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Les Questions que se pose Mylène Farmer

Posté par francesca7 le 23 décembre 2015

 

mylene farmerMylène Farmer vient de vivre sa première tournée en 1989. Trois cent mille spectateurs, plus de 40 dates et 3 pays (France, Suisse et Belgique). Elle s’achève le 8 décembre 1989 à Paris-Bercy. La tension retombée, la chanteuse s’est posé beaucoup de questions.

« C’est un moment de vide, et non pas de doute. Une absence d’idées quant à une écriture pour un autre album. C’est pour cela que j’ai laissé passer un peu de temps avant d e me remettre à écrire. C’est difficile d’envisager d’écrire après un moment pareil….

Le retour au quotidien a été un peu à l’image d’une dépression, mais j’étais quand même relativement entourée. Mais tous ces états de choses très puissantes et puis rien, c’est presque inhumain. Tout artiste est amené à vivre cela heureusement ou malheureusement…« . déclare-t-elle.

L’année 1990 est calme pour Mylène. Début 1991, les 11 et 12 janvier, elle « change de tête » et confie sa nouvelle coupe de cheveux au célèbre coiffeur Jean-Marc Maniais. Un nouveau look très androgyne. En février, Mylène et Laurent Boutonnat sont à Budapest en Hongrie pour le tournage des deux premiers clips du prochain album. En mars 1991, c’est le grand retour avec la sortie de Désenchantée, premier extrait de l’album L’autre…

C’est une véritable tornade. Les supports sont en vente le 18 mars. Désenchantée va devenir le plus gros tube de Mylène avec neuf semaines consécutives à la première place du TOP 50 français, mais aussi en pôle position en Belgique. Plus de 800 000 exemplaires vendus et deux disques d’or. Le succès va encore se confirmer avec la sortie du clip le 3 avril de la même année. La promotion de l’album débute le Dimanche 7 avril 1991 avec la diffusion sur M6 de l’émission Pour un clip avec toi. Laurent Boyer a eu l’honneur de pouvoir filmer le tournage du clip et d’interviewer Mylène et Laurent en Hongrie, une première, et il n’y a d’ailleurs pas eu de nouvelle initiative identique depuis.

Le lundi 8 avril 1991, Mylène est aussi pour la première fois l’invitée d’un journal télévisé de 20 heures, celui de Patrick Poivre d’Arvor sur TF1, l’album L’autre…. est disponible en magasin le même jour ; Pour Désenchantée, Mylène propose cinq prestations télévisées très travaillées, chorégraphiées, dans une à l’étranger, en Italie. La promotion se fait aussi en radios avec de longues interviews (NRJ, RTL…) et surtout dans la presse. L’autre… entre directement à la première place du TOP albums français, place à laquelle il restera pendant vingt  semaines consécutives, établissant alors un record. L’album est certifié disque de diamant pour plus d’un million d’exemplaires vendus et les ventes totales en France sont estimées à plus de 1 800 000 exemplaire. Beau succès aussi à l’étranger. L’autre… est n° 1 et disque de platine en Belgique francophone et album d’Or en Suisse.

Pour succéder au tube Désenchantée, le choix se porte sur le duo (le premier) avec Jean-Louis Muras, Regrets. C’est Mylène qui aurait proposé ce duo après avoir écouté et aimé l’album Cheyenne Autumn du chanteur ; Alors même que Désenchantée est toujours intensément diffusée sur les ondes, Regrets est envoyée en radio dès le début de l’été et l’accueil est excellent.

Belle audace que de lancer cette ballade mélancolique, qui sera de surcroît illustrée par un clip en noir et blanc et enneigé, à une saison habituellement dévolue aux tubes dansants et sentant bon le soleil et la plage. Le single est disponible le 19 Juillet 1991 et plusieurs supports sont proposés : un 45 Tours, un CD maxi (dont une édition limitée avec un pin’s), un maxi 45 tours et une cassette single ; Les ventes en France sont estimées à plus de 250 000 exemplaires, le single est donc certifié disque d’or. Le clip est réalisé par Laurent Boutonnat à Budapest fin février 1991, en même temps que celui de Désenchantée et diffusé pour la première fois à la télévision le 9 septembre dans l’émission Stars 90 animée par Michel Drucker sur TF1.

Mylène est également présente sur le plateau pour évoquer son voyage avec Luc Besson en Arctique pendant l’été.

Pour le troisième single extrait de l’album L’autre…, e choix de Mylène se porte sur Je t’aime mélancolie, un titre très différent des précédents. Avec des consonances rap, il est plus rythmé et plus dansant ; Fait très rare, c’est une nouvelle version ixée par Laurent Boutonnat et Thierry Rogen qui est proposée aux radios, une version plus brève (introduction raccourcie), plus dynamique et encore plus efficace que celle de l’album. Les couplets de cette chanson sont plus parlés que chantés.

Début novembre 1991, un CD promo est envoyé aux radios. Et, pour la première fois pour un single de Mylène, un « promo luxe » est créé par Henry Neu : une pyramide en 3D. En choisissant ce titre, Mylène semble vouloir s’éloigner transitoirement des textes uniquement sombres et mettre en avant non seulement une autre facette de son personnage, mais aussi la richesse de sa plume.

Beaucoup d’humour dans ces paroles, avec une évidente référence aux médias, notamment à la presse qui ne lui a pas épargné les rumeurs infondées ou critiques souvent gratuitement assassines depuis des années.

Mylène déclare en septembre 1991 :

« Il est vrai que la mélancolie fait partie de mes thèmes de prédilection. L’état de mélancolie est quelque chose d’aigre-doux. J’ai essayé de développer cette idée… J’aime bien ces états même s’ils sont parfois un peu douloureux. On peut se laisser un peu bercer dans ces états même si cela mène sur les larmes. Mais les larmes j’aime ça aussi« 

MylèneLe 19 novembre, quatre supports sont proposés : un 45 tours, un maxi 45 tours, un CD maxi et une cassette audio. La photo utilisée pour illustrer les pochettes de ces différents supports est de Marianne Rosenstiehl, Les supports offrent des contenus assez variés, ce qui fera le bonheur des collectionneurs déjà très nombreux ; Les fans ont également la joie de découvrir un titre inédit, Mylène is calling, uniquement sur le CD Maxi France. Cette chanson qui fait partie des titres les plus « expérimentaux » du duo Farmer-Boutonnat passe en boucle un message qu’airait laissé Mylène sur le répondeur de Laurent. Je t’aime mélancolie est également l’un des singles de Mylène à bénéficier du plus grand nombre de supports destinés à l’étranger.

Malheureusement, le titre y passera plutôt inaperçu, même en Allemagne ou Mylène effectuera pourtant une prestation télévisée : il se classera tout de même à la 79è du TOP single allemand. Le single entre à la 15è place du TOP50 français. Il atteindra la 3è positon quelques semaines plus tard et s’écoulera au total à environ 300 000 exemplaires.

S’ensuit un très joli succès à peu près équivalent à celui du single précédents, Regrets. Mylène interprète le titre lors de quatre prestations télévisées :

 Sacrée Soirée le 11 décembre 1991 sur TF1,

Tous à la Une le 27 décembre 1991 sur TF1 Ein Kessel Buntes sur la chaîne allemande MDR.

Le clip est réalisé aux Studio Sets à Stains en novembre 1991. Le tournage dure quatre jours (deux jours pour les scènes de combats et deux jours pour les cènes chorégraphiées avec dix danseuses). Un tournage intensif, l’équipe travaillant chaque jour de 7 heures 30  à 20 heurs 30. Le photographe de plateau est Claude Gassian, il s’agit d’une première collaboration.

La chorégraphie a été conçue par Mylène. Pour les scènes de combats, Mylène s’est entraînée durant six jours avant le tournage avec un coach professionnel. Le boxeur présent dans le clip est un boxeur professionnel yougoslave ; Mylène est vêtue d’un porte-jarretelle cuir, d’une guêpière et d’une ceinture également en cuir, le tout créé par Jean-Paul Gaultier ; Le clip est diffusé pour la première fois à la télévision le 15 décembre 1991.

extrait de Mylène Farmer Ses mots, Ses clips aux Editions Chapitre.com 2014

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Un titre n° 1 au TOP 50 des années 1990

Posté par francesca7 le 23 décembre 2015

 

Sans titreDès la sortie de l’album Ainsi soit je… une chanson est particulièrement appréciée par les fans de Mylène. Il s’agit de Pourvu qu’elles soient douces ; qualifiée « d’ode à la sodomie ».

La chanteuse choisit ce titre comme troisième extrait. Le single sort le 12 septembre 1988, jour de l’anniversaire de la chanteuse. En radio, une version plus courte et légèrement remixée est proposée. Même avant la sortie du clip, le succès est au rendez-vous, puisque le titre se classe numéro 1 du TP50 pendant cinq semaines consécutives. Pourvu qu’elles soient douces se vend à plus de 700 000 exemplaires. Il est certifié disque d’or et reste encore aujourd’hui l’un des trois plus gros succès de Mylène Farmer. On retrouvera sur la face B des 45 Tours et en piste 2 du CD maxi un titre inédit : Puisque.

Le tournage du clip se déroule dans la forêt de Rambouillet, dans les Yvelines, fin août 1988  il va durer 8 jours, dans des conditions difficiles : « Nous nous levions tous les matins à 5 heures et nous couchions le lendemain à 1heure », confiera la chanteuse. Pour les fans, c’est du « pur Farmer ». Le budget : 4 000 000 francs soit 600 000 € ; plus de 600 figurants choisis dans l’armée française ; 50 techniciens. Laurent Boutonnat va également faire appel à un conseiller historique. Ce court-métrage de dix-huit minuits (le plus long de la carrière de Mylène Farmer) est la suite de celui tourné pour Libertine en 1986.

Après me gros succès de Pourvu qu’elles soient douces qui marquera l’année 1988, Mylène Farmer souhaite proposer un dernier single extrait de son album Ainsi soi je… Ce sera Sans Logique. Un 45 Tours, un Maxi 45 Tours et un CD Mai (en carton) illustrés par une photo prise par Marianne Rosenstiehl sont mis en vente le 20 Février 1989. Le cliché montre une Mylène tête baissée, le visage pâle, une larme de sang coulant sur sa joue gauche.

Pour la face B du Vinyle, la chanteuse, très généreuse à cette époque, propose un nouvel inédit, Dernier sourire, même si au départ c’est la reprise du titre Je voudrais tant que tu comprennes (initialement chanté par Marie Laforêt) qui avait été envisagée.

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En 1989, Sans logique sera l’une des 10 chansons à générer le plus de droits d’auteur et atteindra la 10è place du TOP singles en France en se vendant à environ 200 000 exemplaires.

  »Sans logique c’est le paradoxe satanique et angélique. Ma personnalité et ma dualité, c’est réellement ça. Je peux basculer très facilement d’un extrême à l’autre« , dit Mylène Farmer.

Le clip va encore une fois être réalisé par Laurent Boutonnat et sera diffusé en exclusivité sur M6 le 15 mars 1989, trois jours avant le premier concert du Tour 89 au Palais des Sports. Le décor : un terrain vague, un ciel sombre, de la brume, des costumes ternes. Le scénario. Mylène combat son amant sous les yeux amusés d’enfants gitans, d’adultes et de vieillards, avant de le transpercer mortellement avec ses deux cornes en lames de couteaux. Le tournage va se dérouler en un peu moins d’une semaine, exclusivement dans les studios d’Arpajon, près de Paris.

extrait de Mylène Farmer Ses mots, Ses clips aux Editions Chapitre.com 2014

 

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Tourner la page avec Mylène

Posté par francesca7 le 29 octobre 2015

                                         

 

     Tourner la page MylèneTout commence comme dans un rêve. Ce matin-là de l’année 1996, Amélie Nothomb reçoit l’appel d’une journaliste de Vogue qui souhaite organiser des interviews croisées de personnalités. « Choisissez n’importe quelle vedette qui soit située soit à Paris, soit à Londres », précise son interlocutrice. « La première personne à qui j’ai pensé était Mylène, explique la romancière, parce que depuis plusieurs années j’aimais beaucoup ce qu’elle faisait, notamment l’album Ainsi soit je, qui est à mon goût le plus beau et dans lequel j’adore tout. J’ai donc donné une liste au Vogue allemand avec Mylène Farmer au sommet, me disant : “Mylène est inaccessible mais on peut toujours rêver.” Une semaine après, à ma grande surprise, Vogue m’a rappelée en me disant : “Mylène Farmer est OK pour l’interview. Elle a lu vos livres et aime beaucoup ce que vous écrivez…” Je tombe par terre : elle a lu mes livres, c’est le comble ! »

 

     Rendez-vous est pris à l’hôtel de Crillon, le 22 décembre 1995. C’est Mylène qui organise tout, choisit son photographe, Marianne Rosenstiehl. « Je suis arrivée en métro, poursuit Amélie, et j’ai été accueillie comme une reine. On m’a dit : “Attendez, mademoiselle Farmer va venir.” Elle est enfin arrivée, maquillage télé, coiffure, habillement incroyable et tout et tout… J’étais très impressionnée, mais le contact s’est très bien passé. Mylène a été charmante. Je ne m’attendais pas à ce qu’elle soit comme cela. Je m’attendais en fait à quelque chose de beaucoup plus distant. Elle était extrêmement disponible, réservée c’est vrai, mais ouverte. Elle parle avec beaucoup d’intelligence. Elle réfléchit beaucoup à ce qu’elle dit et ce qu’elle dit n’est jamais banal. » 

     Pour la séance de photos, c’est le staff de Mylène qui prend Amélie sous son aile. « Sa coiffeuse et son habilleuse sont venues s’occuper de moi pour que je n’aie pas l’air trop ridicule à côté de la star. On s’est beaucoup amusées pendant cette séance, Mylène y étant beaucoup plus hardie. Ceci a duré environ cinq heures. » La belle entente se poursuit au-delà du travail. « Après, visiblement, le courant était passé, puisque Mylène m’a demandé si j’étais libre le soir. Nous sommes donc allées dans un restaurant japonais en compagnie de Jeff Dahlgren, Thierry Suc et Marianne Rosenstiehl. » 

     Un contact qui passe aussi bien entre deux personnalités aussi atypiques, et l’on se dit que peut-être se noue le début d’une amitié… C’est ensuite que le rêve d’un jour va déboucher sur un grand vide. 

Quelques semaines plus tard, pourtant, Mylène laisse un message sur le répondeur d’Amélie. Elle ne semble pas au mieux de sa forme et exhorte la romancière à la rappeler. Ce que fait Amélie aussi sec, sans réussir à parler à l’idole de vive voix. Par la suite, elle reçoit un appel de Thierry Suc. Il lui explique que Mylène serait très honorée de pouvoir inclure un texte signé d’elle dans le programme de sa tournée. Flattée, Amélie se met au travail avec sa passion habituelle. Et faxe quelques pages dans la foulée. Hélas ! il sera jugé « trop long » par la star, qui le fait dire à Amélie par le biais de Thierry Suc.

Pas de problème, Amélie rédige en un quart d’heure l’article qui sera finalement retenu, où elle cite le fameux mot de Baudelaire, « Le beau est toujours bizarre », pour dépeindre la chanteuse.  

     Plusieurs mois se passent. Toujours aucune nouvelle de Mylène. Par chance, le « Tour 96 » passe par Bruxelles, où vit Amélie Nothomb. La romancière, qui ne veut rater l’événement pour rien au monde, achète deux places. Le jour du spectacle, elle reçoit un appel du staff de la star : « Naturellement, Amélie, vous êtes invitée. » Un geste qui n’efface pas l’amertume. Même si, avec le recul, l’auteur de Hygiène de l’assassin estime que Mylène lui a fait « un très beau cadeau » en partageant une journée entière avec elle, les rendez-vous manqués qui ont suivi lui laissent un goût d’inachevé. Dans la préface de La Part d’ombre, une analyse très fouillée de l’univers farmerien, Nothomb évoque d’ailleurs une « muraille de glace » que la chanteuse dresse entre elle et les autres et qui la rend « prisonnière ».  

      Pour croiser la route de Mylène, sans doute faut-il accepter d’être uniquement de passage. Ce qu’elle peut offrir à cet instant-là, ce don de sa personne qui semble entier, et même chaleureux, rien negarantit qu’il se reproduira. Pour cette adepte du « Nevermore » cher aux romantiques, l’existence doit ressembler à une quête insatiable de sensations inédites. Afin de fuir la tiédeur, il faut éviter tout risque de bégaiement. Lorsque Mylène pressent qu’une seconde entrevue sera moins intense que la première, elle préfère ne pas donner suite. C’est ainsi. Se forcer ne servirait à rien.  D’ailleurs, elle ne se force en rien.  

      Si l’on devait établir la liste de ceux qui ont attendu en vain un coup de fil de Mylène, sans doute serait-elle longue. Mais, davantage encore que ces rencontres furtives qui ont pu faire naître des espoirs déçus, égratignures vite pansées, certains collaborateurs historiques, écartés de la route de la chanteuse, en ont gardé une forme d’aigreur. Jean-Claude Dequéant, le compositeur de Libertine, est de ceux-là. Dès 1987, alors que son tube a fait basculer le destin de la chanteuse, le duo Boutonnat/Farmer prend ses distances. « Ce sont eux qui se séparent de moi. Je suis assez contrarié : mon nom n’est jamais cité nulle part, même pas dans les propos de Mylène – une évocation de temps en temps, ça fait toujours plaisir. Je l’exprime avec un peu de véhémence et l’on finit par se quitter. » 

      farmer-Avec le recul, Dequéant comprend mieux les motivations de cette rupture artistique : la chanteuse et son mentor fonctionnent en circuit fermé et veulent le moins possible dépendre des autres. Elle va écrire les paroles, lui les partitions : ainsi, ils seront les seuls artisans de leur succès. « Laurent devait prouver qu’il était capable lui-même de fabriquer des tubes aussi forts que Libertine [...] La suite lui a donné raison puisqu’il y a eu d’autres chansons formidables nées de son cerveau et de celui de Mylène. J’ai par exemple une grande admiration pour Désenchantée ou C’est une belle journée. »  

      À deux, ils se créent une bulle où, finalement, les autres ne seront jamais que de simples figurants. Et malheur à ceux qui voudraient s’octroyer un premier rôle : à se croire indispensable, on s’attire une sanction d’autant plus implacable. Bertrand Le Page, dont le comportement devenait ingérable, en a fait les frais. Mais d’autres se sont vus remerciés sans avoir pour autant commis la moindre faute. Le cas de Christophe Mourthé est sans doute différent, puisque c’est lui qui coupe les ponts avec la chanteuse. Jugeant que ses talents ne sont pas reconnus à leur juste valeur, il décide de mettre fin à leur collaboration en 1987, après des vacances particulièrement tendues. Pour que la star comprenne sa décision, il boycotte le rendez-vous qu’elle lui a fixé. Un geste ensuite lourd à assumer. Car Mylène ne le contactera plus. Et il faudra dix ans au jeune photographe pour faire son deuil. « Quand vous entendez ses chansons à la radio et que vous la voyez à la une des magazines, les blessures ont du mal à se refermer », dit-il. 

     Une fois la page tournée, difficile de revenir en arrière. Elsa Trillat le sait. Pour elle aussi, la porte s’est soudain fermée à double tour, avec tout ce que cela suppose d’amertume. Des années plus tard, elle croise la chanteuse dans un aéroport. Toutes deux avaient été si complices par le passé que la photographe, intriguée par cet heureux hasard, tente de renouer le contact. En vain. « Derrière ses lunettes de soleil, Mylène est restée distante. Elle m’a dit avoir trop souffert pour envisager de me revoir. C’était une fin de non-recevoir, polie mais ferme. »  

      Pour Sophie Tellier aussi, la coupure est douloureuse. Au début des années 1990, la chorégraphe souhaite travailler davantage « pour elle » et moins « dans l’ombre des artistes ». Au moment de Giorgino, elle espère tout de même décrocher un rôle, comme Laurent Boutonnat le lui aurait laissé entendre des années auparavant. Mais quand elle en parle à Mylène, elle s’entend répondre : « C’est un film international, donc le casting est international. » Une douche froide. Sans doute, d’ailleurs, la star n’imagine-t-elle pas à quel point Sophie se sent blessée. Ainsi, lorsque la chanteuse l’appelle à la rescousse, depuis New York, pour l’aider à choisir ses danseurs pour la tournée de 1996, la chorégraphe dit non. « Toutefois, je lui laisse mon assistant, l’un des danseurs, Christophe Danchaud, ainsi que Valérie Bony – des gens en qui elle a confiance 360. » Depuis, plus aucune nouvelle. Et pourtant, malgré une cassure professionnelle qu’elle reconnaît avoir provoquée, Sophie Tellier aurait aimé revoir Mylène.

Il faut croire que, lorsque vous lui dites non une fois, les ponts sont coupés à jamais… 

     Faut-il en déduire que la star serait une manipulatrice prompte à exploiter le talent des autres avant de les jeter aux orties lorsqu’elle n’a plus besoin d’eux ? Certains ne sont pas loin de le penser. Pour Christian Padovan, musicien de la première heure, la chanteuse sait jouer de sa timidité afin d’obtenir ce qu’elle veut de ses collaborateurs. « C’est sa séduction. Personne n’est dupe, mais on préfère ne pas savoir si c’est de la manipulation ou pas. » Toutefois, dans ce débat, il convient de distinguer le ressenti de la réalité. Car s’il est désagréable d’avoir le sentiment qu’on s’est servi de vous, peut-on reprocher à une artiste de chercher à obtenir le meilleur de ceux qui l’entourent ? Philippe Séguy pousse le raisonnement plus loin : « Toute création se nourrit de la sève des autres, me dit-il. C’est le principe de tous les grands artistes. Dès que l’autre est dépulpé, il n’a plus de raison d’être. » 

     Certes. Mais l’art d’utiliser le talent des autres peut aussi s’exercer sans cynisme, avec respect. 

C’est ce que fait Mylène, y compris dans sa manière de rompre. Dès qu’elle décèle chez ses collaborateurs des frustrations ou des velléités d’indépendance, elle ne cherche pas à les retenir. Pourquoi leur compliquerait-elle la tâche ? La vraie question serait plutôt : pourquoi diable s’acharnent-ils à vouloir revenir après avoir tenté de partir ? Certes, travailler avec elle est toujours un choix. Il suppose une part d’abnégation, de soumission aussi, non à sa personne mais aux choix artistiques qu’elle a décidés. « Qui m’aime me suive », fredonne-t-elle dans L’Amour n’est rien… Mais elle n’oblige personne à l’aimer. 

     Mylène n’est pas de ceux qui s’encombrent du passé. Survivre dans ce milieu si dur, c’est se projeter sans cesse dans le futur. Quitte à réécrire l’histoire, du moins à effacer les souvenirs qui ne font pas sens dans son parcours. François, qui partagea un stage d’équitation avec Mylène à Conches en 1979, l’a appris à ses dépens.  

     Un soir de 1988, il aperçoit l’ex-cavalière à la télévision dans « Lahaye d’honneur », une émission en direct sur TF1. Ni une ni deux, il grimpe sur sa moto et fonce dans les studios de La Plaine-Saint-Denis pour des retrouvailles qu’il espère chaleureuses. La chanteuse se trouve à l’arrière d’une voiture, sur le point de quitter les lieux. Autorisé à s’approcher d’elle par Bertrand Le Page, il se présente. Mais bientôt, son enthousiasme retombe. « Elle ne me reconnaît pas. Ai-je changé à ce point ? Lorsque je lui rappelle les stages d’été, elle me répond simplement : “Écoutez, j’ai la mémoire qui flanche.” Alors, j’essaie d’évoquer un maximum de souvenirs, en un temps record, mais rien n’y fait. Elle a déjà un statut de star. On ne se reverra jamais, malheureusement. »  

   mylène   La chanteuse aurait-elle menti ce jour-là ? Rien ne permet de l’affirmer. Pour elle, qui a le sentiment d’avoir commencé à exister avec la chanson, il est naturel que ce qui relève de sa préhistoire se soit en partie évaporé. La fameuse phrase de Nietzsche, « l’oubli est la manifestation d’une santé robuste », s’applique à merveille dans le cas de Mylène. Pour affronter le présent avec l’énergie nécessaire, encore faut-il ne pas être encombré de scories du passé ; à plus forte raison quand ce passé vous rappelle que vous n’avez pas toujours été une star reconnue et adulée. C’est l’hypothèse, en tout cas, que forge Sophie Tellier lorsqu’elle réfléchit sur la question. « Le passage de la petite Mylène toute timide à ce qu’elle est devenue maintenant me fascine. C’est plutôt cette mutation, la construction du personnage, que je trouve incroyable. Elle a su retenir les conseils de Bertrand Le Page, c’est l’une de ses qualités : elle emmagasine très vite et elle est très bosseuse. Elle a appris le chant sur le tas, puisqu’au départ elle ne chantait pas du tout. La danse également, elle a gardé tout ça, on ne peut pas le lui enlever. Peut-être qu’elle ne désirait plus vraiment me voir parce que je suis “un témoin” de tout ce travail et de toute cette transformation. »

      Là encore, n’allons pas prêter à la chanteuse une dureté qui la rendrait insensible à la souffrance d’autrui. Même dans une histoire d’amour, rien n’est simple : celui qui rompt n’est pas forcément le bourreau, face à une innocente victime. Que Mylène soit capable de se détourner de personnes qui lui ont beaucoup apporté, c’est un fait. Qu’elle le fasse, aux dires de certains, avec indifférence, ce n’est, en revanche, absolument pas avéré. Au contraire, tout porte à croire qu’à chaque fois se produit un déchirement, un sacrifice nécessaire mais coûteux. 

      C’est sans doute le sens de sa reprise, lors de la tournée 1989, de la chanson de Marie Laforêt, Je voudrais tant que tu comprennes. À qui songe-t-elle en l’interprétant ? Quel souvenir peut provoquer un tel torrent de larmes ? La réponse n’appartient qu’à Mylène. Pourtant, une chose est sûre : les paroles lui vont comme un gant. « Je voudrais tant que tu comprennes / Toi que je vais quitter ce soir / Que l’on peut avoir de la peine / Et sembler ne pas en avoir. » C’est le thème de la rupture qui est clairement évoqué ici. Une séparation froide et irréversible, mais qui cache en réalité une souffrance. « Le cœur blessé on peut sourire / Indifférente apparemment », chante-t-elle. Combien de collaborateurs, d’amis, d’amants peut-être, ont-ils ressenti cette cruelle absence quand la chanteuse s’est détournée d’eux ? Sans doute faut-il voir cette chanson comme une lettre d’adieu qu’elle aurait pu adresser à chacun d’eux. 

      Oui, on peut tourner des pages qui sont autant de visages sans être un monstre. Que celui qui voudrait jeter la pierre à Mylène s’interroge sur son propre passé. Qui pourrait se targuer d’avoir cheminé sans laisser personne sur le bas-côté ?

 

Extrait du livre : MYLÈNE par Hugues ROYER aux Editions Flammarion 2008

Publié dans MYLENE par H.ROYER | Pas de Commentaires »

Mylène, La voix d’un ange déchu

Posté par francesca7 le 26 octobre 2015

  

 

    photo MYLENE  Elle a osé. L’exercice n’était pas gagné d’avance. Sur son dernier album, Point de suture, elle entonne l’Ave Maria de Schubert. Discrètement, plusieurs minutes après la fin du dernier titre, elle reprend sa respiration et rompt le silence. Sacrilège ? On attend la fausse note. Elle ne vient pas. Tout juste entend-on la gorge se serrer sur quelques aiguës difficiles à passer. La voix n’est pas lyrique, mais elle résonne juste, ne cherche pas les effets. L’émotion, sans la prétention. Cet air-là, Mylène l’avait déjà interprété lors des funérailles d’un ami, en juin 2008. 

      Dès ses débuts, on a beaucoup ironisé sur sa voix, ou plutôt son absence de voix. Sur les plateaux de télévision, elle chante rarement en direct. Sur scène, on l’a parfois soupçonnée de tricher. Certaines mauvaises langues n’ont pas hésité à dire que l’image développée autour d’elle à travers les clips relevait de l’écran de fumée destiné à masquer sa vocation usurpée de chanteuse. 

      Et pourtant, avec le temps, n’est-ce pas ce filet si singulier, reconnaissable entre tous, qui l’a imposée durablement ? Pas besoin d’avoir du coffre pour transmettre une émotion. « Mylène n’est pas Céline Dion, tout le monde le sait, lâche Thierry Rogen, coréalisateur des albums de la star pendant dix ans. Mais elle est très perfectionniste dans le placement et la justesse des mots, dans le travail d’enregistrement des voix. » 

      Une exigence qui la pousse à enregistrer ses chansons avec un soin quasi maniaque, chaque mot faisant l’objet d’une prise de voix, afin de parvenir à un résultat optimal. Dans ces moments-là, même  Laurent Boutonnat s’efface. C’est l’oreille qui compte, pas la puissance vocale, et celle de Mylène est particulièrement aiguisée. « Mylène a un grand talent pour synchroniser ses voix, explique Rogen. Sans trop entrer dans les secrets de fabrication, le fait de doubler les voix quand on travaille sur un refrain, de faire plusieurs pistes, permet de donner cette couleur spécifique au son Farmer. Mylène est très douée pour ce travail. Arriver à doubler parfaitement ses voix, sans jamais rien qui dépasse, ce n’est pas donné à tout le monde. Elle fait ses propres chœurs et c’est rare qu’elle utilise des choristes. » C’est encore le cas sur l’album Avant que l’ombre…, dont elle assure tout l’habillage vocal. 

     Éthérée, aérienne, évanescente. Tels sont les adjectifs qui reviennent le plus souvent dès qu’il s’agit de qualifier cette voix. Mylène minaude, étire les mots comme pour les rendre douloureux, force son timbre grave à escalader les notes les plus hautes, provoquant quelques passages en force qui constituent sa marque de fabrique. C’est dans ces moments, notamment sur scène, que l’émotion est à son comble. 

Qu’on se souvienne de l’interprétation de Pas le temps de vivre durant le « Mylenium Tour » : dans le second couplet, plus la chanteuse monte dans les aiguës, plus la salle retient son souffle. « Sa voix, moitié de ce monde, moitié d’ailleurs, est étonnante. C’est la voix d’un ange déchu », n’hésite pas à dire Salman Rushdie. Un joli compliment qui résume bien l’univers de Mylène, entre désespoir inguérissable et nostalgie de l’innocence perdue. 

     Si elle n’a rien d’une chanteuse à voix, la star sait moduler ses cordes vocales afin de mieux décliner la palette des émotions. Descente dans les graves lorsqu’il s’agit de manier le second degré comme dans les couplets de Je t’aime mélancolie, Porno Graphique ou C’est dans l’air. Échappée dansles aiguës afin d’exprimer la tristesse, comme dans les refrains de Ainsi soit je, Rêver, Redonne-moi ou Point de suture, les ballades historiques du répertoire farmerien. Même s’il arrive à Mylène, aux dires de certains, de trop en faire dans le larmoyant, sa voix possède de fait quelque chose d’envoûtant. Elle semble nous murmurer des confidences à l’oreille, livrer à chacun d’entre nous des secrets que nul autre ne peut entendre. Elle nous parle depuis un ailleurs connue d’elle seule, avec des mots parfois abscons, comme si le message avait besoin d’un décryptage. Oui, Mylène a quelque chose d’une extraterrestre qui porterait un regard singulier, plein d’étrangeté, sur notre monde. 

      Sa voix est un instrument dont elle joue en virtuose. Sans doute a-t-elle pu davantage la maîtriser grâce aux cours de chant pris dès 1989 et qui lui ont permis, sur scène, de tenir en haleine des dizaines de milliers de spectateurs. Quant aux instruments de musique à proprement parler, Mylène a toujours rêvé d’en jouer sans jamais accepter les contraintes qu’impose leur apprentissage. « J’aimerais beaucoup jouer du piano. Mais je n’ai ni le temps, ni peut-être même l’énergie », avoue-t-elle. Avant d’ajouter : « J’avais essayé de jouer du saxophone, mais c’est très difficile. » Afin d’éviter le découragement, la contribution d’un professeur patient et attentionné n’est pas inutile. Ainsi, au milieu des années 1990, Jeff Dahlgren tente d’initier la chanteuse à la guitare. C’est d’ailleurs en grattant quelques accords que lui vient la mélodie de Tomber 7 fois…, qui figure sur l’album Anamorphosée. 

      La musique n’est pas sa culture première. Le fleuve archaïque où elle se baigne, ce sont les livres, ces compagnons d’infortune qui apportent des réponses à vos doutes ou prolongent les questions qui vous taraudent. Malgré tout, et bien qu’elle ne lise pas les partitions, elle possède un sens musical indéniable.

 

Thierry Rogen en atteste. « Il faut quand même savoir que, même pour les albums précédant Anamorphosée, certains gimmicks et certaines mélodies venaient d’elle. Elle a un vrai talent pour trouver les mélodies. » On n’en doute pas lorsqu’on écoute les morceaux que Mylène a elle-même composés, soit six titres en tout, dont cinq sur l’album Innamoramento. Au fur et à mesure que sa carrière avance, son implication musicale va crescendo. « Je suis très présente en studio. C’est un univers que j’aime bien. Je m’intéresse à tout. J’aime vraiment et profondément la musique. » 

      Avec une telle évolution, on aurait d’ailleurs pu s’attendre à ce que la star finisse par se passer des musiques de Laurent Boutonnat, mais il n’en est rien : avec Avant que l’ombre… puis Point de suture, elle se concentre à nouveau exclusivement sur les textes. Et ne semble pas prête à envisager la perspective d’un album « 100 % Farmer », dont elle écrirait paroles et musique : « Je préfère, je crois, partager ces moments avec quelqu’un, rebondir, apporter une mélodie de voix sur un couplet ou un refrain… Je pourrais recommencer l’expérience, mais je n’en ressens pas vraiment la nécessité. »

 MYLENE VOIX D'ANGE

Quant à confier la responsabilité des partitions à un autre musicien que Laurent Boutonnat, cela ne semble pas non plus un projet envisagé avec sérieux. « On peut tout imaginer ! Mais ce n’est d’actualité », dit-elle, laissant la porte ouverte à tous les possibles. 

     En 2007, une rumeur avait enflammé la Toile : Mylène aurait chargé le groupe Air de réaliser son prochain album. Après le succès de l’opus composé pour Charlotte Gainsbourg, 5 :55, l’un des membres du groupe aurait lancé, au détour d’un entretien, son rêve de travailler avec Mylène Farmer. Simple

boutade ? Pas sûr. Et même si la rumeur a été ensuite démentie, c’est sur le créneau électro que la chanteuse a opéré un retour en force dans les bacs. Preuve que la voix de la star flottant sur le son du groupe Air aurait pu s’avérer une expérience passionnante. 

  Aux dires de certains collaborateurs, Mylène aborde la musique avec une oreille dépourvue de préjugés – ce qui est rare dans le métier. Ses goûts musicaux sont éclectiques. « J’ai une attirance pour les musiques de films351 », avoue-t-elle dans les années 1980. À l’époque, comme tant d’anonymes, elle écoute en boucle la bande originale de Mission. Ce qui ne l’empêche pas d’apprécier Peter Gabriel, Kate Bush, Laurie Anderson, mais aussi la musique classique. En 1988, son frère Michel lui fait découvrir Depeche Mode, qu’elle va adorer. Vingt ans plus tard, sa nièce Lisa lui fait connaître Sigur Ros, un groupe de rock islandais. Entre-temps, elle a eu un coup de cœur pour radiohead. « Elle est très ouverte musicalement, elle écoute de tout, confirme Thierry Rogen. Elle adore tout ce qui est pop anglaise, elle aime le funk, elle a les oreilles partout. » 

     Accusée par certains de ronronner sur le plan musical, comme si elle était abonnée à un son années 80 obsolète, la chanteuse a donc misé, pour son come-back, sur des rythmes électroniques très dansants. 

