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Tournage du film de Mylène F. Terminé

Posté par francesca7 le 2 novembre 2017

 

Vivre entre l’ombre et la lumière, le « je » et le « jeu », le hors-champ et le cadre… Elle s’y est habi­tuée. Elle y a même pris goût. Quelques mois avant de révé­ler ses talents d’actrice dans le thril­ler Incident in a Ghost Land de Pascal Laugier, la chan­teuse a bien voulu nous accor­der un entre­tien exclu­sif… libre et passionné !

ghost-land

Elle arrive avec quelques minutes de retard… vécues comme une éter­nité. Trois jours plus tôt, elle s’est lais­sée photo­gra­phier, en comité restreint, par Sylvie Lancre­non. Ambiance déten­due – bercée par la bande-origi­nale du film Tree of life et quelques morceaux de Sting – mais studieuse – choix des vête­ments, retouches maquillage, rien n’échappe à cette perfec­tion­niste. On a beau l’avoir déjà appro­chée, son absence, avant qu’elle ne surgisse devant nous, nour­rit les fantasmes. Trop fragile pour affron­ter nos ques­tions ? Lorsqu’elle finit par se présen­ter, ses jambes fines ne vacillent nulle­ment sur ses stilet­tos. Trop sauvage pour des retrou­vailles ? Cheveux lâchés et visage à peine maquillé, elle porte un collier aux allures d’amu­lette, mais elle a accepté, après le jeu des photos, notre rendez-vous, déta­ché de tout enjeu promo­tion­nel. Son prochain film, Incident in a Ghost Land réalisé par Pascal Laugier et tourné au Canada l’hi­ver dernier, ne sortira proba­ble­ment que début 2018. Soit près de vingt-cinq ans après Gior­gino, premier long-métrage en costumes, thril­ler enneigé et incom­pris de Laurent Bouton­nat. Musi­ca­le­ment, malgré une récente signa­ture avec Sony Music, la parti­tion est encore vierge. Mylène Farmer a l’élé­gance de ceux qui n’im­posent rien… sinon leur présence au monde, diffé­rente, inspi­rée, et inspi­rante.

Gala : Il y a cinq mois, vous avez terminé le tour­nage du film Incident in a ghost land. Un thril­ler éprou­vant qui confronte une famille à des esprits malfai­sants. Aucune séquelle à déplo­rer ?

Mylène Farmer : Toujours le même cauche­mar : Pascal Laugier, le réali­sa­teur, me pour­suit inlas­sa­ble­ment avec sa caméra dans les couloirs de la maison du film ! (Rires). C’était impres­sion­nant de le voir au travail, d’ob­ser­ver comment il faisait corps avec son long-métrage. Je garde un souve­nir très fort de ce tour­nage et de « mes filles » à l’écran.

Gala : Vous avez fait confiance à un réali­sa­teur, récent dans votre galaxie, et vous avez endossé un rôle inha­bi­tuel, celui d’une mère de famille. Le tout, en langue anglaise. Vous aimez pous­ser les curseurs de la diffi­culté ?

M.F. : Je ne parle­rais pas de diffi­culté, mais d’exi­gence. J’aime les projets ambi­tieux, précis, qui demandent l’in­ves­tis­se­ment de toute une équipe pour un résul­tat encore incon­nu… Il y a une certaine beauté dans ce geste collec­tif. J’ai accepté ce film, essen­tiel­le­ment parce que mon rôle était très bien écrit et parce que Pascal maîtrise remarqua­ble­ment ce genre. Son scéna­rio est formi­dable. Me glis­ser dans la peau d’une mère prête à défendre ses enfants était un chal­lenge, mais je l’ai fina­le­ment abordé de façon assez natu­relle, instinc­tive. Quand le tour­nage à débuté à Winni­peg, j’étais une actrice parmi les autres. 

Gala : Reve­nir au Canada, votre pays de nais­sance, a-t-il agité quelques émotions ?

farmer FILMM.F. : Une immense émotion ! J’ai retrouvé la maison de ma petite enfance, à Pier­re­fonds. J’ai pu en redé­cou­vrir l’in­té­rieur, le jardin… Je suis égale­ment reve­nue dans ma première école, tenue par des reli­gieu­ses… Alors que j’em­prun­tais la rue du Belvé­dère, où j’ai grandi, la neige a commencé à tomber. J’étais comme accueillie… 

Gala : Qu’est-ce qui prime pour vous : dési­rer ou se sentir dési­rée ?

M.F. : Sentir le désir… C’est fonda­men­tal pour moi. Vital, même.

Gala : Comment avez-vous préparé votre rôle dans Incident in a Ghost Land ?

M.F. : J’ai travaillé. Claude Berri m’a dit un jour : « Mylène,  si tu connais ton texte à la virgule près, ainsi que les répliques de tes parte­naires, tu pour­ras tout oublier et t’aban­don­ner. » Depuis le cours Florent, je suis amie avec Vincent Lindon, qui m’impres­sionne infi­ni­ment  dans chacun de ses rôles. Son aide fut précieuse. Il m’a conseillé son coach. J’ai répété. Et puis… j’ai fait le grand saut dans le vide !

Gala : Isabelle Adjani a récem­ment déclaré : « jouer, c’est répa­rer ». Qu’est-ce que cela vous inspire ?

M.F. : C’est une défi­ni­tion qui corres­pond parfai­te­ment à cette grande actrice. Mais pour moi… Je ne crois pas à la répa­ra­tion. Je dirais plutôt qu’on apprend à vivre avec soi. Ce qui, déjà, n’est pas une partie de petits chevaux … 

Gala : Pardon­nez la ques­tion, mais la dispa­ri­tion de votre maman, quelques mois avant de tour­ner avec Pascal Laugier, a-t-elle influencé votre inter­pré­ta­tion d’une mère de famille ?

M.F. : Permet­tez que je ne vous réponde pas direc­te­ment. Chacun d’entre nous est touché par des deuils. J’ai la chance de pouvoir écrire sur « mes » absents… Sans les nommer… Et de pouvoir, par la magie des mots, aspi­rer un peu du chagrin des autres. 

Gala : Isabelle Huppert, que vous connais­sez bien, a dit : « être actrice, c’est trans­for­mer en excel­lence ce qui ne l’était pas : la fragi­lité en force, la timi­dité en assu­rance. » Cela vous ressemble, non ?

M.F. : J’ai beau­coup d’ad­mi­ra­tion pour Isabelle Huppert, sa déter­mi­na­tion, ses choix artis­tiques, son jeu unique. Je ne sais pas si ses mots me ressemblent, mais je partage son point de vue. Le dépas­se­ment de soi est un mini­mum, lorsqu’on veut parta­ger avec les autres. Vivre est une aven­ture exigeant que l’on se réin­vente sans cesse, sans jamais se trahir, ni sacri­fier aux modes. Je suis une instinc­tive et ma timi­dité, que j’as­sume, m’a sans doute proté­gée ! 

Gala : Quels sont les mots qui vous touchent le plus ?

M.F. : Les mots pronon­cés au moment où l’on ne s’y attend pas. Je suis fasci­née par la puis­sance des mots portés par la bonne personne, au bon moment. Et « Mon Amour » m’émeut telle­ment… 

 

Propos recueillis par Thomas Durand 

article paru dans http://www.gala.fr/l_actu

Publié dans Mylène 2017 | 1 Commentaire »

A l’occasion d’un week­-end spécial avec Mylène Farmer

Posté par francesca7 le 3 septembre 2016

 

 

 

 

Mylène Farmer sur MCM et pour la promo de « Dance Remixes » et de « Que mon Cœur Lâche », Mylène accorde une interview fleuve à la chaîne. L’entretien a cette particularité qu’on ne voit jamais le journaliste, pas plus qu’on ne l’entend.

MF : Je n’essaie pas de me composer un personnage. C’est ma timidité, c’est vrai que je ne fais aucun effort pour moi­-même, non. Je ne suis pas dans cette rigueur. Je ne suis pas très tendre avec moi­même. Diffusion d’un court extrait du clip « Je t’aime Mélancolie ».

MF : Vous savez, dans la mesure où je fais justement peu d’interviews, la presse dit ce qu’elle veut de moi, et c’est pas grave non plus. Mais c’est vrai que les médias ne sont pas tendres. Je ne dis pas avec moi, je dis en général. Peut­-être que beaucoup de personnes sont réunies dans ces métiers et n’arrivent pas à créer eux-mêmes ou elles-­mêmes tout simplement. Je crois que c’est un mal français. Je crois qu’on n’aime pas le succès tout simplement, en tous cas le succès à long terme. C’est toujours douteux. (sourire)

mylène

L’exercice de l’interview est un exercice qui m’est pénible en ce sens que j’ai du mal à parler de moi, que c’est un exercice de toute façon assez difficile, donc c’est pour ça que je préfère le rendre rare. Diffusion d’un extrait du clip « Ainsi Soit Je… ».

MF : Je n’ai jamais pris de cours de danse, donc c’est, j’allais dire, quelque chose de plus spontané. Je ne vais jamais en boîte de nuit, je n’y suis jamais allée donc… Mais par contre, c’est quelque chose, oui, de, j’allais dire, de fondamental, non, mais qui m’est indispensable quand je chante une chanson. J’ai toujours, moi, une danseuse avec qui j’ai travaillé pendant très longtemps qui a réglé les ballets pour le ­les chorégraphies pour le concert. Je lui apprends, moi, les mouvements et, au fur et à mesure, elle les fait répéter aux autres danseuses. Quand c’est une chanson un peu rythmée, c’est plus facile d’appuyer un mot par un geste. Je travaille d’abord moi-­même toute seule, ensuite, je travaille avec cette fameuse danseuse pendant deux, trois jours. Et puis après, nous faisons appel à deux, trois ou quatre danseuses. Et je travaille très souvent en studio.

Diffusion d’un extrait du clip « Sans Contrefaçon ». 

MF : Je suis très, très présente en studio. C’est un univers que j’aime bien. Je m’intéresse à tout. J’aime vraiment profondément la musique. Je sais pas s’il y a des critères comme ça. On essaie que ça sonne le mieux possible, que ce soit harmonieux, que ce soit, j’espère, un peu nouveau, et que ce soit dansant avant tout. (sourire)

J’ai un peu de mal, moi, à écouter les chansons anciennes, mais ça redonne une vie à la chanson tout simplement, ça la rend un peu différente. J’espère qu’on part de toute façon sur des bases nouvelles, j’espère qu’on évolue. Maintenant, quant à gérer tout ça : non, j’en suis incapable, je crois que ces choses-­là se font naturellement. On écoute d’autres musiques, on voit d’autres lieux, et tout ça apporte une nourriture certainement pour évoluer.

« Maman a Tort » n’était pas de ma plume, mais dans l’album j’ai chanté « Plus Grandir ». J’ai éprouvé le besoin immédiat d’écrire. Mais après…C’est difficile que de s’avouer qu’on est capable de le faire, d’abord, d’accepter, et d’accepter ses mots, ses émotions, et de les dévoiler aux autres. Mais là encore, c’était quelque chose d’évident pour moi. Je pouvais pas laisser quelqu’un écrire mes mots. Aujourd’hui, j’ai traduit avec un co­adaptateur « Que mon Cœur Lâche » en anglais et je suppose qu’elle va voir le jour, cette chanson. C’est un exercice qui est très difficile parce qu’il faut d’abord parler anglais couramment ­ ce qui n’est pas encore tout à fait mon cas­ et trouver un style d’écriture dans une langue qui n’est pas la sienne, c’est assez difficile.

Donc, pour l’instant, je n’ai fait qu’une chanson réelle en anglais, de A à Z. Diffusion du clip « Je t’aime Mélancolie ».

MF : Moi j’ai besoin de la musique pour pouvoir non pas trouver un thème, mais pour pouvoir écrire des mots sur cette musique, tout simplement. Puisque j’ai travaillé avec Jean­-Louis Murat, je sais que lui a une façon qui est très, très différente de… Lui, c’est quelqu’un qui est très, très productif, qui écrit sans arrêt. J’avoue que moi, j’ai besoin d’avoir un but qui se traduit par un album ou une chanson. En tous cas, c’est d’abord la musique de Laurent qui va me suggérer des choses. J’aimerais beaucoup jouer du piano, mais je n’ai ni le temps, ni peut­-être même l’énergie et c’est difficile de se remettre dans la peau d’un étudiant ou d’un élève. Mais le piano, c’est quelque chose qui me manque, oui. J’avais essayé de jouer le saxophone, mais ça, c’est très, très difficile. J’ai ces instruments avec moi, et c’est très bien ! (sourire)

Diffusion d’un extrait du clip « Regrets ».

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MF : J’aime beaucoup la peinture. J’aime beaucoup la peinture abstraite, surréaliste plus que la figurative. J’aime beaucoup Dali, Max Ernst, Egon Schiele, et beaucoup d’autres que je vais oublier, bien sûr ! J’aimerais beaucoup avoir un Miró ou un Egon Schiele puisqu’on en parlait, mais c’est impossible. C’est un plaisir assez immense que d’avoir un tableau chez soi et de pouvoir le regarder et de vivre avec, de se lever le matin. Et puis c’est passionnant ! Diffusion d’un extrait du clip « Sans Logique ».

 MF : Depuis très longtemps, j’ai pensé au cinéma. Avant la chanson. Et la vie a voulu que je rencontre la chanson d’abord, et je pense que c’est une bonne chose. Maintenant, j’ai très, très envie d’avoir cette émotionlà, oui, pour après, moi, pouvoir redonner une autre émotion parce que je pense que je remonterai sur scène. Mais j’ai besoin de ce passage-­là. C’est, là pour le coup, fondamental dans ma vie. Dans un premier temps, Laurent Boutonnat ne pouvait pas réaliser ce clip parce qu’il a un long métrage en préparation donc, pour le temps, c’était absolument impossible. Donc nous avons fait appel à Luc Besson. Pourquoi Luc Besson ? Parce que c’est quelqu’un que nous connaissons tous les deux, et qu’il nous avait invités un jour pour un très beau voyage sur la banquise, lors de son tournage d’«Atlantis ». Et ma foi, ça nous a semblé évident, et lui a accepté. (sourire)

Je crois qu’on a, de toute façon, des univers qui sont très, très différents. Ce que lui a peut­être apporté, il me semble en tout cas, c’est peut­être un sourire que je n’avais pas dans les autres clips, une légèreté que je n’avais pas. Après, Laurent Boutonnat sera bloqué, de toute façon, pour le montage de son film, pour la musique et pour bien d’autres choses, donc je pense que je vais mettre un peu de temps avant de sortir un autre album. Diffusion d’un extrait du clip « Que mon Cœur Lâche ».

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MF : Je crois que nous avons tous un côté ange, un côté démon. Oui, précisément avec les habits que je portais, en tous cas la robe blanche qui est une robe d’Azzedine Alaïa, et c’est un grand bonheur que de porter ses vêtements. Un artiste, c’est vrai, on l’écoute donc peut avoir une certaine influence qu’il ne maîtrise pas forcément d’ailleurs. Que de prendre position, moi je n’en ai pas envie, mais je respecte les gens qui le font. Moi, j’ai essayé de ne prendre aucun engagement justement, ni de dire ‘il faut en mettre’ ou ‘il ne faut pas en mettre’. Il me semble évident qu’il faut en mettre, mais c’est vrai que ce n’était pas le ‘message’ que je voulais faire passer. Il n’y a pas de message dans la chanson.

Une fois de plus, c’est un constat. Sans parler de constat d’échec, c’est l’impuissance qui rend très malheureux également. C’est quelque chose qui nous est tombé, là pour le coup, du ciel et c’est une chose méchante. Et que de ne pouvoir réagir, c’est la chose la plus cruelle pour l’Homme. Si ce n’est qu’il faut se protéger. Bien sûr, ça me fait mal, c’est quelque chose de tragique. L’amour est totalement perverti, mais je ne crois pas que je dirai quelque chose de très nouveau sur ce thème-­là, si ce n’est qu’il est très douloureux. Ne parlons plus du clip, parlons de la chanson : moi, une fois de plus, ça n’engage que moi, c’est plus un constat sur l’amour, ce que moi je puis ressentir. C’est quelque chose d’un peu difficile en ce moment, et c’était difficile aussi pour moi que de ne pas en parler.

J’essayais d’éviter parce qu’on a toujours peur des sujets un peu racoleurs et je me suis aperçu que, ma foi, ça fait partie de la vie de tous les jours. C’est le quotidien. C’est quelque chose que je ne pouvais pas occulter.

SOURCE / ESCALE 2 JANVIER 1993 Entretien avec Patrick WILLARD MCM 

Publié dans Mylène 1993 - 1994, Mylène AU FIL DES MOTS, Mylène en INTERVIEW, Mylène et ses longs discours | Pas de Commentaires »

A l’époque du DIRECT avec Mylène FARMER

Posté par francesca7 le 3 septembre 2016

 

 

 

Philippe Gildas reçoit Mylène Farmer sur le plateau de son « Direct », sorte de première version de ce qui deviendra « Nulle Part Ailleurs ». Mylène, dans un tailleur gris beige, prend place aux côtés de la comédienne Marie-Christine Barrault pour répondre aux questions de l’animateur.

mylène

Philippe Gildas : Bonjour Mylène ! Est-ce que le clip est fini ?
Mylène Farmer : Il est terminé, oui. 

PG : Ca sortira bientôt ?
MF : Il est en montage actuellement pendant une semaine, une semaine de mixage et la troisième semaine sera la bonne !

PG : Je voudrais bien voir « Libertine » au milieu des loups !
MF : Oui, ça va être très, très beau je pense !

PG : Vous l’avez vraiment fait avec des loups ?
MF : On a fait avec un loup, et puis sinon y a des…Je vous donne pas le secret, quand même ! (rires)

PG : Mais je savais depuis le début qu’elle voulait à tout prix faire son clip dès la sortie, avant même la sortie de « Tristana », d’ailleurs ! 
MF : Oui !

PG : Et vous l’avez tourné en Ardèche, non ?
MF : Non, non, non, on l’a tourné dans le Vercors, avec des plaines enneigées…Un très, très beau décor !

PG : « Tristana », c’est votre combien, cinquième 45 tours ?
MF : Oui. 

PG : C’est une carrière qui est partie à cent à l’heure, alors ! Y a combien de temps ? Trois ans ?
MF : Ca fait, depuis « Maman a tort », trois ans, oui. Avec un album, entre !

PG : Et « Maman a tort », c’était pas hasard !
MF : Rien n’est un hasard, mais c’est vrai que j’ai eu la chance de rencontrer deux personnes qui…

PG : (il l’interrompt) Boutonnat ?
MF : Boutonnat, oui, Laurent Boutonnat avec qui je continue, compositeur donc qui m’a composé la première chanson. 

PG : Il a eu, enfin je sais pas qui a voulu cette rencontre mais c’était bien puisque trois ans après un album est sorti…
MF : Oui.

PG : …qui a combien ? Six mois ?
MF : A peu près, oui. (l’album est pourtant sorti un an pile auparavant, ndlr)

PG : (…) Et voilà maintenant le nouveau 45 tours, « Tristana », on l’écoutera chanter dans un instant !

Philippe Gildas se tourne alors vers Marie-Christine Barrault, qui parle des films en costumes.

PG : (…) Mylène elle adore les déguisements !
MF : (rires) C’est vrai, j’aime bien les costumes, oui, les époques.
Marie-Christine Barrault : Les robes sont très, très lourdes ! (…) Pour chanter, je suis pas sûre que ce soit bien ! (rires)

PG : (se tournant à nouveau vers Mylène) Alors, « Tristana », l’histoire de « Tristana » ?
MF : Que voulez-vous savoir ?!

PG : Après « Libertine », il fallait le trouver quand même !
MF : Oui! C’est la dure reconversion de « Libertine » ! C’est une histoire simple, « Tristana », c’est un peu la mélancolie, un peu le désespoir. Voilà, c’est un peu la couleur de cette chanson. 

PG : Pourquoi chaque fois, vous qui avez une vie professionnelle parfaitement réussie apparemment une vie privée aussi dont vous n’avez pas à vous plaindre, la petite québécoise…non c’est pas Québec, vous hein ?
MF : C’est Montréal. 

PG : …venue en France, non pas pour chanter mais bien avant déjà ! Vous aviez quel âge ? 10 ans, 12 ans ?
MF : Oui c’est ça, 9, 10 ans. 

PG : Quand vous voulez retravailler, vous allez au Canada sans problèmes : ils vous connaissent bien !
MF : Ils me connaissent pas du tout au Canada, non ! Non, non ! L’album est sorti, « Libertine » est en train de sortir mais je n’ai rien fait dans ce pays. 

PG : Mais ils vous connaissent quand même ? Ils savent…
MF : Certainement. Depuis « Maman a tort », oui, ils s’intéressent un peu à ce que je fais.

PG : Sinon vous n’envoieriez pas vos disques en priorité là-bas, après la France !
MF : Ce n’est pas en priorité, c’est eux qui font appel à vous s’ils sont intéressés. 

PG : Mais ça sert pas d’être canadienne ?
MF : Je ne crois pas. En ce qui me concerne, non parce que…

PG : Ils vous considèrent pas du tout comme canadienne ?
MF : Ben j’avoue que j’y suis jamais retournée, que je n’ai jamais re-rencontré donc des canadiens. Il était question que j’y aille là, en mai donc c’est en pourparlers. Donc je pourrai vous répondre après ! (Mylène ira finalement au Canada un an plus tard, ndlr)

PG : La carrière de mannequin, vous l’avez complètement abandonnée ?
MF : Oui, j’avais fait ça vraiment en dilettante, c’était pour gagner ma vie. Donc j’ai complètement abandonné parce que inintéressant et pas du tout ce à quoi j’aspirais. 

PG : Alors qu’est-ce que vous ferez après la chanson ?
MF : Probablement élever des singes !

PG : (rires) Et pourquoi ?
MF : Parce que j’ai une passion de cet animal, des animaux en général, mais c’est vrai des singes spécialement. 

PG : Mais qu’est-ce que vous en ferez ?
MF : Bah écoutez, un élevage probablement !

PG : Mais des grands ? Des petits ?
MF : Plutôt des gros. 

PG : Oui, mais ça se reproduit ! (rires)
MF : Oui. Vous avez peur des familles nombreuses ?! (rires)

PG : De singes, oui !
MF : Y a plein de choses à faire : l’éducation…Enfin, je sais pas, y a plein de découvertes à faire certainement avec ces animaux. 

PG : Enfin pour l’instant vous continuez la chanson ?
MF : Pour l’instant, je suis ravie de chanter ! (rires)

mylène

Philippe Gildas demande ensuite à Mylène d’interpréter « Tristana », ce qu’elle fait, entourée de ses deux danseuses. A l’écran apparaît parfois un trucage vidéo entourant Mylène de fausses flammes. Après la chanson, Mylène retrouve sa place face à l’animateur.

PG : Le dernier 45 tours de Mylène Farmer, « Tristana ». Alors en attendant la surprise du clip, parce que si j’insiste tellement sur le clip c’est…elle devrait faire du cinéma ! « Libertine » faisait combien de temps, le clip ?
MF : Je crois que c’était onze minutes. 

PG : Un vrai film, en plus !
MF : Oui. Celui-là (« Tristana », ndlr) est parti pour être un peu plus long, d’ailleurs !

PG : Ha, vous allez faire encore plus long ?! Mais faut faire du cinéma carrément !
MF : Bah écoutez, peut-être un jour ! (rires)

PG : « Libertine », vous l’aviez tourné dans un château ?
MF : On l’a tourné dans un château…heu qu’est-ce qu’on a fait d’autre ?! (sourire) On a fait de l’extérieur également. Et là, c’est essentiellement extérieur et un peu studio. 

MCB : Vous avez combien de temps pour tourner un clip ?
MF : Il y a la préparation -je vous laisse juge, vous connaissez le métier ! Sinon de tournage, c’était à peu près cinq jours. Cinq, six jours mais vraiment à temps complet, c’est-à-dire c’était de 5h du matin à 11h du soir !

PG : Mais pourquoi est-ce que par rapport à une chanson vous faites un clip aussi long par exemple, et qui est une autre aventure ?
MF : Oui, par plaisir. 

MCB : Mais alors vous changez la musique, vous l’allongez ? Comment vous faites ?
MF : C’est-à-dire qu’on met ou de la musique additionnelle, dans « Libertine » c’est ce qui s’est produit, y a des moments sans musique, y a des moments avec voix-off, enfin y a plein de possibilités ! Et là en l’occurrence, on va mettre probablement la version du maxi 45 tours, donc qui est un peu plus longue que le 45 tours lui-même, avec une musique additionnelle et autre. 

PG : Vous préférez passer beaucoup de temps par exemple à tourner ces clips, à les préparer, les tourner ou bien faire de la scène ? Ce sont deux choses très différentes…
MF : Cette question est très pernicieuse, je le sens ! (rires)

PG : Vous avez fait le podium Europe 1 ? (tournée des boites de nuit à l’été 1986 avec Catherine Lara en tête d’affiche, ndlr)
MF : J’ai fait effectivement le podium Europe 1 et…

PG : C’est une sacrée école, hein ?
MF : Oui, tout à fait, oui. Très intéressant et très agréable. Je préparerai certainement une scène, mais je vais attendre déjà d’enregistrer un autre album. Quant aux tournages, c’est vrai que le cinéma me passionne, les tournages me passionnent. Et tourner avec Laurent c’est aussi quelque chose que j’aime beaucoup. 

