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Tournage du film de Mylène F. Terminé

Posté par francesca7 le 2 novembre 2017

 

Vivre entre l’ombre et la lumière, le « je » et le « jeu », le hors-champ et le cadre… Elle s’y est habi­tuée. Elle y a même pris goût. Quelques mois avant de révé­ler ses talents d’actrice dans le thril­ler Incident in a Ghost Land de Pascal Laugier, la chan­teuse a bien voulu nous accor­der un entre­tien exclu­sif… libre et passionné !

ghost-land

Elle arrive avec quelques minutes de retard… vécues comme une éter­nité. Trois jours plus tôt, elle s’est lais­sée photo­gra­phier, en comité restreint, par Sylvie Lancre­non. Ambiance déten­due – bercée par la bande-origi­nale du film Tree of life et quelques morceaux de Sting – mais studieuse – choix des vête­ments, retouches maquillage, rien n’échappe à cette perfec­tion­niste. On a beau l’avoir déjà appro­chée, son absence, avant qu’elle ne surgisse devant nous, nour­rit les fantasmes. Trop fragile pour affron­ter nos ques­tions ? Lorsqu’elle finit par se présen­ter, ses jambes fines ne vacillent nulle­ment sur ses stilet­tos. Trop sauvage pour des retrou­vailles ? Cheveux lâchés et visage à peine maquillé, elle porte un collier aux allures d’amu­lette, mais elle a accepté, après le jeu des photos, notre rendez-vous, déta­ché de tout enjeu promo­tion­nel. Son prochain film, Incident in a Ghost Land réalisé par Pascal Laugier et tourné au Canada l’hi­ver dernier, ne sortira proba­ble­ment que début 2018. Soit près de vingt-cinq ans après Gior­gino, premier long-métrage en costumes, thril­ler enneigé et incom­pris de Laurent Bouton­nat. Musi­ca­le­ment, malgré une récente signa­ture avec Sony Music, la parti­tion est encore vierge. Mylène Farmer a l’élé­gance de ceux qui n’im­posent rien… sinon leur présence au monde, diffé­rente, inspi­rée, et inspi­rante.

Gala : Il y a cinq mois, vous avez terminé le tour­nage du film Incident in a ghost land. Un thril­ler éprou­vant qui confronte une famille à des esprits malfai­sants. Aucune séquelle à déplo­rer ?

Mylène Farmer : Toujours le même cauche­mar : Pascal Laugier, le réali­sa­teur, me pour­suit inlas­sa­ble­ment avec sa caméra dans les couloirs de la maison du film ! (Rires). C’était impres­sion­nant de le voir au travail, d’ob­ser­ver comment il faisait corps avec son long-métrage. Je garde un souve­nir très fort de ce tour­nage et de « mes filles » à l’écran.

Gala : Vous avez fait confiance à un réali­sa­teur, récent dans votre galaxie, et vous avez endossé un rôle inha­bi­tuel, celui d’une mère de famille. Le tout, en langue anglaise. Vous aimez pous­ser les curseurs de la diffi­culté ?

M.F. : Je ne parle­rais pas de diffi­culté, mais d’exi­gence. J’aime les projets ambi­tieux, précis, qui demandent l’in­ves­tis­se­ment de toute une équipe pour un résul­tat encore incon­nu… Il y a une certaine beauté dans ce geste collec­tif. J’ai accepté ce film, essen­tiel­le­ment parce que mon rôle était très bien écrit et parce que Pascal maîtrise remarqua­ble­ment ce genre. Son scéna­rio est formi­dable. Me glis­ser dans la peau d’une mère prête à défendre ses enfants était un chal­lenge, mais je l’ai fina­le­ment abordé de façon assez natu­relle, instinc­tive. Quand le tour­nage à débuté à Winni­peg, j’étais une actrice parmi les autres. 

Gala : Reve­nir au Canada, votre pays de nais­sance, a-t-il agité quelques émotions ?

farmer FILMM.F. : Une immense émotion ! J’ai retrouvé la maison de ma petite enfance, à Pier­re­fonds. J’ai pu en redé­cou­vrir l’in­té­rieur, le jardin… Je suis égale­ment reve­nue dans ma première école, tenue par des reli­gieu­ses… Alors que j’em­prun­tais la rue du Belvé­dère, où j’ai grandi, la neige a commencé à tomber. J’étais comme accueillie… 

Gala : Qu’est-ce qui prime pour vous : dési­rer ou se sentir dési­rée ?

M.F. : Sentir le désir… C’est fonda­men­tal pour moi. Vital, même.

Gala : Comment avez-vous préparé votre rôle dans Incident in a Ghost Land ?

M.F. : J’ai travaillé. Claude Berri m’a dit un jour : « Mylène,  si tu connais ton texte à la virgule près, ainsi que les répliques de tes parte­naires, tu pour­ras tout oublier et t’aban­don­ner. » Depuis le cours Florent, je suis amie avec Vincent Lindon, qui m’impres­sionne infi­ni­ment  dans chacun de ses rôles. Son aide fut précieuse. Il m’a conseillé son coach. J’ai répété. Et puis… j’ai fait le grand saut dans le vide !

Gala : Isabelle Adjani a récem­ment déclaré : « jouer, c’est répa­rer ». Qu’est-ce que cela vous inspire ?

M.F. : C’est une défi­ni­tion qui corres­pond parfai­te­ment à cette grande actrice. Mais pour moi… Je ne crois pas à la répa­ra­tion. Je dirais plutôt qu’on apprend à vivre avec soi. Ce qui, déjà, n’est pas une partie de petits chevaux … 

Gala : Pardon­nez la ques­tion, mais la dispa­ri­tion de votre maman, quelques mois avant de tour­ner avec Pascal Laugier, a-t-elle influencé votre inter­pré­ta­tion d’une mère de famille ?

M.F. : Permet­tez que je ne vous réponde pas direc­te­ment. Chacun d’entre nous est touché par des deuils. J’ai la chance de pouvoir écrire sur « mes » absents… Sans les nommer… Et de pouvoir, par la magie des mots, aspi­rer un peu du chagrin des autres. 

Gala : Isabelle Huppert, que vous connais­sez bien, a dit : « être actrice, c’est trans­for­mer en excel­lence ce qui ne l’était pas : la fragi­lité en force, la timi­dité en assu­rance. » Cela vous ressemble, non ?

M.F. : J’ai beau­coup d’ad­mi­ra­tion pour Isabelle Huppert, sa déter­mi­na­tion, ses choix artis­tiques, son jeu unique. Je ne sais pas si ses mots me ressemblent, mais je partage son point de vue. Le dépas­se­ment de soi est un mini­mum, lorsqu’on veut parta­ger avec les autres. Vivre est une aven­ture exigeant que l’on se réin­vente sans cesse, sans jamais se trahir, ni sacri­fier aux modes. Je suis une instinc­tive et ma timi­dité, que j’as­sume, m’a sans doute proté­gée ! 

Gala : Quels sont les mots qui vous touchent le plus ?

M.F. : Les mots pronon­cés au moment où l’on ne s’y attend pas. Je suis fasci­née par la puis­sance des mots portés par la bonne personne, au bon moment. Et « Mon Amour » m’émeut telle­ment… 

 

Propos recueillis par Thomas Durand 

article paru dans http://www.gala.fr/l_actu

Publié dans Mylène 2017 | 1 Commentaire »

RECIT DE L’ADOLESCENCE DE Mylène FARMER

Posté par francesca7 le 16 juillet 2016

 

‘Mon adolescence’, par Mylène Farmer  paru dans OK du 25-janv-1988                                                                                                                                        

« Nous sommes entrés, à mon avis, dans une ère de désintéressement.                                     

Notre époque a perdu son âme. »  

blog francesca                                          

Mon caractère : l’envie d’être à part.                                                                                

- Quelque part, j’étais peut-être un peu comme l’héroïne de ma dernière chanson : « Sans contrefaçon…je suis un garçon… ». Je n’étais pas un garçon manqué mais une fille manquée ! Depuis ma plus tendre enfance, je n’ai jamais aimé jouer à la poupée, à la dînette… J’ai toujours préférée la compagnie et les jeux des garçons. Certainement cela a dû influencer mon caractère… Jusqu’à l’âge de dix ans, j’ai vécu au Canada une enfance heureuse. J’étais très ouverte, bavarde… Et mon arrivée en France a été un véritable choc. J’ai eu du mal à m’intégrer à l’époque. Mais je n’ai pas souffert de cette période de transition qu’on appelle l’adolescence, disons que j’ai commencé à exister réellement il y a peu de temps, quand j’ai commencé à me réaliser dans le métier que j’ai choisi. Avant j’étais mal à l’aise. Sûrement un peu déracinée… En fait, je n’avais qu’une envie déjà : être à part, être la personne élue. Ce que je ne supportais pas, adolescente, c’est d’être perdue parmi 30.000 fourmis. Et c’est justement ce qu’on vous demande lorsqu’on est adolescent : ne pas être marginal, bien se noyer dans la masse. De cela oui, j’ai souffert !                                                                                                                          

Mes études : incolores et inodores.                                                          

- Je me souviens d’une chose étonnante : j’ai toujours refusé d’arriver en retard au cours. Hiver comme été, je me retrouvais seule à 7h30 devant la porte alors que nous ne commencions qu’à 8h… En revanche, je ne portais aucun intérêt quant à la suite de la journée. C’est un paradoxe bizarre que je n’ai jamais pu m’expliquer. Peut-être est-ce dû à mon signe zodiacal : Vierge ascendant Vierge, cause de conflit, de dualité ? En dehors de ça, j’ai vécu une scolarité que je qualifierai d’incolore, d’inodore. J’adorais le français, mais hélas, il m’a été enseigné par des profs qui le détestaient. J’aimais bien aussi le dessin, le théâtre et les sciences naturelles. Quant aux maths, j’étais archi nulle. En fait, mon esprit anti-cartésien ne pouvait pas s’accommoder de la logique mathématique.                                                                                                                                                                                                                         

Mes parents : je leur dis merci.                                                                                                       

- J’ai eu la chance d’avoir des parents intelligents, ouverts, généreux dans l’âme. Si je voulais leur parler, je pouvais le faire sans problème, mais mon caractère d’adolescente introvertie me poussait plutôt à me taire. En fait, à part notre ‘exode’ difficile pour moi au début, j’ai vécu dans un univers plutôt agréable, entouré de frères et de soeurs, comme la plupart des autres familles. En tout cas, je ne remercierai jamais assez mes parents d’avoir su régler parfaitement le problème de l’argent de poche. J’en avais un peu, mais pas trop. Dans des limites raisonnables qui font qu’on apprécie toujours les choses, qu’il vous reste les désirs. J’avoue que j’avais été choquée par les sommes exorbitantes que recevaient certains élèves.                                     

blog francesca1

Mon look : Maman n’avait pas tort.                                                                                                             

- Ma mère  a toujours adoré s’habiller et de ce fait elle m’a forcément influencée, je m’en inspirais plus ou moins, fatalement. Mais à 14-15 ans, le budget alors était limité en ce qui concerne les vêtements, aussi je recherchais avant tout à bien marier les couleurs plutôt que de trouver des formes originales. J’etais déjà définitivement pantalons et je me souviens en particulier d’une tenue bordeaux – j’ai craqué un moment pour cette couleur – pull et pantalons assortis que je trouvais du plus bel effet ! J’avais les cheveux très courts et je n’ai jamais eu les cheveux plus longs que ma coupe actuelle. Et jusqu’à « Maman à tort » ils étaient bruns. Ce n’est qu’à partir de « Libertine » qu’ils sont devenus roux.                                                                                   

Mes loisirs : l’équitation, déjà…                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                  

- La lecture, c’est venu assez tard. Non, vers 15 ans, j’étais surtout très dessin. Et puis déjà une passion pour les animaux et les zoos. J’avais essayé le piano, la danse classique (une seule séance, car à la fin la tête me tournait), puis j’ai tenté l’équitation et là mes parents ont dû se dire « Encore un de ses caprices ! ». Maman a vraiment eu tort car là, j’ai vraiment craqué. Au point de monter trois fois par semaine, de partir en stage l’été… Bien sûr, il y a eu aussi la musique. A la maison on était plutôt musique classique et côté variétés c’était Serge Reggiani, Gréco, Brel, Brassens, Barbara… Serge Reggiani, j’ai beaucoup aimé, je suis même allée le voir deux fois sur scène. Et puis, il y a eu Dutronc. Je n’ose pas dire mon idole, car j’ai horreur de ce mot, mais comme je n’en vois pas d’autres… J’avais tous ses albums, des petits joyaux, musiques et textes sublimes. Et quand il me restait un peu de temps, j’allais au cinéma. J’ai toujours été fascinée par le cinéma, par l’image. Et ses stars mythiques : Marilyn et James Dean, bien sûr mais aussi et surtout, Greta Garbo. Une comédienne, un personnage et un destin hors du commun…                                                                                                  

Mes premières amours : elles étaient impossibles et platoniques.                                                                         

- C’est venu vraiment très tard ! Adolescente, je n’étais pas du tout branchée boums par exemple. J’y suis bien allée deux, trois fois, pour voir, mais c’était pas mon truc. Malaise. Plutôt que des amours, j’ai eu des intimités intellectuelles avec des garçons, des relations platoniques, évidemment sans contact physique… Mais mes copines, elles, avaient plein de flirts et, bizarrement, j’en ai souffert. Quelque part, je jalousais leurs succès auprès des garçons. Encore un paradoxe de ma part. Mais j’avais trop d’appréhension pour franchir le pas… En fait, à l’époque je ‘fantasmais’ sur des amours impossibles avec tel ou tel comédien. Quelque part je devais trouver ça moins difficile qu’une idylle ‘en chair et en os’…                                                                         

En conclusion.                                                                                                                                                                                                                                                

- Nous sommes entrés, à mon avis, dans une ère de désintéressement. On se dit que la vie est difficile d’entrée de jeu – et c’est vrai qu’elle l’est, difficile – car d’entrée de jeu aussi, il y a le chômage. Notre époque a perdu son âme. Nous avons une crise bien plus grave que les problèmes boursiers. La vraie crise, elle est mentale, c’est dans nos têtes qu’elle se passe. Cela dit, je reste optimiste car en période de crise, il se passe toujours des choses qui font avancer le monde, un renouveau, un regain de création, d’énergies…                   

Publié dans Mylène 1987 - 1988, Mylène Autrement, Mylène dans la PRESSE, Mylène en CONFIDENCES | Pas de Commentaires »

LA VIE À PLEIN TEMPS pour MYLENE FARMER

Posté par francesca7 le 9 juillet 2016

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                       

Présenté par Marc BESSOU        -                                                                                                                           

FR3 MIDI-PYRÉNÉES07-avr-87                                                                                                                                                                                 

Marc Bessou énonce ses différents invités. Lorsqu’il présente Mylène, on découvre celle-ci, cheveux lâchés et habillée d’un smoking beige volontairement trop grand.                                                    

Marc Bessou : (…) En bout de rangée, c’est Mylène Farmer. Bonjour !                      

Mylène Farmer : Bonjour.                       

CHEZ FRANCESCA

MB : On écoutera « Tristana », bien sûr (Mylène acquiesce) et puis également, on vous passera à tabac ! C’est l’expression, enfin ça va pas très loin hein !                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                     

MF : Oui, j’aime beaucoup (rires)                                                                                                                                                   

Une séquence où Mylène chante « Tristana » sur le plateau accompagnée évidemment de ses deux danseuses est alors diffusée. Au retour plateau, l’animateur interviewe Mylène.           

MB : Voilà, « Tristana », Mylène Farmer. Je sais pas pourquoi, mais ça amuse beaucoup vos petites danseuses qui sont là (il désigne un endroit hors champ) et qui regardaient le tournage.    

MF : Elles sont indisciplinées, ça ne va pas ! (rires)      

MB : C’est incroyable, ça ! Comment s’appellent-elles ?          

MF : Alors il y a Sophie Tellier et Dominique (Martinelli, ndlr) qui sont danseuses, qui sont choristes, qui aiment le cinéma…Beaucoup de choses !                                                                                             

MB : D’accord. C’est la première fois que vous faites une chanson avec elles ?      

MF : Absolument, oui, oui. C’est la première fois que j’ai des danseuses derrière moi.              

MB : Et pourquoi ? Ca correspond à quoi ? C’est pour habiller, pour étoffer ?      

MF : Non, c’était une envie parce que c’est un bel ensemble. Par plaisir, tout simplement !            

MB : Ce qui a beaucoup marqué dans ce que vous avez fait, c’est les clips, on vous l’a dit souvent, notamment « Libertine ».                                                                                    

MF : Oui…    

CHEZ FRANCESCA1                                                          

MB : Là, pour « Tristana », vous gardez cette présentation plus scénique ? Vous avez pas envie de faire une histoire ?         

MF : Si, si ! C’est en préparation : on va tourner le clip dans une semaine, maintenant. On va aller dans le Vercors, puis y aura du studio près de Paris, donc encore…                                                                   

MB : (il l’interrompt) Y aura vos petites copines qui sont là ? (les danseuses, ndlr)                                                                 

MF : Y aura une des deux – malheureusement, il n’y a pas deux rôles – qui est Sophie, donc, qui était la rivale dans « Libertine »…                                                                                                                                                                                                                                             

MB : Ha d’accord ! La méchante !                             

MF : …et qui sera là une tsarine très méchante, encore ! (rires)                  

MB : Dites-moi, si j’ai bien compté, si j’ai bien tout compris, ça fait cinq 45 tours, non ?    

MB : Hein, quelque chose comme ça ?                                                                                                                                                               

MF : Oui.                                    

MB : Et puis un album !     

MF : Et un album ! Et le prochain, on le prépare, là.                                                                                                                                                                                                                                                                                                                         

MB : J’ai lu, j’ai appris ça, je suis un peu embêté de l’apprendre qu’aujourd’hui d’ailleurs, que vous étiez née au Canada.             

MF : Absolument. A Montréal.                                              

MB : Mais vous êtes française !                                                                                                                                                                              

MF : (sourire) J’ai les deux nationalités.                             

MB : Ha c’est vrai ?! On le dit jamais, ça !                                                                                                                                                           

MF : (soupir) Ca n’a pas grand intérêt, peut être, je ne sais pas ! (rires)                                                                                                           

MB : (il imite l’accent québécois) Parce que généralement, les canadiens, c’est quand même très typique si vous voulez, l’accent…        

MF : Oui, mais je préfère laisser mon accent de côté ! Que je n’ai jamais eu d’ailleurs !                                                                       

MB : Bon. Et ces cinq 45 tours qui se sont succédés en quoi ? Deux ans et demi, à peu près ?                                                                  

MF : Oui, c’est ça. Deux, trois ans.                                                                   

MB : Comment vous vous êtes lancée là-dedans ? C’est toujours la même question, mais c’est toujours amusant de savoir ce qui amène les gens à s’exhiber, en quelques sortes.                                                                                                                                                                                           

MF : Oui. Moi je réponds c’est une bonne étoile au-dessus de ma tête, c’est une rencontre avec deux personnes, qui sont donc…enfin, qui étaient, puisque maintenant je n’ai plus qu’un producteur et compositeur, et puis ma foi après, c’est du travail, du plaisir et puis la chance              

MB : Quand on fait une chanson qu’on a beaucoup aimée, beaucoup vue, donc « Libertine », avant, est-ce que c’est à la fois plus facile pour produire autre chose, mais y a toujours le danger que ça plonge après, non ?                                                                                                                     

MF : C’est-à-dire la fameuse expression « On vous attend au tournant », effectivement. Cela dit, c’est aussi quelque chose d’agréable de proposer quelque chose de nouveau et de différent. Je sais pas bien quoi vous répondre ! (sourire)                                     

MB : Mais y a une chose que vous devriez faire, à mon avis…                                                                                                                                 

MF : Dites-moi !                                               

MB : …c’est : vous devriez avec vos disques mettre une notice explicative parce qu’on ne comprend pas toujours, c’est toujours assez allusif, vous voyez ce que je veux dire ?                                   

MF : (son visage se ferme) Moui…                                                                                                                                   

MB : Par exemple la première chanson, y a des générations de gens qui se sont essuyé le front pour essayer de comprendre ce que vous disiez dans « Maman a tort », ce que vous vouliez dire.           

MF : Dans « Maman a tort » ?               

MB : Et là, « Tristana » c’est un peu mystérieux, aussi. Mais c’est exprès, j’imagine.                                    

MF : Je sais pas si c’est important d’avoir la notice d’emploi d’une chanson. Je crois qu’il y a des personnes sur « Maman a tort », ce dont vous parliez, les personnes ont pris le refrain, « J’aime les plaisirs impolis », d’autres « J’aime ce qu’on m’interdit » et puis sinon c’était la petite comptine : « 1, maman a tort… » et puis à chaque fois on prend des éléments…     

CHEZ FRANCESCA2

MB : Et donc on en fait ce qu’on en veut, finalement. C’est self-service alors ?!                      

MF : On en fait ce qu’on en veut, absolument. Et c’est pour ça aussi que l’apport de l’image pour les vidéoclips c’est encore quelque chose de nouveau, c’est agrémenter une histoire.                                                                                                          

MB : C’est ce qui illustre et c’est finalement à travers ça qu’on comprend le but.                   

MF : Qu’on peut comprendre oui, absolument.                                                                          

MB : Ces vidéoclips, vous les réalisez, enfin le mot n’est pas exact, vous y participez…           

MF : …activement, bien sûr.                                                                                     

MB : …et vous jouez un rôle vraiment décisif dans l’illustration de l’histoire ?                         

MF : Oui, oui. Être extérieure, ça je ne peux pas. Je travaille avec Laurent quant au scénario, et puis après ma foi, c’est lui qui fait…      

MB : Vous dites : Laurent… ?                                                                                                            

MF : Laurent Boutonnat, donc. Excusez-moi, je suis habituée de dire Laurent ! (rires)            

MB : C’est si vous voulez qu’on comprenne, parce qu’on ne sait pas tous : Laurent Boutonnat.         

MF : Voilà, et puis après c’est lui qui s’occupe du cinéma, à proprement parler. Et puis après, c’est un travail d’équipe.       

MB : OK. C’est tout à fait gentil d’être venue. D’ailleurs, vous savez que vous restez ?! Parce que tout à l’heure y a les questions du minitel qui sont posées. 

MF : Oui, absolument ! (rires)                                                                                                                                     

Marc Bessou se tourne alors vers l’invité suivant, l’écrivain Pierre Péan, venu parler de son nouveau livre « Les chapelières », dont l’action se situe à la Révolution. L’occasion pour Marc Bessou de se tourner à nouveau vers Mylène.                                             

MB : (…) Le lien me paraît amusant Mylène. « Libertine », c’est datable de quand, ces costumes, ces décors ? C’est un peu avant la Révolution ?   

MF : C’est le XVIIIème siècle, oui, un peu avant la Révolution.                             

MB : C’est pas très loin, quand même, ce climat de luxure qu’il y avait dans ce film-là et qui précédait l’ouragan.      

MF : Non…                                                                          

L’entretien avec l’écrivain continue. S’ensuit une chronique animalière portant sur les poissons rouges.                                                 

MB : (il s’adresse à tous les invités sur le plateau) Je voudrais savoir si, les uns et les autres, vous avez des poissons rouges ! (…)         

MF : Moi je peux vous raconter une histoire sur deux petits poissons !        

MB : Ha oui, oui, allez-y ! Racontez l’histoire !                 

MF : Alors, c’est deux petits poissons, rouges ou verts comme vous voulez, qui sont dans un bocal et y a un petit poisson qui demande à son voisin : « Dieu existe-t-il ? » Le petit poisson qui réfléchit, qui fait trois bulles et qui dit : « Et si Dieu n’existait pas, qui nous changerait l’eau du bocal ? ». Voilà ! (rires)  

MB : Oh comme c’est touchant ! Vous en avez pas, vous, de poissons, malgré l’histoire ?!                                                                 

MF : Non. Je n’aime pas particulièrement les poissons !                   

MB : Ha ! C’est franc !                                                                                                                                                

La chronique animalière. Après d’autres entretiens, Marc Bessou passe aux questions posées par minitel par les téléspectateurs.      

MB : On va revenir à Mylène Farmer, donc, pour la passer à tabac (d’après le nom de la rubrique, ndlr). Je prends la matraque ! « Passage à tabac », Mylène Farmer ! C’est une façon de parler, hein, parce que c’est pas si brutal que ça ! Ce sont donc les gens qui ont posé des questions sur minitel (…) et je me fais leur porte-voix. Alors, une première question : on vous demande pourquoi dans vos clips vous êtes toujours si provocatrice, s’il vous plaît !

MF : Par goût de la provocation. Voilà une phrase bien courte et très pertinente! (rires)    

MB : C’est pas mal !                                                                                                      

MF : Parce que j’aime provoquer et que ce n’est pas mon seul but, mais c’est vrai que j’ai un goût pour la provocation, comme certainement Pierre Péan, enfin le goût des choses un peu choc.                       

MB : Donc c’est réussi, alors !                                                                                   

MF : Merci !                                                                             

MB : (il continue à lire les questions des téléspectateurs) « Et-tu mariée ? », nous demande Tom.     

MF : Non, je suis célibataire et je vis avec un capucin, qui n’est pas un moine mais un petit singe !           

MB : Quelle drôle d’idée ! Et ça fait quelle taille, ça ?!                                                                                       

MF : Ce capucin est grand comme ça (elle désigne la taille avec ses mains), une très longue queue et à peu près le ton de vos chaussures…                                                                                                                                    

MB : Ha je vous remercie ! Mais quand elles sont cirées, plutôt !                      

MF : …qui ne sont pas cirées, d’ailleurs ! (rires)                                                      

Marc Bessou se tourne vers le chroniqueur animalier pour lui demander s’il connaît les capucins. Celui-ci répond que ce sont des petits singes délicieux, ce que Mylène confirme avec bonheur.                                        

MB : (…) D’autres questions ! Alors, on nous demande, ça c’est peut-être un peu plus sévère : « Avez-vous l’impression qu’il restera quelque chose, qu’on se souviendra des chansons de Mylène Farmer dans quelques années ? » 

MF : Ca, c’est une question à laquelle je ne saurais pas répondre.                                                                        

MB : Mais est-ce que ça vous importe qu’il en reste quelque chose ?                                        

MF : A votre avis ? Si on fait ce métier, c’est qu’on a envie d’y laisser quelques plumes et quelques traces. Bien sûr ça m’importe ! Je vais tout faire pour qu’on ne m’oublie pas ! (sourire)                

MB : C’est bien ! Remarquez, la provocation est un peu liée, d’ailleurs.                   

MF : Oui !                                                                                                                         

MB : Bon. On vous demande, ha ça je suppose que c’est un homme, c’est dommage il a pas laissé son nom ! Il vous demande quel type d’homme vous appréciez dans la vie.                               

MF : Quel type d’homme ? Je ne pense pas avoir un type…                                                                                                 

MB : Les capucins ?                                                                                                    

MF : Les capucins ! (rires) Oui, j’aurais pu répondre ça ! C’est encore une question très difficile…J’aime plutôt, je crois, les hommes dits intellectuels, entre guillemets.                                                                  

MB : Nous sommes tout un groupe ici d’ailleurs qui correspond parfaitement !         

MF : Je veux dire par là, c’est vrai que je suis fascinée par les métiers d’écrivain, journaliste…Mais c’est idiot comme portrait. Je ne sais pas, je ne sais pas bien.                                                                                            

MB : Mais je crois qu’en réalité c’était plus terre à terre, c’était physiquement.             