Un choix judicieux qui, bien que décalé par rapport à l’air du temps, colle parfaitement à son imaginaire. Elle aurait pu se perdre, comme Madonna avec son album Hard Candy, dans un univers R&B qui ne lui ressemble pas, pourvoyeur de clichés où les femmes sont souvent réduites à de purs objets de désir. Elle a choisi des arrangements aériens et métalliques, qui mettent en valeur son goût de la perfection léchée. Et Laurent Boutonnat, qu’on accusait d’enfermer la chanteuse dans un style musical étriqué, proche d’un lyrisme cinématographique vieillot, s’est adapté avec talent à ce nouveau défi. Que la presse n’ait pas été emballée ne change rien à l’affaire : le single Dégénération ne ressemble à rien de ce que Mylène a produit auparavant. Preuve que la chanteuse n’a pas fini de nous étonner. Pourvu qu’elle continue à nous hypnotiser avec cette voix qui touche le cœur. 

Extrait du livre : MYLÈNE par Hugues ROYER aux Editions Flammarion 2008

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Tendre et drôle à la fois notre Mylène

Posté par francesca7 le 18 octobre 2015

 

 

      tetuElle derrière un pupitre, Luc Besson à ses côtés. Devant leurs yeux défile une séquence de Arthur et les Minimoys, où l’on aperçoit Sélénia, un personnage de dessin animé aux cheveux roux. Mylène a accepté de prêter sa voix à cette princesse, mais l’art du doublage relève de codes qu’il n’est pas simple d’assimiler du premier coup. Il faut trouver un timbre qui colle parfaitement à l’image, mais aussi synchroniser chaque syllabe avec les mouvements de lèvres du personnage. Le réalisateur est là, attentionné et patient, donnant la réplique à Mylène pour l’entraîner. Elle prononce une phrase, se trompe, éclate de rire parce qu’elle a écorché un mot. Un rire de petite fille facétieuse, de ceux qu’on cache en rentrant la tête dans les épaules, une main sur la bouche. La scène est filmée pour les besoins d’une émission de Michel Drucker.

      Peu de gens le savent : Mylène Farmer a de l’humour. Non seulement elle rit volontiers, et plus souvent qu’on ne l’imagine, mais il lui arrive de faire rire aussi, parfois à ses dépens, ce qui est la preuve d’un sens profond de la dérision. « L’humour, chez elle, est une forme d’élégance, me confie Philippe Séguy. Une manière de rendre le quotidien plus léger. Par exemple, elle ouvre un paquet de fraises Tagada, m’en propose en lâchant : “On va s’empoisonner !” » Au fond, l’humour c’est ce qui nous reste de l’insouciance de l’enfance, la meilleure arme pour désamorcer la gravité du réel. 

      À ses débuts, on sent Mylène très joueuse avec certains animateurs de télévision, prête à entrer dans tous les délires. En 1985, dans « Platine 45 », Jacky en fait les frais. « Je me souviens d’une émission pendant laquelle elle m’embrassait et me laissait des marques de rouge à lèvres partout sur le visage.

Nous avions beaucoup ri en la faisant, elle et moi. » Dans un autre numéro de la même émission, histoire de s’amuser, elle laisse entendre qu’il existerait une idylle entre l’animateur et elle. « Vendredi soir, j’étais dans ton lit », dit-elle à un Jacky plutôt ravi. Lorsqu’elle est amenée à répondre à un journaliste de Charlie Hebdo, elle montre qu’elle peut avoir des formules pleines d’esprit : « Une question m’a toujours tracassée, Dieu rit-il ? Si oui, je comprends très bien pourquoi. »       

 

Sensible au comique de situation, Mylène peut se révéler très spontanée, voire bon public, face à certains imprévus. Dans son esprit, le rire peut d’ailleurs être une réponse appropriée au sérieux lorsqu’il devient trop pesant. Ainsi, durant le tournage du clip de Tristana, le mobilier prévu pour la maison des nains n’a pas été conçu à la bonne échelle. Emmanuel Sorin, le décorateur, en semble particulièrement chagriné. L’équipe fait une pause pour réfléchir à une solution possible. C’est alors que « Mylène s’assoit sur un tabouret qui casse et se retrouve sur les fesses dans un éclat de rire » ! Un incident cocasse qui permet de désamorcer la situation… 

     Les grands timides sont parfois capables de toutes les audaces. Ainsi, bien que mal à l’aise sur les plateaux de télévision, Mylène apparaît, en de rares occasions, très en verve. À la fin des années 1980, face à un Naguy taquin, qui la questionne sur le fait qu’elle garde, depuis plusieurs minutes déjà, la main posée sous le menton, elle répond, imperturbable : « La main reste comme ça. Elle est fixée. »       

Quant à Bernard Montiel qui, manifestement, l’admire, il se mordra les doigts de l’avoir invitée, en 1988, dans son émission « La Une est à vous », dont le principe est de faire voter les téléspectateurs afin de choisir leur programme. Lorsqu’il demande à Mylène quelle série elle aimerait regarder, elle répond :

« Aucune. » Et se fend même d’un commentaire sur le feuilleton Marie Pervenche, avec Danièle Evenou : « C’est consternant. » Montiel rit un peu jaune. 

     Mais sa plus belle saillie à l’antenne, la chanteuse va la lâcher à « Nulle part Ailleurs », sur Canal+, en 1988. L’œil malicieux, Antoine de Caunes, qui cherche manifestement à la déstabiliser, lui lance : « Depuis le début de l’émission, je me pose la question : pourvu qu’elle soit rousse. Pouvez-vous nous le confirmer publiquement ? » Et Mylène de répondre, du tac au tac : « Elle est rousse. » Puis, après un silence, elle ajoute : « En haut. » 

      Par la suite, la chanteuse, ayant décidé de se faire rare, aura de moins en moins l’occasion de s’amuser à l’antenne. Ce qui ne l’empêche pas de conserver intact son sens de l’humour. Interviewée au milieu des années 1990 par Julie Snyder, une Québécoise fantasque, elle semble sensible à l’ironie qui transparaît dans les questions. Quand elle lui dit : « Finalement, vous êtes une petite bi-bite », Mylène reste sans voix. Elle ne comprend pas, mais le mot l’amuse. Elle rit de bon cœur. En 1999, de passage dans le « Hit Machine » de Charly et Lulu, sur M6, pour interpréter Optimistique-moi, elle marche sur la traîne de sa robe et manque de trébucher, ce qui la fait manifestement sourire comme une gamine. 

     fanelo Rire d’elle-même, de ses maladresses, n’est pas exclu. La même année, au côté de Michel Drucker, elle provoque l’hilarité des fans présents dans le studio en bafouillant lorsqu’il s’agit de préciser combien de fois par semaine elle s’entraîne en vue de sa  prochaine tournée. En 2004, durant la conférence de presse annonçant les treize concerts de Bercy, elle commet un lapsus : « Le public me mange toujours. » Se reprend : « Je veux dire, me manque toujours. » Et, constatant la réaction des journalistes présents, éclate de rire. Oui, sans doute, c’est cette peur d’être dévorée par ses fans qui l’intimide à ce point. 

     L’avantage de l’humour, c’est précisément qu’il permet de briser la glace, d’instaurer une forme de communication évitant la fusion que Mylène pressent comme dangereuse. De ce point de vue, les concerts de janvier 2006 sont particulièrement éloquents. Pour la première fois, la chanteuse, d’ordinaire peu loquace, inaugure une forme de dialogue avec le public, grâce au prisme de l’humour. « V chante6zous plus fort que moi ! » clame-t-elle, le 15 janvier, comme un reproche amusé, à la foule déchaînée qui reprend  Désenchantée. Le 21, elle parle d’elle à la troisième personne pour annoncer la fin du quart d’heure des chansons lentes : « Mylène va sécher ses larmes et passer à quelque chose de beaucoup plus gai. » Le lendemain, alors que résonnent les premières notes de Sans contrefaçon, elle lance à la cantonade : « Vous ne la connaissez pas, celle-là, hein ? »

 

     Pour la première fois, durant cette série de concerts, la chanteuse accorde une place à l’improvisation. Parce qu’elle veut ressentir les vibrations de la foule, cette perfectionniste consent à montrer des failles. Certains soirs, par exemple, sans doute à cause de la pression ou de la fatigue, elle se trompe dans les paroles de ses chansons – ainsi elle zappe un couplet de Déshabillez-moi. À plusieurs reprises également, cette fumeuse de cigarettes mentholées est prise de fâcheuses quintes de toux, qui l’obligent parfois à s’interrompre plusieurs minutes. « Ce sont des choses qui arrivent », s’excuse-t-elle au soir du 14 janvier. 

      À travers ces anecdotes, se dresse le portrait d’une autre Mylène, loin de cette star rigide et glacée que certains ont transformée en caricature. « Si je devais résumer Mylène en deux adjectifs, me dit Elsa Trillat, je dirais, aussi surprenant que cela puisse paraître : tendre et drôle. » La photographe a, semble-t-il, gardé un souvenir ému des moments où Mylène venait lui rendre visite chaque jour à l’hôpital, alors qu’elle devait surmonter de graves problèmes de santé. « À ce moment-là, elle s’est comportée comme si elle était un membre de ma famille. Je ne l’oublierai jamais. » 

      Quand elle ne se ferme pas aux autres, paralysée par la méfiance, la chanteuse peut se révéler douce et attentionnée, y compris dans les situations où on ne l’attend pas. Roberto Martocci, danseur recruté pour la tournée 1996, en a fait l’heureuse expérience. Le jour du casting, alors qu’il ne sait pas encore s’il va être choisi, Mylène va lui donner un coup de pouce bienvenu. « Christophe Danchaud, le chorégraphe, entra le premier et nous avons commencé à travailler sur Je t’aime mélancolie. Environ une heure et demie après, Mylène entra silencieusement dans la pièce, dit : “Bonjour !” et jeta un coup d’œil dans ma direction. Le chorégraphe avait du mal à m’apprendre les pas, alors elle s’est approchée et a dit : “Puis-je lui montrer ?” À ce moment-là, l’énergie dégagée par Mylène était vraiment chaude et douce et cela m’a mis à l’aise. Après une heure et demie, elle s’est arrêtée et a rejoint son producteur. Elle a pris ma photo et l’a épinglée avec celles des autres danseurs. »

 

      C’est dans la tendresse, lorsqu’elle se sent en confiance, que la star exerce le plus volontiers son sens de l’humour. À partir de ces petits riens de la vie qui font réagir sa part d’enfance. Au moment du duo La Poupée qui fait non, sa complicité avec Khaled est évidente. « Mylène ? Elle est trop délirante cette fille ! dira le chanteur. On rigole comme des fous quand on se voit tous les deux. » 

      Ses amis proches, Anthony Souchet, le coiffeur John Nollet, ou même la romancière Nathalie Rheims, pourraient sans aucun doute en dire autant. Mais ils demeurent muets et comment ne pas leur donner raison ? L’amitié véritable ne peut se bâtir que sur une exigence de loyauté absolue qui suppose une part de secret. 

      Il y a aussi une cruauté dans l’humour, qui fait partie du plaisir. Lorsqu’un enfant voit un vieillard tomber, il se contrefiche de savoir s’il s’est fait mal, ou pire, si cette chute ne lui sera pas fatale : il ne retient pas son rire. Au détour d’une conversation, il peut arriver à Mylène d’être féroce, d’assassiner un tiers pour le plaisir d’un bon mot, mais la méchanceté ne fait pas partie de son tempérament. C’est un fardeau nuisible, alors qu’elle doit au contraire sans cesse s’alléger pour aller de l’avant. Ceux qui s’intéressent de près aux paroles de ses chansons savent d’ailleurs que son répertoire n’est pas aussi ténébreux qu’il en a l’air. 

      En attestent de nombreux titres réjouissants, qui manient parfois le second degré avec brio. « Pour plaire aux jaloux / Il faut être ignorée », lance Mylène dans Je t’aime mélancolie en guise de pied de nez à ses détracteurs. Dans L’Instant X, raillant la peur millénariste qui s’est emparée de ses contemporains, elle multiplie les images inattendues comme « J’ai un teint de poubelle » ou l’inoubliable « Mon chat qui s’défenestre. » L’album Avant que l’ombre… donne aussi la part belle à l’humour, au travers des chansons Porno Graphique ou L’Amour n’est rien… Dans Point de suture, la légèreté gagne encore du terrain. « La cruauté… c’est laid / La calomnie… c’est laid / L’âpreté… c’est laid / L’infamie… c’est laid », lâche la chanteuse d’une voix grave dans C’est dans l’air, égrenant avec ironie tous les péchés du monde. « Sculpté de bois / Réjouis-moi », chante Mylène dans Sextonik, évoquant ces accessoires du plaisir qui ne connaissent jamais de panne. Il faudrait encore citer l’humour indolent qui traverse Appelle mon numéro, un titre musicalement très réussi. « Le second degré est, me semble-t-il, une hygiène de vie », dit-elle. 

Mylène-Farmer      De même, certains choix scéniques sont manifestement destinés à faire sourire le public. Chanter Déshabillez-moi dans une camisole de force, comme elle le fait en 1989, c’est jouer sur le décalage, un ressort comique. L’immense fauteuil en velours de Libertine, en 1996, ou la balançoire de Dessine-moi un mouton, en 1999, introduisent également une touche de légèreté dans les shows farmeriens. Plus rare dans les clips, l’humour transparaît tout de même nettement dans Que mon cœur lâche, réalisé par Luc Besson, au travers notamment des dialogues épiques entre Dieu et le Christ. « Père, pourquoi ne m’envoyez-vous pas sur Terre ? » demande Jésus. « La dernière fois, c’était une catastrophe », répond le Créateur. « C’est un sourire, une légèreté que je n’avais pas dans mes autres clips  », dira Mylène. Dans les vidéos, peut-être… Mais dans la vie, il y a longtemps que la chanteuse n’engendre pas que la mélancolie.

  

Extrait du livre : MYLÈNE par Hugues ROYER aux Editions Flammarion 2008

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Rentrez chez vous, il fait froid

Posté par francesca7 le 10 octobre 2015

 

 

     Mars 2000. Ce soir-là, une centaine de Français sont venus applaudir Mylène à Moscou, où elle donne deux concerts exceptionnels. L’initiative en revient à Jean-Rémy Gaudin-Bridet, le fondateur du Mylène Farmer International Fan Club. Le management de la star a accordé une suite favorable à la proposition du jeune homme. Ignorant quel accueil elle recevrait en Russie, la chanteuse a sans doute  pensé que la présence, dans la salle, de quelques-uns de ses fans les plus inconditionnels réchaufferait l’ambiance – le public local, surveillé par la police, a la réputation d’être peu expansif. Après le show, certains ont regagné leur hôtel, comblés par la magie du spectacle. D’autres ont décidé d’explorer la ville jusqu’au bout de la nuit. Jean-Rémy accompagne quelques amis dans une discothèque branchée de la capitale russe.

     Soudain, alors que le groupe est tranquillement assis à une table en train de boire un verre, Mylène et son staff font leur entrée dans l’établissement. Heureuse, détendue, très maquillée, comme si elle avait voulu conserver son masque de scène, la chanteuse ne met pas longtemps avant de se déhancher sur les notes de Desert Rose de Sting. À quelques mètres de là, Jean-Rémy l’observe. Elle lui sourit. Il se rapproche peu à peu de son idole, la regarde avec l’intensité de ses yeux verts. Tout paraît irréel. Elle est radieuse, se lâche avec bonheur. Après la pression du spectacle, elle semble avoir besoin de décompresser. Tous deux sont maintenant proches l’un de l’autre lorsque, brusquement, Jean-Rémy voit un garde du corps fondre sur lui, refermer ses bras autour de sa taille et l’écarter brusquement de l’icône rousse. En un éclair, il se retrouve à une dizaine de mètres sans avoir compris ce qui se passait. Et, levant les yeux vers Mylène, il la voit éclater de rire.

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      L’anecdote illustre bien la difficulté à être fan. Dans cette forme d’amour inconditionnel subsiste, malgré tout, l’espoir secret d’un retour. Un signe, un mot suffisent à faire le bonheur de celles et ceux qui structurent parfois leur existence autour du culte de leur idole. C’est un fait indéniable, Mylène est l’artiste française qui compte le plus d’admirateurs. Plusieurs dizaines de milliers probablement, même si les fans extrêmes se résument sans doute à quelques centaines. « Je n’en connais pas le nombre, mais je ressens leur énergie. Ils m’aident à vivre, me stimulent jour après jour », a récemment confié la chanteuse. Une déclaration d’affection qui met un terme définitif à une polémique née au début des années 2000. 

      Un malentendu, sans aucun doute, causé par la timidité maladive de la star. Difficile pour elle, en effet, de recevoir l’amour de ces visages inconnus. À ses débuts, Mylène est intriguée par ces témoignages d’affection. Et montre une curiosité sincère à la lecture du courrier, de plus en plus nombreux, qu’elle reçoit. « Je ne parle pas des demandes d’autographes, mais des lettres qui font deux ou trois pages et qui vous disent des choses sur vous, sur la manière dont les gens vous perçoivent. Plus ça va, plus ce courrier contient des choses importantes qui me touchent réellement. » Toutefois, si ces missives maintiennent une distance rassurante, le contact réel avec les admirateurs s’avère nettement plus problématique.

 

      Rapidement, lorsque vient le succès, son adresse est connue de certains fans, qui l’attendent à sa porte. Elsa Trillat me raconte combien Mylène devient paralysée dès qu’un inconnu l’aborde. « Un jour, pour lui faire une surprise, je l’ai suivie avec ma voiture et j’ai freiné à son niveau. Elle ne bougeait plus.

Elle était livide. » Agnès Mouchel, responsable du montage des clips réalisés par Laurent Boutonnat, confirme ces réactions de panique. « Je sais que Mylène avait un peu peur d’être envahie par certains fans. Elle était harcelée, sans arrêt, des gens dormaient en bas de chez elle. Il y avait tout le temps du monde, jour et nuit, c’était assez pesant. » Une méfiance qui pourrait sembler excessive. Pourtant, quelques années plus tard, un incident lui donnera raison.

  

      x240-IK3Mercredi 13 novembre 1991. Un Nancéen de trente-sept ans, employé des postes, décide de rouler non-stop jusqu’à Paris. Sur un bout de papier, il a noté une adresse, 2 rue Cavallotti. Dans son véhicule, il fulmine. Il a envoyé de nombreuses lettres à son idole, mais soupçonne Polydor de ne pas les lui avoir transmises ; sinon, il aurait forcément reçu une réponse. Furieux, il veut se venger des employés de la maison de disques. Dans son coffre, un fusil de guerre acheté par correspondance plusieurs années auparavant. Dans sa poche, une cinquantaine de cartouches. Rien ne l’arrêtera : il est déterminé à « faire un carnage ».  

      À peine arrivé, il met son plan à exécution. Demande à voir Mylène d’urgence. « J’ai un cadeau pour elle », hurle-t-il. « Elle n’est pas là », lui répond le réceptionniste alors qu’il braque son arme sur lui. Un coup part, l’homme s’effondre. Mortellement blessé, il décédera dans la nuit, à vingt-sept ans. Mais ce n’est pas fini. Au milieu des cris qui résonnent dans le hall, le tireur gravit rapidement les étages en quête de nouvelles victimes. Deux jeunes femmes, effrayées, tremblent devant lui. Il décide de les abattre à leur tour. Il recharge son arme, les vise et appuie sur la gâchette. Mais aucun coup ne part.  

Par miracle, le fusil s’est enrayé. Pris de panique, le forcené tente alors de s’échapper. La police, alertée, finira par le retrouver, réfugié dans un bureau vide, hagard, replié sur lui-même. Depuis l’âge de douze ans, il suivait une analyse chez un thérapeute. Aujourd’hui, il est soigné en hôpital psychiatrique. 

      Cette tragédie va assombrir le moral de Mylène pour longtemps. « Devant un tel drame, on se sent totalement dépossédée de mots et de moyens. On culpabilise forcément. Cette mort est tellement injuste. » Dès lors, l’entourage de la chanteuse prend peur pour elle. On lui conseille d’être accompagnée par un agent chargé de sa sécurité. Par respect pour le jeune réceptionniste disparu, elle dit non. « On m’a proposé de me protéger, j’ai refusé. Dans ces cas-là, on ne pense pas à soi, à ce qui aurait pu vous arriver, mais à la famille en deuil, à cet homme qui est mort et qui n’y était pour rien. » 

      Une preuve de courage, qui n’exclut pas non plus une extrême vigilance. Ainsi, deux fans réputés inquiétants sont surveillés de près par les proches de la chanteuse. L’un d’eux, barbu, connu des services de police, s’est vu notifier une interdiction formelle d’approcher la star. L’autre, surnommé « ongles jaunes », en raison semble-t-il d’une hygiène approximative, s’est attiré une réputation de déséquilibré, y compris parmi les fans, en allant dormir sur le palier de son idole quand elle partait en vacances. 

     On comprend, dès lors, que Mylène s’envole parfois pour une escapade à New York, où seuls les touristes la reconnaissent. À Paris, elle le sait, il lui faut rester prudente, même si cette distance peut être mal ressentie par ses admirateurs bienveillants et équilibrés. À partir de ce drame, la chanteuse prend conscience que, lorsqu’on a affaire à un détraqué, le silence vaut sans doute mieux que le moindre mot susceptible d’être interprété comme un encouragement. « Je ne réponds pas au courrier, en ce sens que je n’entretiens pas de correspondance, dit-elle. Je renvoie une dédicace à ceux qui me le demandent. »  

      Il lui faut apprendre à gérer cette incroyable vague d’amour sans être pour autant submergée. Alors, c’est vrai, certains comportements vont être mal compris. Ainsi, le 27 octobre 1996, lors de l’enregistrement des « Enfants de la guerre », émission à laquelle Mylène est invitée, Jean Rémy Gaudin-Bridet, sur une consigne de TF1, rassemble une centaine de fans venus de France et de Belgique. Il pleut, mais les admirateurs de la chanteuse vont devoir attendre plusieurs heures dehors. « Finalement, en fin d’après-midi, on nous fait entrer sur le plateau et on nous apprend que Mylène a enregistré Rêver sans public. Elle prononce quelques mots, ça dure à peine trois minutes, puis disparaît. Tout le monde est furieux. Je l’interpelle dans un couloir pour lui faire savoir notre déception, mais elle est fuyante. Elle me répond : “Ce n’est pas ma faute, je ne suis pas responsable de l’organisation.” »

 

      Cet accroc sera largement commenté dans la presse qui, privée d’informations sur la chanteuse, y trouve un angle d’approche providentiel : la détresse des fans. Le magazine Entrevue s’engouffre dans la brèche, et toute la presse people lui emboîte le pas. Mylène se voit décrite comme une femme d’affaires cynique exploitant la fragilité de ses admirateurs qui se ruinent pour acheter tous les supports qu’elle met sur le marché. Une polémique qui aurait pu la faire vaciller si le grand public avait adhéré à cette caricature. Concernant l’attitude de la chanteuse le jour de l’enregistrement du show de TF1, sans doute faut-il tenir compte aussi d’un élément déterminant : la veille, elle a appris la mort de son frère Jean-Loup. 

      Pour le reste, son habitude d’enregistrer ses prestations n’a rien à voir avec la question du respect ou non de son public. On l’a vu, c’est une manière d’exercer un contrôle sur son image. Afin de mettre les choses au point, la chanteuse profite d’ailleurs d’un entretien à Paris Match pour renvoyer chacun à sa liberté, et donc à sa responsabilité. « Je veux qu’on sache que je n’ai jamais été à l’initiative d’un fan-club, ni officieux ni officiel. Je n’adhère pas au culte de ma personnalité. Si quelqu’un ou quelques-uns ont décidé de leur plein gré de créer un fan-club, c’est sous leur entière responsabilité. » 

     1996-05-cUn avertissement adressé à tous ceux qui lancent sur le marché les fanzines qui lui sont consacrés. Pas question pour eux d’utiliser des photographies qu’elle n’aurait pas approuvées ! Une exigence sur laquelle transiger serait se renier. Après les plaquettes luxueuses du Mylène Farmer International Fan-Club, plusieurs autres magazines vont en effet voir le jour : MF magazine, trimestriel disponible en kiosques, L’Instant-Mag, publication élégante et décapante, à laquelle va succéder Mylène Farmer et vous, un support donnant une large place aux témoignages des fans. Rien d’officiel, mais rien ne sortira non plus sans l’assentiment du management de la chanteuse. 

     Ce n’est donc pas avec la base de ses admirateurs que la star s’est montrée intraitable, mais avec ceux qui exploitent sa notoriété pour lancer des magazines sur le marché. La nuance mérite d’être précisée. S’agissant de son comportement vis-à-vis des fans, un témoignage signé Christophe-Ange Papini, Deux ans à l’attendre, permet de comprendre qu’il est, au contraire, dicté par une énorme tendresse. Avoir passé de longs mois sur un banc situé en face de l’immeuble de son idole a d’abord permis à ce jeune adolescent d’apprécier les qualités humaines de Mylène. 

     Le 28 octobre 2003, il note que la chanteuse, vêtue d’une jupe rose bonbon ultracourte, malgré lesrigueurs de l’hiver, est attendue par les paparazzi lorsqu’elle regagne son domicile. C’est alors que le petit groupe de fans présents s’interpose, formant un barrage pour déjouer le piège des photographes. Mylène les remercie gentiment, avant de pénétrer dans le hall. Pourtant, elle réapparaît quelques secondes plus tard et leur adresse un message maternel : « Il fait froid, rentrez chez vous ! » Il y a dans ces mots-là quelque chose de rare, une douce attention à l’autre. 

      Parfois, elle se livre aussi à une touchante cérémonie : elle serre les fans présents dans ses bras, doucement, à tour de rôle, dans une forme de communion silencieuse. Ce jour-là, elle porte un tailleur beige et d’imposantes lunettes de soleil. Christophe-Ange en garde un souvenir émerveillé : « Elle me prend dans ses bras. Je suis contre elle, je prends le temps de sentir son parfum, de la sentir contre moi.

J’ai ma tête dans ses cheveux, dans son cou. Je me sens léger, je me sens bien, je me dis que j’ai atteint un but, mon désir ultime. » Bien sûr, on peut sourire de l’attachement d’un garçon de dix-neuf ans, mais on retiendra surtout de cet épisode combien la star sait se montrer disponible et tendre avec ceux qui l’aiment.

 

      En outre, un soir sur deux environ, lorsqu’elle revient de ses bureaux, aux alentours de dix-neuf heures trente, elle consent à signer des autographes selon un rituel bien rodé : tandis qu’elle entre dans le hall de l’immeuble, son chauffeur s’approche des fans présents à l’extérieur et leur demande poliment s’ils souhaitent des signatures. Puis il ramasse tous les supports (disques, photos, magazines…), pénètre dans le bâtiment et en ressort, quelques minutes plus tard, pour faire la distribution d’autographes. Variante de ce cérémonial, Laurent Boutonnat, ou encore un proche de la star, joue le rôle du messager, tandis que Mylène attend dans la voiture. Au milieu des années 1990, dit-on, il arrivait parfois à la chanteuse de venir discuter de tout et de rien, au retour d’une soirée, avec les admirateurs présents. 

     Le récit de Christophe-Ange Papini, en plus de donner un visage profondément humain à cette star prétendument inaccessible, permet de dépasser les clichés sur le portrait-robot des fans de Mylène :

« Nous ne sommes pas tous des homosexuels dépressifs dépensant des mille et des cents pour leur idole. » Bien sûr, certains inconditionnels, avides de se procurer les quelque deux cents pièces présentes sur le marché, sont prêts à débourser plusieurs milliers d’euros afin d’acquérir un collector. Dans les conventions du disque, les collectionneurs se disputent les objets les plus rares, comme la statuette d’Isis, réplique du décor du « Mylenium Tour », ou encore la poupée de trente centimètres de Sans contrefaçon. 

Toutefois, même si le phénomène touche environ dix mille adeptes, il demeure heureusement possible d’apprécier la chanteuse sans pour autant transformer son appartement en temple farmerien. 

     Quel regard la star porte-t-elle sur cette surenchère qui, rappelons-le, résulte des lois du marché ? Comme juge-t-elle l’amour parfois excessif que certains lui portent ? « Dès l’instant où ces personnes ne gâchent pas leur vie pour moi, alors je suis en paix. Mais si j’ai le sentiment qu’elles passent à côté de quelque chose parce que je deviens l’élément essentiel, là, ça me perturbe beaucoup. » Pour elle, qui a tenu si fort à tracer un chemin singulier, il n’existe pas, en effet, de pire errance que de passer à côté de soi-même. 

     Ce n’est pas un hasard si nombre des fans de Mylène le sont devenus à l’adolescence. Une période  de transition tourmentée, l’heure où les choix sont cruels puisqu’ils exigent un renoncement qui semble insupportable – révoltant, même. L’enfance, c’est le monde de tous les possibles, l’imaginaire infiniment ouvert. L’adolescence nous pousse à devenir adultes presque malgré nous, comme si les transformations du corps voulaient forcer l’esprit à accepter cette réalité qui rend l’horizon plus étroit. Changer de peau, c’est forcément passer par un moment où la chair est à vif – le fameux complexe du homard dont parle Françoise Dolto. En chantant sa souffrance, Mylène pose des mots sur la nôtre. « J’ai une fêlure en moi, avoue-t-elle. C’est peut-être ce qui me relie aux fans. Un certain mal de vivre. »

 

      En affichant sa liberté comme un étendard, elle incarne également l’espoir d’une existence plus exaltante, qui donne le vertige. « La vie n’est rien… / Quand elle est tiède ! » dit-elle dans L’Amour n’est rien… Ses chansons nous poussent à aller au bout de nous-mêmes : « Toujours vouloir pour soi / La lune, la lune » (Tomber 7 fois ). À rechercher l’amour absolu : « Si nos matins / Semblent poussière / Alors renie-moi… là » (Peut-être toi). A expérimenter la sexualité sans interdits : « Ton goût du revers / N’a rien de pervers » (Pourvu qu’elles soient douces). Autant de messages qui fédèrent les adolescents parce que Mylène y revendique la force du désir face à la loi du réel. « Les jeunes, souvent encombrés de tabous, ont tellement besoin d’être compris… Moi, j’ai le sentiment de leur dire, comme Brel dans sa chanson : “Non, Jeff, t’es pas tout seul.” Sans aucune prétention, je sais à présent que c’est à cela que je sers. À leur dire qu’il n’y a pas à avoir honte du sexe. Tout est normal dans l’amour. »

 

      Après avoir été accusée d’indifférence vis-à-vis de ceux qui l’idolâtrent, la chanteuse a tenu à donner un signe fort. Le 28 mars 2005, elle a réuni deux cent cinquante fans, heureux gagnants d’un concours organisé par NRJ, pour leur permettre d’écouter en exclusivité son nouvel album. Ce jour-là, au Théâtre du Palais-Royal, les admirateurs de la chanteuse ont même pu la voir apparaître dans la salle, vêtue de cuissardes noires, et manifestement émue. Penser que Mylène méprise ceux qui l’adulent revient à lui faire un bien mauvais procès. Au contraire, il lui suffit de ressentir l’amour de ses fans pour en être aussitôt bouleversée.

  

Extrait du livre : MYLÈNE par Hugues ROYER aux Editions Flammarion 2008

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« C’est un ami, c’est lui » : Décision de MylèneF.

Posté par francesca7 le 27 septembre 2015

 

 

   mylene-farmer   Elle est seule dans sa loge. Enfoncée dans un canapé, le dos légèrement voûté, elle se concentre. Deux heures plus tôt, Pierre Vinuesa est venu la coiffer. C’est lui qui a conçu l’architecture complexe lui donnant l’air d’être couronnée de rouge. Une reine. Les minutes passent, elle ne bouge pas. Elle se recueille. Une épaisse bougie couleur ivoire se consume lentement près d’elle. Plusieurs peluches, cadeaux des fans, sont posées sur une étagère, improbable ménagerie. À quoi pense-t-elle ? Sans doute à rien du tout. Elle fait le vide. Certains artistes ont besoin d’être entourés dans ces moments-là. Pas elle. Ce silence contraste avec l’effervescence qui monte dans la salle. Un technicien frappe doucement à sa porte. Il vient installer le micro et appareiller sa robe de dentelle immaculée. Un peu plus tard, c’est au tour de son habilleuse d’entrer dans la loge. Mylène se lève et cette femme blonde lui enfile des manches de dentelle qui ressemblent à des ailes.

 

      Pour ne pas avoir froid, elle remet son peignoir. Un rapide coup d’œil dans le miroir, histoire de vérifier que tout est parfait. Les cils sont immenses, les lèvres pulpeuses et pâles. Elle ajuste une mèche de cheveux, la plaque sur son oreille. Elle se lève. Sans un mot, elle sort de sa loge, arpente les couloirs de Bercy, suivie de près par son habilleuse. Elle entend la clameur qui monte. Dans deux minutes, ce sera à elle. Son moment à elle. Face à ces dizaines de milliers d’anonymes venus la voir et l’écouter, entourée de leur affection, elle n’aura paradoxalement jamais été aussi seule. 

     « J’aime la solitude, dit-elle. Plus on devient un personnage public et plus on y plonge. Il faut s’y faire et l’apprivoiser. » Posséder un tempérament d’ermite n’empêche pas de cultiver l’amitié. Au contraire, c’est une force qui permet de placer la barre encore plus haut. Quand vous n’avez pas viscéralement besoin d’être entourée, vous pouvez choisir avec davantage de discernement ceux qui pourront partager certaines de vos pensées intimes. Dans les années 1980, Mylène avoue n’avoir que peu d’amis. Et lorsqu’on lui demande si ça la dérange, elle répond : « Non, pas du tout. » Pour elle, pas question de galvauder ce don de soi. Offrir son amitié ne peut avoir qu’une signification forte.

Aujourd’hui encore, son cercle d’intimes demeure restreint. 

      Qui sont-ils, ceux qui peuvent l’approcher et recueillir ses confidences ? Des prénoms remerciés dans le livret d’un album : Anthony, Nathalie, Paul, Corinne, Émeline, Olivier et Jérôme. Comment ont-ils réussi à gagner sa confiance ? Leurs qualités premières : la discrétion et la loyauté. Ils ont passé un pacte avec elle : jamais ils ne doivent évoquer ce lien si précieux qui les unit.   L’une de ses meilleures amies, la romancière Nathalie Rheims, respecte à la lettre cette consigne. « Mylène ne souhaite pas que je parle d’elle, m’a-t-elle expliqué au téléphone, et notre relation est tellement rare que je n’ai aucune intention de rompre le pacte. » De leurs déjeuners en tête à tête, notamment au Thiou, le restaurant branché du quai d’Orsay, elle ne dira rien. De leurs jeux, de leurs fous rires entre femmes, non plus. On murmure que Nathalie aurait été envoyée par Mylène au VirginMegastore, aux alentours de minuit, le soir où le DVD des concerts de Bercy 2006 a été mis en vente.

