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MYLENE DANS LE SALON D’UN PALACE PARISIEN

Posté par francesca7 le 19 février 2016

 

Dans le salon d’un palace parisien, Mylène livre avec Guillaume Durand la plus longue interview donnée à l’occasion de la sortie du film. Choisissant ses mots avec (trop de) soin, Mylène répond longuement et parfois laborieusement aux réflexions confuses d’un Guillaume Durand qui semble cependant passionné.

Guillaume Durand : (…) Un film, il faut le vendre. Vous qui êtes si timide, ça vous barbe pas tout ça ?

Mylène Farmer : Je ne sais pas si ‘barber’ est le mot juste, mais c’est un exercice difficile pour moi.

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GD : Est-ce que vous avez un petit peu peur, un petit peu d’angoisse parce que un film, c’est pas comme une tournée, c’est pas comme un disque : c’est énormément de travail et tout se joue en une semaine. Quel effet ça vous fait ?

MF : C’est quelque chose de presque inhumain. C’est difficile, c’est difficile. Je crois que je serai contente le jour où ça sortira, et essayer de se déposséder de la chose totalement…

 GD : Alors, « Giorgino » : ça fait combien de temps que ce projet existe pour vous ?

MF : De mémoire, parce que…C’est huit années, je dirais. Et réellement, l’écriture a commencé il y a trois ans. Et il a vu le jour il y a environ un an et demi, je crois.

GD : Donc ça vous a occupée toutes ces dernières années, quoi. L’obsession, c’était de faire ça…

MF : Oui. Surtout Laurent Boutonnat, je dirais, le réalisateur. Moi, j’ai eu beaucoup plus de temps libre, assez pénible là aussi parce que n’ayant pas la faculté que de me tourner vers la musique, puisqu’il est le compositeur. Donc ça a été une période très longue et pas très agréable.

GD : Alors pourquoi fait­-on quelque chose qui n’est pas très agréable à vivre? Quelle est l’exigence de fond ?

MF : La passion, je dirais. D’abord, je pense que c’est un besoin pour moi que de faire des choses, à savoir ou l’écriture, ou des films, créer quelque chose. Faire les choses en termes de plaisir, dans le fond, ce n’est peut-être pas très, très important ou si important. Je crois que ça se passe à une autre dimension.

GD : C’est vraiment quelque chose, on parlait tout à l’heure d’exigence, c’est une importance de la liberté ou… ?

MF : Parce que je ne sais pas gérer cette liberté, de même que j’ai besoin du regard de l’autre pour exister, même si ça paraît quelque chose d’assez dramatique comme confidence ! Mais cette liberté, je la trouve réellement dans mon métier, dans le fond.

GD : Alors, on va évidemment pas raconter le film, parce que les films sont faits pour être vus. On va simplement, avec la bande-­annonce que vous avez eu la gentillesse de nous confier, avoir un petit peu une idée de l’ambiance du film et puis on va parler justement de ce monde qui vous habite et qui habite aussi Laurent Boutonnat. D’abord, donc, des extraits de ce film.

Diffusion de la bande-­annonce de « Giorgino ».

GD : Voilà donc pour le climat du film. Alors pourquoi ce film commence en novembre 1918, si ma mémoire est bonne ? Pourquoi cette date ?

MF : Je vais essayer de répondre pour Laurent Boutonnat. Il me semble qu’il voulait…La guerre 14­18 est en toile de fond, réellement. Je crois que ce scénario est né d’un désir de femmes, de femmes rudes et violentes, donc dans un univers de guerre. Donc c’était plus facile pour lui, j’imagine. C’est difficile pour moi que de répondre à sa place. Pourquoi la guerre de 14­18 ? Parce que c’était une période extrêmement difficile. Avoir des femmes esseulées, c’est un moment qui est effectivement, la guerre, propice pour…

GD : Mais ça vous touche parce que vous connaissez, comme tout le monde, ce qui s’est passé justement à cette époque-­là : bon, non seulement il y a la mort, et elle est très présente aussi dans le film, mais il y a cette idée aussi que ce sont les femmes qui prennent la société à bras-le-­corps. C’est une idée qui vous touche, ça ?

MF : Si je ne porte mon regard que sur ce groupe de femmes : non, définitivement pas ! (rires) Mais une société de femmes, non en aucun cas, dirigée par les femmes, non, je pense qu’une balance, une bonne balance est ce dont nous avons tous besoin.

GD : Alors, le climat on en parle. C’est vrai que souvent quand vous avez fait des clips, des clips longs, des clips qui étaient proches du cinéma on s’est dit « Ça y est, Boutonnat va certainement faire un film, Mylène Farmer a envie de faire un film », maintenant le film est là.

Mais ce climat qui est à la fois historique et à la fois fantastique, il vient d’où ? Pour lui, forcément il répondra d’un coté, mais pour vous, pour l’avoir accepté c’est que ça vous touche aussi…

MF : Moi, c’est plus une grande confiance en Laurent Boutonnat et en son travail. Quant à l’univers, j’ai aimé le scénario et j’ai aimé le personnage de Catherine. Maintenant, essayer de réfléchir… Non, c’est plus des sensations, des odeurs et moi, cette sensation que de pouvoir justement mettre quelque chose dans ce personnage.

GD : C’est quand même pas un monde ordinaire, parce que donc, on va pas raconter, on a dit tout à l’heure le déroulement mais on peut raconter un petit peu le début. Donc, c’est un jeune médecin, il sort, il est démobilisé, il s’occupait d’un asile d’enfants et il essaye de retrouver ces enfants. On a tout une, comment dirai-­je…c’est un itinéraire, au fond…

MF : Oui, tout à fait, oui.

GD : …qui est un itinéraire initiatique. Ça se passe dans la neige, c’est à la montagne, c’est très beau, il y a un père, il y a les femmes qui fument, enfin ce sont des images qui sont des images rares au cinéma.

MF : Je le pense, je le pense. Je pense que son cinéma est rare. Il a une façon de filmer et de raconter des histoires qui lui sont très, très personnelles.

GD : Alors mettez vous à sa place : pourquoi ce monde-là le touche, lui ?

MF : Moi je crois que je ne pourrai pas répondre à sa place. Pour avoir moi­-même posé ces questions dans le fond et lui ne trouvant pas de réelles réponses quant à ces fondements, pourquoi être attiré plus par quelque chose ou autre chose, je ne sais pas bien. C’est comme la peinture, dans le fond : pourquoi est­-ce qu’on est attiré par un peintre ? Moi je crois que je ne saurais pas l’expliquer. Pourquoi tel peintre plutôt que celui­-ci ?

GD : Mais c’est un monde qui est quand même très poétique et qui est très détaché, enfin qui parle un petit peu du réel, on en a parlé un petit peu au début, il y a la guerre de 14, il y a des professions, il y a des gens, il y a des solitudes, il y a des gens ensemble, il y a beaucoup de violence. Mais en même temps, c’est très onirique.

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MF : Oui. C’est sans doute cette attirance pour tout ce qui est conte, l’irrationnel peut­-être, la poésie je pense, oui. Mais des choses qui peuvent faire partie de notre monde et de notre vie de tous les jours, mais c’est vrai qu’il a une attirance pour ça. Maintenant, je suis en train de m’embrouiller parce que je ne sais pas bien pourquoi ! Si ce n’est que j’en reviens à, ne serait­ce que moi, un paysage… Je préfère un paysage, je vais vous dire, fracassé qu’un paysage avec des pommiers en fleurs. Pourquoi, je ne le sais pas. Ce sont des choses, comme ça, qui vous appartiennent.

GD : Qui vous sont donc sensibles, qui sont exprimées très largement. Alors il y a aussi une autre chose qui est très particulière dans le film, bon on va pas comparer avec des metteurs en scène comme Visconti parce qu’il y a pas de rapport, mais c’est vrai qu’il y a un parti pris, on va dire, de lenteur. Parce que si on dit ça, les gens vont dire « On va pas y aller, c’est lent » ! C’est pas du tout lent et ennuyeux, mais c’est volontairement, comment dirais­-je, c’est un rythme comme ça, un peu comme une espèce de mélopée.

MF : Parce que justement, j’en reviens à ces odeurs, à toutes ces choses. Je crois que ça prend du temps pour des personnages, plutôt que justement ce cinéma très monté, très rapide et des personnages qui sont rétrécis, qui ont cette valeur. Je crois que lui justement allait vers une expression plus lente et plus, moi j’oserais dire plus enrichie, mais ça n’engage que moi. Plus généreuse, peut­-être.

GD : C’est vrai que c’est un peu le contrepoids de tout ce dont on parle beaucoup actuellement, de Quentin Tarantino à Luc Besson, où ce sont des hommes en blanc et noir qui deviennent…

MF : Oui, qui ont du talent. Mais c’est vrai que c’est, je pense, une autre expression, une autre façon de raconter les choses.

GD : Comment devient-­on ­ pardonnez-­moi la question ­ mais comment devient-­on justement quand on est chanteuse, quand on fait de la scène, comment devient­-on actrice ? Même si on a fait des clips, ça, ça doit pas être une expérience finalement si facile que ça.

MF : C’est quelque chose que je pense, et sans prétention aucune, avoir en moi. En tout cas, je l’ai souhaité et je le veux depuis tellement longtemps. La chanson est venue à moi un peu par hasard, j’avais envie moi de jouer. J’ai suivi des cours de théâtre, mais ça on s’en moque un peu. C’était simplement un passage, comme ça, dans ma vie. Une envie de jouer, une envie d’interpréter les personnes qui sont autres que moi-­même et cette chose, enfin ce côté ludique quoi, qui est…

GD : …qu’on trouvait énormément dans les clips.

MF : Qu’on trouvait déjà dans les clips, mais en mode tellement rétréci. Mais malgré tout, c’est vrai que c’est comme ça que j’ai pu, bon indépendamment de l’écriture, de la scène, de tout ce qui fait que ce métier est vraiment passionnant, qui m’a fait tenir quand même, parce que c’est long ! J’ai attendu presque dix ans pour réellement faire un premier film. C’est long… (rires)

GD : Oui mais justement alors, est­-ce que ça veut dire que maintenant, parce que finalement quand un film est terminé, c’est vrai que vous allez être délivrée par le fait qu’il sorte, de savoir s’il y a un accueil avec le public, on vous le souhaite évidemment, c’est normal, mais est-­ce que immédiatement, maintenant, vous vous dites « C’est une autre carrière qui commence et c’est vers ça que je veux aller définitivement ». Et es-ce qu’il va falloir attendre longtemps que lui refasse un film, ou est-­ce que vous pouvez tout à fait imaginer de jouer, travailler avec d’autres metteurs en scène ?

MF : Non, je crois qu’aujourd’hui je peux réellement imaginer travailler avec quelqu’un d’autre. Maintenant, je pense que je serai difficile dans mes choix, je le sais. Aussi bien par rapport au réalisateur que l’histoire elle-même. Donc je pense que je, si je puis me projeter sur quelque avenir, faire très peu de films, certainement. Certainement.

GD : Et qu’est­-ce que vous aimez, alors, justement ? Parce que ce cinéma de climat est un cinéma bien particulier, alors qu’est­-ce que vous aimez, vous ?

 MF : Je crois avoir des goûts très éclectiques. Je vais essayer de…J’aime beaucoup Jane Campion, tous ses films, ses premiers films également. J’aime Oliver Stone, j’aime Kubrick, j’aime David Lean, j’aime David Lynch, Bergman…

GD : Donc, c’est un goût éclectique, quoi…

MF : Oui. Oui, dans le fond oui. GD : Mais pas très français, d’après la liste que vous venez de donner ! MF : Polanski, heu… (rires)

GD : Ha oui, c’est toujours du cinéma où il y a beaucoup de spectacle, ou au contraire beaucoup d’onirisme, beaucoup de choses qui sont quand même… C’est pas le mari, la femme et l’amant qu’on trouve !

MF : Non, j’aime les choses qui ont une âme, une histoire et une magie, et qui portent le spectateur. Je peux moi­-même être un spectateur qu’on qualifie de moyen, mais c’est­-à-­dire ne pas avoir cet œil trop critique. Et si un film m’emmène, si une histoire m’emmène, mais c’est magique ! C’est la chose la plus magique, je crois.

GD : Alors à la fin, le héros, Jeff Dahlgren, et vous, vous vous retrouvez dans un cimetière. On va pas dire ce qui se passe, mais c’est vrai qu’il y a quand même comme en peinture, puisque vous avez parlé de peinture, une espèce d’imagerie qui existe : des croix, des églises etc., etc. Ça vient d’où tout ça ?

MF : Ce que cela peut suggérer, bien évidemment, mais d’un point de vue esthétique je crois aussi, qui est important. Une croix, c’est beau. Une tombe…Je trouve qu’une tombe, un cimetière est un endroit magique. C’est quelque chose une fois de plus que nous avons en commun, mais je crois que c’est expliqué par cette rencontre que nous avons eue et qui a été une rencontre fondamentale pour moi dans ma vie et assez immédiate. Donc en ce sens, je crois que c’est presque normal que d’avoir des mondes un peu communs et des attirances.

GD : Vous voulez dire que d’une certaine manière, peut­-être, il vous a aussi arrachée à ce qui pouvait être une carrière de show­-business traditionnelle, que vous n’avez jamais vraiment voulu mener.

MF : Que je n’ai, je crois, jamais menée quoiqu’il arrive ! Mais…envie de faire quelque chose, envie de faire ce long-­métrage et envie de prendre des risques.

GD : Alors comment s’est passé le tournage ? Parce que je suppose que les conditions, étant donné que ça se passe en hiver, en plus y a énormément de scènes qui se passent en hiver mais il fait beau en même temps, ce qui sont des conditions météos pas faciles à trouver parce qu’en général il fait pas toujours beau, ça a dû être un peu long et un peu compliqué. Alors, comment ça s’est passé ? Racontez­-moi…

MF : Le tournage était très, très long, je crois qu’il a duré cinq mois. Quant aux conditions de tournage, c’était difficile à cause du temps bien évidemment, parce que très, très, très froid. Donc par moments, même le tournage a dû s’arrêter parce que trop froid, parce qu’on ne pouvait presque plus jouer. Maintenant, je crois que toutes ces difficultés sont malgré tout inhérentes à un tournage. La réelle difficulté était je crois le…la difficulté de… (Mylène rit de ne pas trouver ses mots) j’allais dire la tension qui régnait sur ce tournage, la tension que toute cette chose que Laurent portait dans le fond qui est extrêmement lourde.

 GD : Vous vous êtes faits totalement, parce que finalement lui, c’est son premier film, vous c’est votre premier grand rôle, vous vous êtes faits mutuellement et définitivement confiance dès le début, ou tout d’un coup du coin de l’œil vous vous êtes un petit peu surveillés l’un l’autre ? Parce que c’est vous qui portez tout : et lui, et vous.

MF : Je crois qu’il y avait à la fois une grande confiance, puisque c’est vrai qu’on a très peu parlé du rôle par exemple. J’ai lu le scénario. Et une fois sur le tournage bien sûr, des indications de mise en scène. Mais de sa part, en tous cas, je suppose que c’est une confiance. ‘Regardés du coin de l’œil’, malgré tout de temps en temps. C’est-­à­-dire moi je l’ai quand même observé travaillant avec d’autres, puisqu’il y avait quand même beaucoup d’acteurs. Et parfois probablement des réactions assez violentes, oui, parce que c’est vrai que dans ces moments-­là, on vous dit « Moteur, action ! » et vous avez une espèce, d’abord d’angoisse profonde, et de demande qui est énorme quant à ou le regard ou même un mot, et que parfois ce mot n’arrive pas et que là on fait abstraction de toute une vie commune.

GD : Ça devient professionnel…

MF : Oui. Oui, dans le fond oui. Beaucoup plus cruel et plus…Mais je crois que c’était aussi essentiel. Je n’aime pas moi être trop protégée. J’étais réellement considérée comme une actrice engagée sur un film, et non pas comme le petit oiseau qu’on va couver. En aucun cas, non.

GD : On se retrouve dans un instant pour parler de ce film de Laurent Boutonnat, avec Mylène Farmer et Jeff Dahlgren. Flash info.

 GD : On se retrouve donc avec Mylène Farmer qui a la gentillesse de nous recevoir pour un film qui va, je l’espère, vous surprendre : « Giorgino », donc, de Laurent Boutonnat, avec Jeff Dahlgren. Alors est­-ce qu’on peut Mylène parler du fait que le film a été tourné en anglais ? Il est tourné en Tchécoslovaquie, il est tourné en hiver et en plus il est tourné en anglais. Pourquoi ? C’est pour rechercher la plus grande audience possible à travers le monde, ou c’est l’histoire…

MF : (elle l’interrompt) Non, sincèrement non. C’est parce que Laurent Boutonnat voulait travailler avec des acteurs comme Louise Fletcher, Joss Ackland, et a trouvé son premier rôle aux Etats­-Unis, donc c’est plus une volonté que d’aller vers des acteurs, donc une langue qui s’est imposée.

GD : Louise Fletcher, tout le monde connaît, c’était l’infirmière de « Vol au Dessus d’un Nid de Coucou » et donc qui parle français, si mes souvenirs sont bons et elle était très charmante. C’est pour aller vers ces acteurs­-là qu’il a choisi ce parti pris là ?

MF : Absolument, oui parce que…Mais lui-­même dit ça « J’aurais pu tourner ce film en espagnol, russe… ». Peu lui importait la langue, dans le fond.

GD : Alors donc un travail qui a été compliqué, et tout à l’heure vous nous disiez que c’était très difficile d’expliquer les raisons pour lesquelles vous étiez dans ce monde-­là, dans à la fois ces rêveries, cette poésie et aussi ces fantasmes. Et pourtant quand on essaie de trouver une logique à tout ça, parce qu’après tout il y a forcément une logique même si on la veut pas, la première chanson c’était « Maman a Tort », après c’était « Libertine », et maintenant c’est un film où il y a énormément de femmes, même si c’est une envie de l’auteur. Est­-ce que cette logique vous apparaît ou est­-ce que c’est un hasard total ? MF : Je pense que c’est un hasard. Mais là une fois de plus, c’est difficile, pardonnez-­moi de le redire… (rires)

GD : C’est pas grave !

MF : …parce que ce film, dans le fond, ne m’appartient pas, en tous cas son histoire et son…

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GD : Mais vous êtes sûre qu’il ne l’a pas écrit pour vous ? Parce que quand vous dites qu’il ne vous appartient pas, il l’a quand même probablement en partie, enfin il savait que vous alliez jouer le rôle principal de Catherine.

MF : Oui. Maintenant je… (elle cherche ses mots) G

GD : C’est du sur­-mesure, quand même…

MF : C’est une bonne couture. Est­-ce que c’est du sur­-mesure ? Je ne sais pas bien, mais là c’est peut-­être plus par pudeur, je ne sais pas bien. Est­-ce qu’il a écrit réellement ce rôle pour moi ? Je ne sais pas, parce que le personnage principal c’est peut­-être lui qui a voyagé avec lui le plus longtemps, et peut-­être que Catherine est arrivée plus tard, donc…

GD : Et est-ce que lui justement, sans sombrer dans une espèce de simplification extrême, est­-ce que lui il s’est vécu un petit peu comme Jeff Dahlgren, donc qui est le héros du film, à savoir ce médecin qui recherche des enfants ?

MF : Je crois qu’il est…Cette chose commune d’avec ce personnage, c’est cette âme d’enfant qu’il a en lui et cette quête, cette quête essoufflée. Je crois qu’il a ça en lui.

GD : Mais quand on a fait un film comme ça, qui est justement un film poétique, est-­ce que c’est, comment dirais-­je, vous savez que la critique en France n’aime pas trop le mélange des genres, ça peut être aussi bien un artiste qui a réussi dans un domaine qui est la variété, le fait de faire du cinéma, ça paraît presque pour beaucoup de gens qui sont extrêmement bien­pensants et extrêmement rigides…

MF : Obscène ? (rires)

GD : Oui. C’est pas obscène, mais on n’a pas le droit de changer de registre, et pourtant vous, vous avez ce besoin et vous en avez même exprimé tout à l’heure l’envie. Ça vous gêne qu’on vous oblige à vous enfermer dans un même registre ?

MF : L’idée de l’enfermement me gêne. Maintenant, est­-ce que moi j’ai été gênée par ça : non. Non, parce que j’ai essayé au maximum de me protéger et de ne pas écouter, de ne pas entendre. Sinon, effectivement si on écoutait et si on entendait réellement, je pense que c’est trop mutilant. Non. J’oserais dire je me moque de ce qu’on pense et de ce qu’on dit. C’est presque vrai.

GD : C’est pour ça que depuis des années vous avez toujours choisi de faire votre métier, d’être extrêmement discrète sur vous, sur votre vie, enfin sur beaucoup d’aspects du travail d’artiste qui en général sont surexploités et plombent votre carrière ?

MF : Oui, parce que je pense… Moi, j’essaye de ne pas m’essouffler et de ne pas essouffler l’autre. Donc en ce sens, je suis obligée d’être absente. Et puis je crois que c’est ma nature profonde, tout simplement donc je n’ai pas à me faire violence pour ça.

GD : Et vous, quand les disques se vendent comme ça énormément, ça veut dire, bien au­-delà du succès commercial, qu’il y un intérêt profond entre un artiste et les gens. Vous croyez que les gens vous aiment pour quoi, au fond ?

MF : Je ne sais pas ! Non… (large sourire) GD : Pour ce mélange entre la fragilité et la provocation ?

MF : Je crois pour, s’il y a à trouver une expression, peut­-être pour la sincérité, parce que je crois que c’est une valeur qui existe toujours. Mais c’est difficile que d’exprimer pourquoi l’autre vous aime. Je ne sais pas…

GD : Et quand est-ce que vous vous êtes rendue compte, vous dans votre carrière, parce que en général les carrières de chanteurs démarrent, elles surfent un petit peu sur les vagues adolescentes, ça a été aussi le début de votre carrière quand vous avez chanté « Maman a Tort » etc. Quand est­-ce qu’on se dit « Moi, je vais faire autre chose », c’est­-à-­dire je pars sur ce plongeoir­-là mais je vais aller dans une autre piscine, quitte à être décrédibilisée un petit peu ?

MF : Là, vous parlez d’un genre plus que de changement radical de vie ?

GD : Non, pas de vie pour vous, mais quand est-­ce que vous vous êtes dit que vous alliez prendre au fond tout ça en mains, sérieusement pour obtenir, pour aller vers des objectifs précis ?

MF : Je crois, le goût du risque. Là encore, c’est…Le calcul n’y est pas pour grand­-chose, si ce n’est que une ‘carrière’, même si c’est un mot qui n’est pas très joli, c’est quelque chose qui se pense, qui se gère. Maintenant, c’est quelque chose qui, je ne sais pas, qui s’est construit comme ça…

GD : Petit à petit…

MF : Oui, qui s’est fait lentement. Mon début n’a pas été fulgurant. J’ai eu trois bonnes années pour apprendre mon métier et apprendre ce que j’aimais et ce que je n’aimais pas, dans le fond, par rapport à moi­-même et par rapport à l’extérieur également.

GD : C’est-­à­-dire ?

MF : C’est­-à­-dire de « Maman a Tort », qui a été un succès mais j’étais quand même encore pas très connue jusqu’alors. Et après il y a eu deux autres 45­tours qui étaient plus discrets. Et puis après, le fameux « Libertine » qui là a été réellement…les projecteurs ont été mis sur moi. Mais donc, pendant cette période… Enfin, tout ça pour essayer d’expliquer que ça n’a pas été quelque chose, comme ça, d’immédiat, on vous donne tout. Ça a été quelque chose d’assez progressif, donc probablement de moins perturbant pour moi.

GD : Donc d’une certaine manière, vous pouvez vous dire que la même attitude, vous allez, c’est donc la même expérience, vous allez l’utiliser pour le cinéma ? C’est-à­-dire que c’est quelque chose qui commence, vous êtes habituée aux hauts et aux bas de ce qui s’est passé dans la chanson, et comme vous semblez avoir derrière la fragilité une assez grande volonté, vous allez attaquer un deuxième monde, tranquillement et avec le temps. C’est ça l’idée ?

 MF : Oui, là c’est plus une façade sereine, qui en aucun cas n’existe, dans le fond, si ce n’est que là je suis plus posée que d’ordinaire. Mais c’est plus un parcours angoissant qu’autre chose. Maintenant, pour répondre à votre question, je le ferai effectivement avec un maximum de réflexion et de réelles envies. C’est­-à­-dire, me perdre dans quelque chose pour le rien : non, en aucun cas.

 GD : Donc, ça veut dire qu’il faut forcément trouver des textes extrêmement forts, des scénarios extrêmement forts…

MF : Ça va être de plus en plus difficile, je le sais. Mais c’est…

GD : Mais est-ce que vous avez envie, puisque vous avez dit tout à l’heure que vous aimez bien les choses très différentes, d’Oliver Stone à d’autres metteurs en scène, ça veut dire est­-ce que vous pouvez jouer une comédie, par exemple, par goût du fait de jouer ? Ou est-­ce que tellement pas dans votre registre que ça vous paraît surréaliste ?

MF : Si vous me proposez Woody Allen, je vous dis oui, j’accours ! (rires) Maintenant, tous les genres de comédie : non, je pense pas. Je ne sais pas, d’ailleurs, mais je ne pense pas avoir ce talent­-là, et peut­-être cette envie tout simplement. Une bonne comédie, oui c’est aussi intéressant et passionnant qu’un…

GD : Sûrement, mais je veux dire tout le monde a envie de jouer avec Woody Allen, parce que on entre sans frapper, enfin si jamais il vous appelle, on s’assoit, vous lui dites de s’asseoir et on lit même pas le scénario, à la limite ! Mais le monde, le fait de changer de monde, parce que c’est un monde tellement particulier, celui du film donc qui sort mercredi, que c’est vrai qu’il y a aussi le risque d’être cataloguée dans une espèce de fantastique, onirique…

MF : Ma foi, j’en ai pris le risque, et puis j’espère avoir la chance que d’avoir des propositions différentes. Je fais appel, j’allais dire, à l’intelligence du metteur en scène, plus qu’à quelque chose, comme ça, qui…

GD : Mais est­-ce qu’après on se dit pas, quand on a fait un film comme ça, ou quand on a eu une expérience comme ça qui est très profonde, parce que vous avez attendu plusieurs années, vous avez tourné pendant cinq mois, et puis c’est compliqué etc. et puis le film sort, est­-ce qu’on a envie après, j’allais dire, de retourner dans le travail d’avant ? Est­-ce que vous pourriez vous dire « Bon, ben maintenant, il faut s’y remettre », ou est-ce que vous y avez déjà pensé, écrit, travaillé, fait des musiques, ou pas du tout ?

MF : Non. J’ai eu pendant effectivement le tournage même, plutôt juste après le tournage, quand le tournage s’est terminé, une envie que de tout abandonner, tout délaisser. Pour aller vers quoi, c’était le point d’interrogation et plutôt une période d’anéantissement qu’autre chose. Aujourd’hui, oui j’ai très envie de retourner vers l’écriture, enfin mon écriture, en tous cas, pour essayer de découvrir des choses que je ne connais pas moi­-même, je suppose, parce que je ne sais pas ce que je vais faire, je ne sais pas ce que je vais écrire. Mais non, j’ai toujours cette envie. Je sais que si cette envie me quitte, j’arrêterai. J’aurai en tous cas cette honnêteté.

GD : Il y a quelque chose qui peut apparaître paradoxal, c’est que finalement vous êtes très pudique, réservée, timide, et en même temps vous faites des choses qui sont toujours, qu’elles soient habillées ou pas habillées, toujours un peu explosives. C’est jamais… Pourquoi ? MF : Parce que je crois que ça fait partie de mon propre paradoxe. C’est cette envie que de se cacher, cette envie de lumière et qui se reproduit dans le moindre de mes actes et pensées. C’est quelque chose de conflictuel mais nécessaire.

GD : Vous savez que par rapport justement aux années précédentes, on a appelé ça un peu pompeusement les années 80, celles qui s’annoncent sont plus tellement les années de la provocation. Mais quand je dis « la provocation », c’est pas la provocation au sens idiot mais la provocation au sens presque artistique des choses. Maintenant, ceux qui essaient de sortir le bout du nez pour faire des choses un peu différentes, on leur tape sur le bout du nez. Ça vous fait peur, ça ?

MF : J’ai l’impression que ça a existé toujours, ça, que c’est omniprésent, que dès qu’on essaye de faire quelque chose qui n’est pas, effectivement, dans ce chemin balisé, on vous tape sur les doigts. Mais…

GD : On vous a tapé, vous, sur les doigts ?

MF : Attaquée, bien évidemment ! Mais une fois de plus, peu m’importe, ça ne nous touche pas. Un artiste existe parce qu’un public est là. Au fond, j’enfonce des portes ouvertes, mais c’est la vérité vraie! Donc, tant qu’un public me dit « Continue ! C’est quelque chose que nous aimons », je continue !

 GD : Est­-ce que vous vous reconnaissez, non pas personnellement, mais dans des attitudes qui peuvent vous ressembler, par exemple pour quelqu’un comme Isabelle Adjani qui vit un peu…qui au fond montre à l’écran des choses souvent excessives et puis qui le reste du temps disparaît ?

MF : Je ne sais pas si nous sommes pareilles, mais c’est vrai que on m’a fait souvent cette réflexion, par exemple, que nous avions… Mais c’est plus pour évoquer des choses, dans le fond, des choses négatives en fait. Cette comparaison a été…

GD : Non, mais là c’est dit…

MF : Non, je le sais mais là je pense à ça parce que c’est quelqu’un qui, je crois, a essayé réellement de gérer sa carrière et son image et de faire ce qu’il lui plaisait, et parfois de s’évanouir et qu’on le lui a reproché. Maintenant, est­-ce que je…Je ne sais pas, c’est quelqu’un qui a un grand talent.

GD : La dernière question : est-­ce que la vie quotidienne, c’est-­à­-dire celle qui est ni sur les planches, ni dans les studios, ni en tournage, est­-ce qu’on y trouve un peu de bonheur, de plaisir, ou est­-ce que finalement il faut attendre désespérément de faire quelque chose et de se montrer ?

MF : Je crois que j’ai besoin effectivement de faire quelque chose, et ce métier… Sinon, je le vis mal.

GD : En tous cas, on vous souhaite le plus grand succès pour le film…

MF : Merci beaucoup.

GD : …à vous et à Laurent Boutonnat. Le film donc qui est sorti aujourd’hui sur les écrans et que je vous encourage vivement à aller voir, parce que c’est un film qui ne ressemble pas aux autres et c’est tant mieux ! Ciao, à demain. MF : Merci beaucoup… Générique de fin de l’émission.

TALKSHOW 5 OCTOBRE 1994 Présenté par Guillaume DURAND LCI

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« Oui, je suis narcissique » : Parole de Mylène

Posté par francesca7 le 16 septembre 2015

Parole de MylèneLes bureaux de Toutankhamon, un après-midi de 1990. Le romancier Philippe Séguy assiste en exclusivité à la projection privée du clip Allan Live. Après la première tournée et le triomphe au Palais des Sports, Laurent et Mylène ont eu l’idée romantique de brûler au lance-flammes le cimetière qui avait servi de décor au spectacle. La séquence, filmée, est intégrée au montage. Tous les trois s’installent sur des chaises dans le studio prévu à cet effet. Sur le visage de Mylène, que Philippe scrute avec autant de curiosité que l’écran, aucune émotion n’affleure. Rien qui ne perturbe son teint laiteux. Manifestement, la chanteuse n’éprouve aucun plaisir à se contempler. Face à son reflet dans l’image, elle demeure d’une froide indifférence.

 

On la croit nombriliste, rien n’est plus faux. Elle est narcissique, ce qui n’a rien à voir. Et elle en fait l’aveu sans l’ombre d’un complexe : « C’est vrai, je suis narcissique. » On aurait tort de prendre cette déclaration pour une simple provocation. Mylène sait de quoi elle parle. Ce trait de son caractère, elle l’a constaté depuis l’enfance. L’attrait irrésistible du miroir, l’impression que le visage qu’on aperçoit n’est pas le sien, mais celui d’une amie qu’on a envie d’apprivoiser, de séduire… « Le miroir, dit-elle, est fondamental dans ma vie. J’ai en permanence besoin de mon reflet. » Un besoin viscéral en effet.

 

Lorsque le reflet semble bienveillant, la personnalité narcissique se sent apaisée, enfin complète. Cette faille, sans doute très archaïque, semble cicatriser, du moins provisoirement. On songe à la célèbre théorie du désir élaborée par Platon dans le Phèdre : nous aurions été autrefois scindés en deux et, depuis ce jour, nous rechercherions la moitié qui nous manque. Le clip de L’Âme-Stram-Gram met en scène cette dualité de manière limpide : les sœurs jumelles incarnées par la star sont dépossédées de leurs pouvoirs magiques dès lors qu’elles sont séparées. En revanche, une fois réunies, elles sont capables de mettre un groupe de cavaliers sanguinaires hors d’état de nuire.

