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Peut-être lui dit Mylène

Posté par francesca7 le 18 octobre 2015

 

 

   MYLENE   Elle a fait la paix avec les hommes. L’aveu est solennel comme un chant liturgique. Deux notes de piano empreintes de gravité précèdent l’annonce de la bonne nouvelle : « Avant que l’ombre, je sais / Ne s’abatte à mes pieds / Pour voir l’autre côté / Je sais que… je sais que… j’ai aimé. » Tous ceux qui suivent le parcours de la chanteuse depuis ses débuts ont compris, dès la première écoute, que le déclic tant attendu s’est produit : Mylène est amoureuse. Un sentiment qui parcourt tout l’album Avant que l’ombre…, lui donnant une coloration intimiste, voire impudique, comme si nous étions les témoins involontaires d’une relation en tout point idyllique. 

      Que de chemin parcouru pour en arriver là. Que de doutes et d’atermoiements avant d’aboutir à une certitude terrifiante, celle d’un émoi dont il devient impossible de réfuter l’évidence. Souvenons-nous de cette interview accordée à l’émission « Sexy Folies » en 1986. Mylène avait eu recours à la métaphore de la mante religieuse pour expliquer son rapport problématique aux hommes. « Je ne les aime pas », concluait-elle alors avec une moue de dégoût. Une phrase qui résonne, à l’époque, comme une fin de non-recevoir adressée à l’ensemble des représentants du sexe fort. 

 

      Ce qui frappe, là encore, c’est la lenteur qu’il a fallu à Mylène pour accomplir ce chemin qui va de la haine à l’amour. Elle devra attendre le milieu des années 1990 pour trouver les premières clés lui permettant d’avancer. Avant cela, ses chansons portent la trace d’une impossibilité majeure. « Ainsi moi je / Prie pour que tu / Fuis mon exil » énonce un paradoxe qui résume bien la difficulté de rencontrer l’âme sœur. C’est le Je t’aime, moi non plus de Gainsbourg, ce jeu de cache-cache destiné à contourner l’obstacle, éviter le contact qui pourrait faire chavirer les cœurs. Il y a quelque chose de romantique là-dedans : celui qui rêve d’aimer est persuadé de ne pas pouvoir être compris. Une exigence d’absolu aussi, qui fait que l’autre déçoit forcément, quoi qu’il fasse, puisqu’il ne parvient pas à incarner l’idéal. 

Dans Beyond My Control, l’être aimé est puni de mort pour avoir trompé la confiance de l’amoureuse. « Dors en paix je t’assure / Je veillerai ta sépulture / Mon amour », entonne Mylène, qui a trouvé une solution extrême pour que son amour puisse accéder à l’éternité. 

      Dans Regrets, c’est la mort qui sert de subterfuge afin de rendre l’amour impossible. « Debout la tête ivre / Des rêves suspendus / Je bois à nos amours / Infirmes », chante Jean-Louis Murat à la femme aimée disparue trop tôt à laquelle il vient rendre visite au cimetière où elle est enterrée. N’est-il pas plus facile d’idéaliser une morte que de s’éprendre d’une vivante qui, tôt ou tard, montrera le visage de ses défauts ? Car c’est bien la peur du quotidien qui terrifie les tenants de l’amour absolu. Comment la passion pourrait-elle résister à certains instants que nous savons si peu glorieux ? 

      Prisonnière des paradoxes qui l’empêchent d’avancer, Mylène n’a bientôt plus comme ultime recours que de pousser un immense cri, semblable à une prière adressée à l’infini : « On a besoin d’amour / Besoin d’un amour XXL. » C’est bien le prince charmant qu’elle appelle de ses vœux, celui des contes de fées qui ne souffre d’aucune faille et semble avoir pour seule vocation de combler le cœur des femmes. Il y a quelque chose de simple dans cette requête, qui contraste avec les complications prévalant auparavant. De pur aussi. Une ouverture sincère qui vient percer la « bulle de chagrin ». 

      Ce que les romantiques préfèrent dans l’amour, ce sont les premiers frémissements, l’embrasement des cœurs, la cristallisation des sentiments. C’est pourquoi Mylène ne pouvait que tomber sous le charme du Choc amoureux, l’essai de Francesco Alberoni, qui décrit le processus à l’œuvre dans l’amour naissant. De ce livre naîtra un album aérien, plein d’espérance : Innamoramento. L’illustration figurant sur la pochette, signée Marino Parisotto Vay, traduit bien ce nouvel état d’esprit. Mylène s’en est d’ailleurs expliquée. « On voit une cage, on voit une silhouette au-dessus, on peut penser à l’oiseau. 

Maintenant, peu m’importe si c’est un oiseau ou non. L’idée est qu’on puisse voir effectivement cette porte entrouverte et cette cage entourée d’eau qui peut être menaçante ou paisible, on ne sait pas bien. 

Personnellement, j’y vois une sorte d’envol et de chute, comme l’amour, qui peut vous porter vers le haut et vers le bas. »       Ce qui caractérise cet album, c’est sa grande unité, comme s’il avait été écrit dans un seul et même souffle. Innamoramento résonne comme un puissant appel à l’amour. Comme le cri déchirant d’une solitude qui veut être brisée. « Trouver enfin peut-être un écho », répète Mylène dans le refrain. Prière qui trouve une expression bouleversante dans cette voix éthérée qui semble résonner à l’infini sur le morceau Mylenium, qui achève l’album. Peu prolixe sur sa vie amoureuse, la chanteuse lâche tout de même quelques confidences lors d’une interview au moment de ses concerts en Russie en mars 2000. 

« Quand on devient une personne publique, il est difficile de trouver l’âme sœur. En général, l’homme a du mal à accepter que sa compagne soit aimée par des millions d’autres personnes. Il souhaite être l’unique. » 

      Il faut croire que le ciel a exaucé son vœu, puisque l’album qui suit, Avant que l’ombre… , est placé, quant à lui, sous le signe de la rencontre. Il n’y a plus de solitude, plus de désespoir né d’une incapacité à communiquer avec l’autre, plus de détresse de n’être pas entendue. Juste une « inquiétude d’amour » qui cache « une envie de bonheur », comme Mylène le chante dans Peut-être toi. Il y a de la prudence dans la déclaration, une pudeur à dire la passion qui pourrait s’éteindre, soufflée par les mots. Une superstition même, qui pousse la chanteuse à répéter plusieurs fois le fameux Shut up ! qui ouvrit paradoxalement les concerts de Bercy en 2005. Dire à l’autre qu’on l’aime, n’est-ce pas risquer de briser le charme ? Voilà pourquoi il faut ajouter un « peut-être », s’empêcher de croire au toujours qui déçoit, se rattacher au présent comme à la seule terre possible. « T’aimer parce que c’est aujourd’hui / C’est ce qui compte vraiment », fredonne-t-elle dans J’attends. 

      On le voit, Mylène n’envisage pas l’amour dans sa conception bourgeoise, qui voudrait en garantir la durée par un contrat où la passion n’a plus sa place. Si l’amour scelle un pacte, c’est celui d’une exigence de sincérité absolue. « Si nos matins / Semblent poussière / Alors… renie-moi… là », renonce-t-elle, prête à tout sacrifier quand les sentiments ne sont plus partagés. Pas question que l’habitude s’installe, aucun droit à l’erreur n’est permis de part et d’autre : « Si par mégarde / La faute est mienne / Alors… renie-moi… là. » L’amour romantique n’est pas de tout repos : il exige sans cesse de nouvelles preuves.

Peut-être toiDans le clip de Peut-être toi, dessin animé réalisé par Naoko Kusumi, les deux amants périssent enlacés, transpercés par une lance mortelle. Un scénario qui rejoue l’histoire de Roméo et Juliette : seule la mort peut garantir l’éternité des sentiments que la vie malmène. 

  Qui est-il, cet homme qui fait le bonheur de la chanteuse ? Celui qui a pris son cœur en otage ? Son portrait se dessine au détour de plusieurs chansons. « Même si je suis dans son lit / C’est son Q.I. qui me lie / À lui pour la vie entière / Bien que solitaire », dévoile-t-elle dans Q.I., précisant qu’il a « des rondeurs d’un Rodin ». Le clip du single, d’ailleurs, montre une Mylène étonnamment fusionnelle, dont les mains, par la magie d’un trucage, fouillent sous la peau de l’amant. Mais la chanteuse lui donne également la parole dans J’attends. « Je t’étreins pour deux, tu es ma vie », explique l’amoureux à la femme adorée, refermant ses bras sur elle sans jamais apaiser ses peurs. Ce qu’elle ressent ? « Un désir d’aimer / Comme un bouclier », dit-elle dans Tous ces combats. 

      L’homme qui partage sa vie a des allures de chevalier des temps modernes. C’est lui, désormais, qui fait barrage entre Mylène et le monde, transmet les messages des fans qui gravitent autour de la star, fait la distribution des autographes. Depuis qu’elle le fréquente, il lui est arrivé de se promener au milieu de la foule, en plein Paris, sans craindre les regards. Ou d’aller dîner à pied, tard le soir, sans autre escorte que son compagnon. En mai 2005, Christophe-Ange Papini raconte comment une fan, ayant réussi à pénétrer dans la résidence où habite la chanteuse, s’est approchée de sa maison. Lorsque l’homme est sorti pour lui demander la raison de sa présence, elle a prétexté que son chien était perdu. Mais aussitôt que Mylène est apparue, la jeune femme s’est précipitée sur elle en lui disant qu’elle l’adorait. La chanteuse aurait alors tourné les talons, se réfugiant chez elle, tandis que son compagnon aurait alerté les vigiles. La veille déjà, cachés derrière les arbres de la résidence, trois fans squatteurs avaient réussi à tromper la vigilance du personnel en charge de la surveillance. 

     Dire le nom de celui qui a inspiré l’album Avant que l’ombre… n’a pas grand sens. Le prénom de Benoît, qui est le premier à être remercié dans le livret de Point de suture, suffit amplement. Impudique dans ses chansons lorsqu’il s’agit de jouer des rôles, Mylène est restée très secrète sur ses amours dans la vraie vie. Malgré tout, elle a levé un coin du voile, pour la première fois, dans une récente interview à Paris Match. « Je cherchais un réalisateur de films d’animation. Il est producteur et réalisateur et il est tout de suite tombé amoureux du petit personnage de C’est une belle journée. » C’est donc en 2002, comme la chanteuse le révèle indirectement, que la rencontre a eu lieu. Une collaboration étroite et fructueuse autour d’un clip conçu à deux a fait le reste. 

     Faire livrer des sushis, visionner des DVD, dessiner sur leur Palm Pilot… Les amoureux ne manquent pas d’occupations lorsqu’ils passent leurs soirées au domicile parisien de la chanteuse. 

Exceptionnellement, on les croise dans des concerts, comme celui de Radiohead, le 10 juin dernier. Le 1er octobre 2007, ils se sont rendus ensemble à l’Élysée pour la remise de la Légion d’honneur à David Lynch, cinéaste ami de la star. Dès qu’ils en ont l’occasion, ils s’envolent pour la Corse : Mylène, qui a longtemps détesté le soleil, vient souvent se ressourcer sur l’île de Beauté. On l’a même aperçue dans plusieurs magazines en maillot de bain, pas franchement épouvantée par le climat si éloigné de celui de son Québec natal. Preuve que cet homme, sans doute venu au bon moment dans sa vie, après tout ce travail accompli sur elle-même en chansons, continue de la combler. Sans doute n’est-il pas étranger, d’ailleurs, à l’extraordinaire vitalité qu’on ressent à l’écoute de l’album Point de suture. 

 

Extrait du livre : MYLÈNE par Hugues ROYER aux Editions Flammarion 2008

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Le business Farmer

Posté par francesca7 le 17 octobre 2015

 MYLENE

 

      Un dispositif inédit pour une star française. Le 20 août 2008, deux cent cinquante mille portables SFR-Sony Ericsson contenant en exclusivité l’album Point de suture sont mis en vente. Il s’agit de la plus grosse opération de ce genre dans l’Hexagone. Dix jours plus tard, Universal annonce le chiffre de cent soixante-quinze mille albums écoulés par ce biais. Si l’on ignore tout des termes du contrat passé entre la chanteuse et l’opérateur téléphonique, la réputation de femme d’affaires de Mylène n’est, en revanche, plus à établir. Elle force même l’admiration de bien d’autres artistes, qui lui envient son savoir-faire. 

« C’est un génie de la communication », m’a dit un jour Étienne Daho, plein d’admiration. Même Jean-Louis Murat, devenu l’un des plus ardents défenseurs de la chanteuse, semble s’incliner face à une réussite aussi époustouflante : « Mylène et Laurent, je les adore et les respecte infiniment. D’une intelligence à la Warhol. Ce sont ceux qui comprennent le mieux les mécanismes de ce business, qui sont en meilleure position pour le pervertir, en tirer tous les fruits. Ils crachent dessus tout en faisant cracher le fruit. » 

      Une analyse qui fait penser à une phrase choc de Michel Houellebecq dans La Possibilité d’une île : « Si l’on agresse le monde avec une violence suffisante, il finit par le cracher, son sale fric. » Est-ce à dire que réussir à attirer toute la lumière – talent réservé à quelques-uns – passerait par un calcul cynique ? Bien sûr que non. Sinon, la recette serait éventée depuis des lustres. Ce que veut signifier Houellebecq, c’est que, si l’on veut être entendu, il faut exprimer un message suffisamment subversif pour mettre radicalement en question la société. N’oublions pas que c’est en chantant « Je suis une catin » que Mylène a réussi à se faire un nom. Il lui aura fallu bousculer l’ordre bourgeois pour faire fructifier sa popularité.  

      Aujourd’hui, la chanteuse a la réputation d’être richissime. L’est-elle autant qu’on le prétend ? Pas sûr. Mais l’idée qu’on l’imagine à la tête d’une fortune colossale est sans doute loin de lui déplaire. 

Chaque année, son nom apparaît en bonne place dans le top 10 des gains les plus conséquents de la chanson française établi par Le Figaro. En 2001, avec des revenus avoisinant les 10,4 millions d’euros, elle prend même la tête du classement, devant Patrick Bruel et Jean-Jacques Goldman. Le plus souvent, Johnny Hallyday, son pendant masculin, n’est pas loin. En moyenne, les gains de la star s’élèveraient à près de trois millions d’euros par an.  

      Pour autant, nul ne s’est encore risqué à évaluer le montant de sa fortune totale, pratique courante dans le monde anglo-saxon. Tout ce qu’on sait, c’est que Mylène habite depuis peu une résidence huppée dans l’un des quartiers les plus verdoyants de la capitale. Qu’elle a le goût de s’habiller couture et qu’elle ne rechigne pas à traverser l’Atlantique pour assister au vernissage d’un de ses amis artistes. Pour le reste, elle semble avoir peu d’attrait pour les signes ostentatoires de la richesse.

 

     Sans doute faut-il alors la croire sur parole lorsqu’elle chante dans Mylène s’en fout : « Moi mes splendeurs / Sont celles du cœur. » Ce qui compte pour l’épater, ce n’est pas tant la valeur marchande du cadeau qu’on lui offre que la symbolique qu’il représente. Les lys blancs ne sont plus les fleurs les plus onéreuses, ce sont pourtant celles qu’elle préfère. Dans sa chanson, elle se dit plutôt insensible à l’attrait du diamant : « L’éclat du chic / Mylène s’en fout / Le jade est un joyau bien plus doux. » Ce qui est en jeu là, ce sont les valeurs de la bourgeoisie, dans lesquelles la chanteuse ne s’est jamais reconnue. 

Réfractaire aux codes imposés, qu’ils soient esthétiques ou éthiques, elle n’en fait qu’à sa tête, exactement comme lorsqu’elle avait quinze ans, face à sa mère qui regardait, l’air consterné, sa manière de s’habiller. 

      Riche peut-être, mais pas question d’avoir l’esprit étriqué d’une bourgeoise. Fille d’ingénieur, elle connaît bien ce milieu pour y avoir grandi et souffert. « C’est une femme très bien éduquée, m’assure Philippe Séguy. On ne se plaint pas, on ne pleure pas. On reste droite, digne et dure . » De cette éducation, elle garde le meilleur, connaît par cœur les bonnes manières, mais rejette le conformisme qui la fait vomir. C’est plus fort qu’elle, elle ne peut s’y soumettre. Il faut toujours qu’elle se distingue. Ainsi, aujourd’hui, Mylène a beau acheter de nombreuses toiles d’art moderne, elle possède un sens plutôt singulier de la décoration. « J’en ai beaucoup, partout. Non pas sur les murs, je n’accroche pas les tableaux, je les laisse par terre, mais ils sont en revanche toujours encadrés3. » La présence du cadre montre que cette disposition ne doit rien à une quelconque négligence : elle est le fruit d’un esprit contestataire qui ne s’est jamais vraiment assagi. 

    Pour Mylène, faire ses preuves, au moment où elle se lance dans la chanson, signifie d’abord parvenir à gagner sa vie sans rien demander à ses parents. Ce n’est pas simple, d’autant que les droits d’auteur couronnant ses premiers succès vont tarder à atterrir sur son compte en banque. « Quand je l’ai connue, me raconte Elsa Trillat, elle n’avait encore rien touché pour Libertine, alors nous déjeunions dans des restaurants chinois ou des fast-foods. Mylène n’y trouvait rien à redire. À l’époque, elle n’a absolument pas de goûts de luxe. » Bien sûr, sa situation financière va changer brutalement et irréversiblement. Témoin de ce virage, Bertrand Le Page trouvera « sa » chanteuse plutôt à l’aise avec son nouveau statut d’artiste prolifique. « Dans le salon de soixante-dix mètres carrés du nouvel appartement où elle s’installe, à l’époque, elle prend des pauses élégantes sur le canapé. » Quant à ses rendez-vous avec la presse, elle les donne au bar du George-V. 

      Ni cigale, ni vraiment fourmi, la star a engrangé un capital qui la met à l’abri du besoin. Aux yeux de sa famille, qui doutait d’elle, la mission est plus que remplie. Ce dont sa mère, Marguerite, convient volontiers : « Mylène s’est faite toute seule. Elle ne nous doit rien. » Il y a dans cette phrase une évidente fierté, mais aussi l’instauration d’une distance, comme si la chanteuse s’était imposé de réussir sans rien recevoir de ses parents, afin qu’ils ne puissent surtout pas s’approprier une part de son succès.  

    FARMER L’argent, en tout cas, ne lui a jamais fait tourner la tête. Peu de dépenses inconsidérées, quelques coups de cœur assumés, beaucoup de cadeaux spontanés pour ses amis ou ses proches collaborateurs… 

Se faire plaisir, oui. Mais ne jamais fermer à double tour l’horizon du désir. Mylène le sait, pouvoir s’offrir tout ce dont on a besoin ne rend pas heureux. Il faut toujours garder en soi une part d’envies inassouvies, des rêves secrets ou impossibles à réaliser. Cette forme de sagesse lui vient de l’enfance. « Je ne remercierai jamais assez mes parents d’avoir su régler parfaitement le problème de l’argent de poche. J’en avais un peu, mais pas trop. Dans des limites raisonnables qui font qu’on apprécie toujours les choses, qu’il vous reste des désirs. » 

De quoi pourrait-elle bien rêver sans pouvoir se l’acheter ? « J’aimerais beaucoup avoir un Miró, ou un Egon Schiele… Mais c’est impossible ! », lâche-t-elle, mi-frustrée, mi-résignée. Pour acquérir une toile de ces artistes, il lui faudrait en effet dépenser plusieurs dizaines de millions d’euros. Ce qui n’est sans doute pas impossible, mais totalement déraisonnable ! Alors elle se résigne : « Je sais qu’il faudra me contenter d’aller les voir au musée. » Mais elle n’a pas dit son dernier mot. L’essentiel, c’est de continuer à fantasmer, ne pas s’enfermer dans une toute-puissance qui vous déconnecte de la réalité. 

      Prudente, Mylène n’a jamais considéré que son succès était acquis une fois pour toutes. L’argent n’est pas une fin en soi, mais la juste récompense de son travail. Il n’y a aucune raison de le mépriser, pas davantage que de l’idolâtrer. L’idée n’est pas d’accumuler pour accumuler, mais d’avoir conscience qu’il

est le meilleur garant de la liberté que revendique la chanteuse. Quand elle a compris que le succès la plaçait à l’abri du besoin, Mylène a voulu bétonner sa position, se donner les moyens de son indépendance. Il y a dans cette obsession quelque chose qui rappelle le projet professionnel de son père au Québec : construire un barrage suffisamment solide pour retenir les eaux du  Manicouagan. 

      Si Mylène a créé plusieurs sociétés, ce n’est pas tant pour faire du business à tout prix que pour protéger sa liberté artistique. Il fallait faire en sorte que sa maison de disques ne lui dicte jamais ses choix. Combien d’artistes, et non des moindres, ont été contraints de se plier au bon vouloir de leur distributeur, y compris sur le plan musical… Avec la complicité de Laurent Boutonnat, Mylène s’est offert la possibilité de contrôler son destin. On a beaucoup glosé sur la création, en octobre 1989, de Requiem Publishing, société chargée d’éditer désormais ses albums. Était-ce un coup tordu à l’encontre de Bertrand Le Page, qui assurait ce rôle jusqu’alors ? Même si le premier manager de la chanteuse l’a vécu ainsi, il est indéniable qu’une telle décision s’imposait dans l’optique du duo Farmer/Boutonnat d’accroître son indépendance. 

      Le choix des musiciens, mais aussi du studio où les chansons vont être enregistrées puis mixées, n’échappera pas non plus à la vigilance du tandem. Afin de s’assurer une autorité absolue dans la production des albums, Laurent Boutonnat monte Toutankhamon au début de la carrière de sa muse – société dont il a revendu toutes les parts à Polygram aux alentours de 1997. Après les frictions consécutives à l’épopée Giorgino, Mylène crée Stuffed Monkey, en décembre 1993, qui produira tous ses albums à partir d’Innamoramento, mais aussi ses clips. Aujourd’hui, six salariés travailleraient pour cette société. Même si elle continue de déléguer certaines questions à Laurent Boutonnat, qui  demeure son partenaire musical exclusif, la chanteuse est désormais seule maîtresse du jeu. Quant à Polydor, la maison de disques à laquelle elle est demeurée fidèle depuis ses débuts, elle n’est que le distributeur de ses albums. Bien que des accords financiers existent entre les deux partis, Mylène peut donc mettre sur le marché des albums qui lui ressemblent à cent pour cent – ce qui est rare dans le métier.  

     Pour certains, toutefois, la volonté d’indépendance n’explique pas tout : Mylène se serait piquée au jeu du business. Sa réussite financière aurait décuplé son envie de faire fructifier son capital. Sinon, pourquoi aurait-elle créé d’autres SARL que celles strictement nécessaires à la production et à l’édition de ses albums ? Ainsi, s’ajoutant à Requiem Publishing et Stuffed Monkey, elle a fondé deux autres sociétés musicales : Dichotomie, en 2000, et Isiaka, en 2002, cogérée avec Laurent Boutonnat. Pour compléter le tableau, la chanteuse est également à la tête d’une société de production de films publicitaires (Innamoramento), et d’une autre, baptisée ML, qui gère des biens immobiliers. 

Cette diversification, qui s’est accrue avec le temps, semble totalement insoupçonnée à ses débuts. « Pour moi, Mylène s’est complètement transformée, explique Sophie Tellier. À la fin des années quatre-vingts, c’était le papillon qui sort de la chrysalide. Et puis, à partir des années quatre-vingt-dix, elle est devenue vraiment “une femme d’affaires”, quelqu’un de totalement différent. »  

      images (9)Bien sûr, le lancement de la carrière d’Alizée, en 2000, a beaucoup fait pour cette réputation de « working girl ». Et pourtant, au début, tout part d’une seule chanson. Après avoir lu le roman de Nabokov, la chanteuse écrit le texte de Moi… Lolita sur une musique dansante de Boutonnat. Tous deux sentent intuitivement le potentiel du titre, mais Mylène n’a plus l’âge de l’héroïne, quinze ans. C’est alors que le tandem décide de faire appel à une autre interprète. Repérée lors d’un passage à « Graines de stars », Alizée, petite brune au regard piquant, va être approchée. Aussitôt commercialisée, la chanson devient un succès colossal. Tube de l’été 2000, comparable sur le plan des ventes au triomphe de Désenchantée neuf ans plus tôt, Moi… Lolita fera, en outre, une carrière internationale comme n’en a jamais connu aucun titre de Mylène : en quelques semaines, Alizée fait un tabac aux Pays-Bas, en Italie, en Espagne, en Angleterre, et surtout au Mexique, où elle devient une star. 

      Préparé dans la précipitation – alors que Mylène est en pleine tournée – et produit par Requiem Publishing, l’album Gourmandises sort dans la foulée, le 28 novembre. Pour en écrire les paroles, la chanteuse a longuement conversé avec sa jeune protégée. Les ventes hexagonales seront au rendez-vous, mais n’atteindront pas le million d’exemplaires, chiffre auquel Mylène semble, elle, abonnée pour chacun de ses albums. En 2003, un second opus naîtra de cette collaboration fructueuse, Mes Courants électriques, édité cette fois par Isiaka. 

Mylène s’y investit pleinement, et pas seulement en signant les textes des chansons. C’est elle qui aurait eu l’idée de l’escarpin géant dans lequel Alizée semble trouver refuge sur la pochette. Elle dessine également certaines tenues portées par la Lolita lors de ses passages très remarqués à la télévision et l’aide à répéter les chorégraphies. 

      Malgré tout, le single J’en ai marre ne parvient pas à tirer l’album vers les sommets. Et le spectacle qui suit, pourtant cornaqué avec soin par Laurent Boutonnat, ne remporte pas un franc succès. C’est à la suite de ces résultats mitigés que la collaboration cessera, d’un commun accord, entre l’écurie Farmer et la jeune Corse. 

      Entre-temps, la Lolita a rencontré l’homme de sa vie, Jeremy Châtelain, musicien qui participa à la Star Academy, l’a épousé à Las Vegas et a donné naissance à une petite fille. Elle veut voler de ses propres ailes, ce qu’elle fera en auto-produisant son troisième album, Psychédélices, en 2007 – ses parrains lui ayant cédé la marque Alizée, leur propriété, pour un euro symbolique. Un retour en demi- teinte dans l’Hexagone, qui permet cependant à la brunette de retrouver son public d’Amérique latine. Et malgré toutes les questions des journalistes cherchant à jeter de l’huile sur le feu quant à ses relations avec Mylène Farmer, elle n’aura que des mots pleins de reconnaissance pour celle qu’elle regarde comme une marraine. « Elle m’a tout appris », dira-t-elle, mettant fin à une polémique autour d’une chanson, Idéaliser, censée être un portrait au vitriol de l’idole. 

   

     Voilà comment la parenthèse Alizée s’est refermée pour la productrice Farmer. Depuis, on a beaucoup glosé sur ses velléités de lancer d’autres artistes, afin de pouvoir quitter la scène un jour sans cesser de tirer les ficelles du métier. Hélas ! pour l’heure, Mylène n’a pas eu la main vraiment heureuse. 

Elle a produit un groupe de musique électronique, Good Sex Valdes, qui a sorti un single, You, dans unerelative indifférence. Via sa société Dichotomie, elle a également poussé le titre de Christia Mantzke, I’m not a boy en 2001, sans qu’il rencontre le succès escompté. Aura-t-elle davantage de réussite avec le générique du dessin animé Drôle de Creepie, sorti en septembre 2008, et interprété par la jeune Lisa, la fille de Michel, son frère cadet ? Trop tôt pour le dire.  

     Évidemment, sa réputation de femme d’affaires a encore gagné du terrain depuis qu’on a appris que Mylène avait déposé une marque, Lonely Lisa, en septembre 2007, à l’Institut national de la propriété audiovisuelle. Utilisant comme logo l’héroïne de son conte illustré, Lisa-Loup et le conteur, paru en 2003, elle donne la liste des différents produits qui pourraient être estampillés de ce label. Articles de papeterie, papiers peints, linge de maison, vaisselle, mais aussi jouets, bijoux et vêtements. Des fausses pistes destinées à brouiller le jeu ? Dans une interview au magazine Têtu, elle livre une clé mettant un terme à Atoutes les supputations : « Lonely Lisa donnera naissance à un site Internet communautaire dans les prochains mois. »  

     Pour celle qui a toujours refusé de créer un fan-club officiel, ce projet semble particulièrement bien ciblé : ses fans sont nombreux à participer aux innombrables forums qui lui sont consacrés sur la Toile. 

Un site communautaire serait un moyen idéal de fédérer ces énergies tout en permettant à chacun de s’exprimer. Une fois de plus, Mylène montre qu’elle fourmille d’idées en tous genres, en dehors même de son métier. Revendiquer une œuvre digne de ce nom, singulière et sans concessions, ne l’empêche pas de posséder un sens aiguisé du marketing. Bref, elle est la preuve vivante qu’on a souvent tort d’opposer, comme des entités inconciliables, l’artistique et le commercial. 

 

Extrait du livre : MYLÈNE par Hugues ROYER aux Editions Flammarion 2008

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« C’est un ami, c’est lui » : Décision de MylèneF.

Posté par francesca7 le 27 septembre 2015

 

 

   mylene-farmer   Elle est seule dans sa loge. Enfoncée dans un canapé, le dos légèrement voûté, elle se concentre. Deux heures plus tôt, Pierre Vinuesa est venu la coiffer. C’est lui qui a conçu l’architecture complexe lui donnant l’air d’être couronnée de rouge. Une reine. Les minutes passent, elle ne bouge pas. Elle se recueille. Une épaisse bougie couleur ivoire se consume lentement près d’elle. Plusieurs peluches, cadeaux des fans, sont posées sur une étagère, improbable ménagerie. À quoi pense-t-elle ? Sans doute à rien du tout. Elle fait le vide. Certains artistes ont besoin d’être entourés dans ces moments-là. Pas elle. Ce silence contraste avec l’effervescence qui monte dans la salle. Un technicien frappe doucement à sa porte. Il vient installer le micro et appareiller sa robe de dentelle immaculée. Un peu plus tard, c’est au tour de son habilleuse d’entrer dans la loge. Mylène se lève et cette femme blonde lui enfile des manches de dentelle qui ressemblent à des ailes.

 

      Pour ne pas avoir froid, elle remet son peignoir. Un rapide coup d’œil dans le miroir, histoire de vérifier que tout est parfait. Les cils sont immenses, les lèvres pulpeuses et pâles. Elle ajuste une mèche de cheveux, la plaque sur son oreille. Elle se lève. Sans un mot, elle sort de sa loge, arpente les couloirs de Bercy, suivie de près par son habilleuse. Elle entend la clameur qui monte. Dans deux minutes, ce sera à elle. Son moment à elle. Face à ces dizaines de milliers d’anonymes venus la voir et l’écouter, entourée de leur affection, elle n’aura paradoxalement jamais été aussi seule. 

     « J’aime la solitude, dit-elle. Plus on devient un personnage public et plus on y plonge. Il faut s’y faire et l’apprivoiser. » Posséder un tempérament d’ermite n’empêche pas de cultiver l’amitié. Au contraire, c’est une force qui permet de placer la barre encore plus haut. Quand vous n’avez pas viscéralement besoin d’être entourée, vous pouvez choisir avec davantage de discernement ceux qui pourront partager certaines de vos pensées intimes. Dans les années 1980, Mylène avoue n’avoir que peu d’amis. Et lorsqu’on lui demande si ça la dérange, elle répond : « Non, pas du tout. » Pour elle, pas question de galvauder ce don de soi. Offrir son amitié ne peut avoir qu’une signification forte.

Aujourd’hui encore, son cercle d’intimes demeure restreint. 

      Qui sont-ils, ceux qui peuvent l’approcher et recueillir ses confidences ? Des prénoms remerciés dans le livret d’un album : Anthony, Nathalie, Paul, Corinne, Émeline, Olivier et Jérôme. Comment ont-ils réussi à gagner sa confiance ? Leurs qualités premières : la discrétion et la loyauté. Ils ont passé un pacte avec elle : jamais ils ne doivent évoquer ce lien si précieux qui les unit.   L’une de ses meilleures amies, la romancière Nathalie Rheims, respecte à la lettre cette consigne. « Mylène ne souhaite pas que je parle d’elle, m’a-t-elle expliqué au téléphone, et notre relation est tellement rare que je n’ai aucune intention de rompre le pacte. » De leurs déjeuners en tête à tête, notamment au Thiou, le restaurant branché du quai d’Orsay, elle ne dira rien. De leurs jeux, de leurs fous rires entre femmes, non plus. On murmure que Nathalie aurait été envoyée par Mylène au VirginMegastore, aux alentours de minuit, le soir où le DVD des concerts de Bercy 2006 a été mis en vente.

 

Certains témoins l’auraient entendue converser au téléphone, au premier étage du magasin des Champs-Élysées, avec une mystérieuse interlocutrice qui ne pouvait qu’être l’icône rousse.   Même réserve de la part de certains journalistes amis, comme Jérôme Béglé, de Paris Match, qui connaît la chanteuse depuis longtemps, mais a toujours refusé d’évoquer ses conversations avec elle. Une loyauté récompensée : c’est lui qui a recueilli, en mars 2008, la parole de la star annonçant son retour sur scène dans les colonnes de son magazine, avant de se fendre d’un article élogieux sur le clip de Dégénération, quelques jours avant sa diffusion dans les médias.

     Et puis, il y a les autres, ceux qui composent un cercle plus large. Ils ont eu le sentiment d’une amitié partagée, d’une relation privilégiée et intense, même si, par la suite, les contacts se sont espacés.

 

     Jean-Louis Murat est de ceux-là. C’est elle qui a amorcé le premier pas vers lui. « Un beau jour, au courrier, j’ai une lettre de Mylène. Une lettre comme elle sait faire, très gentille, avec sa magnifique écriture, pas de faute d’orthographe – enfin des choses que j’aime. Elle me demande si je veux bien chanter avec elle. Cette lettre n’est pas une légende, je l’ai reçue au courrier, tout simplement. Je n’en crois pas mes yeux, elle me donne son numéro de téléphone. » Murat la rappelle, tous deux se voient à Paris. Le temps de sympathiser, ils enregistrent Regrets, le premier duo de la carrière de Mylène. 

     À la même époque, la scénariste et réalisatrice Danielle Thompson fréquente aussi la chanteuse. Une fois n’est pas coutume, les deux femmes acceptent de poser le temps d’une séance photos pour Madame Figaro. L’occasion pour la scénariste de dresser un portrait de son amie en termes forcément flatteurs.

« Sa pâleur est indéfinissable, sa légèreté ne semble pas obéir aux lois de la pesanteur, sa présence semble toujours furtive, telle celle d’un oiseau prêt à s’envoler au moindre bruissement. Pourtant, l’ange roux remplit l’espace d’une force impalpable, une force qui rassemble à travers sa voix innocente des milliers, des millions de garçons et de filles qui reconnaissent dans ses mots leurs mots, dans ses peurs leurs peurs, dans ses émois leurs amours. » Les deux femmes se voient-elles toujours ? Pas sûr. Certaines amitiés, pour être fortes à un instant donné, n’en sont pas moins contingentes. 

   MIMI   Dans le cercle des amis de la star, l’écrivain Salman Rushdie occupe indéniablement une place à part. La première rencontre a lieu à la fin des années 1990, lors d’une exposition à Londres. « Nousétions l’un et l’autre conviés au vernissage de mon copain Francesco Clemente, raconte l’auteur des Versets sataniques . On s’est retrouvés au dîner qui a suivi chez le marchand. On a sympathisé. J’étais plutôt embarrassé, venant d’une tradition musicale anglo-saxonne, de tout ignorer de la variété française ! Elle est une grande star en France et je ne le savais pas. Depuis, elle m’a initié en m’envoyant son CD.

J’aime beaucoup son style. Ensuite, on s’est revus plusieurs fois. Je me sens proche d’elle. J’aime beaucoup Mylène Farmer. Une chanson peut être une libération. La musique ouvre les portes du cœur. » 

      Lorsqu’elle évoque son ami Rushdie, Mylène livre une clé qui permet de mieux la comprendre : « Je suis allée spontanément vers lui, dit-elle, j’avais envie de le connaître. » Curieuse de rencontrer un être dont la personnalité l’intrigue, elle n’hésite pas à vaincre sa timidité maladive pour aller vers l’autre, fût- il un écrivain mondialement reconnu. « C’est quelqu’un de très gai dans la vie, qui a beaucoup d’humour. Nous avons de grands éclats de rire ensemble. » Après leur rencontre londonienne, la chanteuse revoit le romancier britannique à Paris, lors de l’exposition parisienne des œuvres du père de Robert De Niro, intime de Rushdie. Il sera également invité à l’un de ses concerts à Bercy.

 

     Mylène n’aime que l’excellence. C’est pourquoi elle n’hésite pas à solliciter des rencontres avec ceux qu’elle admire. Sa notoriété lui ouvre bien des portes qui seraient infranchissables pour un quidam. Bien entendu, qu’ils deviennent des amis d’un jour ou davantage ne dépend pas de son seul bon vouloir.

     C’est Marcus Nispel, réalisateur de plusieurs de ses clips, qui l’affirme : « Les meilleurs se retrouvent toujours au sommet pour se serrer la main, et Mylène est vraiment de ce niveau-là. »

     Une vision élitiste qui rejoint une certaine réalité lorsqu’on regarde le parcours de la chanteuse. Familière de New York et Los Angeles, de surcroît parfaitement bilingue, elle s’octroie le privilège, rare pour une Française, d’approcher des stars de Hollywood comme George Clooney ou Robert De Niro.

 

     Sa collaboration avec Moby va naître de cette facilité à nouer des contacts avec des stars internationales. C’est à New York que la première entrevue a lieu. Le 9 septembre 2006, le chanteur le révèle sur son blog : « J’ai rencontré Mylène pour la première fois chez Teany et nous sommes devenus amis. Nous avons simplement pensé que Slipping Away serait une jolie chanson à faire ensemble. C’est ma chanson favorite de l’album Hotel et je suis ravi qu’elle entame une nouvelle vie grâce à la belle voix de Mylène. » Gravée sur la compilation de Moby, la chanson va rencontrer un joli succès. « Slipping Away avec Mylène Farmer vient d’être classé numéro un en France et en Suisse. Mylène est plus mignonne que moi, et elle chante mieux aussi », écrit Moby avec humour sur son blog, le 14 octobre 2006.

