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Vue de la Hongrie pour Mylène Farmer

Posté par francesca7 le 21 septembre 2016

 

 

 

Entretien avec Dominique SIMONET

Que s’est-­il passé depuis vos derniers et mémorables passages sur scène ? ­

MF : J’ai eu une période très difficile, mais je crois que ce n’est pas une surprise quand on vit une scène. Le passage à vide a duré près de quatre mois, et puis je me suis intéressée de près à la peinture, à laquelle une personne m’a initiée. Egon Schiele, les aquarelles d’Henri Michaux, Max Ernst, Klimt, Jérôme Bosch, la liste est longue. Comme dans les milieux littéraires, on peut s’y conduire une famille de gens qui ont les mêmes goûts.

mylène chez Francesca

A propos de votre dernier clip, y a-­t-­il un rapport entre le fait qu’il parle de génération désenchantée et qu’il a été tourné en Hongrie ? ­

MF : Non. Sincèrement, non. Enfin, je n’en suis pas sûre. Nous voulions regrouper cent enfants dont les visages seraient ceux de personnes portant quelque chose en elles de grave, des personnes habitées. Etant donné la difficulté de vie dans ces pays de l’Est, on pensait pouvoir les trouver et là encore, la Hongrie est relativement privilégiée. Aller chercher la gravité dans un pays, je trouve cela un peu déplacé mais on a eu cette chance de trouver cent enfants très, très rapidement. En France, nous aurions dû faire casting sur casting. Là, on les trouvait dans la rue, dans les écoles ou dans des centres de redressement et ils ont apporté cette forme de violence avec eux. Ils n’avaient même pas besoin de jouer. D’autre part, là-­bas on trouve des techniciens très bien.

Laurent Boutonnat, qui a réalisé ce clip, y avait fait des repérages pour un long­-métrage. Ce fameux film fantôme ? ­

MF : Oui, oui. Il avait été très séduit par leur professionnalisme.

Quelles impressions vous a laissé le pays ? ­

MF : Je pourrais dire des choses, mais soyons honnêtes : je me trouvais malgré tout totalement protégée dans l’équipe de tournage. Cela reste donc une expérience en dehors du temps. Par contre, pour un tournage, le fait de changer de pays est très profitable. Le désir est le même, mais l’intensité est différente parce qu’à l’étranger, on se retrouve un peu perdu, parce qu’on a un regard d’autres.

Avez-­vous déjà imaginé faire ce métier sans clips et, à la limite, sans disques, comme au siècle dernier ? ­

MF : Je ne suis pas réellement en harmonie avec mon époque, certes, mais j’aime aussi la chanson en son tout : la musique, les mots, l’image. Dans un texte, on peut tout dire, tout suggérer mais pour moi, pour ma personne, j’ai besoin de m’exprimer à l’image. Les mots finalement ne me suffisent pas. Ou alors j’aurais été écrivain et j’aurais préféré le XIXème siècle, faire partie de cette famille-­là.

Comment est élaboré le concept d’un clip ? ­

MF :  A partir du thème de la chanson nous discutons avec Laurent pour écarter les lieux communs ou les portes ouvertes enfoncées, histoire de n’être ni démonstratif ni explicatif. Ensuite, je laisse Laurent travailler parce que moi j’ai un regard sur moi­-même qui n’est peut­-être pas le bon non plus, ou qui est en tout cas détourné. Je n’ai pas non plus le recul nécessaire par rapport à un texte que j’ai écrit.

De qui est l’idée du corbeau sur la pochette ? ­

MF : Alors là, vous me posez une colle ! Je ne sais plus du tout ! Par contre, le choix de la photo est de moi. En ce qui me concerne, je ne la trouve d’ailleurs pas effrayante du tout, mais l’inconscient collectif doit évidemment fonctionner. Pour moi, elle est plutôt très reposante. Si chez nous cet oiseau est perçu comme un symbole de mauvais augure ou de mort, il n’en va pas de même partout. En tout cas, sa présence n’a rien de provocateur.

Mais vous appréciez sûrement cette ambiguïté… ­ Le sens du paradoxe se retrouve chez tout être humain.

MF :  Il est sans doute plus prononcé chez moi parce que je peux exprimer mes sentiments. Chez moi, c’est tout noir ou tout blanc, jamais tiède

 mylèn chez Francesca

Le danger de ce métier n’est-­il pas d’en arriver à cultiver le paradoxe, à exacerber la tendance ? ­

MF : Cela fait partie effectivement des pièges, mais je crois pour ma part être assez lucide. Y a-­t-­il une once d’intelligence par rapport à cela, je ne sais pas. Je parlerais plutôt d’honnêteté. Je sens le danger de ces choses et en aucun cas je ne me laisserais diriger par elles. Si je sens que cela devient un leitmotiv ou une trop grande évidence, je crois que j’arrêterai. Finalement, on attend de chaque artiste ou de chaque album une évolution mais le fond reste le même. Un artiste qui exprime quelque chose répète inlassablement la même chose, les mêmes obsessions, les mêmes névroses, les mêmes désirs, les mêmes joies. Seule la forme change, peut-­être. Moi, cela ne me fait pas peur du tout. Je pourrais même le dire haut et fort : je crois que je répète toujours les mêmes choses, mais alors avec un climat différent. Et puis comme ces thèmes d’amour, mort et vie sont éternels, ils ne seront jamais épuisés non plus. Peut­-être pour vous dire que je n’ai pas envie du tout d’arrêter…

Quand vous chantez « Psychiatric », vous ne poussez pas un peu loin dans l’auto complaisance ?

MF :  ­ Je ne veux pas être mon propre censeur, même pas pour ce thème. Je voulais y mettre très peu de mots, donc très peu de démonstration. C’est compliqué pour moi de donner une justification par rapport à cette chanson. J’ai une attirance commune avec Laurent pour l’univers de la psychiatrie, qui nous semble très proche et en même temps très éloigné parce que je ne suis jamais allée dans un hôpital de ce type. J’en ai un désir profond, mais là serait réellement l’impudeur, par le côté voyeur. Cette chanson est venue après un reportage, qui m’a bouleversée et passionnée, sur un asile d’aliénés en Grèce où les internés sont laissés à l’abandon, livrés à eux-­mêmes et réduits à l’état d’animal. La folie me touche, tout simplement. La question du double a l’air de vous marquer assez fort.

Vous en parlez à propos de Laurent Boutonnat, et récemment à propos de Jean­-Louis Murat avec qui vous faites un duo sur l’album… ­

MF :  Dans la notion du double, il y a notre propre image. Je suis certainement en quête d’un alter ego, d’une âme sœur. Je crois que je l’ai réellement trouvée chez Laurent, mais cela peut s’épuiser aussi, nous pouvons trouver nos limites. Chez Jean-­Louis, c’est une autre forme de double. Dans l’appréhension de la vie, nous sommes à la fois très jumeaux et très différents. Pour moi, il colle réellement à l’idée qu’on se fait d’un poète.

 

 

Allez­-vous participer à l’album qu’il est en train d’enregistrer actuellement ? ­

MF :On en a parlé, mais je ne sais pas. Point d’interrogation…Je ne sais pas s’il faut le faire.

Peut-­être faut-­il une réponse à « Regrets » ? (Jean­Louis Murat a en effet écrit « La vie des bleuets » pour l’interpréter en duo avec Mylène, mais la chanson n’est jamais sortie, nda)

Vous avez plusieurs fois utilisé le terme ‘maîtrise’ dans cette rencontre. Tout contrôler vous obsède ?

MF : ­ Oui, totalement. Cela s’applique plus à l’univers de travail qu’à la maîtrise de soi. Voir que vous ne possédez pas les choses, je n’aime pas ça du tout. Finalement, je n’aime pas les surprises, je veux trop contrôler.

Chaque interview doit vous inquiéter… ­

MF : Oui. Cela m’angoisse totalement, mais on grandit aussi par rapport à ça. La notion d’interview évoque la spontanéité, cette spontanéité qui est toujours proche de moi, dans mes chansons etc. mais elle est toujours mariée à une réflexion ou un travail.

Est­-ce dans le même ordre d’idée que vous avez refusé d’être interviewée par deux de mes confrères parce que vous n’avez pas apprécié leur critique de votre dernière tournée ?

MF : La décision est­-elle de vous ? (le journaliste évoque Thierry Coljon et Rudy Léonet ­ qui ont cependant interviewé Mylène Farmer lors de son passage en Belgique en octobre 1989 ­ qui ont dès lors multiplié les articles pour dénoncer tantôt le fait qu’on ne pouvait pas photographier le spectacle, tantôt qu’on leur refusait une interview et ce encore récemment lors du Tour 2009, nda) ­

MF : Bien sûr. Tout vient de moi, même si on peut imaginer derrière moi un manager ou un producteur. Je décide de tout. Mais je n’ai pas très envie de parler de ça. On est libre de ses actes, comme de ses maladresses ou de ses mauvais jugements. La critique ne me dérange pas, mais à partir du moment où, selon moi, elles sont maladroites, j’estime que je n’ai pas forcément à accepter la rencontre de ces personnes et à me justifier quant à ces critiques parce que ce serait la porte ouverte à tout.

SOURCE : LA LIBRE BELGIQUE 30 AVRIL 1991 

Publié dans Mylène 1991 - 1992, Mylène et ses longs discours | Pas de Commentaires »

Mylène photographiée par Christophe Mourthé

Posté par francesca7 le 13 mai 2016

        

En 2003, le photographe Christophe Mourthé a raconté dans la presse avoir eu une histoire d’amour avec Mylène au début de sa carrière. Ils se sont rencontrés en 1984, et ont collaboré ensemble quelques temps, avant la rupture affective et artistique en 1987.

 

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Textes de Christophe MOURTHÉ 

- Mylène Farmer 

Tout d’abord il y a eu Jean Marais, Line Renaud, l’équipe des Bronzés, Thierry Le Luron et Yves Mourousi. Puis Fellini, Zeffirelli, Dario Fo, Gassman, Strehler, les filles du Crazy Horse – J’avais 19 ans à peine. Il n’y a pas d’âge pour photographier des stars. Des vraies stars. Par la suite, il y a eu Arielle Dombasle pour Playboy, Jean-Marie Bigard en Penseur de Rodin, Renaud, les adieux de Sheila, Pétula Clark pour un Olympia, les Bee Gees à Paris, César ou Nougaro, Leslie Caron et Michèle Morgan, Zizi Jeanmaire et son truc en plumes, Amanda Lear et Marie Laforêt, Patricia Kaas, Hélène Ségara, Lio ou Patrick Juvet.

Qui d’autres encore ? Combien sont-ils ? 

Mais c’est surtout pour Mylène Farmer que je reçois encore des lettres de fans, 15 ans après. Une courte histoire qui allait marquer l’histoire d’un photographe et de son modèle. Cette collaboration tellement forte qu’on peut même qualifier de fusion me colle à la peau depuis toujours, depuis que nous nous étions rencontrés chez Bertrand Le Page. Nous étions intimidés, étonnés,distants. Bertrand prit les choses en main, et confirma le bien fondé de notre rencontre. Celui-ci avait un grand talent, c’était de découvrir des talents – Et de les faire fusionner. Avec Mylène, nous devions nous apprivoiser, mais nous savions déjà aussi que notre rencontre était une bonne rencontre. 

Notre première séance de photo eut lieu dans un fameux studio de la rue des Acacias à Paris. 

Tout le show business et tout le cinéma sont passés dans cette rue. La grande époque de Salut les Copains et tout ceux qui font rêver les fans. J’y ai moi même déshabillé Arielle Dombasle pour Playboy et réalisé la plupart de mes portraits de vedettes. 

Mylène dû se satisfaire d’une toute petite cabine de maquillage non chauffée et Denis Menendez travailla sur son teint de porcelaine. Elle m’apparut dans la lumière tel un ange. 

Malgré l’intense activité qui régnait dans le studio, elle fût douce, complice déjà, extravertie pour cette fois, et avait compris que nous ferions vraiment un bout de chemin important ensemble. Elle vit ma façon d’éclairer une femme et elle comprit qu’en m’ayant choisi, elle avait trouvé en moi le parfait complément à son univers. Nous nous sommes revus beaucoup, avons partagé des instants de tous les jours, appris à nous connaître. Manger une glace ou des bonbons, aller au zoo ensemble, faire les magasins, c’était simple mais c’était important. 

Nous sommes des artistes à l’âme fragile avec un univers si singulier à fleur de peau. 

Je lui fis connaître mon monde et elle me fit comprendre le sien. Nous nous comprenions si bien que l’osmose était parfaite. 

Mon travail d’images plaisait à Mylène. Pour notre bien à tous deux. Mylène a pu s’abandonner totalement au regard d’un objectif qui ne la mitraillait pas, qui la considérait en douceur. 

Involontairement, j’ai apposé quant à moi sur ma muse une griffe, une patte, et surtout une couleur, celle de cette fameuse chevelure qui fit sa marque de fabrique. 

Quand j’ai connu Mylène, elle venait d’obtenir un succès populaire avec la chanson « Libertine ». les cheveux était d’une couleur rousse mais assez mal définie. 

Trois ans auparavant, c’est le maquilleur et coiffeur de génie Denis Menendez, mon ami, qui avait créé pour moi une couleur de cheveux inhabituelle. 

J’avais réalisé en 1984, pour ma série, les fameux « Casanovas » une image de ma soeur Virginie dans un château très connu de la région de Blois. Cette image présentée avait séduit Mylène, comme toutes les autres photos de la série. C’est ce travail photographique qui a déclenché chez elle le désir de travailler avec moi. La couleur de la perruque que portait virginie est – car personne ne le sait à ce jour – abricot. Comme le rouge que l’on trouve sur un abricot un peu mur. Sur les indications de Denis, les ateliers Poulain, célèbres perruquiers de théâtre des années 80, ont réalisé cette couleur insensée. 

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Nous étions au printemps de l’année 1987.

Personne n’a décidé cela en particulier ou tout le monde indirectement. 

En tous les cas, Mylène avait toujours une reproduction de la photographie de Virginie sur une étagère bien en évidence pour mémoire. Elle y réfléchissait sans doute. 

C’est donc tout d’abord un simple de coiffeur de la rue Jean Mermoz à Paris qui a reproduit cette teinture sur les indications de Mylène, photo en main. 

Aujourd’hui, il est aisé de comprendre l’importance de cette période pour l’image de Mylène. Seul Michel Polnareff en France avait compris avant elle l’importance du look pour un artiste et de nos jours, une simple paire de lunettes blanches est synonyme de Polnareff. La couleur abricot sera toujours associée au mythe Farmer. 

Je n’avais pas encore à l’époque de statut de photographe. Seul le N et B fige à jamais sur du papier un Cocteau, une Marilyn, une Piaf, un Zorro ou un Steve McQueen  et renvoie cette personne au rang de Star immortelle. 

Elle permet à son auteur de rentrer dans la cour des grands tel un Newton ou un Doisneau.

Elle était ma star et je me devais de l’immortaliser comme telle. Je désirais lui prouver que j’étais le meilleur pour elle, pour nous.

Il s’agissait de mes premières grandes photos en N et B.

Je connaissais le travail d’Alekan, le meilleur directeur photo des grandes années du cinéma,les films d’Hitchcock ou ceux d’Eric Von Stroheim. Que seraient aujourd’hui une Grâce Kelly, un Harry Baur ou un Gabin sans ses talents inouïs? Je pris aussi exemple sur Harcourt, le studio de photos des Stars mythiques. J’y ai ajouté une touche personnelle à base de réflexion de miroirs et je tenais le cadeau parfait pour ma muse. J’étais heureux. 

Elle est devenue une Star de l’image. J’en suis très fier. 

Le noir et blanc figeait ainsi Mylène à jamais.

Je l’ai ressenti si fort en faisant ces images qu’aujourd’hui elles restent uniques et pour longtemps encore.

Le regard et toute cette sensualité qui s’en dégagent sont incroyables. 

Peu de fois, Mylène a tant donné dans une photo, invitation au rêve, au désir, instants magiques d’une intimité partagée qu’elle ne donnera plus que dans ses chansons. 

Mylène reste gravée en moi. 

Elle m’écrivit un jour cette dédicace intime mais tellement vraie: « tu es un petit diable qui me prends mon âme. Etre photographiée par toi est un plaisir et un honneur. » 

La vie nous a éloigné, Mylène et moi, mais cela devait être ainsi.

L’histoire est close.

 Mylène

Les casanovas 

Les casanovas, c’est tout d’abord une rencontre. Celle d’un photographe et d’un maquilleur en quête de création.

Tout deux à la recherche d’émotions vraies et de magie. 

Au début des années 80, je me fixe entre Paris et Venise et rencontre Denis Menendez, génie authentique du maquillage et de la coiffure. 

De notre complicité naîtront les fameux « Casanovas », personnages androgynes d’un 17/18ème siècle finissant, mis en scène dans des Palais vénitiens sous des lumières crépusculaires. Les « Casanovas » imposent alors un style novateur et audacieux. Une imagerie irréelle proche des plus grands peintres. 

Pour ma part, j’ai toujours été fasciné par l’ univers de splendeur décadente de cette période. 

Le théâtre italien que m’avait fait découvrir mon père Claude Mourthé, les fabuleuses rencontres en Italie avec Fellini et Zeffirelli, la lecture de Goldoni de façon plus studieuse, la commedia dell Arte, Arlequin, les masques, le mystère, puis la séduction cachée, l’ambiguïté de cette époque chez les protagonistes amoureux. 

J’en étais tellement passionné qu’il fallait que je réalise en photo un travail qui touche cette période de frivolité et d’aventures romanesques. 

J’avais en tête le Casanova de Fellini, la version particulière du Casanova de Comencini (la jeunesse de Casanova à Venise) et surtout le Barry Lindon de Stanley Kubrick, ce film merveilleux qui raconte l’ascension et la décadence d’un aventurier au travers de la société d’une fin 17/18 ème. 

Et puis Venise… 

Ca me semblait évident puisque tout à Venise évoque le théâtre, avec une espèce de grandiloquence pleine de références au passé. 

Cette ville est hors du temps et il y règne une atmosphère d’illusion comme dans les décors. 

Il semble qu’elle renvoie aux désirs de chacun, à de profonds fantasmes. Je l’ai aimé et je l’aime toujours. Elle est l’imaginaire de chacun. 

Nous avions 2O ans et nous étions dans un état de grâce pour réaliser ces images aujourd’hui reconnues mondialement. 

Depuis, nous en avons réalisé de nombreuses autres selon notre envie. 

Denis nous quitta en 1994 me laissant le soin de transmettre notre passion et de créer la suite de notre histoire.

Venise est un théâtre. La magie ne meurt jamais.

 

Dita 

Photographier Dita est toujours un vrai bonheur doublé d’un honneur. 

Elle me fait une confiance aveugle depuis presque dix années et me reste très fidèle malgré les nombreuses sollicitations du monde entier. 

Elle est l’incarnation de la Femme et du Fantasme dans toute sa beauté. 

Chaque image est magique et je la découvre un peu plus à chaque instant.

Elle est devenue une autre muse pour moi et succède aujourd’hui à la plupart de mes modèles avec une classe et une élégance inégalée.

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Chaque photographie devient culte et notre travail est toujours d’une grande beauté et d’une sensualité inouïe. 

Merci Dita d’être une Femme pour moi. 

Christophe MOURTHÉ dans un article paru sur http://www.chezhiggins.com/crbst_204.html

 

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Les amis intimes de Mylène Farmer

Posté par francesca7 le 12 mars 2016

 

            Anthony Souchet
On peut considérer Anthony Souchet comme LE meilleur ami de Mylène Farmer, et ce depuis une vingtaine d’années. Sa première apparition (connue) aux côtés de Mylène remonte à 1995, lors du Festival du Centenaire du Cinéma. Depuis lors, on a pu voir Anthony Souchet à de nombreuses reprises aux côtés de Mylène, aussi bien lors d’apparitions publiques que dans le privé. Il l’accompagne notamment sur chacune de ses dates de concert.

Anthony Souchet travaille dans le milieu de la télévision. Notons d’ailleurs qu’il travaillait sur la plupart des émissions de télé où Mylène Farmer s’est produite depuis 2005 (« Symphonic Show », « Johnny Hallyday – Ca ne finira jamais », « Encore une chanson »).

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Anthony SOUCHET Directeur de la promotion du groupe EMI

Anthony Suchet est aussi le meilleur ami de Mylène, il lui rend visite très souvent et l’accompagne partout, surtout lors de ses déplacement en concert, on le voit avec elle au concert d’Elton John et au défilé J.P Gauthier entre autres…. C’est aussi lui le propriétaire du cocker dénommé Quick que certain magazines des jeunes attribuent à Mylène.

Il est aussi l’attaché de presse-france de Madonna et s’occuped’émission TV comme la chanson numéro 1 sur la A2 (dont les chorégraphies sont signées Valérie Bony et Christophe Danchaud)

 

Article Gala :

Dans un monde où il faudra bien­tôt prier pour ses quinze minutes d’ano­ny­mat, admi­rable instinct de préser­va­tion de soi. Mais ce 27 mars 2015, pour la chan­teuse, il s’agit surtout de préser­ver l’ami­tié et le respect qui la lient à toute l’équipe ayant œuvré sur le film Time­less.

SOUCHET ET MYLENEAutre ami commun, Anthony Souchet refait les présen­ta­tions. Cheveux lâchés, boléro, jupes et bas noirs, si menue, elle susurre un « merci d’être là », dans ce que je crois me remé­mo­rer être un sourire. A vrai dire, impos­sible, encore à ce jour, de me souve­nir de son regard, de la finesse de ses traits, de la pâleur de sa peau, ce 27 mars. Il fait sombre, certes. Mais surtout, l’em­preinte de sa main a tout occulté. Court-circuit,blackoutshake it off. Nulle autre rémi­nis­cence que cette poignée franche, forte, presque virile, qu’elle m’adresse. Comme Camille Clau­del, la « fragile » Mylène Farmer a des mains de créa­trice, plutôt fines mais puis­santes, incroya­ble­ment puis­santes (et, note person­nelle, dieu sait que nous abhor­rons les mains molles qui, à peine saisies, se dérobent). De ces mains, elle a, semble-t-il, long­temps fait un complexe, gantée à la mode liber­tine ou emman­chée jusqu’aux phalanges. En trente ans de carrière, elle leur en aura même fait  voir de toutes les couleurs, dans ses clips : le rouge du sang (Sans Logique,Beyond my controlJe te rends ton amour…), le blanc de la neige (Désen­chan­téeFuck them all…), le brun de la boue et de la glaise (Ainsi soit-jeA l’ombre…)… Jeux de mains, jeu de Mylène. Se pour­rait-il être, pour­tant, plus beau signe distinc­tif chez une femme qui a su prendre les rênes de sa vie, renon­cer en pleine année de termi­nale à bacho­ter pour mieux murmu­rer à l’oreille des chevaux, puis à celle d’un public tout acquis à son art ? Le reste de son histoire, vous la connais­sez.

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« FÊTE » COMME CHEZ VOUS RECOIT MYLENE

Posté par francesca7 le 12 mars 2016

Lorsque l’émission commence, Marc Bessou salue le public et les téléspectateurs et présente le sommaire de l’émission. Il finit en annonçant Mylène Farmer qu’on retrouve aussitôt sur le plateau, habillée d’un très beau tailleur blanc, assise par terre sur un coussin, les cheveux attachés en arrière pour chanter « Ainsi Soit Je… ». Une fois la chanson terminée, Mylène rejoint, sous les applaudissements du public, Marc Bessou qui tient à la main le 33-trs de l’album « Ainsi Soit Je… ».

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Marc Bessou : Merci Mylène !

Mylène Farmer : Bonjour.

MB : Vous allez bien ?

MF : Très bien !

MB : Je consultais, tout en vous écoutant – tous les sens sont comme ça rassasiés à la fois : l’oreille et la vue – un album que voici, que voilà, je le montre ici (il montre le 33-trs à la caméra), où il y a effectivement « Ainsi Soit Je… », « Sans Contrefaçon », « Allan », qu’on écoutera tout à l’heure, et puis plus surprenant peut-être il y a « L’Horloge » de Baudelaire. Mise en musique ?

MF : Oui.

1988-01-d

MB : C’est un choix de votre part ? Un choix qui peut étonner…

MF : Absolument, oui, oui. Qui est tiré du livre « Spleen et idéal » de Baudelaire, et c’est un de mes poèmes préférés, oui.

MB : C’est pas facile de mettre en musique un poème qui existe : est-ce qu’on a pas l’impression de faire quelque chose d’un peu sacrilège ?

MF : Pas vraiment ! Moi je dirais que c’est un réel plaisir que de parler sur une musique, et là en l’occurrence, la musique a été faite avant le texte, enfin avant le choix du texte, en tout cas (sourire amusé) et ça m’a paru évident que de greffer Baudelaire sur cette musique.

MB : Ca fait maintenant un certain nombre de disques, plus d’une demi-douzaine de 45 tours. On peut dire que vous avez là maintenant cette fois-ci, définitivement semble-t-il, une carrière qui est posée. Quand on démarre dans ce milieu, même si on a un vrai succès, rien n’est jamais acquis, quoi, on sait pas du tout si ça va fonctionner, c’est quand même sur la durée que ça compte. Donc ça fait, là, trois ou quatre ans déjà !

MF : Ce qui est surtout très, très important, c’est qu’un album marche, et en l’occurrence celui-là marche très, très bien et ça c’est formidable pour un artiste.

MB : C’est vrai que c’est un discours classique, d’entendre les chanteurs dire que l’album c’est ce qui est le plus le reflet de la personnalité, c’est vrai. Vous le revendiquez, ça ?

MF : Certainement ! Là, j’ai deux albums : le deuxième album se rapproche encore plus de moi, je pense. Le troisième, j’avoue que je ne sais pas du tout ! (rires)

MB : On n’en est pas là, c’est aller un peu vite en besogne ! C’est assez drôle parce qu’à le fin, je vois qu’il y a… (il regarde le verso du 33-trs) ça termine quand même plutôt bien : ça termine par « Déshabillez-moi », enfin ça termine pas tout à fait, je suis un peu malhonnête. Enfin, l’avant-dernier, c’est ça. Et puis après « Déshabillez-moi », c’est « The Farmer’s Conclusion ». On pourrait d’ailleurs presque dire les titres, ça a un sens si on réfléchit (il énumère les titres de l’album) : ça suit une forme de cohérence.

MF : Je pense qu’il y a une cohérence. J’espère, en tout cas !

MB : Vous savez ça, on vous l’a dit souvent, des tas de fois d’ailleurs, vous êtes un personnage un peu étonnant : on arrive souvent pas très bien à vous placer par rapport aux gens qui font votre métier. Je suppose que…

MF : Laissons les choses comme ça, alors ! (rires)

MB : On laisse les choses comme ça ?!

MF : Oui !

MB : Bon ! On écoute tout à l’heure « Allan ». Merci, Mylène Farmer.

MF : Merci à vous. Et merci au public !

MB : Restez comme ça !

L’émission continue avec différentes chroniques. En toute fin d’émission, Mylène est de nouveau sur le plateau, dans la même tenue mais cette fois avec des gants noirs, pour interpréter « Allan » face à un micro à pied, ce qui fait que Mylène reste relativement statique durant la chanson. Notons que la version de la chanson est inédite sur disque, puisque ici le pont musical est raccourci.

Article du 05-mai-88 – parution ANTENNE 2

 

Publié dans Mylène 1987 - 1988, Mylène en INTERVIEW | Pas de Commentaires »

EUROPE 1 pour Mylène F.

Posté par francesca7 le 24 février 2016

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18-oct-95 : Entretien avec Jean-François RABILLOUD

Jean-François Rabilloud : Mylène revient. Vous connaissez peut-être son dernier clip, mais c’est le nouvel album de Mylène Farmer qui sort cette semaine, ça s’appelle « Anamorphosée ». Bonjour, Mylène Farmer.

Mylène Farmer : Bonjour.

JFR : Dans le dictionnaire, l’anamorphose c’est l’image d’un objet déformé par un dispositif optique, une déformation. Pourquoi vous avez choisi ce titre ?

MF : J’ai choisi « Anamorphosée » parce que j’ai pensé à ma perception du monde qui s’est élargie, et l’idée de l’anamorphose c’est pour moi le moyen de rassembler toutes ces impressions, tous ces sentiments pour n’en faire qu’un et pur.

JFR : C’est ça, ça veut pas dire que c’est un monde déformé que vous voyez…

MF : Absolument pas, non. Non.

JFR : Alors, il y a une douzaine de chansons – douze chansons – dont la musique est signée Laurent Boutonnat et les paroles Mylène Farmer. Ca a été écrit aux Etats-Unis ?

MF : Oui, à Los Angeles.

JFR : Est-ce que l’air du temps, si ce n’est l’actualité, vous ont inspirée dans cet album ?

MF : Fatalement. Je parle de moi, mais je parle de l’autre. Oui, le monde m’intéresse.

JFR : Vous n’êtes en France que depuis un mois, après donc ce séjour prolongé aux Etats-Unis. (Mylène acquiesce) Comment est-ce que vous avez retrouvé la France ? Dans quel climat, sur fond d’attentats, puisque vous êtes arrivée il y a un mois, donc, c’est ça ? (à l’été 1995 se sont produit coup sur coup deux attentats, l’un très meurtrier à la station de RER Saint-Michel et l’autre à proximité de l’Arc de Triomphe suivis en septembre d’autres tentatives toujours à Paris, nda)

MF : Oui. Climat extrêmement difficile, extrêmement lourd. Paris est plombé et ma foi, c’est difficile d’y trouver un sourire.

JFR : Vous sentez ça en marchant dans la rue ? C’est quelque chose de pesant ?

MF : Je crois que le ciel est bas. Bas et lourd ! Et puis ma fois, l’actualité et puis je crois si c’est presque vibratoire…

JFR : Vous trouvez que ça se sent…

MF : Oh oui ! Oui. Bien sûr.

JFR : Et quand on marche dans les rues de Los Angeles, on sent quoi par rapport à Paris ?

MF : C’est plus spacieux, je dirais. Peut-être que c’est plus hypocrite, dans le fond !

JFR : Vous trouvez pas que les français réagissent bien, finalement ? Que les gens se comportent pas mal ? Que ça soit les parisiens ou les autres…

MF : Qu’est-ce que vous entendez par ‘se comporter mal ou bien’ ?!

JFR : Ils gardent leur calme, par exemple…

MF : Ca, je ne sais pas. Je ne sais pas bien. Je ne vais pas dans le métro, je suis quelqu’un dans le fond de très protégée. Ils vivent probablement très, très mal. Est-ce qu’ils sont calmes, je ne le pense pas.

JFR : Vous dites qu’on sent ce mal de vivre à Paris : vous allez repartir, vous, aux Etats-Unis ou vous restez là, en France ?

MF : J’ai envie de bouger, j’ai envie du voyage. Maintenant, repartir aux Etats-Unis, je ne sais pas mais c’est vrai que ça donne en tout cas, oui, l’envie que de partir, c’est vrai.

JFR : Aux Etats-Unis, il y a toujours plein d’actualité : la solidarité, par exemple, retrouvée entre Noirs américains et le succès d’une grande marche de ces Noirs américains sur Washington. Est-ce que vous pensez, par exemple avec votre expérience américaine, que les deux communautés noire et blanche finiront par vraiment vivre ensemble un jour ?

MF : Ca, je ne sais pas. C’est pas à moi de me prononcer. C’est le souhait de tout un chacun, maintenant c’est vrai que ça paraît presque utopique.

JFR : On a fait des progrès, quand même !

MF : On a fait des progrès, mais c’est vrai que la violence est j’oserais dire inhérente à ce pays. C’est vrai qu’il y a ce conflit qui est là. Une fois de plus, on le voit quand on se promène dans Los Angeles. Je ne suis pas sûre de l’avoir, moi, rencontré, maintenant c’est vrai qu’il y a des quartiers qui sont plus difficiles et que c’est quelque chose qui est omniprésent, oui.

JFR : Vous me disiez que vous êtes arrivée aux Etats-Unis au moment où commençait le procès Simpson (long procès très médiatisé à l’époque du comédien O.J. Simpson, accusé d’avoir assassiné son ex-femme et l’amant de celle-ci, nda). Vous l’avez suivi, là-bas ? C’était impossible de ne pas la suivre !

MF : Presque malgré moi, j’oserais dire ! (rires) C’est vrai que c’est assez passionnant et assez dérangeant : c’est du voyeurisme mais c’est aussi de l’information. Nous ne sommes pas éduquées et habitués à pénétrer…

JFR : (il la coupe) Donc vous tranchez pas ? Vous dites que c’est trop de reportages à la télé, trop de direct sur ce procès, par exemple ou est-ce que c’est bien ?

MF : Non, je pense que c’est trop. C’est allé trop loin, mais c’est tout de même passionnant.

JFR : Vous avez une idée, comme on en a tous une, sur sa présumée culpabilité ? Il est coupable, il est pas coupable ?

MF : Ha non. Je ne me permettrais pas de dire quoi que ce soit sur ce sujet parce que c’est…

JFR : Et pourtant, toute l’Amérique a un avis là-dessus, pour ou contre…

MF : Tant pis pour l’Amérique !

JFR : Vous êtes rentrée en France il y a quelques temps : les collections, par exemple, c’est aussi l’actualité à Paris. Vous allez beaucoup aux défilés ?

MF : Non. Très, très peu mais j’avais très envie d’aller voir le défilé de Jean-Paul Gaultier (auquel Mylène a en effet assisté la veille de la diffusion de cet entretien, nda). J’aime beaucoup ce créateur.

JFR : Pourquoi ? Qu’est-ce qu’il a de plus que les autres ?

MF : De plus ? Peut-être la fantaisie. Mais il a surtout un grand talent, il a une grande maîtrise de son métier. Une folie, peut-être, en plus, oui…

JFR : Le coup de cœur de Mylène ces jours-ci, qu’est-ce que c’est ?

MF : Depuis un petit moment, c’est un livre que je crois beaucoup, beaucoup de personnes ont découvert, qui est « L’Alchimiste »…

JFR : Oui, qui est un gros, gros succès de ces dernières semaines…

MF : Oui, qui est un livre qu’on a plaisir à conseiller, et c’est une très, très jolie histoire.

JFR : Alors on va se quitter sur un hymne à l’amour, quoi ! « XXL », c’est l’une des chansons de cet album. En résumé, c’est ‘on a tous besoin d’amour’, c’est ça ?!

