer.

Le clip va encore une fois être réalisé par Laurent Boutonnat et sera diffusé en exclusivité sur M6 le 15 mars 1989, trois jours avant le premier concert du Tour 89 au Palais des Sports. Le décor : un terrain vague, un ciel sombre, de la brume, des costumes ternes. Le scénario. Mylène combat son amant sous les yeux amusés d’enfants gitans, d’adultes et de vieillards, avant de le transpercer mortellement avec ses deux cornes en lames de couteaux. Le tournage va se dérouler en un peu moins d’une semaine, exclusivement dans les studios d’Arpajon, près de Paris.

extrait de Mylène Farmer Ses mots, Ses clips aux Editions Chapitre.com 2014

 

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Mylène Farmer devient Un mythe de son vivant

Posté par francesca7 le 2 novembre 2015

 

 

     « Elle venait et s’en allait comme une ombre », « la peau rivalisant avec le plus pur ivoire ».

 VISAGE ETERNEL

« L’étrangeté que je trouvais dans les yeux était indépendante de leur forme, de leur couleur et de leur éclat, et devait décidément être attribuée à l’expression. » On jurerait une évocation de Mylène, du moins de l’héroïne diaphane et romantique, incarnée dans certains de ses clips. Mais non, ces mots d’Edgar Poe dressent le portrait de Ligeia, l’un des fascinants personnages de ses Histoires extraordinaires. Une femme qu’on croit morte, mais qui renaît à la vie sous les traits d’une autre. Tout un symbole pour la chanteuse, qui s’est inspirée de cette nouvelle pour écrire la chanson Allan. 

     « De tout mon être je viens vers toi », entonne-t-elle, s’adressant à cette morte vivante comme à une sœur de sang. Autre lien troublant entre les deux femmes : « la pénétrante et subjuguante éloquence de sa profonde parole musicale ». Dans la préface du livre, Baudelaire, le poète traducteur, en qualifiant les femmes qui peuplent les Histoires extraordinaires, décrit « une voix qui ressemble à une musique » ainsi qu’une « mélancolie inguérissable ». Encore une fois, on pourrait utiliser ces mots sans en changer aucun pour qualifier Mylène. Dans certains passages de la nouvelle, alors que le narrateur ressent une relation de forte dépendance avec son personnage, il serait presque possible d’entendre le mentor Boutonnat parler de sa muse : « Sans Ligeia, je n’étais qu’un enfant tâtonnant dans la nuit. » 

     Si Mylène est parvenue à se hisser au rang de mythe de son vivant, c’est d’abord parce qu’elle a su incarner une héroïne, transcender la banalité du quotidien afin de porter des valeurs universelles. Là où seules des comédiennes avaient réussi cet exploit, parce que des metteurs en scène les ont sublimées à l’écran, elle a bénéficié du talent de Laurent Boutonnat sans lequel rien n’aurait été envisageable. Ce n’est pas une chanteuse qui regarde l’objectif en suppliant qu’on l’aime, mais une actrice engagée dans une action, un personnage auquel on s’identifie, un support pour toutes nos projections. 

     Dans un entretien publié dans le magazine Lire, l’écrivain Linda Lê décrit le processus qui aboutit au mythe. « C’est seulement par la connaissance des gouffres que l’on peut atteindre la vérité et par l’exploration des marges et de la nuit que l’on peut atteindre le mythe366. » Sans doute parce qu’elle s’est risquée à descendre dans les zones les plus ténébreuses de l’inconscient, Mylène a conquis cette dimension unique dans le paysage musical français. Ce voyage intérieur jusqu’à la racine de nos pulsions les plus archaïques confère un relief inédit à son œuvre. Jeux visant à défier la mort, découverte d’une nature humaine où la cruauté n’est jamais absente, revendication d’une liberté sexuelle totale… Il y a quelque chose de subversif dans les messages délivrés, un goût de faire la nique à l’ordre social. Même une chanson aussi entraînante que C’est dans l’air, sur l’album Point de suture, paraît une forme d’apologie du péché. « Les bons apôtres je les mange », fredonne une Mylène qui n’hésite pas à « parfois piquer la poupée ».

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     Rien de satanique là-dedans, juste une profondeur inhabituelle dans le répertoire d’une chanteuse populaire. Dire la banalité ne rime à rien. Tous ceux qui ont approché Mylène lui reconnaissent une conversation qui n’est jamais ordinaire. Elle pèse chaque mot, préfère de loin le silence aux formules attendues. Pourquoi parler si c’est pour combler un vide qui, de toute façon, ne l’effraie pas ? De même, pourquoi chanter si c’est pour enfiler des perles ? D’autres, les plus nombreux, le font à sa place… « Tout ce qui est tiède m’ennuie, le politiquement correct, l’uniformité de pensée et d’expression. » On ne le dit pas assez : derrière l’imaginaire farmerien, se trouve une pensée en mouvement, une préoccupation quasi philosophique, une quête de vérité. Des reniements, parfois, ou des contradictions patentes, mais toujours une exploration sincère, le goût de tordre le cou aux idées reçues . « Il y a de l’uniformité partout / De la pensée en boîte et c’est bien tout ! » murmure-t-elle dans Porno Graphique. 

     Savoir ce qu’il y a derrière, décortiquer, ouvrir, inciser, et dire ce que les autres n’osent voir par peur ou manque de curiosité : voilà le projet de tout artiste digne de ce nom. Il y a deux types d’enfants : ceux qui s’amusent avec les jouets qu’on leur offre et ceux qui préfèrent les déconstruire, comprendre comment ils fonctionnent. Mylène se situe dans le second camp, minoritaire. De ce point de vue, le choix des photographies du Japonais Alsuiki Tumi pour illustrer la pochette et le livret de Point de suture n’est pas anodin. Cette poupée recousue au milieu des instruments chirurgicaux, qui n’aurait pas déplu à  Marilyn Manson, constitue une réponse forte au titre de l’album. La star s’en est expliqué. « Dans le livret de cet album, il y a une réplique d’Al Pacino, qui incarne Carlito dans le film L’Impasse. Avant de mourir, en voix off, il dit : “Tous les points de suture ne pourront me recoudre.” C’est aussi ce que je

ressens. J’ai pour ma part choisi l’ambiguïté… Point de suture, ici au singulier, évoque aussi bien qu’il n’y a aucune possibilité de suturer les plaies que l’espoir de guérison. » 

     Entre les deux hypothèses, optimiste ou pessimiste, c’est l’histoire du verre à demi plein ou à demi vide qui se rejoue sans cesse. On le sait depuis longtemps, la chanteuse a clairement choisi son camp, même si elle s’efforce de « voir le soleil quand la nuit nous accable », selon ses propres mots dans Slipping Away, le duo avec Moby. « L’optimisme me fait peur, il est toujours en décalage avec la réalité des choses. Je préfère une onde de pessimisme. Mais un pessimisme qui va quand même de l’avant. J’ai malgré tout un côté très bagarreur en moi, que l’on retrouve dans mes textes. » 

      Dans un tel écart, en tout cas, existe une possibilité, pour celui qui écoute, d’échafauder ses propres réponses. Ne jamais verrouiller le message, laisser une place au doute, tel semble être une des constantes de l’imaginaire farmerien. Ainsi, bien malin qui pourrait dire ce que la chanson Derrière les fenêtres , présente sur l’album Avant que l’ombre… , évoque avec précision. Au-delà de la curiosité sincère d’une star pour les destins ordinaires, le sens demeure comme suspendu, ce qui participe de l’envoûtement. 

      De même, le titre Point de suture est une petite merveille d’ambiguïté. On croit d’abord qu’il s’agit d’un clone de Pas le temps de vivre, mais on découvre des paroles aériennes qui défient la logique. « Prends-moi dans tes bras / Donne-moi la main / Ne viens plus ce soir / Dis, je m’égare », répète Mylène dans le refrain. Là encore, la chanteuse touche du doigt une réalité psychologique subtile, cet état d’indécision où l’être peut basculer en un quart de seconde de l’équilibre au déséquilibre, ces moments où l’autre est suspendu à nos atermoiements. Le résultat est éblouissant. 

     Il y a dans ces points de suspension-là quelque chose qui entretient aussi le mythe. Depuis ses débuts, Mylène se caractérise par une approche singulière de la temporalité. Son exploit ? Se situer toujours en dehors des modes, afin de se préserver du risque d’être démodée un jour. « J’ai tendance à me situer hors de l’Histoire, dit-elle. Pas hors du temps, mais hors de l’Histoire. » Bien sûr, nul ne peut sauter par-dessus son époque, mais force est de constater que la chanteuse, en se forgeant une image intemporelle, a échappé à l’étiquette étriquée qui colle à la peau de ceux qui ont débuté, comme elle, dans les années 1980. Qu’on visionne à nouveau ses premiers clips : on constatera qu’ils n’ont pas pris une ride.

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      Le fait que certaines vidéos soient de libres adaptations de contes de l’enfance, en particulier Tristana et Sans contrefaçon, n’est pas étranger à ce sentiment. Dans Les Contes et leurs fantasmes, l’écrivain Jean Bellemin-Noël opère un rapprochement passionnant entre le conte et le rêve. Freud voyait dans le rêve « des accomplissements de désir [...] reposant pour une bonne part sur les impressions laissées par des événements infantiles [...] et bénéficiant pour leurs créations d’une certaine indulgence de la part de la censure ». Prolongeant cette réflexion, Bellemin-Noël définit les contes comme « des rêves qu’on partage au lieu de les inventer chacun pour soi [...] en restant éveillé… » À partir de la phrase magique « il était une fois », tous les scénarios sont placés sous le signe de l’évidence. Rien ne peut plus étonner celui qui se laisse embarquer dans l’histoire. Pour résumer sa pensée, le psychanalyste lâche cette formule : « Le conte merveilleux est le prêt-à-porter du fantasme. » 

     C’est à un périple de ce type dans l’inconscient que nous convie Mylène. Dans la plupart de ses clips, il existe bien un « il était une fois », formule qui permet d’adhérer à tous les possibles, aussi abracadabrants soient-ils. Peu d’observateurs ont compris la place de la sorcellerie dans cet univers. Être un mythe, c’est dépasser la simple condition de mortel. Pour preuve, la star réapparaît en magicienne, en 2008, dans le clip de Dégénération, clin d’œil au Cinquième Élément de son ami Luc Besson. Créature douée de pouvoirs magiques, l’héroïne de la vidéo est tout un symbole. Car derrière les pouvoirs surnaturels lui permettant de répandre l’harmonie et l’amour, les images bleutées du réalisateur Bruno Aveillan réveillent la toute-puissance propre à l’enfance. 

     Au fond, si Mylène est devenue un mythe, c’est parce que son répertoire est une histoire sans fin, un conte inachevé qui nous replonge dans le bain des premières années. Un monde où la douceur côtoie la terreur, mais surtout où l’imagination nous permet sans cesse de réinventer notre vie, sans nous soucier des contraintes de la réalité. Qui pourrait vouloir renoncer à ce voyage-là ?

 

Extrait du livre : MYLÈNE par Hugues ROYER aux Editions Flammarion 2008

Publié dans MYLENE par H.ROYER | 1 Commentaire »

« C’est un ami, c’est lui » : Décision de MylèneF.

Posté par francesca7 le 27 septembre 2015

 

 

   mylene-farmer   Elle est seule dans sa loge. Enfoncée dans un canapé, le dos légèrement voûté, elle se concentre. Deux heures plus tôt, Pierre Vinuesa est venu la coiffer. C’est lui qui a conçu l’architecture complexe lui donnant l’air d’être couronnée de rouge. Une reine. Les minutes passent, elle ne bouge pas. Elle se recueille. Une épaisse bougie couleur ivoire se consume lentement près d’elle. Plusieurs peluches, cadeaux des fans, sont posées sur une étagère, improbable ménagerie. À quoi pense-t-elle ? Sans doute à rien du tout. Elle fait le vide. Certains artistes ont besoin d’être entourés dans ces moments-là. Pas elle. Ce silence contraste avec l’effervescence qui monte dans la salle. Un technicien frappe doucement à sa porte. Il vient installer le micro et appareiller sa robe de dentelle immaculée. Un peu plus tard, c’est au tour de son habilleuse d’entrer dans la loge. Mylène se lève et cette femme blonde lui enfile des manches de dentelle qui ressemblent à des ailes.

 

      Pour ne pas avoir froid, elle remet son peignoir. Un rapide coup d’œil dans le miroir, histoire de vérifier que tout est parfait. Les cils sont immenses, les lèvres pulpeuses et pâles. Elle ajuste une mèche de cheveux, la plaque sur son oreille. Elle se lève. Sans un mot, elle sort de sa loge, arpente les couloirs de Bercy, suivie de près par son habilleuse. Elle entend la clameur qui monte. Dans deux minutes, ce sera à elle. Son moment à elle. Face à ces dizaines de milliers d’anonymes venus la voir et l’écouter, entourée de leur affection, elle n’aura paradoxalement jamais été aussi seule. 

     « J’aime la solitude, dit-elle. Plus on devient un personnage public et plus on y plonge. Il faut s’y faire et l’apprivoiser. » Posséder un tempérament d’ermite n’empêche pas de cultiver l’amitié. Au contraire, c’est une force qui permet de placer la barre encore plus haut. Quand vous n’avez pas viscéralement besoin d’être entourée, vous pouvez choisir avec davantage de discernement ceux qui pourront partager certaines de vos pensées intimes. Dans les années 1980, Mylène avoue n’avoir que peu d’amis. Et lorsqu’on lui demande si ça la dérange, elle répond : « Non, pas du tout. » Pour elle, pas question de galvauder ce don de soi. Offrir son amitié ne peut avoir qu’une signification forte.

Aujourd’hui encore, son cercle d’intimes demeure restreint. 

      Qui sont-ils, ceux qui peuvent l’approcher et recueillir ses confidences ? Des prénoms remerciés dans le livret d’un album : Anthony, Nathalie, Paul, Corinne, Émeline, Olivier et Jérôme. Comment ont-ils réussi à gagner sa confiance ? Leurs qualités premières : la discrétion et la loyauté. Ils ont passé un pacte avec elle : jamais ils ne doivent évoquer ce lien si précieux qui les unit.   L’une de ses meilleures amies, la romancière Nathalie Rheims, respecte à la lettre cette consigne. « Mylène ne souhaite pas que je parle d’elle, m’a-t-elle expliqué au téléphone, et notre relation est tellement rare que je n’ai aucune intention de rompre le pacte. » De leurs déjeuners en tête à tête, notamment au Thiou, le restaurant branché du quai d’Orsay, elle ne dira rien. De leurs jeux, de leurs fous rires entre femmes, non plus. On murmure que Nathalie aurait été envoyée par Mylène au VirginMegastore, aux alentours de minuit, le soir où le DVD des concerts de Bercy 2006 a été mis en vente.

 

Certains témoins l’auraient entendue converser au téléphone, au premier étage du magasin des Champs-Élysées, avec une mystérieuse interlocutrice qui ne pouvait qu’être l’icône rousse.   Même réserve de la part de certains journalistes amis, comme Jérôme Béglé, de Paris Match, qui connaît la chanteuse depuis longtemps, mais a toujours refusé d’évoquer ses conversations avec elle. Une loyauté récompensée : c’est lui qui a recueilli, en mars 2008, la parole de la star annonçant son retour sur scène dans les colonnes de son magazine, avant de se fendre d’un article élogieux sur le clip de Dégénération, quelques jours avant sa diffusion dans les médias.

     Et puis, il y a les autres, ceux qui composent un cercle plus large. Ils ont eu le sentiment d’une amitié partagée, d’une relation privilégiée et intense, même si, par la suite, les contacts se sont espacés.

 

     Jean-Louis Murat est de ceux-là. C’est elle qui a amorcé le premier pas vers lui. « Un beau jour, au courrier, j’ai une lettre de Mylène. Une lettre comme elle sait faire, très gentille, avec sa magnifique écriture, pas de faute d’orthographe – enfin des choses que j’aime. Elle me demande si je veux bien chanter avec elle. Cette lettre n’est pas une légende, je l’ai reçue au courrier, tout simplement. Je n’en crois pas mes yeux, elle me donne son numéro de téléphone. » Murat la rappelle, tous deux se voient à Paris. Le temps de sympathiser, ils enregistrent Regrets, le premier duo de la carrière de Mylène. 

     À la même époque, la scénariste et réalisatrice Danielle Thompson fréquente aussi la chanteuse. Une fois n’est pas coutume, les deux femmes acceptent de poser le temps d’une séance photos pour Madame Figaro. L’occasion pour la scénariste de dresser un portrait de son amie en termes forcément flatteurs.

« Sa pâleur est indéfinissable, sa légèreté ne semble pas obéir aux lois de la pesanteur, sa présence semble toujours furtive, telle celle d’un oiseau prêt à s’envoler au moindre bruissement. Pourtant, l’ange roux remplit l’espace d’une force impalpable, une force qui rassemble à travers sa voix innocente des milliers, des millions de garçons et de filles qui reconnaissent dans ses mots leurs mots, dans ses peurs leurs peurs, dans ses émois leurs amours. » Les deux femmes se voient-elles toujours ? Pas sûr. Certaines amitiés, pour être fortes à un instant donné, n’en sont pas moins contingentes. 

   MIMI   Dans le cercle des amis de la star, l’écrivain Salman Rushdie occupe indéniablement une place à part. La première rencontre a lieu à la fin des années 1990, lors d’une exposition à Londres. « Nousétions l’un et l’autre conviés au vernissage de mon copain Francesco Clemente, raconte l’auteur des Versets sataniques . On s’est retrouvés au dîner qui a suivi chez le marchand. On a sympathisé. J’étais plutôt embarrassé, venant d’une tradition musicale anglo-saxonne, de tout ignorer de la variété française ! Elle est une grande star en France et je ne le savais pas. Depuis, elle m’a initié en m’envoyant son CD.

J’aime beaucoup son style. Ensuite, on s’est revus plusieurs fois. Je me sens proche d’elle. J’aime beaucoup Mylène Farmer. Une chanson peut être une libération. La musique ouvre les portes du cœur. » 

      Lorsqu’elle évoque son ami Rushdie, Mylène livre une clé qui permet de mieux la comprendre : « Je suis allée spontanément vers lui, dit-elle, j’avais envie de le connaître. » Curieuse de rencontrer un être dont la personnalité l’intrigue, elle n’hésite pas à vaincre sa timidité maladive pour aller vers l’autre, fût- il un écrivain mondialement reconnu. « C’est quelqu’un de très gai dans la vie, qui a beaucoup d’humour. Nous avons de grands éclats de rire ensemble. » Après leur rencontre londonienne, la chanteuse revoit le romancier britannique à Paris, lors de l’exposition parisienne des œuvres du père de Robert De Niro, intime de Rushdie. Il sera également invité à l’un de ses concerts à Bercy.

 

     Mylène n’aime que l’excellence. C’est pourquoi elle n’hésite pas à solliciter des rencontres avec ceux qu’elle admire. Sa notoriété lui ouvre bien des portes qui seraient infranchissables pour un quidam. Bien entendu, qu’ils deviennent des amis d’un jour ou davantage ne dépend pas de son seul bon vouloir.

     C’est Marcus Nispel, réalisateur de plusieurs de ses clips, qui l’affirme : « Les meilleurs se retrouvent toujours au sommet pour se serrer la main, et Mylène est vraiment de ce niveau-là. »

     Une vision élitiste qui rejoint une certaine réalité lorsqu’on regarde le parcours de la chanteuse. Familière de New York et Los Angeles, de surcroît parfaitement bilingue, elle s’octroie le privilège, rare pour une Française, d’approcher des stars de Hollywood comme George Clooney ou Robert De Niro.

 

     Sa collaboration avec Moby va naître de cette facilité à nouer des contacts avec des stars internationales. C’est à New York que la première entrevue a lieu. Le 9 septembre 2006, le chanteur le révèle sur son blog : « J’ai rencontré Mylène pour la première fois chez Teany et nous sommes devenus amis. Nous avons simplement pensé que Slipping Away serait une jolie chanson à faire ensemble. C’est ma chanson favorite de l’album Hotel et je suis ravi qu’elle entame une nouvelle vie grâce à la belle voix de Mylène. » Gravée sur la compilation de Moby, la chanson va rencontrer un joli succès. « Slipping Away avec Mylène Farmer vient d’être classé numéro un en France et en Suisse. Mylène est plus mignonne que moi, et elle chante mieux aussi », écrit Moby avec humour sur son blog, le 14 octobre 2006.

 

     Dans la foulée de l’enregistrement de Slipping Away, Mylène propose au chanteur britannique d’enregistrer Looking For My Name, qui figure sur Point de suture. Un duo d’inspiration romantique, hymne aux amours éternelles, qui rappelle les Regrets murmurés avec Jean-Louis Murat. La plus belle preuve d’amitié, n’est-ce pas de parvenir à une forme de collaboration qui ressemble à un partage ?

 

      Si la chanteuse éprouve une telle attirance pour les artistes, c’est qu’elle ressent leur présence comme un réconfort. Ce sentiment d’être différent, incompris, tous les artistes l’éprouvent. Tous portent en eux « un monde fou qui veut naître », comme le fredonne la star à propos de Virginia Woolf. Au milieu des œuvres d’art, dans un atelier ou une galerie, Mylène se sent chez elle. Une toile, une sculpture peuvent l’aider à vivre plus sûrement que tous les gadgets qu’offre la technologie moderne. « J’ai une fascination pour les abstractions de Michaux et les toiles surréalistes de Max Ernst, avoue-t-elle. Je retrouve l’enfance, la magie du secret et de l’indéfini à travers leurs œuvres. J’aime aussi passionnément la peinture d’Egon Schiele. J’aurais pu être son modèle. Lorsque je me regarde dans un miroir, j’ai l’impression d’être une de ses rousses écorchées. »

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      De la peinture à la chanson, il n’y a parfois qu’un pas : Je te rends ton amour est un hommage appuyé au peintre préféré de Mylène, et particulièrement au tableau Femme nue debout. Cet artiste autrichien, dont le trait est fragile et violent à la fois, aime en effet représenter des rousses à la peau laiteuse et à la maigreur inquiétante, dont il a saisi certaines attitudes en visitant un asile psychiatrique.

 De surcroît, ses dessins érotiques lui ont valu un bref séjour en prison. Fasciné par les rouquines, intrigué par la folie, scandaleux… On comprend que Mylène ait choisi Egon Schiele pour « seul maître ». Même sa mort tragique, à seulement vingt-huit ans, des suites de la grippe espagnole, a de quoi interpeller la chanteuse.

 Bien que la peinture attire Mylène, l’exercice lui semble périlleux. « Je ne maîtrise pas du tout ni l’aquarelle, ni l’huile », confie-t-elle, modeste. Pourtant, lorsque Philippe Séguy écrit Ainsi soit-elle, elle lui confie plusieurs œuvres, qui seront reproduites dans le livre. « Un monde de ténèbres glissant sur la nuit » montre un personnage squelettique sur un fond strié de rouge guetté par deux rapaces, image de la mort qui rôde. « Une femme qui se fond dans l’infini », dessin réalisé au fusain, prouve la constance de la chanteuse, puisque ce personnage qui s’efface trouvera un prolongement parfait dans l’émouvant final du clip Fuck Them All. Si la peinture, parce qu’elle exige une initiation technique qu’elle n’a pas reçue, lui donne quelques complexes, le dessin, en revanche, constitue pour elle un geste familier, quasi naturel. Où qu’elle soit, Mylène éprouve le besoin de griffonner, de croquer des visages, de faire vivre de petits êtres qui naissent en quelques minutes sous ses doigts. 

      En 1985, lorsqu’elle dessine le story-board du clip de Plus grandir, le trait est déjà très sûr, et l’on reconnaît les prémices du style épuré des personnages qui figureront, plus tard, dans le clip de C’est une belle journée, l’ouvrage Lisa-Loup et le conteur et même sur la couverture d’un roman de Marc Lévy, Où es-tu ? Une passion qui se révèle utile pour sa carrière, lorsqu’il faut concevoir le décor d’un spectacle, par exemple, ou esquisser un élément de la scénographie, comme le sarcophage de verre dans lequel elle fait son entrée sur scène à Bercy, en 2006. Ce talent pour les arts graphiques, une partie de son public le lui reconnaît déjà. Il l’a prouvé en 2003, lors d’une exposition à l’espace Artcurial au profit de l’institut Gustave-Roussy, qui lutte contre le cancer du sein. Parmi les cent femmes célèbres ayant réalisé un tableau pour l’occasion, c’est la Toile de Mylène, composée d’un collage de deux reproductions d’œuvres de Théodore Chassériau, qui, le 29 octobre, a obtenu la meilleure enchère, six mille cinq cents euros.

  

      En cela aussi, Mylène se révèle une chanteuse à part : elle est une artiste aux dons multiples, tout comme son coéquipier, Laurent Boutonnat. Être un artiste, c’est un sacerdoce, un engagement total, une impossibilité de renoncer à l’expression de soi. Les autres domaines de la vie deviennent secondaires par rapport à ce choix premier. Marcus Niespel le dit à sa façon : « Tous les grands artistes sont différents, ils ont chacun leur genre, mais ils ont tous un point commun, ils s’engagent à fond à 100 % avec le cœur. » Mylène est de cette étoffe-là. Ceux qui prétendent qu’elle serait une truqueuse jouant avec d’autres émotions que les siennes se fourvoient : « Quand j’écris mes textes, je livre beaucoup plus de moi que vous croyez. Il suffit de savoir écouter », dit-elle. En même temps, elle partage avec les artistes dits contemporains le contrôle absolu de tout ce qui engage son nom. « Mon implication morale, intellectuelle et sentimentale est la même, de l’écriture d’une chanson à la fabrication d’un clip, d’un tee- shirt ou d’un spectacle. »

1988-06-b      Ce qui situe encore Mylène dans une communauté que partagent tous les artistes dignes de ce nom, c’est le contact privilégié qu’elle a gardé avec l’enfance. Ce refus de grandir, revendiqué dès ses débuts, est la condition qui permet aux créateurs de perpétuer dans la discipline qu’ils ont choisie les scénarios ludiques de leurs jeunes années. « L’enfance, je crois que je ne voudrai jamais la quitter. Et je crois qu’elle ne me quittera jamais non plus. 

Voilà pourquoi, même si tout me semble sans espoir, je continuerai d’être en quête de quelque chose. De l’innocence retrouvée, peut-être? »       Mylène le sait : ce n’est pas parmi les adultes qu’elle trouvera des partenaires de jeu, mais parmi ceux qui se sont donné les moyens de faire vivre l’enfance en eux en devenant artistes. Voilà pourquoi leur amitié lui est si précieuse. Même si elle est rare. 

 

Extrait du livre : MYLÈNE par Hugues ROYER aux Editions Flammarion 2008

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Dieu ou l’angoisse du vide pour Mylène Farmer

Posté par francesca7 le 25 septembre 2015

 

 

mylene-farmer_clipUne croix chrétienne composée de deux allumettes entrecroisées. Mylène la porte autour du cou sur la pochette de l’album Avant que l’ombre… Elle semble protéger son sommeil, à moins qu’elle ne veille une morte. C’est toute l’ambiguïté de cette image : le velours capitonné fait songer à l’intérieur d’un cercueil. Le symbole est fort. Il marque en même temps la puissance et la fragilité de l’empreinte religieuse. Élevée chez les sœurs au collège Sainte-Marcelline de Pierrefonds, Mylène a reçu une éducation catholique. Elle a suivi avec assiduité les cours de catéchisme. Pour autant, si Dieu est une référence dans son imaginaire, elle ne lui voue aucune révérence. « Je ne crois pas en Dieu, mais j’aime ce mot », confesse-t-elle, citant aussitôt un mot de Cioran : « Le vide s’appelle Dieu. » 

Tout juste consent-elle à jeter un de ces pavés qui frôlent le blasphème. « Mon fantasme, c’est le prêtre. Je n’avais de cesse de séduire le prêtre qui enseignait le catéchisme. Ça n’est jamais arrivé. Mais avec lui, ça pouvait aller jusqu’au fantasme sexuel. » De ce souvenir pour le moins subversif, elle fera une chanson, Agnus Dei, qui inaugure superbement l’album L’Autre. « Te voir en chair / J’en perds la tête », lance-t-elle au prêtre, dont la voix grave récite la prière rituelle de l’Agnus Dei destinée à laver les fautes des hommes. Peine perdue ! Ce fantasme lui vaudra d’être excommuniée… 

En réponse à un journaliste, qui se montre intrigué par le sens des paroles, où il est question de « génuflexion » et d’« extrême-onction », autant de termes qui dénotent les traces indélébiles d’une éducation religieuse, la chanteuse lâche cette formule lapidaire : « Dieu, je ne connais pas. Peut-être que c’est ça ma mutilation. » Mylène « l’impie » a pris ses distances avec le Grand Ordonnateur : « Je suis loin de vous… », murmure-t-elle à la toute fin de la chanson. 

Comme si la cassure n’avait pas été assez franche, la chanteuse tord le cou à la religion de son enfance dans Je te rends ton amour. Filant la métaphore picturale, le titre ressemble fort à une rupture définitive et sans appel de son interprète avec Dieu. Les images du clip de François Hanss, devenues mythiques grâce à l’extraordinaire foisonnement de symboles qu’elles charrient, confirment ce scénario d’un divorce en règle. Une aveugle entre dans une église, trouvant refuge dans un confessionnal. Après avoir lu en braille un extrait de la Bible, elle retire l’alliance qui scellait son union avec Dieu. Sans doute parce qu’elle n’y voit pas, elle ne se rend pas compte que l’être qui s’installe de l’autre côté de la paroi de bois n’est pas un prêtre bienveillant, mais le Malin lui-même, reconnaissable à ses yeux rouges et aux griffes qui prolongent ses doigts. 

L’attirant à elle, il l’hypnotise et finit par briser toute résistance. Ensuite, c’est le chaos. Tandis qu’un ange de pierre tombe et se fracasse sur le sol, l’innocente jeune femme va subir les derniers outrages : violée et crucifiée par le Malin, elle s’offre à lui lors de noces barbares. Avant de se relever, nue comme au premier jour, dans une marre de sang qui symbolise la perte de sa virginité. S’agit-il d’un rituel satanique ?

 

Certains n’ont pas hésité à l’affirmer en découvrant ce clip très dérangeant, qui n’est pas sans rappeler le climat de Rosemary’s baby , de Roman Polanski. En piétinant ainsi les fondements mêmes de notre culture judéo-chrétienne, Mylène s’est d’ailleurs attiré les foudres de la censure. Toutefois, il serait absurde de voir dans cette petite bombe de subversion le signe de quelque pacte diabolique contracté. Non, la star n’est pas tombée, comme son héroïne, entre les mains des forces du mal. En réalité, le clip de Je te rends ton amour doit beaucoup à la thèse de Georges Bataille, l’un des auteurs favoris de Mylène, qui décrit paradoxalement le sentiment religieux comme la racine même du Mal. En voulant nous baigner de pureté, le dogme catholique nous fait entrevoir l’attrait des ténèbres : car la lumière ne va pas sans l’ombre. Ériger le Bien en valeur absolue, quand l’homme est incapable d’atteindre un tel horizon, n’est-ce pas dans le même temps engendrer le Mal ?

 

Ce partage de l’être en deux faces opposées, la chanteuse l’avait déjà abordé avec force dans le titre Sans logique, dès 1988. « Si Dieu nous fait à son image / Si c’était sa volonté / Il aurait dû prendre ombrage / Du malin mal habité », lance-t-elle comme pour se dédouaner d’être une simple pécheresse. 