MCB : Comment on fait ? C’est tout en play-back ? Vous écoutez la musique quand vous tournez ?
MF : Non, du tout. C’est-à-dire que chacun procède de façon différente. Nous, c’est vrai qu’on fait complètement abstraction de la chanson, du texte et de la musique pendant le tournage, et ce sera effectivement en play-back derrière. 

MCB : Comme un vrai film, quoi. 
MF : Oui, oui.

Philippe Gildas se tourne ensuite vers ses autres invités et Mylène n’intervient plus jusqu’à la fin.

 

SOURCE : DIRECT  AVRIL 1987
Présenté par Philippe GILDAS sur CANAL +

 

Publié dans Mylène 1987 - 1988, Mylène en INTERVIEW | Pas de Commentaires »

Mylène en deuil en Juillet 3016

Posté par francesca7 le 5 août 2016

 

Vingt ans après la mort de son père, Mylène Farmer pleure celle de sa mère.

Triste nouvelle pour Mylène Farmer, en deuil. Le magazine Ici Paris, en kiosques cette semaine, nous apprend que la chanteuse canadienne de 54 ans a perdu sa maman il y a quelques jours. Si l’on ignore les causes exactes de sa disparition, la regrettée Marguerite Gauthier, ancienne secrétaire devenue mère au foyer, a été enterrée au cimetière du Père Lachaise à Paris vendredi (8 juillet) dernier. Un moment forcément douloureux pour l’interprète de City Of Love qui entretenait une relation particulière avec sa mère.

D’après le journaliste Hugues Royer qui a travaillé pour le magazine Voici et publié un livre consacré à la jolie rousse qui veille depuis toujours a entretenir le mystère autour de sa vie privée et de sa personnalité, Mylène Gauthier de son vrai nom a vécu une enfance à distance de la figure maternelle. Maman a tort pour la jeune Mylène qui grandit entourée de trois frères et soeurs – Brigitte et Jean-Loup ses aînés et Michel le petit dernier de la fratrie – mais entretient un lien privilégié avec sa grand-mère paternelle et un père qui incarne l’homme idéal.

 mylène pleure (francesca)

Publié dans Mylène 2015 - 2016, Mylène dans la PRESSE | Pas de Commentaires »

RECIT DE L’ADOLESCENCE DE Mylène FARMER

Posté par francesca7 le 16 juillet 2016

 

‘Mon adolescence’, par Mylène Farmer  paru dans OK du 25-janv-1988                                                                                                                                        

« Nous sommes entrés, à mon avis, dans une ère de désintéressement.                                     

Notre époque a perdu son âme. »  

blog francesca                                          

Mon caractère : l’envie d’être à part.                                                                                

- Quelque part, j’étais peut-être un peu comme l’héroïne de ma dernière chanson : « Sans contrefaçon…je suis un garçon… ». Je n’étais pas un garçon manqué mais une fille manquée ! Depuis ma plus tendre enfance, je n’ai jamais aimé jouer à la poupée, à la dînette… J’ai toujours préférée la compagnie et les jeux des garçons. Certainement cela a dû influencer mon caractère… Jusqu’à l’âge de dix ans, j’ai vécu au Canada une enfance heureuse. J’étais très ouverte, bavarde… Et mon arrivée en France a été un véritable choc. J’ai eu du mal à m’intégrer à l’époque. Mais je n’ai pas souffert de cette période de transition qu’on appelle l’adolescence, disons que j’ai commencé à exister réellement il y a peu de temps, quand j’ai commencé à me réaliser dans le métier que j’ai choisi. Avant j’étais mal à l’aise. Sûrement un peu déracinée… En fait, je n’avais qu’une envie déjà : être à part, être la personne élue. Ce que je ne supportais pas, adolescente, c’est d’être perdue parmi 30.000 fourmis. Et c’est justement ce qu’on vous demande lorsqu’on est adolescent : ne pas être marginal, bien se noyer dans la masse. De cela oui, j’ai souffert !                                                                                                                          

Mes études : incolores et inodores.                                                          

- Je me souviens d’une chose étonnante : j’ai toujours refusé d’arriver en retard au cours. Hiver comme été, je me retrouvais seule à 7h30 devant la porte alors que nous ne commencions qu’à 8h… En revanche, je ne portais aucun intérêt quant à la suite de la journée. C’est un paradoxe bizarre que je n’ai jamais pu m’expliquer. Peut-être est-ce dû à mon signe zodiacal : Vierge ascendant Vierge, cause de conflit, de dualité ? En dehors de ça, j’ai vécu une scolarité que je qualifierai d’incolore, d’inodore. J’adorais le français, mais hélas, il m’a été enseigné par des profs qui le détestaient. J’aimais bien aussi le dessin, le théâtre et les sciences naturelles. Quant aux maths, j’étais archi nulle. En fait, mon esprit anti-cartésien ne pouvait pas s’accommoder de la logique mathématique.                                                                                                                                                                                                                         

Mes parents : je leur dis merci.                                                                                                       

- J’ai eu la chance d’avoir des parents intelligents, ouverts, généreux dans l’âme. Si je voulais leur parler, je pouvais le faire sans problème, mais mon caractère d’adolescente introvertie me poussait plutôt à me taire. En fait, à part notre ‘exode’ difficile pour moi au début, j’ai vécu dans un univers plutôt agréable, entouré de frères et de soeurs, comme la plupart des autres familles. En tout cas, je ne remercierai jamais assez mes parents d’avoir su régler parfaitement le problème de l’argent de poche. J’en avais un peu, mais pas trop. Dans des limites raisonnables qui font qu’on apprécie toujours les choses, qu’il vous reste les désirs. J’avoue que j’avais été choquée par les sommes exorbitantes que recevaient certains élèves.                                     

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Mon look : Maman n’avait pas tort.                                                                                                             

- Ma mère  a toujours adoré s’habiller et de ce fait elle m’a forcément influencée, je m’en inspirais plus ou moins, fatalement. Mais à 14-15 ans, le budget alors était limité en ce qui concerne les vêtements, aussi je recherchais avant tout à bien marier les couleurs plutôt que de trouver des formes originales. J’etais déjà définitivement pantalons et je me souviens en particulier d’une tenue bordeaux – j’ai craqué un moment pour cette couleur – pull et pantalons assortis que je trouvais du plus bel effet ! J’avais les cheveux très courts et je n’ai jamais eu les cheveux plus longs que ma coupe actuelle. Et jusqu’à « Maman à tort » ils étaient bruns. Ce n’est qu’à partir de « Libertine » qu’ils sont devenus roux.                                                                                   

Mes loisirs : l’équitation, déjà…                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                  

- La lecture, c’est venu assez tard. Non, vers 15 ans, j’étais surtout très dessin. Et puis déjà une passion pour les animaux et les zoos. J’avais essayé le piano, la danse classique (une seule séance, car à la fin la tête me tournait), puis j’ai tenté l’équitation et là mes parents ont dû se dire « Encore un de ses caprices ! ». Maman a vraiment eu tort car là, j’ai vraiment craqué. Au point de monter trois fois par semaine, de partir en stage l’été… Bien sûr, il y a eu aussi la musique. A la maison on était plutôt musique classique et côté variétés c’était Serge Reggiani, Gréco, Brel, Brassens, Barbara… Serge Reggiani, j’ai beaucoup aimé, je suis même allée le voir deux fois sur scène. Et puis, il y a eu Dutronc. Je n’ose pas dire mon idole, car j’ai horreur de ce mot, mais comme je n’en vois pas d’autres… J’avais tous ses albums, des petits joyaux, musiques et textes sublimes. Et quand il me restait un peu de temps, j’allais au cinéma. J’ai toujours été fascinée par le cinéma, par l’image. Et ses stars mythiques : Marilyn et James Dean, bien sûr mais aussi et surtout, Greta Garbo. Une comédienne, un personnage et un destin hors du commun…                                                                                                  

Mes premières amours : elles étaient impossibles et platoniques.                                                                         

- C’est venu vraiment très tard ! Adolescente, je n’étais pas du tout branchée boums par exemple. J’y suis bien allée deux, trois fois, pour voir, mais c’était pas mon truc. Malaise. Plutôt que des amours, j’ai eu des intimités intellectuelles avec des garçons, des relations platoniques, évidemment sans contact physique… Mais mes copines, elles, avaient plein de flirts et, bizarrement, j’en ai souffert. Quelque part, je jalousais leurs succès auprès des garçons. Encore un paradoxe de ma part. Mais j’avais trop d’appréhension pour franchir le pas… En fait, à l’époque je ‘fantasmais’ sur des amours impossibles avec tel ou tel comédien. Quelque part je devais trouver ça moins difficile qu’une idylle ‘en chair et en os’…                                                                         

En conclusion.                                                                                                                                                                                                                                                

- Nous sommes entrés, à mon avis, dans une ère de désintéressement. On se dit que la vie est difficile d’entrée de jeu – et c’est vrai qu’elle l’est, difficile – car d’entrée de jeu aussi, il y a le chômage. Notre époque a perdu son âme. Nous avons une crise bien plus grave que les problèmes boursiers. La vraie crise, elle est mentale, c’est dans nos têtes qu’elle se passe. Cela dit, je reste optimiste car en période de crise, il se passe toujours des choses qui font avancer le monde, un renouveau, un regain de création, d’énergies…                   

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LA VIE À PLEIN TEMPS pour MYLENE FARMER

Posté par francesca7 le 9 juillet 2016

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                       

Présenté par Marc BESSOU        -                                                                                                                           

FR3 MIDI-PYRÉNÉES07-avr-87                                                                                                                                                                                 

Marc Bessou énonce ses différents invités. Lorsqu’il présente Mylène, on découvre celle-ci, cheveux lâchés et habillée d’un smoking beige volontairement trop grand.                                                    

Marc Bessou : (…) En bout de rangée, c’est Mylène Farmer. Bonjour !                      

Mylène Farmer : Bonjour.                       

CHEZ FRANCESCA

MB : On écoutera « Tristana », bien sûr (Mylène acquiesce) et puis également, on vous passera à tabac ! C’est l’expression, enfin ça va pas très loin hein !                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                     

MF : Oui, j’aime beaucoup (rires)                                                                                                                                                   

Une séquence où Mylène chante « Tristana » sur le plateau accompagnée évidemment de ses deux danseuses est alors diffusée. Au retour plateau, l’animateur interviewe Mylène.           

MB : Voilà, « Tristana », Mylène Farmer. Je sais pas pourquoi, mais ça amuse beaucoup vos petites danseuses qui sont là (il désigne un endroit hors champ) et qui regardaient le tournage.    

MF : Elles sont indisciplinées, ça ne va pas ! (rires)      

MB : C’est incroyable, ça ! Comment s’appellent-elles ?          

MF : Alors il y a Sophie Tellier et Dominique (Martinelli, ndlr) qui sont danseuses, qui sont choristes, qui aiment le cinéma…Beaucoup de choses !                                                                                             

MB : D’accord. C’est la première fois que vous faites une chanson avec elles ?      

MF : Absolument, oui, oui. C’est la première fois que j’ai des danseuses derrière moi.              

MB : Et pourquoi ? Ca correspond à quoi ? C’est pour habiller, pour étoffer ?      

MF : Non, c’était une envie parce que c’est un bel ensemble. Par plaisir, tout simplement !            

MB : Ce qui a beaucoup marqué dans ce que vous avez fait, c’est les clips, on vous l’a dit souvent, notamment « Libertine ».                                                                                    

MF : Oui…    

CHEZ FRANCESCA1                                                          

MB : Là, pour « Tristana », vous gardez cette présentation plus scénique ? Vous avez pas envie de faire une histoire ?         

MF : Si, si ! C’est en préparation : on va tourner le clip dans une semaine, maintenant. On va aller dans le Vercors, puis y aura du studio près de Paris, donc encore…                                                                   

MB : (il l’interrompt) Y aura vos petites copines qui sont là ? (les danseuses, ndlr)                                                                 

MF : Y aura une des deux – malheureusement, il n’y a pas deux rôles – qui est Sophie, donc, qui était la rivale dans « Libertine »…                                                                                                                                                                                                                                             

MB : Ha d’accord ! La méchante !                             

MF : …et qui sera là une tsarine très méchante, encore ! (rires)                  

MB : Dites-moi, si j’ai bien compté, si j’ai bien tout compris, ça fait cinq 45 tours, non ?    

MB : Hein, quelque chose comme ça ?                                                                                                                                                               

MF : Oui.                                    

MB : Et puis un album !     

MF : Et un album ! Et le prochain, on le prépare, là.                                                                                                                                                                                                                                                                                                                         

MB : J’ai lu, j’ai appris ça, je suis un peu embêté de l’apprendre qu’aujourd’hui d’ailleurs, que vous étiez née au Canada.             

MF : Absolument. A Montréal.                                              

MB : Mais vous êtes française !                                                                                                                                                                              

MF : (sourire) J’ai les deux nationalités.                             

MB : Ha c’est vrai ?! On le dit jamais, ça !                                                                                                                                                           

MF : (soupir) Ca n’a pas grand intérêt, peut être, je ne sais pas ! (rires)                                                                                                           

MB : (il imite l’accent québécois) Parce que généralement, les canadiens, c’est quand même très typique si vous voulez, l’accent…        

MF : Oui, mais je préfère laisser mon accent de côté ! Que je n’ai jamais eu d’ailleurs !                                                                       

MB : Bon. Et ces cinq 45 tours qui se sont succédés en quoi ? Deux ans et demi, à peu près ?                                                                  

MF : Oui, c’est ça. Deux, trois ans.                                                                   

MB : Comment vous vous êtes lancée là-dedans ? C’est toujours la même question, mais c’est toujours amusant de savoir ce qui amène les gens à s’exhiber, en quelques sortes.                                                                                                                                                                                           

MF : Oui. Moi je réponds c’est une bonne étoile au-dessus de ma tête, c’est une rencontre avec deux personnes, qui sont donc…enfin, qui étaient, puisque maintenant je n’ai plus qu’un producteur et compositeur, et puis ma foi après, c’est du travail, du plaisir et puis la chance              

MB : Quand on fait une chanson qu’on a beaucoup aimée, beaucoup vue, donc « Libertine », avant, est-ce que c’est à la fois plus facile pour produire autre chose, mais y a toujours le danger que ça plonge après, non ?                                                                                                                     

MF : C’est-à-dire la fameuse expression « On vous attend au tournant », effectivement. Cela dit, c’est aussi quelque chose d’agréable de proposer quelque chose de nouveau et de différent. Je sais pas bien quoi vous répondre ! (sourire)                                     

MB : Mais y a une chose que vous devriez faire, à mon avis…                                                                                                                                 

MF : Dites-moi !                                               

MB : …c’est : vous devriez avec vos disques mettre une notice explicative parce qu’on ne comprend pas toujours, c’est toujours assez allusif, vous voyez ce que je veux dire ?                                   

MF : (son visage se ferme) Moui…                                                                                                                                   

MB : Par exemple la première chanson, y a des générations de gens qui se sont essuyé le front pour essayer de comprendre ce que vous disiez dans « Maman a tort », ce que vous vouliez dire.           

MF : Dans « Maman a tort » ?               

MB : Et là, « Tristana » c’est un peu mystérieux, aussi. Mais c’est exprès, j’imagine.                                    

MF : Je sais pas si c’est important d’avoir la notice d’emploi d’une chanson. Je crois qu’il y a des personnes sur « Maman a tort », ce dont vous parliez, les personnes ont pris le refrain, « J’aime les plaisirs impolis », d’autres « J’aime ce qu’on m’interdit » et puis sinon c’était la petite comptine : « 1, maman a tort… » et puis à chaque fois on prend des éléments…     

CHEZ FRANCESCA2

MB : Et donc on en fait ce qu’on en veut, finalement. C’est self-service alors ?!                      

MF : On en fait ce qu’on en veut, absolument. Et c’est pour ça aussi que l’apport de l’image pour les vidéoclips c’est encore quelque chose de nouveau, c’est agrémenter une histoire.                                                                                                          

MB : C’est ce qui illustre et c’est finalement à travers ça qu’on comprend le but.                   

MF : Qu’on peut comprendre oui, absolument.                                                                          

MB : Ces vidéoclips, vous les réalisez, enfin le mot n’est pas exact, vous y participez…           

MF : …activement, bien sûr.                                                                                     

MB : …et vous jouez un rôle vraiment décisif dans l’illustration de l’histoire ?                         

MF : Oui, oui. Être extérieure, ça je ne peux pas. Je travaille avec Laurent quant au scénario, et puis après ma foi, c’est lui qui fait…      

MB : Vous dites : Laurent… ?                                                                                                            

MF : Laurent Boutonnat, donc. Excusez-moi, je suis habituée de dire Laurent ! (rires)            

MB : C’est si vous voulez qu’on comprenne, parce qu’on ne sait pas tous : Laurent Boutonnat.         

MF : Voilà, et puis après c’est lui qui s’occupe du cinéma, à proprement parler. Et puis après, c’est un travail d’équipe.       

MB : OK. C’est tout à fait gentil d’être venue. D’ailleurs, vous savez que vous restez ?! Parce que tout à l’heure y a les questions du minitel qui sont posées. 

MF : Oui, absolument ! (rires)                                                                                                                                     

Marc Bessou se tourne alors vers l’invité suivant, l’écrivain Pierre Péan, venu parler de son nouveau livre « Les chapelières », dont l’action se situe à la Révolution. L’occasion pour Marc Bessou de se tourner à nouveau vers Mylène.                                             

MB : (…) Le lien me paraît amusant Mylène. « Libertine », c’est datable de quand, ces costumes, ces décors ? C’est un peu avant la Révolution ?   

MF : C’est le XVIIIème siècle, oui, un peu avant la Révolution.                             

MB : C’est pas très loin, quand même, ce climat de luxure qu’il y avait dans ce film-là et qui précédait l’ouragan.      

MF : Non…                                                                          

L’entretien avec l’écrivain continue. S’ensuit une chronique animalière portant sur les poissons rouges.                                                 

MB : (il s’adresse à tous les invités sur le plateau) Je voudrais savoir si, les uns et les autres, vous avez des poissons rouges ! (…)         

MF : Moi je peux vous raconter une histoire sur deux petits poissons !        

MB : Ha oui, oui, allez-y ! Racontez l’histoire !                 

MF : Alors, c’est deux petits poissons, rouges ou verts comme vous voulez, qui sont dans un bocal et y a un petit poisson qui demande à son voisin : « Dieu existe-t-il ? » Le petit poisson qui réfléchit, qui fait trois bulles et qui dit : « Et si Dieu n’existait pas, qui nous changerait l’eau du bocal ? ». Voilà ! (rires)  

MB : Oh comme c’est touchant ! Vous en avez pas, vous, de poissons, malgré l’histoire ?!                                                                 

MF : Non. Je n’aime pas particulièrement les poissons !                   

MB : Ha ! C’est franc !                                                                                                                                                

La chronique animalière. Après d’autres entretiens, Marc Bessou passe aux questions posées par minitel par les téléspectateurs.      

MB : On va revenir à Mylène Farmer, donc, pour la passer à tabac (d’après le nom de la rubrique, ndlr). Je prends la matraque ! « Passage à tabac », Mylène Farmer ! C’est une façon de parler, hein, parce que c’est pas si brutal que ça ! Ce sont donc les gens qui ont posé des questions sur minitel (…) et je me fais leur porte-voix. Alors, une première question : on vous demande pourquoi dans vos clips vous êtes toujours si provocatrice, s’il vous plaît !

MF : Par goût de la provocation. Voilà une phrase bien courte et très pertinente! (rires)    

MB : C’est pas mal !                                                                                                      

MF : Parce que j’aime provoquer et que ce n’est pas mon seul but, mais c’est vrai que j’ai un goût pour la provocation, comme certainement Pierre Péan, enfin le goût des choses un peu choc.                       

MB : Donc c’est réussi, alors !                                                                                   

MF : Merci !                                                                             

MB : (il continue à lire les questions des téléspectateurs) « Et-tu mariée ? », nous demande Tom.     

MF : Non, je suis célibataire et je vis avec un capucin, qui n’est pas un moine mais un petit singe !           

MB : Quelle drôle d’idée ! Et ça fait quelle taille, ça ?!                                                                                       

MF : Ce capucin est grand comme ça (elle désigne la taille avec ses mains), une très longue queue et à peu près le ton de vos chaussures…                                                                                                                                    

MB : Ha je vous remercie ! Mais quand elles sont cirées, plutôt !                      

MF : …qui ne sont pas cirées, d’ailleurs ! (rires)                                                      

Marc Bessou se tourne vers le chroniqueur animalier pour lui demander s’il connaît les capucins. Celui-ci répond que ce sont des petits singes délicieux, ce que Mylène confirme avec bonheur.                                        

MB : (…) D’autres questions ! Alors, on nous demande, ça c’est peut-être un peu plus sévère : « Avez-vous l’impression qu’il restera quelque chose, qu’on se souviendra des chansons de Mylène Farmer dans quelques années ? » 

MF : Ca, c’est une question à laquelle je ne saurais pas répondre.                                                                        

MB : Mais est-ce que ça vous importe qu’il en reste quelque chose ?                                        

MF : A votre avis ? Si on fait ce métier, c’est qu’on a envie d’y laisser quelques plumes et quelques traces. Bien sûr ça m’importe ! Je vais tout faire pour qu’on ne m’oublie pas ! (sourire)                

MB : C’est bien ! Remarquez, la provocation est un peu liée, d’ailleurs.                   

MF : Oui !                                                                                                                         

MB : Bon. On vous demande, ha ça je suppose que c’est un homme, c’est dommage il a pas laissé son nom ! Il vous demande quel type d’homme vous appréciez dans la vie.                               

MF : Quel type d’homme ? Je ne pense pas avoir un type…                                                                                                 

MB : Les capucins ?                                                                                                    

MF : Les capucins ! (rires) Oui, j’aurais pu répondre ça ! C’est encore une question très difficile…J’aime plutôt, je crois, les hommes dits intellectuels, entre guillemets.                                                                  

MB : Nous sommes tout un groupe ici d’ailleurs qui correspond parfaitement !         

MF : Je veux dire par là, c’est vrai que je suis fascinée par les métiers d’écrivain, journaliste…Mais c’est idiot comme portrait. Je ne sais pas, je ne sais pas bien.                                                                                            

MB : Mais je crois qu’en réalité c’était plus terre à terre, c’était physiquement.             

MF : Physiquement ? Alors, plutôt grand, plutôt des cheveux longs et fournis…            

MB : D’accord. Comme Bernard-Henri Lévy, alors par exemple ?                                                                    

MF : Cela n’engage que vous ! (rires)                  

CHEZ FRANCESCA3                                                                                                       

MB : Très bien ! On vous demande si vous avez fait des études.                 

MF : Oh, j’ai fait des études, je suis allée jusqu’en fin de 1ère. Après, j’ai abandonné et j’ai commencé l’équitation avec assiduité. Et puis ensuite, je me suis tournée vers le théâtre.                           

MB : OK. La toute dernière question : « Est-ce qu’on voit de vous c’est vous, ou est-ce que vous n’êtes pas un peu préfabriquée ? », vous demande Laurence.                                                      

MF : Encore une question qui est très étrange. Préfabriquée, c’est difficile vous savez. Je pense qu’on peut être préfabriqué sur un disque. Sur cinq disques plus un album, c’est très difficile. Moi j’aime ce que je fais et j’aime ce que je propose et j’essaye d’aimer ce que je suis. Donc au diable la préfabrication ! (sourire)          

MB : Parfait, belle conclusion ! Merci !                                                                         

MF : Merci à vous. C’était pas trop dur quand même ! (rires)                                   

Marc Bessou lance ensuite un reportage. Avant de conclure l’émission et juste après avoir évoqué une exposition de peinture, il se tourne une dernière fois vers Mylène.                                                                                                                              

MB : Vous peignez pas un petit peu, vous Mylène Farmer ?                                

MF : Un petit peu…Peindre, non. Je dessine volontiers avec des pastels.             

MB : Qu’est-ce que vous faites alors pendant les périodes d’inactivité ?               

MF : Des choses très étranges. Dans le domaine du dessin, vous parlez ?        

MB : Oui, oui !                                                                                         

MF : Oui, des choses étranges… (elle soupire) Ca, c’est encore plus difficile pour moi à exprimer.    

MB : Bien sûr, oui. Y a des personnages, par contre ?                                                                        

MF : Moi j’ai une fascination pour les insectes, donc y a des insectes un peu bizarres. Sinon, des choses qui ne veulent rien dire !                    

MB : Bon. Enfin qui veulent sûrement dire quelque chose, faudrait peut-être s’y pencher…On n’a pas le temps, là…                            

MF : Nous n’avons pas le temps ! (sourire)                                                       

MB : (…) Au fait, quand est-ce qu’on vous voit sur scène avec les danseuses ?                                                                                                 

MF : Pas encore. Je vais préparer un prochain album pour septembre, octobre (1987, ndlr) et puis après, nous penserons scène.                         

MB : Qui vivra, verra !                                                                                                                                                   

MF : Absolument.                                                                                            

Marc Bessou conclut l’émission en saluant les différents invités puis les téléspectateurs.     

