• Accueil
  • > Recherche : murat jean louis

Résultats de votre recherche

Vue de la Hongrie pour Mylène Farmer

Posté par francesca7 le 21 septembre 2016

 

 

 

Entretien avec Dominique SIMONET

Que s’est-­il passé depuis vos derniers et mémorables passages sur scène ? ­

MF : J’ai eu une période très difficile, mais je crois que ce n’est pas une surprise quand on vit une scène. Le passage à vide a duré près de quatre mois, et puis je me suis intéressée de près à la peinture, à laquelle une personne m’a initiée. Egon Schiele, les aquarelles d’Henri Michaux, Max Ernst, Klimt, Jérôme Bosch, la liste est longue. Comme dans les milieux littéraires, on peut s’y conduire une famille de gens qui ont les mêmes goûts.

mylène chez Francesca

A propos de votre dernier clip, y a-­t-­il un rapport entre le fait qu’il parle de génération désenchantée et qu’il a été tourné en Hongrie ? ­

MF : Non. Sincèrement, non. Enfin, je n’en suis pas sûre. Nous voulions regrouper cent enfants dont les visages seraient ceux de personnes portant quelque chose en elles de grave, des personnes habitées. Etant donné la difficulté de vie dans ces pays de l’Est, on pensait pouvoir les trouver et là encore, la Hongrie est relativement privilégiée. Aller chercher la gravité dans un pays, je trouve cela un peu déplacé mais on a eu cette chance de trouver cent enfants très, très rapidement. En France, nous aurions dû faire casting sur casting. Là, on les trouvait dans la rue, dans les écoles ou dans des centres de redressement et ils ont apporté cette forme de violence avec eux. Ils n’avaient même pas besoin de jouer. D’autre part, là-­bas on trouve des techniciens très bien.

Laurent Boutonnat, qui a réalisé ce clip, y avait fait des repérages pour un long­-métrage. Ce fameux film fantôme ? ­

MF : Oui, oui. Il avait été très séduit par leur professionnalisme.

Quelles impressions vous a laissé le pays ? ­

MF : Je pourrais dire des choses, mais soyons honnêtes : je me trouvais malgré tout totalement protégée dans l’équipe de tournage. Cela reste donc une expérience en dehors du temps. Par contre, pour un tournage, le fait de changer de pays est très profitable. Le désir est le même, mais l’intensité est différente parce qu’à l’étranger, on se retrouve un peu perdu, parce qu’on a un regard d’autres.

Avez-­vous déjà imaginé faire ce métier sans clips et, à la limite, sans disques, comme au siècle dernier ? ­

MF : Je ne suis pas réellement en harmonie avec mon époque, certes, mais j’aime aussi la chanson en son tout : la musique, les mots, l’image. Dans un texte, on peut tout dire, tout suggérer mais pour moi, pour ma personne, j’ai besoin de m’exprimer à l’image. Les mots finalement ne me suffisent pas. Ou alors j’aurais été écrivain et j’aurais préféré le XIXème siècle, faire partie de cette famille-­là.

Comment est élaboré le concept d’un clip ? ­

MF :  A partir du thème de la chanson nous discutons avec Laurent pour écarter les lieux communs ou les portes ouvertes enfoncées, histoire de n’être ni démonstratif ni explicatif. Ensuite, je laisse Laurent travailler parce que moi j’ai un regard sur moi­-même qui n’est peut­-être pas le bon non plus, ou qui est en tout cas détourné. Je n’ai pas non plus le recul nécessaire par rapport à un texte que j’ai écrit.

De qui est l’idée du corbeau sur la pochette ? ­

MF : Alors là, vous me posez une colle ! Je ne sais plus du tout ! Par contre, le choix de la photo est de moi. En ce qui me concerne, je ne la trouve d’ailleurs pas effrayante du tout, mais l’inconscient collectif doit évidemment fonctionner. Pour moi, elle est plutôt très reposante. Si chez nous cet oiseau est perçu comme un symbole de mauvais augure ou de mort, il n’en va pas de même partout. En tout cas, sa présence n’a rien de provocateur.

Mais vous appréciez sûrement cette ambiguïté… ­ Le sens du paradoxe se retrouve chez tout être humain.

MF :  Il est sans doute plus prononcé chez moi parce que je peux exprimer mes sentiments. Chez moi, c’est tout noir ou tout blanc, jamais tiède

 mylèn chez Francesca

Le danger de ce métier n’est-­il pas d’en arriver à cultiver le paradoxe, à exacerber la tendance ? ­

MF : Cela fait partie effectivement des pièges, mais je crois pour ma part être assez lucide. Y a-­t-­il une once d’intelligence par rapport à cela, je ne sais pas. Je parlerais plutôt d’honnêteté. Je sens le danger de ces choses et en aucun cas je ne me laisserais diriger par elles. Si je sens que cela devient un leitmotiv ou une trop grande évidence, je crois que j’arrêterai. Finalement, on attend de chaque artiste ou de chaque album une évolution mais le fond reste le même. Un artiste qui exprime quelque chose répète inlassablement la même chose, les mêmes obsessions, les mêmes névroses, les mêmes désirs, les mêmes joies. Seule la forme change, peut-­être. Moi, cela ne me fait pas peur du tout. Je pourrais même le dire haut et fort : je crois que je répète toujours les mêmes choses, mais alors avec un climat différent. Et puis comme ces thèmes d’amour, mort et vie sont éternels, ils ne seront jamais épuisés non plus. Peut­-être pour vous dire que je n’ai pas envie du tout d’arrêter…

Quand vous chantez « Psychiatric », vous ne poussez pas un peu loin dans l’auto complaisance ?

MF :  ­ Je ne veux pas être mon propre censeur, même pas pour ce thème. Je voulais y mettre très peu de mots, donc très peu de démonstration. C’est compliqué pour moi de donner une justification par rapport à cette chanson. J’ai une attirance commune avec Laurent pour l’univers de la psychiatrie, qui nous semble très proche et en même temps très éloigné parce que je ne suis jamais allée dans un hôpital de ce type. J’en ai un désir profond, mais là serait réellement l’impudeur, par le côté voyeur. Cette chanson est venue après un reportage, qui m’a bouleversée et passionnée, sur un asile d’aliénés en Grèce où les internés sont laissés à l’abandon, livrés à eux-­mêmes et réduits à l’état d’animal. La folie me touche, tout simplement. La question du double a l’air de vous marquer assez fort.

Vous en parlez à propos de Laurent Boutonnat, et récemment à propos de Jean­-Louis Murat avec qui vous faites un duo sur l’album… ­

MF :  Dans la notion du double, il y a notre propre image. Je suis certainement en quête d’un alter ego, d’une âme sœur. Je crois que je l’ai réellement trouvée chez Laurent, mais cela peut s’épuiser aussi, nous pouvons trouver nos limites. Chez Jean-­Louis, c’est une autre forme de double. Dans l’appréhension de la vie, nous sommes à la fois très jumeaux et très différents. Pour moi, il colle réellement à l’idée qu’on se fait d’un poète.

 

 

Allez­-vous participer à l’album qu’il est en train d’enregistrer actuellement ? ­

MF :On en a parlé, mais je ne sais pas. Point d’interrogation…Je ne sais pas s’il faut le faire.

Peut-­être faut-­il une réponse à « Regrets » ? (Jean­Louis Murat a en effet écrit « La vie des bleuets » pour l’interpréter en duo avec Mylène, mais la chanson n’est jamais sortie, nda)

Vous avez plusieurs fois utilisé le terme ‘maîtrise’ dans cette rencontre. Tout contrôler vous obsède ?

MF : ­ Oui, totalement. Cela s’applique plus à l’univers de travail qu’à la maîtrise de soi. Voir que vous ne possédez pas les choses, je n’aime pas ça du tout. Finalement, je n’aime pas les surprises, je veux trop contrôler.

Chaque interview doit vous inquiéter… ­

MF : Oui. Cela m’angoisse totalement, mais on grandit aussi par rapport à ça. La notion d’interview évoque la spontanéité, cette spontanéité qui est toujours proche de moi, dans mes chansons etc. mais elle est toujours mariée à une réflexion ou un travail.

Est­-ce dans le même ordre d’idée que vous avez refusé d’être interviewée par deux de mes confrères parce que vous n’avez pas apprécié leur critique de votre dernière tournée ?

MF : La décision est­-elle de vous ? (le journaliste évoque Thierry Coljon et Rudy Léonet ­ qui ont cependant interviewé Mylène Farmer lors de son passage en Belgique en octobre 1989 ­ qui ont dès lors multiplié les articles pour dénoncer tantôt le fait qu’on ne pouvait pas photographier le spectacle, tantôt qu’on leur refusait une interview et ce encore récemment lors du Tour 2009, nda) ­

MF : Bien sûr. Tout vient de moi, même si on peut imaginer derrière moi un manager ou un producteur. Je décide de tout. Mais je n’ai pas très envie de parler de ça. On est libre de ses actes, comme de ses maladresses ou de ses mauvais jugements. La critique ne me dérange pas, mais à partir du moment où, selon moi, elles sont maladroites, j’estime que je n’ai pas forcément à accepter la rencontre de ces personnes et à me justifier quant à ces critiques parce que ce serait la porte ouverte à tout.

SOURCE : LA LIBRE BELGIQUE 30 AVRIL 1991 

Publié dans Mylène 1991 - 1992, Mylène et ses longs discours | Pas de Commentaires »

A l’occasion d’un week­-end spécial avec Mylène Farmer

Posté par francesca7 le 3 septembre 2016

 

 

 

 

Mylène Farmer sur MCM et pour la promo de « Dance Remixes » et de « Que mon Cœur Lâche », Mylène accorde une interview fleuve à la chaîne. L’entretien a cette particularité qu’on ne voit jamais le journaliste, pas plus qu’on ne l’entend.

MF : Je n’essaie pas de me composer un personnage. C’est ma timidité, c’est vrai que je ne fais aucun effort pour moi­-même, non. Je ne suis pas dans cette rigueur. Je ne suis pas très tendre avec moi­même. Diffusion d’un court extrait du clip « Je t’aime Mélancolie ».

MF : Vous savez, dans la mesure où je fais justement peu d’interviews, la presse dit ce qu’elle veut de moi, et c’est pas grave non plus. Mais c’est vrai que les médias ne sont pas tendres. Je ne dis pas avec moi, je dis en général. Peut­-être que beaucoup de personnes sont réunies dans ces métiers et n’arrivent pas à créer eux-mêmes ou elles-­mêmes tout simplement. Je crois que c’est un mal français. Je crois qu’on n’aime pas le succès tout simplement, en tous cas le succès à long terme. C’est toujours douteux. (sourire)

mylène

L’exercice de l’interview est un exercice qui m’est pénible en ce sens que j’ai du mal à parler de moi, que c’est un exercice de toute façon assez difficile, donc c’est pour ça que je préfère le rendre rare. Diffusion d’un extrait du clip « Ainsi Soit Je… ».

MF : Je n’ai jamais pris de cours de danse, donc c’est, j’allais dire, quelque chose de plus spontané. Je ne vais jamais en boîte de nuit, je n’y suis jamais allée donc… Mais par contre, c’est quelque chose, oui, de, j’allais dire, de fondamental, non, mais qui m’est indispensable quand je chante une chanson. J’ai toujours, moi, une danseuse avec qui j’ai travaillé pendant très longtemps qui a réglé les ballets pour le ­les chorégraphies pour le concert. Je lui apprends, moi, les mouvements et, au fur et à mesure, elle les fait répéter aux autres danseuses. Quand c’est une chanson un peu rythmée, c’est plus facile d’appuyer un mot par un geste. Je travaille d’abord moi-­même toute seule, ensuite, je travaille avec cette fameuse danseuse pendant deux, trois jours. Et puis après, nous faisons appel à deux, trois ou quatre danseuses. Et je travaille très souvent en studio.

Diffusion d’un extrait du clip « Sans Contrefaçon ». 

MF : Je suis très, très présente en studio. C’est un univers que j’aime bien. Je m’intéresse à tout. J’aime vraiment profondément la musique. Je sais pas s’il y a des critères comme ça. On essaie que ça sonne le mieux possible, que ce soit harmonieux, que ce soit, j’espère, un peu nouveau, et que ce soit dansant avant tout. (sourire)

J’ai un peu de mal, moi, à écouter les chansons anciennes, mais ça redonne une vie à la chanson tout simplement, ça la rend un peu différente. J’espère qu’on part de toute façon sur des bases nouvelles, j’espère qu’on évolue. Maintenant, quant à gérer tout ça : non, j’en suis incapable, je crois que ces choses-­là se font naturellement. On écoute d’autres musiques, on voit d’autres lieux, et tout ça apporte une nourriture certainement pour évoluer.

« Maman a Tort » n’était pas de ma plume, mais dans l’album j’ai chanté « Plus Grandir ». J’ai éprouvé le besoin immédiat d’écrire. Mais après…C’est difficile que de s’avouer qu’on est capable de le faire, d’abord, d’accepter, et d’accepter ses mots, ses émotions, et de les dévoiler aux autres. Mais là encore, c’était quelque chose d’évident pour moi. Je pouvais pas laisser quelqu’un écrire mes mots. Aujourd’hui, j’ai traduit avec un co­adaptateur « Que mon Cœur Lâche » en anglais et je suppose qu’elle va voir le jour, cette chanson. C’est un exercice qui est très difficile parce qu’il faut d’abord parler anglais couramment ­ ce qui n’est pas encore tout à fait mon cas­ et trouver un style d’écriture dans une langue qui n’est pas la sienne, c’est assez difficile.

Donc, pour l’instant, je n’ai fait qu’une chanson réelle en anglais, de A à Z. Diffusion du clip « Je t’aime Mélancolie ».

MF : Moi j’ai besoin de la musique pour pouvoir non pas trouver un thème, mais pour pouvoir écrire des mots sur cette musique, tout simplement. Puisque j’ai travaillé avec Jean­-Louis Murat, je sais que lui a une façon qui est très, très différente de… Lui, c’est quelqu’un qui est très, très productif, qui écrit sans arrêt. J’avoue que moi, j’ai besoin d’avoir un but qui se traduit par un album ou une chanson. En tous cas, c’est d’abord la musique de Laurent qui va me suggérer des choses. J’aimerais beaucoup jouer du piano, mais je n’ai ni le temps, ni peut­-être même l’énergie et c’est difficile de se remettre dans la peau d’un étudiant ou d’un élève. Mais le piano, c’est quelque chose qui me manque, oui. J’avais essayé de jouer le saxophone, mais ça, c’est très, très difficile. J’ai ces instruments avec moi, et c’est très bien ! (sourire)

Diffusion d’un extrait du clip « Regrets ».

mylène0

MF : J’aime beaucoup la peinture. J’aime beaucoup la peinture abstraite, surréaliste plus que la figurative. J’aime beaucoup Dali, Max Ernst, Egon Schiele, et beaucoup d’autres que je vais oublier, bien sûr ! J’aimerais beaucoup avoir un Miró ou un Egon Schiele puisqu’on en parlait, mais c’est impossible. C’est un plaisir assez immense que d’avoir un tableau chez soi et de pouvoir le regarder et de vivre avec, de se lever le matin. Et puis c’est passionnant ! Diffusion d’un extrait du clip « Sans Logique ».

 MF : Depuis très longtemps, j’ai pensé au cinéma. Avant la chanson. Et la vie a voulu que je rencontre la chanson d’abord, et je pense que c’est une bonne chose. Maintenant, j’ai très, très envie d’avoir cette émotionlà, oui, pour après, moi, pouvoir redonner une autre émotion parce que je pense que je remonterai sur scène. Mais j’ai besoin de ce passage-­là. C’est, là pour le coup, fondamental dans ma vie. Dans un premier temps, Laurent Boutonnat ne pouvait pas réaliser ce clip parce qu’il a un long métrage en préparation donc, pour le temps, c’était absolument impossible. Donc nous avons fait appel à Luc Besson. Pourquoi Luc Besson ? Parce que c’est quelqu’un que nous connaissons tous les deux, et qu’il nous avait invités un jour pour un très beau voyage sur la banquise, lors de son tournage d’«Atlantis ». Et ma foi, ça nous a semblé évident, et lui a accepté. (sourire)

Je crois qu’on a, de toute façon, des univers qui sont très, très différents. Ce que lui a peut­être apporté, il me semble en tout cas, c’est peut­être un sourire que je n’avais pas dans les autres clips, une légèreté que je n’avais pas. Après, Laurent Boutonnat sera bloqué, de toute façon, pour le montage de son film, pour la musique et pour bien d’autres choses, donc je pense que je vais mettre un peu de temps avant de sortir un autre album. Diffusion d’un extrait du clip « Que mon Cœur Lâche ».

mylène1

MF : Je crois que nous avons tous un côté ange, un côté démon. Oui, précisément avec les habits que je portais, en tous cas la robe blanche qui est une robe d’Azzedine Alaïa, et c’est un grand bonheur que de porter ses vêtements. Un artiste, c’est vrai, on l’écoute donc peut avoir une certaine influence qu’il ne maîtrise pas forcément d’ailleurs. Que de prendre position, moi je n’en ai pas envie, mais je respecte les gens qui le font. Moi, j’ai essayé de ne prendre aucun engagement justement, ni de dire ‘il faut en mettre’ ou ‘il ne faut pas en mettre’. Il me semble évident qu’il faut en mettre, mais c’est vrai que ce n’était pas le ‘message’ que je voulais faire passer. Il n’y a pas de message dans la chanson.

Une fois de plus, c’est un constat. Sans parler de constat d’échec, c’est l’impuissance qui rend très malheureux également. C’est quelque chose qui nous est tombé, là pour le coup, du ciel et c’est une chose méchante. Et que de ne pouvoir réagir, c’est la chose la plus cruelle pour l’Homme. Si ce n’est qu’il faut se protéger. Bien sûr, ça me fait mal, c’est quelque chose de tragique. L’amour est totalement perverti, mais je ne crois pas que je dirai quelque chose de très nouveau sur ce thème-­là, si ce n’est qu’il est très douloureux. Ne parlons plus du clip, parlons de la chanson : moi, une fois de plus, ça n’engage que moi, c’est plus un constat sur l’amour, ce que moi je puis ressentir. C’est quelque chose d’un peu difficile en ce moment, et c’était difficile aussi pour moi que de ne pas en parler.

J’essayais d’éviter parce qu’on a toujours peur des sujets un peu racoleurs et je me suis aperçu que, ma foi, ça fait partie de la vie de tous les jours. C’est le quotidien. C’est quelque chose que je ne pouvais pas occulter.

SOURCE / ESCALE 2 JANVIER 1993 Entretien avec Patrick WILLARD MCM 

Publié dans Mylène 1993 - 1994, Mylène AU FIL DES MOTS, Mylène en INTERVIEW, Mylène et ses longs discours | Pas de Commentaires »

Peut-être lui dit Mylène

Posté par francesca7 le 18 octobre 2015

 

 

   MYLENE   Elle a fait la paix avec les hommes. L’aveu est solennel comme un chant liturgique. Deux notes de piano empreintes de gravité précèdent l’annonce de la bonne nouvelle : « Avant que l’ombre, je sais / Ne s’abatte à mes pieds / Pour voir l’autre côté / Je sais que… je sais que… j’ai aimé. » Tous ceux qui suivent le parcours de la chanteuse depuis ses débuts ont compris, dès la première écoute, que le déclic tant attendu s’est produit : Mylène est amoureuse. Un sentiment qui parcourt tout l’album Avant que l’ombre…, lui donnant une coloration intimiste, voire impudique, comme si nous étions les témoins involontaires d’une relation en tout point idyllique. 

      Que de chemin parcouru pour en arriver là. Que de doutes et d’atermoiements avant d’aboutir à une certitude terrifiante, celle d’un émoi dont il devient impossible de réfuter l’évidence. Souvenons-nous de cette interview accordée à l’émission « Sexy Folies » en 1986. Mylène avait eu recours à la métaphore de la mante religieuse pour expliquer son rapport problématique aux hommes. « Je ne les aime pas », concluait-elle alors avec une moue de dégoût. Une phrase qui résonne, à l’époque, comme une fin de non-recevoir adressée à l’ensemble des représentants du sexe fort. 

 

      Ce qui frappe, là encore, c’est la lenteur qu’il a fallu à Mylène pour accomplir ce chemin qui va de la haine à l’amour. Elle devra attendre le milieu des années 1990 pour trouver les premières clés lui permettant d’avancer. Avant cela, ses chansons portent la trace d’une impossibilité majeure. « Ainsi moi je / Prie pour que tu / Fuis mon exil » énonce un paradoxe qui résume bien la difficulté de rencontrer l’âme sœur. C’est le Je t’aime, moi non plus de Gainsbourg, ce jeu de cache-cache destiné à contourner l’obstacle, éviter le contact qui pourrait faire chavirer les cœurs. Il y a quelque chose de romantique là-dedans : celui qui rêve d’aimer est persuadé de ne pas pouvoir être compris. Une exigence d’absolu aussi, qui fait que l’autre déçoit forcément, quoi qu’il fasse, puisqu’il ne parvient pas à incarner l’idéal. 

Dans Beyond My Control, l’être aimé est puni de mort pour avoir trompé la confiance de l’amoureuse. « Dors en paix je t’assure / Je veillerai ta sépulture / Mon amour », entonne Mylène, qui a trouvé une solution extrême pour que son amour puisse accéder à l’éternité. 

      Dans Regrets, c’est la mort qui sert de subterfuge afin de rendre l’amour impossible. « Debout la tête ivre / Des rêves suspendus / Je bois à nos amours / Infirmes », chante Jean-Louis Murat à la femme aimée disparue trop tôt à laquelle il vient rendre visite au cimetière où elle est enterrée. N’est-il pas plus facile d’idéaliser une morte que de s’éprendre d’une vivante qui, tôt ou tard, montrera le visage de ses défauts ? Car c’est bien la peur du quotidien qui terrifie les tenants de l’amour absolu. Comment la passion pourrait-elle résister à certains instants que nous savons si peu glorieux ? 

      Prisonnière des paradoxes qui l’empêchent d’avancer, Mylène n’a bientôt plus comme ultime recours que de pousser un immense cri, semblable à une prière adressée à l’infini : « On a besoin d’amour / Besoin d’un amour XXL. » C’est bien le prince charmant qu’elle appelle de ses vœux, celui des contes de fées qui ne souffre d’aucune faille et semble avoir pour seule vocation de combler le cœur des femmes. Il y a quelque chose de simple dans cette requête, qui contraste avec les complications prévalant auparavant. De pur aussi. Une ouverture sincère qui vient percer la « bulle de chagrin ». 

      Ce que les romantiques préfèrent dans l’amour, ce sont les premiers frémissements, l’embrasement des cœurs, la cristallisation des sentiments. C’est pourquoi Mylène ne pouvait que tomber sous le charme du Choc amoureux, l’essai de Francesco Alberoni, qui décrit le processus à l’œuvre dans l’amour naissant. De ce livre naîtra un album aérien, plein d’espérance : Innamoramento. L’illustration figurant sur la pochette, signée Marino Parisotto Vay, traduit bien ce nouvel état d’esprit. Mylène s’en est d’ailleurs expliquée. « On voit une cage, on voit une silhouette au-dessus, on peut penser à l’oiseau. 

Maintenant, peu m’importe si c’est un oiseau ou non. L’idée est qu’on puisse voir effectivement cette porte entrouverte et cette cage entourée d’eau qui peut être menaçante ou paisible, on ne sait pas bien. 

Personnellement, j’y vois une sorte d’envol et de chute, comme l’amour, qui peut vous porter vers le haut et vers le bas. »       Ce qui caractérise cet album, c’est sa grande unité, comme s’il avait été écrit dans un seul et même souffle. Innamoramento résonne comme un puissant appel à l’amour. Comme le cri déchirant d’une solitude qui veut être brisée. « Trouver enfin peut-être un écho », répète Mylène dans le refrain. Prière qui trouve une expression bouleversante dans cette voix éthérée qui semble résonner à l’infini sur le morceau Mylenium, qui achève l’album. Peu prolixe sur sa vie amoureuse, la chanteuse lâche tout de même quelques confidences lors d’une interview au moment de ses concerts en Russie en mars 2000. 

« Quand on devient une personne publique, il est difficile de trouver l’âme sœur. En général, l’homme a du mal à accepter que sa compagne soit aimée par des millions d’autres personnes. Il souhaite être l’unique. » 

      Il faut croire que le ciel a exaucé son vœu, puisque l’album qui suit, Avant que l’ombre… , est placé, quant à lui, sous le signe de la rencontre. Il n’y a plus de solitude, plus de désespoir né d’une incapacité à communiquer avec l’autre, plus de détresse de n’être pas entendue. Juste une « inquiétude d’amour » qui cache « une envie de bonheur », comme Mylène le chante dans Peut-être toi. Il y a de la prudence dans la déclaration, une pudeur à dire la passion qui pourrait s’éteindre, soufflée par les mots. Une superstition même, qui pousse la chanteuse à répéter plusieurs fois le fameux Shut up ! qui ouvrit paradoxalement les concerts de Bercy en 2005. Dire à l’autre qu’on l’aime, n’est-ce pas risquer de briser le charme ? Voilà pourquoi il faut ajouter un « peut-être », s’empêcher de croire au toujours qui déçoit, se rattacher au présent comme à la seule terre possible. « T’aimer parce que c’est aujourd’hui / C’est ce qui compte vraiment », fredonne-t-elle dans J’attends. 

      On le voit, Mylène n’envisage pas l’amour dans sa conception bourgeoise, qui voudrait en garantir la durée par un contrat où la passion n’a plus sa place. Si l’amour scelle un pacte, c’est celui d’une exigence de sincérité absolue. « Si nos matins / Semblent poussière / Alors… renie-moi… là », renonce-t-elle, prête à tout sacrifier quand les sentiments ne sont plus partagés. Pas question que l’habitude s’installe, aucun droit à l’erreur n’est permis de part et d’autre : « Si par mégarde / La faute est mienne / Alors… renie-moi… là. » L’amour romantique n’est pas de tout repos : il exige sans cesse de nouvelles preuves.

Peut-être toiDans le clip de Peut-être toi, dessin animé réalisé par Naoko Kusumi, les deux amants périssent enlacés, transpercés par une lance mortelle. Un scénario qui rejoue l’histoire de Roméo et Juliette : seule la mort peut garantir l’éternité des sentiments que la vie malmène. 

  Qui est-il, cet homme qui fait le bonheur de la chanteuse ? Celui qui a pris son cœur en otage ? Son portrait se dessine au détour de plusieurs chansons. « Même si je suis dans son lit / C’est son Q.I. qui me lie / À lui pour la vie entière / Bien que solitaire », dévoile-t-elle dans Q.I., précisant qu’il a « des rondeurs d’un Rodin ». Le clip du single, d’ailleurs, montre une Mylène étonnamment fusionnelle, dont les mains, par la magie d’un trucage, fouillent sous la peau de l’amant. Mais la chanteuse lui donne également la parole dans J’attends. « Je t’étreins pour deux, tu es ma vie », explique l’amoureux à la femme adorée, refermant ses bras sur elle sans jamais apaiser ses peurs. Ce qu’elle ressent ? « Un désir d’aimer / Comme un bouclier », dit-elle dans Tous ces combats. 

      L’homme qui partage sa vie a des allures de chevalier des temps modernes. C’est lui, désormais, qui fait barrage entre Mylène et le monde, transmet les messages des fans qui gravitent autour de la star, fait la distribution des autographes. Depuis qu’elle le fréquente, il lui est arrivé de se promener au milieu de la foule, en plein Paris, sans craindre les regards. Ou d’aller dîner à pied, tard le soir, sans autre escorte que son compagnon. En mai 2005, Christophe-Ange Papini raconte comment une fan, ayant réussi à pénétrer dans la résidence où habite la chanteuse, s’est approchée de sa maison. Lorsque l’homme est sorti pour lui demander la raison de sa présence, elle a prétexté que son chien était perdu. Mais aussitôt que Mylène est apparue, la jeune femme s’est précipitée sur elle en lui disant qu’elle l’adorait. La chanteuse aurait alors tourné les talons, se réfugiant chez elle, tandis que son compagnon aurait alerté les vigiles. La veille déjà, cachés derrière les arbres de la résidence, trois fans squatteurs avaient réussi à tromper la vigilance du personnel en charge de la surveillance. 

     Dire le nom de celui qui a inspiré l’album Avant que l’ombre… n’a pas grand sens. Le prénom de Benoît, qui est le premier à être remercié dans le livret de Point de suture, suffit amplement. Impudique dans ses chansons lorsqu’il s’agit de jouer des rôles, Mylène est restée très secrète sur ses amours dans la vraie vie. Malgré tout, elle a levé un coin du voile, pour la première fois, dans une récente interview à Paris Match. « Je cherchais un réalisateur de films d’animation. Il est producteur et réalisateur et il est tout de suite tombé amoureux du petit personnage de C’est une belle journée. » C’est donc en 2002, comme la chanteuse le révèle indirectement, que la rencontre a eu lieu. Une collaboration étroite et fructueuse autour d’un clip conçu à deux a fait le reste. 

     Faire livrer des sushis, visionner des DVD, dessiner sur leur Palm Pilot… Les amoureux ne manquent pas d’occupations lorsqu’ils passent leurs soirées au domicile parisien de la chanteuse. 

Exceptionnellement, on les croise dans des concerts, comme celui de Radiohead, le 10 juin dernier. Le 1er octobre 2007, ils se sont rendus ensemble à l’Élysée pour la remise de la Légion d’honneur à David Lynch, cinéaste ami de la star. Dès qu’ils en ont l’occasion, ils s’envolent pour la Corse : Mylène, qui a longtemps détesté le soleil, vient souvent se ressourcer sur l’île de Beauté. On l’a même aperçue dans plusieurs magazines en maillot de bain, pas franchement épouvantée par le climat si éloigné de celui de son Québec natal. Preuve que cet homme, sans doute venu au bon moment dans sa vie, après tout ce travail accompli sur elle-même en chansons, continue de la combler. Sans doute n’est-il pas étranger, d’ailleurs, à l’extraordinaire vitalité qu’on ressent à l’écoute de l’album Point de suture. 

 

Extrait du livre : MYLÈNE par Hugues ROYER aux Editions Flammarion 2008

Publié dans MYLENE par H.ROYER | Pas de Commentaires »

Le business Farmer

Posté par francesca7 le 17 octobre 2015

 MYLENE

 

      Un dispositif inédit pour une star française. Le 20 août 2008, deux cent cinquante mille portables SFR-Sony Ericsson contenant en exclusivité l’album Point de suture sont mis en vente. Il s’agit de la plus grosse opération de ce genre dans l’Hexagone. Dix jours plus tard, Universal annonce le chiffre de cent soixante-quinze mille albums écoulés par ce biais. Si l’on ignore tout des termes du contrat passé entre la chanteuse et l’opérateur téléphonique, la réputation de femme d’affaires de Mylène n’est, en revanche, plus à établir. Elle force même l’admiration de bien d’autres artistes, qui lui envient son savoir-faire. 

« C’est un génie de la communication », m’a dit un jour Étienne Daho, plein d’admiration. Même Jean-Louis Murat, devenu l’un des plus ardents défenseurs de la chanteuse, semble s’incliner face à une réussite aussi époustouflante : « Mylène et Laurent, je les adore et les respecte infiniment. D’une intelligence à la Warhol. Ce sont ceux qui comprennent le mieux les mécanismes de ce business, qui sont en meilleure position pour le pervertir, en tirer tous les fruits. Ils crachent dessus tout en faisant cracher le fruit. » 

      Une analyse qui fait penser à une phrase choc de Michel Houellebecq dans La Possibilité d’une île : « Si l’on agresse le monde avec une violence suffisante, il finit par le cracher, son sale fric. » Est-ce à dire que réussir à attirer toute la lumière – talent réservé à quelques-uns – passerait par un calcul cynique ? Bien sûr que non. Sinon, la recette serait éventée depuis des lustres. Ce que veut signifier Houellebecq, c’est que, si l’on veut être entendu, il faut exprimer un message suffisamment subversif pour mettre radicalement en question la société. N’oublions pas que c’est en chantant « Je suis une catin » que Mylène a réussi à se faire un nom. Il lui aura fallu bousculer l’ordre bourgeois pour faire fructifier sa popularité.  

      Aujourd’hui, la chanteuse a la réputation d’être richissime. L’est-elle autant qu’on le prétend ? Pas sûr. Mais l’idée qu’on l’imagine à la tête d’une fortune colossale est sans doute loin de lui déplaire. 

Chaque année, son nom apparaît en bonne place dans le top 10 des gains les plus conséquents de la chanson française établi par Le Figaro. En 2001, avec des revenus avoisinant les 10,4 millions d’euros, elle prend même la tête du classement, devant Patrick Bruel et Jean-Jacques Goldman. Le plus souvent, Johnny Hallyday, son pendant masculin, n’est pas loin. En moyenne, les gains de la star s’élèveraient à près de trois millions d’euros par an.  

      Pour autant, nul ne s’est encore risqué à évaluer le montant de sa fortune totale, pratique courante dans le monde anglo-saxon. Tout ce qu’on sait, c’est que Mylène habite depuis peu une résidence huppée dans l’un des quartiers les plus verdoyants de la capitale. Qu’elle a le goût de s’habiller couture et qu’elle ne rechigne pas à traverser l’Atlantique pour assister au vernissage d’un de ses amis artistes. Pour le reste, elle semble avoir peu d’attrait pour les signes ostentatoires de la richesse.

 

     Sans doute faut-il alors la croire sur parole lorsqu’elle chante dans Mylène s’en fout : « Moi mes splendeurs / Sont celles du cœur. » Ce qui compte pour l’épater, ce n’est pas tant la valeur marchande du cadeau qu’on lui offre que la symbolique qu’il représente. Les lys blancs ne sont plus les fleurs les plus onéreuses, ce sont pourtant celles qu’elle préfère. Dans sa chanson, elle se dit plutôt insensible à l’attrait du diamant : « L’éclat du chic / Mylène s’en fout / Le jade est un joyau bien plus doux. » Ce qui est en jeu là, ce sont les valeurs de la bourgeoisie, dans lesquelles la chanteuse ne s’est jamais reconnue. 

Réfractaire aux codes imposés, qu’ils soient esthétiques ou éthiques, elle n’en fait qu’à sa tête, exactement comme lorsqu’elle avait quinze ans, face à sa mère qui regardait, l’air consterné, sa manière de s’habiller. 

      Riche peut-être, mais pas question d’avoir l’esprit étriqué d’une bourgeoise. Fille d’ingénieur, elle connaît bien ce milieu pour y avoir grandi et souffert. « C’est une femme très bien éduquée, m’assure Philippe Séguy. On ne se plaint pas, on ne pleure pas. On reste droite, digne et dure . » De cette éducation, elle garde le meilleur, connaît par cœur les bonnes manières, mais rejette le conformisme qui la fait vomir. C’est plus fort qu’elle, elle ne peut s’y soumettre. Il faut toujours qu’elle se distingue. Ainsi, aujourd’hui, Mylène a beau acheter de nombreuses toiles d’art moderne, elle possède un sens plutôt singulier de la décoration. « J’en ai beaucoup, partout. Non pas sur les murs, je n’accroche pas les tableaux, je les laisse par terre, mais ils sont en revanche toujours encadrés3. » La présence du cadre montre que cette disposition ne doit rien à une quelconque négligence : elle est le fruit d’un esprit contestataire qui ne s’est jamais vraiment assagi. 

    Pour Mylène, faire ses preuves, au moment où elle se lance dans la chanson, signifie d’abord parvenir à gagner sa vie sans rien demander à ses parents. Ce n’est pas simple, d’autant que les droits d’auteur couronnant ses premiers succès vont tarder à atterrir sur son compte en banque. « Quand je l’ai connue, me raconte Elsa Trillat, elle n’avait encore rien touché pour Libertine, alors nous déjeunions dans des restaurants chinois ou des fast-foods. Mylène n’y trouvait rien à redire. À l’époque, elle n’a absolument pas de goûts de luxe. » Bien sûr, sa situation financière va changer brutalement et irréversiblement. Témoin de ce virage, Bertrand Le Page trouvera « sa » chanteuse plutôt à l’aise avec son nouveau statut d’artiste prolifique. « Dans le salon de soixante-dix mètres carrés du nouvel appartement où elle s’installe, à l’époque, elle prend des pauses élégantes sur le canapé. » Quant à ses rendez-vous avec la presse, elle les donne au bar du George-V. 

      Ni cigale, ni vraiment fourmi, la star a engrangé un capital qui la met à l’abri du besoin. Aux yeux de sa famille, qui doutait d’elle, la mission est plus que remplie. Ce dont sa mère, Marguerite, convient volontiers : « Mylène s’est faite toute seule. Elle ne nous doit rien. » Il y a dans cette phrase une évidente fierté, mais aussi l’instauration d’une distance, comme si la chanteuse s’était imposé de réussir sans rien recevoir de ses parents, afin qu’ils ne puissent surtout pas s’approprier une part de son succès.  

    FARMER L’argent, en tout cas, ne lui a jamais fait tourner la tête. Peu de dépenses inconsidérées, quelques coups de cœur assumés, beaucoup de cadeaux spontanés pour ses amis ou ses proches collaborateurs… 

Se faire plaisir, oui. Mais ne jamais fermer à double tour l’horizon du désir. Mylène le sait, pouvoir s’offrir tout ce dont on a besoin ne rend pas heureux. Il faut toujours garder en soi une part d’envies inassouvies, des rêves secrets ou impossibles à réaliser. Cette forme de sagesse lui vient de l’enfance. « Je ne remercierai jamais assez mes parents d’avoir su régler parfaitement le problème de l’argent de poche. J’en avais un peu, mais pas trop. Dans des limites raisonnables qui font qu’on apprécie toujours les choses, qu’il vous reste des désirs. » 

De quoi pourrait-elle bien rêver sans pouvoir se l’acheter ? « J’aimerais beaucoup avoir un Miró, ou un Egon Schiele… Mais c’est impossible ! », lâche-t-elle, mi-frustrée, mi-résignée. Pour acquérir une toile de ces artistes, il lui faudrait en effet dépenser plusieurs dizaines de millions d’euros. Ce qui n’est sans doute pas impossible, mais totalement déraisonnable ! Alors elle se résigne : « Je sais qu’il faudra me contenter d’aller les voir au musée. » Mais elle n’a pas dit son dernier mot. L’essentiel, c’est de continuer à fantasmer, ne pas s’enfermer dans une toute-puissance qui vous déconnecte de la réalité. 

      Prudente, Mylène n’a jamais considéré que son succès était acquis une fois pour toutes. L’argent n’est pas une fin en soi, mais la juste récompense de son travail. Il n’y a aucune raison de le mépriser, pas davantage que de l’idolâtrer. L’idée n’est pas d’accumuler pour accumuler, mais d’avoir conscience qu’il

est le meilleur garant de la liberté que revendique la chanteuse. Quand elle a compris que le succès la plaçait à l’abri du besoin, Mylène a voulu bétonner sa position, se donner les moyens de son indépendance. Il y a dans cette obsession quelque chose qui rappelle le projet professionnel de son père au Québec : construire un barrage suffisamment solide pour retenir les eaux du  Manicouagan. 

      Si Mylène a créé plusieurs sociétés, ce n’est pas tant pour faire du business à tout prix que pour protéger sa liberté artistique. Il fallait faire en sorte que sa maison de disques ne lui dicte jamais ses choix. Combien d’artistes, et non des moindres, ont été contraints de se plier au bon vouloir de leur distributeur, y compris sur le plan musical… Avec la complicité de Laurent Boutonnat, Mylène s’est offert la possibilité de contrôler son destin. On a beaucoup glosé sur la création, en octobre 1989, de Requiem Publishing, société chargée d’éditer désormais ses albums. Était-ce un coup tordu à l’encontre de Bertrand Le Page, qui assurait ce rôle jusqu’alors ? Même si le premier manager de la chanteuse l’a vécu ainsi, il est indéniable qu’une telle décision s’imposait dans l’optique du duo Farmer/Boutonnat d’accroître son indépendance. 

