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Mylène Farmer, La lectrice cannibale

Posté par francesca7 le 14 septembre 2015

 

 

Moscou, mars 2000. Cheveux hérissés, jupe en soie brodée de motifs indiens et blouson en jeans, Mylène répond aux questions d’un journaliste russe. « Comment avez-vous fêté la venue du nouveau millénaire ? » La belle hésite : « Je ne me rappelle pas. » Puis se lance : « Probablement avec un livre dans les mains. Le soir du 31 décembre n’est pas spécialement une fête pour moi… Oui, c’est ça, je lisais. Je ne me souviens plus quel livre, mais ce devait probablement être une œuvre de Henry James ou Edgar Poe, mes écrivains préférés. »

 Mylene-Farmer

Une réponse qui détonne. Dans le paysage de la variété française, peu d’artistes évoquent leurs lectures avec autant d’enthousiasme. Au début de sa carrière, c’est d’ailleurs du bout des lèvres que Mylène révèle son goût pour les livres, de peur de passer pour « une intellectuelle pimbêche ». Par la suite, elle n’hésitera pas à évoquer ses coups de cœur en interview. Une jolie parade pour éviter de trop parler d’elle-même ? Pas seulement. D’abord parce que citer les ouvrages qu’on aime est sans doute la façon la plus intime qui soit de se dévoiler. Ensuite, parce que Mylène n’a jamais caché que c’est dans les livres qu’elle puise son inspiration. 

Comme une étudiante, elle lit avec un crayon à portée de main. Comme une étudiante, elle note les mots, les phrases qui l’interpellent. Elle n’est pas de ces lectrices passives qui se laissent entraîner sans réagir. Elle veut extraire une nourriture de ses lectures. Sinon, à quoi bon ? Le crayon lui garantit qu’elle gardera le contrôle, qu’elle ne se laissera pas submerger par le discours d’un autre, fût-il séduisant. 

Lorsqu’elle se trouve en période de promotion, elle sait qu’elle n’aura pas l’énergie d’écrire, alors la lecture lui semble une solution de repli salutaire. « Tout ce que je peux faire, c’est extraire des phrases de mes lectures ou des pensées », dit-elle. Ainsi elle collecte des bouts de phrases, comme des feuilles qu’elle glisserait dans un herbier, et qui, un jour peut-être, au contact de son imaginaire, formeront des chansons.

 Il serait fastidieux de recenser toutes les citations d’auteurs présentes dans le répertoire de Mylène, même si le sujet mériterait à coup sûr de faire l’objet d’un mémoire universitaire. Mots empruntés en forme d’hommage ou reformulés, fondus dans la chanson qui les accueille, ils sont souvent parfaitement identifiables. Parmi les exemples les plus connus, un vers d’Allan, qui figure sur l’album Ainsi soit je, reprend in extenso une phrase d’Edgar Poe extraite de Ligeia : « Pauvres poupées qui vont et viennent. » Mais quoi de plus naturel, puisque la chanson est un hommage à l’auteur des Histoires extraordinaires , un des livres de chevet de la chanteuse ? « Elle m’en lisait des passages tous les soirs avant d’aller se coucher», me raconte Elsa Trillat, qui a partagé des vacances avec la chanteuse durant l’été 1987. 

Autre référence explicite, Baudelaire, qui fut aussi, on le sait moins, le traducteur d’Edgar Poe. Comment Mylène la sulfureuse pourrait-elle ne pas vouer une adoration sans borne à l’auteur des Fleurs du Mal, recueil condamné en 1857 « pour outrage à la morale publique et aux bonnes mœurs » ? Très en verve, Laurent Boutonnat mettra en musique L’Horloge, le dernier poème de la section « Spleen et idéal », qui introduit brillamment l’album Ainsi soit je. Hommage appuyé, encore, mais cette fois à Virginia Woolf, grâce au titre Dans les rues de Londres, sur l’album Avant que l’ombre … Une évocation subtile des pérégrinations de Mrs Dalloway, l’une des héroïnes les plus emblématiques de la romancière anglaise, dans la capitale de l’Angleterre. Le destin de cette écrivain proche de la folie, qui se suicidera par noyade, ne pouvait pas laisser Mylène indifférente. 