Pourtant, si Dieu est banni de l’univers farmerien, comme Adam et Ève du paradis terrestre, cela ne signifie pas pour autant que toute spiritualité se soit évaporée. Ainsi, la figure de l’ange conserve-t-elle une place de choix dans le répertoire de la star. « Quand je suis seule au plus profond d’un spleen, je sais qu’il est là. C’est peut-être mon double, meilleur. En tout cas, c’est une présence amie. » 

De fait, le mot est un de ceux qui reviennent le plus souvent dans ses chansons. « Les anges sont las de nous veiller », fredonne-t-elle dans Rêver. Sur l’album Avant que l’ombre…, Mylène consacre un titre, Ange, parle-moi, à cet autre auquel elle lance un appel au secours. Car cette voix qui la guide, cette présence qui l’aide à affronter la solitude existentielle, il lui arrive aussi parfois de se taire. « Parle-moi, parle-moi / Dis-moi si tu es là ? », clame alors la chanteuse pour briser un silence soudain angoissant. 

Tout le malheur de l’humanité, écrit en substance Pascal, provient de ce que l’homme serait incapable de rester seul avec lui-même dans une chambre. Mylène a beau s’isoler, elle se sent mieux lorsqu’elle peut entendre cette voix amicale. Elle abordait déjà cette question dans la chanson L’Autre : « C’est la solitude de l’espace / Qui résonne en nous / On est si seul, parfois / Je veux croire alors qu’un ange passe / Qu’il nous dit tout bas / Je suis ici pour toi / Et toi c’est moi. » On le voit, il s’agit d’une forme de dédoublement de la personne : l’ange, c’est l’écho de la conscience, un guide qui encourage, alerte ou dissuade. Tant qu’il entretient ce dialogue avec l’être, la solitude demeure supportable. 

tv-01-aLorsqu’elle chante Il n’y a pas d’ailleurs, un cri déchirant qui semble nier toute perspective d’un au-delà, Mylène ne sait pas encore que la lecture du Livre tibétain de la vie et de la mort, dans les années 1990, va modifier la donne. « Je crois avoir découvert l’idée d’une vie après la mort, dit-elle alors. Et cette acceptation est un changement assez bouleversant dans ma vie. » À cet instant-là, la sincérité du propos est indiscutable. Pourtant, sans doute en raison de l’« impermanence » dont parle Sogyal Rinpoché, cette consolation ne sera que provisoire. En 1999, Mylène n’hésite pas à faire machine arrière. « Au jour d’aujourd’hui, je ne suis plus habitée par cette philosophie. Les pansements se sont envolés »

 

Malgré tout, et même si, en raison de ce revirement, la chanteuse reprend Il n’y a pas d’ailleurs sur scène, son imaginaire continue d’être traversé par les questions spirituelles. De ce point de vue, la chanson Méfie-toi constitue à elle seule une véritable déclaration de foi dans la puissance de la pensée. « L’esprit fort est le roi / Il règne ainsi sur la matière. », chante Mylène, qui  l’autoproclame « vierge iconoclaste ». Au fond, les pensées sont comme les rayons d’un soleil intérieur qui est notre esprit. Une fois émises, elles ont une réalité, un pouvoir, une efficacité, exactement comme les choses matérielles. 

Pour s’être intéressée de près à l’astrologie, notamment au contact de Bertrand Le Page, Mylène n’ignore rien non plus de la révolution que constitue l’entrée imminente de notre planète dans l’ère du Verseau. Durant l’Ère des Poissons, les hommes ont beaucoup exploré le domaine de la navigation, qui témoigne de l’influence de l’Eau. Désormais, c’est l’Air qui va être à l’honneur. Certes, l’homme d’aujourd’hui vit déjà par l’Air : l’avion, les fusées et les télécommunications en témoignent. Mais Internet n’est qu’un brouillon de ce que seront demain les grands réseaux d’informations internationaux. En fait, ce que l’ère du Verseau nous réserve, c’est une communication puissance dix. 

Mylène l’a parfaitement compris : c’est l’artiste française dont les supports sont le plus téléchargés. En outre, plus de soixante-dix sites non officiels lui sont consacrés sur la Toile. Après avoir brûlé Dieu de façon spectaculaire, tout comme l’avait fait Frances Farmer dans sa dissertation, Mylène s’est donc inventé une nouvelle religion toute personnelle. L’ange gardien y occupe une place de choix, mais cette croyance singulière intègre également des puissances invisibles. « Quelle solitude / D’ignorer / Ce que les yeux ne peuvent pas voir » chante-t-elle dans Dessine-moi un mouton. 

Avec son regard d’enfant qui dissèque le monde, Mylène sait combien les mots ont de poids. Elle sait aussi combien une chanson peut s’avérer la plus efficace des prières. La vie lui a montré que, pour qu’un vœu se réalise, il fallait demander beaucoup, quitte à supplier parfois. Le ciel l’a exaucée en lui offrant un destin XXL. 

Extrait du livre : MYLÈNE par Hugues ROYER aux Editions Flammarion 2008


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Mylène Farmer sur SKYROCK avec Jacky

Posté par francesca7 le 11 juillet 2015

 

7 MAI 1988 – Entretien avec JACKY

L’émission débute par un extrait de « Ainsi Soit Je… »

Jacky : Salut à tous, c’est Mylène Farmer et Jacky avec vous jusqu’à 20h !

Mylène Farmer : Bonjour ! (rires)

mylène5J : Bonjour, Mylène Farmer ! « Ainsi Soit Je… » : qu’est­ce que ça veut dire, ça ?

MF : Qu’est­ce que ça peut te faire ?! (rires)

J : Ben, c’est pour toi que je dis ça ! Enfin, c’est pour les ‘skyrockeurs’, d’ailleurs…

MF : « Ainsi Soit Je… », c’est le titre à la fois de l’album et du dernier 45­Trs.

J : Bon. Et pourquoi c’est pas « Ainsi soit­il » ?!

MF : Parce que j’ai préféré parler de moi !

J : …plutôt que du petit Jésus !

MF : Ensuite, il y a ‘Ainsi soit tu’ et ‘Ainsi soit il’ !

J : Et ‘Ainsi soit nous’, non ?!

MF : Non ! (rires)

J : Alors, c’est tes goûts jusqu’à 20h : tout ce que tu aimes en musique, et en tout d’ailleurs !

MF : Oui…

J : Tu es d’accord ?

MF : Oui, c’est formidable !

J : Alors là, tu as choisi INXS…

MF : Oui.

J : Parce qu’ils sont australiens ou pour autre chose ?

MF : Tout spécialement pour la chanson et pour le personnage ­ enfin, en tout cas pour le chanteur. Je le trouve très sensuel et j’aime beaucoup la production de leur dernière chanson.

J : Qui s’appelle « Need You Tonight ».

MF : Yes !

J : Tu es d’accord ?

MF : Je suis d’accord !

J : Bon, ben écoute ! Je te vois bien en train de te mettre dans une poche de kangourou, non ? (rires de Mylène) Avec fermeture Eclair !

MF : Je n’ai pas de kangourou. Pas encore !

J : Oui, enfin on en parlera de tes singes, tout çà ! Allez, INXS !

Diffusion de « Need You Tonight », suivi de « L’Horloge »

J : (…) « L’Horloge », c’est donc un poème de Charles Baudelaire…

MF : Absolument, qui est tiré de « Spleen et Idéal », et c’est un poème que j’aime beaucoup, bien sûr.

J : Je m’en doute, si tu l’as mis en musique !

MF : Absolument.

J : Tu aimes Baudelaire depuis longtemps ou tu as eu une révélation soudaine ?

MF : Non, c’est une révélation qui est continue depuis quelques années !

J : Depuis que tu es en classe de sixième ?

MF : Ca, je ne sais pas. Je crois l’avoir étudié, effectivement, en classe…

J : Oui ? Certainement, comme tout le monde.

MF : …mais je ne m’en souviens pas bien. Non, c’est une redécouverte, en fait : j’ai relu « Spleen et Idéal »…

J : Et tu as eu envie de… ?

MF : …et j’ai eu envie de la mettre sur cette musique qui avait été composée avant.

J : Beaucoup avant ou… ?

MF : Non, qui a été terminée un mois avant.

J : Il y a d’autres poètes que tu aimes bien à part Baudelaire ?

MF : Oui, il y a Rilke. Qu’est­ce que j’aime bien ? Rimbaud. Je vais en oublier plein…

J : Tu vas en oublier plein, mais c’est Baudelaire, quoi. Tu as eu envie de…

MF : C’est le plus violent, probablement, dans son écriture.

J : Certainement. Tu es violente ?

MF : J’ai une part de moi­même, oui, qui doit être très violente…

J : Tu le caches bien, parce que tu es relativement douce comme fille, enfin apparemment !

MF : Apparemment, Jacky ! (rires)

J : Apparemment seulement ?

MF : Méfiez­vous du loup qui dort, comme on dit !

J : Méfiez­vous de Mylène Farmer qui dort ! Qui dort pas trop, hein ? Bon ! On va écouter Spandau Ballet…

MF : (dubitative) Oui…

1988-02-dJ : D’accord ?

MF : D’accord !

J : De toute façon, c’est ton émission donc tu peux être que d’accord ! (rires de Mylène)

Après la diffusion du titre de Spandau Ballet, Jacky décrit la pochette de l’album « Ainsi Soit Je… » en s’attardant sur la poupée qui y figure.

MF : C’est une autre Mylène Farmer.

J : Tu préfères laquelle ?

MF : C’est sa marionnette…

J : La marionnette ou la vraie ?

MF : Celle de gauche est encore plus étrange que celle de droite !

J : Ben oui !

MF : …pour ceux qui ont la pochette ! (rires)

J : Mais, comme toutes marionnette qui se respecte, elle a des petites ficelles ? On peut la diriger ?

MF : Non. Celle­ci, il faut lui introduire la main dans le corps, dans le dos, et remonter jusqu’à la tête pour pouvoir actionner la bouche.

J : Elle peut parler ?

MF : C’est une marionnette de ventriloque, pas de…

J : Tu es ventriloque, Mylène ?

MF : Oh, je le suis à mes heures, oui !

J : Oui ? Et tu la fais parler, la marionnette Mylène Farmer, ou non?

MF : Ca m’est arrivé devant mes petits singes, justement.

J : Et ils comprennent le langage ?

MF : Ils comprennent tout !

J : Mais tu devrais le faire à la télé une fois, non ?

MF : On l’a fait, oui ! La marionnette…

J : Tu l’as fait ? A quelle émission ?

MF : Je ne sais plus. (cette mise en scène a été faite à deux reprises : « Lahaye d’Honneur » le 15.01.1988 et « Les Uns et les Autres » le 06.02.1988, toutes deux sur TF1, nda)

J : Et tu la fais parler ?

MF : On l’a pas fait parler parce que c’était difficile d’actionner la bouche, parce que le marionnettiste n’était pas là. Mais elle était présente sur le plateau : la chanson démarrait sur la marionnette et terminait sur la marionnette.

J : C’était quelle chanson ?

MF : Il s’agissait de « Sans Contrefaçon » ! (rires)

J : …que nous écouterons au cours de l’émission.

MF : Absolument ! (rires)

J : Tu en as d’autres de marionnettes, à part la tienne ?

MF : Non. Non. Non, non.

J : Tu en voudrais d’autres, non ?

MF : J’ai vu un magasin qui avait effectivement des très anciennes marionnettes à fil, et qui sont somptueuses.

J : Oui, c’est très beau ça, les marionnettes…

MF : Oui. C’est une collection que je ferais bien, ça, oui.

J : Tu pourrais peut­être la démarrer, non ?

MF : Je ne sais pas ! (rires)

J : On verra, quoi ! Quelques publicités sur Skyrock…

MF : Bien. C’est indispensable je crois ?!

J : Malheureusement ! A tout de suite !

Pause publicitaire puis diffusion de « Ca va, ça vient », le premier tube de Liane Foly.

J : C’était Liane Foly : « Ca va, ça vient ».

MF : C’est bien.

J : Bon, c’est bien, ça, hein ? Ca va, ça vient, on se demande ce qui se passe ! Tu es en train de faire un clip, là, en ce moment ? Tu l’as terminé ? Comment ça se passe ?

MF : Oui, on a tourné il y a une semaine. Tout a été fait en studio.

J : Sur « Ainsi Soit Je… » ?

MF : C’est sur « Ainsi Soit Je… » et c’est un clip qui sera un petit peu plus court que les précédents.

J : Pourquoi ? Tu les trouvais trop longs, les précédents ?

MF : Pas du tout, non. C’est pour changer un petit peu, d’une part, et d’autre part il y a ces nouveaux compacts qui introduisent cinq minutes d’images, donc que nous allons projeter… (rires) (Le clip figurera effectivement sur un CD vidéo incluant également différentes versions de la chanson, nda)

J : Donc tu vis avec ton siècle !

MF : Voilà ! Donc, je pense que ça durera cinq minutes, je crois.

J : Et c’est le même réalisateur ?

MF : C’est toujours Laurent Boutonnat. Nous sommes revenus à la première équipe et aux mêmes studios que le clip de « Plus Grandir », qui étaient les studios de Stains, et nous avons le même chef opérateur.

J : Est­ce qu’il y a Zouc ?

MF : Zouc n’est pas présente, non ! Elle était sur « Sans Contrefaçon ».

J : Comment ça s’est passé avec Zouc ? C’est toi qui l’as demandée, ou c’est elle qui… ?

MF : C’est moi qui l’ai demandée. Je l’avais demandée, j’avais eu envie d’une première rencontre, c’était à l’occasion d’une émission qui s’appelait « Mon Zénith à Moi ».

J : Oui, sur Canal +.

MF : Voilà. Et j’ai eu le souhait donc d’inviter Zouc, qui a répondu oui. Et après est venue l’histoire de « Sans Contrefaçon », du clip et le personnage était évidemment Zouc.

J : C’était bien, en plus. Tu l’avais vue sur scène, Zouc ?

MF : Je l’ai vue deux, trois fois, il y a très longtemps et j’ai revu son nouveau spectacle qui est formidable, qui est d’une grande tristesse, mais…

J : Et vous êtes restées amies ? Enfin, vous vous revoyez fréquemment ?

mylène1MF : On se téléphone régulièrement. Mais elle, elle est en tournée actuellement, donc ça lui prend énormément de temps. Moi, parallèlement, j’avais l’enregistrement de mon album. Mais je l’ai eue récemment, elle va bien !

(rires)

J : Bon, t’es sûre, ou… ?

MF : Oui ! (rires)

J : Parce qu’elle écoute là, on sait jamais !

MF : Peut­être…

J : Là, tu as choisi Renaud…

MF : Oui.

J : « Putain de Camion », une chanson qui est dédiée à Coluche.

MF : Oui, j’avoue que j’ai pas encore découvert son album, ce que je vais faire bientôt, mais…

J : Tu es inconditionnelle de Renaud ?

MF : Je ne sais pas si on peut parler d’inconditionnelle, en tout cas c’est vraiment quelqu’un que j’aime bien.

J : Qui te touche ?

MF : Qui me touche énormément, oui, qui a une émotion qui me touche.

J : Voilà. Et Coluche, tu l’aimais bien ?

MF : J’aimais bien Coluche. J’aimais bien aussi monsieur Desproges.

J : Oui, c’est bizarre, hein ? Tous ces comiques qui s’en vont comme ça…

MF : Oui. C’était les meilleurs. Qui reste­t­il ?!

J : Bon, il reste Michel Leeb, mais enfin bon… !

MF : Sans commentaires ! (rires)

J : Il vaut mieux, non ? il vaut mieux écouter Renaud, non ?

MF : Oui !

Diffusion de « Putain de Camion » de Renaud, suivi de la reprise de Mylène de « Déshabillez­Moi »

J : Coucou, c’est Jacky et Mylène Farmer sur Skyrock ! (rires de Mylène) Ben, faut le rappeler de temps en temps, parce qu’ils vont l’oublier, Mylène ! Mylène Farmer dans « Déshabillez­Moi ». Depeche Mode, ça fait longtemps que t’aime ça, non ?

MF : Ca fait très longtemps ! (rires)

J : Dès le premier album, quoi, tout de suite, d’entrée de jeu…

MF : Non, non, faut pas mentir. J’ai un petit frère qui écoute énormément Depeche Mode et qui m’a fait découvrir ce groupe à force d’écoute.

J : Ha, d’accord. Donc, c’est ton frère…Ha bon, comme quoi !

MF : Et après, c’est vrai que j’ai découvert leur univers que j’aime beaucoup. Et ma foi, nous continuons.

J : Et « Déshabillez­Moi », comment c’est venu, ça ?

MF : « Déshabillez­Moi », c’est aussi un concours de circonstances.

J : En écoutant Juliette Gréco, ou quoi ?

MF : Non, du tout. C’est lors d’une émission qui s’appelait ‘Les Oscars de la Mode’ (diffusée sur TF1 le 21.10.1987, nda). On m’a demandé d’y participer, et comme clin d’œil, c’était « Déshabillez­Moi », c’était évident. Et c’est vrai que j’ai pris un plaisir énorme, je pense pour Laurent Boutonnat aussi, que de l’enregistrer en studio.

J : Ben oui, surtout que moi j’aime bien cette version !

MF : Oui, c’était intéressant de la réactualiser.

J : Absolument. Et Juliette Gréco, tu l’as vue ? Tu as eu des échos ?

MF : Non, j’avoue que je connais très peu Juliette Gréco. Je connais beaucoup plus Barbara.

J : Tu ne connais pas son avis sur la chanson, quoi…

MF : Ah, non plus ! Non, non ! (rires) Mais j’aimais bien « Je hais les dimanches » aussi, de Juliette Gréco.

J : Oui, c’est vrai. Mais tu te rends compte que c’est extrêmement bien écrit, quoi, « Déshabillez-Moi»…

MF : Ah oui. Admirablement bien, oui.

J : Et ça te va bien d’ailleurs !

MF : (rires) Entre « Libertine », « Déshabillez­Moi »… ! (rires)

J : Ben oui ! Et tu te déshabilles souvent, non ? Tous les soirs ?

MF : J’aime bien être nue, évoluer dans mon appartement nue.

J : Nue ? Mais totalement nue ?!

MF : Totalement nue !

J : Ben écoute… ! Et les fenêtres sont ouvertes, non ?!

MF : Non, elles sont fermées, les rideaux fermés.

J : Bon…

MF : Aucune chance ! (rires)

J : Aucune chance pour moi tu veux dire ?!

MF : Je ne sais pas, Jacky…

J : Et dans la rue, tu aimes bien évoluer nue ?

MF : (rires) Vous avez des questions qui sont absolument impossibles d’y attacher des réponses (sic)

J : Bon d’accord ! Steevie Wonder… (alors que le disque démarre)

MF : (l’air très peu convaincu) Oui…oui…

J : Bon, ben ok ! Steevie Wonder !

Diffusion d’un titre de Steevie Wonder.

J : Alors, demain c’est le deuxième tour, tu sais, des élections, tu sais, pour élire le président de la République. Est­ce que tu as voté déjà pour le premier tour ?

MF : Non.

J : Non ? Est­ce que tu vas voter pour le deuxième tour ?

MF : Non plus.

J : Ca ne t’intéresse pas du tout ?

MF : C’est pas le problème. Je n’ai jamais voté et j’avoue que je n’ai plus envie de voter.

J : Il y en a aucun qui t’inspire ?

M F : Non, c’est pas ça. Il y a des personnalités qui m’intéressent. Maintenant, par rapport à la direction de diriger un pays, j’avoue que je n’ai pas la compétence moi­même pour pouvoir juger, je crois.

J : Donc tu préfères t’abstenir…

MF : M’abstenir, oui.

J : Totalement ?

MF : (elle acquiesce d’un murmure)

J : Tu regardes un peu ce qui se passe quand même, les débats politiques… ?

MF : Moi, le débat politique, oui, j’aime beaucoup.

J : Parce que c’est un peu un show, quoi…

MF : Oui, oui. Non, non, il y a des choses qui sont très intéressantes, très drôles. Très déprimantes aussi, quelquefois.

J : Est­ce que tu as regardé le débat Jacques Chirac / François Mitterrand ?

MF : Non. Moi, j’étais en enregistrement de télévision, donc, et j’ai raté le débat. Mais j’ai demandé qu’on l’enregistre. Donc c’est quelque chose que je regarderai.

J : C’est très, très bien. (rires de Mylène) Donc là, tu as choisi « Allan »…

MF : Oui !

J : …qui est un extrait de ton nouvel album.

MF : Oui, et…

J : Tu peux me raconter l’histoire brièvement de cette chanson ?

MF : Il s’agit de Allan Edgar Poe (sic). Dans cette chanson, je parle de Ligéia qui est une de ses nouvelles, qui parle sans doute de ces femmes idéales. Que dire d’autre ? C’est un auteur que j’aime.

J : Oui, moi aussi d’ailleurs.

MF : Et j’aimerais beaucoup faire un clip sur cette chanson aussi.

J : Donc, peut­être tu vas sortir cette chanson en 45­Trs ?

MF : Peut­être !

J : Tu aimerais pas faire des clips sur toutes tes chansons de l’album ?

MF : Si. C’était un projet, mais un projet qui est très, très cher et il faut avoir surtout du temps, ce que nous n’avons pas actuellement. Mais c’est vrai que c’est quelque chose que j’aimerais faire.

J : Tu auras pas le temps de faire ça ?

MF : Non. Entre le studio, l’enregistrement, après la promotion les clips et tout ça, c’est vrai que ça mange énormément de temps. C’est le thème de « L’Horloge » : ‘Et j’ai pompé ta vie avec ma trompe immonde’.

J : Mais si tu as envie de le faire, ça serait bien d’y consacrer un peu de temps, non ? Enfin, je dis ça, comme ça !

MF : Oui, oui. Oui, nous y pensons.

J : Personne l’a fait déjà, je crois. Si ? En France, je sais pas…

MF : Je sais pas. Je sais que les cassettes ­ ce qu’on avait fait, la compilation des clips ­ ça, personne l’avait fait jusqu’à présent.

J : Parce que tu es une artiste qui attache beaucoup d’importance à l’image de tes chansons, non ?

MF : Oui, bien sûr, oui. Parce que j’aime l’image, j’aime le cinéma.

J : Pour toi le clip, c’est un support extrêmement important ? Ca fait partie de la chanson ?

MF : Je sais pas si c’est extrêmement important. En ce qui concerne le cas de « Libertine », c’est vrai que ça avait été on pourrait presque dire indispensable. Maintenant après, c’est plus un plaisir qu’un besoin. Je crois qu’on peut se passer de clip, il y a suffisamment d’émissions de télévision. Nous attendons toujours une chaîne musicale…

J : Tu crois que ça va venir, ça ?

MF : J’en sais rien.

J : T’en sais rien. Tu la souhaites, toi ?

MF : Oui. J’aimerais beaucoup, oui.

J : Est­ce qu’il y a des émissions de télévision que tu refuses de faire ? Sans les citer !

MF : Il arrive un moment où c’est vrai que mon souhait c’est de paraître le moins possible.

J : D’envoyer ton clip, quoi…

MF : C’est d’envoyer le clip parce que malheureusement, on ne nous donne pas toujours de bons éclairagistes, de bons caméramans, et qu’à la fin on en a un peu assez, c’est vrai, de voir son image un petit peu massacrée ­ là je dis son image vraiment physique ­ et qu’on en finit, oui, par couper un peu tout ça.

J : « Allan », alors ! (Mylène acquiesce) Allons­y…

1996-08-aDiffusion de « Allan »

J : Je vous rappelle que vous êtes sur Skyrock avec Mylène Farmer et Jacky !

MF : Est­ce que ça a une signification, Erasion ? (nom d’une chanson diffusée pendant la coupure, nda)

J : Ca doit en avoir une, mais je l’ignore totalement !

MF : Ha bon !

J : Faudrait peut­être demander à nos auditeurs, non ?

MF : Peut­être ! (rires)

J : Vous nous écrivez ! Alors : « The Farmer’s Conclusion », c’est quoi ça ? Je vois sur l’album… (rires)

MF : Alors ça, c’est une idée de Laurent !

J : C’est un instrumental ? Parce que j’ai écouté…

MF : Oui.

J : Laurent étant le compositeur de tes chansons…

MF : Oui, absolument…

J : Je précise pour les auditeurs !

MF : « The Farmer’s Conclusion », c’est la conclusion de la fermière ! (rires)

J : C’est donc un jeu de mot, je suppose, en ce qui concerne ton nom ?

MF : Oh oui, je pense ! Vous êtes perspicace ! (rires)

J : Je suis observateur aussi, oui !

MF : (elle reprend son sérieux) Et c’est une petite chanson, elle dure combien de temps ? Je sais pas, très peu de temps…

J : Très peu de temps, mais j’aime bien moi…

MF : Très peu de temps. Il y a le pied qui est un cochon, la basse, c’est le chien ­ enfin c’est toute une construction, comme ça, qui est assez drôle.

J : Oui, c’est assez bizarre mais c’est… Ca lui a pris du temps ?

MF : Non ! (rires) Je vous garantis que non ! (éclat de rire)

J : Ca a été fait comme ça, quoi…

MF : C’était comme ça, en studio.

J : Ouais…Live, pratiquement ?

MF : (elle acquiesce d’un murmure)

J : Alors tu as encore beaucoup de singes, Mylène, ou tu n’en as toujours qu’un seul ?

MF : Non, j’ai eu un bébé.

J : Oui…Un bébé singe ?

MF : Un bébé singe, un bébé capucin.

J : Avec qui ? Avec un singe ou un humain ?

MF : Je ne sais pas ! (rires) C’est un capucin, et il est un petit peu différent du premier. Il vient d’un autre pays, celui­là vient de Chine. Il est né en France, il est né en captivité mais il a un petit air chinois !

J : Captivité pour un singe, ça veut dire quoi exactement ?

MF : Ca veut dire qu’on ne les capture pas dans leurs pays, qu’ils ne sont pas traumatisés comme ils pourraient l’être s’ils étaient capturés dans leur propre pays. C’est comme on fait des élevages de chiens ou de chats, ou je ne sais quoi. Ils sont un petit plus domestiqués. Je déplore le fait que, c’est vrai, d’abord la vente est interdite, mais il y a des magasins qui en vendent…

J : Dommage…

MF : Non, pas dommage !

J : Non, vaut mieux hein…

MF : Parce que c’est très difficile de s’occuper d’un singe. Il faut vraiment…

J : Ca te prend beaucoup de temps ?

MF : Enormément de temps, oui.

J : Pourquoi ? Parce qu’il faut vraiment lui parler ?

MF : Parce que ça a une demande d’affection qui est aussi importante, je crois, que la nôtre. On dit ça de chaque animal, mais je crois que le singe a une demande qui est étonnante.

J : Et pourquoi tu as choisi le singe ?

MF : Justement pour ce besoin de donner aussi un peu d’affection ! (rires)

J : Non, mais tu aurais pu en choisir un autre animal…

M : C’est vrai. Non, mais ça a un répondant qui est incroyable, et puis un contact qui est… C’était les singes, voilà !

J : Tu as deux singes, donc, chez toi ?

MF : Donc j’en ai deux, maintenant : j’ai le bébé et la maman. Une fausse maman, mais…

J : Mais comment ils vivent ? Ils sont en liberté dans ton appartement ?

MF : Pas continuellement, ça c’est impossible.

J : C’est ça qui m’impressionne…

MF : Ils ont une très, très grande cage, et je les sors fréquemment et je m’amuse avec eux.

J : Ah, ils sont en cage quand même, donc…

MF : Oui, mais la cage c’est…

J : C’est obligatoire la cage pour un singe ? Non ?

MF : Si, c’est indispensable sinon ils vous ruinent votre appartement en deux minutes ! (rires)

J : Ha oui d’accord, ils mangent n’importe quoi !

MF : Ben, il y en a une qui est très calme. Le bébé est beaucoup plus dynamique, donc lui renverse tout…

J : C’est des enfants quoi, faut s’en occuper comme… Non ?

MF : Pratiquement, oui.

J : Tu y consacres beaucoup de temps ? Dès que tu peux ?

MF : Beaucoup de temps. C’est pour ça que je pars très, très peu en vacances. D’ailleurs, je n’aime pas beaucoup l’oisiveté, donc… Mais c’est vrai que c’est difficile. On ne peut pas laisser un singe à autrui, c’estimpossible.

J : Ben, c’est ça, oui…

MF : Impossible. C’est très dépressif en plus.

J : Donc, quand tu te déplaces, tu te déplaces avec tes singes, ou tu les laisses ?

MF : Je fais en sorte. Mais sinon, je reste.

J : Donc tu te consacres pratiquement ­ pas complètement, mais beaucoup, quoi !

MF : Oui. Quel dévouement ! (rires)

J : Ben oui, mais c’est bien, non ?

MF : Oui !

J : Johnny Hallyday ­ bon, c’est pas un singe, mais … (Mylène se prend d’un fou rire qu’elle tente d’étouffer) ­ on va écouter Johnny Hallyday, maintenant.

MF : C’est « Je te promets » ?

J : Ouais…

MF : Il le dit combien de fois ?

J : Il le dit souvent je crois, non ?

MF : Je crois !

J : Aussi souvent que « Je t’attends », je crois. Non, je sais pas…

MF : Je vous laisse juge ! (son fou rire la reprend)

J : Je sais pas si il est en cage, mais…Il est pas en cage lui, Johnny Hallyday, non ? On y va : « Je te promets »

Diffusion de « Je te promets » de Johnny Hallyday

J : Bon, il est 19h, vous êtes sur Skyrock et il n’y a pas de flash ! C’est pas grave, remarque, hein Mylène ?!

MF : Il n’y a pas de publicité, non plus ?

J : Il n’y a pas de publicité, il n’y a pas de flash ! On va écouter Aubert, c’est toi qui as choisi, « Tel est l’amour »…

MF : Oui, il est…

J : (il la coupe) On va en parler après ! Aubert & co…

Diffusion de « Tel est l’amour » de Jean­Louis Aubert

J : « Tel est l’amour », choisi par Mylène Farmer.

MF : Oui, j’ai vu leur clip.

J : Il est bien, hein ?

MF : Il est très, très, très beau.

J : Donc tu préfères le clip à la chanson, à la limite !

MF : Non, du tout. Non, non. J’aime beaucoup Jean­Louis Aubert.

J : Oui. Que tu as rencontré ?

MF : Une fois.

1995-06-bJ : Une fois ?

MF : Croisé. C’est quelqu’un que j’aime bien. Que dire d’autre ? Je trouve qu’il a un physique pour le cinéma.

Je ne sais pas si ça a déjà été fait, proposé…

J : Je ne pense pas, mais peut­être ça viendra !

MF : Oui. Et voilà, c’est un peu tout ce que j’ai à dire sur Jean­Louis Aubert !

J : Ben écoute, Mylène Farmer, c’est très, très bien. Passons maintenant à Alpha Blondy…

MF : Oui. Vous allez m’en dire deux mots ! (rires)

Diffusion d’un titre de Alpha Blondy, suivi de « Tristana »

J : « Tristana » de Mylène Farmer. Alors ça, c’est ‘souvenirs souvenirs’, Mylène ?

MF : On va penser plutôt aux souvenirs du tournage du clip…

J : Ce sont des souvenirs récents, quand même ?!

MF : Oui, relativement oui.

J : Oui, quand même !

MF : C’était fabuleux : la neige, tout ce que j’aime. C’était un tournage très difficile.

J : Mais le clip était bien quand même ?

MF : Je pense, oui !

J : Tu l’aimes toujours, la chanson ?

MF : Oui !

J : Est­ce que tu réécoutes tes anciens disques ? « Maman a Tort »… ?

MF : Non, un peu difficilement.

J : Pourquoi ?

MF : Parce que le deuxième album est tout récent, et…

J : C’est­à­dire qu’il est pas assez ancien pour toi pour que tu puisses l’écouter, c’est ça ?!