      Le choix des musiciens, mais aussi du studio où les chansons vont être enregistrées puis mixées, n’échappera pas non plus à la vigilance du tandem. Afin de s’assurer une autorité absolue dans la production des albums, Laurent Boutonnat monte Toutankhamon au début de la carrière de sa muse – société dont il a revendu toutes les parts à Polygram aux alentours de 1997. Après les frictions consécutives à l’épopée Giorgino, Mylène crée Stuffed Monkey, en décembre 1993, qui produira tous ses albums à partir d’Innamoramento, mais aussi ses clips. Aujourd’hui, six salariés travailleraient pour cette société. Même si elle continue de déléguer certaines questions à Laurent Boutonnat, qui  demeure son partenaire musical exclusif, la chanteuse est désormais seule maîtresse du jeu. Quant à Polydor, la maison de disques à laquelle elle est demeurée fidèle depuis ses débuts, elle n’est que le distributeur de ses albums. Bien que des accords financiers existent entre les deux partis, Mylène peut donc mettre sur le marché des albums qui lui ressemblent à cent pour cent – ce qui est rare dans le métier.  

     Pour certains, toutefois, la volonté d’indépendance n’explique pas tout : Mylène se serait piquée au jeu du business. Sa réussite financière aurait décuplé son envie de faire fructifier son capital. Sinon, pourquoi aurait-elle créé d’autres SARL que celles strictement nécessaires à la production et à l’édition de ses albums ? Ainsi, s’ajoutant à Requiem Publishing et Stuffed Monkey, elle a fondé deux autres sociétés musicales : Dichotomie, en 2000, et Isiaka, en 2002, cogérée avec Laurent Boutonnat. Pour compléter le tableau, la chanteuse est également à la tête d’une société de production de films publicitaires (Innamoramento), et d’une autre, baptisée ML, qui gère des biens immobiliers. 

Cette diversification, qui s’est accrue avec le temps, semble totalement insoupçonnée à ses débuts. « Pour moi, Mylène s’est complètement transformée, explique Sophie Tellier. À la fin des années quatre-vingts, c’était le papillon qui sort de la chrysalide. Et puis, à partir des années quatre-vingt-dix, elle est devenue vraiment “une femme d’affaires”, quelqu’un de totalement différent. »  

      images (9)Bien sûr, le lancement de la carrière d’Alizée, en 2000, a beaucoup fait pour cette réputation de « working girl ». Et pourtant, au début, tout part d’une seule chanson. Après avoir lu le roman de Nabokov, la chanteuse écrit le texte de Moi… Lolita sur une musique dansante de Boutonnat. Tous deux sentent intuitivement le potentiel du titre, mais Mylène n’a plus l’âge de l’héroïne, quinze ans. C’est alors que le tandem décide de faire appel à une autre interprète. Repérée lors d’un passage à « Graines de stars », Alizée, petite brune au regard piquant, va être approchée. Aussitôt commercialisée, la chanson devient un succès colossal. Tube de l’été 2000, comparable sur le plan des ventes au triomphe de Désenchantée neuf ans plus tôt, Moi… Lolita fera, en outre, une carrière internationale comme n’en a jamais connu aucun titre de Mylène : en quelques semaines, Alizée fait un tabac aux Pays-Bas, en Italie, en Espagne, en Angleterre, et surtout au Mexique, où elle devient une star. 

      Préparé dans la précipitation – alors que Mylène est en pleine tournée – et produit par Requiem Publishing, l’album Gourmandises sort dans la foulée, le 28 novembre. Pour en écrire les paroles, la chanteuse a longuement conversé avec sa jeune protégée. Les ventes hexagonales seront au rendez-vous, mais n’atteindront pas le million d’exemplaires, chiffre auquel Mylène semble, elle, abonnée pour chacun de ses albums. En 2003, un second opus naîtra de cette collaboration fructueuse, Mes Courants électriques, édité cette fois par Isiaka. 

Mylène s’y investit pleinement, et pas seulement en signant les textes des chansons. C’est elle qui aurait eu l’idée de l’escarpin géant dans lequel Alizée semble trouver refuge sur la pochette. Elle dessine également certaines tenues portées par la Lolita lors de ses passages très remarqués à la télévision et l’aide à répéter les chorégraphies. 

      Malgré tout, le single J’en ai marre ne parvient pas à tirer l’album vers les sommets. Et le spectacle qui suit, pourtant cornaqué avec soin par Laurent Boutonnat, ne remporte pas un franc succès. C’est à la suite de ces résultats mitigés que la collaboration cessera, d’un commun accord, entre l’écurie Farmer et la jeune Corse. 

      Entre-temps, la Lolita a rencontré l’homme de sa vie, Jeremy Châtelain, musicien qui participa à la Star Academy, l’a épousé à Las Vegas et a donné naissance à une petite fille. Elle veut voler de ses propres ailes, ce qu’elle fera en auto-produisant son troisième album, Psychédélices, en 2007 – ses parrains lui ayant cédé la marque Alizée, leur propriété, pour un euro symbolique. Un retour en demi- teinte dans l’Hexagone, qui permet cependant à la brunette de retrouver son public d’Amérique latine. Et malgré toutes les questions des journalistes cherchant à jeter de l’huile sur le feu quant à ses relations avec Mylène Farmer, elle n’aura que des mots pleins de reconnaissance pour celle qu’elle regarde comme une marraine. « Elle m’a tout appris », dira-t-elle, mettant fin à une polémique autour d’une chanson, Idéaliser, censée être un portrait au vitriol de l’idole. 

   

     Voilà comment la parenthèse Alizée s’est refermée pour la productrice Farmer. Depuis, on a beaucoup glosé sur ses velléités de lancer d’autres artistes, afin de pouvoir quitter la scène un jour sans cesser de tirer les ficelles du métier. Hélas ! pour l’heure, Mylène n’a pas eu la main vraiment heureuse. 

Elle a produit un groupe de musique électronique, Good Sex Valdes, qui a sorti un single, You, dans unerelative indifférence. Via sa société Dichotomie, elle a également poussé le titre de Christia Mantzke, I’m not a boy en 2001, sans qu’il rencontre le succès escompté. Aura-t-elle davantage de réussite avec le générique du dessin animé Drôle de Creepie, sorti en septembre 2008, et interprété par la jeune Lisa, la fille de Michel, son frère cadet ? Trop tôt pour le dire.  

     Évidemment, sa réputation de femme d’affaires a encore gagné du terrain depuis qu’on a appris que Mylène avait déposé une marque, Lonely Lisa, en septembre 2007, à l’Institut national de la propriété audiovisuelle. Utilisant comme logo l’héroïne de son conte illustré, Lisa-Loup et le conteur, paru en 2003, elle donne la liste des différents produits qui pourraient être estampillés de ce label. Articles de papeterie, papiers peints, linge de maison, vaisselle, mais aussi jouets, bijoux et vêtements. Des fausses pistes destinées à brouiller le jeu ? Dans une interview au magazine Têtu, elle livre une clé mettant un terme à Atoutes les supputations : « Lonely Lisa donnera naissance à un site Internet communautaire dans les prochains mois. »  

     Pour celle qui a toujours refusé de créer un fan-club officiel, ce projet semble particulièrement bien ciblé : ses fans sont nombreux à participer aux innombrables forums qui lui sont consacrés sur la Toile. 

Un site communautaire serait un moyen idéal de fédérer ces énergies tout en permettant à chacun de s’exprimer. Une fois de plus, Mylène montre qu’elle fourmille d’idées en tous genres, en dehors même de son métier. Revendiquer une œuvre digne de ce nom, singulière et sans concessions, ne l’empêche pas de posséder un sens aiguisé du marketing. Bref, elle est la preuve vivante qu’on a souvent tort d’opposer, comme des entités inconciliables, l’artistique et le commercial. 

 

Extrait du livre : MYLÈNE par Hugues ROYER aux Editions Flammarion 2008

Publié dans MYLENE par H.ROYER | Pas de Commentaires »

Mylène Farmer : une marchande de rêves

Posté par francesca7 le 6 octobre 2015

 

 Mylène et le rêve

 Il faut bien l’avouer : elle nous transporte d’un monde à un autre, et ne lésine pas sur les moyens. Avec elle, on voyage dans le temps et on en a plein les yeux. C’est la folie des grandeurs. Dans son travail, tout est soigné, sophistiqué. Elle fait les choses en XXL (collaboration avec les plus célèbres cinéastes, couturiers et photographes ; beauté des coffrets de disques ; grande diversité des produits dérivés ; concerts époustouflants à Bercy ; bientôt le Stade de France…).

Les clips de ses chansons sont rarement bâclés : Laurent Boutonnat, son complice, en a fait carrément des mini-films, des petits bijoux de technicité. Mylène et lui ont un sens de l’esthétisque poussé jusqu’à l’extrême, jusqu’au totalitarisme, comme l’illustrent les propos du chanteur Jean-Louis Murat lors du tournage du clip de la chanson « Regrets » : « J’étais un peu en observateur, je trouvais ça assez formidable, je voyais bien que c’était un vrai fonctionnement de couple où l’extrême rigueur demandée par l’un était comprise et acceptée entièrement par l’autre. Une vraie complémentarité, une intensité dans le désir de faire quelque chose de qualité, sur la même longueur d’onde. Quand on travaille avec eux, c’est toujours assez bluffant de voir jusqu’à quel point ils peuvent aller dans le commandement, dans la soumission aussi… ».

Mylène Farmer, pour cette raison, est éminemment kitsch (j’entends « kitsch » dans le sens de vernis visant à occulter/représenter un système totalitaire : un capitalisme effréné, une société matérialiste, un monde sans Dieu, un univers violent et déshumanisé, une soif de pouvoir grandiloquente, etc.).

Elle emploie lors de ses concerts les techniques scénographiques les plus communes du despote voulant hystériser ses foules : les retards qui s’éternisent avant l’arrivée sur scène ; la longueur des introductions de chansons ; le surgissement dans les airs, comme un Christ en croix venu du ciel ; quelques rares phrases – concises mais au contenu simple et efficace – adressées à la foule ; les larmes d’émotion forcées sur les mêmes chansons ; les décors impressionnants d’inventivité ; des chorégraphies faciles à reprendre collectivement ; une mise en scène dignes des grands « shows à l’américaine » ; une maîtrise parfaite des techniques audiovisuelles les plus « high tech » du moment ; un entourage professionnel artistique costaud et étendu ; une ribambelle de danseurs tous plastiquement aussi parfaits les uns que les autres ; etc.. Bref, une vraie propagande politico-artistique que la communauté homosexuelle cautionne les yeux (presque) fermés, et qui sent la mégalomanie à plein nez, comme l’illustrent certaines paroles de chansons (« Il est à moi, le Monde ! Il est à moi, le Monde !

Il est à moi, le Monde ! » de « Dessine-moi un mouton » par exemple)… On ne sera pas étonné d’entendre la chanteuse déclarer elle-même qu’« elle possède un orgueil qu’elle croit terrible »

extrait des propos de Philippe Ariño

 

Publié dans Mylène Autrement, Mylène et des CRITIQUES | Pas de Commentaires »

Stolen Car : Mylène Farmer Déc 2015

Posté par francesca7 le 29 septembre 2015

 

Image de prévisualisation YouTube

Mylène Farmer et Sting pourraient bien signer l’un des tubes de l’automne avec leur duo « Stolen Car », dont le clip sera très bientôt dévoilés. Mais comment la chanteuse française a-t-elle rencontré l’ex-membre du groupe The Police ?

C’est l’un des comebacks les plus attendus de l’année. Pour annoncer la sortie de son dixième opus intitulé  »Interstellaires », Mylène Farmer a dévoilé le single  »Stolen Car », une reprise d’un titre de Sting datant de 2003, revisité par The Avener. L’artiste a souhaité faire son retour accompagnée de l’ex-chanteur de Police pour un duo romantique. Le morceau s’est immédiatement hissé en tête des charts français et entame même une timide carrière internationale puisque la chanteuse a signé un contrat avec le label Cherrytree Records de Sting. Un clip sera dévoilé au début du mois d’octobre pour accompagner la promotion de ce titre. Celui-ci a été tourné sur les quais de Paris et dans une suite de l’hôtel Royal Monceau pour illustrer les paroles sensuelles de leur duo évoquant l’adultère.

« Elle ose lui témoigner son admiration »

STOLEN CAR
S’ils n’avaient jamais affiché leur amitié jusqu’à présent, Mylène Farmer et Sting se connaissent depuis plusieurs années. C’est ce que révèle le magazine Gala dans son nouveau numéro. « Leur reprise de « Stolen Car » est avant tout le résultat d’une jolie collision » racontent nos confrères, expliquant que les deux artistes se sont vus pour la première fois en 2009, lors d’un concert de Sting à Londres, après la sortie de l’album « If on a Winter’s Night ». « Spectatrice dans la salle, puis invitée en coulisses, Mylène ose lui témoigner son admiration ». Il a fallu attendre cinq ans de plus pour que l’interprète de « Pourvu qu’elles soient douces » se décide à approcher Sting en vue d’une collaboration. En plein écriture de ses nouveaux morceaux, elle s’est rendue à New York pour assister au musical  »The Last Ship », porté par le Britannique. Et l’idée d’un duo est née…

En 30 ans de carrière, Mylène Farmer a enregistré plusieurs duos, avec Jean-Louis Murat, Seal, Khaled et plus récemment Moby. A ses débuts, elle avait également accepté de chanter à deux sur différents plateaux de télévision, notamment avec Guy Béart (« Mon cher Frantz ») qui nous quittait cette semaine. Toutes ces collaborations ont brillé dans les charts jusqu’à présent. « Stolen Car » est bien parti pour suivre le même chemin…

 

 

En savoir plus sur http://www.chartsinfrance.net/Mylene-Farmer/news-98929.html#SOsWuQwThzK5Y0dU.99 

Publié dans Les Chansons de Mylène, Mylène 2015 - 2016 | Pas de Commentaires »

« C’est un ami, c’est lui » : Décision de MylèneF.

Posté par francesca7 le 27 septembre 2015

 

 

   mylene-farmer   Elle est seule dans sa loge. Enfoncée dans un canapé, le dos légèrement voûté, elle se concentre. Deux heures plus tôt, Pierre Vinuesa est venu la coiffer. C’est lui qui a conçu l’architecture complexe lui donnant l’air d’être couronnée de rouge. Une reine. Les minutes passent, elle ne bouge pas. Elle se recueille. Une épaisse bougie couleur ivoire se consume lentement près d’elle. Plusieurs peluches, cadeaux des fans, sont posées sur une étagère, improbable ménagerie. À quoi pense-t-elle ? Sans doute à rien du tout. Elle fait le vide. Certains artistes ont besoin d’être entourés dans ces moments-là. Pas elle. Ce silence contraste avec l’effervescence qui monte dans la salle. Un technicien frappe doucement à sa porte. Il vient installer le micro et appareiller sa robe de dentelle immaculée. Un peu plus tard, c’est au tour de son habilleuse d’entrer dans la loge. Mylène se lève et cette femme blonde lui enfile des manches de dentelle qui ressemblent à des ailes.

 

      Pour ne pas avoir froid, elle remet son peignoir. Un rapide coup d’œil dans le miroir, histoire de vérifier que tout est parfait. Les cils sont immenses, les lèvres pulpeuses et pâles. Elle ajuste une mèche de cheveux, la plaque sur son oreille. Elle se lève. Sans un mot, elle sort de sa loge, arpente les couloirs de Bercy, suivie de près par son habilleuse. Elle entend la clameur qui monte. Dans deux minutes, ce sera à elle. Son moment à elle. Face à ces dizaines de milliers d’anonymes venus la voir et l’écouter, entourée de leur affection, elle n’aura paradoxalement jamais été aussi seule. 

     « J’aime la solitude, dit-elle. Plus on devient un personnage public et plus on y plonge. Il faut s’y faire et l’apprivoiser. » Posséder un tempérament d’ermite n’empêche pas de cultiver l’amitié. Au contraire, c’est une force qui permet de placer la barre encore plus haut. Quand vous n’avez pas viscéralement besoin d’être entourée, vous pouvez choisir avec davantage de discernement ceux qui pourront partager certaines de vos pensées intimes. Dans les années 1980, Mylène avoue n’avoir que peu d’amis. Et lorsqu’on lui demande si ça la dérange, elle répond : « Non, pas du tout. » Pour elle, pas question de galvauder ce don de soi. Offrir son amitié ne peut avoir qu’une signification forte.

Aujourd’hui encore, son cercle d’intimes demeure restreint. 

      Qui sont-ils, ceux qui peuvent l’approcher et recueillir ses confidences ? Des prénoms remerciés dans le livret d’un album : Anthony, Nathalie, Paul, Corinne, Émeline, Olivier et Jérôme. Comment ont-ils réussi à gagner sa confiance ? Leurs qualités premières : la discrétion et la loyauté. Ils ont passé un pacte avec elle : jamais ils ne doivent évoquer ce lien si précieux qui les unit.   L’une de ses meilleures amies, la romancière Nathalie Rheims, respecte à la lettre cette consigne. « Mylène ne souhaite pas que je parle d’elle, m’a-t-elle expliqué au téléphone, et notre relation est tellement rare que je n’ai aucune intention de rompre le pacte. » De leurs déjeuners en tête à tête, notamment au Thiou, le restaurant branché du quai d’Orsay, elle ne dira rien. De leurs jeux, de leurs fous rires entre femmes, non plus. On murmure que Nathalie aurait été envoyée par Mylène au VirginMegastore, aux alentours de minuit, le soir où le DVD des concerts de Bercy 2006 a été mis en vente.

 

Certains témoins l’auraient entendue converser au téléphone, au premier étage du magasin des Champs-Élysées, avec une mystérieuse interlocutrice qui ne pouvait qu’être l’icône rousse.   Même réserve de la part de certains journalistes amis, comme Jérôme Béglé, de Paris Match, qui connaît la chanteuse depuis longtemps, mais a toujours refusé d’évoquer ses conversations avec elle. Une loyauté récompensée : c’est lui qui a recueilli, en mars 2008, la parole de la star annonçant son retour sur scène dans les colonnes de son magazine, avant de se fendre d’un article élogieux sur le clip de Dégénération, quelques jours avant sa diffusion dans les médias.

     Et puis, il y a les autres, ceux qui composent un cercle plus large. Ils ont eu le sentiment d’une amitié partagée, d’une relation privilégiée et intense, même si, par la suite, les contacts se sont espacés.

 

     Jean-Louis Murat est de ceux-là. C’est elle qui a amorcé le premier pas vers lui. « Un beau jour, au courrier, j’ai une lettre de Mylène. Une lettre comme elle sait faire, très gentille, avec sa magnifique écriture, pas de faute d’orthographe – enfin des choses que j’aime. Elle me demande si je veux bien chanter avec elle. Cette lettre n’est pas une légende, je l’ai reçue au courrier, tout simplement. Je n’en crois pas mes yeux, elle me donne son numéro de téléphone. » Murat la rappelle, tous deux se voient à Paris. Le temps de sympathiser, ils enregistrent Regrets, le premier duo de la carrière de Mylène. 

     À la même époque, la scénariste et réalisatrice Danielle Thompson fréquente aussi la chanteuse. Une fois n’est pas coutume, les deux femmes acceptent de poser le temps d’une séance photos pour Madame Figaro. L’occasion pour la scénariste de dresser un portrait de son amie en termes forcément flatteurs.

« Sa pâleur est indéfinissable, sa légèreté ne semble pas obéir aux lois de la pesanteur, sa présence semble toujours furtive, telle celle d’un oiseau prêt à s’envoler au moindre bruissement. Pourtant, l’ange roux remplit l’espace d’une force impalpable, une force qui rassemble à travers sa voix innocente des milliers, des millions de garçons et de filles qui reconnaissent dans ses mots leurs mots, dans ses peurs leurs peurs, dans ses émois leurs amours. » Les deux femmes se voient-elles toujours ? Pas sûr. Certaines amitiés, pour être fortes à un instant donné, n’en sont pas moins contingentes. 

   MIMI   Dans le cercle des amis de la star, l’écrivain Salman Rushdie occupe indéniablement une place à part. La première rencontre a lieu à la fin des années 1990, lors d’une exposition à Londres. « Nousétions l’un et l’autre conviés au vernissage de mon copain Francesco Clemente, raconte l’auteur des Versets sataniques . On s’est retrouvés au dîner qui a suivi chez le marchand. On a sympathisé. J’étais plutôt embarrassé, venant d’une tradition musicale anglo-saxonne, de tout ignorer de la variété française ! Elle est une grande star en France et je ne le savais pas. Depuis, elle m’a initié en m’envoyant son CD.

J’aime beaucoup son style. Ensuite, on s’est revus plusieurs fois. Je me sens proche d’elle. J’aime beaucoup Mylène Farmer. Une chanson peut être une libération. La musique ouvre les portes du cœur. » 

      Lorsqu’elle évoque son ami Rushdie, Mylène livre une clé qui permet de mieux la comprendre : « Je suis allée spontanément vers lui, dit-elle, j’avais envie de le connaître. » Curieuse de rencontrer un être dont la personnalité l’intrigue, elle n’hésite pas à vaincre sa timidité maladive pour aller vers l’autre, fût- il un écrivain mondialement reconnu. « C’est quelqu’un de très gai dans la vie, qui a beaucoup d’humour. Nous avons de grands éclats de rire ensemble. » Après leur rencontre londonienne, la chanteuse revoit le romancier britannique à Paris, lors de l’exposition parisienne des œuvres du père de Robert De Niro, intime de Rushdie. Il sera également invité à l’un de ses concerts à Bercy.

 

     Mylène n’aime que l’excellence. C’est pourquoi elle n’hésite pas à solliciter des rencontres avec ceux qu’elle admire. Sa notoriété lui ouvre bien des portes qui seraient infranchissables pour un quidam. Bien entendu, qu’ils deviennent des amis d’un jour ou davantage ne dépend pas de son seul bon vouloir.

     C’est Marcus Nispel, réalisateur de plusieurs de ses clips, qui l’affirme : « Les meilleurs se retrouvent toujours au sommet pour se serrer la main, et Mylène est vraiment de ce niveau-là. »

     Une vision élitiste qui rejoint une certaine réalité lorsqu’on regarde le parcours de la chanteuse. Familière de New York et Los Angeles, de surcroît parfaitement bilingue, elle s’octroie le privilège, rare pour une Française, d’approcher des stars de Hollywood comme George Clooney ou Robert De Niro.

 

     Sa collaboration avec Moby va naître de cette facilité à nouer des contacts avec des stars internationales. C’est à New York que la première entrevue a lieu. Le 9 septembre 2006, le chanteur le révèle sur son blog : « J’ai rencontré Mylène pour la première fois chez Teany et nous sommes devenus amis. Nous avons simplement pensé que Slipping Away serait une jolie chanson à faire ensemble. C’est ma chanson favorite de l’album Hotel et je suis ravi qu’elle entame une nouvelle vie grâce à la belle voix de Mylène. » Gravée sur la compilation de Moby, la chanson va rencontrer un joli succès. « Slipping Away avec Mylène Farmer vient d’être classé numéro un en France et en Suisse. Mylène est plus mignonne que moi, et elle chante mieux aussi », écrit Moby avec humour sur son blog, le 14 octobre 2006.

 

     Dans la foulée de l’enregistrement de Slipping Away, Mylène propose au chanteur britannique d’enregistrer Looking For My Name, qui figure sur Point de suture. Un duo d’inspiration romantique, hymne aux amours éternelles, qui rappelle les Regrets murmurés avec Jean-Louis Murat. La plus belle preuve d’amitié, n’est-ce pas de parvenir à une forme de collaboration qui ressemble à un partage ?

 

      Si la chanteuse éprouve une telle attirance pour les artistes, c’est qu’elle ressent leur présence comme un réconfort. Ce sentiment d’être différent, incompris, tous les artistes l’éprouvent. Tous portent en eux « un monde fou qui veut naître », comme le fredonne la star à propos de Virginia Woolf. Au milieu des œuvres d’art, dans un atelier ou une galerie, Mylène se sent chez elle. Une toile, une sculpture peuvent l’aider à vivre plus sûrement que tous les gadgets qu’offre la technologie moderne. « J’ai une fascination pour les abstractions de Michaux et les toiles surréalistes de Max Ernst, avoue-t-elle. Je retrouve l’enfance, la magie du secret et de l’indéfini à travers leurs œuvres. J’aime aussi passionnément la peinture d’Egon Schiele. J’aurais pu être son modèle. Lorsque je me regarde dans un miroir, j’ai l’impression d’être une de ses rousses écorchées. »

 MYLENE TV

      De la peinture à la chanson, il n’y a parfois qu’un pas : Je te rends ton amour est un hommage appuyé au peintre préféré de Mylène, et particulièrement au tableau Femme nue debout. Cet artiste autrichien, dont le trait est fragile et violent à la fois, aime en effet représenter des rousses à la peau laiteuse et à la maigreur inquiétante, dont il a saisi certaines attitudes en visitant un asile psychiatrique.

 De surcroît, ses dessins érotiques lui ont valu un bref séjour en prison. Fasciné par les rouquines, intrigué par la folie, scandaleux… On comprend que Mylène ait choisi Egon Schiele pour « seul maître ». Même sa mort tragique, à seulement vingt-huit ans, des suites de la grippe espagnole, a de quoi interpeller la chanteuse.

 Bien que la peinture attire Mylène, l’exercice lui semble périlleux. « Je ne maîtrise pas du tout ni l’aquarelle, ni l’huile », confie-t-elle, modeste. Pourtant, lorsque Philippe Séguy écrit Ainsi soit-elle, elle lui confie plusieurs œuvres, qui seront reproduites dans le livre. « Un monde de ténèbres glissant sur la nuit » montre un personnage squelettique sur un fond strié de rouge guetté par deux rapaces, image de la mort qui rôde. « Une femme qui se fond dans l’infini », dessin réalisé au fusain, prouve la constance de la chanteuse, puisque ce personnage qui s’efface trouvera un prolongement parfait dans l’émouvant final du clip Fuck Them All. Si la peinture, parce qu’elle exige une initiation technique qu’elle n’a pas reçue, lui donne quelques complexes, le dessin, en revanche, constitue pour elle un geste familier, quasi naturel. Où qu’elle soit, Mylène éprouve le besoin de griffonner, de croquer des visages, de faire vivre de petits êtres qui naissent en quelques minutes sous ses doigts. 

      En 1985, lorsqu’elle dessine le story-board du clip de Plus grandir, le trait est déjà très sûr, et l’on reconnaît les prémices du style épuré des personnages qui figureront, plus tard, dans le clip de C’est une belle journée, l’ouvrage Lisa-Loup et le conteur et même sur la couverture d’un roman de Marc Lévy, Où es-tu ? Une passion qui se révèle utile pour sa carrière, lorsqu’il faut concevoir le décor d’un spectacle, par exemple, ou esquisser un élément de la scénographie, comme le sarcophage de verre dans lequel elle fait son entrée sur scène à Bercy, en 2006. Ce talent pour les arts graphiques, une partie de son public le lui reconnaît déjà. Il l’a prouvé en 2003, lors d’une exposition à l’espace Artcurial au profit de l’institut Gustave-Roussy, qui lutte contre le cancer du sein. Parmi les cent femmes célèbres ayant réalisé un tableau pour l’occasion, c’est la Toile de Mylène, composée d’un collage de deux reproductions d’œuvres de Théodore Chassériau, qui, le 29 octobre, a obtenu la meilleure enchère, six mille cinq cents euros.

  

      En cela aussi, Mylène se révèle une chanteuse à part : elle est une artiste aux dons multiples, tout comme son coéquipier, Laurent Boutonnat. Être un artiste, c’est un sacerdoce, un engagement total, une impossibilité de renoncer à l’expression de soi. Les autres domaines de la vie deviennent secondaires par rapport à ce choix premier. Marcus Niespel le dit à sa façon : « Tous les grands artistes sont différents, ils ont chacun leur genre, mais ils ont tous un point commun, ils s’engagent à fond à 100 % avec le cœur. » Mylène est de cette étoffe-là. Ceux qui prétendent qu’elle serait une truqueuse jouant avec d’autres émotions que les siennes se fourvoient : « Quand j’écris mes textes, je livre beaucoup plus de moi que vous croyez. Il suffit de savoir écouter », dit-elle. En même temps, elle partage avec les artistes dits contemporains le contrôle absolu de tout ce qui engage son nom. « Mon implication morale, intellectuelle et sentimentale est la même, de l’écriture d’une chanson à la fabrication d’un clip, d’un tee- shirt ou d’un spectacle. »

1988-06-b      Ce qui situe encore Mylène dans une communauté que partagent tous les artistes dignes de ce nom, c’est le contact privilégié qu’elle a gardé avec l’enfance. Ce refus de grandir, revendiqué dès ses débuts, est la condition qui permet aux créateurs de perpétuer dans la discipline qu’ils ont choisie les scénarios ludiques de leurs jeunes années. « L’enfance, je crois que je ne voudrai jamais la quitter. Et je crois qu’elle ne me quittera jamais non plus. 

Voilà pourquoi, même si tout me semble sans espoir, je continuerai d’être en quête de quelque chose. De l’innocence retrouvée, peut-être? »       Mylène le sait : ce n’est pas parmi les adultes qu’elle trouvera des partenaires de jeu, mais parmi ceux qui se sont donné les moyens de faire vivre l’enfance en eux en devenant artistes. Voilà pourquoi leur amitié lui est si précieuse. Même si elle est rare. 

 

Extrait du livre : MYLÈNE par Hugues ROYER aux Editions Flammarion 2008

Publié dans MYLENE par H.ROYER | Pas de Commentaires »

Mylène en toute humilité

Posté par francesca7 le 20 septembre 2015

 

Mylène en toute humilitéDans la profession Ne souhaitant pas se mêler au monde du show-business, Mylène Farmer refuse systématiquement de se déplacer aux remises de prix accordés par la profession, depuis sa Victoire de la musique reçue en 1988 : face à l’hypocrisie ambiante en coulisses, elle annule sa prestation au dernier moment et déclarera peu après : « J’ai passé des heures en coulisses pour les répétitions de cette soirée. Tout le gratin du show-business était là et ces gens m’ont écœurée. Ils se détestent tous. J’étais triste d’avoir été récompensée et reconnue par ces gens-là. Ce sont les Victoires de l’hypocrisie ! »

Récompensée en 2005 du prix de « l’Artiste féminine des 20 dernières années », la chanteuse, absente, se contentera d’un communiqué laconique adressé à la profession, dans lequel elle leur rappelle que son dernier single s’intitule Fuck Them All. Dès lors, fait unique, elle demandera elle-même à ne plus être nominée. Pour autant, beaucoup d’artistes avouent être des admirateurs. Selon Charles Aznavour, « cette femme a tous les dons ».

Michel Polnareff déclare « l’aimer beaucoup, sur le plan professionnel et personnel (elle fait des spectacles remarquables, de la vraie production à niveau international) », tout comme Michel Sardou (« Elle me plaît et m’attendrit. Je sais combien elle s’investit dans ses spectacles, et chapeau pour son respect du public. Elle ne joue pas à l’économie » et Johnny Hallyday, qui salue son travail et le fait que « elle ne touche pas d’argent lorsqu’elle part en tournée, tellement ses spectacles lui coûtent chers ». Line Renaud souligne « quelqu’un de rare, dans tous les sens du terme », Julien Clerc qualifie son travail de « toujours intéressant, avec un art savant de la mise en scène et une vraie direction artistique, des textes intéressants et de belles musiques », tandis que Juliette Gréco affirme : « elle est sans cesse en recherche. Elle a une place particulière, totalement originale par son silence, la perfection de son travail.

On a l’impression d’être face à une enfant à la fois féroce et surdouée ». Selon Lara Fabian, « elle a réussi ce que peu d’artistes ont réussi au fil des années : rester elle-même et innover à chaque fois ». Pour Jean-Louis Murat, « Mylène et Laurent sont les deux personnes les plus estimables que j’ai rencontrées. Je les adore et les respecte infiniment. Ce sont les plus intelligents. D’une intelligence à la Warhol ». La jeune génération la cite souvent en référence, comme Nolwenn Leroy (« Elle a tout compris, et a su garder une cohérence au fil des ans. Cultiver le paradoxe d’être une immense star tout en restant simple, sensible, à fleur de peau »), Julien Doré (« un show hyper-rodé, un son qui déchire sa mère, une énorme machine en mouvement – ce qu’on voit d’habitude avec des artistes étrangers, pas avec des français »), le rappeur Disiz La Peste (« J’admire la manière dont elle a créé son image et bâti sa carrière. C’est plutôt bien fait, là où je trouve que Lady Gaga est très fake. Ce n’est pas raffiné du tout, alors que Mylène Farmer a fait dans le raffinement.

Elle a toujours été à part, dans son coin ») ou encore Shy’m (« Comme Madonna, elle a réussi à durer, à traverser les époques. Elles ont fait des choses marquantes, ont osé, sans rester dans le moule »). Si elle reste peu connue à l’étranger, plusieurs personnalités reconnaissent suivre sa carrière, à l’instar de Madonna (qui a même tenu à aller voir Giorgino à sa sortie), Elton John (« La première fois que je l’ai entendue, j’étais bouleversé. Je lui porte une grande admiration. J’aime sa voix, ses maux, sa façon de bouger. She’s so French ! »), le groupe Muse (« Nous avons été la voir en concert et en sommes ressortis totalement sous le choc tellement le spectacle était beau. Cette femme a un charisme énorme et l’ambition de proposer des choses énormes.

C’est vraiment une artiste que nous aimons beaucoup »), l’écrivain Salman Rushdie (« Ses textes, entre mélancolie et sensualité, souffrance et abandon, m’émeuvent. Sa voix, moitié de ce monde, moitié d’ailleurs est étonnante ; c’est la voix d’un ange déchu »), Enrique Iglesias (« J’aime beaucoup sa voix et la façon dont elle conçoit ses spectacles. Elle est incroyable et tellement créative »), George Clooney, Luz Casal, Kylie Minogue ou encore Seal (« Elle est l’essence pure de l’Artiste »). L’icône ou la stratégie du silence La « stratégie du silence » de Mylène Farmer a été longuement évoquée par les médias. L’artiste n’accorde effectivement que très peu d’interviews et apparaît rarement à la télévision, expliquant cette faible présence médiatique par sa « nature profonde »: se sentant « plus à l’aise sur scène qu’à la télévision », elle reconnaît être de nature très discrète et détester parler d’elle-même.

Depuis ses débuts, elle développe sa créativité au-delà de la production musicale et de son métier de chanteuse, s’exprimant à travers des domaines comme le cinéma (clips scénarisés, filmés en 35 mm), la scénographie, l’écriture (avec un conte dont elle est l’auteur), la peinture et le dessin, et de manière plus classique pour les chanteurs de la musique pop : la chorégraphie, l’habillement, le design…

L’écrivain Amélie Nothomb confie : « Pour avoir côtoyé Mylène, je pense qu’elle cultive l’inaccessibilité qui la caractérise. Mais je crois aussi qu’une part lui échappe. J’ai pu m’apercevoir que, lorsqu’elle est cordiale, et elle peut assurément l’être, on sent quand même, quelque part, une muraille de glace. Il semblerait qu’elle n’y puisse rien. Attention, loin de moi l’idée de présenter Mylène Farmer comme une victime. Mais cette muraille de glace, sans doute, la rend prisonnière de quelque chose. » En 2001, elle confie quant à sa discrétion médiatique : « Je n’ai pas fait ce métier pour être connue mais pour être reconnue »

Publié dans Mylène AU FIL DES MOTS, Mylène et des CRITIQUES, Mylène et SYMBOLISME | Pas de Commentaires »

La veine artistique de Mylène Farmer

Posté par francesca7 le 29 août 2015

 
 
mylene-farmer-ouvOn ne devient pas artiste par hasard. 
On ne choisit pas ce chemin à part sans y avoir été initié. 
Ce germe qu’on porte en soi, comme une poussée impérieuse, 
encore faut-il qu’il croise la route d’un autre pour 
former une arborescence. 
Selon Lacan, « le moi se construit à l’image du semblable ».
 Le mieux, sans doute, est d’avoir pu trouver un modèle dans
 son entourage familial. 
C’est du côté de la branche paternelle
 que le tempérament artistique de Mylène s’enracine. 
Depuis sa jeunesse, Paul Albert Gautier,le grand-père,
 s’adonne à la sculpture sur bois et sur plâtre. 
Même s’il décède bien avant la naissance de sa petite-fille,
 celle-ci n’ignore pas qu’il avait aménagé un atelier 
d’artiste à Vanves, près de Paris, afin de donner libre cours à sa passion. 
Dans le clip de Plus grandir apparaît d’ailleurs l’une de ses œuvres,
 une vierge en plâtre, prêtée par son père pour l’occasion. 
En 2006, lorsqu’elle choisit de situer l’action du clip
 de Redonne-moi dans un atelier de sculpture, Mylène rend, d’une certaine façon,
 un nouvel hommage à ce grand-père qu’elle n’a pas connu. Elle avouera d’ailleurs 
avoir elle-même été attirée par cette discipline. 
« Plus jeune, j’ai pratiqué le modelage, la poterie. 
Le contact avec la terre est si particulier. »
 
                                                      ** 
Autre référent incontournable, la grand-mère Jeannette. 
Une femme de caractère, indépendante, très différente de Marguerite, qui semble
 ne vivre que pour ses quatre enfants. Depuis la mort de son mari, en 1953, 
Jeannette s’est installée avec la famille dans la maison de Pierrefonds. 
Une cohabitation pas toujours facile, notamment pour sa belle-fille qui a parfois
 le sentiment que Max lui échappe, pris dans les filets de sa mère comme un petit garçon docile.
 « Elle ne cessait de me disputer mon mari »,confiera-t-elle. Autoritaire, Jeannette exige 
le silence absolu lorsqu’elle s’installe au piano – elle a obtenu un premier prix au
 conservatoire de Marseille. C’est le père de Mylène qui, pour faire plaisir à sa maman,
 a fait installer l’instrument au milieu du salon. 
Lorsqu’elle joue, les enfants ont pour consigne de se taire. 
Il ne leur viendrait pas à l’idée, d’ailleurs, de contrarier leur grand-mère. 
Parfois, sa présence suffit à glacer l’atmosphère. 
Peut-être le goût profond de Mylène pour le silence vient-il de là... 
En tout cas, Jeannette semble avoir noué un contact privilégié avec la fillette, 
qui l’admire et la redoute à la fois. Toutes deux ont trouvé un singulier terrain d’entente :
 la visite des cimetières. Entre la mamie et sa petite-fille, s’instaure également 
une vraie correspondance. Alors qu’elle n’a rien d’une élève modèle, Mylène s’applique
 dès lors qu’il s’agit d’écrire à sa grand-mère. Elle forme bien ses lettres, veille
 à ne laisser aucune faute d’orthographe. Là, s’enracine sans doute le sentiment 
que l’écriture peut être un soulagement quand le contact avec l’autre s’avère difficile.
 « J’ai été très gentille, alors fais ce que tu as promis, emmène-moi au cimetière »,
 disent en substance les missives de Mylène. Au bas des pages, elle signe à l’américaine,
 avec des croix en guise de bisous.
 
                                                      ** 
Des années plus tard, la chanteuse a maintes fois évoqué le souvenir de sa mamie Jeannette. 
« Dimanche prochain, je t’emmènerai dans tel cimetière, m’écrivait-elle dans des lettres
 que j’ai conservées. Je l’envisageais sans angoisse, comme un cadeau à lui faire, 
une belle chose à partager. C’est avec elle que j’ai appris que ces endroits sont 
certes parfois tragiques, mais jamais sinistres45. » Pour la petite fille, les cimetières
 constituent une compagnie plutôt rassurante. On peut y contempler des curiosités architecturales,
 y comparer les stèles, y déchiffrer les hommages gravés dans le marbre. 
Bref, imaginer le destin de ces êtres dont l’existence semble coincée entre deux dates.
 Silencieux, ces lieux sont propices, sinon à la prière, du moins à la méditation. 
« J’arrive tout à fait à me recentrer dans un cimetière. » 
Décor privilégié de son enfance, les cimetières vont hanter l’imaginaire farmerien.
 Deux de ses clips, Plus grandir, à ses débuts, et Regrets, le duo avec Jean-Louis Murat,
 seront tournés dans ces endroits mortifères – le premier à Saint-Denis, le second à Budapest.
 Surtout, la scénographie du premier spectacle de Mylène, en 1989, sera entièrement 
conçue autour d’un cimetière. Après avoir interprété L’Horloge, la chanteuse s’engouffre
 même dans une tombe. Cette noirceur assumée classera d’emblée Mylène parmi 
les icônes « gothiques ». 
                                                    **
Rien de morbide, pourtant, dans cette passion pour les cimetières. 
Du plaisir, au contraire, une forme de communication avec cette grand-mère qui 
fascine Mylène. Mamie Jeannette se montre également très intéressée par les choses de l’art.
 « Elle adorait le théâtre et la peinture47. » À son contact, Mylène s’intéresse à la comédie.
 Certains soirs, alors que ses frères et sœur sont endormis, elle se rêve actrice. 
Une manière d’exorciser la peur des autres qui la bloque parfois. Quand elle s’imagine 
sur scène, ceux qui la paralysaient se mettent à l’écouter religieusement. 
C’est comme une revanche. Elle n’a plus à surmonter cet effort surhumain de briser la glace. 
Sa grand-mère lui montre également des reproductions de tableaux dans des livres lourds 
qu’elle feuillette comme des reliques. Elle lui apprend à distinguer les nuances infinies
 du ciel, le gris des nuages, les dégradés de vert qui donnent aux paysages leurs reliefs.
 