 

C’est la même chose pour Mylène : il lui faut être en communion avec l’autre partie d’elle-même pour se rassembler et donner le meilleur de son talent. Elle ne délivre pas, au fond, d’autre message dans la chanson L’Autre, qui demeure une énigme pour bien des exégètes de son répertoire. Et lorsque la chanteuse tente d’expliquer ses intentions, elle prend soin de ne jamais fermer le sens. « L’autre suppose beaucoup d’autres. Ça peut être l’autre moi. Ça peut être cette chose qui n’a pas d’enveloppe physique et qui est au-dessus de vous et qui va vous aider, vous diriger parfois, vous contrarier aussi. Ça peut être l’autre, une autre personne. J’ai essayé de trouver un mot qui puisse évoquer beaucoup de choses. Ça peut être aussi la schizophrénie, pourquoi pas ? »

 

La schizophrénie. Un mot lâché au passage, excessif sans doute, puisqu’il évoque une forme de psychose dont, bien évidemment, Mylène ne souffre pas. En revanche, son imaginaire en atteste, l’aliénation mentale est un thème qui l’attire. « L’univers de la folie ne cesse de me fasciner  », dit-elle. Convaincue qu’il y a une forme de vérité à découvrir chez les personnes atteintes de ces troubles, elle n’hésite pas à déclarer : « J’ai toujours été attirée par les névrosés et les désespérés parce que je sais que la vraie vie est en eux. Pas dans cette fausse image renvoyée par les magazines où tout est trop lisse pour être vrai. »

 

Incarner à l’écran dans Giorgino, une jeune femme déséquilibrée va d’ailleurs lui permettre d’accomplir un envoûtant voyage intérieur aux frontières du pathologique. « Catherine m’a séduite par sa fragilité, son étrangeté, par cette violence sourde, enfantine, qui émane d’elle. Mal armée pour se défendre, elle exprime ses émotions brutalement, simplement, sans passer par le tamis de la réflexion. Je me sens moi-même proche de cette animalité, de cette réponse immédiate et instinctive à toute agression extérieure. D’ailleurs, au cours du tournage, je me suis demandé si c’était Mylène qui nourrissait Catherine, ou l’inverse. J’avais le sentiment que la frontière entre le normal et la folie est très mince. »

 

De ce point de vue, le clip de Sans logique illustre parfaitement la dualité du désir : coiffée de   cornes en métal, Mylène transperce l’homme qu’elle aime. Preuve que l’identité, au sens d’une unité à réaliser, demeure problématique. « Sans logique / Je me quitte », fredonne la chanteuse. Des paroles que ne renierait pas, en effet, un schizophrène.  Cette dualité fondamentale occupe une place de choix dans son répertoire. Parfois, elle déjoue même les apparences : on croit que la chanteuse s’adresse à quelqu’un d’autre et il ne s’agit que d’un dialogue… avec elle-même. Le « tu » se confond alors avec le « je », comme dans Tristana : « Adieu Tristana / Ton cœur a pris froid », murmure-t-elle dans un souffle, avant d’achever le refrain par : « Ne le dites pas / Tristana c’est moi. »

 

D’une certaine façon, Mylène poursuit dans l’écriture ces jeux de dédoublement

auxquels s’adonnent les jeunes enfants, seuls dans leur chambre. Lorsqu’on tend l’oreille, on s’aperçoit qu’ils peuvent tenir des conversations entières avec un objet transitionnel, peluche ou poupée, sur lequel ils projettent leur personnalité.

 

Flirter avec la schizophrénie, jouer avec le symbole, ne signifie pas qu’on risque soi-même de sombrer dans le dédoublement de personnalité. Au contraire, le privilège de l’artiste, en mettant à distance ses propres angoisses dans son œuvre, est de se prémunir contre le risque de la folie. Le quotidien de Mylène n’a rien de déstructuré, bien au contraire. Ainsi, lorsqu’elle se trouve à Paris, ses journées de travail sont plutôt calibrées : départ autour de midi vers les bureaux de Stuffed Monkey, sa société, et retour à son domicile vers dix-neuf heures. Rien à voir avec le tempérament borderline d’une Amy Winehouse. Le modèle « sex, drugs and rockʼn’roll », très peu pour elle ! « Elle déteste se coucher après minuit », m’a confié Bertrand Le Page dans les années 1990. Sans doute cet irréductible noctambule, qui avait besoin d’entendre des voix amies au cœur de la nuit, exagérait-il un peu. Aujourd’hui, en tout cas, la star semble se coucher plus tard. Dans Appelle mon numéro, elle évoque avec malice son « plus beau geste », celui de poser sa tête sur l’oreiller, privilège réservé à celui qui « entre dans l’histoire » – autrement dit, la sienne.

 

Fidèle à certains rituels dont l’empreinte remonte à l’enfance, Mylène aime à réunir les membres de sa famille le dimanche. Sa sœur Brigitte, son frère Michel, sa mère, Marguerite, mais aussi ses nièces. Ils sont les témoins de son passé, ses repères les plus intangibles, les garants d’une certaine continuité dans son parcours. Elle a besoin d’eux pour garder son équilibre. Dans les moments qu’elle partage avec eux, elle n’a pas besoin de jouer à la star, ni d’imposer ce rapport de force, de chercher de nouveaux subterfuges pour demeurer distante. Bref, sa famille l’aide à se rassembler, à lutter contre la tentation périlleuse du morcellement.

 

« Dans mes chansons, je ne parle que de moi ! C’est de l’égocentrisme artistique », reconnaît Mylène. Une manière d’assumer son narcissisme avec panache. Mylène ne peut faire autrement : ce qu’elle exprime d’abord, c’est sa difficulté à recoller les morceaux de son être. Toutefois, passer son existence à gérer ses paradoxes ne signifie nullement que les autres ne formeraient qu’un simple décor. Une personnalité narcissique n’est pas nécessairement obsédée par son plaisir égoïste. Elle ne désire pas forcément, non plus, être le centre de toutes les conversations. Ses collaborateurs le confirment, Mylène n’a rien de ces artistes nombrilistes centrés sur leur petite personne, qui envahissent les autres avec leurs états d’âme. Christian Padovan, bassiste sur la tournée de 1989, a d’ailleurs été frappé par le comportement atypique de la chanteuse : « Mylène ne pleure pas sur elle, la plupart du temps, comme peuvent le faire d’autres chanteurs. Elle n’attend pas les congratulations habituelles, les “tu es formidable”. Elle s’en fiche. Elle a travaillé, c’est cela qui est bien. »

 

Autre trait de son caractère qui détonne : un sens de l’écoute exceptionnel. Tous les témoignages concordent sur ce point. « Elle n’a rien d’une fille égocentrique, me dit Elsa Trillat. Quand les gens l’intéressent, elle pose même énormément de questions. » « Dans la vie, c’est quelqu’un de tout à fait courtois, charmant, calme, très attentif, à l’écoute des gens », confirme Agnès Mouchel, monteuse des premiers clips. Quant au photographe Jean-Marie Périer, il semble encore sous le charme de leur première rencontre. « J’ai été séduit par son incroyable faculté d’écoute et l’intérêt qu’elle sait porter aux autres. Une artiste qui peut parler d’autre chose que d’elle-même est, croyez-moi, une denrée des plus rares. Je n’avais pas rencontré cette qualité d’attention depuis Simone Signoret. »

 Mylène narcissique

Elle possède ce regard qui vous transperce, ce désir de savoir comment vous tenez debout malgré tout, comment vous parvenez à gérer le paradoxe de la vie, à surmonter vos doutes qui sont aussi les siens. « Tu sais que ta vie / C’est la mienne aussi », chante-t-elle dans Il n’y a pas d’ailleurs. Il y a une universalité dans la difficulté d’être, une communion peut s’instaurer. N’allons pas croire que les personnalités narcissiques soient enfermées en elles-mêmes : cette faille qui rend leur bonheur incertain leur sert de rampe d’accès à l’autre et c’est par ce biais qu’elles pénètrent, parfois avec fulgurance, l’âme de ceux qui croisent leur route. Voilà sans doute une autre clé du succès de Mylène : alors qu’elle ne parle que d’elle-même, chacun peut éprouver le sentiment, lors d’un concert, qu’elle ne s’adresse qu’à lui.

 

Bien sûr, la chanteuse ne s’intéresse pas à tout le monde. Elle le dit elle-même, dès ses débuts, quitte à passer pour misanthrope : « J’aime très peu de gens. Je suis très exigeante. » Mais ça ne l’empêche pas de se montrer attentionnée avec ceux qui travaillent pour elle. Généreuse, même. Car, ce qu’on ignore, c’est qu’elle adore faire des cadeaux : choisir précisément l’objet qui va toucher l’autre, lui apporter la preuve qu’elle le voit. Ainsi, après les représentations de son spectacle au Palais des Sports, du 18 au 25 mai 1989, tous les musiciens se voient offrir un magnifique stylo Bulgari en argent massif. Ou encore, le jour de son anniversaire, le bassiste Christian Padovan a la surprise de recevoir un joli pull en cachemire. Être attentive à son équipe, c’est aussi, à la même époque, faire livrer, tous les soirs, après le spectacle, du champagne Cristal Roederer à foison dans les loges.

 

Pour Mylène, cette première tournée va d’ailleurs être l’occasion d’une prise de conscience inattendue. Le déclic se produit lors d’une de ces conversations qui s’amorcent parfois après le show, au moment où, galvanisée, la chanteuse semble peiner à redescendre sur terre. « Un ami m’a demandé : “Pourquoi chantes-tu ?” J’ai répondu : “Pour moi.” Il m’a dit : “Moi, je chante pour eux.” Dans l’incroyable ferveur dont j’étais l’objet, j’ai mesuré alors l’attente que le public, les autres, avaient de moi. » Habituée à tout donner, Mylène n’avait pas encore pris la peine de recevoir.

 

Il ne faut pas chercher ailleurs le sens de ces torrents de larmes, versés sur scène, et qui ont fait couler tellement d’encre. On lui a reproché de tricher, de théâtraliser un chagrin d’opérette. Des soupçons qui l’ont profondément choquée. « Quand les larmes coulent, c’est l’émotion qui parle. Et là, quoi que certains veuillent en penser, on ne triche pas. Je sais ce que j’ai ressenti chaque soir sur scène. Personne ne pourra me convaincre d’avoir menti sur ce que j’éprouvais216. » Certes, l’image d’une artiste qui craque en public semble inhabituelle, voire déplacée. N’est-ce pas les spectateurs qui sont censés vibrer d’émotion ?

 

Chacun de ses spectacles comporte un moment propice à ses débordements lacrymaux. Une ballade triste, son visage se crispe, sa gorge se serre, et l’émotion la submerge. En 1989, elle pleure en interprétant Ainsi soit je, puis, au moment du rappel, Je voudrais tant que tu comprennes. En 1996, elle sanglote sur Rêver – le public reprend même le refrain à sa place –, puis sur Laisse le vent emporter tout. En 1999, elle a toutes les peines du monde à chanter jusqu’au bout Pas le temps de vivre et Dernier sourire. À Bercy, en 2006, fredonner L’Autre la bouleverse à chaque fois. Quelle chanson provoquera le même effet au Stade de France en 2009 ? Si j’avais au moins…, sans doute.       Face aux sceptiques, persuadés que la star met en scène ses émotions, le guitariste Slim Pezin n’hésite pas à monter au créneau. « Mylène sait ce qu’elle dit, ce qu’elle chante avec des références à son parcours. Bien entendu, il y a certainement son côté comédienne, mais elle le vit vraiment. Quand on est en répétition, cela va au-delà de ce qu’on peut imaginer. » Pour ce grand musicien, le fait que la chanteuse pleure aussi en l’absence du public est la preuve irréfutable de sa sincérité. Si tout était le fruit d’un calcul cynique, n’économiserait-elle pas ses larmes durant les répétitions ?

 

De son côté, la star s’est expliquée sur l’émotion qui l’habite dans ces moments-là : « Il y a des chansons dont les textes me touchent profondément. Et puis, c’est vrai que l’écoute que j’ai, qui est d’une grande qualité, d’une grande chaleur, me provoque, me suscite des émotions. » En fait, ses larmes ne sont pas étrangères à son tempérament narcissique. Parce que la chanteuse fait partie de ceux pour qui donner est plus facile que recevoir, les instants où elle ressent cet amour sont particulièrement dévastateurs. Cette affection démesurée, lorsqu’elle perce la cuirasse de la chanteuse, a donc des allures de raz-de-marée intérieur. En même temps, c’est une émotion libératrice. Des instants miraculeux où Mylène échappe à sa forteresse de solitude. Le temps d’une chanson.

 

 

Extrait du livre : MYLÈNE par Hugues ROYER aux Editions Flammarion 2008

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ET VOTRE MUSIQUE MYLENE

Posté par francesca7 le 14 juillet 2015

 

RADIO FG – 6 DÉCEMBRE 2010 : ANTOINE BADUEL

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Quelques jours avant la sortie de son nouvel album « Bleu Noir », Mylène Farmer convie plusieurs radios pour une séance de promotion dans une suite de l’hôtel Park Hyatt, situé rue de la Paix à Paris et qui fait face aux bureaux d’alors de la chanteuse. Chaque journaliste se voit accorder dix minutes très précisément d’entretien.

C’est la première fois de sa carrière que Mylène s’exprime sur Radio FG, radio essentiellement orientée vers l’electro-house et la dance.

Comme souvent, l’entretien diffusé à l’antenne a été monté et donc des parties de réponses, voire des passages entiers, ont été coupés. Radio FG offre cependant aux auditeurs l’enregistrement intégral de l’interview en le mettant en ligne sur son site Internet quelques minutes après sa diffusion sur la station.

C’est donc l’intégralité de l’entretien qui est retranscrite ici.

Antoine Baduel : Vous sortez le 06 décembre 2010 votre nouvel album, « Bleu Noir »et premier renseignement : vous avez travaillé avec un nouveau producteur très talentueux, RedOne. Pourquoi l’avoir choisi ? Qu’est-ce qui vous a séduit dans son style ?

Mylène Farmer : Pour répondre à votre question –la première question, en tout cas- j’ai rencontré RedOne grâce à Pascal Nègre (PDG de Universal Music France, nda). À un moment donné ils ont parlé de moi et Pascal a compris que RedOne écoutait et appréciait ma musique. Et puis nous avons conversé tous les deux et je lui ai demandé s’il était possible de rencontrer ce fameux RedOne (rires) et nous nous sommes rencontrés. C’est quelqu’un de chaleureux, d’enthousiaste. Et puis pour répondre donc à la deuxième question, j’aime les sons de RedOne, j’aime l’efficacité de ses mélodies, j’aime l’idée que c’est un artiste qui peut aller aussi bien vers une Lady Gaga mais qui va aussi travailler avec un U2 et puis avec moi, et puis avec d’autres. Donc c’est quelqu’un qui, j’allais dire, a certainement, oui, une générosité en lui mais qui est curieux en tout cas de l’autre et des univers musicaux qui sont tous différents les uns des autres.

AB : Est-ce un nouveau producteur pour un nouveau son Mylène Farmer ? Est-ce que vous vouliez une production plus dance que les précédentes ?

MF : C’est toujours un peu difficile pour moi de cataloguer cet album, mais c’est vrai qu’en me dirigeant vers des compositeurs tels que Moby qui est vraiment lui-même à la naissance de l’électro, d’autre part Archive qui, lui, c’est encore un autre univers, lui qui dissèque le côté sombre de l’âme et qui a des envolées, comme ça, lyriques… D’abord, j’aime l’électro pour en écouter moi-même : j’aime beaucoup et j’écoute très, très souvent Massive Attack, j’aime Air. J’aime aussi d’autres musiques : j’aime Muse, j’aime Sigur Rós, j’aime Depeche Mode. J’ai été élevée finalement –enfin, j’allais dire ‘élevée’ : non pas, mais quelqu’un proche de moi(son frère cadet Michel, nda) qui très petit écoutait énormément de musique et a une bibliothèque(sic) fantastique de vinyles, d’abord, et puis aujourd’hui de CDs. J’ai écouté ça en boucle : c’était les Blancmange, les Soft Cell, Depeche Mode et évidemment des milliers d’autres.

AB : On parlait de Moby et on se souvient de votre duo, « Slipping Away ». Comment se sont passées ces retrouvailles musicales ?

MF : Retrouvailles musicales… Moby, c’est quelqu’un que j’ai toujours apprécié, comme je le disais précédemment. C’est quelqu’un qui après notre duo, nous avons essayé de ne pas nous perdre non pas de vue parce qu’il habite très loin, mais nous correspondons par mail. Et Moby, parce que justement nous ne nous perdons pas de vue, un jour m’a envoyé un CD avec près de dix-sept titres, de maquettes de ces chansons et m’a dit ‘Prends ce que tu veux, si tu en as envie !’ et j’avoue que je ne me suis pas fait prier : j’en ai choisi six ! C’est quelqu’un qui lui aussi a cette générosité commune d’avec RedOne, d’ailleurs, qui, lui, m’a dit ‘Fais ce que tu veux avec les chansons, si tu veux changer même les mélodies, la production…’ et j’ai peu changé finalement la production parce que je voulais préserver l’âme de ces chansons, justement. Il y a quelque chose d’immédiat chez Moby, je trouve, qui est à la fois nostalgique et à la fois dynamique et j’ai voulu vraiment préserver ce que moi j’avais découvert au travers de ces maquettes. Et puis après j’ai apporté ma patte !

AB : Votre musique est traditionnellement marquée par la mélancolie et vos concerts par une énergie incroyable. Est-ce que cet album reflète une nouvelle fois ces deux aspects de votre personnalité ?

MF : Oui. Je pense qu’il y a encore d’autres facettes, j’imagine, qui sont présentes ou à découvrir mais ça fait partie bien sûr de ma personnalité : il y a l’aspect sombre, il y a l’aspect mélancolique, l’aspect plus joyeux, plus gamine. Mais là encore, je pense que nous sommes peu ou prou tous les mêmes avec des failles, avec des éclats de rire. La vie, quoi ! (sourire)

AB : Votre single « Oui mais… Non » a été remixé par un jeune artiste français, Jérémy Hills. Avez-vous écouté ce remix et qu’en avez-vous pensé ?

MF : Bien sûr que oui. J’ai entendu parler de ce jeune homme –puisqu’il est effectivement très, très jeune- par un ami commun et comme il savait que j’étais à la recherche justement de nouveaux remixeurs –parce qu’il est toujours tentant d’aller puiser vers les personnes et connues et reconnues, mais moi ça me met en joie que d’aller aussi vers des personnes qui sont plus…-bien qu’il ait fait quelque chose d’assez remarquable, c’était avec Beyoncé je crois, un remix qui a très, très bien marché- néanmoins peu connues du grand public. Donc j’ai dit ‘Fonçons !’ et j’ai évidemment écouté et apprécié, et j’en suis très, très heureuse.

AB : Beaucoup de vos tubes ont été remixés et cela prouve l’intérêt que peuvent porter des DJs pour votre carrière, votre musique. Certains artistes se sentent un peu dépossédés quand on remixe un de leurs titres. Est-ce votre cas ?

MF : Dans la mesure où nous allons vers eux, c’est donc déjà un souhait mais parfois ça peut se terminer par une mauvaise ou une bonne surprise : c’est pas bien à tous les coups. On peut éventuellement intervenir en cours de production –de reproduction ! Ce que je n’aime pas, c’est quand un remixeur va complètement effectivement enlever totalement l’âme de la chanson. J’aime bien qu’il s’approprie la chanson mais pas la rendre totalement étrangère.

AB : En dehors du single « Oui mais… Non », premier extrait de l’album, on a également découvert le titre « Leïla » composé par Moby (par Archive en réalité, nda) et qui parle d’une jeune iranienne. Que pouvez-vous nous dire sur cette chanson ?

MF : Là, il s’agit d’une rencontre d’il y a quelques années. J’ai rencontré donc sa maman, qui fût la femme du Shah d’Iran mais c’est pas tant ça qui m’intéressait et qui m’a émue, c’est plus l’histoire qu’elle m’a raconté puisque sa fille s’est donné la mort, s’est suicidée et elle me confiait qu’elle écoutait beaucoup ma musique, ce qui fatalement me touche. Et puis indépendamment de ça, c’était parler d’une femme, d’une femme d’un autre pays. J’ai récemment d’ailleurs revu sa maman, lui ai présenté et la chanson et la vidéo qui est réalisée par Alain Escalle (exclusivement pour le site éphémère crée pour annoncer la sortie de l’album « Bleu Noir », nda) et j’avoue que c’était un moment d’émotion intense.

AB : La promotion de ce nouvel album est sensiblement différente des précédents : cette fois-ci, en effet, vous avez lancé un site web éphémère où l’on trouve des extraits, des clips… Pourquoi ce choix-là ? Vous avez le sentiment qu’Internet a changé la donne pour les artistes ?

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MF : Certainement. C’est vrai que Internet s’impose à nous, qu’on le veuille ou non. Après, c’est vrai que je faisais sans doute partie de ces gens un peu réfractaires. J’ai mis du temps à m’y mettre, si je puis dire ! J’avoue aussi que c’est quelque chose d’assez ludique. Ca m’a permis effectivement de créer le désir, parce que je crois que c’est surtout ça pour moi qui était important : c’est de ne pas en effet tout dévoiler, parce que j’aime l’effet de surprise, de même que j’aime que l’on me fasse des surprises ! Maintenant, j’ai pensé à ce site éphémère et parce qu’il est éphémère c’est ce pourquoi il m’a séduite aussi, et l’envie effectivement de distiller, comme ça, des petites gouttes. Donner l’envie, tout simplement.

AB : « Bleu Noir » est votre neuvième album (le huitième en réalité, nda) et depuis vos débuts, vous êtes fidèle à la même image, au même univers. Qu’est-ce qui nourrit aujourd’hui votre musique, l’écriture de vos chansons ?

MF : Ce sont des instants de vie, des émotions, ce sont mes propres histoires. Je crois pas qu’il y ait de recette, finalement. J’ai l’impression aussi finalement d’écrire un peu toujours la même chanson en ce sens qu’il y a des thèmes récurrents. Voilà, c’est tenter de se livrer un petit peu. (sourire)

AB : La sortie d’un nouvel album met toujours en transe vos fans. C’est un évènement, tout autant que vos concerts. Alors, prévoyez-vous une tournée l’an prochain pour promouvoir cet album ? Des Stade de France ?!

MF : Ecoutez, pour l’instant, sincèrement : rien, parce que l’album, déjà, a demandé beaucoup, beaucoup d’énergie et de travail. La scène, là encore, c’est un moment que je préfère rare, mais dans le sens qualificatif du terme (Mylène veut sans doute dire ‘qualitatif’, nda). C’est d’abord beaucoup, beaucoup de travail en amont : c’est plus d’un an de travail. Pour l’instant, voilà, je suis concentrée sur cet album et sa sortie. Dans le futur il y aura une scène, j’ai très envie de remonter sur scène. Ca me manque. Mais ce n’est pas pour l’instant en tout cas.

 

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POUR UN CLIP AVEC TOI Mylène Présenté par Laurent BOYER

Posté par francesca7 le 25 mai 2015

M6 du 7 AVRIL 1991

« J’ai un souci de garder les choses secrètes, je suis probablement comme les enfants : j’aime encore les surprises. »

1991-01-hLe contexte de ce long entretien est un cas unique, puisqu’il a lieu sur le plateau du clip « Désenchantée », en plein tournage de celui­-ci. Laurent Boyer se retrouve donc en extérieur, aux côtés de Mylène qu’on découvre avec son apparence du clip, protégée du froid par une grosse doudoune noire.

Cette interview est la première apparition télévisée de Mylène depuis novembre 1989. Après la fin du Tour 89 début décembre, elle avait alors complètement disparu médiatiquement.

Laurent Boyer : C’est en direct de Budapest, en Hongrie, en fait à la sortie de la ville, que nous sommes installés pour le cinquième jour de tournage du clip qu’on attendait ­ enfin du clip et du 45 tours de Mylène Farmer qui s’appelle « Désenchantée », que vous entendez à la radio déjà depuis le 18 mars, dans l’attente d’un album qui s’appelle « L’Autre… », et qui sortira le 8 avril. (la date de sortie nationale officielle de l’album est le 10 avril 1991, nda) Alors, déjà, merci à Mylène de nous recevoir ici, car c’est la première fois qu’une équipe de télévision ­ petite, l’équipe ! ­ a le droit de s’installer sur le tournage d’un clip C’est bien la première.

Bonjour Mylène !

Mylene Farmer : Bonjour (elle sourit puis baisse la tête, les yeux plongés vers le sol).

LB : Alors vous découvrez une Mylène un peu… on comprend pas bien… On se dit qu’elle est sortie d’un roman de Charles Dickens. Vous voyez que ce matin, on l’a un peu tabassée, elle a un petit peu de sang qui coule des lèvres. Elle a beaucoup souffert et elle est habillée, comme d’habitude, par Thierry Mugler (rires), ou encore Amor, comme on peut le constater. Mylène, bienvenue. Merci de nous recevoir ici, c’est très joli. (en regardant derrière) Je crois que ça, c’est en fait l’image du début du clip…

MF : Oui (elle hoche la tête)

LB : Je crois que le clip commence comme ça. On est en plein tournage donc on est comme vous, on découvre un petit peu l’ambiance de ce clip. Alors, c’est Mylène dans cette tenue­là qu’on découvrira dans le clip…

MF : Sans le manteau !

LB : Sans le manteau, parce que le manteau a un côté un peu plus mode…

MF : Un peu moderne, oui.

LB : Il faut dire qu’il ne fait pas très chaud. Cinquième jour de tournage. Il y a combien de temps que tu es installée ici, Mylène ? Ça fait une huitaine ?

MF : Ça fait à peu près huit jours, oui.

LB : Je sais que c’est pas très facile pour toi parce qu’il y a les conditions climatiques qui ne sont pas évidentes. Je crois qu’il a fait très froid, la semaine dernière…

MF : Oui, beaucoup plus froid qu’aujourd’hui.

LB : Là, ça va un petit peu mieux. On a droit au soleil sur Budapest. Assez joli… Et puis, tu te lèves très tôt, et vous tournez toute la journée, c’est ça ?

MF : On a des horaires un peu différents chaque jour. Mais ce matin, on s’est levé à cinq heures du matin.

LB : Alors cet album arrive. On en a beaucoup entendu parler. Et quoique, puisque ça fait un moment que tu es absente, en fait. Depuis le dernier Bercy, on n’entend plus parler de Mylène Farmer…

MF : Je crois que ça fait un peu plus d’un an, maintenant.

LB : Qu’est­ce qui s’est passé ? C’était une retraite ou c’était le temps de la création ?

MF : Je crois que c’est un petit peu des deux. Je crois qu’on a besoin de se cacher après une scène. C’est beaucoup d’émotion. Et d’autre part, j’ai préparé le… troisième album, je crois ?!

LB : C’est le troisième, je te le confirme ! (rires)

MF : C’est le troisième. Et ma foi, voilà, ça a pris à peu près quatre, cinq mois de studio.

LB : De studio, et de création aussi, d’écriture, parce que tu as écrit…

MF : Oui. Toute l’écriture, c’était vraiment sortie de scène jusque entrée en studio.

LB : Est­ce qu’on peut dire…Cet album, on n’en parle pas encore, il sort le 8 avril, donc on ne sait pas encore, personne n’a écouté. On sait qu’il s’appelle « L’Autre… ». Il y avait « Ainsi Soit Je… », il y a « L’Autre… » maintenant. C’est quoi, c’est une continuité cet album ?

MF : (elle hausse les épaules) J’ai un petit peu de mal à m’expliquer quant au contenu d’un album. Je dirais que c’est de la même veine. C’est très difficile pour moi. C’est quelque chose d’assez mystérieux finalement, même pour moi.

LB : Y’a que toi qui a écrit sur cet album…

MF : Oui.

LB : …ou on trouvera d’autres textes d’autres gens ? (Mylène fait « non » de la tête). Y’a une dizaine de titres, c’est ça ?

MF : Oui, il y a à peu près dix titres. Il y en a même dix. Et non, je suis la seule à écrire. J’ai délaissé les poètes ! (petit rire)

1991-01-aLB : Bien. Les conditions de tournage, vous le verrez, parce que vous allez voir énormément d’images du tournage, on en profite en fait puisque tu nous reçois ici, vous allez découvrir de quelle façon Laurent Boutonnat et Mylène Farmer travaillent sur un clip, sur ce clip qu’on découvrira tout à l’heure, « Désenchantée ». Vous le verrez par deux fois, ce clip, avant la fin de l’émission, deux versions différentes. Il y a à peu près une centaine de figurants ici ?

MF : C’est ça.

LB : Des enfants. Alors pourquoi avoir choisi des enfants ? Des enfants hongrois en fait, à Budapest. Y’a une raison particulière ?

MF : Il y a plusieurs raisons pour le choix de la Hongrie. Il y a d’abord la neige. On voulait un paysage de neige. D’autre part, effectivement, on voulait beaucoup de figurants. Et on voulait surtout des enfants qui portent quelque chose de grave dans le visage, dans le regard. C’est vrai que les pays de l’Est, pour ça, c’est fabuleux. D’autre part, il y a beaucoup de techniciens en Hongrie qui sont très performants et professionnels.

Et enfin, une des dernières raisons, c’est que c’est beaucoup moins cher, et qu’on peut faire des choses grandioses avec peu de moyens, finalement.

LB : Est­-ce que ça veut dire que ça va être dans la lignée de l’imagerie Mylène Farmer ? Parce que c’est vrai que Mylène Farmer, on l’associe aux clips, clips scénarisés qui sont en fait des films, non plus des clips. Est-ce que c’est dans la même veine et ça s’inscrit toujours dans cette veine scénarisée et à grand spectacle ?

MF : Ce sera la même chose. C’est la même écriture et le même réalisateur. Et pratiquement la même équipe à chaque fois, sur chaque tournage.

LB : Est-­ce qu’on peut dire aussi que, quelque part, si vous venez tourner ici, en Hongrie, à Budapest… On y pense souvent quant à toi, tes ambitions cinématographiques, et celles de Laurent… On peut se dire qu’il y a peut­-être aussi… On sait que « Cyrano de Bergerac » a été tourné en Hongrie. On peut se dire qu’il y a peut­ être aussi, pour toutes les conditions que tu as données, les prémices d’un futur long métrage, le moyen de repérer pour un long métrage…

MF : (sourire) Ça, c’est quelque chose d’envisageable, qui a été envisagé. Mais j’avoue que, pour l’instant, c’est quelque chose qui n’existe pas, et puis c’est quelque chose qui appartient à Laurent, en tous cas pour l’instant. Donc, en fait, je ne puis rien dire. Mais ce que je sais, c’est qu’il avait fait effectivement des repérages, avant d’envisager le clip, en Hongrie pour un long métrage.

LB : L’histoire de Mylène Farmer en clips, on va essayer de la découvrir. On va découvrir plusieurs extraits des grands clips de Mylène, et on en reparle dans quelques instants. Regardez bien : Mylène Farmer en images.

Diffusion d’extraits des clips de « Libertine », « Tristana », « Sans contrefaçon », « Pourvu qu’elles soient douces », « Sans logique » et « A quoi je sers… ».

LB : Voilà, Mylène. On vient de découvrir les extraits des on va appeler ça des films, Mylène Farmer, de « Libertine » à « Tristana », tous les grands classiques. Qu’est­ce que ça te fait de revoir ton histoire, et presque ta carrière, en clips ? C’est vrai qu’on a beaucoup associé ça, avant la scène  j’entends : l’association, c’était « Mylène Farmer, c’est de l’image ; Mylène Farmer n’existe que par l’image ». Est­ce que tu as ce sentiment ? Est­ce que tu la revendiques, ou est­ce que, au contraire, ça te gène, maintenant que tu as fait de la scène ?

MF : Non, non, je n’ai aucune gêne quant à mon passé. C’est quelque chose qui est, je crois, très important pour moi, l’image. C’est ce qui m’a fait connaître, très certainement. Bien évidemment les chansons, mais c’était quelque chose d’essentiel en tous cas. Donc j’en suis très contente. Très contente. Et c’est vrai que j’avais besoin de la scène, mais ça c’est pour mes propres émotions, pas… (silence)

LB : Justement, à ce propos, tu dis que, en fait, assez fréquemment, tu es en état de peur, et que tu as besoin de cette peur pour oublier. Mais pour oublier quoi ? Tes angoisses ?

MF : Pour oublier ses angoisses, pour oublier que la vie est profondément dure et parfois laborieuse. Pour oublier beaucoup de choses qui sont trop intimes pour vous les raconter.