MF : Oui, c’est ça ! (rires) Merci !

Diffusion d’un extrait de « XXL » pour clore l’entretien.

Publié dans Mylène 1995 - 1996, Mylène dans la PRESSE, Mylène en INTERVIEW | Pas de Commentaires »

MYLENE DANS LE SALON D’UN PALACE PARISIEN

Posté par francesca7 le 19 février 2016

 

Dans le salon d’un palace parisien, Mylène livre avec Guillaume Durand la plus longue interview donnée à l’occasion de la sortie du film. Choisissant ses mots avec (trop de) soin, Mylène répond longuement et parfois laborieusement aux réflexions confuses d’un Guillaume Durand qui semble cependant passionné.

Guillaume Durand : (…) Un film, il faut le vendre. Vous qui êtes si timide, ça vous barbe pas tout ça ?

Mylène Farmer : Je ne sais pas si ‘barber’ est le mot juste, mais c’est un exercice difficile pour moi.

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GD : Est-ce que vous avez un petit peu peur, un petit peu d’angoisse parce que un film, c’est pas comme une tournée, c’est pas comme un disque : c’est énormément de travail et tout se joue en une semaine. Quel effet ça vous fait ?

MF : C’est quelque chose de presque inhumain. C’est difficile, c’est difficile. Je crois que je serai contente le jour où ça sortira, et essayer de se déposséder de la chose totalement…

 GD : Alors, « Giorgino » : ça fait combien de temps que ce projet existe pour vous ?

MF : De mémoire, parce que…C’est huit années, je dirais. Et réellement, l’écriture a commencé il y a trois ans. Et il a vu le jour il y a environ un an et demi, je crois.

GD : Donc ça vous a occupée toutes ces dernières années, quoi. L’obsession, c’était de faire ça…

MF : Oui. Surtout Laurent Boutonnat, je dirais, le réalisateur. Moi, j’ai eu beaucoup plus de temps libre, assez pénible là aussi parce que n’ayant pas la faculté que de me tourner vers la musique, puisqu’il est le compositeur. Donc ça a été une période très longue et pas très agréable.

GD : Alors pourquoi fait­-on quelque chose qui n’est pas très agréable à vivre? Quelle est l’exigence de fond ?

MF : La passion, je dirais. D’abord, je pense que c’est un besoin pour moi que de faire des choses, à savoir ou l’écriture, ou des films, créer quelque chose. Faire les choses en termes de plaisir, dans le fond, ce n’est peut-être pas très, très important ou si important. Je crois que ça se passe à une autre dimension.

GD : C’est vraiment quelque chose, on parlait tout à l’heure d’exigence, c’est une importance de la liberté ou… ?

MF : Parce que je ne sais pas gérer cette liberté, de même que j’ai besoin du regard de l’autre pour exister, même si ça paraît quelque chose d’assez dramatique comme confidence ! Mais cette liberté, je la trouve réellement dans mon métier, dans le fond.

GD : Alors, on va évidemment pas raconter le film, parce que les films sont faits pour être vus. On va simplement, avec la bande-­annonce que vous avez eu la gentillesse de nous confier, avoir un petit peu une idée de l’ambiance du film et puis on va parler justement de ce monde qui vous habite et qui habite aussi Laurent Boutonnat. D’abord, donc, des extraits de ce film.

Diffusion de la bande-­annonce de « Giorgino ».

GD : Voilà donc pour le climat du film. Alors pourquoi ce film commence en novembre 1918, si ma mémoire est bonne ? Pourquoi cette date ?

MF : Je vais essayer de répondre pour Laurent Boutonnat. Il me semble qu’il voulait…La guerre 14­18 est en toile de fond, réellement. Je crois que ce scénario est né d’un désir de femmes, de femmes rudes et violentes, donc dans un univers de guerre. Donc c’était plus facile pour lui, j’imagine. C’est difficile pour moi que de répondre à sa place. Pourquoi la guerre de 14­18 ? Parce que c’était une période extrêmement difficile. Avoir des femmes esseulées, c’est un moment qui est effectivement, la guerre, propice pour…

GD : Mais ça vous touche parce que vous connaissez, comme tout le monde, ce qui s’est passé justement à cette époque-­là : bon, non seulement il y a la mort, et elle est très présente aussi dans le film, mais il y a cette idée aussi que ce sont les femmes qui prennent la société à bras-le-­corps. C’est une idée qui vous touche, ça ?

MF : Si je ne porte mon regard que sur ce groupe de femmes : non, définitivement pas ! (rires) Mais une société de femmes, non en aucun cas, dirigée par les femmes, non, je pense qu’une balance, une bonne balance est ce dont nous avons tous besoin.

GD : Alors, le climat on en parle. C’est vrai que souvent quand vous avez fait des clips, des clips longs, des clips qui étaient proches du cinéma on s’est dit « Ça y est, Boutonnat va certainement faire un film, Mylène Farmer a envie de faire un film », maintenant le film est là.

Mais ce climat qui est à la fois historique et à la fois fantastique, il vient d’où ? Pour lui, forcément il répondra d’un coté, mais pour vous, pour l’avoir accepté c’est que ça vous touche aussi…

MF : Moi, c’est plus une grande confiance en Laurent Boutonnat et en son travail. Quant à l’univers, j’ai aimé le scénario et j’ai aimé le personnage de Catherine. Maintenant, essayer de réfléchir… Non, c’est plus des sensations, des odeurs et moi, cette sensation que de pouvoir justement mettre quelque chose dans ce personnage.

GD : C’est quand même pas un monde ordinaire, parce que donc, on va pas raconter, on a dit tout à l’heure le déroulement mais on peut raconter un petit peu le début. Donc, c’est un jeune médecin, il sort, il est démobilisé, il s’occupait d’un asile d’enfants et il essaye de retrouver ces enfants. On a tout une, comment dirai-­je…c’est un itinéraire, au fond…

MF : Oui, tout à fait, oui.

GD : …qui est un itinéraire initiatique. Ça se passe dans la neige, c’est à la montagne, c’est très beau, il y a un père, il y a les femmes qui fument, enfin ce sont des images qui sont des images rares au cinéma.

MF : Je le pense, je le pense. Je pense que son cinéma est rare. Il a une façon de filmer et de raconter des histoires qui lui sont très, très personnelles.

GD : Alors mettez vous à sa place : pourquoi ce monde-là le touche, lui ?

MF : Moi je crois que je ne pourrai pas répondre à sa place. Pour avoir moi­-même posé ces questions dans le fond et lui ne trouvant pas de réelles réponses quant à ces fondements, pourquoi être attiré plus par quelque chose ou autre chose, je ne sais pas bien. C’est comme la peinture, dans le fond : pourquoi est­-ce qu’on est attiré par un peintre ? Moi je crois que je ne saurais pas l’expliquer. Pourquoi tel peintre plutôt que celui­-ci ?

GD : Mais c’est un monde qui est quand même très poétique et qui est très détaché, enfin qui parle un petit peu du réel, on en a parlé un petit peu au début, il y a la guerre de 14, il y a des professions, il y a des gens, il y a des solitudes, il y a des gens ensemble, il y a beaucoup de violence. Mais en même temps, c’est très onirique.

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MF : Oui. C’est sans doute cette attirance pour tout ce qui est conte, l’irrationnel peut­-être, la poésie je pense, oui. Mais des choses qui peuvent faire partie de notre monde et de notre vie de tous les jours, mais c’est vrai qu’il a une attirance pour ça. Maintenant, je suis en train de m’embrouiller parce que je ne sais pas bien pourquoi ! Si ce n’est que j’en reviens à, ne serait­ce que moi, un paysage… Je préfère un paysage, je vais vous dire, fracassé qu’un paysage avec des pommiers en fleurs. Pourquoi, je ne le sais pas. Ce sont des choses, comme ça, qui vous appartiennent.

GD : Qui vous sont donc sensibles, qui sont exprimées très largement. Alors il y a aussi une autre chose qui est très particulière dans le film, bon on va pas comparer avec des metteurs en scène comme Visconti parce qu’il y a pas de rapport, mais c’est vrai qu’il y a un parti pris, on va dire, de lenteur. Parce que si on dit ça, les gens vont dire « On va pas y aller, c’est lent » ! C’est pas du tout lent et ennuyeux, mais c’est volontairement, comment dirais­-je, c’est un rythme comme ça, un peu comme une espèce de mélopée.

MF : Parce que justement, j’en reviens à ces odeurs, à toutes ces choses. Je crois que ça prend du temps pour des personnages, plutôt que justement ce cinéma très monté, très rapide et des personnages qui sont rétrécis, qui ont cette valeur. Je crois que lui justement allait vers une expression plus lente et plus, moi j’oserais dire plus enrichie, mais ça n’engage que moi. Plus généreuse, peut­-être.

GD : C’est vrai que c’est un peu le contrepoids de tout ce dont on parle beaucoup actuellement, de Quentin Tarantino à Luc Besson, où ce sont des hommes en blanc et noir qui deviennent…

MF : Oui, qui ont du talent. Mais c’est vrai que c’est, je pense, une autre expression, une autre façon de raconter les choses.

GD : Comment devient-­on ­ pardonnez-­moi la question ­ mais comment devient-­on justement quand on est chanteuse, quand on fait de la scène, comment devient­-on actrice ? Même si on a fait des clips, ça, ça doit pas être une expérience finalement si facile que ça.

MF : C’est quelque chose que je pense, et sans prétention aucune, avoir en moi. En tout cas, je l’ai souhaité et je le veux depuis tellement longtemps. La chanson est venue à moi un peu par hasard, j’avais envie moi de jouer. J’ai suivi des cours de théâtre, mais ça on s’en moque un peu. C’était simplement un passage, comme ça, dans ma vie. Une envie de jouer, une envie d’interpréter les personnes qui sont autres que moi-­même et cette chose, enfin ce côté ludique quoi, qui est…

GD : …qu’on trouvait énormément dans les clips.

MF : Qu’on trouvait déjà dans les clips, mais en mode tellement rétréci. Mais malgré tout, c’est vrai que c’est comme ça que j’ai pu, bon indépendamment de l’écriture, de la scène, de tout ce qui fait que ce métier est vraiment passionnant, qui m’a fait tenir quand même, parce que c’est long ! J’ai attendu presque dix ans pour réellement faire un premier film. C’est long… (rires)

GD : Oui mais justement alors, est­-ce que ça veut dire que maintenant, parce que finalement quand un film est terminé, c’est vrai que vous allez être délivrée par le fait qu’il sorte, de savoir s’il y a un accueil avec le public, on vous le souhaite évidemment, c’est normal, mais est-­ce que immédiatement, maintenant, vous vous dites « C’est une autre carrière qui commence et c’est vers ça que je veux aller définitivement ». Et es-ce qu’il va falloir attendre longtemps que lui refasse un film, ou est-­ce que vous pouvez tout à fait imaginer de jouer, travailler avec d’autres metteurs en scène ?

MF : Non, je crois qu’aujourd’hui je peux réellement imaginer travailler avec quelqu’un d’autre. Maintenant, je pense que je serai difficile dans mes choix, je le sais. Aussi bien par rapport au réalisateur que l’histoire elle-même. Donc je pense que je, si je puis me projeter sur quelque avenir, faire très peu de films, certainement. Certainement.

GD : Et qu’est­-ce que vous aimez, alors, justement ? Parce que ce cinéma de climat est un cinéma bien particulier, alors qu’est­-ce que vous aimez, vous ?

 MF : Je crois avoir des goûts très éclectiques. Je vais essayer de…J’aime beaucoup Jane Campion, tous ses films, ses premiers films également. J’aime Oliver Stone, j’aime Kubrick, j’aime David Lean, j’aime David Lynch, Bergman…

GD : Donc, c’est un goût éclectique, quoi…

MF : Oui. Oui, dans le fond oui. GD : Mais pas très français, d’après la liste que vous venez de donner ! MF : Polanski, heu… (rires)

GD : Ha oui, c’est toujours du cinéma où il y a beaucoup de spectacle, ou au contraire beaucoup d’onirisme, beaucoup de choses qui sont quand même… C’est pas le mari, la femme et l’amant qu’on trouve !

MF : Non, j’aime les choses qui ont une âme, une histoire et une magie, et qui portent le spectateur. Je peux moi­-même être un spectateur qu’on qualifie de moyen, mais c’est­-à-­dire ne pas avoir cet œil trop critique. Et si un film m’emmène, si une histoire m’emmène, mais c’est magique ! C’est la chose la plus magique, je crois.

GD : Alors à la fin, le héros, Jeff Dahlgren, et vous, vous vous retrouvez dans un cimetière. On va pas dire ce qui se passe, mais c’est vrai qu’il y a quand même comme en peinture, puisque vous avez parlé de peinture, une espèce d’imagerie qui existe : des croix, des églises etc., etc. Ça vient d’où tout ça ?

MF : Ce que cela peut suggérer, bien évidemment, mais d’un point de vue esthétique je crois aussi, qui est important. Une croix, c’est beau. Une tombe…Je trouve qu’une tombe, un cimetière est un endroit magique. C’est quelque chose une fois de plus que nous avons en commun, mais je crois que c’est expliqué par cette rencontre que nous avons eue et qui a été une rencontre fondamentale pour moi dans ma vie et assez immédiate. Donc en ce sens, je crois que c’est presque normal que d’avoir des mondes un peu communs et des attirances.

GD : Vous voulez dire que d’une certaine manière, peut­-être, il vous a aussi arrachée à ce qui pouvait être une carrière de show­-business traditionnelle, que vous n’avez jamais vraiment voulu mener.

MF : Que je n’ai, je crois, jamais menée quoiqu’il arrive ! Mais…envie de faire quelque chose, envie de faire ce long-­métrage et envie de prendre des risques.

GD : Alors comment s’est passé le tournage ? Parce que je suppose que les conditions, étant donné que ça se passe en hiver, en plus y a énormément de scènes qui se passent en hiver mais il fait beau en même temps, ce qui sont des conditions météos pas faciles à trouver parce qu’en général il fait pas toujours beau, ça a dû être un peu long et un peu compliqué. Alors, comment ça s’est passé ? Racontez­-moi…

MF : Le tournage était très, très long, je crois qu’il a duré cinq mois. Quant aux conditions de tournage, c’était difficile à cause du temps bien évidemment, parce que très, très, très froid. Donc par moments, même le tournage a dû s’arrêter parce que trop froid, parce qu’on ne pouvait presque plus jouer. Maintenant, je crois que toutes ces difficultés sont malgré tout inhérentes à un tournage. La réelle difficulté était je crois le…la difficulté de… (Mylène rit de ne pas trouver ses mots) j’allais dire la tension qui régnait sur ce tournage, la tension que toute cette chose que Laurent portait dans le fond qui est extrêmement lourde.

 GD : Vous vous êtes faits totalement, parce que finalement lui, c’est son premier film, vous c’est votre premier grand rôle, vous vous êtes faits mutuellement et définitivement confiance dès le début, ou tout d’un coup du coin de l’œil vous vous êtes un petit peu surveillés l’un l’autre ? Parce que c’est vous qui portez tout : et lui, et vous.

MF : Je crois qu’il y avait à la fois une grande confiance, puisque c’est vrai qu’on a très peu parlé du rôle par exemple. J’ai lu le scénario. Et une fois sur le tournage bien sûr, des indications de mise en scène. Mais de sa part, en tous cas, je suppose que c’est une confiance. ‘Regardés du coin de l’œil’, malgré tout de temps en temps. C’est-­à­-dire moi je l’ai quand même observé travaillant avec d’autres, puisqu’il y avait quand même beaucoup d’acteurs. Et parfois probablement des réactions assez violentes, oui, parce que c’est vrai que dans ces moments-­là, on vous dit « Moteur, action ! » et vous avez une espèce, d’abord d’angoisse profonde, et de demande qui est énorme quant à ou le regard ou même un mot, et que parfois ce mot n’arrive pas et que là on fait abstraction de toute une vie commune.

GD : Ça devient professionnel…

MF : Oui. Oui, dans le fond oui. Beaucoup plus cruel et plus…Mais je crois que c’était aussi essentiel. Je n’aime pas moi être trop protégée. J’étais réellement considérée comme une actrice engagée sur un film, et non pas comme le petit oiseau qu’on va couver. En aucun cas, non.

GD : On se retrouve dans un instant pour parler de ce film de Laurent Boutonnat, avec Mylène Farmer et Jeff Dahlgren. Flash info.

 GD : On se retrouve donc avec Mylène Farmer qui a la gentillesse de nous recevoir pour un film qui va, je l’espère, vous surprendre : « Giorgino », donc, de Laurent Boutonnat, avec Jeff Dahlgren. Alors est­-ce qu’on peut Mylène parler du fait que le film a été tourné en anglais ? Il est tourné en Tchécoslovaquie, il est tourné en hiver et en plus il est tourné en anglais. Pourquoi ? C’est pour rechercher la plus grande audience possible à travers le monde, ou c’est l’histoire…

MF : (elle l’interrompt) Non, sincèrement non. C’est parce que Laurent Boutonnat voulait travailler avec des acteurs comme Louise Fletcher, Joss Ackland, et a trouvé son premier rôle aux Etats­-Unis, donc c’est plus une volonté que d’aller vers des acteurs, donc une langue qui s’est imposée.

GD : Louise Fletcher, tout le monde connaît, c’était l’infirmière de « Vol au Dessus d’un Nid de Coucou » et donc qui parle français, si mes souvenirs sont bons et elle était très charmante. C’est pour aller vers ces acteurs­-là qu’il a choisi ce parti pris là ?

MF : Absolument, oui parce que…Mais lui-­même dit ça « J’aurais pu tourner ce film en espagnol, russe… ». Peu lui importait la langue, dans le fond.

GD : Alors donc un travail qui a été compliqué, et tout à l’heure vous nous disiez que c’était très difficile d’expliquer les raisons pour lesquelles vous étiez dans ce monde-­là, dans à la fois ces rêveries, cette poésie et aussi ces fantasmes. Et pourtant quand on essaie de trouver une logique à tout ça, parce qu’après tout il y a forcément une logique même si on la veut pas, la première chanson c’était « Maman a Tort », après c’était « Libertine », et maintenant c’est un film où il y a énormément de femmes, même si c’est une envie de l’auteur. Est­-ce que cette logique vous apparaît ou est­-ce que c’est un hasard total ? MF : Je pense que c’est un hasard. Mais là une fois de plus, c’est difficile, pardonnez-­moi de le redire… (rires)

GD : C’est pas grave !

MF : …parce que ce film, dans le fond, ne m’appartient pas, en tous cas son histoire et son…

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GD : Mais vous êtes sûre qu’il ne l’a pas écrit pour vous ? Parce que quand vous dites qu’il ne vous appartient pas, il l’a quand même probablement en partie, enfin il savait que vous alliez jouer le rôle principal de Catherine.

MF : Oui. Maintenant je… (elle cherche ses mots) G

GD : C’est du sur­-mesure, quand même…

MF : C’est une bonne couture. Est­-ce que c’est du sur­-mesure ? Je ne sais pas bien, mais là c’est peut-­être plus par pudeur, je ne sais pas bien. Est­-ce qu’il a écrit réellement ce rôle pour moi ? Je ne sais pas, parce que le personnage principal c’est peut­-être lui qui a voyagé avec lui le plus longtemps, et peut-­être que Catherine est arrivée plus tard, donc…

GD : Et est-ce que lui justement, sans sombrer dans une espèce de simplification extrême, est­-ce que lui il s’est vécu un petit peu comme Jeff Dahlgren, donc qui est le héros du film, à savoir ce médecin qui recherche des enfants ?

MF : Je crois qu’il est…Cette chose commune d’avec ce personnage, c’est cette âme d’enfant qu’il a en lui et cette quête, cette quête essoufflée. Je crois qu’il a ça en lui.

GD : Mais quand on a fait un film comme ça, qui est justement un film poétique, est-­ce que c’est, comment dirais-­je, vous savez que la critique en France n’aime pas trop le mélange des genres, ça peut être aussi bien un artiste qui a réussi dans un domaine qui est la variété, le fait de faire du cinéma, ça paraît presque pour beaucoup de gens qui sont extrêmement bien­pensants et extrêmement rigides…

MF : Obscène ? (rires)

GD : Oui. C’est pas obscène, mais on n’a pas le droit de changer de registre, et pourtant vous, vous avez ce besoin et vous en avez même exprimé tout à l’heure l’envie. Ça vous gêne qu’on vous oblige à vous enfermer dans un même registre ?

MF : L’idée de l’enfermement me gêne. Maintenant, est­-ce que moi j’ai été gênée par ça : non. Non, parce que j’ai essayé au maximum de me protéger et de ne pas écouter, de ne pas entendre. Sinon, effectivement si on écoutait et si on entendait réellement, je pense que c’est trop mutilant. Non. J’oserais dire je me moque de ce qu’on pense et de ce qu’on dit. C’est presque vrai.

GD : C’est pour ça que depuis des années vous avez toujours choisi de faire votre métier, d’être extrêmement discrète sur vous, sur votre vie, enfin sur beaucoup d’aspects du travail d’artiste qui en général sont surexploités et plombent votre carrière ?

MF : Oui, parce que je pense… Moi, j’essaye de ne pas m’essouffler et de ne pas essouffler l’autre. Donc en ce sens, je suis obligée d’être absente. Et puis je crois que c’est ma nature profonde, tout simplement donc je n’ai pas à me faire violence pour ça.

GD : Et vous, quand les disques se vendent comme ça énormément, ça veut dire, bien au­-delà du succès commercial, qu’il y un intérêt profond entre un artiste et les gens. Vous croyez que les gens vous aiment pour quoi, au fond ?

MF : Je ne sais pas ! Non… (large sourire) GD : Pour ce mélange entre la fragilité et la provocation ?

MF : Je crois pour, s’il y a à trouver une expression, peut­-être pour la sincérité, parce que je crois que c’est une valeur qui existe toujours. Mais c’est difficile que d’exprimer pourquoi l’autre vous aime. Je ne sais pas…

GD : Et quand est-ce que vous vous êtes rendue compte, vous dans votre carrière, parce que en général les carrières de chanteurs démarrent, elles surfent un petit peu sur les vagues adolescentes, ça a été aussi le début de votre carrière quand vous avez chanté « Maman a Tort » etc. Quand est­-ce qu’on se dit « Moi, je vais faire autre chose », c’est­-à-­dire je pars sur ce plongeoir­-là mais je vais aller dans une autre piscine, quitte à être décrédibilisée un petit peu ?

MF : Là, vous parlez d’un genre plus que de changement radical de vie ?

GD : Non, pas de vie pour vous, mais quand est-­ce que vous vous êtes dit que vous alliez prendre au fond tout ça en mains, sérieusement pour obtenir, pour aller vers des objectifs précis ?

MF : Je crois, le goût du risque. Là encore, c’est…Le calcul n’y est pas pour grand­-chose, si ce n’est que une ‘carrière’, même si c’est un mot qui n’est pas très joli, c’est quelque chose qui se pense, qui se gère. Maintenant, c’est quelque chose qui, je ne sais pas, qui s’est construit comme ça…

GD : Petit à petit…

MF : Oui, qui s’est fait lentement. Mon début n’a pas été fulgurant. J’ai eu trois bonnes années pour apprendre mon métier et apprendre ce que j’aimais et ce que je n’aimais pas, dans le fond, par rapport à moi­-même et par rapport à l’extérieur également.

GD : C’est-­à­-dire ?

MF : C’est­-à­-dire de « Maman a Tort », qui a été un succès mais j’étais quand même encore pas très connue jusqu’alors. Et après il y a eu deux autres 45­tours qui étaient plus discrets. Et puis après, le fameux « Libertine » qui là a été réellement…les projecteurs ont été mis sur moi. Mais donc, pendant cette période… Enfin, tout ça pour essayer d’expliquer que ça n’a pas été quelque chose, comme ça, d’immédiat, on vous donne tout. Ça a été quelque chose d’assez progressif, donc probablement de moins perturbant pour moi.

GD : Donc d’une certaine manière, vous pouvez vous dire que la même attitude, vous allez, c’est donc la même expérience, vous allez l’utiliser pour le cinéma ? C’est-à­-dire que c’est quelque chose qui commence, vous êtes habituée aux hauts et aux bas de ce qui s’est passé dans la chanson, et comme vous semblez avoir derrière la fragilité une assez grande volonté, vous allez attaquer un deuxième monde, tranquillement et avec le temps. C’est ça l’idée ?

 MF : Oui, là c’est plus une façade sereine, qui en aucun cas n’existe, dans le fond, si ce n’est que là je suis plus posée que d’ordinaire. Mais c’est plus un parcours angoissant qu’autre chose. Maintenant, pour répondre à votre question, je le ferai effectivement avec un maximum de réflexion et de réelles envies. C’est­-à­-dire, me perdre dans quelque chose pour le rien : non, en aucun cas.

 GD : Donc, ça veut dire qu’il faut forcément trouver des textes extrêmement forts, des scénarios extrêmement forts…

MF : Ça va être de plus en plus difficile, je le sais. Mais c’est…

GD : Mais est-ce que vous avez envie, puisque vous avez dit tout à l’heure que vous aimez bien les choses très différentes, d’Oliver Stone à d’autres metteurs en scène, ça veut dire est­-ce que vous pouvez jouer une comédie, par exemple, par goût du fait de jouer ? Ou est-­ce que tellement pas dans votre registre que ça vous paraît surréaliste ?

MF : Si vous me proposez Woody Allen, je vous dis oui, j’accours ! (rires) Maintenant, tous les genres de comédie : non, je pense pas. Je ne sais pas, d’ailleurs, mais je ne pense pas avoir ce talent­-là, et peut­-être cette envie tout simplement. Une bonne comédie, oui c’est aussi intéressant et passionnant qu’un…

GD : Sûrement, mais je veux dire tout le monde a envie de jouer avec Woody Allen, parce que on entre sans frapper, enfin si jamais il vous appelle, on s’assoit, vous lui dites de s’asseoir et on lit même pas le scénario, à la limite ! Mais le monde, le fait de changer de monde, parce que c’est un monde tellement particulier, celui du film donc qui sort mercredi, que c’est vrai qu’il y a aussi le risque d’être cataloguée dans une espèce de fantastique, onirique…

MF : Ma foi, j’en ai pris le risque, et puis j’espère avoir la chance que d’avoir des propositions différentes. Je fais appel, j’allais dire, à l’intelligence du metteur en scène, plus qu’à quelque chose, comme ça, qui…

GD : Mais est­-ce qu’après on se dit pas, quand on a fait un film comme ça, ou quand on a eu une expérience comme ça qui est très profonde, parce que vous avez attendu plusieurs années, vous avez tourné pendant cinq mois, et puis c’est compliqué etc. et puis le film sort, est­-ce qu’on a envie après, j’allais dire, de retourner dans le travail d’avant ? Est­-ce que vous pourriez vous dire « Bon, ben maintenant, il faut s’y remettre », ou est-ce que vous y avez déjà pensé, écrit, travaillé, fait des musiques, ou pas du tout ?

MF : Non. J’ai eu pendant effectivement le tournage même, plutôt juste après le tournage, quand le tournage s’est terminé, une envie que de tout abandonner, tout délaisser. Pour aller vers quoi, c’était le point d’interrogation et plutôt une période d’anéantissement qu’autre chose. Aujourd’hui, oui j’ai très envie de retourner vers l’écriture, enfin mon écriture, en tous cas, pour essayer de découvrir des choses que je ne connais pas moi­-même, je suppose, parce que je ne sais pas ce que je vais faire, je ne sais pas ce que je vais écrire. Mais non, j’ai toujours cette envie. Je sais que si cette envie me quitte, j’arrêterai. J’aurai en tous cas cette honnêteté.

GD : Il y a quelque chose qui peut apparaître paradoxal, c’est que finalement vous êtes très pudique, réservée, timide, et en même temps vous faites des choses qui sont toujours, qu’elles soient habillées ou pas habillées, toujours un peu explosives. C’est jamais… Pourquoi ? MF : Parce que je crois que ça fait partie de mon propre paradoxe. C’est cette envie que de se cacher, cette envie de lumière et qui se reproduit dans le moindre de mes actes et pensées. C’est quelque chose de conflictuel mais nécessaire.

GD : Vous savez que par rapport justement aux années précédentes, on a appelé ça un peu pompeusement les années 80, celles qui s’annoncent sont plus tellement les années de la provocation. Mais quand je dis « la provocation », c’est pas la provocation au sens idiot mais la provocation au sens presque artistique des choses. Maintenant, ceux qui essaient de sortir le bout du nez pour faire des choses un peu différentes, on leur tape sur le bout du nez. Ça vous fait peur, ça ?

MF : J’ai l’impression que ça a existé toujours, ça, que c’est omniprésent, que dès qu’on essaye de faire quelque chose qui n’est pas, effectivement, dans ce chemin balisé, on vous tape sur les doigts. Mais…

GD : On vous a tapé, vous, sur les doigts ?

MF : Attaquée, bien évidemment ! Mais une fois de plus, peu m’importe, ça ne nous touche pas. Un artiste existe parce qu’un public est là. Au fond, j’enfonce des portes ouvertes, mais c’est la vérité vraie! Donc, tant qu’un public me dit « Continue ! C’est quelque chose que nous aimons », je continue !

 GD : Est­-ce que vous vous reconnaissez, non pas personnellement, mais dans des attitudes qui peuvent vous ressembler, par exemple pour quelqu’un comme Isabelle Adjani qui vit un peu…qui au fond montre à l’écran des choses souvent excessives et puis qui le reste du temps disparaît ?

MF : Je ne sais pas si nous sommes pareilles, mais c’est vrai que on m’a fait souvent cette réflexion, par exemple, que nous avions… Mais c’est plus pour évoquer des choses, dans le fond, des choses négatives en fait. Cette comparaison a été…

GD : Non, mais là c’est dit…

MF : Non, je le sais mais là je pense à ça parce que c’est quelqu’un qui, je crois, a essayé réellement de gérer sa carrière et son image et de faire ce qu’il lui plaisait, et parfois de s’évanouir et qu’on le lui a reproché. Maintenant, est­-ce que je…Je ne sais pas, c’est quelqu’un qui a un grand talent.

GD : La dernière question : est-­ce que la vie quotidienne, c’est-­à­-dire celle qui est ni sur les planches, ni dans les studios, ni en tournage, est­-ce qu’on y trouve un peu de bonheur, de plaisir, ou est­-ce que finalement il faut attendre désespérément de faire quelque chose et de se montrer ?

MF : Je crois que j’ai besoin effectivement de faire quelque chose, et ce métier… Sinon, je le vis mal.

GD : En tous cas, on vous souhaite le plus grand succès pour le film…

MF : Merci beaucoup.

GD : …à vous et à Laurent Boutonnat. Le film donc qui est sorti aujourd’hui sur les écrans et que je vous encourage vivement à aller voir, parce que c’est un film qui ne ressemble pas aux autres et c’est tant mieux ! Ciao, à demain. MF : Merci beaucoup… Générique de fin de l’émission.

TALKSHOW 5 OCTOBRE 1994 Présenté par Guillaume DURAND LCI

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Les Questions que se pose Mylène Farmer

Posté par francesca7 le 23 décembre 2015

 

mylene farmerMylène Farmer vient de vivre sa première tournée en 1989. Trois cent mille spectateurs, plus de 40 dates et 3 pays (France, Suisse et Belgique). Elle s’achève le 8 décembre 1989 à Paris-Bercy. La tension retombée, la chanteuse s’est posé beaucoup de questions.

« C’est un moment de vide, et non pas de doute. Une absence d’idées quant à une écriture pour un autre album. C’est pour cela que j’ai laissé passer un peu de temps avant d e me remettre à écrire. C’est difficile d’envisager d’écrire après un moment pareil….

Le retour au quotidien a été un peu à l’image d’une dépression, mais j’étais quand même relativement entourée. Mais tous ces états de choses très puissantes et puis rien, c’est presque inhumain. Tout artiste est amené à vivre cela heureusement ou malheureusement…« . déclare-t-elle.

L’année 1990 est calme pour Mylène. Début 1991, les 11 et 12 janvier, elle « change de tête » et confie sa nouvelle coupe de cheveux au célèbre coiffeur Jean-Marc Maniais. Un nouveau look très androgyne. En février, Mylène et Laurent Boutonnat sont à Budapest en Hongrie pour le tournage des deux premiers clips du prochain album. En mars 1991, c’est le grand retour avec la sortie de Désenchantée, premier extrait de l’album L’autre…

C’est une véritable tornade. Les supports sont en vente le 18 mars. Désenchantée va devenir le plus gros tube de Mylène avec neuf semaines consécutives à la première place du TOP 50 français, mais aussi en pôle position en Belgique. Plus de 800 000 exemplaires vendus et deux disques d’or. Le succès va encore se confirmer avec la sortie du clip le 3 avril de la même année. La promotion de l’album débute le Dimanche 7 avril 1991 avec la diffusion sur M6 de l’émission Pour un clip avec toi. Laurent Boyer a eu l’honneur de pouvoir filmer le tournage du clip et d’interviewer Mylène et Laurent en Hongrie, une première, et il n’y a d’ailleurs pas eu de nouvelle initiative identique depuis.

Le lundi 8 avril 1991, Mylène est aussi pour la première fois l’invitée d’un journal télévisé de 20 heures, celui de Patrick Poivre d’Arvor sur TF1, l’album L’autre…. est disponible en magasin le même jour ; Pour Désenchantée, Mylène propose cinq prestations télévisées très travaillées, chorégraphiées, dans une à l’étranger, en Italie. La promotion se fait aussi en radios avec de longues interviews (NRJ, RTL…) et surtout dans la presse. L’autre… entre directement à la première place du TOP albums français, place à laquelle il restera pendant vingt  semaines consécutives, établissant alors un record. L’album est certifié disque de diamant pour plus d’un million d’exemplaires vendus et les ventes totales en France sont estimées à plus de 1 800 000 exemplaire. Beau succès aussi à l’étranger. L’autre… est n° 1 et disque de platine en Belgique francophone et album d’Or en Suisse.

Pour succéder au tube Désenchantée, le choix se porte sur le duo (le premier) avec Jean-Louis Muras, Regrets. C’est Mylène qui aurait proposé ce duo après avoir écouté et aimé l’album Cheyenne Autumn du chanteur ; Alors même que Désenchantée est toujours intensément diffusée sur les ondes, Regrets est envoyée en radio dès le début de l’été et l’accueil est excellent.