 

Certains témoins l’auraient entendue converser au téléphone, au premier étage du magasin des Champs-Élysées, avec une mystérieuse interlocutrice qui ne pouvait qu’être l’icône rousse.   Même réserve de la part de certains journalistes amis, comme Jérôme Béglé, de Paris Match, qui connaît la chanteuse depuis longtemps, mais a toujours refusé d’évoquer ses conversations avec elle. Une loyauté récompensée : c’est lui qui a recueilli, en mars 2008, la parole de la star annonçant son retour sur scène dans les colonnes de son magazine, avant de se fendre d’un article élogieux sur le clip de Dégénération, quelques jours avant sa diffusion dans les médias.

     Et puis, il y a les autres, ceux qui composent un cercle plus large. Ils ont eu le sentiment d’une amitié partagée, d’une relation privilégiée et intense, même si, par la suite, les contacts se sont espacés.

 

     Jean-Louis Murat est de ceux-là. C’est elle qui a amorcé le premier pas vers lui. « Un beau jour, au courrier, j’ai une lettre de Mylène. Une lettre comme elle sait faire, très gentille, avec sa magnifique écriture, pas de faute d’orthographe – enfin des choses que j’aime. Elle me demande si je veux bien chanter avec elle. Cette lettre n’est pas une légende, je l’ai reçue au courrier, tout simplement. Je n’en crois pas mes yeux, elle me donne son numéro de téléphone. » Murat la rappelle, tous deux se voient à Paris. Le temps de sympathiser, ils enregistrent Regrets, le premier duo de la carrière de Mylène. 

     À la même époque, la scénariste et réalisatrice Danielle Thompson fréquente aussi la chanteuse. Une fois n’est pas coutume, les deux femmes acceptent de poser le temps d’une séance photos pour Madame Figaro. L’occasion pour la scénariste de dresser un portrait de son amie en termes forcément flatteurs.

« Sa pâleur est indéfinissable, sa légèreté ne semble pas obéir aux lois de la pesanteur, sa présence semble toujours furtive, telle celle d’un oiseau prêt à s’envoler au moindre bruissement. Pourtant, l’ange roux remplit l’espace d’une force impalpable, une force qui rassemble à travers sa voix innocente des milliers, des millions de garçons et de filles qui reconnaissent dans ses mots leurs mots, dans ses peurs leurs peurs, dans ses émois leurs amours. » Les deux femmes se voient-elles toujours ? Pas sûr. Certaines amitiés, pour être fortes à un instant donné, n’en sont pas moins contingentes. 

   MIMI   Dans le cercle des amis de la star, l’écrivain Salman Rushdie occupe indéniablement une place à part. La première rencontre a lieu à la fin des années 1990, lors d’une exposition à Londres. « Nousétions l’un et l’autre conviés au vernissage de mon copain Francesco Clemente, raconte l’auteur des Versets sataniques . On s’est retrouvés au dîner qui a suivi chez le marchand. On a sympathisé. J’étais plutôt embarrassé, venant d’une tradition musicale anglo-saxonne, de tout ignorer de la variété française ! Elle est une grande star en France et je ne le savais pas. Depuis, elle m’a initié en m’envoyant son CD.

J’aime beaucoup son style. Ensuite, on s’est revus plusieurs fois. Je me sens proche d’elle. J’aime beaucoup Mylène Farmer. Une chanson peut être une libération. La musique ouvre les portes du cœur. » 

      Lorsqu’elle évoque son ami Rushdie, Mylène livre une clé qui permet de mieux la comprendre : « Je suis allée spontanément vers lui, dit-elle, j’avais envie de le connaître. » Curieuse de rencontrer un être dont la personnalité l’intrigue, elle n’hésite pas à vaincre sa timidité maladive pour aller vers l’autre, fût- il un écrivain mondialement reconnu. « C’est quelqu’un de très gai dans la vie, qui a beaucoup d’humour. Nous avons de grands éclats de rire ensemble. » Après leur rencontre londonienne, la chanteuse revoit le romancier britannique à Paris, lors de l’exposition parisienne des œuvres du père de Robert De Niro, intime de Rushdie. Il sera également invité à l’un de ses concerts à Bercy.

 

     Mylène n’aime que l’excellence. C’est pourquoi elle n’hésite pas à solliciter des rencontres avec ceux qu’elle admire. Sa notoriété lui ouvre bien des portes qui seraient infranchissables pour un quidam. Bien entendu, qu’ils deviennent des amis d’un jour ou davantage ne dépend pas de son seul bon vouloir.

     C’est Marcus Nispel, réalisateur de plusieurs de ses clips, qui l’affirme : « Les meilleurs se retrouvent toujours au sommet pour se serrer la main, et Mylène est vraiment de ce niveau-là. »

     Une vision élitiste qui rejoint une certaine réalité lorsqu’on regarde le parcours de la chanteuse. Familière de New York et Los Angeles, de surcroît parfaitement bilingue, elle s’octroie le privilège, rare pour une Française, d’approcher des stars de Hollywood comme George Clooney ou Robert De Niro.

 

     Sa collaboration avec Moby va naître de cette facilité à nouer des contacts avec des stars internationales. C’est à New York que la première entrevue a lieu. Le 9 septembre 2006, le chanteur le révèle sur son blog : « J’ai rencontré Mylène pour la première fois chez Teany et nous sommes devenus amis. Nous avons simplement pensé que Slipping Away serait une jolie chanson à faire ensemble. C’est ma chanson favorite de l’album Hotel et je suis ravi qu’elle entame une nouvelle vie grâce à la belle voix de Mylène. » Gravée sur la compilation de Moby, la chanson va rencontrer un joli succès. « Slipping Away avec Mylène Farmer vient d’être classé numéro un en France et en Suisse. Mylène est plus mignonne que moi, et elle chante mieux aussi », écrit Moby avec humour sur son blog, le 14 octobre 2006.

 

     Dans la foulée de l’enregistrement de Slipping Away, Mylène propose au chanteur britannique d’enregistrer Looking For My Name, qui figure sur Point de suture. Un duo d’inspiration romantique, hymne aux amours éternelles, qui rappelle les Regrets murmurés avec Jean-Louis Murat. La plus belle preuve d’amitié, n’est-ce pas de parvenir à une forme de collaboration qui ressemble à un partage ?

 

      Si la chanteuse éprouve une telle attirance pour les artistes, c’est qu’elle ressent leur présence comme un réconfort. Ce sentiment d’être différent, incompris, tous les artistes l’éprouvent. Tous portent en eux « un monde fou qui veut naître », comme le fredonne la star à propos de Virginia Woolf. Au milieu des œuvres d’art, dans un atelier ou une galerie, Mylène se sent chez elle. Une toile, une sculpture peuvent l’aider à vivre plus sûrement que tous les gadgets qu’offre la technologie moderne. « J’ai une fascination pour les abstractions de Michaux et les toiles surréalistes de Max Ernst, avoue-t-elle. Je retrouve l’enfance, la magie du secret et de l’indéfini à travers leurs œuvres. J’aime aussi passionnément la peinture d’Egon Schiele. J’aurais pu être son modèle. Lorsque je me regarde dans un miroir, j’ai l’impression d’être une de ses rousses écorchées. »

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      De la peinture à la chanson, il n’y a parfois qu’un pas : Je te rends ton amour est un hommage appuyé au peintre préféré de Mylène, et particulièrement au tableau Femme nue debout. Cet artiste autrichien, dont le trait est fragile et violent à la fois, aime en effet représenter des rousses à la peau laiteuse et à la maigreur inquiétante, dont il a saisi certaines attitudes en visitant un asile psychiatrique.

 De surcroît, ses dessins érotiques lui ont valu un bref séjour en prison. Fasciné par les rouquines, intrigué par la folie, scandaleux… On comprend que Mylène ait choisi Egon Schiele pour « seul maître ». Même sa mort tragique, à seulement vingt-huit ans, des suites de la grippe espagnole, a de quoi interpeller la chanteuse.

 Bien que la peinture attire Mylène, l’exercice lui semble périlleux. « Je ne maîtrise pas du tout ni l’aquarelle, ni l’huile », confie-t-elle, modeste. Pourtant, lorsque Philippe Séguy écrit Ainsi soit-elle, elle lui confie plusieurs œuvres, qui seront reproduites dans le livre. « Un monde de ténèbres glissant sur la nuit » montre un personnage squelettique sur un fond strié de rouge guetté par deux rapaces, image de la mort qui rôde. « Une femme qui se fond dans l’infini », dessin réalisé au fusain, prouve la constance de la chanteuse, puisque ce personnage qui s’efface trouvera un prolongement parfait dans l’émouvant final du clip Fuck Them All. Si la peinture, parce qu’elle exige une initiation technique qu’elle n’a pas reçue, lui donne quelques complexes, le dessin, en revanche, constitue pour elle un geste familier, quasi naturel. Où qu’elle soit, Mylène éprouve le besoin de griffonner, de croquer des visages, de faire vivre de petits êtres qui naissent en quelques minutes sous ses doigts. 

      En 1985, lorsqu’elle dessine le story-board du clip de Plus grandir, le trait est déjà très sûr, et l’on reconnaît les prémices du style épuré des personnages qui figureront, plus tard, dans le clip de C’est une belle journée, l’ouvrage Lisa-Loup et le conteur et même sur la couverture d’un roman de Marc Lévy, Où es-tu ? Une passion qui se révèle utile pour sa carrière, lorsqu’il faut concevoir le décor d’un spectacle, par exemple, ou esquisser un élément de la scénographie, comme le sarcophage de verre dans lequel elle fait son entrée sur scène à Bercy, en 2006. Ce talent pour les arts graphiques, une partie de son public le lui reconnaît déjà. Il l’a prouvé en 2003, lors d’une exposition à l’espace Artcurial au profit de l’institut Gustave-Roussy, qui lutte contre le cancer du sein. Parmi les cent femmes célèbres ayant réalisé un tableau pour l’occasion, c’est la Toile de Mylène, composée d’un collage de deux reproductions d’œuvres de Théodore Chassériau, qui, le 29 octobre, a obtenu la meilleure enchère, six mille cinq cents euros.

  

      En cela aussi, Mylène se révèle une chanteuse à part : elle est une artiste aux dons multiples, tout comme son coéquipier, Laurent Boutonnat. Être un artiste, c’est un sacerdoce, un engagement total, une impossibilité de renoncer à l’expression de soi. Les autres domaines de la vie deviennent secondaires par rapport à ce choix premier. Marcus Niespel le dit à sa façon : « Tous les grands artistes sont différents, ils ont chacun leur genre, mais ils ont tous un point commun, ils s’engagent à fond à 100 % avec le cœur. » Mylène est de cette étoffe-là. Ceux qui prétendent qu’elle serait une truqueuse jouant avec d’autres émotions que les siennes se fourvoient : « Quand j’écris mes textes, je livre beaucoup plus de moi que vous croyez. Il suffit de savoir écouter », dit-elle. En même temps, elle partage avec les artistes dits contemporains le contrôle absolu de tout ce qui engage son nom. « Mon implication morale, intellectuelle et sentimentale est la même, de l’écriture d’une chanson à la fabrication d’un clip, d’un tee- shirt ou d’un spectacle. »

1988-06-b      Ce qui situe encore Mylène dans une communauté que partagent tous les artistes dignes de ce nom, c’est le contact privilégié qu’elle a gardé avec l’enfance. Ce refus de grandir, revendiqué dès ses débuts, est la condition qui permet aux créateurs de perpétuer dans la discipline qu’ils ont choisie les scénarios ludiques de leurs jeunes années. « L’enfance, je crois que je ne voudrai jamais la quitter. Et je crois qu’elle ne me quittera jamais non plus. 

Voilà pourquoi, même si tout me semble sans espoir, je continuerai d’être en quête de quelque chose. De l’innocence retrouvée, peut-être? »       Mylène le sait : ce n’est pas parmi les adultes qu’elle trouvera des partenaires de jeu, mais parmi ceux qui se sont donné les moyens de faire vivre l’enfance en eux en devenant artistes. Voilà pourquoi leur amitié lui est si précieuse. Même si elle est rare. 

 

Extrait du livre : MYLÈNE par Hugues ROYER aux Editions Flammarion 2008

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Dieu ou l’angoisse du vide pour Mylène Farmer

Posté par francesca7 le 25 septembre 2015

 

 

mylene-farmer_clipUne croix chrétienne composée de deux allumettes entrecroisées. Mylène la porte autour du cou sur la pochette de l’album Avant que l’ombre… Elle semble protéger son sommeil, à moins qu’elle ne veille une morte. C’est toute l’ambiguïté de cette image : le velours capitonné fait songer à l’intérieur d’un cercueil. Le symbole est fort. Il marque en même temps la puissance et la fragilité de l’empreinte religieuse. Élevée chez les sœurs au collège Sainte-Marcelline de Pierrefonds, Mylène a reçu une éducation catholique. Elle a suivi avec assiduité les cours de catéchisme. Pour autant, si Dieu est une référence dans son imaginaire, elle ne lui voue aucune révérence. « Je ne crois pas en Dieu, mais j’aime ce mot », confesse-t-elle, citant aussitôt un mot de Cioran : « Le vide s’appelle Dieu. » 

Tout juste consent-elle à jeter un de ces pavés qui frôlent le blasphème. « Mon fantasme, c’est le prêtre. Je n’avais de cesse de séduire le prêtre qui enseignait le catéchisme. Ça n’est jamais arrivé. Mais avec lui, ça pouvait aller jusqu’au fantasme sexuel. » De ce souvenir pour le moins subversif, elle fera une chanson, Agnus Dei, qui inaugure superbement l’album L’Autre. « Te voir en chair / J’en perds la tête », lance-t-elle au prêtre, dont la voix grave récite la prière rituelle de l’Agnus Dei destinée à laver les fautes des hommes. Peine perdue ! Ce fantasme lui vaudra d’être excommuniée… 

En réponse à un journaliste, qui se montre intrigué par le sens des paroles, où il est question de « génuflexion » et d’« extrême-onction », autant de termes qui dénotent les traces indélébiles d’une éducation religieuse, la chanteuse lâche cette formule lapidaire : « Dieu, je ne connais pas. Peut-être que c’est ça ma mutilation. » Mylène « l’impie » a pris ses distances avec le Grand Ordonnateur : « Je suis loin de vous… », murmure-t-elle à la toute fin de la chanson. 

Comme si la cassure n’avait pas été assez franche, la chanteuse tord le cou à la religion de son enfance dans Je te rends ton amour. Filant la métaphore picturale, le titre ressemble fort à une rupture définitive et sans appel de son interprète avec Dieu. Les images du clip de François Hanss, devenues mythiques grâce à l’extraordinaire foisonnement de symboles qu’elles charrient, confirment ce scénario d’un divorce en règle. Une aveugle entre dans une église, trouvant refuge dans un confessionnal. Après avoir lu en braille un extrait de la Bible, elle retire l’alliance qui scellait son union avec Dieu. Sans doute parce qu’elle n’y voit pas, elle ne se rend pas compte que l’être qui s’installe de l’autre côté de la paroi de bois n’est pas un prêtre bienveillant, mais le Malin lui-même, reconnaissable à ses yeux rouges et aux griffes qui prolongent ses doigts. 

L’attirant à elle, il l’hypnotise et finit par briser toute résistance. Ensuite, c’est le chaos. Tandis qu’un ange de pierre tombe et se fracasse sur le sol, l’innocente jeune femme va subir les derniers outrages : violée et crucifiée par le Malin, elle s’offre à lui lors de noces barbares. Avant de se relever, nue comme au premier jour, dans une marre de sang qui symbolise la perte de sa virginité. S’agit-il d’un rituel satanique ?

 

Certains n’ont pas hésité à l’affirmer en découvrant ce clip très dérangeant, qui n’est pas sans rappeler le climat de Rosemary’s baby , de Roman Polanski. En piétinant ainsi les fondements mêmes de notre culture judéo-chrétienne, Mylène s’est d’ailleurs attiré les foudres de la censure. Toutefois, il serait absurde de voir dans cette petite bombe de subversion le signe de quelque pacte diabolique contracté. Non, la star n’est pas tombée, comme son héroïne, entre les mains des forces du mal. En réalité, le clip de Je te rends ton amour doit beaucoup à la thèse de Georges Bataille, l’un des auteurs favoris de Mylène, qui décrit paradoxalement le sentiment religieux comme la racine même du Mal. En voulant nous baigner de pureté, le dogme catholique nous fait entrevoir l’attrait des ténèbres : car la lumière ne va pas sans l’ombre. Ériger le Bien en valeur absolue, quand l’homme est incapable d’atteindre un tel horizon, n’est-ce pas dans le même temps engendrer le Mal ?

 

Ce partage de l’être en deux faces opposées, la chanteuse l’avait déjà abordé avec force dans le titre Sans logique, dès 1988. « Si Dieu nous fait à son image / Si c’était sa volonté / Il aurait dû prendre ombrage / Du malin mal habité », lance-t-elle comme pour se dédouaner d’être une simple pécheresse. 

Pourtant, si Dieu est banni de l’univers farmerien, comme Adam et Ève du paradis terrestre, cela ne signifie pas pour autant que toute spiritualité se soit évaporée. Ainsi, la figure de l’ange conserve-t-elle une place de choix dans le répertoire de la star. « Quand je suis seule au plus profond d’un spleen, je sais qu’il est là. C’est peut-être mon double, meilleur. En tout cas, c’est une présence amie. » 

De fait, le mot est un de ceux qui reviennent le plus souvent dans ses chansons. « Les anges sont las de nous veiller », fredonne-t-elle dans Rêver. Sur l’album Avant que l’ombre…, Mylène consacre un titre, Ange, parle-moi, à cet autre auquel elle lance un appel au secours. Car cette voix qui la guide, cette présence qui l’aide à affronter la solitude existentielle, il lui arrive aussi parfois de se taire. « Parle-moi, parle-moi / Dis-moi si tu es là ? », clame alors la chanteuse pour briser un silence soudain angoissant. 

Tout le malheur de l’humanité, écrit en substance Pascal, provient de ce que l’homme serait incapable de rester seul avec lui-même dans une chambre. Mylène a beau s’isoler, elle se sent mieux lorsqu’elle peut entendre cette voix amicale. Elle abordait déjà cette question dans la chanson L’Autre : « C’est la solitude de l’espace / Qui résonne en nous / On est si seul, parfois / Je veux croire alors qu’un ange passe / Qu’il nous dit tout bas / Je suis ici pour toi / Et toi c’est moi. » On le voit, il s’agit d’une forme de dédoublement de la personne : l’ange, c’est l’écho de la conscience, un guide qui encourage, alerte ou dissuade. Tant qu’il entretient ce dialogue avec l’être, la solitude demeure supportable. 

tv-01-aLorsqu’elle chante Il n’y a pas d’ailleurs, un cri déchirant qui semble nier toute perspective d’un au-delà, Mylène ne sait pas encore que la lecture du Livre tibétain de la vie et de la mort, dans les années 1990, va modifier la donne. « Je crois avoir découvert l’idée d’une vie après la mort, dit-elle alors. Et cette acceptation est un changement assez bouleversant dans ma vie. » À cet instant-là, la sincérité du propos est indiscutable. Pourtant, sans doute en raison de l’« impermanence » dont parle Sogyal Rinpoché, cette consolation ne sera que provisoire. En 1999, Mylène n’hésite pas à faire machine arrière. « Au jour d’aujourd’hui, je ne suis plus habitée par cette philosophie. Les pansements se sont envolés »

 

Malgré tout, et même si, en raison de ce revirement, la chanteuse reprend Il n’y a pas d’ailleurs sur scène, son imaginaire continue d’être traversé par les questions spirituelles. De ce point de vue, la chanson Méfie-toi constitue à elle seule une véritable déclaration de foi dans la puissance de la pensée. « L’esprit fort est le roi / Il règne ainsi sur la matière. », chante Mylène, qui  l’autoproclame « vierge iconoclaste ». Au fond, les pensées sont comme les rayons d’un soleil intérieur qui est notre esprit. Une fois émises, elles ont une réalité, un pouvoir, une efficacité, exactement comme les choses matérielles. 

Pour s’être intéressée de près à l’astrologie, notamment au contact de Bertrand Le Page, Mylène n’ignore rien non plus de la révolution que constitue l’entrée imminente de notre planète dans l’ère du Verseau. Durant l’Ère des Poissons, les hommes ont beaucoup exploré le domaine de la navigation, qui témoigne de l’influence de l’Eau. Désormais, c’est l’Air qui va être à l’honneur. Certes, l’homme d’aujourd’hui vit déjà par l’Air : l’avion, les fusées et les télécommunications en témoignent. Mais Internet n’est qu’un brouillon de ce que seront demain les grands réseaux d’informations internationaux. En fait, ce que l’ère du Verseau nous réserve, c’est une communication puissance dix. 

Mylène l’a parfaitement compris : c’est l’artiste française dont les supports sont le plus téléchargés. En outre, plus de soixante-dix sites non officiels lui sont consacrés sur la Toile. Après avoir brûlé Dieu de façon spectaculaire, tout comme l’avait fait Frances Farmer dans sa dissertation, Mylène s’est donc inventé une nouvelle religion toute personnelle. L’ange gardien y occupe une place de choix, mais cette croyance singulière intègre également des puissances invisibles. « Quelle solitude / D’ignorer / Ce que les yeux ne peuvent pas voir » chante-t-elle dans Dessine-moi un mouton. 

Avec son regard d’enfant qui dissèque le monde, Mylène sait combien les mots ont de poids. Elle sait aussi combien une chanson peut s’avérer la plus efficace des prières. La vie lui a montré que, pour qu’un vœu se réalise, il fallait demander beaucoup, quitte à supplier parfois. Le ciel l’a exaucée en lui offrant un destin XXL. 

Extrait du livre : MYLÈNE par Hugues ROYER aux Editions Flammarion 2008


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Les mots de Mylène sont nos vies

Posté par francesca7 le 23 septembre 2015

Mylène FarmerParfois, les mots lui manquent. Elle hésite, fouille dans sa tête, se bloque. Elle a une telle exigence de clarté qu’il lui importe de trouver les termes exacts, ceux qui traduisent précisément sa pensée. La présence de l’autre ne l’aide pas. Elle est intimidée, perd ses moyens. La pression de la caméra peut même provoquer des rires nerveux. Elle se crispe pour garder la maîtrise d’elle-même. Pourtant, la diction est parfaite, les phrases prononcées dans un français impeccable. Il n’empêche… Au moment où les mots sortent de sa bouche, elle voudrait tout redire autrement, corriger ce qui lui semble encore un brouillon. « J’ai tellement envie de trouver les mots justes pour, à chaque fois, exprimer un sentiment. Et je sais que, parfois, ça va trop vite, qu’on n’a pas le temps de se préparer, que le tac au tac n’est pas quelque chose qui fait partie de moi non plus. » 

Si Mylène n’est pas à l’aise à l’oral, ce n’est pas seulement une question de tempérament. À l’âge de huit ans, lorsqu’elle débarque en région parisienne avec toute sa famille, elle s’exprime avec un accent québécois assez prononcé. À la maison tout va bien, mais à l’école ça se complique : les enfants de sa classe se moquent de sa façon chantante de parler. Chaque fois qu’elle ouvre la bouche, ils sont prêts à s’esclaffer. Blessée, la fillette se mure dans un mutisme douloureux. Conscients du malaise, ses parents prennent rendez-vous avec une orthophoniste. Motivée, Mylène ne ménage pas ses efforts pour gommer ce défaut qui la stigmatise aux yeux de ses camarades. Au bout de quelques mois, son accent s’estompe. Mais le sentiment d’avoir été rejetée pour sa différence demeure. Elle est devenue moins expansive, plus secrète. 

C’est pour cette raison qu’elle écrit. Pour venir à bout de cette confusion, mettre ses pensées en ordre de marche. C’est pour cela que tous les écrivains écrivent. Parce qu’ils n’arrivent pas à dire dans les situations du quotidien ce qui perturbe leur esprit jusqu’à les obséder. Il faut que ça sorte, d’une manière ou d’une autre. Provoquer la saignée salutaire avant de risquer l’infection. « Le froid s’installe tout naturellement en moi lorsque j’écris, confie Mylène. La température de mon corps chute. Je ne suis pas habituellement aussi frileuse mais, lorsque j’écris, je m’enveloppe de longs manteaux de laine. Le froid m’est très désagréable, mais le désir d’écrire prédomine. » Cette sensation, nombre d’écrivains la connaissent. Elle montre le lien puissant qu’entretient la création avec la mort : libérer les mots qui sont en nous, c’est affronter à mains nues les démons qui menacent de nous étrangler. 

Mylène n’est pas un écrivain, mais elle écrit. Des chansons, ce qui n’est pas anodin. Car les mots des chansons nous accompagnent parfois plus loin que ceux des romans. Prendre la plume ne lui est pas tombé dessus par hasard. C’est à quinze ans qu’elle commence à en éprouver le besoin. « L’écriture a été pour moi une thérapie. Je l’ai découverte seule quand je vivais mal le passage de l’adolescence à l’âge adulte. Je l’ai ressentie comme un viol. Écrire, c’est s’avouer des choses. Il m’est arrivé de rayer des phrases que ma main avait notées. Mon esprit me poussait à les retirer. Je ne me sentais pas encore prête pour les révéler. » Dès l’origine, on trouve donc un désir de percer l’abcès qui la ronge. Mais, à l’époque, ces mots qu’elle note comme on noircit les pages d’un journal intime ne sont destinés qu’à elle-même. 

Lorsque Mylène débute dans la chanson, il n’est pas prévu qu’elle signe des textes : elle est là pour chanter un titre conçu par d’autres. Pourtant, très vite, dès que le projet d’un premier album se concrétise, l’envie de chanter des paroles de son cru la démange. « Maman a tort n’était pas de ma plume, mais sur l’album j’ai écrit Plus grandir. J’ai éprouvé un besoin immédiat d’écrire. Mais après, c’est difficile de s’avouer qu’on est capable de le faire, d’accepter ses mots, ses émotions, et de les dévoiler aux autres. Mais là encore, c’était quelque chose d’évident pour moi. Je ne pouvais pas laisser quelqu’un d’autre écrire mes mots. » 

Pas facile non plus de se sentir en confiance lorsqu’on travaille avec quelqu’un d’aussi talentueux que Laurent Boutonnat, dont les textes sur l’album Cendres de lune, en particulier la comptine Chloé, sont des bijoux de raffinement. Par chance, le réalisateur semble peu motivé par l’écriture. « Je crois que Laurent avait envie d’abandonner la plume. » Une aubaine pour Mylène, qui va trouver son format d’expression et ne plus jamais le lâcher. 

Avec l’album Ainsi soit je, l’écriture devient centrale. Si ce disque est aussi inspiré, c’est parce que la chanteuse a tant de messages à exprimer que les mots se bousculent au portillon, s’enchaînent sans effort. Certaines chansons sont d’ailleurs finalisées en moins d’une heure. « Sur mon premier album, je n’avais écrit que trois textes. Avec Ainsi soit je, je suis arrivée à transmettre d’autres choses, sur des thèmes que je juge inépuisables, confie-t-elle. Cet album est presque un viol organisé de ma personne, dû à des contextes, à une écriture. Ce viol était un besoin, comme celui de me dévoiler par l’écriture. J’ai l’impression d’avoir dit des choses qui m’étonnent moi-même. » 

À l’époque, l’album semble tellement abouti que d’aucuns pensent que Mylène n’écrit pas elle-même ses textes. Faux ! s’insurge Bertrand Le Page, qui m’a confié combien il avait été impressionné par la sûreté de la plume de Mylène. « Lorsqu’elle m’apportait une chanson, tout était parfait. Il n’y avait rien à changer. Pas même une virgule. » Qui sont ses modèles ? D’où lui vient cette facilité à s’adapter à ce format si singulier qui a découragé de nombreux écrivains, et non des moindres ? Difficile à dire. Sans doute ses cahiers d’adolescente ont-ils constitué des brouillons à ses chansons, qui ont toutes en commun de ne parler que d’elle. 

Lorsqu’on cherche ses références, un nom s’impose, qu’elle cite parfois, celui de Serge Gainsbourg. « On peut être une artiste populaire tout en cultivant un certain élitisme, dit-elle. De toute évidence, il existe une envie de démolir les tabous, de se violer, soi et le public, avec des thèmes qui ne sont pas populaires. Seul Gainsbourg avait su jusqu’à présent les aborder. » Des propos qui semblent immodestes, mais qui montrent surtout combien l’écriture a donné à Mylène l’assurance qui lui manquait à ses débuts. 

Ce qu’elle partage avec cet immense artiste, outre un sens indéniable de la provocation, c’est d’abord la jouissance des mots. Pour l’esprit qui les convoque et les associe, ils sont des instruments de pur plaisir. « J’aime les mots depuis toujours, leur sonorité, et m’amuser avec, voilà tout », explique Mylène. Et elle le prouve ! Goût prononcé pour les allitérations dans Pourvu qu’elles soient douces (« Tu t’entêtes à te foutre de tout »), dans Pas de doute (« Quand tu n’as plus ta tête, tu fais tout trop vite ») ou dans Dégénération (« Coma t’es sexe, t’es styx / Test statique »). Jeux de mots appuyés, comme dans le single Q.I. (« Même si j’en ai vu des culs / C’est son Q.I. qui m’a plu »). Doubles sens à connotation sexuelle, comme dans L’Âme-Stram-Gram, où Mylène pervertit avec délectation une comptine innocente (« Âme-Stram-Gram, pique, pique-moi dans l’âme, / Bourrée bourrée de nœuds mâles, / Âme-Stram-Gram pique dames »). Mots cryptés qui surgissent au détour de formules ciselées, comme dans Méfie-toi (« Dieu que l’icône est classe »). En outre, de même que Gainsbourg à la fin de sa carrière, Mylène apprécie les anglicismes. 

Au départ, pourtant, la langue de Shakespeare lui donne des complexes : elle ne la maîtrise pas suffisamment pour l’utiliser dans ses chansons. Ainsi, elle fait appel à Ira Israël pour traduire Que mon cœur lâche, qui va devenir My Soul Is Slashed. Pourtant, Mylène jette la première version aux orties. « Donc, on a décidé de travailler ensemble mot à mot, raconte le traducteur. Elle était très exigeante : la sonorité de chaque mot, le rythme, le sens, le feeling – tout était hyper important. Chaque fois que je pensais que j’avais trouvé quelque chose d’intéressant, elle disait : “Non, ça ne marche pas.” » 

Par la suite, la chanteuse va apprivoiser l’anglais qu’elle a un peu trop négligé au lycée. Cours intensifs dès 1990, séjours aux États-Unis, lectures de romans en version originale, conversations courantes avec des anglophones, en particulier Jeff Dahlgren au moment de l’album Anamorphosée… Cette langue, d’abord étrangère, peu à peu pénètre son univers. À tel point que, depuis California, les mots anglais ont envahi ses chansons. Ainsi glisse-t-elle des segments de phrases entiers dans de nombreux titres (« Don’t let me die » dans Ange, parle-moi, « Blood and tears » dans Fuck Them All ou « Shut up » dans Peut-être toi), qui semblent désormais lui venir exactement comme des mots en français. Sans compter les titres bilingues chantés en duo, parmi lesquels Slipping Away et Looking For My Name, les deux titres qui signent sa collaboration avec Moby. Preuve que la star s’est, une fois de plus, donné les moyens de son ambition.

 

Pourtant, faire de Mylène un disciple de Gainsbourg ne suffit pas. Même si elle partage avec l’auteur de La Javanaise le goût de mettre les mots en musique, elle possède son imaginaire propre, une manière singulière de manier la langue. Curieux de décrypter les paroles de ses chansons, certains fans ont recensé les mots les plus usités du répertoire farmerien. Sans surprise, « vie », « amour » et « âme » occupent les premières places du podium. Ce qui est plus intéressant sans doute, ce sont les néologismes : de plus en plus, quand elle ne parvient pas à exprimer ce qu’elle ressent avec les mots du dictionnaire, Mylène en invente de nouveaux. Nul n’a oublié le fameux Optimistique-moi adressé à la figure paternelle. Mais il lui arrive aussi de transformer un nom ou un adjectif en verbe, qu’elle n’hésite pas à conjuguer. Cela donne « Quand la lune est si pâle / L’être se monacale » dans Pas le temps de vivre, « Dis-moi comme / J’extase » dans Sextonik, ou encore l’infinitif « coïter », dont il serait superflu de préciser le sens, dans C’est dans l’air. 

Mylène FPlus elle avance dans sa carrière, plus l’écriture semble essentielle à ses yeux. « Écrire mes chansons, c’est ma raison de vivre », dit-elle volontiers. Qui pourrait en douter ? Et même si sa production (une centaine de chansons en vingt-quatre ans) est loin d’être démesurée, Mylène cisèle ses textes avec un soin extrême, soucieuse d’éclairer son public sur une zone encore secrète de son âme. D’où, parfois, un certain hermétisme, qui pousse quelques fans à se lancer dans des exégèses délirantes. 

Comment procède-t-elle pour accoucher de ses chansons ? « J’ai besoin de m’enfermer dans une pièce, quelle qu’elle soit, d’avoir un dictionnaire à côté de moi. » La plupart du temps, la musique a été composée auparavant. Laurent Boutonnat lui confie les enregistrements ; à elle de sculpter les mots qui épousent ses partitions. « Je travaille avec un tout petit magnétophone, sur des maquettes, et là je me mets à écrire… Mais j’ai besoin de la musique avant. » Pour elle, la partition est une base à la fois contraignante et rassurante : elle force l’esprit à une certaine concision, l’empêche de se laisser aller à des débordements. 

En revanche, Mylène n’écrira sans doute jamais de roman. Trop ambitieux. Encore moins ses Mémoires. Trop dangereux. La chanson demeurera son format de prédilection. Elle y excelle. En 1999, elle assurait avoir rédigé plusieurs pages d’un texte « qui tend vers la pornographie », mais s’interdisait alors toute idée de publication. En 2003, elle s’est essayée au conte philosophique. Un titre énigmatique, Lisa-Loup et le conteur. Un joli projet dont on retiendra surtout la virtuosité des dessins, signés de sa main, et quelques formules heureuses. En dépit de la profondeur du propos, l’ensemble n’a guère convaincu. Malgré un beau succès en librairie, de nombreux lecteurs sont restés sur leur faim. 

Mylène sait que les formes courtes lui sont plus favorables. Elle a besoin d’un cadre pour canaliser le flux de son écriture. Les musiques de Laurent Boutonnat demeurent son premier repère. Quand elle écrit des chansons, elle se sent forte. Tricoter les mots, elle sait faire. « L’univers a ses mystères / Les mots sont nos vies », fredonne-t-elle, en hommage au pouvoir du langage, dans le titre phare de sa première compilation. C’est grâce aux mots qu’elle a pu transformer sa vie en destin. Pour avoir accompli cet exploit, elle ne leur dira jamais assez merci. 

