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La tribune de Pascal Nègre pour Mylène

Posté par francesca7 le 13 avril 2016

 

Né à Saint-Germain en Laye au début des années 60, Pascal Nègre fait rapi­de­ment de la radio et de la musique ses deux grandes passions. Alors que les radios libres boule­versent le paysage média­tique natio­nal en 1981, Pascal Nègre devient anima­teur jusqu’en 1985. Puis, il passe de l’autre côté de la barrière, quit­tant le monde des diffu­seurs pour inté­grer celui de l’in­dus­trie musi­cale, dont il devient rapi­de­ment l’un des acteurs majeurs.

En 1986, il est atta­ché de presse chez BMG, puis passe deux ans plus tard chez Colum­bia Records, cette fois-ci en tant que direc­teur de la promo­tion.  Gravis­sant les éche­lons, il prend ensuite les rênes de PolyG­ram Musique en 1994. De nombreux artistes français lui doivent l’en­vol ou le second souffle de leur carrière : de Florent Pagny à Khaled en passant par Noir Désir ou encore Calo­gero, Pascal Nègre donne dans tous les styles avec un déno­mi­na­teur commun : le flair. 

Lorsque PolyG­ram est racheté par Univer­sal Music France en 1998, Pascal Nègre prend presque natu­rel­le­ment la direc­tion de la nouvelle entité. Dans les années 2000, il monte égale­ment en respon­sa­bi­li­tés au sein d’Uni­ver­sal Music Group Inter­na­tio­nal, deve­nant une réfé­rence dans l’in­dus­trie musi­cale au niveau mondial.

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Pascal Nègre, le PDG d’Universal Music, s’offre une tribune dans le magazine « Télé 7 Jours ». L’occasion d’en apprendre un peu plus sur la chanteuse la mieux payée en 2013, mais aussi l’une des plus secrètes.
 

 Sans titre

 

Les hommages pleuvent en l’honneur de Mylène Farmer, qui a décidé de s’emmurer dans sa tour d’ivoire plutôt que de célébrer ses 30 ans de carrière ce mois-ci. En mars 1984, la chanteuse publiait son premier single « Maman a tort », qui a fait son retour dans le classement des meilleures ventes de titres il y a quelques jours, suite à une campagne de téléchargement massive initiée par ses plus fervents admirateurs. D’autres ont préféré acheter une demi page dans le journal Libération, pour lui adresser un message d’amour et de soutien. Quant à Pascal Nègre, le PDG d’Universal Music, avec qui Mylène Farmer travaille conjointement depuis de nombreuses années, il s’est offert une tribune dans le nouveau numéro du magazine Télé 7 Jours.

« Le doute est pour elle un moteur étonnant »

Commençant par raconter leur première rencontre en 1984, pour une interview, et alors qu’il était animateur radio à l’époque, Pascal Nègre parle d’« une fille très timide », « peu bavarde ». « Je ne lui ai jamais dit que notre première rencontre s’était faite ainsi. Elle le découvrira probablement en lisant ces lignes » ajoute-t-il, avant de révéler quelques anecdotes et des traits méconnus du caractère de la chanteuse. « Mylène est forte et fragile à la fois » lâche-t-il, avant d’expliquer qu’elle est « un personnage complexe, authentique, entre pudeur et rires ». « Et quelle bosseuse ! Elle écrit ses textes et a une oreille incroyable. Le doute est pour elle un moteur étonnant ».

Pascal Nègre se souvient également du sentiment de crainte qui animait les pensées de Mylène Farmer à l’aube de l’ouverture de la billetterie pour son concert au Stade de France en 2009. « Elle est très angoissée, me raconte qu’elle fait des cauchemars : elle monte sur scène et le stade est vide ». Finalement, les places se sont vendues en mois d’une heure ! Mais cette bonne nouvelle n’a visiblement pas suffi à calmer les peurs de la chanteuse, dont les cauchemars ont perduré. « Mon cauchemar maintenant, c’est que je suis sur scène, la salle est pleine, mais personne ne m’écoute » a-t-elle confié à son patron.

« Quand elle donne un spectacle, elle est à fond »

Ventant la discrétion de l’icône et sa volonté de toujours chanter en live, que ce soit « à Bercy ou au Zénith de Caen », Pascal Nègre qualifie Mylène Farmer d’« artiste intacte », qui « sait que rien n’est acquis et qui ne réalise pas totalement son statut de star ». « Elle est unique. Elle trace sa route à sa façon. C’est une personne émouvante, avec cette voix singulière de petit garçon » lâche-t-il, avant de conclure : « Elle est vraie, quoi ». Si elle n’a pas fait escale au Zénith de Caen avec son dernier show « Timeless 2013″, Mylène Farmer s’est produite à La Halle Tony Garnier de Lyon quatre soirs. Des concerts captés qui ont fait l’objet d’un film à découvrir au cinéma le 27 mars et d’un DVD dont la sortie n’est pas encore annoncée.

En savoir plus sur http://www.chartsinfrance.net/Mylene-Farmer/news-91172.html#jKhhKE3XM59xJmgl.99

 

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Mylène et son amitié avec Jean-Marie Bigard

Posté par francesca7 le 30 mars 2016

 

L’humoriste a évoqué son amitié avec Mylène Farmer dans l’émission ‘On n’est pas couchés’ (France 2) diffusée le 27 novembre 2010.

REGARDER LA VIDEO SUR CE LIEN (la séquence est à 02h 14′ 25″)
http://on-n-est-pas-couche.france2.fr/

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Si l’on se réfère aux propos de l’humoriste on peut supposer que sa première rencontre avec Mylène s’est déroulée soit lors de l’émission  »Paris Kiosque » diffsuée le 25 mai 1985 sur FR3 Paris-Île-de-France ou lors de l’enregistrement de l’émission « La fête en France » diffusée le 13 août 1986 sur FR3 (ce n’était d’ailleurs pas la première télévision de Mylène).

Ruquier dans son émission « On va se gêner » parlait aujourd’hui de la page de réponse de Mylène Farmer. On rapelle que Laurent Ruquier n’est pas vraiment un fan de Mylène, il n’a jamais eu l’occasion de l’interviewer d’ailleurs. Mais on aime quand ils parlent d’elle.

 

http://www.mylene.net/mfpics/mylene-farmer_jean-marie-bigard_001.jpg

 

 

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Carole Fredericks Denise et la MYLENE

Posté par francesca7 le 11 février 2016

Carole Fredericks Denise était un chanteur américain le plus célèbre pour ses enregistrements en France. Carole sortit de l’ombre de son frère, le blues légendaires musicologue Taj Mahal , pour atteindre la gloire et la popularité en Europe et dans le monde de langue française. Depuis plus de deux décennies de Paris, France , a été adopté sa maison et à Dakar, au Sénégal, était son lieu de vacances favori. Bien que Fredericks a quitté son pays de mère, elle n’a jamais quitté ses racines.

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Ancré dans les traditions musicales fertiles de ses parents, luttant professionnels des Carolines et les Antilles, elle est apparue comme un chanteur puissant qui tisse les fils passionnés de blues, jazz, gospel et R & B dans une tapisserie à la française

Carole est arrivée en France avec l’espoir de poursuivre une carrière de chanteuse en Janvier 1979. Elle ne connaissait personne. Dans une rencontre fortuite, Carole a rencontré le propriétaire de La Belle Hélène à l’aéroport.

« Il a appelé ses amis et je me suis retrouvé à travailler presque immédiatement. Je commençais à chanter partout. Il était à peine trois semaines après mon arrivée que je a été signé avec Carla Musique d’enregistrer un album disco intitulé Black Orchid . « 

L’un des auteurs-compositeurs pour Black Orchid est une autre chanteuse américaine, Ann Calvert. Grâce à Calvert, Fredericks a rencontré Baltimore natif Yvonne Jones. Ensemble, ils forment un trio de choristes qui étaient en demande par les plus grands artistes d’enregistrement - Dalida , Johnny Hallyday , Hugues Aufray , Carlos et Sylvie Vartan .

Fredericks était déterminé à apprendre le français le plus rapidement possible. Comme sa maîtrise de la langue améliorée, engagements étendus du studio à la scène. En 1985, Fredericks gagnait un salaire confortable en tant que chanteur et en donnant des concerts avecLaurent Voulzy , Michel Berger , France Gall et Eddy Mitchell . En 1981, elle a été choriste pour Jean-Claude Pascal sur le Luxembourge ntrée au concours de l’Eurovision , à égalité au onzième place.

1985 En 1985, Carole a été présenté dans le Gilbert Bécaud spectaculaire. Plus tard cette année, elle part en tournée en Scandinavie avec Mireille Mathieu . Elle a été coulée dans Je vous aime par Claude Berri et Roman Polanski s ‘ Pirates opposés Walter Matthau . D’autres rôles de films suivies.

1986 la détermination de Fredericks à maîtriser la langue française a grandement contribué à son succès. Non seulement la langue viennent facilement à elle, elle a compris ses nuances qui lui a permis de chanter en français comme si elle était sa première langue. En maintenant Fredericks chantait avec les principaux artistes francophones - Johnny Hallyday , Mylène Farmer , François Feldman , Patricia Kaas , Julien Clerc , et Liane Foly .

Sa réputation en tant que chanteur doué disposé à prêter son talent musical à l’appui d’un autre artiste et les compétences bilingues désireux apporté son nom à l’attention du compositeur de la musique pop Jean-Jacques Goldman .

Populaire en France et en Europe depuis plus de deux décennies, Carole Fredericks était relativement inconnu aux États-Unis. Au cours des dix dernières années, ses frères et sœurs survivants avec l’aide d’éducateurs français ont fait prendre conscience de sa carrière en utilisant la musique de Carole pour enseigner la langue française.

En mai 2002, un an après sa mort, la famille Fredericks (Connie Fredericks-Malone et ses frères, le blues icône, Taj Mahal, Edward Fredericks, Richard Fredericks et Osborne Williams) a établi CDF Musique Legacy, LLC , une entreprise familiale dédiée à la préservation de leur L’héritage de soeur défunte. CDF Musique héritage obtenu les droits mondiaux à l’ensemble des enregistrements en solo Carole Fredericks en France.

En 2003, CDF Musique héritage fixé la permission de créer des matériaux d’enseignement du français qui utilisaient le catalogue de Mme Fredericks de la musique, y compris les chansons enregistrées avec le groupe, Fredericks Goldman Jones . En hommage à sa mémoire, biographie, chansons et musique et clips de Carole Fredericks ont été transformés en livres d’activités que formellement combinés de la musique populaire française et de la méthodologie de l’enseignement. Tant Qu’Elle Chante, Elle Vit! Apprendre le français Grâce à l’héritage de Carole Fredericks a été introduit pour les éducateurs à l’ Association américaine des professeurs de français conférence en Martinique.

En 2004 ses albums solo, Springfield et Couleurs et parfums étaient disponibles pour la première fois aux États-Unis. Plus tard cette même année, CDF Musique hérités uni leurs forces avec les services éducatifs Tralco (Hamilton, Ontario, Canada) pour développer une deuxième activité livre basé sur l’album de langue française de Fredericks. En 2005 Couleurs et parfums: Apprendre le français Grâce à l’héritage de Carole Fredericks a été dévoilé au Québec, au Canada, à l’Association américaine des professeurs de français Conférence.

Carole-Fredericks1À compter d’aujourd’hui, à la fois Tant Qu’Elle Chante, Elle Vit! et Couleurs et parfums Livres d’activité sont utilisés par les professeurs de français dans plus de 2000 écoles K-12 et 65 collèges et universités à travers les États-Unis, le Canada et d’aussi loin que Singapour.

Le 18 Août 2006, la famille et une équipe d’éducateurs de langue française ont établi la Fondation Carole D. Fredericks, Inc. , un but non lucratif 501 (c) (3) organisme de bienfaisance voué à la promotion de l’étude du français comme langue seconde, la étude des cultures francophones et de la préservation de l’héritage musical Carole Fredericks. La Fondation publie les livres d’activités, et développe des méthodes connexes qui emploient sa musique.

Toujours en 2006, la vie et la contribution à l’étude du français Carole Fredericks ont été reconnus à titre posthume par la Conférence Nord-Est sur ​​l’enseignement des langues étrangères . Carole et Taj Mahal ont reçu le prix James W. avocat Dodge Memorial langue étrangère en reconnaissance de l’honneur qu’ils brillent sur ​​le vaste potentiel de la musique pour favoriser une véritable communication interculturelle et de maintenir les héritages culturels.

Jean-Jacques Goldman a écrit les commentaires suivants dans une note qui a été lu lors de la cérémonie NECTFL.

«Je suis particulièrement touché par ce prix décerné à notre ami Carole.

Carole est né fois aux États-Unis, la terre de ses parents, de son enfance, de sa préparation, de sa culture musicale. Elle est née une seconde fois en France, le pays de sa reconnaissance artistique, l’aime et les amis, de ses plaisirs, de sa maison. Pourtant, une troisième fois, elle est née au Sénégal, la terre de ses racines, de son cœur, peut-être l’endroit où elle se sentait mieux, la terre de son départ, ainsi.  »

Bien que Carole était profondément américaine, elle était le symbole du mélange des cultures qu’elle représentait dans la plus belle des manières: par sa voix, par le biais de la musique. Merci pour ce geste qui honore sa mémoire. Elle vit toujours en France, à travers ses chansons et dans de nombreux cœurs. Grâce à elle, il est l’Amérique que nous aimons « .

 

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PREMIER PASSAGE TV de Mylène Farmer, raconté dans son livre

Posté par francesca7 le 20 décembre 2015

 

reine du clipLe premier passage TV de Mylène Farmer en tant que chanteuse a lieu sur TF1 dans l’émission Jour J en mars 1984.

La chanson connaître une première censure dans l’émission Salut les Mickey, le co-producteur américain l’ayant trouvée un peu trop « perverse ». Mais la chance semble enfin tourner.Mylène est invitée par Michel Drucker dans Champs Elysées sur Antenne 2, le 22 septembre 1984. On peut donc dire que la stratégie de Bertrand Le Page a été payante. Maman a tort sera de plus en plus diffusée par les radios durant l’été. Le 45 Tours se vendra à environ 100 000 exemplaires.

Désormais, il est temps de réfléchir à la suite ; Lors d’une interview, Mylène dit avoir prévu de sortir un deuxième 45 Tours à l’automne 1984, puis repousse le projet à janvier 1985. C’est le titre Bip be bo qui est annoncé. La chanteuse aurait également enregistré à cette période une chanson intitulée I do love you, mais finalement c’est le titre On est tous des Imbéciles qui verra le jour.

Les paroles et la musique ont été écrites par Jérôme Dahan. La chanson évoque le monde cruel du show-business. Sur la face B, autre titre inédit. L’annonciation, écrit par Laurent Boutonnat. Le vinyle est dédié à « Papa et sainte Thérèse d’Avila ». Ayant vécu une éducation religieuse, Mylène Farmer a toujours été fascinée par sainte Thérèse, dont on raconte qu’elle aurait plusieurs fois rencontré et parlé avec Dieu. A la sortie du titre, les citriques se montrent moyennement favorables et les radios le programment rarement. Pourtant, Mylène l’interprète quatorze fois à la télévision. On est tous des imbéciles ne rencontre pas le succès du public, ne rentre pas au TOP 50 des meilleurs ventes en France (il ne s’est vendu qu’à 40 000 exemplaires), ce qui a pour conséquence qu’aucun clip n’est envisagé.

Cet échec signe la fin du contrat avec RCA. Mais la roue tourne encore ; Alain Lévy propose à Mylène Farmer un nouveau contrat pour trois albums chez Polydor.

Nous sommes en 1985 et Mylène Farmer n’est toujours pas une star. Sa carrière est maigre ; Maman a tort a connu un petit succès, mais pour On est tous des imbéciles et My mu mis wrong on peut clairement parler de fiascos.

Plus grandir est le premier disque chez Polydor. C’est aussi la première fois que Mylène écrit une chanson. Il s’agit d’un texte largement autobiographique dans lequel la chanteuse parle de sa phobie de vieillir. Il n’y a pas d’âge pour avoir peur… Le 45 Tours sera proposé au public le 25 septembre 1985 et, sur la face B, on découvre une nouvelle comptine, plutôt sombre et tragique, Chloé, écrite par Laurent Boutonnat. Mais de nouveau, même si le titre est accueilli de façon convenable par la critique, ce n’est pas un grand succès. Il ne va pas se classer parmi les 50 meilleures ventes et ne se vendra qu’à 70 000 exemplaires, ce qui pour l’époque est assez faible 

Pour le clip vidéo, Laurent Boutonnat, dans le rôle du réalisateur, va voir grand. Le budget est de 330 000 francs, soit 50 300 euros. Il s’agit du premier « véritable » clip de Mylène Farmer. Il comporte un scénario et dure plus de sept minutes (pour Maman a tort, les fans parlent plus aujourd’hui d’une vidéo amateur). Tourné principalement dans les Studios Sets à Stains, en région parisienne, et au cimetière de Saint Denis, c’est un court métrage ambitieux. Il est réalisé en cinémascope et diffusé en avant-première au Kinoparanorama à Paris le 13 novembre 1985. Le clip passera régulièrement à la télévision malgré une censure dans certaines émissions ( à cause d’une scène suggérant un viol).

Mais cette vidéo, c’est surtout la création de l »univers » Mylène Farmer, symbolisé par la mort, le sexe et le désespoir. C’est Rambo Kowalski qui est chargé d’ »agresser » Mylène. Il est aujourd’hui connu sous le nom d’Hervé Lewis en tant que photographe et coach physique de la chanteuse. Pour la réalisation, Laurent Boutonnat obtiendra une subvention de Polydor. Le tournage durera cinq jours et, pour l’anecdote, trois heurs de maquillage et trois maquilleurs professionnels seront nécessaires afin de vieillir Mylène de cinquante ans. Le clip est diffusé pour la première fois à la télévision dans l’émission de Jacky, Super >Platine, sur Antenne 2, le 21 Décembre 1985.

extrait de Mylène Farmer Ses mots, Ses clips aux Editions Chapitre.com 2014

 

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Tendre et drôle à la fois notre Mylène

Posté par francesca7 le 18 octobre 2015

 

 

      tetuElle derrière un pupitre, Luc Besson à ses côtés. Devant leurs yeux défile une séquence de Arthur et les Minimoys, où l’on aperçoit Sélénia, un personnage de dessin animé aux cheveux roux. Mylène a accepté de prêter sa voix à cette princesse, mais l’art du doublage relève de codes qu’il n’est pas simple d’assimiler du premier coup. Il faut trouver un timbre qui colle parfaitement à l’image, mais aussi synchroniser chaque syllabe avec les mouvements de lèvres du personnage. Le réalisateur est là, attentionné et patient, donnant la réplique à Mylène pour l’entraîner. Elle prononce une phrase, se trompe, éclate de rire parce qu’elle a écorché un mot. Un rire de petite fille facétieuse, de ceux qu’on cache en rentrant la tête dans les épaules, une main sur la bouche. La scène est filmée pour les besoins d’une émission de Michel Drucker.

      Peu de gens le savent : Mylène Farmer a de l’humour. Non seulement elle rit volontiers, et plus souvent qu’on ne l’imagine, mais il lui arrive de faire rire aussi, parfois à ses dépens, ce qui est la preuve d’un sens profond de la dérision. « L’humour, chez elle, est une forme d’élégance, me confie Philippe Séguy. Une manière de rendre le quotidien plus léger. Par exemple, elle ouvre un paquet de fraises Tagada, m’en propose en lâchant : “On va s’empoisonner !” » Au fond, l’humour c’est ce qui nous reste de l’insouciance de l’enfance, la meilleure arme pour désamorcer la gravité du réel. 

      À ses débuts, on sent Mylène très joueuse avec certains animateurs de télévision, prête à entrer dans tous les délires. En 1985, dans « Platine 45 », Jacky en fait les frais. « Je me souviens d’une émission pendant laquelle elle m’embrassait et me laissait des marques de rouge à lèvres partout sur le visage.

Nous avions beaucoup ri en la faisant, elle et moi. » Dans un autre numéro de la même émission, histoire de s’amuser, elle laisse entendre qu’il existerait une idylle entre l’animateur et elle. « Vendredi soir, j’étais dans ton lit », dit-elle à un Jacky plutôt ravi. Lorsqu’elle est amenée à répondre à un journaliste de Charlie Hebdo, elle montre qu’elle peut avoir des formules pleines d’esprit : « Une question m’a toujours tracassée, Dieu rit-il ? Si oui, je comprends très bien pourquoi. »       

 

Sensible au comique de situation, Mylène peut se révéler très spontanée, voire bon public, face à certains imprévus. Dans son esprit, le rire peut d’ailleurs être une réponse appropriée au sérieux lorsqu’il devient trop pesant. Ainsi, durant le tournage du clip de Tristana, le mobilier prévu pour la maison des nains n’a pas été conçu à la bonne échelle. Emmanuel Sorin, le décorateur, en semble particulièrement chagriné. L’équipe fait une pause pour réfléchir à une solution possible. C’est alors que « Mylène s’assoit sur un tabouret qui casse et se retrouve sur les fesses dans un éclat de rire » ! Un incident cocasse qui permet de désamorcer la situation… 

     Les grands timides sont parfois capables de toutes les audaces. Ainsi, bien que mal à l’aise sur les plateaux de télévision, Mylène apparaît, en de rares occasions, très en verve. À la fin des années 1980, face à un Naguy taquin, qui la questionne sur le fait qu’elle garde, depuis plusieurs minutes déjà, la main posée sous le menton, elle répond, imperturbable : « La main reste comme ça. Elle est fixée. »       

Quant à Bernard Montiel qui, manifestement, l’admire, il se mordra les doigts de l’avoir invitée, en 1988, dans son émission « La Une est à vous », dont le principe est de faire voter les téléspectateurs afin de choisir leur programme. Lorsqu’il demande à Mylène quelle série elle aimerait regarder, elle répond :

« Aucune. » Et se fend même d’un commentaire sur le feuilleton Marie Pervenche, avec Danièle Evenou : « C’est consternant. » Montiel rit un peu jaune. 

     Mais sa plus belle saillie à l’antenne, la chanteuse va la lâcher à « Nulle part Ailleurs », sur Canal+, en 1988. L’œil malicieux, Antoine de Caunes, qui cherche manifestement à la déstabiliser, lui lance : « Depuis le début de l’émission, je me pose la question : pourvu qu’elle soit rousse. Pouvez-vous nous le confirmer publiquement ? » Et Mylène de répondre, du tac au tac : « Elle est rousse. » Puis, après un silence, elle ajoute : « En haut. » 

      Par la suite, la chanteuse, ayant décidé de se faire rare, aura de moins en moins l’occasion de s’amuser à l’antenne. Ce qui ne l’empêche pas de conserver intact son sens de l’humour. Interviewée au milieu des années 1990 par Julie Snyder, une Québécoise fantasque, elle semble sensible à l’ironie qui transparaît dans les questions. Quand elle lui dit : « Finalement, vous êtes une petite bi-bite », Mylène reste sans voix. Elle ne comprend pas, mais le mot l’amuse. Elle rit de bon cœur. En 1999, de passage dans le « Hit Machine » de Charly et Lulu, sur M6, pour interpréter Optimistique-moi, elle marche sur la traîne de sa robe et manque de trébucher, ce qui la fait manifestement sourire comme une gamine. 

     fanelo Rire d’elle-même, de ses maladresses, n’est pas exclu. La même année, au côté de Michel Drucker, elle provoque l’hilarité des fans présents dans le studio en bafouillant lorsqu’il s’agit de préciser combien de fois par semaine elle s’entraîne en vue de sa  prochaine tournée. En 2004, durant la conférence de presse annonçant les treize concerts de Bercy, elle commet un lapsus : « Le public me mange toujours. » Se reprend : « Je veux dire, me manque toujours. » Et, constatant la réaction des journalistes présents, éclate de rire. Oui, sans doute, c’est cette peur d’être dévorée par ses fans qui l’intimide à ce point. 

     L’avantage de l’humour, c’est précisément qu’il permet de briser la glace, d’instaurer une forme de communication évitant la fusion que Mylène pressent comme dangereuse. De ce point de vue, les concerts de janvier 2006 sont particulièrement éloquents. Pour la première fois, la chanteuse, d’ordinaire peu loquace, inaugure une forme de dialogue avec le public, grâce au prisme de l’humour. « V chante6zous plus fort que moi ! » clame-t-elle, le 15 janvier, comme un reproche amusé, à la foule déchaînée qui reprend  Désenchantée. Le 21, elle parle d’elle à la troisième personne pour annoncer la fin du quart d’heure des chansons lentes : « Mylène va sécher ses larmes et passer à quelque chose de beaucoup plus gai. » Le lendemain, alors que résonnent les premières notes de Sans contrefaçon, elle lance à la cantonade : « Vous ne la connaissez pas, celle-là, hein ? »

 

     Pour la première fois, durant cette série de concerts, la chanteuse accorde une place à l’improvisation. Parce qu’elle veut ressentir les vibrations de la foule, cette perfectionniste consent à montrer des failles. Certains soirs, par exemple, sans doute à cause de la pression ou de la fatigue, elle se trompe dans les paroles de ses chansons – ainsi elle zappe un couplet de Déshabillez-moi. À plusieurs reprises également, cette fumeuse de cigarettes mentholées est prise de fâcheuses quintes de toux, qui l’obligent parfois à s’interrompre plusieurs minutes. « Ce sont des choses qui arrivent », s’excuse-t-elle au soir du 14 janvier. 