Belle audace que de lancer cette ballade mélancolique, qui sera de surcroît illustrée par un clip en noir et blanc et enneigé, à une saison habituellement dévolue aux tubes dansants et sentant bon le soleil et la plage. Le single est disponible le 19 Juillet 1991 et plusieurs supports sont proposés : un 45 Tours, un CD maxi (dont une édition limitée avec un pin’s), un maxi 45 tours et une cassette single ; Les ventes en France sont estimées à plus de 250 000 exemplaires, le single est donc certifié disque d’or. Le clip est réalisé par Laurent Boutonnat à Budapest fin février 1991, en même temps que celui de Désenchantée et diffusé pour la première fois à la télévision le 9 septembre dans l’émission Stars 90 animée par Michel Drucker sur TF1.

Mylène est également présente sur le plateau pour évoquer son voyage avec Luc Besson en Arctique pendant l’été.

Pour le troisième single extrait de l’album L’autre…, e choix de Mylène se porte sur Je t’aime mélancolie, un titre très différent des précédents. Avec des consonances rap, il est plus rythmé et plus dansant ; Fait très rare, c’est une nouvelle version ixée par Laurent Boutonnat et Thierry Rogen qui est proposée aux radios, une version plus brève (introduction raccourcie), plus dynamique et encore plus efficace que celle de l’album. Les couplets de cette chanson sont plus parlés que chantés.

Début novembre 1991, un CD promo est envoyé aux radios. Et, pour la première fois pour un single de Mylène, un « promo luxe » est créé par Henry Neu : une pyramide en 3D. En choisissant ce titre, Mylène semble vouloir s’éloigner transitoirement des textes uniquement sombres et mettre en avant non seulement une autre facette de son personnage, mais aussi la richesse de sa plume.

Beaucoup d’humour dans ces paroles, avec une évidente référence aux médias, notamment à la presse qui ne lui a pas épargné les rumeurs infondées ou critiques souvent gratuitement assassines depuis des années.

Mylène déclare en septembre 1991 :

« Il est vrai que la mélancolie fait partie de mes thèmes de prédilection. L’état de mélancolie est quelque chose d’aigre-doux. J’ai essayé de développer cette idée… J’aime bien ces états même s’ils sont parfois un peu douloureux. On peut se laisser un peu bercer dans ces états même si cela mène sur les larmes. Mais les larmes j’aime ça aussi« 

MylèneLe 19 novembre, quatre supports sont proposés : un 45 tours, un maxi 45 tours, un CD maxi et une cassette audio. La photo utilisée pour illustrer les pochettes de ces différents supports est de Marianne Rosenstiehl, Les supports offrent des contenus assez variés, ce qui fera le bonheur des collectionneurs déjà très nombreux ; Les fans ont également la joie de découvrir un titre inédit, Mylène is calling, uniquement sur le CD Maxi France. Cette chanson qui fait partie des titres les plus « expérimentaux » du duo Farmer-Boutonnat passe en boucle un message qu’airait laissé Mylène sur le répondeur de Laurent. Je t’aime mélancolie est également l’un des singles de Mylène à bénéficier du plus grand nombre de supports destinés à l’étranger.

Malheureusement, le titre y passera plutôt inaperçu, même en Allemagne ou Mylène effectuera pourtant une prestation télévisée : il se classera tout de même à la 79è du TOP single allemand. Le single entre à la 15è place du TOP50 français. Il atteindra la 3è positon quelques semaines plus tard et s’écoulera au total à environ 300 000 exemplaires.

S’ensuit un très joli succès à peu près équivalent à celui du single précédents, Regrets. Mylène interprète le titre lors de quatre prestations télévisées :

 Sacrée Soirée le 11 décembre 1991 sur TF1,

Tous à la Une le 27 décembre 1991 sur TF1 Ein Kessel Buntes sur la chaîne allemande MDR.

Le clip est réalisé aux Studio Sets à Stains en novembre 1991. Le tournage dure quatre jours (deux jours pour les scènes de combats et deux jours pour les cènes chorégraphiées avec dix danseuses). Un tournage intensif, l’équipe travaillant chaque jour de 7 heures 30  à 20 heurs 30. Le photographe de plateau est Claude Gassian, il s’agit d’une première collaboration.

La chorégraphie a été conçue par Mylène. Pour les scènes de combats, Mylène s’est entraînée durant six jours avant le tournage avec un coach professionnel. Le boxeur présent dans le clip est un boxeur professionnel yougoslave ; Mylène est vêtue d’un porte-jarretelle cuir, d’une guêpière et d’une ceinture également en cuir, le tout créé par Jean-Paul Gaultier ; Le clip est diffusé pour la première fois à la télévision le 15 décembre 1991.

extrait de Mylène Farmer Ses mots, Ses clips aux Editions Chapitre.com 2014

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Mylène Farmer Ses mots, Ses clips

Posté par francesca7 le 20 décembre 2015

 

Même si aujourd’hui elle est arrivée au sommet, ses débuts ont été bien difficiles. Mylène Farmer est connue pour ses textes très recherchés et ses clips hors-normes. Tout ça lui a permis de créer son propre univers avec ses codes, ses références… La chanteuse a choisie de ne s’exprimer que dans ses chansons, seule auto-biographie officielle. Elle y évoque sa mélancolie, ses doutes, son mal de vivre mais aussi ses joies, ses rires. L’interprète de Libertine est d’ailleurs souvent décrite comme la chanteuse la plus secrète de France car à part ses mots, on ne sait dans le fond pas grand chose. Retour sur un parcours pas comme les autres.

  • Discipline: art-musique-et-cinemamylene-farmer-ses-mots-ses-clips-explicit-publishing
  • Parution: 23-06-2014
  • Auteur: Explicit Publishing
  • ISBN: 979-10-290-0061-4
  • Format: 150×230 mm
  • Nombre de pages: 112
  • Serie / Collection: Chapitre.com

 

Même si c’est peut-être l’une des chansons de Mylène qui a le plus mal vieilli, Maman a tort symbolise d’abord des rencontres. Le texte est signé Jérôme Dahan. Il écrira cette comptine pour adulte bien avant que l’interprète ne soit choisie et trouvera l’inspiration lorsqu’il regardera le deuxième volet du film Psychose. Laurent Boutonnat, dont il est l’ami depuis le début des années 89, composera la musique. Une fois le titre prêt, le duo sent qu’il s’agit des prémices d’un tube ; Il décide donc d’organiser un casting à la fin de l’année 1982 afin de trouver une chanteuse. Celui-ci se déroule dans le studio de Jean-Claude Déquéant, ingénieur du son,  Auberviliers(93)

Une cinquante de candidates fera le déplacement, et par elles, une certaine Mylène Gautier.

A cette époque la future artiste n’a pas plus de vingt ans et ne connaît pas vraiment un grand succès dans sa carrière (professionnelle. Elle a arrêté ses études en 1978, au début de son année de Terminale. Ensuite, comme beaucoup de jeunes, elle a cherché sa voie et effectué des petits boulots tels qu’assistante dans un cabinet dentaire ou vendeuse de chaussures. Mylène s’est aussi essayée au mannequinat et au théâtre, mais sa timidité s’est révélée rapidement un problème. En revanche, le jour du casting, elle est plutôt détendue et a même un fou rire lors de l’écoute  de son enregistrement. Plus tard, Laurent Boutonnat déclarera qu’avant même d’entre chanter Mylène , son choix était fait. Il la volait, elle et son côté « psychotique » et personne d’autre.

Les jours suivants seront consacrés aux arrangements et au mixage. Même si la chanson est enregistrée le plus dur reste à venir : il faut trouver une maison de disques.. C’est une grande difficulté et les recherches vont prendre plus d’un an.

Durant cette période, Mylène poursuit ses expériences de mannequin en faisant quelques photos et des publicités pour la télévision, mais tout cela ne la passionne pas. Jérôme Dahan et Laurent Boutonnat vont essuyer des refus systématiques, mais le duo ne se décourage pas pour autant et la persévérance finit par payer. François Dacla accepte de sortie le titre chez RCA et propose un petit contrat à Mylène Gautier. Il est désormais l’heure de se trouver un nom de scène. Très vite, elle va choisir le psychodrame de Farmer, en hommage à Frances Farmer, actrice au destin tragique.

Maman a tort qui sera dédié. Pour commencer, la maison de disques va sortir en mars 1984 deux supports ; un maxi 45 Tours puis un 45 Tours. La couverture sera en noir en blanc, illustrée par une photo prise par John Frost quelques années plus tôt, lors de la constitution d’un book. La face B du vinyle propose une version instrumentale du titre, les moyens manquant pour produire une nouvelle chanson. Laurent Boutonnat qui, malgré son jeune âge, a déjà un film à son actif, La Ballade de la féeconductrice, va prendre en charge la création d’un clip. Avec un budget de 5000 francs, soit environ 750 euros, le clip va être rapidement qualifié de « Clip le moins cher de l’histoire de la musique ». Le titre, pourtant accueilli RECORDS DE MYLENEfavorablement par la presse, peine à s’imposer et la maison de disques semble y mettre peu de volonté.

C’est à ce moment là qu’intervient Bertrand le Page. Editeur et manager, il va changer la destinée de cette chanson. D’abord, il souhaite sortir une nouvelle version du 45 Tours qui sera proposée durant l’été. Même si la photo de Mylène désormais Farmer, est toujours en noir et blanc, la chanteuse sourit et une touche de couleur va êtres apportée. L’objectif ; séduire les adolescents. Ensuite, Le Page va programmer des passages à la télévision, des interviews dans la presse « jeune » et demander une version anglaise du titre, My mu mis wrong, qui n’aura aucune exploitation à l’étranger 

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La dernière surprise de Mylène

Posté par francesca7 le 12 décembre 2015

 

le dernier mylène

Connu pour ses longs-métrages « Martyrs » (2008) et « The Secret » (2012), le réalisateur français n’a pas été choisi au hasard : spécialiste du cinéma d’horreur, il a été chargé de donner vie aux cauchemars les plus obscurs de l’artiste. A-t-elle été inspirée par la série « American Horror Story », dans laquelle Lady Gaga campe une tenancière vampirique et démoniaque ? Quoi qu’il en soit, la vidéo de « City of Love » prend place dans un manoir sinistre balayé par les vents lors d’une nuit d’orage, à en croire un premier teaser terrifiant. Dans cette demeure, la nature semble éteinte et les cadavres sans vie de colombes sont là pour en témoigner. Dans une pièce où les meubles sont recouverts de toiles d’araignée, une voix grave émane d’un poste radio pour annoncer la météo capricieuse et l’étrange phénomène qui touche les oiseaux. Soudain, sur le carreau embué, une main blanchâtre aux griffes pointues fait son apparition… A l’évidence, Mylène Farmer nous réserve de drôles de surprises !

Mylène Farmer a fait son choix : son nouveau single sera « City of Love ». Le deuxième extrait de l’album « Interstellaires » va s’offrir un visuel sombre et terrifiant si l’on en croit le premier teaser du clip, signé du réalisateur Pascal Laugier.

Juste avant les fêtes de fin d’année, Mylène Farmer met ses fans en émoi. Pour poursuivre la promotion de son son dixième album « Interstellaires », déjà écoulé à près de 200.000 exemplaires en un mois, la chanteuse a jeté son dévolu sur « City of Love ». C’est ce nouvel extrait, lumineux et aérien, qui prend la succession de  »Stolen Car », son duo avec Sting. Alors qu’elle a défendu ce titre remixé par The Avener à la télévision américaine il y a quelques jours, Mylène Farmer songe déjà à la suite et a confié à Pascal Laugier le soin de réaliser son nouveau clip. 

Jugez plutôt !

En savoir plus sur http://www.chartsinfrance.net/Mylene-Farmer/news-100174.html#BczqSKxt5gOqejUL.99

 

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MYLENE dans la Presse pour un film

Posté par francesca7 le 4 décembre 2015

 

C’est un effeuillage dans les règles de l’art que s’offre la chan­teuse avec Fragile, livre de photos sensuelles réali­sées par Sylvie Lancre­non, à paraître ce 15 mai (aux Editions Anne Carrière). En atten­dant notre sujet exclu­sif sur cette colla­bo­ra­tion, en kiosque dès ce mercredi 13 mai, arrêt sur un détail anato­mique parti­cu­liè­re­ment révé­la­teur de l’icône Farmer.

mimi (2)

Comme Isabelle Adjani, autre modèle de la photo­graphe Sylvie Lancre­non, autre figure statu­taire du spec­tacle français, autre mystère au teint d’al­bâtre et aux accès de fièvre, de ceux dont les fêlures laissent passer la lumière, elle aurait pu incar­ner une formi­dable Camille Clau­del, sœur du drama­turge Paul Clau­del et sculp­trice de talent, brisée par son mentor et amant Auguste Rodin, réduite en éclats d’elle-même entre les murs l’asile de Ville-Evrard, en Seine-Saint-Denis.

Malgré ses liens privi­lé­giés avec des gens du 7eme art comme feu Claude Berri, Vincent Lindon, Luc Besson, Jean Roche­fort ou encore David Lynch, Mylène Farmer n’a pas fait son cinéma. Un premier rôle dans Gior­gino, premier long-métrage de son ancien complice Laurent Bouton­nat, le doublage de la prin­cesse Sélé­nia, trou­blant avatar animé, dans Arthur et les Mini­moys et puis… plus rien. A ce jour, du moins… Qu’im­porte. Troi­sième enfant d’un ingé­nieur des ponts et chaus­sés muté au Canada où elle passera les premières années de sa vie, Mylène Gauthier a fait mieux : elle a déroulé le film de sa vie et créé Mylène Farmer, un peu comme Dieu créa la femme. Patiem­ment.  Méti­cu­leu­se­ment. De ses propres mains.

Alors que sort ce 15 mai Fragile, bel ouvrage de quatre-vingt dix clichés inédits de l’ar­tiste, et, véri­table réflexion sur la créa­tion, la pulsion de vie et le mouve­ment, entre­prise en colla­bo­ra­tion avec Sylvie Lancre­non, il s’agit juste­ment de reve­nir sur… les mains de Mylène Farmer ! Au même titre que ses pieds ou son regard, elles sont photo­gra­phiées en détail dans Fragile, le livre de 168 pages publié par les éditions Anne Carrière. Un juste choix, car pour avoir rencon­tré la chan­teuse, s’il est bien une partie de son anato­mie qui vous surprend, vous saisit, voir vous imprègne, ce sont ses deux mains.

Je n’y avais pas prêté atten­tion, dans le cadre de notre première inter­view, réali­sée dans la foulée encore hale­tante de sa tour­née Time­less 2013 et parue dans les pages de Gala le 24 décembre 2013. Le 27 mars 2014, l’oc­ca­sion me fut donnée de procé­der à un petit erase and rewind. Rencontre, prise 2, moteur… action ! Invité au Gaumont Opéra, dans le 9e arron­dis­se­ment de Paris, à décou­vrir le film de sa dernière odys­sée scénique (avant qu’il n’at­teigne des records de vente sous la forme d’un DVD quelques semaines plus tard), l’humble et pour­tant si talen­tueux réali­sa­teur François Hanss, un proche, surtout le sien bien­tôt trente ans, m’in­vite au géné­rique de fin à rejoindre la coupole de la salle de cinéma pour célé­brer le succès de la projec­tion sur le plan natio­nal ce soir-là (plus de 100 000 spec­ta­teurs dans toute la France). Les fans évacuent les lieux, encore ébahis, sonnés, par le voyage de deux heures qu’ils viennent de vivre. Je ne vais pas être déçu par celui que j’amorce, en emprun­tant un dédale de coulisses et de marches. En pleine discus­sion avec Pascal Nègre, p-dg d’Uni­ver­sal Music, elle est là. La surprise tient en sa seule présence. D’or­di­naire, Mylène Farmer ne goûte guère à l’au­to­cé­lé­bra­tion, encore moins à cette bulle vite soûlante que peut être la vie nocturne pari­sienne. Au soixan­tième anni­ver­saire de Domi­nique Besne­hard, fêté un moins plus tôt au Théâtre du Rond-Point, elle fut la seule star à se sous­traire à la mitraille des photo­graphes. Dans un monde où il faudra bien­tôt prier pour ses quinze minutes d’ano­ny­mat, admi­rable instinct de préser­va­tion de soi. Mais ce 27 mars, pour la chan­teuse, il s’agit surtout de préser­ver l’ami­tié et le respect qui la lient à toute l’équipe ayant œuvré sur le film Time­less.

MYLENE TVAutre ami commun, Anthony Souchet refait les présen­ta­tions. Cheveux lâchés, boléro, jupes et bas noirs, si menue, elle susurre un « merci d’être là », dans ce que je crois me remé­mo­rer être un sourire. A vrai dire, impos­sible, encore à ce jour, de me souve­nir de son regard, de la finesse de ses traits, de la pâleur de sa peau, ce 27 mars. Il fait sombre, certes. Mais surtout, l’em­preinte de sa main a tout occulté. Court-circuit,blackoutshake it off. Nulle autre rémi­nis­cence que cette poignée franche, forte, presque virile, qu’elle m’adresse. Comme Camille Clau­del, la « fragile » Mylène Farmer a des mains de créa­trice, plutôt fines mais puis­santes, incroya­ble­ment puis­santes (et, note person­nelle, dieu sait que nous abhor­rons les mains molles qui, à peine saisies, se dérobent). De ces mains, elle a, semble-t-il, long­temps fait un complexe, gantée à la mode liber­tine ou emman­chée jusqu’aux phalanges. En trente ans de carrière, elle leur en aura même fait  voir de toutes les couleurs, dans ses clips : le rouge du sang (Sans Logique,Beyond my controlJe te rends ton amour…), le blanc de la neige (Désen­chan­téeFuck them all…), le brun de la boue et de la glaise (Ainsi soit-jeA l’ombre…)… Jeux de mains, jeu de Mylène. Se pour­rait-il être, pour­tant, plus beau signe distinc­tif chez une femme qui a su prendre les rênes de sa vie, renon­cer en pleine année de termi­nale à bacho­ter pour mieux murmu­rer à l’oreille des chevaux, puis à celle d’un public tout acquis à son art ? Le reste de son histoire, vous la connais­sez.

Nous avons choisi, pour l’ou­ver­ture de notre sujet exclu­sif en kiosque ce mercredi 13 mai, une photo du livre Fragile réali­sée par Sylvie Lancre­non, sur laquelle, Mylène pose allon­gée, visage tourné, main tendue. Comme une invi­ta­tion à saisir cette main. Avant que le mythe Farmer ne dispa­raisse. Encore une fois. Peut-être défi­ni­ti­ve­ment. Atten­tion, Fragile ! Atten­tion aux chefs-d’œuvre en péril…

Source originale : http://www.gala.fr/l_actu/news_de_stars/mylene_farmer_jeux_de_mains_jeu_de_m_341374

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Si vieillir lui était compté

Posté par francesca7 le 14 novembre 2015

 Vieillir chez Francesca

      Pour la première fois, le visage n’est pas lisse. Le front est strié de rides d’expression. Les yeux sont creusés de cernes que le maquillage accentue. Les cheveux sont plaqués à l’arrière. Sur certains clichés, elle nous fixe avec gravité. Sur d’autres, elle semble perdue, le regard fuyant. Devant l’objectif de Peter Lindbergh, Mylène a accepté de se montrer telle qu’elle est, loin de l’imagerie diaphane véhiculée depuis ses débuts. Une femme à la quarantaine épanouie. Et ces petits défauts n’enlèvent rien à sa beauté. Au contraire, le photographe a réussi à faire affleurer sur son visage la sourde inquiétude qui nourrit l’artiste. Publiés dans la version française du magazine Vogue, ces clichés en noir et blanc ont créé un réel émoi parmi ses inconditionnels.  

      « Beaucoup de gens m’ont avoué que cette série leur avait montré une Mylène Farmer plus “vraie” », a confié Peter Lindbergh après la séance. Lors de la première rencontre entre le photographe et la star, en 1999, son intention avouée était précisément de « casser son image glamour cheveux roux et bouclés ». Pour parvenir à un tel résultat, le maquillage a été déterminant. S’il sert, d’ordinaire, à masquer les défauts, « nous avons choisi, pour cette séance, de renforcer au contraire ces imperfections ». 

Et, si l’on en croit Lindbergh, la star se serait montrée très satisfaite des clichés. « Cette série a été une sorte d’expérimentation pour Mylène, qui était curieuse de savoir ce qui pourrait en ressortir. Alors que, souvent, les acteurs et les musiciens que je photographie imposent des conditions précises, elle s’est montrée au contraire totalement ouverte à mes propositions. Je crois qu’elle a apprécié la complexité qui se dégageait de ces portraits. » 

     Une Mylène sans artifices, rattrapée par les marques du temps… Sans le défi artistique de confier son visage à l’une des plus prestigieuses signatures de la photographie, la chanteuse aurait-elle accepté d’écorner la belle image ? Peut-être que non. Pour l’esthète qu’elle est, voir sa jeunesse s’enfuir n’est absolument pas un sujet de réjouissance. Dès 1998, elle le dit dans une chanson de l’album Innamoramento, dont le titre Et si vieillir m’était conté, renvoie à un film illustre de Sacha Guitry : « La nuit de ses doigts de fer / A abîmé la chair / De sa rouille cruelle. » Mais pourquoi donc la vie, après avoir donné la beauté, s’acharne-t-elle à la reprendre ? La question ne cesse de hanter le poète depuis l’aube de l’humanité. Il est si cruel, en effet, de voir se faner la beauté des femmes que le XXIe siècle semble livrer une guerre sans merci contre cette infamie.

     Anticiper, n’est-ce pas la seule manière d’accepter l’inacceptable ? Sans doute, mais cela n’empêche pas de se battre pour freiner la course du temps. Interrogée par un journaliste russe en 2000, qui lui demande si elle songe avoir recours, un jour prochain, à la chirurgie esthétique, Mylène répond sans détour. « Je ne crois pas. Beaucoup de femmes avec le temps deviennent plus belles qu’elles n’étaient. Ceci dit, je souhaite rester attrayante longtemps encore ! » 

     Pour continuer à séduire son public, elle le sait, préserver la fraîcheur de ses traits est essentiel. Et la chanteuse relève le défi haut la main, comme le confirment tous ceux qui l’approchent. Daniela Lombroso, qui la reçoit en 2005 dans une émission de France 2, parle même d’un « teint de jeune fille ». En même temps, assumer son âge, pour Mylène, c’est aussi accepter de se montrer plus pulpeuse, avec ces formes plus féminines dont elle rêvait adolescente, lorsqu’elle se trouvait trop fluette. 

     Quand elle arpentera la scène du Stade de France, le 12 septembre 2009, la star fêtera en public ses quarante-huit ans. « C’est un pur hasard, jure-t-elle. Il y a longtemps que je ne fête plus mon anniversaire.  L’idée de réunir des personnes pour le célébrer me tétanise  ! » Quelle sera alors sa réaction devant des dizaines de milliers de fans hystériques ? Une immense émotion, sans aucun doute, provoquant un torrent de larmes, c’est inévitable. Chaque année, la chanteuse reçoit des centaines de cadeaux de ses admirateurs, envoyés à sa maison de disques ou à son domicile parisien. Impossible pour elle d’oublier la date de son anniversaire : ses fans ne manquent jamais de la lui rappeler. 

     À quarante-huit ans, bien des chanteuses ont pris leur retraite. Mylène est l’exception. Et il y a fort à parier que Jean Paul Gaultier, responsable des costumes de la prochaine tournée, s’apprête à dessiner des tenues de scène sexy en diable. S’exhiber en cuissardes, à la ville comme à la scène, ne lui fait pas peur. « Vieillir, je l’accepte parce que c’est une fatalité. Mais grandir, non  ! » La raison raisonnable, elle laisse ça à d’autres : quand il s’agit de s’habiller, seul compte le plaisir de se sentir désirable, pour soi et pour les autres. 

      Une sorte de fuite en avant ? Certains n’hésitent pas à le penser. « Vieillir devant son public est un risque énorme pour elle, un danger de voir s’écrouler le mythe qu’elle a échafaudé », me dit Christophe Mourthé. Il y aura donc fatalement un cap difficile. Pas facile, en effet, de se projeter dans un futur

lointain quand on a bâti sa carrière sur une image érotique. On le voit bien avec Madonna qui, à cinquante ans, en fait trop dans le côté exhibitionniste.  Certes, comparer les deux chanteuses est une entreprise contestable, un poncif auquel il faut s’empresser de tordre le cou. « Je pense que Mylène a une vision artistique plus profonde et plus riche que celle de Madonna, confie Mark Fischer. Peut-être est-elle moins fashion, mais à travers son travail, elle essaie de nous dire quelque chose au sujet de l’existence. » 

      C’est justement pour cette raison que la star française est à l’abri d’un tel écueil : son répertoire ne repose pas tout entier sur une image érotique. Il y a dans les paroles de ses chansons un regard posé sur l’existence, des messages d’une teneur universelle qui s’adressent à l’esprit et ne se fondent pas exclusivement sur le désir. Et puis, elle a prévenu : « Je sais que viendra le moment où je ressentirai la nécessité de me retirer. » Pas question, donc, pour elle de livrer le combat de trop, celui qui réduirait à néant vingt-quatre ans de carrière. A-t-elle pour autant l’intention de faire ses adieux dans les années à venir ? « Par respect pour le public, je n’utiliserai jamais cela comme un argument promotionnel », répond-elle à Jérôme Béglé, qui lui demande si le Stade de France sera son ultime concert. 

     Partir comme Greta Garbo, demeurer mythique en gardant l’image intacte… C’est une hypothèse qui n’est pas exclue, mais pas totalement séduisante non plus, tant elle exige de renoncer à un métier qui agit comme une drogue puissante, et surtout de ne plus répondre à la vague d’amour qui s’est abattue sur elle. Le retrait de la Divine, aussi bénéfique fût-il pour sa postérité, pourrait bien avoir en même temps gâché sa vie. 

     Mylène est-elle prête à un tel sacrifice ? Rien n’est moins sûr, d’autant qu’elle semble désormais comblée sur tous les plans. « Je souhaite faire ce métier le plus longtemps possible », confiait-elle en 2004.      Dès lors, on peut donc très bien imaginer qu’elle continue à publier des albums durant encore dix ou quinze ans – à condition, bien sûr, qu’un tel format musical continue d’exister. Si elle persévère dans cette voie, sans doute peut-elle aspirer à un destin à la Barbara, faire vivre le culte dans le cadre de salles intimistes, accompagnée par un seul piano. Une seconde carrière qui ne manquerait pas de panache. Certes, pour l’heure, elle clame encore son goût de la démesure, mais elle conçoit déjà l’instant où cet appétit aura disparu : « Je saurai quand viendra le moment où il faudra que je change. Non pas le fond de mon expression, mais la forme. » 

     Pour tous ceux qui imaginent Mylène comme une femme conduisant sa carrière d’une main ferme sans jamais trembler, le témoignage de Marie de Hennezel, qui a rencontré la star à plusieurs reprises, permet de nuancer le propos. Quelques mois après l’entrevue sur un plateau de télévision organisée par Jean-Luc Delarue, en 1996, la psychologue répond favorablement à une invitation à déjeuner. « C’est un moment qui m’a beaucoup marquée. C’était chez elle, dans un grand appartement. J’étais touchée qu’elle me fasse ainsi entrer dans son intimité. J’ai pu y voir toute la fragilité et la vulnérabilité de cette jeune femme. La solitude aussi. Car elle est l’objet de tant de projections que cela en devient comme une forme de prison. [...] On sent qu’elle est perméable, qu’elle capte les choses et je pense que c’est au prix d’une certaine solitude. Elle m’a vraiment beaucoup touchée. » 

     Une chanteuse prisonnière de l’image qu’elle s’est construite, condamnée à répondre au désir de Ceux qui l’aiment : telle est l’équation difficile que Mylène doit résoudre en permanence. Certes, son devoir d’artiste est d’exprimer ses émotions, mais elle ne peut que s’inscrire dans la continuité du fil qui la relie au public depuis toutes ces années. Elle l’avoue au détour de la chanson Si j’avais au moins… : « Et moi l’étrange paumée / Fiancée à l’enténèbrement. » Bien qu’elle ait terrassé ses fantômes intérieurs, ils continuent de la poursuivre, comme si elle ne pouvait leur échapper. Sur le plateau du 20 heures de TF1, face à Claire Chazal, elle avoue ainsi s’être amusée avec le mot Dégénération, comme pour adresser un clin d’œil à une autre de ses chansons, Désenchantée. 

    Si vieillir m'était conté Pour demeurer à la hauteur de sa légende, Mylène n’est-elle pas condamnée à ressasser inlassablement les mêmes thèmes, à jongler avec les mêmes états d’âme ? « Tout créateur se répète inlassablement et inexorablement », dit-elle. Elle n’a pas tort. Et c’est même ce qui la différencie d’une Madonna, caméléon qui s’épuise à épouser sans cesse les dernières tendances. La star française possède a contrario une extraordinaire constance. Son entêtement à toujours creuser le même sillon, sans tenir compte des modes, signe sa condition d’artiste véritable.  

     « Le sentiment d’abandon est quelque chose qui me hante », dit-elle. N’est-elle pas, au fond, dans la position de la femme aimée qui, par peur de décevoir son amoureux, se force à incarner son fantasme afin de rester désirable à ses yeux ? « Elle ne cesse de chanter son mystère sans jamais dire son secret », a dit Thierry Demazière à propos de Mylène. Il y a quelque chose de juste et de profond dans cette phrase. Et l’erreur de bien des biographes est sans doute d’avoir cru qu’un tel secret pouvait être exhumé. 

Mieux, que sa révélation pouvait expliquer l’œuvre comme une évidence. Et si cette part de mystère irrésolue ne constituait-elle pas, au fond, la clé d’un succès nourri par les seules projections du public ?

C’est bien connu, le secret est le meilleur terreau pour l’imaginaire. 

     Dire cela ne retire rien à l’exception de ce parcours, ni même à la singularité de l’œuvre. Car quoi qu’on écrive sur elle, Mylène Farmer restera, dans l’Hexagone, la chanteuse phare du dernier quart de siècle. Aussi inspirés que soient les mots employés pour la dépeindre, aucun n’atteindra jamais la puissance lumineuse d’une de ses chansons.

 

 

Extrait du livre : MYLÈNE par Hugues ROYER aux Editions Flammarion 2008

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Le risque de l’absence

Posté par francesca7 le 2 novembre 2015

 

 

 téléchargement     Au piano, les premières notes d’Avant que l’ombre… résonnent comme un chant du cygne. Le public de Bercy sait qu’elle va disparaître. Et pour longtemps. Nous sommes le 29 janvier 2006. C’est le tableau final de la dernière date de cette série exceptionnelle de treize spectacles. Mylène est immobile, le regard dirigé vers le ciel, vêtue d’un manteau rouge sang brodé d’or et de pierres dessiné par Franck Sorbier. Au bout de quelques minutes, elle tourne le dos au public et se dirige lentement vers l’escalier, installé dans les coulisses de la scène afin de dégager une perspective – un horizon pour l’imaginaire. De chaque côté, des torches suspendues évoquent le décor conçu par Jean Cocteau pour La Belle et la Bête. 

      Un rideau d’eau, comme une pluie scintillante, sépare désormais la scène du public. Un souffle de fraîcheur se répand dans la salle. Elle gravit les marches une à une, dans un mouvement au ralenti, laissant la traîne de son manteau glisser sur le sol. Une reine en son palais. Puis, imperceptiblement, sans cesser de cheminer, elle se débarrasse de cette étoffe lourde comme un serpent le ferait d’une peau morte. 

Vêtue de sous-vêtements couleur chair, elle semble nue aux regards qui la fixent de loin. Et soudain, alors que le mot « passé » tombe en lettres d’eau, suscitant un formidable enthousiasme, elle se retourne vers la salle. Silhouette qui se découpe en ombre chinoise devant un nuage de fumée blanche, elle lève doucement la main et se fige dans cette position. Un dernier au revoir adressé au public, tandis que les deux immenses portes sculptées du décor se referment inexorablement sur elle.   Un immense vide. Dans la salle, des centaines de visages semblent perdus. Elle a été là, si proche et si lointaine, suspendue dans les airs, dansant ou pleurant au milieu de la fosse, traversant un pont suspendu, ne ménageant pas ses efforts pour que les spectateurs, de tous les côtés, Savourent sa présence.  

Et puis, plus rien. Rarement sortie de scène aura été aussi époustouflante. Toute la presse s’est d’ailleurs accordée à le reconnaître. Et le public ne s’y est pas trompé : il s’est rué sur le DVD du concert, commercialisé en novembre 2007 et vendu à près de cinq cent mille exemplaires. Encore un nouveau record. 

      Une sortie de scène qui en dit long, aussi, sur le souci qui anime Mylène de soigner le moment délicat où elle prend congé de ceux qui l’aiment. Accusée par ses détracteurs de théâtraliser ses départs pour susciter un manque chez ses fans, la star s’en est expliquée avec simplicité. « J’entretiens avec le public un rapport d’exigence, dit-elle. Je lui demande beaucoup et il me demande beaucoup. Cette relation exige la sincérité. C’est un peu comme un ami à qui vous ne donneriez pas de vos nouvelles et qui respecte ce silence parce que, précisément, il vous connaît bien. Ce silence annonce des retrouvailles encore plus belles. » 

      En même temps, il faut reconnaître que Mylène excelle dans ce jeu de cache-cache où la séduction n’est pas absente. Elle s’en amuse d’ailleurs elle-même en écrivant la chanson L’Histoire d’une fée, c’est…, qui figure sur la bande Originale du film Les Razmoket à Paris. Une commande, apparemment suggérée par Madonna – l’album est produit par Maverick, la société appartenant à la Ciccone –, que Mylène va détourner à son seul profit. Sans jamais évoquer les personnages du dessin animé, elle livre une clé aidant à comprendre sa personnalité. « Avant que minuit ne vienne / Attrapez-moi / Jeux de mains, jeux de M / Émoi », chante-t-elle avec malice, laissant entendre « aimez-moi ».  

