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Mylène et la philosophie ONFRAY

Posté par francesca7 le 11 juin 2016

 

 

Rien ne paraît plus surprenant que la rencontre entre un philosophe admiré et une chanteuse adulée, entre une artiste qui remplit Bercy ou le Stade de France et le penseur de l’Université Populaire de Caen.
Et pourtant…

Pour ceux qui les connaissent, il y a bien un lexique commun entre Mylène Farmer et Michel Onfray – puisque tous deux entretiennent une relation particulière au sacré, au mystère, au fantastique, à la fidélité spirituelle.
Du coup, s’est produite une étrange histoire: Michel Onfray a écrit un conte qui, par d’étranges cheminements, a été lu par Mylène Farmer.

En quelques échanges, ces deux créateurs qui ne se connaissaient pas sont convenus de travailler ensemble: à l’un les mots, à l’autres les images…
Résultat magnifique. 

On ne racontera pas ici l’histoire dudit « conte » : résumer ce nouveau « Petit Prince » serait l’abîmer.
Et pourquoi dénaturer le miracle d’une intrigue toute en nuances, en allusions, en fantasmagories? 
Disons seulement qu’on y retrouvera une étoile polaire, une baleine, des aventures, des créatures venues d’ailleurs – quoique…

La mort et la résurrection, le souvenir, sont les vrais acteurs de cette belle histoire.
Il suffit de s’y abandonner.

 

 Mylène chez Francesca

 

Le philosophe et la chanteuse populaires accordent une interview au Point, à une semaine de la parution de leur conte illustré. Morceaux choisis. 

Que se passe-t-il lorsqu’une chanteuse populaire ultra-discrète rencontre un philosophe populaire ultra-médiatique ? Ils parlent haïkus, philosophie allemande et design de lunettes. Mylène Farmer et Michel Onfray accordent une (surprenante) interview au magazine Le Point, jeudi 5 novembre, à l’occasion de la parution de L’Etoile polaire, conte écrit par le penseur et illustré par l’artiste.

Mylène Farmer, c’est “l’idiosyncrasie de Nietzsche”

La rencontre est l’occasion pour eux de se déclarer leur flamme intellectuelle. Pour Michel Onfray, Mylène Farmer représente “un style, un ton, un caractère, un tempérament. Une vie sans paillettes, sans artifices, vraie, donc loin de toute exposition, non par calcul, mais par idiosyncrasie, pour utiliser un mot de Nietzsche (par complexion intime).”

Un compliment que la chanteuse lui retourne avec élégance : “Tout le monde connait le philosophe, son immense talent pour rendre les choses accessibles. L’homme que j’ai découvert est incroyable de vérité, de gentillesse, et d’humour aussi.” 

Mais au fait, par quelle opération du Saint-Esprit ces deux êtres sont-ils entrés en communication ? Michel Onfray raconte :

J’ai été invité à Radio Classique, qui m’a demandé de venir avec deux fois trois choix musicaux : trois références classiques, trois qui ne l’étaient pas. Mylène Farmer était dans cette partie de programmation […]. Parmi les réactions, il y eut les habituelles remarques des snobs qui écoutent en cachette mais font profession publique de mépriser ce qu’ils adorent en douce.

S’ensuit un échange de textos et la proposition de collaboration sur le conte L’Etoile polaire. Mylène Farmer développe :

Il est rare qu’un écrivain, un philosophe déclare s’intéresser à ce genre mineur qui fait pourtant vibrer la planète. J’ai été profondément touchée et fière […]. J’ai fait la connaissance de Michel Onfray alors que je traversais une période un peu difficile. J’ai été plâtrée jusqu’en haut de la cuisse pendant plus de trois mois. La lecture, l’écriture, l’aquarelle m’ont littéralement sauvée des possibles crises qu’engendre l’immobilté.

MYLENE FARMER

“Michel Onfray est un combattant”

Peu d’aspérité dans cet échange de bons sentiments partagés. On retrouve quand même la Mylène Farmer lunaire que l’on connait quand le magazine leur demande : “Qu’enviez-vous le plus chez l’autre ?” “Ses lunettes ! s’amuse-t-elle. Je les adore. Mais j’adore surtout sa façon de pratiquer la pensée comme un sport de combat. Il maîtrise ses sujets, mais il a aussi le courage de confronter ses idées. Je le trouve intelligent et moderne. C’est un combattant.”

On apprend également que la chanteuse “dévore” Cosmos, l’essai de Michel Onfray sur la nature paru au printemps, et qu’elle se réserve “ses haïkus pour le dessert”. Quant à Michel Onfray, il ne perd pas l’occasion de taper sur les “snobs” pour faire l’éloge de sa nouvelle amie : “Dans ce petit monde, il est souvent de bon ton de mépriser la chanson qu’on écoute discrètement chez soi et d’affecter un goût pour les icônes susceptibles de vous classer socialement.”

Finalement, c’est dans leur rapport à l’autre, “pas misanthrope” mais méfiant, que les deux compères se retrouvent. Le philosophe vante la “sage défense de soi”, la chanteuse une forme de “philanthropie modérée”. Ce qui n’empêche pas leur travail commun d’être une ode à l’existence, selon Mylène Farmer :

L’Etoile polaire s’adresse à quiconque voudra comprendre le cycle de la vie. Il vous emmène vers le Très Haut. “Il est grand temps de rallumer les étoiles”, écrivait Apollinaire. Michel Onfray nous y aide en rallumant L’Etoile polaire.

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Tourner la page avec Mylène

Posté par francesca7 le 29 octobre 2015

                                         

 

     Tourner la page MylèneTout commence comme dans un rêve. Ce matin-là de l’année 1996, Amélie Nothomb reçoit l’appel d’une journaliste de Vogue qui souhaite organiser des interviews croisées de personnalités. « Choisissez n’importe quelle vedette qui soit située soit à Paris, soit à Londres », précise son interlocutrice. « La première personne à qui j’ai pensé était Mylène, explique la romancière, parce que depuis plusieurs années j’aimais beaucoup ce qu’elle faisait, notamment l’album Ainsi soit je, qui est à mon goût le plus beau et dans lequel j’adore tout. J’ai donc donné une liste au Vogue allemand avec Mylène Farmer au sommet, me disant : “Mylène est inaccessible mais on peut toujours rêver.” Une semaine après, à ma grande surprise, Vogue m’a rappelée en me disant : “Mylène Farmer est OK pour l’interview. Elle a lu vos livres et aime beaucoup ce que vous écrivez…” Je tombe par terre : elle a lu mes livres, c’est le comble ! »

 

     Rendez-vous est pris à l’hôtel de Crillon, le 22 décembre 1995. C’est Mylène qui organise tout, choisit son photographe, Marianne Rosenstiehl. « Je suis arrivée en métro, poursuit Amélie, et j’ai été accueillie comme une reine. On m’a dit : “Attendez, mademoiselle Farmer va venir.” Elle est enfin arrivée, maquillage télé, coiffure, habillement incroyable et tout et tout… J’étais très impressionnée, mais le contact s’est très bien passé. Mylène a été charmante. Je ne m’attendais pas à ce qu’elle soit comme cela. Je m’attendais en fait à quelque chose de beaucoup plus distant. Elle était extrêmement disponible, réservée c’est vrai, mais ouverte. Elle parle avec beaucoup d’intelligence. Elle réfléchit beaucoup à ce qu’elle dit et ce qu’elle dit n’est jamais banal. » 

     Pour la séance de photos, c’est le staff de Mylène qui prend Amélie sous son aile. « Sa coiffeuse et son habilleuse sont venues s’occuper de moi pour que je n’aie pas l’air trop ridicule à côté de la star. On s’est beaucoup amusées pendant cette séance, Mylène y étant beaucoup plus hardie. Ceci a duré environ cinq heures. » La belle entente se poursuit au-delà du travail. « Après, visiblement, le courant était passé, puisque Mylène m’a demandé si j’étais libre le soir. Nous sommes donc allées dans un restaurant japonais en compagnie de Jeff Dahlgren, Thierry Suc et Marianne Rosenstiehl. » 

     Un contact qui passe aussi bien entre deux personnalités aussi atypiques, et l’on se dit que peut-être se noue le début d’une amitié… C’est ensuite que le rêve d’un jour va déboucher sur un grand vide. 

Quelques semaines plus tard, pourtant, Mylène laisse un message sur le répondeur d’Amélie. Elle ne semble pas au mieux de sa forme et exhorte la romancière à la rappeler. Ce que fait Amélie aussi sec, sans réussir à parler à l’idole de vive voix. Par la suite, elle reçoit un appel de Thierry Suc. Il lui explique que Mylène serait très honorée de pouvoir inclure un texte signé d’elle dans le programme de sa tournée. Flattée, Amélie se met au travail avec sa passion habituelle. Et faxe quelques pages dans la foulée. Hélas ! il sera jugé « trop long » par la star, qui le fait dire à Amélie par le biais de Thierry Suc.