LB : D’ailleurs, tu cites quelqu’un qui s’appelle Luc Dietrich, qui dit « L’oubli c’est le sommeil de nos douleurs ».

MF : Euh… No comment ! (rires)

LB : C’est ça? Tu confirmes? Y’a pas de problèmes, ça reste ça. Mais cette trouille, elle te fait du bien, elle te motive ? Par exemple, au moment d’entrer en studio, tu dis que tu as quelques angoisses. Mais quand tu parlais de ça, tu n’avais pas encore fait la scène ­ y’avait pas encore eu le Palais des Sports, Bercy…

MF : Les véritables angoisses sont quand même celles, je crois, de la scène. Le studio, c’est autre chose. En tout cas, le studio, moi je parlerais plutôt de l’écriture. Parfois, on a l’impression qu’on n’a plus de nourriture pour pouvoir aussi donner des choses. Ça, c’est quelque chose qui m’a fait un peu peur : quand on sort de scène, on est complètement vidé. Et puis, on s’aperçoit que ça se fait au fil du temps.

LB : Vidée de ses émotions, de son trac, de ses sentiments ?

MF : Non, comblée d’émotions. Mais, c’est difficile à exprimer. C’est…

1991-01-bLB : C’est un petit peu particulier quand même pour quelqu’un qui a une trouille permanente, ou qui a des angoisses et une peur, de monter sur scène devant dix­ huit mille personnes.

MF : Il y a une différence entre trouille et angoisse, je trouve.

LB : Les angoisses, c’est plus profond ?

MF : J’en sais rien. Enfin moi, je me résumerais comme quelqu’un d’angoissé, mais pas trouillard du tout par contre. C’est quelque chose de très motivant finalement, oui.

LB : L’exécutoire c’est l’écriture ? Par exemple, tu dis que tu as eu une période d’écriture après Bercy…

MF : Dans un premier temps, oui, c’est l’écriture, absolument. Mais il y a beaucoup de choses à jeter.

Justement, quand a eu des émotions très, très fortes, en général, l’après émotion, c’est pas le moment pour rédiger des choses. Je crois qu’il faut attendre quelques mois avant d’essayer de s’échapper de quelque chose de puissant.

LB : Tu fonctionnes presque comme une éponge : tu as besoin de regarder ce qu’il se passe autour…

MF : La métaphore est jolie, je vous remercie ! (rires)

LB : N’est­ce pas ?! Je vous en prie ! J’aurais pu choisir autre chose, c’était inélégant. C’est fonctionner comme une éponge : regarder ce qu’il se passe autour et retracer une histoire. Par contre, il y a une chose qui est étonnante, c’est que dans la plupart de tes titres, assez fréquemment, ça revient souvent, comme un leitmotiv, il y a la mort qui est là, qui est présente. Est­ce que ça fera également partie du futur album, de « L’Autre… » ?

MF : Je dirais que c’est quelque chose qui est inhérent à ma vie. C’est quelque chose qui me trouble. Est­ce que ça me passionne ? Je ne sais pas bien. Oui, c’est quelque chose qui sera présent, mais c’est en deçà des mots, c’est pas forcément dit avec violence non plus.

LB : Ça, ça fait bien partie de ton personnage. Quand on parle de toi, on a presque envie de parler de clairobscur.

On a l’impression qu’il y a des antinomies, des paradoxes permanents. Il y a la sauvage d’un côté, puis la timide de l’autre subitement…

MF : Elles existent. Je crois qu’on ne peut pas fabriquer pendant sept années. Je suis comme ça, et je peux avoir mes moments d’euphorie, comme tout le monde, bien évidemment. Mais je crois que je suis profondément timide.

LB : Alors, on vient de voir une série de clips, de « Sans logique » à « Sans contrefaçon », ou encore « Tristana », « Libertine ». Il y en a un qu’on n’a pas vu, volontairement, qu’on va découvrir maintenant, c’est « Ainsi Soit Je… » où là, effectivement, c’est peut­être ce côté paradoxe, il s’est passé autre chose dans le tournage de ce clip. Déjà dans l’utilisation du noir et blanc, et du sépia. Et puis, c’était pas une scène à grand spectacle. On n’était pas, comme ici à Budapest, dans une usine désaffectée, avec de la neige, avec des trains qui passent. Et je crois que c’est un des clips que tu préfères, c’est une des images de toi, « Ainsi Soit Je… », que tu aimes bien.

MF : Je sais pas si c’est une image que j’aime bien. Là, j’apprécie beaucoup la sobriété de ce clip. Pour le thème, le sujet et l’univers, en tous cas l’ambiance, je crois que c’était important d’être très, très sobre, et surtout pas explicatif, pas être narratif non plus. Donc avoir des images et suggérer des choses, c’était plus important.

LB : « Ainsi Soit Je… », Mylène Farmer. On regarde.

Diffusion du clip de « Ainsi Soit Je… ».

LB : « Ainsi Soit Je… », Mylène Farmer. Donc un des clips que Mylène préfère. Rentrons maintenant dans le détail : si on est ici à Budapest, c’est pour vous montrer, c’est ce que vous allez découvrir, des images de ce tournage de clip. C’est une première fois, je le disais tout à l’heure, et l’on t’en remercie, avec Laurent Boutonnat et Thierry Suc, de nous avoir acceptés sur le tournage d’un clip, parce que vous êtes un peu avares d’images de ce travail que vous faites en équipe sur le tournage d’un clip, comme en ce moment ici, en Hongrie.

MF : Je ne sais pas si nous sommes avares, mais c’est assez difficile qu’une autre équipe intervienne parce que, quelquefois, un tournage, surtout comme celui­-ci, c’est une grosse machinerie et ça peut perturber le metteur en scène, et tout le monde. Et c’est vrai qu’on a un souci de garder les choses secrètes, mais parce que, moi, je suis probablement comme les enfants : j’aime encore les surprises. Donc j’aime bien cet effet de surprise quand on a un nouveau clip ou de nouvelles chansons. C’est pour ça que je fais très peu écouter l’album avant qu’il ne sorte. C’est une manière de préserver la chose.

Images du tournage de « Désenchantée », avec la mention : « Budapest ­ 22.02.91 ». Les figurants attendent.

Mylène aussi…

LB : A propos de ce titre, tu parles de génération, de chaos, d’intensité ­ j’ai eu l’occasion d’écouter le titre une fois. C’est presque un titre d’actualité. C’est une fois de plus le malaise. Mais c’est le malaise de quoi ? D’une génération ? Y’a ‘génération’ dedans. Quelle génération ?

MF : Là, je suis un petit peu désolée parce que, même si le mot ‘génération’ existe, je parle surtout de moi. Je ne veux en aucun cas impliquer, même si j’emploie une fois de plus le mot ‘génération’, je n’implique que moi.  Maintenant, c’est que si quelques personnes pensent comme moi, je dirais tant mieux ! Mais, une fois de plus, ça n’engage que moi. Je ne veux en aucun cas faire de la revendication. Et moi, me situant plutôt hors du temps et hors de l’Histoire, je préfère qu’on ne me considère que comme tel.

LB : Mais pourquoi te situes­tu hors de tout ? Parce que rien ne te touche ? Ça m’étonne…

MF : Ça n’a rien à voir. On peut se situer et se placer hors de tout. C’est une manière de se protéger, c’est une manière surtout de s’échapper du monde environnant. Maintenant, je fais la même chose que vous toute la journée, probablement. Mais en aucun cas, je ne me servirais de l’actualité présente. Non pas parce que ça ne me touche pas, ce serait cruel de le dire, mais parce que ce n’est pas mon propos que de parler de ça.

Images du tournage du clip de « Désenchantée » ­ la scène où Mylène et les enfants s’enfuient du camp. Gros plans sur de nombreux figurants.

Laurent Boutonat and Mylène FarmerLB : Parle-­moi un petit peu de « Désenchantée ». Vous êtes venus ici, à Budapest, tu le disais tout à l’heure, pour des raisons de tournage. Je sais que Laurent et toi vous aimez bien la neige, vous aimez bien l’humeur de cet endroit, la Hongrie. Mais dans le clip, on voit de jeunes enfants ­ il y a une centaine de figurants hongrois ­ avec des têtes très particulières, grimés, masqués, habillés un peu comme toi…

MF : Tout à fait. Même encore plus sales ! (rires)

LB : Assez minimaliste, quoi, dans la tenue. Alors, pourquoi ce choix ? D’où vient l’inspiration de ce choix ?

MF : Là, j’avoue qu’il est né probablement d’un amour commun, de Laurent et moi­-même, pour tout ce qui est Dickens, qui est « Oliver Twist ». On aime beaucoup, tous les deux, David Lean qui avait réalisé, je crois que c’était un de ses premiers longs métrages, qui était « Oliver Twist » qui était absolument magnifique. Et c’est surtout cette approche du conte qui est permanente.

LB : Oui, ça reste un petit peu dans ce qu’on a vu déjà chez toi…

MF : Oui

LB : …dans les histoires qui avaient avant, dans les scénaries qui avaient été développés. C’est toujours un conte et une histoire. Tu aimes les histoires. Tu aimes les fins, aussi, qui sont pas forcément belles, c’est que tu dis à propose du cinéma.

MF : Oui. J’aime les fins, je crois même que je préfère, les fins tragiques.

LB : Tu fais beaucoup de reproches d’ailleurs au cinéma français à ce sujet­là.

MF : (soupir) Je le fais dans ma vie privée ! (rires) Et en privé, très souvent, je… Non, je ne ferai pas de grands discours sur le cinéma français. J’ai l’impression effectivement que le cinéma français, en tous cas celui d’aujourd’hui, me touche moins qu’un autre cinéma ­ le cinéma russe, le cinéma américain parfois, le cinéma anglais. Maintenant il y a toujours des…

LB : (la coupant) Tarkovsky, dans le cinéma russe, par exemple ?

MF : C’est quelqu’un que j’aime beaucoup. J’aime beaucoup Bergman, David Lean qui malheureusement a arrêté de tourner, je crois. Mais j’aime aussi… Il y en a beaucoup.

LB : Dans « Désenchantée », dans le clip, c’est un univers carcéral particulier…

MF : On a essayé d’avoir quelque chose d’intemporel. C’est pour ça aussi le choix de ces costumes, parce qu’on ne peut pas tout à fait situer l’époque. Alors ça se situe effectivement dans un milieu carcéral. Il y a une autorité autour de ces enfants. Qu’est­ce qu’on peut dire ? Et que ces enfants n’ont rien à perdre, donc il leur reste comme solution la révolte, et c’est ce qu’il va se passer dans le clip.

Images du tournage du clip de « Désenchantée » ­ la scène de la fuite des enfants.

LB : Je me souviens, enfin j’ai lu ça quelque part, sans parler de ton histoire, que quand tu étais petite, tu passais beaucoup de temps dans les hôpitaux psychiatriques. Tu as fait ça pendant un petit moment…

MF : Ce n’était pas des hôpitaux psychiatriques, c’était d’ailleurs l’hôpital de Garches, qui a beaucoup d’enfants handicapés, moteurs et mentaux effectivement. Je m’en suis, en tout cas j’en ai un souvenir, j’ai eu l’impression de m’en occuper beaucoup. J’y allais très souvent le dimanche. J’étais assez petite.

LB : Mais c’est pas un truc de petite fille, ça ! C’est quand même assez original, comme attitude…

MF : Je sais pas bien. J’avais probablement besoin d’aller vers quelqu’un, vers les autres en tous cas. Mais c’est bouleversant, c’est passionnant. Peut­être que j’y retournerai un jour…

LB : Ça n’a pas de rapport avec ça, avec l’encadrement, toute la structure qui est autour des enfants du clip ?

MF : Peut­être inconsciemment. Là j’avoue que… (rires)

LB : Y’a pas d’incidence ?

MF : Effectivement, il y a des acteurs, de jeunes enfants, qui sont handicapés. Et on s’est aperçu ­ il y a une anecdote absolument magnifique ­ qu’un enfant handicapé, qui est sur le tournage, et qui s’est adapté au tournage en quatre jours. Et son éducatrice nous a dit que, en quatre jours, il avait fait des progrès de six mois. Donc c’est une jolie récompense (sourire).

LB : Là c’est ton côté humaniste ?

MF : Oh non !

LB : Comment tu échanges avec tous ces jeunes hongrois qu’on voit là ?

MF : C’est un échange uniquement de regards puisque nous n’avons pas la même langue, et que les interprètes ne sont pas toujours là pour traduire. Ce sont des regards et puis… Ce sont surtout des gens…

Tous ces figurants ne jouent pas. Ils sont très, très justes. Enfin, ils jouent, mais en aucun cas ne surjouent, et c’est ce qui est fascinant. Ils ont une spontanéité. On a l’impression qu’ils sont nés dans ces costumes, dans cette époque. Et ça, j’avoue que c’est un plus pour le tournage.

LB : Je crois que c’est un parti pris. J’ai eu l’occasion de parler avec ce qu’on appelle un casting-­producer ici ; il m’a dit que, dans le choix des gens, il y avait peu de comédiens, hormis la matonne…

MF : Absolument, oui.

LB : Il y a des délinquants, des jeunes enfants de l’école…

MF : Il y a de tout, oui. Ce sont des gamins de la rue. (rires)

LB : …avec leurs réactions. C’est­à­dire quand on vit à Budapest, quand on a vécu ce qu’on a vécu, quand on a eu l’histoire qu’on a eue, dans une ville qui, somme toute, quand on se promène un peu ici, on sent que c’est pas forcément réjouissant au niveau de l’humeur et de l’âme….

MF : C’est en tous cas habité.

LB : C’est ça, on sent qu’il y a une âme, mais on sent qu’il y a une pression.

MF : Il y a une dureté et il y a une…oui une dureté réelle.

Images de Laurent Boutonnat filmant la scène finale de « Désenchantée ». Laurent Boyer, qui est à ses côtés, réussit l’exploit de faire dire quelques mots au réalisateur, habituellement très discret.

Laurent Boutonnat : On a une scène avec tous les figurants, avec Mylène. C’est un raccord à faire sur ce petit monticule. Nous, on est derrière, avec la caméra. On va faire brûler des pneus pour avoir une grosse fumée noire, pour être raccord avec l’usine d’hier où il y avait le feu, etc. Ils sont censés s’échapper de l’usine, et ils vont descendre de cette petite colline pour courir dans cette immense plaine, vers rien.

L. Boyer : Ce sera le dernier plan du clip ?

L. Boutonnat : C’est l’amorce des derniers plans en fait. C’est le premier plan où ils s’échappent de cette prison/usine pour partir dans la plaine. Après, on a plusieurs plans à faire de leurs visages qui courent…

L. Boyer : Ça a été un bonheur pour toi d’avoir cent figurants, de jeunes hongrois ?

L. Boutonnat : Oh oui, oui, oui. C’est formidable !

L. Boyer : Pas trop difficile à gérer ?

L. Boutonnat : Non parce qu’il y a une équipe très solide qui tient bien tout ce monde­là. Ils ont des têtes extraordinaires en plus. Il y a quelque chose de formidable ici, c’est qu’ils sont… Ils jouent bien. C’est même pas jouer ; ça leur plaît de faire ça, donc c’est presque naturel.

L. Boyer : C’est peut­être mieux que des comédiens. Ils ne surjouent pas !

L. Boutonnat : Ah oui ! C’est impossible, les comédiens ! Ils ont quelque chose de naturel comme ils ont jamais fait ça de leur vie, ils ont une espèce de maladresse. Mais t’as l’impression qu’ils ont fait ça toute leur vie, que ce sont de grands professionnels.

L. Boyer : T’as voulu tourner ici, ça s’appelle la pousca…

L. Boutonnat : La puszta !

L. Boyer : C’est quelque chose d’énorme. C’est la plaine hongroise. Le ciel se rejoint avec la terre.

L. Boutonnat : Absolument. La Hongrie est un pays plat où il n’y a que des plaines. Et tout le centre de la Hongrie, c’est ça : des centaines de kilomètres avec rien, et c’est très impressionnant, surtout avec la neige.

On a l’impression que le ciel et la terre se rejoignent et que y’a rien. C’est le néant. Et c’est beau.

Après quelques images du tournage de la scène de fin et une page de publicités, on retrouve Laurent Boyer aux côtés de Mylène Farmer.

LB : A Budapest, dans un lieu un peu particulier qui est un lieu de tournage, celui que Mylène Farmer et Laurent Boutonnat ont choisi pour ce clip, « Désenchantée », qu’on va découvrir dans quelques instants puisque vous allez le découvrir pour la première fois sur M6, presque en exclusivité, parce qu’il est pas passé beaucoup avant. On a parlé un peu de ce clip, de la façon dont tu as travaillé. Alors toi, c’est ta tenue permanente, ta tenue Dickens on va dire, c’est un peu ça. Et puis, un travail de maquillage. Tu n’hésites pas à te grimer. Là, on voit que tu as effectivement la petite trace de sang. Tu as beaucoup souffert dans ta vie…

MF : (elle sourit et pose un doigt au coin de sa bouche) Je me suis fait très mal ici. C’est parce que j’ai reçu des pierres. Donc, fatalement, je me suis coupée avec une pierre.

LB : Il y a autre chose que tu as coupé, ça tout le monde l’aura remarqué. J’ai pas sauté dessus tout de suite…

MF : C’était élégant ! (rires)

LB : Merci !

MF : Ils sont coupés !

LB : Ça va de plus en plus dans ton côté…pourquoi j’allais dire androgyne ?

MF : Allons bon ! (rires)

LB : Est­ce qu’il y a un autre mot ? Peut­être ‘différente’ ? Ce côté masculin. Oui, ce côté masculin. On sait pas trop quoi. Cette image un peu masculine et féminine. Le fait de couper les cheveux, tu sacrifies au mythe.

Mais la coupe, on va dire « Mylène Farmer, décidément, est de plus en plus masculine »…

MF : Oh non, je ne pense pas. En tous cas, ce n’est pas mon souhait. Et je pense qu’on peut avoir des cheveux très courts et être très féminine quand même.

LB : Un exemple : Katherine Hepburn.

MF : Audrey Hepburn! Katherine Hepburn a eu les cheveux longs plutôt, elle. Mais elle avait une façon très féminine de s’habiller, mais toujours avec des pantalons. Très sobre. Que puis­je vous dire sur la coiffure ?

1991-01-gLB : Sinon que t’avais envie de le faire, et que ça fait causer quoi !

MF : Ça, c’est vous qui dites que ça fait causer ! Moi, j’avais tout simplement envie de changer de tête, c’était important pour moi. Et puis, c’est plus facile de se coiffer quand on a les cheveux courts !

LB : J’aime quand on parle de pratique comme ça, c’est bien ! (rires) Mylène Farmer, « Désenchantée », le clip, on le regarde tout de suite, et c’est la première fois que vous le découvrez.

Diffusion du clip « Désenchantée », version courte.

LB : Mylène, on a parlé tout à l’heure des enfants hongrois, on en a beaucoup parlé, de ce choix, du lieu bien sûr. Alors, il y a une infrastructure et une équipe assez importantes. Il y a beaucoup de gens sur ce tournage…

MF : Je crois qu’il y a à peu près cent vingt personnes, mais il y a surtout douze personnes, enfin ‘surtout’ parce qu’elles viennent de Paris, douze personnes dans l’équipe technique.

LB : Des français, donc ?

MF : Oui, absolument.

LB : Avec qui vous avez l’habitude de travailler ?

MF : Oui. Jean­Pierre Sauvaire, qui est chef opérateur. Carine Sarfati, qui est aux costumes. Et beaucoup d’autres, et je m’excuse de ne pas les citer.

LB : C’est une équipe de copains, ça. C’est des gens avec qui vous travaillez fréquemment. On a l’impression que c’est presque une famille…

MF : Oh oui. C’est des gens de grande qualité humaine et professionnelle. C’est vrai que c’est un plaisir, à chaque fois, de les réunir à nouveau.

LB : On voit pas de chevaux dans ce clip !

MF : Non.

LB : Y’a pas le…

MF : Le syndrome chevaux ? (rires) Non, il n’existe pas ! (le dernier jour du tournage, une scène montrant un squelette au dos d’un cheval noir parcourant la fameuse plaine vide sera pourtant tournée, mais coupée au montage final, nda)

LB : Y’a pas le Cadre Noir, et pourtant, ça fait partie de ton histoire, quand même…

MF : Ça, c’est la presse qui est allée un petit peu trop loin ! J’ai fait beaucoup d’équitation dans ma jeunesse, j’ai effectivement fait un passage, mais très bref, à Saumur, mais c’était pour envisager de passer le monitorat. Donc c’était très, très bref. La presse s’est emparée de ça et en a fait une grande monitrice d’équitation, mais je n’en suis pas là. (sourire)

LB : Ça faisait pas partie de tes aspirations. En fait, chanter non plus, vraiment ?

MF : Non, ce n’était pas une vocation. Mais c’est quelque chose de… C’est probablement un cadeau de la vie qui m’a été fait.

LB : Est­ce que c’est une chance qui passe à un moment donné ? Est­ce qu’il faut la saisir cette chance ? Au moment où tu as rencontré Laurent sur le premier 45­trs, il y a une petite voix qui t’a parlé ?

MF : C’est l’autre, justement ! (sourire)

LB : (ne comprenant visiblement pas l’allusion au titre du nouvel album à venir) C’est l’autre ?

MF : Oui, c’est une petite voix. C’est une chance et une évidence à la fois. C’est­à­dire que quand j’ai rencontré Laurent… Tous les deux, nous sommes nés de la même chose. Donc c’est quelque chose de très fort et très beau, en tous cas pour ma vie.

LB : Autre chose qui a probablement été très bon, on en parlait tout à l’heure, de tes émotions, de ta peur, de ce qui te motive, de ce qui te fait avancer, ça a été la scène. Ça a été le Palais des Sports, ça a été Bercy par la suite. Moi, je t’ai vue dans les deux cas. Je t’ai vue pleurer sur scène, pleurer d’émotion sûrement, d’intensité. Est­ce que ça, c’est l’avènement pour toi ? Le parcours a été long, de 84 à 89, cette scène, est­ce que ça représente l’avènement ? Et est­ce que ça te manque déjà, l’absence de scène depuis à peu près un an ?

MF : Je ne sais pas si on peut parler d’un manque. C’est très, très troublant, la scène. En tout cas, la façon dont moi j’ai abordé la scène et la façon dont je l’ai ressentie, c’est quelque chose de très troublant. Donc c’est quelque chose qui marque énormément. Là aussi, c’est difficile pour moi d’en parler parce que c’est très riche.

Je ne sais pas. C’est une grande émotion. Maintenant, je pourrais dire beaucoup d’autres choses, mais c’est délicat pour moi parce que je…

LB : Est­ce que c’est une émotion passée, ou est­ce que c’est une émotion qui implique le fait d’être en désir justement de cette émotion ?

MF : C’est une émotion qui fait partie maintenant de mes souvenirs. Mais, dans la mesure où c’est aujourd’hui, je peux la considérer comme étant du passé. Donc c’est quand même… Comment vous dire ? C’est une plaie.

En tous cas, dans mon souvenir, c’est une plaie car c’est quelque chose que je n’ai plus actuellement. Ce qui ne veut pas dire que j’ai envie d’y retourner tout de suite non plus. J’ai envie de vivre dans ma vie des choses très fortes. Je sais que je ne pourrai pas les renouveler quotidiennement. Donc je sais que ma première fois sur scène, c’était quelque chose d’incroyable pour ma vie. Est­ce que je ressentirai les mêmes choses si je remonte une deuxième fois sur scène ? C’est la question, en fait, que je me pose, donc c’est en ce sens que c’est très déstabilisant.

LB : Qu’est­ce qui peut t’inspirer justement un désir aussi fort, où tu te dis « Tiens, si je faisais ça, j’aurais peut­ être une émotion encore plus forte » ? Y’a le cinéma, probablement ? On t’a proposé d’ailleurs des rôles au cinéma. Garcia t’a proposé un rôle, il me semble…

MF : (visiblement réellement surprise) Vous me surprenez parce que, moi, je n’en ai jamais parlé.

LB : Ah oui ? C’est des échos, alors. Des bruits…

MF : (perturbée) Non, mais c’est pour dire que je n’en ai jamais parlé.

LB : C’est vrai ou pas ?

MF : C’est vrai que j’ai rencontré Nicole Garcia. J’ai vraiment souhaité la rencontrer. J’avais ce projet de scène, donc il a fallu choisir et c’était évident pour moi. Ce n’était même pas un choix. Mais j’ai quand même souhaité la rencontrer. J’aime bien cette femme. J’ai eu quelques propositions. J’attends. J’attends parce que ce ne sont pas encore les bonnes. Et que j’y mettrai, je dirais, la même démesure et la même passion pour aborder ce thème­là. Mais c’est… J’attends, voilà.

LB : Peut­-être, alors. Qui sait ? On parlait d’émotion à l’instant. L’émotion, l’intensité : c’est extrait d’un double album qui est sorti, c’est également la cassette vidéo live du Palais Omnisports de Paris Bercy. (le concert a en réalité capté à Bruxelles, nda) C’est Mylène Farmer sur scène. « Plus Grandir ». Regardez…

Diffusion du clip de « Plus Grandir (live) ».

LB : « Plus grandir », à l’instant. C’est la scène, c’est Mylène Farmer en scène. Mylène nous en parlait à l’instant, avec cette émotion nette et intense qu’était cette scène. A propos de ton succès, parce que tu as quand même du succès, tu es…je sais pas si on peut dire star ou vedette…

MF : J’en sais rien. C’est pas mon problème.

LB : Tu t’en fous ! Par contre, il y a une réflexion que tu t’es donnée à toi­même une fois dans une interview, tu t’es toi­même posée la question, et tu y as répondu, et j’ai trouvé ça assez intéressant. Tu dis « Si le succès se meurt, je serai dans une solitude incommensurable et presque insupportable ». Alors, ça aussi, c’est le paradoxe du personnage puisque tu viens de me dire « Bof, je m’en fous, c’est pas mon problème. Je suis star, je suis vedette, c’est pas… ».

MF : Non, mon problème n’est pas le mot qu’on emploiera pour définir. Mais mon vrai problème, c’est d’exister, et donc d’avoir le regard des autres posé sur moi, d’avoir quelqu’un qui m’écoute. Et ça, c’est… Pourquoi je fais ce métier ? C’est parce que j’ai besoin de ça pour vivre.

LB : C’est le désir d’amour des autres. Probablement le désir de donner aussi…

MF : Bien sûr. Ça c’est…Oui, bien évidemment, oui.

LB : Est­ce que tu projettes un petit peu dans l’avenir et te dire « Est­ce que je continuerai à faire ça ? » ? C’est­ à­dire un album tous les trois ans, une scène, … Je me demande su tu es capable de tomber dans une routine…

MF : Non, parce que je pourrai dès le prochain album remonter sur scène. Non, je ne peux pas me projeter dans l’avenir. Quand je pense à l’avenir, je vois l’échec donc je préfère ne pas y penser. Et j’y pense malgré tout ! (rire nerveux) Mais c’est pas une grande quiétude en tous cas.

LB : On a l’impression qu’il y a un mal de vivre permanent chez Mylène Farmer…

MF : Oh, je ne voudrais pas n’émaner que ça, mais je… (soupir) Que dire ? Oui, appelons ça le mal de vivre.

Appelons ça une incompatibilité avec la vie, en tout cas.

LB : Avec les autres, des fois ?

MF : Avec les autres, mais ça nous sommes tous pareils.

LB : L’enfer c’est les autres, quoi !

MF : Oui, bravo ! (rires)

LB : Je vous en prie. (un camion arrive en second plan, depuis le décor du clip, et vient tout droit vers le ‘plateau’ d’interview) Ne vous inquiétez pas, on a un camion qui nous arrive dessus ! On est vraiment sur les lieux du tournage de ce clip ! (rires de Mylène qui se retourne) Y’a même des coups de mitraillettes de temps en temps. C’est l’apocalypse quoi ! (le camion passe juste derrière eux puis disparaît, Mylène est morte de rire) Voilà, merci, c’est gentil. Ne changez rien. Restez où vous êtes. On s’installe et on continue dans le même esprit. Mylène, on va regarder « Désenchantée » une autre fois… Ah, je voulais dire une chose.

L’album n’est pas encore sorti, par contre, il y a une chose que tu as faite et qu’on n’attendait pas forcément, c’est un duo avec quelqu’un, sur cet album, avec Jean­Louis Murat. Alors là aussi, il y a une rencontre un peu particulière. Cette rencontre est née de quoi : de ton désir, du sien ?

MF : Ça, je vais garder ça mystérieux. Je crois que c’est né de toute façon d’un désir commun. Nous nous sommes rencontrés et on a décidé de chanter cette chanson ensemble. Et je suis très heureuse d’avoir rencontré Jean­Louis. J’aime beaucoup sa voix, d’abord, et j’aime surtout sa façon d’écrire. Et c’est quelqu’un qui a réellement un univers. C’est pour moi ­ je ne sais pas s’il appréciera le compliment, c’en est un pour moi ­c’est un poète d’aujourd’hui. C’est quelqu’un qui me touche beaucoup. (sourire)

LB : Mylène Farmer, « Désenchantée ».

Diffusion du clip « Désenchantée », version intégrale.

LB : Voilà, « Désenchantée », Mylène Farmer. On est sur le tournage de ce clip. L’album sort le 8 avril, je vous le rappelle. (la date officielle annoncée par la maison de disque sera pourtant le 10 avril, nda) L’album s’appelle « L’Autre… ». Le 45­trs, vos le connaissez puisqu’on l’entend en radio, déjà, depuis le 18 mars.

Mylène, après ce tournage, après Budapest, ça va être quoi ? Ça va être promotion ? Quelques télés…Très peu, d’après ce que je sais.

MF : Très peu de télés, oui.

LB : Merci de nous avoir accordé cette interview, surtout ici.

MF : Merci d’être venu.

LB : Je t’en prie. On se remercie encore ! Et après, ça va être peut­être un peu de repos, t’occuper des animaux. Tu as toujours des animaux ?

MF : J’ai toujours mes deux singes.

LB : Oui, c’est ça.

MF : Et, quant au repos, non. Définitivement, je déteste le repos et l’oisiveté.

LB : Tu t’ennuies ? Ça t’ennuie, le repos ?

MF : Oui. Et ça m’inquiète beaucoup. Beaucoup !

LB : Mylène, merci d’avoir été avec nous. Et puis, on se retrouvera probablement prochainement. On ne sait pas. Qui sait ?

MF : D’accord.

1991-01-eLB : Merci. C’était ici, à Budapest, et elle va continuer le tournage du clip. Et il fait de plus en plus froid, je vous assure. (rires de Mylène) Ah ! Je sais que ton rêve, ce serait de faire un reportage sur la banquise.

MF : Oui, absolument.

LB : C’est toujours vrai ?

MF : C’est toujours vrai.

LB : Je sais pas si j’irai t’interviewer sur la banquise ! (rires) Ça s’arrange pas ! Merci Mylène.

MF : Merci.

LB : A bientôt.

MF : Au revoir.

Générique (extrait de « Désenchantée » sur des images du tournage).

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A MILLE LIEUX….. sur Mylène Farmer

Posté par francesca7 le 14 mars 2015

 

Dans l’actualité autour de Mylène Farmer est sorti depuis quelques semaines l’ouvrage « Mylène Farmer, à mille lieux… » signé Cyril-Xavier Napolitano, qui nous propose de voyager sur les lieux de travail, rencontres et villégiatures de la star.

 

la-couverture-du-livre-mylene-farmer-a-mille-lieux-de-cyril-xavier-10820406qudoj_1713Couverture du Livre A mille Lieux…

Alors que Mylène Farmer vient de sortir son neuvième album, « Monkey Me », l’éditeur Artlust nous propose, en publiant « Mylène Farmer, à mille lieux… », de suivre la star française à travers des lieux qu’elle a fréquentés tout au long de sa carrière, pour des déplacements privés, professionnels ou simplement qui ont marqué sa vie. Une biographie par la géographie écrite par Cyril-Xavier Napolitano, qui nous invite ainsi à  »un pèlerinage sur les traces » de la plus mystérieuse de nos artistes.

 

Dans son ouvrage, véritable guide de voyage avec conseil pour se rendre à la destination, Cyril-Xavier Napolitano décrypte les endroits qu’elle fréquente régulièrement mais aussi des points de chute pour des tournages de clip ou lors de ses tournées. Tout commence évidemment par le début, le Canada, où est née Mylène Farmer, et où elle a grandi jusqu’à l’âge de neuf ans. L’auteur nous transporte ensuite de Ville d’Avray à Saint-Malo, du 9 avenue Montaigne à Paris, adresse de sa première maison de disque, au 18 rue Quincampoix, où elle a habité un temps et où elle avait pour voisine Jackie Quartz.