Rendre à César ce qui est à César, c’est la moindre des choses. Et la chanteuse se plie à cette exigence de bonne grâce. Ainsi, Sogyal Rinpoché, dont la sagesse bouddhiste plane sur l’album Anamorphosée, est-il remercié dans le livret. De même, Mylène ne cache pas que la thématique de Innamoramento est fortement inspirée d’un essai de Francesco Alberoni, Le Choc amoureux 196, publié en 1979. Une citation de l’auteur ouvre d’ailleurs le livret de l’album : « L’amour naissant, l’innamoramento italien. L’étincelle dans la grisaille quotidienne. Le bonheur mêlé d’inquiétude parce qu’on ignore si ce sentiment est partagé. Un état transitoire qui débouche parfois sur l’Amour. Un phénomène comparable aux mouvements collectifs révolutionnaires. »

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D’une manière générale, d’ailleurs, ce cinquième opus est une véritable mine d’or pour tous ceux qui traquent les références littéraires dans le répertoire farmerien. Ainsi le titre Souviens-toi du jour est- il une allusion directe à Si c’est un homme, le témoignage bouleversant de Primo Levi sur l’Holocauste. Le clip, qui montre la chanteuse sexy en diable au milieu d’un incendie, semble lui-même avoir été inspiré d’un poème d’Apollinaire, Le brasier. « Et pour toujours je suis assis dans un fauteuil [...] / Les flammes ont poussé sur moi comme des feuilles », écrit le poète. Quant à Dessine-moi un mouton, tout le monde aura reconnu l’hommage au Petit Prince de Saint-Exupéry, que Mylène apprécie tellement qu’elle aurait envisagé de lui consacrer un spectacle musical. Si l’on ajoute les références cinématographiques (L’Amour naissant renvoie à La Fille de Ryan de David Lean) et picturales (Je te rends ton amour au peintre Egon Schiele), on voit combien l’album  Innamoramento constitue une foisonnante aventure pour l’esprit. 

Mais ce que certains reprochent à Mylène, ce ne sont pas tant ces hommages explicites que l’inspiration non avouée qui peut laisser penser qu’elle serait l’auteur de mots qui, en réalité, lui ont été suggérés par d’autres. Ainsi, l’écrivain Luc Dietrich, que la chanteuse a dévoré sur la recommandation de Bertrand Le Page, va lui offrir sur un plateau l’expression « poussière vivante », qui ouvre si joliment À quoi je sers. Le thème de la chanson semble lui-même inspiré de deux vers de L’Apprentissage de la ville : « Si je ne sers à rien, ce n’était pas / La peine de m’empêcher de mourir. » Fascinée par cet auteur, sans doute parce qu’il n’a « jamais perdu ses yeux d’enfant », comme l’écrira son ami Lanza del Vasto, Mylène a puisé chez lui d’autres pépites. « Et même si je parvenais à me redresser, pour quoi, pour qui ? », trouve-t-on chez Dietrich. Des mots que la chanteuse reprend à sa façon, toujours dans À quoi je sers : « Chaque heure demande / Pour qui, pour quoi se redresser. » 

Dans son tube Rêver, la star s’inspire du poète Pierre Reverdy. « Nous ne marcherons plus ensemble » correspond au dernier vers d’un poème intitulé Dans le monde étranger. « Dansent les flammes, les bras se lèvent » rappelle le poème Esprit pesant, où l’on trouve ces mots : « À droite dansent quelques flammes qui n’iront pas plus haut, et si les bras se lèvent ils touchent le plafond. » Quant aux paroles « Le monde comme une pendule / Qui s’est arrêtée », elles font écho au poème Toujours là ,extrait du recueil La Lucarne ovale. « Le monde comme une pendule s’est arrêté / Les gens sont suspendus pour l’éternité », y écrit Reverdy. Encore une fois, la belle image chantonnée par Mylène est le fruit de ses lectures. 

L’œuvre d’Emily Dickinson constitue également une source d’inspiration. Ainsi, dans Les Mots, plusieurs vers en anglais traduisent cette filiation. Lorsque Seal, qui partage le duo avec la chanteuse, fredonne « I will tell you how the sun rose », sait-il qu’il s’agit du titre du poème de Dickinson ? Certes, on peut y voir un hommage appuyé à la poétesse américaine. Mais alors, pourquoi avoir omis de citer ne serait-ce que son nom ? 