Pas de problème, Amélie rédige en un quart d’heure l’article qui sera finalement retenu, où elle cite le fameux mot de Baudelaire, « Le beau est toujours bizarre », pour dépeindre la chanteuse.  

     Plusieurs mois se passent. Toujours aucune nouvelle de Mylène. Par chance, le « Tour 96 » passe par Bruxelles, où vit Amélie Nothomb. La romancière, qui ne veut rater l’événement pour rien au monde, achète deux places. Le jour du spectacle, elle reçoit un appel du staff de la star : « Naturellement, Amélie, vous êtes invitée. » Un geste qui n’efface pas l’amertume. Même si, avec le recul, l’auteur de Hygiène de l’assassin estime que Mylène lui a fait « un très beau cadeau » en partageant une journée entière avec elle, les rendez-vous manqués qui ont suivi lui laissent un goût d’inachevé. Dans la préface de La Part d’ombre, une analyse très fouillée de l’univers farmerien, Nothomb évoque d’ailleurs une « muraille de glace » que la chanteuse dresse entre elle et les autres et qui la rend « prisonnière ».  

      Pour croiser la route de Mylène, sans doute faut-il accepter d’être uniquement de passage. Ce qu’elle peut offrir à cet instant-là, ce don de sa personne qui semble entier, et même chaleureux, rien negarantit qu’il se reproduira. Pour cette adepte du « Nevermore » cher aux romantiques, l’existence doit ressembler à une quête insatiable de sensations inédites. Afin de fuir la tiédeur, il faut éviter tout risque de bégaiement. Lorsque Mylène pressent qu’une seconde entrevue sera moins intense que la première, elle préfère ne pas donner suite. C’est ainsi. Se forcer ne servirait à rien.  D’ailleurs, elle ne se force en rien.  

      Si l’on devait établir la liste de ceux qui ont attendu en vain un coup de fil de Mylène, sans doute serait-elle longue. Mais, davantage encore que ces rencontres furtives qui ont pu faire naître des espoirs déçus, égratignures vite pansées, certains collaborateurs historiques, écartés de la route de la chanteuse, en ont gardé une forme d’aigreur. Jean-Claude Dequéant, le compositeur de Libertine, est de ceux-là. Dès 1987, alors que son tube a fait basculer le destin de la chanteuse, le duo Boutonnat/Farmer prend ses distances. « Ce sont eux qui se séparent de moi. Je suis assez contrarié : mon nom n’est jamais cité nulle part, même pas dans les propos de Mylène – une évocation de temps en temps, ça fait toujours plaisir. Je l’exprime avec un peu de véhémence et l’on finit par se quitter. » 

      farmer-Avec le recul, Dequéant comprend mieux les motivations de cette rupture artistique : la chanteuse et son mentor fonctionnent en circuit fermé et veulent le moins possible dépendre des autres. Elle va écrire les paroles, lui les partitions : ainsi, ils seront les seuls artisans de leur succès. « Laurent devait prouver qu’il était capable lui-même de fabriquer des tubes aussi forts que Libertine [...] La suite lui a donné raison puisqu’il y a eu d’autres chansons formidables nées de son cerveau et de celui de Mylène. J’ai par exemple une grande admiration pour Désenchantée ou C’est une belle journée. »  

      À deux, ils se créent une bulle où, finalement, les autres ne seront jamais que de simples figurants. Et malheur à ceux qui voudraient s’octroyer un premier rôle : à se croire indispensable, on s’attire une sanction d’autant plus implacable. Bertrand Le Page, dont le comportement devenait ingérable, en a fait les frais. Mais d’autres se sont vus remerciés sans avoir pour autant commis la moindre faute. Le cas de Christophe Mourthé est sans doute différent, puisque c’est lui qui coupe les ponts avec la chanteuse. Jugeant que ses talents ne sont pas reconnus à leur juste valeur, il décide de mettre fin à leur collaboration en 1987, après des vacances particulièrement tendues. Pour que la star comprenne sa décision, il boycotte le rendez-vous qu’elle lui a fixé. Un geste ensuite lourd à assumer. Car Mylène ne le contactera plus. Et il faudra dix ans au jeune photographe pour faire son deuil. « Quand vous entendez ses chansons à la radio et que vous la voyez à la une des magazines, les blessures ont du mal à se refermer », dit-il. 

     Une fois la page tournée, difficile de revenir en arrière. Elsa Trillat le sait. Pour elle aussi, la porte s’est soudain fermée à double tour, avec tout ce que cela suppose d’amertume. Des années plus tard, elle croise la chanteuse dans un aéroport. Toutes deux avaient été si complices par le passé que la photographe, intriguée par cet heureux hasard, tente de renouer le contact. En vain. « Derrière ses lunettes de soleil, Mylène est restée distante. Elle m’a dit avoir trop souffert pour envisager de me revoir. C’était une fin de non-recevoir, polie mais ferme. »  

      Pour Sophie Tellier aussi, la coupure est douloureuse. Au début des années 1990, la chorégraphe souhaite travailler davantage « pour elle » et moins « dans l’ombre des artistes ». Au moment de Giorgino, elle espère tout de même décrocher un rôle, comme Laurent Boutonnat le lui aurait laissé entendre des années auparavant. Mais quand elle en parle à Mylène, elle s’entend répondre : « C’est un film international, donc le casting est international. » Une douche froide. Sans doute, d’ailleurs, la star n’imagine-t-elle pas à quel point Sophie se sent blessée. Ainsi, lorsque la chanteuse l’appelle à la rescousse, depuis New York, pour l’aider à choisir ses danseurs pour la tournée de 1996, la chorégraphe dit non. « Toutefois, je lui laisse mon assistant, l’un des danseurs, Christophe Danchaud, ainsi que Valérie Bony – des gens en qui elle a confiance 360. » Depuis, plus aucune nouvelle. Et pourtant, malgré une cassure professionnelle qu’elle reconnaît avoir provoquée, Sophie Tellier aurait aimé revoir Mylène.

Il faut croire que, lorsque vous lui dites non une fois, les ponts sont coupés à jamais… 

     Faut-il en déduire que la star serait une manipulatrice prompte à exploiter le talent des autres avant de les jeter aux orties lorsqu’elle n’a plus besoin d’eux ? Certains ne sont pas loin de le penser. Pour Christian Padovan, musicien de la première heure, la chanteuse sait jouer de sa timidité afin d’obtenir ce qu’elle veut de ses collaborateurs. « C’est sa séduction. Personne n’est dupe, mais on préfère ne pas savoir si c’est de la manipulation ou pas. » Toutefois, dans ce débat, il convient de distinguer le ressenti de la réalité. Car s’il est désagréable d’avoir le sentiment qu’on s’est servi de vous, peut-on reprocher à une artiste de chercher à obtenir le meilleur de ceux qui l’entourent ? Philippe Séguy pousse le raisonnement plus loin : « Toute création se nourrit de la sève des autres, me dit-il. C’est le principe de tous les grands artistes. Dès que l’autre est dépulpé, il n’a plus de raison d’être. » 

     Certes. Mais l’art d’utiliser le talent des autres peut aussi s’exercer sans cynisme, avec respect. 

C’est ce que fait Mylène, y compris dans sa manière de rompre. Dès qu’elle décèle chez ses collaborateurs des frustrations ou des velléités d’indépendance, elle ne cherche pas à les retenir. Pourquoi leur compliquerait-elle la tâche ? La vraie question serait plutôt : pourquoi diable s’acharnent-ils à vouloir revenir après avoir tenté de partir ? Certes, travailler avec elle est toujours un choix. Il suppose une part d’abnégation, de soumission aussi, non à sa personne mais aux choix artistiques qu’elle a décidés. « Qui m’aime me suive », fredonne-t-elle dans L’Amour n’est rien… Mais elle n’oblige personne à l’aimer. 

     Mylène n’est pas de ceux qui s’encombrent du passé. Survivre dans ce milieu si dur, c’est se projeter sans cesse dans le futur. Quitte à réécrire l’histoire, du moins à effacer les souvenirs qui ne font pas sens dans son parcours. François, qui partagea un stage d’équitation avec Mylène à Conches en 1979, l’a appris à ses dépens.  