MF : Je sais pas. Je pense que je sais pas si un auteur relit tous ses livres. J’en suis pas sûre. Non, je reviens difficilement à ce que j’ai fait avant.

J : Ca fait combien de temps que tu chantes ? Combien d’années, maintenant ?

MF : Je crois que ça fait quatre ans.

J : Quatre ans ? (Mylène acquiesce) Donc ça a été très vite pour toi, le succès, non ? Tu penses ?

Enfin, je sais pas, peut­être pas, je me rends pas compte…

MF : Je crois que ça a été progressif. C’est ce qui est, enfin, ce que j’aime le plus dans cette évolution.

J : Tu es vigilante, lucide, par rapport à tout ça ?

MF : Je pense très lucide, et puis surtout envie de travailler.

J : Beaucoup ?

MF : Oui. J’ai besoin de travailler, moi, pour survivre. Vraiment, le travail.

J : Sinon tu t’ennuies ? Oui, tu n’aimes pas l’oisiveté, tu me l’as dit…

MF : Non, sinon je m’ennuie. Je pourrais être dépressive très facilement, aussi.

J : Tu as des tendances à la dépression ?

MF : Je pense, oui. J’en suis même sûre ! (sourire)

J : Et « Tristana », cette chanson, c’était dédié à quelqu’un ou c’était juste… ?

MF : Non, c’est une atmosphère, et puis c’est…

J : Qui correspondait à l’époque où tu l’as écrite ?

MF : Pas du tout. Oh non. Non, non, non, non ! Non, je crois que l’époque après ce phénomène un petit peu russe qu’on a vu dans les magasins avec les poupées russes est venue à brûle­pourpoint, et c’était pas du tout volontaire.

J : Est­ce que tu aimes prendre l’air du temps ?

MF : Je préférerais être intemporelle…

J : Oui…

MF : …donc hors mode.

J : Tu l’es déjà un peu, non ?

MF : Ca, je ne peux pas dire ! (sourire)

J : Oui, oui ! Il vaut mieux être hors mode que mode ?

MF : (elle acquiesce d’un murmure)

J : Pourquoi ? Parce que la mode, ça se démode ? Tu as peur de disparaître ?

MF : Forcement éphémère…

J : Là, tu as choisi Jacques Dutronc, « Il est cinq heures, Paris s’éveille ». C’est une chanson assez sensuelle…

MF : Magnifique.

J : Magnifique, oui…

MF : Il m’est arrivé d’errer la nuit, au petit matin ! (rires)

J : Oui ? Souvent ? Tu aimes bien la nuit ?

MF : J’aime la nuit. Je ne suis pas vraiment quelqu’un de la nuit…

J : Donc tu dors, la nuit ?

MF : Il m’arrive de dormir. Je me réveille très souvent, pour faire des confidences ! (rires)

J : Des cauchemars, non ?

MF : Je fais beaucoup de cauchemars, mais ça c’est vraiment par période. Je pense que c’est lié à des faits réels de sa vie. Je suis plus sujette aux cauchemars qu’aux rêves.

J : Ca ne te dérange pas ?

MF : Pas du tout, non.

J : Ca t’arrange, peut­être ?

MF : J’ai également une complaisance dans ce genre de… (rires)

J : Est­ce que ça t’est arrivé d’écrire une chanson d’après un cauchemar que tu avais fait ? Ca t’a inspirée ?

MF : Heu, non. Non, pas réellement. Mais c’est un bon sujet, je vais le garder ! (rires)

J : Tu peux le noter, d’ailleurs ! Et tu t’es retrouvée déjà dans Paris à l’aube, comme ça, vers cinq heures, sur les trottoirs, dans les boîtes… ?

MF : Oui, ça m’est arrivé ! Mais Paris est une des plus belles villes. J’ai peu voyagé, mais c’est vrai que c’est une des plus belles villes au petit matin.

J : Dans ta jeunesse, tu sortais beaucoup ?

MF : Non, très peu aussi.

J : Tu n’aimais pas ça, les boîtes de nuit…?

MF : Non. Non, non. Je n’aimais pas évoluer parmi tout le monde.

J : Trop superficiel pour toi, ou… ?

MF : Non, à cette époque là, je ne jugeais pas ça comme tel mais je ne m’y sentais pas bien. Je préférais rester chez moi. (silence) Ne me regardez pas comme ça, Jacky ! (rires)

J : Non, mais c’est bien ! Bon, Jacques Dutronc, allons­y !

Coupure musicale avec « Il est cinq heures, Paris s’éveille », suivi d’un titre de Bryan Ferry.

J : C’est Bryan Ferry : tu dois aimer ça, non ?

MF : Oui…

J : Ca correspond un peu à ce que tu aimes, non ?

MF : A quoi ?! A mon son ?!

J : Je sais pas ! A ton type de garçon ? Je sais pas, physiquement, moralement…

MF : Non, mais c’est quelqu’un qui a beaucoup de classe, qui a de belles chansons.

J : Oui, je trouve. Qui est propre sur lui, qui est bien habillé, qui dégage…Tu aimais bien « Roxy Music » ? (groupe monté en 1971 par Bryan Ferry, nda)

MF : Dois­je entendre que je suis propre sur moi ?! (rires)

A (2)J : Oui. C’est un compliment, non ?

MF : Oui !

J : Tu aimais bien Roxy Music ? Non ?

MF : Oui ! Oui, oui…

J : Est­ce que tu vas au concert ?

MF : Très peu. Le dernier concert c’était Gainsbourg.

J : Oui, là au Zénith, ou au Casino de Paris ?

MF : Oui, au Zénith (en mars 1988, nda). J’aurais peut­être préféré le Casino de Paris…

J : Oui, certainement…

MF : Ca, c’est vraiment avec trois points de suspension parce que je ne l’ai pas vu.

J : Tu as pas aimé le Zénith ?!

MF : Je ne me permettrais pas de dire ce genre de choses…

J : Sur Gainsbourg…

MF : …parce que j’aime beaucoup vraiment Gainsbourg. Maintenant, je pense que quelque chose de plus intimiste, oui, serait plus proche.

J : Tu as peur de la foule, non ?

MF : Je ne m’y sens pas très, très bien, c’est vrai. J’ai un peu peur des regards, surtout.

J : Qui se portent sur toi ?

MF : Oui. Mais ça depuis vraiment que je suis toute petite.

J : Ca n’a rien avoir avec le fait que tu sois un personnage public, alors ?

MF : Ca s’est amplifié, fatalement, puisqu’on vous regarde un peu plus facilement.

J : Oui, c’est ça…

MF : C’est pour ça que j’ai pas envie de provoquer non plus ce genre de choses qui pourraient m’être désagréables, donc c’est pour ça que je sors moins.

J : Quand tu étais ‘inconnue’, ça te gênait ?

MF : Enormément ! Quand j’étais dans un train, et que ce face à face avec…

J : Dans les compartiments, c’est horrible !

MF : C’était terrible. Je préférais me lever et…

J : Qu’est­ce que tu faisais ? Tu prenais un livre ?

MF : Non : coller mon nez contre la porte ! (rires)

J : Tu regardais les vaches ?

MF : …et regarder les vaches passer ! (rires)

J : Ou les singes ! (rires de Mylène) Lio : tu aimes bien alors, c’est ton choix, ça…

MF : J’aime beaucoup cette fille, absolument.

J : Moi aussi, remarque !

MF : C’est une fille pleine d’énergie que je trouve très, très belle.

J : Qui dégage une espèce de…

MF : Hmm hmm…

J : OK, « Les brunes comptent pas pour des prunes », c’est ça ?

MF : C’est un des titres que je préfère. C’est pas le plus récent, je crois…

J : Mais c’est pas grave, Mylène Farmer ! (rire gêné de Mylène) Allons­y : Lio !

Diffusion du titre de Lio, suivi de « Pourvu qu’elles soient Douces »

J : « Pourvu qu’elles soient Douces », qu’on vient d’écouter…

MF : De quoi s’agit­il ?!

J : Alors, oui ?!

MF : Je vous pose la question !

J : Bah justement, je te le demande Mylène ­ je vous le demande !

MF : (rires) Il s’agit des petites fesses.

J : Pourquoi ? Tu aimes bien les petites fesses ?

MF : Oui…

J : Des singes, ou pas forcément ?

MF : Non, là il faut avouer que les fesses de singes ne sont pas très jolies, pas très douces ! Mais…

J : Celles d’hommes ?

MF : Celles de bébés !

J : Tu as un enfant ?

MF : Non.

J : Tu aimerais en avoir un ?

MF : Je ne sais pas. Je ne peux pas me prononcer là­dessus, mais…

J : Peut­être ? S’il vient, tu…

MF : Ce n’est pas le propos du moment, en tout cas.

J : Ouais, pas le temps, quoi !

MF : Voilà, pas le temps ! (rires)

J : Pas l’envie, alors ?

MF : Pas l’envie, tout simplement, non.

J : Ce sont des fesses de bébés dont tu parles, là, dans cette chanson ?

MF : Non pas des fesses de bébés, mais je disais que j’aimais beaucoup les fesses de bébé !

J : Ce sont les fesses en général ?

MF : Les fesses en général…

J : C’est une partie du corps agréable à regarder ?

MF : C’est une des plus jolie parties du corps.

J : Ca dépend qui, non ? Je sais pas !

MF : Comme toujours. Mais en l’occurrence, je préfère les fesses aux…

J : Aux quoi ? Au nez, par exemple ?!

MF : Les fesses aux nez, par exemple ! (rires)

J : Les oreilles tu trouves ça moche, par exemple ? C’est pas très sensuel…

MF : (rires) Non, les pieds ! J’aime pas du tout les pieds !

J : Ah bon ?

MF : Non.

J : Les doigts de pieds, ou le pied en général ?

MF : Le pied en général.

J : Pourquoi ? Tu trouves que ça a une forme vulgaire ?

MF : Je ne sais pas. Non, je trouve ça inélégant. C’est bizarre !

J : Même les tiens ?

MF : Même les miens, oui !

J : Tu supportes pas tes pieds, quoi ? Tu ne les regardes jamais ?

MF : Non. J’aime pas du tout mes pieds.

J : Et les mains ? Plus déjà !

MF : Oui, beaucoup plus. Avoir de belles mains, oui, ça doit être révélateur certainement d’une sensibilité. On dit que les artistes, en tout cas les artistes peintres et écrivains, ont très souvent ­ enfin, les hommes ­ de très, très belles mains, très longues, très fines.

J : Tu as déjà remarqué ça ?

MF : Oui.

J : Oui ? Mais qu’est­ce que tu trouves bien sur les fesses ? Je comprends pas ! C’est la rondeur, c’est quoi ? C’est… ?

MF : Jacky ! Vous ne comprenez pas ?! (rires)

J : Expliquez moi, Mylène Farmer !

MF : Quelle est cette innocence ?! (rires)

J : C’est de l’innocence, bien entendu !

MF : (après un silence) Pas de réponse ?! (rires)

J : Bon ! Est­ce que tu connais les fesses de A­Ha, les scandinaves ?

MF : Non, nous n’avons pas été présentés !

J : C’est dommage parce que c’est des fesses nourries au lait entier…

MF : Oui…

J : …puisque ce sont des scandinaves, ils doivent manger du yaourt. Tu veux que je te les présente ?

MF : Oui, avec plaisir !

J : Bon, ben écoute on les écoute et après je verrais ce que je peux faire !

MF : D’accord ! (sourire)

Diffusion d’un titre de A­Ha

J : Je vous rappelle qu’on est toujours avec Mylène Farmer, quand même…

MF : Oui, toujours sur Skyrock, je crois.

J : Oui, avec son album, entre autres, ses goûts. Là, tu as choisi « Sans Logique »…

MF : Oui.

J : « Sans Logique », qu’est­ce que…

MF : (l’interrompant) Le refrain, c’est donc ‘De ce paradoxe je ne suis complice, souffrez qu’une autre en moi se glisse, car sans logique je suis satanique ou angélique’. Et je me trompe dans le texte moi­même ! (rires)

J : Oui, mais c’est presque ça, non ?

MF : Oui.

J : C’est toi qui l’as écrit, de toute façon !

MF : Absolument.

J : Tu écris toutes tes chansons ?

MF : Dans cet album, j’ai…

J : En dehors de « Déshabillez­Moi »…

MF : Et en dehors de Baudelaire : oui.

J : Tu fais confiance à personne d’autre pour les textes, à part Baudelaire ? (rires)

MF : Bien sûr que non ! Non, non, on l’a fait vraiment entre nous, petit à petit. Et j’ai travaillé donc pendant trois mois.

J : Comment tu écris tes textes ? L’inspiration te vient comment ? En restant chez toi alors, puisque tu dis voyager peu.

MF : Oui.

J : C’est dans la tête, quoi, tout le temps, les rencontres avec les gens…

MF : Ce sont des rencontres, ce sont des lectures, Edgar Poe et puis des sentiments, des choses…

J : Est­ce que tu connais beaucoup de gens ? Est­ce que tu as beaucoup d’amis, par exemple ?

MF : Non.

J : Non ? Ca ne te dérange pas ?

MF : Non, pas du tout.

J : Tu restes souvent seule chez toi, à bouquiner ou…?

MF : Ca m’arrive. Il m’arrive de peindre, aussi.

J : Ha, tu peins ?

MF : Un petit peu.

J : Tu pourras me montrer ?!

MF : Hmm, je ne sais pas. Non, je pense pas ! (rires)

J : Tu as déjà montré tes oeuvres ?

MF : Non, non.

J : Ha si, il y a bien des intimes qui doivent les connaître, non ?

MF : Laurent Boutonnat doit en connaître une partie, Bertrand Lepage…

J : Oui ? Et ce sont les deux seuls ?

MF : Je crois, oui, oui.

J : Pourquoi ?

MF : J’ai beaucoup de pudeur quant aux dessins parce que, bon…

J : Tu es pas sûre de toi, c’est pas comme les disques, quoi ?

MF : Non, c’est pas la même chose. C’est que c’est vraiment, ça, quelque chose que en l’occurrence je ne maîtrise pas du tout.

J : Qu’est­ce que tu peins ? Des natures mortes ?

MF : Non, c’est…beaucoup d’imagination.

J : Oui ? Surréaliste, un peu ?

MF : Je ne pourrais pas les décrire, là ! (rires)

J : Ha bon, c’est comme ça, quoi ! (Mylène acquiesce) Et tu prends le temps de peindre, par contre ?

688585-jpg_473913MF : Ben parce que peindre, c’est très facile de prendre un pinceau, des couleurs ou du fusain et un papier. Il n’y a pas besoin de grande préparation avant.

J : Est­ce que tu penses à autre chose quand tu peins, ou est­ce que tu es complètement dans ton tableau ?

MF : Non, je pense à beaucoup de choses.

J : Oui, c’est pour ça que c’est…bon ! (rires)

MF : C’est vrai que c’est peut­être plus facile pour moi de peindre que d’écrire.

J : Est­ce que tu fais la cuisine, par exemple ?

MF : Pas du tout !

J : Tu détestes ça ?

MF : Jusqu’à présent, je n’aimais pas beaucoup manger. J’ai quand même découvert quelques plats agréables.

J : C’est important, tu sais ! Est­ce que tu fréquentes les restaurants ?

MF : Très peu.

J : Très peu…Tu es végétarienne ?

MF : Vous êtes de la police ?! (rires)

J : Oui, inspecteur : Inspecteur Jacky !

MF : J’ai découvert la nourriture japonaise.

J : Oui ? Il était temps, remarque. Mais c’est bien ! Tu aimes le poisson cru ?

MF : Les sushis ?

J : Oui…

MF : Oui, j’adore ça !

J : Les tempuras aussi, les beignets de légumes, tu connais ?

MF : Tempura ? Non, je ne connais pas. Non, je connais les sushis, moi : sushis crevettes cuites.

J : Oui, mais c’est très bon ! En plus c’est présenté d’une manière agréable. Ce sont des tableaux, moi je trouve ! (Mylène acquiesce d’un murmure) On n’a pas envie de les manger, à la limite, quand on les voit, non, bien présentés comme ça…

MF : Je ne sais pas ! (rires)

J : Tu les dévores quand même, toi ?

MF : Je les dévore très vite !

J : Bon, on va peut­être écouter un peu de musique là, non ? C’est « Sans logique » !

MF : Oui…

J : Voilà, Mylène Farmer !

Diffusion de « Sans Logique », suivi d’un titre de Peter Gabriel

J : C’était « Biko » de Peter Gabriel. Tu as une passion pour Peter Gabriel je crois : à chaque fois qu’on se voit, tu …

MF : Oui. C’est vrai que j’ai toujours envie de le choisir.

J : T’as raison, parce qu’il est bien !

MF : C’est quelqu’un qui m’émeut, qui a des yeux, enfin, un regard que j’ai rarement rencontré.

J : Exactement. Tu le connais ? Moi, je l’ai…

MF : Non, du tout.

J : Il est charmant, vraiment. Et « Biko », la chanson, tu aimes bien cette chanson, ou c’est comme ça, par… ?

MF : Là, c’est un petit peu comme ça…

J : Tu sais qui c’est Biko ?

MF : Biko ? Non.

J : Le Noir qui s’était fait assassiner en Afrique du Sud…

MF : D’accord. Oui, oui, parce que j’ai vu en plus le clip qui a été fait.

J : Lui aussi, il met beaucoup d’attention à ses clips, quand même, non ?

MF : Oui.

J : A chaque fois, c’est…

MF : Mais il y a un clip qui était fabuleux, c’était le duo avec Kate Bush (« Don’t Give Up », nda) qui était d’une simplicité et d’une sobriété…

J : Qui était très beau, oui…

MF : Magnifique.

J : Tu l’as vu sur scène, non ? Parce que c’est bien !

MF : Jamais, non.

J : Ah ben, tu devrais ! Là, tu… ?

MF : Là je n’ai pas pu y aller.

J : Parce que tu aimes bien Peter Gabriel, tu ne seras pas déçue, quoi. Même avec Genesis à l’époque, tu l’as pas vu ?

MF : Non, non. Non, je connais bien ses albums. C’est quelqu’un qui devrait faire aussi du cinéma.

J : Je pense, oui. Est­ce que tu comptes faire de la scène, toi, par contre ?

MF : Oui, c’est un souhait. C’est quelque chose que je ne ferai pas, je pense, avant un an.

J : Oui…

MF : Mais j’y pense de plus de plus.

J : T’as peur de la foule : ça doit être bizarre, non ?

MF : Non, parce que là il y a cette distance qui est provoquée par la scène, et puis ce n’est pas pareil que de faire un…

J : Enfin, j’ai l’impression que ça serait bien de faire ça !

MF : Oui, je crois. Je pense, en tout cas. J’en ai envie.

J : Oui, faut le faire ! Et les gens attendent ça de toi, maintenant. Enfin, j’ai l’impression, non ?

MF : Certainement, oui. Il y a des personnes qui souhaitent me voir sur scène. J’ai la même envie, donc tout va bien !

J : Tout va bien ! Tu as d’autres envies en ce moment ?

MF : Le cinéma. Et puis, j’aurais l’audace… C’est­à­dire que j’ai envie d’écrire un livre, mais je pense que je le ferai plus tard.

J : Un roman ?

MF : Peut­être des nouvelles. C’est ce qu’il y a de plus dur à mon avis à écrire. Peut­être un roman. J’avoue que je ne sais pas.

J : Et un jour tu voudras exposer tes peintures ?

MF : Ca, je pense que ne le ferai jamais ! (rires)

J : C’est trop moche ?

MF : Non, non, non, non ! (rires)

J : On sait jamais ! Parfois…

MF : Non, non, j’aurais cette lucidité que de le dire ! Mais c’est pas trop moche : c’est trop intime, voilà. (sourire)

J : Trop intime, oui. Où tu t’habilles ? Tu as toujours des beaux vêtements…

MF : J’ai rencontré récemment une femme qui m’a habillée dans le clip de « Sans Contrefaçon » et avec qui je continue de travailler, qui s’appelle Marie­Pierre Tataracci. Voilà.

J : Tu lui fais confiance absolument…

MF : Nous travaillons côte à côte. C’est­à­dire que si j’ai des modifications à faire et à apporter dans un costume, je me permets de le lui dire et de lui soumettre. C’est une femme, oui, qui a justement cette recherche de sobriété et qui a des matériaux qui sont magnifiques : elle travaille beaucoup le…comment ça s’appelle ? Le velours de soie. Elle travaille les satins, la soie.

J : Et les formes aussi : tes vêtements sont assez…

avatar392_72MF : Et puis elle a des formes qui sont très issues, je crois, du théâtre. Voilà ! (rires)

J : Mais c’est très, très bien, Mylène Farmer ! Bon, ben on va se quitter parce qu’il est l’heure…

MF : C’est indispensable ?

J : C’est indispensable. Mais il y a pas de pubs, on se quitte avec « Sans Contrefaçon ». Merci MylèneFarmer et à bientôt !

MF : Merci à vous ­ merci à toi !

J : Ha ben il était temps ! (rires de Mylène) Merci à vous et à bientôt !

MF : Au revoir !

Diffusion de « Sans Contrefaçon » pour clore l’émission.

Publié dans Mylène 1987 - 1988, Mylène et ses longs discours | Pas de Commentaires »

INTERVIEW INÉDITE de Mylène Farmer

Posté par francesca7 le 13 avril 2015

 

ÉTÉ 1987

Mylene FARMER 1987 Credit : Caprio /DALLELe contexte de cette interview est assez flou. Sortie des archives de Bertrand LePage (qui accompagne Mylène pendant cet entretien) dans la deuxième moitié des années 1990, elle était à l’évidence prévue pour la presse, puisque lorsque l’enregistrement démarre, on entend Mylène orienter le journaliste vers Polydor pour récupérer des photos, et le journaliste parle d’article.

Néanmoins, elle n’a jamais paru nulle part, et c’est donc l’enregistrement sonore brut dont nous disposons, avec tout ce qu’il faut de bruits d’ambiance, puisque l’entretien est réalisé dans un café. A ce jour, nous sommes malheureusement incapables de déterminer la publication à laquelle cette interview était destinée, ni l’identité de l’interlocuteur de Mylène.

Mylène Farmer, vous rentrez en force dans le Top 50 avec « Tristana », votre nouveau 45­trs. En fait, c’est une continuité après « Libertine », une continuité de succès. Qu’est­ce qui s’est passé ?

Pourquoi après trois ans, vous vous mettez à cartonner vraiment, d’après vous ? C’est un changement de style, un changement d’équipe, un changement de vision ?

MF : (rires) Il n’y a eu ni changement de style, ni changement d’équipe ! C’est un concours de circonstances, des chansons qui arrivent au bon moment. C’est la seule réponse que je peux formuler.

Comment êtes­vous arrivée dans la chanson ? Et comment vous avez pu faire votre premier 45­trs, « Maman a Tort » ?

MF : J’ai rencontré une personne qui s’appelle Laurent Boutonnat, et qui était compositeur et qui m’a proposé la première chanson, qui s’appelait « Maman a Tort ».

Est­ce qu’avec ce texte, qui peut porter un petit peu à contradiction, vous n’avez pas eu peur de choquer un petit peu les médias ou le public ?

MF : On n’a jamais peur de choquer les médias quand on prend le parti de chanter une chanson comme « Maman a Tort ». C’est avant tout un plaisir et puis après, c’est des réactions successives.

Toujours dans l’ordre chronologique, j’aimerais qu’on examine le deuxième 45­trs, « On est Tous des Imbéciles ». Parlez­nous de ce texte que j’aime beaucoup.

MF : Vous parler du texte… Hé bien, nous sommes tous des imbéciles, ce qui nous sauve c’est le style ! C’est toujours ce que j’ai pensé ! (rires)

C’est à partir du troisième que vous avez commencez à miser, je dirais, sur le vidéo­clip en fait, énormément puisqu’il était formidablement bien réalisé…

MF : A miser, c’est­à­dire que non. Sur « Maman a Tort », on avait fait un clip mais on avait à l’époque très, très peu de moyens. C’était déjà Laurent qui l’avait…je ne trouve plus le mot ! Enfin bref, tourné. (rires) Sur « On est Tous des Imbéciles », étant donné le déroulement de la chanson qui avait bien marché médiatiquement, mais pas du tout au niveau des ventes, c’était difficile d’envisager un clip. Et sur « Plus Grandir », c’était l’occasion, puisque là c’était une nouvelle maison de disques, donc d’autres horizons et effectivement, le premier clip réellement personnalisé.

Avec « Plus Grandir », vous avez abordez un petit peu le thème du désespoir. Bon, on retrouve le désespoir, je trouve, dans « Tristana ». C’est quelque chose qui vous correspond ?

MF : Je suis une femme désespérée, le saviez­vous ? (rires)

Désespérée de quoi ?

radio-02-bMF : Non, on ne peut pas parler comme ça. De même qu’il y a des thèmes qui m’attirent, comme la mort, c’est vrai que le désespoir est…Et puis c’est trop compliqué à expliquer déjà ici ! Je ne sais pas, c’est une angoisse permanente, oui, de la vie, de plein, plein de choses…

Vous avez peur de vieillir ? Vous êtes obsédée par le temps qui passe ?

MF : Pas réellement. Pas dit dans ces termes­là. C’est­à­dire tout le monde a peur de vieillir, mais c’est pas,moi, ce qui m’obsède, non. C’est peur de la mort plutôt, peur de beaucoup de choses… Oui, je pense être une personne angoissée, mais certains jours sont formidables ! (rires)

Entre les deux, il y a eu « Libertine ». Là, certaines critiques ont dit que c’était de la provocation. Vous jugez ça en ces termes ?

MF : Moi, je vais vous répondre par autre chose : c’est que la critique, je m’en moque éperdument. Que ce soit de la provocation, c’est la même chose que « Maman a Tort », qu’ « On est Tous des Imbéciles » : c’est un choix. C’est surtout des choses qui n’ont peut­être pas déjà été dites jusqu’alors, qui moi m’amusent.

Comment le thème de cette chanson est venu ?

MF : J’avoue que c’est venu un petit peu subitement. On était en studio, sur la musique qui était déjà enregistrée. Vous savez, on fait du yaourt pour essayer de mettre en place une voix, et j’ai dû dire « Je suis une catin » comme ça, et puis de ça est née cette chanson ! (elle pouffe)

Et puis, il y a eu à partir de là l’explosion avec le vidéo­clip. Je pense qu’on peut dire jusque­là ­bon je n’ai pas vu le dernier­ c’est le meilleur vidéo­clip. Je crois qu’il a fallu justement assez peu de moyens contrairement à ce qu’on pense, enfin tout est relatif, pour le réaliser.

MF : Oui, tout est relatif. C’est vrai qu’on nous a prêté beaucoup plus de moyens qu’il y en a eu parce que je pense qu’à l’image, le résultat pouvait ressembler à beaucoup, beaucoup de moyens certainement. Mais ça, c’est le talent certainement du réalisateur et d’une équipe aussi qui l’entourait. Et quant au suivant, c’est quelque chose de totalement différent qui est encore plus orienté sur le cinéma et que moi, j’avoue… Non, j’allais dire une bêtise, je l’aime autant que « Libertine », mais c’est… Il faut le voir, quoi ! C’est difficile aussi d’en parler…

Lorsqu’on dit que le succès de « Libertine » est venu grâce à ce vidéo­clip, vous êtes d’accord ?

MF : Je crois qu’on peut dire à 70%, c’est quelque chose, oui, qui a provoqué un intérêt certain. Bon, c’est vrai qu’il y a eu TV6 qui a énormément aidé cette promotion et qu’effectivement du jour où est né ce clip, il y a eu des ventes immédiates. Donc on peut dire que le clip a beaucoup aidé, en tout cas a beaucoup aidé ma personne.

Au niveau de « Tristana », vous avez fait de nombreuses télévisions avec une superbe chorégraphie.

Comment l’idée est venue ? Comment s’est faite la mise en place de cette équipe ?

MF : (soupir) Ca, c’est des choses toujours assez subites, en fait. On a toujours l’impression que les artistes, c’est vrai, travaillent. Ca, c’est évident… Sur « Tristana », quand la chanson est née, quand elle a été enregistrée, après moi, je me suis posé le problème de comment la promouvoir. J’ai tout de suite pensé à deux personnes derrière moi. Je préférais deux personnes féminines, mais qui n’avaient pas le prototype des danseuses qu’on voit en télévision. De même que la chorégraphie, que j’ai faite donc, je la voulais très visuelle, mais très proche de l’ambiance de la chanson. C’est­à­dire, pour moi, qui évoque un petit peu la Russie, une ambiance un peu slave, donc je voulais, comme ça, des espèces d’oiseaux noirs derrière moi, un peu rigides… Voilà comment ça s’est imaginé. Et puis après, ma foi, c’est un peu du travail quand même !

Apparemment, c’est vous qui décidez de la façon de mener votre carrière, puisque vous dites « J’ai décidé, j’ai voulu… ». Y a pas de producteur, une équipe qui fait pression autour de vous, derrière ?

MF : Je sais pas… Moi, c’est toujours quelque chose qui me fait un peu sourire. Des pressions… Je veux dire, ou on envisage une carrière et on est complètement, effectivement, manipulée et je trouve ça un peu dommage. Moi, je travaille de très, très près avec Laurent, je travaille avec lui ­Laurent Boutonnat. J’ai quelques personnes autour de moi, la personne que vous voyez et qui est Bertrand, qui est mon manager. Y a aussi une maison de disques, mais eux, si vous voulez, ce sont les porte­parole un peu d’un chanteur. ‘J’ai décidé’, c’est­à­dire que moi, sur les chorégraphies, effectivement à chacun son métier, c’est ça que je veux dire. Laurent, quand lui construit un scénario, moi j’ai un droit de regard, il est évident. Je dis ‘Ca, ce serait bien…’ parce qu’on est, je pense, des êtres relativement intelligents. Mais je ne me mêle pas ni de la mise en scène, parce que ce n’est pas mon métier, ni de la mise en image. Donc voilà, je crois que chacun sa place.

C’est un peu ce qu’on mélange en France, je trouve. C’est­à­dire qu’on s’imagine être des être exceptionnels dans tous les domaines. Et ça, c’est une erreur.

Parlons maintenant de votre look. Bon, au niveau des deux premiers 45­trs, il était assez sage, assez je dirais banal, sans que ça soit péjoratif. Et puis après, il y a eu un revirement total avec apparemment, vous avez les cheveux d’une différente couleur, vous avez un look totalement différent…

MF : Ca doit certainement être très explicable. Quand on dit ‘un métier qu’on apprend’, certainement… C’est­à­dire que sur « Libertine », quand on parle d’osmose, c’est aussi quelque chose qui s’est produit. C’est­à­dire effectivement, il y a eu le clip, tout de suite il y a eu, bon, une chanson qui a quand même marché assez facilement, même si c’est le clip qui a provoqué après les grosses cadences. Que moi effectivement, l’époque de cette chanson, puisqu’on l’avait située dans le libertinage, j’aime tellement les costumes, que ça a été tout de suite évident pour moi de mettre cet uniforme. Et après, ben voilà c’est « Maman a Tort », c’est « On est Tous des Imbéciles » et « Plus Grandir » qui ont fait que « Libertine » a existé de cette façon. Ca, c’est évident !

Est­ce que vous n’avez pas dans votre tête, quelque part, des projets, à plus ou moins long terme, cinématographiques ?

MF : Non, pas des projets ­si ce n’est celui que j’ai depuis assez petite, c’est de jouer un jour dans un film.