Mylène s’amuserait-elle à semer derrière elle des mots dont seuls quelques fins limiers sauront reconnaître l’origine ? Cette hypothèse n’est pas exclue, surtout lorsqu’on sait combien elle invite ceux qui veulent savoir qui elle est vraiment à écouter avec attention les paroles de ses chansons. 

Reste qu’il faut poser sans détour la question de ces emprunts nombreux et tacites. Si les auteurs cités appartiennent tous au domaine public, peut-on pour autant s’en abreuver sans prêter le flanc à la critique ?

 

Les détracteurs de la star n’hésitent pas à répondre par l’affirmative. Pour eux, un artiste doit puiser son inspiration en lui-même, et non dans les mots des autres. Une position de principe qui ne résiste pas, toutefois, à un fait incontestable : l’histoire de la littérature consiste en une relecture permanente par les jeunes générations des œuvres de leurs aînés. Comme tous ceux qui ont quitté l’école un peu tôt, Mylène éprouve un appétit féroce face à tout ce qu’elle n’a pas pu apprendre à cause du besoin urgent qu’elle ressentait de faire ses preuves. Sans diagnostiquer de complexe à proprement parler, il est évident qu’elle a tenu à cultiver ce goût des livres auquel son tempérament réservé la prédisposait. Ce qu’elle cherche dans la lecture, ce sont des mots qui répondent à ses états d’âme, les reformulent mieux qu’elle ne l’aurait fait elle-même. 

Où est le crime ? Où sont les victimes ? Au pire, la chanteuse invite son public à la suivre dans ses pérégrinations livresques. Combien de ses fans ont lu La Mort intime de Marie de Hennezel ou Le Choc amoureux de Francesco Alberoni, simplement parce qu’elle avait évoqué son plaisir de les découvrir ? 

Qui d’autre, dans le paysage de la variété, pourrait se targuer d’un tel exploit ? « Pour lire, j’ai besoin de temps, de repos, comme un recueillement », dit-elle. Par son attitude, qui sacralise la chose écrite, Mylène montre qu’on peut encore, à l’époque de l’Internet triomphant, être bouleversé par un livre. L’élitisme qui l’anime passe aussi par là, par cette volonté de tirer son public vers le haut. Ce qui lui vaut le statut inédit de chanteuse littéraire. Une singularité dont elle aurait tort de rougir. 

 

Extrait du livre : MYLÈNE par Hugues ROYER aux Editions Flammarion 2008


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Nous souviendrons-nous de Mylène Farmer

Posté par francesca7 le 7 avril 2013

 

Nous souviendrons-nous de Mylène Farmer dans Mylène AU FIL DES MOTS fanlaurene3-169x300c’est une magnifique chanson qui clôt l’album l’AUTRE… Nous souviendrons-nous.

Un titre de 5’05 en forme de question envers le public. En effet, Mylène pose ici les questions qui hantent tous les artistes ; et si tout s’arrête demain ? Et si je décide d’arrêter, se souviendra-t-on de moi ?…

Il s’agit de doutes et d’angoisses que chaque artiste ressent durant sa carrière. Mylène s’adresse très joliment au public ; « Aux vies qui s’abaissent à voir la mienne / Je sais / Qu’il me faudra prendre congé d’elles / Un jour ou l’autre ». Mylène comme à son habitude, fait preuve d’une grande lucidité sur son métier et sait qu’il faut raccrocher à temps. Il est intéressant également de noter comment Mylène évoque ses chansons : « Aux vies qui ont soutenu la mienne / Je sais / Qu’un long monologue poudré de neige / A partager ». Quant au refrain, il synthétise ses angoisses et ses doutes : « Et si je perds la foi / En nous, en tout / C’est bien malgré moi / Nulle prière / A chacun de nos pas / Je doute de tout / Nous souviendrons-nous de nous ».