     Un soir de 1988, il aperçoit l’ex-cavalière à la télévision dans « Lahaye d’honneur », une émission en direct sur TF1. Ni une ni deux, il grimpe sur sa moto et fonce dans les studios de La Plaine-Saint-Denis pour des retrouvailles qu’il espère chaleureuses. La chanteuse se trouve à l’arrière d’une voiture, sur le point de quitter les lieux. Autorisé à s’approcher d’elle par Bertrand Le Page, il se présente. Mais bientôt, son enthousiasme retombe. « Elle ne me reconnaît pas. Ai-je changé à ce point ? Lorsque je lui rappelle les stages d’été, elle me répond simplement : “Écoutez, j’ai la mémoire qui flanche.” Alors, j’essaie d’évoquer un maximum de souvenirs, en un temps record, mais rien n’y fait. Elle a déjà un statut de star. On ne se reverra jamais, malheureusement. »  

   mylène   La chanteuse aurait-elle menti ce jour-là ? Rien ne permet de l’affirmer. Pour elle, qui a le sentiment d’avoir commencé à exister avec la chanson, il est naturel que ce qui relève de sa préhistoire se soit en partie évaporé. La fameuse phrase de Nietzsche, « l’oubli est la manifestation d’une santé robuste », s’applique à merveille dans le cas de Mylène. Pour affronter le présent avec l’énergie nécessaire, encore faut-il ne pas être encombré de scories du passé ; à plus forte raison quand ce passé vous rappelle que vous n’avez pas toujours été une star reconnue et adulée. C’est l’hypothèse, en tout cas, que forge Sophie Tellier lorsqu’elle réfléchit sur la question. « Le passage de la petite Mylène toute timide à ce qu’elle est devenue maintenant me fascine. C’est plutôt cette mutation, la construction du personnage, que je trouve incroyable. Elle a su retenir les conseils de Bertrand Le Page, c’est l’une de ses qualités : elle emmagasine très vite et elle est très bosseuse. Elle a appris le chant sur le tas, puisqu’au départ elle ne chantait pas du tout. La danse également, elle a gardé tout ça, on ne peut pas le lui enlever. Peut-être qu’elle ne désirait plus vraiment me voir parce que je suis “un témoin” de tout ce travail et de toute cette transformation. »

      Là encore, n’allons pas prêter à la chanteuse une dureté qui la rendrait insensible à la souffrance d’autrui. Même dans une histoire d’amour, rien n’est simple : celui qui rompt n’est pas forcément le bourreau, face à une innocente victime. Que Mylène soit capable de se détourner de personnes qui lui ont beaucoup apporté, c’est un fait. Qu’elle le fasse, aux dires de certains, avec indifférence, ce n’est, en revanche, absolument pas avéré. Au contraire, tout porte à croire qu’à chaque fois se produit un déchirement, un sacrifice nécessaire mais coûteux. 

      C’est sans doute le sens de sa reprise, lors de la tournée 1989, de la chanson de Marie Laforêt, Je voudrais tant que tu comprennes. À qui songe-t-elle en l’interprétant ? Quel souvenir peut provoquer un tel torrent de larmes ? La réponse n’appartient qu’à Mylène. Pourtant, une chose est sûre : les paroles lui vont comme un gant. « Je voudrais tant que tu comprennes / Toi que je vais quitter ce soir / Que l’on peut avoir de la peine / Et sembler ne pas en avoir. » C’est le thème de la rupture qui est clairement évoqué ici. Une séparation froide et irréversible, mais qui cache en réalité une souffrance. « Le cœur blessé on peut sourire / Indifférente apparemment », chante-t-elle. Combien de collaborateurs, d’amis, d’amants peut-être, ont-ils ressenti cette cruelle absence quand la chanteuse s’est détournée d’eux ? Sans doute faut-il voir cette chanson comme une lettre d’adieu qu’elle aurait pu adresser à chacun d’eux. 

      Oui, on peut tourner des pages qui sont autant de visages sans être un monstre. Que celui qui voudrait jeter la pierre à Mylène s’interroge sur son propre passé. Qui pourrait se targuer d’avoir cheminé sans laisser personne sur le bas-côté ?

 

Extrait du livre : MYLÈNE par Hugues ROYER aux Editions Flammarion 2008

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« Je m’ennuie » s’écrie Mylène

Posté par francesca7 le 17 octobre 2015

 

 

   FARMERIEN  Rosy Ryan s’ennuie dans son Irlande natale. L’homme qu’elle a épousé, Charles Shaughnessy, et qui fut naguère son instituteur, ne comble pas le vide de son existence. Pour elle, qui rêve de devenir quelqu’un d’autre en basculant dans un ailleurs, la nuit de noces a un goût d’inachevé. Confrontée à la monotonie du quotidien, elle ignore la cause de son insatisfaction. Son mari a beau être attentionné, il ne voit pas l’attente que Rosy nourrit en secret, cet éveil des sens dont elle soupçonne qu’il pourrait faire d’elle quelqu’un d’autre. Elle s’en confesse au pasteur Collins, qui la réprimande : elle s’est trouvé un bon époux, sa santé est excellente et le couple ne manque pas d’argent, alors que demander de plus ? « Il doit bien y avoir autre chose », réplique-t-elle, insoumise. Nous sommes en 1916 et cette liberté d’exprimer ses émotions passe pour de l’insolence. Rosy rêve d’un orage qui la rendra enfin vivante. Il survient en la personne d’un jeune officier anglais, le major Randolph Doryan, aussi séduisant que ténébreux, qui devient son amant. Mais cette passion dévorante causera la perte de la jeune femme. Pour avoir couché avec l’ennemi, elle va être lynchée et tondue en public. Quant à l’officier dont elle est amoureuse, il est acculé au suicide. Finalement, Rosy et son mari quitteront le village sous les huées des badauds. L’Irlandaise a vaincu son ennui, mais elle en a payé le prix fort.

 

     C’est le réalisateur David Lean qui, en 1970, a porté à l’écran cette histoire qui fait songer à celle d’Emma Bovary, sous le titre La Fille de Ryan. Un film méconnu qui n’a pas rencontré un succès comparable à Lawrence d’Arabie ou au Docteur Jivago, mais qui s’impose comme le film du réalisateur anglais que Mylène préfère. Elle le cite d’ailleurs dans L’Amour naissant : « Ma vie comme / La fille de Ryan. » Avec le recul, il semble indiscutable également que l’œuvre ait inspiré Laurent Boutonnat dans l’écriture de Giorgino. Sans doute Mylène s’est-elle identifiée au personnage de Rosy Ryan, à ce sentiment d’incomplétude qui l’étreint. En tout cas, l’ennui s’impose comme un thème récurrent dans l’univers farmerien. 

     Je m’ennuie, fredonne la chanteuse sur l’album Point de suture, étirant la dernière syllabe, non sans ironie, comme le ferait une enfant capricieuse exigeant que son entourage la divertisse. On songe à la toute-puissance des rois de France dans l’imagerie populaire, à leurs bâillements devant les numéros de saltimbanques qui les laissent indifférents. Est-ce la star ou bien la femme qui s’ennuie ? Un peu des deux, sans doute. D’une certaine façon, pour l’adolescente, tout a commencé par là. On trouve le temps long, on se dit qu’on désire une autre vie que celle que vos parents vous présentent, malgré eux, comme un modèle, et qui sert au contraire de repoussoir. 

     Quant à la star, son ennui peut provenir de l’immense vide qui succède au vertige éprouvé lors d’un concert, par exemple. Plus l’exaltation a été forte, plus ce sentiment risque d’être redoutable. « Pourquoi remonter sur scène trois ans après vos derniers concerts à Bercy ? » demande à Mylène le journaliste Jérôme Béglé. « Parce que je m’ennuie ! répond-elle. J’ai besoin de réinventer ma vie. » Et la chanteuse de citer Pascal : « Rien n’est si insupportable à l’homme que d’être dans un plein repos, sans divertissements, sans passions, sans affaires. »

 

     Fort heureusement, l’oisiveté n’est pas dans son tempérament. Ainsi, à l’automne 2008, entre la promotion de son nouvel album, la conception des clips qui accompagneront la sortie des singles extraits et, surtout, la préparation de la tournée qui la conduira, en septembre 2009, au Stade de France, il y a fort à parier que Mylène ne va pas trouver le temps de s’ennuyer. « Le métier que je fais me convient parfaitement, il se passe toujours quelque chose, je ne m’ennuie jamais», déclarait-elle déjà à l’époque de Libertine. 

      En attendant, elle le chante sur tous les tons, mais sans gravité aucune, comme le souligne la rythmique ultra-light concoctée par Boutonnat : « Je m’ennuie / Un néant béant / Petite nausée / Temps dilué / À l’infini. » Au passage, la chanteuse s’amuse même à fleurir la fameuse formule de La Motte- Houdar : « L’ennui naquit un jour de l’uniformité » devient, dans sa bouche, « L’ennui naquit un jour gris / D’une uniformité que je / Sais invincible. » Pour elle, ce sentiment provient d’une difficulté à apprivoiser la temporalité. Toucher du doigt la sérénité, n’est-ce pas parvenir à faire corps avec l’instant, l’épouser dans une adéquation parfaite ? Or, bien souvent, nous n’arrivons pas à vivre le présent parce que, comme l’a écrit avec justesse saint Augustin, nous sommes parasités par le passé et obsédés par l’avenir.

