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Vue de la Hongrie pour Mylène Farmer

Posté par francesca7 le 21 septembre 2016

 

 

 

Entretien avec Dominique SIMONET

Que s’est-­il passé depuis vos derniers et mémorables passages sur scène ? ­

MF : J’ai eu une période très difficile, mais je crois que ce n’est pas une surprise quand on vit une scène. Le passage à vide a duré près de quatre mois, et puis je me suis intéressée de près à la peinture, à laquelle une personne m’a initiée. Egon Schiele, les aquarelles d’Henri Michaux, Max Ernst, Klimt, Jérôme Bosch, la liste est longue. Comme dans les milieux littéraires, on peut s’y conduire une famille de gens qui ont les mêmes goûts.

mylène chez Francesca

A propos de votre dernier clip, y a-­t-­il un rapport entre le fait qu’il parle de génération désenchantée et qu’il a été tourné en Hongrie ? ­

MF : Non. Sincèrement, non. Enfin, je n’en suis pas sûre. Nous voulions regrouper cent enfants dont les visages seraient ceux de personnes portant quelque chose en elles de grave, des personnes habitées. Etant donné la difficulté de vie dans ces pays de l’Est, on pensait pouvoir les trouver et là encore, la Hongrie est relativement privilégiée. Aller chercher la gravité dans un pays, je trouve cela un peu déplacé mais on a eu cette chance de trouver cent enfants très, très rapidement. En France, nous aurions dû faire casting sur casting. Là, on les trouvait dans la rue, dans les écoles ou dans des centres de redressement et ils ont apporté cette forme de violence avec eux. Ils n’avaient même pas besoin de jouer. D’autre part, là-­bas on trouve des techniciens très bien.

Laurent Boutonnat, qui a réalisé ce clip, y avait fait des repérages pour un long­-métrage. Ce fameux film fantôme ? ­

MF : Oui, oui. Il avait été très séduit par leur professionnalisme.

Quelles impressions vous a laissé le pays ? ­

MF : Je pourrais dire des choses, mais soyons honnêtes : je me trouvais malgré tout totalement protégée dans l’équipe de tournage. Cela reste donc une expérience en dehors du temps. Par contre, pour un tournage, le fait de changer de pays est très profitable. Le désir est le même, mais l’intensité est différente parce qu’à l’étranger, on se retrouve un peu perdu, parce qu’on a un regard d’autres.

Avez-­vous déjà imaginé faire ce métier sans clips et, à la limite, sans disques, comme au siècle dernier ? ­

MF : Je ne suis pas réellement en harmonie avec mon époque, certes, mais j’aime aussi la chanson en son tout : la musique, les mots, l’image. Dans un texte, on peut tout dire, tout suggérer mais pour moi, pour ma personne, j’ai besoin de m’exprimer à l’image. Les mots finalement ne me suffisent pas. Ou alors j’aurais été écrivain et j’aurais préféré le XIXème siècle, faire partie de cette famille-­là.

Comment est élaboré le concept d’un clip ? ­

MF :  A partir du thème de la chanson nous discutons avec Laurent pour écarter les lieux communs ou les portes ouvertes enfoncées, histoire de n’être ni démonstratif ni explicatif. Ensuite, je laisse Laurent travailler parce que moi j’ai un regard sur moi­-même qui n’est peut­-être pas le bon non plus, ou qui est en tout cas détourné. Je n’ai pas non plus le recul nécessaire par rapport à un texte que j’ai écrit.

De qui est l’idée du corbeau sur la pochette ? ­

MF : Alors là, vous me posez une colle ! Je ne sais plus du tout ! Par contre, le choix de la photo est de moi. En ce qui me concerne, je ne la trouve d’ailleurs pas effrayante du tout, mais l’inconscient collectif doit évidemment fonctionner. Pour moi, elle est plutôt très reposante. Si chez nous cet oiseau est perçu comme un symbole de mauvais augure ou de mort, il n’en va pas de même partout. En tout cas, sa présence n’a rien de provocateur.

Mais vous appréciez sûrement cette ambiguïté… ­ Le sens du paradoxe se retrouve chez tout être humain.

MF :  Il est sans doute plus prononcé chez moi parce que je peux exprimer mes sentiments. Chez moi, c’est tout noir ou tout blanc, jamais tiède

 mylèn chez Francesca

Le danger de ce métier n’est-­il pas d’en arriver à cultiver le paradoxe, à exacerber la tendance ? ­

MF : Cela fait partie effectivement des pièges, mais je crois pour ma part être assez lucide. Y a-­t-­il une once d’intelligence par rapport à cela, je ne sais pas. Je parlerais plutôt d’honnêteté. Je sens le danger de ces choses et en aucun cas je ne me laisserais diriger par elles. Si je sens que cela devient un leitmotiv ou une trop grande évidence, je crois que j’arrêterai. Finalement, on attend de chaque artiste ou de chaque album une évolution mais le fond reste le même. Un artiste qui exprime quelque chose répète inlassablement la même chose, les mêmes obsessions, les mêmes névroses, les mêmes désirs, les mêmes joies. Seule la forme change, peut-­être. Moi, cela ne me fait pas peur du tout. Je pourrais même le dire haut et fort : je crois que je répète toujours les mêmes choses, mais alors avec un climat différent. Et puis comme ces thèmes d’amour, mort et vie sont éternels, ils ne seront jamais épuisés non plus. Peut­-être pour vous dire que je n’ai pas envie du tout d’arrêter…

Quand vous chantez « Psychiatric », vous ne poussez pas un peu loin dans l’auto complaisance ?

MF :  ­ Je ne veux pas être mon propre censeur, même pas pour ce thème. Je voulais y mettre très peu de mots, donc très peu de démonstration. C’est compliqué pour moi de donner une justification par rapport à cette chanson. J’ai une attirance commune avec Laurent pour l’univers de la psychiatrie, qui nous semble très proche et en même temps très éloigné parce que je ne suis jamais allée dans un hôpital de ce type. J’en ai un désir profond, mais là serait réellement l’impudeur, par le côté voyeur. Cette chanson est venue après un reportage, qui m’a bouleversée et passionnée, sur un asile d’aliénés en Grèce où les internés sont laissés à l’abandon, livrés à eux-­mêmes et réduits à l’état d’animal. La folie me touche, tout simplement. La question du double a l’air de vous marquer assez fort.

Vous en parlez à propos de Laurent Boutonnat, et récemment à propos de Jean­-Louis Murat avec qui vous faites un duo sur l’album… ­

MF :  Dans la notion du double, il y a notre propre image. Je suis certainement en quête d’un alter ego, d’une âme sœur. Je crois que je l’ai réellement trouvée chez Laurent, mais cela peut s’épuiser aussi, nous pouvons trouver nos limites. Chez Jean-­Louis, c’est une autre forme de double. Dans l’appréhension de la vie, nous sommes à la fois très jumeaux et très différents. Pour moi, il colle réellement à l’idée qu’on se fait d’un poète.

 

 

Allez­-vous participer à l’album qu’il est en train d’enregistrer actuellement ? ­

MF :On en a parlé, mais je ne sais pas. Point d’interrogation…Je ne sais pas s’il faut le faire.

Peut-­être faut-­il une réponse à « Regrets » ? (Jean­Louis Murat a en effet écrit « La vie des bleuets » pour l’interpréter en duo avec Mylène, mais la chanson n’est jamais sortie, nda)

Vous avez plusieurs fois utilisé le terme ‘maîtrise’ dans cette rencontre. Tout contrôler vous obsède ?

MF : ­ Oui, totalement. Cela s’applique plus à l’univers de travail qu’à la maîtrise de soi. Voir que vous ne possédez pas les choses, je n’aime pas ça du tout. Finalement, je n’aime pas les surprises, je veux trop contrôler.

Chaque interview doit vous inquiéter… ­

MF : Oui. Cela m’angoisse totalement, mais on grandit aussi par rapport à ça. La notion d’interview évoque la spontanéité, cette spontanéité qui est toujours proche de moi, dans mes chansons etc. mais elle est toujours mariée à une réflexion ou un travail.

Est­-ce dans le même ordre d’idée que vous avez refusé d’être interviewée par deux de mes confrères parce que vous n’avez pas apprécié leur critique de votre dernière tournée ?

MF : La décision est­-elle de vous ? (le journaliste évoque Thierry Coljon et Rudy Léonet ­ qui ont cependant interviewé Mylène Farmer lors de son passage en Belgique en octobre 1989 ­ qui ont dès lors multiplié les articles pour dénoncer tantôt le fait qu’on ne pouvait pas photographier le spectacle, tantôt qu’on leur refusait une interview et ce encore récemment lors du Tour 2009, nda) ­

MF : Bien sûr. Tout vient de moi, même si on peut imaginer derrière moi un manager ou un producteur. Je décide de tout. Mais je n’ai pas très envie de parler de ça. On est libre de ses actes, comme de ses maladresses ou de ses mauvais jugements. La critique ne me dérange pas, mais à partir du moment où, selon moi, elles sont maladroites, j’estime que je n’ai pas forcément à accepter la rencontre de ces personnes et à me justifier quant à ces critiques parce que ce serait la porte ouverte à tout.

SOURCE : LA LIBRE BELGIQUE 30 AVRIL 1991 

Publié dans Mylène 1991 - 1992, Mylène et ses longs discours | Pas de Commentaires »

MYLENE ET DES TUBES A SCANDALE

Posté par francesca7 le 24 juin 2016

                                                                                                                                     

GAI PIED / 12-janv-87  

                                                                                                                                                                                                                    

Mylène Farmer, la libertine zarbi –       Entretien avec Pablo ROUY                                                                                                                                                                                                                    

                                                                                               1                                                                                                                     

Pourquoi ce premier tube à scandale : « Un, maman à tort, deux, l’infirmière est belle, trois, je l’aime… » ?                                                                                                                                                                                                  

- (Evasive) J’aime toujours les plaisirs impolis… Le texte a été un handicap au départ, mais ce côté sulfureux existe même s’il dérange. J’aime ce qu’on m’interdit !                                                                                                                                               

Mylène, je trouve superbe ton premier 30 cm « Cendres de lune ». Tu y abordes surtout la sexualité féminine…                                                                                                                  

- Non, pas la sexualité, mais la sensualité. Ce mot se rapproche plus de moi… Je ne pense pas être une bombe sexuelle ! (Elle rit)                                                                                                                                                                                                               

Disons alors les émotions, les vibrations physiques. Pourtant « Vieux bouc » est une espèce de messe noire.                                                                                                                                                      

- (Après un long silence) Il m’arrive d’avoir le feu dans les veines. De temps en temps, je suis le Diable !        

Alors tu jettes des sorts ?                                                                                                                                                                            

- Non, non, rassurez-vous ! Mais quand j’étais petite, je modelais des poupées aux effigies de quelques personnes. Je ne les ai jamais percées avec des épingles.                                                                                                                                                    

Dans « Chloé », on trouve encore l’enfance !                                                                                                                         

- C’est ma comptine… et aussi l’innocence et la cruauté des enfants. C’est diabolique ! Une petite fille aux yeux bleus et au sourire angélique qui vient vous dire qu’elle a tué sa petite copine…              

2                                                                            

Est-ce de la sororité ou de la lesbianité ?                                                                                              

- Non, ce n’est pas mon propos. Il serait plus intéressant de poser cette question à l’auteur qui a écrit cette chanson, car c’est un homme. Il a projeté ses fantasmes sur moi.                                                                                                                         

Parle-moi de toi.                                                                                                                                            

- On peut chanter « Je suis libertine, je suis une catin », et avoir beaucoup  de pudeur. Il faut savoir garder des choses qui n’intéressent que vous. Il ne faut pas faire de vivisection de l’artiste. Je n’ai pas à ouvrir mon ventre. S’il y a quelque chose à dire de moi, c’est que je suis une personne très nerveuse, en aucun cas passive. Voilà ! (rires)                                     

Tu crois aux valeurs individuelles comme la sincérité, l’intégrité ?              

- Oh la la ! J’ai horreur de ces mots ! Faire ce métier, c’est un manque de sincérité.                                                             

Tu aimerais que ton homme reste à la maison ?                                

- Non, pas du tout ! Je préfère rester avec mon petit singe E.T. qui est déjà suffisamment caractériel…                   

Si un homme t’agresse sexuellement dans la rue, que fais-tu ?                                                              

- Ma main dans la figure ! Je tape ! Vous connaissez l’histoire de cette femme violée par trois hommes ? Ensuite elle a laissé son adresse et son téléphone en leur assurant que ça lui avait bien plu. Elle leur a donné rendez-vous chez elle, les a endormis et castrés. C’est le genre de choses que je pourrais faire !                                                                                        

Si c’est une femme ?                                                                                                                   

- Je lui réponds « Je ne suis pas celle que vous croyez ».                                                                                                                 

Tu es une fille à pédés ?                                                                      

- Non. J’aime les gens que j’ai envie d’aimer. Peu importe leur sexualité. Les homosexuels m’ont toujours porté un grand intérêt et de la chaleur. J’en suis ravie, mais je ne vis pas dans leur monde. Il est vrai que je travaille avec des homosexuels et que je m’en porte bien ! (Rires) J’ai très faim. C’est bientôt fini ?   

3                                                                                            

A l’église, tu te marierais comment ?                                                                                                                                                                                                                                 

- Toute nue !                                                                                                                                                                                              

Ton héroïne favorite de roman ?                                                                             

- Justine, de Sade, évidemment.                                                                                                           

Comme pâtisserie, que serais-tu ?                                                   

- (sans hésitation) Une religieuse !                                                                                                                                                   

Comme fleur ?                                                 

Une tulipe noire.                                                                                                                                                                                     

Si tu étais un poisson ?                                                       

- Je déteste les poissons. J’adore le foie gras.                                                                                                                                 

Sur une île, tu emmènes un seul livre. Lequel ?                                                          

- J’hésite. Disons : la moitié des oeuvres de sainte Thérèse d’Avila et la moitié des écrits du marquis de Sade.                                                                                                                                                                                                                                   

La dernière fois que tu as fait l’amour ?                                                                                       

- (faussement offusquée) Je ne réponds pas !                                                                                                                                 

Ton homme idéal ?                                                                                       

- Mickey Rourke.                                                                                                                                                                                                     

Avec qui ferais-tu du cinéma ?                                        

- Stanley Kubrick.                                     

Et ta réincarnation ?                                                                          

- J’étais un petit rongeur et je redeviendrai rongeur !                                                                                                                   

Tu as déjà fait l’amour dans une sanisette ?                                                             

- Non, jamais ! Je vous le jure.                                                                                                                                                            

La première fois qu’un garçon t’a dit je t’aime, c’était comment ?                                                                                    

- Il ne me l’a pas dit.                                                                                                                                                                      

Comment tu dors ?                                                               

- Toute nue. J’ai trop faim. C’est fini !                                                                                                                                                                                                                                

Publié dans Mylène 1987 - 1988, Mylène en CONFIDENCES | Pas de Commentaires »

Salman Rushdie rencontre Mylène F.

Posté par francesca7 le 4 mai 2016

Mylène était conviée au mariage de l’écrivain qui a eu lieu le 17 avril 2004 à New York (Etats-Unis). Mais on sait qu’ils se connaissent depuis au moins 2000, année à laquelle on les a vus ensemble à un cocktail new-yorkais 

 

En 2002 : photo de Mylène et le fils de Salman

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Salman Rush­die: un poète contre les anathèmes – Article paru dans Gala

Comment je fais connaître les sites patriotes aux fans de Mylène Farmer 

Salman RushdieContrairement à l’imam de Brest, je pense qu’il faut s’enivrer de musique et je ne me prive pas pour le faire. La musique adoucit les mœurs et j’apprécie particulièrement la chanteuse française Mylène Farmer. J’entends déjà grincer des dents, notamment parce que son pseudonyme est anglo-saxon, mais c’est une célébrité qui, de mon point de vue, incarne très bien les valeurs de la France et de la civilisation occidentale. 

Je n’aurais sans doute pas les mêmes opinions politiques si je n’étais pas un admirateur de celle qui interpréta, entre autres, « Libertine », dans un clip évoquant le libertinage du XVIIIème siècle. Elle a su, tout au long de sa carrière, incarner une femme libre, provoquer avec une élégance que j’apprécie, contribuer à lever des tabous – il est vrai que le terrain était bien préparé depuis mai 1968 et l’œuvre féministe, notamment – et proposer des références culturelles de qualité, tout en visant un large public et en utilisant les media. Pour cette raison, elle est généralement méprisée par les «bobos», comme les Inrocks qui ne la loupent jamais à chaque sortie d’album (mais sa musique se vend extrêmement bien depuis trente ans).

J’en parle ici aussi parce que la récompense pour la fatwa contre Salman Rushdie a été augmentée très récemment par l’Iran ; or, la chanteuse est connue pour s’être liée d’amitié avec l’écrivain depuis fort longtemps. Alors, je suis allé sur un site non officiel (elle est l’une – voire la seule – chanteuse française médiatique à ne pas avoir de site officiel) pour partager l’information relative à l’auteur des Versets sataniques. En effet, les admirateurs de la chanteuse ont l’habitude de relayer l’actualité de Salman Rushdie, quoique Mylène Farmer n’ait jamais pris de position politique à ce sujet. J’avais alors décidé de partager un lien vers l’article que Riposte laïque a consacré très récemment à Salman Rushdie (http://ripostelaique.com/liran-offre-39-millions-de-dollars-futur-tueur-de-salman-rushdie.html), mais j’ai été censuré…

Ne baissant pas les bras et convaincu de ne pas être d’extrême-droite, j’ai relancé le débat en publiant sur le même site un message où j’expliquais ceci, entre autres : « la liberté d’expression, les valeurs républicaines, la libération des interdits religieux sont des idéaux élevés et tous ceux qui connaissent Mylène Farmer comme artiste, ses paroles et actions comme femme publique, aussi discrète soit-elle, doivent DEFENDRE cela. Les ténèbres progressent dans le monde, revoyez le clip de Leila*, par exemple, réécoutez la Poupée qui dit non, dans toute sa carrière Mylène Farmer a incarné la femme insoumise. Les horreurs de l’Etat islamique et le recul de ce qui fait notre civilisation, celle dans laquelle Mylène Farmer a puisé pour construire son univers, ne peuvent plus vous laisser indifférents. On ne peut plus tolérer qu’un imam à Brest prétende que la musique est la créature du diable et que celui qui écoute régulièrement de la musique court le risque d’être transformé en singe ou en porc par Allah ». * extraite de l’album « Bleu Noir », cette chanson évoque une fille du Shah d’Iran, qui s’était engagé dans la construction d’un Etat laïque, jusqu’à ce que la Révolution islamique de 1979 l’écarte du pouvoir.

J’en ai alors profité pour glisser une petite publicité pour Résistance républicaine, que j’ai décrite comme un mouvement « apolitique de lutte pour que la liberté ne meure pas en France » et en terminant ainsi mon message : « apprenez à vous poser les vraies questions et à défendre l’héritage des lumières. On a besoin de toutes les forces vives pour lutter contre le recul de la liberté ».

Description de cette image, également commentée ci-aprèsQuand elle était un peu au creux de la vague, cette chanteuse a fait un duo très marginal dans sa carrière avec un Algérien (Khaled) dont la vie familiale avait été par la suite médiatisée pour des raisons peu réjouissantes (sa femme avait porté plainte contre lui pour violences conjugales et il fut condamné pour abandon de famille ; sources :http://www.liberation.fr/france-archive/1997/06/14/khaled-traine-devant-le-juge-par-sa-femme_207001 et http://www.leparisien.fr/faits-divers/deux-mois-de-prison-avec-sursis-pour-khaled-08-05-2001-2002152994.phpet voici ce qu’il dit de l’islam… :

 

 

 

 

 

Image de prévisualisation YouTube

https://www.youtube.com/watch?v=yGXdb_aQl8k  

Toutefois, ce duo aux accents « raï » était une reprise de la chanson de Polnareff « La poupée qui dit non », ce qui me semble plein de sens à présent ! Interpréter avec ce chanteur alors en vogue – c’était l’époque où on nous bassinait de raï – une chanson qui parle de la libération sexuelle des jeunes filles en incarnant « la poupée qui dit non », c’était ne pas manquer de toupet.

On peut penser ce qu’on veut de Mylène Farmer – s’il vous plaît, Christine, ne lui faites pas un portrait à la Michel Delpech, je vous en voudrais beaucoup. Loin de moi de prétendre que, contrairement au reste du « show business », elle serait indifférente au dieu Ploutos, auquel Aristophane consacra une pièce quelques millénaires avant que nous naissions… Cependant, sans jamais prendre de position politique, contrairement à moult artistes « bobo » – si ce n’est le mariage homosexuel, auquel elle a reconnu qu’elle n’avait aucun motif de s’opposer, mais sans se livrer à aucun militantisme – elle sait, par ses textes, clips, inspirations et choix artistiques poser des questions essentielles à notre temps. Pour toutes ces raisons, Michel Onfray, il y a quelques années – c’était à l’époque je l’appréciais bien, jusqu’à ce que je lise la critique qu’Eva lui a consacré à propos des Evangiles – avait expliqué qu’il l’appréciait particulièrement.

Il n’est pas étonnant qu’elle ait indiqué que Georges Bataille ou Stefan Zweig, entre autres, ont inspiré ses textes. Elle a su mettre en musique mieux que quiconque les sombres poèmes de l’ermite de Solesmes, Pierre Reverdy. Je connais assez son travail pour dire qu’elle ne mérite aucun reproche de la part des patriotes !

Qui plus est, elle est l’une des rares chanteuses françaises à être très connue et appréciée des Russes, au point que la Russie est, à chacune de ses dernières tournées, un passage obligé, chacune de ses dates de concert faisant alors le plein là-bas. Fait remarquable, alors qu’un journaliste l’interrogeait très récemment sur la Russie en raison des lois récentes sur l’homosexualité, elle a affirmé, contrairement à certains chanteurs qui refusent de se rendre en Russie pour des raisons politiques, qu’elle n’a jamais été ennuyée en Russie pour ses concerts (elle est réputée pour ses tenues très sensuelles voire provocantes) et ses chansons (certains textes étant aussi sulfureux).

J’ai apprécié de l’apprendre, car, ne parlant pas le russe, je ne sais quelle opinion me faire sur ces textes ainsi que sur les lois réprimant les offenses aux sentiments religieux (http://www.lesechos.fr/12/06/2013/LesEchos/21455-067-ECH_russie—vote-d-une-loi-reprimant-les—offenses-aux-sentiments-religieux–.htm).

Il est vrai que la Russie nous intéresse, nous, Français, avant tout pour sa politique internationale. Je ne sais pas ce qui se passe exactement en Russie quant aux mœurs, s’agissant de leur politique interne, mais les évolutions du droit russe sont bien loin de la folie des interdits de la charia. Mylène Farmer ne pourrait pas faire en Arabie Saoudite les concerts qu’elle propose en Russie !

Posté par Maxime dans http://resistancerepublicaine.eu/2016/03/02/comment-je-fais-connaitre-les-sites-patriotes-aux-fans-de-mylene-farmer/

 

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Moby et Mylène, une rencontre

Posté par francesca7 le 13 avril 2016

            

Mylène et le musicien se sont rencontrés en 2007 à New York, lorsque Mylène s’est rendue dans le café que possède le chanteur. Ils ont alors sympathisé, puis Mylène a fait écouter ce qu’elle faisait à Moby.

Par la suite, ils ont enregistré deux duos (Slipping away (Crier la vie) en 2006 et Looking for my name en 2008). Puis Moby a envoyé à Mylène un disque de 17 maquettes de sa composition, en proposant à Mylène de choisir celles qui lui plaisaient pour chanter dessus. Ce qu’elle a fait en 2010 sur l’album Bleu noir, dont 6 titres sont des compositions par Moby.

 

Sans titre

 

Mylène Farmer partage sa vie entre Paris, Los Angeles et New York. C’est dans un restaurant de la Grosse Pomme qu’elle a rencontré le chanteur Moby. La chanteuse avait ses habitudes chez Teany. Quant à Moby… il en était le propriétaire !

C’est une journée ordinaire pour l’artiste Moby, qui s’affaire dans son établissement new yorkais, le Teany. Parmi les habitués de son établissement végétarien, une jolie rousse entame parfois avec lui la conversation. Ils partagent une passion pour le réalisateur David Lynch. Moby est bien loin de se douter que cette habituée est régulièrement en tête des ventes de disques en France. Et le succès dure pour… Mylène Farmer, véritable icône pour beaucoup d’entre nous. Et ceci l’artiste new yorkais va s’en rendre compte par hasard ! « Un jour j’arrive à Paris et je vois sa tête sur un poster. Je me dis : « Mais, c’est cette femme qui vient dans mon café ! » raconte l’interprète de Lift me up à Europe 1. Une fois les wagons raccrochés, le collaboration s’engage naturellement. C’est comme ça qu’est né le duo Sleeping away (crier la vie).

Si le café végétarien de Moby est aujourd’hui fermé, Mylène Farmer continue de séjourner régulièrement à New York. Elle y trouve un anonymat appréciable, loin de ses fans francophones. Les deux artistes, eux, sont restés amis. Après un nouveau duo sur l’album « Point de suture« (2008), Moby a écrit quelques chansons pour l’album « Bleu noir » (2011). La chanson éponyme se retrouve d’ailleurs en version anglaise sur l’album de « Destroyed«  de Moby, sorti la même année. Seule ombre au tableau, un quiproquo sur la musique de The day, du même album. Moby ne se souvenait pas l’avoir offerte à Mylène Farmer. Résultat, elle a écrit son texte, lui a écrit le sien de son côté. Mylène Farmer, pensant que c’était sa chanson, était très déçue d’apprendre qu’elle figurerait sur l’album du compositeur ! On espère que cette anecdote, racontée par Moby au journal Le soir, n’est pas à l’origine de l’absence de Moby dans l’album « Interstellaires », où elle collabore avec Sting et Martin Kierszenbaum. 

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Les amitiés de Mylène avec Nathalie Delépine

Posté par francesca7 le 16 mars 2016

            
La première fois que la photographe Nathalie Delépine apparait autour de Mylène, c’est en 2009, puisque ses photos d’une Mylène au naturel illustrent le programme de la tournée qu’effectue la chanteuse cette année-là.

Par la suite, les deux femmes sont devenues – jusqu’à aujourd’hui encore – inséparables, et Nathalie a par ailleurs effectué de nombreux shootings photo pour Mylène Farmer.

Nathalie_Delepine_Home 

La photographe Nathalie Delépine a mis en ligne récemment en 2012 un site officiel regroupant un grand nombre de ses clichés.

Et, on retrouve évidemment de nombreuses photos de Mylène de l’époque Bleu Noir, du clip Oui mais… Non mais aussi des pochettes de cd et des articles de presse.

Des photos connues mais pour certaines en meilleure qualité que celles dont nous disposions auparavant.

A noter également des photos de Reed Kelly l’un des danseurs du Mylène Farmer Tour 2009.

À découvrir sur ce lien : http://www.nathaliedelepine.com

 

A toi Mylène

Publié le 27/11/2013 dans la Presse : http://www.ladepeche.fr/article

 Mylène Farmer, heureuse d’être sur scène./Photo Nathalie Delepine

 

Ses fans ne la verront que sur la scène du Zénith, ce soir encore et samedi. Ou alors, par une chance incroyable, derrière les vitres fumées de sa grosse voiture. Car avec Mylène Farmer, la discrétion entretient le mythe, depuis son arrivée en jet privé à sa chambre d’hôtel.

Ne la cherchez pas dans les rues de Toulouse, faisant son shopping entre deux gardes du corps.Mylène Farmer n’a pas l’habitude de montrer son joli minois dans les boutiques, effectuant toujours de rapides parcours entre son hôtel et le Zénith, sans détours inutiles. Quand on évoque les déplacements de la chanteuse avec son équipe, les visages se ferment, le silence s’installe. «Mylène estime qu’elle dit tout dans ses spectacles et ses disques, que sa vie privée ne regarde qu’elle, lâche une collaboratrice. Ses admirateurs l’ont compris depuis longtemps : ce sont des gens normaux qui la respectent.» http://francescax7.unblog.fr/2013/12/02/discretion-extreme-arrivee-de-mylene-farmer/

Retrouvez les archives du Blog où l’on parle de Nathalie Delépine http://francescax7.unblog.fr/search/Del%C3%A9pine

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Interstellaires dans la presse

Posté par francesca7 le 5 janvier 2016

Mylène Farmer revient avec « Interstellaires ». Trois ans depuis la sortie de son neuvième album, qui avait divisé la critique, la chanteuse a cherché à se renouveler et à se révéler, apparaissant plus sereine que jamais.

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Mylène Farmer est de retour, mais sans son complice de toujours, Laurent Boutonnat. Comme elle l’avait fait il y a cinq ans en allant chercher Moby, Archive et RedOne pour renouveler son univers à travers l’album « Bleu noir », la chanteuse a fait appel cette fois-ci au producteur pop Martin Kierszenbaum (Natalia Kills, Robyn, Lady Gaga…), chef du label Cherytree Records qui distribue la musique de Sting. C’est d’ailleurs avec « Stolen Car », une reprise en duo avec l’ex-chanteur de Police produite par The Avener que Mylène Farmer a fait son retour. Une mise en bouche qui illustre plutôt bien l’album « Interstellaires », dont le point fort est indiscutablement sa modernité et sa légèreté, là où son prédécesseur, le déstabilisant « Monkey Me », sonnait légèrement poussiéreux et paresseux. Un changement de partenaires bienvenu !

Une artiste enfin sereine et optimiste
« Interstellaires » brille par sa cohérence, il est agréablement homogène sur le plan de la production et des arrangements, qui nous mettent en condition pour un voyage dans l’espace. Quant aux textes, ils sont une invitation à s’extirper du quotidien pour rejoindre les étoiles. Ce périple astral démarre avec la chanson éponyme de l’album, dont la tonalité rock et l’interprétation innovante font écho au disque « Anamorphosée » (1995), synonyme de fracture dans la carrière de Mylène. D’emblée la voix apparaît mieux maîtrisée pour délivrer un message optimiste. La chanteuse, qui semble moins tourmentée,  » lève les voiles  » pour  » recommencer dans un monde meilleur « . Un monde lumineux où l’amour guérit de tous les maux, comme l’artiste le chante dans « Voie lactée », « City of Love » ( » L’amour surgit du néant / N’avoir d’autres vœux que l’autre « ) et « Love Song », dont le lyrisme du refrain aérien tranche avec la sobriété des couplets.

Malgré cette sérénité apparente, il plane sur « Interstellaires » des zones d’ombre et les angoisses que les fans connaissent déjà bien. C’est ce que Mylène Farmer affirme à travers la ballade « A rebours », pièce maîtresse de ce nouveau disque. Sur des couplets parlés, contraste d’un refrain entraînant sa voix dans les aigus, l’artiste claque la porte à ses vieux démons, faisant un pas vers l’autre.  » (Nul besoin de barreaux / De croix / On s’enferme tout seul / Parfois « ). A l’aise entre l’Enfer et le Paradis, elle prend un peu de hauteur à travers « Pas d’access », piste électro captivante, utilisant la métaphore du rapace pour disserter sur la notion de liberté.