MF : Physiquement ? Alors, plutôt grand, plutôt des cheveux longs et fournis…            

MB : D’accord. Comme Bernard-Henri Lévy, alors par exemple ?                                                                    

MF : Cela n’engage que vous ! (rires)                  

CHEZ FRANCESCA3                                                                                                       

MB : Très bien ! On vous demande si vous avez fait des études.                 

MF : Oh, j’ai fait des études, je suis allée jusqu’en fin de 1ère. Après, j’ai abandonné et j’ai commencé l’équitation avec assiduité. Et puis ensuite, je me suis tournée vers le théâtre.                           

MB : OK. La toute dernière question : « Est-ce qu’on voit de vous c’est vous, ou est-ce que vous n’êtes pas un peu préfabriquée ? », vous demande Laurence.                                                      

MF : Encore une question qui est très étrange. Préfabriquée, c’est difficile vous savez. Je pense qu’on peut être préfabriqué sur un disque. Sur cinq disques plus un album, c’est très difficile. Moi j’aime ce que je fais et j’aime ce que je propose et j’essaye d’aimer ce que je suis. Donc au diable la préfabrication ! (sourire)          

MB : Parfait, belle conclusion ! Merci !                                                                         

MF : Merci à vous. C’était pas trop dur quand même ! (rires)                                   

Marc Bessou lance ensuite un reportage. Avant de conclure l’émission et juste après avoir évoqué une exposition de peinture, il se tourne une dernière fois vers Mylène.                                                                                                                              

MB : Vous peignez pas un petit peu, vous Mylène Farmer ?                                

MF : Un petit peu…Peindre, non. Je dessine volontiers avec des pastels.             

MB : Qu’est-ce que vous faites alors pendant les périodes d’inactivité ?               

MF : Des choses très étranges. Dans le domaine du dessin, vous parlez ?        

MB : Oui, oui !                                                                                         

MF : Oui, des choses étranges… (elle soupire) Ca, c’est encore plus difficile pour moi à exprimer.    

MB : Bien sûr, oui. Y a des personnages, par contre ?                                                                        

MF : Moi j’ai une fascination pour les insectes, donc y a des insectes un peu bizarres. Sinon, des choses qui ne veulent rien dire !                    

MB : Bon. Enfin qui veulent sûrement dire quelque chose, faudrait peut-être s’y pencher…On n’a pas le temps, là…                            

MF : Nous n’avons pas le temps ! (sourire)                                                       

MB : (…) Au fait, quand est-ce qu’on vous voit sur scène avec les danseuses ?                                                                                                 

MF : Pas encore. Je vais préparer un prochain album pour septembre, octobre (1987, ndlr) et puis après, nous penserons scène.                         

MB : Qui vivra, verra !                                                                                                                                                   

MF : Absolument.                                                                                            

Marc Bessou conclut l’émission en saluant les différents invités puis les téléspectateurs.     

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Mylène Farmer va tourner un film d’horreur

Posté par francesca7 le 8 juin 2016

 

 

Un peu plus de vingt après Giorgino, drame gothique de Laurent Boutonnat, la chanteuse française s’apprête à rejouer une terrible tragédie devant la caméra. Cette fois-ci sous la direction du maître de l’épouvante au cinéma.

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Son tournage promet déjà d’être effroyable. Vingt-deux ans après son mystérieux rôle dans GiorginoMylène Farmer renoue avec ses premiers amours et se prépare à combattre des spectres malfaisants devant la caméra de Pascal Laugier, spécialiste de l’horreur. Selon les informations du site américain Blood Disguting, les premières prises de vues du film d’épouvante devraient débuter cet été à New York et à Toronto.

Digne héritière du roman gothique, tout droit sortie de l’univers d’un Aloysius Bertrand ou d’un Edgar Allan Poe, Mylène Farmer est sans contrefaçon l’une des plus grandes héroïnes romantiques de son temps. Révolutionnaire saturnienne (Désenchantée) et poupée athée (Libertine), la chanteuse a toujours inervé ses chants et ses performances de références noires et mélancoliques.

Présences maléfiques

Aussi n’est-il pas étonnant que l’artiste à la voix de cristal et aux yeux de velours ait décidé de jouer dans un film d’épouvante. Qui plus est, réalisé par Pascal Laugier, un maître du fantastique qui a d’ailleurs exécuté son dernier clip, City of Love, une vidéo notamment inspirée de l’univers de Tim Burton et du Labyrinthe de Pan de Guillermo del Toro

Dans Incident in a ghost land, la chanteuse aux cheveux de feu renouera avec l’esprit noir et monstrueux de ses précédents courts-métrages pour incarner une mère de famille, quelque peu déphasée, confrontée à des manifestations maléfiques. Seule avec ses deux petites filles, Crystal Reed (Teen Wolf) et Anastasia Philipps (Skins), elle devra tout faire pour protéger sa petite famille des monstres qui parcourent la maison, dont elle vient d’hériter.

Pour l’heure aucune date n’a filtré quant à la future sortie du long-métrage dans les salles obscures. Mais, à l’image de la très mystérieuse carrière de Mylène Farmer, il reste fort à parier que le tournage de Incident in a ghost land, se fera dans le plus grand secret…

 

Info de Figaro magazine

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Mylène photographiée par Christophe Mourthé

Posté par francesca7 le 13 mai 2016

        

En 2003, le photographe Christophe Mourthé a raconté dans la presse avoir eu une histoire d’amour avec Mylène au début de sa carrière. Ils se sont rencontrés en 1984, et ont collaboré ensemble quelques temps, avant la rupture affective et artistique en 1987.

 

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Textes de Christophe MOURTHÉ 

- Mylène Farmer 

Tout d’abord il y a eu Jean Marais, Line Renaud, l’équipe des Bronzés, Thierry Le Luron et Yves Mourousi. Puis Fellini, Zeffirelli, Dario Fo, Gassman, Strehler, les filles du Crazy Horse – J’avais 19 ans à peine. Il n’y a pas d’âge pour photographier des stars. Des vraies stars. Par la suite, il y a eu Arielle Dombasle pour Playboy, Jean-Marie Bigard en Penseur de Rodin, Renaud, les adieux de Sheila, Pétula Clark pour un Olympia, les Bee Gees à Paris, César ou Nougaro, Leslie Caron et Michèle Morgan, Zizi Jeanmaire et son truc en plumes, Amanda Lear et Marie Laforêt, Patricia Kaas, Hélène Ségara, Lio ou Patrick Juvet.

Qui d’autres encore ? Combien sont-ils ? 

Mais c’est surtout pour Mylène Farmer que je reçois encore des lettres de fans, 15 ans après. Une courte histoire qui allait marquer l’histoire d’un photographe et de son modèle. Cette collaboration tellement forte qu’on peut même qualifier de fusion me colle à la peau depuis toujours, depuis que nous nous étions rencontrés chez Bertrand Le Page. Nous étions intimidés, étonnés,distants. Bertrand prit les choses en main, et confirma le bien fondé de notre rencontre. Celui-ci avait un grand talent, c’était de découvrir des talents – Et de les faire fusionner. Avec Mylène, nous devions nous apprivoiser, mais nous savions déjà aussi que notre rencontre était une bonne rencontre. 

Notre première séance de photo eut lieu dans un fameux studio de la rue des Acacias à Paris. 

Tout le show business et tout le cinéma sont passés dans cette rue. La grande époque de Salut les Copains et tout ceux qui font rêver les fans. J’y ai moi même déshabillé Arielle Dombasle pour Playboy et réalisé la plupart de mes portraits de vedettes. 

Mylène dû se satisfaire d’une toute petite cabine de maquillage non chauffée et Denis Menendez travailla sur son teint de porcelaine. Elle m’apparut dans la lumière tel un ange. 

Malgré l’intense activité qui régnait dans le studio, elle fût douce, complice déjà, extravertie pour cette fois, et avait compris que nous ferions vraiment un bout de chemin important ensemble. Elle vit ma façon d’éclairer une femme et elle comprit qu’en m’ayant choisi, elle avait trouvé en moi le parfait complément à son univers. Nous nous sommes revus beaucoup, avons partagé des instants de tous les jours, appris à nous connaître. Manger une glace ou des bonbons, aller au zoo ensemble, faire les magasins, c’était simple mais c’était important. 

Nous sommes des artistes à l’âme fragile avec un univers si singulier à fleur de peau. 

Je lui fis connaître mon monde et elle me fit comprendre le sien. Nous nous comprenions si bien que l’osmose était parfaite. 

Mon travail d’images plaisait à Mylène. Pour notre bien à tous deux. Mylène a pu s’abandonner totalement au regard d’un objectif qui ne la mitraillait pas, qui la considérait en douceur. 

Involontairement, j’ai apposé quant à moi sur ma muse une griffe, une patte, et surtout une couleur, celle de cette fameuse chevelure qui fit sa marque de fabrique. 

Quand j’ai connu Mylène, elle venait d’obtenir un succès populaire avec la chanson « Libertine ». les cheveux était d’une couleur rousse mais assez mal définie. 

Trois ans auparavant, c’est le maquilleur et coiffeur de génie Denis Menendez, mon ami, qui avait créé pour moi une couleur de cheveux inhabituelle. 

J’avais réalisé en 1984, pour ma série, les fameux « Casanovas » une image de ma soeur Virginie dans un château très connu de la région de Blois. Cette image présentée avait séduit Mylène, comme toutes les autres photos de la série. C’est ce travail photographique qui a déclenché chez elle le désir de travailler avec moi. La couleur de la perruque que portait virginie est – car personne ne le sait à ce jour – abricot. Comme le rouge que l’on trouve sur un abricot un peu mur. Sur les indications de Denis, les ateliers Poulain, célèbres perruquiers de théâtre des années 80, ont réalisé cette couleur insensée. 

vernissage1

Nous étions au printemps de l’année 1987.

Personne n’a décidé cela en particulier ou tout le monde indirectement. 

En tous les cas, Mylène avait toujours une reproduction de la photographie de Virginie sur une étagère bien en évidence pour mémoire. Elle y réfléchissait sans doute. 

C’est donc tout d’abord un simple de coiffeur de la rue Jean Mermoz à Paris qui a reproduit cette teinture sur les indications de Mylène, photo en main. 

Aujourd’hui, il est aisé de comprendre l’importance de cette période pour l’image de Mylène. Seul Michel Polnareff en France avait compris avant elle l’importance du look pour un artiste et de nos jours, une simple paire de lunettes blanches est synonyme de Polnareff. La couleur abricot sera toujours associée au mythe Farmer. 

Je n’avais pas encore à l’époque de statut de photographe. Seul le N et B fige à jamais sur du papier un Cocteau, une Marilyn, une Piaf, un Zorro ou un Steve McQueen  et renvoie cette personne au rang de Star immortelle. 

Elle permet à son auteur de rentrer dans la cour des grands tel un Newton ou un Doisneau.

Elle était ma star et je me devais de l’immortaliser comme telle. Je désirais lui prouver que j’étais le meilleur pour elle, pour nous.

Il s’agissait de mes premières grandes photos en N et B.

Je connaissais le travail d’Alekan, le meilleur directeur photo des grandes années du cinéma,les films d’Hitchcock ou ceux d’Eric Von Stroheim. Que seraient aujourd’hui une Grâce Kelly, un Harry Baur ou un Gabin sans ses talents inouïs? Je pris aussi exemple sur Harcourt, le studio de photos des Stars mythiques. J’y ai ajouté une touche personnelle à base de réflexion de miroirs et je tenais le cadeau parfait pour ma muse. J’étais heureux. 

Elle est devenue une Star de l’image. J’en suis très fier. 

Le noir et blanc figeait ainsi Mylène à jamais.

Je l’ai ressenti si fort en faisant ces images qu’aujourd’hui elles restent uniques et pour longtemps encore.

Le regard et toute cette sensualité qui s’en dégagent sont incroyables. 

Peu de fois, Mylène a tant donné dans une photo, invitation au rêve, au désir, instants magiques d’une intimité partagée qu’elle ne donnera plus que dans ses chansons. 

Mylène reste gravée en moi. 

Elle m’écrivit un jour cette dédicace intime mais tellement vraie: « tu es un petit diable qui me prends mon âme. Etre photographiée par toi est un plaisir et un honneur. » 

La vie nous a éloigné, Mylène et moi, mais cela devait être ainsi.

L’histoire est close.

 Mylène

Les casanovas 

Les casanovas, c’est tout d’abord une rencontre. Celle d’un photographe et d’un maquilleur en quête de création.

Tout deux à la recherche d’émotions vraies et de magie. 

Au début des années 80, je me fixe entre Paris et Venise et rencontre Denis Menendez, génie authentique du maquillage et de la coiffure. 

De notre complicité naîtront les fameux « Casanovas », personnages androgynes d’un 17/18ème siècle finissant, mis en scène dans des Palais vénitiens sous des lumières crépusculaires. Les « Casanovas » imposent alors un style novateur et audacieux. Une imagerie irréelle proche des plus grands peintres. 

Pour ma part, j’ai toujours été fasciné par l’ univers de splendeur décadente de cette période. 

Le théâtre italien que m’avait fait découvrir mon père Claude Mourthé, les fabuleuses rencontres en Italie avec Fellini et Zeffirelli, la lecture de Goldoni de façon plus studieuse, la commedia dell Arte, Arlequin, les masques, le mystère, puis la séduction cachée, l’ambiguïté de cette époque chez les protagonistes amoureux. 

J’en étais tellement passionné qu’il fallait que je réalise en photo un travail qui touche cette période de frivolité et d’aventures romanesques. 

J’avais en tête le Casanova de Fellini, la version particulière du Casanova de Comencini (la jeunesse de Casanova à Venise) et surtout le Barry Lindon de Stanley Kubrick, ce film merveilleux qui raconte l’ascension et la décadence d’un aventurier au travers de la société d’une fin 17/18 ème. 

Et puis Venise… 

Ca me semblait évident puisque tout à Venise évoque le théâtre, avec une espèce de grandiloquence pleine de références au passé. 

Cette ville est hors du temps et il y règne une atmosphère d’illusion comme dans les décors. 

Il semble qu’elle renvoie aux désirs de chacun, à de profonds fantasmes. Je l’ai aimé et je l’aime toujours. Elle est l’imaginaire de chacun. 

Nous avions 2O ans et nous étions dans un état de grâce pour réaliser ces images aujourd’hui reconnues mondialement. 

Depuis, nous en avons réalisé de nombreuses autres selon notre envie. 

Denis nous quitta en 1994 me laissant le soin de transmettre notre passion et de créer la suite de notre histoire.

Venise est un théâtre. La magie ne meurt jamais.

 

Dita 

Photographier Dita est toujours un vrai bonheur doublé d’un honneur. 

Elle me fait une confiance aveugle depuis presque dix années et me reste très fidèle malgré les nombreuses sollicitations du monde entier. 

Elle est l’incarnation de la Femme et du Fantasme dans toute sa beauté. 

Chaque image est magique et je la découvre un peu plus à chaque instant.

Elle est devenue une autre muse pour moi et succède aujourd’hui à la plupart de mes modèles avec une classe et une élégance inégalée.

 1995-07-d

Chaque photographie devient culte et notre travail est toujours d’une grande beauté et d’une sensualité inouïe. 

Merci Dita d’être une Femme pour moi. 

Christophe MOURTHÉ dans un article paru sur http://www.chezhiggins.com/crbst_204.html

 

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Jean-Luc Delarue appréciait Mylène

Posté par francesca7 le 24 avril 2016

 

L’animateur a confié être un ami de Mylène Farmer, avec qui il aimait jouer au tarot !

 

 

http://www.dailymotion.com/video/xt1djl

 

 

Mylène Farmer mentionne volontiers Georges Bataille et son Histoire de l’oeil, au sadisme provocateur. On sait qu’elle apprécie Cioran : « J’aime son auto-dérision. Tout ce qui’l exprime et au-delà du désespoir, c’est si justement formulé, cruellement drôle, et si bien écrit [III] c’est aussi un homme très séduisant… 

En décembre 1995, juste après la sortie de l’album Anamorphosée, Mylène accepte l’invitation de Jean-Luc Delarue dans son émission « Déjà le retour ». Vêtue d’un haut pâle, les cheveux relevés, elle sourit en coin aux flatteries du présentateur, heureux de recevoir une « chanteuse qui fait à la fois partie des gens les plus connus de ce pays, mais aussi les non-connus… l’une de nos rares grandes stars ». 

Quelques minutes plus tard, face à elle dans le canapé, il exprime son étonnement des réactions de fans déclenchées par la venue de Mylène Farmer dans son émission. Comme eux, intrigué par le secret qui entoure la star, il veut savoir ce qu’elle aime. Elle a souhaité que se trouve sur le plateau, avec elle, la psychanalyste Marie de Hennezel, laquelle vient de publier un ouvrage douloureux, mais qui rencontre un écho considérable et deviendra un best-seller : La Mort intime, sur l’accompagnement des malades en fin de vie, préfacé par François Mitterrand, lequel meurt quelques mois plus tard. 

Mylène commente : « J’ai beaucoup aimé ce livre. La mort m’a hantée pendant longtemps. Elle ne m’obsède plus de la même façon, grâce à ce livre, et aussi au Livre tibétain de la vie et de la mort« .

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Régis Wargnier rencontre Mylène

Posté par francesca7 le 19 avril 2016

        festival

Le réalisateur est un ami de Mylène, comme nous l’a appris le magazine people « Voici », qui a publié en 2009 des photos volées de Mylène et Régis dans la rue.

 

On en parle dans la Dépêche.fr  

 EXCLUSIF

 

Une jeune femme, aux longs cheveux roux et aux pouvoirs surnaturels, provoque une véritable orgie autour d’elle. Dans son dernier clip, Mylène Farmer revient aux fondamentaux.

Pour « Dégénération », elle se met en scène, dans un rôle extrêmement sensuel, qui n’est pas sans rappeler « Libertine » ou « Pourvu qu’elles soient douces », qui ont fait son succès dans les années quatre-vingt.

« Point de suture », son nouvel album, est véritablement l’événement musical de la rentrée. Un passage à la télévision, trois concerts au Stade de France – tous complets en moins de deux heures -, Mylène Farmer sait toujours, après près de 20 ans de carrière, mobiliser ses fans.

Il faut dire que la mode pour cette rentrée musicale, est aux chanteuses des années quatre-vingt. Le succès de Mylène Farmer laisse présager le meilleur aux autres icônes de cette décennie, qui se préparent à déferler sur les rayons des disquaires.

Très attendue aussi, Vanessa Paradis. Après le succès l’an dernier de son « Divinidylle », l’album live qui débarquera le 15 septembre prochain devrait s’arracher. Au menu, le meilleur de l’éternelle chanteuse de « Joe le taxi », plus rock que jamais, à l’image du premier extrait de l’album, « Les piles », un duo avec M.

Et puis les amateurs de voix douces et suaves attendront lundi prochain pour se jeter sur le nouvel album d’Elsa. Dorénavant affublée de son nom de famille, Lunghini, l’ancienne gamine qui chantait « T’en vas pas » dans le film de Régis Wargnier, s’est alliée à Da Silva pour livrer un disque à la simplicité toute travaillée.

Alors, oui, c’est vrai, elles ne sont plus toutes jeunes. Oui, aussi, les critiques ne sont pas forcément très tendres . Mais à l’heure des succès éphémères, 20 ans de longévité, ça se salue. Chapeau bas !

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MYLENE aux multiples déchirures

Posté par francesca7 le 1 avril 2016

 

 BANDEAUACCUEIL

 

Et un pavé de plus dans la mare glacée, où Mylène Farmer englou­tit tous ses secrets depuis bien­tôt vingt-cinq ans! Mylène, c’est un peu l’Ophé­lie des temps moder­nes… Une héroïne noyée, remon­tant de temps à autre à la surface, mais jusqu’ici insai­sis­sable. Alors, que peut bien draguer Hugues Royer des troubles profon­deurs du «mystère Farmer», avec son Mylène (éditions Flam­ma­rion)? Eh bien…

Surprise! S’ap­puyant sur divers témoi­gnages, le jour­na­liste de Voici Hugues Royer, égale­ment psy de forma­tion, offre une clé qui déca­de­nasse l’œuvre de la chan­teuse, plom­bée par l’in­ceste, l’hys­té­rie et une fasci­na­tion pour le morbide. Chez les Gautier, véri­table patro­nyme de l’icône liber­tine, maman a long­temps eu tort, alors que papa incar­nait l’homme idéal. Comme Mylène le confir­mera à une amie, la photo­graphe Elsa Trillat, alors qu’elles contemplent des photos d’en­fance, en 1987, t out commence par une «déchi­rure» : sa nais­sance à l’hô­pi­tal du Sacré-Cœur de Montréal, ville où son père, Max, a été dépê­ché pour parti­ci­per en tant qu’in­gé­nieur des Ponts et Chaus­sées à l’édi­fi­ca­tion du barrage Daniel-John­son.

La chan­teuse est un bébé robuste. L’ac­cou­che­ment est un trau­ma­tisme pour sa mère, Margue­rite. Fragi­li­sée physique­ment par des problèmes de dos, cette dernière mini­mise les contacts avec son enfant. Son époux doit ainsi instal­ler une planche amovible au dessus de leur baignoire pour faci­li­ter la toilette du bébé. Mylène ne prend conscience de son corps, en gran­dis­sant, qu’à travers le jeu et l’ex­pé­ri­men­ta­tion. Gamine intré­pide aux cheveux courts et châtains, elle ne ressemble en rien à sa sœur ainée, Brigitte, sage petite fille blonde. Au grand déses­poir de Margue­rite, femme discrète, sa benja­mine aime trem­per les doigts dans les pots de sirop d’érable, se rouler sur les pelouses et grim­per aux arbres, dans leur jardin de Pier­re­fonds. Mais ce que maman supporte le moins, ce sont les phases de mutisme de cette enfant, sa capa­cité à se replier dans le silence, héri­tée de son père mais vécue comme une provo­ca­tion.

Deuxième «déchi­rure», le retour des Gautier en région pari­sienne, à Ville-d’Avray, ne fait que creu­ser ce goût pour la réserve. A l’école, l’ac­cent québé­cois de Mylène, alors âgée de huit ans, suscite les moque­ries. Des séances chez l’or­tho­pho­niste l’ai­de­ront à corri­ger sa pronon­cia­tion, expliquant aujourd’­hui encore son phrasé précieux. Mais, humi­liant, ce travail ne l’en­cou­rage guère à s’ou­vrir aux autres. Au domaine de la Ronce, où les Gautier se sont instal­lés, l’en­fant prend la fuite à chaque fois que des incon­nus sonnent à leur porte. Max, qui lui passe tout, est bien le seul à en sourire. Vivant avec la famille depuis la mort de son mari, Mamie Jean­nette, la grand-mère pater­nelle, devient une confi­dente privi­lé­giée. La vieille femme n’a pas seule­ment le chic pour agacer sa belle-fille, Margue­rite. Premier prix du conser­va­toire de Marseille, elle initie égale­ment sa petite-fille à la musique, à la litté­ra­ture, à la pein­tu­re… et aux prome­nades dans les cime­tières.

Mylène s’épa­nouit enfin

A sa dispa­ri­tion, Mylène conti­nuera d’ap­pri­voi­ser la mort en se rendant au chevet d’autres enfants, à Garches. De même, à l’ado­les­cence, elle préfé­rera philo­so­pher avec les garçons plutôt que de les suivre dans la décou­verte des plai­sirs sexués. Un comble pour une future liber­tine ! La troi­sième «déchi­rure» se produit à sa majo­rité. Au bout de deux jours en termi­nale A4, Mylène annonce à Margue­rite et Max, aussi catas­tro­phés l’un que l’autre, qu’elle snobe le bac pour deve­nir moni­trice d’équi­ta­tion. Elle quit­tera en fait ses parents pour leurs doubles: Laurent Bouton­nat et Bertrand Le Page. Le premier, qui la choi­sit pour chan­ter sa comp­tine sur mesure Maman A Tort, se montrera aussi doux et patient que son père, décédé avant le succès, en 1982. Le second, son premier mana­ger, sera aussi exigeant que sa mère. Certes, il lui appren­dra à incar­ner son corps et à en faire un objet de désir. Mais il n’aura de cesse de lui répé­ter: «Tu es divine, mais tu ne seras jamais belle.» Jusqu’à ce qu’elle le congé­die et qu’il se suicide, en 1999.

Les liens se desser­re­ront avec Bouton­nat, après l’échec de leur film Gior­gi­no… Libé­rée de toute rela­tion trian­gu­laire, Mylène s’épa­nouit aux côtés du produc­teur Benoît Di Saba­tino, depuis 2001. Nul rapport de force ou de séduc­tion ambi­guë entre eux. Dans le clip de son nouveau single, Appelle Mon Numéro, que Benoît a réalisé, la belle offre même un nouveau visage, moins tour­menté, plus souriant. Le même qu’elle présente aujourd’­hui à sa mère lors de leurs déjeu­ners domi­ni­caux…

Thomas Durand pour le magazine Galla 

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Entre Mylène et Nathalie Rheims – une passion est née

Posté par francesca7 le 23 mars 2016

A partir de 2006, la romancière est souvent apparue aux côtés de Mylène lors d’apparitions publiques de celle-ci. Les deux femmes se sont régulièrement citées l’une l’autre en interviews, notamment pour évoquer le projet d’adaptation cinématographique d’un roman de Nathalie, L’ombre des autres, dans lequel Mylène devrait tenir le rôle principal.
Par ailleurs, Nathalie a écrit un article sur Mylène en 2008 (paru dans « Madame Figaro ») et a interviewé son amie pour « Paris Match » en décembre 2010.

Un article de Gala du 11 août 2015 nous racontait : « Et puis, il y a « Natha­lie », dans sa propriété extra­or­di­nai­re­ment fleu­rie de Saint Florent, en Corse, (…). Ici, rien qui ne fende la torpeur, sinon les allées et venues de Paul, le chien Shiba, et peut-être les conver­sa­tions télé­pho­niques que la maîtresse des lieux a quasi ritua­li­sées en fin d’après-midi avec sa si chère amie, la chan­teuse Mylène Farmer.« 

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Belle déclaration 

Portrait de Mylène Farmer par Nathalie Rheims 

« Comment parler de toi ? Comment dire, sans dire, ce que tu es ? Décrire ton être. Ecrire ton existence. Raconter. Passer par les mots. Tourner autour de ton âme comme on découvre le ciel, comme on explore une galaxie inconnue. Faire ton portrait, toi que je sais, toi que j’aime tant. Exercice impossible puisque c’est le silence qui tisse la trame de tout ce qui nous lie. S’il y avait un titre à ce commencement, ce serait « l’Une pour l’autre ». De ton amour, de ta confiance, je me sens la gardienne, et je veille sur ce privilège.  

Silencieuse et secrète – n’est-ce pas ainsi que te décrivent tous les livres qui te sont consacrés ? Mystérieuse aussi, puisque telle est ta nature profonde. Ceux que tu aimes deviennent des coffres inviolables où reposent des fragments de toi comme les pièces d’un trésor. Pourtant, il n’y a rien d’indicible, de caché, tout est dans ce que tu écris, dans les strophes qui nous viennent par ta voix, si ce n’est ce que toi-même tu as oublié.  

Je te regarde à travers le miroir magique où chacun aime à se reconnaître, et je traverse ce prisme pour rejoindre ton reflet. Je m’approche, pose mes mains sur la vitre, le verre tremble comme une eau limpide.  