 

      « Le temps n’est pas mon ami, explique Mylène. Quand il est trop long, je m’ennuie. Quand il est trop court, je m’angoisse. » D’où cette oscillation entre deux sentiments extrêmes, aussi inconfortables l’un que l’autre : « Me balancer / De la tourmente à l’ennui. » Fort heureusement, si la mélancolie est un état paralysant qui n’inspire que le repli sur soi plaintif, l’ennui cherche toujours une échappatoire. Il porte en germe une explosion salutaire qui libère l’énergie et invente une issue à l’insupportable routine. 

Bref, il est moteur : c’est un état qui pousse à l’action, au mouvement. Déjà, dans L’Instant X, la chanteuse abordait cet état où l’être s’englue dans l’attente de l’équation magique qui lui permettra de quitter sa torpeur. 

      Dans L’Âme-Stram-Gram, c’est le plaisir sous toutes ses formes qui est envisagé comme sortie de secours. « Partager mon ennui le plus abyssal / Au premier venu qui trouvera ça banal », entonne Mylène avant se suggérer, avec force calembours cryptés, des pratiques sexuelles nombreuses et réjouissantes.

Dans la littérature du marquis de Sade, qui l’a beaucoup inspirée, conversations philosophiques et tableaux érotiques alternent avec un bel équilibre. L’ennui est d’ailleurs souvent le déclic qui permet de basculer de l’un à l’autre. 

Dégénération explore cette thématique avec force, ajoutant une dimension collective là où Mylène se contentait de ne parler qu’en son nom propre dans L’Âme-Stram-Gram. « J’sais pas moi / Mais faut que ça bouge », dit-elle au milieu de la chanson, exhortant ses frères humains à se réveiller de leur « coma », qui est aussi un « trauma ». Entendez pas là : la vie ne nous donne pas d’autre choix que d’avancer, de passer du « statique » à l’« extatique ». Secouer l’ennui pour retrouver le désir, n’est-ce pas au fond nous remettre en contact avec la libido, qui est notre énergie fondamentale ? La thérapie par le sexe, rien de tel pour réamorcer l’appétit de vivre. 

     30016112686-5146D’une manière générale, d’ailleurs, tout l’album Point de suture semble décliner l’idée du mouvement. Mylène le confie en interview : « On commence par l’ennui, puis vient le temps du Sextonik. » Les arrangements électro-pop, le nombre plus élevé que d’ordinaire de titres up-tempo, qui prennent largement le pas sur les ballades mélancoliques, n’y sont sans doute pas pour rien. La chanteuse veut Réveiller le monde, rien de moins : « Ouvrir les portes / Diminuer l’obscurité. » Celle qui ne jurait que par l’hiver se prend à « Rêver d’un autre été ». Plus adolescente que jamais, elle appelle de ses vœux l’avènement d’un « droit d’aimer » au fronton d’une nouvelle République du cœur. 

     Un message mièvre, plein de bons sentiments ? C’est ce que certains commentateurs n’ont pas manqué d’insinuer. Pourtant, si le fond n’est pas très novateur, la star parvient à renouveler la forme, mêlant habilement ses états d’âme et l’état du monde. « Révolus les mondes / Sans une révolution », chante Mylène, qui sait mieux que quiconque qu’on ne survit pas si l’on n’accepte pas de faire sa propre révolution. Elle semble avoir fait sienne cette formule de Nietzsche : « Le serpent périt lorsqu’il ne change pas de peau. » 

      Combattre l’ennui, pour elle, revient aussi à refuser le ronronnement dans son approche de la scène. Chaque fois c’est un défi nouveau, chaque fois elle met la barre plus haut. Et le public ne s’y trompe pas : sûr que Mylène va se surpasser, il achète ses places à l’aveugle, plus d’un an avant l’événement.

Comment a-t-elle réagi face au raz-de-marée sur les billets pour le Stade de France auquel on a assisté au printemps 2008 ? « L’immense bonheur que le public m’a procuré en se manifestant de cette manière m’a d’abord fait verser quelques larmes… et s’est bientôt transformé en une angoisse terrible ! Peur de décevoir. J’ai gravé dans mon cœur l’énergie transmise par seize mille Personnes tous les soirs à Bercy, et je sais le cadeau qui m’est fait pour le Stade de France et la tournée. Pourvu que mon cœur ne lâche pas ! » 

      Toujours cette oscillation… Mylène n’y échappe pas. Sauvée de l’ennui par la perspective du défi scénique, elle bascule aussitôt dans l’autre volet de sa personnalité : cette angoisse qui la tient éveillée des nuits durant, imaginant les moindres détails de son prochain spectacle avec un compte à rebours terrifiant qui résonne dans sa tête. Pourtant, cette fois, loin de la mélancolie narcissique, il s’agit d’un sentiment productif, lié au désir d’impressionner ceux qui l’aiment, à l’idée d’un plaisir partagé.  

      Rosy Ryan s’ennuie dans son Irlande natale. Seule face aux quatre-vingt mille spectateurs du Stade de France, elle s’ennuierait sans doute beaucoup moins. 

 

Extrait du livre : MYLÈNE par Hugues ROYER aux Editions Flammarion 2008


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Mylène Farmer métamorphosée

Posté par francesca7 le 17 janvier 2015

 

LE PARISIEN du 31 MAI 1996Entretien avec Alain MOREL

1996-09-bPubliée à l’occasion de la première représentation à Bercy du Tour 96, cette interview sera republiée, couplée à une nouvelle rencontre avec le même journaliste, cinq mois plus tard dans Ciné Télé Revue avec de nombreux passages coupés lors de la première publication. En février 1997, on trouvera également quelques passages retranscrits dans Salut, signés par un anonyme Kevin.

Voici la reconstitution de l’entretien intégral.

Vous avez entamé ce ‘Tour 96’ à Toulon, là où certains refusent de chanter, là où d’autres viennent pour s’exprimer. Etait­ce un choix délibéré ?

­ Non, si ce n’est celui d’une des plus belles salles de France. Sur scène, mon seul message c’est mon spectacle. Si je devais discourir, je le ferais ailleurs. Je sortirais des lieux communs détestables ! J’ai par ailleurs gagné un procès contre Jean­Marie Le Pen, qui utilisait un sosie de moi pour sa propagande. Je ne prétends pas non plus qu’un chanteur ne doive pas militer : je ne le fais pas et cela n’engage que moi.

Votre nouveau show est très spectaculaire. Est­ce pour vous protéger de l’intimité qu’impose un récital ?

­ L’analyse psychologique, il est trop tôt pour la faire ! (sourire) Je crois que je n’éprouverais pas de réel plaisir à être seulement derrière un micro. Mes envies de scène passent par ce goût du show à l’américaine, de ‘performances’, de polyvalence.

Une performance qui requiert une sacrée condition physique ! Vous la cultivez ?

­ J’ai fait appel à un préparateur physique, Hervé Lewis, qui m’a surtout entraînée à l’endurance : un peu de course à pied, de musculation, des massages et un régime alimentaire à base de sucres lents et sans Coca !

On vous dit végétarienne…

­ Je ne mange pas de viande, mais plus par goût que par convictions diététiques ou morales !

Qu’est­ce qui vous a décidé à revenir sur scène ?

­ Mon nouveau disque, le sentiment d’avoir fait le plein de sang neuf et la longueur de ces années sans le public.

Votre prestation semble plus généreuse, chaleureuse et optimiste, sensuelle aussi, qu’avant…

­ J’ai un peu changé de peau, je vous l’accorde volontiers !

A quoi dont­on cette évolution ?

­ Je me méfie du mot évolution, je lui préfère épanouissement. Depuis quatre ans, j’ai passé quatre ans à réfléchir, à me détacher de certaines choses, à ne m’attacher qu’au moment présent, à m’oublier au profit de l’autre, des autres. Après l’échec de « Giorgino », tout s’est encore accéléré : j’ai découvert le voyage et, ailleurs, le sentiment de vivre enfin en liberté, une sorte d’apprentissage de la vie qui vous fait vous sentir plus légère. Et puis, j’ai tiré grand profit d’une lecture bouleversante, un ouvrage de Sogyal Rinpoché, « Le livre tibétain de la vie et de la mort ». J’y ai appris quelques mots­clés, comme ‘impermanence’, l’idée que pour apprivoiser la vie il faut d’abord accepter la mort, celle aussi qu’il y a une vie après la mort. Si on les reçoit plein pot, ces idées­là font office de détonateur et lorsqu’on les digère, on sent en soi une énergie nouvelle.