 

Extrait du livre : MYLÈNE par Hugues ROYER aux Editions Flammarion 2008

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« Oui, je suis narcissique » : Parole de Mylène

Posté par francesca7 le 16 septembre 2015

Parole de MylèneLes bureaux de Toutankhamon, un après-midi de 1990. Le romancier Philippe Séguy assiste en exclusivité à la projection privée du clip Allan Live. Après la première tournée et le triomphe au Palais des Sports, Laurent et Mylène ont eu l’idée romantique de brûler au lance-flammes le cimetière qui avait servi de décor au spectacle. La séquence, filmée, est intégrée au montage. Tous les trois s’installent sur des chaises dans le studio prévu à cet effet. Sur le visage de Mylène, que Philippe scrute avec autant de curiosité que l’écran, aucune émotion n’affleure. Rien qui ne perturbe son teint laiteux. Manifestement, la chanteuse n’éprouve aucun plaisir à se contempler. Face à son reflet dans l’image, elle demeure d’une froide indifférence.

 

On la croit nombriliste, rien n’est plus faux. Elle est narcissique, ce qui n’a rien à voir. Et elle en fait l’aveu sans l’ombre d’un complexe : « C’est vrai, je suis narcissique. » On aurait tort de prendre cette déclaration pour une simple provocation. Mylène sait de quoi elle parle. Ce trait de son caractère, elle l’a constaté depuis l’enfance. L’attrait irrésistible du miroir, l’impression que le visage qu’on aperçoit n’est pas le sien, mais celui d’une amie qu’on a envie d’apprivoiser, de séduire… « Le miroir, dit-elle, est fondamental dans ma vie. J’ai en permanence besoin de mon reflet. » Un besoin viscéral en effet.

 

Lorsque le reflet semble bienveillant, la personnalité narcissique se sent apaisée, enfin complète. Cette faille, sans doute très archaïque, semble cicatriser, du moins provisoirement. On songe à la célèbre théorie du désir élaborée par Platon dans le Phèdre : nous aurions été autrefois scindés en deux et, depuis ce jour, nous rechercherions la moitié qui nous manque. Le clip de L’Âme-Stram-Gram met en scène cette dualité de manière limpide : les sœurs jumelles incarnées par la star sont dépossédées de leurs pouvoirs magiques dès lors qu’elles sont séparées. En revanche, une fois réunies, elles sont capables de mettre un groupe de cavaliers sanguinaires hors d’état de nuire.

 

C’est la même chose pour Mylène : il lui faut être en communion avec l’autre partie d’elle-même pour se rassembler et donner le meilleur de son talent. Elle ne délivre pas, au fond, d’autre message dans la chanson L’Autre, qui demeure une énigme pour bien des exégètes de son répertoire. Et lorsque la chanteuse tente d’expliquer ses intentions, elle prend soin de ne jamais fermer le sens. « L’autre suppose beaucoup d’autres. Ça peut être l’autre moi. Ça peut être cette chose qui n’a pas d’enveloppe physique et qui est au-dessus de vous et qui va vous aider, vous diriger parfois, vous contrarier aussi. Ça peut être l’autre, une autre personne. J’ai essayé de trouver un mot qui puisse évoquer beaucoup de choses. Ça peut être aussi la schizophrénie, pourquoi pas ? »

 

La schizophrénie. Un mot lâché au passage, excessif sans doute, puisqu’il évoque une forme de psychose dont, bien évidemment, Mylène ne souffre pas. En revanche, son imaginaire en atteste, l’aliénation mentale est un thème qui l’attire. « L’univers de la folie ne cesse de me fasciner  », dit-elle. Convaincue qu’il y a une forme de vérité à découvrir chez les personnes atteintes de ces troubles, elle n’hésite pas à déclarer : « J’ai toujours été attirée par les névrosés et les désespérés parce que je sais que la vraie vie est en eux. Pas dans cette fausse image renvoyée par les magazines où tout est trop lisse pour être vrai. »

 

Incarner à l’écran dans Giorgino, une jeune femme déséquilibrée va d’ailleurs lui permettre d’accomplir un envoûtant voyage intérieur aux frontières du pathologique. « Catherine m’a séduite par sa fragilité, son étrangeté, par cette violence sourde, enfantine, qui émane d’elle. Mal armée pour se défendre, elle exprime ses émotions brutalement, simplement, sans passer par le tamis de la réflexion. Je me sens moi-même proche de cette animalité, de cette réponse immédiate et instinctive à toute agression extérieure. D’ailleurs, au cours du tournage, je me suis demandé si c’était Mylène qui nourrissait Catherine, ou l’inverse. J’avais le sentiment que la frontière entre le normal et la folie est très mince. »

 

De ce point de vue, le clip de Sans logique illustre parfaitement la dualité du désir : coiffée de   cornes en métal, Mylène transperce l’homme qu’elle aime. Preuve que l’identité, au sens d’une unité à réaliser, demeure problématique. « Sans logique / Je me quitte », fredonne la chanteuse. Des paroles que ne renierait pas, en effet, un schizophrène.  Cette dualité fondamentale occupe une place de choix dans son répertoire. Parfois, elle déjoue même les apparences : on croit que la chanteuse s’adresse à quelqu’un d’autre et il ne s’agit que d’un dialogue… avec elle-même. Le « tu » se confond alors avec le « je », comme dans Tristana : « Adieu Tristana / Ton cœur a pris froid », murmure-t-elle dans un souffle, avant d’achever le refrain par : « Ne le dites pas / Tristana c’est moi. »

 

D’une certaine façon, Mylène poursuit dans l’écriture ces jeux de dédoublement

auxquels s’adonnent les jeunes enfants, seuls dans leur chambre. Lorsqu’on tend l’oreille, on s’aperçoit qu’ils peuvent tenir des conversations entières avec un objet transitionnel, peluche ou poupée, sur lequel ils projettent leur personnalité.

 

Flirter avec la schizophrénie, jouer avec le symbole, ne signifie pas qu’on risque soi-même de sombrer dans le dédoublement de personnalité. Au contraire, le privilège de l’artiste, en mettant à distance ses propres angoisses dans son œuvre, est de se prémunir contre le risque de la folie. Le quotidien de Mylène n’a rien de déstructuré, bien au contraire. Ainsi, lorsqu’elle se trouve à Paris, ses journées de travail sont plutôt calibrées : départ autour de midi vers les bureaux de Stuffed Monkey, sa société, et retour à son domicile vers dix-neuf heures. Rien à voir avec le tempérament borderline d’une Amy Winehouse. Le modèle « sex, drugs and rockʼn’roll », très peu pour elle ! « Elle déteste se coucher après minuit », m’a confié Bertrand Le Page dans les années 1990. Sans doute cet irréductible noctambule, qui avait besoin d’entendre des voix amies au cœur de la nuit, exagérait-il un peu. Aujourd’hui, en tout cas, la star semble se coucher plus tard. Dans Appelle mon numéro, elle évoque avec malice son « plus beau geste », celui de poser sa tête sur l’oreiller, privilège réservé à celui qui « entre dans l’histoire » – autrement dit, la sienne.

 

Fidèle à certains rituels dont l’empreinte remonte à l’enfance, Mylène aime à réunir les membres de sa famille le dimanche. Sa sœur Brigitte, son frère Michel, sa mère, Marguerite, mais aussi ses nièces. Ils sont les témoins de son passé, ses repères les plus intangibles, les garants d’une certaine continuité dans son parcours. Elle a besoin d’eux pour garder son équilibre. Dans les moments qu’elle partage avec eux, elle n’a pas besoin de jouer à la star, ni d’imposer ce rapport de force, de chercher de nouveaux subterfuges pour demeurer distante. Bref, sa famille l’aide à se rassembler, à lutter contre la tentation périlleuse du morcellement.

 

« Dans mes chansons, je ne parle que de moi ! C’est de l’égocentrisme artistique », reconnaît Mylène. Une manière d’assumer son narcissisme avec panache. Mylène ne peut faire autrement : ce qu’elle exprime d’abord, c’est sa difficulté à recoller les morceaux de son être. Toutefois, passer son existence à gérer ses paradoxes ne signifie nullement que les autres ne formeraient qu’un simple décor. Une personnalité narcissique n’est pas nécessairement obsédée par son plaisir égoïste. Elle ne désire pas forcément, non plus, être le centre de toutes les conversations. Ses collaborateurs le confirment, Mylène n’a rien de ces artistes nombrilistes centrés sur leur petite personne, qui envahissent les autres avec leurs états d’âme. Christian Padovan, bassiste sur la tournée de 1989, a d’ailleurs été frappé par le comportement atypique de la chanteuse : « Mylène ne pleure pas sur elle, la plupart du temps, comme peuvent le faire d’autres chanteurs. Elle n’attend pas les congratulations habituelles, les “tu es formidable”. Elle s’en fiche. Elle a travaillé, c’est cela qui est bien. »

 

Autre trait de son caractère qui détonne : un sens de l’écoute exceptionnel. Tous les témoignages concordent sur ce point. « Elle n’a rien d’une fille égocentrique, me dit Elsa Trillat. Quand les gens l’intéressent, elle pose même énormément de questions. » « Dans la vie, c’est quelqu’un de tout à fait courtois, charmant, calme, très attentif, à l’écoute des gens », confirme Agnès Mouchel, monteuse des premiers clips. Quant au photographe Jean-Marie Périer, il semble encore sous le charme de leur première rencontre. « J’ai été séduit par son incroyable faculté d’écoute et l’intérêt qu’elle sait porter aux autres. Une artiste qui peut parler d’autre chose que d’elle-même est, croyez-moi, une denrée des plus rares. Je n’avais pas rencontré cette qualité d’attention depuis Simone Signoret. »

 Mylène narcissique

Elle possède ce regard qui vous transperce, ce désir de savoir comment vous tenez debout malgré tout, comment vous parvenez à gérer le paradoxe de la vie, à surmonter vos doutes qui sont aussi les siens. « Tu sais que ta vie / C’est la mienne aussi », chante-t-elle dans Il n’y a pas d’ailleurs. Il y a une universalité dans la difficulté d’être, une communion peut s’instaurer. N’allons pas croire que les personnalités narcissiques soient enfermées en elles-mêmes : cette faille qui rend leur bonheur incertain leur sert de rampe d’accès à l’autre et c’est par ce biais qu’elles pénètrent, parfois avec fulgurance, l’âme de ceux qui croisent leur route. Voilà sans doute une autre clé du succès de Mylène : alors qu’elle ne parle que d’elle-même, chacun peut éprouver le sentiment, lors d’un concert, qu’elle ne s’adresse qu’à lui.

 

Bien sûr, la chanteuse ne s’intéresse pas à tout le monde. Elle le dit elle-même, dès ses débuts, quitte à passer pour misanthrope : « J’aime très peu de gens. Je suis très exigeante. » Mais ça ne l’empêche pas de se montrer attentionnée avec ceux qui travaillent pour elle. Généreuse, même. Car, ce qu’on ignore, c’est qu’elle adore faire des cadeaux : choisir précisément l’objet qui va toucher l’autre, lui apporter la preuve qu’elle le voit. Ainsi, après les représentations de son spectacle au Palais des Sports, du 18 au 25 mai 1989, tous les musiciens se voient offrir un magnifique stylo Bulgari en argent massif. Ou encore, le jour de son anniversaire, le bassiste Christian Padovan a la surprise de recevoir un joli pull en cachemire. Être attentive à son équipe, c’est aussi, à la même époque, faire livrer, tous les soirs, après le spectacle, du champagne Cristal Roederer à foison dans les loges.

 

Pour Mylène, cette première tournée va d’ailleurs être l’occasion d’une prise de conscience inattendue. Le déclic se produit lors d’une de ces conversations qui s’amorcent parfois après le show, au moment où, galvanisée, la chanteuse semble peiner à redescendre sur terre. « Un ami m’a demandé : “Pourquoi chantes-tu ?” J’ai répondu : “Pour moi.” Il m’a dit : “Moi, je chante pour eux.” Dans l’incroyable ferveur dont j’étais l’objet, j’ai mesuré alors l’attente que le public, les autres, avaient de moi. » Habituée à tout donner, Mylène n’avait pas encore pris la peine de recevoir.

 

Il ne faut pas chercher ailleurs le sens de ces torrents de larmes, versés sur scène, et qui ont fait couler tellement d’encre. On lui a reproché de tricher, de théâtraliser un chagrin d’opérette. Des soupçons qui l’ont profondément choquée. « Quand les larmes coulent, c’est l’émotion qui parle. Et là, quoi que certains veuillent en penser, on ne triche pas. Je sais ce que j’ai ressenti chaque soir sur scène. Personne ne pourra me convaincre d’avoir menti sur ce que j’éprouvais216. » Certes, l’image d’une artiste qui craque en public semble inhabituelle, voire déplacée. N’est-ce pas les spectateurs qui sont censés vibrer d’émotion ?

 

Chacun de ses spectacles comporte un moment propice à ses débordements lacrymaux. Une ballade triste, son visage se crispe, sa gorge se serre, et l’émotion la submerge. En 1989, elle pleure en interprétant Ainsi soit je, puis, au moment du rappel, Je voudrais tant que tu comprennes. En 1996, elle sanglote sur Rêver – le public reprend même le refrain à sa place –, puis sur Laisse le vent emporter tout. En 1999, elle a toutes les peines du monde à chanter jusqu’au bout Pas le temps de vivre et Dernier sourire. À Bercy, en 2006, fredonner L’Autre la bouleverse à chaque fois. Quelle chanson provoquera le même effet au Stade de France en 2009 ? Si j’avais au moins…, sans doute.       Face aux sceptiques, persuadés que la star met en scène ses émotions, le guitariste Slim Pezin n’hésite pas à monter au créneau. « Mylène sait ce qu’elle dit, ce qu’elle chante avec des références à son parcours. Bien entendu, il y a certainement son côté comédienne, mais elle le vit vraiment. Quand on est en répétition, cela va au-delà de ce qu’on peut imaginer. » Pour ce grand musicien, le fait que la chanteuse pleure aussi en l’absence du public est la preuve irréfutable de sa sincérité. Si tout était le fruit d’un calcul cynique, n’économiserait-elle pas ses larmes durant les répétitions ?

 

De son côté, la star s’est expliquée sur l’émotion qui l’habite dans ces moments-là : « Il y a des chansons dont les textes me touchent profondément. Et puis, c’est vrai que l’écoute que j’ai, qui est d’une grande qualité, d’une grande chaleur, me provoque, me suscite des émotions. » En fait, ses larmes ne sont pas étrangères à son tempérament narcissique. Parce que la chanteuse fait partie de ceux pour qui donner est plus facile que recevoir, les instants où elle ressent cet amour sont particulièrement dévastateurs. Cette affection démesurée, lorsqu’elle perce la cuirasse de la chanteuse, a donc des allures de raz-de-marée intérieur. En même temps, c’est une émotion libératrice. Des instants miraculeux où Mylène échappe à sa forteresse de solitude. Le temps d’une chanson.

 

 

Extrait du livre : MYLÈNE par Hugues ROYER aux Editions Flammarion 2008

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On va le payer très cher, ma Chère MYLENE

Posté par francesca7 le 9 septembre 2015

inavouable0
 
      Laurent Boutonnat l’avait pressenti : 
« Nous n’allons pas continuer à faire tout ceci impunément, confie-t-il en 1990.
 Un jour, on va le payer très cher, car nous perdons la conscience de la violence,
 de la noirceur, de la morbidité . » La sanction est venue avec Giorgino, 
implacable et sans appel. Sorti le 5 octobre 1994, le film n’a totalisé que soixante
 mille entrées dans l’Hexagone et a dû quitter l’affiche au bout de deux semaines,
 enterré par une critique assassine. De quoi assombrir le moral du réalisateur pour
 longtemps : profondément affecté, il va se terrer pendant trois ans.
 
      Pourquoi un tel fiasco ? Au-delà de l’évidence, qui veut qu’un échec, au même
 titre qu’un succès, soit toujours un malentendu, la question ne va cesser de hanter
 le duo Farmer/Boutonnat, qui affiche depuis ses débuts un parcours sans faute. 
Auraient-ils perdu en chemin la recette qui a fait leur prospérité ? Ont-ils cru 
à tort qu’ils étaient devenus invincibles ? Pour ces alchimistes dans l’âme, toujours
 prompts à interpréter les signes du destin, il s’agit, en tout cas, d’un avertissement
 cinglant qu’il convient de prendre au sérieux. Une alerte rouge.
 
     Sur le moment, un sentiment d’injustice prédomine. Toutes ces années de travail
 réduites à néant. Pour Laurent, c’est le rêve d’une vie qui s’effondre. 
L’idée originale de Giorgino a germé durant son adolescence et n’a jamais quitté 
son esprit par la suite. Même sa rencontre avec Mylène est l’occasion pour lui de
 donner un visage au personnage de Catherine qu’il a en tête. « Depuis le début, 
Laurent ne pense qu’à son film, explique Christophe Mourthé. Les clips sont des 
prétextes pour pouvoir décrocher de l’argent afin de réaliser une œuvre de plus
 grande envergure. » Bien sûr, la carrière de la chanteuse n’est pas un pis-aller
 pour lui, c’est un projet majeur auquel il consacre toute son énergie. 
 
Mais les clips constituent, en quelque sorte, des courts-métrages expérimentaux.
 En faisant ainsi ses gammes, Boutonnat espère convaincre un producteur de financer
 son film. Son but ? S’imposer dans le septième art, discipline infiniment plus 
noble que la chanson à ses yeux, tout en permettant à Mylène de faire ses débuts 
d’actrice avec un rôle sur-mesure.
 
     Impatient de montrer l’étendue de son talent, désireux de signer un chef-d’œuvre
 dans la lignée des réalisateurs qu’il admire, Polanski, Tarkovski ou David Lean, 
Boutonnat va s’infliger une pression colossale. Des années plus tard, évoquant 
enfin ce sujet sur lequel il est resté si longtemps mutique, il
reconnaît que le projet s’est d’emblée heurté à des obstacles de taille. 
« S’il n’y avait pas cette volonté, cette nécessité à cette période, ce film 
n’aurait jamais dû se faire. Son économie n’était pas rationnelle. »
 
     Dès l’origine, Giorgino porte en lui les germes d’un film maudit. Il ne tient
 en effet que par la volonté d’un homme. Obsession qui l’enferme dans un solipsisme 
périlleux, une forme de paranoïa qui transforme chaque obstacle nouveau en coup du sort.
 Aucun producteur ne veut financer le film ? Qu’à
cela ne tienne, avec l’argent récolté grâce à la carrière de Mylène, Boutonnat investit
 les deniers de sa propre société, Heathcliff, pour régler les deux tiers de la facture
 totale, quatre-vingts millions de francs, Polygram assurant le financement du tiers restant.
 1987-01-a

      Lorsque débute le tournage, le 2 janvier 1993, ce sont les conditions climatiques
 capricieuses qui contrarient le dessein du cinéaste : alors que les premières
 séquences doivent être tournées dans des paysages enneigés, pas un seul flocon
n’est tombé depuis des semaines – ce qui est exceptionnel pour la saison en Slovaquie.
 Le planning doit donc être modifié dans l’urgence. Plus tard, ce sont les températures
 glaciales qui interrompent à nouveau le tournage, faisant souffrir les caméras et 
geler une partie du matériel. Boutonnat joue de malchance, encore. Certes, la situation
 se débloque lorsque la neige se met à tomber, mais ce soulagement 
– ressenti par toute l’équipe – ne va guère dérider l’ambiance générale.
 
      Est-ce le thème du film, histoire sombre d’un médecin qui enquête sur les
 enfants disparus d’un orphelinat durant la Grande Guerre ? Est-ce le froid qui
 glace les esprits ? Même si Mylène ne se plaint jamais des rudes conditions que
 lui impose son rôle, elle ne se sent guère rassurée par son mentor, qui exige 
d’elle toujours davantage. Dès qu’elle le peut, afin d’échapper à une ambiance 
glauque qui ne lui convient pas, la chanteuse s’échappe à Prague et se ressource
 en flânant sur le pont Charles. « Cinquante personnes qui vivent les unes sur les
 autres pendant cinq mois, c’est très révélateur de l’âme humaine. 
 
C’est beaucoup de tricheries, beaucoup de mensonges », confie-t-elle, désabusée.
 Comme si le fait d’avoir surmonté tous ces handicaps ne suffisait pas, 
le distributeur, AMLF, juge le film trop long et repousse sa date de sortie, 
initialement prévue pour le 24 août 1994. Boutonnat se sent frustré dans sa
 toute-puissance de créateur, mais accepte d’amputer son œuvre d’une heure 
– au total Giorgino dure deux heures et cinquante-sept minutes. Entre août 
et octobre, la pression médiatique monte d’un cran. 
 
Mylène et Laurent, qui ne sont manifestement plus à l’unisson, s’acquittent de la
 promotion comme s’ils couraient à l’abattoir. La chanteuse semble apeurée, 
totalement dépourvue d’enthousiasme. « Après les scènes, je n’avais qu’une envie :
 aller me cacher, confie-t-elle. Quand on sort de soi ce que l’on ne s’autorise pas
 à laisser voir dans la vie de tous les jours, il faut un moment pour se reprendre,
 pour ne pas imposer aux autres, une fois le mot “coupez” prononcé, l’indécence de 
ces pulsions secrètes. C’est très fatigant aussi cette extériorisation de soi, 
c’est très violent. » Des propos qui paraissent, avec le recul, plutôt dissuasifs
 pour le public des salles obscures.
 
     Parmi les raisons qui expliquent l’échec de Giorgino, nombreux sont ceux qui
 pensent que sa noirceur excessive a rebuté le public. Mylène elle-même a l’air de
 partager cet avis quand elle confie : « C’est un film noir, très très noir. 
Tout y est vain. » Cette atmosphère lourde était pourtant la consigne de départ, 
comme l’explique Pierre Guffroy, décorateur incontournable du cinéma français à 
qui Boutonnat a fait appel. « Il ne voulait pas une sorte de misérabilisme réaliste,
 il désirait vraiment une atmosphère pourrie. »
 radio-02-b
     Sans doute cet univers oppressant aurait-il été supportable si l’œuvre avait duré 
deux heures au lieu de trois – comme initialement prévu. Mais, sur le tournage, 
le timing des scènes s’est étiré, au grand étonnement de Gilles Laurent, 
le coscénariste, lorsqu’il découvre le résultat final : « J’ai précisément en
 tête une scène calculée à vingt secondes avec Laurent et que j’ai retrouvée à 
une minute dix en projection. » Apparemment, ces excès de durée ont été monnaie
 courante, comme si le réalisateur, ivre de son travail, ne parvenait plus à 
arrêter la caméra. Étienne George, photographe de plateau, partage ce sentiment.
 « Comme Laurent avait fait des clips audacieux que les gens avaient beaucoup aimés,
 il pensait que son film allait être révolutionnaire. Et il a eu du mal à se plier 
à des règles commerciales. Giorgino, c’est comme un long et beau clip, développé 
de façon peut-être déraisonnable. »
 
     Impossible de refaire l’histoire, mais il est certain que certains passages,
 comme l’interminable scène de beuverie au bar du village, auraient manifestement
 gagné à être raccourcis. « S’il avait duré deux heures, le film aurait marché »,
 m’a assuré Bertrand Le Page, entre deux coupes de champagne, en 1995. Alors qu’il
 n’avait aucune raison d’être tendre envers ceux qui l’avaient éconduit, il 
appréciait l’univers décadent de Giorgino, sensible au message qu’avait voulu 
véhiculer Boutonnat, notamment sur la cruauté de l’enfance.      Avec le recul, 
il n’est pas inutile non plus de méditer une réflexion de Gilles Laurent. 
« Au final, Giorgino a peut-être été vidé d’une certaine substance en nourrissant
 d’autres projets annexes, avant même de voir le jour. » Il est vrai que, durant 
le temps où Boutonnat a différé son film, il a donné le meilleur de lui-même pour
 lancer sa muse. Au fond, l’énergie que le réalisateur voulait mettre dans 
Giorgino n’avait-elle déjà été en partie vampirisée par les clips de Mylène ? 
Collaborateur fidèle et consciencieux, qui a participé à l’écriture des vidéos 
de Pourvu qu’elles soient douces et Sans logique, Gilles Laurent sait de quoi 
il parle : Giorgino n’a pu être écrit qu’en pointillé, la chanteuse demeurant 
la priorité absolue.
 
     En cet hiver 1994, Boutonnat a le moral en berne. « J’ai eu assez peur pour
 lui dans les semaines qui ont suivi la sortie de Giorgino, confiera son coscénariste
 des années plus tard. Je me demandais quel homme serait capable d’encaisser toute
 cette haine. Mais Laurent est une force de la nature. » Dans un sursaut d’orgueil,
 le réalisateur fera interdire toute diffusion de son œuvre – seul Canal + pourra
 le programmer, conformément à une clause contractuelle.
 
     Il faudra attendre 2007 pour que le public ait la possibilité de redécouvrir 
Giorgino. Quatorze ans ont été nécessaires pour que Laurent digère cet échec. 
Sans doute le fait qu’il ait tourné entre-temps un autre long-métrage, Jacquou 
le Croquant, qui a réalisé un million d’entrées en France, a-t-il joué comme un 
déclic libérateur. Annoncé par une bande-annonce inédite, sorti avant les fêtes 
de Noël dans un luxueux coffret, dont le visuel montre le joli postérieur de Mylène,
 le DVD a reçu un accueil plutôt bienveillant, comme si la critique, avec le recul,
 percevait enfin les qualités du film. En outre, le style Boutonnat, cette manière
 de filmer peu académique, avec ces ralentis qui semblent dilater le temps, ou ces 
plans rejoués de manière obsessionnelle, n’a pas échappé à la nouvelle génération 
des cinéastes.
Parmi eux, Pascal Laugier n’a pas manqué, en 2004, lors de la sortie de Saint Ange, 
avec Virginie Ledoyen, d’expliquer en quoi Giorgino l’avait inspiré. Conspué à sa 
sortie, le film de Boutonnat pourrait bien, dans deux décennies, devenir culte.
 
     Car malgré ses défauts, ou précisément à cause de ses défauts, Giorgino demeure
 un film envoûtant, injustement cloué au pilori. Certains passages de la bande originale, signée Boutonnat, notamment ceux qui évoquent l’enfance, sont bouleversants. Pierre Guffroy, 
qui a créé les décors, reste un des plus ardents défenseurs de ce conte singulier : 
« Je ne m’en lasse pas. Je trouve Giorgino extraordinaire, un vrai film d’auteur. » 
Quant à Mylène, lorsqu’elle évoque son premier rôle au cinéma dans le bonus du DVD, 
elle ne tarit pas d’éloges sur l’œuvre de son mentor. « Un projet atypique », 
« à la fois onirique, désespéré et si novateur », dit-elle, évoquant « un film 
remarquable, au sens premier : il dérange, mais ne laisse pas indifférent ».
 
Avec le recul, impossible de ne pas penser aussi que Giorgino, film maudit par 
excellence, n’a pas, paradoxalement, renforcé la légende Farmer. Toutes ces anecdotes
 étranges autour du tournage n’ont fait qu’épaissir le mystère de la star. 
Protecteur, comme à son habitude, Boutonnat a d’ailleurs pris soin de ne pas laisser
 sa muse porter seule le film sur ses épaules : son personnage, Catherine, n’apparaît
 qu’au bout de quarante minutes, et c’est Jeff Dahlgren qui est omniprésent à l’écran.
 En outre, sans doute parce que son jeu n’est pas en cause, Mylène, impeccable en 
jeune femme autiste, a été épargnée par la critique.  À l’époque, elle s’en sort 
plutôt bien. Mais si ce n’est pas son échec, c’est un échec tout de même.
 
Jusqu’alors, elle et son mentor se sentaient invincibles. Cette noirceur, ils 
l’ont poussée très loin parce qu’ils étaient convaincus qu’elle répondait aux 
attentes du public. Avec le naufrage de Giorgino, la donne change radicalement.
 Mylène prend conscience que le côté obscur de Laurent, qu’elle partage, peut la
 conduire droit dans le mur. Elle a besoin d’un bain de lumière pour renaître. 
C’est sa seule chance, elle le sait, de survivre.
  
Extrait du livre : MYLÈNE par Hugues ROYER aux Editions Flammarion 2008

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Créer une image réussie de MYLENE

Posté par francesca7 le 5 septembre 2015

 

 

   Mylène réussie   Le paradoxe vaut d’être souligné : Mylène Farmer est la première artiste de variétés à avoir autant misé sur l’image que sur la musique. Certes, il existe un son « Boutonnat », reconnaissable entre tous, un sens des mélodies imparables qui accrochent l’oreille dès la première écoute. Mais cette manière de composer se rattache elle-même à un univers cinématographique. Un cas unique dans l’Hexagone, qui s’explique par la configuration unique de la rencontre entre la muse et son Pygmalion. Rien d’étonnant, au fond, à ce que deux êtres qui rêvent de cinéma s’attellent au même but : créer une image qui marque les esprits.

      Selon la formule bien connue de Gainsbourg, la chanson n’est qu’un art mineur. Afin de l’élever à un niveau où elle transcende son destin éphémère, Laurent Boutonnat ne cache pas son ambition : « Une chanson, c’est bien, mais c’est quelque chose de très simple. Travailler autour de ça, l’image et tout ce que ça comporte, c’est passionnant », affirme-t-il dès 1986. À l’origine même, le clip remplit une double fonction : il est le support promotionnel d’un titre et participe à l’élaboration de l’image, à plus long terme, de l’artiste. Aux États-Unis, Michael Jackson l’a bien compris, lui dont l’album Thriller cartonne dans le monde entier en 1983 grâce à l’impact du court-métrage fantastique de John Landis. En France, seuls Mylène et Laurent vont méditer la leçon.

      « J’aime travailler sur le long terme, sur une image qu’on pourrait qualifier de mythique », explique Mylène. Avant d’ajouter : « L’illustration en images des paroles d’une chanson est une chose, mais on peut aussi en faire un clip original tout en pensant à l’instrument promotionnel qu’il représente. » Une approche d’un nouveau genre qui nécessite un travail à part entière. Tandis que la plupart des artistes de l’époque semblent improviser leurs vidéos, celles de Mylène reposent sur l’écriture d’un scénario original et la participation d’une équipe technique issue du septième art.

      Boutonnat le confirme : « Le clip a aussi la fonction d’un spot publicitaire. Et dans la conception même, il faut savoir en tenir compte, tout en sachant que cela peut être une œuvre cinématographique. Tout cela nous met dans une position bâtarde, y compris dans les négociations que l’on a avec les gens de la télévision et du cinéma, qui eux non plus ne savent pas trop comment l’appréhender. » Pas facile, en effet, de trouver des financements pour ces véritables courts-métrages qui réclament des budgets conséquents. À ses débuts, Mylène ferait presque pleurer dans les chaumières : « Nous investissons nos propres deniers dans ces clips, préférant manger des pâtes tous les jours et nous offrir ce genre de création. » Il s’agit bien d’un investissement en effet, un pari sur le long terme, assumé comme tel.

                                                    **

     Ce qui est rare est cher, dit-on. Pour parvenir à un résultat à la hauteur de leur exigence, Mylène et Laurent ne vont pas lésiner sur les moyens. Dans le tiercé des clips les plus onéreux pour un artiste français, la chanteuse rousse règne sans partage. Jugez plutôt : neuf cent mille euros pour L’Âme-Stram-Gram, six cent mille euros pour California et quatre cent cinquante mille euros pour la vidéo de Pourvu qu’elles soient douces. Bien entendu, aucune maison de disques ne se risquerait à financer des œuvres aussi coûteuses. C’est encore plus vrai aujourd’hui, avec la crise du marché du disque.

     Malgré tout, par le biais de sa société Stuffed Monkey, créée en 1993, Mylène continue de s’offrirces écrins si précieux pour sa légende, et que ses fans savourent avec délectation. Ainsi, pour Dégénération, fer de lance de son nouvel album, sorti le 25 août dernier, elle revient avec une vidéo truffée d’effets spéciaux digne de ses débuts : une trentaine de comédiens et une troupe de danseurs ont été mobilisés près d’une semaine à Prague, sous la houlette de Bruno Aveillan, réalisateur venu du monde de la publicité.

      Attirer l’attention, ce n’est pas seulement proposer des œuvres de qualité, c’est faire bouger les lignes, sortir du formatage traditionnel. Ainsi les clips de Mylène Farmer sont-ils exceptionnels par leur durée. Laurent Boutonnat, boulimique d’images, en est le responsable direct : filmer est une telle jouissance que le cadre d’une chanson d’à peine quatre minutes lui semble trop étroit. Le record historique va être atteint avec Pourvu qu’elles soient douces : 17 minutes 52. Un choc dans le paysage culturel de l’époque. Mais de nombreuses autres vidéos se caractérisent également par leur longueur inhabituelle, comme si la chanson se pliait aux impératifs du scénario, et non l’inverse. Dans l’ordre décroissant : Tristana (11 minutes 33), Libertine (10 minutes 53), Désenchantée (10 minutes 12), Sans contrefaçon (8 minutes 53), L’Âme-Stram-Gram (7 minutes 50), Plus grandir (7 minutes 32), Regrets (6 minutes 17), ou encore Sans logique (5 minutes 37).

      Ce qui caractérise ces productions, c’est qu’elles se réfèrent au cinéma, s’inscrivent par leurs scénarios et leur esthétique dans une temporalité imaginaire. Génériques soignés, choix du format cinémascope, diffusion de plusieurs clips en avant-première dans certaines salles obscures : tous ces ingrédients font de Mylène Farmer une héroïne de fiction davantage qu’une chanteuse. Avec Libertine et Pourvu qu’elles soient douces, elle a imposé une image forte et ne changera jamais de cap. Même lorsqu’elle demande à des réalisateurs étrangers et plutôt pointus comme Abel Ferrara, Marcus Nispel,Ching Siu-tung (très réputé à Hong Kong), ou à l’Espagnol Augustin Villaronga de travailler avec elle, elle reste en dehors des modes. Comme une alternative au présent.

 

      Créer une image, c’est aussi faire appel à des photographes qui vont sublimer la beauté naturelle de Mylène. Laissant derrière elle les clichés de ses débuts, où elle posait tout sourire, dans des vêtements trop larges, la chanteuse veut s’entourer de talents d’exception. C’est ainsi que Christophe Mourthé est approché par Bertrand Le Page. « À vingt-quatre ans, j’ai l’habitude de façonner des “égéries” pour en faire des femmes très glamour, des icônes106 », dira-t-il. Tel est l’enjeu de son travail, en effet. Et ce doux jeune homme au regard bleu va y parvenir en nouant une complicité de tous les instants avec la chanteuse.

Grâce à lui, Mylène se livre comme jamais face à l’objectif. Il sera le premier à fixer sur pellicule une image intemporelle qui colle parfaitement à son modèle. En noir et blanc ou en couleurs, ses portraits façon Angélique, marquise des anges restent parmi les plus réussis.

      Durant deux ans, Mourthé travaille presque exclusivement pour l’écurie Farmer. D’autres photographes prendront le relais : Elsa Trillat, à qui l’on doit la pochette mythique de l’album Ainsi soit  je, puis Marianne Rosenstiehl, qui restera longtemps la collaboratrice attitrée de Mylène. Des clichés noyés de lumière, où la star semble de plus en plus irréelle, beauté diaphane aux traits effacés. Un regard quasi absent, qui fixe rarement l’objectif en face, comme par pudeur. Quand on lui demande pourquoi les portraits qui sont faits d’elle sont systématiquement surexposés, la chanteuse répond par une jolie pirouette : « J’ai toujours en moi le conflit entre l’ombre et la lumière107. »

      Depuis le milieu des années 1990, c’est Claude Gassian qui bénéficie de la confiance de Mylène.

images (2)Présent sur de nombreux tournages de clips, dont celui de Dégénération, il s’est vu confier la mission délicate de fixer pour l’éternité les concerts de la star. Mais cette fidélité n’empêche pas quelques incartades dans d’autres univers. Consciente que son statut lui permet de tutoyer les plus grands, Mylène ne se prive pas, désormais, de faire appel aux grands noms de la profession.