                                                    ** 
largeMylène n’a que quatorze ans quand Mamie Jeannette s’éteint, en 1975. 
Durant plusieurs semaines, elle se terre, inconsolable, 
dans un silence violent comme une colère sourde.
 Elle caresse parfois les touches du piano, devenu muet, mais aucune 
mélodie ne fait danser ses doigts. Impossible de tourner la page sans 
saisir le sens de tout ça. 
Cette femme lui a montré la voie. Elle savait se faire entendre et 
respecter. 
Surtout, elle a vécu sans rien sacrifier de ses passions. 
Mylène sent confusément qu’elle partage cette exigence avec sa Mamie. 
Elle non plus ne veut pas d’une existence tiède et convenue. 
Et puis, la disparition soudaine d’un être aimé renforce encore 
le sentiment d’urgence qu’éprouve l’adolescente : 
la vie n’attend pas, il faut la prendre à bras-le-corps, 
sans remettre au lendemain la moindre de ses envies. 
Dès cet instant, l’école lui semble
 un insupportable carcan. Mais il est trop tôt encore pour ruer dans les brancards. 
                                                    **
Même si tout est encore un peu flou, Mylène entend rester fidèle aux valeurs que lui
 a transmises sa grand-mère adorée. Par la suite, elle n’aura de cesse de rechercher 
la compagnie des artistes. Les seuls êtres avec lesquels elle peut partager ses angoisses
 sans se sentir exclue ou anormale. Les seuls qui soulageront le sentiment de solitude 
abyssale qui la ronge. Mais, surtout, elle veut elle-même devenir artiste. 
Dans quel domaine ? Il est trop tôt pour le dire. Elle aime dessiner, peindre, 
chanter aussi. Mais elle ne ressent aucune vocation précise. Juste l’envie de 
« devenir quelqu’un ». Comme un défi lancé à la mort.  
 
Extrait du livre : MYLÈNE par Hugues ROYER aux Editions Flammarion 2008

Publié dans MYLENE par H.ROYER | Pas de Commentaires »

MYLENE Un single ? Constellations 2015

Posté par francesca7 le 23 août 2015

est-il le nom de l’album ou d’un projet plus vaste ? Combien de titres va chanter Sting ? Et quel rôle a-t-il dans tout le processus de création de ce dixième opus ? Tant de questions, si peu de réponses. 

Si les annonces précédentes autour des collaborations de Mylène Farmer avec des artistes internationaux tels que Muse ne s’étaient pas concrétisées, il semblerait que celle avec Sting ait abouti. La chanteuse prépare son dixième album, comme l’avait confirmé Pascal Nègre au début du mois d’août sur Twitter.

Et soudain, le 18 août 2015, la maison de disques de l’artiste poste un message énigmatique :

Sans titre

Blottis l’un contre l’autre, Mylène et Sting (qui s’est laissé pousser la barbe et arbore un poil bien plus foncé que le blond qu’on lui connaissait) prennent la pose devant un cahier de partitions. Mais les deux stars n’en disent pas plus sur leur collaboration. S’agit-il d’un single? D’un album entier? De reprises de Police et de Sting par Mylène Farmer? Il faudra visiblement attendre fin août pour lever ce mystère.

En travaillant avec Sting, Mylène Farmer signe en tout cas son onzième duo après des morceaux aux côtés de Jean-Louis Murat, Moby, Seal, Ben Harper ou encore Gary Jules.

Si Constellations 2015 est bien un album, il s’agira du 10ème de Mylène Farmer. 

 648x415_mylene-farmer-cotes-sting-projet-constellations-2015 - Copie

Publié dans Mylène 2015 - 2016 | Pas de Commentaires »

MYLENE A L’INSTANT X

Posté par francesca7 le 14 juin 2015

 

DEJEUNER DE GALA A LA MYLENE – sur NOSTALGIE le 30 NOVEMBRE 1996

JOURNALISTE(S) : MICHEL COTTET

mylène

À l’occasion de la reprise du Tour 96, Mylène est l’invitée de Radio Nostalgie pour cette émission qui prend la forme d’une conversation entre l’animateur Michel Cottet, curieux de tout, et son invité.

Cet entretien est probablement le plus long que Mylène ait jamais accordé (bien qu’à peine quelques mois plus tôt elle déclarait à Paul Amar à l’issue d’une émission plus courte que celle-ci qu’elle ne ferait sans doute jamais plus d’émission aussi longue !).

Il est à noter que, probablement débarrassée du poids de l’image de la télévision et de la crainte que les propos soient déformés par la presse écrite, Mylène est ici très à l’aise et semble intellectuellement complice avec Michel Cottet, qui s’intéresse notamment beaucoup à l’auteur plutôt qu’à la chanteuse.

L’actualité de Mylène Farmer, c’est cet album, « Anamorphosée » -bien que ayant déjà quelques mois, il est encore tout frais et tout présent à notre mémoire et on se laisser bercer en ce moment par l’excellent titre « Rêver »- et puis il y a cette tournée, non pas gâchée mais interrompue pour une stupidité. Il ne m’appartient pas de déverser une kyrielle de qualificatifs pour essayer de vous cerner, de vous faire réagir –c’est toute la magie d’un personnage. Ceci dit, tout ce mystère qui débouche sur un statut de phénomène est-ce que vous n’avez pas l’impression quelquefois que cela fait ombrage à votre vrai statut, qui est avant tout quand même, si je ne m’abuse, auteur-compositeur-interprète ?

-Ombrage, je ne sais pas bien. Est-ce que j’en souffre ? Non, pas vraiment. J’ai décidé de ce mystère en ce sens que je parle peu et que je réponds peu aux questions en général, donc je crois que j’en suis l’auteur donc je n’ai pas à m’en plaindre.

Je ne parlais pas forcément du mystère mais du fait que à force de vouloir justement le percer, on en oublie de parler avec vous de ce qui quand même nous séduit au préalable, c’est-à-dire votre musique, votre façon d’écrire, votre façon de paraître sur scène. Est-ce que parfois vous n’avez pas l’impression d’être dépassée par vous-même, en quelques sortes ?

-Je ne suis pas sûre de pouvoir répondre à cette question, si ce n’est que c’est vrai que l’évocation de l’écriture est quelque chose, dans le fond, d’assez rare de la part d’un journaliste parce que je crois qu’il est plus enclin à parler ou d’une vie privée que l’on ne veut pas dévoiler, ou des choses qui sont ‘plus racoleuses’. Peut-être que je souffre de ça un peu, oui.

On y reviendra, et j’espère comme ça que votre passage à Nostalgie vous aura ôté un peu de souffrance puisqu’on évoquera votre écriture. Ce que l’on sait, c’est que vous avez quand même ‘fui’ à Los Angeles pour essayer de retrouver une forme de solitude. Vous avez vos repères, j’ai les miens : moi, c’est Léo Ferré, Ferré qui disait :‘Dans la solitude, le désespoir est une forme supérieure de la critique. Pour l’instant, nous l’appellerons bonheur’. Le désespoir, vous l’avez touché ?

-Je crois qu’il a fait partie de mon quotidien, mais maintenant je ne pense pas être la seule ! Je pense que le commun des mortels a des moments de bonheur et des moments de détresse absolue. Je crois que même une journée peut être comblée par bonheur et tristesse à la fois. Maintenant, est-ce que je fais l’apologie de la détresse et du malheur : non. Je l’ai exprimée, en tout cas.

Cette solitude, vous la recherchez ?

-Je ne suis pas sûre de me définir comme quelqu’un d’étant solitaire. J’aime parfois avoir des moments, oui, seule : l’écriture est un moment privilégié pour ça. Maintenant, j’aime bien la compagnie de personnes choisies.

Quel est le moment le plus fort, justement ? C’est rentrer dans cette solitude ou en sortir pour retrouver l’autre ou les autres ?

-Je crois que les deux sont à déguster ! (rires)

Je poursuis avec ce texte de Ferré, toujours sur cette solitude : ‘je voudrais m’insérer dans le vide absolu et devenir le non-dit, le non avenu, le non vierge par manque de lucidité’. Ne pas rencontrer le bonheur, est-ce que c’est pour autant être lucide ?

-(elle se répète la question à elle-même) Ne pas rencontrer le bonheur… Je ne sais pas. En tout cas, j’aime l’idée de s’approcher de ce vide et de ne faire qu’un avec ce vide. C’est vrai qu’il y a quelque chose, l’idée du néant, qui est quelque chose de très happant. C’est vrai que parfois, on a envie de se confondre avec le vide, avec le rien.

Ce que vous appelez le non-dit, qui est essentiel pour la réussite…

-Oui.

Diffusion de « California »

Mylène Farmer est votre invitée aujourd’hui dans ce « Déjeuner de Gala » sur Nostalgie, avec cette notion de non-dit. Ne pas énoncer, ne pas expliquer pour susciter la curiosité, est-ce que c’est bien compatible avec une autre notion, qui est celle de la fidélité ? Je veux dire par là, quand on côtoie des gens ou des habitudes, forcément on perce le mystère, donc là c’est un peu antinomique, non ? Parce que vous êtes quelqu’un de fidèle –je parle du point de vue professionnel !

-Je pense être quelqu’un de fidèle, oui, dans tous les sens du terme et toutes les situations. Maintenant, pardonnez-moi : j’ai oublié la question ! (rires)

Je disais, parallèlement à cette fidélité vous êtes porteuse de cette idée de non-dit :‘je garde la mystère, je ne veux pas qu’on me dévoile et je ne veux pas dévoiler’. Est-ce bien compatible, ces deux approches ?

-Là encore, je ne… Le non-dit, j’aime les non-dits, maintenant est-ce que je suis caractérisée par le non-dit : je ne le crois pas. Maintenant, j’ai choisi de dire certaines choses, de dévoiler certaines choses, de les clamer parfois et quand une question ou un sujet me dérange, là effectivement ce sera ou un non-dit ou un non tout court ! (rires)

MFarmerDonner un sens à tout, c’est ridicule pour vous, finalement…

-Je sais pas si, là encore, c’est ridicule –pardonnez-moi ! (rires) Je ne pense pas avoir d’abord la prétention, et je ne pense pas que la vie vous offre un sens à tout. Je crois que ça fait partie aussi du mystère de la vie, du mystère de la mort, de toutes ces choses qu’on ne sait pas et qu’on ne saura probablement jamais. Parfois on peut souffrir de ce silence et des ces non-réponses, et parfois je trouve ça plutôt bien. C’est une forme de liberté aussi en soi.

Je vais peut-être vous soulager, je viens à votre secours -si tant est que vous en ayez besoin : finalement, c’est pour ça que vous redoutez l’exercice que nous sommes en train de faire parce qu’il est communément admis qu’à toute question doit correspondre une réponse, et en plus logique !

-Oui. Oui, c’est vrai que là, dans le fond je n’aime pas la logique, je n’aime pas le rationnel et c’est un exercice qui est difficile, uniquement parce que je dois parler de moi, dans le fond c’est aussi bête et simple que ça. C’est un exercice difficile pour moi.

Parler de soi… Parler d’idées qui vous traversent la tête, c’est peut-être pas forcément parler de vous. C’est peut-être plus facile…

-Oui, mais c’est une façon de se mettre en avant et c’est vrai que là, ça fait partie d’un exercice qui est probablement utile à l’artiste, en tout cas on lui demande. Mais si j’avais à choisir, je crois que j’aurais rayé cette mention ! (rires)

Le non-dit, c’est aussi l’imaginaire. Est-ce un jardin dans lequel vous aimez flâner ?

-J’aime surtout, je dirais, au travers de lectures. Quant à mon imaginaire, oui, je cultive ce jardin, je crois, oui. Maintenant, là encore j’aurais du mal à en parler parce qu’il est imaginaire, justement !

Mais un auteur se doit d’imaginer, et l’imagination c’est une forme de liberté que vous recherchez…

-Oui.

Pause publicitaire

Retour dans « Déjeuner de Gala » sur Nostalgie. On parle avec Mylène Farmer, votre invitée, de la liberté. Quelles sont les situations, les mots, les événements dans lesquels vous ne vous sentez justement pas libre ?

-Les dîners où il y a beaucoup de personnes… (elle cherche, puis pouffe de rire)

Une foule, c’est pas ‘beaucoup de personnes’, c’est qu’une personne raisonnée ?

-Oui. Oui, c’est toujours un peu facile comme détournement, mais dans le fond c’est vrai. C’est vrai, quand on est en face d’un public, quelque soit la salle, à partir du moment où il y a plus de deux personnes, trois personnes, mais plus le nombre est grand et plus il ne reforme qu’un et une énergie, en tout cas.

En tête à tête, vous vous livrez plus -parce que sur scène, on peut dire que vous vous livrez- vous vous livrez plus que devant une multitude de gens…

-Non, je pense que c’est faux. Je pense que je me livre davantage, mais peut-être sans la présence des mots ou en ayant choisi les mots. Maintenant, je crois que l’émotion que moi je ressens sur scène et que je peux offrir est quelque chose qui est une mise à nu, qui est beaucoup plus importante que dans une interview. J’ai malgré tout le contrôle de moi-même et de mes silences aussi.

Ca fait douze ans, mine de rien, que vous êtes dans ce métier de la chanson. (Mylène confirme en riant) Est-ce que la situation a failli vous échapper une fois, durant ces douze ans ?

-M’échapper, non, je ne le crois pas. Je ne sais pas à quoi vous faites allusion précisément, mais j’ai…

Être dépassée par ses propres motivations, s’embarquer dans un chemin qui n’était pas le bon…

-Avoir envie d’arrêter parfois tout, oui, ça m’est arrivé.

C’est une façon de contrôler, justement, comme cette fuite…

-De nombreuses fois, oui. Hier encore…

‘J’avais vingt ans…’, mais ça c’est Aznavour ! (rires de Mylène) La fuite dans les mots, c’est quand même plus bénéfique que la fuite à Los Angeles ? Vous l’évoquiez tout à l’heure avec mon jardin imaginaire…

-Oui, je crois que j’ai eu besoin pour continuer d’écrire, puisqu’on parle des mots, que j’ai eu besoin de ce passage. Maintenant, il s’est effectué à Los Angeles, dans le fond ça aurait pu être ailleurs, en tout cas un pays dit étranger. Mais j’y ai trouvé, oui, si ce n’est une réelle source d’inspiration, en tout cas moi je me suis nourrie, si je puis dire, à ma façon. J’y ai trouvé quelque chose, oui.

C’est Jean-Louis Murat qui, à ce même micro –je fais allusion à lui parce que vous l’avez rencontré, ne serait-ce que pour un duo- qui expliquait que dans un texte, finalement, le texte n’était jamais aussi beau que lorsque à la fin de la chanson on n’avait pas forcément tout compris.

-Oui…

Et pour vous aussi, je crois, à savoir que les mots ont plus d’importance que l’idée…

-Je pense qu’il vaut mieux savoir, en tout cas pour soi-même, face à soi-même, savoir ce qu’on a voulu dire. Maintenant, je suis d’accord que la chose trop expliquée, qui ne laisse pas dans le fond à l’autre une liberté, me dérange.

Diffusion de « L’Instant X »

Avec nous, Mylène Farmer qui est notre invitée dans ce « Déjeuner de Gala » sur Nostalgie aujourd’hui samedi. Je fais une petite digression avec les images, je voulais en parler un petit peu plus tard. Vous parlez de notion de liberté quant à la perception d’une chanson : le clip, pour le coup c’est bien souvent quelque chose de très cadenassé. On nous impose des images, on nous fait une explication –ça ne vous concerne pas tout le temps- mais n’est-ce pas un piège ?

-C’est vrai, c’est un piège. Mais là encore, est-ce qu’on a le choix de ne pas faire sur une chanson une mise en images ? Là encore, malheureusement je n’ai pas ce choix-là parce que ça serait suicidaire. Mais sur certaines chansons, c’est vrai que certainement je n’aurais pas fait de clip, parce que justement il y a une réduction du sujet évoqué, et puis parfois c’est magique aussi, donc…

J’ai lu que vous disiez : ‘Quand j’écris mes textes, je livre beaucoup plus de moi que vous ne croyez. Il suffit de savoir écouter’. Est-ce que vos chansons sont codées ? C’est un exercice qui peut vous amuser, ça ?

-Non, je ne suis pas sûre d’être aussi intelligente que ça. En tout cas, j’aime bien les mots, donc j’aime jouer avec les mots…

Pas de fausse modestie, jeune fille ! (rires)

-…mais codés, non. Non. Je n’ai pas ce sentiment-là.

 

Y a-t-il quand même une notion –j’ai cru vous entendre le dire, cette fois-ci, donc la véracité du propos est entière, que vous aimiez cette forme d’irrationalité dans un texte et, comme vous venez de le souligner, que vouloir forcément une d’explication, c’est pas le but. Cette notion d’irrationnel, elle vous caractérise lorsque vous écrivez ?

-Non, je ne pense pas. Je ne pense pas, maintenant, sans parler de moi, quand je lis par exemple Cioran, puisque ça m’arrive de le lire en ce moment, à cette faculté que vous donner des mots-clés, et là encore de vous laisser votre propre imagination. C’est un peu confus, ce que je dis, mais… (rires) Un peu comme les haïkus, vous voyez, ces poèmes qui sont très, très courts. On vous donne deux mots, on va vous dire –je dis n’importe quoi : un chien, une fourmi et la senteur du foin et tout à coup, ça va évoquer une multitude de choses. Mais là, ça sera à chacun d’interpréter ou d’imaginer. Donc j’aime, en tout cas si c’est ce que vous évoquez comme étant une irrationalité, alors c’en est une, oui, parfois…

INSTANTXC’est finalement l’éducation que l’on reçoit lorsqu’on allait à la maternelle qui se transforme avec des beaux mots, mais c’est ça en fait : on apprend aux enfants, on leur montre un chat et leur imaginaire… (Mylène acquiesce d’un murmure) Vous faites allusion, donc, à Emil Michel Cioran, ce philosophe français pessimiste (en réalité, bien que vivant à Paris et d’expression française, Cioran n’a jamais eu la nationalité française, nda), dont l’œuvre s’exprime souvent par aphorismes. Vous en avez des favoris, vous ? Des proverbes, des… ?

-Je n’ai malheureusement pas beaucoup la mémoire des… (rires) Je retiens difficilement !

Ben, ‘tomber sept fois’, il y a déjà ça !

-‘Tomber sept fois’, c’était court donc facile à retenir ! Oui, il y a ce proverbe, effectivement, japonais qui dit ‘tomber sept fois, toujours se relever huit’ donc je l’ai volé.

Vous êtes charmée par ce genre de formules ?

-Là encore, c’est le plaisir des mots et l’intelligence qui peut s’en dégager. En tout cas, sans parler même d’intelligence, à la fois la précision dans la non précision. Il y a cette phrase maintenant qui me revient… (rires) Je vais faire mon exercice ! (rires)

Allez-y, soufflez bien !

-‘Tout ce qui ne m’a pas tué me rendra plus fort’

Pause publicitaire

Voilà, de retour avec Mylène Farmer qui est notre invitée aujourd’hui dans ce « Déjeuner de Gala ». Je faisais référence à cette chanson qui figure sur l’album « Anamorphosée », c’est la première fois où vous signez la musique : « Tomber 7 Fois… »…

-Oui, oui. Absolument, oui.

Après les mots, la musique. C’est une forme de défi que vous vous êtes lancé à vous-même ?

-Non. Là encore, ça s’est passé relativement naturellement : j’ai une guitare à la maison, donc il m’arrive parfois de tenter d’y jouer et ma foi, voilà, j’ai trouvé donc cette chanson, mais est-ce que j’ai envie de faire ça et prolonger ça : non, je ne le crois pas.

Vous vous êtes surprise vous-même ?

-D’une certaine façon, oui, probablement ! (rires)

Vous avez regardé autour si personne ne vous avait vue commettre cet acte affreux qui était d’écrire une musique ?!

-(rires) Oui, dans la mesure où j’ai pas de formation de musicienne. J’en ai le goût, en tout cas, mais je pense qu’il faut plus de talent pour composer.

Vous êtes quand même pluridisciplinaire –on évoquera plus tard le goût de la peinture- vous écrivez, vous chantez, c’est tout à fait dans vos cordes, en tout cas c’est dans votre mentalité. C’est aussi de la liberté, finalement, que de savoir faire plusieurs choses, non ? C’est pour ça que cette notion de devenir compositrice, ou compositeur pardon, ça peut aussi vous aller, non ? C’est pas un défi qui vous… ?

-Non, parce que là encore, sans parler de talent, je sais ce que je suis ‘capable’ de faire, en tout cas de revendiquer, on va dire. Maintenant, quant à la musique, là encore, la composition, je sais que je m’essoufflerai très, très vite parce que manque tout simplement de connaissance, là encore.

Vous voyez que vous êtes intelligente, puisque l’intelligence c’est savoir reconnaître ses limites.

-Je ne ferai pas de commentaires ! (rires)

On saute du coq à l’âne, c’est le cas de le dire : vous aimez les animaux, je vous emmène sur le terrain des animaux. Comment va E.T. ?

-Très bien !

Bien. Ce qu’il y a de fabuleux dans la communication avec les animaux, c’est que l’on émet des mots, eux les perçoivent comme des sons suivant l’intonation, et finalement, là on retombe sur c’est presque une chanson qu’on écrit avec les animaux : ils interprètent comme ils le veulent. Est-ce que mon parallèle vous choque ?

-Non. Vous faites ce que vous voulez, d’abord ! (rires) Mais effectivement, oui, les animaux, en tout cas les petits singes, connaissent probablement les sonorités, mais les visages aussi. Ils interprètent beaucoup l’expression, liée au son probablement. C’est un être, là pour le coup, relativement intelligent, caractériel aussi, qui a ses humeurs, mais c’est toujours aussi passionnant d’avoir un singe.

C’est l’animal –nous en parlions tout à l’heure- qui se rapprocherait le plus de nos réflexes. C’est pour ça que vous l’avez choisi ?

-Je crois que j’ai simplement une passion pour le singe. À chaque fois que je vois un documentaire sur ces animaux, j’ai envie de changer de vie et d’aller les retrouver, de les aider ou d’essayer de dialoguer, de m’y intéresser en tout cas. J’ai vu beaucoup, beaucoup de reportages sur les chimpanzés, les orangs-outans ou les gorilles. C’est vrai qu’une vie comme celle de Diane Fossey est une vie passionnante, mais c’est une vie difficile aussi.

C’est une grande tendresse que vous avez envers les animaux, tout à l’heure vous étiez avec les chiens ! Vous aimez leur naïveté ? Leur fidélité ? C’est ce qui vous attire ?

-Là encore, je vais probablement vous décevoir mais je ne suis pas sûre d’analyser toutes les envies que j’ai, ou les communications que j’ai. J’aime les animaux parce que dans le fond, c’est très spontané. Maintenant, si vous voulez vraiment trouver pourquoi on aime un singe, pourquoi on aime un chat ou un chien, dans le fond, ça, ça ne m’intéresse pas de savoir pourquoi je les aime. Je les aime, tout simplement.

Diffusion de « Mylène s’en fout »

« Mylène s’en fout ». Pas nous ! Elle est votre invitée aujourd’hui sur Nostalgie, dans ce « Déjeuner de Gala ». On a aimé –et on aime toujours- cet album, notamment, « Anamorphosée ». Je voulais juste un petit mot sur cet univers musical : il y a eu une évolution. Est-ce qu’on peut la qualifier, cette évolution, de tonique, d’énergique ? Ca serait le bon mot ?-Je vais être obligée, moi, de revenir vers mes albums précédents : je n’ai pas eu le sentiment que ces albums n’étaient pas énergiques, donc en ce sens je ne peux pas aller dans cette idée de ‘plus d’énergie’. Je crois que parce qu’il y a des guitares, beaucoup plus de guitares qu’avant, peut-être que l’énergie vient aussi de là. Peut-être dans la façon de chanter, qui est probablement un peu différente : je chante plus grave –en tout cas, je me le suis autorisé !

Dans le ton, rassurez-nous ! (rires)

-Dans un ton plus grave. (elle hésite) Là, j’avoue que je ne sais pas bien… « Désenchantée », pour moi par exemple, est une chanson extrêmement énergique –mais ça n’engage que moi- au même titre que « L’Instant X », si ce n’est que la production est très différente. Là, oui.

Voilà, justement : en quatre ans, est-ce que vous avez eu l’impression de vivre une révolution musicale ?

-Non…

D’abord, est-ce que vous avez écouté ce qui se faisait ? Quand se passent comme ça quatre années, est-ce qu’on a le doute de se dire ‘je vais décrocher, je vais avoir un handicap insurmontable’ ? Parce que c’est un métier qui va très, très vite –je parle de la technologie, ne serait-ce que ça…

-Oui. Oui, oui. Là encore, c’est plus une envie profonde non pas que de changer radicalement, mais simplement puisque j’ai passé un certain temps aux Etats-Unis, c’est vrai qu’on est enclin à écouter beaucoup plus de musique : si on écoute la radio, on écoute que de la musique américaine en tout cas et qui est essentiellement beaucoup de guitares, et puis aussi dans les mélodies… Donc, en ce sens je ne me suis pas dit, là encore, ‘Pour le prochain album, il va falloir faire attention !’. C’est simplement un désir, tout simplement, que d’aller vers quelque chose de plus ce qu’on appelle live, moins de gimmicks. Je sais pas si j’ai répondu à votre question ! (rires)

Si ! Faire office de référence, comme vous le faites aujourd’hui, est-ce que c’est une forme de reconnaissance éternelle ?

-Référence… ?

Vous êtes une entité…

-Oh, pardon : moi ?!

Oui ! Est-ce que c’est une forme de reconnaissance ?

-Est-ce que je suis une référence ?!

Quoiqu’il advienne, à partir de ce jour vous resterez quelque chose auquel on pourra s’identifier, auquel on fera référence. Est-ce que cette reconnaissance, vous la percevez ? Et comment vous l’acceptez ?

-Je la perçois parfois. Quand je monte sur scène, je crois que c’est le moment où l’on vous applaudit, tout simplement, où on vous dit que vous êtes quelqu’un d’important à ce moment-là. C’est important au moment où je le fais. Maintenant, vous dire est-ce que ça me rassure ou est-ce que c’est important pour moi : je ne suis pas sûre, là encore, de pouvoir répondre à cette question. Je ne sais pas. (rires) J’aurais plutôt une humeur aujourd’hui de nous somme peu de chose, donc ça va être difficile pour moi que de vous dire ‘Je suis une référence’ !(rires)

Mais nous sommes peu de chose, je vous le confirme ! Il faut mieux en rire…

-J’aime ce que je fais. Je crois que je vais, là encore, faire ou une pirouette ou une réponse plus concise : j’aime profondément ce que je fais. C’est le plus important.

Pause publicitaire

Bien. De retour dans « Déjeuner de Gala » sur Nostalgie avec Mylène Farmer. Il y a quelque chose que vous aimez et que vous ne faites pas encore, et que vous allez certainement faire parce que vous n’êtes pas être à vous laisser abattre, c’est le cinéma. (Michel Cottet semble ignorer qu’à la date de la diffusion de cet entretien, « Giorgino » venait de sortir deux ans auparavant ! nda) Tout ce que vous entreprenez sur scène, sur disque, sur les clips, il y a –j’ai l’impression, arrêtez-moi si je me trompe- une approche cinématographique.

-Oui…

Votre bonheur total serait aujourd’hui, ou dans quelques années, d’avoir une pile de disques de diamant et puis une pile de bobines de films, quand même, non ?

-Là encore, je ne suis pas sûre. Il y a quelques années, j’aurais -et je l’ai dit, que de ne pas faire de cinéma, j’en mourrais…

Je voudrais qu’on ferme… Oublions tout ça et voyons devant !

-Non, non ! Je le révoque, parce qu’aujourd’hui je crois que je peux m’en passer tout à fait. Ca, c’est pour répondre à la notion de pile et de collection (rires). J’aimerais refaire un film, avoir un rôle qui bien sûr m’intéresse. Maintenant, me projeter dans un avenir de cinéma : pas du tout. Honnêtement, pas du tout.

Mais cette approche –j’en finirai avec le cinéma…

-Mais j’aime le cinéma, donc voilà pourquoi j’aime l’image.

Voilà, ce qui explique peut-être votre petite différence –enfin, pas votre différence, ce que j’expliquais tout à l’heure : le phénomène musical- parce que vous appréhendez les choses avec un autre regard, celui de la caméra, même si on parle de chanson…

-Là encore parce que mon goût probablement, oui, pour le cinéma, pour l’image, pour l’évocation. Donc là c’était une rencontre formidable, en tout cas, quand j’ai commencé ce métier, à savoir que le clip était un élément essentiel pour un artiste, et ça a été quelque chose de magique pour moi –déjà d’avoir travaillé avec Laurent Boutonnat, qui a fait quand même la plupart de mes clips et qui est quelqu’un de grand talent. Là encore, c’est l’idée de rencontre, que de pouvoir aller voir Abel Ferrara et lui demander de travailler avec lui, Marcus Nispel, autant de gens qui ont beaucoup de talent. Là, c’est plus l’idée -on parlait de solitude tout au début- là c’est l’idée réellement de deux ou de trois, de ne pas être seule justement dans une création.

Vous citez Bergman, Polanski, Annaud –je lis, hein !- Sergio Leone, dans le monde du cinéma. Est-ce que vous avez eu des rencontres fascinantes, au-delà des œuvres, avec ces gens ou avec d’autres ? Est-ce qu’il y a des gens que vous aimeriez rencontrer ? Vous aussi, certainement, vous êtes titillée par ces…

-J’aurais adoré rencontrer Bergman, mais il ne m’a pas attendue ! (rires) Maintenant, là encore, est-ce que j’ai des vœux : non. J’aurais aimé rencontrer Cioran, mais il n’est plus. J’avais très, très envie de rencontrer Abel Ferrara, c’est chose faite.

Vous avez percé un peu le mystère ?

-De ce monsieur ? C’est quelqu’un d’assez fascinant, aussi bien dans la destruction que dans l’énergie, mais c’est quelqu’un de fascinant en tout cas.

Donc c’est intéressant, finalement, d’essayer de percer le mystère des gens et de les rencontrer…

-Oui, bien sûr ! Bien sûr. Mais là encore, c’est quelqu’un qui se dévoile très, très peu.

C’est d’autant plus passionnant…

-Il faut comprendre des choses, accepter d’autres, tolérer parfois, mais c’est quelqu’un de très riche, oui.

« À force d’ignorer la tolérance, nous ne marcherons plus ensemble »…

-Oui ! (rires)

Diffusion de « Rêver »

Juste avant ce titre, on parlait justement de chanson, du disque. En parlant de chanson, c’était dans l’album « L’Autre… » : ‘Agnus Dei, moi l’impie je suis saignée aux quatre veines’. À défaut de mépriser la religion, le bouddhisme c’est quand même quelque chose que vous avez cerné avec le livre de Sogyal Rinpoché, auquel vous rendez hommage d’ailleurs sur la dédicace de l’album. (Mylène confirme d’un murmure) Vous avez lu « Le Livre Tibétain de la Vie et de la Mort ». Cette philosophie consiste à vivre le moment présent : concrètement, c’est quoi ne pas vivre les moments avant et après qui peuvent redonner le sourire comme ça ?

-Ne pas vivre les moments avant ou après ?

Puisque la définition…

-Oui, oui. C’est une façon de ne plus se mettre en réel danger -mais ça c’est une notion dans le fond que je n’aime pas parce que j’aime le danger, j’aime l’inconnu- mais en tout cas d’un danger qui n’est pas réellement intéressant, à savoir c’est vrai que le passé peut être un fardeau. L’avenir, l’idée de l’avenir, se projeter dans l’avenir et de se dire ‘Qu’est-ce que je vais faire demain ?’ est quelque chose de terriblement angoissant, donc quand on a à la fois la connaissance qui est celle des autres, puisque vous évoquiez ce livre, cette philosophie est un pansement. Maintenant, il y a des choses que l’on accepte et puis d’autres que l’on rejette, et c’est vrai que l’idée, la notion de vivre son présent est quelque chose de cicatrisant, dans le fond.

Malgré cette référence, je crois savoir que vous n’épousez pas pour autant la cause du bouddhisme…

-Non, c’est-à-dire que c’est toujours pareil : puisque j’ai évoqué ce livre dans mon album, après c’est toujours difficile parce que si les médias s’en emparent, on va vous dire ‘Donc vous êtes bouddhiste’. Et c’est vrai que moi j’ai quelques nuances, en sachant que je ne le pratique pas tous les jours, je n’ai jamais rencontré le Dalaï-lama, je n’ai jamais réellement rencontré de bouddhistes mais je m’y suis intéressée et c’est quelque chose, une fois de plus, qui m’a fait beaucoup de bien, que je trouve très sensé et surtout très réparateur. Ce n’est pas une religion, c’est plus une philosophie donc c’est quelque chose de plus tendre.

Je parlais de tolérance tout à l’heure : c’est une de vos valeurs essentielles…

-Là encore, j’en ai besoin et c’est vrai que je le réclame chez l’autre. Là encore, c’est un apprentissage, parce qu’on ne devient pas tolérant comme ça, du jour au lendemain : il suffit de quelque chose qui vienne percuter votre esprit, quelque chose de violent par exemple, et j’aurais presque envie de nier tout ce que je viens de dire donc là encore, c’est un chemin qui est long ! Mais c’est vrai que cette notion de tolérance est quelque chose d’indispensable pour l’être humain.

Et quand la tolérance confine presque au pardon, c’est un peu facile quand même, non ?

-Pardon ?

Lorsque la tolérance confine au pardon, c’est un peu facile comme attitude : il faut quand même se révolter, se battre, non ?

-Oui. Maintenant, l’idée du pardon, là je pense…

Je parle pas du Grand Pardon ! (rires)

-…brutalement à un article que j’ai lu sur ces femmes et hommes qui ont perdu des êtres chers et qui sont allés voir les bourreaux de ces personnes perdues. Là, c’est une idée du pardon qu’on pourrait qualifier de presque insoutenable mais c’est quand même une grande idée, donc j’aime cette idée du pardon.

Un que vous pardonnez, parce que je présume qu’il est toujours numéro un dans votre cœur dans la littérature, c’est Edgar Allan Poe : « Allan » la chanson, oui, c’était ça ?

-Oui, bien sûr !

Bon, on ne sait jamais !

-Non ! (rires)

Il y a « Le Corbeau », avec l’emblème sur… C’est toujours le numéro un dans votre cœur ?

-C’est quelqu’un que j’aimerai éternellement, ça oui ! Maintenant, j’ai des lectures un petit peu plus légères en ce moment, qui sont Mary Higgins Clark dont je suis en train de dévorer tous ses livres !

Très en vogue, oui !

-C’est plus léger, mais c’est assez passionnant ! C’est bien écrit, en tout cas. (rires)

C’est très en vogue, presque à la mode d’ailleurs…

-Oui. C’est plus vulgaire ! (rires)

Ca lave l’esprit ?

-C’est une détente en tout cas, oui. (rires)

Pause publicitaire et flash info

Retour sur Nostalgie dans ce « Déjeuner de Gala » avec Mylène Farmer. On parlait de littérature, on parlait d’Edgar Allan Poe et puis de Mary Higgins Clark et de sa soi-disant légèreté. Parmi les lectures qui sont plus tendues, j’avais noté Henry James et puis Julien Green

c’est drôle, on en parle alors qu’il veut être révoqué de l’Académie Française alors qu’il n’en a pas le droit, ce brave homme- avec ses angoisses métaphysiques. Est-ce qu’ailleurs c’est toujours mieux que là où on est ?

-Je le pense de moins en moins. Est-ce que c’est le voyage qui vous donne ces… ?

Ha, vous vous éloignez de notre ami Julien, là ! (rires)

-Oui ! Là encore, c’est l’idée de projection ou d’anticipation, d’imaginer effectivement que l’autre va vivre mieux, que l’ailleurs est un meilleur. Dans la mesure où j’essaye de vivre des moments présents, ce seront mes moments à moi –non pas que je n’envisage pas l’autre, mais je me dis que dans le fond j’ai de la chance de vivre ce que je vis, même si parfois c’est difficile donc de ne pas chercher justement cet ailleurs hypothétique.

J’évoquais Julien Green, philosophe mais aussi photographe avec des autoportraits, des photos de famille (Michel Cottet prononce d’abord ‘des autos de famille’ ce qui provoque un fou rire de Mylène) Le pauvre, il est né au début du siècle, des autos il devait pas tellement en voir !

-Changez la question !

Non, non, non je la conserve ! J’aimais beaucoup sa définition d’un cliché parfait –je lis les trois points : savoir voir, être rapide et être patient pour réussir donc une photo. Est-ce que ce ne sont pas un procédé qu’on pourrait appliquer à une chanson, finalement, pour sa réussite ?

-(elle répète) Savoir voir, être rapide et être patient… Oui ! Oui, ça peut être… (elle s’interrompt, visiblement perdue)

Non, c’est pas grave, c’est pour mes enchaînements comme ça…

-Oui, oui, j’entends bien ! (elle éclate de rire)

…on arrive sur la peinture, n’est-ce pas, vous voyez…

-Parce que vous, tout est écrit ; moi, rien ! (rires)

Je suis obligé de prendre des notes ! Donc je voulais faire un parallèle entre la photo, la chanson et la peinture, qui est quand même un art aussi qui, si je ne m’abuse, vous titille…

-J’adore la peinture. Je la connais depuis peu, dans le fond. J’ai rencontré certaines personnes qui font partie de ce métier, donc de la peinture, qui m’ont d’une certaine façon éduquée.

Lesquelles ? Enfin, si toutefois ça n’est pas…

-Pierre Nahon, que je connais peu mais… Albert Koski (mari de Danièle Thompson. Mylène a assisté a plusieurs vernissages de l’artiste et est une intime du couple, nda) est quelqu’un qui m’a aidée et puis ma foi, après ce sont des expositions, ce sont des livres : j’adore acheter des livres de peinture, j’adore acheter quand je le puis quelques peintures.

Des livres pour essayer de reproduire ou simplement pour la beauté de… ?

-Pour une évasion, là encore. C’est aussi intéressant de feuilleter un livre de peinture qu’un roman. J’aime beaucoup Egon Schiele, j’aime Max Ernst, j’aime Klimt…

Je suis largué en peinture, alors là je dis rien, je fais celui qui connaît, mais alors là, non !

-Non, non mais… ! Henri Michaux, l’écrivain, qui était également un peintre. Et puis beaucoup d’autres.

Vous aimez la peinture, c’est pas pour autant que vous aimez vous emmêler les pinceaux, hahaha ! (ironique)

-(elle pouffe) Je dois répondre ?! (rires)

J’en aurai presque fini avec mes références littéraires –enfin celles d’une époque qui n’est pas forcément celle que vous vivez actuellement -il y avait notre ami Kafka. J’avais lu un bel article sur Prague, vous dévoiliez la ville de Prague avec beaucoup de bonheur (paru dans le magazine « Femme » en juin 1996, nda). C’est parce qu’elle vous rappelle Montréal, de par son climat, de par… ?

1989-06-Très honnêtement, je ne me souviens pas de Montréal, si ce n’est que j’ai le goût de la neige, donc probablement lié à cette époque. Je n’y suis retourné qu’une fois et extrêmement brièvement donc c’était quelque chose que je qualifierais de pas très agréable (Mylène y est effectivement retournée à l’automne 1988 dans le cadre d’une série photo avec Elsa Trillat. Des années plus tard, lorsque celle-ci évoquera ce voyage pour le Mylène Farmer Magazine, elle parlera également d’une mauvaise ambiance, nda). Donc je ne me souviens pas de Montréal, en somme.

