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LAURENT BOUTONNAT À PROPOS DE « DÉSENCHANTÉE »

Posté par francesca7 le 29 octobre 2014

INTERVIEW INTÉGRALE DE 1998 : Journaliste(s) : Mathias Goudeau

 

18711672.jpg-cx_160_213_x-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxxEn mai 1999 paraît aux éditions Jean-Claude Latès « Sur l’air du temps – 30 chansons qui ont changé la France », un ouvrage rédigé par Mathias Goudeau et Patrice Tourne. 
Le principe de ce livre est simple : 30 années, 30 faits de sociétés illustrés chacun par une chanson de l’année concernée pour une remise en perspective du contexte de chacune des époques abordées. Chaque chanson sélectionnée est commentée par un de ses créateurs, qu’il en soit l’interprète, l’auteur ou le compositeur.
 

La chanson sélectionnée par les auteurs pour illustrer l’année 1991 est « Désenchantée ». Le chapitre qui lui est consacré réserve quelques propos pour l’occasion de Laurent Boutonnat, dont les commentaires sur son travail musical sont rarissimes. 

Ce qui suit est un document exceptionnel : il s’agit de l’intégralité de l’entretien téléphonique donné par Laurent Boutonnat à Mathias Goudeau à l’occasion de ce livre, courant 1998. 
D’une durée de 20 minutes, il est entré en notre possession à la faveur des recherches d’archives lors de la création de ce site. Si cette retranscription est un travail personnel, tout le crédit va bien évidemment à l’auteur de l’entretien, Mathias Goudeau, qui signa par ailleurs quelques années plus tard un abécédaire consacré à Mylène Farmer.
 

En plus de dévoiler toutes les réflexions de Laurent Boutonnat au sujet de la chanson, du clip, de sa création ou de son unique version live d’alors, cet entretien nous éclaire également sur la difficile organisation d’une interview de Laurent Boutonnat (et encore plus de Mylène Farmer) ainsi que de son regard sur le phénomène dont il est à l’origine. 

L’enregistrement commence alors que la conversation téléphonique semble avoir commencé depuis quelques instants…

 

Mathias Goudeau : Merci beaucoup d’avoir répondu grâce à l’intermédiaire de votre frère. J’avais essayé de vous contacter par Sony mais je sais pas s’ils vous l’avaient transmis…
Laurent Boutonnat :
 Pas du tout !

Non ? Ha bon, d’accord… Bon !
-Ha, les maisons de disque c’est très compliqué !

On vous a expliqué en deux mots de quoi il s’agissait ? Vous avez reçu mon fax ?
-Oui, j’ai reçu votre fax. La seule chose, c’est que bien sûr je fais partie de cette chanson mais c’est Mylène Farmer qui en est l’auteur du texte, donc je pense qu’elle serait plus apte à vous parler de son texte…

Je vous cache pas que j’ai essayé de la joindre par les maisons de disque mais vous voyez…
-Ha oui, ça, ça doit être très compliqué, en effet. Et en plus elle est pas là, elle est aux Etats-Unis !

Ha, elle est aux Etats-Unis ?
-Enfin…le téléphone marche, hein !

Tout à fait ! C’est ce qu’on a dit à chaque fois, mais même par Thierry Suc ça a été un peu difficile…
-Vous l’avez eu, Thierry Suc ?

images (5)Oui ! Enfin, j’ai toujours eu une secrétaire à lui, jamais lui directement et vraiment ça fait au moins six mois que je rame pour ça et je me demande même si elle l’a eue, l’info. Donc, je sais pas, même par e-mail…Nous on veut bien faire ça par e-mail mais c’est un peu difficile, quoi ! Donc oui, c’est pas vous qui avez écrit le texte ?
-Non. Moi je suis auteur de la musique, de la production, de l’arrangement, du clip, de plein de choses mais pas du texte !

D’accord. Alors, comment ça s’est passé par rapport à cette chanson particulière, comment vous l’avez découverte en fait ? C’est elle, Mylène Farmer, qui un jour vous a apporté le texte ?
-Non, parce que avec Mylène, la plupart du temps, ça commence par la musique et ensuite elle travaille un texte sur la musique et la mélodie. Donc ça commence toujours par la musique. 

Donc, là c’est vous qui avez initié un peu la chanson ?
-La musique, oui. 

Elle vous a dit ‘Moi je vais écrire quelque chose sur ce thème-là’, à peu près… ?
-Non. Je crois que les choses, c’est rare que ça se passe comme ça –enfin, entre Mylène et moi ! C’est plus un travail d’abord musical et après la musique lui évoque des choses et souvent des bribes de phrase, quelques fois un mot sur le refrain. C’est souvent comme ça que ça se passe : ça part de la musique et il n’y a pas vraiment de thème. Elle a sûrement des idées, des choses de côté dans ses cahiers mais je crois que l’explication de la naissance d’une chanson est toujours difficile. 

Vous vous rappelez un peu des circonstances de celle-là ou pas ?
-Ca remonte à très longtemps, quand même ! Il y a moins six ans, sept ans…

1991 ! Enfin, elle sort en 1991 donc elle a peut-être été…
-Oui, c’est ça, ça a été fait à la fin 1990.

Vous travailliez où ? À Paris ?
-Oui, oui ! On était à Paris à ce moment-là. Je travaillais comme d’habitude, c’est-à-dire chez moi, au piano à la base et puis souvent avec Mylène comme ça, ça commence au piano ou au clavier. J’essaie de me rappeler, hein ! C’est très compliqué ! Je me rappelle lui avoir joué au piano les bases, et surtout le refrain et à partir de là il y a le moment où on se dit ‘Tiens, il y a un truc, une excitation’, je sais pas ! Après, je suis allé enregistrer toutes les bases en studio et je crois qu’à partir de là elle a écrit un texte mais le texte a, je crois, commencé par le refrain, comme la plupart des chansons. 

C’est-à-dire ‘Tout est chaos, à côté…’
-Voilà, ‘tous mes idéaux, des mots abimés’. Je m’en rappelle un peu ! (rires)

Vous savez chez elle d’où vient cette idée d’avoir ce thème-là ?
-Ca, je crois que c’est vraiment des questions à lui poser. En tout cas, moi ce que je peux dire par rapport à ce thème, c’est que -bon, ça n’est qu’une chanson, hein !- mais ça me paraît être un peu l’idée du chaos et du désenchantement et ça me paraît être toujours le cas aujourd’hui dans notre société –notre société occidentale en particulier et parmi les gens jeunes. Je sais pas quoi vous dire là-dessus ! On peut partir sur un débat sur la jeunesse, le suicide des jeunes, plein de choses ! (rires)

Disons qu’entre vous sur la création de cette chanson, c’était conscient que c’était ça par rapport à cette jeunesse à ce moment-là. C’est pas tombé innocemment…
-Non, c’est pas tombé innocemment mais ‘à ce moment-là’, je sais pas. C’est-à-dire que je ne crois pas qu’on se dise ‘Ha la jeunesse est comme ça, on va écrire un truc là-dessus’. Non, ce sont des choses ressenties profondément même si on fait un métier artistique, qu’on vit un peu à part ou un petit peu coupé du monde, en tout cas dans la vie de tous les jours –enfin, pas coupé du monde mais c’est vrai que Mylène est quelqu’un qui malheureusement ne peut pas sortir, enfin c’est compliqué, quoi ! Mais en tout cas, la perception des choses et du monde n’est pas déconnectée de la réalité. Enfin, j’espère ! Sinon c’est le début de la fin !(rires)

Justement, c’est exactement ce qui nous intéresse dans une chanson comme celle-là ! Et puis on imaginait qu’elle arrivait début 1991 alors que les idéaux, même si on remonte aux années 70, n’étaient plus là. Il y avait de ça quand même, non ?
-Oui, enfin c’est presque banal de parler de ça parce qu’on est vraiment à un moment, alors c’est la fin du siècle peut-être, mais c’est quand même assez dramatique ce qui se passe là, justement, par rapport à la paix, par rapport à l’envie, aux idéaux…On peut employer tous les mots qu’on veut ! Et ça n’ira qu’en s’empirant, j’ai l’impression !

C’est votre sentiment ?
-Non, mais je sais pas ! Mais c’est très inquiétant –en tout cas en France, c’est très inquiétant mais alentour ça a pas l’air mieux ! Mais ici c’est très inquiétant et très affligeant.

Alors, on va dépasser la création de la chanson. Quelques petits mots : après l’enregistrement, comment ça s’est passé ? Vous aviez la musique, les arrangements, il y a eu des choses particulières sur cette chanson-là ?
-Hé bien curieusement elle a été extrêmement dure, mais ça c’est des petits détails qu’il n’y a même pas à raconter ! Elle a été extrêmement dure à finaliser, ce qui arrivait souvent d’ailleurs avec Mylène sur des chansons qui ont finalement été des chansons qui ont été fortes ou qui ont marché. C’est-à-dire que ça a été assez douloureux ! Alors après on l’écoute, on se dit ‘Ha, mais c’est fort !’‘Ca va marcher !’ etc. Ca a été extrêmement dur parce que j’ai refait, je l’ai produite, j’ai changé la tonalité, je suis revenu à la première tonalité et puis comme la tessiture de Mylène était plus basse sur cette chanson, sa voix était bizarre, je reconnaissais plus sa voix donc on l’a recommencée. Enfin, ça a été très bizarre, quoi ! Très, très douloureux dans le travail, c’était très compliqué pour au final revenir à ce qu’on avait fait au début. Ca arrive souvent ! Voilà. Sinon, y a rien eu de très particulier !

Au final, vous en êtes content, du résultat ?
-Oui, je suis assez content. C’est-à-dire que aujourd’hui, en écoutant le son de cette chanson je ne la produirais ni ne la mixerais pas comme ça aujourd’hui !

Pourquoi ? Le son a changé aujourd’hui ?
-Non, mais moi dans ma perception, dans le travail c’est vrai qu’il y a des choses…Enfin, on bouge, on change ! C’est plus dans le son, les matières de son, voilà. 

Mais sur le moment, vous êtes satisfait ou ça reste une chanson qui est un peu bancale pour vous ?
-Non, non ! Je pense pas qu’elle soit bancale ! (rires) Elle a été compliquée en studio mais c’est difficilement explicable parce que c’est pas rationnel à des gens de l’extérieur de raconter ça. Il faudrait vraiment assister à tout ça –et même en assistant, je crois pas que… C’est comme sur un tournage : quelquefois, il se passe des trucs dingues et vu de l’extérieur c’est ridicule ! ‘Mais pourquoi ils mettent trois heures à faire un truc de trente secondes ?’, vous voyez ?! C’est pas très explicable mais ça c’est pas fait simplement, quoi !

 

images (5)

Et puis elle sort, en même temps elle est choisie comme single…
-Oui, ça a été le premier single de l’album.

Pourquoi ?
-Ben…je sais pas ! Parce que…

C’est vous qui l’avez décidé en partie ?
-Ha oui, oui on l’a décidé, oui. Parce qu’il y avait, en l’écoutant comme ça, quelque chose qui était fort, quoi, dans la musique, probablement dans le texte. Voilà. 

Vous avez pensé que vous vous adressiez à une jeunesse, donc sortir ce single ça pouvait être important ?
-C’est difficile de l’envisager comme ça. On peut pas se dire ça ! Evidemment, quand ça se passe c’est magique ! Vous savez, souvent moi je parlais avec des journalistes et quand ils parlent de Mylène, ils disent ‘Ha, formidable ! Le travail, tout est réfléchi, le marketing, les clips : tout ça, c’est vachement pensé, c’est remarquable’. Mais pas du tout ! Moi je réponds –et c’est un peu pour répondre à votre question- ce n’est pas possible de travailler comme ça ! Ca n’existe pas ! Bien sûr que non, c’est pas pensé, calculé, organisé, fabriqué : les choses se font et se sont toujours faites avec Mylène –que ce soit les clips etc.- sur l’instant, à l’instinct et sans se soucier ni se dire ‘Tiens, on va toucher telle cible, on va parler de telle chose’

D’ailleurs c’est ce qui a fait le choix de cette chanson pour nous, c’est une chanson qui est, j’allais dire, socialement forte, qui tombe à un bon moment. Je parlais pas de marketing, hein ! C’est une chanson qui sort des tripes, quoi…
-C’est vrai qu’à cette époque ça a été assez incroyable, ça a été énorme. Enorme

Vous avez été surpris de ça, du succès qu’elle a ? Ou vous aviez senti artistiquement… ?
-Oui, on sent. C’est vrai qu’on sent quand il y a quelque chose de fort. Maintenant, après on ne sait jamais comment ça se passe ! Mais on sent quand il y a quelque chose de fort, on le voit quand les gens l’écoutent et puis soi-même : quand on a plaisir à l’écouter, à la réécouter, à l’écouter cent fois, même, après avoir travaillé dessus pendant des semaines !

Ce que vous avez fait ?
-Ha oui, oui ! Moi, quand une chanson me plait j’aime bien l’écouter, la réécouter et je m’en lasse pas ! Ca, c’est assez curieux !

C’est une des chansons qui vous restent de Mylène Farmer, dans le sens où si on vous en demande trois, quatre, elle fait partie de celles-là ou pas forcément ?
-Ha oui ! Oui, oui.

Le clip, il est venu comment ce clip ? Puisque là vous pouvez m’en parler, vous êtes le créateur !
-Oui ! (rires) Ha, je me rappelle plus ! Je ne sais plus…

Moi je l’ai très bien en tête, ce clip, avec ces enfants etc. 
-Oui. On reste dans le même sujet, quoi, un peu imagé. Je sais pas quoi vous dire là-dessus, comment c’est venu exactement mais je sais que ces images-là sont venues très vite au moment où il y a eu la décision de faire le clip, ce qui se passe toujours très vite parce qu’on est toujours en retard, qu’il faut aller vite etc. et puis cette idée d’univers carcéral, comme ça, un peu intemporel, c’est venu très vite, quoi. 

Est-ce que vous avez pas un peu aggravé le ton de la chanson, qui était déjà très dur, et vous vous y mettez par l’image un univers, j’allais dire, d’esclavage carrément ?!
-(dubitatif) Oui, sûrement, oui. (il éclate de rire)

Parce que là, c’est vous qui êtes l’auteur du clip, c’est vous qui décidez !
-Oui, enfin on travaille en collaboration mais c’est vrai que souvent ça a toujours été intéressant dans le travail avec Mylène, parce que c’est vrai qu’il y a eu quelques clips –dont« Désenchantée »- qui ont été assez violents, c’était compliqué par rapport à la censure ou même par rapport au public quelques fois mais ce qui est amusant, c’est que ces clips passaient à des heures où tout le monde regarde parce que d’un côté il y avait une image quelques fois très violente, et d’un autre côté il y avait une chanson pop, comme ça, qui se promenait dans les charts etc. Donc c’est assez amusant ! Enfin, je fais pas ça pour m’amuser mais…

Le décalage vous intéresse…
-Oui, j’ai toujours trouvé ça amusant. Je sais que la plupart des clips d’avant de Mylène, je suis pas sûr qu’ils passent. Ils passent aujourd’hui parce qu’ils font partie des clips qu’on a vus, qu’on connait etc. Mais si aujourd’hui on refaisait la même chose, je pense que la censure serait beaucoup plus dure aujourd’hui, quoi. C’est incroyable !

Vous pensez ?
-Ha ben, je le vois, même ! Je le vis ! (rires) Des chaînes comme la 6, c’est incroyable ! On arrive à un truc, ça s’américanise beaucoup dans tout. Il y a une uniformisation mais il y a surtout une peur de sortir d’un type d’images. Je trouve que les images aujourd’hui ne transmettent plus rien, la plupart des vidéos ne transmettent plus rien, même pas d’émotions visuelles. 

Elles n’ont même pas un plus par rapport à la chanson, c’est ce que vous voulez dire…
-Non, c’est de l’image pour l’image, de la forme pure et c’est dommage. 

Un prétexte pour passer de la musique à la télé, quoi…
-Oui. Ha oui c’est ça. À moindre coût pour faire ça en une journée, deux jours parce que ça coûte cher. Mais peu importe les coûts, d’ailleurs parce qu’on arrive à faire des choses avec rien. Il y a plus d’images. Moi je suis frappé quand je regarde la 6 ou MCM le matin, comme ça, tout est pareil ! C’est assez incroyable…

475900.jpg-rx_640_256-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx 

Une dernière chose pour revenir à ce qui nous intéresse, donc l’implication de la chanson par rapport à ce qui se passait dans la société. C’est vrai que la plupart des chansons de Mylène Farmer n’ont jamais été impliquées, je dirais que c’est presque une des plus impliquées socialement. Vous en pensez quoi ?
-Par rapport à ses autres chansons, vous voulez dire ? Moi je crois pas. Que ça touche quelque chose de social, après c’est autre chose. Je pense que dans le travail de Mylène, ce qui a été fait a toujours été lié à l’enfance. Peut-être pas à des choses précises de société, balisées, qu’on reconnait, mais souvent liées à l’enfance, au fantasme, à la terreur, à la sexualité, à ces choses qui font partie de la vie plus que de la société. 

En même temps, il y a ‘je fais partie d’une génération désenchantée’ : c’est peut-être plus direct que « Libertine » ou des choses comme ça qui sont effectivement des fantasmes, plus des rêves…
-« Libertine », oui, on est dans d’autres choses ! Absolument. Mais ce qui était amusant sur « Désenchantée », avec le temps par exemple sur la dernière tournée de Mylène (le Tour 96, nda) donc c’était cinq ans ou six ans après « Désenchantée » et qu’elle l’a chantée en concert, moi je me souviens d’avoir pris conscience comme ça justement de ça : j’étais dans la salle à Bercy à la console son, donc au milieu de la salle, et tout à coup arrive « Désenchantée », donc hurlements et tous les gens chantaient du début à la fin ! Et tout à coup, j’ai pris conscience des paroles –que je connaissais ! Mais je voyais tous ces gens en regardant autour, il y avait plein de jeunes mais il y avait aussi des gens plus âgés qui étaient là, en train de sauter en l’air, de frapper dans les mains en chantant ce texte : « Tout est chaos, à côté… ». C’était assez incroyable, ça ! C’est vrai que, tout à coup, quand on fait attention aux mots c’est assez étrange ! C’est très marrant ! Et c’est ça que je vous expliquais un peu tout à l’heure entre l’image ou les mots un peu durs ou un peu violents et le côté chanson populaire qui fait que les gens dansent ou chantent mais en prononçant des mots quand même qu’ils ne diraient pas dans la vie ou bien sauf s’ils étaient en train de manifester, peut-être je ne sais pas !

Vous pensez qu’ils chantaient ça comme un air de variétés plus qu’ils ressentaient…
-Oui. Je sais pas si en général, quand on chante une chanson on a vraiment conscience de ce qu’on chante, souvent. C’est comme les tubes américains : la plupart des gens connaissent pas le sens des mots et les retiennent phonétiquement !

Ca vous a surpris dans quel sens ? En vous disant ‘Je suis déçu parce qu’ils comprennent pas ce que ça veut dire’ ?
-Ha non, non pas du tout ! Vous savez, quelquefois vous devenez spectateur de quelque chose : là, j’étais dans le spectacle et puis tout à coup, je voyais tous ces bras se lever, les gens sauter et chanter à tue-tête et donc j’étais plus dans le spectacle et j’ai regardé autour de moi, j’entendais tous ces mots et tous ces gens heureux en train de chanter, crier, taper dans les mains en rythme…

Alors que c’était des mots durs !
-Oui ! C’était assez marrant, ça. Une drôle d’impression…

C’est une chanson qui est demandée en concert ?
-C’est pas qu’elle est demandée, mais quand elle arrive dans le concert à peu près aux trois quarts, c’est le moment où ça explose vraiment ! Dans toutes les salles et dans n’importe quelle ville de France, c’était incroyable ! Incroyable ! C’est vraiment un des plus gros hits de Mylène, d’ailleurs.

Vous vous souvenez du nombre de ventes qu’a fait le single ou pas ?
-Le single à l’époque a fait 650.000, je crois. Mais comme l’album est sorti en même temps, la plupart des gens se sont reportés sur l’album et je crois que ce single a drainé 700.000 albums en deux mois. C’était énorme !

Merci beaucoup de tout ça !
-Mais je vous en prie !

téléchargement (1)Je vous pose la question : vous, vous avez un contact auprès de Mylène pour lui écrire… ?
-Oh oui, ça, j’ai des contacts ! (rires)

Ca, je m’en doute ! (rires) Mais où je pourrais lui écrire d’une manière sans avoir des choses trop personnelles ou il faut absolument que je passe par Thierry Suc ?
-Non, ce que vous pouvez faire…

(fin brutale de l’enregistrement) 

 

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Si MYLENE M’ETAIT COMPTEE

Posté par francesca7 le 23 octobre 2014

 

0« Une grande astronaute » : c’est dans ces termes que Mylène Farmer  aimerait que l’on se souvienne d’elle. Une grande conquérante de  l’imaginaire qui a su relever les défis de son métier. La seule artiste  féminine française à avoir marqué son empreinte sur quatre décennies par  ses tubes, ses clips et ses concerts, passant de mannequin pour publicités à  la scène du Stade de France vingt-cinq ans plus tard. Une chanteuse qui  raconte ses rêves et ses cauchemars dans les textes qu’elle écrit elle-même,  en restant paradoxalement quelqu’un que les médias qualifient de  « mystérieuse ». De nombreux ouvrages lui ont été consacrés, tentant en  vain de percer le secret de sa réussite. 

 « On invente ma vie, mes émotions »  disait-elle en 2006. Alors pour raconter la carrière de Mylène Farmer, qui de mieux que Mylène Farmer elle-même ? 

Trente ans de carrière sont retracés dans cet ouvrage non officiel  uniquement réalisé à partir des propos de l’artiste, puisés dans plus de trois  cent cinquante interviews presse, radio ou télévisées, de 1984 à 2014. 

Aucune information n’a été inventée ou récupérée de rumeurs, de bruits de couloirs. Tout ce que vous découvrirez est extrait des entretiens que la chanteuse a pu accorder aux médias. 

Bien que le pronom personnel « je » a été conservé pour rester au plus proche des propos réunis et faciliter la lecture, il n’est en aucun cas question dans cette biographie de parler au nom de Mylène Farmer.  L’objectif de ces trois années de travail a été de réunir et fusionner toutes les idées, les explications, les inspirations et les passions, toutes les pistes sur sa vie qu’elle a elle-même décidé de laisser transparaître au fil du temps. 

Evidemment, en trente ans, tout le monde change : ses points de vues d’alors ne sont donc plus obligatoirement ceux d’aujourd’hui. Cette biographie n’est pas « la » vérité ; mais c’est « une » vérité. Parce que Mylène Farmer l’avance elle-même, le privilège d’être une artiste est de pouvoir tricher quand elle le souhaite. Si elle a inventé quelque détail que ce soit durant ses interviews, et que vous retrouverez donc retranscrit tel quel dans ce récit, cela n’en fait pas moins partie du personnage qu’elle a souhaité faire vivre. Et quel personnage ! Une grande astronaute.

 

EXTRAIT : Avant Propos du livre :  Mylène FARMER une grande Astronaute –  de Yannik Provost

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MYLENE Présentée par Patrick POIVRE D’ARVOR

Posté par francesca7 le 18 octobre 2014

 

Au JOURNAL DE 20 HEURES du 18 MAI 1989 : Entretien avec Corinne LALO sur TF1

1989-03-b« Quelques fois, c’est moi qui ai besoin d’eux, et d’autres fois c’est peut-être eux qui ont besoin de moi. »

Pour la première date parisienne du Tour 89, l’équipe de TF1 a réalisé une petite interview de Mylène Farmer diffusée en fin de journal. L’entretien est ponctué d’images de clips et quelques images de l’équipe du spectacle à Saint-Etienne, avant la première.

Patrick Poivre d’Arvor : (après un sujet sur un film consacré aux tziganes) Dans un tout autre genre, la crinière rousse, et quelque peu tzigane d’ailleurs, de Mylène Farmer qui caracole en tête du Top 50, mais ça ne suffirait pas pour lui consacrer un sujet dans ce journal, c’est qu’elle chante bien, sur des textes très personnels, et dès demain, pour la première fois, elle affronte le public au Palais des Sports.

Le reportage commence sur un gros plan de Mylène en extérieur. Elle porte un haut noir et soutient sa tête avec sa main. Une courte séquence tirée du clip de « Libertine » est ensuite diffusée avant de revenir au gros plan de Mylène, qui fait face à la journaliste Corinne Lalo, sans que l’on voie celle-ci à l’image.

Corinne Lalo : (off) C’est avec « Libertine » qu’est venu le succès, mais Mylène Farmer est avant tout romantique, fragile et pudique malgré les apparences.

Mylène Farmer : Je parle souvent de la caméra : je ne la considère pas comme étant une amie, et pourtant j’arrive à me dénuder devant elle. Donc ce sont plein de paradoxes. J’ai en tout cas besoin de ce miroir, quand même.

CL : C’est un exorcisme, un peu ?

MF : Probablement, oui. Moi j’appellerai ça presque une survie, c’est quelque chose d’essentiel.

CL : (off, par-dessus des images du clip « Tristana ») Derrière la caméra des clips vidéo, mais aussi pour les musiques et certains textes, un touche-à-tout de talent aux côtés de Mylène, son alter ego : Laurent Boutonnat. (images de Mylène Farmer et Laurent Boutonnat rentrant dans leur hôtel à Saint-Etienne)

MF : C’est une bonne étoile. Ce sont des rencontres de la vie comme on en a peu, certainement. Pour moi, c’est une rencontre magique par rapport à bien évidemment plein de choses, mais également par rapport au cinéma et à l’image, à sa façon de l’imaginer, de la créer.

CL : (off, par-dessus des images des Victoires de la Musique 1988) Sacrée meilleure chanteuse de l’année, Mylène est une écorchée vive. Elle séduit avant tout les 15-20 ans et les accompagne à travers le spleen de l’adolescence.

1989-03-cMF : S’il y a une image à trouver, je voudrais être le… enfin, c’est un compagnon de route, c’est un peu le Jeff de Jacques Brel : « Jeff, t’es pas tout seul ». C’est un peu ce sentiment-là que j’ai. Quelques fois, c’est moi qui ai besoin d’eux, et d’autres fois c’est peut-être eux qui ont besoin de moi.

CL : (off, par-dessus des images de Mylène Farmer, Laurent Boutonnat, les musiciens et les choristes du spectacle dans la cour de la salle de spectacle de Saint-Etienne où s’est tenue la première de la tournée. On voit notamment Mylène en redingote partager un fou rire avec Carole Fredericks) Mylène et ses musiciens se sont préparés pendant six mois pour réussir ce premier rendez-vous. Une rencontre à guichets fermés puisque tous les concerts affichent complet.