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MYLENE ET DES TUBES A SCANDALE

Posté par francesca7 le 24 juin 2016

                                                                                                                                     

GAI PIED / 12-janv-87  

                                                                                                                                                                                                                    

Mylène Farmer, la libertine zarbi –       Entretien avec Pablo ROUY                                                                                                                                                                                                                    

                                                                                               1                                                                                                                     

Pourquoi ce premier tube à scandale : « Un, maman à tort, deux, l’infirmière est belle, trois, je l’aime… » ?                                                                                                                                                                                                  

- (Evasive) J’aime toujours les plaisirs impolis… Le texte a été un handicap au départ, mais ce côté sulfureux existe même s’il dérange. J’aime ce qu’on m’interdit !                                                                                                                                               

Mylène, je trouve superbe ton premier 30 cm « Cendres de lune ». Tu y abordes surtout la sexualité féminine…                                                                                                                  

- Non, pas la sexualité, mais la sensualité. Ce mot se rapproche plus de moi… Je ne pense pas être une bombe sexuelle ! (Elle rit)                                                                                                                                                                                                               

Disons alors les émotions, les vibrations physiques. Pourtant « Vieux bouc » est une espèce de messe noire.                                                                                                                                                      

- (Après un long silence) Il m’arrive d’avoir le feu dans les veines. De temps en temps, je suis le Diable !        

Alors tu jettes des sorts ?                                                                                                                                                                            

- Non, non, rassurez-vous ! Mais quand j’étais petite, je modelais des poupées aux effigies de quelques personnes. Je ne les ai jamais percées avec des épingles.                                                                                                                                                    

Dans « Chloé », on trouve encore l’enfance !                                                                                                                         

- C’est ma comptine… et aussi l’innocence et la cruauté des enfants. C’est diabolique ! Une petite fille aux yeux bleus et au sourire angélique qui vient vous dire qu’elle a tué sa petite copine…              

2                                                                            

Est-ce de la sororité ou de la lesbianité ?                                                                                              

- Non, ce n’est pas mon propos. Il serait plus intéressant de poser cette question à l’auteur qui a écrit cette chanson, car c’est un homme. Il a projeté ses fantasmes sur moi.                                                                                                                         

Parle-moi de toi.                                                                                                                                            

- On peut chanter « Je suis libertine, je suis une catin », et avoir beaucoup  de pudeur. Il faut savoir garder des choses qui n’intéressent que vous. Il ne faut pas faire de vivisection de l’artiste. Je n’ai pas à ouvrir mon ventre. S’il y a quelque chose à dire de moi, c’est que je suis une personne très nerveuse, en aucun cas passive. Voilà ! (rires)                                     

Tu crois aux valeurs individuelles comme la sincérité, l’intégrité ?              

- Oh la la ! J’ai horreur de ces mots ! Faire ce métier, c’est un manque de sincérité.                                                             

Tu aimerais que ton homme reste à la maison ?                                

- Non, pas du tout ! Je préfère rester avec mon petit singe E.T. qui est déjà suffisamment caractériel…                   

Si un homme t’agresse sexuellement dans la rue, que fais-tu ?                                                              

- Ma main dans la figure ! Je tape ! Vous connaissez l’histoire de cette femme violée par trois hommes ? Ensuite elle a laissé son adresse et son téléphone en leur assurant que ça lui avait bien plu. Elle leur a donné rendez-vous chez elle, les a endormis et castrés. C’est le genre de choses que je pourrais faire !                                                                                        

Si c’est une femme ?                                                                                                                   

- Je lui réponds « Je ne suis pas celle que vous croyez ».                                                                                                                 

Tu es une fille à pédés ?                                                                      

- Non. J’aime les gens que j’ai envie d’aimer. Peu importe leur sexualité. Les homosexuels m’ont toujours porté un grand intérêt et de la chaleur. J’en suis ravie, mais je ne vis pas dans leur monde. Il est vrai que je travaille avec des homosexuels et que je m’en porte bien ! (Rires) J’ai très faim. C’est bientôt fini ?   

3                                                                                            

A l’église, tu te marierais comment ?                                                                                                                                                                                                                                 

- Toute nue !                                                                                                                                                                                              

Ton héroïne favorite de roman ?                                                                             

- Justine, de Sade, évidemment.                                                                                                           

Comme pâtisserie, que serais-tu ?                                                   

- (sans hésitation) Une religieuse !                                                                                                                                                   

Comme fleur ?                                                 

Une tulipe noire.                                                                                                                                                                                     

Si tu étais un poisson ?                                                       

- Je déteste les poissons. J’adore le foie gras.                                                                                                                                 

Sur une île, tu emmènes un seul livre. Lequel ?                                                          

- J’hésite. Disons : la moitié des oeuvres de sainte Thérèse d’Avila et la moitié des écrits du marquis de Sade.                                                                                                                                                                                                                                   

La dernière fois que tu as fait l’amour ?                                                                                       

- (faussement offusquée) Je ne réponds pas !                                                                                                                                 

Ton homme idéal ?                                                                                       

- Mickey Rourke.                                                                                                                                                                                                     

Avec qui ferais-tu du cinéma ?                                        

- Stanley Kubrick.                                     

Et ta réincarnation ?                                                                          

- J’étais un petit rongeur et je redeviendrai rongeur !                                                                                                                   

Tu as déjà fait l’amour dans une sanisette ?                                                             

- Non, jamais ! Je vous le jure.                                                                                                                                                            

La première fois qu’un garçon t’a dit je t’aime, c’était comment ?                                                                                    

- Il ne me l’a pas dit.                                                                                                                                                                      

Comment tu dors ?                                                               

- Toute nue. J’ai trop faim. C’est fini !                                                                                                                                                                                                                                

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La GRANDE PREMIÈRE de Mylène Farmer

Posté par francesca7 le 24 juin 2016

                                                                                                                            1                                   

Présenté par Stéphane NICOLAS       _                                                                                                                                                                                                                             

FR3 – 02-août-86                                                                                                                                                                                                                                                                                                            

Stéphane Nicolas : Ca fait un carton depuis quelques semaines et c’est tant mieux : ça s’appelle « Libertine » et celle qui chante c’est Mylène Farmer. Elle est là, bonsoir Mylène !                                                                                                                                                                                                                                                                                                                          

Mylène Farmer : Bonsoir !                                                                                                                                                                                                                                                 

SN : Alors, Mylène passe un peu pour quelqu’un qui prend le public à rebrousse-poil depuis un peu plus de deux ans ! Y avait eu « Maman a Tort » (…), après elle avait déclaré qu’on était tous des imbéciles, et puis là c’est une catin, c’est une libertine ! C’est un peu ça, non, la démarche ?                                                                                                                                                          

MF : La démarche, heu…                                                                                                                                                                                                                                                                                          

SP : C’est prendre les gens à rebrousse-poil ?                                                                                                                                                                                                                                                               2                                                                                                                                                                                                             

MF : Oui, vous faites allusion au ton provocateur de mes chansons ?                                                                                                                                                                                                                                                

SP : Voilà !                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                       

MF : C’est avant tout un plaisir !

SP : Bon tant mieux ! Et le plaisir va être prolongé puisqu’à la rentrée, il est prévu un film sur « Libertine ».                                                                                                                                                                      

MF : Absolument, il y aura un clip qui va illustrer  « Libertine » qui va sortir à la télévision et également au cinéma (ce projet de sortie cinéma sera finalement abandonné, ndlr).                                                                                                                                                                                         

SP : Un grand clip d’une dizaine de minutes. Nous on vous propose pas encore ça puisque ça sortira à la rentrée (le clip était pourtant déjà diffusé en télévision, ndlr), ce que je vous propose, c’est justement l’air que tout le monde a sur les lèvres, et tant mieux c’est un tube : « Libertine », Mylène Farmer !                                                                                                                                                                                                                                                                                  

L’animateur pose son micro et quitte le plateau pendant que Mylène se met en place sur l’introduction de « Libertine ».    

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MYLENE FARMER dans TÉLÉ 7 JOURS 1994

Posté par francesca7 le 15 juin 2016

                                                                                                                                                                                                        

Depuis deux ans, vous avez disparu. On disait ‘Mylène fait son film’ : le film, c’est « Giorgino », film romantique en pleine guerre de 14-18 où vous jouez le rôle d’une jeune fille un peu autiste, élevée au milieu d’orphelins rejetés du monde. Ce film était-il si important pour que vous lui sacrifiez deux grandes années de votre carrière ?                                                                                                              

- Le cinéma était devenu essentiel pour moi. On m’a même entendue dire « Si je ne fais pas de cinéma, j’en mourrai ». C’était sans doute un peu exagéré, mais cela traduisait ce que je ressentais à ce moment-là. La nécessité de sortir de moi-même, de me regarder vivre à travers un autre personnage…                                             

francescamylène                                                                  

Par lassitude d’être devenue un personnage dont on attendait trop ?                                           

- D’être un personnage qui ne parvenait toujours pas à s’aimer, malgré tout l’amour que j’ai reçu du public. Cette envie de cinéma, c’était très ancien : à seize ans, quand j’ai admis que l’équitation -que je pratiquais avec passion- ne serait pas mon métier, j’ai voulu me lancer dans le théâtre, par un besoin de sortir du lot peut-être, plus sûrement par envie de me regarder dans le regard des autres.                                                                                                                                     

La chanson est venue un peu par hasard…                                                                                           

- Quand j’ai rencontré Laurent Boutonnat, il avait écrit avec un ami « Maman a Tort ». Il m’a proposé de chanter cette chanson, j’ai accepté comme un rôle d’actrice. C’est plus tard que je me suis aperçue que j’aimais écrire et m’exprimer par des chansons. Tout s’est enchaîné. Le désir de jouer, lui, était toujours là.                                                                    

Auriez-vous accepté de débuter au cinéma dirigée par un autre que Laurent Boutonnat ?       

- Cela a failli ! Hélas, pour des raisons de date, je n’ai pas pu accepter. Ensuite, le film de Laurent a été tellement long à monter… Finalement, cela me rassurait un peu de tourner mon premier film sous la direction de Laurent. J’avais confiance en son talent, en son amitié. Je savais qu’il ne laisserait rien passer, qu’il ne me permettrait pas de l’à peu près.

Avec quelqu’un que l’on aime beaucoup, on peut avoir peur de blesser par des réticences, on peut craindre de décevoir…                                                                                                                                                                                                          

- D’autant plus qu’avec Laurent, nous nous connaissons si bien qu’il n’est pas nécessaire de nous dire les choses clairement pour savoir ce qu’en pense l’autre. Ce tournage a été terriblement pénible…                                                

En raison des conditions de tournage ? Cinq mois en ex-Tchécoslovaquie, dont une bonne partie l’hiver dans les montagnes de Slovaquie…                                                                                             

- C’était assez rude. Courir des après-midi entiers par moins vingt degrés dans la neige ou sur la glace avec des petites robes serrées… Mais ça n’est pas le côté physique du tournage qui a été le plus dur : le plus pénible, ce sont ces sentiments de doute, de solitude que j’ai éprouvés. Parce qu’il avait à porter sur ses seules épaules toute la responsabilité du tournage, Laurent se protégeait du dialogue. Il me donnait des indications pour la scène et me laissait seule avec mes angoisses, exigeant beaucoup plus de moi que des autres. A certains moments, ma tension était telle que j’ai violement explosé, ce qui m’arrive rarement quand je travaille ! 

                                                                    francescamylène1                                            

Quelles ont été les scènes les plus difficiles ?                                                                                           

- Celle où mon partenaire s’efforce de me ranimer, celle où je me pends. Jouer des scènes où l’on mime sa mort est très éprouvant. Ce sont les seules scènes que j’ai demandé à voir sur la petite télévision de contrôle où le réalisateur regarde la scène qu’il vient de tourner.                                                                                                                                                  

Vous refusiez de regarder au fur et à mesure ?                                                                                    

- Après les scènes, je n’avais plus qu’une envie : aller me cacher ! Quand on sort de soi ce que l’on ne s’autorise pas à laisser voir dans la vie de tous les jours, il faut un moment pour se reprendre, pour ne pas imposer aux autres une fois le mot « Coupez » prononcé l’indécences de ses pulsions secrètes. C’est très fatigant aussi, cette extériorisation de soi, très violent…

Catherine, votre personnage, est à moitié autiste. Comment vous êtes-vous préparée pour ce personnage ?                                                                                                                                                                                                                

- J’ai demandé à un ami psychiatre l’autorisation d’assister à des consultations de malades mentaux pour saisir, par exemple, leur façon de se mouvoir : ces mains qui s’agitent pendant que le regard vous traverse sans vous voir…                                                                                                                                                                                                             

C’est un monde que vous découvriez ?                                                                                                    

- Celui de la maladie mentale, oui. En revanche, les hôpitaux d’enfants, je connaissais. Quand j’avais onze, douze ans, dans le cadre du catéchisme, je me suis rendue avec ma classe au chevet d’enfants lourdement handicapés. J’y suis ensuite retournée assez longtemps.                                                                                                                                                                           

C’est une expérience qui vous a marquée…                                                                                     

- C’est à cette expérience que je dois mon impossibilité à jamais de me sentir complètement heureuse. Le sort de ces enfants condamnés a fait naître en moi une colère dont je ne me débarrasserai, je crois, jamais. Il m’a rendue irrémédiablement pessimiste.                                                                                                                                                                                    

Vous avez en tournant ce film réalisé un de vos plus chers désirs et ça ne s’arrange pas !       

- J’ai honte de le dire, mais j’ai l’impression que plus j’avance, plus j’ai peur. C’est comme une spirale qui m’aspire…

francescamylène2

                                                                                                                                                                                                          

Vous avez pourtant des projets…                      

- J’ai très envie de travailler de nouveau sur un album. J’en ressens impérieusement la nécessité. Je sais qu’au début de l’an prochain, je me retrouverai en studio et je piaffe d’impatience ! Comme toujours : plus l’échéance approche, plus j’ai de doutes sur la validité de mon désir de rechanter…                                                                                                              

Et la scène ?                                                                                           

- On ne peut pas chanter sans penser à la scène. Un moment, j’ai songé que je n’y remonterais plus jamais. Le plaisir avait été si violent que je ne voyais pas comment je pourrais renouveler ce plaisir une autre fois. Le désir m’en est revenu. Là encore, je me dis « Ce sera la dernière fois » – c’est du moins ce que je pense aujourd’hui, je ne suis sûre de rien. J’ai du mal à me projeter dans le futur.                                                                                    

Le cinéma, vous y goûterez de nouveau ?                                                                                    

- Je l’espère, car ce dont je suis certaine c’est que je l’aime définitivement !                                                                

En dépit de la souffrance ?                                                                                                         

- Avant de jouer, c’est l’horreur, et en même temps c’est une jouissance que de surmonter l’insurmontable. La peur est mon moteur. Je vis très mal les moments comme celui-ci où je ne fais rien.                                                                       

Comment vivez-vous votre oisiveté ?                                                              

- Je ne la vis pas, je la subis. Je n’en peux plus d’attendre ! Pendant le montage du film, l’attente m’était devenue si insupportable que j’ai fui. Je ne trouve le repos qu’en voyage. Je suis allée passer un mois à Bali. Je rêve de Bornéo, de Madagascar. Sous des cieux très différents, au milieu de gens, au contact de cultures à l’opposé de la mienne je m’oublie un peu, je vis moins mal.                                                                                                                                                                

Qu’attendez-vous de la sortie de ce film ?                                                                                                  

- Je n’attends rien. J’aimerais que les gens l’aiment, parce que je trouve que c’est un beau film, mais pour moi je n’attends rien de précis. Simplement, je suis heureuse de ce film. Vous avez remarqué le mot ?! « Heureuse », j’ai dit « heureuse » ! Ce n’est pas exactement le mot, mais vous pouvez l’écrire…

       francescamylène3

Questions / Réponses aux débuts de MYLENE FARMER

  

A propos de son singe, E.T :                                                                             

- Je l’ai trouvé que les quais. Il est extraordinaire et nous communiquons très bien ensemble.                                   

Aime-t-il la musique ?                                                                                                                                                

- Oui, beaucoup mais il est très triste quand je pars, ce qui m’arrive de plus en plus avec des télés, les galas, la tournée d’été avec le podium d’Europe 1.                                                                                                 

                                                                                                                                                                                                                  

Il semble que vous réalisiez aujourd’hui vos rêves d’enfant ?                                                                 

- Oui, j’ai toujours aimé chanter. A 10 ans j’ai remporté un premier prix de chant, mais je ne pensais pas alors faire ce métier. Je suis surtout venue en France pour faire du théâtre, mais c’est la mode qui m’a tout de suite accaparée, puisque je suis devenue mannequin. En 1983, au cours d’un casting, j’ai rencontré Laurent Boutonnat qui m’a proposé une chanson, « Maman a tort ». Le côté innocent-pervers de cette chanson a plu au public et depuis, je compose avec Laurent, devenu aussi mon producteur.                                                                                                                                                                                 

francescamylène4A propos des thèmes de ses chansons :                                                                        

- Le piquant de la vie pour moi, est de provoquer, quitte à être censurée, ce qui arriva avec mon premier disque « Maman a tort ». Subversive, je le fus encore avec « On est tous des Imbéciles ». Maintenant je ne veux « Plus grandir », titre d’une de mes nouvelles chansons. Je n’ai jamais quitté mon adolescence et je ne compte pas l’abandonner. La vieillesse me traumatise. Cette fois, je crois que le sujet touche tout le monde. Quant à « Libertine », c’est la chanson choisie par les radios. Mais je ne cherche pas à faire des tubes. On me dit souvent qu’il est difficile de durer dans ce métier, moi je mise sur une carrière et je préfère y croire, je mise sur la continuité.                                                                                       

A propos du clip de « Libertine » :                                                                           

- Dans le gigantesque salon XVII siècle, nous avons retrouvé l’ambiance de cette époque décadente. Avec des perruques et des grimages outranciers, nous avons donné le look libertin aux personnages de notre histoire qui se veut un véritable petit film avec une héroïne –moi, en l’occurrence), des duellistes, une rivale vengeresse, un marquis, des débauchés, une horde de paysans mercenaires. Laurent s’est beaucoup amusé à écrire ce scénario mêlant romantisme et érotisme.                                                                                                                                                                                                                  

                                                                        Entretien avec Martine BOURRILLON 08-oct-94      

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Axel Bauer un retour vers Mylène

Posté par francesca7 le 18 mai 2016

                   

 

 

On le sait peu, mais Mylène Farmer a eu une histoire sentimentale avec Axel Bauer au tout début de sa carrière. A la vérité, elle l’a un peu piqué à Jeanne Mas !… D’où la discorde et la grande rivalité entre les deux femmes dans les années 80.
Quoi qu’il en soit, l’histoire de Mylène et Axel ne dure pas très longtemps. Mais pour la petite histoire, des années plus tard, Axel Bauer a été en couple avec… Nathalie Cardone, petite protégée de Laurent Boutonnat (voir plus bas sur la page à ce sujet). Que de protagonistes familiers qui se rejoignent…

 alex bauer

Après avoir éteint la lumière sur sa carrière, le capitaine de Cargo de Nuit la rallume avec une autobiographie et un nouvel album attendu

 

Axel Bauer : « Je suis toujours là ! » dans un article paru dans CORSE.MATIN.com

Pour beaucoup, Axel Bauer restera à jamais cette jeune gouape à la belle gueule de Marlon Brando jeune, qui pose en casquette de marin et tee-shirt à résilles sur la pochette d’un 45 tours de 1983 inspirée de Querelle de Brest (Jean Genet) : Cargo de Nuit. Le titre évoque encore ces soirées où l’on mixait Indochine (L’Aventurier), les Rita Mitsouko (Marcia Baïla) et Mylène Farmer (Maman a tort) en les faisant descendre à coup de tequila rapido. Il y eut bien ensuite (1992) Éteins la lumière, rock d’inspiration Nirvanesque et surtout A ma place, son duo avec Zazie, vendu à 600 000 exemplaires avant la crise du disque (2000). Mais avouons que l’on avait un peu perdu de vue le bel Axel. Lui-même avoue d’ailleurs s’être un peu perdu après l’incroyable succès de Cargo. « Si j’avais composé un Cargo 2, je crois bien que j’en serais mort », confie-t-il, alors qu’on le retrouve quinquagénaire dans un restaurant parisien pour parler de Maintenant tu es seul, autobiographie bien rock’n'roll que publient les éditions Michel Lafon.

« J’avais 22 ans et, du jour au lendemain, je suis devenu riche et célèbre. J’étais encore un gamin et je n’avais aucun plan de carrière. J’ai été atomisé. »

« My Generation »

Refusant d’écrire le Paquebot de jour qu’attendait sa maison de disques, Axel part en vrille, revient, repart, n’arrive pas à se fixer, ni à fixer l’attention durablement sur lui. A la différence d’un Etienne Daho qui lui a peut-être fauché la place : « Son succès a démarré plus doucement. Il a eu le temps de s’y préparer et d’installer sa personnalité », analyse le chanteur, qui raconte avec une belle sincérité son exil londonien, la défonce, les expériences psychédéliques, l’ésotérisme, le shamanisme et la découverte étonnante de ses dons de guérisseur.

Des confidences qui pourraient le faire passer pour le doux illuminé qu’il n’est pas : « J’ai fait le parcours d’un ado des années soixante-dix, biberonné au rock et à la Petite fumée de Castaneda, ni plus, ni moins », estime-t-il.

Du coup, son livre est plus qu’une bio de chanteur : c’est le portrait d’une époque et d’une génération, qui commence et se termine avec un concert des Who, où l’amena son père ancien speaker de Radio Londres et où il prononça la phrase fatidique qui donne son titre au livre : Maintenant, tu es seul.

En 2012, Axel Bauer pourrait se sentir moins seul puisque, outre le livre, il connaît à nouveau le succès avec la BO de la comédie musicale Dracula, où figure Éteins la lumière et pour laquelle il a écrit En transe… ylvanie avec le chanteur des BB Brunes. Les maisons de disques lui font à nouveau les yeux doux pour l’album qu’il a enregistré avec Gérard Manset, Brigitte Fontaine, Marcel Kanche et quelques jeunots. Il y a dessus un « duo mystère » (Mister ?) qui pourrait, dit-on, connaître le même succès que celui avec Zazie. C’est tout le mal qu’on lui souhaite.

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La tribune de Pascal Nègre pour Mylène

Posté par francesca7 le 13 avril 2016

 

Né à Saint-Germain en Laye au début des années 60, Pascal Nègre fait rapi­de­ment de la radio et de la musique ses deux grandes passions. Alors que les radios libres boule­versent le paysage média­tique natio­nal en 1981, Pascal Nègre devient anima­teur jusqu’en 1985. Puis, il passe de l’autre côté de la barrière, quit­tant le monde des diffu­seurs pour inté­grer celui de l’in­dus­trie musi­cale, dont il devient rapi­de­ment l’un des acteurs majeurs.

En 1986, il est atta­ché de presse chez BMG, puis passe deux ans plus tard chez Colum­bia Records, cette fois-ci en tant que direc­teur de la promo­tion.  Gravis­sant les éche­lons, il prend ensuite les rênes de PolyG­ram Musique en 1994. De nombreux artistes français lui doivent l’en­vol ou le second souffle de leur carrière : de Florent Pagny à Khaled en passant par Noir Désir ou encore Calo­gero, Pascal Nègre donne dans tous les styles avec un déno­mi­na­teur commun : le flair. 

Lorsque PolyG­ram est racheté par Univer­sal Music France en 1998, Pascal Nègre prend presque natu­rel­le­ment la direc­tion de la nouvelle entité. Dans les années 2000, il monte égale­ment en respon­sa­bi­li­tés au sein d’Uni­ver­sal Music Group Inter­na­tio­nal, deve­nant une réfé­rence dans l’in­dus­trie musi­cale au niveau mondial.

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Pascal Nègre, le PDG d’Universal Music, s’offre une tribune dans le magazine « Télé 7 Jours ». L’occasion d’en apprendre un peu plus sur la chanteuse la mieux payée en 2013, mais aussi l’une des plus secrètes.
 

 Sans titre

 

Les hommages pleuvent en l’honneur de Mylène Farmer, qui a décidé de s’emmurer dans sa tour d’ivoire plutôt que de célébrer ses 30 ans de carrière ce mois-ci. En mars 1984, la chanteuse publiait son premier single « Maman a tort », qui a fait son retour dans le classement des meilleures ventes de titres il y a quelques jours, suite à une campagne de téléchargement massive initiée par ses plus fervents admirateurs. D’autres ont préféré acheter une demi page dans le journal Libération, pour lui adresser un message d’amour et de soutien. Quant à Pascal Nègre, le PDG d’Universal Music, avec qui Mylène Farmer travaille conjointement depuis de nombreuses années, il s’est offert une tribune dans le nouveau numéro du magazine Télé 7 Jours.

« Le doute est pour elle un moteur étonnant »

Commençant par raconter leur première rencontre en 1984, pour une interview, et alors qu’il était animateur radio à l’époque, Pascal Nègre parle d’« une fille très timide », « peu bavarde ». « Je ne lui ai jamais dit que notre première rencontre s’était faite ainsi. Elle le découvrira probablement en lisant ces lignes » ajoute-t-il, avant de révéler quelques anecdotes et des traits méconnus du caractère de la chanteuse. « Mylène est forte et fragile à la fois » lâche-t-il, avant d’expliquer qu’elle est « un personnage complexe, authentique, entre pudeur et rires ». « Et quelle bosseuse ! Elle écrit ses textes et a une oreille incroyable. Le doute est pour elle un moteur étonnant ».

Pascal Nègre se souvient également du sentiment de crainte qui animait les pensées de Mylène Farmer à l’aube de l’ouverture de la billetterie pour son concert au Stade de France en 2009. « Elle est très angoissée, me raconte qu’elle fait des cauchemars : elle monte sur scène et le stade est vide ». Finalement, les places se sont vendues en mois d’une heure ! Mais cette bonne nouvelle n’a visiblement pas suffi à calmer les peurs de la chanteuse, dont les cauchemars ont perduré. « Mon cauchemar maintenant, c’est que je suis sur scène, la salle est pleine, mais personne ne m’écoute » a-t-elle confié à son patron.