Je ne sais pas si vous vous souvenez de cet article sur Prague que vous avez formidablement bien rédigé…

-Non, je ne m’en souviens pas. (l’article a pourtant été publié quelques mois à peine plus tôt, nda)

C’est un art que vous aimez aussi. Il était axé sur les monuments historiques, sur les gens de la littérature etc. Ca vous passionne, ça, l’histoire des villes ?

-Oui. Je suppose que c’est à peu près normal quand on découvre une ville de savoir ce qui s’y est passé, quels étaient les écrivains, qui a hanté qui ou qui a hanté quoi… Oui, là c’est encore un intérêt pour l’autre.

Il y a notre ami le marquis, ça vous aimez bien, aussi…

-Le marquis, oui ! Le divin marquis ! (rires)

Le marquis de Sade. Il va bien ?!

-Je l’ai délaissé, lui, un petit peu ! (rires) Il trépigne !

Justine (héroïne des écrits du marquis de Sade, nda) va être en colère !

Diffusion de « Comme j’ai Mal »

« Comme j’ai Mal », c’est bien entendu Mylène Farmer, extrait de l’album « Anamorphosée ». Mylène, notre invitée aujourd’hui sur Nostalgie dans ce « Déjeuner de Gala » avec des chansons, avec des livres. Parmi toutes ces lectures, qui une nouvelle fois peuvent changer ou évoluer –ceci dit, celles qu’on a évoqué et que vous revendiquez, c’est quand même un monde fantastique et morbide : est-ce que le suicide peut flirter, être limitrophe de cet univers que représentent les Julien Green, les Cioran etc. ?

-Est-ce que je… ?!

Le suicide, la notion de suicide peut être limitrophe de cet univers pessimiste…

-Là encore, est-ce que ce sont des thèmes de prédilection ? Je m’y sens bien…

Pour l’époque où vous vous sentiez bien. Je ne veux pas…

-Non, non je m’y sens toujours très bien !

Est-ce que cette notion de suicide, qui est quand même une limite à franchir ou ne pas franchir après tout, est-ce qu’elle était présente dans vos lectures ? « Le Mythe de Sisyphe » de Camus, est-ce que vous l’avez lu par exemple ?

-Non, non. Est-ce que vous faites allusion à moi, est-ce c’est quelque chose qui m’a hantée, ou est-ce que c’est quelque chose qui… ?

 

Oh non, je n’irais pas jusque là. Non, non. D’une façon générale, quand on est ‘imbibé’ non pas d’alcool –bien que vous appréciiez le Bordeaux et je vous en félicite !- mais imbibé de ce genre de lectures, aussi diverses soient-elles…

-Oui, ce sont des chemins dangereux. Effectivement, si on s’imbibe et fait une indigestion d’auteurs comme ça, de lectures, ça devient sa vie de tous les jours, sa pensée de tous les jours donc on finit par… A la fois c’est passionnant et pourquoi c’est passionnant ? Parce qu’on ressent ces mêmes choses, donc fatalement se crée un lien entre l’auteur et le lecteur. Maintenant, ça peut être dangereux si on ne s’abreuve que de…

C’est pour ça qu’il y a Mary Higgins Clark !

-Oui, peut-être ! Parce qu’il y a toujours ces ingrédients mais il y a toujours une notion d’espoir, j’imagine. Oui, il faut avoir le recul nécessaire pour ne pas effectivement essayer d’illustrer ce que l’on lit, en tout cas de l’appliquer à sa vie, voilà.

Vous êtes en train de nous avouer quand même professionnellement, à travers vos lectures, une formidable conscience des limites, un recul, une sérénité par rapport à vous-même…

-Oui, je le pense. Parfois, je n’aime pas ça, je n’aime pas cette maîtrise.

Ca empêche une folie, d’être trop maître de soi, d’être trop lucide finalement ?

-D’une certaine manière, oui. Et une trop grande lucidité mène à un cynisme parfois, et ça je m’en défends aussi parce qu’être cynique, je crois, c’est pas très intéressant pour sa vie ni pour les autres. Mais là encore, c’est moi qui suis responsable de ça.

Pause publicitaire

Retour sur Nostalgie dans ce « Déjeuner de Gala » avec Mylène Farmer. Un petit clin d’œil à votre nom : ‘Farmer’, c’était un personnage d’un film que Jessica Lange a tourné etc. Enfin bref ! (incarnée au cinéma en 1982 par Jessica Lange, Frances Farmer est décédée en 1970, nda)

Aujourd’hui, si vous deviez choisir un autre nom en référence, ça serait Greta ?

-Non ! (rires)

Non ? Ca changerait pas ?

-E.T., ça me conviendrait parfaitement ! (rires)

Greta, ça m’arrange : j’étais sur « Cendres de Lune »…

-J’ai bien compris, oui ! (rires)

Léo Ferré –j’y reviens, vous voyez, chacun les siens- c’était la mélancolie, ‘la mélancolie, c’est revoir Garbo’ dans « La reine Christine ». Pour vous c’est quoi, la mélancolie ?

-Qu’est-ce que pour moi la mélancolie… ?! Hmm…

Vous avez autant de temps que vous voulez pour répondre !

-Oui, mais plus je vais mettre du temps et plus la réponse sera décevante !

Non, peut-être que vous n’êtes pas mélancolique, donc c’est un sentiment qui n’évoque rien de spontané, justement…

-Je la trouve très souvent dans la musique. Ecouter une musique évoque chez moi une mélancolie. Mais là, précisément, non je n’ai pas de réponse…

Ecouter les Doors, les Eagles, Gainsbourg, Dutronc, ça c’est de la mélancolie, c’était votre…

-Oui…

Vous êtes allée voir, par exemple, Dutronc au Casino (de Paris, nda) y a quatre ans ?

-Non.

Barbara, aussi, qui a bercé votre… Non ?

-Non. Le dernier spectacle que j’ai vu, c’était Alanis Morissette.

Barbara, qui vient de sortir un album (« Barbara », 1996, nda) : ‘Il me revient, il me revient en mémoire, il me revient une histoire, il me revient des images’ ça, c’est pas votre cas, ça, hein…

-Qu’il me revienne des images ? J’essaye le moins possible ! (rires)

L’adolescence ne revient jamais. Vous n’aimez pas l’adolescence d’une façon générale : est-ce que c’est parce que vous n’appréciiez pas le manque de personnalité chez l’autre ? Est-ce qu’on peut faire le lien ?

-Je n’aime pas l’adolescence. Là encore, je n’ai évoqué que la mienne : c’est un passage que je n’ai pas aimé du tout, du tout.

Peut-être dans le regard des autres adolescents que vous croisiez à l’époque…

-Ca, de toute façon, mais avant tout on ne s’aime pas soi-même et là pour ça, je crois que je n’avais même pas besoin du regard de l’autre.

Ca vous plaît aujourd’hui d’être presque adulte ?

-Je crois que je ne le serai jamais !

J’ai dit ‘presque’, hein !

-(rires) Oui, je me préfère aujourd’hui qu’il y a cinq ans, six ans, dix ans, vingt ans. La trentaine est quelque chose de plus doux, pour moi en tout cas.

Ca correspond à ce que vous imaginiez lorsque vous étiez adolescente ?

-Non. Là encore, je me suis toujours envisagée -c’est plus une détresse qui venait à moi, donc de s’envisager plus grand dans le temps est quelque chose qui n’était pas là encore très doux. Mais j’ai toujours entendu ‘Vous verrez, l’âge de trente ans ou la trentaine pour une femme est bien plus magique que cette période qu’est l’adolescence’ et j’avoue que je puis dire oui, en tout cas me concernant.

Là, c’est à demi magique : vous êtes au milieu de cette décennie exceptionnelle !

Diffusion de « Vertige »

« Vertige », toujours extrait de votre album, Mylène Farmer, « Anamorphosée » -je vous parle, puisque vous êtes notre invitée aujourd’hui sur Nostalgie dans ce « Déjeuner de Gala » ! On parlait juste avant de votre adolescence. Vous ne répondrez pas si je vais un peu trop loin : vous dites aussi avoir été en manque d’affectif, est-ce qu’avec le recul vous avez l’impression d’être passée à côté d’une bonne thérapie pour soigner cette blessure ?

-Là encore, puisque c’est une inconnue pour moi je ne peux pas répondre, en ce sens que je n’ai pas fait cette démarche. Maintenant, nous sommes tous d’abord des êtres très sensibles mais il y a une hypersensibilité que vous ayez dans le fond ou non cet amour, vous ne le percevez ou en tout cas pas peut-être à sa juste valeur, ou peut-être que vous en demandez une surproduction donc en ce sens, vous allez souffrir. Donc je dois faire partie, si je peux me caractériser, de cette catégorie d’êtres hypersensibles, donc difficiles.

« Et Tournoie… » : ‘Ton pire ennemi, tu peux l’expulser de toi’…

-Là, ça fait partie, oui, de cette…

Il rôde encore ?

mylene-farmer-ouv-Bien sûr. C’est pour ça : là, je pensais à ça et à l’évocation du bouddhisme et toutes ces choses qui sont très belles et très reposantes mais malgré tout on se lève le matin et on peut toujours avoir cette notion du mal qu’on a en soi, cette capacité à faire la mal, cette négation de soi et toutes ces choses qui font que ça perturbe votre esprit et c’est là où c’est difficile, parce que c’est là où vous décidez, vous êtes réellement maître ou de votre vie ou de votre journée et décidez que non, ça va aller mieux parce que ça vaut le coup.

Ce méchant, il s’appellerait Alice, l’araignée malicieuse ?

-Oui, tout à fait ! (rires)

Ca m’amène à la scène : entre le spectacle de 1989 et celui-ci, qu’est-ce que vous vouliez absolument ne pas reproduire ?

-Trop de tristesse.

Voilà, on sait toujours ce qu’il faut pas faire, on sait pas forcément ce qu’il faut faire, mais voilà, c’est ça…

-Oui, j’avais envie de…Mais là encore, ça a commencé par l’écriture de l’album, donc fatalement la scène est différente puisque j’ai suggéré, moi, des choses avant, en tout cas mes changements intimes.

Ceci dit, si je puis me permettre, le spectacle comporte la quasi-totalité des nouvelles chansons mais dans sa globalité, ça ne représente que 40% et pourtant le spectacle a une tenue, c’est la même. Il est quand même…

-J’ai eu envie d’abord d’évoquer le blanc, avec tout ce que ça peut évoquer pour l’autre, essayer de donner de la joie ; maintenant de la réflexion, bien évidemment, mais l’idée du show en soi : l’idée du show qui est quelque chose de à la fois factice, rapide mais quelque chose de fondé.

Pause publicitaire

C’est toujours votre « Déjeuner de Gala » sur Nostalgie. On est pratiquement en tournée, on parlait de votre disque, c’est la scène actuelle -ce soir vous serez à Nîmes. Cet écran géant, c’est votre idée ? C’est pour avoir un spectacle à deux vitesses, ce fameux show que vous venez de décrire et puis également qu’on puisse vraiment lire dans vos yeux ?

-D’une certaine manière, oui. Là encore, c’est peut-être extrêmement narcissique mais c’est ‘pensons aux personnes qui sont tout au fond et qui ne voient que des petites choses sur scène qui bougent’, donc j’allais dire je me devais, non je ne me devais pas de le faire mais moi étant spectateur, c’est vrai que j’ai une frustration si je ne vois pas les yeux de la personne. Donc voilà pourquoi cette idée de l’écran géant et parce qu’il y a eu…

Surtout quand ils sont jolis !

-(elle rit, un peu gênée) Et puis l’envie aussi de projeter des choses sur cet écran, parce que bien évidemment il n’y a pas que moi, évoquer l’abstraction et là encore, c’était une chose…

Et vos sourires, on dirait –c’est peut-être fait exprès- il y a des expressions très agréables qui nous propulsent vers le blanc…

-Là, c’est peut-être la différence alors par exemple avec la première scène et la deuxième : sur la première, je n’aurais jamais pu avoir une caméra qui reproduise justement mon visage en gros plan. Ca, c’est quelque chose qui m’aurait mortifiée parce que peut-être que je n’étais pas prête pour ça (il est à noter que pour les deux dates à Bercy en 1989, des écrans géants étaient pourtant placés de part et d’autre de la scène, nda) alors que là, c’est quelque chose que je… c’est sans doute ça, le vrai changement : c’est de devancer ça et de dire ‘Voilà, maintenant je vais vous donner aussi mes clignements d’œil, mes larmes, mes joies, mes sourires, mauvais ou bons profils, peu importe : je me livre !’ (rires)

‘Dieu vomit les tièdes’, ça c’est vous qui l’avez…

-C’est dans la Bible ! (rires)

Oui, oui, je vous cite, je l’ai noté et je voulais rebondir là-dessus : vous êtes dure dans le travail ? Vous avez l’œil à tout ? Vous maîtrisez tout ?

-Maîtriser, je ne sais pas, mais en tout cas je fais en sorte, oui, de maîtriser le maximum. Dure, probablement ; pénible, à mes heures sans doute, mais maintenant je respecte l’autre, donc je pense que…

Les réactions, lorsqu’il y a un point qui vous agace, elles sont spontanées ou réfléchies pour apporter la solution ou pour essayer d’imposer votre vision des choses ?

-Elles sont… Là encore, c’est pas aussi simple que ça. Je m’enflamme très, très vite ! Même si dans le fond, la réponse a été donnée tout de suite, parfois elle est un petit peu trop -je ne trouve plus le mot !- démesurée, mais en tout cas elle est instinctive.

Diffusion de « Laisse le Vent Emporter Tout »

« Laisse le Vent Emporter Tout », c’est Mylène Farmer, extrait de votre album « Anamorphosée ». Continuons ce « Déjeuner de Gala » sur Nostalgie : on faisait référence tout à l’heure sur l’album aux guitares de Jeff Dahlgren. Est-ce qu’il y a eu d’autres ingrédients comme ça sur l’album et sur la scène que vous vouliez absolument avoir à vos côtés pour perdurer ce nouvel élan ?

-Sur la scène, oui : avoir des musiciens qui ont envie de jouer.

Pourquoi ? Le contraire, ça existe ?!

-Oui, parce que dans ce métier, ça peut devenir une routine très facilement. On vient en studio, on fait une séance et on s’en va… Qu’il y ait une énergie centrale sur scène, qui sera la mienne puisque je vais être le point central, et à la fois des danseurs et des musiciens, s’il n’y a pas une osmose parfaite, en tout cas un réel désir commun, je crois que c’est quelque chose qui est à moitié gagné. Donc, outre les capacités et les talents de musicien, il y a aussi ce vrai désir de se dire qu’à chaque fois qu’un spectacle est quelque chose d’exceptionnel et qu’il faut tout donner.

Cette osmose, on la ressent tout de suite ? Non, bien entendu, il faut du temps…

-Je crois que là encore, c’est plus l’idée de l’instinct qui vient quand on fait le choix des musiciens, et puis après je crois que c’est malgré tout à la fois et un travail et un partage. C’est-à-dire, c’est vrai qu’il y a beaucoup de moments, par exemple pendant les répétitions –que ce soit avec des danseurs ou avec des musiciens- il y a beaucoup de moments après la scène, avant le spectacle, à la cantine… Ca peut paraître ridicule, mais ce sont des moments qui sont importants à chaque fois parce qu’il y a une vraie ou communication, ou communion et que c’est là que se construit réellement ce que les gens vont ressentir sur scène.

À la cantine, comment on se détend ? On parle de blagues ou on continue à peaufiner les détails, ou à se dire ‘Ca, c’était pas bien ; ça, c’était bien’… ?

-Il y a toujours ces choses-là qui surviennent, mais en général pour un tel spectacle, parce que c’est quelque chose qui est obligé d’être extrêmement calibré. Après vient le temps de…

Ca doit être parfait avant qu’on l’ait commencé…

-Parfait : là encore, je me méfie un petit peu de ces mots en parlant de moi et de ce spectacle, mais en tout cas les choses techniques, par exemple, doivent être extrêmement étudiées, sinon on va à une catastrophe !

Vous vous aimez, parfois ?

-(elle soupire, puis rit) Sans doute, oui. Sans doute…

Vous aimeriez être l’amie de Mylène Farmer ?

-Posez-moi une autre question ! (rires)

‘De ce paradoxe je ne suis complice / Souffrez qu’une autre en moi se glisse’, héhé ! Est-ce que l’illogisme serait donc la seule logique possible ? Oh, c’est compliqué !

-Je vais avoir mal à la tête, bientôt ! (rire franc)

On a bientôt fini, docteur ! C’est vous : en lisant vos chansons, en les écoutant ça inspire ce genre de… Mon imaginaire a fonctionné, vous voyez ! (Mylène acquiesce d’un murmure) Donc forcément, c’est vrai que vous avez peut-être des difficultés à y répondre. ‘Mais qui est l’autre’ ?!

Diffusion de « Et Tournoie… »

« Et Tournoie… », c’est Mylène Farmer bien entendu, notre invitée aujourd’hui dans ce « Déjeuner de Gala ». Je reviens sur la scène : c’est Paco Rabanne qui vous habille –vous voyez, j’ai tout noté parce que je peux pas tout me souvenir, moi !- en 1989, c’était Thierry Mugler, qui avait fait aussi le clip de …

-Oui…hqdefault

Il y a eu Gaultier sur le clip de « Je t’aime Mélancolie », Alaïa sur le clip de « Que mon Cœur Lâche », non c’est pas ça ?

-Oui !

Bref, c’est une vraie collection ! C’est drôle…

-Oui, j’aime bien les couturiers !

Vous jouez sur scènes avec ces tenues ? C’est une façon de vous… ?

-Oui. Là encore, j’ai travaillé assez longtemps avec l’équipe de Paco Rabanne.

C’est une volonté de changer, comme ça, d’aller de l’un à l’autre qui ont quand même des styles très différents ?

-Oui. Encore que sur la première scène, à part deux ou trois tenues, Thierry Mugler n’était pas si en avant que ça : c’est-à-dire qu’il a accepté de prêter son talent mais de respecter aussi mon univers. Je fais allusion à « Tristana », par exemple, qui était des manteaux russes avec des écharpes, des gants : c’est pas très Thierry Mugler ! Maintenant, pour Paco Rabanne, l’idée c’était que ce soit près du corps, que ce soit ce qu’on appelle sexy… (rires)

Et talons hauts, cette fois-ci !

-Et talons qui sont très, très hauts ! (rires) Et Paco Rabanne, là encore ça fait partie des rencontres et des choses qui deviennent presque une évidence une fois que c’est choisi. C’est quelqu’un qui aime le blanc, c’est quelqu’un qui aime l’énergie, qui aime autant de choses qui avaient un rapport avec ce show.

Dans le monde de la mode, dans le monde de la chanson, il y a forcément moult personnes qui essaient de vous approcher, non ? Des projets, vous devez en avoir !-Mais non, pas tant que ça !

Pourquoi ? Vous faites peur ?!

-Je ne sais pas ! Mais non, il y a pas tant de…

Restons sur le domaine de la mode : il y a pas beaucoup de personnes au monde qui réclament autant de tenues pour une scène, et surtout des tenues qui sont mises en valeur, qui servent à quelque chose, non pas simplement à dire ‘Vous avez vu ? J’ai une belle tenue !’, donc forcément ça doit attiser les esprits fertiles !

-Mais non ! Alors, est-ce que c’est propre à ce pays ? J’en sais rien, mais c’est plus à soi à chaque fois de faire des démarches et d’avoir des désirs et d’aller vers l’autre plus que créer de réelles envies chez l’autre, non…

J’ai juste noté, il y avait Baudelaire aussi, j’ai oublié, avec « L’Horloge », que vous aviez adapté sur l’album « Ainsi Soit Je… » : ‘Trois mille six cents fois par heure, la seconde chuchote : souviens-toi’, ça, ça doit vous énerver, ça ! C’est pas vous, ça !

-(rires) C’est plus moi, ou j’essaye de ne plus l’être ! (rires)

J’avais noté également, pour essayer d’en finir avec cet album, « Anamorphosée », sur « Mylène s’en fout », c’est la pureté à travers le jade, ce minéral chinois. La pureté, ça pourrait être aussi un mot pour vous définir ?

-Oh, là encore c’est un exercice que je ne ferai pas, tenter de me définir, donc je vous laisse ces mots-là, mais le jade, l’évocation du jade qui évoque effectivement la pureté, l’idée aussi d’un matériau brut, d’un matériau qui n’est pas précieux mais qui devient avec le temps quelque chose de précieux

–mais là je ne m’évoquais pas moi précisément !

J’espère que ‘c’est sexy’, Nostalgie ! En tout les cas, c’est vrai qu’essayer de découvrir quelqu’un, essayer de percer le mystère, ça peut amener un grand risque : la déception. Je peux vous dire que vous êtes l’exception qui confirme la règle !

-C’est gentil ! Je pensais exactement à ça, à savoir est-ce que je n’ai pas déjà trop parlé ?!(rires)

Je voulais finir en vous paraphrasant : laissons le vent emporter tout, laissons Mylène prendre soin de tout. Voilà !

-(rires) C’est gentil à vous, en tout cas ! Merci !

Merci beaucoup.

Publié dans Mylène Autrement, Mylène et ses longs discours | Pas de Commentaires »

POUR UN CLIP AVEC TOI Mylène Présenté par Laurent BOYER

Posté par francesca7 le 25 mai 2015

M6 du 7 AVRIL 1991

« J’ai un souci de garder les choses secrètes, je suis probablement comme les enfants : j’aime encore les surprises. »

1991-01-hLe contexte de ce long entretien est un cas unique, puisqu’il a lieu sur le plateau du clip « Désenchantée », en plein tournage de celui­-ci. Laurent Boyer se retrouve donc en extérieur, aux côtés de Mylène qu’on découvre avec son apparence du clip, protégée du froid par une grosse doudoune noire.

Cette interview est la première apparition télévisée de Mylène depuis novembre 1989. Après la fin du Tour 89 début décembre, elle avait alors complètement disparu médiatiquement.

Laurent Boyer : C’est en direct de Budapest, en Hongrie, en fait à la sortie de la ville, que nous sommes installés pour le cinquième jour de tournage du clip qu’on attendait ­ enfin du clip et du 45 tours de Mylène Farmer qui s’appelle « Désenchantée », que vous entendez à la radio déjà depuis le 18 mars, dans l’attente d’un album qui s’appelle « L’Autre… », et qui sortira le 8 avril. (la date de sortie nationale officielle de l’album est le 10 avril 1991, nda) Alors, déjà, merci à Mylène de nous recevoir ici, car c’est la première fois qu’une équipe de télévision ­ petite, l’équipe ! ­ a le droit de s’installer sur le tournage d’un clip C’est bien la première.

Bonjour Mylène !

Mylene Farmer : Bonjour (elle sourit puis baisse la tête, les yeux plongés vers le sol).

LB : Alors vous découvrez une Mylène un peu… on comprend pas bien… On se dit qu’elle est sortie d’un roman de Charles Dickens. Vous voyez que ce matin, on l’a un peu tabassée, elle a un petit peu de sang qui coule des lèvres. Elle a beaucoup souffert et elle est habillée, comme d’habitude, par Thierry Mugler (rires), ou encore Amor, comme on peut le constater. Mylène, bienvenue. Merci de nous recevoir ici, c’est très joli. (en regardant derrière) Je crois que ça, c’est en fait l’image du début du clip…

MF : Oui (elle hoche la tête)

LB : Je crois que le clip commence comme ça. On est en plein tournage donc on est comme vous, on découvre un petit peu l’ambiance de ce clip. Alors, c’est Mylène dans cette tenue­là qu’on découvrira dans le clip…

MF : Sans le manteau !

LB : Sans le manteau, parce que le manteau a un côté un peu plus mode…

MF : Un peu moderne, oui.

LB : Il faut dire qu’il ne fait pas très chaud. Cinquième jour de tournage. Il y a combien de temps que tu es installée ici, Mylène ? Ça fait une huitaine ?

MF : Ça fait à peu près huit jours, oui.

LB : Je sais que c’est pas très facile pour toi parce qu’il y a les conditions climatiques qui ne sont pas évidentes. Je crois qu’il a fait très froid, la semaine dernière…

MF : Oui, beaucoup plus froid qu’aujourd’hui.

LB : Là, ça va un petit peu mieux. On a droit au soleil sur Budapest. Assez joli… Et puis, tu te lèves très tôt, et vous tournez toute la journée, c’est ça ?

MF : On a des horaires un peu différents chaque jour. Mais ce matin, on s’est levé à cinq heures du matin.

LB : Alors cet album arrive. On en a beaucoup entendu parler. Et quoique, puisque ça fait un moment que tu es absente, en fait. Depuis le dernier Bercy, on n’entend plus parler de Mylène Farmer…

MF : Je crois que ça fait un peu plus d’un an, maintenant.

LB : Qu’est­ce qui s’est passé ? C’était une retraite ou c’était le temps de la création ?

MF : Je crois que c’est un petit peu des deux. Je crois qu’on a besoin de se cacher après une scène. C’est beaucoup d’émotion. Et d’autre part, j’ai préparé le… troisième album, je crois ?!

LB : C’est le troisième, je te le confirme ! (rires)

MF : C’est le troisième. Et ma foi, voilà, ça a pris à peu près quatre, cinq mois de studio.

LB : De studio, et de création aussi, d’écriture, parce que tu as écrit…

MF : Oui. Toute l’écriture, c’était vraiment sortie de scène jusque entrée en studio.

LB : Est­ce qu’on peut dire…Cet album, on n’en parle pas encore, il sort le 8 avril, donc on ne sait pas encore, personne n’a écouté. On sait qu’il s’appelle « L’Autre… ». Il y avait « Ainsi Soit Je… », il y a « L’Autre… » maintenant. C’est quoi, c’est une continuité cet album ?

MF : (elle hausse les épaules) J’ai un petit peu de mal à m’expliquer quant au contenu d’un album. Je dirais que c’est de la même veine. C’est très difficile pour moi. C’est quelque chose d’assez mystérieux finalement, même pour moi.

LB : Y’a que toi qui a écrit sur cet album…

MF : Oui.

LB : …ou on trouvera d’autres textes d’autres gens ? (Mylène fait « non » de la tête). Y’a une dizaine de titres, c’est ça ?

MF : Oui, il y a à peu près dix titres. Il y en a même dix. Et non, je suis la seule à écrire. J’ai délaissé les poètes ! (petit rire)

1991-01-aLB : Bien. Les conditions de tournage, vous le verrez, parce que vous allez voir énormément d’images du tournage, on en profite en fait puisque tu nous reçois ici, vous allez découvrir de quelle façon Laurent Boutonnat et Mylène Farmer travaillent sur un clip, sur ce clip qu’on découvrira tout à l’heure, « Désenchantée ». Vous le verrez par deux fois, ce clip, avant la fin de l’émission, deux versions différentes. Il y a à peu près une centaine de figurants ici ?

MF : C’est ça.

LB : Des enfants. Alors pourquoi avoir choisi des enfants ? Des enfants hongrois en fait, à Budapest. Y’a une raison particulière ?

MF : Il y a plusieurs raisons pour le choix de la Hongrie. Il y a d’abord la neige. On voulait un paysage de neige. D’autre part, effectivement, on voulait beaucoup de figurants. Et on voulait surtout des enfants qui portent quelque chose de grave dans le visage, dans le regard. C’est vrai que les pays de l’Est, pour ça, c’est fabuleux. D’autre part, il y a beaucoup de techniciens en Hongrie qui sont très performants et professionnels.

Et enfin, une des dernières raisons, c’est que c’est beaucoup moins cher, et qu’on peut faire des choses grandioses avec peu de moyens, finalement.

LB : Est­-ce que ça veut dire que ça va être dans la lignée de l’imagerie Mylène Farmer ? Parce que c’est vrai que Mylène Farmer, on l’associe aux clips, clips scénarisés qui sont en fait des films, non plus des clips. Est-ce que c’est dans la même veine et ça s’inscrit toujours dans cette veine scénarisée et à grand spectacle ?

MF : Ce sera la même chose. C’est la même écriture et le même réalisateur. Et pratiquement la même équipe à chaque fois, sur chaque tournage.

LB : Est-­ce qu’on peut dire aussi que, quelque part, si vous venez tourner ici, en Hongrie, à Budapest… On y pense souvent quant à toi, tes ambitions cinématographiques, et celles de Laurent… On peut se dire qu’il y a peut­-être aussi… On sait que « Cyrano de Bergerac » a été tourné en Hongrie. On peut se dire qu’il y a peut­ être aussi, pour toutes les conditions que tu as données, les prémices d’un futur long métrage, le moyen de repérer pour un long métrage…

MF : (sourire) Ça, c’est quelque chose d’envisageable, qui a été envisagé. Mais j’avoue que, pour l’instant, c’est quelque chose qui n’existe pas, et puis c’est quelque chose qui appartient à Laurent, en tous cas pour l’instant. Donc, en fait, je ne puis rien dire. Mais ce que je sais, c’est qu’il avait fait effectivement des repérages, avant d’envisager le clip, en Hongrie pour un long métrage.

LB : L’histoire de Mylène Farmer en clips, on va essayer de la découvrir. On va découvrir plusieurs extraits des grands clips de Mylène, et on en reparle dans quelques instants. Regardez bien : Mylène Farmer en images.

Diffusion d’extraits des clips de « Libertine », « Tristana », « Sans contrefaçon », « Pourvu qu’elles soient douces », « Sans logique » et « A quoi je sers… ».

LB : Voilà, Mylène. On vient de découvrir les extraits des on va appeler ça des films, Mylène Farmer, de « Libertine » à « Tristana », tous les grands classiques. Qu’est­ce que ça te fait de revoir ton histoire, et presque ta carrière, en clips ? C’est vrai qu’on a beaucoup associé ça, avant la scène  j’entends : l’association, c’était « Mylène Farmer, c’est de l’image ; Mylène Farmer n’existe que par l’image ». Est­ce que tu as ce sentiment ? Est­ce que tu la revendiques, ou est­ce que, au contraire, ça te gène, maintenant que tu as fait de la scène ?

MF : Non, non, je n’ai aucune gêne quant à mon passé. C’est quelque chose qui est, je crois, très important pour moi, l’image. C’est ce qui m’a fait connaître, très certainement. Bien évidemment les chansons, mais c’était quelque chose d’essentiel en tous cas. Donc j’en suis très contente. Très contente. Et c’est vrai que j’avais besoin de la scène, mais ça c’est pour mes propres émotions, pas… (silence)

LB : Justement, à ce propos, tu dis que, en fait, assez fréquemment, tu es en état de peur, et que tu as besoin de cette peur pour oublier. Mais pour oublier quoi ? Tes angoisses ?

MF : Pour oublier ses angoisses, pour oublier que la vie est profondément dure et parfois laborieuse. Pour oublier beaucoup de choses qui sont trop intimes pour vous les raconter.

LB : D’ailleurs, tu cites quelqu’un qui s’appelle Luc Dietrich, qui dit « L’oubli c’est le sommeil de nos douleurs ».

MF : Euh… No comment ! (rires)

LB : C’est ça? Tu confirmes? Y’a pas de problèmes, ça reste ça. Mais cette trouille, elle te fait du bien, elle te motive ? Par exemple, au moment d’entrer en studio, tu dis que tu as quelques angoisses. Mais quand tu parlais de ça, tu n’avais pas encore fait la scène ­ y’avait pas encore eu le Palais des Sports, Bercy…

MF : Les véritables angoisses sont quand même celles, je crois, de la scène. Le studio, c’est autre chose. En tout cas, le studio, moi je parlerais plutôt de l’écriture. Parfois, on a l’impression qu’on n’a plus de nourriture pour pouvoir aussi donner des choses. Ça, c’est quelque chose qui m’a fait un peu peur : quand on sort de scène, on est complètement vidé. Et puis, on s’aperçoit que ça se fait au fil du temps.

LB : Vidée de ses émotions, de son trac, de ses sentiments ?

MF : Non, comblée d’émotions. Mais, c’est difficile à exprimer. C’est…

1991-01-bLB : C’est un petit peu particulier quand même pour quelqu’un qui a une trouille permanente, ou qui a des angoisses et une peur, de monter sur scène devant dix­ huit mille personnes.

MF : Il y a une différence entre trouille et angoisse, je trouve.

LB : Les angoisses, c’est plus profond ?

MF : J’en sais rien. Enfin moi, je me résumerais comme quelqu’un d’angoissé, mais pas trouillard du tout par contre. C’est quelque chose de très motivant finalement, oui.

LB : L’exécutoire c’est l’écriture ? Par exemple, tu dis que tu as eu une période d’écriture après Bercy…

MF : Dans un premier temps, oui, c’est l’écriture, absolument. Mais il y a beaucoup de choses à jeter.

Justement, quand a eu des émotions très, très fortes, en général, l’après émotion, c’est pas le moment pour rédiger des choses. Je crois qu’il faut attendre quelques mois avant d’essayer de s’échapper de quelque chose de puissant.

LB : Tu fonctionnes presque comme une éponge : tu as besoin de regarder ce qu’il se passe autour…

MF : La métaphore est jolie, je vous remercie ! (rires)

LB : N’est­ce pas ?! Je vous en prie ! J’aurais pu choisir autre chose, c’était inélégant. C’est fonctionner comme une éponge : regarder ce qu’il se passe autour et retracer une histoire. Par contre, il y a une chose qui est étonnante, c’est que dans la plupart de tes titres, assez fréquemment, ça revient souvent, comme un leitmotiv, il y a la mort qui est là, qui est présente. Est­ce que ça fera également partie du futur album, de « L’Autre… » ?

MF : Je dirais que c’est quelque chose qui est inhérent à ma vie. C’est quelque chose qui me trouble. Est­ce que ça me passionne ? Je ne sais pas bien. Oui, c’est quelque chose qui sera présent, mais c’est en deçà des mots, c’est pas forcément dit avec violence non plus.

LB : Ça, ça fait bien partie de ton personnage. Quand on parle de toi, on a presque envie de parler de clairobscur.

On a l’impression qu’il y a des antinomies, des paradoxes permanents. Il y a la sauvage d’un côté, puis la timide de l’autre subitement…

MF : Elles existent. Je crois qu’on ne peut pas fabriquer pendant sept années. Je suis comme ça, et je peux avoir mes moments d’euphorie, comme tout le monde, bien évidemment. Mais je crois que je suis profondément timide.

LB : Alors, on vient de voir une série de clips, de « Sans logique » à « Sans contrefaçon », ou encore « Tristana », « Libertine ». Il y en a un qu’on n’a pas vu, volontairement, qu’on va découvrir maintenant, c’est « Ainsi Soit Je… » où là, effectivement, c’est peut­être ce côté paradoxe, il s’est passé autre chose dans le tournage de ce clip. Déjà dans l’utilisation du noir et blanc, et du sépia. Et puis, c’était pas une scène à grand spectacle. On n’était pas, comme ici à Budapest, dans une usine désaffectée, avec de la neige, avec des trains qui passent. Et je crois que c’est un des clips que tu préfères, c’est une des images de toi, « Ainsi Soit Je… », que tu aimes bien.

MF : Je sais pas si c’est une image que j’aime bien. Là, j’apprécie beaucoup la sobriété de ce clip. Pour le thème, le sujet et l’univers, en tous cas l’ambiance, je crois que c’était important d’être très, très sobre, et surtout pas explicatif, pas être narratif non plus. Donc avoir des images et suggérer des choses, c’était plus important.

LB : « Ainsi Soit Je… », Mylène Farmer. On regarde.

Diffusion du clip de « Ainsi Soit Je… ».

LB : « Ainsi Soit Je… », Mylène Farmer. Donc un des clips que Mylène préfère. Rentrons maintenant dans le détail : si on est ici à Budapest, c’est pour vous montrer, c’est ce que vous allez découvrir, des images de ce tournage de clip. C’est une première fois, je le disais tout à l’heure, et l’on t’en remercie, avec Laurent Boutonnat et Thierry Suc, de nous avoir acceptés sur le tournage d’un clip, parce que vous êtes un peu avares d’images de ce travail que vous faites en équipe sur le tournage d’un clip, comme en ce moment ici, en Hongrie.

MF : Je ne sais pas si nous sommes avares, mais c’est assez difficile qu’une autre équipe intervienne parce que, quelquefois, un tournage, surtout comme celui­-ci, c’est une grosse machinerie et ça peut perturber le metteur en scène, et tout le monde. Et c’est vrai qu’on a un souci de garder les choses secrètes, mais parce que, moi, je suis probablement comme les enfants : j’aime encore les surprises. Donc j’aime bien cet effet de surprise quand on a un nouveau clip ou de nouvelles chansons. C’est pour ça que je fais très peu écouter l’album avant qu’il ne sorte. C’est une manière de préserver la chose.

Images du tournage de « Désenchantée », avec la mention : « Budapest ­ 22.02.91 ». Les figurants attendent.

Mylène aussi…

LB : A propos de ce titre, tu parles de génération, de chaos, d’intensité ­ j’ai eu l’occasion d’écouter le titre une fois. C’est presque un titre d’actualité. C’est une fois de plus le malaise. Mais c’est le malaise de quoi ? D’une génération ? Y’a ‘génération’ dedans. Quelle génération ?

MF : Là, je suis un petit peu désolée parce que, même si le mot ‘génération’ existe, je parle surtout de moi. Je ne veux en aucun cas impliquer, même si j’emploie une fois de plus le mot ‘génération’, je n’implique que moi.  Maintenant, c’est que si quelques personnes pensent comme moi, je dirais tant mieux ! Mais, une fois de plus, ça n’engage que moi. Je ne veux en aucun cas faire de la revendication. Et moi, me situant plutôt hors du temps et hors de l’Histoire, je préfère qu’on ne me considère que comme tel.

LB : Mais pourquoi te situes­tu hors de tout ? Parce que rien ne te touche ? Ça m’étonne…

MF : Ça n’a rien à voir. On peut se situer et se placer hors de tout. C’est une manière de se protéger, c’est une manière surtout de s’échapper du monde environnant. Maintenant, je fais la même chose que vous toute la journée, probablement. Mais en aucun cas, je ne me servirais de l’actualité présente. Non pas parce que ça ne me touche pas, ce serait cruel de le dire, mais parce que ce n’est pas mon propos que de parler de ça.

Images du tournage du clip de « Désenchantée » ­ la scène où Mylène et les enfants s’enfuient du camp. Gros plans sur de nombreux figurants.

Laurent Boutonat and Mylène FarmerLB : Parle-­moi un petit peu de « Désenchantée ». Vous êtes venus ici, à Budapest, tu le disais tout à l’heure, pour des raisons de tournage. Je sais que Laurent et toi vous aimez bien la neige, vous aimez bien l’humeur de cet endroit, la Hongrie. Mais dans le clip, on voit de jeunes enfants ­ il y a une centaine de figurants hongrois ­ avec des têtes très particulières, grimés, masqués, habillés un peu comme toi…

MF : Tout à fait. Même encore plus sales ! (rires)

LB : Assez minimaliste, quoi, dans la tenue. Alors, pourquoi ce choix ? D’où vient l’inspiration de ce choix ?

MF : Là, j’avoue qu’il est né probablement d’un amour commun, de Laurent et moi­-même, pour tout ce qui est Dickens, qui est « Oliver Twist ». On aime beaucoup, tous les deux, David Lean qui avait réalisé, je crois que c’était un de ses premiers longs métrages, qui était « Oliver Twist » qui était absolument magnifique. Et c’est surtout cette approche du conte qui est permanente.

LB : Oui, ça reste un petit peu dans ce qu’on a vu déjà chez toi…

MF : Oui

LB : …dans les histoires qui avaient avant, dans les scénaries qui avaient été développés. C’est toujours un conte et une histoire. Tu aimes les histoires. Tu aimes les fins, aussi, qui sont pas forcément belles, c’est que tu dis à propose du cinéma.

MF : Oui. J’aime les fins, je crois même que je préfère, les fins tragiques.

LB : Tu fais beaucoup de reproches d’ailleurs au cinéma français à ce sujet­là.

MF : (soupir) Je le fais dans ma vie privée ! (rires) Et en privé, très souvent, je… Non, je ne ferai pas de grands discours sur le cinéma français. J’ai l’impression effectivement que le cinéma français, en tous cas celui d’aujourd’hui, me touche moins qu’un autre cinéma ­ le cinéma russe, le cinéma américain parfois, le cinéma anglais. Maintenant il y a toujours des…

LB : (la coupant) Tarkovsky, dans le cinéma russe, par exemple ?

MF : C’est quelqu’un que j’aime beaucoup. J’aime beaucoup Bergman, David Lean qui malheureusement a arrêté de tourner, je crois. Mais j’aime aussi… Il y en a beaucoup.