 

     Dans la foulée de l’enregistrement de Slipping Away, Mylène propose au chanteur britannique d’enregistrer Looking For My Name, qui figure sur Point de suture. Un duo d’inspiration romantique, hymne aux amours éternelles, qui rappelle les Regrets murmurés avec Jean-Louis Murat. La plus belle preuve d’amitié, n’est-ce pas de parvenir à une forme de collaboration qui ressemble à un partage ?

 

      Si la chanteuse éprouve une telle attirance pour les artistes, c’est qu’elle ressent leur présence comme un réconfort. Ce sentiment d’être différent, incompris, tous les artistes l’éprouvent. Tous portent en eux « un monde fou qui veut naître », comme le fredonne la star à propos de Virginia Woolf. Au milieu des œuvres d’art, dans un atelier ou une galerie, Mylène se sent chez elle. Une toile, une sculpture peuvent l’aider à vivre plus sûrement que tous les gadgets qu’offre la technologie moderne. « J’ai une fascination pour les abstractions de Michaux et les toiles surréalistes de Max Ernst, avoue-t-elle. Je retrouve l’enfance, la magie du secret et de l’indéfini à travers leurs œuvres. J’aime aussi passionnément la peinture d’Egon Schiele. J’aurais pu être son modèle. Lorsque je me regarde dans un miroir, j’ai l’impression d’être une de ses rousses écorchées. »

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      De la peinture à la chanson, il n’y a parfois qu’un pas : Je te rends ton amour est un hommage appuyé au peintre préféré de Mylène, et particulièrement au tableau Femme nue debout. Cet artiste autrichien, dont le trait est fragile et violent à la fois, aime en effet représenter des rousses à la peau laiteuse et à la maigreur inquiétante, dont il a saisi certaines attitudes en visitant un asile psychiatrique.

 De surcroît, ses dessins érotiques lui ont valu un bref séjour en prison. Fasciné par les rouquines, intrigué par la folie, scandaleux… On comprend que Mylène ait choisi Egon Schiele pour « seul maître ». Même sa mort tragique, à seulement vingt-huit ans, des suites de la grippe espagnole, a de quoi interpeller la chanteuse.

 Bien que la peinture attire Mylène, l’exercice lui semble périlleux. « Je ne maîtrise pas du tout ni l’aquarelle, ni l’huile », confie-t-elle, modeste. Pourtant, lorsque Philippe Séguy écrit Ainsi soit-elle, elle lui confie plusieurs œuvres, qui seront reproduites dans le livre. « Un monde de ténèbres glissant sur la nuit » montre un personnage squelettique sur un fond strié de rouge guetté par deux rapaces, image de la mort qui rôde. « Une femme qui se fond dans l’infini », dessin réalisé au fusain, prouve la constance de la chanteuse, puisque ce personnage qui s’efface trouvera un prolongement parfait dans l’émouvant final du clip Fuck Them All. Si la peinture, parce qu’elle exige une initiation technique qu’elle n’a pas reçue, lui donne quelques complexes, le dessin, en revanche, constitue pour elle un geste familier, quasi naturel. Où qu’elle soit, Mylène éprouve le besoin de griffonner, de croquer des visages, de faire vivre de petits êtres qui naissent en quelques minutes sous ses doigts. 

      En 1985, lorsqu’elle dessine le story-board du clip de Plus grandir, le trait est déjà très sûr, et l’on reconnaît les prémices du style épuré des personnages qui figureront, plus tard, dans le clip de C’est une belle journée, l’ouvrage Lisa-Loup et le conteur et même sur la couverture d’un roman de Marc Lévy, Où es-tu ? Une passion qui se révèle utile pour sa carrière, lorsqu’il faut concevoir le décor d’un spectacle, par exemple, ou esquisser un élément de la scénographie, comme le sarcophage de verre dans lequel elle fait son entrée sur scène à Bercy, en 2006. Ce talent pour les arts graphiques, une partie de son public le lui reconnaît déjà. Il l’a prouvé en 2003, lors d’une exposition à l’espace Artcurial au profit de l’institut Gustave-Roussy, qui lutte contre le cancer du sein. Parmi les cent femmes célèbres ayant réalisé un tableau pour l’occasion, c’est la Toile de Mylène, composée d’un collage de deux reproductions d’œuvres de Théodore Chassériau, qui, le 29 octobre, a obtenu la meilleure enchère, six mille cinq cents euros.

  

      En cela aussi, Mylène se révèle une chanteuse à part : elle est une artiste aux dons multiples, tout comme son coéquipier, Laurent Boutonnat. Être un artiste, c’est un sacerdoce, un engagement total, une impossibilité de renoncer à l’expression de soi. Les autres domaines de la vie deviennent secondaires par rapport à ce choix premier. Marcus Niespel le dit à sa façon : « Tous les grands artistes sont différents, ils ont chacun leur genre, mais ils ont tous un point commun, ils s’engagent à fond à 100 % avec le cœur. » Mylène est de cette étoffe-là. Ceux qui prétendent qu’elle serait une truqueuse jouant avec d’autres émotions que les siennes se fourvoient : « Quand j’écris mes textes, je livre beaucoup plus de moi que vous croyez. Il suffit de savoir écouter », dit-elle. En même temps, elle partage avec les artistes dits contemporains le contrôle absolu de tout ce qui engage son nom. « Mon implication morale, intellectuelle et sentimentale est la même, de l’écriture d’une chanson à la fabrication d’un clip, d’un tee- shirt ou d’un spectacle. »

1988-06-b      Ce qui situe encore Mylène dans une communauté que partagent tous les artistes dignes de ce nom, c’est le contact privilégié qu’elle a gardé avec l’enfance. Ce refus de grandir, revendiqué dès ses débuts, est la condition qui permet aux créateurs de perpétuer dans la discipline qu’ils ont choisie les scénarios ludiques de leurs jeunes années. « L’enfance, je crois que je ne voudrai jamais la quitter. Et je crois qu’elle ne me quittera jamais non plus. 

Voilà pourquoi, même si tout me semble sans espoir, je continuerai d’être en quête de quelque chose. De l’innocence retrouvée, peut-être? »       Mylène le sait : ce n’est pas parmi les adultes qu’elle trouvera des partenaires de jeu, mais parmi ceux qui se sont donné les moyens de faire vivre l’enfance en eux en devenant artistes. Voilà pourquoi leur amitié lui est si précieuse. Même si elle est rare. 

 

Extrait du livre : MYLÈNE par Hugues ROYER aux Editions Flammarion 2008

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Mylène en toute humilité

Posté par francesca7 le 20 septembre 2015

 

Mylène en toute humilitéDans la profession Ne souhaitant pas se mêler au monde du show-business, Mylène Farmer refuse systématiquement de se déplacer aux remises de prix accordés par la profession, depuis sa Victoire de la musique reçue en 1988 : face à l’hypocrisie ambiante en coulisses, elle annule sa prestation au dernier moment et déclarera peu après : « J’ai passé des heures en coulisses pour les répétitions de cette soirée. Tout le gratin du show-business était là et ces gens m’ont écœurée. Ils se détestent tous. J’étais triste d’avoir été récompensée et reconnue par ces gens-là. Ce sont les Victoires de l’hypocrisie ! »

Récompensée en 2005 du prix de « l’Artiste féminine des 20 dernières années », la chanteuse, absente, se contentera d’un communiqué laconique adressé à la profession, dans lequel elle leur rappelle que son dernier single s’intitule Fuck Them All. Dès lors, fait unique, elle demandera elle-même à ne plus être nominée. Pour autant, beaucoup d’artistes avouent être des admirateurs. Selon Charles Aznavour, « cette femme a tous les dons ».

Michel Polnareff déclare « l’aimer beaucoup, sur le plan professionnel et personnel (elle fait des spectacles remarquables, de la vraie production à niveau international) », tout comme Michel Sardou (« Elle me plaît et m’attendrit. Je sais combien elle s’investit dans ses spectacles, et chapeau pour son respect du public. Elle ne joue pas à l’économie » et Johnny Hallyday, qui salue son travail et le fait que « elle ne touche pas d’argent lorsqu’elle part en tournée, tellement ses spectacles lui coûtent chers ». Line Renaud souligne « quelqu’un de rare, dans tous les sens du terme », Julien Clerc qualifie son travail de « toujours intéressant, avec un art savant de la mise en scène et une vraie direction artistique, des textes intéressants et de belles musiques », tandis que Juliette Gréco affirme : « elle est sans cesse en recherche. Elle a une place particulière, totalement originale par son silence, la perfection de son travail.

On a l’impression d’être face à une enfant à la fois féroce et surdouée ». Selon Lara Fabian, « elle a réussi ce que peu d’artistes ont réussi au fil des années : rester elle-même et innover à chaque fois ». Pour Jean-Louis Murat, « Mylène et Laurent sont les deux personnes les plus estimables que j’ai rencontrées. Je les adore et les respecte infiniment. Ce sont les plus intelligents. D’une intelligence à la Warhol ». La jeune génération la cite souvent en référence, comme Nolwenn Leroy (« Elle a tout compris, et a su garder une cohérence au fil des ans. Cultiver le paradoxe d’être une immense star tout en restant simple, sensible, à fleur de peau »), Julien Doré (« un show hyper-rodé, un son qui déchire sa mère, une énorme machine en mouvement – ce qu’on voit d’habitude avec des artistes étrangers, pas avec des français »), le rappeur Disiz La Peste (« J’admire la manière dont elle a créé son image et bâti sa carrière. C’est plutôt bien fait, là où je trouve que Lady Gaga est très fake. Ce n’est pas raffiné du tout, alors que Mylène Farmer a fait dans le raffinement.

Elle a toujours été à part, dans son coin ») ou encore Shy’m (« Comme Madonna, elle a réussi à durer, à traverser les époques. Elles ont fait des choses marquantes, ont osé, sans rester dans le moule »). Si elle reste peu connue à l’étranger, plusieurs personnalités reconnaissent suivre sa carrière, à l’instar de Madonna (qui a même tenu à aller voir Giorgino à sa sortie), Elton John (« La première fois que je l’ai entendue, j’étais bouleversé. Je lui porte une grande admiration. J’aime sa voix, ses maux, sa façon de bouger. She’s so French ! »), le groupe Muse (« Nous avons été la voir en concert et en sommes ressortis totalement sous le choc tellement le spectacle était beau. Cette femme a un charisme énorme et l’ambition de proposer des choses énormes.

C’est vraiment une artiste que nous aimons beaucoup »), l’écrivain Salman Rushdie (« Ses textes, entre mélancolie et sensualité, souffrance et abandon, m’émeuvent. Sa voix, moitié de ce monde, moitié d’ailleurs est étonnante ; c’est la voix d’un ange déchu »), Enrique Iglesias (« J’aime beaucoup sa voix et la façon dont elle conçoit ses spectacles. Elle est incroyable et tellement créative »), George Clooney, Luz Casal, Kylie Minogue ou encore Seal (« Elle est l’essence pure de l’Artiste »). L’icône ou la stratégie du silence La « stratégie du silence » de Mylène Farmer a été longuement évoquée par les médias. L’artiste n’accorde effectivement que très peu d’interviews et apparaît rarement à la télévision, expliquant cette faible présence médiatique par sa « nature profonde »: se sentant « plus à l’aise sur scène qu’à la télévision », elle reconnaît être de nature très discrète et détester parler d’elle-même.

Depuis ses débuts, elle développe sa créativité au-delà de la production musicale et de son métier de chanteuse, s’exprimant à travers des domaines comme le cinéma (clips scénarisés, filmés en 35 mm), la scénographie, l’écriture (avec un conte dont elle est l’auteur), la peinture et le dessin, et de manière plus classique pour les chanteurs de la musique pop : la chorégraphie, l’habillement, le design…

L’écrivain Amélie Nothomb confie : « Pour avoir côtoyé Mylène, je pense qu’elle cultive l’inaccessibilité qui la caractérise. Mais je crois aussi qu’une part lui échappe. J’ai pu m’apercevoir que, lorsqu’elle est cordiale, et elle peut assurément l’être, on sent quand même, quelque part, une muraille de glace. Il semblerait qu’elle n’y puisse rien. Attention, loin de moi l’idée de présenter Mylène Farmer comme une victime. Mais cette muraille de glace, sans doute, la rend prisonnière de quelque chose. » En 2001, elle confie quant à sa discrétion médiatique : « Je n’ai pas fait ce métier pour être connue mais pour être reconnue »

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La veine artistique de Mylène Farmer

Posté par francesca7 le 29 août 2015

 
 
mylene-farmer-ouvOn ne devient pas artiste par hasard. 
On ne choisit pas ce chemin à part sans y avoir été initié. 
Ce germe qu’on porte en soi, comme une poussée impérieuse, 
encore faut-il qu’il croise la route d’un autre pour 
former une arborescence. 
Selon Lacan, « le moi se construit à l’image du semblable ».
 Le mieux, sans doute, est d’avoir pu trouver un modèle dans
 son entourage familial. 
C’est du côté de la branche paternelle
 que le tempérament artistique de Mylène s’enracine. 
Depuis sa jeunesse, Paul Albert Gautier,le grand-père,
 s’adonne à la sculpture sur bois et sur plâtre. 
Même s’il décède bien avant la naissance de sa petite-fille,
 celle-ci n’ignore pas qu’il avait aménagé un atelier 
d’artiste à Vanves, près de Paris, afin de donner libre cours à sa passion. 
Dans le clip de Plus grandir apparaît d’ailleurs l’une de ses œuvres,
 une vierge en plâtre, prêtée par son père pour l’occasion. 
En 2006, lorsqu’elle choisit de situer l’action du clip
 de Redonne-moi dans un atelier de sculpture, Mylène rend, d’une certaine façon,
 un nouvel hommage à ce grand-père qu’elle n’a pas connu. Elle avouera d’ailleurs 
avoir elle-même été attirée par cette discipline. 
« Plus jeune, j’ai pratiqué le modelage, la poterie. 
Le contact avec la terre est si particulier. »
 
                                                      ** 
Autre référent incontournable, la grand-mère Jeannette. 
Une femme de caractère, indépendante, très différente de Marguerite, qui semble
 ne vivre que pour ses quatre enfants. Depuis la mort de son mari, en 1953, 
Jeannette s’est installée avec la famille dans la maison de Pierrefonds. 
Une cohabitation pas toujours facile, notamment pour sa belle-fille qui a parfois
 le sentiment que Max lui échappe, pris dans les filets de sa mère comme un petit garçon docile.
 « Elle ne cessait de me disputer mon mari »,confiera-t-elle. Autoritaire, Jeannette exige 
le silence absolu lorsqu’elle s’installe au piano – elle a obtenu un premier prix au
 conservatoire de Marseille. C’est le père de Mylène qui, pour faire plaisir à sa maman,
 a fait installer l’instrument au milieu du salon. 
Lorsqu’elle joue, les enfants ont pour consigne de se taire. 
Il ne leur viendrait pas à l’idée, d’ailleurs, de contrarier leur grand-mère. 
Parfois, sa présence suffit à glacer l’atmosphère. 
Peut-être le goût profond de Mylène pour le silence vient-il de là... 
En tout cas, Jeannette semble avoir noué un contact privilégié avec la fillette, 
qui l’admire et la redoute à la fois. Toutes deux ont trouvé un singulier terrain d’entente :
 la visite des cimetières. Entre la mamie et sa petite-fille, s’instaure également 
une vraie correspondance. Alors qu’elle n’a rien d’une élève modèle, Mylène s’applique
 dès lors qu’il s’agit d’écrire à sa grand-mère. Elle forme bien ses lettres, veille
 à ne laisser aucune faute d’orthographe. Là, s’enracine sans doute le sentiment 
que l’écriture peut être un soulagement quand le contact avec l’autre s’avère difficile.
 « J’ai été très gentille, alors fais ce que tu as promis, emmène-moi au cimetière »,
 disent en substance les missives de Mylène. Au bas des pages, elle signe à l’américaine,
 avec des croix en guise de bisous.
 
                                                      ** 
Des années plus tard, la chanteuse a maintes fois évoqué le souvenir de sa mamie Jeannette. 
« Dimanche prochain, je t’emmènerai dans tel cimetière, m’écrivait-elle dans des lettres
 que j’ai conservées. Je l’envisageais sans angoisse, comme un cadeau à lui faire, 
une belle chose à partager. C’est avec elle que j’ai appris que ces endroits sont 
certes parfois tragiques, mais jamais sinistres45. » Pour la petite fille, les cimetières
 constituent une compagnie plutôt rassurante. On peut y contempler des curiosités architecturales,
 y comparer les stèles, y déchiffrer les hommages gravés dans le marbre. 
Bref, imaginer le destin de ces êtres dont l’existence semble coincée entre deux dates.
 Silencieux, ces lieux sont propices, sinon à la prière, du moins à la méditation. 
« J’arrive tout à fait à me recentrer dans un cimetière. » 
Décor privilégié de son enfance, les cimetières vont hanter l’imaginaire farmerien.
 Deux de ses clips, Plus grandir, à ses débuts, et Regrets, le duo avec Jean-Louis Murat,
 seront tournés dans ces endroits mortifères – le premier à Saint-Denis, le second à Budapest.
 Surtout, la scénographie du premier spectacle de Mylène, en 1989, sera entièrement 
conçue autour d’un cimetière. Après avoir interprété L’Horloge, la chanteuse s’engouffre
 même dans une tombe. Cette noirceur assumée classera d’emblée Mylène parmi 
les icônes « gothiques ». 
                                                    **
Rien de morbide, pourtant, dans cette passion pour les cimetières. 
Du plaisir, au contraire, une forme de communication avec cette grand-mère qui 
fascine Mylène. Mamie Jeannette se montre également très intéressée par les choses de l’art.
 « Elle adorait le théâtre et la peinture47. » À son contact, Mylène s’intéresse à la comédie.
 Certains soirs, alors que ses frères et sœur sont endormis, elle se rêve actrice. 
Une manière d’exorciser la peur des autres qui la bloque parfois. Quand elle s’imagine 
sur scène, ceux qui la paralysaient se mettent à l’écouter religieusement. 
C’est comme une revanche. Elle n’a plus à surmonter cet effort surhumain de briser la glace. 
Sa grand-mère lui montre également des reproductions de tableaux dans des livres lourds 
qu’elle feuillette comme des reliques. Elle lui apprend à distinguer les nuances infinies
 du ciel, le gris des nuages, les dégradés de vert qui donnent aux paysages leurs reliefs.
 
                                                    ** 
largeMylène n’a que quatorze ans quand Mamie Jeannette s’éteint, en 1975. 
Durant plusieurs semaines, elle se terre, inconsolable, 
dans un silence violent comme une colère sourde.
 Elle caresse parfois les touches du piano, devenu muet, mais aucune 
mélodie ne fait danser ses doigts. Impossible de tourner la page sans 
saisir le sens de tout ça. 
Cette femme lui a montré la voie. Elle savait se faire entendre et 
respecter. 
Surtout, elle a vécu sans rien sacrifier de ses passions. 
Mylène sent confusément qu’elle partage cette exigence avec sa Mamie. 
Elle non plus ne veut pas d’une existence tiède et convenue. 
Et puis, la disparition soudaine d’un être aimé renforce encore 
le sentiment d’urgence qu’éprouve l’adolescente : 
la vie n’attend pas, il faut la prendre à bras-le-corps, 
sans remettre au lendemain la moindre de ses envies. 
Dès cet instant, l’école lui semble
 un insupportable carcan. Mais il est trop tôt encore pour ruer dans les brancards. 
                                                    **
Même si tout est encore un peu flou, Mylène entend rester fidèle aux valeurs que lui
 a transmises sa grand-mère adorée. Par la suite, elle n’aura de cesse de rechercher 
la compagnie des artistes. Les seuls êtres avec lesquels elle peut partager ses angoisses
 sans se sentir exclue ou anormale. Les seuls qui soulageront le sentiment de solitude 
abyssale qui la ronge. Mais, surtout, elle veut elle-même devenir artiste. 
Dans quel domaine ? Il est trop tôt pour le dire. Elle aime dessiner, peindre, 
chanter aussi. Mais elle ne ressent aucune vocation précise. Juste l’envie de 
« devenir quelqu’un ». Comme un défi lancé à la mort.  
 
Extrait du livre : MYLÈNE par Hugues ROYER aux Editions Flammarion 2008

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MYLENE A L’INSTANT X

Posté par francesca7 le 14 juin 2015

 

DEJEUNER DE GALA A LA MYLENE – sur NOSTALGIE le 30 NOVEMBRE 1996

JOURNALISTE(S) : MICHEL COTTET

mylène

À l’occasion de la reprise du Tour 96, Mylène est l’invitée de Radio Nostalgie pour cette émission qui prend la forme d’une conversation entre l’animateur Michel Cottet, curieux de tout, et son invité.

Cet entretien est probablement le plus long que Mylène ait jamais accordé (bien qu’à peine quelques mois plus tôt elle déclarait à Paul Amar à l’issue d’une émission plus courte que celle-ci qu’elle ne ferait sans doute jamais plus d’émission aussi longue !).

Il est à noter que, probablement débarrassée du poids de l’image de la télévision et de la crainte que les propos soient déformés par la presse écrite, Mylène est ici très à l’aise et semble intellectuellement complice avec Michel Cottet, qui s’intéresse notamment beaucoup à l’auteur plutôt qu’à la chanteuse.

L’actualité de Mylène Farmer, c’est cet album, « Anamorphosée » -bien que ayant déjà quelques mois, il est encore tout frais et tout présent à notre mémoire et on se laisser bercer en ce moment par l’excellent titre « Rêver »- et puis il y a cette tournée, non pas gâchée mais interrompue pour une stupidité. Il ne m’appartient pas de déverser une kyrielle de qualificatifs pour essayer de vous cerner, de vous faire réagir –c’est toute la magie d’un personnage. Ceci dit, tout ce mystère qui débouche sur un statut de phénomène est-ce que vous n’avez pas l’impression quelquefois que cela fait ombrage à votre vrai statut, qui est avant tout quand même, si je ne m’abuse, auteur-compositeur-interprète ?

-Ombrage, je ne sais pas bien. Est-ce que j’en souffre ? Non, pas vraiment. J’ai décidé de ce mystère en ce sens que je parle peu et que je réponds peu aux questions en général, donc je crois que j’en suis l’auteur donc je n’ai pas à m’en plaindre.

Je ne parlais pas forcément du mystère mais du fait que à force de vouloir justement le percer, on en oublie de parler avec vous de ce qui quand même nous séduit au préalable, c’est-à-dire votre musique, votre façon d’écrire, votre façon de paraître sur scène. Est-ce que parfois vous n’avez pas l’impression d’être dépassée par vous-même, en quelques sortes ?

-Je ne suis pas sûre de pouvoir répondre à cette question, si ce n’est que c’est vrai que l’évocation de l’écriture est quelque chose, dans le fond, d’assez rare de la part d’un journaliste parce que je crois qu’il est plus enclin à parler ou d’une vie privée que l’on ne veut pas dévoiler, ou des choses qui sont ‘plus racoleuses’. Peut-être que je souffre de ça un peu, oui.

On y reviendra, et j’espère comme ça que votre passage à Nostalgie vous aura ôté un peu de souffrance puisqu’on évoquera votre écriture. Ce que l’on sait, c’est que vous avez quand même ‘fui’ à Los Angeles pour essayer de retrouver une forme de solitude. Vous avez vos repères, j’ai les miens : moi, c’est Léo Ferré, Ferré qui disait :‘Dans la solitude, le désespoir est une forme supérieure de la critique. Pour l’instant, nous l’appellerons bonheur’. Le désespoir, vous l’avez touché ?

-Je crois qu’il a fait partie de mon quotidien, mais maintenant je ne pense pas être la seule ! Je pense que le commun des mortels a des moments de bonheur et des moments de détresse absolue. Je crois que même une journée peut être comblée par bonheur et tristesse à la fois. Maintenant, est-ce que je fais l’apologie de la détresse et du malheur : non. Je l’ai exprimée, en tout cas.

Cette solitude, vous la recherchez ?

-Je ne suis pas sûre de me définir comme quelqu’un d’étant solitaire. J’aime parfois avoir des moments, oui, seule : l’écriture est un moment privilégié pour ça. Maintenant, j’aime bien la compagnie de personnes choisies.

Quel est le moment le plus fort, justement ? C’est rentrer dans cette solitude ou en sortir pour retrouver l’autre ou les autres ?

-Je crois que les deux sont à déguster ! (rires)

Je poursuis avec ce texte de Ferré, toujours sur cette solitude : ‘je voudrais m’insérer dans le vide absolu et devenir le non-dit, le non avenu, le non vierge par manque de lucidité’. Ne pas rencontrer le bonheur, est-ce que c’est pour autant être lucide ?

-(elle se répète la question à elle-même) Ne pas rencontrer le bonheur… Je ne sais pas. En tout cas, j’aime l’idée de s’approcher de ce vide et de ne faire qu’un avec ce vide. C’est vrai qu’il y a quelque chose, l’idée du néant, qui est quelque chose de très happant. C’est vrai que parfois, on a envie de se confondre avec le vide, avec le rien.

Ce que vous appelez le non-dit, qui est essentiel pour la réussite…

-Oui.

Diffusion de « California »

Mylène Farmer est votre invitée aujourd’hui dans ce « Déjeuner de Gala » sur Nostalgie, avec cette notion de non-dit. Ne pas énoncer, ne pas expliquer pour susciter la curiosité, est-ce que c’est bien compatible avec une autre notion, qui est celle de la fidélité ? Je veux dire par là, quand on côtoie des gens ou des habitudes, forcément on perce le mystère, donc là c’est un peu antinomique, non ? Parce que vous êtes quelqu’un de fidèle –je parle du point de vue professionnel !

-Je pense être quelqu’un de fidèle, oui, dans tous les sens du terme et toutes les situations. Maintenant, pardonnez-moi : j’ai oublié la question ! (rires)

Je disais, parallèlement à cette fidélité vous êtes porteuse de cette idée de non-dit :‘je garde la mystère, je ne veux pas qu’on me dévoile et je ne veux pas dévoiler’. Est-ce bien compatible, ces deux approches ?

-Là encore, je ne… Le non-dit, j’aime les non-dits, maintenant est-ce que je suis caractérisée par le non-dit : je ne le crois pas. Maintenant, j’ai choisi de dire certaines choses, de dévoiler certaines choses, de les clamer parfois et quand une question ou un sujet me dérange, là effectivement ce sera ou un non-dit ou un non tout court ! (rires)

MFarmerDonner un sens à tout, c’est ridicule pour vous, finalement…

-Je sais pas si, là encore, c’est ridicule –pardonnez-moi ! (rires) Je ne pense pas avoir d’abord la prétention, et je ne pense pas que la vie vous offre un sens à tout. Je crois que ça fait partie aussi du mystère de la vie, du mystère de la mort, de toutes ces choses qu’on ne sait pas et qu’on ne saura probablement jamais. Parfois on peut souffrir de ce silence et des ces non-réponses, et parfois je trouve ça plutôt bien. C’est une forme de liberté aussi en soi.

Je vais peut-être vous soulager, je viens à votre secours -si tant est que vous en ayez besoin : finalement, c’est pour ça que vous redoutez l’exercice que nous sommes en train de faire parce qu’il est communément admis qu’à toute question doit correspondre une réponse, et en plus logique !

-Oui. Oui, c’est vrai que là, dans le fond je n’aime pas la logique, je n’aime pas le rationnel et c’est un exercice qui est difficile, uniquement parce que je dois parler de moi, dans le fond c’est aussi bête et simple que ça. C’est un exercice difficile pour moi.

Parler de soi… Parler d’idées qui vous traversent la tête, c’est peut-être pas forcément parler de vous. C’est peut-être plus facile…

-Oui, mais c’est une façon de se mettre en avant et c’est vrai que là, ça fait partie d’un exercice qui est probablement utile à l’artiste, en tout cas on lui demande. Mais si j’avais à choisir, je crois que j’aurais rayé cette mention ! (rires)

Le non-dit, c’est aussi l’imaginaire. Est-ce un jardin dans lequel vous aimez flâner ?

-J’aime surtout, je dirais, au travers de lectures. Quant à mon imaginaire, oui, je cultive ce jardin, je crois, oui. Maintenant, là encore j’aurais du mal à en parler parce qu’il est imaginaire, justement !

Mais un auteur se doit d’imaginer, et l’imagination c’est une forme de liberté que vous recherchez…

-Oui.

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Retour dans « Déjeuner de Gala » sur Nostalgie. On parle avec Mylène Farmer, votre invitée, de la liberté. Quelles sont les situations, les mots, les événements dans lesquels vous ne vous sentez justement pas libre ?

-Les dîners où il y a beaucoup de personnes… (elle cherche, puis pouffe de rire)

Une foule, c’est pas ‘beaucoup de personnes’, c’est qu’une personne raisonnée ?

-Oui. Oui, c’est toujours un peu facile comme détournement, mais dans le fond c’est vrai. C’est vrai, quand on est en face d’un public, quelque soit la salle, à partir du moment où il y a plus de deux personnes, trois personnes, mais plus le nombre est grand et plus il ne reforme qu’un et une énergie, en tout cas.

En tête à tête, vous vous livrez plus -parce que sur scène, on peut dire que vous vous livrez- vous vous livrez plus que devant une multitude de gens…

-Non, je pense que c’est faux. Je pense que je me livre davantage, mais peut-être sans la présence des mots ou en ayant choisi les mots. Maintenant, je crois que l’émotion que moi je ressens sur scène et que je peux offrir est quelque chose qui est une mise à nu, qui est beaucoup plus importante que dans une interview. J’ai malgré tout le contrôle de moi-même et de mes silences aussi.

Ca fait douze ans, mine de rien, que vous êtes dans ce métier de la chanson. (Mylène confirme en riant) Est-ce que la situation a failli vous échapper une fois, durant ces douze ans ?

-M’échapper, non, je ne le crois pas. Je ne sais pas à quoi vous faites allusion précisément, mais j’ai…

Être dépassée par ses propres motivations, s’embarquer dans un chemin qui n’était pas le bon…

-Avoir envie d’arrêter parfois tout, oui, ça m’est arrivé.

C’est une façon de contrôler, justement, comme cette fuite…

-De nombreuses fois, oui. Hier encore…

‘J’avais vingt ans…’, mais ça c’est Aznavour ! (rires de Mylène) La fuite dans les mots, c’est quand même plus bénéfique que la fuite à Los Angeles ? Vous l’évoquiez tout à l’heure avec mon jardin imaginaire…

-Oui, je crois que j’ai eu besoin pour continuer d’écrire, puisqu’on parle des mots, que j’ai eu besoin de ce passage. Maintenant, il s’est effectué à Los Angeles, dans le fond ça aurait pu être ailleurs, en tout cas un pays dit étranger. Mais j’y ai trouvé, oui, si ce n’est une réelle source d’inspiration, en tout cas moi je me suis nourrie, si je puis dire, à ma façon. J’y ai trouvé quelque chose, oui.

C’est Jean-Louis Murat qui, à ce même micro –je fais allusion à lui parce que vous l’avez rencontré, ne serait-ce que pour un duo- qui expliquait que dans un texte, finalement, le texte n’était jamais aussi beau que lorsque à la fin de la chanson on n’avait pas forcément tout compris.

-Oui…

Et pour vous aussi, je crois, à savoir que les mots ont plus d’importance que l’idée…

-Je pense qu’il vaut mieux savoir, en tout cas pour soi-même, face à soi-même, savoir ce qu’on a voulu dire. Maintenant, je suis d’accord que la chose trop expliquée, qui ne laisse pas dans le fond à l’autre une liberté, me dérange.

Diffusion de « L’Instant X »

Avec nous, Mylène Farmer qui est notre invitée dans ce « Déjeuner de Gala » sur Nostalgie aujourd’hui samedi. Je fais une petite digression avec les images, je voulais en parler un petit peu plus tard. Vous parlez de notion de liberté quant à la perception d’une chanson : le clip, pour le coup c’est bien souvent quelque chose de très cadenassé. On nous impose des images, on nous fait une explication –ça ne vous concerne pas tout le temps- mais n’est-ce pas un piège ?

-C’est vrai, c’est un piège. Mais là encore, est-ce qu’on a le choix de ne pas faire sur une chanson une mise en images ? Là encore, malheureusement je n’ai pas ce choix-là parce que ça serait suicidaire. Mais sur certaines chansons, c’est vrai que certainement je n’aurais pas fait de clip, parce que justement il y a une réduction du sujet évoqué, et puis parfois c’est magique aussi, donc…

J’ai lu que vous disiez : ‘Quand j’écris mes textes, je livre beaucoup plus de moi que vous ne croyez. Il suffit de savoir écouter’. Est-ce que vos chansons sont codées ? C’est un exercice qui peut vous amuser, ça ?

-Non, je ne suis pas sûre d’être aussi intelligente que ça. En tout cas, j’aime bien les mots, donc j’aime jouer avec les mots…

Pas de fausse modestie, jeune fille ! (rires)

-…mais codés, non. Non. Je n’ai pas ce sentiment-là.

 

Y a-t-il quand même une notion –j’ai cru vous entendre le dire, cette fois-ci, donc la véracité du propos est entière, que vous aimiez cette forme d’irrationalité dans un texte et, comme vous venez de le souligner, que vouloir forcément une d’explication, c’est pas le but. Cette notion d’irrationnel, elle vous caractérise lorsque vous écrivez ?

-Non, je ne pense pas. Je ne pense pas, maintenant, sans parler de moi, quand je lis par exemple Cioran, puisque ça m’arrive de le lire en ce moment, à cette faculté que vous donner des mots-clés, et là encore de vous laisser votre propre imagination. C’est un peu confus, ce que je dis, mais… (rires) Un peu comme les haïkus, vous voyez, ces poèmes qui sont très, très courts. On vous donne deux mots, on va vous dire –je dis n’importe quoi : un chien, une fourmi et la senteur du foin et tout à coup, ça va évoquer une multitude de choses. Mais là, ça sera à chacun d’interpréter ou d’imaginer. Donc j’aime, en tout cas si c’est ce que vous évoquez comme étant une irrationalité, alors c’en est une, oui, parfois…

INSTANTXC’est finalement l’éducation que l’on reçoit lorsqu’on allait à la maternelle qui se transforme avec des beaux mots, mais c’est ça en fait : on apprend aux enfants, on leur montre un chat et leur imaginaire… (Mylène acquiesce d’un murmure) Vous faites allusion, donc, à Emil Michel Cioran, ce philosophe français pessimiste (en réalité, bien que vivant à Paris et d’expression française, Cioran n’a jamais eu la nationalité française, nda), dont l’œuvre s’exprime souvent par aphorismes. Vous en avez des favoris, vous ? Des proverbes, des… ?

-Je n’ai malheureusement pas beaucoup la mémoire des… (rires) Je retiens difficilement !

Ben, ‘tomber sept fois’, il y a déjà ça !

-‘Tomber sept fois’, c’était court donc facile à retenir ! Oui, il y a ce proverbe, effectivement, japonais qui dit ‘tomber sept fois, toujours se relever huit’ donc je l’ai volé.

Vous êtes charmée par ce genre de formules ?

-Là encore, c’est le plaisir des mots et l’intelligence qui peut s’en dégager. En tout cas, sans parler même d’intelligence, à la fois la précision dans la non précision. Il y a cette phrase maintenant qui me revient… (rires) Je vais faire mon exercice ! (rires)

Allez-y, soufflez bien !

-‘Tout ce qui ne m’a pas tué me rendra plus fort’

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Voilà, de retour avec Mylène Farmer qui est notre invitée aujourd’hui dans ce « Déjeuner de Gala ». Je faisais référence à cette chanson qui figure sur l’album « Anamorphosée », c’est la première fois où vous signez la musique : « Tomber 7 Fois… »…

-Oui, oui. Absolument, oui.

Après les mots, la musique. C’est une forme de défi que vous vous êtes lancé à vous-même ?

-Non. Là encore, ça s’est passé relativement naturellement : j’ai une guitare à la maison, donc il m’arrive parfois de tenter d’y jouer et ma foi, voilà, j’ai trouvé donc cette chanson, mais est-ce que j’ai envie de faire ça et prolonger ça : non, je ne le crois pas.

Vous vous êtes surprise vous-même ?

-D’une certaine façon, oui, probablement ! (rires)

Vous avez regardé autour si personne ne vous avait vue commettre cet acte affreux qui était d’écrire une musique ?!

-(rires) Oui, dans la mesure où j’ai pas de formation de musicienne. J’en ai le goût, en tout cas, mais je pense qu’il faut plus de talent pour composer.

Vous êtes quand même pluridisciplinaire –on évoquera plus tard le goût de la peinture- vous écrivez, vous chantez, c’est tout à fait dans vos cordes, en tout cas c’est dans votre mentalité. C’est aussi de la liberté, finalement, que de savoir faire plusieurs choses, non ? C’est pour ça que cette notion de devenir compositrice, ou compositeur pardon, ça peut aussi vous aller, non ? C’est pas un défi qui vous… ?

-Non, parce que là encore, sans parler de talent, je sais ce que je suis ‘capable’ de faire, en tout cas de revendiquer, on va dire. Maintenant, quant à la musique, là encore, la composition, je sais que je m’essoufflerai très, très vite parce que manque tout simplement de connaissance, là encore.

Vous voyez que vous êtes intelligente, puisque l’intelligence c’est savoir reconnaître ses limites.

-Je ne ferai pas de commentaires ! (rires)

On saute du coq à l’âne, c’est le cas de le dire : vous aimez les animaux, je vous emmène sur le terrain des animaux. Comment va E.T. ?

-Très bien !

Bien. Ce qu’il y a de fabuleux dans la communication avec les animaux, c’est que l’on émet des mots, eux les perçoivent comme des sons suivant l’intonation, et finalement, là on retombe sur c’est presque une chanson qu’on écrit avec les animaux : ils interprètent comme ils le veulent. Est-ce que mon parallèle vous choque ?

-Non. Vous faites ce que vous voulez, d’abord ! (rires) Mais effectivement, oui, les animaux, en tout cas les petits singes, connaissent probablement les sonorités, mais les visages aussi. Ils interprètent beaucoup l’expression, liée au son probablement. C’est un être, là pour le coup, relativement intelligent, caractériel aussi, qui a ses humeurs, mais c’est toujours aussi passionnant d’avoir un singe.