      En 1995, elle contacte Herb Ritts afin de lui proposer de signer le visuel de l’album Anamorphosée. Une seule rencontre a lieu, le 25 août de la même année. Ce jour-là, tandis que Marcus Nispel tourne, à Philmore, les dernières séquences du clip de XXL avec les figurants, Mylène pose devant l’objectifd’Herb Ritts, dans un studio de Los Angeles, à une centaine de kilomètres. Dans les années qui suivent, elle s’offrira les services de Marino Parisotto Vay, Ellen von Unwerth, Dominique Issermann, ou encore le légendaire Peter Lindbergh. Avec, toujours, une constance dans la démarche : elle contacte un photographe après avoir repéré son travail.

 

      Élaborer une image qui tranche avec le tout-venant, quand on possède le tempérament perfectionniste de Mylène, c’est aussi soigner le design de tous les supports proposés au public. Dès1991, la chanteuse confie l’habillage de ses productions à un spécialiste en design graphique, Henri Neu. À partir de cette date vont fleurir divers objets destinés à renforcer la réputation, déjà très élitiste, de la star : promos de luxe envoyées à la presse, objets divers et variés – peignoir, fer forgé, statues, enveloppes épaisses –, qui alimentent un véritable phénomène de collection. « Mylène s’investit beaucoup dans le design de tout ce qui sort, explique Henri Neu. Elle ne le fait pas seulement par conscience professionnelle, mais aussi parce qu’elle adore ça. Elle a toujours aimé le graphisme et la peinture. Notre travail est très complémentaire et, comme il n’y a pas de réelle contrainte de la maison de disques, c’est vraiment passionnant de pouvoir tout construire de A à Z. »

      Les supports dont il se montre le plus fier ? Le CD promo de California, avec la silhouette de la star qui se soulève, ou encore l’enveloppe de velours de Je te rends ton amour, contenant un CD en forme de croix. Au départ, Mylène et Laurent ne lui ont pas demandé de concevoir des « objets promotionnels aussi fous ». Séduits par sa créativité, ils l’ont néanmoins encouragé à « poursuivre dans cette voie ».

téléchargementPour réaliser le titre Innamoramento, par exemple, Mylène lui suggère, un an avant la sortie de l’album, de réfléchir à tout ce que peut lui inspirer ce vocable aux résonances infinies. « Dans ce mot, j’entends le “mento” qui donne son impulsion et son rythme à la vie, mais aussi “amen”, “mort”, “amor” – l’amour – et “innamor” – le désamour. De même, le filet qui relie les deux représente à mes yeux les mouvements réciproques entre la vie et la mort. »

     On le voit, rien n’est laissé au hasard. Et même si certains fans de la première heure, nostalgiques des fresques signées Boutonnat, ont trouvé les vidéos de l’album Avant que l’ombre… un peu en retrait dans sa clipographie, on doit reconnaître que Mylène n’a pas dévié de sa trajectoire. Depuis ses débuts, elle n’a jamais lâché prise sur l’image. Au contraire, plus sa carrière a avancé, plus elle a exercé un contrôle strict sur tout ce qui la concerne. La récompense de cette exigence, c’est qu’elle n’a à rougir de rien de ce qui jalonne son parcours artistique. Qui d’autre, dans le métier, pourrait en dire autant ?

 Extrait du livre : MYLÈNE par Hugues ROYER aux Editions Flammarion 2008

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Un passage de Ainsi soit-elle

Posté par francesca7 le 20 août 2015

 

Le texte qui suit a été écrit par l’écrivain Philippe SEGUY (seul biographe officiel de Mylène Farmer), qui sortait à l’époque son ouvrage Le Vent de Sud : Mémoires du compte de Cagliostro  (éditions Les Presses de la Renaissance, 1999). A cette occasion il écrit pour le Mylène Farmer International Fan-Club (aujourd’hui fermé) un texte qui trace un parallèle entre la conception de la révolte par Laurent Boutonnat et les évènements de mai 1968.   Philippe SEGUY a publié une biographie (depuis très recherchée) de Mylène FARMER en 1990 Ainsi soit-elle. On reconnaît dans tous ces textes le style de son auteur… 

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     Un visage aigu, entouré d’une coiffe de cheveux roux. Un regard clos, une bouche fermée. Seul le col blanc, en fer de lance, éclaire le costume sombre de cette garçonne qui marche, pommette rosie des coups reçus, sur cette plaine Hongroise, emportant dans son sillage un troupeau d’enfants carapaçonnés de hardes. En 1991, Mylène FARMERinterprète Désenchantée. Laurent BOUTONNAT réalise le clip. Tous deux semblent conjuguer un passé défini, une mémoire prête à jaillir et qui se fige, pareille à de la cire, pour cause de nostalgie et de défaites répétées à croire, encore, en l’homme et en ses idées.

    Cette infinie langueur intime dangereusement le mal dont souffre une génération tout entière, privée, bien malgré elle, des bruits et des agacements furieux du mois de mai 1968. C’est en elle, c’est pour elle que Mylène FARMER incruste le désenchantement, source amère où elle boit seule. Le je qu’elle emploie ici n’a pas figure de règle, ne fait pas vœu de sacerdoce, ne prétend à rien d’autre qu’au constat d’une solitaire, déçue. Blessée par ce qu’elle récent comme une trahison, délestée de tous les mots d’ordre, des anathèmes brandis, des idées d’amphithéâtre. Le drapeau rouge n’en finit plus de s’effilocher dans le chaos. De lui ne demeure qu’un rideau de scène s’entrouvrant par à-coups sur un théâtre d’ombres, la satisfaction amère de ressasser les causes perdues par les autres, de s’en rassasier jusqu’à le crier dans une chanson.

    Mylène FARMER admet que l’on partage sa souffrance, qu’elle sait véritable, qu’elle ne veut pas contagieuse, mais ne juge personne digne de réparer les cicatrices. Dans cet enclos lugubre où la plongent les caméras de Laurent BOUTONNAT, elle suscite et mène la révolte, rompt des liens, se grise, un temps, de liberté. Voici de quoi nourrir un malentendu définitif, elle qui se refuse à fédérer, à rassembler et dont la première place l’expose encore davantage. La fatalité ouatée de l’échec rattrape la bande de forçats miniatures, courant sous le soleil qui tombe vers un désarroi glacé. Pas une plainte. Plus une larme. Le piège du paradoxe se referme. Faire le tour de la prison n’est pas l’apprivoiser. Dans le regard de Mylène FARMER, se lit le courage triste d’avoir perdu la foi en franchissant le seuil de l’age adulte.

Philippe SEGUY.

                                                 extrait du mfifc n°26 – printemps 2000.

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AINSI SOIT ELLE – ÉDITIONS TAILLANDIER

Posté par francesca7 le 20 août 2015

résumé :

Il était une fois une petite fille qui n’aimait que ses songes. Elle s’appelait Mylène. Elle préférait déjà le clair-obscur à la lumière, le froid de la neige à la tiédeur de l’été. La petite fille est maintenant devenue Mylène Farmer et c’est une star. Ce livre se veut le témoignage de ses choix, de ses paradoxes, de son univers si particulier, si attachant aussi. Depuis son enfance passée dans l’hiver canadien jusqu’à sa rencontre avec Laurent Boutonnat, il retrace le cheminement d’une histoire d’amour, celle d’une femme qui offre à son public les secrets de sa vie ; solitude, temps qui fuit, amour, mort, autant de thèmes chers au coeur de Mylène.

1ère biographie officielle de l’artiste, écrite par Philippe SEGUY. En réaction à la publication non officielle (et en accord avec Mylène !) d’un précédent ouvrage écrit quelques mois plus tôt par Patrick MILO, et qui ne convenait pas du tout à l’artiste. Le style y est précis, littéraire et les photos sont majestueuses. Couverture rigide. 98 pages. Taille : 30,5 x 22,5cm. Sortie : 1990

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- Voici la petite histoire de la naissance de la biographie officielle « Ainsi soit-elle » sortie en 1990 : la volonté de Mylène était de faire un livre d’entretiens, en réaction au livre ‘Mylène Farmer’ de Patrick Milo (qui n’avait jamais rien fait avant, et n’a jamais rien fait depuis !). En 1989, après la dernière date de sa tournée (à Bercy), elle a donc contacté un auteur avec qui elle avait fait une longue interview pour un petit magazine avant le Palais des Sports (peut-être Stars Mag) et qui avait complété ledit magazine de textes lyriques sur son univers : Philippe Séguy. Elle voulait faire un livre d’entretiens, mais il en a fait un livre constitué uniquement de textes pompeux et impénétrables. Depuis, elle aurait eu en projet de refaire quelque chose plus conforme à sa première idée, mais cette envie a été freinée par la déferlante de livres ininterrompue que l’on peut observer depuis 1999. 

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Télévision néerlandaise : ÉMISSION INCONNUE avec Mylène

Posté par francesca7 le 29 mai 2015

 

Présenté par Monsieur X le 2 DÉCEMBRE 1990

tv-01-bEn fin d’année 1990, alors qu’elle finalise l’enregistrement de « L’Autre… », Mylène Farmer fait une apparition dans le talk­show le plus populaire des Pays­Bas à l’époque. Elle y répond à une interview et interprète « Pourvu qu’elles Soient Douces », dans les mêmes conditions que deux ans auparavant pour la promotion de ce même titre en France.

L’animateur annonce Mylène. Celle­-ci arrive sur le plateau dans sa petite robe noire « inversée » qu’elle avait déjà porté pour chanter le titre en 1988, les cheveux coiffés en chignon, et s’installe à la table, aux côtés de l’animateur. Il s’adresse à Mylène dans un français très correct. Les propos de cette dernière sont sous­titrés en néerlandais.

Monsieur X : Je ne peux pas vraiment dire que vous êtes une chanteuse française, parce que c’est différent, ce que vous faites. Vous chantez, bien sûr, mais quand même !

Mylène Farmer : Je souhaite être différente, c’est normal ! Mais je ne me considère pas uniquement comme étant une chanteuse, non, c’est vrai. J’aime en plus beaucoup Greta Garbo, j’aime le cinéma, j’aime tout ce qui peut inspirer le cinéma.

Mr X : Oui…Parce que quand vous chantez, vous faites de la danse aussi, vous faites beaucoup de spectacle en même temps…

MF : Parce que pour moi, c’est ma définition du spectacle. Le spectacle englobe beaucoup, beaucoup d’éléments, à savoir le chant, la danse, pourquoi pas le théâtre, ce sont des lumières…Tout ça, ça forme un spectacle. C’est vrai que moi je peux pas concevoir de monter sur scène sans faire un film sur scène, finalement.

Mr X : Je voudrais bien montrer un tout petit peu pendant que vous vous changez pour chanter la chanson différente (sic)… (Il poursuit en néerlandais et à l’image, des plans du clip de « Pourvu qu’elles Soient Douces » sont présentés) Vous aimez, vous venez de le dire, beaucoup le cinéma : est­ce que vous avez déjà joué au cinéma ?

MF : Non. J’ai eu quelques propositions, mais je crois que je vais attendre. J’ai un projet de long­métrage avec le réalisateur des clips, qui est également mon compositeur, qui s’appelle Laurent Boutonnat. Donc je crois que je vais attendre ce premier rôle.

Mr X : Vous êtes tellement une vedette en France, est­ce que c’est toujours important de venir peut­être par exemple ici, aux Pays­Bas ?

MF : C’est très important aujourd’hui. C’est vrai que le…je sais pas si c’est un but, en tout cas c’est une envie de tout chanteur que de traverser les frontières. C’est également mon souhait. Je sais que c’est un travail de longue haleine, ça sera difficile mais c’est aussi important, oui.

Mr X : Ce que vous faites quand vous chantez, c’est très bien, c’est toujours avec des danseurs, c’est toujours le style des vidéoclips. Quand on devient moins jeune, tout ça change : il vaut mieux chanter, plus chanter et moins danser ! Est­ce que vous avez peur de ça, de vieillir par exemple ?

MF : J’ai peur de vieillir comme tout un chacun ! Maintenant, me poser cette question­là aujourd’hui : non. Je ne pense pas de toutes façons chanter pendant dix ans, je crois que ma vie évoluera. J’ai envie de cinéma, j’ai envie d’écrire, j’ai envie de beaucoup de choses. Maintenant, est­ce que la vie me le permettra : ça, c’est une autre question !

Mr X : Dans tout ce que j’ai lu sur vous en France dans des journaux français, on dit ‘Elle n’aime pas du tout parler d’elle­même’. Mais quand même, vous avez choisi cette profession !

MF : C’est pas incompatible ! Je crois que je peux faire ce métier, j’essaie de le faire, tel que je voudrais le faire. C’est vrai que c’est difficile parce qu’on se heurte très souvent à ce problème de absolument devoir s’expliquer, s’exprimer. Moi, je pense que je n’ai pas à me justifier. Je préfère qu’on découvre la nature de mes sentiments dans mes chansons, dans mes textes. Maintenant, expliquer le pourquoi du comment je crois que, d’abord, je ne m’y sens pas du tout à l’aise, c’est la première raison. Et d’autre part, je crois que cette dame…

Mr X : (il précise) Greta Garbo…

tv-01-aMF : …a tout à fait compris ce qu’il faut faire. C’est non pas cultiver le mystère mais c’est une femme mystérieuse. Je ne sais pas si je suis une femme mystérieuse mais c’est vrai que j’ai du mal à parler de moi, donc je crois que c’est mieux de ne pas parler de soi dans ces cas­là.

Mr X : Alors je vous demande maintenant de nous montrer vos sentiments dans votre chanson !

MF : Je peux le faire ! (rires)

Mylène se lève et va se mettre en place pendant que le présentateur présente la chanson (renommée « Douces »). La prestation de Mylène pour ce titre est similaire à celle présentée en 1988. Elle est accompagnée des deux danseuses qui l’accompagnaient alors, Sophie Tellier et Dominique Martinelli, et la chorégraphie est rigoureusement identique.

Après la prestation, Mylène quitte le plateau.

 

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CARAMBA Télévision suédoise avec Mylène

Posté par francesca7 le 25 mai 2015

 

 

Présenté par Monsieur X en 1990

tv-02-bAprès un court extrait du clip « Pourvu qu’elles soient Douces », on découvre Mylène Farmer assise face au présentateur de l’émission, vêtue d’un pull crème à col roulé recouvert d’une veste bordeaux.

Le présentateur s’adresse à elle dans un français très correct, et ses questions ainsi que les réponses de Mylène sont sous­titrées en suédois.

Monsieur X : Je suis très fier et enchanté, après ça, presque un peu terrifié de voir une des meilleures artistes françaises aujourd’hui chez nous. Bienvenue à Caramba, Mylène Farmer.

Mylene Farmer : Merci ! (sourire)

Mr X : Mylène, tes vidéo­clips sont comme des vrais films et tu agis comme une grande vedette, comme une Garbo ou Dietrich d’aujourd’hui, n’est­ce pas ?

MF : (elle écarquille les yeux en souriant) Que puis­je dire à ça ?! C’est un compliment, j’aime beaucoup Greta Garbo. Je ne sais pas que répondre ! (elle hausse les épaules, toujours en souriant)

Mr X : Mais Mylène, à propos de notre programme d’aujourd’hui, on ne pourrait pas dire que tu es très diplomatique. Tu aimes la provocation, n’est­ce pas ?

MF : Je crois que ça fait partie de la vie, tout simplement, de même que la violence des clips dont vous parliez. Ca fait partie de la vie, en tout cas de ma vie.

Mr X : Pourquoi la violence ?

MF : La violence, il faudrait la remettre aussi dans son contexte : là, ça se passe au XVIIIème siècle, c’est le libertinage, ce sont les duels, ce sont autant de choses qui sont violentes. C’est vrai que la neutralité, c’est quelque chose que je n’aime pas. J’aime bien les choses excessives.

Mr X : Mais Mylène, tu joues avec les frontières sexuelles. Dans tes chansons et tes clips, tu touches avec plaisir l’interdit. Pourquoi ?

MF : Parce que j’ai décidé probablement de ne pas avoir de tabous, que ce soit dans les textes des chansons ou dans la vie en général. Je crois qu’on peut tout aborder du moment qu’il n’y a pas de vulgarité.

Mr X : Les femmes, dans tes chansons, sont presque toujours très faibles, même maltraitées et torturées.  Quelle est la raison ?

MF : Je ne sais pas si ce sont les femmes…Si j’avais été un homme, j’aurais écrit les mêmes choses. Je ne suis pas sûre que le mot ‘faible’ soit tout à fait justifié dans ce contexte. Je crois que ce sont plus des âmes torturées, ça, oui. Mais faiblesse, non, parce qu’il y a toujours une notion de force, sinon je ne serais, ou la personne que je chante ne serait plus là !

Mr X : Mais dans tout ce que tu fais, il y a une certaine folie, n’est­ce pas ?

MF : Oui, j’aime bien cette notion de folie aussi. Je crois que c’est toujours pareil : pour avoir un sens à sa vie, et puis un sel de la vie, je crois qu’il faut un peu de folie.

Mr X : Ton image est couverte de la mystique (sic), je crois. Tu ne veux pas être trop connue de ton public ?

MF : Non. A ceci, je réponds souvent que je préfère voir la nature de mes sentiments dans mes chansons que dans des interviews. C’est vrai que j’ai du mal à aborder les interviews, j’aime pas beaucoup parler de moi…

Mr X : Tu détestes nos questions ?!

tv-02-cMF : Je crois que je déteste… (elle sourit, gênée) Mais bon, c’est parce que ça m’est difficile, tout simplement.

Mr X : Merci, Mylène. Et maintenant, retournons à ton monde de fées. Merci.

MF : Merci beaucoup ! (large sourire)

Après un nouvel extrait du clip « Pourvu qu’elles soient Douces », une séquence est diffusée où sur le plateau de l’émission, Mylène interprète « Ainsi Soit Je… » (dans sa version edit) dans la grande robe verte en velours qu’elle a porté pour plusieurs des prestations télévisées en France deux ans plus tôt, à la différence près que ses cheveux sont relevés en un chignon serré, alors qu’elle portait toujours les cheveux lâchés avec cette tenue.

 

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L’ESSENTIEL DE MYLENE

Posté par francesca7 le 7 mai 2015

 

mylene-farmerL’essentiel du public Farmer est composé de deux vagues : ceux qui l’ont découverte dans les années 1980, et qui ont une quarantaine d’année actuellement, et ceux qui l’ont suivie plutôt depuis les années 1990. Les années 2000 ont confirmé sa place d’artiste d’exception, mais n’ont pas vraiment apporté de nouveaux « adeptes ». Si Mylène Farmer peut être appréciée à tous les âges, c’est généralement au moment de l’adolescence qu’on la découvre et que son univers « parle ». Il semble en effet, comme un conte, aborder et prévenir des secrets de la vie, des avenirs heureux ou non possible, et bien sûr de la fin de chacun.

L’univers passionnant fait que le public, une fois touché, ne le lâche pas et c’est la raison pour laquelle, actuellement, un public d’une grande diversité se retrouve pour ses concerts.  

Qu’est-ce que Mylène Farmer dit d’elle dans ses chansons ? Que confie-t-elle de sa personnalité ?

A peu près rien. Et pourtant, les gens ont l’impression qu’elle parle d’elle à travers ses textes. Mais en y regardant de plus près, elle reste dans le général. Elle parle de l’amour en général, de la mort. Mais ce n’est jamais abordé personnellement. C’est cela qui touche aussi le public finalement. C’est parce que ses paroles ne sont pas personnalisées que son public s’identifie beaucoup à elle. C’est sa grande force. Elle construit de l’intime à travers son œuvre alors même que celui-ci est très universel. Contrairement à d’autres chanteurs, il y a des éléments de sa vie personnelle, de mise en relief de sa propre histoire à l’intérieur de son univers. Par exemple, elle est capable de parler de la naissance d’un enfant ou de l’enfance en général sans jamais que l’on arrive à savoir exactement de quoi il en ressort pour elle. Si on prend Désenchantée, c’est un hymne à la révolte et à l’enfance mais à aucun moment elle ne fait appel à sa propre enfance. C’est toute l’ambigüité du personnage. Elle arrive à construire un propos autour de l’intime sans jamais livrer quelque chose de personnel. Mais elle évoque suffisamment bien les problèmes pour que son public se sente concerné, s’y reconnaît.

Mylène Farmer, entretient-elle quelque chose de commercial autour de sa part de mystère où n’arrive-t-elle pas à se confier ?

Je ne crois pas du tout à une forme de réserve. Malgré ce qu’elle dit ce n’est pas dans sa nature profonde d’être éloignée des médias. Souvenez-vous, dans les années 1980, elle faisait le Jacky show par exemple. Elle arrive en réalité à se mettre en scène dans des shows pharaoniques comme peuvent le faire les grands timides. Mais elle arrive à le faire car le lien au public n’est pas un lien où il y a un vrai contact. Elle perçoit le public comme une masse en face d’elle. 
Mais il y a aussi une dimension marketing. Ce n’est pas non plus un ange Mylène Farmer, c’est une femme d’affaires. Du coup, cela fait partie de son univers. Elle en joue. 

Mylène Farmer a-t-elle plus tendance à se confier en interview ou dans ses textes ?

Quand elle est en interview, elle est souvent mal à l’aise. Du coup, elle y va en sachant qu’elle ne voudra rien dire. Mais il faut essayer de comprendre son univers comme une tentative de poésie. C’est-à-dire qu’elle essaye de créer de l’émotion. L’enchevêtrement des phrases et des mots qu’elle emploie est très rythmique. C’est certainement son ambition : arriver à évoquer des  thèmes qui procurent de l’émotion à son public tout en en livrant le moins possible d’elle-même. Elle ne se confie pas, ni en interview, ni dans ses textes, en revanche elle donne une forme d’émotion à ses fans et cela au-delà des histoires qu’elle pourrait raconter. Elle faisait de même dans ses clips ultra-scénarisés.

Les fans campent depuis le début de la semaine devant la salle de Bercy, les places se sont arrachées en quelques heures seulement. Que vont chercher les fans dans cette personnalité si particulière ? Etre fan de Mylène Farmer, est-ce une façon de se démarquer et d’exprimer sa singularité ?

Être fan est avant tout une façon de trouver sa singularité. Au contact – même imaginaire – de celle que l’on apprécie, on apprend à se connaître soi-même. Premier temps, on s’identifie à la star au travers du personnage et de son imaginaire, puis on apprend à découvrir l’artiste pour ce qu’elle est et non seulement pour ce qu’elle donne, à mesure que l’on se découvre soi, différent et unique à la fois. Mais la grande force de Mylène Farmer c’est de faire du lien entre les individus. Par exemple, ceux que vous citez ne campent pas que pour leur star : ils se connaissent entre eux, se retrouvent, lient pour certains des liens amicaux d’une grande force, parfois plus ! Au travers de leur star, les fans vivent des émotions fortes, et cela aussi est important.  

hanteuse-mylene-farmer-au-nrj-music-awards-en-janvier-2012Pourquoi touche-t-elle un public si large et si éclectique ?

On pourrait voir Mylène Farmer comme un écran de projection : elle est le support de tous les fantasmes car incarne des visages très différents au fil des histoires qu’elle déroule dans ses clips, sur scène, etc. Son talent scénique en fait également une performeuse hors pair qui explique aussi que certaines personnes qui n’apprécient pas totalement ses titres viennent la voir pour les show qu’elle propose. Ces derniers sont unanimement reconnus pour la qualité de la direction artistique et la grande générosité de ce qui est offert au public. A la fois grandiose, intime, authentique et d’une maîtrise très pensée. C’est tout cela à la fois, Mylène Farmer. 

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Les textes de Mylène vus par le Prof.

Posté par francesca7 le 30 avril 2015

 

 

Michel Arouimi, professeur de lettres à l’ULCO, décortique les textes et les clips de Mylène Farmer

Après avoir publié un livre sur les chansons de Françoise Hardy, Michel Arouimi, maître de conférence en littérature comparée à l’université du littoral, se penche cette fois sur Mylène Farmer. Son nouvel ouvrage, Mylène Farmer, le monde comme il tangue, a été publié en mars. Il y analyse aussi bien les textes que certains clips.

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Pourtant, Michel Arouimi n’aurait jamais pensé écrire une ligne sur cette artiste. « Je ne suis pas un fan de la première heure. J’avais beaucoup de mépris pour ses chansons. » Vers la fin des années 1990, une de ses étudiantes en licence de lettres lui a apporté l’album Anamorphosee. « Elle m’a dit vous allez voir, c’est exactement ce que vous nous décrivez en cours. » Puis le professeur est tombé sur une affiche d’un autre album, Innamoramento, dans laquelle il voit « un condensé des grandes figures de l’apocalypse. J’ai été séduit ».

Mylène Farmer « questionne le sacré »

Amoureux de la poésie, il a retrouvé dans les chansons de Mylène Farmer « un univers très proche du mien. Elle questionne le sacré comme l’ont fait Rimbaud ou Kafka. Dans ses textes, je ne suis pas ému par la beauté du verbe mais par son génie de la synthèse, surtout pour exprimer les mythes ou des problèmes profonds ». Plutôt que d’analyser dans les paroles des sentiments ou le vécu de la chanteuse, il s’attache à « un sens mythique dont Mylène n’a pas forcément conscience ». Michel Aroumi décortique la discographie de l’artiste comme il étudie un livre.

Et que pense le spécialiste de littérature du côté pop et provocateur de Mylène Farmer ? «J’y suis très sensible. C’est un tout. J’ai analysé dans mon livre quelques clips. Il y a des images ou des situations qui éclairent le texte. » Michel Arouimi est aussi un inconditionnel des Rolling Stones. Peut-être aurons-nous l’occasion de découvrir une nouvelle étude approfondie d’un autre géant de la culture pop.

 

Mylène Farmer, le monde comme il tangue, Hermann, collection Vestiges de la langue. 22 €.

 

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AU TRAVERS DES TEXTES DE MYLENE FARMER

Posté par francesca7 le 30 avril 2015

 

imagesAntoine Bioy : Il est vrai que Mylène Farmer possède l’image d’une chanteuse torturée, pourtant il ne s’agit pas de l’essentiel de son univers, et par ailleurs ce dernier a beaucoup évolué avec des chansons plus légères, privilégiant parfois l’esthétique au contenu, comme ses récentes incursions dans l’electro-pop.

Il n’en est pas moins vrai que son panorama artistique reste emprunt d’une certaine mélancolie ; une mélancolie « presque heureuse », dirait Amélie Nothomb. 

Au sein de cet univers forcément intime et tout en contraste, Mylène Farmer montre différentes facettes. Elle peut incarner tour à tour la figure de la femme enfant, de la prostituée, de la dévoreuse d’hommes, etc. C’est en cela que son univers fascine : il est complexe, multiple, parfois en effet ambiguë, et chacun peut y lire une dimension de lui-même. 

Mais le personnage Mylène Farmer est aussi tout en contraste : elle peut créer un lien intime avec ses fans dans la fureur d’un concert, peut évoquer la difficulté de vivre sur un air gai, ou bien sembler évoquer des émotions simples en les parant de références culturelles parfois élitistes. 

Chez Farmer, le lien à l’autre n’est chez elle jamais totalement simple et se vit facilement sur un mode évitant. Pourtant, sa démarche reste sincère et l’intime est recherché dans des moments d’exception telles que ses concerts où l’on touche l’autre sans vraiment être dans un contact direct. Là est sa vraie ambiguïté. 

Quelles sont ses chansons les plus emblématiques, pourquoi ? Qu’évoquent-elles ?  

Libertine avait marqué les esprits par son appel à la sexualité et annonçait son premier N°1 au classement des ventes : « Pourvu qu’elles soient douces ». Pour autant, le top trois des chansons les plus connues est certainement « Sans contrefaçon » en numéro 1 suivi de « Désenchantée », et peut-être dans une mesure un peu moindre, « Rêver ». 

Il est vrai que les chansons emblématiques restent ses chansons mélancoliques, comme « Ainsi soit Je » ou plus récemment « Point de suture » qui constitue sans doute l’un des titres le plus typique de l’univers Farmer : raffiné, authentique, sensuel, et toujours une « pointe féroce » qui donne à sa mélancolie un relief particulier : « Les nuits sont chaudes/ Mon sang chavire et tangue / Bateau fantôme / Qui brûle / Je suis tempête et vent / Ombre et lumière / Se jouent de l’amour / Mes vagues reviennent / Mes flots sont si lourds ».

Quels sont ces thèmes de prédilection et pourquoi fonctionnent-ils ? Quel public est touché par ses textes ?

L’une des grandes forces de « l’univers Farmer » est d’offrir un miroir au public. Au fil des clips, des textes, des scénographies sur scène, la chanteuse aborde des thèmes universels : l’enfance, la passion, les amours contrariés, la sexualité, la finitude… Mais ils ne sont d’ailleurs pas qu’abordés, ils sont incarnés par la chanteuse : elle met en scène ses personnages et les fait vivre, parfois au fil de plusieurs clips, par exemple « Dégénération » et « Si j’avais au moins ». 

L’essentiel du public Farmer est composé de deux vagues : ceux qui l’ont découverte dans les années 1980, et qui ont une quarantaine d’année actuellement, et ceux qui l’ont suivie plutôt depuis les années 1990. Les années 2000 ont confirmé sa place d’artiste d’exception, mais n’ont pas vraiment apporté de nouveaux « adeptes ». Si Mylène Farmer peut être appréciée à tous les âges, c’est généralement au moment de l’adolescence qu’on la découvre et que son univers « parle ». Il semble en effet, comme un conte, aborder et prévenir des secrets de la vie, des avenirs heureux ou non possible, et bien sûr de la fin de chacun.

L’univers passionnant fait que le public, une fois touché, ne le lâche pas et c’est la raison pour laquelle, actuellement, un public d’une grande diversité se retrouve pour ses concerts.  

Qu’est-ce que Mylène Farmer dit d’elle dans ses chansons ? Que confie-t-elle d sa personnalité ?

A peu près rien. Et pourtant, les gens ont l’impression qu’elle parle d’elle à travers ses textes. Mais en y regardant de plus près, elle reste dans le général. Elle parle de l’amour en général, de la mort. Mais ce n’est jamais abordé personnellement. C’est cela qui touche aussi le public finalement. C’est parce que ses paroles ne sont pas personnalisées que son public s’identifie beaucoup à elle. C’est sa grande force. Elle construit de l’intime à travers son œuvre alors même que celui-ci est très universel. Contrairement à d’autres chanteurs, il y a des éléments de sa vie personnelle, de mise en relief de sa propre histoire à l’intérieur de son univers. Par exemple, elle est capable de parler de la naissance d’un enfant ou de l’enfance en général sans jamais que l’on arrive à savoir exactement de quoi il en ressort pour elle. Si on prend Désenchantée, c’est un hymne à la révolte et à l’enfance mais à aucun moment elle ne fait appel à sa propre enfance. C’est toute l’ambigüité du personnage. Elle arrive à construire un propos autour de l’intime sans jamais livrer quelque chose de personnel. Mais elle évoque suffisamment bien les problèmes pour que son public se sente concerné, s’y reconnaît.

Mylène-FarmerMylène Farmer, entretient-elle quelque chose de commercial autour de sa part de mystère où n’arrive-t-elle pas à se confier ?

Je ne crois pas du tout à une forme de réserve. Malgré ce qu’elle dit ce n’est pas dans sa nature profonde d’être éloignée des médias. Souvenez-vous, dans les années 1980, elle faisait le Jacky show par exemple. Elle arrive en réalité à se mettre en scène dans des shows pharaoniques comme peuvent le faire les grands timides. Mais elle arrive à le faire car le lien au public n’est pas un lien où il y a un vrai contact. Elle perçoit le public comme une masse en face d’elle. 
Mais il y a aussi une dimension marketing. Ce n’est pas non plus un ange Mylène Farmer, c’est une femme d’affaires. Du coup, cela fait partie de son univers. Elle en joue. 

Mylène Farmer a-t-elle plus tendance à se confier en interview ou dans ses textes ?

Quand elle est en interview, elle est souvent mal à l’aise. Du coup, elle y va en sachant qu’elle ne voudra rien dire. Mais il faut essayer de comprendre son univers comme une tentative de poésie. C’est-à-dire qu’elle essaye de créer de l’émotion. L’enchevêtrement des phrases et des mots qu’elle emploie est très rythmique. C’est certainement son ambition : arriver à évoquer des  thèmes qui procurent de l’émotion à son public tout en en livrant le moins possible d’elle-même. Elle ne se confie pas, ni en interview, ni dans ses textes, en revanche elle donne une forme d’émotion à ses fans et cela au-delà des histoires qu’elle pourrait raconter. Elle faisait de même dans ses clips ultra-scénarisés.

Les fans campent depuis le début de la semaine devant la salle de Bercy, les places se sont arrachées en quelques heures seulement. Que vont chercher les fans dans cette personnalité si particulière ? Etre fan de Mylène Farmer, est-ce une façon de se démarquer et d’exprimer sa singularité ?

Être fan est avant tout une façon de trouver sa singularité. Au contact – même imaginaire – de celle que l’on apprécie, on apprend à se connaître soi-même. Premier temps, on s’identifie à la star au travers du personnage et de son imaginaire, puis on apprend à découvrir l’artiste pour ce qu’elle est et non seulement pour ce qu’elle donne, à mesure que l’on se découvre soi, différent et unique à la fois. Mais la grande force de Mylène Farmer c’est de faire du lien entre les individus. Par exemple, ceux que vous citez ne campent pas que pour leur star : ils se connaissent entre eux, se retrouvent, lient pour certains des liens amicaux d’une grande force, parfois plus ! Au travers de leur star, les fans vivent des émotions fortes, et cela aussi est important.  

1988-04-aPourquoi touche-t-elle un public si large et si éclectique ?

On pourrait voir Mylène Farmer comme un écran de projection : elle est le support de tous les fantasmes car incarne des visages très différents au fil des histoires qu’elle déroule dans ses clips, sur scène, etc. Son talent scénique en fait également une performeuse hors pair qui explique aussi que certaines personnes qui n’apprécient pas totalement ses titres viennent la voir pour les show qu’elle propose. Ces derniers sont unanimement reconnus pour la qualité de la direction artistique et la grande générosité de ce qui est offert au public. A la fois grandiose, intime, authentique et d’une maîtrise très pensée. C’est tout cela à la fois, Mylène Farmer. 

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INTERVIEW INÉDITE de Mylène Farmer

Posté par francesca7 le 13 avril 2015

 

ÉTÉ 1987

Mylene FARMER 1987 Credit : Caprio /DALLELe contexte de cette interview est assez flou. Sortie des archives de Bertrand LePage (qui accompagne Mylène pendant cet entretien) dans la deuxième moitié des années 1990, elle était à l’évidence prévue pour la presse, puisque lorsque l’enregistrement démarre, on entend Mylène orienter le journaliste vers Polydor pour récupérer des photos, et le journaliste parle d’article.

