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LE MAG sur MCM reçoit Mylène

Posté par francesca7 le 12 février 2015

 

8 JUIN 1996 – Entretien avec Christian DAVID – MCM

1996-09-cEntre les deux représentations parisiennes du Tour 96, Mylène Farmer reçoit le journaliste de MCM dans sa loge de Bercy. L’entretien a en effet été réalisé le 1er Juin, au lendemain de la première date donnée à Bercy et quelques heures avant la deuxième. Elle porte pour l’occasion une longue et ample jupe couleur ficelle et un top à bretelles bleu clair.

Christian David : Bonjour. Bienvenue dans « Le Mag ». Aujourd’hui, je ne suis pas sur le plateau habituel, je suis dans les loges de Bercy pour un mag spécial avec Mylène Farmer. Bonjour !

Mylène Farmer : Bonjour.

CD : Merci d’être là ! C’est parti « Le Mag » ! Tout de suite : générique.

Générique

CD : Bien, bonjour. Je suis vraiment content de vous rencontrer parce qu’on se connaît pas, on s’est jamais vus ! Alors, je voudrais déjà qu’on parle un petit peu de la conception de l’album ­très, très court parce que je voudrais qu’on parle surtout du show. Je voudrais savoir, le son : où vous avez été chercher ce son particulier qui a dans cet album qui est très moderne ?

MF : Probablement Los Angeles, le fait de travailler avec des musiciens de là­bas. Quant à des désirs en tous cas de guitares, ça, ça vient plus de la maison. Voilà ! (sourire)

CD : Donc il y a quand même une certaine évolution musicale entre le dernier album et celui­ci, et je voudrais savoir comment c’est apparu, comment ce désir est venu d’avoir quelque chose de plus radicalement dur, musicalement…

MF : L’envie d’avoir des guitares, essentiellement. Moi, pour être restée assez longtemps aux Etats­Unis, je crois que ça influence et puis, peut­être une évolution naturelle dans le fond.

CD : Une envie peut ­être, oui, de choses plus dures. Je trouve que l’album a une tendance un peu, un peu rock quand même, on peut le dire…

MF : Là j’en reviens encore, je crois que l’apport des guitares ­ je vais me répéter (rires) ­ je crois que c’est important pour le son, oui.

CD : L’envie de moins de machines ? Parce qu’il y a quand même eu beaucoup de travail sur les machines sur les albums précédents…

MF : C’est vrai que je l’ai beaucoup fait, et c’est vrai que j’avais envie de choses un peu plus ‘live’, comme on dit.

CD : Plus humaines ? C’est plus humain un son de guitare joué par quelqu’un quand même…

MF : Il se passe autre chose, c’est vrai. Mais j’aime bien les deux !

Extrait de « Alice » sur scène à Toulon

CD : Je voudrais qu’on passe à la section show, parce que moi je m’interroge ­ je n’ai pas vu le show encore, je vais le voir ce soir ! Je voudrais savoir comment on arrive à reproduire le son merveilleux que vous avez sur cet album qui a un son studio énorme. Est­ce qu’il est semblable, est­ce que vous avez réussi à trouver ce son sur scène ?

MF : Oui. Il y a des musiciens qui sont vraiment formidables. Je suppose qu’on dit ça à chaque fois qu’on fait une tournée ou un album, mais là, j’avoue que j’ai une chance énorme. Ils sont pour la plupart, si ce n’est la totalité en fait, américains…

CD : Oui, il y a juste un clavier français…

MF : Oui, absolument, qui est Yvan Cassar, qui est le chef d’orchestre.

CD : Qui est une base, qui est la sécurité…

MF : Oui, oui, oui. Et que puis­je dire d’autre ?! Les musiciens français sont très bons musiciens ­ on n’est pas en train de faire des séparations…

CD : Mais enfin c’est juste que vous avez passé beaucoup de temps à Los Angeles, c’est peut­être normal de ramener sous le bras ces musiciens américains…

MF : Voilà, c’était plus simple, oui. J’ai également des danseurs qui sont de New York, donc c’était plus simple aussi pour les répétitions. Enfin, à tous points de vue, c’était plus simple que de prendre des musiciens de là­ bas. Mais en tous cas, ils jouent merveilleusement bien, et c’est vraiment un support énorme pour moi.

CD : Il y a sept ans que vous avez pas fait de scène, c’est quand même beaucoup ! (Mylène confirme)

Alors, est­ce qu’il y a une difficulté à remonter sur scène ou, finalement, c’est vraiment tellement l’envie elle est là que ça se fait tellement comme ça ?

MF : Vous avez la réponse. C’est plus ça. C’est un vrai, vrai désir. Et spontanéité, je crois.

CD : Alors j’imagine qu’il y a eu beaucoup d’émotion. Hier, j’ai des amis qui vous ont vue et qui m’ont dit que, bon il y a un show très technique, très beau, très bien fait, mais il y a quand même beaucoup d’émotion et ça, je trouve que ça colle aussi à votre personnage. C’est important de l’avoir même sur scène…

MF : Ça, c’est quelque chose que j’espère ne jamais perdre, en tous cas cette émotion que me procure le public, dans le fond. Et moi, j’essaie de donner autre chose que justement des choses très établies, très structurées.

CD : Est­ce qu’après sept ans d’absence, est­ce que c’est pas un peu difficile ? Quel public on va retrouver ? Est­ce qu’on va retrouver son public ? Est­ce qu’on a réussi à reconquérir d’autres gens ?

Est­ ce qu’on se pose ces questions­ là quand on arrive à un ou deux jours, voire le jour même, sur scène ?

MF : Dans la mesure où plusieurs personnes, avant même, vous posent cette question : ‘Mais quel est votre public aujourd’hui ?’ J’avoue que j’y ai pensé moi­même, que je l’ai un petit peu entraperçu sur l’album, des visages nouveaux. Et ma foi, là, j’ai un public, je crois, plus d’hommes aujourd’hui que je ne l’avais avant. (sourire)

CD : C’est une bonne nouvelle ! (rires)

MF : C’est une bonne nouvelle ! (sourire) Mais en tous cas, un public vraiment chaleureux. J’ai une chance énorme pour ça, vraiment !

Diffusion d’un extrait du making of du clip « California »

CD : L’image est parfois violente. Je vois dans les clips : vous mourrez, vous faites mourir quelqu’un d’autre que vous, souvent et j’ai entendu dire que vous avez lu un livre qui vous a un petit peu travaillée, un petit peu bouleversée. Donc, est­ce que ça a à voir avec le fait que vous vivez intensément et de ce que vous avez envie de faire passer par l’image, ce que les gens peuvent recevoir ?

MF : J’aime les choses fortes, j’aime les choses qui sortent de la normalité, j’aime les sentiments forts donc c’est… Maintenant, quant à répondre à votre question ‘est­ce que j’aime ou tuer ou être tuée’, ça, ça fait partie de…

CD : (la coupant) Sans psychanalyse, sans psychanalyse ! (rires de Mylène)

1996-09-eMF : Je joue moins peut­être aujourd’hui les victimes, par exemple. Je m’en suis rendue compte dans les clips de cet album. Faisant référence au dernier clip, avec Abel Ferrara, quand on a parlé donc du sujet du clip, je voulais, moi, interpréter une prostituée, et il m’a demandé ‘Mais quel type de prostituée ?’. Je lui ai dit ‘Pas une victime. Je ne veux pas être une victime dans ce clip’.

CD : Vous êtes quand même une victime dans ce clip puisqu’elle meurt cette prostituée…

MF : Oui, mais c’est au­delà de ça. J’ai l’impression, moi, de porter autre chose en tous cas. Quand j’ai rencontré ­parce qu’il y a des prostituées dans la vidéo…

CD : (la coupant) Ah, ce ne sont pas des comédiennes ?!

MF : Non, pour la plupart, ce sont de réelles prostituées et, j’ai eu ce sentiment qu’elles n’étaient elles ­mêmes pas des victimes, qu’elles avaient réellement choisi leur métier. Où est la vraie vérité, la réalité ? Je n’en sais rien. Mais une sensation de liberté, en tous cas, dans leur métier.

Extrait du making of du clip de « California »

CD : Alors sur scène, je voudrais qu’on vienne à la scène, j’imagine qu’il doit y avoir une scénographie, une chorégraphie, des décors. (Mylène confirme) Est­ce que c’est vous qui choisissez ?

Es t­ce que c’est une totale liberté sur ce travail ­là ?

MF : Bien sûr ! Heureusement ! Oui, oui, totale liberté, total contrôle, et surtout total plaisir ­ c’est bien plus intéressant que le contrôle lui­même et là encore, chaque département, c’est vraiment important, aussi bien l’image, cette idée de l’écran, et puis toutes les surprises qui se passent pendant ce spectacle.

Chorégraphiquement, j’ai fait appel… J’ai moi­ même quelques chansons qui sont chorégraphiées, donc, par moi, et j’ai fait appel à deux autres chorégraphes : un qui est français, et qui est sur scène également, qui est un des danseurs, et puis un autre qui vient des Etats­ Unis qui a illustré, donc, une chanson.

CD : Est­ce que c’est pas difficile, pour vous, de… Je voudrais qu’on parle un petit peu maintenant du contact avec les journalistes, la presse, les médias. C’est très rare que vous accordiez des interviews et là, d’un seul coup, vous avez, j’ai l’impression que vous avez envie de parler aux gens.

D’où c’est venu ? Est­ce que justement cette liberté de travail, cette envie de revenir, sept ans d’absence font que, d’un seul coup, on a envie de raconter aux gens ce qu’on a fait, ce qu’on est en train de faire, et ce qu’on a envie de faire ?

MF : Je crois, en tous cas pour ce spectacle, là ça s’est fait relativement spontanément. J’avais envie de parler de ce spectacle, c’est vrai. J’avais envie, oui, de faire partager ça avec les personnes qui m’aiment bien.

CD : Alors, est­ce que ce spectacle a plus d’importance au niveau, je veux dire, personnel, de ce que vous avez pu donner dedans, par rapport à ce que vous avez fait auparavant pour avoir, peut­être, envie d’en parler plus ? C’est peut­être quelque chose qui vous correspond davantage, à l’heure actuelle, c’est­à­dire au moment où vous en êtes là, dans la carrière…

MF : En tous cas, au jour d’aujourd’hui, oui. Oui, je puis dire que je suis en parfaite osmose d’avec ce spectacle.

CD : Vous êtes heureuse donc ? Parce que c’est vrai, on a toujours tendance à dire ‘Oui, Mylène Farmer est quelqu’un d’un peu…’ parce qu’on ne vous entend pas beaucoup, on ne vous voit pas beaucoup, donc évidemment il y a questionnement tout le temps sur la vie des gens quand ils parlent pas trop. Vous êtes quelqu’un de plutôt positif, optimiste ?

MF : Optimiste, je ne pense pas. Positif, oui, j’essaie de l’être et ça, c’est ma quête d’aujourd’hui : essayer de, oui, de rendre les choses un peu plus faciles, un peu plus vivantes, et de ne m’intéresser qu’au moment présent et, dans le fond, c’est ça, il me semble, la vraie force que moi j’ai pu trouver, et que n’importe qui peut trouver. C’est essayer de ne plus être envahie ni par un passé qui peut être ou encombrant ou douloureux, et essayer de ne pas trop se projeter dans le futur qui est toujours une source d’interrogations ou de grands vertiges, donc voilà, c’est, moi, la réponse que j’ai trouvée : c’est vivre le moment présent et essayer de comprendre que c’est important.

Long extrait de « Je t’aime mélancolie » sur scène à Toulon.

CD : Je voudrais qu’on parle un peu des clips parce que, ça, c’est important : il y a aussi une image vidéo très, très importante, c’est même des films, c’est pas vraiment des vidéos très classiques depuis « Libertine » jusqu’à « California ». Je trouve qu’il y a vraiment un gros travail de fait. Est­ ce que ça, c’est important pour vous l’image, de travailler l’image ? Est­ce que c’est aussi un côté artistique que vous exploitez chez vous ?

MF : Oui, j’ai eu la chance, moi, de…

CD : (la coupant) Comédienne, un peu quand même ?

MF : D’abord l’idée de jouer, oui, est quelque chose que j’aime. J’aime l’image, j’aime le cinéma profondément.

J’ai eu la chance de… J’ai commencé ce métier il y a près de douze ans, je crois, le clip commençait d’être quelque chose d’important pour la chanson. Que puis­je dire ? J’ai eu la chance de travailler avec Laurent Boutonnat, donc d’avoir quelqu’un de grand talent, et à la fois d’idée et de conception, et c’est quelque chose que j’aime toujours faire.

CD : Maintenant, c’est devenu tellement habituel. C’est comme un support normal…

MF : C’est vrai.

CD : On sort une chanson, on fait un clip et, des fois, c’est tellement vide ! Et je trouve que ceux­là ont toujours eu un gros travail, pas forcément en rapport avec la chanson, mais qu’il y a toujours un plaisir, je pense, d’artistes ­ comédiens et réalisateurs ­ dans ce que vous faites au niveau images…

MF : Ça, ça fait partie, je crois, de, là encore on va parler de désirs, c’est­à­dire de ne pas se dire ‘Tiens encore une chanson, encore un clip’ mais, à chaque fois, de ré­envisager la chose, et de se dire que c’est toujours aussi important. Et ça l’est réellement pour moi.

Diffusion du clip de « Sans logique »

CD : Alors moi, je voudrais reprendre ce que vous disiez tout à l’heure par rapport au présent, et l’angoisse du futur : c’est vrai que tant qu’on a du plaisir, le présent est important, et là c’est un présent qui va durer puisque la tournée est assez longue. Il est question que vous reveniez…

MF : (elle le coupe) A Bercy.

CD : …à Paris à la fin du mois de juin, et peut­être même à la rentrée. (Mylène confirme très discrètement) Donc est­ce que c’est pas un peu, en même temps, inquiétant d’avoir cette longue haleine de route à avoir devant soi comme ça ?

MF : Je crois que la tournée est relativement courte : j’ai, je crois, vingt­deux dates. Souvent, les   artistes font des tournées de quatre, cinq mois. Donc, moi je l’ai voulue relativement courte pour essayer de ménager, là encore, j’en reviens à la spontanéité et l’idée du vrai plaisir, et non pas de la répétition et de…

CD : (la coupant) Vous ne voulez pas rentrer dans une habitude, un cercle où finalement on ne s’en sort plus et on finit par faire le show comme si on allait faire n’importe quoi d’autre ?

MF : Oui. Oui, j’ai toujours un peu peur de ça donc c’est pour ça que je prends beaucoup de temps avant de remonter sur scène, ou même de faire un album. C’est plus riche comme ça pour moi.

CD : Est­ ce qu’il est question d’un album live ? Il n’y a rien qui existe de vous en live ! Moi je trouve que vous avez tellement d’intensité, d’être dans cette tournée, que ce serait peut­être le moment d’en faire un ? (Christian David semble ignorer totalement l’album et la vidéo live « En Concert » sortis respectivement en 1989 et 1990, et Mylène ne prend pas la peine de rectifier son erreur, nda)

MF : Il y en aura un, oui.

CD : Ah, ben ça c’est une bonne idée !

MF : D’ailleurs, le spectacle ce soir est filmé et l’album sera fait justement aujourd’hui !

CD : Vous prenez beaucoup de temps pour préparer un album, beaucoup de temps pour préparer un spectacle, mais qu’est­ce que vous faites sinon quand vous êtes pas Mylène Farmer sur scène et en studio? Qu’est­ce que vous aimez bien faire dans la vie ?

MF : J’aime bien voyager, j’aime bien lire, j’aime bien… On va s’en tenir à ces deux choses ! (rires)

CD : D’accord, on n’ira pas plus loin ! (rires) Qu’est­ce que vous pensez des gens qui parlent…Est­ce que vous lisez beaucoup les critiques ? Est­ce que vous portez de l’attention à ça ou pas du tout ?

MF : Pas du tout serait un mensonge, mais le moins possible en tous cas.

CD : Est­ ce que vous avez appris à vous blinder ? Est­ce qu’il y a une fragilité qui s’est un peu échappée au fil des temps ? Ou est­ce que vous avez toujours gardé un petit côté où des fois où finalement ça pique, ça fait un peu mal, quoi, et qu’on a envie de tout casser et d’aller taper sur la tête des gens qui écrivent des choses horribles ?

MF : Blindé, je crois qu’on ne l’est jamais et tant mieux. Maintenant, relativiser, ça fait toujours partie de cette même chose, c’est ­à ­dire prendre des distances, ça oui, sérieusement.

CD : C’est important ?

1996-09-aMF : C’est important oui.

CD : Bien, merci beaucoup de nous avoir accueillis dans votre loge !

MF : Merci à vous. Merci.

CD : Donc on rappelle qu’il y a une tournée qui dure jusqu’à peu près ?

MF : (après un silence) Je ne sais pas ! (rires)

CD : (après avoir entendu une réponse de Thierry Suc, manager de la chanteuse, depuis derrière les caméras) Jusqu’à fin juin. Et bien on va vous voir sur scène, d’accord ?

MF : D’accord !

CD : Merci d’avoir été là…

MF : Merci beaucoup.

CD : Au revoir Mylène, merci beaucoup.

MF : Au revoir.

CD : « Le Mag », c’est fini, on se retrouve demain avec autre chose !

Publié dans Mylène 1995 - 1996, Mylène en INTERVIEW | Pas de Commentaires »

Mylène Farmer dans le 12/13 de France 3

Posté par francesca7 le 10 février 2015

 

31 MAI 1996 - Présenté par Laurence BOBILLIER et Georges MATTERA

Entretien avec Thierry STAMPFLER et Loïc le MOIGNE

1996-06-aGeorges Mattera : Mylène Farmer retrouve la scène. Il y a sept ans que la chanteuse ne s’était pas produite en public. Ce soir et demain, elle sera à Bercy, avant d’entamer une tournée en province. La métamorphose physique de l’interprète de « Libertine » n’aura échappé à personne, mais honni soit qui mal y pense, le style Farmer n’a pas changé. Thierry Stampfler et Loïc Le Moigne l’ont rencontrée à Toulon.

Le sujet commence par des images du concert de Toulon, « Alice », puis « California » Thierry Stampfler : (off) Un show ambitieux et qui se veut spectaculaire, voici donc la réponse de Mylène Farmer et de son entourage au défi majeur posé à la chanteuse depuis le début de sa carrière : comment passer des vidéoclips soignés, et parfois sulfureux qui ont fait sa renommée aux dures réalités de la scène ? Une stratégie de rupture qu’elle a choisie aussi avec les médias, dont elle sait attiser la curiosité, tout en s’y soustrayant le plus possible. Rarement mystère n’a été entretenu avec autant de soin dans le petit monde du show­business. Le contraste n’en est que plus frappant avec l’attitude de ses fans de toujours arborant avec tendresse les peluches qu’ils s’apprêtaient à lui offrir quelques heures plus tard, sur scène. Sincères et fidèles, ils font pourtant preuve d’un humour détaché et plutôt inhabituel pour des fans. A Toulon, pour être au premier rang, ils se sont installés devant la salle dès 6h du matin. Une passion que Mylène Farmer accueille avec des sentiments parfois mitigés.

Mylène Farmer : (assise sur une chaise en bois au dossier immense, devant une peinture mise en avant, elle porte un t­shirt blanc et brillant) L’idée de quelqu’un qui va attendre toute une nuit, une journée pour croiser votre regard est quelque chose d’assez perturbant. Et j’accepte ça parce que ça fait partie de ce métier.

TS : Contrairement à son spectacle précédent qui était très sombre, la chanteuse a choisi d’évoluer cette fois en pleine lumière, soutenue par des effets visuels parfois spectaculaires. Reste cependant la froideur inhérente à ce type de spectacle. Mylène Farmer parviendra­t­elle à répondre à l’attente de dizaines de milliers de fans électrisés par ce retour très attendu ? Réponse dès ce soir à Bercy, puis dans une dizaine de grandes villes françaises.

 

Publié dans Mylène 1995 - 1996, Mylène en INTERVIEW | Pas de Commentaires »

Déjeuner de gala sur NOSTALGIE avec Mylène

Posté par francesca7 le 8 février 2015

 

30 NOVEMBRE 1996 -Entretien avec Michel COTTET

1996-05-aMichel Cottet : L’actualité de Mylène Farmer, c’est cet album, « Anamorphosée » ­bien que ayant déjà quelques mois, il est encore tout frais et tout présent à notre mémoire et on se laisser bercer en ce moment par l’excellent titre « Rêver » ­ et puis il y a cette tournée, non pas gâchée mais interrompue pour une stupidité. Il ne m’appartient pas de déverser une kyrielle de qualificatifs pour essayer de vous cerner, de vous faire réagir ­ c’est toute la magie d’un personnage. Ceci dit, tout ce mystère qui débouche sur un statut de phénomène est ­ce que vous n’avez pas l’impression quelquefois que cela fait ombrage à votre vrai statut, qui est avant tout quand même, si je ne m’abuse, auteur compositeur­ interprète ?

Mylene Farmer : Ombrage, je ne sais pas bien. Est­ce que j’en souffre ? Non, pas vraiment. J’ai décidé de ce mystère en ce sens que je parle peu et que je réponds peu aux questions en général, donc je crois que j’en suis l’auteur donc je n’ai pas à m’en plaindre.

MC : Je ne parlais pas forcément du mystère mais du fait que à force de vouloir justement le percer, on en oublie de parler avec vous de ce qui quand même nous séduit au préalable, c’est­ à­ dire votre  musique, votre façon d’écrire, votre façon de paraître sur scène. Est­ce que parfois vous n’avez pas l’impression d’être dépassée par vous­même, en quelques sortes ?

MF : Je ne suis pas sûre de pouvoir répondre à cette question, si ce n’est que c’est vrai que  l’évocation de l’écriture est quelque chose, dans le fond, d’assez rare de la part d’un journaliste parce que je crois qu’il est plus enclin à parler ou d’une vie privée que l’on ne veut pas dévoiler, ou des choses qui sont ‘plus racoleuses’. Peut­être que je souffre de ça un peu, oui.

MC : On y reviendra, et j’espère comme ça que votre passage à Nostalgie vous aura ôté un peu de souffrance puisqu’on évoquera votre écriture. Ce que l’on sait, c’est que vous avez quand même ‘fui’ à Los Angeles pour essayer de retrouver une forme de solitude. Vous avez vos repères, j’ai les miens : moi, c’est Léo Ferré, Ferré qui disait : ‘Dans la solitude, le désespoir est une forme supérieure de la critique. Pour l’instant, nous l’appellerons bonheur’. Le désespoir, vous l’avez touché ?

MF : Je crois qu’il a fait partie de mon quotidien, mais maintenant je ne pense pas être la seule ! Je pense que le commun des mortels a des moments de bonheur et des moments de détresse absolue. Je crois que même une journée peut être comblée par bonheur et tristesse à la fois. Maintenant, est­ ce que je fais l’apologie de la détresse et du malheur : non. Je l’ai exprimée, en tout cas.

MC : Cette solitude, vous la recherchez ?

MF : Je ne suis pas sûre de me définir comme quelqu’un d’étant solitaire. J’aime parfois avoir des moments, oui, seule : l’écriture est un moment privilégié pour ça. Maintenant, j’aime bien la compagnie  de personnes choisies.

MC : Quel est le moment le plus fort, justement ? C’est rentrer dans cette solitude ou en sortir pour retrouver l’autre ou les autres ?

MF : Je crois que les deux sont à déguster ! (rires)

MC : Je poursuis avec ce texte de Ferré, toujours sur cette solitude : ‘je voudrais m’insérer dans le vide absolu et devenir le non ­dit, le non avenu, le non vierge par manque de lucidité’. Ne pas rencontrer le bonheur, est­ce que c’est pour autant être lucide ?

MF : (elle se répète la question à elle­ même) Ne pas rencontrer le bonheur…Je ne sais pas. En tout cas, j’aime l’idée de s’approcher de ce vide et de ne faire qu’un avec ce vide. C’est vrai qu’il y a quelque chose, l’idée du néant, qui est quelque chose de très happant. C’est vrai que parfois, on a envie de se confondre avec le vide, avec le rien.

MC : Ce que vous appelez le non­ dit, qui est essentiel pour la réussite…

MF : Oui.

Diffusion de « California »

MC : Mylène Farmer est votre invitée aujourd’hui dans ce « Déjeuner de gala » sur Nostalgie, avec cette notion de non ­dit. Ne pas énoncer, ne pas expliquer pour susciter la curiosité, est­ ce que c’est bien compatible avec une autre notion, qui est celle de la fidélité ? Je veux dire par là, quand on côtoie des gens ou des habitudes, forcément on perce le mystère, donc là c’est un peu antinomique, non ? Parce que vous êtes quelqu’un de fidèle ­ je parle du point de vue professionnel !

MF : Je pense être quelqu’un de fidèle, oui, dans tous les sens du terme et toutes les situations. Maintenant, pardonnez­moi : j’ai oublié la question ! (rires)

MC : Je disais, parallèlement à cette fidélité vous êtes porteuse de cette idée de non­dit : ‘je garde la mystère, je ne veux pas qu’on me dévoile et je ne veux pas dévoiler’. Est­ce bien compatible, ces deux approches ?

MF : Là encore, je ne… Le non ­dit, j’aime les non ­dits, maintenant est­ ce que je suis caractérisée par le non-dit : je ne le crois pas. Maintenant, j’ai choisi de dire certaines choses, de dévoiler certaines choses, de les clamer parfois et quand une question ou un sujet me dérange, là effectivement ce sera ou un non ­dit ou un non tout court ! (rires)

MC : Donner un sens à tout, c’est ridicule pour vous, finalement…

MF : Je sais pas si, là encore, c’est ridicule ­ pardonnez­ moi ! (rires) Je ne pense pas avoir d’abord la prétention, et je ne pense pas que la vie vous offre un sens à tout. Je crois que ça fait partie aussi du mystère de la vie, du mystère de la mort, de toutes ces choses qu’on ne sait pas et qu’on ne saura probablement jamais. Parfois on peut souffrir de ce silence et des ces non­réponses, et parfois je trouve ça plutôt bien. C’est une forme de liberté aussi en soi.

MC : Je vais peut ­être vous soulager, je viens à votre secours ­ si tant est que vous en ayez besoin : finalement, c’est pour ça que vous redoutez l’exercice que nous sommes en train de faire parce qu’il est communément admis qu’à toute question doit correspondre une réponse, et en plus logique !

MF : Oui. Oui, c’est vrai que là, dans le fond je n’aime pas la logique, je n’aime pas le rationnel et c’est un exercice qui est difficile, uniquement parce que je dois parler de moi, dans le fond c’est aussi bête et simple que ça. C’est un exercice difficile pour moi.

MC : Parler de soi… Parler d’idées qui vous traversent la tête, c’est peut­ être pas forcément parler de vous. C’est peut­être plus facile…

MF : Oui, mais c’est une façon de se mettre en avant et c’est vrai que là, ça fait partie d’un exercice qui est probablement utile à l’artiste, en tout cas on lui demande. Mais si j’avais à choisir, je crois que j’aurais rayé cette mention ! (rires)

MC : Le non­ dit, c’est aussi l’imaginaire. Est­ce un jardin dans lequel vous aimez flâner ?

MF : J’aime surtout, je dirais, au travers de lectures. Quant à mon imaginaire, oui, je cultive ce jardin, je crois, oui. Maintenant, là encore j’aurais du mal à en parler parce qu’il est imaginaire, justement !

MC : Mais un auteur se doit d’imaginer, et l’imagination c’est une forme de liberté que vous recherchez…

MF : Oui.

Pause publicitaire.

MC : Retour dans « Déjeuner de gala » sur Nostalgie. On parle avec Mylène Farmer, votre invitée, de la liberté. Quelles sont les situations, les mots, les événements dans lesquels vous ne vous sentez justement pas libre ?

MF : Les dîners où il y a beaucoup de personnes… (elle cherche, puis pouffe de rire)

MC : Une foule, c’est pas ‘beaucoup de personnes’, c’est qu’une personne raisonnée ?

MF : Oui. Oui, c’est toujours un peu facile comme détournement, mais dans le fond c’est vrai. C’est vrai, quand on est en face d’un public, quelque soit la salle, à partir du moment où il y a plus de deux personnes, trois personnes, mais plus le nombre est grand et plus il ne reforme qu’un et une énergie, en tout cas.

MC : En tête à tête, vous vous livrez plus ­parce que sur scène, on peut dire que vous vous livrez-vous vous livrez plus que devant une multitude de gens…

MF : Non, je pense que c’est faux. Je pense que je me livre davantage, mais peut­être sans la présence des mots ou en ayant choisi les mots. Maintenant, je crois que l’émotion que moi je ressens sur scène et que je peux offrir est quelque chose qui est une mise à nu, qui est beaucoup plus importante que dans une interview. J’ai malgré tout le contrôle de moi­même et de mes silences aussi.

MC : Ca fait douze ans, mine de rien, que vous êtes dans ce métier de la chanson. (Mylène confirme en riant) Est­ce que la situation a failli vous échapper une fois, durant ces douze ans ?

MF : M’échapper, non, je ne le crois pas. Je ne sais pas à quoi vous faites allusion précisément, mais j’ai…

MC : Être dépassée par ses propres motivations, s’embarquer dans un chemin qui n’était pas le bon…

MF : Avoir envie d’arrêter parfois tout, oui, ça m’est arrivé.

MC : C’est une façon de contrôler, justement, comme cette fuite…

MF : De nombreuses fois, oui. Hier encore…

MC : ‘J’avais vingt ans…’, mais ça c’est Aznavour ! (rires de Mylène) La fuite dans les mots, c’est quand même plus bénéfique que la fuite à Los Angeles ? Vous l’évoquiez tout à l’heure avec mon jardin imaginaire…

MF : Oui, je crois que j’ai eu besoin pour continuer d’écrire, puisqu’on parle des mots, que j’ai eu besoin de ce passage. Maintenant, il s’est effectué à Los Angeles, dans le fond ça aurait pu être ailleurs, en tout cas un pays dit étranger. Mais j’y ai trouvé, oui, si ce n’est une réelle source d’inspiration, en tout cas moi je me suis nourrie, si je puis dire, à ma façon. J’y ai trouvé quelque chose, oui.

MC : C’est Jean­Louis Murat qui, à ce même micro ­ je fais allusion à lui parce que vous l’avez rencontré, ne serait­ ce que pour un duo ­ qui expliquait que dans un texte, finalement, le texte n’était jamais aussi beau que lorsque à la fin de la chanson on n’avait pas forcément tout compris.

MF : Oui…

MC : Et pour vous aussi, je crois, à savoir que les mots ont plus d’importance que l’idée.

MF : Je pense qu’il vaut mieux savoir, en tout cas pour soi­ même, face à soi­ même, savoir ce qu’on a voulu dire. Maintenant, je suis d’accord que la chose trop expliquée, qui ne laisse pas dans le fond à l’autre une liberté, me dérange.

Diffusion de « L’Instant X »

1996-05-cMC : Avec nous, Mylène Farmer qui est notre invitée dans ce « Déjeuner de gala » sur Nostalgie aujourd’hui samedi. Je fais une petite digression avec les images, je voulais en parler un petit peu plus tard. Vous parlez de notion de liberté quant à la perception d’une chanson : le clip, pour le coup c’est bien souvent quelque chose de très cadenassé. On nous impose des images, on nous fait une explication ­ ça ne vous concerne pas tout le temps­ mais n’est­ce pas un piège ?

MF : C’est vrai, c’est un piège. Mais là encore, est­ce qu’on a le choix de ne pas faire sur une chanson une mise en images ? Là encore, malheureusement je n’ai pas ce choix ­là parce que ça serait suicidaire. Mais sur certaines chansons, c’est vrai que certainement je n’aurais pas fait de clip, parce que justement il y a une réduction du sujet évoqué, et puis parfois c’est magique aussi, donc…

MC : J’ai lu que vous disiez : ‘Quand j’écris mes textes, je livre beaucoup plus de moi que vous ne croyez. Il suffit de savoir écouter’. Est ­ce que vos chansons sont codées ? C’est un exercice qui peut vous amuser, ça ?

MF : Non, je ne suis pas sûre d’être aussi intelligente que ça. En tout cas, j’aime bien les mots, donc j’aime jouer avec les mots…

MC : Pas de fausse modestie, jeune fille ! (rires)

MF : …mais codés, non. Non. Je n’ai pas ce sentiment­là.

MC : Y a ­t ­il quand même une notion ­ j’ai cru vous entendre le dire, cette fois ­ci, donc la véracité du propos est entière, que vous aimiez cette forme d’irrationalité dans un texte et, comme vous venez de le souligner, que vouloir forcément une d’explication, c’est pas le but. Cette notion d’irrationnel, elle vous caractérise lorsque vous écrivez ?

MF : Non, je ne pense pas. Je ne pense pas, maintenant, sans parler de moi, quand je lis par exemple Cioran, puisque ça m’arrive de le lire en ce moment, à cette faculté que vous donner des mots­ clés, et là encore de vous laisser votre propre imagination. C’est un peu confus, ce que je dis, mais… (rires) Un peu comme les haïkus, vous voyez, ces poèmes qui sont très, très courts. On vous donne deux mots, on va vous dire –je dis n’importe quoi : un chien, une fourmi et la senteur du foin et tout à coup, ça va évoquer une multitude de choses. Mais là, ça sera à chacun d’interpréter ou d’imaginer. Donc j’aime, en tout cas si c’est ce que vous évoquez comme étant une irrationalité, alors c’en est une, oui, parfois…

MC : C’est finalement l’éducation que l’on reçoit lorsqu’on allait à la maternelle qui se transforme avec des beaux mots, mais c’est ça en fait : on apprend aux enfants, on leur montre un chat et leur imaginaire… (Mylène acquiesce d’un murmure) Vous faites allusion, donc, à Emile Michel Cioran, ce philosophe français pessimiste, dont l’œuvre s’exprime souvent par aphorismes. Vous en avez des favoris, vous ? Des proverbes, des… ?

MF : Je n’ai malheureusement pas beaucoup la mémoire des… (rires) Je retiens difficilement !

MC : Ben, ‘tomber sept fois’, il y a déjà ça !

MF : ‘Tomber sept fois’, c’était court donc facile à retenir ! Oui, il y a ce proverbe, effectivement, japonais qui dit ‘tomber sept fois, toujours se relever huit’ donc je l’ai volé.

MC : Vous êtes charmée par ce genre de formules ?

MF : Là encore, c’est le plaisir des mots et l’intelligence qui peut s’en dégager. En tout cas, sans parler même d’intelligence, à la fois la précision dans la non précision. Il y a cette phrase maintenant qui me revient… (rires)

Je vais faire mon exercice ! (rires)

MC : Allez­ y, soufflez bien !

MF : ‘Tout ce qui ne m’a pas tué me rendra plus fort’

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MC : Voilà, de retour avec Mylène Farmer qui est notre invitée aujourd’hui dans ce « Déjeuner de gala ». Je faisais référence à cette chanson qui figure sur l’album « Anamorphosée », c’est la  première fois où vous signez la musique : « Tomber 7 fois… »…

MF : Oui, oui. Absolument, oui.

MC : Après les mots, la musique. C’est une forme de défi que vous vous êtes lancé à vous­même ?

MF : Non. Là encore, ça s’est passé relativement naturellement : j’ai une guitare à la maison, donc il m’arrive parfois de tenter d’y jouer et ma foi, voilà, j’ai trouvé donc cette chanson, mais est­ ce que j’ai envie de faire ça et prolonger ça : non, je ne le crois pas.

MC : Vous vous êtes surprise vous ­même ?

MF : D’une certaine façon, oui, probablement ! (rires)

MC : Vous avez regardé autour si personne ne vous avait vue commettre cet acte affreux qui était d’écrire une musique ?!