C’est l’animal –nous en parlions tout à l’heure- qui se rapprocherait le plus de nos réflexes. C’est pour ça que vous l’avez choisi ?

-Je crois que j’ai simplement une passion pour le singe. À chaque fois que je vois un documentaire sur ces animaux, j’ai envie de changer de vie et d’aller les retrouver, de les aider ou d’essayer de dialoguer, de m’y intéresser en tout cas. J’ai vu beaucoup, beaucoup de reportages sur les chimpanzés, les orangs-outans ou les gorilles. C’est vrai qu’une vie comme celle de Diane Fossey est une vie passionnante, mais c’est une vie difficile aussi.

C’est une grande tendresse que vous avez envers les animaux, tout à l’heure vous étiez avec les chiens ! Vous aimez leur naïveté ? Leur fidélité ? C’est ce qui vous attire ?

-Là encore, je vais probablement vous décevoir mais je ne suis pas sûre d’analyser toutes les envies que j’ai, ou les communications que j’ai. J’aime les animaux parce que dans le fond, c’est très spontané. Maintenant, si vous voulez vraiment trouver pourquoi on aime un singe, pourquoi on aime un chat ou un chien, dans le fond, ça, ça ne m’intéresse pas de savoir pourquoi je les aime. Je les aime, tout simplement.

Diffusion de « Mylène s’en fout »

« Mylène s’en fout ». Pas nous ! Elle est votre invitée aujourd’hui sur Nostalgie, dans ce « Déjeuner de Gala ». On a aimé –et on aime toujours- cet album, notamment, « Anamorphosée ». Je voulais juste un petit mot sur cet univers musical : il y a eu une évolution. Est-ce qu’on peut la qualifier, cette évolution, de tonique, d’énergique ? Ca serait le bon mot ?-Je vais être obligée, moi, de revenir vers mes albums précédents : je n’ai pas eu le sentiment que ces albums n’étaient pas énergiques, donc en ce sens je ne peux pas aller dans cette idée de ‘plus d’énergie’. Je crois que parce qu’il y a des guitares, beaucoup plus de guitares qu’avant, peut-être que l’énergie vient aussi de là. Peut-être dans la façon de chanter, qui est probablement un peu différente : je chante plus grave –en tout cas, je me le suis autorisé !

Dans le ton, rassurez-nous ! (rires)

-Dans un ton plus grave. (elle hésite) Là, j’avoue que je ne sais pas bien… « Désenchantée », pour moi par exemple, est une chanson extrêmement énergique –mais ça n’engage que moi- au même titre que « L’Instant X », si ce n’est que la production est très différente. Là, oui.

Voilà, justement : en quatre ans, est-ce que vous avez eu l’impression de vivre une révolution musicale ?

-Non…

D’abord, est-ce que vous avez écouté ce qui se faisait ? Quand se passent comme ça quatre années, est-ce qu’on a le doute de se dire ‘je vais décrocher, je vais avoir un handicap insurmontable’ ? Parce que c’est un métier qui va très, très vite –je parle de la technologie, ne serait-ce que ça…

-Oui. Oui, oui. Là encore, c’est plus une envie profonde non pas que de changer radicalement, mais simplement puisque j’ai passé un certain temps aux Etats-Unis, c’est vrai qu’on est enclin à écouter beaucoup plus de musique : si on écoute la radio, on écoute que de la musique américaine en tout cas et qui est essentiellement beaucoup de guitares, et puis aussi dans les mélodies… Donc, en ce sens je ne me suis pas dit, là encore, ‘Pour le prochain album, il va falloir faire attention !’. C’est simplement un désir, tout simplement, que d’aller vers quelque chose de plus ce qu’on appelle live, moins de gimmicks. Je sais pas si j’ai répondu à votre question ! (rires)

Si ! Faire office de référence, comme vous le faites aujourd’hui, est-ce que c’est une forme de reconnaissance éternelle ?

-Référence… ?

Vous êtes une entité…

-Oh, pardon : moi ?!

Oui ! Est-ce que c’est une forme de reconnaissance ?

-Est-ce que je suis une référence ?!

Quoiqu’il advienne, à partir de ce jour vous resterez quelque chose auquel on pourra s’identifier, auquel on fera référence. Est-ce que cette reconnaissance, vous la percevez ? Et comment vous l’acceptez ?

-Je la perçois parfois. Quand je monte sur scène, je crois que c’est le moment où l’on vous applaudit, tout simplement, où on vous dit que vous êtes quelqu’un d’important à ce moment-là. C’est important au moment où je le fais. Maintenant, vous dire est-ce que ça me rassure ou est-ce que c’est important pour moi : je ne suis pas sûre, là encore, de pouvoir répondre à cette question. Je ne sais pas. (rires) J’aurais plutôt une humeur aujourd’hui de nous somme peu de chose, donc ça va être difficile pour moi que de vous dire ‘Je suis une référence’ !(rires)

Mais nous sommes peu de chose, je vous le confirme ! Il faut mieux en rire…

-J’aime ce que je fais. Je crois que je vais, là encore, faire ou une pirouette ou une réponse plus concise : j’aime profondément ce que je fais. C’est le plus important.

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Bien. De retour dans « Déjeuner de Gala » sur Nostalgie avec Mylène Farmer. Il y a quelque chose que vous aimez et que vous ne faites pas encore, et que vous allez certainement faire parce que vous n’êtes pas être à vous laisser abattre, c’est le cinéma. (Michel Cottet semble ignorer qu’à la date de la diffusion de cet entretien, « Giorgino » venait de sortir deux ans auparavant ! nda) Tout ce que vous entreprenez sur scène, sur disque, sur les clips, il y a –j’ai l’impression, arrêtez-moi si je me trompe- une approche cinématographique.

-Oui…

Votre bonheur total serait aujourd’hui, ou dans quelques années, d’avoir une pile de disques de diamant et puis une pile de bobines de films, quand même, non ?

-Là encore, je ne suis pas sûre. Il y a quelques années, j’aurais -et je l’ai dit, que de ne pas faire de cinéma, j’en mourrais…

Je voudrais qu’on ferme… Oublions tout ça et voyons devant !

-Non, non ! Je le révoque, parce qu’aujourd’hui je crois que je peux m’en passer tout à fait. Ca, c’est pour répondre à la notion de pile et de collection (rires). J’aimerais refaire un film, avoir un rôle qui bien sûr m’intéresse. Maintenant, me projeter dans un avenir de cinéma : pas du tout. Honnêtement, pas du tout.

Mais cette approche –j’en finirai avec le cinéma…

-Mais j’aime le cinéma, donc voilà pourquoi j’aime l’image.

Voilà, ce qui explique peut-être votre petite différence –enfin, pas votre différence, ce que j’expliquais tout à l’heure : le phénomène musical- parce que vous appréhendez les choses avec un autre regard, celui de la caméra, même si on parle de chanson…

-Là encore parce que mon goût probablement, oui, pour le cinéma, pour l’image, pour l’évocation. Donc là c’était une rencontre formidable, en tout cas, quand j’ai commencé ce métier, à savoir que le clip était un élément essentiel pour un artiste, et ça a été quelque chose de magique pour moi –déjà d’avoir travaillé avec Laurent Boutonnat, qui a fait quand même la plupart de mes clips et qui est quelqu’un de grand talent. Là encore, c’est l’idée de rencontre, que de pouvoir aller voir Abel Ferrara et lui demander de travailler avec lui, Marcus Nispel, autant de gens qui ont beaucoup de talent. Là, c’est plus l’idée -on parlait de solitude tout au début- là c’est l’idée réellement de deux ou de trois, de ne pas être seule justement dans une création.

Vous citez Bergman, Polanski, Annaud –je lis, hein !- Sergio Leone, dans le monde du cinéma. Est-ce que vous avez eu des rencontres fascinantes, au-delà des œuvres, avec ces gens ou avec d’autres ? Est-ce qu’il y a des gens que vous aimeriez rencontrer ? Vous aussi, certainement, vous êtes titillée par ces…

-J’aurais adoré rencontrer Bergman, mais il ne m’a pas attendue ! (rires) Maintenant, là encore, est-ce que j’ai des vœux : non. J’aurais aimé rencontrer Cioran, mais il n’est plus. J’avais très, très envie de rencontrer Abel Ferrara, c’est chose faite.

Vous avez percé un peu le mystère ?

-De ce monsieur ? C’est quelqu’un d’assez fascinant, aussi bien dans la destruction que dans l’énergie, mais c’est quelqu’un de fascinant en tout cas.

Donc c’est intéressant, finalement, d’essayer de percer le mystère des gens et de les rencontrer…

-Oui, bien sûr ! Bien sûr. Mais là encore, c’est quelqu’un qui se dévoile très, très peu.

C’est d’autant plus passionnant…

-Il faut comprendre des choses, accepter d’autres, tolérer parfois, mais c’est quelqu’un de très riche, oui.

« À force d’ignorer la tolérance, nous ne marcherons plus ensemble »…

-Oui ! (rires)

Diffusion de « Rêver »

Juste avant ce titre, on parlait justement de chanson, du disque. En parlant de chanson, c’était dans l’album « L’Autre… » : ‘Agnus Dei, moi l’impie je suis saignée aux quatre veines’. À défaut de mépriser la religion, le bouddhisme c’est quand même quelque chose que vous avez cerné avec le livre de Sogyal Rinpoché, auquel vous rendez hommage d’ailleurs sur la dédicace de l’album. (Mylène confirme d’un murmure) Vous avez lu « Le Livre Tibétain de la Vie et de la Mort ». Cette philosophie consiste à vivre le moment présent : concrètement, c’est quoi ne pas vivre les moments avant et après qui peuvent redonner le sourire comme ça ?

-Ne pas vivre les moments avant ou après ?

Puisque la définition…

-Oui, oui. C’est une façon de ne plus se mettre en réel danger -mais ça c’est une notion dans le fond que je n’aime pas parce que j’aime le danger, j’aime l’inconnu- mais en tout cas d’un danger qui n’est pas réellement intéressant, à savoir c’est vrai que le passé peut être un fardeau. L’avenir, l’idée de l’avenir, se projeter dans l’avenir et de se dire ‘Qu’est-ce que je vais faire demain ?’ est quelque chose de terriblement angoissant, donc quand on a à la fois la connaissance qui est celle des autres, puisque vous évoquiez ce livre, cette philosophie est un pansement. Maintenant, il y a des choses que l’on accepte et puis d’autres que l’on rejette, et c’est vrai que l’idée, la notion de vivre son présent est quelque chose de cicatrisant, dans le fond.

Malgré cette référence, je crois savoir que vous n’épousez pas pour autant la cause du bouddhisme…

-Non, c’est-à-dire que c’est toujours pareil : puisque j’ai évoqué ce livre dans mon album, après c’est toujours difficile parce que si les médias s’en emparent, on va vous dire ‘Donc vous êtes bouddhiste’. Et c’est vrai que moi j’ai quelques nuances, en sachant que je ne le pratique pas tous les jours, je n’ai jamais rencontré le Dalaï-lama, je n’ai jamais réellement rencontré de bouddhistes mais je m’y suis intéressée et c’est quelque chose, une fois de plus, qui m’a fait beaucoup de bien, que je trouve très sensé et surtout très réparateur. Ce n’est pas une religion, c’est plus une philosophie donc c’est quelque chose de plus tendre.

Je parlais de tolérance tout à l’heure : c’est une de vos valeurs essentielles…

-Là encore, j’en ai besoin et c’est vrai que je le réclame chez l’autre. Là encore, c’est un apprentissage, parce qu’on ne devient pas tolérant comme ça, du jour au lendemain : il suffit de quelque chose qui vienne percuter votre esprit, quelque chose de violent par exemple, et j’aurais presque envie de nier tout ce que je viens de dire donc là encore, c’est un chemin qui est long ! Mais c’est vrai que cette notion de tolérance est quelque chose d’indispensable pour l’être humain.

Et quand la tolérance confine presque au pardon, c’est un peu facile quand même, non ?

-Pardon ?

Lorsque la tolérance confine au pardon, c’est un peu facile comme attitude : il faut quand même se révolter, se battre, non ?

-Oui. Maintenant, l’idée du pardon, là je pense…

Je parle pas du Grand Pardon ! (rires)

-…brutalement à un article que j’ai lu sur ces femmes et hommes qui ont perdu des êtres chers et qui sont allés voir les bourreaux de ces personnes perdues. Là, c’est une idée du pardon qu’on pourrait qualifier de presque insoutenable mais c’est quand même une grande idée, donc j’aime cette idée du pardon.

Un que vous pardonnez, parce que je présume qu’il est toujours numéro un dans votre cœur dans la littérature, c’est Edgar Allan Poe : « Allan » la chanson, oui, c’était ça ?

-Oui, bien sûr !

Bon, on ne sait jamais !

-Non ! (rires)

Il y a « Le Corbeau », avec l’emblème sur… C’est toujours le numéro un dans votre cœur ?

-C’est quelqu’un que j’aimerai éternellement, ça oui ! Maintenant, j’ai des lectures un petit peu plus légères en ce moment, qui sont Mary Higgins Clark dont je suis en train de dévorer tous ses livres !

Très en vogue, oui !

-C’est plus léger, mais c’est assez passionnant ! C’est bien écrit, en tout cas. (rires)

C’est très en vogue, presque à la mode d’ailleurs…

-Oui. C’est plus vulgaire ! (rires)

Ca lave l’esprit ?

-C’est une détente en tout cas, oui. (rires)

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Retour sur Nostalgie dans ce « Déjeuner de Gala » avec Mylène Farmer. On parlait de littérature, on parlait d’Edgar Allan Poe et puis de Mary Higgins Clark et de sa soi-disant légèreté. Parmi les lectures qui sont plus tendues, j’avais noté Henry James et puis Julien Green

c’est drôle, on en parle alors qu’il veut être révoqué de l’Académie Française alors qu’il n’en a pas le droit, ce brave homme- avec ses angoisses métaphysiques. Est-ce qu’ailleurs c’est toujours mieux que là où on est ?

-Je le pense de moins en moins. Est-ce que c’est le voyage qui vous donne ces… ?

Ha, vous vous éloignez de notre ami Julien, là ! (rires)

-Oui ! Là encore, c’est l’idée de projection ou d’anticipation, d’imaginer effectivement que l’autre va vivre mieux, que l’ailleurs est un meilleur. Dans la mesure où j’essaye de vivre des moments présents, ce seront mes moments à moi –non pas que je n’envisage pas l’autre, mais je me dis que dans le fond j’ai de la chance de vivre ce que je vis, même si parfois c’est difficile donc de ne pas chercher justement cet ailleurs hypothétique.

J’évoquais Julien Green, philosophe mais aussi photographe avec des autoportraits, des photos de famille (Michel Cottet prononce d’abord ‘des autos de famille’ ce qui provoque un fou rire de Mylène) Le pauvre, il est né au début du siècle, des autos il devait pas tellement en voir !

-Changez la question !

Non, non, non je la conserve ! J’aimais beaucoup sa définition d’un cliché parfait –je lis les trois points : savoir voir, être rapide et être patient pour réussir donc une photo. Est-ce que ce ne sont pas un procédé qu’on pourrait appliquer à une chanson, finalement, pour sa réussite ?

-(elle répète) Savoir voir, être rapide et être patient… Oui ! Oui, ça peut être… (elle s’interrompt, visiblement perdue)

Non, c’est pas grave, c’est pour mes enchaînements comme ça…

-Oui, oui, j’entends bien ! (elle éclate de rire)

…on arrive sur la peinture, n’est-ce pas, vous voyez…

-Parce que vous, tout est écrit ; moi, rien ! (rires)

Je suis obligé de prendre des notes ! Donc je voulais faire un parallèle entre la photo, la chanson et la peinture, qui est quand même un art aussi qui, si je ne m’abuse, vous titille…

-J’adore la peinture. Je la connais depuis peu, dans le fond. J’ai rencontré certaines personnes qui font partie de ce métier, donc de la peinture, qui m’ont d’une certaine façon éduquée.

Lesquelles ? Enfin, si toutefois ça n’est pas…

-Pierre Nahon, que je connais peu mais… Albert Koski (mari de Danièle Thompson. Mylène a assisté a plusieurs vernissages de l’artiste et est une intime du couple, nda) est quelqu’un qui m’a aidée et puis ma foi, après ce sont des expositions, ce sont des livres : j’adore acheter des livres de peinture, j’adore acheter quand je le puis quelques peintures.

Des livres pour essayer de reproduire ou simplement pour la beauté de… ?

-Pour une évasion, là encore. C’est aussi intéressant de feuilleter un livre de peinture qu’un roman. J’aime beaucoup Egon Schiele, j’aime Max Ernst, j’aime Klimt…

Je suis largué en peinture, alors là je dis rien, je fais celui qui connaît, mais alors là, non !

-Non, non mais… ! Henri Michaux, l’écrivain, qui était également un peintre. Et puis beaucoup d’autres.

Vous aimez la peinture, c’est pas pour autant que vous aimez vous emmêler les pinceaux, hahaha ! (ironique)

-(elle pouffe) Je dois répondre ?! (rires)

J’en aurai presque fini avec mes références littéraires –enfin celles d’une époque qui n’est pas forcément celle que vous vivez actuellement -il y avait notre ami Kafka. J’avais lu un bel article sur Prague, vous dévoiliez la ville de Prague avec beaucoup de bonheur (paru dans le magazine « Femme » en juin 1996, nda). C’est parce qu’elle vous rappelle Montréal, de par son climat, de par… ?

1989-06-Très honnêtement, je ne me souviens pas de Montréal, si ce n’est que j’ai le goût de la neige, donc probablement lié à cette époque. Je n’y suis retourné qu’une fois et extrêmement brièvement donc c’était quelque chose que je qualifierais de pas très agréable (Mylène y est effectivement retournée à l’automne 1988 dans le cadre d’une série photo avec Elsa Trillat. Des années plus tard, lorsque celle-ci évoquera ce voyage pour le Mylène Farmer Magazine, elle parlera également d’une mauvaise ambiance, nda). Donc je ne me souviens pas de Montréal, en somme.

Je ne sais pas si vous vous souvenez de cet article sur Prague que vous avez formidablement bien rédigé…

-Non, je ne m’en souviens pas. (l’article a pourtant été publié quelques mois à peine plus tôt, nda)

C’est un art que vous aimez aussi. Il était axé sur les monuments historiques, sur les gens de la littérature etc. Ca vous passionne, ça, l’histoire des villes ?

-Oui. Je suppose que c’est à peu près normal quand on découvre une ville de savoir ce qui s’y est passé, quels étaient les écrivains, qui a hanté qui ou qui a hanté quoi… Oui, là c’est encore un intérêt pour l’autre.

Il y a notre ami le marquis, ça vous aimez bien, aussi…

-Le marquis, oui ! Le divin marquis ! (rires)

Le marquis de Sade. Il va bien ?!

-Je l’ai délaissé, lui, un petit peu ! (rires) Il trépigne !

Justine (héroïne des écrits du marquis de Sade, nda) va être en colère !

Diffusion de « Comme j’ai Mal »

« Comme j’ai Mal », c’est bien entendu Mylène Farmer, extrait de l’album « Anamorphosée ». Mylène, notre invitée aujourd’hui sur Nostalgie dans ce « Déjeuner de Gala » avec des chansons, avec des livres. Parmi toutes ces lectures, qui une nouvelle fois peuvent changer ou évoluer –ceci dit, celles qu’on a évoqué et que vous revendiquez, c’est quand même un monde fantastique et morbide : est-ce que le suicide peut flirter, être limitrophe de cet univers que représentent les Julien Green, les Cioran etc. ?

-Est-ce que je… ?!

Le suicide, la notion de suicide peut être limitrophe de cet univers pessimiste…

-Là encore, est-ce que ce sont des thèmes de prédilection ? Je m’y sens bien…

Pour l’époque où vous vous sentiez bien. Je ne veux pas…

-Non, non je m’y sens toujours très bien !

Est-ce que cette notion de suicide, qui est quand même une limite à franchir ou ne pas franchir après tout, est-ce qu’elle était présente dans vos lectures ? « Le Mythe de Sisyphe » de Camus, est-ce que vous l’avez lu par exemple ?

-Non, non. Est-ce que vous faites allusion à moi, est-ce c’est quelque chose qui m’a hantée, ou est-ce que c’est quelque chose qui… ?

 

Oh non, je n’irais pas jusque là. Non, non. D’une façon générale, quand on est ‘imbibé’ non pas d’alcool –bien que vous appréciiez le Bordeaux et je vous en félicite !- mais imbibé de ce genre de lectures, aussi diverses soient-elles…

-Oui, ce sont des chemins dangereux. Effectivement, si on s’imbibe et fait une indigestion d’auteurs comme ça, de lectures, ça devient sa vie de tous les jours, sa pensée de tous les jours donc on finit par… A la fois c’est passionnant et pourquoi c’est passionnant ? Parce qu’on ressent ces mêmes choses, donc fatalement se crée un lien entre l’auteur et le lecteur. Maintenant, ça peut être dangereux si on ne s’abreuve que de…

C’est pour ça qu’il y a Mary Higgins Clark !

-Oui, peut-être ! Parce qu’il y a toujours ces ingrédients mais il y a toujours une notion d’espoir, j’imagine. Oui, il faut avoir le recul nécessaire pour ne pas effectivement essayer d’illustrer ce que l’on lit, en tout cas de l’appliquer à sa vie, voilà.

Vous êtes en train de nous avouer quand même professionnellement, à travers vos lectures, une formidable conscience des limites, un recul, une sérénité par rapport à vous-même…

-Oui, je le pense. Parfois, je n’aime pas ça, je n’aime pas cette maîtrise.

Ca empêche une folie, d’être trop maître de soi, d’être trop lucide finalement ?

-D’une certaine manière, oui. Et une trop grande lucidité mène à un cynisme parfois, et ça je m’en défends aussi parce qu’être cynique, je crois, c’est pas très intéressant pour sa vie ni pour les autres. Mais là encore, c’est moi qui suis responsable de ça.

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Retour sur Nostalgie dans ce « Déjeuner de Gala » avec Mylène Farmer. Un petit clin d’œil à votre nom : ‘Farmer’, c’était un personnage d’un film que Jessica Lange a tourné etc. Enfin bref ! (incarnée au cinéma en 1982 par Jessica Lange, Frances Farmer est décédée en 1970, nda)

Aujourd’hui, si vous deviez choisir un autre nom en référence, ça serait Greta ?

-Non ! (rires)

Non ? Ca changerait pas ?

-E.T., ça me conviendrait parfaitement ! (rires)

Greta, ça m’arrange : j’étais sur « Cendres de Lune »…

-J’ai bien compris, oui ! (rires)

Léo Ferré –j’y reviens, vous voyez, chacun les siens- c’était la mélancolie, ‘la mélancolie, c’est revoir Garbo’ dans « La reine Christine ». Pour vous c’est quoi, la mélancolie ?

-Qu’est-ce que pour moi la mélancolie… ?! Hmm…

Vous avez autant de temps que vous voulez pour répondre !

-Oui, mais plus je vais mettre du temps et plus la réponse sera décevante !

Non, peut-être que vous n’êtes pas mélancolique, donc c’est un sentiment qui n’évoque rien de spontané, justement…

-Je la trouve très souvent dans la musique. Ecouter une musique évoque chez moi une mélancolie. Mais là, précisément, non je n’ai pas de réponse…

Ecouter les Doors, les Eagles, Gainsbourg, Dutronc, ça c’est de la mélancolie, c’était votre…

-Oui…

Vous êtes allée voir, par exemple, Dutronc au Casino (de Paris, nda) y a quatre ans ?

-Non.

Barbara, aussi, qui a bercé votre… Non ?

-Non. Le dernier spectacle que j’ai vu, c’était Alanis Morissette.

Barbara, qui vient de sortir un album (« Barbara », 1996, nda) : ‘Il me revient, il me revient en mémoire, il me revient une histoire, il me revient des images’ ça, c’est pas votre cas, ça, hein…

-Qu’il me revienne des images ? J’essaye le moins possible ! (rires)

L’adolescence ne revient jamais. Vous n’aimez pas l’adolescence d’une façon générale : est-ce que c’est parce que vous n’appréciiez pas le manque de personnalité chez l’autre ? Est-ce qu’on peut faire le lien ?

-Je n’aime pas l’adolescence. Là encore, je n’ai évoqué que la mienne : c’est un passage que je n’ai pas aimé du tout, du tout.

Peut-être dans le regard des autres adolescents que vous croisiez à l’époque…

-Ca, de toute façon, mais avant tout on ne s’aime pas soi-même et là pour ça, je crois que je n’avais même pas besoin du regard de l’autre.

Ca vous plaît aujourd’hui d’être presque adulte ?

-Je crois que je ne le serai jamais !

J’ai dit ‘presque’, hein !

-(rires) Oui, je me préfère aujourd’hui qu’il y a cinq ans, six ans, dix ans, vingt ans. La trentaine est quelque chose de plus doux, pour moi en tout cas.

Ca correspond à ce que vous imaginiez lorsque vous étiez adolescente ?

-Non. Là encore, je me suis toujours envisagée -c’est plus une détresse qui venait à moi, donc de s’envisager plus grand dans le temps est quelque chose qui n’était pas là encore très doux. Mais j’ai toujours entendu ‘Vous verrez, l’âge de trente ans ou la trentaine pour une femme est bien plus magique que cette période qu’est l’adolescence’ et j’avoue que je puis dire oui, en tout cas me concernant.

Là, c’est à demi magique : vous êtes au milieu de cette décennie exceptionnelle !

Diffusion de « Vertige »

« Vertige », toujours extrait de votre album, Mylène Farmer, « Anamorphosée » -je vous parle, puisque vous êtes notre invitée aujourd’hui sur Nostalgie dans ce « Déjeuner de Gala » ! On parlait juste avant de votre adolescence. Vous ne répondrez pas si je vais un peu trop loin : vous dites aussi avoir été en manque d’affectif, est-ce qu’avec le recul vous avez l’impression d’être passée à côté d’une bonne thérapie pour soigner cette blessure ?

-Là encore, puisque c’est une inconnue pour moi je ne peux pas répondre, en ce sens que je n’ai pas fait cette démarche. Maintenant, nous sommes tous d’abord des êtres très sensibles mais il y a une hypersensibilité que vous ayez dans le fond ou non cet amour, vous ne le percevez ou en tout cas pas peut-être à sa juste valeur, ou peut-être que vous en demandez une surproduction donc en ce sens, vous allez souffrir. Donc je dois faire partie, si je peux me caractériser, de cette catégorie d’êtres hypersensibles, donc difficiles.

« Et Tournoie… » : ‘Ton pire ennemi, tu peux l’expulser de toi’…

-Là, ça fait partie, oui, de cette…

Il rôde encore ?

mylene-farmer-ouv-Bien sûr. C’est pour ça : là, je pensais à ça et à l’évocation du bouddhisme et toutes ces choses qui sont très belles et très reposantes mais malgré tout on se lève le matin et on peut toujours avoir cette notion du mal qu’on a en soi, cette capacité à faire la mal, cette négation de soi et toutes ces choses qui font que ça perturbe votre esprit et c’est là où c’est difficile, parce que c’est là où vous décidez, vous êtes réellement maître ou de votre vie ou de votre journée et décidez que non, ça va aller mieux parce que ça vaut le coup.

Ce méchant, il s’appellerait Alice, l’araignée malicieuse ?

-Oui, tout à fait ! (rires)

Ca m’amène à la scène : entre le spectacle de 1989 et celui-ci, qu’est-ce que vous vouliez absolument ne pas reproduire ?

-Trop de tristesse.

Voilà, on sait toujours ce qu’il faut pas faire, on sait pas forcément ce qu’il faut faire, mais voilà, c’est ça…

-Oui, j’avais envie de…Mais là encore, ça a commencé par l’écriture de l’album, donc fatalement la scène est différente puisque j’ai suggéré, moi, des choses avant, en tout cas mes changements intimes.

Ceci dit, si je puis me permettre, le spectacle comporte la quasi-totalité des nouvelles chansons mais dans sa globalité, ça ne représente que 40% et pourtant le spectacle a une tenue, c’est la même. Il est quand même…

-J’ai eu envie d’abord d’évoquer le blanc, avec tout ce que ça peut évoquer pour l’autre, essayer de donner de la joie ; maintenant de la réflexion, bien évidemment, mais l’idée du show en soi : l’idée du show qui est quelque chose de à la fois factice, rapide mais quelque chose de fondé.

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C’est toujours votre « Déjeuner de Gala » sur Nostalgie. On est pratiquement en tournée, on parlait de votre disque, c’est la scène actuelle -ce soir vous serez à Nîmes. Cet écran géant, c’est votre idée ? C’est pour avoir un spectacle à deux vitesses, ce fameux show que vous venez de décrire et puis également qu’on puisse vraiment lire dans vos yeux ?

-D’une certaine manière, oui. Là encore, c’est peut-être extrêmement narcissique mais c’est ‘pensons aux personnes qui sont tout au fond et qui ne voient que des petites choses sur scène qui bougent’, donc j’allais dire je me devais, non je ne me devais pas de le faire mais moi étant spectateur, c’est vrai que j’ai une frustration si je ne vois pas les yeux de la personne. Donc voilà pourquoi cette idée de l’écran géant et parce qu’il y a eu…

Surtout quand ils sont jolis !

-(elle rit, un peu gênée) Et puis l’envie aussi de projeter des choses sur cet écran, parce que bien évidemment il n’y a pas que moi, évoquer l’abstraction et là encore, c’était une chose…

Et vos sourires, on dirait –c’est peut-être fait exprès- il y a des expressions très agréables qui nous propulsent vers le blanc…

-Là, c’est peut-être la différence alors par exemple avec la première scène et la deuxième : sur la première, je n’aurais jamais pu avoir une caméra qui reproduise justement mon visage en gros plan. Ca, c’est quelque chose qui m’aurait mortifiée parce que peut-être que je n’étais pas prête pour ça (il est à noter que pour les deux dates à Bercy en 1989, des écrans géants étaient pourtant placés de part et d’autre de la scène, nda) alors que là, c’est quelque chose que je… c’est sans doute ça, le vrai changement : c’est de devancer ça et de dire ‘Voilà, maintenant je vais vous donner aussi mes clignements d’œil, mes larmes, mes joies, mes sourires, mauvais ou bons profils, peu importe : je me livre !’ (rires)

‘Dieu vomit les tièdes’, ça c’est vous qui l’avez…

-C’est dans la Bible ! (rires)

Oui, oui, je vous cite, je l’ai noté et je voulais rebondir là-dessus : vous êtes dure dans le travail ? Vous avez l’œil à tout ? Vous maîtrisez tout ?

-Maîtriser, je ne sais pas, mais en tout cas je fais en sorte, oui, de maîtriser le maximum. Dure, probablement ; pénible, à mes heures sans doute, mais maintenant je respecte l’autre, donc je pense que…

Les réactions, lorsqu’il y a un point qui vous agace, elles sont spontanées ou réfléchies pour apporter la solution ou pour essayer d’imposer votre vision des choses ?

-Elles sont… Là encore, c’est pas aussi simple que ça. Je m’enflamme très, très vite ! Même si dans le fond, la réponse a été donnée tout de suite, parfois elle est un petit peu trop -je ne trouve plus le mot !- démesurée, mais en tout cas elle est instinctive.

Diffusion de « Laisse le Vent Emporter Tout »

« Laisse le Vent Emporter Tout », c’est Mylène Farmer, extrait de votre album « Anamorphosée ». Continuons ce « Déjeuner de Gala » sur Nostalgie : on faisait référence tout à l’heure sur l’album aux guitares de Jeff Dahlgren. Est-ce qu’il y a eu d’autres ingrédients comme ça sur l’album et sur la scène que vous vouliez absolument avoir à vos côtés pour perdurer ce nouvel élan ?

-Sur la scène, oui : avoir des musiciens qui ont envie de jouer.

Pourquoi ? Le contraire, ça existe ?!

-Oui, parce que dans ce métier, ça peut devenir une routine très facilement. On vient en studio, on fait une séance et on s’en va… Qu’il y ait une énergie centrale sur scène, qui sera la mienne puisque je vais être le point central, et à la fois des danseurs et des musiciens, s’il n’y a pas une osmose parfaite, en tout cas un réel désir commun, je crois que c’est quelque chose qui est à moitié gagné. Donc, outre les capacités et les talents de musicien, il y a aussi ce vrai désir de se dire qu’à chaque fois qu’un spectacle est quelque chose d’exceptionnel et qu’il faut tout donner.

Cette osmose, on la ressent tout de suite ? Non, bien entendu, il faut du temps…

-Je crois que là encore, c’est plus l’idée de l’instinct qui vient quand on fait le choix des musiciens, et puis après je crois que c’est malgré tout à la fois et un travail et un partage. C’est-à-dire, c’est vrai qu’il y a beaucoup de moments, par exemple pendant les répétitions –que ce soit avec des danseurs ou avec des musiciens- il y a beaucoup de moments après la scène, avant le spectacle, à la cantine… Ca peut paraître ridicule, mais ce sont des moments qui sont importants à chaque fois parce qu’il y a une vraie ou communication, ou communion et que c’est là que se construit réellement ce que les gens vont ressentir sur scène.

À la cantine, comment on se détend ? On parle de blagues ou on continue à peaufiner les détails, ou à se dire ‘Ca, c’était pas bien ; ça, c’était bien’… ?

-Il y a toujours ces choses-là qui surviennent, mais en général pour un tel spectacle, parce que c’est quelque chose qui est obligé d’être extrêmement calibré. Après vient le temps de…

Ca doit être parfait avant qu’on l’ait commencé…

-Parfait : là encore, je me méfie un petit peu de ces mots en parlant de moi et de ce spectacle, mais en tout cas les choses techniques, par exemple, doivent être extrêmement étudiées, sinon on va à une catastrophe !

Vous vous aimez, parfois ?

-(elle soupire, puis rit) Sans doute, oui. Sans doute…

Vous aimeriez être l’amie de Mylène Farmer ?

-Posez-moi une autre question ! (rires)

‘De ce paradoxe je ne suis complice / Souffrez qu’une autre en moi se glisse’, héhé ! Est-ce que l’illogisme serait donc la seule logique possible ? Oh, c’est compliqué !

-Je vais avoir mal à la tête, bientôt ! (rire franc)

On a bientôt fini, docteur ! C’est vous : en lisant vos chansons, en les écoutant ça inspire ce genre de… Mon imaginaire a fonctionné, vous voyez ! (Mylène acquiesce d’un murmure) Donc forcément, c’est vrai que vous avez peut-être des difficultés à y répondre. ‘Mais qui est l’autre’ ?!

Diffusion de « Et Tournoie… »

« Et Tournoie… », c’est Mylène Farmer bien entendu, notre invitée aujourd’hui dans ce « Déjeuner de Gala ». Je reviens sur la scène : c’est Paco Rabanne qui vous habille –vous voyez, j’ai tout noté parce que je peux pas tout me souvenir, moi !- en 1989, c’était Thierry Mugler, qui avait fait aussi le clip de …

-Oui…hqdefault

Il y a eu Gaultier sur le clip de « Je t’aime Mélancolie », Alaïa sur le clip de « Que mon Cœur Lâche », non c’est pas ça ?

-Oui !

Bref, c’est une vraie collection ! C’est drôle…

-Oui, j’aime bien les couturiers !

Vous jouez sur scènes avec ces tenues ? C’est une façon de vous… ?

-Oui. Là encore, j’ai travaillé assez longtemps avec l’équipe de Paco Rabanne.

C’est une volonté de changer, comme ça, d’aller de l’un à l’autre qui ont quand même des styles très différents ?

-Oui. Encore que sur la première scène, à part deux ou trois tenues, Thierry Mugler n’était pas si en avant que ça : c’est-à-dire qu’il a accepté de prêter son talent mais de respecter aussi mon univers. Je fais allusion à « Tristana », par exemple, qui était des manteaux russes avec des écharpes, des gants : c’est pas très Thierry Mugler ! Maintenant, pour Paco Rabanne, l’idée c’était que ce soit près du corps, que ce soit ce qu’on appelle sexy… (rires)

Et talons hauts, cette fois-ci !

-Et talons qui sont très, très hauts ! (rires) Et Paco Rabanne, là encore ça fait partie des rencontres et des choses qui deviennent presque une évidence une fois que c’est choisi. C’est quelqu’un qui aime le blanc, c’est quelqu’un qui aime l’énergie, qui aime autant de choses qui avaient un rapport avec ce show.

Dans le monde de la mode, dans le monde de la chanson, il y a forcément moult personnes qui essaient de vous approcher, non ? Des projets, vous devez en avoir !-Mais non, pas tant que ça !

Pourquoi ? Vous faites peur ?!

-Je ne sais pas ! Mais non, il y a pas tant de…

Restons sur le domaine de la mode : il y a pas beaucoup de personnes au monde qui réclament autant de tenues pour une scène, et surtout des tenues qui sont mises en valeur, qui servent à quelque chose, non pas simplement à dire ‘Vous avez vu ? J’ai une belle tenue !’, donc forcément ça doit attiser les esprits fertiles !

-Mais non ! Alors, est-ce que c’est propre à ce pays ? J’en sais rien, mais c’est plus à soi à chaque fois de faire des démarches et d’avoir des désirs et d’aller vers l’autre plus que créer de réelles envies chez l’autre, non…

J’ai juste noté, il y avait Baudelaire aussi, j’ai oublié, avec « L’Horloge », que vous aviez adapté sur l’album « Ainsi Soit Je… » : ‘Trois mille six cents fois par heure, la seconde chuchote : souviens-toi’, ça, ça doit vous énerver, ça ! C’est pas vous, ça !

-(rires) C’est plus moi, ou j’essaye de ne plus l’être ! (rires)

J’avais noté également, pour essayer d’en finir avec cet album, « Anamorphosée », sur « Mylène s’en fout », c’est la pureté à travers le jade, ce minéral chinois. La pureté, ça pourrait être aussi un mot pour vous définir ?

-Oh, là encore c’est un exercice que je ne ferai pas, tenter de me définir, donc je vous laisse ces mots-là, mais le jade, l’évocation du jade qui évoque effectivement la pureté, l’idée aussi d’un matériau brut, d’un matériau qui n’est pas précieux mais qui devient avec le temps quelque chose de précieux

–mais là je ne m’évoquais pas moi précisément !