Un style plus direct et donc plus lisible
Mylène Farmer va à l’essentiel, adopte un style plus direct et délaisse la poésie ainsi que les mélodies fortes signées Laurent Boutonnat. L’anecdotique « Voie Lactée » ou la ritournelle sautillante aux accents funk, efficace, mais aux rimes aussi faciles (caricaturales), « C’est pas moi », rappellent toutefois le pygmalion. Signe que la chanteuse sait encore surprendre sans non plus provoquer de séisme. C’est aussi le cas avec le titre « Un jour ou l’autre », dont le pont aux influences celtiques conclut brillamment ce voyage dans l’espace. 

Cet album a donc les défauts de ses qualités. Plus lumineux et moins torturé, plus lisible aussi, « Interstellaires » inspire un profond sentiment d’apaisement. Malheureusement, cette recherche d’uniformité a obligé Mylène Farmer à sacrifier les gros tubes et les ballades poignantes, pourtant la marque de fabrique de son univers. Pour l’émotion, il faudra en effet se contenter d’une reprise très épurée de « I Want You to Want Me » de Cheap Trick, où l’artiste se met à nu.

Jonathan HAMARD – Source : Pure Charts

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AVANT QUE L’OMBRE… À BERCY DÉROULEMENT DU SPECTACLE

Posté par francesca7 le 29 novembre 2015

 

Ce cri qui introduisait le spectacle en introduit aussi le film, sur des images du « rideau de scène », ou plutôt des gigantesques portes qui la cachent encore aux yeux du public. Ce sont en effet deux lourdes portes baignées d’éclairages dorés qui se présentent au public, lui-même baigné d’éclairages d’un rouge oppressant. Au milieu de la salle se trouve une seconde scène en forme de croix, posée au milieu de la fosse. Une musique inquiétante et mystérieuse se fait entendre, constituée de grondements sourds et de chants religieux dignes de l’album « Cendres de lune ».

 BERCY2

C’est l’Introduction. La pression monte du côté du public de ces treize dates exceptionnelles, treize représentations uniquement à Paris-Bercy. Alors que les grondements se font de plus en plus sourds, les lumières s’éteignent brusquement, déclenchant à nouveau les cris du public. La musique va crescendo, jusqu’à l’explosion… « SHUT UP !! ». Un sarcophage futuriste s’illumine des hauteurs de la salle, au-dessus du transept de la croix posée au milieu de la fosse. Mylène est allongée à l’intérieur, yeux clos. Le caisson descend lentement, tandis que des éclairs et des coups de batterie semblables à des explosions traversent la salle. Le sol de la scène centrale en forme de croix est tapissé d’un écran retranscrivant des images évoquant un cœur humain, images signées Alain Escalle, comme toutes celles du show. Lorsque le sarcophage est posé sur la croix, six hommes vêtus de longues robes violettes montent sur la croix, et entourent le sarcophage dans lequel Mylène gît, endormie. Après l’avoir débarrassé des chaînes qui l’ont fait descendre, ils soulèvent le sarcophage et le portent en direction de la scène principale, toujours masquée par ses lourdes portes. Au fil de leur marche, une passerelle reliant les deux scènes descend du plafond. Au moment où les porteurs posent le pied sur la première marche de cette passerelle, les portes s’ouvrent enfin avec fracas, laissant entrevoir dans un éclair aveuglant un escalier sans fin, et deux écrans reprenant les images projetées sur la scène centrale en forme de croix. Arrivé sur la scène principale, les porteurs posent leur fardeau sur un socle, puis se retirent en coulisses. Sous les yeux du public, émerveillé par une telle entrée, le socle se relève lentement à la verticale. L’image de Mylène à l’intérieur, les yeux toujours clos, se relevant lentement, est projetée en live sur l’écran gauche de la scène. Et brusquement, elle ouvre les yeux, comme si les cris du public lui avaient insufflé la vie… Le sarcophage s’ouvre, libérant Mylène tout sourire, qui adresse un signe de main à la foule en délire. 

Et c’est parti pour le voyage… Le voyage semble être le fil conducteur du spectacle, une idée empruntée à Guy de Maupassant, dont une citation figure dans le livre du spectacle. « Le voyage est une espèce de porte par où l’on sort de la réalité connue pour pénétrer dans une réalité inexplorée qui semble un rêve ». Mylène, renvoyée sur terre et ressuscitée treize fois de suite par son public, va donc nous faire voyager dans son monde, ses tableaux…

Mylène commence à chanter Peut-être toi, dans de très beaux éclairages rouge et or. Sa tenue est pour le moins originale, constituée d’une culotte, d’un soutien-gorge et de bottes couleur or, sertis de pierres précieuses. Par-dessus, Mylène porte une cape couleur or également, constituée de fines lanières qui volent derrière elle. Ce titre dynamique est repris par le public, et Mylène le termine avec les fameux « Pam pam pam, padadadam pam… ».

Les accords de guitare qui introduisent la chanson suivante sont rythmés par des éclairages violets qui se lèvent et se baissent en rythme. Parallèlement à cela, une partie de la scène, celle où se trouvent le directeur musical Yvan Cassar, le batteur Abraham Laboriel et le percussionniste Nicolas Montazaud, s’élève lentement, laissant apparaître guitaristes, bassiste et choristes. La scène s’éclaire de bleu lorsque le riff de XXL se déchaîne. Mylène interprète ce titre avec beaucoup de justesse, tandis que les écrans géants derrière elle retransmettent des images live. A la fin de la chanson, Mylène fait reprendre le refrain au public après lui avoir dit bonsoir.

 BERCY

Retour au calme pour Dans les rues de Londres. Les écrans derrière Mylène diffusent des images d’une silhouette dansante superposée avec une écriture manuscrite… Des éclairages reprenant une rue pavée sont projetés sur l’immense escalier sans fin qui fait office de décor. Mylène interprète ce titre en toute sobriété, se déplaçant le long de la scène, tandis que la scène est éclairée dans des tons dorés. A la fin de la chanson, nous découvrons que les écrans mobiles sont quatre en réalité, qui peuvent bouger, se séparer, se rassembler…

Un bruit de C.B. retentit dans la salle. Le public reconnaît immédiatement California. Les écrans et la scène centrale se recouvrent de la mention « Crime scene – Do not cross ». Mylène apparaît en hauteur, sur la première partie de l’escalier du décor, dans une ambiance très sombre, rougeoyante. L’escalier avance lentement vers l’avant de la scène, et Mylène le descend en rythme avec la chanson. Elle effectue une prestation toute en sensualité de son tube de 1996. A la fin du titre, elle ne manque pas d’adresser un clin d’œil au public sur un langoureux « So ssssex… » !

Un tampon élève Mylène au-dessus de la scène tandis que retentit le rythme saccadé de Porno Graphique. Mylène effectue une chorégraphie géniale totalement barrée, faite de mouvements aussi saccadés et « autistiques » que la chanson, faite de déhanchés suggestifs et de mouvements brusques. Dans une ambiance rougeoyante (encore !), des images d’une opération à vif sont projetées sur les écrans réunis. Au trois quarts de la chanson, sept hommes font leur apparition sur scène, en haut de la première partie de l’escalier du décor. Ce sont Los Vivancos, groupe de danseurs flamenco, espagnols donc. Ils restent immobiles jusqu’à la fin de la chanson où Mylène lâche « T’as pas un p’tit mojito ?! » avant de s’échapper en coulisses. Ils prennent alors possession de la scène pour un interlude flamenco endiablé, fait de claquettes et d’acrobaties, sur un instrumental hispanisant de « Porno Graphique ». Puis le noir se fait…

Une petite mélodie enfantine se fait entendre doucement, tandis que la salle est baignée d’éclairages bleu sombre. Puis les premières notes de Sans contrefaçon retentissent, déclenchant les cris de délire du public. Huit danseuses sont positionnées sur scène, encore immobiles. Elles sont vêtues de pantalons noirs, de vestes à carreaux (comme il se doit pour cette chanson !) colorés et chapeaux haut-de-forme rouges. L’intro se déchaîne, guitare, percussions, Mylène arrive en fanfare du côté droit de la scène, vêtue également d’un haut-de-forme bleu marine, ainsi que d’une petite robe noire à plumes très courte dotée d’une sorte de traîne froufrouteuse, noire également. Mylène et ses danseuses effectuent la chorégraphie bien connue de la chanson devant un public déchaîné, tandis que de superbes éclairages balaient toute la salle. Les écrans des deux scènes projettent des images d’une marelle remplie des symboles masculin et féminin tournant sur eux-mêmes. Mise en scène très réussie. Mylène fait reprendre le refrain au public à plusieurs reprises…

Retour au calme avec une version plus lente et plus sensuelle de Q.I. Les danseuses retirent leur pantalon, leur veste et leur chapeau, dévoilant une petite combinaison noire des plus sexy. Mylène retire également son chapeau et sa traîne. Mylène et ses danseuses effectuent une nouvelle chorégraphie sensuelle et plutôt originale, inspirée du Lac des Cygnes. Le public est enthousiaste, notamment sur la fin de la chanson « Ton Q.I, mon Q.E, ton Q.I, C.Q.F.D… ». Mylène remercie le public, puis reprend cette conclusion de la chanson en chœur avec lui, tandis que les danseuses effectuent de larges mouvements avec les bras.

Déjà, l’intro de C’est une belle journée retentit, et nouveau moment de liesse dans la salle pour le public qui reprend à tue-tête le refrain avec Mylène. Celle-ci, toujours accompagnée de ses huit danseuses, effectue la chorégraphie du titre présentée à la télévision quatre années plus tôt. Les écrans diffusent des dessins animés tirés du clip, accompagnés d’une multitude de lettres C.U.B.J., les initiales de la chanson. A la fin de la chanson, Mylène retourne en coulisses, tandis que les musiciens jouent un instrumental orientalisant, pendant lequel les Los Vivancos arrivent une nouvelle fois sur scène, pour effectuer un nouvel interlude flamenco/claquettes. Puis le noir se fait…

Un orage éclate dans Bercy. Des éclairs flashent toute la salle, tandis que le tonnerre, la pluie et le chant des cigales retentit. Sur la scène centrale en forme de croix, une trappe se retourne sur elle-même, laissant apparaître un piano à queue. Yvan Cassar s’avance sur la scène centrale, sous les applaudissements du public. Il s’installe au piano et débute une introduction que l’on reconnaît comme étant celle de Ange, parle-moi. La voix de Mylène se fait entendre. Mais où est-elle ? Elle est perchée dans un chandelier immense aux flammes en plastique, qui survole le côté gauche de la salle. Le chandelier parcourt ainsi la moitié de la salle, rapprochant Mylène des spectateurs assis de ce côté-ci des gradins. La foule est réellement en délire, on entend peu Mylène tant les cris sont nombreux. Mylène reste imperturbable et termine la chanson, ici dans une jolie version en piano-voix, en se posant au milieu de la scène centrale. Elle descend du chandelier, qui remonte au plafond. Elle porte une nouvelle tenue constituée d’un corset violet, d’un haut transparent passé par-dessus, et de cuissardes bleues. La chanson finie, le public réserve une standing ovation à Mylène, qui semble ne pas en revenir…

La chanson suivante est Redonne-moi, que Mylène interprète visiblement très émue. Dès le second couplet de la chanson, elle peine à finir ses vers. Le public ne manque pas d’aider Mylène et de l’applaudir. Yvan conclut joliment la chanson avec une reprise inédite au piano, durant laquelle Mylène reçoit un bouquet de fleurs du public. Elle lui dit : « Ce sont des moments tellement émouvants pour moi… Merci beaucoup… ».

Toujours sur la scène centrale, Mylène continue ce tableau « émotion », plus proche que jamais de son public. Bercy n’a jamais semblé si intimiste… Elle enchaîne avec Rêver. Dès la fin de l’intro, elle demande à Yvan, submergée par l’émotion : « Donne-moi une seconde… Pardon… ». Tandis que l’écran de la scène du fond retransmet toujours des images live de Mylène, de magnifiques éclairages habillent la chanson. Des colonnes de lumière s’élèvent tout autour de la scène centrale en forme de croix, tandis que Mylène interprète une de ses chansons les plus connues et aimées du grand public. On entend d’ailleurs nettement son public chanter avec elle lors des refrains. Le public reprend également en cœur le refrain lorsque Mylène le lui demande à la fin de la chanson. « C’est une chanson qui vous va si bien… Alors je vous laisse la chanter pour moi »…

L’obscurité grandit pour L’autre… que Mylène interprète encore une fois en toute sobriété, en communion totale avec le public, aussi ému qu’elle. Vers la fin de la chanson, après que la plupart des musiciens l’aient rejointe sur la scène centrale, elle fait monter une fan sur scène, parcourt un peu la croix avec elle puis la serre dans ses bras, concluant la chanson par : « C’est un ami… C’est lui… C’est lui… C’est vous… ».

BERCY1

Dès que les premiers accords de Désenchantée sont plaqués par Yvan, un cri de délire inonde Bercy. Les danseuses de Mylène, en pantalon noir et en haut violet, la rejoignent sur la scène centrale. Elles effectuent avec Mylène la chorégraphie d’origine du titre, tandis que les écrans des deux scènes projettent des images psychédéliques de toutes les couleurs. Au fur et à mesure que la chanson avance, les éclairages sont de plus en plus fous. A la fin de la chanson, des torrents de lumières de toutes les couleurs déferlent dans tout Bercy. Le public, quant à lui, est euphorique. Mylène interprète son plus gros tube, son hymne, au milieu de la salle, au milieu de son public. Comme pour « Rêver », on le distingue bien chanter avec Mylène sur les refrains. En réalité, dans la salle, il chantait plus fort qu’elle… Lors du pont de la chanson, les musiciens restant passent d’une scène à l’autre par la passerelle, une nouvelle fois descendue. Après une multitude de refrains, la chanson se termine et les danseuses retournent sur la scène principale. Mylène reprend le refrain plusieurs fois avec le public, puis présente les musiciens qui l’accompagnent. Après avoir été présentés, ceux-ci retournent sur la scène principale. Puis Mylène va les rejoindre lentement, en reprenant une nouvelle fois le refrain de la chanson avec le public. Sur la passerelle entre les deux scènes, elle se penche pour adresser un petit signe au public juste en-dessous. Puis la musique explose à nouveau et un nouveau refrain est repris.

Retour au calme avec Nobody knows, que Mylène interprète en faisant de simples mouvements de bras et de tête. Les écrans, devant lesquels une sorte de tissu transparent a été descendu, diffusent des images oniriques dans des tons jaunes. Les éclairages rouges et jaunes balaient la salle. Mylène retourne dans les coulisses tandis que les musiciens et notamment Yvan Cassar concluent la chanson par un air mystérieux constitué d’arpèges.

Pour Je t’aime mélancolie, de longues colonnes de tissu descendent du plafond de la scène. A l’intérieur de certaines d’entre elles, Eric Chevalier le claviste, Mylène et quelques danseuses. Les autres sont disposées plus au devant de la scène. Dans une version assez similaire à celle du Tour 96, Mylène ré-interprète cette chanson avec la chorégraphie d’origine, en dépit de son micro qu’elle porte à la main. Dès le premier refrain, elle sort de sous la colonne de tissu. Elle est vêtue une nouvelle tenue : culotte et soutien-gorge en dentelle noirs, par-dessus lesquels elle porte une veste en dentelle noire également.

Interprétation toute en simplicité et en sensualité pour L’amour n’est rien…. Mylène évolue sur scène, jouant avec ses musiciens, notamment ses deux choristes et son bassiste. De jolis éclairages mettent en valeur les colonnes de tissus qui ont libéré toutes les personnes qui étaient à l’intérieur… Lors des derniers refrains de la chanson, ceux-ci montent et descendent en rythme avec la chanson.

Quelle surprise que cette nouvelle interprétation de Déshabillez-moi ! On peut dire que Mylène vit la chanson… Devant un pied de micro, elle joue avec lui et avec le public, multipliant les grimaces, les poses lascives. Sans oublier l’énorme cri qu’elle pousse… Interprétation magistrale de ce classique de Juliette Gréco !

Retour au calme avec Les mots. De magnifiques projections de roses ornent les deux côtés de la scène. Des images de pluie sont projetées sur les écrans, scindés en deux. Mylène chante son premier couplet. Pour le couplet de Seal, surprise, Abraham se lève et c’est lui qui va rejoindre Mylène. Remplaçant de treize soirs, il donne une nouvelle dimension à la chanson en interprétant superbement cette chanson avec une belle voix rauque. Mylène et Abraham semblent très complices et avoir beaucoup d’affection l’un pour l’autre. Mylène le gratifie d’ailleurs d’un smack sur la bouche à la fin de la chanson…

Fuck them all bénéficie d’une mise en scène très étudiée et très colorée. Les Los Vivancos sont de retour sur scène, l’un deux enserrant Mylène dans ses bras. Ils se retournent lentement vers le public au moment de l’intro. Les danseuses sont également présentes sur scène, habillées en geishas. Toute la troupe effectue une chorégraphie inédite, tandis que les écrans diffusent des images évoquant l’Espagne, avec beaucoup de rouge, des images de toréadors, des coupures de journaux… Lors des derniers refrains, la passerelle descend une nouvelle fois relier les deux scènes. La chanson finie, toute la troupe passe sur la scène centrale, au rythme de percussions et des « Fuck them all » qui résonnent dans toute la salle. Mylène présente les danseurs : « Ils sont tous frères, ils sont tous espagnols, ils dansent magnifiquement bien, ils s’appellent Los… Mylene_FarmerVIVANCOS !! ». Puis elle retourne vers les danseuses : « Elles viennent toutes de New York, je suis très très heureuse de travailler avec elles, elles sont toutes plus jolies les unes que les autres, ce sont les danseuses !! ». Tout le monde retourne sur la scène principale, seule Mylène reste… « Et merci à vous, un immense merci !! ». Explosion de guitares. Mylène tournoie sur la scène centrale, au milieu de son public qui l’acclame. On sent les larmes lui monter aux yeux… Elle retourne sur la scène principale. « FUCK THE ALL ! ». Le noir se fait.

Cris du public lorsque Mylène est de retour sur scène. Elle est vêtue d’une nouvelle tenue, un magnifique manteau rouge sang brodé d’or et de perles. Un véritable rideau d’eau coule devant la scène. L’image de Mylène en live est projetée dessus. L’effet est magnifique. Les premières notes de Avant que l’ombre… débutent. Mylène interprète la chanson visiblement émue. Lors des derniers couplets, le rideau se sépare en deux, laissant Mylène passer devant. « Mais laisser le passé, redeve…nir le passé… passé… ». Et à chaque fois que Mylène prononce le mot « Passé », celui tombe du rideau d’eau, constitué de gouttelettes d’eau. L’effet est grandiose, magnifique. C’est la première fois au monde que cette technologie est utilisée. Le public est scotché. Mylène termine la chanson, puis lorsque débute le long instrumental qui conclut la chanson, elle se dirige vers l’escalier sans fin du décor, maintenant orné d’immenses chandeliers dont le pied est sculpté de cobras. Tandis que le rideau laisse maintenant s’échapper la silhouette de Mylène (celle de l’affiche du spectacle), celle-ci monte lentement, très lentement, les marches de cet escalier sans fin. Arrivée à mi-chemin, elle ôté son long manteau rouge, se retrouvant presque nue. Arrivée tout en haut de l’escalier, dans la fumée, elle se retourne et lève la main en direction du public. Elle n’est plus qu’une silhouette lointaine en haut de cet escalier. Le public, abasourdi, répond au signe de main que lui adresse Mylène. Puis lentement, les lourdes portes qui cachaient la scène commencent à se refermer sur elle et sur Mylène, la main toujours levée. Sa silhouette se découpe toujours dans le rideau d’eau. Avec un immense fracas, les portes se referment définitivement. Le dernier plan du film nous montre les fans en pleur devant ce final incroyable et particulièrement fort en émotions…

 SOURCE  / http://www.innamoramento.net/

Publié dans Mylène 2005 - 2006, Mylène Tour BERCY 2006 | Pas de Commentaires »

Mylène a fait une rencontre du troi­sième type

Posté par francesca7 le 20 novembre 2015

1Sa bonne étoile s’est mise à briller un peu plus fort, comme un signal lui rappe­lant qu’elle n’avait pas encore tout dit, qu’il était temps de dessi­ner un nouveau ciel au-dessus de sa tête, à l’au­tomne dernier.

Elle venait alors de termi­ner le shoo­ting du livre Fragile, première extrac­tion de l’ima­ge­rie roman­tique et gothique qui a fait sa légende. Devant l’objec­tif de Sylvie Lancre­non, Mylène Farmer s’était mise quasi­ment à nu, tout juste habillée d’un voile de mous­se­line, de talc ou d’ar­gile. Mue et renais­sance d’une artiste dans sa façon de se présen­ter à l’autre.

Restait à trou­ver le son qui corres­pon­drait à cette envie d’épure, de recom­men­ce­ment, sans renie­ment de celle qu’elle fut. Etre diffé­rent et fidèle à soi-même, pour un artiste, c’est… tout un art !

Ecrit et enre­gis­tré sous le ciel de Cali­for­nie, l’al­bumAnamor­pho­sée, plus rock, voire plus sensi­tif, plus orga­nique, fut une première surprise, il y a vingt ans. Nouvelle pulsa­tion de vie, au-delà des ecchy­moses, avec Bleu Noir, disque aux sono­ri­tés élec­tro travaillées par Moby, RedOne et Archive, en 2010.

Proje­tée dans ses rêve­ries depuis la fin de sa tour­née Time­less, il y a deux ans, Mylène a fait une rencontre du troi­sième type : Martin Kirs­zen­baum.

Fils de scien­ti­fiques argen­tins, ce natif de La Jolla, en Cali­for­nie, ne connaît qu’une limite : le ciel ! Déni­cheur de talents (les loli­tas russes de t.A.T.u, la Cana­dienne Feist, Lady Gaga…) pour Inter­scope, label d’Univer­sal, il a fondé sa propre divi­sion, Cher­ryT­ree Records, spécia­li­sée dans l’édition, le déve­lop­pe­ment et le mana­ge­ment d’artistes (Tokio Hotel,  Robyn, Ellie Goul­ding, LMFAO…), sans délais­ser la compo­si­tion musi­cale.

Mis au piano par sa mère dès ses huit ans, membre de divers groupes durant son adoles­cence, ce multi-instru­men­tiste comprend à ce point les envies de ses talents qu’il ne put refu­ser à Sting, proche depuis bien­tôt vingt ans, l’enre­gis­tre­ment de Songs from the laby­rinth, collec­tion de pièces pour luth, en 2006! Contre toute attente, sinon celle de Sting et de Kiers­zen­baum, l’album s’est vendu à plus de 270 000 exem­plaires rien qu’aux Etats-Unis, le plus diffi­cile des marchés.

« Cela ne m’inté­resse pas d’exploi­ter ce qui est à la mode, je suis bien plus inté­ressé à l’idée de défi­nir ce qui va plaire », aime à répé­ter ce mari et père de deux grands enfants, si enjoué qu’on en devine à peine les quarante-huit ans.

Compo­si­teur de neuf titres inédits sur les onze inclus dans Inters­tel­laires, ce nouvel album de Mylène que Cher­ryT­ree Records va distri­buer à l’inter­na­tio­nal, Martin Kiers­zen­baum a très proba­ble­ment réussi son pari avec l’icône Farmer.

MYLENE 2015

Gala vous en offre un avant-goût…

1. Inters­tel­laires: Choisi au dernier moment comme titre de l’al­bum, ce premier morceau en défi­nit l’am­biance. Retour d’une batte­rie et de guitares plus rock. Niveau texte, Mylène chante le voyage. Vers un ailleurs, une autre vie, l’éter­nité ? Le refrain laisse libre cours aux imagi­naires : « Si c’était moi/ Pour nos rêves/ Mettre les voiles/ Le jour se lève/ On se prépare/ Au voyage/ Pour des ères inter­stel­laires (…) ». La voix a gagné dans les graves. Les chœurs qui l’ac­com­pagnent vers la fin évoquent une incan­ta­tion tribale. On pense à Vertige, chan­son d’ou­ver­ture de l’al­bum Anamor­pho­sée. Et on imagine déjà une entrée de scène sur ce titre.

2. Stolen car : Premier single exploité, ce deuxième morceau, inter­prété avec Sting, est le seul duo de tout le disque. Déjà chan­tée par l’ex-leader de The Police en 2003, cette reprise, remixée et produite par le dj star The Avener, est aussi le seul titre d’Inters­tel­laires aux distor­sions élec­tro. Choisi par Mylène pour ses quali­tés ciné­ma­to­gra­phiques et sa construc­tion invi­tant à un dialogue franco-anglais, cette ballade mid-tempo entre regrets et rêves, réalité et fantasme, pose la problé­ma­tique très « farme­rienne » du désir qui fait désordre.

3. A rebours : Si, avec ce troi­sième morceau, Mylène chante la tenta­tion du retour en arrière, d’un erase and rewind, quand tout pèse, tout nous accable, le début parlé, à la limite du slam, n’est pas sans rappe­ler son tout premier talk-over sur Maman a tort, il y a trente ans. Musi­ca­le­ment, on est dans l’épure : piano, guitare et batte­rie sur la fin portent des paroles aussi simples que percu­tantes, fina­le­ment posi­tives, libre­ment inspi­rées d’un certain André Malraux. « La vie ne vaut rien mais / Mais… Rien ne vaut la vie / C’est epsi­lon plus que petit / C’est epsi­lon pour­tant l’en­vie (…) ». Inspi­rant.

4. C’est pas moi : Ce quatrième morceau est peut-être l’une des meilleures surprises de l’al­bum. Sur un texte abor­dant le refus du confor­misme, de la tièdeur et de l’en­nui (« Marcher sa vie entière à…/ Côté de soi/ Tant d’âmes se méprennent/ Un oui/ Un non/ Une ligne droite (…) »), Mylène s’es­saie à… des sono­ri­tés funk ! La ligne de basse, rela­ti­ve­ment démente, en fera danser plus d’un, comme le fit – allez, osons la compa­rai­son – leThriller de Michael Jack­son.

5. Inson­dables : Deuxième teaser de l’al­bum dévoilé sur le net après Stolen car, ce cinquième morceau, qui débute avec un gimmick de métro­nome, voire de tic-tac, évoque la sépa­ra­tion, la perte de l’autre, l’ab­sence d’un être aimé qui enva­hit parfois le quoti­dien et nour­rit les regrets… Avec ce titre, Mylène prouve sa capa­cité à chan­ter sur le souffle, prouesse vocale qu’elle maîtrise désor­mais – grâce à sa coach Karen Acam­pora Nime­reala – comme nulle autre. Impres­sion d’en­tendre la plainte d’un fantôme, tout aussi inca­pable d’en­trer en connexion avec l’être qui lui a survécu. Nous reviennent les images du film Ghost, avec Demi Moore et Patrick Swayze.

6. Love song : Ponc­tué par un bruit de sonar, souli­gné lui aussi par des accords de guitare et la frappe d’une batte­rie, ce sixième morceau planant impo­sera à n’en pas douter l’al­lu­mage de briquets lors des prochains concerts de l’icône Farmer. A travers cette ballade envoû­tante, Mylène la femme laisse surtout trans­pa­raître son empa­thie pour les cabos­sés de la vie et de l’amour. « Love song / Love song/ Love song des lais­sés pour compte/ Love song/ Une Love song/ Quand je vois l’ombre/ Nous sépa­rer du monde (…) », scande-t-elle. Comme un baume répa­ra­teur.

7. Pas d’ac­cess : Recours au synthé, en complé­ment d’une basse, sur ce septième morceau, mais dans un style plus proche des Daft Punk que des dernières compo­si­tions de Laurent Bouton­nat. A nouveau, Mylène démontre toute l’éten­due de ses capa­ci­tés vocales, en oscil­lant entre registre bas et registre plus haut. Si le texte est l’un des plus sibyl­lins de l’al­bum, rédui­sant le monde à une cage pour les free-spirits (« Il n’y a pas d’ac­cess/ Il n’y a pas d’ac­cess/ Pour être libre (…) »), il permet aussi à Mylène d’ex­ploi­ter une nouvelle image­rie (« Rapace / Je m’évade/ Trou­ver son nid/ Cathé­drale/ Au Kamt­chatka/ Ou Sibé­rie (…) »). On aime, en outro, ce cri de faucon, aussi perché – dans tous les sens du terme – que déchi­rant. Nouvel animal totem ?

8. I want you to want me : Deuxième reprise de l’al­bum, après Stolen car. Origi­nel­le­ment chan­tée par le groupe de hard rock améri­cain Cheap Trick en 1978, ce huitième morceau reprend en fait les arran­ge­ments choi­sis par un autre Améri­cain, Gary Jules, proche de Mylène, lorsqu’il s’appro­pria lui-même ce titre en 2011. Moins rageuse, plus tendre, comme une confi­dence sur l’oreiller, cette version s’écoute comme une supplique amou­reuse d’un genre nouveau pour la chan­teuse. On l’y découvre en effet prête aux conces­sions les plus ordi­naires, mais sans doute les plus fonda­men­tales, de la vie de couple (« I’ll shine up my old brown shoes / I’ll put on a brand new shirt / I’ll get early from work / If you say you love me (…) »). Il n’y a pas d’amour, il n’y a que des preuves d’amour, en résumé et en version française.

9. Voie lactée : Jolie ballade, qui résume peut-être le mieux le nouvel état d’es­prit de Mylène, sa volonté de vivre en suspen­sion et en mouve­ment, entre spleen et idéal, de petites morts en renais­sances, « Comme les flocons d’air / De neige en hiver / Qui fondent au prin­temps (…) »« Pas le droit de m’en faire / Pas plus le droit de fuir (…) », « Pas le droit de me taire / Pas plus le droit d’en finir (…) » : sur ce neuvième morceau, l’ange roux entre­prend son examen de conscience. Quand bien même son reflet est une toile inache­vée, cet infini, cette « voie lactée » dont on n’aura jamais fini de mesu­rer les contours. Au début des années quatre-vingt-dix, l’ar­tiste se disait d’une « géné­ra­tion désen­chan­tée ». Avec ce titre, elle semble fina­le­ment refu­ser le renon­ce­ment, comme atti­rée par un ailleurs, la possi­bi­lité d’une autre fois. Lumi­neux dans son genre.