Mylène

      Se faire rare pour maintenir le désir intact… La recette a longtemps fait ses preuves. Pourtant, elle porte en germe un risque que Mylène n’ignore pas : celui de lasser. Ainsi, en 2004, au moment de la sortie d’Avant que l’ombre… , son sixième album studio, le refus de la chanteuse d’en assurer la promotion va fragiliser son empire. À l’heure critique où le marché du disque s’est effondré de moitié, en partie à cause du développement des téléchargements illégaux via Internet, cette position intransigeante n’a rien arrangé. Lassés de voir leurs demandes d’interviews systématiquement rejetées, les médias ont boudé la chanteuse. Par un phénomène de contagion, sans doute, les radios ont moins diffusé les extraits de l’album, si l’on excepte Fuck Them All. Ainsi, la ballade Redonne-moi, jugée trop lente par les programmateurs, est-elle carrément passée à la trappe. Quant aux clips ayant illustré les singles de l’album, ils n’ont pas créé le choc attendu. Noyés dans la masse, ils n’ont pas laissé un souvenir aussi fort que nombre de vidéos précédentes.  

      Certes, le succès éclatant des concerts de Bercy, ainsi que le joli retentissement du duo avec Moby, Slipping Away – qui s’est hissé à la première place du Top 50 – ont tempéré ce sentiment. Mais les « ennemis mortels » évoqués par Mylène lors de son interview avec Thierry Demaizière sont déjà à l’affût, alléchés par l’odeur du sang, prêts à donner l’estocade finale au cas où ils sentiraient la belle flancher. Pensez donc ! Plus de vingt ans qu’ils attendent ça. Vingt ans que certains de ces artistes frustrés, chroniqueurs dans les médias ou programmateurs dans les radios, souhaitent déboulonner la statue de l’idole. Vingt ans qu’elle résiste sans pratiquer l’art des courbettes, dans une forme d’indifférence souveraine. Bras d’honneur insupportable qui alimente le ressentiment, forcément. Au début, bien sûr, les critiques l’ont affectée. Un article de Libération commentant un de ses passages sur scène a titré : « Mylène Farmer n’existe pas. » Il faut avoir la tête solide pour encaisser. À force d’être dénigrée par la presse, la chanteuse a fini par se bâtir une carapace. 

      Alors pas de quoi s’alarmer si les médias accueillent son nouvel album avec réserve. Une fois de plus, ils finiront par s’incliner devant la ferveur populaire. Car la star peut compter sur une armée de dizaines de milliers d’inconditionnels capables d’aller au combat pour elle. En août 2008, dès la première semaine de sortie du single Dégénération, ils ont été vingt-sept mille à se procurer le disque, propulsant la chanson au sommet du Top 50. Une première réponse cinglante à ceux qui ont trouvé Point de suture « sans surprise » ou « peu inspiré ». 

     Parce qu’elle n’est jamais aussi guerrière que dans l’adversité, Mylène a décidé de frapper fort pour son retour. Pas question de se répandre en interviews, mais pas question non plus de briller par  son absence, ce qui signifie bien cibler sa promotion. Un plan imparable en trois étapes.       

Une interview dans Paris Match en mars 2008 pour annoncer son retour sur scène. Une interview dans Têtu en septembre 2008, en direction du noyau dur de ses fans, avec une couverture qui frappe les esprits. Une apparition remarquée, vêtue d’un blouson de cuir noir, sur le plateau du journal de 20 heures de Claire Chazal le 31 août, sur fond de polémique avec Laurence Ferrari, à qui elle aurait refusé, quelques jours plus tôt, une interview en duplex.   Il n’en fallait pas davantage pour que la belle, sans déroger à sa ligne de conduite, semble soudain omniprésente. Son album, ses concerts, les nouveaux records, toute la presse en parle, et la Toile s’enflamme. Une fois de plus, elle a réussi à forcer ses détracteurs, qui rêvaient tant de la bouder pour que le public l’oublie, à parler d’elle sans pour autant condescendre à leur adresser la parole.  

      Parviendra-t-elle à réaliser son rêve de disparaître totalement tout en continuant à publier des albums ? Désormais, ce défi ne lui semble plus hors de portée. La preuve ? Alors que la plupart des journalistes ont largement commenté la photographie trash de la poupée recousue, aucun n’a souligné que, pour la première fois de sa carrière, la chanteuse était absente de la pochette. Tout juste trouve-t-on un portrait d’elle, de profil, à l’intérieur du livret – avec, sur l’épaule, une cicatrice composée de trois lettres qui semblent signifier, dans la langue hébraïque : « Avec la volonté de Dieu ». Ce qui confirme l’impression d’un effacement progressif : si l’on regarde les clips de ces dernières années, on constatera que la chanteuse est invisible dans trois d’entre eux, C’est une belle journée, Peut-être toi et Slipping Away.  

      Malgré tout, conjurer le risque de l’absence, elle le sait, demeure un exercice périlleux, surtout dans le monde contemporain. Se situer en marge de la société des people, qui repose sur un brouillage des lignes entre vie privée et vie publique, revient, bien sûr, à demeurer l’exception. Mais c’est aussi refuser de jouer le jeu, être menacée de disqualification. Contrairement à une Isabelle Adjani qui, après avoir préservé son mystère durant plus de vingt ans, est descendue dans l’arène people, durant l’été 2004, pour évoquer sa rupture avec Jean-Michel Jarre, Mylène tient bon. Dans l’Hexagone, elle demeure l’ultime figure d’un star-system finissant, désormais remplacé par l’avènement des people. « Vous savez, si on  y réfléchit bien, dit-elle, les conséquences de ce silence dont vous parlez auraient pu être un handicap à toute idée de succès. J’ai pris ce risque parce que je n’avais pas le choix. »  

     Combien de temps tiendra-t-elle encore ? Ne cédera-t-elle pas un jour au chant des sirènes, pour qu’on parle d’elle, à cette forme de troc par lequel, en échange de révélations intimes, un magazine est prêt à évoquer votre album ou le film dont vous faites la promotion ? Ce serait mal connaître Mylène. Qu’on ne compte pas sur elle pour démolir par un faux pas funeste la forteresse qu’elle a mis tant d’énergie à construire. Bien que de tempérament mélancolique, elle n’a aucun goût pour l’autodestruction.  

 

Extrait du livre : MYLÈNE par Hugues ROYER aux Editions Flammarion 2008

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L’exil américain de MYLENE FARMER

Posté par francesca7 le 12 septembre 2015

 

 

images (1)Une piscine inondée de soleil. Les cheveux relevés en chignon désordonné, Mylène s’y baigne nue. Elle s’est délestée du deux-pièces noir qu’elle portait en arrivant. Il fait trop chaud pour supporter une étoffe. Une caméra la filme, indiscrète. Après quelques mouvements de brasse, elle rejoint le bord de la piscine. Aveuglée par la lumière, elle plisse les yeux. On devine l’arrondi d’un sein lorsqu’elle attrape la serviette qu’une main lui tend – l’homme à la caméra, sans doute. 

Voilà plusieurs semaines qu’elle s’est exilée à Los Angeles, comme pour oublier Paris et fuir le plus loin possible l’échec de Giorgino. Elle y restera neuf mois, le temps d’accoucher d’un nouvel album. Et aussi de passer son permis de conduire – indispensable pour ne pas mourir d’ennui en Californie. Elle a choisi un hôtel réservé à une clientèle huppée, le Sunset Marquis, sur Alta Loma Road – fréquenté notamment par Steven Spielberg. Loué une villa à six cent cinquante euros la nuit avec garage, parc, Jacuzzi, salle de sport et, donc, piscine privée. Ici, aucun risque pour elle d’être dérangée : caméras de surveillance et vigiles veillent à la tranquillité des clients. Chaque jour, aux alentours de midi, un garçon en livrée apporte une bouteille de champagne dans sa chambre pour un brunch pétillant, qu’elle déguste avec Jeff Dahlgren, devenu un partenaire musical privilégié. Guitariste de talent et membre du groupe punk Wasted Youth, il a été invité par la chanteuse à habiller ses nouvelles chansons d’une couleur rock. 

Dans les premiers temps, en débarquant en Californie, au tout début de l’année 2005, Mylène a troqué sa chevelure rousse contre un blond platine qui la rend méconnaissable. Changer de tête pour exprimer ce qui est en train de bouger en elle. Quitter le costume désormais trop lourd à porter de cette rousse mélancolique pour devenir une autre.

Qui ? Elle ne le sait pas encore. Mais le soleil californien, si exotique pour cette enfant du Canada, lui apporte cette brûlure dont elle a besoin pour changer de peau. 

Désarçonnée par le passage à vide que traverse Laurent, elle a songé, un temps, voler de ses propres ailes. Anéanti par l’échec, il n’est plus là pour personne, se terre dans son appartement parisien. Alors elle a songé qu’il lui faudrait peut-être s’inventer un avenir sans lui. Avant de se raviser. Si elle souhaite prendre un virage musical, réaliser un album sans son mentor lui semble un projet insurmontable. Aux dires des musiciens qui ont travaillé à ses côtés, Boutonnat n’est pas seulement un compositeur inspiré capable de s’installer au piano et d’écrire une mélodie en quelques minutes : c’est aussi un véritable chef d’orchestre, fixant la partition de chaque instrument tout en supervisant l’harmonie d’ensemble. Comment Mylène pourrait-elle se passer de lui ? 

Aussi, lorsque Laurent prend enfin l’avion pour Los Angeles, au printemps, toute l’équipe est rassurée. Appelé à la rescousse, l’arrangeur Thierry Rogen débarque lui aussi, orientant Boutonnat et sa muse vers les studios Ocean Way, où enregistre notamment Michael Jackson. Pour autant, l’ambiance ne sera pas des plus décontractée : Boutonnat n’adresse guère la parole à Jeff Dahlgren, ce qui ne facilite pas l’avancée du travail. « Anamorphosée a été très difficile à faire, parce que Laurent était toujours dans l’état d’esprit de l’“après Giorgino”, et qu’il allait très mal », confiera Thierry Rogen. Peu à l’aise dans ce climat destructeur, le mixeur historique de la chanteuse finira par jeter l’éponge, remplacé  au pied levé par Bertrand Châtenet. 

Fuyant au maximum les tensions, Mylène s’isole dans sa villa pour écrire les paroles de ses chansons à partir des premières mélodies qu’elle écoute en boucle sur son baladeur. Au bord de la piscine, elle semble retrouver l’inspiration. Ces derniers temps, un livre ne la quitte pas. Un pavé de sept cent cinquante pages, sa Bible à elle : Le Livre tibétain de la vie et de la mort, de Sogyal Rinpoché. 

« Un vrai détonateur, dira-t-elle. En le lisant, j’étais émue jusqu’aux larmes, car auparavant la mort m’obsédait. L’idée qu’un être disparaisse me donnait un vertige qui m’attirait vers le bas. Je me dis aujourd’hui que la vie n’est pas vaine. Qu’il y a peut-être un passage. Un au-delà qui justifie notre combat. »       

1987-05-aUn chapitre retient particulièrement son attention, celui consacré à l’« impermanence ». « Les amis avec lesquels nous avons grandi, les lieux de notre enfance, les points de vue et opinions que nous défendions autrefois avec tant d’opiniâtreté : tout cela, nous l’avons laissé derrière nous », y écrit l’auteur. Une forme de sagesse libératrice pour Mylène qui, à cet instant précis, veut croire qu’elle peut renaître sous une autre forme. « Ce que nous considérons comme notre caractère fondamental, explique Rinpoché, n’est rien de plus qu’un “courant de pensée”. » La formule a de quoi intriguer Mylène : depuis l’enfance, elle éprouve un mal-être dont elle n’arrive pas à se dépouiller. Plusieurs chansons de l’album, notamment Vertige ou Comme j’ai mal, porteront la trace de cet espoir de changement, de voyage pour l’esprit et le corps. 

Dès le matin, elle se rend aux studios Ocean Way, où elle rejoint les musiciens et l’équipe technique. Laurent Boutonnat règne en maître absolu sur les tables de mixage, barbe fournie et pipe aux lèvres. Jeff Dahlgren, cheveux longs et rebelles, répète quelques accords. Au dernier moment, juste avant d’enregistrer, très concentrée, Mylène corrige les paroles avec un feutre noir, en lettres capitales. Pour la première fois, la chanteuse s’implique également dans les choix musicaux – elle signera même la partition d’un titre, Tomber 7 fois . 

« Le côté rock d’Anamorphosée, témoigne Thierry Rogen, c’est Mylène et Jeff Dahlgren qui l’ont amené et l’ont souhaité. Cette évolution nette a vraiment été le fait de la volonté de Mylène. Elle était très présente dans la production, ce qui n’était pas le cas auparavant. »

 

Si la chanteuse veut un son plus lourd, plus américain, laissant la part belle aux guitares électriques, ce n’est pas seulement pour laisser s’exprimer le talent de Jeff Dahlgren : c’est aussi pour se donner les moyens d’une renaissance artistique. Le miracle, d’ailleurs, c’est que cette atmosphère tendue va générer l’album le plus atypique de Mylène. Au fond, cet exil américain, qui se poursuivra par un séjour d’un mois à New York, permet à la chanteuse de prendre la distance nécessaire pour revenir en force. Le pari n’est pas gagné, mais elle va se battre pour s’imposer à nouveau, tournant la page de ses dix premières années de carrière afin de montrer un nouveau visage, sexy et lumineux. 

Histoire de faire table rase de son image de poupée torturée, Mylène décide de se passer de la caméra de Laurent Boutonnat. La sanction est sévère, mais l’avenir même du duo en dépend. Elle choisit Marcus Niespel, qui a notamment travaillé avec Janet Jackson ou Elton John, pour réaliser le clip de son retour : filmée en noir et blanc, cheveux aux vents, figure de proue d’une locomotive à vapeur des années 1920, elle est méconnaissable. Dans la vidéo comme dans le livret de l’album, on en oublierait même que Mylène est rousse… D’ailleurs, sur la pochette de l’album, elle a pris soin de ne pas exposer son visage : seul son corps apparaît, dans un ensemble noir des plus sexy. 

Par superstition sans doute, ignorant tout de la façon dont elle va être accueillie, elle brille par son absence lors de la sortie du premier single de l’album, XXL. Ce qui lui vaut d’être envoyée en première ligne, sur les plateaux de télévision, par sa maison de disques, qui s’inquiète du démarrage moyen de l’album, pour défendre le deuxième single, L’Instant X. Sortie peu avant Noël, cette chanson de circonstance permettra à la chanteuse de renouer avec le succès et de fixer les bases d’un retour sur scène, qui réamorcera l’amour du public. 

Invitée à s’exprimer, Mylène évoque alors son nouvel état d’esprit, afin que tout le monde puisse constater qu’elle n’est plus la même. « J’ai encore des moments noirs, des instants de dépression. Mais je suis désormais attirée vers le haut et la lumière. » La lumière : le maître mot pour qualifier son retour. Il inspirera une chanson résolument optimiste, Et tournoie…, où la chanteuse semble inviter l’autre à s’extraire des maux qui le rongent pour s’élever vers l’astre solaire : « Sous ton âme ta plainte amère / Panse-la, donne-le / Mets ton âme de lumière. » Là encore, on sent l’influence de Sogyal Rinpoché. 

« Je cesse de me concentrer sur moi-même et mes idées sombres », dit-elle encore. Le discours est bien rodé, d’une grande cohérence. Une opération marketing parfaitement orchestrée ? Pas seulement. Car si Mylène omet de préciser dans quel climat elle a préparé son retour depuis Los Angeles, elle répond toujours avec sincérité lorsqu’on l’interroge sur son attrait pour les États-Unis. Confie son besoin de « se régénérer », de « se ressourcer », son goût des immenses étendues qui ouvrent l’horizon : « J’aime bien cette notion d’espace, de grandeur. » Et puis, elle évoque le plaisir de l’anonymat retrouvé, dans un pays où elle n’est pas une star, ce qui permet un ancrage salutaire dans la réalité. « Ne pas être connue, c’est pour moi une grande liberté. Je peux vivre comme tout le monde. » 

1995-01-bUne chanson sera le symbole de cette renaissance par l’exil : California. Un morceau d’anthologie, un petit bijou musical tout en subtilité, où Mylène mêle avec bonheur références à Apollinaire et anglicismes. « Changer d’optique, prendre l’exit / Et m’envoyer en Amérique », fredonne-t-elle comme une invitation au voyage – dépaysement garanti. C’est là aussi qu’elle emploie le mot qui sert de titre à l’album : l’anamorphose, terme scientifique utilisé en optique, et auquel elle insuffle une seconde vie, poétique cette fois. « Ma perception de la vie s’est élargie », lâche-t-elle, coupant court à toute justification barbante. 

Son histoire d’amour avec les États-Unis est loin d’être terminée. L’horizon élargi que Mylène a découvert va nourrir son imaginaire scénique et accentuer son goût pour les spectacles grandioses. 

L’Amérique sera donc son point d’ancrage lorsqu’elle concevra la tournée de 1996. C’est à New York qu’elle sélectionne la troupe de danseurs, hormis Christophe Danchaud, chargé d’enseigner les chorégraphies. Elle se paye aussi le luxe de débaucher Donna de Lory, la choriste de Madonna. Le nouveau spectacle sera aussi lumineux que celui de 1989 était sombre : avec son écran géant, ses paillettes, ses costumes sexy en diable et ses chorégraphies léchées, il va imposer la nouvelle Mylène, seule chanteuse française à pouvoir rivaliser avec la démesure des stars américaines. C’est à partir de cette période que la presse, bluffée, commence à la surnommer la « french Madonna ». 

En 1999, afin de préparer le « Mylenium Tour », une tournée pharaonique qui s’arrêtera dans quarante-trois villes, Mylène repasse encore par les cases New York, pour le travail avec les danseurs, et Los Angeles, pour les répétitions avec les musiciens. Entre-temps, elle a appris à apprécier New York et se nourrir de cette énergie à la puissance dix qui galvanise les artistes. Une ville dont l’atmosphère lui semble beaucoup plus stimulante que celle de Los Angeles. Vêtue d’un débardeur et d’un pantalon blanc, on la voit se glisser, joyeuse et silencieuse, au centre des danseurs et observer le tableau en mouvement dans le miroir. 

« Plus loin plus haut / L’extase de l’immensité », chante Mylène dans Vertige, qui aborde le thème de l’impermanence cher à Sogyal Rinpoché. Si l’ouvrage du sage bouddhiste lui a ouvert l’esprit dans une direction qui semble, du moins provisoirement, apaiser son âme, le continent américain va durablement s’imposer comme une destination privilégiée. Loin de l’Hexagone, la star ira, chaque fois qu’elle en aura l’occasion, s’aérer la tête. Surtout, elle n’oubliera jamais que c’est là-bas qu’elle a repris en mains sa vie et sa carrière. Une décision qui a tout changé. 

Extrait du livre : MYLÈNE par Hugues ROYER aux Editions Flammarion 2008

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Créer une image réussie de MYLENE

Posté par francesca7 le 5 septembre 2015

 

 

   Mylène réussie   Le paradoxe vaut d’être souligné : Mylène Farmer est la première artiste de variétés à avoir autant misé sur l’image que sur la musique. Certes, il existe un son « Boutonnat », reconnaissable entre tous, un sens des mélodies imparables qui accrochent l’oreille dès la première écoute. Mais cette manière de composer se rattache elle-même à un univers cinématographique. Un cas unique dans l’Hexagone, qui s’explique par la configuration unique de la rencontre entre la muse et son Pygmalion. Rien d’étonnant, au fond, à ce que deux êtres qui rêvent de cinéma s’attellent au même but : créer une image qui marque les esprits.

      Selon la formule bien connue de Gainsbourg, la chanson n’est qu’un art mineur. Afin de l’élever à un niveau où elle transcende son destin éphémère, Laurent Boutonnat ne cache pas son ambition : « Une chanson, c’est bien, mais c’est quelque chose de très simple. Travailler autour de ça, l’image et tout ce que ça comporte, c’est passionnant », affirme-t-il dès 1986. À l’origine même, le clip remplit une double fonction : il est le support promotionnel d’un titre et participe à l’élaboration de l’image, à plus long terme, de l’artiste. Aux États-Unis, Michael Jackson l’a bien compris, lui dont l’album Thriller cartonne dans le monde entier en 1983 grâce à l’impact du court-métrage fantastique de John Landis. En France, seuls Mylène et Laurent vont méditer la leçon.

      « J’aime travailler sur le long terme, sur une image qu’on pourrait qualifier de mythique », explique Mylène. Avant d’ajouter : « L’illustration en images des paroles d’une chanson est une chose, mais on peut aussi en faire un clip original tout en pensant à l’instrument promotionnel qu’il représente. » Une approche d’un nouveau genre qui nécessite un travail à part entière. Tandis que la plupart des artistes de l’époque semblent improviser leurs vidéos, celles de Mylène reposent sur l’écriture d’un scénario original et la participation d’une équipe technique issue du septième art.

      Boutonnat le confirme : « Le clip a aussi la fonction d’un spot publicitaire. Et dans la conception même, il faut savoir en tenir compte, tout en sachant que cela peut être une œuvre cinématographique. Tout cela nous met dans une position bâtarde, y compris dans les négociations que l’on a avec les gens de la télévision et du cinéma, qui eux non plus ne savent pas trop comment l’appréhender. » Pas facile, en effet, de trouver des financements pour ces véritables courts-métrages qui réclament des budgets conséquents. À ses débuts, Mylène ferait presque pleurer dans les chaumières : « Nous investissons nos propres deniers dans ces clips, préférant manger des pâtes tous les jours et nous offrir ce genre de création. » Il s’agit bien d’un investissement en effet, un pari sur le long terme, assumé comme tel.

                                                    **

     Ce qui est rare est cher, dit-on. Pour parvenir à un résultat à la hauteur de leur exigence, Mylène et Laurent ne vont pas lésiner sur les moyens. Dans le tiercé des clips les plus onéreux pour un artiste français, la chanteuse rousse règne sans partage. Jugez plutôt : neuf cent mille euros pour L’Âme-Stram-Gram, six cent mille euros pour California et quatre cent cinquante mille euros pour la vidéo de Pourvu qu’elles soient douces. Bien entendu, aucune maison de disques ne se risquerait à financer des œuvres aussi coûteuses. C’est encore plus vrai aujourd’hui, avec la crise du marché du disque.

     Malgré tout, par le biais de sa société Stuffed Monkey, créée en 1993, Mylène continue de s’offrirces écrins si précieux pour sa légende, et que ses fans savourent avec délectation. Ainsi, pour Dégénération, fer de lance de son nouvel album, sorti le 25 août dernier, elle revient avec une vidéo truffée d’effets spéciaux digne de ses débuts : une trentaine de comédiens et une troupe de danseurs ont été mobilisés près d’une semaine à Prague, sous la houlette de Bruno Aveillan, réalisateur venu du monde de la publicité.

      Attirer l’attention, ce n’est pas seulement proposer des œuvres de qualité, c’est faire bouger les lignes, sortir du formatage traditionnel. Ainsi les clips de Mylène Farmer sont-ils exceptionnels par leur durée. Laurent Boutonnat, boulimique d’images, en est le responsable direct : filmer est une telle jouissance que le cadre d’une chanson d’à peine quatre minutes lui semble trop étroit. Le record historique va être atteint avec Pourvu qu’elles soient douces : 17 minutes 52. Un choc dans le paysage culturel de l’époque. Mais de nombreuses autres vidéos se caractérisent également par leur longueur inhabituelle, comme si la chanson se pliait aux impératifs du scénario, et non l’inverse. Dans l’ordre décroissant : Tristana (11 minutes 33), Libertine (10 minutes 53), Désenchantée (10 minutes 12), Sans contrefaçon (8 minutes 53), L’Âme-Stram-Gram (7 minutes 50), Plus grandir (7 minutes 32), Regrets (6 minutes 17), ou encore Sans logique (5 minutes 37).

      Ce qui caractérise ces productions, c’est qu’elles se réfèrent au cinéma, s’inscrivent par leurs scénarios et leur esthétique dans une temporalité imaginaire. Génériques soignés, choix du format cinémascope, diffusion de plusieurs clips en avant-première dans certaines salles obscures : tous ces ingrédients font de Mylène Farmer une héroïne de fiction davantage qu’une chanteuse. Avec Libertine et Pourvu qu’elles soient douces, elle a imposé une image forte et ne changera jamais de cap. Même lorsqu’elle demande à des réalisateurs étrangers et plutôt pointus comme Abel Ferrara, Marcus Nispel,Ching Siu-tung (très réputé à Hong Kong), ou à l’Espagnol Augustin Villaronga de travailler avec elle, elle reste en dehors des modes. Comme une alternative au présent.

 

      Créer une image, c’est aussi faire appel à des photographes qui vont sublimer la beauté naturelle de Mylène. Laissant derrière elle les clichés de ses débuts, où elle posait tout sourire, dans des vêtements trop larges, la chanteuse veut s’entourer de talents d’exception. C’est ainsi que Christophe Mourthé est approché par Bertrand Le Page. « À vingt-quatre ans, j’ai l’habitude de façonner des “égéries” pour en faire des femmes très glamour, des icônes106 », dira-t-il. Tel est l’enjeu de son travail, en effet. Et ce doux jeune homme au regard bleu va y parvenir en nouant une complicité de tous les instants avec la chanteuse.

Grâce à lui, Mylène se livre comme jamais face à l’objectif. Il sera le premier à fixer sur pellicule une image intemporelle qui colle parfaitement à son modèle. En noir et blanc ou en couleurs, ses portraits façon Angélique, marquise des anges restent parmi les plus réussis.

      Durant deux ans, Mourthé travaille presque exclusivement pour l’écurie Farmer. D’autres photographes prendront le relais : Elsa Trillat, à qui l’on doit la pochette mythique de l’album Ainsi soit  je, puis Marianne Rosenstiehl, qui restera longtemps la collaboratrice attitrée de Mylène. Des clichés noyés de lumière, où la star semble de plus en plus irréelle, beauté diaphane aux traits effacés. Un regard quasi absent, qui fixe rarement l’objectif en face, comme par pudeur. Quand on lui demande pourquoi les portraits qui sont faits d’elle sont systématiquement surexposés, la chanteuse répond par une jolie pirouette : « J’ai toujours en moi le conflit entre l’ombre et la lumière107. »

      Depuis le milieu des années 1990, c’est Claude Gassian qui bénéficie de la confiance de Mylène.

images (2)Présent sur de nombreux tournages de clips, dont celui de Dégénération, il s’est vu confier la mission délicate de fixer pour l’éternité les concerts de la star. Mais cette fidélité n’empêche pas quelques incartades dans d’autres univers. Consciente que son statut lui permet de tutoyer les plus grands, Mylène ne se prive pas, désormais, de faire appel aux grands noms de la profession.

      En 1995, elle contacte Herb Ritts afin de lui proposer de signer le visuel de l’album Anamorphosée. Une seule rencontre a lieu, le 25 août de la même année. Ce jour-là, tandis que Marcus Nispel tourne, à Philmore, les dernières séquences du clip de XXL avec les figurants, Mylène pose devant l’objectifd’Herb Ritts, dans un studio de Los Angeles, à une centaine de kilomètres. Dans les années qui suivent, elle s’offrira les services de Marino Parisotto Vay, Ellen von Unwerth, Dominique Issermann, ou encore le légendaire Peter Lindbergh. Avec, toujours, une constance dans la démarche : elle contacte un photographe après avoir repéré son travail.

 

      Élaborer une image qui tranche avec le tout-venant, quand on possède le tempérament perfectionniste de Mylène, c’est aussi soigner le design de tous les supports proposés au public. Dès1991, la chanteuse confie l’habillage de ses productions à un spécialiste en design graphique, Henri Neu. À partir de cette date vont fleurir divers objets destinés à renforcer la réputation, déjà très élitiste, de la star : promos de luxe envoyées à la presse, objets divers et variés – peignoir, fer forgé, statues, enveloppes épaisses –, qui alimentent un véritable phénomène de collection. « Mylène s’investit beaucoup dans le design de tout ce qui sort, explique Henri Neu. Elle ne le fait pas seulement par conscience professionnelle, mais aussi parce qu’elle adore ça. Elle a toujours aimé le graphisme et la peinture. Notre travail est très complémentaire et, comme il n’y a pas de réelle contrainte de la maison de disques, c’est vraiment passionnant de pouvoir tout construire de A à Z. »

      Les supports dont il se montre le plus fier ? Le CD promo de California, avec la silhouette de la star qui se soulève, ou encore l’enveloppe de velours de Je te rends ton amour, contenant un CD en forme de croix. Au départ, Mylène et Laurent ne lui ont pas demandé de concevoir des « objets promotionnels aussi fous ». Séduits par sa créativité, ils l’ont néanmoins encouragé à « poursuivre dans cette voie ».

téléchargementPour réaliser le titre Innamoramento, par exemple, Mylène lui suggère, un an avant la sortie de l’album, de réfléchir à tout ce que peut lui inspirer ce vocable aux résonances infinies. « Dans ce mot, j’entends le “mento” qui donne son impulsion et son rythme à la vie, mais aussi “amen”, “mort”, “amor” – l’amour – et “innamor” – le désamour. De même, le filet qui relie les deux représente à mes yeux les mouvements réciproques entre la vie et la mort. »

     On le voit, rien n’est laissé au hasard. Et même si certains fans de la première heure, nostalgiques des fresques signées Boutonnat, ont trouvé les vidéos de l’album Avant que l’ombre… un peu en retrait dans sa clipographie, on doit reconnaître que Mylène n’a pas dévié de sa trajectoire. Depuis ses débuts, elle n’a jamais lâché prise sur l’image. Au contraire, plus sa carrière a avancé, plus elle a exercé un contrôle strict sur tout ce qui la concerne. La récompense de cette exigence, c’est qu’elle n’a à rougir de rien de ce qui jalonne son parcours artistique. Qui d’autre, dans le métier, pourrait en dire autant ?

 Extrait du livre : MYLÈNE par Hugues ROYER aux Editions Flammarion 2008

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Pourvu qu’elle soit ROUSSE

Posté par francesca7 le 4 septembre 2015

 

 MYLENEFARMER POP

      Une chevelure. Lumineuse, rougeoyante, incandescente. Un signe de ralliement. Un panache roux.

Sur certaines photos d’elle, de dos, cette cascade abricot suffit à suggérer sa présence. Dans le livret de l’album Avant que l’ombre… , signé Dominique Issermann, le visage n’apparaît jamais en totalité. La plupart du temps, il est masqué par cette chevelure, reconnaissable entre toutes, qui s’impose comme une signature. Et qui permet de poursuivre la partie de cache-cache engagée avec le public il y a longtemps déjà.

      Rarement une artiste aura été à ce point liée à une couleur de cheveux. Et pourtant, Mylène n’est pas née rousse. Lorsqu’elle débute dans la chanson, ses cheveux sont châtains. Même s’il s’agit, selon elle, d’une « erreur de la nature », force est de constater que cette métamorphose a contribué à forger la légende Farmer. « Une chanteuse, ce n’est pas châtain. C’est blond, brun ou roux. Il faut trancher dans le vif, donner une couleur, une marque, une griffe. » Bertrand Le Page sait de quoi il parle. Au milieu des années 1980, une certaine Jeanne Mas, toute de noir vêtue, squatte le sommet des charts avec une panoplie de brune incendiaire et des chansons qui décoiffent. Un succès fulgurant dont rêve le manager pour sa protégée. « En 1984, la star du moment qui nous impressionnait tous, y compris Mylène, c’était Jeanne Mas95 », confiera le manager. De fait, l’interprète de Toute première fois a pris une sérieuse longueur d’avance. Sûre d’elle, maquillée à outrance, exubérante dans sa gestuelle, elle intimide la chanteuse débutante, qui la cite en exemple lors d’une de ses premières interviews. « Les gens ne connaissent pas encore bien mon visage. Maman a tort a surtout énormément été diffusée en radio.

Jusqu’ici, je n’ai fait que peu de télés. Et peut-être n’ai-je pas, comme Jeanne Mas, ce truc qui marque et accroche les gens. »

      Cent mille copies écoulées pour Maman a tort, ce n’est pas rien, mais Laurent et Bertrand veulent jouer dans une autre division. Un look plus affirmé, Le Page en est convaincu, aidera Mylène à sortir du lot. C’est donc lui qui, selon toute vraisemblance, suggère le premier à la chanteuse de se teindre en rousse. Elle est séduite par l’idée. Depuis des années, elle trouve ses cheveux trop fins. Pour le clip de Plus grandir, une permanente leur a donné davantage de volume, mais le brun lui durcit les traits, accentue le relief de son nez. Une première coloration va provoquer le choc attendu. Lorsqu’elle tourne Libertine avec sa nouvelle chevelure auburn, l’évidence s’impose à tous : Mylène a trouvé son identité visuelle, l’image qui correspond à son moi profond. « Il y a eu une erreur de la nature : j’aurais dû naître rousse », dira-t-elle.

 

                                                     **

 

1      Par la suite, la nuance de roux va être corrigée grâce à l’entremise de Christophe Mourthé, jeune photographe que Bertrand a présenté à Mylène, jugeant que leurs univers présentaient d’évidentes corrélations. À l’époque, il vient de réaliser une série de clichés qu’il a baptisés « Casanovas », où figurent des femmes grimées en hommes dans des costumes du XVIIIe siècle. « Parmi ces images, j’ai un personnage aux cheveux abricot qui plaît beaucoup à Mylène. Jusque-là, elle est rousse dans Libertine, c’est vrai, mais ce ton n’est pas très joli, pas bien défini. On en discute avec elle chez Bertrand, puis on finit chez le coiffeur. On lui présente le cliché et on lui dit : “C’est abricot, faites-nous la même chose !”

Mylène adopte alors la couleur flamboyante qui sera sa marque de fabrique. On ne peut pas prétendre que Bertrand et moi l’ayons décidé, personne n’a besoin de tirer la couverture à lui. En fait, l’idée a germé en même temps dans nos trois cerveaux. »

      Dans les années qui suivent, le roux de Mylène va encore évoluer. Très pâle, genre blond vénitien, après la tournée de 1989, il devient carrément carotte lorsque Mylène adopte un look à la garçonne pour l’album L’Autre, en 1991. Selon Marie-Stéphanie Lohner99, stagiaire régie sur le tournage du clip de Pourvu qu’elles soient douces, cette coupe radicale aurait été choisie parce que la chevelure de la star se trouvait, à l’époque, abîmée par une succession de décolorations agressives.