J’espère que ‘c’est sexy’, Nostalgie ! En tout les cas, c’est vrai qu’essayer de découvrir quelqu’un, essayer de percer le mystère, ça peut amener un grand risque : la déception. Je peux vous dire que vous êtes l’exception qui confirme la règle !

-C’est gentil ! Je pensais exactement à ça, à savoir est-ce que je n’ai pas déjà trop parlé ?!(rires)

Je voulais finir en vous paraphrasant : laissons le vent emporter tout, laissons Mylène prendre soin de tout. Voilà !

-(rires) C’est gentil à vous, en tout cas ! Merci !

Merci beaucoup.

Publié dans Mylène Autrement, Mylène et ses longs discours | Pas de Commentaires »

POUR UN CLIP AVEC TOI Mylène Présenté par Laurent BOYER

Posté par francesca7 le 25 mai 2015

M6 du 7 AVRIL 1991

« J’ai un souci de garder les choses secrètes, je suis probablement comme les enfants : j’aime encore les surprises. »

1991-01-hLe contexte de ce long entretien est un cas unique, puisqu’il a lieu sur le plateau du clip « Désenchantée », en plein tournage de celui­-ci. Laurent Boyer se retrouve donc en extérieur, aux côtés de Mylène qu’on découvre avec son apparence du clip, protégée du froid par une grosse doudoune noire.

Cette interview est la première apparition télévisée de Mylène depuis novembre 1989. Après la fin du Tour 89 début décembre, elle avait alors complètement disparu médiatiquement.

Laurent Boyer : C’est en direct de Budapest, en Hongrie, en fait à la sortie de la ville, que nous sommes installés pour le cinquième jour de tournage du clip qu’on attendait ­ enfin du clip et du 45 tours de Mylène Farmer qui s’appelle « Désenchantée », que vous entendez à la radio déjà depuis le 18 mars, dans l’attente d’un album qui s’appelle « L’Autre… », et qui sortira le 8 avril. (la date de sortie nationale officielle de l’album est le 10 avril 1991, nda) Alors, déjà, merci à Mylène de nous recevoir ici, car c’est la première fois qu’une équipe de télévision ­ petite, l’équipe ! ­ a le droit de s’installer sur le tournage d’un clip C’est bien la première.

Bonjour Mylène !

Mylene Farmer : Bonjour (elle sourit puis baisse la tête, les yeux plongés vers le sol).

LB : Alors vous découvrez une Mylène un peu… on comprend pas bien… On se dit qu’elle est sortie d’un roman de Charles Dickens. Vous voyez que ce matin, on l’a un peu tabassée, elle a un petit peu de sang qui coule des lèvres. Elle a beaucoup souffert et elle est habillée, comme d’habitude, par Thierry Mugler (rires), ou encore Amor, comme on peut le constater. Mylène, bienvenue. Merci de nous recevoir ici, c’est très joli. (en regardant derrière) Je crois que ça, c’est en fait l’image du début du clip…

MF : Oui (elle hoche la tête)

LB : Je crois que le clip commence comme ça. On est en plein tournage donc on est comme vous, on découvre un petit peu l’ambiance de ce clip. Alors, c’est Mylène dans cette tenue­là qu’on découvrira dans le clip…

MF : Sans le manteau !

LB : Sans le manteau, parce que le manteau a un côté un peu plus mode…

MF : Un peu moderne, oui.

LB : Il faut dire qu’il ne fait pas très chaud. Cinquième jour de tournage. Il y a combien de temps que tu es installée ici, Mylène ? Ça fait une huitaine ?

MF : Ça fait à peu près huit jours, oui.

LB : Je sais que c’est pas très facile pour toi parce qu’il y a les conditions climatiques qui ne sont pas évidentes. Je crois qu’il a fait très froid, la semaine dernière…

MF : Oui, beaucoup plus froid qu’aujourd’hui.

LB : Là, ça va un petit peu mieux. On a droit au soleil sur Budapest. Assez joli… Et puis, tu te lèves très tôt, et vous tournez toute la journée, c’est ça ?

MF : On a des horaires un peu différents chaque jour. Mais ce matin, on s’est levé à cinq heures du matin.

LB : Alors cet album arrive. On en a beaucoup entendu parler. Et quoique, puisque ça fait un moment que tu es absente, en fait. Depuis le dernier Bercy, on n’entend plus parler de Mylène Farmer…

MF : Je crois que ça fait un peu plus d’un an, maintenant.

LB : Qu’est­ce qui s’est passé ? C’était une retraite ou c’était le temps de la création ?

MF : Je crois que c’est un petit peu des deux. Je crois qu’on a besoin de se cacher après une scène. C’est beaucoup d’émotion. Et d’autre part, j’ai préparé le… troisième album, je crois ?!

LB : C’est le troisième, je te le confirme ! (rires)

MF : C’est le troisième. Et ma foi, voilà, ça a pris à peu près quatre, cinq mois de studio.

LB : De studio, et de création aussi, d’écriture, parce que tu as écrit…

MF : Oui. Toute l’écriture, c’était vraiment sortie de scène jusque entrée en studio.

LB : Est­ce qu’on peut dire…Cet album, on n’en parle pas encore, il sort le 8 avril, donc on ne sait pas encore, personne n’a écouté. On sait qu’il s’appelle « L’Autre… ». Il y avait « Ainsi Soit Je… », il y a « L’Autre… » maintenant. C’est quoi, c’est une continuité cet album ?

MF : (elle hausse les épaules) J’ai un petit peu de mal à m’expliquer quant au contenu d’un album. Je dirais que c’est de la même veine. C’est très difficile pour moi. C’est quelque chose d’assez mystérieux finalement, même pour moi.

LB : Y’a que toi qui a écrit sur cet album…

MF : Oui.

LB : …ou on trouvera d’autres textes d’autres gens ? (Mylène fait « non » de la tête). Y’a une dizaine de titres, c’est ça ?

MF : Oui, il y a à peu près dix titres. Il y en a même dix. Et non, je suis la seule à écrire. J’ai délaissé les poètes ! (petit rire)

1991-01-aLB : Bien. Les conditions de tournage, vous le verrez, parce que vous allez voir énormément d’images du tournage, on en profite en fait puisque tu nous reçois ici, vous allez découvrir de quelle façon Laurent Boutonnat et Mylène Farmer travaillent sur un clip, sur ce clip qu’on découvrira tout à l’heure, « Désenchantée ». Vous le verrez par deux fois, ce clip, avant la fin de l’émission, deux versions différentes. Il y a à peu près une centaine de figurants ici ?

MF : C’est ça.

LB : Des enfants. Alors pourquoi avoir choisi des enfants ? Des enfants hongrois en fait, à Budapest. Y’a une raison particulière ?

MF : Il y a plusieurs raisons pour le choix de la Hongrie. Il y a d’abord la neige. On voulait un paysage de neige. D’autre part, effectivement, on voulait beaucoup de figurants. Et on voulait surtout des enfants qui portent quelque chose de grave dans le visage, dans le regard. C’est vrai que les pays de l’Est, pour ça, c’est fabuleux. D’autre part, il y a beaucoup de techniciens en Hongrie qui sont très performants et professionnels.

Et enfin, une des dernières raisons, c’est que c’est beaucoup moins cher, et qu’on peut faire des choses grandioses avec peu de moyens, finalement.

LB : Est­-ce que ça veut dire que ça va être dans la lignée de l’imagerie Mylène Farmer ? Parce que c’est vrai que Mylène Farmer, on l’associe aux clips, clips scénarisés qui sont en fait des films, non plus des clips. Est-ce que c’est dans la même veine et ça s’inscrit toujours dans cette veine scénarisée et à grand spectacle ?

MF : Ce sera la même chose. C’est la même écriture et le même réalisateur. Et pratiquement la même équipe à chaque fois, sur chaque tournage.

LB : Est-­ce qu’on peut dire aussi que, quelque part, si vous venez tourner ici, en Hongrie, à Budapest… On y pense souvent quant à toi, tes ambitions cinématographiques, et celles de Laurent… On peut se dire qu’il y a peut­-être aussi… On sait que « Cyrano de Bergerac » a été tourné en Hongrie. On peut se dire qu’il y a peut­ être aussi, pour toutes les conditions que tu as données, les prémices d’un futur long métrage, le moyen de repérer pour un long métrage…

MF : (sourire) Ça, c’est quelque chose d’envisageable, qui a été envisagé. Mais j’avoue que, pour l’instant, c’est quelque chose qui n’existe pas, et puis c’est quelque chose qui appartient à Laurent, en tous cas pour l’instant. Donc, en fait, je ne puis rien dire. Mais ce que je sais, c’est qu’il avait fait effectivement des repérages, avant d’envisager le clip, en Hongrie pour un long métrage.

LB : L’histoire de Mylène Farmer en clips, on va essayer de la découvrir. On va découvrir plusieurs extraits des grands clips de Mylène, et on en reparle dans quelques instants. Regardez bien : Mylène Farmer en images.

Diffusion d’extraits des clips de « Libertine », « Tristana », « Sans contrefaçon », « Pourvu qu’elles soient douces », « Sans logique » et « A quoi je sers… ».

LB : Voilà, Mylène. On vient de découvrir les extraits des on va appeler ça des films, Mylène Farmer, de « Libertine » à « Tristana », tous les grands classiques. Qu’est­ce que ça te fait de revoir ton histoire, et presque ta carrière, en clips ? C’est vrai qu’on a beaucoup associé ça, avant la scène  j’entends : l’association, c’était « Mylène Farmer, c’est de l’image ; Mylène Farmer n’existe que par l’image ». Est­ce que tu as ce sentiment ? Est­ce que tu la revendiques, ou est­ce que, au contraire, ça te gène, maintenant que tu as fait de la scène ?

MF : Non, non, je n’ai aucune gêne quant à mon passé. C’est quelque chose qui est, je crois, très important pour moi, l’image. C’est ce qui m’a fait connaître, très certainement. Bien évidemment les chansons, mais c’était quelque chose d’essentiel en tous cas. Donc j’en suis très contente. Très contente. Et c’est vrai que j’avais besoin de la scène, mais ça c’est pour mes propres émotions, pas… (silence)

LB : Justement, à ce propos, tu dis que, en fait, assez fréquemment, tu es en état de peur, et que tu as besoin de cette peur pour oublier. Mais pour oublier quoi ? Tes angoisses ?

MF : Pour oublier ses angoisses, pour oublier que la vie est profondément dure et parfois laborieuse. Pour oublier beaucoup de choses qui sont trop intimes pour vous les raconter.

LB : D’ailleurs, tu cites quelqu’un qui s’appelle Luc Dietrich, qui dit « L’oubli c’est le sommeil de nos douleurs ».

MF : Euh… No comment ! (rires)

LB : C’est ça? Tu confirmes? Y’a pas de problèmes, ça reste ça. Mais cette trouille, elle te fait du bien, elle te motive ? Par exemple, au moment d’entrer en studio, tu dis que tu as quelques angoisses. Mais quand tu parlais de ça, tu n’avais pas encore fait la scène ­ y’avait pas encore eu le Palais des Sports, Bercy…

MF : Les véritables angoisses sont quand même celles, je crois, de la scène. Le studio, c’est autre chose. En tout cas, le studio, moi je parlerais plutôt de l’écriture. Parfois, on a l’impression qu’on n’a plus de nourriture pour pouvoir aussi donner des choses. Ça, c’est quelque chose qui m’a fait un peu peur : quand on sort de scène, on est complètement vidé. Et puis, on s’aperçoit que ça se fait au fil du temps.

LB : Vidée de ses émotions, de son trac, de ses sentiments ?

MF : Non, comblée d’émotions. Mais, c’est difficile à exprimer. C’est…

1991-01-bLB : C’est un petit peu particulier quand même pour quelqu’un qui a une trouille permanente, ou qui a des angoisses et une peur, de monter sur scène devant dix­ huit mille personnes.

MF : Il y a une différence entre trouille et angoisse, je trouve.

LB : Les angoisses, c’est plus profond ?

MF : J’en sais rien. Enfin moi, je me résumerais comme quelqu’un d’angoissé, mais pas trouillard du tout par contre. C’est quelque chose de très motivant finalement, oui.

LB : L’exécutoire c’est l’écriture ? Par exemple, tu dis que tu as eu une période d’écriture après Bercy…

MF : Dans un premier temps, oui, c’est l’écriture, absolument. Mais il y a beaucoup de choses à jeter.

Justement, quand a eu des émotions très, très fortes, en général, l’après émotion, c’est pas le moment pour rédiger des choses. Je crois qu’il faut attendre quelques mois avant d’essayer de s’échapper de quelque chose de puissant.

LB : Tu fonctionnes presque comme une éponge : tu as besoin de regarder ce qu’il se passe autour…

MF : La métaphore est jolie, je vous remercie ! (rires)

LB : N’est­ce pas ?! Je vous en prie ! J’aurais pu choisir autre chose, c’était inélégant. C’est fonctionner comme une éponge : regarder ce qu’il se passe autour et retracer une histoire. Par contre, il y a une chose qui est étonnante, c’est que dans la plupart de tes titres, assez fréquemment, ça revient souvent, comme un leitmotiv, il y a la mort qui est là, qui est présente. Est­ce que ça fera également partie du futur album, de « L’Autre… » ?

MF : Je dirais que c’est quelque chose qui est inhérent à ma vie. C’est quelque chose qui me trouble. Est­ce que ça me passionne ? Je ne sais pas bien. Oui, c’est quelque chose qui sera présent, mais c’est en deçà des mots, c’est pas forcément dit avec violence non plus.

LB : Ça, ça fait bien partie de ton personnage. Quand on parle de toi, on a presque envie de parler de clairobscur.

On a l’impression qu’il y a des antinomies, des paradoxes permanents. Il y a la sauvage d’un côté, puis la timide de l’autre subitement…

MF : Elles existent. Je crois qu’on ne peut pas fabriquer pendant sept années. Je suis comme ça, et je peux avoir mes moments d’euphorie, comme tout le monde, bien évidemment. Mais je crois que je suis profondément timide.

LB : Alors, on vient de voir une série de clips, de « Sans logique » à « Sans contrefaçon », ou encore « Tristana », « Libertine ». Il y en a un qu’on n’a pas vu, volontairement, qu’on va découvrir maintenant, c’est « Ainsi Soit Je… » où là, effectivement, c’est peut­être ce côté paradoxe, il s’est passé autre chose dans le tournage de ce clip. Déjà dans l’utilisation du noir et blanc, et du sépia. Et puis, c’était pas une scène à grand spectacle. On n’était pas, comme ici à Budapest, dans une usine désaffectée, avec de la neige, avec des trains qui passent. Et je crois que c’est un des clips que tu préfères, c’est une des images de toi, « Ainsi Soit Je… », que tu aimes bien.

MF : Je sais pas si c’est une image que j’aime bien. Là, j’apprécie beaucoup la sobriété de ce clip. Pour le thème, le sujet et l’univers, en tous cas l’ambiance, je crois que c’était important d’être très, très sobre, et surtout pas explicatif, pas être narratif non plus. Donc avoir des images et suggérer des choses, c’était plus important.

LB : « Ainsi Soit Je… », Mylène Farmer. On regarde.

Diffusion du clip de « Ainsi Soit Je… ».

LB : « Ainsi Soit Je… », Mylène Farmer. Donc un des clips que Mylène préfère. Rentrons maintenant dans le détail : si on est ici à Budapest, c’est pour vous montrer, c’est ce que vous allez découvrir, des images de ce tournage de clip. C’est une première fois, je le disais tout à l’heure, et l’on t’en remercie, avec Laurent Boutonnat et Thierry Suc, de nous avoir acceptés sur le tournage d’un clip, parce que vous êtes un peu avares d’images de ce travail que vous faites en équipe sur le tournage d’un clip, comme en ce moment ici, en Hongrie.

MF : Je ne sais pas si nous sommes avares, mais c’est assez difficile qu’une autre équipe intervienne parce que, quelquefois, un tournage, surtout comme celui­-ci, c’est une grosse machinerie et ça peut perturber le metteur en scène, et tout le monde. Et c’est vrai qu’on a un souci de garder les choses secrètes, mais parce que, moi, je suis probablement comme les enfants : j’aime encore les surprises. Donc j’aime bien cet effet de surprise quand on a un nouveau clip ou de nouvelles chansons. C’est pour ça que je fais très peu écouter l’album avant qu’il ne sorte. C’est une manière de préserver la chose.

Images du tournage de « Désenchantée », avec la mention : « Budapest ­ 22.02.91 ». Les figurants attendent.

Mylène aussi…

LB : A propos de ce titre, tu parles de génération, de chaos, d’intensité ­ j’ai eu l’occasion d’écouter le titre une fois. C’est presque un titre d’actualité. C’est une fois de plus le malaise. Mais c’est le malaise de quoi ? D’une génération ? Y’a ‘génération’ dedans. Quelle génération ?

MF : Là, je suis un petit peu désolée parce que, même si le mot ‘génération’ existe, je parle surtout de moi. Je ne veux en aucun cas impliquer, même si j’emploie une fois de plus le mot ‘génération’, je n’implique que moi.  Maintenant, c’est que si quelques personnes pensent comme moi, je dirais tant mieux ! Mais, une fois de plus, ça n’engage que moi. Je ne veux en aucun cas faire de la revendication. Et moi, me situant plutôt hors du temps et hors de l’Histoire, je préfère qu’on ne me considère que comme tel.

LB : Mais pourquoi te situes­tu hors de tout ? Parce que rien ne te touche ? Ça m’étonne…

MF : Ça n’a rien à voir. On peut se situer et se placer hors de tout. C’est une manière de se protéger, c’est une manière surtout de s’échapper du monde environnant. Maintenant, je fais la même chose que vous toute la journée, probablement. Mais en aucun cas, je ne me servirais de l’actualité présente. Non pas parce que ça ne me touche pas, ce serait cruel de le dire, mais parce que ce n’est pas mon propos que de parler de ça.

Images du tournage du clip de « Désenchantée » ­ la scène où Mylène et les enfants s’enfuient du camp. Gros plans sur de nombreux figurants.

Laurent Boutonat and Mylène FarmerLB : Parle-­moi un petit peu de « Désenchantée ». Vous êtes venus ici, à Budapest, tu le disais tout à l’heure, pour des raisons de tournage. Je sais que Laurent et toi vous aimez bien la neige, vous aimez bien l’humeur de cet endroit, la Hongrie. Mais dans le clip, on voit de jeunes enfants ­ il y a une centaine de figurants hongrois ­ avec des têtes très particulières, grimés, masqués, habillés un peu comme toi…

MF : Tout à fait. Même encore plus sales ! (rires)

LB : Assez minimaliste, quoi, dans la tenue. Alors, pourquoi ce choix ? D’où vient l’inspiration de ce choix ?

MF : Là, j’avoue qu’il est né probablement d’un amour commun, de Laurent et moi­-même, pour tout ce qui est Dickens, qui est « Oliver Twist ». On aime beaucoup, tous les deux, David Lean qui avait réalisé, je crois que c’était un de ses premiers longs métrages, qui était « Oliver Twist » qui était absolument magnifique. Et c’est surtout cette approche du conte qui est permanente.

LB : Oui, ça reste un petit peu dans ce qu’on a vu déjà chez toi…

MF : Oui

LB : …dans les histoires qui avaient avant, dans les scénaries qui avaient été développés. C’est toujours un conte et une histoire. Tu aimes les histoires. Tu aimes les fins, aussi, qui sont pas forcément belles, c’est que tu dis à propose du cinéma.

MF : Oui. J’aime les fins, je crois même que je préfère, les fins tragiques.

LB : Tu fais beaucoup de reproches d’ailleurs au cinéma français à ce sujet­là.

MF : (soupir) Je le fais dans ma vie privée ! (rires) Et en privé, très souvent, je… Non, je ne ferai pas de grands discours sur le cinéma français. J’ai l’impression effectivement que le cinéma français, en tous cas celui d’aujourd’hui, me touche moins qu’un autre cinéma ­ le cinéma russe, le cinéma américain parfois, le cinéma anglais. Maintenant il y a toujours des…

LB : (la coupant) Tarkovsky, dans le cinéma russe, par exemple ?

MF : C’est quelqu’un que j’aime beaucoup. J’aime beaucoup Bergman, David Lean qui malheureusement a arrêté de tourner, je crois. Mais j’aime aussi… Il y en a beaucoup.

LB : Dans « Désenchantée », dans le clip, c’est un univers carcéral particulier…

MF : On a essayé d’avoir quelque chose d’intemporel. C’est pour ça aussi le choix de ces costumes, parce qu’on ne peut pas tout à fait situer l’époque. Alors ça se situe effectivement dans un milieu carcéral. Il y a une autorité autour de ces enfants. Qu’est­ce qu’on peut dire ? Et que ces enfants n’ont rien à perdre, donc il leur reste comme solution la révolte, et c’est ce qu’il va se passer dans le clip.

Images du tournage du clip de « Désenchantée » ­ la scène de la fuite des enfants.

LB : Je me souviens, enfin j’ai lu ça quelque part, sans parler de ton histoire, que quand tu étais petite, tu passais beaucoup de temps dans les hôpitaux psychiatriques. Tu as fait ça pendant un petit moment…

MF : Ce n’était pas des hôpitaux psychiatriques, c’était d’ailleurs l’hôpital de Garches, qui a beaucoup d’enfants handicapés, moteurs et mentaux effectivement. Je m’en suis, en tout cas j’en ai un souvenir, j’ai eu l’impression de m’en occuper beaucoup. J’y allais très souvent le dimanche. J’étais assez petite.

LB : Mais c’est pas un truc de petite fille, ça ! C’est quand même assez original, comme attitude…

MF : Je sais pas bien. J’avais probablement besoin d’aller vers quelqu’un, vers les autres en tous cas. Mais c’est bouleversant, c’est passionnant. Peut­être que j’y retournerai un jour…

LB : Ça n’a pas de rapport avec ça, avec l’encadrement, toute la structure qui est autour des enfants du clip ?

MF : Peut­être inconsciemment. Là j’avoue que… (rires)

LB : Y’a pas d’incidence ?

MF : Effectivement, il y a des acteurs, de jeunes enfants, qui sont handicapés. Et on s’est aperçu ­ il y a une anecdote absolument magnifique ­ qu’un enfant handicapé, qui est sur le tournage, et qui s’est adapté au tournage en quatre jours. Et son éducatrice nous a dit que, en quatre jours, il avait fait des progrès de six mois. Donc c’est une jolie récompense (sourire).

LB : Là c’est ton côté humaniste ?

MF : Oh non !

LB : Comment tu échanges avec tous ces jeunes hongrois qu’on voit là ?

MF : C’est un échange uniquement de regards puisque nous n’avons pas la même langue, et que les interprètes ne sont pas toujours là pour traduire. Ce sont des regards et puis… Ce sont surtout des gens…

Tous ces figurants ne jouent pas. Ils sont très, très justes. Enfin, ils jouent, mais en aucun cas ne surjouent, et c’est ce qui est fascinant. Ils ont une spontanéité. On a l’impression qu’ils sont nés dans ces costumes, dans cette époque. Et ça, j’avoue que c’est un plus pour le tournage.

LB : Je crois que c’est un parti pris. J’ai eu l’occasion de parler avec ce qu’on appelle un casting-­producer ici ; il m’a dit que, dans le choix des gens, il y avait peu de comédiens, hormis la matonne…

MF : Absolument, oui.

LB : Il y a des délinquants, des jeunes enfants de l’école…

MF : Il y a de tout, oui. Ce sont des gamins de la rue. (rires)

LB : …avec leurs réactions. C’est­à­dire quand on vit à Budapest, quand on a vécu ce qu’on a vécu, quand on a eu l’histoire qu’on a eue, dans une ville qui, somme toute, quand on se promène un peu ici, on sent que c’est pas forcément réjouissant au niveau de l’humeur et de l’âme….

MF : C’est en tous cas habité.

LB : C’est ça, on sent qu’il y a une âme, mais on sent qu’il y a une pression.

MF : Il y a une dureté et il y a une…oui une dureté réelle.

Images de Laurent Boutonnat filmant la scène finale de « Désenchantée ». Laurent Boyer, qui est à ses côtés, réussit l’exploit de faire dire quelques mots au réalisateur, habituellement très discret.

Laurent Boutonnat : On a une scène avec tous les figurants, avec Mylène. C’est un raccord à faire sur ce petit monticule. Nous, on est derrière, avec la caméra. On va faire brûler des pneus pour avoir une grosse fumée noire, pour être raccord avec l’usine d’hier où il y avait le feu, etc. Ils sont censés s’échapper de l’usine, et ils vont descendre de cette petite colline pour courir dans cette immense plaine, vers rien.

L. Boyer : Ce sera le dernier plan du clip ?

L. Boutonnat : C’est l’amorce des derniers plans en fait. C’est le premier plan où ils s’échappent de cette prison/usine pour partir dans la plaine. Après, on a plusieurs plans à faire de leurs visages qui courent…

L. Boyer : Ça a été un bonheur pour toi d’avoir cent figurants, de jeunes hongrois ?

L. Boutonnat : Oh oui, oui, oui. C’est formidable !

L. Boyer : Pas trop difficile à gérer ?

L. Boutonnat : Non parce qu’il y a une équipe très solide qui tient bien tout ce monde­là. Ils ont des têtes extraordinaires en plus. Il y a quelque chose de formidable ici, c’est qu’ils sont… Ils jouent bien. C’est même pas jouer ; ça leur plaît de faire ça, donc c’est presque naturel.

L. Boyer : C’est peut­être mieux que des comédiens. Ils ne surjouent pas !

L. Boutonnat : Ah oui ! C’est impossible, les comédiens ! Ils ont quelque chose de naturel comme ils ont jamais fait ça de leur vie, ils ont une espèce de maladresse. Mais t’as l’impression qu’ils ont fait ça toute leur vie, que ce sont de grands professionnels.

L. Boyer : T’as voulu tourner ici, ça s’appelle la pousca…

L. Boutonnat : La puszta !

L. Boyer : C’est quelque chose d’énorme. C’est la plaine hongroise. Le ciel se rejoint avec la terre.

L. Boutonnat : Absolument. La Hongrie est un pays plat où il n’y a que des plaines. Et tout le centre de la Hongrie, c’est ça : des centaines de kilomètres avec rien, et c’est très impressionnant, surtout avec la neige.

On a l’impression que le ciel et la terre se rejoignent et que y’a rien. C’est le néant. Et c’est beau.

Après quelques images du tournage de la scène de fin et une page de publicités, on retrouve Laurent Boyer aux côtés de Mylène Farmer.

LB : A Budapest, dans un lieu un peu particulier qui est un lieu de tournage, celui que Mylène Farmer et Laurent Boutonnat ont choisi pour ce clip, « Désenchantée », qu’on va découvrir dans quelques instants puisque vous allez le découvrir pour la première fois sur M6, presque en exclusivité, parce qu’il est pas passé beaucoup avant. On a parlé un peu de ce clip, de la façon dont tu as travaillé. Alors toi, c’est ta tenue permanente, ta tenue Dickens on va dire, c’est un peu ça. Et puis, un travail de maquillage. Tu n’hésites pas à te grimer. Là, on voit que tu as effectivement la petite trace de sang. Tu as beaucoup souffert dans ta vie…

MF : (elle sourit et pose un doigt au coin de sa bouche) Je me suis fait très mal ici. C’est parce que j’ai reçu des pierres. Donc, fatalement, je me suis coupée avec une pierre.

LB : Il y a autre chose que tu as coupé, ça tout le monde l’aura remarqué. J’ai pas sauté dessus tout de suite…

MF : C’était élégant ! (rires)

LB : Merci !

MF : Ils sont coupés !

LB : Ça va de plus en plus dans ton côté…pourquoi j’allais dire androgyne ?

MF : Allons bon ! (rires)

LB : Est­ce qu’il y a un autre mot ? Peut­être ‘différente’ ? Ce côté masculin. Oui, ce côté masculin. On sait pas trop quoi. Cette image un peu masculine et féminine. Le fait de couper les cheveux, tu sacrifies au mythe.

Mais la coupe, on va dire « Mylène Farmer, décidément, est de plus en plus masculine »…

MF : Oh non, je ne pense pas. En tous cas, ce n’est pas mon souhait. Et je pense qu’on peut avoir des cheveux très courts et être très féminine quand même.

LB : Un exemple : Katherine Hepburn.

MF : Audrey Hepburn! Katherine Hepburn a eu les cheveux longs plutôt, elle. Mais elle avait une façon très féminine de s’habiller, mais toujours avec des pantalons. Très sobre. Que puis­je vous dire sur la coiffure ?

1991-01-gLB : Sinon que t’avais envie de le faire, et que ça fait causer quoi !

MF : Ça, c’est vous qui dites que ça fait causer ! Moi, j’avais tout simplement envie de changer de tête, c’était important pour moi. Et puis, c’est plus facile de se coiffer quand on a les cheveux courts !

LB : J’aime quand on parle de pratique comme ça, c’est bien ! (rires) Mylène Farmer, « Désenchantée », le clip, on le regarde tout de suite, et c’est la première fois que vous le découvrez.

Diffusion du clip « Désenchantée », version courte.

LB : Mylène, on a parlé tout à l’heure des enfants hongrois, on en a beaucoup parlé, de ce choix, du lieu bien sûr. Alors, il y a une infrastructure et une équipe assez importantes. Il y a beaucoup de gens sur ce tournage…

MF : Je crois qu’il y a à peu près cent vingt personnes, mais il y a surtout douze personnes, enfin ‘surtout’ parce qu’elles viennent de Paris, douze personnes dans l’équipe technique.

LB : Des français, donc ?

MF : Oui, absolument.

LB : Avec qui vous avez l’habitude de travailler ?

MF : Oui. Jean­Pierre Sauvaire, qui est chef opérateur. Carine Sarfati, qui est aux costumes. Et beaucoup d’autres, et je m’excuse de ne pas les citer.

LB : C’est une équipe de copains, ça. C’est des gens avec qui vous travaillez fréquemment. On a l’impression que c’est presque une famille…

MF : Oh oui. C’est des gens de grande qualité humaine et professionnelle. C’est vrai que c’est un plaisir, à chaque fois, de les réunir à nouveau.

LB : On voit pas de chevaux dans ce clip !

MF : Non.

LB : Y’a pas le…

MF : Le syndrome chevaux ? (rires) Non, il n’existe pas ! (le dernier jour du tournage, une scène montrant un squelette au dos d’un cheval noir parcourant la fameuse plaine vide sera pourtant tournée, mais coupée au montage final, nda)

LB : Y’a pas le Cadre Noir, et pourtant, ça fait partie de ton histoire, quand même…

MF : Ça, c’est la presse qui est allée un petit peu trop loin ! J’ai fait beaucoup d’équitation dans ma jeunesse, j’ai effectivement fait un passage, mais très bref, à Saumur, mais c’était pour envisager de passer le monitorat. Donc c’était très, très bref. La presse s’est emparée de ça et en a fait une grande monitrice d’équitation, mais je n’en suis pas là. (sourire)

LB : Ça faisait pas partie de tes aspirations. En fait, chanter non plus, vraiment ?

MF : Non, ce n’était pas une vocation. Mais c’est quelque chose de… C’est probablement un cadeau de la vie qui m’a été fait.

LB : Est­ce que c’est une chance qui passe à un moment donné ? Est­ce qu’il faut la saisir cette chance ? Au moment où tu as rencontré Laurent sur le premier 45­trs, il y a une petite voix qui t’a parlé ?

MF : C’est l’autre, justement ! (sourire)

LB : (ne comprenant visiblement pas l’allusion au titre du nouvel album à venir) C’est l’autre ?

MF : Oui, c’est une petite voix. C’est une chance et une évidence à la fois. C’est­à­dire que quand j’ai rencontré Laurent… Tous les deux, nous sommes nés de la même chose. Donc c’est quelque chose de très fort et très beau, en tous cas pour ma vie.

LB : Autre chose qui a probablement été très bon, on en parlait tout à l’heure, de tes émotions, de ta peur, de ce qui te motive, de ce qui te fait avancer, ça a été la scène. Ça a été le Palais des Sports, ça a été Bercy par la suite. Moi, je t’ai vue dans les deux cas. Je t’ai vue pleurer sur scène, pleurer d’émotion sûrement, d’intensité. Est­ce que ça, c’est l’avènement pour toi ? Le parcours a été long, de 84 à 89, cette scène, est­ce que ça représente l’avènement ? Et est­ce que ça te manque déjà, l’absence de scène depuis à peu près un an ?

MF : Je ne sais pas si on peut parler d’un manque. C’est très, très troublant, la scène. En tout cas, la façon dont moi j’ai abordé la scène et la façon dont je l’ai ressentie, c’est quelque chose de très troublant. Donc c’est quelque chose qui marque énormément. Là aussi, c’est difficile pour moi d’en parler parce que c’est très riche.

Je ne sais pas. C’est une grande émotion. Maintenant, je pourrais dire beaucoup d’autres choses, mais c’est délicat pour moi parce que je…

LB : Est­ce que c’est une émotion passée, ou est­ce que c’est une émotion qui implique le fait d’être en désir justement de cette émotion ?

MF : C’est une émotion qui fait partie maintenant de mes souvenirs. Mais, dans la mesure où c’est aujourd’hui, je peux la considérer comme étant du passé. Donc c’est quand même… Comment vous dire ? C’est une plaie.

En tous cas, dans mon souvenir, c’est une plaie car c’est quelque chose que je n’ai plus actuellement. Ce qui ne veut pas dire que j’ai envie d’y retourner tout de suite non plus. J’ai envie de vivre dans ma vie des choses très fortes. Je sais que je ne pourrai pas les renouveler quotidiennement. Donc je sais que ma première fois sur scène, c’était quelque chose d’incroyable pour ma vie. Est­ce que je ressentirai les mêmes choses si je remonte une deuxième fois sur scène ? C’est la question, en fait, que je me pose, donc c’est en ce sens que c’est très déstabilisant.

LB : Qu’est­ce qui peut t’inspirer justement un désir aussi fort, où tu te dis « Tiens, si je faisais ça, j’aurais peut­ être une émotion encore plus forte » ? Y’a le cinéma, probablement ? On t’a proposé d’ailleurs des rôles au cinéma. Garcia t’a proposé un rôle, il me semble…

MF : (visiblement réellement surprise) Vous me surprenez parce que, moi, je n’en ai jamais parlé.

LB : Ah oui ? C’est des échos, alors. Des bruits…

MF : (perturbée) Non, mais c’est pour dire que je n’en ai jamais parlé.

LB : C’est vrai ou pas ?

MF : C’est vrai que j’ai rencontré Nicole Garcia. J’ai vraiment souhaité la rencontrer. J’avais ce projet de scène, donc il a fallu choisir et c’était évident pour moi. Ce n’était même pas un choix. Mais j’ai quand même souhaité la rencontrer. J’aime bien cette femme. J’ai eu quelques propositions. J’attends. J’attends parce que ce ne sont pas encore les bonnes. Et que j’y mettrai, je dirais, la même démesure et la même passion pour aborder ce thème­là. Mais c’est… J’attends, voilà.

LB : Peut­-être, alors. Qui sait ? On parlait d’émotion à l’instant. L’émotion, l’intensité : c’est extrait d’un double album qui est sorti, c’est également la cassette vidéo live du Palais Omnisports de Paris Bercy. (le concert a en réalité capté à Bruxelles, nda) C’est Mylène Farmer sur scène. « Plus Grandir ». Regardez…

Diffusion du clip de « Plus Grandir (live) ».

LB : « Plus grandir », à l’instant. C’est la scène, c’est Mylène Farmer en scène. Mylène nous en parlait à l’instant, avec cette émotion nette et intense qu’était cette scène. A propos de ton succès, parce que tu as quand même du succès, tu es…je sais pas si on peut dire star ou vedette…

MF : J’en sais rien. C’est pas mon problème.

LB : Tu t’en fous ! Par contre, il y a une réflexion que tu t’es donnée à toi­même une fois dans une interview, tu t’es toi­même posée la question, et tu y as répondu, et j’ai trouvé ça assez intéressant. Tu dis « Si le succès se meurt, je serai dans une solitude incommensurable et presque insupportable ». Alors, ça aussi, c’est le paradoxe du personnage puisque tu viens de me dire « Bof, je m’en fous, c’est pas mon problème. Je suis star, je suis vedette, c’est pas… ».

MF : Non, mon problème n’est pas le mot qu’on emploiera pour définir. Mais mon vrai problème, c’est d’exister, et donc d’avoir le regard des autres posé sur moi, d’avoir quelqu’un qui m’écoute. Et ça, c’est… Pourquoi je fais ce métier ? C’est parce que j’ai besoin de ça pour vivre.

LB : C’est le désir d’amour des autres. Probablement le désir de donner aussi…

MF : Bien sûr. Ça c’est…Oui, bien évidemment, oui.

LB : Est­ce que tu projettes un petit peu dans l’avenir et te dire « Est­ce que je continuerai à faire ça ? » ? C’est­ à­dire un album tous les trois ans, une scène, … Je me demande su tu es capable de tomber dans une routine…

MF : Non, parce que je pourrai dès le prochain album remonter sur scène. Non, je ne peux pas me projeter dans l’avenir. Quand je pense à l’avenir, je vois l’échec donc je préfère ne pas y penser. Et j’y pense malgré tout ! (rire nerveux) Mais c’est pas une grande quiétude en tous cas.

LB : On a l’impression qu’il y a un mal de vivre permanent chez Mylène Farmer…

MF : Oh, je ne voudrais pas n’émaner que ça, mais je… (soupir) Que dire ? Oui, appelons ça le mal de vivre.

Appelons ça une incompatibilité avec la vie, en tout cas.

LB : Avec les autres, des fois ?

MF : Avec les autres, mais ça nous sommes tous pareils.

LB : L’enfer c’est les autres, quoi !

MF : Oui, bravo ! (rires)

LB : Je vous en prie. (un camion arrive en second plan, depuis le décor du clip, et vient tout droit vers le ‘plateau’ d’interview) Ne vous inquiétez pas, on a un camion qui nous arrive dessus ! On est vraiment sur les lieux du tournage de ce clip ! (rires de Mylène qui se retourne) Y’a même des coups de mitraillettes de temps en temps. C’est l’apocalypse quoi ! (le camion passe juste derrière eux puis disparaît, Mylène est morte de rire) Voilà, merci, c’est gentil. Ne changez rien. Restez où vous êtes. On s’installe et on continue dans le même esprit. Mylène, on va regarder « Désenchantée » une autre fois… Ah, je voulais dire une chose.