10. City of love : Notre coup de cœur, dès la première écoute. Piano, batte­rie, basse, chœurs, refrain impa­ra­ble… Le meilleur de Mylène Farmer se concentre dans ce dixième morceau qui n’est pas sans nous rappe­ler l’étrange mais convain­cante asso­cia­tion des groupes U2 et Boyzone sur le titre Swee­test Thing datant de 1998.« Les mots au bout des lèvres / Un chemin vers la vie / Si je m’aban­donne / Je bati­rai / The City of love (…) » : par ces quelques mots, la fragile et rétive Mylène révèle la force créa­tive et protec­trice que lui insuffle le senti­ment amou­reux. L’in­sou­mise devient maître-d’œuvre et gardienne. Il ne s’agit plus de redou­ter ce qui pour­rait corrompre l’amour, mais d’éri­ger plus haut les remparts qui sauront le préser­ver.

11. Un jour ou l’autre : Deuxième coup de cœur que ce onzième et dernier morceau. Débu­tée au piano, puis accom­pa­gnée d’un roule­ment de tambour, cette ballade évoque une bande-origi­nale de film. Ce sont les images de La fille de Ryan, le roman­tisme de David Lean, ces vastes et sauvages paysages irlan­dais chahu­tés par les vents qui défilent à l’es­prit, à mesure que la voix de Mylène monte de plus en plus haut. « Retrou­ver / Un jour ou l’autre/ Une étoile / S’en­dor­mir l’un contre l’autre (…) », et rester ainsi unis, malgré « Des ques­tions sans réponses / Des hommes qui renoncent / Des océans qui se mettent à genoux (…) ». Diffi­cile de clore plus joli­ment l’odys­sée Inters­tel­laires.

 

SOURCE http://www.gala.fr/l_actu/news_de_stars

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Mylène Farmer est l’anti-people

Posté par francesca7 le 14 novembre 2015

 

 

Mylène interstellaireHugues Royer,  Grand admirateur de la star et auteur de la biographie non-autorisée « Mylène », le journaliste et écrivain Hugues Royer revient sur ce nouveau départ et explique pourquoi la star se sent enfin prête à conquérir le marché américain.

Pour la deuxième fois depuis Bleu noir (2010), Mylène Farmer ne collabore pas avec son complice de toujours, Laurent Boutonnat. Que s’est-il passé pour qu’il soit absent d’«Interstellaires» ?

Entre eux, il y a une sorte de dérive des continents. Laurent Boutonnat, qui a épousé une artiste russe et est devenu papa, entend poursuivre en priorité sa carrière de réalisateur. Des tensions seraient apparues lors de la dernière tournée de Mylène Farmer lorsqu’elle a insisté pour interpréter des titres issus de l’album «Bleu Noir» qui n’étaient pas de lui. Pour ce pygmalion dans l’âme, il n’est sans doute pas aisé de voir sa muse voler de ses propres ailes. Mais rien n’interdit les retrouvailles de ce tandem qui a tant marqué la chanson française…

A-t-elle eu peur de se répéter ?

C’est une artiste à la fois fidèle à son univers mais qui ne cesse d’élargir son horizon. Elle a besoin de prendre des risques et voulait éviter de tomber dans une forme de ronronnement musical. Pour certains de ses fans, les dernières compositions de Laurent Boutonnat n’étaient pas à la hauteur des premières. Les nouvelles collaborations (avec Sting, The Avener ou Martin Kierszenbaum, ndlr) répondent à une demande de son public, très pointu. Elle veut surprendre ses fans, les emmener sur d’autres terrains. Il ne faut pas non plus oublier qu’il s’agit de Mylène Farmer, star aux plus de 30 millions d’albums. Sa notoriété lui permet de s’offrir un duo avec Moby ou Sting…

«Interstellaires» compte des morceaux en anglais. Surprenant ?

A 54 ans, Mylène tente ce qu’elle n’avait pas jamais osé jusqu’à présent : une percée sur le plan international, qui  passe par une présence sur le marché américain. Je trouve cela incroyable et culotté. Jusqu’ici, en dehors des pays francophones, seule la Russie lui réservait un accueil de star…

Pourquoi ne l’a-t-elle pas fait avant ? 

Elle n’était tout simplement pas prête. Elle a longtemps pensé qu’elle ne pouvait pas s’exprimer avec autant de nuances en anglais qu’en français. Puis, avec le temps, grâce à quelques cours et ses relations amicales avec des artistes anglophones, elle est devenue quasiment bilingue. Le parrainage de Sting l’a convaincue que c’était le moment idéal de faire le saut de l’ange.

Alors qu’elle est très discrète dans les médias, les fans sont toujours au rendez-vous. Jouer la carte du mystère, est-ce la clé de sa longévité ?

photo_Pure chartToute sa communication repose précisément sur la non-communication. C’est paradoxal. Alors qu’à ses débuts elle était omniprésente dans les médias, elle se fait très discrète depuis 25 ans. Et ça marche ! Mylène Farmer est l’anti-people : elle brille par sa rareté. On ne s’intéresse pas à la destination de ses vacances, aux secrets de sa ligne ou à l’identité de l’homme avec qui elle passe ses nuits… Sa vie privée est tellement secrète qu’on ne peut s’intéresser qu’à ses disques. Sur le plan marketing, c’est un cas unique dans le paysage musical hexagonal.

Est-elle réellement timide ?

Depuis son plus jeune âge, Mylène Farmer souffre d’une timidité maladive. En même temps, elle possède l’incroyable audace des vrais timides. Et elle se soigne ! Elle semble plus heureuse et moins tourmentée aujourd’hui. L’amour de ses fans est quelque chose qui la réconforte. Pour être digne de leur amour, elle est prête à décrocher la lune.  Tant que dure le sortilège, comment pourrait-elle envisager son retrait ?

Interstellaires, Mylène Farmer (Polydor/Universal)

Mylène, Hugues Royer (éd.Flammarion)

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UNE MYLENE SEREINE

Posté par francesca7 le 8 novembre 2015

 

Sereine. C’est ainsi que Mylène Farmer apparaît sur la couverture du nouveau numéro de Gala. La chanteuse a accordé la primeur de sa première interview pour la sortie de son dixième album à nos confrères, donnant à découvrir une artiste apaisée et confiante, comme si enfin Mylène se révélait à elle-même, à 54 ans. Toutefois, « la femme, elle, reste privée » a-t-elle rappelé, expliquant qu’« il faut une certaine dose de détermination, mais aussi de fragilité pour exercer ce métier ».

« L’écriture m’a fait voyager au-delà de toute espérance »

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L’interprète de « Sans contrefaçon » s’est tout de même fendue de quelques confidences au sujet de son état de santé, alors qu’elle était apparue les béquilles à la main sur le tournage de son dernier clip  »Stolen Car » au mois de septembre. « Le 16 mars dernier, j’ai glissé sur les pavés et je me suis fracturé tibia et péroné. La tête dans les étoiles, je ne l’ai eue qu’une fois plâtrée jusqu’à l’entrejambe. Immobilisée, j’ai eu tout mon temps pour écrire mon album et illustrer un beau conte philosophique, « L’étoile polaire » de Michel Onfray » a-t-elle déclaré, expliquant avoir compris que « le soutien de ceux que vous aimez est fondamental et qu’à tout malheur peut succéder une renaissance ». « Je devais être sous l’ordonnance d’une bonne étoile, car l’écriture et le dessin m’ont fait voyager au-delà de toute espérance durant cette longue période alitée » explique-t-elle.

« Interstellaires » dans la lignée de « Bleu noir » et « Anamorphosée »

Par conséquent,  »Interstellaires » se distingue dans sa discographie, même si Mylène Farmer n’a pas le sentiment de « changer », plutôt d’« avancer » et de « découvrir ». La chanteuse considère ce nouvel opus comme une « continuité dans le changement », à l’image de ses albums « Anamorphosée » (1995) ou « Bleu noir » (2010) . Ce nouveau projet est le fruit d’une collaboration avec Martin Kierszenbaum et The Avener, lequel a dit le plus grand bien de la chanteuse à Pure Charts.

« Quand il n’y a plus de place pour la différence, la pensée décline »

Lors de cet entretien fleuve, l’artiste s’est également confiée à propos de ses inspirations. Elle a rappelé que « la peur n’est pas un moteur » et ce qui la faisait évoluer était « l’ennui ou la crainte de l’ennui ». Quant à la sortie de son nouveau disque aux États-Unis sur le label de Martin Kierszenbaum, Mylène Farmer la considère comme « une jolie surprise » et « non pas un enjeu » : « L’idée d’une distribution outre-Atlantique est amusante ». La chanteuse n’a d’ailleurs « aucun regret » de ne pas avoir démarré de carrière en Amérique, comme on il lui avait été proposé il y a 20 ans. « Cela m’a permis de m’exprimer dans ma langue maternelle. C’était ma décision » a-t-elle dit.

« L’autre est essentiel à ma santé mentale »

mylène couverture
Les fans en apprendront davantage sur la dimension mystérieuse que la star s’évertue à entretenir. Elle explique dans l’entretien ne pas vouloir dialoguer sur les réseaux sociaux comme le font beaucoup d’autres artistes. « Il me semble que je suis, au contraire, très présente. Ce n’est pas de mon fait, certes. Mais je préfère laisser les gens s’exprimer librement, sans intervenir. Ce que j’ai à partager se trouve dans mes albums, mes clips, mes concerts, et plus rarement dans quelques interviews » a-t-elle souligné. En revanche, Farmer a confié n’être pas faîte pour la solitude, contrairement aux idées reçues et révèle, amusée, être « solitaire, indépendante, libre mais rarement seule… L’autre est essentiel à ma vie. Et à ma santé mentale ! ».

« L’esprit de meute est destructeur »

Se réservant de se prononcer sur des sujets d’actualité bouillants, Mylène Farmer a néanmoins répondu à une question concernant le départ de Claire Chazal du JT de TF1, et notamment sur le tollé médiatique engendré par celui-là. « Je trouve l’esprit de meute déroutant et destructeur. Il répond au diktat de la pensée unique, comme si les plus nombreux ou les plus influents détenaient la vérité. Ce rapport de force n’est pas nouveau, mais il a pris de l’ampleur dans le jeu médiatique. Quand il n’y a plus de place pour la différence, le dialogue, la contradiction ou la nuance, la pensée décline » a-t-elle conclu.

Jonathan HAMARD

En savoir plus sur http://www.chartsinfrance.net/Mylene-Farmer/news-99610.html#b9W0kk4HBTBpmGJV.99

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INTERVIEW de Mylène pour Gala 2015

Posté par francesca7 le 8 novembre 2015

C’est une nouvelle odys­sée qu’elle s’apprête à débu­ter avec Inters­tel­laires, dans les bacs ce 6 novembre 2015. Un dixième album conçu comme un défi à la gravité et le mani­feste de ses nouvelles attrac­tions. Suivez l’étoi­le…

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Plus profonde, mais, para­doxa­le­ment, plus légère. Telle est l’ar­tiste que le public va redé­cou­vrir avec Inters­tel­laires, son dixième album studio, composé dans sa quasi-tota­lité par l’Amé­ri­cain Martin Kiers­zen­baum et voulu comme une envo­lée vers des cieux aussi déga­gés qu’im­menses. Telle semble aussi la femme, plus apai­sée, moins braque, sans doute la première intri­guée par la possi­bi­lité de deve­nir qui elle est. 

Mylène Farmer, le cheva­lier d’Eon et de néons de la variété française, en a fini avec le traves­tis­se­ment, les effets de style. Musi­ca­le­ment, guitares, basses, piano et batte­rie se distinguent, mais sans la sono­rité martiale de ses dernières produc­tions, plutôt comme une rampe de lance­ment à sa voix aujourd’­hui parfai­te­ment maîtri­sée. Plus directs, souvent portés par d’im­pa­rables ballades, ses textes, eux, reflètent son envie d’au­then­ti­cité. Elle n’a jamais triché, mais elle s’est souvent sous­traite au prin­cipe de réalité, lais­sant la légende et les fantasmes embuer son miroir. Elle s’y voit mieux et elle ne s’y voit plus seule (…).

(…)

Gala : Votre dixième album studio, Inters­tel­laires, est un autre point de rupture. Nouveau son, nouveaux colla­bo­ra­teurs. Certains de vos fans appré­hendent le chan­ge­ment. Plus que vous, semble-t-il…

M.F. : C’était déjà le cas pour Anamor­pho­sée que l’on avait placé sous le ciel de Cali­for­nie, ou Bleu Noir écrit avec Moby, Archive ou RedOne. Je n’ai pas le senti­ment de chan­ger, mais celui d’avan­cer, de décou­vrir… L’ap­pré­hen­sion est compré­hen­sible. Lorsqu’on aime une personne, on a envie de la retrou­ver intacte, telle que dans ses souve­nirs. Mais je ne ne conçois pas un nouvel album sans une dose d’aven­ture.

(…)

Gala : En sautant dans l’in­connu avec Inters­tel­laires, ne vous êtes-vous pas rappro­chée de vous-même, en fin de compte ? De quoi aviez-vous peur avant cette ouver­ture artis­tique à l’autre ?

M.F. : La peur n’est pas un moteur chez moi. Par contre, l’en­nui, ou la crainte de l’en­nui, est bien souvent ce qui me fait évoluer vers d’autres mondes. J’ai aussi besoin de nour­ri­tures. Apprendre des autres est impor­tant.

(…)

Gala : Accor­der votre confiance, vous y parve­nez spon­ta­né­ment ? Ou est-ce un élan que vous réfré­nez ?

M.F. : C’est, comme pour la plupart des gens, s’en­ga­ger dans un chemin long et périlleux. Il ne suffit pas d’exi­ger la confiance de l’autre, il faut égale­ment s’en montrer digne. Si je ne sais pas faire confiance spon­ta­né­ment, en revanche, mon instinct m’in­dique immé­dia­te­ment les personnes qu’il faut fuir ! (Rires)

(…)

Gala : Aujourd’­hui, images, mots, tout se bous­cule et se chasse. La rareté devient un risque d’ex­tinc­tion. Vous l’as­su­mez ?

M.F. : Permet­tez que j’ex­prime mon désac­cord. Depuis l’ori­gine des temps, la rareté est un indice de valeur et de réfé­rence. Les hommes n’ont cessé de se mettre en danger pour s’em­pa­rer de ce qui est rare, le proté­ger. La « confu­sion » à laquelle vous faites réfé­rence est un épiphé­no­mène média­tique. On lance des trajec­toires éphé­mères pour le seul profit immé­diat. Cela entre­tient le quoti­dien mais, quel que soit le domaine, les grands rendez-vous sont toujours rares. Les étoiles filantes ne font pas la voie lactée.

(…)

Gala : Dans plusieurs titres de l’al­bum Inters­tel­laires, les mots « aimer » et « disso­nance » reviennent. Comme si ce n’était plus l’al­té­rité, mais la sépa­ra­tion, la déchi­rure, qui vous inquié­tait. Pour vous, elle est là l’hor­reur du temps qui passe ?

M.F. : Le temps qui passe est un maître despo­tique. On a beau aimer, pleu­rer, rire, parta­ger, vivre … Nous sommes les héros d’un film et nous n’igno­rons pas que nous allons mourir à la fin. Nus et, je l’es­père, dignes.

Gala : Le thème de la déli­vrance court égale­ment tout le long de l’al­bum. A l’in­verse de Sartre qui disait « l’en­fer, c’est les autres », diriez-vous que l’autre, c’est la provi­dence ?

M.F. : Nous sommes notre propre enfer ou notre propre déli­vrance. Certes, je ne suis pas opti­miste, mais je ne suis pas pessi­miste non plus, plutôt tragique… L’op­ti­miste s’at­tache au meilleur autour de lui. A l’in­verse, le pessi­miste n’en­vi­sage que le pire. Le tragique, lui, tâche de voir le réel tel qu’il est. J’es­saie de voir le réel tel qu’il est. L’autre en fait partie.

(…)

Propos recueillis par Thomas Durand

Retrou­vez l’inté­gra­lité de notre sujet « Mylène Farmer: Intime », notre inter­view et notre shoo­ting exclu­sif réalisé par Sylvie Lancre­non, dans le maga­zine en kiosque ce mercredi 4 novembre.

(Crédit photo ouver­ture: Sylvie Lancre­non / robe BCBG Max Azria, chauffe-épaules La Perla, sandales Giuseppe Zanotti, bagues person­nelles)

(Crédits photo avec Sting: Bruno Aveillan / pochette et livret album Inters­tel­laires: Ralph Wenig)

SOURCE  : http://www.gala.fr/l_actu/news_de_stars/mylene_farmer_la_peur_n_est_pas_un_moteur_chez_moi_353098

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Tourner la page avec Mylène

Posté par francesca7 le 29 octobre 2015

                                         

 

     Tourner la page MylèneTout commence comme dans un rêve. Ce matin-là de l’année 1996, Amélie Nothomb reçoit l’appel d’une journaliste de Vogue qui souhaite organiser des interviews croisées de personnalités. « Choisissez n’importe quelle vedette qui soit située soit à Paris, soit à Londres », précise son interlocutrice. « La première personne à qui j’ai pensé était Mylène, explique la romancière, parce que depuis plusieurs années j’aimais beaucoup ce qu’elle faisait, notamment l’album Ainsi soit je, qui est à mon goût le plus beau et dans lequel j’adore tout. J’ai donc donné une liste au Vogue allemand avec Mylène Farmer au sommet, me disant : “Mylène est inaccessible mais on peut toujours rêver.” Une semaine après, à ma grande surprise, Vogue m’a rappelée en me disant : “Mylène Farmer est OK pour l’interview. Elle a lu vos livres et aime beaucoup ce que vous écrivez…” Je tombe par terre : elle a lu mes livres, c’est le comble ! »

 

     Rendez-vous est pris à l’hôtel de Crillon, le 22 décembre 1995. C’est Mylène qui organise tout, choisit son photographe, Marianne Rosenstiehl. « Je suis arrivée en métro, poursuit Amélie, et j’ai été accueillie comme une reine. On m’a dit : “Attendez, mademoiselle Farmer va venir.” Elle est enfin arrivée, maquillage télé, coiffure, habillement incroyable et tout et tout… J’étais très impressionnée, mais le contact s’est très bien passé. Mylène a été charmante. Je ne m’attendais pas à ce qu’elle soit comme cela. Je m’attendais en fait à quelque chose de beaucoup plus distant. Elle était extrêmement disponible, réservée c’est vrai, mais ouverte. Elle parle avec beaucoup d’intelligence. Elle réfléchit beaucoup à ce qu’elle dit et ce qu’elle dit n’est jamais banal. » 

     Pour la séance de photos, c’est le staff de Mylène qui prend Amélie sous son aile. « Sa coiffeuse et son habilleuse sont venues s’occuper de moi pour que je n’aie pas l’air trop ridicule à côté de la star. On s’est beaucoup amusées pendant cette séance, Mylène y étant beaucoup plus hardie. Ceci a duré environ cinq heures. » La belle entente se poursuit au-delà du travail. « Après, visiblement, le courant était passé, puisque Mylène m’a demandé si j’étais libre le soir. Nous sommes donc allées dans un restaurant japonais en compagnie de Jeff Dahlgren, Thierry Suc et Marianne Rosenstiehl. » 

     Un contact qui passe aussi bien entre deux personnalités aussi atypiques, et l’on se dit que peut-être se noue le début d’une amitié… C’est ensuite que le rêve d’un jour va déboucher sur un grand vide. 

Quelques semaines plus tard, pourtant, Mylène laisse un message sur le répondeur d’Amélie. Elle ne semble pas au mieux de sa forme et exhorte la romancière à la rappeler. Ce que fait Amélie aussi sec, sans réussir à parler à l’idole de vive voix. Par la suite, elle reçoit un appel de Thierry Suc. Il lui explique que Mylène serait très honorée de pouvoir inclure un texte signé d’elle dans le programme de sa tournée. Flattée, Amélie se met au travail avec sa passion habituelle. Et faxe quelques pages dans la foulée. Hélas ! il sera jugé « trop long » par la star, qui le fait dire à Amélie par le biais de Thierry Suc.

Pas de problème, Amélie rédige en un quart d’heure l’article qui sera finalement retenu, où elle cite le fameux mot de Baudelaire, « Le beau est toujours bizarre », pour dépeindre la chanteuse.  

     Plusieurs mois se passent. Toujours aucune nouvelle de Mylène. Par chance, le « Tour 96 » passe par Bruxelles, où vit Amélie Nothomb. La romancière, qui ne veut rater l’événement pour rien au monde, achète deux places. Le jour du spectacle, elle reçoit un appel du staff de la star : « Naturellement, Amélie, vous êtes invitée. » Un geste qui n’efface pas l’amertume. Même si, avec le recul, l’auteur de Hygiène de l’assassin estime que Mylène lui a fait « un très beau cadeau » en partageant une journée entière avec elle, les rendez-vous manqués qui ont suivi lui laissent un goût d’inachevé. Dans la préface de La Part d’ombre, une analyse très fouillée de l’univers farmerien, Nothomb évoque d’ailleurs une « muraille de glace » que la chanteuse dresse entre elle et les autres et qui la rend « prisonnière ».  

      Pour croiser la route de Mylène, sans doute faut-il accepter d’être uniquement de passage. Ce qu’elle peut offrir à cet instant-là, ce don de sa personne qui semble entier, et même chaleureux, rien negarantit qu’il se reproduira. Pour cette adepte du « Nevermore » cher aux romantiques, l’existence doit ressembler à une quête insatiable de sensations inédites. Afin de fuir la tiédeur, il faut éviter tout risque de bégaiement. Lorsque Mylène pressent qu’une seconde entrevue sera moins intense que la première, elle préfère ne pas donner suite. C’est ainsi. Se forcer ne servirait à rien.  D’ailleurs, elle ne se force en rien.  

      Si l’on devait établir la liste de ceux qui ont attendu en vain un coup de fil de Mylène, sans doute serait-elle longue. Mais, davantage encore que ces rencontres furtives qui ont pu faire naître des espoirs déçus, égratignures vite pansées, certains collaborateurs historiques, écartés de la route de la chanteuse, en ont gardé une forme d’aigreur. Jean-Claude Dequéant, le compositeur de Libertine, est de ceux-là. Dès 1987, alors que son tube a fait basculer le destin de la chanteuse, le duo Boutonnat/Farmer prend ses distances. « Ce sont eux qui se séparent de moi. Je suis assez contrarié : mon nom n’est jamais cité nulle part, même pas dans les propos de Mylène – une évocation de temps en temps, ça fait toujours plaisir. Je l’exprime avec un peu de véhémence et l’on finit par se quitter. » 

      farmer-Avec le recul, Dequéant comprend mieux les motivations de cette rupture artistique : la chanteuse et son mentor fonctionnent en circuit fermé et veulent le moins possible dépendre des autres. Elle va écrire les paroles, lui les partitions : ainsi, ils seront les seuls artisans de leur succès. « Laurent devait prouver qu’il était capable lui-même de fabriquer des tubes aussi forts que Libertine [...] La suite lui a donné raison puisqu’il y a eu d’autres chansons formidables nées de son cerveau et de celui de Mylène. J’ai par exemple une grande admiration pour Désenchantée ou C’est une belle journée. »  

      À deux, ils se créent une bulle où, finalement, les autres ne seront jamais que de simples figurants. Et malheur à ceux qui voudraient s’octroyer un premier rôle : à se croire indispensable, on s’attire une sanction d’autant plus implacable. Bertrand Le Page, dont le comportement devenait ingérable, en a fait les frais. Mais d’autres se sont vus remerciés sans avoir pour autant commis la moindre faute. Le cas de Christophe Mourthé est sans doute différent, puisque c’est lui qui coupe les ponts avec la chanteuse. Jugeant que ses talents ne sont pas reconnus à leur juste valeur, il décide de mettre fin à leur collaboration en 1987, après des vacances particulièrement tendues. Pour que la star comprenne sa décision, il boycotte le rendez-vous qu’elle lui a fixé. Un geste ensuite lourd à assumer. Car Mylène ne le contactera plus. Et il faudra dix ans au jeune photographe pour faire son deuil. « Quand vous entendez ses chansons à la radio et que vous la voyez à la une des magazines, les blessures ont du mal à se refermer », dit-il. 

     Une fois la page tournée, difficile de revenir en arrière. Elsa Trillat le sait. Pour elle aussi, la porte s’est soudain fermée à double tour, avec tout ce que cela suppose d’amertume. Des années plus tard, elle croise la chanteuse dans un aéroport. Toutes deux avaient été si complices par le passé que la photographe, intriguée par cet heureux hasard, tente de renouer le contact. En vain. « Derrière ses lunettes de soleil, Mylène est restée distante. Elle m’a dit avoir trop souffert pour envisager de me revoir. C’était une fin de non-recevoir, polie mais ferme. »  

      Pour Sophie Tellier aussi, la coupure est douloureuse. Au début des années 1990, la chorégraphe souhaite travailler davantage « pour elle » et moins « dans l’ombre des artistes ». Au moment de Giorgino, elle espère tout de même décrocher un rôle, comme Laurent Boutonnat le lui aurait laissé entendre des années auparavant. Mais quand elle en parle à Mylène, elle s’entend répondre : « C’est un film international, donc le casting est international. » Une douche froide. Sans doute, d’ailleurs, la star n’imagine-t-elle pas à quel point Sophie se sent blessée. Ainsi, lorsque la chanteuse l’appelle à la rescousse, depuis New York, pour l’aider à choisir ses danseurs pour la tournée de 1996, la chorégraphe dit non. « Toutefois, je lui laisse mon assistant, l’un des danseurs, Christophe Danchaud, ainsi que Valérie Bony – des gens en qui elle a confiance 360. » Depuis, plus aucune nouvelle. Et pourtant, malgré une cassure professionnelle qu’elle reconnaît avoir provoquée, Sophie Tellier aurait aimé revoir Mylène.

Il faut croire que, lorsque vous lui dites non une fois, les ponts sont coupés à jamais… 

     Faut-il en déduire que la star serait une manipulatrice prompte à exploiter le talent des autres avant de les jeter aux orties lorsqu’elle n’a plus besoin d’eux ? Certains ne sont pas loin de le penser. Pour Christian Padovan, musicien de la première heure, la chanteuse sait jouer de sa timidité afin d’obtenir ce qu’elle veut de ses collaborateurs. « C’est sa séduction. Personne n’est dupe, mais on préfère ne pas savoir si c’est de la manipulation ou pas. » Toutefois, dans ce débat, il convient de distinguer le ressenti de la réalité. Car s’il est désagréable d’avoir le sentiment qu’on s’est servi de vous, peut-on reprocher à une artiste de chercher à obtenir le meilleur de ceux qui l’entourent ? Philippe Séguy pousse le raisonnement plus loin : « Toute création se nourrit de la sève des autres, me dit-il. C’est le principe de tous les grands artistes. Dès que l’autre est dépulpé, il n’a plus de raison d’être. » 

     Certes. Mais l’art d’utiliser le talent des autres peut aussi s’exercer sans cynisme, avec respect. 

C’est ce que fait Mylène, y compris dans sa manière de rompre. Dès qu’elle décèle chez ses collaborateurs des frustrations ou des velléités d’indépendance, elle ne cherche pas à les retenir. Pourquoi leur compliquerait-elle la tâche ? La vraie question serait plutôt : pourquoi diable s’acharnent-ils à vouloir revenir après avoir tenté de partir ? Certes, travailler avec elle est toujours un choix. Il suppose une part d’abnégation, de soumission aussi, non à sa personne mais aux choix artistiques qu’elle a décidés. « Qui m’aime me suive », fredonne-t-elle dans L’Amour n’est rien… Mais elle n’oblige personne à l’aimer. 

     Mylène n’est pas de ceux qui s’encombrent du passé. Survivre dans ce milieu si dur, c’est se projeter sans cesse dans le futur. Quitte à réécrire l’histoire, du moins à effacer les souvenirs qui ne font pas sens dans son parcours. François, qui partagea un stage d’équitation avec Mylène à Conches en 1979, l’a appris à ses dépens.  

     Un soir de 1988, il aperçoit l’ex-cavalière à la télévision dans « Lahaye d’honneur », une émission en direct sur TF1. Ni une ni deux, il grimpe sur sa moto et fonce dans les studios de La Plaine-Saint-Denis pour des retrouvailles qu’il espère chaleureuses. La chanteuse se trouve à l’arrière d’une voiture, sur le point de quitter les lieux. Autorisé à s’approcher d’elle par Bertrand Le Page, il se présente. Mais bientôt, son enthousiasme retombe. « Elle ne me reconnaît pas. Ai-je changé à ce point ? Lorsque je lui rappelle les stages d’été, elle me répond simplement : “Écoutez, j’ai la mémoire qui flanche.” Alors, j’essaie d’évoquer un maximum de souvenirs, en un temps record, mais rien n’y fait. Elle a déjà un statut de star. On ne se reverra jamais, malheureusement. »  

   mylène   La chanteuse aurait-elle menti ce jour-là ? Rien ne permet de l’affirmer. Pour elle, qui a le sentiment d’avoir commencé à exister avec la chanson, il est naturel que ce qui relève de sa préhistoire se soit en partie évaporé. La fameuse phrase de Nietzsche, « l’oubli est la manifestation d’une santé robuste », s’applique à merveille dans le cas de Mylène. Pour affronter le présent avec l’énergie nécessaire, encore faut-il ne pas être encombré de scories du passé ; à plus forte raison quand ce passé vous rappelle que vous n’avez pas toujours été une star reconnue et adulée. C’est l’hypothèse, en tout cas, que forge Sophie Tellier lorsqu’elle réfléchit sur la question. « Le passage de la petite Mylène toute timide à ce qu’elle est devenue maintenant me fascine. C’est plutôt cette mutation, la construction du personnage, que je trouve incroyable. Elle a su retenir les conseils de Bertrand Le Page, c’est l’une de ses qualités : elle emmagasine très vite et elle est très bosseuse. Elle a appris le chant sur le tas, puisqu’au départ elle ne chantait pas du tout. La danse également, elle a gardé tout ça, on ne peut pas le lui enlever. Peut-être qu’elle ne désirait plus vraiment me voir parce que je suis “un témoin” de tout ce travail et de toute cette transformation. »

      Là encore, n’allons pas prêter à la chanteuse une dureté qui la rendrait insensible à la souffrance d’autrui. Même dans une histoire d’amour, rien n’est simple : celui qui rompt n’est pas forcément le bourreau, face à une innocente victime. Que Mylène soit capable de se détourner de personnes qui lui ont beaucoup apporté, c’est un fait. Qu’elle le fasse, aux dires de certains, avec indifférence, ce n’est, en revanche, absolument pas avéré. Au contraire, tout porte à croire qu’à chaque fois se produit un déchirement, un sacrifice nécessaire mais coûteux. 