Néanmoins, elle n’a jamais paru nulle part, et c’est donc l’enregistrement sonore brut dont nous disposons, avec tout ce qu’il faut de bruits d’ambiance, puisque l’entretien est réalisé dans un café. A ce jour, nous sommes malheureusement incapables de déterminer la publication à laquelle cette interview était destinée, ni l’identité de l’interlocuteur de Mylène.

Mylène Farmer, vous rentrez en force dans le Top 50 avec « Tristana », votre nouveau 45­trs. En fait, c’est une continuité après « Libertine », une continuité de succès. Qu’est­ce qui s’est passé ?

Pourquoi après trois ans, vous vous mettez à cartonner vraiment, d’après vous ? C’est un changement de style, un changement d’équipe, un changement de vision ?

MF : (rires) Il n’y a eu ni changement de style, ni changement d’équipe ! C’est un concours de circonstances, des chansons qui arrivent au bon moment. C’est la seule réponse que je peux formuler.

Comment êtes­vous arrivée dans la chanson ? Et comment vous avez pu faire votre premier 45­trs, « Maman a Tort » ?

MF : J’ai rencontré une personne qui s’appelle Laurent Boutonnat, et qui était compositeur et qui m’a proposé la première chanson, qui s’appelait « Maman a Tort ».

Est­ce qu’avec ce texte, qui peut porter un petit peu à contradiction, vous n’avez pas eu peur de choquer un petit peu les médias ou le public ?

MF : On n’a jamais peur de choquer les médias quand on prend le parti de chanter une chanson comme « Maman a Tort ». C’est avant tout un plaisir et puis après, c’est des réactions successives.

Toujours dans l’ordre chronologique, j’aimerais qu’on examine le deuxième 45­trs, « On est Tous des Imbéciles ». Parlez­nous de ce texte que j’aime beaucoup.

MF : Vous parler du texte… Hé bien, nous sommes tous des imbéciles, ce qui nous sauve c’est le style ! C’est toujours ce que j’ai pensé ! (rires)

C’est à partir du troisième que vous avez commencez à miser, je dirais, sur le vidéo­clip en fait, énormément puisqu’il était formidablement bien réalisé…

MF : A miser, c’est­à­dire que non. Sur « Maman a Tort », on avait fait un clip mais on avait à l’époque très, très peu de moyens. C’était déjà Laurent qui l’avait…je ne trouve plus le mot ! Enfin bref, tourné. (rires) Sur « On est Tous des Imbéciles », étant donné le déroulement de la chanson qui avait bien marché médiatiquement, mais pas du tout au niveau des ventes, c’était difficile d’envisager un clip. Et sur « Plus Grandir », c’était l’occasion, puisque là c’était une nouvelle maison de disques, donc d’autres horizons et effectivement, le premier clip réellement personnalisé.

Avec « Plus Grandir », vous avez abordez un petit peu le thème du désespoir. Bon, on retrouve le désespoir, je trouve, dans « Tristana ». C’est quelque chose qui vous correspond ?

MF : Je suis une femme désespérée, le saviez­vous ? (rires)

Désespérée de quoi ?

radio-02-bMF : Non, on ne peut pas parler comme ça. De même qu’il y a des thèmes qui m’attirent, comme la mort, c’est vrai que le désespoir est…Et puis c’est trop compliqué à expliquer déjà ici ! Je ne sais pas, c’est une angoisse permanente, oui, de la vie, de plein, plein de choses…

Vous avez peur de vieillir ? Vous êtes obsédée par le temps qui passe ?

MF : Pas réellement. Pas dit dans ces termes­là. C’est­à­dire tout le monde a peur de vieillir, mais c’est pas,moi, ce qui m’obsède, non. C’est peur de la mort plutôt, peur de beaucoup de choses… Oui, je pense être une personne angoissée, mais certains jours sont formidables ! (rires)

Entre les deux, il y a eu « Libertine ». Là, certaines critiques ont dit que c’était de la provocation. Vous jugez ça en ces termes ?

MF : Moi, je vais vous répondre par autre chose : c’est que la critique, je m’en moque éperdument. Que ce soit de la provocation, c’est la même chose que « Maman a Tort », qu’ « On est Tous des Imbéciles » : c’est un choix. C’est surtout des choses qui n’ont peut­être pas déjà été dites jusqu’alors, qui moi m’amusent.

Comment le thème de cette chanson est venu ?

MF : J’avoue que c’est venu un petit peu subitement. On était en studio, sur la musique qui était déjà enregistrée. Vous savez, on fait du yaourt pour essayer de mettre en place une voix, et j’ai dû dire « Je suis une catin » comme ça, et puis de ça est née cette chanson ! (elle pouffe)

Et puis, il y a eu à partir de là l’explosion avec le vidéo­clip. Je pense qu’on peut dire jusque­là ­bon je n’ai pas vu le dernier­ c’est le meilleur vidéo­clip. Je crois qu’il a fallu justement assez peu de moyens contrairement à ce qu’on pense, enfin tout est relatif, pour le réaliser.

MF : Oui, tout est relatif. C’est vrai qu’on nous a prêté beaucoup plus de moyens qu’il y en a eu parce que je pense qu’à l’image, le résultat pouvait ressembler à beaucoup, beaucoup de moyens certainement. Mais ça, c’est le talent certainement du réalisateur et d’une équipe aussi qui l’entourait. Et quant au suivant, c’est quelque chose de totalement différent qui est encore plus orienté sur le cinéma et que moi, j’avoue… Non, j’allais dire une bêtise, je l’aime autant que « Libertine », mais c’est… Il faut le voir, quoi ! C’est difficile aussi d’en parler…

Lorsqu’on dit que le succès de « Libertine » est venu grâce à ce vidéo­clip, vous êtes d’accord ?

MF : Je crois qu’on peut dire à 70%, c’est quelque chose, oui, qui a provoqué un intérêt certain. Bon, c’est vrai qu’il y a eu TV6 qui a énormément aidé cette promotion et qu’effectivement du jour où est né ce clip, il y a eu des ventes immédiates. Donc on peut dire que le clip a beaucoup aidé, en tout cas a beaucoup aidé ma personne.

Au niveau de « Tristana », vous avez fait de nombreuses télévisions avec une superbe chorégraphie.

Comment l’idée est venue ? Comment s’est faite la mise en place de cette équipe ?

MF : (soupir) Ca, c’est des choses toujours assez subites, en fait. On a toujours l’impression que les artistes, c’est vrai, travaillent. Ca, c’est évident… Sur « Tristana », quand la chanson est née, quand elle a été enregistrée, après moi, je me suis posé le problème de comment la promouvoir. J’ai tout de suite pensé à deux personnes derrière moi. Je préférais deux personnes féminines, mais qui n’avaient pas le prototype des danseuses qu’on voit en télévision. De même que la chorégraphie, que j’ai faite donc, je la voulais très visuelle, mais très proche de l’ambiance de la chanson. C’est­à­dire, pour moi, qui évoque un petit peu la Russie, une ambiance un peu slave, donc je voulais, comme ça, des espèces d’oiseaux noirs derrière moi, un peu rigides… Voilà comment ça s’est imaginé. Et puis après, ma foi, c’est un peu du travail quand même !

Apparemment, c’est vous qui décidez de la façon de mener votre carrière, puisque vous dites « J’ai décidé, j’ai voulu… ». Y a pas de producteur, une équipe qui fait pression autour de vous, derrière ?

MF : Je sais pas… Moi, c’est toujours quelque chose qui me fait un peu sourire. Des pressions… Je veux dire, ou on envisage une carrière et on est complètement, effectivement, manipulée et je trouve ça un peu dommage. Moi, je travaille de très, très près avec Laurent, je travaille avec lui ­Laurent Boutonnat. J’ai quelques personnes autour de moi, la personne que vous voyez et qui est Bertrand, qui est mon manager. Y a aussi une maison de disques, mais eux, si vous voulez, ce sont les porte­parole un peu d’un chanteur. ‘J’ai décidé’, c’est­à­dire que moi, sur les chorégraphies, effectivement à chacun son métier, c’est ça que je veux dire. Laurent, quand lui construit un scénario, moi j’ai un droit de regard, il est évident. Je dis ‘Ca, ce serait bien…’ parce qu’on est, je pense, des êtres relativement intelligents. Mais je ne me mêle pas ni de la mise en scène, parce que ce n’est pas mon métier, ni de la mise en image. Donc voilà, je crois que chacun sa place.

C’est un peu ce qu’on mélange en France, je trouve. C’est­à­dire qu’on s’imagine être des être exceptionnels dans tous les domaines. Et ça, c’est une erreur.

Parlons maintenant de votre look. Bon, au niveau des deux premiers 45­trs, il était assez sage, assez je dirais banal, sans que ça soit péjoratif. Et puis après, il y a eu un revirement total avec apparemment, vous avez les cheveux d’une différente couleur, vous avez un look totalement différent…

MF : Ca doit certainement être très explicable. Quand on dit ‘un métier qu’on apprend’, certainement… C’est­à­dire que sur « Libertine », quand on parle d’osmose, c’est aussi quelque chose qui s’est produit. C’est­à­dire effectivement, il y a eu le clip, tout de suite il y a eu, bon, une chanson qui a quand même marché assez facilement, même si c’est le clip qui a provoqué après les grosses cadences. Que moi effectivement, l’époque de cette chanson, puisqu’on l’avait située dans le libertinage, j’aime tellement les costumes, que ça a été tout de suite évident pour moi de mettre cet uniforme. Et après, ben voilà c’est « Maman a Tort », c’est « On est Tous des Imbéciles » et « Plus Grandir » qui ont fait que « Libertine » a existé de cette façon. Ca, c’est évident !

Est­ce que vous n’avez pas dans votre tête, quelque part, des projets, à plus ou moins long terme, cinématographiques ?

MF : Non, pas des projets ­si ce n’est celui que j’ai depuis assez petite, c’est de jouer un jour dans un film.

Mais là aussi, beaucoup de prétention : pas dans n’importe lequel. C’est pour ça que je n’ai pas commencé d’ailleurs cette carrière, même depuis la chanson, où j’ai eu quelques propositions. Vous imaginez le genre de propositions… ! (elle pouffe) Donc, oui, c’est quelque chose que je laisse dans le coin de mon esprit, que j’ai vraiment envie de réaliser. C’est vrai que si Laurent, un jour, réalise un long­métrage, ce qui pourrait être assez précis maintenant, ce serait la personne avec qui j’aimerais tourner. Y en a quelques­uns d’autres, mais très peu…

Parlez­moi de l’album que vous avez fait l’année dernière, de votre premier album, des chansons, des thèmes abordés ?

radio-02-cMF : Ben, moi, je vais vous faire un exposé très scolaire ! Il y a quoi ? je crois dix chansons, donc les 45­trs qui sont inclus dedans. Il y a une chanson qui s’appelle « Chloé », qui parle de la cruauté des enfants, qui est traitée d’une façon un peu comptine satanique. Une autre chanson qui s’appelle « Vieux Bouc », qui parle du diable et qui est un peu humoristique aussi. Il y a « Au bout de la Nuit », qui fait la face B de « Tristana », donc, le dernier 45­trs, qui là traite un peu du désespoir, un peu de… J’ai du mal à mettre des étiquettes, parce qu’une chanson ­ce dont on m’avait fait d’ailleurs le reproche­ ne parle pas de ax+b et de ‘je prends mon petit crème le matin’, donc c’est également difficile de l’expliquer. Si ce n’est qu’il y a, je l’espère, une ambiance générale, enfin un thème général en tout cas. Qu’est ce qu’il y a d’autre, je ne sais plus ! (rires) Il faudrait avoir le 33­trs sous les yeux , là, j’avoue…

Quels sont les traits essentiels de votre personnalité en tant que chanteuse ? J’ai l’impression par exemple, à première vue, qu’il y a un côté pudique assez maqué chez vous. Est­ce que c’est vrai ?

MF : Oui… Je suis quelqu’un, je pense, de pudique, ce qui doit vous sembler un paradoxe, quand on chante « Libertine » ou « Maman a tort », mais c’est un métier paradoxal, et moi je crois avoir une personnalité certainement paradoxale, mais comme beaucoup de personnes. C’est des choses qui n’ont rien à voir finalement entre elles. On peut avoir beaucoup de pudeur et à la fois être excentrique à certains moments.

J’ai l’impression que vous n’êtes pas le genre de chanteuse à pavoiser dans des cocktails mondains ou des choses comme ça…

MF : Je pense que vous avez vu juste ! (rire franc) Non, je n’aime pas ça, je n’ai jamais aimé ça et je crois que je n’aimerai jamais ça !

Parlez­nous maintenant de la scène : quand est­ce qu’il y aura une scène parisienne, comme l’Olympia ou quelque chose comme ça ? Comment vous voyez votre spectacle ?

MF : Je ne sais pas encore, ni en ce qui concerne la date, parce que c’est pas encore quelque chose qu’on a fixé. C’est quelque chose que je pense beaucoup. Quant à la mise en scène…(soupir) Je vais vous dire des choses un peu imprécises, si ce n’est que je voudrais un spectacle visuel, essayer peut­être de mêler un peu du théâtre, mais un regard très, très loin, ça fait toujours un peu peur (rire nerveux)… J’avoue que j’en sais rien, mais c’est quelque chose que j’aimerais beaucoup faire.

Depuis trois ans, qu’est­ce qui vous a marqué dans ce métier ? Est­ce qu’il y a des choses qui vous ont déplu, qui vous ont plu ?

MF : Tout m’a marqué, parce que, sans dire de bêtises, je crois que tous les jours on apprend ou on désapprend quelque chose. Mais en tout cas, il se passe quelque chose. Ha si ! une généralité : c’est que concernant vraiment le groupuscule ‘show­business’, c’est­à­dire que ce soient les producteurs d’émissions, les programmateurs, les gens de télé, les gens des médias sont des gens, qui ont essayé d’installer une, comment dire, une espèce de loi qu’ils ont créée et qu’ils ne respectent pas eux­mêmes, voilà. C’est­à­dire qu’ils ont créé un Top 50 qui veut dire des ventes de disques, qui voudrait dire donc des programmations obligatoires à la télévision, qui voudrait dire un certain respect malgré tout de l’artiste, et que quelque fois, eux, manquent un peu d’intégrité par rapport à ça. Mais c’est quelque chose qui ne m’étonne pas vraiment !

Mais voilà, moi, la chose qui m’a le plus pas bouleversée, mais qui m’a confortée, en fait, dans mon idée. C’est­à­dire, à mon avis, un manque de talent général et manque d’intégrité, tout simplement.

Vous évoquiez le Top 50, c’est quelque chose de regrettable pour vous ? Le fait…

MF : (elle l’interrompt) Non, bien sûr que non. Chacun a sa chance un jour. C’est­à­dire qu’autant sur « Plus Grandir », je n’ai pas goûté les délices du Top 50, sur « Libertine », ce sont des références maintenant qui sont établies pour les jeunes, c’est évident, ça, on ne peut pas faire abstraction. Donc quand on est dedans, on est ravi, parce que ça engendre plein de choses. Le Top 50, je m’en fous, moi, à la limite ! Mais parce que ça existe et qu’il faut exister avec. Voilà, point final !

Le problème, c’est que c’est peut­être plus dur, dans la mesure où une carrière marche ou ne marche pas suivant l’entrée d’une chanson au Top 50, ou pas.

MF : C’est le drame de ce métier, maintenant. C’est qu’effectivement les gens, enfin toujours ces gens des médias ­je ne sais pas pourquoi, quand je dis ça, j’ai toujours l’impression de voir les corbeaux d’Hitchcock, vous voyez ? ­ces gens­là ne pensent plus du tout, effectivement, ni ‘carrière’, ni ‘continuité’ à la limite. Mais ça, c’est encore une minorité finalement, parce qu’on se rend compte aussi, qu’il y a quand même des gens qui, derrière, vous suivent depuis un moment. Mais ces gens­là, on ne les rencontre pas forcément en temps et en heure. Voilà, c’est le drame de ce métier : c’est que maintenant, n’importe qui, n’importe quand peut faire un million de disques et demain ne plus exister, et que ça ne dérange a priori personne, puisque tous les jours, il y en a un qui sort, et tous les jours y en a un qui meurt.

Une fois, dans un journal, vous avez dit que vous aviez plus d’admiration pour un homme de science que pour un chanteur. C’est vrai ?

MF : Oui, je confirme. Ca n’a rien de méchant, une fois de plus, ni de venimeux. C’est quelque chose qui existe. J’ai plus de fascination, c’est vrai, pour quelqu’un dit intellectuel mais sans, moi, prétention de ma part, c’est­à­dire pour quelqu’un qui…je ne sais pas, j’ai plus la fascination d’un grand metteur en scène, d’un grand écrivain, d’un savant, ces métiers­là. Des gens qui, je ne sais pas, qui construisent réellement, qui ont l’essence de cette construction, que les chanteurs n’ont pas. La preuve, je veux dire tous les jours vous  rencontrez des chanteurs et tous les jours vous ne découvrez pas des, je sais pas, des gens bouleversants, des gens incroyables, parce que malgré tout…

Mais comme l’acteur : il y a une race d’acteurs qui est certainement prodigieuse, enfin on les remarque aussi à l’écran, voilà c’est ça que je veux dire ! Les chanteurs prodigieux, on les remarque aussi à l’écran. Voilà…Une fois de plus, là, je suis spectateur quand je dis ça.

C’est pas moi, m’insérer parmi un groupe ou un autre ? C’est toujours délicat. Mais c’est normal, c’est vrai que ça n’est pas… Personne ne m’a étonnée dans ce milieu.

Comment situez­vous votre public ? Est­ce que vous avez des rapports avec lui, des rapports à travers les lettres que vous recevez, peut­être ?

MF : Bien sûr, le courrier, que j’aime beaucoup. J’ai pas mal de courrier, je pense. Il y a des lettres qui sont passionnantes, qui sont bouleversantes, qui sont même très étonnantes quelques fois ! Là, je pourrais dire un peu la couleur des personnes qui m’entourent, c’est malheureusement des gens un petit peu désespérés, un peu névrosés. Il y en a d’autres aussi qui écrivent à tous les chanteurs et qui veulent le sempiternel autographe, ce qui est charmant d’ailleurs, mais­là, je ne peux pas donner la couleur. Sinon, je sais pas bien. Je sais pas bien encore. Je crois qu’on s’en rend compte réellement dans un spectacle, dans une salle : là, on voit bien qu’il y a une dominante de 14­15 ans ou de personnes plus âgées. J’en sais rien…

C’est quand même fascinant, je trouve, d’être un chanteur et d’avoir un impact sur un public, d’être l’idole d’un public…

MF : Oui…C’est­à­dire, voilà le genre de choses qui sont presque inexprimables mais qui sont un peu traumatisantes, mais aussi dans le bon sens, mais traumatisantes parce qu’inexplicables, parce qu’une personne pourra… Moi, il y a deux, trois personnes qui me suivent à chaque fois que j’ai un enregistrement télévisé, ils seront là, en début, en fin d’émission, ce qui veut dire qu’ils auront attendu dehors, sur le trottoir pendant près de trois heures, quatre heures parfois, qui sont prêts à venir à Cannes…Bon, ce sont des choses qui sont tellement incroyables. Et à ces personnes, on demande une espèce d’attention envers elles, qu’est­ce qu’elles font dans la vie et ces personnes se vexent, car elles disent, ‘Mais c’est pas parce que je suis là que je ne fais rien de ma vie !’. C’est bizarre…

Est ­ce que c’est pas dur, d’avoir comme ça une, j’allais dire une ‘cour’, une cour de fans ? Est­ce que c’’est pas gênant ? On n’est pas toujours enclin à répondre à ces gens…

MF : C’est toujours la peur d’être maladroit, d’être tout simplement absent. Et c’est difficile aussi d’être toujours présent. On sait que ces gens­là ont une demande momentanée, puisqu’ils ou vous rencontrent dans la rue ou vous rencontrent lors d’un spectacle et que vous, vous venez pour eux, mais pour eux dans une majorité, pas pour une personne. Moi j’ai toujours peur, oui, de froisser et c’est quelque chose d’un peu traumatisant aussi et c’est pour ça que…

Vous pensez déjà avoir froissé un admirateur ou quelqu’un qui vous demande… ?

MF : Je crois pas, car j’ai toujours fait très attention, étant moi­même un peu… (rire gêné) J’ai pas une sensibilité à fleur de peau, c’est quelque chose auquel je fais attention. Mais certainement j’en ai froissé, certainement. Mais je ne sais pas, là !

Revenons à ‘l’examen’ de votre carrière : pourquoi une rupture entre RCA et Polydor, entre je ne sais plus quel disque ?

MF : C’était sur « On est Tous des Imbéciles ». Parce que c’est… (soupir) J’ai pas du tout envie de faire le procès d’une maison de disques. Il se trouve qu’une maison de disques nous a fait un appel du pied, que c’était une maison qui allait naître, puisqu’elle avait un nouveau directeur, que RCA avait prouvé certaines choses, mais certainement dans le mauvais sens aussi : leur capacité ou au moins leur envie de m’aider. Et voilà, ce sont les choses de la vie et tant mieux que ça se soit passé comme ça, parce que il y avait un sang neuf chez Polydor certainement, il y avait un directeur jeune, qui a voulu lui aussi prouver des choses et ça, c’est important.

Revenons en guise de conclusion à votre personnalité. Je crois que vous êtes quelqu’un qui aime beaucoup les animaux, puisqu’apparemment, il y a beaucoup de photos de vous qui sont parues dans la presse en compagnie d’un petit singe, notamment . Parlez­nous en…

MF : De mon petit singe ?! C’est vrai que j’ai une passion pour les animaux, mais spécialement pour les singes. Vous dire pourquoi…Je vous mettrai un singe en face de vous, si ce n’est les singes qu’on voit au zoo, mais vraiment près de vous…La première chose, c’est qu’un singe a quatre mains et que c’est très important. Un chat, moi que j’adore, n’a pas non plus la faculté de porter les choses, d’écrire, de faire des gestes, qui certainement vous copie, que c’est un regard qui est tellement intelligent, mais qui est déconcertant aussi ! Je sais pas, ça a un caractère fascinant, le singe…

1987-16-aC’est un animal coléreux…

MF : C’est épouvantable ! C’est­à­dire, oui, c’est coléreux, c’est caractériel. Mais c’est génial, vraiment ! (rires)

Vous avez des ‘prises de bec’ avec votre singe régulièrement ?

MF : Oui, régulièrement, d’autant qu’il a des périodes de chaleurs ­comme tous les animaux­ et j’avoue que le singe, je crois, c’est l’animal le plus énervant qui soit quand il a ses chaleurs ! C’est­à­dire qu’il est ; enfin, le mien en tout cas, cette race de capucin couine pendant trois jours ­parce que ça dure à peu près 3­4 jours, ça dépend de la grosseur des chaleurs­ va couiner, va vous regarder, va vous énerver, va prendre des objets si on ne s’occupe pas de lui et va les taper très, très fort pour qu’on le regarde…Enfin c’est épouvantable !

J’en ferais bien un civet de lapin, un civet de singe plutôt ! (rires)

Très bien, je vous remercie !

Publié dans Mylène 1987 - 1988, Mylène dans la PRESSE, Mylène en INTERVIEW | Pas de Commentaires »

RADIO CONTACT : LE RENDEZ­-VOUS de Mylène Farmer

Posté par francesca7 le 1 avril 2015

 

1995-01-aCoucou, tout le monde ! Je suis ravie de vous retrouver, comme tous les mercredis soir entre 20h et 21h. Une heure spéciale qui est consacrée ce soir à Mylène Farmer, qui vient de sortir son nouvel album, « Anamorphosée » ­ un mot d’explication sur ce titre dans quelques instants en compagnie de l’intéressée.

C’est rare d’avoir Mylène Farmer en interview, encore plus en radio, donc je vous invite à savourer sans relâche ces soixante minutes passées en sa compagnie ! Tout de suite, « Et Tournoie… », extrait de cet album, « Anamorphosée » : on écoute et on se retrouve en compagnie de Mylène dans quelques minutes !

Diffusion de « Et Tournoie… » «

 Et Tournoie… », extrait du nouvel album de Mylène Farmer, qui nous a rejoint. Mylène, bonsoir !

MF : Bonsoir. Mylène qui nous revient après quatre ans d’absence, vous vous êtes fait attendre !

Vous avez pas trouvé le temps un petit peu long ?

MF : Non, j’avoue que j’ai eu besoin de ce temps. J’ai eu besoin du voyage, j’ai eu besoin de découvrir d’autres choses pour pouvoir, moi, me nourrir et pouvoir écrire, tout simplement.

Ca veut dire qu’il y avait un ras-­le-­bol, une certaine lassitude qui s’était installée ?  Qu’il y avait besoin de faire le vide autour de soi et de changer tout à fait son entourage ou même sa vision des choses ?

MF : Changer son entourage, pas réellement. L’envie que de voyager, oui, définitivement. Et puis après le film, j’avais envie de faire…est­-ce qu’on peut appeler ça une rupture ? Je ne sais pas, mais en tout cas, effectivement, simplement l’envie de découvrir autre chose et de se régénérer.

Voilà qui est fait : Mylène Farmer qui nous revient anamorphosée.

Alors, petite leçon de vocabulaire, je suppose que c’est un mot que tout le monde ne connaît pas ! Je vous laisse nous l’expliquer…

MF : Je vais plutôt vous donner l’explication que moi j’ai bien voulu lui donner ­ je vous laisserai faire l’explication du dictionnaire ! (sourire) Ma perception du monde a probablement changé, en tout cas s’est élargie, et l’idée de l’anamorphose est cette idée que j’ai eu besoin de l’anamorphose pour reconcentrer toutes ces idées, toutes ces impressions, ces sensations pour n’en faire plus qu’une.

Diffusion de « California »

Juste avant la pause, on s’écoutait « Californie » (sic !), un des titres de l’album « Anamorphosée », de Mylène Farmer. Un album qui nous vient d’ailleurs en droite ligne de la Californie, et plus précisément de Los Angeles.

C’est une ville que vous connaissiez déjà avant ?

MF : Oui, j’ai passé beaucoup de temps à Los Angeles, et précisément j’ai passé neuf mois : c’était avant, pendant et après l’album. J’ai passé quelques temps à New York également et ma foi, je m’y sens bien ­ m’y sentais bien, en tout cas. J’avais besoin de cette idée d’espace, à la fois de perte d’identité, puisqu’on ne me connaît pas là-­bas, pour pouvoir moi m’y retrouver, me retrouver.

Ca fait du bien de se replonger dans une espèce d’anonymat, là-­bas, de se dire qu’on peut mener une vie tout à fait normale ?  Parce que bon, ici c’est vrai qu’il y a Mylène Farmer la star : même quand vous vous absentez, il suffit que vous réapparaissiez au détour d’un magazine ou au détour d’un coin de rue et hop, Mylène Farmer la star ressurgit.

Là-­bas, on peut se balader dans la rue, etc.

Ca aide ?

MF : Vivre comme tout le monde, je crois que c’est important, ne serait-­ce que cette notion de vivre normalement. C’était en tout cas très, très important pour moi. C’est vrai que je l’ai trouvée là­bas, j’aurais pu la trouver à Bali ou ailleurs, mais j’avais quand même besoin d’une ville : j’avais besoin moi que de me promener, que de faire les gestes de tous les jours sans avoir quelqu’un qui m’observe. Voilà pourquoi Los Angeles !

C’était un peu votre rêve américain ?

Ou même le rêve californien, puisque la Californie aux Etats-Unis occupe une place à part dans l’univers des américains : il y a le rêve américain pour nous, européens que nous sommes, et puis aux Etats-­Unis c’est le rêve californien, la Californie c’est toutes les stars, c’est le soleil à perpétuité…

MF : Je crois qu’il y a une qualité de vie qui est certaine. C’est vrai que ne serait­-ce que le temps, le climat est très agréable. Je crois qu’ils ont une grande liberté. Avoir ce sentiment que l’américain, en tout cas le californien, ne juge pas l’autre, n’a pas le jugement facile ou parfois ces regards qui vous dérangent, vous savez, parce qu’ils vous jugent de trop près ou anormalement. Maintenant le rêve américain, non, je n’en ai pas. Je n’en ai pas et je préfère New York, par exemple, à la Californie. New York est beaucoup plus proche de ma sensibilité, j’allais dire de ma façon de vivre. Maintenant, pour revenir à la Californie, c’est un endroit qui est agréable.

Qui est agréable quand on peut y vivre bien, faut pas l’oublier non plus !

Non, puisque Los Angeles est la cité de toutes les contradictions, la cité des anges mais également la cité des démons et c’est vrai que la plus grande pauvreté côtoie la plus grande richesse, comme partout aux Etats­-Unis, je vais dire…

MF : Ha oui, c’est très, très fort, là-­bas. C’est vrai que moi j’étais très, très privilégiée. Sans jamais oublier ce qu’il se passe parce que malgré tout, c’est dans la rue, c’est au regard de tout le monde. J’ai passé mon permis de conduire là­-bas, donc c’était un peu tardif mais c’est vrai que c’était quelque chose d’important pour moi que de pouvoir prendre une voiture ­ ça parait désuet comme ça ! (Mylène veut sans doute dire ‘dérisoire’, nda) ­ et que de pouvoir rouler.

C’est vrai que les distances là-­bas et les paysages sont magnifiques, donc c’est une sensation de liberté, tout simplement, dont j’avais envie.

Ha bon ?!

Mylène Farmer a passé son permis de conduire là­-bas ?! Si tardif ?! Pourquoi ?! Elle avait peur de conduire ?! C’est vrai que Paris, c’est pas évident…

MF : Parce que j’ai d’abord un sens de l’orientation absolument déplorable ! Vous savez, parfois on n’explique pas bien les choses : il suffit de changer d’univers pour s’autoriser certaines choses. Effectivement, c’était une peur que j’avais en moi que d’être seule à un volant parce que je pense qu’on m’a toujours dit que c’était dangereux et qu’éventuellement je n’y arriverais pas, et vous vous apercevez que c’est une conquête phénoménale que de le décider et seule, et dans une autre langue dans un autre pays, donc c’est une satisfaction un peu puérile mais très agréable ! (sourire)

Diffusion de « XXL ».

1995-01-bIl y a quelques instants, Mylène Farmer nous révélait qu’elle avait passé son permis de conduire, ce qui ne vous empêche pas, Mylène, de prendre le train, comme dans le clip « XXL ». Pourquoi le train ?

MF : Le train ?

Le train, c’est le voyage. Maintenant, vous dire pourquoi il est utilisé dans ce clip, c’est pas précisément pour cette raison, mais c’est vrai que l’idée de Marcus Nispel ­ le réalisateur ­ était une très, très belle idée selon moi, et que cette idée du ventre qui est le train et qui a tous ces enfants à l’intérieur et toutes ces vies, je trouve que c’est une très, très, très belle idée. Il y a une belle galerie de personnages dans ce clip : il y a des vieilles personnes, il y a des enfants etc. mais, je veux dire, chaque visage a été choisi délicatement ?

MF : Oui. Je pense que c’est un beau travail qu’ils ont ­ ‘qu’ils ont’, parce qu’ils font appel à des assistants qui eux font des castings après acceptation du réalisateur­ mais c’est un beau travail. C’est vrai qu’en Californie, il y a des visages extraordinaires. Ces visages-­là auraient pu être de Hongrie, de Russie… Voilà donc pour le clip qui illustre le premier extrait de cet album, « XXL ».

Mylène Farmer toujours en quête d’amour maximal, je veux dire ?

MF : Oui. Si j’ai envie de résumer en tout cas mes envies d’aujourd’hui, c’est effectivement ­ et je crois que c’est le sentiment de tout un chacun­ c’est un peu plus de sécurité et surtout un peu plus d’amour.

Un amour qui reste quand même je vais pas dire déçu, mais les amours qui transparaissent dans cet album sont quand même plutôt des ruptures, des déceptions. Enfin, moi c’est l’impression que j’en ai…

 MF : Oui, ce qui est intéressant pour moi aujourd’hui, c’est que j’ai écrit les textes et on se dépossède des chansons une fois qu’elles sont et écrites et interprétées, donc maintenant c’est moi qui vais découvrir vos lectures, donc pour moi c’est à la fois une surprise et intéressant. L’évocation de la rupture, je sais pas si c’est que j’ai voulu dire. Peut-­être que c’est ce que j’ai écrit, dans le fond !

Maintenant, moi ma rupture, je la situais plus comme une élévation. C’est toujours compliqué, ou la justification ou l’interprétation des choses, mais c’est cette envie de s’élever, tout simplement, tout en ayant à la fois les pieds bien sur terre et essayant de comprendre l’autre mais en n’oubliant pas, et c’est peut­-être l’espoir que moi je me suis attribué, que la mort n’est pas une fin en soi.

Donc en ce sens, si rupture il y a, c’est j’allais dire une rupture de l’esprit terrestre et cette envie que d’aller découvrir autre chose et d’envisager d’autres choses.

Dans le fond, c’est peut-­être une envie de spiritualité, tout simplement.

Diffusion de « L’Instant X ».

« L’Instant X », ‘L’an 2000 sera spirituel’. Vous-­même, vous êtes à la recherche de cette spiritualité ?

MF : Moi j’en ai fondamentalement besoin et je pense, quand j’écoute et quand j’essaye de lire en tout cas les autres, je crois qu’on a tous envie de ça, parce qu’on vit dans un monde qui est de plus en plus désespérant et totalement bouché, donc qu’on ait ce souhait-­là : oui.

Et pour justifier sa vie, une fois de plus, ici et pour pouvoir l’apprécier, je crois qu’on a envie d’imaginer que notre vie ne s’achève pas, une fois de plus, quand la mort apparaît. C’est vrai que cette notion-­là faisait partie de moi avant et aujourd’hui je n’en veux plus, je ne l’accepte pas sinon moi je n’arrive pas à vivre correctement. Après, c’est au travers de lectures, au travers ne serait-­ce que de réflexions, de méditations. Tout cela est un peu confus ! (rires)

Il y a des livres qui vous ont marquée ?

Puisque là on a parlé de Malraux (‘L’an 2000 sera spirituel’, nda) mais je ne sais pas si Mylène Farmer a un livre de chevet qui l’a peut­-être éclairée justement vers une autre vision des choses ?

MF : Oui. Très, très précisément j’ai eu plusieurs lectures, mais j’ai un livre –je ne sais pas si je peux dire que je recommande, mais en tout cas qui moi m’a beaucoup appris et beaucoup aidé­ qui est « Le livre tibétain de la vie et de la mort » de Sogyal Rinpoche ­ un nom un peu compliqué ! ­ qui vous parle indépendamment du bouddhisme. Je ne sais pas si c’était le sujet qui m’intéressait réellement, mais qui parle justement de votre importance, de l’importance de votre vie et de l’importance de lui trouver une qualité pour pouvoir justement envisager sa mort relativement sereinement et pour pouvoir envisager des choses qui sont l’après­-mort.

Donc ce sont autant de choses qui sont très belles d’abord et qui vous donnent un petit peu d’espoir.

C’est un livre qui vous a aidée à exorciser peut-­être cette image ou cette présence de la mort qui était ancrée profondément en vous ?

MF : D’une certaine manière, oui. Je crois que chaque être est très, très isolé. Même s’il a des amis, même s’il a des conversations, on a quand même en soi cette solitude et cette difficulté que de communiquer donc on se pose de vraies questions, des questions parfois qui vous hantent toute une vie et parfois on trouve les réponses, ou on pense trouver les réponses, donc c’est vrai que j’ai eu sans acharnement cette réponse. Vous pouvez prendre quatre personnes différentes qui vont lire la même chose, elles vont trouver des réponses différentes. Donc moi j’ai trouvé quelque chose comme un baume, donc j’y ai trouvé un sens, voilà, et c’est vrai que ça m’a beaucoup, beaucoup aidée, oui.