LB : Dans « Désenchantée », dans le clip, c’est un univers carcéral particulier…

MF : On a essayé d’avoir quelque chose d’intemporel. C’est pour ça aussi le choix de ces costumes, parce qu’on ne peut pas tout à fait situer l’époque. Alors ça se situe effectivement dans un milieu carcéral. Il y a une autorité autour de ces enfants. Qu’est­ce qu’on peut dire ? Et que ces enfants n’ont rien à perdre, donc il leur reste comme solution la révolte, et c’est ce qu’il va se passer dans le clip.

Images du tournage du clip de « Désenchantée » ­ la scène de la fuite des enfants.

LB : Je me souviens, enfin j’ai lu ça quelque part, sans parler de ton histoire, que quand tu étais petite, tu passais beaucoup de temps dans les hôpitaux psychiatriques. Tu as fait ça pendant un petit moment…

MF : Ce n’était pas des hôpitaux psychiatriques, c’était d’ailleurs l’hôpital de Garches, qui a beaucoup d’enfants handicapés, moteurs et mentaux effectivement. Je m’en suis, en tout cas j’en ai un souvenir, j’ai eu l’impression de m’en occuper beaucoup. J’y allais très souvent le dimanche. J’étais assez petite.

LB : Mais c’est pas un truc de petite fille, ça ! C’est quand même assez original, comme attitude…

MF : Je sais pas bien. J’avais probablement besoin d’aller vers quelqu’un, vers les autres en tous cas. Mais c’est bouleversant, c’est passionnant. Peut­être que j’y retournerai un jour…

LB : Ça n’a pas de rapport avec ça, avec l’encadrement, toute la structure qui est autour des enfants du clip ?

MF : Peut­être inconsciemment. Là j’avoue que… (rires)

LB : Y’a pas d’incidence ?

MF : Effectivement, il y a des acteurs, de jeunes enfants, qui sont handicapés. Et on s’est aperçu ­ il y a une anecdote absolument magnifique ­ qu’un enfant handicapé, qui est sur le tournage, et qui s’est adapté au tournage en quatre jours. Et son éducatrice nous a dit que, en quatre jours, il avait fait des progrès de six mois. Donc c’est une jolie récompense (sourire).

LB : Là c’est ton côté humaniste ?

MF : Oh non !

LB : Comment tu échanges avec tous ces jeunes hongrois qu’on voit là ?

MF : C’est un échange uniquement de regards puisque nous n’avons pas la même langue, et que les interprètes ne sont pas toujours là pour traduire. Ce sont des regards et puis… Ce sont surtout des gens…

Tous ces figurants ne jouent pas. Ils sont très, très justes. Enfin, ils jouent, mais en aucun cas ne surjouent, et c’est ce qui est fascinant. Ils ont une spontanéité. On a l’impression qu’ils sont nés dans ces costumes, dans cette époque. Et ça, j’avoue que c’est un plus pour le tournage.

LB : Je crois que c’est un parti pris. J’ai eu l’occasion de parler avec ce qu’on appelle un casting-­producer ici ; il m’a dit que, dans le choix des gens, il y avait peu de comédiens, hormis la matonne…

MF : Absolument, oui.

LB : Il y a des délinquants, des jeunes enfants de l’école…

MF : Il y a de tout, oui. Ce sont des gamins de la rue. (rires)

LB : …avec leurs réactions. C’est­à­dire quand on vit à Budapest, quand on a vécu ce qu’on a vécu, quand on a eu l’histoire qu’on a eue, dans une ville qui, somme toute, quand on se promène un peu ici, on sent que c’est pas forcément réjouissant au niveau de l’humeur et de l’âme….

MF : C’est en tous cas habité.

LB : C’est ça, on sent qu’il y a une âme, mais on sent qu’il y a une pression.

MF : Il y a une dureté et il y a une…oui une dureté réelle.

Images de Laurent Boutonnat filmant la scène finale de « Désenchantée ». Laurent Boyer, qui est à ses côtés, réussit l’exploit de faire dire quelques mots au réalisateur, habituellement très discret.

Laurent Boutonnat : On a une scène avec tous les figurants, avec Mylène. C’est un raccord à faire sur ce petit monticule. Nous, on est derrière, avec la caméra. On va faire brûler des pneus pour avoir une grosse fumée noire, pour être raccord avec l’usine d’hier où il y avait le feu, etc. Ils sont censés s’échapper de l’usine, et ils vont descendre de cette petite colline pour courir dans cette immense plaine, vers rien.

L. Boyer : Ce sera le dernier plan du clip ?

L. Boutonnat : C’est l’amorce des derniers plans en fait. C’est le premier plan où ils s’échappent de cette prison/usine pour partir dans la plaine. Après, on a plusieurs plans à faire de leurs visages qui courent…

L. Boyer : Ça a été un bonheur pour toi d’avoir cent figurants, de jeunes hongrois ?

L. Boutonnat : Oh oui, oui, oui. C’est formidable !

L. Boyer : Pas trop difficile à gérer ?

L. Boutonnat : Non parce qu’il y a une équipe très solide qui tient bien tout ce monde­là. Ils ont des têtes extraordinaires en plus. Il y a quelque chose de formidable ici, c’est qu’ils sont… Ils jouent bien. C’est même pas jouer ; ça leur plaît de faire ça, donc c’est presque naturel.

L. Boyer : C’est peut­être mieux que des comédiens. Ils ne surjouent pas !

L. Boutonnat : Ah oui ! C’est impossible, les comédiens ! Ils ont quelque chose de naturel comme ils ont jamais fait ça de leur vie, ils ont une espèce de maladresse. Mais t’as l’impression qu’ils ont fait ça toute leur vie, que ce sont de grands professionnels.

L. Boyer : T’as voulu tourner ici, ça s’appelle la pousca…

L. Boutonnat : La puszta !

L. Boyer : C’est quelque chose d’énorme. C’est la plaine hongroise. Le ciel se rejoint avec la terre.

L. Boutonnat : Absolument. La Hongrie est un pays plat où il n’y a que des plaines. Et tout le centre de la Hongrie, c’est ça : des centaines de kilomètres avec rien, et c’est très impressionnant, surtout avec la neige.

On a l’impression que le ciel et la terre se rejoignent et que y’a rien. C’est le néant. Et c’est beau.

Après quelques images du tournage de la scène de fin et une page de publicités, on retrouve Laurent Boyer aux côtés de Mylène Farmer.

LB : A Budapest, dans un lieu un peu particulier qui est un lieu de tournage, celui que Mylène Farmer et Laurent Boutonnat ont choisi pour ce clip, « Désenchantée », qu’on va découvrir dans quelques instants puisque vous allez le découvrir pour la première fois sur M6, presque en exclusivité, parce qu’il est pas passé beaucoup avant. On a parlé un peu de ce clip, de la façon dont tu as travaillé. Alors toi, c’est ta tenue permanente, ta tenue Dickens on va dire, c’est un peu ça. Et puis, un travail de maquillage. Tu n’hésites pas à te grimer. Là, on voit que tu as effectivement la petite trace de sang. Tu as beaucoup souffert dans ta vie…

MF : (elle sourit et pose un doigt au coin de sa bouche) Je me suis fait très mal ici. C’est parce que j’ai reçu des pierres. Donc, fatalement, je me suis coupée avec une pierre.

LB : Il y a autre chose que tu as coupé, ça tout le monde l’aura remarqué. J’ai pas sauté dessus tout de suite…

MF : C’était élégant ! (rires)

LB : Merci !

MF : Ils sont coupés !

LB : Ça va de plus en plus dans ton côté…pourquoi j’allais dire androgyne ?

MF : Allons bon ! (rires)

LB : Est­ce qu’il y a un autre mot ? Peut­être ‘différente’ ? Ce côté masculin. Oui, ce côté masculin. On sait pas trop quoi. Cette image un peu masculine et féminine. Le fait de couper les cheveux, tu sacrifies au mythe.

Mais la coupe, on va dire « Mylène Farmer, décidément, est de plus en plus masculine »…

MF : Oh non, je ne pense pas. En tous cas, ce n’est pas mon souhait. Et je pense qu’on peut avoir des cheveux très courts et être très féminine quand même.

LB : Un exemple : Katherine Hepburn.

MF : Audrey Hepburn! Katherine Hepburn a eu les cheveux longs plutôt, elle. Mais elle avait une façon très féminine de s’habiller, mais toujours avec des pantalons. Très sobre. Que puis­je vous dire sur la coiffure ?

1991-01-gLB : Sinon que t’avais envie de le faire, et que ça fait causer quoi !

MF : Ça, c’est vous qui dites que ça fait causer ! Moi, j’avais tout simplement envie de changer de tête, c’était important pour moi. Et puis, c’est plus facile de se coiffer quand on a les cheveux courts !

LB : J’aime quand on parle de pratique comme ça, c’est bien ! (rires) Mylène Farmer, « Désenchantée », le clip, on le regarde tout de suite, et c’est la première fois que vous le découvrez.

Diffusion du clip « Désenchantée », version courte.

LB : Mylène, on a parlé tout à l’heure des enfants hongrois, on en a beaucoup parlé, de ce choix, du lieu bien sûr. Alors, il y a une infrastructure et une équipe assez importantes. Il y a beaucoup de gens sur ce tournage…

MF : Je crois qu’il y a à peu près cent vingt personnes, mais il y a surtout douze personnes, enfin ‘surtout’ parce qu’elles viennent de Paris, douze personnes dans l’équipe technique.

LB : Des français, donc ?

MF : Oui, absolument.

LB : Avec qui vous avez l’habitude de travailler ?

MF : Oui. Jean­Pierre Sauvaire, qui est chef opérateur. Carine Sarfati, qui est aux costumes. Et beaucoup d’autres, et je m’excuse de ne pas les citer.

LB : C’est une équipe de copains, ça. C’est des gens avec qui vous travaillez fréquemment. On a l’impression que c’est presque une famille…

MF : Oh oui. C’est des gens de grande qualité humaine et professionnelle. C’est vrai que c’est un plaisir, à chaque fois, de les réunir à nouveau.

LB : On voit pas de chevaux dans ce clip !

MF : Non.

LB : Y’a pas le…

MF : Le syndrome chevaux ? (rires) Non, il n’existe pas ! (le dernier jour du tournage, une scène montrant un squelette au dos d’un cheval noir parcourant la fameuse plaine vide sera pourtant tournée, mais coupée au montage final, nda)

LB : Y’a pas le Cadre Noir, et pourtant, ça fait partie de ton histoire, quand même…

MF : Ça, c’est la presse qui est allée un petit peu trop loin ! J’ai fait beaucoup d’équitation dans ma jeunesse, j’ai effectivement fait un passage, mais très bref, à Saumur, mais c’était pour envisager de passer le monitorat. Donc c’était très, très bref. La presse s’est emparée de ça et en a fait une grande monitrice d’équitation, mais je n’en suis pas là. (sourire)

LB : Ça faisait pas partie de tes aspirations. En fait, chanter non plus, vraiment ?

MF : Non, ce n’était pas une vocation. Mais c’est quelque chose de… C’est probablement un cadeau de la vie qui m’a été fait.

LB : Est­ce que c’est une chance qui passe à un moment donné ? Est­ce qu’il faut la saisir cette chance ? Au moment où tu as rencontré Laurent sur le premier 45­trs, il y a une petite voix qui t’a parlé ?

MF : C’est l’autre, justement ! (sourire)

LB : (ne comprenant visiblement pas l’allusion au titre du nouvel album à venir) C’est l’autre ?

MF : Oui, c’est une petite voix. C’est une chance et une évidence à la fois. C’est­à­dire que quand j’ai rencontré Laurent… Tous les deux, nous sommes nés de la même chose. Donc c’est quelque chose de très fort et très beau, en tous cas pour ma vie.

LB : Autre chose qui a probablement été très bon, on en parlait tout à l’heure, de tes émotions, de ta peur, de ce qui te motive, de ce qui te fait avancer, ça a été la scène. Ça a été le Palais des Sports, ça a été Bercy par la suite. Moi, je t’ai vue dans les deux cas. Je t’ai vue pleurer sur scène, pleurer d’émotion sûrement, d’intensité. Est­ce que ça, c’est l’avènement pour toi ? Le parcours a été long, de 84 à 89, cette scène, est­ce que ça représente l’avènement ? Et est­ce que ça te manque déjà, l’absence de scène depuis à peu près un an ?

MF : Je ne sais pas si on peut parler d’un manque. C’est très, très troublant, la scène. En tout cas, la façon dont moi j’ai abordé la scène et la façon dont je l’ai ressentie, c’est quelque chose de très troublant. Donc c’est quelque chose qui marque énormément. Là aussi, c’est difficile pour moi d’en parler parce que c’est très riche.

Je ne sais pas. C’est une grande émotion. Maintenant, je pourrais dire beaucoup d’autres choses, mais c’est délicat pour moi parce que je…

LB : Est­ce que c’est une émotion passée, ou est­ce que c’est une émotion qui implique le fait d’être en désir justement de cette émotion ?

MF : C’est une émotion qui fait partie maintenant de mes souvenirs. Mais, dans la mesure où c’est aujourd’hui, je peux la considérer comme étant du passé. Donc c’est quand même… Comment vous dire ? C’est une plaie.

En tous cas, dans mon souvenir, c’est une plaie car c’est quelque chose que je n’ai plus actuellement. Ce qui ne veut pas dire que j’ai envie d’y retourner tout de suite non plus. J’ai envie de vivre dans ma vie des choses très fortes. Je sais que je ne pourrai pas les renouveler quotidiennement. Donc je sais que ma première fois sur scène, c’était quelque chose d’incroyable pour ma vie. Est­ce que je ressentirai les mêmes choses si je remonte une deuxième fois sur scène ? C’est la question, en fait, que je me pose, donc c’est en ce sens que c’est très déstabilisant.

LB : Qu’est­ce qui peut t’inspirer justement un désir aussi fort, où tu te dis « Tiens, si je faisais ça, j’aurais peut­ être une émotion encore plus forte » ? Y’a le cinéma, probablement ? On t’a proposé d’ailleurs des rôles au cinéma. Garcia t’a proposé un rôle, il me semble…

MF : (visiblement réellement surprise) Vous me surprenez parce que, moi, je n’en ai jamais parlé.

LB : Ah oui ? C’est des échos, alors. Des bruits…

MF : (perturbée) Non, mais c’est pour dire que je n’en ai jamais parlé.

LB : C’est vrai ou pas ?

MF : C’est vrai que j’ai rencontré Nicole Garcia. J’ai vraiment souhaité la rencontrer. J’avais ce projet de scène, donc il a fallu choisir et c’était évident pour moi. Ce n’était même pas un choix. Mais j’ai quand même souhaité la rencontrer. J’aime bien cette femme. J’ai eu quelques propositions. J’attends. J’attends parce que ce ne sont pas encore les bonnes. Et que j’y mettrai, je dirais, la même démesure et la même passion pour aborder ce thème­là. Mais c’est… J’attends, voilà.

LB : Peut­-être, alors. Qui sait ? On parlait d’émotion à l’instant. L’émotion, l’intensité : c’est extrait d’un double album qui est sorti, c’est également la cassette vidéo live du Palais Omnisports de Paris Bercy. (le concert a en réalité capté à Bruxelles, nda) C’est Mylène Farmer sur scène. « Plus Grandir ». Regardez…

Diffusion du clip de « Plus Grandir (live) ».

LB : « Plus grandir », à l’instant. C’est la scène, c’est Mylène Farmer en scène. Mylène nous en parlait à l’instant, avec cette émotion nette et intense qu’était cette scène. A propos de ton succès, parce que tu as quand même du succès, tu es…je sais pas si on peut dire star ou vedette…

MF : J’en sais rien. C’est pas mon problème.

LB : Tu t’en fous ! Par contre, il y a une réflexion que tu t’es donnée à toi­même une fois dans une interview, tu t’es toi­même posée la question, et tu y as répondu, et j’ai trouvé ça assez intéressant. Tu dis « Si le succès se meurt, je serai dans une solitude incommensurable et presque insupportable ». Alors, ça aussi, c’est le paradoxe du personnage puisque tu viens de me dire « Bof, je m’en fous, c’est pas mon problème. Je suis star, je suis vedette, c’est pas… ».

MF : Non, mon problème n’est pas le mot qu’on emploiera pour définir. Mais mon vrai problème, c’est d’exister, et donc d’avoir le regard des autres posé sur moi, d’avoir quelqu’un qui m’écoute. Et ça, c’est… Pourquoi je fais ce métier ? C’est parce que j’ai besoin de ça pour vivre.

LB : C’est le désir d’amour des autres. Probablement le désir de donner aussi…

MF : Bien sûr. Ça c’est…Oui, bien évidemment, oui.

LB : Est­ce que tu projettes un petit peu dans l’avenir et te dire « Est­ce que je continuerai à faire ça ? » ? C’est­ à­dire un album tous les trois ans, une scène, … Je me demande su tu es capable de tomber dans une routine…

MF : Non, parce que je pourrai dès le prochain album remonter sur scène. Non, je ne peux pas me projeter dans l’avenir. Quand je pense à l’avenir, je vois l’échec donc je préfère ne pas y penser. Et j’y pense malgré tout ! (rire nerveux) Mais c’est pas une grande quiétude en tous cas.

LB : On a l’impression qu’il y a un mal de vivre permanent chez Mylène Farmer…

MF : Oh, je ne voudrais pas n’émaner que ça, mais je… (soupir) Que dire ? Oui, appelons ça le mal de vivre.

Appelons ça une incompatibilité avec la vie, en tout cas.

LB : Avec les autres, des fois ?

MF : Avec les autres, mais ça nous sommes tous pareils.

LB : L’enfer c’est les autres, quoi !

MF : Oui, bravo ! (rires)

LB : Je vous en prie. (un camion arrive en second plan, depuis le décor du clip, et vient tout droit vers le ‘plateau’ d’interview) Ne vous inquiétez pas, on a un camion qui nous arrive dessus ! On est vraiment sur les lieux du tournage de ce clip ! (rires de Mylène qui se retourne) Y’a même des coups de mitraillettes de temps en temps. C’est l’apocalypse quoi ! (le camion passe juste derrière eux puis disparaît, Mylène est morte de rire) Voilà, merci, c’est gentil. Ne changez rien. Restez où vous êtes. On s’installe et on continue dans le même esprit. Mylène, on va regarder « Désenchantée » une autre fois… Ah, je voulais dire une chose.

L’album n’est pas encore sorti, par contre, il y a une chose que tu as faite et qu’on n’attendait pas forcément, c’est un duo avec quelqu’un, sur cet album, avec Jean­Louis Murat. Alors là aussi, il y a une rencontre un peu particulière. Cette rencontre est née de quoi : de ton désir, du sien ?

MF : Ça, je vais garder ça mystérieux. Je crois que c’est né de toute façon d’un désir commun. Nous nous sommes rencontrés et on a décidé de chanter cette chanson ensemble. Et je suis très heureuse d’avoir rencontré Jean­Louis. J’aime beaucoup sa voix, d’abord, et j’aime surtout sa façon d’écrire. Et c’est quelqu’un qui a réellement un univers. C’est pour moi ­ je ne sais pas s’il appréciera le compliment, c’en est un pour moi ­c’est un poète d’aujourd’hui. C’est quelqu’un qui me touche beaucoup. (sourire)

LB : Mylène Farmer, « Désenchantée ».

Diffusion du clip « Désenchantée », version intégrale.

LB : Voilà, « Désenchantée », Mylène Farmer. On est sur le tournage de ce clip. L’album sort le 8 avril, je vous le rappelle. (la date officielle annoncée par la maison de disque sera pourtant le 10 avril, nda) L’album s’appelle « L’Autre… ». Le 45­trs, vos le connaissez puisqu’on l’entend en radio, déjà, depuis le 18 mars.

Mylène, après ce tournage, après Budapest, ça va être quoi ? Ça va être promotion ? Quelques télés…Très peu, d’après ce que je sais.

MF : Très peu de télés, oui.

LB : Merci de nous avoir accordé cette interview, surtout ici.

MF : Merci d’être venu.

LB : Je t’en prie. On se remercie encore ! Et après, ça va être peut­être un peu de repos, t’occuper des animaux. Tu as toujours des animaux ?

MF : J’ai toujours mes deux singes.

LB : Oui, c’est ça.

MF : Et, quant au repos, non. Définitivement, je déteste le repos et l’oisiveté.

LB : Tu t’ennuies ? Ça t’ennuie, le repos ?

MF : Oui. Et ça m’inquiète beaucoup. Beaucoup !

LB : Mylène, merci d’avoir été avec nous. Et puis, on se retrouvera probablement prochainement. On ne sait pas. Qui sait ?

MF : D’accord.

1991-01-eLB : Merci. C’était ici, à Budapest, et elle va continuer le tournage du clip. Et il fait de plus en plus froid, je vous assure. (rires de Mylène) Ah ! Je sais que ton rêve, ce serait de faire un reportage sur la banquise.

MF : Oui, absolument.

LB : C’est toujours vrai ?

MF : C’est toujours vrai.

LB : Je sais pas si j’irai t’interviewer sur la banquise ! (rires) Ça s’arrange pas ! Merci Mylène.

MF : Merci.

LB : A bientôt.

MF : Au revoir.

Générique (extrait de « Désenchantée » sur des images du tournage).

Publié dans Mylène en INTERVIEW, Mylène et ses longs discours | Pas de Commentaires »

TÉLÉPRO – Entretien de Mylène avec François TRISTAN

Posté par francesca7 le 26 avril 2015

 

 

25 MAI 1991

1991-09-bA propos d’envisager les vidéo­clips comme du cinéma :

­ Je ne pense pas clip d’un côté et cinéma de l’autre. Quand nous préparons un clip, nous avons l’impression de déjà faire un film. Quant à tourner un long­métrage, nous avons déjà eu un projet qui n’a pas abouti. Il y en a un autre aujourd’hui. Sinon, on m’a proposé des rôles, mais qui n’étaient pas intéressants car les réalisateurs copiaient les personnages de mes clips, ne faisaient preuve d’aucune imagination. Une seule fois, j’ai refusé­ à regret car j’étais occupée par la scène ­ c’était avec Nicole Garcia.

A propos du titre de son nouvel album :

­ Avant, le réel ne m’intéressait que par rapport à moi, à mes angoisses. Mais j’ai changé, sans doute à cause de la scène, où j’ai découvert l’attente du public, des autres face à moi. Aujourd’hui, j’ose donner plus aux autres.

A propos du cliché illustrant la pochette :

­ Le corbeau s’est simplement imposé à nous car il a un aspect paradoxal. Si certains le considèrent comme un oiseau de malheur, il est aussi dans certaines cultures ­ en Afrique Noire, notamment, symbole de protection. J’ai aimé cette contradiction.

A propos de la présence de Jean­Louis Murat sur l’album :

­ Jean­Louis m’a écrit et, pendant une année, nous avons échangé une correspondance avant de nous rencontrer. Une rencontre qui ne m’a pas déçue. Je me suis demandée si Jean­Louis n’était pas mon double.

Très sensible, c’est quelqu’un qui a ce mélange de culture et de naïveté.

A propos du thème récurrent de la mélancolie :

­ La mélancolie peut aussi apporter un bien­être. La tristesse est aussi riche que la joie, et elle permet en outre de réunir toute une famille d’artistes.

A propos d’un éventuel retour sur scène :

­ J’ai attendu sept ans pour monter sur une scène (cinq en réalité, nda) et ce fut un plongeon bouleversant. Je n’ai pas eu envie de banaliser ensuite une telle aventure : c’est une chose d’une telle puissance… Je compte donc prendre le temps de la réflexion avant de me décider.

Publié dans Mylène 1991 - 1992, Mylène en CONFIDENCES | Pas de Commentaires »

Mylène Farmer, chanteuse désenchantée

Posté par francesca7 le 26 mars 2015

 

1991-01-aVotre première tournée fut un triomphe. A cette occasion, vous avez aussi rencontré votre public pour la première fois : comment l’avez­-vous trouvé ?

­ Je ne suis toujours pas sûre de savoir à quoi ressemble mon public. Je sais seulement qu’ils ont en commun l’envie et la recherche d’émotions intenses…

Au milieu de cette tournée, vous avez sorti un 45­ trs intitulé « A Quoi je Sers… ». Etrange interrogation de la part de quelqu’un qui est acclamé comme vous…

­ Il serait prétentieux de me considérer comme une personne utile à la société –je veux dire vraiment utile. Je ne pense pas que des applaudissements, même s’ils sont une belle récompense pour un artiste, apportent une réponse à cette question.

Votre nouvel album s’intitule « L’Autre… ». N’est­ce pas une réplique au titre de votre précédent album, « Ainsi Soit Je… » ?

­ Oui, mais ce n’est apparu qu’après la décision du titre du nouvel album. Cet autre pourrait être un autre moi-même.

Pas réellement un être physique, mais une présence qu’on a tous au- dessus de nous, qui nous protège, nous guide et parfois se révolte contre nous. J’ai cherché un mot qui puisse inclure tous les aspects de cette sensation. Schizophrénie ? Le terme exact serait plus poétique, moins clinique…

Sur cet album, vous dites être d’une génération désenchantée. Pour la première fois, vous ne parlez plus seulement en votre nom…

­ Je ne dis pas que nous sommes d’une génération désenchantée, mais que je pense appartenir à une génération de gens déçus par la vie. C’est une opinion personnelle, je ne suis pas un porte­drapeau.

Comment peut­on se sentir déçue par la vie lorsque l’on vend plus de deux millions de disques ?

­ Le vrai bonheur est ailleurs. Je pense que beaucoup de gens se sont retrouvés dans ma façon de parler de la tristesse et de la mélancolie. Une vie professionnelle comblée ne répond pas forcément à toutes les questions que l’on se pose sur la vie, avec un grand ‘v’.

A la suite de vos fameux vidéo­clips, est­il vrai que vous préparez un film pour le cinéma avec Laurent Boutonnat, votre complice dans le domaine musical ?

­ Oui, mais réunir le budget qui permettrait d’entamer sérieusement le tournage prend énormément de temps.

En réalité, c’est le projet de Laurent, il m’est difficile d’en parler avant le premier jour de tournage. Pour l’instant, c’est son film plus que le mien.

Vous restez très secrète : qui sont vos amis ?

­ Des artistes : peintres, stylistes ou photographes. Il y a un point commun entre tous mes amis proches : à un stade de notre relation, nous finissons toujours par travailler ensemble !

Pour la première fois, il y a un intrus sur votre album puisque la chanson « Regrets » est interprétée en duo avec Jean­Louis Murat…

­ J’aimais beaucoup son univers et nous nous sommes écrit. Il a accepté de chanter avec moi, du coup j’ai écrit le texte de cette chanson en pensant à lui, à son écriture et à son amour des mots. C’est aujourd’hui un ami très cher.

Vous regrettez parfois de ne plus être un visage anonyme ?

­ J’ai toujours voulu être connue ou reconnue, c’était ma raison de vivre. Je me débrouille pour que la célébrité ne me mette jamais dans des situations embarrassantes.

Pensez­vous que les gens trouvent dans vos chansons des choses que vous n’y aviez mises intentionnellement ?

­ Oui, mais c’est normal. C’est même réconfortant. C’est pareil quand on voit un film ou quand on lit un livre.

Quand l’auteur a fait son travail de création, c’est au public de faire le sien en utilisant son imagination.

source : L’HEBDO AU FÉMININ (Belgique) – 1er AVRIL 1991 – Entretien avec C. TABATHA

 

Publié dans Mylène 1991 - 1992, Mylène en CONFIDENCES | Pas de Commentaires »

Déjeuner de gala sur NOSTALGIE avec Mylène

Posté par francesca7 le 8 février 2015

 

30 NOVEMBRE 1996 -Entretien avec Michel COTTET

1996-05-aMichel Cottet : L’actualité de Mylène Farmer, c’est cet album, « Anamorphosée » ­bien que ayant déjà quelques mois, il est encore tout frais et tout présent à notre mémoire et on se laisser bercer en ce moment par l’excellent titre « Rêver » ­ et puis il y a cette tournée, non pas gâchée mais interrompue pour une stupidité. Il ne m’appartient pas de déverser une kyrielle de qualificatifs pour essayer de vous cerner, de vous faire réagir ­ c’est toute la magie d’un personnage. Ceci dit, tout ce mystère qui débouche sur un statut de phénomène est ­ce que vous n’avez pas l’impression quelquefois que cela fait ombrage à votre vrai statut, qui est avant tout quand même, si je ne m’abuse, auteur compositeur­ interprète ?

Mylene Farmer : Ombrage, je ne sais pas bien. Est­ce que j’en souffre ? Non, pas vraiment. J’ai décidé de ce mystère en ce sens que je parle peu et que je réponds peu aux questions en général, donc je crois que j’en suis l’auteur donc je n’ai pas à m’en plaindre.

MC : Je ne parlais pas forcément du mystère mais du fait que à force de vouloir justement le percer, on en oublie de parler avec vous de ce qui quand même nous séduit au préalable, c’est­ à­ dire votre  musique, votre façon d’écrire, votre façon de paraître sur scène. Est­ce que parfois vous n’avez pas l’impression d’être dépassée par vous­même, en quelques sortes ?

MF : Je ne suis pas sûre de pouvoir répondre à cette question, si ce n’est que c’est vrai que  l’évocation de l’écriture est quelque chose, dans le fond, d’assez rare de la part d’un journaliste parce que je crois qu’il est plus enclin à parler ou d’une vie privée que l’on ne veut pas dévoiler, ou des choses qui sont ‘plus racoleuses’. Peut­être que je souffre de ça un peu, oui.

MC : On y reviendra, et j’espère comme ça que votre passage à Nostalgie vous aura ôté un peu de souffrance puisqu’on évoquera votre écriture. Ce que l’on sait, c’est que vous avez quand même ‘fui’ à Los Angeles pour essayer de retrouver une forme de solitude. Vous avez vos repères, j’ai les miens : moi, c’est Léo Ferré, Ferré qui disait : ‘Dans la solitude, le désespoir est une forme supérieure de la critique. Pour l’instant, nous l’appellerons bonheur’. Le désespoir, vous l’avez touché ?

MF : Je crois qu’il a fait partie de mon quotidien, mais maintenant je ne pense pas être la seule ! Je pense que le commun des mortels a des moments de bonheur et des moments de détresse absolue. Je crois que même une journée peut être comblée par bonheur et tristesse à la fois. Maintenant, est­ ce que je fais l’apologie de la détresse et du malheur : non. Je l’ai exprimée, en tout cas.

MC : Cette solitude, vous la recherchez ?

MF : Je ne suis pas sûre de me définir comme quelqu’un d’étant solitaire. J’aime parfois avoir des moments, oui, seule : l’écriture est un moment privilégié pour ça. Maintenant, j’aime bien la compagnie  de personnes choisies.

MC : Quel est le moment le plus fort, justement ? C’est rentrer dans cette solitude ou en sortir pour retrouver l’autre ou les autres ?

MF : Je crois que les deux sont à déguster ! (rires)

MC : Je poursuis avec ce texte de Ferré, toujours sur cette solitude : ‘je voudrais m’insérer dans le vide absolu et devenir le non ­dit, le non avenu, le non vierge par manque de lucidité’. Ne pas rencontrer le bonheur, est­ce que c’est pour autant être lucide ?

MF : (elle se répète la question à elle­ même) Ne pas rencontrer le bonheur…Je ne sais pas. En tout cas, j’aime l’idée de s’approcher de ce vide et de ne faire qu’un avec ce vide. C’est vrai qu’il y a quelque chose, l’idée du néant, qui est quelque chose de très happant. C’est vrai que parfois, on a envie de se confondre avec le vide, avec le rien.

MC : Ce que vous appelez le non­ dit, qui est essentiel pour la réussite…

MF : Oui.

Diffusion de « California »

MC : Mylène Farmer est votre invitée aujourd’hui dans ce « Déjeuner de gala » sur Nostalgie, avec cette notion de non ­dit. Ne pas énoncer, ne pas expliquer pour susciter la curiosité, est­ ce que c’est bien compatible avec une autre notion, qui est celle de la fidélité ? Je veux dire par là, quand on côtoie des gens ou des habitudes, forcément on perce le mystère, donc là c’est un peu antinomique, non ? Parce que vous êtes quelqu’un de fidèle ­ je parle du point de vue professionnel !

MF : Je pense être quelqu’un de fidèle, oui, dans tous les sens du terme et toutes les situations. Maintenant, pardonnez­moi : j’ai oublié la question ! (rires)

MC : Je disais, parallèlement à cette fidélité vous êtes porteuse de cette idée de non­dit : ‘je garde la mystère, je ne veux pas qu’on me dévoile et je ne veux pas dévoiler’. Est­ce bien compatible, ces deux approches ?

MF : Là encore, je ne… Le non ­dit, j’aime les non ­dits, maintenant est­ ce que je suis caractérisée par le non-dit : je ne le crois pas. Maintenant, j’ai choisi de dire certaines choses, de dévoiler certaines choses, de les clamer parfois et quand une question ou un sujet me dérange, là effectivement ce sera ou un non ­dit ou un non tout court ! (rires)

MC : Donner un sens à tout, c’est ridicule pour vous, finalement…

MF : Je sais pas si, là encore, c’est ridicule ­ pardonnez­ moi ! (rires) Je ne pense pas avoir d’abord la prétention, et je ne pense pas que la vie vous offre un sens à tout. Je crois que ça fait partie aussi du mystère de la vie, du mystère de la mort, de toutes ces choses qu’on ne sait pas et qu’on ne saura probablement jamais. Parfois on peut souffrir de ce silence et des ces non­réponses, et parfois je trouve ça plutôt bien. C’est une forme de liberté aussi en soi.

MC : Je vais peut ­être vous soulager, je viens à votre secours ­ si tant est que vous en ayez besoin : finalement, c’est pour ça que vous redoutez l’exercice que nous sommes en train de faire parce qu’il est communément admis qu’à toute question doit correspondre une réponse, et en plus logique !

MF : Oui. Oui, c’est vrai que là, dans le fond je n’aime pas la logique, je n’aime pas le rationnel et c’est un exercice qui est difficile, uniquement parce que je dois parler de moi, dans le fond c’est aussi bête et simple que ça. C’est un exercice difficile pour moi.

MC : Parler de soi… Parler d’idées qui vous traversent la tête, c’est peut­ être pas forcément parler de vous. C’est peut­être plus facile…

MF : Oui, mais c’est une façon de se mettre en avant et c’est vrai que là, ça fait partie d’un exercice qui est probablement utile à l’artiste, en tout cas on lui demande. Mais si j’avais à choisir, je crois que j’aurais rayé cette mention ! (rires)

MC : Le non­ dit, c’est aussi l’imaginaire. Est­ce un jardin dans lequel vous aimez flâner ?

MF : J’aime surtout, je dirais, au travers de lectures. Quant à mon imaginaire, oui, je cultive ce jardin, je crois, oui. Maintenant, là encore j’aurais du mal à en parler parce qu’il est imaginaire, justement !

MC : Mais un auteur se doit d’imaginer, et l’imagination c’est une forme de liberté que vous recherchez…

MF : Oui.

Pause publicitaire.

MC : Retour dans « Déjeuner de gala » sur Nostalgie. On parle avec Mylène Farmer, votre invitée, de la liberté. Quelles sont les situations, les mots, les événements dans lesquels vous ne vous sentez justement pas libre ?

MF : Les dîners où il y a beaucoup de personnes… (elle cherche, puis pouffe de rire)

MC : Une foule, c’est pas ‘beaucoup de personnes’, c’est qu’une personne raisonnée ?

MF : Oui. Oui, c’est toujours un peu facile comme détournement, mais dans le fond c’est vrai. C’est vrai, quand on est en face d’un public, quelque soit la salle, à partir du moment où il y a plus de deux personnes, trois personnes, mais plus le nombre est grand et plus il ne reforme qu’un et une énergie, en tout cas.

MC : En tête à tête, vous vous livrez plus ­parce que sur scène, on peut dire que vous vous livrez-vous vous livrez plus que devant une multitude de gens…

MF : Non, je pense que c’est faux. Je pense que je me livre davantage, mais peut­être sans la présence des mots ou en ayant choisi les mots. Maintenant, je crois que l’émotion que moi je ressens sur scène et que je peux offrir est quelque chose qui est une mise à nu, qui est beaucoup plus importante que dans une interview. J’ai malgré tout le contrôle de moi­même et de mes silences aussi.

MC : Ca fait douze ans, mine de rien, que vous êtes dans ce métier de la chanson. (Mylène confirme en riant) Est­ce que la situation a failli vous échapper une fois, durant ces douze ans ?

MF : M’échapper, non, je ne le crois pas. Je ne sais pas à quoi vous faites allusion précisément, mais j’ai…

MC : Être dépassée par ses propres motivations, s’embarquer dans un chemin qui n’était pas le bon…

MF : Avoir envie d’arrêter parfois tout, oui, ça m’est arrivé.

MC : C’est une façon de contrôler, justement, comme cette fuite…

MF : De nombreuses fois, oui. Hier encore…

MC : ‘J’avais vingt ans…’, mais ça c’est Aznavour ! (rires de Mylène) La fuite dans les mots, c’est quand même plus bénéfique que la fuite à Los Angeles ? Vous l’évoquiez tout à l’heure avec mon jardin imaginaire…

MF : Oui, je crois que j’ai eu besoin pour continuer d’écrire, puisqu’on parle des mots, que j’ai eu besoin de ce passage. Maintenant, il s’est effectué à Los Angeles, dans le fond ça aurait pu être ailleurs, en tout cas un pays dit étranger. Mais j’y ai trouvé, oui, si ce n’est une réelle source d’inspiration, en tout cas moi je me suis nourrie, si je puis dire, à ma façon. J’y ai trouvé quelque chose, oui.

MC : C’est Jean­Louis Murat qui, à ce même micro ­ je fais allusion à lui parce que vous l’avez rencontré, ne serait­ ce que pour un duo ­ qui expliquait que dans un texte, finalement, le texte n’était jamais aussi beau que lorsque à la fin de la chanson on n’avait pas forcément tout compris.

MF : Oui…

MC : Et pour vous aussi, je crois, à savoir que les mots ont plus d’importance que l’idée.

MF : Je pense qu’il vaut mieux savoir, en tout cas pour soi­ même, face à soi­ même, savoir ce qu’on a voulu dire. Maintenant, je suis d’accord que la chose trop expliquée, qui ne laisse pas dans le fond à l’autre une liberté, me dérange.

Diffusion de « L’Instant X »

1996-05-cMC : Avec nous, Mylène Farmer qui est notre invitée dans ce « Déjeuner de gala » sur Nostalgie aujourd’hui samedi. Je fais une petite digression avec les images, je voulais en parler un petit peu plus tard. Vous parlez de notion de liberté quant à la perception d’une chanson : le clip, pour le coup c’est bien souvent quelque chose de très cadenassé. On nous impose des images, on nous fait une explication ­ ça ne vous concerne pas tout le temps­ mais n’est­ce pas un piège ?

MF : C’est vrai, c’est un piège. Mais là encore, est­ce qu’on a le choix de ne pas faire sur une chanson une mise en images ? Là encore, malheureusement je n’ai pas ce choix ­là parce que ça serait suicidaire. Mais sur certaines chansons, c’est vrai que certainement je n’aurais pas fait de clip, parce que justement il y a une réduction du sujet évoqué, et puis parfois c’est magique aussi, donc…

MC : J’ai lu que vous disiez : ‘Quand j’écris mes textes, je livre beaucoup plus de moi que vous ne croyez. Il suffit de savoir écouter’. Est ­ce que vos chansons sont codées ? C’est un exercice qui peut vous amuser, ça ?

MF : Non, je ne suis pas sûre d’être aussi intelligente que ça. En tout cas, j’aime bien les mots, donc j’aime jouer avec les mots…

MC : Pas de fausse modestie, jeune fille ! (rires)

MF : …mais codés, non. Non. Je n’ai pas ce sentiment­là.

MC : Y a ­t ­il quand même une notion ­ j’ai cru vous entendre le dire, cette fois ­ci, donc la véracité du propos est entière, que vous aimiez cette forme d’irrationalité dans un texte et, comme vous venez de le souligner, que vouloir forcément une d’explication, c’est pas le but. Cette notion d’irrationnel, elle vous caractérise lorsque vous écrivez ?