L’album n’est pas encore sorti, par contre, il y a une chose que tu as faite et qu’on n’attendait pas forcément, c’est un duo avec quelqu’un, sur cet album, avec Jean­Louis Murat. Alors là aussi, il y a une rencontre un peu particulière. Cette rencontre est née de quoi : de ton désir, du sien ?

MF : Ça, je vais garder ça mystérieux. Je crois que c’est né de toute façon d’un désir commun. Nous nous sommes rencontrés et on a décidé de chanter cette chanson ensemble. Et je suis très heureuse d’avoir rencontré Jean­Louis. J’aime beaucoup sa voix, d’abord, et j’aime surtout sa façon d’écrire. Et c’est quelqu’un qui a réellement un univers. C’est pour moi ­ je ne sais pas s’il appréciera le compliment, c’en est un pour moi ­c’est un poète d’aujourd’hui. C’est quelqu’un qui me touche beaucoup. (sourire)

LB : Mylène Farmer, « Désenchantée ».

Diffusion du clip « Désenchantée », version intégrale.

LB : Voilà, « Désenchantée », Mylène Farmer. On est sur le tournage de ce clip. L’album sort le 8 avril, je vous le rappelle. (la date officielle annoncée par la maison de disque sera pourtant le 10 avril, nda) L’album s’appelle « L’Autre… ». Le 45­trs, vos le connaissez puisqu’on l’entend en radio, déjà, depuis le 18 mars.

Mylène, après ce tournage, après Budapest, ça va être quoi ? Ça va être promotion ? Quelques télés…Très peu, d’après ce que je sais.

MF : Très peu de télés, oui.

LB : Merci de nous avoir accordé cette interview, surtout ici.

MF : Merci d’être venu.

LB : Je t’en prie. On se remercie encore ! Et après, ça va être peut­être un peu de repos, t’occuper des animaux. Tu as toujours des animaux ?

MF : J’ai toujours mes deux singes.

LB : Oui, c’est ça.

MF : Et, quant au repos, non. Définitivement, je déteste le repos et l’oisiveté.

LB : Tu t’ennuies ? Ça t’ennuie, le repos ?

MF : Oui. Et ça m’inquiète beaucoup. Beaucoup !

LB : Mylène, merci d’avoir été avec nous. Et puis, on se retrouvera probablement prochainement. On ne sait pas. Qui sait ?

MF : D’accord.

1991-01-eLB : Merci. C’était ici, à Budapest, et elle va continuer le tournage du clip. Et il fait de plus en plus froid, je vous assure. (rires de Mylène) Ah ! Je sais que ton rêve, ce serait de faire un reportage sur la banquise.

MF : Oui, absolument.

LB : C’est toujours vrai ?

MF : C’est toujours vrai.

LB : Je sais pas si j’irai t’interviewer sur la banquise ! (rires) Ça s’arrange pas ! Merci Mylène.

MF : Merci.

LB : A bientôt.

MF : Au revoir.

Générique (extrait de « Désenchantée » sur des images du tournage).

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Déjeuner de gala sur NOSTALGIE avec Mylène

Posté par francesca7 le 8 février 2015

 

30 NOVEMBRE 1996 -Entretien avec Michel COTTET

1996-05-aMichel Cottet : L’actualité de Mylène Farmer, c’est cet album, « Anamorphosée » ­bien que ayant déjà quelques mois, il est encore tout frais et tout présent à notre mémoire et on se laisser bercer en ce moment par l’excellent titre « Rêver » ­ et puis il y a cette tournée, non pas gâchée mais interrompue pour une stupidité. Il ne m’appartient pas de déverser une kyrielle de qualificatifs pour essayer de vous cerner, de vous faire réagir ­ c’est toute la magie d’un personnage. Ceci dit, tout ce mystère qui débouche sur un statut de phénomène est ­ce que vous n’avez pas l’impression quelquefois que cela fait ombrage à votre vrai statut, qui est avant tout quand même, si je ne m’abuse, auteur compositeur­ interprète ?

Mylene Farmer : Ombrage, je ne sais pas bien. Est­ce que j’en souffre ? Non, pas vraiment. J’ai décidé de ce mystère en ce sens que je parle peu et que je réponds peu aux questions en général, donc je crois que j’en suis l’auteur donc je n’ai pas à m’en plaindre.

MC : Je ne parlais pas forcément du mystère mais du fait que à force de vouloir justement le percer, on en oublie de parler avec vous de ce qui quand même nous séduit au préalable, c’est­ à­ dire votre  musique, votre façon d’écrire, votre façon de paraître sur scène. Est­ce que parfois vous n’avez pas l’impression d’être dépassée par vous­même, en quelques sortes ?

MF : Je ne suis pas sûre de pouvoir répondre à cette question, si ce n’est que c’est vrai que  l’évocation de l’écriture est quelque chose, dans le fond, d’assez rare de la part d’un journaliste parce que je crois qu’il est plus enclin à parler ou d’une vie privée que l’on ne veut pas dévoiler, ou des choses qui sont ‘plus racoleuses’. Peut­être que je souffre de ça un peu, oui.

MC : On y reviendra, et j’espère comme ça que votre passage à Nostalgie vous aura ôté un peu de souffrance puisqu’on évoquera votre écriture. Ce que l’on sait, c’est que vous avez quand même ‘fui’ à Los Angeles pour essayer de retrouver une forme de solitude. Vous avez vos repères, j’ai les miens : moi, c’est Léo Ferré, Ferré qui disait : ‘Dans la solitude, le désespoir est une forme supérieure de la critique. Pour l’instant, nous l’appellerons bonheur’. Le désespoir, vous l’avez touché ?

MF : Je crois qu’il a fait partie de mon quotidien, mais maintenant je ne pense pas être la seule ! Je pense que le commun des mortels a des moments de bonheur et des moments de détresse absolue. Je crois que même une journée peut être comblée par bonheur et tristesse à la fois. Maintenant, est­ ce que je fais l’apologie de la détresse et du malheur : non. Je l’ai exprimée, en tout cas.

MC : Cette solitude, vous la recherchez ?

MF : Je ne suis pas sûre de me définir comme quelqu’un d’étant solitaire. J’aime parfois avoir des moments, oui, seule : l’écriture est un moment privilégié pour ça. Maintenant, j’aime bien la compagnie  de personnes choisies.

MC : Quel est le moment le plus fort, justement ? C’est rentrer dans cette solitude ou en sortir pour retrouver l’autre ou les autres ?

MF : Je crois que les deux sont à déguster ! (rires)

MC : Je poursuis avec ce texte de Ferré, toujours sur cette solitude : ‘je voudrais m’insérer dans le vide absolu et devenir le non ­dit, le non avenu, le non vierge par manque de lucidité’. Ne pas rencontrer le bonheur, est­ce que c’est pour autant être lucide ?

MF : (elle se répète la question à elle­ même) Ne pas rencontrer le bonheur…Je ne sais pas. En tout cas, j’aime l’idée de s’approcher de ce vide et de ne faire qu’un avec ce vide. C’est vrai qu’il y a quelque chose, l’idée du néant, qui est quelque chose de très happant. C’est vrai que parfois, on a envie de se confondre avec le vide, avec le rien.

MC : Ce que vous appelez le non­ dit, qui est essentiel pour la réussite…

MF : Oui.

Diffusion de « California »

MC : Mylène Farmer est votre invitée aujourd’hui dans ce « Déjeuner de gala » sur Nostalgie, avec cette notion de non ­dit. Ne pas énoncer, ne pas expliquer pour susciter la curiosité, est­ ce que c’est bien compatible avec une autre notion, qui est celle de la fidélité ? Je veux dire par là, quand on côtoie des gens ou des habitudes, forcément on perce le mystère, donc là c’est un peu antinomique, non ? Parce que vous êtes quelqu’un de fidèle ­ je parle du point de vue professionnel !

MF : Je pense être quelqu’un de fidèle, oui, dans tous les sens du terme et toutes les situations. Maintenant, pardonnez­moi : j’ai oublié la question ! (rires)

MC : Je disais, parallèlement à cette fidélité vous êtes porteuse de cette idée de non­dit : ‘je garde la mystère, je ne veux pas qu’on me dévoile et je ne veux pas dévoiler’. Est­ce bien compatible, ces deux approches ?

MF : Là encore, je ne… Le non ­dit, j’aime les non ­dits, maintenant est­ ce que je suis caractérisée par le non-dit : je ne le crois pas. Maintenant, j’ai choisi de dire certaines choses, de dévoiler certaines choses, de les clamer parfois et quand une question ou un sujet me dérange, là effectivement ce sera ou un non ­dit ou un non tout court ! (rires)

MC : Donner un sens à tout, c’est ridicule pour vous, finalement…

MF : Je sais pas si, là encore, c’est ridicule ­ pardonnez­ moi ! (rires) Je ne pense pas avoir d’abord la prétention, et je ne pense pas que la vie vous offre un sens à tout. Je crois que ça fait partie aussi du mystère de la vie, du mystère de la mort, de toutes ces choses qu’on ne sait pas et qu’on ne saura probablement jamais. Parfois on peut souffrir de ce silence et des ces non­réponses, et parfois je trouve ça plutôt bien. C’est une forme de liberté aussi en soi.

MC : Je vais peut ­être vous soulager, je viens à votre secours ­ si tant est que vous en ayez besoin : finalement, c’est pour ça que vous redoutez l’exercice que nous sommes en train de faire parce qu’il est communément admis qu’à toute question doit correspondre une réponse, et en plus logique !

MF : Oui. Oui, c’est vrai que là, dans le fond je n’aime pas la logique, je n’aime pas le rationnel et c’est un exercice qui est difficile, uniquement parce que je dois parler de moi, dans le fond c’est aussi bête et simple que ça. C’est un exercice difficile pour moi.

MC : Parler de soi… Parler d’idées qui vous traversent la tête, c’est peut­ être pas forcément parler de vous. C’est peut­être plus facile…

MF : Oui, mais c’est une façon de se mettre en avant et c’est vrai que là, ça fait partie d’un exercice qui est probablement utile à l’artiste, en tout cas on lui demande. Mais si j’avais à choisir, je crois que j’aurais rayé cette mention ! (rires)

MC : Le non­ dit, c’est aussi l’imaginaire. Est­ce un jardin dans lequel vous aimez flâner ?

MF : J’aime surtout, je dirais, au travers de lectures. Quant à mon imaginaire, oui, je cultive ce jardin, je crois, oui. Maintenant, là encore j’aurais du mal à en parler parce qu’il est imaginaire, justement !

MC : Mais un auteur se doit d’imaginer, et l’imagination c’est une forme de liberté que vous recherchez…

MF : Oui.

Pause publicitaire.

MC : Retour dans « Déjeuner de gala » sur Nostalgie. On parle avec Mylène Farmer, votre invitée, de la liberté. Quelles sont les situations, les mots, les événements dans lesquels vous ne vous sentez justement pas libre ?

MF : Les dîners où il y a beaucoup de personnes… (elle cherche, puis pouffe de rire)

MC : Une foule, c’est pas ‘beaucoup de personnes’, c’est qu’une personne raisonnée ?

MF : Oui. Oui, c’est toujours un peu facile comme détournement, mais dans le fond c’est vrai. C’est vrai, quand on est en face d’un public, quelque soit la salle, à partir du moment où il y a plus de deux personnes, trois personnes, mais plus le nombre est grand et plus il ne reforme qu’un et une énergie, en tout cas.

MC : En tête à tête, vous vous livrez plus ­parce que sur scène, on peut dire que vous vous livrez-vous vous livrez plus que devant une multitude de gens…

MF : Non, je pense que c’est faux. Je pense que je me livre davantage, mais peut­être sans la présence des mots ou en ayant choisi les mots. Maintenant, je crois que l’émotion que moi je ressens sur scène et que je peux offrir est quelque chose qui est une mise à nu, qui est beaucoup plus importante que dans une interview. J’ai malgré tout le contrôle de moi­même et de mes silences aussi.

MC : Ca fait douze ans, mine de rien, que vous êtes dans ce métier de la chanson. (Mylène confirme en riant) Est­ce que la situation a failli vous échapper une fois, durant ces douze ans ?

MF : M’échapper, non, je ne le crois pas. Je ne sais pas à quoi vous faites allusion précisément, mais j’ai…

MC : Être dépassée par ses propres motivations, s’embarquer dans un chemin qui n’était pas le bon…

MF : Avoir envie d’arrêter parfois tout, oui, ça m’est arrivé.

MC : C’est une façon de contrôler, justement, comme cette fuite…

MF : De nombreuses fois, oui. Hier encore…

MC : ‘J’avais vingt ans…’, mais ça c’est Aznavour ! (rires de Mylène) La fuite dans les mots, c’est quand même plus bénéfique que la fuite à Los Angeles ? Vous l’évoquiez tout à l’heure avec mon jardin imaginaire…

MF : Oui, je crois que j’ai eu besoin pour continuer d’écrire, puisqu’on parle des mots, que j’ai eu besoin de ce passage. Maintenant, il s’est effectué à Los Angeles, dans le fond ça aurait pu être ailleurs, en tout cas un pays dit étranger. Mais j’y ai trouvé, oui, si ce n’est une réelle source d’inspiration, en tout cas moi je me suis nourrie, si je puis dire, à ma façon. J’y ai trouvé quelque chose, oui.

MC : C’est Jean­Louis Murat qui, à ce même micro ­ je fais allusion à lui parce que vous l’avez rencontré, ne serait­ ce que pour un duo ­ qui expliquait que dans un texte, finalement, le texte n’était jamais aussi beau que lorsque à la fin de la chanson on n’avait pas forcément tout compris.

MF : Oui…

MC : Et pour vous aussi, je crois, à savoir que les mots ont plus d’importance que l’idée.

MF : Je pense qu’il vaut mieux savoir, en tout cas pour soi­ même, face à soi­ même, savoir ce qu’on a voulu dire. Maintenant, je suis d’accord que la chose trop expliquée, qui ne laisse pas dans le fond à l’autre une liberté, me dérange.

Diffusion de « L’Instant X »

1996-05-cMC : Avec nous, Mylène Farmer qui est notre invitée dans ce « Déjeuner de gala » sur Nostalgie aujourd’hui samedi. Je fais une petite digression avec les images, je voulais en parler un petit peu plus tard. Vous parlez de notion de liberté quant à la perception d’une chanson : le clip, pour le coup c’est bien souvent quelque chose de très cadenassé. On nous impose des images, on nous fait une explication ­ ça ne vous concerne pas tout le temps­ mais n’est­ce pas un piège ?

MF : C’est vrai, c’est un piège. Mais là encore, est­ce qu’on a le choix de ne pas faire sur une chanson une mise en images ? Là encore, malheureusement je n’ai pas ce choix ­là parce que ça serait suicidaire. Mais sur certaines chansons, c’est vrai que certainement je n’aurais pas fait de clip, parce que justement il y a une réduction du sujet évoqué, et puis parfois c’est magique aussi, donc…

MC : J’ai lu que vous disiez : ‘Quand j’écris mes textes, je livre beaucoup plus de moi que vous ne croyez. Il suffit de savoir écouter’. Est ­ce que vos chansons sont codées ? C’est un exercice qui peut vous amuser, ça ?

MF : Non, je ne suis pas sûre d’être aussi intelligente que ça. En tout cas, j’aime bien les mots, donc j’aime jouer avec les mots…

MC : Pas de fausse modestie, jeune fille ! (rires)

MF : …mais codés, non. Non. Je n’ai pas ce sentiment­là.

MC : Y a ­t ­il quand même une notion ­ j’ai cru vous entendre le dire, cette fois ­ci, donc la véracité du propos est entière, que vous aimiez cette forme d’irrationalité dans un texte et, comme vous venez de le souligner, que vouloir forcément une d’explication, c’est pas le but. Cette notion d’irrationnel, elle vous caractérise lorsque vous écrivez ?

MF : Non, je ne pense pas. Je ne pense pas, maintenant, sans parler de moi, quand je lis par exemple Cioran, puisque ça m’arrive de le lire en ce moment, à cette faculté que vous donner des mots­ clés, et là encore de vous laisser votre propre imagination. C’est un peu confus, ce que je dis, mais… (rires) Un peu comme les haïkus, vous voyez, ces poèmes qui sont très, très courts. On vous donne deux mots, on va vous dire –je dis n’importe quoi : un chien, une fourmi et la senteur du foin et tout à coup, ça va évoquer une multitude de choses. Mais là, ça sera à chacun d’interpréter ou d’imaginer. Donc j’aime, en tout cas si c’est ce que vous évoquez comme étant une irrationalité, alors c’en est une, oui, parfois…

MC : C’est finalement l’éducation que l’on reçoit lorsqu’on allait à la maternelle qui se transforme avec des beaux mots, mais c’est ça en fait : on apprend aux enfants, on leur montre un chat et leur imaginaire… (Mylène acquiesce d’un murmure) Vous faites allusion, donc, à Emile Michel Cioran, ce philosophe français pessimiste, dont l’œuvre s’exprime souvent par aphorismes. Vous en avez des favoris, vous ? Des proverbes, des… ?

MF : Je n’ai malheureusement pas beaucoup la mémoire des… (rires) Je retiens difficilement !

MC : Ben, ‘tomber sept fois’, il y a déjà ça !

MF : ‘Tomber sept fois’, c’était court donc facile à retenir ! Oui, il y a ce proverbe, effectivement, japonais qui dit ‘tomber sept fois, toujours se relever huit’ donc je l’ai volé.

MC : Vous êtes charmée par ce genre de formules ?

MF : Là encore, c’est le plaisir des mots et l’intelligence qui peut s’en dégager. En tout cas, sans parler même d’intelligence, à la fois la précision dans la non précision. Il y a cette phrase maintenant qui me revient… (rires)

Je vais faire mon exercice ! (rires)

MC : Allez­ y, soufflez bien !

MF : ‘Tout ce qui ne m’a pas tué me rendra plus fort’

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MC : Voilà, de retour avec Mylène Farmer qui est notre invitée aujourd’hui dans ce « Déjeuner de gala ». Je faisais référence à cette chanson qui figure sur l’album « Anamorphosée », c’est la  première fois où vous signez la musique : « Tomber 7 fois… »…

MF : Oui, oui. Absolument, oui.

MC : Après les mots, la musique. C’est une forme de défi que vous vous êtes lancé à vous­même ?

MF : Non. Là encore, ça s’est passé relativement naturellement : j’ai une guitare à la maison, donc il m’arrive parfois de tenter d’y jouer et ma foi, voilà, j’ai trouvé donc cette chanson, mais est­ ce que j’ai envie de faire ça et prolonger ça : non, je ne le crois pas.

MC : Vous vous êtes surprise vous ­même ?

MF : D’une certaine façon, oui, probablement ! (rires)

MC : Vous avez regardé autour si personne ne vous avait vue commettre cet acte affreux qui était d’écrire une musique ?!

MF : (rires) Oui, dans la mesure où j’ai pas de formation de musicienne. J’en ai le goût, en tout cas, mais je pense qu’il faut plus de talent pour composer.

MC : Vous êtes quand même pluridisciplinaire ­ on évoquera plus tard le goût de la peinture ­ vous écrivez, vous chantez, c’est tout à fait dans vos cordes, en tout cas c’est dans votre mentalité. C’est aussi de la liberté, finalement, que de savoir faire plusieurs choses, non ? C’est pour ça que cette notion de devenir compositrice, ou compositeur pardon, ça peut aussi vous aller, non ? C’est pas un défi qui vous… ?

MF : Non, parce que là encore, sans parler de talent, je sais ce que je suis ‘capable’ de faire, en tout cas de revendiquer, on va dire. Maintenant, quant à la musique, là encore, la composition, je sais que je m’essoufflerai très, très vite parce que manque tout simplement de connaissance, là encore.

MC : Vous voyez que vous êtes intelligente, puisque l’intelligence c’est savoir reconnaître ses limites.

MF : Je ne ferai pas de commentaires ! (rires)

MC : On saute du coq à l’âne, c’est le cas de le dire : vous aimez les animaux, je vous emmène sur le terrain des animaux. Comment va E.T. ?

MF : Très bien !

MC : Bien. Ce qu’il y a de fabuleux dans la communication avec les animaux, c’est que l’on émet des mots, eux les perçoivent comme des sons suivant l’intonation, et finalement, là on retombe sur c’est presque une chanson qu’on écrit avec les animaux : ils interprètent comme ils le veulent. Est­ce que mon parallèle vous choque ?

MF : Non. Vous faites ce que vous voulez, d’abord ! (rires) Mais effectivement, oui, les animaux, en tout cas les petits singes, connaissent probablement les sonorités, mais les visages aussi. Ils interprètent beaucoup l’expression, liée au son probablement. C’est un être, là pour le coup, relativement intelligent, caractériel aussi, qui a ses humeurs, mais c’est toujours aussi passionnant d’avoir un singe.

MC : C’est l’animal ­ nous en parlions tout à l’heure ­ qui se rapprocherait le plus de nos réflexes.

C’est pour ça que vous l’avez choisi ?

MF : Je crois que j’ai simplement une passion pour le singe. A chaque fois que je vois un documentaire sur ces animaux, j’ai envie de changer de vie et d’aller les retrouver, de les aider ou d’essayer de dialoguer, de m’y intéresser en tout cas. J’ai vu beaucoup, beaucoup de reportages sur les chimpanzés, les orangs­outans ou les gorilles. C’est vrai qu’une vie comme celle de Diane Fossey est une vie passionnante, mais c’est une vie difficile aussi.

MC : C’est une grande tendresse que vous avez envers les animaux, tout à l’heure vous étiez avec les chiens ! Vous aimez leur naïveté ? Leur fidélité ? C’est ce qui vous attire ?

MF : Là encore, je vais probablement vous décevoir mais je ne suis pas sûre d’analyser toutes les envies que j’ai, ou les communications que j’ai. J’aime les animaux parce que dans le fond, c’est très spontané.

Maintenant, si vous voulez vraiment trouver pourquoi on aime un singe, pourquoi on aime un chat ou un chien, dans le fond, ça, ça ne m’intéresse pas de savoir pourquoi je les aime. Je les aime, tout simplement.

Diffusion de « Mylène s’en fout »

MC : « Mylène s’en fout ». Pas nous ! Elle est votre invitée aujourd’hui sur Nostalgie, dans ce « Déjeuner de gala ». On a aimé ­ et on aime toujours ­ cet album, notamment, « Anamorphosée ». Je voulais juste un petit mot sur cet univers musical : il y a eu une évolution. Est­ce qu’on peut la qualifier, cette évolution, de tonique, d’énergique ? Ca serait le bon mot ?

MF : Je vais être obligée, moi, de revenir vers mes albums précédents : je n’ai pas eu le sentiment que ces albums n’étaient pas énergiques, donc en ce sens je ne peux pas aller dans cette idée de ‘plus d’énergie’. Je crois que parce qu’il y a des guitares, beaucoup plus de guitares qu’avant, peut­être que l’énergie vient aussi de là. Peut­être dans la façon de chanter, qui est probablement un peu différente : je chante plus grave ­ en tout cas, je me le suis autorisé !

MC : Dans le ton, rassurez­ nous ! (rires)

MF : Dans un ton plus grave. (elle hésite) Là, j’avoue que je ne sais pas bien… « Désenchantée », pour moi par exemple, est une chanson extrêmement énergique ­ mais ça n’engage que moi ­ au même titre que « L’Instant X », si ce n’est que la production est très différente. Là, oui.

MC : Voilà, justement : en quatre ans, est­ ce que vous avez eu l’impression de vivre une révolution musicale ?

MF : Non…

MC : D’abord, est ­ce que vous avez écouté ce qui se faisait ? Quand se passent comme ça quatre années, est­ce qu’on a le doute de se dire ‘je vais décrocher, je vais avoir un handicap insurmontable’ ? Parce que c’est un métier qui va très, très vite ­ je parle de la technologie, ne serait ce que ça…

MF : Oui. Oui, oui. Là encore, c’est plus une envie profonde non pas que de changer radicalement, mais simplement puisque j’ai passé un certain temps aux Etats­ Unis, c’est vrai qu’on est enclin à écouter beaucoup plus de musique : si on écoute la radio, on écoute que de la musique américaine en tout cas et qui est essentiellement beaucoup de guitares, et puis aussi dans les mélodies… Donc, en ce sens je ne me suis pas dit, là encore, ‘Pour le prochain album, il va falloir faire attention !’. C’est simplement un désir, tout simplement, que d’aller vers quelque chose de plus ce qu’on appelle live, moins de gimmicks. Je sais pas si j’ai répondu à votre question ! (rires)

MC : Si ! Faire office de référence, comme vous le faites aujourd’hui, est­ce que c’est une forme de reconnaissance éternelle ?

MF : Référence… ?

MC : Vous êtes une entité…

MF : Oh, pardon : moi ?!

MC : Oui ! Est­ce que c’est une forme de reconnaissance ?

MF : Est­ ce que je suis une référence ?!

MC : Quoiqu’il advienne, à partir de ce jour vous resterez quelque chose auquel on pourra s’identifier, auquel on fera référence. Est­ce que cette reconnaissance, vous la percevez ? Et comment vous l’acceptez ?

MF : Je la perçois parfois. Quand je monte sur scène, je crois que c’est le moment où l’on vous applaudit, tout simplement, où on vous dit que vous êtes quelqu’un d’important à ce moment ­là. C’est important au moment où je le fais. Maintenant, vous dire est­ce que ça me rassure ou est­ce que c’est important pour moi : je ne suis pas sûre, là encore, de pouvoir répondre à cette question. Je ne sais pas. (rires) J’aurais plutôt une humeur aujourd’hui de nous somme peu de chose, donc ça va être difficile pour moi que de vous dire ‘Je suis une référence’ ! (rires)

MC : Mais nous sommes peu de chose, je vous le confirme ! Il faut mieux en rire…

MF : J’aime ce que je fais. Je crois que je vais, là encore, faire ou une pirouette ou une réponse plus concise : j’aime profondément ce que je fais. C’est le plus important.

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1996-05-eMC : Bien. De retour dans « Déjeuner de Gala » sur Nostalgie avec Mylène Farmer. Il y a quelque chose que vous aimez et que vous ne faites pas encore, et que vous allez certainement faire parce que vous n’êtes pas être à vous laisser abattre, c’est le cinéma. (Erreur de Michel Cottet, puisqu’à la date de la diffusion, « Giorgino » venait de sortir deux ans auparavant ! nda) Tout ce que vous entreprenez sur scène, sur disque, sur les clips, il y a ­ j’ai l’impression, arrêtez ­moi si je me trompe ­ une approche cinématographique.

MF : Oui…

MC : Votre bonheur total serait aujourd’hui, ou dans quelques années, d’avoir une pile de disques de diamant et puis une pile de bobines de films, quand même, non ?

MF : Là encore, je ne suis pas sûre. Il y a quelques années, j’aurais ­ et je l’ai dit, que de ne pas faire de cinéma, j’en mourrais…

MC : Je voudrais qu’on ferme…Oublions tout ça et voyons devant !

MF : Non, non ! Je le révoque, parce qu’aujourd’hui je crois que je peux m’en passer tout à fait. Ca, c’est pour répondre à la notion de pile et de collection (rires). J’aimerais refaire un film, avoir un rôle qui bien sûr m’intéresse. Maintenant, me projeter dans un avenir de cinéma : pas du tout. Honnêtement, pas du tout.

MC : Mais cette approche ­ j’en finirai avec le cinéma…

MF : Mais j’aime le cinéma, donc voilà pourquoi j’aime l’image.

MC : Voilà, ce qui explique peut ­être votre petite différence ­ enfin, pas votre différence, ce que j’expliquais tout à l’heure : le phénomène musical ­ parce que vous appréhendez les choses avec un autre regard, celui de la caméra, même si on parle de chanson…

MF : Là encore parce que mon goût probablement, oui, pour le cinéma, pour l’image, pour l’évocation. Donc là c’était une rencontre formidable, en tout cas, quand j’ai commencé ce métier, à savoir que le clip était un élément essentiel pour un artiste, et ça a été quelque chose de magique pour moi ­ déjà d’avoir travaillé avec Laurent Boutonnat, qui a fait quand même la plupart de mes clips et qui est quelqu’un de grand talent. Là encore, c’est l’idée de rencontre, que de pouvoir aller voir Abel Ferrara et lui demander de travailler avec lui, Marcus Nispel, autant de gens qui ont beaucoup de talent. Là, c’est plus l’idée ­ on parlait de solitude tout au début­ là c’est l’idée réellement de deux ou de trois, de ne pas être seule justement dans une création.

MC : Vous citez Bergman, Polanski, Annaud ­ je lis, hein ! ­ Sergio Leone, dans le monde du cinéma. Est ­ce que vous avez eu des rencontres fascinantes, au­ delà des œuvres, avec ces gens ou avec d’autres ? Est­ce qu’il y a des gens que vous aimeriez rencontrer ? Vous aussi, certainement, vous êtes titillée par ces…

MF : J’aurais adoré rencontrer Bergman, mais il ne m’a pas attendue ! (rires) Maintenant, là encore, est­ce que j’ai des vœux : non. J’aurais aimé rencontrer Cioran, mais il n’est plus. J’avais très, très envie de rencontrer Abel Ferrara, c’est chose faite.

MC : Vous avez percé un peu le mystère ?

MF : De ce monsieur ? C’est quelqu’un d’assez fascinant, aussi bien dans la destruction que dans l’énergie, mais c’est quelqu’un de fascinant en tout cas.

MC : Donc c’est intéressant, finalement, d’essayer de percer le mystère des gens et de les rencontrer…

MF : Oui, bien sûr ! Bien sûr. Mais là encore, c’est quelqu’un qui se dévoile très, très peu.

MC : C’est d’autant plus passionnant…

MF : Il faut comprendre des choses, accepter d’autres, tolérer parfois, mais c’est quelqu’un de très riche, oui.

MC : « A force d’ignorer la tolérance, nous ne marcherons plus ensemble »…

MF : Oui ! (rires)

Diffusion de « Rêver »

MC : Juste avant ce titre, on parlait justement de chanson, du disque. En parlant de chanson, c’était dans l’album « L’Autre… » : ‘Agnus Dei, moi l’impie je suis saignée aux quatre veines’. A défaut de mépriser la religion, le bouddhisme c’est quand même quelque chose que vous avez cerné avec le livre de Sogyal Rinpoché, auquel vous rendez hommage d’ailleurs sur la dédicace de l’album. (Mylène confirme d’un murmure) Vous avez lu « Le livre tibétain de la vie et de la mort ». Cette philosophie consiste à vivre le moment présent : concrètement, c’est quoi ne pas vivre les moments avant et après qui peuvent redonner le sourire comme ça ?

MF : Ne pas vivre les moments avant ou après ?

MC : Puisque la définition…

MF : Oui, oui. C’est une façon de ne plus se mettre en réel danger ­mais ça c’est une notion dans le fond que je n’aime pas parce que j’aime le danger, j’aime l’inconnu ­ mais en tout cas d’un danger qui n’est pas réellement intéressant, à savoir c’est vrai que le passé peut être un fardeau. L’avenir, l’idée de l’avenir, se projeter dans l’avenir et de se dire ‘Qu’est­ce que je vais faire demain ?’ est quelque chose de terriblement angoissant, donc quand on a à la fois la connaissance qui est celle des autres, puisque vous évoquiez ce livre, cette philosophie est un pansement. Maintenant, il y a des choses que l’on accepte et puis d’autres que l’on rejette, et c’est vrai que l’idée, la notion de vivre son présent est quelque chose de cicatrisant, dans le fond.

MC : Malgré cette référence, je crois savoir que vous n’épousez pas pour autant la cause du bouddhisme…

MF : Non, c’est­ à ­dire que c’est toujours pareil : puisque j’ai évoqué ce livre dans mon album, après c’est toujours difficile parce que si les médias s’en emparent, on va vous dire ‘Donc vous êtes bouddhiste’. Et c’est vrai que moi j’ai quelques nuances, en sachant que je ne le pratique pas tous les jours, je n’ai jamais rencontré le Dalaï­ lama, je n’ai jamais réellement rencontré de bouddhistes mais je m’y suis intéressée et c’est quelque chose, une fois de plus, qui m’a fait beaucoup de bien, que je trouve très sensé et surtout très réparateur. Ce n’est pas une religion, c’est plus une philosophie donc c’est quelque chose de plus tendre.

MC : Je parlais de tolérance tout à l’heure : c’est une de vos valeurs essentielles…

MF : Là encore, j’en ai besoin et c’est vrai que je le réclame chez l’autre. Là encore, c’est un apprentissage, parce qu’on ne devient pas tolérant comme ça, du jour au lendemain : il suffit de quelque chose qui vienne percuter votre esprit, quelque chose de violent par exemple, et j’aurais presque envie de nier tout ce que je viens de dire donc là encore, c’est un chemin qui est long ! Mais c’est vrai que cette notion de tolérance est quelque chose d’indispensable pour l’être humain.

MC : Et quand la tolérance confine presque au pardon, c’est un peu facile quand même, non ?

MF : Pardon ?

MC : Lorsque la tolérance confine au pardon, c’est un peu facile comme attitude : il faut quand même se révolter, se battre, non ?

MF : Oui. Maintenant, l’idée du pardon, là je pense…

MC : Je parle pas du grand pardon ! (rires)

MF : …brutalement à un article que j’ai lu sur ces femmes et hommes qui ont perdu des êtres chers et qui sont allés voir les bourreaux de ces personnes perdues. Là, c’est une idée du pardon qu’on pourrait qualifier de presque insoutenable mais c’est quand même une grande idée, donc j’aime cette idée du pardon.

MC : Un que vous pardonnez, parce que je présume qu’il est toujours numéro un dans votre cœur dans la littérature, c’est Edgar Allan Poe : « Allan » la chanson, oui, c’était ça ?

MF : Oui, bien sûr !

MC : Bon, on ne sait jamais !

MF : Non ! (rires)

MC : Il y a « Le corbeau », avec l’emblème sur… C’est toujours le numéro un dans votre cœur ?

MF : C’est quelqu’un que j’aimerai éternellement, ça oui ! Maintenant, j’ai des lectures un petit peu plus légères en ce moment, qui sont Mary Higgins Clark dont je suis en train de dévorer tous ses livres !

MC : Très en vogue, oui !

MF : C’est plus léger, mais c’est assez passionnant ! C’est bien écrit, en tout cas. (rires)

MC : C’est très en vogue, presque à la mode d’ailleurs…

MF : Oui. C’est plus vulgaire ! (rires)

MC : Ca lave l’esprit ?

MF : C’est une détente en tout cas, oui. (rires)

Pause publicitaire et flash info.

1996-05-fMC : Retour sur Nostalgie dans ce « Déjeuner de gala » avec Mylène Farmer. On parlait de littérature, on parlait d’Edgar Allan Poe et puis de Mary Higgins Clark et de sa soi­ disante légèreté. Parmi les lectures qui sont plus tendues, j’avais noté Henry James et puis Julien Green ­ c’est drôle, on en parle alors qu’il veut être révoqué de l’Académie Française alors qu’il n’en a pas le droit, ce brave homme ­ avec ses angoisses métaphysiques. Est­ ce qu’ailleurs c’est toujours mieux que là où on est ?

MF : Je le pense de moins en moins. Est­ce que c’est le voyage qui vous donne ces… ?

MC : Ha, vous vous éloignez de notre ami Julien, là ! (rires)

MF : Oui ! Là encore, c’est l’idée de projection ou d’anticipation, d’imaginer effectivement que l’autre va vivre mieux, que l’ailleurs est un meilleur. Dans la mesure où j’essaye de vivre des moments présents, ce seront mes moments à moi ­ non pas que je n’envisage pas l’autre, mais je me dis que dans le fond j’ai de la chance de vivre ce que je vis, même si parfois c’est difficile donc de ne pas chercher justement cet ailleurs hypothétique.

MC : J’évoquais Julien Green, philosophe mais aussi photographe avec des autoportraits, des photos de famille (Michel Cottet prononce d’abord ‘des autos de famille’ ce qui provoque un fou rire de Mylène) Le pauvre, il est né au début du siècle, des autos il devait pas tellement en voir !

MF : Changez la question !

MC : Non, non, non je la conserve ! J’aimais beaucoup sa définition d’un cliché parfait ­ je lis les trois points : savoir voir, être rapide et être patient pour réussir donc une photo. Est­ce que ce ne sont pas un procédé qu’on pourrait appliquer à une chanson, finalement, pour sa réussite ?

MF : (elle répète) Savoir voir, être rapide et être patient… Oui ! Oui, ça peut être… (elle s’interrompt, visiblement perdue)

MC : Non, c’est pas grave, c’est pour mes enchaînements comme ça…

MF : Oui, oui, j’entends bien ! (elle éclate de rire)

MC : …on arrive sur la peinture, n’est­ ce pas, vous voyez…

MF : Parce que vous, tout est écrit ; moi, rien ! (rires)

MC : Je suis obligé de prendre des notes ! Donc je voulais faire un parallèle entre la photo, la chanson et la peinture, qui est quand même un art aussi qui, si je ne m’abuse, vous titille…

MF : J’adore la peinture. Je la connais depuis peu, dans le fond. J’ai rencontré certaines personnes qui font partie de ce métier, donc de la peinture, qui m’ont d’une certaine façon éduquée.

MC : Lesquelles ? Enfin, si toutefois ça n’est pas…

MF : Pierre Nahon, que je connais peu mais… Albert Koski (mari de Danièle Thompson. Mylène a assisté a plusieurs vernissages de l’artiste et est une intime du couple, nda) est quelqu’un qui m’a aidée et puis ma foi, après ce sont des expositions, ce sont des livres : j’adore acheter des livres de peinture, j’adore acheter quand je le puis quelques peintures.

MC : Des livres pour essayer de reproduire ou simplement pour la beauté de… ?

MF : Pour une évasion, là encore. C’est aussi intéressant de feuilleter un livre de peinture qu’un roman. J’aime beaucoup Egon Schiele, j’aime Max Ernst, j’aime Klimt…

MC : Je suis largué en peinture, alors là je dis rien, je fais celui qui connaît, mais alors là, non !