Fin du reportage sur ces images de la troupe.

 un forum : http://devantsoi.forumgratuit.org/

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NAGUI Présente MYLENE FARMER sur M6

Posté par francesca7 le 18 octobre 2014

 

Emission  FRÉQUENSTAR du 22 MARS 1989

 « C’est compliqué, le français ! »

1989-02-dNagui reçoit Mylène Farmer sur le plateau de son émission, qui n’a rien à voir, malgré un titre identique, avec l’émission que créera Laurent Boyer peu d’années plus tard. Mylène vient y présenter son nouveau clip, celui de « Sans Logique ». Habillée d’une veste noire, d’un pantalon noir et les cheveux rehaussés en un chignon strict, elle répond également aux questions de Nagui et a sélectionné quelques clips qu’elle souhaitait diffuser dans l’émission. L’ambiance oscille entre tension et bonne humeur, Mylène ayant visiblement parfois du mal avec l’humour de Nagui, et réciproquement, Nagui semble quelques fois désarmé face à Mylène. Il jongle  avec le tutoiement, le vouvoiement mais parvient néanmoins à faire parler Mylène de ses goûts littéraires, musicaux, de son spectacle à venir et même de son appartement !

Nagui : Mylène Farmer, merci d’avoir accepté notre invitation.

Mylène Farmer : Merci (sourire gêné)

N : C’est très gentil à toi, on est très contents, on est heureux comme tout ! La programmation musicale : tu écoutes beaucoup de musique en règle générale, dans ta vie ?

MF : Beaucoup de musiques de films.

N : Beaucoup de musiques de films ? Des bandes originales ?

MF : Oui.

N : Là en ce moment, tu as la tête prise par quelle musique de film ?

MF : Toujours « Mission » (film réalisé par Roland Joffé en 1986, nda). J’ai du mal à en…

N : C’est pas vrai ? Mais pourtant y en a eu d’autres depuis : y a eu « Le Grand Bleu », y a eu «Bagdad Café», y en eu plein !

MF : « Bagdad Café » oui, merveilleuse…

N : C’est bien, hein ? Et tu vas voir les films qui correspondent aux bandes originales ou tu te contentes de la musique ?

MF : Je me contente de la musique parfois, quelquefois j’y vais aussi à cause de la musique.

N : D’accord…

MF : Et quelquefois, le contraire.

N : C’est marrant, y a pas une seule bande originale dans tous les clips que tu as choisi.

MF : Non, parce qu’on a un petit peu trop vu « Bagdad Café ». « Mission », je pense pas que vous l’auriez passé. Si ?

N : Ha ben on se gêne pas pour en passer d’autres, hein !

MF : Ha, je ne savais pas…

N : Ha ben, on le fera la prochaine fois !

MF : D’accord.

N : Ca sera une occasion de revenir (rires). Elle est notre invitée, et par la même occasion on en profite pour vous présenter son clip, qui sera « clip des clips ». Du Mylène Farmer matin midi et soir, pendant une semaine ! Tout ça à la veille d’une tournée dont nous reparlerons tout de suite après ce tout nouveau clip, « Sans Logique ». Elle est pourtant Vierge, hein, elle est pas Taureau, contrairement à ce que vous allez pouvoir voir dans le clip ! (Mylène sourit)

Le clip de « Sans Logique » est diffusé en entier.

N : Voilà. D’où la pochette, vous comprendrez, pour la trace de sang qu’il y a sur le clip de Mylène Farmer, « Sans Logique ». On va en reparler bien sûr de ce clip, d’abord voyez le cadeau que vous allez pouvoir gagner grâce à cette merveilleuse émission que nous vous présentons sous vos yeux ébahis : vous allez pouvoir gagner le compact d’ « Ainsi Soit Je… », l’album; le compact de « Cendres de Lune », l’album; la cassette vidéo des clips volume un; la cassette volume 2 des clips (Nagui bafouille un peu pendant son énumération) et le baladeur avec la cassette de l’album dedans. (On voit tous ces cadeaux à l’écran) Pff, c’est beaucoup de cadeaux, tout ça !

MF : (suite aux bafouillages de Nagui) C’est compliqué, le français !

N : Hein, c’est compliqué, hein ! Surtout pour quelqu’un qui est es forcément né là-dedans ! (Nagui fait à l’évidence référence au fait que sa mère est professeur de français, nda) (Mylène rit)

Nagui revient alors sur le concours de la semaine précédente avant de se tourner à nouveau vers Mylène.

N : On va voir défiler les dates de la tournée. Ca démarre le 18…

MF : Le 18 mai, jusqu’au 25…

N : …mai, ça c’est pour les dates parisiennes. Ensuite y a plein de dates en province et puis comme y avait encore du monde, parce que là c’est déjà complet pour le Palais des Sports, vous avez rajouté une, voire deux dates, à Bercy au mois de décembre pour clore cette tournée. (Mylène acquiesce) Retour à la case départ, ça c’est génial ça !

1989-02-aMF : Oui, c’est formidable.

N : On peut rajouter une troisième date, si ça continue, non ?

MF : Eventuellement…

N : On va pas se gêner pour se faire du bien ! Ca comporte combien de personnes le Palais des Sports ?

MF : Je crois que c’est autour de cinq mille personnes.

N : Cinq mille personnes et y a sept soirs déjà pleins ?

MF : Oui.

N : Bon, ce qui fait déjà deux Bercy à lui tout seul, donc y a aucun problèmes on peut en rajouter, c’est l’équivalent. Alors Mylène, « Sans Logique » c’est un… Moi je suis surpris, on te voit pas nue dans « Sans Logique », c’est bizarre après « Libertine » et « Pourvu qu’elles Soient Douces »…

MF : C’est de la provocation, ça, Nagui !

N : Non je sais pas ! Ben écoute, c’est de la provocation aussi ce que tu fais des fois dans les clips.

MF : Non, le sujet ne se prêtait pas à la nudité, c’est tout.

N : Voilà. Alors en fait, tu as dit souvent dans la presse que le but n’était pas forcément de provoquer mais que s’il y avait certaines scènes qui pouvaient dérouter les gens, c’était parce que ça dépendait plus du sujet que du simple plaisir que de les choquer.

MF : Oui. Moi je n’ai aucun plaisir à me dénuder sur un plateau. C’est assez difficile, même si c’est en équipe réduite, c’est toujours plus difficile…

N : Oui mais enfin on devine que ça va être vu par des millions de gens, aussi…

MF : C’est vrai, mais ça on n’y pense pas. Il y a cette espèce de divorce, comme ça, sur le tournage. C’est pas la même chose…

N : C’est l’artistique distingué du vulgaire, c’est ça ?

MF : Je crois que oui, il y a une espèce d’inconscience, je crois, que de faire ça. Et puis quand bien même, hein ?! (large sourire)

N : Oui : sans contrefaçon, on se fout du qu’en-dira-t-on ! Alors, est-ce que tu as un côté justement inconsciente ou plutôt très, très, très consciente de tout ce qui se passe ?

MF : Je ne sais pas si je suis l’incarnation de la cartésienne, je crois pas, non. Mais je crois que j’ai les pieds en tout cas sur terre, oui.

N : T’as les pieds sur terre, et tu sais complètement ce que tu fais, ce que tu dis : tout est pesé, réfléchi et calculé. Quand tu écris les textes d’une chanson, c’est maîtrisé, dans tous les sens du terme.

MF : Oui, j’essaye en tout cas de les maîtriser. Je crois qu’il y a pas de perfection mais j’essaye d’y accéderN : OK. Alors, encore une fois dans ces fameuses interviews – c’est vrai que tu en donnes pas beaucoup des interviews…

MF : Parce que je ne m’y sens pas très à l’aise, c’est la seule réponse je crois.

N : Là, ça va pas bien ?

MF : Pas très bien, non ! (sourire)

N : Bon on va essayer que ça aille mieux ! Tu me dis, tu me fais un petit signe dès que ça va un tout petit peu mieux ! (rires de Mylène) Y a beaucoup de références dans ce que tu dis à Baudelaire, auquel tu rends un hommage dans « L’Horloge » en mettant en musique avec Laurent…

MF : Y a d’autres auteurs, mais c’est vrai que j’aime beaucoup Baudelaire. J’aime beaucoup…

N : Edgar Poe !

MF : Edgar Poe, c’est vrai.

N : Et Luc Dietrich.

MF : Luc Dietrich. J’aime beaucoup le théâtre de Steinbeck, mais il y en a tant d’autres. Je cite un petit peu, c’est vrai, toujours les mêmes parce que ce sont effectivement des livres de chevet.

N : Bon, et généralement si on prend Baudelaire et Edgar Poe, ils ont des problèmes existentiels. Là, tu as demandé Jacques Brel avec « Ne me quitte pas », ce qui peut aussi être un…

MF : …qui pourrait faire partie de la même famille, certainement, oui. Pour moi, c’est probablement le plus grand interprète, avec Reggiani aussi. J’aime beaucoup Reggiani. Et « Ne me quitte pas », c’est un cri qu’on formule très souvent.

Diffusion d’une séquence d’archive où Jacques Brel interprète « Ne me quitte pas ».

N : Une petite précision : en plus de tous les cadeaux que nous vous avons montré tout à l’heure, vous allez pouvoir gagner également deux invitations pour aller voir Mylène Farmer en concert, que ce soit à Paris ou en province vous pouvez écrire de partout. Et puis concernant – voilà l’affiche – (l’affiche du spectacle apparaît à l’écran) donc ce Palais des Sports, mais y a également les concerts parisiens du Palais Omnisports de Paris Bercy, les places ne seront en vente qu’à partir du mois d’avril.

MF : Oui.

N : C’est ça, hein ?

MF : Paraît-il…

N : Oui d’accord, mois d’avril. Bon alors, à propos de Jacques Brel, et pour revenir à ce côté Baudelaire et Edgar Poe, on a l’impression que par moments tu portes tout le malheur de la Terre sur tes frêles épaules.

MF : C’est lourd, quelques fois !

N : C’est lourd, hein ?!

MF : Moi-même, je suis très frêle et c’est difficile parfois.

N : Mais pourquoi ? Qu’est-ce qui s’est passé ? Je veux dire, sans faire de confessions ou de psychanalyse, c’est récent comme tournure d’esprit, ou c’est quelque chose qui a toujours été ancré en toi comme sentiment ?

MF : Je vais dire quelque chose d’autre : c’est pour ça que moi je n’aime pas les interviews parce que je préfère, c’est vrai, dévoiler la nature de mes sentiments dans mes chansons plus que dans les interviews.

Pourquoi avoir toujours besoin de se justifier ?

N : Je parle pas de justification, je demande simplement d’où ça vient.

MF : Je ne sais pas. Y a des personnes, je crois, qui sont plus prédisposées à être heureuses ou malheureuses. J’en sais rien. Je ne dis pas que je suis malheureuse…

N : Ha non, t’as tout pour être heureuse, là !

MF : …je dis que je suis foncièrement lucide, ce qui engendre, je crois, quelquefois des désillusions et quelquefois du bonheur aussi.

N : Y a un inconvénient, j’allais dire, ou un enchaînement tout à fait logique, c’est que ton public s’identifie à tes goûts et à ta manière de voir la vie. On parle de Baudelaire, c’est le spleen, c’est la maladie du siècle, c’est « Les Fleurs du Mal », enfin bon (il s’adresse aux téléspectateurs) lisez Baudelaire, à propos, ça peut toujours vous servir dans la vie !

MF : Parce qu’il y a certainement, effectivement, beaucoup de personnes qui se retrouvent ou dans ces textes, ou dans cet univers musical, ou tout simplement dans cet univers. Je crois pas que toutes les personnes soient très, très heureuses et aujourd’hui je crois que c’est aussi de plus en plus difficile.

N : Et toi, qu’est-ce qui te rend heureuse ?

MF : Votre rencontre, probablement ! (grand sourire)

N : Bon ! Sinon, tu as demandé Depeche Mode. Qu’est-ce qui te séduit ? Le côté anglais, le côté rythmé ?

MF : Je crois que c’est un tout, là aussi. C’est un univers, d’abord, un compositeur qui est formidablement doué et puis des paroles qui sont assez belles, parce que je comprends l’anglais plus que je ne le parle, finalement ! (rires)

Diffusion d’un clip de Depeche Mode.

N : Le monsieur dont nous parlions pour les compositions, c’est Martin Gore, qui est le blond bouclé sur le devant…

MF : …qui est tout petit !

N : Tout petit derrière ses claviers ! L’ambiance dans laquelle tu vis : tu vis dans une ambiance sombre ? Eclairée ? L’appartement, comment ça se passe, l’intimité ? On sait qu’il y a les singes, les fameux singes…

MF : C’est très peu meublé, c’est rouge et noir (rires de Nagui qui visiblement ne peut s’empêcher de penser à Jeanne Mas !), et que dire d’autre ? Y a une très, très grande cheminée qui est très, très belle et j’ai une chambre qui est très, très sombre, qui approche le noir, c’est bleu marine très, très foncé.

N : Ca fait partie des couleurs que tu aimes bien, le noir, le bleu, le rouge… ?

MF : Oui. Le rouge, un petit peu moins.

N : Le rouge sang, peut-être, non ?

MF : La couleur du sang, oui, j’aime beaucoup, mais c’est un rouge très, très foncé, très dense.

N : Ce qu’on a vu dans le clip, le mariage par le sang, ce que des fois on fait quand on est gamin, tu l’as déjà fait ?

MF : C’est quelque chose que j’ai fait quand j’étais toute petite, mais au bout du doigt. Ca faisait moins mal !

Parce que l’entaille, là, était plus profonde ! (elle désigne en souriant sa main en référence à cette séquence du clip)

N : Oui, et puis c’était plus mignon en plus, mais c’était moins visuel donc on a essayé de le mettre dans la paume de la main ! (rires) Tu avais aussi raconté que « Sans Contrefaçon », tu avais déjà fait le côté garçon en mettant un mouchoir dans ton pantalon.

MF : Oui, je n’essaye pas de fabriquer des anecdotes.

N : Mais on va finir par trop bien te connaître, j’allais dire, entre les paroles de chansons et les clips !

MF : Finalement, oui.

N : Pour quelqu’un qui veut préserver sa vie privée…

MF : Je vais peut-être arrêter !

N : De chanter ?

MF : Peut-être ! (sourire)

N : Oh, dis pas ça, tu nous fais du mal ! (rires de Mylène) La déclinaison généralement de ce genre de clips, c’est d’aller un tout petit peu plus loin sur scène. Ca, c’est quelque chose qui a intéressé Thierry Mutin, qui te pose une question.

1989-02-fDiffusion d’une vidéo où Thierry Mutin, chanteur des années 80, s’adresse à Mylène.

Thierry Mutin : Bonjour Mylène. Pour moi, l’univers de tes clips est indissociable de ton image et j’aimerais savoir comment tu vas concilier tes clips et tes chansons sur scène.

N : Ha oui, le décor, l’ambiance…

MF : Je ne sais pas si je vais répondre à cette question, dans la mesure où je ne dévoilerai rien de cette scène. Je peux dire que cette scène sera le reflet certainement de mon univers et celui de Laurent Boutonnat.

N : D’accord. Un tout petit peu XVIIIème siècle sur les bords ?

MF : Non, du tout.

N : Du tout ! (ironiquement) Beaucoup de chevaux… (rires)

MF : (sur le même ton) Beaucoup de chevaux, de femmes nues, on l’a déjà dit ! (sourire)

N : …de femmes nues, du sang, voilà, bref ! Allez-y et emmenez une blouse parce que peut-être qu’il va se passer des choses ! (rires) Tom Waits (acteur et chanteur américain souvent présenté comme maniacodépressif, nda) : alors là c’est, encore une fois, comme Baudelaire, comme Edgar Poe qui était quand même un alcoolique, faut bien le préciser, Tom Waits c’est aussi l’image… Tu es attirée par l’alcool ? Tu es attirée par…?

MF : Je suis séduite par les hommes qui boivent, oui.

N : (interloqué) C’est vrai ?!

MF : Oui, c’est vrai.

N : Bon, ben j’ai aucune chance, écoute ! Alors, le « Downtown Train » (chanson de Tom Waits extraite de son album « Rain Dogs » sorti en août 1985, nda), c’est une ambiance de piano-bar que tu aimes retrouver ?

MF : Moi je connais très, très peu Tom Waits, c’est vrai. Je l’ai découvert au travers d’un clip qu’avait réalisé heu…aidez-moi ! Une photographe… (elle cherche)

N : Une photographe… Bettina Rheims ?

MF : Non, pas Bettina Rheims. Oh, c’est dommage on oublie les noms, c’est terrible…

N : Bon, on va le retrouver pendant le clip, en tout cas !

MF : Je vais réfléchir, oui. Et y a une ambiance qui est assez belle dans ses clips. Et puis il a une très, très belle voix.

Diffusion du clip de Tom Waits

N : (après la diffusion du clip, il se tourne vers Mylène) Tu as retrouvé la photographe ?

MF : Oui, qu’elle me pardonne : c’est Dominique Isserman, qui a beaucoup de talent (elle signera une séance photo avec Mylène pour l’album « Avant que l’Ombre…» en 2005, nda)

N : Je suis sûr qu’elle te pardonne ! (…)

Lancement d’une page de publicité, puis retour plateau.

N : Mylène Farmer, qui prépare ardemment sa scène. Ca veut dire quoi, préparer ardemment la scène ?

Répétitions, musiciens, déjà ?

MF : Pas encore, non.

N : Non ?

MF : Je vais le faire dès début avril. Mais quand même répétitions puisque je réalise les chorégraphies sur la scène. J’ai une jeune fille (Sophie Tellier, nda) qui les apprend pour pouvoir les inculquer aux autres danseurs.

N : Ha d’accord, donc en fait tu apprends à une personne qui après apprend aux autres ?

MF : Oui, parce que pendant ce temps-là, moi je répéterai avec les musiciens.

N : D’accord, donc puisqu’il faut analyser, je commence à comprendre comment il faut faire, donc il faut comprendre qu’il va y avoir des danseuses. Plusieurs danseuses, si y en avait qu’une ou deux, elle aurait appris aux deux en même temps. Non, y aura beaucoup de danseuses. On va y arriver à commencer à savoir quelque chose…

MF : Vous oubliez les danseurs !

N : Les danseurs ? Oui, pardon ! Danseurs qui seront peut-être choristes, aussi de temps en temps, à la fois.

MF : Je ne pense pas, non…

N : Elle ne pense pas. Vous voyez qu’on arrive à avoir des petits renseignements ! Bon, et la mise en forme aussi, parce qu’on a vu aussi plein de reportages chez nos confrères de Télé 7 Jours comme quoi tu courrais avec Rambo (surnom de son coach, Hervé Lewis, nda).

MF : Je n’en ai fait qu’un !

N : De reportage ?

MF : Oui (cf. Télé 7 Jours, 10.12.1988). J’ai effectivement un entraîneur qui s’entraîne avec moi –qui m’entraîne, plutôt- et qui m’apprend à courir, ce qui n’est pas une mince affaire !

N : Ca s’apprend, de courir ?

MF : Oh oui, c’est très difficile de courir bien, oui.

N : C’est pour quoi ? Pour la respiration ?

MF : C’est pour le…aidez-moi…pour la mise en forme…

N : Le souffle ?

MF : …c’est pour le souffle, c’est pour une mise en conditions, tout simplement.

N : Il parait que le plus dur, c’était d’arrêter de fumer. C’est vrai ?

MF : C’est vrai. D’arrêter de boire, aussi !

N : Ha oui ? Enfin, de l’alcool ?

MF : Non, du Coca Cola !

N : (…) Tu as arrêté de boire, plus de sucreries, plus rien ?

MF : Non. De moins en moins, en tout cas.

N : Et tu te présentes pour être Miss France bientôt, avec une forme comme ça ?

MF : Si vous êtes mon cavalier : peut-être !

N : Le cavalier ? Oh, je préférerais faire le cheval, soyons fous ! (rires de Mylène) Alors, voici Daniel Darc avec « La Ville ». Je sais que tu adores Daniel depuis Taxi Girl, tu te sens fan ? Pardon : vous vous sentez fan ?

MF : Fan n’est peut-être pas le mot approprié, j’aime beaucoup…

N : ‘Femme’, peut-être alors, non ?

MF : Non plus ! J’aime beaucoup son univers, j’aime beaucoup cette chanson et…que pourrais-je faire comme relation ? J’ai vu « Birdy » récemment (film de Alan Parker où un homme perturbé par son engagement dans la guerre du Vietnam se prend pour un oiseau, nda) et je trouve que ce pourrait être le personnage de « Birdy », voilà, qui veut voler et qui n’y arrive pas.

Diffusion du clip « La Ville » de Daniel Darc.

N : (…) Mylène, que va-t-il se passer dans les quelques jours qui vont précéder la tournée ? C’est-à-dire une fois que tout sera prêt, est-ce que tu vas te ‘concencrer’ (il bafouille) te concentrer ? ‘Consencrer’, aussi on peut !

MF : Choisissez ! (rires)

N : Je sais pas, ‘concentrer’ je préfère !

MF : …me concentrer…

N : (il reprend) …faire du yoga, te retirer, rester seule dans un coin, enfin je sais pas : qu’est-ce qui se passe, généralement ?

MF : Non…Je ne prépare jamais à l’avance, donc je ne sais pas.

N : Tu sais pas ?

MF : Non. Probablement je continuerai de m’entraîner et puis…et puis, je n’en sais rien.

N : Bon. Cette timidité médiatique, elle existe aussi dans la vie privée ?

MF : Avec mes très proches, non, parce que nous avons enlevé le masque, très certainement.

N : Et la main aussi ? (cette remarque de Nagui vient du fait qu’en répondant Mylène repose sa tête sur sa main)

MF : La main reste toujours, d’ailleurs elle est fixée ! (Mylène fait mine de ne pouvoir décoller sa main de son visage)

N : (…) Pour parler quelques petites secondes de Laurent Boutonnat, parce que c’est quand même la personne qui se cache derrière Mylène Farmer et qui fait plein de trucs : qui fait les musiques, qui fait les clips… Comment on peut le présenter au public, aux téléspectateurs ? Qu’est-ce qu’on peut dire de lui ?

MF : Oh, c’est un homme qui a un physique romantique, c’est un homme qui a ses névroses, qui a, je crois, beaucoup de talent et qui aime particulièrement la musique et le cinéma, je crois, et qui aurait envie et qui va réaliser un premier long-métrage.

N : Avec Mylène Farmer dans le premier rôle ?

MF : Je ne sais pas. (grand sourire)

Nagui revient ensuite sur le concours annoncé en début d’émission et annonce aux téléspectateurs la question : quel artiste Mylène a-t-elle associé dans ses goûts musicaux avec Jacques Brel plus tôt dans l’émission ? On revoit les cadeaux à l’écran et les dates de la tournée défilent à nouveau.

N : Y a plein de concerts, c’est la folie ! Y a combien de jours ou de mois de tournée ? Ca commence en mai, ça finit en décembre ?

MF : Non, ça commence…La salle parisienne (le Palais des Sports, nda), c’est en mai et la tournée en province commence en septembre, octobre, novembre et décembre, ce que vous disiez.

N : A Paris, oui, je peux le redire : décembre, le 8 et le 9, donc au palais Omnisports de Bercy (il s’agit en réalité des 7 et 8 Décembre, comme l’indique le bandeau défilant sur l’écran, nda). Le 12 Décembre, vous serez en concert, vous, Mylène Farmer ?

MF : (regard perdu) Je ne sais plus… (Mylène semble ne pas comprendre le sens de la question, et pour cause puisque Nagui fait erreur)

N : Le 12 décembre, c’est votre anniversaire, faut savoir ! (Nagui se trompe effectivement sur la date d’anniversaire de Mylène, nda) Les anniversaires, ça se fête ! Bon, tant pis !

MF : Oui, je ne comprends pas. C’est difficile de vous suivre !

1989-02-cN : Pas du tout ! C’est moi qui suis peut-être un tout petit peu fouillis ! Un petit commentaire sur Kate Bush, puisque c’est le dernier clip que nous allons voir ? C’est la version anglaise de Mylène Farmer ?

MF : Non, ne dites pas ça ! Non… C’est une chanteuse merveilleuse, elle est douée pour tout : pour la composition, l’écriture, le cinéma…

N : Oui, c’est ce que je voulais dire !

MF : Non, je ne fais sincèrement aucune relation.

N : Bon. Et y a eu déjà beaucoup de propositions, de scénarii pour Mylène Farmer ?

MF : Y en a eu quelques-uns, oui.

N : Qui n’ont pas reçu une réponse positive pour l’instant ?

MF : Non, parce que pour l’instant j’exerce ce métier que j’aime, qui est la chanson.

N : Oui. C’est vrai que si jamais vous ne faites pas de cinéma, ça serait cata pour vous ?

MF : Oui. Oui, oui. Sans parler de reconversion, je crois que ça serait une prolongation, une continuité. En tout cas, quelque chose d’essentiel pour moi.

N : OK. Merci, Mylène. ‘Vous’ avez été très sympa, ‘tu’ reviens quand tu veux !

MF : Je reviendrai ! Merci Nagui. (l’émission ne perdurant pas, Mylène ne pût honorer sa promesse, nda)

N : A bientôt. (Il annonce ensuite les prochains invités de l’émission, au nombre desquels figure Alain Souchon) T’aimes bien Alain Souchon ?

MF : Oui, j’aime bien Alain Souchon.

L’émission se finit sur un clip de Kate Bush.

 

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Une tournée pour Mylène en 2015 : bonne question

Posté par francesca7 le 11 octobre 2014

mf_tour_2015-208a7 Quand Mylène Farmer repartira-t-elle en tournée ? Son prochain album devant sortir fin 2014, certains fans espèrent l’organisation d’une nouvelle tournée dès 2015. Celle-ci succèderait au Timeless Tour qui avait réuni près de 600 000 spectateurs à travers l’Europe.

Tous les signaux sont au vert pour Mylène Farmer. Si rien d’officiel n’a encore filtré, tout porte à croire que son retour est imminent. Après d’insistantes rumeurs de collaboration avec le groupe Muse, c’est l’écrivain Hugues Royer [dont les informations s’avèrent souvent justes, NDLR] qui vient ajouter de l’eau au moulin. Il affirme ainsi que le nouvel album de la belle a effectivement été enregistré entre Paris et Londres et qu’il devrait paraitre sans prévenir avant la fin de l’année 2014. Derniers arguments apportés : Mylène serait récemment passée devant l’objectif de la photographe Nathalie Delépine et elle aurait aussi été aperçue à la sortie d’une salle de sports parisienne, affichant une silhouette de rêve..