J’effleure la surface du bout des doigts, tu apparais dans la transparence. Dehors le soleil irradie le paysage, mais les persiennes restent closes. Tous les mots son jetés, épars, à travers la pièce. Tu me souris, les ramasses un à un et les jettes dans un grand sac. Tu me fais signe de te suivre. Tu avances, projetant sur le sol ton ombre qui guide mes pas, la lumière filtre derrière les volets et reste invisible à nos yeux.  

Laisse-moi te suivre dans l’ombre de ton âme, et puisqu’il faut choisir, laisse-moi devenir l’autre, à la poursuite d’un je, qui se demande à quoi je sers.  

 « Plus grandir », dis-tu mais comment continuer ? Te raconter au creux de tes phrases. Montrer, apparaître. S’effacer. Faire silence. Mourir puis renaître. Trouver la force. Les images de toi se forment comme des clignotements d’éclats électriques. Toi, si proche, personne ne peut imaginer à quel point tu es simple dans la vraie vie, celle que nous partageons, loin des fantasmes et des folies.  

Humaine, si près de ceux que tu aimes, si attentive à tout, à tous. Tu poses des questions, écoutes les réponses avec précision, soucieuse du bien-être de tes amis, soudée à ta famille, faisant cors avec celui que tu aimes. Si loin de tout ce qui peut se dire ça et là, dans ces tombeaux de papier.  

En savoir davantage, c’est l’impression que voudraient donner ceux qui écrivent sur toi sans te connaître, et feignent de croire que ton absence dans cette caravane de l’étrange, où tout le monde s’affiche et se montre, est une position cynique et réfléchie. Mais il n’en est rien. Aucun rouage, aucune stratégie dans ta décision. Juste le désir de n’apparaître que dans son travail. Le reste, la vie, le quotidien, ne recèle ni sanctuaire ni caveau dans lesquels reposeraient toutes sortes de facettes obscures. Il faut t’apprendre pour comprendre que les secrets que tu poursuis sont des valeurs d’absolu.  

Je pense à notre rencontre, quelque part en Corse, après nous être croisées plusieurs fois, sans nous approcher, nous regardant de loin, comme si chacune pensait que le moment n’était pas venu, qu’il fallait l’attendre. » 

Nathalie Rheims a écrit aussi ça …. 

 

mylène et laurent

LAURENT ET TOI Mylène

 Depuis, tu m’éblouis par ce mélange constant de force, de fragilité, de certitude et de doute. Parfois je me demande si tu as conscience de ce que tu es, de l’image que tu projettes et qui avance, silhouette chinois, vers le refuge de ta maison aux murs clairs, ton arche de Noé, car tu pourrais y accueillir tous les animaux de la terre.  

Lever l’ancre et naviguer loin, très loin. « où irons-nous ? » me dis-tu dans un éclat de rire. Où tu veux. Tu le sais. Mais il n’est pas encore temps.  

« Point de suture », tu en as tissé la trame avec Laurent Boutonnat. Comment écrire sur toi sans évoquer Laurent ? Là aussi, tant de projections, d’à peu près. Vous êtes les deux faces d’un monde qui n’appartient qu’à vous. Vous avez fermé la frontière pour baliser vos territoires, qui se rejoignent dans un univers où personne ne règne en maître. Je crois que cela s’appelle une alliance.  

C’est un album clair, l’ombre a pris le large, laissant derrière elle des chansons qui s’éparpillent dans des chagrins anciens. La nature est changeante, dis-tu, mais le brouillard s’est levé, on est passé à l’heure d’été. Les vents continueront de te tourmenter, mais nous repousserons les hivers. Changer pour devenir une autre tout en restant la même. Et se donner à soi-même.  

Tu apparais à nouveau à l’intérieur de ces plaies refermées dans l’œil de la caméra de Bruno Aveillan, qui filtre chaque étincelle. Tu surgis, fée surnaturelle, projetant le flux sidéral d’un amour universel. Tu réveilles le monde, les nuits sont chaudes.  

Ils seront des milliers à t’attendre lorsque les jours auront rallongé. Tu t’y prépares, tu t’entraînes chaque jour, réfléchis, construis, dessines, collabores avec tous ceux qui t’accompagnent dans ce nouveau chapitre. Avant le Stade de France, les 11et 12 Septembre 2009, il y aura la tournée – l’anxiété, le cœur qui cogne, les tempes qui se serrent. Mais tout sera, j’en suis sûre, comme tu l’avais imaginé.  

Je te regarde, en écrivant ces mots, tandis que sur un grand édredon blanc, tu scandes « Appelle mon numéro ». Combien de fois, chaque jour, nous arrive-t-il de le faire ? Les saisons passent et tu attends un signe qui ne viendra peut-être pas. Benoît di Sabatino a saisi, dans ses images, la petite fille qui demeure. « Sans Contrefaçon », telle que tu es, à la fois douce et volontaire. 

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Vierge ou démon 

Je dessine ton visage à l’encre de mon stylo. J’en connais chaque détail, chacun des contours. Tu te transformes, passant les saisons, les débordant « sans logique », jusqu’à écrie « je me quitte », mais c’est pour mieux te transfigurer. Passer de la femme à l’androgyne, de la vierge à la figure du diable, pour toi ce n’est qu’n jeu d’enfant. Pourtant la dualité te possède et t’interroge. Tu parles de l’ange, la face tournée vers les ténèbres, tes éclats de rire, tes moments de tristesse, parce que ta fragilité au monde est comme du cristal qui peut se briser à chaque dissonance « Ange, parle-moi, dis-moi si tu est là ». C’est bien toi qui l’as écrit, alors écoute. Ceux qui ont disparu veillent, souvent tu me dis ; « Si on allait voir des fantômes ? », mais où se cachent-ils ? Tu aimes jouer avec les feux follets, explorer l’inconscient, te promener dans le surnaturel, mais c’est toujours dans tes poèmes que l’au-delà surgit, que les anamorphoses transfigurent les images, dans tes textes que les rêves sont les plus accessibles. 

Tu apprivoises la mort par la magie des mots, repoussant l’idée du néant. Tu aimes te balader dans les cimetières, parce que leur calme et la beauté des pierres t’apaisent. Tu penses, si souvent, je le sais, à ceux que tu as perdus, même si tu n’en parles pas. « Si j’avais au moins revu ton visage, entrevu, au loin, le moindre nuage ». Qui peut savoir si, à force de le dire, de le chanter, quelque part, peut-être, quelqu’un t’entendra. 

Tes yeux prennent la couleur du cuivre pour se fondre dans le reflet de tes cheveux. Les vanités d’émail sertissent chacun de tes doigts comme autant de protections, de talismans. 

La vie avance, l’âge semble t’ignorer. Ton portait serait-il caché quelque part, scellé dans un réduit dont toi seule posséderais la clé ? Aurais-tu passé un pacte avec l’ange ? Et lorsque tu lui parles, est-ce qu’il te répond ? C’est lui, sans doute, qui a fait se croiser nos routes. 

Ecrit Par Nathalie Rheims dans Le Figaro 2008. 

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Les amis intimes de Mylène Farmer

Posté par francesca7 le 12 mars 2016

 

            Anthony Souchet
On peut considérer Anthony Souchet comme LE meilleur ami de Mylène Farmer, et ce depuis une vingtaine d’années. Sa première apparition (connue) aux côtés de Mylène remonte à 1995, lors du Festival du Centenaire du Cinéma. Depuis lors, on a pu voir Anthony Souchet à de nombreuses reprises aux côtés de Mylène, aussi bien lors d’apparitions publiques que dans le privé. Il l’accompagne notamment sur chacune de ses dates de concert.

Anthony Souchet travaille dans le milieu de la télévision. Notons d’ailleurs qu’il travaillait sur la plupart des émissions de télé où Mylène Farmer s’est produite depuis 2005 (« Symphonic Show », « Johnny Hallyday – Ca ne finira jamais », « Encore une chanson »).

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Anthony SOUCHET Directeur de la promotion du groupe EMI

Anthony Suchet est aussi le meilleur ami de Mylène, il lui rend visite très souvent et l’accompagne partout, surtout lors de ses déplacement en concert, on le voit avec elle au concert d’Elton John et au défilé J.P Gauthier entre autres…. C’est aussi lui le propriétaire du cocker dénommé Quick que certain magazines des jeunes attribuent à Mylène.

Il est aussi l’attaché de presse-france de Madonna et s’occuped’émission TV comme la chanson numéro 1 sur la A2 (dont les chorégraphies sont signées Valérie Bony et Christophe Danchaud)

 

Article Gala :

Dans un monde où il faudra bien­tôt prier pour ses quinze minutes d’ano­ny­mat, admi­rable instinct de préser­va­tion de soi. Mais ce 27 mars 2015, pour la chan­teuse, il s’agit surtout de préser­ver l’ami­tié et le respect qui la lient à toute l’équipe ayant œuvré sur le film Time­less.

SOUCHET ET MYLENEAutre ami commun, Anthony Souchet refait les présen­ta­tions. Cheveux lâchés, boléro, jupes et bas noirs, si menue, elle susurre un « merci d’être là », dans ce que je crois me remé­mo­rer être un sourire. A vrai dire, impos­sible, encore à ce jour, de me souve­nir de son regard, de la finesse de ses traits, de la pâleur de sa peau, ce 27 mars. Il fait sombre, certes. Mais surtout, l’em­preinte de sa main a tout occulté. Court-circuit,blackoutshake it off. Nulle autre rémi­nis­cence que cette poignée franche, forte, presque virile, qu’elle m’adresse. Comme Camille Clau­del, la « fragile » Mylène Farmer a des mains de créa­trice, plutôt fines mais puis­santes, incroya­ble­ment puis­santes (et, note person­nelle, dieu sait que nous abhor­rons les mains molles qui, à peine saisies, se dérobent). De ces mains, elle a, semble-t-il, long­temps fait un complexe, gantée à la mode liber­tine ou emman­chée jusqu’aux phalanges. En trente ans de carrière, elle leur en aura même fait  voir de toutes les couleurs, dans ses clips : le rouge du sang (Sans Logique,Beyond my controlJe te rends ton amour…), le blanc de la neige (Désen­chan­téeFuck them all…), le brun de la boue et de la glaise (Ainsi soit-jeA l’ombre…)… Jeux de mains, jeu de Mylène. Se pour­rait-il être, pour­tant, plus beau signe distinc­tif chez une femme qui a su prendre les rênes de sa vie, renon­cer en pleine année de termi­nale à bacho­ter pour mieux murmu­rer à l’oreille des chevaux, puis à celle d’un public tout acquis à son art ? Le reste de son histoire, vous la connais­sez.

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Mylène FRAGILE, et l’expo.

Posté par francesca7 le 28 janvier 2016

 

Ensemble, elles ont élaboré Fragile     , ouvrage de quatre-vingt dix clichés inédits de la star, paru le 15 mai dernier. La photo­graphe Sylvie Lancre­non rêvait de repro­duire et d’affi­cher ces photos au format XXL. C’est, depuis quelques jours, chose faite à la gale­rie pari­sienne Acte2. Et c’est tout natu­rel­le­ment que la chan­teuse Mylène Farmer, pour­tant si peu mondaine, a récem­ment assisté au vernis­sage de l’expo­si­tion. Récit d’une appa­ri­tion…

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« Trois p’tit tours et silence/ C’est ça qui m’af­fecte/ Quand on m’aime, je danse/ Quand on veut, j’ap­pa­rais », préve­nait-elle dans sa chan­son L’his­toire d’une fée, c’est…, en 2001. Alors que l’air pari­sien explo­sait le ther­mo­mètre, il faut croire que le désir était lui aussi porté à incan­des­cence, le 4 juin dernier !

D’or­di­naire rétive aux monda­ni­tés, la très discrète Mylène Farmer est en effet appa­rue au vernis­sage de l’ex­po­si­tion Fragile, mise en scène aux formats 26×40 cm, 53×80 cm et 120×80 cm de clichés de la star pris par Sylvie Lancre­non pour un livre éponyme paru aux éditions Anne Carrière.

Aussi furtive que le songe d’une nuit d’été malgré une cheville plâtrée, la star s’est présen­tée, avec sa chienne Liloup, à la gale­rie Acte2, lieu de l’ex­po­si­tion jusqu’au 31 juillet, avant l’ar­ri­vée de la plupart des autres invi­tés conviés à 19 heures. Dans son sillage : le produc­teur et direc­teur artis­tique Anthony Souchet et l’écri­vain Natha­lie Rheims, deux confi­dents avec lesquels elle s’en­tre­tient tous les jours, mais aussi Chris­tophe Danchaud, le choré­graphe de ses concerts, John Nollet, son coif­feur à l’œuvre sur le shoo­ting de Fragile, Jean Paul Gaul­tier, son coutu­rier fétiche, François Hanss, le réali­sa­teur du film de sa tour­née Time­less 2013, Jean-Chris­tophe Grangé, auteur de thril­lers, et Stéphane Célé­rier, p-dg de la société Mars Films à qui l’on doit La Famille Bélier.

Cheveux lâchés, vêtue d’un simple t-shirt blanc et souriante, « l’ange roux » a fait le tour de la gale­rie Acte2, ancienne chapelle du quar­tier de Saint-Germain-des-Prés, sans trop s’at­tar­der- modes­tie et pudeur obligent – devant les clichés de son amie Sylvie Lancre­non, propo­sés à la vente entre 2000 et 8000 euros. Pratiquant l’esquive, cepen­dant moins farouche que soucieuse de lais­ser les clichés de la photo­graphe exis­ter par eux-mêmes, l’icône a, par la suite, rejoint la courette de la gale­rie avec ses amis et son sculp­tu­ral Berger suisse blanc… avant de dispa­raître, aussi discrè­te­ment qu’elle était arri­vée !

Mis en place à quelques 15 000 exem­plaires, Fragile, ouvrage de quatre-vingt dix clichés inédits de Mylène, est déjà en quasi rupture de stock, moins d’un mois après sa paru­tion. Une ré-édition est prévue pour la fin du mois de septembre.

Patience aux fans de la star dans l’at­tente d’un retour prolongé dans la lumière. Après le temps de la récréa­tion, le temps de la créa­tion serait de plus en plus concrè­te­ment envi­sa­gé… Mais chut ! « Faire un vœu ou bien deux/ Et puis fermer les yeux/ Je suis là/ Pour celui et pour ceux/ Qui n’ont pas froid aux yeux/ Qui croient en moi/ Faire un souhait pour de vrai/ Et puis croire au mystère/ Tout est là »… C’est Mylène, elle-même, qui l’a chanté.

Expo­si­tion Fragile by Sylvie Lancre­non, jusqu’au 31 juillet, chez Acte2­ri­ve­gauche/La gale­rie d’en face, 7 rue Paul-Louis Courier, 75007 Paris.

source originale : http://www.gala.fr/ 

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Les Questions que se pose Mylène Farmer

Posté par francesca7 le 23 décembre 2015

 

mylene farmerMylène Farmer vient de vivre sa première tournée en 1989. Trois cent mille spectateurs, plus de 40 dates et 3 pays (France, Suisse et Belgique). Elle s’achève le 8 décembre 1989 à Paris-Bercy. La tension retombée, la chanteuse s’est posé beaucoup de questions.

« C’est un moment de vide, et non pas de doute. Une absence d’idées quant à une écriture pour un autre album. C’est pour cela que j’ai laissé passer un peu de temps avant d e me remettre à écrire. C’est difficile d’envisager d’écrire après un moment pareil….

Le retour au quotidien a été un peu à l’image d’une dépression, mais j’étais quand même relativement entourée. Mais tous ces états de choses très puissantes et puis rien, c’est presque inhumain. Tout artiste est amené à vivre cela heureusement ou malheureusement…« . déclare-t-elle.

L’année 1990 est calme pour Mylène. Début 1991, les 11 et 12 janvier, elle « change de tête » et confie sa nouvelle coupe de cheveux au célèbre coiffeur Jean-Marc Maniais. Un nouveau look très androgyne. En février, Mylène et Laurent Boutonnat sont à Budapest en Hongrie pour le tournage des deux premiers clips du prochain album. En mars 1991, c’est le grand retour avec la sortie de Désenchantée, premier extrait de l’album L’autre…

C’est une véritable tornade. Les supports sont en vente le 18 mars. Désenchantée va devenir le plus gros tube de Mylène avec neuf semaines consécutives à la première place du TOP 50 français, mais aussi en pôle position en Belgique. Plus de 800 000 exemplaires vendus et deux disques d’or. Le succès va encore se confirmer avec la sortie du clip le 3 avril de la même année. La promotion de l’album débute le Dimanche 7 avril 1991 avec la diffusion sur M6 de l’émission Pour un clip avec toi. Laurent Boyer a eu l’honneur de pouvoir filmer le tournage du clip et d’interviewer Mylène et Laurent en Hongrie, une première, et il n’y a d’ailleurs pas eu de nouvelle initiative identique depuis.

Le lundi 8 avril 1991, Mylène est aussi pour la première fois l’invitée d’un journal télévisé de 20 heures, celui de Patrick Poivre d’Arvor sur TF1, l’album L’autre…. est disponible en magasin le même jour ; Pour Désenchantée, Mylène propose cinq prestations télévisées très travaillées, chorégraphiées, dans une à l’étranger, en Italie. La promotion se fait aussi en radios avec de longues interviews (NRJ, RTL…) et surtout dans la presse. L’autre… entre directement à la première place du TOP albums français, place à laquelle il restera pendant vingt  semaines consécutives, établissant alors un record. L’album est certifié disque de diamant pour plus d’un million d’exemplaires vendus et les ventes totales en France sont estimées à plus de 1 800 000 exemplaire. Beau succès aussi à l’étranger. L’autre… est n° 1 et disque de platine en Belgique francophone et album d’Or en Suisse.

Pour succéder au tube Désenchantée, le choix se porte sur le duo (le premier) avec Jean-Louis Muras, Regrets. C’est Mylène qui aurait proposé ce duo après avoir écouté et aimé l’album Cheyenne Autumn du chanteur ; Alors même que Désenchantée est toujours intensément diffusée sur les ondes, Regrets est envoyée en radio dès le début de l’été et l’accueil est excellent.

Belle audace que de lancer cette ballade mélancolique, qui sera de surcroît illustrée par un clip en noir et blanc et enneigé, à une saison habituellement dévolue aux tubes dansants et sentant bon le soleil et la plage. Le single est disponible le 19 Juillet 1991 et plusieurs supports sont proposés : un 45 Tours, un CD maxi (dont une édition limitée avec un pin’s), un maxi 45 tours et une cassette single ; Les ventes en France sont estimées à plus de 250 000 exemplaires, le single est donc certifié disque d’or. Le clip est réalisé par Laurent Boutonnat à Budapest fin février 1991, en même temps que celui de Désenchantée et diffusé pour la première fois à la télévision le 9 septembre dans l’émission Stars 90 animée par Michel Drucker sur TF1.

Mylène est également présente sur le plateau pour évoquer son voyage avec Luc Besson en Arctique pendant l’été.

Pour le troisième single extrait de l’album L’autre…, e choix de Mylène se porte sur Je t’aime mélancolie, un titre très différent des précédents. Avec des consonances rap, il est plus rythmé et plus dansant ; Fait très rare, c’est une nouvelle version ixée par Laurent Boutonnat et Thierry Rogen qui est proposée aux radios, une version plus brève (introduction raccourcie), plus dynamique et encore plus efficace que celle de l’album. Les couplets de cette chanson sont plus parlés que chantés.

Début novembre 1991, un CD promo est envoyé aux radios. Et, pour la première fois pour un single de Mylène, un « promo luxe » est créé par Henry Neu : une pyramide en 3D. En choisissant ce titre, Mylène semble vouloir s’éloigner transitoirement des textes uniquement sombres et mettre en avant non seulement une autre facette de son personnage, mais aussi la richesse de sa plume.

Beaucoup d’humour dans ces paroles, avec une évidente référence aux médias, notamment à la presse qui ne lui a pas épargné les rumeurs infondées ou critiques souvent gratuitement assassines depuis des années.

Mylène déclare en septembre 1991 :

« Il est vrai que la mélancolie fait partie de mes thèmes de prédilection. L’état de mélancolie est quelque chose d’aigre-doux. J’ai essayé de développer cette idée… J’aime bien ces états même s’ils sont parfois un peu douloureux. On peut se laisser un peu bercer dans ces états même si cela mène sur les larmes. Mais les larmes j’aime ça aussi« 

MylèneLe 19 novembre, quatre supports sont proposés : un 45 tours, un maxi 45 tours, un CD maxi et une cassette audio. La photo utilisée pour illustrer les pochettes de ces différents supports est de Marianne Rosenstiehl, Les supports offrent des contenus assez variés, ce qui fera le bonheur des collectionneurs déjà très nombreux ; Les fans ont également la joie de découvrir un titre inédit, Mylène is calling, uniquement sur le CD Maxi France. Cette chanson qui fait partie des titres les plus « expérimentaux » du duo Farmer-Boutonnat passe en boucle un message qu’airait laissé Mylène sur le répondeur de Laurent. Je t’aime mélancolie est également l’un des singles de Mylène à bénéficier du plus grand nombre de supports destinés à l’étranger.

Malheureusement, le titre y passera plutôt inaperçu, même en Allemagne ou Mylène effectuera pourtant une prestation télévisée : il se classera tout de même à la 79è du TOP single allemand. Le single entre à la 15è place du TOP50 français. Il atteindra la 3è positon quelques semaines plus tard et s’écoulera au total à environ 300 000 exemplaires.

S’ensuit un très joli succès à peu près équivalent à celui du single précédents, Regrets. Mylène interprète le titre lors de quatre prestations télévisées :

 Sacrée Soirée le 11 décembre 1991 sur TF1,

Tous à la Une le 27 décembre 1991 sur TF1 Ein Kessel Buntes sur la chaîne allemande MDR.

Le clip est réalisé aux Studio Sets à Stains en novembre 1991. Le tournage dure quatre jours (deux jours pour les scènes de combats et deux jours pour les cènes chorégraphiées avec dix danseuses). Un tournage intensif, l’équipe travaillant chaque jour de 7 heures 30  à 20 heurs 30. Le photographe de plateau est Claude Gassian, il s’agit d’une première collaboration.

La chorégraphie a été conçue par Mylène. Pour les scènes de combats, Mylène s’est entraînée durant six jours avant le tournage avec un coach professionnel. Le boxeur présent dans le clip est un boxeur professionnel yougoslave ; Mylène est vêtue d’un porte-jarretelle cuir, d’une guêpière et d’une ceinture également en cuir, le tout créé par Jean-Paul Gaultier ; Le clip est diffusé pour la première fois à la télévision le 15 décembre 1991.

extrait de Mylène Farmer Ses mots, Ses clips aux Editions Chapitre.com 2014

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MYLENE dans la Presse pour un film

Posté par francesca7 le 4 décembre 2015

 

C’est un effeuillage dans les règles de l’art que s’offre la chan­teuse avec Fragile, livre de photos sensuelles réali­sées par Sylvie Lancre­non, à paraître ce 15 mai (aux Editions Anne Carrière). En atten­dant notre sujet exclu­sif sur cette colla­bo­ra­tion, en kiosque dès ce mercredi 13 mai, arrêt sur un détail anato­mique parti­cu­liè­re­ment révé­la­teur de l’icône Farmer.

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Comme Isabelle Adjani, autre modèle de la photo­graphe Sylvie Lancre­non, autre figure statu­taire du spec­tacle français, autre mystère au teint d’al­bâtre et aux accès de fièvre, de ceux dont les fêlures laissent passer la lumière, elle aurait pu incar­ner une formi­dable Camille Clau­del, sœur du drama­turge Paul Clau­del et sculp­trice de talent, brisée par son mentor et amant Auguste Rodin, réduite en éclats d’elle-même entre les murs l’asile de Ville-Evrard, en Seine-Saint-Denis.

Malgré ses liens privi­lé­giés avec des gens du 7eme art comme feu Claude Berri, Vincent Lindon, Luc Besson, Jean Roche­fort ou encore David Lynch, Mylène Farmer n’a pas fait son cinéma. Un premier rôle dans Gior­gino, premier long-métrage de son ancien complice Laurent Bouton­nat, le doublage de la prin­cesse Sélé­nia, trou­blant avatar animé, dans Arthur et les Mini­moys et puis… plus rien. A ce jour, du moins… Qu’im­porte. Troi­sième enfant d’un ingé­nieur des ponts et chaus­sés muté au Canada où elle passera les premières années de sa vie, Mylène Gauthier a fait mieux : elle a déroulé le film de sa vie et créé Mylène Farmer, un peu comme Dieu créa la femme. Patiem­ment.  Méti­cu­leu­se­ment. De ses propres mains.

Alors que sort ce 15 mai Fragile, bel ouvrage de quatre-vingt dix clichés inédits de l’ar­tiste, et, véri­table réflexion sur la créa­tion, la pulsion de vie et le mouve­ment, entre­prise en colla­bo­ra­tion avec Sylvie Lancre­non, il s’agit juste­ment de reve­nir sur… les mains de Mylène Farmer ! Au même titre que ses pieds ou son regard, elles sont photo­gra­phiées en détail dans Fragile, le livre de 168 pages publié par les éditions Anne Carrière. Un juste choix, car pour avoir rencon­tré la chan­teuse, s’il est bien une partie de son anato­mie qui vous surprend, vous saisit, voir vous imprègne, ce sont ses deux mains.

Je n’y avais pas prêté atten­tion, dans le cadre de notre première inter­view, réali­sée dans la foulée encore hale­tante de sa tour­née Time­less 2013 et parue dans les pages de Gala le 24 décembre 2013. Le 27 mars 2014, l’oc­ca­sion me fut donnée de procé­der à un petit erase and rewind. Rencontre, prise 2, moteur… action ! Invité au Gaumont Opéra, dans le 9e arron­dis­se­ment de Paris, à décou­vrir le film de sa dernière odys­sée scénique (avant qu’il n’at­teigne des records de vente sous la forme d’un DVD quelques semaines plus tard), l’humble et pour­tant si talen­tueux réali­sa­teur François Hanss, un proche, surtout le sien bien­tôt trente ans, m’in­vite au géné­rique de fin à rejoindre la coupole de la salle de cinéma pour célé­brer le succès de la projec­tion sur le plan natio­nal ce soir-là (plus de 100 000 spec­ta­teurs dans toute la France). Les fans évacuent les lieux, encore ébahis, sonnés, par le voyage de deux heures qu’ils viennent de vivre. Je ne vais pas être déçu par celui que j’amorce, en emprun­tant un dédale de coulisses et de marches. En pleine discus­sion avec Pascal Nègre, p-dg d’Uni­ver­sal Music, elle est là. La surprise tient en sa seule présence. D’or­di­naire, Mylène Farmer ne goûte guère à l’au­to­cé­lé­bra­tion, encore moins à cette bulle vite soûlante que peut être la vie nocturne pari­sienne. Au soixan­tième anni­ver­saire de Domi­nique Besne­hard, fêté un moins plus tôt au Théâtre du Rond-Point, elle fut la seule star à se sous­traire à la mitraille des photo­graphes. Dans un monde où il faudra bien­tôt prier pour ses quinze minutes d’ano­ny­mat, admi­rable instinct de préser­va­tion de soi. Mais ce 27 mars, pour la chan­teuse, il s’agit surtout de préser­ver l’ami­tié et le respect qui la lient à toute l’équipe ayant œuvré sur le film Time­less.