MF : Non, non mais… ! Henri Michaux, l’écrivain, qui était également un peintre. Et puis beaucoup d’autres.

MC : Vous aimez la peinture, c’est pas pour autant que vous aimez vous emmêler les pinceaux, hahaha ! (ironique)

MF : (elle pouffe) Je dois répondre ?! (rires)

MC : J’en aurai presque fini avec mes références littéraires ­ enfin celles d’une époque qui n’est pas forcément celle que vous vivez actuellement ­ il y avait notre ami Kafka. J’avais lu un bel article sur Prague, vous dévoiliez la ville de Prague avec beaucoup de bonheur (paru dans le magazine « Femme » en juin 1996, cf. cette référence, nda). C’est parce qu’elle vous rappelle Montréal, de par son climat, de par… ?

MF : Très honnêtement, je ne me souviens pas de Montréal, si ce n’est que j’ai le goût de la neige, donc probablement lié à cette époque. Je n’y suis retourné qu’une fois et extrêmement brièvement donc c’était quelque chose que je qualifierais de pas très agréable (Mylène y est effectivement retournée à l’automne 1988 dans le cadre d’une série photo avec Elsa Trillat. Des années plus tard, lorsque celle­ci évoquera ce voyage pour le Mylène Farmer Magazine, elle parlera également d’une mauvaise ambiance, nda). Donc je ne me souviens pas de Montréal, en somme.

MC : Je ne sais pas si vous vous souvenez de cet article sur Prague que vous avez formidablement bien rédigé…

MF : Non, je ne m’en souviens pas. (l’article a pourtant été publié quelques mois à peine plus tôt, nda)

MC : C’est un art que vous aimez aussi. Il était axé sur les monuments historiques, sur les gens de la littérature etc. Ca vous passionne, ça, l’Histoire des villes ?

MF : Oui. Je suppose que c’est à peu près normal quand on découvre une ville de savoir ce qui s’y est passé, quels étaient les écrivains, qui a hanté qui ou qui a hanté quoi… Oui, là c’est encore un intérêt pour l’autre.

MC : Il y a notre ami le marquis, ça vous aimez bien, aussi…

MF : Le marquis, oui ! Le divin marquis ! (rires)

MC : Le marquis de Sade. Il va bien ?!

MF : Je l’ai délaissé, lui, un petit peu ! (rires) Il trépigne !

MC : Justine (héroïne des écrits du marquis de Sade, nda) va être en colère !

Diffusion de « Comme j’ai mal »

MC : « Comme j’ai mal », c’est bien entendu Mylène Farmer, extrait de l’album « Anamorphosée ». Mylène, notre invitée aujourd’hui sur Nostalgie dans ce « Déjeuner de gala » avec des chansons, avec des livres. Parmi toutes ces lectures, qui une nouvelle fois peuvent changer ou évoluer ­ ceci dit, celles qu’on a évoqué et que vous revendiquez, c’est quand même un monde fantastique et morbide : est ­ce que le suicide peut flirter, être limitrophe de cet univers que représentent les Julien Green, les Cioran etc. ?

MF : Est­ce que je… ?!

MC : Le suicide, la notion de suicide peut être limitrophe de cet univers pessimiste…

MF : Là encore, est­ ce que ce sont des thèmes de prédilection ? Je m’y sens bien…

MC : Pour l’époque où vous vous sentiez bien. Je ne veux pas…

MF : Non, non je m’y sens toujours très bien !

MC : Est ­ce que cette notion de suicide, qui est quand même une limite à franchir ou ne pas franchir après tout, est­ ce qu’elle était présente dans vos lectures ? « Le mythe de Sisyphe » de Camus, est-ce que vous l’avez lu par exemple ?

MF : Non, non. Est­ce que vous faites allusion à moi, est­ce c’est quelque chose qui m’a hantée, ou est­ce que c’est quelque chose qui… ?

MC : Oh non, je n’irais pas jusque là. Non, non. D’une façon générale, quand on est ‘imbibé’ non pas d’alcool ­ bien que vous appréciiez le Bordeaux et je vous en félicite ! ­ mais imbibé de ce genre de lectures, aussi diverses soient­elles…

MF : Oui, ce sont des chemins dangereux. Effectivement, si on s’imbibe et fait une indigestion d’auteurs comme ça, de lectures, ça devient sa vie de tous les jours, sa pensée de tous les jours donc on finit par… A la fois c’est passionnant et pourquoi c’est passionnant ? Parce qu’on ressent ces mêmes choses, donc fatalement se crée un lien entre l’auteur et le lecteur. Maintenant, ça peut être dangereux si on ne s’abreuve que de…

MC : C’est pour ça qu’il y a Mary Higgins Clark !

MF : Oui, peut­être ! Parce qu’il y a toujours ces ingrédients mais il y a toujours une notion d’espoir, j’imagine.

Oui, il faut avoir le recul nécessaire pour ne pas effectivement essayer d’illustrer ce que l’on lit, en tout cas de l’appliquer à sa vie, voilà.

MC : Vous êtes en train de nous avouer quand même professionnellement, à travers vos lectures, une formidable conscience des limites, un recul, une sérénité par rapport à vous ­même…

MF : Oui, je le pense. Parfois, je n’aime pas ça, je n’aime pas cette maîtrise.

MC : Ca empêche une folie, d’être trop maître de soi, d’être trop lucide finalement ?

MF : D’une certaine manière, oui. Et une trop grande lucidité mène à un cynisme parfois, et ça je m’en défends aussi parce qu’être cynique, je crois, c’est pas très intéressant pour sa vie ni pour les autres. Mais là encore, c’est moi qui suis responsable de ça.

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MC : Retour sur Nostalgie dans ce « Déjeuner de gala » avec Mylène Farmer. Un petit clin d’œil à votre nom : ‘Farmer’, c’était un personnage d’un film que Jessica Lange a tourné etc. Enfin bref ! (Incarnée au cinéma en 1982 par Jessica Lange, Frances Farmer est décédée en 1970, nda) Aujourd’hui, si vous deviez choisir un autre nom en référence, ça serait Greta ?

MF : Non ! (rires)

MC : Non ? Ca changerait pas ?

MF : E.T., ça me conviendrait parfaitement ! (rires)

MC : Greta, ça m’arrange : j’étais sur « Cendres de Lune »…

MF : J’ai bien compris, oui ! (rires)

MC : Léo Ferré ­ j’y reviens, vous voyez, chacun les siens ­ c’était la mélancolie, ‘la mélancolie, c’est revoir Garbo’ dans « La reine Christine ». Pour vous c’est quoi, la mélancolie ?

MF : Qu’est ­ce que pour moi la mélancolie… ?! Hmm…

1996-05-gMC : Vous avez autant de temps que vous voulez pour répondre !

MF : Oui, mais plus je vais mettre du temps et plus la réponse sera décevante !

MC : Non, peut ­être que vous n’êtes pas mélancolique, donc c’est un sentiment qui n’évoque rien de spontané, justement…

MF : Je la trouve très souvent dans la musique. Ecouter une musique évoque chez moi une mélancolie. Mais là, précisément, non je n’ai pas de réponse…

MC : Ecouter les Doors, les Eagles, Gainsbourg, Dutronc, ça c’est de la mélancolie, c’était votre…

MF : Oui…

MC : Vous êtes allée voir, par exemple, Dutronc au Casino (de Paris, nda) y a quatre ans ?

MF : Non.

MC : Barbara, aussi, qui a bercé votre…Non ?

MF : Non. Le dernier spectacle que j’ai vu, c’était Alanis Morissette.

MC : Barbara, qui vient de sortir un album (« Barbara », 1996, nda) : ‘Il me revient, il me revient en mémoire, il me revient une histoire, il me revient des images’ ça, c’est pas votre cas, ça, hein…

MF : Qu’il me revienne des images ? J’essaye le moins possible ! (rires)

MC : L’adolescence ne revient jamais. Vous n’aimez pas l’adolescence d’une façon générale : est­ce que c’est parce que vous n’appréciiez pas le manque de personnalité chez l’autre ? Est­ce qu’on peut faire le lien ?

MF : Je n’aime pas l’adolescence. Là encore, je n’ai évoqué que la mienne : c’est un passage que je n’ai pas aimé du tout, du tout.

MC : Peut ­être dans le regard des autres adolescents que vous croisiez à l’époque…

MF : Ca, de toute façon, mais avant tout on ne s’aime pas soi ­même et là pour ça, je crois que je n’avais même pas besoin du regard de l’autre.

MC : Ca vous plaît aujourd’hui d’être presque adulte ?

MF : Je crois que je ne le serai jamais !

MC : J’ai dit ‘presque’, hein !

MF : (rires) Oui, je me préfère aujourd’hui qu’il y a cinq ans, six ans, dix ans, vingt ans. La trentaine est quelque chose de plus doux, pour moi en tout cas.

MC : Ca correspond à ce que vous imaginiez lorsque vous étiez adolescente ?

MF : Non. Là encore, je me suis toujours envisagée ­ c’est plus une détresse qui venait à moi, donc de s’envisager plus grand dans le temps est quelque chose qui n’était pas là encore très doux. Mais j’ai toujours entendu ‘Vous verrez, l’âge de trente ans ou la trentaine pour une femme est bien plus magique que cette période qu’est l’adolescence’ et j’avoue que je puis dire oui, en tout cas me concernant.

MC : Là, c’est à demi magique : vous êtes au milieu de cette décennie exceptionnelle !

Diffusion de « Vertige »

MC : « Vertige », toujours extrait de votre album, Mylène Farmer, « Anamorphosée » ­ je vous parle, puisque vous êtes notre invitée aujourd’hui sur Nostalgie dans ce « Déjeuner de gala » ! On parlait juste avant de votre adolescence. Vous ne répondrez pas si je vais un peu trop loin : vous dites aussi avoir été en manque d’affectif, est ­ce qu’avec le recul vous avez l’impression d’être passée à côté d’une bonne thérapie pour soigner cette blessure ?

MF : Là encore, puisque c’est une inconnue pour moi je ne peux pas répondre, en ce sens que je n’ai pas fait cette démarche. Maintenant, nous sommes tous d’abord des êtres très sensibles mais il y a une hypersensibilité que vous ayez dans le fond ou non cet amour, vous ne le percevez ou en tout cas pas peut­ être à sa juste valeur, ou peut­ être que vous en demandez une surproduction donc en ce sens, vous allez souffrir. Donc je dois faire partie, si je peux me caractériser, de cette catégorie d’êtres hypersensibles, donc difficiles.

MC : « Et Tournoie… » : ‘Ton pire ennemi, tu peux l’expulser de toi’…

MF : Là, ça fait partie, oui, de cette…

MC : Il rôde encore ?

MF : Bien sûr. C’est pour ça : là, je pensais à ça et à l’évocation du bouddhisme et toutes ces choses qui sont très belles et très reposantes mais malgré tout on se lève le matin et on peut toujours avoir cette notion du mal qu’on a en soi, cette capacité à faire la mal, cette négation de soi et toutes ces choses qui font que ça perturbe votre esprit et c’est là où c’est difficile, parce que c’est là où vous décidez, vous êtes réellement maître ou de votre vie ou de votre journée et décidez que non, ça va aller mieux parce que ça vaut le coup.

MC : Ce méchant, il s’appellerait Alice, l’araignée malicieuse ?

MF : Oui, tout à fait ! (rires)

MC : Ca m’amène à la scène : entre le spectacle de 1989 et celui­ ci, qu’est­ ce que vous vouliez absolument ne pas reproduire ?

MF : Trop de tristesse.

MC : Voilà, on sait toujours ce qu’il faut pas faire, on sait pas forcément ce qu’il faut faire, mais voilà, c’est ça…

MF : Oui, j’avais envie de…Mais là encore, ça a commencé par l’écriture de l’album, donc fatalement la scène est différente puisque j’ai suggéré, moi, des choses avant, en tout cas mes changements intimes.

MC : Ceci dit, si je puis me permettre, le spectacle comporte la quasi ­totalité des nouvelles chansons mais dans sa globalité, ça ne représente que 40% et pourtant le spectacle a une tenue, c’est la même.

Il est quand même…

MF : J’ai eu envie d’abord d’évoquer le blanc, avec tout ce que ça peut évoquer pour l’autre, essayer de donner de la joie ; maintenant de la réflexion, bien évidemment, mais l’idée du show en soi : l’idée du show qui est quelque chose de à la fois factice, rapide mais quelque chose de fondé.

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MC : C’est toujours votre « Déjeuner de gala » sur Nostalgie. On est pratiquement en tournée, on parlait de votre disque, c’est la scène actuelle ­ ce soir vous serez à Nîmes. Cet écran géant, c’est votre idée ? C’est pour avoir un spectacle à deux vitesses, ce fameux show que vous venez de décrire et puis également qu’on puisse vraiment lire dans vos yeux ?

MF : D’une certaine manière, oui. Là encore, c’est peut ­être extrêmement narcissique mais c’est pensons aux personnes qui sont tout au fond et qui ne voient que des petites choses sur scène qui bougent, donc j’allais dire je me devais, non je ne me devais pas de le faire mais moi étant spectateur, c’est vrai que j’ai une frustration si je ne vois pas les yeux de la personne. Donc voilà pourquoi cette idée de l’écran géant et parce qu’il y a eu…

MC : Surtout quand ils sont jolis !

MF : (elle rit, un peu gênée) Et puis l’envie aussi de projeter des choses sur cet écran, parce que bien évidemment il n’y a pas que moi, évoquer l’abstraction et là encore, c’était une chose…

MC : Et vos sourires, on dirait ­ c’est peut ­être fait exprès ­ il y a des expressions très agréables qui nous propulsent vers le blanc…

MF : Là, c’est peut­ être la différence alors par exemple avec la première scène et la deuxième : sur la première, je n’aurais jamais pu avoir une caméra qui reproduise justement mon visage en gros plan. Ca, c’est quelque chose qui m’aurait mortifiée parce que peut­ être que je n’étais pas prête pour ça (il est à noter que pour les deux dates à Bercy en 1989, des écrans géants étaient pourtant placés de part et d’autres de la scène, nda) alors que là, c’est quelque chose que je…c’est sans doute ça, le vrai changement : c’est de devancer ça et de dire ‘Voilà, maintenant je vais vous donner aussi mes clignements d’œil, mes larmes, mes joies, mes sourires, mauvais ou bons profils, peu importe : je me livre !’ (rires)

MC : ‘Dieu vomit les tièdes’, ça c’est vous qui l’avez…

MF : C’est dans la Bible ! (rires)

MC : Oui, oui, je vous cite, je l’ai noté et je voulais rebondir là­dessus : vous êtes dure dans le travail ? Vous avez l’œil à tout ? Vous maîtrisez tout ?

MF : Maîtriser, je ne sais pas, mais en tout cas je fais en sorte, oui, de maîtriser le maximum. Dure, probablement ; pénible, à mes heures sans doute, mais maintenant je respecte l’autre, donc je pense que…

MC : Les réactions, lorsqu’il y a un point qui vous agace, elles sont spontanées ou réfléchies pour apporter la solution ou pour essayer d’imposer votre vision des choses ?

MF : Elles sont… Là encore, c’est pas aussi simple que ça. Je m’enflamme très, très vite ! Même si dans le fond, la réponse a été donnée tout de suite, parfois elle est un petit peu trop ­ je ne trouve plus le mot ! ­ démesurée, mais en tout cas elle est instinctive.

Diffusion de « Laisse le Vent Emporter Tout »

MC : « Laisse le Vent Emporter Tout », c’est Mylène Farmer, extrait de votre album « Anamorphosée ». Continuons ce « Déjeuner de gala » sur Nostalgie : on faisait référence tout à l’heure sur l’album aux guitares de Jeff Dahlgren. Est­ce qu’il y a eu d’autres ingrédients comme ça sur l’album et sur la scène que vous vouliez absolument avoir à vos côtés pour perdurer ce nouvel élan ?

MF : Sur la scène, oui : avoir des musiciens qui ont envie de jouer.

MC : Pourquoi ? Le contraire, ça existe ?!

MF : Oui, parce que dans ce métier, ça peut devenir une routine très facilement. On vient en studio, on fait une séance et on s’en va…Qu’il y ait une énergie centrale sur scène, qui sera la mienne puisque je vais être le point central, et à la fois des danseurs et des musiciens, s’il n’y a pas une osmose parfaite, en tout cas un réel désir commun, je crois que c’est quelque chose qui est à moitié gagné. Donc, outre les capacités et les talents de musicien, il y a aussi ce vrai désir de se dire qu’à chaque fois qu’un spectacle est quelque chose d’exceptionnel et qu’il faut tout donner.

MC : Cette osmose, on la ressent tout de suite ? Non, bien entendu, il faut du temps…

MF : Je crois que là encore, c’est plus l’idée de l’instinct qui vient quand on fait le choix des musiciens, et puis après je crois que c’est malgré tout à la fois et un travail et un partage. C’est ­à ­dire, c’est vrai qu’il y a beaucoup de moments, par exemple pendant les répétitions ­ que ce soit avec des danseurs ou avec des musiciens ­ il y a beaucoup de moments après la scène, avant le spectacle, à la cantine… Ca peut paraître ridicule, mais ce sont des moments qui sont importants à chaque fois parce qu’il y a une vraie ou communication, ou communion et que c’est là que se construit réellement ce que les gens vont ressentir sur scène.

MC : A la cantine, comment on se détend ? On parle de blagues ou on continue à peaufiner les détails, ou à se dire ‘Ca, c’était pas bien ; ça, c’était bien’… ?

MF : Il y a toujours ces choses­là qui surviennent, mais en général pour un tel spectacle, parce que c’est quelque chose qui est obligé d’être extrêmement calibré. Après vient le temps de…

MC : Ca doit être parfait avant qu’on l’ait commencé…

MF : Parfait : là encore, je me méfie un petit peu de ces mots en parlant de moi et de ce spectacle, mais en tout cas les choses techniques, par exemple, doivent être extrêmement étudiées, sinon on va à une catastrophe !

MC : Vous vous aimez, parfois ?

1996-05-bMF : (elle soupire, puis rit) Sans doute, oui. Sans doute…

MC : Vous aimeriez être l’amie de Mylène Farmer ?

MF : Posez­moi une autre question ! (rires)

MC : ‘De ce paradoxe je ne suis complice / Souffrez qu’une autre en moi se glisse’, héhé ! Est­ce que l’illogisme serait donc la seule logique possible ? Oh, c’est compliqué !

MF : Je vais avoir mal à la tête, bientôt ! (rire franc)

MC : On a bientôt fini, docteur ! C’est vous : en lisant vos chansons, en les écoutant ça inspire ce genre de…Mon imaginaire a fonctionné, vous voyez ! (Mylène acquiesce d’un murmure) Donc forcément, c’est vrai que vous avez peut­être des difficultés à y répondre. ‘Mais qui est l’autre’ ?!

Diffusion de « Et Tournoie… »

MC : « Et Tournoie… », c’est Mylène Farmer bien entendu, notre invitée aujourd’hui dans ce « Déjeuner de gala ». Je reviens sur la scène : c’est Paco Rabanne qui vous habille ­ vous voyez, j’ai tout noté parce que je peux pas tout me souvenir, moi ! ­ en 1989, c’était Thierry Mugler, qui avait fait aussi le clip de « XXL »…

MF : Oui…

MC : Il y a eu Gaultier sur le clip de « Je t’aime Mélancolie », Alaïa sur le clip de « Que mon Cœur Lâche », non c’est pas ça ?

MF : Oui !

MC : Bref, c’est une vraie collection ! C’est drôle…

MF : Oui, j’aime bien les couturiers !

MC : Vous jouez sur scènes avec ces tenues ? C’est une façon de vous… ?

MF : Oui. Là encore, j’ai travaillé assez longtemps avec l’équipe de Paco Rabanne.

MC : C’est une volonté de changer, comme ça, d’aller de l’un à l’autre qui ont quand même des styles très différents ?

MF : Oui. Encore que sur la première scène, à part deux ou trois tenues, Thierry Mugler n’était pas si en avant que ça : c’est­à­dire qu’il a accepté de prêter son talent mais de respecter aussi mon univers. Je fais allusion à « Tristana », par exemple, qui était des manteaux russes avec des écharpes, des gants : c’est pas très Thierry Mugler ! Maintenant, pour Paco Rabanne, l’idée c’était que ce soit près du corps, que ce soit ce qu’on appelle sexy… (rires)

MC : Et talons hauts, cette fois­ ci !

MF : Et talons qui sont très, très hauts ! (rires) Et Paco Rabanne, là encore ça fait partie des rencontres et des choses qui deviennent presque une évidence une fois que c’est choisi. C’est quelqu’un qui aime le blanc, c’est quelqu’un qui aime l’énergie, qui aime autant de choses qui avaient un rapport avec ce show.

MC : Dans le monde de la mode, dans le monde de la chanson, il y a forcément moult personnes qui essaient de vous approcher, non ? Des projets, vous devez en avoir !

MF : Mais non, pas tant que ça !

MC : Pourquoi ? Vous faites peur ?!

MF : Je ne sais pas ! Mais non, il y a pas tant de…

MC : Restons sur le domaine de la mode : il y a pas beaucoup de personnes au monde qui réclament autant de tenues pour une scène, et surtout des tenues qui sont mises en valeur, qui servent à quelque chose, non pas simplement à dire ‘Vous avez vu ? J’ai une belle tenue !’, donc forcément ça doit attiser les esprits fertiles !

MF : Mais non ! Alors, est­ce que c’est propre à ce pays ? J’en sais rien, mais c’est plus à soi à chaque fois de faire des démarches et d’avoir des désirs et d’aller vers l’autre plus que créer de réelles envies chez l’autre, non…

MC : J’ai juste noté, il y avait Baudelaire aussi, j’ai oublié, avec « L’Horloge », que vous aviez adapté sur l’album « Ainsi Soit Je… » : ‘Trois mille six cents fois par heure, la seconde chuchote : souviens toi’, ça, ça doit vous énerver, ça ! C’est pas vous, ça !

MF : (rires) C’est plus moi, ou j’essaye de ne plus l’être ! (rires)

MC : J’avais noté également, pour essayer d’en finir avec cet album, « Anamorphosée », sur « Mylène s’en fout », c’est la pureté à travers le jade, ce minéral chinois. La pureté, ça pourrait être aussi un mot pour vous définir ?

MF : Oh, là encore c’est un exercice que je ne ferai pas, tenter de me définir, donc je vous laisse ces mots ­là, mais le jade, l’évocation du jade qui évoque effectivement la pureté, l’idée aussi d’un matériau brut, d’un matériau qui n’est pas précieux mais qui devient avec le temps quelque chose de précieux ­ mais là je ne m’évoquais pas moi précisément !

MC : J’espère que ‘c’est sexy’, Nostalgie ! En tout les cas, c’est vrai qu’essayer de découvrir quelqu’un, essayer de percer le mystère, ça peut amener un grand risque : la déception. Je peux vous dire que vous êtes l’exception qui confirme la règle !

 MF : C’est gentil ! Je pensais exactement à ça, à savoir est­ce que je n’ai pas déjà trop parlé ?! (rires)

MC : Je voulais finir en vous paraphrasant : laissons le vent emporter tout, laissons Mylène prendre soin de tout. Voilà !

MF : (rires) C’est gentil à vous, en tout cas ! Merci !

MC : Merci beaucoup.

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UN MONDE ARTISTIQUE ET UNE CRITIQUE DISTANTES

Posté par francesca7 le 22 août 2014

 

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   Le relais essentiel de Laurent Boutonnat a toujours été la presse, qu’elle soit musicale, quotidienne ou de télévision. Rarement des magazines ou des revues cinématographiques se pencheront sur notre réalisateur pendant ses dix années de réalisation de clips. En revanche, comme un concepteur de films qui grandissent dans l’âme, Boutonnat sera souvent cité dans des critiques d’autres films comme une inspiration auxquels les cinéastes se seraient fiés. Ainsi certains critiques cinématographiques verront dans l’imagerie du Pacte des loups (Christophe Gance – 2001) une référence à Tristana (1987), souligneront les similitudes de traitement du scénario entre Firelight (William Nicholson – 1997) avec Sophie Marceau et celui de Giorgino (1994). D’après ces remarques on peut retirer une inspiration d’ordre imagière plus que narrative ou esthétique. 

Ce qui reste de Laurent Boutonnat pour la presse et le monde artistique semble être avant tout certains éléments graphiques. On n’a jamais vu Boutonnat se vanter de la nouveauté de sa narration ou de compositions d’images inédites ; la particularité de son cinéma réside simplement dans l’assemblage d’imageries décrites dans notre deuxième partie, de sa faculté à en tirer des atmosphères désespérées, des scénarios romantiques que peuplent des séquences oniriques. Les films d’autres auteurs, parmi lesquels les deux pré-cités, reprendraient de Boutonnat certaines de ses images, comme l’omniprésence des loups qui rodent dans la neige, la mythe de la femme enfant, l’utilisation dramatique de la glace se formant à la surface d’un lac et des jeux d’acteurs tout en nuances de Giorgino, et surtout d’une atmosphère, d’un climat lourd mêlé de désespoir dont le cinéaste ne s’est jamais séparé. Le premier article ayant pour seul objet Laurent Boutonnat est tiré du quotidien Le Matin de Paris181. L’accent de l’article est porté avant tout sur le budget exceptionnel qui sera en passe d’être alloué pour la première fois à un clip français (10 500 Euros) et au soin cinématographique porté à la réalisation. 

Laurent Boutonnat qui avait sans doute vendu la peau de l’ours avant de l’avoir tué se vit refuser les crédits relatifs au tournage de la deuxième version de Maman à tort une semaine après la parution de l’article. 

Les motifs invoqués par la maison de disque parlent d’un précédent vidéo-clip déjà tourné en catastrophe par Boutonnat sur un plateau de télévision en cinq jours et déjà en forte diffusion dans les émissions spécialisées. Pour une somme de 116 Euros seulement, il avait réalisé, avant même que le 45 Tours ne sorte dans le commerce, une vidéo interprétant les paroles de la chanson en plans fixes, à la mise en scène immobile. Le long clip sur lequel le réalisateur travaillait était, à en croire son story-board, proche de qui allait devenir son style mais mettait malheureusement de côté l’expérimentation narrative dont le premier essai faisait preuve. Dès la première sortie dans le commerce d’une de ses compositions, Boutonnat par cet article fait déjà parler de lui avant tout par son clip. C’est grâce à cette opportunité de mettre en scène perpétuellement la chanson et son interprète de manière ludique que Boutonnat reste si longtemps loin de ce qui est considéré comme le “vrai” cinéma de salles obscures. Il le confirmera lors de la sortie de Libertine : « Finalement une chanson c’est quelque chose d’assez simple. Mais travailler autour de la chanson, ça c’est réellement passionnant. » Les articles suivants relatifs à Boutonnat se consacrent davantage à son travail de composition et surtout d’arrangement de chanson, comme l’article élogieux de Rock & Folk début 1986. 

On trouve à cette époque les articles relatifs à son travail de cinéaste dans les magazines musicaux, où il est souvent l’objet des pages consacrées aux nouveaux clips. C’est à un magazine traitant de musique autant que de cinéma ou de culture contemporaine qu’il donne sa première interview en avril 1986 pour le clip de Plus Grandir183. Boutonnat avait pour l’occasion organisé deux premières dans deux cinémas de la capitale à laquelle il avait invité la presse cinématographique et musicale. Seule la première catégorie aura répondu présente et se sera fait le relais de cette nouvelle initiative pour un réalisateur de clip. Le milieu cinématographique, lui, reste muet. 

Starfix offre quelques mois plus tard sur deux pages un compte rendu du tournage de Libertine en l’intitulant : «Clip ou film? Les deux. Mylène Farmer inaugure le genre». Le futur assistant réalisateur François Hanss analyse pour la première fois les moyens inhabituels mis à disposition d’un clip et les attributs cinématographiques qu’il adopte. Laurent Boutonnat aura sans soute compris par la suite la nécessité d’insister sur l’aspect cinématographique de ses clips afin de faire de leur sortie à chaque fois un nouvel évènement médiatique. La diffusion télévisée en exclusivité à des horaires exceptionnels de chaque nouvelle production servira à en faire des purs spectacles de divertissements familiaux et non plus destinés au public d’un genre musical particulier. Malgré cette exposition totalement nouvelle pour des clips, la presse et le milieu cinématographiques ne trouveront toujours pas en 1988 de bien fondé à l’analyse d’un tel phénomène.

 

ptg02164000 Peu enclins à tisser d’étroites relations avec le milieu musical français, Laurent Boutonnat et Mylène Farmer, lauréate de la remise de la victoire de la musique de l’interprète féminine de l’année 1988, refusent l’interprétation sur scène de leur succès du moment, comme c’est pourtant la coutume dans cette soirée. Interrogé le lendemain par la presse, Bertrand LePage  expliquera le refus d’une phrase laconique et provocante : « Mylène Farmer ne chante pas avec un orchestre de bal ». Par la suite souvent renommés, notamment en 1991 pour le clip de Désenchantée et en 1996 pour le concert, Laurent Boutonnat et Mylène Farmer ne recevront plus de trophées des mains de la profession, raflant pratiquement tous ceux remis dans d’autres soirées par des votes de public. Depuis sa jeunesse, la volonté de Boutonnat a toujours été de faire du cinéma, ou du moins avoir l’occasion d’en faire. Le clip s’est alors présenté comme une opportunité de porter à l’écran un imaginaire qu’il n’avait pas la possibilité de transmettre par d’autres médiums. Que les milieux respectifs auxquels ont pu toucher le clip, c’est à dire la musique, la télévision et le cinéma, répondent plus ou moins fort à son travail semble importer peu au cinéaste. Jean-Louis Murat qui travaille sous sa direction en 1991 pour Regrets dira de lui plus tard qu’il « filme du morbide pour s’amuser. Lui-même est les premier étonné que ça marche. » Laurent Boutonnat bénéficie donc dès 1888 d’une place à part chez les réalisateurs de clip, ses productions étant diffusées à de grands horaires d’écoute et en étant intégrées dans des shows de divertissements populaires. 

Sans doute par peur d’être considéré comme un réalisateur de télévision qui, après avoir transgressé avec succès les lois de sa forme devait à nouveau subir des règles strictes de diffusion, Laurent Boutonnat délaisse ses récits en forme de contes pour revenir à des images moins admises à la télévision et à des sujets moins “familiaux”. Laurent Boutonnat se lance donc dans des clips plus violents comme Sans Logique, et surtout Pourvu qu’elles soient douces. Ce dernier fut censuré à la télévision de la moitié de sa longueur pour plusieurs causes : la raison officielle invoquée était l’apparition à plusieurs reprises de l’interprète de la chanson entièrement nue. A cela s’ajoutait une longue bataille très sanglante occupant la moitié de la durée. Longue période pendant laquelle la chanson pourtant objet central du clip, était totalement absente de la bande sonore et laissait la place à une musique militaire accompagnant la représentation de la mort de dizaines de soldats français et anglais.

jacquou_makof35Inutile de préciser que la durée exceptionnelle de ce clip le rendait invendable en télévision. Signature d’une volonté évidente d’être associé davantage à la liberté du grand écran qu’à l’asservissement du petit, le cinéma de Boutonnat s’étire, se teinte de violence et de thèmes subversifs. Plus que jamais il se veut en auteur se passant de l’unanimité du public et de sa profession, et non plus en réalisateur de clips consensuels, cantonné aux émissions marginales destinées aux jeunes consommateurs. C’est parallèlement à Pourvu qu’elles soient douces qu’il entreprend la préparation du film du spectacle qui aura lieu un an plus tard. Là encore, le métrage long qui en sortira ne sera pas destiné à la télévision et le soin apporté à sa réalisation et à son scénario témoignera d’une grande envie de sortie sur grand écran. Alors que les revues de cinéma continuent de se cantonner aux films sortant officiellement en salles, la presse télé couvre largement dans ses pages les censures des clips de Laurent Boutonnat en montrant des photographies de plateau en extrait. Les mêmes causes produiront les mêmes effets en 1992 lors de la censure très commentée dans la presse de Beyond my control. Laurent Boutonnat se sera servi du média télévisuel autant pour promouvoir les chansons qu’il composait que les clips qu’il réalisait. Le fait de s’en éloigner de manière régulière a eu pour effet de placer le réalisateur dans un flou entre la télévision et le cinéma. Mélangeant les formes, les genres, les institutions et les moyens de diffusion, Boutonnat est resté un cinéaste insituable durant de nombreuses années. Et si la presse musicale et télévisuelle a reconnu quelquefois en lui un auteur à part entière renouvelant partiellement la forme du clip, le monde cinématographique a continué d’ignorer non seulement son travail, mais aussi l’entièreté d’une forme filmique chez laquelle bon nombre de nouveautés narratives, esthétiques et plastiques continuent régulièrement d’apparaître.

 

EXTRAIT DU LIVRE DE Jodel Saint-Marc  « Le Clip en tant qu’œuvre Cinématographique / aux éditions Sorbonne Nouvelle en août 2003 

 

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Décor Boutonnat-Farmer

Posté par francesca7 le 11 février 2014

 

images (19)Mylène écrit le texte de Plus Grandir sur une musique de Laurent. Celui-ci réalisera le clip dans lequel ont retrouvera des traces de sont éducation religieuse chez les jésuites. C’est Polydor, fraîchement racheté par le mastodonte Universal, qui décide de miser sur Mylène et Laurent alors qu’ils n’ont encore aucun succès à leur actif. La confiance est là et il en faut un minimum pour pouvoir progresser. Justement, cela viendra très vite avec le premier album de Mylène Farmer Cendres de lune sorti en 1986, presque entièrement conçu par Laurent. Il signe la pochette, la musique et quasiment toutes les paroles. Le clip phare de l’album réalisé également par ses soins est bien sur Libertine. Sa diffusion est favorisée par l’arrivée récente des nouvelles chaînes privées française comme la musicale TV6 (ancêtre d’M6). C’est sur TV6 que le grand public a pu découvrir les images sulfureuses du clip. Le titre fait la meilleure entrée dans le top 50 télévisé par Canal + en se plaçant directement 43ème. D’autres chansons moins connues telles Vieux bouc ou Chloé restent inoubliables. Le truc de Laurent vient des instruments et notamment des samplers. Il leur donne d’ailleurs des petits noms comme « Les moines fous du Tibet » pour désigner des chants grégoriens ou plus tard « Paul Ramirez del piu » représentant sur les prochains albums des sons créés par Laurent (flûtes, harpes, percussions, bagpipes). Les albums se suivent, Ainsi soit je… puis l’autre… Laurent qui instruit lui-même ses claviers un a nouveau programmateur: Patrice Rouillon-Tersoff de Gironville. C’est homme au pseudonyme à coucher dehors sort en fait de l’imagination de Laurent car c’est lui seul qui est au commandes. Ce délire fait peut-être rire Laurent uniquement mais si ça lui plaît…  

 

Le décor Boutonnat-Farmer est désormais planté. Fin 1987 marque la sortie du second album Ainsi soit je… et Laurent profite de l’occasion pour créer sa propre société de production discographique, Toutankhamon SA (qui a cessé depuis toute activité). TV6 est défunte mais le clip Sans contrefaçon fait bien plus que son bonhomme de chemin sur d’autres chaînes. Ainsi soit je crée également l’événement. Puis vient le tour de Pourvu qu’elles soient douces. C’est la consécration avec un film durant pas moins de 17 »52. Ce clip écrit par Gilles Laurent  sera nominé aux victoires de la musique. C’est ce même Gilles Laurent qui travaillera sur les ébauches du film Giorgino que Laurent Boutonnat lui présente. Ils collaboreront ensemble sur le long métrage pendant quatre ans. Une proposition de financement du film eut lieu puis vite abandonnée. Laurent décide alors de remanier l’histoire du film. Il prépare ensuite la future scène de Mylène pendant qu’elle s’occupe de la promotion de l’album. Laurent Crée la société Heahtcliff SA qui lui permettra de produire la tournée ainsi que ses prochains films. Le Tour 89 est lancé et pendant deux semaines se joue à guichets fermés au Palais des Sports de Paris. Le spectacle se déplacera ensuite pour soixante dates dont deux à Bercy compte tenu du succès parisien rencontré à la porte de Versailles. Laurent emploie les grands moyens et filme le spectacle durant deux soirs à Bruxelles. D’autres scènes seront ajoutées plus tard au film du concert.

6 octobre 1989 : Laurent et Mylène lancent la société Requiem Publishing qui édite depuis tous les disques de Mylène. L’album L’autre… est justement en préparation. Puis vient le temps des tournages comme Désanchantée en dans le froid hongrois du mois de février 1991. Laurent y prend des repérages pour son prochain film Giorgino. C’est Laurent Boyer qui réservera à Mylène et à l’album un accueil promotionnel chaleureux dans son « Fréquenstar »sur M6. Laurent sera nominé pour la troisième fois aux victoires de la musique en tant que réalisateur pour le clip Désanchantée. Dans cet album, il y a un duo inattendu avec Jean-Louis Murat pour le titre Regrets, qui fait l’objet d’un clip.

images (20)1992 : Laurent se consacre principalement à son film Giorgino. Il tournera néanmoins les clip Je t’aime mélancolie et Beyond my control. Ce dernier sera le dernier clip pour Mylène pendant quelques années. Le tournage de Giorgino débute en décembre 92. Mars 1993 marque le montage et l’écriture de la musique, après un tournage éprouvant et épuisant. Laurent retourne en Europe de l’est afin d’enregistrer la musique avec l’orchestre philharmonique de Pragues. La post production de Giorgino se terminera en août 1994. Après deux ans de travail, le film au cinéma le 5 octobre 94. Le film et Laurent sont littéralement descendus par la critique. Le succès, lui, est plus obscure que les salles et ne se présente pas au rendez-vous. Laurent est profondément blessé et cela va se ressentir dans la relation professionnelle qu’il entretien avec Mylène. Le duo décide d’arrêter leur collaboration cinématographique en préservant le côté musical. Mylène part seule en Californie et Los Angeles devient sont nouveau lieu d’inspiration.