« Quand elle donne un spectacle, elle est à fond »

Ventant la discrétion de l’icône et sa volonté de toujours chanter en live, que ce soit « à Bercy ou au Zénith de Caen », Pascal Nègre qualifie Mylène Farmer d’« artiste intacte », qui « sait que rien n’est acquis et qui ne réalise pas totalement son statut de star ». « Elle est unique. Elle trace sa route à sa façon. C’est une personne émouvante, avec cette voix singulière de petit garçon » lâche-t-il, avant de conclure : « Elle est vraie, quoi ». Si elle n’a pas fait escale au Zénith de Caen avec son dernier show « Timeless 2013″, Mylène Farmer s’est produite à La Halle Tony Garnier de Lyon quatre soirs. Des concerts captés qui ont fait l’objet d’un film à découvrir au cinéma le 27 mars et d’un DVD dont la sortie n’est pas encore annoncée.

En savoir plus sur http://www.chartsinfrance.net/Mylene-Farmer/news-91172.html#jKhhKE3XM59xJmgl.99

 

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MYLENE aux multiples déchirures

Posté par francesca7 le 1 avril 2016

 

 BANDEAUACCUEIL

 

Et un pavé de plus dans la mare glacée, où Mylène Farmer englou­tit tous ses secrets depuis bien­tôt vingt-cinq ans! Mylène, c’est un peu l’Ophé­lie des temps moder­nes… Une héroïne noyée, remon­tant de temps à autre à la surface, mais jusqu’ici insai­sis­sable. Alors, que peut bien draguer Hugues Royer des troubles profon­deurs du «mystère Farmer», avec son Mylène (éditions Flam­ma­rion)? Eh bien…

Surprise! S’ap­puyant sur divers témoi­gnages, le jour­na­liste de Voici Hugues Royer, égale­ment psy de forma­tion, offre une clé qui déca­de­nasse l’œuvre de la chan­teuse, plom­bée par l’in­ceste, l’hys­té­rie et une fasci­na­tion pour le morbide. Chez les Gautier, véri­table patro­nyme de l’icône liber­tine, maman a long­temps eu tort, alors que papa incar­nait l’homme idéal. Comme Mylène le confir­mera à une amie, la photo­graphe Elsa Trillat, alors qu’elles contemplent des photos d’en­fance, en 1987, t out commence par une «déchi­rure» : sa nais­sance à l’hô­pi­tal du Sacré-Cœur de Montréal, ville où son père, Max, a été dépê­ché pour parti­ci­per en tant qu’in­gé­nieur des Ponts et Chaus­sées à l’édi­fi­ca­tion du barrage Daniel-John­son.

La chan­teuse est un bébé robuste. L’ac­cou­che­ment est un trau­ma­tisme pour sa mère, Margue­rite. Fragi­li­sée physique­ment par des problèmes de dos, cette dernière mini­mise les contacts avec son enfant. Son époux doit ainsi instal­ler une planche amovible au dessus de leur baignoire pour faci­li­ter la toilette du bébé. Mylène ne prend conscience de son corps, en gran­dis­sant, qu’à travers le jeu et l’ex­pé­ri­men­ta­tion. Gamine intré­pide aux cheveux courts et châtains, elle ne ressemble en rien à sa sœur ainée, Brigitte, sage petite fille blonde. Au grand déses­poir de Margue­rite, femme discrète, sa benja­mine aime trem­per les doigts dans les pots de sirop d’érable, se rouler sur les pelouses et grim­per aux arbres, dans leur jardin de Pier­re­fonds. Mais ce que maman supporte le moins, ce sont les phases de mutisme de cette enfant, sa capa­cité à se replier dans le silence, héri­tée de son père mais vécue comme une provo­ca­tion.

Deuxième «déchi­rure», le retour des Gautier en région pari­sienne, à Ville-d’Avray, ne fait que creu­ser ce goût pour la réserve. A l’école, l’ac­cent québé­cois de Mylène, alors âgée de huit ans, suscite les moque­ries. Des séances chez l’or­tho­pho­niste l’ai­de­ront à corri­ger sa pronon­cia­tion, expliquant aujourd’­hui encore son phrasé précieux. Mais, humi­liant, ce travail ne l’en­cou­rage guère à s’ou­vrir aux autres. Au domaine de la Ronce, où les Gautier se sont instal­lés, l’en­fant prend la fuite à chaque fois que des incon­nus sonnent à leur porte. Max, qui lui passe tout, est bien le seul à en sourire. Vivant avec la famille depuis la mort de son mari, Mamie Jean­nette, la grand-mère pater­nelle, devient une confi­dente privi­lé­giée. La vieille femme n’a pas seule­ment le chic pour agacer sa belle-fille, Margue­rite. Premier prix du conser­va­toire de Marseille, elle initie égale­ment sa petite-fille à la musique, à la litté­ra­ture, à la pein­tu­re… et aux prome­nades dans les cime­tières.

Mylène s’épa­nouit enfin

A sa dispa­ri­tion, Mylène conti­nuera d’ap­pri­voi­ser la mort en se rendant au chevet d’autres enfants, à Garches. De même, à l’ado­les­cence, elle préfé­rera philo­so­pher avec les garçons plutôt que de les suivre dans la décou­verte des plai­sirs sexués. Un comble pour une future liber­tine ! La troi­sième «déchi­rure» se produit à sa majo­rité. Au bout de deux jours en termi­nale A4, Mylène annonce à Margue­rite et Max, aussi catas­tro­phés l’un que l’autre, qu’elle snobe le bac pour deve­nir moni­trice d’équi­ta­tion. Elle quit­tera en fait ses parents pour leurs doubles: Laurent Bouton­nat et Bertrand Le Page. Le premier, qui la choi­sit pour chan­ter sa comp­tine sur mesure Maman A Tort, se montrera aussi doux et patient que son père, décédé avant le succès, en 1982. Le second, son premier mana­ger, sera aussi exigeant que sa mère. Certes, il lui appren­dra à incar­ner son corps et à en faire un objet de désir. Mais il n’aura de cesse de lui répé­ter: «Tu es divine, mais tu ne seras jamais belle.» Jusqu’à ce qu’elle le congé­die et qu’il se suicide, en 1999.

Les liens se desser­re­ront avec Bouton­nat, après l’échec de leur film Gior­gi­no… Libé­rée de toute rela­tion trian­gu­laire, Mylène s’épa­nouit aux côtés du produc­teur Benoît Di Saba­tino, depuis 2001. Nul rapport de force ou de séduc­tion ambi­guë entre eux. Dans le clip de son nouveau single, Appelle Mon Numéro, que Benoît a réalisé, la belle offre même un nouveau visage, moins tour­menté, plus souriant. Le même qu’elle présente aujourd’­hui à sa mère lors de leurs déjeu­ners domi­ni­caux…

Thomas Durand pour le magazine Galla 

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Mylène se demande encore A QUOI JE SERS

Posté par francesca7 le 28 mars 2016

 

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À QUOI ELLE SERT ? 
Le décor est planté : nous sommes en mai 1989, Mylène vient d’achever une série de concerts au Palais des Sports, ses tous premiers concerts, et s’apprête à partir sur les routes de France et de Navarre (Belgique, Suisse, Nord-Pas-de-Calais) à la rencontre de son public pour cette première tournée qu’elle voit « à la fois comme une mort et comme une naissance. ». Une mort dont le diptyque « A Quoi je Sers… / La Veuve Noire » sera le requiem…
(Musique dramatique)

TU PÉRIRAS CE SOIR DE MAI
Ces premiers concerts sur la scène du Palais des Sports sont une étape essentielle dans la carrière de Mylène Farmer, surtout car ils signent la fin d’un cycle, le premier. Et oui, en l’espace de cinq ans, la petite Mylène aux boucles brunes qui chantait « Maman a tort » avec sa veste rose fluo sur les plateaux de FR3 Midi-Pyrénées a bien changée ! Nous en sommes en 1989, et telles des SDF dans un squat sordide de la banlieue rouennaise qui redoutent la fin de la trêve hivernale, les chanteuses made in 80’s redoutent quand à elles le passage à la décennie suivante. Et Mylène n’y échappe pas. Elle aussi a peur ne pas voir l’aube de cette décennie nouvelle qui verra naître les sitcoms AB, les chanteurs AB, les jeans tailles hautes, les t-shirts fluo, le Bigdil, les Pokémons, Lââm, Larusso, Sandy Valentino… ainsi que votre serviteur ! Et quitte à ce que tout s’arrête, autant finir en beauté. C’est ainsi que Boutonnat et Farmer concoctent peu après le Palais des Sports un 45-trs inédit intitulé « A quoi je sers… », et sa face B, « La Veuve Noire ». Deux titres fatalistes à souhait dans la pure tradition Farmer ‘première cycle’.

 

PISCINE PARTY
Le 45-trs sort le 17 juillet 1989, la pochette est illustrée, comme toutes les pochettes des singles de Mylène de 1988 à 1992, par une photo de Marianne Rosenstiehl-Sygma (C’est son nom de jeune fille), prise dans la loge de Mylène au Palais des Sports, tout un symbole ! Il ne laisse pas les médias indifférents, qui se demandent alors pourquoi Mylène, qui est au sommet de sa gloire et de son art voudrait bien mettre fin à sa carrière Car à ce moment là, la belle ne calme pas le jeu en laissant planer le doute quand à des possibles adieux. Et le clip qui accompagne le morceau enfonce le clou : on peut y voir Mylène traverser un fleuve qui fait furieusement penser au fameux Styx, si cher à son coeur, avant qu’elle ne retrouve tous les personnages cultes de ses précédents clips et qu’in fine, ils s’avancent tous ensemble vers le fond pour, on le devine, une noyade collectifve C’est tellement gai ! Et c’est de cette façon que Boutonnat et Farmer commencent à enterrer, ou plutôt noyer dans le cas présent, un cycle de cinq ans qui a atteint son apogée grâce au spectacle de 1989, dont ils ne tarderont pas à détruire le décor, toujours sous l’œil de la caméra de Boutonnat, pour dire que oui, même si l’histoire n’est pas terminée, une page se tourne. Et il faut dire que ça en jette un max’ quand même.

REQUIEM POUR L’ÉCHINE
Même si « A quoi je sers… » ne sonne pas le glas de la carrière de Mylène, il est néanmoins un préambule à ce que va être la « nouvelle Mylène Farmer ». Premier changement, même si cela peut paraître anodin, « A quoi je sers… » est le premier 45-trs de Mylène Farmer co-édité chez Requiem Publishing, société d’édition musicale fraichement créée en compagnie de Laurent Boutonnat, l’autre moitié des éditions revenant toujours à Bertrand Lepage, qui a édité tous les titres de Mylène Farmer depuis 1984. Or cette petite histoire d’ordre purement financier a mis de l’eau dans le gaz dans leur relation, Lepage n’ayant pas trop apprécié que Farmer et Boutonnat commencent à prendre leur indépendance. En octobre 1989, Mylène Farmer confessait « Aujourd’hui je suis à la fin d’un cycle. Il va y avoir des choix à faire, je ne sais pas encore lesquels« . Le premier choix sera pris deux mois plus tard à la fin de la tournée lorsque Mylène remercia (vira) Bertand Lepage, ne supportant plus ses excès en tout genre.

 

LA PROMO ? À QUOI CA SERT ? 
Autre changement, c’est à partir de ce titre que Mylène commencera à s’effacer de la scène médiatique, passant de Mylène ‘la mystérieuse’ à Mylène « l’inaccessible »., et qu’elle limitera ses prestations télévisées. Ainsi « A quoi je sers… » n’aura le droit qu’à seulement trois passages télévisés (comparé à la douzaine de prestations pour « Pourvu qu’elles soient douces » c’est pas grand chose !), mais sur trois prime-time de TF1, à grande écoute donc. Mylène devient une star et se permet d’avoir les exigences qui vont avec son statut (adieu profil gauche…)

Qui se demande encore à quoi sert « A Quoi Je Sers… » ?!

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LA CONQUERANTE DE ROCK NEWS

Posté par francesca7 le 4 mars 2016

 

Mylène Farmer : la conquérante janv-87 – Entretien avec Christian OUVRIER

« Cendres de Lune » est sorti il y a maintenant six mois. Le premier album est une étape importante…

- C’est vrai, cela permet de sortir de l’image désuète de chanteuse de 45-trs. Pour moi, il était très important de faire cet album. Avec « Cendres de Lune » j’ai essayé d’étonner les gens. C’est d’autant plus nécessaire qu’il est très difficile de s’imposer actuellement. Il a été salué par quelques critiques élogieuses. Avec l’accueil de « Cendres de Lune » et le succès du simple « Libertine », j’ai maintenant la certitude de pouvoir faire un nouvel album…

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Outre « Libertine », on retrouve dans cet album « Maman a tort » et « Plus Grandir », alors que ton deuxième 45-trs n’y figure pas…

- « On est tous des imbéciles » ne figure pas sur l’album pour des raisons contractuelles, dues en fait à mon changement de maison de disques. C’est une chanson que j’aime toujours, et si nous n’avions pas eu ces problèmes, elle aurait figuré sur l’album.

Bien que le public ne le connaisse pas, Laurent Boutonnat joue un rôle déterminant dans ta carrière : auteur-compositeur, producteur, réalisateur de l’album et du clip, photographe même… Serait-il pour toi, ce que -par exemple- Michel Berger est à France Gall ?

- Ca, c’est la genre de fantasmes de journalistes ! A partir du moment où il y a une association homme/femme, les gens peuvent effectivement faire des comparaisons avec des situations déjà existantes… Mais ce n’est pas mon problème ! Tout ce que je peux dire, c’est que nous avons, Laurent Boutonnat et moi, beaucoup de points communs.

 

Cela ne t’empêche pas de signer parfois certains titres. Penses-tu écrire de plus en plus souvent ?

- Je ne sais pas… J’avoue que je ne fais pas ce genre de calculs, c’est une démarche qui ne se programme pas.

La façon dont tu as défendu « Libertine » à la télévision t’a donné une image sexy et provocante. Vas-tu entretenir cette image ?

- « Libertine » n’est qu’une chanson de l’album. Les autres, bien que formant une certaine unité, sont assez différente. Divers paramètres ont fait que, d’une part, « Libertine » a fait l’objet d’un 45-trs, et que d’autre part, elle est devenue un succès, me donnant ainsi cette image. Elle devrait néanmoins changer, car mon prochain titre sera radicalement différent.

Ecoutes-tu les disques de tes consoeurs, et peuvent-ils être parfois sources d’inspiration ?

- Non, je n’écoute pas particulièrement les disques d’autres chanteuses, excepté celui des Rita Mitsouko, que j’aime beaucoup. Je crois qu’il ne faut pas trop se préoccuper de son voisin, il faut croire en soi et foncer. Quand à l’inspiration, on peut la puiser ailleurs que dans les chansons des autres…

Parmi les longues carrières féminines (Hardy, Vartan, Sheila ou Gall…), y en a-t-il une qui t’inspire, qui te fasse rêver ?

- Non, pas vraiment. On peut effectivement espérer suivre le cheminement ou connaître la longévité de telle ou telle artiste, mais plus rien n’est comparable, le métier a profondément changé en quelques années. Et puis, personnellement, je pense qu’il vaut mieux ‘faire’ dix années performantes, que vingt chaotiques…

Penses-tu à la scène ?

- Oui, mais c’est encore prématuré pour l’instant. Je n’ai pas un nombre suffisant de chansons. Lorsque j’aurai à mon actif deux ou trois albums, peut-être… J’ai l’esprit ‘gladiateur’, mais faire de la scène ne s’improvise pas. C’est une entreprise qui nécessite une longue préparation et beaucoup de travail afin de réduire au maximum les risques d’échec.

 

Enfin, question quasiment incontournable : les projets ?

- Un nouveau 45-trs pour le début de l’année, un clip, et après, c’est l’inconnu…

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MYLENE DANS LE SALON D’UN PALACE PARISIEN

Posté par francesca7 le 19 février 2016

 

Dans le salon d’un palace parisien, Mylène livre avec Guillaume Durand la plus longue interview donnée à l’occasion de la sortie du film. Choisissant ses mots avec (trop de) soin, Mylène répond longuement et parfois laborieusement aux réflexions confuses d’un Guillaume Durand qui semble cependant passionné.

Guillaume Durand : (…) Un film, il faut le vendre. Vous qui êtes si timide, ça vous barbe pas tout ça ?

Mylène Farmer : Je ne sais pas si ‘barber’ est le mot juste, mais c’est un exercice difficile pour moi.

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GD : Est-ce que vous avez un petit peu peur, un petit peu d’angoisse parce que un film, c’est pas comme une tournée, c’est pas comme un disque : c’est énormément de travail et tout se joue en une semaine. Quel effet ça vous fait ?

MF : C’est quelque chose de presque inhumain. C’est difficile, c’est difficile. Je crois que je serai contente le jour où ça sortira, et essayer de se déposséder de la chose totalement…

 GD : Alors, « Giorgino » : ça fait combien de temps que ce projet existe pour vous ?

MF : De mémoire, parce que…C’est huit années, je dirais. Et réellement, l’écriture a commencé il y a trois ans. Et il a vu le jour il y a environ un an et demi, je crois.

GD : Donc ça vous a occupée toutes ces dernières années, quoi. L’obsession, c’était de faire ça…

MF : Oui. Surtout Laurent Boutonnat, je dirais, le réalisateur. Moi, j’ai eu beaucoup plus de temps libre, assez pénible là aussi parce que n’ayant pas la faculté que de me tourner vers la musique, puisqu’il est le compositeur. Donc ça a été une période très longue et pas très agréable.

GD : Alors pourquoi fait­-on quelque chose qui n’est pas très agréable à vivre? Quelle est l’exigence de fond ?

MF : La passion, je dirais. D’abord, je pense que c’est un besoin pour moi que de faire des choses, à savoir ou l’écriture, ou des films, créer quelque chose. Faire les choses en termes de plaisir, dans le fond, ce n’est peut-être pas très, très important ou si important. Je crois que ça se passe à une autre dimension.

GD : C’est vraiment quelque chose, on parlait tout à l’heure d’exigence, c’est une importance de la liberté ou… ?

MF : Parce que je ne sais pas gérer cette liberté, de même que j’ai besoin du regard de l’autre pour exister, même si ça paraît quelque chose d’assez dramatique comme confidence ! Mais cette liberté, je la trouve réellement dans mon métier, dans le fond.

GD : Alors, on va évidemment pas raconter le film, parce que les films sont faits pour être vus. On va simplement, avec la bande-­annonce que vous avez eu la gentillesse de nous confier, avoir un petit peu une idée de l’ambiance du film et puis on va parler justement de ce monde qui vous habite et qui habite aussi Laurent Boutonnat. D’abord, donc, des extraits de ce film.

Diffusion de la bande-­annonce de « Giorgino ».

GD : Voilà donc pour le climat du film. Alors pourquoi ce film commence en novembre 1918, si ma mémoire est bonne ? Pourquoi cette date ?

MF : Je vais essayer de répondre pour Laurent Boutonnat. Il me semble qu’il voulait…La guerre 14­18 est en toile de fond, réellement. Je crois que ce scénario est né d’un désir de femmes, de femmes rudes et violentes, donc dans un univers de guerre. Donc c’était plus facile pour lui, j’imagine. C’est difficile pour moi que de répondre à sa place. Pourquoi la guerre de 14­18 ? Parce que c’était une période extrêmement difficile. Avoir des femmes esseulées, c’est un moment qui est effectivement, la guerre, propice pour…

GD : Mais ça vous touche parce que vous connaissez, comme tout le monde, ce qui s’est passé justement à cette époque-­là : bon, non seulement il y a la mort, et elle est très présente aussi dans le film, mais il y a cette idée aussi que ce sont les femmes qui prennent la société à bras-le-­corps. C’est une idée qui vous touche, ça ?

MF : Si je ne porte mon regard que sur ce groupe de femmes : non, définitivement pas ! (rires) Mais une société de femmes, non en aucun cas, dirigée par les femmes, non, je pense qu’une balance, une bonne balance est ce dont nous avons tous besoin.

GD : Alors, le climat on en parle. C’est vrai que souvent quand vous avez fait des clips, des clips longs, des clips qui étaient proches du cinéma on s’est dit « Ça y est, Boutonnat va certainement faire un film, Mylène Farmer a envie de faire un film », maintenant le film est là.

Mais ce climat qui est à la fois historique et à la fois fantastique, il vient d’où ? Pour lui, forcément il répondra d’un coté, mais pour vous, pour l’avoir accepté c’est que ça vous touche aussi…

MF : Moi, c’est plus une grande confiance en Laurent Boutonnat et en son travail. Quant à l’univers, j’ai aimé le scénario et j’ai aimé le personnage de Catherine. Maintenant, essayer de réfléchir… Non, c’est plus des sensations, des odeurs et moi, cette sensation que de pouvoir justement mettre quelque chose dans ce personnage.

GD : C’est quand même pas un monde ordinaire, parce que donc, on va pas raconter, on a dit tout à l’heure le déroulement mais on peut raconter un petit peu le début. Donc, c’est un jeune médecin, il sort, il est démobilisé, il s’occupait d’un asile d’enfants et il essaye de retrouver ces enfants. On a tout une, comment dirai-­je…c’est un itinéraire, au fond…

MF : Oui, tout à fait, oui.

GD : …qui est un itinéraire initiatique. Ça se passe dans la neige, c’est à la montagne, c’est très beau, il y a un père, il y a les femmes qui fument, enfin ce sont des images qui sont des images rares au cinéma.

MF : Je le pense, je le pense. Je pense que son cinéma est rare. Il a une façon de filmer et de raconter des histoires qui lui sont très, très personnelles.

GD : Alors mettez vous à sa place : pourquoi ce monde-là le touche, lui ?

MF : Moi je crois que je ne pourrai pas répondre à sa place. Pour avoir moi­-même posé ces questions dans le fond et lui ne trouvant pas de réelles réponses quant à ces fondements, pourquoi être attiré plus par quelque chose ou autre chose, je ne sais pas bien. C’est comme la peinture, dans le fond : pourquoi est­-ce qu’on est attiré par un peintre ? Moi je crois que je ne saurais pas l’expliquer. Pourquoi tel peintre plutôt que celui­-ci ?

GD : Mais c’est un monde qui est quand même très poétique et qui est très détaché, enfin qui parle un petit peu du réel, on en a parlé un petit peu au début, il y a la guerre de 14, il y a des professions, il y a des gens, il y a des solitudes, il y a des gens ensemble, il y a beaucoup de violence. Mais en même temps, c’est très onirique.

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MF : Oui. C’est sans doute cette attirance pour tout ce qui est conte, l’irrationnel peut­-être, la poésie je pense, oui. Mais des choses qui peuvent faire partie de notre monde et de notre vie de tous les jours, mais c’est vrai qu’il a une attirance pour ça. Maintenant, je suis en train de m’embrouiller parce que je ne sais pas bien pourquoi ! Si ce n’est que j’en reviens à, ne serait­ce que moi, un paysage… Je préfère un paysage, je vais vous dire, fracassé qu’un paysage avec des pommiers en fleurs. Pourquoi, je ne le sais pas. Ce sont des choses, comme ça, qui vous appartiennent.

GD : Qui vous sont donc sensibles, qui sont exprimées très largement. Alors il y a aussi une autre chose qui est très particulière dans le film, bon on va pas comparer avec des metteurs en scène comme Visconti parce qu’il y a pas de rapport, mais c’est vrai qu’il y a un parti pris, on va dire, de lenteur. Parce que si on dit ça, les gens vont dire « On va pas y aller, c’est lent » ! C’est pas du tout lent et ennuyeux, mais c’est volontairement, comment dirais­-je, c’est un rythme comme ça, un peu comme une espèce de mélopée.

MF : Parce que justement, j’en reviens à ces odeurs, à toutes ces choses. Je crois que ça prend du temps pour des personnages, plutôt que justement ce cinéma très monté, très rapide et des personnages qui sont rétrécis, qui ont cette valeur. Je crois que lui justement allait vers une expression plus lente et plus, moi j’oserais dire plus enrichie, mais ça n’engage que moi. Plus généreuse, peut­-être.

GD : C’est vrai que c’est un peu le contrepoids de tout ce dont on parle beaucoup actuellement, de Quentin Tarantino à Luc Besson, où ce sont des hommes en blanc et noir qui deviennent…

MF : Oui, qui ont du talent. Mais c’est vrai que c’est, je pense, une autre expression, une autre façon de raconter les choses.

GD : Comment devient-­on ­ pardonnez-­moi la question ­ mais comment devient-­on justement quand on est chanteuse, quand on fait de la scène, comment devient­-on actrice ? Même si on a fait des clips, ça, ça doit pas être une expérience finalement si facile que ça.

MF : C’est quelque chose que je pense, et sans prétention aucune, avoir en moi. En tout cas, je l’ai souhaité et je le veux depuis tellement longtemps. La chanson est venue à moi un peu par hasard, j’avais envie moi de jouer. J’ai suivi des cours de théâtre, mais ça on s’en moque un peu. C’était simplement un passage, comme ça, dans ma vie. Une envie de jouer, une envie d’interpréter les personnes qui sont autres que moi-­même et cette chose, enfin ce côté ludique quoi, qui est…

GD : …qu’on trouvait énormément dans les clips.