MYLENE TVAutre ami commun, Anthony Souchet refait les présen­ta­tions. Cheveux lâchés, boléro, jupes et bas noirs, si menue, elle susurre un « merci d’être là », dans ce que je crois me remé­mo­rer être un sourire. A vrai dire, impos­sible, encore à ce jour, de me souve­nir de son regard, de la finesse de ses traits, de la pâleur de sa peau, ce 27 mars. Il fait sombre, certes. Mais surtout, l’em­preinte de sa main a tout occulté. Court-circuit,blackoutshake it off. Nulle autre rémi­nis­cence que cette poignée franche, forte, presque virile, qu’elle m’adresse. Comme Camille Clau­del, la « fragile » Mylène Farmer a des mains de créa­trice, plutôt fines mais puis­santes, incroya­ble­ment puis­santes (et, note person­nelle, dieu sait que nous abhor­rons les mains molles qui, à peine saisies, se dérobent). De ces mains, elle a, semble-t-il, long­temps fait un complexe, gantée à la mode liber­tine ou emman­chée jusqu’aux phalanges. En trente ans de carrière, elle leur en aura même fait  voir de toutes les couleurs, dans ses clips : le rouge du sang (Sans Logique,Beyond my controlJe te rends ton amour…), le blanc de la neige (Désen­chan­téeFuck them all…), le brun de la boue et de la glaise (Ainsi soit-jeA l’ombre…)… Jeux de mains, jeu de Mylène. Se pour­rait-il être, pour­tant, plus beau signe distinc­tif chez une femme qui a su prendre les rênes de sa vie, renon­cer en pleine année de termi­nale à bacho­ter pour mieux murmu­rer à l’oreille des chevaux, puis à celle d’un public tout acquis à son art ? Le reste de son histoire, vous la connais­sez.

Nous avons choisi, pour l’ou­ver­ture de notre sujet exclu­sif en kiosque ce mercredi 13 mai, une photo du livre Fragile réali­sée par Sylvie Lancre­non, sur laquelle, Mylène pose allon­gée, visage tourné, main tendue. Comme une invi­ta­tion à saisir cette main. Avant que le mythe Farmer ne dispa­raisse. Encore une fois. Peut-être défi­ni­ti­ve­ment. Atten­tion, Fragile ! Atten­tion aux chefs-d’œuvre en péril…

Source originale : http://www.gala.fr/l_actu/news_de_stars/mylene_farmer_jeux_de_mains_jeu_de_m_341374

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Si vieillir lui était compté

Posté par francesca7 le 14 novembre 2015

 Vieillir chez Francesca

      Pour la première fois, le visage n’est pas lisse. Le front est strié de rides d’expression. Les yeux sont creusés de cernes que le maquillage accentue. Les cheveux sont plaqués à l’arrière. Sur certains clichés, elle nous fixe avec gravité. Sur d’autres, elle semble perdue, le regard fuyant. Devant l’objectif de Peter Lindbergh, Mylène a accepté de se montrer telle qu’elle est, loin de l’imagerie diaphane véhiculée depuis ses débuts. Une femme à la quarantaine épanouie. Et ces petits défauts n’enlèvent rien à sa beauté. Au contraire, le photographe a réussi à faire affleurer sur son visage la sourde inquiétude qui nourrit l’artiste. Publiés dans la version française du magazine Vogue, ces clichés en noir et blanc ont créé un réel émoi parmi ses inconditionnels.  

      « Beaucoup de gens m’ont avoué que cette série leur avait montré une Mylène Farmer plus “vraie” », a confié Peter Lindbergh après la séance. Lors de la première rencontre entre le photographe et la star, en 1999, son intention avouée était précisément de « casser son image glamour cheveux roux et bouclés ». Pour parvenir à un tel résultat, le maquillage a été déterminant. S’il sert, d’ordinaire, à masquer les défauts, « nous avons choisi, pour cette séance, de renforcer au contraire ces imperfections ». 

Et, si l’on en croit Lindbergh, la star se serait montrée très satisfaite des clichés. « Cette série a été une sorte d’expérimentation pour Mylène, qui était curieuse de savoir ce qui pourrait en ressortir. Alors que, souvent, les acteurs et les musiciens que je photographie imposent des conditions précises, elle s’est montrée au contraire totalement ouverte à mes propositions. Je crois qu’elle a apprécié la complexité qui se dégageait de ces portraits. » 

     Une Mylène sans artifices, rattrapée par les marques du temps… Sans le défi artistique de confier son visage à l’une des plus prestigieuses signatures de la photographie, la chanteuse aurait-elle accepté d’écorner la belle image ? Peut-être que non. Pour l’esthète qu’elle est, voir sa jeunesse s’enfuir n’est absolument pas un sujet de réjouissance. Dès 1998, elle le dit dans une chanson de l’album Innamoramento, dont le titre Et si vieillir m’était conté, renvoie à un film illustre de Sacha Guitry : « La nuit de ses doigts de fer / A abîmé la chair / De sa rouille cruelle. » Mais pourquoi donc la vie, après avoir donné la beauté, s’acharne-t-elle à la reprendre ? La question ne cesse de hanter le poète depuis l’aube de l’humanité. Il est si cruel, en effet, de voir se faner la beauté des femmes que le XXIe siècle semble livrer une guerre sans merci contre cette infamie.

     Anticiper, n’est-ce pas la seule manière d’accepter l’inacceptable ? Sans doute, mais cela n’empêche pas de se battre pour freiner la course du temps. Interrogée par un journaliste russe en 2000, qui lui demande si elle songe avoir recours, un jour prochain, à la chirurgie esthétique, Mylène répond sans détour. « Je ne crois pas. Beaucoup de femmes avec le temps deviennent plus belles qu’elles n’étaient. Ceci dit, je souhaite rester attrayante longtemps encore ! » 

     Pour continuer à séduire son public, elle le sait, préserver la fraîcheur de ses traits est essentiel. Et la chanteuse relève le défi haut la main, comme le confirment tous ceux qui l’approchent. Daniela Lombroso, qui la reçoit en 2005 dans une émission de France 2, parle même d’un « teint de jeune fille ». En même temps, assumer son âge, pour Mylène, c’est aussi accepter de se montrer plus pulpeuse, avec ces formes plus féminines dont elle rêvait adolescente, lorsqu’elle se trouvait trop fluette. 

     Quand elle arpentera la scène du Stade de France, le 12 septembre 2009, la star fêtera en public ses quarante-huit ans. « C’est un pur hasard, jure-t-elle. Il y a longtemps que je ne fête plus mon anniversaire.  L’idée de réunir des personnes pour le célébrer me tétanise  ! » Quelle sera alors sa réaction devant des dizaines de milliers de fans hystériques ? Une immense émotion, sans aucun doute, provoquant un torrent de larmes, c’est inévitable. Chaque année, la chanteuse reçoit des centaines de cadeaux de ses admirateurs, envoyés à sa maison de disques ou à son domicile parisien. Impossible pour elle d’oublier la date de son anniversaire : ses fans ne manquent jamais de la lui rappeler. 

     À quarante-huit ans, bien des chanteuses ont pris leur retraite. Mylène est l’exception. Et il y a fort à parier que Jean Paul Gaultier, responsable des costumes de la prochaine tournée, s’apprête à dessiner des tenues de scène sexy en diable. S’exhiber en cuissardes, à la ville comme à la scène, ne lui fait pas peur. « Vieillir, je l’accepte parce que c’est une fatalité. Mais grandir, non  ! » La raison raisonnable, elle laisse ça à d’autres : quand il s’agit de s’habiller, seul compte le plaisir de se sentir désirable, pour soi et pour les autres. 

      Une sorte de fuite en avant ? Certains n’hésitent pas à le penser. « Vieillir devant son public est un risque énorme pour elle, un danger de voir s’écrouler le mythe qu’elle a échafaudé », me dit Christophe Mourthé. Il y aura donc fatalement un cap difficile. Pas facile, en effet, de se projeter dans un futur

lointain quand on a bâti sa carrière sur une image érotique. On le voit bien avec Madonna qui, à cinquante ans, en fait trop dans le côté exhibitionniste.  Certes, comparer les deux chanteuses est une entreprise contestable, un poncif auquel il faut s’empresser de tordre le cou. « Je pense que Mylène a une vision artistique plus profonde et plus riche que celle de Madonna, confie Mark Fischer. Peut-être est-elle moins fashion, mais à travers son travail, elle essaie de nous dire quelque chose au sujet de l’existence. » 

      C’est justement pour cette raison que la star française est à l’abri d’un tel écueil : son répertoire ne repose pas tout entier sur une image érotique. Il y a dans les paroles de ses chansons un regard posé sur l’existence, des messages d’une teneur universelle qui s’adressent à l’esprit et ne se fondent pas exclusivement sur le désir. Et puis, elle a prévenu : « Je sais que viendra le moment où je ressentirai la nécessité de me retirer. » Pas question, donc, pour elle de livrer le combat de trop, celui qui réduirait à néant vingt-quatre ans de carrière. A-t-elle pour autant l’intention de faire ses adieux dans les années à venir ? « Par respect pour le public, je n’utiliserai jamais cela comme un argument promotionnel », répond-elle à Jérôme Béglé, qui lui demande si le Stade de France sera son ultime concert. 

     Partir comme Greta Garbo, demeurer mythique en gardant l’image intacte… C’est une hypothèse qui n’est pas exclue, mais pas totalement séduisante non plus, tant elle exige de renoncer à un métier qui agit comme une drogue puissante, et surtout de ne plus répondre à la vague d’amour qui s’est abattue sur elle. Le retrait de la Divine, aussi bénéfique fût-il pour sa postérité, pourrait bien avoir en même temps gâché sa vie. 

     Mylène est-elle prête à un tel sacrifice ? Rien n’est moins sûr, d’autant qu’elle semble désormais comblée sur tous les plans. « Je souhaite faire ce métier le plus longtemps possible », confiait-elle en 2004.      Dès lors, on peut donc très bien imaginer qu’elle continue à publier des albums durant encore dix ou quinze ans – à condition, bien sûr, qu’un tel format musical continue d’exister. Si elle persévère dans cette voie, sans doute peut-elle aspirer à un destin à la Barbara, faire vivre le culte dans le cadre de salles intimistes, accompagnée par un seul piano. Une seconde carrière qui ne manquerait pas de panache. Certes, pour l’heure, elle clame encore son goût de la démesure, mais elle conçoit déjà l’instant où cet appétit aura disparu : « Je saurai quand viendra le moment où il faudra que je change. Non pas le fond de mon expression, mais la forme. » 

     Pour tous ceux qui imaginent Mylène comme une femme conduisant sa carrière d’une main ferme sans jamais trembler, le témoignage de Marie de Hennezel, qui a rencontré la star à plusieurs reprises, permet de nuancer le propos. Quelques mois après l’entrevue sur un plateau de télévision organisée par Jean-Luc Delarue, en 1996, la psychologue répond favorablement à une invitation à déjeuner. « C’est un moment qui m’a beaucoup marquée. C’était chez elle, dans un grand appartement. J’étais touchée qu’elle me fasse ainsi entrer dans son intimité. J’ai pu y voir toute la fragilité et la vulnérabilité de cette jeune femme. La solitude aussi. Car elle est l’objet de tant de projections que cela en devient comme une forme de prison. [...] On sent qu’elle est perméable, qu’elle capte les choses et je pense que c’est au prix d’une certaine solitude. Elle m’a vraiment beaucoup touchée. » 

     Une chanteuse prisonnière de l’image qu’elle s’est construite, condamnée à répondre au désir de Ceux qui l’aiment : telle est l’équation difficile que Mylène doit résoudre en permanence. Certes, son devoir d’artiste est d’exprimer ses émotions, mais elle ne peut que s’inscrire dans la continuité du fil qui la relie au public depuis toutes ces années. Elle l’avoue au détour de la chanson Si j’avais au moins… : « Et moi l’étrange paumée / Fiancée à l’enténèbrement. » Bien qu’elle ait terrassé ses fantômes intérieurs, ils continuent de la poursuivre, comme si elle ne pouvait leur échapper. Sur le plateau du 20 heures de TF1, face à Claire Chazal, elle avoue ainsi s’être amusée avec le mot Dégénération, comme pour adresser un clin d’œil à une autre de ses chansons, Désenchantée. 

    Si vieillir m'était conté Pour demeurer à la hauteur de sa légende, Mylène n’est-elle pas condamnée à ressasser inlassablement les mêmes thèmes, à jongler avec les mêmes états d’âme ? « Tout créateur se répète inlassablement et inexorablement », dit-elle. Elle n’a pas tort. Et c’est même ce qui la différencie d’une Madonna, caméléon qui s’épuise à épouser sans cesse les dernières tendances. La star française possède a contrario une extraordinaire constance. Son entêtement à toujours creuser le même sillon, sans tenir compte des modes, signe sa condition d’artiste véritable.  

     « Le sentiment d’abandon est quelque chose qui me hante », dit-elle. N’est-elle pas, au fond, dans la position de la femme aimée qui, par peur de décevoir son amoureux, se force à incarner son fantasme afin de rester désirable à ses yeux ? « Elle ne cesse de chanter son mystère sans jamais dire son secret », a dit Thierry Demazière à propos de Mylène. Il y a quelque chose de juste et de profond dans cette phrase. Et l’erreur de bien des biographes est sans doute d’avoir cru qu’un tel secret pouvait être exhumé. 

Mieux, que sa révélation pouvait expliquer l’œuvre comme une évidence. Et si cette part de mystère irrésolue ne constituait-elle pas, au fond, la clé d’un succès nourri par les seules projections du public ?

C’est bien connu, le secret est le meilleur terreau pour l’imaginaire. 

     Dire cela ne retire rien à l’exception de ce parcours, ni même à la singularité de l’œuvre. Car quoi qu’on écrive sur elle, Mylène Farmer restera, dans l’Hexagone, la chanteuse phare du dernier quart de siècle. Aussi inspirés que soient les mots employés pour la dépeindre, aucun n’atteindra jamais la puissance lumineuse d’une de ses chansons.

 

 

Extrait du livre : MYLÈNE par Hugues ROYER aux Editions Flammarion 2008

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Tendre et drôle à la fois notre Mylène

Posté par francesca7 le 18 octobre 2015

 

 

      tetuElle derrière un pupitre, Luc Besson à ses côtés. Devant leurs yeux défile une séquence de Arthur et les Minimoys, où l’on aperçoit Sélénia, un personnage de dessin animé aux cheveux roux. Mylène a accepté de prêter sa voix à cette princesse, mais l’art du doublage relève de codes qu’il n’est pas simple d’assimiler du premier coup. Il faut trouver un timbre qui colle parfaitement à l’image, mais aussi synchroniser chaque syllabe avec les mouvements de lèvres du personnage. Le réalisateur est là, attentionné et patient, donnant la réplique à Mylène pour l’entraîner. Elle prononce une phrase, se trompe, éclate de rire parce qu’elle a écorché un mot. Un rire de petite fille facétieuse, de ceux qu’on cache en rentrant la tête dans les épaules, une main sur la bouche. La scène est filmée pour les besoins d’une émission de Michel Drucker.

      Peu de gens le savent : Mylène Farmer a de l’humour. Non seulement elle rit volontiers, et plus souvent qu’on ne l’imagine, mais il lui arrive de faire rire aussi, parfois à ses dépens, ce qui est la preuve d’un sens profond de la dérision. « L’humour, chez elle, est une forme d’élégance, me confie Philippe Séguy. Une manière de rendre le quotidien plus léger. Par exemple, elle ouvre un paquet de fraises Tagada, m’en propose en lâchant : “On va s’empoisonner !” » Au fond, l’humour c’est ce qui nous reste de l’insouciance de l’enfance, la meilleure arme pour désamorcer la gravité du réel. 

      À ses débuts, on sent Mylène très joueuse avec certains animateurs de télévision, prête à entrer dans tous les délires. En 1985, dans « Platine 45 », Jacky en fait les frais. « Je me souviens d’une émission pendant laquelle elle m’embrassait et me laissait des marques de rouge à lèvres partout sur le visage.

Nous avions beaucoup ri en la faisant, elle et moi. » Dans un autre numéro de la même émission, histoire de s’amuser, elle laisse entendre qu’il existerait une idylle entre l’animateur et elle. « Vendredi soir, j’étais dans ton lit », dit-elle à un Jacky plutôt ravi. Lorsqu’elle est amenée à répondre à un journaliste de Charlie Hebdo, elle montre qu’elle peut avoir des formules pleines d’esprit : « Une question m’a toujours tracassée, Dieu rit-il ? Si oui, je comprends très bien pourquoi. »       

 

Sensible au comique de situation, Mylène peut se révéler très spontanée, voire bon public, face à certains imprévus. Dans son esprit, le rire peut d’ailleurs être une réponse appropriée au sérieux lorsqu’il devient trop pesant. Ainsi, durant le tournage du clip de Tristana, le mobilier prévu pour la maison des nains n’a pas été conçu à la bonne échelle. Emmanuel Sorin, le décorateur, en semble particulièrement chagriné. L’équipe fait une pause pour réfléchir à une solution possible. C’est alors que « Mylène s’assoit sur un tabouret qui casse et se retrouve sur les fesses dans un éclat de rire » ! Un incident cocasse qui permet de désamorcer la situation… 

     Les grands timides sont parfois capables de toutes les audaces. Ainsi, bien que mal à l’aise sur les plateaux de télévision, Mylène apparaît, en de rares occasions, très en verve. À la fin des années 1980, face à un Naguy taquin, qui la questionne sur le fait qu’elle garde, depuis plusieurs minutes déjà, la main posée sous le menton, elle répond, imperturbable : « La main reste comme ça. Elle est fixée. »       

Quant à Bernard Montiel qui, manifestement, l’admire, il se mordra les doigts de l’avoir invitée, en 1988, dans son émission « La Une est à vous », dont le principe est de faire voter les téléspectateurs afin de choisir leur programme. Lorsqu’il demande à Mylène quelle série elle aimerait regarder, elle répond :

« Aucune. » Et se fend même d’un commentaire sur le feuilleton Marie Pervenche, avec Danièle Evenou : « C’est consternant. » Montiel rit un peu jaune. 

     Mais sa plus belle saillie à l’antenne, la chanteuse va la lâcher à « Nulle part Ailleurs », sur Canal+, en 1988. L’œil malicieux, Antoine de Caunes, qui cherche manifestement à la déstabiliser, lui lance : « Depuis le début de l’émission, je me pose la question : pourvu qu’elle soit rousse. Pouvez-vous nous le confirmer publiquement ? » Et Mylène de répondre, du tac au tac : « Elle est rousse. » Puis, après un silence, elle ajoute : « En haut. » 

      Par la suite, la chanteuse, ayant décidé de se faire rare, aura de moins en moins l’occasion de s’amuser à l’antenne. Ce qui ne l’empêche pas de conserver intact son sens de l’humour. Interviewée au milieu des années 1990 par Julie Snyder, une Québécoise fantasque, elle semble sensible à l’ironie qui transparaît dans les questions. Quand elle lui dit : « Finalement, vous êtes une petite bi-bite », Mylène reste sans voix. Elle ne comprend pas, mais le mot l’amuse. Elle rit de bon cœur. En 1999, de passage dans le « Hit Machine » de Charly et Lulu, sur M6, pour interpréter Optimistique-moi, elle marche sur la traîne de sa robe et manque de trébucher, ce qui la fait manifestement sourire comme une gamine. 

     fanelo Rire d’elle-même, de ses maladresses, n’est pas exclu. La même année, au côté de Michel Drucker, elle provoque l’hilarité des fans présents dans le studio en bafouillant lorsqu’il s’agit de préciser combien de fois par semaine elle s’entraîne en vue de sa  prochaine tournée. En 2004, durant la conférence de presse annonçant les treize concerts de Bercy, elle commet un lapsus : « Le public me mange toujours. » Se reprend : « Je veux dire, me manque toujours. » Et, constatant la réaction des journalistes présents, éclate de rire. Oui, sans doute, c’est cette peur d’être dévorée par ses fans qui l’intimide à ce point. 

     L’avantage de l’humour, c’est précisément qu’il permet de briser la glace, d’instaurer une forme de communication évitant la fusion que Mylène pressent comme dangereuse. De ce point de vue, les concerts de janvier 2006 sont particulièrement éloquents. Pour la première fois, la chanteuse, d’ordinaire peu loquace, inaugure une forme de dialogue avec le public, grâce au prisme de l’humour. « V chante6zous plus fort que moi ! » clame-t-elle, le 15 janvier, comme un reproche amusé, à la foule déchaînée qui reprend  Désenchantée. Le 21, elle parle d’elle à la troisième personne pour annoncer la fin du quart d’heure des chansons lentes : « Mylène va sécher ses larmes et passer à quelque chose de beaucoup plus gai. » Le lendemain, alors que résonnent les premières notes de Sans contrefaçon, elle lance à la cantonade : « Vous ne la connaissez pas, celle-là, hein ? »

 

     Pour la première fois, durant cette série de concerts, la chanteuse accorde une place à l’improvisation. Parce qu’elle veut ressentir les vibrations de la foule, cette perfectionniste consent à montrer des failles. Certains soirs, par exemple, sans doute à cause de la pression ou de la fatigue, elle se trompe dans les paroles de ses chansons – ainsi elle zappe un couplet de Déshabillez-moi. À plusieurs reprises également, cette fumeuse de cigarettes mentholées est prise de fâcheuses quintes de toux, qui l’obligent parfois à s’interrompre plusieurs minutes. « Ce sont des choses qui arrivent », s’excuse-t-elle au soir du 14 janvier. 

      À travers ces anecdotes, se dresse le portrait d’une autre Mylène, loin de cette star rigide et glacée que certains ont transformée en caricature. « Si je devais résumer Mylène en deux adjectifs, me dit Elsa Trillat, je dirais, aussi surprenant que cela puisse paraître : tendre et drôle. » La photographe a, semble-t-il, gardé un souvenir ému des moments où Mylène venait lui rendre visite chaque jour à l’hôpital, alors qu’elle devait surmonter de graves problèmes de santé. « À ce moment-là, elle s’est comportée comme si elle était un membre de ma famille. Je ne l’oublierai jamais. » 

      Quand elle ne se ferme pas aux autres, paralysée par la méfiance, la chanteuse peut se révéler douce et attentionnée, y compris dans les situations où on ne l’attend pas. Roberto Martocci, danseur recruté pour la tournée 1996, en a fait l’heureuse expérience. Le jour du casting, alors qu’il ne sait pas encore s’il va être choisi, Mylène va lui donner un coup de pouce bienvenu. « Christophe Danchaud, le chorégraphe, entra le premier et nous avons commencé à travailler sur Je t’aime mélancolie. Environ une heure et demie après, Mylène entra silencieusement dans la pièce, dit : “Bonjour !” et jeta un coup d’œil dans ma direction. Le chorégraphe avait du mal à m’apprendre les pas, alors elle s’est approchée et a dit : “Puis-je lui montrer ?” À ce moment-là, l’énergie dégagée par Mylène était vraiment chaude et douce et cela m’a mis à l’aise. Après une heure et demie, elle s’est arrêtée et a rejoint son producteur. Elle a pris ma photo et l’a épinglée avec celles des autres danseurs. »

 

      C’est dans la tendresse, lorsqu’elle se sent en confiance, que la star exerce le plus volontiers son sens de l’humour. À partir de ces petits riens de la vie qui font réagir sa part d’enfance. Au moment du duo La Poupée qui fait non, sa complicité avec Khaled est évidente. « Mylène ? Elle est trop délirante cette fille ! dira le chanteur. On rigole comme des fous quand on se voit tous les deux. » 

      Ses amis proches, Anthony Souchet, le coiffeur John Nollet, ou même la romancière Nathalie Rheims, pourraient sans aucun doute en dire autant. Mais ils demeurent muets et comment ne pas leur donner raison ? L’amitié véritable ne peut se bâtir que sur une exigence de loyauté absolue qui suppose une part de secret. 

      Il y a aussi une cruauté dans l’humour, qui fait partie du plaisir. Lorsqu’un enfant voit un vieillard tomber, il se contrefiche de savoir s’il s’est fait mal, ou pire, si cette chute ne lui sera pas fatale : il ne retient pas son rire. Au détour d’une conversation, il peut arriver à Mylène d’être féroce, d’assassiner un tiers pour le plaisir d’un bon mot, mais la méchanceté ne fait pas partie de son tempérament. C’est un fardeau nuisible, alors qu’elle doit au contraire sans cesse s’alléger pour aller de l’avant. Ceux qui s’intéressent de près aux paroles de ses chansons savent d’ailleurs que son répertoire n’est pas aussi ténébreux qu’il en a l’air. 

      En attestent de nombreux titres réjouissants, qui manient parfois le second degré avec brio. « Pour plaire aux jaloux / Il faut être ignorée », lance Mylène dans Je t’aime mélancolie en guise de pied de nez à ses détracteurs. Dans L’Instant X, raillant la peur millénariste qui s’est emparée de ses contemporains, elle multiplie les images inattendues comme « J’ai un teint de poubelle » ou l’inoubliable « Mon chat qui s’défenestre. » L’album Avant que l’ombre… donne aussi la part belle à l’humour, au travers des chansons Porno Graphique ou L’Amour n’est rien… Dans Point de suture, la légèreté gagne encore du terrain. « La cruauté… c’est laid / La calomnie… c’est laid / L’âpreté… c’est laid / L’infamie… c’est laid », lâche la chanteuse d’une voix grave dans C’est dans l’air, égrenant avec ironie tous les péchés du monde. « Sculpté de bois / Réjouis-moi », chante Mylène dans Sextonik, évoquant ces accessoires du plaisir qui ne connaissent jamais de panne. Il faudrait encore citer l’humour indolent qui traverse Appelle mon numéro, un titre musicalement très réussi. « Le second degré est, me semble-t-il, une hygiène de vie », dit-elle. 

Mylène-Farmer      De même, certains choix scéniques sont manifestement destinés à faire sourire le public. Chanter Déshabillez-moi dans une camisole de force, comme elle le fait en 1989, c’est jouer sur le décalage, un ressort comique. L’immense fauteuil en velours de Libertine, en 1996, ou la balançoire de Dessine-moi un mouton, en 1999, introduisent également une touche de légèreté dans les shows farmeriens. Plus rare dans les clips, l’humour transparaît tout de même nettement dans Que mon cœur lâche, réalisé par Luc Besson, au travers notamment des dialogues épiques entre Dieu et le Christ. « Père, pourquoi ne m’envoyez-vous pas sur Terre ? » demande Jésus. « La dernière fois, c’était une catastrophe », répond le Créateur. « C’est un sourire, une légèreté que je n’avais pas dans mes autres clips  », dira Mylène. Dans les vidéos, peut-être… Mais dans la vie, il y a longtemps que la chanteuse n’engendre pas que la mélancolie.

  

Extrait du livre : MYLÈNE par Hugues ROYER aux Editions Flammarion 2008

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Rentrez chez vous, il fait froid

Posté par francesca7 le 10 octobre 2015

 

 

     Mars 2000. Ce soir-là, une centaine de Français sont venus applaudir Mylène à Moscou, où elle donne deux concerts exceptionnels. L’initiative en revient à Jean-Rémy Gaudin-Bridet, le fondateur du Mylène Farmer International Fan Club. Le management de la star a accordé une suite favorable à la proposition du jeune homme. Ignorant quel accueil elle recevrait en Russie, la chanteuse a sans doute  pensé que la présence, dans la salle, de quelques-uns de ses fans les plus inconditionnels réchaufferait l’ambiance – le public local, surveillé par la police, a la réputation d’être peu expansif. Après le show, certains ont regagné leur hôtel, comblés par la magie du spectacle. D’autres ont décidé d’explorer la ville jusqu’au bout de la nuit. Jean-Rémy accompagne quelques amis dans une discothèque branchée de la capitale russe.