 

     Consciente que son ramage roux fait désormais partie de son identité artistique, Mylène va, tout au long de sa carrière, jouer avec ce symbole. Afin d’étonner son public, elle chargera son coiffeur attitré, Pierre Vinuesa, de créer pour elle des coiffures toutes plus extravagantes les unes que les autres. Un défi qu’il relèvera haut la main, notamment lors des tournées 1996 et 1999. Mèches dressées sur la tête évoquant les rayons du soleil ou épaisse crinière entourant le visage comme une auréole… Pour réaliser ces véritables chefs-d’œuvre d’architecture capillaire, Vinuesa n’hésitera pas à recourir à des postiches.

Et Mylène de prendre goût à ces perruques et autres extensions qui donnent un beau volume à sa chevelure naturelle. Ses chignons n’en sont que plus impériaux, ses boucles plus nombreuses. Pour chacun des clips qu’elle tourne, pour chacune de ses apparitions télévisées, elle soigne sa coiffure avec la même exigence qu’elle choisit ses vêtements.

     Quant à Bertrand Le Page, il va être peu à peu écarté de la galaxie Farmer, après cinq ans de bons et loyaux services. L’hiver 1989 sera son chant du cygne.

     Un soir de décembre, Bertrand a organisé un dîner à l’École des beaux-arts en présence de cinq cents convives, composés de personnalités du métier et de journalistes. Une fête donnée en l’honneur de Mylène, qui doit recevoir un disque de diamant pour plus d’un million d’exemplaires vendus de l’album Ainsi soit je. Hélas ! rien ne se passe comme Le Page l’avait imaginé. La chanteuse reçoit son trophée des mains d’Alain Lévy, le patron de Polydor, alors que tout le monde a le nez plongé dans son assiette.

Écœuré par une telle absence de magie, le manager broie du noir et se console comme il peut en sifflant des coupes de champagne.     Vers une heure du matin, certains invités ont déjà quitté les lieux et le personnel commence à empiler les chaises Napoléon III utilisées pour le dîner. C’est alors que Bertrand laisse éclater sa colère et hurle ce qu’il a sur le cœur. Pour lui, la soirée est un échec. Où est le panache ? Où est le goût de l’excellence ? Les yeux injectés de sang, il empoigne une chaise et la lance sur celles déjà entassées : la pile dégringole dans un bruit d’apocalypse. Sans hausser la voix, Mylène le somme de se calmer, maisles derniers convives présents, embarrassés, se précipitent vers la sortie. Laurent Boutonnat ne dit mot.

Parce qu’il ne « sentait » pas la soirée, me racontera Philippe Séguy, il n’a pas ôté son manteau de tout le dîner.

 

     Entre Mylène et Bertrand, rien ne sera plus comme avant. En réalité, tout a commencé à se dégrader lorsque, deux mois plus tôt, en octobre 1989, le manager a appris que la chanteuse et son mentor avaient Créé Requiem Publishing, une société d’édition musicale qu’ils cogèrent à égalité. Auparavant, ce sont les éditions Bertrand Le Page qui créditaient les titres de Mylène. Dès lors, il voit son avenir financier menacé au sein de l’écurie Farmer. Mais pour cet affectif, là n’est pas l’essentiel. Ivre de gloire, il se croit indispensable. N’est-ce pas lui qui, relevant un défi lancé par sa protégée, a boosté le succès de Sans contrefaçon en convaincant la radio NRJ de multiplier par deux les diffusions du titre ? Fort de ses exploits, Bertrand est confiant : la star a besoin de ses conseils, et leur amitié est tellement forte qu’elle ne peut se briser. Il se trompe cruellement.

      Paradoxalement, c’est Mylène qui, le lendemain de l’incident à l’École des beaux-arts, prend l’initiative de recoller les morceaux. « Si tu as besoin de moi, je suis là101 », lui dit-elle par télégramme.

Quelques jours plus tard, rendez-vous est pris dans le restaurant d’un palace parisien. Le Page campe sur ses positions, ne regrette pas ce que la chanteuse considère comme un « dérapage ». Dans un sursaut d’orgueil, il quitte même la table, espérant que Mylène va le retenir. Elle n’en fait rien.

      Un mois plus tard, elle l’appelle pour lui signifier leur rupture : « On arrête de travailler ensemble. Ton comportement est devenu impossible. » Il recevra par la suite une lettre que la star, de sa belle écriture, achève par ces mots : « Je t’aime comme personne. »       Dès lors, c’est le tourneur Thierry Suc, au tempérament moins tapageur, qui fera office de manager.

   FanNicolas5   Ultime message en forme de justification, Mylène écrira une chanson à l’ami éconduit sur l’album L’Autre. Dans Pas de doute, elle s’adresse à un homme au tempérament ingérable, évoque des tensions vaines, des sautes d’humeur insupportables : « Quant tu n’as plus ta tête, tu fais tout trop vite. » On ressent bien, dès lors, une divergence qui semble irrémédiable : « Tu précipites / Moi je prends mon temps. » Jusqu’à la rupture assumée : « Quitte à faire vite / Je prends les devants. »       Le Page ne se remettra jamais de cette séparation. Persuadé que, sans lui, Mylène est perdue, il va guetter l’instant où l’idole dégringolera de son piédestal, sans pour autant cesser de l’aduler. Un après- midi de 1995, dans son appartement proche de la porte Maillot, il me confie que les textes de l’album Anamorphosée sont totalement hermétiques : « On n’y comprend rien, ça va faire un bide. » Deux jours plus tard, il m’appelle pour me demander si j’ai vu le clip de L’Instant X. « Mylène est sublissime, elle n’a jamais été aussi belle », me dit-il, conquis. En 1996, en découvrant l’affiche des concerts de la star à Bercy, il s’effondre en larmes.

      En avril 1999, quelques jours après la publication de l’opus Innamoramento, Le Page, atteint d’une grave maladie, se tire une balle dans la tête, à Hyères, sur la côte d’Azur, où il s’est exilé depuis un an. « Il s’est suicidé le dimanche de Pâques, je sais qu’il écoutait l’album en boucle », dira Guillaume Vial, un ami de la dernière heure.

      À la fin du clip de L’Âme-Stram-Gram, l’héroïne que joue Mylène se jette dans le vide pour retrouver sa jumelle disparue. Le Page semble avoir voulu répondre par un geste spectaculaire aux jeux fantasmés de Mylène avec sa propre mort. Quelques jours avant son suicide, Bertrand a laissé un message sur mon répondeur. Sa voix était sereine.

      En signe de deuil, Mylène se tait. La promotion de l’album est suspendue durant quelques jours. Une interview, prévue sur RTL le jour même, est annulée. La chanteuse ne se rendra pas à Saint-Malo, le 9 avril, pour les obsèques de son ancien manager. Elle n’enverra pas de fleurs. Ses souvenirs avec Bertrand, les mots écrits ou échangés, elle veut les garder dans son cœur. Leur amitié, qui fut si passionnelle, n’appartient qu’à eux deux.

  

Extrait du livre : MYLÈNE par Hugues ROYER aux Editions Flammarion 2008

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De l’inconvénient d’être née

Posté par francesca7 le 22 août 2015

 

 mylene-farmer
Certains n’ont pas choisi de naître. Ils ne ressentent pas, 
au fond d’eux, ce souffle 
qui bouscule tout, chasse les nuages et vous pousse 
toujours vers la lumière. 
Ils traversent l’existence comme des fantômes, promenant leur 
souffrance comme un fardeau greffé dans leur dos. 
Parfois, ils ont besoin de se pincer très fort 
pour se rappeler à eux-mêmes qu’ils sont vivants. 
Ils ne parviennent pas à aller de l’avant sans être 
paralysés de questionnements. Ils ne sont pas suicidaires,
 non, ni forcément morbides. 
 
Simplement sceptiques. Pourquoi sont-ils nés ? 
Est-ce le fruit  du seul hasard ? 
Leur existence a-t-elle bien un sens ?
 
Autant de doutes qui ne les laissent jamais en paix. Jusqu’à leur dernier soupir, 
il leur faut apprendre à apprivoiser leurs peurs, ne plus redouter la tombée du 
jour comme la promesse d’une nouvelle insomnie.
 
Mylène est de ceux-là. Elle aime à citer un mot de Samuel Beckett qui, dit-elle,
 l’accompagne depuis des années : « Ma naissance fut ma perte. » 

Le 12 septembre 1961, pourtant, c’est un magnifique bébé qui vient au monde à 
l’hôpital du Sacré-Cœur de Pierrefonds. Il est 5 heures 17 quand Mylène voit le jour,
 ce qui lui donne une configuration astrale singulière, Vierge ascendant Vierge. 
Marguerite, sa mère, a déjà donné la vie à deux autres enfants, Brigitte, en 1959, 
et Jean-Loup, en 1960. Pour cette femme de trente-sept ans à la silhouette gracile, 
la naissance de Mylène marque la fin d’un cycle. 

D’ailleurs, alors que les trois premiers enfants se suivent à une cadence rapide, 
le petit dernier, Michel, ne pointera le bout de son nez que huit ans plus tard. 
Une pause semble donc avoir été nécessaire avant d’agrandir encore la famille.
 
Mylène n’ignore rien des circonstances de sa venue au monde. La photographe Elsa Trillat,
 qui a eu des contacts privilégiés avec la famille Gautier en 1987, en témoigne.
 « Une fois, sa mère a fait une projection de photos de famille. J’ai vu Mylène bébé,
 elle était bien costaude. Ravie, elle s’est tournée vers moi et m’a dit : “Tu vois, 
quand je suis née, j’ai déchiré les entrailles de ma mère 8.” » Formule lapidaire qui
 dénote l’humour décapant de la chanteuse. Provocation, aussi, adressée à sa génitrice,
 comme si une rivalité fantasmée avait pu s’instaurer dès l’origine entre les deux femmes.
 Comme si, entre le bébé qui se bat pour naître, et sa maman, se jouait une lutte à mort,
 au terme de laquelle l’un des deux pouvait éventuellement disparaître...
 
                                                   1987-16-a
 
     « Je suis née en colère », affirme Mylène. Un sentiment qui ne la quittera pas, 
signant sans doute une forme d’insoumission dans son tempérament. Surtout, cette colère
 va s’avérer très productive : elle sera le carburant de son expression artistique. 
Bien plus tard, la chanteuse évoquera un cauchemar récurrent qui la poursuit, et dans
 lequel son inconscient revisite cette scène archaïque. « Un lit immense, des draps blancs. 
J’y suis blottie en position du fœtus. Devant moi, un énorme cordon ombilical, 
vraiment énorme...
 
Il m’incombe de le couper. Comment ? Avec les dents ? Je ne suis qu’une enfant. » 
Détresse d’un être qui, malgré ses appels au secours désespérés, doit apprendre à se 
débrouiller seul. À bien des égards, ce mauvais rêve est révélateur d’une obsession 
qui va hanter l’œuvre farmerienne : cette solitude existentielle qu’elle chantera 
sur tous les tons.

 De constitution fragile, Marguerite doit se ménager. Une amie de la famille Gautier,
 Bertha Dufresne, évoque également ses problèmes de dos. Bricoleur, Max Gautier fait 
son possible pour que son épouse puisse s’occuper des trois enfants dans les 
meilleures conditions.  « Dans la salle de bains, il avait installé une planche 
amovible qui permettait à Marguerite de réaliser la toilette de Mylène en évitant 
de se pencher trop en avant au-dessus de la baignoire, car son dos la faisait parfois 
souffrir. »
 
 Entre ce bébé robuste qui, très tôt, semble jauger les êtres, et cette maman 
ralentie par la fatigue, une forme d’incompréhension va s’installer.
 
Mylène ignore encore pourquoi elle ressent cette colère sourde. 
À mesure qu’elle grandit, que son corps s’affine, que son regard sur le monde 
s’intensifie, tout va s’éclairer. Impossible de savoir à quel moment le déclic
 se produit. Toujours est-il que cette découverte va marquer son existence à jamais :
 la fillette prend conscience de sa finitude. Ce que la vie a de révoltant, c’est 
qu’elle s’achève dans la mort. Rien ne dure, nous ne sommes que de passage. 
Comment ne pas éprouver une immense rage face à cette cruelle évidence que le monde
 adulte semble vouloir cacher aux enfants ? Un choc terrible, qui résonne comme 
la fin d’une certaine innocence. « Le fait d’être mortelle est quelque chose 
d’insupportable, dit-elle. Je porte ce fardeau avec moi. »
 
                                                     **
 
      Il lui faut vivre avec cette vérité indépassable, qui ne la réconcilie 
nullement avec sa mère. Car en lui donnant la vie, celle-ci l’a condamnée à 
mourir par la même occasion. Est-ce un hasard si la première chanson de Mylène 
s’intitule Maman a tort ? À l’époque, Marguerite semble dubitative sur le succès 
du 45 tours. Sans doute ne croit-elle pas, à l’époque, aux chances de réussite de 
cette enfant qui lui semble si peu conciliante. Au fond, la comptine dit surtout 
le refus de la fille de s’identifier à la figure maternelle.
 
Lors de son premier spectacle, en 1989, Mylène mettra d’ailleurs en scène une 
dispute avec sa mère, interprétée par Carole Fredericks, sur le thème :
 « Tu n’es pas ma mère et je ne serai jamais ta fille. » Un clin d’œil aux conflits 
qui ont émaillé les rapports entre les deux femmes. 
 
Donner la vie, c’est donner la mort. Le clip de Sans contrefaçon illustre 
bien ce paradoxe. La marionnette de bois ne devient vivante qu’au contact de 
la figure maternelle, incarnée par Zouc ; son regard plein d’amour suffit à l’animer.
 Mais cette vie, qu’elle réussit à lui insuffler, elle la lui reprend aussitôt : dès
 qu’elle s’éloigne, l’héroïne redevient pantin, au grand désespoir de son créateur.
 
                                                    Mylène-Farmer
 
 « Pendant vingt-trois ans, j’ai maudit ma mère de m’avoir mise au monde », avoue-t-elle.
 Avant d’ajouter : « Et puis après, je l’ai adorée. » Il aura donc fallu que 
Mylène entame sa carrière de chanteuse pour trouver un sens à son existence et, 
par conséquent, faire la paix avec celle qui l’a enfantée.
 
Voilà qui en dit long sur l’ambition qui la guide : en devenant artiste, 
elle veut, ni plus ni moins, défier cette mort qui lui gâche la vie. 
Une obsession qui transparaît dans nombre de ses clips, où les personnages 
qu’elle incarne semblent flirter avec la Faucheuse comme pour mieux l’apprivoiser. 
Ainsi Mylène est-elle enterrée dans Plus
grandir, empoisonnée dans Tristana, abattue dans Libertine, noyée dans 
Ainsi soit je, brûlée vive dans Beyond My Control, assassinée dans California, 
suicidée dans L’Âme-Stram-Gram ou encore refroidie dans Fuck Them All. 
Mettre en scène sa propre fin, n’est-ce pas le meilleur moyen d’exorciser 
son angoisse de disparaître ?
 
Dans Paradis inanimé, l’une des chansons de son dernier album, la chanteuse
 imagine même le scénario de sa mort avec une sérénité déconcertante :
« Dans mes draps de chrysanthèmes / L’aube peine à me glisser / Doucement son requiem
 / Ses poèmes adorés. » Aucune angoisse n’affleure : le repos éternel a des 
allures de long sommeil apaisant. Rien ne viendra désormais perturber ce silence
 qui enveloppe le corps comme un linceul. Et lorsque les pensées ressuscitent le passé,
 c’est avec le sentiment d’une existence pleinement savourée. 

Le meilleur antidote à l’angoisse de disparaître ? L’amour reçu que Mylène garde
 dans son cœur comme un trésor inaliénable. « Et mourir d’être mortelle / 
Mourir d’être aimée », chante-t-elle à la fin du refrain.

Dans le salon de son appartement, en région parisienne, Marguerite Gautier
 expose à la vue des visiteurs le premier disque d’or de sa fille. 
Un signe qui ne trompe pas. Si Mylène a gardé en elle, intacte, cette colère 
qui reste le moteur de sa créativité, elle a fait, depuis longtemps, la paix avec 
celle qui lui a donné la vie.
 

Extrait du livre : MYLÈNE par Hugues ROYER aux Editions Flammarion 2008

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Un livre de Mylène Farmer

Posté par francesca7 le 10 août 2015

La chanteuse publiera au mois de mai un livre de photos troublantes et sensuelles. Un corps-à-corps avec… de l’argile, orchestré par Sylvie Lancrenon.

 FRAGILE de mimi

Les éditions Anne Carrière publie le 15 mai 2015 Fragile, un livre de 90 photos inédites de Mylène Farmer. La chanteuse avait déjà signé Lisa-Loup et Le Conteur, un conte philosophique, en 2003 et Avant que l’ombre… À Bercy, une galerie d’images de scène de sa tournée. Elle s’essaye cette fois-ci à un troisième genre en prêtant son corps, son visage et sa peau à un véritable ouvrage d’art… À l’automne dernier, Mylène Farmer a posé pour Sylvie Lancrenon. Ensemble, elles ont réalisé une série (en couleur, noir et blanc et sépia) où l’artiste se mélange à la glaise et à l’argile. Cette seconde peau change son apparence sans la déformer, accentuent sa sensualité, dévoile des détails de ses pieds ou de ses mains. Bref, même les meilleurs connaisseurs de l’interprète de « Désenchantée » découvriront d’elle des facettes et des poses jamais vues.

Le livre de 168 pages est imprimé sur un luxueux et épais papier. De temps à autre, des extraits de textes de chanson viennent ponctuer ces images. Fragile rappelle bien entendu le mot « argile », mais est également le résumé de ce mélange de douceur, de fragilité et de force qui se dégage de ce travail. Le livre révèle l’histoire d’un corps et la rencontre de deux femmes (Mylène Farmer et Sylvie Lancrenon) qui ont additionné leurs créativités pour les mettre au service de l’émotion. Cet ouvrage (vendu 45 euros) sans artifice ni trucage frappe par son épure. Du talc, de l’argile et de l’eau… Rien de plus ! Pas de rideau rouge ni de pampilles ; pas de lourdes étoffes ni de lumières aveuglantes ; et pas d’accessoires ni de prétextes… Fragile, ou l’éloge de la simplicité !

 

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ET VOTRE MUSIQUE MYLENE

Posté par francesca7 le 14 juillet 2015

 

RADIO FG – 6 DÉCEMBRE 2010 : ANTOINE BADUEL

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Quelques jours avant la sortie de son nouvel album « Bleu Noir », Mylène Farmer convie plusieurs radios pour une séance de promotion dans une suite de l’hôtel Park Hyatt, situé rue de la Paix à Paris et qui fait face aux bureaux d’alors de la chanteuse. Chaque journaliste se voit accorder dix minutes très précisément d’entretien.

C’est la première fois de sa carrière que Mylène s’exprime sur Radio FG, radio essentiellement orientée vers l’electro-house et la dance.

Comme souvent, l’entretien diffusé à l’antenne a été monté et donc des parties de réponses, voire des passages entiers, ont été coupés. Radio FG offre cependant aux auditeurs l’enregistrement intégral de l’interview en le mettant en ligne sur son site Internet quelques minutes après sa diffusion sur la station.

C’est donc l’intégralité de l’entretien qui est retranscrite ici.

Antoine Baduel : Vous sortez le 06 décembre 2010 votre nouvel album, « Bleu Noir »et premier renseignement : vous avez travaillé avec un nouveau producteur très talentueux, RedOne. Pourquoi l’avoir choisi ? Qu’est-ce qui vous a séduit dans son style ?

Mylène Farmer : Pour répondre à votre question –la première question, en tout cas- j’ai rencontré RedOne grâce à Pascal Nègre (PDG de Universal Music France, nda). À un moment donné ils ont parlé de moi et Pascal a compris que RedOne écoutait et appréciait ma musique. Et puis nous avons conversé tous les deux et je lui ai demandé s’il était possible de rencontrer ce fameux RedOne (rires) et nous nous sommes rencontrés. C’est quelqu’un de chaleureux, d’enthousiaste. Et puis pour répondre donc à la deuxième question, j’aime les sons de RedOne, j’aime l’efficacité de ses mélodies, j’aime l’idée que c’est un artiste qui peut aller aussi bien vers une Lady Gaga mais qui va aussi travailler avec un U2 et puis avec moi, et puis avec d’autres. Donc c’est quelqu’un qui, j’allais dire, a certainement, oui, une générosité en lui mais qui est curieux en tout cas de l’autre et des univers musicaux qui sont tous différents les uns des autres.

AB : Est-ce un nouveau producteur pour un nouveau son Mylène Farmer ? Est-ce que vous vouliez une production plus dance que les précédentes ?

MF : C’est toujours un peu difficile pour moi de cataloguer cet album, mais c’est vrai qu’en me dirigeant vers des compositeurs tels que Moby qui est vraiment lui-même à la naissance de l’électro, d’autre part Archive qui, lui, c’est encore un autre univers, lui qui dissèque le côté sombre de l’âme et qui a des envolées, comme ça, lyriques… D’abord, j’aime l’électro pour en écouter moi-même : j’aime beaucoup et j’écoute très, très souvent Massive Attack, j’aime Air. J’aime aussi d’autres musiques : j’aime Muse, j’aime Sigur Rós, j’aime Depeche Mode. J’ai été élevée finalement –enfin, j’allais dire ‘élevée’ : non pas, mais quelqu’un proche de moi(son frère cadet Michel, nda) qui très petit écoutait énormément de musique et a une bibliothèque(sic) fantastique de vinyles, d’abord, et puis aujourd’hui de CDs. J’ai écouté ça en boucle : c’était les Blancmange, les Soft Cell, Depeche Mode et évidemment des milliers d’autres.

AB : On parlait de Moby et on se souvient de votre duo, « Slipping Away ». Comment se sont passées ces retrouvailles musicales ?

MF : Retrouvailles musicales… Moby, c’est quelqu’un que j’ai toujours apprécié, comme je le disais précédemment. C’est quelqu’un qui après notre duo, nous avons essayé de ne pas nous perdre non pas de vue parce qu’il habite très loin, mais nous correspondons par mail. Et Moby, parce que justement nous ne nous perdons pas de vue, un jour m’a envoyé un CD avec près de dix-sept titres, de maquettes de ces chansons et m’a dit ‘Prends ce que tu veux, si tu en as envie !’ et j’avoue que je ne me suis pas fait prier : j’en ai choisi six ! C’est quelqu’un qui lui aussi a cette générosité commune d’avec RedOne, d’ailleurs, qui, lui, m’a dit ‘Fais ce que tu veux avec les chansons, si tu veux changer même les mélodies, la production…’ et j’ai peu changé finalement la production parce que je voulais préserver l’âme de ces chansons, justement. Il y a quelque chose d’immédiat chez Moby, je trouve, qui est à la fois nostalgique et à la fois dynamique et j’ai voulu vraiment préserver ce que moi j’avais découvert au travers de ces maquettes. Et puis après j’ai apporté ma patte !

AB : Votre musique est traditionnellement marquée par la mélancolie et vos concerts par une énergie incroyable. Est-ce que cet album reflète une nouvelle fois ces deux aspects de votre personnalité ?

MF : Oui. Je pense qu’il y a encore d’autres facettes, j’imagine, qui sont présentes ou à découvrir mais ça fait partie bien sûr de ma personnalité : il y a l’aspect sombre, il y a l’aspect mélancolique, l’aspect plus joyeux, plus gamine. Mais là encore, je pense que nous sommes peu ou prou tous les mêmes avec des failles, avec des éclats de rire. La vie, quoi ! (sourire)

AB : Votre single « Oui mais… Non » a été remixé par un jeune artiste français, Jérémy Hills. Avez-vous écouté ce remix et qu’en avez-vous pensé ?

MF : Bien sûr que oui. J’ai entendu parler de ce jeune homme –puisqu’il est effectivement très, très jeune- par un ami commun et comme il savait que j’étais à la recherche justement de nouveaux remixeurs –parce qu’il est toujours tentant d’aller puiser vers les personnes et connues et reconnues, mais moi ça me met en joie que d’aller aussi vers des personnes qui sont plus…-bien qu’il ait fait quelque chose d’assez remarquable, c’était avec Beyoncé je crois, un remix qui a très, très bien marché- néanmoins peu connues du grand public. Donc j’ai dit ‘Fonçons !’ et j’ai évidemment écouté et apprécié, et j’en suis très, très heureuse.

AB : Beaucoup de vos tubes ont été remixés et cela prouve l’intérêt que peuvent porter des DJs pour votre carrière, votre musique. Certains artistes se sentent un peu dépossédés quand on remixe un de leurs titres. Est-ce votre cas ?

MF : Dans la mesure où nous allons vers eux, c’est donc déjà un souhait mais parfois ça peut se terminer par une mauvaise ou une bonne surprise : c’est pas bien à tous les coups. On peut éventuellement intervenir en cours de production –de reproduction ! Ce que je n’aime pas, c’est quand un remixeur va complètement effectivement enlever totalement l’âme de la chanson. J’aime bien qu’il s’approprie la chanson mais pas la rendre totalement étrangère.

AB : En dehors du single « Oui mais… Non », premier extrait de l’album, on a également découvert le titre « Leïla » composé par Moby (par Archive en réalité, nda) et qui parle d’une jeune iranienne. Que pouvez-vous nous dire sur cette chanson ?

MF : Là, il s’agit d’une rencontre d’il y a quelques années. J’ai rencontré donc sa maman, qui fût la femme du Shah d’Iran mais c’est pas tant ça qui m’intéressait et qui m’a émue, c’est plus l’histoire qu’elle m’a raconté puisque sa fille s’est donné la mort, s’est suicidée et elle me confiait qu’elle écoutait beaucoup ma musique, ce qui fatalement me touche. Et puis indépendamment de ça, c’était parler d’une femme, d’une femme d’un autre pays. J’ai récemment d’ailleurs revu sa maman, lui ai présenté et la chanson et la vidéo qui est réalisée par Alain Escalle (exclusivement pour le site éphémère crée pour annoncer la sortie de l’album « Bleu Noir », nda) et j’avoue que c’était un moment d’émotion intense.

AB : La promotion de ce nouvel album est sensiblement différente des précédents : cette fois-ci, en effet, vous avez lancé un site web éphémère où l’on trouve des extraits, des clips… Pourquoi ce choix-là ? Vous avez le sentiment qu’Internet a changé la donne pour les artistes ?

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MF : Certainement. C’est vrai que Internet s’impose à nous, qu’on le veuille ou non. Après, c’est vrai que je faisais sans doute partie de ces gens un peu réfractaires. J’ai mis du temps à m’y mettre, si je puis dire ! J’avoue aussi que c’est quelque chose d’assez ludique. Ca m’a permis effectivement de créer le désir, parce que je crois que c’est surtout ça pour moi qui était important : c’est de ne pas en effet tout dévoiler, parce que j’aime l’effet de surprise, de même que j’aime que l’on me fasse des surprises ! Maintenant, j’ai pensé à ce site éphémère et parce qu’il est éphémère c’est ce pourquoi il m’a séduite aussi, et l’envie effectivement de distiller, comme ça, des petites gouttes. Donner l’envie, tout simplement.

AB : « Bleu Noir » est votre neuvième album (le huitième en réalité, nda) et depuis vos débuts, vous êtes fidèle à la même image, au même univers. Qu’est-ce qui nourrit aujourd’hui votre musique, l’écriture de vos chansons ?

MF : Ce sont des instants de vie, des émotions, ce sont mes propres histoires. Je crois pas qu’il y ait de recette, finalement. J’ai l’impression aussi finalement d’écrire un peu toujours la même chanson en ce sens qu’il y a des thèmes récurrents. Voilà, c’est tenter de se livrer un petit peu. (sourire)

AB : La sortie d’un nouvel album met toujours en transe vos fans. C’est un évènement, tout autant que vos concerts. Alors, prévoyez-vous une tournée l’an prochain pour promouvoir cet album ? Des Stade de France ?!

MF : Ecoutez, pour l’instant, sincèrement : rien, parce que l’album, déjà, a demandé beaucoup, beaucoup d’énergie et de travail. La scène, là encore, c’est un moment que je préfère rare, mais dans le sens qualificatif du terme (Mylène veut sans doute dire ‘qualitatif’, nda). C’est d’abord beaucoup, beaucoup de travail en amont : c’est plus d’un an de travail. Pour l’instant, voilà, je suis concentrée sur cet album et sa sortie. Dans le futur il y aura une scène, j’ai très envie de remonter sur scène. Ca me manque. Mais ce n’est pas pour l’instant en tout cas.

 

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POUR UN CLIP AVEC TOI Mylène Présenté par Laurent BOYER

Posté par francesca7 le 25 mai 2015

M6 du 7 AVRIL 1991

« J’ai un souci de garder les choses secrètes, je suis probablement comme les enfants : j’aime encore les surprises. »

1991-01-hLe contexte de ce long entretien est un cas unique, puisqu’il a lieu sur le plateau du clip « Désenchantée », en plein tournage de celui­-ci. Laurent Boyer se retrouve donc en extérieur, aux côtés de Mylène qu’on découvre avec son apparence du clip, protégée du froid par une grosse doudoune noire.

Cette interview est la première apparition télévisée de Mylène depuis novembre 1989. Après la fin du Tour 89 début décembre, elle avait alors complètement disparu médiatiquement.

Laurent Boyer : C’est en direct de Budapest, en Hongrie, en fait à la sortie de la ville, que nous sommes installés pour le cinquième jour de tournage du clip qu’on attendait ­ enfin du clip et du 45 tours de Mylène Farmer qui s’appelle « Désenchantée », que vous entendez à la radio déjà depuis le 18 mars, dans l’attente d’un album qui s’appelle « L’Autre… », et qui sortira le 8 avril. (la date de sortie nationale officielle de l’album est le 10 avril 1991, nda) Alors, déjà, merci à Mylène de nous recevoir ici, car c’est la première fois qu’une équipe de télévision ­ petite, l’équipe ! ­ a le droit de s’installer sur le tournage d’un clip C’est bien la première.

Bonjour Mylène !

Mylene Farmer : Bonjour (elle sourit puis baisse la tête, les yeux plongés vers le sol).

LB : Alors vous découvrez une Mylène un peu… on comprend pas bien… On se dit qu’elle est sortie d’un roman de Charles Dickens. Vous voyez que ce matin, on l’a un peu tabassée, elle a un petit peu de sang qui coule des lèvres. Elle a beaucoup souffert et elle est habillée, comme d’habitude, par Thierry Mugler (rires), ou encore Amor, comme on peut le constater. Mylène, bienvenue. Merci de nous recevoir ici, c’est très joli. (en regardant derrière) Je crois que ça, c’est en fait l’image du début du clip…

MF : Oui (elle hoche la tête)

LB : Je crois que le clip commence comme ça. On est en plein tournage donc on est comme vous, on découvre un petit peu l’ambiance de ce clip. Alors, c’est Mylène dans cette tenue­là qu’on découvrira dans le clip…

MF : Sans le manteau !

LB : Sans le manteau, parce que le manteau a un côté un peu plus mode…

MF : Un peu moderne, oui.

LB : Il faut dire qu’il ne fait pas très chaud. Cinquième jour de tournage. Il y a combien de temps que tu es installée ici, Mylène ? Ça fait une huitaine ?

MF : Ça fait à peu près huit jours, oui.

LB : Je sais que c’est pas très facile pour toi parce qu’il y a les conditions climatiques qui ne sont pas évidentes. Je crois qu’il a fait très froid, la semaine dernière…

MF : Oui, beaucoup plus froid qu’aujourd’hui.

LB : Là, ça va un petit peu mieux. On a droit au soleil sur Budapest. Assez joli… Et puis, tu te lèves très tôt, et vous tournez toute la journée, c’est ça ?

MF : On a des horaires un peu différents chaque jour. Mais ce matin, on s’est levé à cinq heures du matin.

LB : Alors cet album arrive. On en a beaucoup entendu parler. Et quoique, puisque ça fait un moment que tu es absente, en fait. Depuis le dernier Bercy, on n’entend plus parler de Mylène Farmer…

MF : Je crois que ça fait un peu plus d’un an, maintenant.

LB : Qu’est­ce qui s’est passé ? C’était une retraite ou c’était le temps de la création ?

MF : Je crois que c’est un petit peu des deux. Je crois qu’on a besoin de se cacher après une scène. C’est beaucoup d’émotion. Et d’autre part, j’ai préparé le… troisième album, je crois ?!

LB : C’est le troisième, je te le confirme ! (rires)

MF : C’est le troisième. Et ma foi, voilà, ça a pris à peu près quatre, cinq mois de studio.

LB : De studio, et de création aussi, d’écriture, parce que tu as écrit…

MF : Oui. Toute l’écriture, c’était vraiment sortie de scène jusque entrée en studio.

LB : Est­ce qu’on peut dire…Cet album, on n’en parle pas encore, il sort le 8 avril, donc on ne sait pas encore, personne n’a écouté. On sait qu’il s’appelle « L’Autre… ». Il y avait « Ainsi Soit Je… », il y a « L’Autre… » maintenant. C’est quoi, c’est une continuité cet album ?

MF : (elle hausse les épaules) J’ai un petit peu de mal à m’expliquer quant au contenu d’un album. Je dirais que c’est de la même veine. C’est très difficile pour moi. C’est quelque chose d’assez mystérieux finalement, même pour moi.

LB : Y’a que toi qui a écrit sur cet album…

MF : Oui.

LB : …ou on trouvera d’autres textes d’autres gens ? (Mylène fait « non » de la tête). Y’a une dizaine de titres, c’est ça ?

MF : Oui, il y a à peu près dix titres. Il y en a même dix. Et non, je suis la seule à écrire. J’ai délaissé les poètes ! (petit rire)

1991-01-aLB : Bien. Les conditions de tournage, vous le verrez, parce que vous allez voir énormément d’images du tournage, on en profite en fait puisque tu nous reçois ici, vous allez découvrir de quelle façon Laurent Boutonnat et Mylène Farmer travaillent sur un clip, sur ce clip qu’on découvrira tout à l’heure, « Désenchantée ». Vous le verrez par deux fois, ce clip, avant la fin de l’émission, deux versions différentes. Il y a à peu près une centaine de figurants ici ?

MF : C’est ça.

LB : Des enfants. Alors pourquoi avoir choisi des enfants ? Des enfants hongrois en fait, à Budapest. Y’a une raison particulière ?