MF : (rires) Oui, dans la mesure où j’ai pas de formation de musicienne. J’en ai le goût, en tout cas, mais je pense qu’il faut plus de talent pour composer.

MC : Vous êtes quand même pluridisciplinaire ­ on évoquera plus tard le goût de la peinture ­ vous écrivez, vous chantez, c’est tout à fait dans vos cordes, en tout cas c’est dans votre mentalité. C’est aussi de la liberté, finalement, que de savoir faire plusieurs choses, non ? C’est pour ça que cette notion de devenir compositrice, ou compositeur pardon, ça peut aussi vous aller, non ? C’est pas un défi qui vous… ?

MF : Non, parce que là encore, sans parler de talent, je sais ce que je suis ‘capable’ de faire, en tout cas de revendiquer, on va dire. Maintenant, quant à la musique, là encore, la composition, je sais que je m’essoufflerai très, très vite parce que manque tout simplement de connaissance, là encore.

MC : Vous voyez que vous êtes intelligente, puisque l’intelligence c’est savoir reconnaître ses limites.

MF : Je ne ferai pas de commentaires ! (rires)

MC : On saute du coq à l’âne, c’est le cas de le dire : vous aimez les animaux, je vous emmène sur le terrain des animaux. Comment va E.T. ?

MF : Très bien !

MC : Bien. Ce qu’il y a de fabuleux dans la communication avec les animaux, c’est que l’on émet des mots, eux les perçoivent comme des sons suivant l’intonation, et finalement, là on retombe sur c’est presque une chanson qu’on écrit avec les animaux : ils interprètent comme ils le veulent. Est­ce que mon parallèle vous choque ?

MF : Non. Vous faites ce que vous voulez, d’abord ! (rires) Mais effectivement, oui, les animaux, en tout cas les petits singes, connaissent probablement les sonorités, mais les visages aussi. Ils interprètent beaucoup l’expression, liée au son probablement. C’est un être, là pour le coup, relativement intelligent, caractériel aussi, qui a ses humeurs, mais c’est toujours aussi passionnant d’avoir un singe.

MC : C’est l’animal ­ nous en parlions tout à l’heure ­ qui se rapprocherait le plus de nos réflexes.

C’est pour ça que vous l’avez choisi ?

MF : Je crois que j’ai simplement une passion pour le singe. A chaque fois que je vois un documentaire sur ces animaux, j’ai envie de changer de vie et d’aller les retrouver, de les aider ou d’essayer de dialoguer, de m’y intéresser en tout cas. J’ai vu beaucoup, beaucoup de reportages sur les chimpanzés, les orangs­outans ou les gorilles. C’est vrai qu’une vie comme celle de Diane Fossey est une vie passionnante, mais c’est une vie difficile aussi.

MC : C’est une grande tendresse que vous avez envers les animaux, tout à l’heure vous étiez avec les chiens ! Vous aimez leur naïveté ? Leur fidélité ? C’est ce qui vous attire ?

MF : Là encore, je vais probablement vous décevoir mais je ne suis pas sûre d’analyser toutes les envies que j’ai, ou les communications que j’ai. J’aime les animaux parce que dans le fond, c’est très spontané.

Maintenant, si vous voulez vraiment trouver pourquoi on aime un singe, pourquoi on aime un chat ou un chien, dans le fond, ça, ça ne m’intéresse pas de savoir pourquoi je les aime. Je les aime, tout simplement.

Diffusion de « Mylène s’en fout »

MC : « Mylène s’en fout ». Pas nous ! Elle est votre invitée aujourd’hui sur Nostalgie, dans ce « Déjeuner de gala ». On a aimé ­ et on aime toujours ­ cet album, notamment, « Anamorphosée ». Je voulais juste un petit mot sur cet univers musical : il y a eu une évolution. Est­ce qu’on peut la qualifier, cette évolution, de tonique, d’énergique ? Ca serait le bon mot ?

MF : Je vais être obligée, moi, de revenir vers mes albums précédents : je n’ai pas eu le sentiment que ces albums n’étaient pas énergiques, donc en ce sens je ne peux pas aller dans cette idée de ‘plus d’énergie’. Je crois que parce qu’il y a des guitares, beaucoup plus de guitares qu’avant, peut­être que l’énergie vient aussi de là. Peut­être dans la façon de chanter, qui est probablement un peu différente : je chante plus grave ­ en tout cas, je me le suis autorisé !

MC : Dans le ton, rassurez­ nous ! (rires)

MF : Dans un ton plus grave. (elle hésite) Là, j’avoue que je ne sais pas bien… « Désenchantée », pour moi par exemple, est une chanson extrêmement énergique ­ mais ça n’engage que moi ­ au même titre que « L’Instant X », si ce n’est que la production est très différente. Là, oui.

MC : Voilà, justement : en quatre ans, est­ ce que vous avez eu l’impression de vivre une révolution musicale ?

MF : Non…

MC : D’abord, est ­ce que vous avez écouté ce qui se faisait ? Quand se passent comme ça quatre années, est­ce qu’on a le doute de se dire ‘je vais décrocher, je vais avoir un handicap insurmontable’ ? Parce que c’est un métier qui va très, très vite ­ je parle de la technologie, ne serait ce que ça…

MF : Oui. Oui, oui. Là encore, c’est plus une envie profonde non pas que de changer radicalement, mais simplement puisque j’ai passé un certain temps aux Etats­ Unis, c’est vrai qu’on est enclin à écouter beaucoup plus de musique : si on écoute la radio, on écoute que de la musique américaine en tout cas et qui est essentiellement beaucoup de guitares, et puis aussi dans les mélodies… Donc, en ce sens je ne me suis pas dit, là encore, ‘Pour le prochain album, il va falloir faire attention !’. C’est simplement un désir, tout simplement, que d’aller vers quelque chose de plus ce qu’on appelle live, moins de gimmicks. Je sais pas si j’ai répondu à votre question ! (rires)

MC : Si ! Faire office de référence, comme vous le faites aujourd’hui, est­ce que c’est une forme de reconnaissance éternelle ?

MF : Référence… ?

MC : Vous êtes une entité…

MF : Oh, pardon : moi ?!

MC : Oui ! Est­ce que c’est une forme de reconnaissance ?

MF : Est­ ce que je suis une référence ?!

MC : Quoiqu’il advienne, à partir de ce jour vous resterez quelque chose auquel on pourra s’identifier, auquel on fera référence. Est­ce que cette reconnaissance, vous la percevez ? Et comment vous l’acceptez ?

MF : Je la perçois parfois. Quand je monte sur scène, je crois que c’est le moment où l’on vous applaudit, tout simplement, où on vous dit que vous êtes quelqu’un d’important à ce moment ­là. C’est important au moment où je le fais. Maintenant, vous dire est­ce que ça me rassure ou est­ce que c’est important pour moi : je ne suis pas sûre, là encore, de pouvoir répondre à cette question. Je ne sais pas. (rires) J’aurais plutôt une humeur aujourd’hui de nous somme peu de chose, donc ça va être difficile pour moi que de vous dire ‘Je suis une référence’ ! (rires)

MC : Mais nous sommes peu de chose, je vous le confirme ! Il faut mieux en rire…

MF : J’aime ce que je fais. Je crois que je vais, là encore, faire ou une pirouette ou une réponse plus concise : j’aime profondément ce que je fais. C’est le plus important.

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1996-05-eMC : Bien. De retour dans « Déjeuner de Gala » sur Nostalgie avec Mylène Farmer. Il y a quelque chose que vous aimez et que vous ne faites pas encore, et que vous allez certainement faire parce que vous n’êtes pas être à vous laisser abattre, c’est le cinéma. (Erreur de Michel Cottet, puisqu’à la date de la diffusion, « Giorgino » venait de sortir deux ans auparavant ! nda) Tout ce que vous entreprenez sur scène, sur disque, sur les clips, il y a ­ j’ai l’impression, arrêtez ­moi si je me trompe ­ une approche cinématographique.

MF : Oui…

MC : Votre bonheur total serait aujourd’hui, ou dans quelques années, d’avoir une pile de disques de diamant et puis une pile de bobines de films, quand même, non ?

MF : Là encore, je ne suis pas sûre. Il y a quelques années, j’aurais ­ et je l’ai dit, que de ne pas faire de cinéma, j’en mourrais…

MC : Je voudrais qu’on ferme…Oublions tout ça et voyons devant !

MF : Non, non ! Je le révoque, parce qu’aujourd’hui je crois que je peux m’en passer tout à fait. Ca, c’est pour répondre à la notion de pile et de collection (rires). J’aimerais refaire un film, avoir un rôle qui bien sûr m’intéresse. Maintenant, me projeter dans un avenir de cinéma : pas du tout. Honnêtement, pas du tout.

MC : Mais cette approche ­ j’en finirai avec le cinéma…

MF : Mais j’aime le cinéma, donc voilà pourquoi j’aime l’image.

MC : Voilà, ce qui explique peut ­être votre petite différence ­ enfin, pas votre différence, ce que j’expliquais tout à l’heure : le phénomène musical ­ parce que vous appréhendez les choses avec un autre regard, celui de la caméra, même si on parle de chanson…

MF : Là encore parce que mon goût probablement, oui, pour le cinéma, pour l’image, pour l’évocation. Donc là c’était une rencontre formidable, en tout cas, quand j’ai commencé ce métier, à savoir que le clip était un élément essentiel pour un artiste, et ça a été quelque chose de magique pour moi ­ déjà d’avoir travaillé avec Laurent Boutonnat, qui a fait quand même la plupart de mes clips et qui est quelqu’un de grand talent. Là encore, c’est l’idée de rencontre, que de pouvoir aller voir Abel Ferrara et lui demander de travailler avec lui, Marcus Nispel, autant de gens qui ont beaucoup de talent. Là, c’est plus l’idée ­ on parlait de solitude tout au début­ là c’est l’idée réellement de deux ou de trois, de ne pas être seule justement dans une création.

MC : Vous citez Bergman, Polanski, Annaud ­ je lis, hein ! ­ Sergio Leone, dans le monde du cinéma. Est ­ce que vous avez eu des rencontres fascinantes, au­ delà des œuvres, avec ces gens ou avec d’autres ? Est­ce qu’il y a des gens que vous aimeriez rencontrer ? Vous aussi, certainement, vous êtes titillée par ces…

MF : J’aurais adoré rencontrer Bergman, mais il ne m’a pas attendue ! (rires) Maintenant, là encore, est­ce que j’ai des vœux : non. J’aurais aimé rencontrer Cioran, mais il n’est plus. J’avais très, très envie de rencontrer Abel Ferrara, c’est chose faite.

MC : Vous avez percé un peu le mystère ?

MF : De ce monsieur ? C’est quelqu’un d’assez fascinant, aussi bien dans la destruction que dans l’énergie, mais c’est quelqu’un de fascinant en tout cas.

MC : Donc c’est intéressant, finalement, d’essayer de percer le mystère des gens et de les rencontrer…

MF : Oui, bien sûr ! Bien sûr. Mais là encore, c’est quelqu’un qui se dévoile très, très peu.

MC : C’est d’autant plus passionnant…

MF : Il faut comprendre des choses, accepter d’autres, tolérer parfois, mais c’est quelqu’un de très riche, oui.

MC : « A force d’ignorer la tolérance, nous ne marcherons plus ensemble »…

MF : Oui ! (rires)

Diffusion de « Rêver »

MC : Juste avant ce titre, on parlait justement de chanson, du disque. En parlant de chanson, c’était dans l’album « L’Autre… » : ‘Agnus Dei, moi l’impie je suis saignée aux quatre veines’. A défaut de mépriser la religion, le bouddhisme c’est quand même quelque chose que vous avez cerné avec le livre de Sogyal Rinpoché, auquel vous rendez hommage d’ailleurs sur la dédicace de l’album. (Mylène confirme d’un murmure) Vous avez lu « Le livre tibétain de la vie et de la mort ». Cette philosophie consiste à vivre le moment présent : concrètement, c’est quoi ne pas vivre les moments avant et après qui peuvent redonner le sourire comme ça ?

MF : Ne pas vivre les moments avant ou après ?

MC : Puisque la définition…

MF : Oui, oui. C’est une façon de ne plus se mettre en réel danger ­mais ça c’est une notion dans le fond que je n’aime pas parce que j’aime le danger, j’aime l’inconnu ­ mais en tout cas d’un danger qui n’est pas réellement intéressant, à savoir c’est vrai que le passé peut être un fardeau. L’avenir, l’idée de l’avenir, se projeter dans l’avenir et de se dire ‘Qu’est­ce que je vais faire demain ?’ est quelque chose de terriblement angoissant, donc quand on a à la fois la connaissance qui est celle des autres, puisque vous évoquiez ce livre, cette philosophie est un pansement. Maintenant, il y a des choses que l’on accepte et puis d’autres que l’on rejette, et c’est vrai que l’idée, la notion de vivre son présent est quelque chose de cicatrisant, dans le fond.

MC : Malgré cette référence, je crois savoir que vous n’épousez pas pour autant la cause du bouddhisme…

MF : Non, c’est­ à ­dire que c’est toujours pareil : puisque j’ai évoqué ce livre dans mon album, après c’est toujours difficile parce que si les médias s’en emparent, on va vous dire ‘Donc vous êtes bouddhiste’. Et c’est vrai que moi j’ai quelques nuances, en sachant que je ne le pratique pas tous les jours, je n’ai jamais rencontré le Dalaï­ lama, je n’ai jamais réellement rencontré de bouddhistes mais je m’y suis intéressée et c’est quelque chose, une fois de plus, qui m’a fait beaucoup de bien, que je trouve très sensé et surtout très réparateur. Ce n’est pas une religion, c’est plus une philosophie donc c’est quelque chose de plus tendre.

MC : Je parlais de tolérance tout à l’heure : c’est une de vos valeurs essentielles…

MF : Là encore, j’en ai besoin et c’est vrai que je le réclame chez l’autre. Là encore, c’est un apprentissage, parce qu’on ne devient pas tolérant comme ça, du jour au lendemain : il suffit de quelque chose qui vienne percuter votre esprit, quelque chose de violent par exemple, et j’aurais presque envie de nier tout ce que je viens de dire donc là encore, c’est un chemin qui est long ! Mais c’est vrai que cette notion de tolérance est quelque chose d’indispensable pour l’être humain.

MC : Et quand la tolérance confine presque au pardon, c’est un peu facile quand même, non ?

MF : Pardon ?

MC : Lorsque la tolérance confine au pardon, c’est un peu facile comme attitude : il faut quand même se révolter, se battre, non ?

MF : Oui. Maintenant, l’idée du pardon, là je pense…

MC : Je parle pas du grand pardon ! (rires)

MF : …brutalement à un article que j’ai lu sur ces femmes et hommes qui ont perdu des êtres chers et qui sont allés voir les bourreaux de ces personnes perdues. Là, c’est une idée du pardon qu’on pourrait qualifier de presque insoutenable mais c’est quand même une grande idée, donc j’aime cette idée du pardon.

MC : Un que vous pardonnez, parce que je présume qu’il est toujours numéro un dans votre cœur dans la littérature, c’est Edgar Allan Poe : « Allan » la chanson, oui, c’était ça ?

MF : Oui, bien sûr !

MC : Bon, on ne sait jamais !

MF : Non ! (rires)

MC : Il y a « Le corbeau », avec l’emblème sur… C’est toujours le numéro un dans votre cœur ?

MF : C’est quelqu’un que j’aimerai éternellement, ça oui ! Maintenant, j’ai des lectures un petit peu plus légères en ce moment, qui sont Mary Higgins Clark dont je suis en train de dévorer tous ses livres !

MC : Très en vogue, oui !

MF : C’est plus léger, mais c’est assez passionnant ! C’est bien écrit, en tout cas. (rires)

MC : C’est très en vogue, presque à la mode d’ailleurs…

MF : Oui. C’est plus vulgaire ! (rires)

MC : Ca lave l’esprit ?

MF : C’est une détente en tout cas, oui. (rires)

Pause publicitaire et flash info.

1996-05-fMC : Retour sur Nostalgie dans ce « Déjeuner de gala » avec Mylène Farmer. On parlait de littérature, on parlait d’Edgar Allan Poe et puis de Mary Higgins Clark et de sa soi­ disante légèreté. Parmi les lectures qui sont plus tendues, j’avais noté Henry James et puis Julien Green ­ c’est drôle, on en parle alors qu’il veut être révoqué de l’Académie Française alors qu’il n’en a pas le droit, ce brave homme ­ avec ses angoisses métaphysiques. Est­ ce qu’ailleurs c’est toujours mieux que là où on est ?

MF : Je le pense de moins en moins. Est­ce que c’est le voyage qui vous donne ces… ?

MC : Ha, vous vous éloignez de notre ami Julien, là ! (rires)

MF : Oui ! Là encore, c’est l’idée de projection ou d’anticipation, d’imaginer effectivement que l’autre va vivre mieux, que l’ailleurs est un meilleur. Dans la mesure où j’essaye de vivre des moments présents, ce seront mes moments à moi ­ non pas que je n’envisage pas l’autre, mais je me dis que dans le fond j’ai de la chance de vivre ce que je vis, même si parfois c’est difficile donc de ne pas chercher justement cet ailleurs hypothétique.

MC : J’évoquais Julien Green, philosophe mais aussi photographe avec des autoportraits, des photos de famille (Michel Cottet prononce d’abord ‘des autos de famille’ ce qui provoque un fou rire de Mylène) Le pauvre, il est né au début du siècle, des autos il devait pas tellement en voir !

MF : Changez la question !

MC : Non, non, non je la conserve ! J’aimais beaucoup sa définition d’un cliché parfait ­ je lis les trois points : savoir voir, être rapide et être patient pour réussir donc une photo. Est­ce que ce ne sont pas un procédé qu’on pourrait appliquer à une chanson, finalement, pour sa réussite ?

MF : (elle répète) Savoir voir, être rapide et être patient… Oui ! Oui, ça peut être… (elle s’interrompt, visiblement perdue)

MC : Non, c’est pas grave, c’est pour mes enchaînements comme ça…

MF : Oui, oui, j’entends bien ! (elle éclate de rire)

MC : …on arrive sur la peinture, n’est­ ce pas, vous voyez…

MF : Parce que vous, tout est écrit ; moi, rien ! (rires)

MC : Je suis obligé de prendre des notes ! Donc je voulais faire un parallèle entre la photo, la chanson et la peinture, qui est quand même un art aussi qui, si je ne m’abuse, vous titille…

MF : J’adore la peinture. Je la connais depuis peu, dans le fond. J’ai rencontré certaines personnes qui font partie de ce métier, donc de la peinture, qui m’ont d’une certaine façon éduquée.

MC : Lesquelles ? Enfin, si toutefois ça n’est pas…

MF : Pierre Nahon, que je connais peu mais… Albert Koski (mari de Danièle Thompson. Mylène a assisté a plusieurs vernissages de l’artiste et est une intime du couple, nda) est quelqu’un qui m’a aidée et puis ma foi, après ce sont des expositions, ce sont des livres : j’adore acheter des livres de peinture, j’adore acheter quand je le puis quelques peintures.

MC : Des livres pour essayer de reproduire ou simplement pour la beauté de… ?

MF : Pour une évasion, là encore. C’est aussi intéressant de feuilleter un livre de peinture qu’un roman. J’aime beaucoup Egon Schiele, j’aime Max Ernst, j’aime Klimt…

MC : Je suis largué en peinture, alors là je dis rien, je fais celui qui connaît, mais alors là, non !

MF : Non, non mais… ! Henri Michaux, l’écrivain, qui était également un peintre. Et puis beaucoup d’autres.

MC : Vous aimez la peinture, c’est pas pour autant que vous aimez vous emmêler les pinceaux, hahaha ! (ironique)

MF : (elle pouffe) Je dois répondre ?! (rires)

MC : J’en aurai presque fini avec mes références littéraires ­ enfin celles d’une époque qui n’est pas forcément celle que vous vivez actuellement ­ il y avait notre ami Kafka. J’avais lu un bel article sur Prague, vous dévoiliez la ville de Prague avec beaucoup de bonheur (paru dans le magazine « Femme » en juin 1996, cf. cette référence, nda). C’est parce qu’elle vous rappelle Montréal, de par son climat, de par… ?

MF : Très honnêtement, je ne me souviens pas de Montréal, si ce n’est que j’ai le goût de la neige, donc probablement lié à cette époque. Je n’y suis retourné qu’une fois et extrêmement brièvement donc c’était quelque chose que je qualifierais de pas très agréable (Mylène y est effectivement retournée à l’automne 1988 dans le cadre d’une série photo avec Elsa Trillat. Des années plus tard, lorsque celle­ci évoquera ce voyage pour le Mylène Farmer Magazine, elle parlera également d’une mauvaise ambiance, nda). Donc je ne me souviens pas de Montréal, en somme.

MC : Je ne sais pas si vous vous souvenez de cet article sur Prague que vous avez formidablement bien rédigé…

MF : Non, je ne m’en souviens pas. (l’article a pourtant été publié quelques mois à peine plus tôt, nda)

MC : C’est un art que vous aimez aussi. Il était axé sur les monuments historiques, sur les gens de la littérature etc. Ca vous passionne, ça, l’Histoire des villes ?

MF : Oui. Je suppose que c’est à peu près normal quand on découvre une ville de savoir ce qui s’y est passé, quels étaient les écrivains, qui a hanté qui ou qui a hanté quoi… Oui, là c’est encore un intérêt pour l’autre.

MC : Il y a notre ami le marquis, ça vous aimez bien, aussi…

MF : Le marquis, oui ! Le divin marquis ! (rires)

MC : Le marquis de Sade. Il va bien ?!

MF : Je l’ai délaissé, lui, un petit peu ! (rires) Il trépigne !

MC : Justine (héroïne des écrits du marquis de Sade, nda) va être en colère !

Diffusion de « Comme j’ai mal »

MC : « Comme j’ai mal », c’est bien entendu Mylène Farmer, extrait de l’album « Anamorphosée ». Mylène, notre invitée aujourd’hui sur Nostalgie dans ce « Déjeuner de gala » avec des chansons, avec des livres. Parmi toutes ces lectures, qui une nouvelle fois peuvent changer ou évoluer ­ ceci dit, celles qu’on a évoqué et que vous revendiquez, c’est quand même un monde fantastique et morbide : est ­ce que le suicide peut flirter, être limitrophe de cet univers que représentent les Julien Green, les Cioran etc. ?

MF : Est­ce que je… ?!

MC : Le suicide, la notion de suicide peut être limitrophe de cet univers pessimiste…

MF : Là encore, est­ ce que ce sont des thèmes de prédilection ? Je m’y sens bien…

MC : Pour l’époque où vous vous sentiez bien. Je ne veux pas…

MF : Non, non je m’y sens toujours très bien !

MC : Est ­ce que cette notion de suicide, qui est quand même une limite à franchir ou ne pas franchir après tout, est­ ce qu’elle était présente dans vos lectures ? « Le mythe de Sisyphe » de Camus, est-ce que vous l’avez lu par exemple ?

MF : Non, non. Est­ce que vous faites allusion à moi, est­ce c’est quelque chose qui m’a hantée, ou est­ce que c’est quelque chose qui… ?

MC : Oh non, je n’irais pas jusque là. Non, non. D’une façon générale, quand on est ‘imbibé’ non pas d’alcool ­ bien que vous appréciiez le Bordeaux et je vous en félicite ! ­ mais imbibé de ce genre de lectures, aussi diverses soient­elles…

MF : Oui, ce sont des chemins dangereux. Effectivement, si on s’imbibe et fait une indigestion d’auteurs comme ça, de lectures, ça devient sa vie de tous les jours, sa pensée de tous les jours donc on finit par… A la fois c’est passionnant et pourquoi c’est passionnant ? Parce qu’on ressent ces mêmes choses, donc fatalement se crée un lien entre l’auteur et le lecteur. Maintenant, ça peut être dangereux si on ne s’abreuve que de…

MC : C’est pour ça qu’il y a Mary Higgins Clark !

MF : Oui, peut­être ! Parce qu’il y a toujours ces ingrédients mais il y a toujours une notion d’espoir, j’imagine.

Oui, il faut avoir le recul nécessaire pour ne pas effectivement essayer d’illustrer ce que l’on lit, en tout cas de l’appliquer à sa vie, voilà.

MC : Vous êtes en train de nous avouer quand même professionnellement, à travers vos lectures, une formidable conscience des limites, un recul, une sérénité par rapport à vous ­même…

MF : Oui, je le pense. Parfois, je n’aime pas ça, je n’aime pas cette maîtrise.

MC : Ca empêche une folie, d’être trop maître de soi, d’être trop lucide finalement ?

MF : D’une certaine manière, oui. Et une trop grande lucidité mène à un cynisme parfois, et ça je m’en défends aussi parce qu’être cynique, je crois, c’est pas très intéressant pour sa vie ni pour les autres. Mais là encore, c’est moi qui suis responsable de ça.

Pause publicitaire

MC : Retour sur Nostalgie dans ce « Déjeuner de gala » avec Mylène Farmer. Un petit clin d’œil à votre nom : ‘Farmer’, c’était un personnage d’un film que Jessica Lange a tourné etc. Enfin bref ! (Incarnée au cinéma en 1982 par Jessica Lange, Frances Farmer est décédée en 1970, nda) Aujourd’hui, si vous deviez choisir un autre nom en référence, ça serait Greta ?

MF : Non ! (rires)

MC : Non ? Ca changerait pas ?

MF : E.T., ça me conviendrait parfaitement ! (rires)

MC : Greta, ça m’arrange : j’étais sur « Cendres de Lune »…

MF : J’ai bien compris, oui ! (rires)

MC : Léo Ferré ­ j’y reviens, vous voyez, chacun les siens ­ c’était la mélancolie, ‘la mélancolie, c’est revoir Garbo’ dans « La reine Christine ». Pour vous c’est quoi, la mélancolie ?

MF : Qu’est ­ce que pour moi la mélancolie… ?! Hmm…

1996-05-gMC : Vous avez autant de temps que vous voulez pour répondre !

MF : Oui, mais plus je vais mettre du temps et plus la réponse sera décevante !

MC : Non, peut ­être que vous n’êtes pas mélancolique, donc c’est un sentiment qui n’évoque rien de spontané, justement…

MF : Je la trouve très souvent dans la musique. Ecouter une musique évoque chez moi une mélancolie. Mais là, précisément, non je n’ai pas de réponse…

MC : Ecouter les Doors, les Eagles, Gainsbourg, Dutronc, ça c’est de la mélancolie, c’était votre…

MF : Oui…

MC : Vous êtes allée voir, par exemple, Dutronc au Casino (de Paris, nda) y a quatre ans ?

MF : Non.

MC : Barbara, aussi, qui a bercé votre…Non ?

MF : Non. Le dernier spectacle que j’ai vu, c’était Alanis Morissette.

MC : Barbara, qui vient de sortir un album (« Barbara », 1996, nda) : ‘Il me revient, il me revient en mémoire, il me revient une histoire, il me revient des images’ ça, c’est pas votre cas, ça, hein…

MF : Qu’il me revienne des images ? J’essaye le moins possible ! (rires)

MC : L’adolescence ne revient jamais. Vous n’aimez pas l’adolescence d’une façon générale : est­ce que c’est parce que vous n’appréciiez pas le manque de personnalité chez l’autre ? Est­ce qu’on peut faire le lien ?

MF : Je n’aime pas l’adolescence. Là encore, je n’ai évoqué que la mienne : c’est un passage que je n’ai pas aimé du tout, du tout.

MC : Peut ­être dans le regard des autres adolescents que vous croisiez à l’époque…

MF : Ca, de toute façon, mais avant tout on ne s’aime pas soi ­même et là pour ça, je crois que je n’avais même pas besoin du regard de l’autre.

MC : Ca vous plaît aujourd’hui d’être presque adulte ?

MF : Je crois que je ne le serai jamais !

MC : J’ai dit ‘presque’, hein !

MF : (rires) Oui, je me préfère aujourd’hui qu’il y a cinq ans, six ans, dix ans, vingt ans. La trentaine est quelque chose de plus doux, pour moi en tout cas.

MC : Ca correspond à ce que vous imaginiez lorsque vous étiez adolescente ?

MF : Non. Là encore, je me suis toujours envisagée ­ c’est plus une détresse qui venait à moi, donc de s’envisager plus grand dans le temps est quelque chose qui n’était pas là encore très doux. Mais j’ai toujours entendu ‘Vous verrez, l’âge de trente ans ou la trentaine pour une femme est bien plus magique que cette période qu’est l’adolescence’ et j’avoue que je puis dire oui, en tout cas me concernant.

MC : Là, c’est à demi magique : vous êtes au milieu de cette décennie exceptionnelle !

Diffusion de « Vertige »

MC : « Vertige », toujours extrait de votre album, Mylène Farmer, « Anamorphosée » ­ je vous parle, puisque vous êtes notre invitée aujourd’hui sur Nostalgie dans ce « Déjeuner de gala » ! On parlait juste avant de votre adolescence. Vous ne répondrez pas si je vais un peu trop loin : vous dites aussi avoir été en manque d’affectif, est ­ce qu’avec le recul vous avez l’impression d’être passée à côté d’une bonne thérapie pour soigner cette blessure ?

MF : Là encore, puisque c’est une inconnue pour moi je ne peux pas répondre, en ce sens que je n’ai pas fait cette démarche. Maintenant, nous sommes tous d’abord des êtres très sensibles mais il y a une hypersensibilité que vous ayez dans le fond ou non cet amour, vous ne le percevez ou en tout cas pas peut­ être à sa juste valeur, ou peut­ être que vous en demandez une surproduction donc en ce sens, vous allez souffrir. Donc je dois faire partie, si je peux me caractériser, de cette catégorie d’êtres hypersensibles, donc difficiles.

MC : « Et Tournoie… » : ‘Ton pire ennemi, tu peux l’expulser de toi’…

MF : Là, ça fait partie, oui, de cette…

MC : Il rôde encore ?

MF : Bien sûr. C’est pour ça : là, je pensais à ça et à l’évocation du bouddhisme et toutes ces choses qui sont très belles et très reposantes mais malgré tout on se lève le matin et on peut toujours avoir cette notion du mal qu’on a en soi, cette capacité à faire la mal, cette négation de soi et toutes ces choses qui font que ça perturbe votre esprit et c’est là où c’est difficile, parce que c’est là où vous décidez, vous êtes réellement maître ou de votre vie ou de votre journée et décidez que non, ça va aller mieux parce que ça vaut le coup.

MC : Ce méchant, il s’appellerait Alice, l’araignée malicieuse ?

MF : Oui, tout à fait ! (rires)

MC : Ca m’amène à la scène : entre le spectacle de 1989 et celui­ ci, qu’est­ ce que vous vouliez absolument ne pas reproduire ?

MF : Trop de tristesse.

MC : Voilà, on sait toujours ce qu’il faut pas faire, on sait pas forcément ce qu’il faut faire, mais voilà, c’est ça…

MF : Oui, j’avais envie de…Mais là encore, ça a commencé par l’écriture de l’album, donc fatalement la scène est différente puisque j’ai suggéré, moi, des choses avant, en tout cas mes changements intimes.

MC : Ceci dit, si je puis me permettre, le spectacle comporte la quasi ­totalité des nouvelles chansons mais dans sa globalité, ça ne représente que 40% et pourtant le spectacle a une tenue, c’est la même.

Il est quand même…

MF : J’ai eu envie d’abord d’évoquer le blanc, avec tout ce que ça peut évoquer pour l’autre, essayer de donner de la joie ; maintenant de la réflexion, bien évidemment, mais l’idée du show en soi : l’idée du show qui est quelque chose de à la fois factice, rapide mais quelque chose de fondé.

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MC : C’est toujours votre « Déjeuner de gala » sur Nostalgie. On est pratiquement en tournée, on parlait de votre disque, c’est la scène actuelle ­ ce soir vous serez à Nîmes. Cet écran géant, c’est votre idée ? C’est pour avoir un spectacle à deux vitesses, ce fameux show que vous venez de décrire et puis également qu’on puisse vraiment lire dans vos yeux ?

MF : D’une certaine manière, oui. Là encore, c’est peut ­être extrêmement narcissique mais c’est pensons aux personnes qui sont tout au fond et qui ne voient que des petites choses sur scène qui bougent, donc j’allais dire je me devais, non je ne me devais pas de le faire mais moi étant spectateur, c’est vrai que j’ai une frustration si je ne vois pas les yeux de la personne. Donc voilà pourquoi cette idée de l’écran géant et parce qu’il y a eu…

MC : Surtout quand ils sont jolis !

MF : (elle rit, un peu gênée) Et puis l’envie aussi de projeter des choses sur cet écran, parce que bien évidemment il n’y a pas que moi, évoquer l’abstraction et là encore, c’était une chose…

MC : Et vos sourires, on dirait ­ c’est peut ­être fait exprès ­ il y a des expressions très agréables qui nous propulsent vers le blanc…

MF : Là, c’est peut­ être la différence alors par exemple avec la première scène et la deuxième : sur la première, je n’aurais jamais pu avoir une caméra qui reproduise justement mon visage en gros plan. Ca, c’est quelque chose qui m’aurait mortifiée parce que peut­ être que je n’étais pas prête pour ça (il est à noter que pour les deux dates à Bercy en 1989, des écrans géants étaient pourtant placés de part et d’autres de la scène, nda) alors que là, c’est quelque chose que je…c’est sans doute ça, le vrai changement : c’est de devancer ça et de dire ‘Voilà, maintenant je vais vous donner aussi mes clignements d’œil, mes larmes, mes joies, mes sourires, mauvais ou bons profils, peu importe : je me livre !’ (rires)

MC : ‘Dieu vomit les tièdes’, ça c’est vous qui l’avez…

MF : C’est dans la Bible ! (rires)

MC : Oui, oui, je vous cite, je l’ai noté et je voulais rebondir là­dessus : vous êtes dure dans le travail ? Vous avez l’œil à tout ? Vous maîtrisez tout ?

MF : Maîtriser, je ne sais pas, mais en tout cas je fais en sorte, oui, de maîtriser le maximum. Dure, probablement ; pénible, à mes heures sans doute, mais maintenant je respecte l’autre, donc je pense que…

MC : Les réactions, lorsqu’il y a un point qui vous agace, elles sont spontanées ou réfléchies pour apporter la solution ou pour essayer d’imposer votre vision des choses ?

MF : Elles sont… Là encore, c’est pas aussi simple que ça. Je m’enflamme très, très vite ! Même si dans le fond, la réponse a été donnée tout de suite, parfois elle est un petit peu trop ­ je ne trouve plus le mot ! ­ démesurée, mais en tout cas elle est instinctive.

Diffusion de « Laisse le Vent Emporter Tout »

MC : « Laisse le Vent Emporter Tout », c’est Mylène Farmer, extrait de votre album « Anamorphosée ». Continuons ce « Déjeuner de gala » sur Nostalgie : on faisait référence tout à l’heure sur l’album aux guitares de Jeff Dahlgren. Est­ce qu’il y a eu d’autres ingrédients comme ça sur l’album et sur la scène que vous vouliez absolument avoir à vos côtés pour perdurer ce nouvel élan ?

MF : Sur la scène, oui : avoir des musiciens qui ont envie de jouer.

MC : Pourquoi ? Le contraire, ça existe ?!

MF : Oui, parce que dans ce métier, ça peut devenir une routine très facilement. On vient en studio, on fait une séance et on s’en va…Qu’il y ait une énergie centrale sur scène, qui sera la mienne puisque je vais être le point central, et à la fois des danseurs et des musiciens, s’il n’y a pas une osmose parfaite, en tout cas un réel désir commun, je crois que c’est quelque chose qui est à moitié gagné. Donc, outre les capacités et les talents de musicien, il y a aussi ce vrai désir de se dire qu’à chaque fois qu’un spectacle est quelque chose d’exceptionnel et qu’il faut tout donner.