Mais là aussi, beaucoup de prétention : pas dans n’importe lequel. C’est pour ça que je n’ai pas commencé d’ailleurs cette carrière, même depuis la chanson, où j’ai eu quelques propositions. Vous imaginez le genre de propositions… ! (elle pouffe) Donc, oui, c’est quelque chose que je laisse dans le coin de mon esprit, que j’ai vraiment envie de réaliser. C’est vrai que si Laurent, un jour, réalise un long­métrage, ce qui pourrait être assez précis maintenant, ce serait la personne avec qui j’aimerais tourner. Y en a quelques­uns d’autres, mais très peu…

Parlez­moi de l’album que vous avez fait l’année dernière, de votre premier album, des chansons, des thèmes abordés ?

radio-02-cMF : Ben, moi, je vais vous faire un exposé très scolaire ! Il y a quoi ? je crois dix chansons, donc les 45­trs qui sont inclus dedans. Il y a une chanson qui s’appelle « Chloé », qui parle de la cruauté des enfants, qui est traitée d’une façon un peu comptine satanique. Une autre chanson qui s’appelle « Vieux Bouc », qui parle du diable et qui est un peu humoristique aussi. Il y a « Au bout de la Nuit », qui fait la face B de « Tristana », donc, le dernier 45­trs, qui là traite un peu du désespoir, un peu de… J’ai du mal à mettre des étiquettes, parce qu’une chanson ­ce dont on m’avait fait d’ailleurs le reproche­ ne parle pas de ax+b et de ‘je prends mon petit crème le matin’, donc c’est également difficile de l’expliquer. Si ce n’est qu’il y a, je l’espère, une ambiance générale, enfin un thème général en tout cas. Qu’est ce qu’il y a d’autre, je ne sais plus ! (rires) Il faudrait avoir le 33­trs sous les yeux , là, j’avoue…

Quels sont les traits essentiels de votre personnalité en tant que chanteuse ? J’ai l’impression par exemple, à première vue, qu’il y a un côté pudique assez maqué chez vous. Est­ce que c’est vrai ?

MF : Oui… Je suis quelqu’un, je pense, de pudique, ce qui doit vous sembler un paradoxe, quand on chante « Libertine » ou « Maman a tort », mais c’est un métier paradoxal, et moi je crois avoir une personnalité certainement paradoxale, mais comme beaucoup de personnes. C’est des choses qui n’ont rien à voir finalement entre elles. On peut avoir beaucoup de pudeur et à la fois être excentrique à certains moments.

J’ai l’impression que vous n’êtes pas le genre de chanteuse à pavoiser dans des cocktails mondains ou des choses comme ça…

MF : Je pense que vous avez vu juste ! (rire franc) Non, je n’aime pas ça, je n’ai jamais aimé ça et je crois que je n’aimerai jamais ça !

Parlez­nous maintenant de la scène : quand est­ce qu’il y aura une scène parisienne, comme l’Olympia ou quelque chose comme ça ? Comment vous voyez votre spectacle ?

MF : Je ne sais pas encore, ni en ce qui concerne la date, parce que c’est pas encore quelque chose qu’on a fixé. C’est quelque chose que je pense beaucoup. Quant à la mise en scène…(soupir) Je vais vous dire des choses un peu imprécises, si ce n’est que je voudrais un spectacle visuel, essayer peut­être de mêler un peu du théâtre, mais un regard très, très loin, ça fait toujours un peu peur (rire nerveux)… J’avoue que j’en sais rien, mais c’est quelque chose que j’aimerais beaucoup faire.

Depuis trois ans, qu’est­ce qui vous a marqué dans ce métier ? Est­ce qu’il y a des choses qui vous ont déplu, qui vous ont plu ?

MF : Tout m’a marqué, parce que, sans dire de bêtises, je crois que tous les jours on apprend ou on désapprend quelque chose. Mais en tout cas, il se passe quelque chose. Ha si ! une généralité : c’est que concernant vraiment le groupuscule ‘show­business’, c’est­à­dire que ce soient les producteurs d’émissions, les programmateurs, les gens de télé, les gens des médias sont des gens, qui ont essayé d’installer une, comment dire, une espèce de loi qu’ils ont créée et qu’ils ne respectent pas eux­mêmes, voilà. C’est­à­dire qu’ils ont créé un Top 50 qui veut dire des ventes de disques, qui voudrait dire donc des programmations obligatoires à la télévision, qui voudrait dire un certain respect malgré tout de l’artiste, et que quelque fois, eux, manquent un peu d’intégrité par rapport à ça. Mais c’est quelque chose qui ne m’étonne pas vraiment !

Mais voilà, moi, la chose qui m’a le plus pas bouleversée, mais qui m’a confortée, en fait, dans mon idée. C’est­à­dire, à mon avis, un manque de talent général et manque d’intégrité, tout simplement.

Vous évoquiez le Top 50, c’est quelque chose de regrettable pour vous ? Le fait…

MF : (elle l’interrompt) Non, bien sûr que non. Chacun a sa chance un jour. C’est­à­dire qu’autant sur « Plus Grandir », je n’ai pas goûté les délices du Top 50, sur « Libertine », ce sont des références maintenant qui sont établies pour les jeunes, c’est évident, ça, on ne peut pas faire abstraction. Donc quand on est dedans, on est ravi, parce que ça engendre plein de choses. Le Top 50, je m’en fous, moi, à la limite ! Mais parce que ça existe et qu’il faut exister avec. Voilà, point final !

Le problème, c’est que c’est peut­être plus dur, dans la mesure où une carrière marche ou ne marche pas suivant l’entrée d’une chanson au Top 50, ou pas.

MF : C’est le drame de ce métier, maintenant. C’est qu’effectivement les gens, enfin toujours ces gens des médias ­je ne sais pas pourquoi, quand je dis ça, j’ai toujours l’impression de voir les corbeaux d’Hitchcock, vous voyez ? ­ces gens­là ne pensent plus du tout, effectivement, ni ‘carrière’, ni ‘continuité’ à la limite. Mais ça, c’est encore une minorité finalement, parce qu’on se rend compte aussi, qu’il y a quand même des gens qui, derrière, vous suivent depuis un moment. Mais ces gens­là, on ne les rencontre pas forcément en temps et en heure. Voilà, c’est le drame de ce métier : c’est que maintenant, n’importe qui, n’importe quand peut faire un million de disques et demain ne plus exister, et que ça ne dérange a priori personne, puisque tous les jours, il y en a un qui sort, et tous les jours y en a un qui meurt.

Une fois, dans un journal, vous avez dit que vous aviez plus d’admiration pour un homme de science que pour un chanteur. C’est vrai ?

MF : Oui, je confirme. Ca n’a rien de méchant, une fois de plus, ni de venimeux. C’est quelque chose qui existe. J’ai plus de fascination, c’est vrai, pour quelqu’un dit intellectuel mais sans, moi, prétention de ma part, c’est­à­dire pour quelqu’un qui…je ne sais pas, j’ai plus la fascination d’un grand metteur en scène, d’un grand écrivain, d’un savant, ces métiers­là. Des gens qui, je ne sais pas, qui construisent réellement, qui ont l’essence de cette construction, que les chanteurs n’ont pas. La preuve, je veux dire tous les jours vous  rencontrez des chanteurs et tous les jours vous ne découvrez pas des, je sais pas, des gens bouleversants, des gens incroyables, parce que malgré tout…

Mais comme l’acteur : il y a une race d’acteurs qui est certainement prodigieuse, enfin on les remarque aussi à l’écran, voilà c’est ça que je veux dire ! Les chanteurs prodigieux, on les remarque aussi à l’écran. Voilà…Une fois de plus, là, je suis spectateur quand je dis ça.

C’est pas moi, m’insérer parmi un groupe ou un autre ? C’est toujours délicat. Mais c’est normal, c’est vrai que ça n’est pas… Personne ne m’a étonnée dans ce milieu.

Comment situez­vous votre public ? Est­ce que vous avez des rapports avec lui, des rapports à travers les lettres que vous recevez, peut­être ?

MF : Bien sûr, le courrier, que j’aime beaucoup. J’ai pas mal de courrier, je pense. Il y a des lettres qui sont passionnantes, qui sont bouleversantes, qui sont même très étonnantes quelques fois ! Là, je pourrais dire un peu la couleur des personnes qui m’entourent, c’est malheureusement des gens un petit peu désespérés, un peu névrosés. Il y en a d’autres aussi qui écrivent à tous les chanteurs et qui veulent le sempiternel autographe, ce qui est charmant d’ailleurs, mais­là, je ne peux pas donner la couleur. Sinon, je sais pas bien. Je sais pas bien encore. Je crois qu’on s’en rend compte réellement dans un spectacle, dans une salle : là, on voit bien qu’il y a une dominante de 14­15 ans ou de personnes plus âgées. J’en sais rien…

C’est quand même fascinant, je trouve, d’être un chanteur et d’avoir un impact sur un public, d’être l’idole d’un public…

MF : Oui…C’est­à­dire, voilà le genre de choses qui sont presque inexprimables mais qui sont un peu traumatisantes, mais aussi dans le bon sens, mais traumatisantes parce qu’inexplicables, parce qu’une personne pourra… Moi, il y a deux, trois personnes qui me suivent à chaque fois que j’ai un enregistrement télévisé, ils seront là, en début, en fin d’émission, ce qui veut dire qu’ils auront attendu dehors, sur le trottoir pendant près de trois heures, quatre heures parfois, qui sont prêts à venir à Cannes…Bon, ce sont des choses qui sont tellement incroyables. Et à ces personnes, on demande une espèce d’attention envers elles, qu’est­ce qu’elles font dans la vie et ces personnes se vexent, car elles disent, ‘Mais c’est pas parce que je suis là que je ne fais rien de ma vie !’. C’est bizarre…

Est ­ce que c’est pas dur, d’avoir comme ça une, j’allais dire une ‘cour’, une cour de fans ? Est­ce que c’’est pas gênant ? On n’est pas toujours enclin à répondre à ces gens…

MF : C’est toujours la peur d’être maladroit, d’être tout simplement absent. Et c’est difficile aussi d’être toujours présent. On sait que ces gens­là ont une demande momentanée, puisqu’ils ou vous rencontrent dans la rue ou vous rencontrent lors d’un spectacle et que vous, vous venez pour eux, mais pour eux dans une majorité, pas pour une personne. Moi j’ai toujours peur, oui, de froisser et c’est quelque chose d’un peu traumatisant aussi et c’est pour ça que…

Vous pensez déjà avoir froissé un admirateur ou quelqu’un qui vous demande… ?

MF : Je crois pas, car j’ai toujours fait très attention, étant moi­même un peu… (rire gêné) J’ai pas une sensibilité à fleur de peau, c’est quelque chose auquel je fais attention. Mais certainement j’en ai froissé, certainement. Mais je ne sais pas, là !

Revenons à ‘l’examen’ de votre carrière : pourquoi une rupture entre RCA et Polydor, entre je ne sais plus quel disque ?

MF : C’était sur « On est Tous des Imbéciles ». Parce que c’est… (soupir) J’ai pas du tout envie de faire le procès d’une maison de disques. Il se trouve qu’une maison de disques nous a fait un appel du pied, que c’était une maison qui allait naître, puisqu’elle avait un nouveau directeur, que RCA avait prouvé certaines choses, mais certainement dans le mauvais sens aussi : leur capacité ou au moins leur envie de m’aider. Et voilà, ce sont les choses de la vie et tant mieux que ça se soit passé comme ça, parce que il y avait un sang neuf chez Polydor certainement, il y avait un directeur jeune, qui a voulu lui aussi prouver des choses et ça, c’est important.

Revenons en guise de conclusion à votre personnalité. Je crois que vous êtes quelqu’un qui aime beaucoup les animaux, puisqu’apparemment, il y a beaucoup de photos de vous qui sont parues dans la presse en compagnie d’un petit singe, notamment . Parlez­nous en…

MF : De mon petit singe ?! C’est vrai que j’ai une passion pour les animaux, mais spécialement pour les singes. Vous dire pourquoi…Je vous mettrai un singe en face de vous, si ce n’est les singes qu’on voit au zoo, mais vraiment près de vous…La première chose, c’est qu’un singe a quatre mains et que c’est très important. Un chat, moi que j’adore, n’a pas non plus la faculté de porter les choses, d’écrire, de faire des gestes, qui certainement vous copie, que c’est un regard qui est tellement intelligent, mais qui est déconcertant aussi ! Je sais pas, ça a un caractère fascinant, le singe…

1987-16-aC’est un animal coléreux…

MF : C’est épouvantable ! C’est­à­dire, oui, c’est coléreux, c’est caractériel. Mais c’est génial, vraiment ! (rires)

Vous avez des ‘prises de bec’ avec votre singe régulièrement ?

MF : Oui, régulièrement, d’autant qu’il a des périodes de chaleurs ­comme tous les animaux­ et j’avoue que le singe, je crois, c’est l’animal le plus énervant qui soit quand il a ses chaleurs ! C’est­à­dire qu’il est ; enfin, le mien en tout cas, cette race de capucin couine pendant trois jours ­parce que ça dure à peu près 3­4 jours, ça dépend de la grosseur des chaleurs­ va couiner, va vous regarder, va vous énerver, va prendre des objets si on ne s’occupe pas de lui et va les taper très, très fort pour qu’on le regarde…Enfin c’est épouvantable !

J’en ferais bien un civet de lapin, un civet de singe plutôt ! (rires)

Très bien, je vous remercie !

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ROCK NEWS reçoit Mylène Farmer

Posté par francesca7 le 16 novembre 2014

AINSI SOIT ELLE ; AVRIL 1988 Interview  : Hervé Naguet

 

Cet entretien est d’abord paru dans « Rock News » puis le mois suivant dans « Pulsions », agrémenté de quelques questions supplémentaires et amputé d’autres. C’est la retranscription intégrale reconstituée qui est proposée ici.

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Avant de parler de ton nouvel album, j’aimerais revenir sur « Sans Contrefaçon » et te demander si, à choisir, tu aurais préféré être un garçon…
-La seule chose que je puisse dire, c’est que toute une période de mon enfance fut un ‘purgatoire’, c’est-à-dire que, dans mon comportement, je ne figurais ni comme jeune fille ni comme jeune garçon. Une chanson, c’est plus un plaisir et un amusement. Même si aborder ce sujet n’est pas un hasard, ce qu’il faut mettre en avant, c’est une chanson.

Combien de temps as-tu travaillé avec Laurent pour arriver à sortir « Ainsi Soit Je… »?
-Quatre mois de studio et, avec l’écriture des textes, l’écoute des musiques de Laurent, etc. on peut estimer cela globalement à cinq, six mois de travail.

« Ainsi Soit Je… »<:i>, ce n’est pas un peu mégalo comme titre ?! 
-C’est vrai que de dire et d’affirmer
 ‘ainsi soit je’ est une forme de mégalomanie mais, dans mon esprit, je ne l’ai pas formulé dans cette intention. Maintenant, chacun va interpréter comme il le sent. « Ainsi Soit Je… », c’est la présentation d’une jeune fille avec tous ses paradoxes et ses ambiguïtés. « Ainsi Soit Je… », c’est aussi l’univers d’Edgar Poe et, indirectement, celui de Baudelaire. C’est la présentation d’une personne et de sa personnalité.

Y a-t-il un fil conducteur dans « Ainsi Soit Je… » ?
-On me parle d’album concept, je comprends ce que ça veut dire sans trop le comprendre. Je peux en parler différemment, car j’ai écrit tous les textes et j’ai abordé des auteurs, des personnages et des thèmes qui sortent de moi. Quand je parle d’Edgar Poe, c’est parce qu’il est quelqu’un qui a vraiment fait partie de ma vie. Baudelaire, c’est encore autre chose.
 « Sans Logique », c’est le paradoxe satanique et angélique. Ma personnalité et ma dualité, c’est réellement ça. Je peux basculer très facilement d’un extrême à l’autre.

Quel est ton signe astrologique ?
-Je ne suis pas très portée sur l’astrologie, mais cette dualité intense s’explique peut-être par le fait que je sois Vierge ascendant Vierge, et qu’il y a une bataille permanente entre les deux.

Tu définissais « Cendres de Lune », ton précédent album, comme un disque d’ambiance plutôt que de promotion. Comment définirais-tu « Ainsi Soit Je… » ?
-Je n’aime pas définir quelque chose. Quand on répond à des interviews, on est un peu obligé de réduire les choses. Si je vous dis que le premier album était intuitif et que le second est beaucoup plus profond, c’est caricatural, mais c’est un peu vrai. Quand on fait une première œuvre, disque, livre, on veux parler de tellement de choses que c’est parfois un peu confus. Avec, un second album, on maîtrise mieux son œuvre.

images (13)Tu me parles d’Edgar Poe et de Baudelaire, ce sont deux auteurs étranges aux univers bizarres. Ce qui est frappant quant on parle de toi avec d’autres artistes, c’est qu’ils adorent ce que tu fais mais tu les inquiètes par ton côté un peu morbide…
-C’est vrai que la mort, la mère, l’infanticide, tous les thèmes tabous n’ont pas été tellement abordés et, quand on en parle, on dérange et on inquiète. Ce sont des sujets qui me passionnent et qui me tourmentent comme Edgar Poe, qui faisait ressentir à travers ses écrits toutes ses angoisses sur la mort et la peur du néant. Aborder ces thèmes dans une chanson peut déranger, voire choquer. Tout cela est dur à expliquer. Les gens ont l’air d’apprécier ce côté ambigu de ma personnalité.

C’est vrai aussi que ta promotion a l’air d’être extrêmement calculée…
-Oui, et c’est peut-être frustrant pour le public mais ça l’est aussi pour moi. Il est dur d’arriver à imposer sa personnalité et c’est facile de la détruire. Le jour où je déciderai de faire de la scène, de donner rendez-vous aux gens qui m’aiment, il se passera forcement quelque chose d’important pour le public et pour moi.

Qu’est-ce qui a changé en toi depuis un an ?
-Il y a une chose très importante, c’est le courrier. Je ne parle pas des demandes d’autographes mais des lettres qui font deux ou trois pages et qui vous disent des choses sur vous, sur la manière dont les gens vous perçoivent. Plus ça va, plus ce courrier contient des choses importantes qui me touchent réellement par rapport à ce que moi je propose. D’autre part, le succès change forcément les choses, plus par rapport à l’esprit qu’à la vie courante. Je crois que c’est un mélange d’angoisse et de plaisir qui sont décuplés, mais l’un ne va pas sans l’autre. C’est une jouissance qui vous meurtrit.

Pourquoi le choix de ne pas faire de galas ?
-Déjà, je n’aime pas les boîtes de nuit, lieu où se déroulent la plupart des galas. Je n’aime pas être au milieu du monde. Il faut être lucide : si les artistes font des galas, c’est avant tout pour l’argent et, bien sûr, je peux comme tout le monde en avoir besoin. Mais je ne ferais pas de galas pour cela car, pour moi, un gala c’est l’anti plaisir par excellence. Mon vrai plaisir, ce sera de faire de la scène.

Tu n’as pas l’impression de frustrer ton public ?
-Je ne crois pas, car il verrait une représentation qui ne serait pas mienne, que je n’aurais pas préparée.

Et ce rendez-vous ‘d’amour’, c’est prévu pour quand ?
-Un an, deux ans… En tout cas, pas au-delà de deux ans.

Le clip de « Sans Contrefaçon » a donné lieu à une rencontre surprenante, celle de Zouc et de Mylène Farmer. Comment cela s’est-il passé ?
-Je ne connaissais pas Zouc personnellement, mais j’apprécie énormément son personnage et ses spectacles. Elle a effectivement des points communs avec moi parce qu’elle a abordé, entre autres, le domaine de l’enfance et de ses problèmes, de la mort, de la naissance. C’est une femme impalpable, une artiste. C’est un personnage étonnant, dérangeant. La rencontre s’est déroulée au cours de l’émission
 « Mon Zénith à Moi » (diffusée le 10 Octobre 1987 sur Canal Plus, cf. cette référence, nda), et quand, avec Laurent, nous avons commencé à écrire le clip, le personnage de Zouc s’est imposé. Elle représente une sorcière, mais la sorcière dans son côté ambigu : on ne sait pas si c’est une fée ou une sorcière.

Ce clip marquait un changement dans le fond…
-Il y a eu trilogie avec « Plus Grandir », « Libertine » et « Tristana ». Ensuite, il était nécessaire de changer et cela s’est fait naturellement. Le clip de « Sans Contrefaçon »inspire plus de réflexion que les autres, qui étaient plus de très belles images et des scènes intenses qu’une histoire réelle sur un thème précis. Pour « Ainsi Soit Je… », la seule chose que je puisse dire, c’est que ça va être sobre, avec tout ce que ça comporte de difficultés.

Le clip, surtout tel que vous le concevez Laurent et toi, peut pousser au cinéma. Qu’en est-il à l’heure actuelle ?
-J’espère vraiment que nous pourrons tourner un film ensemble, ce serait un beau cadeau. Maintenant, il n’y a rien de précis. Laurent a un projet qui va sûrement se concrétiser. Quant à moi, j’ai reçu des propositions mais rien de bien excitant. J’attends vraiment quelque chose qui me motive entièrement car j’ai vraiment la patience d’attendre. On fait des erreurs quand on n’a pas la force de patienter.

J’aimerais qu’on connaisse un peu mieux le côté personnel de Mylène Farmer, qu’on arrête de parler de la chanteuse pour parler de ses goûts et de ses aspirations. Pour toi, le look, la mode, c’est important ?
-Le mot ‘look’ me fait frémir, j’ai horreur de cette appellation. Quant à l’habit, c’est quelque chose que j’adore. Ma mère n’y est pas étrangère, elle adorait s’habiller et obligatoirement cela m’a marquée. Maintenant, l’aspect physique n’est pas toujours le reflet de l’aspect mental mais les chaussures sont très importantes et peuvent laisser transparaître une personnalité. 

Et la politique, tu réagis à ce qui se passe actuellement ? (lorsque paraît cet entretien, nous sommes à quelques jours du premier tour de l’élection présidentielle qui vit François Mitterrand réélu, nda)
-Je peux avoir des opinions politiques mais je ne me prononcerai jamais, à part sur des choses très, très importantes où je pourrais profiter de mon personnage public pour faire avancer des choses, voire influencer des gens.

Justement, utiliserais-tu le fait d’être un personnage public pour soutenir une cause si on te le demandait ?
-Non. Il y a une chose que je trouve dommage, c’est qu’à l’heure actuelle de nombreuses émissions télévisées demandent des dons pour telle ou telle cause. C’est formidable, mais il arrive un moment où c’est trop, les gens ont des limites. On m’a souvent demandé de participer à des galas pour ‘X’ ou ‘Y’ : je dis non. Le jour où j’aurai envie de faire quelque chose, je le ferai directement sans que tout le monde le sache que j’ai fait un chèque de tant de francs. J’ai besoin de me respecter, et je ne pourrais pas faire autrement.

Comment définis-tu l’amour et comment le vis-tu ?
-Qui est capable de le définir ? C’est la chose la plus inabordable qui existe, c’est un mélange d’euphorie et d’horreur. Une fois de plus, je pense à Edgar Poe qui a écrit une nouvelle sur une femme qui est sans doute la femme idéale. Tous les superlatifs pour la décrire sont destructeurs et impalpables.

images (14)Arrives-tu à bien le vivre ?
-Ni bien, ni mal. Je le vis avec ce que je viens de dire, des moments d’euphorie et des moments terribles. Mais la vie, c’est ça pour tout le monde, artiste ou pas. On peut vendre des millions de disques comme être ouvrier et se lever le matin avec l’envie de te suicider. Le quotidien est la chose la plus difficile à vivre.

Quel est le mot qui te fait horreur ?
-La chose qui me tourmente le plus et qui me fait le plus mal, c’est la désillusion perpétuelle. C’est de vivre avec cette notion du dérisoire. Ca, c’est très dur à vivre.

Et le temps ?
-Il m’obsède. C’est un peu pour ça, le choix de « L’Horloge » de Baudelaire dans l’album. La fuite du temps, c’est horrible. 

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INTERVIEW INÉDITE de Mylène par LePage

Posté par francesca7 le 8 novembre 2014

 

8 MAI 1987 Journaliste(s) : Jean-Jacques Frances

 

3159688308_1_10_03Leq3m5Le contexte de cette interview est assez flou. Sortie des archives de Bertrand LePage (qui accompagne Mylène pendant cet entretien) dans la deuxième moitié des années 1990, elle était à l’évidence prévue pour la presse, puisque lorsque l’enregistrement démarre, on entend Mylène orienter son interlocuteur vers Polydor pour récupérer des photos, et le journaliste parle d’article. Néanmoins, elle n’a jamais paru nulle part, et c’est donc l’enregistrement sonore brut dont nous disposons, avec tout ce qu’il faut de bruits d’ambiance, puisque l’entretien est réalisé dans un café. 
Si nos recherches nous ont permis d’identifier le journaliste et la date à laquelle a été réalisé cet entretien, nous ignorons toujours à quelle publication il était destiné.

Mylène Farmer, vous rentrez en force dans le Top 50 avec « Tristana », votre nouveau 45-trs. En fait, c’est une continuité après « Libertine », une continuité de succès. Qu’est-ce qui s’est passé ? Pourquoi après trois ans, vous vous mettez à cartonner vraiment, d’après vous ? C’est un changement de style, un changement d’équipe, un changement de vision ?
(rires) Il n’y a eu ni changement de style, ni changement d’équipe ! C’est un concours de circonstances, des chansons qui arrivent au bon moment. C’est la seule réponse que je peux formuler.

Comment êtes-vous arrivée dans la chanson ? Et comment vous avez pu faire votre premier 45-trs, « Maman a Tort » ?
-J’ai rencontré une personne qui s’appelle Laurent Boutonnat, et qui était compositeur et qui m’a proposé la première chanson, qui s’appelait « Maman a Tort ».

Est-ce qu’avec ce texte, qui peut porter un petit peu à contradiction, vous n’avez pas eu peur de choquer un petit peu les médias ou le public ?
-On n’a jamais peur de choquer les médias quand on prend le parti de chanter une chanson comme « Maman a Tort ». C’est avant tout un plaisir et puis après, c’est des réactions successives.

Toujours dans l’ordre chronologique, j’aimerais qu’on examine le deuxième 45-trs, « On est Tous des Imbéciles ». Parlez-nous de ce texte que j’aime beaucoup…
-Vous parler du texte… Hé bien, nous sommes tous des imbéciles, ce qui nous sauve c’est le style ! C’est toujours ce que j’ai pensé ! (rires)

C’est à partir du troisième que vous avez commencez à miser, je dirais, sur le vidéo-clip en fait, énormément puisqu’il était formidablement bien réalisé…
-À miser, c’est-à-dire que non. Sur « Maman a Tort », on avait fait un clip mais on avait à l’époque très, très peu de moyens. C’était déjà Laurent qui l’avait…je ne trouve plus le mot ! Enfin bref, tourné. (rires) Sur « On est Tous des Imbéciles », étant donné le déroulement de la chanson qui avait bien marché médiatiquement, mais pas du tout au niveau des ventes, c’était difficile d’envisager un clip. Et sur « Plus Grandir », c’était l’occasion, puisque là c’était une nouvelle maison de disques, donc d’autres horizons et effectivement, le premier clip réellement personnalisé.

Avec « Plus Grandir », vous avez abordez un petit peu le thème du désespoir. Bon, on retrouve le désespoir, je trouve, dans « Tristana ». C’est quelque chose qui vous correspond ?
-Je suis une femme désespérée, le saviez-vous ? (rires)

Désespérée de quoi ?
-Non, on ne peut pas parler comme ça. De même qu’il y a des thèmes qui m’attirent, comme la mort, c’est vrai que le désespoir est… Et puis c’est trop compliqué à expliquer, déjà, ici ! Je ne sais pas, c’est une angoisse permanente, oui, de la vie, de plein, plein de choses…

Vous avez peur de vieillir ? Vous êtes obsédée par le temps qui passe ?
-Pas réellement. Pas dit dans ces termes-là. C’est-à-dire tout le monde a peur de vieillir, mais c’est pas, moi, ce qui m’obsède, non. C’est peur de la mort plutôt, peur de beaucoup de choses… Oui, je pense être une personne angoissée, mais certains jours sont formidables !(rires)

Entre les deux, il y a eu « Libertine ». Là, certaines critiques ont dit que c’était de la provocation. Vous jugez ça en ces termes ?
-Moi, je vais vous répondre par autre chose : c’est que la critique, je m’en moque éperdument. Que ce soit de la provocation, c’est la même chose que « Maman a Tort », qu’ « On est Tous des Imbéciles » : c’est un choix. C’est surtout des choses qui n’ont peut-être pas déjà été dites jusqu’alors, qui moi m’amusent.

Comment le thème de cette chanson est venu ?
-J’avoue que c’est venu un petit peu subitement. On était en studio, sur la musique qui était déjà enregistrée. Vous savez, on fait du yaourt pour essayer de mettre en place une voix, et j’ai dû dire ‘Je suis une catin’ comme ça, et puis de ça est née cette chanson ! (elle pouffe)

Et puis, il y a eu à partir de là l’explosion avec le vidéo-clip. Je pense qu’on peut dire jusque-là -bon je n’ai pas vu le dernier- c’est le meilleur vidéo-clip. Je crois qu’il a fallu justement assez peu de moyens contrairement à ce qu’on pense, enfin tout est relatif, pour le réaliser.
-Oui, tout est relatif. C’est vrai qu’on nous a prêté beaucoup plus de moyens qu’il y en a eu parce que je pense qu’à l’image, le résultat pouvait ressembler à beaucoup, beaucoup de moyens certainement. Mais ça, c’est le talent certainement du réalisateur et d’une équipe aussi qui l’entourait. Et quant au suivant, c’est quelque chose de totalement différent qui est encore plus orienté sur le cinéma et que moi, j’avoue… Non, j’allais dire une bêtise, je l’aime autant que « Libertine », mais c’est… Il faut le voir, quoi ! C’est difficile aussi d’en parler…

Lorsqu’on dit que le succès de « Libertine » est venu grâce à ce vidéo-clip, vous êtes d’accord ?
-Je crois qu’on peut dire à 70%, c’est quelque chose, oui, qui a provoqué un intérêt certain. Bon, c’est vrai qu’il y a eu TV6 qui a énormément aidé cette promotion et qu’effectivement du jour où est né ce clip, il y a eu des ventes immédiates. Donc on peut dire que le clip a beaucoup aidé, en tout cas a beaucoup aidé ma personne.

Au niveau de « Tristana », vous avez fait de nombreuses télévisions avec une superbe chorégraphie. Comment l’idée est venue ? Comment s’est faite la mise en place de cette équipe ?
(soupir) Ca, c’est des choses toujours assez subites, en fait. On a toujours l’impression que les artistes, c’est vrai, travaillent. Ca, c’est évident… Sur « Tristana », quand la chanson est née, quand elle a été enregistrée, après moi, je me suis posé le problème de comment la promouvoir. J’ai tout de suite pensé à deux personnes derrière moi. Je préférais deux personnes féminines, mais qui n’avaient pas le prototype des danseuses qu’on voit en télévision. De même que la chorégraphie, que j’ai faite donc, je la voulais très visuelle, mais très proche de l’ambiance de la chanson. C’est-à-dire, pour moi, qui évoque un petit peu la Russie, une ambiance un peu slave, donc je voulais, comme ça, des espèces d’oiseaux noirs derrière moi, un peu rigides… Voilà comment ça s’est imaginé. Et puis après, ma foi, c’est un peu du travail quand même !