MF : Non, je ne pense pas. Je ne pense pas, maintenant, sans parler de moi, quand je lis par exemple Cioran, puisque ça m’arrive de le lire en ce moment, à cette faculté que vous donner des mots­ clés, et là encore de vous laisser votre propre imagination. C’est un peu confus, ce que je dis, mais… (rires) Un peu comme les haïkus, vous voyez, ces poèmes qui sont très, très courts. On vous donne deux mots, on va vous dire –je dis n’importe quoi : un chien, une fourmi et la senteur du foin et tout à coup, ça va évoquer une multitude de choses. Mais là, ça sera à chacun d’interpréter ou d’imaginer. Donc j’aime, en tout cas si c’est ce que vous évoquez comme étant une irrationalité, alors c’en est une, oui, parfois…

MC : C’est finalement l’éducation que l’on reçoit lorsqu’on allait à la maternelle qui se transforme avec des beaux mots, mais c’est ça en fait : on apprend aux enfants, on leur montre un chat et leur imaginaire… (Mylène acquiesce d’un murmure) Vous faites allusion, donc, à Emile Michel Cioran, ce philosophe français pessimiste, dont l’œuvre s’exprime souvent par aphorismes. Vous en avez des favoris, vous ? Des proverbes, des… ?

MF : Je n’ai malheureusement pas beaucoup la mémoire des… (rires) Je retiens difficilement !

MC : Ben, ‘tomber sept fois’, il y a déjà ça !

MF : ‘Tomber sept fois’, c’était court donc facile à retenir ! Oui, il y a ce proverbe, effectivement, japonais qui dit ‘tomber sept fois, toujours se relever huit’ donc je l’ai volé.

MC : Vous êtes charmée par ce genre de formules ?

MF : Là encore, c’est le plaisir des mots et l’intelligence qui peut s’en dégager. En tout cas, sans parler même d’intelligence, à la fois la précision dans la non précision. Il y a cette phrase maintenant qui me revient… (rires)

Je vais faire mon exercice ! (rires)

MC : Allez­ y, soufflez bien !

MF : ‘Tout ce qui ne m’a pas tué me rendra plus fort’

Pause publicitaire

MC : Voilà, de retour avec Mylène Farmer qui est notre invitée aujourd’hui dans ce « Déjeuner de gala ». Je faisais référence à cette chanson qui figure sur l’album « Anamorphosée », c’est la  première fois où vous signez la musique : « Tomber 7 fois… »…

MF : Oui, oui. Absolument, oui.

MC : Après les mots, la musique. C’est une forme de défi que vous vous êtes lancé à vous­même ?

MF : Non. Là encore, ça s’est passé relativement naturellement : j’ai une guitare à la maison, donc il m’arrive parfois de tenter d’y jouer et ma foi, voilà, j’ai trouvé donc cette chanson, mais est­ ce que j’ai envie de faire ça et prolonger ça : non, je ne le crois pas.

MC : Vous vous êtes surprise vous ­même ?

MF : D’une certaine façon, oui, probablement ! (rires)

MC : Vous avez regardé autour si personne ne vous avait vue commettre cet acte affreux qui était d’écrire une musique ?!

MF : (rires) Oui, dans la mesure où j’ai pas de formation de musicienne. J’en ai le goût, en tout cas, mais je pense qu’il faut plus de talent pour composer.

MC : Vous êtes quand même pluridisciplinaire ­ on évoquera plus tard le goût de la peinture ­ vous écrivez, vous chantez, c’est tout à fait dans vos cordes, en tout cas c’est dans votre mentalité. C’est aussi de la liberté, finalement, que de savoir faire plusieurs choses, non ? C’est pour ça que cette notion de devenir compositrice, ou compositeur pardon, ça peut aussi vous aller, non ? C’est pas un défi qui vous… ?

MF : Non, parce que là encore, sans parler de talent, je sais ce que je suis ‘capable’ de faire, en tout cas de revendiquer, on va dire. Maintenant, quant à la musique, là encore, la composition, je sais que je m’essoufflerai très, très vite parce que manque tout simplement de connaissance, là encore.

MC : Vous voyez que vous êtes intelligente, puisque l’intelligence c’est savoir reconnaître ses limites.

MF : Je ne ferai pas de commentaires ! (rires)

MC : On saute du coq à l’âne, c’est le cas de le dire : vous aimez les animaux, je vous emmène sur le terrain des animaux. Comment va E.T. ?

MF : Très bien !

MC : Bien. Ce qu’il y a de fabuleux dans la communication avec les animaux, c’est que l’on émet des mots, eux les perçoivent comme des sons suivant l’intonation, et finalement, là on retombe sur c’est presque une chanson qu’on écrit avec les animaux : ils interprètent comme ils le veulent. Est­ce que mon parallèle vous choque ?

MF : Non. Vous faites ce que vous voulez, d’abord ! (rires) Mais effectivement, oui, les animaux, en tout cas les petits singes, connaissent probablement les sonorités, mais les visages aussi. Ils interprètent beaucoup l’expression, liée au son probablement. C’est un être, là pour le coup, relativement intelligent, caractériel aussi, qui a ses humeurs, mais c’est toujours aussi passionnant d’avoir un singe.

MC : C’est l’animal ­ nous en parlions tout à l’heure ­ qui se rapprocherait le plus de nos réflexes.

C’est pour ça que vous l’avez choisi ?

MF : Je crois que j’ai simplement une passion pour le singe. A chaque fois que je vois un documentaire sur ces animaux, j’ai envie de changer de vie et d’aller les retrouver, de les aider ou d’essayer de dialoguer, de m’y intéresser en tout cas. J’ai vu beaucoup, beaucoup de reportages sur les chimpanzés, les orangs­outans ou les gorilles. C’est vrai qu’une vie comme celle de Diane Fossey est une vie passionnante, mais c’est une vie difficile aussi.

MC : C’est une grande tendresse que vous avez envers les animaux, tout à l’heure vous étiez avec les chiens ! Vous aimez leur naïveté ? Leur fidélité ? C’est ce qui vous attire ?

MF : Là encore, je vais probablement vous décevoir mais je ne suis pas sûre d’analyser toutes les envies que j’ai, ou les communications que j’ai. J’aime les animaux parce que dans le fond, c’est très spontané.

Maintenant, si vous voulez vraiment trouver pourquoi on aime un singe, pourquoi on aime un chat ou un chien, dans le fond, ça, ça ne m’intéresse pas de savoir pourquoi je les aime. Je les aime, tout simplement.

Diffusion de « Mylène s’en fout »

MC : « Mylène s’en fout ». Pas nous ! Elle est votre invitée aujourd’hui sur Nostalgie, dans ce « Déjeuner de gala ». On a aimé ­ et on aime toujours ­ cet album, notamment, « Anamorphosée ». Je voulais juste un petit mot sur cet univers musical : il y a eu une évolution. Est­ce qu’on peut la qualifier, cette évolution, de tonique, d’énergique ? Ca serait le bon mot ?

MF : Je vais être obligée, moi, de revenir vers mes albums précédents : je n’ai pas eu le sentiment que ces albums n’étaient pas énergiques, donc en ce sens je ne peux pas aller dans cette idée de ‘plus d’énergie’. Je crois que parce qu’il y a des guitares, beaucoup plus de guitares qu’avant, peut­être que l’énergie vient aussi de là. Peut­être dans la façon de chanter, qui est probablement un peu différente : je chante plus grave ­ en tout cas, je me le suis autorisé !

MC : Dans le ton, rassurez­ nous ! (rires)

MF : Dans un ton plus grave. (elle hésite) Là, j’avoue que je ne sais pas bien… « Désenchantée », pour moi par exemple, est une chanson extrêmement énergique ­ mais ça n’engage que moi ­ au même titre que « L’Instant X », si ce n’est que la production est très différente. Là, oui.

MC : Voilà, justement : en quatre ans, est­ ce que vous avez eu l’impression de vivre une révolution musicale ?

MF : Non…

MC : D’abord, est ­ce que vous avez écouté ce qui se faisait ? Quand se passent comme ça quatre années, est­ce qu’on a le doute de se dire ‘je vais décrocher, je vais avoir un handicap insurmontable’ ? Parce que c’est un métier qui va très, très vite ­ je parle de la technologie, ne serait ce que ça…

MF : Oui. Oui, oui. Là encore, c’est plus une envie profonde non pas que de changer radicalement, mais simplement puisque j’ai passé un certain temps aux Etats­ Unis, c’est vrai qu’on est enclin à écouter beaucoup plus de musique : si on écoute la radio, on écoute que de la musique américaine en tout cas et qui est essentiellement beaucoup de guitares, et puis aussi dans les mélodies… Donc, en ce sens je ne me suis pas dit, là encore, ‘Pour le prochain album, il va falloir faire attention !’. C’est simplement un désir, tout simplement, que d’aller vers quelque chose de plus ce qu’on appelle live, moins de gimmicks. Je sais pas si j’ai répondu à votre question ! (rires)

MC : Si ! Faire office de référence, comme vous le faites aujourd’hui, est­ce que c’est une forme de reconnaissance éternelle ?

MF : Référence… ?

MC : Vous êtes une entité…

MF : Oh, pardon : moi ?!

MC : Oui ! Est­ce que c’est une forme de reconnaissance ?

MF : Est­ ce que je suis une référence ?!

MC : Quoiqu’il advienne, à partir de ce jour vous resterez quelque chose auquel on pourra s’identifier, auquel on fera référence. Est­ce que cette reconnaissance, vous la percevez ? Et comment vous l’acceptez ?

MF : Je la perçois parfois. Quand je monte sur scène, je crois que c’est le moment où l’on vous applaudit, tout simplement, où on vous dit que vous êtes quelqu’un d’important à ce moment ­là. C’est important au moment où je le fais. Maintenant, vous dire est­ce que ça me rassure ou est­ce que c’est important pour moi : je ne suis pas sûre, là encore, de pouvoir répondre à cette question. Je ne sais pas. (rires) J’aurais plutôt une humeur aujourd’hui de nous somme peu de chose, donc ça va être difficile pour moi que de vous dire ‘Je suis une référence’ ! (rires)

MC : Mais nous sommes peu de chose, je vous le confirme ! Il faut mieux en rire…

MF : J’aime ce que je fais. Je crois que je vais, là encore, faire ou une pirouette ou une réponse plus concise : j’aime profondément ce que je fais. C’est le plus important.

Pause publicitaire

1996-05-eMC : Bien. De retour dans « Déjeuner de Gala » sur Nostalgie avec Mylène Farmer. Il y a quelque chose que vous aimez et que vous ne faites pas encore, et que vous allez certainement faire parce que vous n’êtes pas être à vous laisser abattre, c’est le cinéma. (Erreur de Michel Cottet, puisqu’à la date de la diffusion, « Giorgino » venait de sortir deux ans auparavant ! nda) Tout ce que vous entreprenez sur scène, sur disque, sur les clips, il y a ­ j’ai l’impression, arrêtez ­moi si je me trompe ­ une approche cinématographique.

MF : Oui…

MC : Votre bonheur total serait aujourd’hui, ou dans quelques années, d’avoir une pile de disques de diamant et puis une pile de bobines de films, quand même, non ?

MF : Là encore, je ne suis pas sûre. Il y a quelques années, j’aurais ­ et je l’ai dit, que de ne pas faire de cinéma, j’en mourrais…

MC : Je voudrais qu’on ferme…Oublions tout ça et voyons devant !

MF : Non, non ! Je le révoque, parce qu’aujourd’hui je crois que je peux m’en passer tout à fait. Ca, c’est pour répondre à la notion de pile et de collection (rires). J’aimerais refaire un film, avoir un rôle qui bien sûr m’intéresse. Maintenant, me projeter dans un avenir de cinéma : pas du tout. Honnêtement, pas du tout.

MC : Mais cette approche ­ j’en finirai avec le cinéma…

MF : Mais j’aime le cinéma, donc voilà pourquoi j’aime l’image.

MC : Voilà, ce qui explique peut ­être votre petite différence ­ enfin, pas votre différence, ce que j’expliquais tout à l’heure : le phénomène musical ­ parce que vous appréhendez les choses avec un autre regard, celui de la caméra, même si on parle de chanson…

MF : Là encore parce que mon goût probablement, oui, pour le cinéma, pour l’image, pour l’évocation. Donc là c’était une rencontre formidable, en tout cas, quand j’ai commencé ce métier, à savoir que le clip était un élément essentiel pour un artiste, et ça a été quelque chose de magique pour moi ­ déjà d’avoir travaillé avec Laurent Boutonnat, qui a fait quand même la plupart de mes clips et qui est quelqu’un de grand talent. Là encore, c’est l’idée de rencontre, que de pouvoir aller voir Abel Ferrara et lui demander de travailler avec lui, Marcus Nispel, autant de gens qui ont beaucoup de talent. Là, c’est plus l’idée ­ on parlait de solitude tout au début­ là c’est l’idée réellement de deux ou de trois, de ne pas être seule justement dans une création.

MC : Vous citez Bergman, Polanski, Annaud ­ je lis, hein ! ­ Sergio Leone, dans le monde du cinéma. Est ­ce que vous avez eu des rencontres fascinantes, au­ delà des œuvres, avec ces gens ou avec d’autres ? Est­ce qu’il y a des gens que vous aimeriez rencontrer ? Vous aussi, certainement, vous êtes titillée par ces…

MF : J’aurais adoré rencontrer Bergman, mais il ne m’a pas attendue ! (rires) Maintenant, là encore, est­ce que j’ai des vœux : non. J’aurais aimé rencontrer Cioran, mais il n’est plus. J’avais très, très envie de rencontrer Abel Ferrara, c’est chose faite.

MC : Vous avez percé un peu le mystère ?

MF : De ce monsieur ? C’est quelqu’un d’assez fascinant, aussi bien dans la destruction que dans l’énergie, mais c’est quelqu’un de fascinant en tout cas.

MC : Donc c’est intéressant, finalement, d’essayer de percer le mystère des gens et de les rencontrer…

MF : Oui, bien sûr ! Bien sûr. Mais là encore, c’est quelqu’un qui se dévoile très, très peu.

MC : C’est d’autant plus passionnant…

MF : Il faut comprendre des choses, accepter d’autres, tolérer parfois, mais c’est quelqu’un de très riche, oui.

MC : « A force d’ignorer la tolérance, nous ne marcherons plus ensemble »…

MF : Oui ! (rires)

Diffusion de « Rêver »

MC : Juste avant ce titre, on parlait justement de chanson, du disque. En parlant de chanson, c’était dans l’album « L’Autre… » : ‘Agnus Dei, moi l’impie je suis saignée aux quatre veines’. A défaut de mépriser la religion, le bouddhisme c’est quand même quelque chose que vous avez cerné avec le livre de Sogyal Rinpoché, auquel vous rendez hommage d’ailleurs sur la dédicace de l’album. (Mylène confirme d’un murmure) Vous avez lu « Le livre tibétain de la vie et de la mort ». Cette philosophie consiste à vivre le moment présent : concrètement, c’est quoi ne pas vivre les moments avant et après qui peuvent redonner le sourire comme ça ?

MF : Ne pas vivre les moments avant ou après ?

MC : Puisque la définition…

MF : Oui, oui. C’est une façon de ne plus se mettre en réel danger ­mais ça c’est une notion dans le fond que je n’aime pas parce que j’aime le danger, j’aime l’inconnu ­ mais en tout cas d’un danger qui n’est pas réellement intéressant, à savoir c’est vrai que le passé peut être un fardeau. L’avenir, l’idée de l’avenir, se projeter dans l’avenir et de se dire ‘Qu’est­ce que je vais faire demain ?’ est quelque chose de terriblement angoissant, donc quand on a à la fois la connaissance qui est celle des autres, puisque vous évoquiez ce livre, cette philosophie est un pansement. Maintenant, il y a des choses que l’on accepte et puis d’autres que l’on rejette, et c’est vrai que l’idée, la notion de vivre son présent est quelque chose de cicatrisant, dans le fond.

MC : Malgré cette référence, je crois savoir que vous n’épousez pas pour autant la cause du bouddhisme…

MF : Non, c’est­ à ­dire que c’est toujours pareil : puisque j’ai évoqué ce livre dans mon album, après c’est toujours difficile parce que si les médias s’en emparent, on va vous dire ‘Donc vous êtes bouddhiste’. Et c’est vrai que moi j’ai quelques nuances, en sachant que je ne le pratique pas tous les jours, je n’ai jamais rencontré le Dalaï­ lama, je n’ai jamais réellement rencontré de bouddhistes mais je m’y suis intéressée et c’est quelque chose, une fois de plus, qui m’a fait beaucoup de bien, que je trouve très sensé et surtout très réparateur. Ce n’est pas une religion, c’est plus une philosophie donc c’est quelque chose de plus tendre.

MC : Je parlais de tolérance tout à l’heure : c’est une de vos valeurs essentielles…

MF : Là encore, j’en ai besoin et c’est vrai que je le réclame chez l’autre. Là encore, c’est un apprentissage, parce qu’on ne devient pas tolérant comme ça, du jour au lendemain : il suffit de quelque chose qui vienne percuter votre esprit, quelque chose de violent par exemple, et j’aurais presque envie de nier tout ce que je viens de dire donc là encore, c’est un chemin qui est long ! Mais c’est vrai que cette notion de tolérance est quelque chose d’indispensable pour l’être humain.

MC : Et quand la tolérance confine presque au pardon, c’est un peu facile quand même, non ?

MF : Pardon ?

MC : Lorsque la tolérance confine au pardon, c’est un peu facile comme attitude : il faut quand même se révolter, se battre, non ?

MF : Oui. Maintenant, l’idée du pardon, là je pense…

MC : Je parle pas du grand pardon ! (rires)

MF : …brutalement à un article que j’ai lu sur ces femmes et hommes qui ont perdu des êtres chers et qui sont allés voir les bourreaux de ces personnes perdues. Là, c’est une idée du pardon qu’on pourrait qualifier de presque insoutenable mais c’est quand même une grande idée, donc j’aime cette idée du pardon.

MC : Un que vous pardonnez, parce que je présume qu’il est toujours numéro un dans votre cœur dans la littérature, c’est Edgar Allan Poe : « Allan » la chanson, oui, c’était ça ?

MF : Oui, bien sûr !

MC : Bon, on ne sait jamais !

MF : Non ! (rires)

MC : Il y a « Le corbeau », avec l’emblème sur… C’est toujours le numéro un dans votre cœur ?

MF : C’est quelqu’un que j’aimerai éternellement, ça oui ! Maintenant, j’ai des lectures un petit peu plus légères en ce moment, qui sont Mary Higgins Clark dont je suis en train de dévorer tous ses livres !

MC : Très en vogue, oui !

MF : C’est plus léger, mais c’est assez passionnant ! C’est bien écrit, en tout cas. (rires)

MC : C’est très en vogue, presque à la mode d’ailleurs…

MF : Oui. C’est plus vulgaire ! (rires)

MC : Ca lave l’esprit ?

MF : C’est une détente en tout cas, oui. (rires)

Pause publicitaire et flash info.

1996-05-fMC : Retour sur Nostalgie dans ce « Déjeuner de gala » avec Mylène Farmer. On parlait de littérature, on parlait d’Edgar Allan Poe et puis de Mary Higgins Clark et de sa soi­ disante légèreté. Parmi les lectures qui sont plus tendues, j’avais noté Henry James et puis Julien Green ­ c’est drôle, on en parle alors qu’il veut être révoqué de l’Académie Française alors qu’il n’en a pas le droit, ce brave homme ­ avec ses angoisses métaphysiques. Est­ ce qu’ailleurs c’est toujours mieux que là où on est ?

MF : Je le pense de moins en moins. Est­ce que c’est le voyage qui vous donne ces… ?

MC : Ha, vous vous éloignez de notre ami Julien, là ! (rires)

MF : Oui ! Là encore, c’est l’idée de projection ou d’anticipation, d’imaginer effectivement que l’autre va vivre mieux, que l’ailleurs est un meilleur. Dans la mesure où j’essaye de vivre des moments présents, ce seront mes moments à moi ­ non pas que je n’envisage pas l’autre, mais je me dis que dans le fond j’ai de la chance de vivre ce que je vis, même si parfois c’est difficile donc de ne pas chercher justement cet ailleurs hypothétique.

MC : J’évoquais Julien Green, philosophe mais aussi photographe avec des autoportraits, des photos de famille (Michel Cottet prononce d’abord ‘des autos de famille’ ce qui provoque un fou rire de Mylène) Le pauvre, il est né au début du siècle, des autos il devait pas tellement en voir !

MF : Changez la question !

MC : Non, non, non je la conserve ! J’aimais beaucoup sa définition d’un cliché parfait ­ je lis les trois points : savoir voir, être rapide et être patient pour réussir donc une photo. Est­ce que ce ne sont pas un procédé qu’on pourrait appliquer à une chanson, finalement, pour sa réussite ?

MF : (elle répète) Savoir voir, être rapide et être patient… Oui ! Oui, ça peut être… (elle s’interrompt, visiblement perdue)

MC : Non, c’est pas grave, c’est pour mes enchaînements comme ça…

MF : Oui, oui, j’entends bien ! (elle éclate de rire)

MC : …on arrive sur la peinture, n’est­ ce pas, vous voyez…

MF : Parce que vous, tout est écrit ; moi, rien ! (rires)

MC : Je suis obligé de prendre des notes ! Donc je voulais faire un parallèle entre la photo, la chanson et la peinture, qui est quand même un art aussi qui, si je ne m’abuse, vous titille…

MF : J’adore la peinture. Je la connais depuis peu, dans le fond. J’ai rencontré certaines personnes qui font partie de ce métier, donc de la peinture, qui m’ont d’une certaine façon éduquée.

MC : Lesquelles ? Enfin, si toutefois ça n’est pas…

MF : Pierre Nahon, que je connais peu mais… Albert Koski (mari de Danièle Thompson. Mylène a assisté a plusieurs vernissages de l’artiste et est une intime du couple, nda) est quelqu’un qui m’a aidée et puis ma foi, après ce sont des expositions, ce sont des livres : j’adore acheter des livres de peinture, j’adore acheter quand je le puis quelques peintures.

MC : Des livres pour essayer de reproduire ou simplement pour la beauté de… ?

MF : Pour une évasion, là encore. C’est aussi intéressant de feuilleter un livre de peinture qu’un roman. J’aime beaucoup Egon Schiele, j’aime Max Ernst, j’aime Klimt…

MC : Je suis largué en peinture, alors là je dis rien, je fais celui qui connaît, mais alors là, non !

MF : Non, non mais… ! Henri Michaux, l’écrivain, qui était également un peintre. Et puis beaucoup d’autres.

MC : Vous aimez la peinture, c’est pas pour autant que vous aimez vous emmêler les pinceaux, hahaha ! (ironique)

MF : (elle pouffe) Je dois répondre ?! (rires)

MC : J’en aurai presque fini avec mes références littéraires ­ enfin celles d’une époque qui n’est pas forcément celle que vous vivez actuellement ­ il y avait notre ami Kafka. J’avais lu un bel article sur Prague, vous dévoiliez la ville de Prague avec beaucoup de bonheur (paru dans le magazine « Femme » en juin 1996, cf. cette référence, nda). C’est parce qu’elle vous rappelle Montréal, de par son climat, de par… ?

MF : Très honnêtement, je ne me souviens pas de Montréal, si ce n’est que j’ai le goût de la neige, donc probablement lié à cette époque. Je n’y suis retourné qu’une fois et extrêmement brièvement donc c’était quelque chose que je qualifierais de pas très agréable (Mylène y est effectivement retournée à l’automne 1988 dans le cadre d’une série photo avec Elsa Trillat. Des années plus tard, lorsque celle­ci évoquera ce voyage pour le Mylène Farmer Magazine, elle parlera également d’une mauvaise ambiance, nda). Donc je ne me souviens pas de Montréal, en somme.

MC : Je ne sais pas si vous vous souvenez de cet article sur Prague que vous avez formidablement bien rédigé…

MF : Non, je ne m’en souviens pas. (l’article a pourtant été publié quelques mois à peine plus tôt, nda)

MC : C’est un art que vous aimez aussi. Il était axé sur les monuments historiques, sur les gens de la littérature etc. Ca vous passionne, ça, l’Histoire des villes ?

MF : Oui. Je suppose que c’est à peu près normal quand on découvre une ville de savoir ce qui s’y est passé, quels étaient les écrivains, qui a hanté qui ou qui a hanté quoi… Oui, là c’est encore un intérêt pour l’autre.

MC : Il y a notre ami le marquis, ça vous aimez bien, aussi…

MF : Le marquis, oui ! Le divin marquis ! (rires)

MC : Le marquis de Sade. Il va bien ?!

MF : Je l’ai délaissé, lui, un petit peu ! (rires) Il trépigne !

MC : Justine (héroïne des écrits du marquis de Sade, nda) va être en colère !

Diffusion de « Comme j’ai mal »

MC : « Comme j’ai mal », c’est bien entendu Mylène Farmer, extrait de l’album « Anamorphosée ». Mylène, notre invitée aujourd’hui sur Nostalgie dans ce « Déjeuner de gala » avec des chansons, avec des livres. Parmi toutes ces lectures, qui une nouvelle fois peuvent changer ou évoluer ­ ceci dit, celles qu’on a évoqué et que vous revendiquez, c’est quand même un monde fantastique et morbide : est ­ce que le suicide peut flirter, être limitrophe de cet univers que représentent les Julien Green, les Cioran etc. ?

MF : Est­ce que je… ?!

MC : Le suicide, la notion de suicide peut être limitrophe de cet univers pessimiste…

MF : Là encore, est­ ce que ce sont des thèmes de prédilection ? Je m’y sens bien…

MC : Pour l’époque où vous vous sentiez bien. Je ne veux pas…

MF : Non, non je m’y sens toujours très bien !

MC : Est ­ce que cette notion de suicide, qui est quand même une limite à franchir ou ne pas franchir après tout, est­ ce qu’elle était présente dans vos lectures ? « Le mythe de Sisyphe » de Camus, est-ce que vous l’avez lu par exemple ?

MF : Non, non. Est­ce que vous faites allusion à moi, est­ce c’est quelque chose qui m’a hantée, ou est­ce que c’est quelque chose qui… ?

MC : Oh non, je n’irais pas jusque là. Non, non. D’une façon générale, quand on est ‘imbibé’ non pas d’alcool ­ bien que vous appréciiez le Bordeaux et je vous en félicite ! ­ mais imbibé de ce genre de lectures, aussi diverses soient­elles…

MF : Oui, ce sont des chemins dangereux. Effectivement, si on s’imbibe et fait une indigestion d’auteurs comme ça, de lectures, ça devient sa vie de tous les jours, sa pensée de tous les jours donc on finit par… A la fois c’est passionnant et pourquoi c’est passionnant ? Parce qu’on ressent ces mêmes choses, donc fatalement se crée un lien entre l’auteur et le lecteur. Maintenant, ça peut être dangereux si on ne s’abreuve que de…

MC : C’est pour ça qu’il y a Mary Higgins Clark !

MF : Oui, peut­être ! Parce qu’il y a toujours ces ingrédients mais il y a toujours une notion d’espoir, j’imagine.

Oui, il faut avoir le recul nécessaire pour ne pas effectivement essayer d’illustrer ce que l’on lit, en tout cas de l’appliquer à sa vie, voilà.

MC : Vous êtes en train de nous avouer quand même professionnellement, à travers vos lectures, une formidable conscience des limites, un recul, une sérénité par rapport à vous ­même…

MF : Oui, je le pense. Parfois, je n’aime pas ça, je n’aime pas cette maîtrise.

MC : Ca empêche une folie, d’être trop maître de soi, d’être trop lucide finalement ?

MF : D’une certaine manière, oui. Et une trop grande lucidité mène à un cynisme parfois, et ça je m’en défends aussi parce qu’être cynique, je crois, c’est pas très intéressant pour sa vie ni pour les autres. Mais là encore, c’est moi qui suis responsable de ça.

Pause publicitaire

MC : Retour sur Nostalgie dans ce « Déjeuner de gala » avec Mylène Farmer. Un petit clin d’œil à votre nom : ‘Farmer’, c’était un personnage d’un film que Jessica Lange a tourné etc. Enfin bref ! (Incarnée au cinéma en 1982 par Jessica Lange, Frances Farmer est décédée en 1970, nda) Aujourd’hui, si vous deviez choisir un autre nom en référence, ça serait Greta ?

MF : Non ! (rires)

MC : Non ? Ca changerait pas ?

MF : E.T., ça me conviendrait parfaitement ! (rires)

MC : Greta, ça m’arrange : j’étais sur « Cendres de Lune »…

MF : J’ai bien compris, oui ! (rires)

MC : Léo Ferré ­ j’y reviens, vous voyez, chacun les siens ­ c’était la mélancolie, ‘la mélancolie, c’est revoir Garbo’ dans « La reine Christine ». Pour vous c’est quoi, la mélancolie ?

MF : Qu’est ­ce que pour moi la mélancolie… ?! Hmm…

1996-05-gMC : Vous avez autant de temps que vous voulez pour répondre !

MF : Oui, mais plus je vais mettre du temps et plus la réponse sera décevante !

MC : Non, peut ­être que vous n’êtes pas mélancolique, donc c’est un sentiment qui n’évoque rien de spontané, justement…

MF : Je la trouve très souvent dans la musique. Ecouter une musique évoque chez moi une mélancolie. Mais là, précisément, non je n’ai pas de réponse…

MC : Ecouter les Doors, les Eagles, Gainsbourg, Dutronc, ça c’est de la mélancolie, c’était votre…

MF : Oui…

MC : Vous êtes allée voir, par exemple, Dutronc au Casino (de Paris, nda) y a quatre ans ?

MF : Non.

MC : Barbara, aussi, qui a bercé votre…Non ?

MF : Non. Le dernier spectacle que j’ai vu, c’était Alanis Morissette.

MC : Barbara, qui vient de sortir un album (« Barbara », 1996, nda) : ‘Il me revient, il me revient en mémoire, il me revient une histoire, il me revient des images’ ça, c’est pas votre cas, ça, hein…

MF : Qu’il me revienne des images ? J’essaye le moins possible ! (rires)

MC : L’adolescence ne revient jamais. Vous n’aimez pas l’adolescence d’une façon générale : est­ce que c’est parce que vous n’appréciiez pas le manque de personnalité chez l’autre ? Est­ce qu’on peut faire le lien ?

MF : Je n’aime pas l’adolescence. Là encore, je n’ai évoqué que la mienne : c’est un passage que je n’ai pas aimé du tout, du tout.

MC : Peut ­être dans le regard des autres adolescents que vous croisiez à l’époque…

MF : Ca, de toute façon, mais avant tout on ne s’aime pas soi ­même et là pour ça, je crois que je n’avais même pas besoin du regard de l’autre.

MC : Ca vous plaît aujourd’hui d’être presque adulte ?

MF : Je crois que je ne le serai jamais !

MC : J’ai dit ‘presque’, hein !

MF : (rires) Oui, je me préfère aujourd’hui qu’il y a cinq ans, six ans, dix ans, vingt ans. La trentaine est quelque chose de plus doux, pour moi en tout cas.

MC : Ca correspond à ce que vous imaginiez lorsque vous étiez adolescente ?

MF : Non. Là encore, je me suis toujours envisagée ­ c’est plus une détresse qui venait à moi, donc de s’envisager plus grand dans le temps est quelque chose qui n’était pas là encore très doux. Mais j’ai toujours entendu ‘Vous verrez, l’âge de trente ans ou la trentaine pour une femme est bien plus magique que cette période qu’est l’adolescence’ et j’avoue que je puis dire oui, en tout cas me concernant.

MC : Là, c’est à demi magique : vous êtes au milieu de cette décennie exceptionnelle !

Diffusion de « Vertige »

MC : « Vertige », toujours extrait de votre album, Mylène Farmer, « Anamorphosée » ­ je vous parle, puisque vous êtes notre invitée aujourd’hui sur Nostalgie dans ce « Déjeuner de gala » ! On parlait juste avant de votre adolescence. Vous ne répondrez pas si je vais un peu trop loin : vous dites aussi avoir été en manque d’affectif, est ­ce qu’avec le recul vous avez l’impression d’être passée à côté d’une bonne thérapie pour soigner cette blessure ?

MF : Là encore, puisque c’est une inconnue pour moi je ne peux pas répondre, en ce sens que je n’ai pas fait cette démarche. Maintenant, nous sommes tous d’abord des êtres très sensibles mais il y a une hypersensibilité que vous ayez dans le fond ou non cet amour, vous ne le percevez ou en tout cas pas peut­ être à sa juste valeur, ou peut­ être que vous en demandez une surproduction donc en ce sens, vous allez souffrir. Donc je dois faire partie, si je peux me caractériser, de cette catégorie d’êtres hypersensibles, donc difficiles.

MC : « Et Tournoie… » : ‘Ton pire ennemi, tu peux l’expulser de toi’…

MF : Là, ça fait partie, oui, de cette…

MC : Il rôde encore ?

MF : Bien sûr. C’est pour ça : là, je pensais à ça et à l’évocation du bouddhisme et toutes ces choses qui sont très belles et très reposantes mais malgré tout on se lève le matin et on peut toujours avoir cette notion du mal qu’on a en soi, cette capacité à faire la mal, cette négation de soi et toutes ces choses qui font que ça perturbe votre esprit et c’est là où c’est difficile, parce que c’est là où vous décidez, vous êtes réellement maître ou de votre vie ou de votre journée et décidez que non, ça va aller mieux parce que ça vaut le coup.

MC : Ce méchant, il s’appellerait Alice, l’araignée malicieuse ?

MF : Oui, tout à fait ! (rires)

MC : Ca m’amène à la scène : entre le spectacle de 1989 et celui­ ci, qu’est­ ce que vous vouliez absolument ne pas reproduire ?

MF : Trop de tristesse.

MC : Voilà, on sait toujours ce qu’il faut pas faire, on sait pas forcément ce qu’il faut faire, mais voilà, c’est ça…

MF : Oui, j’avais envie de…Mais là encore, ça a commencé par l’écriture de l’album, donc fatalement la scène est différente puisque j’ai suggéré, moi, des choses avant, en tout cas mes changements intimes.

MC : Ceci dit, si je puis me permettre, le spectacle comporte la quasi ­totalité des nouvelles chansons mais dans sa globalité, ça ne représente que 40% et pourtant le spectacle a une tenue, c’est la même.

Il est quand même…

MF : J’ai eu envie d’abord d’évoquer le blanc, avec tout ce que ça peut évoquer pour l’autre, essayer de donner de la joie ; maintenant de la réflexion, bien évidemment, mais l’idée du show en soi : l’idée du show qui est quelque chose de à la fois factice, rapide mais quelque chose de fondé.

Pause publicitaire

MC : C’est toujours votre « Déjeuner de gala » sur Nostalgie. On est pratiquement en tournée, on parlait de votre disque, c’est la scène actuelle ­ ce soir vous serez à Nîmes. Cet écran géant, c’est votre idée ? C’est pour avoir un spectacle à deux vitesses, ce fameux show que vous venez de décrire et puis également qu’on puisse vraiment lire dans vos yeux ?

MF : D’une certaine manière, oui. Là encore, c’est peut ­être extrêmement narcissique mais c’est pensons aux personnes qui sont tout au fond et qui ne voient que des petites choses sur scène qui bougent, donc j’allais dire je me devais, non je ne me devais pas de le faire mais moi étant spectateur, c’est vrai que j’ai une frustration si je ne vois pas les yeux de la personne. Donc voilà pourquoi cette idée de l’écran géant et parce qu’il y a eu…

MC : Surtout quand ils sont jolis !

MF : (elle rit, un peu gênée) Et puis l’envie aussi de projeter des choses sur cet écran, parce que bien évidemment il n’y a pas que moi, évoquer l’abstraction et là encore, c’était une chose…

MC : Et vos sourires, on dirait ­ c’est peut ­être fait exprès ­ il y a des expressions très agréables qui nous propulsent vers le blanc…

MF : Là, c’est peut­ être la différence alors par exemple avec la première scène et la deuxième : sur la première, je n’aurais jamais pu avoir une caméra qui reproduise justement mon visage en gros plan. Ca, c’est quelque chose qui m’aurait mortifiée parce que peut­ être que je n’étais pas prête pour ça (il est à noter que pour les deux dates à Bercy en 1989, des écrans géants étaient pourtant placés de part et d’autres de la scène, nda) alors que là, c’est quelque chose que je…c’est sans doute ça, le vrai changement : c’est de devancer ça et de dire ‘Voilà, maintenant je vais vous donner aussi mes clignements d’œil, mes larmes, mes joies, mes sourires, mauvais ou bons profils, peu importe : je me livre !’ (rires)

MC : ‘Dieu vomit les tièdes’, ça c’est vous qui l’avez…

MF : C’est dans la Bible ! (rires)

MC : Oui, oui, je vous cite, je l’ai noté et je voulais rebondir là­dessus : vous êtes dure dans le travail ? Vous avez l’œil à tout ? Vous maîtrisez tout ?

MF : Maîtriser, je ne sais pas, mais en tout cas je fais en sorte, oui, de maîtriser le maximum. Dure, probablement ; pénible, à mes heures sans doute, mais maintenant je respecte l’autre, donc je pense que…

MC : Les réactions, lorsqu’il y a un point qui vous agace, elles sont spontanées ou réfléchies pour apporter la solution ou pour essayer d’imposer votre vision des choses ?

MF : Elles sont… Là encore, c’est pas aussi simple que ça. Je m’enflamme très, très vite ! Même si dans le fond, la réponse a été donnée tout de suite, parfois elle est un petit peu trop ­ je ne trouve plus le mot ! ­ démesurée, mais en tout cas elle est instinctive.

Diffusion de « Laisse le Vent Emporter Tout »

MC : « Laisse le Vent Emporter Tout », c’est Mylène Farmer, extrait de votre album « Anamorphosée ». Continuons ce « Déjeuner de gala » sur Nostalgie : on faisait référence tout à l’heure sur l’album aux guitares de Jeff Dahlgren. Est­ce qu’il y a eu d’autres ingrédients comme ça sur l’album et sur la scène que vous vouliez absolument avoir à vos côtés pour perdurer ce nouvel élan ?

MF : Sur la scène, oui : avoir des musiciens qui ont envie de jouer.

MC : Pourquoi ? Le contraire, ça existe ?!

MF : Oui, parce que dans ce métier, ça peut devenir une routine très facilement. On vient en studio, on fait une séance et on s’en va…Qu’il y ait une énergie centrale sur scène, qui sera la mienne puisque je vais être le point central, et à la fois des danseurs et des musiciens, s’il n’y a pas une osmose parfaite, en tout cas un réel désir commun, je crois que c’est quelque chose qui est à moitié gagné. Donc, outre les capacités et les talents de musicien, il y a aussi ce vrai désir de se dire qu’à chaque fois qu’un spectacle est quelque chose d’exceptionnel et qu’il faut tout donner.

MC : Cette osmose, on la ressent tout de suite ? Non, bien entendu, il faut du temps…

MF : Je crois que là encore, c’est plus l’idée de l’instinct qui vient quand on fait le choix des musiciens, et puis après je crois que c’est malgré tout à la fois et un travail et un partage. C’est ­à ­dire, c’est vrai qu’il y a beaucoup de moments, par exemple pendant les répétitions ­ que ce soit avec des danseurs ou avec des musiciens ­ il y a beaucoup de moments après la scène, avant le spectacle, à la cantine… Ca peut paraître ridicule, mais ce sont des moments qui sont importants à chaque fois parce qu’il y a une vraie ou communication, ou communion et que c’est là que se construit réellement ce que les gens vont ressentir sur scène.

MC : A la cantine, comment on se détend ? On parle de blagues ou on continue à peaufiner les détails, ou à se dire ‘Ca, c’était pas bien ; ça, c’était bien’… ?

MF : Il y a toujours ces choses­là qui surviennent, mais en général pour un tel spectacle, parce que c’est quelque chose qui est obligé d’être extrêmement calibré. Après vient le temps de…

MC : Ca doit être parfait avant qu’on l’ait commencé…

MF : Parfait : là encore, je me méfie un petit peu de ces mots en parlant de moi et de ce spectacle, mais en tout cas les choses techniques, par exemple, doivent être extrêmement étudiées, sinon on va à une catastrophe !

MC : Vous vous aimez, parfois ?

1996-05-bMF : (elle soupire, puis rit) Sans doute, oui. Sans doute…

MC : Vous aimeriez être l’amie de Mylène Farmer ?

MF : Posez­moi une autre question ! (rires)

MC : ‘De ce paradoxe je ne suis complice / Souffrez qu’une autre en moi se glisse’, héhé ! Est­ce que l’illogisme serait donc la seule logique possible ? Oh, c’est compliqué !