MF : Qu’on trouvait déjà dans les clips, mais en mode tellement rétréci. Mais malgré tout, c’est vrai que c’est comme ça que j’ai pu, bon indépendamment de l’écriture, de la scène, de tout ce qui fait que ce métier est vraiment passionnant, qui m’a fait tenir quand même, parce que c’est long ! J’ai attendu presque dix ans pour réellement faire un premier film. C’est long… (rires)

GD : Oui mais justement alors, est­-ce que ça veut dire que maintenant, parce que finalement quand un film est terminé, c’est vrai que vous allez être délivrée par le fait qu’il sorte, de savoir s’il y a un accueil avec le public, on vous le souhaite évidemment, c’est normal, mais est-­ce que immédiatement, maintenant, vous vous dites « C’est une autre carrière qui commence et c’est vers ça que je veux aller définitivement ». Et es-ce qu’il va falloir attendre longtemps que lui refasse un film, ou est-­ce que vous pouvez tout à fait imaginer de jouer, travailler avec d’autres metteurs en scène ?

MF : Non, je crois qu’aujourd’hui je peux réellement imaginer travailler avec quelqu’un d’autre. Maintenant, je pense que je serai difficile dans mes choix, je le sais. Aussi bien par rapport au réalisateur que l’histoire elle-même. Donc je pense que je, si je puis me projeter sur quelque avenir, faire très peu de films, certainement. Certainement.

GD : Et qu’est­-ce que vous aimez, alors, justement ? Parce que ce cinéma de climat est un cinéma bien particulier, alors qu’est­-ce que vous aimez, vous ?

 MF : Je crois avoir des goûts très éclectiques. Je vais essayer de…J’aime beaucoup Jane Campion, tous ses films, ses premiers films également. J’aime Oliver Stone, j’aime Kubrick, j’aime David Lean, j’aime David Lynch, Bergman…

GD : Donc, c’est un goût éclectique, quoi…

MF : Oui. Oui, dans le fond oui. GD : Mais pas très français, d’après la liste que vous venez de donner ! MF : Polanski, heu… (rires)

GD : Ha oui, c’est toujours du cinéma où il y a beaucoup de spectacle, ou au contraire beaucoup d’onirisme, beaucoup de choses qui sont quand même… C’est pas le mari, la femme et l’amant qu’on trouve !

MF : Non, j’aime les choses qui ont une âme, une histoire et une magie, et qui portent le spectateur. Je peux moi­-même être un spectateur qu’on qualifie de moyen, mais c’est­-à-­dire ne pas avoir cet œil trop critique. Et si un film m’emmène, si une histoire m’emmène, mais c’est magique ! C’est la chose la plus magique, je crois.

GD : Alors à la fin, le héros, Jeff Dahlgren, et vous, vous vous retrouvez dans un cimetière. On va pas dire ce qui se passe, mais c’est vrai qu’il y a quand même comme en peinture, puisque vous avez parlé de peinture, une espèce d’imagerie qui existe : des croix, des églises etc., etc. Ça vient d’où tout ça ?

MF : Ce que cela peut suggérer, bien évidemment, mais d’un point de vue esthétique je crois aussi, qui est important. Une croix, c’est beau. Une tombe…Je trouve qu’une tombe, un cimetière est un endroit magique. C’est quelque chose une fois de plus que nous avons en commun, mais je crois que c’est expliqué par cette rencontre que nous avons eue et qui a été une rencontre fondamentale pour moi dans ma vie et assez immédiate. Donc en ce sens, je crois que c’est presque normal que d’avoir des mondes un peu communs et des attirances.

GD : Vous voulez dire que d’une certaine manière, peut­-être, il vous a aussi arrachée à ce qui pouvait être une carrière de show­-business traditionnelle, que vous n’avez jamais vraiment voulu mener.

MF : Que je n’ai, je crois, jamais menée quoiqu’il arrive ! Mais…envie de faire quelque chose, envie de faire ce long-­métrage et envie de prendre des risques.

GD : Alors comment s’est passé le tournage ? Parce que je suppose que les conditions, étant donné que ça se passe en hiver, en plus y a énormément de scènes qui se passent en hiver mais il fait beau en même temps, ce qui sont des conditions météos pas faciles à trouver parce qu’en général il fait pas toujours beau, ça a dû être un peu long et un peu compliqué. Alors, comment ça s’est passé ? Racontez­-moi…

MF : Le tournage était très, très long, je crois qu’il a duré cinq mois. Quant aux conditions de tournage, c’était difficile à cause du temps bien évidemment, parce que très, très, très froid. Donc par moments, même le tournage a dû s’arrêter parce que trop froid, parce qu’on ne pouvait presque plus jouer. Maintenant, je crois que toutes ces difficultés sont malgré tout inhérentes à un tournage. La réelle difficulté était je crois le…la difficulté de… (Mylène rit de ne pas trouver ses mots) j’allais dire la tension qui régnait sur ce tournage, la tension que toute cette chose que Laurent portait dans le fond qui est extrêmement lourde.

 GD : Vous vous êtes faits totalement, parce que finalement lui, c’est son premier film, vous c’est votre premier grand rôle, vous vous êtes faits mutuellement et définitivement confiance dès le début, ou tout d’un coup du coin de l’œil vous vous êtes un petit peu surveillés l’un l’autre ? Parce que c’est vous qui portez tout : et lui, et vous.

MF : Je crois qu’il y avait à la fois une grande confiance, puisque c’est vrai qu’on a très peu parlé du rôle par exemple. J’ai lu le scénario. Et une fois sur le tournage bien sûr, des indications de mise en scène. Mais de sa part, en tous cas, je suppose que c’est une confiance. ‘Regardés du coin de l’œil’, malgré tout de temps en temps. C’est-­à­-dire moi je l’ai quand même observé travaillant avec d’autres, puisqu’il y avait quand même beaucoup d’acteurs. Et parfois probablement des réactions assez violentes, oui, parce que c’est vrai que dans ces moments-­là, on vous dit « Moteur, action ! » et vous avez une espèce, d’abord d’angoisse profonde, et de demande qui est énorme quant à ou le regard ou même un mot, et que parfois ce mot n’arrive pas et que là on fait abstraction de toute une vie commune.

GD : Ça devient professionnel…

MF : Oui. Oui, dans le fond oui. Beaucoup plus cruel et plus…Mais je crois que c’était aussi essentiel. Je n’aime pas moi être trop protégée. J’étais réellement considérée comme une actrice engagée sur un film, et non pas comme le petit oiseau qu’on va couver. En aucun cas, non.

GD : On se retrouve dans un instant pour parler de ce film de Laurent Boutonnat, avec Mylène Farmer et Jeff Dahlgren. Flash info.

 GD : On se retrouve donc avec Mylène Farmer qui a la gentillesse de nous recevoir pour un film qui va, je l’espère, vous surprendre : « Giorgino », donc, de Laurent Boutonnat, avec Jeff Dahlgren. Alors est­-ce qu’on peut Mylène parler du fait que le film a été tourné en anglais ? Il est tourné en Tchécoslovaquie, il est tourné en hiver et en plus il est tourné en anglais. Pourquoi ? C’est pour rechercher la plus grande audience possible à travers le monde, ou c’est l’histoire…

MF : (elle l’interrompt) Non, sincèrement non. C’est parce que Laurent Boutonnat voulait travailler avec des acteurs comme Louise Fletcher, Joss Ackland, et a trouvé son premier rôle aux Etats­-Unis, donc c’est plus une volonté que d’aller vers des acteurs, donc une langue qui s’est imposée.

GD : Louise Fletcher, tout le monde connaît, c’était l’infirmière de « Vol au Dessus d’un Nid de Coucou » et donc qui parle français, si mes souvenirs sont bons et elle était très charmante. C’est pour aller vers ces acteurs­-là qu’il a choisi ce parti pris là ?

MF : Absolument, oui parce que…Mais lui-­même dit ça « J’aurais pu tourner ce film en espagnol, russe… ». Peu lui importait la langue, dans le fond.

GD : Alors donc un travail qui a été compliqué, et tout à l’heure vous nous disiez que c’était très difficile d’expliquer les raisons pour lesquelles vous étiez dans ce monde-­là, dans à la fois ces rêveries, cette poésie et aussi ces fantasmes. Et pourtant quand on essaie de trouver une logique à tout ça, parce qu’après tout il y a forcément une logique même si on la veut pas, la première chanson c’était « Maman a Tort », après c’était « Libertine », et maintenant c’est un film où il y a énormément de femmes, même si c’est une envie de l’auteur. Est­-ce que cette logique vous apparaît ou est­-ce que c’est un hasard total ? MF : Je pense que c’est un hasard. Mais là une fois de plus, c’est difficile, pardonnez-­moi de le redire… (rires)

GD : C’est pas grave !

MF : …parce que ce film, dans le fond, ne m’appartient pas, en tous cas son histoire et son…

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GD : Mais vous êtes sûre qu’il ne l’a pas écrit pour vous ? Parce que quand vous dites qu’il ne vous appartient pas, il l’a quand même probablement en partie, enfin il savait que vous alliez jouer le rôle principal de Catherine.

MF : Oui. Maintenant je… (elle cherche ses mots) G

GD : C’est du sur­-mesure, quand même…

MF : C’est une bonne couture. Est­-ce que c’est du sur­-mesure ? Je ne sais pas bien, mais là c’est peut-­être plus par pudeur, je ne sais pas bien. Est­-ce qu’il a écrit réellement ce rôle pour moi ? Je ne sais pas, parce que le personnage principal c’est peut­-être lui qui a voyagé avec lui le plus longtemps, et peut-­être que Catherine est arrivée plus tard, donc…

GD : Et est-ce que lui justement, sans sombrer dans une espèce de simplification extrême, est­-ce que lui il s’est vécu un petit peu comme Jeff Dahlgren, donc qui est le héros du film, à savoir ce médecin qui recherche des enfants ?

MF : Je crois qu’il est…Cette chose commune d’avec ce personnage, c’est cette âme d’enfant qu’il a en lui et cette quête, cette quête essoufflée. Je crois qu’il a ça en lui.

GD : Mais quand on a fait un film comme ça, qui est justement un film poétique, est-­ce que c’est, comment dirais-­je, vous savez que la critique en France n’aime pas trop le mélange des genres, ça peut être aussi bien un artiste qui a réussi dans un domaine qui est la variété, le fait de faire du cinéma, ça paraît presque pour beaucoup de gens qui sont extrêmement bien­pensants et extrêmement rigides…

MF : Obscène ? (rires)

GD : Oui. C’est pas obscène, mais on n’a pas le droit de changer de registre, et pourtant vous, vous avez ce besoin et vous en avez même exprimé tout à l’heure l’envie. Ça vous gêne qu’on vous oblige à vous enfermer dans un même registre ?

MF : L’idée de l’enfermement me gêne. Maintenant, est­-ce que moi j’ai été gênée par ça : non. Non, parce que j’ai essayé au maximum de me protéger et de ne pas écouter, de ne pas entendre. Sinon, effectivement si on écoutait et si on entendait réellement, je pense que c’est trop mutilant. Non. J’oserais dire je me moque de ce qu’on pense et de ce qu’on dit. C’est presque vrai.

GD : C’est pour ça que depuis des années vous avez toujours choisi de faire votre métier, d’être extrêmement discrète sur vous, sur votre vie, enfin sur beaucoup d’aspects du travail d’artiste qui en général sont surexploités et plombent votre carrière ?

MF : Oui, parce que je pense… Moi, j’essaye de ne pas m’essouffler et de ne pas essouffler l’autre. Donc en ce sens, je suis obligée d’être absente. Et puis je crois que c’est ma nature profonde, tout simplement donc je n’ai pas à me faire violence pour ça.

GD : Et vous, quand les disques se vendent comme ça énormément, ça veut dire, bien au­-delà du succès commercial, qu’il y un intérêt profond entre un artiste et les gens. Vous croyez que les gens vous aiment pour quoi, au fond ?

MF : Je ne sais pas ! Non… (large sourire) GD : Pour ce mélange entre la fragilité et la provocation ?

MF : Je crois pour, s’il y a à trouver une expression, peut­-être pour la sincérité, parce que je crois que c’est une valeur qui existe toujours. Mais c’est difficile que d’exprimer pourquoi l’autre vous aime. Je ne sais pas…

GD : Et quand est-ce que vous vous êtes rendue compte, vous dans votre carrière, parce que en général les carrières de chanteurs démarrent, elles surfent un petit peu sur les vagues adolescentes, ça a été aussi le début de votre carrière quand vous avez chanté « Maman a Tort » etc. Quand est­-ce qu’on se dit « Moi, je vais faire autre chose », c’est­-à-­dire je pars sur ce plongeoir­-là mais je vais aller dans une autre piscine, quitte à être décrédibilisée un petit peu ?

MF : Là, vous parlez d’un genre plus que de changement radical de vie ?

GD : Non, pas de vie pour vous, mais quand est-­ce que vous vous êtes dit que vous alliez prendre au fond tout ça en mains, sérieusement pour obtenir, pour aller vers des objectifs précis ?

MF : Je crois, le goût du risque. Là encore, c’est…Le calcul n’y est pas pour grand­-chose, si ce n’est que une ‘carrière’, même si c’est un mot qui n’est pas très joli, c’est quelque chose qui se pense, qui se gère. Maintenant, c’est quelque chose qui, je ne sais pas, qui s’est construit comme ça…

GD : Petit à petit…

MF : Oui, qui s’est fait lentement. Mon début n’a pas été fulgurant. J’ai eu trois bonnes années pour apprendre mon métier et apprendre ce que j’aimais et ce que je n’aimais pas, dans le fond, par rapport à moi­-même et par rapport à l’extérieur également.

GD : C’est-­à­-dire ?

MF : C’est­-à­-dire de « Maman a Tort », qui a été un succès mais j’étais quand même encore pas très connue jusqu’alors. Et après il y a eu deux autres 45­tours qui étaient plus discrets. Et puis après, le fameux « Libertine » qui là a été réellement…les projecteurs ont été mis sur moi. Mais donc, pendant cette période… Enfin, tout ça pour essayer d’expliquer que ça n’a pas été quelque chose, comme ça, d’immédiat, on vous donne tout. Ça a été quelque chose d’assez progressif, donc probablement de moins perturbant pour moi.

GD : Donc d’une certaine manière, vous pouvez vous dire que la même attitude, vous allez, c’est donc la même expérience, vous allez l’utiliser pour le cinéma ? C’est-à­-dire que c’est quelque chose qui commence, vous êtes habituée aux hauts et aux bas de ce qui s’est passé dans la chanson, et comme vous semblez avoir derrière la fragilité une assez grande volonté, vous allez attaquer un deuxième monde, tranquillement et avec le temps. C’est ça l’idée ?

 MF : Oui, là c’est plus une façade sereine, qui en aucun cas n’existe, dans le fond, si ce n’est que là je suis plus posée que d’ordinaire. Mais c’est plus un parcours angoissant qu’autre chose. Maintenant, pour répondre à votre question, je le ferai effectivement avec un maximum de réflexion et de réelles envies. C’est­-à­-dire, me perdre dans quelque chose pour le rien : non, en aucun cas.

 GD : Donc, ça veut dire qu’il faut forcément trouver des textes extrêmement forts, des scénarios extrêmement forts…

MF : Ça va être de plus en plus difficile, je le sais. Mais c’est…

GD : Mais est-ce que vous avez envie, puisque vous avez dit tout à l’heure que vous aimez bien les choses très différentes, d’Oliver Stone à d’autres metteurs en scène, ça veut dire est­-ce que vous pouvez jouer une comédie, par exemple, par goût du fait de jouer ? Ou est-­ce que tellement pas dans votre registre que ça vous paraît surréaliste ?

MF : Si vous me proposez Woody Allen, je vous dis oui, j’accours ! (rires) Maintenant, tous les genres de comédie : non, je pense pas. Je ne sais pas, d’ailleurs, mais je ne pense pas avoir ce talent­-là, et peut­-être cette envie tout simplement. Une bonne comédie, oui c’est aussi intéressant et passionnant qu’un…

GD : Sûrement, mais je veux dire tout le monde a envie de jouer avec Woody Allen, parce que on entre sans frapper, enfin si jamais il vous appelle, on s’assoit, vous lui dites de s’asseoir et on lit même pas le scénario, à la limite ! Mais le monde, le fait de changer de monde, parce que c’est un monde tellement particulier, celui du film donc qui sort mercredi, que c’est vrai qu’il y a aussi le risque d’être cataloguée dans une espèce de fantastique, onirique…

MF : Ma foi, j’en ai pris le risque, et puis j’espère avoir la chance que d’avoir des propositions différentes. Je fais appel, j’allais dire, à l’intelligence du metteur en scène, plus qu’à quelque chose, comme ça, qui…

GD : Mais est­-ce qu’après on se dit pas, quand on a fait un film comme ça, ou quand on a eu une expérience comme ça qui est très profonde, parce que vous avez attendu plusieurs années, vous avez tourné pendant cinq mois, et puis c’est compliqué etc. et puis le film sort, est­-ce qu’on a envie après, j’allais dire, de retourner dans le travail d’avant ? Est­-ce que vous pourriez vous dire « Bon, ben maintenant, il faut s’y remettre », ou est-ce que vous y avez déjà pensé, écrit, travaillé, fait des musiques, ou pas du tout ?

MF : Non. J’ai eu pendant effectivement le tournage même, plutôt juste après le tournage, quand le tournage s’est terminé, une envie que de tout abandonner, tout délaisser. Pour aller vers quoi, c’était le point d’interrogation et plutôt une période d’anéantissement qu’autre chose. Aujourd’hui, oui j’ai très envie de retourner vers l’écriture, enfin mon écriture, en tous cas, pour essayer de découvrir des choses que je ne connais pas moi­-même, je suppose, parce que je ne sais pas ce que je vais faire, je ne sais pas ce que je vais écrire. Mais non, j’ai toujours cette envie. Je sais que si cette envie me quitte, j’arrêterai. J’aurai en tous cas cette honnêteté.

GD : Il y a quelque chose qui peut apparaître paradoxal, c’est que finalement vous êtes très pudique, réservée, timide, et en même temps vous faites des choses qui sont toujours, qu’elles soient habillées ou pas habillées, toujours un peu explosives. C’est jamais… Pourquoi ? MF : Parce que je crois que ça fait partie de mon propre paradoxe. C’est cette envie que de se cacher, cette envie de lumière et qui se reproduit dans le moindre de mes actes et pensées. C’est quelque chose de conflictuel mais nécessaire.

GD : Vous savez que par rapport justement aux années précédentes, on a appelé ça un peu pompeusement les années 80, celles qui s’annoncent sont plus tellement les années de la provocation. Mais quand je dis « la provocation », c’est pas la provocation au sens idiot mais la provocation au sens presque artistique des choses. Maintenant, ceux qui essaient de sortir le bout du nez pour faire des choses un peu différentes, on leur tape sur le bout du nez. Ça vous fait peur, ça ?

MF : J’ai l’impression que ça a existé toujours, ça, que c’est omniprésent, que dès qu’on essaye de faire quelque chose qui n’est pas, effectivement, dans ce chemin balisé, on vous tape sur les doigts. Mais…

GD : On vous a tapé, vous, sur les doigts ?

MF : Attaquée, bien évidemment ! Mais une fois de plus, peu m’importe, ça ne nous touche pas. Un artiste existe parce qu’un public est là. Au fond, j’enfonce des portes ouvertes, mais c’est la vérité vraie! Donc, tant qu’un public me dit « Continue ! C’est quelque chose que nous aimons », je continue !

 GD : Est­-ce que vous vous reconnaissez, non pas personnellement, mais dans des attitudes qui peuvent vous ressembler, par exemple pour quelqu’un comme Isabelle Adjani qui vit un peu…qui au fond montre à l’écran des choses souvent excessives et puis qui le reste du temps disparaît ?

MF : Je ne sais pas si nous sommes pareilles, mais c’est vrai que on m’a fait souvent cette réflexion, par exemple, que nous avions… Mais c’est plus pour évoquer des choses, dans le fond, des choses négatives en fait. Cette comparaison a été…

GD : Non, mais là c’est dit…

MF : Non, je le sais mais là je pense à ça parce que c’est quelqu’un qui, je crois, a essayé réellement de gérer sa carrière et son image et de faire ce qu’il lui plaisait, et parfois de s’évanouir et qu’on le lui a reproché. Maintenant, est­-ce que je…Je ne sais pas, c’est quelqu’un qui a un grand talent.

GD : La dernière question : est-­ce que la vie quotidienne, c’est-­à­-dire celle qui est ni sur les planches, ni dans les studios, ni en tournage, est­-ce qu’on y trouve un peu de bonheur, de plaisir, ou est­-ce que finalement il faut attendre désespérément de faire quelque chose et de se montrer ?

MF : Je crois que j’ai besoin effectivement de faire quelque chose, et ce métier… Sinon, je le vis mal.

GD : En tous cas, on vous souhaite le plus grand succès pour le film…

MF : Merci beaucoup.

GD : …à vous et à Laurent Boutonnat. Le film donc qui est sorti aujourd’hui sur les écrans et que je vous encourage vivement à aller voir, parce que c’est un film qui ne ressemble pas aux autres et c’est tant mieux ! Ciao, à demain. MF : Merci beaucoup… Générique de fin de l’émission.

TALKSHOW 5 OCTOBRE 1994 Présenté par Guillaume DURAND LCI

Publié dans Mylène 1993 - 1994, Mylène dans la PRESSE, Mylène en CONFIDENCES, Mylène en INTERVIEW | Pas de Commentaires »

SYSTÈME 21 reçoit MYLENE

Posté par francesca7 le 7 février 2016

 

 L’émission débute par un enchaînement de très brefs extraits de tubes de Mylène Farmer (« Sans Contrefaçon », « Pourvu qu’elles soient Douces », « Sans Logique », « Libertine », « Maman a Tort ») qui s’achève sur l’introduction de « L’Horloge ». L’heure tourne. Quatre ans d’absence. Mais cette fois, ça y est : Mylène revient avec un nouvel album.

Rencontre exceptionnelle avec l’artiste la plus énigmatique et la plus adulée du show­biz français.

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Disponible, attentive : c’est l’instant X !

Diffusion d’un jingle dans lequel Mylène invite les auditeurs à découvrir son nouvel album sur la station.

C’est vrai que vous donnez très, très peu d’interviews radio. C’est une des premières fois ? (ce site d’archives, même s’il ne saurait prétendre être exhaustif, permet d’apporter une réponse négative à cette question ! nda)

Mylène Farmer : C’est très, très peu d’interviews en général ! Peu de radio, peu de presse.

C’est la deuxième je crois, puisque je débute la promotion. (la promotion d’ « Anamorphosée » a en effet débuté par les médias belges, nda)

Vous n’aimez pas ?

MF : C’est un exercice difficile pour moi, donc je préfère le rendre rare. Votre tout nouvel album s’appelle « Anamorphosée ».

Ca signifie que Mylène Farmer a décidé de rompre un petit peu avec l’image qu’elle donnait, ou est­-ce que vous avez envie de la transformer ? Quelle métamorphose est en train de se produire ?

MF : C’est plus ma perception du monde qui a changé et qui s’est élargie, donc l’idée de l’anamorphose était pour le moyen de rassembler toutes ces idées, de les concentrer pour n’en faire plus qu’une. Voilà, ce pourrait être l’image autorisée de l’image réelle. Et puis, c’est un jeu de mot ! (sourire)

Vous avez enregistré cet album aux Etats­-Unis, à Los Angeles. C’était la première fois. C’est un passage obligé, les Etats­-Unis, pour un artiste confirmé ? D’où est partie cette envie d’aller travailler là­bas ?

MF : J’ai passé beaucoup de temps aux Etats­-Unis : neuf mois à Los Angeles, un mois à New York. C’est un pays que j’aime bien. L’idée de l’album là­-bas, il se trouve que j’étais là­-bas et que j’avais un besoin, moi, de liberté donc c’est pour ça que j’ai choisi ce pays et qu’il y a de bons studios. Maintenant, l’idée de l’Amérique pour faire un album en aucun cas n’est définie parce que l’Amérique. Il se trouve, une fois de plus, que j’étais là­-bas, donc c’était plus simple pour moi d’amener tout le monde là­-bas !

Qu’est­-ce qui vous plaît, aux Etats-­Unis ? Qu’est-­ce qui vous attire là­-bas qu’il y a pas ici ?

MF : Déjà, le fait que je ne sois pas connue, donc qui pour moi est ‘une grande liberté’, à savoir je peux vivre comme tout le monde. D’autre part, j’aime bien cette notion d’espace, de grandeur. Je préfère définitivement New York à Los Angeles. Aujourd’hui, je peux me l’avouer, en tout cas !

Pourtant, vous consacrez une chanson entière à la Californie !

MF : Oui, parce que c’était un passage qui était quand même important, et une fois de plus, vivre neuf mois dans un pays ou dans une ville, c’est un moment qui est important dans la vie, et c’était un moment important pour moi donc « California », cette chanson, est née effectivement de ce passage.

Diffusion de « California ».

Lorsqu’on écoute, j’ai noté « Rêver », « Comme j’ai Mal », « California » et « Laisse le Vent Emporter Tout », ça parle beaucoup de rupture. C’est un sujet qui vous préoccupe pour l’instant, qui vous inspire particulièrement pour écrire des chansons, des textes ?

MF : Moi j’y vois dans la notion de rupture plus pas quelque chose, pas une notion négative mais au contraire, là encore, je parlerais de passage. C’est plus peut­-être parler d’un niveau de conscience, en tout cas l’esprit qui s’échappe donc, en ce sens c’est probablement une rupture.