L’originalité et l’intérêt de l’ouvrage réside notamment dans ces anecdotes distillées ça et là, connues ou pas comme cette fois où Luc Besson l’a invitée à la fin du tournage de son films « Atlantis » afin qu’elle réalise son rêve de marcher sur la banquise. Elle s’improvisera alors photographe pour shooter les enfants inuits fascinés par sa chevelure rousse.

« A mille lieux… » est un outil pour les fans mais pas seulement. Il offre l’avantage d’en savoir un peu plus sur cette star inaccessible et de voir, à travers ses multiples déplacements, une évolution de ses centres d’intérêt géographiques. L’auteur constate avec justesse que si Mylène Farmer adorait jadis le froid et la neige, elle évolue beaucoup plus à présent dans des lieux plus chauds en Corse, à Saint-Barth ou aux Seychelles. Meilleur exemple, le tournage d’un de ses derniers clips, « Lonely Lisa », effecté au coeur du désert du Néguev en Israël.

Mylène Farmer, à mille lieux

Editions Artlust – 19,90 € Disponible à la vente

 

 

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Mylène Farmer écoute la Musique

Posté par francesca7 le 16 novembre 2014

 

JUILLET 1988

images (10)Journaliste(s) : Françoise Cousteau

 

La journaliste Françoise Cousteau, qui signe cet article de ses seules initiales, réutilise ici l’entretien qu’elle a eu avec Mylène et qui était déjà paru partiellement dans Ici Paris le 13 avril 1988. Néanmoins, cette nouvelle parution propose une retranscription plus complète et légèrement différente de cette interview.
Nous faisons donc le choix de présenter de façon distincte ces deux références.

À propos de son enfance, puis de sa vie avant la chanson :
-Je garde de cette époque de vagues souvenirs enneigés…Il y a toujours eu une tendance artistique dans la famille. Mon grand-père était sculpteur et ma grand-mère se passionnait pour le théâtre et la peinture. Moi, quand j’étais petite, j’avais -et j’ai toujours- un grand amour pour les chevaux. À douze ans, j’avais décidé d’en faire mon métier. J’ai passé plusieurs concours, jusqu’au moment où j’ai compris que la pratique seule ne suffisait pas. Il y avait aussi le côté pédagogique… Et, malheureusement, ça ne correspondait pas à ma nature. Alors, j’ai bifurqué, abandonnant la direction chevaline.

Et comment es-tu passée de l’équitation à la chanson ?
-J’ai commencé par exercer plusieurs petits jobs qui me permettaient de suivre des cours de théâtre. Cela m’a été extrêmement bénéfique, car c’est en travaillant des auteurs tel Strindberg que m’est venu le goût de la lecture : ce fut une révélation. Adolescente, je lisais peu. Aujourd’hui, je lis de plus en plus. C’est de là également que m’est venu l’amour des mots. J’ai écrit toutes les chansons, ou presque, d’ « Ainsi Soit Je… », l’album qui vient de paraître.

Tes clips, « Libertine » et « Tristana » pour ne citer qu’eux, sont à chaque fois un éblouissement. Que représentent-ils pour toi ?
-Mes clips sont pour moi un véritable enchantement, une espèce de miroir. La vie de tous les jours m’ennuie, me fait même un peu peur. L’imaginaire est essentiel pour sortir de cette morosité, et c’est là que les vidéos jouent un rôle important.

Tu viens de dire que la vie de tous les jours t’effraie. Comment vis-tu ?
-Chez moi. Dans une prison dorée… J’ai de plus en plus de difficultés à me promener dans la rue. Je déteste aller au restaurant, sortir le soir, mais en même temps je ne pourrais pas un seul instant envisager d’aller vivre à la campagne. J’ai besoin d’être au centre de tout ce qui se passe. Au même titre, je n’aime pas les vacances. J’ai toujours peur de rater quelque chose quand je pars. Mais il ne fait pas pour autant en déduire que je suis la fée du foyer ! Je ne sais pas faire la cuisine, par exemple ! Si j’aime tant ma maison, c’est peut-être parce que j’y habite avec mes deux amours…

Deux amours ? Raconte !
-Non, non, je n’ai pas d’enfants cachés, ni de maris secrets ! J’ai deux singes, des sapajous capucins ! La mère s’appelle E.T. et le bébé, qui n’a que cinq mois, s’appelle Léon. Ils vivent dans une grande cage et le soir, avant de me coucher, je les installe dans un couffin. C’est probablement à cause d’eux que je n’aime pas trop m’absenter de chez moi, ça me culpabilise de les laisser seuls ! À part mes singes, j’aime les fringues. J’adore marier les couleurs. Je ne fais pourtant aucune folie par rapport à l’argent, sans doute à cause de l’éducation que j’ai reçue. Acheter une paire de chaussures reste encore pour moi un instant magique. Je déteste le gaspillage, et puis surtout j’ai peur d’être blasée par le fric !

Au début de notre conversation, tu disais qu’après avoir pris la décision de changer de carrière, en abandonnant ton envie de consacrer ta vie à l’équitation, tu avais suivi des cours d’art dramatique. En regardant tes clips, on s’aperçoit tout de suite que tu es parfaitement à l’aise devant les caméras. Tu n’es pas tentée par le cinéma ?
-Ce n’est pas que je sois pas tentée par le cinéma, mais en fait, il y a un seul film que j’aurais aimé tourner, c’est « La Fille de Ryan », le seul et unique rôle dont j’aurais rêvé. C’était, je trouve, le film le plus extraordinaire qui soit. Malheureusement, il est déjà fait… De toute façon, on verra bien ce que l’avenir me réserve.
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Quels sont les défauts et les qualités que tu apprécies le plus chez quelqu’un ?
-(Mylène réfléchit longuement avant de se confier) En ce qui concerne les qualités, ça me semble évident : droiture et intégrité. Mais revanche pour les défauts, c’est un peu plus complexe. Bien entendu le mensonge et la malhonnêteté me font horreur. Mais je crois quand même que ce qui me gène le plus, c’est de me trouver devant quelqu’un dont j’ai l’impression qu’il n’a pas d’âme, si vous voyez ce que je veux dire. Le creux, l’inconsistance.

Revenons-en un peu à la musique. Dis-nous Mylène ce que tu aimes écouter quand tu es tranquillement chez toi -dans ta prison dorée, si tu préfères !
-J’écoute beaucoup de musique classique, et j’adore les bandes originales des musiques de films. On en revient une fois de plus, je crois, à l’imaginaire. Mais il y a également des chanteurs que j’apprécie beaucoup et dont je ne me lasse pas. Renaud, Kate Bush, Serge Gainsbourg par exemple, ou encore Jacques Dutronc. En ce qui le concerne, j’avoue avoir une petite préférence pour le Dutronc d’hier, par rapport au Dutronc d’aujourd’hui…

Peut-on savoir quels sont tes projets pour les mois qui suivent ?
-Pour l’instant, je suis en pleine promotion et cela m’occupe à temps plein. D’autant plus que l’album « Ainsi Soit Je… » a reçu un accueil formidable, ce qui me fait un énorme plaisir. Donc pas de vacances ! Mais cela ne me prive guère, comme je vous l’ai déjà dit. Pourtant, j’aimerais quand même voyager pour découvrir certains pays. L’Inde par exemple, particulièrement, j’adorerais y aller un jour. On verra plus tard ! Aujourd’hui, tout va bien comme ça. Je suis ainsi faite que je préfère travailler plutôt que me reposer, alors je suis comblée. Je suis d’un naturel optimiste, j’ai confiance.

 

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CONFÉRENCE DE PRESSE POUR MYLENE

Posté par francesca7 le 9 octobre 2014

 

16 DÉCEMBRE 2004

2004-01-aSi Mylène Farmer a déjà fait des rencontres avec la presse, c’est la première fois qu’elle se prête au jeu de la conférence de presse organisée de façon solennelle. Cette première dans sa carrière prend place au Salon France Amériques, non loin des Champs Elysées, à Paris. La chanteuse, alors totalement absente des médias depuis plus de deux ans, vient y annoncer officiellement son retour sur scène et son prochain album.

Une petite cinquantaine de journalistes est présente. Ils représentent l’ensemble des médias (presse, radio, tv) français, belges et suisses.

Dans le grand salon où se tient la rencontre, éclairé d’une multitude de bougies, prend place une imposante table rectangulaire noire très design avec deux pieds triangulaires posée sur une petite estrade et en fond, un immense triptyque au même motif que celui qui illustrera l’enveloppe promotionnelle du single « Fuck Them All » quelques mois plus tard.

Avec un quart d’heure de retard sur l’horaire annoncé (18h30), Thierry Suc, manager et producteur des spectacles de Mylène Farmer, pénètre dans la pièce et prend la parole face aux journalistes.

Thierry Suc : (…) Le 8 mars 2000, il y a bientôt cinq ans, Mylène Farmer donnait le dernier concert de sa tournée « Mylenium Tour », à Saint-Pétersbourg, en Russie, devant quinze mille spectateurs, et cette tournée, qui a fait à peu près quarante-trois villes, a réuni environ quatre cent mille personnes. Depuis, il n’y a pas eu d’autres concerts. Et je suis là pour vous annoncer qu’elle reviendra sur scène le vendredi 13 janvier 2006 pour treize concerts à Bercy uniquement. Les spectacles précédents, Mylène a toujours souhaité présenter le même spectacle à Paris et en province par respect pour son public, bien évidemment. Là, nous allons concevoir un spectacle qui sera intransportable : l’infrastructure technique ne permettra pas d’aller en province donc ce sera un spectacle unique -j’espère dans tous les sens du terme- et intransportable, comme je vous l’ai déjà dit. On a travaillé depuis quelques temps sur l’organisation de packages de facilités , on va dire, pour les gens de province qui vont venir-je crois qu’il y a pas mal de personnes de province qui sont là.

Donc de toutes les grandes villes de province, il y aura une possibilité d’avoir des tarifs préférentiels avec Air France, on a réservé pas mal de chambres d’hôtel avec des tarifs aussi négociés, et les vendredis et samedis, il y aura une possibilité accrue de disponibilité de places pour les gens de province, de Belgique et de Suisse. Il y aura également des bus qui vont être organisés par les autocaristes pour toutes les villes qui ne sont pas trop loin de Paris qui permettront aux gens de venir et de pouvoir rentrer après sans rester dormir à l’hôtel. Qu’est-ce que je peux vous dire d’autre ? Voilà… Pour vous présenter le schéma de cette production : vendredi 13 janvier 2006, treize concerts. Et je pense que maintenant, on va accueillir Mylène Farmer et Laurent Boutonnat pour parler avec de ce spectacle.

Une porte s’ouvre sur la droite de la scène. Le duo fait son entrée dans un silence étonnant. Pas un bruit, pas un applaudissement. Mylène s’installe au centre, son manager est à sa droite et Laurent à sa gauche. La chanteuse porte des cuissardes noires laissant dépasser des bas blancs, une minijupe blanche, une veste écrue avec des fleurs bleues brodées et un bustier blanc. Elle arbore son éternel chignon roux. Sourire aux lèvres, Mylène est radieuse, mais visiblement intimidée. Laurent, lui, mâchouille un chewing-gum. C’est la première fois qu’il fait face aux journalistes depuis dix ans ! Habillé en noir des pieds à la tête, il a toujours les cheveux en bataille.

Tout le monde est installé ; la première question arrive timidement. Suivant la tradition, les journalistes se lèvent, prennent le micro qui circule à travers la salle et se présentent avant de poser leur question (quelques journalistes cependant omettent de se présenter !)

Yves (« La dernière heure », quotidien belge) : On a déjà annoncé que c’était votre concert d’adieu…

Mylène Farmer : Vous m’annoncez quelque chose que j’ignore. Ce n’est pas mon concert d’adieu. Non, non, je souhaite faire ce métier le plus longtemps possible !

Michel Troadec (« Ouest France ») : Juste une question facile : c’est la symbolique des treize concerts un vendredi 13. Comment est venue l’idée ?

MF : Ecoutez, c’est vraiment un pur hasard. J’avoue qu’on s’amuse de cette idée en tout cas ! (rires) C’est un pur hasard.

TS : Vous savez – juste pour la petite histoire – c’est un vrai hasard parce que Bercy est peu disponible en fait pour les spectacles -c’est une salle de sport avant tou t- et lorsqu’on a téléphoné pour dire qu’on préparait ce spectacle, il y avait une possibilité à partir du vendredi 13 janvier, et il y avait treize soirées de disponibles. Et je peux vous dire que si vous additionnez vendredi 13 janvier, si vous faites 13 janvier 2006 (13 + 01 + 2006, nda), ça fait treize !

MT : Pour continuer, si c’est un spectacle intransportable, ça veut dire que vous avez prévu des choses un peu particulières, en tout cas des choses assez énormes. Est-ce qu’on peut en savoir déjà ?

MF : Vous savez, ça fait pour l’instant à peu près six mois qu’on travaille sur le spectacle, avec quelques idées. Vous dire que ce sera magique, je l’espère ; que ce sera émouvant, je le souhaite. Ma foi, après, il faut continuer pour nous de travailler tous les trois ! (rires) Si monsieur Boutonnat veut ajouter quelque chose…

Laurent Boutonnat : Par rapport au fait que ce soit intransportable, l’idée en fait, c’est d’utiliser toute la salle de Bercy, qui est une salle assez incroyable, de pouvoir l’utiliser complètement. C’est-à-dire de se dire que, tout d’un coup, on n’a pas besoin de restreindre la scène, etc. On peut tout faire ! Avoir plusieurs scènes, maquiller toute la salle, mettre du son partout, mettre des caissons de basse sous tous les gradins. Par exemple, au niveau du son, essayer de mettre du son de façon à ce que tous les gens, où qu’ils soient dans la salle, aient la même direction sonore, c’est-à-dire qu’il n’y ait pas de direction sonore face à une scène.

Donc on essaie plein de choses, on va essayer plein de choses pour ça. Voilà. Plus des tas d’éléments qui font que ce spectacle ne peut pas être transporté.

Daniel Beaucourt (« Télépoche ») : Je voulais vous demander : la stratégie du silence, enfin ce qu’on a qualifié de stratégie du silence, vous a plutôt réussi ces dernières années. Pourquoi vous la brisez aujourd’hui puisque la conférence de presse, c’est pas un exercice auquel vous êtes rompue, je crois, en tout cas pas en France…

MF : Non. Et je suis très intimidée ! (sourire)

DB : Pourquoi vous avez décidé de vous adresser aux médias, cette fois-ci ?

MF : Ecoutez, je l’ai fait vraiment pour une raison : c’est pour répondre à une demande de Thierry Suc qui est mon ami, mon manager et producteur de spectacles, parce que je pense que parfois il faut savoir être quelqu’un d’autre que soi-même. Ma nature profonde est le silence et, peut-être, le mystère. Je ne cultive pas le mystère, contrairement à tout ce qu’on peut dire sur moi. C’est ma nature profonde. J’ai beaucoup de mal à parler de moi-même, j’ai beaucoup de mal à me justifier. Maintenant, je pense qu’il était là important de répondre à cette demande.

Sonia (NRJ) : Est-ce que vous pouvez nous parler du contenu du spectacle ? Nouvel album, pas nouvel album ? Nouvelles chansons sur scène ?

MF : Oui, j’ai un nouvel album qui sortira, je pense, mi-mars. Nous sommes en quasi finalité de cet album, en mixage donc. Vous dire qu’il existera sur scène, certainement, dans sa majorité, et puis bien sûr d’autres chansons d’autres albums. Quant au contenu de la scène, là, j’avoue que je ne peux pas répondre précisément parce que c’est en cours d’élaboration ! (rires)

S : L’atmosphère des chansons, peut-être ?

MF : Ecoutez, l’atmosphère…En terme de production, peut-être qu’il y a un petit changement. Moi, je reste la même donc la même atmosphère…

LB : Vous savez, c’est difficile de répondre précisément sur des choses qu’on fait soi-même, d’avoir du recul dessus, sur ‘Est-ce qu’il y a des choses qui changent ?’, ‘Est-ce que c’est différent ?’. C’est toujours très difficile, ça…

Franck Besnier (« Egéries ») : Je voulais savoir s’il était envisageable d’aller au-delà de ces treize dates que vous avez d’ores et déjà prévues, ou est-ce que c’est treize dates quoiqu’il en soit ?

MF : Là, je pense que c’est plus Thierry Suc qui pourra vous répondre, mais je crois…

TS : (la coupant) Pour l’instant, c’est vraiment treize dates parce que les disponibilités de Bercy ne permettent pas de faire autrement, donc les choses peuvent évoluer encore avec le temps, mais aujourd’hui c’est treize concerts.

X : C’est un énorme travail pour treize représentations. Je voulais vous demander si ce travail de production est un travail que vous adorez, que vous attendez avec impatience, dans lequel vous prenez votre pied…

MF : Mon pied ? Probablement ! (rires) Vous savez, la production d’un spectacle… Le travail… J’aime le travail, j’aime travailler. Ça donne un sens à ma vie. Et la seule chose qui me guide, c’est l’envie d’être sur scène et partager la scène avec le public, donc quel que soit le travail, peu m’importe. Mais c’est beaucoup de travail, en effet !

X : Justement, pour seulement treize fois sur scène !

MF : C’est vrai. C’est aussi une frustration, croyez-moi ! Mais c’est mon choix, donc j’assume ce choix-là. Et puis je sais que je remonterai sur scène dans le futur donc je sais que je retrouverai et la province, et… voilà.

Antoine Menuisier (« Le matin », quotidien suisse) : Est-ce qu’il y aura un DVD du spectacle ?

MF : Oui, bien sûr. Comme pour tous mes spectaclesAM : Et ensuite, à votre avis, la province ce sera pour quand, la province ?

MF : La province ? Mais la province ne peut pas être visitée justement pour toutes ces raisons, parce que nous ne pourrons pas transporter ce spectacle en province. Mais sachez quand même que sur les trois scènes précédentes que j’ai faites, nous avons, et c’était vraiment très important pour aussi le respect du public, et avant tout pour le respect du public, que de transporter le même spectacle à Paris et en province.

Or là, c’est vrai que c’est une décision : parce qu’il n’est pas transportable, je ne peux pas voyager.

LB : Donc l’idée, c’est que les gens viennent la voir.

MF : Voilà. Très humblement, je vais demander aux gens de venir à moi !

TS : D’habiter Bercy complètement, de pouvoir faire des choses dans Bercy qu’on ne peut pas faire lorsqu’on s’installe quatre soirs, cinq soirs ou six soirs.

Virgine Carton (« La voix du Nord ») : Vous avez évoqué quelques éléments du spectacle. Est-ce qu’il y aura aussi des chorégraphies, est-ce que vous savez à peu près combien vous serez sur scène ?

2004-01-bMF : Il y aura des chorégraphies, il y aura des danseurs, il y aura bien sûr des musiciens (rires). Ma foi, combien serons-nous sur scène ? Je ne sais pas actuellement. Peut-être Thierry…

TS : Non, pour l’instant c’est vraiment la phase où les castings vont commencer, etc. C’est un tout petit peu tôt. On a commencé… Pour pouvoir mettre les spectacles en vente -ils vont être en vente à partir de demain matin- il y a un site également qui vient d’être créé qui sera opérationnel demain matin avec la possibilité pour tous les gens de province d’accéder donc à ces fameux packages dont je parlais, pour ceux qui voudront.

Pour pouvoir mettre en vente, on a dû donc avoir un dessin des scènes pour savoir un petit peu où on allait, pour savoir quel serait l’angle de vision à tel endroit ou à tel endroit puisqu’on n’a pas du tout envie d’avoir des gens qui se retrouveraient derrière la scène, contrairement parfois à d’autres spectacles. Donc, c’est la seule chose qu’on sait aujourd’hui, si on a avancé sur l’infrastructure, nous, pour pouvoir dire que les gens placés à tel endroit verront bien, ceux qui sont là, comme ils verront pas, on met pas ces places là en vente, etc.

X : Est-ce que ce sera quelque chose de jamais vu ?

TS : On l’espère !

MF : Ecoutez, ce serait un peu présomptueux de notre part, mais en tout cas le plus magique possible, oui.

LB : Ce qui est bien, c’est qu’on peut tout faire dans un cas comme ça. Alors, le but n’est pas de faire des choses jamais vues -parce qu’il y a des choses, on croit que personne les a jamais vues, et puis on s’aperçoit que…- mais en tout cas, que ce soit surprenant.

Séverine Servat (« Gala ») : Je me demande si c’est pas un peu restrictif de faire ça sur Paris, et quel va être le coût pour les gens qui vont venir vous voir de province ? Je sais que vous avez fan-club très actif, particulièrement fanatique d’ailleurs, mais…

MF : (la coupant) Aimant, peut-être pas fanatique. Je préfère le mot ‘aimant’. (rires)

 

SS : On peut considérer qu’il est très passionnel, votre public, quand même. Mais donc, il va se déplacer pour venir vous voir. Est-ce que ça lui coûte cher ?

MF : Monsieur Thierry Suc ?! (rires)

TS : Alors, les places… Bon je vais vous donner le prix des places. Ça va s’échelonner de cinquante-quatre euros, les moins chères, à cent trente-deux euros, les plus chères, au prix de vente publique. Il y aura des packages, comme je vous l’ai expliqué. Vous pourrez venir de Toulouse ou de Bordeaux, suivant bien évidemment… Chacun pourra choisir. Parce que je crois que ça va être aussi un rendez-vous, peut-être, pour certaines personnes, de dire ‘on vient passer un week-end à Paris’. Il y aura un spectacle, ils auront une nuit d’hôtel, deux nuits d’hôtel. On a des nuits d’hôtels en deux étoiles, trois étoiles…

 

TS : On a fait travailler des gens, des agences de voyage qui ont essayé de négocier dix mille chambres d’hôtel au meilleur tarif possible. On a pris tout ça en amont, on a eu une négociation avec Air France  qui a permis d’obtenir un prix de billet à peu près autour de cent euros d’où que ce soit que les gens viennent, aller-retour, quel que pays d’où ils viennent. Donc, je pense qu’aujourd’hui, bien sûr que c’est de l’argent et on en est très conscients, mais pour moins de trois cents euros, quelqu’un pourra venir voir le spectacle et passer un week-end à Paris, pour un concert le vendredi soir ou le samedi soir, par exemple. Je pense qu’on a essayé vraiment d’obtenir les meilleurs tarifs.

Ça se fait dans plein d’autres villes dans le monde où il y a des villes de spectacles qui attirent les gens qui viennent comme ça régulièrement. Quand il y a un rendezvous lié à un projet artistique, je pense que ça vaut la peine.

Aurélie (M6) : Je voulais savoir pourquoi avoir attendu cinq ans avant de remonter sur scène, et est ce que le public vous a manqué ?

MF : Le public me mange toujours. (elle se reprend aussitôt) C’est un lapsus ! (éclat de rire) Me manque toujours, oui. Pourquoi avoir attendu aussi longtemps ? Parce que j’ai eu besoin d’abord de faire un nouvel album, que j’attendais aussi que Laurent soit disponible. D’autre part, je veux ces moments rares. Je sais que je suis peu montée sur scène -j’ai trois spectacles à mon actif- pour cette raison, parce que j’ai besoin d’avoir probablement une émotion intacte, que j’ai besoin de ces moments de silence pour pouvoir revenir et, j’espère, donner le maximum, et recevoir aussi.

Eric Jean-Jean (RTL) : Deux questions sur l’album. On sait qu’il arrive en mars : qu’est-ce qu’on peut dire dessus ? Comment il va s’appeler ? Et puis qu’est-ce que Mylène, vous, auteur, vous avez envie de raconter dans ce nouvel album ?

MF : Je vais répondre surtout à la première question. L’album s’intitulera « Avant que l’Ombre… » avec trois petits points derrière. Vous dire qu’il y aura de nombreuses chansons -je pense quatorze titres enregistrés.

Et, pour tenter de répondre à la deuxième question, c’est continuer très égoïstement de parler de moi, de mes ombres, de mes lumières, et puis voilà ! (rires)

EJJ : Vous en êtes où dans l’enregistrement, mixage, production ?

MF : Très, très avancé, là.

LB : Oui, l’album sera probablement terminé à la fin de l’année. Le 31, je crois ! (rires) (cette précision de Laurent Boutonnat est sans doute une ‘private joke’ car effectivement, contractuellement l’album « Avant que l’Ombre… » devait être achevé au 31.12.2004 au plus tard et que Laurent Boutonnat avait pris beaucoup de retard sur la réalisation, nda)

TS : Pas le 13 !

LB : Pas le 13 ! (rires de Mylène) Voilà. Ce sera pratiquement terminé à la fin de l’année.

TS : Et il y aura un premier single fin janvier. Fin janvier. (le premier single, « Fuck Them All », sera finalement mis en radio le 9 février 2005, nda)

X (Pink TV) : Je voulais savoir : pourquoi êtes-vous devenue une idole ou une icône pour la communauté gay qui fait partie de votre public ?

MF : Pourquoi… ? Pardon, je n’ai pas compris…

X : Pourquoi êtes-vous devenue une icône, quelque part, une star pour la communauté gay qui vous soutient, qui est très présente dans votre public ?

MF : Pour la communauté gay, c’est ce que vous avez dit ?

X : Oui.

MF : Pourquoi ? C’est probablement plus à eux de répondre pour moi ! (rires) Si ce n’est que la chose qui me vient à l’esprit, c’est peut-être ont-ils une sensibilité exacerbée, comme la mienne. Et puis, quoiqu’il arrive, ça me réjouit !

David Lelait (« Nous deux ») : J’aimerais vous poser une question. Vous présentez, depuis pas mal d’années déjà, des spectacles très impressionnants, vous êtes une show-woman, et j’aimerais savoir si vous n’avez pas envie, par moments, de présenter un spectacle plus intimiste, pourquoi pas l’Olympia, pourquoi pas une petite salle ? Quelque chose qui soit pas un grand spectacle, mais qui soit simplement un tour de chant. Est-ce que ça vous fait pas envie quelque part ?

MF : Ça peut être envisageable dans l’avenir, mais c’est vrai que j’ai encore envie de grandes salles, d’immensité. Mais pourquoi pas, c’est possible ! Je ne connais pas, en tout cas, cette expérience, mais ce dont je suis sûr, c’est que même si on fait un Bercy ou, j’imagine, un Stade de France pour ceux qui ont envie de le faire, on peut tout à fait créer une intimité dans une immensité. Donc ça ne manque pas, à priori, une petite salle. Peut-être pas au Stade de France, me dit Laurent ! (rires) Je ne sais pas.

LB : Non, mais Bercy est bien pour ça.

MF : Peut-être dans l’avenir. Pourquoi pas.

Stéphane Lecarrié (Radio 6, radio de Calais) : Bon nombre de vos clips sont de véritables productions cinématographiques. Est-ce qu’on peut s’attendre à un concert réalisé dans un univers cinématographique, avec des effets 5.1 – c’est à la mode en ce moment – enfin bref un  environnement cinéma…

MF : (à Laurent) A toi ! (rires)

LB : Le problème du 5.1, c’est que ça demande une direction : c’est-à-dire que si vous envisagez du 5.1, il faudrait que les gens soient face à une scène, avec une direction -(en faisant des gestes avec les mains pour mimer les gens face à la scène) un, deux, trois, quatre, cinq, etc. L’idée, effectivement, de jouer avec ça, mais sans avoir de direction, en ayant, ce que je vous disais tout à l’heure, la même direction, pour, où que soient les gens… Par contre, jouer avec le son, avec les basses, avec les effets, ponctuer peut-être entre des moments ou des chansons avec des effets de lumières et de son, oui, bien sûr. C’est vachement bien, ça !

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TS : Ce qu’on peut dire, c’est que le son va être travaillé avec un jeune ingénieur du son très talentueux, avec lequel on a déjà travaillé, qui s’appelle Stéphane Plisson.

Jean-Louis Gérard (MCM) : C’est aussi une question pour Laurent Boutonnat : quelle est la couleur musicale de l’album ? Qu’est-ce qui vous a inspiré ? Vous étiez revenu avec un single aux sonorités électro, « L’Âme-Stram-Gram »…

LB : (simultanément) Il y a longtemps, alors !

JLG : Qu’en est-il cette fois-ci ?

LB : Oh, c’est difficile ! Je crois qu’il y a beaucoup de… (silence) Oh, c’est très difficile pour moi de répondre !

Je sais qu’on aime beaucoup, Mylène et moi-même, les mélanges. C’est un album où il y a beaucoup de musiciens, un mélange de musiciens, de sons électroniques. Beaucoup d’acoustique, un peu d’électronique. Il y a beaucoup d’instruments acoustiques.

MF : Je vais t’interrompre, mais il y a sans doute, par rapport aux autres albums, beaucoup plus de guitares.

LB : Oui, beaucoup plus d’instruments…acoustiques ! (rires)

Jean-Christophe Federici (« Starclub ») : Je souhaiterais vous poser une question par rapport aux concerts : vous vous déplacez assez souvent en concert, est-ce qu’il y a un performer ou un concert récent qui vous a plus ou moins marqué ? Est-ce que vous avez une référence scénique personnelle qui vous tient à cœur ?

MF : La première, ou le premier groupe qui me vient à l’esprit, c’est U2 qui j’avoue, pour sa musique et pour la performance, la voix et l’âme surtout, m’impressionne énormément. (silence) C’est toujours quand on vous pose la question qu’on a un énorme trou ! (rires)

LB : Contrairement à ce que vous dites, Mylène ne va très, très souvent en concert…

JCF : Je crois que vous êtes allée voir Madonna. Qu’est-ce que vous en avez pensé et est-ce qu’elle vous a inspirée justement, peut-être pour ce spectacle ?

MF : Ecoutez, je trouve que c’est évidemment une personne de grand talent, une grande professionnelle. Si je puis formuler une toute petite critique, je trouve que ça manque un tout petit peu de sentiments, manque d’âme. Maintenant voilà, c’est pas à moi d’en juger. Puisque vous me posez la question donc je… Mais, néanmoins, c’est une personne, évidemment, de grand talent.

Daniel Beaucourt (« Télépoche ») : Contrairement à ce que disait ma collègue, ma consoeur (Séverine Servat de « Gala », nda), vous n’avez pas de fan-club, je crois, en France. Vous n’avez jamais voulu en avoir…

MF : Non, je ne l’ai jamais souhaité.

DB : Toutefois, il y a eu beaucoup de…enfin il y a eu des publications qui, je sais pas, ont vu le jour, peut-être avec votre assentiment ou non. En tout cas je pense que « L’Instant Mag » faisait partie de celles-là…

MF : (le coupant) Qui est de qualité, d’ailleurs.

DB : Que vous évoque justement la fin de ce magazine ? (le vingtième et dernier numéro d’ « Instant Mag » est effectivement paru à l’automne précédent pour faire place à une nouvelle publication, « Mylène Farmer & vous », qui a cessé de paraître en 2007, nda)

MF : La fin. Il y a une fin à tout donc je la prends avec…avec quoi ? Avec sérénité. (petit rire) Et je crois qu’ils ont l’intention de faire, de poursuivre un autre magazine, il me semble.

TS : Ils en démarrent un autre, oui.

MF : Ils en démarrent un autre.

TS : Mais rien n’est initié par Mylène ou par son entourage. Les fans qui décident de créer un fan-club peuvent le faire : on les a toujours laissés complètement libres de le faire. Et ceux qui décident d’arrêter quelque chose sont bien évidemment libres de le faire également. C’est leur choix de faire ou de ne pas faire.

DB : Enfin, je pensais que vous aviez quand même un certain droit de regard sur ces publications…

MF : Non, absolument pas !

TS : Rien du tout. Aucune ligne éditoriale n’est contrôlée, regardée. Ils font ce qu’ils veulent, ils disent ce qu’ils veulent.

Gilles Médioni (« L’Express ») : Je croyais que vous aviez des projets cinéma. Est-ce qu’ils sont mis entre parenthèses à cause de la tournée ?

MF : Ecoutez, moi-même j’ai été assez surprise de beaucoup d’annonces concernant le cinéma ! Pour l’instant, il ne s’agit pas pour moi de faire de cinéma. En revanche, j’aime le cinéma. J’espère un jour faire un autre film, et pourquoi  pas m’essayer à la production. En tout cas, c’est un métier qui me passionne et que je sais très, très, très difficile. Mais c’est un univers qui m’intéresse.

GM : Laurent Boutonnat, vous n’aviez pas un autre projet cinéma, aussi ?

LB : C’est plus qu’un projet ! C’est un film qui est en préparation aujourd’hui et qui se tournera en mars prochain.

GM : On peut savoir le sujet ?

LB : C’est une adaptation, une vraie adaptation d’un roman du XIXe siècle qui s’appelle « Jacquou le Croquant ». Voilà ! (le film sortira en janvier 2007 et rencontrera un certain succès, nda)

X : Pourquoi « Giorgino » n’est-il pas sorti en DVD ? Une question de droits ou une volonté de votre part ?