MF : Je vais avoir mal à la tête, bientôt ! (rire franc)

MC : On a bientôt fini, docteur ! C’est vous : en lisant vos chansons, en les écoutant ça inspire ce genre de…Mon imaginaire a fonctionné, vous voyez ! (Mylène acquiesce d’un murmure) Donc forcément, c’est vrai que vous avez peut­être des difficultés à y répondre. ‘Mais qui est l’autre’ ?!

Diffusion de « Et Tournoie… »

MC : « Et Tournoie… », c’est Mylène Farmer bien entendu, notre invitée aujourd’hui dans ce « Déjeuner de gala ». Je reviens sur la scène : c’est Paco Rabanne qui vous habille ­ vous voyez, j’ai tout noté parce que je peux pas tout me souvenir, moi ! ­ en 1989, c’était Thierry Mugler, qui avait fait aussi le clip de « XXL »…

MF : Oui…

MC : Il y a eu Gaultier sur le clip de « Je t’aime Mélancolie », Alaïa sur le clip de « Que mon Cœur Lâche », non c’est pas ça ?

MF : Oui !

MC : Bref, c’est une vraie collection ! C’est drôle…

MF : Oui, j’aime bien les couturiers !

MC : Vous jouez sur scènes avec ces tenues ? C’est une façon de vous… ?

MF : Oui. Là encore, j’ai travaillé assez longtemps avec l’équipe de Paco Rabanne.

MC : C’est une volonté de changer, comme ça, d’aller de l’un à l’autre qui ont quand même des styles très différents ?

MF : Oui. Encore que sur la première scène, à part deux ou trois tenues, Thierry Mugler n’était pas si en avant que ça : c’est­à­dire qu’il a accepté de prêter son talent mais de respecter aussi mon univers. Je fais allusion à « Tristana », par exemple, qui était des manteaux russes avec des écharpes, des gants : c’est pas très Thierry Mugler ! Maintenant, pour Paco Rabanne, l’idée c’était que ce soit près du corps, que ce soit ce qu’on appelle sexy… (rires)

MC : Et talons hauts, cette fois­ ci !

MF : Et talons qui sont très, très hauts ! (rires) Et Paco Rabanne, là encore ça fait partie des rencontres et des choses qui deviennent presque une évidence une fois que c’est choisi. C’est quelqu’un qui aime le blanc, c’est quelqu’un qui aime l’énergie, qui aime autant de choses qui avaient un rapport avec ce show.

MC : Dans le monde de la mode, dans le monde de la chanson, il y a forcément moult personnes qui essaient de vous approcher, non ? Des projets, vous devez en avoir !

MF : Mais non, pas tant que ça !

MC : Pourquoi ? Vous faites peur ?!

MF : Je ne sais pas ! Mais non, il y a pas tant de…

MC : Restons sur le domaine de la mode : il y a pas beaucoup de personnes au monde qui réclament autant de tenues pour une scène, et surtout des tenues qui sont mises en valeur, qui servent à quelque chose, non pas simplement à dire ‘Vous avez vu ? J’ai une belle tenue !’, donc forcément ça doit attiser les esprits fertiles !

MF : Mais non ! Alors, est­ce que c’est propre à ce pays ? J’en sais rien, mais c’est plus à soi à chaque fois de faire des démarches et d’avoir des désirs et d’aller vers l’autre plus que créer de réelles envies chez l’autre, non…

MC : J’ai juste noté, il y avait Baudelaire aussi, j’ai oublié, avec « L’Horloge », que vous aviez adapté sur l’album « Ainsi Soit Je… » : ‘Trois mille six cents fois par heure, la seconde chuchote : souviens toi’, ça, ça doit vous énerver, ça ! C’est pas vous, ça !

MF : (rires) C’est plus moi, ou j’essaye de ne plus l’être ! (rires)

MC : J’avais noté également, pour essayer d’en finir avec cet album, « Anamorphosée », sur « Mylène s’en fout », c’est la pureté à travers le jade, ce minéral chinois. La pureté, ça pourrait être aussi un mot pour vous définir ?

MF : Oh, là encore c’est un exercice que je ne ferai pas, tenter de me définir, donc je vous laisse ces mots ­là, mais le jade, l’évocation du jade qui évoque effectivement la pureté, l’idée aussi d’un matériau brut, d’un matériau qui n’est pas précieux mais qui devient avec le temps quelque chose de précieux ­ mais là je ne m’évoquais pas moi précisément !

MC : J’espère que ‘c’est sexy’, Nostalgie ! En tout les cas, c’est vrai qu’essayer de découvrir quelqu’un, essayer de percer le mystère, ça peut amener un grand risque : la déception. Je peux vous dire que vous êtes l’exception qui confirme la règle !

 MF : C’est gentil ! Je pensais exactement à ça, à savoir est­ce que je n’ai pas déjà trop parlé ?! (rires)

MC : Je voulais finir en vous paraphrasant : laissons le vent emporter tout, laissons Mylène prendre soin de tout. Voilà !

MF : (rires) C’est gentil à vous, en tout cas ! Merci !

MC : Merci beaucoup.

Publié dans Mylène 1995 - 1996, Mylène en INTERVIEW, Mylène TOUR 1996 | Pas de Commentaires »

UN MONDE ARTISTIQUE ET UNE CRITIQUE DISTANTES

Posté par francesca7 le 22 août 2014

 

jacquou_makof43

 

   Le relais essentiel de Laurent Boutonnat a toujours été la presse, qu’elle soit musicale, quotidienne ou de télévision. Rarement des magazines ou des revues cinématographiques se pencheront sur notre réalisateur pendant ses dix années de réalisation de clips. En revanche, comme un concepteur de films qui grandissent dans l’âme, Boutonnat sera souvent cité dans des critiques d’autres films comme une inspiration auxquels les cinéastes se seraient fiés. Ainsi certains critiques cinématographiques verront dans l’imagerie du Pacte des loups (Christophe Gance – 2001) une référence à Tristana (1987), souligneront les similitudes de traitement du scénario entre Firelight (William Nicholson – 1997) avec Sophie Marceau et celui de Giorgino (1994). D’après ces remarques on peut retirer une inspiration d’ordre imagière plus que narrative ou esthétique. 

Ce qui reste de Laurent Boutonnat pour la presse et le monde artistique semble être avant tout certains éléments graphiques. On n’a jamais vu Boutonnat se vanter de la nouveauté de sa narration ou de compositions d’images inédites ; la particularité de son cinéma réside simplement dans l’assemblage d’imageries décrites dans notre deuxième partie, de sa faculté à en tirer des atmosphères désespérées, des scénarios romantiques que peuplent des séquences oniriques. Les films d’autres auteurs, parmi lesquels les deux pré-cités, reprendraient de Boutonnat certaines de ses images, comme l’omniprésence des loups qui rodent dans la neige, la mythe de la femme enfant, l’utilisation dramatique de la glace se formant à la surface d’un lac et des jeux d’acteurs tout en nuances de Giorgino, et surtout d’une atmosphère, d’un climat lourd mêlé de désespoir dont le cinéaste ne s’est jamais séparé. Le premier article ayant pour seul objet Laurent Boutonnat est tiré du quotidien Le Matin de Paris181. L’accent de l’article est porté avant tout sur le budget exceptionnel qui sera en passe d’être alloué pour la première fois à un clip français (10 500 Euros) et au soin cinématographique porté à la réalisation. 

Laurent Boutonnat qui avait sans doute vendu la peau de l’ours avant de l’avoir tué se vit refuser les crédits relatifs au tournage de la deuxième version de Maman à tort une semaine après la parution de l’article. 

Les motifs invoqués par la maison de disque parlent d’un précédent vidéo-clip déjà tourné en catastrophe par Boutonnat sur un plateau de télévision en cinq jours et déjà en forte diffusion dans les émissions spécialisées. Pour une somme de 116 Euros seulement, il avait réalisé, avant même que le 45 Tours ne sorte dans le commerce, une vidéo interprétant les paroles de la chanson en plans fixes, à la mise en scène immobile. Le long clip sur lequel le réalisateur travaillait était, à en croire son story-board, proche de qui allait devenir son style mais mettait malheureusement de côté l’expérimentation narrative dont le premier essai faisait preuve. Dès la première sortie dans le commerce d’une de ses compositions, Boutonnat par cet article fait déjà parler de lui avant tout par son clip. C’est grâce à cette opportunité de mettre en scène perpétuellement la chanson et son interprète de manière ludique que Boutonnat reste si longtemps loin de ce qui est considéré comme le “vrai” cinéma de salles obscures. Il le confirmera lors de la sortie de Libertine : « Finalement une chanson c’est quelque chose d’assez simple. Mais travailler autour de la chanson, ça c’est réellement passionnant. » Les articles suivants relatifs à Boutonnat se consacrent davantage à son travail de composition et surtout d’arrangement de chanson, comme l’article élogieux de Rock & Folk début 1986. 

On trouve à cette époque les articles relatifs à son travail de cinéaste dans les magazines musicaux, où il est souvent l’objet des pages consacrées aux nouveaux clips. C’est à un magazine traitant de musique autant que de cinéma ou de culture contemporaine qu’il donne sa première interview en avril 1986 pour le clip de Plus Grandir183. Boutonnat avait pour l’occasion organisé deux premières dans deux cinémas de la capitale à laquelle il avait invité la presse cinématographique et musicale. Seule la première catégorie aura répondu présente et se sera fait le relais de cette nouvelle initiative pour un réalisateur de clip. Le milieu cinématographique, lui, reste muet. 

Starfix offre quelques mois plus tard sur deux pages un compte rendu du tournage de Libertine en l’intitulant : «Clip ou film? Les deux. Mylène Farmer inaugure le genre». Le futur assistant réalisateur François Hanss analyse pour la première fois les moyens inhabituels mis à disposition d’un clip et les attributs cinématographiques qu’il adopte. Laurent Boutonnat aura sans soute compris par la suite la nécessité d’insister sur l’aspect cinématographique de ses clips afin de faire de leur sortie à chaque fois un nouvel évènement médiatique. La diffusion télévisée en exclusivité à des horaires exceptionnels de chaque nouvelle production servira à en faire des purs spectacles de divertissements familiaux et non plus destinés au public d’un genre musical particulier. Malgré cette exposition totalement nouvelle pour des clips, la presse et le milieu cinématographiques ne trouveront toujours pas en 1988 de bien fondé à l’analyse d’un tel phénomène.

 

ptg02164000 Peu enclins à tisser d’étroites relations avec le milieu musical français, Laurent Boutonnat et Mylène Farmer, lauréate de la remise de la victoire de la musique de l’interprète féminine de l’année 1988, refusent l’interprétation sur scène de leur succès du moment, comme c’est pourtant la coutume dans cette soirée. Interrogé le lendemain par la presse, Bertrand LePage  expliquera le refus d’une phrase laconique et provocante : « Mylène Farmer ne chante pas avec un orchestre de bal ». Par la suite souvent renommés, notamment en 1991 pour le clip de Désenchantée et en 1996 pour le concert, Laurent Boutonnat et Mylène Farmer ne recevront plus de trophées des mains de la profession, raflant pratiquement tous ceux remis dans d’autres soirées par des votes de public. Depuis sa jeunesse, la volonté de Boutonnat a toujours été de faire du cinéma, ou du moins avoir l’occasion d’en faire. Le clip s’est alors présenté comme une opportunité de porter à l’écran un imaginaire qu’il n’avait pas la possibilité de transmettre par d’autres médiums. Que les milieux respectifs auxquels ont pu toucher le clip, c’est à dire la musique, la télévision et le cinéma, répondent plus ou moins fort à son travail semble importer peu au cinéaste. Jean-Louis Murat qui travaille sous sa direction en 1991 pour Regrets dira de lui plus tard qu’il « filme du morbide pour s’amuser. Lui-même est les premier étonné que ça marche. » Laurent Boutonnat bénéficie donc dès 1888 d’une place à part chez les réalisateurs de clip, ses productions étant diffusées à de grands horaires d’écoute et en étant intégrées dans des shows de divertissements populaires. 

Sans doute par peur d’être considéré comme un réalisateur de télévision qui, après avoir transgressé avec succès les lois de sa forme devait à nouveau subir des règles strictes de diffusion, Laurent Boutonnat délaisse ses récits en forme de contes pour revenir à des images moins admises à la télévision et à des sujets moins “familiaux”. Laurent Boutonnat se lance donc dans des clips plus violents comme Sans Logique, et surtout Pourvu qu’elles soient douces. Ce dernier fut censuré à la télévision de la moitié de sa longueur pour plusieurs causes : la raison officielle invoquée était l’apparition à plusieurs reprises de l’interprète de la chanson entièrement nue. A cela s’ajoutait une longue bataille très sanglante occupant la moitié de la durée. Longue période pendant laquelle la chanson pourtant objet central du clip, était totalement absente de la bande sonore et laissait la place à une musique militaire accompagnant la représentation de la mort de dizaines de soldats français et anglais.

jacquou_makof35Inutile de préciser que la durée exceptionnelle de ce clip le rendait invendable en télévision. Signature d’une volonté évidente d’être associé davantage à la liberté du grand écran qu’à l’asservissement du petit, le cinéma de Boutonnat s’étire, se teinte de violence et de thèmes subversifs. Plus que jamais il se veut en auteur se passant de l’unanimité du public et de sa profession, et non plus en réalisateur de clips consensuels, cantonné aux émissions marginales destinées aux jeunes consommateurs. C’est parallèlement à Pourvu qu’elles soient douces qu’il entreprend la préparation du film du spectacle qui aura lieu un an plus tard. Là encore, le métrage long qui en sortira ne sera pas destiné à la télévision et le soin apporté à sa réalisation et à son scénario témoignera d’une grande envie de sortie sur grand écran. Alors que les revues de cinéma continuent de se cantonner aux films sortant officiellement en salles, la presse télé couvre largement dans ses pages les censures des clips de Laurent Boutonnat en montrant des photographies de plateau en extrait. Les mêmes causes produiront les mêmes effets en 1992 lors de la censure très commentée dans la presse de Beyond my control. Laurent Boutonnat se sera servi du média télévisuel autant pour promouvoir les chansons qu’il composait que les clips qu’il réalisait. Le fait de s’en éloigner de manière régulière a eu pour effet de placer le réalisateur dans un flou entre la télévision et le cinéma. Mélangeant les formes, les genres, les institutions et les moyens de diffusion, Boutonnat est resté un cinéaste insituable durant de nombreuses années. Et si la presse musicale et télévisuelle a reconnu quelquefois en lui un auteur à part entière renouvelant partiellement la forme du clip, le monde cinématographique a continué d’ignorer non seulement son travail, mais aussi l’entièreté d’une forme filmique chez laquelle bon nombre de nouveautés narratives, esthétiques et plastiques continuent régulièrement d’apparaître.

 

EXTRAIT DU LIVRE DE Jodel Saint-Marc  « Le Clip en tant qu’œuvre Cinématographique / aux éditions Sorbonne Nouvelle en août 2003 

 

Publié dans Mylène et Boutonnat | Pas de Commentaires »

LE CAS REGRETS MYLENE ET MURAT

Posté par francesca7 le 25 juillet 2014

 

 

Dans Regrets aucune référence biblique ni d’apparition de personnages déjà morts ne peuvent guider le spectateur vers une lecture d’un au-delà. Ici Boutonnat semble faire confiance aux paroles explicites de la chanson et à la capacité de double lecture de son public pour que celui-ci trouve ce que représente le décor. La piste sonore de Regrets est un duo avec Mylène Farmer et Jean-Louis Murat remixé et bruité. Le texte de la chanson se compose d’une part d’une complainte poétique d’un homme vivant adressée à sa bien aimée dont il ne peut plus atteindre l’amour :

 

« Debout la tête ivre, deux rêves suspendus, je bois à nos amours infirmes. […]

Viens ne sois plus sage, après tout qu’importe, je sais la menace des amours

mortes. […] Je me fous des saisons; viens, je t’emmène là où dorment ceux qui

s’aiment »

 

D’autre part, le duo laisse la place aux paroles vaporeuses de la femme défunte qui refuse cet amour faute de pouvoir le vivre : « N’ouvre pas la porte, tu sais le piège de tous les remords, de l’anathème.

Gardons l’innocence et l’insouciance de nos jeux d’antan, troublants. […] N’ai pas de regrets, fais la promesse, tu sais que l’hiver et l’automne n’ont pu s’aimer. »

boutonnat-murat

 

Ce qui pourrait être vu comme de lentes lamentations romantiques sans fond se doublent en fait du récit d’un homme rendant une courte visite à sa défunte femme, et qui vient la persuader en vain de pérenniser leur amour malgré la mort de celle-ci. L’intégralité du clip se place dans cet au-delà à la géographie limitée : des rails de train conduisant aux portes d’un vieux cimetière abandonné, aux tombes enneigées et détruites, envahies par les ronces. Le clip commence et se termine sur la longue perspective à l’issue invisible des rails longeant l’enceinte du cimetière. Ce néant si bien rendu vers lesquels les rails mènent a été conçu par une épaisse brume, doublée d’une forte surexposition due techniquement à une grande ouverture du diaphragme. Ces deux détails esthétiques que sont la brume et la surexposition seront présents durant tout le clip, et ont pour fonction autre que stylistique de montrer qu’il n’y existe pas de frontière entre l’extérieur du cimetière et son intérieur, comme il pourrait y en avoir une entre la vie et la mort. Pour l’occasion, Laurent Boutonnat est allé tourner le clip dans le cimetière juif abandonné de Budapest. Fermé depuis la seconde guerre mondiale, le cimetière a totalement été laissé en décrépitude ; les ronces et les pierres tombales cassées ne sont pas un effet de décor.

 

Boutonnat s’est donc adapté au lieu et la reprise fidèle de la topographie des lieux pour le clip pourrait laisser penser que le réalisateur a adapté la structure de son film en fonction de ce qu’il découvre lors de ses repérages. 

L’homme (vivant) pénètre dans l’au-delà grâce à un wagon de train sortant d’une épaisse brume pour s’arrêter devant une grille de cimetière close. Les caractéristiques des « portes de l’au-delà », souvent rendues au cinéma par l’emploi d’une ouverture blanche et lumineuse derrière laquelle s’étend un monde inconnu, sont ici réutilisées à l’inverse pour signifier la vie de laquelle sort et retourne l’étrange wagon. Si l’emploi du cimetière duquel semble prisonnière l’héroïne évoque son statut de défunte, le néant brumeux d’où sort l’homme symbolise bien la différence entre cet au-delà et le monde de vie auquel il appartient. Certains détails à l’image appuient les appartenances des deux protagonistes. Dans le générique de début, qui se compose des deux noms des interprètes et du titre du clip, le positionnement sur l’écran renvoie chacun des deux héros à son état dans le clip. Ce n’est pas innocemment que le nom de la chanteuse apparaît en haut à gauche de l’écran, élevé vers le ciel et du côté du cimetière. Ce n’est pas non plus dans un pur souci de composition d’image que celui du chanteur reste planté au bas de l’écran à droite, comme s’il avait les pieds sur terre. Suite à l’apparition des deux noms, le titre du clip apparaît au centre de l’image simultanément et au même endroit que le wagon sortant de la fumée, désignant le plus simplement possible les sentiments de l’homme présent dans le train : des Regrets. Le clip fourmille ainsi de détails à la cohérence implacable avec l’histoire racontée.

 

des202Par exemple, l’apparition d’un daim solitaire lors de l’entrée de l’homme au bouquet dans le cimetière évoque Bambi (Walt Disney – 1946) qui perd sa mère dans le long-métrage d’animation du même nom. Alors perdu dans la neige, Bambi est recueilli par son père qui est le seul de ses parents encore vivant. Fils symbolique des deux protagonistes de Regrets, de la mère morte et du père venant le recueillir, le daim comme tous les autres éléments du clip fait une apparition en totale cohérence avec le contenu du récit. 

Le clip se compose d’une longue errance au ralenti du couple se tenant la main, se parlant, se promenant à travers les tombes clairsemées. C’est lorsque les deux êtres se trouvent face-à-face, lorsqu’il ne leur reste plus qu’à s’embrasser pour que leur amour reparte où ils l’avaient probablement laissé, que la femme rend à l’homme le bouquet qu’il avait apporté pour elle et qu’elle disparaît entre les tombes, dans les brumes du cimetière. De nouveau seul, l’homme repart tête baissée dans le wagon l’attendant devant les grilles qui l’avait amené une dernière fois auprès de feu sa bien-aimée. S’attachant pour une fois aux paroles de la chanson sans extrapoler le texte duquel il part, Laurent Boutonnat ancre son clip dans un traitement romantique absolu. L’aspect poétique des paroles comme la difficulté de décodage de la symbolique du clip ne laissent pas une grande place pour une lecture claire de l’histoire racontée.

 

Rien n’y est clairement dit et tout est montré figurativement de manière plus ou moins décryptable. Ici c’est le bouquet tenu à la main par l’homme et refusé par la femme qui symbolise l’amour qu’il devra garder pour lui. Le voyage dans l’au-delà de cet homme n’est pas figuré par le passage pompier d’un tunnel ou d’un pont mais par l’emprunt d’un wagon sur des rails menant nulle part. Le plus souvent dans les vidéo-clips, les symboles utilisés sont relatifs à l’image que l’interprète veut donner de lui, au titre de sa chanson ou à certaines paroles, mais ils sont rarement utilisés au service d’une histoire construite. Dans les autres cas, l’usage du symbole dans un clip est dû à la volonté du réalisateur de transposer visuellement un texte relevant d’éléments abstraits. Le récit de Regrets reproduit au contraire fidèlement l’histoire contenue dans le texte de la chanson sans l’enrichir d’autres actions. Ici la symbolique intervient seulement pour fixer quelques éléments narratifs et diégétiques d’une manière romantique cohérente avec la sobriété voulue par l’auteur.

Duos2 

Ce qui fait de Regrets, comme d’autres clips de Boutonnat, une œuvre aux attributs cinématographiques est l’usage d’une même langue pour se faire comprendre, qui est celle du cinéma classique. En ce sens Laurent Boutonnat s’éloigne du reste de la production de clip contemporaine utilisant les outils du langage cinématographique (raccords, échelle de plans) et des figures de style dans le but unique de produire chez le spectateur de la sensation brute. En cela nous rejoignons ce que nous expliquions au début de notre première partie sur le cinéma post-moderne. Regrets se lit comme ce que Christian Metz appelle un « long-métrage de fiction romanesque ». En s’attachant aux raccords du clip, on remarque que les nombreux fondus enchaînés qui séparent les plans représentent à chaque fois un hiatus diégétique, et renforcent à chaque fois l’impression de longueur, de lente errance dans le cimetière. L’unique scène du clip montée en cut est le moment où les deux amoureux se regardent l’un l’autre en champ contrechamp avant de se séparer. C’est justement la seule séquence du clip où le temps du film est le même que le temps de la diégèse, le seul instant où aucune ellipse n’est présente entre deux plans. Laurent Boutonnat par ce montage obéit à l’usage ancien et très fréquent du montage cut dans les scènes à chronologie normale, et des surimpressions pour simuler les ellipses. Afin probablement d’accentuer la magie de la rencontre entre l’homme et sa femme, Boutonnat applique un fort ralenti à chaque plan où ils figurent tous les deux dans l’image ; comme si par la grâce de leur proximité retrouvée le temps ralentissait, devenait élastique et ne comptait plus. 

Ces ralentis commencent dès l’entrée de l’homme dans le cimetière et s’arrêtent lorsque sa femme lui rend le bouquet. Facile alors de définir l’emploi du ralenti dans Regrets comme la magie inhérente à la rencontre post-mortem entre les deux amants. Le fait, chez le spectateur, d’associer le ralenti à l’irréel ou la surimpression à l’ellipse ne relève pourtant pas du même apprentissage à la lecture d’images. En ce qui concerne les images ralenties, les plans ralentis devrait-on dire, le spectateur subit un effet technique spécial qui modifie le déroulement du film et change du même coup la temporalité. L’impression alors ressentie par le spectateur est directement donnée par l’effet spécial en question, sans qu’aucun enseignement lui ai précédemment dicté quel figure de style le ralenti signifiait dans ce cas là ; bien que le spectateur ai certes pu être aiguillé dans sa lecture par l’emploi de ralenti dans un film qui produisait le même sens. En ce qui concerne la lecture des points de raccord dont nous parlons plus haut, son sens n’en sera dégagé que si le spectateur a eu connaissance de la signification d’un tel emploi. Si la volonté d’émotion provoquée par un fort ralenti est comprise dans l’effet, l’ellipse matérialisée à l’écran par la surimpression ne produira son sens que si le spectateur est déjà éduqué à la signification de cet effet ; un peu comme si en linguistique un lecteur sait ou ne sait pas ce que signifie un point d’exclamation.

 

« Toute lecture d’image consiste dans « l’application » sur l’image, de processus qui

lui sont, en eux-mêmes, extérieurs ; la lecture d’une image n’est pas le résultat

d’une contrainte interne, mais d’une contrainte culturelle. »

 

 Toutefois, le spectateur pourra être aiguillé par la différence de décor selon les plans : si le plan situé avant le raccord en surimpression représente les même personnages que le deuxième mais dans des positions et des lieux différents, même sans avoir précédemment appris ou déduit la signification du fondu enchaîné, le spectateur comprendra le hiatus sans que sa lecture du film n’en soit troublée. 

Boutonnat a employé dans toutes ses oeuvres une symbolique relativement accessible pour un public de cinéma, qui renvoie le plus souvent au champ lexical des éléments utilisés en allégorie. Par exemple es éléments graphiques pris comme symboles de la mort y sont toujours noirs, ce qui facilité leur interprétation, alors que ceux ayant trait à l’au-delà se teintent d’un blanc omniprésent. Par delà une simple justification esthétique, l’emploi de signes christiques apparaît par association à l’action du giorgino_pic_tournage02film, ce qui figure des parallèles entre l’histoire racontée et un discours plus général sur la religion. 

Chez Boutonnat chaque symbole vient enrichir l’histoire, aucun d’entre eux n’est gratuit et n’apparaît pour figurer une caractéristique de l’interprète en tant que personnage public, comme c’est pourtant souvent le cas dans l’emploi de symboles dans les vidéoclips. La force de Laurent Boutonnat en ce domaine est de pouvoir étendre les composantes de son cinéma sur plusieurs films, de rendre sa symbolique solidaire non seulement de ses réalisations et compositions musicales, mais de la présence répétée de ses interprètes sur l’écran. La force promotionnelle du clip est alors enrichie par cette association entre un vocabulaire cinématographique particulier et la chanteuse qui sera désignée comme porteuse de ce style. En plus d’être pleinement dans une situation de cinéaste par rapport à son oeuvre, Laurent Boutonnat se place d’une manière nouvelle sur le plan de la promotion de l’interprète en l’associant sur la durée à son travail visuel et narratif, créant une unité entre l’interprète et son réalisateur dont aucun autre artiste n’a eu l’occasion de bénéficier à l’époque. 

 Il est néanmoins difficile de prêter au réalisateur de grandes ambitions d’allégories ou de paraboles car il a toujours refusé de commenter ou d’expliquer son cinéma, comme un rejet de toute justification.

Comme nous l’expliquerons dans une prochaine partie, le plus grand projet de Boutonnat, Giorgino, est peuplé (voire surpeuplé) de symboles, dont certains sont relativement peu décodables pour un spectateur peu coutumier de son cinéma. Dans une de ses rares interviews, le cinéaste commentera le plan final de son film manifestement symbolique par une explication très rationnelle : il dira avoir simplement voulu montrer la survie possible de ce cheval, dans cette église assiégée par des hordes de loups. Sans juger du crédit à porter à une telle « explication de texte », le silence quasi-continu de Boutonnat par rapport à la presse et au métier explique sans doute sa volonté de ne pas analyser son cinéma et d’en laisser la libre interprétation au spectateur.

 Pour parler de Mylène sur LA VIE DEVANT SOI clic !

EXTRAIT DU LIVRE DE Jodel Saint-Marc  « Le Clip en tant qu’œuvre Cinématographique / aux éditions Sorbonne Nouvelle en août 2003 

 

Publié dans Les Clips de Mylène, Mylène et Boutonnat | Pas de Commentaires »

Moments de tournage de DESENCHANTEE de Mylène F.

Posté par francesca7 le 25 avril 2014

Voici les documents de tournage utilisés pour préparer la venue de l’équipe française, puis ceux utilisés lors du tournage. Certains viennent des régisseurs hongrois de l’époque et d’autre viennent de l’équipe française et certains sont même rédigés de la main même de Laurent Boutonnat. C’est ici la première fois qu’ils sont publiés.

Moments de tournage de DESENCHANTEE de Mylène F. dans Mylène et Boutonnat alearule

l'équpie française (44020 octets)1. Détail de l’équipe française. On remarquera une équipe très réduite de 7 personnes, sans maquilleuse. Tout ce qui ne concerne pas les commandes créatives (directeur de la photographie, décorateur…) et financières (production pour Heathcliff S.A.) étant du ressort de l’équipe hongroise. D’autres français viendront plus tard, juste pour le tournage (photographes) n’ayant pas besoin d’assister aux travaux de préparation.

 

l'équpie hongroise (20620 octets)2. Détail de l’équipe hongroise. On remarque l’équipe de MAFILM, la plus grande firme de production cinématographique hongroise. Avec Imre Bodo (fournisseur de ces archives) on note un deuxième régisseur, dont le rôle était plus de s’occuper de l’hébergement et des transports de la centaine de figurants. Ceux qui ici sont nommés 1er et 2eme assistants-réalisateurs sont en réalité les machinistes dont Laurent Boutonnat et Vincent Canaple se servaient pour pour diriger les scènes avec mouvements de figurants. Certains statuts sont en double de l’équipe française car MAFILM a eu pour mission de concevoir une équipe de tournage propre. On note en bas de document deux interprètes différentes pour Laurent Boutonnat et l’autre pour Mylène Farmer.

 

l'hôtel (75840 octets)3. Le régisseur a pour fonction de préparer matériellement tout le tournage t ses abords. Ici les arrivées échelonnées de l’équipe française sont répertoriées afin de réserver les chambres d’hôtel. Les 16 français sont logés à l’hôtel Intercontinental. On notera qu’après le chef de casting, les premiers qui arriveront (le 12/02/91) sont Laurent Boutonnat et son assistant, la costumière, et la post-productrice. Ils seront suivis deux jours plus tard de la directrice de production, puis le lendemain de Georges Lechaptois. Mylène Farmer elle ne viendra que le 15/02/91 en même temps que le chef opérateur, le manager Thierry Suc et les autres membres de l’équipe de tournage (dont Marianne Resensthiel la photographe de plateau). On notera que la présence du mixeur Thierry Rogen a été rajoutée, probablement pas prévue au départ, car il ne devait initialement pas avoir de prise de son (seulement des bruitages ajoutés lors de la post production). Ce n’est qu’une semaine plus tard que viendront Jean-Louis Murat pour le tournage du clip de Regrets et Paul Van Parys (de Heathcliff S.A.) probablement pour régler les factures des prestataires et pour le développement de la pellicule sur place.

 

feuille de tournage(138174 octets)4. Feuille annotée de la main même de Laurent Boutonnat. Feuille originale de tournage destinée à Cathy Lemeslif (également responsable de la production de Giorgino) repérant les acteurs et prestataires utilisés pour chacun des jours de tournage. On remarquera les annotations météorologiques de Laurent Boutonnat connu pour adapter son tournage au conditions du ciel. On peut se rassurer de la mention à la 1ere date de la feuille qui précise que les cailloux du début de clip sont faux. On remarque que la totalité des cent enfants n’est utilisée que pour la scène finale, les jours précédents seuls 50 ou 60 d’entre eux ont suffit. On peut remarquer que pour la scène finale Laurent Boutonnat avait commandé 4 chevaux qu’il lançait au triple galop, et sur lesquels étaient fixés des squelettes pour une scène impressionnante qui n’a pu être entièrement tournée (voir document suivant). Les notations concernant le monstre se rapporte à l’acteur grimaçant la corde au cou que Mylène libère au milieu du clip. On note pour finir que les lundi 25 et mardi 26 février sont consacrés au tournage de Regrets et que le tramway a été réservé pour les deux jours.

photo de tournage de la scène non terminée5. Photo de tournage par Marianne Rosensthiel. Scène additionnelle à la séquence finale dont le tournage n’a pas été terminé.

 

 

feuille de reperage6. Feuille de service de l’équipe hongroise, à l’époque du projet du film (l’album L’Autre est encore en mixage) 1 mois avant le tournage. Une première partie de l’équipe française est sur place pour les négociations plus les décorateurs producteurs et opérateurs hongrois + les interprètes. On remarque que les lieux repérés sont ceux utilisés finalement mais ceux mentionnés « à confirmer » n’ont pas été utilisées, comme les entrepôts des abattoirs hongrois et les studios de télévision de la chaîne FDI. Pour Désenchantée tout a été filmé dan l’usine de la rue Mariassy. En revanche on peut noter que l’option sur le cimetière juif n’était pas encore confirmée car Il n’était pas encore confirmé que Regrets sortirai en single. On peut d’ailleurs se demander si certains plans du cimetière juif ne seraient pas tournés au studios FDI, comme celui où J.L. Murat et M. Farmer sont couchés sur les tombes, les gardiens du cimetière (ayant supervisé le tournage)  interdisant de toucher les tombes. De plus la fameuse tombe noire où sont assis le couple est introuvable sur les lieux du tournage.

 

feuill des figurants (1005729 octets)7. Feuille des figurants où on en dénombre 119 (au dessus de ce qui était prévu à la préparation). On remarque qu’il y a des frères et des sœurs, que sont mentionnés les foyers d’où ils proviennent et leur noms et prénoms. Le document a été rédigé par l’équipe hongroise.

 

 

 

réservation du cimetière (69680 octets)8. Feuille relative au tournage de Regrets. Résultat des négociations avec le cimetière juif abandonné de la rue Salgótarjáni dans le VIIIe arrondissement.

 

 

 

des201 dans Mylène et Boutonnat    des202

des200    des207    des208

 

 

l'usine (121094 octets)9. Sur les lieux du tournage en 2001 : l’usine depuis longtemps désaffectée a été rasée et à son emplacement actuel est posé un monument aux morts.

 

 

l'usine (135891 octets)10. L’emplacementd e cette usine se trouve rue Mariassy dans le VIIIe arrondissement de Budapest, non loin du cimetière où à été tourné Regrets. Les train du début du clip sont en fait les lignes de tramway Budapest-banlieue de l’époque, toujours présentes mais avec des wagons jaunes plus modernes.

 

 

SOURCE : Jodel Saint-Marc.

(documents fournis grâce au régisseur Imré bodo et János Janurik)

Publié dans Mylène et Boutonnat | Pas de Commentaires »

Résumé de la vie de Mylène Farmer entre 1990 à 1995

Posté par francesca7 le 5 mars 2014

 

1538721_10151818781862273_2045186177_nMYLENE FARMER … 1990-1995

Aprés sa tournée, débute alors une période transition : sa rencontre avec le public a été trés éprouvante autant physiquement que moralement. Elle abandonne désormais son enveloppe égocentrique pour devenir toujours plus proche de son public … de l’autre. Dans cette perspective, sort au début 1991, aprés 16 mois d’absence audiovisuel, son nouvel album : L’autre. Durant cette même année, plusieurs titres tirés de cet album envahiront les ondes hertziennes : le premier, Désanchanté restera l’une de ses meilleures ventes voire la meilleure, avec plus de 800 000 exemplaires vendus ; le clip est d’ailleurs à la hauteur de son succés : tourné en Hongrie, dans la plaine de la Pousta, il a occupé 120 personnes dont 100 figurants hongrois ; c’est par un duo qu’elle continue cette année placée sous le signe de la belle rousse : elle interpréte ainsi en compagnie de Jean-Louis Murat son premier duo, Regrets ; pour finir l’année en beauté, Je t’aime mélancolie s’avére devenir un autre grand succés.Le 12 Novembre 1991, le succés de notre star nationale prend une tournure dramatique : un homme pénêtre les locaux de Polydor afin de voir Myléne ; mais celui-ci est armé d’un fusil et il abat le standardiste-réceptionniste. Mylène Farmer culpabilise mais refuse toute protection : « Dans ces cas-là, on ne pense pas à soi, à ce qui aurait pu nous arriver mais à la famille en deuil, à cet homme qui est mort et qui n’y était pour rien … »L’année suivante, en avril, Beyond my control boulverse les médias : le clip fait un scandale et est censuré par la plupart des chaines de télévision ; bien que Canal+ accepte de le diffuser peu aprés 20h, ce n’est qu’à partir de minuit qu’on peut espérer le voir sur M6 : sont en cause l’excés de sexe et de violence, et suite aux événements précédents, la modération est de rigueur ; « Ce vidéo-clip est extrémement sanglant ; c’est du Mylène Farmer à la puissance 100″ déclare un programmateur de M6. Mylène continue de nous étonner avec son single suivant, Que mon cœur lache. Ce titre qui a pour sujet le SIDA est proposé pour l’élaboration d’un album, ‘Urgence’, pour la recherche contre le SIDA ; mais ce sera finalement Dernier sourir qui sera retenu. Ce single est une mise en avant à la nouveauté : tout d’abord, il abandonne le format vynil pour laisser place au Compact-Disc ; ensuite, c’est le premier titre sur lequel n’est pas adapté un clip réalisé par Laurent Boutonnat : en effet, celui-ci travaillant sur un long-métrage céde la place à Luc Besson qui donne un aspect plus réjouissant au style farmerien. Mylène Farmer vise désormais le 7ème art : en effet, le long-métrage dont s’occupait Laurent est bel et bien à l’intention de sa protégée. Le cinéma est un rêve que Mylène couve depuis toujours et ‘Giorgino’ est un scénario que Laurent pense et repense depuis son adolescence. Malheureusement, le film est loin des espérances de nos deux stars ; on peut même le désigner comme un échec total … C’est un échec publique mais aussi un échec personnel car il a célé l’amitié intense qui existait entre les deux compéres.Jeff Dahlgren, son partenaire dans ‘Giogino’, étant désormais son seul ami trés proche, elle décide de le suivre en Californie, Etats-Unis, où elle va apprécier retrouver l’anonymat.

 

Parution sur http://www.melty.fr

Publié dans Mylène 1991 - 1992, Mylène 1993 - 1994, Mylène 1995 - 1996 | Pas de Commentaires »

Décor Boutonnat-Farmer

Posté par francesca7 le 11 février 2014

 

images (19)Mylène écrit le texte de Plus Grandir sur une musique de Laurent. Celui-ci réalisera le clip dans lequel ont retrouvera des traces de sont éducation religieuse chez les jésuites. C’est Polydor, fraîchement racheté par le mastodonte Universal, qui décide de miser sur Mylène et Laurent alors qu’ils n’ont encore aucun succès à leur actif. La confiance est là et il en faut un minimum pour pouvoir progresser. Justement, cela viendra très vite avec le premier album de Mylène Farmer Cendres de lune sorti en 1986, presque entièrement conçu par Laurent. Il signe la pochette, la musique et quasiment toutes les paroles. Le clip phare de l’album réalisé également par ses soins est bien sur Libertine. Sa diffusion est favorisée par l’arrivée récente des nouvelles chaînes privées française comme la musicale TV6 (ancêtre d’M6). C’est sur TV6 que le grand public a pu découvrir les images sulfureuses du clip. Le titre fait la meilleure entrée dans le top 50 télévisé par Canal + en se plaçant directement 43ème. D’autres chansons moins connues telles Vieux bouc ou Chloé restent inoubliables. Le truc de Laurent vient des instruments et notamment des samplers. Il leur donne d’ailleurs des petits noms comme « Les moines fous du Tibet » pour désigner des chants grégoriens ou plus tard « Paul Ramirez del piu » représentant sur les prochains albums des sons créés par Laurent (flûtes, harpes, percussions, bagpipes). Les albums se suivent, Ainsi soit je… puis l’autre… Laurent qui instruit lui-même ses claviers un a nouveau programmateur: Patrice Rouillon-Tersoff de Gironville. C’est homme au pseudonyme à coucher dehors sort en fait de l’imagination de Laurent car c’est lui seul qui est au commandes. Ce délire fait peut-être rire Laurent uniquement mais si ça lui plaît…  

 

Le décor Boutonnat-Farmer est désormais planté. Fin 1987 marque la sortie du second album Ainsi soit je… et Laurent profite de l’occasion pour créer sa propre société de production discographique, Toutankhamon SA (qui a cessé depuis toute activité). TV6 est défunte mais le clip Sans contrefaçon fait bien plus que son bonhomme de chemin sur d’autres chaînes. Ainsi soit je crée également l’événement. Puis vient le tour de Pourvu qu’elles soient douces. C’est la consécration avec un film durant pas moins de 17 »52. Ce clip écrit par Gilles Laurent  sera nominé aux victoires de la musique. C’est ce même Gilles Laurent qui travaillera sur les ébauches du film Giorgino que Laurent Boutonnat lui présente. Ils collaboreront ensemble sur le long métrage pendant quatre ans. Une proposition de financement du film eut lieu puis vite abandonnée. Laurent décide alors de remanier l’histoire du film. Il prépare ensuite la future scène de Mylène pendant qu’elle s’occupe de la promotion de l’album. Laurent Crée la société Heahtcliff SA qui lui permettra de produire la tournée ainsi que ses prochains films. Le Tour 89 est lancé et pendant deux semaines se joue à guichets fermés au Palais des Sports de Paris. Le spectacle se déplacera ensuite pour soixante dates dont deux à Bercy compte tenu du succès parisien rencontré à la porte de Versailles. Laurent emploie les grands moyens et filme le spectacle durant deux soirs à Bruxelles. D’autres scènes seront ajoutées plus tard au film du concert.