Dès lors, si le successeur de Monkey Me (2012) sort bel et bien en fin d’année 2014, serait-on en droit d’espérer l’organisation d’une nouvelle tournée en 2015 ? Peut-être.

Image de prévisualisation YouTube

http://www.youtube.com/watch?v=kt6qlNQtBxc

Timeless 2013, le précédent tour, fut un succès indiscutable. Un an après avoir attiré près de 600 000 spectateurs à travers l’Europe et quelques mois seulement après la projection au cinéma de sa captation établissant un record historique avec plus de 100 000 spectateurs pour une séance unique, ce fut ensuite au tour du DVD du concert d’être certifié triple diamant avec 16 semaines consécutives en tête des ventes des vidéos musicales ! « Pour les artistes intemporels, les diamants sont éternels », s’enorgueillait le label Polydor en septembre 2014.

Pour découvrir l’agenda 2014 des concerts à Pariscliquez ici ! Et pour l’agenda des concerts 2015cliquez là !

En savoir plus sur http://www.evous.fr/Mylene-Farmer-tournee-2015-2016,1187612.html#oZfZUUPyBmrdRakd.99

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CONFÉRENCE DE PRESSE POUR MYLENE

Posté par francesca7 le 9 octobre 2014

 

16 DÉCEMBRE 2004

2004-01-aSi Mylène Farmer a déjà fait des rencontres avec la presse, c’est la première fois qu’elle se prête au jeu de la conférence de presse organisée de façon solennelle. Cette première dans sa carrière prend place au Salon France Amériques, non loin des Champs Elysées, à Paris. La chanteuse, alors totalement absente des médias depuis plus de deux ans, vient y annoncer officiellement son retour sur scène et son prochain album.

Une petite cinquantaine de journalistes est présente. Ils représentent l’ensemble des médias (presse, radio, tv) français, belges et suisses.

Dans le grand salon où se tient la rencontre, éclairé d’une multitude de bougies, prend place une imposante table rectangulaire noire très design avec deux pieds triangulaires posée sur une petite estrade et en fond, un immense triptyque au même motif que celui qui illustrera l’enveloppe promotionnelle du single « Fuck Them All » quelques mois plus tard.

Avec un quart d’heure de retard sur l’horaire annoncé (18h30), Thierry Suc, manager et producteur des spectacles de Mylène Farmer, pénètre dans la pièce et prend la parole face aux journalistes.

Thierry Suc : (…) Le 8 mars 2000, il y a bientôt cinq ans, Mylène Farmer donnait le dernier concert de sa tournée « Mylenium Tour », à Saint-Pétersbourg, en Russie, devant quinze mille spectateurs, et cette tournée, qui a fait à peu près quarante-trois villes, a réuni environ quatre cent mille personnes. Depuis, il n’y a pas eu d’autres concerts. Et je suis là pour vous annoncer qu’elle reviendra sur scène le vendredi 13 janvier 2006 pour treize concerts à Bercy uniquement. Les spectacles précédents, Mylène a toujours souhaité présenter le même spectacle à Paris et en province par respect pour son public, bien évidemment. Là, nous allons concevoir un spectacle qui sera intransportable : l’infrastructure technique ne permettra pas d’aller en province donc ce sera un spectacle unique -j’espère dans tous les sens du terme- et intransportable, comme je vous l’ai déjà dit. On a travaillé depuis quelques temps sur l’organisation de packages de facilités , on va dire, pour les gens de province qui vont venir-je crois qu’il y a pas mal de personnes de province qui sont là.

Donc de toutes les grandes villes de province, il y aura une possibilité d’avoir des tarifs préférentiels avec Air France, on a réservé pas mal de chambres d’hôtel avec des tarifs aussi négociés, et les vendredis et samedis, il y aura une possibilité accrue de disponibilité de places pour les gens de province, de Belgique et de Suisse. Il y aura également des bus qui vont être organisés par les autocaristes pour toutes les villes qui ne sont pas trop loin de Paris qui permettront aux gens de venir et de pouvoir rentrer après sans rester dormir à l’hôtel. Qu’est-ce que je peux vous dire d’autre ? Voilà… Pour vous présenter le schéma de cette production : vendredi 13 janvier 2006, treize concerts. Et je pense que maintenant, on va accueillir Mylène Farmer et Laurent Boutonnat pour parler avec de ce spectacle.

Une porte s’ouvre sur la droite de la scène. Le duo fait son entrée dans un silence étonnant. Pas un bruit, pas un applaudissement. Mylène s’installe au centre, son manager est à sa droite et Laurent à sa gauche. La chanteuse porte des cuissardes noires laissant dépasser des bas blancs, une minijupe blanche, une veste écrue avec des fleurs bleues brodées et un bustier blanc. Elle arbore son éternel chignon roux. Sourire aux lèvres, Mylène est radieuse, mais visiblement intimidée. Laurent, lui, mâchouille un chewing-gum. C’est la première fois qu’il fait face aux journalistes depuis dix ans ! Habillé en noir des pieds à la tête, il a toujours les cheveux en bataille.

Tout le monde est installé ; la première question arrive timidement. Suivant la tradition, les journalistes se lèvent, prennent le micro qui circule à travers la salle et se présentent avant de poser leur question (quelques journalistes cependant omettent de se présenter !)

Yves (« La dernière heure », quotidien belge) : On a déjà annoncé que c’était votre concert d’adieu…

Mylène Farmer : Vous m’annoncez quelque chose que j’ignore. Ce n’est pas mon concert d’adieu. Non, non, je souhaite faire ce métier le plus longtemps possible !

Michel Troadec (« Ouest France ») : Juste une question facile : c’est la symbolique des treize concerts un vendredi 13. Comment est venue l’idée ?

MF : Ecoutez, c’est vraiment un pur hasard. J’avoue qu’on s’amuse de cette idée en tout cas ! (rires) C’est un pur hasard.

TS : Vous savez – juste pour la petite histoire – c’est un vrai hasard parce que Bercy est peu disponible en fait pour les spectacles -c’est une salle de sport avant tou t- et lorsqu’on a téléphoné pour dire qu’on préparait ce spectacle, il y avait une possibilité à partir du vendredi 13 janvier, et il y avait treize soirées de disponibles. Et je peux vous dire que si vous additionnez vendredi 13 janvier, si vous faites 13 janvier 2006 (13 + 01 + 2006, nda), ça fait treize !

MT : Pour continuer, si c’est un spectacle intransportable, ça veut dire que vous avez prévu des choses un peu particulières, en tout cas des choses assez énormes. Est-ce qu’on peut en savoir déjà ?

MF : Vous savez, ça fait pour l’instant à peu près six mois qu’on travaille sur le spectacle, avec quelques idées. Vous dire que ce sera magique, je l’espère ; que ce sera émouvant, je le souhaite. Ma foi, après, il faut continuer pour nous de travailler tous les trois ! (rires) Si monsieur Boutonnat veut ajouter quelque chose…

Laurent Boutonnat : Par rapport au fait que ce soit intransportable, l’idée en fait, c’est d’utiliser toute la salle de Bercy, qui est une salle assez incroyable, de pouvoir l’utiliser complètement. C’est-à-dire de se dire que, tout d’un coup, on n’a pas besoin de restreindre la scène, etc. On peut tout faire ! Avoir plusieurs scènes, maquiller toute la salle, mettre du son partout, mettre des caissons de basse sous tous les gradins. Par exemple, au niveau du son, essayer de mettre du son de façon à ce que tous les gens, où qu’ils soient dans la salle, aient la même direction sonore, c’est-à-dire qu’il n’y ait pas de direction sonore face à une scène.

Donc on essaie plein de choses, on va essayer plein de choses pour ça. Voilà. Plus des tas d’éléments qui font que ce spectacle ne peut pas être transporté.

Daniel Beaucourt (« Télépoche ») : Je voulais vous demander : la stratégie du silence, enfin ce qu’on a qualifié de stratégie du silence, vous a plutôt réussi ces dernières années. Pourquoi vous la brisez aujourd’hui puisque la conférence de presse, c’est pas un exercice auquel vous êtes rompue, je crois, en tout cas pas en France…

MF : Non. Et je suis très intimidée ! (sourire)

DB : Pourquoi vous avez décidé de vous adresser aux médias, cette fois-ci ?

MF : Ecoutez, je l’ai fait vraiment pour une raison : c’est pour répondre à une demande de Thierry Suc qui est mon ami, mon manager et producteur de spectacles, parce que je pense que parfois il faut savoir être quelqu’un d’autre que soi-même. Ma nature profonde est le silence et, peut-être, le mystère. Je ne cultive pas le mystère, contrairement à tout ce qu’on peut dire sur moi. C’est ma nature profonde. J’ai beaucoup de mal à parler de moi-même, j’ai beaucoup de mal à me justifier. Maintenant, je pense qu’il était là important de répondre à cette demande.

Sonia (NRJ) : Est-ce que vous pouvez nous parler du contenu du spectacle ? Nouvel album, pas nouvel album ? Nouvelles chansons sur scène ?

MF : Oui, j’ai un nouvel album qui sortira, je pense, mi-mars. Nous sommes en quasi finalité de cet album, en mixage donc. Vous dire qu’il existera sur scène, certainement, dans sa majorité, et puis bien sûr d’autres chansons d’autres albums. Quant au contenu de la scène, là, j’avoue que je ne peux pas répondre précisément parce que c’est en cours d’élaboration ! (rires)

S : L’atmosphère des chansons, peut-être ?

MF : Ecoutez, l’atmosphère…En terme de production, peut-être qu’il y a un petit changement. Moi, je reste la même donc la même atmosphère…

LB : Vous savez, c’est difficile de répondre précisément sur des choses qu’on fait soi-même, d’avoir du recul dessus, sur ‘Est-ce qu’il y a des choses qui changent ?’, ‘Est-ce que c’est différent ?’. C’est toujours très difficile, ça…

Franck Besnier (« Egéries ») : Je voulais savoir s’il était envisageable d’aller au-delà de ces treize dates que vous avez d’ores et déjà prévues, ou est-ce que c’est treize dates quoiqu’il en soit ?

MF : Là, je pense que c’est plus Thierry Suc qui pourra vous répondre, mais je crois…

TS : (la coupant) Pour l’instant, c’est vraiment treize dates parce que les disponibilités de Bercy ne permettent pas de faire autrement, donc les choses peuvent évoluer encore avec le temps, mais aujourd’hui c’est treize concerts.

X : C’est un énorme travail pour treize représentations. Je voulais vous demander si ce travail de production est un travail que vous adorez, que vous attendez avec impatience, dans lequel vous prenez votre pied…

MF : Mon pied ? Probablement ! (rires) Vous savez, la production d’un spectacle… Le travail… J’aime le travail, j’aime travailler. Ça donne un sens à ma vie. Et la seule chose qui me guide, c’est l’envie d’être sur scène et partager la scène avec le public, donc quel que soit le travail, peu m’importe. Mais c’est beaucoup de travail, en effet !

X : Justement, pour seulement treize fois sur scène !

MF : C’est vrai. C’est aussi une frustration, croyez-moi ! Mais c’est mon choix, donc j’assume ce choix-là. Et puis je sais que je remonterai sur scène dans le futur donc je sais que je retrouverai et la province, et… voilà.

Antoine Menuisier (« Le matin », quotidien suisse) : Est-ce qu’il y aura un DVD du spectacle ?

MF : Oui, bien sûr. Comme pour tous mes spectaclesAM : Et ensuite, à votre avis, la province ce sera pour quand, la province ?

MF : La province ? Mais la province ne peut pas être visitée justement pour toutes ces raisons, parce que nous ne pourrons pas transporter ce spectacle en province. Mais sachez quand même que sur les trois scènes précédentes que j’ai faites, nous avons, et c’était vraiment très important pour aussi le respect du public, et avant tout pour le respect du public, que de transporter le même spectacle à Paris et en province.

Or là, c’est vrai que c’est une décision : parce qu’il n’est pas transportable, je ne peux pas voyager.

LB : Donc l’idée, c’est que les gens viennent la voir.

MF : Voilà. Très humblement, je vais demander aux gens de venir à moi !

TS : D’habiter Bercy complètement, de pouvoir faire des choses dans Bercy qu’on ne peut pas faire lorsqu’on s’installe quatre soirs, cinq soirs ou six soirs.

Virgine Carton (« La voix du Nord ») : Vous avez évoqué quelques éléments du spectacle. Est-ce qu’il y aura aussi des chorégraphies, est-ce que vous savez à peu près combien vous serez sur scène ?

2004-01-bMF : Il y aura des chorégraphies, il y aura des danseurs, il y aura bien sûr des musiciens (rires). Ma foi, combien serons-nous sur scène ? Je ne sais pas actuellement. Peut-être Thierry…

TS : Non, pour l’instant c’est vraiment la phase où les castings vont commencer, etc. C’est un tout petit peu tôt. On a commencé… Pour pouvoir mettre les spectacles en vente -ils vont être en vente à partir de demain matin- il y a un site également qui vient d’être créé qui sera opérationnel demain matin avec la possibilité pour tous les gens de province d’accéder donc à ces fameux packages dont je parlais, pour ceux qui voudront.

Pour pouvoir mettre en vente, on a dû donc avoir un dessin des scènes pour savoir un petit peu où on allait, pour savoir quel serait l’angle de vision à tel endroit ou à tel endroit puisqu’on n’a pas du tout envie d’avoir des gens qui se retrouveraient derrière la scène, contrairement parfois à d’autres spectacles. Donc, c’est la seule chose qu’on sait aujourd’hui, si on a avancé sur l’infrastructure, nous, pour pouvoir dire que les gens placés à tel endroit verront bien, ceux qui sont là, comme ils verront pas, on met pas ces places là en vente, etc.

X : Est-ce que ce sera quelque chose de jamais vu ?

TS : On l’espère !

MF : Ecoutez, ce serait un peu présomptueux de notre part, mais en tout cas le plus magique possible, oui.

LB : Ce qui est bien, c’est qu’on peut tout faire dans un cas comme ça. Alors, le but n’est pas de faire des choses jamais vues -parce qu’il y a des choses, on croit que personne les a jamais vues, et puis on s’aperçoit que…- mais en tout cas, que ce soit surprenant.

Séverine Servat (« Gala ») : Je me demande si c’est pas un peu restrictif de faire ça sur Paris, et quel va être le coût pour les gens qui vont venir vous voir de province ? Je sais que vous avez fan-club très actif, particulièrement fanatique d’ailleurs, mais…

MF : (la coupant) Aimant, peut-être pas fanatique. Je préfère le mot ‘aimant’. (rires)

 

SS : On peut considérer qu’il est très passionnel, votre public, quand même. Mais donc, il va se déplacer pour venir vous voir. Est-ce que ça lui coûte cher ?

MF : Monsieur Thierry Suc ?! (rires)

TS : Alors, les places… Bon je vais vous donner le prix des places. Ça va s’échelonner de cinquante-quatre euros, les moins chères, à cent trente-deux euros, les plus chères, au prix de vente publique. Il y aura des packages, comme je vous l’ai expliqué. Vous pourrez venir de Toulouse ou de Bordeaux, suivant bien évidemment… Chacun pourra choisir. Parce que je crois que ça va être aussi un rendez-vous, peut-être, pour certaines personnes, de dire ‘on vient passer un week-end à Paris’. Il y aura un spectacle, ils auront une nuit d’hôtel, deux nuits d’hôtel. On a des nuits d’hôtels en deux étoiles, trois étoiles…

 

TS : On a fait travailler des gens, des agences de voyage qui ont essayé de négocier dix mille chambres d’hôtel au meilleur tarif possible. On a pris tout ça en amont, on a eu une négociation avec Air France  qui a permis d’obtenir un prix de billet à peu près autour de cent euros d’où que ce soit que les gens viennent, aller-retour, quel que pays d’où ils viennent. Donc, je pense qu’aujourd’hui, bien sûr que c’est de l’argent et on en est très conscients, mais pour moins de trois cents euros, quelqu’un pourra venir voir le spectacle et passer un week-end à Paris, pour un concert le vendredi soir ou le samedi soir, par exemple. Je pense qu’on a essayé vraiment d’obtenir les meilleurs tarifs.

Ça se fait dans plein d’autres villes dans le monde où il y a des villes de spectacles qui attirent les gens qui viennent comme ça régulièrement. Quand il y a un rendezvous lié à un projet artistique, je pense que ça vaut la peine.

Aurélie (M6) : Je voulais savoir pourquoi avoir attendu cinq ans avant de remonter sur scène, et est ce que le public vous a manqué ?

MF : Le public me mange toujours. (elle se reprend aussitôt) C’est un lapsus ! (éclat de rire) Me manque toujours, oui. Pourquoi avoir attendu aussi longtemps ? Parce que j’ai eu besoin d’abord de faire un nouvel album, que j’attendais aussi que Laurent soit disponible. D’autre part, je veux ces moments rares. Je sais que je suis peu montée sur scène -j’ai trois spectacles à mon actif- pour cette raison, parce que j’ai besoin d’avoir probablement une émotion intacte, que j’ai besoin de ces moments de silence pour pouvoir revenir et, j’espère, donner le maximum, et recevoir aussi.

Eric Jean-Jean (RTL) : Deux questions sur l’album. On sait qu’il arrive en mars : qu’est-ce qu’on peut dire dessus ? Comment il va s’appeler ? Et puis qu’est-ce que Mylène, vous, auteur, vous avez envie de raconter dans ce nouvel album ?

MF : Je vais répondre surtout à la première question. L’album s’intitulera « Avant que l’Ombre… » avec trois petits points derrière. Vous dire qu’il y aura de nombreuses chansons -je pense quatorze titres enregistrés.

Et, pour tenter de répondre à la deuxième question, c’est continuer très égoïstement de parler de moi, de mes ombres, de mes lumières, et puis voilà ! (rires)

EJJ : Vous en êtes où dans l’enregistrement, mixage, production ?

MF : Très, très avancé, là.

LB : Oui, l’album sera probablement terminé à la fin de l’année. Le 31, je crois ! (rires) (cette précision de Laurent Boutonnat est sans doute une ‘private joke’ car effectivement, contractuellement l’album « Avant que l’Ombre… » devait être achevé au 31.12.2004 au plus tard et que Laurent Boutonnat avait pris beaucoup de retard sur la réalisation, nda)

TS : Pas le 13 !

LB : Pas le 13 ! (rires de Mylène) Voilà. Ce sera pratiquement terminé à la fin de l’année.

TS : Et il y aura un premier single fin janvier. Fin janvier. (le premier single, « Fuck Them All », sera finalement mis en radio le 9 février 2005, nda)

X (Pink TV) : Je voulais savoir : pourquoi êtes-vous devenue une idole ou une icône pour la communauté gay qui fait partie de votre public ?

MF : Pourquoi… ? Pardon, je n’ai pas compris…

X : Pourquoi êtes-vous devenue une icône, quelque part, une star pour la communauté gay qui vous soutient, qui est très présente dans votre public ?

MF : Pour la communauté gay, c’est ce que vous avez dit ?

X : Oui.

MF : Pourquoi ? C’est probablement plus à eux de répondre pour moi ! (rires) Si ce n’est que la chose qui me vient à l’esprit, c’est peut-être ont-ils une sensibilité exacerbée, comme la mienne. Et puis, quoiqu’il arrive, ça me réjouit !

David Lelait (« Nous deux ») : J’aimerais vous poser une question. Vous présentez, depuis pas mal d’années déjà, des spectacles très impressionnants, vous êtes une show-woman, et j’aimerais savoir si vous n’avez pas envie, par moments, de présenter un spectacle plus intimiste, pourquoi pas l’Olympia, pourquoi pas une petite salle ? Quelque chose qui soit pas un grand spectacle, mais qui soit simplement un tour de chant. Est-ce que ça vous fait pas envie quelque part ?

MF : Ça peut être envisageable dans l’avenir, mais c’est vrai que j’ai encore envie de grandes salles, d’immensité. Mais pourquoi pas, c’est possible ! Je ne connais pas, en tout cas, cette expérience, mais ce dont je suis sûr, c’est que même si on fait un Bercy ou, j’imagine, un Stade de France pour ceux qui ont envie de le faire, on peut tout à fait créer une intimité dans une immensité. Donc ça ne manque pas, à priori, une petite salle. Peut-être pas au Stade de France, me dit Laurent ! (rires) Je ne sais pas.

LB : Non, mais Bercy est bien pour ça.

MF : Peut-être dans l’avenir. Pourquoi pas.

Stéphane Lecarrié (Radio 6, radio de Calais) : Bon nombre de vos clips sont de véritables productions cinématographiques. Est-ce qu’on peut s’attendre à un concert réalisé dans un univers cinématographique, avec des effets 5.1 – c’est à la mode en ce moment – enfin bref un  environnement cinéma…

MF : (à Laurent) A toi ! (rires)

LB : Le problème du 5.1, c’est que ça demande une direction : c’est-à-dire que si vous envisagez du 5.1, il faudrait que les gens soient face à une scène, avec une direction -(en faisant des gestes avec les mains pour mimer les gens face à la scène) un, deux, trois, quatre, cinq, etc. L’idée, effectivement, de jouer avec ça, mais sans avoir de direction, en ayant, ce que je vous disais tout à l’heure, la même direction, pour, où que soient les gens… Par contre, jouer avec le son, avec les basses, avec les effets, ponctuer peut-être entre des moments ou des chansons avec des effets de lumières et de son, oui, bien sûr. C’est vachement bien, ça !

2004-01-c

TS : Ce qu’on peut dire, c’est que le son va être travaillé avec un jeune ingénieur du son très talentueux, avec lequel on a déjà travaillé, qui s’appelle Stéphane Plisson.

Jean-Louis Gérard (MCM) : C’est aussi une question pour Laurent Boutonnat : quelle est la couleur musicale de l’album ? Qu’est-ce qui vous a inspiré ? Vous étiez revenu avec un single aux sonorités électro, « L’Âme-Stram-Gram »…

LB : (simultanément) Il y a longtemps, alors !

JLG : Qu’en est-il cette fois-ci ?

LB : Oh, c’est difficile ! Je crois qu’il y a beaucoup de… (silence) Oh, c’est très difficile pour moi de répondre !

Je sais qu’on aime beaucoup, Mylène et moi-même, les mélanges. C’est un album où il y a beaucoup de musiciens, un mélange de musiciens, de sons électroniques. Beaucoup d’acoustique, un peu d’électronique. Il y a beaucoup d’instruments acoustiques.

MF : Je vais t’interrompre, mais il y a sans doute, par rapport aux autres albums, beaucoup plus de guitares.

LB : Oui, beaucoup plus d’instruments…acoustiques ! (rires)

Jean-Christophe Federici (« Starclub ») : Je souhaiterais vous poser une question par rapport aux concerts : vous vous déplacez assez souvent en concert, est-ce qu’il y a un performer ou un concert récent qui vous a plus ou moins marqué ? Est-ce que vous avez une référence scénique personnelle qui vous tient à cœur ?

MF : La première, ou le premier groupe qui me vient à l’esprit, c’est U2 qui j’avoue, pour sa musique et pour la performance, la voix et l’âme surtout, m’impressionne énormément. (silence) C’est toujours quand on vous pose la question qu’on a un énorme trou ! (rires)

LB : Contrairement à ce que vous dites, Mylène ne va très, très souvent en concert…

JCF : Je crois que vous êtes allée voir Madonna. Qu’est-ce que vous en avez pensé et est-ce qu’elle vous a inspirée justement, peut-être pour ce spectacle ?

MF : Ecoutez, je trouve que c’est évidemment une personne de grand talent, une grande professionnelle. Si je puis formuler une toute petite critique, je trouve que ça manque un tout petit peu de sentiments, manque d’âme. Maintenant voilà, c’est pas à moi d’en juger. Puisque vous me posez la question donc je… Mais, néanmoins, c’est une personne, évidemment, de grand talent.

Daniel Beaucourt (« Télépoche ») : Contrairement à ce que disait ma collègue, ma consoeur (Séverine Servat de « Gala », nda), vous n’avez pas de fan-club, je crois, en France. Vous n’avez jamais voulu en avoir…

MF : Non, je ne l’ai jamais souhaité.

DB : Toutefois, il y a eu beaucoup de…enfin il y a eu des publications qui, je sais pas, ont vu le jour, peut-être avec votre assentiment ou non. En tout cas je pense que « L’Instant Mag » faisait partie de celles-là…

MF : (le coupant) Qui est de qualité, d’ailleurs.

DB : Que vous évoque justement la fin de ce magazine ? (le vingtième et dernier numéro d’ « Instant Mag » est effectivement paru à l’automne précédent pour faire place à une nouvelle publication, « Mylène Farmer & vous », qui a cessé de paraître en 2007, nda)

MF : La fin. Il y a une fin à tout donc je la prends avec…avec quoi ? Avec sérénité. (petit rire) Et je crois qu’ils ont l’intention de faire, de poursuivre un autre magazine, il me semble.

TS : Ils en démarrent un autre, oui.

MF : Ils en démarrent un autre.

TS : Mais rien n’est initié par Mylène ou par son entourage. Les fans qui décident de créer un fan-club peuvent le faire : on les a toujours laissés complètement libres de le faire. Et ceux qui décident d’arrêter quelque chose sont bien évidemment libres de le faire également. C’est leur choix de faire ou de ne pas faire.

DB : Enfin, je pensais que vous aviez quand même un certain droit de regard sur ces publications…

MF : Non, absolument pas !

TS : Rien du tout. Aucune ligne éditoriale n’est contrôlée, regardée. Ils font ce qu’ils veulent, ils disent ce qu’ils veulent.

Gilles Médioni (« L’Express ») : Je croyais que vous aviez des projets cinéma. Est-ce qu’ils sont mis entre parenthèses à cause de la tournée ?

MF : Ecoutez, moi-même j’ai été assez surprise de beaucoup d’annonces concernant le cinéma ! Pour l’instant, il ne s’agit pas pour moi de faire de cinéma. En revanche, j’aime le cinéma. J’espère un jour faire un autre film, et pourquoi  pas m’essayer à la production. En tout cas, c’est un métier qui me passionne et que je sais très, très, très difficile. Mais c’est un univers qui m’intéresse.

GM : Laurent Boutonnat, vous n’aviez pas un autre projet cinéma, aussi ?

LB : C’est plus qu’un projet ! C’est un film qui est en préparation aujourd’hui et qui se tournera en mars prochain.