      À travers ces anecdotes, se dresse le portrait d’une autre Mylène, loin de cette star rigide et glacée que certains ont transformée en caricature. « Si je devais résumer Mylène en deux adjectifs, me dit Elsa Trillat, je dirais, aussi surprenant que cela puisse paraître : tendre et drôle. » La photographe a, semble-t-il, gardé un souvenir ému des moments où Mylène venait lui rendre visite chaque jour à l’hôpital, alors qu’elle devait surmonter de graves problèmes de santé. « À ce moment-là, elle s’est comportée comme si elle était un membre de ma famille. Je ne l’oublierai jamais. » 

      Quand elle ne se ferme pas aux autres, paralysée par la méfiance, la chanteuse peut se révéler douce et attentionnée, y compris dans les situations où on ne l’attend pas. Roberto Martocci, danseur recruté pour la tournée 1996, en a fait l’heureuse expérience. Le jour du casting, alors qu’il ne sait pas encore s’il va être choisi, Mylène va lui donner un coup de pouce bienvenu. « Christophe Danchaud, le chorégraphe, entra le premier et nous avons commencé à travailler sur Je t’aime mélancolie. Environ une heure et demie après, Mylène entra silencieusement dans la pièce, dit : “Bonjour !” et jeta un coup d’œil dans ma direction. Le chorégraphe avait du mal à m’apprendre les pas, alors elle s’est approchée et a dit : “Puis-je lui montrer ?” À ce moment-là, l’énergie dégagée par Mylène était vraiment chaude et douce et cela m’a mis à l’aise. Après une heure et demie, elle s’est arrêtée et a rejoint son producteur. Elle a pris ma photo et l’a épinglée avec celles des autres danseurs. »

 

      C’est dans la tendresse, lorsqu’elle se sent en confiance, que la star exerce le plus volontiers son sens de l’humour. À partir de ces petits riens de la vie qui font réagir sa part d’enfance. Au moment du duo La Poupée qui fait non, sa complicité avec Khaled est évidente. « Mylène ? Elle est trop délirante cette fille ! dira le chanteur. On rigole comme des fous quand on se voit tous les deux. » 

      Ses amis proches, Anthony Souchet, le coiffeur John Nollet, ou même la romancière Nathalie Rheims, pourraient sans aucun doute en dire autant. Mais ils demeurent muets et comment ne pas leur donner raison ? L’amitié véritable ne peut se bâtir que sur une exigence de loyauté absolue qui suppose une part de secret. 

      Il y a aussi une cruauté dans l’humour, qui fait partie du plaisir. Lorsqu’un enfant voit un vieillard tomber, il se contrefiche de savoir s’il s’est fait mal, ou pire, si cette chute ne lui sera pas fatale : il ne retient pas son rire. Au détour d’une conversation, il peut arriver à Mylène d’être féroce, d’assassiner un tiers pour le plaisir d’un bon mot, mais la méchanceté ne fait pas partie de son tempérament. C’est un fardeau nuisible, alors qu’elle doit au contraire sans cesse s’alléger pour aller de l’avant. Ceux qui s’intéressent de près aux paroles de ses chansons savent d’ailleurs que son répertoire n’est pas aussi ténébreux qu’il en a l’air. 

      En attestent de nombreux titres réjouissants, qui manient parfois le second degré avec brio. « Pour plaire aux jaloux / Il faut être ignorée », lance Mylène dans Je t’aime mélancolie en guise de pied de nez à ses détracteurs. Dans L’Instant X, raillant la peur millénariste qui s’est emparée de ses contemporains, elle multiplie les images inattendues comme « J’ai un teint de poubelle » ou l’inoubliable « Mon chat qui s’défenestre. » L’album Avant que l’ombre… donne aussi la part belle à l’humour, au travers des chansons Porno Graphique ou L’Amour n’est rien… Dans Point de suture, la légèreté gagne encore du terrain. « La cruauté… c’est laid / La calomnie… c’est laid / L’âpreté… c’est laid / L’infamie… c’est laid », lâche la chanteuse d’une voix grave dans C’est dans l’air, égrenant avec ironie tous les péchés du monde. « Sculpté de bois / Réjouis-moi », chante Mylène dans Sextonik, évoquant ces accessoires du plaisir qui ne connaissent jamais de panne. Il faudrait encore citer l’humour indolent qui traverse Appelle mon numéro, un titre musicalement très réussi. « Le second degré est, me semble-t-il, une hygiène de vie », dit-elle. 

Mylène-Farmer      De même, certains choix scéniques sont manifestement destinés à faire sourire le public. Chanter Déshabillez-moi dans une camisole de force, comme elle le fait en 1989, c’est jouer sur le décalage, un ressort comique. L’immense fauteuil en velours de Libertine, en 1996, ou la balançoire de Dessine-moi un mouton, en 1999, introduisent également une touche de légèreté dans les shows farmeriens. Plus rare dans les clips, l’humour transparaît tout de même nettement dans Que mon cœur lâche, réalisé par Luc Besson, au travers notamment des dialogues épiques entre Dieu et le Christ. « Père, pourquoi ne m’envoyez-vous pas sur Terre ? » demande Jésus. « La dernière fois, c’était une catastrophe », répond le Créateur. « C’est un sourire, une légèreté que je n’avais pas dans mes autres clips  », dira Mylène. Dans les vidéos, peut-être… Mais dans la vie, il y a longtemps que la chanteuse n’engendre pas que la mélancolie.

  

Extrait du livre : MYLÈNE par Hugues ROYER aux Editions Flammarion 2008

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« C’est un ami, c’est lui » : Décision de MylèneF.

Posté par francesca7 le 27 septembre 2015

 

 

   mylene-farmer   Elle est seule dans sa loge. Enfoncée dans un canapé, le dos légèrement voûté, elle se concentre. Deux heures plus tôt, Pierre Vinuesa est venu la coiffer. C’est lui qui a conçu l’architecture complexe lui donnant l’air d’être couronnée de rouge. Une reine. Les minutes passent, elle ne bouge pas. Elle se recueille. Une épaisse bougie couleur ivoire se consume lentement près d’elle. Plusieurs peluches, cadeaux des fans, sont posées sur une étagère, improbable ménagerie. À quoi pense-t-elle ? Sans doute à rien du tout. Elle fait le vide. Certains artistes ont besoin d’être entourés dans ces moments-là. Pas elle. Ce silence contraste avec l’effervescence qui monte dans la salle. Un technicien frappe doucement à sa porte. Il vient installer le micro et appareiller sa robe de dentelle immaculée. Un peu plus tard, c’est au tour de son habilleuse d’entrer dans la loge. Mylène se lève et cette femme blonde lui enfile des manches de dentelle qui ressemblent à des ailes.

 

      Pour ne pas avoir froid, elle remet son peignoir. Un rapide coup d’œil dans le miroir, histoire de vérifier que tout est parfait. Les cils sont immenses, les lèvres pulpeuses et pâles. Elle ajuste une mèche de cheveux, la plaque sur son oreille. Elle se lève. Sans un mot, elle sort de sa loge, arpente les couloirs de Bercy, suivie de près par son habilleuse. Elle entend la clameur qui monte. Dans deux minutes, ce sera à elle. Son moment à elle. Face à ces dizaines de milliers d’anonymes venus la voir et l’écouter, entourée de leur affection, elle n’aura paradoxalement jamais été aussi seule. 

     « J’aime la solitude, dit-elle. Plus on devient un personnage public et plus on y plonge. Il faut s’y faire et l’apprivoiser. » Posséder un tempérament d’ermite n’empêche pas de cultiver l’amitié. Au contraire, c’est une force qui permet de placer la barre encore plus haut. Quand vous n’avez pas viscéralement besoin d’être entourée, vous pouvez choisir avec davantage de discernement ceux qui pourront partager certaines de vos pensées intimes. Dans les années 1980, Mylène avoue n’avoir que peu d’amis. Et lorsqu’on lui demande si ça la dérange, elle répond : « Non, pas du tout. » Pour elle, pas question de galvauder ce don de soi. Offrir son amitié ne peut avoir qu’une signification forte.

Aujourd’hui encore, son cercle d’intimes demeure restreint. 

      Qui sont-ils, ceux qui peuvent l’approcher et recueillir ses confidences ? Des prénoms remerciés dans le livret d’un album : Anthony, Nathalie, Paul, Corinne, Émeline, Olivier et Jérôme. Comment ont-ils réussi à gagner sa confiance ? Leurs qualités premières : la discrétion et la loyauté. Ils ont passé un pacte avec elle : jamais ils ne doivent évoquer ce lien si précieux qui les unit.   L’une de ses meilleures amies, la romancière Nathalie Rheims, respecte à la lettre cette consigne. « Mylène ne souhaite pas que je parle d’elle, m’a-t-elle expliqué au téléphone, et notre relation est tellement rare que je n’ai aucune intention de rompre le pacte. » De leurs déjeuners en tête à tête, notamment au Thiou, le restaurant branché du quai d’Orsay, elle ne dira rien. De leurs jeux, de leurs fous rires entre femmes, non plus. On murmure que Nathalie aurait été envoyée par Mylène au VirginMegastore, aux alentours de minuit, le soir où le DVD des concerts de Bercy 2006 a été mis en vente.

 

Certains témoins l’auraient entendue converser au téléphone, au premier étage du magasin des Champs-Élysées, avec une mystérieuse interlocutrice qui ne pouvait qu’être l’icône rousse.   Même réserve de la part de certains journalistes amis, comme Jérôme Béglé, de Paris Match, qui connaît la chanteuse depuis longtemps, mais a toujours refusé d’évoquer ses conversations avec elle. Une loyauté récompensée : c’est lui qui a recueilli, en mars 2008, la parole de la star annonçant son retour sur scène dans les colonnes de son magazine, avant de se fendre d’un article élogieux sur le clip de Dégénération, quelques jours avant sa diffusion dans les médias.

     Et puis, il y a les autres, ceux qui composent un cercle plus large. Ils ont eu le sentiment d’une amitié partagée, d’une relation privilégiée et intense, même si, par la suite, les contacts se sont espacés.

 

     Jean-Louis Murat est de ceux-là. C’est elle qui a amorcé le premier pas vers lui. « Un beau jour, au courrier, j’ai une lettre de Mylène. Une lettre comme elle sait faire, très gentille, avec sa magnifique écriture, pas de faute d’orthographe – enfin des choses que j’aime. Elle me demande si je veux bien chanter avec elle. Cette lettre n’est pas une légende, je l’ai reçue au courrier, tout simplement. Je n’en crois pas mes yeux, elle me donne son numéro de téléphone. » Murat la rappelle, tous deux se voient à Paris. Le temps de sympathiser, ils enregistrent Regrets, le premier duo de la carrière de Mylène. 

     À la même époque, la scénariste et réalisatrice Danielle Thompson fréquente aussi la chanteuse. Une fois n’est pas coutume, les deux femmes acceptent de poser le temps d’une séance photos pour Madame Figaro. L’occasion pour la scénariste de dresser un portrait de son amie en termes forcément flatteurs.

« Sa pâleur est indéfinissable, sa légèreté ne semble pas obéir aux lois de la pesanteur, sa présence semble toujours furtive, telle celle d’un oiseau prêt à s’envoler au moindre bruissement. Pourtant, l’ange roux remplit l’espace d’une force impalpable, une force qui rassemble à travers sa voix innocente des milliers, des millions de garçons et de filles qui reconnaissent dans ses mots leurs mots, dans ses peurs leurs peurs, dans ses émois leurs amours. » Les deux femmes se voient-elles toujours ? Pas sûr. Certaines amitiés, pour être fortes à un instant donné, n’en sont pas moins contingentes. 

   MIMI   Dans le cercle des amis de la star, l’écrivain Salman Rushdie occupe indéniablement une place à part. La première rencontre a lieu à la fin des années 1990, lors d’une exposition à Londres. « Nousétions l’un et l’autre conviés au vernissage de mon copain Francesco Clemente, raconte l’auteur des Versets sataniques . On s’est retrouvés au dîner qui a suivi chez le marchand. On a sympathisé. J’étais plutôt embarrassé, venant d’une tradition musicale anglo-saxonne, de tout ignorer de la variété française ! Elle est une grande star en France et je ne le savais pas. Depuis, elle m’a initié en m’envoyant son CD.

J’aime beaucoup son style. Ensuite, on s’est revus plusieurs fois. Je me sens proche d’elle. J’aime beaucoup Mylène Farmer. Une chanson peut être une libération. La musique ouvre les portes du cœur. » 

      Lorsqu’elle évoque son ami Rushdie, Mylène livre une clé qui permet de mieux la comprendre : « Je suis allée spontanément vers lui, dit-elle, j’avais envie de le connaître. » Curieuse de rencontrer un être dont la personnalité l’intrigue, elle n’hésite pas à vaincre sa timidité maladive pour aller vers l’autre, fût- il un écrivain mondialement reconnu. « C’est quelqu’un de très gai dans la vie, qui a beaucoup d’humour. Nous avons de grands éclats de rire ensemble. » Après leur rencontre londonienne, la chanteuse revoit le romancier britannique à Paris, lors de l’exposition parisienne des œuvres du père de Robert De Niro, intime de Rushdie. Il sera également invité à l’un de ses concerts à Bercy.

 

     Mylène n’aime que l’excellence. C’est pourquoi elle n’hésite pas à solliciter des rencontres avec ceux qu’elle admire. Sa notoriété lui ouvre bien des portes qui seraient infranchissables pour un quidam. Bien entendu, qu’ils deviennent des amis d’un jour ou davantage ne dépend pas de son seul bon vouloir.

     C’est Marcus Nispel, réalisateur de plusieurs de ses clips, qui l’affirme : « Les meilleurs se retrouvent toujours au sommet pour se serrer la main, et Mylène est vraiment de ce niveau-là. »

     Une vision élitiste qui rejoint une certaine réalité lorsqu’on regarde le parcours de la chanteuse. Familière de New York et Los Angeles, de surcroît parfaitement bilingue, elle s’octroie le privilège, rare pour une Française, d’approcher des stars de Hollywood comme George Clooney ou Robert De Niro.

 

     Sa collaboration avec Moby va naître de cette facilité à nouer des contacts avec des stars internationales. C’est à New York que la première entrevue a lieu. Le 9 septembre 2006, le chanteur le révèle sur son blog : « J’ai rencontré Mylène pour la première fois chez Teany et nous sommes devenus amis. Nous avons simplement pensé que Slipping Away serait une jolie chanson à faire ensemble. C’est ma chanson favorite de l’album Hotel et je suis ravi qu’elle entame une nouvelle vie grâce à la belle voix de Mylène. » Gravée sur la compilation de Moby, la chanson va rencontrer un joli succès. « Slipping Away avec Mylène Farmer vient d’être classé numéro un en France et en Suisse. Mylène est plus mignonne que moi, et elle chante mieux aussi », écrit Moby avec humour sur son blog, le 14 octobre 2006.

 

     Dans la foulée de l’enregistrement de Slipping Away, Mylène propose au chanteur britannique d’enregistrer Looking For My Name, qui figure sur Point de suture. Un duo d’inspiration romantique, hymne aux amours éternelles, qui rappelle les Regrets murmurés avec Jean-Louis Murat. La plus belle preuve d’amitié, n’est-ce pas de parvenir à une forme de collaboration qui ressemble à un partage ?

 

      Si la chanteuse éprouve une telle attirance pour les artistes, c’est qu’elle ressent leur présence comme un réconfort. Ce sentiment d’être différent, incompris, tous les artistes l’éprouvent. Tous portent en eux « un monde fou qui veut naître », comme le fredonne la star à propos de Virginia Woolf. Au milieu des œuvres d’art, dans un atelier ou une galerie, Mylène se sent chez elle. Une toile, une sculpture peuvent l’aider à vivre plus sûrement que tous les gadgets qu’offre la technologie moderne. « J’ai une fascination pour les abstractions de Michaux et les toiles surréalistes de Max Ernst, avoue-t-elle. Je retrouve l’enfance, la magie du secret et de l’indéfini à travers leurs œuvres. J’aime aussi passionnément la peinture d’Egon Schiele. J’aurais pu être son modèle. Lorsque je me regarde dans un miroir, j’ai l’impression d’être une de ses rousses écorchées. »

 MYLENE TV

      De la peinture à la chanson, il n’y a parfois qu’un pas : Je te rends ton amour est un hommage appuyé au peintre préféré de Mylène, et particulièrement au tableau Femme nue debout. Cet artiste autrichien, dont le trait est fragile et violent à la fois, aime en effet représenter des rousses à la peau laiteuse et à la maigreur inquiétante, dont il a saisi certaines attitudes en visitant un asile psychiatrique.

 De surcroît, ses dessins érotiques lui ont valu un bref séjour en prison. Fasciné par les rouquines, intrigué par la folie, scandaleux… On comprend que Mylène ait choisi Egon Schiele pour « seul maître ». Même sa mort tragique, à seulement vingt-huit ans, des suites de la grippe espagnole, a de quoi interpeller la chanteuse.

 Bien que la peinture attire Mylène, l’exercice lui semble périlleux. « Je ne maîtrise pas du tout ni l’aquarelle, ni l’huile », confie-t-elle, modeste. Pourtant, lorsque Philippe Séguy écrit Ainsi soit-elle, elle lui confie plusieurs œuvres, qui seront reproduites dans le livre. « Un monde de ténèbres glissant sur la nuit » montre un personnage squelettique sur un fond strié de rouge guetté par deux rapaces, image de la mort qui rôde. « Une femme qui se fond dans l’infini », dessin réalisé au fusain, prouve la constance de la chanteuse, puisque ce personnage qui s’efface trouvera un prolongement parfait dans l’émouvant final du clip Fuck Them All. Si la peinture, parce qu’elle exige une initiation technique qu’elle n’a pas reçue, lui donne quelques complexes, le dessin, en revanche, constitue pour elle un geste familier, quasi naturel. Où qu’elle soit, Mylène éprouve le besoin de griffonner, de croquer des visages, de faire vivre de petits êtres qui naissent en quelques minutes sous ses doigts. 

      En 1985, lorsqu’elle dessine le story-board du clip de Plus grandir, le trait est déjà très sûr, et l’on reconnaît les prémices du style épuré des personnages qui figureront, plus tard, dans le clip de C’est une belle journée, l’ouvrage Lisa-Loup et le conteur et même sur la couverture d’un roman de Marc Lévy, Où es-tu ? Une passion qui se révèle utile pour sa carrière, lorsqu’il faut concevoir le décor d’un spectacle, par exemple, ou esquisser un élément de la scénographie, comme le sarcophage de verre dans lequel elle fait son entrée sur scène à Bercy, en 2006. Ce talent pour les arts graphiques, une partie de son public le lui reconnaît déjà. Il l’a prouvé en 2003, lors d’une exposition à l’espace Artcurial au profit de l’institut Gustave-Roussy, qui lutte contre le cancer du sein. Parmi les cent femmes célèbres ayant réalisé un tableau pour l’occasion, c’est la Toile de Mylène, composée d’un collage de deux reproductions d’œuvres de Théodore Chassériau, qui, le 29 octobre, a obtenu la meilleure enchère, six mille cinq cents euros.

  

      En cela aussi, Mylène se révèle une chanteuse à part : elle est une artiste aux dons multiples, tout comme son coéquipier, Laurent Boutonnat. Être un artiste, c’est un sacerdoce, un engagement total, une impossibilité de renoncer à l’expression de soi. Les autres domaines de la vie deviennent secondaires par rapport à ce choix premier. Marcus Niespel le dit à sa façon : « Tous les grands artistes sont différents, ils ont chacun leur genre, mais ils ont tous un point commun, ils s’engagent à fond à 100 % avec le cœur. » Mylène est de cette étoffe-là. Ceux qui prétendent qu’elle serait une truqueuse jouant avec d’autres émotions que les siennes se fourvoient : « Quand j’écris mes textes, je livre beaucoup plus de moi que vous croyez. Il suffit de savoir écouter », dit-elle. En même temps, elle partage avec les artistes dits contemporains le contrôle absolu de tout ce qui engage son nom. « Mon implication morale, intellectuelle et sentimentale est la même, de l’écriture d’une chanson à la fabrication d’un clip, d’un tee- shirt ou d’un spectacle. »

1988-06-b      Ce qui situe encore Mylène dans une communauté que partagent tous les artistes dignes de ce nom, c’est le contact privilégié qu’elle a gardé avec l’enfance. Ce refus de grandir, revendiqué dès ses débuts, est la condition qui permet aux créateurs de perpétuer dans la discipline qu’ils ont choisie les scénarios ludiques de leurs jeunes années. « L’enfance, je crois que je ne voudrai jamais la quitter. Et je crois qu’elle ne me quittera jamais non plus. 

Voilà pourquoi, même si tout me semble sans espoir, je continuerai d’être en quête de quelque chose. De l’innocence retrouvée, peut-être? »       Mylène le sait : ce n’est pas parmi les adultes qu’elle trouvera des partenaires de jeu, mais parmi ceux qui se sont donné les moyens de faire vivre l’enfance en eux en devenant artistes. Voilà pourquoi leur amitié lui est si précieuse. Même si elle est rare. 

 

Extrait du livre : MYLÈNE par Hugues ROYER aux Editions Flammarion 2008

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MYLENE ou Naissance d’une femme

Posté par francesca7 le 25 septembre 2015

 

 

68320« On ne naît pas femme, on le devient. » Le mot de Beauvoir a beau avoir été galvaudé, il s’applique à merveille au parcours de Mylène Farmer. Sa féminité ne s’est révélée qu’au fil du temps, et c’est presque sous nos yeux que, telle un  insecte sortant peu à peu de son cocon, la chanteuse a opéré sa mue. Ce n’est d’ailleurs sans doute pas un hasard si un de ses clips, celui de Comme j’ai mal, met en scène la secrète métamorphose d’une petite fille en magnifique libellule. De la jeune femme androgyne des débuts à l’icône glamour d’aujourd’hui, l’écart est tellement spectaculaire qu’on n’a pas l’impression d’avoir affaire à la même personne. Et pourtant…

 

Femme. Le mot lui a longtemps fait peur. À quinze ans, Mylène est mal dans sa peau, comme si elle refusait d’assumer le sexe que la nature lui a donné. « Adolescente, je rejetais toute féminité », dit-elle. L’androgynie affichée constitue alors une solution bien pratique, un moyen de créer l’illusion qu’on possède les deux sexes. À la limite, être un garçon la gênerait moins. « Je crois avoir une force de caractère masculine », avoue-t-elle, associant sans doute  inconsciemment le tempérament féminin à une forme de passivité, voire de mollesse. Si être une femme consiste à attendre que la vie vous comble de bonheur, alors quel est l’intérêt ?

 

À l’époque, les choix vestimentaires de Mylène vont traduire ce malaise. Bannissant tout ce qui pourrait souligner des courbes qu’elle n’assume pas, elle opte pour des habits trop grands pour elle. Au début de sa carrière, rien n’est encore totalement réglé. Si la chanteuse débutante ne se rêve plus en garçon, elle ne se sent pas davantage de l’autre sexe. Et regarde les autres femmes comme un horizon inaccessible. En 1985, elle s’en explique avec simplicité.

 

« J’ai un  complexe, c’est vrai : je me trouve trop maigre. Contrairement à la plupart des filles qui ne pensent qu’à maigrir, à perdre des kilos, moi je ne rêve que d’une chose : grossir. C’est pour ça que je porte des vêtements souvent assez larges. Je les achète régulièrement d’une ou deux tailles supérieures à la mienne. Moralité : je ne porte jamais (ou presque) de manches courtes, afin de ne pas montrer mes coudes que je trouve trop saillants. De même, je ne porte jamais de décolletés, car je n’ai pas le buste assez “pulpeux”. Heureusement pour moi, à part ça, j’ai la chance d’être relativement bien proportionnée, de ne pas avoir de défaut physique particulier. » 

Effectivement, à l’époque, Mylène porte des chemisiers épaulés, des pulls immenses, des jupes informes. Bref, elle joue à cache-cache avec elle-même. Accepter son sexe ne pourra se réaliser qu’à travers une série d’épreuves initiatiques. Étrangement, d’ailleurs, le vêtement va jouer un rôle essentiel dans cette acceptation progressive de sa féminité. 

Lorsque le couturier Jean Paul Gaultier habille Mylène en guêpière et top sexy sur le ring de boxe où elle s’adonne à la chorégraphie énergique de Je t’aime mélancolie, en 1991, un pas énorme est franchi. Le symbole est fort : chacun sait que le couturier a créé pour Madonna les fameux bustiers en forme d’obus, lui permettant d’afficher sur scène une féminité provocante. Encore timide, un peu garçon manqué avec ses cheveux courts en bataille, Mylène ne semble pourtant pas assumer pleinement cette panoplie qui souligne ses formes. L’habit ne suffit pas, mais il donne l’impulsion, permet à la chanteuse de se jeter à l’eau. 