Notons que dès 1991, et avec cette chanson, Mylène sera influencée par la poétesse américaine Emily Dickinson   (1830-1886). En effet, le vers de la chanson « Aux vies qui s’abaissent à voir la mienne » fait parfaitement écho à un vers du poème 273 des Dickinson, « Il a sanglé ma vie ; Et distribuer des sourires / Aux vies qui s’abaissent à remarquer la mienne / Et poliment l’invitent ». Dernière particularité du texte de cette chanson, Mylène réutilisera les premiers vers de sa chanson (« Aux vies qui s’abaisse à voir la mienne / Je sais / Qu’il me faudra prendre congé d’elles ») pour les traduire en anglais dans son duo avec  Seal en 2001 sur Les Mots  : « And to lives,that stoop to notice mine / I know I will say foodbaye »… La musique, quant à elle, est intéressante. Boutonnat utilise les mêmes accords de piano pour lancer les refrains de Désenchantée et pour la fin des refrains de Nous souviendrons-nous. Un procédé qu’il a déjà expérimenté pour La Veuve noire en la reliant à A quoi je sers… Doc, Désenchantée et Nous souviendrons-nous sont reliées.

Ainsi, si en 1991 Mylène se demandais si son public qui a tant aimé Désenchantée se souviendrait encore d’elle vingt et un ans après, la réponse est Oui, définitivement !

                issu du livre de Benoît CACHIN sorti en octobre 2012. Aux éditions Gründ. Page 78/220

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Une Mylène Farmer inspirée

Posté par francesca7 le 18 décembre 2012

Des textes que Mylène a pratiquement tous écrits et qui éclairent ainsi sa personnalité. Une personnalité souvent qualifiée de mystérieuse, étrange, voire décalée par la presse à sensation. Et pourtant ! En lisant attentivement les paroles de ses chansons, on y découvre une femme sensible, ouverte, qui n’a guère plus de mystères qu’une autre. Et si l’artiste reste discrète sur sa vie privée et ne l’évoque qu’en de très rares occasions, elle n’hésite pas à se livrer corps et âme dans ses textes.

 Une Mylène Farmer inspirée dans Mylène AU FIL DES MOTS 3063079779_1_3_ihl8tidm-202x300Ainsi soi-je… Laisse le vent emporter tout, Rêver, Redonne-moi, autant de pépites qui permettent de comprendre et de toucher au plus près l’univers et la sensibilité de la chanteuse. Car il s’agit bien de cela, la sensibilité. A fleur de peau (notamment sur scène), Mylène se laisse aller à ses états d’âme au travers de ses chansons, y décrit ses désirs et ses peurs. En effet, de grands thèmes parcourent ses textes.

 Certains évidents comme la mort qui l’effraie et la fascine en même temps. Mais pas seulement ; la peur de vieillir, et surtout celle de grandir, de devenir adulte avec tout ce que cela comporte de désagréments et d’obligations ; la religion catholique est également très présente dans ses textes, Mylène utilisant toute son imagerie ; et comment ne pas parler du sexe ?

 Jamais artiste, hormis Serge Gainsbourg, n’aura été aussi loin en chanson pour évoquer la sexualité, de la sodomie à la masturbation en passant par l’éjaculation précoce…. De quoi lever un coin du voile sur le fameux mystère Farmer ! Pourquoi en dire plus en effet quand tout se trouve dans ses chansons. Des chansons toutes répertoriées ici. Sans analyse sauvage, en respectant les zones d’ombre de l’artiste, nous avons tenté d’expliquer les textes de la chanteuse et de découvrir ses influences. Des influences littéraires évidentes parfois (Choderlos de Laclos, Charles Baudelaire  , Edgar Allan Poe   , Primo Lévi   , Francesco Alberoni  …) d’autres moins connues (Emily Dickinson, Pierre Reverdy   , Sylvia Path, Etty Hillesum…) mais aussi picturales (Egon Schiele    , Robert Doisneau, Gustave Doré…) ou cinématographique (Elephant Man, Les Liaisons dangereuses, Les Griffes de la nuit…).

 

Un univers riche donc que nous vous proposons de découvrir immédiatement. Peut-être elle, au fil des mots…

 Propos repris par B.Cachin :

Podium mais 1985, propos recueillis par Brigitte Protti

France Dimanche le 23 juillet 1984 – propos recueillis par Dominique Préhu.