136870_EVQUHRUG8DUELTZN4MPEKKGRS2QUWR_14_H192034_LApparemment, c’est vous qui décidez de la façon de mener votre carrière, puisque vous dites ‘J’ai décidé, j’ai voulu…’. Y a pas de producteur, une équipe qui fait pression autour de vous, derrière ?
-Je sais pas… Moi, c’est toujours quelque chose qui me fait un peu sourire. Des pressions… Je veux dire, ou on envisage une carrière et on est complètement, effectivement, manipulée et je trouve ça un peu dommage. Moi, je travaille de très, très près avec Laurent, je travaille avec lui -Laurent Boutonnat. J’ai quelques personnes autour de moi, la personne que vous voyez et qui est Bertrand, qui est mon manager. Y a aussi une maison de disques, mais eux, si vous voulez, ce sont les porte-parole un peu d’un chanteur. ‘J’ai décidé’, c’est-à-dire que moi, sur les chorégraphies, effectivement à chacun son métier, c’est ça que je veux dire. Laurent, quand lui construit un scénario, moi j’ai un droit de regard, il est évident. Je dis ‘Ca, ce serait bien…’ parce qu’on est, je pense, des êtres relativement intelligents. Mais je ne me mêle pas ni de la mise en scène, parce que ce n’est pas mon métier, ni de la mise en image. Donc voilà, je crois que chacun sa place. C’est un peu ce qu’on mélange en France, je trouve. C’est-à-dire qu’on s’imagine être des être exceptionnels dans tous les domaines. Et ça, c’est une erreur.

Parlons maintenant de votre look. Bon, au niveau des deux premiers 45-trs, il était assez sage, assez je dirais banal, sans que ça soit péjoratif. Et puis après, il y a eu un revirement total avec apparemment, vous avez les cheveux d’une différente couleur, vous avez un look totalement différent…
-Ca doit certainement être très explicable. Quand on dit ‘un métier qu’on apprend’, certainement… C’est-à-dire que sur « Libertine », quand on parle d’osmose, c’est aussi quelque chose qui s’est produit. C’est-à-dire effectivement, il y a eu le clip, tout de suite il y a eu, bon, une chanson qui a quand même marché assez facilement, même si c’est le clip qui a provoqué après les grosses cadences. Que moi effectivement, l’époque de cette chanson, puisqu’on l’avait située dans le libertinage, j’aime tellement les costumes, que ça a été tout de suite évident pour moi de mettre cet uniforme. Et après, ben voilà c’est « Maman a Tort », c’est « On est Tous des Imbéciles » et « Plus Grandir » qui ont fait que « Libertine » a existé de cette façon. Ca, c’est évident !

Est-ce que vous n’avez pas dans votre tête, quelque part, des projets, à plus ou moins long terme, cinématographiques ?
-Non, pas des projets -si ce n’est celui que j’ai depuis assez petite, c’est de jouer un jour dans un film. Mais là aussi, beaucoup de prétention : pas dans n’importe lequel. C’est pour ça que je n’ai pas commencé d’ailleurs cette carrière, même depuis la chanson, où j’ai eu quelques propositions. Vous imaginez le genre de propositions… ! (elle pouffe) Donc, oui, c’est quelque chose que je laisse dans le coin de mon esprit, que j’ai vraiment envie de réaliser. C’est vrai que si Laurent, un jour, réalise un long-métrage, ce qui pourrait être assez précis maintenant, ce serait la personne avec qui j’aimerais tourner. Y en a quelques-uns d’autres, mais très peu…

Parlez-moi de l’album que vous avez fait l’année dernière, de votre premier album, des chansons, des thèmes abordés ?
-Ben, moi, je vais vous faire un exposé très scolaire ! Il y a quoi ? je crois dix chansons, donc les 45-trs qui sont inclus dedans. Il y a une chanson qui s’appelle « Chloé », qui parle de la cruauté des enfants, qui est traitée d’une façon un peu comptine satanique. Une autre chanson qui s’appelle « Vieux Bouc », qui parle du diable et qui est un peu humoristique aussi. Il y a « Au bout de la Nuit », qui fait la face B de « Tristana », donc, le dernier 45-trs, qui là traite un peu du désespoir, un peu de… J’ai du mal à mettre des étiquettes, parce qu’une chanson -ce dont on m’avait fait d’ailleurs le reproche- ne parle pas de ax+b et de ‘je prends mon petit crème le matin’, donc c’est également difficile de l’expliquer. Si ce n’est qu’il y a, je l’espère, une ambiance générale, enfin un thème général en tout cas. Qu’est ce qu’il y a d’autre, je ne sais plus ! (rires) Il faudrait avoir le 33-trs sous les yeux , là, j’avoue…

Quels sont les traits essentiels de votre personnalité en tant que chanteuse ? J’ai l’impression par exemple, à première vue, qu’il y a un côté pudique assez maqué chez vous. Est-ce que c’est vrai ?
-Oui… Je suis quelqu’un, je pense, de pudique, ce qui doit vous sembler un paradoxe, quand on chante « Libertine » ou « Maman a Tort », mais c’est un métier paradoxal, et moi je crois avoir une personnalité certainement paradoxale, mais comme beaucoup de personnes. C’est des choses qui n’ont rien à voir finalement entre elles. On peut avoir beaucoup de pudeur et à la fois être excentrique à certains moments.

J’ai l’impression que vous n’êtes pas le genre de chanteuse à pavoiser dans des cocktails mondains ou des choses comme ça…
-Je pense que vous avez vu juste ! (rire franc) Non, je n’aime pas ça, je n’ai jamais aimé ça et je crois que je n’aimerai jamais ça !

Parlez-nous maintenant de la scène : quand est-ce qu’il y aura une scène parisienne, comme l’Olympia ou quelque chose comme ça ? Comment vous voyez votre spectacle ?
-Je ne sais pas encore, ni en ce qui concerne la date, parce que c’est pas encore quelque chose qu’on a fixé. C’est quelque chose que je pense beaucoup. Quant à la mise en scène…(soupir) Je vais vous dire des choses un peu imprécises, si ce n’est que je voudrais un spectacle visuel, essayer peut-être de mêler un peu du théâtre, mais un regard très, très loin, ça fait toujours un peu peur (rire nerveux)… J’avoue que j’en sais rien, mais c’est quelque chose que j’aimerais beaucoup faire.

Depuis trois ans, qu’est-ce qui vous a marqué dans ce métier ? Est-ce qu’il y a des choses qui vous ont déplu, qui vous ont plu ?
-Tout m’a marqué, parce que, sans dire de bêtises, je crois que tous les jours on apprend ou on désapprend quelque chose. Mais en tout cas, il se passe quelque chose. Ha si ! une généralité : c’est que concernant vraiment le groupuscule ‘show-business’, c’est-à-dire que ce soient les producteurs d’émissions, les programmateurs, les gens de télé, les gens des médias sont des gens, qui ont essayé d’installer une, comment dire, une espèce de loi qu’ils ont créée et qu’ils ne respectent pas eux-mêmes, voilà. C’est-à-dire qu’ils ont créé un Top 50 qui veut dire des ventes de disques, qui voudrait dire donc des programmations obligatoires à la télévision, qui voudrait dire un certain respect malgré tout de l’artiste, et que quelque fois, eux, manquent un peu d’intégrité par rapport à ça. Mais c’est quelque chose qui ne m’étonne pas vraiment ! Mais voilà, moi, la chose qui m’a le plus pas bouleversée, mais qui m’a confortée, en fait, dans mon idée. C’est-à-dire, à mon avis, un manque de talent général et manque d’intégrité, tout simplement.

Vous évoquiez le Top 50, c’est quelque chose de regrettable pour vous ? Le fait…
(elle l’interrompt) Non, bien sûr que non. Chacun a sa chance un jour. C’est-à-dire qu’autant sur « Plus Grandir », je n’ai pas goûté les délices du Top 50, sur « Libertine », ce sont des références maintenant qui sont établies pour les jeunes, c’est évident, ça, on ne peut pas faire abstraction. Donc quand on est dedans, on est ravi, parce que ça engendre plein de choses. Le Top 50, je m’en fous, moi, à la limite ! Mais parce que ça existe et qu’il faut exister avec. Voilà, point final !

Le problème, c’est que c’est peut-être plus dur, dans la mesure où une carrière marche ou ne marche pas suivant l’entrée d’une chanson au Top 50, ou pas.
-C’est le drame de ce métier, maintenant. C’est qu’effectivement les gens, enfin toujours ces gens des médias -je ne sais pas pourquoi, quand je dis ça, j’ai toujours l’impression de voir les corbeaux d’Hitchcock, vous voyez ? -ces gens-là ne pensent plus du tout, effectivement, ni ‘carrière’, ni ‘continuité’ à la limite. Mais ça, c’est encore une minorité finalement, parce qu’on se rend compte aussi, qu’il y a quand même des gens qui, derrière, vous suivent depuis un moment. Mais ces gens-là, on ne les rencontre pas forcément en temps et en heure. Voilà, c’est le drame de ce métier : c’est que maintenant, n’importe qui, n’importe quand peut faire un million de disques et demain ne plus exister, et que ça ne dérange a priori personne, puisque tous les jours, il y en a un qui sort, et tous les jours y en a un qui meurt.

Une fois, dans un journal, vous avez dit que vous aviez plus d’admiration pour un homme de science que pour un chanteur. C’est vrai ?
-Oui, je confirme. Ca n’a rien de méchant, une fois de plus, ni de venimeux. C’est quelque chose qui existe. J’ai plus de fascination, c’est vrai, pour quelqu’un dit intellectuel mais sans, moi, prétention de ma part, c’est-à-dire pour quelqu’un qui…je ne sais pas, j’ai plus la fascination d’un grand metteur en scène, d’un grand écrivain, d’un savant, ces métiers-là. Des gens qui, je ne sais pas, qui construisent réellement, qui ont l’essence de cette construction, que les chanteurs n’ont pas. La preuve, je veux dire tous les jours vous rencontrez des chanteurs et tous les jours vous ne découvrez pas des, je sais pas, des gens bouleversants, des gens incroyables, parce que malgré tout… Mais comme l’acteur : il y a une race d’acteurs qui est certainement prodigieuse, enfin on les remarque aussi à l’écran, voilà c’est ça que je veux dire ! Les chanteurs prodigieux, on les remarque aussi à l’écran. Voilà…Une fois de plus, là, je suis spectateur quand je dis ça. C’est pas moi, m’insérer parmi un groupe ou un autre ? C’est toujours délicat. Mais c’est normal, c’est vrai que ça n’est pas… Personne ne m’a étonnée dans ce milieu. 

 Comment situez-vous votre public ? Est-ce que vous avez des rapports avec lui, des rapports à travers les lettres que vous recevez, peut-être ?

-Bien sûr, le courrier, que j’aime beaucoup. J’ai pas mal de courrier, je pense. Il y a des lettres qui sont passionnantes, qui sont bouleversantes, qui sont même très étonnantes quelques fois ! Là, je pourrais dire un peu la couleur des personnes qui m’entourent, c’est malheureusement des gens un petit peu désespérés, un peu névrosés. Il y en a d’autres aussi qui écrivent à tous les chanteurs et qui veulent le sempiternel autographe, ce qui est charmant d’ailleurs, mais-là, je ne peux pas donner la couleur. Sinon, je sais pas bien. Je sais pas bien encore. Je crois qu’on s’en rend compte réellement dans un spectacle, dans une salle : là, on voit bien qu’il y a une dominante de 14-15 ans ou de personnes plus âgées. J’en sais rien…

C’est quand même fascinant, je trouve, d’être un chanteur et d’avoir un impact sur un public, d’être l’idole d’un public…
-Oui… C’est-à-dire, voilà le genre de choses qui sont presque inexprimables mais qui sont un peu traumatisantes, mais aussi dans le bon sens, mais traumatisantes parce qu’inexplicables, parce qu’une personne pourra… Moi, il y a deux, trois personnes qui me suivent à chaque fois que j’ai un enregistrement télévisé, ils seront là, en début, en fin d’émission, ce qui veut dire qu’ils auront attendu dehors, sur le trottoir pendant près de trois heures, quatre heures parfois, qui sont prêts à venir à Cannes… Bon, ce sont des choses qui sont tellement incroyables. Et à ces personnes, on demande une espèce d’attention envers elles, qu’est-ce qu’elles font dans la vie et ces personnes se vexent, car elles disent, ‘Mais c’est pas parce que je suis là que je ne fais rien de ma vie !’. C’est bizarre…

Est-ce que c’est pas dur, d’avoir comme ça une, j’allais dire une ‘cour’, une cour de fans ? Est-ce que c’est pas gênant ? On n’est pas toujours enclin à répondre à ces gens…
-C’est toujours la peur d’être maladroit, d’être tout simplement absent. Et c’est difficile aussi d’être toujours présent. On sait que ces gens-là ont une demande momentanée, puisqu’ils ou vous rencontrent dans la rue ou vous rencontrent lors d’un spectacle et que vous, vous venez pour eux, mais pour eux dans une majorité, pas pour une personne. Moi j’ai toujours peur, oui, de froisser et c’est quelque chose d’un peu traumatisant aussi et c’est pour ça que…

Vous pensez déjà avoir froissé un admirateur ou quelqu’un qui vous demande… ?
-Je crois pas, car j’ai toujours fait très attention, étant moi-même un peu… (rire gêné) J’ai pas une sensibilité à fleur de peau, c’est quelque chose auquel je fais attention. Mais certainement j’en ai froissé, certainement. Mais je ne sais pas, là !

Revenons à ‘l’examen’ de votre carrière : pourquoi une rupture entre RCA et Polydor, entre je ne sais plus quel disque ?
-C’était sur « On est Tous des Imbéciles ». Parce que c’est… (soupir) J’ai pas du tout envie de faire le procès d’une maison de disques. Il se trouve qu’une maison de disques nous a fait un appel du pied, que c’était une maison qui allait naître, puisqu’elle avait un nouveau directeur, que RCA avait prouvé certaines choses, mais certainement dans le mauvais sens aussi : leur capacité ou au moins leur envie de m’aider. Et voilà, ce sont les choses de la vie et tant mieux que ça se soit passé comme ça, parce que il y avait un sang neuf chez Polydor certainement, il y avait un directeur jeune, qui a voulu lui aussi prouver des choses et ça, c’est important.

Revenons en guise de conclusion à votre personnalité. Je crois que vous êtes quelqu’un qui aime beaucoup les animaux, puisqu’apparemment, il y a beaucoup de photos de vous qui sont parues dans la presse en compagnie d’un petit singe, notamment . Parlez-nous en…
-De mon petit singe ?! C’est vrai que j’ai une passion pour les animaux, mais spécialement pour les singes. Vous dire pourquoi… Je vous mettrai un singe en face de vous, si ce n’est les singes qu’on voit au zoo, mais vraiment près de vous… La première chose, c’est qu’un singe a quatre mains et que c’est très important. Un chat, moi que j’adore, n’a pas non plus la faculté de porter les choses, d’écrire, de faire des gestes, qui certainement vous copie, que c’est un regard qui est tellement intelligent, mais qui est déconcertant aussi ! Je sais pas, ça a un caractère fascinant, le singe…

C’est un animal coléreux…
-C’est épouvantable ! C’est-à-dire, oui, c’est coléreux, c’est caractériel. Mais c’est génial, vraiment ! (rires)

Vous avez des ‘prises de bec’ avec votre singe régulièrement ?
-Oui, régulièrement, d’autant qu’il a des périodes de chaleurs -comme tous les animaux- et j’avoue que le singe, je crois, c’est l’animal le plus énervant qui soit quand il a ses chaleurs ! C’est-à-dire qu’il est ; enfin, le mien en tout cas, cette race de capucin couine pendant trois jours -parce que ça dure à peu près 3-4 jours, ça dépend de la grosseur des chaleurs- va couiner, va vous regarder, va vous énerver, va prendre des objets si on ne s’occupe pas de lui et va les taper très, très fort pour qu’on le regarde…Enfin c’est épouvantable ! J’en ferais bien un civet de lapin, un civet de singe plutôt ! (rires)

Très bien, je vous remercie !

Fin de l’enregistrement

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BOUTONNAT EST PEUT ETRE NE D’UNE ERREUR

Posté par francesca7 le 25 août 2014

 

 

Laurent Boutonnat réalisateur de clips est né curieusement d’un échec cinématographique, son arrivée dans le domaine musical est purement fortuite. D’abord destiné à la réalisation de longs-métrages, c’est à la suite de l’insuccès de son premier film qu’il se redirigera vers la littérature, puis la musique. Il se servira alors de son double statut de compositeur-producteur auprès de sa première maison de disque pour négocier avec elle la réalisation des vidéo-clips promotionnels. Ce sera pour lui ce fameux « moyen détourné de faire du cinéma ».

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Laurent Boutonnat est né le 14 juin 1961 rue Auguste Blanqui, dans le XIVe arrondissement de Paris, aîné d’une famille de cinq enfants, il se servira adolescent de certains de ses frères et sœurs pour monter ses sociétés d’éditions phonographiques et aussi de son petit frère Dominique dans son premier long métrage Ballade de la Féconductrice en 1978. Auparavant, Laurent Boutonnat a déjà réalisé dans son enfance de nombreux courts-métrages amateurs avec la caméra Super 8 de ses parents. Un de ses premiers essais date de 1971 où il transpose Bambi de Walt Disney (1942). Sur ses films d’adolescent, il voulait déjà tout maîtriser : de la mise en scène à la musique, du maquillage à l’interprétation elle-même. Parallèlement, il étudie la musique et le piano sur initiative de ses parents dès l’age de cinq ans. Laurent Boutonnat suit sa scolarité de second degré chez les jésuites. Il s’y déplait, n’est doué qu’en littérature et se retrouve plusieurs fois renvoyé. C’est à quinze ans qu’autodidacte, il décide d’abandonner ses études pour aller chercher du travail ; et c’est aussi l’âge à partir duquel il abandonne l’apprentissage musical que lui faisaient suivre ses parents. Parallèlement aux « petits boulots » qu’il cherche, Laurent prend des cours de théâtre durant trois ans et écrit chez lui avec un professeur de philosophie. Il déclarera plus tard « avoir pris goût à cela ». A 16 ans Laurent Boutonnat a la volonté de diriger ses recherches d’emploi vers le secteur audiovisuel, et commence à développer dans son imagination plusieurs projets de longs-métrages dont un film déjà nommé Giorgino ; scripte qu’il reprendra dix ans plus tard. L’histoire de cette première version n’a cependant rien à voir avec le long-métrage qui sortira dix sept ans plus tard. Ce scénario racontait le huis-clos d’un couple dont l’homme aime de plus en plus son épouse, alors que cette dernière prend une peur de plus en plus panique de lui. L’incertitude sur les intentions de l’un et de l’autre débouchait sur un duel final tragique entre les deux époux.

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Boutonnat réalisera finalement Ballade de la Féconductrice en 16 mm. à l’âge de seize ans, qu’il produira à l’aide de son père, et des Films du Marais pour sept mille six cents euros. Il tournera entre Paris et Etretat en fonction des conditions météorologiques. Après avoir été présenté et sifflé au marché du film de Cannes en 1979, Laurent Boutonnat tente de l’exploiter dans une unique petite salle : « Le Marais » à Paris, à partir du 15 mai 1980. Le film qui passe d’abord en comité de censure obtient une interdiction aux mineurs de moins de dix huit ans. Laurent Boutonnat en a alors dix sept. Le dossier de censure retrouvé dans les archives du C.N.C. comporte un court synopsis écrit de la main du jeune réalisateur :

 

« La balade (sic) d’une fleur du mal dans un monde fantasque et allégorique où se mêlent humour noir et horreur. »

 

 Tous les avis convergent vers une interdiction aux mineurs, et Henri Dolbois qui dirige la commission plénière conclue le dossier comme suit : 

« Une anthologie de Hara-Kiri et Charlie-Hebdo. Castration, mutilations d’enfants, torture d’un mongolien adulte en petite voiture roulante. Faces tuméfiées et sanguinolentes. Une femme accouche dans sa cuisine d’un teckel, elle fait l’amour avec lui etc… Le film me paraît justifiable d’une interdiction aux mineurs en raison de l’exhibitionnisme grand-guignolesque ce film attentatoire à la dignité de la personne humaine. Cette interdiction me paraît justifiée bien qu’il s’agisse d’un 16 mm. à faibles objectifs commerciaux. »

Henri Dolbois

  Le film ne restera que deux semaines à l’affiche et totalisera quatre cents cinquante neuf entrées. Plutôt que de retourner à l’école, Laurent Boutonnat, déçu, ne fait plus rien jusqu’à sa rencontre avec Jean-François Chauvel. Ce grand reporter de télévision mort en 1986 avait alors en préparation le tournage d’une série de reportages scientifiques sur le nucléaire : Les Energies Nouvelles. Laurent Boutonnat saisit sa chance et postule comme caméraman pour toute la série d’émissions. Il avouera plus tard: « J’avais prétendu m’y connaître en technique pour qu’il me prenne, et j’ai dû potasser le manuel comme un fou ». Il part donc pendant un an dans les quatre coins de la France pour tourner les images de ces reportages, « La meilleure école » se souviendra t-il en 1990.

  Laurent Boutonnat qui a alors vingt ans se lance dans une nouvelle aventure où il utilisera ses facultés d’écriture et son expérience récente dans le journalisme. C’est l’époque où, remis de l’échec de Ballade de la féconductrice, il multiplie les projets. Toujours avec le sens du subversif et son goût du morbide, il entreprend des recherches pour l’écriture un livre sur l’infanticide. Un ami, Jérôme Dahan fait partie du projet. Parallèlement à cela il réalise des publicités télévisées. Laurent tourne plusieurs spots et s’associe à un producteur du circuit Parafrance. Celui-ci lui proposera de tourner un film d’horreur en deux semaines pour un budget de deux cents trente mille Euros. Suite à des désaccords du fait du producteur, le projet ne verra jamais le jour. C’est à cette période que Boutonnat reprend le script de Giorgino à zéro. Un soir, alors qu’il est accompagné de son ami Jérôme Dahan, il décide d’écrire avec lui les paroles d’une chanson ayant trait à cette enfance qui le hante tant. Le lendemain Jérôme Dahan écrit la musique et le résultat ne leur déplait pas. Ils viennent d’écrire Maman à tort, qui deviendra un petit succès de l’été 1984. Laurent Boutonnat laisse peu à peu de côté le sulfureux livre sur l’infanticide qui ne verra finalement jamais le jour. Les paroles de la chanson fraîchement écrite qui évoquent la folie, l’abandon et le saphisme seraient encore plus explosives dans la bouche d’une enfant. Après une tentative avec une jeune fille de quinze ans qui pose trop de problèmes juridiques avec la D.D.A.S.S, Jérôme Dahan et Laurent Boutonnat organisent un casting où se présentent une cinquantaine de jeunes filles majeures dont la future chanteuse Mylène Farmer, alors âgée de vingt et un ans. Laurent Boutonnat la choisie immédiatement, sans même l’avoir entendue chanter, à cause de son air « psychotique ». C’est suite aux problèmes se posant pour monter le clip de Maman à tort (1984) que Laurent Boutonnat envisage le clip comme seul moyen à court terme de faire du cinéma. Il sait aussi qu’il lui faudra financer lui-même ses projets s’il veut avoir les moyens nécessaires pour les réaliser. Durant la promotion de Maman à tort, Laurent Boutonnat retourne ponctuellement au documentaire en réalisant pour l’Education Nationale Parents… si vous saviez, reportage fictionnalisant de douze minutes sur le rôle de la parentalité. Le duo Dahan-Boutonnat écrira 10 mois plus tard deux autres chansons : On est tous des Imbéciles ne se fera remarquer que grâce à la morbidité de sa face B. Signée Boutonnat, L’Annonciation évoque le viol par le truchement d’une imagerie évangélique.

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 Décidément abonné à l’insuccès systématique de ce qu’il entreprend, Laurent Boutonnat se voit renvoyé de la maison de disques R.C.A. pour laquelle il avait pourtant fini de préparer un album. Laurent Boutonnat se sépare de Jérôme Dahan avec lequel il est en désaccord sur la suite à donner à la carrière de la chanteuse dont ils s’occupaient. Comme rattrapé par la chance, Boutonnat est contacté par Alain Levy qui vient de créer la maison de disque Polydor. Ce label français appartenant à l’Américain Polygram veut tout miser sur la chanson française et signe directement Mylène Farmer et Laurent Boutonnat pour trois albums, alors qu’ils n’assurent pas encore de réels succès commerciaux fiables. Le premier d’entre eux est Cendres de Lune en 1986, entièrement conçu, produit et arrangé par Boutonnat. Il en signe la composition, presque toutes les paroles et la pochette, pour poser les bases d’un climat. Cendres de lune est un laboratoire de boites à rythme, d’échantillonnages194, avec des inserts de chants grégoriens, et dont l’originalité a été saluée par le magazine musical Rock & Folk car il fait cohabiter morceaux avant-gardistes et variété populaire :

 

« Si les paroles sont plutôt du genre la Comtesse de Ségur qui aurait enfin décidé de parler de ce que font vraiment les petites filles modèles, la musique est elle aussi bien ficelée […] Cendres de Lune très court morceau à la limite de l’expérimental et du franchement morbide. Enfin, Vieux Bouc […] suit la même direction, avec ses voix sataniques ricanant en contrepoint qui évoquent une version musicale du Tour d’Ecrou sur fond de messe noire et d’âme en peine et de Lolitas grimaçantes. Tout cela est assez rare et original »

  C’est alors que Boutonnat se décide à monter son deuxième long-métrage à partir du script de Giorgino. Il en commence la préparation, mais son récent succès inattendu dans la production musicale l’occupera trop pour finaliser ce projet. En 1987 Laurent Boutonnat entame l’écriture du deuxième album Ainsi soit-je qui sortira à la fin de la même année. Il crée pour l’occasion sa première société de production discographique: Toutankhamon S.A. Le clip du premier extrait Sans Contrefaçon passera en exclusivité à la télévision le soir du réveillon 1988. Suivront le clip d’Ainsi soit-je et surtout Pourvu qu’elles soient douces. Le clip, qui a coûté deux millions de Francs sera d’ailleurs nommé aux Victoires de la musique de 1988. Il en co-écrit l’histoire avec le scénariste Gilles Laurent, auquel il présentera le synopsis de Giorgino ébauché à dix-huit ans. Tous deux travailleront  sa réécriture pendant quatre ans. C’est avec Gilles Laurent que Boutonnat écrira le scénario de Sans Logique, et surtout concevra le spectacle dont la tournée et le film sont déjà en projet en 1988. 

Depuis que le cinéaste produit lui-même ses courts-métrages, il peut se permettre des budgets colossaux, comme celui nécessaire à la réalisation de Sans Logique (1989) qui aura nécessité un aménagement coûteux des studios d’Arpajon. C’est avec le même système de financement qu’il produira la tournée qui va lui permettre de sublimer son univers en l’extrapolant sur une scène. C’est notamment pour cela qu’il crée le 19 janvier 1989 la société Heathcliff S.A. qui lui permettra de produire la tournée et ses prochains films. Après un essai transformé à Saint-Étienne puis deux semaines au Palais Des Sports de Paris, le spectacle parcourra la France en 60 dates dont deux au Palais Omnisports de Paris-Bercy. Laurent Boutonnat, au delà de la mise en scène et des arrangements, pense au film qu’il tirera de cette tournée. Il crée le 26 octobre 1989 à l’occasion de la sortie du double album En concert une société d’édition phonographique « Requiem Publishing » qui édite depuis, toutes les productions de Boutonnat sans exception. La sortie en salles et sur vidéo du film du spectacle se fera finalement le 25 septembre 1990. Suite à la sortie de En concert, Laurent Boutonnat écrit les dix musiques du prochain album de Mylène Farmer: L’Autre. Il profite du tournage de Désenchantée et de Regrets en Hongrie en février 1991 pour faire des repérages pour Giorgino avec le décorateur Pierre Guffroy. Se consacrant essentiellement à la préparation du long-métrage, les années 1992 et 1993 verront débuter le tournage des scènes d’extérieur du film dans le parc slovaque des Tatras auxquelles suivront les plans d’intérieur aux studios Barrendov de Prague.

 

En mai 1993, le montage et l’écriture de la musique succèderont au tournage. Laurent retournera pour l’occasion dans l’État Tchèque pour en enregistrer la musique. L’exceptionnelle longueur de la post-production due en partie au perfectionnisme de son auteur s’achèvera en août 1994. Après 8 années de travail, Giorgino sort enfin sur les écrans le 5 octobre 1994. Abattu par la critique et sorti au mauvais moment, le film est un échec.

 

 Décidément décisif dans la carrière de Boutonnat, l’échec le conduit à des revirements complets. Celui de Giorgino sera de trop, plongeant son auteur dans le désespoir le plus profond. Après un an sans nouvelle production, qu’elle soit musicale ou audiovisuelle, la suite de son travail montrera une absence totale de continuité. Laurent Boutonnat composera onze musiques pour l’album Anamorphosée annonçant le retour de son interprète fétiche. Suite à ça il co réalisera un autre film de concert Live à Bercy avec François Hanss, son assistant de longue date. 

Le succès commercial de ce film (pourtant uniquement exploité en circuit de cassettes vidéos) n’aura d’égal que l’échec artistique que nous seront forcés de constater. Les nombreux faux raccords involontaires et la superficialité affichée de l’imagerie renient outrageusement le perfectionnisme dont Boutonnat était autrefois capable. Laurent Boutonnat refuse depuis toute interview et toute diffusion de Giorgino, voulant visiblement faire de son long métrage un film maudit. Le film sera tout de même contractuellement diffusé en novembre 1995 sur la chaîne Canal Plus, qui participa à sa production. Boutonnat attendra 1997 avant de reprendre réellement la caméra pour l’ancienne actrice Nathalie Cardone, sa nouvelle égérie avec laquelle il réalisera quatre clips. Il crée pour elle une société de production le 19 juin 1997 : « Calliphora S.A. » et laisse peu à peu en désuétude les sociétés Heathcliff S.A. et Toutankhamon qui cessera même ses activités en 1997. En mai 1999 sort l’album de Mylène Farmer Innamoramento comportant treize titres dont neuf composés par Laurent Boutonnat, mais il n’en signera aucun clip. Le 10 mai 2000 il étend toutefois ses activités financières en fondant LB Société Civile Immobilière qui s’occupe d’achat et de location de biens immobiliers.

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 L’échec qui accompagna toute la carrière de Boutonnat provoqua chez lui deux réactions contraires selon les époques. Alors que son insuccès dans le cinéma l’incita dans sa jeunesse à persévérer dans la voie cinématographique, il ne put se remettre du fiasco commercial de Giorgino qui le fit stopper toute réalisation ambitieuse. Aujourd’hui  Mylène Farmer et Laurent Boutonnat dirigent toujours la société d’éditions phonographiques Requiem Publishing qui produira en mai 2000 une nouvelle chanteuse pour adolescents : Alizée. Laurent Boutonnat écrira pour elle les chansons de ses deux albums et tournera trois clips : Moi… Lolita, Parler tout bas et J’ai pas vingt ans. Ayant cessé sa collaboration avec Nathalie Cardone, il continue néanmoins la composition des chansons de Farmer et réalisera même pour elle deux derniers clips Les Mots et Pardonne-moi, renouant une dernière fois avec leur univers des années 80. En mars 2001 sortent pour la seconde fois sur support numérique l’intégrale des clips que Laurent Boutonnat a tournés pour elle.

 

EXTRAIT DU LIVRE DE Jodel Saint-Marc  « Le Clip en tant qu’œuvre Cinématographique / aux éditions Sorbonne Nouvelle en août 2003

 

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LONGUE INTERVIEW INÉDITE de Mylène FARMER

Posté par francesca7 le 15 juin 2014

 

ÉTÉ 1987

radio-02-cLe contexte de cette interview est assez flou. Sortie des archives de Bertrand LePage (qui accompagne Mylène pendant cet entretien) dans la deuxième moitié des années 1990, elle était à l’évidence prévue pour la presse, puisque lorsque l’enregistrement démarre, on entend Mylène orienter le journaliste vers Polydor pour récupérer des photos, et le journaliste parle d’article. Néanmoins, elle n’a jamais paru nulle part, et c’est donc l’enregistrement sonore brut dont nous disposons, avec tout ce qu’il faut de bruits d’ambiance, puisque l’entretien est réalisé dans un café. A ce jour, nous sommes malheureusement incapables de déterminer la publication à laquelle cette interview était destinée, ni l’identité de l’interlocuteur de Mylène.