MC : Cette osmose, on la ressent tout de suite ? Non, bien entendu, il faut du temps…

MF : Je crois que là encore, c’est plus l’idée de l’instinct qui vient quand on fait le choix des musiciens, et puis après je crois que c’est malgré tout à la fois et un travail et un partage. C’est ­à ­dire, c’est vrai qu’il y a beaucoup de moments, par exemple pendant les répétitions ­ que ce soit avec des danseurs ou avec des musiciens ­ il y a beaucoup de moments après la scène, avant le spectacle, à la cantine… Ca peut paraître ridicule, mais ce sont des moments qui sont importants à chaque fois parce qu’il y a une vraie ou communication, ou communion et que c’est là que se construit réellement ce que les gens vont ressentir sur scène.

MC : A la cantine, comment on se détend ? On parle de blagues ou on continue à peaufiner les détails, ou à se dire ‘Ca, c’était pas bien ; ça, c’était bien’… ?

MF : Il y a toujours ces choses­là qui surviennent, mais en général pour un tel spectacle, parce que c’est quelque chose qui est obligé d’être extrêmement calibré. Après vient le temps de…

MC : Ca doit être parfait avant qu’on l’ait commencé…

MF : Parfait : là encore, je me méfie un petit peu de ces mots en parlant de moi et de ce spectacle, mais en tout cas les choses techniques, par exemple, doivent être extrêmement étudiées, sinon on va à une catastrophe !

MC : Vous vous aimez, parfois ?

1996-05-bMF : (elle soupire, puis rit) Sans doute, oui. Sans doute…

MC : Vous aimeriez être l’amie de Mylène Farmer ?

MF : Posez­moi une autre question ! (rires)

MC : ‘De ce paradoxe je ne suis complice / Souffrez qu’une autre en moi se glisse’, héhé ! Est­ce que l’illogisme serait donc la seule logique possible ? Oh, c’est compliqué !

MF : Je vais avoir mal à la tête, bientôt ! (rire franc)

MC : On a bientôt fini, docteur ! C’est vous : en lisant vos chansons, en les écoutant ça inspire ce genre de…Mon imaginaire a fonctionné, vous voyez ! (Mylène acquiesce d’un murmure) Donc forcément, c’est vrai que vous avez peut­être des difficultés à y répondre. ‘Mais qui est l’autre’ ?!

Diffusion de « Et Tournoie… »

MC : « Et Tournoie… », c’est Mylène Farmer bien entendu, notre invitée aujourd’hui dans ce « Déjeuner de gala ». Je reviens sur la scène : c’est Paco Rabanne qui vous habille ­ vous voyez, j’ai tout noté parce que je peux pas tout me souvenir, moi ! ­ en 1989, c’était Thierry Mugler, qui avait fait aussi le clip de « XXL »…

MF : Oui…

MC : Il y a eu Gaultier sur le clip de « Je t’aime Mélancolie », Alaïa sur le clip de « Que mon Cœur Lâche », non c’est pas ça ?

MF : Oui !

MC : Bref, c’est une vraie collection ! C’est drôle…

MF : Oui, j’aime bien les couturiers !

MC : Vous jouez sur scènes avec ces tenues ? C’est une façon de vous… ?

MF : Oui. Là encore, j’ai travaillé assez longtemps avec l’équipe de Paco Rabanne.

MC : C’est une volonté de changer, comme ça, d’aller de l’un à l’autre qui ont quand même des styles très différents ?

MF : Oui. Encore que sur la première scène, à part deux ou trois tenues, Thierry Mugler n’était pas si en avant que ça : c’est­à­dire qu’il a accepté de prêter son talent mais de respecter aussi mon univers. Je fais allusion à « Tristana », par exemple, qui était des manteaux russes avec des écharpes, des gants : c’est pas très Thierry Mugler ! Maintenant, pour Paco Rabanne, l’idée c’était que ce soit près du corps, que ce soit ce qu’on appelle sexy… (rires)

MC : Et talons hauts, cette fois­ ci !

MF : Et talons qui sont très, très hauts ! (rires) Et Paco Rabanne, là encore ça fait partie des rencontres et des choses qui deviennent presque une évidence une fois que c’est choisi. C’est quelqu’un qui aime le blanc, c’est quelqu’un qui aime l’énergie, qui aime autant de choses qui avaient un rapport avec ce show.

MC : Dans le monde de la mode, dans le monde de la chanson, il y a forcément moult personnes qui essaient de vous approcher, non ? Des projets, vous devez en avoir !

MF : Mais non, pas tant que ça !

MC : Pourquoi ? Vous faites peur ?!

MF : Je ne sais pas ! Mais non, il y a pas tant de…

MC : Restons sur le domaine de la mode : il y a pas beaucoup de personnes au monde qui réclament autant de tenues pour une scène, et surtout des tenues qui sont mises en valeur, qui servent à quelque chose, non pas simplement à dire ‘Vous avez vu ? J’ai une belle tenue !’, donc forcément ça doit attiser les esprits fertiles !

MF : Mais non ! Alors, est­ce que c’est propre à ce pays ? J’en sais rien, mais c’est plus à soi à chaque fois de faire des démarches et d’avoir des désirs et d’aller vers l’autre plus que créer de réelles envies chez l’autre, non…

MC : J’ai juste noté, il y avait Baudelaire aussi, j’ai oublié, avec « L’Horloge », que vous aviez adapté sur l’album « Ainsi Soit Je… » : ‘Trois mille six cents fois par heure, la seconde chuchote : souviens toi’, ça, ça doit vous énerver, ça ! C’est pas vous, ça !

MF : (rires) C’est plus moi, ou j’essaye de ne plus l’être ! (rires)

MC : J’avais noté également, pour essayer d’en finir avec cet album, « Anamorphosée », sur « Mylène s’en fout », c’est la pureté à travers le jade, ce minéral chinois. La pureté, ça pourrait être aussi un mot pour vous définir ?

MF : Oh, là encore c’est un exercice que je ne ferai pas, tenter de me définir, donc je vous laisse ces mots ­là, mais le jade, l’évocation du jade qui évoque effectivement la pureté, l’idée aussi d’un matériau brut, d’un matériau qui n’est pas précieux mais qui devient avec le temps quelque chose de précieux ­ mais là je ne m’évoquais pas moi précisément !

MC : J’espère que ‘c’est sexy’, Nostalgie ! En tout les cas, c’est vrai qu’essayer de découvrir quelqu’un, essayer de percer le mystère, ça peut amener un grand risque : la déception. Je peux vous dire que vous êtes l’exception qui confirme la règle !

 MF : C’est gentil ! Je pensais exactement à ça, à savoir est­ce que je n’ai pas déjà trop parlé ?! (rires)

MC : Je voulais finir en vous paraphrasant : laissons le vent emporter tout, laissons Mylène prendre soin de tout. Voilà !

MF : (rires) C’est gentil à vous, en tout cas ! Merci !

MC : Merci beaucoup.

Publié dans Mylène 1995 - 1996, Mylène en INTERVIEW, Mylène TOUR 1996 | Pas de Commentaires »

MYLÈNE FARMER ­ XXelle

Posté par francesca7 le 4 février 2015

 

5 OCTOBRE 1996 – Entretien avec Geneviève BORNE

1996-11-aMusique Plus (Québec) : 3 juin 1996. Entre deux dates du Tour 96, la chaîne musicale québécoise Musique Plus enregistre un entretien avec Mylène Farmer dans un grand hôtel parisien. Une version plus longue de cette interview incluant davantage d’extraits du spectacle sera diffusée près d’un an après, en septembre 97, lors de la sortie du « Live à Bercy » au Canada.

Geneviève Borne : Bienvenue à cette émission spéciale qui met en vedette Mylène Farmer. Mylène Farmer est une méga star en France. Elle fascine les gens et tout au long de sa carrière, elle s’est entourée de mystère, elle a accordé très peu d’entrevues et ça, c’est une facette d’elle que ses fans apprécient beaucoup. Et malgré l’image très forte qu’elle projette dans ses vidéoclips, c’est une  jeune femme très discrète et très timide que j’ai rencontrée à Paris. J’ai tenté de percer le mystère Mylène Farmer.

On voit alors des images de Mylène assise, prête pour l’interview. Elle porte une large et longue jupe d’un marron doré et un petit top noir recouvert d’une chemise claire transparente.

GB : Mylène, bonjour.

Mylène Farmer : Bonjour.

GB : J’ai beaucoup aimé ton spectacle. Il y avait plusieurs éléments : il y avait un groupe grunge, il y avait des images tirées directement de raves, il y avait des chorégraphies très dance. Ça faisait très années 90 : on prend un peu de tout ce qu’on aime, on mélange tout ça, et puis… Faut savoir bien le faire ! Est­ce que ça a été un grand défi de marier tout ça ?

MF : Non, du tout. Presque naturel. J’ai fait appel à une équipe créative quant aux images et je leur ai demandé, pour ne parler que des images, de l’abstraction pour habiller toutes les chansons. Quant aux chorégraphies, j’en ai fait quelques­unes ; j’ai fait appel également à un chorégraphe français, qui est également sur scène, qui est un des danseurs (Christophe Danchaud, nda), de travailler sur certaines chansons. Et puis, ma foi, tout le reste, c’est…

GB : Alors, tous ces styles­là te plaisent ?

MF : Si tant est que je voulais que ce soit un spectacle qui soit agréable pour les gens, étonnant, et assez complet.

GB : On t’a vue, sur scène, arriver dans une araignée, sur plusieurs des t­shirts vendus au spectacle, il y avait une araignée, tu as écrit aussi une chanson, « Alice », qui parle d’une araignée : qu’est­ce que ça représente l’araignée ?

MF : (rires) Quand j’ai évoqué l’araignée, que j’ai eu envie d’écrire sur cette petite Alice, je pensais à la face, au visage noir de l’artiste, ce que peut ressentir l’artiste, l’autodestruction de l’artiste, donc cette envie de dire à cette araignée de s’effacer, de partir. Voilà. Maintenant, est­ce que tout le monde a compris ça ? C’est pas très, très grave dans le fond. J’avais envie d’évoquer une araignée, donc voilà ! (rires)

GB : J’ai remarqué aussi que tu as changé beaucoup les arrangements de tes chansons : c’est plus rock.

MF : Oui. Il y a plus de guitares, c’est plus ce qu’on appelle ‘live’, moins d’instruments synthétiques.

GB : C’est l’influence de la Californie ou tu commençais déjà avant à aimer le rock davantage ?

MF : Je crois que j’ai toujours aimé les guitares. Maintenant, je pense qu’il faut parfois du temps pour y venir.

Mon passage aux Etats­Unis a dû influencer, inconsciemment en tous cas.

GB : Tu as passé beaucoup de temps à Los Angeles ?

MF : Près d’un an.

GB : Tu avais besoin de partir de Paris ?

MF : Oui.

GB : Pourquoi ?

MF : Des moments, comme ça, dans sa vie où on veut s’échapper d’une normalité, de choses qui sont routinières, donc envie de partir, du voyage.

GB : Tu as pu vivre l’anonymat à Los Angeles ?

MF : Oui.

GB : Ça t’a apporté beaucoup…

MF : Ça apporte toujours : on se restructure, oui, d’une certaine façon parce qu’il y a des passages, comme ça, dans sa vie d’artiste, où on a besoin, oui, d’être isolée, d’être loin de son métier, si je puis dire, de son identité, en tous cas, de chanteuse ou…

GB : Est­ce que ta façon de voir ton métier a changé ?

MF : Non, c’est toujours la même. Je ne me prends pas au sérieux, mais essaie de faire les choses très sérieusement. J’ai toujours la même distance d’avec ce que je fais, malgré tout.

GB : Mais ta façon de voir la vie a changé par contre ?

MF : Elle est plus sereine, peut­être, aujourd’hui, un peu plus tendre.

GB : Tu as dit que tu avais réussi finalement à apprivoiser la mort. Tu étais très hantée par la mort dans le passé. A quel point ?

MF : Au point de se lever tous les matins et d’envisager sa mort, ou la mort du voisin, ou de ses proches.

J’avoue que c’est quelque chose, oui, qui me hante moins, qui m’intéresse toujours autant en revanche.

GB : Tu crois maintenant qu’il y a une vie après la mort ?

MF : Je ne suis pas aussi définitive. J’essaie de l’envisager, en tout cas.

GB : Et ça, ça rassure un peu ?

1996-11-dMF : Ça aide en tous cas à vivre sa vie de… Enfin ces moments présents, oui. (sourire)

GB : Tu as rarement accordé des entrevues. A défaut de parler de toi, tu as fait beaucoup parler de toi. Est­ce que tu l’assumes ? Est­ce que tu l’as toujours assumé ?

MF : Non, je n’aime pas parler de moi, j’ai du mal. J’ai du mal. Maintenant, je sais que c’est important aussi pour… Je crois que je me dois, à un moment donné, dans le fond, de parler de moi puisque les gens s’y intéressent un petit peu, donc j’essaie de me faire violence et de faire un effort. (sourire)

GB : Tu préfèrerais être plus discrète ?

MF : Je le suis, de toute façon mais, là encore, c’est plus par pudeur. J’ai l’impression de dire suffisamment au travers de mes textes.

GB : Dans plusieurs des tes vidéoclips, tu te transportais dans une autre époque. Est­ce que tu as le sentiment que tu aurais aimé vivre à une autre époque ?

MF : Non. Je crois que c’est simplement l’idée du costume et essayer justement d’apprivoiser d’autres époques. Maintenant, une nostalgie d’époques que je n’ai pas connues, non, en aucun cas.

GB : Plusieurs de ces anciens clips­là étaient parfois choquants ou avaient une sexualité explicite, tout ça. Est­ce que, consciemment, tu voulais provoquer ou c’était l’idée du réalisateur ?

MF : Non, parce qu’un texte est un texte, donc le texte c’est moi qui l’écris. Maintenant, c’est vrai que j’ai travaillé avec Laurent Boutonnat sur les clips et nous avons beaucoup parlé sur chaque clip, chaque histoire, ce qu’on avait envie d’exprimer. Quant à l’idée de choquer, non c’est quelque chose qui vient, dans le fond, après. C’est plus le spectateur qui va être ou non choqué. L’idée de provocation…J’aime l’idée du non conformisme par exemple. Maintenant, provoquer pour provoquer n’a aucun intérêt.

GB : Pour vous deux, pour Laurent et toi, une bonne occasion de mettre en valeur vos talents d’actrice et de réalisateur…

MF : Ça, je peux parler pour lui en tous cas. (sourire) C’est un excellent réalisateur. C’est quelqu’un qui aime l’image, qui a une jolie narration. J’aime son travail, en tout cas.

GB : Le premier film que vous avez fait ensemble n’a pas eu l’accueil que vous espériez. Quelle leçon tu as tiré de cette aventure­là, de « Giorgino » ?

MF : De leçons, aucune parce que j’ai toujours envisagé ou l’échec de quelque chose, ou en tous cas son incompréhension, donc une leçon de vie, en aucun cas parce que je crois que j’espère avoir en moi une humilité quant à un travail fait et quant à un résultat envisagé. Maintenant, une déception, certainement oui.

GB : Est­ce que ça t’a pas enlevé l’envie de faire du cinéma quand même ?

MF : Non parce que, là encore, il faut relativiser. Je sais que, essayer de parler d’autre chose que de mon film à moi, il y a tellement de films ou de livres qui sont des livres et des films formidables mais qui ne rencontrent pas leur public. Je pense qu’il y a des moments comme ça qui sont mal programmés.

GB : Est­ce que tu crois au destin ? Est­ce que tu étais prédestinée à faire ce métier­là ?

MF : Je crois à des choses. Est­ce qu’on peut parler de destin, des choses qui vous sont apportées ? Mais après c’est à vous de faire tout le travail, c’est à vous de construire ou de détruire. Donc est­ce que tout est écrit ? En aucun cas, non.

GB : Est­ce que tu as trouvé que la façon de travailler des américains était très différente de celle des français, au moment de faire l’album, au moment de tourner des vidéoclips ?

MF : Je crois qu’ils ont un professionnalisme qui est très étonnant, très performant. Ce sont des gens qui discutent beaucoup avant, qui peuvent discuter après, mais pendant, ils sont là et sont là pour travailler et pour donner le maximum donc ça, c’est peut­être une caractéristique qui est assez étonnante chez eux.

GB : J’aimerais parler de tes plus récents vidéoclips : donc celui pour « XXL », qui a été réalisé par Marcus Nispel, tu te retrouves en figure de proue devant une locomotive. Tu étais réellement sur une locomotive en mouvement ?

MF : Attachée au train, oui.

GB : Ça faisait peur ?

MF : C’est impressionnant, mais surtout sur le dernier plan : c’est un plan très, très large, et là j’étais vraiment seule sur le train, avec des caméras qui étaient très éloignées, et le train prenait réellement de la vitesse. Là, c’est toujours très impressionnant. (rires) Sinon, j’aime bien l’idée du challenge à chaque fois, sinon je m’ennuie.

GB : Et pour « L’instant X », ça a été fait à New York ?

MF : Ça a été fait, je crois, en studio à New York, oui. Et là, j’étais plongée dans un bain de mousse, donc c’était plus statique.

GB : Tu t’es impliquée pour le concept de ces vidéoclips­là ?

MF : Oh oui, toujours. Toujours, oui. Je ne peux pas envisager ni de faire ce métier ni de me propulser quelque part sans en, non pas tirer les ficelles, parce que ce n’est pas une très jolie image, mais en tous cas être partie totalement prenante.

GB : Et pour « California » ?

MF : Là, j’ai eu envie de faire appel à ce réalisateur, Abel Ferrara. J’avais envie de jouer une prostituée et, ma foi, il a répondu oui donc c’est une belle aventure pour moi !

GB : Il y a un flash­back, puis on te voit toi avec les petits cheveux courts comme tu avais à l’époque aussi…

MF : Oui, oui. Non, ce pourrait être la version 90 de Libertine, son évolution ! (rires)

GB : Une autre chose qui m’intrigue, c’est que, dans les entrevues que j’ai lues, tu disais régulièrement que tu te trouvais pas nécessairement jolie, alors que tu es une très jolie fille, que tu ne t’aimais pas beaucoup non plus, souvent. C’est tout un paradoxe : ça doit être difficile d’être constamment sous les projecteurs quand on a ces sentiments­là…

MF : Oui, mais, là encore, je ne vais pas combattre ce paradoxe, il fait partie de moi. Il fait partie de, je crois, de la vie d’un artiste tout simplement. On a ses moments d’ombre, ses moments de lumière. Que de ne pas s’aimer ou totalement s’aimer et que d’avoir envie d’être sous ces dites lumières, je crois que c’est tout à fait envisageable.

GB : Au tout début, au départ, tu voulais être comédienne, au départ. Alors, la chanson, c’était venu un peu par accident. C’est devenu un amour plus important aujourd’hui ?

MF : En tout cas, j’ai eu la chance que d’avoir et Laurent Boutonnat pour le clip et juste l’idée du clip, tout simplement, pour la promotion d’une chanson donc, dans le fond, ça a comblé un vide que j’aurais pu ressentir. Maintenant, un clip n’est pas un long métrage : j’en ai fait un et maintenant, c’est quelque chose que j’aime profondément faire, mais qui n’est plus de l’ordre de l’obsession.

GB : Tu fais des dessins ?

MF : Oui.

GB : Ça fait longtemps ?

MF : Non, j’ai découvert ça réellement sur l’enregistrement de l’album, quand j’étais à Los Angeles, dans des moments ­ des moments quoi d’ailleurs ? Je ne sais pas ! (rires) Où je devais m’ennuyer, j’ai commencé de prendre mon crayon et de dessiner.

GB : Mais est­ce que tu savais que tu pouvais bien dessiner comme ça ?

MF : Non, mais c’est encore très… (rires) Je n’ai pas un grand, grand talent pour ça, mais j’aime bien le faire.

GB : Quand tu regardes l’ancienne image, la Mylène des clips d’avant, est­ce que tu te reconnais encore ? Est­ce que tu t’identifies encore à cette image­là ?

MF : Oui. D’abord, je ne me regarde pas, c’est plus simple ! (rires) Mais, bien sûr, ça a été une parcelle. Il y a des choses qui sont toujours là, qui sont en moi. Maintenant, j’ai changé, et c’est normal. Le temps nous change.

GB : Dans les dernières années, tu as vécu beaucoup de changements : tu as apprivoisé la mort, tu as changé un peu de style musical, de look, tu as vécu dans une autre ville, donc beaucoup, beaucoup de changements. Ce serait quoi le changement que tu aimerais faire encore ? Quelque chose chez toi que tu aimerais changer, ou quelque chose dans ta vie…

MF : Je ne sais pas. Je laisse la vie m’apporter ce genre de choses. Je crois que je suis déjà assez gâtée.

Diffusion d’un micro­trottoir très enthousiaste à la sortie de Bercy.

1996-11-eGB : Est­ce qu’on va avoir la chance de te revoir au Québec ?

MF : Je suppose que je vais y aller, oui.

GB : En spectacle ?

MF : Si je peux amener le spectacle, et tout le spectacle, je viendrai. Maintenant, c’est une structure qui est très, très lourde ­l’écran est géant. Donc l’idée…C’est pour ça qu’en province j’ai fait peu de dates, parce que je voulais amener tout le spectacle que j’ai présenté à Paris Donc, pour le Canada, si on me dit ‘On peut emmener toute la structure, tout le spectacle’, je le ferai, avec plaisir. (ce projet ne se concrétisera malheureusement pas, ni pour les spectacles suivants, nda)

GB : A ton spectacle, samedi soir, tu regardais le visage des gens qui étaient devant toi et tuas dit ‘J’ai les plus beaux visages devant moi’. Moi, je peux pas imaginer qu’est­ce que c’est d’avoir des regards comme ça. Qu’est­ce que tu voyais ?

MF : Des regards. Là encore, c’est des personnes qui vous écoutent et qui vous donnent au travers de leur sourire, de leur regard ou de leur émotion, donc c’est quelque chose. Ça, c’est des cadeaux qui sont très étonnants, très uniques en tout cas.

GB : Tu es heureuse maintenant ?

MF : J’aime ce que je fais. Au jour d’aujourd’hui, j’aime profondément ce que je fais. J’aime le   spectacle que je fais, j’aime la rencontre d’avec le public. Donc oui, au jour d‘aujourd’hui, oui ! (sourire)

Le générique de fin commence aussitôt

 

Publié dans Mylène 1995 - 1996, Mylène en INTERVIEW | Pas de Commentaires »

Mylène Farmer au 20 H PARIS PREMIÈRE

Posté par francesca7 le 3 février 2015

 

30 MAI 1996 – Entretien avec Paul AMAR

Paris Première

1996-05-bComme son nom l’indique, cette émission prend place à 20h, sur Paris Première. Paul Amar y reçoit une personnalité différente chaque soir de la semaine, pour un long entretien en tête à tête. Ce soir­là, c’est Mylène Farmer qui est à l’honneur. Le plateau de cette émission, Porte Maillot à Paris, a pour particularité d’être en vitrine : les gens qui passent dans la rue peuvent donc tout voir. C’est sans doute pour cela que l’interview de Mylène a été enregistrée si tard (vers minuit) mais cela n’a pas empêché une poignée de fans de s’y rendre.

Pendant le générique du début, la chanteuse est filmée dans la rue, seule, en contre plongée. Coiffée d’un chignon, elle porte une toute petite robe bleue et des platform shoes blanches. Souriante, mais visiblement mal à l’aise, elle marche dans la nuit parisienne, tantôt les bras dans le dos, tantôt les bras croisés, mais toujours le regard fuyant, et ce jusqu’au studio de l’émission.

Paul Amar : (off sur ces images) Mylène Farmer apparaît très rarement sur les plateaux télé, elle ne les aime pas. Mais notre bulle de verre ressemble si peu à un plateau télé. (Mylène entre dans les locaux de Paris Première) Elle trouve la télévision de plus en plus anecdotique et inintéressante ;  nous veillerons, elle et moi, à rendre l’entretien le plus dense possible. Elle n’aime pas le soleil :  extérieur nuit, ce sera notre décor d’un soir. (Mylène arrive dans le studio et s’assied, seule, sur un canapé, contre la vitrine derrière laquelle se sont agglutinés plusieurs fans) Elle cultive volontiers le mystère, je le savais et je l’ai vérifié en découvrant le titre de son dernier album « Anamorphosée ». J’ai pris, je l’avoue, le dico pour être bien sûr du sens : ‘Anamorphose : image déformée par un miroir courbe’. Pourquoi Mylène Farmer se veut­elle à ce point déformée ? Pourquoi met­elle un miroir courbe entre elle et nous ? Je ne sais pas. Vous non plus, je suppose. Alors, suivez­moi, je vais me glisser derrière le miroir pour tenter de surprendre la vraie Mylène Farmer. Mais, s’il vous plait, ne le lui dites surtout pas, elle pourrait m’en vouloir.

(Paul Amar entre dans le champ de la caméra et s’installe à côté de Mylène)

Bonsoir Mylène Farmer…

Mylène Farmer : Bonsoir.

PA : Merci d’être avec nous dans cette bulle de Paris Première. (regardant les fans de l’autre côté de la vitre) Vous savez que il y a eu Bruel et vous. Voilà ! Le soir, tard, du monde, comme ça, autour de la bulle. Ils nous entendent !

MF : (tournée vers les fans) Bonsoir ! (rires)

PA : La présence de ce public qui est venu vous voir, donc de vos fans, dans cette émission qui commence, ils vous rassurent, ils vous inhibent, ils vous… ?

MF : (en regardant le fans) Me rassurent. (sourire)

PA : Ils vous rassurent ?

MF : Oui. (large sourire)

PA : Parce qu’ils vous aiment ?

MF : Je le suppose puisqu’ils sont là ! (sourire en les regardant)

PA : Vous aimez être aimée ?

MF : J’aime être aimée, oui !

PA : Alors, il est tard, le soir, vous le voyez de toute façon à la lumière, parce que cette émission sera diffusée jeudi 30 pour la première fois, à 20h, c’est­à­dire vingt­quatre heures avant Bercy et, comme vous êtes en tournée, entre plusieurs villes de province et Paris, on a choisi tard le soir pour enregistrer cette émission. Vous auriez préféré être en direct et en pleine lumière, à 20h, ou cette lumière nuit vous convient davantage ?

MF : Je crois que je préfère la nuit.

PA : Pourquoi ?

MF : C’est plus rassurant pour moi.

PA : Pourquoi ?

MF : Ça fait partie des paradoxes : je peux être dans la lumière et j’aime l’ombre également.

PA : Et vous préfèreriez l’ombre ou la lumière si vous deviez choisir ­ lumière jour, ombre nuit ?

MF : J’aurais les deux réponses : l’ombre et la lumière. (large sourire)

PA : L’ombre et la lumière…

MF : Difficile de faire un choix entre les deux.

PA : A vingt­quatre heures de Bercy, vous vous sentez comment ? Ça va ?

MF : Ça va bien. Le trac, quand même, mais relativement sereine.

PA : Et le trac adouci par le fait que vous aimez la scène. Je veux dire : rencontrer le public sur scène dans…

MF : (le coupant) J’aime profondément ça. Je le fais rarement, mais j’aime ça.

PA : Alors, vous allez chanter évidemment toutes vos chansons qu’on connaît, mais notamment les plus récentes, et celles de cet album que j’ai reçu, Mylène Farmer, que j’ai écouté très attentivement et je l’ai dit, en vous accueillant, j’ai repris le titre, je fais un aveu : je ne connaissais pas ce terme, « Anamorphosée »…

MF : C’est un terme cinématographique, mais j’avoue que, moi, je lui ai trouvé un sens plus poétique, et j’ai mis ‘ée’ à la fin. C’était plus pour évoquer l’idée d’un spectre qui s’est élargi ­ donc ma vision du monde, mes sensations qui se sont élargies ­ et l’idée de ce rassemblement, non pas de la compression, mais d’un rassemblement pour ne faire plus qu’une image et pure.

PA : Ce que vous dites, c’est pas ce que j’ai ressenti parce que quand j’ai vu la traduction de ce texte, je me suis dit, quoi, ça veut dire déformation. C’est un peu comme au Musée Grévin : on se présente devant un miroir courbe et, tout d’un coup, c’est pas nos traits. Alors moi je me suis dit…

MF : (le coupant) J’ai pris le risque.

PA : Vous avez pris le risque ?

MF : Je savais que je pouvais. Oui. (rires)

PA : Mais alors justement, enfin, quand j’ai vu ce mot et quand j’ai cherché le sens, j’ai aussitôt regardé vos photos, celles que vous présentez de vous, et aucun trait de vous n’est déformé ! On va les regarder ensemble. (il feuillette le livret du CD « Anamorphosée » en gros plan) Vous apparaissez telle que vous êtes habituellement. Alors qu’est­ce qui est déformé ? Parce que, d’une façon visible, rien n’est déformé : vos yeux, le corps…

MF : Mais, à nouveau, j’écarte, moi, le sens de la déformation, justement. En aucun cas déformation, non.  Peut­être transformation, mais ce n’est pas non plus ‘métamorphosée’. (rires) Peu importe, d’ailleurs. Je préfère le sens poétique de ce mot.

PA : Transformation, si elle devait exister, de quelle nature ?

MF : Je crois que j’ai un grand changement qui s’est opéré en moi. J’ai voyagé, d’abord.

PA : Oui…

MF : Je me suis échappée de la France pendant près d’un an. J’ai essayé d’oublier mon métier, de m’oublier moi­même d’une certaine façon, et essayé de découvrir des choses différentes, des choses qu’on peut qualifier d’un peu plus normales, la vie de tous les jours en somme.

PA : Vous savez que le contraire ­ vous qui connaissez très bien le sens des mots, et je vous écoute, et vous avez écrit vos textes ­ le contraire de ‘normal’, c’est…?

MF : Anormal. J’aime l’anormalité ! (large sourire)

PA : Ce qui m’a un peu effrayé, je vous le cache pas, vous qui dites là, à l’instant, que vous vouliez retrouver un petit peu la normalité, (en lui montrant la pochette de « Anamorphosée ») c’est quoi ?! C’est la décapitation ?! Y’a pas votre tête !

MF : Je sais. Mais, là encore, j’ai pris le risque parce que je savais que ça pouvait évoquer ça. Moi, je l’ai plus pensé en ce sens : l’esprit qui s’échappe, l’esprit qui va vers le haut, l’esprit qui voyage. Donc c’est ce que moi, j’ai voulu évoquer.

PA : L’esprit a voyagé et le corps a voyagé vers l’Amérique, c’est ça, quand vous avez quitté la France ?

MF : L’Amérique. J’ai choisi l’Amérique. Pourquoi ? Je ne le sais pas bien, dans le fond. C’est peut­être plus facile pour moi que d’aller vers Los Angeles puisque j’y avais déjà rencontré quelques personnes. Maintenant, c’était plus l’idée des étendues vastes, d’une forme de liberté, une certaine solitude parce que Los Angeles est une ville pour solitaires : la rencontre est très difficile malgré tout…

PA : Elle peut être violente parfois ?

MF : Elle peut être violente, troublante, mais j’avoue que j’ai passé, moi, un très, très bon séjour.

PA : Et c’est là­bas que vous avez écrit « California » ou c’est ici ?

MF : C’est là­bas.

PA : Ah c’est là­bas…

MF : Donc, moi, j’ai demandé à la personne qui travaille avec moi, compositeur et producteur, Laurent Boutonnat, de m’y retrouver, et cela au bout, je crois, de cinq mois, et j’ai eu cette envie que d’enregistrer l’album à Los Angeles.

PA : Là on regarde ­ je dis bien on regarde, on écoute évidemment ­ « California », mais on regarde « California », là­bas !

Diffusion d’un large morceau du clip « California »

PA : Le regard est très triste à la fin. C’est la perception que vous avez de Los Angeles, de l’Amérique telle que vous la montrez là ?

MF : Non, parce que là, elle est un petit peu caricaturale, je dirais. On s’est quand même polarisé, ou concentré, sur la prostitution. Los Angeles n’est pas uniquement la prostitution. D’ailleurs, il a été difficile de…

Sur Sunset, il y a souvent justement ­ le quartier cloisonné ­ toutes les prostituées, et là j’avoue qu’elles avaient disparu car elles avaient des problèmes avec cet acteur, enfin tout ce qui s’est passé autour de cette anecdote… (allusion à l’arrestation quelques mois plus tôt de Hugh Grant avec une prostituée, nda)

PA : Hugh Grant, oui. Pourquoi ce choix justement ? Pourquoi ce thème ?

MF : Je ne suis pas sûre d’avoir la réponse, si tant est que j’ai toujours envie de jouer, d’interpréter une prostituée. Et j’avoue que sur « California », c’est spontanément venu. Et donc, j’ai fait appel à Abel Ferrara qui, lui, évoque beaucoup la prostitution dans ses longs métrages.

PA : Quand vous dites dans la chanson : ‘Ma vie s’anamorphose’­ c’est difficile à dire, d’ailleurs ! ­ alors ça veut dire quoi dans ce… ?

MF : Dans cette chanson là ?

PA : Dans cette chanson, oui.

MF : Là encore, j’ai toujours une difficulté quant à l’explication de textes. Parfois, il suffit de prendre des mots et, ma foi, une sonorité peut évoquer certaines choses. Moi, ‘ma vie qui s’anamorphose’, si je peux essayer de trouver un sens à ce mot, c’est plus dans l’idée de ce rétroviseur, et là on en revient plus à l’aspect cinématographique, donc de cette concentration du format cinémascope, etc. Mais j’ai l’impression qu’on ennuie les gens avec ça ! (rires)

PA : Y’a un contraste impressionnant ­ moi, je vous découvre, je connaissais vos chansons, mais je vous découvre ­ entre cette façon dont vous vous exprimez, qu’on retrouve d’ailleurs dans vos textes, et cette image que vous montrez avec ce public toujours patient. (il se retourne et regarde les fans derrière la vitre. Mylène lève les yeux vers eux, un large sourire aux lèvres) Apparemment, ils ne se lassent pas de ce que vous dites, de ce que vous montrez de vous. Cette image très, on va dire les choses, qui est même perturbante pour un homme qui vous interviewe, troublante en tous cas, que vous montrez, très provocatrice, et puis les mots que vous employez, ce que vous dites à l’instant.

Vous en êtes consciente, j’imagine quand même ?! C’est délibéré ?

MF : Délibéré, préméditation, non, je n’en suis pas sûre. C’est juste l’idée et l’envie que d’interpréter des rôles différents. C’est autant de facettes qui font partie d’une personnalité. J’essaie, moi, de les exploiter, de ne pas tricher et de ne m’interdire rien.

PA : Rien ! Mais ça veut dire que dans ce clip, vous êtes dans la fiction ? Vous ne mêlez pas ce que vous ressentez, ou dans le texte d’ailleurs que vous écrivez, ce que vous ressentez, parce que j’ai cru comprendre que, et là j’oublie le clip qu’on vient de voir évidemment, j’ai cru comprendre qu’il y avait une frontière très mince entre ce que vous exprimez et la façon dont vous vivez les choses finalement…

MF : Il y a une frontière très, très mince, dans le fond. C’est vrai que quand moi j’écris les textes, dans le fond je ne pense qu’à moi, qu’à ce que je ressens, ce que j’ai envie d’exprimer. Parfois, ce sont des idées ou violentes ou dérangeantes. Mais, là encore, c’est faire abstraction absolument de l’autocensure. Et c’est une liberté pour l’écriture.