Le tournant est pris avec Anamorphosée, l’album de toutes les ruptures. En découvrant Mylène en figure de proue de ce train des années 1920 dans cette robe vaporeuse griffée Thierry Mugler, on sent que le déclic s’est opéré. Jamais elle n’avait semblé si glamour. Pour la première fois, également, le message de sa chanson n’est pas universel : lorsqu’elle fredonne XXL, c’est aux femmes qu’elle s’adresse, au risque de se couper de la moitié de son public. Dans ce besoin d’amour qu’elle clame avec la force d’une prière, elle inclut la totalité du genre féminin : « Négatives ou positives / Toutes les filles. » Celles qui étaient naguère des étrangères sont devenues des sœurs. Bien sûr, la séance de photos signée Herb Ritts pour le livret est révélatrice de cette évolution. « Ses photos me montrent plus “femme”. C’est un mot qui ne me fait plus peur et que j’accepte totalement. » 

Sans que sa silhouette ait changé d’un iota, sa gestuelle est devenue plus féline, plus sensuelle. Décomplexée, elle veut désormais mettre en avant ses nouveaux atouts en osant des décolletés sexy, notamment dans le clip de California réalisé par Abel Ferrara. « Je préfère l’image de la femme qui a des formes. Mais la bonne évolution, dans tout cela, est que j’ai pris le parti de m’accepter comme je suis », dit-elle à l’époque. L’acceptation de soi, c’est ce qui fait toute la différence : en exhibant ses courbes au lieu de les cacher, Mylène montre qu’elle est devenue une autre. 

Cette femme, née sous nos yeux, va continuer à explorer cette voie comme une aventure passionnante dont elle ne sortira plus. Ainsi, il ne sera plus question pour Mylène de sacrifier ses longs cheveux comme elle l’avait fait à l’époque de l’album L’Autre. Un look qui se situe aux antipodes de celle qu’elle est devenue. Depuis, elle a compris que sa longue chevelure était un attribut à part entière de son identité. Avec l’album Innamoramento, on assiste à une nouvelle étape : la chanteuse sexy exhibant son corps comme pour se prouver qu’elle était capable de susciter le désir a laissé la place à une figure de la féminité plus intérieure, plus spirituelle. Et lorsqu’elle chante Méfie-toi, un titre dont elle signe paroles et musique, elle semble prendre possession de ce pouvoir si subtil qui caractérise son sexe. « Au jeu du corps à corps / L’esprit est bien plus fort », répète-t-elle dans le refrain, avant de lâcher, comme si elle s’adressait à un homme sûr de sa supériorité physique : « La force est féminine. » Qu’on n’évoque jamais devant elle l’idée que les femmes puissent être faibles : Mylène est la preuve du contraire.  

Mylène femmeIl semble loin, alors, le temps où elle chantait Sans contrefaçon. Au détour d’une interview, la chanteuse mesure d’ailleurs parfaitement la distance accomplie. « Si vous me posez la question : “Est-ce qu’aujourd’hui vous avez toujours envie de mettre un mouchoir dans votre pantalon ?”, je vais vous dire non, c’est du passé. Maintenant, je l’ai exprimé, ce moment-là. Mais cela ne veut pas dire pour autant que je doive véhiculer cette image et ce sentiment toute ma vie. » Changer signifie nullement se renier, juste se donner la possibilité d’évoluer pour vivre le présent avec la seule qualité qu’il exige de nous : l’intégrité. 

Sur l’album Avant que l’ombre… , un autre paramètre va approfondir cette quête par Mylène de sa propre féminité : le regard de l’homme. Le sentiment amoureux, dont elle pressentait l’impact « révolutionnaire » dans sa vie, selon le mot d’Alberoni, elle l’éprouve enfin : « Avant que l’ombre, je sais / Ne s’abatte à mes pieds / Pour voir l’autre côté / Je sais que… je sais que… j’ai aimé. » Une forme de renaissance qui irradie tout l’album. La chanteuse semble enfin accepter le risque de l’amour qu’elle redoutait tant, avec tout ce que cela suppose de confiance en l’autre. Et même si cet engagement ne vaut que dans l’instant, sans promesses d’éternité ni même de certitude pour demain, on découvre une Mylène inédite, manifestement éprise. « J’attends qu’il frappe à ma porte », chante-t-elle dans un titre bouleversant, J’attends, qui montre l’étendue du chemin parcouru. Attendre, n’est-ce pas précisément renoncer au contrôle, pour oser s’abandonner à la seule forme de dépendance acceptable, celle du sentiment amoureux ? 

Malgré tout, la chanteuse ne peut s’empêcher de redistribuer les rôles dans Fuck Them All, dont le refrain s’adresse à la gent masculine : « Faites l’amour / Nous la guerre / Nos vies à l’envers. » Une chanson qui n’a pas manqué d’interpeller les ligues féministes, avides de recruter de nouvelles porte-parole. La romancière Catherine Breillat aurait également adressé quelques appels du pied à la chanteuse, après avoir été impressionnée par le clip. Mais Mylène ne mange pas de ce pain-là. Lorsqu’elle appelle de ses vœux un monde où la femme prendrait sa revanche, il ne s’agit pas d’un projet politique, mais d’une utopie artistique. Certes, elle convoque l’histoire pour la renverser, prône une certaine inversion des genres. Si on la suit bien, les hommes sont devenus capables de « lâchetés » et les femmes « guerrières ». Mais elle ne parle qu’en son nom propre. Et le clip montre précisément cette dimension personnelle : écrasée dans sa cage, la victime agonise, tandis que triomphe l’autre Mylène qui, maniant l’épée, a fini par terrasser ses fantômes intérieurs. 

Un symbole fort. Une image triomphante de la féminité. On est loin des clips de la première période. Ici, le message est clair : Mylène veut se débarrasser de ses oripeaux de victime expiatoire. Brûler sur un bûcher n’est plus d’actualité. Nul besoin pour autant d’adhérer à un dogme féministe. Par sa carrière exceptionnelle et ce parcours si singulier pour incarner pleinement le sexe qui l’a vue naître, Mylène a indéniablement fait avancer la cause des femmes. Et ce n’est pas le moindre des paradoxes quand on a débuté en chantant : « Je suis un garçon. » 

 

Extrait du livre : MYLÈNE par Hugues ROYER aux Editions Flammarion 2008

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ÎLE DE TRANSE émission avec Mylène

Posté par francesca7 le 21 février 2015

 

1985-01-b31 OCTOBRE 1985 – Présenté par Philippe BACHMAN FR3 MIDI­PYRÉNÉES

Philippe Bachmann : Bonjour à tous, bienvenue sur notre « Île de Transe ». Invitée aujourd’hui, Mylène Farmer. C’est son troisième 45­ tours…

Mylène Farmer : Bonjour Philippe.

PB : Bonjour ! Troisième 45­tours, disais­-je, « Plus Grandir »… MF : Oui… PB : Alors, récapépète un petit peu ce qu’il y avait avant !

MF : On récapépète, alors ! Le premier étant « Maman a Tort », qui…

PB : (il l’interrompt) Le deuxième ?

MF : Le deuxième étant « On est Tous des Imbéciles ».

PB : Voilà. « Maman a Tort », c’était y a deux ans, ça à peu près ?

MF : Il y a deux ans, oui.

PB : Alors, il y avait pas le Top 50 à cette époque-­là, mais ça marchait super bien dans les hits, ça s’est très très bien vendu.

MF : Oui…

PB : C’était bien, pour une première expérience. Comment tu as débuté, d’ailleurs ?

MF : J’ai eu la chance de rencontrer deux personnages, qui ont écrit cette chanson.

PB : Des noms ! Des noms !

 MF : Hé bien, il y avait Jérôme Dahan et Laurent Boutonnat.

PB : Où tu les as rencontré ? Comme ça, par hasard ?

MF : Non, ça serait trop long à raconter, mais ça s’est fait un peu par hasard, quand même. PB : Mais y a que des bons hasards, dans ce métier ! MF : Absolument ! (rires)

PB : Bon, dis­6moi, mon petit doigt m’a dit…

MF : Certes ! (Mylène éclate de rire)

PB : …que tu avais un superbe animal domestique chez toi, mais assez spécial quand même.

MF : Oui, j’ai un petit singe, qui est un capucin…

PB : C’est comment les capucins ?

MF : Le capucin ressemble à un petit chimpanzé, c’est aussi joli.

PB : Ca a une longue queue ?

MF : Ca a une queue assez grande, oui, qui lui sert de cinquième bras.

 PB : Ha, il joue avec ?! Alors, tu as mis des arbres chez toi pour qu’il puisse grimper ?

MF : (rires) Non, pour l’instant…Pas encore ! Pour l’instant, il a une grande cage.

PB : Et qu’est6­ce qu’il mange, ce brave capucin ?

1985-01-aMF : Tout ce que vous mangez, avec la viande en moins !

PB : Bon, alors on peut l’inviter avec toi, alors maintenant faut l’inviter avec toi, quoi.

MF : J’ai déjà essayé de l’amener sur un plateau, il y a quelques problèmes. (rires)

PB : Qu’est­-ce que ça donne ?

MF : Il a très peur des gens.

PB : Et puis il grimpe aux cintres, un peu, non ?

MF : Un peu, il est farouche.

PB : Bon, retour en arrière. Il y a deux ans, donc : « Maman a Tort ». Si on se refaisait ça pour le plaisir ?

MF : Oui ! Diffusion d’une séquence où Mylène, habillée autrement, interprète « Maman a Tort » devant un fond incrusté représentant une main qui compte sur ses doigts en suivant la chanson.

 PB : Dis donc, ton petit chimpanzé, il va falloir lui apprendre à danser, maintenant !

MF : Il chante, déjà ! Il écrit…et il prend des cours de danse !

PB : Il prend des cours de danse ?! Alors, dis­-moi une petite chose : j’ai vu que tu avais un truc superbe sur le dos pour « Maman a Tort », là encore tu es mignonne comme tout…

 MF : Merci !

PB : Comment tu fais pour t’habiller ? C’est toi qui dessines tes trucs ? Comment ça se passe ?

MF : Je ne dessine pas, je réfléchis et puis je vois avec…là, c’est une couturière qui m’a aidé, qui a réalisé cet ensemble.

PB : Les couleurs sont importantes ?

MF : Très importantes, oui.

PB : Il y en a qui sont superstitieux, qui veulent jamais mettre de vert à la télévision, toi tu en mets !

MF : Je sais, oui ! On m’a déjà reproché sur « Maman a Tort » d’avoir mis du vert sur un plateau, parce que ça porte malheur.

PB : Ben ça t’a porté bonheur, plutôt !

MF : Pour l’instant oui, donc je ne fais pas de cas de ça. L’animateur lance la séquence suivante, dans laquelle il présenté diverses nouveautés.

PB : (…) Ensuite, un petit groupe de Rennes qu’il faut que je te présente. Ca s’appelle Niagara. Alors, c’est sympa, ils font de la scène depuis assez longtemps, quand même.

MF : C’est un joli nom.

PB : C’est un joli nom et ce qui ne gâche rien, c’est que dans les chœurs on retrouve un certain Etienne Daho. Tu aimes bien Etienne Daho, toi ?

MF : Oui.

PB : Qu’est­-ce que tu écoutes comme disques, toi ?

MF : Il m’arrive d’écouter de la musique classique. Dans la variété française, j’aime beaucoup Jacques Dutronc.

 PB : Il fait plus grand­-chose, Jacques Dutronc, malheureusement…

MF : Non, mais il réapparaît…

 PB : Une fois de temps en temps !

MF : …et c’est très bien à chaque fois. (…)

PB : Sinon, en musique classique, tu m’as dit, qu’est-­ce que tu écoutes en musique classique ?

MF : J’aime beaucoup Wagner, j’écoute Mahler, j’écoute plein de choses. Très éclectiques, comme choix.

PB : Comment tu choisis les musiques de tes chansons ? Comment ça se passe ?

MF : Je sais pas si…Enfin, je les choisis, on me les…Les personnes qui travaillent…

PB : Oui, mais tu dis oui ou non quand on te propose les choses, non ?

MF : Bien sûr. Y a des choses qui me plaisent plus. Je crois que c’est au travail que… (elle se reprend) heu au piano que ça se fait. On me propose une mélodie, et puis j’aime tout de suite ou j’aime pas du tout.

PB : Le texte est important dans tes chansons.

MF : Bien sûr, bien sûr. Très important, capital.

PB : On en parle un petit peu plus ? « Plus Grandir » : comment naît un texte comme ça ? C’est après la musique ?

MF : Là, ça s’est fait un peu par hasard. Oui, c’est né après la musique. Cette fois-­ci, c’est moi qui l’ai écrit.

PB : Ha ha !

MF : Non, ça n’a rien de vengeance. Je sais pas si je renouvellerai cette expérience. Ca s’est fait par hasard.

PB : Pourquoi ? C’était trop dur ?

MF : C’est très très difficile d’écrire un texte. Ca doit être concis, précis et j’avoue que j’ai eu du mal.

PB : Il y a des trucs pour bien écrire un texte, ou pas ?

MF : Je crois qu’il faut beaucoup de tranquillité, et puis surtout la tranquillité d’esprit que je n’ai pas !

PB : Tu l’as eu quand même pour « Plus Grandir » !

MF : Oui ! PB : On l’écoute ? « Plus Grandir », le nouveau 45­tours de Mylène Farmer. Mylène interprète « Plus Grandir » avec derrière elle des images alternant entre la pochette du disque et le visuel du landau indiquant « Mylène Farmer : 1962­1985 » (sic), et des photos anciennes.

PB : Mylène Farmer, « Plus Grandir », c’est son troisième 45­tours. Tiens, je te rends ton petit micro… (il tend son micro à Mylène)

1985-01-dMF : Merci !

PB : Y a un album en préparation ?

MF : Il y a un album qui sortira vers janvier (1986, ndlr)

PB : Alors tu vas réécrire des textes, quand même, ou pas ?

MF : Non, il est terminé, là il est clôs. Il n’y aura que « Plus Grandir » de ma plume. PB : Bon, ben c’est déjà pas mal !

MF : C’est déjà bien.

PB : Il y a un clip qui vient de se tourner sur « Plus Grandir », non ? MF : Oui, il y a un clip qui a été tourné en Cinémascope.

PB : Alors, c’est pour le cinéma ?

MF : J’espère qu’il ira au cinéma, qu’il fera l’avant­-première d’un film.

PB : Oh ben oui, parce qu’à la télévision ça serait dommage quand même.

MF : Oui, c’est pas suffisant, l’écran est trop petit.

PB : C’est toi qui as décidé de le faire en Scope ?

MF : Non, non, c’est le réalisateur, qui est également mon compositeur. Des noms, encore ?

PB : Oui !

MF : Allez…Laurent Boutonnat ! (rires)

PB : Voilà, fallait le dire. Bon, ce Cinémascope, ce clip, comment il a été tourné ?

MF : Il a été tourné en un peu moins d’une semaine. Le premier jour était de l’extérieur dans un cimetière, et…

PB : Toujours très gaie, Mylène Farmer ! (rires)

MF : Oui ! Et les quatre autres jours se situaient dans un décor qui retraçait le…C’est un décor, c’est une chambre de château baroque avec des toiles d’araignée partout. C’est un bel univers.

PB : Bon, dès qu’il sort, tu nous le donnes qu’on le montre un petit peu à tous les téléspectateurs.

MF : Je vous inviterai à la projection.

PB : Ha oui, en Cinémascope et tout, ça va être superbe, ça ! Dis-­moi, au niveau cinéma c’est « Rosemary’s Baby » ton film préféré, ou pas ?

MF : Non, mais j’aime bien ce film. J’aime surtout l’interprète (Mia Farrow, ndlr) et le metteur en scène (Roman Polanski, ndlr) !

PB : Tu vas souvent au ciné ?

MF : J’y vais assez régulièrement, oui.

PB : Qu’est­-ce que tu as vu de bien, récemment ? Des noms, des noms !

MF : Heu….Je ne sais pas, j’ai vu…Le dernier film que j’ai vu c’était « Mad Max » PB : Oui…3 !

MF : Le 3 !

PB : Y a pas de raisons, il est pas mal le petit australien, hein ? (Mel Gibson, ndlr) Bon, tu sais que c’est l’heure de se quitter, alors à la prochaine ! On découvrira ton clip très vite…

MF : D’accord !

PB : Merci, Mylène Farmer !

MF : Merci à vous ! Ils se font la bise et Mylène glousse en faisant « au revoir » avec la main. Générique de fin.

Publié dans Mylène 1985 - 1986, Mylène en INTERVIEW | Pas de Commentaires »

NAGUI Présente MYLENE FARMER sur M6

Posté par francesca7 le 18 octobre 2014

 

Emission  FRÉQUENSTAR du 22 MARS 1989

 « C’est compliqué, le français ! »

1989-02-dNagui reçoit Mylène Farmer sur le plateau de son émission, qui n’a rien à voir, malgré un titre identique, avec l’émission que créera Laurent Boyer peu d’années plus tard. Mylène vient y présenter son nouveau clip, celui de « Sans Logique ». Habillée d’une veste noire, d’un pantalon noir et les cheveux rehaussés en un chignon strict, elle répond également aux questions de Nagui et a sélectionné quelques clips qu’elle souhaitait diffuser dans l’émission. L’ambiance oscille entre tension et bonne humeur, Mylène ayant visiblement parfois du mal avec l’humour de Nagui, et réciproquement, Nagui semble quelques fois désarmé face à Mylène. Il jongle  avec le tutoiement, le vouvoiement mais parvient néanmoins à faire parler Mylène de ses goûts littéraires, musicaux, de son spectacle à venir et même de son appartement !

Nagui : Mylène Farmer, merci d’avoir accepté notre invitation.

Mylène Farmer : Merci (sourire gêné)

N : C’est très gentil à toi, on est très contents, on est heureux comme tout ! La programmation musicale : tu écoutes beaucoup de musique en règle générale, dans ta vie ?

MF : Beaucoup de musiques de films.

N : Beaucoup de musiques de films ? Des bandes originales ?

MF : Oui.

N : Là en ce moment, tu as la tête prise par quelle musique de film ?

MF : Toujours « Mission » (film réalisé par Roland Joffé en 1986, nda). J’ai du mal à en…

N : C’est pas vrai ? Mais pourtant y en a eu d’autres depuis : y a eu « Le Grand Bleu », y a eu «Bagdad Café», y en eu plein !

MF : « Bagdad Café » oui, merveilleuse…

N : C’est bien, hein ? Et tu vas voir les films qui correspondent aux bandes originales ou tu te contentes de la musique ?

MF : Je me contente de la musique parfois, quelquefois j’y vais aussi à cause de la musique.

N : D’accord…

MF : Et quelquefois, le contraire.

N : C’est marrant, y a pas une seule bande originale dans tous les clips que tu as choisi.

MF : Non, parce qu’on a un petit peu trop vu « Bagdad Café ». « Mission », je pense pas que vous l’auriez passé. Si ?

N : Ha ben on se gêne pas pour en passer d’autres, hein !

MF : Ha, je ne savais pas…

N : Ha ben, on le fera la prochaine fois !

MF : D’accord.

N : Ca sera une occasion de revenir (rires). Elle est notre invitée, et par la même occasion on en profite pour vous présenter son clip, qui sera « clip des clips ». Du Mylène Farmer matin midi et soir, pendant une semaine ! Tout ça à la veille d’une tournée dont nous reparlerons tout de suite après ce tout nouveau clip, « Sans Logique ». Elle est pourtant Vierge, hein, elle est pas Taureau, contrairement à ce que vous allez pouvoir voir dans le clip ! (Mylène sourit)

Le clip de « Sans Logique » est diffusé en entier.

N : Voilà. D’où la pochette, vous comprendrez, pour la trace de sang qu’il y a sur le clip de Mylène Farmer, « Sans Logique ». On va en reparler bien sûr de ce clip, d’abord voyez le cadeau que vous allez pouvoir gagner grâce à cette merveilleuse émission que nous vous présentons sous vos yeux ébahis : vous allez pouvoir gagner le compact d’ « Ainsi Soit Je… », l’album; le compact de « Cendres de Lune », l’album; la cassette vidéo des clips volume un; la cassette volume 2 des clips (Nagui bafouille un peu pendant son énumération) et le baladeur avec la cassette de l’album dedans. (On voit tous ces cadeaux à l’écran) Pff, c’est beaucoup de cadeaux, tout ça !

MF : (suite aux bafouillages de Nagui) C’est compliqué, le français !

N : Hein, c’est compliqué, hein ! Surtout pour quelqu’un qui est es forcément né là-dedans ! (Nagui fait à l’évidence référence au fait que sa mère est professeur de français, nda) (Mylène rit)

Nagui revient alors sur le concours de la semaine précédente avant de se tourner à nouveau vers Mylène.

N : On va voir défiler les dates de la tournée. Ca démarre le 18…

MF : Le 18 mai, jusqu’au 25…

N : …mai, ça c’est pour les dates parisiennes. Ensuite y a plein de dates en province et puis comme y avait encore du monde, parce que là c’est déjà complet pour le Palais des Sports, vous avez rajouté une, voire deux dates, à Bercy au mois de décembre pour clore cette tournée. (Mylène acquiesce) Retour à la case départ, ça c’est génial ça !

1989-02-aMF : Oui, c’est formidable.

N : On peut rajouter une troisième date, si ça continue, non ?

MF : Eventuellement…

N : On va pas se gêner pour se faire du bien ! Ca comporte combien de personnes le Palais des Sports ?

MF : Je crois que c’est autour de cinq mille personnes.

N : Cinq mille personnes et y a sept soirs déjà pleins ?

MF : Oui.

N : Bon, ce qui fait déjà deux Bercy à lui tout seul, donc y a aucun problèmes on peut en rajouter, c’est l’équivalent. Alors Mylène, « Sans Logique » c’est un… Moi je suis surpris, on te voit pas nue dans « Sans Logique », c’est bizarre après « Libertine » et « Pourvu qu’elles Soient Douces »…

MF : C’est de la provocation, ça, Nagui !

N : Non je sais pas ! Ben écoute, c’est de la provocation aussi ce que tu fais des fois dans les clips.

MF : Non, le sujet ne se prêtait pas à la nudité, c’est tout.

N : Voilà. Alors en fait, tu as dit souvent dans la presse que le but n’était pas forcément de provoquer mais que s’il y avait certaines scènes qui pouvaient dérouter les gens, c’était parce que ça dépendait plus du sujet que du simple plaisir que de les choquer.

MF : Oui. Moi je n’ai aucun plaisir à me dénuder sur un plateau. C’est assez difficile, même si c’est en équipe réduite, c’est toujours plus difficile…

N : Oui mais enfin on devine que ça va être vu par des millions de gens, aussi…

MF : C’est vrai, mais ça on n’y pense pas. Il y a cette espèce de divorce, comme ça, sur le tournage. C’est pas la même chose…

N : C’est l’artistique distingué du vulgaire, c’est ça ?

MF : Je crois que oui, il y a une espèce d’inconscience, je crois, que de faire ça. Et puis quand bien même, hein ?! (large sourire)

N : Oui : sans contrefaçon, on se fout du qu’en-dira-t-on ! Alors, est-ce que tu as un côté justement inconsciente ou plutôt très, très, très consciente de tout ce qui se passe ?

MF : Je ne sais pas si je suis l’incarnation de la cartésienne, je crois pas, non. Mais je crois que j’ai les pieds en tout cas sur terre, oui.

N : T’as les pieds sur terre, et tu sais complètement ce que tu fais, ce que tu dis : tout est pesé, réfléchi et calculé. Quand tu écris les textes d’une chanson, c’est maîtrisé, dans tous les sens du terme.

MF : Oui, j’essaye en tout cas de les maîtriser. Je crois qu’il y a pas de perfection mais j’essaye d’y accéderN : OK. Alors, encore une fois dans ces fameuses interviews – c’est vrai que tu en donnes pas beaucoup des interviews…

MF : Parce que je ne m’y sens pas très à l’aise, c’est la seule réponse je crois.

N : Là, ça va pas bien ?

MF : Pas très bien, non ! (sourire)

N : Bon on va essayer que ça aille mieux ! Tu me dis, tu me fais un petit signe dès que ça va un tout petit peu mieux ! (rires de Mylène) Y a beaucoup de références dans ce que tu dis à Baudelaire, auquel tu rends un hommage dans « L’Horloge » en mettant en musique avec Laurent…

MF : Y a d’autres auteurs, mais c’est vrai que j’aime beaucoup Baudelaire. J’aime beaucoup…

N : Edgar Poe !

MF : Edgar Poe, c’est vrai.

N : Et Luc Dietrich.

MF : Luc Dietrich. J’aime beaucoup le théâtre de Steinbeck, mais il y en a tant d’autres. Je cite un petit peu, c’est vrai, toujours les mêmes parce que ce sont effectivement des livres de chevet.

N : Bon, et généralement si on prend Baudelaire et Edgar Poe, ils ont des problèmes existentiels. Là, tu as demandé Jacques Brel avec « Ne me quitte pas », ce qui peut aussi être un…

MF : …qui pourrait faire partie de la même famille, certainement, oui. Pour moi, c’est probablement le plus grand interprète, avec Reggiani aussi. J’aime beaucoup Reggiani. Et « Ne me quitte pas », c’est un cri qu’on formule très souvent.

Diffusion d’une séquence d’archive où Jacques Brel interprète « Ne me quitte pas ».