LB : Non, c’est que… Ça a été une histoire assez difficile à vivre, « Giorgino », vu que ce film n’a pas marché du tout. Et, à l’époque, comme j’étais très, enfin j’ai presque financé moi-même presque 80% de ce film, donc c’était…il a fallu rebondir. Et j’ai pu récupérer, en fait, les droits de ce film, les droits d’exploitation vidéo, etc.

Et, à ce moment-là, vous n’avez qu’une envie, c’est prendre les droits, les mettre dans un tiroir, le fermer et ne plus jamais en entendre parler ! Donc voilà, c’est ce qui s’est passé. C’est aussi simple que ça ! Et peut- être un jour, je le sortirai en DVD, oui. Peut-être après un autre film ou un truc comme ça. Voilà. (un double DVD sortira effectivement en décembre 2007 après une ultime projection sur lles Champs-Élysées, en présence de Laurent Boutonnat face à 200 fans vainqueurs d’un concours, nda)

L’attachée de presse prévient que c’est la dernière question…

Sophie Khairallah (« Too Much ») : Je voulais vous poser deux petites questions, en fait. La première était par rapport à l’album. J’avais entendu parler de collaborations, pour les compositions de musique, avec d’autres artistes…

MF : (immédiatement) Absolument pas, non. Jamais. Jamais envisagé. Donc non ! (petit rire)

SK : D’accord ! Et la deuxième, c’était tout simplement : qu’est-ce que vous pensez de la biographie qui est sortie sur vous de Bernard Violet ? (quelques semaines auparavant, l’auteur polémique a sorti une biographie controversée sur Mylène Farmer dont les médias se sont fait largement l’écho, souvent ironiquement, nda)

MF : Bernard qui ?! (rires) C’était facile ! (rires)

LB : Mais tu l’as lue, non ? (sourire embarrassé de Mylène, rires dans la salle suite à sa répartie)

L’attachée de presse clôt la conférence. Les journalistes applaudissent.

MF : Je vous remercie d’être venus, en tout cas. Merci beaucoup.

Le trio se retire.

 

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BOUTONNAT EST PEUT ETRE NE D’UNE ERREUR

Posté par francesca7 le 25 août 2014

 

 

Laurent Boutonnat réalisateur de clips est né curieusement d’un échec cinématographique, son arrivée dans le domaine musical est purement fortuite. D’abord destiné à la réalisation de longs-métrages, c’est à la suite de l’insuccès de son premier film qu’il se redirigera vers la littérature, puis la musique. Il se servira alors de son double statut de compositeur-producteur auprès de sa première maison de disque pour négocier avec elle la réalisation des vidéo-clips promotionnels. Ce sera pour lui ce fameux « moyen détourné de faire du cinéma ».

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Laurent Boutonnat est né le 14 juin 1961 rue Auguste Blanqui, dans le XIVe arrondissement de Paris, aîné d’une famille de cinq enfants, il se servira adolescent de certains de ses frères et sœurs pour monter ses sociétés d’éditions phonographiques et aussi de son petit frère Dominique dans son premier long métrage Ballade de la Féconductrice en 1978. Auparavant, Laurent Boutonnat a déjà réalisé dans son enfance de nombreux courts-métrages amateurs avec la caméra Super 8 de ses parents. Un de ses premiers essais date de 1971 où il transpose Bambi de Walt Disney (1942). Sur ses films d’adolescent, il voulait déjà tout maîtriser : de la mise en scène à la musique, du maquillage à l’interprétation elle-même. Parallèlement, il étudie la musique et le piano sur initiative de ses parents dès l’age de cinq ans. Laurent Boutonnat suit sa scolarité de second degré chez les jésuites. Il s’y déplait, n’est doué qu’en littérature et se retrouve plusieurs fois renvoyé. C’est à quinze ans qu’autodidacte, il décide d’abandonner ses études pour aller chercher du travail ; et c’est aussi l’âge à partir duquel il abandonne l’apprentissage musical que lui faisaient suivre ses parents. Parallèlement aux « petits boulots » qu’il cherche, Laurent prend des cours de théâtre durant trois ans et écrit chez lui avec un professeur de philosophie. Il déclarera plus tard « avoir pris goût à cela ». A 16 ans Laurent Boutonnat a la volonté de diriger ses recherches d’emploi vers le secteur audiovisuel, et commence à développer dans son imagination plusieurs projets de longs-métrages dont un film déjà nommé Giorgino ; scripte qu’il reprendra dix ans plus tard. L’histoire de cette première version n’a cependant rien à voir avec le long-métrage qui sortira dix sept ans plus tard. Ce scénario racontait le huis-clos d’un couple dont l’homme aime de plus en plus son épouse, alors que cette dernière prend une peur de plus en plus panique de lui. L’incertitude sur les intentions de l’un et de l’autre débouchait sur un duel final tragique entre les deux époux.

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Boutonnat réalisera finalement Ballade de la Féconductrice en 16 mm. à l’âge de seize ans, qu’il produira à l’aide de son père, et des Films du Marais pour sept mille six cents euros. Il tournera entre Paris et Etretat en fonction des conditions météorologiques. Après avoir été présenté et sifflé au marché du film de Cannes en 1979, Laurent Boutonnat tente de l’exploiter dans une unique petite salle : « Le Marais » à Paris, à partir du 15 mai 1980. Le film qui passe d’abord en comité de censure obtient une interdiction aux mineurs de moins de dix huit ans. Laurent Boutonnat en a alors dix sept. Le dossier de censure retrouvé dans les archives du C.N.C. comporte un court synopsis écrit de la main du jeune réalisateur :

 

« La balade (sic) d’une fleur du mal dans un monde fantasque et allégorique où se mêlent humour noir et horreur. »

 

 Tous les avis convergent vers une interdiction aux mineurs, et Henri Dolbois qui dirige la commission plénière conclue le dossier comme suit : 

« Une anthologie de Hara-Kiri et Charlie-Hebdo. Castration, mutilations d’enfants, torture d’un mongolien adulte en petite voiture roulante. Faces tuméfiées et sanguinolentes. Une femme accouche dans sa cuisine d’un teckel, elle fait l’amour avec lui etc… Le film me paraît justifiable d’une interdiction aux mineurs en raison de l’exhibitionnisme grand-guignolesque ce film attentatoire à la dignité de la personne humaine. Cette interdiction me paraît justifiée bien qu’il s’agisse d’un 16 mm. à faibles objectifs commerciaux. »

Henri Dolbois

  Le film ne restera que deux semaines à l’affiche et totalisera quatre cents cinquante neuf entrées. Plutôt que de retourner à l’école, Laurent Boutonnat, déçu, ne fait plus rien jusqu’à sa rencontre avec Jean-François Chauvel. Ce grand reporter de télévision mort en 1986 avait alors en préparation le tournage d’une série de reportages scientifiques sur le nucléaire : Les Energies Nouvelles. Laurent Boutonnat saisit sa chance et postule comme caméraman pour toute la série d’émissions. Il avouera plus tard: « J’avais prétendu m’y connaître en technique pour qu’il me prenne, et j’ai dû potasser le manuel comme un fou ». Il part donc pendant un an dans les quatre coins de la France pour tourner les images de ces reportages, « La meilleure école » se souviendra t-il en 1990.

  Laurent Boutonnat qui a alors vingt ans se lance dans une nouvelle aventure où il utilisera ses facultés d’écriture et son expérience récente dans le journalisme. C’est l’époque où, remis de l’échec de Ballade de la féconductrice, il multiplie les projets. Toujours avec le sens du subversif et son goût du morbide, il entreprend des recherches pour l’écriture un livre sur l’infanticide. Un ami, Jérôme Dahan fait partie du projet. Parallèlement à cela il réalise des publicités télévisées. Laurent tourne plusieurs spots et s’associe à un producteur du circuit Parafrance. Celui-ci lui proposera de tourner un film d’horreur en deux semaines pour un budget de deux cents trente mille Euros. Suite à des désaccords du fait du producteur, le projet ne verra jamais le jour. C’est à cette période que Boutonnat reprend le script de Giorgino à zéro. Un soir, alors qu’il est accompagné de son ami Jérôme Dahan, il décide d’écrire avec lui les paroles d’une chanson ayant trait à cette enfance qui le hante tant. Le lendemain Jérôme Dahan écrit la musique et le résultat ne leur déplait pas. Ils viennent d’écrire Maman à tort, qui deviendra un petit succès de l’été 1984. Laurent Boutonnat laisse peu à peu de côté le sulfureux livre sur l’infanticide qui ne verra finalement jamais le jour. Les paroles de la chanson fraîchement écrite qui évoquent la folie, l’abandon et le saphisme seraient encore plus explosives dans la bouche d’une enfant. Après une tentative avec une jeune fille de quinze ans qui pose trop de problèmes juridiques avec la D.D.A.S.S, Jérôme Dahan et Laurent Boutonnat organisent un casting où se présentent une cinquantaine de jeunes filles majeures dont la future chanteuse Mylène Farmer, alors âgée de vingt et un ans. Laurent Boutonnat la choisie immédiatement, sans même l’avoir entendue chanter, à cause de son air « psychotique ». C’est suite aux problèmes se posant pour monter le clip de Maman à tort (1984) que Laurent Boutonnat envisage le clip comme seul moyen à court terme de faire du cinéma. Il sait aussi qu’il lui faudra financer lui-même ses projets s’il veut avoir les moyens nécessaires pour les réaliser. Durant la promotion de Maman à tort, Laurent Boutonnat retourne ponctuellement au documentaire en réalisant pour l’Education Nationale Parents… si vous saviez, reportage fictionnalisant de douze minutes sur le rôle de la parentalité. Le duo Dahan-Boutonnat écrira 10 mois plus tard deux autres chansons : On est tous des Imbéciles ne se fera remarquer que grâce à la morbidité de sa face B. Signée Boutonnat, L’Annonciation évoque le viol par le truchement d’une imagerie évangélique.

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 Décidément abonné à l’insuccès systématique de ce qu’il entreprend, Laurent Boutonnat se voit renvoyé de la maison de disques R.C.A. pour laquelle il avait pourtant fini de préparer un album. Laurent Boutonnat se sépare de Jérôme Dahan avec lequel il est en désaccord sur la suite à donner à la carrière de la chanteuse dont ils s’occupaient. Comme rattrapé par la chance, Boutonnat est contacté par Alain Levy qui vient de créer la maison de disque Polydor. Ce label français appartenant à l’Américain Polygram veut tout miser sur la chanson française et signe directement Mylène Farmer et Laurent Boutonnat pour trois albums, alors qu’ils n’assurent pas encore de réels succès commerciaux fiables. Le premier d’entre eux est Cendres de Lune en 1986, entièrement conçu, produit et arrangé par Boutonnat. Il en signe la composition, presque toutes les paroles et la pochette, pour poser les bases d’un climat. Cendres de lune est un laboratoire de boites à rythme, d’échantillonnages194, avec des inserts de chants grégoriens, et dont l’originalité a été saluée par le magazine musical Rock & Folk car il fait cohabiter morceaux avant-gardistes et variété populaire :

 

« Si les paroles sont plutôt du genre la Comtesse de Ségur qui aurait enfin décidé de parler de ce que font vraiment les petites filles modèles, la musique est elle aussi bien ficelée […] Cendres de Lune très court morceau à la limite de l’expérimental et du franchement morbide. Enfin, Vieux Bouc […] suit la même direction, avec ses voix sataniques ricanant en contrepoint qui évoquent une version musicale du Tour d’Ecrou sur fond de messe noire et d’âme en peine et de Lolitas grimaçantes. Tout cela est assez rare et original »

  C’est alors que Boutonnat se décide à monter son deuxième long-métrage à partir du script de Giorgino. Il en commence la préparation, mais son récent succès inattendu dans la production musicale l’occupera trop pour finaliser ce projet. En 1987 Laurent Boutonnat entame l’écriture du deuxième album Ainsi soit-je qui sortira à la fin de la même année. Il crée pour l’occasion sa première société de production discographique: Toutankhamon S.A. Le clip du premier extrait Sans Contrefaçon passera en exclusivité à la télévision le soir du réveillon 1988. Suivront le clip d’Ainsi soit-je et surtout Pourvu qu’elles soient douces. Le clip, qui a coûté deux millions de Francs sera d’ailleurs nommé aux Victoires de la musique de 1988. Il en co-écrit l’histoire avec le scénariste Gilles Laurent, auquel il présentera le synopsis de Giorgino ébauché à dix-huit ans. Tous deux travailleront  sa réécriture pendant quatre ans. C’est avec Gilles Laurent que Boutonnat écrira le scénario de Sans Logique, et surtout concevra le spectacle dont la tournée et le film sont déjà en projet en 1988. 

Depuis que le cinéaste produit lui-même ses courts-métrages, il peut se permettre des budgets colossaux, comme celui nécessaire à la réalisation de Sans Logique (1989) qui aura nécessité un aménagement coûteux des studios d’Arpajon. C’est avec le même système de financement qu’il produira la tournée qui va lui permettre de sublimer son univers en l’extrapolant sur une scène. C’est notamment pour cela qu’il crée le 19 janvier 1989 la société Heathcliff S.A. qui lui permettra de produire la tournée et ses prochains films. Après un essai transformé à Saint-Étienne puis deux semaines au Palais Des Sports de Paris, le spectacle parcourra la France en 60 dates dont deux au Palais Omnisports de Paris-Bercy. Laurent Boutonnat, au delà de la mise en scène et des arrangements, pense au film qu’il tirera de cette tournée. Il crée le 26 octobre 1989 à l’occasion de la sortie du double album En concert une société d’édition phonographique « Requiem Publishing » qui édite depuis, toutes les productions de Boutonnat sans exception. La sortie en salles et sur vidéo du film du spectacle se fera finalement le 25 septembre 1990. Suite à la sortie de En concert, Laurent Boutonnat écrit les dix musiques du prochain album de Mylène Farmer: L’Autre. Il profite du tournage de Désenchantée et de Regrets en Hongrie en février 1991 pour faire des repérages pour Giorgino avec le décorateur Pierre Guffroy. Se consacrant essentiellement à la préparation du long-métrage, les années 1992 et 1993 verront débuter le tournage des scènes d’extérieur du film dans le parc slovaque des Tatras auxquelles suivront les plans d’intérieur aux studios Barrendov de Prague.

 

En mai 1993, le montage et l’écriture de la musique succèderont au tournage. Laurent retournera pour l’occasion dans l’État Tchèque pour en enregistrer la musique. L’exceptionnelle longueur de la post-production due en partie au perfectionnisme de son auteur s’achèvera en août 1994. Après 8 années de travail, Giorgino sort enfin sur les écrans le 5 octobre 1994. Abattu par la critique et sorti au mauvais moment, le film est un échec.

 

 Décidément décisif dans la carrière de Boutonnat, l’échec le conduit à des revirements complets. Celui de Giorgino sera de trop, plongeant son auteur dans le désespoir le plus profond. Après un an sans nouvelle production, qu’elle soit musicale ou audiovisuelle, la suite de son travail montrera une absence totale de continuité. Laurent Boutonnat composera onze musiques pour l’album Anamorphosée annonçant le retour de son interprète fétiche. Suite à ça il co réalisera un autre film de concert Live à Bercy avec François Hanss, son assistant de longue date. 

Le succès commercial de ce film (pourtant uniquement exploité en circuit de cassettes vidéos) n’aura d’égal que l’échec artistique que nous seront forcés de constater. Les nombreux faux raccords involontaires et la superficialité affichée de l’imagerie renient outrageusement le perfectionnisme dont Boutonnat était autrefois capable. Laurent Boutonnat refuse depuis toute interview et toute diffusion de Giorgino, voulant visiblement faire de son long métrage un film maudit. Le film sera tout de même contractuellement diffusé en novembre 1995 sur la chaîne Canal Plus, qui participa à sa production. Boutonnat attendra 1997 avant de reprendre réellement la caméra pour l’ancienne actrice Nathalie Cardone, sa nouvelle égérie avec laquelle il réalisera quatre clips. Il crée pour elle une société de production le 19 juin 1997 : « Calliphora S.A. » et laisse peu à peu en désuétude les sociétés Heathcliff S.A. et Toutankhamon qui cessera même ses activités en 1997. En mai 1999 sort l’album de Mylène Farmer Innamoramento comportant treize titres dont neuf composés par Laurent Boutonnat, mais il n’en signera aucun clip. Le 10 mai 2000 il étend toutefois ses activités financières en fondant LB Société Civile Immobilière qui s’occupe d’achat et de location de biens immobiliers.

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 L’échec qui accompagna toute la carrière de Boutonnat provoqua chez lui deux réactions contraires selon les époques. Alors que son insuccès dans le cinéma l’incita dans sa jeunesse à persévérer dans la voie cinématographique, il ne put se remettre du fiasco commercial de Giorgino qui le fit stopper toute réalisation ambitieuse. Aujourd’hui  Mylène Farmer et Laurent Boutonnat dirigent toujours la société d’éditions phonographiques Requiem Publishing qui produira en mai 2000 une nouvelle chanteuse pour adolescents : Alizée. Laurent Boutonnat écrira pour elle les chansons de ses deux albums et tournera trois clips : Moi… Lolita, Parler tout bas et J’ai pas vingt ans. Ayant cessé sa collaboration avec Nathalie Cardone, il continue néanmoins la composition des chansons de Farmer et réalisera même pour elle deux derniers clips Les Mots et Pardonne-moi, renouant une dernière fois avec leur univers des années 80. En mars 2001 sortent pour la seconde fois sur support numérique l’intégrale des clips que Laurent Boutonnat a tournés pour elle.

 

EXTRAIT DU LIVRE DE Jodel Saint-Marc  « Le Clip en tant qu’œuvre Cinématographique / aux éditions Sorbonne Nouvelle en août 2003

 

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Laurent Boutonnat et Mylène Farmer en interview

Posté par francesca7 le 19 avril 2014

 

Laurent Boutonnat et Mylène Farmer en interview dans Mylène et Boutonnat lb1INTERVIEW DE LAURENT BOUTONNAT

Qu’est-ce que vous préparez ici ?

    Il y a une scène avec tout les figurants, avec Mylène et le petit môme qui est avec elle. C’est un raccord en fait sur ce petit monticule. Nous, nous sommes derrière avec la caméra et on va faire brûler des pneus pour avoir une grosse fumée noire pour être raccord avec l’usine d’hier où il y avait le feu. Ils sont sensés s’échapper de l’usine, et ils vont descende de cette petite colline pour courir dans cette immense plaine.

l'équipe du film dans la plaine. on remarque les cars transportant les figurants et les camions de materiel.

Ce sera le dernier plan du clip ça ?

Laurent donne ses instructions à Mylène    C’est l’amorce des dernier plans en fait. C’est le premier plan où ils s’échappent de cette « prison-usine » pour partir dans la plaine. Et après on a plusieurs plans à faire de leurs visages qui courent…

Ca a été un bonheur pour vous d’avoir eu cent figurants ? Des jeunes hongrois comme ça ? C’est pas tropLaurent Boutonnat difficile à gérer ?…

    Non, il y a une équipe très solide qui tient bien tout ce monde là, et ils ont des têtes extraordinaires en plus. Il y a une chose qui est formidable ici, c’est qu’ils jouent bien. Ce n’est même pas jouer d’ailleurs, parce que ça leur plait de faire ça. C’est presque naturel.

 

pendant le travelling latéral de l'arrêt dans dans la plaineOui, c’est peut-être mieux que des comédiens.

    Ah, c’est impossible des comédiens. Mais ils ont quelque chose de naturel; et en fait comme ils n’ont jamais fait ça de leur vie, ils ont une espèce de maladresse qui est formidable. Ca devient quelque chose qui donne l’impression qu’ils ont fait ça toute leur vie, que se sont de grands professionnels.

 

Laurent met en place le repère qui montrera à Mylène où s'arrêter

Laurent supervise la pose du travelling latéralVous avez voulu tourner ici, ça s’appelle la Puszta, c’est la plaine hongroise…

    Absolument, c’est à dire que la Hongrie est un pays plat, où il n’y a que des plaines. Et tout le centre de la Hongrie c’est ça : sur des centaines et des centaines de kilomètres avec : Rien. C’est très impressionnant. Surtout avec la neige, on a l’impression que le ciel et la terre se rejoignent et que…

 

Laurent vient de placer les figurants qui ne s'étaient pas assez espacé en largeurC’est une fuite.

    Il n’y a rien quoi. C’est le néant et… c’est beau.

 

Fréquenstar - Pour un clip avec toi - M6 - Février 1991.

 

alearule dans Mylène et Boutonnat

INTERVIEW DE MYLÈNE FARMER

répétition du 1er plan du clipC’est le cinquième jour de tournage, ça fait combien de temps que vous êtes installée ici Mylène ?

    Ca fait à peu près huit jour.

Il y a des conditions climatiques qui ne sont pas évidentes, je sais qu’il a fait très froid la semaine dernière…

    Oui, beaucoup plus froid qu’aujourd’hui.

tournage du gros plan "blatte" avec MylèneEt vous vous levez très tôt et vous tournez toute la journée, c’est ça ?

    Nous avons des horaires un peu différents chaque jour mais ce matin nous nous sommes levé à cinq heure.

 

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extrait du casting des figurantsIl y a à peu près une centaine de figurants ici. Pourquoi avoir choisi des enfants, et des enfants hongrois, ici à Budapest ? Il y a une raison particulière ?

instructions à Adil Med Mehjirou    Oui, il y a plusieurs raisons pour le choix de la Hongrie. Il y a d’abord la neige, on voulait un paysage de neige. D’autre part on voulait beaucoup de figurants emakdes8t surtout des enfants qui portent quelque chose de grave dans le visage et dans le regard. Et c’est vrai que les pays de l’Est pour ça c’est fabuleux. D’autre part il y a beaucoup de techniciens en Hongrie qui sont performant et professionnels. Et enfin une des dernières raisons c’est que c’est beaucoup moins chère, et qu’on peut faire des choses grandioses avec peu de moyen finalement.

Laurent Boutonnat donne ses indications à AdilEst-ce que ça veut dire que ça va être dans la lignée de l’imagerie Mylène FARMER ? Parce qu’on vous associe aux clips scénarisés qui sont en fait des films. Est-ce que ça s’inscrit toujours dans cette veine scénarisée et à grand spectacle ?

    Ce sera la même chose. C’est la même écriture et le même réalisateur, et pratiquement la même équipe à chaque fois sur chaque tournage.

le traducteur hongrois entre Laurent Boutonnat et Vincent Canaple (assistant réalisateur)

 

Laurent Boutonnat ne filme pas ce plan mais contrôle le cadreEst-ce qu’on peut dire aussi que si vous venez tourner ici en Hongrie ou à Budapest -on y pense souvent quand à toi- c’est pour tes ambitions cinématographiques et celles de Laurent ? On sait que Cyrano De Bergerac a été tourné ici, on peut dire aussi qu’il y a les prémices d’un futur long métrage ou le moyen aussi de repérer pour un long métrage…

    Ca c’est quelque chose d’envisageable ou qui a été envisagé, mais j’avoue que pour l’instant c’est quelque chose qui n’existe pas. Et c’est quelque chose qui appartient à Laurent pour l’instant. Je ne puis rien dire, mais ce que je sais c’est qu’il avait fait effectivement des repérages avant d’envisager le clip en Hongrie pour un long-métrage.

 

makdes10

Vous êtes un peu avares d’images sur le travail que vous faites en équipe sur le tournage d’un clip comme en ce moment.

Laurent répete avec Adil la scène de la cigarette    Je ne sais pas si nous sommes avares mais c’est assez difficile qu’une autre équipe intervienne. Parce qu’un tournage comme celui-ci c’est une grosse machinerie. Donc s’il y a perturbation, quelque fois cela peut perturber le metteur en scène et tout le monde. Et c’est vrai qu’on a un soucis de garder les choses secrètes, mais parce que je suis probablement comme les enfants, j’aime encore les surprises. Donc j’aime bien l’effet de surprise quand on a un nouveau clip ou de nouvelles chansons. C’est pour ça que je fais très peu écouter l’album avant qu’il ne sorte. C’est une manière de préserver la chose.

 

sencha1

 

mise en place des éclairagesDans le clip on voit une centaine de jeunes enfants avec des têtes très particulières, grimées, masquées, habillés un peu comme toi…

    Oui, tout à fait. Encore plus sales même !

…Assez minimalistes dans la tenue. D’où a été l’inspiration de ce choix ?

    Là j’avoue qu’il est né d’un amour commun de Laurent et moi- même pour ce qui est DICKENS, Oliver TWIST. On aime beaucoup tout les deux David LEAN, qui avait réalisé Oliver TWIST, un de ses premiers longs-métrages. Et c’est surtout cette approche du conte qui est permanente.

Laurent Boutonnat et son 1er assistant réalisateur

Dans Désenchantée c’est quoi ? On dirait un univers carcéral mais particulier…

Laurent lui-même filme Mylène appelant à la révolution sur les tables    On a essayé d’avoir quelque chose d’intemporel. Ce qui explique aussi le choix de ces costumes, parce qu’on ne peut pas tout à fait situer l’époque. Ca se situe en effet dans un milieu carcéral, il y a une autorité autour de ces enfants, et que ces enfants n’ont plus rien à perdre donc il leur reste comme solution la révolte. Et c’est ce qui va se passer dans le clip.

instructions à Mylène    Il y a dans le clip de jeunes enfants qui sont handicapés. Il y a une anecdote magnifique, un handicapés qui est sur le tournage s’y est adapté en quatre jours. Son éducatrice nous a dit qu’en quatre jours il avait fait des progrès de six mois. Donc c’est une jolie récompense…

 

desenchComment tu échanges avec tous ces jeunes hongrois qu’on voit ?

    C’est un échange uniquement de regards puisque nous n’avons pas la même langue. Les interprètes ne sont pas toujours là pour traduire. Ce sont des regards et tous ces figurants sont très justes, ils jouent mais en aucun cas ne sur-jouent et c’est ce qui est fascinant. Ils ont une spontanéité et on a l’impression qu’ils sont nés dans ces costumes dans cette époque et c’est un plus pour le tournage.

makdes21J’ai eu l’occasion de discuter avec ce qu’on appelle un casting-producer, qui me disait que dans le choix des gens, il y avait peu de comédiens hors-mis la matonne. Il y a des délinquants, des jeunes enfants d’écoles.

La chute du mirador est en fait protegée par des cartons    Oui, il y a de tout. Ce sont des gamins de la rue…

 

…Avec leurs réactions. Quand on vit à Budapest, avec la vie qu’on a eu, avec l’histoire qu’on a vécu, il y a une âme mais une pression.

    En tout cas habitée. Il y a une dureté réelle.

 

lors des scènes extérieures, deux équipes de tournages s'activent autour des figurants, tournant le double de plans dans la même durée

 

lors des scènes extérieures, deux équipes de tournages s’activent autour des figurants, tournant le double de plans dans la même durée >

 

 

 

 

Mylène et Adil s'enfuyant devant le décor de l'unsine en flammesIl y a une infrastructure, une équipe très importante sur ce tournage…

    Il y a à peu près 120 personnes et 12 personnes dans l’équipe technique qui viennent de Paris.

Des français avec qui vous avez l’habitude de travailler. 

    Oui, j’ai Jean-Pierre SAUVAIRE qui est chef-opérateur, Carine SARFATI qui est aux costumes et beaucoup d’autres. Je m’excuse de ne pas pouvoir tous les citer.

extinction de l'entrepot en flammes par les pompiers de Budapest

C’est une équipe de copains, on a l’impression que c’est presque une famille.

    Oh oui, ce sont des gens de grande qualité humaine et professionnelle. C’est vrai que c’est un plaisir de les réunir chaque fois à nouveau.

 

Fréquenstar - Pour un clip avec toi - M6 – Février 1991.

 

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Mylène Farmer la papesse du clip

Posté par francesca7 le 30 mars 2014

 

La chanteuse culte Mylène Farmer vient d’entamer une nouvelle série de concerts à Paris Bercy, qui sera suivie d’une tournée en province intitulée « Timeless ». L’occasion de revenir sur les 30 ans de carrière de la star, de ses audaces visuelles à ses rendez-vous manqués avec le cinéma en passant par ses influences, ses collaborations et ceux qu’elle a elle-même inspirés. La première partie de cette saga en 3 volets est consacrée à ses clips légendaires…

Aux origines du mythe…

Image de prévisualisation YouTube

http://www.youtube.com/watch?v=RUQZZW2GrAA

 

C’est sur un clin d’oeil à Marilyn Monroe que Mylène Farmer s’affiche en 2012

pour son album « Monkey Me »

 images (22)

 

En empruntant son nom de scène à Frances Farmer, une actrice américaine des années 40 entrée dans la légende tragiquement après un internement psychiatrique qui l’a détruite, Mylène Gautier, comédienne formée au Cours Florent et coutumière des spots publicitaires, inscrit son univers dans l’enténèbrement et la perversion dès 1984 et la sortie de son premier titre, Maman a tort. Dans cette comptine torturée, la chanteuse débutante avoue poliment à sa maman être tombée amoureuse de son infirmière. Si elle ne cache pas à cette époque rêver de devenir actrice, dédiant par exemple une chanson de son premier album à l’une de ses idoles, Greta Garbo, le succès immense qui la propulse en quelques années au rang de star de la chanson française la conduit naturellement à remettre ses ambitions à plus tard pour embrasser pleinement l’autre belle carrière qui s’offre à elle.

 

C’est Laurent Boutonnat qui la sort de l’ombre. Il débute lui-même à l’époque, avec seulement un long-métrage à son actif, La Ballade de la féconductrice, sorti en 1980 et projeté au marché du film à Cannes. Il est interdit aux moins de 18 ans… alors qu’il n’en a lui-même que 17 ! Il devient le compositeur, le pygmalion, le jumeau, « l’autre » de Mylène Farmer. Ils inventent ensemble un univers visuel unique, cinématographique, référencé et peuplé de personnages marquants, épaississant le mystère qui entoure la jeune femme et qui ne la quittera plus jamais.

 

Clipographie : Mylène vue par Laurent Boutonnat


images (22)

1986 - Libertine : court-métrage d’une dizaine de minutes, inspiré du Barry Lyndon de Kubrick, entré dans la légende en particulier grâce à ses scènes de nue qui ont fait scandale.

 

1987 - Tristana : deuxième court-métrage qui revisite le conte de Blanche Neige et les sept nains au coeur d’une Russie enneigée, et qui fait référence, entre autres, au Cuirassé Potemkine.

 

1987 Sans Contrefaçon : projetée en avant-première au cinéma Max Linder, cette vidéo raconte la relation ambigüe entre un marionnettiste et un pantin désarticulé, qui n’est pas sans rappeler l’histoire de Pinocchio.

 

1988 - Pourvu qu’elles soient douces (Libertine II) : suite de l’histoire de Libertine, se déroulant cette fois pendant la Guerre de sept ans. Il entre à l’époque dans le Livre des records en tant que clip le plus cher de l’histoire (3 millions de francs), le plus long (près de 18 minutes) et comportant le plus de figurants (500).

 

1989 - Sans Logique : dans une ambiance rappelant les tableaux de Goya, une femme trompée, habitée par le Malin, se lance dans une corrida meurtrière avec son amant, sous le regard fasciné et pervers de gitans abimés par le temps.

 

1989 - A quoi je sers ? : dans ce clip en noir et blanc, Mylène convoque les personnages qui ont peuplé ses premiers clips. Ils s’enfoncent ensemble au coeur d’ un rivage brumeux et incertain.

 

1991 - Désenchantée : devenu l’hymne de toute une génération, cette chanson forte, politique pour les uns, personnelle pour l’artiste, est illustrée par un clip qui propulse la star dans ce qui ressemble à un camp de concentration où la révolte est le seul espoir de survie jusqu’à une fuite vers le bout du bout du monde, jusqu’à l’infini.

 

1992 - Beyond My Control : le dernier clip réalisé par Laurent Boutonnat avant une longue période conduit Mylène au bûcher, en proie aux flammes, livrée aux loups, après avoir dévoré le cou puis le visage de son amant qui l’a trompée (lui aussi). On y entend la voix de John Malkovich, extraite du film Les Liaisons dangereuses, qui confesse « It’s beyond my control« .

 

2001 - Les Mots : pour la sortie de son premier best-of, elle enregistre un duo avec le chanteur britannique Seal. Laurent Boutonnat revient à cette occasion derrière la caméra pour les diriger. Perdu en mer sur un radeau, le couple est finalement séparé par les vagues, le courant emportant l’amant.