PA : Vous êtes de ce point de vue complètement désinhibée ?

MF : Non ! Parce que ce serait là l’absolue liberté. Je ne le suis pas, mais dans le fond, ce métier m’aide à justement extérioriser tout ce que je n’oserais pas probablement dans la vie de tous les jours, donc c’est une chance que de pouvoir avoir ça.

PA : Ça va ? C’est la première fois que vous participez à une émission aussi longue, une heure ?

MF : Aussi longue, oui ! (rires)

PA : C’est la première fois ?

1996-05-cMF : Oui, je crois, oui. (Mylène a pourtant jusqu’alors participé à plusieurs reprises à des entretiens de toute sorte au moins aussi long, mais peut­être pense­t­elle aux conditions de tournage, dans la continuité, dans les conditions du direct etc.)

PA : Et ça va ?

MF : Ça va bien, oui ! (sourire)

PA : Je ne sais pas qui doit avoir le plus peur de l’autre !

MF : (rires) Je ne sais pas…

PA : On retrouve Mylène Farmer dans quelques instants, après la pub.

Coupure pub

Au retour plateau, Paul Amar et Mylène Farmer se sont déplacés : ils sont désormais face à face sur des petits siègent entourant une table basse. Une télévision reprend l’image de leur tête à tête en second plan. Ils se sont éloignés de la vitrine et on ne voit donc plus le public.

PA : Et on retrouve notre invitée, Mylène Farmer. Je ne sais pas si les téléspectateurs ont vu – il y avait tous ces albums que j’ai présentés, enfin j’ai présenté le plus récent évidemment, de vous ­ mais vous êtes arrivée avec un gros livre que vous gardez ! (rires de Mylène) On a changé de lieu, vous êtes arrivée avec ce gros livre, vous le gardez avec vous. Qu’est­ce que c’est ?!

MF : C’est­à­dire que quand vous avez, que nous avons préparé l’émission…

PA : (la coupant) Attendez, on va le montrer. N’hésitez pas ! Je sais bien qu’il est lourd…

MF : (elle s’avance pour poser le livre sur la petite table devant elle, mais le reprend aussitôt, en regarde la tranche, avant même qu’un cadreur, qu’on voit s’approcher, ait pu le filmer !) Je sais qu’on va évoquer la littérature, et ce livre fait partie de…Est­ce que c’est un livre de chevet ? J’en sais rien, mais en tous cas, c’est un livre que je trouve magnifique et c’est un cadeau. Donc j’avais envie de l’emmener tout simplement ! (elle le pose cette fois sur la table)

PA : L’auteur…?

MF : (penchée en avant, elle le feuillette sur la table) Et c’est Allan Edgar Poe (sic), traduit par Baudelaire. Et c’est un livre très ancien du XIXème siècle et qui a beaucoup d’illustrations, si je les trouve. (elle peine en effet à en trouver une au hasard des pages) Ce sont des anciens dessins…

PA : Et bien je vais le découvrir ! Décidément, vous me faites découvrir beaucoup de choses ! (le journaliste feuillette le livre à son tour) Alors, « Le scarabée d’or » ­je sais que vous aimez les animaux.

« Le chat noir ». Décidément ! C’est complètement au hasard, et rien n’est préparé. Tout est improvisé. (il s’arrête sur une illustration qu’on ne voit pas à l’image) C’est un peu lugubre, non ? Mais c’est de la littérature…

MF : (toujours penchée en avant sur son livre, elle ne l’a pas lâché et scrute ­ inquiète ? ­ son feuilletage par l’animateur) Oui. C’est Edgar Poe !

PA : C’est Edgar Poe ! Vous aimez lire, hein ?

MF : (refermant le livre tandis que, comme le journaliste, elle se redresse dans son siège) J’aime lire. Je ne lis pas suffisamment, mais j’aime ça.

PA : Déjà enfant, adolescente, vous lisiez beaucoup ?

MF : Pas du tout. Au contraire ! Je crois que j’ai eu une rébellion absolue quant à l’école et ce qu’on vous imposait comme lecture, donc je crois que j’ai refusé ça totalement. Jusqu’au jour où, autodidacte, j’ai décidé que j’allais, moi, vers une famille littéraire, et puis après, on fait son chemin tout seul. Et c’était plus agréable comme ça pour moi.

PA : Quand vous écrivez vos textes, vos chansons, vous écrivez comment ? Où ? La nuit, le jour ?

Chaudement habillée, dévêtue ? Seule ? Pas seule ?

MF : La seule réponse que je puis formuler : seule. Maintenant, quant à la tenue vestimentaire, je crois qu’elle m’importe. J’essaie de me souvenir ! (elle cherche) Non, ce peut être la journée, la nuit : peu importe.

PA : Le lieu, peu importe ?

MF : Le lieu, non, peu importe.

PA : Peu importe ? (Mylène confirme) Ça peut être chez vous. C’est à Paris, c’est à la campagne, c’est au bord de la mer, peu importe ?

MF : Ça dépend. Pour cet album, par exemple, c’était à Los Angeles, dans une maison qui était louée, qui avait un petit studio à l’étage inférieur. Et c’était…non, pas dans ma chambre. Dans une autre chambre.

PA : Ah, les douze chansons de cet album, vous les avez écrites là­bas ?

MF : Oui.

PA : En ville même ? Dans la ville ?

MF : Oui. J’avoue que je crois ne pas avoir besoin d’un lieu justement précis. J’arrive à m’isoler, et reformer cette bulle dont on a besoin pour écrire, dans n’importe quel lieu.

PA : On a vu la ville, en tous cas telle que vous, vous l’observez, vous la ressentez, dans « California ». On va voir une autre sorte de ville, fin de monde, fin de siècle : « L’Instant X ».

Diffusion d’une partie du clip de « L’Instant X »

PA : Alors tout est blanc, mais c’est pas un blanc immaculé. Là vous annoncez des choses terrifiantes, non ?

MF : (rires) Non, j’ai voulu retracer la vie, non pas la vie, mais une journée, que l’on peut avoir, où tout va mal.  Tout va mal. C’est une concentration d’évènements, dès qu’on se lève, et tout va mal, à nouveau, et on attend ce moment : souvent il se passe ça dans une journée ou dans un mois, où à la fois toutes les choses viennent se concentrer, se former un peu comme un puzzle, et c’est le moment où tout rejaillit, et cette fois vers le haut, et non pas vers le bas. (rires)

PA : Ce jour­là, vous alliez bien ou mal ? C’était un jeu de votre part ou vous étiez dans une humeur plutôt maussade ?

MF : Très sincèrement, je ne m’en souviens pas, mais… Je ne sais pas.

PA : Et cette fin de siècle que vous nous annoncez, vous en pensez quoi, vous ? Vous y croyez au messie ­ parce que vous parlez du messie ? L’instant X, c’est quand le messie arrivera ?

MF : Pas précisément. Je crois… Je crois à quoi ? Une forme de spiritualité, je crois qui est indispensable pour tout le monde. Maintenant, être une religion particulière, non, j’avoue que j’ai du mal à le nommer.

PA : Spiritualité, vous la voyez quoi ? dans le regard de l’Homme, ou là­haut, une force invisible, supérieure ?

MF : Parfois, j’aime l’idée de la force invisible, et je préfère trouver une force et une générosité ici, et de personne à personne. C’est plus important.

PA : C’est quoi le Styx ?

MF : Le Styx, c’est ce lac qui est dans l’enfer. (sourire)

PA : Ah ! Et vous dites ça avec un sourire désarmant ! (rires de Mylène) Vous le connaissez ce lac ?

MF : Je l’ai évoqué souvent en tous cas. J’aime beaucoup ce mot. J’aime bien jouer avec les mots.

PA : Et vous l’imaginez comment, ce lac ?

MF : Très noir.

PA : Et l’Enfer ?

MF : Une idée de l’Homme, dans le fond…

PA : Noir aussi ?

MF : Oui. Trop lourd. Trop lourd, cette idée.

PA: C’est simplement un jeu auquel vous vous livrez ou, au fond de vous, vous avez cette vision assez pessimiste ou de l’homme, ou de l’humanité. Est­ce qu’on se rapproche, quand je vous entends parler et vous entends penser à voix haute, plutôt de la littérature, ou est­ce que vraiment, au fond de vous­mêmes, vous exprimez ce que vous pensez ?

MF : Je crois avoir… Je ne sais pas si vous faites allusion à pourquoi un public a pu me suivre tout au long de ces années quand, moi­même, j’ai évoqué des thèmes un peu plus difficiles, un peu plus désenchantés, parce que moi­même je l’étais profondément, oui. Maintenant, il s’opère dans la vie, à nouveau, des changements, qu’on le veuille ou non, et il y a des personnes qui ne changent pas. Moi, j’ai eu cette chance que de rencontrer… C’est toujours, là encore, difficile ou la justification ou d’essayer de trouver des mots. Vous dire que j’ai trouvé la lumière serait un petit peu fort, mais j’ai une rencontre, en tous cas, d’avec un livre qui a été important dans ma vie…

PA : Lequel ?

MF : …qui est « Le livre tibétain de la vie et de la mort » qui parle de l’idée de l’impermanence, vivre le moment présent. Et ça, ça a été quelque chose d’extrêmement fort pour moi. Cette idée que de ne pas appréhender la mort. Enfin, autant de choses. Là, je vous donne tout en vrac, c’est un peu confus ! (sourire) PA : Non, non, non, non, je vous suis parfaitement ! Vous étiez…

MF : (le coupant) Tout ça pour essayer d’évoquer ce changement.

PA : Oui, parce que vous étiez hantée par l’idée de la mort, par cette notion de mort…

MF : (le coupant) J’étais profondément hantée, c’est­à­dire qu’il n’y avait pas un jour sans que je pense à cette mort.

PA : La mort de l’autre ou… ?

MF : Ou la mort de l’autre ou ma propre mort, le vieillissement, enfin toutes ces choses qui font que vous vivez mal, dans le fond. Et c’est, dans le fond aussi, le refus de vivre (silence et sourire).

PA : Tout au long de l’émission, j’ai le sentiment, parce que là vraiment je vous découvre et j’ai vraiment l’impression qu’il se passe quelque chose de nouveau, puisque vous l’affirmez, et alors il y aurait un décalage, c’est rigolo, si j’ose dire, mais ça doit l’être, entre les sujets qu’on a prévus…

MF : C’est vrai ?!

PA : Hé bien oui, qui sont le reflet de tout ce que vous avez offert, jusqu’à présent, à votre public, et les nouveaux mots que vous prononcez, c’est­à­dire les sentiments que vous exprimez. Alors, ça fait rien, allons jusqu’au bout ! Après tout, vous choisissez difficilement entre l’ombre et la lumière. On va continuer avec ce décalage.

MF : Bien sûr, oui.

PA : Alors, on va voir un extrait de film, « Giorgino » où là vous aviez un rôle difficile, très difficile…

MF : Oui.

PA : On regarde.

Diffusion d’un extrait en version originale de la scène où Catherine est piégée sur un lac gelé.

PA : Dans ce film de Laurent Boutonnat, vous jouez le rôle ­ c’est Catherine, c’est ça ? (Mylène confirme) ­ d’une jeune fille qui a du mal à sortir de sa propre enfance, à la limite de l’autisme. Est­ce que vous rejoueriez ce rôle aujourd’hui ?

MF : Oui !

PA : Il vous a plu ?

MF : Oui, beaucoup. Beaucoup.

PA : (en pointant les fans devant lui) Voilà, le public est encore là ! Vos chansons et vos albums, énormes succès, avec Céline Dion, enfin vous vendez par centaines de milliers et ce film n’a pas rencontré le succès auprès du public. A votre avis, pourquoi ?

MF : Le fameux instant X n’est pas venu ! (rires)

PA : C’est quoi, c’est comme une alchimie qu’on attend, qui se produit ou pas ?

MF : Je crois. Je ne suis pas sûre que ça remette en question ni la qualité du film, ni d’un album, ni d’un artiste.

Là, j’essaie de faire abstraction de moi, de ma présence dans le film, mais tout simplement, je continuerai de défendre ce film, je continuerai d’aimer ce film. Maintenant, je crois qu’il n’a pas trouvé la rencontre, qu’il n’a pas eu cette rencontre d’avec le public. Est­ce que c’était un mauvais moment pour le film ? Est­ce que c’était trop noir pour le public ? Je crois qu’on n’aura de toute façon jamais la réponse, donc… Ma foi, ‘accepter’ cet échec. Mais pour moi, ce n’en est pas un, donc je le vis bien dans le fond.

PA : On voit que vous aimez l’image, on le voit dans vos clips qui sont de petits scénarii, parfois courts, parfois brefs, parfois plus longs ­ dix à douze minutes. Vous aimez l’image au point de faire un long métrage. Vous allez continuer ?

MF : Là encore, je n’ai pas la réponse. Je crois que j’aimerais, oui, faire un autre long métrage. J’aime jouer, j’aime interpréter des rôles.

1996-05-fPA : On va sortir de cet univers un peu glauque, un peu difficile pour entrer dans un autre, beaucoup plus éclairé, là ­ on passe de l’ombre à la lumière ­ dans un univers que vous aimez qui est celui du cheval, et vous allez découvrir un homme que vous connaissez, et que Laure Fortin a rencontré.

Diffusion d’un sujet sur Mario Luraschi, qui avait réglé les cascades sur le clip « Pourvu qu’elles soient Douces ». Il en parle ici ainsi que de sa rencontre avec Mylène.

Mario Luraschi : (…) Pour Mylène Farmer, j’ai eu le grand plaisir de faire son clip. Effectivement, c’était exactement dans les mêmes conditions qu’un vrai film, d’ailleurs on a tourné plus de huit jours. Elle était venue s’entraîner un tout petit peu, pas beaucoup parce qu’elle a pas besoin de s’entraîner ; elle monte quand même très bien. Et on s’est, en plus, super bien marrés ! On a réglé toutes les cascades, aussi bien les grandes galopades, où elle retrouve le bel officier, que la partie grande bagarre où on s’est le plus marrés d’ailleurs !

(…)

PA : Vous n’étiez pas doublée, là, dans le film ?

MF : Non.

PA : C’est vous qui montez ?

MF : Oui, oui.

PA : Vous aimez le cheval…

MF : J’adore ça, oui. Je crois que j’en ai un petit peu peur aujourd’hui, bizarrement.

PA : Pardon ?

MF : Je dis que je crois que j’en ai un petit peu peur, peur de monter à cheval.

PA : Maintenant ?

MF : Oui.

PA : Pourquoi ?

MF : Parce que je le fais de moins en moins. Donc l’acrobatie…peut­être avec l’âge ! (rires) Mais, en tous cas, la rencontre d’avec Mario a été vraiment, je ne sais pas si c’est importante, mais extrêmement agréable. Et c’est quelqu’un d’abord de très doux, très sensuel sur un cheval, et très, très talentueux. Très généreux aussi.

PA : Vous aimez les animaux ?

MF : J’adore les animaux.

PA : On m’a dit que vous aviez un singe. Chez vous ?

MF : Oui.

PA : Il s’appelle comment ?

MF : E .T. C’est un capucin.

PA : C’est­à­dire, un capucin ? C’est quelle… ?

MF : C’est un singe d’Amérique du Sud.

PA : Et il vit avec vous ? (Mylène confirme) Et la communication, ça se passe comment entre vous ?

MF : Très, très bien ! (sourire)

PA : C’est­à­dire ?

MF : Nous pouvons converser, jouer. Des moments de tendresse. Autant de choses qui…

PA : (la coupant) Il peut y avoir une vraie communication entre l’humain et l’animal ?

MF : Bien sûr ! Bien sûr, et précisément le singe.

PA : Qui se passe de mots…

MF : Je crois qu’elle aime bien les mots. Elle aime les intonations, mais ça, comme tous les animaux. Mais c’est quelqu’un de très, très intuitif.

PA : Mylène Farmer reste avec nous jusqu’à la fin de l’heure, jusqu’à 21h. Pub.

Coupure pub

Au retour plateau, Paul Amar et Mylène Farmer ont à nouveau changé de place : ils sont désormais assis sur de hautes chaises de bar autour d’une table. Mylène a un verre de jus d’orange devant elle auquel elle ne touchera pas ! On voit à nouveau le public derrière la vitrine.

PA : Mylène Farmer est toujours avec nous, à quelques heures à peine, elle nous fait la gentillesse de venir dans cette bulle, à quelques heures à peine de Bercy. Vous vous préparez comment ? Vous allez dormir ? Vous allez vous reposer ou pas?

MF : J’ai peu le temps de me reposer, mais je fais beaucoup de sport. J’essaie de continuer avant les concerts, donc c’est de l’entraînement, avec Hervé Lewis qui est un très, très bon entraîneur et un ami également. C’est de la musculation et beaucoup d’endurance, donc de la course. Et en fait, je suis tout, tout près de chez vous quand je viens faire du sport !

PA : Au gymnase à côté­là ?!

MF : Je ne sais pas ! (rire gêné)

PA : Bon, on ne va pas ­ ah ben, c’est vrai qu’il y a le public qui écoute ! Ils pourraient encore vous suivre jusque là !

MF : Non, je plaisante !

PA : Quand vous allez entrer dans la salle, et que vous allez voir cette foule immense, qu’est­ce qui se passe dans votre tête ou dans votre cœur ? Est­ce qu’il bat plus fort ?

MF : Il bat plus fort. Le trac, en général, c’est avant, avant d’entrer en scène. C’est quand on commence à trop penser, trop réfléchir et une fois que ou que l’on monte sur scène, ou en dessous de scène, ou dessus de scène ­tout dépend de l’apparition­ là, j’avoue que s’opère un total changement : on est totalement dans le spectacle. Et, enfin, l’analyse et la réflexion se dissipent.

PA : C’est ça, et là vous vous donnez à la foule, quoi, vous donnez votre talent. Un aperçu de ce concert, vous étiez il y a quelques jours à Toulon pour chanter : on regarde, on écoute, avant d’en parler.

Extraits de « Alice », « Je t’aime mélancolie », « California » et « Désenchantée » filmés lors de la première représentation du Tour 96, à Toulon.

PA : Avant de parler spectacle, et c’est l’objet de toute notre émission, je voudrais une petite parenthèse qui sera brève : le fait d’aller chanter à Toulon ne vous a pas posé de problème, vous avez réfléchi, vous avez hésité ?

MF : Non. Non. Je sais quels sont les problèmes à Toulon. (la ville vient de passer aux mains du Front National lors des récentes élections municipales et de nombreux artistes y annulent leur passage, nda)

Maintenant, ma vie est celle du spectacle donc pourquoi refuser que d’aller dans cette ville ? Tous les gens n’ont pas choisi, une fois de plus, ce qu’il s’est passé et ce qu’il s’y passe. Non, j’y ai pensé, bien évidemment.

Maintenant, j’ai décidé d’y aller et le Zénith de Toulon est une très, très belle salle. Et le public était magnifique !

PA : Et des gens de la municipalité ne vous ont pas agressée, vous ont laissé faire ? Il y a pas eu de problème de ce point de vue ?

MF : Pas du tout. Aucun problème. Aucun.

PA : Allez, on ferme parce qu’on ne va pas parler de ça longtemps : ce n’est pas une émission politique, et puis on ne va pas la polluer. Je vais revenir au spectacle. Vous avez des tenues extravagantes, comme ce soir aussi !

MF : (rires) C’est Paco Rabane qui a fait les habits et là, j’avoue que c’était encore un très, très bon moment, en tous cas toute l’élaboration justement des costumes, les idées. Là encore, j’ai de la chance.

PA : J’imagine qu’on vous a déjà posé la question, mais bon, inévitablement, on y pense en vous regardant sur scène : Madonna. On vous a déjà posé la question ?

MF : Mais pourquoi ‘inévitablement’ ? Est­ce que c’est un défaut journalistique ou est­ce que c’est une vraie envie que de me comparer à Madonna ? Je vais vous retourner la question ! (rires)

PA : C’est bien, j’aime bien ça ! C’est une vraie perception : cette façon que vous avez de bouger sur scène, d’être désinhibée, vous l’avez dit tout à l’heure, de mêler à la fois la danse, le chant, la chanson, mais aussi vos textes, comme une provocation comme ça lancée à l’homme. Donc, inévitablement, la comparaison se fait.

MF : Alors la comparaison ne me dérange pas. (sourire) Et, une fois de plus, je trouve qu’elle a beaucoup de talent donc, dans le fond, peu m’importe.

PA : Peu vous importe.

MF : Peu m’importe.

PA : Vous la prenez pour flatteuse, pour dégradante, pour… ?

MF : Comme je l’ai dit : flatteuse. Flatteuse. C’est quelqu’un de grand talent : qu’on épouse ou non ses revendications, ses excès, c’est malgré tout quelqu’un de grand talent, et elle l’a assez prouvé parce qu’elle dure, perdure, donc ce ne peut être, dans le fond, qu’un compliment, en tous cas sur, j’oserais dire, la longévité en tous cas.

PA : J’imagine qu’un journaliste américain pourrait dire un jour à Madonna ‘Tiens, vous me faites penser à Mylène Farmer’ !

MF : Je ne sais pas ! (rires)

PA : (se retournant pour regarder les fans derrière la vitre) Le public est toujours là et il nous écoute toujours. Moi, je n’en reviens pas ! Vous savez quelle heure il est ? Je le dis aux téléspectateurs : chez vous, il est, quoi, 20h20 pour la diffusion, là, ici, pendant l’enregistrement, il est plus de 0h20. Ils sont venus au tout début, et ils sont encore là ! Ils sont même organisés : ça existe, vous avez un club de fans qui existe et que Lionel Boisseau a retrouvé. Il a rencontré deux de ses adhérents qui parlent de vous, et de quelle manière !

Diffusion d’un sujet sur Olivier et Wilfried, les deux fans qui s’occupent alors du Mylène Farmer Fanzine, créé en 1992. Comme le dit le reportage, ce fanzine s’apprête à devenir le Mylène Farmer Magazine (quelques mois plus tard, en septembre 1996). Intégralement consacré à la star, il continuera d’exister jusqu’en 2004.

PA : Il est là, Wilfried. Il est là ! (gros plan sur le jeune fan en question, derrière la vitre, qui fait un petit coucou à Mylène) Il est venu. Vous le connaissez ? Vous l’avez déjà rencontré ce garçon ?

MF : Probablement. Je ne sais pas. (Mylène regarde fixement le fan avec un grand sourire)

PA : Je ne sais pas, on peut continuer l’interview, oui ? Puisqu’ils écoutent… Il y a comme un lien entre vous et eux, j’ai presque envie de m’effacer si je pouvais !

MF : (rire gêné) Je vous en prie !

PA : Pourquoi vous aiment­ils ?

MF : Je ne sais pas. Je crois qu’il ne faut pas me poser cette question ! Je n’en ai pas la réponse. Je crois que je ne le sais pas.

PA : Le fait que des photos de vous soient comme ça épinglées sur les murs, sur leurs murs, qu’ils s’endorment avec, qu’ils se réveillent avec, ça génère quels sentiments chez vous, quelles sensations d’être présente comme ça dans une telle intimité finalement, de garçons ou de filles ?

MF : Oui… J’ai presque envie de dire c’est ce pour quoi je fais ce métier, sans penser à effectivement le poster contre le mur, mais en tous cas cette idée que d’être aimée, et que d’être choyée. Donc je ne vais pas me révolter contre le fait que quelqu’un veuille épingler ce fameux poster contre le mur !

PA : Ah non, ce n’était pas un reproche !

MF : Non, non, non ! (sourire) Vous voyez, je suis sur la défensive parce que c’est un sujet qui est extrêmement, dans le fond, délicat pour moi. Pourquoi m’aime­t­on ? Je ne sais pas. Mais, je l’accepte en tous cas.

PA : Est­ce qu’ils aiment ce mystère que vous avez entretenu, que vous entretenez ?

MF : C’est ce qu’ils disaient, en tous cas. Là encore, le mystère, c’est aussi une absence de justifications, que je continuerai probablement de faire, même si là j’ai décidé de parler un peu plus longuement. (sourire) Parce que, une fois de plus, je crois que la justification fait du mal, et me fait du mal à moi­même : trouver les mots justes, c’est très difficile.

PA : Non. Non, non. Vous l’avez fait tout au long de l’émission. Ils aiment peut­être aussi, en tous cas pour certains d’entre eux, garçons ou filles, cette ambiguïté que vous avez cultivée jusqu’à présent…

MF : Probablement.

PA : « Sans contrefaçon ».

Diffusion d’une partie du clip de « Sans contrefaçon »

PA : (le clip est coupé au moment où Mylène et Zouc jouent ensemble, assises face à face) Cette scène est très touchante parce qu’on a parlé une première fois de Zouc quand Denisot était là, parce qu’on avait présenté une interview qu’il avait faite d’elle, il y avait un long silence d’ailleurs, assez étrange entre les deux, et on avait demandé des nouvelles qu’on n’avait pas eues. Là, on revoit Zouc avec vous. Vous avez des nouvelles ?

MF : Non. J’avoue que non.

PA : Elle a disparu comme ça…

MF : Oui. C’est quelqu’un de grand, grand talent.

PA : Oui, oui, et c’est curieux parce qu’un assez grand talent pour survivre aux difficultés de votre métier, parfois, mais bon il y a comme un retrait.

MF : Elle avait en tous cas ­ elle a toujours probablement ­ une grande, grande fêlure en elle, mais c’est une femme très, très troublante en tous cas. Sur le tournage, je me souviens des… Troublante ! (sourire)

PA : Quand vous dites fêlure, c’est curieux parce que c’est un mot auquel j’ai pensé en préparant cette interview, de vous et pour vous. C’est un mot que vous employez volontiers vous­même quand vous évoquez vos propres sentiments ou votre propre vie ?

MF : Je crois que j’ai une fêlure en moi, très certainement. C’est peut­être ce qui, dans le fond, me relie à ces personnes que vous évoquiez, qu’on appelle les fans, et qui ont ça en eux également. Ce peut être un mal de vivre, ce peut être des choses qu’on ne comprend pas bien, ou des manques profonds.

PA : Mal de vivre ?

MF : Le mal de vivre, oui, c’est quelque chose que j’ai évoqué. Est­ce que je l’évoquerai à nouveau ?

Probablement pour l’autre, plus que pour moi. Moi, je crois avoir eu des réponses dans ma vie. Ça a été parcouru de difficultés, de joies également, et je crois que je fais définitivement partie de ces privilégiés. Quand je pense à ‘privilégiés’, je pense souvent à des enfants, par exemple des enfants dans les hôpitaux que je vais voir de temps en temps…

PA : Oui, je sais…

MF : … et à chaque fois que j’ai envie de me plaindre, par exemple, je pense immédiatement à ces enfants, par exemple, et je me dis ‘Bon sang, la vie est courte. Eux ont une vraie, vraie souffrance.’ Elle n’est peut­être pas métaphysique, mais c’est une souffrance qui est profonde et qui est pour, peut­être, leur vie entière et, dans le fond, je ne m’autorise pas à être plus triste que ça, ou plus désarmée que ça. Ce qui n’empêche pas la fêlure, mais qui vous donne envie de vous battre un peu plus vivement en tous cas.

PA : J’ai re­regardé certains de vos albums. Je vous avoue que j’ai cherché désespérément ­ je vais les montrer quand même ­ un sourire. (Il montre la pochette de « Cendres de lune » à la caméra) Alors, celui­ci, il n’y est pas ! (il tient désormais à la main « Anamorphosée ») Le récent, il n’y est pas. « Ainsi soit je… », qui a beaucoup marché, il n’y est pas. « L’autre… », il n’y est pas. Je pensais que vous n’alliez pas sourire pendant cette émission, et vous n’avez cessé de sourire, souvent en tous cas !

Alors, est­ce que ça veut dire que… (il regarde à nouveau la pochette de « L’autre… ») Cet oiseau noir, comme ça, terrible, « L’autre… ». Est­ce que le prochain album, ce sera une Mylène Farmer très souriante ?

MF : Je ne sais pas. Je ne peux même pas envisager le prochain album, donc vous n’aurez pas la réponse.

Quant au sourire, c’est dans le fond assez spontané : vous êtes quelqu’un de charmant, donc j’ai envie de sourire ! (large sourire)

PA : Et vous souriez aussi aux téléspectateurs…

MF : Ça m’arrive aussi ! (rires)

PA : …peut­être à travers moi.

MF : Peut­être !

PA : Cette évolution dont vous parlez comme ça est…

MF : (le coupant) Probablement. Le sourire l’accompagne, en tous cas, oui.

PA : « XXL ». C’est aussi dans le récent album.

Diffusion d’une brève partie du clip « XXL »

Retour plateau avec un gros plan sur un t­shirt porté par une fan derrière la vitre.

PA : Ah ! Il y a même le t­shirt ! (rires) Ça, c’est plutôt début de siècle, ce tournage ? Vous avez fait comment avec cette locomotive ?

MF : C’était un tournage qui a été effectué à Los Angeles, à Fillmore, qui est une concentration d’orangeraies, et il y a beaucoup de trains, des trains anciens. C’est un vrai train, de 1906 je crois et j’étais câblée devant la locomotive et elle roulait vraiment.

PA : Ah, c’est pas un trucage électronique ?! On vous a collée à cette locomotive ? (Mylène confirme)

Vous n’aviez pas peur ?

MF : Non, non. A la fin, oui : le dernier plan, qui est le plan large, où je me suis retrouvée réellement toute seule en face de cette locomotive, avec des loumas qui étaient très, très éloignées…

1996-05-gPA : Loumas, des caméras qui survolent…

MF : …et là, le train prenait vraiment de la vitesse, et tout d’un coup, on se pose quelques questions ! (sourire)

PA : Ah, mais pour le coup justement, on oublie les angoisses métaphysiques, existentielles, mal de vivre… !

MF : Certes ! (rires)

PA : On est dans l’action, finalement comme sur scène.

MF : Oui. On est dans le moment présent.

PA : J’ai oublié de vous demander tout à l’heure, parce que j’ai observé que vous êtes née au Canada, vous avez quitté le Canada à l’âge de neuf ans (Mylène confirme) : vous êtes Canadienne venue en France à l’âge de neuf ans, ou vous êtes Française née au Canada ?

MF : J’ai les deux nationalités. Donc, selon l’humeur, je suis Canadienne ou Française ! (sourire)

PA : Vous êtes née à Montréal ?

MF : Oui.

PA : On a reçu avant­hier, oui c’est ça avant­hier, Charlebois, mais vous n’avez pas le même accent.

MF : Non. Je l’ai perdu très, très vite !

PA : Ah vous l’aviez ?!

MF : Un petit peu, je pense, oui.

PA : Et vous avez cette nostalgie des immensités ? On retrouve souvent ces immensités, ou même la neige, le blanc dans vos clips. Vous l’avez ?

MF : Nostalgie, je ne sais pas. Mais, en tous cas, j’ai un amour profond pour ce blanc immaculé, la neige, le froid. Et j’ai appris à aimer le soleil.

PA : Ah ! Ça aussi, c’est nouveau ! Ça aussi c’est nouveau, parce que dans tout ce que j’ai lu de vous, sur vous…

MF : (le coupant) Oui. J’ai toujours évoqué le froid, c’est vrai, mais…

PA : On est à quelques jours de l’été, c’est parfait, et à quelques heures de Bercy : donc vous allez chanter vendredi soir à Bercy, puis un peu partout en France, et puis en Europe, notamment à Bruxelles, Toulouse, Marseille, Lyon, Genève, donc forte longue tournée…et

Alexandre Pachoutinsky, chef d’édition, me dit dans l’oreille ‘C’est fini’. L’émission est terminée !

MF : C’est fini !

PA : Oui. Ça va ? Ca s’est bien passé ?

MF : Très bien ! Merci à vous, en tous cas.

PA : Donc la première fois que vous participez à une émission d’une heure ?

MF : Oui. La dernière ! (le journaliste, très surpris, reste sans voix) Mais c’était un bon moment ! (moins de six mois plus tard, Mylène se prêtera pourtant à un entretien radio encore plus long que cette émission et cela se produira encore ponctuellement les années suivantes, nda)

PA : Merci beaucoup, Mylène Farmer, et bon Bercy !

1996-05-hMF : Merci beaucoup.

La musique du générique commence, mais le micro de l’animateur reste allumé assez longtemps pour qu’on l’entende indiquer à la chanteuse qu’ils doivent restés assis, ce que Mylène fait sans sourciller. On les voit même discuter ensemble sans que cette fois on ne les entende.

Après l’émission, Mylène se montrera très disponible avec les fans présents, leur accordant une séance d’autographes improvisée et se laissant photographier.

 

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LES ANNÉES TUBES reçoit Mylène

Posté par francesca7 le 1 février 2015

 

18 MAI 1996 – Présenté par Jean­Pierre FOUCAULT sur TF1

Une semaine avant le lancement de sa nouvelle tournée, Mylène Farmer participe à ce qui est devenu la seule émission de variétés régulière de TF1. Pour l’évènement, la star chante deux titres et accorde un petit entretien à Jean­Pierre Foucault.

1996-01-cPremier titre : « Sans contrefaçon ». La prestation est semblable à ce qu’il se passera sur scène pendant le Tour 96 : des danseurs torse nus, simplement habillés d’un mini short à paillettes, d’un boa et d’une coiffe à froufrous, le tout dans des couleurs très flashy. Mylène, quant à elle, porte la tenue qui sera la sienne pour « Désenchantée » lors de la tournée à venir. Il manque la veste d’homme pour en faire la copie conforme du Tour 96 sur « Sans contrefaçon ». La chanteuse est bien présente face au public, mais sa prestation est mixée à une autre enregistrée plus tôt. Des traces du montage sont plusieurs fois flagrantes. On citera, par exemple, le moment où, après le pont, Mylène reprend le refrain de dos, en plan large, alors qu’elle est de face en plan serré.

Après la chanson, la chanteuse est alors rejointe par Jean­Pierre Foucault.

Jean­Pierre Foucault : Bonsoir Mylène.

Mylène Farmer : Bonsoir.

JPF : Et tout le monde se rassied ! Quel succès ! Tout le monde se lève, tout le monde danse, ce qui prouve que quand vous venez, il se passe quelque chose, et pourtant vous êtes bien rare à la télé !

Alors, la première question que j’aimerais vous poser, c’est pourquoi vous vous faites si rare. Est­ce que c’est une volonté délibérée de votre part, non pas de vous cacher, mais enfin de quelque peu vous préserver vis­à­vis du public et de la télévision, Mylène ?

MF : Pas me préserver du public mais une façon de me préserver en général. C’est quelque chose que j’aime faire, mais avec parcimonie. Ça dépend aussi des émissions qui vous offrent une qualité de travail, que ce soit une qualité de lumières, de tournage, autant de choses qui sont rares en télévision et qui sont importantes pour moi.

JPF : Exigeante donc, c’est bien. Et merci en tout cas d’apprécier le travail de l’ensemble des équipes, avec notre ami Gilles Amado.

MF : Merci à vous.

JPF : Alors Mylène, Bercy, ça c’est une aventure, d’autant que vous y serez trois soirs : le 31 mai, le 1er juin, puis une date un petit peu plus lointaine dans le courant du mois de juin, ce sera le…

MF : Le 28. (cette date sera finalement reportée au 12.12.1996 suite à l’interruption de la tournée,   nda)

JPF : Je peux vous dire pour m’être renseigné : Bercy pour Mylène Farmer, on va pas faire de comparaison, mais il y a au moins trois semi­remorques de plus que Johnny puisqu’il y a dix semi-remorques, donc une équipe technique impressionnante sur scène. Et puis une équipe aussi humaine à laquelle vous tenez beaucoup, et notamment dans le métissage des gens qui vous entourent…

MF : Oui, c’est vrai que j’ai souhaité avoir des danseurs qui viennent donc des Etats­Unis, de New York. Et c’était pour avoir justement ce métissage, avoir des peaux de couleurs différentes.

