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Un champ d’images dans à quoi je sers de Mylène

Posté par francesca7 le 25 avril 2014

Qui pourrait prédire à un enfant élevé dans une famille nombreuse du XIIIe arrondissement de Paris une telle carrière, aussi riche, aussi complète et aussi prématurément inachevée. Pourtant tôt mis au piano par ses parents, Laurent ne veut Un champ d'images dans à quoi je sers de Mylène dans Mylène et Boutonnat aqjs01tendre que vers le cinéma. Seul cet art rassemble la rigueur exigée depuis ses 5 ans par son professeur de piano, la structure que lui impose son professeur particulier de français, et le besoin qu’à le jeune homme de transposer les images qu’il garde en tête depuis l’enfance. Il ne faut pas oublier que c’est après de courts essais filmiques, souvent muets, que Laurent à 17 ans décide de lui même de son statut de cinéaste, rassemblant un groupe d’amis pour tourner en 18 mois un long-métrage bancal mais très riche au point de vue thématique. Suite à l’échec prévisible et pourtant inattendu, à priori dû à son manque d’expérience, le jeune réalisateur endosse le rôle plus sage et plus conventionnel de l’assistant réalisateur par lequel il apprendra théoriquement ce qu’on a coutume d’appeler les « bases du métier ». Chassé le naturel, il revint vite au galop et c’est après dix mois de tournée documentariste dans toute la France traquant les énergies nucléaires que Laurent Boutonnat reprend seul la caméra pour tourner quelques publicités, en attendant le producteur opportun qui lui offrira sa véritable chance au cinéma.

aqjs02 dans Mylène et Boutonnat    La suite, tout le monde ou presque la connaît, c’est à la rédaction d’un livre sur l’infanticide que Boutonnat et un ami auront la formidable idée du coup commercial de Maman à tort, recrutant sur casting la jeune Mylène Farmer alors âgée de 21 ans. L’histoire pour Laurent Boutonnat aurait pourtant pu ici aussi amorcer un virage puis repartir dans une toute autre direction; car c’est le succès de Libertine, suite à plusieurs échecs, qui permettra à Boutonnat de faire de la conception de ses clips « un moyen détourné de faire du cinéma » pendant 6 ans. C’est en accumulant méthodiquement pendant toutes ces années ses royalties qu’il pourra se permettre d’autoproduire le aqjs12film-fleuve écrit depuis longtemps et dont personne ne veut : Giorgino. Vivant l’échec du film encore plus mal que celui de son premier long-métrage, Laurent Boutonnat restera définitivement dans l’ombre, n’accordera plus aucun interview à qui que ce soit et envisagera ses futures productions sous la dualité de trois angles : la fidélité à son égérie Mylène Farmer dont le succès et le talent l’ont dépassé, les coups de cœurs ponctuels à des chanteuses sur lesquelles il pariera tout; et avant tout cette stratégie commerciale sur laquelle il bâtissait déjà Maman à tort. Mais cet océan de coups mercantiles a depuis pris le pas sur la gigantesque montagne d’une oeuvre non achevée, sur laquelle Laurent Boutonnat a vacillé en 1994. On pourra par la suite trouver un manque d’imagination éventuellement, d’enthousiasme probablement, d’ambition très certainement. En omettant le commentaire sur l’homme d’affaire que nous ne comprendront décidément jamais; si on doit envisager l’entièreté de l’œuvre de l’artiste on ne peut qu’en constater la grande productivité musicale, la richesse filmique et la transformation finalement vaine de l’adolescent cinéphile de 16 ans en auteur quarantenaire épanoui artistiquement.

    Philippe Séguy fit deux portait de cet artiste en 1990, dans son livre Ainsi soit-elle. Deux regards d’un même auteur littéraire sur un cinéaste singulier qui créait encore à l’époque régulièrement l’événement par ses réalisations, tant musicales que cinématographiques.

 

« Si on ne peut plus concevoir à notre époque un son qui ne soit pas intimement lié à une image, c’est que notre entendement de la musique s’est profondément modifié »

 

aqjs08    Considérable mutation que ce phénomène, le plus original de la production musicale de ces dernières années. La musique est également devenue image. Si  elle favorise depuis des siècles l’apaisement, la propension à l’évasion et au rêve, si elle nous est aussi nécessaire que l’eau ou la lumière, elle s’accompagne maintenant d’un support privilégié: le vidéo-clip.