GM : On peut savoir le sujet ?

LB : C’est une adaptation, une vraie adaptation d’un roman du XIXe siècle qui s’appelle « Jacquou le Croquant ». Voilà ! (le film sortira en janvier 2007 et rencontrera un certain succès, nda)

X : Pourquoi « Giorgino » n’est-il pas sorti en DVD ? Une question de droits ou une volonté de votre part ?

LB : Non, c’est que… Ça a été une histoire assez difficile à vivre, « Giorgino », vu que ce film n’a pas marché du tout. Et, à l’époque, comme j’étais très, enfin j’ai presque financé moi-même presque 80% de ce film, donc c’était…il a fallu rebondir. Et j’ai pu récupérer, en fait, les droits de ce film, les droits d’exploitation vidéo, etc.

Et, à ce moment-là, vous n’avez qu’une envie, c’est prendre les droits, les mettre dans un tiroir, le fermer et ne plus jamais en entendre parler ! Donc voilà, c’est ce qui s’est passé. C’est aussi simple que ça ! Et peut- être un jour, je le sortirai en DVD, oui. Peut-être après un autre film ou un truc comme ça. Voilà. (un double DVD sortira effectivement en décembre 2007 après une ultime projection sur lles Champs-Élysées, en présence de Laurent Boutonnat face à 200 fans vainqueurs d’un concours, nda)

L’attachée de presse prévient que c’est la dernière question…

Sophie Khairallah (« Too Much ») : Je voulais vous poser deux petites questions, en fait. La première était par rapport à l’album. J’avais entendu parler de collaborations, pour les compositions de musique, avec d’autres artistes…

MF : (immédiatement) Absolument pas, non. Jamais. Jamais envisagé. Donc non ! (petit rire)

SK : D’accord ! Et la deuxième, c’était tout simplement : qu’est-ce que vous pensez de la biographie qui est sortie sur vous de Bernard Violet ? (quelques semaines auparavant, l’auteur polémique a sorti une biographie controversée sur Mylène Farmer dont les médias se sont fait largement l’écho, souvent ironiquement, nda)

MF : Bernard qui ?! (rires) C’était facile ! (rires)

LB : Mais tu l’as lue, non ? (sourire embarrassé de Mylène, rires dans la salle suite à sa répartie)

L’attachée de presse clôt la conférence. Les journalistes applaudissent.

MF : Je vous remercie d’être venus, en tout cas. Merci beaucoup.

Le trio se retire.

 

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Mylène Farmer à SACRÉE SOIRÉE

Posté par francesca7 le 5 octobre 2014

 

17 AVRIL 1991 – Présenté par Jean-Pierre FOUCAULT -  TF1

1991-03-bPremière prestation télévisée pour Mylène Farmer depuis un an et demi, c’était d’ailleurs à Sacrée Soirée, en novembre 1989. Pour sa première interprétation de « Désenchantée », qui est déjà un tube, à la télévision, Mylène porte un costume entièrement blanc, veste et pantalon, jusqu’aux chaussures plates. Elle est accompagnée de danseuses qui l’accompagnent sur sa chorégraphie.

Avant la chanson, Jean-Pierre Foucault lance un petit montage vidéo reprenant des images de « En Concert ». Puis, une fois la chanson terminée, il s’approche de Mylène.

Jean-Pierre Foucault : Bonsoir Mylène. Quelle ambiance ! Hé bien oui, parce que quand on fait défaut comme ça pendant plusieurs mois…Y’a combien de temps qu’on s’était pas vus à la télévision, Mylène ?

MF : Je crois que ça fait presque deux ans.

JPF : Deux ans, pour bon nombre de personnes qui sont là et qui sont devant le récepteur, ça fait beaucoup.

Alors nouvel album, Mylène…

MF : Oui. Je crois que c’est le troisième également ! (sourire)

JPF : C’est toujours la même équipe…

MF : C’est la même équipe. Je travaille toujours avec Laurent Boutonnat, et depuis peu avec Thierry Suc.

JPF : Alors on a vu des images exceptionnelles de Bercy. On pense déjà à un retour sur scène ou alors c’est une question qui n’est pas d’actualité du tout ?

MF : C’est quelque chose que je délaisse un peu pour l’instant. (soupir) J’ai eu l’envie de faire cet album, maintenant je crois que tout démarre d’un désir, donc pour l’instant j’ai eu quelque chose de tellement fort que je crois que je vais attendre un petit peu. C’est un peu confus tout ça ! (sourire)

JPF : On va encore attendre ! Mylène, c’est une spécialité, nous fait attendre ! Non mais c’est bien, c’est une bonne chose parce qu’on attend avec grand plaisir les choses que l’on aime et les gens que l’on aime. Alors moi j’ai vu le clip. Superbe clip. On a vu les images dans Télé 7 jours. La question qu’on est amenés à se poser les uns les autres, c’est pourquoi pas du cinéma ? Là aussi, c’est une sensation forte !

MF : C’est quelque chose aussi que je souhaite faire. J’ai quelques propositions et j’attends les…ma réponse finalement ! (rire)

1991-03-aJPF : Bon, ben on verra bien ! Dernière question : qui fait la chorégraphie de chacune des chansons qui est toujours extrêmement réussie ?

MF : C’est moi qui la fais ! (sourire)

JPF : Mylène Farmer ! Merci beaucoup. Merci à vous. Mylène à Sacrée Soirée. A bientôt Mylène. Merci.

Mylène est chaleureusement applaudie par le public qui crie même son prénom.

Elle revient en toute fin d’émission sur le plateau pour le générique où tous les invités sont présents. Elle est longuement filmée et très mise en avant par le réalisateur, alors que son prénom fuse encore depuis le public.

 

un forum : http://devantsoi.forumgratuit.org/

Publié dans Mylène 1991 - 1992, Mylène en INTERVIEW | Pas de Commentaires »

Le goût de la provocation chez Mylène

Posté par francesca7 le 5 octobre 2014

 

LE RÉPUBLICAIN LORRAIN 19 NOVEMBRE 1989

Entretien avec Daniel FALLET

1989-16-aLes cheveux rouges, c’est une de vos idées ?

- Pas du tout ! Au cours d’un dîner, j’ai rencontré Laurent Boutonnat. Cinéaste, musicien à l’occasion, il a écrit une chanson mais il cherchait avant tout une interprète idéale pour un premier 45-trs – c’était «Maman a Tort». En fait, c’est lui le véritable créateur de l’image Farmer.

Vous vous souvenez de vos débuts ?

- Tout à fait ! Au début, d’ailleurs, je ne pensais pas du tout à la chanson. J’étais bonne cavalière et je rêvais de faire carrière dans l’équitation. Puis j’ai fait de nombreux concours de chant. Mais, découragée, je me suis tournée vers le cinéma. Je me voyais déjà en haut de l’affiche. Je n’ai finalement obtenu que quelques apparitions dans des films publicitaires ou des petits emplois de mannequin. Pas terrible ! A cette époque, j’étais brune, les cheveux bouclés. J’avais l’air sage et ingénue. Heureusement, Laurent est arrivé !

Laurent Boutonnat, votre manager ? (sic)

- Oui. C’est lui qui a changé littéralement mon look, il m’a demandé de couper mes cheveux, de les raidir et de leur donner cette couleur roux écureuil. (la réponse de Mylène continue visiblement sur la confusion entre le manager, Bertrand LePage, et Laurent Boutonnat, nda)

C’est ce qui vous donne cette allure provocante ?

- A vrai dire, je me ‘viole’ moi-même !

C’est-à-dire ?

- J’aime la provocation. J’essaye de donner mon image à défaut de pouvoir donner mon corps !

Vous avez complètement délaissé le cinéma ?

- Pas du tout ! Après le clip « Pourvu qu’elles soient Douces », je projette un long métrage avec Laurent.

Un film provocant ?

- Je ne sais pas encore. Pour l’instant, il faut que je termine ma conquête du show-biz.

Vous effectuez actuellement votre première en province. Comment ça se passe ?

- Formidable ! Je fais une moyenne de sept mille spectateurs par concert. A Lyon, on a même dépassé les quotas habituels : treize mille personnes sont venues me voir ! La tournée compte soixante dates dans une quarantaine de villes pendant quatre mois. Je finirai en beauté à Bercy les 7 et 8 décembre prochain.

Et le public de province est-il le même qu’à Paris ?

- Exactement le même. Chaud, très chaud !

Pourquoi Bercy ?

- Je me disais : ‘Je dois y venir, sinon j’en mourrai’.

Le spectacle sera-t-il différent qu’en province ?

- Non, ce serait trop dur de changer de rythme.

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TÉLÉ MOUSTIQUE (Belgique) avec Mylène Farmer

Posté par francesca7 le 16 septembre 2014

 

12 OCTOBRE 1989 – Mauvais sang – Entretien avec Rudy LEONET

« Je suis à la fin d’un cycle. Il va y avoir des choix à faire, je ne sais pas encore lesquels. Les choses s’imposeront d’elles-mêmes. »

1989-14-aPourquoi êtes-vous si avare d’interviews ? Pourquoi est-ce si difficile de vous rencontrer ?

- Je n’aime pas banaliser les interview s, ni répéter toujours les mêmes choses… Et puis encore et encore parler de moi, ça devient aliénant. Je n’ai pas envie non plus de prolonger les chansons, de m’expliquer, de me justifier…

Je pensais que ça vous était vraiment trop pénible de devoir aborder des sujets intimes face à face avec un étranger dans un système de questions / réponses contre nature…

- … (Son nez se pince et elle secoue la tête pour acquiescer, comme embarrassée d’être prise sur le fait)

Choisir le silence, c’est aussi parfois donner le champ libre aux rumeurs…

- J’y suis vraiment indifférente. Elles sont souvent basées sur du ressentiment et de la mauvaise foi.

Comme la rumeur du play-back pendant les concerts ?

- Bien sûr. Je n’ai jamais accepté de faire une seule émission de télévision en chantant en direct. Sur un plateau de télé, je n’ai aucun contrôle sur le son. Je ne veux pas jouer à la roulette russe avec mes chansons, elles me sont trop importantes. Donc, on a immédiatement conclu que je ne savais pas chanter et que mes concerts seraient en play-back. Ca m’est égal. Je sais d’où vient la rumeur, je sais où je vais et ce qu’en pensent ceux qui viennent me voir. Tant pis pour les autres…

Si la critique ne vous touche pas, êtes-vous émue par les récompenses ? Je me souviens de cette soirée des Victoires de la M usique où vous avez reçu votre trophée en déclarant : ‘Je suis contente et triste’. M ais qu’est-ce qui vous a poussée à dire que vous étiez triste alors qu’on vous récompensait?

- J’ai passé des heures en coulisses pour les répétitions de cette soirée télévisée. Tout le gratin du show – business était là et ces gens m’ont écoeurée. Ils se détestent tous. J’étais triste d’avoir été récompensée et reconnue par ces gens-là. Ce sont les Victoire de l’hypocrisie ! J’ai failli m’enfuir, mais je suis restée pour faire plaisir aux gens qui regardaient l’émission. Ils n’auraient pas compris…

Vous n’avez pas d’amis dans ce métier ?

- J’aime bien Lio et Jean-Jacques Goldman. Mais je les connais assez peu…

C’est si important, pour vous, d’être rousse ?

- (silence) Cela a été important à une époque, mais maintenant, ça l’est moins puisque ça fait partie intégrante de moi. Je ne me défie plus en me regardant Votre date de naissance imaginaire (1985 dans sa biographie officielle) correspond très exactement au moment où vous avez choisi de vous teindre les cheveux…

(double confusion de la part du journaliste, puisque dans la brochure promotionnelle qu’il évoque, 1985 est présenté comme une date de fin de cycle, et le passage au roux date quant à lui d’avril 1986, nda)

- C’est vrai… C’est quelque chose que je devais vomir. J’ai toujours eu ça en moi sans oser l’afficher, cette façon d’être différente…Et en l’incarnant physiquement, je ne pouvais plus reculer. J’ai détruit quelqu’un pour en devenir un autre. C’était difficile, comme un défi aux autres…

« Ainsi soit je, ainsi va ma vie, tant pis… » (sic) ?!

- Oui… (Elle sourit, regarde le sol)

Vous vous souvenez de votre première rencontre avec Laurent Boutonnat ?

- Non.

Vous semblez si catégorique sur l’absence de souvenirs…

- En fait, j’y repense très souvent et je n’arrive pas à me rappeler. Même pas son visage. Je me souviens que quelqu’un était là, mais rien de plus. Ca m’ennuie…

Jusqu’au deuxième single, « On est Tous des Imbéciles », Laurent écrivait les chansons avec Jérôme Dahan, qui a disparu ensuite…

- C’est lui qui est parti. Je pense qu’il s’est senti comme un intrus dans la relation exceptionnelle qui se dessinait entre Laurent et moi…

Relation exceptionnelle ?

- C’est mon jumeau, mon double, mon complément vital. Il comble mes vides… On ne peut pas être doué pour tout. Ensemble, nous complétons deux personnalités pour faire un tout.

« On est Tous des Imbéciles » est un disque hybride : il n’est repris sur aucun album, n’a pas eu droit a une vidéo. Il a été écarté comme une bavure…

- J’aime beaucoup cette chanson, mais elle marquait la fin d’une époque, la fin d’un cycle. Un peu comme aujourd’hui on est à la fin d’un cycle. Il va y avoir des choix à faire, je ne sais pas encore lesquels. Les choses s’imposeront d’elles-mêmes.

C’est la phrase de « A Quoi je Sers… » : ‘A présent, je peux me taire si tout devient dégoût’ ?

- Non, non. C’est un peu léger, comme le clip avec les fantômes qui m’emmènent. C’est une image un peu facile, même si elle contient une partie de vérité.

Et la pochette en noir et blanc comme un faire-part mortuaire, comme des adieux…

- Non, il y aura d’autres disques…Plus tard…Vous aimez cette photo ? C’est Marianne (Rosenstiehl, nda) qui l’a prise dans ma loge au Palais des Sports. Je l’adore.

Y a-t-il un but secret que vous vous êtes fixé depuis le premier jour ?

- Oui, j’ai un but à atteindre…

Très précis ?

- (catégorique) Oui, très précis…

Quand vous vous déshabillez dans un clip, c’est pour répondre à l’attente de qui ?

- Du scénariste, donc de Laurent. S’il pense que c’est utile pour son film, j’ai confiance en lui. Mais aujourd’hui, je sais que c’est fini et qu’on ne le refera plus. dans un miroir..

Quand vous parlez de Laurent Boutonnat, vous citez la confiance, le respect, l’admiration. On n’est pas très loin d’un sentiment amoureux…

- (sourire) Je ne veux pas parler de ma vie privée. Je vous dirai seulement que je ne peux pas la dissocier de ma vie professionnelle.

Vous êtes possessive ? Vous accepteriez qu’il travaille avec quelqu’un d’autre ?

- Je sais qu’il ne le ferait pas. Pour l’instant, il ne pourrait pas trouver ailleurs ce que je peux lui apporter.

L’inverse est vrai aussi…

Toutes vos idoles sont des personnages historiques : Louis II de Bavière, Edgar Allan Poe,

Baudelaire… Rien ne vous rattache vraiment à vos contemporains ?

- Vous savez, je ne suis pas très cultivée. Il y a probablement beaucoup de gens que j’admirerais énormément si je les connaissais. J’ai mes références, celles que j’ai trouvées dans les livres. J’ai lu beaucoup quand j’étais petite. Aujourd’hui, je ne lis presque plus. Je le regrette.

Où en est le projet de long métrage pour le cinéma de Laurent Boutonnat ?

- Il va le faire. On a trouvé l’argent pour le monter. Il commence le tournage après la tournée. (le projet sera reporté jusqu’en 1993, après que le producteur initialement trouvé par Laurent Boutonnat n’ait rien fait pour monter le film, nda)

Il y a un rôle pour vous ?

- Je ne sais pas…Peut-être…

Vous avez envie de tourner dans ce film ?

- Oui…

Laurent vous l’a proposé ?

- (amusée) Oui…

Eh bien, alors ?!

- Bon ! Oui, je jouerai dans le film.

Ca parle de quoi ?

- Il est trop tôt. Je vous le dis, mais vous me promettez de ne pas l’écrire !

C’est juré. Alors ?

- …

1989-09Vous vous êtes bien amusée sur scène, pendant les concerts ? Je veux dire dans le sens purement enfantin du terme…

- Oui, il y a eu de ça. Mais pas que ça. C’est très stimulant. En deux heures, on passe par autant de sentiments différents qu’en dix ans de vie. Je n’étais pas sûre d’aimer ça avant de le faire, c’est pour ça que ce spectacle a été conçu comme le dernier. Je n’étais pas certaine de remonter sur scène après cette première expérience.

Tout dépendra de la tournée : j’ai très peur de me retrouver sur les routes, dans une chambre différente tous les soirs. Je ne sais pas…

En décembre, vous clôturerez la tournée par deux dates exceptionnelles à Bercy. La grandeur de la salle vous fait peur ?

- Oh non ! Pas du tout. J’aurais tremblé à l’Olympia, mais pas à Bercy.

 

Un peu comme la peur du tête-à-tête en interview ?

- Oui, une peur de promiscuité et d’intimité.

Vous êtes heureuse de tout ce qui vous arrive ?

- (soupir) Mary Shelley a dit un jour : ‘Je ne veux pas être de celles que l’on aime, je veux être de celles dont on se souvient’…

M ais pour en arriver là, elle a été obligée de créer un monstre ! (référence au roman « Frankenstein », de Mary Shelley, nda)

- Oui…oui…

 

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Interview de Gilles Laurent

Posté par francesca7 le 10 septembre 2014

INTERVIEW

« Embauché » par Laurent BOUTONNAT en 1986 pour commencer à travailler sur ce qui sera plus tard Giorgino, Gilles LAURENT co-écrit plusieurs films avec lui. Pour (mieux) gagner sa vie, Gilles est aussi doubleur depuis l’âge de 13 ans). Portrait d’un homme méconnu.

Interview de Gilles Laurent dans Mylène et Boutonnat alearule

gilleslaurent dans Mylène et Boutonnat    La collaboration entre Gilles LAURENT et Laurent BOUTONNAT aura duré 8 ans. Huit années pendant lesquelles il co-écrira quatre films avec le cinéaste :Pourvu Qu’elles Soient Douces , Sans LogiqueMylène FARMER En Concert et surtout Giorgino. On dit même que BOUTONNAT aurait utilisé sa voix pour les voix-off (voix-over devrait-on dire) de Libertine II, l’introduction et le pont de Libertine dans le Concert 89 (la voix qui chuchote). Ce serait aussi lui qui ferait la voix du personnage de Giorgino dans la version française. Côté post-synchronisationGilles LAURENT est la voix de Noumaïos, dans Ulysse 31. Il a incarné un grand nombre de héros de dessins animés et de séries: de Rick Hunter en passant par Jayce… ou Sarki, on le retrouve aussi dans de multiples autres films et séries, la plus connue étant Parker Lewis ne perd jamais où il incarne Jerry Steiner.

Commençons par la sempiternelle question que nous posons à chaque comédien dans cette rubrique : comment et quand avez vous débuté dans le métier ?

    J’ai commencé à l’âge de 13 ans. J’avais répondu à une annonce dans le journal où l’on recrutait des enfants pour un casting et j’ai commencé en tournant un téléfilm, Tête d’horloge, avec Pierre Fresnay. J’ai ensuite tourné pas mal durant toute mon adolescence, environ 3 films par an.

 

Et comment êtes-vous venu au doublage ?

    C’était à cette époque. un jour, on m’a demandé de faire une voix dans le film Little big man avec Dustin HOFMANN. Je devais doubler le héros quand il était enfant; c’était un rôle minuscule avec une seule réplique. Je n’ai vraiment commencé le doublage que quelques mois plus tard avec une série de western qui s’intitulait Les Monroe.

Aujourd’hui, vous continuez à faire des tournages ?

    Non, en fait à partir de 1984, à l’age de 28 ans, j’ai eu envie d’écrire. j’ai alors arrêté les tournages mais tout en gardant les voix (radio, doublage).

 

Parmi les nombreux scenarii que vous avez écrits, il y a des pièces, des téléfilms mais aussi des clips de Mylène FARMER. En quoi consistaient ces clips ?

images (1)    Je n’en ai écrit que 2 avec Laurent BOUTONNAT : Sans logique et Pourvu qu’elles soient douces. Comme dans ses clips, Laurent ne voulait pas illustrer bêtement les paroles de ses chansons, il fallait raconter une histoire notamment dans Pourvu qu’elles soient douces qui était la suite de Libertine. il a donc fallu écrire un scénario en restant cohérent avec la fin du clip de Libertine.

 

Vous avez aussi écrit le scénario du film Giogino toujours avec Laurent BOUTONNAT et Mylène FARMER…

    En effet, ce fut très enrichissant, même si l’expérience fut relativement tragique, car le film n’a pas marché au cinéma. J’ai également participé à la conception du 1er concert de Mylène au Palais des Sports.

 

Votre goût pour l’écriture ne vous a jamais fait poussé à faire des adaptations pour des films ou des séries ?

    Non, jamais, bien qu’on me l’ait proposé. D’abord parce qu’il y a des règles de synchronisme à respecter pour lesquels je n’ai jamais été doué, et ensuite, parce que je préfère créer plutôt que de travailler sur des créations existantes. Ma place n’est pas là et j’admire d’ailleurs les gens qui le font.

 

Et écrire un livre, ça vous tente ?

    Je n’ai jamais écrit jusqu’à présent que quelques nouvelles, mais je ne désespère pas…

 

Quel fut votre premier grand doublage ?

    Ça devait être Bugsy Malone. J’ai fait aussi Damien, cet enfant diabolique qui portait le signe 666, et beaucoup de Vendredi 13.

 

Quels sont ceux qui vous ont le plus marqué ?

    Dans les séries, Parker Lewis est l’une des plus importantes pour moi non seulement j’ai pris du plaisir à la faire, mais elle m’a ouvert un imaginaire visuel. sinon, j’ai beaucoup aimé les Sergent Fowler où je doublais Mr Bean, et les Muppets Babies, un dessin animé d’une incroyable richesse. Dans les films, il y a eu Christine de Carpenter ou Pulsion de Brian De Palma.

 

Et Robotech ?

    Ça aussi j’en garde un bon souvenir; on sentait qu’il y avait un fond intéressant dans cette série. De plus, j’ai aimé travailler avec Daniel BREMOT qui dirigeait le doublage, car s’est une personne qui porte toujours la même attention sur son travail, que ce soit un gros film, une série ou un dessin animé japonais.

 

Avez-vous un rôle type qu’on vous confie en doublage ?

    Si l’on cherche un fou ou un intellectuel qui sait parler très vite, il y a de grandes chances que l’on m’appelle, car c’est le genre de rôle que je tiens facilement.

 

Que faites-vous en ce moment ?

    En doublage, je termine Dr Quinn où je double un petit personnage, son assistant. Je suis sur la vie de famille, une série dans laquelle je fais un personnage hautement allumé, sur les Babalous, un dessin animé français, et sur l’éternel Bervely Hills !

 

Scénariste, c’est un métier qui vous plait bien ?

    Je n’ai jamais eu l’impression d’avoir de métier : je ne suis ni comédien, ni auteur. J’occupe, à un moment donné, certaines fonctions. Ce qui m’intéresse, ce sont les rencontres et ce qu’elles peuvent générer. Comme dit ma femme « Tu peux pas avoir un ami sans travailler avec » !

 

Et vos passe-temps ?

    J’ai un petit garçon, Antoine, qui a 5 ans, et je dirais qu’en dehors de mon métier de père, c’est mon passe-temps favori.

C’est presque philosophique tout ça ! Merci beaucoup.

 

Interview réalisé par Olivier et Pascal

l’Animeland - No. 46 – Novembre 1998.

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FINANCEMENT SUICIDAIRE, MORT D’UN AUTEUR

Posté par francesca7 le 6 septembre 2014

 

 

téléchargement Longtemps pensé, écrit, story-boardé, calibré, Giorgino ne peut être un échec. Le calcul de Boutonnat est simple : Mylène Farmer est un personnage populaire, aimé, et ce grâce aux chansons qu’il a écrites pour elle, aux clips qu’il a tournés pour elle. Conséquence logique d’autant de succès communs, le long-métrage recyclant leur schéma depuis si longtemps exploité est censé attirer le même grand public. Lorsque Laurent Boutonnat se décide en 1988 à lancer la conception du film, il sait déjà qu’il fera plus de trois heures et que on sujet pour le moins morbide aura trait à la seconde guerre mondiale. Non seulement le synopsis et la durée estimée refroidissent les investisseurs, mais le budget nécessaire à la réalisation d’un tel scénario (8 220 000 Euros) est bien trop gros pour qu’un producteur veuille se risquer à investir. Laurent Boutonnat hésitera longuement à réaliser dans un premier temps un film moins coûteux puis se ravisera en décidant de le financer lui-même. Il trouve en 1992 Polygram Films qui acceptera de s’associer à lui à auteur de 3 260 000 Euros d’apport au budget. Suite à cela, deux autres aides viendront s’ajouter comme celle du C.N.C et de canal plus. Le cinéaste reste quand même l’un des propriétaires de son film puisqu’il y a déjà investi  4 870 000 Euros par le biais de sa société Heathcliff S.A. C’est alors qu’obtenant tous les détails par rapport au tournage, il obtient l’agrément définitif du C.N.C. qui sonne le coup de départ de la préparation du tournage.

 

 Décidé à prendre en main toutes les commandes créatives de son film, Laurent Boutonnat consacre une année entière au montage , à la composition de la musique, au doublage et au mixage : « Ce fut un an de travail intensif, sans soirées ni week-end » . Se coupant ainsi de l’esprit de perspective qu’auraient pu lui apporter des collaborateurs lors du travail de post production, Laurent Boutonnat est en train de concevoir un film peut-être trop personnel pour pouvoir être partagé. La date de sortie est reportée une première fois, puis à cause d’un retard sur le doublage de la version française, la date pourtant annoncée sur les dossiers de presse au 24 août 1994 est elle aussi annulée. Le film sortira finalement sans réelle concertation le 5 octobre 1994 en face de trois blockbusters américains qui diminuent encore sa chance de visibilité auprès du grand public. Alors que la semaine précédente avait vu la sortie de Léon (Luc Besson-1994), Giorgino sort une semaine avant Pulp Fiction (Quentin Tarantino-1994) et surtout le même jour que Forest Gump (Robert Zemeckis-1994). En outre, les critiques dans la presse se révèlent assez mauvaises, dénonçant l’emploi de la chanteuse dans un des rôles principaux, et regrettant la longueur de plusieurs scènes.