     Soudain, alors que le groupe est tranquillement assis à une table en train de boire un verre, Mylène et son staff font leur entrée dans l’établissement. Heureuse, détendue, très maquillée, comme si elle avait voulu conserver son masque de scène, la chanteuse ne met pas longtemps avant de se déhancher sur les notes de Desert Rose de Sting. À quelques mètres de là, Jean-Rémy l’observe. Elle lui sourit. Il se rapproche peu à peu de son idole, la regarde avec l’intensité de ses yeux verts. Tout paraît irréel. Elle est radieuse, se lâche avec bonheur. Après la pression du spectacle, elle semble avoir besoin de décompresser. Tous deux sont maintenant proches l’un de l’autre lorsque, brusquement, Jean-Rémy voit un garde du corps fondre sur lui, refermer ses bras autour de sa taille et l’écarter brusquement de l’icône rousse. En un éclair, il se retrouve à une dizaine de mètres sans avoir compris ce qui se passait. Et, levant les yeux vers Mylène, il la voit éclater de rire.

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      L’anecdote illustre bien la difficulté à être fan. Dans cette forme d’amour inconditionnel subsiste, malgré tout, l’espoir secret d’un retour. Un signe, un mot suffisent à faire le bonheur de celles et ceux qui structurent parfois leur existence autour du culte de leur idole. C’est un fait indéniable, Mylène est l’artiste française qui compte le plus d’admirateurs. Plusieurs dizaines de milliers probablement, même si les fans extrêmes se résument sans doute à quelques centaines. « Je n’en connais pas le nombre, mais je ressens leur énergie. Ils m’aident à vivre, me stimulent jour après jour », a récemment confié la chanteuse. Une déclaration d’affection qui met un terme définitif à une polémique née au début des années 2000. 

      Un malentendu, sans aucun doute, causé par la timidité maladive de la star. Difficile pour elle, en effet, de recevoir l’amour de ces visages inconnus. À ses débuts, Mylène est intriguée par ces témoignages d’affection. Et montre une curiosité sincère à la lecture du courrier, de plus en plus nombreux, qu’elle reçoit. « Je ne parle pas des demandes d’autographes, mais des lettres qui font deux ou trois pages et qui vous disent des choses sur vous, sur la manière dont les gens vous perçoivent. Plus ça va, plus ce courrier contient des choses importantes qui me touchent réellement. » Toutefois, si ces missives maintiennent une distance rassurante, le contact réel avec les admirateurs s’avère nettement plus problématique.

 

      Rapidement, lorsque vient le succès, son adresse est connue de certains fans, qui l’attendent à sa porte. Elsa Trillat me raconte combien Mylène devient paralysée dès qu’un inconnu l’aborde. « Un jour, pour lui faire une surprise, je l’ai suivie avec ma voiture et j’ai freiné à son niveau. Elle ne bougeait plus.

Elle était livide. » Agnès Mouchel, responsable du montage des clips réalisés par Laurent Boutonnat, confirme ces réactions de panique. « Je sais que Mylène avait un peu peur d’être envahie par certains fans. Elle était harcelée, sans arrêt, des gens dormaient en bas de chez elle. Il y avait tout le temps du monde, jour et nuit, c’était assez pesant. » Une méfiance qui pourrait sembler excessive. Pourtant, quelques années plus tard, un incident lui donnera raison.

  

      x240-IK3Mercredi 13 novembre 1991. Un Nancéen de trente-sept ans, employé des postes, décide de rouler non-stop jusqu’à Paris. Sur un bout de papier, il a noté une adresse, 2 rue Cavallotti. Dans son véhicule, il fulmine. Il a envoyé de nombreuses lettres à son idole, mais soupçonne Polydor de ne pas les lui avoir transmises ; sinon, il aurait forcément reçu une réponse. Furieux, il veut se venger des employés de la maison de disques. Dans son coffre, un fusil de guerre acheté par correspondance plusieurs années auparavant. Dans sa poche, une cinquantaine de cartouches. Rien ne l’arrêtera : il est déterminé à « faire un carnage ».  

      À peine arrivé, il met son plan à exécution. Demande à voir Mylène d’urgence. « J’ai un cadeau pour elle », hurle-t-il. « Elle n’est pas là », lui répond le réceptionniste alors qu’il braque son arme sur lui. Un coup part, l’homme s’effondre. Mortellement blessé, il décédera dans la nuit, à vingt-sept ans. Mais ce n’est pas fini. Au milieu des cris qui résonnent dans le hall, le tireur gravit rapidement les étages en quête de nouvelles victimes. Deux jeunes femmes, effrayées, tremblent devant lui. Il décide de les abattre à leur tour. Il recharge son arme, les vise et appuie sur la gâchette. Mais aucun coup ne part.  

Par miracle, le fusil s’est enrayé. Pris de panique, le forcené tente alors de s’échapper. La police, alertée, finira par le retrouver, réfugié dans un bureau vide, hagard, replié sur lui-même. Depuis l’âge de douze ans, il suivait une analyse chez un thérapeute. Aujourd’hui, il est soigné en hôpital psychiatrique. 

      Cette tragédie va assombrir le moral de Mylène pour longtemps. « Devant un tel drame, on se sent totalement dépossédée de mots et de moyens. On culpabilise forcément. Cette mort est tellement injuste. » Dès lors, l’entourage de la chanteuse prend peur pour elle. On lui conseille d’être accompagnée par un agent chargé de sa sécurité. Par respect pour le jeune réceptionniste disparu, elle dit non. « On m’a proposé de me protéger, j’ai refusé. Dans ces cas-là, on ne pense pas à soi, à ce qui aurait pu vous arriver, mais à la famille en deuil, à cet homme qui est mort et qui n’y était pour rien. » 

      Une preuve de courage, qui n’exclut pas non plus une extrême vigilance. Ainsi, deux fans réputés inquiétants sont surveillés de près par les proches de la chanteuse. L’un d’eux, barbu, connu des services de police, s’est vu notifier une interdiction formelle d’approcher la star. L’autre, surnommé « ongles jaunes », en raison semble-t-il d’une hygiène approximative, s’est attiré une réputation de déséquilibré, y compris parmi les fans, en allant dormir sur le palier de son idole quand elle partait en vacances. 

     On comprend, dès lors, que Mylène s’envole parfois pour une escapade à New York, où seuls les touristes la reconnaissent. À Paris, elle le sait, il lui faut rester prudente, même si cette distance peut être mal ressentie par ses admirateurs bienveillants et équilibrés. À partir de ce drame, la chanteuse prend conscience que, lorsqu’on a affaire à un détraqué, le silence vaut sans doute mieux que le moindre mot susceptible d’être interprété comme un encouragement. « Je ne réponds pas au courrier, en ce sens que je n’entretiens pas de correspondance, dit-elle. Je renvoie une dédicace à ceux qui me le demandent. »  

      Il lui faut apprendre à gérer cette incroyable vague d’amour sans être pour autant submergée. Alors, c’est vrai, certains comportements vont être mal compris. Ainsi, le 27 octobre 1996, lors de l’enregistrement des « Enfants de la guerre », émission à laquelle Mylène est invitée, Jean Rémy Gaudin-Bridet, sur une consigne de TF1, rassemble une centaine de fans venus de France et de Belgique. Il pleut, mais les admirateurs de la chanteuse vont devoir attendre plusieurs heures dehors. « Finalement, en fin d’après-midi, on nous fait entrer sur le plateau et on nous apprend que Mylène a enregistré Rêver sans public. Elle prononce quelques mots, ça dure à peine trois minutes, puis disparaît. Tout le monde est furieux. Je l’interpelle dans un couloir pour lui faire savoir notre déception, mais elle est fuyante. Elle me répond : “Ce n’est pas ma faute, je ne suis pas responsable de l’organisation.” »

 

      Cet accroc sera largement commenté dans la presse qui, privée d’informations sur la chanteuse, y trouve un angle d’approche providentiel : la détresse des fans. Le magazine Entrevue s’engouffre dans la brèche, et toute la presse people lui emboîte le pas. Mylène se voit décrite comme une femme d’affaires cynique exploitant la fragilité de ses admirateurs qui se ruinent pour acheter tous les supports qu’elle met sur le marché. Une polémique qui aurait pu la faire vaciller si le grand public avait adhéré à cette caricature. Concernant l’attitude de la chanteuse le jour de l’enregistrement du show de TF1, sans doute faut-il tenir compte aussi d’un élément déterminant : la veille, elle a appris la mort de son frère Jean-Loup. 

      Pour le reste, son habitude d’enregistrer ses prestations n’a rien à voir avec la question du respect ou non de son public. On l’a vu, c’est une manière d’exercer un contrôle sur son image. Afin de mettre les choses au point, la chanteuse profite d’ailleurs d’un entretien à Paris Match pour renvoyer chacun à sa liberté, et donc à sa responsabilité. « Je veux qu’on sache que je n’ai jamais été à l’initiative d’un fan-club, ni officieux ni officiel. Je n’adhère pas au culte de ma personnalité. Si quelqu’un ou quelques-uns ont décidé de leur plein gré de créer un fan-club, c’est sous leur entière responsabilité. » 

     1996-05-cUn avertissement adressé à tous ceux qui lancent sur le marché les fanzines qui lui sont consacrés. Pas question pour eux d’utiliser des photographies qu’elle n’aurait pas approuvées ! Une exigence sur laquelle transiger serait se renier. Après les plaquettes luxueuses du Mylène Farmer International Fan-Club, plusieurs autres magazines vont en effet voir le jour : MF magazine, trimestriel disponible en kiosques, L’Instant-Mag, publication élégante et décapante, à laquelle va succéder Mylène Farmer et vous, un support donnant une large place aux témoignages des fans. Rien d’officiel, mais rien ne sortira non plus sans l’assentiment du management de la chanteuse. 

     Ce n’est donc pas avec la base de ses admirateurs que la star s’est montrée intraitable, mais avec ceux qui exploitent sa notoriété pour lancer des magazines sur le marché. La nuance mérite d’être précisée. S’agissant de son comportement vis-à-vis des fans, un témoignage signé Christophe-Ange Papini, Deux ans à l’attendre, permet de comprendre qu’il est, au contraire, dicté par une énorme tendresse. Avoir passé de longs mois sur un banc situé en face de l’immeuble de son idole a d’abord permis à ce jeune adolescent d’apprécier les qualités humaines de Mylène. 

     Le 28 octobre 2003, il note que la chanteuse, vêtue d’une jupe rose bonbon ultracourte, malgré lesrigueurs de l’hiver, est attendue par les paparazzi lorsqu’elle regagne son domicile. C’est alors que le petit groupe de fans présents s’interpose, formant un barrage pour déjouer le piège des photographes. Mylène les remercie gentiment, avant de pénétrer dans le hall. Pourtant, elle réapparaît quelques secondes plus tard et leur adresse un message maternel : « Il fait froid, rentrez chez vous ! » Il y a dans ces mots-là quelque chose de rare, une douce attention à l’autre. 

      Parfois, elle se livre aussi à une touchante cérémonie : elle serre les fans présents dans ses bras, doucement, à tour de rôle, dans une forme de communion silencieuse. Ce jour-là, elle porte un tailleur beige et d’imposantes lunettes de soleil. Christophe-Ange en garde un souvenir émerveillé : « Elle me prend dans ses bras. Je suis contre elle, je prends le temps de sentir son parfum, de la sentir contre moi.

J’ai ma tête dans ses cheveux, dans son cou. Je me sens léger, je me sens bien, je me dis que j’ai atteint un but, mon désir ultime. » Bien sûr, on peut sourire de l’attachement d’un garçon de dix-neuf ans, mais on retiendra surtout de cet épisode combien la star sait se montrer disponible et tendre avec ceux qui l’aiment.

 

      En outre, un soir sur deux environ, lorsqu’elle revient de ses bureaux, aux alentours de dix-neuf heures trente, elle consent à signer des autographes selon un rituel bien rodé : tandis qu’elle entre dans le hall de l’immeuble, son chauffeur s’approche des fans présents à l’extérieur et leur demande poliment s’ils souhaitent des signatures. Puis il ramasse tous les supports (disques, photos, magazines…), pénètre dans le bâtiment et en ressort, quelques minutes plus tard, pour faire la distribution d’autographes. Variante de ce cérémonial, Laurent Boutonnat, ou encore un proche de la star, joue le rôle du messager, tandis que Mylène attend dans la voiture. Au milieu des années 1990, dit-on, il arrivait parfois à la chanteuse de venir discuter de tout et de rien, au retour d’une soirée, avec les admirateurs présents. 

     Le récit de Christophe-Ange Papini, en plus de donner un visage profondément humain à cette star prétendument inaccessible, permet de dépasser les clichés sur le portrait-robot des fans de Mylène :

« Nous ne sommes pas tous des homosexuels dépressifs dépensant des mille et des cents pour leur idole. » Bien sûr, certains inconditionnels, avides de se procurer les quelque deux cents pièces présentes sur le marché, sont prêts à débourser plusieurs milliers d’euros afin d’acquérir un collector. Dans les conventions du disque, les collectionneurs se disputent les objets les plus rares, comme la statuette d’Isis, réplique du décor du « Mylenium Tour », ou encore la poupée de trente centimètres de Sans contrefaçon. 

Toutefois, même si le phénomène touche environ dix mille adeptes, il demeure heureusement possible d’apprécier la chanteuse sans pour autant transformer son appartement en temple farmerien. 

     Quel regard la star porte-t-elle sur cette surenchère qui, rappelons-le, résulte des lois du marché ? Comme juge-t-elle l’amour parfois excessif que certains lui portent ? « Dès l’instant où ces personnes ne gâchent pas leur vie pour moi, alors je suis en paix. Mais si j’ai le sentiment qu’elles passent à côté de quelque chose parce que je deviens l’élément essentiel, là, ça me perturbe beaucoup. » Pour elle, qui a tenu si fort à tracer un chemin singulier, il n’existe pas, en effet, de pire errance que de passer à côté de soi-même. 

     Ce n’est pas un hasard si nombre des fans de Mylène le sont devenus à l’adolescence. Une période  de transition tourmentée, l’heure où les choix sont cruels puisqu’ils exigent un renoncement qui semble insupportable – révoltant, même. L’enfance, c’est le monde de tous les possibles, l’imaginaire infiniment ouvert. L’adolescence nous pousse à devenir adultes presque malgré nous, comme si les transformations du corps voulaient forcer l’esprit à accepter cette réalité qui rend l’horizon plus étroit. Changer de peau, c’est forcément passer par un moment où la chair est à vif – le fameux complexe du homard dont parle Françoise Dolto. En chantant sa souffrance, Mylène pose des mots sur la nôtre. « J’ai une fêlure en moi, avoue-t-elle. C’est peut-être ce qui me relie aux fans. Un certain mal de vivre. »

 

      En affichant sa liberté comme un étendard, elle incarne également l’espoir d’une existence plus exaltante, qui donne le vertige. « La vie n’est rien… / Quand elle est tiède ! » dit-elle dans L’Amour n’est rien… Ses chansons nous poussent à aller au bout de nous-mêmes : « Toujours vouloir pour soi / La lune, la lune » (Tomber 7 fois ). À rechercher l’amour absolu : « Si nos matins / Semblent poussière / Alors renie-moi… là » (Peut-être toi). A expérimenter la sexualité sans interdits : « Ton goût du revers / N’a rien de pervers » (Pourvu qu’elles soient douces). Autant de messages qui fédèrent les adolescents parce que Mylène y revendique la force du désir face à la loi du réel. « Les jeunes, souvent encombrés de tabous, ont tellement besoin d’être compris… Moi, j’ai le sentiment de leur dire, comme Brel dans sa chanson : “Non, Jeff, t’es pas tout seul.” Sans aucune prétention, je sais à présent que c’est à cela que je sers. À leur dire qu’il n’y a pas à avoir honte du sexe. Tout est normal dans l’amour. »

 

      Après avoir été accusée d’indifférence vis-à-vis de ceux qui l’idolâtrent, la chanteuse a tenu à donner un signe fort. Le 28 mars 2005, elle a réuni deux cent cinquante fans, heureux gagnants d’un concours organisé par NRJ, pour leur permettre d’écouter en exclusivité son nouvel album. Ce jour-là, au Théâtre du Palais-Royal, les admirateurs de la chanteuse ont même pu la voir apparaître dans la salle, vêtue de cuissardes noires, et manifestement émue. Penser que Mylène méprise ceux qui l’adulent revient à lui faire un bien mauvais procès. Au contraire, il lui suffit de ressentir l’amour de ses fans pour en être aussitôt bouleversée.

  

Extrait du livre : MYLÈNE par Hugues ROYER aux Editions Flammarion 2008

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« C’est un ami, c’est lui » : Décision de MylèneF.

Posté par francesca7 le 27 septembre 2015

 

 

   mylene-farmer   Elle est seule dans sa loge. Enfoncée dans un canapé, le dos légèrement voûté, elle se concentre. Deux heures plus tôt, Pierre Vinuesa est venu la coiffer. C’est lui qui a conçu l’architecture complexe lui donnant l’air d’être couronnée de rouge. Une reine. Les minutes passent, elle ne bouge pas. Elle se recueille. Une épaisse bougie couleur ivoire se consume lentement près d’elle. Plusieurs peluches, cadeaux des fans, sont posées sur une étagère, improbable ménagerie. À quoi pense-t-elle ? Sans doute à rien du tout. Elle fait le vide. Certains artistes ont besoin d’être entourés dans ces moments-là. Pas elle. Ce silence contraste avec l’effervescence qui monte dans la salle. Un technicien frappe doucement à sa porte. Il vient installer le micro et appareiller sa robe de dentelle immaculée. Un peu plus tard, c’est au tour de son habilleuse d’entrer dans la loge. Mylène se lève et cette femme blonde lui enfile des manches de dentelle qui ressemblent à des ailes.

 

      Pour ne pas avoir froid, elle remet son peignoir. Un rapide coup d’œil dans le miroir, histoire de vérifier que tout est parfait. Les cils sont immenses, les lèvres pulpeuses et pâles. Elle ajuste une mèche de cheveux, la plaque sur son oreille. Elle se lève. Sans un mot, elle sort de sa loge, arpente les couloirs de Bercy, suivie de près par son habilleuse. Elle entend la clameur qui monte. Dans deux minutes, ce sera à elle. Son moment à elle. Face à ces dizaines de milliers d’anonymes venus la voir et l’écouter, entourée de leur affection, elle n’aura paradoxalement jamais été aussi seule. 

     « J’aime la solitude, dit-elle. Plus on devient un personnage public et plus on y plonge. Il faut s’y faire et l’apprivoiser. » Posséder un tempérament d’ermite n’empêche pas de cultiver l’amitié. Au contraire, c’est une force qui permet de placer la barre encore plus haut. Quand vous n’avez pas viscéralement besoin d’être entourée, vous pouvez choisir avec davantage de discernement ceux qui pourront partager certaines de vos pensées intimes. Dans les années 1980, Mylène avoue n’avoir que peu d’amis. Et lorsqu’on lui demande si ça la dérange, elle répond : « Non, pas du tout. » Pour elle, pas question de galvauder ce don de soi. Offrir son amitié ne peut avoir qu’une signification forte.

Aujourd’hui encore, son cercle d’intimes demeure restreint. 

      Qui sont-ils, ceux qui peuvent l’approcher et recueillir ses confidences ? Des prénoms remerciés dans le livret d’un album : Anthony, Nathalie, Paul, Corinne, Émeline, Olivier et Jérôme. Comment ont-ils réussi à gagner sa confiance ? Leurs qualités premières : la discrétion et la loyauté. Ils ont passé un pacte avec elle : jamais ils ne doivent évoquer ce lien si précieux qui les unit.   L’une de ses meilleures amies, la romancière Nathalie Rheims, respecte à la lettre cette consigne. « Mylène ne souhaite pas que je parle d’elle, m’a-t-elle expliqué au téléphone, et notre relation est tellement rare que je n’ai aucune intention de rompre le pacte. » De leurs déjeuners en tête à tête, notamment au Thiou, le restaurant branché du quai d’Orsay, elle ne dira rien. De leurs jeux, de leurs fous rires entre femmes, non plus. On murmure que Nathalie aurait été envoyée par Mylène au VirginMegastore, aux alentours de minuit, le soir où le DVD des concerts de Bercy 2006 a été mis en vente.

 

Certains témoins l’auraient entendue converser au téléphone, au premier étage du magasin des Champs-Élysées, avec une mystérieuse interlocutrice qui ne pouvait qu’être l’icône rousse.   Même réserve de la part de certains journalistes amis, comme Jérôme Béglé, de Paris Match, qui connaît la chanteuse depuis longtemps, mais a toujours refusé d’évoquer ses conversations avec elle. Une loyauté récompensée : c’est lui qui a recueilli, en mars 2008, la parole de la star annonçant son retour sur scène dans les colonnes de son magazine, avant de se fendre d’un article élogieux sur le clip de Dégénération, quelques jours avant sa diffusion dans les médias.

     Et puis, il y a les autres, ceux qui composent un cercle plus large. Ils ont eu le sentiment d’une amitié partagée, d’une relation privilégiée et intense, même si, par la suite, les contacts se sont espacés.

 

     Jean-Louis Murat est de ceux-là. C’est elle qui a amorcé le premier pas vers lui. « Un beau jour, au courrier, j’ai une lettre de Mylène. Une lettre comme elle sait faire, très gentille, avec sa magnifique écriture, pas de faute d’orthographe – enfin des choses que j’aime. Elle me demande si je veux bien chanter avec elle. Cette lettre n’est pas une légende, je l’ai reçue au courrier, tout simplement. Je n’en crois pas mes yeux, elle me donne son numéro de téléphone. » Murat la rappelle, tous deux se voient à Paris. Le temps de sympathiser, ils enregistrent Regrets, le premier duo de la carrière de Mylène. 

     À la même époque, la scénariste et réalisatrice Danielle Thompson fréquente aussi la chanteuse. Une fois n’est pas coutume, les deux femmes acceptent de poser le temps d’une séance photos pour Madame Figaro. L’occasion pour la scénariste de dresser un portrait de son amie en termes forcément flatteurs.

« Sa pâleur est indéfinissable, sa légèreté ne semble pas obéir aux lois de la pesanteur, sa présence semble toujours furtive, telle celle d’un oiseau prêt à s’envoler au moindre bruissement. Pourtant, l’ange roux remplit l’espace d’une force impalpable, une force qui rassemble à travers sa voix innocente des milliers, des millions de garçons et de filles qui reconnaissent dans ses mots leurs mots, dans ses peurs leurs peurs, dans ses émois leurs amours. » Les deux femmes se voient-elles toujours ? Pas sûr. Certaines amitiés, pour être fortes à un instant donné, n’en sont pas moins contingentes. 

   MIMI   Dans le cercle des amis de la star, l’écrivain Salman Rushdie occupe indéniablement une place à part. La première rencontre a lieu à la fin des années 1990, lors d’une exposition à Londres. « Nousétions l’un et l’autre conviés au vernissage de mon copain Francesco Clemente, raconte l’auteur des Versets sataniques . On s’est retrouvés au dîner qui a suivi chez le marchand. On a sympathisé. J’étais plutôt embarrassé, venant d’une tradition musicale anglo-saxonne, de tout ignorer de la variété française ! Elle est une grande star en France et je ne le savais pas. Depuis, elle m’a initié en m’envoyant son CD.

J’aime beaucoup son style. Ensuite, on s’est revus plusieurs fois. Je me sens proche d’elle. J’aime beaucoup Mylène Farmer. Une chanson peut être une libération. La musique ouvre les portes du cœur. » 

      Lorsqu’elle évoque son ami Rushdie, Mylène livre une clé qui permet de mieux la comprendre : « Je suis allée spontanément vers lui, dit-elle, j’avais envie de le connaître. » Curieuse de rencontrer un être dont la personnalité l’intrigue, elle n’hésite pas à vaincre sa timidité maladive pour aller vers l’autre, fût- il un écrivain mondialement reconnu. « C’est quelqu’un de très gai dans la vie, qui a beaucoup d’humour. Nous avons de grands éclats de rire ensemble. » Après leur rencontre londonienne, la chanteuse revoit le romancier britannique à Paris, lors de l’exposition parisienne des œuvres du père de Robert De Niro, intime de Rushdie. Il sera également invité à l’un de ses concerts à Bercy.

 

     Mylène n’aime que l’excellence. C’est pourquoi elle n’hésite pas à solliciter des rencontres avec ceux qu’elle admire. Sa notoriété lui ouvre bien des portes qui seraient infranchissables pour un quidam. Bien entendu, qu’ils deviennent des amis d’un jour ou davantage ne dépend pas de son seul bon vouloir.

     C’est Marcus Nispel, réalisateur de plusieurs de ses clips, qui l’affirme : « Les meilleurs se retrouvent toujours au sommet pour se serrer la main, et Mylène est vraiment de ce niveau-là. »

     Une vision élitiste qui rejoint une certaine réalité lorsqu’on regarde le parcours de la chanteuse. Familière de New York et Los Angeles, de surcroît parfaitement bilingue, elle s’octroie le privilège, rare pour une Française, d’approcher des stars de Hollywood comme George Clooney ou Robert De Niro.

 

     Sa collaboration avec Moby va naître de cette facilité à nouer des contacts avec des stars internationales. C’est à New York que la première entrevue a lieu. Le 9 septembre 2006, le chanteur le révèle sur son blog : « J’ai rencontré Mylène pour la première fois chez Teany et nous sommes devenus amis. Nous avons simplement pensé que Slipping Away serait une jolie chanson à faire ensemble. C’est ma chanson favorite de l’album Hotel et je suis ravi qu’elle entame une nouvelle vie grâce à la belle voix de Mylène. » Gravée sur la compilation de Moby, la chanson va rencontrer un joli succès. « Slipping Away avec Mylène Farmer vient d’être classé numéro un en France et en Suisse. Mylène est plus mignonne que moi, et elle chante mieux aussi », écrit Moby avec humour sur son blog, le 14 octobre 2006.

 

     Dans la foulée de l’enregistrement de Slipping Away, Mylène propose au chanteur britannique d’enregistrer Looking For My Name, qui figure sur Point de suture. Un duo d’inspiration romantique, hymne aux amours éternelles, qui rappelle les Regrets murmurés avec Jean-Louis Murat. La plus belle preuve d’amitié, n’est-ce pas de parvenir à une forme de collaboration qui ressemble à un partage ?

 

      Si la chanteuse éprouve une telle attirance pour les artistes, c’est qu’elle ressent leur présence comme un réconfort. Ce sentiment d’être différent, incompris, tous les artistes l’éprouvent. Tous portent en eux « un monde fou qui veut naître », comme le fredonne la star à propos de Virginia Woolf. Au milieu des œuvres d’art, dans un atelier ou une galerie, Mylène se sent chez elle. Une toile, une sculpture peuvent l’aider à vivre plus sûrement que tous les gadgets qu’offre la technologie moderne. « J’ai une fascination pour les abstractions de Michaux et les toiles surréalistes de Max Ernst, avoue-t-elle. Je retrouve l’enfance, la magie du secret et de l’indéfini à travers leurs œuvres. J’aime aussi passionnément la peinture d’Egon Schiele. J’aurais pu être son modèle. Lorsque je me regarde dans un miroir, j’ai l’impression d’être une de ses rousses écorchées. »

 MYLENE TV

      De la peinture à la chanson, il n’y a parfois qu’un pas : Je te rends ton amour est un hommage appuyé au peintre préféré de Mylène, et particulièrement au tableau Femme nue debout. Cet artiste autrichien, dont le trait est fragile et violent à la fois, aime en effet représenter des rousses à la peau laiteuse et à la maigreur inquiétante, dont il a saisi certaines attitudes en visitant un asile psychiatrique.