MF : Il y a plusieurs raisons pour le choix de la Hongrie. Il y a d’abord la neige. On voulait un paysage de neige. D’autre part, effectivement, on voulait beaucoup de figurants. Et on voulait surtout des enfants qui portent quelque chose de grave dans le visage, dans le regard. C’est vrai que les pays de l’Est, pour ça, c’est fabuleux. D’autre part, il y a beaucoup de techniciens en Hongrie qui sont très performants et professionnels.

Et enfin, une des dernières raisons, c’est que c’est beaucoup moins cher, et qu’on peut faire des choses grandioses avec peu de moyens, finalement.

LB : Est­-ce que ça veut dire que ça va être dans la lignée de l’imagerie Mylène Farmer ? Parce que c’est vrai que Mylène Farmer, on l’associe aux clips, clips scénarisés qui sont en fait des films, non plus des clips. Est-ce que c’est dans la même veine et ça s’inscrit toujours dans cette veine scénarisée et à grand spectacle ?

MF : Ce sera la même chose. C’est la même écriture et le même réalisateur. Et pratiquement la même équipe à chaque fois, sur chaque tournage.

LB : Est-­ce qu’on peut dire aussi que, quelque part, si vous venez tourner ici, en Hongrie, à Budapest… On y pense souvent quant à toi, tes ambitions cinématographiques, et celles de Laurent… On peut se dire qu’il y a peut­-être aussi… On sait que « Cyrano de Bergerac » a été tourné en Hongrie. On peut se dire qu’il y a peut­ être aussi, pour toutes les conditions que tu as données, les prémices d’un futur long métrage, le moyen de repérer pour un long métrage…

MF : (sourire) Ça, c’est quelque chose d’envisageable, qui a été envisagé. Mais j’avoue que, pour l’instant, c’est quelque chose qui n’existe pas, et puis c’est quelque chose qui appartient à Laurent, en tous cas pour l’instant. Donc, en fait, je ne puis rien dire. Mais ce que je sais, c’est qu’il avait fait effectivement des repérages, avant d’envisager le clip, en Hongrie pour un long métrage.

LB : L’histoire de Mylène Farmer en clips, on va essayer de la découvrir. On va découvrir plusieurs extraits des grands clips de Mylène, et on en reparle dans quelques instants. Regardez bien : Mylène Farmer en images.

Diffusion d’extraits des clips de « Libertine », « Tristana », « Sans contrefaçon », « Pourvu qu’elles soient douces », « Sans logique » et « A quoi je sers… ».

LB : Voilà, Mylène. On vient de découvrir les extraits des on va appeler ça des films, Mylène Farmer, de « Libertine » à « Tristana », tous les grands classiques. Qu’est­ce que ça te fait de revoir ton histoire, et presque ta carrière, en clips ? C’est vrai qu’on a beaucoup associé ça, avant la scène  j’entends : l’association, c’était « Mylène Farmer, c’est de l’image ; Mylène Farmer n’existe que par l’image ». Est­ce que tu as ce sentiment ? Est­ce que tu la revendiques, ou est­ce que, au contraire, ça te gène, maintenant que tu as fait de la scène ?

MF : Non, non, je n’ai aucune gêne quant à mon passé. C’est quelque chose qui est, je crois, très important pour moi, l’image. C’est ce qui m’a fait connaître, très certainement. Bien évidemment les chansons, mais c’était quelque chose d’essentiel en tous cas. Donc j’en suis très contente. Très contente. Et c’est vrai que j’avais besoin de la scène, mais ça c’est pour mes propres émotions, pas… (silence)

LB : Justement, à ce propos, tu dis que, en fait, assez fréquemment, tu es en état de peur, et que tu as besoin de cette peur pour oublier. Mais pour oublier quoi ? Tes angoisses ?

MF : Pour oublier ses angoisses, pour oublier que la vie est profondément dure et parfois laborieuse. Pour oublier beaucoup de choses qui sont trop intimes pour vous les raconter.

LB : D’ailleurs, tu cites quelqu’un qui s’appelle Luc Dietrich, qui dit « L’oubli c’est le sommeil de nos douleurs ».

MF : Euh… No comment ! (rires)

LB : C’est ça? Tu confirmes? Y’a pas de problèmes, ça reste ça. Mais cette trouille, elle te fait du bien, elle te motive ? Par exemple, au moment d’entrer en studio, tu dis que tu as quelques angoisses. Mais quand tu parlais de ça, tu n’avais pas encore fait la scène ­ y’avait pas encore eu le Palais des Sports, Bercy…

MF : Les véritables angoisses sont quand même celles, je crois, de la scène. Le studio, c’est autre chose. En tout cas, le studio, moi je parlerais plutôt de l’écriture. Parfois, on a l’impression qu’on n’a plus de nourriture pour pouvoir aussi donner des choses. Ça, c’est quelque chose qui m’a fait un peu peur : quand on sort de scène, on est complètement vidé. Et puis, on s’aperçoit que ça se fait au fil du temps.

LB : Vidée de ses émotions, de son trac, de ses sentiments ?

MF : Non, comblée d’émotions. Mais, c’est difficile à exprimer. C’est…

1991-01-bLB : C’est un petit peu particulier quand même pour quelqu’un qui a une trouille permanente, ou qui a des angoisses et une peur, de monter sur scène devant dix­ huit mille personnes.

MF : Il y a une différence entre trouille et angoisse, je trouve.

LB : Les angoisses, c’est plus profond ?

MF : J’en sais rien. Enfin moi, je me résumerais comme quelqu’un d’angoissé, mais pas trouillard du tout par contre. C’est quelque chose de très motivant finalement, oui.

LB : L’exécutoire c’est l’écriture ? Par exemple, tu dis que tu as eu une période d’écriture après Bercy…

MF : Dans un premier temps, oui, c’est l’écriture, absolument. Mais il y a beaucoup de choses à jeter.

Justement, quand a eu des émotions très, très fortes, en général, l’après émotion, c’est pas le moment pour rédiger des choses. Je crois qu’il faut attendre quelques mois avant d’essayer de s’échapper de quelque chose de puissant.

LB : Tu fonctionnes presque comme une éponge : tu as besoin de regarder ce qu’il se passe autour…

MF : La métaphore est jolie, je vous remercie ! (rires)

LB : N’est­ce pas ?! Je vous en prie ! J’aurais pu choisir autre chose, c’était inélégant. C’est fonctionner comme une éponge : regarder ce qu’il se passe autour et retracer une histoire. Par contre, il y a une chose qui est étonnante, c’est que dans la plupart de tes titres, assez fréquemment, ça revient souvent, comme un leitmotiv, il y a la mort qui est là, qui est présente. Est­ce que ça fera également partie du futur album, de « L’Autre… » ?

MF : Je dirais que c’est quelque chose qui est inhérent à ma vie. C’est quelque chose qui me trouble. Est­ce que ça me passionne ? Je ne sais pas bien. Oui, c’est quelque chose qui sera présent, mais c’est en deçà des mots, c’est pas forcément dit avec violence non plus.

LB : Ça, ça fait bien partie de ton personnage. Quand on parle de toi, on a presque envie de parler de clairobscur.

On a l’impression qu’il y a des antinomies, des paradoxes permanents. Il y a la sauvage d’un côté, puis la timide de l’autre subitement…

MF : Elles existent. Je crois qu’on ne peut pas fabriquer pendant sept années. Je suis comme ça, et je peux avoir mes moments d’euphorie, comme tout le monde, bien évidemment. Mais je crois que je suis profondément timide.

LB : Alors, on vient de voir une série de clips, de « Sans logique » à « Sans contrefaçon », ou encore « Tristana », « Libertine ». Il y en a un qu’on n’a pas vu, volontairement, qu’on va découvrir maintenant, c’est « Ainsi Soit Je… » où là, effectivement, c’est peut­être ce côté paradoxe, il s’est passé autre chose dans le tournage de ce clip. Déjà dans l’utilisation du noir et blanc, et du sépia. Et puis, c’était pas une scène à grand spectacle. On n’était pas, comme ici à Budapest, dans une usine désaffectée, avec de la neige, avec des trains qui passent. Et je crois que c’est un des clips que tu préfères, c’est une des images de toi, « Ainsi Soit Je… », que tu aimes bien.

MF : Je sais pas si c’est une image que j’aime bien. Là, j’apprécie beaucoup la sobriété de ce clip. Pour le thème, le sujet et l’univers, en tous cas l’ambiance, je crois que c’était important d’être très, très sobre, et surtout pas explicatif, pas être narratif non plus. Donc avoir des images et suggérer des choses, c’était plus important.

LB : « Ainsi Soit Je… », Mylène Farmer. On regarde.

Diffusion du clip de « Ainsi Soit Je… ».

LB : « Ainsi Soit Je… », Mylène Farmer. Donc un des clips que Mylène préfère. Rentrons maintenant dans le détail : si on est ici à Budapest, c’est pour vous montrer, c’est ce que vous allez découvrir, des images de ce tournage de clip. C’est une première fois, je le disais tout à l’heure, et l’on t’en remercie, avec Laurent Boutonnat et Thierry Suc, de nous avoir acceptés sur le tournage d’un clip, parce que vous êtes un peu avares d’images de ce travail que vous faites en équipe sur le tournage d’un clip, comme en ce moment ici, en Hongrie.

MF : Je ne sais pas si nous sommes avares, mais c’est assez difficile qu’une autre équipe intervienne parce que, quelquefois, un tournage, surtout comme celui­-ci, c’est une grosse machinerie et ça peut perturber le metteur en scène, et tout le monde. Et c’est vrai qu’on a un souci de garder les choses secrètes, mais parce que, moi, je suis probablement comme les enfants : j’aime encore les surprises. Donc j’aime bien cet effet de surprise quand on a un nouveau clip ou de nouvelles chansons. C’est pour ça que je fais très peu écouter l’album avant qu’il ne sorte. C’est une manière de préserver la chose.

Images du tournage de « Désenchantée », avec la mention : « Budapest ­ 22.02.91 ». Les figurants attendent.

Mylène aussi…

LB : A propos de ce titre, tu parles de génération, de chaos, d’intensité ­ j’ai eu l’occasion d’écouter le titre une fois. C’est presque un titre d’actualité. C’est une fois de plus le malaise. Mais c’est le malaise de quoi ? D’une génération ? Y’a ‘génération’ dedans. Quelle génération ?

MF : Là, je suis un petit peu désolée parce que, même si le mot ‘génération’ existe, je parle surtout de moi. Je ne veux en aucun cas impliquer, même si j’emploie une fois de plus le mot ‘génération’, je n’implique que moi.  Maintenant, c’est que si quelques personnes pensent comme moi, je dirais tant mieux ! Mais, une fois de plus, ça n’engage que moi. Je ne veux en aucun cas faire de la revendication. Et moi, me situant plutôt hors du temps et hors de l’Histoire, je préfère qu’on ne me considère que comme tel.

LB : Mais pourquoi te situes­tu hors de tout ? Parce que rien ne te touche ? Ça m’étonne…

MF : Ça n’a rien à voir. On peut se situer et se placer hors de tout. C’est une manière de se protéger, c’est une manière surtout de s’échapper du monde environnant. Maintenant, je fais la même chose que vous toute la journée, probablement. Mais en aucun cas, je ne me servirais de l’actualité présente. Non pas parce que ça ne me touche pas, ce serait cruel de le dire, mais parce que ce n’est pas mon propos que de parler de ça.

Images du tournage du clip de « Désenchantée » ­ la scène où Mylène et les enfants s’enfuient du camp. Gros plans sur de nombreux figurants.

Laurent Boutonat and Mylène FarmerLB : Parle-­moi un petit peu de « Désenchantée ». Vous êtes venus ici, à Budapest, tu le disais tout à l’heure, pour des raisons de tournage. Je sais que Laurent et toi vous aimez bien la neige, vous aimez bien l’humeur de cet endroit, la Hongrie. Mais dans le clip, on voit de jeunes enfants ­ il y a une centaine de figurants hongrois ­ avec des têtes très particulières, grimés, masqués, habillés un peu comme toi…

MF : Tout à fait. Même encore plus sales ! (rires)

LB : Assez minimaliste, quoi, dans la tenue. Alors, pourquoi ce choix ? D’où vient l’inspiration de ce choix ?

MF : Là, j’avoue qu’il est né probablement d’un amour commun, de Laurent et moi­-même, pour tout ce qui est Dickens, qui est « Oliver Twist ». On aime beaucoup, tous les deux, David Lean qui avait réalisé, je crois que c’était un de ses premiers longs métrages, qui était « Oliver Twist » qui était absolument magnifique. Et c’est surtout cette approche du conte qui est permanente.

LB : Oui, ça reste un petit peu dans ce qu’on a vu déjà chez toi…

MF : Oui

LB : …dans les histoires qui avaient avant, dans les scénaries qui avaient été développés. C’est toujours un conte et une histoire. Tu aimes les histoires. Tu aimes les fins, aussi, qui sont pas forcément belles, c’est que tu dis à propose du cinéma.

MF : Oui. J’aime les fins, je crois même que je préfère, les fins tragiques.

LB : Tu fais beaucoup de reproches d’ailleurs au cinéma français à ce sujet­là.

MF : (soupir) Je le fais dans ma vie privée ! (rires) Et en privé, très souvent, je… Non, je ne ferai pas de grands discours sur le cinéma français. J’ai l’impression effectivement que le cinéma français, en tous cas celui d’aujourd’hui, me touche moins qu’un autre cinéma ­ le cinéma russe, le cinéma américain parfois, le cinéma anglais. Maintenant il y a toujours des…

LB : (la coupant) Tarkovsky, dans le cinéma russe, par exemple ?

MF : C’est quelqu’un que j’aime beaucoup. J’aime beaucoup Bergman, David Lean qui malheureusement a arrêté de tourner, je crois. Mais j’aime aussi… Il y en a beaucoup.

LB : Dans « Désenchantée », dans le clip, c’est un univers carcéral particulier…

MF : On a essayé d’avoir quelque chose d’intemporel. C’est pour ça aussi le choix de ces costumes, parce qu’on ne peut pas tout à fait situer l’époque. Alors ça se situe effectivement dans un milieu carcéral. Il y a une autorité autour de ces enfants. Qu’est­ce qu’on peut dire ? Et que ces enfants n’ont rien à perdre, donc il leur reste comme solution la révolte, et c’est ce qu’il va se passer dans le clip.

Images du tournage du clip de « Désenchantée » ­ la scène de la fuite des enfants.

LB : Je me souviens, enfin j’ai lu ça quelque part, sans parler de ton histoire, que quand tu étais petite, tu passais beaucoup de temps dans les hôpitaux psychiatriques. Tu as fait ça pendant un petit moment…

MF : Ce n’était pas des hôpitaux psychiatriques, c’était d’ailleurs l’hôpital de Garches, qui a beaucoup d’enfants handicapés, moteurs et mentaux effectivement. Je m’en suis, en tout cas j’en ai un souvenir, j’ai eu l’impression de m’en occuper beaucoup. J’y allais très souvent le dimanche. J’étais assez petite.

LB : Mais c’est pas un truc de petite fille, ça ! C’est quand même assez original, comme attitude…

MF : Je sais pas bien. J’avais probablement besoin d’aller vers quelqu’un, vers les autres en tous cas. Mais c’est bouleversant, c’est passionnant. Peut­être que j’y retournerai un jour…

LB : Ça n’a pas de rapport avec ça, avec l’encadrement, toute la structure qui est autour des enfants du clip ?

MF : Peut­être inconsciemment. Là j’avoue que… (rires)

LB : Y’a pas d’incidence ?

MF : Effectivement, il y a des acteurs, de jeunes enfants, qui sont handicapés. Et on s’est aperçu ­ il y a une anecdote absolument magnifique ­ qu’un enfant handicapé, qui est sur le tournage, et qui s’est adapté au tournage en quatre jours. Et son éducatrice nous a dit que, en quatre jours, il avait fait des progrès de six mois. Donc c’est une jolie récompense (sourire).

LB : Là c’est ton côté humaniste ?

MF : Oh non !

LB : Comment tu échanges avec tous ces jeunes hongrois qu’on voit là ?

MF : C’est un échange uniquement de regards puisque nous n’avons pas la même langue, et que les interprètes ne sont pas toujours là pour traduire. Ce sont des regards et puis… Ce sont surtout des gens…

Tous ces figurants ne jouent pas. Ils sont très, très justes. Enfin, ils jouent, mais en aucun cas ne surjouent, et c’est ce qui est fascinant. Ils ont une spontanéité. On a l’impression qu’ils sont nés dans ces costumes, dans cette époque. Et ça, j’avoue que c’est un plus pour le tournage.

LB : Je crois que c’est un parti pris. J’ai eu l’occasion de parler avec ce qu’on appelle un casting-­producer ici ; il m’a dit que, dans le choix des gens, il y avait peu de comédiens, hormis la matonne…

MF : Absolument, oui.

LB : Il y a des délinquants, des jeunes enfants de l’école…

MF : Il y a de tout, oui. Ce sont des gamins de la rue. (rires)

LB : …avec leurs réactions. C’est­à­dire quand on vit à Budapest, quand on a vécu ce qu’on a vécu, quand on a eu l’histoire qu’on a eue, dans une ville qui, somme toute, quand on se promène un peu ici, on sent que c’est pas forcément réjouissant au niveau de l’humeur et de l’âme….

MF : C’est en tous cas habité.

LB : C’est ça, on sent qu’il y a une âme, mais on sent qu’il y a une pression.

MF : Il y a une dureté et il y a une…oui une dureté réelle.

Images de Laurent Boutonnat filmant la scène finale de « Désenchantée ». Laurent Boyer, qui est à ses côtés, réussit l’exploit de faire dire quelques mots au réalisateur, habituellement très discret.

Laurent Boutonnat : On a une scène avec tous les figurants, avec Mylène. C’est un raccord à faire sur ce petit monticule. Nous, on est derrière, avec la caméra. On va faire brûler des pneus pour avoir une grosse fumée noire, pour être raccord avec l’usine d’hier où il y avait le feu, etc. Ils sont censés s’échapper de l’usine, et ils vont descendre de cette petite colline pour courir dans cette immense plaine, vers rien.

L. Boyer : Ce sera le dernier plan du clip ?

L. Boutonnat : C’est l’amorce des derniers plans en fait. C’est le premier plan où ils s’échappent de cette prison/usine pour partir dans la plaine. Après, on a plusieurs plans à faire de leurs visages qui courent…

L. Boyer : Ça a été un bonheur pour toi d’avoir cent figurants, de jeunes hongrois ?

L. Boutonnat : Oh oui, oui, oui. C’est formidable !

L. Boyer : Pas trop difficile à gérer ?

L. Boutonnat : Non parce qu’il y a une équipe très solide qui tient bien tout ce monde­là. Ils ont des têtes extraordinaires en plus. Il y a quelque chose de formidable ici, c’est qu’ils sont… Ils jouent bien. C’est même pas jouer ; ça leur plaît de faire ça, donc c’est presque naturel.

L. Boyer : C’est peut­être mieux que des comédiens. Ils ne surjouent pas !

L. Boutonnat : Ah oui ! C’est impossible, les comédiens ! Ils ont quelque chose de naturel comme ils ont jamais fait ça de leur vie, ils ont une espèce de maladresse. Mais t’as l’impression qu’ils ont fait ça toute leur vie, que ce sont de grands professionnels.

L. Boyer : T’as voulu tourner ici, ça s’appelle la pousca…

L. Boutonnat : La puszta !

L. Boyer : C’est quelque chose d’énorme. C’est la plaine hongroise. Le ciel se rejoint avec la terre.

L. Boutonnat : Absolument. La Hongrie est un pays plat où il n’y a que des plaines. Et tout le centre de la Hongrie, c’est ça : des centaines de kilomètres avec rien, et c’est très impressionnant, surtout avec la neige.

On a l’impression que le ciel et la terre se rejoignent et que y’a rien. C’est le néant. Et c’est beau.

Après quelques images du tournage de la scène de fin et une page de publicités, on retrouve Laurent Boyer aux côtés de Mylène Farmer.

LB : A Budapest, dans un lieu un peu particulier qui est un lieu de tournage, celui que Mylène Farmer et Laurent Boutonnat ont choisi pour ce clip, « Désenchantée », qu’on va découvrir dans quelques instants puisque vous allez le découvrir pour la première fois sur M6, presque en exclusivité, parce qu’il est pas passé beaucoup avant. On a parlé un peu de ce clip, de la façon dont tu as travaillé. Alors toi, c’est ta tenue permanente, ta tenue Dickens on va dire, c’est un peu ça. Et puis, un travail de maquillage. Tu n’hésites pas à te grimer. Là, on voit que tu as effectivement la petite trace de sang. Tu as beaucoup souffert dans ta vie…

MF : (elle sourit et pose un doigt au coin de sa bouche) Je me suis fait très mal ici. C’est parce que j’ai reçu des pierres. Donc, fatalement, je me suis coupée avec une pierre.

LB : Il y a autre chose que tu as coupé, ça tout le monde l’aura remarqué. J’ai pas sauté dessus tout de suite…

MF : C’était élégant ! (rires)

LB : Merci !

MF : Ils sont coupés !

LB : Ça va de plus en plus dans ton côté…pourquoi j’allais dire androgyne ?

MF : Allons bon ! (rires)

LB : Est­ce qu’il y a un autre mot ? Peut­être ‘différente’ ? Ce côté masculin. Oui, ce côté masculin. On sait pas trop quoi. Cette image un peu masculine et féminine. Le fait de couper les cheveux, tu sacrifies au mythe.

Mais la coupe, on va dire « Mylène Farmer, décidément, est de plus en plus masculine »…

MF : Oh non, je ne pense pas. En tous cas, ce n’est pas mon souhait. Et je pense qu’on peut avoir des cheveux très courts et être très féminine quand même.

LB : Un exemple : Katherine Hepburn.

MF : Audrey Hepburn! Katherine Hepburn a eu les cheveux longs plutôt, elle. Mais elle avait une façon très féminine de s’habiller, mais toujours avec des pantalons. Très sobre. Que puis­je vous dire sur la coiffure ?

1991-01-gLB : Sinon que t’avais envie de le faire, et que ça fait causer quoi !

MF : Ça, c’est vous qui dites que ça fait causer ! Moi, j’avais tout simplement envie de changer de tête, c’était important pour moi. Et puis, c’est plus facile de se coiffer quand on a les cheveux courts !

LB : J’aime quand on parle de pratique comme ça, c’est bien ! (rires) Mylène Farmer, « Désenchantée », le clip, on le regarde tout de suite, et c’est la première fois que vous le découvrez.

Diffusion du clip « Désenchantée », version courte.

LB : Mylène, on a parlé tout à l’heure des enfants hongrois, on en a beaucoup parlé, de ce choix, du lieu bien sûr. Alors, il y a une infrastructure et une équipe assez importantes. Il y a beaucoup de gens sur ce tournage…

MF : Je crois qu’il y a à peu près cent vingt personnes, mais il y a surtout douze personnes, enfin ‘surtout’ parce qu’elles viennent de Paris, douze personnes dans l’équipe technique.

LB : Des français, donc ?

MF : Oui, absolument.

LB : Avec qui vous avez l’habitude de travailler ?

MF : Oui. Jean­Pierre Sauvaire, qui est chef opérateur. Carine Sarfati, qui est aux costumes. Et beaucoup d’autres, et je m’excuse de ne pas les citer.

LB : C’est une équipe de copains, ça. C’est des gens avec qui vous travaillez fréquemment. On a l’impression que c’est presque une famille…

MF : Oh oui. C’est des gens de grande qualité humaine et professionnelle. C’est vrai que c’est un plaisir, à chaque fois, de les réunir à nouveau.

LB : On voit pas de chevaux dans ce clip !

MF : Non.

LB : Y’a pas le…

MF : Le syndrome chevaux ? (rires) Non, il n’existe pas ! (le dernier jour du tournage, une scène montrant un squelette au dos d’un cheval noir parcourant la fameuse plaine vide sera pourtant tournée, mais coupée au montage final, nda)

LB : Y’a pas le Cadre Noir, et pourtant, ça fait partie de ton histoire, quand même…

MF : Ça, c’est la presse qui est allée un petit peu trop loin ! J’ai fait beaucoup d’équitation dans ma jeunesse, j’ai effectivement fait un passage, mais très bref, à Saumur, mais c’était pour envisager de passer le monitorat. Donc c’était très, très bref. La presse s’est emparée de ça et en a fait une grande monitrice d’équitation, mais je n’en suis pas là. (sourire)

LB : Ça faisait pas partie de tes aspirations. En fait, chanter non plus, vraiment ?

MF : Non, ce n’était pas une vocation. Mais c’est quelque chose de… C’est probablement un cadeau de la vie qui m’a été fait.

LB : Est­ce que c’est une chance qui passe à un moment donné ? Est­ce qu’il faut la saisir cette chance ? Au moment où tu as rencontré Laurent sur le premier 45­trs, il y a une petite voix qui t’a parlé ?

MF : C’est l’autre, justement ! (sourire)

LB : (ne comprenant visiblement pas l’allusion au titre du nouvel album à venir) C’est l’autre ?

MF : Oui, c’est une petite voix. C’est une chance et une évidence à la fois. C’est­à­dire que quand j’ai rencontré Laurent… Tous les deux, nous sommes nés de la même chose. Donc c’est quelque chose de très fort et très beau, en tous cas pour ma vie.

LB : Autre chose qui a probablement été très bon, on en parlait tout à l’heure, de tes émotions, de ta peur, de ce qui te motive, de ce qui te fait avancer, ça a été la scène. Ça a été le Palais des Sports, ça a été Bercy par la suite. Moi, je t’ai vue dans les deux cas. Je t’ai vue pleurer sur scène, pleurer d’émotion sûrement, d’intensité. Est­ce que ça, c’est l’avènement pour toi ? Le parcours a été long, de 84 à 89, cette scène, est­ce que ça représente l’avènement ? Et est­ce que ça te manque déjà, l’absence de scène depuis à peu près un an ?

MF : Je ne sais pas si on peut parler d’un manque. C’est très, très troublant, la scène. En tout cas, la façon dont moi j’ai abordé la scène et la façon dont je l’ai ressentie, c’est quelque chose de très troublant. Donc c’est quelque chose qui marque énormément. Là aussi, c’est difficile pour moi d’en parler parce que c’est très riche.

Je ne sais pas. C’est une grande émotion. Maintenant, je pourrais dire beaucoup d’autres choses, mais c’est délicat pour moi parce que je…

LB : Est­ce que c’est une émotion passée, ou est­ce que c’est une émotion qui implique le fait d’être en désir justement de cette émotion ?

MF : C’est une émotion qui fait partie maintenant de mes souvenirs. Mais, dans la mesure où c’est aujourd’hui, je peux la considérer comme étant du passé. Donc c’est quand même… Comment vous dire ? C’est une plaie.

En tous cas, dans mon souvenir, c’est une plaie car c’est quelque chose que je n’ai plus actuellement. Ce qui ne veut pas dire que j’ai envie d’y retourner tout de suite non plus. J’ai envie de vivre dans ma vie des choses très fortes. Je sais que je ne pourrai pas les renouveler quotidiennement. Donc je sais que ma première fois sur scène, c’était quelque chose d’incroyable pour ma vie. Est­ce que je ressentirai les mêmes choses si je remonte une deuxième fois sur scène ? C’est la question, en fait, que je me pose, donc c’est en ce sens que c’est très déstabilisant.

LB : Qu’est­ce qui peut t’inspirer justement un désir aussi fort, où tu te dis « Tiens, si je faisais ça, j’aurais peut­ être une émotion encore plus forte » ? Y’a le cinéma, probablement ? On t’a proposé d’ailleurs des rôles au cinéma. Garcia t’a proposé un rôle, il me semble…

MF : (visiblement réellement surprise) Vous me surprenez parce que, moi, je n’en ai jamais parlé.

LB : Ah oui ? C’est des échos, alors. Des bruits…

MF : (perturbée) Non, mais c’est pour dire que je n’en ai jamais parlé.

LB : C’est vrai ou pas ?

MF : C’est vrai que j’ai rencontré Nicole Garcia. J’ai vraiment souhaité la rencontrer. J’avais ce projet de scène, donc il a fallu choisir et c’était évident pour moi. Ce n’était même pas un choix. Mais j’ai quand même souhaité la rencontrer. J’aime bien cette femme. J’ai eu quelques propositions. J’attends. J’attends parce que ce ne sont pas encore les bonnes. Et que j’y mettrai, je dirais, la même démesure et la même passion pour aborder ce thème­là. Mais c’est… J’attends, voilà.

LB : Peut­-être, alors. Qui sait ? On parlait d’émotion à l’instant. L’émotion, l’intensité : c’est extrait d’un double album qui est sorti, c’est également la cassette vidéo live du Palais Omnisports de Paris Bercy. (le concert a en réalité capté à Bruxelles, nda) C’est Mylène Farmer sur scène. « Plus Grandir ». Regardez…

Diffusion du clip de « Plus Grandir (live) ».

LB : « Plus grandir », à l’instant. C’est la scène, c’est Mylène Farmer en scène. Mylène nous en parlait à l’instant, avec cette émotion nette et intense qu’était cette scène. A propos de ton succès, parce que tu as quand même du succès, tu es…je sais pas si on peut dire star ou vedette…

MF : J’en sais rien. C’est pas mon problème.

LB : Tu t’en fous ! Par contre, il y a une réflexion que tu t’es donnée à toi­même une fois dans une interview, tu t’es toi­même posée la question, et tu y as répondu, et j’ai trouvé ça assez intéressant. Tu dis « Si le succès se meurt, je serai dans une solitude incommensurable et presque insupportable ». Alors, ça aussi, c’est le paradoxe du personnage puisque tu viens de me dire « Bof, je m’en fous, c’est pas mon problème. Je suis star, je suis vedette, c’est pas… ».

MF : Non, mon problème n’est pas le mot qu’on emploiera pour définir. Mais mon vrai problème, c’est d’exister, et donc d’avoir le regard des autres posé sur moi, d’avoir quelqu’un qui m’écoute. Et ça, c’est… Pourquoi je fais ce métier ? C’est parce que j’ai besoin de ça pour vivre.

LB : C’est le désir d’amour des autres. Probablement le désir de donner aussi…

MF : Bien sûr. Ça c’est…Oui, bien évidemment, oui.

LB : Est­ce que tu projettes un petit peu dans l’avenir et te dire « Est­ce que je continuerai à faire ça ? » ? C’est­ à­dire un album tous les trois ans, une scène, … Je me demande su tu es capable de tomber dans une routine…

MF : Non, parce que je pourrai dès le prochain album remonter sur scène. Non, je ne peux pas me projeter dans l’avenir. Quand je pense à l’avenir, je vois l’échec donc je préfère ne pas y penser. Et j’y pense malgré tout ! (rire nerveux) Mais c’est pas une grande quiétude en tous cas.

LB : On a l’impression qu’il y a un mal de vivre permanent chez Mylène Farmer…

MF : Oh, je ne voudrais pas n’émaner que ça, mais je… (soupir) Que dire ? Oui, appelons ça le mal de vivre.

Appelons ça une incompatibilité avec la vie, en tout cas.

LB : Avec les autres, des fois ?

MF : Avec les autres, mais ça nous sommes tous pareils.

LB : L’enfer c’est les autres, quoi !

MF : Oui, bravo ! (rires)

LB : Je vous en prie. (un camion arrive en second plan, depuis le décor du clip, et vient tout droit vers le ‘plateau’ d’interview) Ne vous inquiétez pas, on a un camion qui nous arrive dessus ! On est vraiment sur les lieux du tournage de ce clip ! (rires de Mylène qui se retourne) Y’a même des coups de mitraillettes de temps en temps. C’est l’apocalypse quoi ! (le camion passe juste derrière eux puis disparaît, Mylène est morte de rire) Voilà, merci, c’est gentil. Ne changez rien. Restez où vous êtes. On s’installe et on continue dans le même esprit. Mylène, on va regarder « Désenchantée » une autre fois… Ah, je voulais dire une chose.

L’album n’est pas encore sorti, par contre, il y a une chose que tu as faite et qu’on n’attendait pas forcément, c’est un duo avec quelqu’un, sur cet album, avec Jean­Louis Murat. Alors là aussi, il y a une rencontre un peu particulière. Cette rencontre est née de quoi : de ton désir, du sien ?

MF : Ça, je vais garder ça mystérieux. Je crois que c’est né de toute façon d’un désir commun. Nous nous sommes rencontrés et on a décidé de chanter cette chanson ensemble. Et je suis très heureuse d’avoir rencontré Jean­Louis. J’aime beaucoup sa voix, d’abord, et j’aime surtout sa façon d’écrire. Et c’est quelqu’un qui a réellement un univers. C’est pour moi ­ je ne sais pas s’il appréciera le compliment, c’en est un pour moi ­c’est un poète d’aujourd’hui. C’est quelqu’un qui me touche beaucoup. (sourire)

LB : Mylène Farmer, « Désenchantée ».

Diffusion du clip « Désenchantée », version intégrale.

LB : Voilà, « Désenchantée », Mylène Farmer. On est sur le tournage de ce clip. L’album sort le 8 avril, je vous le rappelle. (la date officielle annoncée par la maison de disque sera pourtant le 10 avril, nda) L’album s’appelle « L’Autre… ». Le 45­trs, vos le connaissez puisqu’on l’entend en radio, déjà, depuis le 18 mars.

Mylène, après ce tournage, après Budapest, ça va être quoi ? Ça va être promotion ? Quelques télés…Très peu, d’après ce que je sais.

MF : Très peu de télés, oui.

LB : Merci de nous avoir accordé cette interview, surtout ici.

MF : Merci d’être venu.

LB : Je t’en prie. On se remercie encore ! Et après, ça va être peut­être un peu de repos, t’occuper des animaux. Tu as toujours des animaux ?

MF : J’ai toujours mes deux singes.

LB : Oui, c’est ça.

MF : Et, quant au repos, non. Définitivement, je déteste le repos et l’oisiveté.

LB : Tu t’ennuies ? Ça t’ennuie, le repos ?

MF : Oui. Et ça m’inquiète beaucoup. Beaucoup !

LB : Mylène, merci d’avoir été avec nous. Et puis, on se retrouvera probablement prochainement. On ne sait pas. Qui sait ?

MF : D’accord.