 

 « Il faut au spectateur un certain courage pour affronter les trois heures que durent le film et connaître le dénouement de cette histoire amphigourique. Peut on encore parler de mise en scène lorsqu’une séquence entière raconte ce qu’un seul plan aurait suffit à dire ? A t-on dit à Boutonnat que tout dans ce faux luxe signale la présence du décor ? » 

« Ses clips étaient des films, assez magnifiques d’ailleurs. Juste retour des choses, son film est comme un immense clip de trois heures (pardon, 2h57) où Mylène Farmer aurait simplement oublié de chanter. […] Et non seulement personne ne chante, mais pas grand monde ne parle.»  

C’est finalement le Studio Magazine d’octobre 1994 qui résume ce que les autres critiques sous-entendent ou introduisent : la maîtrise abusive de Giorgino par Boutonnat.

« Giorgino ressemble à ces enfants fragilisés par des parents trop possessifs et qui, de ce fait, se retrouvent empêchés d’exprimer toutes leurs qualités. »

 

giorgino_pic_tournage01Giorgino reste en moyenne deux semaines à l’affiche en France, tandis que sa sortie en Suisse, en Belgique et en Italie est annulée. Au total le film aura fait soixante mille entrées France et sera, avec le film Les Patriotes (Eric Rochant-1994) le plus gros échec commercial de l’année de sa sortie. Loin de confirmer Laurent Boutonnat comme un auteur à part entière, Giorgino l’aura plus que jamais cantonné à un simple réalisateur de clips à large ambition cinématographique. Après deux longs-métrages sortis et quinze clips réalisés en seize ans de carrière, le réalisateur fait le constat de son échec en terme de construction d’un auteur. Certes il a d’abord réussi à construire une œuvre dans une forme qui ne permettait pas l’épanouissement artistique jusque là, mais il a échoué sur le chemin du grand écran dans lequel il avait placé beaucoup de ses espérances. Alors endetté à la manière d’un Jacques Tati au lendemain de Playtime (1967), Laurent Boutonnat reste « à demi mort » pendant quelques mois, et ferme en 1997 sa plus ancienne société de production : Toutankhamon S.A. Pour remonter financièrement la pente, il produira avant tout via Requiem Publishing et une nouvelle société Calliphora des disques à fort caractère commercial, comme Anamorphosée (Mylène Farmer, Polydor, 1995), ou Gourmandises pour Alizée (Polydor, 2000). Jusqu’en 2003, date de rédaction de ces pages, il ne sera retourné au long-métrage, préférant la composition de chansons de variété, la gestion de ses sociétés de production et d’édition de disque et de sa Société Civile Immobilière. Là où des cinéastes comme Tati qui ont tout perdu avec l’échec de leur film ont trouvé la force et des moyens de se relever pour retourner, Boutonnat comme à son tour désenchanté, a abandonné toute ambition cinématographique. On peut signaler ici que l’ensemble des clips tournés postérieurement à Giorgino s’éloigne de manière visible de tous ceux tournés de 1984 à 1994.

 

C’est vraiment un découragement profond que semble signer l’échec de Giorgino, résumant la carrière de Laurent Boutonnat comme la lente et vaine tentative de construction d’un auteur de cinéma. Lui qui n’aura réussi à trouver d’exposition suffisante que dans le clip a du admettre à ses dépends l’espèce d’emprisonnement pour le cinéaste que l’aspect promotionnel que cette forme représente, ainsi que son appartenance à l’industrie musicale plutôt qu’à celle du cinéma à laquelle elle aurait pourtant pu se rattacher. La conséquence de cet échec pour Laurent Boutonnat est un complet enfermement sur lui-même ainsi qu’une profonde rancune envers le public et la critique qui ont précipité son film en deux semaines dans l’oubli. A partir de novembre 1994, il refuse toute interview sans aucune exception, qu’elle ai pour objet son travail musical ou cinématographique. 

Depuis, Laurent Boutonnat a délégué toutes les décisions concernant son long-métrage à son collaborateur Paul Van Parys, qui travaille encore pour lui. Grâce à ses productions discographiques et ses compositions, il a racheté les parts financières de Polygram en 1996, ce qui fait de lui le seul détenteur de son film au monde. Il a ainsi le droit de regard définitif sur toutes les exploitations qui en seront faites. Toutes les diffusions sur le câble et sur les bouquets satellites ne se feront pas à cause de son véto. Seule la diffusion contractuelle du film sur Canal Plus en novembre 1995 et une projection en 1997 à Montpellier furent programmées. Cette dernière projection de Giorgino fut organisée par l’association Zik et Toiles, qui est parvenue à se procurer une copie du film qui tournait à la sortie sur la région parisienne. Le 29 septembre 2001 est organisée une projection au cinéma Max Linder à Paris, qui organise annuellement une projection de certains films de Laurent Boutonnat. Il refusera la projection de Giorgino qui devra être annulée et remplacée par ses films de concerts, qu’il laisse, eux, toujours projeter en salle.

 

EXTRAIT DU LIVRE DE Jodel Saint-Marc  « Le Clip en tant qu’œuvre Cinématographique / aux éditions Sorbonne Nouvelle en août 2003 

 

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MYLENE – BOUTONNAT, UN CHEMIN EN SENS INVERSE

Posté par francesca7 le 29 août 2014

 

 

Mylene-Farmer Comme si toute la grammaire de Laurent Boutonnat, sa symbolique, mais aussi sa mégalomanie n’avaient servies qu’à alimenter des années durant l’aboutissement que devait être Giorgino, les productions de clips qui suivirent le long-métrage ne sont visiblement que des souvenirs ressassés des atmosphères passées. Ce qui faisait la spécificité de l’œuvre du réalisateur jusqu’en 1992, date de son dernier clip avant Giorgino, a disparu, ou relève désormais d’un seul coup de l’anecdotique. Laurent Boutonnat, pour qui l’échec de Giorgino aurait été « très douloureux », restera l’unique producteur et compositeur de la chanteuse, réinvestissant son expérience musicale pour douze nouvelles compositions. En revanche il s’abstiendra désormais de réaliser ses nouveaux clips tant le décalage entre le nouveau personnage décidé par la chanteuse et celui qu’il avait conçu pour elle durant dix ans est grand. La superficialité assumée de la suite de la carrière musicale aurait pu s’appuyer sur la technique de tournage parfaitement rodée de Laurent Boutonnat si celui-ci, après avoir raté la sortie de son long métrage, n’avait décidé de se replier entièrement sur son œuvre déjà existante, au point de ne plus pouvoir parler que d’elle, de ne citer plus qu’elle, et de se l’approprier en l’emprisonnant.

 

  Prémices d’un virage inévitable

  Pourtant, dès le come-back de Mylène Farmer en 1991, après les deux ans d’absence qui suivirent En Concert, le film du spectacle, on peut déjà s’apercevoir que Laurent Boutonnat sacrifia peu à peu de ses particularités. De retour sur le marché du clip, le début des années 90 donne le coup d’envoi de la prolifération d’interprètes calibrés pour le marché, ciblés pour tel ou tel public, se cantonnant dans un registre particulier très étroit, le plus souvent destiné aux jeunes. La sorte de variété assez dansante de Laurent Boutonnat, arrosée de paroles identifiables aux pensées qui peuplent les crises d’adolescence, est destiné au même public que la majeur partie des nouveaux artistes commerciaux qui sortent sur le marché à la même époque. Laurent Boutonnat calcule ce retour pour que Désenchantée résonne comme un événement malgré les “tubes” fonctionnant à l’époque. C’est pourquoi il tablera toute la promotion de ses clips des deux années à venir sur une évolution de la forme, en rejetant tout changement brutal, qui aurait sans doute eu pour effet de désorienter le public à reconquérir de la chanteuse. En Mars 1991 sort donc Désenchantée, clip long et coûteux, rythmé et violent qui ne passe pas inaperçu. Pour la dernière fois, Laurent Boutonnat dépasse les six minutes. Si le succès est bel et bien là, les trois clips qui suivront seront de plus en plus courts, leur narration sera de moins en moins lisible et se rapprochera de celle du clip-type, faux raccords et a-chronologie des actions à l’appui.

 

 De Regrets (1991), clip clairement diégétisé, au montage discursif, enrichi de musiques additionnelles, à Beyond my control (1992), cocktail d’images sans lien réel, sur fond noir, suite de tableaux vivants sans actions incluse, Laurent Boutonnat a rejoint le format et la narration qu’exigent les nouveaux comportements du spectateur. « Zapping » aidant, le vidéo-clip ne peut plus prétendre à l’appropriation de l’attention du spectateur sur toute sa durée, et renvoie le réalisateur à sa seule réelle mission : faire remarquer la chanson. A peine pouvait il vivre seul, le clip a été rattrapé par les contraintes commerciales qui le brideront partiellement ; et peut-être pour toute son existence. Les conséquences semblent assez simples : Des images fortes reliées à la chanson, un interprète idéalisée, une intrigue réduite à son stricte minimum. Laurent Boutonnat adapte sa grammaire à ces nouvelles exigences et par deux fois, avant de réaliser Giorgino, offre deux clips à la trame narrative quasi-nulle, aux plans courts et simples, se démarquant l’un après l’autre des ornements qu’il avait popularisé dans les années 80. Si Regrets connaît encore certaines lenteurs, obéit parfaitement aux règles de raccord du cinéma classique, Je t’aime mélancolie ne connaît plus que le bruitage omniprésent, et voit la disparition de l’utilisation du remix pour rendre la chanson différente et plus longue que la version du disque. 

Désormais Laurent Boutonnat n’utilisera en clip que ce qu’on appelle communément les version single. Beyond my control signe définitivement la fin de cette époque, tirant un trait sur tout son additionnel extradiégétique, et limitant les bruitages à quelques ambiances de fond (crépitement du feu, lointains hurlements de loups). On notera d’ailleurs que les trois clips réalisés postérieurement à Désenchantée ont une intrigue très mince comparativement aux précédentes productions courtes du réalisateur. Si on peut encore résumer Regrets à la recherche vaine, toute en symboles, d’une morte par un vivant, difficile d’aller plus loin pour raconter Je t’aime mélancolie et Beyond my control que de dire qu’il s’agit pour l’un d’un combat, et de l’autre d’un adultère. Le scénario qui avait une importance certaine dans le cinéma de Laurent Boutonnat se retrouve inutile en face du nouveau traitement développé par le cinéaste, mais qui continuent néanmoins de rendre son œuvre toujours un peu particulière.

 

 EXTRAIT DU LIVRE DE Jodel Saint-Marc  « Le Clip en tant qu’œuvre Cinématographique / aux éditions Sorbonne Nouvelle en août 2003 

 

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L’IMMORTALITÉ DE L’IMAGE : MYLENE

Posté par francesca7 le 25 août 2014

 

59170Plutôt qu’une mise à mort, c’est justement un sauvetage que Libertine sur son cheval noir opère sur le petit tambour. Alors destiné à l’exécution par la troupe française, c’est la mort, pour une fois bienfaitrice, qui contredira ce que disait autrefois son père en venant le prendre pour l’emmener vers des lieux plus sécurisants. Bien que toujours riche en violences de toutes sortes, l’année qui suit Pourvu qu’elles soient douces est celle de l’immortalité. C’est dans Sans Logique (1989) que l’aspect victime de l’héroïne est la plus en adéquation avec l’aspect bourreau. La reproduction du dispositif de la corrida compte beaucoup dans cette dualité. Adepte du retournement de situation, Boutonnat mue pour l’occasion son héroïne en taureau inmaîtrisable. Tour à tour saignée, attachée, bousculée, et même transpercée par le picador, elle trouvera la force de se relever pour l’empaler de ses cornes de fer. Présentée comme une victime jusqu’à la séquence finale du clip, cette femme-taureau humiliée aura fait fi des coups de lames tel un Saint Sébastien résistait aux impacts de flèches. 

Le personnage “clipesque” de Mylène Farmer est présenté à plusieurs reprises comme immortel à l’image, revenant inlassablement de ses aventures tragiques. Boutonnat utilisera de nouvelles fois cette crédibilité qu’il a installée pour évoquer par le truchement de ce personnage la thématique de la mort. Dans le symbolique A quoi je sers la chanteuse sera omniprésente à l’image alors que le propos du clip est précisément une mise en scène de sa mort, ou du moins celui de son personnage public. Une disparition volontaire qui prend des allures de suicide si on s’attache aux paroles de la chanson et à l’action du clip. Thèse confortée par les adieux lisibles du long-métrage En Concert, ce qui pourrait facilement être pris pour un retrait dû à un échec commercial n’est étrangement pas interprété dans la presse. Celle-ci voit essentiellement ces productions de la fin des années 80 comme la fascination morbide et sadique d’un réalisateur pour son égérie qu’il maltraite à l’écran. Jugement en parti exact, tant le réalisateur s’amuse de l’impact qu’a sa différence de ton par rapport au climat ambiant de la promotion de disque et de clip à cette époque. Impact amplifié par le silence du cinéaste dans les médias auxquels il refuse tout entretien entre le spectacle itinérant de 1989 et la promotion de Girogino (1994). Lors d’une rare interview donnée à un magazine à l’occasion des premières dates de la tournée en mai 1989, il aura d’ailleurs cette phrase souvent reprise montrant aussi bien son état d’esprit de l’époque que sa lucidité : « Nous n’allons pas continuer à faire ceci impunément. Un jour on va le payer très cher. Car nous perdons conscience de la violence, de la noirceur, de la morbidité. » C’est précisément parce que Laurent Boutonnat n’avait pas connu d’échec commercial dans le disque depuis Libertine qu’il a pu jouer à ce point sur une thématique aussi négative sans qu’elle ne se soit retournée médiatiquement contre lui.

images (18) 

 Les quatre clips postérieurs à la tournée pérenniseront l’image du personnage créé pour la chanteuse. Présentée comme un personnage mort, elle sera pourtant toujours énormément présente à l’image, notamment dans Regrets où elle incarne cette sorte de fantôme prisonnier de son cimetière, auquel le bien aimé vivant vient rendre visite. Les deux derniers films réalisés par Boutonnat pour elle à cette époque se démarqueront de cette thématique qui pourtant leur était chère pour adopter une esthétique de clip plus traditionnelle. Le réalisateur alors en pleine préparation de Giorgino quittera tout de même sa “caméra de clip” avec une dernière disparition de la chanteuse (Beyond my Control – 1992), cette fois ligotée et brûlée sur un bûcher. Elle qu’il fit mourir une première fois sur scène, dont il fit incendier le décor, il l’incinère ici comme pour exorciser la forme du clip dont il fut si longtemps consentant prisonnier, avant de passer au long métrage. Métaphore prémonitoire du prochain terrible échec que sera Giorgino, la chanteuse survit aux flammes et relève la tête alors que le feu a cessé ; comme pour rappeler qu’on n’efface pas en un clip un personnage publique qu’on a mit si longtemps à rendre immortel. C’est peut être après tout sans calcul, un peu par hasard que Laurent Boutonnat a osé donner cette morbidité à la forme du clip. Lui qui s’était apprêté à déverser son pessimisme dans d’autres domaines fut guidé vers une forme filmique qui n’attendait pas et n’avait à priori pas besoin de cinéaste auteur. Autrefois éloigné des milieux auxquels il avait tenté d’appartenir, comme la littérature ou le long-métrage, Boutonnat s’est investit dans le clip où, en reversant ses anciens déboires et les fictionnalisant, il a su y placer un style propre.

 

EXTRAIT DU LIVRE DE Jodel Saint-Marc  « Le Clip en tant qu’œuvre Cinématographique / aux éditions Sorbonne Nouvelle en août 2003

 

 

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BOUTONNAT EST PEUT ETRE NE D’UNE ERREUR

Posté par francesca7 le 25 août 2014

 

 

Laurent Boutonnat réalisateur de clips est né curieusement d’un échec cinématographique, son arrivée dans le domaine musical est purement fortuite. D’abord destiné à la réalisation de longs-métrages, c’est à la suite de l’insuccès de son premier film qu’il se redirigera vers la littérature, puis la musique. Il se servira alors de son double statut de compositeur-producteur auprès de sa première maison de disque pour négocier avec elle la réalisation des vidéo-clips promotionnels. Ce sera pour lui ce fameux « moyen détourné de faire du cinéma ».

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Laurent Boutonnat est né le 14 juin 1961 rue Auguste Blanqui, dans le XIVe arrondissement de Paris, aîné d’une famille de cinq enfants, il se servira adolescent de certains de ses frères et sœurs pour monter ses sociétés d’éditions phonographiques et aussi de son petit frère Dominique dans son premier long métrage Ballade de la Féconductrice en 1978. Auparavant, Laurent Boutonnat a déjà réalisé dans son enfance de nombreux courts-métrages amateurs avec la caméra Super 8 de ses parents. Un de ses premiers essais date de 1971 où il transpose Bambi de Walt Disney (1942). Sur ses films d’adolescent, il voulait déjà tout maîtriser : de la mise en scène à la musique, du maquillage à l’interprétation elle-même. Parallèlement, il étudie la musique et le piano sur initiative de ses parents dès l’age de cinq ans. Laurent Boutonnat suit sa scolarité de second degré chez les jésuites. Il s’y déplait, n’est doué qu’en littérature et se retrouve plusieurs fois renvoyé. C’est à quinze ans qu’autodidacte, il décide d’abandonner ses études pour aller chercher du travail ; et c’est aussi l’âge à partir duquel il abandonne l’apprentissage musical que lui faisaient suivre ses parents. Parallèlement aux « petits boulots » qu’il cherche, Laurent prend des cours de théâtre durant trois ans et écrit chez lui avec un professeur de philosophie. Il déclarera plus tard « avoir pris goût à cela ». A 16 ans Laurent Boutonnat a la volonté de diriger ses recherches d’emploi vers le secteur audiovisuel, et commence à développer dans son imagination plusieurs projets de longs-métrages dont un film déjà nommé Giorgino ; scripte qu’il reprendra dix ans plus tard. L’histoire de cette première version n’a cependant rien à voir avec le long-métrage qui sortira dix sept ans plus tard. Ce scénario racontait le huis-clos d’un couple dont l’homme aime de plus en plus son épouse, alors que cette dernière prend une peur de plus en plus panique de lui. L’incertitude sur les intentions de l’un et de l’autre débouchait sur un duel final tragique entre les deux époux.

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Boutonnat réalisera finalement Ballade de la Féconductrice en 16 mm. à l’âge de seize ans, qu’il produira à l’aide de son père, et des Films du Marais pour sept mille six cents euros. Il tournera entre Paris et Etretat en fonction des conditions météorologiques. Après avoir été présenté et sifflé au marché du film de Cannes en 1979, Laurent Boutonnat tente de l’exploiter dans une unique petite salle : « Le Marais » à Paris, à partir du 15 mai 1980. Le film qui passe d’abord en comité de censure obtient une interdiction aux mineurs de moins de dix huit ans. Laurent Boutonnat en a alors dix sept. Le dossier de censure retrouvé dans les archives du C.N.C. comporte un court synopsis écrit de la main du jeune réalisateur :

 

« La balade (sic) d’une fleur du mal dans un monde fantasque et allégorique où se mêlent humour noir et horreur. »

 

 Tous les avis convergent vers une interdiction aux mineurs, et Henri Dolbois qui dirige la commission plénière conclue le dossier comme suit : 

« Une anthologie de Hara-Kiri et Charlie-Hebdo. Castration, mutilations d’enfants, torture d’un mongolien adulte en petite voiture roulante. Faces tuméfiées et sanguinolentes. Une femme accouche dans sa cuisine d’un teckel, elle fait l’amour avec lui etc… Le film me paraît justifiable d’une interdiction aux mineurs en raison de l’exhibitionnisme grand-guignolesque ce film attentatoire à la dignité de la personne humaine. Cette interdiction me paraît justifiée bien qu’il s’agisse d’un 16 mm. à faibles objectifs commerciaux. »

Henri Dolbois

  Le film ne restera que deux semaines à l’affiche et totalisera quatre cents cinquante neuf entrées. Plutôt que de retourner à l’école, Laurent Boutonnat, déçu, ne fait plus rien jusqu’à sa rencontre avec Jean-François Chauvel. Ce grand reporter de télévision mort en 1986 avait alors en préparation le tournage d’une série de reportages scientifiques sur le nucléaire : Les Energies Nouvelles. Laurent Boutonnat saisit sa chance et postule comme caméraman pour toute la série d’émissions. Il avouera plus tard: « J’avais prétendu m’y connaître en technique pour qu’il me prenne, et j’ai dû potasser le manuel comme un fou ». Il part donc pendant un an dans les quatre coins de la France pour tourner les images de ces reportages, « La meilleure école » se souviendra t-il en 1990.

  Laurent Boutonnat qui a alors vingt ans se lance dans une nouvelle aventure où il utilisera ses facultés d’écriture et son expérience récente dans le journalisme. C’est l’époque où, remis de l’échec de Ballade de la féconductrice, il multiplie les projets. Toujours avec le sens du subversif et son goût du morbide, il entreprend des recherches pour l’écriture un livre sur l’infanticide. Un ami, Jérôme Dahan fait partie du projet. Parallèlement à cela il réalise des publicités télévisées. Laurent tourne plusieurs spots et s’associe à un producteur du circuit Parafrance. Celui-ci lui proposera de tourner un film d’horreur en deux semaines pour un budget de deux cents trente mille Euros. Suite à des désaccords du fait du producteur, le projet ne verra jamais le jour. C’est à cette période que Boutonnat reprend le script de Giorgino à zéro. Un soir, alors qu’il est accompagné de son ami Jérôme Dahan, il décide d’écrire avec lui les paroles d’une chanson ayant trait à cette enfance qui le hante tant. Le lendemain Jérôme Dahan écrit la musique et le résultat ne leur déplait pas. Ils viennent d’écrire Maman à tort, qui deviendra un petit succès de l’été 1984. Laurent Boutonnat laisse peu à peu de côté le sulfureux livre sur l’infanticide qui ne verra finalement jamais le jour. Les paroles de la chanson fraîchement écrite qui évoquent la folie, l’abandon et le saphisme seraient encore plus explosives dans la bouche d’une enfant. Après une tentative avec une jeune fille de quinze ans qui pose trop de problèmes juridiques avec la D.D.A.S.S, Jérôme Dahan et Laurent Boutonnat organisent un casting où se présentent une cinquantaine de jeunes filles majeures dont la future chanteuse Mylène Farmer, alors âgée de vingt et un ans. Laurent Boutonnat la choisie immédiatement, sans même l’avoir entendue chanter, à cause de son air « psychotique ». C’est suite aux problèmes se posant pour monter le clip de Maman à tort (1984) que Laurent Boutonnat envisage le clip comme seul moyen à court terme de faire du cinéma. Il sait aussi qu’il lui faudra financer lui-même ses projets s’il veut avoir les moyens nécessaires pour les réaliser. Durant la promotion de Maman à tort, Laurent Boutonnat retourne ponctuellement au documentaire en réalisant pour l’Education Nationale Parents… si vous saviez, reportage fictionnalisant de douze minutes sur le rôle de la parentalité. Le duo Dahan-Boutonnat écrira 10 mois plus tard deux autres chansons : On est tous des Imbéciles ne se fera remarquer que grâce à la morbidité de sa face B. Signée Boutonnat, L’Annonciation évoque le viol par le truchement d’une imagerie évangélique.

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 Décidément abonné à l’insuccès systématique de ce qu’il entreprend, Laurent Boutonnat se voit renvoyé de la maison de disques R.C.A. pour laquelle il avait pourtant fini de préparer un album. Laurent Boutonnat se sépare de Jérôme Dahan avec lequel il est en désaccord sur la suite à donner à la carrière de la chanteuse dont ils s’occupaient. Comme rattrapé par la chance, Boutonnat est contacté par Alain Levy qui vient de créer la maison de disque Polydor. Ce label français appartenant à l’Américain Polygram veut tout miser sur la chanson française et signe directement Mylène Farmer et Laurent Boutonnat pour trois albums, alors qu’ils n’assurent pas encore de réels succès commerciaux fiables. Le premier d’entre eux est Cendres de Lune en 1986, entièrement conçu, produit et arrangé par Boutonnat. Il en signe la composition, presque toutes les paroles et la pochette, pour poser les bases d’un climat. Cendres de lune est un laboratoire de boites à rythme, d’échantillonnages194, avec des inserts de chants grégoriens, et dont l’originalité a été saluée par le magazine musical Rock & Folk car il fait cohabiter morceaux avant-gardistes et variété populaire :

 

« Si les paroles sont plutôt du genre la Comtesse de Ségur qui aurait enfin décidé de parler de ce que font vraiment les petites filles modèles, la musique est elle aussi bien ficelée […] Cendres de Lune très court morceau à la limite de l’expérimental et du franchement morbide. Enfin, Vieux Bouc […] suit la même direction, avec ses voix sataniques ricanant en contrepoint qui évoquent une version musicale du Tour d’Ecrou sur fond de messe noire et d’âme en peine et de Lolitas grimaçantes. Tout cela est assez rare et original »

  C’est alors que Boutonnat se décide à monter son deuxième long-métrage à partir du script de Giorgino. Il en commence la préparation, mais son récent succès inattendu dans la production musicale l’occupera trop pour finaliser ce projet. En 1987 Laurent Boutonnat entame l’écriture du deuxième album Ainsi soit-je qui sortira à la fin de la même année. Il crée pour l’occasion sa première société de production discographique: Toutankhamon S.A. Le clip du premier extrait Sans Contrefaçon passera en exclusivité à la télévision le soir du réveillon 1988. Suivront le clip d’Ainsi soit-je et surtout Pourvu qu’elles soient douces. Le clip, qui a coûté deux millions de Francs sera d’ailleurs nommé aux Victoires de la musique de 1988. Il en co-écrit l’histoire avec le scénariste Gilles Laurent, auquel il présentera le synopsis de Giorgino ébauché à dix-huit ans. Tous deux travailleront  sa réécriture pendant quatre ans. C’est avec Gilles Laurent que Boutonnat écrira le scénario de Sans Logique, et surtout concevra le spectacle dont la tournée et le film sont déjà en projet en 1988. 