Mylène Farmer, vous rentrez en force dans le Top 50 avec « Tristana », votre nouveau 45-trs. En fait, c’est une continuité après « Libertine », une continuité de succès. Qu’est-ce qui s’est passé ? Pourquoi après trois ans, vous vous mettez à cartonner vraiment, d’après vous ? C’est un changement de style, un changement d’équipe, un changement de vision ?

MF : (rires) Il n’y a eu ni changement de style, ni changement d’équipe ! C’est un concours de circonstances, des chansons qui arrivent au bon moment. C’est la seule réponse que je peux formuler.

Comment êtes-vous arrivée dans la chanson ? Et comment vous avez pu faire votre premier 45-trs, « Maman a Tort » ?

MF : J’ai rencontré une personne qui s’appelle Laurent Boutonnat, et qui était compositeur et qui m’a proposé la première chanson, qui s’appelait « Maman a Tort ».

Est-ce qu’avec ce texte, qui peut porter un petit peu à contradiction, vous n’avez pas eu peur de choquer un petit peu les médias ou le public ?

MF : On n’a jamais peur de choquer les médias quand on prend le parti de chanter une chanson comme « Maman a Tort ». C’est avant tout un plaisir et puis après, c’est des réactions successives.

Toujours dans l’ordre chronologique, j’aimerais qu’on examine le deuxième 45-trs, « On est Tous des Imbéciles ». Parlez-nous de ce texte que j’aime beaucoup.

MF : Vous parler du texte… Hé bien, nous sommes tous des imbéciles, ce qui nous sauve c’est le style ! C’est toujours ce que j’ai pensé ! (rires)

C’est à partir du troisième que vous avez commencez à miser, je dirais, sur le vidéo-clip en fait, énormément puisqu’il était formidablement bien réalisé…

MF : A miser, c’est-à-dire que non. Sur « Maman a Tort », on avait fait un clip mais on avait à l’époque très, très peu de moyens. C’était déjà Laurent qui l’avait…je ne trouve plus le mot ! Enfin bref, tourné. (rires) Sur « On est Tous des Imbéciles », étant donné le déroulement de la chanson qui avait bien marché médiatiquement, mais pas du tout au niveau des ventes, c’était difficile d’envisager un clip. Et sur « Plus Grandir », c’était l’occasion, puisque là c’était une nouvelle maison de disques, donc d’autres horizons et effectivement, le premier clip réellement personnalisé.

Avec « Plus Grandir », vous avez abordez un petit peu le thème du désespoir. Bon, on retrouve le désespoir, je trouve, dans « Tristana ». C’est quelque chose qui vous correspond ?

MF : Je suis une femme désespérée, le saviez-vous ? (rires)

Désespérée de quoi ?

MF : Non, on ne peut pas parler comme ça. De même qu’il y a des thèmes qui m’attirent, comme la mort, c’est vrai que le désespoir est…Et puis c’est trop compliqué à expliquer déjà ici ! Je ne sais pas, c’est une angoisse permanente, oui, de la vie, de plein, plein de choses…

Vous avez peur de vieillir ? Vous êtes obsédée par le temps qui passe ?

MF : Pas réellement. Pas dit dans ces termes-là. C’est-à-dire tout le monde a peur de vieillir, mais c’est pas,moi, ce qui m’obsède, non. C’est peur de la mort plutôt, peur de beaucoup de choses… Oui, je pense être une personne angoissée, mais certains jours sont formidables ! (rires)

Entre les deux, il y a eu « Libertine ». Là, certaines critiques ont dit que c’était de la provocation. Vous jugez ça en ces termes ?

MF : Moi, je vais vous répondre par autre chose : c’est que la critique, je m’en moque éperdument. Que ce soit de la provocation, c’est la même chose que « Maman a Tort », qu’ « On est Tous des Imbéciles » : c’est un choix. C’est surtout des choses qui n’ont peut-être pas déjà été dites jusqu’alors, qui moi m’amusent.

Comment le thème de cette chanson est venu ?

MF : J’avoue que c’est venu un petit peu subitement. On était en studio, sur la musique qui était déjà enregistrée. Vous savez, on fait du yaourt pour essayer de mettre en place une voix, et j’ai dû dire « Je suis une catin » comme ça, et puis de ça est née cette chanson ! (elle pouffe)

Et puis, il y a eu à partir de là l’explosion avec le vidéo-clip. Je pense qu’on peut dire jusque-là -bon je n’ai pas vu le dernier- c’est le meilleur vidéo-clip. Je crois qu’il a fallu justement assez peu de moyens contrairement à ce qu’on pense, enfin tout est relatif, pour le réaliser.

MF : Oui, tout est relatif. C’est vrai qu’on nous a prêté beaucoup plus de moyens qu’il y en a eu parce que je pense qu’à l’image, le résultat pouvait ressembler à beaucoup, beaucoup de moyens certainement. Mais ça, c’est le talent certainement du réalisateur et d’une équipe aussi qui l’entourait. Et quant au suivant, c’est quelque chose de totalement différent qui est encore plus orienté sur le cinéma et que moi, j’avoue… Non, j’allais dire une bêtise, je l’aime autant que « Libertine », mais c’est… Il faut le voir, quoi ! C’est difficile aussi d’en parler…

Lorsqu’on dit que le succès de « Libertine » est venu grâce à ce vidéo-clip, vous êtes d’accord ?

MF : Je crois qu’on peut dire à 70%, c’est quelque chose, oui, qui a provoqué un intérêt certain. Bon, c’est vrai qu’il y a eu TV6 qui a énormément aidé cette promotion et qu’effectivement du jour où est né ce clip, il y a eu des ventes immédiates. Donc on peut dire que le clip a beaucoup aidé, en tout cas a beaucoup aidé ma personne.

Au niveau de « Tristana », vous avez fait de nombreuses télévisions avec une superbe chorégraphie.

Comment l’idée est venue ? Comment s’est faite la mise en place de cette équipe ?

MF : (soupir) Ca, c’est des choses toujours assez subites, en fait. On a toujours l’impression que les artistes, c’est vrai, travaillent. Ca, c’est évident… Sur « Tristana », quand la chanson est née, quand elle a été enregistrée, après moi, je me suis posé le problème de comment la promouvoir. J’ai tout de suite pensé à deux personnes derrière moi. Je préférais deux personnes féminines, mais qui n’avaient pas le prototype des danseuses qu’on voit en télévision. De même que la chorégraphie, que j’ai faite donc, je la voulais très visuelle, mais très proche de l’ambiance de la chanson. C’est-à-dire, pour moi, qui évoque un petit peu la Russie, une ambiance un peu slave, donc je voulais, comme ça, des espèces d’oiseaux noirs derrière moi, un peu rigides… Voilà comment ça s’est imaginé. Et puis après, ma foi, c’est un peu du travail quand même !

Apparemment, c’est vous qui décidez de la façon de mener votre carrière, puisque vous dites « J’ai décidé, j’ai voulu… ». Y a pas de producteur, une équipe qui fait pression autour de vous, derrière ?

MF : Je sais pas… Moi, c’est toujours quelque chose qui me fait un peu sourire. Des pressions… Je veux dire, ou on envisage une carrière et on est complètement, effectivement, manipulée et je trouve ça un peu dommage. Moi, je travaille de très, très près avec Laurent, je travaille avec lui -Laurent Boutonnat. J’ai quelques personnes autour de moi, la personne que vous voyez et qui est Bertrand, qui est mon manager. Y a aussi une maison de disques, mais eux, si vous voulez, ce sont les porte-parole un peu d’un chanteur. ‘J’ai décidé’, c’est-à-dire que moi, sur les chorégraphies, effectivement à chacun son métier, c’est ça que je veux dire. Laurent, quand lui construit un scénario, moi j’ai un droit de regard, il est évident. Je dis ‘Ca, ce serait bien…’ parce qu’on est, je pense, des êtres relativement intelligents. Mais je ne me mêle pas ni de la mise en scène, parce que ce n’est pas mon métier, ni de la mise en image. Donc voilà, je crois que chacun sa place. C’est un peu ce qu’on mélange en France, je trouve. C’est-à-dire qu’on s’imagine être des être exceptionnels dans tous les domaines. Et ça, c’est une erreur.

Parlons maintenant de votre look. Bon, au niveau des deux premiers 45-trs, il était assez sage, assez je dirais banal, sans que ça soit péjoratif. Et puis après, il y a eu un revirement total avec apparemment, vous avez les cheveux d’une différente couleur, vous avez un look totalement différent…

MF : Ca doit certainement être très explicable. Quand on dit ‘un métier qu’on apprend’, certainement… C’est-à-dire que sur « Libertine », quand on parle d’osmose, c’est aussi quelque chose qui s’est produit. C’est-à-dire effectivement, il y a eu le clip, tout de suite il y a eu, bon, une chanson qui a quand même marché assez facilement, même si c’est le clip qui a provoqué après les grosses cadences. Que moi effectivement, l’époque de cette chanson, puisqu’on l’avait située dans le libertinage, j’aime tellement les costumes, que ça a été tout de suite évident pour moi de mettre cet uniforme. Et après, ben voilà c’est « Maman a Tort », c’est « On est Tous des Imbéciles » et « Plus Grandir » qui ont fait que « Libertine » a existé de cette façon. Ca, c’est évident !

Est-ce que vous n’avez pas dans votre tête, quelque part, des projets, à plus ou moins long terme, cinématographiques ?

MF : Non, pas des projets -si ce n’est celui que j’ai depuis assez petite, c’est de jouer un jour dans un film. Mais là aussi, beaucoup de prétention : pas dans n’importe lequel. C’est pour ça que je n’ai pas commencé d’ailleurs cette carrière, même depuis la chanson, où j’ai eu quelques propositions. Vous imaginez le genre de propositions… ! (elle pouffe) Donc, oui, c’est quelque chose que je laisse dans le coin de mon esprit, que j’ai vraiment envie de réaliser. C’est vrai que si Laurent, un jour, réalise un long-métrage, ce qui pourrait être assez précis maintenant, ce serait la personne avec qui j’aimerais tourner. Y en a quelques-uns d’autres, mais très peu…

Parlez-moi de l’album que vous avez fait l’année dernière, de votre premier album, des chansons, des thèmes abordés ?

MF : Ben, moi, je vais vous faire un exposé très scolaire ! Il y a quoi ? je crois dix chansons, donc les 45-trs qui sont inclus dedans. Il y a une chanson qui s’appelle « Chloé », qui parle de la cruauté des enfants, qui est traitée d’une façon un peu comptine satanique. Une autre chanson qui s’appelle « Vieux Bouc », qui parle du diable et qui est un peu humoristique aussi. Il y a « Au bout de la Nuit », qui fait la face B de « Tristana », donc, le dernier 45-trs, qui là traite un peu du désespoir, un peu de… J’ai du mal à mettre des étiquettes, parce qu’une chanson -ce dont on m’avait fait d’ailleurs le reproche- ne parle pas de ax+b et de ‘je prends mon petit crème le matin’, donc c’est également difficile de l’expliquer. Si ce n’est qu’il y a, je l’espère, une ambiance générale, enfin un thème général en tout cas. Qu’est ce qu’il y a d’autre, je ne sais plus ! (rires) Il faudrait avoir le 33-trs sous les yeux , là, j’avoue…

Quels sont les traits essentiels de votre personnalité en tant que chanteuse ? J’ai l’impression par exemple, à première vue, qu’il y a un côté pudique assez maqué chez vous. Est-ce que c’est vrai ?

MF : Oui… Je suis quelqu’un, je pense, de pudique, ce qui doit vous sembler un paradoxe, quand on chante « Libertine » ou « Maman a tort », mais c’est un métier paradoxal, et moi je crois avoir une personnalité certainement paradoxale, mais comme beaucoup de personnes. C’est des choses qui n’ont rien à voir finalement entre elles. On peut avoir beaucoup de pudeur et à la fois être excentrique à certains moments.

J’ai l’impression que vous n’êtes pas le genre de chanteuse à pavoiser dans des cocktails mondains ou des choses comme ça…

MF : Je pense que vous avez vu juste ! (rire franc) Non, je n’aime pas ça, je n’ai jamais aimé ça et je crois que je n’aimerai jamais ça !

Parlez-nous maintenant de la scène : quand est-ce qu’il y aura une scène parisienne, comme l’Olympia ou quelque chose comme ça ? Comment vous voyez votre spectacle ?

MF : Je ne sais pas encore, ni en ce qui concerne la date, parce que c’est pas encore quelque chose qu’on a fixé. C’est quelque chose que je pense beaucoup. Quant à la mise en scène…(soupir) Je vais vous dire des choses un peu imprécises, si ce n’est que je voudrais un spectacle visuel, essayer peut-être de mêler un peu du théâtre, mais un regard très, très loin, ça fait toujours un peu peur (rire nerveux)… J’avoue que j’en sais rien, mais c’est quelque chose que j’aimerais beaucoup faire.

Depuis trois ans, qu’est-ce qui vous a marqué dans ce métier ? Est-ce qu’il y a des choses qui vous ont déplu, qui vous ont plu ?

MF : Tout m’a marqué, parce que, sans dire de bêtises, je crois que tous les jours on apprend ou on désapprend quelque chose. Mais en tout cas, il se passe quelque chose. Ha si ! une généralité : c’est que concernant vraiment le groupuscule ‘show -business’, c’est-à-dire que ce soient les producteurs d’émissions, les programmateurs, les gens de télé, les gens des médias sont des gens, qui ont essayé d’installer une, comment dire, une espèce de loi qu’ils ont créée et qu’ils ne respectent pas eux-mêmes, voilà. C’est-à-dire qu’ils ont créé un Top 50 qui veut dire des ventes de disques, qui voudrait dire donc des programmations obligatoires à la télévision, qui voudrait dire un certain respect malgré tout de l’artiste, et que quelque fois, eux, manquent un peu d’intégrité par rapport à ça. Mais c’est quelque chose qui ne m’étonne pas vraiment ! Mais voilà, moi, la chose qui m’a le plus pas bouleversée, mais qui m’a confortée, en fait, dans mon idée. C’est-à-dire, à mon avis, un manque de talent général et manque d’intégrité, tout simplement.

Vous évoquiez le Top 50, c’est quelque chose de regrettable pour vous ? Le fait…

MF : (elle l’interrompt) Non, bien sûr que non. Chacun a sa chance un jour. C’est-à-dire qu’autant sur « Plus Grandir », je n’ai pas goûté les délices du Top 50, sur « Libertine », ce sont des références maintenant qui sont établies pour les jeunes, c’est évident, ça, on ne peut pas faire abstraction. Donc quand on est dedans, on est ravi, parce que ça engendre plein de choses. Le Top 50, je m’en fous, moi, à la limite ! Mais parce que ça existe et qu’il faut exister avec. Voilà, point final !

Le problème, c’est que c’est peut-être plus dur, dans la mesure où une carrière marche ou ne marche pas suivant l’entrée d’une chanson au Top 50, ou pas.

Mylene FARMER 1987 Credit : Caprio /DALLEMF : C’est le drame de ce métier, maintenant. C’est qu’effectivement les gens, enfin toujours ces gens des médias -je ne sais pas pourquoi, quand je dis ça, j’ai toujours l’impression de voir les corbeaux d’Hitchcock, vous voyez ? -ces gens-là ne pensent plus du tout, effectivement, ni ‘carrière’, ni ‘continuité’ à la limite. Mais ça, c’est encore une minorité finalement, parce qu’on se rend compte aussi, qu’il y a quand même des gens qui, derrière, vous suivent depuis un moment. Mais ces gens-là, on ne les rencontre pas forcément en temps et en heure. Voilà, c’est le drame de ce métier : c’est que maintenant, n’importe qui, n’importe quand peut faire un million de disques et demain ne plus exister, et que ça ne dérange a priori personne, puisque tous les jours, il y en a un qui sort, et tous les jours y en a un qui meurt.

Une fois, dans un journal, vous avez dit que vous aviez plus d’admiration pour un homme de science que pour un chanteur. C’est vrai ?

MF : Oui, je confirme. Ca n’a rien de méchant, une fois de plus, ni de venimeux. C’est quelque chose qui existe. J’ai plus de fascination, c’est vrai, pour quelqu’un dit intellectuel mais sans, moi, prétention de ma part, c’est-à-dire pour quelqu’un qui…je ne sais pas, j’ai plus la fascination d’un grand metteur en scène, d’un grand écrivain, d’un savant, ces métiers-là. Des gens qui, je ne sais pas, qui construisent réellement, qui ont l’essence de cette construction, que les chanteurs n’ont pas. La preuve, je veux dire tous les jours vous rencontrez des chanteurs et tous les jours vous ne découvrez pas des, je sais pas, des gens bouleversants, des gens incroyables, parce que malgré tout… Mais comme l’acteur : il y a une race d’acteurs qui est certainement prodigieuse, enfin on les remarque aussi à l’écran, voilà c’est ça que je veux dire ! Les chanteurs prodigieux, on les remarque aussi à l’écran. Voilà…Une fois de plus, là, je suis spectateur quand je dis ça. C’est pas moi, m’insérer parmi un groupe ou un autre ? C’est toujours délicat. Mais c’est normal, c’est vrai que ça n’est pas… Personne ne m’a étonnée dans ce milieu.

Comment situez-vous votre public ? Est-ce que vous avez des rapports avec lui, des rapports à travers les lettres que vous recevez, peut-être ?

MF : Bien sûr, le courrier, que j’aime beaucoup. J’ai pas mal de courrier, je pense. Il y a des lettres qui sont passionnantes, qui sont bouleversantes, qui sont même très étonnantes quelques fois ! Là, je pourrais dire un peu la couleur des personnes qui m’entourent, c’est malheureusement des gens un petit peu désespérés, un peu névrosés. Il y en a d’autres aussi qui écrivent à tous les chanteurs et qui veulent le sempiternel autographe, ce qui est charmant d’ailleurs, mais-là, je ne peux pas donner la couleur. Sinon, je sais pas bien.

Je sais pas bien encore. Je crois qu’on s’en rend compte réellement dans un spectacle, dans une salle : là, on voit bien qu’il y a une dominante de 14-15 ans ou de personnes plus âgées. J’en sais rien…

C’est quand même fascinant, je trouve, d’être un chanteur et d’avoir un impact sur un public, d’être l’idole d’un public…

MF : Oui…C’est-à-dire, voilà le genre de choses qui sont presque inexprimables mais qui sont un peu traumatisantes, mais aussi dans le bon sens, mais traumatisantes parce qu’inexplicables, parce qu’une personne pourra… Moi, il y a deux, trois personnes qui me suivent à chaque fois que j’ai un enregistrement télévisé, ils seront là, en début, en fin d’émission, ce qui veut dire qu’ils auront attendu dehors, sur le trottoir pendant près de trois heures, quatre heures parfois, qui sont prêts à venir à Cannes…Bon, ce sont des choses qui sont tellement incroyables. Et à ces personnes, on demande une espèce d’attention envers elles, qu’est-ce qu’elles font dans la vie et ces personnes se vexent, car elles disent, ‘Mais c’est pas parce que je suis là que je ne fais rien de ma vie !’. C’est bizarre…

Est-ce que c’est pas dur, d’avoir comme ça une, j’allais dire une ‘cour’, une cour de fans ? Est-ce que c’’est pas gênant ? On n’est pas toujours enclin à répondre à ces gens…

MF : C’est toujours la peur d’être maladroit, d’être tout simplement absent. Et c’est difficile aussi d’être toujours présent. On sait que ces gens-là ont une demande momentanée, puisqu’ils ou vous rencontrent dans la rue ou vous rencontrent lors d’un spectacle et que vous, vous venez pour eux, mais pour eux dans une majorité, pas pour une personne. Moi j’ai toujours peur, oui, de froisser et c’est quelque chose d’un peu traumatisant aussi et c’est pour ça que…

Vous pensez déjà avoir froissé un admirateur ou quelqu’un qui vous demande… ?

MF : Je crois pas, car j’ai toujours fait très attention, étant moi-même un peu… (rire gêné) J’ai pas une sensibilité à fleur de peau, c’est quelque chose auquel je fais attention. Mais certainement j’en ai froissé, certainement. Mais je ne sais pas, là !

Revenons à ‘l’examen’ de votre carrière : pourquoi une rupture entre RCA et Polydor, entre je ne sais plus quel disque ?

MF : C’était sur « On est Tous des Imbéciles ». Parce que c’est… (soupir) J’ai pas du tout envie de faire le procès d’une maison de disques. Il se trouve qu’une maison de disques nous a fait un appel du pied, que c’était une maison qui allait naître, puisqu’elle avait un nouveau directeur, que RCA avait prouvé certaines choses, mais certainement dans le mauvais sens aussi : leur capacité ou au moins leur envie de m’aider. Et voilà, ce sont les choses de la vie et tant mieux que ça se soit passé comme ça, parce que il y avait un sang neuf chez Polydor certainement, il y avait un directeur jeune, qui a voulu lui aussi prouver des choses et ça, c’est important.

Revenons en guise de conclusion à votre personnalité. Je crois que vous êtes quelqu’un qui aime beaucoup les animaux, puisqu’apparemment, il y a beaucoup de photos de vous qui sont parues dans la presse en compagnie d’un petit singe, notamment . Parlez-nous en…

MF : De mon petit singe ?! C’est vrai que j’ai une passion pour les animaux, mais spécialement pour les singes.  Vous dire pourquoi…Je vous mettrai un singe en face de vous, si ce n’est les singes qu’on voit au zoo, mais vraiment près de vous…La première chose, c’est qu’un singe a quatre mains et que c’est très important. Un chat, moi que j’adore, n’a pas non plus la faculté de porter les choses, d’écrire, de faire des gestes, qui certainement vous copie, que c’est un regard qui est tellement intelligent, mais qui est déconcertant aussi ! Je sais pas, ça a un caractère fascinant, le singe…

2014 MONKEY ME

C’est un animal coléreux…

MF : C’est épouvantable ! C’est-à-dire, oui, c’est coléreux, c’est caractériel. Mais c’est génial, vraiment ! (rires)

Vous avez des ‘prises de bec’ avec votre singe régulièrement ?

MF : Oui, régulièrement, d’autant qu’il a des périodes de chaleurs -comme tous les animaux- et j’avoue que le singe, je crois, c’est l’animal le plus énervant qui soit quand il a ses chaleurs ! C’est-à-dire qu’il est ; enfin, le mien en tout cas, cette race de capucin couine pendant trois jours -parce que ça dure à peu près 3-4 jours, ça dépend de la grosseur des chaleurs- va couiner, va vous regarder, va vous énerver, va prendre des objets si on ne s’occupe pas de lui et va les taper très, très fort pour qu’on le regarde…Enfin c’est épouvantable ! J’en ferais bien un civet de lapin, un civet de singe plutôt ! (rires)

Très bien, je vous remercie !

Publié dans Mylène 1987 - 1988, Mylène en INTERVIEW | Pas de Commentaires »

Les aides Associatives de la part de Mylène Farmer

Posté par francesca7 le 24 mai 2014

 

CMylène Farmer reste très discrète quand il s’agit d’apporter sa renommée pour l’aide d’association. Pourtant, sans être médiatique, son action reste néanmoins présente et très concrète. Toutes les sommes d’argent qu’elle touche en dommages et intérêts suite à ses procès contre la presse people sont reversées à des associations. Régulièrement, les Enfoirés reprennent les tubes de Mylène Farmer. Sans participer à ces soirées caritatives, Mylène cède ses droits sur ses titres : Libertine et Sans contrefaçon en 2002,Moi… Lolita et Rêver en 2002, C’est une belle journée en 2003, Désenchantée en 2005 et Pourvu qu’elles soient douces en 2006.

D’aucune manière, Mylène ne cherche à tirer profit de ses actions caritatives.

 

Eventail Amour de Soie – mai 2009

mylene farmerPour sa tournée 2009, Mylène Farmer a proposé à la vente, comme merchandising, un éventail fabriqué par les artisans d’un village du Vietnam. L’éventail est en papier et tous les bénéfices de la vente sont reversés au profit de l’Association Amour de soie… et des autres. Grâce à cette assiocation de nombreux enfants seront scolarisés, avec en prime une vélo offert.
Responsabiliser et valoriser les femmes par le travail, leur donner accès à l’éducation, leur permettre de sortir du cycle de la pauvreté, c’est le défi que se propose de relever humblement Amour de soie… et des autres.

 

 

AIDES – décembre 2008

mylene farmerSamedi 13 décembre 2008 était organisé à l’hôtel Intercontinental une vente aux enchères au profit de AIDES, association contre le Sida. De nombreux créateurs et personnalités ont offert à la vente des objets personnels. Carla Bruni a fait don d’une magnifique robe Dior et Mylène Farmer a proposé une illustration originale de Lonely Lisa. Son dessin s’est envolé à 1500 euros.

 

Autistes sans frontières – mai 2006

Mylène Farmer et Franck Sorbier ont signé un t-shirt mis en vente au profit de l’Association Autistes Sans Frontières. Ce t-shirt tiré à 40.000 exemplaires a été vendu dans les 200 boutiques Sephora en France au prix de 15 euros.
mylene farmer
Il s’agit d’une création de Franck Sorbier et Mylène Farmer, puisque le t-shirt représente un dessin d’une des tenues du dernier spectacle de Mylène Farmer.

Communiqué de presse
Il était une fois, une belle histoire pour une belle cause. Mylène Farmer et Franck Sorbier réunis à nouveau pour l’Association Autistes Sans Frontières, ont illustré un tee-shirt qui sera mis en vente au profit de l’association dans les boutiques Séphora en mai 2006. Dans un univers graphique ludique noir et blanc, une figurine habillée d’un costume conçu et réalisé par Franck Sorbier pour le dernier concert de Mylène Farmer, Avant que l’ombre… à Bercy 2006, apportera un moment de bonheur et de douceur pour l’Association Autistes Sans Frontières.
Le site : Autiste sans frontière.

Autistes Sans Frontières finance des dispositifs d’accompagnement permettant d’intégrer des enfants autistes à l’écoleordinaire.

 

AFIPA – avril 2006

L’AFIPA (Association Française et Internationale de Protection Animale) a mis aux enchères, du 30 mars au 8 avril 2006, sur le site www.aucland.fr, des objets ayant appartenu à des célébrités. Mylène, qui mettait aux enchères un morceau du décor des concerts Avant que l’ombre… (ainsi qu’un programme dédicacé) a été la grande gagnante de ce Trophées de star, puisque l’objet a été adjugé à 5850 euros ! Bravo à FRED1969 l’heureux gagnant.

mylene farmer

L’AFIPA (Association Française et Internationale de Protection Animale) est née en 2001. Initialement défendant la cause animale, l’Association se spécialise très rapidement dans la lutte contre la fourrure d’animaux domestiques, à savoir la fourrure de chien et de chat.
Les autres donateurs

Dépèche AFP
Des célébrités mettent des objets personnels aux enchères pour lutter contre la fourrure – Isabelle Adjani, Nathalie Baye, Mylène Farmer ou Arielle Dombasle : une quinzaine de personnalités offrent aux enchères des effets personnels sur le site aucland.fr, à partir de ce jeudi et jusqu’au 30 avril, au profit de l’Association internationale de protection animale (AFIPA).
Nous avons rencontré beaucoup de sympathie de la part de personnalités, hommes et femmes de coeur, qui ont soutenu notre action contre la commercialisation de fourrures de chats et de chiens ou qui nous suivent plus généralement dans notre combat contre la fourrure explique Nicolas Biscaye, directeur de l’AFIPA.
L’association entend faire pression auprès du gouvernement pour qu’il modifie le décret relatif à l’étiquetage de la fourrure et plus particulièrement auprès de Thierry Breton afin que soient mentionnés sur les étiquettes le nom commercial, le nom scientifique, la méthode d’abattage et le pays de provenance de l’animal abattu.
- Isabelle Adjani propose la robe du soir en mousseline de soie rouge signée Tom Ford pour Yves Saint Laurent, portée dans le film La Repentie.
- Tina Arena se sépare du double disque d’or 500 choristes qu’elle a reçu en 2005.
- Mylène Farmer offre un élément du décor de son dernier spectacle à Bercy, authentifié, ainsi qu’un programme dédicacé.
Les fonds récoltés permettront de financer la prochaine campagne des bénévoles de l’AFIPA. Michel Drucker, Paul Belmondo, Patrick Bouchitey, Michel Fugain, Philippe Gelück, Franck Sorbier, Françoise Fabian ou Patrick Fiori participent aussi à l’opération.

mylene farmer
Voici le visuel du morceau des portes colossales (1 x 2 mètres) que Mylène Farmer a offert à l’association AFIPA.

 

Télévie – avril 2006

Le 1er avril, de 9h15 à 13h00, sur Bel RTL et RTL TVI (télévision belge), la mise en vente aux enchères des récompenses des meilleurs albums de l’année 2005 a rapporté 137 600 euros au Télévie.
L’émission belge Télévie est un programme caritatif qui a pour objectif de recueillir des fonds afin de venir en aide aux victimes de la leucémie.
A cette occasion, le disque d’or belge décerné à Mylène Farmer pour son album Avant que l’ombre… a été mis en vente. Grâce à ce geste et à l’ensemble de tous les autres dons, les fonds récoltés sont une fois de plus en hausse par rapport à l’année dernière. Merci pour eux !

televie 2006 Mylène Farmer
Johnny Hallyday
Chimène Badi
Calogero
Celine Dion
Patrick Bruel
Madonna
Le roi soleil
Raphaël
Alain Souchon
Robbie Williams
Frédéric François
Avant que l’ombre…
Ma vérité
Dis-moi que tu m’aimes
Live 1.0
On ne change pas
Des souvenirs devant
Confessions on a dance floor

Caravane
La vie Théodore
Intensive care
Et si on parlait d’amour

12 000 euros
25 000 euros
6 100 euros
6 200 euros
9 000 euros
13 000 euros
8 500 euros
5 600 euros
11 100 euros
6 200 euros
10 000 euros
8 500 euros

 

Rêves – 20 janvier 2006

L’association Rêves agit pour réaliser les rêves des enfants malades. Le 20 janvier 2006, 3 enfants ont pu rejoindre Mylène dans sa loge à la fin du spectacle de Bercy : Laetitia de l’Aveyron, Laetitia du Puy-de-Dôme et Betty du Rhône.

Le site de Rêves reves

 

Solidarité Enfants Roumains Abandonnés – mars 2005

Bonjour je suis Mylène Farmer. Un jour, j’ai découvert dans un reportage, qui m’a profondément bouleversée, la souffrance de milliers d’enfants abandonnés chaque année et enfermés dans des orphelinats en Roumanie.
J’ai rencontré une association qui s’appelle S.E.R.A : Solidarité Enfants Roumains Abandonnés. S.E.R.A sort les enfants des orphelinats pour les rendre à leurs familles ou pour leur trouver une famille d’accueil. S.E.R.A ferme les orphelinats mouroirs, où les enfants sont traités de manière inhumaine. Ces enfants ont besoin de nous.
seraTel est le message que l’on a pu entendre sur les radios Chérie FMet RFM en mars 2005.
Un beau geste de Mylène Farmer pour soutenir cette association venant en aide aux orphelins roumains.