1991-01-eLB : Merci. C’était ici, à Budapest, et elle va continuer le tournage du clip. Et il fait de plus en plus froid, je vous assure. (rires de Mylène) Ah ! Je sais que ton rêve, ce serait de faire un reportage sur la banquise.

MF : Oui, absolument.

LB : C’est toujours vrai ?

MF : C’est toujours vrai.

LB : Je sais pas si j’irai t’interviewer sur la banquise ! (rires) Ça s’arrange pas ! Merci Mylène.

MF : Merci.

LB : A bientôt.

MF : Au revoir.

Générique (extrait de « Désenchantée » sur des images du tournage).

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Comprendre le message de Myléne du TIMELESS 2013

Posté par francesca7 le 10 mai 2015

téléchargement (1)

Les premières paroles chantées par Mylène Farmer lors de son dernier spectacle Timeless 2013 ne sont-elles pas « à l’envers cette terre », comme la dystopie est une utopie inversée, c’est à dire une représentation du monde souvent futuriste, toujours infernale, cauchemardesque ?

Comment installer cette dystopie ? D’abord par le lieu de ce voyage à travers les étoiles, vers un univers loin, très loin de notre monde, à des années-lumière, du moins en apparence, et l’arrivée d’un personnage énigmatique qui va changer cet univers. Après le noir, au bout de la nuit, les étoiles au début du spectacle qui finissent par former le visage de Mylène tel qu’il apparaît sur l’affiche de la tournée constitue peut-être un effet d’annonce. Une entrée stellaire, un bouillonnement d’étoiles fixes et filantes qui se rejoignent pour former peu à peu un tunnel rectiligne, puis en spirales, un tourbillon évoquant le Tartare grec. Les étoiles semblent elles-mêmes voyager dans le temps et l’espace. Ce passage entre les dimensions débouche sur un vaisseau qui évoque un cratère dans lequel on s’engouffre pour accéder à l’un de ses couloirs qui semble infini, labyrinthique, un dédale spatial, avec déjà le mélange des imaginaires mythologiques et futuristes : au tunnel stellaire succède un tunnel métallique mais toujours virtuel car ces plans sont des images de scène présentées sur un écran gigagéant, qui occupe tout le « mur » du fond de scène.

Sur cette même chanson, les images de scène semblent évoquer le processus de constitution de l’univers depuis le big bang : naissance et mort d’étoiles, explosions et reconstruction de matières nouvelles à partir d’éléments épars. 

Est-ce une façon d’annoncer l’absurdité du monde dystopique, sur lequel l’héroïne vient d’atterrir, qui tourne à vide sur lui-même ou simplement d’évoquer le cœur, l’âme du vaisseau sans lequel il ne pourrait fonctionner ?

Ce monde lui, on le verra, a trahi son pacte avec la nature à l’image des représentations habituelles de planètes lointaines sur le déclin qui se meurent de la surexploitation de leurs ressources .

téléchargement (2)A ce titre, le crâne nu de Moby, filmé de derrière au début du tableau « Slipping away » et bleuté, ressemble étrangement à la surface d’une planète. La voix stellaire de Mylène sur « A force de » vient donner un nouvel éclairage au thème de la chanson : savoir et vouloir espérer et donner l’espoir à l’autre quelque soit le situation, et ce en contemplant la beauté et la force de la nature : « La force des rapides, des vents qui se déchirent, me donnent l’envie de vivre, donner l’envie de vivre ; à force d’étincelles, que la nature est belle ». MF semble ici apporter au sein de la dystopie la voix salutaire d’un ailleurs, d’une nature qui existe encore bien qu’elle soit perdue ici, et qui va renaître au contact de ce personnage féminin, en tenue de voyage, encapée, entourée d’éclairs bleus à son arrivée sur scène comme l’écran derrière elle.

La voilà prête à réveiller le monde…

Cependant sur le titre suivant, « Comme j’ai mal », le soleil naissant d’ « A force de » semble décliner. Ici-bas, la vie se fragilise. La reconcentration, et non plus le déploiement, de ces lignes lumineuses, voire leur repli, qui plus est sur une musique inquiétante, s’opère autour d’une porte des étoiles mauve sombre qui rappelle un soleil noir ou un trou noir – avec le jeu de mots sur le trou noir psychique puisqu’elle chante « ma mémoire se fond dans l’espace ». Ici, la voix stellaire de Mylène devient gutturale, étrange, comme malade, à l’image de l’étoile déclinante dont les rayons, instables, se formant et se déformant, paraissent chavirer, tanguer dans un sens puis dans l’autre : « ma pensée se fige, animale ». Elle qui vient d’un ciel bleu pur, est comme étouffée par ce lieu étrange, dystopique, où elle vient d’atterrir : « je ressens ce qui nous sépare », ici il s’agit sans doute d’elle et du monde où elle pénètre. Elle est animalisée. Sa faculté à ressentir des émotions ou à penser rationnellement est comme absorbée . Elle décide pourtant de continuer son chemin. Et c’est là qu’elle va rencontrer les robots du tableau de « C’est une belle journée »

Nous voilà entrés au sein du monde dystopique. Et qui croisons-nous en premier ? De bien étranges robots, dès l’introduction du 3ème titre du spectacle « C’est une belle journée ». Tels des têtes chercheuses effrayantes, leurs yeux et à leurs bouches mués en lampes torches semblent traquer tout ce qui sortirait d’une « normalité » érigée en dogme non transgressible et en dehors de laquelle il est impossible de vivre dans une anti-utopie.

Or, ces robots soudain s’humanisent, joyeux, dansants, au contact de la seule femme « souveraine » (Mylène) qui subsisterait dans ce monde ou qui venue d’ailleurs sur son vaisseau spatial découvre un monde où les filles sont des robots : « voir des anges à mes pieds ». La simple présence de cette voyageuse semble leur donner l’envie d’aimer , « de paix », puis de s’aimer mutuellement, comme le montrera l’interlude centré sur eux. On peut y voir une explication de la présence dans ce spectacle de danseurs hommes uniquement autour de Mylène, d’où également l’attitude protectrice des mêmes danseurs très proches autour d’elle pendant le pont de « C’est une belle journée », en particulier des deux danseurs de devant (Raphaël Sergio Baptista, Aziz Baki) qui l’entourent de leurs bras : la rareté se doit d’être protégée. Elle dit d’ailleurs à ce moment-là : « comme un aile qu’on ne doit froisser ».

Ces robots sont l’un des épicentres du spectacle si bien qu’un interlude très original leur est consacré. Ils semblent se toiser du regard, se méfier les uns des autres, peut-être se découvrir comme « êtres vivants ». En tous les cas, ces robots irradient, dans un univers bleu froid, une lumière rouge. Celle-ci rappelle les opérations de détection de la chaleur corporelle qui apparaît souvent « rouge » pour ceux qui la traquent, dans certains univers de science-fiction. Les robots sont alors les seuls signes de vie.

On pourrait dès lors y voir l’interlude d’une autre rencontre amoureuse qui a lieu cette fois entre deux être humains : Mylène F. et Gary Jules sur la chanson suivante : « Mad world ». Pour en revenir aux robots, certes ils semblent méfiants mais ils sont surtout curieux, ils s’apprivoisent et quand l’amour est là, conscient et mutuellement ressenti, ils dansent soudainement la joie d’être aimé, malgré cette surveillance, sur une musique dont les arrangements évoquent des bruits « robotiques ». Ils changent de couleur au gré de leurs émotions : heureux de cet innamoramento, ils sont multicolores de même que les faisceaux de lumière les entourant, de plus en plus nombreux qui jaillisent de toutes parts. A cet instant, même les yeux de surveillance semblent entrer dans la danse et oublier leur mission orginelle pour partager un moment de joie.

images (2)L’animal est-il là au sein de la dystopie ? Sur le tableau « Monkey me », il génère cependant un moment de joie, en liaison avec thème de la chanson qui évoque une rencontre entre un animal prisonnier (en attente d’être adopté dans une animalerie) et une femme, et le sentiment quand leurs regards se croisent. Elle semble se reconnaître en lui, éprouver de l’empathie pour sa souffrance, se sentir elle-même prisonnière, d’où la nécessité d’adopter l’animal pour le libérer. Sur le tableau « Monkey me » du concert, on peut observer sur l’écran des pointillés disposés en cercles concentriques qui rappellent une cible : moment de jeu ou représentation du système solaire ? Les guitares couvertes de leds sur ce titre, donc lumineuses, symbolisent la joie associée au singe dans la mythologie japonaise, la chaleur, la vie au sein de la dystopie comme le marquent les couleurs chatoyantes, solaires (rouge, jaune or) du tableau. Sur certaines dates, 3 guitares sont équipées de leds lumineux : pour symboliser chacune un des trois singes de la sagesse ?

Lorsqu’il est fait de chair et de sang, l’homme est l’objet d’un spectacle-défouloir, objet de désir, sur « Oui mais non », où la chorégraphie virile et les costumes des danseurs semblent évoquer l’esclave ou le gladiateur désarmé ou le lutteur, jeté dans l’arène d’un jeu du cirque équivalent à celui de l’Antiquité romaine. On y développe la même martialité quitte ou double : comme on levait la main pour décider de la mort de quelqu’un, MF sur son fauteuil décide qui elle garde et qui elle rejette parmi ces hommes qui paraissent se lover autour d’elle.

A ce titre, les ombres chinoises, tour à tour noires ou blanches (ou les deux) au détour des portes de l’arène qui s’ouvrent et se ferment, sans cesse renaissantes, semblent signifier la multiplicité des peuples (conquis) réunis comme objet de spectacle au sein des Ludi. Leur forme et leurs mouvements rappellent dans leur agencement les amphores grecques ou les frises de l’Egypte antique. D’ailleurs, les doubles blancs des personnages, évanescents, qui volent, en arrière plan, d’une frise à l’autre, de corps en corps, de réincarnation en réincarnation, rappellent les « kâ », doubles spirituels de chacun être humain, naissant en même temps que lui, dans la mythologie égyptienne.

En contraste, l’homme venu d’ailleurs est l’objet de l’amour véritable dans Timeless. Amour d’adultes en un premier temps sur la partie « piano/voix » du concert. La seule relation humaine pour Mylène est passagère : Gary Jules apparaît sur scène dans l’obscurité et surplombé de faisceaux formant une colonne (un tunnel ?) de lumière vertical et blanc qui le transforme d’emblée en homme-ovni. Comme Mylène, il vient d’ailleurs, il n’appartient pas à ce monde dystopique, d’où le fait qu’il le qualifie de « mad world » et qu’il enjoigne ceux qui l’écoutent à s’ouvrir l’esprit : « enlarge your world ». Il devient dès lors le seul amour possible pour celle qui elle non plus « n’[est] pas de ce monde ». thématique si mylénienne de l’ami imaginaire et du voyage à travers le temps futur et passé et les dimensions (au centre du spectacle Timeless) serait dès lors le moment de la rencontre amoureuse, L’amour naissant…

En effet, en commençant le refrain par « si d’aventure je quittais terre », elle permet au doute de s’installer. Elle projette de quitter cet univers (parce qu’il la rend malade ?) comme elle le fera à la fin du concert, en laissant Gary qui n’est déjà plus présent : elle fait sa déclaration d’amour à un absent. Belle résonance avec le thème originel de la chanson, interprétable comme l’aveu d’amour à un enfant tant voulu mais qu’on a jamais eu, peut-être parce qu’il est mort-né , peut-être parce que l’enfantement tel qu’il se fait normalement est interdit dans certains univers dystopiques, pour contrôler les naissances, éviter la profusion des classes miséreuses, laborieuses, dangereuses. Cet enfant perdu est-il la raison de l’absence de Gary ? Le déploiement de l’amour sur « Les mots » occupait l’ensemble de la scène ; ici, point de suture, noir sur la scène (au début) pour accentuer l’absence, traversé de sept rayons blancs protecteurs, et repli de Mylène avec son pianiste sur la partie droite de la scène, comme si la musique sauvait de tout. « Et pourtant » signe la rupture de la relation – à cause de cet enfant non né ? : « mais tes lèvres ont fait de moi un éclat de toi », dit-elle à Gary, toujours absent – et ce même si l’amour persiste, signant la nécessité du départ. A ce moment, l’outro de « Et pourtant » confié à Yvan Cassar seul sur scène semble signifier que si l’amour est terminé, la musique survit et fait renaître. Alors que la musique gagne progressivement en intensité et en beauté, la scène sombre fait place à une lumière de plus en plus intense, statique puis mobile, qui éclaire la pianiste seul puis l’ensemble de la scène. La vie nous est redonnée par la musique.

images (3)Si l’amour d’adultes n’a pu donner lieu à la naissance d’un enfant, celui-ci apparaît tout de même, venu du public, donc d’en dehors de ce monde représenté sur scène : sur « A l’ombre » pour annoncer le renouveau à venir ou « XXL », chanson centrée sur le besoin d’amour de la femme, quelque soit le monde d’où elle vient. Les vaisseaux projetant des rayons formant des X, des images de MF et de ses guitaristes, de leur complicité, marquent à nouveau les moment de joie apportés par l’amour et la musique là encore – comme sur « Et pourtant », mais cette fois le musicien n’est plus seul. Le moment est idéal pour faire entrer sur scène, dans son univers, un enfant, par exemple celui, très mignon, du 11 septembre 2013. Ce contact amoureux avec le hors scène est élargi à l’ensemble du public dans le tableau « Bleu noir » où Mylène chante sur une nacelle mobile qui traverse l’ensemble de la fosse, et ce en liaison avec la thématique de la chanson, ici la vie vaut la peine d’être vécue pour les relations profondes que l’on y noue : « mais la vie qui m’entoure et me baigne me dit quand même ça vaut la peine » « la bataille est belle, celle de l’amour disperce tout ». Faire chanter au public le premier couplet du titre « Maman a tort » participe du même élan : « deux, c’est beau l’amour » « huit, j’m'amuse ».

Dans la même mouvance, mais plus clairement, « Désenchantée » permet de se focaliser sur les marginaux, les révoltés, les prisonniers politiques, les dissidents de cette dystopie : « tous mes idéaux, des mots abîmés ». Ceux-ci sont figurés par les danseurs. Avec la sorcière Mylène, ils sont enfermés hors du regard des « normaux », sur une planète hostile, rouge, peuplés d’insectes menaçants, veuves noires, gardiens lugubres des prisonniers exilés ….

Cette sorcière de « Désenchantée », nous la retrouvons sur « Diabolique mon ange ». Si la croix sur la nuque de Moby (« Slipping away ») semble renvoyer l’idée de religion, de spiritualité, elle aussi, à un lointain passé, de même que sur la partie piano-voix du concert, la croix très discrète sur l’échancrure de la robe pailletée d’étoiles de MF, elle signe surtout définitivement le rejet de la religion dans cet univers, en dehors de ceux qui tiennent encore quelque chose du passé :? D’ailleurs, les cinq soleils de « Bleu noir » reviennent à ce moment précis, non plus blancs, mais jaunes or, plus puissants, regaillardis par cette renaissance dans un tableau faisant référence au pays du Soleil levant, donc naissant ou renaissant et qui accueille, après « Sans contrefaçon », le tout premier titre de la carrière de Mylène, celle qui la fait naître en tant que chanteuse : « Maman a tort ».

« Sans contrefaçon » ? Des dystopies toujours… « Dans ce monde qui n’a ni queue ni tête », apparaissent des simili samouraï, guerriers rouges de la planète Mars, au double sens du dieu grec de la guerre et du sang versé au combat et de la planète rouge : « prenez garde à mes soldats de plomb, c’est eux qui vont tueront ». 

Dans le même ordre d’idées, toujours sur « Je t’aime mélancolie », l’industrialisation effrénée n’aboutit à rien puisqu’elle sert à construire des engins de mort : machine ambulante qui évoque un lieu de pendaison par couperet avec suspendus serpes et marteaux – symboles du communisme soviétique. Elle permet de mettre au point des engins de répression (gants de boxe sur ressort avec aussi une allusion au clip de la chanson de ce tableau) ou encore des machines occupées à un travail vain et inutile : machines à roues dotées de ciseaux géants mobiles servant à la culture d’une terre aride, bateau au sein d’une mer rougeâtre vide ou peuplée de squelettes de poisson, allusion au travail à la chaîne tayloriste (et à sa symbolique chaplinesque) avec ces bouteilles fabriquées en série qui explosent avant même d’être terminées. Plus loin, les visages humains eux-mêmes toujours indéfinissables semblent être produits en série. A noter que les premières dystopies sont nées avec l’industrialisation – destructrice parce qu’irrespectueuse – du XIXème siècle, révolutions industrielles dont l’une a été marquée par une découverte essentielle : l’électricité, ici représentée par une ampoule qui s’allume et s’éteint au milieu d’un visage vaguement défini. 

Vient « Rêver », le moment du départ, où il faut « changer de ciel », l’ultime chanson du concert, l’hymne à la tolérance, mais qui signale tout de même la fragilité du nouveau monde créé et la nécessité d’un agir ensemble pour le préserver.

Pour terminer, sur l’ensemble du spectacle, il faut souligner que, pas de doute, c’est un spectacle très réussi. Chaque membre de l’équipe sur scène a son moment privilégié, où l’attention est concentrée sur lui, marque de partage et de respect infini pour tous les acteurs du show : Gary Jules chante presque seul sa chanson « Mad world », le public chante presque seul le 1er couplet de « Maman a tort » ; il y a l’intro musical de « Et pourtant » qui met en valeur le pianiste Y. Cassar, l’intro de « Je t’aime mélancolie » pour les danseurs, l’intro de « Diabolique, mon ange » pour tous les musiciens et les choristes, la mise en avant des guitaristes sur « Monkey me » et « XXL » (et de l’un d’entre eux sur l’écran au milieu des « soleils » de « Bleu noir ») et bien sûr l’interlude robots. 

images (4)Et la joie présente du début à la fin du concert, en particulier autour de son héroïne toujours souriante, comme un contrepoint à la dystopie et le signe d’un espoir toujours vivant. Qui a dit qu’elle, Laurent B. et toute leur équipe n’étaient pas capables de se renouveler tout en gardant leur identité ? Où s’arrêtera le pinceau d’écume ? Jamais, puisqu’elle est éternelle… 


SOURCE : Cyril H. – à retrouver sur le site originel :  
http://roadmaster-087.skyrock.com

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SOUS LES MAUX DE MYLENE FARMER

Posté par francesca7 le 2 mai 2015

 

 

Swift écrivait avec authenticité : « Quand un vrai génie apparaît en ce bas monde, on peut le reconnaître à ce signe que les imbéciles sont tous ligués contre lui. » Ce nouvel album de Mylène Farmer ne manquera pas, devant la vocifération de quelques verrats nourris à la confiture pourrie, de confirmer à nouveau cette citation.

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Bloc opératoire :

« Tous les points de suture du monde ne pourront nous recoudre » dit Pacino dans L’impasse.

Anesthésie générale en prévision. Comme son nom l’indique, Point de sutureannonce une phase, celle de la plaie soignée après l’opération. Soignée mais pas cicatrisée. Alors que l’excellent [Dégénération->644] (dans les bacs depuis le 18 août) laissait présager un disque froid et plutôt évasif quant aux paroles, ce septième album de la rouquine, très up tempo, électrochoc, s’avère d’une diversité délicieuse et sauvage. Avec un virage résolument électro moderne, tout en restant, fort heureusement, très Laurent Boutonnat (génie irremplaçable, quoi qu’on en dise, dont on attend également impatiemment la prochaine production cinématographique). Petite révélation d’introduction :Point de suture contient le plus beau titre que Mylène Farmer et Laurent Boutonnat aient écrit.

D’allégories en aphorismes, d’assonances sans dissonances, de désirs annexes, sexuels, sans zèle, sans complexe, les textes sont d’une rare finesse et intelligence, même si leur titre ne l’affirme, parfois, pas nécessairement ( Appelle mon numéroC’est dans l’air ). Le nom de l’album exhale d’ailleurs toute sa prestance si l’on daigne un tant soit peu creuser entre les lignes : l’artiste n’aura jamais autant joué sur l’autodérision, subtile et cocasse, sur la poésie, sur l’éclectisme : sur tout ce à quoi on l’assimile bêtement, souvent avec une hargne rare.

Option chirurgicale : album au scalpel :

Dégénération : ouverture en rafale avec le premier single issu de Point de suture (ici en version longue), accessoirement numéro 1 des téléchargements légaux dès sa mise en ligne, et servi par un clip époustouflant, subversif, fort de ses allusions métaphoriques (une confusion des genres entre médecins et militaires nazis, entre malade [sujet d'étude] et entité divine). Un des meilleurs singles de Mylène Farmer, à l’antinomie du palliatif, qui n’est pas sans rappeler Sin de Nine Inch Nails . Ecoutez bien.

Appelle mon numéro : première découverte du nouveau cru. Avec un tel titre, l’auditeur pouvait s’attendre au pire, comme il en abonde sur les plus mauvaises radios généralistes. Il s’extasiera finalement du meilleur. Musicalement, Appelle mon numéro se rapproche de Dans les rues de Londres (en 2005), grâce à ses arrangements doux et planants, aux nappes de synthés, accentués par des guitares sèches et un riff électrique qui s’ancre rapidement dans la tête. Malgré cette rétrogradation, la (bonne) surprise est de taille : un texte écrit avec justesse et mæstria, par ses multiples jeux de mots et les assonances jouissives du deuxième couplet (une prouesse littéraire exemplaire, grande maîtrise du verbe, qualité stylistique énorme, tournant autour du pillow et de l’hallali [à la connotation sexuelle évidente]). Une extrême noirceur derrière le rideau : un appel à l’aide, un cri de claustration, Mylène is calling 2 : Allo oui c’est moi, tu n’es pas là ? Je me sens toute seule, je suis toute seule. Une plage douce, dans le style trip-hop envolé cher à Mylène, et dont les cinq minutes trente défilent beaucoup trop vite.

Je m’ennuie : retour aux sonorités électroniques pour un hit efficace, clair, et dance dont les arrangements font totalement abstraction du désenchantement paroxysmal des paroles (comme souvent chez l’artiste). Ode à l’oisiveté, à la désillusion. Virage musical bien opéré à travers ce titre moderne et entraînant, empreint de doute et de solitude profonde, nous renvoyant au bovarysme. Un futur single à n’en point douter.

Paradis inanimé : l’intro de Paradis inanimé nous met d’emblée dans le ton : Point de suture risque fort d’être le disque le plus riche et hypnotique de la charmante rouquine. Energique, frais et (très) mélodieux, ce titre renvoie à la période pop-rock de l’artiste. Paradis inanimé bénéficie d’un texte onirique (et derrière le masque, très nihiliste), noir, poétique, apparaissant presque tel un pied de nez à certaines langues de fiel enfermant la chanteuse dans quelques clichés risibles. Un magnifique voyage, Mémoires d’outre tombe, dont la dernière minute nous rappelle avec joie ce que Coldplay sait faire de meilleur.

Looking for my name : un peu de douceur pour cette cinquième piste, interprétée avec Moby . Sur une ambiance hypnotique et obscure, Looking for my name se différencie totalement de Slipping away / crier la vie (single en duo avec Mylène issu du Greatest hits de Moby, sorti en 2006) et de son potentiel club, se rapprochant plus de l’univers habituel de la rousse. Petite pépite synthétique et mélancolique principalement dans la langue de Shakespeare, qui passe en boucle, dans une optique moderne de l’album L’Autre. en 1991. Une véritable et remarquable collaboration artistique.

Point de suture : balade sombre typiquement Farmer / Boutonnat, aux claviers et pianos omniprésents, interprétée très sobrement, à la limite de la fêlure. Nouveau clin d’oeil à la pop gothique raffinée de 1991, avec à l’appui, plus d’aigus dans la voix. Les derniers souffles de la chanson se révèlent ni plus ni moins incroyablement beaux et ténébreux. Un des grands moments de l’album : bouleversant. Et sur les blessures, point de suture.

Réveiller le monde : parfaite transition entre les titres froids et électroniques, Réveiller le monde est à classer dans ces deux catégories. Le texte, empli de désillusion, suintant le lyrisme de Paul Celan, appelle à une tolérance plus soudée entre les hommes, et sonne comme un appel de Soi à un quelque retrait d’un monde ébréché, au stade irréversible de l’agonie. Un titre savoureux, très doux, aux vieux fantômes de Depeche Mode .

Sextonik : malgré de très bons couplets (vantant les mérites de quelques ustensiles utilisés en substituts.) sur lesquels la mélodie nous caresse gentiment les tympans, Sextonik, aux accents dance kitsch années 80, a du mal à convaincre sur un refrain très creux et vite irritant. On se demande même si ce morceau n’a pas été écrit pour (par ?) les adhérents du Club Med, ou ceux d’un cours d’aérobic salace, sous le soleil d’été. La petite déception de la galette.

C’est dans l’air : une TUERIE imparable comme on en attend rarement. Electro énergique à double tranchant, la lumière de C’est dans l’air (le titre le plus rapide du disque) irradie de sa dichotomie, et de ce qu’exhale en général Point de suture . Les couplets baignent dans une teinte similairement déstructurée de Dégénération, aux sons limités mais prenants, avant que le refrain ne vienne complètement métamorphoser le morceau sur une mélodie accrocheuse, monstrueusement efficace, impossible à se retirer du crâne après écoute. Le texte, aussi explicite qu’ambigu en vivant d’un champ lexical très pieux (« ange », « apôtre », « Seigneur », « cieux », « félonie »), nous montre pour la première fois, sans amphibologie, un nihilisme exacerbé de l’auteur : « On s’en fout, on nie tout, on finira au fond du trou. et moi je chante. » ( Mylène fan de Sindrome ?), renvoyant à quelques passages du Non-sens du devenir de Cioran, extrait de l’ouvrage Sur les cimes du désespoir : « Dans le silence de la contemplation résonne alors un son lugubre et insistant, comme un gong dans un univers défunt. Ce drame, seul le vit celui qui a dissocié existence et temps : fuyant la première, le voici écrasé par le second. Et il ressent l’avance du temps comme l’avance de la mort. » En seconde lecture, le texte de C’est dans l’air apparaît également comme un règlement de compte grinçant, paraphé de multiples métaphores. Evidemment, la bombe du CD, à laquelle il est difficile de ne pas espérer prochainement un clip vidéo.

Si j’avais au moins revu ton visage : malgré la force indéniable résonnant déjà tout au long de cet album (en évinçant Sextonik ), Mylène Farmer nous aura réservé un final époustouflant sur les deux derniers titres. N’ayons pas peur des mots : de par une musique douce et belle, une voix fragile, un texte sincère et désespéré (qui fait étrangement penser à la fin tragique d’ Eurydice et Orphée ), Si j’avais au moins revu ton visage s’affiche sans conteste comme la meilleure chanson de tout le répertoire de la chanteuse. Sensible, sobre, acoustique, poignant (on repense à Dernier sourire ), sur le fil du rasoir ; une pure merveille qui mériterait à elle seule l’achat de cet album unique. Magnifique conclusion, sur un très beau solo à la guitare.

5243Ave Maria (titre caché) : l’intérêt sur un titre fantôme, est de préserver l’effet de surprise à l’auditeur. Je vous laisse donc découvrir cette reprise, mystique, troublante, presque gênante.

Postcure sans placebo :

Point de suture, véritable machine à tubes, hybride, polysémique, nous offre des titres efficaces, admirables, neufs, comble brillamment les attentes de l’auditeur (ou au-delà), amenant carrément à ce dernier un choc pendant l’écoute de plusieurs titres, surprenants, et sonne telle une synthèse de tout ce qu’a été Mylène Farmer, autant dans son art que dans ce que certains médias ont véhiculé de cliché sur elle. On notera également des arrangements extrêmement sobres sur la voix, mise en avant, et dont le chant maîtrisé à la perfection nous allèche quant aux prochains concerts de la belle, prévus en France à partir de mai 2009 (en juillet pour la Russie).

La pochette du disque, subtile et noire (noirceur assimilable uniquement à la majorité des textes de l’album, et non aux sonorités des compositions) alimentera sûrement son lot de spéculations : une poupée rousse – amochée au possible, et recousue jusqu’à la défiguration – en robe blanche est couchée à côté d’un pot d’appareils chirurgicaux, remplaçant ainsi la dame. Clin d’oeil à la marionnette de Sans contrefaçonen 1987, définitivement mise au placard, ou à une artiste trop souvent disséquée jusqu’au bain de sang ? Cela fait effectivement dix-sept ans (depuis L’Autre., troisième LP sorti en 1991) que certains médias annoncent, à chaque sortie d’album, une mort artistique imminente de la principale intéressée (on attend toujours d’ailleurs, soit dit au passage). Le livret est aussi la digne représentation de l’ambiance générale de l’album : une dissection de Mylène, complètement cabossée. C’est qu’elle s’en est pris dans les dents, la renarde ; mais malgré les coups incessants, elle reste(ra) en vie, coûte que coûte. Peu importe les menaces, la violence et les éclats volés. On pourrait comprendre également que même si devenant un débat d’étude, le sujet souhaite rester intègre, n’en déplaise aux loups dont les babines crachent de sang.

Un sublime tableau aux deux visages dichotomiques, qui eût très bien pu s’illustrer de Nature morte de Jean-Baptiste Oudry . Après Avant que l’ombre. à l’accueil dithyrambique dans la presse spécialisée (jusque dans Rolling Stone et Le Monde ), Mylène Farmer et Laurent Boutonnat enfoncent le clou. Point de suture : soin de rupture, point spectral. En bref, plus de guitares, d’électro, de rythmes up tempo, pour ce qui s’affirme comme un des (voire le) meilleurs albums d’une carrière exemplaire, atypique et inimitable. Le retour magistral d’une artiste en marge, imprévisible et troublante : qu’on le veuille ou non, Mylène, c’est dans l’air, et l’intoxication n’est toujours pas au programme. Tout simplement et modestement, merci.

Côté news fraîches, découvrez la PREMIERE page web officielle de Mylène FarmerLonely Lisa s’ennuie . dès septembre 2008. En attendant l’ouverture du site, un film d’animation (réalisé avec les dessins de l’artiste) nous est proposé sur htpp://www.lonelylisa.com. A travers la mise en avant de ce projet, la chanteuse poursuit l’histoire de la petite Lisa, personnage principal de Lisa, Loup et le conteur, premier livre de Mylène paru en 2003 aux Editions Anne Carrière, gros succès en librairies (épuisé quelques semaines après sa parution). Au programme pour septembre : pour la promotion de ce site, on peut allègrement attendre Je m’ennuie en single, dont le clip devrait être la suite de C’est une belle journée (2001). Le même mois sortira chez les disquaires Drôle de Creepie en cd 2 titres, interprété par Lisa (décidément), la nièce de la rouquine. Signée Mylène Farmer et Laurent Boutonnat, cette chanson noire et terriblement mignonne est la bande originale de la série du même nom (un mélange de Beetlejuice et de Daria ), mettant en scène la jeune Creepie, orpheline goth-punk-manga, ayant grandi auprès de ses seuls amis : les insectes. Aussi, Mylène incarnera le personnage féminin principal du film L’ombre des autres, inspiré du livre éponyme de Nathalie Reims, prévu au cinéma en 2010. Actualité chargée pour la rousse, au meilleur de sa forme !

 

article source : http://www.discordance.fr/

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CLIP DÉDICACE A MYLENE

Posté par francesca7 le 16 avril 2015

 

Présenté par Yves CARRA - M6 du 8 OCTOBRE 1988

1988-07-dAu lendemain même de la présentation d’une version tronquée du clip de « Pourvu qu’elles soient Douces » sur Canal +, Mylène vient sur le plateau de cette émission musicale matinale, habillée d’un chemisier blanc ample, d’un pantalon noir, cheveux lâchés et mains gantées de cuir noir, présenter cette fois la version intégrale de son clip. Elle répond également, pas forcément de bon cœur visiblement, aux questions de l’animateur, assise sur un canapé, et reçoit quelques cadeaux.

Yves Carra : (…) Nous avons une invitée exceptionnelle aujourd’hui, c’est la première fois qu’elle est sur M6 (Mylène y a été interviewée l’année d’avant pourtant, nda) dans « Dédicace » tout au long de cette première heure d’émission. Vous l’avez comparée à une mante religieuse, à la fée Clochette, à une libellule, vous avez aussi dit ­ c’est vous qui parlez (les téléspectateurs, nda) ­ qu’elle possédait le goût de l’interdit, de l’ambiguïté.

Et moi je peux vous dire qu’après sept 45­trs, après deux albums et des clips remarqués et remarquables, en quatre ans seulement elle occupe une place tout à fait à part maintenant dans la chanson française, vous serez bien d’accord avec moi sur ce plan­là : c’est Mylène Farmer. Bonjour !

Mylène Farmer : Merci de tant d’éloges !

YC : En plus, c’est les téléspectateurs qui parlent. D’ailleurs, à ce propos, je vous offre la carte postale du… (il prend et montre à la caméra la photo d’un chimpanzé) Il ressemble à Léon ou à E.T. ?

MF : Ni l’un, ni l’autre. Ca, c’est un chimpanzé. Moi, ce sont des sajous capucins (elle prend la photo). Mais j’aimerais bien avoir celui­ci, mais c’est impossible.

YC : Pourquoi ?

MF : Parce qu’ils sont très, très protégés. C’est normal.

YC : Alors y a aussi une belle carte postale qu’on a reçu avec plein d’éloges derrière, je vous l’offre. (il montre à la caméra une carte postale puis la tend à Mylène) Y en a aussi beaucoup d’autres !

MF : Merci…

YC : Je vous montre quand même le 33­Trs compact (sic) de Mylène Farmer (il montre à la caméra le CD « Ainsi Soit Je… ») et puis nous, bien sûr, nous allons regarder d’ici quelques minutes, mais on va en parler avant pour le présenter, « Pourvu qu’elles soient douces », donc, en version intégrale de 15mn plus 2mn50 de générique, c’est ça ?

MF : C’est parfait ! (rires)

YC : C’est exactement ça !

MF : Oui.

YC : Donc, en clair, on peut dire déjà en préambule que c’est la suite de « Libertine »…

MF : C’est la suite de « Libertine ». Vous verrez : le clip démarre sur, en fait, la dernière image de « Libertine 1 ».

YC : Donc on est à quelle époque ?