 

Mars 1995 : Départ de Laurent pour la cité des anges. Il rejoint Mylène et lui compose la musique du futur album Anamorphosée. Laurent ne réalisera pas les clips. Trève de commentaires sur l’esthétisme et la collaboration avec Marcus Nispel (nous avons évidemment été habitués à mieux) il y a quand-même la griffe humoritique de Luc Besson qui mettra Que mon cœur lâche en images.

 

1997 : Laurent Boutonnat, qui privilégie un temps son côtéaffairiste à  sa carrière artistique, fonde Caliphora S.A, une société de production dédiée à sa nouvelle égérie Nathalie Cardone. Une décision professionnelle qui n’a pas manqué de froisser Mylène. Une crise s’installe entre les deux compères. Par ailleurs, exit les autres sociétés de Laurent Boutonnat, Heathcliff et Toutankhamon qui cesse leurs activités. C’est la valse des créations d’entreprises puisque Mylène produit désormais ses disques via Stuffed Monkey. 

 

1999 : Innamoramento sort, c’est le cinquième album studio de Mylène. Laurent y compose neuf titres. L’album est comme pour les quatre premiers un succès et sécoule à plus d’un million d’exemplaires. Laurent ne réalisera là encore aucun clip de l’album et se révèlera absent de la tournée le Mylenium Tour. Il ne réalisera donc pas le film du concert laissé aux bons soins de François Hanss. L’entourage proche ainsi que des fans se posent des questions concernant la continuité de leur relation.

 

2000: Laurent étend ses activités d’homme d’affaires en créant L.B Société Civile Immobilière qui gère la vente de biens immobiliers. Laurent souhaiterait-il tourner la page artistique? Cela pourrait le laisser penser car c’est quand-même un tournent radical! Rien à craindre car Laurent et Mylène produisent en mai la toute jeune Alizée via la société Requiem Publishing. Mylène écrit les textes et Laurent se charge de la musique. L’albumGourmandises sort en juillet soit deux semaines avant Innamoramento.

 

2004 : Laurent est de retour sous un nouveau jour, il produit le nouvel album de Kamal Kacet, un artiste kabile. Puis c’est le grand départ pour le tournage de son dernier long métrage, une adaptation du roman d’Eugène Le Roy, Jacqou le Croquant dont la sortie en salles est prévue pour le 12 octobre 2006. C’est un défi et une quête de reconnaissance pour laurent, après l’échec cuisant de Giorgino. Il a un talent atypique certes mais qui doit sortir de l’ombre. Justement, Avant que l’ombre… est le prochain album de mylène et laurent travaille avec elle en studio. Il assurera également la conception et la régie des concerts de janvier 2006 à Paris-Bercy. La scène sera si grandiose qu’elle ne pourra être transportable et restera donc plusieurs dates  au même endroit. C’est l’effervescence, Laurent, frénétique, se trouve au milieu d’une armée d’ingénieurs du son et dansotte, prend des notes, rallume sa pipe parmi les ordinateurs, les consoles et la technique digne d’un épisode de Star Wars.

 

2007 : Le 17 janvier marque la sortie de Jacqou le Croquant, avec un peu de retard mais il faut bien ça pour Laurent l’alchimiste perfectionniste. Ce film est une très belle œuvre et la consécration est cette fois au rendez-vous.

  

Mylène Farmer incarne la plus belle rencontre de Laurent Boutonnat. Leur relation, très intense, a donné lieu à de nombreuses rumeurs sur une éventuelle liaison amoureuse. Celle-ci n’a cependant jamais été confirmée. Il s’agirait plutôt d’un affectif « frère – sœur ».

 

Si Laurent Boutonnat est incontestablement un grand réalisateur français et un compositeur exceptionnel, il n’a pas obtenu une place de choix auprès des médias, de la profession et du grand public. Mais désire-t-il vraiment être acclamé et adulé comme certaines mégastars du show biz ? Bien sur que non, ce n’est pas dans son tempérament. Laurent a gardé son âme d’adolescent prodige et il a besoin qu’on comprenne ses créations, juste d’un peu de reconnaissance.

 

extrait d’un article de Stéphane Pichet sur http://www.myleniumarte.eu/

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L’histoire Désenchantée de Mylène F.

Posté par francesca7 le 1 novembre 2013

 Désenchantée est une chanson de Mylène Farmer, écrite par Mylène Farmer et composée par Laurent Boutonnat, sortie en 1991.

Histoire

L'histoire Désenchantée de Mylène F. dans Mylène AU FIL DES MOTS images-3En 1990, Mylène Farmer poursuit l’exploitation de l’album En concert ainsi que de la VHS. La fin de la tournée a été une période déstabilisante pour l’artiste : « C’est un moment de vide, et non pas de doute. Une absence d’idées quant à une écriture pour un autre album. C’est pour cela que j’ai laissé passer un peu de temps avant de me remettre à écrire. C’est difficile d’envisager d’écrire après un moment pareil…Le retour au quotidien a été un peu à l’image d’une dépression, mais j’étais quand même relativement entourée. Mais tous ces états de choses très puissantes et puis rien, c’est presque inhumain. Tout artiste est amené à vivre cela heureusement -ou malheureusement… »

Mylène Farmer profite de cette période pour lire, apprendre à conduire et perfectionner son anglais. S’ensuit l’écriture et l’enregistrement de son nouvel album pendant cinq mois. « Désenchantée » a connu quatre versions différentes, Laurent Boutonnat et Thierry Rogen ne parvenant pas à l’arranger comme ils le souhaitaient. Laurent Boutonnat a même envisagé d’abandonner cette chanson.

Le single est disponible le 18 mars 1991 et entre à la douzième place du top 50 pour atteindre la première place dès la troisième semaine. Il restera numéro 1 pendant neuf semaines consécutives.

Le 7 avril, une interview de Mylène Farmer par Laurent Boyer sur le plateau du tournage du clip de « Désenchantée » est diffusée. Les premières images de ce clip avaient été diffusées une semaine avant dans Télé 7 Jours.

En 2005, elle a également été la chanson française la plus diffusée dans le monde.C’est le premier single extrait de l’album L’autre…, le second n°1 en France pour Mylène Farmer et son plus gros succès single, qui dépassa les frontières françaises (n°1 en Belgique, n°3 aux Pays-Bas, n°16 en Autriche…). Restée 9 semaines N°1, « Désenchantée » a été la chanson la plus diffusée en 1991, et celle qui a rapporté le plus de droits d’auteur. Elle s’est vendue à plus de 1 300 000 exemplaires.

Désenchantée a été repris par la chanteuse belge Kate Ryan en 2002.

Le clip a été réalisé par Laurent Boutonnat et tourné à Budapest, dans une usine désaffectée (aujourd’hui détruite) et dans la plaine Apaj Puszta, du 18 au 23 février 1991. Cent dix neuf figurant ont été employés, dont des enfants venant d’écoles de Budapest, mais aussi de foyers d’handicapés, ou encore de foyers de réinsertion : « On voulait beaucoup de figurants et on voulait surtout des enfants qui portent quelque chose de grave dans le visage, dans le regard. ». Une grande partie de l’équipe technique est hongroise, seules douze personnes viennent de France. Le montage a été effectué en France et Laurent Boutonnat a composé une musique spécialement pour le générique de fin. Mylène Farmer est habillée par Thierry Mugler. Le 23 février 1991, le chanteur Jean-Louis Murat a rejoint l’équipe afin de tourner le clip du prochain single, « Regrets ». Des scènes avec des squelettes ont été tournées mais n’ont pas été retenues lors du montage.

La première diffusion du clip a eu lieu sur Antenne 2 le 3 avril, dans le cadre de l’émission NRJ-A2.

Le clip a été nommé aux Victoires de la musique en 1992. Cette victoire a été remportée cette année-là par Les Inconnus avec le clip « Auteuil, Neuilly, Passy ».

Synopsis

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Un garde revêche traîne Mylène Farmer, cheveux courts et casquette sur la tête, dans un camp de travail. La jeune femme est accueillie comme il se doit par ses congénères : jets de pierres et de boules de neige, puis ils prennent la fuite. Au passage, un petit garçon (Adil Med Mejrhirrou,11 ans, un élève d’une école française de Budapest) jette la casquette de Mylène par terre et lui donne un coup de pied. Un garde vient la relever et l’accompagne au dortoir. Mylène y retrouve le petit garçon, qui partage une cigarette avec elle… La scène suivante nous montre tous ces captifs au travail, sous le contrôle des gardes, en train de transporter des sacs qui semblent bien lourds. Si lourds que le petit perd l’équilibre et tombe au sol. Un garde vient le relever et l’emmène avec lui. Au moment du repas, Mylène croise son regard. Il a un œil tuméfié par les coups… La soupe servie est plutôt misérable. Mylène y trouve un cafard, qu’elle contemple d’un air dégoûté, avant que son voisin ne lui prenne et l’engloutisse. Révoltée, elle se lève et se rend devant le garde pour se plaindre de la nourriture. Sous le regard ravi de la matonne (Erika Francz Jánofné), il lui décoche un grand coup au visage. Mylène se retourne alors et monte sur les tables, envoie valser les lampes, et retire le bois qui cloisonne les fenêtres. Peu à peu, les autres prisonniers la suivent et se mettent à taper sur les tables, à crier, à se révolter. Mylène assomme le garde, tout le monde se déchaîne. Tous les captifs courent et s’échappent. Ils prennent leur vengeance en rouant de coups les gardes qui ont le malheur de les croiser, ou même en les mitraillant. Mylène est à la tête du groupe de révoltés, qui s’enfuient en courant. Ils arrivent devant une grande étendue de neige. Ils courent, courent… Puis ils s’arrêtent. Devant eux, la neige s’étend à perte de vue. Ils n’ont aucun endroit où aller. La fuite ne mène nulle part.

Versions

Deux versions du clip seront proposées aux télévisions. Une version courte d’environ six minutes et une version intégale de 10’12. Il est très intéressant de comparer les fins de ses deux versions qui offrent deux visions totalement divergentes du clip. La version courte se termine sur des images de prisonniers victorieux de leurs bourreaux et recouvrant la liberté. La version intégrale montre Mylène et ses compagnons faisant face à un paysage enneigé, désolé semblant infini et ne leur offrir aucun avenir. Ils choisissent de poursuivre leur marche vers cette liberté tant désirée mais qui semble à présent rimer avec la mort.

Analyse

Nombreux seront ceux qui attribueront un sens politique à la chanson. En effet, le titre sort dans une période de grande morosité en France. On parle beaucoup des déçus du mitterrandisme, François Mitterrand ayant été réélu président de la République en 1988 suite à une campagne qui avait particulièrement séduit les jeunes, campagne portée par le slogan « Génération Mitterrand ». Pour Mylène Farmer, qui se situe « hors du temps, hors de l’histoire » il n’y a pas de revendication politique dans ce texte : « Cela n’implique que moi. Je ne dis pas que l’époque est « désenchantée ». Mais que mon regard sur la vie, sur les choses l’est. C’est Mylène Farmer qui est désenchantée. Ma demande est fondamentalement narcissique, égotiste. Je ne peux pas prôner le négativisme, en l’affirmant. Ce n’est pas pessimisme que de penser qu’on est en 91 devenu plus lucide, davantage conscient de ses désillusions qu’auparavant. Dès sa naissance, je crois que l’on subit sa vie, sa mort. En la matière, on ne peut être fondamentalement interventionniste. J’ai un problème avec la vie, mais je vis, alors tout ne va pas si mal que l’on croit. »  Pour Laurent Boutonnat, la chanson est « un coup de projecteur sur une génération en mal de futur ».

Interprétation en direct

Mylène Farmer a interprété ce titre cinq fois à la télévision, dont une fois en Italie. En concert, la chanson a été interprétée lors des tournées de 1996, 1999-2000 et 2009 (où elle fait office de final pour les concerts en stade), ainsi que lors des treize concerts à Bercy en 2006.

Anecdotes

  • Désenchantée aurait inspiré le titre Disappointed du groupe Electronic.

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Mylène Farmer dans la profession

Posté par francesca7 le 3 août 2013

 

Mylène Farmer dans la profession dans Mylène et des CRITIQUES images-9Dans la profession Ne souhaitant pas se mêler au monde du show-business, Mylène Farmer refuse systématiquement de se déplacer aux remises de prix accordés par la profession, depuis sa Victoire de la musique reçue en 1988 : face à l’hypocrisie ambiante en coulisses, elle annule sa prestation au dernier moment et déclarera peu après : « J’ai passé des heures en coulisses pour les répétitions de cette soirée. Tout le gratin du show-business était là et ces gens m’ont écœurée. Ils se détestent tous. J’étais triste d’avoir été récompensée et reconnue par ces gens-là. Ce sont les Victoires de l’hypocrisie ! »

Récompensée en 2005 du prix de « l’Artiste féminine des 20 dernières années », la chanteuse, absente, se contentera d’un communiqué laconique adressé à la profession, dans lequel elle leur rappelle que son dernier single s’intitule Fuck Them All. Dès lors, fait unique, elle demandera elle-même à ne plus être nominée. Pour autant, beaucoup d’artistes avouent être des admirateurs. Selon Charles Aznavour, « cette femme a tous les dons ». Michel Polnareff déclare « l’aimer beaucoup, sur le plan professionnel et personnel (elle fait des spectacles remarquables, de la vraie production à niveau international) », tout comme Michel Sardou (« Elle me plaît et m’attendrit. Je sais combien elle s’investit dans ses spectacles, et chapeau pour son respect du public. Elle ne joue pas à l’économie » et Johnny Hallyday, qui salue son travail et le fait que « elle ne touche pas d’argent lorsqu’elle part en tournée, tellement ses spectacles lui coûtent chers ». Line Renaud souligne « quelqu’un de rare, dans tous les sens du terme », Julien Clerc qualifie son travail de « toujours intéressant, avec un art savant de la mise en scène et une vraie direction artistique, des textes intéressants et de belles musiques », tandis que Juliette Gréco affirme :

« elle est sans cesse en recherche. Elle a une place particulière, totalement originale par son silence, la perfection de son travail. On a l’impression d’être face à une enfant à la fois féroce et surdouée ». Selon Lara Fabian, « elle a réussi ce que peu d’artistes ont réussi au fil des années : rester elle-même et innover à chaque fois ». Pour Jean-Louis Murat, « Mylène et Laurent sont les deux personnes les plus estimables que j’ai rencontrées. Je les adore et les respecte infiniment.

Ce sont les plus intelligents. D’une intelligence à la Warhol ». La jeune génération la cite souvent en référence, comme Nolwenn Leroy (« Elle a tout compris, et a su garder une cohérence au fil des ans. Cultiver le paradoxe d’être une immense star tout en restant simple, sensible, à fleur de peau »), Julien Doré (« un show hyper-rodé, un son qui déchire sa mère, une énorme machine en mouvement – ce qu’on voit d’habitude avec des artistes étrangers, pas avec des français »), le rappeur Disiz La Peste (« J’admire la manière dont elle a créé son image et bâti sa carrière. C’est plutôt bien fait, là où je trouve que Lady Gaga est très fake. Ce n’est pas raffiné du tout, alors que Mylène Farmer a fait dans le raffinement. Elle a toujours été à part, dans son coin ») ou encore Shy’m (« Comme Madonna, elle a réussi à durer, à traverser les époques. Elles ont fait des choses marquantes, ont osé, sans rester dans le moule »). Si elle reste peu connue à l’étranger, plusieurs personnalités reconnaissent suivre sa carrière, à l’instar de Madonna (qui a même tenu à aller voir Giorgino à sa sortie), Elton John (« La première fois que je l’ai entendue, j’étais bouleversé. Je lui porte une grande admiration. J’aime sa voix, ses maux, sa façon de bouger.

She’s so French ! »), le groupe Muse (« Nous avons été la voir en concert et en sommes ressortis totalement sous le choc tellement le spectacle était beau. Cette femme a un charisme énorme et l’ambition de proposer des choses énormes. C’est vraiment une artiste que nous aimons beaucoup »), l’écrivain Salman Rushdie (« Ses textes, entre mélancolie et sensualité, souffrance et abandon, m’émeuvent. Sa voix, moitié de ce monde, moitié d’ailleurs est étonnante ; c’est la voix d’un ange déchu »), Enrique Iglesias (« J’aime beaucoup sa voix et la façon dont elle conçoit ses spectacles. Elle est incroyable et tellement créative »), George Clooney, Luz Casal, Kylie Minogue ou encore Seal (« Elle est l’essence pure de l’Artiste »).

L’icône ou la stratégie du silence La « stratégie du silence » de Mylène Farmer a été longuement évoquée par les médias. L’artiste n’accorde effectivement que très peu d’interviews et apparaît rarement à la télévision, expliquant cette faible présence médiatique par sa « nature profonde »: se sentant « plus à l’aise sur scène qu’à la télévision », elle reconnaît être de nature très discrète et détester parler d’elle-même. Depuis ses débuts, elle développe sa créativité au-delà de la production musicale et de son métier de chanteuse, s’exprimant à travers des domaines comme le cinéma (clips scénarisés, filmés en 35 mm), la scénographie, l’écriture (avec un conte dont elle est l’auteur), la peinture et le dessin, et de manière plus classique pour les chanteurs de la musique pop : la chorégraphie, l’habillement, le design…

L’écrivain Amélie Nothomb confie : « Pour avoir côtoyé Mylène, je pense qu’elle cultive l’inaccessibilité qui la caractérise. Mais je crois aussi qu’une part lui échappe. J’ai pu m’apercevoir que, lorsqu’elle est cordiale, et elle peut assurément l’être, on sent quand même, quelque part, une muraille de glace. Il semblerait qu’elle n’y puisse rien. Attention, loin de moi l’idée de présenter Mylène Farmer comme une victime. Mais cette muraille de glace, sans doute, la rend prisonnière de quelque chose. » En 2001, elle confie quant à sa discrétion médiatique : « Je n’ai pas fait ce métier pour être connue mais pour être reconnue »

Fabien Lecoeuvre parle de Mylène farmer

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Spectacle et chansons du Live Bercy de Mylène

Posté par francesca7 le 9 avril 2013

Spectacle et chansons du Live Bercy de Mylène dans Mylène AU FIL DES MOTS bercy-210x300

 

En 1997, qui dit nouveauté dit changement d’équipe. Mylène fait table rase du staff des concerts de 1989. Hormis Laurent Boutonnat pour la conception du show et Thierry Suc pour la production, la chanteuse s’entoure de nouveaux visages ; Yvan Cassar (direction musicale et claviers), Jeff Dahlgren et Brian Ray (guitare), Jerry Watts Jr (basse), Abraham Laboriel Jr (batterie) et Susie Devis (claviers et percussions). Côté danseurs et danseuses, le public découvre augustin Madrid Ocampo Jr. Roberto Martocci, Jermaine Browne, Brian Thomas, Thomas Mariano et les danseuses-choristes Donna De Lory  et Valérie Bony. A noter que le danseur Christophe Danchaud travaille encore à ce jour avec Mylène et que la rivale de Libertine, Sophie Tellier, sort ici et définitivement de l’univers Farmer, par choix, comme l’a expliqué Tellier. Les chorégraphies, quant à elles, sont créées par Mylène Farmer, Christophe Danchaud et Jaime Ortega. Signalons aussi les nouvelles choristes Carole Rowley et Esther Dobong ‘ Na Essienne. Une partie de cette équipe toute neuve suivra désormais Mylène en tournée et lors des shows de 1999-2000. Les costumes eux aussi ont évolué : Thierry Mugler est remplacé par le génial et avant-gardiste Paco Rabanne. Il concocte pour Mylène de magnifiques tenues sexy et lumineuses argentées et blanches. Les décors sont très réussis également ; conçus par Jean Michel Laurent et Xavier Grosbois (L&C Design), ils se caractérisent par un écran géant (le plus imposant d’Europe), une araignée gigantesque où Mylène viendra se percher pour chanter Alice, et l’avant d’un train pour le final sur XXL.

Côté track-listing du concert, Mylène fait un savant mélange de ses quatre albums tout en privilégiant tout de même le dernier, Anamorphosée. De Cendres de Lune, elle chante Libertine, l’Ainsi soit je. Elle chante Sans contrefaçon et Ainsi soi Je… (pour certaines dates), de l’Autre… elle chante l’Autre, Je t’aime mélancolie et Désenchantée, et d’Anamorphosée elle interprète Vertige, California, Et tournoie . L’instant X, Alice, Comme j’ai mal, Mylène s’en fout, Rêver, Laisse le vent emporter tout, Tomber 7 fois.. et XXL . Soit l’intégralité de l’album, excepté Eaunamisme.

Reste Que mon cœur lâche, single sorti en 1992. Une belle surprise attend les spectateurs de Genève et Paris (et uniquement ceux-là), puis que Mylène interprète en duo avec Khaled La Poupée qui fait non, reprise du tube de Michel Polnareff de 1966. Le succès est total (même si la tournée n’st pas « sold out » comme en 1989) et sera l’occasion d’un disque et d’une VHS ainsi que d’un Laser Disc (le DVD sortira en 2000 – Mylène Farmer Live à Bercy, Polydor 0548502). A noter que sur la vidéo (réalisée par Laurent Boutonnat et François Hanss), le spectacle est dédié à Jean-Loup : Mylène rend ainsi hommage à son frère aîné, mort dans un accident le 26 octobre 1996. Sorti le 21 mai 1997, le CD du concert connaîtra un succès foudroyant avec près de 900 000 exemplaires vendus ; Un record absolu pour un Live, tous artistes confondus.

LA POUPEE QUI FAIT NON – (avec Khaled) – C’est pour une émission de télévision que Mylène enregistre un duo avec le chanteur algérien Khaled. C’est le troisième duo de toute sa carrière (après Frantz avec Guy Béart et Regrets avec jean-Louis Murat). Le 24 octobre 1996, alors qu’elle fait une pause forcée pendant sa tournée, Mylène accepte de venir chanter dans l’émission de TF1 « Tip Top ». Outre une courte interview, elle chante Comme j’ai mal et en duo, La Poupée qui fait non, reprise de Michel Polnareff.

Dans le magazine Instant Mag (n° 15, automne 2003), Thierry Rogen, ingénieur du son, se souvient de l’enregistrement : « J’ai aussi participe au single La Poupée qui fait non avec Khaled, où là, Laurent Boutonnat était complètement absent. L’enregistrement s’est fait ici, au studio (Les studios Méga à Suresnes) dans la bonne humeur. Ça a été très rapide, Mylène et Khaled se sont vus quatre heures en tout et pour tout ! » Un enregistrement éclair donc pour une chanson qui colle bien aux deux univers. D’autant que Mylène a toujours déclaré aimer Polnareff et connaître ce titre depuis l’enfance. La Poupée qui fait non fut chantée par Michel Polnareff en 1966 – c’est même son premier disque (EP La poupée qui fait non, Chère Véronique, Beatnik, Ce que je cherche, AZ 1024). Cette chanson de Franck Gérald sera un immense succès et permettre à Polnareff de débuter dans la chanson aux côtés de Sylvie Vartan Johnny Hallyday ou Claude François. Les paroles, comme c’était souvent le cas dans les années 1960, sont gentillettes : l’histoire d’une jeune fille (une poupée) qui ignore les avances d’un prétendant rien de plus. La qualité de la chanson vent donc essentiellement de la musique de Polnareff… En 1996, soit trente ans plus tard, c’est donc Mylène et Khaled qui reprennent ce titre pour une émission de télé. Mais cette version studio (ils chantent en play-back) ne sera jamais commercialisée. Elle reste inédite encore aujourd’hui, mais Khaled rejoindra Mylène lors des concerts à Genève et à Paris Bercy en décembre 1996.

Là, la chanson en live sera bel et bien enregistrée et gravée sur le CD et la vidéo du concert. Ce duo se situe à la fin du concert, juste avant la dernière chanson, XXL, Après Ainsi soit Je…, Mylène accueille donc Khaled sur scène, et ils offrent au public une version de La Poupée qui fait non aux accents arabisants, avec des arrangements d’Yvan Cassar.

                 issu du livre de Benoît CACHIN sorti en octobre 2012. Aux éditions Gründ. Page 105/220

 

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Mylène Farmer et son guitariste

Posté par francesca7 le 29 octobre 2012


Depuis les années 60, il fait carrière en tant que guitariste, pour les plus grandes vedettes et dans les films — Entre-temps vers 1977, Slim Pezin participe à l’aventure du groupe Voyage, avec les musiciens Marc Chantereau, Pierre-Alain Dahan et Sauveur Mallia… - Dans les années 80 et 90, il enregistre plusieurs thèmes musicaux sur quelques disques, avec le saxophoniste Patrick Bourgoin.

Confidences Slim Pezin (Guitariste) 2006 – Mylène Farmer et vous

Mylène Farmer et son guitariste dans Mylène et L'ENTOURAGE l-300x208

Contrairement à de nombreux musiciens qui gravitent dans le monde de la chanson, vous avez débuté votre instrument très tard…
Oui, j’ai commencé la guitare à 17 ans mais un concours de circonstances a voulu que je rentre dans le bain des studios très tôt. Cela semble miraculeux pour qui m’entend en 2006, mais ça s’est vraiment passé comme cela ! Comme beaucoup de jeunes, j’ai constitué mon premier groupe avec des mais d’enfance, puis rapidement, j’ai rencontré le chanteur Noël Deschamps et participé aux enregistrements de ses disques. J’écoutais et je jouais beaucoup de rock car la pop et le rock dominaient nettement. Par exemple, Noël Deschamps en 1964 était « classé » dans les chanteurs rock. Il existait aussi des chanteurs de variétés et des artistes de rythm’n’blues naissants.

Justement, dès 1968, on vous retrouve côté blues avec un album de T-Bone Walker, aux côtés de Manu Dibango et Bernard Estardy. Comment se retrouve-t-on sur un projet pareil après seulement quelques années dans les coulisses des studios ?
Un producteur américain a débarqué en France et il traînait dans les boîtes pour repérer des musiciens. Je jouais avec Manu et notre groupe les Soul Brothers. On faisait du pur r’n’b et il nous a proposé de travailler sur quelques albums. Nous avons donc fait un disque avec un saxophoniste de jazz qui venait de chez Duke Ellington, mais aussi avec des grands du gospel.

Dans les années 1970, vous êtes de presque toutes les aventures, de Claude François à Johnny Hallyday, de Jean-Jacques Goldman à Bill Deraime en passant par France Gall époque « Paris-France » et Michel Berger pour son « Dream In Stone ».
Je me souviens particulièrement de Michel Sardou et Johnny Hallyday. J’ai aussi participé à 80 % des enregistrements de Sylvie Vartan. L’autre jour, j’ai fait un peu de rangement à Suresnes et j’ai retrouvé des fiches de paye datant déjà de 1967 ! Au cours de ces années-là, il y a des gens qui ont beaucoup compté, notamment Nino Ferrer et Claude François en tête. J’ai vraiment vécu avec Claude. Il ne se passait pas une journée sans qu’il m’appelle ou qu’on se retrouve à 2H00 du matin dans un resto pour parler du métier. C’était un travailleur acharné. C’est probablement lui que j’ai le plus côtoyé et l’artiste dont je me suis senti le plus proche.

Vos années 1970 sont profondément marquées par Claude François. On vous a entendu dire de Mylène Farmer qu’elle était la « Claude François au féminin ». Pensiez-vous à la fidélité – et l’hystérie, souvent – de son public ?
C’est une réaction que j’ai eue en quittant la scène le soir de son premier concert live au Palais des Sports de Saint-Étienne, en 1989. C’était son tout premier concert. La première fois qu’elle se présentait au public, et les gens se sont mis à chanter toutes les chansons par cœur. Elle aurait pu arrêter de chanter, nous continuions sans aucun problème le spectacle ! De plus, elle avait préparé un show où elle chantait, où elle dansait au milieu d’une troupe et où elle changeait de costume à chaque titre. Qui, sinon Claude François, avait fait ça auparavant ? Tout cela me le rappelait, il y avait une force inimaginable dans la salle et une grande poussée d’énergie dans la fosse. On ne retrouve pas cette sensation chez beaucoup d’artistes. Je suis allé voir Mylène lors du Mylenium Tour à Bercy et j’ai retrouvé, même assis dans le public, cette sensation.

Vous êtes un des rares musiciens de cette époque à être toujours dans l’entourage amical et professionnel de Mylène…
Oui, et nous sommes sur la même longueur d’ondes. Nous avons la même conception du métier et la même façon d’aborder la musique. Je nous souhaite de continuer encore longtemps ! Très souvent, on m’appelle pour jouer dans un disque, et c’est tout. Les relations s’arrêtent là et je ne revois pas les artistes pendant des années. Certains ne vous saluent plus. Ce n’est pas le cas de Mylène et Laurent.

2856953412_1-200x300 dans Mylène et L'ENTOURAGEVotre première rencontre avec Mylène et Laurent date de 1984, pour l’enregistrement de « Maman à tort ». Où vous êtes-vous retrouvés ?
Nous étions dans la banlieue Nord, chez Jean-Claude Déqueant à Aubervilliers, dans son studio au « Matin Calme ». Il était arrangeur et j’avais participé à beaucoup de séances avec lui, surtout lorsqu’il travaillait pour Yves Simon. Lui-même avait sorti un album en tant qu’artiste chez Polydor. Un jour, il m’a appelé en me disant qu’il avait quelque chose à faire et qu’il avait besoin de mon aide car il ne savait pas comment conduire la chose en question… Je n’avais quasiment aucune information mais je me suis pourtant rendu au studio. C’est là que j’ai fait la connaissance de Mylène et Laurent.

Quel souvenir gardez-vous de ce premier enregistrement ?
Probablement une image de Mylène, car elle ne m’a pas dit un mot. J’étais impressionné par cette absence de parole et je trouvais cela curieux dans un monde où on avait l’habitude de rencontrer des personnalités « décalées » mais où les mots sont tout de même assez faciles. Elle avait un chant étrange et, l’espace d’un instant, je me suis dit que c’était une fille d’exception.

Cela ressemblait-il à un réel début de carrière ou étaient-ils à la recherche d’un son ?
Ils étaient tous très impliqués mais ce n’était pas du grand professionnalisme. Je sentais qu’ils étaient en train de se chercher une identité. Ma femme avait fait des chœurs sur la chanson « Maman à tort » et nous comprenions ce qui se passait. Nous avions le sentiment d’être au début de quelque chose… Forcément au départ, on cherche. On est donc sur la défensive. Rapidement, j’ai compris que ce silence de Mylène n’était que de la timidité et au fil des disques, cette distance s’est totalement effacée.

Après l’échec du titre « On est tous des imbéciles », vous vous êtes attelés à la création du premier album. Comment se sont déroulées les séances d’enregistrement de Cendres de lune ?
Les maquettes avaient été réalisées chez Jean-Claude. Ils avaient enfin trouvé un son et Laurent donnait beaucoup plus de directions aux musiciens. Au fur et à mesure des albums, ses consignes se sont étoffées, même si nous n’étions pas nombreux. Souvent, j’étais seul puisqu’il préparait tous les synthés et les programmations. D’ailleurs, je pense que si Cendres de lune et Ainsi soit je… avaient été préparés de manière classique en faisant appel à un arrangeur, cela n’aurait pas été aussi réussi. C’est le fait que Laurent fasse tout lui-même qui a amené cette qualité et ses sonorités très typées qu’il a su garder ensuite. Dès les premières notes d’un morceau, que ce soit « Libertine » ou plus récemment « Pardonne-moi », on sait que c’est du Mylène Farmer.

Était-il difficile d’être guitariste pour servir des arrangements fondés sur les claviers et les programmations ?
Non, il n’y avait aucun problème. Laurent était attiré par tout ce qui était funk et r’n’b. Il n’y a jamais eu de frontières entre nous et notre relation a toujours été saine.

L’univers musical assez développé dans les deux premiers albums était nouveau. Aviez-vous l’impression d’assister à la naissance d’un phénomène ?
Un musicien sent ce genre de choses. Quand il a joué un titre, il sait si une énergie est passée et si ce titre peut devenir quelque chose d’énorme en radio. Pour toutes les séances que j’ai faites, chaque gros tube est perçu comme tel au moment de l’enregistrement. Pour beaucoup d’artistes – mais ce n’est pas le cas de Mylène –, c’est souvent le dernier titre, celui fait au dernier moment, parfois à la va-vite, mais quand chacun va chercher en lui ses dernières ressources, qui donnait le meilleur de l’album. Quand tout le monde donne ce qu’il a de meilleur sans réfléchir et sans arrière-pensée, les résultats sont souvent excellents.

Les deux premiers albums de Mylène sont sortis comme un diptyque, le premier en avril 1986 et le second en mars 1988. La glace s’est-elle rompue rapidement en studio ?
Absolument ! Après la première séance pour « Maman à tort », nos relations se sont étoffées et au moment de l’enregistrement du premier album, c’était comme si l’on se connaissait depuis trente ans. Thierry Rogen venait d’acquérir le studio Méga à la Porte de la Muette. Il avait acheté une console… Du reste, c’est Laurent qui avait payé cette console. C’était le premier album que nous faisions dans ce studio flambant neuf.

A la fin des années 1980, on vante les innovations de l’équipe Farmer, mais on lui reproche également sa mégalomanie…
Non, je ne partageais pas cette analyse. Je ne voyais aucune mégalomanie dans la démarche de Mylène et Laurent. Mylène est très, très intelligente. Elle a tout de suite compris ce qu’était le métier et le show business, le degré de « jeu » à jouer, le degré de don de soi, la nécessité d’intégrité artistique et ses limites personnelles. Elle avait analysé le fonctionnement de la presse, de la télévision et la radio. Elle savait où placer la barrière, tout en mettant la barre très haut artistiquement. Elle me disait souvent qu’elle ne voulait pas faire n’importe quoi. Elle craignait de se fourvoyer comme beaucoup d’artistes le font quand ça commence à marcher. Elle voyait beaucoup plus haut que le hit éphémère et savait que si on la voyait trop, elle lasserait. Elle était faite pour durer.


En 1989, vous êtes l’un des acteurs de son spectacle pharaonique. Le premier concert de Mylène reste un évènement important. Les nombreuses répétitions ont-elles suffi pour combler le gigantesque défi que Mylène s’était lancé ?

Le spectacle avait été préparé de longue date, autant musicalement que physiquement. Bruno Fontaine et Laurent s’étaient attelés à la conception musicale du spectacle depuis des mois, Mylène faisait ses dix kilomètres de jogging par jour, puis deux ou trois heures de danse l’après-midi. Elle ne perdait pas ne minute pour s’entraîner. Elle voulait avoir la forme et tenir la distance. Les musiciens avaient tous cette même attention. Nous avons eu beaucoup de répétitions car il fallait que tout soit parfait. Dès cette scène, Mylène a été perfectionniste, toujours en quête d’absolu dans le travail. La plupart du temps, les artistes n’ont pas les moyens de faire ça. Elle s’était donné les moyens de réaliser son rêve et de traduire ses idées. Elle et Laurent ont, d’entrée, beaucoup investi pour proposer un spectacle de très haut niveau.

Bruno Fontaine était en charge de la préparation du spectacle avec Laurent. L’aviez-vous croisé auparavant ?
C’est un musicien exceptionnel, qui a commencé le métier à 13 ans. On s’était connu très jeunes sur des enregistrements d’albums, tout comme les autres musiciens, le batteur Yves Sanna ou le bassiste Christian Padovan.

C’est amusant de voir que des années après, vous vous retrouvez sur des projets très variés comme le Stabat Mater de Bruno Coulais présenté au festival de Saint-Denis où étaient réunis Bruno Fontaine et Jean-Philippe Audin notamment…
Je n’aime pas dire ce mot-là, mais nous sommes la « crème » du métier (rire gêné), non pas que nous sommes les meilleurs instrumentalistes de Paris, mais nous avons l’habitude de travailler ensemble et savons être efficaces. Nous nous retrouvons sur des projets de haut niveau en termes de chansons, de bandes originales de films ou sur des morceaux compliqués comme ce Stabat Mater. Nous n’avons eu que deux après-midi de répétitions pour une partition comprenant un quart de musique contemporaine. Individuellement, ces camarades sont des musiciens exceptionnels et des amis. Ce que vous remarquez comme étant des collaborations suivies, nous le ressentons simplement comme une amitié logique. Si j’ai un projet très difficile où il me faut de l’émotion au violoncelle, je vais appeler Jean-Philippe Audin. Sans réfléchir.

Outre le décor phénoménal, la masse sonore du spectacle de Mylène en 1989 était du jamais vu. Ressort-on indemne d’un tel concert ?
Non, j’admirais beaucoup le travail de Laurent, qui était toujours derrière le moindre technicien. En permanence. Bruno Fontaine avait préparé les programmations en amont, mais essentiellement sur les idées de Mylène et Laurent. Il fallait faire un spectacle avec des bandes sonores puisqu’il y avait des cris d’enfants, des portes qui grinçaient, des bruits de baleines et de loups. Une partie de l’ambiance du spectacle était donc sur bandes. Jamais Mylène n’a chanté en play-back, mais le batteur avait un casque avec un click, et nous jouions de cette façon sur de nombreux titres. Il fallait que tout soit synchro. Je n’ai pas le souvenir d’avoir joué avec un tel système sonore auparavant. Pour ma part, c’était la première fois que je voyais utilisé en concert un 24 pistes avec des éléments préenregistrés.

Vous avez dû ressentir un grand soulagement après la première à Saint-Étienne…
A la fin du concert, nous étions tous très heureux, car cela faisait trois semaines qu’on se préparait. Ce soir-là, on avait atteint notre but commun. Le spectacle était parfait. Nous n’avions eu aucun problème de son, de musique, d’éclairage ni de chorégraphie. Nous avons été invités à manger par le patron de Polydor, Marc Lumbroso, qui avait fait le déplacement pour l’évènement. Ensuite, nous avons décidé de rentrer sur Paris. Du reste, Mylène était avec moi dans la voiture. Elle ne faisait pas souvent le voyage avec les musiciens mais je me souviens de cette première et d’une autre date durant la tournée où elle était montée avec nous, car nous avions à disposition un Espace Renault.

La pression était-elle retombée rapidement ?
Ce soir-là, nous avons compris que la suite des concerts ne pouvait être que plus réussie encore. Avec le recul, ce retour dans la nuit, de Saint-Étienne à Paris, résume bien la relation que j’ai avec Mylène. Nos n’avons quasiment pas parlé mais il s’était installé dans le véhicule une sorte de quiétude. La pression s’était effectivement relâchée mais le véritable dialogue entre les musiciens et l’artiste avait eu lieu quelques heures auparavant, sur scène. Dès que le rideau tombe, le spectacle est terminé et on passe à autre chose. On pense déjà à ce qui vient le lendemain.