Donc peut-­être n’y voyons-­nous pas la même lecture, dans le fond ! Après, ça, c’est quelque chose qui vous appartient puisque ça ne m’appartient pas… La rupture, c’est peut-être un nouveau départ, aussi…

MF : J’y vois dans ce cas-­là effectivement, oui, quelque chose de porté vers le haut, l’esprit qui s’échappe, une fois de plus. Donc oui, c’est une rupture.

Diffusion de brefs passages de « Laisse le Vent Emporter Tout », « Rêver », « Eaunanisme », « Mylène s’en fout », « California ».

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Pour la première fois, vous enregistrez un album aux Etats­-Unis, vous êtes photographiée sur la pochette de l’album par Herb Ritts et pas par Marianne Rosenstiehl qui d’habitude travaille avec vous, je crois, vous avez un nouveau manager (Thierry Suc occupe cette fonction depuis déjà presque cinq ans au moment de cet entretien, pourtant, nda), vous avez un nouveau clip, « XXL », qui a été filmé par Marcus Nispel, si je ne me trompe pas : ça fait pas mal de changements aussi, de ruptures avec le passé. Vous avez décidé de tourner une page par rapport aux gens avec lesquels vous étiez habituée de travailler ?

MF : Je pense pas que ça se… C’est pas quelque chose qui a été défini de cette façon-­là, décidé. Il s’est trouvé donc que ce passage à Los Angeles a provoqué d’autres choses en moi. Par exemple, pour parler du clip, j’ai quand même travaillé dix ans avec Laurent Boutonnat et je pense qu’il était intéressant que d’avoir un autre regard sur moi. Quant à cette volonté que de travailler avec un autre photographe, ça, ça fait appel à la même chose : cette envie que d’avoir un nouveau regard. Maintenant, parler de métamorphose radicale : non, bien sûr que non, si ce n’est qu’on apprend tous les jours et que la vie fait que ou vous changez, ou une fois de plus vous apprenez des choses et cette vie va vous diriger vers d’autres choses, d’autres envies, d’autres pensées. Une fois de plus, en parlant de ce photographe, je savais que lui pouvait m’amener, non pas dans mon univers mais en tout cas photographiquement, amener quelque chose qui était propre à lui et peu t -­être enrichir le mien.

En parlant de changement, justement, on vous sent ­ enfin, c’est une impression toujours personnelle ­ plus préoccupée qu’auparavant des problèmes de société, de la vie qui nous entoure, des problèmes de chacun…

MF : Sans doute. Sans doute, puisque ma vraie préoccupation est dans le fond mon passage et notre passage dans le monde, enfin notre vie terrestre donc c’est vrai que fatalement, on regarde l’autre avec un peu plus d’attention. Auparavant, il me semble que c’était plus axé sur vous.

Là, j’ai l’impression que vous regardez tout à coup plus vers l’autre…

MF : Oui, probablement. Probablement. Mais j’ai toujours regardé l’autre, j’ai toujours été sensible à la sensibilité de l’autre, maintenant c’est vrai que c’est peut­-être moins concentré sur moi.

Peut-­être d’avoir décidé tout simplement d’accepter de vivre, et cette acceptation vous ouvre des portes énormes et vous ouvre très certainement, en tout cas vous acceptez le regard de l’autre et vous acceptez de porter le regard sur l’autre. C’est une certaine maturité…

MF : Très certainement. En tout cas, je ne dirais pas que c’est agréable mais c’est vrai que c’était important pour moi, en tout cas, que ça arrive. (sourire)

Diffusion de « Rêver ».

C’est un album où émerge plusieurs paradoxes : vous parlez d’amour mais à la fois de séparation, vous parlez d’envie de vie et à la fois toujours de cette attirance un petit peu morbide. C’est quelque chose que vous gérez bien, d’être attirée par des extrêmes, comme ça ?

MF : Je vais dire une énorme banalité, probablement mais la mort fait partie de la vie, donc c’est vrai que est-ce que j’ai apprivoisé la mort ou est­-ce que la mort m’a apprivoisée : je ne sais pas bien, si ce n’est que être attirée par les mêmes choses, moi j’appelle pas ça de la morbidité mais simplement un intérêt, en tout cas une interrogation quant à la mort. Maintenant, la vie ­ comme je l’ai dit auparavant­ je tente de l’accepter et de l’apprivoiser.

C’est quelque chose qui vous préoccupe au quotidien ?

MF : Je vis au quotidien de la même façon que vous vivez, donc bien sûr que c’est une préoccupation !

Oui, mais tous les jours vous vous posez une question par rapport à la mort ? C’est quelque chose qui est là, qui est latent, qui vous travaille ?

MF : Dans la mesure où j’ai à la fois, oui, une vraie question que je me pose, des livres qui m’accompagnent qui parlent de ça. J’ai découvert ­ je vais essayer d’être un petit peu plus précise ­ un livre qui je pense m’a beaucoup aidée et qui est très, très intéressant, qui s’appelle « Le livre tibétain de la vie et de la mort » et qui parle justement de cette acceptation de la mort et qui vous parle de la vie comme jamais on n’en a parlé, en tout cas moi c’est mon sentiment.

Vous êtes partie en Inde. Ca a un rapport direct avec ça ?

MF : Non, parce que mon passage en Inde c’était juste un voyage éclair (à l’été 1989, nda), à savoir que quelquefois on a des urgences, il faut absolument partir, donc j’avais choisi l’Inde parce que…je ne sais pas ! Je n’ai pas, non, ressenti grand­-chose en Inde. Maintenant, je sais qu’aujourd’hui, si j’y retournais, je sais que ça serait tout à fait différent. Donc l’Inde, a priori en tout cas sur ce premier voyage, n’a été en aucun cas dirigé par telle ou telle pensée.

Diffusion de « Vertige ».

Est-­ce que vous êtes consciente que sur ce nouvel album ­ certainement, vous l’êtes ­ votre voix a changé ?

MF : Oui, je le suis parce qu’on me l’a dit beaucoup, et puis c’est vrai qu’en studio on s’en rend compte aussi quand on chante.

Certains morceaux sont plus rock qu’auparavant. Vous vous sentez plus rock’n’roll qu’il y a quelques années ?

MF : Non !! (rires) Non, non, non. Simplement faire appel à des instruments lives, ça donne toujours cette connotation rock’n’roll mais en aucun cas ce n’est ma revendication. Non, j’avais réellement le souhait que de travailler, d’avoir des guitares, avoir une batterie live, une basse donc toutes ces choses font que le climat est un peu différent, mais en aucun cas une revendication, non.

Vous écoutez quoi en ce moment, comme musique ?

MF : J’écoute beaucoup Bob Marley, je me suis racheté « Hotel California » (des Eagles, nda), j’ai découvert ­ comme tout le monde, je pense ­ (Alanis) Morissette, que j’aime bien, « Harvest », Neil Young donc, que j’aime vraiment, vraiment beaucoup et je m’aperçois de plus en plus que, indépendamment de l’aspect musical, c’est la voix et la particularité d’une voix qui me touche énormément et c’est vrai qu’entre Neil Young et Bob Marley, ce sont des voix qui sont tellement…qui viennent d’ailleurs !

Diffusion de brefs passages de « Tomber 7 fois… », « L’Instant X », « Vertige », « Comme j’ai Mal » et « XXL », puis de « L’Instant X » cette fois en entier.

Quels souvenirs gardez­-vous de cette grande tournée que vous avez fait il y a six ans, maintenant ?

MF : Oui. Un grand souvenir. Je me souviens du public belge très, très bien. Je l’ai réellement en mémoire. Je sais pas…Un moment qu’on a une fois dans sa vie, parce que je crois que la première fois est la première fois. Si je dois refaire une scène, je ressentirai des choses différentes mais c’est de la même façon que quand on rencontre quelqu’un, la première fois, la première nuit, le premier moment est quelque chose d’absolument magique et qu’on ne peut pas vous enlever, donc c’est quelque chose d’assez étonnant.

Il faut être deux à un rendez­-vous, et là en l’occurrence le public était là, nombreux…

1995-07-dMF : J’ai beaucoup de chance, je le sais. Beaucoup, beaucoup de chance. J’ai eu beaucoup de monde mais ce qu’il y a de plus important, toute cette masse finit par ne faire plus qu’un aussi, donc c’était une attention qui était… Oui, c’est un beau cadeau de la vie, ça !

Quand pourra-­t-­on vous revoir sur une scène en Belgique ?

MF : Je n’ai pas la réponse moi-­même. Je préfère dire que je ne sais pas, parce que je pense que je ne sais pas, dans le fond ! Je ne sais pas…

Diffusion de la fin de « Je voudrais tant que tu comprennes » qui s’enchaîne avec « Eaunanisme » pour clore l’émission.

ISSU de RADIO 21 (Belgique) 21 OCTOBRE 1995

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A rebours de Mylène Farmer

Posté par francesca7 le 2 janvier 2016

A rebours : Si, avec ce troi­sième morceau, Mylène chante la tenta­tion du retour en arrière, d’un erase and rewind, quand tout pèse, tout nous accable, le début parlé, à la limite du slam, n’est pas sans rappe­ler son tout premier talk-over sur Maman a tort, il y a trente ans. Musi­ca­le­ment, on est dans l’épure : piano, guitare et batte­rie sur la fin portent des paroles aussi simples que percu­tantes, fina­le­ment posi­tives, libre­ment inspi­rées d’un certain André Malraux. « La vie ne vaut rien mais / Mais… Rien ne vaut la vie / C’est epsi­lon plus que petit / C’est epsi­lon pour­tant l’en­vie (…) ». Inspi­rant.

 

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Paroles de la chanson

Le réel se dérobe
Les anges ont dit que rien
Ne nous est envoyé
Qu’on ne peut supporter

Un, deux
Et passe et lasse
Et moi
Je passe hélas
Questionnant l’infini
Fermant porte à l’oubli

Et d’un tour
De clé
Comme un sourd
Muet
Nul besoin de barreaux
De croix
On s’enferme tout seul
Parfois

Et l’amour
Je sais
À portée
D’aimer
Les fantômes ne nous laissent 
En paix
Tyrannie des secrets
Gardés

La vie ne vaut rien mais
Mais… rien ne vaut la vie
C’est epsilon plus que petit
C’est epsilon pourtant l’envie

Et la vie
Passe hélas
Et la bête
Passe et chasse
Toute forme de résistance
Si elle menait la danse ?

À rebours de tout
Du bon sens
S’en fout
Rêver d’enfreindre et
Mettre en terre
Ignorer et tout foutre
En l’air

Pour gagner
Les cîmes
Tout simplement 
Vivre
Aux verrous qui semblaient
Lâcher…
Je crains qu’il ne me manque
La clé

Et d’un tour
De clé
Comme un sourd
Muet
Nul besoin de barreaux de croix
On s’enferme tout seul
Parfois

Mais l’amour
Je sais… est
À portée
D’aimer
Aidez-moi
Retrouver les clés
Il faudra… m’apaiser enfin

écrit par Mylène Farmer (2015)

 A REBOURS

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L’AVANCEE DE LA CARRIERE DE MYLENE – extrait du livre

Posté par francesca7 le 21 décembre 2015

 

News136La carrière de Mylène Farmer avance mais ce n’est pas encore suffisant. En ce début d’année 1986, elle n’a plus le choix, il lui faut un tube. En mars 1986, Mylène et son équipe créent Libertine, qui devait au départ s’appeler L’amour tutti frutti. Il avait été initialement prévu que la chanson sorte en 1885, mais la maison de disques avait alors imposé Plus grandir. Sur la pochette de 45 Tours et du Maxi 45 Tours, Mylène est toujours châtain, vêtue d’une veste orange. Pour le moment le titre ne déchaîne guère les passions … pour le moment.

Le 1er avril sort le premier album Cendres de Lune. Le texte de Libertine est très hardi. Il enchaîne les métaphores et les connotations à caractère sexuel. C’est une révolution dans le domaine musical. au départ, Boutonnat, auteur du texte, voulait : « Je suis libertine, je suis une putain », mais « putain » fut remplacé par « catin » pour ne pas scandaliser les mentalités encore chastes durant ces années 80.

Le titre va devenir un succès grâce à deux éléments : une couleur de cheveux et un clip pour lequel Laurent Boutonnat, toujours aux manettes, va bénéficier d’un budget de 75 000 euros. quatre jours seront nécessaires à la création de ce petit bijou de onze minutes. Pour le tournage, deux châteaux vont être choisis : celui de Ferrières et celui de Brou, en Seine et Marne. C’est la première fois qu’il y a autant d’acteurs et de cascadeurs. Boutonnat a désormais sa propre équipe. Près de 50 personnes vont travailler à ses côtés. Les décors sont fabriqués par Emmanuel Sorin, qui a entièrement réaménagé la pièce principale du Château de Ferrières afin de recréer un style XVIIIè siècle, et les costumes sont dessinés par Carine Sarfati. Des perruques sont spécialement conçues pur l’occasion.

Chateau_de_Ferrieres

Le clip est projet en avant-première pour la presse au cinéma Mercury des Champs Elysées le 18 juin 1986 et une version courte sera proposée à la télévision. Désormais Mylène est rousse et le restera.

Le clip connaît un véritable succès malgré quelques mauvaises langues, il va propulser Mylène vers la gloire et son travail est enfin récompensé. Durant ‘été 1986, deux nouveaux 45 Tours vont sortir. Sur la pochette, une photo de Mylène extraite de la vidéo. En septembre la chanson entre au TOP 50 et parviendra à la 10è place, restant classée vingt semaines. Il s’en vendra environ 300 000 exemples et Libertine deviendra le premier disque d’argent de la carrière de la chanteuse. Une version anglaise de la chanson, Bad girl, est enregistrée mais ne sortira jamais. Cette dernière peut toutefois être écoutée sur internet .

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Mylène chantera 22 fois le titre à la télévision et, pour la première et dernière fois (à ce jour), Mylène Farmer et Laurent Boutonnat sont invités ensemble le 1er septembre 1986, lors du journal de 13 heures d’Antenne 2. L’album Cendres de Lune sera réédité dans une nouvelle version en 1987 avec un titre inédit, Tristana et parmi les bonus, un Remix Spécial Club de Libertine.

Après le succès de Libertine, il ne faut pas s’arrêter. De plus, Mylène bénéficie désormais d’une couverture médiatique suffisante pour se faire connaître du grand public. Tristana va devenir le quatrième extrait de l’album Centres de Lune (après Maman a tort, Plus grandir et Libertine). Le 12 février 1987, trois supports sont proposés à la vente : un 45 Tours un Maxi 45 Tours et une cassette audio. Cette chanson c’est avant tout un texte sombre autour de l’ennui et de la mélancolie. Sur la face B, le titre Au bout de la nuit, qui avait d’ailleurs été pressenti, avant Tristana, pour devenir le nouvel extrait. On retrouve sur la pochette une photo de Christophe Mourthe. Le single démarre doucement au TOP50 mais va grimper progressivement les marches du classement pour atteindre la 7è place. Il se vendra à environ 250 000 exemplaires en France et sera certifié disque d’argent.

Mylène défendra ce titre à la télévision en l’interprétant pas moins de vingt six fois ; Pour la première fois elle est accompagnée pur chaque prestation par deux danseuses : Sophie Tellier, déjà connue pour son apparition dans le clip Libertine, et Dominique Martinelli. En mars 1987, nouveau tourna à  La Chapelle en Vercors, dans la Drôme. Le clip est parfaitement scénarisé, l’histoire se déroule en Roussi alors de la révolution de 1917, et est directement inspirée de Blanche Neige et les sept nains ; La tsarine veut savoir si elle est toujours la plu belle du royaume. Elle l’est mais il y a aussi la jeune Tristana. Folle de rage, la tsarine ordonne à un moine de la tuer et de lui ramener sa peau de pêche, avant d’éclater d’un rire diabolique.

Dans la forêt enneigée, Tristana s’amuse avec son amoureux, Rasoukine, mais le moine arrive. Rasoukine, qui tente de la protéger, se fait taillader la joue à l’épée. Tristana prend la fuite.

Elle est recueillie dans une maison par sept nains qui l’hébergent et la nourrissent (…) Le budget est estimé à environ 900 000 francs (soit environ 140 000 euros). Le tournage a mobilisé une équipe d’une quarantaine de personnes (la même que celle du clip Libertine). Le premier assistant réalisateur est François Hanss, qui réalisera des années plus tard des clips et des films de concerts pour Mylène. Le clip est proposé en avant-première à l’UGC Normandie des Champs Elysées le 6 mai 1987. Les diffusions à la télévision seront assez régulières même si le court métrage de douze minutes arrive à un moment difficile, après la disparition de la chaîne hertzienne musicale TV6.

extrait de Mylène Farmer Ses mots, Ses clips aux Editions Chapitre.com 2014

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PREMIER PASSAGE TV de Mylène Farmer, raconté dans son livre

Posté par francesca7 le 20 décembre 2015

 

reine du clipLe premier passage TV de Mylène Farmer en tant que chanteuse a lieu sur TF1 dans l’émission Jour J en mars 1984.

La chanson connaître une première censure dans l’émission Salut les Mickey, le co-producteur américain l’ayant trouvée un peu trop « perverse ». Mais la chance semble enfin tourner.Mylène est invitée par Michel Drucker dans Champs Elysées sur Antenne 2, le 22 septembre 1984. On peut donc dire que la stratégie de Bertrand Le Page a été payante. Maman a tort sera de plus en plus diffusée par les radios durant l’été. Le 45 Tours se vendra à environ 100 000 exemplaires.

Désormais, il est temps de réfléchir à la suite ; Lors d’une interview, Mylène dit avoir prévu de sortir un deuxième 45 Tours à l’automne 1984, puis repousse le projet à janvier 1985. C’est le titre Bip be bo qui est annoncé. La chanteuse aurait également enregistré à cette période une chanson intitulée I do love you, mais finalement c’est le titre On est tous des Imbéciles qui verra le jour.

Les paroles et la musique ont été écrites par Jérôme Dahan. La chanson évoque le monde cruel du show-business. Sur la face B, autre titre inédit. L’annonciation, écrit par Laurent Boutonnat. Le vinyle est dédié à « Papa et sainte Thérèse d’Avila ». Ayant vécu une éducation religieuse, Mylène Farmer a toujours été fascinée par sainte Thérèse, dont on raconte qu’elle aurait plusieurs fois rencontré et parlé avec Dieu. A la sortie du titre, les citriques se montrent moyennement favorables et les radios le programment rarement. Pourtant, Mylène l’interprète quatorze fois à la télévision. On est tous des imbéciles ne rencontre pas le succès du public, ne rentre pas au TOP 50 des meilleurs ventes en France (il ne s’est vendu qu’à 40 000 exemplaires), ce qui a pour conséquence qu’aucun clip n’est envisagé.

Cet échec signe la fin du contrat avec RCA. Mais la roue tourne encore ; Alain Lévy propose à Mylène Farmer un nouveau contrat pour trois albums chez Polydor.

Nous sommes en 1985 et Mylène Farmer n’est toujours pas une star. Sa carrière est maigre ; Maman a tort a connu un petit succès, mais pour On est tous des imbéciles et My mu mis wrong on peut clairement parler de fiascos.

Plus grandir est le premier disque chez Polydor. C’est aussi la première fois que Mylène écrit une chanson. Il s’agit d’un texte largement autobiographique dans lequel la chanteuse parle de sa phobie de vieillir. Il n’y a pas d’âge pour avoir peur… Le 45 Tours sera proposé au public le 25 septembre 1985 et, sur la face B, on découvre une nouvelle comptine, plutôt sombre et tragique, Chloé, écrite par Laurent Boutonnat. Mais de nouveau, même si le titre est accueilli de façon convenable par la critique, ce n’est pas un grand succès. Il ne va pas se classer parmi les 50 meilleures ventes et ne se vendra qu’à 70 000 exemplaires, ce qui pour l’époque est assez faible 

Pour le clip vidéo, Laurent Boutonnat, dans le rôle du réalisateur, va voir grand. Le budget est de 330 000 francs, soit 50 300 euros. Il s’agit du premier « véritable » clip de Mylène Farmer. Il comporte un scénario et dure plus de sept minutes (pour Maman a tort, les fans parlent plus aujourd’hui d’une vidéo amateur). Tourné principalement dans les Studios Sets à Stains, en région parisienne, et au cimetière de Saint Denis, c’est un court métrage ambitieux. Il est réalisé en cinémascope et diffusé en avant-première au Kinoparanorama à Paris le 13 novembre 1985. Le clip passera régulièrement à la télévision malgré une censure dans certaines émissions ( à cause d’une scène suggérant un viol).

Mais cette vidéo, c’est surtout la création de l »univers » Mylène Farmer, symbolisé par la mort, le sexe et le désespoir. C’est Rambo Kowalski qui est chargé d’ »agresser » Mylène. Il est aujourd’hui connu sous le nom d’Hervé Lewis en tant que photographe et coach physique de la chanteuse. Pour la réalisation, Laurent Boutonnat obtiendra une subvention de Polydor. Le tournage durera cinq jours et, pour l’anecdote, trois heurs de maquillage et trois maquilleurs professionnels seront nécessaires afin de vieillir Mylène de cinquante ans. Le clip est diffusé pour la première fois à la télévision dans l’émission de Jacky, Super >Platine, sur Antenne 2, le 21 Décembre 1985.

extrait de Mylène Farmer Ses mots, Ses clips aux Editions Chapitre.com 2014

 

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Mylène Farmer Ses mots, Ses clips

Posté par francesca7 le 20 décembre 2015

 

Même si aujourd’hui elle est arrivée au sommet, ses débuts ont été bien difficiles. Mylène Farmer est connue pour ses textes très recherchés et ses clips hors-normes. Tout ça lui a permis de créer son propre univers avec ses codes, ses références… La chanteuse a choisie de ne s’exprimer que dans ses chansons, seule auto-biographie officielle. Elle y évoque sa mélancolie, ses doutes, son mal de vivre mais aussi ses joies, ses rires. L’interprète de Libertine est d’ailleurs souvent décrite comme la chanteuse la plus secrète de France car à part ses mots, on ne sait dans le fond pas grand chose. Retour sur un parcours pas comme les autres.

  • Discipline: art-musique-et-cinemamylene-farmer-ses-mots-ses-clips-explicit-publishing
  • Parution: 23-06-2014
  • Auteur: Explicit Publishing
  • ISBN: 979-10-290-0061-4
  • Format: 150×230 mm
  • Nombre de pages: 112
  • Serie / Collection: Chapitre.com

 

Même si c’est peut-être l’une des chansons de Mylène qui a le plus mal vieilli, Maman a tort symbolise d’abord des rencontres. Le texte est signé Jérôme Dahan. Il écrira cette comptine pour adulte bien avant que l’interprète ne soit choisie et trouvera l’inspiration lorsqu’il regardera le deuxième volet du film Psychose. Laurent Boutonnat, dont il est l’ami depuis le début des années 89, composera la musique. Une fois le titre prêt, le duo sent qu’il s’agit des prémices d’un tube ; Il décide donc d’organiser un casting à la fin de l’année 1982 afin de trouver une chanteuse. Celui-ci se déroule dans le studio de Jean-Claude Déquéant, ingénieur du son,  Auberviliers(93)

Une cinquante de candidates fera le déplacement, et par elles, une certaine Mylène Gautier.

A cette époque la future artiste n’a pas plus de vingt ans et ne connaît pas vraiment un grand succès dans sa carrière (professionnelle. Elle a arrêté ses études en 1978, au début de son année de Terminale. Ensuite, comme beaucoup de jeunes, elle a cherché sa voie et effectué des petits boulots tels qu’assistante dans un cabinet dentaire ou vendeuse de chaussures. Mylène s’est aussi essayée au mannequinat et au théâtre, mais sa timidité s’est révélée rapidement un problème. En revanche, le jour du casting, elle est plutôt détendue et a même un fou rire lors de l’écoute  de son enregistrement. Plus tard, Laurent Boutonnat déclarera qu’avant même d’entre chanter Mylène , son choix était fait. Il la volait, elle et son côté « psychotique » et personne d’autre.

Les jours suivants seront consacrés aux arrangements et au mixage. Même si la chanson est enregistrée le plus dur reste à venir : il faut trouver une maison de disques.. C’est une grande difficulté et les recherches vont prendre plus d’un an.

Durant cette période, Mylène poursuit ses expériences de mannequin en faisant quelques photos et des publicités pour la télévision, mais tout cela ne la passionne pas. Jérôme Dahan et Laurent Boutonnat vont essuyer des refus systématiques, mais le duo ne se décourage pas pour autant et la persévérance finit par payer. François Dacla accepte de sortie le titre chez RCA et propose un petit contrat à Mylène Gautier. Il est désormais l’heure de se trouver un nom de scène. Très vite, elle va choisir le psychodrame de Farmer, en hommage à Frances Farmer, actrice au destin tragique.

Maman a tort qui sera dédié. Pour commencer, la maison de disques va sortir en mars 1984 deux supports ; un maxi 45 Tours puis un 45 Tours. La couverture sera en noir en blanc, illustrée par une photo prise par John Frost quelques années plus tôt, lors de la constitution d’un book. La face B du vinyle propose une version instrumentale du titre, les moyens manquant pour produire une nouvelle chanson. Laurent Boutonnat qui, malgré son jeune âge, a déjà un film à son actif, La Ballade de la féeconductrice, va prendre en charge la création d’un clip. Avec un budget de 5000 francs, soit environ 750 euros, le clip va être rapidement qualifié de « Clip le moins cher de l’histoire de la musique ». Le titre, pourtant accueilli RECORDS DE MYLENEfavorablement par la presse, peine à s’imposer et la maison de disques semble y mettre peu de volonté.