N : Une petite précision : en plus de tous les cadeaux que nous vous avons montré tout à l’heure, vous allez pouvoir gagner également deux invitations pour aller voir Mylène Farmer en concert, que ce soit à Paris ou en province vous pouvez écrire de partout. Et puis concernant – voilà l’affiche – (l’affiche du spectacle apparaît à l’écran) donc ce Palais des Sports, mais y a également les concerts parisiens du Palais Omnisports de Paris Bercy, les places ne seront en vente qu’à partir du mois d’avril.

MF : Oui.

N : C’est ça, hein ?

MF : Paraît-il…

N : Oui d’accord, mois d’avril. Bon alors, à propos de Jacques Brel, et pour revenir à ce côté Baudelaire et Edgar Poe, on a l’impression que par moments tu portes tout le malheur de la Terre sur tes frêles épaules.

MF : C’est lourd, quelques fois !

N : C’est lourd, hein ?!

MF : Moi-même, je suis très frêle et c’est difficile parfois.

N : Mais pourquoi ? Qu’est-ce qui s’est passé ? Je veux dire, sans faire de confessions ou de psychanalyse, c’est récent comme tournure d’esprit, ou c’est quelque chose qui a toujours été ancré en toi comme sentiment ?

MF : Je vais dire quelque chose d’autre : c’est pour ça que moi je n’aime pas les interviews parce que je préfère, c’est vrai, dévoiler la nature de mes sentiments dans mes chansons plus que dans les interviews.

Pourquoi avoir toujours besoin de se justifier ?

N : Je parle pas de justification, je demande simplement d’où ça vient.

MF : Je ne sais pas. Y a des personnes, je crois, qui sont plus prédisposées à être heureuses ou malheureuses. J’en sais rien. Je ne dis pas que je suis malheureuse…

N : Ha non, t’as tout pour être heureuse, là !

MF : …je dis que je suis foncièrement lucide, ce qui engendre, je crois, quelquefois des désillusions et quelquefois du bonheur aussi.

N : Y a un inconvénient, j’allais dire, ou un enchaînement tout à fait logique, c’est que ton public s’identifie à tes goûts et à ta manière de voir la vie. On parle de Baudelaire, c’est le spleen, c’est la maladie du siècle, c’est « Les Fleurs du Mal », enfin bon (il s’adresse aux téléspectateurs) lisez Baudelaire, à propos, ça peut toujours vous servir dans la vie !

MF : Parce qu’il y a certainement, effectivement, beaucoup de personnes qui se retrouvent ou dans ces textes, ou dans cet univers musical, ou tout simplement dans cet univers. Je crois pas que toutes les personnes soient très, très heureuses et aujourd’hui je crois que c’est aussi de plus en plus difficile.

N : Et toi, qu’est-ce qui te rend heureuse ?

MF : Votre rencontre, probablement ! (grand sourire)

N : Bon ! Sinon, tu as demandé Depeche Mode. Qu’est-ce qui te séduit ? Le côté anglais, le côté rythmé ?

MF : Je crois que c’est un tout, là aussi. C’est un univers, d’abord, un compositeur qui est formidablement doué et puis des paroles qui sont assez belles, parce que je comprends l’anglais plus que je ne le parle, finalement ! (rires)

Diffusion d’un clip de Depeche Mode.

N : Le monsieur dont nous parlions pour les compositions, c’est Martin Gore, qui est le blond bouclé sur le devant…

MF : …qui est tout petit !

N : Tout petit derrière ses claviers ! L’ambiance dans laquelle tu vis : tu vis dans une ambiance sombre ? Eclairée ? L’appartement, comment ça se passe, l’intimité ? On sait qu’il y a les singes, les fameux singes…

MF : C’est très peu meublé, c’est rouge et noir (rires de Nagui qui visiblement ne peut s’empêcher de penser à Jeanne Mas !), et que dire d’autre ? Y a une très, très grande cheminée qui est très, très belle et j’ai une chambre qui est très, très sombre, qui approche le noir, c’est bleu marine très, très foncé.

N : Ca fait partie des couleurs que tu aimes bien, le noir, le bleu, le rouge… ?

MF : Oui. Le rouge, un petit peu moins.

N : Le rouge sang, peut-être, non ?

MF : La couleur du sang, oui, j’aime beaucoup, mais c’est un rouge très, très foncé, très dense.

N : Ce qu’on a vu dans le clip, le mariage par le sang, ce que des fois on fait quand on est gamin, tu l’as déjà fait ?

MF : C’est quelque chose que j’ai fait quand j’étais toute petite, mais au bout du doigt. Ca faisait moins mal !

Parce que l’entaille, là, était plus profonde ! (elle désigne en souriant sa main en référence à cette séquence du clip)

N : Oui, et puis c’était plus mignon en plus, mais c’était moins visuel donc on a essayé de le mettre dans la paume de la main ! (rires) Tu avais aussi raconté que « Sans Contrefaçon », tu avais déjà fait le côté garçon en mettant un mouchoir dans ton pantalon.

MF : Oui, je n’essaye pas de fabriquer des anecdotes.

N : Mais on va finir par trop bien te connaître, j’allais dire, entre les paroles de chansons et les clips !

MF : Finalement, oui.

N : Pour quelqu’un qui veut préserver sa vie privée…

MF : Je vais peut-être arrêter !

N : De chanter ?

MF : Peut-être ! (sourire)

N : Oh, dis pas ça, tu nous fais du mal ! (rires de Mylène) La déclinaison généralement de ce genre de clips, c’est d’aller un tout petit peu plus loin sur scène. Ca, c’est quelque chose qui a intéressé Thierry Mutin, qui te pose une question.

1989-02-fDiffusion d’une vidéo où Thierry Mutin, chanteur des années 80, s’adresse à Mylène.

Thierry Mutin : Bonjour Mylène. Pour moi, l’univers de tes clips est indissociable de ton image et j’aimerais savoir comment tu vas concilier tes clips et tes chansons sur scène.

N : Ha oui, le décor, l’ambiance…

MF : Je ne sais pas si je vais répondre à cette question, dans la mesure où je ne dévoilerai rien de cette scène. Je peux dire que cette scène sera le reflet certainement de mon univers et celui de Laurent Boutonnat.

N : D’accord. Un tout petit peu XVIIIème siècle sur les bords ?

MF : Non, du tout.

N : Du tout ! (ironiquement) Beaucoup de chevaux… (rires)

MF : (sur le même ton) Beaucoup de chevaux, de femmes nues, on l’a déjà dit ! (sourire)

N : …de femmes nues, du sang, voilà, bref ! Allez-y et emmenez une blouse parce que peut-être qu’il va se passer des choses ! (rires) Tom Waits (acteur et chanteur américain souvent présenté comme maniacodépressif, nda) : alors là c’est, encore une fois, comme Baudelaire, comme Edgar Poe qui était quand même un alcoolique, faut bien le préciser, Tom Waits c’est aussi l’image… Tu es attirée par l’alcool ? Tu es attirée par…?

MF : Je suis séduite par les hommes qui boivent, oui.

N : (interloqué) C’est vrai ?!

MF : Oui, c’est vrai.

N : Bon, ben j’ai aucune chance, écoute ! Alors, le « Downtown Train » (chanson de Tom Waits extraite de son album « Rain Dogs » sorti en août 1985, nda), c’est une ambiance de piano-bar que tu aimes retrouver ?

MF : Moi je connais très, très peu Tom Waits, c’est vrai. Je l’ai découvert au travers d’un clip qu’avait réalisé heu…aidez-moi ! Une photographe… (elle cherche)

N : Une photographe… Bettina Rheims ?

MF : Non, pas Bettina Rheims. Oh, c’est dommage on oublie les noms, c’est terrible…

N : Bon, on va le retrouver pendant le clip, en tout cas !

MF : Je vais réfléchir, oui. Et y a une ambiance qui est assez belle dans ses clips. Et puis il a une très, très belle voix.

Diffusion du clip de Tom Waits

N : (après la diffusion du clip, il se tourne vers Mylène) Tu as retrouvé la photographe ?

MF : Oui, qu’elle me pardonne : c’est Dominique Isserman, qui a beaucoup de talent (elle signera une séance photo avec Mylène pour l’album « Avant que l’Ombre…» en 2005, nda)

N : Je suis sûr qu’elle te pardonne ! (…)

Lancement d’une page de publicité, puis retour plateau.

N : Mylène Farmer, qui prépare ardemment sa scène. Ca veut dire quoi, préparer ardemment la scène ?

Répétitions, musiciens, déjà ?

MF : Pas encore, non.

N : Non ?

MF : Je vais le faire dès début avril. Mais quand même répétitions puisque je réalise les chorégraphies sur la scène. J’ai une jeune fille (Sophie Tellier, nda) qui les apprend pour pouvoir les inculquer aux autres danseurs.

N : Ha d’accord, donc en fait tu apprends à une personne qui après apprend aux autres ?

MF : Oui, parce que pendant ce temps-là, moi je répéterai avec les musiciens.

N : D’accord, donc puisqu’il faut analyser, je commence à comprendre comment il faut faire, donc il faut comprendre qu’il va y avoir des danseuses. Plusieurs danseuses, si y en avait qu’une ou deux, elle aurait appris aux deux en même temps. Non, y aura beaucoup de danseuses. On va y arriver à commencer à savoir quelque chose…

MF : Vous oubliez les danseurs !

N : Les danseurs ? Oui, pardon ! Danseurs qui seront peut-être choristes, aussi de temps en temps, à la fois.

MF : Je ne pense pas, non…

N : Elle ne pense pas. Vous voyez qu’on arrive à avoir des petits renseignements ! Bon, et la mise en forme aussi, parce qu’on a vu aussi plein de reportages chez nos confrères de Télé 7 Jours comme quoi tu courrais avec Rambo (surnom de son coach, Hervé Lewis, nda).

MF : Je n’en ai fait qu’un !

N : De reportage ?

MF : Oui (cf. Télé 7 Jours, 10.12.1988). J’ai effectivement un entraîneur qui s’entraîne avec moi –qui m’entraîne, plutôt- et qui m’apprend à courir, ce qui n’est pas une mince affaire !

N : Ca s’apprend, de courir ?

MF : Oh oui, c’est très difficile de courir bien, oui.

N : C’est pour quoi ? Pour la respiration ?

MF : C’est pour le…aidez-moi…pour la mise en forme…

N : Le souffle ?

MF : …c’est pour le souffle, c’est pour une mise en conditions, tout simplement.

N : Il parait que le plus dur, c’était d’arrêter de fumer. C’est vrai ?

MF : C’est vrai. D’arrêter de boire, aussi !

N : Ha oui ? Enfin, de l’alcool ?

MF : Non, du Coca Cola !

N : (…) Tu as arrêté de boire, plus de sucreries, plus rien ?

MF : Non. De moins en moins, en tout cas.

N : Et tu te présentes pour être Miss France bientôt, avec une forme comme ça ?

MF : Si vous êtes mon cavalier : peut-être !

N : Le cavalier ? Oh, je préférerais faire le cheval, soyons fous ! (rires de Mylène) Alors, voici Daniel Darc avec « La Ville ». Je sais que tu adores Daniel depuis Taxi Girl, tu te sens fan ? Pardon : vous vous sentez fan ?

MF : Fan n’est peut-être pas le mot approprié, j’aime beaucoup…

N : ‘Femme’, peut-être alors, non ?

MF : Non plus ! J’aime beaucoup son univers, j’aime beaucoup cette chanson et…que pourrais-je faire comme relation ? J’ai vu « Birdy » récemment (film de Alan Parker où un homme perturbé par son engagement dans la guerre du Vietnam se prend pour un oiseau, nda) et je trouve que ce pourrait être le personnage de « Birdy », voilà, qui veut voler et qui n’y arrive pas.

Diffusion du clip « La Ville » de Daniel Darc.

N : (…) Mylène, que va-t-il se passer dans les quelques jours qui vont précéder la tournée ? C’est-à-dire une fois que tout sera prêt, est-ce que tu vas te ‘concencrer’ (il bafouille) te concentrer ? ‘Consencrer’, aussi on peut !

MF : Choisissez ! (rires)

N : Je sais pas, ‘concentrer’ je préfère !

MF : …me concentrer…

N : (il reprend) …faire du yoga, te retirer, rester seule dans un coin, enfin je sais pas : qu’est-ce qui se passe, généralement ?

MF : Non…Je ne prépare jamais à l’avance, donc je ne sais pas.

N : Tu sais pas ?

MF : Non. Probablement je continuerai de m’entraîner et puis…et puis, je n’en sais rien.

N : Bon. Cette timidité médiatique, elle existe aussi dans la vie privée ?

MF : Avec mes très proches, non, parce que nous avons enlevé le masque, très certainement.

N : Et la main aussi ? (cette remarque de Nagui vient du fait qu’en répondant Mylène repose sa tête sur sa main)

MF : La main reste toujours, d’ailleurs elle est fixée ! (Mylène fait mine de ne pouvoir décoller sa main de son visage)

N : (…) Pour parler quelques petites secondes de Laurent Boutonnat, parce que c’est quand même la personne qui se cache derrière Mylène Farmer et qui fait plein de trucs : qui fait les musiques, qui fait les clips… Comment on peut le présenter au public, aux téléspectateurs ? Qu’est-ce qu’on peut dire de lui ?

MF : Oh, c’est un homme qui a un physique romantique, c’est un homme qui a ses névroses, qui a, je crois, beaucoup de talent et qui aime particulièrement la musique et le cinéma, je crois, et qui aurait envie et qui va réaliser un premier long-métrage.

N : Avec Mylène Farmer dans le premier rôle ?

MF : Je ne sais pas. (grand sourire)

Nagui revient ensuite sur le concours annoncé en début d’émission et annonce aux téléspectateurs la question : quel artiste Mylène a-t-elle associé dans ses goûts musicaux avec Jacques Brel plus tôt dans l’émission ? On revoit les cadeaux à l’écran et les dates de la tournée défilent à nouveau.

N : Y a plein de concerts, c’est la folie ! Y a combien de jours ou de mois de tournée ? Ca commence en mai, ça finit en décembre ?

MF : Non, ça commence…La salle parisienne (le Palais des Sports, nda), c’est en mai et la tournée en province commence en septembre, octobre, novembre et décembre, ce que vous disiez.

N : A Paris, oui, je peux le redire : décembre, le 8 et le 9, donc au palais Omnisports de Bercy (il s’agit en réalité des 7 et 8 Décembre, comme l’indique le bandeau défilant sur l’écran, nda). Le 12 Décembre, vous serez en concert, vous, Mylène Farmer ?

MF : (regard perdu) Je ne sais plus… (Mylène semble ne pas comprendre le sens de la question, et pour cause puisque Nagui fait erreur)

N : Le 12 décembre, c’est votre anniversaire, faut savoir ! (Nagui se trompe effectivement sur la date d’anniversaire de Mylène, nda) Les anniversaires, ça se fête ! Bon, tant pis !

MF : Oui, je ne comprends pas. C’est difficile de vous suivre !

1989-02-cN : Pas du tout ! C’est moi qui suis peut-être un tout petit peu fouillis ! Un petit commentaire sur Kate Bush, puisque c’est le dernier clip que nous allons voir ? C’est la version anglaise de Mylène Farmer ?

MF : Non, ne dites pas ça ! Non… C’est une chanteuse merveilleuse, elle est douée pour tout : pour la composition, l’écriture, le cinéma…

N : Oui, c’est ce que je voulais dire !

MF : Non, je ne fais sincèrement aucune relation.

N : Bon. Et y a eu déjà beaucoup de propositions, de scénarii pour Mylène Farmer ?

MF : Y en a eu quelques-uns, oui.

N : Qui n’ont pas reçu une réponse positive pour l’instant ?

MF : Non, parce que pour l’instant j’exerce ce métier que j’aime, qui est la chanson.

N : Oui. C’est vrai que si jamais vous ne faites pas de cinéma, ça serait cata pour vous ?

MF : Oui. Oui, oui. Sans parler de reconversion, je crois que ça serait une prolongation, une continuité. En tout cas, quelque chose d’essentiel pour moi.

N : OK. Merci, Mylène. ‘Vous’ avez été très sympa, ‘tu’ reviens quand tu veux !

MF : Je reviendrai ! Merci Nagui. (l’émission ne perdurant pas, Mylène ne pût honorer sa promesse, nda)

N : A bientôt. (Il annonce ensuite les prochains invités de l’émission, au nombre desquels figure Alain Souchon) T’aimes bien Alain Souchon ?

MF : Oui, j’aime bien Alain Souchon.

L’émission se finit sur un clip de Kate Bush.

 

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TÉLÉ MOUSTIQUE (Belgique) avec Mylène Farmer

Posté par francesca7 le 16 septembre 2014

 

12 OCTOBRE 1989 – Mauvais sang – Entretien avec Rudy LEONET

« Je suis à la fin d’un cycle. Il va y avoir des choix à faire, je ne sais pas encore lesquels. Les choses s’imposeront d’elles-mêmes. »

1989-14-aPourquoi êtes-vous si avare d’interviews ? Pourquoi est-ce si difficile de vous rencontrer ?

- Je n’aime pas banaliser les interview s, ni répéter toujours les mêmes choses… Et puis encore et encore parler de moi, ça devient aliénant. Je n’ai pas envie non plus de prolonger les chansons, de m’expliquer, de me justifier…

Je pensais que ça vous était vraiment trop pénible de devoir aborder des sujets intimes face à face avec un étranger dans un système de questions / réponses contre nature…

- … (Son nez se pince et elle secoue la tête pour acquiescer, comme embarrassée d’être prise sur le fait)

Choisir le silence, c’est aussi parfois donner le champ libre aux rumeurs…

- J’y suis vraiment indifférente. Elles sont souvent basées sur du ressentiment et de la mauvaise foi.

Comme la rumeur du play-back pendant les concerts ?

- Bien sûr. Je n’ai jamais accepté de faire une seule émission de télévision en chantant en direct. Sur un plateau de télé, je n’ai aucun contrôle sur le son. Je ne veux pas jouer à la roulette russe avec mes chansons, elles me sont trop importantes. Donc, on a immédiatement conclu que je ne savais pas chanter et que mes concerts seraient en play-back. Ca m’est égal. Je sais d’où vient la rumeur, je sais où je vais et ce qu’en pensent ceux qui viennent me voir. Tant pis pour les autres…

Si la critique ne vous touche pas, êtes-vous émue par les récompenses ? Je me souviens de cette soirée des Victoires de la M usique où vous avez reçu votre trophée en déclarant : ‘Je suis contente et triste’. M ais qu’est-ce qui vous a poussée à dire que vous étiez triste alors qu’on vous récompensait?

- J’ai passé des heures en coulisses pour les répétitions de cette soirée télévisée. Tout le gratin du show – business était là et ces gens m’ont écoeurée. Ils se détestent tous. J’étais triste d’avoir été récompensée et reconnue par ces gens-là. Ce sont les Victoire de l’hypocrisie ! J’ai failli m’enfuir, mais je suis restée pour faire plaisir aux gens qui regardaient l’émission. Ils n’auraient pas compris…

Vous n’avez pas d’amis dans ce métier ?

- J’aime bien Lio et Jean-Jacques Goldman. Mais je les connais assez peu…

C’est si important, pour vous, d’être rousse ?

- (silence) Cela a été important à une époque, mais maintenant, ça l’est moins puisque ça fait partie intégrante de moi. Je ne me défie plus en me regardant Votre date de naissance imaginaire (1985 dans sa biographie officielle) correspond très exactement au moment où vous avez choisi de vous teindre les cheveux…

(double confusion de la part du journaliste, puisque dans la brochure promotionnelle qu’il évoque, 1985 est présenté comme une date de fin de cycle, et le passage au roux date quant à lui d’avril 1986, nda)

- C’est vrai… C’est quelque chose que je devais vomir. J’ai toujours eu ça en moi sans oser l’afficher, cette façon d’être différente…Et en l’incarnant physiquement, je ne pouvais plus reculer. J’ai détruit quelqu’un pour en devenir un autre. C’était difficile, comme un défi aux autres…

« Ainsi soit je, ainsi va ma vie, tant pis… » (sic) ?!

- Oui… (Elle sourit, regarde le sol)

Vous vous souvenez de votre première rencontre avec Laurent Boutonnat ?

- Non.

Vous semblez si catégorique sur l’absence de souvenirs…

- En fait, j’y repense très souvent et je n’arrive pas à me rappeler. Même pas son visage. Je me souviens que quelqu’un était là, mais rien de plus. Ca m’ennuie…

Jusqu’au deuxième single, « On est Tous des Imbéciles », Laurent écrivait les chansons avec Jérôme Dahan, qui a disparu ensuite…

- C’est lui qui est parti. Je pense qu’il s’est senti comme un intrus dans la relation exceptionnelle qui se dessinait entre Laurent et moi…

Relation exceptionnelle ?

- C’est mon jumeau, mon double, mon complément vital. Il comble mes vides… On ne peut pas être doué pour tout. Ensemble, nous complétons deux personnalités pour faire un tout.

« On est Tous des Imbéciles » est un disque hybride : il n’est repris sur aucun album, n’a pas eu droit a une vidéo. Il a été écarté comme une bavure…

- J’aime beaucoup cette chanson, mais elle marquait la fin d’une époque, la fin d’un cycle. Un peu comme aujourd’hui on est à la fin d’un cycle. Il va y avoir des choix à faire, je ne sais pas encore lesquels. Les choses s’imposeront d’elles-mêmes.

C’est la phrase de « A Quoi je Sers… » : ‘A présent, je peux me taire si tout devient dégoût’ ?

- Non, non. C’est un peu léger, comme le clip avec les fantômes qui m’emmènent. C’est une image un peu facile, même si elle contient une partie de vérité.

Et la pochette en noir et blanc comme un faire-part mortuaire, comme des adieux…

- Non, il y aura d’autres disques…Plus tard…Vous aimez cette photo ? C’est Marianne (Rosenstiehl, nda) qui l’a prise dans ma loge au Palais des Sports. Je l’adore.

Y a-t-il un but secret que vous vous êtes fixé depuis le premier jour ?

- Oui, j’ai un but à atteindre…

Très précis ?

- (catégorique) Oui, très précis…

Quand vous vous déshabillez dans un clip, c’est pour répondre à l’attente de qui ?

- Du scénariste, donc de Laurent. S’il pense que c’est utile pour son film, j’ai confiance en lui. Mais aujourd’hui, je sais que c’est fini et qu’on ne le refera plus. dans un miroir..

Quand vous parlez de Laurent Boutonnat, vous citez la confiance, le respect, l’admiration. On n’est pas très loin d’un sentiment amoureux…

- (sourire) Je ne veux pas parler de ma vie privée. Je vous dirai seulement que je ne peux pas la dissocier de ma vie professionnelle.

Vous êtes possessive ? Vous accepteriez qu’il travaille avec quelqu’un d’autre ?

- Je sais qu’il ne le ferait pas. Pour l’instant, il ne pourrait pas trouver ailleurs ce que je peux lui apporter.

L’inverse est vrai aussi…

Toutes vos idoles sont des personnages historiques : Louis II de Bavière, Edgar Allan Poe,

Baudelaire… Rien ne vous rattache vraiment à vos contemporains ?

- Vous savez, je ne suis pas très cultivée. Il y a probablement beaucoup de gens que j’admirerais énormément si je les connaissais. J’ai mes références, celles que j’ai trouvées dans les livres. J’ai lu beaucoup quand j’étais petite. Aujourd’hui, je ne lis presque plus. Je le regrette.

Où en est le projet de long métrage pour le cinéma de Laurent Boutonnat ?

- Il va le faire. On a trouvé l’argent pour le monter. Il commence le tournage après la tournée. (le projet sera reporté jusqu’en 1993, après que le producteur initialement trouvé par Laurent Boutonnat n’ait rien fait pour monter le film, nda)

Il y a un rôle pour vous ?

- Je ne sais pas…Peut-être…

Vous avez envie de tourner dans ce film ?

- Oui…

Laurent vous l’a proposé ?

- (amusée) Oui…

Eh bien, alors ?!

- Bon ! Oui, je jouerai dans le film.

Ca parle de quoi ?

- Il est trop tôt. Je vous le dis, mais vous me promettez de ne pas l’écrire !

C’est juré. Alors ?

- …

1989-09Vous vous êtes bien amusée sur scène, pendant les concerts ? Je veux dire dans le sens purement enfantin du terme…

- Oui, il y a eu de ça. Mais pas que ça. C’est très stimulant. En deux heures, on passe par autant de sentiments différents qu’en dix ans de vie. Je n’étais pas sûre d’aimer ça avant de le faire, c’est pour ça que ce spectacle a été conçu comme le dernier. Je n’étais pas certaine de remonter sur scène après cette première expérience.

Tout dépendra de la tournée : j’ai très peur de me retrouver sur les routes, dans une chambre différente tous les soirs. Je ne sais pas…

En décembre, vous clôturerez la tournée par deux dates exceptionnelles à Bercy. La grandeur de la salle vous fait peur ?

- Oh non ! Pas du tout. J’aurais tremblé à l’Olympia, mais pas à Bercy.

 

Un peu comme la peur du tête-à-tête en interview ?

- Oui, une peur de promiscuité et d’intimité.

Vous êtes heureuse de tout ce qui vous arrive ?