 De surcroît, ses dessins érotiques lui ont valu un bref séjour en prison. Fasciné par les rouquines, intrigué par la folie, scandaleux… On comprend que Mylène ait choisi Egon Schiele pour « seul maître ». Même sa mort tragique, à seulement vingt-huit ans, des suites de la grippe espagnole, a de quoi interpeller la chanteuse.

 Bien que la peinture attire Mylène, l’exercice lui semble périlleux. « Je ne maîtrise pas du tout ni l’aquarelle, ni l’huile », confie-t-elle, modeste. Pourtant, lorsque Philippe Séguy écrit Ainsi soit-elle, elle lui confie plusieurs œuvres, qui seront reproduites dans le livre. « Un monde de ténèbres glissant sur la nuit » montre un personnage squelettique sur un fond strié de rouge guetté par deux rapaces, image de la mort qui rôde. « Une femme qui se fond dans l’infini », dessin réalisé au fusain, prouve la constance de la chanteuse, puisque ce personnage qui s’efface trouvera un prolongement parfait dans l’émouvant final du clip Fuck Them All. Si la peinture, parce qu’elle exige une initiation technique qu’elle n’a pas reçue, lui donne quelques complexes, le dessin, en revanche, constitue pour elle un geste familier, quasi naturel. Où qu’elle soit, Mylène éprouve le besoin de griffonner, de croquer des visages, de faire vivre de petits êtres qui naissent en quelques minutes sous ses doigts. 

      En 1985, lorsqu’elle dessine le story-board du clip de Plus grandir, le trait est déjà très sûr, et l’on reconnaît les prémices du style épuré des personnages qui figureront, plus tard, dans le clip de C’est une belle journée, l’ouvrage Lisa-Loup et le conteur et même sur la couverture d’un roman de Marc Lévy, Où es-tu ? Une passion qui se révèle utile pour sa carrière, lorsqu’il faut concevoir le décor d’un spectacle, par exemple, ou esquisser un élément de la scénographie, comme le sarcophage de verre dans lequel elle fait son entrée sur scène à Bercy, en 2006. Ce talent pour les arts graphiques, une partie de son public le lui reconnaît déjà. Il l’a prouvé en 2003, lors d’une exposition à l’espace Artcurial au profit de l’institut Gustave-Roussy, qui lutte contre le cancer du sein. Parmi les cent femmes célèbres ayant réalisé un tableau pour l’occasion, c’est la Toile de Mylène, composée d’un collage de deux reproductions d’œuvres de Théodore Chassériau, qui, le 29 octobre, a obtenu la meilleure enchère, six mille cinq cents euros.

  

      En cela aussi, Mylène se révèle une chanteuse à part : elle est une artiste aux dons multiples, tout comme son coéquipier, Laurent Boutonnat. Être un artiste, c’est un sacerdoce, un engagement total, une impossibilité de renoncer à l’expression de soi. Les autres domaines de la vie deviennent secondaires par rapport à ce choix premier. Marcus Niespel le dit à sa façon : « Tous les grands artistes sont différents, ils ont chacun leur genre, mais ils ont tous un point commun, ils s’engagent à fond à 100 % avec le cœur. » Mylène est de cette étoffe-là. Ceux qui prétendent qu’elle serait une truqueuse jouant avec d’autres émotions que les siennes se fourvoient : « Quand j’écris mes textes, je livre beaucoup plus de moi que vous croyez. Il suffit de savoir écouter », dit-elle. En même temps, elle partage avec les artistes dits contemporains le contrôle absolu de tout ce qui engage son nom. « Mon implication morale, intellectuelle et sentimentale est la même, de l’écriture d’une chanson à la fabrication d’un clip, d’un tee- shirt ou d’un spectacle. »

1988-06-b      Ce qui situe encore Mylène dans une communauté que partagent tous les artistes dignes de ce nom, c’est le contact privilégié qu’elle a gardé avec l’enfance. Ce refus de grandir, revendiqué dès ses débuts, est la condition qui permet aux créateurs de perpétuer dans la discipline qu’ils ont choisie les scénarios ludiques de leurs jeunes années. « L’enfance, je crois que je ne voudrai jamais la quitter. Et je crois qu’elle ne me quittera jamais non plus. 

Voilà pourquoi, même si tout me semble sans espoir, je continuerai d’être en quête de quelque chose. De l’innocence retrouvée, peut-être? »       Mylène le sait : ce n’est pas parmi les adultes qu’elle trouvera des partenaires de jeu, mais parmi ceux qui se sont donné les moyens de faire vivre l’enfance en eux en devenant artistes. Voilà pourquoi leur amitié lui est si précieuse. Même si elle est rare. 

 

Extrait du livre : MYLÈNE par Hugues ROYER aux Editions Flammarion 2008

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MYLENE ou Naissance d’une femme

Posté par francesca7 le 25 septembre 2015

 

 

68320« On ne naît pas femme, on le devient. » Le mot de Beauvoir a beau avoir été galvaudé, il s’applique à merveille au parcours de Mylène Farmer. Sa féminité ne s’est révélée qu’au fil du temps, et c’est presque sous nos yeux que, telle un  insecte sortant peu à peu de son cocon, la chanteuse a opéré sa mue. Ce n’est d’ailleurs sans doute pas un hasard si un de ses clips, celui de Comme j’ai mal, met en scène la secrète métamorphose d’une petite fille en magnifique libellule. De la jeune femme androgyne des débuts à l’icône glamour d’aujourd’hui, l’écart est tellement spectaculaire qu’on n’a pas l’impression d’avoir affaire à la même personne. Et pourtant…

 

Femme. Le mot lui a longtemps fait peur. À quinze ans, Mylène est mal dans sa peau, comme si elle refusait d’assumer le sexe que la nature lui a donné. « Adolescente, je rejetais toute féminité », dit-elle. L’androgynie affichée constitue alors une solution bien pratique, un moyen de créer l’illusion qu’on possède les deux sexes. À la limite, être un garçon la gênerait moins. « Je crois avoir une force de caractère masculine », avoue-t-elle, associant sans doute  inconsciemment le tempérament féminin à une forme de passivité, voire de mollesse. Si être une femme consiste à attendre que la vie vous comble de bonheur, alors quel est l’intérêt ?

 

À l’époque, les choix vestimentaires de Mylène vont traduire ce malaise. Bannissant tout ce qui pourrait souligner des courbes qu’elle n’assume pas, elle opte pour des habits trop grands pour elle. Au début de sa carrière, rien n’est encore totalement réglé. Si la chanteuse débutante ne se rêve plus en garçon, elle ne se sent pas davantage de l’autre sexe. Et regarde les autres femmes comme un horizon inaccessible. En 1985, elle s’en explique avec simplicité.

 

« J’ai un  complexe, c’est vrai : je me trouve trop maigre. Contrairement à la plupart des filles qui ne pensent qu’à maigrir, à perdre des kilos, moi je ne rêve que d’une chose : grossir. C’est pour ça que je porte des vêtements souvent assez larges. Je les achète régulièrement d’une ou deux tailles supérieures à la mienne. Moralité : je ne porte jamais (ou presque) de manches courtes, afin de ne pas montrer mes coudes que je trouve trop saillants. De même, je ne porte jamais de décolletés, car je n’ai pas le buste assez “pulpeux”. Heureusement pour moi, à part ça, j’ai la chance d’être relativement bien proportionnée, de ne pas avoir de défaut physique particulier. » 

Effectivement, à l’époque, Mylène porte des chemisiers épaulés, des pulls immenses, des jupes informes. Bref, elle joue à cache-cache avec elle-même. Accepter son sexe ne pourra se réaliser qu’à travers une série d’épreuves initiatiques. Étrangement, d’ailleurs, le vêtement va jouer un rôle essentiel dans cette acceptation progressive de sa féminité. 

Lorsque le couturier Jean Paul Gaultier habille Mylène en guêpière et top sexy sur le ring de boxe où elle s’adonne à la chorégraphie énergique de Je t’aime mélancolie, en 1991, un pas énorme est franchi. Le symbole est fort : chacun sait que le couturier a créé pour Madonna les fameux bustiers en forme d’obus, lui permettant d’afficher sur scène une féminité provocante. Encore timide, un peu garçon manqué avec ses cheveux courts en bataille, Mylène ne semble pourtant pas assumer pleinement cette panoplie qui souligne ses formes. L’habit ne suffit pas, mais il donne l’impulsion, permet à la chanteuse de se jeter à l’eau. 

Le tournant est pris avec Anamorphosée, l’album de toutes les ruptures. En découvrant Mylène en figure de proue de ce train des années 1920 dans cette robe vaporeuse griffée Thierry Mugler, on sent que le déclic s’est opéré. Jamais elle n’avait semblé si glamour. Pour la première fois, également, le message de sa chanson n’est pas universel : lorsqu’elle fredonne XXL, c’est aux femmes qu’elle s’adresse, au risque de se couper de la moitié de son public. Dans ce besoin d’amour qu’elle clame avec la force d’une prière, elle inclut la totalité du genre féminin : « Négatives ou positives / Toutes les filles. » Celles qui étaient naguère des étrangères sont devenues des sœurs. Bien sûr, la séance de photos signée Herb Ritts pour le livret est révélatrice de cette évolution. « Ses photos me montrent plus “femme”. C’est un mot qui ne me fait plus peur et que j’accepte totalement. » 

Sans que sa silhouette ait changé d’un iota, sa gestuelle est devenue plus féline, plus sensuelle. Décomplexée, elle veut désormais mettre en avant ses nouveaux atouts en osant des décolletés sexy, notamment dans le clip de California réalisé par Abel Ferrara. « Je préfère l’image de la femme qui a des formes. Mais la bonne évolution, dans tout cela, est que j’ai pris le parti de m’accepter comme je suis », dit-elle à l’époque. L’acceptation de soi, c’est ce qui fait toute la différence : en exhibant ses courbes au lieu de les cacher, Mylène montre qu’elle est devenue une autre. 

Cette femme, née sous nos yeux, va continuer à explorer cette voie comme une aventure passionnante dont elle ne sortira plus. Ainsi, il ne sera plus question pour Mylène de sacrifier ses longs cheveux comme elle l’avait fait à l’époque de l’album L’Autre. Un look qui se situe aux antipodes de celle qu’elle est devenue. Depuis, elle a compris que sa longue chevelure était un attribut à part entière de son identité. Avec l’album Innamoramento, on assiste à une nouvelle étape : la chanteuse sexy exhibant son corps comme pour se prouver qu’elle était capable de susciter le désir a laissé la place à une figure de la féminité plus intérieure, plus spirituelle. Et lorsqu’elle chante Méfie-toi, un titre dont elle signe paroles et musique, elle semble prendre possession de ce pouvoir si subtil qui caractérise son sexe. « Au jeu du corps à corps / L’esprit est bien plus fort », répète-t-elle dans le refrain, avant de lâcher, comme si elle s’adressait à un homme sûr de sa supériorité physique : « La force est féminine. » Qu’on n’évoque jamais devant elle l’idée que les femmes puissent être faibles : Mylène est la preuve du contraire.  

Mylène femmeIl semble loin, alors, le temps où elle chantait Sans contrefaçon. Au détour d’une interview, la chanteuse mesure d’ailleurs parfaitement la distance accomplie. « Si vous me posez la question : “Est-ce qu’aujourd’hui vous avez toujours envie de mettre un mouchoir dans votre pantalon ?”, je vais vous dire non, c’est du passé. Maintenant, je l’ai exprimé, ce moment-là. Mais cela ne veut pas dire pour autant que je doive véhiculer cette image et ce sentiment toute ma vie. » Changer signifie nullement se renier, juste se donner la possibilité d’évoluer pour vivre le présent avec la seule qualité qu’il exige de nous : l’intégrité. 

Sur l’album Avant que l’ombre… , un autre paramètre va approfondir cette quête par Mylène de sa propre féminité : le regard de l’homme. Le sentiment amoureux, dont elle pressentait l’impact « révolutionnaire » dans sa vie, selon le mot d’Alberoni, elle l’éprouve enfin : « Avant que l’ombre, je sais / Ne s’abatte à mes pieds / Pour voir l’autre côté / Je sais que… je sais que… j’ai aimé. » Une forme de renaissance qui irradie tout l’album. La chanteuse semble enfin accepter le risque de l’amour qu’elle redoutait tant, avec tout ce que cela suppose de confiance en l’autre. Et même si cet engagement ne vaut que dans l’instant, sans promesses d’éternité ni même de certitude pour demain, on découvre une Mylène inédite, manifestement éprise. « J’attends qu’il frappe à ma porte », chante-t-elle dans un titre bouleversant, J’attends, qui montre l’étendue du chemin parcouru. Attendre, n’est-ce pas précisément renoncer au contrôle, pour oser s’abandonner à la seule forme de dépendance acceptable, celle du sentiment amoureux ? 

Malgré tout, la chanteuse ne peut s’empêcher de redistribuer les rôles dans Fuck Them All, dont le refrain s’adresse à la gent masculine : « Faites l’amour / Nous la guerre / Nos vies à l’envers. » Une chanson qui n’a pas manqué d’interpeller les ligues féministes, avides de recruter de nouvelles porte-parole. La romancière Catherine Breillat aurait également adressé quelques appels du pied à la chanteuse, après avoir été impressionnée par le clip. Mais Mylène ne mange pas de ce pain-là. Lorsqu’elle appelle de ses vœux un monde où la femme prendrait sa revanche, il ne s’agit pas d’un projet politique, mais d’une utopie artistique. Certes, elle convoque l’histoire pour la renverser, prône une certaine inversion des genres. Si on la suit bien, les hommes sont devenus capables de « lâchetés » et les femmes « guerrières ». Mais elle ne parle qu’en son nom propre. Et le clip montre précisément cette dimension personnelle : écrasée dans sa cage, la victime agonise, tandis que triomphe l’autre Mylène qui, maniant l’épée, a fini par terrasser ses fantômes intérieurs. 

Un symbole fort. Une image triomphante de la féminité. On est loin des clips de la première période. Ici, le message est clair : Mylène veut se débarrasser de ses oripeaux de victime expiatoire. Brûler sur un bûcher n’est plus d’actualité. Nul besoin pour autant d’adhérer à un dogme féministe. Par sa carrière exceptionnelle et ce parcours si singulier pour incarner pleinement le sexe qui l’a vue naître, Mylène a indéniablement fait avancer la cause des femmes. Et ce n’est pas le moindre des paradoxes quand on a débuté en chantant : « Je suis un garçon. » 

 

Extrait du livre : MYLÈNE par Hugues ROYER aux Editions Flammarion 2008

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L’exil américain de MYLENE FARMER

Posté par francesca7 le 12 septembre 2015

 

 

images (1)Une piscine inondée de soleil. Les cheveux relevés en chignon désordonné, Mylène s’y baigne nue. Elle s’est délestée du deux-pièces noir qu’elle portait en arrivant. Il fait trop chaud pour supporter une étoffe. Une caméra la filme, indiscrète. Après quelques mouvements de brasse, elle rejoint le bord de la piscine. Aveuglée par la lumière, elle plisse les yeux. On devine l’arrondi d’un sein lorsqu’elle attrape la serviette qu’une main lui tend – l’homme à la caméra, sans doute. 

Voilà plusieurs semaines qu’elle s’est exilée à Los Angeles, comme pour oublier Paris et fuir le plus loin possible l’échec de Giorgino. Elle y restera neuf mois, le temps d’accoucher d’un nouvel album. Et aussi de passer son permis de conduire – indispensable pour ne pas mourir d’ennui en Californie. Elle a choisi un hôtel réservé à une clientèle huppée, le Sunset Marquis, sur Alta Loma Road – fréquenté notamment par Steven Spielberg. Loué une villa à six cent cinquante euros la nuit avec garage, parc, Jacuzzi, salle de sport et, donc, piscine privée. Ici, aucun risque pour elle d’être dérangée : caméras de surveillance et vigiles veillent à la tranquillité des clients. Chaque jour, aux alentours de midi, un garçon en livrée apporte une bouteille de champagne dans sa chambre pour un brunch pétillant, qu’elle déguste avec Jeff Dahlgren, devenu un partenaire musical privilégié. Guitariste de talent et membre du groupe punk Wasted Youth, il a été invité par la chanteuse à habiller ses nouvelles chansons d’une couleur rock. 

Dans les premiers temps, en débarquant en Californie, au tout début de l’année 2005, Mylène a troqué sa chevelure rousse contre un blond platine qui la rend méconnaissable. Changer de tête pour exprimer ce qui est en train de bouger en elle. Quitter le costume désormais trop lourd à porter de cette rousse mélancolique pour devenir une autre.

Qui ? Elle ne le sait pas encore. Mais le soleil californien, si exotique pour cette enfant du Canada, lui apporte cette brûlure dont elle a besoin pour changer de peau. 

Désarçonnée par le passage à vide que traverse Laurent, elle a songé, un temps, voler de ses propres ailes. Anéanti par l’échec, il n’est plus là pour personne, se terre dans son appartement parisien. Alors elle a songé qu’il lui faudrait peut-être s’inventer un avenir sans lui. Avant de se raviser. Si elle souhaite prendre un virage musical, réaliser un album sans son mentor lui semble un projet insurmontable. Aux dires des musiciens qui ont travaillé à ses côtés, Boutonnat n’est pas seulement un compositeur inspiré capable de s’installer au piano et d’écrire une mélodie en quelques minutes : c’est aussi un véritable chef d’orchestre, fixant la partition de chaque instrument tout en supervisant l’harmonie d’ensemble. Comment Mylène pourrait-elle se passer de lui ? 

Aussi, lorsque Laurent prend enfin l’avion pour Los Angeles, au printemps, toute l’équipe est rassurée. Appelé à la rescousse, l’arrangeur Thierry Rogen débarque lui aussi, orientant Boutonnat et sa muse vers les studios Ocean Way, où enregistre notamment Michael Jackson. Pour autant, l’ambiance ne sera pas des plus décontractée : Boutonnat n’adresse guère la parole à Jeff Dahlgren, ce qui ne facilite pas l’avancée du travail. « Anamorphosée a été très difficile à faire, parce que Laurent était toujours dans l’état d’esprit de l’“après Giorgino”, et qu’il allait très mal », confiera Thierry Rogen. Peu à l’aise dans ce climat destructeur, le mixeur historique de la chanteuse finira par jeter l’éponge, remplacé  au pied levé par Bertrand Châtenet. 

Fuyant au maximum les tensions, Mylène s’isole dans sa villa pour écrire les paroles de ses chansons à partir des premières mélodies qu’elle écoute en boucle sur son baladeur. Au bord de la piscine, elle semble retrouver l’inspiration. Ces derniers temps, un livre ne la quitte pas. Un pavé de sept cent cinquante pages, sa Bible à elle : Le Livre tibétain de la vie et de la mort, de Sogyal Rinpoché. 

« Un vrai détonateur, dira-t-elle. En le lisant, j’étais émue jusqu’aux larmes, car auparavant la mort m’obsédait. L’idée qu’un être disparaisse me donnait un vertige qui m’attirait vers le bas. Je me dis aujourd’hui que la vie n’est pas vaine. Qu’il y a peut-être un passage. Un au-delà qui justifie notre combat. »       

1987-05-aUn chapitre retient particulièrement son attention, celui consacré à l’« impermanence ». « Les amis avec lesquels nous avons grandi, les lieux de notre enfance, les points de vue et opinions que nous défendions autrefois avec tant d’opiniâtreté : tout cela, nous l’avons laissé derrière nous », y écrit l’auteur. Une forme de sagesse libératrice pour Mylène qui, à cet instant précis, veut croire qu’elle peut renaître sous une autre forme. « Ce que nous considérons comme notre caractère fondamental, explique Rinpoché, n’est rien de plus qu’un “courant de pensée”. » La formule a de quoi intriguer Mylène : depuis l’enfance, elle éprouve un mal-être dont elle n’arrive pas à se dépouiller. Plusieurs chansons de l’album, notamment Vertige ou Comme j’ai mal, porteront la trace de cet espoir de changement, de voyage pour l’esprit et le corps. 

Dès le matin, elle se rend aux studios Ocean Way, où elle rejoint les musiciens et l’équipe technique. Laurent Boutonnat règne en maître absolu sur les tables de mixage, barbe fournie et pipe aux lèvres. Jeff Dahlgren, cheveux longs et rebelles, répète quelques accords. Au dernier moment, juste avant d’enregistrer, très concentrée, Mylène corrige les paroles avec un feutre noir, en lettres capitales. Pour la première fois, la chanteuse s’implique également dans les choix musicaux – elle signera même la partition d’un titre, Tomber 7 fois . 

« Le côté rock d’Anamorphosée, témoigne Thierry Rogen, c’est Mylène et Jeff Dahlgren qui l’ont amené et l’ont souhaité. Cette évolution nette a vraiment été le fait de la volonté de Mylène. Elle était très présente dans la production, ce qui n’était pas le cas auparavant. »

 

Si la chanteuse veut un son plus lourd, plus américain, laissant la part belle aux guitares électriques, ce n’est pas seulement pour laisser s’exprimer le talent de Jeff Dahlgren : c’est aussi pour se donner les moyens d’une renaissance artistique. Le miracle, d’ailleurs, c’est que cette atmosphère tendue va générer l’album le plus atypique de Mylène. Au fond, cet exil américain, qui se poursuivra par un séjour d’un mois à New York, permet à la chanteuse de prendre la distance nécessaire pour revenir en force. Le pari n’est pas gagné, mais elle va se battre pour s’imposer à nouveau, tournant la page de ses dix premières années de carrière afin de montrer un nouveau visage, sexy et lumineux. 

Histoire de faire table rase de son image de poupée torturée, Mylène décide de se passer de la caméra de Laurent Boutonnat. La sanction est sévère, mais l’avenir même du duo en dépend. Elle choisit Marcus Niespel, qui a notamment travaillé avec Janet Jackson ou Elton John, pour réaliser le clip de son retour : filmée en noir et blanc, cheveux aux vents, figure de proue d’une locomotive à vapeur des années 1920, elle est méconnaissable. Dans la vidéo comme dans le livret de l’album, on en oublierait même que Mylène est rousse… D’ailleurs, sur la pochette de l’album, elle a pris soin de ne pas exposer son visage : seul son corps apparaît, dans un ensemble noir des plus sexy. 

Par superstition sans doute, ignorant tout de la façon dont elle va être accueillie, elle brille par son absence lors de la sortie du premier single de l’album, XXL. Ce qui lui vaut d’être envoyée en première ligne, sur les plateaux de télévision, par sa maison de disques, qui s’inquiète du démarrage moyen de l’album, pour défendre le deuxième single, L’Instant X. Sortie peu avant Noël, cette chanson de circonstance permettra à la chanteuse de renouer avec le succès et de fixer les bases d’un retour sur scène, qui réamorcera l’amour du public. 

Invitée à s’exprimer, Mylène évoque alors son nouvel état d’esprit, afin que tout le monde puisse constater qu’elle n’est plus la même. « J’ai encore des moments noirs, des instants de dépression. Mais je suis désormais attirée vers le haut et la lumière. » La lumière : le maître mot pour qualifier son retour. Il inspirera une chanson résolument optimiste, Et tournoie…, où la chanteuse semble inviter l’autre à s’extraire des maux qui le rongent pour s’élever vers l’astre solaire : « Sous ton âme ta plainte amère / Panse-la, donne-le / Mets ton âme de lumière. » Là encore, on sent l’influence de Sogyal Rinpoché. 

« Je cesse de me concentrer sur moi-même et mes idées sombres », dit-elle encore. Le discours est bien rodé, d’une grande cohérence. Une opération marketing parfaitement orchestrée ? Pas seulement. Car si Mylène omet de préciser dans quel climat elle a préparé son retour depuis Los Angeles, elle répond toujours avec sincérité lorsqu’on l’interroge sur son attrait pour les États-Unis. Confie son besoin de « se régénérer », de « se ressourcer », son goût des immenses étendues qui ouvrent l’horizon : « J’aime bien cette notion d’espace, de grandeur. » Et puis, elle évoque le plaisir de l’anonymat retrouvé, dans un pays où elle n’est pas une star, ce qui permet un ancrage salutaire dans la réalité. « Ne pas être connue, c’est pour moi une grande liberté. Je peux vivre comme tout le monde. » 

1995-01-bUne chanson sera le symbole de cette renaissance par l’exil : California. Un morceau d’anthologie, un petit bijou musical tout en subtilité, où Mylène mêle avec bonheur références à Apollinaire et anglicismes. « Changer d’optique, prendre l’exit / Et m’envoyer en Amérique », fredonne-t-elle comme une invitation au voyage – dépaysement garanti. C’est là aussi qu’elle emploie le mot qui sert de titre à l’album : l’anamorphose, terme scientifique utilisé en optique, et auquel elle insuffle une seconde vie, poétique cette fois. « Ma perception de la vie s’est élargie », lâche-t-elle, coupant court à toute justification barbante. 

Son histoire d’amour avec les États-Unis est loin d’être terminée. L’horizon élargi que Mylène a découvert va nourrir son imaginaire scénique et accentuer son goût pour les spectacles grandioses. 

L’Amérique sera donc son point d’ancrage lorsqu’elle concevra la tournée de 1996. C’est à New York qu’elle sélectionne la troupe de danseurs, hormis Christophe Danchaud, chargé d’enseigner les chorégraphies. Elle se paye aussi le luxe de débaucher Donna de Lory, la choriste de Madonna. Le nouveau spectacle sera aussi lumineux que celui de 1989 était sombre : avec son écran géant, ses paillettes, ses costumes sexy en diable et ses chorégraphies léchées, il va imposer la nouvelle Mylène, seule chanteuse française à pouvoir rivaliser avec la démesure des stars américaines. C’est à partir de cette période que la presse, bluffée, commence à la surnommer la « french Madonna ». 

En 1999, afin de préparer le « Mylenium Tour », une tournée pharaonique qui s’arrêtera dans quarante-trois villes, Mylène repasse encore par les cases New York, pour le travail avec les danseurs, et Los Angeles, pour les répétitions avec les musiciens. Entre-temps, elle a appris à apprécier New York et se nourrir de cette énergie à la puissance dix qui galvanise les artistes. Une ville dont l’atmosphère lui semble beaucoup plus stimulante que celle de Los Angeles. Vêtue d’un débardeur et d’un pantalon blanc, on la voit se glisser, joyeuse et silencieuse, au centre des danseurs et observer le tableau en mouvement dans le miroir. 

« Plus loin plus haut / L’extase de l’immensité », chante Mylène dans Vertige, qui aborde le thème de l’impermanence cher à Sogyal Rinpoché. Si l’ouvrage du sage bouddhiste lui a ouvert l’esprit dans une direction qui semble, du moins provisoirement, apaiser son âme, le continent américain va durablement s’imposer comme une destination privilégiée. Loin de l’Hexagone, la star ira, chaque fois qu’elle en aura l’occasion, s’aérer la tête. Surtout, elle n’oubliera jamais que c’est là-bas qu’elle a repris en mains sa vie et sa carrière. Une décision qui a tout changé. 

Extrait du livre : MYLÈNE par Hugues ROYER aux Editions Flammarion 2008

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Dernier sourire de LEPAGE à Mylène

Posté par francesca7 le 9 septembre 2015

 
 
lepage-platine-02     11 juillet 1986. 
Dans la famille Gautier, personne n’oubliera cette date funeste. Mylène se trouve 
chez Bertrand Le Page lorsque le téléphone sonne, 
porteur d’une terrible nouvelle. Son père vient de mourir
des suites d’une longue maladie, à soixante et un ans. 
Et même si toute la famille s’y était préparée, 
le choc est brutal. Au début de l’été, Max a été transporté
 dans un hôpital de Bobigny. 