Depuis que le cinéaste produit lui-même ses courts-métrages, il peut se permettre des budgets colossaux, comme celui nécessaire à la réalisation de Sans Logique (1989) qui aura nécessité un aménagement coûteux des studios d’Arpajon. C’est avec le même système de financement qu’il produira la tournée qui va lui permettre de sublimer son univers en l’extrapolant sur une scène. C’est notamment pour cela qu’il crée le 19 janvier 1989 la société Heathcliff S.A. qui lui permettra de produire la tournée et ses prochains films. Après un essai transformé à Saint-Étienne puis deux semaines au Palais Des Sports de Paris, le spectacle parcourra la France en 60 dates dont deux au Palais Omnisports de Paris-Bercy. Laurent Boutonnat, au delà de la mise en scène et des arrangements, pense au film qu’il tirera de cette tournée. Il crée le 26 octobre 1989 à l’occasion de la sortie du double album En concert une société d’édition phonographique « Requiem Publishing » qui édite depuis, toutes les productions de Boutonnat sans exception. La sortie en salles et sur vidéo du film du spectacle se fera finalement le 25 septembre 1990. Suite à la sortie de En concert, Laurent Boutonnat écrit les dix musiques du prochain album de Mylène Farmer: L’Autre. Il profite du tournage de Désenchantée et de Regrets en Hongrie en février 1991 pour faire des repérages pour Giorgino avec le décorateur Pierre Guffroy. Se consacrant essentiellement à la préparation du long-métrage, les années 1992 et 1993 verront débuter le tournage des scènes d’extérieur du film dans le parc slovaque des Tatras auxquelles suivront les plans d’intérieur aux studios Barrendov de Prague.

 

En mai 1993, le montage et l’écriture de la musique succèderont au tournage. Laurent retournera pour l’occasion dans l’État Tchèque pour en enregistrer la musique. L’exceptionnelle longueur de la post-production due en partie au perfectionnisme de son auteur s’achèvera en août 1994. Après 8 années de travail, Giorgino sort enfin sur les écrans le 5 octobre 1994. Abattu par la critique et sorti au mauvais moment, le film est un échec.

 

 Décidément décisif dans la carrière de Boutonnat, l’échec le conduit à des revirements complets. Celui de Giorgino sera de trop, plongeant son auteur dans le désespoir le plus profond. Après un an sans nouvelle production, qu’elle soit musicale ou audiovisuelle, la suite de son travail montrera une absence totale de continuité. Laurent Boutonnat composera onze musiques pour l’album Anamorphosée annonçant le retour de son interprète fétiche. Suite à ça il co réalisera un autre film de concert Live à Bercy avec François Hanss, son assistant de longue date. 

Le succès commercial de ce film (pourtant uniquement exploité en circuit de cassettes vidéos) n’aura d’égal que l’échec artistique que nous seront forcés de constater. Les nombreux faux raccords involontaires et la superficialité affichée de l’imagerie renient outrageusement le perfectionnisme dont Boutonnat était autrefois capable. Laurent Boutonnat refuse depuis toute interview et toute diffusion de Giorgino, voulant visiblement faire de son long métrage un film maudit. Le film sera tout de même contractuellement diffusé en novembre 1995 sur la chaîne Canal Plus, qui participa à sa production. Boutonnat attendra 1997 avant de reprendre réellement la caméra pour l’ancienne actrice Nathalie Cardone, sa nouvelle égérie avec laquelle il réalisera quatre clips. Il crée pour elle une société de production le 19 juin 1997 : « Calliphora S.A. » et laisse peu à peu en désuétude les sociétés Heathcliff S.A. et Toutankhamon qui cessera même ses activités en 1997. En mai 1999 sort l’album de Mylène Farmer Innamoramento comportant treize titres dont neuf composés par Laurent Boutonnat, mais il n’en signera aucun clip. Le 10 mai 2000 il étend toutefois ses activités financières en fondant LB Société Civile Immobilière qui s’occupe d’achat et de location de biens immobiliers.

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 L’échec qui accompagna toute la carrière de Boutonnat provoqua chez lui deux réactions contraires selon les époques. Alors que son insuccès dans le cinéma l’incita dans sa jeunesse à persévérer dans la voie cinématographique, il ne put se remettre du fiasco commercial de Giorgino qui le fit stopper toute réalisation ambitieuse. Aujourd’hui  Mylène Farmer et Laurent Boutonnat dirigent toujours la société d’éditions phonographiques Requiem Publishing qui produira en mai 2000 une nouvelle chanteuse pour adolescents : Alizée. Laurent Boutonnat écrira pour elle les chansons de ses deux albums et tournera trois clips : Moi… Lolita, Parler tout bas et J’ai pas vingt ans. Ayant cessé sa collaboration avec Nathalie Cardone, il continue néanmoins la composition des chansons de Farmer et réalisera même pour elle deux derniers clips Les Mots et Pardonne-moi, renouant une dernière fois avec leur univers des années 80. En mars 2001 sortent pour la seconde fois sur support numérique l’intégrale des clips que Laurent Boutonnat a tournés pour elle.

 

EXTRAIT DU LIVRE DE Jodel Saint-Marc  « Le Clip en tant qu’œuvre Cinématographique / aux éditions Sorbonne Nouvelle en août 2003

 

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UN MONDE ARTISTIQUE ET UNE CRITIQUE DISTANTES

Posté par francesca7 le 22 août 2014

 

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   Le relais essentiel de Laurent Boutonnat a toujours été la presse, qu’elle soit musicale, quotidienne ou de télévision. Rarement des magazines ou des revues cinématographiques se pencheront sur notre réalisateur pendant ses dix années de réalisation de clips. En revanche, comme un concepteur de films qui grandissent dans l’âme, Boutonnat sera souvent cité dans des critiques d’autres films comme une inspiration auxquels les cinéastes se seraient fiés. Ainsi certains critiques cinématographiques verront dans l’imagerie du Pacte des loups (Christophe Gance – 2001) une référence à Tristana (1987), souligneront les similitudes de traitement du scénario entre Firelight (William Nicholson – 1997) avec Sophie Marceau et celui de Giorgino (1994). D’après ces remarques on peut retirer une inspiration d’ordre imagière plus que narrative ou esthétique. 

Ce qui reste de Laurent Boutonnat pour la presse et le monde artistique semble être avant tout certains éléments graphiques. On n’a jamais vu Boutonnat se vanter de la nouveauté de sa narration ou de compositions d’images inédites ; la particularité de son cinéma réside simplement dans l’assemblage d’imageries décrites dans notre deuxième partie, de sa faculté à en tirer des atmosphères désespérées, des scénarios romantiques que peuplent des séquences oniriques. Les films d’autres auteurs, parmi lesquels les deux pré-cités, reprendraient de Boutonnat certaines de ses images, comme l’omniprésence des loups qui rodent dans la neige, la mythe de la femme enfant, l’utilisation dramatique de la glace se formant à la surface d’un lac et des jeux d’acteurs tout en nuances de Giorgino, et surtout d’une atmosphère, d’un climat lourd mêlé de désespoir dont le cinéaste ne s’est jamais séparé. Le premier article ayant pour seul objet Laurent Boutonnat est tiré du quotidien Le Matin de Paris181. L’accent de l’article est porté avant tout sur le budget exceptionnel qui sera en passe d’être alloué pour la première fois à un clip français (10 500 Euros) et au soin cinématographique porté à la réalisation. 

Laurent Boutonnat qui avait sans doute vendu la peau de l’ours avant de l’avoir tué se vit refuser les crédits relatifs au tournage de la deuxième version de Maman à tort une semaine après la parution de l’article. 

Les motifs invoqués par la maison de disque parlent d’un précédent vidéo-clip déjà tourné en catastrophe par Boutonnat sur un plateau de télévision en cinq jours et déjà en forte diffusion dans les émissions spécialisées. Pour une somme de 116 Euros seulement, il avait réalisé, avant même que le 45 Tours ne sorte dans le commerce, une vidéo interprétant les paroles de la chanson en plans fixes, à la mise en scène immobile. Le long clip sur lequel le réalisateur travaillait était, à en croire son story-board, proche de qui allait devenir son style mais mettait malheureusement de côté l’expérimentation narrative dont le premier essai faisait preuve. Dès la première sortie dans le commerce d’une de ses compositions, Boutonnat par cet article fait déjà parler de lui avant tout par son clip. C’est grâce à cette opportunité de mettre en scène perpétuellement la chanson et son interprète de manière ludique que Boutonnat reste si longtemps loin de ce qui est considéré comme le “vrai” cinéma de salles obscures. Il le confirmera lors de la sortie de Libertine : « Finalement une chanson c’est quelque chose d’assez simple. Mais travailler autour de la chanson, ça c’est réellement passionnant. » Les articles suivants relatifs à Boutonnat se consacrent davantage à son travail de composition et surtout d’arrangement de chanson, comme l’article élogieux de Rock & Folk début 1986. 

On trouve à cette époque les articles relatifs à son travail de cinéaste dans les magazines musicaux, où il est souvent l’objet des pages consacrées aux nouveaux clips. C’est à un magazine traitant de musique autant que de cinéma ou de culture contemporaine qu’il donne sa première interview en avril 1986 pour le clip de Plus Grandir183. Boutonnat avait pour l’occasion organisé deux premières dans deux cinémas de la capitale à laquelle il avait invité la presse cinématographique et musicale. Seule la première catégorie aura répondu présente et se sera fait le relais de cette nouvelle initiative pour un réalisateur de clip. Le milieu cinématographique, lui, reste muet. 

Starfix offre quelques mois plus tard sur deux pages un compte rendu du tournage de Libertine en l’intitulant : «Clip ou film? Les deux. Mylène Farmer inaugure le genre». Le futur assistant réalisateur François Hanss analyse pour la première fois les moyens inhabituels mis à disposition d’un clip et les attributs cinématographiques qu’il adopte. Laurent Boutonnat aura sans soute compris par la suite la nécessité d’insister sur l’aspect cinématographique de ses clips afin de faire de leur sortie à chaque fois un nouvel évènement médiatique. La diffusion télévisée en exclusivité à des horaires exceptionnels de chaque nouvelle production servira à en faire des purs spectacles de divertissements familiaux et non plus destinés au public d’un genre musical particulier. Malgré cette exposition totalement nouvelle pour des clips, la presse et le milieu cinématographiques ne trouveront toujours pas en 1988 de bien fondé à l’analyse d’un tel phénomène.

 

ptg02164000 Peu enclins à tisser d’étroites relations avec le milieu musical français, Laurent Boutonnat et Mylène Farmer, lauréate de la remise de la victoire de la musique de l’interprète féminine de l’année 1988, refusent l’interprétation sur scène de leur succès du moment, comme c’est pourtant la coutume dans cette soirée. Interrogé le lendemain par la presse, Bertrand LePage  expliquera le refus d’une phrase laconique et provocante : « Mylène Farmer ne chante pas avec un orchestre de bal ». Par la suite souvent renommés, notamment en 1991 pour le clip de Désenchantée et en 1996 pour le concert, Laurent Boutonnat et Mylène Farmer ne recevront plus de trophées des mains de la profession, raflant pratiquement tous ceux remis dans d’autres soirées par des votes de public. Depuis sa jeunesse, la volonté de Boutonnat a toujours été de faire du cinéma, ou du moins avoir l’occasion d’en faire. Le clip s’est alors présenté comme une opportunité de porter à l’écran un imaginaire qu’il n’avait pas la possibilité de transmettre par d’autres médiums. Que les milieux respectifs auxquels ont pu toucher le clip, c’est à dire la musique, la télévision et le cinéma, répondent plus ou moins fort à son travail semble importer peu au cinéaste. Jean-Louis Murat qui travaille sous sa direction en 1991 pour Regrets dira de lui plus tard qu’il « filme du morbide pour s’amuser. Lui-même est les premier étonné que ça marche. » Laurent Boutonnat bénéficie donc dès 1888 d’une place à part chez les réalisateurs de clip, ses productions étant diffusées à de grands horaires d’écoute et en étant intégrées dans des shows de divertissements populaires. 

Sans doute par peur d’être considéré comme un réalisateur de télévision qui, après avoir transgressé avec succès les lois de sa forme devait à nouveau subir des règles strictes de diffusion, Laurent Boutonnat délaisse ses récits en forme de contes pour revenir à des images moins admises à la télévision et à des sujets moins “familiaux”. Laurent Boutonnat se lance donc dans des clips plus violents comme Sans Logique, et surtout Pourvu qu’elles soient douces. Ce dernier fut censuré à la télévision de la moitié de sa longueur pour plusieurs causes : la raison officielle invoquée était l’apparition à plusieurs reprises de l’interprète de la chanson entièrement nue. A cela s’ajoutait une longue bataille très sanglante occupant la moitié de la durée. Longue période pendant laquelle la chanson pourtant objet central du clip, était totalement absente de la bande sonore et laissait la place à une musique militaire accompagnant la représentation de la mort de dizaines de soldats français et anglais.

jacquou_makof35Inutile de préciser que la durée exceptionnelle de ce clip le rendait invendable en télévision. Signature d’une volonté évidente d’être associé davantage à la liberté du grand écran qu’à l’asservissement du petit, le cinéma de Boutonnat s’étire, se teinte de violence et de thèmes subversifs. Plus que jamais il se veut en auteur se passant de l’unanimité du public et de sa profession, et non plus en réalisateur de clips consensuels, cantonné aux émissions marginales destinées aux jeunes consommateurs. C’est parallèlement à Pourvu qu’elles soient douces qu’il entreprend la préparation du film du spectacle qui aura lieu un an plus tard. Là encore, le métrage long qui en sortira ne sera pas destiné à la télévision et le soin apporté à sa réalisation et à son scénario témoignera d’une grande envie de sortie sur grand écran. Alors que les revues de cinéma continuent de se cantonner aux films sortant officiellement en salles, la presse télé couvre largement dans ses pages les censures des clips de Laurent Boutonnat en montrant des photographies de plateau en extrait. Les mêmes causes produiront les mêmes effets en 1992 lors de la censure très commentée dans la presse de Beyond my control. Laurent Boutonnat se sera servi du média télévisuel autant pour promouvoir les chansons qu’il composait que les clips qu’il réalisait. Le fait de s’en éloigner de manière régulière a eu pour effet de placer le réalisateur dans un flou entre la télévision et le cinéma. Mélangeant les formes, les genres, les institutions et les moyens de diffusion, Boutonnat est resté un cinéaste insituable durant de nombreuses années. Et si la presse musicale et télévisuelle a reconnu quelquefois en lui un auteur à part entière renouvelant partiellement la forme du clip, le monde cinématographique a continué d’ignorer non seulement son travail, mais aussi l’entièreté d’une forme filmique chez laquelle bon nombre de nouveautés narratives, esthétiques et plastiques continuent régulièrement d’apparaître.

 

EXTRAIT DU LIVRE DE Jodel Saint-Marc  « Le Clip en tant qu’œuvre Cinématographique / aux éditions Sorbonne Nouvelle en août 2003 

 

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UN PUBLIC FIDELE

Posté par francesca7 le 18 août 2014

 

 En associant au clip des attributs et une esthétique cinématographiques, Laurent Boutonnat a contribué à familiariser une partie du public de chansons de variété, surtout très jeune, à certains éléments constituant une œuvre de cinéma. Alors rythmé par la chanson dont ils sont le public, le film s’ouvre à eux comme une sorte de court-métrage musical mettant en scène leur idole. En ce sens on peut admettre que consciemment ou pas, Laurent Boutonnat a utilisé ses chanteuses comme des vitrines. Ce sont elles et leurs chansons qui ont fait connaître son cinéma, qui ont attiré les spectateurs vers son vocabulaire, sa grammaire. Comme un magasin mettant le plus « vendeur » en tête de gondole, Boutonnat a finalement usé du clip comme d’une publicité pour son interprète alors que ce qui était en jeu pour lui relevait de son univers, sa réalisation, ses atmosphères. C’est bel et bien son cinéma qui était l’objet de cette promotion ; et si c’est l’attachement d’un public à la chanteuse plus qu’à lui qui a sans doute causé l’échec de Giorgino, cette vitrine lui a quand même ouvert les portes qui lui ont permis de faire ses films, et de surcroît avec beaucoup de liberté.

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Le public de Laurent Boutonnat a dans un premier temps été celui de ses chanteuses. Dans les années 80, le silence du réalisateur aidant, tout ce qui touchait à sa thématique et à ses éléments graphiques était d’emblée associé à la chanteuse produite. Elle seule se faisait alors le relais d’explications de texte et de justifications à la presse.

 

L’éloignement en 1995 de Boutonnat de son égérie et le tournant artistique de la chanteuse par la suite ne laissait plus de doute quand à l’appartenance de toute cette imagerie au réalisateur. C’est à ce moment qu’un autre public est venu se joindre à ceux qui l’avaient découvert lors de la sortie de Giorgino. Boutonnat qui avait déjà figé son œuvre en n’y ajoutant que quelques clips approximatifs trouve vers 1997 un statut auprès d’un public particulier, composé d’anciens admirateurs de ses interprètes, d’amateurs de la forme du clip, de quelques membres de courants alternatifs comme les gothiques, puis de quelques cinéphiles. C’est pourtant à partir de 1998, alors que des video-cassettes de ses clips et son film de concert sont en vente qu’une demande se fait sentir pour une reprise de leur projection en salles. Alors que tous ses clips sont sur des supports de pellicule faciles à projeter en salles de cinéma, ceux-ci n’entraient malheureusement pas dans le circuit classique de diffusion de films. L’absence de distributeur prive toute projection de copies dans les salles obscures. Les négatifs et pellicules ayant servi aux quelques projections et au transfert vidéo demeurent en possession du réalisateur qui refuse depuis 1994 de les mettre à disposition de son public ou des salles. 

Alors que pour les clips et le film de concert les cassettes sont en vente libre, Ballade de la féconductrice et Giorgino n’ont alors pas été montrées à un autre moment que leur projection en salle en exclusivité. Pourtant, sur initiative de Zik et Toile, une association de cinéphiles de la région de Montpellier, une projection de la copie d’archive de Ballade de la féconductrice est organisée à la Cinémathèque Française en 1998. Contre l’avis de Laurent Boutonnat, cette même association se procure la même année une copie de Giorgino, récupérée lors de la sortie par un collectionneur, pour une unique projection dans un cinéma de Montpellier. Ce sont les dernières fois où un passage d’un long-métrage a été fait en salle de cinéma. Par la suite, les tentatives seront stoppées par l’intermédiaire de Paul Van Parys, associé de Boutonnat, qui ne tolérera que la diffusion en salles de films déjà en vente dans le circuit vidéo traditionnel. 

Depuis l’année 2000, le cinéma Max Linder à Paris organise une fois par an une nuit où sont diffusés tous les clips réalisés par Laurent Boutonnat pour Mylène Farmer, ainsi que le film de son concert de 1989 et celui qu’il a co-réalisé en 1996. La soirée qui affiche chaque année complet remplie sur réservation les six cent sièges que compte la salle. Visiblement bien décidé à ne plus faire de son œuvre celle d’un auteur de cinéma, il refuse de se mêler de ces projections qui se font à l’aide d’enregistrements vidéos de plus ou moins bonnes qualités. La présence dans ses clips de refrains chantés, mais aussi de séquences fortes et divertissantes, de duels et de dialogues laconiques ont une efficacité interactive qu’il est facile d’imaginer lorsqu’ils sont diffusés simplement à la télévision. Manifestement bon public du cinéma de Laurent Boutonnat, les spectateurs le voient en salle comme un divertissement complet, agrémenté d’une ambiance commune à tout événement public à caractère exceptionnel. Plutôt que de découvrir confortablement et en silence de nouveaux films de leur réalisateur, ces soirées restent avant tout un moyen pour les inconditionnels de Laurent Boutonnat de revoir ses films dans un contexte festif, même si la qualité d’image et du son reste proche de celle qu’ils ont chez eux. L’absence de festival de cinéma ou de cycle ponctuel pour les vidéo-clips empêche toute autre moyen de diffusion en salles des films de Boutonnat, comme des autres clips d’ailleurs.

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D’une manière purement technique, cela peut s’expliquer par l’incommodité à projeter une image vidéo sur un grand écran, les clips étant généralement fixés jusqu’à un temps récent sur support Betacam. Celle ci devrait à lors être agrandie au détriment de sa qualité ou kinéscopée, qui est une opération assez coûteuse. Le statut particulier de Boutonnat chez les réalisateurs de vidéo-clips ne suffit pas à un traitement de faveur par rapport à ses confrères et consœurs. Seules ces quelques soirées annuelles, entreprise d’une certaine partie de son public, font de Laurent Boutonnat un réalisateur encore vu après son retrait. On peut noter que la connaissance de ces soirées auprès du public se fait entre autres par le biais de fan-clubs non-officiels des chanteuses qu’il a produit, et que nombreux est le public de l’interprète qui se déplace à cette occasion pour la voir sur grand écran, exposition exceptionnelle pour une chanteuse de variétés. 

On peut relativiser la portée de Laurent Boutonnat et imaginer que sans sa présence sur l’écran, ces soirées au Max Linder n’attireraient pas forcément autant de monde. Suite à de longues négociations entre Paul Van Parys et les organisateurs de la soirée parisienne, un accord est donné en septembre 2001 pour projeter en début de soirée la première bobine de Ballade de la féconducrice. Le choix de cet extrait de huit minutes comprenant le pré-générique et le générique de début du film fait passer cette introduction pour un étrange court-métrage dépourvu de sens. D’autres négociations pour le passage de Giorgino dans son intégralité restent vaines. Le réalisateur, toujours par le biais de son collaborateur, n’aura de cesse de refuser toute projection. 

Malgré la rareté des projections de ses « courts-métrages » au cinéma, Laurent Boutonnat demeure le seul réalisateur de clips dont les films sont passés en salle dans des soirées qui lui sont consacrées. En créant une œuvre particulière, cohérente, s’étalant sur dix ans et reposant sur une même interprète, Boutonnat s’est attiré un public fidèle, toujours présent même dans les années sans actualité professionnelle. Il fait en ce sens figure d’exception autant dans le domaine musical où les phénomènes de mode sont omniprésents, mais aussi dans le domaine cinématographique où, pour sans doute une des premières fois, un réalisateur veut gommer toute trace de son travail esthétique en bloquant obstinément toute copie de se films. Le phénomène inhabituel que nous venons de décrire nous laisse penser que les inconditionnels de Boutonnat restent plus proches du public d’un auteur de cinéma que de celui adepte de chansons de variété. 

Il est en effet capable de pérenniser une œuvre au delà de sa sortie en première exclusivité, la ré-exposant à un public des années après.

 

EXTRAIT DU LIVRE DE Jodel Saint-Marc  « Le Clip en tant qu’œuvre Cinématographique / aux éditions Sorbonne Nouvelle en août 2003 

 

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PRESENCE DE LA CHANTEUSE DANS GIORGINO

Posté par francesca7 le 15 août 2014

 

 

Sur divers plans, même s’il développe une intrigue bien particulière, Giorgino recycle bon nombre d’éléments des clips tournés par un même cinéaste. On y reconnaît une même dynamique, le même style sur le regard au monde, et peut-être une même ambiance générale oppressante, quasi-malsaine, illustrant la reprise des mêmes thèmes de l’amour et la mort mêlés. 

Ce qui peut faire les qualités de ce long-métrage peut aussi être à la base de ses défauts : ce recyclage de thèmes et d’éléments plastiques peut aussi bien passer pour une recherche de cohérence générale de l’œuvre que pour de la redite, ce qui fait la presse le qualifier à plusieurs reprises de « long clip »169. Jugement court et définitif, cette épure de critique pourrait être pertinente si Giorgino reprenait l’espèce de « dogme » que le clip s’était lui-même dicté, ou s’il l’avait transposé au long-métrage.

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Or Giorgino n’applique aucune règle, sinon celle de la « mégalomanie » systématique de son auteur, il n’est bridé par aucune exigence de courte durée (le film dure trois heures trois minutes, qui est une durée assez longue pour ne pas la trouver « formatée » pour le public de courts), il ne s’inspire pas d’une musique déjà écrite, pas même d’un texte (Laurent Boutonnat signe l’idée, le scénario et l’adaptation avec Gille Laurent) et n’a pour but, à priori, de promouvoir qui que ce soit. Qu’est ce qu’on peut alors entendre par « long clip » ? Question légitime car un magazine comme Télérama ne se contente comme critique que de ce commentaire laconique :

 

« Le réalisateur des clips de Mylène Farmer réalise… un clip avec Mylène Farmer. »

Auteur inconnu, Télérama n°2335, octobre 1994, p.42. 

La présence de la chanteuse dans le film et son rôle quasi-muet entretiennent probablement cette idée de prolongement des clips, qui y exhibe son égérie de la même façon, qui l’entoure d’une même aura savamment orchestrée, qui l’habille d’un pseudo-mystère de Greta Garbo de variétés. Certes tout cela peut ne pas fonctionner, mais on ne peut pas reprocher à Giorgino de tendre vers une autre forme filmique que celle du « long-métrage de fiction romanesque ».

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Giorgino appartient à la même famille que Tristana (1987), ou Pourvu qu’elles soient douces (1988), celle des « films » se déroulant en période de guerre. Elle est toutefois traitée différemment à chaque fois, dans le clip de 1988 on est sur le front de la guerre de sept ans aux côtés de l’héroïne qui assiste aux combats entre Anglais et Français, dans les deux autres on est loin de la bataille, dans la campagne et on assiste à un autre affrontement intimiste, beaucoup plus froid. Ce qui faisait auparavant la particularité des clips de Boutonnat rappelle ici ses propres productions, mais on est très loin d’y retrouver les caractéristiques du clip-type. Outre l’actrice principale, certaines figures présentes dans Giorgino nous sont connues, telle la femme enfant, elle aussi raillée par la presse :

 

« Matériel (pour réaliser le film) : Les fiches Monsieur Cinéma de La fille de

Ryan, Bambi, Dracula, Les Hauts de Hurlevent, toute la collection des Série rose

sur M6 (cf. la scène où Mylène, endormie, un pouce dans la bouche, dévoile une

cuisse de nymphe). »

 

Même si le village de Chanteloup où se déroule la plupart de l’action est imaginaire, on a peu de mal à le placer dans les Vosges ou dans un massif des Alpes, la neige omniprésente tout au long du film rappelle celle de Tristana, de Désenchantée ou de Regrets. Le premier avait été filmé dans le Vercors mais était censé se passer dans les pleines de Russie, alors que les deux suivants étaient volontairement insituables (Boutonnat disait171 vouloir Désenchantée intemporel, par le choix des costumes notamment). Ces deux clips tendent vers le même onirisme des décors voulu par le cinéaste, tant la platitude de ces étendues désertes semble irréelle :

 

« La Hongrie est un pays plat, où il n’y a que des plaines. Et tout le centre de la

Hongrie, c’est ça : des centaines et des centaines de kilomètres avec rien. C’est

très impressionnant. Surtout avec la neige, on a l’impression que le ciel et la

terre se rejoignent […] c’est le néant. »

 

On retrouve dans Giorgino nombre d’éléments chers à Laurent Boutonnat : même si le cimetière y sera pour la première fois utilisé de manière réaliste, il nous renverra au surréalisme des scènes encadrant Plus Grandir (1985), à la topographie scénique de En concert (1989) ou à l’onirisme du décor de Regrets (1991). La religion quant à elle toujours omniprésente et impuissante a un rôle clé dans l’intrigue, prédisant la mort des hommes au combat, et obligeant la dissimulation à Catherine des véritables circonstances de la mort de son père.