JPF : Alors, des chansons qu’on connaît, comme celle­là, et puis plein d’autres…

MF : Oui. Il y a dix­sept chansons, je crois, dix­huit. (cris dans le public)

JPF : Moi je vais vous dire ‘dix­sept mots’, il y a personne qui crie dans la salle ! Il suffit que Mylène dise ‘dix­sept chansons’…Vraiment, la vie est injuste ! Merci en tout cas d’être venue ce soir.

MF : Merci à vous.

1996-01-a

JPF : On vous reverra un peu plus tard pour chanter une autre chanson, une des dernières. Merci beaucoup, Mylène Farmer.

MF : Merci de votre accueil. (elle se lève aussitôt et fait un signe au public)

JPF : Restez avec moi !

Mylène se rassied alors que Jean­Pierre Foucault annonce l’invité suivant, Félix Gray.

Mylène apparaît effectivement plus tard dans l’émission pour la seule prestation télévisée de « California ».

Pour cette prestation, la chanteuse, qui porte une robe blanche, est accompagnée d’un des danseurs du Tour 96. L’unique occasion de les voir se livrer, l’un contre l’autre, à une chorégraphie sensuelle et langoureuse, car il n’y aura pas d’autre télé pour ce titre, et que la performance du Tour 96 sera totalement différente.

 

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Mylène est sur EUROPE 2

Posté par francesca7 le 31 janvier 2015

 

Entretien avec Frédéric FERRER du 21 DÉCEMBRE 1995

 

1995-06-bL’émission débute par un medley de chansons de Mylène par-­dessus lequel est diffusé un jingle enregistré pour l’occasion par la chanteuse : « Bonjour, c’est Mylène Farmer sur Europe 2 ».

L’entretien a été enregistré quelques jours plus tôt, comme le précise Frédéric Ferrer. Il s’agit d’un mélange entre questions lues en studio par l’animateur et diffusion de la réponse de Mylène, et questions posées ‘en direct’, face à Mylène, ce qui donne à l’ensemble un rythme assez bancal.

Frédéric Ferrer : Ravi de vous retrouver sur Europe 2 en compagnie ce soir de Mylène Farmer. D’ici 20h30, vous allez mieux faire connaissance avec l’une des plus belles représentantes de la chanson française, et l’une des plus mystérieuses aussi. Mi­ange, mi­démon, notre Mylène nationale, sulfureuse ou douce : toutes les questions que vous vous posez, elle y répondra et en plus elle vous dira tout dans un « Deux minutes chrono » très, très intime. Vous ne le savez peut­être pas, elle est née le 12 septembre 1961 à Montréal et elle y a passé toute sa jeunesse avant de rejoindre la France. Alors, première question au sujet de votre enfance :

Mylène, avez­vous des souvenirs de notre belle province, le Québec ?

Mylène Farmer : Très, très peu. Très vagues, si ce n’est que j’ai le souvenir de la neige, en tout cas ce goût de la neige, probablement de sa blancheur, de sa froideur et je crois quelques odeurs, quelques goûts. Le sirop d’érable est un goût que j’ai redécouvert en France, et c’est autant de choses qui font appel à des souvenirs. Sinon, j’avoue que c’est à peu près tout !

Diffusion de « Pourvu qu’elles soient Douces » dans sa version album.

FF : Mylène, merci d’avoir choisi Europe 2 pour vous confier. Alors là, on va parler cinéma et du film « Giorgino » que vous avez fait l’année dernière avec Laurent Boutonnat. Quelle conclusion tirez­vous de cette expérience sur grand écran ?

MF : Aucune conclusion, si ce n’est que c’était un souvenir j’allais dire de poids, dans tous les sens du terme ! (rires) C’était un moment qui était parfois difficile, un moment qui a été important. Maintenant, quant à des leçons pour le futur : non, aucune. C’est quelque chose que j’ai aimé faire, en tout cas.

FF : Comment ça vous est venu ? C’est quelque chose que vous aviez envie de faire ?

MF : Depuis très longtemps, avant même la chanson puisque c’est la chanson qui est venue à moi. J’avais envie de faire ce métier : théâtre, cinéma, en tout cas l’idée de jouer et d’interpréter des personnages.

Maintenant, une fois de plus, c’est la chanson qui est venue à moi !

FF : Parce que jouer la comédie, c’est quelque chose qui vous plaît, que vous aimez faire ?

MF : Oui. J’ai pensé que c’était quelque chose dont j’avais réellement besoin. Maintenant j’en parlerais d’une façon un petit peu plus détachée, probablement. C’est parfois un plaisir.

Diffusion de « Mylène s’en Fout »

FF : Le nouvel album de Mylène Farmer, « Anamorphosée », n’a pas failli à sa réputation en matière de mise en scène de clips. D’ailleurs, Mylène, vous nous avez dit tout à l’heure que vous aimiez jouer la comédie. Le premier extrait de l’album, « XXL », déménage ­ comme le clip, d’ailleurs, qui si on peut dire marche à la vapeur ! On aimerait en savoir un petit peu plus sur les coulisses du tournage. Racontez­nous !

MF : C’est la première fois donc que je travaillais avec ce réalisateur allemand, Marcus Nispel. Je lui ai donné la chanson, il connaissait mes clips ­ c’est quelqu’un qui s’intéresse beaucoup au travail des autres­ donc il connaissait mon univers et j’avoue que je lui ai laissé carte blanche parce que j’avais envie d’avoir justement cette fois quelqu’un d’un horizon différent qui pouvait lui m’apporter quelque chose. Il a eu donc cette idée de cette figure de proue devant le train, de cette locomotive, et j’avoue que j’ai tout de suite répondu oui parce qu’elle me semblait belle et intéressante, difficile aussi ! (rires) Le tournage a été difficile !

FF : Racontez­nous le tournage, parce que là, (…) la locomotive : vous bougez avec la locomotive ? Elle bouge pas ?

MF : Si, la locomotive bouge ! Parfois, elle bougeait très vite. J’avais de toute façon un harnais pour me protéger, pour me maintenir contre le train. Quant aux difficultés de ce tournage, elles résident en ce sens que je ne pouvais pas bouger de cette toute petite plateforme, que le train lui­même était très, très chaud, que dehors il faisait très, très chaud. Mais bon, c’est autant de choses qui ne sont pas très intéressantes pour le public ! (rires) Non, des conditions difficiles parce qu’on est bloqué en un endroit et qu’il faut tenir, tenir, tenir, tenir pour que la caméra puisse prendre le plus de choses possible !

Diffusion de « XXL »

FF : Mylène, quand on regarde attentivement le clip de la chanson, même si pour une fois il est pas signé Laurent Boutonnat, on reconnaît quand même une touche ‘farmerienne’, voire ‘boutonnesque’…

MF : Oui, oui, c’est vrai. Peut­être…Je ne sais pas…Les visages, voilà, je parlerais volontiers effectivement des choix de casting des enfants, des personnages en général. Quand j’ai vu toutes ces personnes, j’ai pensé moi à l’époque de « Désenchantée », quand nous avons fait ce clip et ce casting. Il y a des ressemblances dans le choix des visages. Quant à une manière de travailler, tous les deux sont très rigoureux, et je crois ont une grande maîtrise et de l’image et d’un plateau et ont tous les deux en commun donc cet amour pour le cinéma et l’image, tout simplement.

Diffusion de « Désenchantée »

FF : Mylène, vous êtes partie pendant près d’un an aux Etats­Unis. Qu’est­ce que vous êtes allée chercher là­bas sous le soleil de la Californie et puis surtout, qu’est­ce qui vous a motivée ?

MF : L’envie de voyage, et aussi l’idée que je connaissais quelques personnes là­bas, donc c’est une transition un peu plus facile. L’envie d’espace, de soleil je crois et d’essayer d’y trouver une liberté de tous les jours, à savoir pouvoir moi évoluer dans la vie sans être perturbée par l’idée du regard qui parfois peut déranger. Voilà, autant de choses qui sont, là encore, dans le fond très banales mais moi j’y ai trouvé une liberté, et puis découvrir des choses, découvrir un paysage, découvrir des personnes et puis des choses, des choses très, très futiles : des gestes de tous les jours que j’avais peut­être oublié pendant de longues années, parce que j’ai eu ce sentiment de m’être moi un peu repliée et renfermée sur moi­même. Voilà, des idées que j’évoquais très, très futiles : faire ses courses par exemple, aller dans des grands supermarchés. Ca peut paraître très, très bête mais j’y ai pris un réel plaisir !

Diffusion de « California »

FF : Mylène, merci d’être toujours là avec nous. Avec près de cinq millions d’albums vendus, un démarrage en flèche pour le dernier, « Anamorphosée », on peut dire que tout vous réussit. Après ce séjour aux Etats­Unis, vous n’avez pas envie de partir à la conquête de l’Ouest ?!

1995-06-aMF : Non. Je n’ai pas j’allais dire cette ambition. Je pense pas avoir en moi cette envie, en tout cas que de retravailler et je n’ai pas ce rêve américain. Et puis je crois que c’est d’abord plus du domaine de l’utopie, parce que pour pénétrer un tel pays, il faut parler ­ non pas parler, mais s’exprimer en langue anglaise, donc chanter dans cette langue sinon on ne touchera qu’un très, très faible pourcentage donc j’avoue que ce n’est pas un moteur pour moi.

FF : Non, je disais ça parce que vous avez à peu près tout prouvé, ça marche à chaque fois, donc je me dis peut­être tenter l’aventure américaine ! Chanter en anglais non plus, ça vous fait pas envie ?

MF : Non, parce que j’écris d’abord en français et qu’il m’est très difficile d’écrire en anglais. Je peux le parler, je peux converser, maintenant, maîtriser une langue, c’est une autre histoire ! C’est vrai que l’idée que de prêter ma plume à quelqu’un d’autre m’est très, très insupportable, donc c’est vrai que j’ai du mal à envisager ce passage…

Diffusion de « L’Instant X »

FF : Mylène Farmer sous toutes ses formes, sous toutes ses coutures c’est sur Europe 2 : tout ce qu’elle n’avait jamais dit, c’est maintenant dans un questionnaire vérité où tout peut arriver ! (Jingle « Deux minutes chrono »)

FF : Alors Mylène, vous êtes plutôt une couche­tard ou une couche­tôt ?

MF : Je crois que je suis plutôt quelqu’un du matin.

FF : D’où vous vient l’inspiration ?

MF : Probablement très banalement de ma vie, parfois celle des autres. En tout cas d’un regard porté sur j’allais dire le monde en général, en tout cas mon monde à moi.

FF : Est­ce que vous avez des regrets après un an passé aux Etats­Unis ?

MF : Malheureusement, j’ai été obligée de laisser derrière moi mon petit singe parce qu’on ne peut pas voyager avec un animal comme ça…

FF : Et les meilleurs souvenirs, alors ?

MF : Des rencontres. Mais bon, ce serait peut­être d’ordre intime, donc difficile pour moi d’en parler ! (sourire)

FF : Qu’est­ce qui tourne sur votre platine, actuellement ?

MF : J’écoute beaucoup « Hotel California », sinon j’écoute beaucoup Bob Marley en ce moment, j’écoute Neil Young…

FF : A quel moment de la journée écrivez­vous ?

MF : Je n’ai pas d’heure. Je n’ai pas de moment préféré, non. J’écris j’allais dire dans un état d’urgence, à savoir quand j’ai un album, sinon j’avoue que je n’ai pas la plume facile.

FF : Est­ce que vous avez envie de refaire du cinéma ?

MF : Oui, je crois…

FF : Est­ce que vous avez envie de remonter sur scène bientôt ?

MF : J’y pense. Je n’ai pas encore la réponse. Je me donne le temps pour ça. (A tout juste six mois du lancement du Tour 96, celui­ci n’était en effet toujours pas annoncé, nda)

FF : « Anamorphosée », c’est un album plus positif, quand même…

MF : Peut­être, oui. C’est peut­être l’idée que l’instant présent est quelque chose, en tout cas pour moi, d’important plutôt que de se laisser détruire par son passé et par l’idée du futur ou d’un futur hypothétique.

FF : Il est presque 20h30, Mylène : quand vous êtes dans la cuisine, qu’est­ce que vous vous faites à dîner ?

MF : Très peu de choses. J’aime beaucoup la nourriture japonaise, donc je peux cuisiner un petit peu japonais mais dans le fond, ce sont des choses qu’on plonge dans l’eau bouillante, donc… ! (rires)

Gong pour marque la fin des deux minutes chrono, puis diffusion de « Regrets » pour conclure l’émission.

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ELDORADIO (Russie) avec Mylène en 2000

Posté par francesca7 le 7 janvier 2015

 

7 MARS 2000 – Entretien avec Anna ROMANOVA

Anna Romanova : Bonsoir Mylène ! Bienvenue sur la radio Eldoradio, qui est le sponsor de votre spectacle ici, en Russie. Je suis Anna Romanova et à mes côtés se trouve Semen Zverev. Nous sommes extrêmement heureux de vous voir ici, avec nous !

2000-02-dMylène Farmer : (en russe) Zdravsvuïté ! (‘bonsoir’, nda)

Oh, bravo ! Vous êtes très douée ! Nos auditeurs aiment beaucoup vos chansons, nous les passons souvent sur notre station. Je pense que nos auditeurs les plus âgés seraient intéressés de savoir ce que vous pensez d’Edith Piaf…

MF : C’est une personne très importante dans notre culture, elle est incontournable. C’est quelqu’un qui savait toucher l’âme, et d’ailleurs elle me touche moi aussi.

Je n’ose pas trop m’adresser à vous en anglais parce que je sais que les français n’aiment pas trop cela, mais je vous dirais volontiers ‘Nice to meet you’ (‘ravie de vous rencontrer’, nda) ! On sait qu’en France, peut­être plus qu’ailleurs, on est très préoccupés par l’expansion de la culture américaine dite ‘de masse’. Qu’en pensez­vous ? Est­ce que vous vous sentez concernée, vous qui êtes une artiste qui vous exprimez dans un style relativement international ?

MF : Probablement qu’il serait hypocrite pour moi de me ‘rebeller’ contre cette culture américaine que vous mentionnez, car j’aime moi­même beaucoup la musique américaine ! Mais il est vrai que je considère que chaque pays devrait préserver son authenticité culturelle.

Avec quelle grande star de la musique aimeriez­vous chanter en duo ?

MF : J’ai rencontré Elton John à plusieurs reprises. Nous avions un projet commun, mais il n’a pas abouti (la chanson « Les Mots » qui sortira en novembre 2001, interprétée avec Seal avait effectivement été initialement proposée à Elton John, nda). J’aimerais beaucoup rencontrer Jamiroquai.

Dans l’un de vos clips, on peut vous voir boxer de façon très convaincante (« Je t’aime Mélancolie », nda). Ca vous a demandé beaucoup de travail avec un entraîneur ?

MF : En ce qui concerne la préparation physique, je m’étais entraînée toute une semaine avec un professeur.

Quant à la performance en elle­même, après, c’est plutôt une question de montage !

Vous aimez le cinéma, vous qui proposez des clips renversants qui sont chacun des mini­films. Votre clip « California » a été réalisé par Abel Ferrara, si je ne me trompe pas. Y a­t­il un autre réalisateur que vous aimeriez ‘kidnapper’ pour qu’il réalise un de vos clips ?!

MF : Il y en a beaucoup. J’ai également fait un clip sous la direction de Luc Besson (« Que mon Cœur Lâche », nda). Pour répondre à votre question, j’aime beaucoup le cinéma de Bergman, j’aime Tarkovski ­mais il n’est plus là­ j’aime également David Lynch, David Lean…Enormément de cinéastes…Spielberg…

Quel dommage qu’ils ne réalisent pas de clips ! Quel est votre acteur préféré ? Votre film fétiche ? Il paraît que vous admirez Mickey Rourke, mais j’aimerais l’entendre de vous directement…

MF : Je vais en profiter pour parler un tout petit peu de ça, cet article paru dans le journal Pulse. J’ai rencontré effectivement le journaliste, mais il a m’a prêté des propos que je n’ai jamais tenu, donc je suis furieuse contre lui ! (le journaliste responsable de l’article qui agace tant Mylène n’a peut­être fait que recopier ce que Mylène déclarait dans Gai­Pied du 12.01.1987 : à la question « Votre homme idéal ? », elle avait effectivement répondu « Mickey Rourke », cf. cette référence, nda)

On a été surpris de lire ça, car ça n’a rien à voir avec l’image qu’on a de Mylène Farmer…

MF : Concernant mes acteurs préférés, s’il y en un à retenir, c’est Robert de Niro.

Vous avez bon goût ! Nos auditeurs sont sans doute intéressés de savoir ce que vous ressentez lorsque vous sortez de scène…

MF : C’est différent à chaque fois, si ce n’est qu’il y a quand même quelque chose qui est toujours pareil, c’est le sentiment de vide : d’abord un grand bonheur, et après un grand vide. On a reçu énormément et aussitôt après on est à nouveau seul.

Mylène, dites­moi, est­ce que vous avez eu peur lorsque avez monté un cheval pour la première fois ? Comment avez­vous vaincu cette peur ? Et quel est le nom de votre cheval préféré ?

MF : Quant à la peur, non. C’est quelque chose que j’ai choisi quand j’étais plus jeune : j’ai fait beaucoup d’équitation. Et je ne me souviens d’aucun nom de cheval préféré ! (rires)

Vous avez un grand nombre de fans en Russie, et je m’en réjouis ! Quel est votre rapport avec ces gens qui ne vivent que par et pour vous ?

MF : C’est très dur pour moi de répondre à cette question, parce que je ne comprends pas bien comment on peut vivre, pour reprendre votre exemple, uniquement pour moi.

J’ai ici une lettre qu’un de nos auditeurs m’a demandé de vous remettre. Vous allez la prendre ?

MF : Avec plaisir. En tout cas, pour détourner votre question, pour chaque artiste il est très, très important, même fondamental, d’avoir des personnes qui vous aiment, qui vous écoutent.

L’une de nos auditrices, une jeune fille très cultivée, a fait cette remarque très pertinente : elle voit une certaine similitude entre vous, Mylène, et le ‘Portrait de Jeanne Samary’, peint par Renoir…

MF : Elle est plus cultivée que moi : je ne connais pas ce tableau précisément. En revanche, vous devez connaître ce peintre, Egon Schiele, qui a représenté beaucoup de femmes rousses écorchées. Je me vois plus comme un de ses modèles.

Mylène, nous savons que vous aimez les contes russes. Est­ce que c’est bien vrai ? Quels sont les trois vœux que vous adresseriez au poisson rouge ? (équivalent du bon génie de la lampe dans le folklore russe, nda) Ca vient d’ailleurs encore de l’article dans Pulse…

2000-02-aMF : On m’a demandé si j’aimais le folklore russe, et j’ai répondu que j’appréciais beaucoup Dostoïevski. Pour répondre à votre question, je connais des contes russes mais je ne connais pas systématiquement leurs auteurs. Ce que je demanderais…La possibilité…J’aimerais avoir le pouvoir de guérir, par exemple. Sinon, je crois que je suis déjà exaucée car je fais le métier que j’aime.

Récemment, nous avons demandé à nos auditeurs de classer leurs trois chansons préférées du siècle qui vient de s’achever. Quelles sont celles que vous auriez cité, Mylène ?

MF : Je pense au duo entre Kate Bush et Peter Gabriel qui s’appelle « Don’t Give Up ». Je pense aussi   une chanson du groupe U2 qui s’appelait « One », et puis une chanson de Sting qui s’appelait « Fragile », je crois.

Mylène, dites­nous : pour vous, ce que vous faites, c’est du business ? C’est le but de votre vie ?

Encore plus que ça ?

MF : C’est mon activité, c’est ce pour quoi je vis.

Mylène, en ce 8 mars, nous célébrons la journée de la femme. Est­ce que je peux vous demander de saluer nos auditrices à cette occasion ?

MF : Amusez­vous et profitez­en !

Votre concert se tient en ce jour très spécial !

MF : J’en suis ravie !

Merci, Mylène !

MF : Merci ! Spasibo ! (‘merci’ en russe, nda)

Publié dans Mylène 1999 - 2000, Mylène en INTERVIEW | Pas de Commentaires »

LE MAG de juin 2000 avec Mylène F.

Posté par francesca7 le 22 décembre 2014

 

10 JUIN 2000 : Entretien avec Lynda LACOSTE – MCM

Enregistré fin avril dans un salon de l’hôtel Costes à Paris, cet entretien est particulier dans le sens où Mylène n’a rien à promotionner : le Mylenium Tour s’est achevé quelques semaines auparavant et l’album live ne sortira pas dans le commerce avant plus de six mois. En revanche, au moment de l’enregistrement de l’émission, Mylène est en plein travail avec Alizée sur « Moi…Lolita » qui sera envoyé peu après en radio et qui sera déjà un tube au moment de la diffusion, mais évidemment aucune allusion n’y sera faite pendant l’entretien ! La langue maternelle Lynda Lacoste étant l’anglais, sa syntaxe est parfois bancale. Néanmoins, ses propos sont retranscrits ici tels quels.

2000-01-eLynda Lacoste : Bonjour et bienvenue dans Le Mag. Aujourd’hui, c’est un mag exceptionnel puisqu’il s’agit de Mylène Farmer qui n’accepte que très rarement de venir à la télévision. N’oubliez pas que pour tous les artistes, vous pouvez poser des questions soit par Internet, soit par minitel, soit par téléphone. Allons­y pour la première partie !

Après un générique qui montre l’animatrice pénétrer dans l’hôtel et des assistants décorer le salon privé de bougies, on découvre Mylène habillée d’une veste en jean et d’une longue jupe écru et arbore un chignon sophistiqué.

LL : Bonjour Mylène. Merci beaucoup d’être venue dans Le Mag. Alors, vos concerts sont toujours des spectacles avec une répétition, j’imagine, immense. Mais est­ce que ça vous est arrivée de littéralement ne plus pouvoir marcher sur vos pieds à cause des talons aiguilles, et comment faites-vous pour vous récupérer assez vite ?

Mylène Farmer : Pour me récupérer vite, je me suis beaucoup entraînée avant cette scène : j’ai un entraînement physique. Quant aux talons aiguilles, c’est assez facile de marcher avec, finalement ! (sourire)

LL : Ah bon ?! Moi, j’ai du mal, mais c’est peut­être le fait de danser avec…

MF : Je ne danse pas sur des talons aiguilles, ce sont des talons qui sont un petit peu plus larges, quand même. Mais c’est une difficulté, en tout cas un danger pour les chevilles, mais j’ai pris le parti que de choisir ces chaussures. C’est plus élégant.

LL : Les concerts ne sont pas sans risques : vous êtes tombée accidentellement à Lyon en 1996.

Qu’est­ce que vous vous êtes dit ? Est­ce que vous vous êtes dit ‘Bon, il faut virer quelqu’un tout de suite !’, ‘Est­ce qu’il faut calmer la chorégraphie ? ‘, ‘Est­-ce qu’il faut faire moins de concerts ? Qu’est­ce que vous vous êtes dit ?!

MF : Renvoyer tout le monde ! (rires)

LL : Oh ! On vire tout le monde ?! Ça m’étonnerait ! (Mylène, silencieuse, laisse planer le doute) Oh oui ?!

MF : Non, non. Je ne sais pas bien quoi répondre. Ça a été un grand choc pour moi, en tout cas.

LL : Avec votre dernier album, il y avait quand même encore, même dans l’an 2000, des clips qui ont été censurés le jour. Est­ce que ça vous a choqué ou est­ce que vous cherchez exprès d’avoir des clips qui choquent parce que, comme ça, on parle plus ?

MF : Je crois que ça n’a aucun intérêt que de vouloir choquer à tout prix pour que l’on s’intéresse à vous. Il se trouve que j’aborde des sujets qui sont peut­être épineux, voire tabous. C’est un risque. Maintenant, la censure ­et spécialement en France, je trouve­ est un peu sévère et s’attaque à tout et n’importe quel sujet, ce que je trouve vraiment regrettable.

LL : Même votre premier clip, « Maman a Tort », a été censuré à l’époque. (si certaines émissions ont choisi de ne pas diffuser ce clip à l’époque, celui-­ci n’a en tout cas jamais été interdit, nda) Mais vous êtes quelqu’un qui est capable de faire des clips qui peuvent durer jusqu’à dix­-sept minutes. Quand vous voyez le niveau que vous avez atteint, vous, quelle est votre réaction sur le niveau des clips qu’on peut voir en France en l’an 2000 ?

MF : Là encore, vous me demandez de porter un jugement et j’avoue que c’est quelque chose que je n’aime pas faire. Je peux vous dire en revanche qu’il y a des artistes que j’aime beaucoup et qui font de très beaux clips. J’aime l’univers de Björk, j’aime ce qu’a apporté Peter Gabriel, David Bowie…Il y a beaucoup d’artistes qui ont des clips intéressants.

Diffusion d’un extrait du clip « Optimistique-­Moi »

LL : Sur cet album, vous avez travaillé, bien sûr, avec j’imagine un homme dans lequel vous avez beaucoup de confiance, Laurent Boutonnat (Mylène confirme et sourit), mais vous avez travaillé avec d’autres compositeurs pour cet album­là. Est­ce que…

MF : (la coupant) Non !

LL : C’était que lui qui a fait toutes les chansons ?

MF : J’ai fait, moi, quelques chansons, comme compositeur et comme auteur…

LL : D’accord.

MF : …et c’est tout !

LL : OK. Mais pour les nouveaux gens avec qui vous avez envie de travailler, est­ce que vous demandez à Laurent son avis ou est­ce que vous lui parlez après d’avoir déjà pris votre décision sur les nouveaux gens avec qui vous avez envie de travailler ?

MF : Si vous me parlez de composition, je n’ai jamais eu le souhait que de travailler avec quelqu’un d’autre qu’avec Laurent. Maintenant, en terme de vidéo, oui j’ai fait appel à beaucoup de réalisateurs différents. Est­ce que je demande son avis : non ! (rires)

LL : D’accord. Et, parce que justement vos clips sont d’un tel niveau, est­ce que vous accepteriez de travailler avec des nouveaux talents, ou est­ce qu’il faut toujours quelqu’un qui ait déjà fait leurs preuves pour travailler avec vous ?

2000-01-dMF : C’est d’abord très, très difficile que de trouver un réalisateur, donc je vois beaucoup, beaucoup de cassettes. C’est vrai qu’il m’est difficile d’aller vers quelqu’un qui n’a jamais rien fait parce qu’on ne peut pas s’appuyer sur un travail qui a déjà…enfin, sur des choses qui sont concrètes, réelles. Donc je vais plus facilement vers des réalisateurs qui ont déjà réalisé des vidéos. Voilà. Donc mon choix s’est porté sur Marcus Nispel, Abel Ferrara et Michael Haussman pour le dernier. (« Optimistique­Moi », nda) Diffusion d’un extrait du clip « California »

LL : Vous avez un corps magnifique…

MF : (surprise, elle pouffe de rire) C’est gentil !

LL : Est­ce que, pour vous, votre corps est aussi important dans votre travail que votre voix ?

MF : Non. Non. (dans un rire) Je ne sais pas quoi vous répondre, si ce n’est que je… (silence) Tout est important ! On va dire, aussi bien, alors l’apparence physique que le vêtement, que le verbe aussi : tout est important pour moi. Maintenant, est­ce que je suis obsédée par ma ligne, par mon corps ?

Non, absolument pas. Je ne fais du sport que quand je monte sur scène.

LL : D’accord. OK. Alors, vous êtes la seule artiste française qui est aussi collectionnée ­et même plus collectionnée­ que Johnny Hallyday. Est­ce que vous êtes quelqu’un qui prend plus de temps à choisir les objets que vous avez envie d’associer avec votre nom ? Et est­ce qu’il y avait des objets que vous avez systématiquement refusé ?

MF : Systématiquement refusé, je n’en ai pas le souvenir. Mais je travaille en tout cas avec quelqu’un qui me donne des idées ­ parfois, j’apporte moi­-même des idées. Et là encore, c’est quelque chose que je qualifie d’important. En tout cas, je fais attention, oui, à ce que je propose. Voilà ! (sourire)

LL : Il y a beaucoup de questions sur l’Internet, beaucoup de sites qui vous sont consacrés. Est­ce que ça vous intéresse, l’Internet ? Et est­ce que vous regardez les sites qui sont consacrés sur vous ?

MF : L’Internet m’intéresse, oui. Mais j’utilise mon computer surtout pour les e­mails. J’aime bien correspondre.

(rires)

LL : Et est­-ce que vous regardez les sites qui sont consacrés à vous ?

MF : On va rester… (visiblement embarrassée) Je ne sais… Je m’y intéresse, oui. J’ai du mal à… Le culte de moi­même est quelque chose qui m’est difficile. Maintenant, je sais qu’il y a un travaille qui est fait, et qui est très bien fait. Donc je regarde ça de près et de loin. Je vais rester évasive ! (large sourire)

LL : Alors, sur l’Internet, on dit qu’il y a des sites où on peut vous voir nue. Est­ce que votre entourage est au courant de ça ? Et, si c’est le cas, pourquoi ces sites existent­ils encore aujourd’hui ?

MF : Ecoutez, j’ignore ces sites ! (rires) Maintenant, il est facile de faire arrêt sur image quand on prend une vidéo et puis on va sortir l’image en question. Maintenant, si je suis dénudée ou nue dans une vidéo, qu’y puis-je ?! (soupir) Le faire interdire, c’est très difficile. Très difficile. Même si on interdit, quelqu’un d’autre le fera.

Donc tant pis pour moi ! (sourire)

Diffusion d’un extrait du clip « Libertine »

LL : Pensez­vous qu’on vit dans une société où les jeunes se sentent obligés d’être parfaits, ambitieux, énergiques tous les jours ? Et qu’est­ce que vous pouvez leur conseiller, les gens qui ont envie d’être individuels, uniques et différents ?

MF : De rester unique, c’est très important. (sourire) Qu’est­ce que je peux rajouter ? Qu’il est important, et que je leur souhaite, d’avoir une passion dans la vie. C’est un moteur qui est fondamental pour vivre et survivre.

LL : Vous avez beaucoup d’émotion en vous. Est­ce qu’il y avait des situations où vous vouliez absolument pas pleurer et ça arrive, et vous sentez que ça monte quand même, et est­ce que, puisque ça arrive peut­être souvent, vous avez une ruse pour éviter les larmes ?

MF : Non, ça, je crois, c’est quelque chose que je ne contrôle absolument pas, et je ne veux pas me défendre que d’avoir justement une émotion forte. C’est arrivé énormément de fois en scène, à des moments auxquels je ne m’attendais absolument pas justement. Et, je crois, s’il y a quelque chose qu’on peut partager en scène avec le public, c’est justement une émotion. Donc je n’ai aucune immunition. (sic !) (rire)

LL : Alors, il y a beaucoup de comédiens qui adoreraient avoir autant d’émotions à leur portée. Est­ce que ça vous dirait un jour d’être prof de cinéma ou de théâtre ?

MF : Absolument pas, non ! (rires) Non.

LL : Non ?

MF : Non. Et je crois qu’il y a beaucoup de comédiens qui ont leur propre émotion. (rires)

Diffusion d’un extrait du clip live « Rêver », suivi d’une page de publicité

LL : On se retrouve dans « Le Mag », avec Mylène Farmer : deuxième partie.

Jingle

LL : Alors, un de mes films préférés, c’est un de vos films préférés aussi, c’est « Frances » (Mylène confirme), joué par Jessica Lange, et il y a une scène dans ce film où elle revient chez elle, dans sa ville natale, en tant que grande star, et il y a une femme devant elle qui lui lèche les bottes, et elle dit ‘Vous n’étiez pas la femme qui m’a haïe il y a dix ans, qui m’a traitée comme pire que rien ?’ et donc, tout le monde a bien vu qu’elle l’a bien mis dans sa place. A l’époque où vous étiez mannequin, est­ce que vous avez eu des gens qui vous traitaient peut­être pas bien, quand vous étiez anonyme, et est­ce que vous avez pu vous faire justice aujourd’hui, avec la femme que vous êtes aujourd’hui ?

2000-01-aMF : Ecoutez, je n’ai pas beaucoup de souvenirs, si ce n’est que je vais détourner la question : les personnes qui sont méchantes, vindicatives, il y en a, et j’en rencontre encore aujourd’hui. Maintenant, est­ce que j’ai une réaction ? En général, j’essaie, non, d’avoir la réaction contraire à ses instincts premiers, à savoir que je préfère répondre par la gentillesse à l’arrogance. C’est moins douloureux. (sourire)

LL : Alors justement, vous avez dit que vous êtes dans une époque de votre vie où vous êtes en pleine forme, heureuse, beaucoup plus équilibrée, beaucoup plus de confiance en vous, mais pour les jeunes qui vous adorent, qui peut­être sont en train de vivre des enfances où ils ont du mal à vivre le bonheur, qu’est­ce que vous pouvez leur dire pour qu’ils sortent de là ?

MF : Là encore, je crois que je n’ai aucune, ni solution, ni même conseil, si ce n’est que j’en reviens à la réponse précédente : tenter de trouver une passion, un moteur dans sa vie. Maintenant, je crois qu’au travers de la lecture ­et c’est ce qui m’est arrivé­ on peut découvrir des choses, trouver des pansements, et je crois que, dans le fond, la chose fondamentale, c’est le dialogue, c’est pouvoir trouver une forme de communication.

Diffusion d’un extrait du clip « XXL »

LL : Vous avez travaillé avec beaucoup d’américains, vous avez travaillé pas mal aux Etats­Unis. Que pensez­vous avoir appris avec les américains que vous avez pas pu peut­être apprendre ici, en France ?

MF : Probablement… (soupir et silence) Je pense au travail : ce sont des gens qui sont très investis dans leur travail. Ce sont des personnes qui n’ont pas peur, je crois, ni du succès, et qui le revendiquent même. Je crois que c’est une rigueur dans le travail surtout. Maintenant, est­ce que j’ai appris ça d’eux, je n’en sais rien mais en tout cas, j’ai pu, ne serait­ce que pendant les tournages de vidéos… Chacun est réellement à sa place et s’investit dans son travail. Il n’y a pas de mélange entre le sentiment et la fonction. Alors parfois c’est désagréable, mais parfois c’est agréable parce que c’est efficace et que ça va vite.

LL : Alors, ce qui est rare avec les artistes, c’est que vous avez des fans qui peuvent venir vingt-quatre heures avant un concert pour venir vous voir, et donc ils sont là peut-­être pour être sûrs d’au premier rang, alors peut­-être ils mangent pas, peut­-être ils boivent pas, et le concert commence, ils tombent dans les pommes donc ils voient même pas le concert ! (rires)

MF : C’est un peu dramatique tout ça, non ?! (rires)

LL : Non mais ça existe ! Alors qu’est­ce que vous avez envie de dire à tous ces pauvres gens qui vous adorent, qui ont même pas vu le concert du coup ?

MF : Et bien que c’est dommage pour moi ! (large sourire)

LL : Mais est-­ce que vous pensez que c’est une des raisons pour lesquelles vous aimez bien sortir des live et faire des vidéos de vos concerts ?

MF : Je ne suis pas sûre de comprendre le sens de la question…

LL : S’il y a tellement de gens qui tombent dans les pommes donc ils voient pas le concert, ils vont le voir en vidéo…

MF : (rire…consterné ?) Je ne sais pas. Mais, en tout cas, c’est quelque chose de très intéressant que de travailler sur un live, oui.