- (soupir) Mary Shelley a dit un jour : ‘Je ne veux pas être de celles que l’on aime, je veux être de celles dont on se souvient’…

M ais pour en arriver là, elle a été obligée de créer un monstre ! (référence au roman « Frankenstein », de Mary Shelley, nda)

- Oui…oui…

 

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L’ŒUVRE « CLIPESQUE » DE BOUTONNAT

Posté par francesca7 le 1 septembre 2014

 

 

images (2)En 2002, Laurent Boutonnat réalise le clip Pardonne-moi pour Mylène Farmer. Non seulement ici Laurent Boutonnat signe son détachement du film de genre dans lequel il s’était illustré des années durant, mais se dégage pour la première fois de ses modes narratifs et de sa symbolique. Boutonnat, depuis qu’il a repris la caméra pour la réalisation de clips en 2000, se fond de plus en plus dans l’intimisme qu’il semble ne plus quitter depuis les clips de Nathalie Cardone de 1997 et 1998. Tout ce qui faisait dans les années 80 et même 90 de chaque clip un oeuvre de divertissement à part entière disparaît ici : plus de figurants, ni de personnages, ni de dialogues, ni d’action. La question la plus évidente alors à se poser est de savoir ce que son cinéma a gagné à se défaire de tout cela ? On remarque justement que tout ce que Boutonnat supprime depuis Mon ange (1998) a trait à la narration, au fait de s’attacher à d’autres structure que celle de l’image. Fernand Léger disait que « l’erreur du cinéma, c’est le scénario ». La solution du problème se trouve peut-être bien ici : Laurent Boutonnat serait-il moins cinéaste qu’avant parce qu’il ne s’attache plus au narratif, dans le sens diégétique tu terme ? Ceci expliquerait pourtant l’absence de troisième long-métrage après les échecs de Ballade de la féconductrice et Giorgino. Pourquoi faire un long-métrage en s’encombrant de contraintes « facultatives » (dont l’histoire) alors que « seule l’image compte » ? On peut bien sûr tergiverser sur le bien fondé de cette démarche; mais si on peut critiquer volontiers Pardonne-moi sur le divertissement et l’ambition, on ne peut lui reprocher son manque d’images. Depuis le début de sa carrière, le vocabulaire de Laurent Boutonnat reste pourtant d’une implacable cohérence. Dans Pardonne moi il va même jusqu’à reproduire en grande partie les cadrages de Maman à tort (1984), comme si ce coup d’essai datant de février 1984 n’en n’avait pas été un et que tout avait été pensé,

réfléchi, approuvé et que tout était resté depuis inamovible dans son cinéma. La répétition des travellings avants sur le visage sont les mêmes, et cette silhouette à robe courte à demi dans l’obscurité qui avance face à la caméra est toujours la même. Bien sûr l’image, la photographie, elle, a évolué, Laurent Boutonnat n’arrêtera jamais d’apprendre, offrant d’année en année des images de plus en plus rares, mais de plus en plus travaillées.

 

téléchargement (2) Si jusqu’à présent les analyses symboliques étaient pertinentes dans le travail de Laurent Boutonnat, elles le sont beaucoup moins depuis 1997. On remarque que dans Pardonne moi elles ne mènent nulle part. Il serait en effet totalement vain de chercher les sous-traitances avec les paroles de la chanson, de trouver la fonction d’éléments graphiques comme l’homme à cheval, le serpent, ou la poussière. Pour la première fois un clip de Boutonnat n’est pas narratif, on pourrait bien sûr analyser le montage, l’énonciation mais ce qu’il est le plus intéressant de voir à travers Pardonne-moi est son réalisateur, ses goûts pour les images syncopées, l’esthétique à tout prix, et les ambiances qu’il souhaite inédites. Si les éléments que choisi Boutonnat pour chaque nouveau clip rappelle les anciens, il apporte en outre à chaque fois un ou plusieurs éléments qui viennent enrichir ce qu’il avait déjà mis en place et qui présentent l’interprète (puisque c’est elle qui est promue) sous un jour à chaque fois un peu différent.

Dans cette optique, l’image la plus frappante n’est pas celle des yeux remplis de blanc, ou de noir (simple effet de frayeur) mais cette espèce de danse tribale au ralenti et au noir et blanc très contrasté et granulé, avec une femme qu’on imagine plongée dans la poussière de l’au-delà. Sur un fond très noir, les particules de cendres s’échappent des cheveux et donnent à la silhouette de la chanteuse en la suivant l’étrange allure d’un spectre. Dans ces plans, l’interprète reste les yeux fermés, totalement inexpressive, comme si quelque chose de surhumain la guidait dans sa danse, l’avait sortie de la poussière où elle reposait depuis la nuit des temps. Seuls deux plans quasi subliminaux surexposés la montreront hilare, la tête basculée en arrière, rendant du même coup l’ensemble de la danse et du clip dénués de logique. Reste ce chevalier mystérieux, lui aussi sur fond noir, qui galope sans fin et qui rythme la chanson. On peut sur ce point remarquer deux choses : Ses apparitions se font à des moments de la chanson où la répétition est aussi musicale, ce qui accroît l’idée d’un galop sans fin du cheval et la course de ce prince qui jamais n’arrivera à destination. Pour renforcer cette idée on peut deviner aussi que le cheval n’avance pas, mais fait du sur place (la fumée en arrière plan reste immobile).

La caméra n’est donc pas en travelling latéral mais en plan fixe, et amorce d’ailleurs à un moment un zoom arrière. Ainsi non seulement on ne peut que ressentir la quête vaine du prince, mais également jouir de la fluidité de sa course, de cette image irréelle en contre-plongée. Les symboles qui autrefois semblaient donner un grande part de leur sens aux réalisations de Boutonnat n’ont même plus leur place dans ce cinéma « de l’image seule ». Il n’y a pas de symbole dans Pardonne-moi. Il serait pourtant facile d’approcher le serpent du pêcher originel et les yeux blancs de la cécité. Mais comment expliquer alors d’autres éléments du clip tels les yeux noirs de la fin du clip, le rapport au texte et la présence du prince sur son cheval ? Chacun de ces éléments n’est ici au service de rien, si ce n’est de lui-même. Quant à l’origine de leur choix, il faut encore s’en retourner vers ce qu’est réellement un vidéo-clip. Chacun des éléments est montré dans le clip à un endroit précis de la bande son. Ainsi le serpent ne peut apparaître que sur le violoncelle du pont musical, tant les sinusoïdes dessinées par son corps matérialisent plastiquement et simultanément la musicalité sonore; les saccades de batterie ne peuvent également correspondre qu’à la danse tribale de la chanteuse les cheveux remplis de poussière, éclairées par des flashs lumineux qui la images (3)laissent deviner par le spectateur plus qu’ils ne la montrent. Même chose pour le travelling sur la chanteuse qui laisse découvrir en levant la tête des yeux vides : dans un cadrage identique, les violons graves dénoncent musicalement parfaitement la monstruosité de ce visage, alors que le piano du début en glorifiait la beauté.

 

 Ce que nous voulons démontrer ici est que Laurent Boutonnat, de 1985 à 1992, n’a pas fait de vidéo-clips. Il a fait des films de fiction romanesque, référencés à des genres ou des sous genres. Mais à aucun moment, ni même pour Ainsi soit-je (1988) ni pour Je t’aime mélancolie (1992), nous avons eu à faire à un vidéo-clip stricto-sensus. A l’origine, le principe du vidéo-clip consiste à illustrer une chanson par des images, rien de plus. Laurent Boutonnat a toujours apposé à cette règle sans cesse davantage d’artifices, d’histoires, de symboles, et de moyens. De Pardonne-moi en revanche, il fait un clip dans le pur sens du terme : une musique avec des images à son service, qui l’illustrent. Le sens des images, leur teneur discursive, tout ceci n’a aucune importance face à leur musicalité intrinsèque et l’effet qu’elles produisent quand on les appose à la bande-son en question. Dans Pardonne-moi plus que jamais, l’image ne peut être présente à l’écran que parce que c’est cette chanson qui est illustrée, alors qu’on peut très aisément imaginer les images de Libertine, Sans Contrefaçon et même Ainsi soit-je sur une autre musique de couleur approximativement équivalente. Les images de Pardonne-moi ne semblent avoir été inventées que parce qu’il y avait tel ou tel son dans la chanson, ces images sonnent juste par rapport aux effets musicaux tout simplement, et ceci pour la première fois chez Boutonnat.

 

Le seul travail du réalisateur en 2002 ne concerne plus que l’image, et rien qu’elle, Boutonnat n’est pas un romancier, pas plus qu’un conteur. Depuis 1997, de Mon Ange à Pardonne-moi en passant par Baïla Si et Les Mots, il n’a cessé de tâtonner pour trouver ce qu’était vraiment un clip, ce qu’était vraiment une image, et donc finalement ce qu’est réellement le cinéma. 

 

Pourquoi alors se cantonner au même type d’image, aux mêmes éléments alors que le réalisateur a su pourtant diversifier ses inspirations en une décennie de clips autrement plus riches visuellement ? Puisque visiblement Laurent Boutonnat s’est détaché du cinéma de fiction romanesque pour se concentrer entièrement à ce qu’est un clip, le réalisateur peut-être lassé images (4)désire faire le meilleur clip, le clip ultime. Laurent Boutonnat rétrécit ainsi de clip en clip le champ d’application de son univers afin visiblement de trouver l’image juste, celle qui broiera la chair de celui qui la regardera. De plus en plus on peut avoir l’idée de ce à quoi ressemblera le clip de Laurent Boutonnat : de longs plans contemplatifs représentant des éléments immobiles, un ciel nuageux, du vent, des fantômes pas encore entrés dans l’au delà et se frottant encore aux humains, une quête sans fin accompagnant une errance éternelle de personnages perdus et auxquels il ne reste que le recueillement. Seulement nous pouvons penser que rien ne distinguera particulièrement le dernier clip de Laurent Boutonnat des autres, que ce sera juste celui sur lequel le cinéaste voudra s’arrêter, estimant achevée la recherche qu’il fait sur l’image et avant tout sur ses propres fantasmes graphiques. Pardonne-moi aurait pu être celui-ci, le seul vrai clip, donc le dernier. Et si ce n’est pas le cas, un cap a de toute façon été franchi en le réalisant : se désintéresser intégralement de tout fonctionnement narratif pour ne se concentrer que sur l’image, quitte à ce qu’elle rende ivre tellement sa splendeur incompréhensible ne renvoie à rien de connu.

 

EXTRAIT DU LIVRE DE Jodel Saint-Marc  « Le Clip en tant qu’œuvre Cinématographique / aux éditions Sorbonne Nouvelle en août 2003 

 

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PRESENCE DE LA CHANTEUSE DANS GIORGINO

Posté par francesca7 le 15 août 2014

 

 

Sur divers plans, même s’il développe une intrigue bien particulière, Giorgino recycle bon nombre d’éléments des clips tournés par un même cinéaste. On y reconnaît une même dynamique, le même style sur le regard au monde, et peut-être une même ambiance générale oppressante, quasi-malsaine, illustrant la reprise des mêmes thèmes de l’amour et la mort mêlés. 

Ce qui peut faire les qualités de ce long-métrage peut aussi être à la base de ses défauts : ce recyclage de thèmes et d’éléments plastiques peut aussi bien passer pour une recherche de cohérence générale de l’œuvre que pour de la redite, ce qui fait la presse le qualifier à plusieurs reprises de « long clip »169. Jugement court et définitif, cette épure de critique pourrait être pertinente si Giorgino reprenait l’espèce de « dogme » que le clip s’était lui-même dicté, ou s’il l’avait transposé au long-métrage.

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Or Giorgino n’applique aucune règle, sinon celle de la « mégalomanie » systématique de son auteur, il n’est bridé par aucune exigence de courte durée (le film dure trois heures trois minutes, qui est une durée assez longue pour ne pas la trouver « formatée » pour le public de courts), il ne s’inspire pas d’une musique déjà écrite, pas même d’un texte (Laurent Boutonnat signe l’idée, le scénario et l’adaptation avec Gille Laurent) et n’a pour but, à priori, de promouvoir qui que ce soit. Qu’est ce qu’on peut alors entendre par « long clip » ? Question légitime car un magazine comme Télérama ne se contente comme critique que de ce commentaire laconique :

 

« Le réalisateur des clips de Mylène Farmer réalise… un clip avec Mylène Farmer. »

Auteur inconnu, Télérama n°2335, octobre 1994, p.42. 

La présence de la chanteuse dans le film et son rôle quasi-muet entretiennent probablement cette idée de prolongement des clips, qui y exhibe son égérie de la même façon, qui l’entoure d’une même aura savamment orchestrée, qui l’habille d’un pseudo-mystère de Greta Garbo de variétés. Certes tout cela peut ne pas fonctionner, mais on ne peut pas reprocher à Giorgino de tendre vers une autre forme filmique que celle du « long-métrage de fiction romanesque ».

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Giorgino appartient à la même famille que Tristana (1987), ou Pourvu qu’elles soient douces (1988), celle des « films » se déroulant en période de guerre. Elle est toutefois traitée différemment à chaque fois, dans le clip de 1988 on est sur le front de la guerre de sept ans aux côtés de l’héroïne qui assiste aux combats entre Anglais et Français, dans les deux autres on est loin de la bataille, dans la campagne et on assiste à un autre affrontement intimiste, beaucoup plus froid. Ce qui faisait auparavant la particularité des clips de Boutonnat rappelle ici ses propres productions, mais on est très loin d’y retrouver les caractéristiques du clip-type. Outre l’actrice principale, certaines figures présentes dans Giorgino nous sont connues, telle la femme enfant, elle aussi raillée par la presse :

 

« Matériel (pour réaliser le film) : Les fiches Monsieur Cinéma de La fille de

Ryan, Bambi, Dracula, Les Hauts de Hurlevent, toute la collection des Série rose

sur M6 (cf. la scène où Mylène, endormie, un pouce dans la bouche, dévoile une

cuisse de nymphe). »

 

Même si le village de Chanteloup où se déroule la plupart de l’action est imaginaire, on a peu de mal à le placer dans les Vosges ou dans un massif des Alpes, la neige omniprésente tout au long du film rappelle celle de Tristana, de Désenchantée ou de Regrets. Le premier avait été filmé dans le Vercors mais était censé se passer dans les pleines de Russie, alors que les deux suivants étaient volontairement insituables (Boutonnat disait171 vouloir Désenchantée intemporel, par le choix des costumes notamment). Ces deux clips tendent vers le même onirisme des décors voulu par le cinéaste, tant la platitude de ces étendues désertes semble irréelle :

 

« La Hongrie est un pays plat, où il n’y a que des plaines. Et tout le centre de la

Hongrie, c’est ça : des centaines et des centaines de kilomètres avec rien. C’est

très impressionnant. Surtout avec la neige, on a l’impression que le ciel et la

terre se rejoignent […] c’est le néant. »

 

On retrouve dans Giorgino nombre d’éléments chers à Laurent Boutonnat : même si le cimetière y sera pour la première fois utilisé de manière réaliste, il nous renverra au surréalisme des scènes encadrant Plus Grandir (1985), à la topographie scénique de En concert (1989) ou à l’onirisme du décor de Regrets (1991). La religion quant à elle toujours omniprésente et impuissante a un rôle clé dans l’intrigue, prédisant la mort des hommes au combat, et obligeant la dissimulation à Catherine des véritables circonstances de la mort de son père.

  L’imagerie Laurent Boutonnat telle que nous la décrivions dans un chapitre précédent souffre t-elle du passage au long-métrage ? La forme du vidéo-clip, sa durée et le contenu de sa bande sonore permettent de développer un thème unique, une imagerie précise et connotée dans une géographie réduite ; le but (et quelquefois la limite) étant même la plupart du temps de fournir à la rétine du téléspectateur le maximum d’angles de vue autour d’un même sujet, d’une même situation ou d’un même décor. Même enrichi, la reprise de ce principe pour un long métrage de trois heures peut rester indigeste. 

Laurent Boutonnat dans Giorgino prend le prétexte d’une quête d’enfants par le docteur qui s’en occupait avant-guerre pour raconter la lente régression de son héros vers son stade infantile. Cette recherche le mènera tour à tour dans un village de montagne peuplé de femmes hostiles, dans un asile aux pratiques barbares, puis dans une église habitée par un abbé généreux mais borné. Le fait de connaître le travail de Laurent Boutonnat ne joue pas en faveur de Giorgino, les parallèles entre deux formes si différentes que le clip et le long-métrage se faisant malgré tout. Basant (on l’imagine volontairement) son film sur la splendeur des images, sur le travail de composition et sur le recyclage de l’imagerie qui a fait sa gloire dans le clip, il est facile de reprocher à Laurent Boutonnat l’indigence de son intrigue, alors que des films au principe comparable (intrigue simple, géographie limitée, onirisme récurrent et utilisation d’une imagerie) comme Le Locataire (Roman Polanski – 1976) fonctionnent à meveille. Plus que le film en lui-même, la réception de Giorgino par le public et la critique souffre avant tout de son imagerie, renvoyant trop vite à ce qui faisait la particularité (et la popularité) de Laurent Boutonnat lorsqu’il officiait dans le clip. 

livret2

Il serait pourtant rapide de réduire Giorgino à sa plastique, tant la fonction symbolique des personnages et des lieux est importante. Pendant la première partie du film, Boutonnat s’attache à montrer le peu de fiabilité qu’il faille accorder aux propos des personnages, démontant leurs mensonges, perturbant son spectateur. Le discours est mis en doute tout comme la paroles de chacun des personnages, et il est déformé, comme la vérité elle, est cachée. La face sombre des êtres et des choses est taboue tout comme ce qui échappe aux normes de l’époque est interdit. On note que c’est dans l’orphelinat du docteur Degrâce que tous les interdits sont franchis, ceux de l’homosexualité, contrainte ou non (Catherine-Marie, Giorgio-Sébastien), du viol, et ceux en filigrane de l’inceste et de la nécrophilie. A l’extérieur, malades mentaux, meurtriers, dissidents, tous sont enfermés dans l’asile Sainte-Lucie et soumis à des thérapies barbares. Le mode de communication (de non-communication devrait-on dire) dans le village de Chanteloup est la rumeur; par conséquent la question que tout le monde se pose « que sont réellement devenus les enfants ? » restera partiellement irrésolue à force de réponses contradictoires et d’un final ne confirmant réellement aucune des hypothèses des personnages. 

Les versions se succèdent pour s’annuler réciproquement : la tenancière de l’auberge et l’abbé Glaise (à demi-mots) soupçonnent Catherine d’avoir précipité les enfants dans les marais tandis que d’autres accusent le docteur Degrâce de les avoir piqués. Mais on le sait, « la vérité sort de la bouche des enfants ». C’est en tout cas ce que pense Laurent Boutonnat ici, qui dit lui-même avoir signé un film sur l’enfance. Comme à genoux devant sa propre enfance, il donne à ses personnages jeunes le don de la vérité ultime. Catherine raconte à celui qui veut l’épouser « pour de vrai » que « c’est les loups » (sic) les coupables. Seulement cette Catherine est la seule à les avoir vus. Giorgio incrédule (et à travers lui le spectateur) imagine mal que l’explication soit si simple et si rapide, d’où le grand sentiment de frustration que génère le film (frustration due aussi au jeu d’acteur impressionniste des rôles principaux, et au montage qui prive à plusieurs reprises le spectateur de ce qu’il attend) lorsque finalement on s’apercevra que ces loups, existent effectivement (ce qui d’ailleurs, ne prouve en rien leur culpabilité). 

 On comprend enfin, mais trop tard, que les loups n’étaient qu’une métaphore : seuls les enfants, parce qu’ils sont purs et innocents, peuvent accéder à la vérité, autrement dit voir les loups. Les orphelins (âges d’une petite dizaine d’années) les voyaient, ils les ont d’ailleurs immortalisés sur les dessins qu’ils envoyaient à Giorgio. Dessins que ce dernier ne pouvait pas voir, tant au front il était de plein pied dans le monde adulte, avant qu’il n’entame son long chemin vers le retour à l’enfance. Les enfants du village voient aussi les loups, à l’horizon. A ce moment du film Giorgio qui est pourtant à leurs côtés ne peut pas les voir ; tout simplement parce qu’à ce moment-là du film il n’est pas encore arrivé au bout de son chemin vers l’enfance. C’est parce que Catherine est restée une enfant qu’elle en a toujours eu connaissance, et c’est parce qu’elle a quand même l’âge adulte qu’elle aurait pu faire fi de leur présence pour éventuellement tuer les enfants. Ceci nous est plus ou moins démontré dans la scène finale où on découvre Catherine et Giorgio enlacés au milieu du cimetière, tandis qu’à l’horizon une horde de loups s’approche en silence, comme la vérité qui devient une évidence pour ces deux enfants orphelins retrouvés.

Aucun des adultes ne croit à l’existence des loups, à commencer par le curé qui explique à Giorgio que les hurlements qu’il entend ne sont que le bruit du vent dans les collines (ce n’est pas la vérité… c’est du vent). Les illustrations de cette idée ne manquent pas, comme la scène où les femmes elles aussi en état de frustration (sexuelle cette fois) traitent le prêtre de menteur tandis qu’il donne l’ultime bénédiction aux hommes du village morts au combat (prétendument mutilés justement par des loups). Le refus de la mort vient encore enfoncer le clou de la métaphore : une vérité fondamentale qu’on ne veut pas accepter, que seuls les adultes refusent de voir et de croire. La mort où la fuite s’avèrent donc au terme de l’histoire, être les seules issues possibles : Mort donnée ou provoquée : le suicide de Mme Degrâce qui avait elle même fini son histoire avec la mort des enfants alors que Giorgio la commençait, la mort à demi-volontaire de Giorgio, celle probable de Catherine, et la noyade des enfants. Les autres personnages ne meurent pas mais fuient géographiquement ou mentalement : l’exil du prêtre, de Marie, des femmes du village, l’univers de l’enfance comme dernier refuge pour Catherine et enfin l’asile Sainte Lucie, premier endroit où elle veut mourir. Si de manière évidente Giorgino fonctionne par symboles, la vérité est matérialisée par les loups et Chanteloup, le village maudit, caractérise le point de non-retour où la vérité chante trop fort pour ceux qui ne sont plus des enfants.

 

Le Clip en tant qu’œuvre Cinématographique : le Cas Laurent Boutonnat    livre de Jodel Saint-Marc en format .pdf de 142 pages, en téléchargement libre.

 

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FAIRE UN SPECTACLE pour Mylène

Posté par francesca7 le 3 août 2014

 

 

 Suite logique de la carrière discographique d’un artiste, le concert devait tôt ou tard confirmer ou trahir la particularité de l’image que créait depuis six ans Laurent Boutonnat pour sa seule interprète : Mylène Farmer. Producteur, compositeur et réalisateur de la chanteuse, c’est avec une évidence naturelle qu’il se décida à investir la multiplicité de ses talents en travaillant dès les premiers mois de 1988 à l’écriture d’un spectacle qu’il voudra lui aussi particulier, et qui parcourra les Laurent-Boutonnatroutes de France en quatre vingt dates un an et demi plus tard.

 

La volonté, dès son deuxième clip Plus grandir (1985) d’être reconnu davantage comme un cinéaste que comme un “clipeur” l’influera sans conteste pour la conception du show. Pour ce qui est de l’agencement des lumières, des placements des danseurs et de la structure de la scène, tout ceci sera conçu pour l’œil de la caméra. A aucun moment Boutonnat n’a visiblement réfléchi au concert en d’autres termes que cinématographiques, pensant toujours au film qu’il allait en tirer et qu’il conterait plus tard sortir en salle. Pour l’occasion, Laurent Boutonnat utilisera d’ailleurs une pellicule très sensible, lui permettant entre autres de capturer des visages dans le public et chez les musiciens pourtant constamment plongés dans l’obscurité.

 

 Le décor

 Hubert Monloup, décorateur d’opéra et de théâtre travaille à la demande de Laurent Boutonnat pour la première fois sur un concert de variété. La consigne donnée est de représenter le défilement du temps. La décision est prise de figurer le site de Stonehenge, en Angleterre. Ses alignements de pierres millénaires, devant lesquelles des civilisations calculaient la position des planètes et songeaient en l’au delà parlent à Laurent Boutonnat. Sur scène ces pierres à priori placées de manière anarchique fait penser à un cimetière vallonné, assez fonctionnel pour faciliter les entrées et sorties de scène, les déplacements, et y intégrer harmonieusement chaque musicien pour qu’il reste visible à la fois de ses collègues et du public. Les concerts de variété ou de rock usent habituellement de structures assez hautes, permettant entre autres une plus grande largeur de champ pour la rotation des projecteurs. Or les dimensions du décor en deux exemplaires créé par Hubert Monloup s’adaptent parfaitement à celles du format d’image utilisé par Boutonnat lors du tournage, abaissant la hauteur sous rampe à seulement quatre mètres, malgré les deux niveaux du décor au sol.

L’illusion donné est alors d’une scène plutôt “basse de plafond” s’apparentant davantage à un caveau qu’à un podium musical. Le mimétisme entre les contours de la scène et le cadre ont pour effet esthétique de diminuer le vide qu’aurait mis en valeur un plan large sur une scène à hauteur classique, et d’améliorer la composition plastique de l’image lors de plans d’ensemble avec des chorégraphies, les danseurs se disposant toujours agréablement sur la totalité de la surface filmée. Lorsque les chorégraphies ne se déroulent que sur une partie précise du podium (sur un côté par exemple), l’espace vide crée de l’autre côté est ignoré à l’image, redirigeant par recadrage le regard du spectateur comme le public du concert l’aurait fait de lui-même en ignorant l’espace vide.