Voilà enfin cette sérénité qui jadis n’était pas votre fort…

­ La sérénité, je ne l’ai pas atteinte. Il se trouve encore trop de chaînons manquants et je crains que le doute soit mon éternel compagnon de route, mais aujourd’hui ­ même si je ne renie pas Cioran ­ je remplacerais bien le cynisme par l’humour. Le nihilisme, c’est évidemment tentant face aux agressions de l’époque, mais son enivrement rend stérile. Une chanson comme « Plus Grandir », je ne pourrais plus la chanter. J’ai acquis des certitudes, comme celle du partage et je suis heureuse de terminer mon spectacle par un morceau d’espoir, de même que le colorer de blanc m’a inspirée, parce que c’est une couleur qui vous porte le haut.

Là, on flirte avec la religion, non ?

­ Le danger de la religion, c’est l’endoctrinement. Je considère le bouddhisme, avec sa légèreté et sa générosité, plus comme une philosophie.

Il vous a fallu beaucoup de philosophie pour oublier « Giorgino » ?

­ L’échec fait partie de ma pensée, il n’a donc pas provoqué de rupture. Je crois même qu’il a été un bienfait car il m’a obligée à fuir l’apitoiement sur moi­même et à boucler un cycle.

D’où votre affection pour cette phrase de Nietzsche : ‘Ce qui ne me tue pas me rend fort’ ?

­ Oui. Les difficultés de la vie, et principalement les déchirements entre les êtres, amènent à puiser en soi des forces insoupçonnées.

1996-09-dA dissiper les peurs, aussi ?

­ Non, mais les peurs c’est utile : elles vous dynamitent.

Vous voulez dire ‘dynamisent’ ?!

­ Oh, ça veut dire la même chose ! C’est un lapsus heureux ! (rires)

Et les excès, vous les revendiquez toujours ?

­ J’en aime certains comme j’aime la démesure. Je me méfie de la destruction et de l’irrespect de soi, mais je revendique le droit à la frénésie.

Aujourd’hui, de quelle culture vous nourrissez­vous ?

­ Je lis beaucoup, et pas toujours Sade ! (rires) J’écoute Bob Marley, Courtney Love et d’autres. Je regarde Planète et j’adore la peinture, Ernst ou Jérôme Bosch par exemple –mais je ne vous dirai pas si j’en achète !

Il paraît que vos voyages vous ont conduite à Bali…

­ Je n’y ai passé qu’un mois. Je me suis surtout partagée entre New York et Los Angeles.

Le soleil et les plages, c’est devenu votre truc ?

­ Les plages, non ; le soleil, oui ! Bien sûr, je ne pourrais pas vivre en Californie éternellement, mais de temps en temps l’espace, la surdimension, la qualité de vie quotidienne et même la perte d’identité, cela fait du bien. Et puis, à Los Angeles, j’ai aussi travaillé : enregistrer là­bas m’a galvanisée. Non pas que les musiciens y soient forcément meilleurs qu’ici, mais rencontrer d’autres gens, cela donne du punch à ce que l’on crée.

Qu’avez­vous pensé des gens du métier qui vous disaient finie ?

­ Les gens du métier, je ne les vois pas. Mon disque marche très bien : tant mieux.

Pensez­vous que l’image qu’on a de vous est juste ?

­ Il y a fatalement des erreurs, ne serait­ce que parce que le succès vous fige dans l’instant et parce que toute vision partielle est frustrante. Mais il ne faut pas trop s’attarder sur soi. Je communique avec les gens, je les ressens et je crois qu’au sortir de scène, je suis heureuse.

Sexy, vous l’êtes de plus en plus. Vous avez dit un jour que troubler était un jeu qui permettait de se détester un peu moins. A voir ce nouveau spectacle, vous devez commencer à vous aimer…

­ (sourire) Dire que je m’aime serait aller un peu vite en besogne, mais c’est vrai que j’accepte mieux mon enveloppe : je l’ai un peu rencontrée et je me sens plus prête à la partager. J’éprouve d’ailleurs une certaine fierté à porter de nombreuses tenues en scène et un réel plaisir à m’offrir.

Sur scène, vous mettez à un moment des hommes dans des bulles transparentes. Un de vos fantasmes ?

­ Qui sait ?! (rires) J’ai surtout voulu évoquer la matière plastique et les préservatifs. J’aime cette idée de bulle, de sécurité et de transparence. Mais le rêve, c’est quand même que l’on puisse très vite s’en passer !

Une autre chanson met en scène des drag­queens. On sait que la communauté gay vous apprécie beaucoup et on vous entend chanter dans « Pédale Douce ». Fascination ou militantisme ?

­ Je sais que je suis portée par la communauté gay mais il n’y a pas de philosophie là­dedans. La catégoriser, c’est déjà la différencier et je ne le fais pas. L’androgynie, plus on en parle et mieux c’est ! (sourire)

Qu’est­ce qu’on ne sait pas de vous ?

­ Que je ne sais pas du tout cuisiner ! (rires)

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Mylène Farmer de A à Z (interview)

Posté par francesca7 le 23 juin 2013


Interview de GRAFFITI d’ AVRIL 1988

A comme Album « Ainsi Soit Je.. »

un forum : http://devantsoi.forumgratuit.org/

 

Mylène Farmer de A à Z (interview) dans Mylène en INTERVIEW 1989-08-b

- Il n’y a pas de différence majeure avec le précédent, c’est une continuité avec une signature des textes plus importante, en l’occurrence l’intégralité de l’album « Ainsi Soit Je… ». C’est difficile de résumer ces trois mots, ils parlent d’eux mêmes et je dis cela sans prétention aucune. Il y a toutes les obsessions qui résident et qui persévèrent. Il y a des thèmes et des auteurs… C’est un album qui n’a pas plus été accouché dans la douleur que tous les jours qui composent mes semaines et mes années… Bon là, j’ai abordé un auteur référence qui est Edgar Allan Poe, et le choix de Baudelaire, lui encore ce n’est pas un hasard puisque ce sont ces thèmes qui me reviennent. J’évoque Vienne, en rappel à la pendaison de quelqu’un que j’ai effectivement connu… C’est une introspection, une affirmation et un point d’interrogation aussi. C’est peut-être une manière de percevoir qui je suis, tout simplement. Il n’y a de toute façon pas la moindre tricherie quant aux thèmes choisis, aux univers et aux émotions, si tant est qu’il y en ait ! J’espère… Ca fait deux semaines qu’il est sorti et il bénéficie déjà d’un accueil formidable. Sans parler de récompense, je trouve que c’est une belle chose… Comment traduire cela avec des mots, je ne sais pas…Voilà.

B comme Baudelaire

- C’est un poète maudit, bon mais c’est surtout un poète que j’aime bien. J’apprécie ses névroses, ses persécutions. Le choix de « L’Horloge », c’est parce que la notion du temps qui passe ne me laisse pas indifférente. Baudelaire a une écriture incroyable. Peut-être que le public du Top 50 ne le connaît pas mais ce n’est pas bien grave au contraire, ça peut provoquer chez lui une découvert plus accessible qu’à travers les recueils. Laurent Boutonnat a composé cette musique et il m’a paru évident d’y mettre ce poème que j’ai en mémoire depuis longtemps. Sans me comparer à Léo Ferré, je pense que nos démarches sont voisines…

B comme Beauté

- J’aime le mariage de tristesse et beauté, parce que les plus belles choses se révèlent dans la tristesse, dans la tragédie… Vous m’interpellez en me disant que je suis devenue le symbole de la beauté d’aujourd’hui. Vous le comprendrez, ce n’est pas à moi d’y répondre. Evidemment, cela flatte mon narcissisme et c’est une reconnaissance qui me touche, bien sûr. Celle qui incarne ce mot ‘court’ et un peu ‘galvaudé’, c’est Greta Garbo. Elle évoque à la fois le mystère, les non-dits et des pages blanches à noircir de rêves…

C. comme Caméléon

- Ca rappelle « Sans Contrefaçon » mais c’est surtout une notion qui évoque comme l’animal, la possibilité de changer de décor ou d’état d’âme. C’est à la fois physique et métaphysique. J’ai une facilité – et ce n’est pas forcément une bonne chose -pour basculer d’une humeur plutôt agréable à des sentiments terribles.

D comme Duelliste

- En l’occurrence, c’est aussi un film que j’ai beaucoup aimé de par son style et son sujet. Et puis c’est l’éternel duel qui réside en chacun de nous. L’opposition du bien et du mal… C’est deux contre soi, c’est soi contre soi, en tout cas je suis deux. Il paraît que philosophiquement on est trois mais c’est un domaine dans lequel je ne me hasarderai pas…

E. comme Enfance

- J’ai conservé un regard tourné, ‘obsédé’ vers le passé, c’est une chose dont je n’ai pas réussi à me défaire… Je ne suis pas passéiste, mais il y a des moments qui sont restés inexpliqués, ça se confond à un grand point d’interrogation. Cela correspond aussi à des sensations douloureuses bien que non concrètes et exprimables par l’anecdote. Je crois que c’est une blessure, c’est un viol que de passer de l’adolescence à l’âge adulte. Lorsque l’on est enfant, même la ‘cruauté’ vous est pardonnée. A partir de l’instant où vos actes ne sont plus innocents mais réfléchis, toutes les données revêtissent un tout autre habit.