Message audio :    ||  Le site de SERA

 

Solidarité Asie – janvier 2005

Le 17 janvier 2005 est sorti une compilation des artistes du label Universal en faveur des victimes du raz-de-marée meurtrier du 26 décembre 2004 en Asie. Mylène y est présente avec Rêver, un titre qu’elle avait déjà repris lors d’une émission caritative destinée aux enfants de la guerre.
Ce titre est en passe de devenir un hymne, triste et désenchanté… Le track-listing de l’album est le suivant :

1. Io le canto per te – Florent Pagny
2. La rivière de notre enfance – Garou et Michel Sardou
3. Tout au bout de nos peines – Isabelle Boulay et     johnny Hallyday
4. Je ne sais pas son nom – Chimène Badi
5. Si seulement je pouvais lui manquer – Calogero
6. Elle danse seule – Gérald De palmas
7. Rodéo – Zazie
8. Rêver – Mylène Farmer
9. Tu es mon autre – Lara Fabian et Maurane
10. L’été – Bernard lavilliers
11. Sur la route 66 – Eddy Mitchell
12. Pourtant – Vanessa Paradis
13. Osez Joséphine – Alain Bashung
14. Le défi – David Hallyday
15. Ma révolution – Jenifer
16. Tu seras – Emma Daumas
17. Du courage – La Grande Sophie
18. Showbiz – M. Pokora
19. N 10 – Booba
20. Dis-moi que l’amour – Marc Lavoine et Bambou
21. Suivre une étoile – Nolwenn Leroy
22. Né quelque part – Maxime Le Forestier
Universal Music et les artistes se mobilisent
au profit d’Action Contre la Faim

solidarite asie

 

Peinture d’autistes, parole d’artistes… – avril 2004

L’autisme, grave trouble du comportement mental dont on cherche encore l’origine, limite la communication et la relation aux autres. 100 000 personnes en France sont concernés par cet handicap. Les moyens manquent cruellement pour que chaque autiste bénéficie d’une prise en charge adaptée.
Le 29 avril 2004 est sorti en librairie Peintures d’autistes, paroles d’artistes, un recueil de 124 pages contenant 56 regards d’artistes posés sur des tableaux d’autistes. Face à cet univers de couleurs cabossées, les émotions se sont révélées avec spontanéité et générosité. Le résultat est étonnant !, précise l’éditeur Neyret Michele.
autistes artistesEcrivains, peintres, poètes, musiciens, sportifs, chanteurs, acteurs… ils ont tous accepté sans hésiter d’accompagner de leurs mots et de leurs impressions les couleurs et les silences des artistes autistes. Ce livre vous permettra d’approcher ce monde étrange de l’autisme et ses talents peu ordinaires.
Parmi eux, on trouve Zazie, que l’on savait déjà sensible à cette cause, mais aussi : Annequin et Jullian – J.Philippe Aubanel – Charles Auburtin – Ayerdhal – Luc Besson – Pierre Bordage – François Bourgeon – Marie Thérèse Bourrat – Howard Buten – Charlelie Couture – Sylvie Chausse – Franck Emmanuel-Comte – Guy Darmet – Renée David – Eric Dexheimer – Jean Philippe Dubor – Driss El Kesri - Mylène Farmer - Faudel – Philippe Favier – François Frappa – Pierre Gagnaire – Patrice Giorda – Alex Godard – I Muvrini – Jeff (Têtedoie) – André Julliard – Daniel Kawka – Kent – Keren Ann – Yves Loude – Michel Maly – Maguy Marin – Marino (Théry) – Marthe Martinez – Sophie Mestrallet Sauzay – Geneviève Metge – Nelson Montfort – Gilles Moretton – Yannick Noah – Séverine Piraud – Philippe Piroud – Claire Rengade – Rufus – Camille Saint Jacques – Cristina Tavares – Gérard Teilhol – Bernard Tétu – Bruno Théry – Murielle Thévenet – Claire Truche – Martin Winckler – Michaël Youn – Zenzila.
L’intégralité de la vente du livre est dédiée à l’équipement d’un nouveau centre pour personnes autistes dont l’ouverture est prévue dans la région lyonnaise courant 2005.

 

Cent Titres (l’ARC) – octobre 2003

mylene farmer arcDu 23 au 30 octobre 2003, Mylène expose à l’espace Artcurial un tableau intitulé Cent titres qu’elle a dessiné l’été. Le tableau est vendu aux enchères le 30 octobre 2003 pour un montant de 6500 euros. La somme ainsi récoltée va pour une assocation de lutte contre le cancer du sein (l’ARC). L’heureux gagnant n’est autre que Jean-François Kovalski rédacteur en chef du magazineInstant Mag.
arc

Le site internet

 

Zidane ELA – mai 2002

mylene farmerLe 19 mai 2002 Michel Drucker présente sur France 2 l’émission Zidane ELA, zidanepour soutenir l’Association Européenne contre les Leucodystrophie dont le parrain en France estZinédine Zidane. Mylène interprète C’est une belle journée dans un passage ampexé. Mylène n’est pas présente sur le plateau.
A noter que Mylène participe à la bande annonce de l’émission en compagnie des autres invités et techniciens en second plan. Tous reprennent en cœur Zidane ELA.

 

SIDACTION – juillet 1999

mylene farmerJe te rends ton amour paraît le 8 juin 1999. Ce n’est pas la chanson qui fait scandale mais le clip tourné à l’abbaye de Mériel par François Hanss. On y voit la chanteuse baignant dans une mare de sang après avoir été confessé par un prêtre satanique Un comité de censure jugeant le clip trop violent et blasphématoire pouvant heurter la sensibilité des téléspectateurs demande aux chaînes de repousser tard dans la soirée diffusion du clip et demande à Mylène de le modifier. En réaction, Mylène accepte un nouveau montage du clip mais sort en kiosque la version intégrale le 6 juillet. La cassette VHS du clip est accompagné d’un fascicule. La médiatisation est telle que le succès dépasse les espérances avec 30 000 exemplaires vendus. Pour faire un pied de nez à la censure, Mylène offre la totalité des bénéfices à l’association Sidaction.

 

Urgence 27 artistes pour la recherche contre le sida – juin 1992

urgence

Mylène Farmer participe à une action contre le sida pour la première fois en 1992. Pour Urgence, un double album de reprises acoustiques, sur une idée d’Etienne Daho, Mylène offre une version nouvelle du titre Dernier sourire, alors qu’au départ, Que mon cœur lâche était destiné à figurer sur la compilation, puisque le titre évoque clairement le port des préservatifs.

 

Une soirée pour les Restos – décembre 1988
restos du coeur

La première action caritative publique de Mylème se déroule lors de l’émission de TF1 animée par Jean-Pierre Foucault le 17 décembre 1988 Une soirée pour les Restos. Cette soirée est organisée en faveur des Restos du Cœur et elle coïncide avec l’arrêt de la fabrication du Solex. Jean-Pierre Foucault met aux enchères le Solex présent sur le plateau et dédicacé par Mylène. L’enchère dure le temps pour Mylène d’interpréter Pourvu qu’elles soient douceset est remporté par un certain Samir T. qui propose la somme de 120 000 francs (18 300 Euros). Lors de cette annonce, Mylène sort de derrière son dos un chèque qu’elle remet à l’animateur. Jean-Pierre Foucault, surpris et ému, remercie vivement Mylène sous les applaudissements du public.

 

Contre le sida, les stars se mobilisent – avril 1987

VSD SidaLe 09 avril 1987, on retrouve Mylène associée à 25 autres personnalités à la Une d’un numéro exceptionnel de VSD consacré à la lutte et la prévention contre le Sida. Chacun tient à la main un préservatif.
VSD SidaMylène sera fidèle à son engagement contre le sida tout au long de sa carrière. Toujours en juin 1987, au travers d’une photo de Catherine Cabrol dans le magazine Photo.
En 1995, Mylène est invitée de l’émissionDéjà le retour sur France 2. Elle porte discrètement le pin’s du sidaction. 

 

Concert pour SOS Racisme – juillet 1987

SOS racismeLe 15 juillet 1987, un grand spectacle est organisé au profit de SOS Racisme. SOS racismeLe concert est retransmis par La Cinq. En extérieur, des dizaines d’artistes viennent interpréter en direct leur tube du moment. Mylène interprète Tristaneaccompagné de ses deux danseuses.

 

La chanson pour la vie – Care France – mars 1986

chanson de la vieDepuis 1985, des réunions d’artistes proposent des chansons caritatives au profit de divers causes : Band Aid, USA for Africa, Chanteurs sans frontières. U2, avec 10 artistes chante Sun City contre l’apartheid en Afrique du Sud. La France ne reste pas inactive. Jean-Jacque Goldman créé la chanson des Restos du Cœur. Eté 1985, Alice Donna lance le projet Femmes du monde en réunissant 25 chanteuses au profit de l’association Care France. Claude Lemesle écrit le texte de la chanson, tandis que Alice Dona compose la musique. chanson de la vieLa chanson s’appelleLa chanson de la vie et est interprétée lors de l’émissionChamps Elysées sur Antenne 2 le 15 mars 1986. Malheureusement, Linda de Suza, Marie Myriam, Isabelle Aubrey, Jane Birkin et Dorothée n’ont pu être présentes (malades ou en tournées). Heureusement, Mylène Farmer accepte d’être une remplaçante pour une soir. A noter que toutes les chanteuses appartiennent au label Polydor, label où est sortie quelques jours auparavant le 45 tours. 

 

 

Vusur : http://residencemf.fr/entreprise

 

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Mylène Farmer, ainsi soit-elle : Interview

Posté par francesca7 le 8 juin 2013


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Entretien avec Hervé NAGUET – ROCK NEWS d’ AVRIL 1988

Cet entretien est d’abord paru dans « Rock News » puis le mois suivant dans « Pulsions », agrémenté de quelques questions supplémentaires et amputé d’autres. C’est la retranscription intégrale qui est proposée ici.

Hervé Naguet : Avant de parler de ton nouvel album, j’aimerais revenir sur « Sans Contrefaçon » et te demander si, à choisir, tu aurais préféré être un garçon.

Mylène Farmer, ainsi soit-elle : Interview dans Mylène en INTERVIEW ainsi-soitellleMylène Farmer  :  La seule chose que je puisse dire, c’est que toute une période de mon enfance fut un ‘purgatoire’, c’est-à-dire que, dans mon comportement, je ne figurais ni comme jeune fille ni comme jeune garçon. Une chanson, c’est plus un plaisir et un amusement. Même si aborder ce sujet n’est pas un hasard, ce qu’il faut mettre en avant, c’est une chanson.

Combien de temps as-tu travaillé avec Laurent pour arriver à sortir « Ainsi Soit Je… » ?

- Quatre mois de studio et, avec l’écriture des textes, l’écoute des musiques de Laurent, etc. on peut estimer cela globalement à cinq, six mois de travail.

« Ainsi Soit Je… », ce n’est pas un peu mégalo comme titre ?

- C’est vrai que de dire et d’affirmer ‘ainsi soit je’ est une forme de mégalomanie mais, dans mon esprit, je ne l’ai pas formulé dans cette intention. Maintenant, chacun va interpréter comme il le sent. « Ainsi Soit Je… », c’est la présentation d’une jeune fille avec tous ses paradoxes et ses ambiguïtés. « Ainsi Soit Je… », c’est aussi l’univers d’Edgar Poe et, indirectement, celui de Baudelaire. C’est la présentation d’une personne et de sa personnalité.

Y a-t-il un fil conducteur dans « Ainsi Soit Je… » ?

- On me parle d’album concept, je comprends ce que ça veut dire sans trop le comprendre. Je peux en parler différemment, car j’ai écrit tous les textes et j’ai abordé des auteurs, des personnages et des thèmes qui sortent de moi. Quand je parle d’Edgar Poe, c’est parce qu’il est quelqu’un qui a vraiment fait partie de ma vie. Baudelaire, c’est encore autre chose. « Sans Logique », c’est le paradoxe satanique et angélique. Ma personnalité et ma dualité, c’est réellement ça. Je peux basculer très facilement d’un extrême à l’autre.

Quel est ton signe astrologique ?

- Je ne suis pas très portée sur l’astrologie, mais cette dualité intense s’explique peut-être par le fait que je sois Vierge ascendant Vierge, et qu’il y a une bataille permanente entre les deux.

Tu définissais « Cendres de Lune », ton précédent album, comme un disque d’ambiance plutôt que de promotion. Comment définirais-tu « Ainsi Soit Je… » ?

- Je n’aime pas définir quelque chose. Quand on répond à des interview s, on est un peu obligé de réduire les choses. Si je vous dis que le premier album était intuitif et que le second est beaucoup plus profond, c’est caricatural, mais c’est un peu vrai. Quand on fait une première oeuvre, disque, livre, on veux parler de tellement de choses que c’est parfois un peu confus. Avec, un second album, on maîtrise mieux son oeuvre.

Tu me parles d’Edgar Poe et de Baudelaire, ce sont deux auteurs étranges aux univers bizarres. Ce qui est frappant quant on parle de toi avec d’autres artistes, c’est qu’ils adorent ce que tu fais mais tu les inquiètes par ton côté un peu morbide.

- C’est vrai que la mort, la mère, l’infanticide, tous les thèmes tabous n’ont pas été tellement abordés et, quand on en parle, on dérange et on inquiète. Ce sont des sujets qui me passionnent et qui me tourmentent comme Edgar Poe, qui faisait ressentir à travers ses écrits toutes ses angoisses sur la mort et la peur du néant.  Aborder ces thèmes dans une chanson peut déranger, voire choquer. Tout cela est dur à expliquer. Les gens ont l’air d’apprécier ce côté ambigu de ma personnalité.

C’est vrai aussi que ta promotion a l’air d’être extrêmement calculée…

- Oui, et c’est peut-être frustrant pour le public mais ça l’est aussi pour moi. Il est dur d’arriver à imposer sa personnalité et c’est facile de la détruire. Le jour où je déciderai de faire de la scène, de donner rendez-vous aux gens qui m’aiment, il se passera forcement quelque chose d’important pour le public et pour moi.

Qu’est-ce qui a changé en toi depuis un an ?

- Il y a une chose très importante, c’est le courrier. Je ne parle pas des demandes d’autographes mais des lettres qui font deux ou trois pages et qui vous disent des choses sur vous, sur la manière dont les gens vous perçoivent. Plus ça va, plus ce courrier contient des choses importantes qui me touchent réellement par rapport à ce que moi je propose. D’autre part, le succès change forcément les choses, plus par rapport à l’esprit qu’à la vie courante. Je crois que c’est un mélange d’angoisse et de plaisir qui sont décuplés, mais l’un ne va pas sans l’autre. C’est une jouissance qui vous meurtrit.

Pourquoi le choix de ne pas faire de galas ?

- Déjà, je n’aime pas les boîtes de nuit, lieu où se déroulent la plupart des galas. Je n’aime pas être au milieu du monde. Il faut être lucide : si les artistes font des galas, c’est avant tout pour l’argent et, bien sûr, je peux comme tout le monde en avoir besoin. Mais je ne ferais pas de galas pour cela car, pour moi, un gala c’est l’antiplaisir par excellence. Mon vrai plaisir, ce sera de faire de la scène.

Tu n’as pas l’impression de frustrer ton public ?

- Je ne crois pas, car il verrait une représentation qui ne serait pas mienne, que je n’aurais pas préparée.

Et ce rendez-vous ‘d’amour’, c’est prévu pour quand ?

- Un an, deux ans…En tout cas, pas au-delà de deux ans.

Le clip de « Sans Contrefaçon » a donné lieu à une rencontre surprenante, celle de Zouc et de Mylène Farmer. Comment cela s’est-il passé ?

- Je ne connaissais pas Zouc personnellement, mais j’apprécie énormément son personnage et ses spectacles. Elle a effectivement des points communs avec moi parce qu’elle a abordé, entre autres, le domaine de l’enfance et de ses problèmes, de la mort, de la naissance. C’est une femme impalpable, une artiste. C’est un personnage étonnant, dérangeant. La rencontre s’est déroulée au cours de l’émission « Mon Zénith à Moi », et quand, avec Laurent, nous avons commencé à écrire le clip, le personnage de Zouc s’est imposé. Elle représente une sorcière, mais la sorcière dans son côté ambigu : on ne sait pas si c’est une fée ou une sorcière.

Ce clip marquait un changement dans le fond…

- Il y a eu trilogie avec « Plus Grandir », « Libertine » et « Tristana ». Ensuite, il était nécessaire de changer et cela s’est fait naturellement. Le clip de « Sans Contrefaçon » inspire plus de réflexion que les autres, qui étaient plus de très belles images et des scènes intenses qu’une histoire réelle sur un thème précis. Pour « Ainsi Soit Je… », la seule chose que je puisse dire, c’est que ça va être sobre, avec tout ce que ça comporte de difficultés.

Le clip, surtout tel que vous le concevez Laurent et toi, peut pousser au cinéma. Qu’en est-il à l’heure actuelle ?

- J’espère vraiment que nous pourrons tourner un film ensemble, ce serait un beau cadeau. Maintenant, il n’y a rien de précis. Laurent a un projet qui va sûrement se concrétiser. Quant à moi, j’ai reçu des propositions mais rien de bien excitant. J’attends vraiment quelque chose qui me motive entièrement car j’ai vraiment la patience d’attendre. On fait des erreurs quand on n’a pas la force de patienter.

J’aimerais qu’on connaisse un peu mieux le côté personnel de M ylène Farmer, qu’on arrête de parler de la chanteuse pour parler de ses goûts et de ses aspirations. Pour toi, le look, la mode, c’est important ?

- Le mot ‘look’ me fait frémir, j’ai horreur de cette appellation. Quant à l’habit, c’est quelque chose que j’adore. Ma mère n’y est pas étrangère, elle adorait s’habiller et obligatoirement cela m’a marquée. Maintenant, l’aspect physique n’est pas toujours le reflet de l’aspect mental mais les chaussures sont très importantes et peuvent laisser transparaître une personnalité.

Et la politique, tu réagis à ce qui se passe actuellement ? (nda : le contexte de l’époque était le premier tour de l’élection présidentielle qui vit François Mitterrand réélu)

- Je peux avoir des opinions politiques mais je ne me prononcerai jamais, à part sur des choses très, très importantes où je pourrais profiter de mon personnage public pour faire avancer des choses, voire influencer des gens.

Justement, utiliserais-tu le fait d’être un personnage public pour soutenir une cause si on te le demandait ?

- Non. Il y a une chose que je trouve dommage, c’est qu’à l’heure actuelle de nombreuses émissions télévisées demandent des dons pour telle ou telle cause. C’est formidable, mais il arrive un moment où c’est trop, les gens ont des limites. On m’a souvent demandé de participer à des galas pour ‘X’ ou ‘Y’ : je dis non. Le jour où j’aurai envie de faire quelque chose, je le ferai directement sans que tout le monde le sache que j’ai fait un chèque de tant de francs. J’ai besoin de me respecter, et je ne pourrais pas faire autrement.

Comment définis-tu l’amour et comment le vis-tu ?

- Qui est capable de le définir ? C’est la chose la plus inabordable qui existe, c’est un mélange d’euphorie et d’horreur. Une fois de plus, je pense à Edgar Poe qui a écrit une nouvelle sur une femme qui est sans doute la femme idéale. Tous les superlatifs pour la décrire sont destructeurs et impalpables.

Arrives-tu à bien le vivre ?

- Ni bien, ni mal. Je le vis avec ce que je viens de dire, des moments d’euphorie et des moments terribles. Mais la vie, c’est ça pour tout le monde, artiste ou pas. On peut vendre des millions de disques comme être ouvrier et se lever le matin avec l’envie de te suicider. Le quotidien est la chose la plus difficile à vivre.

Quel est le mot qui te fait horreur ?

- La chose qui me tourmente le plus et qui me fait le plus mal, c’est la désillusion perpétuelle. C’est de vivre avec cette notion du dérisoire. Ça, c’est très dur à vivre.

Et le temps ?

- Il m’obsède. C’est un peu pour ça, le choix de « L’Horloge » de Baudelaire dans l’album. La fuite du temps, c’est horrible.

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Le MILENIUM TOUR DE MYLENE

Posté par francesca7 le 6 mai 2013


Le MILENIUM TOUR DE MYLENE dans Mylène et des CRITIQUES

Exprime clairement tous les enjeux : l’apocalypse intime de Mylène n’est pas qu’une apocalypse sentimentale. Les repères littéraires et philosophiques de Mylène, qui a lu Cioran, confirment les visées de son travail qui intéressent les comportements humains de cette période dite charnière de notre histoire. Ces comportements, ces tourments trouvent leur meilleur symbole dans les photographies de l’album « Immamoramento », qui peuvent encore se voir comme une transposition iconographique du mythe de LA BETE, aux prises avec son « image ».

Ce travail de Mylène (musical, scénique et poétique) a des antécédents connus, qu’il serait abusif de désigner comme ses modèles ; je songe au x performances des Rolling Stones, enfermés dans la « Babylone » musicale que déploient leurs concerts. Mais ces impressions concernant les stones ne vaudraient rien sans la valeur allusive de leurs chansons les plus connues….

La venue de l’an 2000 pour a soufflé dans l’imagination de Mylène Farmer un poème étonnant auquel ont collaboré les artistes, graphistes ou musiciens qui l’entourent ; en s’identifiant au nouveau millénaire (Mylenium album), Mylène a choisi d’incarner les angoisses millénaristes, les rêves effrayants qui les traduisent, mais encore leurs causes profondes ; il s’agit d’une démonstration décisive, qui ne marque pas seulement un tournant dans la carrière d’une artiste dont les attirances sataniques pouvaient paraîtres suspectes – jusqu’à ‘enregistrement de cet album Innamoramento. En effet, les paroles des chansons dont elle est le seul auteur retracent une quête spirituelle qui surmonte le drame obscure où s’abreuvent les progrès humains, autrement dit la violence dualiste, principe occulte des élans civilisations et avant tout des comportements quotidiens abordés par Mylène sur le plan des sentiments amoureux. Il faut regarder, pour mieux comprendre le sens de ces paroles, l’imagerie du paquetage du CD et le livret où figure le texte des chansons : autant d’énigmes rassemblées dans un véritable poème-objet.

Extrait du livre : L’APOCALYPSE SUR SCÈNE Michel Aroumi p.15

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Ainsi soit Nous, dit Mylène à Laurent

Posté par francesca7 le 1 novembre 2012

 

Propos recueillis par Elsa Trillat (photographe) pour le Mylène Farmer Magazine en 2003

Ainsi soit Nous, dit Mylène à Laurent dans Mylène dans la PRESSE feudes1En octobre, Mylène et Laurent préparent le tournage du clip de « Sans contrefaçon », prévu pour décembre. Hélas, à ce moment-là, je suis rattrapée par des problèmes de santé. Le 19 octobre, je les appelle pour les prévenir que j’entre en dialyse. Mylène se fait mouler le visage pour la fabrication de sa marionnette qui servira pour le clip. A peine rentrée, elle me rappelle pour me parler et m’assurer de son soutien. Pendant dix jours, je suis hospitalisée pour les examens d’usage. Quelques-unes des vedettes que je photographie régulièrement pour « Match » me rendent visite : les Niagara, Vanessa Paradis qui m’offre un synthétiseur…

C’est une période pendant laquelle Mylène et moi nous rapprochons encore plus car elle vient quasiment tous les jours prendre le relais de ma mère pour m’aider à manger et me tenir compagnie. Quelques jours avant la sortie de « Sans contrefaçon », elle m’apporte les éditions « Or » promotionnelles du 45 tours. Quelle fierté de voir ma photo ! Elle m’appelle aussi tous les soirs, histoire de papoter avant de dormir. Un soir, elle me dit qu’elle vient d’écrire un texte en une demi-heure pour son prochain album. Elle me le lit au téléphone. C’est « Ainsi soit je… ». Elle écrit la plupart des titres de son prochain album pendant cette période et me tient au courant quotidiennement de son avancée.

Plus j’y pense, plus je me dis que l’album « Ainsi soit je… », c’est le nôtre. Bien sûr, je n’ai pas écrit les chansons, je ne les ai pas chantées non plus. Mais je me suis sentie impliquée dans le processus de sa création. J’ai vraiment l’impression d’avoir eu une influence sur la direction qu’il a prise. Notamment « Sans contrefaçon » ou la reprise de « Déshabillez-moi ». Une fois, Brigitte, la sœur de Mylène, m’a dit que « Sans logique », c’était pour moi. Est-ce vraiment le cas ? Si oui, c’est Mylène qui est à la fois satanique et angélique, mais c’est à moi qu’elle crèverait volontiers les yeux à coup de ciseau !

Décembre 87. Comme prévu, j’entre en dialyse. Mylène est très contrariée car elle doit partir à Cherbourg pour tourner le clip de « Sans contrefaçon ». Elle ne souhaite ni me forcer à venir ni me l’interdire. Elle pense simplement que ça va m’affaiblir. Elle a raison. C’est donc la mort dans l’âme que je renonce à aller prendre les photos du tournage. Quel dommage : « Sans contrefaçon », c’est un peu notre truc à tous les trois, Laurent, Mylène et moi. Pour l’anecdote, je me rappelle qu’au début, Mylène voulait que l’histoire du clip tourne autour d’un camp de concentration. Comme j’étais très maigre à l’époque, elle m’avait dit qu’elle aurait un rôle pour moi !

2005_fevrier2 dans Mylène dans la PRESSEEn janvier, elle m’annonce toute fière l’avant-première du clip au Max Linder, un cinéma parisien. Une projection de presse. Rendez-vous à 11 heures. Elle veut que j’y sois. Mais je suis en dialyse toute la matinée donc ça me paraît compromis. Mylène est assez triste. Le jour venu, je fais le forcing auprès de mes médecins qui acceptent exceptionnellement de me laisser sortir une heure avant. Je prends un taxi. J’arrive sur place, Mylène me voit. Toute contente, elle dit : « C’est bon, Elsa est là, on peu commencer ! ». J’avoue être assez flattée par la remarque. La projection commence. A la fin, Mylène, voyant que je ne peux applaudir – j’ai le bras gauche bandé suite aux dialyses – prend ma main droite et tape dedans avec sa main gauche. On applaudit comme des sœurs siamoises. On sort du Max Linder vers 14 heures. On a hyper faim. Je propose à Mylène de manger des sushis, elle n’en a pas trop envie. Je lui dit : « Fais-moi confiance, je suis sûre que tu vas aimer ». Direction Osaka, vers la Comédie Française. Là, elle tombe amoureuse des sushis. Je lui aurais au moins laissé ça. Les semaines passent. Mais je vais toujours me faire dialyser trois fois par semaine. Je décide de vendre ma voiture. Mylène veut me la racheter. Elle n’a même pas le permis ! « Mais je l’adore tellement ta Mini ! J’apprendrai à conduire ! ». Finalement, le concessionnaire me reprend la voiture quand j’en rachète une nouvelle. Mylène est très énervée. Ca me fait rire.

Les photos de la pochette de l’album « Ainsi soit je… » sont shootées début février chez Bertrand Le Page. Je vais chercher Mylène chez elle, rue Quincampoix. Elle sort avec des bigoudis sur la tête et sa poupée sous le bras, c’est surréaliste ! On fait l’essentiel des photos devant un grand miroir : une première série où elle se regarde dans la glace et une autre où elle se retourne vers moi. L’électricité saute à trois reprises car je travaille uniquement au tungstène, jamais au flash. C’est une lumière permanente qui donne une image plus dorée, mais qui consomme beaucoup. En plus, la radio reste branchée pendant toute la séance. Je me souviens d’ailleurs que c’est l’époque où François Feldman commençait à cartonner fort. Son nouveau single passe à la radio, Mylène me regarde et me dit : « Tu vas voir que ce truc va finir numéro un ! ». Elle n’a pas eu tort. Bref. Je fais développer les photos. On les regarde. Mylène choisit exclusivement celles où elle se regarde dans le miroir. Laurent et moi, on préfère les autres. En fait, comme tout le monde, Mylène ne connaît d’elle que l’image qu’elle se renvoie dans le miroir, donc elle se reconnaît mieux dans celles-là que dans les autres. Finalement, on a le dernier mot avec Laurent.

En mars 1988 sort l’album « Ainsi soit je… ». Je craque tout particulièrement pour « L’horloge ». Je dis à Mylène qu’elle devrait le sortir en 45 tours. Elle ironise sur le fait qu’on serait les deux seules à l’acheter ! A la même période, elle déménage de la rue Quincampoix à la rue Monceau. Je vis alors chez mes parents, place de la République Dominicaine, de l’autre côté du Parc Monceau. Autant qu’on devient voisines et qu’on se voit encore plus – si possible vu qu’on se voit déjà quasi quotidiennement ! Son nouvel appartement est immense : trois cents mètres carrés pour elle et Laurent ! Presque une pièce entière est transformée en cage géante pour E.T. et Léon. Maintenant, il faut le remplir cet appart’ ! Car Mylène n’a presque rien gardé de Quincampoix. Je lui propose alors d’aller chercher l’essentiel. On part donc faire quelques courses aux Galeries Lafayette. Nous voilà dans ma nouvelle voiture, Mylène à côté de moi, les pieds sur le tableau de bord. Elle s’étonne alors que tout le monde nous regarde. Je lui dis : « T’as vu comment t’es habillée ? ». Mylène n’a rien trouvé de mieux que de s’habiller avec le costume à carreaux des télés de « Sans contrefaçon », casquette y compris. Pour passer inaperçue, c’est raté ! Elle ne se rend pas compte que son disque fait un carton et que tout le monde l’identifie très bien… On est passées par le Monoprix pour prendre des produits ménagers. Mylène ne s’y connaît pas trop donc je lui dis de prendre conseil auprès d’une vendeuse. Elle n’ose pas. J’y vais. La vendeuse me demande si c’est bien Mylène Farmer. Je lui dis que oui. Elle souhaite alors annoncer au micro que Mylène est dans le magasin. Je lui déconseille vivement et éclate de rire.

illogical-special-asgLe 14 mars, jour de mon anniversaire, alors qu’elle est encore dans les cartons, Mylène m’invite à passer une nouvelle soirée dans son appart’. Elle m’apporte alors un grand carton : « Laurent et moi, on a un petit quelque chose pour toi ». J’ouvre. Je reconnais le visuel de la pochette de « Sans contrefaçon ». C’est le disque d’or pour plus de 500 000 ventes, avec mon nom inscrit en toutes lettres.

De mon côté, je suis toujours en dialyse à ce moment-là. A ce sujet, Mylène me dit un truc très touchant. Un soir, on va dîner chez Osaka toutes les deux avant d’aller chercher Laurent qui bosse alors sur un truc non loin de chez moi. Lors de ce dîner, Mylène me demande : « Où puises-tu toute ton énergie ? Je n’en ai pas un quart ! Malgré tous tes ennuis de santé, t’as toujours la pêche ! Tu veux pas m’en donner un petit peu ? ». J’adorerais qu’elle me répète ça aujourd’hui que je suis à nouveau malade. Je suis tellement épuisée que ça me ferait un bien fou.