  L’imagerie Laurent Boutonnat telle que nous la décrivions dans un chapitre précédent souffre t-elle du passage au long-métrage ? La forme du vidéo-clip, sa durée et le contenu de sa bande sonore permettent de développer un thème unique, une imagerie précise et connotée dans une géographie réduite ; le but (et quelquefois la limite) étant même la plupart du temps de fournir à la rétine du téléspectateur le maximum d’angles de vue autour d’un même sujet, d’une même situation ou d’un même décor. Même enrichi, la reprise de ce principe pour un long métrage de trois heures peut rester indigeste. 

Laurent Boutonnat dans Giorgino prend le prétexte d’une quête d’enfants par le docteur qui s’en occupait avant-guerre pour raconter la lente régression de son héros vers son stade infantile. Cette recherche le mènera tour à tour dans un village de montagne peuplé de femmes hostiles, dans un asile aux pratiques barbares, puis dans une église habitée par un abbé généreux mais borné. Le fait de connaître le travail de Laurent Boutonnat ne joue pas en faveur de Giorgino, les parallèles entre deux formes si différentes que le clip et le long-métrage se faisant malgré tout. Basant (on l’imagine volontairement) son film sur la splendeur des images, sur le travail de composition et sur le recyclage de l’imagerie qui a fait sa gloire dans le clip, il est facile de reprocher à Laurent Boutonnat l’indigence de son intrigue, alors que des films au principe comparable (intrigue simple, géographie limitée, onirisme récurrent et utilisation d’une imagerie) comme Le Locataire (Roman Polanski – 1976) fonctionnent à meveille. Plus que le film en lui-même, la réception de Giorgino par le public et la critique souffre avant tout de son imagerie, renvoyant trop vite à ce qui faisait la particularité (et la popularité) de Laurent Boutonnat lorsqu’il officiait dans le clip. 

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Il serait pourtant rapide de réduire Giorgino à sa plastique, tant la fonction symbolique des personnages et des lieux est importante. Pendant la première partie du film, Boutonnat s’attache à montrer le peu de fiabilité qu’il faille accorder aux propos des personnages, démontant leurs mensonges, perturbant son spectateur. Le discours est mis en doute tout comme la paroles de chacun des personnages, et il est déformé, comme la vérité elle, est cachée. La face sombre des êtres et des choses est taboue tout comme ce qui échappe aux normes de l’époque est interdit. On note que c’est dans l’orphelinat du docteur Degrâce que tous les interdits sont franchis, ceux de l’homosexualité, contrainte ou non (Catherine-Marie, Giorgio-Sébastien), du viol, et ceux en filigrane de l’inceste et de la nécrophilie. A l’extérieur, malades mentaux, meurtriers, dissidents, tous sont enfermés dans l’asile Sainte-Lucie et soumis à des thérapies barbares. Le mode de communication (de non-communication devrait-on dire) dans le village de Chanteloup est la rumeur; par conséquent la question que tout le monde se pose « que sont réellement devenus les enfants ? » restera partiellement irrésolue à force de réponses contradictoires et d’un final ne confirmant réellement aucune des hypothèses des personnages. 

Les versions se succèdent pour s’annuler réciproquement : la tenancière de l’auberge et l’abbé Glaise (à demi-mots) soupçonnent Catherine d’avoir précipité les enfants dans les marais tandis que d’autres accusent le docteur Degrâce de les avoir piqués. Mais on le sait, « la vérité sort de la bouche des enfants ». C’est en tout cas ce que pense Laurent Boutonnat ici, qui dit lui-même avoir signé un film sur l’enfance. Comme à genoux devant sa propre enfance, il donne à ses personnages jeunes le don de la vérité ultime. Catherine raconte à celui qui veut l’épouser « pour de vrai » que « c’est les loups » (sic) les coupables. Seulement cette Catherine est la seule à les avoir vus. Giorgio incrédule (et à travers lui le spectateur) imagine mal que l’explication soit si simple et si rapide, d’où le grand sentiment de frustration que génère le film (frustration due aussi au jeu d’acteur impressionniste des rôles principaux, et au montage qui prive à plusieurs reprises le spectateur de ce qu’il attend) lorsque finalement on s’apercevra que ces loups, existent effectivement (ce qui d’ailleurs, ne prouve en rien leur culpabilité). 

 On comprend enfin, mais trop tard, que les loups n’étaient qu’une métaphore : seuls les enfants, parce qu’ils sont purs et innocents, peuvent accéder à la vérité, autrement dit voir les loups. Les orphelins (âges d’une petite dizaine d’années) les voyaient, ils les ont d’ailleurs immortalisés sur les dessins qu’ils envoyaient à Giorgio. Dessins que ce dernier ne pouvait pas voir, tant au front il était de plein pied dans le monde adulte, avant qu’il n’entame son long chemin vers le retour à l’enfance. Les enfants du village voient aussi les loups, à l’horizon. A ce moment du film Giorgio qui est pourtant à leurs côtés ne peut pas les voir ; tout simplement parce qu’à ce moment-là du film il n’est pas encore arrivé au bout de son chemin vers l’enfance. C’est parce que Catherine est restée une enfant qu’elle en a toujours eu connaissance, et c’est parce qu’elle a quand même l’âge adulte qu’elle aurait pu faire fi de leur présence pour éventuellement tuer les enfants. Ceci nous est plus ou moins démontré dans la scène finale où on découvre Catherine et Giorgio enlacés au milieu du cimetière, tandis qu’à l’horizon une horde de loups s’approche en silence, comme la vérité qui devient une évidence pour ces deux enfants orphelins retrouvés.

Aucun des adultes ne croit à l’existence des loups, à commencer par le curé qui explique à Giorgio que les hurlements qu’il entend ne sont que le bruit du vent dans les collines (ce n’est pas la vérité… c’est du vent). Les illustrations de cette idée ne manquent pas, comme la scène où les femmes elles aussi en état de frustration (sexuelle cette fois) traitent le prêtre de menteur tandis qu’il donne l’ultime bénédiction aux hommes du village morts au combat (prétendument mutilés justement par des loups). Le refus de la mort vient encore enfoncer le clou de la métaphore : une vérité fondamentale qu’on ne veut pas accepter, que seuls les adultes refusent de voir et de croire. La mort où la fuite s’avèrent donc au terme de l’histoire, être les seules issues possibles : Mort donnée ou provoquée : le suicide de Mme Degrâce qui avait elle même fini son histoire avec la mort des enfants alors que Giorgio la commençait, la mort à demi-volontaire de Giorgio, celle probable de Catherine, et la noyade des enfants. Les autres personnages ne meurent pas mais fuient géographiquement ou mentalement : l’exil du prêtre, de Marie, des femmes du village, l’univers de l’enfance comme dernier refuge pour Catherine et enfin l’asile Sainte Lucie, premier endroit où elle veut mourir. Si de manière évidente Giorgino fonctionne par symboles, la vérité est matérialisée par les loups et Chanteloup, le village maudit, caractérise le point de non-retour où la vérité chante trop fort pour ceux qui ne sont plus des enfants.

 

Le Clip en tant qu’œuvre Cinématographique : le Cas Laurent Boutonnat    livre de Jodel Saint-Marc en format .pdf de 142 pages, en téléchargement libre.

 

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SUICIDE BOUTONNAT-MYLENE DANS A quoi je sers (1989)

Posté par francesca7 le 7 août 2014

 

C’est en septembre 1989, en plein milieu de la tournée que sort dans le commerce A quoi je sers. Dans ce contexte de sortie, ce n’est bien évidemment pas par hasard que le texte de la chanson parle ouvertement de suicide :

 

 « Poussière vivante je n’ai pas su me diriger. Chaque heure demande pour

qui, pour quoi se redresser. Je divague, j’ai peur du vide, je tourne des pages,

mais des pages vides. […] J’avoue ne plus savoir à quoi je sers, sans doute à

rien du tout, à présent je peux me taire si tout devient dégoût. Poussière

brûlante la fièvre a eu raison de moi, je ris sans rire, je vis, je fais n’importe

quoi. Et je divague, j’ai peur du vide, pourquoi ces larmes ? A quoi bon

vivre. »

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Sitôt intégrée au milieu exact du spectacle, A quoi je sers appuie le sens que Laurent Boutonnat veut donner avec obstination à son concert. Le clip quant à lui est réalisé au milieu du mois d’août143 dans les environs de Cherbourg. Ne promouvant aucun album en vente à cette période, les ventes de ce 45 Tours n’engageront pas de lourdes sommes d’argent, si ce n’est la publicité qu’il pourra éventuellement faire pour le spectacle. Tournée qui aura repris les routes de France lors de la sortie du disque. Débarrassé d’obligations esthétiques purement promotionnelles, Laurent Boutonnat se sent donc une liberté totale pour la mise en images du clip. Il fera le choix d’aller vers une sorte d’abstraction remplie de longueurs et de symboles. 

Evoquant sous un angle biblique et symbolique le suicide (artistique) de la chanteuse, le clip représente sa longue et calme traversée en pirogue d’un fleuve144 avec pour seul accessoire une valise dont le contenu restera inconnu. Le passeur aux yeux cernés conduit la chanteuse vers une terre où l’attendent la majeure partie des personnages de ces anciens clips : sont présents Rasoukine le révolutionnaire de Tristana, la rivale de Libertine, le capitaine de Pourvu qu’elles soient douces, le marionnettiste de Sans Contrefaçon et le toréador de Sans Logique. Après les avoir rejoint, la chanteuse entreprend avec eux une marche dans les eaux boueuses, les yeux rivés vers l’horizon en direction d’une rive lointaine que l’on distingue à peine. makdes16Laurent Boutonnat supprime tous ses personnages vus de dos en introduisant leur noyade par un long plan-séquence final. Il ne filme là rien d’autre que la fin d’une époque. Son public sait dorénavant que ni Libertine ni sa rivale ne renaîtront une nouvelle fois de leurs cendres, que la chanteuse Mylène Farmer pose le voile de l’oubli sur un style qui lui fut si personnel mais qui ne sera plus jamais le même, et que la tournée qui joue alors à guichets fermés dans toute la France signe l’arrêt de mort d’une saga : celle d’un réalisateur qui se faisait une haute idée du clip et de ce qu’il pouvait véhiculer.

Poussant l’idée un cran plus loin pour bien que son public la comprenne, la face B du 45 Tours est une chanson titrée La Veuve noire qui reprend la mélodie d’introduction de la Face A A quoi je sers. Cette chanson proche par sa mélodie du ton suicidaire d’A quoi je sers parle du statut de défunte que le personnage de la chanteuse endossa dès que la date du premier concert de la tournée fut passé : « Toi veuve noire tu périras ce soir de mai ».

 

EXTRAIT DU LIVRE DE Jodel Saint-Marc  « Le Clip en tant qu’œuvre Cinématographique / aux éditions Sorbonne Nouvelle en août 2003 

 

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Une préparation à l’adieu de Mylène et Laurent

Posté par francesca7 le 7 août 2014

 

 

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 Lorsque Laurent Boutonnat et Mylène Farmer pensent au concert, ils l’envisagent comme un aboutissement. Pour eux, il ne sera difficile au-delà de cette représentation scénique de retrouver la crédibilité qu’avaient leur monde et leurs personnages dans les clips. Afin que le concert ne résonne pas auprès du public comme une simple revue ou comme un florilège de l’univers qu’ils ont crée depuis cinq ans, il fallait que celui-ci se veuille une continuation, un passage de cet univers en direction d’une nouvelle étape. Le public devant ressentir une évolution par rapport à ce qui lui était offert jusqu’à lors, la décision fut prise d’en finir avec ce pan de l’univers “boutonnien” : misanthrope, noir et kafkaïen. La mission fut trouvée pour le spectacle : enterrer définitivement ces ambiances et jouer sur la thématique de l’autodestruction pour montrer cette inhumation.

Concept pour le moins original, le fait d’envisager une première tournée comme une fin d’œuvre représenterait à la fois pour le couple d’artistes le moyen de justifier le passage à une autre phase lorsqu’ils feront leur réapparition deux années plus tard, et représenterait pour le public le contenu émotionnel des adieux d’un artiste dont ils n’auraient pas soupçonné le départ. Cette thématique de l’adieu est donc l’élément majeur du film et du spectacle. Non seulement le décor de cimetière, l’arrivée de la chanteuse par son sommet et son départ par un caveau soulignent sa fin, mais les tenues noires des danseurs et de l’artiste principale tout au long du concert appuient le thème mortuaire. D’autres détails dans le concert laisseront assez de pistes au public pour envisager la mort artistique de leur chanteuse : le fait par exemple de se faire porter par deux hommes à l’horizontale pendant un passage musical de Pourvu qu’elles soient douces, laisse présager de son prochain statut de trépassée ; le trio de chansons relatives à l’adieu, dont Jardin de Vienne et son histoire de pendaison, ou encore Puisque « Puisque je vais vous quitter ce soir, puisque vous voulez ma vie, je l’ai compris […] lasse, je m’efface. ». La plus grande des preuves du départ de l’artiste réside dans l’unique rappel, reprise d’une chanson de Marie Laforêt : Je voudrais tant que tu comprennes. Vêtue d’une robe à capuche rappelant la tenue du moine capucin venant ouvrir les grilles du concert, l’interprète sort lentement d’un caveau d’où jailli une lumière blême pour repartir, une fois la chanson terminée, au sommet du cimetière dont elle restera prisonnière une fois les grilles refermées.

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 Dans le traitement des scènes d’extérieur du film, le thème de départ, l’adieu, est exploité également, la scène assez courte introduisant le passage d’Ainsi soit-je le montre bien. Un mausolée de pierre représentant une femme couverte de roses (rappelant celles que l’on offre à une diva une fois sa prestation terminée) est montré en travelling vertical arrière comme si la caméra s’en dégageait, puis la chanteuse marche dans ce cimetière vide avant de se recueillir sur une tombe qu’on comprendra aisément être la sienne. En ce qui concerne les deux scènes d’extérieur qui encadrent le concert précédemment évoquées, leur caractère autodestructeur ne fait aucun doute. 

Boutonnat y place son interprète consentante qui assiste à la décomposition d’une partie allégorique de son oeuvre. On remarquera la tenue de Mylène Farmer dans ce plan : une robe de deuil noire qui est aussi celle qu’elle porte sur l’affiche du film. Si on étend au film entier l’idée de la crémation que subit la scène, on s’aperçoit que le public est à plusieurs reprises lui aussi calciné, surtout à la fin de Libertine. 

Dans cette séquence additionnelle au concert, le décor du cimetière qui explose laisse en surimpression la foule sur la partie inférieure de l’image et lui donne l’impression de se mêler aux flammes. Cette technique discursive de surimpression sera utilisée plusieurs fois, notamment à la toute fin du film lorsque les gros plans des spectateurs sont eux aussi imprimés sur les ruines en combustion : A certains instants la base des flammes se trouve en exacte similitude avec la courbe de l’épaule d’un spectateur, donnant encore l’impression de son ignition. L’idée de Laurent Boutonnat étant de détruire aussi sa chanteuse, on observera que pendant la chanson lente L’Horloge, elle se trouve durant plusieurs longs plans dans l’axe d’une flamme de briquet s’agitant en gros plan sous son corps, comme s’il voulait l’enflammer. Nombre de petits détails de composition comme celui là, même s’il restent quasiment invisibles à la première vision, influent sur l’impression générale d’autodestruction que dégagera le film du concert vu dans son intégralité.

 

EXTRAIT DU LIVRE DE Jodel Saint-Marc  « Le Clip en tant qu’œuvre Cinématographique / aux éditions Sorbonne Nouvelle en août 2003 

 

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BOUTONNAT, L’identification DES CONCERTS DE MYLENE

Posté par francesca7 le 3 août 2014

 

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On analysera ces choix de placements sonores en partie par un processus voulu d’identification au public du concert, en particulier pour la scène d’introduction. Alors que le spectateur du film s’attache pendant les plans d’extérieurs à la musique de fond comme à une musique extra-diégétique, il s’aperçoit lors des premiers plans de la salle de concert que cette bande musicale est bel et bien jouée on stage par les musiciens, les acclamations en rythme du public le lui faisant facilement comprendre. Les premiers plans en caméra-épaule embarqués dans le public du concert accroissent ce processus d’identification, le spectateur du film se trouvant au même niveau que les autres spectateurs. Le choix de Laurent Boutonnat de porter l’identification du spectateur sur le public du concert est sans nul doute le plus judicieux, car les deux parties assistent au spectacle et n’en sont pas acteurs. Ceci explique l’absence d’images de coulisses de l’interprète à laquelle on ne doit surtout pas s’identifier, tant sur elle repose tout le spectaculaire de la mise en scène et une grande partie de l’effet charismatique que veut donner le show. 

Lors du passage précédant Ainsi soit-je, la scène d’extérieur de visite du cimetière n’a pas le son intra-diégétique qu’on pourrait en attendre, qui pourrait par exemple être composé des bruits de pas dans les feuilles mortes des allées. Si seuls les bruits de concert sont audibles, c’est justement parce que c’est sur la scène que va se passer l’action, que se place la diégèse, et non pas dans ces plans qui n’ont ici qu’une fonction d’image mentale quasi-onirique et symbolique. Plus que jamais à cet instant le spectateur du film doit se situer par rapport au concert et non pas aux plans additionnels extérieurs à la salle de spectacle. En ce qui concerne la fin du film, alors qu’à l’image se mêlent dans les mêmes plans visages du public du concert et décor en extérieur, le son reproduit cette ambiguïté en ne représentant que le son musical du concert sans celui du public mais néanmoins en y ajoutant les bruits d’extérieurs. C’est peut-être ce moment précis que Laurent Boutonnat choisi pour mettre en évidence le désarroi du public désormais muet qui se recueille devant les cendres encore rouges de la scène. Public alors confondu avec les spectateurs du film, chacun placé symboliquement par Boutonnat devant la scène dans la salle de concert, et devant le décor transplanté dans la nature. On ne peut que se rendre compte de l’extrême cohérence à la fois de la structure scénique à priori hasardeuse et du processus d’identification voulus par Boutonnat : situer le spectateur de son film face au décor de son spectacle, de la même manière dont il a traité les spectateurs du concert par rapport à la scène qui leur faisait eux aussi face.

 

Une structure fictionnalisante

 Décidé à faire de En Concert un film complet, écrit, pourvu d’une diégèse, Laurent Boutonnat s’est sans doute rendu compte que ce qu’il avait appliqué au court-métrage pour réaliser ses clips, il pouvait le réinventer pour le film de son concert en s’inspirant des attributs du long-métrage. Le dispositif du concert permet d’emblée d’appliquer au film qui en sera tiré certaines de ses caractéristiques : le changement de costumes (voire de décors ou de coiffures), le découpage par séquences, la justification de la musique, et avant tout une mise en scène.

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Si Laurent Boutonnat a interprété la présence d’un public comme faisant du concert un spectacle hybride entre le théâtre et le clip, il a sans doute envisagé son film comme un long-métrage dont le genre serait renouvelé. Investissant les mêmes moyens dans la réalisation de ce film qu’au tournage de ces petites réalisation, Laurent Boutonnat veut faire de son long-métrage une partie intégrante de son œuvre de clips, décomplexée du dispositif scénique qui bride malgré tout de manière importante la portée de la mise en scène des actions. Boutonnat dévie cet inconvénient en composant sa scène comme il le ferait pour son cadre lors de la réalisation d’un clip ; d’où l’importance d’identifier le spectateur du film au spectateur de la salle, à la différence près que le second peut, s’il le désire, profiter du hors champ du premier.

 

Le film de concert est vu en général comme un documentaire, retraçant en temps réel les actions contenues dans le spectacle afin d’en donner le compte rendu le plus fidèle. Il y a dans ces films bel et bien une notion de mise en scène, même de scénario, mais ceux-ci sont conçus en amont et n’ont pas pour objet le film, mais son relatifs à la conception du concert en question. Pour prendre une comparaison, le film de concert pourrait s’apparenter au documentaire sur un groupe (une tribu, une association, des amis) qui donne un spectacle à un public ; le documentariste tentant de rendre au mieux la vérité par un effet de réalité. Ces films se veulent généralement le témoignage d’un spectacle, n’interférant pas dans les choix esthétiques et narratifs de celui qui l’a conçu, et livrant simplement, quitte à la commenter et y appuyer un regard, la vision que l’on doit avoir de ce qui s’est passé lors de la prise de vue. 

Laurent Boutonnat étant à la fois l’unique concepteur du concert et le réalisateur du film qui en est tiré, il a choisi d’enrichir le premier par le second, en les éloignant néanmoins l’un de l’autre dans leur forme. Les moyens de tournage mis en œuvre son bel et bien ceux offerts à la majorité des films de fiction ayant un budget comparable : pellicule 35 mm; caméras Steady-cam, ralentis débrayables et loumas à l’appui. 

Mais Laurent Boutonnat a avant tout modifié les plans qu’il avait pris du concert pour les inclure dans une structure fictionnalisante en direction d’un support cinématographique. Non seulement il y a inclus des scènes d’extérieur, situant la scène de concert dans un autre lieu spatial que la salle de spectacle ; mais il a aussi “mutilé” le concert de deux chansons (Plus grandir et Allan) lors du montage du film. L’objet du film n’est pas le même que celui du concert. Si lors du spectacle la pièce principale reste l’artiste qui apparaît sur scène et interprète son répertoire, le film, lui, tourne autour de l’idée du concert, c’est lui l’objet capital du long-métrage. Alors reléguée par le truchement de la caméra au rang de participante au film du concert, la chanteuse n’apparaît plus en tant qu’artiste, mais en tant que personnage jouant un rôle fictionnel. L’abondance d’artifices comme les plans ralentis sur sa personne vont dans le sens de la composition d’un personnage par l’interprète, irréalisant parfois outrageusement sa prestation.

 

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Le choix d’enlever deux parties du concert, à la présence pourtant justifiée dans le spectacle, s’explique de deux façons. Tout d’abord l’enjeu promotionnel étant toujours présent en 1989, deux 45 tours sortiront en extrait de l’album live du concert afin de le promouvoir. 

Plus grandir et Allan sont présents dans le disque qui sort dans le commerce le dernier jour de la tournée. Or le film du concert ne sortira qu’un an plus tard, Laurent Boutonnat qui a suivi de très près l’ensemble de la tournée ne se consacra au montage qu’une fois qu’elle fut terminée. 

Un an de montage et de mixage fut nécessaire et le film sorti en septembre 1990 simultanément en salles et en cassettes vidéo. Les passages du concert concernant les deux chansons furent utilisés à l’époque de leur sortie respective dans le commerce. Alors remontés pour en faire deux clips “live“ présentant eux aussi des scènes extérieures, des ajouts de bruitages et d’effets spéciaux vinrent accompagner les plans filmés pendant le concert (voire chapitre suivant). 

Eux-mêmes vendus en vidéocassette peu après leur diffusion télévisée, l’idée de leur absence sur la cassette du concert sera sans doute venue du souhait d’encourager les acheteurs à se procurer les deux vidéos pour pouvoir jouir de l’intégralité du spectacle. La deuxième raison de “l’amputation” de Plus grandir et Allan relève du simple confort de visionnage du long métrage. Les films de concert, déjà peu nombreux en 1989, ne sortent jamais en salles, excepté quelques-uns uns anglo-saxons réalisés sur pellicule à la fin des années 70. Afin de rapprocher En Concert d’un long-métrage habituel, le fait pour Laurent Boutonnat de retirer ses deux chansons ainsi que tous les temps morts situés entre elles (silences, certaines intros, outros, reprises et rappels…) , le ramena à une durée de une heure et trente minutes, en opposition aux deux heures un peu lourdes qu’aurait duré l’intégralité de la capture du spectacle. La question du choix des chansons à retirer se pose inévitablement. Nous noterons que les deux parties soustraites à l’ensemble ont de maigres chorégraphies, Plus grandir mettant en scène deux danseuses et Allan une seule. 

Si pendant le concert la fadeur relative des deux chansons (pourtant assez rythmées) par rapport au reste ne choqua pas, leur présence dans le film n’eut pas été assez spectaculaire ou même suffisamment distrayante. Boutonnat ne pensa pas frustrer excessivement son public en omettant volontairement ces deux chansons. Celles-ci sont peu connues, et même si Plus Grandir fut un 45 Tours quatre ans auparavant. Celle-ci ne connut alors qu’un succès d’estime et ne restait pas dans la mémoire collective comme une chanson très populaire.

 

La cohérence entre la mise en scène du concert et les ajouts de Laurent Boutonnat, tant au niveau de l’image que celui du son, donne une autre dimension au film. On ne peut le situer que par rapport au décor perdu dans une plaine désolée, et non pas au Forest National de Bruxelles avec des coulisses, des billets d’entrée et des gradins. C’est ici que réside aussi la fiction, dans l’anonymat d’un lieu qu’on remplace par un espace imaginaire. Le concert se découpe en tableaux, chacun regroupant une chanson, parfois deux.

téléchargement (3)

 A chaque tableau correspond un dispositif d’éclairages, une panoplie de costumes, d’accessoires, et avant tout une façon de filmer. On peut comparer chacun des tableaux de ce film à une séquence dans un long-métrage de fiction, la ponctuation délimitant chacune d’elle étant ici un plan sur le public, une scène d’extérieur ou un noir. Tout au long du film le spectateur (tout comme le public dans la salle) est assujetti à la mise en scène du spectacle. Alors que Laurent Boutonnat aurait pu utiliser les plans sur certaines personnes du public comme de simples plans documentaires sur la réception émotionnelle du spectacle par le public, il les manipule pour les fictionnaliser et les replacer dans des contextes discursifs. Les ralentis qui leur sont appliqués fait ressortir leur utilisation purement sensationnelle et esthétique ; et on mettra par exemple en évidence que le moment où les personnes en question sont filmées est différent de l’endroit où leur plan est monté dans le film. C’est ainsi que la fin du concert fait de surimpressions crée l’impression de personnes se lamentant sur les décombres du décor qui s’enflamme, alors qu’elles n’ont jamais assisté à cet embrasement et ne faisaient que réagir à une des sorties de scène de leur artiste.