      C’est sans doute le sens de sa reprise, lors de la tournée 1989, de la chanson de Marie Laforêt, Je voudrais tant que tu comprennes. À qui songe-t-elle en l’interprétant ? Quel souvenir peut provoquer un tel torrent de larmes ? La réponse n’appartient qu’à Mylène. Pourtant, une chose est sûre : les paroles lui vont comme un gant. « Je voudrais tant que tu comprennes / Toi que je vais quitter ce soir / Que l’on peut avoir de la peine / Et sembler ne pas en avoir. » C’est le thème de la rupture qui est clairement évoqué ici. Une séparation froide et irréversible, mais qui cache en réalité une souffrance. « Le cœur blessé on peut sourire / Indifférente apparemment », chante-t-elle. Combien de collaborateurs, d’amis, d’amants peut-être, ont-ils ressenti cette cruelle absence quand la chanteuse s’est détournée d’eux ? Sans doute faut-il voir cette chanson comme une lettre d’adieu qu’elle aurait pu adresser à chacun d’eux. 

      Oui, on peut tourner des pages qui sont autant de visages sans être un monstre. Que celui qui voudrait jeter la pierre à Mylène s’interroge sur son propre passé. Qui pourrait se targuer d’avoir cheminé sans laisser personne sur le bas-côté ?

 

Extrait du livre : MYLÈNE par Hugues ROYER aux Editions Flammarion 2008

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Mylène Farmer dévoile « Interstellaires »

Posté par francesca7 le 27 septembre 2015

« Interstellaires » :la pochette et la tracklist de son nouvel album – paru dans PureCharts

Le visuel et le nom des compositeurs de l’album « Interstellaires » viennent d’être révélés, augurant un vent de renouveau dans la carrière de Mylène Farmer.
photo_Pure chart
 
Le nouvel album « Interstellaires » de Mylène Farmer continue de se dévoiler sur un site internet éphémère et éponyme ouvert il y a quelques jours. C’est tout d’abord l’annonce de sa date de parution qui a été révélée avec le lancement d’un compte-à-rebours où les jours, les minutes et les secondes nous projettent au 6 novembre. Par ailleurs, les admirateurs de l’artiste ont également pu y découvrir un court teaser du clip de son duo  »Stolen Car », partagé avec Sting, et dont le tournage s’est déroulé au début du mois de septembre dans la capitale. Il suffisait de cliquer sur une étoile scintillante pour regarder les premières images sensuelles signées Bruno Aveillan, réalisateur de nombreux spots publicitaires pour différentes marques de luxe, avec lequel Mylène Farmer avait déjà collaboré sur deux clips en 2008 et sur sa tournée de 2009. « Interstellaires », étoiles scintillantes…

Avec le compositeur de Lady Gaga et Natalia Kills

Le thème de l’espace, dont découlent les notions d’intemporalité et d’infini déjà très présentes dans son dernier show  »Timeless 2013″, semble avoir beaucoup inspiré la jolie rouquine. Quelques-unes des 11 autres pistes que renfermera le cru 2015 suivent aussi cette ligne directrice : « Voie lactée », « A rebours »… Sur le site internet nouvellement ouvert, viennent d’être dévoilées la tracklist ainsi que la pochette de l’album « Interstellaires ». Outre le duo avec Sting, plusieurs autres morceaux pourraient avoir été écrits en partie dans la langue de Shakespeare : « Love Song », « City of Love » et « I Want You to Want Me », dont beaucoup imaginent qu’il s’agit d’une reprise du groupe de rock Cheap Trick. Il n’y aurait rien d’étonnant à ce que Mylène Farmer intègre la chanson d’autres artistes sur son disque puisque son duo « Stolen Car » est en réalité un titre de Sting publié en 2003. C’est le DJ star du moment, The Avener, qui en a assuré la modernisation.

D’ailleurs, Le Parisien vient de révéler que le Niçois a produit une autre piste de l’album. Quant à nos confrères du magazine Gala, ils avaient récemment laissé entendre que le successeur de « Monkey Me » (2012) serait le fruit d’une collaboration avec un producteur relativement connu dans le milieu, sans donner son nom. Ce n’est désormais plus secret : il s’agit de Martin Kierszenbaum, crédité en tant que co-compositeur et producteur de neuf morceaux. Créateur du label Cherrytree Records, filiale d’Interscope Records (Universal Music), sur lequel sont signés Sting, Coeur de Pirate ou encore Robyn, le musicien américain a déjà apporté sa touche personnelle à la musique de Lady Gaga, Natalia Kills et Feist. C’est donc la deuxième infidélité de Mylène Farmer à Laurent Boutonnat en un peu plus de 30 ans de carrière. Le compositeur a signé la quasi totalité de ses chansons, à l’exception de celles publiées en 2010 sur l’album « Bleu noir ». Il se murmure que le tandem ne s’entend plus depuis quelque temps.

L’Amérique dans le viseur

Quant à la pochette de ce dixième opus, elle montre l’artiste figée, le regard impénétrable, dans une robe en mouvement. Un contraste qui la rendrait presque insaisissable, perdue au milieu de nulle part. Cette photo semble ravir les admirateurs déçus par les pochettes des derniers disques de Mylène Farmer. Un vent de renouveau semble donc souffler sur la carrière d’une artiste qui se donne les moyens de séduire le public américain, « Interstellaires » devant paraître outre-Atlantique. L’interprète de « Rêver » vient d’ailleurs d’accorder une interview au très populaire magazine Rolling Stone.

En savoir plus sur http://www.chartsinfrance.net/Mylene-Farmer/news-99085.html#thID2SRDpF8IX1E7.99

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un POINT SUR L’ALBUM INTERSTELLAIRES

Posté par francesca7 le 18 septembre 2015

 

Voilà, c’est officiel, le nouvel album de Mylène Farmer sera « Interstellaires », de quoi vous emporter directement vers les étoiles. aficia fait le point sur cet album très attendu.

Mylène Farmer use comme toujours des effets de manche, elle dévoile au compte goutte les informations concernant son retour musical déjà annoncé par le duo avec Sting sur le titre « Stolen Car».

Mylène-Farmer-Interstellaire-300x300

Alors après vous avoir fait découvrir le titre, mis en ligne les vidéos du tournage du clip, nous avons souhaitez en savoir bien plus sur le voyage que l’interprète de « Bleu Noir » allait nous proposer. Mais, voilà, toutes les communications restent bloquées : le label ne communique pas, les chargés de promotion semblent ne rien savoir et les médias s’enflamment tous de supposition en confirmation douteuse, l’essentiel étant parfois de ne faire que du papier.

Celle qui vient juste de fêter son anniversaire le 12 septembre risque de nous faire patienter avant de nous livrer l’intégralité de son programme spacial et musical, mais c’est la règle du jeu avec cette artiste hors-normes.

UN VOYAGE « INTERSTELLAIRES »…

La certitude d’aujourd’hui c’est qu’après l’aventure « Monkey Me », écoulé à plus de 400.000 exemplaires, Mylène Farmer sera de retour dans les bacs le 09 novembre avec l’album « Interstellaires », un opus qui se fait sans la collaboration de Laurent Boutonnat, comme sur l’album « Bleu Noir ».

Autre confirmation, Mylène continue le mélange des genres et elle semble savoir s’entourer… Elle fait une fois de plus appel à de grands noms de la musique pour la soutenir dans son nouveau projet, à l’image de The Avener qui signe la production du titre « Stolen Car ». D’ailleurs, si The Avener est déjà aux crédits du prochain album, il ne sera pas le seul à s’y faire remarquer.

« Interstellaires » s’annonce déjà avec 11 pistes, même si nous n’avons actuellement aucune tracklist à communiquer. L’album se veut moderne, une direction pas très surprenante de la part de cette artiste qui arrive toujours à se renouveler et à accorder ses sonorités au marché actuel.

Toutefois, la maison de disque de Mylène Farmer devrait nous faire suivre des confirmations dès le 18 septembre… un communiqué que l’ensemble des médias attends avec fébrilité, reste portant à savoir si le contenu du communiqué nous donnera réellement des informations sur le retour de cette icône de toute une génération.

Dernier point avant de vous quitter, le clip de « Stolen Car » est bien en boite. Tournée dernièrement à Paris comme nous vous l’avions fait savoir, le clip devrait être mis très prochainement à la disposition du public.

Découvrez les premières images du clip « Stolen Car » de Mylène Farmer :

https://www.aficia.info/musique/actualite-musique/mylene-farmer-point-sur-lalbum-interstellaires-48153

 

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Dernier sourire de LEPAGE à Mylène

Posté par francesca7 le 9 septembre 2015

 
 
lepage-platine-02     11 juillet 1986. 
Dans la famille Gautier, personne n’oubliera cette date funeste. Mylène se trouve 
chez Bertrand Le Page lorsque le téléphone sonne, 
porteur d’une terrible nouvelle. Son père vient de mourir
des suites d’une longue maladie, à soixante et un ans. 
Et même si toute la famille s’y était préparée, 
le choc est brutal. Au début de l’été, Max a été transporté
 dans un hôpital de Bobigny. 

Depuis plusieurs mois, il se sait atteint d’un mal incurable. 
C’est pourquoi il a tenu à se rendre une dernière fois au Québec, où il conserve ses plus
 beaux souvenirs. 
En revoyant l’ancienne demeure de Pierrefonds, il ne laisse guère d’illusions sur son
 état de santé au couple d’amis qui a racheté sa maison. On le presse de questions sur
 sa fille, qui fait parler d’elle jusque dans la Belle Province. Et il se montre assez 
fier des débuts prometteurs de Mylène, qui vient de sortir Libertine. 
Oui, lui, l’ingénieur des ponts et chaussées, est plutôt 
impressionné par la réussite de sa cadette qui, pour avoir renoncé à ses études, n’en semble 
pas moins tracer sa route avec détermination. 
     Mylène est anéantie. Tout est allé si vite. En l’espace de quelques mois, 
l’homme qui comptait le plus à ses yeux a quitté la terre des vivants. 
Elle l’a tant admiré. Tant attendu aussi, petite fille, quand il travaillait, la semaine,
 sur les rivages du Saint-Laurent, à plus de mille kilomètres de Pierrefonds, 
où il venait retrouver sa famille le week-end. Des quatre enfants Gautier, 
Mylène est celle qui lui  ressemble le plus. Et pas seulement sur le plan physique. 
Outre le même regard intense, le même nez fier, elle possède un mélange de réserve 
et de détermination dont son père a toujours fait preuve dans son parcours professionnel. 
     Conformément à ses vœux, Max Gautier sera incinéré. Désormais, une place 
restera vide dans son cœur. À mots couverts, avec cette pudeur qu’on lui connaît, 
la chanteuse confiera, deux ans plus tard, sur le plateau d’une émission de variétés,
 que c’est en hommage à un être
 disparu qu’elle exerce ce métier. Sans citer l’absent. 
    MYLENE et LEPAGE Pour l’heure, plutôt que de se morfondre,
 Mylène va redoubler d’efforts afin de faire 
décoller sa carrière. 
Sa manière à elle, plutôt guerrière, 
d’honorer la mémoire de son papa. 
Ce qu’elle n’a pas eu le temps de lui dire,
 parce que le dialogue n’a pas toujours été 
aisé entre ces deux grands
 timides, elle va l’écrire dans une chanson,
 Dernier sourire – sans doute la plus 
poignante de son répertoire. Elle y relate
 la lente agonie  d’un homme qui se tord de
 douleur dans une chambre d’hôpital et sa 
révolte face à l’injustice qui le frappe. 
« Mais qui s’acharne  à souffler tes bougies ? »
 lance-t-elle comme pour dénoncer la cruauté 
du destin. 
Avant de murmurer des mots qui donnent le frisson :
 « Si c’est ton souhait, je peux t’accompagner », 
prête à suivre dans la mort l’être cher dont elle
 n’arrive pas à lâcher la main. 
Durant le « Mylenium Tour », la chanteuse interprétera
 Dernier sourire lors du premier 
 appel, accompagnée d’un simple piano. 
Des minutes bouleversantes. 
     Par la suite, la mémoire de son père ne va 
cesser de hanter son œuvre. 
Des années après ce jour sinistre de 1986, 
elle écrit une autre chanson apparemment dédiée au disparu, 
Laisse le vent emporter tout, qui clôture l’album 
Anamorphosée. Une manière de tourner la page en douceur, en 
laissant le temps faire son œuvre. D’évoquer aussi l’envie de 
revoir l’absent : « Là j’irais bien
 te chercher / J’ai tellement changé. »
 
      Le 17 décembre 1995, invitée de l’émission « Déjà le retour », animée par
 Jean-Luc Delarue, sur France 2, Mylène fait venir sur le plateau Marie de
 Hennezel, auteur de La Mort intime – un livre qui rencontre un grand succès
 cette année-là. Le témoignage poignant d’une psychologue qui, au sein d’hôpitaux,
 aide les patients en fin de vie et leurs proches à appréhender au mieux 
leurs derniers  instants. Loin de toute morbidité, l’auteur y aborde la mort
 dans sa dimension humaine. 
« Ceux qui vont mourir, explique-t-elle, sont des vivants qui peuvent 
encore sentir 
la vie jusqu’au bout, aimer, être aimés, et c’est notre responsabilité
 d’humain de ne pas les enterrer avant l’heure et de continuer à mettre
 de la vie autour d’eux. » 
      Sur le plateau, Mylène écoute. Ses jambes sont croisées avec élégance, 
les cheveux relevés en un chignon vaporeux, son bras appuyé sur le canapé où 
siège également l’acteur François Cluzet. 
Pudique, elle choisit de ne pas se mettre en avant, de laisser la parole à cette
 femme dont chaque
 phrase résonne comme une formidable leçon d’espoir. Ce n’est pas la première 
fois que les deux femmes se voient. 
 
« Nous nous sommes rencontrées, Mylène et moi, il y a quelques années, en déjeuner en tête à tête
 qui m’a permis d’apprécier la sensibilité et la profondeur de cette jeune femme », révélera par
 la suite Marie de Hennezel. 
      Comment dire l’importance d’un père dans le cœur de sa fille ? Un livre n’y suffirait sans
 doute pas. Dans le répertoire farmerien, une chanson retiendra l’attention des fans, 
Optimistique-moi, dont Mylène a signé paroles et musique. Dans le clip, signé Michael Haussman,
 on découvre une Mylène emprisonnée dans l’univers du cirque, qui ne pourra gagner sa liberté 
qu’au terme d’une série d’épreuves, bravant un climat d’hostilité générale. Funambule, elle doit
 ainsi tenir en équilibre sur un fil alors que des cracheurs de feu, au sol, tentent de la 
déstabiliser. Discret mais attentif, un homme lui parle, la rassure, la guide, l’attire à lui. 
Il est jeune et séduisant. C’est un magicien, vêtu de noir, le seul être qui semble la comprendre.
 
      Mais le supplice de la jeune femme n’est pas terminé : alors qu’un trio de comédiens, 
composé de Pierrot, Arlequin et Colombine, théâtralise sa détresse, elle doit, en outre,
 évoluer sur un énorme ballon au milieu de la piste. Cette fois, sa progression est 
interrompue par un lanceur de  couteaux qui, d’un geste précis, crève le ballon. 
Le personnage incarné par Mylène est à nouveau humilié. 
Heureusement, le magicien va mettre un terme à ce calvaire. Après avoir enfermé la jeune
 femme dans un coffre rouge capitonné, il la transperce d’épées. Le temps d’ôter les lames, 
lorsqu’il ouvre la boîte, l’oiseau s’est envolé... 
On retrouve Mylène à l’arrière d’une camionnette bleue, debout au milieu de ballots 
de paille, affichant un sourire radieux. Libre, enfin. 
À l’extrême fin du clip, tout s’éclaire : sous les traits du magicien apparaissent 
ceux d’un homme  aux cheveux gris. Derrière ce visage rassurant se dissimulait en fait
 la figure paternelle. 
Un père qui est le seul à déceler la détresse de sa fille. Un père dont le regard 
aimant permet 
à la funambule, en proie au doute, de garder l’équilibre.
 
      Que signifie exactement Optimistique-moi, ce barbarisme inventé par Mylène ? 
Rien qui doive être figé, bien sûr, dans une définition aux contours rigides. 
Mais l’on peut projeter sur ce verbe bien des connotations. Le père n’est-il pas, 
dans les théories freudiennes, celui qui est chargé de transmettre à son enfant 
l’énergie nécessaire pour affronter le monde ? Communiquer un optimisme qui galvanise,
 tel semble le rôle dévolu au papa de la chanson.
 Lorsque le single est sorti, certaines paroles ont suscité bien des interrogations. 
L’image, développée dans le refrain, d’un baiser déposé sur un « petit bouton de rose 
pétales humides »  évoque en effet un geste plutôt ambigu lorsqu’il est perpétré par
 un père sur sa fille.
 
       En outre, deux vers de la chanson – « Qu’aussitôt tes câlins/ Cessent toute ecchymose »
 – dissimulent à peine le mot « inceste ». Impossible de penser qu’il puisse s’agir d’un hasard 
quand on sait la précision chirurgicale dont Mylène fait preuve dans le choix des mots. Bien sûr,
 en déduire que la chanteuse aurait été victime d’un inceste serait une extrapolation des plus 
hasardeuse. On le sait, dans la psychanalyse, la tentation de l’inceste, 
nichée au cœur du complexe d’Œdipe, constitue une étape nécessaire dans le 
développement de l’enfant. Ce que Mylène met en scène dans sa chanson est d’abord
 un inceste symbolique, même si elle prend un malin plaisir à 
laisser planer un parfum de soufre qui marque sa signature. 
       Une fois de plus, en tout cas, elle fait mouche. En évoquant à nouveau ce « papa » 
qu’elle a tant aimé, et dont le souvenir ne cesse de lui insuffler l’énergie de 
battante qui nourrit sa carrière, elle aborde une symbolique universelle, où chacun 
peut puiser ce dont il a besoin.
 De la mort d’un être cher, elle a tiré une force.
 
Extrait du livre : MYLÈNE par Hugues ROYER aux Editions Flammarion 2008

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Créer une image réussie de MYLENE

Posté par francesca7 le 5 septembre 2015

 

 

   Mylène réussie   Le paradoxe vaut d’être souligné : Mylène Farmer est la première artiste de variétés à avoir autant misé sur l’image que sur la musique. Certes, il existe un son « Boutonnat », reconnaissable entre tous, un sens des mélodies imparables qui accrochent l’oreille dès la première écoute. Mais cette manière de composer se rattache elle-même à un univers cinématographique. Un cas unique dans l’Hexagone, qui s’explique par la configuration unique de la rencontre entre la muse et son Pygmalion. Rien d’étonnant, au fond, à ce que deux êtres qui rêvent de cinéma s’attellent au même but : créer une image qui marque les esprits.

      Selon la formule bien connue de Gainsbourg, la chanson n’est qu’un art mineur. Afin de l’élever à un niveau où elle transcende son destin éphémère, Laurent Boutonnat ne cache pas son ambition : « Une chanson, c’est bien, mais c’est quelque chose de très simple. Travailler autour de ça, l’image et tout ce que ça comporte, c’est passionnant », affirme-t-il dès 1986. À l’origine même, le clip remplit une double fonction : il est le support promotionnel d’un titre et participe à l’élaboration de l’image, à plus long terme, de l’artiste. Aux États-Unis, Michael Jackson l’a bien compris, lui dont l’album Thriller cartonne dans le monde entier en 1983 grâce à l’impact du court-métrage fantastique de John Landis. En France, seuls Mylène et Laurent vont méditer la leçon.

      « J’aime travailler sur le long terme, sur une image qu’on pourrait qualifier de mythique », explique Mylène. Avant d’ajouter : « L’illustration en images des paroles d’une chanson est une chose, mais on peut aussi en faire un clip original tout en pensant à l’instrument promotionnel qu’il représente. » Une approche d’un nouveau genre qui nécessite un travail à part entière. Tandis que la plupart des artistes de l’époque semblent improviser leurs vidéos, celles de Mylène reposent sur l’écriture d’un scénario original et la participation d’une équipe technique issue du septième art.

      Boutonnat le confirme : « Le clip a aussi la fonction d’un spot publicitaire. Et dans la conception même, il faut savoir en tenir compte, tout en sachant que cela peut être une œuvre cinématographique. Tout cela nous met dans une position bâtarde, y compris dans les négociations que l’on a avec les gens de la télévision et du cinéma, qui eux non plus ne savent pas trop comment l’appréhender. » Pas facile, en effet, de trouver des financements pour ces véritables courts-métrages qui réclament des budgets conséquents. À ses débuts, Mylène ferait presque pleurer dans les chaumières : « Nous investissons nos propres deniers dans ces clips, préférant manger des pâtes tous les jours et nous offrir ce genre de création. » Il s’agit bien d’un investissement en effet, un pari sur le long terme, assumé comme tel.

                                                    **

     Ce qui est rare est cher, dit-on. Pour parvenir à un résultat à la hauteur de leur exigence, Mylène et Laurent ne vont pas lésiner sur les moyens. Dans le tiercé des clips les plus onéreux pour un artiste français, la chanteuse rousse règne sans partage. Jugez plutôt : neuf cent mille euros pour L’Âme-Stram-Gram, six cent mille euros pour California et quatre cent cinquante mille euros pour la vidéo de Pourvu qu’elles soient douces. Bien entendu, aucune maison de disques ne se risquerait à financer des œuvres aussi coûteuses. C’est encore plus vrai aujourd’hui, avec la crise du marché du disque.

     Malgré tout, par le biais de sa société Stuffed Monkey, créée en 1993, Mylène continue de s’offrirces écrins si précieux pour sa légende, et que ses fans savourent avec délectation. Ainsi, pour Dégénération, fer de lance de son nouvel album, sorti le 25 août dernier, elle revient avec une vidéo truffée d’effets spéciaux digne de ses débuts : une trentaine de comédiens et une troupe de danseurs ont été mobilisés près d’une semaine à Prague, sous la houlette de Bruno Aveillan, réalisateur venu du monde de la publicité.

      Attirer l’attention, ce n’est pas seulement proposer des œuvres de qualité, c’est faire bouger les lignes, sortir du formatage traditionnel. Ainsi les clips de Mylène Farmer sont-ils exceptionnels par leur durée. Laurent Boutonnat, boulimique d’images, en est le responsable direct : filmer est une telle jouissance que le cadre d’une chanson d’à peine quatre minutes lui semble trop étroit. Le record historique va être atteint avec Pourvu qu’elles soient douces : 17 minutes 52. Un choc dans le paysage culturel de l’époque. Mais de nombreuses autres vidéos se caractérisent également par leur longueur inhabituelle, comme si la chanson se pliait aux impératifs du scénario, et non l’inverse. Dans l’ordre décroissant : Tristana (11 minutes 33), Libertine (10 minutes 53), Désenchantée (10 minutes 12), Sans contrefaçon (8 minutes 53), L’Âme-Stram-Gram (7 minutes 50), Plus grandir (7 minutes 32), Regrets (6 minutes 17), ou encore Sans logique (5 minutes 37).

      Ce qui caractérise ces productions, c’est qu’elles se réfèrent au cinéma, s’inscrivent par leurs scénarios et leur esthétique dans une temporalité imaginaire. Génériques soignés, choix du format cinémascope, diffusion de plusieurs clips en avant-première dans certaines salles obscures : tous ces ingrédients font de Mylène Farmer une héroïne de fiction davantage qu’une chanteuse. Avec Libertine et Pourvu qu’elles soient douces, elle a imposé une image forte et ne changera jamais de cap. Même lorsqu’elle demande à des réalisateurs étrangers et plutôt pointus comme Abel Ferrara, Marcus Nispel,Ching Siu-tung (très réputé à Hong Kong), ou à l’Espagnol Augustin Villaronga de travailler avec elle, elle reste en dehors des modes. Comme une alternative au présent.

 

      Créer une image, c’est aussi faire appel à des photographes qui vont sublimer la beauté naturelle de Mylène. Laissant derrière elle les clichés de ses débuts, où elle posait tout sourire, dans des vêtements trop larges, la chanteuse veut s’entourer de talents d’exception. C’est ainsi que Christophe Mourthé est approché par Bertrand Le Page. « À vingt-quatre ans, j’ai l’habitude de façonner des “égéries” pour en faire des femmes très glamour, des icônes106 », dira-t-il. Tel est l’enjeu de son travail, en effet. Et ce doux jeune homme au regard bleu va y parvenir en nouant une complicité de tous les instants avec la chanteuse.

Grâce à lui, Mylène se livre comme jamais face à l’objectif. Il sera le premier à fixer sur pellicule une image intemporelle qui colle parfaitement à son modèle. En noir et blanc ou en couleurs, ses portraits façon Angélique, marquise des anges restent parmi les plus réussis.

      Durant deux ans, Mourthé travaille presque exclusivement pour l’écurie Farmer. D’autres photographes prendront le relais : Elsa Trillat, à qui l’on doit la pochette mythique de l’album Ainsi soit  je, puis Marianne Rosenstiehl, qui restera longtemps la collaboratrice attitrée de Mylène. Des clichés noyés de lumière, où la star semble de plus en plus irréelle, beauté diaphane aux traits effacés. Un regard quasi absent, qui fixe rarement l’objectif en face, comme par pudeur. Quand on lui demande pourquoi les portraits qui sont faits d’elle sont systématiquement surexposés, la chanteuse répond par une jolie pirouette : « J’ai toujours en moi le conflit entre l’ombre et la lumière107. »

      Depuis le milieu des années 1990, c’est Claude Gassian qui bénéficie de la confiance de Mylène.

images (2)Présent sur de nombreux tournages de clips, dont celui de Dégénération, il s’est vu confier la mission délicate de fixer pour l’éternité les concerts de la star. Mais cette fidélité n’empêche pas quelques incartades dans d’autres univers. Consciente que son statut lui permet de tutoyer les plus grands, Mylène ne se prive pas, désormais, de faire appel aux grands noms de la profession.

      En 1995, elle contacte Herb Ritts afin de lui proposer de signer le visuel de l’album Anamorphosée. Une seule rencontre a lieu, le 25 août de la même année. Ce jour-là, tandis que Marcus Nispel tourne, à Philmore, les dernières séquences du clip de XXL avec les figurants, Mylène pose devant l’objectifd’Herb Ritts, dans un studio de Los Angeles, à une centaine de kilomètres. Dans les années qui suivent, elle s’offrira les services de Marino Parisotto Vay, Ellen von Unwerth, Dominique Issermann, ou encore le légendaire Peter Lindbergh. Avec, toujours, une constance dans la démarche : elle contacte un photographe après avoir repéré son travail.

 

      Élaborer une image qui tranche avec le tout-venant, quand on possède le tempérament perfectionniste de Mylène, c’est aussi soigner le design de tous les supports proposés au public. Dès1991, la chanteuse confie l’habillage de ses productions à un spécialiste en design graphique, Henri Neu. À partir de cette date vont fleurir divers objets destinés à renforcer la réputation, déjà très élitiste, de la star : promos de luxe envoyées à la presse, objets divers et variés – peignoir, fer forgé, statues, enveloppes épaisses –, qui alimentent un véritable phénomène de collection. « Mylène s’investit beaucoup dans le design de tout ce qui sort, explique Henri Neu. Elle ne le fait pas seulement par conscience professionnelle, mais aussi parce qu’elle adore ça. Elle a toujours aimé le graphisme et la peinture. Notre travail est très complémentaire et, comme il n’y a pas de réelle contrainte de la maison de disques, c’est vraiment passionnant de pouvoir tout construire de A à Z. »

      Les supports dont il se montre le plus fier ? Le CD promo de California, avec la silhouette de la star qui se soulève, ou encore l’enveloppe de velours de Je te rends ton amour, contenant un CD en forme de croix. Au départ, Mylène et Laurent ne lui ont pas demandé de concevoir des « objets promotionnels aussi fous ». Séduits par sa créativité, ils l’ont néanmoins encouragé à « poursuivre dans cette voie ».

téléchargementPour réaliser le titre Innamoramento, par exemple, Mylène lui suggère, un an avant la sortie de l’album, de réfléchir à tout ce que peut lui inspirer ce vocable aux résonances infinies. « Dans ce mot, j’entends le “mento” qui donne son impulsion et son rythme à la vie, mais aussi “amen”, “mort”, “amor” – l’amour – et “innamor” – le désamour. De même, le filet qui relie les deux représente à mes yeux les mouvements réciproques entre la vie et la mort. »

     On le voit, rien n’est laissé au hasard. Et même si certains fans de la première heure, nostalgiques des fresques signées Boutonnat, ont trouvé les vidéos de l’album Avant que l’ombre… un peu en retrait dans sa clipographie, on doit reconnaître que Mylène n’a pas dévié de sa trajectoire. Depuis ses débuts, elle n’a jamais lâché prise sur l’image. Au contraire, plus sa carrière a avancé, plus elle a exercé un contrôle strict sur tout ce qui la concerne. La récompense de cette exigence, c’est qu’elle n’a à rougir de rien de ce qui jalonne son parcours artistique. Qui d’autre, dans le métier, pourrait en dire autant ?

 Extrait du livre : MYLÈNE par Hugues ROYER aux Editions Flammarion 2008

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ET VOTRE MUSIQUE MYLENE

Posté par francesca7 le 14 juillet 2015

 

RADIO FG – 6 DÉCEMBRE 2010 : ANTOINE BADUEL

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Quelques jours avant la sortie de son nouvel album « Bleu Noir », Mylène Farmer convie plusieurs radios pour une séance de promotion dans une suite de l’hôtel Park Hyatt, situé rue de la Paix à Paris et qui fait face aux bureaux d’alors de la chanteuse. Chaque journaliste se voit accorder dix minutes très précisément d’entretien.

C’est la première fois de sa carrière que Mylène s’exprime sur Radio FG, radio essentiellement orientée vers l’electro-house et la dance.

Comme souvent, l’entretien diffusé à l’antenne a été monté et donc des parties de réponses, voire des passages entiers, ont été coupés. Radio FG offre cependant aux auditeurs l’enregistrement intégral de l’interview en le mettant en ligne sur son site Internet quelques minutes après sa diffusion sur la station.

C’est donc l’intégralité de l’entretien qui est retranscrite ici.

Antoine Baduel : Vous sortez le 06 décembre 2010 votre nouvel album, « Bleu Noir »et premier renseignement : vous avez travaillé avec un nouveau producteur très talentueux, RedOne. Pourquoi l’avoir choisi ? Qu’est-ce qui vous a séduit dans son style ?

Mylène Farmer : Pour répondre à votre question –la première question, en tout cas- j’ai rencontré RedOne grâce à Pascal Nègre (PDG de Universal Music France, nda). À un moment donné ils ont parlé de moi et Pascal a compris que RedOne écoutait et appréciait ma musique. Et puis nous avons conversé tous les deux et je lui ai demandé s’il était possible de rencontrer ce fameux RedOne (rires) et nous nous sommes rencontrés. C’est quelqu’un de chaleureux, d’enthousiaste. Et puis pour répondre donc à la deuxième question, j’aime les sons de RedOne, j’aime l’efficacité de ses mélodies, j’aime l’idée que c’est un artiste qui peut aller aussi bien vers une Lady Gaga mais qui va aussi travailler avec un U2 et puis avec moi, et puis avec d’autres. Donc c’est quelqu’un qui, j’allais dire, a certainement, oui, une générosité en lui mais qui est curieux en tout cas de l’autre et des univers musicaux qui sont tous différents les uns des autres.