C’est à ce moment là qu’intervient Bertrand le Page. Editeur et manager, il va changer la destinée de cette chanson. D’abord, il souhaite sortir une nouvelle version du 45 Tours qui sera proposée durant l’été. Même si la photo de Mylène désormais Farmer, est toujours en noir et blanc, la chanteuse sourit et une touche de couleur va êtres apportée. L’objectif ; séduire les adolescents. Ensuite, Le Page va programmer des passages à la télévision, des interviews dans la presse « jeune » et demander une version anglaise du titre, My mu mis wrong, qui n’aura aucune exploitation à l’étranger 

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Mylène a fait une rencontre du troi­sième type

Posté par francesca7 le 20 novembre 2015

1Sa bonne étoile s’est mise à briller un peu plus fort, comme un signal lui rappe­lant qu’elle n’avait pas encore tout dit, qu’il était temps de dessi­ner un nouveau ciel au-dessus de sa tête, à l’au­tomne dernier.

Elle venait alors de termi­ner le shoo­ting du livre Fragile, première extrac­tion de l’ima­ge­rie roman­tique et gothique qui a fait sa légende. Devant l’objec­tif de Sylvie Lancre­non, Mylène Farmer s’était mise quasi­ment à nu, tout juste habillée d’un voile de mous­se­line, de talc ou d’ar­gile. Mue et renais­sance d’une artiste dans sa façon de se présen­ter à l’autre.

Restait à trou­ver le son qui corres­pon­drait à cette envie d’épure, de recom­men­ce­ment, sans renie­ment de celle qu’elle fut. Etre diffé­rent et fidèle à soi-même, pour un artiste, c’est… tout un art !

Ecrit et enre­gis­tré sous le ciel de Cali­for­nie, l’al­bumAnamor­pho­sée, plus rock, voire plus sensi­tif, plus orga­nique, fut une première surprise, il y a vingt ans. Nouvelle pulsa­tion de vie, au-delà des ecchy­moses, avec Bleu Noir, disque aux sono­ri­tés élec­tro travaillées par Moby, RedOne et Archive, en 2010.

Proje­tée dans ses rêve­ries depuis la fin de sa tour­née Time­less, il y a deux ans, Mylène a fait une rencontre du troi­sième type : Martin Kirs­zen­baum.

Fils de scien­ti­fiques argen­tins, ce natif de La Jolla, en Cali­for­nie, ne connaît qu’une limite : le ciel ! Déni­cheur de talents (les loli­tas russes de t.A.T.u, la Cana­dienne Feist, Lady Gaga…) pour Inter­scope, label d’Univer­sal, il a fondé sa propre divi­sion, Cher­ryT­ree Records, spécia­li­sée dans l’édition, le déve­lop­pe­ment et le mana­ge­ment d’artistes (Tokio Hotel,  Robyn, Ellie Goul­ding, LMFAO…), sans délais­ser la compo­si­tion musi­cale.

Mis au piano par sa mère dès ses huit ans, membre de divers groupes durant son adoles­cence, ce multi-instru­men­tiste comprend à ce point les envies de ses talents qu’il ne put refu­ser à Sting, proche depuis bien­tôt vingt ans, l’enre­gis­tre­ment de Songs from the laby­rinth, collec­tion de pièces pour luth, en 2006! Contre toute attente, sinon celle de Sting et de Kiers­zen­baum, l’album s’est vendu à plus de 270 000 exem­plaires rien qu’aux Etats-Unis, le plus diffi­cile des marchés.

« Cela ne m’inté­resse pas d’exploi­ter ce qui est à la mode, je suis bien plus inté­ressé à l’idée de défi­nir ce qui va plaire », aime à répé­ter ce mari et père de deux grands enfants, si enjoué qu’on en devine à peine les quarante-huit ans.

Compo­si­teur de neuf titres inédits sur les onze inclus dans Inters­tel­laires, ce nouvel album de Mylène que Cher­ryT­ree Records va distri­buer à l’inter­na­tio­nal, Martin Kiers­zen­baum a très proba­ble­ment réussi son pari avec l’icône Farmer.

MYLENE 2015

Gala vous en offre un avant-goût…

1. Inters­tel­laires: Choisi au dernier moment comme titre de l’al­bum, ce premier morceau en défi­nit l’am­biance. Retour d’une batte­rie et de guitares plus rock. Niveau texte, Mylène chante le voyage. Vers un ailleurs, une autre vie, l’éter­nité ? Le refrain laisse libre cours aux imagi­naires : « Si c’était moi/ Pour nos rêves/ Mettre les voiles/ Le jour se lève/ On se prépare/ Au voyage/ Pour des ères inter­stel­laires (…) ». La voix a gagné dans les graves. Les chœurs qui l’ac­com­pagnent vers la fin évoquent une incan­ta­tion tribale. On pense à Vertige, chan­son d’ou­ver­ture de l’al­bum Anamor­pho­sée. Et on imagine déjà une entrée de scène sur ce titre.

2. Stolen car : Premier single exploité, ce deuxième morceau, inter­prété avec Sting, est le seul duo de tout le disque. Déjà chan­tée par l’ex-leader de The Police en 2003, cette reprise, remixée et produite par le dj star The Avener, est aussi le seul titre d’Inters­tel­laires aux distor­sions élec­tro. Choisi par Mylène pour ses quali­tés ciné­ma­to­gra­phiques et sa construc­tion invi­tant à un dialogue franco-anglais, cette ballade mid-tempo entre regrets et rêves, réalité et fantasme, pose la problé­ma­tique très « farme­rienne » du désir qui fait désordre.

3. A rebours : Si, avec ce troi­sième morceau, Mylène chante la tenta­tion du retour en arrière, d’un erase and rewind, quand tout pèse, tout nous accable, le début parlé, à la limite du slam, n’est pas sans rappe­ler son tout premier talk-over sur Maman a tort, il y a trente ans. Musi­ca­le­ment, on est dans l’épure : piano, guitare et batte­rie sur la fin portent des paroles aussi simples que percu­tantes, fina­le­ment posi­tives, libre­ment inspi­rées d’un certain André Malraux. « La vie ne vaut rien mais / Mais… Rien ne vaut la vie / C’est epsi­lon plus que petit / C’est epsi­lon pour­tant l’en­vie (…) ». Inspi­rant.

4. C’est pas moi : Ce quatrième morceau est peut-être l’une des meilleures surprises de l’al­bum. Sur un texte abor­dant le refus du confor­misme, de la tièdeur et de l’en­nui (« Marcher sa vie entière à…/ Côté de soi/ Tant d’âmes se méprennent/ Un oui/ Un non/ Une ligne droite (…) »), Mylène s’es­saie à… des sono­ri­tés funk ! La ligne de basse, rela­ti­ve­ment démente, en fera danser plus d’un, comme le fit – allez, osons la compa­rai­son – leThriller de Michael Jack­son.

5. Inson­dables : Deuxième teaser de l’al­bum dévoilé sur le net après Stolen car, ce cinquième morceau, qui débute avec un gimmick de métro­nome, voire de tic-tac, évoque la sépa­ra­tion, la perte de l’autre, l’ab­sence d’un être aimé qui enva­hit parfois le quoti­dien et nour­rit les regrets… Avec ce titre, Mylène prouve sa capa­cité à chan­ter sur le souffle, prouesse vocale qu’elle maîtrise désor­mais – grâce à sa coach Karen Acam­pora Nime­reala – comme nulle autre. Impres­sion d’en­tendre la plainte d’un fantôme, tout aussi inca­pable d’en­trer en connexion avec l’être qui lui a survécu. Nous reviennent les images du film Ghost, avec Demi Moore et Patrick Swayze.

6. Love song : Ponc­tué par un bruit de sonar, souli­gné lui aussi par des accords de guitare et la frappe d’une batte­rie, ce sixième morceau planant impo­sera à n’en pas douter l’al­lu­mage de briquets lors des prochains concerts de l’icône Farmer. A travers cette ballade envoû­tante, Mylène la femme laisse surtout trans­pa­raître son empa­thie pour les cabos­sés de la vie et de l’amour. « Love song / Love song/ Love song des lais­sés pour compte/ Love song/ Une Love song/ Quand je vois l’ombre/ Nous sépa­rer du monde (…) », scande-t-elle. Comme un baume répa­ra­teur.

7. Pas d’ac­cess : Recours au synthé, en complé­ment d’une basse, sur ce septième morceau, mais dans un style plus proche des Daft Punk que des dernières compo­si­tions de Laurent Bouton­nat. A nouveau, Mylène démontre toute l’éten­due de ses capa­ci­tés vocales, en oscil­lant entre registre bas et registre plus haut. Si le texte est l’un des plus sibyl­lins de l’al­bum, rédui­sant le monde à une cage pour les free-spirits (« Il n’y a pas d’ac­cess/ Il n’y a pas d’ac­cess/ Pour être libre (…) »), il permet aussi à Mylène d’ex­ploi­ter une nouvelle image­rie (« Rapace / Je m’évade/ Trou­ver son nid/ Cathé­drale/ Au Kamt­chatka/ Ou Sibé­rie (…) »). On aime, en outro, ce cri de faucon, aussi perché – dans tous les sens du terme – que déchi­rant. Nouvel animal totem ?

8. I want you to want me : Deuxième reprise de l’al­bum, après Stolen car. Origi­nel­le­ment chan­tée par le groupe de hard rock améri­cain Cheap Trick en 1978, ce huitième morceau reprend en fait les arran­ge­ments choi­sis par un autre Améri­cain, Gary Jules, proche de Mylène, lorsqu’il s’appro­pria lui-même ce titre en 2011. Moins rageuse, plus tendre, comme une confi­dence sur l’oreiller, cette version s’écoute comme une supplique amou­reuse d’un genre nouveau pour la chan­teuse. On l’y découvre en effet prête aux conces­sions les plus ordi­naires, mais sans doute les plus fonda­men­tales, de la vie de couple (« I’ll shine up my old brown shoes / I’ll put on a brand new shirt / I’ll get early from work / If you say you love me (…) »). Il n’y a pas d’amour, il n’y a que des preuves d’amour, en résumé et en version française.

9. Voie lactée : Jolie ballade, qui résume peut-être le mieux le nouvel état d’es­prit de Mylène, sa volonté de vivre en suspen­sion et en mouve­ment, entre spleen et idéal, de petites morts en renais­sances, « Comme les flocons d’air / De neige en hiver / Qui fondent au prin­temps (…) »« Pas le droit de m’en faire / Pas plus le droit de fuir (…) », « Pas le droit de me taire / Pas plus le droit d’en finir (…) » : sur ce neuvième morceau, l’ange roux entre­prend son examen de conscience. Quand bien même son reflet est une toile inache­vée, cet infini, cette « voie lactée » dont on n’aura jamais fini de mesu­rer les contours. Au début des années quatre-vingt-dix, l’ar­tiste se disait d’une « géné­ra­tion désen­chan­tée ». Avec ce titre, elle semble fina­le­ment refu­ser le renon­ce­ment, comme atti­rée par un ailleurs, la possi­bi­lité d’une autre fois. Lumi­neux dans son genre.

10. City of love : Notre coup de cœur, dès la première écoute. Piano, batte­rie, basse, chœurs, refrain impa­ra­ble… Le meilleur de Mylène Farmer se concentre dans ce dixième morceau qui n’est pas sans nous rappe­ler l’étrange mais convain­cante asso­cia­tion des groupes U2 et Boyzone sur le titre Swee­test Thing datant de 1998.« Les mots au bout des lèvres / Un chemin vers la vie / Si je m’aban­donne / Je bati­rai / The City of love (…) » : par ces quelques mots, la fragile et rétive Mylène révèle la force créa­tive et protec­trice que lui insuffle le senti­ment amou­reux. L’in­sou­mise devient maître-d’œuvre et gardienne. Il ne s’agit plus de redou­ter ce qui pour­rait corrompre l’amour, mais d’éri­ger plus haut les remparts qui sauront le préser­ver.

11. Un jour ou l’autre : Deuxième coup de cœur que ce onzième et dernier morceau. Débu­tée au piano, puis accom­pa­gnée d’un roule­ment de tambour, cette ballade évoque une bande-origi­nale de film. Ce sont les images de La fille de Ryan, le roman­tisme de David Lean, ces vastes et sauvages paysages irlan­dais chahu­tés par les vents qui défilent à l’es­prit, à mesure que la voix de Mylène monte de plus en plus haut. « Retrou­ver / Un jour ou l’autre/ Une étoile / S’en­dor­mir l’un contre l’autre (…) », et rester ainsi unis, malgré « Des ques­tions sans réponses / Des hommes qui renoncent / Des océans qui se mettent à genoux (…) ». Diffi­cile de clore plus joli­ment l’odys­sée Inters­tel­laires.

 

SOURCE http://www.gala.fr/l_actu/news_de_stars

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Mylène sera une Icône gay

Posté par francesca7 le 26 octobre 2015

 

 

  Mylene-Farmer-    Elle porte une chemise blanche recouverte d’un gilet et un nœud papillon négligemment défait afin de dégager le cou. Ses joues sont maculées de mousse. Un rasoir jetable à la main, des têtes de mort plein les phalanges, elle sourit de la farce qu’elle nous joue. L’image est kitsch à souhait. Pour son grand retour en 2008, Mylène fait la couverture de Têtu. Tout un symbole. En principe, c’est un torse de garçon qui est photographié en une du mensuel destiné à la communauté gay. Mais pour elle, le rédacteur en chef a fait une exception, à condition qu’elle change de sexe le temps d’une séance photo. Ce qu’elle a accepté avec plaisir, manifestement enjouée lorsqu’elle répond aux questions du journaliste Benoît Cachin. Dans les pages intérieures, elle porte un haut-de-forme et une canne au pommeau d’argent. Sur une autre photographie, elle passe trois doigts à travers la braguette de son pantalon et éclate de rire. 

      Entre la star et la communauté homosexuelle, il existe une connivence qui relève de l’évidence. Bien sûr, il faut se garder de toute simplification abusive : tous les gays ne sont pas fans de Mylène Farmer et les fans de Mylène Farmer ne sont pas tous gays. Toutefois, même si la chanteuse touche un très large public, ceux qui sont le plus prompts à l’idolâtrer ont souvent le goût d’aimer des êtres du même sexe. Il suffit de flâner dans les forums qui lui sont consacrés pour s’en convaincre : au même titre que certains livres ou certains films, la star fait partie de ces boussoles qui aident les homosexuels à assumer pleinement leurs penchants. Bref, elle jouit du statut d’« icône gay », avec tout ce que cela suppose de vénération, mais aussi d’exigence. Elle le sait, même si elle prend soin de réfuter l’étiquette par une pirouette : « Je me méfie du terme “icône”… Ce sont celles que l’on brûle en premier. » 

      En outre, bénéficier de l’amour de cette communauté est une chance ; mieux encore, un privilège. « C’est un public pointu, sensible et avant-gardiste. Nous nous suivons depuis de nombreuses années, c’est important pour moi. » En matière de tendances, il est vrai, les gays sont souvent à la pointe. Alors tant qu’ils la soutiennent, Mylène est au moins à l’abri du risque de devenir has been. Sans doute parce qu’ils nourrissent le sentiment qu’elle leur appartient un peu, ils attendent beaucoup d’elle en contrepartie, et elle n’a pas d’autre choix que de se montrer à la hauteur de ce désir. Ce degré d’exigence fait partie des moteurs qui la font avancer, la poussent à toujours donner la pleine mesure de son talent.

« Vous savez, ce public est unique. J’en suis consciente ! C’est lui qui me donne l’envie de me dépasser à  chaque fois. » 

      On ne devient pas une icône gay par hasard. Il ne suffit pas d’avoir à son répertoire une chanson sur le sujet pour mériter ce label décerné avec parcimonie. Il ne suffit pas non plus de le vouloir, encore faut-il l’incarner avec sincérité, sans trucage. Mylène est entrée dans le métier en interprétant Maman a tort, l’histoire d’une jeune fille amoureuse de son infirmière. Pas étonnant que les homosexuels aient immédiatement adhéré à son univers. Avec Sans contrefaçon, elle a encore marqué des points. Cet hymne à l’ambiguïté sexuelle est devenu un référent incontournable dans la communauté gay – dans le film Pédale douce, le réalisateur Gabriel Aghion l’a d’ailleurs utilisé dès la première séquence. Puis il y a eu le look à la garçonne, façon héros de Dickens, de l’époque Désenchantée. Autant de signes de ralliement pour bien des gays. Par la suite, Mylène a conforté sa place dans leurs cœurs en exacerbant, au contraire, sa féminité, comme l’avaient fait avant elle une Dalida ou une Sylvie Vartan. 

     En outre, elle continue à multiplier les œillades dans leur direction. Un exemple ? Le 9 mars 1995, après avoir chanté L’Instant X dans une émission de télévision, elle embrasse sur la bouche Valérie Bony, une de ses danseuses. V  oilà pour les filles qui aiment les filles. Sur scène, lors de la tournée 1996, ce sont plutôt les garçons qui aiment les garçons auxquels elle adresse des signes de sympathie. Ainsi, pour la scénographie de Sans contrefaçon, les quatre danseurs qui l’entourent ont été grimés en drag queens. Shorts pailletés, bottes à talons compensés, perruques frisées et boas multicolores, ils en font des tonnes dans le côté maniéré. Et Mylène s’en amuse, riant aux éclats, tandis qu’elle distribue à l’envi d’amicales fessées. Autre clin d’œil appuyé à ses fans homosexuels, les deux militaires qui s’embrassent à bouche que veux-tu dans le clip de Dégénération, avant de se déshabiller et de s’enlacer. 

     Parce qu’elle déteste les étiquettes, Mylène refuse toutefois de se laisser enfermer dans une proximité par trop fusionnelle qui pourrait la couper des autres publics qui l’apprécient. « Les homosexuels m’ont toujours porté un grand intérêt et de la chaleur. J’en suis ravie, mais je ne vis pas dans leur monde. » Ailleurs, elle pousse plus loin la confidence : « Ce sont des gens particulièrement sensibles, qui me comprennent et que je comprends. J’aurais certainement pu être homosexuelle mais je ne le suis pas devenue. » 

     Un propos qui a de quoi interpeller les fans. Est-ce à dire que la chanteuse a elle-même, par le passé, douté de son identité sexuelle, comme cela arrive à nombre d’adolescents ? Possible, même si cela ne signifie nullement qu’elle ait goûté aux plaisirs saphiques. Certes, la rumeur, particulièrement prolixe sur son cas, lui prête des liaisons avec des personnes des deux sexes. Mais elle ne s’est jamais expliqué sur la question, et c’est bien là son droit le plus strict. Portons toutefois une oreille attentive au refrain d’Eaunanisme, chanson qui figure sur l’album Anamorphosée : « C’est si doux la brûlure / Là où ta main me touche, Eau / Et coule cette écume / De ma bouche. » Si Mylène possède un tempérament pudique, son œuvre l’est souvent beaucoup moins. 

     « Qu’est-ce qui vous séduirait chez les femmes ? » demande Benoît Cachin à la chanteuse, caressant l’hypothèse, même s’il s’agit d’un jeu, qu’elle pourrait être attirée par des personnes de son sexe. « Leur imprévisibilité, répond-elle. C’est ce qui transforme le quotidien en aventure et la vie en destin. » 

     En réalité, ce que Mylène partage avec les homosexuels, c’est d’abord le sentiment d’une différence. Elle l’éprouve depuis toujours, même s’il lui a fallu du temps pour mettre un nom dessus. Ne pas se sentir comme les autres, au départ, est rarement vécu dans la sérénité. Au contraire, il s’agit souvent d’une épreuve, que bien des homosexuels expérimentent dans la solitude. Face au rouleau compresseur d’une éducation qui tend à normaliser les comportements, renforçant les stéréotypes masculins et féminins, affirmer sa différence demeure problématique. S’opposer à la majorité triomphante n’est pas un combat gagné d’avance. Il faut du courage pour découvrir qui l’on est vraiment et le faire accepter à sa famille, ses proches, ses amis. Même si la société a évolué, même si l’homosexualité n’est plus regardée en France comme un délit ou une perversion, de nombreux témoignages attestent encore de parcours douloureux, voire traumatiques. 

Pour être soi-même, on ne devrait pas avoir à souffrir. Or, peu d’homosexuels parviennent à éviter cette souffrance. Faire la paix avec soi ressemble alors à un défi qui peut prendre des années, et même ne jamais être gagné. En comparaison, le chemin de Mylène ne s’est pas fait non plus sans heurt. Faute de trouver une réponse à ses doutes, une décision a tout changé : devenir artiste a permis à son sentiment d’être incomprise de s’exprimer. Mais cette victoire sur elle-même, couronnée par un phénoménal succès public, n’efface rien de son parcours. Un titre sur son dernier album, C’est dans l’air, nous le rappelle :

mylène7Mylène n’oublie pas ceux qui souffrent de ne pas être dans la norme. « Les cabossés vous dérangent / Tous les fêlés sont des anges / Les opprimés vous démangent / les mal-aimés, qui les venge ? » Le temps d’une chanson, elle se fait le porte-parole des « incompris » et des « fous ».  

      Se ranger du côté des minorités, telle est la vocation de ceux qui se sentent différents. Mylène n’échappe pas à la règle. C’est pourquoi elle est si appréciée par les homosexuels des deux sexes. Ce  qu’elle reçoit en retour est un amour immense, parfois aussi inconditionnel que celui d’une mère. Être une icône gay, revient aussi à être aimée par des hommes qui ne vous désirent pas. C’est doux et sécurisant à la fois, dénué de tout enjeu sexuel. Au fond, Mylène n’est-elle pas la preuve vivante que les homosexuels aiment aussi les femmes ?

 

Extrait du livre : MYLÈNE par Hugues ROYER aux Editions Flammarion 2008

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Divinisation de Mylène Farmer par beaucoup de fans

Posté par francesca7 le 6 octobre 2015

Méfie-toi Mylène

 

Il est logique que les spectacles et les extravagances de Mylène Farmer génèrent des fanatismes, particulièrement parmi les personnes homosexuelles, puisque la chanteuse s’offre fréquemment en Messie crucifié à la communauté homosexuelle – ses délires christiques, proches de ceux de Madonna, le démontrent parfaitement, ainsi que la diversité des reliques qu’elle vend aux enchères sur Internet, même si elle dit ne pas le faire consciemment ni dans un processus d’auto-culte de la personnalité calculé – ; et ensuite, après s’être donnée entièrement dans une exhibition clairement blasphématoire et démesurée, elle se dérobe à ses fans, remonte dans sa limousine aux vitres teintées sans dire au revoir à personne (je vous rappelle la mise en scène de départ filmée comme une déchirure dramatique dans le concert « Avant que l’ombre… à Bercy » en 2006), et s’engouffre dans un silence inexplicable et aussi disproportionné que son don sur les écrans : rien d’étonnant qu’un tel écart d’attitudes – pourrait-on le qualifier de simplement ludique quand il toucherait davantage à la schizophrénie de star ? – provoque chez les esprits en mal d’identité une vraie frustration… donc soit source de fantasme, d’hystérie, d’idolâtrie, voire de violence (rappelez-vous le meurtre du réceptionniste de la maison de disques de la chanteuse par un fanatique en 1991).

Mylène Farmer participe secrètement au processus de divinisation autour de sa personne en faisant du mystère un fond de commerce juteux, même si cela est effectué dans un effacement tellement étudié qu’il est possible que l’artiste, dans une sincérité confondante, ne s’en rende même pas compte elle-même.

Une autre raison que j’invoquerais pour expliquer le succès que Mylène Farmer remporte auprès de ses fidèles homosexuels, c’est qu’elle joue continuellement sur l’inversion et l’ambiguïté sexuelle, autant artistiquement – dans son discours et son répertoire musical – qu’existentiellement.

Mylène représente la bisexuelle dans toute sa splendeur, la femme libérée qui laisse entendre qu’elle goûte à tout type de sexualités sans pour autant vouloir se définir en tant que « lesbienne », « bisexuelle » ou « hétérosexuelle », et assumer les conséquences de ses actes : « Je me fous bien des qu’en dira-t-on, je suis caméléon » chante sa jumelle narcissique de « Sans contrefaçon ». Mylène Farmer joue la dissimulation : la plus belle signature homosexuelle qui soit, non ? Oscar Wilde n’avait-il pas, en son temps, baptisé l’homosexualité comme « l’amour qui n’ose pas dire son nom » ?

Est-elle pour autant lesbienne ? Personne ne l’est complètement, pas même la femme qui se veut 100 % lesbienne. Donc Mylène pas plus qu’une autre. La seule chose qu’on peut dire, c’est que très certainement un désir homosexuel – ou plutôt bisexuel – s’est exprimé à travers les œuvres et les actes scéniques farmériens.