 

 Des scènes d’extérieur

27706293L’utilité de la haute grille de cimetière encadrée de deux murs qui trône sur la scène avant et après le concert (et qui dévoile le décor caché derrière) n’est pas seulement justifiée par la diégèse du spectacle ; c’est aussi le moyen pour le cinéaste Laurent Boutonnat d’introduire son film par un travelling circulaire autour du cimetière-décor, transplanté sur une plaine de rase campagne. C’est peut-être ici que réside la première particularité de forme de ce film de concert. Là où un film de spectacle habituel commence directement par la première chanson ou par les backstages. En Concert débute par le long plan séquence de ces alignements baroques loin de tout public ou de tout projecteur. On ne peut alors soupçonner que le cimetière représenté à l’image est le décor du concert, sa place étant inimaginable au beau milieu d’un champ. Rien d’autre dans la bande son ne laissera encore de piste pour laisser imaginer qu’un concert en public va commencer. Après des inscriptions de génériques sur la musique Prologue débarrassée des cris d’impatience du public, le plan du décor isolé est coupé à quatre reprises par des plans similaires du décor, mais cette fois en caméra-épaule pris parmi les spectateurs. En établissant une telle liaison entre l’extra-ordinarité du décor et sa présence sur la scène, Laurent Boutonnat immerge directement le spectateur de son film dans un long métrage qui ne se revendique pas d’emblée comme le simple compte-rendu d’un spectacle, mais bel et bien d’un long-métrage romanesque. 

Lors de la longue introduction musicale de la chanson Ainsi-soit je, Laurent Boutonnat insérera dans son film une seconde scène d’extérieur : la visite au ralenti d’un (vrai) cimetière par la chanteuse suivie de dos qui finira par se recueillir sur une tombe. Par un effet de surimpression, le retour sera fait sur la scène où le pianiste, éclairé d’un seul projecteur, terminera son introduction. L’interprète fera peu après une nouvelle entrée en scène vêtue d’un nouveau costume. Une avant-dernière fois, Laurent Boutonnat utilisera des plans de son décor déplacé en plaine, lors du classique passage du rappel. Dans tout concert, l’interprète faisant mine de terminer le spectacle se retire sous les vivas, puis réapparaît quelques minutes plus tard pour une ou plusieurs éventuelles dernières chansons faussement improvisées. Ici, la chanteuse se retire une première fois à la fin de Libertine, à l’époque son plus grand succès populaire. 

Suite à un feu d’artifices illuminant toute la surface de la scène, le décor du concert dans la plaine autour duquel tournait la caméra au début du film explose sous l’effet de cinq bombes qui font voler les pierres tombales en éclats. C’est après avoir montré en surimpression ralentie à la fois les effets de l’explosion sur le décor et le public réclamant la chanteuse, que celle-ci refait une dernière fois son apparition sur la scène pour un morceau d’adieux La conception de la fin du concert sera en stricte relation avec son Prologue, les grilles de fer réapparaissent alors et se referment sur la silhouette de la chanteuse apparaissant une dernière fois en haut des marches du cimetière. La fin du film est cependant autre, elle aussi en relation étroite avec son ouverture : Alors que la chanteuse a disparue définitivement de la scène, l’écran resté noir quelques secondes se rallume sur le décor du concert se consumant au milieu de la plaine campagnarde. Pendant quelques minutes, des plans de spectateurs en sanglots se mêlent au paysage dévasté qu’offre les pierres qui brûlent sur une structure calcinée.

 

Il ne fait alors plus aucun doute que nous sommes bien face à la structure même de la scène du concert, des travellings latéraux nous montrant les barres de fer devant la soutenir. Pour la seule fois dans le film, des images d’extérieur sont présentes sur l’écran en même temps que des plans tournés dans la salle du concert, unissant définitivement les deux lieux dans une même vision de détresse et de destruction. Le générique se déroulera sur un dernier long plan reprenant le travelling ″circulaire″ du début du film, à la seule différence que le décor finira de se consumer lentement sous l’œil de la chanteuse, debout et impassible, vêtue d’une robe de deuil qui constate la lente disparition du décor faisant plus que jamais figure de cimetière.

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En ce qui concerne le traitement du son lors de ces scènes particulières, on peut noter que la musique présente lors de l’enregistrement du concert en sonorise chaque seconde, ne laissant jamais entièrement la place aux bruitages inhérents à l’environnement de ces plans en extérieur (vent, crépitements du feu…). Nous conviendrons pour ces plans de trois niveaux de sonorisation : celui de la musique du concert, sortant soit des instruments des musiciens soit d’une bande son synthétique préenregistrée diffusée au public ; celui de la foule du concert, comportant les cris et applaudissements ; puis enfin celui de l’extérieur, représentant le champ sonore des plans tournés hors scène de spectacle. Pendant la scène d’ouverture du film, seule la musique du concert est audible, le son d’extérieur est muet alors que celui du public n’apparaît brutalement128 que lorsqu’un plan relatif au concert apparaît à l’image. Lorsque le travelling latéral en extérieur s’achève et qu’on entre définitivement dans le monde du concert, le niveau du bruit du public devient assez haut pour placer le spectateur du film “dans” le public, en rétablissant le champ sonore auquel il aurait droit s’il était dans la salle. 

Alors que la scène d’introduction de la chanson Ainsi soit-je est sonorisée uniquement par la musique du concert et les bruits du public, l’explosion du décor en rase campagne ne peut se passer des déflagrations couvrant en partie les acclamations de la foule. Explosions qui disparaîtront d’elles-mêmes au bout de quelques secondes dans un écho, facilitant en douceur l’enchaînement avec la chanson de rappel. La scène finale, elle, reproduit la distribution du champ sonore de la scène d’ouverture à un détail prêt. Alors que jusqu’à la fin du générique du film la musique du concert reste présente, le son du public s’arrêtera en fondu lors du passage à la dernière scène d’extérieur qui montre le décor se consumer. C’est alors que sans le chevaucher, le son d’extérieur des crépitements du feu et du hurlement du vent apparaît. Alors que le vent restera audible jusqu’à l’extrême fin du film, le crépitement du feu s’arrêtera simultanément à l’arrêt sur image situé au milieu du générique.

 

 EXTRAIT DU LIVRE DE Jodel Saint-Marc  « Le Clip en tant qu’œuvre Cinématographique / aux éditions Sorbonne Nouvelle en août 2003 

 

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MISE EN PLACE D’UNE SYMBOLIQUE PAR BOUTONNAT

Posté par francesca7 le 25 juillet 2014

 

 

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L’ambition de Laurent Boutonnat est de réaliser une œuvre de clips qui tient un discours sur le monde, qui évoque plusieurs thématiques choisies et qui représente un univers cohérent, réalisation difficile dans cette forme filmique du clip qui exige une grande concision. De plus, l’aspect promotionnel inhérent à la forme du clip impose une facilité de compréhension certaine par le grand public. Afin de donner l’éclat d’une œuvre d’auteur à l’ensemble de sa production, Laurent Boutonnat l’enrichi d’une symbolique pompière accessible par une partie relativement grande du grand public. C’est pourtant cette symbolique simple qui rendra ses clips particuliers, là où la quasi-totalité des autres réalisateurs ne penseront qu’à illustrer de manière descriptive et le plus directement possible des situations décrites dans les paroles de la chanson.

 

L’utilisation d’une symbolique dans un vidéoclip n’est pas chose aisée, car celle-ci ne se prête pas forcément à la projection dans d’autres clips du même artiste auxquels elle sera forcément comparée. La symbolique du vidéoclip en question risque de rester incomprise lorsque celui-ci sera diffusé conjointement à ceux du même interprète, autres clips très probablement tournés par des réalisateurs différents n’usant pas du même vocabulaire. En étendant sa symbolique sur toute la clipographie d’une interprète, Laurent Boutonnat crée une homogénéité qui lui permet de réutiliser les symboles instaurés dans un film précédent sans avoir à les signifier à nouveau. 

Très utilisée chez Boutonnat, la mort frappe le plus souvent le héros du film. On distingue deux nuances : soit le symbole est utilisé pour souligner le trépas du personnage en question, soit pour figurer son statut de défunt. 

Plusieurs films du réalisateur mettent en effet en scène des personnages morts dont on suit l’action dans l’au-delà. Certains d’entre eux peuvent être rangés dans la première catégorie, la mort par fusillade de Libertine est montrée de manière on ne peut plus claire, celle de Tristana est rendue indirectement par le visage terrifié de l’héroïne auquel succède la giclée de sang sur le portrait de Karl Marx accroché au mur, ou encore la lente agonie du toréador de Sans Logique que l’on voit transpercé par des cornes de la femme Centaure. En revanche, d’autres clips évoquent la mort du personnage plus qu’ils ne la montrent, ceci dans des clips plus sobres et plus lents.

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Clips qui véhiculent une espèce de romantisme éthéré qui épargne par un hiatus diégétique le décès du personnage dont la cause importe peu. A la fin de Plus grandir, la mort de l’héroïne intervient lors du fondu enchaîné elliptique entre deux de ses états : le plan de son visage vieillissant est en surimpression avec le recueillement de son fantôme devant sa propre tombe, posture faisant écho début du clip. Afin de souligner le trépas du personnage, l’élément de la colombe qui se pose devant elle évoque la paix retrouvée, en contraste avec les tortures et la confusion qui ont précédé dans sa vie. Cet élément qui conclu la vie du personnage conduit le spectateur à voir le plan du cimetière comme une apparition post mortem de l’héroïne, et donc à intégrer l’idée de son décès sans que celui-ci n’ait été montré. Le décès du personnage de la marionnette de Sans Contrefaçon est particulière car il n’aboutit pas à la suppression du personnage mais à son passage d’un état animé à un état inanimé. La marionnette de cire en question voit sa réelle naissance marquée par sa transformation en personnage de chair et de sang. 

Sa mort sera un retour à ce premier état, comme si ce qui précédait la naissance relevait du même domaine que ce qui succède au décès. La mort de la marionnette devenue humaine n’est pas montrée, mais on sait au moment présumé du décès que la fée qui lui avait donné la vie quelques minutes plus tôt part sur la plage en signe d’abandon. C’est précisément ce détachement que Laurent Boutonnat prend pour métaphore de la mort de la marionnette, et le traitement du conte qui régit le clip fait beaucoup pour la justification d’un tel symbole : celle qui a donné la vie par sa venue la reprend par l’effet de sa disparition. Suite au plan de la fée se retirant au loin sur le rivage, le marionnettiste tenant son pantin dans les bras se rendra compte de sa soudaine raideur et le découvrira redevenu de bois et de chiffons. Cette femme en noir, transposition d’une fée détenant le pouvoir de vie, est aussi symbole de mort, et emporte avec elle l’existence des êtres qu’elle a effleurés. Autre personnage noir, le cheval de Pourvu qu’elles soient douces est nommément désigné dans le clip comme le symbole de la mort. La voix du narrateur cite son propre père en désignant le cheval noir comme le signe distinctif du prochain trépas :

 

« -Tu reconnaîtras la mort à son grand cheval noir. Si par malheur un

jour elle s’arrête devant toi, surtout ne la regarde pas ».

 

L’emploi du cheval dans un premier temps comme symbole est cependant vite dépassé par l’apparition de la mort elle-même sur le cheval, sans que celle ci ne soit présentée verbalement comme symbolique. Le personnage de la mort est figuré dans le clip par Libertine vêtue de noir, car c’est elle qui monte le cheval et en est propriétaire. La suite du clip confortera cette lecture, la mort et son cheval noir faucheront le petit tambour anglais devant les yeux médusés et impuissants de la troupe française pourtant armée. Ici le statut symbolique de l’élément est intégré d’une manière totalement diégétique à l’histoire, et ce uniquement afin d’introduire par un effet dramatique le personnage de Libertine sensé être l’incarnation de la mort. Nous préciserons que l’emploi du cheval noir comme symbole de la mort sera repris dans le long-métrage Giorgino ; c’est lui qui suivra le héros du début à la fin du film et sera l’annonceur de sa mort. A l’extrême fin du film, après la mort du héros et pendant l’approche de centaines de loups, le cheval en question se réfugiera dans une église et s’abreuvera au bénitier seule utilité trouvée à la religion dans tout le film. D’autres signes dans Giorgino laisseront entrevoir l’emploi du cheval comme symbole mortuaire : c’est par exemple à lui que sera attaché le cadavre de Sébastien Degrâce traîné au sol les bras en croix ; c’est aussi du passage d’un autre cheval noir à l’exacte moitié du film que sera associée l’apparition fantomatique de l’âme des orphelins noyés, sur lesquels le héros est venu enquêter. 

 Deux des clips de Laurent Boutonnat mettent en scène leur héroïne en tant que personnage défunt : A quoi je sers et Regrets. La diégèse des clips en question se situe dans un au-delà rendu d’une manière stylistique assez identique : un noir et blanc surexposé et des paysages déserts. Pour rendre l’aspect irréel et post-mortem de l’au-delà de A quoi je sers, Laurent Boutonnat use d’une symbolique biblique, qui met en scène un mystérieux passeur sur un fleuve qu’on reconnaîtra comme étant le Styx, fleuve des enfers. La venue de personnages morts dans les précédents clips, comme le capitaine de Libertine II, sa rivale ou le toréador de Sans logique accentue le statut de défunte de l’interprète à laquelle ils se joignent. Dix ans plus tard dans Parler tout bas (1999) Boutonnat s’attache à décrire, à nouveau dans un monde mi-réel mi-imaginaire, le passage d’une jeune fille à l’âge adulte. Loin de la poésie dont il avait fait précédemment preuve avec l’usage d’une symbolique relativement juste et discrète, Laurent Boutonnat quelques années après s’être illustré avec les clips de Mylène Farmer fait avec Parler tout bas (2000) un clip uniquement peuplé de symboles. Ici aucun d’eux n’est au service d’une histoire et seul le basculement de l’enfance vers l’âge adulte justifie leur emploi. Du point de vue des éléments filmés, on pourrait lire ce clip comme une suite du précédent réalisé par Boutonnat : Moi…Lolita (1999). Le jeune homme amoureux d’elle dans le premier opus revient dans celui-ci, et alors qu’elle le rejetait à l’époque, le garçon trouve à présent devant lui les bras grands ouverts de la protagoniste ; preuve du passage de la jeune fille à l’âge adulte. On peut remarquer aussi que Parler tout bas commence dans une maison en ruines jonchée de jouets cassés et de boue, probablement celle qu’habitait la jeune femme alors enfant dans Moi…lolita. 

Le champ désert et boueux qu’elle traverse pour enterrer sa vie d’enfant ressemble lui aussi aux champs d’orge du premier « épisode ». Mais ici la reprise de ces éléments se fait dans un contexte plus onirique qui rappelle celui de Plus Grandir (1985). Parler tout bas ressemble justement à un rêve ; ou plutôt à un cauchemar de petite fille qui ne voudrait pas devenir grande, tout comme Plus grandir. Les lieux que traversait la jeune fille dans Moi…Lolita étaient autant peuplés, ensoleillés et vivants que ceux qui leurs correspondent dans Parler tout bas sont déserts, pluvieux et désolés. Après avoir enterré son ours en peluche sur lequel elle plante une croix de bois, la jeune fille rejoint une dizaine de poupées géantes symbolisant on l’imagine l’accompagnement éternel de l’âme d’enfant dans sa vie d’adulte. La grossièreté des symboles de Boutonnat dans cette période non-assumée de sa carrière a pour mérite de justifier l’emploi que le réalisateur faisait d’une symbolique qu’il a toujours dit ignorer.

JML2 Les images christiques chez Laurent Boutonnat sont essentiellement employées par association à la douleur des personnages. Dans Sans Logique, la petite fille qui trouve une figurine du Christ par terre puis un petit crucifix un peu plus loin les rassemblera en clouant l’un à l’autre, crucifiant symboliquement une seconde fois Jésus sur sa croix. Cette scène introduit bien le rituel de mort qui suivra, et préfigure de l’acharnement que va subir l’héroïne qui sera attachée, humiliée et maintes fois poignardée par son entourage. La tête du Christ en plâtre de Giorgino plusieurs fois détachée accidentellement, trouve un retentissement particulier avec plusieurs épreuves auxquelles est confronté le héros. Le Christ ainsi décapité renvoie aux scènes de l’asile de fous, où les aliénés enfermés dans des baignoires en ressortent le cou cerclé d’une marque noire ; marque aussi identique à celle laissée par la corde qui servit les enfants à tirer le corps du héros inconscient dans les sous-bois. La trace noire autour du cou, récurrente dans le film, renvoie ainsi à la même idée d’asservissement, voire d’emprisonnement des personnages qui la portent, en soulignant du même coup le discours de l’impuissance d’une religion et son caractère impersonnel. Sans surinterpréter les éléments graphiques présents dans le cinéma de Laurent Boutonnat, on peut voir aussi des images de crucifixion dans plusieurs scènes d’errance et de divagation. Ainsi dans Sans Contrefaçon, l’apparition lointaine d’un épouvantail appuie l’idée d’un long et pénible chemin de croix que le héros est en train d’accomplir.

 

EXTRAIT DU LIVRE DE Jodel Saint-Marc  « Le Clip en tant qu’œuvre Cinématographique / aux éditions Sorbonne Nouvelle en août 2003 

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UNE IMAGERIE HOMOGENE POUR MYLENE FARMER

Posté par francesca7 le 23 juillet 2014

 

giorgino_grueLaurent Boutonnat a pris la forme du clip dès Plus Grandir (1985) comme le seul moyen pour lui de créer son univers visuel. Le cinéma qu’avait entrepris de faire le réalisateur en réalisant à dix-sept ans le long-métrage Ballade de la féconductrice (1978) est le même que celui qu’il veut faire avec les clips qu’il tournera. Hors, l’imagerie qu’il souhaite véhiculer est éloignée de celle coutumière des vidéoclips du milieu des années 80. Deux imageries principales habitent les productions de l’époque. D’une part des atmosphères festives et colorées habillent les chansons de variété grâce à des danses et des effets visuels d’incrustation vidéo ; d’autre part des vidéoclips froids et sombres illustrent avec fumigènes et autres effets spéciaux les chansons du mouvement Cold Wave alors à la mode. 

A l’époque, les vidéoclips sont très majoritairement tournés en studio. C’est par goût de mettre enfin à la lumière son univers mais aussi de bouleverser les tendances que Laurent Boutonnat négocie avec sa maison de disque, dès 1984 la réalisation des clips de ses compositions. Mis à part Maman à tort (1984) et son clip tourné dans l’urgence sur support vidéo, Boutonnat investira dans toutes ses productions des conditions de tournage nouvelles et une imagerie dans une forme habituée à de sévères contraintes, surtout financières. Fréquemment tournés en extérieur, les clips et long-métrages réalisés par Laurent Boutonnat véhiculent des éléments récurrents employés dans des contextes différents selon les films. Le cinéaste apporte des éléments peu coutumiers des réalisateurs de vidéoclips : la datation historique de diégèses se déroulant à d’autres siècles, l’utilisation de réels personnages secondaires, puis une imagerie visuelle nouvelle pour le clip, présente uniformément dans chacune de ses productions.

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Lieux et situations 

Les postulats de départ des clips de Laurent Boutonnat comme ses lieux de tournage campent d’emblée dès l’ouverture du film l’atmosphère lourde et négative de ses goûts cinématographiques. Le décor des films de Boutonnat, clips ou long-métrages, a contribué quelquefois à la réception critique de son œuvre en tant que « compilation imagière ». Le réalisateur dans toute sa filmographie a par exemple utilisé cinq fois le décor du cimetière, qu’il soit chrétien ou juif, que ce soit dans des clips ou dans chacun de ses longs-métrages. Boutonnat utilise ce décor dans des contextes pourtant différents. Alors simple élément décoratif servant l’introduction de Plus Grandir et l’errance de la fin de Ballade de la féconductrice, le cimetière prend une fonction symbolique dans Regrets où le lieu est une métaphore de la mort emprisonnant l’héroïne. En Concert élève le décor du cimetière en personnage du film, se sont ses grilles qui ouvrent et ferment le long-métrage, se sont ses tombes et ses « habitants » dont on suit l’évolution et la destruction durant le film. C’est le seul élément que suit le spectateur de la première image à la dernière. C’est seulement Giorgino qui utilise le cimetière selon sa fonction première : le repos et le rappel des personnes défuntes. En effet, seules les tombes du cimetière de Giorgino couvrent des personnages morts non-anonymes appartenant à la diégèse. 

Avant l’apparition des dites tombes à l’écran, le spectateur sait déjà qui elles représentent : les douze orphelins morts sur lesquelles le docteur Volli est venu enquêter. Les autres lieux utilisés par le cinéaste sont parfois emprunts d’une même morbidité, Sans Contrefaçon met en scène des roulottes de cirque vieilles et ternes, et l’action de Sans Logique se passe dans un désert aride au sol duquel traîne des ossements que de longs serpents viennent ronger.

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Les situations de départ des films de Laurent Boutonnat relèvent toujours de contextes difficiles, kafkaïens. Désenchantée par exemple commence par l’emprisonnement et le bizutage de l’héroïne dans une sorte de « prison-usine »99. Le début de Sans Contrefaçon voit un marionnettiste renvoyé violemment du théâtre où il se représentait, se faisant jeter dans la boue et cracher dessus ; et Parler tout bas commence sur une jeune fille perdue au milieu les ruines de sa chambre dans laquelle tombe une lourde pluie. Le décor ainsi directement planté, le public de Laurent Boutonnat reconnaît le ton de l’auteur pendant que le spectateur de clips traditionnels se familiarise avec ces atmosphères nouvelles. Sans Logique est le clip représentant le mieux cette entrée en matière brutale. Le couple assis main dans la main sur une petite dune se taillent les paumes des mains avec un couteau rouillé sans raison apparente. Signe avant coureur du sacrifice auquel ils vont devoir se livrer devant un public familier, l’idée est introduite une nouvelle fois par une petite fille jouant dans la boue et clouant innocemment une figurine du Christ sur une petite croix en bois trouvée au sol. L’utilisation fréquente de scènes fortes et violentes au début des clips ne trouve pas sa justification dans l’unique but stylistique de choquer le spectateur pour « l’accrocher » à l’histoire. 

 Comme c’est fréquemment le cas chez les scènes d’introduction de longs-métrages, chaque petite tragédie de début de film a un sens et détient la fonction de désigner entre quelles personnes et à quel degré va se passer l’action. L’exemple le plus complet revient au pré-générique de Giorgino. La visite du héros chez son docteur est accompagnée par le compte rendu du décès d’un homme dont l’enfant patiente dans le couloir d’attente. On apprend que suite à une longue amputation, le patient a perdu beaucoup de sang puis est mort. Le visage de son fils est l’image qui ouvre le film, et lorsque le héros sortira du cabinet du médecin, il assistera à une scène symbolisant à elle seule toute sa vie. 

Une bonne sœur vient s’accroupir près de l’enfant pour lui murmurer d’une voix douce quelques mots qui nous resterons inaudibles. L’enfant consentant donne alors la main de la sœur et tous les deux s’en vont au fond du long couloir. Avant l’apparition du titre du film, un dernier contrechamp sera fait sur le visage du héros, lui aussi ayant perdu ses parents étant petit. Son personnage est entièrement contenu dans le dernier plan : un garçon à l’âme d’enfant perdu dans un monde d’adulte se fera guider par une religion omniprésente mais impuissante.

 

EXTRAIT DU LIVRE DE Jodel Saint-Marc  « Le Clip en tant qu’œuvre Cinématographique / aux éditions Sorbonne Nouvelle en août 2003

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UNE GRANDE EXPOSITION TELEVISUELLE POUR MYLENE

Posté par francesca7 le 14 juillet 2014

 

 

688637-jpg_473912A partir de 1987, les productions de Boutonnat restent dans des formats capables d’être projetés dans les cinémas, mais la difficulté de trouver des salles désirant ouvrir leur écran à un clip de quelques minutes se fait grandissante. De plus, la surprise créée discrètement une première fois en 1985 avec Plus Grandir, puis renouvelée à plus grande échelle avec Libertine n’aurait probablement pas eu un retentissement égal une troisième fois.

Tristana (1987) et Sans Contrefaçon (1987) ne bénéficieront pas d’avant-première ni de sortie sur grand écran malgré le même soin technique et esthétique apporté à leur conception cinématographique. En revanche, la première diffusion à la télévision des clips de Laurent Boutonnat se fait désormais à un horaire exceptionnel, correspondant à une forte audience. Sans Contrefaçon passera pour la première fois le soir du réveillon de la nouvelle année 1988 à 20h30 sur la sixième chaîne, transformant pour la première fois ce qui aurait pu être un simple clip en un spectacle de divertissement familial.

 Fort de cette visibilité télévisuelle nouvelle, Laurent Boutonnat et Polydor, la maison de disque qui l’a signé s’arrangent à chaque nouvelle sortie pour faire diffuser le nouveau clip dans une plage d’émission inhabituelle le mettant en valeur. Désenchantée (1991) passera pour la première fois dans le très regardé journal de 20h00 de TF1, alors que Regrets (1991) et Je t’aime mélancolie (1991) auront chacun la faveur d’une diffusion dans des prime-time87 de la même chaîne. On remarque à cette occasion que l’évènement annoncé se porte nullement sur la chanson (qui justifie pourtant la diffusion du clip) mais sur le clip lui-même, et son interprète. 