6 octobre 1989 : Laurent et Mylène lancent la société Requiem Publishing qui édite depuis tous les disques de Mylène. L’album L’autre… est justement en préparation. Puis vient le temps des tournages comme Désanchantée en dans le froid hongrois du mois de février 1991. Laurent y prend des repérages pour son prochain film Giorgino. C’est Laurent Boyer qui réservera à Mylène et à l’album un accueil promotionnel chaleureux dans son « Fréquenstar »sur M6. Laurent sera nominé pour la troisième fois aux victoires de la musique en tant que réalisateur pour le clip Désanchantée. Dans cet album, il y a un duo inattendu avec Jean-Louis Murat pour le titre Regrets, qui fait l’objet d’un clip.

images (20)1992 : Laurent se consacre principalement à son film Giorgino. Il tournera néanmoins les clip Je t’aime mélancolie et Beyond my control. Ce dernier sera le dernier clip pour Mylène pendant quelques années. Le tournage de Giorgino débute en décembre 92. Mars 1993 marque le montage et l’écriture de la musique, après un tournage éprouvant et épuisant. Laurent retourne en Europe de l’est afin d’enregistrer la musique avec l’orchestre philharmonique de Pragues. La post production de Giorgino se terminera en août 1994. Après deux ans de travail, le film au cinéma le 5 octobre 94. Le film et Laurent sont littéralement descendus par la critique. Le succès, lui, est plus obscure que les salles et ne se présente pas au rendez-vous. Laurent est profondément blessé et cela va se ressentir dans la relation professionnelle qu’il entretien avec Mylène. Le duo décide d’arrêter leur collaboration cinématographique en préservant le côté musical. Mylène part seule en Californie et Los Angeles devient sont nouveau lieu d’inspiration.

 

Mars 1995 : Départ de Laurent pour la cité des anges. Il rejoint Mylène et lui compose la musique du futur album Anamorphosée. Laurent ne réalisera pas les clips. Trève de commentaires sur l’esthétisme et la collaboration avec Marcus Nispel (nous avons évidemment été habitués à mieux) il y a quand-même la griffe humoritique de Luc Besson qui mettra Que mon cœur lâche en images.

 

1997 : Laurent Boutonnat, qui privilégie un temps son côtéaffairiste à  sa carrière artistique, fonde Caliphora S.A, une société de production dédiée à sa nouvelle égérie Nathalie Cardone. Une décision professionnelle qui n’a pas manqué de froisser Mylène. Une crise s’installe entre les deux compères. Par ailleurs, exit les autres sociétés de Laurent Boutonnat, Heathcliff et Toutankhamon qui cesse leurs activités. C’est la valse des créations d’entreprises puisque Mylène produit désormais ses disques via Stuffed Monkey. 

 

1999 : Innamoramento sort, c’est le cinquième album studio de Mylène. Laurent y compose neuf titres. L’album est comme pour les quatre premiers un succès et sécoule à plus d’un million d’exemplaires. Laurent ne réalisera là encore aucun clip de l’album et se révèlera absent de la tournée le Mylenium Tour. Il ne réalisera donc pas le film du concert laissé aux bons soins de François Hanss. L’entourage proche ainsi que des fans se posent des questions concernant la continuité de leur relation.

 

2000: Laurent étend ses activités d’homme d’affaires en créant L.B Société Civile Immobilière qui gère la vente de biens immobiliers. Laurent souhaiterait-il tourner la page artistique? Cela pourrait le laisser penser car c’est quand-même un tournent radical! Rien à craindre car Laurent et Mylène produisent en mai la toute jeune Alizée via la société Requiem Publishing. Mylène écrit les textes et Laurent se charge de la musique. L’albumGourmandises sort en juillet soit deux semaines avant Innamoramento.

 

2004 : Laurent est de retour sous un nouveau jour, il produit le nouvel album de Kamal Kacet, un artiste kabile. Puis c’est le grand départ pour le tournage de son dernier long métrage, une adaptation du roman d’Eugène Le Roy, Jacqou le Croquant dont la sortie en salles est prévue pour le 12 octobre 2006. C’est un défi et une quête de reconnaissance pour laurent, après l’échec cuisant de Giorgino. Il a un talent atypique certes mais qui doit sortir de l’ombre. Justement, Avant que l’ombre… est le prochain album de mylène et laurent travaille avec elle en studio. Il assurera également la conception et la régie des concerts de janvier 2006 à Paris-Bercy. La scène sera si grandiose qu’elle ne pourra être transportable et restera donc plusieurs dates  au même endroit. C’est l’effervescence, Laurent, frénétique, se trouve au milieu d’une armée d’ingénieurs du son et dansotte, prend des notes, rallume sa pipe parmi les ordinateurs, les consoles et la technique digne d’un épisode de Star Wars.

 

2007 : Le 17 janvier marque la sortie de Jacqou le Croquant, avec un peu de retard mais il faut bien ça pour Laurent l’alchimiste perfectionniste. Ce film est une très belle œuvre et la consécration est cette fois au rendez-vous.

  

Mylène Farmer incarne la plus belle rencontre de Laurent Boutonnat. Leur relation, très intense, a donné lieu à de nombreuses rumeurs sur une éventuelle liaison amoureuse. Celle-ci n’a cependant jamais été confirmée. Il s’agirait plutôt d’un affectif « frère – sœur ».

 

Si Laurent Boutonnat est incontestablement un grand réalisateur français et un compositeur exceptionnel, il n’a pas obtenu une place de choix auprès des médias, de la profession et du grand public. Mais désire-t-il vraiment être acclamé et adulé comme certaines mégastars du show biz ? Bien sur que non, ce n’est pas dans son tempérament. Laurent a gardé son âme d’adolescent prodige et il a besoin qu’on comprenne ses créations, juste d’un peu de reconnaissance.

 

extrait d’un article de Stéphane Pichet sur http://www.myleniumarte.eu/

Publié dans Mylène Autrement | Pas de Commentaires »

L’histoire Désenchantée de Mylène F.

Posté par francesca7 le 1 novembre 2013

 Désenchantée est une chanson de Mylène Farmer, écrite par Mylène Farmer et composée par Laurent Boutonnat, sortie en 1991.

Histoire

L'histoire Désenchantée de Mylène F. dans Mylène AU FIL DES MOTS images-3En 1990, Mylène Farmer poursuit l’exploitation de l’album En concert ainsi que de la VHS. La fin de la tournée a été une période déstabilisante pour l’artiste : « C’est un moment de vide, et non pas de doute. Une absence d’idées quant à une écriture pour un autre album. C’est pour cela que j’ai laissé passer un peu de temps avant de me remettre à écrire. C’est difficile d’envisager d’écrire après un moment pareil…Le retour au quotidien a été un peu à l’image d’une dépression, mais j’étais quand même relativement entourée. Mais tous ces états de choses très puissantes et puis rien, c’est presque inhumain. Tout artiste est amené à vivre cela heureusement -ou malheureusement… »

Mylène Farmer profite de cette période pour lire, apprendre à conduire et perfectionner son anglais. S’ensuit l’écriture et l’enregistrement de son nouvel album pendant cinq mois. « Désenchantée » a connu quatre versions différentes, Laurent Boutonnat et Thierry Rogen ne parvenant pas à l’arranger comme ils le souhaitaient. Laurent Boutonnat a même envisagé d’abandonner cette chanson.

Le single est disponible le 18 mars 1991 et entre à la douzième place du top 50 pour atteindre la première place dès la troisième semaine. Il restera numéro 1 pendant neuf semaines consécutives.

Le 7 avril, une interview de Mylène Farmer par Laurent Boyer sur le plateau du tournage du clip de « Désenchantée » est diffusée. Les premières images de ce clip avaient été diffusées une semaine avant dans Télé 7 Jours.

En 2005, elle a également été la chanson française la plus diffusée dans le monde.C’est le premier single extrait de l’album L’autre…, le second n°1 en France pour Mylène Farmer et son plus gros succès single, qui dépassa les frontières françaises (n°1 en Belgique, n°3 aux Pays-Bas, n°16 en Autriche…). Restée 9 semaines N°1, « Désenchantée » a été la chanson la plus diffusée en 1991, et celle qui a rapporté le plus de droits d’auteur. Elle s’est vendue à plus de 1 300 000 exemplaires.

Désenchantée a été repris par la chanteuse belge Kate Ryan en 2002.

Le clip a été réalisé par Laurent Boutonnat et tourné à Budapest, dans une usine désaffectée (aujourd’hui détruite) et dans la plaine Apaj Puszta, du 18 au 23 février 1991. Cent dix neuf figurant ont été employés, dont des enfants venant d’écoles de Budapest, mais aussi de foyers d’handicapés, ou encore de foyers de réinsertion : « On voulait beaucoup de figurants et on voulait surtout des enfants qui portent quelque chose de grave dans le visage, dans le regard. ». Une grande partie de l’équipe technique est hongroise, seules douze personnes viennent de France. Le montage a été effectué en France et Laurent Boutonnat a composé une musique spécialement pour le générique de fin. Mylène Farmer est habillée par Thierry Mugler. Le 23 février 1991, le chanteur Jean-Louis Murat a rejoint l’équipe afin de tourner le clip du prochain single, « Regrets ». Des scènes avec des squelettes ont été tournées mais n’ont pas été retenues lors du montage.

La première diffusion du clip a eu lieu sur Antenne 2 le 3 avril, dans le cadre de l’émission NRJ-A2.

Le clip a été nommé aux Victoires de la musique en 1992. Cette victoire a été remportée cette année-là par Les Inconnus avec le clip « Auteuil, Neuilly, Passy ».

Synopsis

telechargement-4 dans Mylène AU FIL DES MOTS

Un garde revêche traîne Mylène Farmer, cheveux courts et casquette sur la tête, dans un camp de travail. La jeune femme est accueillie comme il se doit par ses congénères : jets de pierres et de boules de neige, puis ils prennent la fuite. Au passage, un petit garçon (Adil Med Mejrhirrou,11 ans, un élève d’une école française de Budapest) jette la casquette de Mylène par terre et lui donne un coup de pied. Un garde vient la relever et l’accompagne au dortoir. Mylène y retrouve le petit garçon, qui partage une cigarette avec elle… La scène suivante nous montre tous ces captifs au travail, sous le contrôle des gardes, en train de transporter des sacs qui semblent bien lourds. Si lourds que le petit perd l’équilibre et tombe au sol. Un garde vient le relever et l’emmène avec lui. Au moment du repas, Mylène croise son regard. Il a un œil tuméfié par les coups… La soupe servie est plutôt misérable. Mylène y trouve un cafard, qu’elle contemple d’un air dégoûté, avant que son voisin ne lui prenne et l’engloutisse. Révoltée, elle se lève et se rend devant le garde pour se plaindre de la nourriture. Sous le regard ravi de la matonne (Erika Francz Jánofné), il lui décoche un grand coup au visage. Mylène se retourne alors et monte sur les tables, envoie valser les lampes, et retire le bois qui cloisonne les fenêtres. Peu à peu, les autres prisonniers la suivent et se mettent à taper sur les tables, à crier, à se révolter. Mylène assomme le garde, tout le monde se déchaîne. Tous les captifs courent et s’échappent. Ils prennent leur vengeance en rouant de coups les gardes qui ont le malheur de les croiser, ou même en les mitraillant. Mylène est à la tête du groupe de révoltés, qui s’enfuient en courant. Ils arrivent devant une grande étendue de neige. Ils courent, courent… Puis ils s’arrêtent. Devant eux, la neige s’étend à perte de vue. Ils n’ont aucun endroit où aller. La fuite ne mène nulle part.

Versions

Deux versions du clip seront proposées aux télévisions. Une version courte d’environ six minutes et une version intégale de 10’12. Il est très intéressant de comparer les fins de ses deux versions qui offrent deux visions totalement divergentes du clip. La version courte se termine sur des images de prisonniers victorieux de leurs bourreaux et recouvrant la liberté. La version intégrale montre Mylène et ses compagnons faisant face à un paysage enneigé, désolé semblant infini et ne leur offrir aucun avenir. Ils choisissent de poursuivre leur marche vers cette liberté tant désirée mais qui semble à présent rimer avec la mort.

Analyse

Nombreux seront ceux qui attribueront un sens politique à la chanson. En effet, le titre sort dans une période de grande morosité en France. On parle beaucoup des déçus du mitterrandisme, François Mitterrand ayant été réélu président de la République en 1988 suite à une campagne qui avait particulièrement séduit les jeunes, campagne portée par le slogan « Génération Mitterrand ». Pour Mylène Farmer, qui se situe « hors du temps, hors de l’histoire » il n’y a pas de revendication politique dans ce texte : « Cela n’implique que moi. Je ne dis pas que l’époque est « désenchantée ». Mais que mon regard sur la vie, sur les choses l’est. C’est Mylène Farmer qui est désenchantée. Ma demande est fondamentalement narcissique, égotiste. Je ne peux pas prôner le négativisme, en l’affirmant. Ce n’est pas pessimisme que de penser qu’on est en 91 devenu plus lucide, davantage conscient de ses désillusions qu’auparavant. Dès sa naissance, je crois que l’on subit sa vie, sa mort. En la matière, on ne peut être fondamentalement interventionniste. J’ai un problème avec la vie, mais je vis, alors tout ne va pas si mal que l’on croit. »  Pour Laurent Boutonnat, la chanson est « un coup de projecteur sur une génération en mal de futur ».

Interprétation en direct

Mylène Farmer a interprété ce titre cinq fois à la télévision, dont une fois en Italie. En concert, la chanson a été interprétée lors des tournées de 1996, 1999-2000 et 2009 (où elle fait office de final pour les concerts en stade), ainsi que lors des treize concerts à Bercy en 2006.

Anecdotes

  • Désenchantée aurait inspiré le titre Disappointed du groupe Electronic.

Publié dans Mylène AU FIL DES MOTS | Pas de Commentaires »

Mylène Farmer dans la profession

Posté par francesca7 le 3 août 2013

 

Mylène Farmer dans la profession dans Mylène et des CRITIQUES images-9Dans la profession Ne souhaitant pas se mêler au monde du show-business, Mylène Farmer refuse systématiquement de se déplacer aux remises de prix accordés par la profession, depuis sa Victoire de la musique reçue en 1988 : face à l’hypocrisie ambiante en coulisses, elle annule sa prestation au dernier moment et déclarera peu après : « J’ai passé des heures en coulisses pour les répétitions de cette soirée. Tout le gratin du show-business était là et ces gens m’ont écœurée. Ils se détestent tous. J’étais triste d’avoir été récompensée et reconnue par ces gens-là. Ce sont les Victoires de l’hypocrisie ! »

Récompensée en 2005 du prix de « l’Artiste féminine des 20 dernières années », la chanteuse, absente, se contentera d’un communiqué laconique adressé à la profession, dans lequel elle leur rappelle que son dernier single s’intitule Fuck Them All. Dès lors, fait unique, elle demandera elle-même à ne plus être nominée. Pour autant, beaucoup d’artistes avouent être des admirateurs. Selon Charles Aznavour, « cette femme a tous les dons ». Michel Polnareff déclare « l’aimer beaucoup, sur le plan professionnel et personnel (elle fait des spectacles remarquables, de la vraie production à niveau international) », tout comme Michel Sardou (« Elle me plaît et m’attendrit. Je sais combien elle s’investit dans ses spectacles, et chapeau pour son respect du public. Elle ne joue pas à l’économie » et Johnny Hallyday, qui salue son travail et le fait que « elle ne touche pas d’argent lorsqu’elle part en tournée, tellement ses spectacles lui coûtent chers ». Line Renaud souligne « quelqu’un de rare, dans tous les sens du terme », Julien Clerc qualifie son travail de « toujours intéressant, avec un art savant de la mise en scène et une vraie direction artistique, des textes intéressants et de belles musiques », tandis que Juliette Gréco affirme :

« elle est sans cesse en recherche. Elle a une place particulière, totalement originale par son silence, la perfection de son travail. On a l’impression d’être face à une enfant à la fois féroce et surdouée ». Selon Lara Fabian, « elle a réussi ce que peu d’artistes ont réussi au fil des années : rester elle-même et innover à chaque fois ». Pour Jean-Louis Murat, « Mylène et Laurent sont les deux personnes les plus estimables que j’ai rencontrées. Je les adore et les respecte infiniment.

Ce sont les plus intelligents. D’une intelligence à la Warhol ». La jeune génération la cite souvent en référence, comme Nolwenn Leroy (« Elle a tout compris, et a su garder une cohérence au fil des ans. Cultiver le paradoxe d’être une immense star tout en restant simple, sensible, à fleur de peau »), Julien Doré (« un show hyper-rodé, un son qui déchire sa mère, une énorme machine en mouvement – ce qu’on voit d’habitude avec des artistes étrangers, pas avec des français »), le rappeur Disiz La Peste (« J’admire la manière dont elle a créé son image et bâti sa carrière. C’est plutôt bien fait, là où je trouve que Lady Gaga est très fake. Ce n’est pas raffiné du tout, alors que Mylène Farmer a fait dans le raffinement. Elle a toujours été à part, dans son coin ») ou encore Shy’m (« Comme Madonna, elle a réussi à durer, à traverser les époques. Elles ont fait des choses marquantes, ont osé, sans rester dans le moule »). Si elle reste peu connue à l’étranger, plusieurs personnalités reconnaissent suivre sa carrière, à l’instar de Madonna (qui a même tenu à aller voir Giorgino à sa sortie), Elton John (« La première fois que je l’ai entendue, j’étais bouleversé. Je lui porte une grande admiration. J’aime sa voix, ses maux, sa façon de bouger.

She’s so French ! »), le groupe Muse (« Nous avons été la voir en concert et en sommes ressortis totalement sous le choc tellement le spectacle était beau. Cette femme a un charisme énorme et l’ambition de proposer des choses énormes. C’est vraiment une artiste que nous aimons beaucoup »), l’écrivain Salman Rushdie (« Ses textes, entre mélancolie et sensualité, souffrance et abandon, m’émeuvent. Sa voix, moitié de ce monde, moitié d’ailleurs est étonnante ; c’est la voix d’un ange déchu »), Enrique Iglesias (« J’aime beaucoup sa voix et la façon dont elle conçoit ses spectacles. Elle est incroyable et tellement créative »), George Clooney, Luz Casal, Kylie Minogue ou encore Seal (« Elle est l’essence pure de l’Artiste »).

L’icône ou la stratégie du silence La « stratégie du silence » de Mylène Farmer a été longuement évoquée par les médias. L’artiste n’accorde effectivement que très peu d’interviews et apparaît rarement à la télévision, expliquant cette faible présence médiatique par sa « nature profonde »: se sentant « plus à l’aise sur scène qu’à la télévision », elle reconnaît être de nature très discrète et détester parler d’elle-même. Depuis ses débuts, elle développe sa créativité au-delà de la production musicale et de son métier de chanteuse, s’exprimant à travers des domaines comme le cinéma (clips scénarisés, filmés en 35 mm), la scénographie, l’écriture (avec un conte dont elle est l’auteur), la peinture et le dessin, et de manière plus classique pour les chanteurs de la musique pop : la chorégraphie, l’habillement, le design…

L’écrivain Amélie Nothomb confie : « Pour avoir côtoyé Mylène, je pense qu’elle cultive l’inaccessibilité qui la caractérise. Mais je crois aussi qu’une part lui échappe. J’ai pu m’apercevoir que, lorsqu’elle est cordiale, et elle peut assurément l’être, on sent quand même, quelque part, une muraille de glace. Il semblerait qu’elle n’y puisse rien. Attention, loin de moi l’idée de présenter Mylène Farmer comme une victime. Mais cette muraille de glace, sans doute, la rend prisonnière de quelque chose. » En 2001, elle confie quant à sa discrétion médiatique : « Je n’ai pas fait ce métier pour être connue mais pour être reconnue »

Fabien Lecoeuvre parle de Mylène farmer

Publié dans Mylène et des CRITIQUES | Pas de Commentaires »

Mylène Farmer, on fait le Tour

Posté par francesca7 le 13 juin 2013

Mylenium Tour (2000)

Description du live :

Mylène Farmer est de retour sur scène et, une fois de plus, la chanteuse a mis le paquet pour impressionner son public et lui offrir un show hors du commun : décor pharaonique, effets spéciaux, chorégraphies réglées au millimètre près…

 La scène est dissimulée sous une grande toile blanche. Le public est au comble de l’excitation. Soudain, la toile s’éclaire de bleu et Mylènium, morceau instrumental à l’ambiance tribale résonne dans la salle. L’enthousiasme du public frôle l’hystérie lorsque tombe enfin le décor. Trônant au milieu de la scène, une immense statue de 17 m de haut inspirée d’un tableau de Giger (le créateur d’Alien), hybride de Bouddha et de sphinx, monopolise tous les regards…

Soudain, la lumière s’intensifie, de la fumée apparaît et la tête de la statue s’ouvre en deux laissant apparaître l’ombre de Mylène. Lentement, majestueusement, la chanteuse vole, loin au dessus de la scène tandis que la main articulée de la statue s’élève pour recueillir la star. Tout est fluide et époustouflant, les effets de lumière rendant le spectacle impressionnant. Le public n’en croit pas ses yeux.

Mylène Farmer, on fait le Tour dans Mylène et BIOGRAPHIES mimi3-296x300

 

 Puis l’orage éclate et Mylène attaque alors le premier titre L’amour naissant. Elle descend de la main et s’approche du public en dépliant ses bras à chaque refrain. Mylène est belle, le public enthousiaste… Une photo est prise et illustrera la pochette de ce tour.

 La musique de L’âme-stram-gram débute et on voit Mylène accroupie autour d’une dizaine de danseurs. Elle entame alors sa chanson, chorégraphie à l’appui. Tout est merveilleusement bien synchronisé. Puis la star dialogue un peu avec le public et demande ensuite de chanter le refrain avec elle, chose qu’il fera en chœur.

 Dans la salle résonne « It’s beyond my control » puis la musique débute. Mylène demande alors à ses fans de taper dans leurs mains pour l’accompagner. Elle nous offre pour la première fois une version live de ce titre. Mylène est rayonnante.

 Puis la scène se plonge dans le noir. La mélodie de Rêver s’étend dans la salle et la star, seule sur le côté entame sa chanson, la voix nouée. Elle demande ensuite au public de reprendre ce titre. Mylène ne chante plus et écoute, les larmes aux yeux, le public chantant en harmonie son refrain. Il se dégage une telle émotion que Mylène ne peut parler. Elle fredonne quelques mots et remercie le public…

 Puis Mylène nous offre Il n’y a pas d’ailleurs. Seule, debout dans la main de la statue, elle interprète cette chanson pour la première fois en concert. Son interprétation est bouleversante. Entourée de ses deux choristes, elle termine sa chanson, descend de la main et quitte la scène. Puis l’obscurité se fait à nouveau.

 Au milieu de la scène, vue de dos et lumière intense, la chanteuse dont on ne devine que les formes, reprend ensuite un titre quasi inédit de son répertoire : Mylene is calling (face B de « Je t’aime mélancolie« ). « Allo oui c’est moi tu n’es pas là… ». Ce clin d’œil à ses fans est en fait une habile transition au prochain tube de la star…

 Les premières notes d’Optimistique-moi résonnent dans la salle. Tous de noir pailleté vêtus, Mylène et ses danseurs entament une chorégraphie dont la synchronisation et la rapidité ne peuvent que rendre admiratifs les plus sceptiques. Puis la chanteuse demande au public en délire de reprendre le refrain avec elle.

 Un medley de ses premiers succés sont enchaînés à une cadence incroyable. Pour l’occasion, Mylène ressort le « club remix » de Pourvu qu’elles soient douces. Accompagnée de ses danseurs, la chanteuse nous offre une chorégraphie digne des plus grandes. La star chante Maman a tort dont le public aime à reprendre les paroles enfantines, effets pyrotechniques et feux d’artifice à l’appui. Elle enchaîne ensuite Libertine puis Sans contrefaçon puis l’obscurité se fait à nouveau.

myl7ne-1987-05-c-243x300 dans Mylène et mes BLABLAS

 Seule dans le coin droit de la scène, Mylène chante Regrets en solo. Cette interprétation sans Jean-Louis Murat est bouleversante et la salle, conquise, suit des yeux la main de la statue dans laquelle brûle un feu de Bengale rouge et lumineux. Puis la flamme s’éteint et Mylène termine sa chanson, petites larmes aux yeux.

 Quand Désenchantée commence ensuite, l’ensemble de la salle se déchaîne. La version est très techno et les danseurs, attachés au sol, se penchent presque à l’horizontale, de gauche à droite. Entourée de ses deux choristes, la chanteuse nous offre des jeux de main pour chorégraphie et le public, endiablé, saute dans tous les sens. C’est l’euphorie !

 Dans la salle résonne un bruit de porte, puis des pas. Le rire de Mylène s’étend et la musique de Méfie-toi débute. Vêtus de blanc et manteau noir, la star et ses danseurs sortent du corps de la statue. Ils entament alors une chorégraphie et Mylène chante le refrain. Le titre terminé, la chanteuse se débarrasse de son manteau et s’assoie sur les marches.

 Deux doigts dans la bouche, le coup de siffler fait démarrer Dessine-moi un mouton, clin d’œil au Petit Prince de St Exupéry. Une balançoire descend du ciel et la salle est inondée de confettis d’argent… Mylène retrouve son âme d’enfant et les danseurs autour d’elle jouent à saute mouton. Elle en profite pour présenter son petit monde au public. Magnifique !

 Puis la star, entourée de ses deux choristes, nous offre une version acoustique de son tube California. Bien que celle-ci soit magnifique, on regrette une version plus énergique comme dans le tour 96. Puis Mylène quitte la scène et la salle est plongée dans le noir.

 La chanteuse revient en longue robe blanche nous interpréter en version accoustique Pas le temps de vivre, un hommage à son frère. Mylène pleure, les flammes scintillent un peu partout dans la salle. L’émotion est telle que la star ne peut terminer le refrain. C’est le public, en harmonie, qui le finira. La chanteuse demande ensuite à un fan de monter avec elle sur scène. Le chanceux ! L’émotion est à son comble quand celui-ci tombe à ses genoux et que Mylène, les larmes aux yeux, l’aide à se relever. Elle remercie alors le public pour ces moments si intenses…

 Après un court instant d’obscurité, la statue s’éclaire de rouge sang. La chanteuse, vêtue d’une longue robe rouge, revient alors interpréter Je te rends ton amour. Sur la scène, de la fumée apparaît et la star est soulevée vers le ciel. Là, immobile, elle termine son titre… Epoustouflant !

 Suivra ensuite Souviens-toi du jour. Mylène attaque l’intro (« Quand le vent a tout dispersé… »). Le public tape dans ses mains pour accompagner la chanteuse. Chorégraphie à l’appui, elle nous offre une version live magnifique de ce titre. Elle demande alors au public de reprendre le refrain deux fois avec elle avant de quitter la scène.

 Des notes de piano, se font entendre et la chanteuse vient interpréter un second titre inédit magnifique : Dernier sourire (face B de « Sans logique« ). Son interprétation est bouleversante. La voix nouée, et très émue, elle chante ce titre mélancolique, accompagnée par le public. Le 2e couplet terminé, on entend dans la salle un fan hurler « Mylène on t’aime ! ». La star répondra alors « Moi aussi ! ». Le public frôle l’hystérie. Cette chanson est très riche en émotions. Elle remercie le public.

 Puis Innamoramento débute. Mylène chante merveilleusement bien ce titre éponyme de son dernier album. Les sonorités aiguës de ce titre rendent son interprétation magnifique. La star, ne voulant pas quitter la scène, demande au public de reprendre 4 fois le refrain avec elle avant de disparaître dans la main de la statue. Mylènium résonne à nouveau dans la salle. Puis le rideau tombe : C’est la fin ! Deux heures viennent de s’écouler à une vitesse foudroyante. Personne n’en revient !

Publié dans Mylène et BIOGRAPHIES, Mylène et mes BLABLAS | Pas de Commentaires »

le best off 2001 de Mylène

Posté par francesca7 le 24 mai 2013

 

venez me rejoindre sur le FORUM : http://devantsoi.forumgratuit.org/

 

le best off 2001 de Mylène dans Mylène AU FIL DES MOTS best-of-mylenesi  en 1992, Polydor avait édité le Dance Remixes, il ne s’agissait pas d’un best of à proprement parler, mais davantage d’une compilation des meilleurs remixes de la chanteuse. Avec le best of Les Mots en 2001, la donne est différente : Polydor propose en effet de faire un tour complet des plus grands succès de Mylène sur dix-sept ans….

De Maman a tort à l’Histoire d’une fée, c’est… trente titres pour la version Digipak et trente-trois pour la version collector permettent de retrouver tous les tubes de l’artiste, remastorisés et dépoussiérés par le complice Bernard Châtenet (sous la houlette de Laurent Boutonnat bien entendu). Le résultat est un véritable bonheur, et on est impressionné d’entendre le nombre de tubes que Mylène accumulés depuis ses débuts (soit depuis dix-sept ans, en 2001). Sorti le 17 novembre 2001, le best of obtient un succès immédiat et foudroyant : 700 000 exemplaires vendus en deux mois ! La compilation atteindra même, en comptant l’édition européenne de quinze titres, un total de 1,5 million d’exemplaires vendus en fin de course.

Du jamais vu pur un produit de ce type. Deux versions du best of sont disponibles, l’un en Digipak ou Cristal et l’autre en collector. Il s’agit d’un Longbox contenant trois titres e plus non inédits, mais assez rares (Puisque, Mylène is Calling et My soul is Slashed) et un DVD contenant le clip de la chanson Les Mots avec Seal (dans un montage légèrement différent de la version diffusée à la télévision). Car Mylène ne se contente pas d’un simple best of : elle propose pour l’occasion trois chansons inédites – Les Mots (avec Seal), C’est une belle journée et Pardonne-moi. Trois nouveautés pour deux tubes de plus (Les Mots et C’est une belle journée), évidemment .. Côté visuel, la version Longbox laisse idéalement admirer la nouvelle série de photos réalisée par Ellen von Unwerth. Elle nous montre une Mylène très sexy, provocante diront certains, mais surtout très souriante !

Track-listing de la compilation Les Mots (trente-trois titres, version Longbox) : Maman a tort, Plus grandis (nouveau mix), Libertine (nouveau mix), Tristana, Sans contrefaçon, Ainsi soit je… Pourvu qu’elles soient douces, Sans logique, A quoi je sers…, Désenchantée, Regrets (en duo avec Jean Louis Murat), Je t’aime mélancolie, Beyond my control, Que mon cœur lâche, California, L’âme stram gram, Je te rends mon amour, Souviens-toi du jour, Optimistique-moi, Innamoramento, L’histoire d’une fée, c’est…, Les mots (en duo avec Seal), c’est une belle journée, Paronne-moi, La veuve noire, Mylène is  Calling, Effets secondaires, Puisque, My soul is slashed.

Les mots est donc le premier inédit du best of de Mylène. Il s’agit d’un duo avec le chanteur noir anglais Seal. Les fans de Mylène s’attendaient plutôt à un duo avec Elton John. Bref, ce duo avec Seal sorti en single le 13 novembre 2001 (soit deux semaines avant le best of).là encore, Mylène frappe fort, et le single se vendra à près de 500 000 exemplaires ! Encore un carton pour cette chanson mélancolique chantée mi en français mi en anglais. Les paroles sont, pour une fois, assez simples : Mylène rend ici un hommage aux mots qui lui ont permis d’écrie de si jolies chansons et qui servent également à exprimer son amour. Une chanson d’amour donc, dont le refrain est chanté dans les deux langues.

Le titre se termine très joliment par le bruit d’une allumette qu’on craque. La dernière ? Une influence essentielle entoure le texte de cette chanson. En effet, Mylène n’hésite pas à puiser dans l’oeuvre d’Emily Dickinson (1830-1886) pour écrie la chanson.

L’artiste reprend même des vers complets de la poétesse américaine. Ainsi, la phrase « Il will tell you how the sun rose » est le titre du poème 318 de Dinckinson. Autre emprunt, les expressions « To lives that stoop to notice mine » et « but a fraction of this lige », que l’on retrouve respectivement dans les poèmes 273 et 275 d’Emily Dickinson. Un hommage à la poétesse recluse chez elle et amoureuse de la nature et des mots… Dernière particularité du texte, Mylène réutilisera les premiers vers de sa chanson Nous souviendrons-nour de 1991 (aux vies qui s’abaissent à voir la mienne – je sais – qu’il me faudra prendre congé d’elles ») pour les traduire ici en anglais ; « and to lives, that stoop to notice mine – I know I will say goodbye ». C’est le 19 janvier 2002 que Mylène chantera pour la seule et unique fois Les Mots avec Seal à la télévision. Ce sera pour les NRJ Music Awards sur TF1, où elle vient recevoir le titre de la « meilleure chanteuse francophone de l’année ».

 

                issu du livre de Benoît CACHIN sorti en octobre 2012. Aux éditions Gründ. Page 137/220

 

Publié dans Mylène AU FIL DES MOTS | Pas de Commentaires »

Spectacle et chansons du Live Bercy de Mylène

Posté par francesca7 le 9 avril 2013

Spectacle et chansons du Live Bercy de Mylène dans Mylène AU FIL DES MOTS bercy-210x300

 

En 1997, qui dit nouveauté dit changement d’équipe. Mylène fait table rase du staff des concerts de 1989. Hormis Laurent Boutonnat pour la conception du show et Thierry Suc pour la production, la chanteuse s’entoure de nouveaux visages ; Yvan Cassar (direction musicale et claviers), Jeff Dahlgren et Brian Ray (guitare), Jerry Watts Jr (basse), Abraham Laboriel Jr (batterie) et Susie Devis (claviers et percussions). Côté danseurs et danseuses, le public découvre augustin Madrid Ocampo Jr. Roberto Martocci, Jermaine Browne, Brian Thomas, Thomas Mariano et les danseuses-choristes Donna De Lory  et Valérie Bony. A noter que le danseur Christophe Danchaud travaille encore à ce jour avec Mylène et que la rivale de Libertine, Sophie Tellier, sort ici et définitivement de l’univers Farmer, par choix, comme l’a expliqué Tellier. Les chorégraphies, quant à elles, sont créées par Mylène Farmer, Christophe Danchaud et Jaime Ortega. Signalons aussi les nouvelles choristes Carole Rowley et Esther Dobong ‘ Na Essienne. Une partie de cette équipe toute neuve suivra désormais Mylène en tournée et lors des shows de 1999-2000. Les costumes eux aussi ont évolué : Thierry Mugler est remplacé par le génial et avant-gardiste Paco Rabanne. Il concocte pour Mylène de magnifiques tenues sexy et lumineuses argentées et blanches. Les décors sont très réussis également ; conçus par Jean Michel Laurent et Xavier Grosbois (L&C Design), ils se caractérisent par un écran géant (le plus imposant d’Europe), une araignée gigantesque où Mylène viendra se percher pour chanter Alice, et l’avant d’un train pour le final sur XXL.

Côté track-listing du concert, Mylène fait un savant mélange de ses quatre albums tout en privilégiant tout de même le dernier, Anamorphosée. De Cendres de Lune, elle chante Libertine, l’Ainsi soit je. Elle chante Sans contrefaçon et Ainsi soi Je… (pour certaines dates), de l’Autre… elle chante l’Autre, Je t’aime mélancolie et Désenchantée, et d’Anamorphosée elle interprète Vertige, California, Et tournoie . L’instant X, Alice, Comme j’ai mal, Mylène s’en fout, Rêver, Laisse le vent emporter tout, Tomber 7 fois.. et XXL . Soit l’intégralité de l’album, excepté Eaunamisme.

Reste Que mon cœur lâche, single sorti en 1992. Une belle surprise attend les spectateurs de Genève et Paris (et uniquement ceux-là), puis que Mylène interprète en duo avec Khaled La Poupée qui fait non, reprise du tube de Michel Polnareff de 1966. Le succès est total (même si la tournée n’st pas « sold out » comme en 1989) et sera l’occasion d’un disque et d’une VHS ainsi que d’un Laser Disc (le DVD sortira en 2000 – Mylène Farmer Live à Bercy, Polydor 0548502). A noter que sur la vidéo (réalisée par Laurent Boutonnat et François Hanss), le spectacle est dédié à Jean-Loup : Mylène rend ainsi hommage à son frère aîné, mort dans un accident le 26 octobre 1996. Sorti le 21 mai 1997, le CD du concert connaîtra un succès foudroyant avec près de 900 000 exemplaires vendus ; Un record absolu pour un Live, tous artistes confondus.

LA POUPEE QUI FAIT NON – (avec Khaled) – C’est pour une émission de télévision que Mylène enregistre un duo avec le chanteur algérien Khaled. C’est le troisième duo de toute sa carrière (après Frantz avec Guy Béart et Regrets avec jean-Louis Murat). Le 24 octobre 1996, alors qu’elle fait une pause forcée pendant sa tournée, Mylène accepte de venir chanter dans l’émission de TF1 « Tip Top ». Outre une courte interview, elle chante Comme j’ai mal et en duo, La Poupée qui fait non, reprise de Michel Polnareff.

Dans le magazine Instant Mag (n° 15, automne 2003), Thierry Rogen, ingénieur du son, se souvient de l’enregistrement : « J’ai aussi participe au single La Poupée qui fait non avec Khaled, où là, Laurent Boutonnat était complètement absent. L’enregistrement s’est fait ici, au studio (Les studios Méga à Suresnes) dans la bonne humeur. Ça a été très rapide, Mylène et Khaled se sont vus quatre heures en tout et pour tout ! » Un enregistrement éclair donc pour une chanson qui colle bien aux deux univers. D’autant que Mylène a toujours déclaré aimer Polnareff et connaître ce titre depuis l’enfance. La Poupée qui fait non fut chantée par Michel Polnareff en 1966 – c’est même son premier disque (EP La poupée qui fait non, Chère Véronique, Beatnik, Ce que je cherche, AZ 1024). Cette chanson de Franck Gérald sera un immense succès et permettre à Polnareff de débuter dans la chanson aux côtés de Sylvie Vartan Johnny Hallyday ou Claude François. Les paroles, comme c’était souvent le cas dans les années 1960, sont gentillettes : l’histoire d’une jeune fille (une poupée) qui ignore les avances d’un prétendant rien de plus. La qualité de la chanson vent donc essentiellement de la musique de Polnareff… En 1996, soit trente ans plus tard, c’est donc Mylène et Khaled qui reprennent ce titre pour une émission de télé. Mais cette version studio (ils chantent en play-back) ne sera jamais commercialisée. Elle reste inédite encore aujourd’hui, mais Khaled rejoindra Mylène lors des concerts à Genève et à Paris Bercy en décembre 1996.

Là, la chanson en live sera bel et bien enregistrée et gravée sur le CD et la vidéo du concert. Ce duo se situe à la fin du concert, juste avant la dernière chanson, XXL, Après Ainsi soit Je…, Mylène accueille donc Khaled sur scène, et ils offrent au public une version de La Poupée qui fait non aux accents arabisants, avec des arrangements d’Yvan Cassar.

                 issu du livre de Benoît CACHIN sorti en octobre 2012. Aux éditions Gründ. Page 105/220

 

Publié dans Mylène AU FIL DES MOTS, Mylène TOUR 1989 | Pas de Commentaires »

123
 

linergeek |
give to eat by eating |
ecouteconseil |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Hé ! lecteurs à Saint Marti...
| parlons-en!
| Je me SOUVIENS...