    En s’alliant à lui elle s’enrichit d’un scénario précisément défini et pensé. Le clip suppose, le plus souvent, des comédiens, une histoire, ou tout au moins un fil conducteur, même ténu, qui sous- entend des figurants, des décors, des costumes, des éclairages, tout ce qui en fait constitue une oeuvre cinématographique.

    Le réalisateur de l’ensemble des neuf clips de Mylène Farmer est Laurent Boutonnat. D’évidence et pour notre bonheur Laurent possède la grâce, l’inspiration la plus baroque, la plus fébrile, la plus intense, celle qui rebondit en arabesques, emprunte aux jeux d’eau leur force nerveuse, insolente. Autant de cris, autant d’angoisses aussi. C’est le mystère d’un style.

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    Les thèmes de prédilection de Laurent et Mylène – étroitement unis, on le devine, dans un même désir de se parfaire, de se surpasser – se retrouvent complices dans des réalisations surprenantes, multiples, éminemment variées et qui semblent présenter une apparente unité de ton, une ressemblance étroite, un même cheminement d’idées, sans cependant jamais tomber dans la redondance ou l’imitation servile. L’évocation de leur monde spirituel se fait grâce à des images souvent violentes.Images découpées au scalpel qui font parfois mal ; ainsi agirait-on pour une oeuvre de peintre! Couleurs lancées avec fureur sur la toile et qui, par une alchimie mystérieuse, recomposent des paysages devant lesquels l’homme avouerait son impuissance…

aqjs40    Ces visions prennent chair et sang grâce surtout à un style précis de signes compris d’eux seuls. Mais ils mettent tout leur talent et beaucoup d’amour à présenter leur oeuvre au public. Tout est présent, tout est dit, tout est signifié. Tout est présent, tout est dit, tout est signifié. A nous de ne pas craindre et de pénétrer en confiance dans ce labyrinthe halluciné, aux fulgurances d’orages, pour en extraire ce qui s’appelle le plaisir, quitte à tordre pour la faire sienne, et sans souci d’exactitude, l’expression d’un choix égoïste : images, gestes, mots, couleurs, que l’on emporte en secret, mais que l’on garde, toujours.

Philippe Séguy, Ainsi soit- elle, pp. 48-49,
                                                                  éditions J.P. Taillandier, 1991.

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« Itinéraire d’un jeune homme doué »

    Qui prétendrait voir en Laurent Boutonnat un pâle Lorenzaccio, ravagé par les affres du succès, assoiffé de paradis artificiels, défiguré par sa création – déjà abondante il est vrai- commettrait une bien lourde erreur !

aqjs39    Car enfin c’est out l’inverse. Imaginez, puisqu’une exacte pudeur l’empêche de se montrer souvent, et le fait fuir comme sous la menace d’une épidémie, télévisions, radios ou soirées mondaines, une crinière léonine aux lourdes mèches végétales que sa main replace sans ménagement. Imaginez aussi une stature haute et puissante, nourrie par un très ancien sang irlandais et une manière de regarder devant lui qui n’exclut pas la fierté.

    Imaginez surtout une rigueur mentale, une élégance de principe mêlée de beaucoup de courtoisie, un caractère qui somme toute, approcherait d’assez près les austérités jansénistes. (…)

    Laurent Boutonnat est un cinéaste qui fait de la musique.

    Il parle de cinéma avec ce mélange d’enthousiasme et de retenue qui le caractérise. Il en parle avec discernement, comme de quelque chose d’enfoui, de très souterrain, mais de longtemps révéré. Il raconte ce qu’il crée ; cet art exigeant qui le brûle, « cette alchimie mystérieuse qui naît d’une idée, d’un phantasme, d’une image, d’une envie de scène, d’une situation.«   Son oeuvre est couvasesouvent tragique, et s’il semble témoigner à l’homme une confiance toute relative, une misanthropie acide, on est toujours frappé par cette démesure, par cette énergie souvent venimeuse qui broie  les résistances , qui force l’ oeil à rester grand ouvert, qui blesse les sens, mais qui les rend plus subtils et plus rares.

    Lui demeure lucide. « Nous n’allons pas continuer à faire tout ceci impunément ; un jour, on va le payer très cher, car nous perdons la conscience de la violence, de la noirceur, de la morbidité…«   Il a la modestie d’ajouter que faire des vidéos-clips est un moyen détourné de faire du cinéma. »

Mais il ne faut pas le croire. Laurent Boutonnat est un réalisateur à part entière.

                 Ainsi soit-elle, Philippe Séguy, pp.78-81,
éditions J.P. Taillandier, PARIS, 1991

 

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