Les bandes-annonces et lancements des dites émissions parleront du « nouveau clip de Mylène Farmer » et non pas de sa nouvelle chanson, pourtant inédite elle-aussi. Cette association qui fait abstraction du réalisateur entre le nom de l’interprète et celui du clip, est fréquente. Pour le public, le clip appartient non pas à celui qui l’a conçu mais à celui qui y apparaît et qui en chante la chanson, comme s’ils étaient dépendants l’un de l’autre, qu’ils formaient un tout et qu’ils ne pouvaient avoir qu’un unique auteur. On parle toujours du “clip d’un tel“ comme quand on évoque “la chanson d’un tel”, alors qu’il faut comprendre cbb2acb9: le clip illustrant la chanson interprétée par tel artiste.

La preuve apparaît à chaque remise de prix lors de Victoires de la musique ou d’Awards à l’étranger. Le vainqueur qui vient recevoir le prix n’est pas le réalisateur du clip mais bel et bien l’interprète de la chanson, sanglotant de remerciements comme si venait d’être récompensée sa performance vocale. En ne parlant que de l’objet promotionnel et non pas du disque, les émissions de variété qui passent en exclusivité les nouvelles productions de Boutonnat mettent l’accent sur le clip présenté et non pas sur la nouvelle chanson qui pourtant est la seule officiellement à promouvoir. C’est d’une part grâce à la diffusion de la chanson que la promotion du morceau de musique est effective, mais aussi par son association à un clip présenté comme un divertissement pour tous et non pas adressé au seul public de la chanteuse. Fait extrêmement rare, ici la chanson appartient au clip, et la promotion du support audiovisuel se répercute une deuxième fois mais de manière indirecte sur le support discographique.

 

EXTRAIT DU LIVRE DE Jodel Saint-Marc  « Le Clip en tant qu’œuvre Cinématographique / aux éditions Sorbonne Nouvelle en août 2003 

 

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Mise en abyme d’un dispositif promotionnel pour MYLENE

Posté par francesca7 le 14 juillet 2014

 

 

Le réalisateur va se servir de ce raisonnement logique d’auteur pour se justifier de l’espèce de mégalomanie qui le conduira à promouvoir ses clips en salles de cinéma. Dès Maman à tort (1984) il a pour projet un long clip dont il donne le story-board en avant –première à la presse ; preuve déjà évidente de sa volonté de rendre son travail le plus visible possible. Le clip finalement non tourné, cet effet d’annonce aura pour seul résultat la parution du quotidien Le Matin de Paris qui reproduira les dessins dans ses pages.

Mise en abyme d’un dispositif promotionnel pour MYLENE dans Mylène Autrement wallpaper-farmer-plusgrandir

L’invitation qu’il concevra en 1985 pour inviter la presse aux deux premières du clip Plus Grandir laisse penser à celle d’une séance de cinéma : il loue le cinéma Kinopanorama dans le XVe arrondissement et le Club 70 dans le XVIe le 13 novembre 1985 pour des projections à la presse. A aucun endroit sur les cartons d’invitation n’est précisé qu’un clip va être projeté et non un long ou un court-métrage, et le nom de la chanteuse y est mentionné comme celui de l’actrice principale « Polygram-Polydor-Laurent Boutonnat-Stephan Sperry vous invitent à la projection de Plus Grandir avec Mylène Farmer».

 

 Ici l’objet de la promotion n’est pas la vente du disque dans le commerce, c’est bel et bien le clip lui-même, voire son réalisateur, ou même indirectement la chanteuse dont il est question ; un tel vecteur de promotion peut hisser facilement l’interprète de la chanson, vedette du clip, au rang de comédienne ponctuelle, lui donnant éventuellement une certaine crédibilité pour prétendre plus tard à des rôles au cinéma. La même stratégie promotionnelle est renouvelée un an plus tard à une échelle plus grande lors de la sortie du clip Libertine en juin 1986. Déjà en vente depuis quelques semaines, la chanson ne se distinguait alors ni par ses ventes ni par sa popularité. Il a fallu une série d’avant-premières au cinéma Mercury des Champs-Élysées à Paris pour qu’un bouche à oreille se crée dans la capitale, puis dans les médias sur ce film d’une forme nouvelle. En l’absence de terminologie pour nommer de nouvel objet « clipesque », certains articles le compareront à une sorte de « bande–annonce de film». Le clip sera remis aux chaînes de télévision, qui le présenteront à plusieurs reprises comme une production « venue » du grand écran. L’évènement que constitue la sortie d’un clip au cinéma, pour la première fois doublée du succès commercial de la chanson rattachée, conduit Laurent Boutonnat à être invité au journal télévisé de la mi-journée sur Antenne 2 en août 1986 en tant que réalisateur. Un extrait du film est montré et l’interview par le journaliste Noël Mamère est dirigée sur l’aspect cinématographique du clip et son imagerie « à la Barry Lyndon » (Stanley Kubrick – 1975). Restant assez superficiel, l’entrevue ne permet pas d’en savoir plus sur sa réelle réception auprès du monde médiatique et artistique de l’époque.

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Cependant, le fait de promouvoir son clip lors d’avant-premières en salles de cinéma puis d’interviews télévisées reproduit le schéma de promotion d’une œuvre cinématographique de long-métrage. Le clip pourtant outil de promotion, se trouve lui aussi au centre d’un dispositif promotionnel le présentant comme une œuvre à part entière. Dans le cas précis de Laurent Boutonnat, ce dispositif mis en place par lui-même fait hisser son clip à la même visibilité artistique que la chanson qu’il comporte : avant que la chanteuse n’interprète la chanson en question sur scène devant son public, son clip est lui aussi “mis en scène” sur sa propre scène de spectacle : le grand écran de cinéma.

 

EXTRAIT DU LIVRE DE Jodel Saint-Marc  « Le Clip en tant qu’œuvre Cinématographique / aux éditions Sorbonne Nouvelle en août 2003

 

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BOUTONNAT et recherche de co-producteurs

Posté par francesca7 le 11 juillet 2014

 

 

Après des négociations avec sa nouvelle maison de disque Polydor et en échange d’une répartition particulière et avantageuse de ses royalties, Laurent Boutonnat se trouve chargé de la production exécutive et de la réalisation des clips relatifs aux chansons qu’il écrit pour la chanteuse Mylène Farmer.

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Lorsqu’en 1985 Polydor décide de sortir en 45 Tours Plus Grandir, il charge Stephan Sperry, producteur de films publicitaires, de produire le clip assez coûteux qu’il a écrit et story-boardé. C’est grâce à cet investissement que Boutonnat peut entre autres tourner sur pellicule en cinémascope, et loue pour l’occasion les studios de Stains où il fait construire un vaste décor représentant une aile de château. Les recettes relatives à la production du clip sont proportionnelles aux ventes du disque ; ce qui pour Plus grandir ne permet pas le remboursement intégral des sommes investies. 

 Pour des sociétés de production publicitaire habituées à un système de paiement relativement fiable et régulier, la production de vidéo-clips ne garantie pas obligatoirement un retour total sur investissement, leur fréquence de diffusion n’étant pas garantie. Economiquement, Laurent Boutonnat fait le pari, en faisant passer ses clips pour des œuvres à visée cinématographique, d’augmenter le nombre de leurs passages télévisés afin de faire croître les droits d’auteur, de compositeur et d’enregistrement qui lui permettront plus tard, de les produire lui-même. Lorsqu’il décide en 1986 avec Polydor de faire du clip Libertine un événement, Boutonnat cherche un producteur pouvant apporter les 46 000 Euros photo estimés que va coûter le film. Alain Grandgérard, patron de Movie-Box apporte cette somme tout en veillant sur le plateau à faire bon usage du budget en question. Les prises de vue en cinq jours de Libertine seront quatorze ans après l’objet d’un reportage télévisé79 où Grandgérard parle entre autres des scènes d’intérieur tournées de nuit afin de maximiser le temps de tournage, du casting amateur fait dans les boites de nuit de la capitale et de la décoration approximative du château de Ferrières pour que le XVIIIe siècle soit rendu le mieux possible à l’image.

Après une avant-première le 18 juin 1986 réservée à la presse, Alain Grandgérard s’occupera avec

Boutonnat des premières organisées au cinéma le Mercury des Champs-Élysées. Le bouche-à oreille fonctionne alors plus que bien, et la recette de cette semaine d’exploitation permet à Movie-Box de couvrir largement la somme mise en jeu pour le clip qui ne s’élevait finalement qu’à 38 000 Euros80. A cela s’ajoute un bénéfice d’image car si Libertine n’était pas le premier clip au monde réalisé sur pellicule 35 mm; ce fut le premier d’après nos recherches à être exploité officiellement en salles de cinéma. Six mois après la sortie du clip Libertine, Laurent Boutonnat réalise Tristana toujours grâce à Movie Box avec le même système de financement et de tournage. L’équipe partira pour l’occasion trois jours dans le Vercors pour tourner les extérieurs sensés représenter la Russie et louera encore les studios de Stains en Seine-Saint Denis pour les plans d’intérieur. Fin 1987, Alain Grandgérard ne suit plus Laurent Boutonnat sur ses projets qui se démarquent du caractère divertissant de leur travail commun. C’est la productrice Claudie Ossard qui produira le clip Sans Contrefaçon, assez loin du simple divertissement apparent auquel consistaient les deux précédents. Loin des duels au pistolet et des histoires d’amour romanesques, Sans Contrefaçon extrapole Pinocchio en le plaçant avec onirisme sur une plage bretonne en hiver. Habituée des projets cinématographiques difficiles,

Claudie Ossard met tous les moyens en œuvre pour faire de Sans Contrefaçon le clip poétique et

particulier que Laurent Boutonnat souhaite voir.

 

EXTRAIT DU LIVRE DE Jodel Saint-Marc  « Le Clip en tant qu’œuvre Cinématographique / aux éditions Sorbonne Nouvelle en août 2003 

 

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BANDE SON DE POURVU QU’ELLES SOIENT DOUCES

Posté par francesca7 le 9 juillet 2014

 

 

La place de la chanson est entière sur la bande-son jusqu’à ce que la dramaturgie devienne suffisamment importante pour que le spectateur puisse faire abstraction de la musique qu’il s’attendait jusque là à entendre. C’est à ce moment où le film dans son sens cinématographique prend le pas sur le clip promotionnel : ses objets principaux ne sont plus la chanson et son interprète, mais l’histoire et l’ensemble des personnages suivis sur l’écran. C’est pourquoi pendant les dix dernières minutes du clip de P.Q.S.D, la chanson pourtant sensée être jouée ne l’est plus du tout. Elle laisse la place à une nouvelle composition accompagnant, comme une musique de film le ferait, la bataille des deux troupes. Dépassant les missions du clip, Boutonnat influe sur le spectateur notamment par l’emploi des différentes bandes sonores, et l’emmène progressivement de la mise en images d’une chanson à un film de fiction assez indépendant pour se passer de cette chanson.

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 P.Q.S.D rejoint, par les caractéristiques dont nous venons de parler, la conception de plusieurs clips du même réalisateur, dont Désenchantée (1991). Des moyens comparables au clip de 1988 ont été mis en œuvre afin d’identifier davantage le budget du film à celui d’une production Cinématographique qu’à celui d’un clip. Quatre jours de tournage en Hongrie avec une centaine de figurants hongrois ont été nécessaires, et le même soin a été apporté au traitement scénaristique incluant des sujets sous-tendus, ainsi qu’aux caractéristiques cinématographiques apportées comme les génériques et le format de rapport 2.35. D’un point de vue sonore, Désenchantée reproduit le schéma de Pourvu qu’elles soient douces à la différence près que l’usage de la version remixée de la chanson est plus présente dans ce clip, notamment lorsque les prisonniers jusqu’ici enfermés se révoltent et mettent à sac leur bagne. Largement recouverte de bruitages, la présence de la chanson dans cette séquence est pourtant toujours justifiée par l’apport d’un tempo qui rythme les plans d’agitements et de coups, alors qu’une autre musique écrite pour l’occasion ne l’aura pas mieux illustrée. De plus, c’est lors de cette scène que les paroles de la chanson Désenchantée prennent tout leur sens, ce qui n’était pas le cas pour la séquence de bataille guerrière qui aurait illustré des paroles au contenu « érotisant ».

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En 1991, date de Désenchantée, le dispositif mis au point dès 1985 par Boutonnat ne nécessite plus de caractéristiques comme entre autres l’appartenance à un genre cinématographique bien défini. Les clips de Boutonnat n’ont plus besoin pour être respectés d’être injectés de références cinématographiques ou d’être pérennisés par des suites. Ils peuvent être désormais vus comme les films d’un auteur qui trouvent leur justification dans l’entièreté d’une œuvre à laquelle seule ils doivent être rapportés.

 

EXTRAIT DU LIVRE DE Jodel Saint-Marc  « Le Clip en tant qu’œuvre Cinématographique / aux éditions Sorbonne Nouvelle en août 2003 

 

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LA CONCEPTION DU CLIP PAR LAURENT BOUTONNAT

Posté par francesca7 le 6 juillet 2014

 

 

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Bien loin des structures habituelles qui régissent le clip, ceux dont nous parlons ici pourraient résulter d’un mélange inédit entre plusieurs formes filmiques, plus ou moins éloignées les unes des autres : Le film musical, le film de divertissement, le film expérimental, le film publicitaire, le film muet. Laurent Boutonnat, comme écartelé entre deux pôles opposés du cinéma (le pôle du divertissement et celui du cinéma expérimental) choisi deux axes d’approche pour ses clips. On peut aisément se rendre compte que les deux conceptions du vidéo-clip par ce réalisateur se départagent selon la durée de chacune de ses productions. Sur les vingt-cinq clips que Laurent Boutonnat a tournés, six d’entre eux durent plus de sept minutes, comportent des musiques additionnelles, sont encadrés par un générique de début puis de fin, et contiennent parfois des dialogues. La durée de la majorité des autres clips restent approximativement autour de celle de la chanson qu’ils illustrent et explorent une imagerie plutôt qu’un récit à proprement dit.

 

 Les clips longs comme une visée cinématographique

 La première catégorie, celle des clips à durée supérieure à six minutes, obéit aux règles du cinéma traditionnel, par opposition au cinéma expérimental, chacun de ces six films obéit davantage aux critères qui font d’une œuvre un film de divertissement qu’à ceux qui régissent la forme du vidéo-clip. Bien loin du studio au décor épuré loué à la journée, des déjà vieux effets spéciaux rappelant l’Art vidéo tel que le pratiquaient des artistes comme Paik dans Global Groove (1972) ou Emshwiller dans Scape-mate (1972), Laurent Boutonnat a pensé six de ses clips comme autant de fictions cinématographiques se démarquant le plus souvent possible de  l’esthétique du vidéo-clip, tel qu’il existait encore en 1985. La durée habituelle d’un vidéo-clip oscille entre trois et cinq minutes. Laurent Boutonnat, dans ses six clips les plus longs arrive à des résultats compris entre huit et dix-huit minutes. Ces minutages exceptionnellement longs pour des clips destinés aux passages télévisuels répétés seront paradoxalement l’outil principal de la volonté de vision par le plus grand nombre. Misant sur le bouche à oreille, ces clips (pourtant eux-mêmes objets promotionnels) seront eux-mêmes l’objet d’une promotion. Et c’est précisément cette popularisation du clip qui portera la musique qu’il illustre à l’oreille de tous, avec en perspective non seulement la vente du support phonographique, mais également du support vidéo, la majorité des clips de Laurent Boutonnat ayant été disponible dans le commerce. C’est en partie grâce à leur relative longue durée et à leur support (pellicule 35 mm au format d’image 1.85 ou 2.35) que quatre de ces films ont pu bénéficier d’une exploitation en salles de cinéma avant et simultanément à leur diffusion télévisée. Conviant la presse cinématographique et musicale pour les premières séances, omettant de préciser au public que le film projeté était un court-métrage (grandes affiches à l’appui) un clip comme Libertine doit son succès à l’exploitation au cinéma Publicis des Champs-Élysées à Paris (juin 1986) dont il a bénéficié deux jours durant : évènement pour un clip qui s’est largement répercuté sur les ventes de 45 tours à l’époque, la télévision française ayant largement rediffusé le clip suite à l’engouement des projections. Avec des durées peut vendables à priori en télévision, le réalisateur prend pourtant le risque d’être ignoré, la carrière de ses clips ne saurait se passer de la multidiffusion propres aux médias télévisuels. On ne peut être présent sur tous les marchés si l’on a rien à vendre, c’est pourquoi les méthodes pour diffuser progressivement le clip au public ne saurait se justifier sans l’envergure de l’originalité intrinsèque du contenu. 

 

Le cinéma projetant essentiellement des longs-métrages de divertissement, on peut observer que c’est en partie grâce à d’astucieuses et lointaines références cinématographiques que Laurent Boutonnat a pu aider ses œuvres à se hisser au rang de films de cinéma. Libertine par exemple, éclairé aux bougies de Barry Lindon (S. Kubrick – 1975), ouvert par des duellistes recréant le film du même nom (Ridley Scott – 1977), peut se laisser voir comme « la bande annonce d’un film très réussi » où dix minutes durant lesquelles les décors se multiplient, les scènes de bagarre alternent avec des atmosphères suaves. Si Libertine n’est pas un vidéo-clip, il n’est pas un film non plus. Les dialogues en sont absents, la chanson que l’ont promeut tient bel et bien la place centrale, et les originalités structurelles de la forme du clip (aux contraintes savamment contournées par Boutonnat) se marient avec ce récit inattendu où l’héroïne meurt au tout dernier plan. Sont également exploités en salle à Paris Plus Grandir (1985), Pourvu Qu’elles Soient Douces (la suite de Libertine en 1988) et Désenchantée (1991).

  La presse emploiera pour la première fois en 1986 pour Libertine une expression qui se trouvera employée régulièrement par la suite pour les vidéo-clips revêtant les même particularités : « Clip ou film? 

Les deux. Mylène Farmer inaugure le genre » Une grande différence avec le clip traditionnel se situe avant tout dans le statut de l’interprète, qui devient héros d’une histoire, et autour duquel gravitent des personnages secondaires. Bien souvent, l’interprète de la chanson illustrée est elle-même un personnage secondaire, et sa mise en valeur46 tient au mystère qui entour son arrivée tardive et sa courte présence à l’écran. Sans Contrefaçon joue sur cette absence, où l’interprète de la chanson ne fait qu’une apparition de deux minutes au milieu de ce film qui en compte huit. 

Cette arrivée du personnage, attendue depuis le début du film, est mise en scène par la transformation (non montrée) de ce Pinocchio en créature mi-homme mi-femme. Créature qui disparaîtra mystérieusement deux minutes plus tard. La double frustration provoquée alors chez le spectateur tient à l’arrivée tardive de la chanteuse tant attendue et à la brièveté de sa présence à l’écran. On retrouve ce même schéma dans d’autres clips de Boutonnat tels Tristana (1987) où l’interprète en question meurt au milieu exact de l’histoire. Le personnage central n’est alors pas celui qu’on voit le plus souvent à l’écran, mais celui autour duquel gravite l’histoire et qui se trouve être l’objet convoité par le personnage principal, détenteur de la part de mystère de la diégèse.

 

EXTRAIT DU LIVRE DE Jodel Saint-Marc  « Le Clip en tant qu’œuvre Cinématographique / aux éditions Sorbonne Nouvelle en août 2003

 

 

 

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Une grande exposition télévisuelle avec Boutonnat

Posté par francesca7 le 8 juin 2014

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Une grande exposition télévisuelle 

    A partir de 1987, les productions de Boutonnat restent dans des formats capables d’être projetés dans les cinémas, mais la difficulté de trouver des salles désirant ouvrir Une grande exposition télévisuelle avec Boutonnat dans Mylène et Boutonnat libertine013leur écran à un clip de quelques minutes se fait grandissante. De plus, la surprise créée discrètement une première fois en 1985 avec Plus Grandir, puis renouvelée à plus grande échelle avec Libertine n’aurait probablement pas eu un retentissement égal une troisième fois. Tristana (1987) et Sans Contrefaçon (1987) ne bénéficieront pas d’avant-première ni de sortie sur grand écran malgré le même soin technique et esthétique apporté à leur conception cinématographique. En revanche, la première diffusion à la télévision des clips de Laurent Boutonnat se fait désormais à un horaire exceptionnel, correspondant à une forte audience. Sans Contrefaçon passera pour la première fois le soir du réveillon de la nouvelle année 1988 à 20h30 sur la sixième chaîne, transformant pour la première fois ce qui aurait pu être un simple clip en un spectacle de divertissement familial. Fort de cette visibilité télévisuelle nouvelle, Laurent Boutonnat et Polydor, la maison de disque qui l’a signé s’arrangent à chaque nouvelle sortie pour faire diffuser le nouveau clip dans une plage d’émission inhabituelle le mettant en valeur. Désenchantée (1991) passera pour la première fois dans le très regardé journal de 20h00 de TF1, alors que Regrets (1991) et Je t’aime mélancolie (1991) auront chacun la faveur d’une diffusion dans des prime-time de la même chaîne. On remarque à cette occasion que l’évènement annoncé se porte nullement sur la chanson (qui justifie pourtant la diffusion du clip) mais sur le clip lui-même, et son interprète. Les bandes-annonces et lancements des dites émissions parleront du  » nouveau clip de Mylène Farmer «  et non pas de sa nouvelle chanson, pourtant inédite elle-aussi. Cette association qui fait abstraction du réalisateur entre le nom de l’interprète et celui du clip, est fréquente. Pour le public, le clip appartient non pas à celui qui l’a conçu mais à celui qui y apparaît et qui en chante la chanson, comme libertine033 dans Mylène et Boutonnats’ils étaient dépendants l’un de l’autre, qu’ils formaient un tout et qu’ils ne pouvaient avoir qu’un unique auteur. On parle toujours du « clip d’un tel » comme quand on évoque « la chanson d’un tel », alors qu’il faut comprendre : le clip illustrant la chanson interprétée par tel artiste. La preuve apparaît à chaque remise de prix lors de Victoires de la musique ou d’Awards à l’étranger. Le vainqueur qui vient recevoir le prix n’est pas le réalisateur du clip mais bel et bien l’interprète de la chanson, sanglotant de remerciements comme si venait d’être récompensée sa performance vocale. En ne parlant que de l’objet promotionnel et non pas du disque, les émissions de variété qui passent en exclusivité les nouvelles productions de Boutonnat mettent l’accent sur le clip présenté et non pas sur la nouvelle chanson qui pourtant est la seule officiellement à promouvoir. C’est d’une part grâce à la diffusion de la chanson que la promotion du morceau de musique est effective, mais aussi par son association à un clip présenté comme un divertissement pour tous et non pas adressé au seul public de la chanteuse. Fait extrêmement rare, ici la chanson appartient au clip, et la promotion du support audiovisuel se répercute une deuxième fois mais de manière indirecte sur le support discographique.

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Les clips de Laurent Boutonnat

Posté par francesca7 le 8 juin 2014

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Se démarquer de la chanson

    Le vidéo-clip est l’instrument promotionnel d’une chanson qu’il illustre. Cet aspect publicitaire non négligeable du vidéo-clip l’oblige au renouvellement perpétuel. Plus un vidéo-clip est divertissant, surprenant ou particulier, plus il sera diffusé en télévision et augmentera de ce fait la connaissance par le public de la chanson qu’il est chargé de promouvoir. A l’inverse, la popularité d’une chanson due à ses ventes effectives ou à ses fréquents passages radiophoniques peut encourager la programmation télévisée massive du vidéo-clip correspondant. En ce sens les clips de Laurent Boutonnat suivent les deux principes, la chanson et son support audiovisuel s’enrichiront l’un l’autre. La sortie du clip Libertine verra les ventes du disque augmenter sensiblement, tandis que Pourvu qu’elles soient douces deux ans plus tard n’attendra pas le début de la diffusion télévisée du clip pour atteindre le maximum de ses ventes.

 Un autre principe vient s’adapter aux clips de Boutonnat et n’est applicable qu’à de très rares autres réalisateurs de clips. Chez Laurent Boutonnat le clip se suffit parfois à lui-même et arrive à « vivre » sans la chanson qui lui est rattachée. A plusieurs reprises, on remarque que chacun des deux supports suit sa propre exploitation, et que la rotation de la chanson en radio s’essouffle au bout de la période habituelle de trois mois de promotion alors que son clip continue fréquemment d’être diffusé, vendu en Les clips de Laurent Boutonnat dans Mylène et Boutonnat libertine030vidéo-cassettes, et même projeté en salles. Certains clips comme Désenchantée (1991) ont continué d’être diffusés régulièrement à la télévision alors que la période de promotion du disque éponyme était achevée depuis plusieurs années. Alors que la chanson elle-même n’est rediffusée sur les radios qu’à de très rares occasions, le plus souvent dans des émissions thématiques sur la période de sortie, le clip qui lui correspond est encore visible dix ans plus tard sur les chaînes musicales et dans les émissions, et cela sans distinction par rapport à sa date de sortie. On est alors dans ce cas là assez proche des habitudes de diffusion de films de cinéma, pouvant être vus indépendamment de leur période et leur contexte de sortie. 