LL : Alors, votre dernier concert a été filmé par une douzaine de caméras, je crois. Est­ce que vous vous sentez différente le jour où vous savez que ça va être filmé, et est­ce que votre spectacle s’est organisé en fonction du fait que vous savez qu’il faut que ce soit filmé aujourd’hui ?

MF : Non, absolument aucun changement. Quant à mon comportement, moi­même, je crois qu’on ne peut pas ignorer totalement la présence des caméras. Maintenant, je crois qu’il y a une dimension telle en scène qu’on finit par oublier ces choses­là. Dans les dix premières minutes, c’est assez présent, et après, je fais totalement abstraction. Et le spectacle est totalement le même avant, après.

Diffusion d’un extrait du clip live « La Poupée qui fait Non »

LL : Alors, vous êtes la seule artiste française ­encore une fois ! (rires de Mylène) ­mais cette fois­ci, vous êtes la seule artiste française pour être une artiste diamant : c’est­à­dire que tous les albums que vous vendez, ça se vend à plus de un million. (Mylène confirme) Alors, puisque vous voyez que vous avez un tel succès en France, est­ce que vous avez envie ­parce que, en plus, vous êtes quelqu’un qui adore travailler­ vous avez envie de peut­être apprendre d’autres langues pour  toucher d’autres marchés dans le monde ?

MF : Ecoutez, jusqu’à présent, ça a été un refus de ma part. Plusieurs fois, on m’a j’allais dire ‘proposé’ de faire album anglais ou dans une autre langue. Dans la mesure où j’écris moi-­même mes textes, il m’est difficile d’envisager ou une adaptation de quelqu’un d’extérieur, ou moi­-même, je ne possède pas la langue suffisamment pour pouvoir traduire. Et dans la langue française ­dans ma langue en tout cas­ j’aime bien jouer avec les mots, donc c’est très compliqué de trouver ça dans une langue qui n’est pas la vôtre.

LL : On est souvent touché par les peintres parce qu’ils arrivent à nous toucher vraiment à l’intérieur de nous. Quelle est la dernière exposition que vous avez vue où vous avez été vraiment et réellement touchée ?

MF : C’était dans un musée à New York et… L’art moderne…. Je peux vous dire les peintres que j’aime : Egon Schiele, évidemment. (sourire) J’aime Max Ernst, j’aime Picabia. Et je vais oublier probablement tous ceux que j’aime ! (sourire) Mais j’aime la peinture, oui. Ce sont des moments très privilégiés.

Diffusion d’un extrait du clip « Je te rends ton Amour »

LL : Il y a un moment dans votre concert où il y a quelqu’un qui peut monter sur scène avec vous.

Comment assurez­vous la sécurité dont vous avez besoin ? Parce qu’on sait jamais…

MF : Là encore, je crois que je ne… Est-­ce que c’est de l’inconscience ? J’en sais rien. Mais je ne pense pas à ces moments d’hypothétique danger. Et là encore, c’est un moment spontané. J’ai mis beaucoup de temps avant que de faire monter quelqu’un sur scène, et je préfère là encore une spontanéité. Donc il m’est arrivé ­ce n’est pas systématique­ de faire monter quelqu’un. Et, dans ces cas­là, non, je pense à autre chose qu’à un danger. Plus un partage.

LL : Vous êtes terriblement connue dans les pays francophones. De tous les pays d’Europe, pourquoi avoir choisi la Russie ?

MF : Pourquoi la Russie ? Parce qu’ils ont diffusé, quand j’ai commencé ce métier, ils ont diffusé énormément de vidéos. Et puis il y a des personnes là­-bas qui ont beaucoup travaillé sur moi. Et j’avais très envie de découvrir la Russie, en tout cas son public. Je ne peux pas vous dire que je connais bien la Russie, si ce n’est que Saint­Pétersbourg est une ville magnifique, que j’y ai fait quelques rencontres qui sont assez jolies aussi, avec beaucoup d’artistes, des peintres notamment, et que c’est un changement parce que c’est un public qui n’est pas ‘acquis’ ­si tant est qu’on puisse avoir un public acquis­ mais vraiment là, c’était quelque chose d’assez étonnant. D’autre part, ils sont quand même assez brimés : ils n’ont pas le droit de se lever pendant un concert, ils n’ont pas réellement le droit de manifester leur joie, et ils l’ont quand même fait, à la fin du concert : ils se sont levés, ils se sont approchés au bord de scène. Ce sont des moments assez forts.

Diffusion d’un extrait du clip « Tristana »

 LL : A la sortie d’une tournée, normalement, pour la plupart des gens, c’est des vacances. Mais vous avez déjà envie de retravailler tout de suite ?

MF : Je travaille déjà (rire). Je travaille sur le live en studio, pour le mixage, et bientôt sur le film du live. Et j’ai quelques projets à venir, donc ce sera une période de travail. (personne ne le sait encore au moment de l’enregistrement, mais Mylène prépare avec Laurent Boutonnat à la fois le lancement d’Alizée et de son premier single « Moi…Lolita » et à la fois une participation à la bande originale du long-­métrage d’animation américain « Les Razmoket à Paris » avec le titre inédit « L’Histoire d’une Fée, c’est… », nda)

LL : Est­ce que vous êtes quelqu’un qui peut très bien prendre des vacances, ou est­ce que vous vous sentez tout de suite coupable le jour où vous ne travaillez pas ? Est­ce que vous êtes plus contente quand vous travaillez ?

MF : J’ai cette culpabilité, oui, mais j’ai ça en moi : j’aime le travail. C’est quelque chose que j’aime profondément donc c’est… Là encore, je me nourris de ça très facilement. L’oisiveté ne me sied pas du tout !

(rires)

téléchargementLL : Alors, ce qui est formidable, c’est que vous êtes, je crois, une perfectionniste, et c’est bien dans le travail. Mais est­ce que ça veut dire que, après chaque concert, vous prenez les musiciens, les  chanteurs, les techniciens et que vous faites une espèce de résumé du concert ?

MF : Non, du tout.

LL : Jamais ?

MF : Non, non. Ni avant. Je sais qu’il y a beaucoup d’artistes qui aiment prendre la main de leurs  camarades et faire une prière avant de monter sur scène, j’avoue que je ne connais pas ça. (sourire) Et après le travail, non. Après le travail, c’est terminé. Après, chacun ponctuellement apprécie ou n’apprécie pas le moment, mais c’est plus quelque chose, j’allais dire, un état solitaire, de solitude, en tout cas pendant la première heure. Mais ce qui ne vous empêche pas les éclats de rire. Maintenant, quant au résumé de la situation, de ce qui s’est  passé, non.

LL : Justement, est-­ce que, pendant un concert, vous avez envie de vous éclater de rire, parce que vous voyez un danseur qui a fait un faux pas, ou je sais pas quoi ? Et est­ce que ça vous est arrivé, devant votre public, de sortir de la chanson carrément ? Ou est­ce qu’il y a jamais eu quelque chose comme…

MF : Sortir de la chanson, non. Maintenant, des éclats de rire, oui, bien sûr. Bien sûr. Ce qui fait qu’on n’est pas des robots non plus ! (rires)

Diffusion d’un extrait du clip « Je t’aime Mélancolie »

LL : Il y a quelque chose dans mon émission où les téléspectateurs peuvent poser trois questions.

J’en ai pris trois : première question, c’est que, bien sûr, il y a beaucoup de vos fans qui se sentent frustrés parce qu’ils ne vous entendent pas assez en dehors de la scène, et ils ne vous voient pas assez non plus ­moi, je suis ravie que vous êtes là aujourd’hui ! (sourire de Mylène). Et, est­ce que ça vous dirait un jour d’être un peu plus proche d’eux, dans leur avis ?

MF : Moi je n’ai pas la sensation que d’être loin d’eux, donc, là encore une pirouette probablement, mais j’ai l’impression d’être très proche d’eux. Maintenant, est­ce que ça doit passer par l’interview, par la justification ?

Je n’en suis pas sûre. Je me sens, en tout cas moi, proche d’eux.

LL : OK. Deuxième question : vous avez dit que la vulnérabilité est un compagnon agréable et nécessaire. Est­ce que, finalement, ça vous ennuierait d’être parfaite, même s’il y a des jours où vous tentez à tout prix de l’être ?

MF : Là encore, je ne sais pas ce qu’est un être parfait… (rires après un silence)

LL : Mais y a pas des jours on a quand même envie au moins de faire le mieux qu’on peut faire ?

MF : Perfectionniste, oui. Parfait, absolument pas, non, ce n’est pas une quête en soi. Mais perfectionniste dans mon travail, oui. Là, ça part, je crois, d’un respect de l’autre et respect de soi­même. Je prends du temps avant de faire une pochette, je réfléchis. J’ai envie d’offrir des choses qui, moi, me plaisent vraiment.

LL : Troisième question Internet, et dernière question : pour les gens qui se sentent un peu perdus, peut-­être ils sont athées, je sais pas, qu’est­-ce que vous pensez que le bouddhisme pourrait leur apporter ? Et je crois qu’il y a plusieurs styles de bouddhisme…

MF : Ecoutez, ne serait­ce que par curiosité, découvrir cette philosophie. Dire qu’elle est    probablement plus douce que d’autres philosophies ou religions, qu’elle est probablement ­en tout cas ça l’a été pour moi­ plus convaincante, que ce peut être simplement un passage dans leur vie, mais que c’est, en tout cas, intéressant que de s’ouvrir à cette philosophie : ça peut panser l’âme, ça peut aider en tout cas. Là encore, j’en reviens à l’idée de dialogue : si on n’a pas la chance d’avoir quelqu’un à qui parler, on peut le faire au travers d’une lecture comme ça, parce que vous avez beaucoup de réponses ­en tout cas, si ce ne sont pas des réponses, en tout cas des tentatives de réponses. (sourire)

images (1)LL : OK. Je vous remercie beaucoup d’être venue.

MF : Merci à vous. (sourire)

LL : Et bon travail !

MF : Merci beaucoup.

LL : Merci bien.

MF : Merci.

L’émission se termine sur des images de l’équipe technique rangeant leur matériel dans le salon où a pris place l’entretien, le tout sur la musique de « Optimistique­-Moi »

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TV QUÉBEC POUR MYLENE FARMER

Posté par francesca7 le 6 décembre 2014

 

9 NOVEMBRE 1999 INTERVIEW : Julie Snyder

Mylene-Farmer-California 

En plein Mylenium Tour, Mylène accorde un entretien pour le talk-show québécois de Julie Snyder. Il faut dire que, à l’époque, il avait été fortement question que la chanteuse aille donner quelques shows outre-Atlantique, mais cela ne s’est finalement pas fait. 


Le sujet commence par un rapide patchwork audio et vidéo, mêlant des extraits des différentes tournées et des différents clips de Mylène, mais aussi des images inédites tournées par les équipes de Julie Snyder de la chanteuse dans les coulisses de son Mylenium Tour, avant d’entrer en scène.
 
En effet, la production a tourné des images dans les coulisses des concerts de Bercy en vue d’en faire un reportage mais là encore, le projet n’a (malheureusement !) pas abouti.
 

On découvre l’animatrice canadienne en face de Mylène, toutes deux assises sur des canapés en cuir noir, dans ce qui semble être une loge. La chanteuse porte une longue jupe écrue et une veste en jean bleu.

 

Julie Snyder : Vous avez un succès phénoménal. Grasset disait que la réussite c’est souvent la revanche sur le bonheur. Est-ce que ça s’applique à vous ?
Mylène Farmer :
 Probablement, oui (rires) ! Oui, c’est très difficile d’être heureux…

JS : Est-ce que quand vous étiez petite, vous vous disiez ‘Quand je serai grande, je serai chanteuse’ ?
MF :
 Non, du tout. Je crois que je ne me suis jamais posée cette question, en tout cas je n’en ai pas le souvenir. Je ne sais pas…

JS : Et à quel moment vous avez eu envie de devenir chanteuse ?
MF :
 C’est un hasard : je voulais être actrice, donc j’ai pris des cours de théâtre -mais ça c’était plus tardivement- et puis c’est une rencontre qui a fait que j’ai commencé la chanson.

JS : Et puis, vous vous êtes dit ‘Je me lance là-dedans’ ?
MF :
 Là, je crois que c’est la vie qui m’a happée. En tout cas, je me souviens m’être dit ‘Je sais que c’est ce que je veux faire’, surtout à travers l’écriture. C’est quelque chose qui m’a tout de suite beaucoup aidée et intéressée.

Extrait de « Rêver » live 96

JS : Votre spectacle est très spectaculaire, est un grand déploiement. Ça ne ressemble à rien : autant c’est très spectaculaire, autant c’est très, parfois très émotif, très intimiste. Quand vous vivez les moments d’émotion, on sent la foule frissonner avec vous et vous pleurez même en interprétant certaines chansons. Dans quel état êtes-vous ?
MF :
 D’émotion intense : c’est quelque chose à la fois qui consume, et à la fois c’est un partage.

JS : Est-ce que vous pleurez systématiquement à chaque spectacle ?
MF :
 Ecoutez, je ne sais pas. Je ne réfléchis pas à tout ça, si ce n’est qu’il y a des chansons, oui, dont le texte me touche profondément. Et puis c’est vrai que l’écoute que j’ai, qui est d’une grande, grande qualité, d’une grande chaleur, me provoque aussi, me suscite des émotions.

JS : Quand on assiste à votre spectacle, on a l’impression d’être à la messe, à une cérémonie et après la cérémonie, après la communion avec le public -parce que c’est très, très intense- est-ce que vous ressentez un vide après cette grande force ?
MF :
 Je le ressens fatalement, mais c’est plus après, quand une tournée est terminée, que c’est vraiment le grand trou noir. Là, j’ai la chance d’être accompagnée et entourée, donc c’est vrai que le plongeon est assez bref. Maintenant, la nuit parfois propose d’autres choses.(rires)

JS : Les paupières ont du mal à se fermer ?
MF :
 Oui. Beaucoup de mal, oui.

JS : Qu’est-ce que vous faites dans ce cas-là ?
MF :
 Je crois que j’ai le spectacle qui revient en boucle : ce que j’ai considéré comme étant des erreurs, je pense à des textes, je pense à des mouvements, à tout ce qui fait le spectacle…

Extrait de « Désenchantée » live 96

JS : Vous arrivez à tout gérer : par exemple, le spectacle, c’est vous qui l’avez conçu…
MF :
 C’est moi, c’est moi et beaucoup d’autres ! Je crois que faire les choses seule, c’est quelque chose qui ne m’intéresse pas. J’aime le dialogue, que ce soit avec un, deux, dix… Maintenant, donner naissance à quelque chose et puis après faire appel à des gens de talent autour de moi.

JS : Non, mais vous le portez sur vos épaules…
MF :
 (sourire) Je le porte sur mes épaules oui, en tout cas au moment X, c’est-à-dire quand je rentre sur scène, il n’y a plus que moi, mais aussi des danseurs et des musiciens, et une technique. Mais c’est vrai que si moi je flanche, le spectacle n’est plus.

Extrait de « XXL » live 96

 mylene-farmer-ouv

JS : Vous êtes née au Québec. (Mylène confirme) Et où vous avez vécu exactement au Québec ? En région ? À Montréal ?
MF :
 Une province du Québec. Je ne sais plus. (silence) Je me souviens simplement du nom Sainte-Marcelline, si ça peut vous aider ! (rire nerveux) Le reste, je ne sais pas…

JS : Vous alliez chez les sœurs ? Chez les Marcellines ?
MF :
 Oui.

JS : Et pourquoi vos parents, qui sont quand même français… Parce que vos parents sont pas québécois, on dit souvent que vous êtes québécoise : vous l’êtes parce que vous êtes née au Québec, vous avez un passeport canadien. (Mylène confirme) Mais pourquoi vos parents sont venus au Québec ?
MF :
 Pour raison professionnelle.

JS : Et ils sont retournés en France aussi pour raison professionnelle ? (Mylène confirme) Et est-ce que vous étiez contente de retourner en France ?
MF :
 Je ne peux pas…Je pourrais mentir. Je n’ai pas ce souvenir là non plus ! (rires)

JS : Mais quand même, pour une petite fille, passer du Québec à la France, donc c’est une autre culture. Avez-vous eu un choc en arrivant ici ?
MF :
 Ecoutez, on m’a dit -alors là je vais vous répéter ce qu’on m’a dit- que c’était quelque chose d’assez difficile. Maintenant, moi-même, je n’en ai pas le souvenir.

Extrait de « Vertige » live 96

JS : Il y a des tableaux qui sont très sexy. Vous êtes quand même -peut-être que vous n’aimerez pas l’expression- vous êtes un sex-symbol…
MF :
 Je ne sais pas ! (rires)

JS : Non mais que vous le sachiez ou non, vous êtes très belle ! Est-ce que vous, vous vous trouvez belle quand vous vous voyez sur scène ou quand vous regardez les vidéos ?
MF :
 Non, non. Ce sont des moments difficiles pour moi ! (rires) Je préfère voir l’ensemble, voir si le moment est beau, riche, émouvant. Mais quant à moi, me polariser sur moi : non, c’est toujours quelque chose de très difficile.

JS : Pourquoi c’est quelque chose de si difficile de parler de vous, de penser à vous…
MF :
 Il y a pas de réponse.

JS : … de vous regarder ?
MF :
 Je ne sais pas.

Extrait du clip « Libertine »

JS : Est-ce que vous êtes aussi libertine que dans vos clips ?
MF :
 Là, je sais que cette question revient souvent. Je ne peux pas répondre à cette question-là ! (rires)

JS : Ah ben comment je pourrais la formuler ?! (Mylène, qui tient désormais une cigarette, fixe silencieusement l’animatrice du regard, tout en lui souriant) Vous me regardez et : « Allez, rame ! Rame, ma vieille ! Je t’écoute ! »
MF :
 Passez à une autre question, en tout cas ! (rires)

JS : Ah, c’est ça ! Ma prochaine question : est-ce que vous aimeriez être comme dans vos clips ?
MF :
 Vous savez, une chanson, c’est une chanson. Après, on a envie d’y mettre des images, de raconter une histoire à travers cette chanson, donc c’est un moment choisi, un morceau choisi. Vous dire que si j’exprime ‘Sans contrefaçon, je suis un garçon’, si vous me posez la question ‘Est-ce qu’aujourd’hui, vous avez toujours envie de mettre un mouchoir dans votre pantalon ?’, je vais vous dire non, c’était le passé. Maintenant j’ai exprimé ce moment-là, ça ne veut pas pour autant dire que je dois véhiculer ou cette image ou ce sentiment toute ma vie.

Extrait de « Sans Contrefaçon » live 96

JS : Je vous oblige en ce moment à parler de vous, parce que j’ai pas le choix puisque je fais une interview sur vous, et qu’on va pas parler du canapé en cuir sur lequel vous êtes assise ! Est-ce que vous avez l’impression, par exemple, d’être chez le dentiste et qu’on va vous arracher une dent ?
MF :
 Ce n’est pas à ce point-là, mais c’est une sensation de malaise… (rires)

Extrait du clip « Comme j’ai Mal »

JS : Vous le dites vous-même, vous avez une araignée en vous. Vous êtes une petite ‘bibite’ ! (Mylène reste silencieuse, perplexe, puis fait les gros yeux et rit) Non mais, parce que pour moi, vous êtes une petite ‘bibite’ dans le sens où…
MF :
 (la coupant) Ça veut dire quoi ? (elle éclate de rire, et porte sa cigarette jusqu’au cendrier posé par terre)

JS : Une ‘bibite’, ça existe pas en France ?! Y’a pas de mot ‘bibite’, ici ? (Mylène est morte de rire) En France, une ‘bibite’, c’est…heu, en québécois, une ‘bibite’ c’est un petit moustique, genre avec des pattes.
MF :
 (elle éclate de rire en tenant sa cigarette, tandis que l’animatrice mime l’insecte) D’accord !

Extrait de « Alice » live 96

 

JS : Mylène, dans vos clips, vous prenez beaucoup de risques : vous faites les cascades, vous galopez à cheval, vous êtes attachée sur des trains. Est-ce que vous vous êtes déjà blessée ?
MF :
 Brûlée deux fois, sur le train (dans le clip « XXL », nda), et pendant le dernier clip (« Souviens-toi du Jour… », nda), il y avait du feu à proximité et il faisait très, très chaud. Probablement des bleus, oui. (sourire) Je suis quelqu’un de très physique. J’aime ça, j’aime cette prise de risque.

JS : Est-ce que vous aimez souffrir ?
MF :
 D’une certaine manière, oui, certainement. Certainement.

Extrait du clip « Je t’aime mélancolie »

JS : Vous partagez votre vie avec un singe qui s’appelle E.T. Comment ça s’est passé ? Est-ce que vous vous êtes levée un matin en vous disant ‘Tiens, aujourd’hui, je vais me procurer un singe’ ?!
MF :
 Je crois que ça s’est passé comme ça. J’avais envie d’un animal et je suis allée dans les magasins qui, malheureusement, vendent des animaux et je suis tombée sur cette petite fille… (sourire)

JS : Et vous l’avez vue tout de suite, comme ça ?
MF :
 Immédiatement. C’est tentant d’avoir un singe… (sourire)

JS : Oui ? (Mylène confirme) C’était un coup de foudre ?
MF :
 Oh oui, total ! (sourire)

JS : Instinctivement on sait comment élever un chien ou un chat, mais est-ce que instinctivement vous saviez quoi faire avec le singe ?
MF :
 Oui. J’ai dû être singe dans une autre vie donc ça a été très facile ! (rires)

JS : Vous croyez à la réincarnation ?
MF :
 J’aime cette idée. Elle est très poétique.

JS : Et qu’est-ce que vous voudriez être dans une autre vie ?
MF :
 Ben puisqu’on ne peut pas être un animal, c’est forcément un humain. Maintenant, peu m’importe. Vivons celle-ci !

Extrait du clip « Je te rends ton Amour »

JS : Vous êtes proche de Salman Rushdie pour qui, en quelques sortes, le monde est une prison et vous, vous avez déjà dit ‘Parfois, je me sens enterrée vivante’. Est-ce que vous avez l’impression que votre liberté à vous aussi vous échappe ?
MF :
 Parfois, mais je ne suis pas sûre que ce soit le monde environnant qui m’impose ça, je crois que c’est moi toute seule effectivement. Et quant à Salman Rushdie, c’est quelqu’un de très gai dans la vie, il a beaucoup d’humour.

JS : Est-ce qu’il vous communique cet humour ?
MF :
 Oh oui, totalement ! On a de grands éclats de rire ensemble ! (sourire)

JS : Qu’est-ce qui vous attirait chez lui ? Pourquoi vous avez eu envie d’aller vers lui ?
MF :
 Parce que c’est quelqu’un de charismatique, parce que c’est un grand écrivain -je n’ai pas tout lu ses livres (sic), mais certains -et puis parce que ce qu’il a vécu est quelque chose qui m’a profondément touchée. Et j’avais envie…Voilà, il s’est trouvé qu’on s’est rencontrés lors d’une soirée, je suis allée spontanément vers lui parce que j’avais envie de le connaître.

JS : On vous sent moins sombre qu’avant…
MF :
 (silence et haussement d’épaules) Ça, je suis pas sûre que je puis répondre à une question comme celle-là. Je crois qu’on a tous ses ombres, donc je les porte en moi et je les porterai jusqu’à la fin de mes jours. Je crois qu’on apprend aussi avec la vie, avec le temps, ses expériences. Là encore, tenter que de laisser ses fardeaux de côté parfois, mais maintenant, ça resurgit tellement vite.

JS : Votre plus grand hit, ou en tout cas un de vos plus grands hits, c’est « Désenchantée ». (Mylène confirme) Qu’est-ce qui vous enchante ?
MF :
 La gentillesse. La générosité. Toute forme d’art : la peinture, la littérature, le cinéma. Et puis beaucoup de choses. Le voyage, j’aime voyager.

JS : Merci beaucoup.
MF :
 Merci à vous…d’avoir souffert avec moi ! (rires)

JS : Oh oui, j’ai souffert autant que vous ! Il y avait une belle réciprocité dans la souffrance ! (rires)

Les deux femmes se lèvent. L’interview se termine sur la toute dernière image du DVD « Live à Bercy », quand on voit Mylène dans les coulisses, après sa sortie de scène, le tout sur la musique de « Désenchantée ».

 

 

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Mylène à ELDORADIO (RUSSIE)

Posté par francesca7 le 3 décembre 2014

 

7 MARS 2000 : Par Anna Romanova

 

C’est pour la promotion du passage du Mylenium Tour à Saint Pétersbourg (c’est également la dernière représentation du spectacle) que Mylène Farmer accorde cette interview à la station locale Eldoradio, sponsor du concert qu’elle y donne. 
L’animatrice, au ton bienveillant, est accompagnée d’un homme qu’elle présente en début d’émission mais que nous n’entendons pas de toute la durée de l’entretien. Peut-être s’agit-il d’un interprète ?
Les propos de Mylène sont malheureusement recouverts par une traduction simultanée et nous n’entendons à l’antenne que des bribes de mots de sa part.
 
Ce qui suit est donc une traduction du russe, réalisée exclusivement pour le site, tenant compte à la fois de ce que l’on parvient à entendre en français et du style d’expression à l’oral habituel de Mylène.

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Anna Romanova : Bonsoir Mylène ! Bienvenue sur la radio Eldoradio, qui est le sponsor de votre spectacle ici, en Russie. Je suis Anna Romanova et à mes côtés se trouve Semen Zverev. Nous sommes extrêmement heureux de vous voir ici, avec nous !


Mylène Farmer :
 (en russe) Zdravsvuïté ! (‘bonsoir’, nda)

Oh, bravo ! Vous êtes très douée ! Nos auditeurs aiment beaucoup vos chansons, nous les passons souvent sur notre station. Je pense que nos auditeurs les plus âgés seraient intéressés de savoir ce que vous pensez d’Edith Piaf…

-C’est une personne très importante dans notre culture, elle est incontournable. C’est quelqu’un qui savait toucher l’âme, et d’ailleurs elle me touche moi aussi.

Je n’ose pas trop m’adresser à vous en anglais parce que je sais que les français n’aiment pas trop cela, mais je vous dirais volontiers ‘Nice to meet you’ (‘ravie de vous rencontrer’, nda) ! On sait qu’en France, peut-être plus qu’ailleurs, on est très préoccupés par l’expansion de la culture américaine dite ‘de masse’. Qu’en pensez-vous ? Est-ce que vous vous sentez concernée, vous qui êtes une artiste qui vous exprimez dans un style relativement international ?

-Probablement qu’il serait hypocrite pour moi de me ‘rebeller’ contre cette culture américaine que vous mentionnez, car j’aime moi-même beaucoup la musique américaine ! Mais il est vrai que je considère que chaque pays devrait préserver son authenticité culturelle. 

Avec quelle grande star de la musique aimeriez-vous chanter en duo ?

-J’ai rencontré Elton John à plusieurs reprises. Nous avions un projet commun, mais il n’a pas abouti (la chanson « Les Mots » qui sortira en novembre 2001, interprétée avec Seal avait effectivement été initialement proposée à Elton John, nda). J’aimerais beaucoup rencontrer Jamiroquai.

Dans l’un de vos clips, on peut vous voir boxer de façon très convaincante (« Je t’aime Mélancolie », nda). Ca vous a demandé beaucoup de travail avec un entraîneur ?

-En ce qui concerne la préparation physique, je m’étais entraînée toute une semaine avec un professeur. Quant à la performance en elle-même, après, c’est plutôt une question de montage !

Vous aimez le cinéma, vous qui proposez des clips renversants qui sont chacun des mini-films. Votre clip « California » a été réalisé par Abel Ferrara, si je ne me trompe pas. Y a-t-il un autre réalisateur que vous aimeriez ‘kidnapper’ pour qu’il réalise un de vos clips ?!

-Il y en a beaucoup. J’ai également fait un clip sous la direction de Luc Besson (« Que mon Cœur Lâche », nda). Pour répondre à votre question, j’aime beaucoup le cinéma de Bergman, j’aime Tarkovski -mais il n’est plus là- j’aime également David Lynch, David Lean…Enormément de cinéastes…Spielberg…

 

téléchargement (2)

Quel dommage qu’ils ne réalisent pas de clips ! Quel est votre acteur préféré ? Votre film fétiche ? Il paraît que vous admirez Mickey Rourke, mais j’aimerais l’entendre de vous directement…
-Je vais en profiter pour parler un tout petit peu de ça, cet article paru dans le journal Pulse(cf. cette référence). J’ai rencontré effectivement le journaliste, mais il a m’a prêté des propos que je n’ai jamais tenu, donc je suis furieuse contre lui ! (le journaliste responsable de l’article qui agace tant Mylène n’a peut-être fait que recopier ce que Mylène déclarait dans Gai-Pied du 12.01.1987 : à la question « Votre homme idéal ? », elle avait effectivement répondu « Mickey Rourke » mais cela était treize ans avant ! cf. cette référence, nda)

On a été surpris de lire ça, car ça n’a rien à voir avec l’image qu’on a de Mylène Farmer…
-Concernant mes acteurs préférés, s’il y en un à retenir, c’est Robert de Niro.

Vous avez bon goût ! Nos auditeurs sont sans doute intéressés de savoir ce que vous ressentez lorsque vous sortez de scène…
-C’est différent à chaque fois, si ce n’est qu’il y a quand même quelque chose qui est toujours pareil, c’est le sentiment de vide : d’abord un grand bonheur, et après un grand vide. On a reçu énormément et aussitôt après on est à nouveau seul.

Mylène, dites-moi, est-ce que vous avez eu peur lorsque avez monté un cheval pour la première fois ? Comment avez-vous vaincu cette peur ? Et quel est le nom de votre cheval préféré ?
-Quant à la peur, non. C’est quelque chose que j’ai choisi quand j’étais plus jeune : j’ai fait beaucoup d’équitation. Et je ne me souviens d’aucun nom de cheval préféré ! (rires)

Vous avez un grand nombre de fans en Russie, et je m’en réjouis ! Quel est votre rapport avec ces gens qui ne vivent que par et pour vous ? 
-C’est très dur pour moi de répondre à cette question, parce que je ne comprends pas bien comment on peut vivre, pour reprendre votre exemple, uniquement pour moi. 

J’ai ici une lettre qu’un de nos auditeurs m’a demandé de vous remettre. Vous allez la prendre ?
-Avec plaisir. En tout cas, pour détourner votre question, pour chaque artiste il est très, très important, même fondamental, d’avoir des personnes qui vous aiment, qui vous écoutent.

L’une de nos auditrices, une jeune fille très cultivée, a fait cette remarque très pertinente : elle voit une certaine similitude entre vous, Mylène, et le Portrait de Jeanne Samary, peint par Renoir… (précisément conservé au Musée de l’Ermitage à Saint Pétersbourg, nda)
-Elle est plus cultivée que moi : je ne connais pas ce tableau précisément. En revanche, vous connaissez sans doute ce peintre, Egon Schiele, qui a représenté beaucoup de femmes rousses écorchées. Je me vois plus comme un de ses modèles. 

 

Mylène, nous savons que vous aimez les contes russes. Est-ce que c’est bien vrai ? Quels sont les trois vœux que vous adresseriez au poisson rouge ? (équivalent du bon génie de la lampe dans le folklore russe, nda) Ca vient d’ailleurs encore de l’article dans Pulse…
-On m’a demandé si j’aimais le folklore russe, et j’ai répondu que j’appréciais beaucoup Dostoïevski. Pour répondre à votre question, je connais des contes russes mais je ne connais pas systématiquement leurs auteurs. Ce que je demanderais…La possibilité…J’aimerais avoir le pouvoir de guérir, par exemple. Sinon, je crois que je suis déjà exaucée car je fais le métier que j’aime.

Récemment, nous avons demandé à nos auditeurs de classer leurs trois chansons préférées du siècle qui vient de s’achever. Quelles sont celles que vous auriez cité, Mylène ?
-Je pense au duo entre Kate Bush et Peter Gabriel qui s’appelle « Don’t Give Up ». Je pense aussi à une chanson du groupe U2 qui s’appelait « One », et puis une chanson de Sting qui s’appelait « Fragile », je crois.

Mylène, dites-nous : pour vous, ce que vous faites, c’est du business ? C’est le but de votre vie ? Encore plus que ça ?
-C’est mon activité, c’est ce pour quoi je vis. 

Mylène, nous allons célébrer ce 8 mars la journée de la femme. Est-ce que je peux vous demander de saluer nos auditrices à cette occasion ?
-Avec plaisir. Je leur souhaite de bien en profiter !

Votre concert se tient en ce jour très spécial !
-J’en suis ravie ! 

Merci, Mylène !
-Merci ! Spasibo ! (‘merci’ en russe, nda)

 

Publié dans Mylène 1999 - 2000, Mylène en INTERVIEW | Pas de Commentaires »

LES RECORDS DE MYLENE FARMER

Posté par francesca7 le 13 juin 2014

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Mylène Farmer est l’artiste ayant classé le plus de singles dans le Top 10 français :
(43 titres) Libertine, Tristana, Sans contrefaçon, Pourvu qu’elles soient douces, Sans logique, Désenchantée, Regrets, Je t’aime mélancolie, Beyond my control, Que mon coeur lâche, XXL, L’Instant X, California, Rêver, La poupée qui fait non, L’Âme-stram-gram, Je te rends ton amour, Souviens-toi du jour, Optimistique-moi, Innamoramento, Dessine-moi un mouton, L’histoire d’une fée, c’est…, Les mots, C’est une belle journée, Pardonne-moi, Fuck them all, Q.I, Redonne-moi, L’amour n’est rien…, Peut-être toi, Slipping away (Crier la vie), Avant que l’ombre… Live, Déshabillez-moi Live, Dégénération, Appelle mon numéro, Si j’avais au moins…, C’est dans l’air, Sextonik, Oui mais… non, Bleu noir, Lonely Lisa, Du temps, À l’ombre.

 

Record de singles classés n°1 dans le Top 50 des meilleures ventes de singles en France :
(13 titres) Pourvu qu’elles soient douces, Désenchantée, XXL, Slipping away (Crier la vie), Dégénération, Appelle mon numéro, Si j’avais au moins…, C’est dans l’air, Sextonik, Oui mais… non, Bleu noir, Lonely Lisa, À l’ombre.

 

Record de singles consécutifs classés n°1 dans le Top 50 des meilleures ventes de singles en France :
(8 titres) Dégénération, Appelle mon numéro, Si j’avais au moins…, C’est dans l’air, Sextonik, Oui mais… non, Bleu noir, Lonely Lisa.

 

Record de singles classés simultanément dans le Top 50 des meilleures ventes de singles en France :
(4 titres) Dégénération, Appelle mon numéro, Si j’avais au moins…, C’est dans l’air.

 

Records de singles d’un même album classés n°1 dans le Top 50 des meilleures ventes de singles en France :
Album Point de Suture : (5 singles, soit tous les extraits) Dégénération, Appelle mon numéro, Si j’avais au moins…, C’est dans l’air, Sextonik.
Album Bleu Noir : (3 singles, soit tous les extraits) Oui mais… non, Bleu noir, Lonely Lisa.

 

Record de ventes de DVD musicaux :
Mylenium Tour, environ 300’000 ventes.
Puis quelques années plus tard Avant que l’ombre… à Bercy, avec 450’000 ventes.

 

Record de ventes de Best of :
Les Mots vendu à près d’1’700’000 d’exemplaires.

 

Record de ventes de double album Live :
Live à Bercy pour plus de 900’000 exemplaires vendus.

 

Records de budget pour un clip français :
Pourvu qu’elles soient douces : 450’000 €, California : 600’000 €, L’Âme-Stram-Gram : 900’000 €.

 

Record de budget pour une tournée française :
Mylenium Tour qui a coûté plus de 120 millions de francs.

 

Record de durée pour un clip français :
Pourvu qu’elles soient douces : 17mn.