Diffusion de « Tomber 7 fois… ».

Mylène Farmer est toujours notre invitée ce soir jusque 21h.

 Mylène, on vient de s’écouter « Tomber 7 fois… » : c’est un peu votre devise dans la vie ?

MF : Oui, en tout cas ça fait réellement partie de moi. Un, je ne me donne pas le droit de tomber, en tout cas plus bas que terre, et j’ai toujours cette volonté donc que de relever la tête. Et c’est surtout pas moi qui ai inventé ça, c’est un proverbe chinois (japonais en réalité, nda) qui dit ‘Tomber sept fois, toujours se relever huit’. C’est toujours une belle idée, c’est toujours cette notion de résurrection, cette envie que de se redresser donc c’était quelque chose que j’avais envie d’exprimer, oui.

Dans un autre genre, plus futile dirons-­nous, il y a « Alice », la petite araignée. Les araignées, ce sont des petites bêtes qui vous intéressent ?!

MF : J’ai une phobie des araignées ! (rires)

Mais j’ai toujours eu en mémoire une tout petite histoire d’une petite araignée dans une cellule et qui était le seul compagnon du prisonnier ­ ce qui n’a rien à voir avec le thème d’ « Alice », mais je peux apprivoiser aussi une petite araignée ! (rires)

Araignée qui est le symbole de ‘Araignée du matin, chagrin ; araignée du soir, espoir’. Est-­ce que l’araignée est un symbole particulier pour vous ?

MF : Non. Non. L’araignée… Vous savez, parfois on a des choses qui vous viennent vous ne savez pas pourquoi et c’est vrai que quand j’ai entendu cette musique qui a cette boucle, cette répétition j’y voyais bien la marche d’un petit animal, comme ça. Et puis après, vous ne savez pas, vous parlez de… Alice est devenue l’artiste et la représentation du mal-­être de l’artiste. (rires)

Diffusion de « Alice » puis de « Sans Contrefaçon ».

Les articles de presse qui vous sont consacrés dépeignent quelqu’un qui me semble être un être bourré de contradictions. A vous voir là en face de moi, vous avez l’air un petit peu fragile, pourtant c’est pas vraiment l’image qui transparaît de vous : on a plutôt une image qui est synonyme de provocation…

MF : Oui, mais je pense que je ne suis pas un cas unique. Je crois qu’on a tous des paradoxes assez violents en soi. Ces paradoxes font partie de moi, oui. Maintenant, moi j’y vois ­ puisqu’on a la pochette devant les yeux ­ là j’y vois quelque chose de plus pur que de provocateur, si ce n’est que l’idée de provocation fait aussi partie de ma vie. Sans parler de revendication, je trouve que c’est important que de provoquer, au moins susciter quelque chose, une réflexion en tout cas, ou une révolte…

Ca ne s’arrête pas à ‘Mylène la provocante’, comme on a pu parfois vous coller cette image parfois un peu excessive…

 MF : Bien sûr, mais ça, malheureusement on ne peut pas faire le procès de ces choses un petit peu ou caricaturales ou réductrices. C’est vrai que dès l’instant où vous chantez ou « Libertine » ou « Sans Contrefaçon », c’est vrai que la notion d’étiquette est quelque chose qui fait partie de notre société, donc dès l’instant où moi j’ai accepté de l’idée de « Libertine », pour ne parler que de ça, il faut accepter tout ce qui va aller avec : et les réflexions et la caricature.

Diffusion de « Libertine ».

Suite aux réflexions et autres commentaires qui ont accompagné cette chanson, parfois vous n’avez pas eu envie de remettre les pendules à l’heure ?

MF : Non. Qu’on ait des coups de colère quant à certaines réflexions ou justement cette façon que de réduire un être à un état ou une provocation : oui, parfois. Moi, c’est plus la notion de colère que de réelle tristesse, parce que dans le fond je n’attache pas beaucoup d’importance à ça, et je crois de tous temps j’ai ressenti les choses de cette façon. Vous dire qu’on n’est pas touché, atteint, ce serait faux et un mensonge mais une fois de plus, je n’y attache pas grande importance. Ce que l’autre pense de moi, s’il a envie d’essayer d’y découvrir certaines choses plutôt qu’un jugement hâtif : tant mieux pour moi. Sinon, tant pis, c’est pas grave ! Moi, je vis bien avec ce que j’ai exprimé, donc voilà !

Diffusion de « Mylène s’en fout ».

1995-01-dCet entretien touche à sa fin mais j’en profite encore quelques minutes car c’est quand même assez rare de vous avoir en promo !

MF : Oui, parce que d’une part c’est un exercice difficile pour moi, d’autre part la justification est un exercice et en soi quelque chose qui n’est pas à mon sens indispensable, si ce n’est que je m’aperçois qu’il faut aussi, de même que j’ai envie qu’on me donne, je me dois de donner. Donc c’est pour ça qu’aujourd’hui j’accepte un petit peu plus l’idée du dialogue, parce que je pense que c’est important. Mais je sais que ça sera de toute façon des moments rares, en tout cas pour moi. Je ne dis pas rare en sa qualité, mais rare en tout cas dans sa multiplication ! (rires)

Alors comme on n’a pas souvent l’occasion de vous rencontrer, on va peut­-être vous laisser un petit mot de conclusion, une pensée que vous auriez envie d’exprimer aux auditeurs belges…

MF : Oh je ne sais pas ! Je ne suis pas sûre d’être très, très, très douée, si ce n’est que j’espère qu’ils aimeront mon album et que j’ai un très, très bon souvenir de mon passage en Belgique sur scène. C’était un moment assez magique !

Moment qui avait été immortalisé d’ailleurs en vidéo… (le film « En Concert » sorti en septembre 1990 a effectivement été tourné pendant les représentations du spectacle à Bruxelles en octobre 1989, nda)

MF : Oui, donc je les remercie pour ce moment ! Merci beaucoup et à très bientôt, on l’espère !

MF : Au revoir !

source : Entretien avec Cathy TROGRANCIC (Belgique) 15 NOVEMBRE 1995

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RADIO JAPONAISE s’intéresse à Mylène

Posté par francesca7 le 21 mars 2015

 

radio-02-aAprès une présentation rapide de la chanteuse, on entend donc celle­ci s’exprimer, en français évidemment.

Ses propos ne sont pas parasités par une traduction simultanée, au contraire : la traduction est faite par une voix féminine après chaque intervention. Celles-ci sont séparées par des extraits de l’album « En Concert », notamment « Maman a Tort » et « Mouvements de Lune ».

A propos de sa reprise sur scène de « Je voudrais tant que tu comprennes » :

­ La première chanteuse qui l’a chantée (Marie Laforêt, nda) s’adressait sans doute à une autre personne.

Moi, quand je l’ai choisie, c’était dans le but de m’adresser à un public qui était venu me voir, qui s’était déplacé donc c’est pour ça que les gens réagissaient, c’est vrai, à chaque mot, à chaque évocation et puis parce qu’il y avait, oui, on peut parler d’une émotion de la part du public et ma propre émotion. C’est évidemment ce que j’attendais du public aussi, mais il s’est passé ça parce que avant toutes ces chansons il s’était déjà passé autre chose et que c’est vrai que c’est la plus belle chose pour un artiste que d’avoir ce genre de réactions.

On fait ce métier pour être aimé, aussi ! (rires)

A propos de son hygiène de vie :

­ Par rapport à la nourriture, donc, j’ai pas de régime spécial. J’en ai eu un pendant la préparation de la scène :  pendant quelques temps, j’ai fait beaucoup de sport, déjà pour me préparer justement à une condition physique et fatalement on est obligé de faire attention aussi à ce qu’on mange, c’est­à­dire que j’ai essayé de ne pas boire trop de Coca Cola et de choses comme ça ! Mais aujourd’hui, je n’ai plus de régime du tout, non. C’est pas quelque chose qui me préoccupe beaucoup. Quant aux costumes, je vois pas l’allusion directe mais en tout cas, j’aime les habits, j’aime beaucoup les stylistes. Ca, oui, c’est quelque chose d’indispensable pour moi que de rechercher toujours des nouveaux costumes.

A propos des différents artistes qu’elle cite en référence :

­ On peut aimer tous les genres, j’espère ! Spielberg n’est pas si loin, pas si éloigné non pas de l’univers de Poe et de Baudelaire mais c’est quelqu’un qui à chaque image suggère une émotion, et c’est un peu ce que je retrouve, moi, dans la lecture d’un Baudelaire ou d’un Edgar Poe. C’est vrai que les deux autres sont beaucoup plus tourmentés. Je crois qu’il (Spielberg, nda) a un regard d’enfant, et en fait c’est peut­être… Est-ce que c’est quelque chose de commun entre eux tous ? Peut­être.  Et puis, tout est poétique : les trois, je crois, sont poétiques. De toute façon, tous évoquent le rêve ou le cauchemar. Voilà, ça c’est vraiment quelque chose qui est très présent chez les trois.

L’entretien se clôt par la diffusion de « Plus Grandir » (live)

source : 1990 – Dans le cadre de la promotion de l’album « Ainsi Soit Je… » exporté à l’international en cette année 1990, une station de radio japonaise s’intéresse à Mylène Farmer.

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LE MAG sur MCM reçoit Mylène

Posté par francesca7 le 12 février 2015

 

8 JUIN 1996 – Entretien avec Christian DAVID – MCM

1996-09-cEntre les deux représentations parisiennes du Tour 96, Mylène Farmer reçoit le journaliste de MCM dans sa loge de Bercy. L’entretien a en effet été réalisé le 1er Juin, au lendemain de la première date donnée à Bercy et quelques heures avant la deuxième. Elle porte pour l’occasion une longue et ample jupe couleur ficelle et un top à bretelles bleu clair.

Christian David : Bonjour. Bienvenue dans « Le Mag ». Aujourd’hui, je ne suis pas sur le plateau habituel, je suis dans les loges de Bercy pour un mag spécial avec Mylène Farmer. Bonjour !

Mylène Farmer : Bonjour.

CD : Merci d’être là ! C’est parti « Le Mag » ! Tout de suite : générique.

Générique

CD : Bien, bonjour. Je suis vraiment content de vous rencontrer parce qu’on se connaît pas, on s’est jamais vus ! Alors, je voudrais déjà qu’on parle un petit peu de la conception de l’album ­très, très court parce que je voudrais qu’on parle surtout du show. Je voudrais savoir, le son : où vous avez été chercher ce son particulier qui a dans cet album qui est très moderne ?

MF : Probablement Los Angeles, le fait de travailler avec des musiciens de là­bas. Quant à des désirs en tous cas de guitares, ça, ça vient plus de la maison. Voilà ! (sourire)

CD : Donc il y a quand même une certaine évolution musicale entre le dernier album et celui­ci, et je voudrais savoir comment c’est apparu, comment ce désir est venu d’avoir quelque chose de plus radicalement dur, musicalement…

MF : L’envie d’avoir des guitares, essentiellement. Moi, pour être restée assez longtemps aux Etats­Unis, je crois que ça influence et puis, peut­être une évolution naturelle dans le fond.

CD : Une envie peut ­être, oui, de choses plus dures. Je trouve que l’album a une tendance un peu, un peu rock quand même, on peut le dire…

MF : Là j’en reviens encore, je crois que l’apport des guitares ­ je vais me répéter (rires) ­ je crois que c’est important pour le son, oui.

CD : L’envie de moins de machines ? Parce qu’il y a quand même eu beaucoup de travail sur les machines sur les albums précédents…

MF : C’est vrai que je l’ai beaucoup fait, et c’est vrai que j’avais envie de choses un peu plus ‘live’, comme on dit.

CD : Plus humaines ? C’est plus humain un son de guitare joué par quelqu’un quand même…

MF : Il se passe autre chose, c’est vrai. Mais j’aime bien les deux !

Extrait de « Alice » sur scène à Toulon

CD : Je voudrais qu’on passe à la section show, parce que moi je m’interroge ­ je n’ai pas vu le show encore, je vais le voir ce soir ! Je voudrais savoir comment on arrive à reproduire le son merveilleux que vous avez sur cet album qui a un son studio énorme. Est­ce qu’il est semblable, est­ce que vous avez réussi à trouver ce son sur scène ?

MF : Oui. Il y a des musiciens qui sont vraiment formidables. Je suppose qu’on dit ça à chaque fois qu’on fait une tournée ou un album, mais là, j’avoue que j’ai une chance énorme. Ils sont pour la plupart, si ce n’est la totalité en fait, américains…

CD : Oui, il y a juste un clavier français…

MF : Oui, absolument, qui est Yvan Cassar, qui est le chef d’orchestre.

CD : Qui est une base, qui est la sécurité…

MF : Oui, oui, oui. Et que puis­je dire d’autre ?! Les musiciens français sont très bons musiciens ­ on n’est pas en train de faire des séparations…

CD : Mais enfin c’est juste que vous avez passé beaucoup de temps à Los Angeles, c’est peut­être normal de ramener sous le bras ces musiciens américains…

MF : Voilà, c’était plus simple, oui. J’ai également des danseurs qui sont de New York, donc c’était plus simple aussi pour les répétitions. Enfin, à tous points de vue, c’était plus simple que de prendre des musiciens de là­ bas. Mais en tous cas, ils jouent merveilleusement bien, et c’est vraiment un support énorme pour moi.

CD : Il y a sept ans que vous avez pas fait de scène, c’est quand même beaucoup ! (Mylène confirme)

Alors, est­ce qu’il y a une difficulté à remonter sur scène ou, finalement, c’est vraiment tellement l’envie elle est là que ça se fait tellement comme ça ?

MF : Vous avez la réponse. C’est plus ça. C’est un vrai, vrai désir. Et spontanéité, je crois.

CD : Alors j’imagine qu’il y a eu beaucoup d’émotion. Hier, j’ai des amis qui vous ont vue et qui m’ont dit que, bon il y a un show très technique, très beau, très bien fait, mais il y a quand même beaucoup d’émotion et ça, je trouve que ça colle aussi à votre personnage. C’est important de l’avoir même sur scène…

MF : Ça, c’est quelque chose que j’espère ne jamais perdre, en tous cas cette émotion que me procure le public, dans le fond. Et moi, j’essaie de donner autre chose que justement des choses très établies, très structurées.

CD : Est­ce qu’après sept ans d’absence, est­ce que c’est pas un peu difficile ? Quel public on va retrouver ? Est­ce qu’on va retrouver son public ? Est­ce qu’on a réussi à reconquérir d’autres gens ?

Est­ ce qu’on se pose ces questions­ là quand on arrive à un ou deux jours, voire le jour même, sur scène ?

MF : Dans la mesure où plusieurs personnes, avant même, vous posent cette question : ‘Mais quel est votre public aujourd’hui ?’ J’avoue que j’y ai pensé moi­même, que je l’ai un petit peu entraperçu sur l’album, des visages nouveaux. Et ma foi, là, j’ai un public, je crois, plus d’hommes aujourd’hui que je ne l’avais avant. (sourire)

CD : C’est une bonne nouvelle ! (rires)

MF : C’est une bonne nouvelle ! (sourire) Mais en tous cas, un public vraiment chaleureux. J’ai une chance énorme pour ça, vraiment !

Diffusion d’un extrait du making of du clip « California »

CD : L’image est parfois violente. Je vois dans les clips : vous mourrez, vous faites mourir quelqu’un d’autre que vous, souvent et j’ai entendu dire que vous avez lu un livre qui vous a un petit peu travaillée, un petit peu bouleversée. Donc, est­ce que ça a à voir avec le fait que vous vivez intensément et de ce que vous avez envie de faire passer par l’image, ce que les gens peuvent recevoir ?

MF : J’aime les choses fortes, j’aime les choses qui sortent de la normalité, j’aime les sentiments forts donc c’est… Maintenant, quant à répondre à votre question ‘est­ce que j’aime ou tuer ou être tuée’, ça, ça fait partie de…

CD : (la coupant) Sans psychanalyse, sans psychanalyse ! (rires de Mylène)

1996-09-eMF : Je joue moins peut­être aujourd’hui les victimes, par exemple. Je m’en suis rendue compte dans les clips de cet album. Faisant référence au dernier clip, avec Abel Ferrara, quand on a parlé donc du sujet du clip, je voulais, moi, interpréter une prostituée, et il m’a demandé ‘Mais quel type de prostituée ?’. Je lui ai dit ‘Pas une victime. Je ne veux pas être une victime dans ce clip’.

CD : Vous êtes quand même une victime dans ce clip puisqu’elle meurt cette prostituée…

MF : Oui, mais c’est au­delà de ça. J’ai l’impression, moi, de porter autre chose en tous cas. Quand j’ai rencontré ­parce qu’il y a des prostituées dans la vidéo…

CD : (la coupant) Ah, ce ne sont pas des comédiennes ?!

MF : Non, pour la plupart, ce sont de réelles prostituées et, j’ai eu ce sentiment qu’elles n’étaient elles ­mêmes pas des victimes, qu’elles avaient réellement choisi leur métier. Où est la vraie vérité, la réalité ? Je n’en sais rien. Mais une sensation de liberté, en tous cas, dans leur métier.

Extrait du making of du clip de « California »

CD : Alors sur scène, je voudrais qu’on vienne à la scène, j’imagine qu’il doit y avoir une scénographie, une chorégraphie, des décors. (Mylène confirme) Est­ce que c’est vous qui choisissez ?

Es t­ce que c’est une totale liberté sur ce travail ­là ?

MF : Bien sûr ! Heureusement ! Oui, oui, totale liberté, total contrôle, et surtout total plaisir ­ c’est bien plus intéressant que le contrôle lui­même et là encore, chaque département, c’est vraiment important, aussi bien l’image, cette idée de l’écran, et puis toutes les surprises qui se passent pendant ce spectacle.

Chorégraphiquement, j’ai fait appel… J’ai moi­ même quelques chansons qui sont chorégraphiées, donc, par moi, et j’ai fait appel à deux autres chorégraphes : un qui est français, et qui est sur scène également, qui est un des danseurs, et puis un autre qui vient des Etats­ Unis qui a illustré, donc, une chanson.

CD : Est­ce que c’est pas difficile, pour vous, de… Je voudrais qu’on parle un petit peu maintenant du contact avec les journalistes, la presse, les médias. C’est très rare que vous accordiez des interviews et là, d’un seul coup, vous avez, j’ai l’impression que vous avez envie de parler aux gens.

D’où c’est venu ? Est­ce que justement cette liberté de travail, cette envie de revenir, sept ans d’absence font que, d’un seul coup, on a envie de raconter aux gens ce qu’on a fait, ce qu’on est en train de faire, et ce qu’on a envie de faire ?

MF : Je crois, en tous cas pour ce spectacle, là ça s’est fait relativement spontanément. J’avais envie de parler de ce spectacle, c’est vrai. J’avais envie, oui, de faire partager ça avec les personnes qui m’aiment bien.

CD : Alors, est­ce que ce spectacle a plus d’importance au niveau, je veux dire, personnel, de ce que vous avez pu donner dedans, par rapport à ce que vous avez fait auparavant pour avoir, peut­être, envie d’en parler plus ? C’est peut­être quelque chose qui vous correspond davantage, à l’heure actuelle, c’est­à­dire au moment où vous en êtes là, dans la carrière…

MF : En tous cas, au jour d’aujourd’hui, oui. Oui, je puis dire que je suis en parfaite osmose d’avec ce spectacle.

CD : Vous êtes heureuse donc ? Parce que c’est vrai, on a toujours tendance à dire ‘Oui, Mylène Farmer est quelqu’un d’un peu…’ parce qu’on ne vous entend pas beaucoup, on ne vous voit pas beaucoup, donc évidemment il y a questionnement tout le temps sur la vie des gens quand ils parlent pas trop. Vous êtes quelqu’un de plutôt positif, optimiste ?

MF : Optimiste, je ne pense pas. Positif, oui, j’essaie de l’être et ça, c’est ma quête d’aujourd’hui : essayer de, oui, de rendre les choses un peu plus faciles, un peu plus vivantes, et de ne m’intéresser qu’au moment présent et, dans le fond, c’est ça, il me semble, la vraie force que moi j’ai pu trouver, et que n’importe qui peut trouver. C’est essayer de ne plus être envahie ni par un passé qui peut être ou encombrant ou douloureux, et essayer de ne pas trop se projeter dans le futur qui est toujours une source d’interrogations ou de grands vertiges, donc voilà, c’est, moi, la réponse que j’ai trouvée : c’est vivre le moment présent et essayer de comprendre que c’est important.

Long extrait de « Je t’aime mélancolie » sur scène à Toulon.

CD : Je voudrais qu’on parle un peu des clips parce que, ça, c’est important : il y a aussi une image vidéo très, très importante, c’est même des films, c’est pas vraiment des vidéos très classiques depuis « Libertine » jusqu’à « California ». Je trouve qu’il y a vraiment un gros travail de fait. Est­ ce que ça, c’est important pour vous l’image, de travailler l’image ? Est­ce que c’est aussi un côté artistique que vous exploitez chez vous ?

MF : Oui, j’ai eu la chance, moi, de…

CD : (la coupant) Comédienne, un peu quand même ?

MF : D’abord l’idée de jouer, oui, est quelque chose que j’aime. J’aime l’image, j’aime le cinéma profondément.

J’ai eu la chance de… J’ai commencé ce métier il y a près de douze ans, je crois, le clip commençait d’être quelque chose d’important pour la chanson. Que puis­je dire ? J’ai eu la chance de travailler avec Laurent Boutonnat, donc d’avoir quelqu’un de grand talent, et à la fois d’idée et de conception, et c’est quelque chose que j’aime toujours faire.

CD : Maintenant, c’est devenu tellement habituel. C’est comme un support normal…

MF : C’est vrai.

CD : On sort une chanson, on fait un clip et, des fois, c’est tellement vide ! Et je trouve que ceux­là ont toujours eu un gros travail, pas forcément en rapport avec la chanson, mais qu’il y a toujours un plaisir, je pense, d’artistes ­ comédiens et réalisateurs ­ dans ce que vous faites au niveau images…

MF : Ça, ça fait partie, je crois, de, là encore on va parler de désirs, c’est­à­dire de ne pas se dire ‘Tiens encore une chanson, encore un clip’ mais, à chaque fois, de ré­envisager la chose, et de se dire que c’est toujours aussi important. Et ça l’est réellement pour moi.

Diffusion du clip de « Sans logique »

CD : Alors moi, je voudrais reprendre ce que vous disiez tout à l’heure par rapport au présent, et l’angoisse du futur : c’est vrai que tant qu’on a du plaisir, le présent est important, et là c’est un présent qui va durer puisque la tournée est assez longue. Il est question que vous reveniez…

MF : (elle le coupe) A Bercy.

CD : …à Paris à la fin du mois de juin, et peut­être même à la rentrée. (Mylène confirme très discrètement) Donc est­ce que c’est pas un peu, en même temps, inquiétant d’avoir cette longue haleine de route à avoir devant soi comme ça ?

MF : Je crois que la tournée est relativement courte : j’ai, je crois, vingt­deux dates. Souvent, les   artistes font des tournées de quatre, cinq mois. Donc, moi je l’ai voulue relativement courte pour essayer de ménager, là encore, j’en reviens à la spontanéité et l’idée du vrai plaisir, et non pas de la répétition et de…

CD : (la coupant) Vous ne voulez pas rentrer dans une habitude, un cercle où finalement on ne s’en sort plus et on finit par faire le show comme si on allait faire n’importe quoi d’autre ?

MF : Oui. Oui, j’ai toujours un peu peur de ça donc c’est pour ça que je prends beaucoup de temps avant de remonter sur scène, ou même de faire un album. C’est plus riche comme ça pour moi.

CD : Est­ ce qu’il est question d’un album live ? Il n’y a rien qui existe de vous en live ! Moi je trouve que vous avez tellement d’intensité, d’être dans cette tournée, que ce serait peut­être le moment d’en faire un ? (Christian David semble ignorer totalement l’album et la vidéo live « En Concert » sortis respectivement en 1989 et 1990, et Mylène ne prend pas la peine de rectifier son erreur, nda)

MF : Il y en aura un, oui.

CD : Ah, ben ça c’est une bonne idée !

MF : D’ailleurs, le spectacle ce soir est filmé et l’album sera fait justement aujourd’hui !

CD : Vous prenez beaucoup de temps pour préparer un album, beaucoup de temps pour préparer un spectacle, mais qu’est­ce que vous faites sinon quand vous êtes pas Mylène Farmer sur scène et en studio? Qu’est­ce que vous aimez bien faire dans la vie ?

MF : J’aime bien voyager, j’aime bien lire, j’aime bien… On va s’en tenir à ces deux choses ! (rires)

CD : D’accord, on n’ira pas plus loin ! (rires) Qu’est­ce que vous pensez des gens qui parlent…Est­ce que vous lisez beaucoup les critiques ? Est­ce que vous portez de l’attention à ça ou pas du tout ?

MF : Pas du tout serait un mensonge, mais le moins possible en tous cas.

CD : Est­ ce que vous avez appris à vous blinder ? Est­ce qu’il y a une fragilité qui s’est un peu échappée au fil des temps ? Ou est­ce que vous avez toujours gardé un petit côté où des fois où finalement ça pique, ça fait un peu mal, quoi, et qu’on a envie de tout casser et d’aller taper sur la tête des gens qui écrivent des choses horribles ?

MF : Blindé, je crois qu’on ne l’est jamais et tant mieux. Maintenant, relativiser, ça fait toujours partie de cette même chose, c’est ­à ­dire prendre des distances, ça oui, sérieusement.

CD : C’est important ?

1996-09-aMF : C’est important oui.

CD : Bien, merci beaucoup de nous avoir accueillis dans votre loge !

MF : Merci à vous. Merci.

CD : Donc on rappelle qu’il y a une tournée qui dure jusqu’à peu près ?

MF : (après un silence) Je ne sais pas ! (rires)

CD : (après avoir entendu une réponse de Thierry Suc, manager de la chanteuse, depuis derrière les caméras) Jusqu’à fin juin. Et bien on va vous voir sur scène, d’accord ?

MF : D’accord !

CD : Merci d’avoir été là…

MF : Merci beaucoup.

CD : Au revoir Mylène, merci beaucoup.

MF : Au revoir.

CD : « Le Mag », c’est fini, on se retrouve demain avec autre chose !

Publié dans Mylène 1995 - 1996, Mylène en INTERVIEW | Pas de Commentaires »

INTERVIEW INÉDITE de Mylène par LePage

Posté par francesca7 le 8 novembre 2014

 

8 MAI 1987 Journaliste(s) : Jean-Jacques Frances

 

3159688308_1_10_03Leq3m5Le contexte de cette interview est assez flou. Sortie des archives de Bertrand LePage (qui accompagne Mylène pendant cet entretien) dans la deuxième moitié des années 1990, elle était à l’évidence prévue pour la presse, puisque lorsque l’enregistrement démarre, on entend Mylène orienter son interlocuteur vers Polydor pour récupérer des photos, et le journaliste parle d’article. Néanmoins, elle n’a jamais paru nulle part, et c’est donc l’enregistrement sonore brut dont nous disposons, avec tout ce qu’il faut de bruits d’ambiance, puisque l’entretien est réalisé dans un café. 
Si nos recherches nous ont permis d’identifier le journaliste et la date à laquelle a été réalisé cet entretien, nous ignorons toujours à quelle publication il était destiné.

Mylène Farmer, vous rentrez en force dans le Top 50 avec « Tristana », votre nouveau 45-trs. En fait, c’est une continuité après « Libertine », une continuité de succès. Qu’est-ce qui s’est passé ? Pourquoi après trois ans, vous vous mettez à cartonner vraiment, d’après vous ? C’est un changement de style, un changement d’équipe, un changement de vision ?
(rires) Il n’y a eu ni changement de style, ni changement d’équipe ! C’est un concours de circonstances, des chansons qui arrivent au bon moment. C’est la seule réponse que je peux formuler.

Comment êtes-vous arrivée dans la chanson ? Et comment vous avez pu faire votre premier 45-trs, « Maman a Tort » ?
-J’ai rencontré une personne qui s’appelle Laurent Boutonnat, et qui était compositeur et qui m’a proposé la première chanson, qui s’appelait « Maman a Tort ».

Est-ce qu’avec ce texte, qui peut porter un petit peu à contradiction, vous n’avez pas eu peur de choquer un petit peu les médias ou le public ?
-On n’a jamais peur de choquer les médias quand on prend le parti de chanter une chanson comme « Maman a Tort ». C’est avant tout un plaisir et puis après, c’est des réactions successives.

Toujours dans l’ordre chronologique, j’aimerais qu’on examine le deuxième 45-trs, « On est Tous des Imbéciles ». Parlez-nous de ce texte que j’aime beaucoup…
-Vous parler du texte… Hé bien, nous sommes tous des imbéciles, ce qui nous sauve c’est le style ! C’est toujours ce que j’ai pensé ! (rires)

C’est à partir du troisième que vous avez commencez à miser, je dirais, sur le vidéo-clip en fait, énormément puisqu’il était formidablement bien réalisé…
-À miser, c’est-à-dire que non. Sur « Maman a Tort », on avait fait un clip mais on avait à l’époque très, très peu de moyens. C’était déjà Laurent qui l’avait…je ne trouve plus le mot ! Enfin bref, tourné. (rires) Sur « On est Tous des Imbéciles », étant donné le déroulement de la chanson qui avait bien marché médiatiquement, mais pas du tout au niveau des ventes, c’était difficile d’envisager un clip. Et sur « Plus Grandir », c’était l’occasion, puisque là c’était une nouvelle maison de disques, donc d’autres horizons et effectivement, le premier clip réellement personnalisé.

Avec « Plus Grandir », vous avez abordez un petit peu le thème du désespoir. Bon, on retrouve le désespoir, je trouve, dans « Tristana ». C’est quelque chose qui vous correspond ?
-Je suis une femme désespérée, le saviez-vous ? (rires)

Désespérée de quoi ?
-Non, on ne peut pas parler comme ça. De même qu’il y a des thèmes qui m’attirent, comme la mort, c’est vrai que le désespoir est… Et puis c’est trop compliqué à expliquer, déjà, ici ! Je ne sais pas, c’est une angoisse permanente, oui, de la vie, de plein, plein de choses…

Vous avez peur de vieillir ? Vous êtes obsédée par le temps qui passe ?
-Pas réellement. Pas dit dans ces termes-là. C’est-à-dire tout le monde a peur de vieillir, mais c’est pas, moi, ce qui m’obsède, non. C’est peur de la mort plutôt, peur de beaucoup de choses… Oui, je pense être une personne angoissée, mais certains jours sont formidables !(rires)

Entre les deux, il y a eu « Libertine ». Là, certaines critiques ont dit que c’était de la provocation. Vous jugez ça en ces termes ?
-Moi, je vais vous répondre par autre chose : c’est que la critique, je m’en moque éperdument. Que ce soit de la provocation, c’est la même chose que « Maman a Tort », qu’ « On est Tous des Imbéciles » : c’est un choix. C’est surtout des choses qui n’ont peut-être pas déjà été dites jusqu’alors, qui moi m’amusent.

Comment le thème de cette chanson est venu ?
-J’avoue que c’est venu un petit peu subitement. On était en studio, sur la musique qui était déjà enregistrée. Vous savez, on fait du yaourt pour essayer de mettre en place une voix, et j’ai dû dire ‘Je suis une catin’ comme ça, et puis de ça est née cette chanson ! (elle pouffe)

Et puis, il y a eu à partir de là l’explosion avec le vidéo-clip. Je pense qu’on peut dire jusque-là -bon je n’ai pas vu le dernier- c’est le meilleur vidéo-clip. Je crois qu’il a fallu justement assez peu de moyens contrairement à ce qu’on pense, enfin tout est relatif, pour le réaliser.
-Oui, tout est relatif. C’est vrai qu’on nous a prêté beaucoup plus de moyens qu’il y en a eu parce que je pense qu’à l’image, le résultat pouvait ressembler à beaucoup, beaucoup de moyens certainement. Mais ça, c’est le talent certainement du réalisateur et d’une équipe aussi qui l’entourait. Et quant au suivant, c’est quelque chose de totalement différent qui est encore plus orienté sur le cinéma et que moi, j’avoue… Non, j’allais dire une bêtise, je l’aime autant que « Libertine », mais c’est… Il faut le voir, quoi ! C’est difficile aussi d’en parler…

Lorsqu’on dit que le succès de « Libertine » est venu grâce à ce vidéo-clip, vous êtes d’accord ?
-Je crois qu’on peut dire à 70%, c’est quelque chose, oui, qui a provoqué un intérêt certain. Bon, c’est vrai qu’il y a eu TV6 qui a énormément aidé cette promotion et qu’effectivement du jour où est né ce clip, il y a eu des ventes immédiates. Donc on peut dire que le clip a beaucoup aidé, en tout cas a beaucoup aidé ma personne.

Au niveau de « Tristana », vous avez fait de nombreuses télévisions avec une superbe chorégraphie. Comment l’idée est venue ? Comment s’est faite la mise en place de cette équipe ?
(soupir) Ca, c’est des choses toujours assez subites, en fait. On a toujours l’impression que les artistes, c’est vrai, travaillent. Ca, c’est évident… Sur « Tristana », quand la chanson est née, quand elle a été enregistrée, après moi, je me suis posé le problème de comment la promouvoir. J’ai tout de suite pensé à deux personnes derrière moi. Je préférais deux personnes féminines, mais qui n’avaient pas le prototype des danseuses qu’on voit en télévision. De même que la chorégraphie, que j’ai faite donc, je la voulais très visuelle, mais très proche de l’ambiance de la chanson. C’est-à-dire, pour moi, qui évoque un petit peu la Russie, une ambiance un peu slave, donc je voulais, comme ça, des espèces d’oiseaux noirs derrière moi, un peu rigides… Voilà comment ça s’est imaginé. Et puis après, ma foi, c’est un peu du travail quand même !

136870_EVQUHRUG8DUELTZN4MPEKKGRS2QUWR_14_H192034_LApparemment, c’est vous qui décidez de la façon de mener votre carrière, puisque vous dites ‘J’ai décidé, j’ai voulu…’. Y a pas de producteur, une équipe qui fait pression autour de vous, derrière ?
-Je sais pas… Moi, c’est toujours quelque chose qui me fait un peu sourire. Des pressions… Je veux dire, ou on envisage une carrière et on est complètement, effectivement, manipulée et je trouve ça un peu dommage. Moi, je travaille de très, très près avec Laurent, je travaille avec lui -Laurent Boutonnat. J’ai quelques personnes autour de moi, la personne que vous voyez et qui est Bertrand, qui est mon manager. Y a aussi une maison de disques, mais eux, si vous voulez, ce sont les porte-parole un peu d’un chanteur. ‘J’ai décidé’, c’est-à-dire que moi, sur les chorégraphies, effectivement à chacun son métier, c’est ça que je veux dire. Laurent, quand lui construit un scénario, moi j’ai un droit de regard, il est évident. Je dis ‘Ca, ce serait bien…’ parce qu’on est, je pense, des êtres relativement intelligents. Mais je ne me mêle pas ni de la mise en scène, parce que ce n’est pas mon métier, ni de la mise en image. Donc voilà, je crois que chacun sa place. C’est un peu ce qu’on mélange en France, je trouve. C’est-à-dire qu’on s’imagine être des être exceptionnels dans tous les domaines. Et ça, c’est une erreur.