Plus que de porter à la connaissance du plus large public possible la sortie d’une chanson dans le commerce, le dispositif mis au point par Laurent Boutonnat pour la diffusion de ses clips trouve sa justification dans sa quête de reconnaissance en tant qu’auteur. C’est par une visibilité autre que celle d’un réalisateur de clip traditionnel qu’un cinéaste comme lui pourra se démarquer d’une forme peu propice à la constitution d’une œuvre. Il prend d’ailleurs le plus grand soin à asseoir cette particularité en généralisant dans sa « clipographie » l’usage d’attributs de long-métrages cinématographiques (générique, musiques additionnelles…). En étendant le champ de diffusion de ses clips, Boutonnat sait qu’il étend la visibilité de son cinéma, en même temps qu’il remplit sa mission de promotion de la chanson, car en parvenant à faire diffuser l’un, il fait automatiquement diffuser l’autre.

La Mise en abyme d’un dispositif promotionnel 

    Le réalisateur va se servir de ce raisonnement logique d’auteur pour se justifier de l’espèce de mégalomanie qui le conduira à promouvoir ses clips en salles de cinéma. Dès Maman à tort (1984) il a pour projet un long clip dont il donne le story-board en avant -première à la presse ; preuve déjà évidente de sa volonté de rendre son travail le plus visible possible. Le clip finalement non tourné, cet effet d’annonce aura pour seul résultat la parution du quotidien Le Matin de Paris qui reproduira les dessins dans ses pages. L’invitation qu’il concevra en 1985 pour inviter la presse aux deux premières du clip Plus Grandir laisse penser à celle d’une séance de cinéma : il loue le cinéma Kinopanorama dans le XVe arrondissement et le Club 70 dans le XVIe le 13 novembre 1985 pour des projections à la presse . A aucun endroit sur les cartons d’invitation n’est précisé qu’un clip va être projeté et non un long ou un court-métrage, et le nom de la chanteuse y est mentionné comme celui de l’actrice principale « Polygram-Polydor-Laurent Boutonnat-Stephan Sperry vous invitent à la projection de Plus Grandir avec Mylène Farmer ».

Ici l’objet de la promotion n’est pas la vente du disque dans le commerce, c’est bel et bien le clip lui-même, voire son réalisateur, ou même indirectement la chanteuse dont il est question ; un tel vecteur de promotion peut hisserlibertine027 dans Mylène et Boutonnat facilement l’interprète de la chanson, vedette du clip, au rang de comédienne ponctuelle, lui donnant éventuellement une certaine crédibilité pour prétendre plus tard à des rôles au cinéma. La même stratégie promotionnelle est renouvelée un an plus tard à une échelle plus grande lors de la sortie du clip Libertine en juin 1986. Déjà en vente depuis quelques semaines, la chanson ne se distinguait alors ni par ses ventes ni par sa popularité. Il a fallu une série d’avant-premières au cinéma Mercury des Champs-Élysées à Paris pour qu’un bouche à oreille se crée dans la capitale, puis dans les médias sur ce film d’une forme nouvelle. En l’absence de terminologie pour nommer de nouvel objet « clipesque », certains articles le compareront à une sorte de  » bande-annonce de film » . Le clip sera remis aux chaînes de télévision, qui le présenteront à plusieurs reprises comme une production « venue » du grand écran. L’évènement que constitue la sortie d’un clip au cinéma, pour la première fois doublée du succès commercial de la chanson rattachée, conduit Laurent Boutonnat à être invité au journal télévisé de la mi-journée sur Antenne 2 en août 1986 en tant que réalisateur. Un extrait du film est montré et l’interview par le journaliste Noël Mamère est dirigée sur l’aspect cinématographique du clip et son imagerie  » à la Barry Lyndon  » (Stanley Kubrick – 1975). Restant assez superficiel, l’entrevue ne permet pas d’en savoir plus sur sa réelle réception auprès du monde médiatique et artistique de l’époque. Cependant, le fait de promouvoir son clip lors d’avant-premières en salles de cinéma puis d’interviews télévisées reproduit libertine023le schéma de promotion d’une œuvre cinématographique de long-métrage. Le clip pourtant outil de promotion, se trouve lui aussi au centre d’un dispositif promotionnel le présentant comme une œuvre à part entière. Dans le cas précis de Laurent Boutonnat, ce dispositif mis en place par lui-même fait hisser son clip à la même visibilité artistique que la chanson qu’il comporte : avant que la chanteuse n’interprète la chanson en question sur scène devant son public, son clip est lui aussi « mis en scène » sur sa propre scène de spectacle : le grand écran de cinéma.

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Les aides Associatives de la part de Mylène Farmer

Posté par francesca7 le 24 mai 2014

 

CMylène Farmer reste très discrète quand il s’agit d’apporter sa renommée pour l’aide d’association. Pourtant, sans être médiatique, son action reste néanmoins présente et très concrète. Toutes les sommes d’argent qu’elle touche en dommages et intérêts suite à ses procès contre la presse people sont reversées à des associations. Régulièrement, les Enfoirés reprennent les tubes de Mylène Farmer. Sans participer à ces soirées caritatives, Mylène cède ses droits sur ses titres : Libertine et Sans contrefaçon en 2002,Moi… Lolita et Rêver en 2002, C’est une belle journée en 2003, Désenchantée en 2005 et Pourvu qu’elles soient douces en 2006.

D’aucune manière, Mylène ne cherche à tirer profit de ses actions caritatives.

 

Eventail Amour de Soie – mai 2009

mylene farmerPour sa tournée 2009, Mylène Farmer a proposé à la vente, comme merchandising, un éventail fabriqué par les artisans d’un village du Vietnam. L’éventail est en papier et tous les bénéfices de la vente sont reversés au profit de l’Association Amour de soie… et des autres. Grâce à cette assiocation de nombreux enfants seront scolarisés, avec en prime une vélo offert.
Responsabiliser et valoriser les femmes par le travail, leur donner accès à l’éducation, leur permettre de sortir du cycle de la pauvreté, c’est le défi que se propose de relever humblement Amour de soie… et des autres.

 

 

AIDES – décembre 2008

mylene farmerSamedi 13 décembre 2008 était organisé à l’hôtel Intercontinental une vente aux enchères au profit de AIDES, association contre le Sida. De nombreux créateurs et personnalités ont offert à la vente des objets personnels. Carla Bruni a fait don d’une magnifique robe Dior et Mylène Farmer a proposé une illustration originale de Lonely Lisa. Son dessin s’est envolé à 1500 euros.

 

Autistes sans frontières – mai 2006

Mylène Farmer et Franck Sorbier ont signé un t-shirt mis en vente au profit de l’Association Autistes Sans Frontières. Ce t-shirt tiré à 40.000 exemplaires a été vendu dans les 200 boutiques Sephora en France au prix de 15 euros.
mylene farmer
Il s’agit d’une création de Franck Sorbier et Mylène Farmer, puisque le t-shirt représente un dessin d’une des tenues du dernier spectacle de Mylène Farmer.

Communiqué de presse
Il était une fois, une belle histoire pour une belle cause. Mylène Farmer et Franck Sorbier réunis à nouveau pour l’Association Autistes Sans Frontières, ont illustré un tee-shirt qui sera mis en vente au profit de l’association dans les boutiques Séphora en mai 2006. Dans un univers graphique ludique noir et blanc, une figurine habillée d’un costume conçu et réalisé par Franck Sorbier pour le dernier concert de Mylène Farmer, Avant que l’ombre… à Bercy 2006, apportera un moment de bonheur et de douceur pour l’Association Autistes Sans Frontières.
Le site : Autiste sans frontière.

Autistes Sans Frontières finance des dispositifs d’accompagnement permettant d’intégrer des enfants autistes à l’écoleordinaire.

 

AFIPA – avril 2006

L’AFIPA (Association Française et Internationale de Protection Animale) a mis aux enchères, du 30 mars au 8 avril 2006, sur le site www.aucland.fr, des objets ayant appartenu à des célébrités. Mylène, qui mettait aux enchères un morceau du décor des concerts Avant que l’ombre… (ainsi qu’un programme dédicacé) a été la grande gagnante de ce Trophées de star, puisque l’objet a été adjugé à 5850 euros ! Bravo à FRED1969 l’heureux gagnant.

mylene farmer

L’AFIPA (Association Française et Internationale de Protection Animale) est née en 2001. Initialement défendant la cause animale, l’Association se spécialise très rapidement dans la lutte contre la fourrure d’animaux domestiques, à savoir la fourrure de chien et de chat.
Les autres donateurs

Dépèche AFP
Des célébrités mettent des objets personnels aux enchères pour lutter contre la fourrure – Isabelle Adjani, Nathalie Baye, Mylène Farmer ou Arielle Dombasle : une quinzaine de personnalités offrent aux enchères des effets personnels sur le site aucland.fr, à partir de ce jeudi et jusqu’au 30 avril, au profit de l’Association internationale de protection animale (AFIPA).
Nous avons rencontré beaucoup de sympathie de la part de personnalités, hommes et femmes de coeur, qui ont soutenu notre action contre la commercialisation de fourrures de chats et de chiens ou qui nous suivent plus généralement dans notre combat contre la fourrure explique Nicolas Biscaye, directeur de l’AFIPA.
L’association entend faire pression auprès du gouvernement pour qu’il modifie le décret relatif à l’étiquetage de la fourrure et plus particulièrement auprès de Thierry Breton afin que soient mentionnés sur les étiquettes le nom commercial, le nom scientifique, la méthode d’abattage et le pays de provenance de l’animal abattu.
- Isabelle Adjani propose la robe du soir en mousseline de soie rouge signée Tom Ford pour Yves Saint Laurent, portée dans le film La Repentie.
- Tina Arena se sépare du double disque d’or 500 choristes qu’elle a reçu en 2005.
- Mylène Farmer offre un élément du décor de son dernier spectacle à Bercy, authentifié, ainsi qu’un programme dédicacé.
Les fonds récoltés permettront de financer la prochaine campagne des bénévoles de l’AFIPA. Michel Drucker, Paul Belmondo, Patrick Bouchitey, Michel Fugain, Philippe Gelück, Franck Sorbier, Françoise Fabian ou Patrick Fiori participent aussi à l’opération.

mylene farmer
Voici le visuel du morceau des portes colossales (1 x 2 mètres) que Mylène Farmer a offert à l’association AFIPA.

 

Télévie – avril 2006

Le 1er avril, de 9h15 à 13h00, sur Bel RTL et RTL TVI (télévision belge), la mise en vente aux enchères des récompenses des meilleurs albums de l’année 2005 a rapporté 137 600 euros au Télévie.
L’émission belge Télévie est un programme caritatif qui a pour objectif de recueillir des fonds afin de venir en aide aux victimes de la leucémie.
A cette occasion, le disque d’or belge décerné à Mylène Farmer pour son album Avant que l’ombre… a été mis en vente. Grâce à ce geste et à l’ensemble de tous les autres dons, les fonds récoltés sont une fois de plus en hausse par rapport à l’année dernière. Merci pour eux !

televie 2006 Mylène Farmer
Johnny Hallyday
Chimène Badi
Calogero
Celine Dion
Patrick Bruel
Madonna
Le roi soleil
Raphaël
Alain Souchon
Robbie Williams
Frédéric François
Avant que l’ombre…
Ma vérité
Dis-moi que tu m’aimes
Live 1.0
On ne change pas
Des souvenirs devant
Confessions on a dance floor

Caravane
La vie Théodore
Intensive care
Et si on parlait d’amour

12 000 euros
25 000 euros
6 100 euros
6 200 euros
9 000 euros
13 000 euros
8 500 euros
5 600 euros
11 100 euros
6 200 euros
10 000 euros
8 500 euros

 

Rêves – 20 janvier 2006

L’association Rêves agit pour réaliser les rêves des enfants malades. Le 20 janvier 2006, 3 enfants ont pu rejoindre Mylène dans sa loge à la fin du spectacle de Bercy : Laetitia de l’Aveyron, Laetitia du Puy-de-Dôme et Betty du Rhône.

Le site de Rêves reves

 

Solidarité Enfants Roumains Abandonnés – mars 2005

Bonjour je suis Mylène Farmer. Un jour, j’ai découvert dans un reportage, qui m’a profondément bouleversée, la souffrance de milliers d’enfants abandonnés chaque année et enfermés dans des orphelinats en Roumanie.
J’ai rencontré une association qui s’appelle S.E.R.A : Solidarité Enfants Roumains Abandonnés. S.E.R.A sort les enfants des orphelinats pour les rendre à leurs familles ou pour leur trouver une famille d’accueil. S.E.R.A ferme les orphelinats mouroirs, où les enfants sont traités de manière inhumaine. Ces enfants ont besoin de nous.
seraTel est le message que l’on a pu entendre sur les radios Chérie FMet RFM en mars 2005.
Un beau geste de Mylène Farmer pour soutenir cette association venant en aide aux orphelins roumains.

Message audio :    ||  Le site de SERA

 

Solidarité Asie – janvier 2005

Le 17 janvier 2005 est sorti une compilation des artistes du label Universal en faveur des victimes du raz-de-marée meurtrier du 26 décembre 2004 en Asie. Mylène y est présente avec Rêver, un titre qu’elle avait déjà repris lors d’une émission caritative destinée aux enfants de la guerre.
Ce titre est en passe de devenir un hymne, triste et désenchanté… Le track-listing de l’album est le suivant :

1. Io le canto per te – Florent Pagny
2. La rivière de notre enfance – Garou et Michel Sardou
3. Tout au bout de nos peines – Isabelle Boulay et     johnny Hallyday
4. Je ne sais pas son nom – Chimène Badi
5. Si seulement je pouvais lui manquer – Calogero
6. Elle danse seule – Gérald De palmas
7. Rodéo – Zazie
8. Rêver – Mylène Farmer
9. Tu es mon autre – Lara Fabian et Maurane
10. L’été – Bernard lavilliers
11. Sur la route 66 – Eddy Mitchell
12. Pourtant – Vanessa Paradis
13. Osez Joséphine – Alain Bashung
14. Le défi – David Hallyday
15. Ma révolution – Jenifer
16. Tu seras – Emma Daumas
17. Du courage – La Grande Sophie
18. Showbiz – M. Pokora
19. N 10 – Booba
20. Dis-moi que l’amour – Marc Lavoine et Bambou
21. Suivre une étoile – Nolwenn Leroy
22. Né quelque part – Maxime Le Forestier
Universal Music et les artistes se mobilisent
au profit d’Action Contre la Faim

solidarite asie

 

Peinture d’autistes, parole d’artistes… – avril 2004

L’autisme, grave trouble du comportement mental dont on cherche encore l’origine, limite la communication et la relation aux autres. 100 000 personnes en France sont concernés par cet handicap. Les moyens manquent cruellement pour que chaque autiste bénéficie d’une prise en charge adaptée.
Le 29 avril 2004 est sorti en librairie Peintures d’autistes, paroles d’artistes, un recueil de 124 pages contenant 56 regards d’artistes posés sur des tableaux d’autistes. Face à cet univers de couleurs cabossées, les émotions se sont révélées avec spontanéité et générosité. Le résultat est étonnant !, précise l’éditeur Neyret Michele.
autistes artistesEcrivains, peintres, poètes, musiciens, sportifs, chanteurs, acteurs… ils ont tous accepté sans hésiter d’accompagner de leurs mots et de leurs impressions les couleurs et les silences des artistes autistes. Ce livre vous permettra d’approcher ce monde étrange de l’autisme et ses talents peu ordinaires.
Parmi eux, on trouve Zazie, que l’on savait déjà sensible à cette cause, mais aussi : Annequin et Jullian – J.Philippe Aubanel – Charles Auburtin – Ayerdhal – Luc Besson – Pierre Bordage – François Bourgeon – Marie Thérèse Bourrat – Howard Buten – Charlelie Couture – Sylvie Chausse – Franck Emmanuel-Comte – Guy Darmet – Renée David – Eric Dexheimer – Jean Philippe Dubor – Driss El Kesri - Mylène Farmer - Faudel – Philippe Favier – François Frappa – Pierre Gagnaire – Patrice Giorda – Alex Godard – I Muvrini – Jeff (Têtedoie) – André Julliard – Daniel Kawka – Kent – Keren Ann – Yves Loude – Michel Maly – Maguy Marin – Marino (Théry) – Marthe Martinez – Sophie Mestrallet Sauzay – Geneviève Metge – Nelson Montfort – Gilles Moretton – Yannick Noah – Séverine Piraud – Philippe Piroud – Claire Rengade – Rufus – Camille Saint Jacques – Cristina Tavares – Gérard Teilhol – Bernard Tétu – Bruno Théry – Murielle Thévenet – Claire Truche – Martin Winckler – Michaël Youn – Zenzila.
L’intégralité de la vente du livre est dédiée à l’équipement d’un nouveau centre pour personnes autistes dont l’ouverture est prévue dans la région lyonnaise courant 2005.

 

Cent Titres (l’ARC) – octobre 2003

mylene farmer arcDu 23 au 30 octobre 2003, Mylène expose à l’espace Artcurial un tableau intitulé Cent titres qu’elle a dessiné l’été. Le tableau est vendu aux enchères le 30 octobre 2003 pour un montant de 6500 euros. La somme ainsi récoltée va pour une assocation de lutte contre le cancer du sein (l’ARC). L’heureux gagnant n’est autre que Jean-François Kovalski rédacteur en chef du magazineInstant Mag.
arc

Le site internet

 

Zidane ELA – mai 2002

mylene farmerLe 19 mai 2002 Michel Drucker présente sur France 2 l’émission Zidane ELA, zidanepour soutenir l’Association Européenne contre les Leucodystrophie dont le parrain en France estZinédine Zidane. Mylène interprète C’est une belle journée dans un passage ampexé. Mylène n’est pas présente sur le plateau.
A noter que Mylène participe à la bande annonce de l’émission en compagnie des autres invités et techniciens en second plan. Tous reprennent en cœur Zidane ELA.

 

SIDACTION – juillet 1999

mylene farmerJe te rends ton amour paraît le 8 juin 1999. Ce n’est pas la chanson qui fait scandale mais le clip tourné à l’abbaye de Mériel par François Hanss. On y voit la chanteuse baignant dans une mare de sang après avoir été confessé par un prêtre satanique Un comité de censure jugeant le clip trop violent et blasphématoire pouvant heurter la sensibilité des téléspectateurs demande aux chaînes de repousser tard dans la soirée diffusion du clip et demande à Mylène de le modifier. En réaction, Mylène accepte un nouveau montage du clip mais sort en kiosque la version intégrale le 6 juillet. La cassette VHS du clip est accompagné d’un fascicule. La médiatisation est telle que le succès dépasse les espérances avec 30 000 exemplaires vendus. Pour faire un pied de nez à la censure, Mylène offre la totalité des bénéfices à l’association Sidaction.

 

Urgence 27 artistes pour la recherche contre le sida – juin 1992

urgence

Mylène Farmer participe à une action contre le sida pour la première fois en 1992. Pour Urgence, un double album de reprises acoustiques, sur une idée d’Etienne Daho, Mylène offre une version nouvelle du titre Dernier sourire, alors qu’au départ, Que mon cœur lâche était destiné à figurer sur la compilation, puisque le titre évoque clairement le port des préservatifs.

 

Une soirée pour les Restos – décembre 1988
restos du coeur

La première action caritative publique de Mylème se déroule lors de l’émission de TF1 animée par Jean-Pierre Foucault le 17 décembre 1988 Une soirée pour les Restos. Cette soirée est organisée en faveur des Restos du Cœur et elle coïncide avec l’arrêt de la fabrication du Solex. Jean-Pierre Foucault met aux enchères le Solex présent sur le plateau et dédicacé par Mylène. L’enchère dure le temps pour Mylène d’interpréter Pourvu qu’elles soient douceset est remporté par un certain Samir T. qui propose la somme de 120 000 francs (18 300 Euros). Lors de cette annonce, Mylène sort de derrière son dos un chèque qu’elle remet à l’animateur. Jean-Pierre Foucault, surpris et ému, remercie vivement Mylène sous les applaudissements du public.

 

Contre le sida, les stars se mobilisent – avril 1987

VSD SidaLe 09 avril 1987, on retrouve Mylène associée à 25 autres personnalités à la Une d’un numéro exceptionnel de VSD consacré à la lutte et la prévention contre le Sida. Chacun tient à la main un préservatif.
VSD SidaMylène sera fidèle à son engagement contre le sida tout au long de sa carrière. Toujours en juin 1987, au travers d’une photo de Catherine Cabrol dans le magazine Photo.
En 1995, Mylène est invitée de l’émissionDéjà le retour sur France 2. Elle porte discrètement le pin’s du sidaction. 

 

Concert pour SOS Racisme – juillet 1987

SOS racismeLe 15 juillet 1987, un grand spectacle est organisé au profit de SOS Racisme. SOS racismeLe concert est retransmis par La Cinq. En extérieur, des dizaines d’artistes viennent interpréter en direct leur tube du moment. Mylène interprète Tristaneaccompagné de ses deux danseuses.

 

La chanson pour la vie – Care France – mars 1986

chanson de la vieDepuis 1985, des réunions d’artistes proposent des chansons caritatives au profit de divers causes : Band Aid, USA for Africa, Chanteurs sans frontières. U2, avec 10 artistes chante Sun City contre l’apartheid en Afrique du Sud. La France ne reste pas inactive. Jean-Jacque Goldman créé la chanson des Restos du Cœur. Eté 1985, Alice Donna lance le projet Femmes du monde en réunissant 25 chanteuses au profit de l’association Care France. Claude Lemesle écrit le texte de la chanson, tandis que Alice Dona compose la musique. chanson de la vieLa chanson s’appelleLa chanson de la vie et est interprétée lors de l’émissionChamps Elysées sur Antenne 2 le 15 mars 1986. Malheureusement, Linda de Suza, Marie Myriam, Isabelle Aubrey, Jane Birkin et Dorothée n’ont pu être présentes (malades ou en tournées). Heureusement, Mylène Farmer accepte d’être une remplaçante pour une soir. A noter que toutes les chanteuses appartiennent au label Polydor, label où est sortie quelques jours auparavant le 45 tours. 

 

 

Vusur : http://residencemf.fr/entreprise

 

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MEHDI BAKI danseur DE MYLENE FARMER

Posté par francesca7 le 23 mai 2014

 

 60362Date de naissance : 02/03/1985 

 

Mehdi est né à Epinay sur Seine (93), il vécu aux côtés de son frère et sa sœur.
Il commença la Danse à l’âge de 12 ans inspiré de son frère et de son cousin, mais c’est vers l’âge de 15-16 ans qu’il décida d’en faire son métier.
Par la suite il suivit donc une formation à l’A.I.D (Académie Internationale de la Danse) en Jazz, classique, et Contemporain et s’entraina tout seul au Hip Hop.
Mehdi Baki (le frère d’Aziz) a pu danser avec le chanteur Christophe Willem, décroche un rôle dans les comédies musicale Cléopâtre, la dernière reine d’Egypte (2009), et 1789, les amants de la bastille (2012), et figure dans le clip « A l’ombre » pour lequel il est également assistant chorégraphe.

 

Il rêve de danser pour des artistes tels que Madonna, Justin Timberlake, Janet Jackson et « a vrai dire tout les artistes qui mettent en avant la danse et leur danseurs. »

Lien(s) avec la carrière de Mylène

Danseur et assistant chorégraphe sur le clip « A l’ombre » (2012).
Danseur sur la tournée « Timeless 2013″. 

Sources / Sites Web

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NICHOLAS MENNA danseur de Mylène farmer

Posté par francesca7 le 16 mai 2014

 

 

NICHOLAS MENNA (danseur) Date de naissance : 11/06/1985 

 

Danseur d’origine italienne, Nicholas est convié à la tournée Timeless 2013 de Mylène après être apparu dans le clip « Du Temps » et sa prestation aux NRH Music Awards 2012. Nicholas Menna a également représenté l’Italie lors du concours Mister Gay europe en 2012. 

Taille: 184 cm 2012-Italy
Signe astrologique: Gémeaux 
Cheveux: Bruns 
Yeux: Brun 
Ville: Rome 
Profession: Danseuse 
Loisirs: voyager, cuisiner, faire la fête

 

Au concours Mister Gay europe en 2012 il avait déclaré : Je voudrais participer et gagner Mr Gay Europe, parce que je serai honoré et fier d’être un exemple pour tous les jeunes gays à travers le monde. Comme un Italien vivant à Paris, je ne peux vraiment voir la situation et de l’environnement de ma communauté vit en ce moment dans mon pays. Je crois qu’il y a un fort besoin d’une loi sur l’homophobie contre, les droits civils et un règlement gay union. Dans un pays européen comme en Italie, il est absolument inacceptable que la communauté LGBT est encore attaqué dans les rues de la capitale et il n’y a personne pour les protéger. Si moi gagner cette compétition va ajouter une voix à cette cause, je serai très fier! 

Lien(s) avec la carrière de Mylène

Danseur sur le clip « Du temps » (2011).
Danseur sur la tournée « Timeless 2013″. 

 Sources / Sites Web

https://www.facebook.com/nicholas.menna/ 

 

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