 

Record du nombre de Disques de Diamant pour une chanteuse française :
(7 albums) Ainsi soit je…, L’autre…, Anamorphosée, Innamoramento, Les mots, Bleu Noir, Monkey Me.

 

Record du nombre de trophées NRJ Music Awards :
(8 récompenses) Trois en 2000, un en 2001, un en 2002, un en 2003, un en 2006 et un en 2009.

 

Record de revenus engrangés par une artiste française :
10,4 M€ en 2001 (selon Le Figaro).

 

Record de l’artiste française la plus exportée en 2005 :
avec Désenchantée, selon la SACEM (basé sur les diffusions et copies enregistrées en 2004).

 

Record de rapidité de remplissage du Stade de France
Concert du 12 septembre 2009 complet en 2h (vendredi 28 mars 2008 à 10h).
Concert du 11 septembre 2009 complet en 1h15 (mardi 1er avril 2008 à 10h).

 

Record de rapidité de ventes d’une tournée
100’000 places vendues de sa tournée 2009 en une journée de commercialisation (vendredi 23 mai 2008).

 

Record de ventes digitales :
En 2008, le single Dégénération est n°1 du Top des titres achetés sur Internet, avec 4’998 téléchargements, en trois jours de mise en vente.
En 2008, l’album Point de Suture est l’album le plus téléchargé en France (depuis la création des ventes digitales), avec 5’121 téléchargements en quatre jours de mise en vente.
En 2010, l’album Bleu Noir est l’album le plus téléchargé en France (depuis la création des ventes digitales), avec 9’129 téléchargements en première semaine de vente. (MAJ : record battu par David Guetta en septembre 2011)

 

Record de ventes physiques en une semaine :
En 2010, l’album Bleu Noir est l’album qui réalise le plus fort démarrage en France (pour cette année-là), avec 139’000 exemplaires vendus en première semaine d’exploitation.

 

Record de présence dans le Top 50 sur quatre décennies :
Elle est la seule artiste à avoir classée n°1 du Top 50 un single dans les années ’80s, ’90s, ’00s et ’10s.

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Johanna MANCHEC choristes de Mylène Farmer au Timeless 2013

Posté par francesca7 le 23 mai 2014

 

 

johanna manchecChanteuse protéiforme, Hohanna Manchec, se lance très tôt dans le musique en apprenant la guitare et le piano, puis se produit, dès l’adolescence, comme interprète du piano-bas La Périgourdine. Elle fait ses premiers pas de choriste lors du Stade France de Johnny Hallyday en 1998, avec qui elle chantera à nouveau en 1999, 2000, 2003 et 2006. En parallèle, elle donne des cours de chant et cape son premier rôle d’actrice à L’opéra Royal de Wallonie à Liège, en 2003, dans Simenon et Joséphine de Jean-Louis Grinda, elle y joue le rôle principal de Joséphine Baker et s’adonne même aux claquettes.

Présentée par Yvan Cassar à Mylène Farmer, elle participe en 1999 aux choeurs africains de « Mylenium » et « L’amour naissant » sur l’album « Innamoramento ». Par la suite, elle sera présente en tant que choriste sur toutes les tournées de Mylène Farmer à partir du Mylenium Tour.

La chanteuse a à son actif un album solo, « Hymne à la vie » (Février 2011), écrit, composé et arrangé par ses soins.

Image de prévisualisation YouTube

vidéo http://www.youtube.com/watch?v=Mp5QLaditB8

 

Amoureuse du spectacle vivant, Johanna Manchec-Ferdinanc mène avec talent et énergie une carrière de choriste pour Johnny Hallyday et Mylène Farmer, et avec humour et élégance, ses propres concerts…

Mylène Farmer a fait un passage par le Cours Florent. Vous avez, vous aussi, suivi une formation pluridisciplinaire bien avant que Star Academy et autres Popstars n’existent…
J’ai suivi une formation dans une école privée de spectacle. J’ai fait le Festival d’Avignon, travaillé au Cirque d’Hiver et obtenu mon diplôme. Je me suis ensuite frottée à l’école de la vie. J’ai débuté au piano-bar La Périgourdine, un soir où mon meilleur ami a demandé au patron de me laisser interpréter « Summertime ». J’ai été engagée le soir même, malgré un maigre répertoire. Au début des années 1990, j’ai travaillé au mythique cabaret des Trois Maillets. J’étais très attirée par ce lieu rempli des fantômes de Sydney Bechet ou de Nina Simone. J’ai appris à chanter et aussi à susciter l’attention des clients vers trois heures du matin. Cette expérience me sert tous les jours dans ma vie d’artiste. J’y ai croisé Nicolas Montazaud, le percussionniste de Mylène sur Avant que l’ombre… à Bercy.

De ces débuts d’interprète soliste, comment êtes-vous devenue choriste ?
Par hasard et plutôt tard ! Une amie chanteuse m’a demandé de l’accompagner à l’audition pour le Stade de France de Johnny Hallyday en 1998, mon premier engagement aux côtés de cet immense artiste. Ensuite, j’ai auditionné pour le Mylenium Tour : autre rencontre choc dans ma vie artistique avec Mylène Farmer. J’avais évidemment entendu parler de Mylène et j’ai découvert davantage son univers en travaillant avec elle sur ses chansons et sur la mise en scène de sa musique. J’ai été agréablement surprise de la sensibilité qui se dégageait de ses concerts. Comme lors de ma première collaboration avec Johnny, je me suis retrouvée au service d’une artiste renommée et j’ai découvert le fonctionnement de ces grosses machineries, tous les artistes de l’ombre et techniciens qui travaillent en coulisses pour cette grosse entreprise…

Vous aviez rencontré Mylène lors de l’enregistrement de « Dessine-moi un mouton », « Souviens-toi du jour… », « L’amour naissant » et « Mylenium ». Vous souvenez-vous de cette prise de contact ?
Vous me le rappelez… On a fait tellement de concerts depuis ! C’est par l’intermédiaire d’Yvan Cassar que je me suis retrouvée dans cette chorale de studio. Nous étions cinq filles, et notamment Angeline Annonier. J’apprécie son talent et nous travaillons d’ailleurs ensemble sur quelques textes de mon premier album. Nous avions enregistré ces voix à Los Angeles et Paris. Mylène et Laurent Boutonnat étaient présents durant les deux séances.

Quels souvenirs gardez-vous de cette première tournée débutée avec Mylène en 1999 ?
Une incroyable aventure. J’ai été si chanceuse de me retrouver dès le départ sur une telle tournée avec cinq dates à Bercy, il me semble. De plus, nous nous sommes rendus en 2000 en Russie et ce fut une belle expérience. On était habitués à des français surexcités alors que là, tous étaient assis au calme. J’ai trouvé le public de Moscou et de Saint-Pétersbourg très émouvant. Certainement le poids de l’histoire… J’ai adoré accompagner « Innamoramento » et « California » où nous nous retrouvions, avec Mylène et Esther, toutes les trois sur l’escalier central. On partage des moments inoubliables avec l’artiste sur certains titres.

Après le Mylenium Tour, la Tour Eiffel, l’Olympia et la tournée de Johnny en 2000, puis Bercy, le Parc des Princes et sa nouvelle tournée en 2003, vous avez joué le rôle-titre de Simenon et Joséphine au Forum de Liège fin 2003…

J’ai adoré jouer le personnage tumultueux de Joséphine Baker dans cette comédie musicale. Ce spectacle m’a réconfortée et m’a redonné confiance pour prendre plus de risques dans mon métier et j’ai une pensée particulière pour une personne qui m’a beaucoup encouragée. Le scénario était dense. On mettait une histoire en musique, et non l’inverse. Il s’agissait de raconter, avec un vrai orchestre symphonique qui jouait live dans la fosse, la liaison intense entre l’écrivain Georges Simenon et Joséphine.

Qui vous a rappelé pour Avant que l’ombre… à Bercy ?
Mylène et Laurent m’ont convoquée pour les premières répétitions. Nous avions tous la pression étant donné la taille du spectacle. Nous avons fait ce qu’il fallait pour que ce trac ne prenne pas le pas sur le reste.

Quel a été le plus beau moment d’émotion durant le concert de janvier dernier ?
Sans hésiter la chanson « Avant que l’ombre… » interprétée derrière le rideau d’eau. Il se dégageait une atmosphère très prenante, une émotion très particulière sur scène. Je pense que cela apparaissait au public comme une sortie grandiose. Nous sur scène, nous avions toujours le cœur serré. Franchement, je ne pouvais pas m’empêcher d’avoir les larmes aux yeux. Mylène avait une fragilité dans la voix qui laissait passer tant de sensibilité, comme on peut en ressentir lors d’un au revoir. A ce moment-là du show, les plateformes sur lesquelles nous étions installées descendaient et on ne distinguait plus que l’ombre de Mylène qui gravissait l’escalier. Superbe.

Vous étiez physiquement beaucoup moins proche qu’elle que sur le Mylenium Tour…
Pas vraiment. Elle nous rejoignait souvent, notamment sur « L’amour n’est rien… ». Pour « Désenchantée », nous traversions la passerelle pendant l’intermède musical et la rejoignions sur la scène centrale en reprenant le refrain « Tout est chaos… ». C’était un beau moment en plein cœur de Bercy et il me tarde vraiment de voir comment rendaient ces titres. On ne découvre le spectacle qu’après le public car on ne profite pas de tout le travail créatif de son et de lumière. J’ai redécouvert le Mylenium Tour en visionnant la vidéo live.

Les fans de Mylène deviennent un peu les vôtres. Est-ce troublant ?
Non, c’est une forme de reconnaissance. Certains reviennent systématiquement aux premiers rangs et on finit par créer une complicité avec eux. Nous partageons l’amour qu’ils ont pour l’artiste et c’est vrai qu’eux arrivent à nous rencontrer plus facilement que leur idole.

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Les médias évoquent souvent les similitudes entre Johnny Hallyday et Mylène Farmer. Vous qui les côtoyez tous les deux, qu’en pensez-vous ?
D’abord leur immense professionnalisme. Mylène est plus réservée au premier abord. Johnny est un artiste extraordinairement talentueux et attachant, les qualificatifs manquent pour décrire tout ce qu’il représente. Ils ont envie que ceux qui participent à leurs spectacles soient rigoureux. AU fil des jours, on crée autre chose qu’une simple relation de professionnel à professionnel… Ils ont en commun la simplicité en coulisses et la générosité envers leur public sur scène. Ils transmettent une énergie incroyable lorsqu’ils sont sous les projecteurs, et en termes de carrières artistiques, ils sont l’exemple à suivre.

Vous travaillez avec Esther Donbong’Na Essienne sur les spectacles Farmer. Est-ce un luxe de n’être que deux « sexy ladies » comme dirait Johnny, sur un spectacle ?
C’est un plaisir en tout cas. On est toujours en duo pour Mylène. En revanche, ce choix est inédit pour cette tournée plus « roots » de Johnny, nous étions habituées à être plusieurs choristes. J’ai une tonne de souvenirs avec Esther ! Il me faudrait des heures… Je me souviens de rires en répétitions sur le Mylenium Tour. Christophe Danchaud nous faisait répéter une gestuelle sur « Innamoramento ». On devait joindre nos mains pendant que Mylène retournait au creux de la main de la statue. Je me suis retournée dans le mauvais sens et je me suis retrouvée face à face avec Esther, mais comme elle est plus grande que moi, j’avais le nez dans sa poitrine. Impossible dès lors de s’arrêter de rire ! Mylène nous regardait l’air de dire…

La comédie musicale Simenon et Joséphine n’aura duré que cinq jours, tout comme Avant que l’ombre… à Bercy n’aura vécu que treize soirées uniques. Existe-t-il un manque quand tant de répétitions se soldent par si peu de concerts ?
En tant que chanteuse, danseuse et chorégraphe, je travaille sur des spectacles dans l’évènementiel avec ce même sentiment d’éphémère. Je m’investis également dans la direction artistique de la société de production que nous avons créée avec mon manager et mari. Notre plaisir est de faire découvrir d’autres artistes talentueux ou de voyager pour créer des concerts uniques pour de prestigieuses soirées privées, comme à Dallas il y a quelques mois. C’est important de ne pas se perdre dans les arcanes du métier. Je crois au pouvoir de l’expérience et je donne autant d’importance à ma vie artistique qu’à ma vie privée… Les jours off, je retrouve avec intensité ma vie de femme, d’épouse et de maman.

Que reste-t-il à vous souhaiter ?
Que la chance soit toujours au rendez-vous, notamment pour l’enregistrement de mon album. Je consacre beaucoup d’énergie à présenter des mélodies et des textes qui tiennent la route, nourris de toutes mes influences, sans limite à ma création. J’espère que mes chansons trouveront leur public.

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Mylène Farmer la papesse du clip

Posté par francesca7 le 30 mars 2014

 

La chanteuse culte Mylène Farmer vient d’entamer une nouvelle série de concerts à Paris Bercy, qui sera suivie d’une tournée en province intitulée « Timeless ». L’occasion de revenir sur les 30 ans de carrière de la star, de ses audaces visuelles à ses rendez-vous manqués avec le cinéma en passant par ses influences, ses collaborations et ceux qu’elle a elle-même inspirés. La première partie de cette saga en 3 volets est consacrée à ses clips légendaires…

Aux origines du mythe…

Image de prévisualisation YouTube

http://www.youtube.com/watch?v=RUQZZW2GrAA

 

C’est sur un clin d’oeil à Marilyn Monroe que Mylène Farmer s’affiche en 2012

pour son album « Monkey Me »

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En empruntant son nom de scène à Frances Farmer, une actrice américaine des années 40 entrée dans la légende tragiquement après un internement psychiatrique qui l’a détruite, Mylène Gautier, comédienne formée au Cours Florent et coutumière des spots publicitaires, inscrit son univers dans l’enténèbrement et la perversion dès 1984 et la sortie de son premier titre, Maman a tort. Dans cette comptine torturée, la chanteuse débutante avoue poliment à sa maman être tombée amoureuse de son infirmière. Si elle ne cache pas à cette époque rêver de devenir actrice, dédiant par exemple une chanson de son premier album à l’une de ses idoles, Greta Garbo, le succès immense qui la propulse en quelques années au rang de star de la chanson française la conduit naturellement à remettre ses ambitions à plus tard pour embrasser pleinement l’autre belle carrière qui s’offre à elle.

 

C’est Laurent Boutonnat qui la sort de l’ombre. Il débute lui-même à l’époque, avec seulement un long-métrage à son actif, La Ballade de la féconductrice, sorti en 1980 et projeté au marché du film à Cannes. Il est interdit aux moins de 18 ans… alors qu’il n’en a lui-même que 17 ! Il devient le compositeur, le pygmalion, le jumeau, « l’autre » de Mylène Farmer. Ils inventent ensemble un univers visuel unique, cinématographique, référencé et peuplé de personnages marquants, épaississant le mystère qui entoure la jeune femme et qui ne la quittera plus jamais.

 

Clipographie : Mylène vue par Laurent Boutonnat


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1986 - Libertine : court-métrage d’une dizaine de minutes, inspiré du Barry Lyndon de Kubrick, entré dans la légende en particulier grâce à ses scènes de nue qui ont fait scandale.

 

1987 - Tristana : deuxième court-métrage qui revisite le conte de Blanche Neige et les sept nains au coeur d’une Russie enneigée, et qui fait référence, entre autres, au Cuirassé Potemkine.

 

1987 Sans Contrefaçon : projetée en avant-première au cinéma Max Linder, cette vidéo raconte la relation ambigüe entre un marionnettiste et un pantin désarticulé, qui n’est pas sans rappeler l’histoire de Pinocchio.

 

1988 - Pourvu qu’elles soient douces (Libertine II) : suite de l’histoire de Libertine, se déroulant cette fois pendant la Guerre de sept ans. Il entre à l’époque dans le Livre des records en tant que clip le plus cher de l’histoire (3 millions de francs), le plus long (près de 18 minutes) et comportant le plus de figurants (500).

 

1989 - Sans Logique : dans une ambiance rappelant les tableaux de Goya, une femme trompée, habitée par le Malin, se lance dans une corrida meurtrière avec son amant, sous le regard fasciné et pervers de gitans abimés par le temps.

 

1989 - A quoi je sers ? : dans ce clip en noir et blanc, Mylène convoque les personnages qui ont peuplé ses premiers clips. Ils s’enfoncent ensemble au coeur d’ un rivage brumeux et incertain.

 

1991 - Désenchantée : devenu l’hymne de toute une génération, cette chanson forte, politique pour les uns, personnelle pour l’artiste, est illustrée par un clip qui propulse la star dans ce qui ressemble à un camp de concentration où la révolte est le seul espoir de survie jusqu’à une fuite vers le bout du bout du monde, jusqu’à l’infini.

 

1992 - Beyond My Control : le dernier clip réalisé par Laurent Boutonnat avant une longue période conduit Mylène au bûcher, en proie aux flammes, livrée aux loups, après avoir dévoré le cou puis le visage de son amant qui l’a trompée (lui aussi). On y entend la voix de John Malkovich, extraite du film Les Liaisons dangereuses, qui confesse « It’s beyond my control« .

 

2001 - Les Mots : pour la sortie de son premier best-of, elle enregistre un duo avec le chanteur britannique Seal. Laurent Boutonnat revient à cette occasion derrière la caméra pour les diriger. Perdu en mer sur un radeau, le couple est finalement séparé par les vagues, le courant emportant l’amant.

 

Redécouvrez ci-dessous le clip de Désenchantée :

 

Clipographie : Mylène vue par d’autres cinéastes

Image de prévisualisation YouTube

http://www.youtube.com/user/MyIeneFarmer

 

 

1992 - Que mon coeur lâche : dans ce premier clip aux allures légères, Luc Besson embarque sur Terre l’ange Mylène à qui Dieu donne pour mission d’enquêter sur ce qu’est devenu le sentiment amoureux. Réponse : il a été perverti par le sexe et détruit par le VIH. Le cinéaste joue au jeu de l’auto-référence en proposant une scène similaire à l’une de son film Nikita, sorti deux ans plus tôt.

 

1995 & 1996 XXLL’instant X & Comme j’ai mal : Marcus Nispel, devenu par la suite réalisateur de films d’horreur (Massacre à la tronçonneuseVendredi 13…), met en scène une Mylène plus libérée, que ce soit sur le devant d’un train roulant à vive allure au milieu des plaines californiennes, ou dans un New York envahi par la mousse.

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1996 - California : admiratrice d’Abel Ferrara, Mylène parvient à convaincre le réalisateur de la diriger aux côtés deGiancarlo Esposito dans les quartiers chauds de Los Angeles, sur un scénario qu’ils co-écrivent et qui met en parallèle le destin d’un couple de riches hollywoodiens et celui d’une prostituée et de son maquereau.

 

1999 - L’Âme-Stram-Gram : basée sur une légende chinoise, cette vidéo de plus de 7 minutes est dirigée par Siu-Tung Ching (Histoire de fantômes chinois) qui dispose d’un budget d’environ 900 000 euros. Aux abords de la Muraille de Chine, deux jumelles sont traquées par des bandits. L’une est kidnappée, l’autre cherche alors à la retrouver…

 

1999 - Je te rends ton amour : François Hanss, autrefois assistant-réalisateur de Laurent Boutonnat, plonge la star dans un bain de sang au milieu d’une église. Considéré comme blasphématoire, il est interdit d’antenne en version intégrale avant minuit. Il sort alors en VHS et le bénéfice des ventes est reversé au Sidaction.

 

2000 - Optimistique-Moi : cette fois, Mylène fait appel à un réalisateur de clips et de publicités, Michael Haussman, qui a notamment oeuvré pour Madonna. Il pousse la chanteuse au centre d’un cirque dont elle tente de s’échapper… comme par magie.

 

2001 - C’est une belle journée : à l’occasion de son premier clip animé, basé sur ses propres dessins, Mylène fait la rencontre de celui qui deviendra son compagnon, Benoît di Sabatino, un producteur spécialisé dans l’animation. Une suite sort deux ans plus tard sous forme de conte philosophique pour adultes, intitulé Lisa-loup et le conteur.

 

2005 - Fuck Them All : le premier extrait du nouvel album de Mylène, Avant que l’ombre…, est illustré par un clip signé par le réalisateur espagnol Agustí Villaronga (El mar).

 

1a2006 - Peut-être toi : après le dessin-animé, Mylène s’attaque au manga. Une sorte de Roméo et Juliettejaponisant qui se termine par la mort de deux amoureux, transpercés par la même flêche. La production est confiée à I.G., une société japonaise experte dans le domaine.

 

2009 - The Farmer Project : respecté dans le monde de la publicité grâce à ses réalisations classieuses pour des spots de marques de luxe, Bruno Aveillan est en charge de ce court-métrage composé de deux clips (Dégénérationet Si j’avais au moins…), d’ailleurs diffusé en avant-première ici même, sur AlloCiné ! On y découvre une Mylène créature extra-terrestre aux ondes sensuelles venue répandre l’amour sur Terre et libérer les animaux de leurs cages.

 

vue sur http://www.allocine.fr/article

 

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Mylène Farmer de 1996 à 2001

Posté par francesca7 le 5 mars 2014

 

 

images (1)MYLENE FARMER … 1996-2001

En Septembre 1995, elle fait son come-back avec son album ‘Anamorphosée’, enregistré en Californie. Alors s’enchainenet les tubes: ‘XXL’, ‘L’instant X’, ‘California’, ‘Comme j’ai mal’ et ‘Rêver’. Qui dit succés, dit tournée; c’est pourquoi, le 25 mai 1996, Mylène débute sa tournée dans l’hexagone. Celle-ci sera malheureusement interrompue le 15 juin au cours même du concert de Lyon : Mylène tombe de scène et se brise le poignée… Le 29 novembre, la tournée reprend. C’est au cours de son concert à Bercy, le 12 décembre, qu’est filmée la vidéo Live à Bercy. Alors, suit une nouvelle série de succés live : ‘La poupée qui fait non’(duo avec Khaled), ‘Ainsi sois-je’ et ‘Désenchantée’(diffusé sur NRJ), tous tirés bien sûr de cette fabuleuse cassette… Le 7 et 8 décembre 1997, pour marquer la réussite non seulement de sa tournée mais aussi de toute sa carrière, NRJ rend hommage à notre sublime Mylène en organisant un week-end Mylène Farmer où l’on pourra suivre la Saga NRJ qui décrit son parcours…

Une nouvelle fois, Mylène fait son come-back aprés une longue période d’absence : le 1er Février 1999, dans Music new sur NRJ, l’annonce puis le passage du nouveau single, Ame stram gram, sublime une nouvelle fois les fans ; le 9 mars, le single est dans les bacs et ce sera plus de 300 000 ventes. Cette ambiance techno semble plaire puisque le single se classe dès la première semaine, à la seconde place des meilleures ventes de single.

Pour le clip de Ame stram gram, une nouvelle bonne surprise puisque le duo Mylène et Laurent est de nouveau formé et nous offre un superbe scénario (malgré une mise en scéne trés ninjaesque au milieu du clip… no comment) de plus de 10 minutes : un coût de 3,5 millions et un réalisateur talentueux, Ching Siu Tung pour 5 jours de tournage à Pékin.

Après un début de promo, le 7 avril, l’album Innamoramento est *enfin* en vente ; une fois de plus en exclusivité, NRJ diffusait la veille certaines chansons avec la présence de la Belle. L’album est vite un succés et affiche plus de 700 000 exemplaires vendus.Aprés 3 mois, Je te rends mon amour arrive le 1er juin ; un clip une fois de plus troublant pour les petits esprits … censuré …Pour la troisième fois de sa carrière, Mylène entame une nouvelle tournée : Le mylènium tour. Ce nouveau spectacle débute cette fois-ci à Marseille le 21 septembre 1999 ; le 24 reçoit la Belle et ses nouvelles tendances asiatiques à Bercy, Paris …Une semaine aprés le début de la tournée mais initialement prévu pour la première date du Mylènium Tour, Souviens-toi du jour prend silencieusement la place du précédent single : ces deux derniers n’obtiendront pas en effet un franc succés auprés du grand public …

Parution sur http://www.melty.fr

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Le space-opéra de Mylène Farmer

Posté par francesca7 le 20 février 2014

 

    téléchargement (4)L’image frappe dès l’entrée en salle : un énorme coffre, une porte ornée monumentale interdit l’accès à un temple (très boutonnesque j’oserais) on ne peut plus mystérieux. Mur aveugle qui fait monter progressivement une excitation que rien ne peut contenir. C’est après un court-métrage d’Alain Lescalle (mélange confus de guirlandes japonisantes sur une esthétique de jeu vidéo des années 90) que le scaphandre cybernétique renfermant la chanteuse attirera les regards au centre du plafond de Bercy. Et c’est après une descente et un parcours qui le mène au pied du temple que le ton esthétique du show est donné : coiffure pour le moins inattendue composée de marguerites improbables, tenues multicolores de robes lamées et de corsais surchargés, soupiraux de pierre et escaliers vertigineux, le temple dans lequel nous entrons est celui du délire visuel …et textuel. L’entrée en scène se fait au son scratché de chœurs scandant « shut up Farmer » (« Ta gueule Farmer »), ce qui promet pour les 2h30 de show qui suivent.

    De quoi être bousculé. On ne peut qu’être déçu par l’enchaînement mollasson des toutes premières chansons (XXL sans envie, California lassant, Dans les rues de Londres au minimum syndical). Mais c’est avec la chorégraphie percutante (et sans danseuses) de Pornographique que le spectacle démarre vraiment. La suite assez rythmée (ouf!) fait étrangement l’impasse sur 2 albums (Cendres de lune, et Innamoramento), et reste à l’image de l’entrée en scène : un certain futurisme des années 80 sur des décors de « La Belle et la bête ». Chapeaux haut-de-forme sur Sans ContrefaçonJe t’aime mélancolie en altitude sous des voiles rétractables, Q.I. et sa chorégraphie hispanisante reprenant les gestes du clip, et à la surprise générale Les Mots en duo avec l’imposant (et charmeur!) batteur, Abraham Laboriel Jr. (quand on vous dit que c’est dans le délire !).

    Un chandelier aux allures du pieuvre pose la chanteuse sur une scène centrale en forme de croix de malte (symbole du secourisme) pour un tableau marquant le milieu du spectacle. La proximité de tout le public donne une force indéniable à un long tableau composé de chansons acoustiques (Redonne-moiRêver, Ainsi soit-je…) accompagnées par Yvan Cassar sur un piano noir collé à une plateforme réversible. Fin de la partie avec LA réussite du spectacle : un Désenchantée ultra dansant en formation restreinte (Abraham sur une mini-batterie pas plus grande qu’un guéridon, une simple guitare, une unique percussion et Yvan fidèle au piano), et une Mylène tournoyante avec ses danseuses pour que chacun des spectateurs tout autour d’elle n’en perde pas une miette. C’est, avec Sans Contrefaçon, les deux moments forts du show …car peut-être les deux seuls vrais tubes. 

  téléchargement (5)  Avant que l’ombre la bien nommée clôturera un spectacle foisonnant en entrouvrant un rideau d’eau sur un Mylène Farmer d’une neutralité retrouvée, qui disparaîtra symboliquement nue au sommet d’un escalier féerique orné de lustres suspendus à une autre planète. Rappel du rideau d’eau, le mot « passé » écrit en retombées pluvieuses (première technique mondiale) s’écrasera au sol à plusieurs reprises. De loin le final le plus réussi, le plus émouvant aussi. Le final suicidaire du concert de 1989 (que décidément rien ne vaut) n’est pas très loin dans cette grille du cimetière remplacée par le monumental coffre dont la résonance de la clôture résonne encore à nos oreilles.

    A chaud, un spectacle incroyablement délirant et forcément jouissif, tant le retour de la vraie audace du duo Farmer-Boutonnat était attendu.

Dr. Jodel, le 14 janvier 2006.

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Saga « Mylène Farmer fait son cinéma »

Posté par francesca7 le 22 décembre 2013

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CLIP : 1ère partie : la papesse du clip sur – News – Stars 

La chanteuse culte Mylène Farmer vient d’entamer une nouvelle série de concerts à Paris Bercy, qui sera suivie d’une

tournée en province intitulée « Timeless ». L’occasion de revenir sur les 30 ans de carrière de la star, de ses audaces visuelles à ses rendez-vous manqués avec le cinéma en passant par ses influences, ses collaborations et ceux qu’elle a elle-même inspirés. La première partie de cette saga en 3 volets est consacrée à ses clips légendaires…

Aux origines du mythe…

En empruntant son nom de scène à Frances Farmer, une actrice américaine des années 40 entrée dans la légende tragiquement après un internement psychiatrique qui l’a détruite, Mylène Gautier, comédienne formée au Cours Florent et coutumière des spots publicitaires, inscrit son univers dans l’enténèbrement et la perversion dès 1984 et la sortie de son premier titre, Maman a tort. Dans cette comptine torturée, la chanteuse débutante avoue poliment à sa maman être tombée amoureuse de son infirmière. Si elle ne cache pas à cette époque rêver de devenir actrice, dédiant par exemple une chanson de son premier album à l’une de ses idoles, Greta Garbo, le succès immense qui la propulse en quelques années au rang de star de la chanson française la conduit naturellement à remettre ses ambitions à plus tard pour embrasser pleinement l’autre belle carrière qui s’offre à elle.

 téléchargement (3)

C’est Laurent Boutonnat qui la sort de l’ombre. Il débute lui-même à l’époque, avec seulement un long-métrage à son actif, La Ballade de la féconductrice, sorti en 1980 et projeté au marché du film à Cannes. Il est interdit aux moins de 18 ans… alors qu’il n’en a lui-même que 17 ! Il devient le compositeur, le pygmalion, le jumeau, « l’autre » de Mylène Farmer. Ils inventent ensemble un univers visuel unique, cinématographique, référencé et peuplé de personnages marquants, épaississant le mystère qui entoure la jeune femme et qui ne la quittera plus jamais. 

1986 - Libertine : court-métrage d’une dizaine de minutes, inspiré du Barry Lyndon de Kubrick, entré dans la légende en particulier grâce à ses scènes de nue qui ont fait scandale. 

1987 - Tristana : deuxième court-métrage qui revisite le conte de Blanche Neige et les sept nains au coeur d’une Russie enneigée, et qui fait référence, entre autres, au Cuirassé Potemkine

1987 Sans Contrefaçon : projetée en avant-première au cinéma Max Linder, cette vidéo raconte la relation ambigüe entre un marionnettiste et un pantin désarticulé, qui n’est pas sans rappeler l’histoire de Pinocchio

1988 - Pourvu qu’elles soient douces (Libertine II) : suite de l’histoire de Libertine, se déroulant cette fois pendant la Guerre de sept ans. Il entre à l’époque dans le Livre des records en tant que clip le plus cher de l’histoire (3 millions de francs), le plus long (près de 18 minutes) et comportant le plus de figurants (500). 

1989 - Sans Logique : dans une ambiance rappelant les tableaux de Goya, une femme trompée, habitée par le Malin, se lance dans une corrida meurtrière avec son amant, sous le regard fasciné et pervers de gitans abimés par le temps. 

1989 - A quoi je sers ? : dans ce clip en noir et blanc, Mylène convoque les personnages qui ont peuplé ses premiers clips. Ils s’enfoncent ensemble au coeur d’ un rivage brumeux et incertain. 

1991 - Désenchantée : devenu l’hymne de toute une génération, cette chanson forte, politique pour les uns, personnelle pour l’artiste, est illustrée par un clip qui propulse la star dans ce qui ressemble à un camp de concentration où la révolte est le seul espoir de survie jusqu’à une fuite vers le bout du bout du monde, jusqu’à l’infini. 

1992 - Beyond My Control : le dernier clip réalisé par Laurent Boutonnat avant une longue période conduit Mylène au bûcher, en proie aux flammes, livrée aux loups, après avoir dévoré le cou puis le visage de son amant qui l’a trompée (lui aussi). On y entend la voix de John Malkovich, extraite du film Les Liaisons dangereuses, qui confesse « It’s beyond my control« . 

2001 - Les Mots : pour la sortie de son premier best-of, elle enregistre un duo avec le chanteur britannique Seal. Laurent Boutonnat revient à cette occasion derrière la caméra pour les diriger. Perdu en mer sur un radeau, le couple est finalement séparé par les vagues, le courant emportant l’amant.

Clipographie : Mylène vue par d’autres cinéastes

1992 - Que mon coeur lâche : dans ce premier clip aux allures légères, Luc Besson embarque sur Terre l’ange Mylène à qui Dieu donne pour mission d’enquêter sur ce qu’est devenu le sentiment amoureux. Réponse : il a été perverti par le sexe et détruit par le VIH. Le cinéaste joue au jeu de l’auto-référence en proposant une scène similaire à l’une de son film Nikita, sorti deux ans plus tôt. 

1995 & 1996 XXLL’instant X & Comme j’ai mal : Marcus Nispel, devenu par la suite réalisateur de films d’horreur (Massacre à la tronçonneuseVendredi 13…), met en scène une Mylène plus libérée, que ce soit sur le devant d’un train roulant à vive allure au milieu des plaines californiennes, ou dans un New York envahi par la mousse.

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1996 - California : admiratrice d’Abel Ferrara, Mylène parvient à convaincre le réalisateur de la diriger aux côtés deGiancarlo Esposito dans les quartiers chauds de Los Angeles, sur un scénario qu’ils co-écrivent et qui met en parallèle le destin d’un couple de riches hollywoodiens et celui d’une prostituée et de son maquereau. 

1999 - L’Âme-Stram-Gram : basée sur une légende chinoise, cette vidéo de plus de 7 minutes est dirigée par Siu-Tung Ching (Histoire de fantômes chinois) qui dispose d’un budget d’environ 900 000 euros. Aux abords de la Muraille de Chine, deux jumelles sont traquées par des bandits. L’une est kidnappée, l’autre cherche alors à la retrouver… 

1999 - Je te rends ton amour : François Hanss, autrefois assistant-réalisateur de Laurent Boutonnat, plonge la star dans un bain de sang au milieu d’une église. Considéré comme blasphématoire, il est interdit d’antenne en version intégrale avant minuit. Il sort alors en VHS et le bénéfice des ventes est reversé au Sidaction. 

2000 - Optimistique-Moi : cette fois, Mylène fait appel à un réalisateur de clips et de publicités, Michael Haussman, qui a notamment oeuvré pour Madonna. Il pousse la chanteuse au centre d’un cirque dont elle tente de s’échapper… comme par magie. 

2001 - C’est une belle journée : à l’occasion de son premier clip animé, basé sur ses propres dessins, Mylène fait la rencontre de celui qui deviendra son compagnon, Benoît di Sabatino, un producteur spécialisé dans l’animation. Une suite sort deux ans plus tard sous forme de conte philosophique pour adultes, intitulé Lisa-loup et le conteur

2005 - Fuck Them All : le premier extrait du nouvel album de Mylène, Avant que l’ombre…, est illustré par un clip signé par le réalisateur espagnol Agustí Villaronga (El mar). 

2006 - Peut-être toi : après le dessin-animé, Mylène s’attaque au manga. Une sorte de Roméo et Juliettejaponisant qui se termine par la mort de deux amoureux, transpercés par la même flêche. La production est confiée à I.G., une société japonaise experte dans le domaine. 

2009 - The Farmer Project : respecté dans le monde de la publicité grâce à ses réalisations classieuses pour des spots de marques de luxe, Bruno Aveillan est en charge de ce court-métrage composé de deux clips (Dégénérationet Si j’avais au moins…), d’ailleurs diffusé en avant-première ici même, sur AlloCiné ! On y découvre une Mylène créature extra-terrestre aux ondes sensuelles venue répandre l’amour sur Terre et libérer les animaux de leurs cages.