 

Redécouvrez ci-dessous le clip de Désenchantée :

 

Clipographie : Mylène vue par d’autres cinéastes

Image de prévisualisation YouTube

http://www.youtube.com/user/MyIeneFarmer

 

 

1992 - Que mon coeur lâche : dans ce premier clip aux allures légères, Luc Besson embarque sur Terre l’ange Mylène à qui Dieu donne pour mission d’enquêter sur ce qu’est devenu le sentiment amoureux. Réponse : il a été perverti par le sexe et détruit par le VIH. Le cinéaste joue au jeu de l’auto-référence en proposant une scène similaire à l’une de son film Nikita, sorti deux ans plus tôt.

 

1995 & 1996 XXLL’instant X & Comme j’ai mal : Marcus Nispel, devenu par la suite réalisateur de films d’horreur (Massacre à la tronçonneuseVendredi 13…), met en scène une Mylène plus libérée, que ce soit sur le devant d’un train roulant à vive allure au milieu des plaines californiennes, ou dans un New York envahi par la mousse.

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1996 - California : admiratrice d’Abel Ferrara, Mylène parvient à convaincre le réalisateur de la diriger aux côtés deGiancarlo Esposito dans les quartiers chauds de Los Angeles, sur un scénario qu’ils co-écrivent et qui met en parallèle le destin d’un couple de riches hollywoodiens et celui d’une prostituée et de son maquereau.

 

1999 - L’Âme-Stram-Gram : basée sur une légende chinoise, cette vidéo de plus de 7 minutes est dirigée par Siu-Tung Ching (Histoire de fantômes chinois) qui dispose d’un budget d’environ 900 000 euros. Aux abords de la Muraille de Chine, deux jumelles sont traquées par des bandits. L’une est kidnappée, l’autre cherche alors à la retrouver…

 

1999 - Je te rends ton amour : François Hanss, autrefois assistant-réalisateur de Laurent Boutonnat, plonge la star dans un bain de sang au milieu d’une église. Considéré comme blasphématoire, il est interdit d’antenne en version intégrale avant minuit. Il sort alors en VHS et le bénéfice des ventes est reversé au Sidaction.

 

2000 - Optimistique-Moi : cette fois, Mylène fait appel à un réalisateur de clips et de publicités, Michael Haussman, qui a notamment oeuvré pour Madonna. Il pousse la chanteuse au centre d’un cirque dont elle tente de s’échapper… comme par magie.

 

2001 - C’est une belle journée : à l’occasion de son premier clip animé, basé sur ses propres dessins, Mylène fait la rencontre de celui qui deviendra son compagnon, Benoît di Sabatino, un producteur spécialisé dans l’animation. Une suite sort deux ans plus tard sous forme de conte philosophique pour adultes, intitulé Lisa-loup et le conteur.

 

2005 - Fuck Them All : le premier extrait du nouvel album de Mylène, Avant que l’ombre…, est illustré par un clip signé par le réalisateur espagnol Agustí Villaronga (El mar).

 

1a2006 - Peut-être toi : après le dessin-animé, Mylène s’attaque au manga. Une sorte de Roméo et Juliettejaponisant qui se termine par la mort de deux amoureux, transpercés par la même flêche. La production est confiée à I.G., une société japonaise experte dans le domaine.

 

2009 - The Farmer Project : respecté dans le monde de la publicité grâce à ses réalisations classieuses pour des spots de marques de luxe, Bruno Aveillan est en charge de ce court-métrage composé de deux clips (Dégénérationet Si j’avais au moins…), d’ailleurs diffusé en avant-première ici même, sur AlloCiné ! On y découvre une Mylène créature extra-terrestre aux ondes sensuelles venue répandre l’amour sur Terre et libérer les animaux de leurs cages.

 

vue sur http://www.allocine.fr/article

 

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Saga « Mylène Farmer fait son cinéma »

Posté par francesca7 le 22 décembre 2013

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CLIP : 1ère partie : la papesse du clip sur – News – Stars 

La chanteuse culte Mylène Farmer vient d’entamer une nouvelle série de concerts à Paris Bercy, qui sera suivie d’une

tournée en province intitulée « Timeless ». L’occasion de revenir sur les 30 ans de carrière de la star, de ses audaces visuelles à ses rendez-vous manqués avec le cinéma en passant par ses influences, ses collaborations et ceux qu’elle a elle-même inspirés. La première partie de cette saga en 3 volets est consacrée à ses clips légendaires…

Aux origines du mythe…

En empruntant son nom de scène à Frances Farmer, une actrice américaine des années 40 entrée dans la légende tragiquement après un internement psychiatrique qui l’a détruite, Mylène Gautier, comédienne formée au Cours Florent et coutumière des spots publicitaires, inscrit son univers dans l’enténèbrement et la perversion dès 1984 et la sortie de son premier titre, Maman a tort. Dans cette comptine torturée, la chanteuse débutante avoue poliment à sa maman être tombée amoureuse de son infirmière. Si elle ne cache pas à cette époque rêver de devenir actrice, dédiant par exemple une chanson de son premier album à l’une de ses idoles, Greta Garbo, le succès immense qui la propulse en quelques années au rang de star de la chanson française la conduit naturellement à remettre ses ambitions à plus tard pour embrasser pleinement l’autre belle carrière qui s’offre à elle.

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C’est Laurent Boutonnat qui la sort de l’ombre. Il débute lui-même à l’époque, avec seulement un long-métrage à son actif, La Ballade de la féconductrice, sorti en 1980 et projeté au marché du film à Cannes. Il est interdit aux moins de 18 ans… alors qu’il n’en a lui-même que 17 ! Il devient le compositeur, le pygmalion, le jumeau, « l’autre » de Mylène Farmer. Ils inventent ensemble un univers visuel unique, cinématographique, référencé et peuplé de personnages marquants, épaississant le mystère qui entoure la jeune femme et qui ne la quittera plus jamais. 

1986 - Libertine : court-métrage d’une dizaine de minutes, inspiré du Barry Lyndon de Kubrick, entré dans la légende en particulier grâce à ses scènes de nue qui ont fait scandale. 

1987 - Tristana : deuxième court-métrage qui revisite le conte de Blanche Neige et les sept nains au coeur d’une Russie enneigée, et qui fait référence, entre autres, au Cuirassé Potemkine

1987 Sans Contrefaçon : projetée en avant-première au cinéma Max Linder, cette vidéo raconte la relation ambigüe entre un marionnettiste et un pantin désarticulé, qui n’est pas sans rappeler l’histoire de Pinocchio

1988 - Pourvu qu’elles soient douces (Libertine II) : suite de l’histoire de Libertine, se déroulant cette fois pendant la Guerre de sept ans. Il entre à l’époque dans le Livre des records en tant que clip le plus cher de l’histoire (3 millions de francs), le plus long (près de 18 minutes) et comportant le plus de figurants (500). 

1989 - Sans Logique : dans une ambiance rappelant les tableaux de Goya, une femme trompée, habitée par le Malin, se lance dans une corrida meurtrière avec son amant, sous le regard fasciné et pervers de gitans abimés par le temps. 

1989 - A quoi je sers ? : dans ce clip en noir et blanc, Mylène convoque les personnages qui ont peuplé ses premiers clips. Ils s’enfoncent ensemble au coeur d’ un rivage brumeux et incertain. 

1991 - Désenchantée : devenu l’hymne de toute une génération, cette chanson forte, politique pour les uns, personnelle pour l’artiste, est illustrée par un clip qui propulse la star dans ce qui ressemble à un camp de concentration où la révolte est le seul espoir de survie jusqu’à une fuite vers le bout du bout du monde, jusqu’à l’infini. 

1992 - Beyond My Control : le dernier clip réalisé par Laurent Boutonnat avant une longue période conduit Mylène au bûcher, en proie aux flammes, livrée aux loups, après avoir dévoré le cou puis le visage de son amant qui l’a trompée (lui aussi). On y entend la voix de John Malkovich, extraite du film Les Liaisons dangereuses, qui confesse « It’s beyond my control« . 

2001 - Les Mots : pour la sortie de son premier best-of, elle enregistre un duo avec le chanteur britannique Seal. Laurent Boutonnat revient à cette occasion derrière la caméra pour les diriger. Perdu en mer sur un radeau, le couple est finalement séparé par les vagues, le courant emportant l’amant.

Clipographie : Mylène vue par d’autres cinéastes

1992 - Que mon coeur lâche : dans ce premier clip aux allures légères, Luc Besson embarque sur Terre l’ange Mylène à qui Dieu donne pour mission d’enquêter sur ce qu’est devenu le sentiment amoureux. Réponse : il a été perverti par le sexe et détruit par le VIH. Le cinéaste joue au jeu de l’auto-référence en proposant une scène similaire à l’une de son film Nikita, sorti deux ans plus tôt. 

1995 & 1996 XXLL’instant X & Comme j’ai mal : Marcus Nispel, devenu par la suite réalisateur de films d’horreur (Massacre à la tronçonneuseVendredi 13…), met en scène une Mylène plus libérée, que ce soit sur le devant d’un train roulant à vive allure au milieu des plaines californiennes, ou dans un New York envahi par la mousse.

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1996 - California : admiratrice d’Abel Ferrara, Mylène parvient à convaincre le réalisateur de la diriger aux côtés deGiancarlo Esposito dans les quartiers chauds de Los Angeles, sur un scénario qu’ils co-écrivent et qui met en parallèle le destin d’un couple de riches hollywoodiens et celui d’une prostituée et de son maquereau. 

1999 - L’Âme-Stram-Gram : basée sur une légende chinoise, cette vidéo de plus de 7 minutes est dirigée par Siu-Tung Ching (Histoire de fantômes chinois) qui dispose d’un budget d’environ 900 000 euros. Aux abords de la Muraille de Chine, deux jumelles sont traquées par des bandits. L’une est kidnappée, l’autre cherche alors à la retrouver… 

1999 - Je te rends ton amour : François Hanss, autrefois assistant-réalisateur de Laurent Boutonnat, plonge la star dans un bain de sang au milieu d’une église. Considéré comme blasphématoire, il est interdit d’antenne en version intégrale avant minuit. Il sort alors en VHS et le bénéfice des ventes est reversé au Sidaction. 

2000 - Optimistique-Moi : cette fois, Mylène fait appel à un réalisateur de clips et de publicités, Michael Haussman, qui a notamment oeuvré pour Madonna. Il pousse la chanteuse au centre d’un cirque dont elle tente de s’échapper… comme par magie. 

2001 - C’est une belle journée : à l’occasion de son premier clip animé, basé sur ses propres dessins, Mylène fait la rencontre de celui qui deviendra son compagnon, Benoît di Sabatino, un producteur spécialisé dans l’animation. Une suite sort deux ans plus tard sous forme de conte philosophique pour adultes, intitulé Lisa-loup et le conteur

2005 - Fuck Them All : le premier extrait du nouvel album de Mylène, Avant que l’ombre…, est illustré par un clip signé par le réalisateur espagnol Agustí Villaronga (El mar). 

2006 - Peut-être toi : après le dessin-animé, Mylène s’attaque au manga. Une sorte de Roméo et Juliettejaponisant qui se termine par la mort de deux amoureux, transpercés par la même flêche. La production est confiée à I.G., une société japonaise experte dans le domaine. 

2009 - The Farmer Project : respecté dans le monde de la publicité grâce à ses réalisations classieuses pour des spots de marques de luxe, Bruno Aveillan est en charge de ce court-métrage composé de deux clips (Dégénérationet Si j’avais au moins…), d’ailleurs diffusé en avant-première ici même, sur AlloCiné ! On y découvre une Mylène créature extra-terrestre aux ondes sensuelles venue répandre l’amour sur Terre et libérer les animaux de leurs cages.

Découvre ci-dessous The Farmer Project dans son intégralité : http://www.allocine.fr/article/fichearticle_gen_carticle=18629563.html

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Mylène au J.T. DE 20 HEURES avec L.Delahousse

Posté par francesca7 le 12 décembre 2013

 

14 JUIN 2009 – Entretien avec Laurent DELAHOUSSE – FRANCE 2

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Entre deux représentations du Tour 2009 à Lyon (et le jour de l’anniversaire de Laurent Boutonnat !), Mylène Farmer remonte à Paris pour être l’invitée du journal télévisé de France 2 pour promouvoir sa tournée pourtant bien entamée et complète depuis de longs mois déjà. Dès le début du journal, la présentation des titres s’achève par quelques images de la première du Tour 2009 à Nice qui laissent place à Mylène présente face au journaliste. Cheveux lâchés et très souriante, elle porte une veste de cuir vert pâle.

C’est à la fin du journal que Laurent Delahousse se tourne à nouveau vers Mylène.

Laurent Delahousse : Notre invitée ce soir est rare, rare à la télévision. Elle est en tournée, spectacle incroyable une nouvelle fois et public toujours aussi fidèle : plus de cinq cent mille spectateurs en France, en Suisse, en Belgique et puis la Russie avec une étape à Moscou, bientôt.

Bonsoir, Mylène Farmer !

Mylène Farmer : Bonsoir !

LD : Merci d’être avec nous…

MF : C’est moi qui vous remercie !

LD : J’ai cru comprendre depuis quelques années maintenant que vous n’aimez pas du tout ce type de rendez-vous en direct, une interview comme ça à la télévision…

MF : Je les crains plus que je ne les aime pas, mais j’ai plus de facilité sur scène, j’avoue, devant douze mille personnes que dans un journal ! (rires)

LD : C’est de la timidité ?

MF : Probablement !

LD : Probablement ? (Mylène acquiesce) Pourtant, effectivement, vous vous exprimez sur scène depuis des années : c’est là que vraiment vous vous retrouvez le mieux, finalement ?

MF : C’est une immense liberté, une communion avec le public. Ca m’est plus facile, en effet.

LD : Alors justement, on va vous retrouver sur scène tout de suite : extrait de cette tournée 2009 qui suscite toutes les passions. On regarde tout cela et on se retrouve juste après.

Diffusion d’images inédites de « C’est dans l’Air » interprétée sur scène lors de la première à Nice

 LD : Alors, comment vous les vivez, ces retrouvailles dix ans après (la dernière tournée en France et non le dernier spectacle, nda) avec votre public ?

MF : C’est incroyable. C’est la chance de retourner en province, puisque je l’avais non pas boudée, mais j’avais présenté un spectacle à Bercy (« Avant que l’Ombre…à Bercy » en janvier 2006, nda) et la structure scénique était telle qu’on est restés à Paris parce qu’on ne pouvait pas voyager avec toute la scène.

LD : Et là, ce spectacle on le retrouvera également en Belgique, en Suisse…et puis à Moscou ? Saint-Pétersbourg ?

MF : Et Moscou, et ensuite au Stade de France…

LD : En septembre ?

MF : En septembre.

LD : Comment vous expliquez cette relation si particulière que vous avez avec ce public ? (Mylène hausse des épaules en cherchant visiblement ses mots) Vous cherchez peut-être pas à l’expliquer…

MF : J’ai du mal à trouver les mots, à trouver une réponse. Est-ce que c’est une… ? Je ne sais pas, peut-être une sincérité de ma part –mais encore, je ne pense pas que ça explique les choses !

LD : Quand on dit de vous que vous êtes mystérieuse, douce, sombre, fragile –il y a plein de choses, il y a un peu tout et son contraire, parfois !- lequel de ces qualificatifs vous sied le mieux ?

MF : Je prendrais ‘douce’ – j’espère ! – et ‘sombre’ à la fois. Quant au mystère, vous savez je crois que c’est plus une discrétion de ma part. (silence)

LD : Une discrétion de votre part. Et puis également une grande séductrice, pas toujours discrète sur scène ! (rires de Mylène) Effectivement, ça aussi c’est une clé également…

MF : Ca fait partie de moi également, oui.

LD : Ou alors je me suis trompé !

MF : Non, ce sont autant de facettes qui nous composent, en tout cas nous les femmes.

LD : Et puis une émotion, toujours. Quand vous interprétez « Ainsi Soit Je… », c’est un titre que tout le monde connaît, version piano, comme ça, très proche du public, vous êtes parfois au bord des larmes…

MF : Oui, tout en larmes même ! J’ai d’abord la chance d’être sur scène avec Yvan Cassar, qui est un immense pianiste et interprète. Et puis, c’est autant de…puisque j’écris moi-même mes textes, ce sont autant d’émotions qui sont miennes et que je partage après avec le public. Mais en tout cas, je ne m’empêche pas de pleurer, ni de rire, ni de rien d’ailleurs ! C’est vraiment un sentiment de liberté totale sur scène.

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LD : Je vous trouve plutôt souriante – ce soir en tout cas, je sais pas ! (rires de Mylène) On dit souvent de vous que vous êtes sombre, vous êtes parfois tellement accablée par la douleur du monde…

MF : (haussement d’épaules) Je crois que tout être est accablé par la douleur du monde. Quand on voit le journal, ce qui le compose, c’est difficile, c’est douloureux. Maintenant, plus sombre qu’une autre, je ne sais pas, mais habitées par certaines choses sombres, oui.

LD : Et est-ce que parfois M ylène Farmer, malgré ce public, malgré tout cela après toutes ces années, elle se sent parfois un peu seule ? La solitude c’est parfois agréable, mais parfois c’est douloureux ou pas ?

MF : Mais là encore je n’ai pas l’impression d’être très différente de la plupart des gens. Je crois que je suis quelqu’un de relativement solitaire mais qui a un grand, grand besoin de l’autre. Est-ce qu’on en souffre : oui, bien sûr. Est-ce que l’idée de quitter ce public, de quitter la scène m’angoisse : terriblement chaque soir. On a toujours l’impression que c’est la dernière fois et ma foi, demain…que sera demain ?

LD : Vous me tendez justement une petite perche : est-ce qu’on pense, quand on fait une tourne comme cela, il a fallu attendre dix ans, à celle d’après ? On l’envisage ? On y pense ?

MF : Non. Moi je vis vraiment, autant que faire se peut, le moment présent – et c’est pas toujours facile ! (sourire) Mais là, pour le coup, c’est une source d’angoisse pour moi que de se projeter dans l’avenir, donc j’essaie de ne pas y penser, parce que ça serait vous mentir de dire…parfois ça fait peur.

LD : Mais on est obligé d’y penser, on est obligé aussi de se dire que parfois il est possible que ça s’arrête, effectivement…

MF : Bien sûr.

LD :…qu’à un moment donné on passe à autre chose.

MF : (avec un geste d’impuissance) Probablement un jour. Mais je le déciderai, en tout cas.

LD : Vous le déciderez…

MF : Là je serai maître de mon avenir, si je puis dire.

LD : La musique : on voit des clips souvent étonnants, des spectacles hallucinants. Vous avez d’autres envies ou pas ? Ou pour le moment, vous vous concentrez là-dessus et puis peut-être autre chose plus tard ?

MF : Je suis tout à fait dans ce que je fais actuellement. J’ai toujours des désirs de cinéma, parce que j’ai une passion pour le cinéma.

LD : On le voit dans vos clips avec Laurent Boutonnat depuis des années…

MF : Entre autres, oui. J’adore le cinéma, vraiment. J’ai un projet de film, mais est-ce que ce film existera, là je laisse pour le coup… ! (rires)

LD : Le suspens ?!

MF : Le suspens. (sourire)

LD : Vous savez qu’il y en a beaucoup, beaucoup en tout cas qui sont derrière leur écran (sic) et qui pensent déjà à…on va pas aller trop loin, on va garder le suspens ! M erci beaucoup.

MF : C’est moi, merci.

LD : Belle tournée à vous et puis…voilà : en direct, tout se passe bien vous savez ! Tout va bien ! J’étais ravi de vous recevoir !

MF : Moi aussi ! Merci beaucoup. (sourire)

LD : Merci et à très bientôt, et puis belle tournée à vous et puis on attendra pas, j’imagine dix ans avant de vous revoir !

MF : Et venez me voir, ça sera très, très gentil ! (rires)

Laurent Delahousse évoque ensuite un sujet du journal de la semaine suivante consacré à la Fête de la Musique.

LD : C’est une belle fête, la Fête de la M usique ?!

MF : Très belle !

Le journaliste conclut ensuite son journal et lors du générique de fin, on peut deviner Laurent Delahousse et Mylène converser ensemble.

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Mylène farmer dans Podium – novembre 1984

Posté par francesca7 le 1 septembre 2013

Mylène farmer dans Podium – novembre  1984 dans Mylène en INTERVIEW 1984-05

A propos de son enfance et sa scolarité :

- J’ai passé mes onze premières années au Canada, à Montréal, et j’ai d’ailleurs les deux nationalités, française et canadienne. Puis le travail de mon père nous a amenés à Paris. J’ai donc fait mes études ici, jusqu’au bac

. En classe, j’étais très douée pour la poésie, la lecture.

A propos des circonstances qui l’ont amenée au casting de « Maman a Tort » et au sujet de celui-ci :

- Je prenais des cours d’équitation, parce que j’adore les chevaux, en vue de faire de la compétition.

Malheureusement, j’ai raté le concours de formation au monitorat, ce qui m’a complètement dégoûtée. Il faut dire que j’avais dix-sept ans et les autres candidats, vingt-cinq en moyenne ! La chanson c’est un coup de chance dans ma vie. J’ai rencontré Jérôme Dahan et Laurent Boutonnat, qui sont les auteurs et producteurs de mon disque. Leur chanson était déjà écrite, ils me l’ont proposée. C’est un peu magique, tout ça !

A propos du thème de « Maman a Tort » : est-ce éloigne de son vécu ?

- Oh ! Pas vraiment… Ce n’est pas complètement éloigné de moi, c’est vrai, mais je n’ai pas vraiment eu de problème avec mes parents.

A propos de ses débuts dans le métier :

- Il a été relativement facile de faire ce premier disque. Maintenant, je voudrais progresser, devenir une artiste à part entière. L’aisance sur scène ou sur un plateau de télé, ça ne s’improvise pas.

A propos de ses goûts et ses envies :

- Je lis énormément, ou j’écoute Marvin Gaye, Reggiani et Brel. J’habite Paris, mais j’aimerais bien pouvoir m’installer en banlieue, dans une grande maison pleine d’animaux. Impossible pour le moment : je bouge trop !

 

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Mylène dans les médias

Posté par francesca7 le 28 juillet 2013

 

Mylène dans les médias dans Mylène et des CRITIQUES 1988-31-aDans les médias Dès ses débuts en 1984, les chansons et les clips de Mylène Farmer créent souvent la polémique. Ses premiers titres, qui se distinguent par leur ambiance musicale et des textes novateurs, sont généralement perçus positivement par la presse. Néanmoins, au fil des ans, certains journalistes commencèrent à juger l’artiste trop commerciale, du fait de ses ventes importantes et de l’intérêt croissant de la presse people. Mylène Farmer évoque dans ses chansons l’amour, la mort, le temps qui passe, souvent empreint de mélancolie. « Une part de moi habite la mélancolie, et une autre aime aussi le rire et la gaieté. Malheureusement, le monde prête plutôt à l’état mélancolique, où le bonheur émerge parfois. »83 Ses textes, souvent basés sur le symbolisme, font débat : si certains y voient un véritable talent d’écriture, d’autres les considèrent pseudo-intellectualistes. Ses concerts, inspirés des shows à l’américaine, ont conduit la chanteuse à être parfois accusée de mégalomanie. Parallèlement, de nombreux critiques reconnaissent la qualité musicale de ses albums, notamment Anamorphosée et Avant que l’ombre… Depuis quelques années, l’image de Mylène Farmer dans la presse a progressivement évolué. La durée de sa carrière et son succès ininterrompu semblent lui avoir conféré une certaine crédibilité, et son œuvre est jugée moins sévèrement ou simplement ignorée. Sa discrétion est respectée, et même saluée. Certains journaux autrefois critiques sont parfois devenus laudateurs, comme Le Monde : ses derniers spectacles (Tour 2009 et Avant que l’ombre… à Bercy) ont été très appréciés, alors que les précédents étaient parfois sévèrement critiqués. Toutefois, d’autres médias, devant son refus systématique d’interviews, publient des articles très critiques sur la chanteuse à partir de 2005 (Télé Star, Paris Match, France-Soir, Platine…), et certains média la boycottent (Europe 2, M6…). Le texte de la chanson Je t’aime mélancolie aborde ce thème et semble apporter une réponse indirecte de Mylène Farmer aux critiques : « J’ai comme une envie / De voir ma vie en l’air / Chaque fois que l’on me dit / C’est de la mauvaise herbe / Et moi je dis : / Qu’une sauvage née / Vaut bien d’être estimée / Après tout elle fait souvent la nique / Aux « trop bien » cultivées, et toc !  En somme c’est ça : / Pour plaire aux jaloux / Il faut être ignorée. »

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Olivier Theyskens et Mylène Farmer

Posté par francesca7 le 25 mai 2013

Venez me rejoindre sur le forum  http://devantsoi.forumgratuit.org/ 

Olivier Theyskens et Mylène Farmer dans Mylène et L'ENTOURAGE rmymi-adio-02-cOlivier Theyskens est né en 1977 d’un père belge ingénieur en chimie et d’une mère française. Enfant, doué pour le dessin et doté d’un sens précis du détail, il veut « être une fille », car il est« jaloux que les filles deviennent des princesses et portent des jupes, ça m’a tourmenté ».

Ses parents ont encouragé son intérêt pour la couture apparu très jeune : à sept ans il déclare déjà qu’il souhaite « faire de la haute couture ».

En octobre 1995, à l’âge de 18 ans, il entre à l’école de École Nationale Supérieure des Arts Visuels de la Cambre pour étudier la couture. Il la quitte dès 1997 pour lancer sa propre marque. Ses premières collections sont souvent qualifiées d’« extravagances gothiques » ; il n’hésite pas à utiliser de simples draps de lits réclamés à sa grand-mère. Mais disposant de peu de moyens financiers, l’expérience tourne court, malgré un certain succès commercial. Son amie Laetitia Crahay, assistante-designer chez Chanel dira « je ne m’inquiète jamais pour Olivier, c’est un gagnant ».

Olivier Theyskens poursuit alors son expérience en créant les costumes du Théâtre de la Monnaie. Mais il continue à dessiner des vêtements comme un passe-temps. Il se fait remarquer à seulement 21 ans quand la chanteuse Madonna, en 1998, porte l’une de ses robes en satin noir aux Academy Awards. Viendra également Mylène Farmer qui apparait alors dans JE TE REND TON AMOUR lorsqu’elle entre dans un confessionnal, vêtue d’une superbe robe rose et blanche du couturier Olivier Theyskens.

Depuis trois saisons, le créateur belge Olivier Theyskens, qui défile à la Fashion Week de New York ce lundi 10 septembre 2012, triomphe chez Theory. Portrait. 

S’il ressemble à Jésus, Olivier Theyskens est surtout, depuis peu, le visage du « middle luxury », concept qui associe un design créatif et de jolies matières à des prix franchement raisonnables. Voilà trois saisons, ce beau page au teint d’albâtre encadré de baguettes noires soyeuses choisissait en effet de donner un virage tout à fait iconoclaste à sa carrière couture. Après avoir enchanté -et parfois étonné- comme directeur artistique de Rochas (de 2002 à 2006) puis de Nina Ricci (2006-2009), il quittait Paris pour New York, et les salons ouatés du VIIIe arrondissement pour une entreprise plus mass market: Theory, une griffe lancée en 1997. 

Les vêtements y sont contemporains mais ni trop pointus ni trop chers, afin de toucher l’Amérique moyenne. La marque est entrée en 2004 dans le giron de Fast Retailing, le groupe japonais propriétaire d’Uniqlo ou deComptoir des cotonniers. En même temps qu’il a l’oeil sur l’ensemble de Theory, le créateur signe Theyskens’ Theory (TT), sa ligne dotée d’une touche plus personnelle et plus affûtée. Où l’on retrouve les tocades de ce trentenaire exigeant: des lignes pures, une allure urbaine et néanmoins enchanteresse, un romantisme aux tonalités sombres. En somme, avec TT, on s’offre du Theyskens démocratisé, de la même manière qu’on s’achète désormais du Felipe Oliveira Baptista à prix accessible chez Lacoste

« Je suis heureux de dessiner de « vrais » vêtements »

« Je ne pense pas être sorti du luxe », assure Theyskens, qui s’appuie sur une équipe de six stylistes et un atelier d’une centaine de personnes, installé à Meatpacking, à New York. « Cette notion m’habite depuis mes débuts, mais je ne voulais pas m’emprisonner dans ce privilège. Je suis heureux de dessiner de « vrais » vêtements, qui vont aller à la rencontre de femmes réelles dans la rue, confie-t-il. Cela me convient parfaitement, car je n’ai jamais travaillé à partir d’un fantasme ou d’une muse. De plus en plus, quand je dessine, je me dis : « Si j’étais une fille, aurais-je envie de porter cela ? » ou « Au-delà du délire esthétique, est-ce flatteur ? »" 

Un sens du réel assez nouveau pour Theyskens, Belge diplômé en 1997 de l’Ecole nationale supérieure des arts visuels de la Cambre, à Bruxelles, à la sortie de laquelle il fit sensation en lançant sa griffe, d’une grâce folle et nourrie de références oniriques. Dès 1998, alors qu’il n’a que 21 ans, Madonna porte aux Oscars une de ses fameuses robes éthérées en satin noir, suivie par d’autres reines des red carpets, Nicole KidmanReese Witherspoon. Ses premiers défilés parisiens restent dans les mémoires des cérémonies à la grâce planante, emplie de robes d’héroïnes tourmentées façon épopée XVIIIe siècle, une esthétique qu’empruntera Riccardo Tisci quelques années plus tard chez Givenchy

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« On m’a traité de gothique, je ne savais même pas ce qu’était ce courant ! »

« Beaucoup de clichés ont circulé sur moi à la suite de ces collections assez « dark », mélancoliques. On m’a traité de gothique, je ne savais même pas ce qu’était ce courant ! » En mars 2009, il est congédié de Nina Ricci par le propriétaire, le groupe Puig, sept mois avant l’expiration de son contrat, prétendument parce que ses collections coûtent trop cher à produire commercialement. Dans l’édition d’avril du VogueaméricainAnna Wintour, l’un de ses plus fervents soutiens, écrit que « le rôle vital du talent artistique a été dissous dans le climat économique actuel. Nous avons été choquées, mon équipe et moi, d’apprendre que le contrat de Theyskens ne serait pas renouvelé ».  

C’est peu après qu’Andrew Rosen, président et fondateur de Theory, parfois présenté comme le « Bernard Arnault de l’alternatif » depuis ses investissements récents dans Proenza Schouler, lui fait les yeux doux. « Il y a de brillants créateurs aux Etats-Unis mais je cherchais quelqu’un doté d’une sensibilité européenne, pour ne pas dire couture, explique Rosen. J’adore l’idée que quelqu’un comme Olivier veuille faire des vêtements démocratiques. Sa force vient du fait qu’il suit le design d’aussi près que le business. » 

La féminité que Theyskens esquisse aujourd’hui chez TT est moins empruntée, plus ambiguë et androgyne. Il y mêle des classiques urbains (vestes, jeans, shorts et tee-shirts), quelques pièces luxueuses (cuir, manteaux en fourrure), et toujours une poignée de robes longues à la gravité trouble. « La fille theyskénienne n’a jamais été premier degré, trop sexy, trop fatale. Mais, avant, j’étais dans une quête de perfection absolue, explique le créateur. Maintenant, j’apprécie au contraire une pointe de laisser-aller, quelque chose de plus cool. » Une nouvelle dégaine immédiatement désirable, un glamour street cousu de pantalons loose et de vestes masculines collant bien à New York, ville où il compte ses plus grandes fans, Anna Wintour, donc, mais aussi Sarah Jessica Parker ou Julia Restoin-Roitfeld.  

« Theyskens traduit en version américaine son style poétique et rock’n'roll, analyse Agnès Barret, fondatrice d’Agent Secret, agence de conseil en luxe. Il réalise avec Theory un produit moderne adapté au marché, très réaliste, portable et abordable, sans pour autant rien renier de son immense talent. Il apporte un coup de frais et de poésie urbaine sur ce que l’on appelle aux Etats-Unis le « contemporary market » (les vêtements destinés aux femmes actives). Il a gagné en maturité, et, fort de ce succès notamment commercial, je le vois bien revenir un jour vers une grande maison de luxe. » Ayant fait preuve de sa capacité de vendre, Theyskens est lui-même devenu plus « bankable » sur l’échiquier des créateurs. 

« Je n’ai pas oublié qu’il y a encore quelques années je n’aurais jamais osé entrer dans une boutique de luxe. »

Lui semble plus détaché que jamais du jeu des ego couture. « Je prends mes distances par rapport à la mode ; je me suis surpris à ne pas aimer quand les gens sont trop modeux. Je déteste les désirs de consommation liés à un affichage social. Beaucoup de gens réfléchissent à trois fois avant d’acheter un vêtement à 500 dollars. Même moi, d’ailleurs ! Je n’ai pas oublié qu’il y a encore quelques années je n’aurais jamais osé entrer dans une boutique de luxe. » Theyskens a grandi en Belgique au côté d’une mère « qui était la première à dire qu’elle n’était pas sapée », et d’un père ingénieur chimiste. Petit, il révèle un talent hors du commun pour le dessin et le sens méticuleux du détail : « J’ai vite compris, enfant, que je pouvais me faire aimer en donnant mes dessins », se souvient ce grand admirateur d’Yves Saint Laurent. Il griffonne toujours énormément, des croquis de mode et de voyage, des peintures à l’huile ou des aquarelles esquissées au Chili ou en Asie. 