AB : Est-ce un nouveau producteur pour un nouveau son Mylène Farmer ? Est-ce que vous vouliez une production plus dance que les précédentes ?

MF : C’est toujours un peu difficile pour moi de cataloguer cet album, mais c’est vrai qu’en me dirigeant vers des compositeurs tels que Moby qui est vraiment lui-même à la naissance de l’électro, d’autre part Archive qui, lui, c’est encore un autre univers, lui qui dissèque le côté sombre de l’âme et qui a des envolées, comme ça, lyriques… D’abord, j’aime l’électro pour en écouter moi-même : j’aime beaucoup et j’écoute très, très souvent Massive Attack, j’aime Air. J’aime aussi d’autres musiques : j’aime Muse, j’aime Sigur Rós, j’aime Depeche Mode. J’ai été élevée finalement –enfin, j’allais dire ‘élevée’ : non pas, mais quelqu’un proche de moi(son frère cadet Michel, nda) qui très petit écoutait énormément de musique et a une bibliothèque(sic) fantastique de vinyles, d’abord, et puis aujourd’hui de CDs. J’ai écouté ça en boucle : c’était les Blancmange, les Soft Cell, Depeche Mode et évidemment des milliers d’autres.

AB : On parlait de Moby et on se souvient de votre duo, « Slipping Away ». Comment se sont passées ces retrouvailles musicales ?

MF : Retrouvailles musicales… Moby, c’est quelqu’un que j’ai toujours apprécié, comme je le disais précédemment. C’est quelqu’un qui après notre duo, nous avons essayé de ne pas nous perdre non pas de vue parce qu’il habite très loin, mais nous correspondons par mail. Et Moby, parce que justement nous ne nous perdons pas de vue, un jour m’a envoyé un CD avec près de dix-sept titres, de maquettes de ces chansons et m’a dit ‘Prends ce que tu veux, si tu en as envie !’ et j’avoue que je ne me suis pas fait prier : j’en ai choisi six ! C’est quelqu’un qui lui aussi a cette générosité commune d’avec RedOne, d’ailleurs, qui, lui, m’a dit ‘Fais ce que tu veux avec les chansons, si tu veux changer même les mélodies, la production…’ et j’ai peu changé finalement la production parce que je voulais préserver l’âme de ces chansons, justement. Il y a quelque chose d’immédiat chez Moby, je trouve, qui est à la fois nostalgique et à la fois dynamique et j’ai voulu vraiment préserver ce que moi j’avais découvert au travers de ces maquettes. Et puis après j’ai apporté ma patte !

AB : Votre musique est traditionnellement marquée par la mélancolie et vos concerts par une énergie incroyable. Est-ce que cet album reflète une nouvelle fois ces deux aspects de votre personnalité ?

MF : Oui. Je pense qu’il y a encore d’autres facettes, j’imagine, qui sont présentes ou à découvrir mais ça fait partie bien sûr de ma personnalité : il y a l’aspect sombre, il y a l’aspect mélancolique, l’aspect plus joyeux, plus gamine. Mais là encore, je pense que nous sommes peu ou prou tous les mêmes avec des failles, avec des éclats de rire. La vie, quoi ! (sourire)

AB : Votre single « Oui mais… Non » a été remixé par un jeune artiste français, Jérémy Hills. Avez-vous écouté ce remix et qu’en avez-vous pensé ?

MF : Bien sûr que oui. J’ai entendu parler de ce jeune homme –puisqu’il est effectivement très, très jeune- par un ami commun et comme il savait que j’étais à la recherche justement de nouveaux remixeurs –parce qu’il est toujours tentant d’aller puiser vers les personnes et connues et reconnues, mais moi ça me met en joie que d’aller aussi vers des personnes qui sont plus…-bien qu’il ait fait quelque chose d’assez remarquable, c’était avec Beyoncé je crois, un remix qui a très, très bien marché- néanmoins peu connues du grand public. Donc j’ai dit ‘Fonçons !’ et j’ai évidemment écouté et apprécié, et j’en suis très, très heureuse.

AB : Beaucoup de vos tubes ont été remixés et cela prouve l’intérêt que peuvent porter des DJs pour votre carrière, votre musique. Certains artistes se sentent un peu dépossédés quand on remixe un de leurs titres. Est-ce votre cas ?

MF : Dans la mesure où nous allons vers eux, c’est donc déjà un souhait mais parfois ça peut se terminer par une mauvaise ou une bonne surprise : c’est pas bien à tous les coups. On peut éventuellement intervenir en cours de production –de reproduction ! Ce que je n’aime pas, c’est quand un remixeur va complètement effectivement enlever totalement l’âme de la chanson. J’aime bien qu’il s’approprie la chanson mais pas la rendre totalement étrangère.

AB : En dehors du single « Oui mais… Non », premier extrait de l’album, on a également découvert le titre « Leïla » composé par Moby (par Archive en réalité, nda) et qui parle d’une jeune iranienne. Que pouvez-vous nous dire sur cette chanson ?

MF : Là, il s’agit d’une rencontre d’il y a quelques années. J’ai rencontré donc sa maman, qui fût la femme du Shah d’Iran mais c’est pas tant ça qui m’intéressait et qui m’a émue, c’est plus l’histoire qu’elle m’a raconté puisque sa fille s’est donné la mort, s’est suicidée et elle me confiait qu’elle écoutait beaucoup ma musique, ce qui fatalement me touche. Et puis indépendamment de ça, c’était parler d’une femme, d’une femme d’un autre pays. J’ai récemment d’ailleurs revu sa maman, lui ai présenté et la chanson et la vidéo qui est réalisée par Alain Escalle (exclusivement pour le site éphémère crée pour annoncer la sortie de l’album « Bleu Noir », nda) et j’avoue que c’était un moment d’émotion intense.

AB : La promotion de ce nouvel album est sensiblement différente des précédents : cette fois-ci, en effet, vous avez lancé un site web éphémère où l’on trouve des extraits, des clips… Pourquoi ce choix-là ? Vous avez le sentiment qu’Internet a changé la donne pour les artistes ?

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MF : Certainement. C’est vrai que Internet s’impose à nous, qu’on le veuille ou non. Après, c’est vrai que je faisais sans doute partie de ces gens un peu réfractaires. J’ai mis du temps à m’y mettre, si je puis dire ! J’avoue aussi que c’est quelque chose d’assez ludique. Ca m’a permis effectivement de créer le désir, parce que je crois que c’est surtout ça pour moi qui était important : c’est de ne pas en effet tout dévoiler, parce que j’aime l’effet de surprise, de même que j’aime que l’on me fasse des surprises ! Maintenant, j’ai pensé à ce site éphémère et parce qu’il est éphémère c’est ce pourquoi il m’a séduite aussi, et l’envie effectivement de distiller, comme ça, des petites gouttes. Donner l’envie, tout simplement.

AB : « Bleu Noir » est votre neuvième album (le huitième en réalité, nda) et depuis vos débuts, vous êtes fidèle à la même image, au même univers. Qu’est-ce qui nourrit aujourd’hui votre musique, l’écriture de vos chansons ?

MF : Ce sont des instants de vie, des émotions, ce sont mes propres histoires. Je crois pas qu’il y ait de recette, finalement. J’ai l’impression aussi finalement d’écrire un peu toujours la même chanson en ce sens qu’il y a des thèmes récurrents. Voilà, c’est tenter de se livrer un petit peu. (sourire)

AB : La sortie d’un nouvel album met toujours en transe vos fans. C’est un évènement, tout autant que vos concerts. Alors, prévoyez-vous une tournée l’an prochain pour promouvoir cet album ? Des Stade de France ?!

MF : Ecoutez, pour l’instant, sincèrement : rien, parce que l’album, déjà, a demandé beaucoup, beaucoup d’énergie et de travail. La scène, là encore, c’est un moment que je préfère rare, mais dans le sens qualificatif du terme (Mylène veut sans doute dire ‘qualitatif’, nda). C’est d’abord beaucoup, beaucoup de travail en amont : c’est plus d’un an de travail. Pour l’instant, voilà, je suis concentrée sur cet album et sa sortie. Dans le futur il y aura une scène, j’ai très envie de remonter sur scène. Ca me manque. Mais ce n’est pas pour l’instant en tout cas.

 

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Y aura-t-il un retour de Mylène 2015

Posté par francesca7 le 8 juillet 2015

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Tous les signaux sont au vert pour Mylène Farmer. Si rien d’officiel n’a encore filtré, tout porte à croire que son retour est imminent. Après d’insistantes rumeurs de collaboration avec le groupe Muse, c’est l’écrivain Hugues Royer [dont les informations s’avèrent souvent justes, NDLR] qui vient ajouter de l’eau au moulin. Il affirme ainsi que le nouvel album de la belle a effectivement été enregistré entre Paris et Londres et qu’il devrait paraitre en 2015. Derniers arguments apportés : Mylène serait récemment passée devant l’objectif de la photographe Nathalie Delépine et elle aurait aussi été aperçue à la sortie d’une salle de sports parisienne, affichant une silhouette de rêve…

en prenant les médias par surprise, comme à l’époque de Bleu Noir - et aurait été enregistré à partir du mois de janvier 2014 à Londres, en français et en anglais. Les britanniques d’Archive (Darius Keeler) ainsi que Chris Corner du groupe IAMX y prendraient également part. Le biographe Hugues Royer concède finalement qu’une sortie en 2015 est plus probable, le projet ayant pris du retard. Un nom circule déjà : Equinoxe. Au mois de juin 2015, le philosophe Michel Onfray laisse échapper un autre mot, « exogène », sans vouloir en dire plus… Reste à voir si une tournée sera montée pour 2016 ou 2017.

 EN ATTENDANT L’ALBUM…

Image de prévisualisation YouTube

Quand Mylène Farmer repartira-t-elle en tournée ? Son prochain album devant sortir début 2015, certains fans espèrent l’organisation d’une nouvelle tournée la même année, ou en 2016. Celle-ci succèderait au Timeless Tour qui avait réuni près de 600 000 spectateurs à travers l’Europe.

En savoir plus sur http://www.evous.fr

 

Publié dans Mylène 2015 - 2016, Mylène en VIDEOS | Pas de Commentaires »

POUR MYLENE L’IMPORTANT C’EST D’AIMER

Posté par francesca7 le 4 juillet 2015

 

PARIS MATCH : 2 DÉCEMBRE 2010 – NATHALIE RHEIMS

 

mylene-farmer-giorgino_18-imgPour sa seule interview à la presse à l’occasion de la sortie de l’album « Bleu Noir », Mylène Farmer fait pour la première fois de sa carrière la une de Paris Match pour cette interview menée par son amie intime, l’auteur Nathalie Rheims. L’entretien est illustré d’une séance photo inédite réalisée à Londres quelques semaines plus tôt par Nathalie Delépine.

Tu n’as jamais été aussi belle et épanouie. As-tu des secrets de beauté ?

-La seule chose importante est d’aimer et d’être aimée. C’est bien la seule certitude que j’ai aujourd’hui. Et la beauté dépend du regard que l’on porte sur les gens : quand ce regard est celui de l’être aimé, ou tout simplement celui de la bienveillance, il agit comme un baume enchanteur. La chance qui m’est donnée de vivre en harmonie avec ce que je fais est alors mon secret de beauté, c’est un lien fragile que je m’efforce à la fois de remettre en cause et de protéger.

Qu’es-tu capable de faire aujourd’hui et que tu n’aurais pas pu faire hier ?

-Affronter des regards quand j’entre dans un lieu public sans vouloir fuir l’endroit dans la fraction de seconde ! Souffrir d’un manque de confiance en soi, d’une timidité qui vous fait passer parfois pour quelqu’un de distant, de froid, n’est pas un atout majeur pour faire un métier public. Pourtant, depuis longtemps déjà, je n’ai eu d’autre choix que de dépasser mes peurs, les surmonter, n’en être pas –ou plus- l’otage. Quand j’y pense, c’est d’une violence inouïe de dépasser ce handicap ! Seules les personnes qui sont de vraies timides peuvent comprendre ce par quoi l’on passe pour y parvenir.

« Bleu Noir » est le premier album que tu fais sans Laurent Boutonnat. Pourquoi t’es-tu éloignée de lui ?

-Je ne me suis en aucun cas éloignée de lui ! Après la tournée et les concerts au Stade de France, il s’opère une effrayante descente aux enfers malgré le succès, un vide sidéral, un manque : vous recevez tant d’amour, de vibrations, autant de sensations qui vous donnent l’envie d’écrire. Laurent a tout à fait compris mon besoin de créer. C’est aussi ça, la complicité. Nous nous retrouverons pour le prochain album !

As-tu conscience que cet album est plus sombre que les précédents ?

-Non, pas vraiment. Cet album –comme son titre, « Bleu Noir » l’indique- passe de la lumière au sombre puis à l’obscurité. Ou l’inverse, je ne sais plus !

On te dit solitaire, voire recluse. Travailler avec une nouvelle équipe fût-il un travail compliqué ?

-Je m’adapte à de nouvelles manières de travailler si tant est que l’on respecte ma ‘bulle’, mes silences autant que je respecte moi-même l’autre. Je suis quelqu’un de solitaire, mais j’ai aussi un grand besoin de l’autre et je réfute le terme ‘recluse’ ! Quand j’étouffe, je prends un train, un avion et vais voir d’autres cieux. C’est une liberté, une chance inestimable de pouvoir voyager quand j’en ressens le désir ou la nécessité. Face à un paysage de neige, je suis émue : j’ai grandi au Canada, je suis certaine que cette attirance pour les paysages immaculés vient de là-bas. Le grand froid a un parfum très particulier, un son qui lui est propre. J’ai retrouvé cette même émotion quand je suis allée en Russie découvrir Saint-Pétersbourg en plein hiver : au bord de la Neva, ses canaux gelés, on guette Catherine II de Russie…

D’autres endroits que tu aimes ?

-La Corse est mon refuge. Le jour venu, la tentation pourrait être la Toscane : m’apaiser devant des collines d’oliviers et de vignes…

Tes biographes écrivent les mêmes clichés sur toi. Qu’as-tu à cacher ?

-Je n’ai pas de biographe, c’est pourquoi ce sont sans doute les mêmes clichés.

Dans ce qui a été écrit à propos de toi, qu’est-ce qui t’a fait le plus sourire ?

-J’ai entendu parler de bain de jus de tomate, qui m’aurait conduite à une ‘phobie attractive’ du sang (Mylène fait référence à une anecdote relatée par Bernard Violet dans sa biographie publiée en 2004 à partir de laquelle il tire effectivement cette conclusion, nda) et de lit-cercueil (à ce jour, jamais une biographie ou un article n’a pourtant prétendu cela, nda). Je crois que tous les fantasmes me font rire quand il ne s’agit pas de mes proches ou de ma vie privée. Pourtant, quand on me rapporte les médisances d’un animateur de jeu télévisé quant à mon prétendu play-back sur scène(Mylène évoque sans le nommer Nagui qui, en effet, prend régulièrement pour cible depuis quelques années dans ses émissions la chanteuse, soit en se moquant de sa voix, soit en prétendant qu’elle ne chante pas en direct lors de ses concerts, nda), je finis par me demander si je ne préfère pas l’histoire tout aussi fausse du jus de tomate. C’est impressionnant de voir à quel point certaines personnes se sentent grandies en dénigrant, en tentant de blesser… Il s’agit bien souvent de personnes qui rêveraient d’une vie meilleure. Encore faut-il en être à la hauteur. Je crois à la vertu de la décence. La critique est nécessaire ; la grossièreté, inutile.

Es-tu obsédée par l’idée de laisser une trace de toi après ta mort ?

-Obsédée, non. Le moment présent m’importe. Laisser une trace…dans le cœur de quelques personnes, j’espère que oui.

Qu’aimerais-tu que l’on dise de toi ?

-« C’était une grande astronaute ». (sic !)

Quel regard portes-tu sur la variété française ? Y a-t-il des artistes qui t’intéressent ?

-J’ai découvert Stromae, ce jeune artiste vraiment original. J’aime beaucoup son titre « Alors on danse », sa silhouette, son phrasé et son timbre de voix si particuliers. Il dit des choses graves sur un ton léger.

Pourquoi as-tu enregistré un duo avec Line Renaud ? (« C’est pas l’Heure », paru sur l’album « Rue Washington » de Line Renaud sorti un mois tout juste avant la publication de cet entretien, nda)

-Je l’ai rencontrée lors d’un dîner et, comme chacun semble le dire, quand on croise le regard bleu de Line… une magie s’opère ! C’est une femme belle, décalée et charmeuse. Je suis instinctive, le désir l’emporte dans ces moments-là. Son énergie vitale est impressionnante. Mais c’est aussi quelqu’un qui doute : c’est imperceptible, mais touchant.

Tu navigues continuellement entre Eros et Thanatos. L’amour et la mort sont-ils tes deux seules sources d’inspiration ?

-Il y a aussi la solitude, l’isolement. J’ai essayé la joie de vivre, mais ça n’a pas marché !

La politique t’intéresse-t-elle ? As-tu de l’estime pour ceux qui nous gouvernent ?

-J’ai de l’estime pour le courage de tous ceux qui acceptent cette lourde responsabilité sans abuser de leur pouvoir.

Quelle est ton image idéale du couple ?

-Simone de Beauvoir et Jean-Paul Sartre : l’intelligence complice.

Comment t’imagines-tu dans dix ans ?

-Ailleurs…

Ta dernière tournée a été un triomphe. Envisages-tu de remonter sur scène ?

-Oui… au moins une dernière fois !

Pourrais-tu un jour renoncer à la chanson ? A la scène ?

-Comment renoncer à ce et ceux qu’on aime ? Mais je vais devoir apprendre…

Lors de tes concerts, tu attaches une importance particulière aux créateurs de mode : recherches-tu de nouveaux talents, de nouvelles marques, de nouvelles inspirations ?

-34427851Quand il s’agit de préparer un spectacle, oui. Ce choix est toujours délicat. Il ne suffit pas de faire du ‘couture’, ce n’est pas un défilé de mode. Le créateur doit être aussi capable de transposer les costumes pour une scène, qui devront s’intégrer aussi à un décor, à des lumières, à un univers afin de rendre le tout homogène. Il faut rencontrer alors des stylistes inspirés et qui acceptent de se fondre dans l’univers de l’artiste afin que celui-ci ne disparaisse pas derrière le costume, justement, mais se sente comme dans un écrin. Je ne suis pas certaine que tous les créateurs de mode en soient capables : il faut beaucoup d’humilité.

Ton livre de chevet ?

-Tous les livres de Stefan Zweig, le dernier lu étant « La Guérison par l’Esprit », une réflexion sur les pouvoirs de l’esprit et le besoin vital de croire. C’est passionnant.

Ton film culte ?

-Choix difficile, il y en a plus d’un… Mais je vais choisir « L’Important c’est d’Aimer » d’Andrzej Zulawski : c’est sans doute un des films qui m’ont le plus troublée. Romy Schneider y est magnifique, sans fard, fragile, tragique.

Ton personnage préféré de l’Histoire ?

-Padre Pio, un moine capucin qui a eu une vie extraordinaire. Il me fascine ! Il a été canonisé en 2002, je crois (le 16 juin 2002 par le pape Jean-Paul II, nda). Durant sa vie, il a reçu les stigmates de la Passion du Christ, a dû affronter le Diable… Ca me renvoie a quelque chose de profond chez moi : l’inexplicable, qui me bouleverse.

Une émission de télé que tu ne rates pas ?

-« Un Jour, un Destin », parce que j’aime les histoires vraies, les biographies, les destins hors du commun. J’aime connaitre l’histoire des gens, tout simplement. Je trouve que tout y est remarquablement traité à travers des reconstitutions de vies qui évitent le piège facile du ‘jugement’. Le fond comme la forme sont vraiment réussis et les sujets souvent passionnants, émouvants. J’aime aussi l’habillage de ces documentaires. Et puis rien n’est laissé au hasard : cette finesse est rare dans le paysage audiovisuel. Et je regarde très souvent « Faites Entrer l’Accusé ». Les faits divers m’ont toujours fascinée. C’est peut-être une forme de voyeurisme, même si je ne le ressens pas comme ça : je suis saisie par l’horreur que m’inspirent ces criminels, mais aussi submergée par l’évidente compassion que j’ai pour les victimes et leurs proches. Qui peut un jour penser finir son destin si tragiquement ? L’horreur et la perversité sans limite de certains –parfois même sans remords- glacent le sang. Si cette émission m’intéresse, c’est parce que j’ai besoin de comprendre ‘l’inhumain’.

La femme que tu pourrais prendre comme modèle ?

-Une comtesse âgée et discrète qui vit non loin de chez moi et recueille tous les chats errants. J’ai moi-même adopté il y a quelques années une chatte qui a élu domicile chez moi pour finir sa vie.

 

Ton idéal masculin ?

-Jean Rochefort. Un acteur unique, un homme d’une classe folle, un charme renversant. Je suis sensible à sa grande délicatesse : c’est un être totalement décalé, si émouvant, aussi. Bref… magnifique !

L’œuvre d’art que tu pourrais voler dans un musée ?

-Une œuvre de Giacometti !

Le disque que tu emporterais sur une île déserte ?

-Mais il n’est pas question que j’aille sur une île déserte !

La soirée de tes rêves ?

-En Corse, en Sicile ou en Irlande. Un feu de cheminée, l’hiver, la neige qui tombe -bien qu’il n’y ait pas beaucoup de neige en Corse et en Sicile ! Le vent souffle dehors, un verre de côte-rôtie et s’enivrer doucement en écoutant la musique du film « Mission » par Ennio Morricone. Le reste est top secret !

Une épitaphe ?

-Quel souci ! Ici gît ‘Je’.

Publié dans Mylène 2009 - 2010, Mylène en INTERVIEW, Mylène et ses longs discours | Pas de Commentaires »

Comprendre le message de Myléne du TIMELESS 2013

Posté par francesca7 le 10 mai 2015

téléchargement (1)

Les premières paroles chantées par Mylène Farmer lors de son dernier spectacle Timeless 2013 ne sont-elles pas « à l’envers cette terre », comme la dystopie est une utopie inversée, c’est à dire une représentation du monde souvent futuriste, toujours infernale, cauchemardesque ?

Comment installer cette dystopie ? D’abord par le lieu de ce voyage à travers les étoiles, vers un univers loin, très loin de notre monde, à des années-lumière, du moins en apparence, et l’arrivée d’un personnage énigmatique qui va changer cet univers. Après le noir, au bout de la nuit, les étoiles au début du spectacle qui finissent par former le visage de Mylène tel qu’il apparaît sur l’affiche de la tournée constitue peut-être un effet d’annonce. Une entrée stellaire, un bouillonnement d’étoiles fixes et filantes qui se rejoignent pour former peu à peu un tunnel rectiligne, puis en spirales, un tourbillon évoquant le Tartare grec. Les étoiles semblent elles-mêmes voyager dans le temps et l’espace. Ce passage entre les dimensions débouche sur un vaisseau qui évoque un cratère dans lequel on s’engouffre pour accéder à l’un de ses couloirs qui semble infini, labyrinthique, un dédale spatial, avec déjà le mélange des imaginaires mythologiques et futuristes : au tunnel stellaire succède un tunnel métallique mais toujours virtuel car ces plans sont des images de scène présentées sur un écran gigagéant, qui occupe tout le « mur » du fond de scène.

Sur cette même chanson, les images de scène semblent évoquer le processus de constitution de l’univers depuis le big bang : naissance et mort d’étoiles, explosions et reconstruction de matières nouvelles à partir d’éléments épars. 

Est-ce une façon d’annoncer l’absurdité du monde dystopique, sur lequel l’héroïne vient d’atterrir, qui tourne à vide sur lui-même ou simplement d’évoquer le cœur, l’âme du vaisseau sans lequel il ne pourrait fonctionner ?

Ce monde lui, on le verra, a trahi son pacte avec la nature à l’image des représentations habituelles de planètes lointaines sur le déclin qui se meurent de la surexploitation de leurs ressources .

téléchargement (2)A ce titre, le crâne nu de Moby, filmé de derrière au début du tableau « Slipping away » et bleuté, ressemble étrangement à la surface d’une planète. La voix stellaire de Mylène sur « A force de » vient donner un nouvel éclairage au thème de la chanson : savoir et vouloir espérer et donner l’espoir à l’autre quelque soit le situation, et ce en contemplant la beauté et la force de la nature : « La force des rapides, des vents qui se déchirent, me donnent l’envie de vivre, donner l’envie de vivre ; à force d’étincelles, que la nature est belle ». MF semble ici apporter au sein de la dystopie la voix salutaire d’un ailleurs, d’une nature qui existe encore bien qu’elle soit perdue ici, et qui va renaître au contact de ce personnage féminin, en tenue de voyage, encapée, entourée d’éclairs bleus à son arrivée sur scène comme l’écran derrière elle.

La voilà prête à réveiller le monde…

Cependant sur le titre suivant, « Comme j’ai mal », le soleil naissant d’ « A force de » semble décliner. Ici-bas, la vie se fragilise. La reconcentration, et non plus le déploiement, de ces lignes lumineuses, voire leur repli, qui plus est sur une musique inquiétante, s’opère autour d’une porte des étoiles mauve sombre qui rappelle un soleil noir ou un trou noir – avec le jeu de mots sur le trou noir psychique puisqu’elle chante « ma mémoire se fond dans l’espace ». Ici, la voix stellaire de Mylène devient gutturale, étrange, comme malade, à l’image de l’étoile déclinante dont les rayons, instables, se formant et se déformant, paraissent chavirer, tanguer dans un sens puis dans l’autre : « ma pensée se fige, animale ». Elle qui vient d’un ciel bleu pur, est comme étouffée par ce lieu étrange, dystopique, où elle vient d’atterrir : « je ressens ce qui nous sépare », ici il s’agit sans doute d’elle et du monde où elle pénètre. Elle est animalisée. Sa faculté à ressentir des émotions ou à penser rationnellement est comme absorbée . Elle décide pourtant de continuer son chemin. Et c’est là qu’elle va rencontrer les robots du tableau de « C’est une belle journée »

Nous voilà entrés au sein du monde dystopique. Et qui croisons-nous en premier ? De bien étranges robots, dès l’introduction du 3ème titre du spectacle « C’est une belle journée ». Tels des têtes chercheuses effrayantes, leurs yeux et à leurs bouches mués en lampes torches semblent traquer tout ce qui sortirait d’une « normalité » érigée en dogme non transgressible et en dehors de laquelle il est impossible de vivre dans une anti-utopie.

Or, ces robots soudain s’humanisent, joyeux, dansants, au contact de la seule femme « souveraine » (Mylène) qui subsisterait dans ce monde ou qui venue d’ailleurs sur son vaisseau spatial découvre un monde où les filles sont des robots : « voir des anges à mes pieds ». La simple présence de cette voyageuse semble leur donner l’envie d’aimer , « de paix », puis de s’aimer mutuellement, comme le montrera l’interlude centré sur eux. On peut y voir une explication de la présence dans ce spectacle de danseurs hommes uniquement autour de Mylène, d’où également l’attitude protectrice des mêmes danseurs très proches autour d’elle pendant le pont de « C’est une belle journée », en particulier des deux danseurs de devant (Raphaël Sergio Baptista, Aziz Baki) qui l’entourent de leurs bras : la rareté se doit d’être protégée. Elle dit d’ailleurs à ce moment-là : « comme un aile qu’on ne doit froisser ».

Ces robots sont l’un des épicentres du spectacle si bien qu’un interlude très original leur est consacré. Ils semblent se toiser du regard, se méfier les uns des autres, peut-être se découvrir comme « êtres vivants ». En tous les cas, ces robots irradient, dans un univers bleu froid, une lumière rouge. Celle-ci rappelle les opérations de détection de la chaleur corporelle qui apparaît souvent « rouge » pour ceux qui la traquent, dans certains univers de science-fiction. Les robots sont alors les seuls signes de vie.

On pourrait dès lors y voir l’interlude d’une autre rencontre amoureuse qui a lieu cette fois entre deux être humains : Mylène F. et Gary Jules sur la chanson suivante : « Mad world ». Pour en revenir aux robots, certes ils semblent méfiants mais ils sont surtout curieux, ils s’apprivoisent et quand l’amour est là, conscient et mutuellement ressenti, ils dansent soudainement la joie d’être aimé, malgré cette surveillance, sur une musique dont les arrangements évoquent des bruits « robotiques ». Ils changent de couleur au gré de leurs émotions : heureux de cet innamoramento, ils sont multicolores de même que les faisceaux de lumière les entourant, de plus en plus nombreux qui jaillisent de toutes parts. A cet instant, même les yeux de surveillance semblent entrer dans la danse et oublier leur mission orginelle pour partager un moment de joie.

images (2)L’animal est-il là au sein de la dystopie ? Sur le tableau « Monkey me », il génère cependant un moment de joie, en liaison avec thème de la chanson qui évoque une rencontre entre un animal prisonnier (en attente d’être adopté dans une animalerie) et une femme, et le sentiment quand leurs regards se croisent. Elle semble se reconnaître en lui, éprouver de l’empathie pour sa souffrance, se sentir elle-même prisonnière, d’où la nécessité d’adopter l’animal pour le libérer. Sur le tableau « Monkey me » du concert, on peut observer sur l’écran des pointillés disposés en cercles concentriques qui rappellent une cible : moment de jeu ou représentation du système solaire ? Les guitares couvertes de leds sur ce titre, donc lumineuses, symbolisent la joie associée au singe dans la mythologie japonaise, la chaleur, la vie au sein de la dystopie comme le marquent les couleurs chatoyantes, solaires (rouge, jaune or) du tableau. Sur certaines dates, 3 guitares sont équipées de leds lumineux : pour symboliser chacune un des trois singes de la sagesse ?

Lorsqu’il est fait de chair et de sang, l’homme est l’objet d’un spectacle-défouloir, objet de désir, sur « Oui mais non », où la chorégraphie virile et les costumes des danseurs semblent évoquer l’esclave ou le gladiateur désarmé ou le lutteur, jeté dans l’arène d’un jeu du cirque équivalent à celui de l’Antiquité romaine. On y développe la même martialité quitte ou double : comme on levait la main pour décider de la mort de quelqu’un, MF sur son fauteuil décide qui elle garde et qui elle rejette parmi ces hommes qui paraissent se lover autour d’elle.