Découvre ci-dessous The Farmer Project dans son intégralité : http://www.allocine.fr/article/fichearticle_gen_carticle=18629563.html

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Mylène, À QUOI ELLE SERT

Posté par francesca7 le 3 novembre 2013

 

Mylène Farmer revient en Suisse. «Enfin!», trépignent ses adorateurs. Toutefois, comme dans le refrain de sa chanson «A quoi je sers», on se pose la question. Fans sensibles s’abstenir.

 Mylène, À QUOI ELLE SERT  dans Mylène dans la PRESSE images

article paru sur http://360.ch/blog/magazine

«Mylèèèèèèèèèèèène!», les yeux mouillés, ses fans scandent son prénom depuis la fosse des stades où elle chorégraphie ses apparitions. Comme il se doit après quatre ans de silence radio, la reine Mylène descend dans l’arène pour lâcher quelques larmes devant ses admirateurs éplorés. C’est elle, le messie de la génération désenchantée. En tout cas en France, Suisse, Belgique et Russie. Les quatre contrées où la rousse fait son blé. Ses concerts-messe assurent l’émotion et les larmes précommandées des mois à l’avance par un public éternellement en manque. A contre-courant dans un monde ultra-connecté, Mylène fait sa chochotte en prenant bien garde de ne pas trop lever le voile sur le mystère qui l’entoure lors de ses passages aux 20 heures de France 2 ou TF1.

PREMIÈRE ÉPOQUE
Mais au fait, que reste-t-il du mystère Mylène? Que les choses soient claires: aucun artiste n’est plus méritant d’être aimé qu’un autre, il n’y a donc aucun jugement de valeur sur ses fans. Et je sais de quoi je parle, puisque j’ai aimé la Farmer première époque, «Tristana», «California» et sa vidéo tournée à Los Angeles par Abel Ferrara, les grandes fresques clipées par Laurent Boutonnat, son pygmalion de la première heure, alors inspiré… Je l’avoue sans honte, j’ai aimé Mylène Farmer. Aujourd’hui, certains de ses textes, «Pourvu qu’elles soient douces» en tête de liste, demeurent éblouissants d’ambigüité. Y a-t-il quelqu’un pour protester jusqu’ici? Non? Bon, continuons.

J’AI LÂCHÉ L’AFFAIRE…
A l’instar de nombreux de ses premiers fans, à mesure que la recette a pris son rythme de croisière, mon intérêt pour Farmer est allé décroissant. J’ai fini par lâcher l’affaire au tournant du nouveau millénaire. Comme la plupart, j’observe de loin ses retours orchestrés comme du papier à musique et calibrés sur le calendrier des NRJ Music Awards. Certes, la spontanéité n’a jamais été son fort. Et pour cause, il y a des années lumière, en troquant sa permanente brunette pour une tignasse flamboyante tenue par un catogan après ses premiers singles, elle a construit son propre mythe en s’enfermant dans un mutisme mélancolique.

a-300x225 dans Mylène et mes BLABLASPourtant, lorsqu’elle chantait «Maman a tort» aux côtés de Jacky dans Platine 45, elle n’avait rien d’une dépressive chronique effarouchée par des caméras de télévision. Au contraire, elle avait tout d’une sale gamine. Au fil des ans, ses passages télé se sont raréfiés, renforçant ainsi le mythe de la star tourmentée et secrète. De ce paradoxe, elle est complice. Comme me le disait un jour une proche de la chanteuse: «Mylène était une vraie écorchée au début de sa carrière. Elle exorcisait ses maux à travers ses chansons. Mais depuis le milieu des années 90, elle a pris un virage Las Vegas avec ses shows grandiloquents et elle a transformé ses fantômes en machine à fric».

N’en déplaise à ses plus fervents défenseurs, on peut se demander si ses rares interviews ne le sont pas uniquement parce qu’elle n’a pas grand-chose à dire. Récemment, Laurent Delahousse semblait ramer sur le plateau de son journal face à la «timidité maladive» de Mylène, visiblement submergée par l’émotion d’avoir retrouvé, enfin, ses fans à Bercy. Ah ça, pas évident d’obtenir une phrase qui se termine avec elle. Elle en a même fait des titres: «Ainsi soit je», «Avant que l’ombre»… Trop émotive, notre Mimi! Mais bon, au lieu de bougonner dans notre coin à vouloir à tout prix lui chercher des noises, gageons qu’au milieu de tant de pathos, la vérité est indéniable: sa plus belle histoire d’amour, c’est vous.

 

Mylène Farmer, Timeless Tour, les 18 et 19 octobre 2013 à Palexpo, Genève. http://360.ch/blog/magazine

 

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La ballade « Quand » par Mylène Déc. 2012

Posté par francesca7 le 19 septembre 2013


 La ballade « Quand » par Mylène Déc. 2012 dans Mylène et mes BLABLAS photo_1323450810

Mylène Farmer a dévoilé ce soir, en avant-première, une minute du clip de son nouveau single « A l’ombre », après le JT de 20 heures de Claire Chazal, auquel elle participera demain dimanche 2 décembre. Une minute pour créer l’évènement et toucher un maximum de téléspectateurs puisque c’est l’émission « Danse avec les stars » qui est diffusée ce soir sur TF1 et qui réunit chaque semaine plus de 5 millions de Français. C’est Laurent Boutonnat qui est aux commandes de cette nouvelle vidéo. A l’exception du clip du single « Du temps » l’an dernier, il n’avait pas réalisé de clip pour Mylène Farmer depuis « Beyond My Control » en 1992. Cette vidéo est inspirée par le travail de l’artiste français Olivier de Sagazan, pas si éloigné de celui de la chanteuse, et qui associe la peinture et la sculpture, pour un résultat dérangeant pour certains (Le Point.fr).

L’album « Monkey Me », qui compte douze titres dont la ballade « Quand », dévoilée sur le site de TF1 la semaine dernière, met en avant la voix de la chanteuse. Il ne compte que deux ballades et davantage de titres midtempo dont les mélodies sont une nouvelle fois imparables. On imagine déjà certains titres sur scène et ça tombe bien : parallèlement à la sortie de son nouvel opus, Mylène Farmer a annoncé son retour sur scène l’an prochain. Le « Timeless Tour », dont 160.000 places ont trouvé preneur en l’espace de 6 heures le 4 octobre - un record -, débutera le 7 septembre 2013 au Palais Omnisports de Paris-Bercy. 

Huit concerts y sont organisés, et il ne reste que quelques places. L’interprète de « California » sillonnera ensuite l’Hexagone en passant par les plus grandes salles pendant trois mois, à Nantes notamment, où le Zénith affiche sold out pour quatre soirs. Mylène Farmer s’envolera ensuite pour la Russie, la Belgique et la Suisse. Dans une interview accordée à TV Magazine, l’artiste a déclaré qu’elle aimerait transporter son prochain show au Canada, d’où elle est originaire.

 

Parution dans http://www.chartsinfrance.net/

 

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D’entre les Morts de MYLENE

Posté par francesca7 le 9 août 2013

 

D’entre les Morts de MYLENE dans Mylène AU FIL DES MOTS images-1

Ce spectacle N° 5 ON TOUR est certainement l’un des plus attendus de Mylène : d’abord parce que pour la première fois elle s’offre le Stade de France (deux soirs de suite), ensuite parce que la chanteuse n’a pas fait de tournée depuis neuf ans. L’événement est donc d’importance pour ses admirateurs de province et de l’étranger, qui découvrent dans un premier temps, une affiche très particulière annonçant le spectacle ; on y voit Mylène étalée sur le sol, jambes ouvertes et regard hagard, comme si elle venait de se jeter d’un toit.

Une photo choc pour un spectacle qui ne l’est pas moins, avec Mylène et Laurent Boutonnat à la conception et à la direction artistique, Yvan Cassar à la direction musicale, Alain Escalle pour les images de scène et Thierry Suc à la production. Le spectacle au Stade de France étant sold out en quelques heures, les moyens sont de mise. C’est toujours Mark Fisher qui réalise les décors. Les spectateurs découvrent d’abor un écran géant avec en son centre, une tête de mort (cet accessoire est réservé aux stades ; pour les spectacles en salles, des projecteurs orange sont dirigés vers le public).

La scène, gigantesque bénéficie d’une avancée sur la moitié de la pelouse du stade et se termine en étoile à cinq branches. La tête de mort sur l’écran laisse bientôt sa place à l’œil de Mylène, qui s ’ouvre et referme sur la musique de l’introduction, D’entre les morts

Image de prévisualisation YouTube

Suivant les lieux où elle se trouve et la dimension de la salle, Mylène module son track-linsting. Pour ce qui est des salles en France, type Zénith, elle propose des chansons issues de l’album Point de Suture et ses tubes extraits d’anciens albums… reste A quoi je sers… « orpheline » d’album original, et les instrumentaux D’entre les Morts pour l’introduction et l’Interlude Avant que l’ombre… entre Ainsi soit- je.. et Libertine. Pour ce qui est des spectacles russes, Mylène oublie A quoi je sers… et d’autres chansons. A Saint Pétersbourg, elle chantera également Je t’aime mélancolie. Quant au Stade de France, elle y laisse de côté A quoi je sers… je te rends ton amour et Si j’avais au moins. Elle ajoute en revanche California, Laisse le vent emporter tout, l’Instant X et Fuck Them All.

C’est le track-linsting de la tournée qui sera gravé sur disque, tandis que celui du Stde de France servira pour la captation (DVD et Bly-ray Mylène Farmer Stade de France, respectivement Polydor 532 543-5 et Polydor 532 543-8). A noter que trois titres ajoutés au Stade de France se retrouvent sur un CD dans le coffret collector du DVD Mylène Farmer Stade de France (Polydor 532 543-1) et uniquement, tandis que Laisse le vent emporter tout ne fait l’objet d’aucune version audio gravée sur CD… Pour finir, dans le DVD, filmé par François Hanss, on peut entendre le pianiste Yvan Cassar jouer quelques notes de joyeux anniversaire, entre Rêver et Laisse le vent emporter tout. Normal ; le spectacle a eu lieu et a été filmé le 12 Septembre 2009, jour des 48 ans de Mylène !

issu du livre de Benoît CACHIN sorti en octobre 2012. Aux éditions Gründ. Page 196

 

 

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Mylène, un panel de critiques

Posté par francesca7 le 30 juillet 2013


Mylène, un panel de critiques dans Mylène et des CRITIQUES images-24C’est en 1984 que le public découvre, à l’occasion de la sortie de son premier single « Maman a tort », les allures timides et complexées d’une certaine Mylène Gautier. Laurent Boutonnat, son Pygmalion, n’a pas encore fait de cette jeune fille de vingt-trois ans l’implacable machine commerciale qui fera sa fortune. Nulle ambition calculatrice ne semble pouvoir être décelée chez cette jeune fille fragile à la voix chancelante. Mylène Gautier n’a pas encore chaussé les cothurnes de Mylène Farmer, et pourtant elle a déjà de quoi attirer l’attention. Car elle cultive le goût de la surprise, et son premier single provoque le malaise. À l’écoute de « Maman a tort », vous aviez d’abord souri aux tons frais de la comptine d’enfant. Ce n’est qu’après que vous avez commencé à ressentir la gêne.

C’est la victoire de l’opéra italien sur l’opéra français, le piège de la domination de l’harmonie sur la signification : vous aviez cru que la gaieté de la comptine suffisait à établir le sens de la chanson, et vous vous êtes confronté à la noirceur des paroles. L’enfant, malade, chante seule dans sa chambre d’hôpital, prenant à parti l’auditeur, devenu l’ami imaginaire inventé pour tromper la solitude. Pour finir de choquer, la petite fille est amoureuse de son infirmière à la voix douce, substitut d’une mère rejetée pour n’avoir pas accepté le désir homosexuel de sa fille. La première pierre de l’édifice Farmer est à l’image du futur palais : la légèreté d’une voix frêle jusqu’à la cassure dissimulant un sens caché et provocateur.

La griffe Mylène Farmer s’affirme d’emblée dans cette superposition artificielle d’une voix claire et d’une parole sombre. 

Mylène Farmer invite donc son auditeur à la distance. Elle creuse en ses chansons un double fossé que le prétendant doit franchir pour clore sa quête herméneutique et accéder au rang d’initié. Le premier écart consiste à se défier de la forme – voix, tonalité, rythme –, le second à percer le chiffre poétique. Car le style de Mylène Farmer se veut énigmatique et codé. Et qu’est-ce qui mérite d’être ainsi caché, sinon ce que l’on ne peut montrer sans danger ? La quête de sens de l’auditeur sera résolument amoureuse, tout entière tendue vers le désir de l’interdit et de l’indicible. La chanteuse a alors l’habileté d’offrir à l’énigme une réponse spéculaire. Car ce que l’auditeur désire, le but de sa quête, c’est le désir lui-même. Toutes les chansons de la première Mylène Farmer finissent en effet par dévoiler un troublant désir sexuel et un envoûtant désir de mort. Après le provocant « je suis une catin » du quatrième single « Libertine », les chansons du premier album Cendres de Lune (1986) composent avec art un univers à la fois sexuel et morbide.

 L’on ne pourrait parler d’une double thématique, tant la mort est inextricablement liée, chez Mylène Farmer, au désir sexuel. Mêlant deux interdits, les chansons de ce premier album célèbrent la jouissance dans la mort et la décomposition. C’est à l’hôpital que la petite fille de « Maman a tort » découvre son désir homosexuel, c’est auprès d’un vieux lubrique que l’héroïne de « Vieux bouc » connaît le plaisir, et c’est « Au bout de la nuit », « où tout meurt sans cri », que l’on peut connaître la plus grande jouissance.

Le désir est d’autant plus trouble que les chansons brouillent les cartes de la différenciation sexuelle : si « Libertine » et « Vieux bouc » mettent en scène des relations hétérosexuelles, « Maman a tort », « Greta » et « Tristana » sont trois odes au désir exclusivement féminin. Enfin, en recréant l’inconfort du premier single, l’album Cendres de Lune profite de la juvénilité de la voix de la chanteuse pour installer l’auditeur dans un univers enfantin sans cesse déniaisé par l’horreur de la mort. Plus grandir est la prière d’une adolescente qui ne veut pas mourir, et le mystérieux « Chloé » est une comptine chantée par une enfant qui vient de voir sa sœur mourir noyée, le crâne fendu. 

Le second album est à l’image du premier. L’on pourrait presque dire qu’il en est sa réalisation aboutie. Le formidable succès commercial d’Ainsi soit je (1988) installe Mylène Farmer dans son personnage de chanteuse névrosée. La provocation sexuelle mène la danse : « Pourvu qu’elles soient douces » célèbre les fesses, et chante à demi-mots les délices de la sodomie, la reprise de « Déshabillez-moi » est languissante à souhait [et accessoirement catastrophique, NDLR], et le fameux « Sans contrefaçon » joue une nouvelle fois avec l’indifférenciation sexuelle en mettant en scène une femme qui se sent homme. Mais le désir de mort n’est pas en reste. Si la référence à Baudelaire eût suffi en elle-même à inscrire les chansons de Mylène Farmer dans une filiation poétique morbide, le choix du poème « L’horloge », dans sa description du temps anthropophage, ne peut que renforcer l’importance du thème. « Allan » et la « Ronde triste » évoquent des fantômes, comme l’on invoque les esprits, et « Jardin de Vienne » rend hommage à un pendu. Cependant, dans cette thématique apparaît un nouvel ingrédient : « Ainsi soit je » et « Sans logique » laissent transparaître des accents religieux. Mylène Farmer donne libre cours à une éducation chrétienne où, si le désir de mort est encouragé, le désir sexuel achoppe sur la culpabilisation. 

Le thème religieux sera central dans le troisième album L’autre (1991). En effet, Mylène Farmer laisse désormais de côté la provocation sexuelle, pour révéler son versant le plus sombre. Si « Je t’aime mélancolie » et » Psychiatric » jouent avec son image de chanteuse aimant aborder les contours de la folie morbide, et si « Désenchantée » se veut l’étendard d’une génération sacrifiée, « Agnus Dei » et « Beyond my control » s’amusent avec le thème du sacrifice christique sur fond de prières liturgiques. Foulant aux pieds l’interdit religieux, Mylène Farmer devient une Ève tentatrice cultivant le péché en pleine connaissance de cause, une sorte de Bossuet pervers adepte de l’auto-flagellation. La chevelure rousse de la chanteuse commence décidément à sentir le soufre. 

C’est ce désir de l’interdit qui s’éteint avec le quatrième album Anamorphosée (1995). La carrière « américaine » de Mylène Farmer commence, comme l’annonce le titre « California ». Adieu les accents mélancoliques, c’est le retour en force du sexe. Mais cette fois, plus de quête désirante : le sexe s’offre sans chiffre codé, sans savoureux détour, sans voile de Poppée. L’auditeur n’est plus un décrypteur des sens seconds : il doit accueillir la crudité désarmante du premier degré. « L’instant X », « Eaunanisme », « XXL », autant de titres révélateurs du tournant de la chanteuse. Du désir de l’interdit à la provocation bien franche, celle qui fait vendre. Quant à « Rêver », c’est une célébration de l’amour et de la tolérance : décoiffant, non ? L’on ne s’étonne plus que les Enfoirés aient pu reprendre la chanson. Il ne manquait plus que les chœurs d’enfants de « Tomber sept fois » pour que le tableau soit complet. 

Les deux albums suivants, Innamoramento (1999) et Avant que l’ombre (2005), ont repris la recette. Il est désormais plus vendeur de vanter les pouvoirs de l’amour (« L’amour naissant », « Innamoramento », et dans le dernier album « Avant que l’ombre », « Aime », « L’amour n’est rien », « Peut-être toi »), que le troublant désir du suicide et de l’homosexualité. Ajouter à cela un zeste de cul porno-chic (le « prends-moi, prends-moi » de « L’Âme-stram-gram », l’inceste dans « Optimistique-moi », le récent « j’en ai vu des culs » de « QI » ou encore le bien nommé « Porno-graphique »). Insérer entre les trois derniers albums pas moins de quatre collectors commerciaux, concerts ou compilations (Live à Bercy,Mylénium tourLes MotsRemixes 2003). Adapter cette recette à une jeune lolita du nom d’Alizée (dont la petite culotte blanche émoustillera le papy), et vous images-25 dans Mylène et des CRITIQUESobtiendrez le pactole. La machine est désormais huilée. 

Mylène Farmer est passée du « jouir dans la mort » au « jouir de l’amour avant que la mort nous sépare ». En tout bien, tout honneur. Le problème, c’est que la poésie de l’interdit s’est envolée, et avec elle tout le désir de l’initié. En passant du sens voilé à la tautologie du premier degré, la chanteuse a transformé son auditeur en fan. Le fanatique de Mylène Farmer ne pense plus, ne cultive plus la distance : il achète, un point c’est tout. Et il célèbre avec Mylène Farmer, en chœur avec tous les enfants et les petits oiseaux de la Terre, la beauté de l’amour. Il fut un temps où les comiques Les Inconnus se moquaient de Mylène Farmer en lui faisant dire « J’écris des paroles que vous ne comprenez pas, d’ailleurs moi non plus ». Désormais, malheureusement, l’on ne comprend que trop bien.

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Livre Mylène Farmer, En clair-obscur

Posté par francesca7 le 16 juillet 2013

 

Livre Mylène Farmer, En clair-obscur dans Mylène dans la PRESSE my-207x300En Août 2009 est sorti la biographie de Alain Wodrascka sous le titre Mylène, en Clair-Obscur

Description : Enfant provocatrice de «Maman a tort», jeune fille androgyne de «Sans contrefaçon», rousse flamboyante et sans tabous de «Libertine», jeune fille romantique à l’excès de «Tristana», femme lumineuse de «California», Mylène Farmer endosse différents personnages avec une élégance, un charisme et une intelligence rares.

En jouant la carte de la dualité mieux que personne: la mort et la renaissance, la sagesse et la déraison, la gravité et la dérision, la pureté de l’enfance et le libertinage, la violence et l’amour…, elle conduit à chaque fois l’auditeur à un endroit inattendu.

Depuis 25 ans, des milliers de fans fidèles s’arrachent ses disques collectors, ses places de concert, ses objets de merchandising, tout en manifestant un «total respect» pour leur diva divine. Mais elle touche aussi le grand public, conquis par la grande dame rousse, enfant opaline et sorcière impure. Celle qui ne veut plus grandir ne cessera de s’élever dans le monde de la chanson au point de devenir la plus grande vendeuse de disques française.

À l’instar de Barbara elle décidera, à partir de 1995, d’entretenir son mystère en n’accordant que de très rares interviews. C’est uniquement à travers ses spectacles, ses albums et ses clips, qu’elle choisira de se livrer à son public. Mylène Farmer est une star, pas une «people».

Même la presse la plus sceptique n’a pu que fléchir devant la qualité de ses prestations qui allient professionnalisme et sensibilité: Mylène en scène, c’est la tourmente!

Le Stade de France est son prochain défi. Trois heures après l’annonce de son spectacle, la chanteuse affichait déjà complet. Un record inégalé en France!
Après dix ans d’absence scénique, elle fête aujourd’hui ses 48 ans de beauté et d’intelligence, mais surtout l’ensemble d’une œuvre marquée par ses talents de chanteuse, de danseuse, de comédienne, de parolière…

 

 

 

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Jeff Dahlgren et mylène farmer

Posté par francesca7 le 22 juin 2013

Jeff Dahlgren et mylène farmer dans Mylène et L'ENTOURAGE jef

Jeff Dahlgren (né le 9 octobre 1965 à Los Angeles) est un guitariste et producteur musical américain, proche de Mylène Farmer.

Membre du groupe de punk rock Waste Youth dans les années 1980, il collabore ensuite avec Mylène Farmer. On le voit aux côtés de cette dernière dans le film Giorgino réalisé par Laurent Boutonnat en 1994, et dans lequel il tient le rôle-titre, faisant à cette occasion ses débuts de comédien à l’écran. Le film est un échec commercial.

Jeff Dahlgren suit Mylène Farmer en Californie et poursuit avec elle un collaboration musicale. Il participe à l’album Anamorphosée de la chanteuse pour les guitares et est également l’un des musiciens crédités sur l’album Innamoramento. Il est présent, toujours à la guitare, aux concerts du Tour 1996 et du Mylènium Tour du 21 septembre 1999 au 8 mars 2000. En 2001, avec Mylène Farmer et sa boite de production Dichotomie, il produit sans succès une jeune chanteuse, Christia Mantzke. Jeff Dahlgren est en outre membre du groupe de musique KatsüK. Ce groupe basé à Fort Worth au Texas aux États-Unis est constitué de plusieurs membres : Daniel Katsük, Evan O’Jones, Matt Skates, Orion Ritts et Jeff Dahlgren, producteur, guitariste et que l’on retrouve également crédité pour les « voix » avec Daniel Katsük.

Sortie le 17 octobre 1995, après 4 ans d’attente, Anamorphosée est le quatrième album studio de Mylène Farmer. Mylène se sait attendue. Il fait suite à l’échec de Giorgino et à sa retraite californienne qui à suivi. Anamorphosée contient 12 titres dont 5 feront l’objet de tirage single : XXL, L’instant X, California, Comme j’ai mal et Rêver. L’album entièrement produit par Laurent Boutonnat est enregistré à Los Angeles (A & M studios et Record One) et le mixage est confié à Bertrand Châtenet. C’est avec cet album que Thierry Rogen, fidèle des débuts de Mylène Farmer, se sépare du duo.

giorgino dans Mylène et L'ENTOURAGE

Anamorphosée marque un renouveau pour Mylène Farmer. Au niveau sonore, Anamorphosée laisse une place de choix aux arrangements symphoniques, aux ambiances plus rock et aux riffs de guitares électriques. Jeff Dahlgreen (rôle titre dans Giorgino) n’y est pas pour rien. A noter que Mylène compose pour la première fois lors de cet album Tomber 7 fois…. Au niveau de l’inspiration, même s’il l’on retrouve les thèmes chères à la chanteuse, la douleur, la séparation, la mort et le renoncement, le ton est plus apaisé et serein. Mylène s’est tournée vers plus de spiritualité, fini les allusions perverses et érotiques. Mylène déclare son nouvel intérêt pour le bouddhisme et sa lecture du Livre tibétain de la vie et de la mort de Sogyal Rinpoché.

Progressivement l’album fera son chemin et sera un très beau succès pour Mylène Farmer. A remarquer que cet album lui a permis de rencontrer de nouveaux fans et de gagner un nouveau public. En 2005, Mylène Farmer réédite cet album dans une version digipak, suivi le 31 août 2009 d’un 33 tours en tirage limité et numéroté.

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Mylène Farmer, on fait le Tour

Posté par francesca7 le 13 juin 2013

Mylenium Tour (2000)

Description du live :

Mylène Farmer est de retour sur scène et, une fois de plus, la chanteuse a mis le paquet pour impressionner son public et lui offrir un show hors du commun : décor pharaonique, effets spéciaux, chorégraphies réglées au millimètre près…

 La scène est dissimulée sous une grande toile blanche. Le public est au comble de l’excitation. Soudain, la toile s’éclaire de bleu et Mylènium, morceau instrumental à l’ambiance tribale résonne dans la salle. L’enthousiasme du public frôle l’hystérie lorsque tombe enfin le décor. Trônant au milieu de la scène, une immense statue de 17 m de haut inspirée d’un tableau de Giger (le créateur d’Alien), hybride de Bouddha et de sphinx, monopolise tous les regards…

Soudain, la lumière s’intensifie, de la fumée apparaît et la tête de la statue s’ouvre en deux laissant apparaître l’ombre de Mylène. Lentement, majestueusement, la chanteuse vole, loin au dessus de la scène tandis que la main articulée de la statue s’élève pour recueillir la star. Tout est fluide et époustouflant, les effets de lumière rendant le spectacle impressionnant. Le public n’en croit pas ses yeux.

Mylène Farmer, on fait le Tour dans Mylène et BIOGRAPHIES mimi3-296x300

 

 Puis l’orage éclate et Mylène attaque alors le premier titre L’amour naissant. Elle descend de la main et s’approche du public en dépliant ses bras à chaque refrain. Mylène est belle, le public enthousiaste… Une photo est prise et illustrera la pochette de ce tour.

 La musique de L’âme-stram-gram débute et on voit Mylène accroupie autour d’une dizaine de danseurs. Elle entame alors sa chanson, chorégraphie à l’appui. Tout est merveilleusement bien synchronisé. Puis la star dialogue un peu avec le public et demande ensuite de chanter le refrain avec elle, chose qu’il fera en chœur.

 Dans la salle résonne « It’s beyond my control » puis la musique débute. Mylène demande alors à ses fans de taper dans leurs mains pour l’accompagner. Elle nous offre pour la première fois une version live de ce titre. Mylène est rayonnante.

 Puis la scène se plonge dans le noir. La mélodie de Rêver s’étend dans la salle et la star, seule sur le côté entame sa chanson, la voix nouée. Elle demande ensuite au public de reprendre ce titre. Mylène ne chante plus et écoute, les larmes aux yeux, le public chantant en harmonie son refrain. Il se dégage une telle émotion que Mylène ne peut parler. Elle fredonne quelques mots et remercie le public…

 Puis Mylène nous offre Il n’y a pas d’ailleurs. Seule, debout dans la main de la statue, elle interprète cette chanson pour la première fois en concert. Son interprétation est bouleversante. Entourée de ses deux choristes, elle termine sa chanson, descend de la main et quitte la scène. Puis l’obscurité se fait à nouveau.

 Au milieu de la scène, vue de dos et lumière intense, la chanteuse dont on ne devine que les formes, reprend ensuite un titre quasi inédit de son répertoire : Mylene is calling (face B de « Je t’aime mélancolie« ). « Allo oui c’est moi tu n’es pas là… ». Ce clin d’œil à ses fans est en fait une habile transition au prochain tube de la star…

 Les premières notes d’Optimistique-moi résonnent dans la salle. Tous de noir pailleté vêtus, Mylène et ses danseurs entament une chorégraphie dont la synchronisation et la rapidité ne peuvent que rendre admiratifs les plus sceptiques. Puis la chanteuse demande au public en délire de reprendre le refrain avec elle.

 Un medley de ses premiers succés sont enchaînés à une cadence incroyable. Pour l’occasion, Mylène ressort le « club remix » de Pourvu qu’elles soient douces. Accompagnée de ses danseurs, la chanteuse nous offre une chorégraphie digne des plus grandes. La star chante Maman a tort dont le public aime à reprendre les paroles enfantines, effets pyrotechniques et feux d’artifice à l’appui. Elle enchaîne ensuite Libertine puis Sans contrefaçon puis l’obscurité se fait à nouveau.

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 Seule dans le coin droit de la scène, Mylène chante Regrets en solo. Cette interprétation sans Jean-Louis Murat est bouleversante et la salle, conquise, suit des yeux la main de la statue dans laquelle brûle un feu de Bengale rouge et lumineux. Puis la flamme s’éteint et Mylène termine sa chanson, petites larmes aux yeux.

 Quand Désenchantée commence ensuite, l’ensemble de la salle se déchaîne. La version est très techno et les danseurs, attachés au sol, se penchent presque à l’horizontale, de gauche à droite. Entourée de ses deux choristes, la chanteuse nous offre des jeux de main pour chorégraphie et le public, endiablé, saute dans tous les sens. C’est l’euphorie !

 Dans la salle résonne un bruit de porte, puis des pas. Le rire de Mylène s’étend et la musique de Méfie-toi débute. Vêtus de blanc et manteau noir, la star et ses danseurs sortent du corps de la statue. Ils entament alors une chorégraphie et Mylène chante le refrain. Le titre terminé, la chanteuse se débarrasse de son manteau et s’assoie sur les marches.

 Deux doigts dans la bouche, le coup de siffler fait démarrer Dessine-moi un mouton, clin d’œil au Petit Prince de St Exupéry. Une balançoire descend du ciel et la salle est inondée de confettis d’argent… Mylène retrouve son âme d’enfant et les danseurs autour d’elle jouent à saute mouton. Elle en profite pour présenter son petit monde au public. Magnifique !

 Puis la star, entourée de ses deux choristes, nous offre une version acoustique de son tube California. Bien que celle-ci soit magnifique, on regrette une version plus énergique comme dans le tour 96. Puis Mylène quitte la scène et la salle est plongée dans le noir.

 La chanteuse revient en longue robe blanche nous interpréter en version accoustique Pas le temps de vivre, un hommage à son frère. Mylène pleure, les flammes scintillent un peu partout dans la salle. L’émotion est telle que la star ne peut terminer le refrain. C’est le public, en harmonie, qui le finira. La chanteuse demande ensuite à un fan de monter avec elle sur scène. Le chanceux ! L’émotion est à son comble quand celui-ci tombe à ses genoux et que Mylène, les larmes aux yeux, l’aide à se relever. Elle remercie alors le public pour ces moments si intenses…

 Après un court instant d’obscurité, la statue s’éclaire de rouge sang. La chanteuse, vêtue d’une longue robe rouge, revient alors interpréter Je te rends ton amour. Sur la scène, de la fumée apparaît et la star est soulevée vers le ciel. Là, immobile, elle termine son titre… Epoustouflant !

 Suivra ensuite Souviens-toi du jour. Mylène attaque l’intro (« Quand le vent a tout dispersé… »). Le public tape dans ses mains pour accompagner la chanteuse. Chorégraphie à l’appui, elle nous offre une version live magnifique de ce titre. Elle demande alors au public de reprendre le refrain deux fois avec elle avant de quitter la scène.

 Des notes de piano, se font entendre et la chanteuse vient interpréter un second titre inédit magnifique : Dernier sourire (face B de « Sans logique« ). Son interprétation est bouleversante. La voix nouée, et très émue, elle chante ce titre mélancolique, accompagnée par le public. Le 2e couplet terminé, on entend dans la salle un fan hurler « Mylène on t’aime ! ». La star répondra alors « Moi aussi ! ». Le public frôle l’hystérie. Cette chanson est très riche en émotions. Elle remercie le public.

 Puis Innamoramento débute. Mylène chante merveilleusement bien ce titre éponyme de son dernier album. Les sonorités aiguës de ce titre rendent son interprétation magnifique. La star, ne voulant pas quitter la scène, demande au public de reprendre 4 fois le refrain avec elle avant de disparaître dans la main de la statue. Mylènium résonne à nouveau dans la salle. Puis le rideau tombe : C’est la fin ! Deux heures viennent de s’écouler à une vitesse foudroyante. Personne n’en revient !

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REMIXES de Mylène Farmer

Posté par francesca7 le 7 juin 2013

 

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REMIXES de Mylène Farmer dans Mylène AU FIL DES MOTS 2003c’est en décembre 2003 que sort l’album Remixes. Alors qu’en 1992 l’équipe Farmer avait sorti la compilation Dance Remixes agrémentée de trois inédits, ici il ne s’agit pas d’une compilation. En effet, onze remixes inédits composent cet album.

Inédits ? Oui et non. Oui, parce qui’l s’agit de nouveaux mixes des tubes de Mylène, et non, puisque tout le monde connait les chansons originales…. Quoi qu’il en soit, c’est un beau cadeau qui est fait ici aux admirateurs, et qui les aide à patienter en vue d’un nouvel album original (Avant que l’ombre… ne sortira qu’en avril 2005). Les titres qui ont la faveur des DH sont les suivants : Sans contrefaçon, L’instant X, l’Ame stram gram, C’st une belle journée, XXL, Je t’aime mélancolie, Pourvu qu’elles soient douces, Califonia, Libertine, Optimistique-moi et l’incontournable Désenchantée. Pour revisiter ses meilleurs titres, Mylène fait appel aux plus grands DJ français et internationaux.

Sous la direction artistique de Romain Bilharz et de Paul Van Parys (une première), onze DJ remixent donc les titres : JCA (Sans contrefaçon) – One T (L’instant X) – Full Intention (L’âme trame gram) – Devill Hard (C’est une belle journée) – JXL (XXL) – Felix Da Housecat (Je t’aime mélancolie) – Paul Oakenfold ( Pourvu qu’elles soient douces) – Romain Tranchart & Rawman (California) – Y Front ( Libertine) – Junior Jack ( Optimistique) – et Thunderpuss (Désanchantée).

La crème de la crème ! Cet album, encore aujourd’hui, divise les fans. En effet, certains prétendent que c’est un crime de lèse-majesté que d’avoir refait du neuf avec du vieux alors que les remixes originaux créés à l’époque de la sortie des titres suffisent amplement ; d’autres trouvent géniale ‘idée d’avoir revisité les succès de Mylène avec les plus grands noms de la scène house-dance, comme Madonna a pu le faire par exemple… Quoi qu’il en soit, l’album Remixes se vendra à 120 OOO exemplaires, ce qui est très peu au regard des ventes de la compilation Dance Remixes de 1992 mais, dans l’absolu, reste un très bon chiffre pour un disque de chansons déjà très connues.

Trois maxi monoface (sans photo) seront édités pour l’occasion : Sans contrefaçon (JCA Remix), Je t’aime mélancolie ( Felix da Housecat Remix) et enfin L’instant X (The X Key Mix by OneT).

A noter que le remixeur Devil Head, pur C’est une belle journée, est totalement inconnu. En lisant les crédits attentivement, on découvre que le programmateur du titre est Jérôme Devoise, ingénieur du son habituel de Mylène et de Laurent Boutonnat … De là, à penser que Devil Head, qui renvoie à la « tête du diable »’ – probablement ornée d’une crinière rousse réputée démoniaque – serait un pseudo de Mylène, il n’y a qu’un pas… Mais rien, bien entendu n’est confirmé.

                issu du livre de Benoît CACHIN sorti en octobre 2012. Aux éditions Gründ. Page 148/220

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