L’homme est plus instinctif que cérébral. « Je laisse parler mes petites voix intérieures et ne perds pas trop de temps à tergiverser. En règle générale, j’ai assez confiance en moi. Je ne suis jamais nerveux même si je ne suis pas exempt de doutes. » Seule la vision d’un chat noir peut déclencher, chez ce superstitieux assumé, une « crise de nerfs ». « J’ai toujours aimé les contrastes dans les caractères, comme les limites entre bonheur et tristesse. La fragilité émotionnelle m’intéresse. La délicatesse, aussi », poursuit ce lecteur de Stefan Zweig. L’Antechrist de la mode ajoute : « Melancholia, de Lars von Trier, c’est moi en film. » On ne lui souhaite pas la même fin. 

http://www.lexpress.fr/

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Phénoménale Mylène

Posté par francesca7 le 24 avril 2013

 

Diffusion: Samedi 22 janvier 2011 à 20:45 sur TF1

Phénoménale Mylène dans Mylène dans la PRESSE 13Du haut de ses vingt-sept ans de carrière et de ses (presque) 50 ans, Mylène Farmer peut se targuer d’être encore au sommet des hit-parades. Ses passages à la télévision distillés au compte-gouttes créent toujours l’événement, comme samedi 22 janvier lors des NRJ Music Awards sur TF1.

Véritable phénomène discographique, Mylène Farmer entonnera samedi 22 janvier (en live ou enregistré dans les conditions du direct ?), à l’occasion des NRJ Music Awards, l’un des titres de son huitième album,Bleu noir, qui fait un carton avec ses 300 000 ventes en quelques semaines seulement. 

Si la star délaisse, pour la première fois, son réalisateur-compositeur historique, Laurent Boutonnat, elle est ici entourée d’un casting de rêve : Archive, Moby et le fameux producteur-compositeur marocain RedOne, faiseur de tubes pour Lady Gaga. «Ça fait du bien d’avoir de nouvelles mélodies, Boutonnat commençait vraiment à tourner en rond», précise Thibault Kervannec, admirateur de la belle depuis 1995. 

Les fans ne sont pourtant pas spécialement gâtés par la star : elle a interdit, par exemple, toute création de fans-clubs officiels. Toutes les photos d’elle publiées sur le Net sont soigneusement scrutées par une horde d’avocats au droit à l’image. Une distance qui participe à la légende et qui amène certains fans à des situations extrêmes. Comme elle habite dans une rue privée parisienne impossible d’accès sans “laisser-passer”, quelques-uns ont même essayé de soudoyer des livreurs pour pénétrer dans la propriété en s’installant dans leur coffre ! 

Une icône intouchable

Côté communication, là encore, Mylène Farmer reste attachée à sa stratégie pour la sortie de son nouvel album : deux ou trois interviews radio, une pour Paris Match, une autre pour le JT de France 2 et un passage aux NRJ Music Awards. Une parcimonie de com’ qui ne semble embêter que les journalistes et les professionnels de l’audiovisuel, prêts à lui dérouler leur tapis rouge pour un passage de quelques minutes. Mais hors de question pour elle de s’afficher chez Drucker, Ruquier et consorts. Une façon de garder le mythe intact et donc de renforcer le côté exceptionnel de chacune de ses apparitions…

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Mylène et Olivier De Sagazan

Posté par francesca7 le 15 février 2013

Interview de Olivier De Sagazan (Mylène Farmer)

L’artiste Olivier De Sagazan met son corps au cœur de son travail. Avec de l’argile, son visage prend milles formes zombiesques et inquiétantes. C’est à la fois flippant et envoutant.


L’auteur de cet article a découvert Olivier De Sagazan, à l’occasion d’une performance qu’il a donné à l’Espace Kiron à Paris (le 31 mars 2012). Installé au milieu de la scène, habillée d’un costume, il est assis face aux spectateurs. Derrière lui, 2 tôles métalliques, et devant, des pots d’argiles, de peintures et divers objets. Pendant 20 minutes, sans musique, il va mètre sur son corps les substances argileuses, qui vont, comme par magie, pendre sur lui des formes curieuses. Progressivement, il se met en état de transe, il murmure, pousse des cris, il donne des coups dans les tôles, son costume glisse, laisse la place à son corps squelettique et son visage disparait pour en faire apparaitre d’autres. Il quitte la scène, il laisse le sol en chantier et des traces de matière (qui ressemblent à une peinture de Francis Bacon) sur les tôles encore agitées. Oui sa perfo vous prend aux tripes !

Mylène et Olivier De Sagazan dans Mylène et L'ENTOURAGE intro2s-300x293

Ta fibre artistique date t’elle depuis ton enfance en Afrique ? 
Je suis né entre deux rives, sur un bateau qui allait de Bordeaux à Brazzaville. Mon travail est un peu aussi à l’image de ce croisement entre l’Occident et l’Afrique, l’intelligible et le sensible, la raison et un monde plus obscure où ce qui nous habite et nous fait désirer, constitue une sorte d’innommable qu’on ne peut exprimer que par la danse, le théâtre et les arts plastiques en général. 

Tu es à la fois peintre et tu fais aussi des performances. Ces perfos sont-ils une version 3D e tes tableaux ? C’est une façon de faire sortir tes œuvres de leur format rectangulaire et plat ? 
Une forme ne m’intéresse que quand je lai annexée en l’a vivant » je prendrais cette phrase de Braquescomme mienne pour exprimer mon désir depuis toujours de rentrer dans mon œuvre, d’y laisser une empreinte physique de mon corps et de ce qui l’anime, aussi un jour ai je fini par devenir « un artiste sans chevalet », peignant et modelant directement sur mon corps, utilisant celui ci comme pour peindre en directe sur la rétine des spectateurs.

Pour tes performances tu utilises quoi comme matière ? Tu retravailles/recomposes de quelle manière cette matière ? 
Ma base est de l’argile qui adhère remarquablement sur la peau et lui ressemble dans sa ductibilité. Le corps par ses extensions argileuses devient protéiforme, et je pilonne à plaisir des gueules d’animaux et d’hommes mutants qui se succèdent à l’infini.

 my1 dans Mylène et L'ENTOURAGE

De quoi parles tes performances ? 
Le visage est l’espace au monde le plus sacré, parce qu’il se confond avec l’identité même de la personne. Le surmodelage du crâne et de la face permet d’explorer ce champs de force qui fait ce communiquer notre mystérieuse Intériorité avec le Monde. Changer de face c’est du même coup comme ouvrir sur l’infini de nos ressentis et de nos pensées. Cette performance voudrait projeter le spectateur dans l’abime de cet innommable que nous sommes mais que le langage, les règles morales, le conformisme et le simple fait de l’adhérence à la vie ont concouru à niveler. Réactivés la sensation profonde que notre Je est un Autre, voilà ce qui m’intéresse.

Avant ta perfo, tu as l’air détendu et serein. Tu vends tranquillement tes DVD. Quelle est ta préparation (mentale et physique) avant d’entrer en scène? 
J’ai une longue préparation ou je m’échauffe physiquement et surtout mentalement pour tenté d’être le plus conscient possible. J’ai l’impression de monter sur un ring où je joue ma vie. Je me répète: c’est à moi, je vais essayer encore une fois, essayer d’aller plus loin , aller derrière mon visage, aller à ce qui tient mon visage , je n’ai pas de visage, j’en ai des milliers, je ne suis pas mon visage, il faut ouvrir ma tête , je veux la faire exploser, je veux comprendre ce que c’est, ce que ça veut dire, qui veux quoi dans comment et comment ça fait pour le dire.

Dans tes performances, on voit apparaître de nombreux personnage, entre fantômes/zombies et sorcières Voodoo. Les personnages que tu fais apparaître sont-ils les fantômes/spectre de l’âme humain (ou animal) ? Tu peux nous les présenter ? 
Ces personnages c’est ce Moi, ces Mois, comme misent à nu par la terre, masqué dans un carnaval les gens disent sans complexe tout d’eux même. Ici de la même façon, ce travail en aveugle fait que j’exprime tout ce que je ressens à l’intérieur de moi sans correction aucune des masques qui se succèdent.

Tes perfos sont proche de la transe. Ce sont tes nombreux voyage en Afrique qui t’on inspiré cette forme de rituelle? 
Le fait même d’être au monde est un voyage qui devrait susciter à tous des formes de transe et d’angoisses ou d’exaltation à répétition. Effectivement la performance est une forme d’expression libre où s’amplifie ce sentiment océanique d’être au monde dans une forme d’étrangeté radicale à soi même.

A la fin de ta perfo, les éclats de « boue/peintures » donnent une fresque proche d’une œuvre de Francis Bacon. C’est un artiste qui te touche ? 
Bacon est dans le domaine de la peinture l’artiste qui me touche le plus, dans la littérature ce seraitBecket et Artaud dans son engouement pour le retour à la vie.

Tu vends par la suite le résultat de tes éclats sur la tôle ? 
Je retouche sur Photoshop certaines photos de mes performances, puis après impression sur métal ou Dibond, je les retravaille à la peinture dans un désir ultime de phagocyter une dernière fois ces objets machiniques et en faire des objets uniques.

 a-lombre dans A L’Ombre

Tu utilises le terme de « Transfiguration » pour décrire le travail « brut » de tes perfos/peintures. Tu peux nous éclairer sur le sens de ce mot, pourquoi le choix de ce mot? 
Je n’ai pas trouvé mieux, défiguration sous entend juste la perte d’une matrice, transfiguration souligne le passage par la figure et son dépassement.

Dans quel état d’esprit abordes tu la création d’une une nouvelle peinture ? Quelle est ta méthode de travail ? Tu as un grand atelier? 
J’ai travaillé seul dans un atelier la peinture et la sculpture comme un moine, aujourd’hui avec cette performance Transfiguration qui a fait un buz sur YouTube, je vais un peu partout dans le monde, il y deux semaines c’était la Corée au Chuncheon International Mime Festival, et là je rentre du FITBH festival de performance au Brésil où je m’occupais aussi d’un master, car je commence un peu partout à initier des étudiants en danse et théâtre à se travail avec la terre. Je repars sur Glasgow dans trois semaines dans ce même cadre de performance et master class pour le festival Surge et en Suisse pour une exposition autour du corps en peinture.

Es tu un rat des villes, un chat d’appartement, un poisson dans l’eau, un oiseau migrateur, ou un hérisson écrasé sur une route de campagne ? 
Donc plutôt oiseau migrateur aujourd’hui.

Ta façon de t’exprimer sur scène me fait penser aux artistes de la musique industrielle telle que Rosa Crux, Einturzende Neubauten, Test Dept, Virgin Prunes. Tu écoutes de la musique industrielle ? Tes artistes (et mouvements) préférés ? 
Oui j’aime beaucoup ces groupes sus cité mais j’aime bien d’autre chose comme le nisi dominus deVivaldi que j’intègre maintenant toujours à Transfiguration quand je me transforme en femme.

 Photos sur le site : http://www.foutraque.com/inter.php?id=144

Je rappelle ici le nouveau clip de Mylène Farmer : A L’OMBRE VIDEOImage de prévisualisation YouTube

nefdesfous.free.fr

auteur : Paskal Larsen – pjulou@free.fr

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Mylène Farmer et Ph.Combes

Posté par francesca7 le 11 décembre 2012

Philippe Combes,directeur de la compagnie de danse Cave Canem

 

Mylène Farmer et Ph.Combes dans Mylène et L'ENTOURAGE combes-109x300Philippe Combes Après avoir dansé aux côtés de Régine Chopinot et Angelin Preljocaj, Philippe Combes poursuit un travail personnel en plaçant la question de la responsabilité de l’interprète au centre de sa démarche. La création de la Compagnie Cave Canem en 2001 et ses rencontres avec Susan Buirge lui permettent d’approfondir sa recherche axée sur le geste, sur le lien entre danse écrite et dans d’état.

Il compose en 1999 « La balade des acolytes », un trio pour une femme et deux hommes. Cette première pièce est la mise en scène, par un huis clos, d’un questionnement sur l’indépendance et l’interdépendance des individus. À l’issue de ce premier travail, il développe avec Cave Canem, groupe constitué en 2000, une recherche dont les dramaturgies puisent régulièrement leurs sources dans des problématiques d’existence commune.

Cette dynamique confère à la démarche artistique une appréhension particulière puisque chaque thématique de référence peut nourrir plusieurs propositions composant ainsi un cycle. C’est ainsi le cas du mythe grec du Minotaure visité par quatre fois lors des pièces « Minotaure » en 2000, « Asterios » et « Minotaur-Ex » (court-métrage en collaboration avec le réalisateur Bruno Aveillan), et « Sur les traces… » en 2002. Cette exploration volontairement étirée dans le temps lui permet de considérer à chaque fois différemment un propos qui prend corps dans des espaces et sur des supports distincts selon les pièces.

En 2003 il participe aux ateliers proposés par Susan Buirge à la Fondation Royaumont. Cette première rencontre est importante dans le parcours de Philippe Combes car Susan Buirge pose la question de l’interprétation du mouvement, succession de gestes, approche à laquelle il est particulièrement sensible. Entre danse bâtie et danse habitée, quelles sont les notions nécessaires à l’abstraction tout en permettant à l’individu d’exister pleinement dans sa singularité.

De 2003 à 2005, deuxième cycle, c’est la mise en scène de la responsabilité individuelle dans un ensemble qui alimente la recherche artistique. « L-dopa », duo 2003, « Magma », quintette 2004, et « X », performance 2005 pour des espaces particuliers, portent cette réflexion. À partir de 2006, année du deuxième atelier auprès de Susan Buirge, « Dromos » démarre un nouveau cycle axé sur la considération du corps comme substance première de la danse. Ce solo, forme picturale verticale tourné vers le multimédia, inclut une composition originale de Cécile Babiole, vidéaste. La deuxième partie, en rupture, composée sur un plan horizontal, sera présentée début 2007 à Toulouse.

canem2 dans Mylène et L'ENTOURAGELa compagnie Cave Canem, implantée à Toulouse depuis août 2000, porte les travaux de Philippe Combes. Elle est subventionnée par le Ministère de la Culture/Direction Régionale des Affaires Culturelles Midi-Pyrénées (Aide à la compagnie), le Conseil Régional Midi-Pyrénées, le Conseil Général de Haute-Garonne. Ses projets culturels sont soutenus par la ville de Toulouse (2006 à 2008). La compagnie est en résidence à Colomiers (31) depuis 2005. Ses travaux sont soutenus par la Fondation BNP Paribas par le biais d’une convention de partenariat (2002/2006). Le Centre de Développement Chorégraphique de Toulouse Midi-Pyrénées accompagne la compagnie sur deux saisons (2005 à 2007).

The Farmer Project : Divers (00h15min) De Bruno Aveillan Avec Mylène Farmer, Martin Hub

Dans un pays imaginaire, au milieu de la nuit, deux policiers véreux sont surpris par l’apparition soudaine d’une créature luminescente. Alors que celle-ci prend une apparence humaine, les deux comparses paniquent et neutralisent violemment l’humanoïde…

464774399_small-300x251En tant qu’artiste plasticien, Aveillan développe un parcours singulier, dense et syncrétique, sous la forme de films expérimentaux et de photographies, au centre desquels les thèmes récurrents de l’effacement, de la mémoire et du corps humain jouent des rôles majeurs. Son travail a fait l’objet de plusieurs expositions et a été primé lors de nombreux festivals. Il a notamment régulièrement collaboré avec le chorégraphe Philippe Combes (Compagnie Cave Canem) en réalisant plusieurs films expérimentaux autour de la danse, du geste et du corps. On peut citer « Minotaur-Ex » avec une musique originale de Laurent Garnier et le projet « Morpholab » avec le compositeur Raphael Ibanez de Garrayo Raphaël.

Raphaël est né en France en 1966 de père espagnol et de mère française. il commence l’étude de la guitare classique et flamenco à 10 ans, et suite à un rapide passage à la Schola Cantorum de Paris, se lance directement dans la compositon électronique et clasSique à l’adolescence, accompagné par de petites formations. Occupé ensuite par des études à l’ESSEC et par un début de carrière dans le marketing, Raphaël Ibanez de Garayo ne reprendra une activité musicale soutenue qu’à 26 ans, âge auquel il décide ne plus avoir d’autre occupation que la composition.

A partir de 1995, il rencontre différents créateurs et producteurs de musique intéressés par ses compositons classiques et électroniqes, dans ce qu’elles ont de très compatibles avec l’image et le mouvement. Ces rencontres, dont le réalisateur Bruno Aveillan et le chorégraphe Philippe Combes, l’amèneront à beaucoup travailler pour la publicité, la danse contemporaine et la télévision, aussi bien en France qu’à l’étranger.

Julien Webmaster a écrit sur un forum:

IAO paline a écrit : apparement ca serait donc : Raphaël Ibanez de Garayo le site :
http://www.raphaelibanez.com/

c’est également à lui que l’on doit les petits jingles de pubs de France 3, et pleins d’autres musique de pub (rasoir électrique Robotskin de Philips entre autres )… bref, un compositeur plein de talent…

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Un dimanche en famille avec Mylène Farmer

Posté par francesca7 le 1 novembre 2012

 

A la fin de la séance de Photographier avec Elsa Trillat (photographe) raconte :

 Mylène vient vers moi et me demande ce que je fais le reste de la journée. C’est dimanche et je n’ai rien prévu. Elle m’invite alors à passer la fin de l’après-midi avec elle, chez sa mère qui habite dans la maison familiale non loin de là. Je me rappellerais toujours la tête que fait Bertrand à ce moment-là ! A priori, ce genre d’invitation n’est pas fréquent de la part de Mylène. Ils montent alors dans l’Austin Mini blanche de Bertrand. Je les suis dans ma Mini bleue et noire. Direction Chaville. On arrive dans la maison. Mylène me présente sa mère, ses deux frères et sa sœur.

Un dimanche en famille avec Mylène Farmer dans Mylène dans la PRESSE mf_nmaIls regardent « Starsky & Hutch » à la télé ! Je me rappelle d’ailleurs qu’à un moment, il y a une secte dans cet épisode qui répète inlassablement : « Gloire à Satan, Gloire à Satan », et on se met à danser en cercle autour de la table en les imitant ! Puis Mylène sort le champagne. Et on discute de plein de choses. Contrairement à ce qu’on pourrait croire, c’est une famille très unie. Mylène a de très bons rapports avec sa mère. Ceci étant, je me rappelle qu’une fois, sa mère a fait une projection de photos de famille. J’ai vu Mylène bébé, elle était bien costaude. Ravie, Mylène se tourne vers moi et me dit : « Tu vois, quand je suis née, j’ai déchiré les entrailles de ma mère ! ». Mais bon, je ne me suis pas sentie dans la famille Addams pour autant. La maison est, elle aussi, tout ce qu’il y a de plus normale : grande, avec plein de chambres, vu que c’est là qu’ils ont tous vécu en arrivant du Canada. Je passe un moment merveilleux. Vraiment. Je m’entends particulièrement bien avec Brigitte, la sœur de Mylène, et Michel, le cadet de la famille. Je les ai beaucoup revus dans les quelques années qui ont suivi. On aurait pu en profiter pour faire des photos de famille, ça se fait souvent pour « Match ». Mais Mylène est contre. C’était clair dès le départ. D’autant que la famille est encore assez perturbée par la mort du papa. C’est assez récent. Moins d’un an, je crois. D’ailleurs, je me rappelle qu’en arrivant dans la maison, j’ai vu une sorte de vase au milieu de la pièce principale. J’ai demandé ce que c’était, et Mylène m’a répondu « C’est mon père ». Je reviendrai plusieurs fois dans la maison familiale avec Mylène qui y amène régulièrement son linge sale, elle n’a pas de machine à laver dans son appartement parisien. Je me souviens de parties de ping-pong mémorables dans le jardin. Mylène est extrêmement douée à ce jeu.

Le lendemain, j’envoie les photos au labo. Je les récupère dans la journée. Je demande à Mylène de venir les voir au journal, c’est plus pratique. Plus tard, elle « profitera » de sa position vis-à-vis de moi pour me faire d »placer avec une table lumineuse chez elle. Mylène arrive donc au journal avec Bertrand. Elle regarde les photos. Elle en retire. Je me dis : « Mon Dieu ! Elle n’aime pas ». Finalement, elle n’en retire pas tant que ça. Mieux, elle met des croix sur plein de diapos. Quand elle met une croix, c’est qu’elle aime beaucoup. Pour la séance prise chez Bertrand, elle a mis cinq croix à certains ektas, elle est visiblement folle de cette série ! Je crois qu’à partir de là, elle s’est sentie en confiance face à mon objectif. En tout cas, un mois après, elle ne travaille plus avec Christophe Mourthé. Le papier sort dans « Match ». Dès lors, on commence à s’appeler beaucoup. Et à se voir plusieurs fois par semaine. Mais pas dans les palaces ou les grands restos. Elle n’a pas beaucoup d’argent à l’époque. Elle m’explique qu’elle n’a toujours pas touché les royalties pour « Libertine » parce que ça prend du temps ce genre de choses. Donc c’est plutôt resto chinois. Et McDonald’s à fond ! On passe des journées entières chez elle, rue Quincampoix, assises par terre à manger des hamburgers en sirotant du Coca, à regarder la télé, et surtout à refaire le monde, avec E.T. sur la tête qui nous pouille les cheveux. On lui donne des feuilles et des stylos, et il fait des dessins. Il est incroyable ce singe, il sait même reboucher les feutres ! Je devrais dire « elle » d’ailleurs puisque c’est une fille. Quelques mois plus tard, à Noël, Mylène a eu Léon. Elle m’a dit que quand il ferait des bébés avec E.T., elle m’en donnerait un. Ma mère, qui garde déjà mes chats et mon chien quand je pars en reportage, n’est pas vraiment pour ! En parlant de mon chien, Popcorn, une petite célébrité à « Paris Match », je me souviens que Mylène l’aimait beaucoup. Elle n’était pas spécialement fan des chiens. Mais c’était un cocker gold, il était roux comme elle !

mylene6-300x274 dans Mylène dans la PRESSEA l’époque, quand on n’est pas chez Mylène, on organise des parties de Trivial Pusruit chez Bertrand. Surtout le dimanche après-midi. On hait tous le dimanche ! En fin de journée, pendant que les garçons se prélassent, Mylène et moi sommes de corvée de vaisselle. Imaginez Mylène avec des gants Mapa !

Mylène est fan de Peter Gabriel à l’époque. Elle prend des polaroïds de lui quand il passe à la télé ! C’est aussi la période où elle a un livre fétiche qu’elle tient absolument à me faire voir. Mais j’ai toujours refusé de le regarder. C’est un bouquin de photos de monstres de la nature, du genre des enfants nés avec des écailles de crocodile ! Ca l’intéresse vraiment ! Ou plus exactement, ça l’intrigue. Ce n’est vraiment pas de la curiosité malsaine. Juste une envie de comprendre. Comme une enfant.

Parution dans le Mylène Farmer Magazine – en 2003

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Mylène F. un dimanche en famille

Posté par francesca7 le 14 juillet 2012


Confidences de Elsa Trillat (Photographe)

« A la fin de la séance photos, Mylène vient vers moi et me demande ce que je fais le reste de la journée. C’est dimanche et je n’ai rien prévu. Elle m’invite alors à passer la fin de l’après-midi avec elle, chez sa mère qui habite dans la maison familiale non loin de là. Je me rappellerais toujours la tête que fait Bertrand à ce moment-là ! A priori, ce genre d’invitation n’est pas fréquent de la part de Mylène. Ils montent alors dans l’Austin Mini blanche de Bertrand. Je les suis dans ma Mini bleue et noire. Direction Chaville. On arrive dans la maison. Mylène me présente sa mère, ses deux frères et sa sœur.

Mylène F. un dimanche en famille dans Mylène en CONFIDENCES 1982-300x187
Ils regardent « Starsky & Hutch » à la télé ! Je me rappelle d’ailleurs qu’à un moment, il y a une secte dans cet épisode qui répète inlassablement : « Gloire à Satan, Gloire à Satan », et on se met à danser en cercle autour de la table en les imitant ! Puis Mylène sort le champagne. Et on discute de plein de choses. Contrairement à ce qu’on pourrait croire, c’est une famille très unie. Mylène a de très bons rapports avec sa mère. Ceci étant, je me rappelle qu’une fois, sa mère a fait une projection de photos de famille. J’ai vu Mylène bébé, elle était bien costaude. Ravie, Mylène se tourne vers moi et me dit : « Tu vois, quand je suis née, j’ai déchiré les entrailles de ma mère ! ». Mais bon, je ne me suis pas sentie dans la famille Addams pour autant. La maison est, elle aussi, tout ce qu’il y a de plus normale : grande, avec plein de chambres, vu que c’est là qu’ils ont tous vécu en arrivant du Canada. Je passe un moment merveilleux. Vraiment. Je m’entends particulièrement bien avec Brigitte, la sœur de Mylène, et Michel, le cadet de la famille. Je les ai beaucoup revus dans les quelques années qui ont suivi. On aurait pu en profiter pour faire des photos de famille, ça se fait souvent pour « Match ». Mais Mylène est contre. C’était clair dès le départ. D’autant que la famille est encore assez perturbée par la mort du papa. C’est assez récent. Moins d’un an, je crois. D’ailleurs, je me rappelle qu’en arrivant dans la maison, j’ai vu une sorte de vase au milieu de la pièce principale. J’ai demandé ce que c’était, et Mylène m’a répondu « C’est mon père ». Je reviendrai plusieurs fois dans la maison familiale avec Mylène qui y amène régulièrement son linge sale, elle n’a pas de machine à laver dans son appartement parisien. Je me souviens de parties de ping-pong mémorables dans le jardin. Mylène est extrêmement douée à ce jeu.

MF80_111a dans Mylène en CONFIDENCESLe lendemain, j’envoie les photos au labo. Je les récupère dans la journée. Je demande à Mylène de venir les voir au journal, c’est plus pratique. Plus tard, elle « profitera » de sa position vis-à-vis de moi pour me faire d »placer avec une table lumineuse chez elle. Mylène arrive donc au journal avec Bertrand. Elle regarde les photos. Elle en retire. Je me dis : « Mon Dieu ! Elle n’aime pas ».

Finalement, elle n’en retire pas tant que ça. Mieux, elle met des croix sur plein de diapos. Quand elle met une croix, c’est qu’elle aime beaucoup. Pour la séance prise chez Bertrand, elle a mis cinq croix à certains ektas, elle est visiblement folle de cette série ! Je crois qu’à partir de là, elle s’est sentie en confiance face à mon objectif. En tout cas, un mois après, elle ne travaille plus avec Christophe Mourthé. Le papier sort dans « Match ». Dès lors, on commence à s’appeler beaucoup. Et à se voir plusieurs fois par semaine. Mais pas dans les palaces ou les grands restos. Elle n’a pas beaucoup d’argent à l’époque. Elle m’explique qu’elle n’a toujours pas touché les royalties pour « Libertine » parce que ça prend du temps ce genre de choses. Donc c’est plutôt resto chinois. Et McDonald’s à fond ! On passe des journées entières chez elle, rue Quincampoix, assises par terre à manger des hamburgers en sirotant du Coca, à regarder la télé, et surtout à refaire le monde, avec E.T. sur la tête qui nous pouille les cheveux. On lui donne des feuilles et des stylos, et il fait des dessins. Il est incroyable ce singe, il sait même reboucher les feutres ! Je devrais dire « elle » d’ailleurs puisque c’est une fille. Quelques mois plus tard, à Noël, Mylène a eu Léon. Elle m’a dit que quand il ferait des bébés avec E.T., elle m’en donnerait un. Ma mère, qui garde déjà mes chats et mon chien quand je pars en reportage, n’est pas vraiment pour ! En parlant de mon chien, Popcorn, une petite célébrité à « Paris Match », je me souviens que Mylène l’aimait beaucoup. Elle n’était pas spécialement fan des chiens. Mais c’était un cocker gold, il était roux comme elle !

A l’époque, quand on n’est pas chez Mylène, on organise des parties de Trivial Pusruit chez Bertrand. Surtout le dimanche après-midi. On hait tous le dimanche ! En fin de journée, pendant que les garçons se prélassent, Mylène et moi sommes de corvée de vaisselle. Imaginez Mylène avec des gants Mapa !

Mylène est fan de Peter Gabriel à l’époque. Elle prend des polaroïds de lui quand il passe à la télé ! C’est aussi la période où elle a un livre fétiche qu’elle tient absolument à me faire voir. Mais j’ai toujours refusé de le regarder. C’est un bouquin de photos de monstres de la nature, du genre des enfants nés avec des écailles de crocodile ! Ca l’intéresse vraiment ! Ou plus exactement, ça l’intrigue. Ce n’est vraiment pas de la curiosité malsaine. Juste une envie de comprendre. Comme une enfant. »

 

Issu du magazine : Mylène Farmer Magazine – 2003

 

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Rumeurs d’Innamoramento

Posté par francesca7 le 21 juin 2012


L’enregistrement de l’album Innamoramento s’est terminé fin octobre 1998.

Une maquette de l’album Innamoramento circulerait entre fans collectionneurs. Une rareté gardée bien égoïstement par ses heureux détenteurs !

Rumeurs d'Innamoramento dans Mylène et mes BLABLAS 115142138Le magazine ’Instant Mag’ avait publié en 2004 une série totalement inédite de photographies de Mylène signées Paolo Roversi. Cette séance, effectuée en 1999 pour la sortie de l’album Innamoramento, n’avait pas plu à la chanteuse qui aurait été effrayée par le résultat. Elle lui avait donc racheté la série pour qu’elle ne soit jamais diffusée. Dans ces cas-là, généralement elle paye également le photographe pour qu’il s’engage à ne pas revendre les photos. Ce que Paolo Roversi a pourtant fait à la rédaction du magazine ’Instant Mag’…

Contrairement à ce que dit la rumeur, il n’a jamais été question que l’album Innamoramento s’appelle Mes Moires. Pour preuve : Mylène a demandé à son designer, Henry Neu, de travailler sur les supports de l’album dès l’été 1998, soit près de neuf mois avant la sortie de l’album.

Dessine-moi un mouton est une chanson qui existe depuis au moins 1997 ! Sur un forum, en 2001, un membre avait raconté qu’en 1997 il avait eu la chance d’assister à une venue de Mylène dans l’hôpital où il travaillait et qu’elle avait chantonné un refrain qu’il avait trouvé très sympa à l’époque. Il avait eu la surprise de reconnaître Dessine-moi un mouton deux ans plus tard. Elle aurait aussi chantonné Rêver

Petite blague relevée dans le livret de l’album Innamoramento : on peut y voir le visuel d’une enveloppe qui est adressée à « Mylène Farmer, 7 place de l’Europe, PARIS« . L’adresse est barrée, et on peut lire en-dessous « N’habite pas à l’adresse indiquée« . En effet, la place de l’Europe est le seul lieu de Paris à ne compter aucun résident domicilié à cette adresse précise. Il n’existe aucune boîte aux lettres place de l’Europe ! 

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Interview de Mylène sur RTL

Posté par francesca7 le 8 mai 2012

L’interview exclusive de Mylène Farmer par Anthony Martin sur RTL en  JUILLET 2010

Interview de Mylène sur RTL dans Mylène en INTERVIEW 1961734-anthony-martin-diapo-1Le 6 septembre 2009, Mylène Farmer a accordé une longue interview à Anthony Martin. Cette interview était enregistrée en début d’après-midi, dans le jardin de sa suite, donnant sur le lac Léman, à l’hôtel de la Réserve. La star s’est montrée assez prolixe au lendemain de ses premiers stades genevois et à la veille de rentrer sur Paris, pour affronter le point d’orgue de ses 20 ans de scène, avec le Stade de France…

Comment vous sentez vous au lendemain de ces premiers concerts au stade de Genève ?

Comblée mais évidemment très fatiguée (rires) mais des moments inoubliables.

Vous ne vous ménagez pas sur scène, c’est un défi physique ?

Je m’y prépare environ 6 mois avant avec mon coach Hervé Lewis. On se connaît très très bien. L’exercice physique fait partie du spectacle, mais lorsqu’on est porté par un tel public, mon public
est tellement porteur, que j’en oublie l’effort. C’est plus l’émotion qui gagne le terrain.