Depuis plusieurs mois, il se sait atteint d’un mal incurable. 
C’est pourquoi il a tenu à se rendre une dernière fois au Québec, où il conserve ses plus
 beaux souvenirs. 
En revoyant l’ancienne demeure de Pierrefonds, il ne laisse guère d’illusions sur son
 état de santé au couple d’amis qui a racheté sa maison. On le presse de questions sur
 sa fille, qui fait parler d’elle jusque dans la Belle Province. Et il se montre assez 
fier des débuts prometteurs de Mylène, qui vient de sortir Libertine. 
Oui, lui, l’ingénieur des ponts et chaussées, est plutôt 
impressionné par la réussite de sa cadette qui, pour avoir renoncé à ses études, n’en semble 
pas moins tracer sa route avec détermination. 
     Mylène est anéantie. Tout est allé si vite. En l’espace de quelques mois, 
l’homme qui comptait le plus à ses yeux a quitté la terre des vivants. 
Elle l’a tant admiré. Tant attendu aussi, petite fille, quand il travaillait, la semaine,
 sur les rivages du Saint-Laurent, à plus de mille kilomètres de Pierrefonds, 
où il venait retrouver sa famille le week-end. Des quatre enfants Gautier, 
Mylène est celle qui lui  ressemble le plus. Et pas seulement sur le plan physique. 
Outre le même regard intense, le même nez fier, elle possède un mélange de réserve 
et de détermination dont son père a toujours fait preuve dans son parcours professionnel. 
     Conformément à ses vœux, Max Gautier sera incinéré. Désormais, une place 
restera vide dans son cœur. À mots couverts, avec cette pudeur qu’on lui connaît, 
la chanteuse confiera, deux ans plus tard, sur le plateau d’une émission de variétés,
 que c’est en hommage à un être
 disparu qu’elle exerce ce métier. Sans citer l’absent. 
    MYLENE et LEPAGE Pour l’heure, plutôt que de se morfondre,
 Mylène va redoubler d’efforts afin de faire 
décoller sa carrière. 
Sa manière à elle, plutôt guerrière, 
d’honorer la mémoire de son papa. 
Ce qu’elle n’a pas eu le temps de lui dire,
 parce que le dialogue n’a pas toujours été 
aisé entre ces deux grands
 timides, elle va l’écrire dans une chanson,
 Dernier sourire – sans doute la plus 
poignante de son répertoire. Elle y relate
 la lente agonie  d’un homme qui se tord de
 douleur dans une chambre d’hôpital et sa 
révolte face à l’injustice qui le frappe. 
« Mais qui s’acharne  à souffler tes bougies ? »
 lance-t-elle comme pour dénoncer la cruauté 
du destin. 
Avant de murmurer des mots qui donnent le frisson :
 « Si c’est ton souhait, je peux t’accompagner », 
prête à suivre dans la mort l’être cher dont elle
 n’arrive pas à lâcher la main. 
Durant le « Mylenium Tour », la chanteuse interprétera
 Dernier sourire lors du premier 
 appel, accompagnée d’un simple piano. 
Des minutes bouleversantes. 
     Par la suite, la mémoire de son père ne va 
cesser de hanter son œuvre. 
Des années après ce jour sinistre de 1986, 
elle écrit une autre chanson apparemment dédiée au disparu, 
Laisse le vent emporter tout, qui clôture l’album 
Anamorphosée. Une manière de tourner la page en douceur, en 
laissant le temps faire son œuvre. D’évoquer aussi l’envie de 
revoir l’absent : « Là j’irais bien
 te chercher / J’ai tellement changé. »
 
      Le 17 décembre 1995, invitée de l’émission « Déjà le retour », animée par
 Jean-Luc Delarue, sur France 2, Mylène fait venir sur le plateau Marie de
 Hennezel, auteur de La Mort intime – un livre qui rencontre un grand succès
 cette année-là. Le témoignage poignant d’une psychologue qui, au sein d’hôpitaux,
 aide les patients en fin de vie et leurs proches à appréhender au mieux 
leurs derniers  instants. Loin de toute morbidité, l’auteur y aborde la mort
 dans sa dimension humaine. 
« Ceux qui vont mourir, explique-t-elle, sont des vivants qui peuvent 
encore sentir 
la vie jusqu’au bout, aimer, être aimés, et c’est notre responsabilité
 d’humain de ne pas les enterrer avant l’heure et de continuer à mettre
 de la vie autour d’eux. » 
      Sur le plateau, Mylène écoute. Ses jambes sont croisées avec élégance, 
les cheveux relevés en un chignon vaporeux, son bras appuyé sur le canapé où 
siège également l’acteur François Cluzet. 
Pudique, elle choisit de ne pas se mettre en avant, de laisser la parole à cette
 femme dont chaque
 phrase résonne comme une formidable leçon d’espoir. Ce n’est pas la première 
fois que les deux femmes se voient. 
 
« Nous nous sommes rencontrées, Mylène et moi, il y a quelques années, en déjeuner en tête à tête
 qui m’a permis d’apprécier la sensibilité et la profondeur de cette jeune femme », révélera par
 la suite Marie de Hennezel. 
      Comment dire l’importance d’un père dans le cœur de sa fille ? Un livre n’y suffirait sans
 doute pas. Dans le répertoire farmerien, une chanson retiendra l’attention des fans, 
Optimistique-moi, dont Mylène a signé paroles et musique. Dans le clip, signé Michael Haussman,
 on découvre une Mylène emprisonnée dans l’univers du cirque, qui ne pourra gagner sa liberté 
qu’au terme d’une série d’épreuves, bravant un climat d’hostilité générale. Funambule, elle doit
 ainsi tenir en équilibre sur un fil alors que des cracheurs de feu, au sol, tentent de la 
déstabiliser. Discret mais attentif, un homme lui parle, la rassure, la guide, l’attire à lui. 
Il est jeune et séduisant. C’est un magicien, vêtu de noir, le seul être qui semble la comprendre.
 
      Mais le supplice de la jeune femme n’est pas terminé : alors qu’un trio de comédiens, 
composé de Pierrot, Arlequin et Colombine, théâtralise sa détresse, elle doit, en outre,
 évoluer sur un énorme ballon au milieu de la piste. Cette fois, sa progression est 
interrompue par un lanceur de  couteaux qui, d’un geste précis, crève le ballon. 
Le personnage incarné par Mylène est à nouveau humilié. 
Heureusement, le magicien va mettre un terme à ce calvaire. Après avoir enfermé la jeune
 femme dans un coffre rouge capitonné, il la transperce d’épées. Le temps d’ôter les lames, 
lorsqu’il ouvre la boîte, l’oiseau s’est envolé... 
On retrouve Mylène à l’arrière d’une camionnette bleue, debout au milieu de ballots 
de paille, affichant un sourire radieux. Libre, enfin. 
À l’extrême fin du clip, tout s’éclaire : sous les traits du magicien apparaissent 
ceux d’un homme  aux cheveux gris. Derrière ce visage rassurant se dissimulait en fait
 la figure paternelle. 
Un père qui est le seul à déceler la détresse de sa fille. Un père dont le regard 
aimant permet 
à la funambule, en proie au doute, de garder l’équilibre.
 
      Que signifie exactement Optimistique-moi, ce barbarisme inventé par Mylène ? 
Rien qui doive être figé, bien sûr, dans une définition aux contours rigides. 
Mais l’on peut projeter sur ce verbe bien des connotations. Le père n’est-il pas, 
dans les théories freudiennes, celui qui est chargé de transmettre à son enfant 
l’énergie nécessaire pour affronter le monde ? Communiquer un optimisme qui galvanise,
 tel semble le rôle dévolu au papa de la chanson.
 Lorsque le single est sorti, certaines paroles ont suscité bien des interrogations. 
L’image, développée dans le refrain, d’un baiser déposé sur un « petit bouton de rose 
pétales humides »  évoque en effet un geste plutôt ambigu lorsqu’il est perpétré par
 un père sur sa fille.
 
       En outre, deux vers de la chanson – « Qu’aussitôt tes câlins/ Cessent toute ecchymose »
 – dissimulent à peine le mot « inceste ». Impossible de penser qu’il puisse s’agir d’un hasard 
quand on sait la précision chirurgicale dont Mylène fait preuve dans le choix des mots. Bien sûr,
 en déduire que la chanteuse aurait été victime d’un inceste serait une extrapolation des plus 
hasardeuse. On le sait, dans la psychanalyse, la tentation de l’inceste, 
nichée au cœur du complexe d’Œdipe, constitue une étape nécessaire dans le 
développement de l’enfant. Ce que Mylène met en scène dans sa chanson est d’abord
 un inceste symbolique, même si elle prend un malin plaisir à 
laisser planer un parfum de soufre qui marque sa signature. 
       Une fois de plus, en tout cas, elle fait mouche. En évoquant à nouveau ce « papa » 
qu’elle a tant aimé, et dont le souvenir ne cesse de lui insuffler l’énergie de 
battante qui nourrit sa carrière, elle aborde une symbolique universelle, où chacun 
peut puiser ce dont il a besoin.
 De la mort d’un être cher, elle a tiré une force.
 
Extrait du livre : MYLÈNE par Hugues ROYER aux Editions Flammarion 2008

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Pourvu qu’elle soit ROUSSE

Posté par francesca7 le 4 septembre 2015

 

 MYLENEFARMER POP

      Une chevelure. Lumineuse, rougeoyante, incandescente. Un signe de ralliement. Un panache roux.

Sur certaines photos d’elle, de dos, cette cascade abricot suffit à suggérer sa présence. Dans le livret de l’album Avant que l’ombre… , signé Dominique Issermann, le visage n’apparaît jamais en totalité. La plupart du temps, il est masqué par cette chevelure, reconnaissable entre toutes, qui s’impose comme une signature. Et qui permet de poursuivre la partie de cache-cache engagée avec le public il y a longtemps déjà.

      Rarement une artiste aura été à ce point liée à une couleur de cheveux. Et pourtant, Mylène n’est pas née rousse. Lorsqu’elle débute dans la chanson, ses cheveux sont châtains. Même s’il s’agit, selon elle, d’une « erreur de la nature », force est de constater que cette métamorphose a contribué à forger la légende Farmer. « Une chanteuse, ce n’est pas châtain. C’est blond, brun ou roux. Il faut trancher dans le vif, donner une couleur, une marque, une griffe. » Bertrand Le Page sait de quoi il parle. Au milieu des années 1980, une certaine Jeanne Mas, toute de noir vêtue, squatte le sommet des charts avec une panoplie de brune incendiaire et des chansons qui décoiffent. Un succès fulgurant dont rêve le manager pour sa protégée. « En 1984, la star du moment qui nous impressionnait tous, y compris Mylène, c’était Jeanne Mas95 », confiera le manager. De fait, l’interprète de Toute première fois a pris une sérieuse longueur d’avance. Sûre d’elle, maquillée à outrance, exubérante dans sa gestuelle, elle intimide la chanteuse débutante, qui la cite en exemple lors d’une de ses premières interviews. « Les gens ne connaissent pas encore bien mon visage. Maman a tort a surtout énormément été diffusée en radio.

Jusqu’ici, je n’ai fait que peu de télés. Et peut-être n’ai-je pas, comme Jeanne Mas, ce truc qui marque et accroche les gens. »

      Cent mille copies écoulées pour Maman a tort, ce n’est pas rien, mais Laurent et Bertrand veulent jouer dans une autre division. Un look plus affirmé, Le Page en est convaincu, aidera Mylène à sortir du lot. C’est donc lui qui, selon toute vraisemblance, suggère le premier à la chanteuse de se teindre en rousse. Elle est séduite par l’idée. Depuis des années, elle trouve ses cheveux trop fins. Pour le clip de Plus grandir, une permanente leur a donné davantage de volume, mais le brun lui durcit les traits, accentue le relief de son nez. Une première coloration va provoquer le choc attendu. Lorsqu’elle tourne Libertine avec sa nouvelle chevelure auburn, l’évidence s’impose à tous : Mylène a trouvé son identité visuelle, l’image qui correspond à son moi profond. « Il y a eu une erreur de la nature : j’aurais dû naître rousse », dira-t-elle.

 

                                                     **

 

1      Par la suite, la nuance de roux va être corrigée grâce à l’entremise de Christophe Mourthé, jeune photographe que Bertrand a présenté à Mylène, jugeant que leurs univers présentaient d’évidentes corrélations. À l’époque, il vient de réaliser une série de clichés qu’il a baptisés « Casanovas », où figurent des femmes grimées en hommes dans des costumes du XVIIIe siècle. « Parmi ces images, j’ai un personnage aux cheveux abricot qui plaît beaucoup à Mylène. Jusque-là, elle est rousse dans Libertine, c’est vrai, mais ce ton n’est pas très joli, pas bien défini. On en discute avec elle chez Bertrand, puis on finit chez le coiffeur. On lui présente le cliché et on lui dit : “C’est abricot, faites-nous la même chose !”

Mylène adopte alors la couleur flamboyante qui sera sa marque de fabrique. On ne peut pas prétendre que Bertrand et moi l’ayons décidé, personne n’a besoin de tirer la couverture à lui. En fait, l’idée a germé en même temps dans nos trois cerveaux. »

      Dans les années qui suivent, le roux de Mylène va encore évoluer. Très pâle, genre blond vénitien, après la tournée de 1989, il devient carrément carotte lorsque Mylène adopte un look à la garçonne pour l’album L’Autre, en 1991. Selon Marie-Stéphanie Lohner99, stagiaire régie sur le tournage du clip de Pourvu qu’elles soient douces, cette coupe radicale aurait été choisie parce que la chevelure de la star se trouvait, à l’époque, abîmée par une succession de décolorations agressives.

 

     Consciente que son ramage roux fait désormais partie de son identité artistique, Mylène va, tout au long de sa carrière, jouer avec ce symbole. Afin d’étonner son public, elle chargera son coiffeur attitré, Pierre Vinuesa, de créer pour elle des coiffures toutes plus extravagantes les unes que les autres. Un défi qu’il relèvera haut la main, notamment lors des tournées 1996 et 1999. Mèches dressées sur la tête évoquant les rayons du soleil ou épaisse crinière entourant le visage comme une auréole… Pour réaliser ces véritables chefs-d’œuvre d’architecture capillaire, Vinuesa n’hésitera pas à recourir à des postiches.

Et Mylène de prendre goût à ces perruques et autres extensions qui donnent un beau volume à sa chevelure naturelle. Ses chignons n’en sont que plus impériaux, ses boucles plus nombreuses. Pour chacun des clips qu’elle tourne, pour chacune de ses apparitions télévisées, elle soigne sa coiffure avec la même exigence qu’elle choisit ses vêtements.

     Quant à Bertrand Le Page, il va être peu à peu écarté de la galaxie Farmer, après cinq ans de bons et loyaux services. L’hiver 1989 sera son chant du cygne.

     Un soir de décembre, Bertrand a organisé un dîner à l’École des beaux-arts en présence de cinq cents convives, composés de personnalités du métier et de journalistes. Une fête donnée en l’honneur de Mylène, qui doit recevoir un disque de diamant pour plus d’un million d’exemplaires vendus de l’album Ainsi soit je. Hélas ! rien ne se passe comme Le Page l’avait imaginé. La chanteuse reçoit son trophée des mains d’Alain Lévy, le patron de Polydor, alors que tout le monde a le nez plongé dans son assiette.

Écœuré par une telle absence de magie, le manager broie du noir et se console comme il peut en sifflant des coupes de champagne.     Vers une heure du matin, certains invités ont déjà quitté les lieux et le personnel commence à empiler les chaises Napoléon III utilisées pour le dîner. C’est alors que Bertrand laisse éclater sa colère et hurle ce qu’il a sur le cœur. Pour lui, la soirée est un échec. Où est le panache ? Où est le goût de l’excellence ? Les yeux injectés de sang, il empoigne une chaise et la lance sur celles déjà entassées : la pile dégringole dans un bruit d’apocalypse. Sans hausser la voix, Mylène le somme de se calmer, maisles derniers convives présents, embarrassés, se précipitent vers la sortie. Laurent Boutonnat ne dit mot.

Parce qu’il ne « sentait » pas la soirée, me racontera Philippe Séguy, il n’a pas ôté son manteau de tout le dîner.

 

     Entre Mylène et Bertrand, rien ne sera plus comme avant. En réalité, tout a commencé à se dégrader lorsque, deux mois plus tôt, en octobre 1989, le manager a appris que la chanteuse et son mentor avaient Créé Requiem Publishing, une société d’édition musicale qu’ils cogèrent à égalité. Auparavant, ce sont les éditions Bertrand Le Page qui créditaient les titres de Mylène. Dès lors, il voit son avenir financier menacé au sein de l’écurie Farmer. Mais pour cet affectif, là n’est pas l’essentiel. Ivre de gloire, il se croit indispensable. N’est-ce pas lui qui, relevant un défi lancé par sa protégée, a boosté le succès de Sans contrefaçon en convaincant la radio NRJ de multiplier par deux les diffusions du titre ? Fort de ses exploits, Bertrand est confiant : la star a besoin de ses conseils, et leur amitié est tellement forte qu’elle ne peut se briser. Il se trompe cruellement.

      Paradoxalement, c’est Mylène qui, le lendemain de l’incident à l’École des beaux-arts, prend l’initiative de recoller les morceaux. « Si tu as besoin de moi, je suis là101 », lui dit-elle par télégramme.

Quelques jours plus tard, rendez-vous est pris dans le restaurant d’un palace parisien. Le Page campe sur ses positions, ne regrette pas ce que la chanteuse considère comme un « dérapage ». Dans un sursaut d’orgueil, il quitte même la table, espérant que Mylène va le retenir. Elle n’en fait rien.

      Un mois plus tard, elle l’appelle pour lui signifier leur rupture : « On arrête de travailler ensemble. Ton comportement est devenu impossible. » Il recevra par la suite une lettre que la star, de sa belle écriture, achève par ces mots : « Je t’aime comme personne. »       Dès lors, c’est le tourneur Thierry Suc, au tempérament moins tapageur, qui fera office de manager.

   FanNicolas5   Ultime message en forme de justification, Mylène écrira une chanson à l’ami éconduit sur l’album L’Autre. Dans Pas de doute, elle s’adresse à un homme au tempérament ingérable, évoque des tensions vaines, des sautes d’humeur insupportables : « Quant tu n’as plus ta tête, tu fais tout trop vite. » On ressent bien, dès lors, une divergence qui semble irrémédiable : « Tu précipites / Moi je prends mon temps. » Jusqu’à la rupture assumée : « Quitte à faire vite / Je prends les devants. »       Le Page ne se remettra jamais de cette séparation. Persuadé que, sans lui, Mylène est perdue, il va guetter l’instant où l’idole dégringolera de son piédestal, sans pour autant cesser de l’aduler. Un après- midi de 1995, dans son appartement proche de la porte Maillot, il me confie que les textes de l’album Anamorphosée sont totalement hermétiques : « On n’y comprend rien, ça va faire un bide. » Deux jours plus tard, il m’appelle pour me demander si j’ai vu le clip de L’Instant X. « Mylène est sublissime, elle n’a jamais été aussi belle », me dit-il, conquis. En 1996, en découvrant l’affiche des concerts de la star à Bercy, il s’effondre en larmes.

      En avril 1999, quelques jours après la publication de l’opus Innamoramento, Le Page, atteint d’une grave maladie, se tire une balle dans la tête, à Hyères, sur la côte d’Azur, où il s’est exilé depuis un an. « Il s’est suicidé le dimanche de Pâques, je sais qu’il écoutait l’album en boucle », dira Guillaume Vial, un ami de la dernière heure.

      À la fin du clip de L’Âme-Stram-Gram, l’héroïne que joue Mylène se jette dans le vide pour retrouver sa jumelle disparue. Le Page semble avoir voulu répondre par un geste spectaculaire aux jeux fantasmés de Mylène avec sa propre mort. Quelques jours avant son suicide, Bertrand a laissé un message sur mon répondeur. Sa voix était sereine.

      En signe de deuil, Mylène se tait. La promotion de l’album est suspendue durant quelques jours. Une interview, prévue sur RTL le jour même, est annulée. La chanteuse ne se rendra pas à Saint-Malo, le 9 avril, pour les obsèques de son ancien manager. Elle n’enverra pas de fleurs. Ses souvenirs avec Bertrand, les mots écrits ou échangés, elle veut les garder dans son cœur. Leur amitié, qui fut si passionnelle, n’appartient qu’à eux deux.

  

Extrait du livre : MYLÈNE par Hugues ROYER aux Editions Flammarion 2008

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MYLENE veut Occuper le terrain

Posté par francesca7 le 4 septembre 2015

 

 1987-j10

      Elle est si rare aujourd’hui dans les médias qu’on a le sentiment qu’elle ménage ses apparitions depuis toujours. Rien n’est plus faux. À ses débuts, Mylène sait qu’elle n’a pas le choix. Il lui faut obtenir un maximum de diffusions à la radio pour ses singles, multiplier les interviews à la presse et décrocher des passages à la télévision, ce formidable accélérateur de notoriété, sans quoi elle ne pourra jamais sortir du lot. Pour être reconnue, il faut au préalable être connue. Telle est la loi du métier.

      Un homme va être l’artisan de cette percée médiatique : Bertrand Le Page. À l’âge de dix-huit ans, cet autodidacte lettré a quitté Saint-Malo, où il a grandi, pour réussir à Paris. Après avoir renoncé à être chanteur, il rêve de devenir acteur. Puis jette l’éponge : les complexes qu’il nourrit sur son physique paralysent trop ce rouquin de petite taille à l’enfance difficile. Lucide, il comprend que son rôle n’est pas d’être en première ligne. Ce sont les autres qu’il projettera dans la lumière. Après avoir lancé Jackie Quartz, qui cartonne tout l’été 1983 avec Mise au point, sa cote grimpe dans le métier. C’est alors que Boutonnat, croisé quelques années auparavant, lui propose de rejoindre l’écurie Farmer. La chanteuse a besoin d’un manager, Laurent, accaparé par l’artistique, ne peut assurer ce rôle.

Ça tombe bien pour LePage, dont les relations avec Jackie Quartz sont arrivées à un point de non-retour. Il accepte de prendre Mylène sous son aile, moyennant un pourcentage de 25 % sur les bénéfices, via sa société d’éditions musicales.

 

      D’emblée, Mylène est séduite par le personnage. Bertrand est élégant, provocateur et excessif en tout. C’est un affectif qui va mobiliser toute son énergie pour que sa protégée se hisse au sommet. Non seulement il détient un carnet d’adresses dont il va faire profiter la jeune chanteuse, mais il ambitionne aussi de la « coacher » au sens moderne du terme, en lui dispensant des conseils qui dépassent la sphère strictement professionnelle. Comment pourrait-elle devenir une grande artiste si son esprit ne goûte pas les nourritures spirituelles les plus stimulantes ? Très vite, Bertrand devient l’ami intime, une oreille constamment à l’écoute, un confident précieux.

      Féru d’astrologie, domaine qu’il aborde avec un mélange de rigueur scientifique et d’intuition quasi médiumnique, il commence par dresser le thème astral de Mylène. Lui parle avec finesse de son tempérament plutonien qui la rend si proche du Scorpion, bien qu’elle possède le double signe de la Vierge. Un gage de profondeur, de remise en question permanente aussi. Il le pressent déjà, la jeune femme est capable de se mettre en danger. C’est aussi une Uranienne, soucieuse d’exprimer sa différence avec force, ce qui signifie qu’elle est peu disposée à composer. Quant au fait que Vénus se situe dans la maison des épreuves, cela n’augure pas un parcours sentimental semé de roses.

      Bertrand est un être en perpétuelle quête d’intensité. Il lit la presse, dévore les livres, s’intéresse au cinéma, se passionne pour une exposition de peinture. Tout ce qu’il touche s’enflamme aussitôt. C’est lui qui conseille à Mylène la lecture de L’Apprentissage de la ville, de Luc Dietrich. Un roman qui l’a bouleversé et qui, par contagion, va également marquer la chanteuse. Paradoxalement, c’est auprès de cet autodidacte à la culture éclectique que la jeune femme poursuit ses études interrompues trop tôt, en début de terminale.

Consciente de l’impasse où peut conduire sa relation gémellaire avec Laurent, Mylène accorde une place privilégiée à ce manager hors-norme. « Heureusement, il y a Bertrand, dit-elle. On vit pratiquement à trois. Pas simple, mais riche. J’ai toujours su que le trois était le chiffre parfait. » En découvrant ces propos, on ne peut s’empêcher de penser à la triangulation familiale reconstituée. L’équilibre de la jeune femme semble être à ce prix.

      Bertrand lui veut du bien, aussi va-t-elle suivre ses conseils à la lettre. Il sait, elle a tout à apprendre. Malgré son caractère insoumis, Mylène arrive à se montrer docile lorsque son intérêt est en jeu. Alors, oui, son manager la fatigue parfois avec ses coups de fil incessants, dont certains au milieu de la nuit. Avec ses sautes d’humeur aussi, et cette nervosité extrême qui l’électrise, elle qui a tant besoin de lenteur. Mais elle prend sur elle, force sa nature. Une petite voix lui murmure, même quand elle ronge son frein, que Bertrand doit avoir raison. Il a lié sa réussite à celle de Mylène, alors leur alliance est totale :

pour lui, qu’elle devienne une star est une question de vie ou de mort.

 

                                                      **

 1 - AOUT My

      En attendant, Le Page se démène comme un diable pour que la chanteuse débutante puisse interpréter à la télévision Maman a tort, sorti en mars 1984. C’est Michel Drucker qui, le premier, accorde sa chance à Mylène dans « Champs-Élysées » pour sa première émission en prime time. Un coup de pouce qui attire l’attention sur cette débutante aux longs cheveux châtains. De ce jour, alors que sa comptine gentiment licencieuse passe de plus en plus en radio, elle devient l’objet d’une petite curiosité médiatique. De nombreux clichés, libres de droits, sont offerts à la presse. Pas question de se défiler face aux demandes d’interviews qui, grâce au travail ciblé de Bertrand, commencent à tomber. À ce moment- là, le moindre entrefilet est bon à prendre.

      Mylène parle. Elle répond aux questions sans rechigner, et avec le sourire s’il vous plaît. Pourtant, à y regarder de plus près, elle fait déjà entendre sa différence, comme si le jeu d’une promotion formatée ou dictée par d’autres lui était impossible. Ainsi, elle ne manque jamais de dire l’inconfort qu’elle ressent face à un journaliste. « J’ai une sainte horreur des questions et des questionnaires. » Ou encore :

« Je ne suis pas particulièrement à l’aise pour les interviews. On déforme parfois ce que je dis85. » Très vite, au risque de se mettre à dos une partie de la presse, elle condamne le dictaphone. « Je n’aime pas cette petite machine. C’est un viol », lance-t-elle à un confrère de Charlie Hebdo. Dès 1987, d’ailleurs, sûre de ses exigences, elle n’autorisera plus qu’on enregistre ses propos. « Je ne veux pas que ma voix entre dans vos foyers », dira-t-elle à un journaliste médusé.