La chanteuse n’hésite pas à cultiver un style « garçonne » ou androgyne, à « rouler des pelles » à ses choristes pendant ses concerts, à prendre son bain nue en compagnie de jeunes demoiselles (c. f. le vidéo-clip de « Libertine »), à simuler l’inceste avec la candide Alizée (c. f. les chansons « Gourmandises », « Veni, Vedi, Vici », « Cœur déjà pris »), à prendre des poses langoureuses avec des femmes pendant certaines séances photos, à camoufler un probable lesbianisme par le traitement de thématiques proches de l’homosexualité telles que la gémellité ou le double spéculaire du miroir narcissique. Par ailleurs, ses chansons sont truffées de clins d’œil explicitement homosexuels (c. f. la chanson « Maman a tort ») ou bien dirigées à un public libertaire censé comprendre des sous-entendus homo-érotiques subtilement cachés dans le texte (la sodomie dans « Q. I. », « Pourvu qu’elles soient douces », « L’Âme-stram-gram », « Porno-graphique » ; le travestissement dans « Libertine », « Sans contrefaçon », « Tristana » ; le Sida dans « Je te rends ton amour », « Que mon cœur lâche » ; etc.). Peu à peu, les paroles musicales de Mylène Farmer se politisent gentiment pour la cause gay : on reconnaît au fil de ses chansons un discours politiquement correct qui reprend à son compte le jargon du militantisme gay friendly classique (c. f. l’emploi d’expressions comme « la tolérance », « le droit d’aimer », ainsi que les références au coming out, dans les chansons « Rêver », « J’attends », « Réveiller le monde », « L’Innamoramento », entre autres).

ce qui explique le plus en profondeur l’attirance des personnes homosexuelles pour Mylène Farmer, c’est que la chanteuse touche du doigt un secret bien gardé de la communauté homosexuelle et qui a à voir avec le viol. L’univers farmérien fait parfaitement écho à la quête esthético-existentielle des personnes homosexuelles : la souffrance du viol (réel et surtout fantasmé) chorégraphiée et esthétisée à l’extrême. Pensons par exemple aux chansons « Je t’aime mélancolie », « Et si vieillir m’était conté », « Comme j’ai mal », « Point de suture », « Les Mots », « Nous souviendrons-nous », etc.. Mylène Farmer est, à mon avis, la chanteuse française qui a poussé le plus loin la représentation du « vouloir être objet »/« vouloir être violé », qui a décidé d’incarner le plus entièrement la femme violée (Jeanne Mas, Barbara, ou Dalida, avaient déjà ouvert la voie, mais avec moins de ténacité) et la femme-objet. Tout dans sa fantasmagorie renvoie aux poupées désarticulées, aux vierges violées, à la femme-enfant perdue ou folle, qui se cache et se venge d’avoir subi la perte de son innocence (c. f. « Allan », « Plus grandir », « C’est une belle Journée », « L’Âme-stram-gram », « Sans Contrefaçon », « La Poupée qui fait non », « Optimistique-moi », « Comme j’ai mal », « Dans les rues de Londres », etc.).

extrait des propos de Philippe Ariño

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MYLENE FARMER Dans la main d’Isis

Posté par francesca7 le 3 octobre 2015

 

 MYLENE ISIS

     Juillet 2000. Les lecteurs de Voici sont sous le choc en achetant leur magazine. Sous une photo de Mylène, tout sourire et très pulpeuse, on peut lire ce titre : « Enceinte. » Un incroyable scoop qui met la planète people en émoi. Dans les pages intérieures, l’article, fort élogieux, relate le long cheminement qui a conduit la chanteuse à prendre la décision d’accueillir la vie en son sein. Quelques jours plus tard, la bonne nouvelle est également annoncée dans Ici Paris. À trente-huit ans, la rouquine semble avoir franchi le cap de la maternité.

     Les fans, pourtant, sont sceptiques. Ils ont un peu de mal à imaginer leur idole au milieu des couches et des biberons. Trop beau pour être vrai ? Sans doute, puisque ce scoop se révélera être un canular. Comment le magazine Voici, dont on sait la fiabilité des sources, a-t-il pu diffuser une telle information sans la vérifier ? La légende veut que Mylène soit elle-même à l’origine de ce faux scoop. Furieuse que certaines fuites aient filtré sur sa carrière, notamment sur la scénographie du « Mylenium Tour », au risque de gâcher l’effet de surprise, elle aurait soufflé ce mensonge à des membres de son entourage afin de pouvoir remonter la filière.

 

     L’information, d’ailleurs, n’est pas totalement absurde, si l’on se fie aux déclarations de Mylène à l’époque. Longtemps, ses angoisses l’ont empêchée de se projeter dans la maternité. La peur de voir modifier son corps, aussi, sans doute. Pourtant, dès le milieu des années 90, l’idée d’être maman n’est plus appréhendée avec le même refus catégorique. « Jusqu’à il y a encore très peu de temps, cette idée de me prolonger à travers un être me terrifiait. J’ai toujours eu très peur de retrouver en cet enfant des facettes de moi-même que je n’aimais pas. J’ai toujours eu l’impression que je ne saurais pas l’aimer. Je ne me sentais ni la force ni l’espoir ni la capacité d’élever des enfants. Mais, à présent, la prolongation de moi m’est enfin devenue tolérable. Aujourd’hui, effectivement, je crois que j’aimerais avoir un enfant. » Un aveu détonnant qui semble indiquer qu’une décision est prise.

     Pourtant, il ne suffit pas d’avoir fait le chemin dans sa tête pour tomber enceinte. Contrairement à une Madonna qui, à l’aube de la quarantaine, angoissée à l’idée de ne jamais être mère, décide de planifier deux grossesses au milieu d’un agenda plus que surbooké, Mylène ne portera sans doute jamais d’enfant. Elle ne connaîtra pas ces sensations uniques de la vie qui grandit en soi, ce mélange  d’inquiétude devant son propre corps qui se transforme, et d’allégresse, lorsque l’enfant bouge, dans une forme de communication fusionnelle avec celle qui l’accueille en son ventre.

     Faut-il déplorer que Mylène n’ait pas été mère ? La réponse n’appartient qu’à elle seule. On peut être une femme accomplie sans pour autant être mère, évidence qu’elle incarne à merveille. En revanche, il est indéniable que la maternité donne accès à une dimension de la réalité qu’il est impossible d’imaginer si on ne l’expérimente pas soi-même. La chanteuse a caressé cette idée avec bienveillance.

Déjà, ce n’est pas rien. Cela suppose un long travail d’acceptation de sa part d’ombre.  

  Lorsqu’on écoute ses albums, il est frappant de constater à quel point la symbolique maternelle est présente. Il suffit de prêter attention à son plus grand tube, Désenchantée, pour s’en convaincre. « À quel sein se vouer / Qui peut prétendre / Nous bercer dans son ventre », fredonne Mylène, comme si elle se trouvait dans la position d’une orpheline. Le fait que le mot « saint » ait été remplacé par son homonyme « sein » n’est, bien entendu, pas anodin. Au fond, le désenchantement que la chanteuse porte en elle provient de ce qu’elle ressent comme une absence maternelle. « Enfant, je cherchais vainement un lieu où me blottir. Un cocon291 », dira-t-elle, confirmant le sentiment d’insécurité qui l’angoisse. Lorsqu’il se sent perdu, c’est dans les bras de sa maman qu’un jeune enfant se réfugie. Tout simplement parce qu’il retrouve symboliquement le « cocon » qui fut le sien durant la période où il nageait en toute quiétude dans un ventre douillet. Ce contact charnel est essentiel pour son développement futur : c’est la base sur laquelle se forge la confiance en soi, indispensable carapace face au monde extérieur. 

    MIMI

     Puisqu’elle a le sentiment de n’avoir pas été suffisamment protégée, la chanteuse va bâtir son propre « cocon ». La scénographie du « Mylenium Tour » va lui en donner une magnifique occasion. On se trompe lourdement si l’on voit dans la statue gigantesque d’Isis, qui sert de décor à la tournée, l’expression de quelque délire mégalomaniaque. Mylène ne se prend absolument pas pour la déesse égyptienne : entre les deux femmes, c’est un rapport de filiation qui s’instaure. Le programme du spectacle ne laisse d’ailleurs aucune ambiguïté sur ce point. La chanteuse y écrit : « Isis, seule et fière, mère de la nature vivante, est aussi messagère de la vie, inlassable foyer de résurrection et d’indulgence profonde. » C’est donc parce qu’elle incarne la figure maternelle qu’elle a été choisie comme symbole éloquent pour la tournée.

     Soudain, tombe l’immense voile bleu masquant la scène. La tête de la déesse apparaît, rougeoyante, se redresse, puis se fend en deux. Alors la silhouette de Mylène se dessine, déployant ses ailes transparentes. Elle reste un moment suspendue dans l’air, avant d’atterrir dans la main d’Isis, tandis qu’on entend résonner les chœurs africains de la chanson Mylenium. Bouleversante entrée en scène, qui évoque sans ambiguïté la naissance. Incommensurable quête d’amour maternel, aussi. À la fin du spectacle, comme pour boucler la boucle, la chanteuse se love en position fœtale dans la paume de la statue, qui remonte doucement. Elle s’en remet à la déesse, s’abandonne à son pouvoir de mère, celui de panser les maux qui la rongent.

     Car Isis n’est pas seulement, dans la mythologie égyptienne, la matrice, ou encore la coupe féminine qui reçoit le principe masculin. En tant que magicienne ayant ramené son époux Osiris à la vie, elle est aussi déesse guérisseuse et protectrice des enfants. Jadis, les malades portaient d’ailleurs parfois des amulettes à son effigie. Quant à son rôle maternel, il est attesté, notamment à l’époque romaine, par de nombreuses représentations de la déesse donnant le sein à son fils Horus. Non contente d’accomplir le mystère de la vie, elle protège et nourrit l’enfant qu’elle a vu naître.

     Ce n’est sans doute pas un hasard si cette scénographie a été conçue à l’époque, semble-t-il, où Mylène était le plus taraudée par la question de son éventuelle maternité. Chaque soir, la chanteuse rejoue sa propre venue au monde, comme pour se donner la chance de repartir sur de nouvelles bases, ressentir cet amour qui lui a tant manqué. La salle, d’ailleurs, sent confusément que l’esprit du spectacle diffère radicalement de celui de la tournée précédente : la Mylène triomphante qui cherchait à vamper le spectateur s’est muée en une femme qui n’hésite pas à exhiber une immense fêlure. C’est un cadeau extraordinaire qu’elle offre au public, dont l’amour prend, à cette occasion, un visage maternel. La foule devient cette main dans laquelle elle se recroqueville pour sentir un peu de chaleur.

 

      À partir de ce spectacle, qui a des allures de thérapie pour la chanteuse, tout s’éclaire. Certaines chansons, qu’on croyait adressées à un hypothétique prince charmant, désespérément absent, sont en réalité un grand cri d’amour en direction de cette mère qui n’a pas su offrir l’affection attendue. Ainsi, lorsque Mylène chante « Besoin d’un amour XXL », poussant sa voix dans les aigus, on comprend que ce qui l’empêche de vivre la passion amoureuse dévorante est un vide ressenti au fond de son cœur. Dans Le Choc amoureux, Francesco Alberoni explique que l’état amoureux est la reproduction du lien fusionnel archaïque entre la mère et le nourrisson. Comment pourrait-il exister si cette relation première n’a pas eu lieu ?

      1996-05-gDans ces conditions, devenir mère n’est pas une mince affaire. Comment donner à un enfant ce qu’on n’a pas reçu soi-même ? De toute façon, Mylène n’aura plus à se poser la question. La vie en a décidé autrement. Malgré tout, des circonstances tragiques vont lui donner l’occasion de nouer des contacts privilégiés avec le monde de l’enfance. En octobre 1996, la famille Gautier doit affronter un nouveau drame : Jean-Loup, le frère aîné de Mylène, trente-six ans, circule à rollers lorsqu’une voiture le heurte de plein fouet. Il mourra durant le trajet vers l’hôpital Foch de Suresnes où on le conduit d’urgence. En pleine tournée, Mylène, très affectée, va sobrement dédier « à Jean-Loup » le film du « live à Bercy » réalisé par Laurent Boutonnat et François Hanss.

      Surtout, la chanteuse va se montrer très présente pour sa jeune nièce Clémence, fille de son frère Jean-Loup, soudain privée de papa. Telle une marraine bienveillante, elle veille sur elle. En 2005, alors que Laurent Boutonnat cherche une actrice de douze ans pour incarner le personnage de Lina enfant dans son nouveau film, Jacquou le croquant, Mylène lui recommande d’auditionner sa petite protégée. Et Clémence décroche le rôle ! Un début de carrière prometteur, que sa jolie tante entend bien encourager. Il n’est pas de baume plus réconfortant aux douleurs que nous traînons du passé que le sourire d’un enfant. 

Désormais, Mylène le sait. Elle n’a pas besoin d’être mère pour goûter cette certitude.

 

 Extrait du livre : MYLÈNE par Hugues ROYER aux Editions Flammarion 2008

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Les mots de Mylène sont nos vies

Posté par francesca7 le 23 septembre 2015

Mylène FarmerParfois, les mots lui manquent. Elle hésite, fouille dans sa tête, se bloque. Elle a une telle exigence de clarté qu’il lui importe de trouver les termes exacts, ceux qui traduisent précisément sa pensée. La présence de l’autre ne l’aide pas. Elle est intimidée, perd ses moyens. La pression de la caméra peut même provoquer des rires nerveux. Elle se crispe pour garder la maîtrise d’elle-même. Pourtant, la diction est parfaite, les phrases prononcées dans un français impeccable. Il n’empêche… Au moment où les mots sortent de sa bouche, elle voudrait tout redire autrement, corriger ce qui lui semble encore un brouillon. « J’ai tellement envie de trouver les mots justes pour, à chaque fois, exprimer un sentiment. Et je sais que, parfois, ça va trop vite, qu’on n’a pas le temps de se préparer, que le tac au tac n’est pas quelque chose qui fait partie de moi non plus. » 

Si Mylène n’est pas à l’aise à l’oral, ce n’est pas seulement une question de tempérament. À l’âge de huit ans, lorsqu’elle débarque en région parisienne avec toute sa famille, elle s’exprime avec un accent québécois assez prononcé. À la maison tout va bien, mais à l’école ça se complique : les enfants de sa classe se moquent de sa façon chantante de parler. Chaque fois qu’elle ouvre la bouche, ils sont prêts à s’esclaffer. Blessée, la fillette se mure dans un mutisme douloureux. Conscients du malaise, ses parents prennent rendez-vous avec une orthophoniste. Motivée, Mylène ne ménage pas ses efforts pour gommer ce défaut qui la stigmatise aux yeux de ses camarades. Au bout de quelques mois, son accent s’estompe. Mais le sentiment d’avoir été rejetée pour sa différence demeure. Elle est devenue moins expansive, plus secrète. 

C’est pour cette raison qu’elle écrit. Pour venir à bout de cette confusion, mettre ses pensées en ordre de marche. C’est pour cela que tous les écrivains écrivent. Parce qu’ils n’arrivent pas à dire dans les situations du quotidien ce qui perturbe leur esprit jusqu’à les obséder. Il faut que ça sorte, d’une manière ou d’une autre. Provoquer la saignée salutaire avant de risquer l’infection. « Le froid s’installe tout naturellement en moi lorsque j’écris, confie Mylène. La température de mon corps chute. Je ne suis pas habituellement aussi frileuse mais, lorsque j’écris, je m’enveloppe de longs manteaux de laine. Le froid m’est très désagréable, mais le désir d’écrire prédomine. » Cette sensation, nombre d’écrivains la connaissent. Elle montre le lien puissant qu’entretient la création avec la mort : libérer les mots qui sont en nous, c’est affronter à mains nues les démons qui menacent de nous étrangler. 

Mylène n’est pas un écrivain, mais elle écrit. Des chansons, ce qui n’est pas anodin. Car les mots des chansons nous accompagnent parfois plus loin que ceux des romans. Prendre la plume ne lui est pas tombé dessus par hasard. C’est à quinze ans qu’elle commence à en éprouver le besoin. « L’écriture a été pour moi une thérapie. Je l’ai découverte seule quand je vivais mal le passage de l’adolescence à l’âge adulte. Je l’ai ressentie comme un viol. Écrire, c’est s’avouer des choses. Il m’est arrivé de rayer des phrases que ma main avait notées. Mon esprit me poussait à les retirer. Je ne me sentais pas encore prête pour les révéler. » Dès l’origine, on trouve donc un désir de percer l’abcès qui la ronge. Mais, à l’époque, ces mots qu’elle note comme on noircit les pages d’un journal intime ne sont destinés qu’à elle-même. 

Lorsque Mylène débute dans la chanson, il n’est pas prévu qu’elle signe des textes : elle est là pour chanter un titre conçu par d’autres. Pourtant, très vite, dès que le projet d’un premier album se concrétise, l’envie de chanter des paroles de son cru la démange. « Maman a tort n’était pas de ma plume, mais sur l’album j’ai écrit Plus grandir. J’ai éprouvé un besoin immédiat d’écrire. Mais après, c’est difficile de s’avouer qu’on est capable de le faire, d’accepter ses mots, ses émotions, et de les dévoiler aux autres. Mais là encore, c’était quelque chose d’évident pour moi. Je ne pouvais pas laisser quelqu’un d’autre écrire mes mots. » 

Pas facile non plus de se sentir en confiance lorsqu’on travaille avec quelqu’un d’aussi talentueux que Laurent Boutonnat, dont les textes sur l’album Cendres de lune, en particulier la comptine Chloé, sont des bijoux de raffinement. Par chance, le réalisateur semble peu motivé par l’écriture. « Je crois que Laurent avait envie d’abandonner la plume. » Une aubaine pour Mylène, qui va trouver son format d’expression et ne plus jamais le lâcher. 

Avec l’album Ainsi soit je, l’écriture devient centrale. Si ce disque est aussi inspiré, c’est parce que la chanteuse a tant de messages à exprimer que les mots se bousculent au portillon, s’enchaînent sans effort. Certaines chansons sont d’ailleurs finalisées en moins d’une heure. « Sur mon premier album, je n’avais écrit que trois textes. Avec Ainsi soit je, je suis arrivée à transmettre d’autres choses, sur des thèmes que je juge inépuisables, confie-t-elle. Cet album est presque un viol organisé de ma personne, dû à des contextes, à une écriture. Ce viol était un besoin, comme celui de me dévoiler par l’écriture. J’ai l’impression d’avoir dit des choses qui m’étonnent moi-même. » 

À l’époque, l’album semble tellement abouti que d’aucuns pensent que Mylène n’écrit pas elle-même ses textes. Faux ! s’insurge Bertrand Le Page, qui m’a confié combien il avait été impressionné par la sûreté de la plume de Mylène. « Lorsqu’elle m’apportait une chanson, tout était parfait. Il n’y avait rien à changer. Pas même une virgule. » Qui sont ses modèles ? D’où lui vient cette facilité à s’adapter à ce format si singulier qui a découragé de nombreux écrivains, et non des moindres ? Difficile à dire. Sans doute ses cahiers d’adolescente ont-ils constitué des brouillons à ses chansons, qui ont toutes en commun de ne parler que d’elle. 

Lorsqu’on cherche ses références, un nom s’impose, qu’elle cite parfois, celui de Serge Gainsbourg. « On peut être une artiste populaire tout en cultivant un certain élitisme, dit-elle. De toute évidence, il existe une envie de démolir les tabous, de se violer, soi et le public, avec des thèmes qui ne sont pas populaires. Seul Gainsbourg avait su jusqu’à présent les aborder. » Des propos qui semblent immodestes, mais qui montrent surtout combien l’écriture a donné à Mylène l’assurance qui lui manquait à ses débuts. 

Ce qu’elle partage avec cet immense artiste, outre un sens indéniable de la provocation, c’est d’abord la jouissance des mots. Pour l’esprit qui les convoque et les associe, ils sont des instruments de pur plaisir. « J’aime les mots depuis toujours, leur sonorité, et m’amuser avec, voilà tout », explique Mylène. Et elle le prouve ! Goût prononcé pour les allitérations dans Pourvu qu’elles soient douces (« Tu t’entêtes à te foutre de tout »), dans Pas de doute (« Quand tu n’as plus ta tête, tu fais tout trop vite ») ou dans Dégénération (« Coma t’es sexe, t’es styx / Test statique »). Jeux de mots appuyés, comme dans le single Q.I. (« Même si j’en ai vu des culs / C’est son Q.I. qui m’a plu »). Doubles sens à connotation sexuelle, comme dans L’Âme-Stram-Gram, où Mylène pervertit avec délectation une comptine innocente (« Âme-Stram-Gram, pique, pique-moi dans l’âme, / Bourrée bourrée de nœuds mâles, / Âme-Stram-Gram pique dames »). Mots cryptés qui surgissent au détour de formules ciselées, comme dans Méfie-toi (« Dieu que l’icône est classe »). En outre, de même que Gainsbourg à la fin de sa carrière, Mylène apprécie les anglicismes. 

Au départ, pourtant, la langue de Shakespeare lui donne des complexes : elle ne la maîtrise pas suffisamment pour l’utiliser dans ses chansons. Ainsi, elle fait appel à Ira Israël pour traduire Que mon cœur lâche, qui va devenir My Soul Is Slashed. Pourtant, Mylène jette la première version aux orties. « Donc, on a décidé de travailler ensemble mot à mot, raconte le traducteur. Elle était très exigeante : la sonorité de chaque mot, le rythme, le sens, le feeling – tout était hyper important. Chaque fois que je pensais que j’avais trouvé quelque chose d’intéressant, elle disait : “Non, ça ne marche pas.” » 

Par la suite, la chanteuse va apprivoiser l’anglais qu’elle a un peu trop négligé au lycée. Cours intensifs dès 1990, séjours aux États-Unis, lectures de romans en version originale, conversations courantes avec des anglophones, en particulier Jeff Dahlgren au moment de l’album Anamorphosée… Cette langue, d’abord étrangère, peu à peu pénètre son univers. À tel point que, depuis California, les mots anglais ont envahi ses chansons. Ainsi glisse-t-elle des segments de phrases entiers dans de nombreux titres (« Don’t let me die » dans Ange, parle-moi, « Blood and tears » dans Fuck Them All ou « Shut up » dans Peut-être toi), qui semblent désormais lui venir exactement comme des mots en français. Sans compter les titres bilingues chantés en duo, parmi lesquels Slipping Away et Looking For My Name, les deux titres qui signent sa collaboration avec Moby. Preuve que la star s’est, une fois de plus, donné les moyens de son ambition.

 

Pourtant, faire de Mylène un disciple de Gainsbourg ne suffit pas. Même si elle partage avec l’auteur de La Javanaise le goût de mettre les mots en musique, elle possède son imaginaire propre, une manière singulière de manier la langue. Curieux de décrypter les paroles de ses chansons, certains fans ont recensé les mots les plus usités du répertoire farmerien. Sans surprise, « vie », « amour » et « âme » occupent les premières places du podium. Ce qui est plus intéressant sans doute, ce sont les néologismes : de plus en plus, quand elle ne parvient pas à exprimer ce qu’elle ressent avec les mots du dictionnaire, Mylène en invente de nouveaux. Nul n’a oublié le fameux Optimistique-moi adressé à la figure paternelle. Mais il lui arrive aussi de transformer un nom ou un adjectif en verbe, qu’elle n’hésite pas à conjuguer. Cela donne « Quand la lune est si pâle / L’être se monacale » dans Pas le temps de vivre, « Dis-moi comme / J’extase » dans Sextonik, ou encore l’infinitif « coïter », dont il serait superflu de préciser le sens, dans C’est dans l’air. 

Mylène FPlus elle avance dans sa carrière, plus l’écriture semble essentielle à ses yeux. « Écrire mes chansons, c’est ma raison de vivre », dit-elle volontiers. Qui pourrait en douter ? Et même si sa production (une centaine de chansons en vingt-quatre ans) est loin d’être démesurée, Mylène cisèle ses textes avec un soin extrême, soucieuse d’éclairer son public sur une zone encore secrète de son âme. D’où, parfois, un certain hermétisme, qui pousse quelques fans à se lancer dans des exégèses délirantes. 

Comment procède-t-elle pour accoucher de ses chansons ? « J’ai besoin de m’enfermer dans une pièce, quelle qu’elle soit, d’avoir un dictionnaire à côté de moi. » La plupart du temps, la musique a été composée auparavant. Laurent Boutonnat lui confie les enregistrements ; à elle de sculpter les mots qui épousent ses partitions. « Je travaille avec un tout petit magnétophone, sur des maquettes, et là je me mets à écrire… Mais j’ai besoin de la musique avant. » Pour elle, la partition est une base à la fois contraignante et rassurante : elle force l’esprit à une certaine concision, l’empêche de se laisser aller à des débordements. 

En revanche, Mylène n’écrira sans doute jamais de roman. Trop ambitieux. Encore moins ses Mémoires. Trop dangereux. La chanson demeurera son format de prédilection. Elle y excelle. En 1999, elle assurait avoir rédigé plusieurs pages d’un texte « qui tend vers la pornographie », mais s’interdisait alors toute idée de publication. En 2003, elle s’est essayée au conte philosophique. Un titre énigmatique, Lisa-Loup et le conteur. Un joli projet dont on retiendra surtout la virtuosité des dessins, signés de sa main, et quelques formules heureuses. En dépit de la profondeur du propos, l’ensemble n’a guère convaincu. Malgré un beau succès en librairie, de nombreux lecteurs sont restés sur leur faim. 

Mylène sait que les formes courtes lui sont plus favorables. Elle a besoin d’un cadre pour canaliser le flux de son écriture. Les musiques de Laurent Boutonnat demeurent son premier repère. Quand elle écrit des chansons, elle se sent forte. Tricoter les mots, elle sait faire. « L’univers a ses mystères / Les mots sont nos vies », fredonne-t-elle, en hommage au pouvoir du langage, dans le titre phare de sa première compilation. C’est grâce aux mots qu’elle a pu transformer sa vie en destin. Pour avoir accompli cet exploit, elle ne leur dira jamais assez merci. 

 

Extrait du livre : MYLÈNE par Hugues ROYER aux Editions Flammarion 2008

Publié dans MYLENE par H.ROYER | Pas de Commentaires »

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