Vous adorez entendre chanter le public, vous les faites reprendre a capella à la fin de plusieurs chansons pour les entendre, c’est le plus beau cadeau pour un artiste ?

C’est le moment le plus magique ou un des moments en tout cas, ils s’approprient la chanson, c’est presque de l’ordre du divin, c’est exceptionnel de vivre quelque chose comme ça.

Quand on vous voit sur scène on a du mal à vous imaginer préférer l’ombre à la lumière… vous allez l’air si forte si vivante à la lumière…

Le choix de l’ombre et la lumière est le choix entre la vie privée et la vie publique, l’on peut rester vivant aussi dans l’ombre, j’ai ce paradoxe en moi, je peux vivre dans l’ombre et m’exprimer dans la lumière.

On a l’impression que votre timidité est transcendée lorsque vous êtes sur scène face à 30 000 personnes comme hier soir, vous l’expliquez comment

Je crois que je n’ai pas d’explication, je l’ignore moi-même si ce n’est que je sais mon handicap devant 3 personnes, je ne sais pas si je peux qualifier ça d’aisance devant 30 000 personne, mais il y a une
bascule qui s’opère naturellement, j’ai finalement plus de difficulté devant 2 ou 3 personnes que devant une immense audience.

 dans Mylène en INTERVIEWParce que vous n’avez pas à leur parler, vous êtes là pour leur offrir et recevoir, c’est peut-être ça ?

En tout cas les mots sont à travers mes textes, et puis là pour le coup il n’y a rien de préparé, lorsque j’ai envie de dire quelque chose c’est quand j’en ressens le besoin, là c’est place au naturel, c’est place à l’émotion en direct pour le coup. Sur scène vous incarnez vraiment l’intimité et la grâce dans une mise en scène gigantesque.

Quel est le secret pour marier tout ça ?

J’ai toujours aimé, en tout cas avoir besoin du gigantesque et du spectaculaire. J’ai aussi besoin de moments d’intimité, c’est ce que nous avons essayé de créer sur ce spectacle avec le proscénium et
la croix qui est au centre du stade même. C’est là que l’on crée un moment intime qui est de l’ordre de la communion. Malgré ce grand nombre, ce grand nombre devient alors un.

Il y a un autre couple qui vous compose sur scène, c’est discrétion et provocation. Comment les faites-vous cohabiter ?

Toutes ces facettes font partie de moi, je suis de nature discrète, parfois timide mais l’éclat de rire fait aussi partie de moi, j’ai à la fois cette fragilité mais aussi cette force qui me permet de surmonter
toutes mes peurs, tous mes démons au moment où j’en ai le plus besoin.

Il ne reste plus que 3 concerts avant la fin de cette tournée 2009, avez-vous une appréhension de l’après-tournée ?

Je l’ai depuis le premier jour, puisqu’on sait que tout a un début et une fin, maintenant quant à la gestion de ce grand vide, cela m’est très personnel mais je ne vous cache pas qu’il y est un vide qui est
presque insurmontable. Le secret c’est de se re-projeter dans une création, non pas pour oublier mais pour se redonner la force de continuer et de vivre.

Que fait Mylène Farmer dix minutes avant d’entrer en scène ?

J’ai auprès de moi Anthony (…Souchet, son meilleur ami), qui reste avec moi dans la loge. Les dix dernières minutes sont vraiment un moment de recueillement, plus de concentration. Laurent
(Boutonnat, son mentor son compositeur) passe cinq minutes avant d’entrer en scène, me sert la main et me dit «fais le vent». (rires) Ca veut dire «respire». C’est une manière d’essayer de
déstresser un peu. C’est vraiment dans le silence. Quant aux rituels je ne sais pas si je peux… là encore la pudeur regagne du terrain. Et quant aux objets ils sont là… mais, ils sont miens.

Vous en avez en tout cas ?

J’en ai… Une fois inspirée, voilà comment Mylène Farmer écrit les paroles de ses chansons : Les mots s’appuient, s’accrochent, s’harmonisent avec la musique
donc j’ai besoin de la musique avant d’écrire des mots. La musique m’inspire des sentiments, des sensations.

Vous êtes seule ? Comme un écolier à son bureau ?

Tout à fait. Dans une pièce totalement isolée. Ça j’en ai besoin. Comme un écolier, j’ai un très mauvais souvenir de la scolarité donc nous allons passer ce mot… En tout cas le travail, l’opiniâtreté est
essentielle.

Parfois dans la souffrance ?

Je crois que c’est indissociable. La douleur parce que les doutes. La douleur physique. Il faut aller au-delà de soi.

Est-ce que ce métier a été votre survie ?

Oui oui, définitivement oui. C’est quelque chose qui m’a aidée à m’incarner là où j’avais le sentiment plus jeune de n’être pas incarnée du tout, de n’être rattachée à rien. C’est fondamental.

Vos goûts musicaux ?

Je suis attentive. J’écoute beaucoup de musique. Mes goûts musicaux sont assez éclectiques. J’adore Dépêche Mode, Sigur Ros, David Bowie, Archive, Juliette Gréco. Ce sont en général des
artistes qui ont leur propre univers. Et sur scène qui proposent au public des choses incroyables.

Que vous inspire la mort de Michael Jackson ?

Le tragique, la notion d’incompatibilité de vie privée et vie publique, de médias. C’était un immense artiste. C’est quelqu’un dont j’appréciais les spectacles, mais l’homme aussi, sa fragilité, sa sensibilité. C’est tragique. C’est le mot qui me vient. Je suis triste… comme beaucoup de personnes.»

Et ses albums, ses DVD, vous les avez à la maison ?

Absolument.

Où allez vous chercher votre nourriture artistique ?

Un peu partout, je peux vous parler d’une exposition que j’ai découverte à New York l’an dernier « Our body ». Beaucoup d’écorchés, c’est l’humanité décharnée, découpée. Je n’ai pas été choquée mais très impressionnée, intriguée, cela fait partie d’une réflexion et m’a donné l’idée, l’envie d’exploiter cette idée de l’écorchée, dont j’ai fait part à Jean Paul Gaultier qui fut enchanté de pouvoir créer un écorchée multiplié par tous les danseurs pour les costumes du premier tableau sur scène. Il y a aussi la peinture (NDLR Egon Schiele) ou des auteurs comme Stefan Zweig, mais la liste serait trop longue.

Est ce que les rencontres humaines vous inspirent aussi ?

L’être humain m’inspire tout simplement. Les belles rencontres sont très très rares mais indispensables à sa vie.

Est-ce que vous avez le sentiment d’avoir construit une oeuvre ?

Non. J’ai construit quelque chose. Je suis fière de ce que j’ai pu construire, sans prétention aucune. Je suis heureuse d’avoir rencontré un public.Très sincèrement, l’obsession de laisser une trace ne fait pas partie de moi. Maintenant pour être totalement honnête j’aimerais que l’on ne m’oublie pas. Mais la vie n’est pas finie donc à moi de le construire.

Est-ce que vous avez apprivoisé vos peurs, vos souffrances avec le temps, avec le succès ?

Non. Et c’est sans doute pas grave. Ou très grave je ne sais pas. (rires) Je n’ai pas la réponse. J’ai certainement pansé des plaies. Malheureusement je ne pense pas qu’on puisse faire le deuil de
quelque chose. Maintenant on peut tenter de faire ré-émerger la vie et des choses qui vous aident à tenir, qui vous aide à vous réveiller, à sourire. Tout ce qui est doutes, tout ce qui est peur, sont là ancrés et là encore ça fait partie de votre sang, de vos veines. C’est là, c’est présent. C’est sans doute nécessaire. Ou pas. Mais c’est là en tout cas. Ca aide à une certaine créativité.

Dans votre spectacle, il y a beaucoup de têtes de morts projetées sur les écrans géants, l’idée de mort vous terrifie–telle encore ?

L’idée de la mort me terrifie chaque deux secondes de ma vie. Est ce que ma propre mort me terrifie ? Parfois oui, parfois non. Parfois le mot fatalité est plutôt serein. Je me dis «bon, ça se fera de toute
façon c’est inéluctable». Parfois elle me hante et parfois je l’oublie.

Qu’est-ce qui vous fait rire dans la vie ?

Les débuts d’interview (rires) on a un air très dramatique lorsqu’on commence. L’absurde probablement je pense. Dans toutes ces formes.

Au cinéma ?

Je voudrais aller vois le film de Tarantino, « Inglorious basterds », on m’en a dit grand bien.

Quelle est votre définition du mot mystère ?

Le mot mystère, mon dieu, déjà il n’y a pas de stratégie du mystère me concernant. C’est quelque chose de caché, de l’ordre du religieux, mais laissons cette réponse mystérieuse, je ne suis pas sûr
de pouvoir définir ce mot.

Sur votre anniversaire au Stade de France, quelques mots :

Je vais vous faire une confidence. Il y a fort longtemps que je ne célèbre plus mon anniversaire. Mais pour être tout à fait franche, un anniversaire devant 80 000 personnes au Stade de France, c’est
quelque chose qui sera, je crois, incroyable à vivre. Donc j’adore cette idée-là (rires). Et cette date évidemment n’a pas été choisie, il se trouve que le Stade de France était libre à cette fameuse date
anniversaire. Cela sera un immense cadeau de 80 000 personnes. C’est incroyable.

Avez-vous une idée du prochain disque studio ?

Absolument pas, évidemment on pense à ce qu’est ce que je vais faire demain, mais je n’ai pas les réponses. J’ai le projet d’un prochain album. Mais c’est une page totalement blanche, mais très envie de
m’y remettre très très vite.

Vos projets au cinéma…

J’ai le projet d’un long-métrage initié par Claude Berri que j’aimais profondément, tiré d’un ouvrage de Nathalie Reims,(NDLR l’ombre des autres) dont le metteur en scène sera Bruno Aveillan. Et ça sera
pour lui son premier long-métrage pour moi un premier rôle, un deuxième film, et j’espère une rencontre avec le public.

Vous essaierez de laisser une place plus importante au cinéma ?

Je n’ai aucune réponse. J’ai besoin de la musique. J’ai besoin des mots. Je suis quelqu’un d’instinctif. Le jour où je ne souhaiterai plus dire ces mots, chanter, je choisirai ce moment avant qu’il ne me
saisisse.

MF90_165aVous connaissez l’échéance ?

Non bien sûr que non. Non non.

Qu’est ce qui vous ferez arrêter la musique ?

L’absence de désir, vous allez voir un énorme silence là … lorsqu’on a plus envie de donner ni de recevoir mais j’imagine que cela survient lorsque on est un être mort et je ne me le souhaite pas. Je crois que tout art a ses limites. Cela sera spontané. Quelque chose en moi me dira «là il faut arrêter».

Cela révèle une vraie force de caractère …

Peut-être que cela fait partie de moi aussi cette force de caractère. En tout cas ne pas tricher avec soi-même. Ne pas se mentir et essayer de dormir un petit peu de temps en temps (rires).

Vous dormez tranquille enfin aujourd’hui ?

Non, non ce n’est pas possible (rires). Là encore, puisque je crois que l’on va conclure cette interview, j’ai une chance incroyable, je vis des choses incroyables. Je remercie à
nouveau de vive voix le public, de cette fidélité. Et puis je vais essayer de ne pas pleurer… on va arrêter là, merci beaucoup.

=> Retrouvez cette interview dans le livre « Mylène Farmer- écorchée live » aux éditons Artlust

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Mylène Farmer par Anthony Martin

Posté par francesca7 le 14 avril 2012

L’interview exclusive de Mylène Farmer par Anthony Martin

Mylène Farmer par Anthony Martin dans Mylène en INTERVIEW 1999-Philippe-Salomon-002b-203x300Le 6 septembre 2009, Mylène Farmer a accordé une longue interview à Anthony Martin. Cette interview était enregistrée en début d’après-midi, dans le jardin de sa suite, donnant sur le lac Léman, à l’hôtel de la Réserve. La star s’est montrée assez prolixe au lendemain de ses premiers stades genevois et à la veille de rentrer sur Paris, pour affronter le point d’orgue de ses 20 ans de scène, avec le Stade de France…

Comment vous sentez vous au lendemain de ces premiers concerts au stade de Genève ?

Comblée mais évidemment très fatiguée (rires) mais des moments inoubliables.

Vous ne vous ménagez pas sur scène, c’est un défi physique ?

Je m’y prépare environ 6 mois avant avec mon coach Hervé Lewis. On se connaît très très bien. L’exercice physique fait partie du spectacle, mais lorsqu’on est porté par un tel public, mon public
est tellement porteur, que j’en oublie l’effort. C’est plus l’émotion qui gagne le terrain.

Vous adorez entendre chanter le public, vous les faites reprendre a capella à la fin de plusieurs chansons pour les entendre, c’est le plus beau cadeau pour un artiste ?

C’est le moment le plus magique ou un des moments en tout cas, ils s’approprient la chanson, c’est presque de l’ordre du divin, c’est exceptionnel de vivre quelque chose comme ça.

Quand on vous voit sur scène on a du mal à vous imaginer préférer l’ombre à la lumière… vous allez l’air si forte si vivante à la lumière…

Le choix de l’ombre et la lumière est le choix entre la vie privée et la vie publique, l’on peut rester vivant aussi dans l’ombre, j’ai ce paradoxe en moi, je peux vivre dans l’ombre et m’exprimer dans la lumière.

On a l’impression que votre timidité est transcendée lorsque vous êtes sur scène face à 30 000 personnes comme hier soir, vous l’expliquez comment

Je crois que je n’ai pas d’explication, je l’ignore moi-même si ce n’est que je sais mon handicap devant 3 personnes, je ne sais pas si je peux qualifier ça d’aisance devant 30 000 personne, mais il y a une bascule qui s’opère naturellement, j’ai finalement plus de difficulté devant 2 ou 3 personnes que devant une immense audience.

Parce que vous n’avez pas à leur parler, vous êtes là pour leur offrir et recevoir, c’est peut-être ça ?

En tout cas les mots sont à travers mes textes, et puis là pour le coup il n’y a rien de préparé, lorsque j’ai envie de dire quelque chose c’est quand j’en ressens le besoin, là c’est place au naturel, c’est place à l’émotion en direct pour le coup. Sur scène vous incarnez vraiment l’intimité et la grâce dans une mise en scène gigantesque.

Quel est le secret pour marier tout ça ?

MF2000_113a dans Mylène en INTERVIEWJ’ai toujours aimé, en tout cas avoir besoin du gigantesque et du spectaculaire. J’ai aussi besoin de moments d’intimité, c’est ce que nous avons essayé de créer sur ce spectacle avec le proscénium et la croix qui est au centre du stade même. C’est là que l’on crée un moment intime qui est de l’ordre de la communion. Malgré ce grand nombre, ce grand nombre devient alors un.

Il y a un autre couple qui vous compose sur scène, c’est discrétion et provocation. Comment les faites-vous cohabiter ?

Toutes ces facettes font partie de moi, je suis de nature discrète, parfois timide mais l’éclat de rire fait aussi partie de moi, j’ai à la fois cette fragilité mais aussi cette force qui me permet de surmonter
toutes mes peurs, tous mes démons au moment où j’en ai le plus besoin.

Il ne reste plus que 3 concerts avant la fin de cette tournée 2009, avez-vous une appréhension de l’après-tournée ?

Je l’ai depuis le premier jour, puisqu’on sait que tout a un début et une fin, maintenant quant à la gestion de ce grand vide, cela m’est très personnel mais je ne vous cache pas qu’il y est un vide qui est presque insurmontable. Le secret c’est de se re-projeter dans une création, non pas pour oublier mais pour se redonner la force de continuer et de vivre.

Que fait Mylène Farmer dix minutes avant d’entrer en scène ?

J’ai auprès de moi Anthony (…Souchet, son meilleur ami), qui reste avec moi dans la loge. Les dix dernières minutes sont vraiment un moment de recueillement, plus de concentration. Laurent (Boutonnat, son mentor son compositeur) passe cinq minutes avant d’entrer en scène, me sert la main et me dit «fais le vent». (rires) Ca veut dire «respire». C’est une manière d’essayer de déstresser un peu. C’est vraiment dans le silence. Quant aux rituels je ne sais pas si je peux… là encore la pudeur regagne du terrain. Et quant aux objets ils sont là… mais, ils sont miens.

Vous en avez en tout cas ?

J’en ai… Une fois inspirée, voilà comment Mylène Farmer écrit les paroles de ses chansons : Les mots s’appuient, s’accrochent, s’harmonisent avec la musique donc j’ai besoin de la musique avant d’écrire des mots. La musique m’inspire des sentiments, des sensations.

Vous êtes seule ? Comme un écolier à son bureau ?

Tout à fait. Dans une pièce totalement isolée. Ça j’en ai besoin. Comme un écolier, j’ai un très mauvais souvenir de la scolarité donc nous allons passer ce mot… En tout cas le travail, l’opiniâtreté est essentielle.

Parfois dans la souffrance ?

Je crois que c’est indissociable. La douleur parce que les doutes. La douleur physique. Il faut aller au-delà de soi.

Est-ce que ce métier a été votre survie ?

Oui oui, définitivement oui. C’est quelque chose qui m’a aidée à m’incarner là où j’avais le sentiment plus jeune de n’être pas incarnée du tout, de n’être rattachée à rien. C’est fondamental.

Vos goûts musicaux ?

Je suis attentive. J’écoute beaucoup de musique. Mes goûts musicaux sont assez éclectiques. J’adore Dépêche Mode, Sigur Ros, David Bowie, Archive, Juliette Gréco. Ce sont en général des artistes qui ont leur propre univers. Et sur scène qui proposent au public des choses incroyables.

Que vous inspire la mort de Michael Jackson ?

Le tragique, la notion d’incompatibilité de vie privée et vie publique, de médias. C’était un immense artiste. C’est quelqu’un dont j’appréciais les spectacles, mais l’homme aussi, sa fragilité, sa sensibilité. C’est tragique. C’est le mot qui me vient. Je suis triste… comme beaucoup de personnes.»

Et ses albums, ses DVD, vous les avez à la maison ?

Absolument.

Où allez vous chercher votre nourriture artistique ?

Un peu partout, je peux vous parler d’une exposition que j’ai découverte à New York l’an dernier « Our body ». Beaucoup d’écorchés, c’est l’humanité décharnée, découpée. Je n’ai pas été choquée mais très impressionnée, intriguée, cela fait partie d’une réflexion et m’a donné l’idée, l’envie d’exploiter cette idée de l’écorchée, dont j’ai fait part à Jean Paul Gaultier qui fut enchanté de pouvoir créer un écorchée multiplié par tous les danseurs pour les costumes du premier tableau sur scène. Il y a aussi la peinture (NDLR Egon Schiele) ou des auteurs comme Stefan Zweig, mais la liste serait trop longue.

Est ce que les rencontres humaines vous inspirent aussi ?

L’être humain m’inspire tout simplement. Les belles rencontres sont très très rares mais indispensables à sa vie.

MF2000_63aEst-ce que vous avez le sentiment d’avoir construit une oeuvre ?

Non. J’ai construit quelque chose. Je suis fière de ce que j’ai pu construire, sans prétention aucune. Je suis heureuse d’avoir rencontré un public.Très sincèrement, l’obsession de laisser une trace ne fait pas partie de moi. Maintenant pour être totalement honnête j’aimerais que l’on ne m’oublie pas. Mais la vie n’est pas finie donc à moi de le construire.

Est-ce que vous avez apprivoisé vos peurs, vos souffrances avec le temps, avec le succès ?

Non. Et c’est sans doute pas grave. Ou très grave je ne sais pas. (rires) Je n’ai pas la réponse. J’ai certainement pansé des plaies. Malheureusement je ne pense pas qu’on puisse faire le deuil de quelque chose. Maintenant on peut tenter de faire ré-émerger la vie et des choses qui vous aident à tenir, qui vous aide à vous réveiller, à sourire. Tout ce qui est doutes, tout ce qui est peur, sont là ancrés et là encore ça fait partie de votre sang, de vos veines. C’est là, c’est présent. C’est sans doute nécessaire. Ou pas. Mais c’est là en tout cas. Ca aide à une certaine créativité.

Dans votre spectacle, il y a beaucoup de têtes de morts projetées sur les écrans géants, l’idée de mort vous terrifie–telle encore ?

L’idée de la mort me terrifie chaque deux secondes de ma vie. Est ce que ma propre mort me terrifie ? Parfois oui, parfois non. Parfois le mot fatalité est plutôt serein. Je me dis «bon, ça se fera de toute façon c’est inéluctable». Parfois elle me hante et parfois je l’oublie.

Qu’est-ce qui vous fait rire dans la vie ?

Les débuts d’interview (rires) on a un air très dramatique lorsqu’on commence. L’absurde probablement je pense. Dans toutes ces formes.

Au cinéma ?

Je voudrais aller vois le film de Tarantino, « Inglorious basterds », on m’en a dit grand bien.

Quelle est votre définition du mot mystère ?

Le mot mystère, mon dieu, déjà il n’y a pas de stratégie du mystère me concernant. C’est quelque chose de caché, de l’ordre du religieux, mais laissons cette réponse mystérieuse, je ne suis pas sûr de pouvoir définir ce mot.

Sur votre anniversaire au Stade de France, quelques mots :

Je vais vous faire une confidence. Il y a fort longtemps que je ne célèbre plus mon anniversaire. Mais pour être tout à fait franche, un anniversaire devant 80 000 personnes au Stade de France, c’est quelque chose qui sera, je crois, incroyable à vivre. Donc j’adore cette idée-là (rires). Et cette date évidemment n’a pas été choisie, il se trouve que le Stade de France était libre à cette fameuse date anniversaire. Cela sera un immense cadeau de 80 000 personnes. C’est incroyable.

Avez-vous une idée du prochain disque studio ?

Absolument pas, évidemment on pense à ce qu’est ce que je vais faire demain, mais je n’ai pas les réponses. J’ai le projet d’un prochain album. Mais c’est une page totalement blanche, mais très envie de m’y remettre très très vite.

Vos projets au cinéma…

J’ai le projet d’un long-métrage initié par Claude Berri que j’aimais profondément, tiré d’un ouvrage de Nathalie Reims,(NDLR l’ombre des autres) dont le metteur en scène sera Bruno Aveillan. Et ça sera pour lui son premier long-métrage pour moi un premier rôle, un deuxième film, et j’espère une rencontre avec le public.

Vous essaierez de laisser une place plus importante au cinéma ?

Je n’ai aucune réponse. J’ai besoin de la musique. J’ai besoin des mots. Je suis quelqu’un d’instinctif. Le jour où je ne souhaiterai plus dire ces mots, chanter, je choisirai ce moment avant qu’il ne me saisisse.

Vous connaissez l’échéance ?

MF2000_94aNon bien sûr que non. Non non.

Qu’est ce qui vous ferez arrêter la musique ?

L’absence de désir, vous allez voir un énorme silence là … lorsqu’on a plus envie de donner ni de recevoir mais j’imagine que cela survient lorsque on est un être mort et je ne me le souhaite pas. Je crois que tout art a ses limites. Cela sera spontané. Quelque chose en moi me dira «là il faut arrêter».

Cela révèle une vraie force de caractère …

Peut-être que cela fait partie de moi aussi cette force de caractère. En tout cas ne pas tricher avec soi-même. Ne pas se mentir et essayer de dormir un petit peu de temps en temps (rires).

Vous dormez tranquille enfin aujourd’hui ?

Non, non ce n’est pas possible (rires). Là encore, puisque je crois que l’on va conclure cette interview, j’ai une chance incroyable, je vis des choses incroyables. Je remercie à nouveau de vive voix le public, de cette fidélité. Et puis je vais essayer de ne pas pleurer… on va arrêter là, merci beaucoup.

=> Retrouvez cette interview dans le livre « Mylène Farmer- écorchée live » aux éditons Artlust

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Mylène FARMER dans les médias

Posté par francesca7 le 7 avril 2012

Mylène FARMER dans les médias dans Mylène et mes BLABLAS 9782755605495-216x300Dès ses débuts en 1984, les chansons et les clips de Mylène Farmer créent souvent la polémique. Ses premiers titres, qui se distinguent par leur ambiance musicale et des textes novateurs, sont généralement perçus positivement par la presse. Néanmoins, au fil des ans, certains journalistes commencèrent à juger l’artiste trop commerciale, du fait de ses ventes importantes et de l’intérêt croissant de la presse people.

Mylène Farmer évoque dans ses chansons l’amour, la mort, le temps qui passe, souvent empreint de mélancolie. « Une part de moi habite la mélancolie, et une autre aime aussi le rire et la gaieté. Malheureusement, le monde prête plutôt à l’état mélancolique, où le bonheur émerge parfois. » Ses textes, souvent basés sur le symbolisme, font débat : si certains y voient un véritable talent d’écriture, d’autres les considèrent pseudo-intellectualistes.

Ses concerts, inspirés des shows à l’américaine, ont conduit la chanteuse à être parfois accusée de mégalomanie. Parallèlement, de nombreux critiques reconnaissent la qualité musicale de ses albums, notamment Anamorphosée et Avant que l’ombre…

Depuis quelques années, l’image de Mylène Farmer dans la presse a progressivement évolué. La durée de sa carrière et son succès ininterrompu semblent lui avoir conféré une certaine crédibilité, et son œuvre est jugée moins sévèrement ou simplement ignorée. Sa discrétion est respectée, et même saluée. Certains journaux autrefois critiques sont parfois devenus laudateurs, comme Le Monde : ses derniers spectacles (Tour 2009 et Avant que l’ombre… à Bercy) ont été très appréciés, alors que les précédents étaient parfois sévèrement critiqués. Toutefois, d’autres médias, devant son refus systématique d’interviews, publient des articles très critiques sur la chanteuse à partir de 2005 (Télé Star, Paris Match,MF80_119a dans Mylène et mes BLABLAS France Soir, Platine…), et certains média la boycottent (Europe 2, M6…).

Le texte de la chanson Je t’aime mélancolie aborde ce thème et semble apporter une réponse indirecte de Mylène Farmer aux critiques : « J’ai comme une envie / De voir ma vie en l’air / Chaque fois que l’on me dit / C’est de la mauvaise herbe / Et moi je dis : / Qu’une sauvage née / Vaut bien d’être estimée / Après tout elle fait souvent la nique / Aux « trop bien » cultivées, et toc ! […] En somme c’est ça : / Pour plaire aux jaloux / Il faut être ignorée. »

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Interview paru dans IAO – Mylène 1991

Posté par francesca7 le 1 avril 2012

INTERVIEW DE MYLÈNE FARMER 1991

Propos recueillis pour FréquenstarPour un clip avec toi – animée par Laurent Boyer pour l’émission de M6 – Février 1991.

 C’est le cinquième jour de tournage, ça fait combien de temps que vous êtes installée ici Mylène ?

     Ca fait à peu près huit jour.

Interview paru dans IAO - Mylène 1991 dans Mylène en INTERVIEW 2000-c10 Il y a des conditions climatiques qui ne sont pas évidentes, je sais qu’il a fait très froid la semaine dernière…

     Oui, beaucoup plus froid qu’aujourd’hui.

 Et vous vous levez très tôt et vous tournez toute la journée, c’est ça ?

     Nous avons des horaires un peu différents chaque jour mais ce matin nous nous sommes levé à cinq heure.

 Il y a à peu près une centaine de figurants ici. Pourquoi avoir choisi des enfants, et des enfants hongrois, ici à Budapest ? Il y a une raison particulière ?

     Oui, il y a plusieurs raisons pour le choix de la Hongrie. Il y a d’abord la neige, on voulait un paysage de neige. D’autre part on voulait beaucoup de figurants et surtout des enfants qui portent quelque chose de grave dans le visage et dans le regard. Et c’est vrai que les pays de l’Est pour ça c’est fabuleux. D’autre part il y a beaucoup de techniciens en Hongrie qui sont performant et professionnels. Et enfin une des dernières raisons c’est que c’est beaucoup moins chère, et qu’on peut faire des choses grandioses avec peu de moyen finalement.

 Est-ce que ça veut dire que ça va être dans la lignée de l’imagerie Mylène FARMER ? Parce qu’on vous associe aux clips scénarisés qui sont en fait des films. Est-ce que ça s’inscrit toujours dans cette veine scénarisée et à grand spectacle ?

    Ce sera la même chose. C’est la même écriture et le même réalisateur, et pratiquement la même équipe à chaque fois sur chaque tournage.

 Est-ce qu’on peut dire aussi que si vous venez tourner ici en Hongrie ou à Budapest -on y pense souvent quand à toi- c’est pour tes ambitions cinématographiques et celles de Laurent ? On sait que Cyrano De Bergerac a été tourné ici, on peut dire aussi qu’il y a les prémices d’un futur long métrage ou le moyen aussi de repérer pour un long métrage…

    Ca c’est quelque chose d’envisageable ou qui a été envisagé, mais j’avoue que pour l’instant c’est quelque chose qui n’existe pas. Et c’est quelque chose qui appartient à Laurent pour l’instant. Je ne puis rien dire, mais ce que je sais c’est qu’il avait fait effectivement des repérages avant d’envisager le clip en Hongrie pour un long-métrage.

2000-c11 dans Mylène en INTERVIEW Vous êtes un peu avares d’images sur le travail que vous faites en équipe sur le tournage d’un clip comme en ce moment.

     Je ne sais pas si nous sommes avares mais c’est assez difficile qu’une autre équipe intervienne. Parce qu’un tournage comme celui-ci c’est une grosse machinerie. Donc s’il y a perturbation, quelque fois cela peut perturber le metteur en scène et tout le monde. Et c’est vrai qu’on a un soucis de garder les choses secrètes, mais parce que je suis probablement comme les enfants, j’aime encore les surprises. Donc j’aime bien l’effet de surprise quand on a un nouveau clip ou de nouvelles chansons. C’est pour ça que je fais très peu écouter l’album avant qu’il ne sorte. C’est une manière de préserver la chose.

Dans le clip on voit une centaine de jeunes enfants avec des têtes très particulières, grimées, masquées, habillés un peu comme toi…

    Oui, tout à fait. Encore plus sales même !

 …Assez minimalistes dans la tenue. D’où a été l’inspiration de ce choix ?

    Là j’avoue qu’il est né d’un amour commun de Laurent et moi- même pour ce qui est DICKENS, Oliver TWIST. On aime beaucoup tout les deux David LEAN, qui avait réalisé Oliver TWIST, un de ses premiers longs-métrages. Et c’est surtout cette approche du conte qui est permanente.

Dans Désenchantée c’est quoi ? On dirait un univers carcéral mais particulier…

     On a essayé d’avoir quelque chose d’intemporel. Ce qui explique aussi le choix de ces costumes, parce qu’on ne peut pas tout à fait situer l’époque. Ca se situe en effet dans un milieu carcéral, il y a une autorité autour de ces enfants, et que ces enfants n’ont plus rien à perdre donc il leur reste comme solution la révolte. Et c’est ce qui va se passer dans le clip. Il y a dans le clip de jeunes enfants qui sont handicapés. Il y a une anecdote magnifique, un handicapés qui est sur le tournage s’y est adapté en quatre jours. Son éducatrice nous a dit qu’en quatre jours il avait fait des progrès de six mois. Donc c’est une jolie récompense…

 Comment tu échanges avec tous ces jeunes hongrois qu’on voit ?

     C’est un échange uniquement de regards puisque nous n’avons pas la même langue. Les interprètes ne sont pas toujours là pour traduire. Ce sont des regards et tous ces figurants sont très justes, ils jouent mais en aucun cas ne sur-jouent et c’est ce qui est fascinant. Ils ont une spontanéité et on a l’impression qu’ils sont nés dans ces costumes dans cette époque et c’est un plus pour le tournage.

J’ai eu l’occasion de discuter avec ce qu’on appelle un casting-producer, qui me disait que dans le choix des gens, il y avait peu de comédiens hors-mis la matonne. Il y a des délinquants, des jeunes enfants d’écoles.

     Oui, il y a de tout. Ce sont des gamins de la rue…

 …Avec leurs réactions. Quand on vit à Budapest, avec la vie qu’on a eu, avec l’histoire qu’on a vécu, il y a une âme mais une pression.

     En tout cas habitée. Il y a une dureté réelle.

 dscf0012Il y a une infrastructure, une équipe très importante sur ce tournage…

     Il y a à peu près 120 personnes et 12 personnes dans l’équipe technique qui viennent de Paris.

 Des français avec qui vous avez l’habitude de travailler. 

     Oui, j’ai Jean-Pierre SAUVAIRE qui est chef-opérateur, Carine SARFATI qui est aux costumes et beaucoup d’autres. Je m’excuse de ne pas pouvoir tous les citer.

C’est une équipe de copains, on a l’impression que c’est presque une famille.

    Oh oui, ce sont des gens de grande qualité humaine et professionnelle. C’est vrai que c’est un plaisir de les réunir chaque fois à nouveau.

 

FréquenstarPour un clip avec toi – M6 – Février 1991.

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