MF : On est au XVIIIème siècle, ça se déroule pendant la guerre de sept ans et c’est une histoire qui va se dérouler sur le territoire français entre une armée anglaise et une armée française, avec comme personnage principal Libertine, le capitaine anglais, la rivale de Libertine qu’on va retrouver, qui sera une prostituée et… je vous laisse découvrir le reste !

YC : D’accord, on le découvrira dans quelques minutes. Je crois que vous avez pris beaucoup de plaisir à ce tournage, en fait…

MF : Ha oui !

YC : …parce qu’il y a des cascades, il y a des bagarres dans la boue, on le verra aussi tout à l’heure, y a beaucoup d’équitation, vous aimez bien…

MF : J’adore l’équitation, c’est vrai. J’ai rencontré Mario Luraschi, qui est donc un cascadeur, un des plus renommés en France, et j’ai appris énormément de choses et c’était un bonheur. Je crois, le tournage le plus difficile, quand même, qui a duré huit jours, neuf jours…

YC : Neuf jours ?

MF : Oui.

YC : Où ça ?

MF : C’était dans la forêt de Rambouillet, tout en extérieur.

YC : Tout en extérieur ? Rien en studio ?

MF : Oui.

YC : Avec combien de figurants, figurantes ? (on voit alors à l’image des images du making­of du clip « Pourvu qu’elles soient douces »)

MF : Sur la globalité, y avait entre 500 et 600 figurants.

YC : D’ailleurs, on voit des images du tournage du tournage (sic) ! Alors, on a pris des rushes, comme ça, au travers de cassettes qu’on avait…

MF : (alors qu’on voit les doublures de Mylène et Sophie Tellier se battre) Ca, c’est une image du clip, d’ailleurs.

YC : Oui, c’est une image du clip. C’est vraiment vous qui sautez dans les bras de l’adversaire, si je puis dire ?

MF : Il y a des cascadeuses qui sont nos doublures respectives.

YC : Ha oui, quand même ! Alors, je crois qu’on va peut­être en voir quelques­unes  d’autres, d’images, parce qu’il y a notamment une bagarre dans la boue qui est assez étonnante.

MF : Oui. Ca, c’est vraiment nous, là, sur ce moment­là.

YC : C’est vraiment vous qui l’avez faite ?

MF : Absolument.

YC : (toujours par­dessus des images du tournage du clip) Alors là, on continue un petit peu la bagarre…Ca doit pas être évident quand même quand on est cascadeuse d’être la doublure, de se battre toute la journée, d’éteindre le feu (on voit en effet à l’image un technicien éteindre un feu sur le tournage) Vous a pas eu de problèmes, comme ça, pour allumer des feux dans la forêt de Rambouillet ?

MF : Non, non, y avait les pompiers qui étaient sans arrêt autour !

YC : (alors qu’on voit à l’image Laurent Boutonnat donnant des indications à Jean­Pierre Sauvaire, son collaborateur) Là, on voit Laurent Boutonnat.

1988-07-aMF : Et des tuyaux ! (on distingue en effet quelque chose derrière Laurent Boutonnat qui peut ressembler à des tuyaux)

YC : Des tuyaux ?

MF : (réalisant son erreur) Non, c’est une roue ! (c’est en effet une roue posée derrière Laurent Boutonnat, nda) (rires)

YC : Ha bon, ça va j’ai eu peur ! Laurent Boutonnat, donc, le réalisateur, qui est aussi l’arrangeur, le concepteur et le réalisateur du 33­Trs.

MF : Voilà. Là, y avait Jean­Pierre Sauvaire, qui est donc le chef opérateur qui travaille avec nous.

YC : Et je crois aussi, je vous en ai entendu parler dans une autre émission on peut le dire, que le montage était très important pour vous, et que la monteuse, puisque c’est une monteuse…

MF : (l’interrompant) Il est bien évidemment très, très important mais je disais là surtout que c’est pour moi un réel plaisir et une grande émotion que d’assister au montage, et spécialement de celui­ci parce que c’est un travail qui est énorme, et c’est vrai que Laurent Boutonnat travaille avec une monteuse qui est extraordinaire.

YC : Oui, il faut reconnaître que c’est un travail d’équipe, ça aussi, parce que je crois que vous avez repris la même équipe, je crois.

MF : Là, c’est réellement un travail du metteur en scène et d’une monteuse.

YC : Alors, est­ce que, je sais pas, on peut attendre un troisième volet de « Libertine I », « Libertine II »…Un troisième volet ou… ?

MF : Je le souhaiterais. Faut­il avoir la chanson ! Et puis, l’avenir…je ne sais pas !

YC : Dans la chanson, je crois qu’il y a pas de problèmes puisque sur ce 33­Trs (« Ainsi Soit Je… », nda) vous avez écrit tous les textes. C’est ça ?

MF : Oui.

YC : Y en a une particulièrement que j’aime bien, c’est « Horloge » (sic)

MF : Oui, c’est un poème de Baudelaire.

YC : C’est pas mal. Vous avez peur de la mort ? Parce que le temps, c’est un petit peu, donc, la base (du poème, nda)…

MF : Je vous dirai quand on naît et quand on est enfant, on a peur de la vie, et quand on vieillit, on a peur de la mort. J’en fais partie, oui.

YC : Très bien. Alors maintenant : on en a parlé, on va le découvrir. Donc, dernière image de « Libertine »…

MF : Oui…

YC : On arrive donc, on est en pleine campagne. Faites un petit peu appel à votre imagination, mais pas beaucoup parce que les images parlent d’elles­mêmes, et on rentre dans ce clip, « Pourvu qu’elles soient douces ». Y a 15mn de clip, installez­vous confortablement ! Vous allez découvrir Mylène comme peut­être vous ne l’avez jamais vue ! En tout cas, c’est parti : « Pourvu qu’elles soient douces » !

Diffusion du clip « Pourvu qu’elles soient Douces » presque dans son intégralité. Le générique de fin est en effet coupé.

YC : Dur d’arriver derrière un clip comme ça ! Et voilà, c’était « Pourvu qu’elles soient douces » pour la première fois en intégralité, donc, sur une chaîne de télé, c’est ça ?

MF : Oui, absolument.

YC : Alors bon, c’est bien joli de le regarder une première fois comme ça, mais où est­ce qu’on pourra le voir après, ce clip ? Parce qu’il y a sûrement des personnes qui voudraient le voir à part, bien sûr, sur une cassette avec tous les clips de Mylène Farmer.

MF : Nous avons en projet de faire une seconde compilation de clips, dans laquelle sera comprise donc « Pourvu qu’elles soient Douces (Libertine II) », il y aura « Ainsi Soit Je… » et puis « Sans Contrefaçon ».

YC : Je les ai tous, là ! (il prend la cassette « Les Clips volume I » et lit le verso) Moi, j’ai « Maman a Tort »,

« Plus Grandir », « Libertine », « Tristana » et « Pourvu qu’elle soient douces ».

MF : Voilà, donc « Sans Contrefaçon »… (elle s’interrompt pour reprendre l’animateur assez sèchement) Non, « Pourvu qu’elles soient douces », non ! (le clip ne figure effectivement pas sur la vidéocassette que Yves Cara tenait dans ses mains, nda)

YC : Non, pas là­dessus. Enfin, on peut le rajouter !

MF : Voilà. Et je pense qu’à Noël, on fera un coffret. Donc tout ça, c’est en préparation. (un tel coffret ne verra jamais le jour, du moins pas à cette époque, nda)

YC : Pourquoi est­ce qu’on le verrait pas en première partie de films ou au cinéma tout bêtement ?

MF : Parce que le minutage est beaucoup trop long.

YC : Alors, quel est justement, là on en vient à une question assez simple, quel est je dirais l’intérêt –bien sûr il est esthétique, il est visuel, j’ai l’impression un peu que vous construisez une œuvre­ mais est­ce que c’est vraiment utile un clip comme ça de 15mn, à part ­ c’est pas du tout une agression ­ pour vous faire plaisir ?

MF : C’est pour se faire plaisir.

YC : C’est ça ?

MF : Bien sûr.

YC : C’est pour construire une œuvre, en fait.

MF : Oui. Utile…Ce n’est jamais utile ! Je crois que c’est important pour moi parce que je montre deux facettes, et c’est allier l’image et la chanson. Mais c’est surtout un plaisir.

YC : Et puis surtout la comédie, parce que votre premier métier c’était comédienne !

MF : (sèchement) Enfin ‘mon premier métier’… Je m’étais orientée, c’est vrai…J’ai suivi des cours de théâtre, c’est tout. Et puis Laurent Boutonnat, lui, sa grande passion, c’était le cinéma mais lui a démarré très, très jeune.

YC : Oui, à 16 ans, c’est ça ?

MF : A 16 ans il a fait son premier long­métrage.

YC : Il a été présenté à Cannes, d’ailleurs. C’est impressionnant, quand même ! A 16 ans, il faut le vouloir !

MF : (visiblement déjà beaucoup plus détendue) Oui ! (rires)

YC : (…) Le long­métrage de Laurent Boutonnat sûrement avec Mylène Farmer : d’ici deux ans ?

MF : On peut imaginer d’ici deux ans en tout cas le long­métrage de Laurent Boutonnat, oui.

YC : En tout cas, il y pense très sérieusement.

MF : Oui.

YC : La chanson, c’est presque un hasard de rencontre avec Laurent, alors finalement ?

MF : Je sais pas si on peut parler de hasard. Ce sont des rencontres comme ça qui existent. C’est en tout cas une bonne étoile, en ce qui me concerne !

YC : Oui, ça on peut le dire ! Une bonne étoile, quand même !

MF : Et puis après, c’est beaucoup de travail, aussi.

YC : Une bonne étoile qui va vous amener directement sur la scène du Palais des Sports en mai 1989, c’est ça ?

MF : Absolument, oui. Oui.

YC : Bon, on va pas en parler parce que je suppose que c’est encore en préparatifs et rien n’est décidé.

MF : Oui, c’est en pleine préparation.

YC : Simplement, y a une phrase que j’ai retenu dans un article de France Soir, c’est : « C’est pas la peine de dramatiser, mais je joue ma vie, quand même ».

MF : Oui. Mais j’ai la sensation de jouer ma vie je dirais presque tous les jours, mais là spécifiquement c’est vrai, sur une scène.

YC : A ce point­là ? C’est quitte ou double, alors !

MF : C’est quitte ou double, bien sûr.

YC : Bon. (…) On a des petites surprises et on va vous montrer un document que nous avons retrouvé concernant Mylène Farmer comme, encore une fois, vous ne l’avez jamais vue, regardez ! Mylène n’est pas au courant…

Diffusion d’une séquence extraite de l’émission « Fan de » (rien à voir avec celle qu’animera plus tard Séverine Ferrer !) où des enfants se glissaient le temps d’une chanson dans la peau de leur chanteur favori. Ici, une fillette d’une dizaine d’années danse sur « Tristana » en perruque rousse et robe noire.

YC : C’est impressionnant, non ?!

MF : C’est touchant !

YC : (…) On a décidé de vous le montrer pour vous faire une surprise et puis de vous offrir la cassette.

MF : C’est gentil.

YC : Ca doit être impressionnant quand même quand au bout de quatre ans seulement, parce qu’il faut bien voir ça qu’en quatre ans de temps, y a complètement un mouvement de ‘farmeniomania’ comme on l’a vu tout à l’heure.

MF : On se rend pas bien compte.

YC : Ha bon ?!

MF : Moi je remercie Dieu tous les matins et tous les soirs. Mais on se rend pas bien compte, non.

YC : Carrément, c’est un petit peu le rêve…Pourquoi ? Parce que volontairement vous restez en retrait de tout ça ou vous voulez pas accepter tout ce qui se passe autour ?

MF : Parce que c’est quelque chose qui n’est pas réellement palpable. Quand on me demande de définir mon public, j’en suis un peu incapable, si ce n’est au travers du courrier, quand même, qui est très important et très, très intéressant.

YC : (…) Est­ce que Mylène Farmer fera comme Kate Bush : elle nous fera des albums complètement fabuleux, mais est­ce que ses apparitions sur scène seront assez rares et épisodiques ? Ou est­ce que  ça deviendra une passion ? On n’en sait rien encore !

MF : J’avoue que j’en sais rien. Je crois que je le ferai en tout cas une fois, et puis après, une fois de plus, on verra après.

YC : D’accord. Bon, maintenant on a d’autres surprises (…). Je vous montre une première surprise. Puisque dans toutes les parles du 33­Trs de Mylène Farmer (…) « Ainsi Soit Je… », y a angélique ou démoniaque.

Alors, nous on a demandé à Hardy, qui est un dessinateur de BD (il montre un dessin sous verre représentant Mylène) voilà ce dessin qui est vraiment superbe, je trouve. Bien sûr, je vous l’offre.

Il tend le cadre à Mylène, qui observe attentivement le dessin.

MF : Merci beaucoup.

YC : Est­ce que vous vous retrouvez dans ce dessin, donc ? C’est ange ou démon, quoi.

MF : Peut­être pour la couleur des cheveux… (rires)

YC : (…) Et puis surtout, tenez ! Là, je vous le laisse ouvrir. (Il lui tend un petit paquet cadeau.) Allez­y… (…)

1988-07-b(Pendant que Mylène ouvre son paquet, il s’adresse à la caméra) Alors, je vais vous expliquer ce qu’il y a dans ce cadeau même si elle l’a pas encore tout à fait découvert. C’est un livre quasiment introuvable en France, on sait même pas s’il y a une traduction française. C’est un livre qui raconte la vie de Frances Farmer, et c’est pas tout à fait un hasard si on l’offre à Mylène Farmer puisque le pseudonyme Farmer, hé bien c’est en hommage à Frances Farmer.

MF : (regardant le verso du livre) Ha, c’est merveilleux. Très beau cadeau. (elle le feuillette)

YC : C’est ça ? Je me suis trompé avec ce que j’ai dit, ou pas ?

MF : Je ne vous répondrai pas. Mais c’est un très, très beau cadeau, en tout cas.

YC : Ben si, faut me répondre, c’est pas de jeu, ça !

MF : Oui, c’est en hommage à cette femme.

YC : Vous vous retrouvez un peu dans sa démarche, qui est simplement…c’est une vedette hollywoodienne qui n’a pas accepté le star­system, et puis qui a subi une lobotomie parce qu’elle est devenue folle.

MF : Oui, voilà. C’était un film formidable, d’ailleurs. (La vie de Frances Farmer a été adaptée au cinéma en 1983, nda)

YC : Avec Jessica Lange. En tout cas, voilà, c’est un cadeau de « Clip Dédicace ».

MF : C’est un merveilleux cadeau, merci beaucoup. C’est en anglais, donc je vais faire des progrès ! (rires)

YC : Y a une chanson en anglais, quand même, dans l’album ! (la chanson « La Ronde Triste », nda)

MF : Oui ! (rires)

YC : Mylène Farmer, merci beaucoup d’être venue toute une demi­heure pour nous présenter ce clip, « Pourvu qu’elles soient douces ».

MF : Merci à vous.

YC : J’espère qu’on le verra plus souvent sur M6 !

MF : Merci de votre accueil !

Fin de l’émission.

Publié dans Mylène 1987 - 1988, Mylène en INTERVIEW | Pas de Commentaires »

BAINS DE MINUIT avec Mylène

Posté par francesca7 le 13 avril 2015

 

6 NOVEMBRE 1987 – Présenté par Thierry ARDISSON – LA CINQ

1987-01-b«Je ne suis ni sadique, ni folle. »

Depuis le temple de la nuit parisienne, les Bains Douches, Thierry Ardisson se livrait déjà à un savant mélange des genres en recevant à une même table intellectuels, artistes, politiques etc. Ce soir­là, à ses côtés on retrouve ainsi le chanteur Antoine, le philosophe André Glucksmann et Mylène Farmer.

En veste noire et chemise blanche, celle­ci réagit au sujet abordé avec le philosophe, en l’occurrence Mai 68.

Thierry Ardisson : Toi tu faisais quoi en 68, Mylène ?

Mylène Farmer : Moi j’ai un esprit très individuel aussi mais c’et vrai que Mai 68, je n’ai rien vécu de toute cette époque.

TA : T’avais quel âge, en 68 ?

MF : J’avais 7 ans ! (rires)

TA : (…) Mylène, tu aimes les garçons qui ont les cheveux longs ?

MF : J’aime les hommes qui ont les cheveux fournis ! (sourire)

TA : (…) Donc ça te plaît, le style Glucksmann !

MF : Absolument.

TA : Et le style Antoine ?

Antoine : Je suis un peu dégarni !

MF : (elle éclate de rire) Il a répondu !

Un peu plus tard dans l’émission, Thierry Ardisson se livre à un de ses entretiens dont il a le secret en tête à  tête avec Mylène Farmer. Tous deux sont assis sur des marches. Notons que c’est la seule fois que Mylène répondra aux questions ­ souvent musclées ­ de l’animateur.

TA : Tu veux qu’on se vouvoie ou qu’on se tutoie ?

MF : Moi j’ai le vouvoiement…C’est une éducation, ça n’a rien d’hautain mais j’avoue que je vouvoie plus facilement, donc on va se vouvoyer. Vous avez le droit de mettre vos lunettes noires, alors. (rires)

TA : Tu veux que je mette mes lunettes ?! Alors on se vouvoie et je mets mes lunettes, d’accord ! (il joint le geste à la parole) Tu as fait une chanson que j’adorais, qui s’appelait « Je suis une catin » (sic)…

MF : C’est « Je suis libertine » ! (sic)

TA : Ouais, mais y avait « Je suis une catin » dedans !

MF : En exergue, oui.

TA : Et alors, maintenant y en a une autre, c’est « Je suis un garçon ». (sic)

MF : Oui. En fait, ce que j’aurais voulu, c’est être un caméléon.

TA : Et la prochaine fois, ça va être quoi ? « Je suis un caméléon » ?!

MF : Non, c’est dans la chanson, déjà ! « Je suis un garçon/Je suis un caméléon »…

TA : Et la prochaine fois ça va être quoi ?!

MF : Il n’y a pas encore de prochaine fois. L’album est en cours de travail, donc j’attends.

TA : Tu vas pas faire du flamenco ?!

MF : Non !

TA : Je t’ai vue chez Denisot un soir, tu choisissais des photos et tu choisissais exprès des photos avec un mec qui avait des têtes coupées à la main au Vietnam, qui les mettait dans une tombe. C’était sanglant, c’était saignant, c’était violent et tu disais que tu aimais bien ça.

MF : Non…Enfin, je l’ai peut­être dit mais ça, c’est des émissions en direct. Ce que je voudrais dire là­dessus, c’est que j’ai une fascination pour ça et que j’aime ça. Je ne suis ni sadique, ni folle. J’ai une fascination pour ça.

TA : T’es pas un peu folle quand même ?!

MF : Peut­être un peu ! Mais quant à ça : non. J’ai quand même beaucoup de respect. C’est certainement un propos qui a choqué certaines personnes.

TA : Moi ça m’a pas choqué du tout !

MF : Que je sois attirée par ça, oui certainement. Que j’aime ça, c’est un débat qui est quand même plus complexe.

TA : Je t’ai vue aux « Oscars de la Mode », tu chantais « Déshabillez­moi ». T’étais habillée tout en noir et à un moment, y avait une position comme ça, et on voyait que t’avais une petite culotte blanche. C’est fait exprès des trucs comme ça !

MF : Non, je suis désolée ! (rires)

TA : C’est fait exprès quand même, on met pas une petite culotte blanche quand on est habillée tout en noir !

MF : Comment pouvais­je savoir que le caméraman plaçait sa caméra en dessous ?!

TA : Ha ! Donc il a fait exprès ?!

MF : Certainement ! (rires)

TA : Et quand tu lèves les bras à la fin de la chanson et qu’il y a le sein qui tombe, c’était préparé ou pas préparé ? Moi je me demande des trucs comme ça, je suis vachement naïf finalement !

MF : Là, je vous laisse dans le doute.

 

TA : Alors j’ai lu une interview dans « Le Matin » où tu disais que t’habitais avec un singe. C’est vrai ?

MF : C’est vrai. C’est un singe, c’est un sajou.

TA : Ha c’est pas un capucin ?

MF : Sajou capucin, si, si, si ! Et c’est un petit singe qui est grand comme ça (elle montre la taille à l’aide de ses mains), qui a une très longue queue et qui est adorable, caractériel mai que j’aime vraiment beaucoup.

TA : Et tu disais que tu aimais bien le singe parce qu’il avait quatre mains. Quand on lit des trucs comme ça dans le journal, c’est vachement…je sais pas, moi ça me choque ce genre de trucs !

MF : (rires) Mais non, parce quand on me pose la question « Pourquoi aimez­vous les singes ? » c’est vrai que c’est difficile. Ca paraît tellement évident ! C’est vrai que non seulement il a quatre mains, c’est­à­dire qu’il peut vraiment tripoter tous les objets, reproduire tout ce que pouvez écrire, lire…Enfin, c’est assez étonnant mais ce n’est pas que ça. Un singe, c’est fascinant parce que c’est vraiment terriblement proche de l’homme.

1987-01-aC’est un mimétisme !

TA : Sauf qu’il a quatre mains !

MF : Sauf qu’il a quatre mains ! (sourire)

TA : Donc tu préfères vivre avec un singe qu’avec un homme. Tu vis pas avec un homme, là ?

MF : Non.

TA : Tu vis toute seule avec ton singe ?

MF : Quand bien même je vivrais, je ne le vous dirais pas !

TA : Tu me le dirais pas ?! Pourquoi

MF : Non parce que ça, c’est quelque chose que je tairai.

TA : Ha bon ?

MF : Oui.

TA : Tu fais très attention à ta vie privée, tu fais très attention à ton image finalement.

MF : Je sais pas si c’est faire très attention, je crois que je n’ai aucun plaisir à parler de ça, voilà.

TA : C’est quoi ton plaisir ?

MF : Mon plaisir, c’est de chanter, c’est le cinéma, c’est la musique, c’est la peinture…

TA : Tu veux faire du cinéma ?

MF : Je ne sais pas. J’aime aller au cinéma dans l’immédiat…Pourquoi pas le cinéma ? Je ne sais pas.

TA : Et le rêve de ta vie c’est quoi, à part te marier avec moi ?!

MF : A part me marier avec vous ?! Je sais pas si c’est le rêve de ma vie, mais j’ai très, très, très envie un jour d’élever des singes.

TA : Ha bon ?! Mais c’est sérieux cette histoire de singes, alors !

MF : C’est vraiment sérieux, oui, oui ! Moi j’ai vu un jour un reportage sur Diane Fossey, qui était une femme absolument…

TA : Oui, bien sûr, qui vivait au Kenya.

MF : Oui, et c’était formidable, voilà. C’est une femme qui m’a donné envie d’élever des singes.

TA : Et t’as envie d’avoir plein de petits singes chez toi ! Ils se marièrent et ils eurent plein de petits singes !

MF : (elle éclate de rire) Ou des orangs­outans, ou des gorilles.

TA : Si j’adoptais des singes, tu te marierais avec moi ?

MF : Je vais réfléchir !

TA : Ben réfléchis ! Merci !

MF : Merci ! (rires)

L’émission continue à nouveau en plateau et on retrouve ainsi Mylène parmi les autres invités. Si elle apparaît souvent à l’image, elle n’intervient toutefois plus.

 

Publié dans Mylène 1987 - 1988, Mylène en INTERVIEW | Pas de Commentaires »

COIFFURE BEAUTÉ INTERNATIONAL interroge Mylène

Posté par francesca7 le 21 mars 2015

 

French Singer Mylène FarmerCe métier est plein de facettes. Avez­vous une préférence : sortir un disque, être sur scène…?

­ J’ai besoin de tout. J’aime écrire les textes de mes chansons mais j’ai également besoin de retrouver l’émotion que l’on éprouve en étant sur scène. C’est pour moi un véritable combat. Je suis plutôt discrète, mais dans ces moments­là tout est décuplé : sentiments, impressions, capacités…On est à la fois conscient et complètement inconscient. Il est difficile d’exprimer ce que l’on vit, mais c’est une émotion énorme. J’aime aussi faire des clips. L’histoire vient d’abord du texte de la chanson, mais également du dialogue que j’ai avec les gens qui m’entourent. En fait, j’ai toujours besoin de plus et d’aller plus loin.

N’aimeriez­vous pas faire du cinéma ?

­ Le cinéma est effectivement un projet. J’ai eu quelques propositions depuis deux ans, mais je n’ai pas le temps d’y songer sérieusement. Mon film culte est « La fille de Ryan », j’ai adoré aussi « L’important c’est d’aimer ». Je trouve les films de Bergman, de Spielberg et les anciennes productions splendides, certainement parce que j’ai du mal à me projeter dans notre époque. J’aime l’ambiance de ces films et l’élégance des vêtements d’autrefois. Il me semble qu’il y avait une histoire dans chacun d’eux, alors que ceux que l’on fait actuellement n’ont pas d’âme.

Qui crée vos costumes de scène ?

­ Thierry Mugler a créé les costumes du spectacle du Palais des Sports en mai dernier et ceux de Bercy.

Nous lui présentons le projet de la scène, et lui propose ses idées. Il a une démesure étonnante et sait faire abstraction de la mode. Le spectacle de Bercy sera exactement le même que celui de ma tournée en province. Nous avons essayé de créer un personnage qui évolue dans le temps en jonglant avec les ambiances et les saisons. Il y a en tout sept changements de costume.

Et vos cheveux ?

­ Ma coiffure reste très simple, je n’aime pas être sophistiquée. Je n’aime même pas l’envisager, cela ne va pas du tout avec mon caractère. Je préfère le dépouillement. Vous voyez : pas de vernis, pas de boucles d’oreilles, sinon j’ai l’impression d’être travestie. Si je porte un bijou, il est toujours très sobre.

Vos créateurs préférés ?

­ J’apprécie beaucoup ce que fait Roméo Gilli, Thierry Mugler bien entendu, Azzedine Alaïa et Fayçal Amor.

Mais je vais voir peu de défilés car je n’aime pas l’effervescence et je n’aime pas être prise en photo. Donc plutôt que de me trouver dans une situation de conflit, j’évite de me rendre dans les lieux où je vais rencontrer journalistes et photographes. Je me promène de temps en temps dans le Marais et vers la place des Victoires, où il y a de très belles boutiques.

Il paraît que vous collectionnez les chaussures…

­ En effet, je voue une véritable passion aux chaussures ! Pour les bottines très fines et les chaussures plates. Je vais souvent chez Stéphane Kélian, Philippe Model et Charles Kamer. Je ne suis pas conservatrice, sauf pour les chaussures dont je n’arrive pas à me défaire et pour mes costumes de scène. Cela me plairait de constituer un petit musée à titre privé !

Comment vivez­-vous la mode au quotidien ?

­ La silhouette que je préfère est celle de Katherine Hepburn : chemise, gilet et pantalon. Une apparence masculine qui est en fait extrêmement féminine. J’ai complètement banni jupes et robes, je m’habille de façon décontractée. Cela ne veut pas dire blue­jean / baskets, disons plutôt faussement décontractée, car j’aime l’élégance. Je porte des vêtements aux formes et aux couleurs sobres. Je trouve le pourpre très beau mais je n’en porte pas souvent, simplement parce que l’on n’en trouve pas. J’adore le blanc cassé, le noir et les tons pastel. Je préfère les vêtements d’hiver à cause de l’atmosphère de cette saison. Un grand bonheur serait d’aller faire un jour un reportage sur la banquise !

Vous devez aimez les matières confortables…

­ Je suis fascinée par le cashmere, le velours de soie et par la soie d’une façon générale. En Inde, j’ai vu des tissus fabuleux…

Vous avez beaucoup voyagé ?

­ 1989-17-bNon, très peu. Avant, je n’en éprouvais pas l’envie. Maintenant si, mais je ne trouve pas le temps ! J’aimerais retourner en Inde pour y faire quelque chose d’utile. Je n’ai pas un tempérament à apprécier le farniente, je m’ennuie très vite en vacances. En plus de découvrir un pays, il me faut un but. La Russie m’attire, mais je ne veux pas m’y rendre en tant que touriste puisque l’on ne voit rien. Je veux être en contact avec les gens des campagnes et approcher des choses fondamentales.

Vous ne parlez pas du Canada…

­ Je n’ai pas envie de retourner au Canada, ce pays me semble trop calme. Par contre aller aux Etats­Unis, ça, oui ! Pour moi, c’est un pays de gagnants, un pays qui bouge. J’ai une vie très remplie, le mode de vie des américains me plairait certainement.

Les américains sont fervents de sport, vous pratiquez une activité sportive régulièrement ?

­Je fais du jogging dans la forêt du bois de Boulogne. Au départ, je courais pour avoir de l’endurance, pour être en forme sur scène, et puis j’ai continué. C’est un bienfait extraordinaire. Je suis très persévérante, un peu bornée, même ! Je vais au parc Monceau quand j’en ai l’occasion, mais pour m’y promener simplement.

Faites­vous attention à votre image ?

­ Je ne fais pas une fixation sur mon image, mais j’ai un minimum d’hygiène de vie, bien sûr. Par contre, je ne fais pas très attention à ce que je mange, c’est trop triste de se priver ! Pour les photos, c’est vrai que je suis vigilante. J’ai un droit de regard. Ce que je ne peux hélas contrôler, ce sont les tournages télé. Je trouve la lumière rarement belle, l’ambiance est peu propice à de belles images.

Vous avez une peau magnifique : un tel atout ça s’entretient par des soins en institut, des crèmes…

­ Je ne fréquente absolument pas les instituts ! Cela me dérange et je ne m’y sens vraiment pas à l’aise. J’utilise une crème pour mon visage, c’est tout. Je ne suis pas du style à essayer les dernières crèmes qui sortent sur le marché, ça ne m’intéresse pas.

Etes­vous également fidèle à un seul parfum ?

­ J’adore les parfums. Je porte Shalimar qui est pour moi l’évocation du passé, Heure bleue, Chloé et Femme de Rochas.

Je crois que c’est Alain Divert qui vous a transformée en rousse. L’idée vient de qui ?

­ Bertrand LePage m’a donné l’idée de changer de couleur. D’ailleurs, maman est rousse. Alain Divert m’a fait ma première coloration, un roux plus électrique que maintenant. Nous avions de très bonnes relations mais à présent, je vais dans un petit salon où l’ambiance est presque familiale. Je m’y sens mieux que chez un grand coiffeur. Je me rends une fois par mois chez Margaux. Elle me coiffe de façon très naturelle : catogan ou cheveux défaits, parfois relevés mais cela n’a rien d’habituel. Chez moi : shampooing Phytosolba et après-shampooing.

Ah, je vais peut­être couper mes cheveux ! La décision n’est pas facile à prendre mais j’aime beaucoup le style garçonne qu’avait Jane Birkin au temps de « Je t’aime moi non plus ». Vous me verrez avec des cheveux courts, mais pas avant un an. (Mylène se fera effectivement couper les cheveux très courts par Jean­Marc Maniatis en janvier 1991, nda)

C’est vous qui avez lancé la mode du catogan. Cet hiver, les deux points d’orgue de la coiffure sont les rousses et les coupes boule. Vous lisez les magazines de mode ?

­ Je lis n’importe comment, je ne suis pas attachée à un magazine. De temps en temps, il m’arrive d’avoir de véritables boulimies de magazines !

 

source : DÉCEMBRE 1989 – Un sourire au bord de la fêlure – Entretien avec Valérie le MOUËL

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Un livre de Mylène Farmer en 2015

Posté par francesca7 le 14 mars 2015

 

La chanteuse publiera au mois de mai un livre de photos troublantes et sensuelles. Un corps-à-corps avec… de l’argile, orchestré par Sylvie Lancrenon.

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Les éditions Anne Carrière publieront le 15 mai Fragile, un livre de 90 photos inédites de Mylène Farmer. La chanteuse avait déjà signé Lisa-Loup et Le Conteur      , un conte philosophique, en 2003 et Avant que l’ombre   À Bercy, une galerie d’images de scène de sa tournée. Elle s’essaye cette fois-ci à un troisième genre en prêtant son corps, son visage et sa peau à un véritable ouvrage d’art… À l’automne dernier, Mylène Farmer a posé pour Sylvie Lancrenon. Ensemble, elles ont réalisé une série (en couleur, noir et blanc et sépia) où l’artiste se mélange à la glaise et à l’argile. Cette seconde peau change son apparence sans la déformer, accentuent sa sensualité, dévoile des détails de ses pieds ou de ses mains. Bref, même les meilleurs connaisseurs de l’interprète de « Désenchantée » découvriront d’elle des facettes et des poses jamais vues.

Le livre de 168 pages est imprimé sur un luxueux et épais papier. De temps à autre, des extraits de textes de chanson viennent ponctuer ces images. Fragile rappelle bien entendu le mot « argile », mais est également le résumé de ce mélange de douceur, de fragilité et de force qui se dégage de ce travail. Le livre révèle l’histoire d’un corps et la rencontre de deux femmes (Mylène Farmer et Sylvie Lancrenon) qui ont additionné leurs créativités pour les mettre au service de l’émotion. Cet ouvrage (vendu 45 euros) sans artifice ni trucage frappe par son épure. Du talc, de l’argile et de l’eau… Rien de plus ! Pas de rideau rouge ni de pampilles ; pas de lourdes étoffes ni de lumières aveuglantes ; et pas d’accessoires ni de prétextes… Fragile, ou l’éloge de la simplicité !

Jusqu’à présent, quasiment aucune information n’avait filtré au sujet de cet ouvrage qui contiendra 90 photos. Bien informé, Le Point révèle aujourd’hui qu’il est le résultat d’une collaboration avec la photographe Sylvie Lancrenon. Cette dernière est connue pour avoir travaillé avec des mannequins et actrices, notamment Emmanuelle Béart, et quelques chanteurs dont Johnny Hallyday. Pour « Fragile », elle a réalisé un shoot qui mélange le corps de la chanteuse à de la glaise et de l’argile. Un concept qui n’est pas sans rappeler le clip « A l’ombre » de Mylène (2012), lui-même inspiré par la transfiguration d’Olvier de Sagazan ! « Cette seconde peau change son apparence sans la déformer, accentue sa sensualité, dévoile des détails de ses pieds ou de ses mains » révèlent nos confrères, précisant par ailleurs que cette ouvrage de 168 pages a été réalisé « sans artifice ni trucage » et qu’il est ponctué par des textes de chansons de Mylène Farmer.
 

Le Point – Publié le 05/03/2015

 

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