A ce titre, les ombres chinoises, tour à tour noires ou blanches (ou les deux) au détour des portes de l’arène qui s’ouvrent et se ferment, sans cesse renaissantes, semblent signifier la multiplicité des peuples (conquis) réunis comme objet de spectacle au sein des Ludi. Leur forme et leurs mouvements rappellent dans leur agencement les amphores grecques ou les frises de l’Egypte antique. D’ailleurs, les doubles blancs des personnages, évanescents, qui volent, en arrière plan, d’une frise à l’autre, de corps en corps, de réincarnation en réincarnation, rappellent les « kâ », doubles spirituels de chacun être humain, naissant en même temps que lui, dans la mythologie égyptienne.

En contraste, l’homme venu d’ailleurs est l’objet de l’amour véritable dans Timeless. Amour d’adultes en un premier temps sur la partie « piano/voix » du concert. La seule relation humaine pour Mylène est passagère : Gary Jules apparaît sur scène dans l’obscurité et surplombé de faisceaux formant une colonne (un tunnel ?) de lumière vertical et blanc qui le transforme d’emblée en homme-ovni. Comme Mylène, il vient d’ailleurs, il n’appartient pas à ce monde dystopique, d’où le fait qu’il le qualifie de « mad world » et qu’il enjoigne ceux qui l’écoutent à s’ouvrir l’esprit : « enlarge your world ». Il devient dès lors le seul amour possible pour celle qui elle non plus « n’[est] pas de ce monde ». thématique si mylénienne de l’ami imaginaire et du voyage à travers le temps futur et passé et les dimensions (au centre du spectacle Timeless) serait dès lors le moment de la rencontre amoureuse, L’amour naissant…

En effet, en commençant le refrain par « si d’aventure je quittais terre », elle permet au doute de s’installer. Elle projette de quitter cet univers (parce qu’il la rend malade ?) comme elle le fera à la fin du concert, en laissant Gary qui n’est déjà plus présent : elle fait sa déclaration d’amour à un absent. Belle résonance avec le thème originel de la chanson, interprétable comme l’aveu d’amour à un enfant tant voulu mais qu’on a jamais eu, peut-être parce qu’il est mort-né , peut-être parce que l’enfantement tel qu’il se fait normalement est interdit dans certains univers dystopiques, pour contrôler les naissances, éviter la profusion des classes miséreuses, laborieuses, dangereuses. Cet enfant perdu est-il la raison de l’absence de Gary ? Le déploiement de l’amour sur « Les mots » occupait l’ensemble de la scène ; ici, point de suture, noir sur la scène (au début) pour accentuer l’absence, traversé de sept rayons blancs protecteurs, et repli de Mylène avec son pianiste sur la partie droite de la scène, comme si la musique sauvait de tout. « Et pourtant » signe la rupture de la relation – à cause de cet enfant non né ? : « mais tes lèvres ont fait de moi un éclat de toi », dit-elle à Gary, toujours absent – et ce même si l’amour persiste, signant la nécessité du départ. A ce moment, l’outro de « Et pourtant » confié à Yvan Cassar seul sur scène semble signifier que si l’amour est terminé, la musique survit et fait renaître. Alors que la musique gagne progressivement en intensité et en beauté, la scène sombre fait place à une lumière de plus en plus intense, statique puis mobile, qui éclaire la pianiste seul puis l’ensemble de la scène. La vie nous est redonnée par la musique.

images (3)Si l’amour d’adultes n’a pu donner lieu à la naissance d’un enfant, celui-ci apparaît tout de même, venu du public, donc d’en dehors de ce monde représenté sur scène : sur « A l’ombre » pour annoncer le renouveau à venir ou « XXL », chanson centrée sur le besoin d’amour de la femme, quelque soit le monde d’où elle vient. Les vaisseaux projetant des rayons formant des X, des images de MF et de ses guitaristes, de leur complicité, marquent à nouveau les moment de joie apportés par l’amour et la musique là encore – comme sur « Et pourtant », mais cette fois le musicien n’est plus seul. Le moment est idéal pour faire entrer sur scène, dans son univers, un enfant, par exemple celui, très mignon, du 11 septembre 2013. Ce contact amoureux avec le hors scène est élargi à l’ensemble du public dans le tableau « Bleu noir » où Mylène chante sur une nacelle mobile qui traverse l’ensemble de la fosse, et ce en liaison avec la thématique de la chanson, ici la vie vaut la peine d’être vécue pour les relations profondes que l’on y noue : « mais la vie qui m’entoure et me baigne me dit quand même ça vaut la peine » « la bataille est belle, celle de l’amour disperce tout ». Faire chanter au public le premier couplet du titre « Maman a tort » participe du même élan : « deux, c’est beau l’amour » « huit, j’m'amuse ».

Dans la même mouvance, mais plus clairement, « Désenchantée » permet de se focaliser sur les marginaux, les révoltés, les prisonniers politiques, les dissidents de cette dystopie : « tous mes idéaux, des mots abîmés ». Ceux-ci sont figurés par les danseurs. Avec la sorcière Mylène, ils sont enfermés hors du regard des « normaux », sur une planète hostile, rouge, peuplés d’insectes menaçants, veuves noires, gardiens lugubres des prisonniers exilés ….

Cette sorcière de « Désenchantée », nous la retrouvons sur « Diabolique mon ange ». Si la croix sur la nuque de Moby (« Slipping away ») semble renvoyer l’idée de religion, de spiritualité, elle aussi, à un lointain passé, de même que sur la partie piano-voix du concert, la croix très discrète sur l’échancrure de la robe pailletée d’étoiles de MF, elle signe surtout définitivement le rejet de la religion dans cet univers, en dehors de ceux qui tiennent encore quelque chose du passé :? D’ailleurs, les cinq soleils de « Bleu noir » reviennent à ce moment précis, non plus blancs, mais jaunes or, plus puissants, regaillardis par cette renaissance dans un tableau faisant référence au pays du Soleil levant, donc naissant ou renaissant et qui accueille, après « Sans contrefaçon », le tout premier titre de la carrière de Mylène, celle qui la fait naître en tant que chanteuse : « Maman a tort ».

« Sans contrefaçon » ? Des dystopies toujours… « Dans ce monde qui n’a ni queue ni tête », apparaissent des simili samouraï, guerriers rouges de la planète Mars, au double sens du dieu grec de la guerre et du sang versé au combat et de la planète rouge : « prenez garde à mes soldats de plomb, c’est eux qui vont tueront ». 

Dans le même ordre d’idées, toujours sur « Je t’aime mélancolie », l’industrialisation effrénée n’aboutit à rien puisqu’elle sert à construire des engins de mort : machine ambulante qui évoque un lieu de pendaison par couperet avec suspendus serpes et marteaux – symboles du communisme soviétique. Elle permet de mettre au point des engins de répression (gants de boxe sur ressort avec aussi une allusion au clip de la chanson de ce tableau) ou encore des machines occupées à un travail vain et inutile : machines à roues dotées de ciseaux géants mobiles servant à la culture d’une terre aride, bateau au sein d’une mer rougeâtre vide ou peuplée de squelettes de poisson, allusion au travail à la chaîne tayloriste (et à sa symbolique chaplinesque) avec ces bouteilles fabriquées en série qui explosent avant même d’être terminées. Plus loin, les visages humains eux-mêmes toujours indéfinissables semblent être produits en série. A noter que les premières dystopies sont nées avec l’industrialisation – destructrice parce qu’irrespectueuse – du XIXème siècle, révolutions industrielles dont l’une a été marquée par une découverte essentielle : l’électricité, ici représentée par une ampoule qui s’allume et s’éteint au milieu d’un visage vaguement défini. 

Vient « Rêver », le moment du départ, où il faut « changer de ciel », l’ultime chanson du concert, l’hymne à la tolérance, mais qui signale tout de même la fragilité du nouveau monde créé et la nécessité d’un agir ensemble pour le préserver.

Pour terminer, sur l’ensemble du spectacle, il faut souligner que, pas de doute, c’est un spectacle très réussi. Chaque membre de l’équipe sur scène a son moment privilégié, où l’attention est concentrée sur lui, marque de partage et de respect infini pour tous les acteurs du show : Gary Jules chante presque seul sa chanson « Mad world », le public chante presque seul le 1er couplet de « Maman a tort » ; il y a l’intro musical de « Et pourtant » qui met en valeur le pianiste Y. Cassar, l’intro de « Je t’aime mélancolie » pour les danseurs, l’intro de « Diabolique, mon ange » pour tous les musiciens et les choristes, la mise en avant des guitaristes sur « Monkey me » et « XXL » (et de l’un d’entre eux sur l’écran au milieu des « soleils » de « Bleu noir ») et bien sûr l’interlude robots. 

images (4)Et la joie présente du début à la fin du concert, en particulier autour de son héroïne toujours souriante, comme un contrepoint à la dystopie et le signe d’un espoir toujours vivant. Qui a dit qu’elle, Laurent B. et toute leur équipe n’étaient pas capables de se renouveler tout en gardant leur identité ? Où s’arrêtera le pinceau d’écume ? Jamais, puisqu’elle est éternelle… 


SOURCE : Cyril H. – à retrouver sur le site originel :  
http://roadmaster-087.skyrock.com

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A LA FACON POP de Mylène Farmer

Posté par francesca7 le 5 mai 2015

 

715776entetedVoici la pop Troisième genre de chanson française à connaître le succès, la chanson française fondée sur la musique pop comme Mylène Farmer ou Alizée avec les sous-genres de la musique de danse (musique des clubs et discothèques). La musique pop est un genre musical qui concerne principalement les jeunes avec une musique associée souvent à la danse. Mylène Farmer et Alizée connaissent le succès à l’étranger avec leurs albums de musique pop chantés en français. Mylène Farmer, comme le rappellent les albums studio originaux Ainsi soit je (1988) et L’autre…(1991), l’album de compilation Les Mots (2001), l’album de compilation club Dance Remixes (2003), l’album studio original Avant que l’ombre…(2005), classés tous albums confondus en Allemagne, Suède, Estonie, Grèce, Russie. On rappellera que l’album Point de suture (2008), avant-dernier album studio original, distribué en France le 25 août 2008 a été certifié album de platine (20 000 exemplaires vendus) lors de sa sortie le même jour, en Russie  et a occupé en septembre la 25e place en Grèce. On ajoutera que son dernier album Bleu Noir (2010), album studio original, a occupé la 36e place de ce pays en janvier 2010 et la 98e au Mexique en février.

Alizée connaît également le succès. On rappellera simplement qu’elle est la plus grande exportatrice française de disques dans le monde en un seul album (plus de quatre millions d’exemplaires vendus) avec Gourmandises (2000), premier album studio original de la chanteuse. La musique de danse (musique des clubs et discothèques), comme sous-genres de la musique pop voit dans les années 2000 son succès s’accroître en français avec l’apparition de chanteurs étrangers y ayant recours.

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COIFFURE BEAUTÉ INTERNATIONAL interroge Mylène

Posté par francesca7 le 21 mars 2015

 

French Singer Mylène FarmerCe métier est plein de facettes. Avez­vous une préférence : sortir un disque, être sur scène…?

­ J’ai besoin de tout. J’aime écrire les textes de mes chansons mais j’ai également besoin de retrouver l’émotion que l’on éprouve en étant sur scène. C’est pour moi un véritable combat. Je suis plutôt discrète, mais dans ces moments­là tout est décuplé : sentiments, impressions, capacités…On est à la fois conscient et complètement inconscient. Il est difficile d’exprimer ce que l’on vit, mais c’est une émotion énorme. J’aime aussi faire des clips. L’histoire vient d’abord du texte de la chanson, mais également du dialogue que j’ai avec les gens qui m’entourent. En fait, j’ai toujours besoin de plus et d’aller plus loin.

N’aimeriez­vous pas faire du cinéma ?

­ Le cinéma est effectivement un projet. J’ai eu quelques propositions depuis deux ans, mais je n’ai pas le temps d’y songer sérieusement. Mon film culte est « La fille de Ryan », j’ai adoré aussi « L’important c’est d’aimer ». Je trouve les films de Bergman, de Spielberg et les anciennes productions splendides, certainement parce que j’ai du mal à me projeter dans notre époque. J’aime l’ambiance de ces films et l’élégance des vêtements d’autrefois. Il me semble qu’il y avait une histoire dans chacun d’eux, alors que ceux que l’on fait actuellement n’ont pas d’âme.

Qui crée vos costumes de scène ?

­ Thierry Mugler a créé les costumes du spectacle du Palais des Sports en mai dernier et ceux de Bercy.

Nous lui présentons le projet de la scène, et lui propose ses idées. Il a une démesure étonnante et sait faire abstraction de la mode. Le spectacle de Bercy sera exactement le même que celui de ma tournée en province. Nous avons essayé de créer un personnage qui évolue dans le temps en jonglant avec les ambiances et les saisons. Il y a en tout sept changements de costume.

Et vos cheveux ?

­ Ma coiffure reste très simple, je n’aime pas être sophistiquée. Je n’aime même pas l’envisager, cela ne va pas du tout avec mon caractère. Je préfère le dépouillement. Vous voyez : pas de vernis, pas de boucles d’oreilles, sinon j’ai l’impression d’être travestie. Si je porte un bijou, il est toujours très sobre.

Vos créateurs préférés ?

­ J’apprécie beaucoup ce que fait Roméo Gilli, Thierry Mugler bien entendu, Azzedine Alaïa et Fayçal Amor.

Mais je vais voir peu de défilés car je n’aime pas l’effervescence et je n’aime pas être prise en photo. Donc plutôt que de me trouver dans une situation de conflit, j’évite de me rendre dans les lieux où je vais rencontrer journalistes et photographes. Je me promène de temps en temps dans le Marais et vers la place des Victoires, où il y a de très belles boutiques.

Il paraît que vous collectionnez les chaussures…

­ En effet, je voue une véritable passion aux chaussures ! Pour les bottines très fines et les chaussures plates. Je vais souvent chez Stéphane Kélian, Philippe Model et Charles Kamer. Je ne suis pas conservatrice, sauf pour les chaussures dont je n’arrive pas à me défaire et pour mes costumes de scène. Cela me plairait de constituer un petit musée à titre privé !

Comment vivez­-vous la mode au quotidien ?

­ La silhouette que je préfère est celle de Katherine Hepburn : chemise, gilet et pantalon. Une apparence masculine qui est en fait extrêmement féminine. J’ai complètement banni jupes et robes, je m’habille de façon décontractée. Cela ne veut pas dire blue­jean / baskets, disons plutôt faussement décontractée, car j’aime l’élégance. Je porte des vêtements aux formes et aux couleurs sobres. Je trouve le pourpre très beau mais je n’en porte pas souvent, simplement parce que l’on n’en trouve pas. J’adore le blanc cassé, le noir et les tons pastel. Je préfère les vêtements d’hiver à cause de l’atmosphère de cette saison. Un grand bonheur serait d’aller faire un jour un reportage sur la banquise !

Vous devez aimez les matières confortables…

­ Je suis fascinée par le cashmere, le velours de soie et par la soie d’une façon générale. En Inde, j’ai vu des tissus fabuleux…

Vous avez beaucoup voyagé ?

­ 1989-17-bNon, très peu. Avant, je n’en éprouvais pas l’envie. Maintenant si, mais je ne trouve pas le temps ! J’aimerais retourner en Inde pour y faire quelque chose d’utile. Je n’ai pas un tempérament à apprécier le farniente, je m’ennuie très vite en vacances. En plus de découvrir un pays, il me faut un but. La Russie m’attire, mais je ne veux pas m’y rendre en tant que touriste puisque l’on ne voit rien. Je veux être en contact avec les gens des campagnes et approcher des choses fondamentales.

Vous ne parlez pas du Canada…

­ Je n’ai pas envie de retourner au Canada, ce pays me semble trop calme. Par contre aller aux Etats­Unis, ça, oui ! Pour moi, c’est un pays de gagnants, un pays qui bouge. J’ai une vie très remplie, le mode de vie des américains me plairait certainement.

Les américains sont fervents de sport, vous pratiquez une activité sportive régulièrement ?

­Je fais du jogging dans la forêt du bois de Boulogne. Au départ, je courais pour avoir de l’endurance, pour être en forme sur scène, et puis j’ai continué. C’est un bienfait extraordinaire. Je suis très persévérante, un peu bornée, même ! Je vais au parc Monceau quand j’en ai l’occasion, mais pour m’y promener simplement.

Faites­vous attention à votre image ?

­ Je ne fais pas une fixation sur mon image, mais j’ai un minimum d’hygiène de vie, bien sûr. Par contre, je ne fais pas très attention à ce que je mange, c’est trop triste de se priver ! Pour les photos, c’est vrai que je suis vigilante. J’ai un droit de regard. Ce que je ne peux hélas contrôler, ce sont les tournages télé. Je trouve la lumière rarement belle, l’ambiance est peu propice à de belles images.

Vous avez une peau magnifique : un tel atout ça s’entretient par des soins en institut, des crèmes…

­ Je ne fréquente absolument pas les instituts ! Cela me dérange et je ne m’y sens vraiment pas à l’aise. J’utilise une crème pour mon visage, c’est tout. Je ne suis pas du style à essayer les dernières crèmes qui sortent sur le marché, ça ne m’intéresse pas.

Etes­vous également fidèle à un seul parfum ?

­ J’adore les parfums. Je porte Shalimar qui est pour moi l’évocation du passé, Heure bleue, Chloé et Femme de Rochas.

Je crois que c’est Alain Divert qui vous a transformée en rousse. L’idée vient de qui ?

­ Bertrand LePage m’a donné l’idée de changer de couleur. D’ailleurs, maman est rousse. Alain Divert m’a fait ma première coloration, un roux plus électrique que maintenant. Nous avions de très bonnes relations mais à présent, je vais dans un petit salon où l’ambiance est presque familiale. Je m’y sens mieux que chez un grand coiffeur. Je me rends une fois par mois chez Margaux. Elle me coiffe de façon très naturelle : catogan ou cheveux défaits, parfois relevés mais cela n’a rien d’habituel. Chez moi : shampooing Phytosolba et après-shampooing.

Ah, je vais peut­être couper mes cheveux ! La décision n’est pas facile à prendre mais j’aime beaucoup le style garçonne qu’avait Jane Birkin au temps de « Je t’aime moi non plus ». Vous me verrez avec des cheveux courts, mais pas avant un an. (Mylène se fera effectivement couper les cheveux très courts par Jean­Marc Maniatis en janvier 1991, nda)

C’est vous qui avez lancé la mode du catogan. Cet hiver, les deux points d’orgue de la coiffure sont les rousses et les coupes boule. Vous lisez les magazines de mode ?

­ Je lis n’importe comment, je ne suis pas attachée à un magazine. De temps en temps, il m’arrive d’avoir de véritables boulimies de magazines !

 

source : DÉCEMBRE 1989 – Un sourire au bord de la fêlure – Entretien avec Valérie le MOUËL

Publié dans Mylène 1989 - 1990, Mylène en CONFIDENCES | Pas de Commentaires »

Mylène Farmer au 20 H PARIS PREMIÈRE

Posté par francesca7 le 3 février 2015

 

30 MAI 1996 – Entretien avec Paul AMAR

Paris Première

1996-05-bComme son nom l’indique, cette émission prend place à 20h, sur Paris Première. Paul Amar y reçoit une personnalité différente chaque soir de la semaine, pour un long entretien en tête à tête. Ce soir­là, c’est Mylène Farmer qui est à l’honneur. Le plateau de cette émission, Porte Maillot à Paris, a pour particularité d’être en vitrine : les gens qui passent dans la rue peuvent donc tout voir. C’est sans doute pour cela que l’interview de Mylène a été enregistrée si tard (vers minuit) mais cela n’a pas empêché une poignée de fans de s’y rendre.

Pendant le générique du début, la chanteuse est filmée dans la rue, seule, en contre plongée. Coiffée d’un chignon, elle porte une toute petite robe bleue et des platform shoes blanches. Souriante, mais visiblement mal à l’aise, elle marche dans la nuit parisienne, tantôt les bras dans le dos, tantôt les bras croisés, mais toujours le regard fuyant, et ce jusqu’au studio de l’émission.

Paul Amar : (off sur ces images) Mylène Farmer apparaît très rarement sur les plateaux télé, elle ne les aime pas. Mais notre bulle de verre ressemble si peu à un plateau télé. (Mylène entre dans les locaux de Paris Première) Elle trouve la télévision de plus en plus anecdotique et inintéressante ;  nous veillerons, elle et moi, à rendre l’entretien le plus dense possible. Elle n’aime pas le soleil :  extérieur nuit, ce sera notre décor d’un soir. (Mylène arrive dans le studio et s’assied, seule, sur un canapé, contre la vitrine derrière laquelle se sont agglutinés plusieurs fans) Elle cultive volontiers le mystère, je le savais et je l’ai vérifié en découvrant le titre de son dernier album « Anamorphosée ». J’ai pris, je l’avoue, le dico pour être bien sûr du sens : ‘Anamorphose : image déformée par un miroir courbe’. Pourquoi Mylène Farmer se veut­elle à ce point déformée ? Pourquoi met­elle un miroir courbe entre elle et nous ? Je ne sais pas. Vous non plus, je suppose. Alors, suivez­moi, je vais me glisser derrière le miroir pour tenter de surprendre la vraie Mylène Farmer. Mais, s’il vous plait, ne le lui dites surtout pas, elle pourrait m’en vouloir.

(Paul Amar entre dans le champ de la caméra et s’installe à côté de Mylène)

Bonsoir Mylène Farmer…

Mylène Farmer : Bonsoir.

PA : Merci d’être avec nous dans cette bulle de Paris Première. (regardant les fans de l’autre côté de la vitre) Vous savez que il y a eu Bruel et vous. Voilà ! Le soir, tard, du monde, comme ça, autour de la bulle. Ils nous entendent !

MF : (tournée vers les fans) Bonsoir ! (rires)

PA : La présence de ce public qui est venu vous voir, donc de vos fans, dans cette émission qui commence, ils vous rassurent, ils vous inhibent, ils vous… ?

MF : (en regardant le fans) Me rassurent. (sourire)

PA : Ils vous rassurent ?

MF : Oui. (large sourire)

PA : Parce qu’ils vous aiment ?

MF : Je le suppose puisqu’ils sont là ! (sourire en les regardant)

PA : Vous aimez être aimée ?

MF : J’aime être aimée, oui !

PA : Alors, il est tard, le soir, vous le voyez de toute façon à la lumière, parce que cette émission sera diffusée jeudi 30 pour la première fois, à 20h, c’est­à­dire vingt­quatre heures avant Bercy et, comme vous êtes en tournée, entre plusieurs villes de province et Paris, on a choisi tard le soir pour enregistrer cette émission. Vous auriez préféré être en direct et en pleine lumière, à 20h, ou cette lumière nuit vous convient davantage ?

MF : Je crois que je préfère la nuit.

PA : Pourquoi ?

MF : C’est plus rassurant pour moi.

PA : Pourquoi ?

MF : Ça fait partie des paradoxes : je peux être dans la lumière et j’aime l’ombre également.

PA : Et vous préfèreriez l’ombre ou la lumière si vous deviez choisir ­ lumière jour, ombre nuit ?

MF : J’aurais les deux réponses : l’ombre et la lumière. (large sourire)

PA : L’ombre et la lumière…

MF : Difficile de faire un choix entre les deux.

PA : A vingt­quatre heures de Bercy, vous vous sentez comment ? Ça va ?

MF : Ça va bien. Le trac, quand même, mais relativement sereine.

PA : Et le trac adouci par le fait que vous aimez la scène. Je veux dire : rencontrer le public sur scène dans…

MF : (le coupant) J’aime profondément ça. Je le fais rarement, mais j’aime ça.

PA : Alors, vous allez chanter évidemment toutes vos chansons qu’on connaît, mais notamment les plus récentes, et celles de cet album que j’ai reçu, Mylène Farmer, que j’ai écouté très attentivement et je l’ai dit, en vous accueillant, j’ai repris le titre, je fais un aveu : je ne connaissais pas ce terme, « Anamorphosée »…

MF : C’est un terme cinématographique, mais j’avoue que, moi, je lui ai trouvé un sens plus poétique, et j’ai mis ‘ée’ à la fin. C’était plus pour évoquer l’idée d’un spectre qui s’est élargi ­ donc ma vision du monde, mes sensations qui se sont élargies ­ et l’idée de ce rassemblement, non pas de la compression, mais d’un rassemblement pour ne faire plus qu’une image et pure.

PA : Ce que vous dites, c’est pas ce que j’ai ressenti parce que quand j’ai vu la traduction de ce texte, je me suis dit, quoi, ça veut dire déformation. C’est un peu comme au Musée Grévin : on se présente devant un miroir courbe et, tout d’un coup, c’est pas nos traits. Alors moi je me suis dit…

MF : (le coupant) J’ai pris le risque.

PA : Vous avez pris le risque ?

MF : Je savais que je pouvais. Oui. (rires)

PA : Mais alors justement, enfin, quand j’ai vu ce mot et quand j’ai cherché le sens, j’ai aussitôt regardé vos photos, celles que vous présentez de vous, et aucun trait de vous n’est déformé ! On va les regarder ensemble. (il feuillette le livret du CD « Anamorphosée » en gros plan) Vous apparaissez telle que vous êtes habituellement. Alors qu’est­ce qui est déformé ? Parce que, d’une façon visible, rien n’est déformé : vos yeux, le corps…

MF : Mais, à nouveau, j’écarte, moi, le sens de la déformation, justement. En aucun cas déformation, non.  Peut­être transformation, mais ce n’est pas non plus ‘métamorphosée’. (rires) Peu importe, d’ailleurs. Je préfère le sens poétique de ce mot.

PA : Transformation, si elle devait exister, de quelle nature ?

MF : Je crois que j’ai un grand changement qui s’est opéré en moi. J’ai voyagé, d’abord.

PA : Oui…

MF : Je me suis échappée de la France pendant près d’un an. J’ai essayé d’oublier mon métier, de m’oublier moi­même d’une certaine façon, et essayé de découvrir des choses différentes, des choses qu’on peut qualifier d’un peu plus normales, la vie de tous les jours en somme.

PA : Vous savez que le contraire ­ vous qui connaissez très bien le sens des mots, et je vous écoute, et vous avez écrit vos textes ­ le contraire de ‘normal’, c’est…?

MF : Anormal. J’aime l’anormalité ! (large sourire)

PA : Ce qui m’a un peu effrayé, je vous le cache pas, vous qui dites là, à l’instant, que vous vouliez retrouver un petit peu la normalité, (en lui montrant la pochette de « Anamorphosée ») c’est quoi ?! C’est la décapitation ?! Y’a pas votre tête !

MF : Je sais. Mais, là encore, j’ai pris le risque parce que je savais que ça pouvait évoquer ça. Moi, je l’ai plus pensé en ce sens : l’esprit qui s’échappe, l’esprit qui va vers le haut, l’esprit qui voyage. Donc c’est ce que moi, j’ai voulu évoquer.

PA : L’esprit a voyagé et le corps a voyagé vers l’Amérique, c’est ça, quand vous avez quitté la France ?

MF : L’Amérique. J’ai choisi l’Amérique. Pourquoi ? Je ne le sais pas bien, dans le fond. C’est peut­être plus facile pour moi que d’aller vers Los Angeles puisque j’y avais déjà rencontré quelques personnes. Maintenant, c’était plus l’idée des étendues vastes, d’une forme de liberté, une certaine solitude parce que Los Angeles est une ville pour solitaires : la rencontre est très difficile malgré tout…

PA : Elle peut être violente parfois ?

MF : Elle peut être violente, troublante, mais j’avoue que j’ai passé, moi, un très, très bon séjour.

PA : Et c’est là­bas que vous avez écrit « California » ou c’est ici ?

MF : C’est là­bas.

PA : Ah c’est là­bas…

MF : Donc, moi, j’ai demandé à la personne qui travaille avec moi, compositeur et producteur, Laurent Boutonnat, de m’y retrouver, et cela au bout, je crois, de cinq mois, et j’ai eu cette envie que d’enregistrer l’album à Los Angeles.

PA : Là on regarde ­ je dis bien on regarde, on écoute évidemment ­ « California », mais on regarde « California », là­bas !

Diffusion d’un large morceau du clip « California »

PA : Le regard est très triste à la fin. C’est la perception que vous avez de Los Angeles, de l’Amérique telle que vous la montrez là ?

MF : Non, parce que là, elle est un petit peu caricaturale, je dirais. On s’est quand même polarisé, ou concentré, sur la prostitution. Los Angeles n’est pas uniquement la prostitution. D’ailleurs, il a été difficile de…

Sur Sunset, il y a souvent justement ­ le quartier cloisonné ­ toutes les prostituées, et là j’avoue qu’elles avaient disparu car elles avaient des problèmes avec cet acteur, enfin tout ce qui s’est passé autour de cette anecdote… (allusion à l’arrestation quelques mois plus tôt de Hugh Grant avec une prostituée, nda)

PA : Hugh Grant, oui. Pourquoi ce choix justement ? Pourquoi ce thème ?

MF : Je ne suis pas sûre d’avoir la réponse, si tant est que j’ai toujours envie de jouer, d’interpréter une prostituée. Et j’avoue que sur « California », c’est spontanément venu. Et donc, j’ai fait appel à Abel Ferrara qui, lui, évoque beaucoup la prostitution dans ses longs métrages.

PA : Quand vous dites dans la chanson : ‘Ma vie s’anamorphose’­ c’est difficile à dire, d’ailleurs ! ­ alors ça veut dire quoi dans ce… ?

MF : Dans cette chanson là ?

PA : Dans cette chanson, oui.

MF : Là encore, j’ai toujours une difficulté quant à l’explication de textes. Parfois, il suffit de prendre des mots et, ma foi, une sonorité peut évoquer certaines choses. Moi, ‘ma vie qui s’anamorphose’, si je peux essayer de trouver un sens à ce mot, c’est plus dans l’idée de ce rétroviseur, et là on en revient plus à l’aspect cinématographique, donc de cette concentration du format cinémascope, etc. Mais j’ai l’impression qu’on ennuie les gens avec ça ! (rires)

PA : Y’a un contraste impressionnant ­ moi, je vous découvre, je connaissais vos chansons, mais je vous découvre ­ entre cette façon dont vous vous exprimez, qu’on retrouve d’ailleurs dans vos textes, et cette image que vous montrez avec ce public toujours patient. (il se retourne et regarde les fans derrière la vitre. Mylène lève les yeux vers eux, un large sourire aux lèvres) Apparemment, ils ne se lassent pas de ce que vous dites, de ce que vous montrez de vous. Cette image très, on va dire les choses, qui est même perturbante pour un homme qui vous interviewe, troublante en tous cas, que vous montrez, très provocatrice, et puis les mots que vous employez, ce que vous dites à l’instant.

Vous en êtes consciente, j’imagine quand même ?! C’est délibéré ?

MF : Délibéré, préméditation, non, je n’en suis pas sûre. C’est juste l’idée et l’envie que d’interpréter des rôles différents. C’est autant de facettes qui font partie d’une personnalité. J’essaie, moi, de les exploiter, de ne pas tricher et de ne m’interdire rien.