      Mais n’allons pas croire qu’il s’agisse de sa part d’un caprice. À ses débuts, Mylène montre au contraire une vraie modestie, consciente des défauts qu’il lui faut corriger. « Je voudrais progresser, devenir une artiste à part entière. L’aisance sur scène ou sur un plateau de télé, ça ne s’improvise pas. »

Et d’ajouter : « Je veux rester lucide et ne pas sentir ma tête enfler parce que mon premier titre marche bien. » Pour cela, elle souhaite se donner du temps, s’inscrire dans la durée. « Mes espérances, c’est de créer un style, le style Mylène Farmer, mais c’est un travail de longue haleine. »

     Ce qui frappe encore, c’est le rempart dressé d’emblée entre ce qu’elle offre comme artiste et sa vie personnelle. Contrairement à tant de ses consœurs, qui jettent en pâture à la presse moult anecdotes sur leur quotidien, leurs secrets de beauté ou le menu détaillé de leur petit déjeuner, la chanteuse débutante définit une ligne claire dont elle ne déviera pas. « Je ferai toujours en sorte de préserver ma vie privée.

Rien à voir avec mon métier. Si on y touche, attention je mords  », prévient-elle. Une exigence qu’elle n’hésite pas à justifier : « Il ne faut pas faire de vivisection de l’artiste. Je n’ai pas à ouvrir mon ventre. »

      Son obsession, à l’époque, est d’éviter d’être happée par un tourbillon où elle ne se reconnaîtrait plus. Lui importe d’abord de proposer au public quelque chose d’unique. L’intégrité, encore. « Je n’ai envie de ressembler à personne. Je veux être moi-même. » Ainsi écarte-t-elle toutes les questions relatives à l’air du temps. Pourquoi ne fréquente-t-elle pas les endroits à la mode ? « Je ne veux pas faire comme tout le monde », répond-elle.

     À vingt-trois ans, Mylène fait montre d’une étonnante maturité. Si, pour elle, tout reste encore à prouver, elle sait déjà où elle ne veut surtout pas être entraînée. Le succès, oui. La surexposition qui va avec, non. Être dans la lumière, elle le devine, exige qu’on se protège doublement. Alors, si elle s’acquitte, bon gré mal gré, de ses obligations médiatiques, il lui arrive d’être consternée par une  question sans intérêt ou mal à l’aise dans certaines situations – il n’est pas certain qu’elle ait apprécié le sketch plutôt kitsch qu’elle interprète sur le plateau de « Cocoricocoboy », entourée de l’équipe de Stéphane Collaro. Grâce à Laurent et Bertrand, qui la protègent sans la ménager, Mylène se constitue un cocon. Elle veut rester rassemblée, concentrée. C’est à cette seule condition qu’elle pourra être davantage qu’une étoile filante.

 

Extrait du livre : MYLÈNE par Hugues ROYER aux Editions Flammarion 2008

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Mylène Farmer, une Fille manquée

Posté par francesca7 le 29 août 2015

 
 
Fille manquée« Dis, maman, pourquoi je suis pas un garçon ? » La question, 
dérangeante à souhait, introduit les  premières notes d’une de
 ses chansons les plus emblématiques, Sans contrefaçon. 
Pour l’occasion, la voix de Mylène est celle d’une fillette espiègle.  
Durant ses vacances d’été à La Garde-Freinet, en 1987, elle s’était
 amusée à faire son marché chez  les commerçants locaux, demandant
 quelques poireaux et autres pommes  de terre, comme si elle avait 
cinq ans. Des fous rires partagés avec  la photographe Elsa Trillat.
 Venue rejoindre son amie dans  une maison louée avec 
Laurent Boutonnat, elle a été le témoin de la  genèse de 
Sans contrefaçon.
  
     Au départ, les deux jeunes femmes écoutent en boucle Comme un 
garçon, un vieux tube de Sylvie  Vartan, dans la voiture d’Elsa.
 Et puis, Mylène se lance. 
Au bord de la piscine, armée d’un dictionnaire de rimes, 
elle griffonne dans la bonne humeur des mots en lettres 
majuscules sur une feuille de papier. 
Chaque fois, elle demande à son amie ce qu’elle pense de ses 
trouvailles. En deux heures, l’affaire est bouclée. 
Laurent Boutonnat est aux anges. Sans contrefaçon fera un carton. 
Et pas seulement
 parce que le thème de l’ambiguïté sexuelle, qu’il aborde, va comme un gant aux années 1980, 
durant lesquelles fleuriront le groupe Indochine et son apologie du « Troisième sexe ». 
Non, si Mylène triomphe avec ce titre, c’est parce qu’il correspond à un questionnement sincère.  
La chanteuse a grandi avec ce trouble en elle. Elle est loin d’être la seule : pour de nombreux
 adolescents, filles et garçons, la bipolarisation de l’espèce humaine en deux genres opposés n’a
 aucun sens. Comme Freud l’a constaté, chaque être peut abriter une part masculine et une part 
féminine. 
                                                     ** 
À l’âge où sa sœur Brigitte coiffe ses poupées, Mylène préfère jouer avec des soldats de plomb, 
seule, accroupie dans sa chambre. Les témoins de sa petite enfance canadienne en témoignent :
 Mylène est plus intrépide, plus insoumise aussi, que ses deux aînés. Ainsi, elle ose se rouler
 sur la pelouse même si ses parents le lui interdisent. Plus tard, à Ville-d’Avray, comme les 
garçons de son école, elle fabrique des pétards à l’aide de bouchons et de mèches. 
Puis elle les dépose devant les portes avant de sonner et d’aller se cacher pour observer la 
réaction des gens. « Je n’ai jamais aimé jouer à la poupée, à la dînette, dira-t-elle. 
J’ai toujours préféré la compagnie et les jeux des garçons. Je n’étais pas un garçon manqué, 
mais une fille manquée. » 
Une jolie formule qui dit bien tout le cheminement qui reste à accomplir pour que Mylène 
s’approprie ce sexe qui lui a pourtant été donné à la naissance. 
Se sent-elle, à l’époque, plus garçon que  fille ? En tout cas, elle cultive l’ambiguïté avec 
une indéniable délectation. « J’ai cette réflexion d’un gardien d’immeuble gravée dans 
ma mémoire. J’étais allée chercher le courrier. 
Il m’a demandé comment je m’appelais. J’ai dit : “Mylène”, et il m’a dit, très sérieusement : 
“C’est un beau prénom pour un petit garçon.”» 

Puisque les gens la prennent pour ce qu’elle n’est pas, Mylène va en jouer jusqu’à créer 
la confusion. Sa voix est grave, ses cheveux sont courts. Afin que l’illusion soit totale, 
il ne lui reste, comme elle le chante, qu’à glisser un mouchoir dans son pantalon, 
« pour voir ce que ça fait ». 
Et l’adolescente n’est pas déçue des réactions ! Elle s’étourdit de ses provocations, 
sans doute  pour mieux masquer sa détresse. Car, derrière ces jeux avec son identité, 
un véritable malaise l’étreint. 
« Je pensais être entre deux sexes. Je ne l’expliquais pas, c’était comme ça : j’étais
 quelqu’un d’indéfini. Mon comportement était celui d’une excentrique. 
Je refusais le carcan imposé par les normes attribuées à chacun des deux sexes. 
C’était un état de révolte, certainement révoltant aussi pour mon entourage. » 
                                                    **
 
En famille, le climat est à l’orage. C’est avec sa mère que les tensions sont les plus lourdes. 
Marguerite est une femme coquette qui s’efforce de toujours s’habiller avec goût : 
elle ne comprend pas l’attitude rebelle de sa cadette. Pourquoi n’est-elle pas délicate 
et féminine comme Brigitte,  son aînée ? 
En outre, elle se montre agacée par les frasques de Mylène. Elle veut pouvoir partager
 son affection équitablement entre ses quatre enfants, refuse que l’une de ses filles 
tire la couverture à elle.
 Se comporter comme un garçon, n’est-ce pas encore une manière pour Mylène de faire
 son intéressante ? 
Max, son père, semble moins inquiet. Sa fille a toujours su comment s’y prendre pour obtenir
 de lui ce qu’elle voulait. Un sourire charmeur, et le voilà qui cède. Depuis toujours, 
ces deux-là se comprennent souvent à demi-mot, d’un regard. Sans doute Max pense-t-il que
 cette révolte n’est 
que passagère... 
Bien sûr, durant cette période tourmentée, Mylène n’est pas à l’abri du fameux complexe 
œdipien décrit par Freud. Ce n’est d’ailleurs sans doute pas un hasard si le clip de 
Tristana, des années  plus tard, reproduira de manière symbolique, en revisitant l’histoire
 de Blanche-Neige, le trio formé par l’adolescente et ses deux parents. Selon Bruno Bettelheim,
 à qui l’on doit une passionnante Psychanalyse des contes de fées , Blanche-Neige met en scène 
la rivalité entre la mère et sa fille au moment de la puberté. Plus belle, la jeune femme
 renvoie à son aînée l’image  de la mort, ce qu’elle ne peut supporter. D’où l’idée de la 
faire disparaître pour demeurer le seul objet de désir aux yeux du père. 
C’est donc l’attirance inconsciente de la fille pour son 
géniteur qui provoque la colère de la mère.  
mylène fille manquéeDifficile pour une adolescente de prendre pour modèle une maman 
avec laquelle elle partage si peu 
de points communs. Mylène préfère admirer ce père à qui elle 
ressemble de plus en plus. Or, pour 
devenir adulte, il importe de s’identifier au parent du même sexe. 
Mylène se retrouve donc dans 
une impasse qui ne va aucunement simplifier son apprentissage 
sentimental. « Plutôt que des amours, j’ai eu des intimités 
intellectuelles avec des garçons, des relations platoniques,
 évidemment. 
Ce qui n’était pas le cas de mes copines. Elles avaient plein 
d’aventures et, bizarrement, j’en ai souffert. 
Quelque part, je jalousais leur succès auprès des 
garçons. J’avais trop d’appréhension 
pour franchir le pas. Je trouvais les autres filles tellement
 plus belles que moi! » 
                                                    ** 
Alors qu’elle éprouvait auparavant un plaisir non feint à brouiller les repères en se grimant
 en garçon, Mylène ressent à présent un malaise diffus. C’est la contrepartie de ce jeu 
dangereux autour de l’identité sexuelle : désormais, sa difficulté à devenir une femme 
génère de la souffrance.
 Et même de l’envie, car l’adolescente se demande ce que les autres ont de plus qu’elle. 
Comment s’y prennent-elles pour attirer les garçons ? Quand elle se regarde dans le miroir,
 elle  rêve de posséder ces formes qui, soudain, rendent si attirantes les filles de son âge. 
Mais à quoi bon les jalouser ? De toute façon, Mylène ne ressent pas encore l’appel du désir. 
Il est enfoui, verrouillé. Pour vivre ses premiers émois, il faudra qu’elle soit prête. 
L’heure n’est pas venue. D’où la gêne qu’elle éprouve lorsqu’elle se rend dans les « boums ».
 Mal dans sa peau, elle passe son temps assise à refaire le monde avec un garçon qui n’aura, 
de toute façon, pas le privilège de l’embrasser. 
« À cette période, l’ado est travaillé par la bisexualité, explique Maryse Vaillant, psychologue 
clinicienne. C’est un passage obligé pour tout être humain et un moment trouble, difficile
 à vivre, qu’il préfère cacher. 
Il se rend compte aussi qu’il sera toute sa vie assigné à un seul sexe. 
Mylène met en scène son rêve inaccessible : l’androgynie. c’est la complétude narcissique dont 
parle Freud, un idéal fondamental de perfection qui contient tout à la fois : 
le mâle, la femelle,  le début, la fin. L’androgyne est immortel. »
 
                                                     ** 
Avoir les deux sexes et ne jamais mourir. Deux fantasmes qui se répondent et se complètent, 
dessinant un idéal hors de portée pour l’être humain, nécessairement assigné à un genre et 
condamné à mourir. Mais il ne suffit pas de savoir pour cesser d’espérer : la thématique de 
l’androgynie parcourt l’œuvre farmerienne de part en part. 
Les images des clips en disent d’ailleurs aussi long que les textes des chansons. La marionnette
 de Sans contrefaçon est un garçon qui s’anime sous les traits d’une femme. Libertine est une 
femme qui se comporte et s’habille comme un homme. Cheveux courts et pantalon, le personnage de
 Désenchantée est parfaitement asexué. Ce n’est qu’après 1995 que Mylène va se muer en femme 
fatale, quittant peu à peu les oripeaux d’une ambiguïté sexuelle qui aura toutefois posé le socle
 de son succès. C’est d’abord parce qu’elle a conservé intacte cette révolte face à la séparation
 du monde en deux sexes que tant d’adolescents se sont reconnus en elle.
  
Extrait du livre : MYLÈNE par Hugues ROYER aux Editions Flammarion 2008

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Un passage de Ainsi soit-elle

Posté par francesca7 le 20 août 2015

 

Le texte qui suit a été écrit par l’écrivain Philippe SEGUY (seul biographe officiel de Mylène Farmer), qui sortait à l’époque son ouvrage Le Vent de Sud : Mémoires du compte de Cagliostro  (éditions Les Presses de la Renaissance, 1999). A cette occasion il écrit pour le Mylène Farmer International Fan-Club (aujourd’hui fermé) un texte qui trace un parallèle entre la conception de la révolte par Laurent Boutonnat et les évènements de mai 1968.   Philippe SEGUY a publié une biographie (depuis très recherchée) de Mylène FARMER en 1990 Ainsi soit-elle. On reconnaît dans tous ces textes le style de son auteur… 

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     Un visage aigu, entouré d’une coiffe de cheveux roux. Un regard clos, une bouche fermée. Seul le col blanc, en fer de lance, éclaire le costume sombre de cette garçonne qui marche, pommette rosie des coups reçus, sur cette plaine Hongroise, emportant dans son sillage un troupeau d’enfants carapaçonnés de hardes. En 1991, Mylène FARMERinterprète Désenchantée. Laurent BOUTONNAT réalise le clip. Tous deux semblent conjuguer un passé défini, une mémoire prête à jaillir et qui se fige, pareille à de la cire, pour cause de nostalgie et de défaites répétées à croire, encore, en l’homme et en ses idées.

    Cette infinie langueur intime dangereusement le mal dont souffre une génération tout entière, privée, bien malgré elle, des bruits et des agacements furieux du mois de mai 1968. C’est en elle, c’est pour elle que Mylène FARMER incruste le désenchantement, source amère où elle boit seule. Le je qu’elle emploie ici n’a pas figure de règle, ne fait pas vœu de sacerdoce, ne prétend à rien d’autre qu’au constat d’une solitaire, déçue. Blessée par ce qu’elle récent comme une trahison, délestée de tous les mots d’ordre, des anathèmes brandis, des idées d’amphithéâtre. Le drapeau rouge n’en finit plus de s’effilocher dans le chaos. De lui ne demeure qu’un rideau de scène s’entrouvrant par à-coups sur un théâtre d’ombres, la satisfaction amère de ressasser les causes perdues par les autres, de s’en rassasier jusqu’à le crier dans une chanson.

    Mylène FARMER admet que l’on partage sa souffrance, qu’elle sait véritable, qu’elle ne veut pas contagieuse, mais ne juge personne digne de réparer les cicatrices. Dans cet enclos lugubre où la plongent les caméras de Laurent BOUTONNAT, elle suscite et mène la révolte, rompt des liens, se grise, un temps, de liberté. Voici de quoi nourrir un malentendu définitif, elle qui se refuse à fédérer, à rassembler et dont la première place l’expose encore davantage. La fatalité ouatée de l’échec rattrape la bande de forçats miniatures, courant sous le soleil qui tombe vers un désarroi glacé. Pas une plainte. Plus une larme. Le piège du paradoxe se referme. Faire le tour de la prison n’est pas l’apprivoiser. Dans le regard de Mylène FARMER, se lit le courage triste d’avoir perdu la foi en franchissant le seuil de l’age adulte.

Philippe SEGUY.

                                                 extrait du mfifc n°26 – printemps 2000.

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Auteur de la biographie Ainsi soit-elle nous dévoile

Posté par francesca7 le 20 août 2015

 

 

100_2045J’ai un parcours un peu atypique. A la base, je suis docteur en histoire. En même temps, j’ai été comédien professionnel pendant 9 ans. Le destin a fait que j’ai arrêté mon métier d’acteur, que j’adorais, et que je me suis dit « qu’est-ce que je peux faire maintenant que je ne suis plus comédien : écrire ». J’ai donc commencé à piger à droite à gauche, et à rencontrer des gens qui m’ont donné la possibilité de le faire. Parmi ces gens, j’ai rencontré grâce à une amie comédienne Sylvie Devillette, qui à l’époque était quasiment rédactrice en chef de plusieurs magazines de variété. Je parlais très souvent de Mylène, parce qu’à l’époque, elle faisait Libertine. Etant spécialiste du XVIIIème siècle, j’avais adoré la manière dont Mylène abordait le XVIIIème. On a une tendance un peu ridicule de considérer le XVIIIème siècle comme un siècle gentillet, de jolis rubans et de moutons, alors que c’est un siècle extrêmement cruel, très dur. Les liaisons dangereuses ne sont pas loin, et surtout, la Révolution n’est pas loin. C’est un siècle où le sang coule et dieu sait, pour revenir à Mylène, que le sang est un élément important de ses problématiques. Je parlais donc assez souvent de Mylène Farmer à cette amie comédienne, qui m’a dit que je devrais écrire sur elle. Je lui ai répondu que ça n’intéresserait personne. Sans me le dire, elle en a parlé à Sylvie Devilette qui m’a commandé un article pour Rocknews. Je m’en souviens très bien, puisque j’avais trois jours pour le faire ! Je ne dis pas que j’ai fait un chef d’œuvre, mais j’ai fait mon papier. Deuxième hasard, Bertrand Le Page, qui était à l’époque manager de Mylène, a vu ce papier. Mylène l’a également lu et m’a envoyé un mot adorable de félicitations. Il y a donc eu un premier article, un deuxième article, un troisième article et le groupe de presse qui produisait Rocknews a décidé de consacrer un numéro spécial à Mylène. J’ai écrit la quasi-totalité des textes, avec toujours cette frustration d’être calibré par un magazine.

Genèse
C’était le moment où Mylène se plaçait dans le Top 50, où les ventes explosaient, après l’album Ainsi soit je… On sentait de la part du public une curiosité, qui ressemblait déjà à de l’amour. On n’était pas encore dans le domaine du sacre, mais il y avait quelque chose qui était du domaine de l’affectif, très intense. Puis Mylène a débuté sa tournée en 1989, et il y a eu un dîner organisé dans les Jardins de Bagatelle (ndlr : après la première au Palais des sports). Au cours de ce dîner, Sylvie Devilette, qui connaissait personnellement Laurent Boutonnat, m’a d’abord présenté à Laurent, ensuite à Mylène, et enfin à Bertrand. J’ai parlé quelques minutes avec Mylène, le contact a été très bon. C’est en revenant à ma table avec Sylvie que j’ai eu l’idée d’un livre sur Mylène qui me permettrait de donner davantage de profondeur. Bertrand Le Page a été le premier à être d’accord pour un livre. Celui qui allait devenir le mari de Sylvie, François, a réalisé la maquette. On était tous les trois extrêmement d’accord pour faire un livre qui plaise tout d’abord à Mylène, ensuite à nous, et bien évidemment à ceux qui nous feraient la grâce de bien vouloir l’acheter. Nous avons eu tout d’abord contact avec trois éditeurs. Comme les gens voyaient que le livre allait certainement coûter beaucoup d’argent, ce qui a d’ailleurs été le cas, il y a eu plusieurs désistements.

Bertrand
Bertrand Le Page était un personnage extrêmement particulier, très douloureux, pour des raisons personnelles, remarquablement cultivé et intelligent. C’est un personnage qui envoûtait et qui en même temps faisait peur à tous ceux qui l’approchaient. Il portait cette espèce de brisure, de fêle en lui, qui étaient très intenses. Mylène est une femme qui est à la fois fascinée par cet aspect morbide, mais qui, en même temps, a un tempérament de vie très fort. Je crois que, pour arriver 100_2048à écrire sur la mort comme elle le fait, il faut avoir un goût de la vie certainement beaucoup plus important qu’on ne veut bien vous le laisser croire. C’est ma version des choses. Bertrand avait compris ça, que Mylène montait, qu’elle était dans l’ascension, et que lui était progressivement dans la chute. Et c’est exactement ce qui s’est passé. Il avait également un désir d’exigence terrible. Il disait que la couleur rousse des cheveux de Mylène, c’était lui. Il m’a dit au moins dix fois : « Vous comprenez, Philippe, une chanteuse, ce n’est pas châtain. C’est blond, brun ou roux. Il faut trancher, il faut donner une couleur, une marque, une griffe. » Pour en revenir au livre, Bertrand avait évidemment tenu à voir le texte, Mylène aussi, puisque je l’ai vraiment rencontrée à ce moment-là, et qu’on a travaillé ensemble. Dès que Bertrand s’est intéressé au projet, l’accord de Mylène m’était acquis. Il a organisé des séances d’interview, au Crillon si je m’en souviens bien. J’ai aussi interviewé Laurent.

Dîner aux Beaux Arts
Le livre est sorti en 1991, et en 1989, il y a eu ce drame sombre. Mylène, à l’issue de sa tournée, a donné un autre dîner à l’école des Beaux-arts, que Bertrand avait encore une fois entièrement organisé. J’étais en train de parler avec Mylène, car ma table était voisine de la sienne, et j’ai vu son regard se figer complètement. Je me souviens qu’il y avait dans la salle des chaises Napoléon III. Bertrand a pris une chaise et l’a jetée contre une autre chaise. Laurent, lui, n’avait pas quitté son manteau, il sentait la soirée très mal, il passait de table en table avec un regard assez figé, assez dur. Et là, Mylène m’a dit quelque chose du genre « excusez-moi Philippe, mais Bertrand est en train de faire n’importe quoi ». Et la rupture était faite. C’est moi qui ait du dire à Bertrand que le chapitre du livre qui lui était consacré sautait… Après la rupture, Bertrand n’était plus rien. Il a essayé de travailler avec d’autres artistes, Sheila, ou Corinne Hermès, qui l’a d’ailleurs assez mal vécu car il était très dur. J’ai continué à garder contact avec lui, pour des raisons strictement personnelles. Il m’a raconté une histoire atroce. Un jour, il conduisait la Mercedes, au moment du concert. Il était extrêmement fatigué, il a du déraper et la voiture a basculé légèrement de son ornière, mais il l’a rapidement redressée. Mylène a du avoir peur je pense, et lui a dit « écoute, si tu veux te suicider, fais-le sans nous »… C’est une femme qui peut être dure. On ne fait pas la carrière qu’elle a faite sans être dure. Alors, qu’est-ce que veut dire la dureté ? Si la dureté veut exigence, elle est dure. Si la dureté veut dire cruauté, alors elle n’est pas dure.

Mylène au travail
La préparation du livre a donc duré assez longtemps. Je me souviens de la rencontre avec Sylvie Devilette, où Mylène a découvert mes textes. J’étais dans une autre pièce avec Bertrand, c’est Sylvie qui me l’a raconté. Elle me disait que Laurent passait à Mylène les feuilles les unes après les autres, en lui soulignant les passages de son doigt, et qu’elle manifestait quand même une certaines émotion. On passait de l’article au livre, et pour une jeune artiste évidemment, ça n’a rien à voir, le mécanisme est différent. Lorsque je l’interviewais, c’était une femme qui me parlait assez spontanément. Il n’y a pas eu de corrections de sa part, par exemple. Elle parlait toujours avec une grande précision. Cela m’énerve d’ailleurs un peu lorsque je lis des interviews publiées dans la presse, et où quelque part, je ne la retrouve pas. Alors bien évidemment, les années sont passées, les choses évoluent. Mais on sent bien parfois que les journalistes n’ont pas entendu ou n’ont pas voulu entendre. Le son « Farmer » est très particulier. Mylène est une femme intelligente, qui s’exprime très bien, et ce son part, parfois, un peu en vrille dans la presse.

Cadeaux
J’ai aussi eu contact avec Thierry Suc, c’est d’ailleurs lui qui m’a emmené la première fois en voiture chez l’éditeur du livre, Jean-Pierre Taillandier. Pour la petite histoire, dans la voiture, Thierry me faisait écouter un single de Mylène qui allait sortir. Et moi, je visualisais tous les feux pour qu’ils passent au rouge, et que j’aie la possibilité d’en entendre le plus possible ! Thierry m’avait d’ailleurs proposé de m’arrêter, si je voulais ! C’est un garçon exquis, un très grand professionnel. Mylène m’a fourni des dessins pour ce livre. Je voulais qu’elle me donne des choses qui lui soient extrêmement personnelles. Au départ, il était même question qu’elle me donne des lettres qu’elle écrivait quand elle était petite. J’ai vu ces lettres, elle les signait à l’américaine, avec les croix qui symbolisent les bisous. Et dans l’une de ses lettres, c’était absolument adorable, elle disait à sa grand-mère : « j’ai été très gentille, je n’ai pas fait pipi au lit, j’ai été vraiment mignonne, alors fais ce que tu m’as promis, emmène-moi au cimetière ». Cette adoration pour les cimetières n’est pas du tout une invention marketing, pas plus que celle pour le sang. Des années avant Je te rends ton amour, Mylène me disait « le sang est une belle matière ». Mais il ne faut pas la limiter à « ça ne va pas bien, c’est horrible ». Mylène est une femme qui aime la vie. Je n’ai pas gardé contact avec Mylène après le livre. Et ce n’était pas fait pour. Elle a tourné la page, j’ai tourné la page. Je suis passé sur d’autres projets. Je suis romancier, et j’ai d’autres livres qui sont sortis depuis.

100_2050Mylène la séductrice
A un moment donné, Mylène avait dit de moi « j’aurais préféré ne jamais le connaître ». C’était balzacien, bien sûr à notre niveau, entendons-nous. Quand madame Anska tombe éperdument amoureuse de Balzac, elle tombe d’abord amoureuse de l’auteur et d’un homme qui écrit comme un Dieu et qui la fascine, elle, la petite aristocrate polonaise. Avec Mylène, il y a eu une séduction qui est passée par les mots. Elle m’a donné ses mots, j’en ai fait un livre et je lui ai donné mes mots. Ma manière d’écrire est très tactile, très cinématographique. J’ai besoin d’un regard, d’une présence, d’une silhouette. J’ai besoin de quelque chose qui s’incarne. Mylène m’a donné une émotion, et c’est sur cette émotion que j’ai travaillé. Ce parfum, cette façon de s’habiller, cette façon d’enrouler ses membres sur elle-même, ce côté chrysalide qu’elle peut avoir, cette grâce extraordinaire… tout ça, j’en avais besoin. Vous savez, quelqu’un qui génère votre magazine, qui offre une réflexion au niveau du texte, au niveau de la maquette, c’est quelqu’un qui mérite le respect. C’est une belle carrière, c’est une carrière longue, c’est la première star de France, c’est quelqu’un qui mouille sa chemise, qui donne… Mais je n’ai jamais rencontré quelqu’un qui m’a dit « je suis un ami intime de Mylène, je la connais très bien ». A-t-elle des amis proches ? Je n’en sais rien. Quel rapport a-t-elle vraiment avec sa famille ? Je l’ignore. Elle m’a raconté qu’elle avait un jour évoqué avec sa mère, comme toutes les adolescentes, l’idée du suicide. Sa mère lui a répondu : « Ma petite, tu es comme la mauvaise herbe, et la mauvaise herbe ne meurt jamais ». Cela m’a amusé de constater que, quelques années plus tard, Mylène reprenait la formule sans problème aucun.

 

source Instant-Mag – 2004

 

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