F. comme « La Fille de Ryan »

- C’est le film culte de David Lean. Pour résumer grossièrement, disons que c’est l’histoire d’une fille qui va découvrir l’amour et puis va s’apercevoir qu’elle est à la recherche de choses qui n’existent peut-être pas. J’en parle très mal, c’est dommage ! C’est un cinéma de symboles, à la manière du cinéma russe. L’action se déroule dans l’Irlande du 19ème avec des décors somptueux, des sous-bois qui peuvent rappeler « Bambi » de Walt Disney.

G.comme Garçon

- C’est une référence à mon enfance, au manque d’identité sexuelle que je ressentais alors. J’avais du mal à me situer en fille ou en garçon. J’étais quelqu’un d’indéfini… Mon comportement était celui d’une excentrique. Je refusais le carcan imposé par les normes attribuées à chacun des deux sexes. C’était un état de révoltée, certainement révoltant aussi pour mon entourage. Disons que c’était aussi le mal être…

H comme Humeur

I comme Idéal

J comme ‘J’en sais rien !’

- Il y a des domaines que je n’ai pas envie d’aborder par pudeur et puis, oui, il faut savoir persévérer certaines choses…

K comme Kasimodo

- Il fallait trouver matière au K. C’est surtout quelque chose qui compose un être dès sa naissance, en l’occurrence là, c’est la laideur, la déformation physique, génératrice d’un avenir pour le moins terrible. Il peut m’arriver de me sentir ‘Kasimodo’ le matin !

L.comme Lou Andreas Salome

- J’ai découvert son existence hier, grâce à un portrait télévisé. C’est une femme qui a eu une vie incroyable, exemplaire. Elle a séduit des hommes tels que Nietzsche, Freud et Rilke. En plus, elle débordait d’une intelligence rare, bien qu’elle ait été un écrivain non retenu par la postérité. Qu’elle ne soit pas devenue un panthéon, là n’est pas mon propos. Ce qui m’intéresse c’est sa vie, sa sexualité troublée, sa quête perpétuelle d’absolu.

M comme Mutisme

- J’apprécie la sonorité de ce mot. Il me concerne dans la mesure où j’ai sombré dans cet état, mais rassurez-vous : à court terme. C’est vrai que j’ai pu passer d’une envie formidable de parler et de me faire remarquer à une envie de complètement m’extraire du monde.

N comme Noyade

- ça fait partie de mes phobies. L’eau plus que la noyade, d’ailleurs car l’eau est un élément qui me fait très peur. Je ne me baigne jamais.

O comme Obéissance

- Je suis réfractaire à toute forme d’obéissance (l’école etc.) C’est une certaine soumission qui me dérange. A travers mon métier, par contre, je suis restée fidèle à ma désobéissance.

P comme Pause

- On laisse ce mot sans commentaires. Pause magnéto !

Q comme Quasimodo

- A renvoyer au K, son petit frère jumeau.

R comme Repos

- Je ne sais pas prendre de repos. Je lui préfère son cousin, le travail, je crois.

S comme Suicide

- Ca me fascine ! C’est un acte que je pourrais qualifier de beau et de courageux, certainement. Dans « Jardin de Vienne », je parle de quelqu’un qui habille, qui met en scène son suicide. Là c’est romantique, esthétique même. Quelque part, j’ai une âme suicidaire. C’est à la fois une peur quant à l’au-delà mais aussi une détermination, l’envie de dire ‘Maintenant, ça suffit’.

T . comme ‘Tu t’entêtes à te foutre de tout !’

- C’est plaisant à écrire, à lire et à chanter surtout !

V comme Se prononce ‘I’ en Russie

- A l’école, c’était ma troisième langue. Je l’ai vite abandonnée parce que c’était vraiment trop dur à assimiler. Pour apprendre le russe, il faut pénétrer l’univers d’un pays, d’une autre culture, y consacrer l’intégralité de son temps, ‘rentrer au couvent’.

V comme Veuve noire (l’araignée)

- C’est l’insecte que je déteste le plus au monde, sans pour autant vouloir le détruire parce que j’en suis parfaitement incapable. Mais c’est vrai, je ressens une phobie inexplicable concernant cette bête. Cela dit ‘la veuve noire’, c’est un bien joli mot pour une araignée.

W comme Woyage

- C’est par désobéissance ! Puisque l’on peut faire à peu près tout avec le Français, pourquoi pas ne pas écrire ‘voyage’ avec un w ? J’ai très peu voyagé. Cela dit, c’est une chose que j’envisage mais pas dans un futur proche. Pour l’instant, je voyage à travers mes lectures. Le voyage c’est théoriquement une manière de s’extraire de soi, pourtant, je n’en suis pas si sûre ! Ne se projette-t-on pas de toute façon lorsqu’on lit un roman ou lorsque l’on va voir un film au cinéma ? Si on se retrouve dans ces univers, c’est que forcément ils se réfèrent soit à notre vécu, soit à notre imaginaire. Sans doute doit-on avoir besoin de cette identification, de ce dédoublement, de ce ‘détriplement’ (rires)

X comme : Ça peut être le signe de multiplication !

- Passer pour un apôtre de l’arithmétique, ça me fait sourire car entre moi et l’algèbre, il y a toujours eu une incompatibilité d’humeur et de compréhension. A l’école, déjà, c’était un défilé de zéros pointés.

Y – comme I Grec

- Qui est encore persécuté par Monsieur Le Pen ! (si je l’appelle Monsieur c’est par ironie, bien sûr !)

Z comme Zesus !

- Parce que quand zébu, zé plus soif.

219_image-264x300 dans Mylène en INTERVIEW

Le bilan de l’abécédaire

- D’abord, je trouve que c’est lui accorder beaucoup trop de temps, et puis je ne suis pas un dictionnaire.

Pourquoi après tout privilégier ‘repos’ à ‘raison’, par exemple ? Les projets ?

- Dans l’immédiat, c’est évidemment la sortie de cet album qu’il faut habiller, promouvoir…

La scène ?

- ça devient de plus en plus une envie ! Baudelaire pourrait ouvrir cette scène, cette idée. Par contre, je n’ai pas fixé l’échéance car comme toute les choses que je décide de réaliser, je veux y consacrer du temps pour bien la préparer.

Mylène Farmer, c’est la rigueur, le perfectionnisme ?

- Oui, parce que la volonté… Non, disons que l’imperfection, par rapport à moi encore une fois, ne peut pas avoir sa place.

M ylène Farmer, est-ce seulement une chanteuse ?

- C’est un terme un peu castrateur, effectivement. Moi, ça ne me dérange pas ! J’ai l’impression de ne pas être qu’une chanteuse. Voilà.

M ylène Farmer, au départ ça a été ‘un mannequin qui chante’ ensuite ‘une chanteuse de clip’. Aujourd’hui, qu’en est-il exactement ?

- Le vécu de la chanteuse a nourri bien évidemment la femme, entre guillemets. Ça ne régit pas une vie, mais ce sont deux données indissociables l’une de l’autre.

M ylène Farmer, l’auteur ?

- J’ai de moins en moins d’inhibitions quant à l’écriture. Là, il s’agit plus d’une découverte qu’une revendication majuscule. D’ailleurs, plus j’écris et plus c’est difficile, et plus c’est agréable aussi. A mesure que j’écris, je ressens une fringale de lectrice.

Mylène Farmer, heureuse ?

- C’est un mot qui n’appartient pas à mon vocabulaire, il ne s’inscrit pas dans mon dictionnaire. Le mot reste à inventer.

Et la chanson dans tout ça ?

- C’est à la fois un flux et un reflux de grandes joies et de désillusions. Ça nous amène très loin, et ça vous fait retomber encore plus loin…

D’un doute à l’autre ?

- Plus exactement, il s’agit de la certitude du moment.

L’ambition ?

- Oui. Elle transparaît de toute façon…

Le courrier ?

- ça devient de plus en plus difficile à maîtriser. Il existe des lettres très belles qui exigent des réponses mais qui ne laissent pas d’adresse, alors… !

Votre public vous ressemble ?

- C’est surtout à travers les thèmes que j’ai bien voulu aborder. Les gens ont eu l’impression qu’ils allaient être bien compris par la personne qui chantait ‘ces mots là’. C’est vrai que la vie n’est pas rose.

Laurent Boutonnat / M ylène Farmer : des épousailles artistiques ?