 

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Mylène Farmer apprécie Emily Dickinson

Posté par francesca7 le 16 décembre 2012

 

Emily Elizabeth Dickinson, née le 10 décembre 1830 et morte le 15 mai 1886, est une poétesse américaine. Née à Amherst dans leMassachusetts, dans une famille aisée ayant des liens communautaires forts, elle a vécu une vie introvertie et recluse. Après avoir étudié dans sa jeunesse, durant sept ans à l’académie d’Amherst, elle vit un moment au séminaire féminin du mont Holyoke avant de retourner dans la maison familiale à Amherst. Considérée comme une excentrique par le voisinage, on la connaît pour son penchant pour les vêtements blancs et pour sa répugnance à recevoir des visiteurs voire, plus tard, à sortir de sa chambre. La plupart de ses amitiés seront donc entretenues par correspondance.

Description de cette image, également commentée ci-après

Bien qu’ayant été un auteur prolifique, moins d’une douzaine de ses presque mille huit cents poèmes ont été publiés de son vivant. Ceux qui furent publiés étaient généralement modifiés par les éditeurs afin de se conformer aux règles poétiques de l’époque. Les poèmes de Dickinson sont uniques pour leur époque : ils sont constitués de vers très courts, n’ont pas de titres et utilisent fréquemment des rimes imparfaites et des majuscules et une ponctuation non conventionnelle1. Un grand nombre de ses poèmes traitent de la mort et de l’immortalité, des sujets récurrents dans sa correspondance avec ses amis.

Même si la plupart de ses connaissances devaient savoir qu’Emily Dickinson écrivait, l’étendue de son œuvre ne fut connue qu’après sa mort, en 1886, quand Lavinia, sa plus jeune sœur, découvre sa cachette de poèmes. Son premier recueil est publié en 1890 par des relations personnelles, Thomas Wentworth Higginson et Mabel Loomis Todd, qui en altéreront fortement le contenu. Ce n’est qu’avec l’édition de Thomas H. Johnson en 1955, Les poèmes d’Emily Dickinson (The Poems of Emily Dickinson), que paraît pour la première fois un recueil complet et pratiquement intact de son travail. Malgré des critiques défavorables et un grand scepticisme vis-à-vis de ses performances littéraires de la fin du xixe siècle au début du xxe siècle, les critiques considèrent à présent Emily Dickinson comme un poète américain majeur.

 

Emily Dickinson naît dans la période précédant la guerre de Sécession, à un moment où de forts courants idéologiques et politiques s’affrontaient dans la haute et moyenne bourgeoisie américaine.

Même les familles les plus aisées n’ont alors ni eau chaude ni salle de bains. Les tâches ménagères représentent une charge énorme pour les femmes (même dans la famille Dickinson qui, en raison de sa position économique confortable, dispose d’une servante irlandaise). De ce fait la préoccupation d’Emily d’obtenir une bonne éducation constitue une exception dans la société rurale de la Nouvelle-Angleterre de son époque.

La chorale de l’église est pratiquement la seule expression artistique acceptée par la sévère religion puritaine partout présente. L’orthodoxie protestante de 1830 considère les romans comme une « littérature dissipée » et interdit les jeux de cartes et la danse. Il n’existe pas plus de concerts de musique classique que de représentations théâtrales. Pâques et Noël ne sont pas célébrés jusqu’en 1864, année où la première Église épiscopale, qui y introduit ses coutumes, est établie à Amherst. Les réunions de femmes seules, autres que le thé quotidien entre voisines, ne sont pas tolérées non plus.

Mylène Farmer apprécie Emily Dickinson dans Mylène et les AUTEURS fannicolas3-246x300Une fois l’Amherst College fondé par le grand-père et le père d’Emily, l’union entre celui-ci et l’église commence à former des missionnaires qui partent d’Amherst pour propager les idéaux protestants dans les recoins les plus reculés du monde. Le retour occasionnel de certains de ces religieux aboutit à l’introduction de concepts, d’idées et de visions nouvelles dans la société conservatrice du village qui commence alors à établir un contact avec le monde extérieur et tend à abandonner les coutumes et croyances d’antan plus rapidement que dans les autres endroits de la région.