PA : Rien ! Mais ça veut dire que dans ce clip, vous êtes dans la fiction ? Vous ne mêlez pas ce que vous ressentez, ou dans le texte d’ailleurs que vous écrivez, ce que vous ressentez, parce que j’ai cru comprendre que, et là j’oublie le clip qu’on vient de voir évidemment, j’ai cru comprendre qu’il y avait une frontière très mince entre ce que vous exprimez et la façon dont vous vivez les choses finalement…

MF : Il y a une frontière très, très mince, dans le fond. C’est vrai que quand moi j’écris les textes, dans le fond je ne pense qu’à moi, qu’à ce que je ressens, ce que j’ai envie d’exprimer. Parfois, ce sont des idées ou violentes ou dérangeantes. Mais, là encore, c’est faire abstraction absolument de l’autocensure. Et c’est une liberté pour l’écriture.

PA : Vous êtes de ce point de vue complètement désinhibée ?

MF : Non ! Parce que ce serait là l’absolue liberté. Je ne le suis pas, mais dans le fond, ce métier m’aide à justement extérioriser tout ce que je n’oserais pas probablement dans la vie de tous les jours, donc c’est une chance que de pouvoir avoir ça.

PA : Ça va ? C’est la première fois que vous participez à une émission aussi longue, une heure ?

MF : Aussi longue, oui ! (rires)

PA : C’est la première fois ?

1996-05-cMF : Oui, je crois, oui. (Mylène a pourtant jusqu’alors participé à plusieurs reprises à des entretiens de toute sorte au moins aussi long, mais peut­être pense­t­elle aux conditions de tournage, dans la continuité, dans les conditions du direct etc.)

PA : Et ça va ?

MF : Ça va bien, oui ! (sourire)

PA : Je ne sais pas qui doit avoir le plus peur de l’autre !

MF : (rires) Je ne sais pas…

PA : On retrouve Mylène Farmer dans quelques instants, après la pub.

Coupure pub

Au retour plateau, Paul Amar et Mylène Farmer se sont déplacés : ils sont désormais face à face sur des petits siègent entourant une table basse. Une télévision reprend l’image de leur tête à tête en second plan. Ils se sont éloignés de la vitrine et on ne voit donc plus le public.

PA : Et on retrouve notre invitée, Mylène Farmer. Je ne sais pas si les téléspectateurs ont vu – il y avait tous ces albums que j’ai présentés, enfin j’ai présenté le plus récent évidemment, de vous ­ mais vous êtes arrivée avec un gros livre que vous gardez ! (rires de Mylène) On a changé de lieu, vous êtes arrivée avec ce gros livre, vous le gardez avec vous. Qu’est­ce que c’est ?!

MF : C’est­à­dire que quand vous avez, que nous avons préparé l’émission…

PA : (la coupant) Attendez, on va le montrer. N’hésitez pas ! Je sais bien qu’il est lourd…

MF : (elle s’avance pour poser le livre sur la petite table devant elle, mais le reprend aussitôt, en regarde la tranche, avant même qu’un cadreur, qu’on voit s’approcher, ait pu le filmer !) Je sais qu’on va évoquer la littérature, et ce livre fait partie de…Est­ce que c’est un livre de chevet ? J’en sais rien, mais en tous cas, c’est un livre que je trouve magnifique et c’est un cadeau. Donc j’avais envie de l’emmener tout simplement ! (elle le pose cette fois sur la table)

PA : L’auteur…?

MF : (penchée en avant, elle le feuillette sur la table) Et c’est Allan Edgar Poe (sic), traduit par Baudelaire. Et c’est un livre très ancien du XIXème siècle et qui a beaucoup d’illustrations, si je les trouve. (elle peine en effet à en trouver une au hasard des pages) Ce sont des anciens dessins…

PA : Et bien je vais le découvrir ! Décidément, vous me faites découvrir beaucoup de choses ! (le journaliste feuillette le livre à son tour) Alors, « Le scarabée d’or » ­je sais que vous aimez les animaux.

« Le chat noir ». Décidément ! C’est complètement au hasard, et rien n’est préparé. Tout est improvisé. (il s’arrête sur une illustration qu’on ne voit pas à l’image) C’est un peu lugubre, non ? Mais c’est de la littérature…

MF : (toujours penchée en avant sur son livre, elle ne l’a pas lâché et scrute ­ inquiète ? ­ son feuilletage par l’animateur) Oui. C’est Edgar Poe !

PA : C’est Edgar Poe ! Vous aimez lire, hein ?

MF : (refermant le livre tandis que, comme le journaliste, elle se redresse dans son siège) J’aime lire. Je ne lis pas suffisamment, mais j’aime ça.

PA : Déjà enfant, adolescente, vous lisiez beaucoup ?

MF : Pas du tout. Au contraire ! Je crois que j’ai eu une rébellion absolue quant à l’école et ce qu’on vous imposait comme lecture, donc je crois que j’ai refusé ça totalement. Jusqu’au jour où, autodidacte, j’ai décidé que j’allais, moi, vers une famille littéraire, et puis après, on fait son chemin tout seul. Et c’était plus agréable comme ça pour moi.

PA : Quand vous écrivez vos textes, vos chansons, vous écrivez comment ? Où ? La nuit, le jour ?

Chaudement habillée, dévêtue ? Seule ? Pas seule ?

MF : La seule réponse que je puis formuler : seule. Maintenant, quant à la tenue vestimentaire, je crois qu’elle m’importe. J’essaie de me souvenir ! (elle cherche) Non, ce peut être la journée, la nuit : peu importe.

PA : Le lieu, peu importe ?

MF : Le lieu, non, peu importe.

PA : Peu importe ? (Mylène confirme) Ça peut être chez vous. C’est à Paris, c’est à la campagne, c’est au bord de la mer, peu importe ?

MF : Ça dépend. Pour cet album, par exemple, c’était à Los Angeles, dans une maison qui était louée, qui avait un petit studio à l’étage inférieur. Et c’était…non, pas dans ma chambre. Dans une autre chambre.

PA : Ah, les douze chansons de cet album, vous les avez écrites là­bas ?

MF : Oui.

PA : En ville même ? Dans la ville ?

MF : Oui. J’avoue que je crois ne pas avoir besoin d’un lieu justement précis. J’arrive à m’isoler, et reformer cette bulle dont on a besoin pour écrire, dans n’importe quel lieu.

PA : On a vu la ville, en tous cas telle que vous, vous l’observez, vous la ressentez, dans « California ». On va voir une autre sorte de ville, fin de monde, fin de siècle : « L’Instant X ».

Diffusion d’une partie du clip de « L’Instant X »

PA : Alors tout est blanc, mais c’est pas un blanc immaculé. Là vous annoncez des choses terrifiantes, non ?

MF : (rires) Non, j’ai voulu retracer la vie, non pas la vie, mais une journée, que l’on peut avoir, où tout va mal.  Tout va mal. C’est une concentration d’évènements, dès qu’on se lève, et tout va mal, à nouveau, et on attend ce moment : souvent il se passe ça dans une journée ou dans un mois, où à la fois toutes les choses viennent se concentrer, se former un peu comme un puzzle, et c’est le moment où tout rejaillit, et cette fois vers le haut, et non pas vers le bas. (rires)

PA : Ce jour­là, vous alliez bien ou mal ? C’était un jeu de votre part ou vous étiez dans une humeur plutôt maussade ?

MF : Très sincèrement, je ne m’en souviens pas, mais… Je ne sais pas.

PA : Et cette fin de siècle que vous nous annoncez, vous en pensez quoi, vous ? Vous y croyez au messie ­ parce que vous parlez du messie ? L’instant X, c’est quand le messie arrivera ?

MF : Pas précisément. Je crois… Je crois à quoi ? Une forme de spiritualité, je crois qui est indispensable pour tout le monde. Maintenant, être une religion particulière, non, j’avoue que j’ai du mal à le nommer.

PA : Spiritualité, vous la voyez quoi ? dans le regard de l’Homme, ou là­haut, une force invisible, supérieure ?

MF : Parfois, j’aime l’idée de la force invisible, et je préfère trouver une force et une générosité ici, et de personne à personne. C’est plus important.

PA : C’est quoi le Styx ?

MF : Le Styx, c’est ce lac qui est dans l’enfer. (sourire)

PA : Ah ! Et vous dites ça avec un sourire désarmant ! (rires de Mylène) Vous le connaissez ce lac ?

MF : Je l’ai évoqué souvent en tous cas. J’aime beaucoup ce mot. J’aime bien jouer avec les mots.

PA : Et vous l’imaginez comment, ce lac ?

MF : Très noir.

PA : Et l’Enfer ?

MF : Une idée de l’Homme, dans le fond…

PA : Noir aussi ?

MF : Oui. Trop lourd. Trop lourd, cette idée.

PA: C’est simplement un jeu auquel vous vous livrez ou, au fond de vous, vous avez cette vision assez pessimiste ou de l’homme, ou de l’humanité. Est­ce qu’on se rapproche, quand je vous entends parler et vous entends penser à voix haute, plutôt de la littérature, ou est­ce que vraiment, au fond de vous­mêmes, vous exprimez ce que vous pensez ?

MF : Je crois avoir… Je ne sais pas si vous faites allusion à pourquoi un public a pu me suivre tout au long de ces années quand, moi­même, j’ai évoqué des thèmes un peu plus difficiles, un peu plus désenchantés, parce que moi­même je l’étais profondément, oui. Maintenant, il s’opère dans la vie, à nouveau, des changements, qu’on le veuille ou non, et il y a des personnes qui ne changent pas. Moi, j’ai eu cette chance que de rencontrer… C’est toujours, là encore, difficile ou la justification ou d’essayer de trouver des mots. Vous dire que j’ai trouvé la lumière serait un petit peu fort, mais j’ai une rencontre, en tous cas, d’avec un livre qui a été important dans ma vie…

PA : Lequel ?

MF : …qui est « Le livre tibétain de la vie et de la mort » qui parle de l’idée de l’impermanence, vivre le moment présent. Et ça, ça a été quelque chose d’extrêmement fort pour moi. Cette idée que de ne pas appréhender la mort. Enfin, autant de choses. Là, je vous donne tout en vrac, c’est un peu confus ! (sourire) PA : Non, non, non, non, je vous suis parfaitement ! Vous étiez…

MF : (le coupant) Tout ça pour essayer d’évoquer ce changement.

PA : Oui, parce que vous étiez hantée par l’idée de la mort, par cette notion de mort…

MF : (le coupant) J’étais profondément hantée, c’est­à­dire qu’il n’y avait pas un jour sans que je pense à cette mort.

PA : La mort de l’autre ou… ?

MF : Ou la mort de l’autre ou ma propre mort, le vieillissement, enfin toutes ces choses qui font que vous vivez mal, dans le fond. Et c’est, dans le fond aussi, le refus de vivre (silence et sourire).

PA : Tout au long de l’émission, j’ai le sentiment, parce que là vraiment je vous découvre et j’ai vraiment l’impression qu’il se passe quelque chose de nouveau, puisque vous l’affirmez, et alors il y aurait un décalage, c’est rigolo, si j’ose dire, mais ça doit l’être, entre les sujets qu’on a prévus…

MF : C’est vrai ?!

PA : Hé bien oui, qui sont le reflet de tout ce que vous avez offert, jusqu’à présent, à votre public, et les nouveaux mots que vous prononcez, c’est­à­dire les sentiments que vous exprimez. Alors, ça fait rien, allons jusqu’au bout ! Après tout, vous choisissez difficilement entre l’ombre et la lumière. On va continuer avec ce décalage.

MF : Bien sûr, oui.

PA : Alors, on va voir un extrait de film, « Giorgino » où là vous aviez un rôle difficile, très difficile…

MF : Oui.

PA : On regarde.

Diffusion d’un extrait en version originale de la scène où Catherine est piégée sur un lac gelé.

PA : Dans ce film de Laurent Boutonnat, vous jouez le rôle ­ c’est Catherine, c’est ça ? (Mylène confirme) ­ d’une jeune fille qui a du mal à sortir de sa propre enfance, à la limite de l’autisme. Est­ce que vous rejoueriez ce rôle aujourd’hui ?

MF : Oui !

PA : Il vous a plu ?

MF : Oui, beaucoup. Beaucoup.

PA : (en pointant les fans devant lui) Voilà, le public est encore là ! Vos chansons et vos albums, énormes succès, avec Céline Dion, enfin vous vendez par centaines de milliers et ce film n’a pas rencontré le succès auprès du public. A votre avis, pourquoi ?

MF : Le fameux instant X n’est pas venu ! (rires)

PA : C’est quoi, c’est comme une alchimie qu’on attend, qui se produit ou pas ?

MF : Je crois. Je ne suis pas sûre que ça remette en question ni la qualité du film, ni d’un album, ni d’un artiste.

Là, j’essaie de faire abstraction de moi, de ma présence dans le film, mais tout simplement, je continuerai de défendre ce film, je continuerai d’aimer ce film. Maintenant, je crois qu’il n’a pas trouvé la rencontre, qu’il n’a pas eu cette rencontre d’avec le public. Est­ce que c’était un mauvais moment pour le film ? Est­ce que c’était trop noir pour le public ? Je crois qu’on n’aura de toute façon jamais la réponse, donc… Ma foi, ‘accepter’ cet échec. Mais pour moi, ce n’en est pas un, donc je le vis bien dans le fond.

PA : On voit que vous aimez l’image, on le voit dans vos clips qui sont de petits scénarii, parfois courts, parfois brefs, parfois plus longs ­ dix à douze minutes. Vous aimez l’image au point de faire un long métrage. Vous allez continuer ?

MF : Là encore, je n’ai pas la réponse. Je crois que j’aimerais, oui, faire un autre long métrage. J’aime jouer, j’aime interpréter des rôles.

1996-05-fPA : On va sortir de cet univers un peu glauque, un peu difficile pour entrer dans un autre, beaucoup plus éclairé, là ­ on passe de l’ombre à la lumière ­ dans un univers que vous aimez qui est celui du cheval, et vous allez découvrir un homme que vous connaissez, et que Laure Fortin a rencontré.

Diffusion d’un sujet sur Mario Luraschi, qui avait réglé les cascades sur le clip « Pourvu qu’elles soient Douces ». Il en parle ici ainsi que de sa rencontre avec Mylène.

Mario Luraschi : (…) Pour Mylène Farmer, j’ai eu le grand plaisir de faire son clip. Effectivement, c’était exactement dans les mêmes conditions qu’un vrai film, d’ailleurs on a tourné plus de huit jours. Elle était venue s’entraîner un tout petit peu, pas beaucoup parce qu’elle a pas besoin de s’entraîner ; elle monte quand même très bien. Et on s’est, en plus, super bien marrés ! On a réglé toutes les cascades, aussi bien les grandes galopades, où elle retrouve le bel officier, que la partie grande bagarre où on s’est le plus marrés d’ailleurs !

(…)

PA : Vous n’étiez pas doublée, là, dans le film ?

MF : Non.

PA : C’est vous qui montez ?

MF : Oui, oui.

PA : Vous aimez le cheval…

MF : J’adore ça, oui. Je crois que j’en ai un petit peu peur aujourd’hui, bizarrement.

PA : Pardon ?

MF : Je dis que je crois que j’en ai un petit peu peur, peur de monter à cheval.

PA : Maintenant ?

MF : Oui.

PA : Pourquoi ?

MF : Parce que je le fais de moins en moins. Donc l’acrobatie…peut­être avec l’âge ! (rires) Mais, en tous cas, la rencontre d’avec Mario a été vraiment, je ne sais pas si c’est importante, mais extrêmement agréable. Et c’est quelqu’un d’abord de très doux, très sensuel sur un cheval, et très, très talentueux. Très généreux aussi.

PA : Vous aimez les animaux ?

MF : J’adore les animaux.

PA : On m’a dit que vous aviez un singe. Chez vous ?

MF : Oui.

PA : Il s’appelle comment ?

MF : E .T. C’est un capucin.

PA : C’est­à­dire, un capucin ? C’est quelle… ?

MF : C’est un singe d’Amérique du Sud.

PA : Et il vit avec vous ? (Mylène confirme) Et la communication, ça se passe comment entre vous ?

MF : Très, très bien ! (sourire)

PA : C’est­à­dire ?

MF : Nous pouvons converser, jouer. Des moments de tendresse. Autant de choses qui…

PA : (la coupant) Il peut y avoir une vraie communication entre l’humain et l’animal ?

MF : Bien sûr ! Bien sûr, et précisément le singe.

PA : Qui se passe de mots…

MF : Je crois qu’elle aime bien les mots. Elle aime les intonations, mais ça, comme tous les animaux. Mais c’est quelqu’un de très, très intuitif.

PA : Mylène Farmer reste avec nous jusqu’à la fin de l’heure, jusqu’à 21h. Pub.

Coupure pub

Au retour plateau, Paul Amar et Mylène Farmer ont à nouveau changé de place : ils sont désormais assis sur de hautes chaises de bar autour d’une table. Mylène a un verre de jus d’orange devant elle auquel elle ne touchera pas ! On voit à nouveau le public derrière la vitrine.

PA : Mylène Farmer est toujours avec nous, à quelques heures à peine, elle nous fait la gentillesse de venir dans cette bulle, à quelques heures à peine de Bercy. Vous vous préparez comment ? Vous allez dormir ? Vous allez vous reposer ou pas?

MF : J’ai peu le temps de me reposer, mais je fais beaucoup de sport. J’essaie de continuer avant les concerts, donc c’est de l’entraînement, avec Hervé Lewis qui est un très, très bon entraîneur et un ami également. C’est de la musculation et beaucoup d’endurance, donc de la course. Et en fait, je suis tout, tout près de chez vous quand je viens faire du sport !

PA : Au gymnase à côté­là ?!

MF : Je ne sais pas ! (rire gêné)

PA : Bon, on ne va pas ­ ah ben, c’est vrai qu’il y a le public qui écoute ! Ils pourraient encore vous suivre jusque là !

MF : Non, je plaisante !

PA : Quand vous allez entrer dans la salle, et que vous allez voir cette foule immense, qu’est­ce qui se passe dans votre tête ou dans votre cœur ? Est­ce qu’il bat plus fort ?

MF : Il bat plus fort. Le trac, en général, c’est avant, avant d’entrer en scène. C’est quand on commence à trop penser, trop réfléchir et une fois que ou que l’on monte sur scène, ou en dessous de scène, ou dessus de scène ­tout dépend de l’apparition­ là, j’avoue que s’opère un total changement : on est totalement dans le spectacle. Et, enfin, l’analyse et la réflexion se dissipent.

PA : C’est ça, et là vous vous donnez à la foule, quoi, vous donnez votre talent. Un aperçu de ce concert, vous étiez il y a quelques jours à Toulon pour chanter : on regarde, on écoute, avant d’en parler.

Extraits de « Alice », « Je t’aime mélancolie », « California » et « Désenchantée » filmés lors de la première représentation du Tour 96, à Toulon.

PA : Avant de parler spectacle, et c’est l’objet de toute notre émission, je voudrais une petite parenthèse qui sera brève : le fait d’aller chanter à Toulon ne vous a pas posé de problème, vous avez réfléchi, vous avez hésité ?

MF : Non. Non. Je sais quels sont les problèmes à Toulon. (la ville vient de passer aux mains du Front National lors des récentes élections municipales et de nombreux artistes y annulent leur passage, nda)

Maintenant, ma vie est celle du spectacle donc pourquoi refuser que d’aller dans cette ville ? Tous les gens n’ont pas choisi, une fois de plus, ce qu’il s’est passé et ce qu’il s’y passe. Non, j’y ai pensé, bien évidemment.

Maintenant, j’ai décidé d’y aller et le Zénith de Toulon est une très, très belle salle. Et le public était magnifique !

PA : Et des gens de la municipalité ne vous ont pas agressée, vous ont laissé faire ? Il y a pas eu de problème de ce point de vue ?

MF : Pas du tout. Aucun problème. Aucun.

PA : Allez, on ferme parce qu’on ne va pas parler de ça longtemps : ce n’est pas une émission politique, et puis on ne va pas la polluer. Je vais revenir au spectacle. Vous avez des tenues extravagantes, comme ce soir aussi !

MF : (rires) C’est Paco Rabane qui a fait les habits et là, j’avoue que c’était encore un très, très bon moment, en tous cas toute l’élaboration justement des costumes, les idées. Là encore, j’ai de la chance.

PA : J’imagine qu’on vous a déjà posé la question, mais bon, inévitablement, on y pense en vous regardant sur scène : Madonna. On vous a déjà posé la question ?

MF : Mais pourquoi ‘inévitablement’ ? Est­ce que c’est un défaut journalistique ou est­ce que c’est une vraie envie que de me comparer à Madonna ? Je vais vous retourner la question ! (rires)

PA : C’est bien, j’aime bien ça ! C’est une vraie perception : cette façon que vous avez de bouger sur scène, d’être désinhibée, vous l’avez dit tout à l’heure, de mêler à la fois la danse, le chant, la chanson, mais aussi vos textes, comme une provocation comme ça lancée à l’homme. Donc, inévitablement, la comparaison se fait.

MF : Alors la comparaison ne me dérange pas. (sourire) Et, une fois de plus, je trouve qu’elle a beaucoup de talent donc, dans le fond, peu m’importe.

PA : Peu vous importe.

MF : Peu m’importe.

PA : Vous la prenez pour flatteuse, pour dégradante, pour… ?

MF : Comme je l’ai dit : flatteuse. Flatteuse. C’est quelqu’un de grand talent : qu’on épouse ou non ses revendications, ses excès, c’est malgré tout quelqu’un de grand talent, et elle l’a assez prouvé parce qu’elle dure, perdure, donc ce ne peut être, dans le fond, qu’un compliment, en tous cas sur, j’oserais dire, la longévité en tous cas.

PA : J’imagine qu’un journaliste américain pourrait dire un jour à Madonna ‘Tiens, vous me faites penser à Mylène Farmer’ !

MF : Je ne sais pas ! (rires)

PA : (se retournant pour regarder les fans derrière la vitre) Le public est toujours là et il nous écoute toujours. Moi, je n’en reviens pas ! Vous savez quelle heure il est ? Je le dis aux téléspectateurs : chez vous, il est, quoi, 20h20 pour la diffusion, là, ici, pendant l’enregistrement, il est plus de 0h20. Ils sont venus au tout début, et ils sont encore là ! Ils sont même organisés : ça existe, vous avez un club de fans qui existe et que Lionel Boisseau a retrouvé. Il a rencontré deux de ses adhérents qui parlent de vous, et de quelle manière !

Diffusion d’un sujet sur Olivier et Wilfried, les deux fans qui s’occupent alors du Mylène Farmer Fanzine, créé en 1992. Comme le dit le reportage, ce fanzine s’apprête à devenir le Mylène Farmer Magazine (quelques mois plus tard, en septembre 1996). Intégralement consacré à la star, il continuera d’exister jusqu’en 2004.

PA : Il est là, Wilfried. Il est là ! (gros plan sur le jeune fan en question, derrière la vitre, qui fait un petit coucou à Mylène) Il est venu. Vous le connaissez ? Vous l’avez déjà rencontré ce garçon ?

MF : Probablement. Je ne sais pas. (Mylène regarde fixement le fan avec un grand sourire)

PA : Je ne sais pas, on peut continuer l’interview, oui ? Puisqu’ils écoutent… Il y a comme un lien entre vous et eux, j’ai presque envie de m’effacer si je pouvais !

MF : (rire gêné) Je vous en prie !

PA : Pourquoi vous aiment­ils ?

MF : Je ne sais pas. Je crois qu’il ne faut pas me poser cette question ! Je n’en ai pas la réponse. Je crois que je ne le sais pas.

PA : Le fait que des photos de vous soient comme ça épinglées sur les murs, sur leurs murs, qu’ils s’endorment avec, qu’ils se réveillent avec, ça génère quels sentiments chez vous, quelles sensations d’être présente comme ça dans une telle intimité finalement, de garçons ou de filles ?

MF : Oui… J’ai presque envie de dire c’est ce pour quoi je fais ce métier, sans penser à effectivement le poster contre le mur, mais en tous cas cette idée que d’être aimée, et que d’être choyée. Donc je ne vais pas me révolter contre le fait que quelqu’un veuille épingler ce fameux poster contre le mur !

PA : Ah non, ce n’était pas un reproche !

MF : Non, non, non ! (sourire) Vous voyez, je suis sur la défensive parce que c’est un sujet qui est extrêmement, dans le fond, délicat pour moi. Pourquoi m’aime­t­on ? Je ne sais pas. Mais, je l’accepte en tous cas.

PA : Est­ce qu’ils aiment ce mystère que vous avez entretenu, que vous entretenez ?

MF : C’est ce qu’ils disaient, en tous cas. Là encore, le mystère, c’est aussi une absence de justifications, que je continuerai probablement de faire, même si là j’ai décidé de parler un peu plus longuement. (sourire) Parce que, une fois de plus, je crois que la justification fait du mal, et me fait du mal à moi­même : trouver les mots justes, c’est très difficile.

PA : Non. Non, non. Vous l’avez fait tout au long de l’émission. Ils aiment peut­être aussi, en tous cas pour certains d’entre eux, garçons ou filles, cette ambiguïté que vous avez cultivée jusqu’à présent…

MF : Probablement.

PA : « Sans contrefaçon ».

Diffusion d’une partie du clip de « Sans contrefaçon »

PA : (le clip est coupé au moment où Mylène et Zouc jouent ensemble, assises face à face) Cette scène est très touchante parce qu’on a parlé une première fois de Zouc quand Denisot était là, parce qu’on avait présenté une interview qu’il avait faite d’elle, il y avait un long silence d’ailleurs, assez étrange entre les deux, et on avait demandé des nouvelles qu’on n’avait pas eues. Là, on revoit Zouc avec vous. Vous avez des nouvelles ?

MF : Non. J’avoue que non.

PA : Elle a disparu comme ça…

MF : Oui. C’est quelqu’un de grand, grand talent.

PA : Oui, oui, et c’est curieux parce qu’un assez grand talent pour survivre aux difficultés de votre métier, parfois, mais bon il y a comme un retrait.

MF : Elle avait en tous cas ­ elle a toujours probablement ­ une grande, grande fêlure en elle, mais c’est une femme très, très troublante en tous cas. Sur le tournage, je me souviens des… Troublante ! (sourire)

PA : Quand vous dites fêlure, c’est curieux parce que c’est un mot auquel j’ai pensé en préparant cette interview, de vous et pour vous. C’est un mot que vous employez volontiers vous­même quand vous évoquez vos propres sentiments ou votre propre vie ?

MF : Je crois que j’ai une fêlure en moi, très certainement. C’est peut­être ce qui, dans le fond, me relie à ces personnes que vous évoquiez, qu’on appelle les fans, et qui ont ça en eux également. Ce peut être un mal de vivre, ce peut être des choses qu’on ne comprend pas bien, ou des manques profonds.

PA : Mal de vivre ?

MF : Le mal de vivre, oui, c’est quelque chose que j’ai évoqué. Est­ce que je l’évoquerai à nouveau ?

Probablement pour l’autre, plus que pour moi. Moi, je crois avoir eu des réponses dans ma vie. Ça a été parcouru de difficultés, de joies également, et je crois que je fais définitivement partie de ces privilégiés. Quand je pense à ‘privilégiés’, je pense souvent à des enfants, par exemple des enfants dans les hôpitaux que je vais voir de temps en temps…

PA : Oui, je sais…

MF : … et à chaque fois que j’ai envie de me plaindre, par exemple, je pense immédiatement à ces enfants, par exemple, et je me dis ‘Bon sang, la vie est courte. Eux ont une vraie, vraie souffrance.’ Elle n’est peut­être pas métaphysique, mais c’est une souffrance qui est profonde et qui est pour, peut­être, leur vie entière et, dans le fond, je ne m’autorise pas à être plus triste que ça, ou plus désarmée que ça. Ce qui n’empêche pas la fêlure, mais qui vous donne envie de vous battre un peu plus vivement en tous cas.

PA : J’ai re­regardé certains de vos albums. Je vous avoue que j’ai cherché désespérément ­ je vais les montrer quand même ­ un sourire. (Il montre la pochette de « Cendres de lune » à la caméra) Alors, celui­ci, il n’y est pas ! (il tient désormais à la main « Anamorphosée ») Le récent, il n’y est pas. « Ainsi soit je… », qui a beaucoup marché, il n’y est pas. « L’autre… », il n’y est pas. Je pensais que vous n’alliez pas sourire pendant cette émission, et vous n’avez cessé de sourire, souvent en tous cas !

Alors, est­ce que ça veut dire que… (il regarde à nouveau la pochette de « L’autre… ») Cet oiseau noir, comme ça, terrible, « L’autre… ». Est­ce que le prochain album, ce sera une Mylène Farmer très souriante ?

MF : Je ne sais pas. Je ne peux même pas envisager le prochain album, donc vous n’aurez pas la réponse.

Quant au sourire, c’est dans le fond assez spontané : vous êtes quelqu’un de charmant, donc j’ai envie de sourire ! (large sourire)

PA : Et vous souriez aussi aux téléspectateurs…

MF : Ça m’arrive aussi ! (rires)

PA : …peut­être à travers moi.

MF : Peut­être !

PA : Cette évolution dont vous parlez comme ça est…

MF : (le coupant) Probablement. Le sourire l’accompagne, en tous cas, oui.

PA : « XXL ». C’est aussi dans le récent album.

Diffusion d’une brève partie du clip « XXL »

Retour plateau avec un gros plan sur un t­shirt porté par une fan derrière la vitre.

PA : Ah ! Il y a même le t­shirt ! (rires) Ça, c’est plutôt début de siècle, ce tournage ? Vous avez fait comment avec cette locomotive ?

MF : C’était un tournage qui a été effectué à Los Angeles, à Fillmore, qui est une concentration d’orangeraies, et il y a beaucoup de trains, des trains anciens. C’est un vrai train, de 1906 je crois et j’étais câblée devant la locomotive et elle roulait vraiment.

PA : Ah, c’est pas un trucage électronique ?! On vous a collée à cette locomotive ? (Mylène confirme)

Vous n’aviez pas peur ?

MF : Non, non. A la fin, oui : le dernier plan, qui est le plan large, où je me suis retrouvée réellement toute seule en face de cette locomotive, avec des loumas qui étaient très, très éloignées…

1996-05-gPA : Loumas, des caméras qui survolent…

MF : …et là, le train prenait vraiment de la vitesse, et tout d’un coup, on se pose quelques questions ! (sourire)

PA : Ah, mais pour le coup justement, on oublie les angoisses métaphysiques, existentielles, mal de vivre… !

MF : Certes ! (rires)

PA : On est dans l’action, finalement comme sur scène.

MF : Oui. On est dans le moment présent.

PA : J’ai oublié de vous demander tout à l’heure, parce que j’ai observé que vous êtes née au Canada, vous avez quitté le Canada à l’âge de neuf ans (Mylène confirme) : vous êtes Canadienne venue en France à l’âge de neuf ans, ou vous êtes Française née au Canada ?