 

EXTRAIT DU LIVRE DE Jodel Saint-Marc  « Le Clip en tant qu’œuvre Cinématographique / aux éditions Sorbonne Nouvelle en août 2003

 

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FAIRE UN SPECTACLE pour Mylène

Posté par francesca7 le 3 août 2014

 

 

 Suite logique de la carrière discographique d’un artiste, le concert devait tôt ou tard confirmer ou trahir la particularité de l’image que créait depuis six ans Laurent Boutonnat pour sa seule interprète : Mylène Farmer. Producteur, compositeur et réalisateur de la chanteuse, c’est avec une évidence naturelle qu’il se décida à investir la multiplicité de ses talents en travaillant dès les premiers mois de 1988 à l’écriture d’un spectacle qu’il voudra lui aussi particulier, et qui parcourra les Laurent-Boutonnatroutes de France en quatre vingt dates un an et demi plus tard.

 

La volonté, dès son deuxième clip Plus grandir (1985) d’être reconnu davantage comme un cinéaste que comme un “clipeur” l’influera sans conteste pour la conception du show. Pour ce qui est de l’agencement des lumières, des placements des danseurs et de la structure de la scène, tout ceci sera conçu pour l’œil de la caméra. A aucun moment Boutonnat n’a visiblement réfléchi au concert en d’autres termes que cinématographiques, pensant toujours au film qu’il allait en tirer et qu’il conterait plus tard sortir en salle. Pour l’occasion, Laurent Boutonnat utilisera d’ailleurs une pellicule très sensible, lui permettant entre autres de capturer des visages dans le public et chez les musiciens pourtant constamment plongés dans l’obscurité.

 

 Le décor

 Hubert Monloup, décorateur d’opéra et de théâtre travaille à la demande de Laurent Boutonnat pour la première fois sur un concert de variété. La consigne donnée est de représenter le défilement du temps. La décision est prise de figurer le site de Stonehenge, en Angleterre. Ses alignements de pierres millénaires, devant lesquelles des civilisations calculaient la position des planètes et songeaient en l’au delà parlent à Laurent Boutonnat. Sur scène ces pierres à priori placées de manière anarchique fait penser à un cimetière vallonné, assez fonctionnel pour faciliter les entrées et sorties de scène, les déplacements, et y intégrer harmonieusement chaque musicien pour qu’il reste visible à la fois de ses collègues et du public. Les concerts de variété ou de rock usent habituellement de structures assez hautes, permettant entre autres une plus grande largeur de champ pour la rotation des projecteurs. Or les dimensions du décor en deux exemplaires créé par Hubert Monloup s’adaptent parfaitement à celles du format d’image utilisé par Boutonnat lors du tournage, abaissant la hauteur sous rampe à seulement quatre mètres, malgré les deux niveaux du décor au sol.

L’illusion donné est alors d’une scène plutôt “basse de plafond” s’apparentant davantage à un caveau qu’à un podium musical. Le mimétisme entre les contours de la scène et le cadre ont pour effet esthétique de diminuer le vide qu’aurait mis en valeur un plan large sur une scène à hauteur classique, et d’améliorer la composition plastique de l’image lors de plans d’ensemble avec des chorégraphies, les danseurs se disposant toujours agréablement sur la totalité de la surface filmée. Lorsque les chorégraphies ne se déroulent que sur une partie précise du podium (sur un côté par exemple), l’espace vide crée de l’autre côté est ignoré à l’image, redirigeant par recadrage le regard du spectateur comme le public du concert l’aurait fait de lui-même en ignorant l’espace vide.

 

 Des scènes d’extérieur

27706293L’utilité de la haute grille de cimetière encadrée de deux murs qui trône sur la scène avant et après le concert (et qui dévoile le décor caché derrière) n’est pas seulement justifiée par la diégèse du spectacle ; c’est aussi le moyen pour le cinéaste Laurent Boutonnat d’introduire son film par un travelling circulaire autour du cimetière-décor, transplanté sur une plaine de rase campagne. C’est peut-être ici que réside la première particularité de forme de ce film de concert. Là où un film de spectacle habituel commence directement par la première chanson ou par les backstages. En Concert débute par le long plan séquence de ces alignements baroques loin de tout public ou de tout projecteur. On ne peut alors soupçonner que le cimetière représenté à l’image est le décor du concert, sa place étant inimaginable au beau milieu d’un champ. Rien d’autre dans la bande son ne laissera encore de piste pour laisser imaginer qu’un concert en public va commencer. Après des inscriptions de génériques sur la musique Prologue débarrassée des cris d’impatience du public, le plan du décor isolé est coupé à quatre reprises par des plans similaires du décor, mais cette fois en caméra-épaule pris parmi les spectateurs. En établissant une telle liaison entre l’extra-ordinarité du décor et sa présence sur la scène, Laurent Boutonnat immerge directement le spectateur de son film dans un long métrage qui ne se revendique pas d’emblée comme le simple compte-rendu d’un spectacle, mais bel et bien d’un long-métrage romanesque. 

Lors de la longue introduction musicale de la chanson Ainsi-soit je, Laurent Boutonnat insérera dans son film une seconde scène d’extérieur : la visite au ralenti d’un (vrai) cimetière par la chanteuse suivie de dos qui finira par se recueillir sur une tombe. Par un effet de surimpression, le retour sera fait sur la scène où le pianiste, éclairé d’un seul projecteur, terminera son introduction. L’interprète fera peu après une nouvelle entrée en scène vêtue d’un nouveau costume. Une avant-dernière fois, Laurent Boutonnat utilisera des plans de son décor déplacé en plaine, lors du classique passage du rappel. Dans tout concert, l’interprète faisant mine de terminer le spectacle se retire sous les vivas, puis réapparaît quelques minutes plus tard pour une ou plusieurs éventuelles dernières chansons faussement improvisées. Ici, la chanteuse se retire une première fois à la fin de Libertine, à l’époque son plus grand succès populaire. 

Suite à un feu d’artifices illuminant toute la surface de la scène, le décor du concert dans la plaine autour duquel tournait la caméra au début du film explose sous l’effet de cinq bombes qui font voler les pierres tombales en éclats. C’est après avoir montré en surimpression ralentie à la fois les effets de l’explosion sur le décor et le public réclamant la chanteuse, que celle-ci refait une dernière fois son apparition sur la scène pour un morceau d’adieux La conception de la fin du concert sera en stricte relation avec son Prologue, les grilles de fer réapparaissent alors et se referment sur la silhouette de la chanteuse apparaissant une dernière fois en haut des marches du cimetière. La fin du film est cependant autre, elle aussi en relation étroite avec son ouverture : Alors que la chanteuse a disparue définitivement de la scène, l’écran resté noir quelques secondes se rallume sur le décor du concert se consumant au milieu de la plaine campagnarde. Pendant quelques minutes, des plans de spectateurs en sanglots se mêlent au paysage dévasté qu’offre les pierres qui brûlent sur une structure calcinée.

 

Il ne fait alors plus aucun doute que nous sommes bien face à la structure même de la scène du concert, des travellings latéraux nous montrant les barres de fer devant la soutenir. Pour la seule fois dans le film, des images d’extérieur sont présentes sur l’écran en même temps que des plans tournés dans la salle du concert, unissant définitivement les deux lieux dans une même vision de détresse et de destruction. Le générique se déroulera sur un dernier long plan reprenant le travelling ″circulaire″ du début du film, à la seule différence que le décor finira de se consumer lentement sous l’œil de la chanteuse, debout et impassible, vêtue d’une robe de deuil qui constate la lente disparition du décor faisant plus que jamais figure de cimetière.

mylene_show

En ce qui concerne le traitement du son lors de ces scènes particulières, on peut noter que la musique présente lors de l’enregistrement du concert en sonorise chaque seconde, ne laissant jamais entièrement la place aux bruitages inhérents à l’environnement de ces plans en extérieur (vent, crépitements du feu…). Nous conviendrons pour ces plans de trois niveaux de sonorisation : celui de la musique du concert, sortant soit des instruments des musiciens soit d’une bande son synthétique préenregistrée diffusée au public ; celui de la foule du concert, comportant les cris et applaudissements ; puis enfin celui de l’extérieur, représentant le champ sonore des plans tournés hors scène de spectacle. Pendant la scène d’ouverture du film, seule la musique du concert est audible, le son d’extérieur est muet alors que celui du public n’apparaît brutalement128 que lorsqu’un plan relatif au concert apparaît à l’image. Lorsque le travelling latéral en extérieur s’achève et qu’on entre définitivement dans le monde du concert, le niveau du bruit du public devient assez haut pour placer le spectateur du film “dans” le public, en rétablissant le champ sonore auquel il aurait droit s’il était dans la salle. 

Alors que la scène d’introduction de la chanson Ainsi soit-je est sonorisée uniquement par la musique du concert et les bruits du public, l’explosion du décor en rase campagne ne peut se passer des déflagrations couvrant en partie les acclamations de la foule. Explosions qui disparaîtront d’elles-mêmes au bout de quelques secondes dans un écho, facilitant en douceur l’enchaînement avec la chanson de rappel. La scène finale, elle, reproduit la distribution du champ sonore de la scène d’ouverture à un détail prêt. Alors que jusqu’à la fin du générique du film la musique du concert reste présente, le son du public s’arrêtera en fondu lors du passage à la dernière scène d’extérieur qui montre le décor se consumer. C’est alors que sans le chevaucher, le son d’extérieur des crépitements du feu et du hurlement du vent apparaît. Alors que le vent restera audible jusqu’à l’extrême fin du film, le crépitement du feu s’arrêtera simultanément à l’arrêt sur image situé au milieu du générique.

 

 EXTRAIT DU LIVRE DE Jodel Saint-Marc  « Le Clip en tant qu’œuvre Cinématographique / aux éditions Sorbonne Nouvelle en août 2003 

 

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UNE IMAGERIE HOMOGENE POUR MYLENE FARMER

Posté par francesca7 le 23 juillet 2014

 

giorgino_grueLaurent Boutonnat a pris la forme du clip dès Plus Grandir (1985) comme le seul moyen pour lui de créer son univers visuel. Le cinéma qu’avait entrepris de faire le réalisateur en réalisant à dix-sept ans le long-métrage Ballade de la féconductrice (1978) est le même que celui qu’il veut faire avec les clips qu’il tournera. Hors, l’imagerie qu’il souhaite véhiculer est éloignée de celle coutumière des vidéoclips du milieu des années 80. Deux imageries principales habitent les productions de l’époque. D’une part des atmosphères festives et colorées habillent les chansons de variété grâce à des danses et des effets visuels d’incrustation vidéo ; d’autre part des vidéoclips froids et sombres illustrent avec fumigènes et autres effets spéciaux les chansons du mouvement Cold Wave alors à la mode. 

A l’époque, les vidéoclips sont très majoritairement tournés en studio. C’est par goût de mettre enfin à la lumière son univers mais aussi de bouleverser les tendances que Laurent Boutonnat négocie avec sa maison de disque, dès 1984 la réalisation des clips de ses compositions. Mis à part Maman à tort (1984) et son clip tourné dans l’urgence sur support vidéo, Boutonnat investira dans toutes ses productions des conditions de tournage nouvelles et une imagerie dans une forme habituée à de sévères contraintes, surtout financières. Fréquemment tournés en extérieur, les clips et long-métrages réalisés par Laurent Boutonnat véhiculent des éléments récurrents employés dans des contextes différents selon les films. Le cinéaste apporte des éléments peu coutumiers des réalisateurs de vidéoclips : la datation historique de diégèses se déroulant à d’autres siècles, l’utilisation de réels personnages secondaires, puis une imagerie visuelle nouvelle pour le clip, présente uniformément dans chacune de ses productions.

giorgino_pic_tournage19 

Lieux et situations 

Les postulats de départ des clips de Laurent Boutonnat comme ses lieux de tournage campent d’emblée dès l’ouverture du film l’atmosphère lourde et négative de ses goûts cinématographiques. Le décor des films de Boutonnat, clips ou long-métrages, a contribué quelquefois à la réception critique de son œuvre en tant que « compilation imagière ». Le réalisateur dans toute sa filmographie a par exemple utilisé cinq fois le décor du cimetière, qu’il soit chrétien ou juif, que ce soit dans des clips ou dans chacun de ses longs-métrages. Boutonnat utilise ce décor dans des contextes pourtant différents. Alors simple élément décoratif servant l’introduction de Plus Grandir et l’errance de la fin de Ballade de la féconductrice, le cimetière prend une fonction symbolique dans Regrets où le lieu est une métaphore de la mort emprisonnant l’héroïne. En Concert élève le décor du cimetière en personnage du film, se sont ses grilles qui ouvrent et ferment le long-métrage, se sont ses tombes et ses « habitants » dont on suit l’évolution et la destruction durant le film. C’est le seul élément que suit le spectateur de la première image à la dernière. C’est seulement Giorgino qui utilise le cimetière selon sa fonction première : le repos et le rappel des personnes défuntes. En effet, seules les tombes du cimetière de Giorgino couvrent des personnages morts non-anonymes appartenant à la diégèse. 

Avant l’apparition des dites tombes à l’écran, le spectateur sait déjà qui elles représentent : les douze orphelins morts sur lesquelles le docteur Volli est venu enquêter. Les autres lieux utilisés par le cinéaste sont parfois emprunts d’une même morbidité, Sans Contrefaçon met en scène des roulottes de cirque vieilles et ternes, et l’action de Sans Logique se passe dans un désert aride au sol duquel traîne des ossements que de longs serpents viennent ronger.

image

Les situations de départ des films de Laurent Boutonnat relèvent toujours de contextes difficiles, kafkaïens. Désenchantée par exemple commence par l’emprisonnement et le bizutage de l’héroïne dans une sorte de « prison-usine »99. Le début de Sans Contrefaçon voit un marionnettiste renvoyé violemment du théâtre où il se représentait, se faisant jeter dans la boue et cracher dessus ; et Parler tout bas commence sur une jeune fille perdue au milieu les ruines de sa chambre dans laquelle tombe une lourde pluie. Le décor ainsi directement planté, le public de Laurent Boutonnat reconnaît le ton de l’auteur pendant que le spectateur de clips traditionnels se familiarise avec ces atmosphères nouvelles. Sans Logique est le clip représentant le mieux cette entrée en matière brutale. Le couple assis main dans la main sur une petite dune se taillent les paumes des mains avec un couteau rouillé sans raison apparente. Signe avant coureur du sacrifice auquel ils vont devoir se livrer devant un public familier, l’idée est introduite une nouvelle fois par une petite fille jouant dans la boue et clouant innocemment une figurine du Christ sur une petite croix en bois trouvée au sol. L’utilisation fréquente de scènes fortes et violentes au début des clips ne trouve pas sa justification dans l’unique but stylistique de choquer le spectateur pour « l’accrocher » à l’histoire. 

 Comme c’est fréquemment le cas chez les scènes d’introduction de longs-métrages, chaque petite tragédie de début de film a un sens et détient la fonction de désigner entre quelles personnes et à quel degré va se passer l’action. L’exemple le plus complet revient au pré-générique de Giorgino. La visite du héros chez son docteur est accompagnée par le compte rendu du décès d’un homme dont l’enfant patiente dans le couloir d’attente. On apprend que suite à une longue amputation, le patient a perdu beaucoup de sang puis est mort. Le visage de son fils est l’image qui ouvre le film, et lorsque le héros sortira du cabinet du médecin, il assistera à une scène symbolisant à elle seule toute sa vie. 

Une bonne sœur vient s’accroupir près de l’enfant pour lui murmurer d’une voix douce quelques mots qui nous resterons inaudibles. L’enfant consentant donne alors la main de la sœur et tous les deux s’en vont au fond du long couloir. Avant l’apparition du titre du film, un dernier contrechamp sera fait sur le visage du héros, lui aussi ayant perdu ses parents étant petit. Son personnage est entièrement contenu dans le dernier plan : un garçon à l’âme d’enfant perdu dans un monde d’adulte se fera guider par une religion omniprésente mais impuissante.

 

EXTRAIT DU LIVRE DE Jodel Saint-Marc  « Le Clip en tant qu’œuvre Cinématographique / aux éditions Sorbonne Nouvelle en août 2003

 Nous pouvons parler de Mylène sur  » La Vie Devant Soi «  

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LA MULTIPLICATION DES SUPPORTS DE CHANSONS DE MYLENE

Posté par francesca7 le 18 juillet 2014

 

 

Postérieurement à la période promotionnelle des chansons, l’intégralité des clips réalisés par Laurent Boutonnat entre 1984 et 1992 sortira sur support vidéo en plusieurs éditions.

Graphie13

 

Régulièrement une vidéo-cassette sort dans le commerce, regroupant les versions intégrales des trois ou quatre derniers clips diffusés. Ainsi 1987 verra la sortie d’une cassette regroupant Maman à tort, Plus Grandir, Libertine et Tristana. En 1988 sortira une vidéo avec Sans Contrefaçon, Ainsi soit-je, Pourvu qu’elles soient douces accompagné de son making-of. 

En 1990 la vidéo du film En concert sortira simultanément à la cassette de clips incluant Sans Logique, A quoi je sers, Allan et Plus Grandir Live. Enfin en 1992 la dernière cassette comprendra Désenchantée et son making-of, Regrets, Je t’aime mélancolie et Beyond my control. Les sorties de ces quatre cassettes sont à l’époque un fait unique pour un réalisateur de clips. Il faut attendre le milieu des années 90 pour voir un interprète sortir sur support vidéo une compilation des clips de ses chansons, Michael Jackson sera le premier et l’un des seuls à le faire jusqu’en 1999, année où davantage d’artiste feront paraître leurs clips, alors que les noms de réalisateurs divergent d’un clip à l’autre. 

Par la suite certaines compilations de clips d’auteurs et interprètes différents sortiront sur support DVD. Une cassette vidéo regroupant tous les clips de Laurent Boutonnat pour les chansons interprétées par Farmer sortira en 1998, ainsi qu’un DVD en 2000 avec quasiment le même contenu. Cette chanteuse, qui depuis a travaillé sous la direction d’autres réalisateurs90 pour ses clips, a sorti des vidéos comprenant ses nouveaux vidéo clips, mais jamais elle ne les intégra dans une même édition que ceux de Laurent Boutonnat. Ces supports vidéographiques des clips réalisés par Laurent Boutonnat restent ici ceux du réalisateur plus que ceux de l’interprète, car au delà de l’unité de la période de sortie des clips qui les regroupe, c’est lui seul le point commun de tous ceux compris dans la cassette ou le DVD en question. Lors de la sortie en 1998 de la cassette rassemblant tous ses clips, un autocollant rouge mentionne même : « Intégralité des clips réalisés par Laurent Boutonnat » qui le reconnaît bien en tant qu’auteur. Comme soucieux de sans cesse replacer son travail dans un contexte de cinéma plutôt que de télévision, l’accent de la jaquette de la vidéo-cassette est quant à lui porté sur le support cinématographique duquel sont tirés les clips y figurant :

 

« Afin d’offrir une qualité optimale, tous les clips présentés sur cette cassette

ont fait l’objet d’une remasterisation complète : tirages de nouvelles copies

films réétalonnées, nouveaux transferts vidéo, bandes sons remixées en stéréo ».

Boutonnat Hanss

Bien avant la parution en DVD des anthologies de Chris Cunnigham, Spike Jonze ou Michel Gondry (Collection The Work of directors, Editeur Labels, 2003), les recueils de clips d’un même réalisateur laissent percevoir Laurent Boutonnat comme un unique auteur à l’origine d’une œuvre homogène, pouvant être distribuée dans le commerce de la même manière que certains coffrets regroupant les films d’un même cinéaste. Comme la période de promotion des chansons qu’ils sont censés promouvoir est passée, la sortie de ces cassettes, au delà de leur aspect commercial évident, s’explique par la promotion d’un cinéaste attaché à une visibilité certaine et qui, à défaut de pouvoir espérer des rétrospectives ou des cycles dans les « salles de cinéma de répertoire ou de patrimoine », continue de diffuser son œuvre avec le support vidéo dont il est malgré lui coutumier

 

EXTRAIT DU LIVRE DE Jodel Saint-Marc  « Le Clip en tant qu’œuvre Cinématographique / aux éditions Sorbonne Nouvelle en août 2003 

 

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BOUTONNAT Vers une liberté d’auteur

Posté par francesca7 le 13 juillet 2014

 

 

Le schéma devant lequel nous nous trouvons avec Laurent Boutonnat est en bien des points exceptionnel. D’ordinaire, dans la moitié des cas plusieurs réalisateurs sont en compétition sur un clip, proposent un scénario ou au moins une trame, qu’elle soit narrative ou non. Ensuite libre à l’artiste et ses producteurs de choisir tel ou tel projet. Dans l’autre moitié des cas le choix du réalisateur est déjà fait, soit parce qu’il a déjà travaillé avec l’interprète en question soit parce qu’un bouche-à-oreille dans le milieu a incité l’engagement du réalisateur en question. Ceci débouche alors sur une collaboration et une recherche de clip en concertation avec l’artiste et son entourage. Laurent Boutonnat quant à lui a non seulement choisi l’interprète dont il réalise les clips, mais rempli les différentes fonctions de manager, producteur et compositeur. En ce sens il sait qu’il sera l’unique auteur des réalisations mettant en scène son interprète et qu’il pourra se permettre la mise en place d’éléments cinématographiques qui lui sont propres, qu’il pourra pérenniser dans plusieurs clips, qu’il pourra tout simplement imposer dans la durée sa grammaire, son cinéma.

 

 Mylene-Farmer-50-ans-le-12-septembre-2011-deja

Dès la première chanson « vendue » à une maison de production, Laurent Boutonnat a tout fait pour concevoir son clip tel une œuvre cinématographique, c’est à dire dirigeant le financement, les attributs esthétiques et narratifs ainsi que les supports et promotions qui la caractérisent. Or, les outils mis à disposition par les maisons de disque aux réalisateurs ne répondent pas à une telle demande, et les moyens nécessaires sont supérieurs à ceux alloués à une réalisation de clip traditionnelle. En cherchant via des sociétés de production publicitaires le financement qu’exigeait la réalisation de ses clips, et en les remboursant proportionnellement aux ventes effectuées par le support discographique correspondant, Laurent Boutonnat a instauré un nouveau schéma de production. A mi-chemin entre le paiement systématique du producteur publicitaire par l’annonceur et le remboursement aléatoire des sommes investies par un producteur de cinéma, ce schéma a conduit les clips de Boutonnat à un financement permettant d’assez hauts budgets pour ce médium promotionnel audiovisuel. Avec l’essore de la diffusion de vidéoclips à la télévision et leur stylisation, ce système de financement jusque là exceptionnel se répandra dans les années 90 avec la spécialisation de plusieurs sociétés de production dans le domaine du vidéoclip. De plus en plus rarement les maisons de disques s’occuperont directement de la production de l’image de leurs interprètes, préférant les déléguer à des sociétés extérieures. En maîtrisant via trois sociétés de production et d’édition une grand partie des commandes productives, Laurent Boutonnat pourra se permettre par la suite de réaliser, dans une forme qui n’y était pas du tout préparée, une œuvre audacieuse et coûteuse dans laquelle il a eu toute liberté pour diriger les commandes créatives. C’est grâce à cette légitimité qu’il aura pu se permettre la réalisation de certains clips approchant les vingt minutes (Pourvu qu’elles soient douces), et l’utilisation systématique de dispositifs de tournage peu économiques (pellicule 35 mm. et tournages fréquents en extérieur et à l’étranger) auxquels les réalisateurs sont habitués.

 

Dans cette quête ininterrompue de construction d’un auteur, l’aspect financier est un de ceux où Laurent Boutonnat s’est le plus démarqué des autres réalisateurs de clips, qui avaient pour la plupart la volonté de passer tôt ou tard au long-métrage de cinéma. En produisant lui même son œuvre, Laurent Boutonnat a pu se permettre d’émanciper son cinéma sans avoir à rendre de comptes dans une forme qui ne le permettait pas à priori, tant son aspect contraignant et ses objectifs promotionnels donnaient l’illusion de bloquer tout projet personnel ambitieux.

 

EXTRAIT DU LIVRE DE Jodel Saint-Marc  « Le Clip en tant qu’œuvre Cinématographique / aux éditions Sorbonne Nouvelle en août 2003 

 

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UN FINANCEMENT PERSONNEL DE BOUTONNAT

Posté par francesca7 le 11 juillet 2014

 

Mylene-Farmer-Libertine

 

Grâce aux royalties qu’il touche depuis trois ans avec ses compositions et productions discographiques, Laurent Boutonnat crée en 1987 Toutankhamon S.A; société produisant à la fois les disques qui sortiront désormais, et les clips qu’il tournera. C’est avec ce label que l’album Ainsi soit-je sortira dans le commerce ainsi que les chansons extraites et le clip du même nom. En 1988 la production grandiose de la suite de Libertine, Pourvu qu’elles soient douces nécessite un apport de deux millions de francs que Laurent Boutonnat seul ne peut pas apporter. C’est pourquoi il s’associera pour l’occasion au producteur François Casamayou. C’est la dernière fois que Boutonnat aura besoin d’une co-production pour un de ses clips. Afin de rentabiliser sa production, plusieurs tentatives seront faites par le réalisateur afin de placer Pourvu qu’elles soient douces en avant-programme de long-métrage au cinéma. Conjointement au clip, Boutonnat a déjà pour projet la conception d’une longue tournée pour son interprète, ainsi qu’un film de long-métrage sur le spectacle. C’est pour cela qu’il crée le 19 janvier 1989 la société Heathcliff S.A.82 dont il se servira dorénavant pour produire tous ses clips, dont Sans Logique et A quoi je Sers (1989), mais aussi son prochain long-métrage : Giorgino (1994). 

Laurent Boutonnat est alors un vrai producteur indépendant à la tête de deux sociétés s’illustrant dans l’industrie musicale, que ce soit par des supports discographiques ou cinématographiques.

Domaine inconnu dans lequel il n’est pas très à l’aise, il ne s’occupera pas de la production de la tournée de 1989 qu’il confiera à la société spécialisée Tuxedo Tour. En revanche la sortie dans le commerce du double album du concert marquera la naissance le 26 octobre 1989 de Requiem Publishing, sa société d’édition phonographique qu’il détient à parité avec la chanteuse Mylène Farmer et qui éditera pendant plus d’une décennie la totalité des chansons écrites par les deux collègues.

 

EXTRAIT DU LIVRE DE Jodel Saint-Marc  « Le Clip en tant qu’œuvre Cinématographique / aux éditions Sorbonne Nouvelle en août 2003 

 

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