- Depuis quatre ans, c’est le compagnon de nombreuses choses. Ce sont deux moitiés qui n’en font plus qu’une -je me prononce pour lui-, ce sont deux bourgeons qui fleurissent ensemble…

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Mylène apprécie Fr. Nietzsche

Posté par francesca7 le 2 décembre 2011

 

Portrait of Friedrich Nietzsche.jpg  Friedrich Nietzsche Philosophe allemand né en 1844, Friedrich Nietzsche devient professeur de philosophie, mais il doit s’arrêter d’enseigner pour raisons de santé. Le principe de sa philosophie est l’enthousiasme de la vie et sa morale une critique des idées chrétiennes de pitié et de résignation. Il sombre dans la démence à partir de 1890. Après sa mort, ses propos, notamment dans « La Volonté de puissance », sont déformés par sa sœur, qui voudrait y faire apparaître, à tort, des prémices aux idées du national-socialisme. 

 



Mylène Farmer apprécie beaucoup le philosophe Friedrich Nietzsche, elle lui empruntera sa devise « Ce qui ne me tue pas me rend plus fort ». 

 

 

Plus d’informations sur Friedrich Nietzsche ! voir le dossier complet de Wikipédia

http://fr.wikipedia.org/wiki/Friedrich_Nietzsche 

 

Friedrich Wilhelm Nietzsche (prononcé [nitʃ] ou [ni:tʃə]) est un philologue, philosophe et poète allemand né le 15 octobre 1844 à Röcken, en Saxe, et mort le 25 août 1900 à Weimar, en Allemagne

 

L’œuvre de Nietzsche est essentiellement une critique de la culture occidentale moderne et de l’ensemble de ses valeurs dites morales (issues de la dévaluation chrétienne du monde), politiques (la démocratie, l’égalitarisme), philosophiques (le platonisme et toutes les formes de dualisme métaphysique) et religieuses (le christianisme). Cette critique procède d’un projet d’inverser ou d’invalider les anciennes valeurs (le terme allemand Umwertung qui contient Wert, valeur, suggère plutôt invalider ou dévaloriser) et d’en instituer de nouvelles délaissant la foi, dépassant le ressentiment et la volonté de néant qui dominèrent l’histoire de l’Europe sous l’influence du christianisme ; ceci notamment par l’affirmation d’un Éternel Retour de la vie et par le dépassement de l’humanité et l’avènement du surhomme. L’exposé de ses idées prend dans l’ensemble une forme aphoristique ou poétique

 

Peu reconnu de son vivant, son influence a été et demeure majeure sur la philosophie contemporaine de tendance continentale, notamment l’existentialisme et la philosophie postmoderne ; mais Nietzsche a également suscité ces dernières années l’intérêt de philosophes analytiques, ou de langue anglaise, qui en soutiennent une lecture naturaliste remettant en cause une appropriation par la philosophie continentale jugée problématique. Au cours de sa vie, Nietzsche a exprimé cette volonté d’une élévation de l’homme de diverses manières. Elle se rencontre soit sous la forme d’une métaphysique d’artiste, soit d’une étude historique des sentiments et des représentations moraux humains, soit enfin sous la forme d’une affirmation de l’existence tragique, au travers des notions de « Volonté de puissance », « d’Éternel Retour » et de « Surhomme ». Ces thèmes, sans s’exclure, se succèdent, parfois en s’approfondissant et s’entremêlant les uns aux autres, comme lorsque la philosophie de l’affirmation se présente sous la forme d’une exaltation de la Mylène apprécie Fr. Nietzsche dans Mylène et les AUTEURS 200px-Nietzsche3l_philolog-gesell-leipzigpuissance créatrice humaine. 

 

L’œuvre de Nietzsche a parfois été divisée en trois périodes, en mettant en avant la prééminence de l’un ou l’autre de ces thèmes. On distingue ainsi une période comprenant La Naissance de la Tragédie et les Considérations Inactuelles, période pendant laquelle Nietzsche s’engage, sous l’influence de Schopenhauer et de Wagner, en faveur d’une renaissance culturelle de la civilisation allemande. La deuxième période est la période positiviste (de Humain, trop humain au Gai Savoir) ; Nietzsche rompt avec le wagnérisme, et développe une pensée historique et psychologique influencée par les moralistes français. La troisième période va de Ainsi parlait Zarathoustra à ses derniers textes ; c’est la période de maturité teintée d’un mysticisme symbolisé par l’Éternel Retour

 

Cette périodisation a été contestée à plusieurs reprises, ce qui souligne une difficulté pour l’interprétation des textes de Nietzsche : que cette périodisation soit ou non exacte, le devenir de la pensée de Nietzsche demeure un fait difficile à appréhender et à restituer pour tous les commentateurs, difficulté qui fut accrue par les premières éditions des fragments posthumes.

 

 L’observation psychologique est ainsi particulièrement présente dans Humain, trop humain et Aurore ; Nietzsche souhaite alors jeter les bases d’une philosophie historique, en procédant à un genre d’analyse chimique de nos représentations et sentiments moraux, préfigurant ce qui deviendra la généalogie. Il analyse les comportements humains, sous l’influence de La Rochefoucauld ou de Voltaire (à qui Humain, trop humain est dédié) et peut-être aussi de Hobbes, et ramène souvent les mobiles de l’action et de la pensée humaine à la vanité et au sentiment de puissance. Si certaines de ses peintures sont de cette manière des tableaux de moraliste de l’existence humaine, certains thèmes, comme ce sentiment de puissance, mais aussi les différentes sortes de morales, sont des premières formulations des théories majeures qu’il développera plus tard. Cette étape de son œuvre peut être considérée comme une série d’essais plus ou moins aboutis pour décrire l’homme, ses motivations et la nature de ses relations sociales (aphorismes sur l’amitié, sur l’État, les femmes, etc.). 

 

 

Liste des œuvres principales 

 

Les compilations suivantes de cahiers de Nietzsche ont été établies par les éditeurs : 

 

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Mylène apprécie Ch. Baudelaire

Posté par francesca7 le 25 novembre 2011

Baudelaire par Etienne Carjat Charles Pierre Baudelaire est un poète français, né à Paris le 9 avril 1821 et mort dans la même ville le 31 août 1867. Il est l’un des poètes les plus célèbres du XIXe siècle : en incluant la modernité comme motif poétique, il a rompu avec l’esthétique classique

Aujourd’hui reconnu comme un écrivain majeur de l’histoire de la poésie mondiale, Baudelaire est devenu un classique. Barbey d’Aurevilly a vu en lui « un Dante d’une époque déchue ». 

Dans ses poèmes il a tenté de tisser et de démontrer les liens entre le mal et la beauté, le bonheur et l’idéal inaccessible (À une passante), la violence et la volupté (Une martyre), entre le poète et son lecteur (« Hypocrite lecteur, mon semblable, mon frère »), entre les artistes à travers les âges (Les Phares). Il a exprimé la mélancolie (Mœsta et errabunda) et l’envie d’ailleurs (L’Invitation au voyage). Il a aussi extrait la beauté de l’horreur (Une charogne).

 Poète français, également critique d’art, il ouvrit la voie à la modernité en poésie. Son œuvre maîtresse « les Fleurs du mal« , consacre une partie au « spleen » (l’ennui, au sens d’angoisse métaphysique, le dégoût généralisé de la vie dont souffre le poète). Et l’autre aux « Paradis artificiels« , célébration des drogues qui permettent les ailleurs. Le célèbre poème « la Mort des amants » se singularise par la sensualité donnée au thème macabre. 



Mylène Farmer rend hommage à Charles Baudelaire en chantant son poème L’horloge (c’est le 1er  titre de l’album Ainsi sois-je). Dans toute son oeuvre, Mylène reprend de nombreux thèmes Baudelairiens tels que le spleen, la drogue, l’amour et la mort… 

Mylène apprécie Ch. Baudelaire dans Mylène et les AUTEURS MF80_161a 

Plus d’informations sur Charles Baudelaire !  Le Spleen de Baudelaire 

Charles Baudelaire écrit à sa mère, Mme Aupick, le 30 décembre 1859 : « Ce que je sens, c’est un immense découragement, une sensation d’isolement insupportable, une peur perpétuelle d’un malheur vague, une défiance complète de mes forces, une absence totale de désirs, une impossibilité de trouver un amusement quelconque»

Le spleen baudelairien est la quintessence de profonds sentiments de découragement, d’isolement, d’angoisse et d’ennui existentiels que le poëte des Fleurs du Mal exprime dans plusieurs de ses poèmes Le spleen est une des composantes essentielles de l’angoisse d’exister. « Les Limbes », second titre envisagé pour Les Fleurs du Mal, visait à « représenter les agitations et les mélancolies de la jeunesse moderne ». On voit que ce serait une erreur de s’en tenir à un spleen éprouvé par Baudelaire, qui en serait en quelque sorte la victime ou la proie, alors que le poète cherche précisément à représenter cette ancienne passion, dont il connaît les mimes (Lamartine, Musset). Si la Joie peut être un moment de la Beauté, elle n’en est le plus souvent qu’un des ornements les plus vulgaires, dit Baudelaire, « tandis que la Mélancolie en est pour ainsi dire l’illustre compagne ». Perte d’idéal, inhibition de toute activité, les composantes de la mélancolie baudelairienne n’excluent même pas l’ouverture vers la charité (« cette nuit de mélancolie et de charité », écrit-il dans Fusées XV).