MF : J’ai les deux nationalités. Donc, selon l’humeur, je suis Canadienne ou Française ! (sourire)

PA : Vous êtes née à Montréal ?

MF : Oui.

PA : On a reçu avant­hier, oui c’est ça avant­hier, Charlebois, mais vous n’avez pas le même accent.

MF : Non. Je l’ai perdu très, très vite !

PA : Ah vous l’aviez ?!

MF : Un petit peu, je pense, oui.

PA : Et vous avez cette nostalgie des immensités ? On retrouve souvent ces immensités, ou même la neige, le blanc dans vos clips. Vous l’avez ?

MF : Nostalgie, je ne sais pas. Mais, en tous cas, j’ai un amour profond pour ce blanc immaculé, la neige, le froid. Et j’ai appris à aimer le soleil.

PA : Ah ! Ça aussi, c’est nouveau ! Ça aussi c’est nouveau, parce que dans tout ce que j’ai lu de vous, sur vous…

MF : (le coupant) Oui. J’ai toujours évoqué le froid, c’est vrai, mais…

PA : On est à quelques jours de l’été, c’est parfait, et à quelques heures de Bercy : donc vous allez chanter vendredi soir à Bercy, puis un peu partout en France, et puis en Europe, notamment à Bruxelles, Toulouse, Marseille, Lyon, Genève, donc forte longue tournée…et

Alexandre Pachoutinsky, chef d’édition, me dit dans l’oreille ‘C’est fini’. L’émission est terminée !

MF : C’est fini !

PA : Oui. Ça va ? Ca s’est bien passé ?

MF : Très bien ! Merci à vous, en tous cas.

PA : Donc la première fois que vous participez à une émission d’une heure ?

MF : Oui. La dernière ! (le journaliste, très surpris, reste sans voix) Mais c’était un bon moment ! (moins de six mois plus tard, Mylène se prêtera pourtant à un entretien radio encore plus long que cette émission et cela se produira encore ponctuellement les années suivantes, nda)

PA : Merci beaucoup, Mylène Farmer, et bon Bercy !

1996-05-hMF : Merci beaucoup.

La musique du générique commence, mais le micro de l’animateur reste allumé assez longtemps pour qu’on l’entende indiquer à la chanteuse qu’ils doivent restés assis, ce que Mylène fait sans sourciller. On les voit même discuter ensemble sans que cette fois on ne les entende.

Après l’émission, Mylène se montrera très disponible avec les fans présents, leur accordant une séance d’autographes improvisée et se laissant photographier.

 

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MYLENE SUR LE POINT J de novembre 1999

Posté par francesca7 le 12 décembre 2014

 

1999-05-aEntretien avec Julie SNYDER du 9 NOVEMBRE 1999 – TVA (Québec)

En plein « Mylenium Tour », Mylène accorde un entretien pour le talk­show québécois de Julie Snyder. Il faut dire que, à l’époque, il avait été fortement question que la chanteuse aille donner quelques shows outreAtlantique, mais ça ne s’est finalement pas fait.

Le sujet commence par un rapide patchwork audio et vidéo, mêlant des extraits des différentes tournées et des différents clips de Mylène, mais aussi des images inédites tournées par les équipes de Julie Snyder de la chanteuse dans les coulisses de son « Mylenium Tour », avant d’entrer en scène. En effet, la production a tourné des images dans les coulisses des concerts de Bercy en vue d’en faire un reportage mais là encore, le projet n’a pas abouti.

On découvre l’animatrice canadienne en face de Mylène, toutes deux assises sur des canapés en cuir noir, dans ce qui semble être une loge. La chanteuse porte une longue jupe écrue et une veste en jean bleu.

Julie Snyder : Vous avez un succès phénoménal. Grasset disait que la réussite c’est souvent la revanche sur le bonheur. Est­ce que ça s’applique à vous ?

Mylène Farmer : Probablement, oui. (rires) Oui, c’est très difficile d’être heureux…

JS : Est­ce que quand vous étiez petite, vous vous disiez ‘Quand je serai grande, je serai chanteuse’ ?

MF : Non, du tout. Je crois que je ne me suis jamais posée cette question, en tout cas je n’en ai pas le souvenir. Je ne sais pas…

JS : Et à quel moment vous avez eu envie de devenir chanteuse ?

MF : C’est un hasard : je voulais être actrice, donc j’ai pris des cours de théâtre ­ mais ça c’était plus tardivement ­ et puis c’est une rencontre qui a fait que j’ai commencé la chanson.

JS : Et puis, vous vous êtes dit ‘Je me lance là­dedans’ ?

MF : Là, je crois que c’est la vie qui m’a happée. En tout cas, je me souviens m’être dit ‘Je sais que c’est ce que je veux faire’, surtout à travers l’écriture. C’est quelque chose qui m’a tout de suite beaucoup aidée et intéressée.

Extrait de « Rêver » live 96

JS : Votre spectacle est très spectaculaire, est un grand déploiement. Ça ne ressemble à rien : autant c’est très spectaculaire, autant c’est très, parfois très émotif, très intimiste. Quand vous vivez les moments d’émotion, on sent la foule frissonner avec vous et vous pleurez même en interprétant certaines chansons. Dans quel état êtes­vous ?

MF : D’émotion intense : c’est quelque chose à la fois qui consume, et à la fois c’est un partage.

JS : Est­ce que vous pleurez systématiquement à chaque spectacle ?

MF : Ecoutez, je ne sais pas. Je ne réfléchis pas à tout ça, si ce n’est qu’il y a des chansons, oui, dont le texte me touche profondément. Et puis c’est vrai que l’écoute que j’ai, qui est d’une grande, grande qualité, d’une grande chaleur, me provoque aussi, me suscite des émotions.

JS : Quand on assiste à votre spectacle, on a l’impression d’être à la messe, à une cérémonie et après la cérémonie, après la communion avec le public ­parce que c’est très, très intense­ est­ce que vous ressentez un vide après cette grande force ?

MF : Je le ressens fatalement, mais c’est plus après, quand une tournée est terminée, que c’est vraiment le grand trou noir. Là, j’ai la chance d’être accompagnée et entourée, donc c’est vrai que le plongeon est assez bref. Maintenant, la nuit parfois propose d’autres choses. (rires)

JS : Les paupières ont du mal à se fermer ?

MF : Oui. Beaucoup de mal, oui.

JS : Qu’est­ce que vous faites dans ce cas­là ?

MF : Je crois que j’ai le spectacle qui revient en boucle : ce que j’ai considéré comme étant des  erreurs, je pense à des textes, je pense à des mouvements, à tout ce qui fait le spectacle…

Extrait de « Désenchantée » live 96

JS : Vous arrivez à tout gérer : par exemple, le spectacle, c’est vous qui l’avez conçu…

MF : C’est moi, c’est moi et beaucoup d’autres ! Je crois que faire les choses seule, c’est quelque chose qui ne m’intéresse pas. J’aime le dialogue, que ce soit avec un, deux, dix…Maintenant, donner naissance à quelque chose et puis après faire appel à des gens de talent autour de moi.

JS : Non, mais vous le portez sur vos épaules…

MF : (sourire) Je le porte sur mes épaules oui, en tout cas au moment X, c’est­à­dire quand je rentre sur scène, il n’y a plus que moi, mais aussi des danseurs et des musiciens, et une technique. Mais c’est vrai que si moi je flanche, le spectacle n’est plus.

Extrait de « XXL » live 96

JS : Vous êtes née au Québec. (Mylène confirme) Et où vous avez vécu exactement au Québec ? En région ? A Montréal ?

MF : Une province du Québec. Je ne sais plus. (silence) Je me souviens simplement du nom SainteMarcelline, si ça peut vous aider ! (rire nerveux) Le reste, je ne sais pas…

JS : Vous alliez chez les sœurs ? Chez les Marcellines ?

MF : Oui.

JS : Et pourquoi vos parents, qui sont quand même français… Parce que vos parents sont pas québécois, on dit souvent que vous êtes québécoise : vous l’êtes parce que vous êtes née au Québec, vous avez un passeport canadien. (Mylène confirme) 1999-05-dMais pourquoi vos parents sont venus au Québec ?

MF : Pour raison professionnelle.

JS : Et ils sont retournés en France aussi pour raison professionnelle ? (Mylène confirme) Et est­ce que vous étiez contente de retourner en France ?

MF : Je ne peux pas…Je pourrais mentir. Je n’ai pas ce souvenir là non plus ! (rires)

JS : Mais quand même, pour une petite fille, passer du Québec à la France, donc c’est une autre culture. Avez­vous eu un choc en arrivant ici ?

MF : Ecoutez, on m’a dit ­alors là je vais vous répéter ce qu’on m’a dit­ que c’était quelque chose d’assez difficile. Maintenant, moi­même, je n’en ai pas le souvenir.

Extrait de « Vertige » live 96

JS : Il y a des tableaux qui sont très sexy. Vous êtes quand même ­peut­être que vous n’aimerez pas l’expression­ vous êtes un sex­symbol…

MF : Je ne sais pas ! (rires)

JS : Non mais que vous le sachiez ou non, vous êtes très belle ! Est­ce que vous, vous vous trouvez belle quand vous vous voyez sur scène ou quand vous regardez les vidéos ?

MF : Non, non. Ce sont des moments difficiles pour moi ! (rires) Je préfère voir l’ensemble, voir si le  moment est beau, riche, émouvant. Mais quant à moi, me polariser sur moi : non, c’est toujours quelque chose de très difficile.

JS : Pourquoi c’est quelque chose de si difficile de parler de vous, de penser à vous…

MF : Il y a pas de réponse.

JS : … de vous regarder ?

MF : Je ne sais pas.

Extrait du clip « Libertine »

JS : Est­ce que vous êtes aussi libertine que dans vos clips ?

MF : Là, je sais que cette question revient souvent. Je ne peux pas répondre à cette question­là ! (rires)

JS : Ah ben comment je pourrais la formuler ?! (Mylène, qui tient désormais une cigarette, fixe silencieusement l’animatrice du regard, tout en lui souriant) Vous me regardez et : « Allez, rame ! Rame, ma vieille ! Je t’écoute ! »

MF : Passez à une autre question, en tout cas ! (rires)

JS : Ah, c’est ça ! Ma prochaine question : est­ce que vous aimeriez être comme dans vos clips ?

MF : Vous savez, une chanson, c’est une chanson. Après, on a envie d’y mettre des images, de raconter une histoire à travers cette chanson, donc c’est un moment choisi, un morceau choisi. Vous dire que si j’exprime ‘Sans contrefaçon, je suis un garçon’, si vous me posez la question ‘Est­ce qu’aujourd’hui, vous avez toujours envie de mettre un mouchoir dans votre pantalon’, je vais vous dire non, c’était le passé. Maintenant j’ai exprimé ce moment­là, ça ne veut pas pour autant dire que je dois véhiculer ou cette image ou ce sentiment toute ma vie.

Extrait de « Sans contrefaçon » live 96

JS : Je vous oblige en ce moment à parler de vous, parce que j’ai pas le choix puisque je fais une interview sur vous, et qu’on va pas parler du canapé en cuir sur lequel vous êtes assise ! Est­ce que vous avez l’impression, par exemple, d’être chez le dentiste et qu’on va vous arracher une dent ?

MF : Ce n’est pas à ce point­là, mais c’est une sensation de malaise… (rires)

Extrait du clip « Comme j’ai mal »

JS : Vous le dites vous­mêmes, vous avez une araignée en vous. Vous êtes une petite ‘bibite’ ! (Mylène reste silencieuse, perplexe, puis fait les gros yeux et rit) Non mais, parce que pour moi, vous êtes une petite ‘bibite’ dans le sens où…

MF : (la coupant) Ça veut dire quoi ? (elle éclate de rire, et porte sa cigarette jusqu’au cendrier posé par terre)

JS : Une ‘bibite’, ça existe pas en France ?! Y’a pas de mot ‘bibite’, ici ? (Mylène est morte de rire) En France, une ‘bibite’, c’est ­heu, en québécois, une ‘bibite’ c’est un petit moustique, genre avec des pattes.

MF : (elle éclate de rire en tenant sa cigarette, tandis que l’animatrice mime l’insecte) D’accord.

Extrait de « Alice » live 96

JS : Mylène, dans vos clips, vous prenez beaucoup de risques : vous faites les cascades, vous galopez à cheval, vous êtes attachée sur des trains. Est­ce que vous vous êtes déjà blessée ?

MF : Brûlée deux fois, sur le train (dans le clip « XXL », nda), et pendant le dernier clip (« Souviens­toi du Jour… », nda), il y avait du feu à proximité et il faisait très, très chaud. Probablement des bleus, oui. (sourire)

Je suis quelqu’un de très physique. J’aime ça, j’aime cette prise de risque.

JS : Est­ce que vous aimez souffrir ?

MF : D’une certaine manière, oui, certainement. Certainement.

Extrait du clip « Je t’aime mélancolie »

JS : Vous partagez votre vie avec un singe qui s’appelle E.T. Comment ça s’est passé ? Est­ce que vous vous êtes levée un matin en vous disant ‘Tiens, aujourd’hui, je vais me procurer un singe’ ?!

MF : Je crois que ça s’est passé comme ça. J’avais envie d’un animal et je suis allée dans les magasins qui, malheureusement, vendent des animaux et je suis tombée sur cette petite fille… (sourire)

JS : Et vous l’avez vue tout de suite, comme ça ?

MF : Immédiatement. C’est tentant d’avoir un singe… (sourire)

JS : Oui ? (Mylène confirme) C’était un coup de foudre ?

MF : Oh oui, total ! (sourire)

JS : Instinctivement on sait comment élever un chien ou un chat, mais est­ce que instinctivement vous saviez quoi faire avec le singe ?

MF : Oui. J’ai dû être singe dans une autre vie donc ça a été très facile ! (rires)

JS : Vous croyez à la réincarnation ?

MF : J’aime cette idée. Elle est très poétique.

JS : Et qu’est­ce que vous voudriez être dans une autre vie ?

MF : Ben puisqu’on ne peut pas être un animal, c’est forcément un humain. Maintenant, peu m’importe. Vivons celle­ci !

Extrait du clip « Je te rends ton Amour »

JS : Vous êtes proche de Salman Rushdie pour qui, en quelques sortes, le monde est une prison et vous, vous avez déjà dit ‘Parfois, je me sens enterrée vivante’. Est­ce que vous avez l’impression que votre liberté à vous aussi vous échappe ?

MF : Parfois, mais je ne suis pas sûre que ce soit le monde environnant qui m’impose ça, je crois que c’est moi toute seule effectivement. Et quant à Salman Rushdie, c’est quelqu’un de très gai dans la vie, il a beaucoup d’humour.

JS : Est­ce qu’il vous communique cet humour ?

MF : Oh oui, totalement ! On a de grands éclats de rire ensemble ! (sourire)

JS : Qu’est­ce qui vous attirait chez lui ? Pourquoi vous avez eu envie d’aller vers lui ?

MF : Parce que c’est quelqu’un de charismatique, parce que c’est un grand écrivain ­ je n’ai pas tout lu ses livres (sic), mais certains ­ et puis parce que ce qu’il a vécu est quelque chose qui m’a  profondément touchée.

Et j’avais envie…Voilà, il s’est trouvé qu’on s’est rencontrés lors d’une soirée, je suis allée spontanément vers lui parce que j’avais envie de le connaître.

JS : On vous sent moins sombre qu’avant…

MF : (silence et haussement d’épaules) Ça, je suis pas sûre que je puis répondre à une question comme celle­là. Je crois qu’on a tous ses ombres, donc je les porte en moi et je les porterai jusqu’à la fin de mes jours.

Je crois qu’on apprend aussi avec la vie, avec le temps, ses expériences. Là encore, tenter que de laisser ses fardeaux de côté parfois, mais maintenant, ça resurgit tellement vite.

JS : Votre plus grand hit, ou en tout cas un de vos plus grands hits, c’est « Désenchantée ». (Mylène confirme) Qu’est­ce qui vous enchante ?

MF : La gentillesse. La générosité. Toute forme d’art : la peinture, la littérature, le cinéma. Et puis beaucoup de choses. Le voyage, j’aime voyager.

1999-05-cJS : Merci beaucoup.

MF : Merci à vous…d’avoir souffert avec moi ! (rires)

JS : Oh oui, j’ai souffert autant que vous ! Il y avait une belle réciprocité dans la souffrance ! (rires)

Les deux femmes se lèvent. L’interview se termine sur la toute dernière image du DVD « Live à Bercy », quand on voit Mylène dans les coulisses, après sa sortie de scène, le tout sur la musique de « Désenchantée ».

 

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TV QUÉBEC POUR MYLENE FARMER

Posté par francesca7 le 6 décembre 2014

 

9 NOVEMBRE 1999 INTERVIEW : Julie Snyder

Mylene-Farmer-California 

En plein Mylenium Tour, Mylène accorde un entretien pour le talk-show québécois de Julie Snyder. Il faut dire que, à l’époque, il avait été fortement question que la chanteuse aille donner quelques shows outre-Atlantique, mais cela ne s’est finalement pas fait. 


Le sujet commence par un rapide patchwork audio et vidéo, mêlant des extraits des différentes tournées et des différents clips de Mylène, mais aussi des images inédites tournées par les équipes de Julie Snyder de la chanteuse dans les coulisses de son Mylenium Tour, avant d’entrer en scène.
 
En effet, la production a tourné des images dans les coulisses des concerts de Bercy en vue d’en faire un reportage mais là encore, le projet n’a (malheureusement !) pas abouti.
 

On découvre l’animatrice canadienne en face de Mylène, toutes deux assises sur des canapés en cuir noir, dans ce qui semble être une loge. La chanteuse porte une longue jupe écrue et une veste en jean bleu.

 

Julie Snyder : Vous avez un succès phénoménal. Grasset disait que la réussite c’est souvent la revanche sur le bonheur. Est-ce que ça s’applique à vous ?
Mylène Farmer :
 Probablement, oui (rires) ! Oui, c’est très difficile d’être heureux…

JS : Est-ce que quand vous étiez petite, vous vous disiez ‘Quand je serai grande, je serai chanteuse’ ?
MF :
 Non, du tout. Je crois que je ne me suis jamais posée cette question, en tout cas je n’en ai pas le souvenir. Je ne sais pas…

JS : Et à quel moment vous avez eu envie de devenir chanteuse ?
MF :
 C’est un hasard : je voulais être actrice, donc j’ai pris des cours de théâtre -mais ça c’était plus tardivement- et puis c’est une rencontre qui a fait que j’ai commencé la chanson.

JS : Et puis, vous vous êtes dit ‘Je me lance là-dedans’ ?
MF :
 Là, je crois que c’est la vie qui m’a happée. En tout cas, je me souviens m’être dit ‘Je sais que c’est ce que je veux faire’, surtout à travers l’écriture. C’est quelque chose qui m’a tout de suite beaucoup aidée et intéressée.

Extrait de « Rêver » live 96

JS : Votre spectacle est très spectaculaire, est un grand déploiement. Ça ne ressemble à rien : autant c’est très spectaculaire, autant c’est très, parfois très émotif, très intimiste. Quand vous vivez les moments d’émotion, on sent la foule frissonner avec vous et vous pleurez même en interprétant certaines chansons. Dans quel état êtes-vous ?
MF :
 D’émotion intense : c’est quelque chose à la fois qui consume, et à la fois c’est un partage.

JS : Est-ce que vous pleurez systématiquement à chaque spectacle ?
MF :
 Ecoutez, je ne sais pas. Je ne réfléchis pas à tout ça, si ce n’est qu’il y a des chansons, oui, dont le texte me touche profondément. Et puis c’est vrai que l’écoute que j’ai, qui est d’une grande, grande qualité, d’une grande chaleur, me provoque aussi, me suscite des émotions.

JS : Quand on assiste à votre spectacle, on a l’impression d’être à la messe, à une cérémonie et après la cérémonie, après la communion avec le public -parce que c’est très, très intense- est-ce que vous ressentez un vide après cette grande force ?
MF :
 Je le ressens fatalement, mais c’est plus après, quand une tournée est terminée, que c’est vraiment le grand trou noir. Là, j’ai la chance d’être accompagnée et entourée, donc c’est vrai que le plongeon est assez bref. Maintenant, la nuit parfois propose d’autres choses.(rires)

JS : Les paupières ont du mal à se fermer ?
MF :
 Oui. Beaucoup de mal, oui.

JS : Qu’est-ce que vous faites dans ce cas-là ?
MF :
 Je crois que j’ai le spectacle qui revient en boucle : ce que j’ai considéré comme étant des erreurs, je pense à des textes, je pense à des mouvements, à tout ce qui fait le spectacle…

Extrait de « Désenchantée » live 96

JS : Vous arrivez à tout gérer : par exemple, le spectacle, c’est vous qui l’avez conçu…
MF :
 C’est moi, c’est moi et beaucoup d’autres ! Je crois que faire les choses seule, c’est quelque chose qui ne m’intéresse pas. J’aime le dialogue, que ce soit avec un, deux, dix… Maintenant, donner naissance à quelque chose et puis après faire appel à des gens de talent autour de moi.

JS : Non, mais vous le portez sur vos épaules…
MF :
 (sourire) Je le porte sur mes épaules oui, en tout cas au moment X, c’est-à-dire quand je rentre sur scène, il n’y a plus que moi, mais aussi des danseurs et des musiciens, et une technique. Mais c’est vrai que si moi je flanche, le spectacle n’est plus.

Extrait de « XXL » live 96

 mylene-farmer-ouv

JS : Vous êtes née au Québec. (Mylène confirme) Et où vous avez vécu exactement au Québec ? En région ? À Montréal ?
MF :
 Une province du Québec. Je ne sais plus. (silence) Je me souviens simplement du nom Sainte-Marcelline, si ça peut vous aider ! (rire nerveux) Le reste, je ne sais pas…

JS : Vous alliez chez les sœurs ? Chez les Marcellines ?
MF :
 Oui.

JS : Et pourquoi vos parents, qui sont quand même français… Parce que vos parents sont pas québécois, on dit souvent que vous êtes québécoise : vous l’êtes parce que vous êtes née au Québec, vous avez un passeport canadien. (Mylène confirme) Mais pourquoi vos parents sont venus au Québec ?
MF :
 Pour raison professionnelle.

JS : Et ils sont retournés en France aussi pour raison professionnelle ? (Mylène confirme) Et est-ce que vous étiez contente de retourner en France ?
MF :
 Je ne peux pas…Je pourrais mentir. Je n’ai pas ce souvenir là non plus ! (rires)

JS : Mais quand même, pour une petite fille, passer du Québec à la France, donc c’est une autre culture. Avez-vous eu un choc en arrivant ici ?
MF :
 Ecoutez, on m’a dit -alors là je vais vous répéter ce qu’on m’a dit- que c’était quelque chose d’assez difficile. Maintenant, moi-même, je n’en ai pas le souvenir.

Extrait de « Vertige » live 96

JS : Il y a des tableaux qui sont très sexy. Vous êtes quand même -peut-être que vous n’aimerez pas l’expression- vous êtes un sex-symbol…
MF :
 Je ne sais pas ! (rires)

JS : Non mais que vous le sachiez ou non, vous êtes très belle ! Est-ce que vous, vous vous trouvez belle quand vous vous voyez sur scène ou quand vous regardez les vidéos ?
MF :
 Non, non. Ce sont des moments difficiles pour moi ! (rires) Je préfère voir l’ensemble, voir si le moment est beau, riche, émouvant. Mais quant à moi, me polariser sur moi : non, c’est toujours quelque chose de très difficile.

JS : Pourquoi c’est quelque chose de si difficile de parler de vous, de penser à vous…
MF :
 Il y a pas de réponse.

JS : … de vous regarder ?
MF :
 Je ne sais pas.

Extrait du clip « Libertine »

JS : Est-ce que vous êtes aussi libertine que dans vos clips ?
MF :
 Là, je sais que cette question revient souvent. Je ne peux pas répondre à cette question-là ! (rires)

JS : Ah ben comment je pourrais la formuler ?! (Mylène, qui tient désormais une cigarette, fixe silencieusement l’animatrice du regard, tout en lui souriant) Vous me regardez et : « Allez, rame ! Rame, ma vieille ! Je t’écoute ! »
MF :
 Passez à une autre question, en tout cas ! (rires)

JS : Ah, c’est ça ! Ma prochaine question : est-ce que vous aimeriez être comme dans vos clips ?
MF :
 Vous savez, une chanson, c’est une chanson. Après, on a envie d’y mettre des images, de raconter une histoire à travers cette chanson, donc c’est un moment choisi, un morceau choisi. Vous dire que si j’exprime ‘Sans contrefaçon, je suis un garçon’, si vous me posez la question ‘Est-ce qu’aujourd’hui, vous avez toujours envie de mettre un mouchoir dans votre pantalon ?’, je vais vous dire non, c’était le passé. Maintenant j’ai exprimé ce moment-là, ça ne veut pas pour autant dire que je dois véhiculer ou cette image ou ce sentiment toute ma vie.

Extrait de « Sans Contrefaçon » live 96

JS : Je vous oblige en ce moment à parler de vous, parce que j’ai pas le choix puisque je fais une interview sur vous, et qu’on va pas parler du canapé en cuir sur lequel vous êtes assise ! Est-ce que vous avez l’impression, par exemple, d’être chez le dentiste et qu’on va vous arracher une dent ?
MF :
 Ce n’est pas à ce point-là, mais c’est une sensation de malaise… (rires)

Extrait du clip « Comme j’ai Mal »

JS : Vous le dites vous-même, vous avez une araignée en vous. Vous êtes une petite ‘bibite’ ! (Mylène reste silencieuse, perplexe, puis fait les gros yeux et rit) Non mais, parce que pour moi, vous êtes une petite ‘bibite’ dans le sens où…
MF :
 (la coupant) Ça veut dire quoi ? (elle éclate de rire, et porte sa cigarette jusqu’au cendrier posé par terre)

JS : Une ‘bibite’, ça existe pas en France ?! Y’a pas de mot ‘bibite’, ici ? (Mylène est morte de rire) En France, une ‘bibite’, c’est…heu, en québécois, une ‘bibite’ c’est un petit moustique, genre avec des pattes.
MF :
 (elle éclate de rire en tenant sa cigarette, tandis que l’animatrice mime l’insecte) D’accord !

Extrait de « Alice » live 96

 

JS : Mylène, dans vos clips, vous prenez beaucoup de risques : vous faites les cascades, vous galopez à cheval, vous êtes attachée sur des trains. Est-ce que vous vous êtes déjà blessée ?
MF :
 Brûlée deux fois, sur le train (dans le clip « XXL », nda), et pendant le dernier clip (« Souviens-toi du Jour… », nda), il y avait du feu à proximité et il faisait très, très chaud. Probablement des bleus, oui. (sourire) Je suis quelqu’un de très physique. J’aime ça, j’aime cette prise de risque.

JS : Est-ce que vous aimez souffrir ?
MF :
 D’une certaine manière, oui, certainement. Certainement.

Extrait du clip « Je t’aime mélancolie »

JS : Vous partagez votre vie avec un singe qui s’appelle E.T. Comment ça s’est passé ? Est-ce que vous vous êtes levée un matin en vous disant ‘Tiens, aujourd’hui, je vais me procurer un singe’ ?!
MF :
 Je crois que ça s’est passé comme ça. J’avais envie d’un animal et je suis allée dans les magasins qui, malheureusement, vendent des animaux et je suis tombée sur cette petite fille… (sourire)

JS : Et vous l’avez vue tout de suite, comme ça ?
MF :
 Immédiatement. C’est tentant d’avoir un singe… (sourire)

JS : Oui ? (Mylène confirme) C’était un coup de foudre ?
MF :
 Oh oui, total ! (sourire)

JS : Instinctivement on sait comment élever un chien ou un chat, mais est-ce que instinctivement vous saviez quoi faire avec le singe ?
MF :
 Oui. J’ai dû être singe dans une autre vie donc ça a été très facile ! (rires)

JS : Vous croyez à la réincarnation ?
MF :
 J’aime cette idée. Elle est très poétique.

JS : Et qu’est-ce que vous voudriez être dans une autre vie ?
MF :
 Ben puisqu’on ne peut pas être un animal, c’est forcément un humain. Maintenant, peu m’importe. Vivons celle-ci !

Extrait du clip « Je te rends ton Amour »

JS : Vous êtes proche de Salman Rushdie pour qui, en quelques sortes, le monde est une prison et vous, vous avez déjà dit ‘Parfois, je me sens enterrée vivante’. Est-ce que vous avez l’impression que votre liberté à vous aussi vous échappe ?
MF :
 Parfois, mais je ne suis pas sûre que ce soit le monde environnant qui m’impose ça, je crois que c’est moi toute seule effectivement. Et quant à Salman Rushdie, c’est quelqu’un de très gai dans la vie, il a beaucoup d’humour.

JS : Est-ce qu’il vous communique cet humour ?
MF :
 Oh oui, totalement ! On a de grands éclats de rire ensemble ! (sourire)

JS : Qu’est-ce qui vous attirait chez lui ? Pourquoi vous avez eu envie d’aller vers lui ?
MF :
 Parce que c’est quelqu’un de charismatique, parce que c’est un grand écrivain -je n’ai pas tout lu ses livres (sic), mais certains -et puis parce que ce qu’il a vécu est quelque chose qui m’a profondément touchée. Et j’avais envie…Voilà, il s’est trouvé qu’on s’est rencontrés lors d’une soirée, je suis allée spontanément vers lui parce que j’avais envie de le connaître.

JS : On vous sent moins sombre qu’avant…
MF :
 (silence et haussement d’épaules) Ça, je suis pas sûre que je puis répondre à une question comme celle-là. Je crois qu’on a tous ses ombres, donc je les porte en moi et je les porterai jusqu’à la fin de mes jours. Je crois qu’on apprend aussi avec la vie, avec le temps, ses expériences. Là encore, tenter que de laisser ses fardeaux de côté parfois, mais maintenant, ça resurgit tellement vite.

JS : Votre plus grand hit, ou en tout cas un de vos plus grands hits, c’est « Désenchantée ». (Mylène confirme) Qu’est-ce qui vous enchante ?
MF :
 La gentillesse. La générosité. Toute forme d’art : la peinture, la littérature, le cinéma. Et puis beaucoup de choses. Le voyage, j’aime voyager.

JS : Merci beaucoup.
MF :
 Merci à vous…d’avoir souffert avec moi ! (rires)

JS : Oh oui, j’ai souffert autant que vous ! Il y avait une belle réciprocité dans la souffrance ! (rires)

Les deux femmes se lèvent. L’interview se termine sur la toute dernière image du DVD « Live à Bercy », quand on voit Mylène dans les coulisses, après sa sortie de scène, le tout sur la musique de « Désenchantée ».

 

 

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