Après la mort d’Emily, Lavinia tient sa promesse et brule une grande partie de sa correspondance. Cependant, elle n’avait laissé aucune instruction au sujet des quarante livrets et feuilles volantes rassemblés dans un coffre fermé à clé. Lavinia reconnait la valeur des poèmes et devient obsédée par leur publication. Elle demande alors de l’aide à la femme de son frère, Susan, puis à sa maîtresse, Mabel Loomis Todd. Une querelle s’ensuit, divisant les manuscrits entre les maison de Mabel et de Sue, et empêchant la publication des œuvres complètes d’Emily pendant plus d’un demi siècle.

Le premier volume des Poèmes d’Emily Dickinson, édité conjointement par Mabel Loomis Todd et T. W. Higginson, parait en novembre 1890. Même si Mabel Todd prétend que seuls des changements essentiels ont été faits, les poèmes ont été largement modifiés pour convenir aux standards de ponctuation et de majuscule de la fin du xixe siècle, se permettant des réécritures occasionnelles pour diminuer les circonvolutions d’Emily. Le premier volume, rassemblant 115 poèmes, est un succès critique et financier, et sera réédité onze fois pendant deux ans. Poems: Second Series suit en 1891, déjà réédité cinq fois en 1893; une troisième série parait en 1896. En 1892, un critique écrit : « Le monde ne sera pas satisfait tant que la moindre bribe de ses écrits, lettre ou œuvre littéraire n’aura pas été publié ». Deux ans plus tard, deux volumes paraissent rassemblant des lettres d’Emily Dickinson fortement modifiées. En parallèle, Susan Dickinson place quelques poèmes d’Emily dans des magazines littéraires commeScribner’s Magazine ou The Independent.

Entre 1914 et 1929, la nièce d’Emily, Martha Dickinson Bianchi, publie une nouvelle série de recueils, incluant de nombreux poèmes inédits, mais toujours avec une ponctuation et des majuscules normalisées. D’autres volumes suivront dans les années trente, édités par Mabel Todd et Martha Dickinson, rendant progressivement disponibles des poèmes inconnus jusque là.

La première publication critique a lieu en 1955 sous la forme de trois nouveaux volumes publiés par Thomas H. Johnson. Ils seront la base de toute étude ultérieure de l’œuvre d’Emily Dickinson. Pour la première fois, les poèmes sont imprimés quasiment sous leur forme originale. Ils n’ont pas de titre, sont classés dans un ordre chronologique approximatif, parsemés de tirets et de majuscules irrégulières, et souvent extrêmement elliptiques. Trois ans plus tard, Thomas Johnson et Theodora Ward éditent et publient un recueil complet des lettres d’Emily.

Œuvre 

Éditions anglaises

  • (en) Thomas H. Johnson (ed), The Complete Poems of Emily Dickinson, Boston: Little, Brown & Co., 1960 (ISBN 0316184136)
  • The Poems of Emily Dickinson, présenté par R. W. Franklin, Cambridge: Belknap Press. (ISBN 0674676246), 1999

Éditions françaises

  • Vingt poèmes, Minard, 1963
  • Quarante-sept poèmes, traduction de Philippe Denis, Genève, La Dogana, 1987
  • Poèmes, Belin, 1989
  • Vivre avant l’éveil, Arfuyen, 1989
  • Une âme en incandescence, traduction et présentation de Claire Malroux, collection « Domaine romantique», José Corti, 1998
  • excuses dans Mylène et les AUTEURSAutoportrait au roitelet, Hatier, 1990
  • Lettre au monde, Limon, 1991
  • Escarmouches, La Différence, 1992
  • Lettres au maître, à l’ami, au précepteur, à l’amant, traduction et présentation de Claire Malroux, collection « Domaine romantique », José Corti, 1999
  • Avec amour, Emily, traduction et présentation de Claire Malroux, collection « Domaine romantique », José Corti, 2001
  • Y aura-t-il pour de vrai un matin, traduction et présentation de Claire Malroux, collection « Domaine romantique », José Corti, 2008
  • Quatrains et autres poèmes brefs, traduction et présentation de Claire Malroux, édition bilingue, Gallimard, coll. poésie, 2000
  • Car l’adieu, c’est la nuit, édition bilingue français-anglais, traduction et présentation de Claire Malroux, collection NRFGallimard, 2007
  • Lieu-dit, l’éternité : Poèmes choisis, édition bilingue français-anglais, traduction et présentation de Patrick Remaux, collection Points, Seuil, 2007
  • Poésies complètes, édition bilingue, traduction de Françoise Delphy, Flammarion, 2009