Citation «Tout enfant, j’ai senti dans mon cœur deux sentiments contradictoires : l’horreur de la vie et l’extase de la vie.» (Mon cœur mis à nu

Toutes les grandes œuvres romantiques témoignent de ce passage de l’horreur à l’extase et de l’extase à l’horreur. Ces impressions naissent chez Baudelaire du sentiment profond de la malédiction qui pèse sur la créature depuis la chute originelle. En ce sens, les Fleurs du Mal appartiennent au Génie du christianisme

«  L’œuvre entière offre un aspect étrange et puissant, conception neuve dans sa riche et sombre diversité, marquée du sceau énergique d’une longue méditation.(…) Les Fleurs du mal appartiennent au Génie du Christianisme ». 

200px-Charles_Baudelaire dans Mylène et les AUTEURSAnalysant ce qu’il appelait « le vague des passions » dans la préface de 1805 à cet ouvrage, Chateaubriand écrivait : « Le chrétien se regarde toujours comme un voyageur qui passe ici-bas dans une vallée de larmes, et qui ne se repose qu’au tombeau. » Pour Baudelaire, il ne s’agit ni de littérature, ni de notions plus ou moins abstraites, mais « du spectacle vivant de (sa) triste misère ». Comme la nature, l’homme est souillé par le péché originel et, à l’instar de René ou de Werther (Goethe), Baudelaire n’éprouve le plus souvent que le dégoût pour « la multitude vile » (Recueillement). Ce qui le frappe surtout, c’est l’égoïsme et la méchanceté des créatures humaines, leur paralysie spirituelle, et l’absence en elles du sens du beau comme du sens du bien. Le poème en prose La Corde s’inspirant d’un fait vrai, raconte comment une mère, indifférente pour son enfant qui vient de se pendre, s’empare de la corde fatale pour en faire un fructueux commerce. Baudelaire devait en souffrir plus que tout autre : L’Albatros dénonce le plaisir que prend le « vulgaire » à faire le mal, et, singulièrement, à torturer le poète. Dans L’Art romantique, Baudelaire remarque : « C’est un des privilèges prodigieux de l’Art que l’horrible, artistement exprimé, devienne beauté et que la douleur rythmée et cadencée remplisse l’esprit d’une joie calme. ». Des poèmes, comme Le Mauvais Moine, L’Ennemi, Le Guignon montrent cette aspiration à transformer la douleur en beauté. Peu avant Baudelaire, Vigny et Musset avaient également chanté la douleur. 

Baudelaire a été jugé odieux et infâme à son époque car il a, sans aucune contestation possible, transcendé, surpassé les esprits de son époque. Il a su se défaire de l’influence encore énorme de la morale des mœurs qui régnaient en son temps. Il a été jugé  » dérangé mentalement  » car il était différent. Différent dans sa manière de concevoir les choses, et avoir une conception originale du monde et de l’humain a posé beaucoup de problèmes à certain (Spinoza par exemple). Le poète avait conscience que son œuvre pourrait être pleinement  » comprise » et appréciée dans les années à suivre, (tout comme Nietzsche), avec la délibération des mœurs d’aujourd’hui on reconnait le travail de Baudelaire. Comment Baudelaire aurait-il pu croire à la perfectibilité des civilisations ? Il n’a éprouvé que mépris pour le socialisme d’une part, pour le réalisme et le naturalisme d’autre part. Avec une exception pour le realiste Honoré de Balzac dans lequel Baudelaire voyait bien davantage qu’un naturaliste « Si Balzac a fait de ce genre roturier [le roman de mœurs] une chose admirable, toujours curieuse et souvent sublime, c’est parce qu’il y a jeté tout son être. 

Le Spleen de Paris (autrement appelé Petits poèmes en prose) est édité à titre posthume en 1869, dans une nouvelle édition remaniée par Asselineau et Théodore de Banville. À sa mort, son héritage littéraire est mis aux enchères. L’éditeur Michel Lévy l’acquiert pour 1750 francs. La troisième édition des Fleurs du Mal que préparait Charles Baudelaire, accompagnée des 11 pièces intercalaires, a disparu avec lui. 

Principaux ouvrages de Baudelaire 
 

Baudelaire fut également parmi les premiers traducteurs en français d’Edgar Allan Poe (qu’il réunit dans plusieurs recueils, notamment les Histoires extraordinaires), qu’il contribua à faire connaître.

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Univers Farmer

Posté par francesca7 le 11 novembre 2011

Retrouvez tous les personnages et les célébrités liés de près ou de loin à l’univers de Mylène Farmer. Auteurs, poètes, chanteurs, peintres ou sculpteurs, découvrez tous les artistes qui ont inspiré l’univers de Mylène Farmer en influençant ainsi ses textes de chansons, musiques, vidéos-clips ou concerts.

Personnages liés à l’univers de Mylène Farmer

 

Charles Baudelaire & Mylène Farmer

Edgar Allan Poe & Mylène Farmer Univers Farmer dans Mylène et mes BLABLAS

Egon Schiele & Mylène Farmer  

Frances Farmer & Mylène Farmer  

Friedrich Nietzsche & Mylène Farmer  

Greta Garbo & Mylène Farmer

Guillaume Apollinaire & Mylène…

Juliette Gréco & Mylène Farmer

Marie Laforêt & Mylène Farmer

Martial Leiter & Mylène Farmer

Pierre Reverdy & Mylène Farmer

Primo Levi & Mylène Farmer

Sigmund Freud & Mylène Farmer

Sogyal Rinpoché & Mylène Farmer

Virginia Woolf & Mylène Farmer

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Parler de C’EST DANS L’AIR

Posté par francesca7 le 28 septembre 2011

 

« C’est dans l’air: un hymne dyonisiaque » : par Hugues Royer 

 

« Un titre calibré pour faire danser les morts », avais-je écrit à propos de « C’est dans l’air », au moment de la sortie de l’album « Point de suture », en août dernier. Une formule que Mylène semble avoir prise au pied de la lettre. 

Dans le clip de son nouveau single, elle a choisi d’être la maîtresse de cérémonie d’une danse macabre, où se déhanchent des squelettes amis, tandis que défilent des images d’apocalypse – maisons soufflées sous l’effet de la bombe atomique. Une vidéo qui a suscité une vive polémique sur la Toile. Une fois de plus, la rousse s’est vu accuser de nourrir des obsessions morbides ou, pire encore, de choquer par simple goût de la provocation. 

Pourtant, avec « C’est dans l’air », elle ne fait que délivrer une vérité universelle : celle de la puissance destructrice présente au cœur même de la matière. N’est-ce pas au sein de l’atome que se produit la fission à l’origine de l’arme nucléaire ? 

Puissance libératrice aussi, qui soulève les révolutions, pousse les hommes à se libérer de ce qui les entrave, ce pas cadencé des soldats qui signe leur aliénation. Et c’est bien là le paradoxe subtil que Mylène met au jour : ce qui peut nous détruire est aussi ce qui peut nous aider à nous construire. La Terre, dont nous sommes responsables, nous avons le pouvoir de la faire exploser, mais aussi de la sauver. 

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En redécouvrant l’énergie première contenue en germe dans la matière, la chanteuse nous invite à créer notre vie avant que la faucheuse ne nous emporte – car nous sommes tous des morts en puissance. Un hymne dionysiaque, en somme, au sens défini par Nietzsche, qui nous exhorte à transformer notre fatalité en destin. « Et moi je chante / Moi je m’invente une vie », fredonne Mylène. A nous d’en faire autant.

 

 On le voit bien, cette chanson n’abrite aucune pulsion suicidaire, mais au contraire une invitation à jouir des plaisirs de la vie : « S’enivrer », « coïter ». De ce point de vue, le titre résume parfaitement la philosophie de l’album, résolument tourné vers le mouvement et le désir. Depuis les concerts de Bercy en janvier 2006, et la découverte du « Conte du monde flottant » d’Alain Escalle, les fans rêvaient d’une collaboration entre Mylène et ce réalisateur inspiré. C’est désormais chose faite. 

 

 Ses squelettes argentés, ses noyaux chargés d’électricité et ses sublimes champignons nucléaires écrivent un nouveau chapitre passionnant dans la clipographie farmerienne. 

Hugues Royer en avril 2009 

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