Parlons maintenant de votre look. Bon, au niveau des deux premiers 45-trs, il était assez sage, assez je dirais banal, sans que ça soit péjoratif. Et puis après, il y a eu un revirement total avec apparemment, vous avez les cheveux d’une différente couleur, vous avez un look totalement différent…
-Ca doit certainement être très explicable. Quand on dit ‘un métier qu’on apprend’, certainement… C’est-à-dire que sur « Libertine », quand on parle d’osmose, c’est aussi quelque chose qui s’est produit. C’est-à-dire effectivement, il y a eu le clip, tout de suite il y a eu, bon, une chanson qui a quand même marché assez facilement, même si c’est le clip qui a provoqué après les grosses cadences. Que moi effectivement, l’époque de cette chanson, puisqu’on l’avait située dans le libertinage, j’aime tellement les costumes, que ça a été tout de suite évident pour moi de mettre cet uniforme. Et après, ben voilà c’est « Maman a Tort », c’est « On est Tous des Imbéciles » et « Plus Grandir » qui ont fait que « Libertine » a existé de cette façon. Ca, c’est évident !

Est-ce que vous n’avez pas dans votre tête, quelque part, des projets, à plus ou moins long terme, cinématographiques ?
-Non, pas des projets -si ce n’est celui que j’ai depuis assez petite, c’est de jouer un jour dans un film. Mais là aussi, beaucoup de prétention : pas dans n’importe lequel. C’est pour ça que je n’ai pas commencé d’ailleurs cette carrière, même depuis la chanson, où j’ai eu quelques propositions. Vous imaginez le genre de propositions… ! (elle pouffe) Donc, oui, c’est quelque chose que je laisse dans le coin de mon esprit, que j’ai vraiment envie de réaliser. C’est vrai que si Laurent, un jour, réalise un long-métrage, ce qui pourrait être assez précis maintenant, ce serait la personne avec qui j’aimerais tourner. Y en a quelques-uns d’autres, mais très peu…

Parlez-moi de l’album que vous avez fait l’année dernière, de votre premier album, des chansons, des thèmes abordés ?
-Ben, moi, je vais vous faire un exposé très scolaire ! Il y a quoi ? je crois dix chansons, donc les 45-trs qui sont inclus dedans. Il y a une chanson qui s’appelle « Chloé », qui parle de la cruauté des enfants, qui est traitée d’une façon un peu comptine satanique. Une autre chanson qui s’appelle « Vieux Bouc », qui parle du diable et qui est un peu humoristique aussi. Il y a « Au bout de la Nuit », qui fait la face B de « Tristana », donc, le dernier 45-trs, qui là traite un peu du désespoir, un peu de… J’ai du mal à mettre des étiquettes, parce qu’une chanson -ce dont on m’avait fait d’ailleurs le reproche- ne parle pas de ax+b et de ‘je prends mon petit crème le matin’, donc c’est également difficile de l’expliquer. Si ce n’est qu’il y a, je l’espère, une ambiance générale, enfin un thème général en tout cas. Qu’est ce qu’il y a d’autre, je ne sais plus ! (rires) Il faudrait avoir le 33-trs sous les yeux , là, j’avoue…

Quels sont les traits essentiels de votre personnalité en tant que chanteuse ? J’ai l’impression par exemple, à première vue, qu’il y a un côté pudique assez maqué chez vous. Est-ce que c’est vrai ?
-Oui… Je suis quelqu’un, je pense, de pudique, ce qui doit vous sembler un paradoxe, quand on chante « Libertine » ou « Maman a Tort », mais c’est un métier paradoxal, et moi je crois avoir une personnalité certainement paradoxale, mais comme beaucoup de personnes. C’est des choses qui n’ont rien à voir finalement entre elles. On peut avoir beaucoup de pudeur et à la fois être excentrique à certains moments.

J’ai l’impression que vous n’êtes pas le genre de chanteuse à pavoiser dans des cocktails mondains ou des choses comme ça…
-Je pense que vous avez vu juste ! (rire franc) Non, je n’aime pas ça, je n’ai jamais aimé ça et je crois que je n’aimerai jamais ça !

Parlez-nous maintenant de la scène : quand est-ce qu’il y aura une scène parisienne, comme l’Olympia ou quelque chose comme ça ? Comment vous voyez votre spectacle ?
-Je ne sais pas encore, ni en ce qui concerne la date, parce que c’est pas encore quelque chose qu’on a fixé. C’est quelque chose que je pense beaucoup. Quant à la mise en scène…(soupir) Je vais vous dire des choses un peu imprécises, si ce n’est que je voudrais un spectacle visuel, essayer peut-être de mêler un peu du théâtre, mais un regard très, très loin, ça fait toujours un peu peur (rire nerveux)… J’avoue que j’en sais rien, mais c’est quelque chose que j’aimerais beaucoup faire.

Depuis trois ans, qu’est-ce qui vous a marqué dans ce métier ? Est-ce qu’il y a des choses qui vous ont déplu, qui vous ont plu ?
-Tout m’a marqué, parce que, sans dire de bêtises, je crois que tous les jours on apprend ou on désapprend quelque chose. Mais en tout cas, il se passe quelque chose. Ha si ! une généralité : c’est que concernant vraiment le groupuscule ‘show-business’, c’est-à-dire que ce soient les producteurs d’émissions, les programmateurs, les gens de télé, les gens des médias sont des gens, qui ont essayé d’installer une, comment dire, une espèce de loi qu’ils ont créée et qu’ils ne respectent pas eux-mêmes, voilà. C’est-à-dire qu’ils ont créé un Top 50 qui veut dire des ventes de disques, qui voudrait dire donc des programmations obligatoires à la télévision, qui voudrait dire un certain respect malgré tout de l’artiste, et que quelque fois, eux, manquent un peu d’intégrité par rapport à ça. Mais c’est quelque chose qui ne m’étonne pas vraiment ! Mais voilà, moi, la chose qui m’a le plus pas bouleversée, mais qui m’a confortée, en fait, dans mon idée. C’est-à-dire, à mon avis, un manque de talent général et manque d’intégrité, tout simplement.

Vous évoquiez le Top 50, c’est quelque chose de regrettable pour vous ? Le fait…
(elle l’interrompt) Non, bien sûr que non. Chacun a sa chance un jour. C’est-à-dire qu’autant sur « Plus Grandir », je n’ai pas goûté les délices du Top 50, sur « Libertine », ce sont des références maintenant qui sont établies pour les jeunes, c’est évident, ça, on ne peut pas faire abstraction. Donc quand on est dedans, on est ravi, parce que ça engendre plein de choses. Le Top 50, je m’en fous, moi, à la limite ! Mais parce que ça existe et qu’il faut exister avec. Voilà, point final !

Le problème, c’est que c’est peut-être plus dur, dans la mesure où une carrière marche ou ne marche pas suivant l’entrée d’une chanson au Top 50, ou pas.
-C’est le drame de ce métier, maintenant. C’est qu’effectivement les gens, enfin toujours ces gens des médias -je ne sais pas pourquoi, quand je dis ça, j’ai toujours l’impression de voir les corbeaux d’Hitchcock, vous voyez ? -ces gens-là ne pensent plus du tout, effectivement, ni ‘carrière’, ni ‘continuité’ à la limite. Mais ça, c’est encore une minorité finalement, parce qu’on se rend compte aussi, qu’il y a quand même des gens qui, derrière, vous suivent depuis un moment. Mais ces gens-là, on ne les rencontre pas forcément en temps et en heure. Voilà, c’est le drame de ce métier : c’est que maintenant, n’importe qui, n’importe quand peut faire un million de disques et demain ne plus exister, et que ça ne dérange a priori personne, puisque tous les jours, il y en a un qui sort, et tous les jours y en a un qui meurt.

Une fois, dans un journal, vous avez dit que vous aviez plus d’admiration pour un homme de science que pour un chanteur. C’est vrai ?
-Oui, je confirme. Ca n’a rien de méchant, une fois de plus, ni de venimeux. C’est quelque chose qui existe. J’ai plus de fascination, c’est vrai, pour quelqu’un dit intellectuel mais sans, moi, prétention de ma part, c’est-à-dire pour quelqu’un qui…je ne sais pas, j’ai plus la fascination d’un grand metteur en scène, d’un grand écrivain, d’un savant, ces métiers-là. Des gens qui, je ne sais pas, qui construisent réellement, qui ont l’essence de cette construction, que les chanteurs n’ont pas. La preuve, je veux dire tous les jours vous rencontrez des chanteurs et tous les jours vous ne découvrez pas des, je sais pas, des gens bouleversants, des gens incroyables, parce que malgré tout… Mais comme l’acteur : il y a une race d’acteurs qui est certainement prodigieuse, enfin on les remarque aussi à l’écran, voilà c’est ça que je veux dire ! Les chanteurs prodigieux, on les remarque aussi à l’écran. Voilà…Une fois de plus, là, je suis spectateur quand je dis ça. C’est pas moi, m’insérer parmi un groupe ou un autre ? C’est toujours délicat. Mais c’est normal, c’est vrai que ça n’est pas… Personne ne m’a étonnée dans ce milieu. 

 Comment situez-vous votre public ? Est-ce que vous avez des rapports avec lui, des rapports à travers les lettres que vous recevez, peut-être ?

-Bien sûr, le courrier, que j’aime beaucoup. J’ai pas mal de courrier, je pense. Il y a des lettres qui sont passionnantes, qui sont bouleversantes, qui sont même très étonnantes quelques fois ! Là, je pourrais dire un peu la couleur des personnes qui m’entourent, c’est malheureusement des gens un petit peu désespérés, un peu névrosés. Il y en a d’autres aussi qui écrivent à tous les chanteurs et qui veulent le sempiternel autographe, ce qui est charmant d’ailleurs, mais-là, je ne peux pas donner la couleur. Sinon, je sais pas bien. Je sais pas bien encore. Je crois qu’on s’en rend compte réellement dans un spectacle, dans une salle : là, on voit bien qu’il y a une dominante de 14-15 ans ou de personnes plus âgées. J’en sais rien…

C’est quand même fascinant, je trouve, d’être un chanteur et d’avoir un impact sur un public, d’être l’idole d’un public…
-Oui… C’est-à-dire, voilà le genre de choses qui sont presque inexprimables mais qui sont un peu traumatisantes, mais aussi dans le bon sens, mais traumatisantes parce qu’inexplicables, parce qu’une personne pourra… Moi, il y a deux, trois personnes qui me suivent à chaque fois que j’ai un enregistrement télévisé, ils seront là, en début, en fin d’émission, ce qui veut dire qu’ils auront attendu dehors, sur le trottoir pendant près de trois heures, quatre heures parfois, qui sont prêts à venir à Cannes… Bon, ce sont des choses qui sont tellement incroyables. Et à ces personnes, on demande une espèce d’attention envers elles, qu’est-ce qu’elles font dans la vie et ces personnes se vexent, car elles disent, ‘Mais c’est pas parce que je suis là que je ne fais rien de ma vie !’. C’est bizarre…

Est-ce que c’est pas dur, d’avoir comme ça une, j’allais dire une ‘cour’, une cour de fans ? Est-ce que c’est pas gênant ? On n’est pas toujours enclin à répondre à ces gens…
-C’est toujours la peur d’être maladroit, d’être tout simplement absent. Et c’est difficile aussi d’être toujours présent. On sait que ces gens-là ont une demande momentanée, puisqu’ils ou vous rencontrent dans la rue ou vous rencontrent lors d’un spectacle et que vous, vous venez pour eux, mais pour eux dans une majorité, pas pour une personne. Moi j’ai toujours peur, oui, de froisser et c’est quelque chose d’un peu traumatisant aussi et c’est pour ça que…

Vous pensez déjà avoir froissé un admirateur ou quelqu’un qui vous demande… ?
-Je crois pas, car j’ai toujours fait très attention, étant moi-même un peu… (rire gêné) J’ai pas une sensibilité à fleur de peau, c’est quelque chose auquel je fais attention. Mais certainement j’en ai froissé, certainement. Mais je ne sais pas, là !

Revenons à ‘l’examen’ de votre carrière : pourquoi une rupture entre RCA et Polydor, entre je ne sais plus quel disque ?
-C’était sur « On est Tous des Imbéciles ». Parce que c’est… (soupir) J’ai pas du tout envie de faire le procès d’une maison de disques. Il se trouve qu’une maison de disques nous a fait un appel du pied, que c’était une maison qui allait naître, puisqu’elle avait un nouveau directeur, que RCA avait prouvé certaines choses, mais certainement dans le mauvais sens aussi : leur capacité ou au moins leur envie de m’aider. Et voilà, ce sont les choses de la vie et tant mieux que ça se soit passé comme ça, parce que il y avait un sang neuf chez Polydor certainement, il y avait un directeur jeune, qui a voulu lui aussi prouver des choses et ça, c’est important.

Revenons en guise de conclusion à votre personnalité. Je crois que vous êtes quelqu’un qui aime beaucoup les animaux, puisqu’apparemment, il y a beaucoup de photos de vous qui sont parues dans la presse en compagnie d’un petit singe, notamment . Parlez-nous en…
-De mon petit singe ?! C’est vrai que j’ai une passion pour les animaux, mais spécialement pour les singes. Vous dire pourquoi… Je vous mettrai un singe en face de vous, si ce n’est les singes qu’on voit au zoo, mais vraiment près de vous… La première chose, c’est qu’un singe a quatre mains et que c’est très important. Un chat, moi que j’adore, n’a pas non plus la faculté de porter les choses, d’écrire, de faire des gestes, qui certainement vous copie, que c’est un regard qui est tellement intelligent, mais qui est déconcertant aussi ! Je sais pas, ça a un caractère fascinant, le singe…

C’est un animal coléreux…
-C’est épouvantable ! C’est-à-dire, oui, c’est coléreux, c’est caractériel. Mais c’est génial, vraiment ! (rires)

Vous avez des ‘prises de bec’ avec votre singe régulièrement ?
-Oui, régulièrement, d’autant qu’il a des périodes de chaleurs -comme tous les animaux- et j’avoue que le singe, je crois, c’est l’animal le plus énervant qui soit quand il a ses chaleurs ! C’est-à-dire qu’il est ; enfin, le mien en tout cas, cette race de capucin couine pendant trois jours -parce que ça dure à peu près 3-4 jours, ça dépend de la grosseur des chaleurs- va couiner, va vous regarder, va vous énerver, va prendre des objets si on ne s’occupe pas de lui et va les taper très, très fort pour qu’on le regarde…Enfin c’est épouvantable ! J’en ferais bien un civet de lapin, un civet de singe plutôt ! (rires)

Très bien, je vous remercie !

Fin de l’enregistrement

Publié dans Mylène en INTERVIEW | Pas de Commentaires »

LAURENT BOUTONNAT À PROPOS DE « DÉSENCHANTÉE »

Posté par francesca7 le 29 octobre 2014

INTERVIEW INTÉGRALE DE 1998 : Journaliste(s) : Mathias Goudeau

 

18711672.jpg-cx_160_213_x-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxxEn mai 1999 paraît aux éditions Jean-Claude Latès « Sur l’air du temps – 30 chansons qui ont changé la France », un ouvrage rédigé par Mathias Goudeau et Patrice Tourne. 
Le principe de ce livre est simple : 30 années, 30 faits de sociétés illustrés chacun par une chanson de l’année concernée pour une remise en perspective du contexte de chacune des époques abordées. Chaque chanson sélectionnée est commentée par un de ses créateurs, qu’il en soit l’interprète, l’auteur ou le compositeur.
 

La chanson sélectionnée par les auteurs pour illustrer l’année 1991 est « Désenchantée ». Le chapitre qui lui est consacré réserve quelques propos pour l’occasion de Laurent Boutonnat, dont les commentaires sur son travail musical sont rarissimes. 

Ce qui suit est un document exceptionnel : il s’agit de l’intégralité de l’entretien téléphonique donné par Laurent Boutonnat à Mathias Goudeau à l’occasion de ce livre, courant 1998. 
D’une durée de 20 minutes, il est entré en notre possession à la faveur des recherches d’archives lors de la création de ce site. Si cette retranscription est un travail personnel, tout le crédit va bien évidemment à l’auteur de l’entretien, Mathias Goudeau, qui signa par ailleurs quelques années plus tard un abécédaire consacré à Mylène Farmer.
 

En plus de dévoiler toutes les réflexions de Laurent Boutonnat au sujet de la chanson, du clip, de sa création ou de son unique version live d’alors, cet entretien nous éclaire également sur la difficile organisation d’une interview de Laurent Boutonnat (et encore plus de Mylène Farmer) ainsi que de son regard sur le phénomène dont il est à l’origine. 

L’enregistrement commence alors que la conversation téléphonique semble avoir commencé depuis quelques instants…

 

Mathias Goudeau : Merci beaucoup d’avoir répondu grâce à l’intermédiaire de votre frère. J’avais essayé de vous contacter par Sony mais je sais pas s’ils vous l’avaient transmis…
Laurent Boutonnat :
 Pas du tout !

Non ? Ha bon, d’accord… Bon !
-Ha, les maisons de disque c’est très compliqué !

On vous a expliqué en deux mots de quoi il s’agissait ? Vous avez reçu mon fax ?
-Oui, j’ai reçu votre fax. La seule chose, c’est que bien sûr je fais partie de cette chanson mais c’est Mylène Farmer qui en est l’auteur du texte, donc je pense qu’elle serait plus apte à vous parler de son texte…

Je vous cache pas que j’ai essayé de la joindre par les maisons de disque mais vous voyez…
-Ha oui, ça, ça doit être très compliqué, en effet. Et en plus elle est pas là, elle est aux Etats-Unis !

Ha, elle est aux Etats-Unis ?
-Enfin…le téléphone marche, hein !

Tout à fait ! C’est ce qu’on a dit à chaque fois, mais même par Thierry Suc ça a été un peu difficile…
-Vous l’avez eu, Thierry Suc ?

images (5)Oui ! Enfin, j’ai toujours eu une secrétaire à lui, jamais lui directement et vraiment ça fait au moins six mois que je rame pour ça et je me demande même si elle l’a eue, l’info. Donc, je sais pas, même par e-mail…Nous on veut bien faire ça par e-mail mais c’est un peu difficile, quoi ! Donc oui, c’est pas vous qui avez écrit le texte ?
-Non. Moi je suis auteur de la musique, de la production, de l’arrangement, du clip, de plein de choses mais pas du texte !

D’accord. Alors, comment ça s’est passé par rapport à cette chanson particulière, comment vous l’avez découverte en fait ? C’est elle, Mylène Farmer, qui un jour vous a apporté le texte ?
-Non, parce que avec Mylène, la plupart du temps, ça commence par la musique et ensuite elle travaille un texte sur la musique et la mélodie. Donc ça commence toujours par la musique. 

Donc, là c’est vous qui avez initié un peu la chanson ?
-La musique, oui. 

Elle vous a dit ‘Moi je vais écrire quelque chose sur ce thème-là’, à peu près… ?
-Non. Je crois que les choses, c’est rare que ça se passe comme ça –enfin, entre Mylène et moi ! C’est plus un travail d’abord musical et après la musique lui évoque des choses et souvent des bribes de phrase, quelques fois un mot sur le refrain. C’est souvent comme ça que ça se passe : ça part de la musique et il n’y a pas vraiment de thème. Elle a sûrement des idées, des choses de côté dans ses cahiers mais je crois que l’explication de la naissance d’une chanson est toujours difficile. 

Vous vous rappelez un peu des circonstances de celle-là ou pas ?
-Ca remonte à très longtemps, quand même ! Il y a moins six ans, sept ans…

1991 ! Enfin, elle sort en 1991 donc elle a peut-être été…
-Oui, c’est ça, ça a été fait à la fin 1990.

Vous travailliez où ? À Paris ?
-Oui, oui ! On était à Paris à ce moment-là. Je travaillais comme d’habitude, c’est-à-dire chez moi, au piano à la base et puis souvent avec Mylène comme ça, ça commence au piano ou au clavier. J’essaie de me rappeler, hein ! C’est très compliqué ! Je me rappelle lui avoir joué au piano les bases, et surtout le refrain et à partir de là il y a le moment où on se dit ‘Tiens, il y a un truc, une excitation’, je sais pas ! Après, je suis allé enregistrer toutes les bases en studio et je crois qu’à partir de là elle a écrit un texte mais le texte a, je crois, commencé par le refrain, comme la plupart des chansons. 

C’est-à-dire ‘Tout est chaos, à côté…’
-Voilà, ‘tous mes idéaux, des mots abimés’. Je m’en rappelle un peu ! (rires)

Vous savez chez elle d’où vient cette idée d’avoir ce thème-là ?
-Ca, je crois que c’est vraiment des questions à lui poser. En tout cas, moi ce que je peux dire par rapport à ce thème, c’est que -bon, ça n’est qu’une chanson, hein !- mais ça me paraît être un peu l’idée du chaos et du désenchantement et ça me paraît être toujours le cas aujourd’hui dans notre société –notre société occidentale en particulier et parmi les gens jeunes. Je sais pas quoi vous dire là-dessus ! On peut partir sur un débat sur la jeunesse, le suicide des jeunes, plein de choses ! (rires)

Disons qu’entre vous sur la création de cette chanson, c’était conscient que c’était ça par rapport à cette jeunesse à ce moment-là. C’est pas tombé innocemment…
-Non, c’est pas tombé innocemment mais ‘à ce moment-là’, je sais pas. C’est-à-dire que je ne crois pas qu’on se dise ‘Ha la jeunesse est comme ça, on va écrire un truc là-dessus’. Non, ce sont des choses ressenties profondément même si on fait un métier artistique, qu’on vit un peu à part ou un petit peu coupé du monde, en tout cas dans la vie de tous les jours –enfin, pas coupé du monde mais c’est vrai que Mylène est quelqu’un qui malheureusement ne peut pas sortir, enfin c’est compliqué, quoi ! Mais en tout cas, la perception des choses et du monde n’est pas déconnectée de la réalité. Enfin, j’espère ! Sinon c’est le début de la fin !(rires)

Justement, c’est exactement ce qui nous intéresse dans une chanson comme celle-là ! Et puis on imaginait qu’elle arrivait début 1991 alors que les idéaux, même si on remonte aux années 70, n’étaient plus là. Il y avait de ça quand même, non ?
-Oui, enfin c’est presque banal de parler de ça parce qu’on est vraiment à un moment, alors c’est la fin du siècle peut-être, mais c’est quand même assez dramatique ce qui se passe là, justement, par rapport à la paix, par rapport à l’envie, aux idéaux…On peut employer tous les mots qu’on veut ! Et ça n’ira qu’en s’empirant, j’ai l’impression !

C’est votre sentiment ?
-Non, mais je sais pas ! Mais c’est très inquiétant –en tout cas en France, c’est très inquiétant mais alentour ça a pas l’air mieux ! Mais ici c’est très inquiétant et très affligeant.

Alors, on va dépasser la création de la chanson. Quelques petits mots : après l’enregistrement, comment ça s’est passé ? Vous aviez la musique, les arrangements, il y a eu des choses particulières sur cette chanson-là ?
-Hé bien curieusement elle a été extrêmement dure, mais ça c’est des petits détails qu’il n’y a même pas à raconter ! Elle a été extrêmement dure à finaliser, ce qui arrivait souvent d’ailleurs avec Mylène sur des chansons qui ont finalement été des chansons qui ont été fortes ou qui ont marché. C’est-à-dire que ça a été assez douloureux ! Alors après on l’écoute, on se dit ‘Ha, mais c’est fort !’‘Ca va marcher !’ etc. Ca a été extrêmement dur parce que j’ai refait, je l’ai produite, j’ai changé la tonalité, je suis revenu à la première tonalité et puis comme la tessiture de Mylène était plus basse sur cette chanson, sa voix était bizarre, je reconnaissais plus sa voix donc on l’a recommencée. Enfin, ça a été très bizarre, quoi ! Très, très douloureux dans le travail, c’était très compliqué pour au final revenir à ce qu’on avait fait au début. Ca arrive souvent ! Voilà. Sinon, y a rien eu de très particulier !

Au final, vous en êtes content, du résultat ?
-Oui, je suis assez content. C’est-à-dire que aujourd’hui, en écoutant le son de cette chanson je ne la produirais ni ne la mixerais pas comme ça aujourd’hui !

Pourquoi ? Le son a changé aujourd’hui ?
-Non, mais moi dans ma perception, dans le travail c’est vrai qu’il y a des choses…Enfin, on bouge, on change ! C’est plus dans le son, les matières de son, voilà. 

Mais sur le moment, vous êtes satisfait ou ça reste une chanson qui est un peu bancale pour vous ?
-Non, non ! Je pense pas qu’elle soit bancale ! (rires) Elle a été compliquée en studio mais c’est difficilement explicable parce que c’est pas rationnel à des gens de l’extérieur de raconter ça. Il faudrait vraiment assister à tout ça –et même en assistant, je crois pas que… C’est comme sur un tournage : quelquefois, il se passe des trucs dingues et vu de l’extérieur c’est ridicule ! ‘Mais pourquoi ils mettent trois heures à faire un truc de trente secondes ?’, vous voyez ?! C’est pas très explicable mais ça c’est pas fait simplement, quoi !

 

images (5)

Et puis elle sort, en même temps elle est choisie comme single…
-Oui, ça a été le premier single de l’album.

Pourquoi ?
-Ben…je sais pas ! Parce que…

C’est vous qui l’avez décidé en partie ?
-Ha oui, oui on l’a décidé, oui. Parce qu’il y avait, en l’écoutant comme ça, quelque chose qui était fort, quoi, dans la musique, probablement dans le texte. Voilà. 

Vous avez pensé que vous vous adressiez à une jeunesse, donc sortir ce single ça pouvait être important ?
-C’est difficile de l’envisager comme ça. On peut pas se dire ça ! Evidemment, quand ça se passe c’est magique ! Vous savez, souvent moi je parlais avec des journalistes et quand ils parlent de Mylène, ils disent ‘Ha, formidable ! Le travail, tout est réfléchi, le marketing, les clips : tout ça, c’est vachement pensé, c’est remarquable’. Mais pas du tout ! Moi je réponds –et c’est un peu pour répondre à votre question- ce n’est pas possible de travailler comme ça ! Ca n’existe pas ! Bien sûr que non, c’est pas pensé, calculé, organisé, fabriqué : les choses se font et se sont toujours faites avec Mylène –que ce soit les clips etc.- sur l’instant, à l’instinct et sans se soucier ni se dire ‘Tiens, on va toucher telle cible, on va parler de telle chose’

D’ailleurs c’est ce qui a fait le choix de cette chanson pour nous, c’est une chanson qui est, j’allais dire, socialement forte, qui tombe à un bon moment. Je parlais pas de marketing, hein ! C’est une chanson qui sort des tripes, quoi…
-C’est vrai qu’à cette époque ça a été assez incroyable, ça a été énorme. Enorme

Vous avez été surpris de ça, du succès qu’elle a ? Ou vous aviez senti artistiquement… ?
-Oui, on sent. C’est vrai qu’on sent quand il y a quelque chose de fort. Maintenant, après on ne sait jamais comment ça se passe ! Mais on sent quand il y a quelque chose de fort, on le voit quand les gens l’écoutent et puis soi-même : quand on a plaisir à l’écouter, à la réécouter, à l’écouter cent fois, même, après avoir travaillé dessus pendant des semaines !

Ce que vous avez fait ?
-Ha oui, oui ! Moi, quand une chanson me plait j’aime bien l’écouter, la réécouter et je m’en lasse pas ! Ca, c’est assez curieux !

C’est une des chansons qui vous restent de Mylène Farmer, dans le sens où si on vous en demande trois, quatre, elle fait partie de celles-là ou pas forcément ?
-Ha oui ! Oui, oui.

Le clip, il est venu comment ce clip ? Puisque là vous pouvez m’en parler, vous êtes le créateur !
-Oui ! (rires) Ha, je me rappelle plus ! Je ne sais plus…

Moi je l’ai très bien en tête, ce clip, avec ces enfants etc. 
-Oui. On reste dans le même sujet, quoi, un peu imagé. Je sais pas quoi vous dire là-dessus, comment c’est venu exactement mais je sais que ces images-là sont venues très vite au moment où il y a eu la décision de faire le clip, ce qui se passe toujours très vite parce qu’on est toujours en retard, qu’il faut aller vite etc. et puis cette idée d’univers carcéral, comme ça, un peu intemporel, c’est venu très vite, quoi. 

Est-ce que vous avez pas un peu aggravé le ton de la chanson, qui était déjà très dur, et vous vous y mettez par l’image un univers, j’allais dire, d’esclavage carrément ?!
-(dubitatif) Oui, sûrement, oui. (il éclate de rire)

Parce que là, c’est vous qui êtes l’auteur du clip, c’est vous qui décidez !
-Oui, enfin on travaille en collaboration mais c’est vrai que souvent ça a toujours été intéressant dans le travail avec Mylène, parce que c’est vrai qu’il y a eu quelques clips –dont« Désenchantée »- qui ont été assez violents, c’était compliqué par rapport à la censure ou même par rapport au public quelques fois mais ce qui est amusant, c’est que ces clips passaient à des heures où tout le monde regarde parce que d’un côté il y avait une image quelques fois très violente, et d’un autre côté il y avait une chanson pop, comme ça, qui se promenait dans les charts etc. Donc c’est assez amusant ! Enfin, je fais pas ça pour m’amuser mais…

Le décalage vous intéresse…
-Oui, j’ai toujours trouvé ça amusant. Je sais que la plupart des clips d’avant de Mylène, je suis pas sûr qu’ils passent. Ils passent aujourd’hui parce qu’ils font partie des clips qu’on a vus, qu’on connait etc. Mais si aujourd’hui on refaisait la même chose, je pense que la censure serait beaucoup plus dure aujourd’hui, quoi. C’est incroyable !

Vous pensez ?
-Ha ben, je le vois, même ! Je le vis ! (rires) Des chaînes comme la 6, c’est incroyable ! On arrive à un truc, ça s’américanise beaucoup dans tout. Il y a une uniformisation mais il y a surtout une peur de sortir d’un type d’images. Je trouve que les images aujourd’hui ne transmettent plus rien, la plupart des vidéos ne transmettent plus rien, même pas d’émotions visuelles. 

Elles n’ont même pas un plus par rapport à la chanson, c’est ce que vous voulez dire…
-Non, c’est de l’image pour l’image, de la forme pure et c’est dommage. 

Un prétexte pour passer de la musique à la télé, quoi…
-Oui. Ha oui c’est ça. À moindre coût pour faire ça en une journée, deux jours parce que ça coûte cher. Mais peu importe les coûts, d’ailleurs parce qu’on arrive à faire des choses avec rien. Il y a plus d’images. Moi je suis frappé quand je regarde la 6 ou MCM le matin, comme ça, tout est pareil ! C’est assez incroyable…

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Une dernière chose pour revenir à ce qui nous intéresse, donc l’implication de la chanson par rapport à ce qui se passait dans la société. C’est vrai que la plupart des chansons de Mylène Farmer n’ont jamais été impliquées, je dirais que c’est presque une des plus impliquées socialement. Vous en pensez quoi ?
-Par rapport à ses autres chansons, vous voulez dire ? Moi je crois pas. Que ça touche quelque chose de social, après c’est autre chose. Je pense que dans le travail de Mylène, ce qui a été fait a toujours été lié à l’enfance. Peut-être pas à des choses précises de société, balisées, qu’on reconnait, mais souvent liées à l’enfance, au fantasme, à la terreur, à la sexualité, à ces choses qui font partie de la vie plus que de la société. 

En même temps, il y a ‘je fais partie d’une génération désenchantée’ : c’est peut-être plus direct que « Libertine » ou des choses comme ça qui sont effectivement des fantasmes, plus des rêves…
-« Libertine », oui, on est dans d’autres choses ! Absolument. Mais ce qui était amusant sur « Désenchantée », avec le temps par exemple sur la dernière tournée de Mylène (le Tour 96, nda) donc c’était cinq ans ou six ans après « Désenchantée » et qu’elle l’a chantée en concert, moi je me souviens d’avoir pris conscience comme ça justement de ça : j’étais dans la salle à Bercy à la console son, donc au milieu de la salle, et tout à coup arrive « Désenchantée », donc hurlements et tous les gens chantaient du début à la fin ! Et tout à coup, j’ai pris conscience des paroles –que je connaissais ! Mais je voyais tous ces gens en regardant autour, il y avait plein de jeunes mais il y avait aussi des gens plus âgés qui étaient là, en train de sauter en l’air, de frapper dans les mains en chantant ce texte : « Tout est chaos, à côté… ». C’était assez incroyable, ça ! C’est vrai que, tout à coup, quand on fait attention aux mots c’est assez étrange ! C’est très marrant ! Et c’est ça que je vous expliquais un peu tout à l’heure entre l’image ou les mots un peu durs ou un peu violents et le côté chanson populaire qui fait que les gens dansent ou chantent mais en prononçant des mots quand même qu’ils ne diraient pas dans la vie ou bien sauf s’ils étaient en train de manifester, peut-être je ne sais pas !

Vous pensez qu’ils chantaient ça comme un air de variétés plus qu’ils ressentaient…
-Oui. Je sais pas si en général, quand on chante une chanson on a vraiment conscience de ce qu’on chante, souvent. C’est comme les tubes américains : la plupart des gens connaissent pas le sens des mots et les retiennent phonétiquement !

Ca vous a surpris dans quel sens ? En vous disant ‘Je suis déçu parce qu’ils comprennent pas ce que ça veut dire’ ?
-Ha non, non pas du tout ! Vous savez, quelquefois vous devenez spectateur de quelque chose : là, j’étais dans le spectacle et puis tout à coup, je voyais tous ces bras se lever, les gens sauter et chanter à tue-tête et donc j’étais plus dans le spectacle et j’ai regardé autour de moi, j’entendais tous ces mots et tous ces gens heureux en train de chanter, crier, taper dans les mains en rythme…

Alors que c’était des mots durs !
-Oui ! C’était assez marrant, ça. Une drôle d’impression…

C’est une chanson qui est demandée en concert ?
-C’est pas qu’elle est demandée, mais quand elle arrive dans le concert à peu près aux trois quarts, c’est le moment où ça explose vraiment ! Dans toutes les salles et dans n’importe quelle ville de France, c’était incroyable ! Incroyable ! C’est vraiment un des plus gros hits de Mylène, d’ailleurs.

Vous vous souvenez du nombre de ventes qu’a fait le single ou pas ?
-Le single à l’époque a fait 650.000, je crois. Mais comme l’album est sorti en même temps, la plupart des gens se sont reportés sur l’album et je crois que ce single a drainé 700.000 albums en deux mois. C’était énorme !

Merci beaucoup de tout ça !
-Mais je vous en prie !

téléchargement (1)Je vous pose la question : vous, vous avez un contact auprès de Mylène pour lui écrire… ?
-Oh oui, ça, j’ai des contacts ! (rires)

Ca, je m’en doute ! (rires) Mais où je pourrais lui écrire d’une manière sans avoir des choses trop personnelles ou il faut absolument que je passe par Thierry Suc ?
-Non, ce que vous pouvez faire…

(fin brutale de l’enregistrement) 

 

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