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Mylène astre de lumière

Posté par francesca7 le 13 mars 2012


Si Reverdy occupe dans cet album la première place des auteurs cités, il est suivi de près par l’anglaise Emily Dickinson, dont les centaines de poèmes publiés à titre posthume accompagnent Mylène depuis le début des années 1990. Outre Boris Vian présent dans la chanson Rêver et Guillaume Apollinaire, qui prête quelques vers à California, on croise aussi, au détour d’un couplet des allusions épisodiques à Lamartine ou à Musset. Sur cette base, et influencée par sa récente lecture du Livre tibétain de la vie et de la mort et de l’ouvrage de la psychologue Marie de Hennezel consacré à l’accompagnement aux mourants La mort intime, Mylène compose ici douze textes. A la lumière éblouissante de la nouvelle image médiatique de la chanteuse, qui n’hésite pas à parler de renaissance lorsqu’on l’interroge sur ce changement, ces écrits prennent une coloration optimiste et lumineuse qui ne leur correspond peut-être pas tout à fait.

Mylène astre de lumière dans Mylène et mes BLABLAS wallpaper_mobile_480x640_mf016En effet, si l’on prend bien garde aux déclarations de Mylène Farmer, on est rapidement amené à noter que cette «lumière» n’est pas acquise. Elle est au contraire une pulsion, un point de fuite que la chanteuse essaie d’atteindre. Si le regard porté sur le monde est plus positif, il demeure teinté par la présence envahissante de la mort, et la volonté d’espoir se heurte de plein fouet à la réalité du monde, à son imperfection. «Exister entre enfer et paradis, ce n’est pas toujours aussi simple» fait-elle remarquer à un journaliste qui l’interroge sur ces forces nouvelles. Et il est vrai que les textes d’Anamorphosée sont extrêmement représentatifs de cette nouvelle dualité. Nombre d’entre-eux, si ce n’est tous, présentent en effet toujours un fragile équilibre entre la pulsion de vie et la réalité sordide du monde. C’est évident dans Rêver, où l’amour est cantonné à l’espace du rêve, mais c’est aussi le cas par exemple dans Vertige. Les couplets en effet présentent une vision de plus en plus désabusée de la condition humaine. Dans une atmosphère de pluie, c’est d’abord le corps à corps amoureux qui est évoqué, mais éclairé par l’optique du bouddhisme, la vie se voit réduite à «une goutte d’eau nécessaire au voyage». Le deuxième couplet en revanche évoque une situation plus dure, puisque la pluie se fait chaînes, et que «l’homme gronde». De cette situation naît une nouvelle évocation du «voyage». Or ce voyage conduit «plus loin, plus haut», il s’agit d’atteindre son «astre». Voyage d’élévation, voyage de l’esprit donc, comme en témoignait la pochette de l’album. Ce n’est qu’en élevant son esprit au dessus de la vie, en la tenant à distance que la chanteuse parvient à ressentir, depuis les cimes, ce «vertige de vivre» qui lui découvre toute la beauté du monde. On comprend bien ici que l’on n’est pas si éloigné que ce repos que Mylène trouvait dans «l’indifférence». Dans l’altitude, il y a en fin de compte la même distance, et dans le vertige, le même engourdissement des perceptions… La chanson Et tournoie… répond elle aussi à cette dualité. A des couplets profondément désespérés répond dans les refrains l’exhortation à un renouveau spirituel, et à ce même vertige qui permet de voir la vie sous un meilleur jour, car quoi de plus propice à le provoquer que ce tournoiement de lumière que la chanteuse préconise ?

analyse site http://www.innamoramento.net/mylene-farmer/analyses/24/Lalbum_Anamorphosee/

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