Le 9 mai, je fais une nouvelle dialyse. Une de plus. Quand je repars chez moi, je me dis que c’est la dernière. J’en peux plus. L’après-midi même, j’apprends qu’un rein est disponible et que je vais pouvoir être enfin transplantée sur le champ ! Immédiatement, j’appelle Mylène pour la prévenir. Elle m’encourage en faisant un peu d’humour pour dédramatiser le truc. Après l’opération, j’apprends par Suzanne, la femme de ménage de ma mère, qui travaille aussi chez Mylène, qu’elle a annulé tous ses rendez-vous et qu’elle est restée prostrée toute la journée près du téléphone à attendre de mes nouvelles ! Je suis hospitalisée pendant dix-sept jours. Bénédicte, la sœur de Laurent, qui travaille à la Pitié où je suis hospitalisée, me rend visite tous les jours. Je suis très touchée. Malheureusement, pendant ce temps, Mylène part au Maroc – pour une émission de télé, je crois – puis tourne le clip de « Ainsi soit je… » près de Paris. Laurent m’informe qu’ils font une projection de la vidéo au Studio 13 le lendemain de ma sortie de l’hôpital et m’invite à y aller sans prévenir Mylène pour lui faire une surprise. J’arrive, et là, elle ne me voit pas tout de suite tant elle est entourée. La projection passe. Ce n’est qu’après qu’elle me remarque. On se jette dans les bras l’une de l’autre. Et là, elle me dit : « Elsa, tes yeux ont changé. Y avait la mort avant, et maintenant y a la vie ».

Malgré cette magnifique phrase, quelque chose s’est cassé entre nous ce jour-là. Ce qui m’a énervée, c’est cette cour autour de Mylène : « Oh regarde Mylène, je suis habillé comme toi ! ». Je n’ai jamais pu supporter ce genre de choses. Je ne parle pas du public, mais des danseurs, maquilleurs, coiffeurs qui se sont mis à la copier et à la coller. Je lui ai dit mille fois de ne pas marcher dans ces trucs-là, que c’était le genre de trucs qui pouvaient rapidement lui faire péter un câble. Dès qu’ils étaient tous là à tournoyer autour d’elle, elle devenait complètement différente, elle faisait sa reine – ce qu’elle fera de plus en plus après. Ca a été l’élément déclencheur de notre « rupture ». Je ne retrouvais plus ma marchande de légumes de poireaux…

Parution dans le Mylène Farmer Magazine de 2003

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Elsa Trilla raconte Mylène Farmer

Posté par francesca7 le 31 juillet 2012

Mylène Farmer : Ainsi soit Nous

Confidences de Elsa Trillat (Photographe)

Elsa Trilla raconte Mylène Farmer dans Mylène en CONFIDENCES 50095_1028070212_7246_nEn octobre, Mylène et Laurent préparent le tournage du clip de « Sans contrefaçon », prévu pour décembre. Hélas, à ce moment-là, je suis rattrapée par des problèmes de santé. Le 19 octobre, je les appelle pour les prévenir que j’entre en dialyse. Mylène se fait mouler le visage pour la fabrication de sa marionnette qui servira pour le clip. A peine rentrée, elle me rappelle pour me parler et m’assurer de son soutien. Pendant dix jours, je suis hospitalisée pour les examens d’usage. Quelques-unes des vedettes que je photographie régulièrement pour « Match » me rendent visite : les Niagara, Vanessa Paradis qui m’offre un synthétiseur…

C’est une période pendant laquelle Mylène et moi nous rapprochons encore plus car elle vient quasiment tous les jours prendre le relais de ma mère pour m’aider à manger et me tenir compagnie. Quelques jours avant la sortie de « Sans contrefaçon », elle m’apporte les éditions « Or » promotionnelles du 45 tours. Quelle fierté de voir ma photo ! Elle m’appelle aussi tous les soirs, histoire de papoter avant de dormir. Un soir, elle me dit qu’elle vient d’écrire un texte en une demi-heure pour son prochain album. Elle me le lit au téléphone. C’est « Ainsi soit je… ». Elle écrit la plupart des titres de son prochain album pendant cette période et me tient au courant quotidiennement de son avancée.

Plus j’y pense, plus je me dis que l’album « Ainsi soit je… », c’est le nôtre. Bien sûr, je n’ai pas écrit les chansons, je ne les ai pas chantées non plus. Mais je me suis sentie impliquée dans le processus de sa création. J’ai vraiment l’impression d’avoir eu une influence sur la direction qu’il a prise. Notamment « Sans contrefaçon » ou la reprise de « Déshabillez-moi ». Une fois, Brigitte, la sœur de Mylène, m’a dit que « Sans logique », c’était pour moi. Est-ce vraiment le cas ? Si oui, c’est Mylène qui est à la fois satanique et angélique, mais c’est à moi qu’elle crèverait volontiers les yeux à coup de ciseau !

Décembre 87. Comme prévu, j’entre en dialyse. Mylène est très contrariée car elle doit partir à Cherbourg pour tourner le clip de « Sans contrefaçon ». Elle ne souhaite ni me forcer à venir ni me l’interdire. Elle pense simplement que ça va m’affaiblir. Elle a raison. C’est donc la mort dans l’âme que je renonce à aller prendre les photos du tournage. Quel dommage : « Sans contrefaçon », c’est un peu notre truc à tous les trois, Laurent, Mylène et moi. Pour l’anecdote, je me rappelle qu’au début, Mylène voulait que l’histoire du clip tourne autour d’un camp de concentration. Comme j’étais très maigre à l’époque, elle m’avait dit qu’elle aurait un rôle pour moi !

2005-Ellen-Von-Unwerth-003b-300x286 dans Mylène en CONFIDENCESEn janvier, elle m’annonce toute fière l’avant-première du clip au Max Linder, un cinéma parisien. Une projection de presse. Rendez-vous à 11 heures. Elle veut que j’y sois. Mais je suis en dialyse toute la matinée donc ça me paraît compromis. Mylène est assez triste. Le jour venu, je fais le forcing auprès de mes médecins qui acceptent exceptionnellement de me laisser sortir une heure avant. Je prends un taxi. J’arrive sur place, Mylène me voit. Toute contente, elle dit : « C’est bon, Elsa est là, on peu commencer ! ». J’avoue être assez flattée par la remarque. La projection commence. A la fin, Mylène, voyant que je ne peux applaudir – j’ai le bras gauche bandé suite aux dialyses – prend ma main droite et tape dedans avec sa main gauche. On applaudit comme des sœurs siamoises. On sort du Max Linder vers 14 heures. On a hyper faim. Je propose à Mylène de manger des sushis, elle n’en a pas trop envie. Je lui dit : « Fais-moi confiance, je suis sûre que tu vas aimer ». Direction Osaka, vers la Comédie Française. Là, elle tombe amoureuse des sushis. Je lui aurais au moins laissé ça. Les semaines passent. Mais je vais toujours me faire dialyser trois fois par semaine. Je décide de vendre ma voiture. Mylène veut me la racheter. Elle n’a même pas le permis ! « Mais je l’adore tellement ta Mini ! J’apprendrai à conduire ! ». Finalement, le concessionnaire me reprend la voiture quand j’en rachète une nouvelle. Mylène est très énervée. Ca me fait rire.

Les photos de la pochette de l’album « Ainsi soit je… » sont shootées début février chez Bertrand Le Page. Je vais chercher Mylène chez elle, rue Quincampoix. Elle sort avec des bigoudis sur la tête et sa poupée sous le bras, c’est surréaliste ! On fait l’essentiel des photos devant un grand miroir : une première série où elle se regarde dans la glace et une autre où elle se retourne vers moi. L’électricité saute à trois reprises car je travaille uniquement au tungstène, jamais au flash. C’est une lumière permanente qui donne une image plus dorée, mais qui consomme beaucoup. En plus, la radio reste branchée pendant toute la séance. Je me souviens d’ailleurs que c’est l’époque où François Feldman commençait à cartonner fort. Son nouveau single passe à la radio, Mylène me regarde et me dit : « Tu vas voir que ce truc va finir numéro un ! ». Elle n’a pas eu tort.

Bref. Je fais développer les photos. On les regarde. Mylène choisit exclusivement celles où elle se regarde dans le miroir. Laurent et moi, on préfère les autres. En fait, comme tout le monde, Mylène ne connaît d’elle que l’image qu’elle se renvoie dans le miroir, donc elle se reconnaît mieux dans celles-là que dans les autres. Finalement, on a le dernier mot avec Laurent.
En mars 1988 sort l’album « Ainsi soit je… ». Je craque tout particulièrement pour « L’horloge ». Je dis à Mylène qu’elle devrait le sortir en 45 tours. Elle ironise sur le fait qu’on serait les deux seules à l’acheter ! A la même période, elle déménage de la rue Quincampoix à la rue Monceau. Je vis alors chez mes parents, place de la République Dominicaine, de l’autre côté du Parc Monceau. Autant qu’on devient voisines et qu’on se voit encore plus – si possible vu qu’on se voit déjà quasi quotidiennement ! Son nouvel appartement est immense : trois cents mètres carrés pour elle et Laurent ! Presque une pièce entière est transformée en cage géante pour E.T. et Léon. Maintenant, il faut le remplir cet appart’ ! Car Mylène n’a presque rien gardé de Quincampoix. Je lui propose alors d’aller chercher l’essentiel. On part donc faire quelques courses aux Galeries Lafayette. Nous voilà dans ma nouvelle voiture, Mylène à côté de moi, les pieds sur le tableau de bord. Elle s’étonne alors que tout le monde nous regarde. Je lui dis : « T’as vu comment t’es habillée ? ». Mylène n’a rien trouvé de mieux que de s’habiller avec le costume à carreaux des télés de « Sans contrefaçon », casquette y compris. Pour passer inaperçue, c’est raté ! Elle ne se rend pas compte que son disque fait un carton et que tout le monde l’identifie très bien… On est passées par le Monoprix pour prendre des produits ménagers. Mylène ne s’y connaît pas trop donc je lui dis de prendre conseil auprès d’une vendeuse. Elle n’ose pas. J’y vais. La vendeuse me demande si c’est bien Mylène Farmer. Je lui dis que oui. Elle souhaite alors annoncer au micro que Mylène est dans le magasin. Je lui déconseille vivement et éclate de rire.

da6780d4-219x300Le 14 mars, jour de mon anniversaire, alors qu’elle est encore dans les cartons, Mylène m’invite à passer une nouvelle soirée dans son appart’. Elle m’apporte alors un grand carton : « Laurent et moi, on a un petit quelque chose pour toi ». J’ouvre. Je reconnais le visuel de la pochette de « Sans contrefaçon ». C’est le disque d’or pour plus de 500 000 ventes, avec mon nom inscrit en toutes lettres.

De mon côté, je suis toujours en dialyse à ce moment-là. A ce sujet, Mylène me dit un truc très touchant. Un soir, on va dîner chez Osaka toutes les deux avant d’aller chercher Laurent qui bosse alors sur un truc non loin de chez moi. Lors de ce dîner, Mylène me demande : « Où puises-tu toute ton énergie ? Je n’en ai pas un quart ! Malgré tous tes ennuis de santé, t’as toujours la pêche ! Tu veux pas m’en donner un petit peu ? ». J’adorerais qu’elle me répète ça aujourd’hui que je suis à nouveau malade. Je suis tellement épuisée que ça me ferait un bien fou.
Le 9 mai, je fais une nouvelle dialyse. Une de plus. Quand je repars chez moi, je me dis que c’est la dernière. J’en peux plus. L’après-midi même, j’apprends qu’un rein est disponible et que je vais pouvoir être enfin transplantée sur le champ ! Immédiatement, j’appelle Mylène pour la prévenir. Elle m’encourage en faisant un peu d’humour pour dédramatiser le truc. Après l’opération, j’apprends par Suzanne, la femme de ménage de ma mère, qui travaille aussi chez Mylène, qu’elle a annulé tous ses rendez-vous et qu’elle est restée prostrée toute la journée près du téléphone à attendre de mes nouvelles ! Je suis hospitalisée pendant dix-sept jours. Bénédicte, la sœur de Laurent, qui travaille à la Pitié où je suis hospitalisée, me rend visite tous les jours. Je suis très touchée. Malheureusement, pendant ce temps, Mylène part au Maroc – pour une émission de télé, je crois – puis tourne le clip de « Ainsi soit je… » près de Paris. Laurent m’informe qu’ils font une projection de la vidéo au Studio 13 le lendemain de ma sortie de l’hôpital et m’invite à y aller sans prévenir Mylène pour lui faire une surprise. J’arrive, et là, elle ne me voit pas tout de suite tant elle est entourée. La projection passe. Ce n’est qu’après qu’elle me remarque. On se jette dans les bras l’une de l’autre. Et là, elle me dit : « Elsa, tes yeux ont changé. Y avait la mort avant, et maintenant y a la vie ».

Malgré cette magnifique phrase, quelque chose s’est cassé entre nous ce jour-là. Ce qui m’a énervée, c’est cette cour autour de Mylène : « Oh regarde Mylène, je suis habillé comme toi ! ». Je n’ai jamais pu supporter ce genre de choses. Je ne parle pas du public, mais des danseurs, maquilleurs, coiffeurs qui se sont mis à la copier et à la coller. Je lui ai dit mille fois de ne pas marcher dans ces trucs-là, que c’était le genre de trucs qui pouvaient rapidement lui faire péter un câble. Dès qu’ils étaient tous là à tournoyer autour d’elle, elle devenait complètement différente, elle faisait sa reine – ce qu’elle fera de plus en plus après. Ca a été l’élément déclencheur de notre « rupture ». Je ne retrouvais plus ma marchande de légumes de poireaux…

 

Issu du magazine : Mylène Farmer Magazine – 2003

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Mylène FARMER et le scandale

Posté par francesca7 le 29 mars 2012

 

Pour la première fois en février 1989, Mylène FARMER est l’objet d’une récupération politique. Le Rassemblement Pour Une France Libre avait affiché largement dans les murs de Paris une campagne publicitaire. Dessus cette pub ; une photo de Mylène extraite de Sans Logique, entièrement sortie du contexte et avec à sa gauche, une carte à jouer satanique.

Mylène FARMER et le scandale dans Mylène dans la PRESSE MF90_186aLa chanteuse avait alors trouvé le rapprochement injurieux entre la drogue et sa personne. Elle saisi donc le tribunal de grande instance de Paris en référé. Le jugement est rendu à la mi-juin 1989 et donne raison à Mylène FARMER, injustement agressée. Dans son numéro 251, daté du 17 juin 1989, le journal Libération fait paraître l’affiche en question, et rend compte du jugement du tribunal, avec ces phrases :

« Mylène Farmer gagne au tribunal. Elle n’a pas apprécié. Il faut dire que le Rassemblement Pour Une France Libre n’avait pas fait le slogan en dentelles !… Preuve que même quand on est une rousse libertine, on n’aime pas voir sa gueule utilisée à son corps défendant ! »

Le schéma se reproduira six ans plus tard avec l’affaire du sosie de Front National. Line Gregory avait alors chanté Sans Contrefaçon et Désenchantée dans un gala du parti pour les élections présidentielles. Les journaux télévisés avaient alors largement repris l’image sans préciser qu’il s’agissait d’un sosiie. La maison de disque de Mylène (Plydor) avait alors été assaillie de coups de téléphone d’un public qui ne comprenait pas une telle participation. Après un long procès, Mylène obtient réparation du parti politique en question et s’arrangea à l’amiable avec le sosie. Réactions de Jean-Marie LePen à la plainte de Mylène Farmer : « Je n’ai jamais entendu parler de cette chanteuse«  : « Mylène Farmer, ce n’est pas ma tasse de thé« .

Mylène FARMER et la drogue. L’idée n’est peut-être pas aussi scandaleuse que ça, vu qu’elle-même dans ses textes, même si elle n’en parle jamais ouvertement, use de tout son cham lexical :

Dans Je t’aime mélancolie on découvre « un long suicide acid », dû à « la mauvaise herbe (qui) nuit » et va « voir ma vie en l’air ». On peut aussi voir l’intraveineuse qui la fait geindre : « c’est bien ma veine, je souffre en douce ».

dans Alice « comme tu me manques » : le ‘black out » et « l’exist ».

dans l’Ame stram gram et son « pique pique moi dans l’âme ».

dans serais-tu là et ses « opium » : « narghilé », la « poussière d’ange » pour « pénétrer tes songes », sans oublier les bad trips qui sont les « Ballades qui font mal ».

dans California, où elle veut « se faire un trip ».

dans Effets Secondaires, l’explicite « y’a le plafond qui me regarde », ou encore via d’éventuels jeux de mots comme celui de Sans Contrefaçon qui pourrait résonner comme un aveu à son animal domestique:  « je suis camée, Léon ».

 

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Mylène, plus satanique tu meurs

Posté par francesca7 le 20 mars 2012


Mylène, plus satanique tu meurs dans Mylène dans la PRESSE ClipSansLogique10Mylène FARMER n’aime pas trop le mot clip. Peut-être un mot trop « marie » son sang à celui qui sera son bourreau. La voilà coiffée neutre et commun pour qualifier les mini-métrages dont elle se montre moyennement vêtue de cornes-lames coupantes dont elle se sert comme écrin public à ses angoisses les plus privées. Sans logique, le petit dernier pourrait s’intituler : mon dernier cauchemar. Traumatisantes ces 3 mn 34 ! Pas parce que Mylène s’y montre dans le plus simple appareil. Le choc est ailleurs : dans sa violence sournoise et son esprit malsain prémédité.

Dès les premières images le ton est donné : paysage désertique inquiétant ou soufflent des vents mauvais, tellement propice à un rendez-vous avec la mort. Un gamin trouve une effigie christique que bientôt il essaiera de casser, blasphème innocent. Les vieilles femmes se rendent en procession vers le lieu de sacrifice. Ces préparatifs commencent, le sang coule déjà, Mylène consentante.

Ollé ! L’angélique jeune femme se métamorphose en centaure rugissant (Belzébuth est souvent représenté ainsi sur les gravures anciennes) pour affronter le torero impérieux. Combat dérisoire : elle devra mourir, femmes, hommes et mémés enfants, tous complices, le savent. Au moment crucial l’épée a loupé le cœur. Les éléments sont déchaînés, le tonner gronde, la pluie va s’abattre. Mylène a transpercé son agresseur. Pour survivre a-t-elle du faire un pacte avec le diable ? Question sous-jacente : la chanteuse a-t-elle du conclure une telle union pour obtenir la gloire ?

Clip plus satanique du meurs. Titrait le Spot Ligne n° 322 paru en 1989.

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Mylène et la Justice 1989

Posté par francesca7 le 31 octobre 2011

Procès : Mylène Farmer face à la Justice

L’affaire de l’affiche de Jacques Cheminade (Février 1989).

Mylène et la Justice 1989 dans Mylène et mes BLABLAS 2898270243_2Pour la première fois en Février 1989, Mylène Farmer fait l’objet d’une récupération politique. En pleine élection européenne, Jacques Cheminade, Président du « Rassemblement pour une France Libre – Parti Ouvrier Européen » utilise une photographie du clip « Sans Logique » pour sa campagne publicitaire. On voit entre autre Mylène avec les yeux révulsés entièrement sortie du contexte et à sa gauche une carte à jouer satanique.. Cette affiche d’un goût plus que douteux … : « Ils promeuvent la laideur et la drogue : Non à la sous culture des médias ! » sera placarder sur les murs de Paris. Mylène Farmer n’apprécie pas du tout le rapprochement injurieux entre la drogue et sa personne. Sous l’ordre de Mylène et de son entourage, l’affiche sera retirée immédiatement et ses auteurs seront poursuivis en justice au Tribunal de Grande Instance de Paris en référé. Le jugement est rendu à la mi-juin 1989 et donne logiquement raison à Mylène.

La dépêche de presse nous informant du procès : « Suite à l’utilisation de son image pour la réalisation d’une campagne électorale en faveur du Parti Ouvrier Européen, l’avocat de la chanteuse Mylène Farmer a assigné en référé Jacques Cheminade, secrétaire général dudit parti, en tirant argument du fait que son image avait été utilisée à son insu et que les propos accompagnant l’affiche avaient un caractère impropre et injurieux, laissant supposer que la chanteuse se montrait favorable à l’utilisation de ces substances. Le Tribunal de Grande Instance de Paris ayant donné raison à la chanteuse, toutes les affiches et autres supports sur lesquels la photo de l’artiste figurait se sont vus interdits de diffusion. »

Un article de journal : Dans son numéro 2511 daté du 17 juin 1989, le journal Libération fait paraître l’affiche en question, et rend compte du jugement du Tribunal : « Mylène Farmer gagne au Tribunal. Elle n’a pas apprécié. Il faut dire que le Rassemblement Pour Une France Libre n’avait pas fait dans le slogan en dentelles !… Preuve que même quand on est une rousse libertine, on n’aime pas voir sa gueule utilisée à son corps défendant. »

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JE TE RENDS TON AMOUR – 1999

Posté par francesca7 le 9 septembre 2011

Réalisation : François Hanss
Année : 1999
Durée : 5’08 mn
Acteurs : Mylène Farmer… 

 

 

Vidéo : 

Image de prévisualisation YouTube 

 

 

Phrases sibyllines, images ambiguës nimbées d’un léger parfum de soufre, accueil controversé et censuré… Je te rends ton amour n’a laissé et ne laisse encore personne indifférent. Eveillant les extrêmes, du rejet violent proche de la haine à cet amour admiratif que nous lui portons (nous les fans), Mylène a une nouvelle fois choqué la foule des biens-pensants. Et que l’on soit croyant ou résolument athée, impossible d’ignorer la vague iconoclaste qui secoue le clip, et qui offre à des paroles troubles un éclairage d’une profondeur particulière qu’il convient de savourer. Et d’interroger ? 

 

Cette fois, notre ange roux se fait ange aveugle, silhouette vacillante émergeant d’un tunnel obscur et noyé d’un voile de brume. Femme d’un autre temps, dans une longue robe rosée, elle s’aventure dans une forêt irisée d’ombre et de lumière. Et sous l’œil maléfique d’un homme vêtu de noir, elle se dirige en hésitant vers une église ancienne, abandonnée au silence et aux ballets de poussières virevoltantes. C’est dans cette abbaye délaissée, dans un confessionnal ou les confidences ne sont plus recueillies que par des statues muettes, que Mylène vient déposer un fardeau devenu trop lourd pour elle. Les mains posées à côté d’un missel ouvert dont elle a effleuré les inscriptions en braille du bout des doigts, elle s’offre sans le savoir, paumes ouvertes, au Malin qui l’a suivie jusque dans le lieu sacré. 

 

JE TE RENDS TON AMOUR - 1999 dans Les Clips de Mylène ClipJTRTA02


Avant de prendre la place du prêtre absent, l’homme caché sous une longue cape sombre bafoue un à un les symboles d’une foi ici trop longtemps oubliée. Il trouble d’une main l’eau bénite qui s’abîme dans un soupir de fumée. Il balaye d’un geste la flamme pure des cierges qui veillaient sur le repos des êtres disparus. Il renverse les chaises sur lesquelles plus aucun fidèle n’est venu prier depuis bien longtemps. « Je te rends ton amour… » laisse fuser Mylène dans un murmure triste, en déposant avec douceur son anneau de communion sur son missel. Se doute-t-elle qu’en rejetant Dieu elle s’abandonne au Diable ? A cet homme silencieux qui la fixe de ses yeux rouges à travers les grilles ouvragées du confessionnal où elle avait trouvé refuge ? 


C’est ce même confessionnal qui signera la fin de son innocence. Tel Jésus sur sa croix, une perle pourpre naît sur son poignet et glisse entre ses doigts. Suivie d’un autre stigmate, d’une autre goutte de sang, symbole douloureux dessinant la courbe d’une jambe nue. Mylène, les yeux grands ouverts sur une nuit qu’elle ne peut combattre, tente les desseins du Diable par son air fragile. 

 

L’apprivoisant de ses caresses, il la prend dans son propre sang, mare visqueuse qui s’étale lentement aux pieds du confessionnal. Mylène s’abandonne. Elle cesse de lutter. Et la longue et inévitable chute d’une statue sacrée dont le visage se brise sur le sol à l’instant même où Mylène ferme les yeux, incarne sa défaite. 

 

 

ClipJTRTA05 dans Les Clips de Mylène

 


Signe de sa foi brisée, le socle dénudé où reposait la sculpture révèle dans un souffle des inscriptions sataniques enfouies sous la pierre. Demonas… « Je te rends ton amour… » répète notre ange roux alors que la caméra survole l’église dévastée pour s’immobiliser sur la statue de Jésus crucifié. Puis sur Mylène, crucifiée à son tour. Nue, couverte de son sang, elle s’offre aux caresses du Malin. Elle est sienne, désormais. Il a profité de son désarroi, et il est parti. L’eau bénite s’est muée en une mare de sang. Seule, dans la position du fœtus, sa nudité entièrement maculée de sang séché, Mylène a droit à une nouvelle naissance.

Délivrée de sa foi, à jamais transformée par un viol qu’il n’a pas su empêcher (« Tu m’as laissée me compromettre… »), Mylène se baigne dans son sang. Puis, le regard fixe et tourmenté, elle pose son alliance dans la flaque pourpre, aveu définitif de la mort d’un amour et d’une foi trop souvent trahis. Et, vêtue d’une robe aussi noire que la cape de cet homme qui l’a attirée vers le néant, elle quitte l’église. Eglise qui restera à jamais le tombeau de son innocence. Et peut-être aussi celui de nos illusions. 

 

ClipJTRTA08

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CLIP – SANS LOGIQUE – 1989

Posté par francesca7 le 28 août 2011

Réalisation : Laurent Boutonnat
Année : 1989
Durée : 5’37 mn
Acteurs : Mylène Farmer… 

 

 

SANS LOGIQUE

video : Image de prévisualisation YouTube 


 

 

Analyse (par Marylise) 

 source : http://www.ame-stram-gram.com/ClipSansLogique.html 



 

 


Mylène a toujours été attirée par les amours tortueux. Ceux qui distillent derrière eux une traînée douce-amère de larmes et de sang, de passion destructrice et de naïveté bafouée. Et Sans Logique en est le plus parfait exemple. Une terre sombre et désolée, aux allures fantomatiques, parsemée des débris de vies passées et gâchées. Un théâtre morbide, semblable dans sa noirceur à un ancien enfer délaissé par le diable. Et au cœur de ce paysage triste baigné d’un soleil livide, deux amants blottis l’un contre l’autre, réunis dans une tendre étreinte silencieuse et solennelle magnifiée par l’échange du baiser des gitans, paume contre paume, mélange de la pureté de leur sang et de leur âme d’enfants amoureux. 

CLIP - SANS LOGIQUE - 1989 dans Les Clips de Mylène ClipSansLogique03


Symbole innocent de la trahison prochaine qui rampe et s’insinue entre les deux amants, une enfant crucifie la silhouette suppliciée d’un Christ noyé dans une flaque boueuse. Comme si par ce geste la fillette venait de dénoncer le pacte muet échangé par les amants, quelques personnes s’avancent soudain dans le silence irréel, toutes vêtues de noir, marche funèbre guidée par trois femmes au visage voilé, venues soumettre le couple à un rituel mystérieux et cruel. D’autres enfants s’éparpillent sur la terre dure et brune comme de sombres corbeaux, entraînant avec eux une Mylène au sourire confiant, le visage éclairé de ce regard enfantin qui lui est propre. Le spectacle peut commencer. Le front ceint d’un ruban de métal orné de cornes tranchantes, les poignets liés dans son dos, Mylène se soumet à un jeu ancestral dont elle croit candidement connaître les règles. Les vieilles dévoilent lentement leur visage marqué par le temps, révélant un regard avide, fiévreux, scrutateur, en attente d’un événement qu’elles savent imminent. Une corrida s’improvise, les hommes agitant leur cape noire pour irriter Mylène et la forcer à venir les chercher de ses cornes meurtrières. Mais le jeu s’emballe et dérape soudain, lorsque les lames d’acier blessent la main d’un jeune torero. Les vieilles sont alors secouées d’un immense éclat de rire, prises par l’exaltation fantastique que procure la vue du sang versé par les autres.
 

ClipSansLogique07 dans Les Clips de Mylène


Dans toute l’arrogance de son mâle orgueil, l’amant sort lentement une longue épée effilée qu’il brandit, le regard fier, défiant sa bien-aimée de venir à lui. Portée par la certitude que son amant jamais ne lui fera le moindre mal, Mylène s’élance hardiment. Et la trahison qui rôdait sur ce simulacre cruel frappe brusquement, perçant la chair tendre de la jeune femme qui titube et chancelle sous le coup de cette incroyable perfidie. Les vieilles applaudissent, jettent des pièces, ne contiennent plus leur enthousiasme délirant face à ce qu’elles pressentent et attendent avec impatience.  » Souffrez qu’une autre, en moi se glisse… « . Et c’est bien de cela qu’il s’agit. Possédée par une folie désespérée qui appelle le sang, poussée par la fureur aveugle d’une bête torturée de douleur, Mylène échappe à sa propre raison. Devenue ce taureau qu’elle était censée incarnée, elle souffle et frappe le sol de ses pieds, fixant sur son amant des yeux d’une blancheur démoniaque. Alors même que l’homme savoure son amère victoire, elle le transperce de ses cornes dans un élan de rage et de vengeance.

Le silence retombe sur la scène sanglante. Telles les Moires grecques, messagères et maîtresses de la mort, les vieilles voilent à nouveau leur visage apaisé par cette joute fatale et s’éloignent sans un regard, laissant les enfants ramasser les pièces qu’elles avaient jetées dans leur sinistre emportement. Comme pour effacer toute haine et toute souffrance, des milliers de gouttes translucides enveloppent doucement le corps effondré de Mylène, tombée à genoux près de son amant blessé. Mais sa peine et sa stupeur ne sauveront pas leur amour sacrifié sur l’autel du plaisir égoïste des autres.

Abandonnée par son Autre satanique, Mylène contemple sans comprendre l’agonie douloureuse de celui qui s’est jouée de sa confiance et de cet amour trop proche de la haine cachée qui a souillé leur union. D’une main faiblement tendue, l’homme implore un pardon qui viendra bien trop tard. Et tandis que la mort fauche l’amant présomptueux, Mylène offre son visage à la caresse froide de la pluie, une larme de sang perlant de ses paupières fermées et glissant sur sa joue diaphane. 

 

ClipSansLogique08

 

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Publicité de mauvais goût pour Mylène

Posté par francesca7 le 19 août 2011

 

Févier 1989. Alors que Mylène répète intensivement cette première tournée, elle devient l’objet d’une récupération politique

 

Publicité de mauvais goût pour Mylène dans Mylène 1989 - 1990 2951467522huEn effet, Le Rassemblement pour une France libre, le parti ouvrier européen, avec à sa tête Jacques Cheminade, utilise pour sa campagne publicitaire une photographie extraite du clip Sans logique, entièrement sortie du contexte, avec une carte à jouer satanique qui est largement diffusée sur tous les murs de Paris, affublée du texte : « Ils promeuvent la laideur et la drogue. »

 

Trouvant le rapprochement injurieux entre la drogue et sa personne, Mylène n’hésite pas un instant et saisit le tribunal de grande instance de Paris en référé. Le jugement est rendu à la mi-juin de cette même année et donne raison à Mylène, injustement agressée. Car si la chanteuse peut employer dans ses chansons des expressions qui pourraient faire allusion à la prise de stupéfiants, comme : souffrez qu’une autre en moi se glisse, elle refuse les amalgames.

 

Toujours très intéressé par la vie de Mylène, Libération dans on numéro du 17 juin 1989 fait paraître l’affiche en question en rendant compte du jugement du tribunal : « Mylène Farmer gagne au tribunal. Elle n’a pas apprécié. Il faut dire que le Rassemblement pour une France libre n’avait pas fait dans le slogan en dentelles !… Preuve que même quand on est une rousse libertine, on n’aime pas voir sa gueule utilisée à son corps défendant« .

 

 

Mylene-Farmer-236-x-80_8146_1 dans Mylène 1989 - 1990Heureusement, la vie reprend son cours et Mylène a d’autres choses en tête que la défense contre ce genre d’attaques mal placées. Sa future grande scène parisienne l’attend et c’est pour ce combat qu’elle souhaite canaliser toute son énergie, en faisant une légère parenthèse pour organiser son déménagement.

Publié dans Mylène 1989 - 1990 | Pas de Commentaires »

 

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