Au cours de cette tournée, la famille s’agrandit peu à peu. Dans les coulisses, un personnage est très présent auprès de Mylène, Paul Van Parys, qui deviendra un des éléments clés du staff Farmer jusqu’à aujourd’hui. Qui est-il ?
Je le découvre en effet à cette période mais je ne savais pas vraiment ce qu’il faisait. Je pensais qu’il était secrétaire mais je ne posais pas beaucoup de questions. De nom, je savais que son grand-père était un grand compositeur de musiques de films. J’avais compris qu’il faisait partie de l’entourage proche de Mylène et je l’avais croisé auprès de Bruno Coulais…

…avec qui vous continuez à travailler énormément…
Oui, la musique de films est une de mes grosses occupations actuellement. D’ailleurs, Mylène et aurent étaient venus assister à l’avant-première du film Les choristes. On vient d’achever la bande originale du feuilleton télévisé issu de l’Affaire Villemin (ndlr : le fait divers sur le meurtre du petit Grégory) en six épisodes. On travaille sur la musique de trois films à sortir et j’ai participé à celle de Brice de Nice sur deux titres rock, au milieu de pop et de funk.

A la fin de la tournée 1989, l’équipe avait offert à Mylène une guitare Stratocaster. Etait-ce une de vos idées ?
J’avais dû lancer cette idée que tout le monde a adoptée. On se demandait ce qu’on pouvait lui offrir et l’idée de la guitare est venue naturellement. Elle avait voulu à tout prix jouer un morceau, seule sur scène, à la guitare. On avait finalement abandonné l’idée quelques jours avant la première, car il y avait trop de choses à penser. En contrepartie, nous lui en avons offert une.

Avez-vous été surpris qu’un tournage soit organisé en salle vide pour la vidéo du concert ?
C’était une première, ça nous a paru cohérent par rapport au projet de film qu’avait Laurent. Au final, nous étions presque étonnés de la qualité de la vidéo du live. Il y avait des idées, des partis pris esthétiques forts et ce n’était pas bêtement filmé comme à la télé.

Au début des années 1990, vos partez en tournée avec Michel Sardou. Mais auparavant, vous enregistrez L’autre…, le troisième album de Mylène…
Ce sera le dernier album où j’ai été guitariste de bout en bout.

L’autre… est un opus très littéraire, inspiré de Cioran et de Bataille. On raconte que vous avez conseillé à Mylène la lecture d’Helena Petrovna Blavatsky…
Ce n’est qu’un détail. Nous ne parlions pas beaucoup de ça… On parlait de musique à travers la musique que nous faisions, mais on ne discutait pas beaucoup de nos influences ou de ce qui se passait dans nos vies à l’extérieur du studio.

Les textes de Mylène deviennent plus concis, plus directs (« Désenchantée », « Je t’aime mélancolie »…). Avez-vous ressenti L’autre… comme un album de transition ?
Oui, ils ont essayé d’entrevoir « autrement » le personnage de Mylène. Elle avait terminé ses textes bien avant qu’on ne finisse l’enregistrement des musiques. En tout les cas, elle avait déjà la trame dans sa tête. Je l’avais connue jeune fille, je la retrouvais femme avec une confiance en soi plus affirmée et un propos plus affûté. Il y avait aussi un changement physique car elle s’était coupé les cheveux.

Alain Chamfort est un ami de Mylène, vous avez été son arrangeur sur son sixième album enregistré à Londres en 1983 ainsi que sur quatre titres du deuxième opus de Lio qui était alors sa compagne. De même, vous avez travaillé avec Khaled et Murat, les seuls duettistes de Mylène dans les années 1990 ? Simples coïncidences ?
Pour Chamfort et Khaled, oui… En revanche, je crois que le contact que Jean-Louis Murat avait avec elle – puisqu’ils s’écrivaient beaucoup à l’époque – avait fait qu’il m’avait appelé pour jouer sur un titre de son album Cheyenne Autumn (ndlr : « L’ange déchu »). Tout cela se faisait au même studio et au même moment. Nous avions donc vraiment plus d’un point commun ensemble !

Bruno Fontaine a été contacté pour la tournée 1996 de Mylène, avant Yvan Cassar. S’il était reparti pour un tour, l’auriez-vous suivi ?
Peut-être que si Bruno avait été à la direction musicale, je serais reparti ! Mais il avait d’autres projets tournés vers le classique, ainsi que les albums de Ute Lemper par exemple, il a choisi.

fanstephy-213x300Sur quoi travaillez-vous actuellement ?
Je viens de terminer un enregistrement avec 80 musiciens pour le Mémorial Charles de Gaulle sous les Invalides. Ils vont faire une salle de spectacle assez particulière, où le public serra comme suspendu dans l’espace et regardera sur cinq écrans à la fois un film de trente minutes avec des images inédites de De Gaulle. Je continue également à produire des artistes africains. Il y a beaucoup de problèmes au Cameroun, notamment. Les ministres séquestrent l’argent des artistes depuis près de dix ans et je lutte pour que les instances nationales (FMI, ONU…) fassent respecter le droit. On avait monté une nouvelle société de droits d’auteur avec Manu Dibango. Le ministre de la culture a envoyé un émissaire. Manu n’a pas marché dans ses combines. Au bout d’un an, ils ont coupé les vivres à cette société dont faisait partie Ekambi Brillant que j’ai produit, qui en était vice-président. Le ministre a fait de l’agitation pour retirer l’affaire à Manu Dibango en faisant croire que c’était lui qui détournait l’argent. C’est vraiment le monde à l’envers !

Vous êtes aussi le producteur de votre épouse, Chantal Ayissi. Est-ce plus facile de travailler en famille ?
Il vaut mieux travailler avec d’autres. C’est toujours plus compliqué avec la famille !

Votre dernière collaboration avec Mylène date de quelques années, au moment de la sortie de la compilation Les mots
Oui, nous nous sommes retrouvés au studio Guillaume Tell pour mettre en boîte trois nouveaux titres pour la compile, notamment « C’est une belle journée » qui nous est vite apparue comme un tube.

Et si vieillir lui était conté, comme elle aime à le dire dans Innamoramento
La grande différence aujourd’hui, c’est l’excellente maîtrise musicale de Mylène. C’est normal. Son évolution a été dans le bon sens. Pour le premier album d’Alizée par exemple, Mylène et Laurent dirigeaient ensemble à 50/50.

Vous avez été guitariste sur les deux albums d’Alizée. Pour un nouveau projet, on fait appel au noyau dur ! Considérez-vous cela comme un témoignage de fidélité de la part du tandem Farmer / Boutonnat ?
Je ne l’analyse pas comme ça. Il y a un travail à faire, il fallait bien le faire et aller très vite car le premier extrait « Moi… Lolita » avait eu un succès inespéré. Je ne sais pas si c’est une question de fidélité, il faudrait le leur demander à eux ! A vous de jouer (rires) !

 

recueilli dans Mylène Farmer et vous paru en 2006

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La Chanson Regrets de Mylène F.

Posté par francesca7 le 13 août 2012

 Regrets est le quinzième single de Mylène Farmer, ainsi que le premier duo de sa carrière (avec Jean-Louis Murat), sorti en juillet 1991. C’est le deuxième single extrait de l’album L’autre….

La Chanson Regrets de Mylène F. dans Mylène et mes BLABLAS Mylene_Farmer_0001390La naissance de ce duo vient d’une correspondance par courrier entre les deux interprètes pendant un an. Déjà en 1989, Mylène Farmer déclarait apprécier les chansons de Jean-Louis Murat et son album Cheyenne Automne, ainsi que sa manière d’écrire. D’après Jean-Louis Murat, c’est Mylène Farmer qui a eu l’idée du duo. Après avoir écouté une version sur cassette audio de Regrets, dans laquelle Mylène Farmer chante les deux voix (pour les lignes de Murat, elle prendra une voix plus grave), il a accepté. A cette époque, Mylène Farmer a déclaré considérer Murat comme son « frère », son « double », son « jumeau », et un « poète ». Murat a déclaré quasiment la même chose. Cependant, d’après l’auteur Erwan Chuberre, il est impossible de savoir si le duo est réellement le résultat d’une profonde amitié ou d’une stratégie marketing. En 2004, dans le journal L’Express, Jean-Louis Murat déclarera que ce duo l’a aidé à lancer sa carrière.

Jean-Louis Bergheaud, qui signe ses albums Jean-Louis Murat est un auteur-compositeur-interprète, né le 28 janvier 1952 à la Bourboule. Il passe une grande partie de sa jeunesse chez ses grands-parents dans une ferme isolée à Murat-le-Quaire (d’où il tire son pseudonyme).

Visionnez le site officiel de JL Murat ici …. http://www.jlmurat.com/

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Mylène F. et JL Murat

Posté par francesca7 le 15 juin 2012


Mylène F. et JL Murat dans Mylène et L'ENTOURAGE jean-louis_murat_portrait_reference

Jean-Louis Bergheaud, qui signe ses albums Jean-Louis Murat est un auteur-compositeur-interprète, né le 28 janvier 1952 à la Bourboule. Il passe une grande partie de sa jeunesse chez ses grands-parents dans une ferme isolée à Murat-le-Quaire (d’où il tire son pseudonyme).

Jean-Louis Murat connaît un début de carrière difficile marqué par plusieurs expériences musicales à la fin des années 1970 — notamment dans un groupe éphémère nommé Clara remarqué par William Sheller qui les invitera à faire certaines des premières parties de ses concerts — mais sans lendemain. En 1982, après la dissolution de groupe Clara, il enregistre son tout premier album intitulé Murat, puis un deuxième en 1984 intitulé Passions privées, mais devant le peu de succès, sa maison de disques rompt son contrat. On lui attribuera une tentative de suicide à la suite de la sortie au tout début des années 1980 de son disque Suicidez-vous le peuple est mort qui ne connaît que très peu d’écho auprès du public. La diffusion radio du titre est alors arrêtée sur Europe 1.

S’ensuit alors une longue traversée du désert dont il ne sort que bien des années après avec le premier extrait issu de son album Cheyenne autumn paru en 1989 chez Virgin, Si je devais manquer de toi, qui lui apporte enfin une certaine notoriété (trois autres extraits de cet album, L’ange déchu, Amours débutants et Te garder près de moi, sont eux aussi diffusés sur les ondes). Deux ans plus tard, les singles Col de la Croix-Morand et Sentiment nouveau (ce dernier rentrant au Top 50), issus du disque Le manteau de pluie, remportent un succès encore plus important.

Mais c’est Regrets, un duo avec Mylène Farmer, qui le fait réellement et définitivement connaître auprès d’un plus large public, à l’aube de ses 40 ans, en 1991 (3e au Top 50 et plus de 300 000 copies vendues). Depuis cette période, ses albums rentrent régulièrement dans le Top 20 en France.

Alors que sa carrière est déjà bien entamée et pour surprendre son public, Mylène décide pour la première fois d’écrire tout spécialement et de chanter une chanson avec Jean-Louis Murat, alors en pleine ascension musicale.

En fait, ce duo s’impose aux deux interprètes comme une évidence. Pluieurs mois auparavant, Mylène découvre l’album de Jean-Louis intitulé « Cheyenne Autumn » et elle a le coup de foudre pour cet artiste qu’elle qualifiera de « poète ». Commence alors une longue relation épistolaire entre les deux êtres (c’est-à-dire basée exclusivement sur la correspondance), qui aboutit logiquement à ce duo.

MF2000_35a dans Mylène et L'ENTOURAGEMylène écrit assez rapidement le texte de la chanson tant l’univers et la voix du chanteur s’accordent avec les siens. Le texte narre les retrouvailles post-mortem d’une femme avec son ancien amant, à qui elle demande de ne pas avoir de « Regrets » concernant leur histoire et sa mort.

Le clip est tourné en Hongrie dans un cimetière désaffecté, à la suite de celui de « Désenchantée ». Laurent Boutonnat est de nouveau derrière la caméra et réalise un clip à la fois simple et beau, chargé d’émotion (les images sont en noir et blanc).

Le succès ne se fait pas attendre et le titre se vend en quelques mois à plus de 250 000 exemplaires, ce qui incitera tout naturellement Mylène à renouveler l’expérience.

Des années plus tard, la chanson est ajoutée au répertoire scénique de la belle, qui la reprend seule, offrant au public une version particulièrement émouvante (qui faillit sortir comme second single live extrait du « Mylenium Tour »).

Regrets est le 15e single de Mylène Farmer, ainsi que le 1e duo de sa carrière (avec Jean-Louis Murat), sorti en juillet 1991. C’est le 2e extrait de l’album L’autre.

Histoire du duo Mura et Farmer

La naissance de ce duo vient d’une correspondance par courrier entre les deux interprètes pendant un an. Déjà en 1989, Mylène Farmer déclarait apprécier les chansons de Jean-Louis Murat et son album Cheyenne Automne, ainsi que sa manière d’écrire. D’après Murat, c’est elle qui a eu l’idée du duo. Il accepta après avoir écouté une version démo de Regrets, sur laquelle Mylène Farmer chante les deux voix (pour les lignes de Murat, elle prendra une voix plus grave).

En 2004, dans le journal L’Express, Jean-Louis Murat reconnaîtra que ce duo l’a aidé à lancer sa carrière.

Réalisé par Laurent Boutonnat en noir et blanc, le clip, d’une durée de 6 min 17 s, a été filmé à Budapest en février 1991 dans un cimetière juif abandonné, en même temps que celui de Désenchantée, avec un budget de 35 000 €. Le train qui conduit au cimetière n’a été mis en marche que pour le tournage. Il a été diffusé à la télévision pour la 1e fois le 9 septembre 1991 sur TF1 dans l’émission Stars 90.

MF2000_116aAu début du clip, un tram s’arrête devant l’entrée d’un cimetière enneigé. Jean-Louis Murat sort du tram et entre dans le cimetière. Il passe devant une biche et s’arrête devant une tombe. Lorsqu’il s’assied, Mylène Farmer arrive derrière lui et lui cache les yeux. Il la prend par la main, puis courent, rient et se blottissent l’un contre l’autre. Après s’être réfugiés sur une pierre tombale, elle s’efface alors définitivement. Jean-Louis Murat reprend le tram et part.

D’après une analyse effectuée par le magazine Instant-Mag, le clip est « la métaphore d’un amour passé et regretté ». Avec ce clip, Mylène Farmer « a atteint la quintessence de l’élégante tristesse que comporte son travail ». Le train représenterait la transition entre ces deux mondes. La biche serait le symbole de la féminité et le bouquet de chardons évoquerait le désir d’amour « inconditionnel avec l’autre ». Quant à la neige, elle participerait à l’atmosphère morose de la vidéo et symboliserait « un masque doux mais mortel » qui isole les deux univers. Tout ce qui représente la réalité a été filmé à vitesse normale, tandis que tout ce qui décrit le rêve, l’espoir ou le regret, a été filmé au ralenti.

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Dans Regrets de Mylène

Posté par francesca7 le 26 avril 2012


Dans Regrets de Mylène dans Mylène dans la PRESSE 1999-Marino-Parisotto-Vay-021b-214x300      Venant de nulle part dans un noir & blanc surexposé, un homme descend d’un tramway sortant d’un brouillard ne pouvant être que le néant. Il se rend à un rendez-vous mortuaire au sein d’un vieux cimetière juif. Les tombes clairsemées et à moitié enterrées sont envahies par les ronces, une biche solitaire le traverse, la neige qui commence à fondre se confond avec les nappes de brouillard omniprésentes. L’homme attend assis sur une tombe (celle de la jeune femme ?) un bouquet de chardons et de roses à la main. Les mains de Mylène Farmer, qui interprète ici ce fantôme féminin, se posent sur les yeux de Jean-Louis Murat, lui est l’amour, elle est la mort. Telle Libertine avec le petit tambour dans Pourvu Qu’elles Soient Douces, et dans un éclat  de rire partant en échos, elle le prendra par la main et l’emmènera dans les allées de ce cimetière pour faire tout ce qu’il n’avaient pas eu le temps de faire étant vivants : courir, rire, et danser l’un contre l’autre. Lui bascule dans ce monde onirique ou la notion de temps n’est plus. Le film n’est alors plus qu’au ralenti. 

    Ce qui pourrait être vu comme de lentes lamentations romantiques sans fond se doublent en fait du récit d’un homme rendant une courte visite à sa défunte femme. Il vient la persuader en vain de pérenniser leur amour malgré la mort de celle-ci. L’intégralité du clip se place dans cet au-delà à la géographie limitée : celle de rails de train issues du brouillard conduisant aux portes d’un vieux cimetière isolé, aux tombes enneigées et détruites, envahies par les ronces. Lui est amour, elle est la mort. Comme un cadeau inespéré, l’homme peut voir sa bien aimée, la sentir, la toucher, et lui donner en main propre son bouquet qu’il aurait sans doute posé sur sa sépulture. Le reste du clip n’est qu’une longue et belle contemplation de ces retrouvailles platoniques. Malgré des performances d’actrice contestables, entre l’outrance inappropriée de Libertine II (1988) et la vulgarité non assumée de California (1996), Mylène Farmer atteint dans Regrets une sorte d’abstraction assez intéressante. Lorsqu’elle incarne des êtres en proie avec la mort (A quoi je sers – 1989), l’interprète se révèle être une bonne actrice, capable de vider son visage de toute expressivité humaine. Ici la chanteuse est dans son élément, dans son emploi.  

    Sur le pont musical de la chanson, une longue image vient broyer les sens. Dissimulés derrière des branchages, sur une tombe isolée, Jean-Louis Murat s’est endormi sur les jambes de Mylène Farmer. Un peu comme l’amour se reposant sur la mort sa compagne, les deux êtres entourés de nappes de brouillard se cachent pour s’aimer. Lorsque tout est dit, que les amants se sont regardés dans les yeux et qu’ils ne leur reste plus qu’à s’embrasser, Mylène Farmer et sa silhouette de spectre rendent le bouquet puis disparaissent dans le brouillard, en pénétrant précipitamment l’épaisse fumée. Il ne restera plus à l’amoureux déçu qu’à ressortir de ce cimetière et repartir à bord du tramway la tête ivre de souvenirs ; souvenirs d’une union éphémère.

    Mylène Farmer est faite pour jouer ces états là, lyriques, même pas humains. Pendant le pont de la chanson, la caméra de Laurent Boutonnat tourne autour de cette tombe sur laquelle est couché le couple: Malgré les broussailles qui dissimulent le tableau, on se sent alors témoin d’une union unique, celle de l’amour avec la mort. Avant de le quitter définitivement, la jeune femme se sera retournée pour lui donner un dernier sourire qu’il ne verra pas. Il ne restera plus à l’amoureux déçu qu’à ressortir de ce cimetière et de repartir à bord du tramway qui le ramène vers ce que pour la mort est le néant : la vie.

Ecrit par Jodel Saint-Marc.

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Regrets de Mylène Farmer

Posté par francesca7 le 23 mars 2012


     Regrets de Mylène Farmer dans Mylène dans la PRESSE ClipRegretsPetit01 Venant de nulle part dans un noir & blanc surexposé, un homme descend d’un tramway sortant d’un brouillard ne pouvant être que le néant. Il se rend à un rendez-vous mortuaire au sein d’un vieux cimetière juif. Les tombes clairsemées et à moitié enterrées sont envahies par les ronces, une biche solitaire le traverse, la neige qui commence à fondre se confond avec les nappes de brouillard omniprésentes. L’homme attend assis sur une tombe (celle de la jeune femme ?) un bouquet de chardons et de roses à la main. Les mains de Mylène Farmer, qui interprète ici ce fantôme féminin, se posent sur les yeux de Jean-Louis Murat, lui est l’amour, elle est la mort. Telle Libertine avec le petit tambour dans Pourvu Qu’elles Soient Douces, et dans un éclat  de rire partant en échos, elle le prendra par la main et l’emmènera dans les allées de ce cimetière pour faire tout ce qu’il n’avaient pas eu le temps de faire étant vivants : courir, rire, et danser l’un contre l’autre. Lui bascule dans ce monde onirique ou la notion de temps n’est plus. Le film n’est alors plus qu’au ralenti. 

 ClipRegretsPetit05 dans Mylène dans la PRESSE   Ce qui pourrait être vu comme de lentes lamentations romantiques sans fond se doublent en fait du récit d’un homme rendant une courte visite à sa défunte femme. Il vient la persuader en vain de pérenniser leur amour malgré la mort de celle-ci. L’intégralité du clip se place dans cet au-delà à la géographie limitée : celle de rails de train issues du brouillard conduisant aux portes d’un vieux cimetière isolé, aux tombes enneigées et détruites, envahies par les ronces. Lui est amour, elle est la mort. Comme un cadeau inespéré, l’homme peut voir sa bien aimée, la sentir, la toucher, et lui donner en main propre son bouquet qu’il aurait sans doute posé sur sa sépulture. Le reste du clip n’est qu’une longue et belle contemplation de ces retrouvailles platoniques. Malgré des performances d’actrice contestables, entre l’outrance inappropriée de Libertine II (1988) et la vulgarité non assumée de California (1996), Mylène Farmer atteint dans Regrets une sorte d’abstraction assez intéressante. Lorsqu’elle incarne des êtres en proie avec la mort (A quoi je sers – 1989), l’interprète se révèle être une bonne actrice, capable de vider son visage de toute expressivité humaine. Ici la chanteuse est dans son élément, dans son emploi.  

   ClipRegretsPetit07 Sur le pont musical de la chanson, une longue image vient broyer les sens. Dissimulés derrière des branchages, sur une tombe isolée, Jean-Louis Murat s’est endormi sur les jambes de Mylène Farmer. Un peu comme l’amour se reposant sur la mort sa compagne, les deux êtres entourés de nappes de brouillard se cachent pour s’aimer. Lorsque tout est dit, que les amants se sont regardés dans les yeux et qu’ils ne leur reste plus qu’à s’embrasser, Mylène Farmer et sa silhouette de spectre rendent le bouquet puis disparaissent dans le brouillard, en pénétrant précipitamment l’épaisse fumée. Il ne restera plus à l’amoureux déçu qu’à ressortir de ce cimetière et repartir à bord du tramway la tête ivre de souvenirs ; souvenirs d’une union éphémère.

 ClipRegretsPetit11   Mylène Farmer est faite pour jouer ces états là, lyriques, même pas humains. Pendant le pont de la chanson, la caméra de Laurent Boutonnat tourne autour de cette tombe sur laquelle est couché le couple: Malgré les broussailles qui dissimulent le tableau, on se sent alors témoin d’une union unique, celle de l’amour avec la mort. Avant de le quitter définitivement, la jeune femme se sera retournée pour lui donner un dernier sourire qu’il ne verra pas. Il ne restera plus à l’amoureux déçu qu’à ressortir de ce cimetière et de repartir à bord du tramway qui le ramène vers ce que pour la mort est le néant : la vie.

 Jodel Saint-Marc.

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Les duos de Mylène Farmer

Posté par francesca7 le 8 mars 2012

 

Les duos de Mylène Farmer dans Mylène dans la PRESSE mylene-farmer-et-ben-harper-chantent-inxs-21027Ce n’est pas la première fois que Mylène Farmer nous fait la surprise d’un duo inattendu. En 1991, elle avait prêté sa voix à la chanson « Regrets » (3ème au Top 50) en duo avec Jean-Louis Murat, qui avait été certifiée disque d’or. Six ans plus tard, est parue la reprise de la chanson de Michel Polnareff « La poupée qui fait non » en duo avec Khaled. Ensuite, elle publie en 2001 l’un des plus grands succès de sa carrière : la chanson « Les mots », enregistrée avec Seal, se vend à plus de 500 000 exemplaires. Il faut attendre 2006 pour voir se confirmer la rumeur d’une collaboration entre Mylène Farmer et Moby pour la reprise de « Slipping Away » figurant sur le best-of de ce dernier. Première au Top Singles, cette chanson est également certifiée disque d’or. En 2008, les deux amis réitèrent l’expérience pour le titre « Looking For My Name », figurant sur l’opus « Point de Suture » de Mylène Famer (2008). Ce n’est pas réellement une surprise de voir Mylène Farmer rendre hommage au groupe INXS : la chanteuse avait confié en 1988 qu’elle appréciait le groupe australien. Elle avait d’ailleurs choisi la chanson « Need You Tonight » dans sa sélection musicale lors de deux interviews radios accordées à NRJ et Skyrock. Sachez également que Ben Harper, auteur de la chanson « With My Own Two Hands », a déjà enregistré une version de « Never Train Us Apart » en solo, déjà disponible sur Itunes.

img1285737076 dans Mylène dans la PRESSEFormé en 1970, le groupe INXS a sorti plusieurs tubes dans les années 80 et jusqu’au milieu des années 90. C’est avec leur troisième album « The Swing » (1984) que la carrière internationale d’INXS décolle. Il contient le morceau « Original Sin » qui devient numéro 1 dans plusieurs pays à travers le monde. L’année suivante parait l’opus « Listen Like Thieves » dont le single « What You Need » confirme le jeune succès du groupe. Avec l’album « Kick » (1987) qui contient le tube « Need You Tonight », n°1 dans de nombreux pays, INXS peut se féliciter d’être l’un des groupes les plus populaires de cette époque. En 1990, l’album « X » est un grand succès critique et commercial. On y retrouve le tube « Suicide Blonde », sonnant par la même occasion l’apogée du groupe avant que leur audience ne décroisse progressivement.

 

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Murat, Mylène : Regrets

Posté par francesca7 le 3 mars 2012

Dans le magazine Voici n° 878, daté du 6 au 12 septembre 2004, Jean-Louis Murat parle du duo avec lequel il tourna le clip en ces termes : 

Murat, Mylène : Regrets dans Mylène dans la PRESSE ClipRegrets05« Dans le business, les deux personnes les plus estimables que j’ai rencontrées c’est Mylène et Laurent. Je les adore et les respecte infiniment. Ce sont les plus intelligents. D’une intelligence à la Warhol. Ce sont ceux qui comprennent le mieux les mécanismes de ce business, qui sont en meilleure position pour le pervertir, en tirer tous les fruits. Ils crachent dessus tout en faisant cracher le fruit. Pas mal. »

« (le but du truc) C’est de faire cracher les fans. C’est un challenge profondément immoral, intéressant. Laurent Boutonnat est un vrai immoraliste, au sens noble du terme. Il y a une sorte de pulsion consumériste dans la population, autant être là pour en profiter. Il vaut mieux que les jeunes achètent des T-shirts de Mylène Farmer plutôt que des T-shirts de la Star Ac’ ! »

« Par rapport à Goldman, Mylène Farmer c’est du Wagner ou du Bach ! Il y a chez elle quelque chose de simple, populaire, féminin et pervers aussi. C’est très excitant sexuellement tout ça. Et c’est parfaitement maîtrisé dans une sorte de tradition décadente. A côté de Mylène, Jenifer on dirait un Caterpillar. »

Propos Recueillis par Tifenn Duchatelle et Hugues Royer.

    Pour finir notons l’interview de Jean-Louis Murat à Thierry Ardisson dans l’émission Double Jeu diffusée le 2 novembre 1991, dans laquelle ce dernier demandait comment s’était passée la collaboration avec Farmer. Murat rétorqua qu’elle s’était bien passée ( « très agréable jeune fille ») mise à part le partage des droits (« dans la difficulté mais c’était assez normal »). « Vous avez fait 50-50% » demande Ardisson ; »non non, c’est elle qui a écrit la chanson ».

Dr. Jodel 

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Mylenium Tour avec Mylène

Posté par francesca7 le 16 février 2012

 

Introduction et L’Amour naissant

Mylenium Tour avec Mylène dans Mylène dans la PRESSE MF99_05aLa salle est plongée dans le noir lorsqu’une lumière bleutée illumine la scène, totalement masqué par un voile translucide. Le morceau Mylenium commence et la voix (enregistrée) de Mylène Farmer se fait entendre. Au bout de quelques minutes, le rideau chute, laissant apparaître l’immense statue égyptienne qui trône au fond de la scène, tandis que les musiciens poursuivent le titre. Au moment où débutent les chœurs africains entonnés par les choristes, le crâne de la statue se fend en deux et Mylène Farmer apparaît dans une ample robe blanche transparente, entourée de fumigènes, suspendue dans les airs. Elle reste quelques instants immobile, puis les filins qui la transportent se déplacent vers l’avant, tandis que la main de la statue se rapproche de son socle et reçoit Mylène Farmer, qui y descend et s’y love. Puis le bruit du tonnerre retentit dans la salle, ce qui marque le début de L’Amour naissant, que la chanteuse entonne tout d’abord dans la main géante avant d’en descendre et de s’approcher lentement du public. Lorsqu’elle entame le refrain, elle écarte les bras et de l’air artificiel vient faire bouger les plis de son vêtement et ses cheveux. Elle quitte la scène avant la fin de la chanson, laissant à ses choristes le soin de terminer le morceau.

L’Âme-Stram-Gram

Après une courte introduction orientale, les écrans géants disposés de chaque côté de la statue monumentale laissent apparaître une pleine lune. Mylène Farmer, cette fois-ci vêtue d’un costume coloré constitué de chaussures jaunes à hauts talons ainsi que d’un pantalon jaune et d’un haut multicolore semblable à celui d’une danseuse de flamenco, est déjà présente sur scène avec ses danseurs et danseuses, habillés sensiblement de la même façon. Elle entame l’interprétation du titre ainsi qu’une chorégraphie qui s’accélère sur les refrains. Puis elle fait reprendre le titre à son public et le salue.

Beyond my control

Une voix grave et masculine (mais pas celle de John Malkovich, probablement pour des raisons de droits d’auteur) résonne dans la salle et Mylène Farmer entre sur scène en frappant des mains et invitant le public à chanter la chanson avec elle. Elle n’exécute aucune chorégraphie, se contentant de déambuler de part en part de la scène.

Rêver

MF99_41a dans Mylène MYLENIUM TOURIl s’agit d’une mise en scène très intimiste du titre, avec seul Yvan Cassar au piano et Mylène Farmer interprétant le morceau, visiblement émue, et invitant les spectateurs à l’entonner à sa suite.

Il n’y a pas d’ailleurs

La chanteuse interprète ce titre en compagnie de ses choristes, juchée sur la main géante de la statue qui évolue dans les airs puis la ramène au sol. Elle se rapproche alors de son public pour achever la chanson, puis quitte la scène après l’avoir terminée.

Mylène is calling et Optimistique-moi

La silhouette de ce qui semble être Mylène Farmer de dos se découpe dans la lumière, dans l’embrasure d’une porte ouverte à la base de la statue monumentale. Tandis que se déroule titre enregistré, la jeune femme exécute quelques mouvements de bras très lents, entourée de ses deux choristes, situées chacune d’un côté de l’ouverture, immobiles. Mais lorsque retentissent les premières notes de la chanson Optimistique-moi, l’embrasure de la porte s’obscurcit soudainement, faisant disparaître le sosie de la chanteuse, et la véritable Mylène Farmer apparaît sur le côté, vêtue d’un pantalon, d’une veste queue-de-pie et d’un bustier bleu argenté ainsi que d’un postérieur postiche constitué de deux corbeilles. Ses danseurs, vêtus de la même façon, la rejoignent, et ils entonnent une chorégraphie endiablée sur une version du titre proche de l’album Innamoramento.

Medley : Maman a tort, Libertine, Sans contrefaçon et Pourvu qu’elles soient douces

Surviennent les deux danseuses de l’interprète, elles aussi vêtues à l’avenant, qui l’aident à retirer sa veste, tandis que le reste de la troupe de danseurs se dirige vers le fond de la scène. S’enchaînent alors les quatre tubes de Mylène Farmer (parmi lesquels domine malgré tout Pourvu qu’elles soient douces) entre des chorégraphies dynamiques (la chanteuse est notamment portée debout à bout de bras par ses danseurs) et des jeux pyrotechniques.

Regrets

MF99_45aLa chanteuse réapparaît du côté gauche de la scène, tenant d’une main son micro et de l’autre sa veste. Contrairement à la version studio de la chanson, il s’agit ici d’un solo, Mylène Farmer interprétant y compris les paroles chantées à l’origine par Jean-Louis Murat. Elle déambule lentement sur une scène envahie par des fumigènes blancs ; sur le pont musical, la main articulée de la statue géante s’enflamme en son centre et répand une douce lumière rougeâtre sur toute la scène.

Désenchantée

Les premières notes du titre retentissent dans une version plus électronique et douce que sur l’album L’Autre… tandis que l’interprète apparaît en compagnie de ses deux danseuses depuis le fond de la scène ; elle a auparavant pris le soin de revêtir une imposante mante noire translucide qui virevolte lorsqu’elle exécute sa chorégraphie en compagnie de ses danseurs, qui sont venus la rejoindre. Ceux-ci sont vêtus, comme leurs collègues féminines, de la même mante sombre et ont calé leurs pieds dans un socle amovible fixé au sol, qui leur permet de se pencher sur un grand angle sans tomber. À l’issue du titre, lorsque la chanteuse et ses danseurs quittent la scène, musiciens et choristes achèvent le titre sur une musique enjouée, face au public.

Méfie-toi…

Mylène Farmer, vêtue d’un imperméable noir, est juchée en haut d’escaliers qui mènent à une ouverture pratiquée juste en dessous du crâne de la statue. Ses deux danseuses, habillées de la même façon, l’attendent en haut des escaliers, mains et regards tournés vers elle. Après quelques mouvements de bras, les trois jeunes femmes descendent pour interpréter le refrain de Méfie-toi… », en compagnie des danseurs qui, eux aussi vêtus à l’avenant, exécutent à leurs côtés une chorégraphie enjouée. Sur le pont musical, tandis que Mylène Farmer et ses danseurs effectuent une chorégraphie au pied ou en haut des escaliers, d’immenses photophores balayés par une soufflerie disposés de chaque côté de la statue monumentale illuminent la scène d’une couleur rouge.

Dessine-moi un mouton]

MF99_42aLa chanteuse et ses danseurs ôtent leur imperméable, laissant apparaître un ample ensemble blanc semblable à de la dentelle. Mylène Farmer entonne la chanson sur les marches de l’escalier qu’elle a déjà emprunté, tandis que sa troupe de danseurs exécute une chorégraphie, puis descend alors qu’une balançoire argentée ornée de chaque côté par la tête d’ibis du dieu égyptien Thot tombe lentement du plafond. Elle s’y installe et remonte avec sa nacelle, se balançant doucement, tandis que ses danseurs continuent de bouger sur scène, jouant notamment à saute-moutons, et qu’une pluie de confettis semble tomber du ciel. Elle redescend par la suite avec son escarpolette et présente ses danseurs et musiciens avant de reprendre le titre avec le public.

California

La chanteuse interprète une version intimiste et jazz de ce titre, dans une pénombre rougeoyante, simplement accompagnée de ses deux choristes et se déplaçant des escaliers vers le public, puis de chaque côté de la scène.

Pas le temps de vivre

Après une longue introduction musicale dans laquelle est notamment inséré le bruissement d’un ruisseau, Mylène Farmer, qui a revêtu un lourd manteau blanc translucide, pénètre sur scène sous les ovations du public. Puis elle entame le titre a capella sur les deux premiers couplets avant d’enchaîner le refrain avec l’assistance de ses musiciens cette fois-ci. Puis elle quitte sa position statique pour se rapproche du public et fait monter un spectateur sur le pont musical, spectateur qu’elle tient par la main et avec qui elle déambule sur scène tout en le regardant et en poursuivant l’interprétation du titre.

Je te rends ton amour

Lorsque les premières notes de la chanson retentissent, la porte située à la base du colosse égyptien s’ouvre et Mylène Farmer pénètre sur scène par cette ouverture, vêtue d’une ample robe pourpre ornée d’une longue traîne et fendue de chaque côté au niveau des cuisses. Elle titube plus qu’elle ne marche, semblant tâtonner comme une personne aveugle (scénographie fidèle à celle du vidéo-clip de Je te rends ton amour), déambulant jusqu’à point précis. Il s’agit en fait d’une trappe qui va la surélever et dégager une épaisse fumée rouge sur le pont musical, puis la trappe redescend et la chanteuse achève le titre en s’agenouillant devant son public, les bras en croix.

Souviens-toi du jour…

Rejointe par ses danseurs et danseuses, vêtus d’un pantalon noir et d’un ample manteau ouvert et orné d’une traîne, Mylène Farmer entame la chanson dans une version proche du titre enregistré en studio. Elle exécute en compagnie de sa troupe une chorégraphie sur le refrain constituée de gestes avec les bras et les mains rappelant le langage des signes, puis fait reprendre le titre à son public et le salue.

Dernier sourire…

MF99_31aMylène Farmer pénètre sur scène, vêtue du costume d’entrée, et entonne une version intimiste de ce titre écrit pour la mort de son père, Max Gautier.

Innamoramento et conclusion

Déambulant sur scène de droite en gauche, en pleine communion avec son public, Mylène Farmer interprète le titre au sol avant de l’achever sur la main articulée de la statue géante. À la fin du titre, la voix de Mylène enregistrée sur le titre Mylenium retentit, la main s’élève et le rideau bleuté du début tombe à nouveau devant la scène.

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Mylène, De Chair et de Sang

Posté par francesca7 le 31 décembre 2011

Livre Mylène Farmer, De chair et de sang

 Mylène Farmer : De chair et de sang

Titre: De chair et de sang

Auteur: Annie et Bernard Reval

Édition: France-Empire

Type de livre: Biographie

Aspect physique: Livre Broché

Poids: 388 g

Dimensions: 16 cm x 24 cm

Date de parution: 06 septembre 2004

Prix Fnac: 19 €


De chair et de sang – Biographie d’Annie et Bernard Reval

Pour écrire la biographie Mylène Farmer, De chair et de sang, Annie et Bernard Reval (biographes de vedettes de la chanson) ont rencontré de nombreuses personnes de l’entourage de Mylène Farmer : professionnel, amis d’enfance et même d’autres vedettes.

 

Présentation de l’éditeur

Une chanson à nulle autre pareille marque l’année 1984. Maman a tort est le premier succès d’une jeune femme qui va bientôt se hisser au sommet des hits : Avec Libertine, Plus grandir, Tristana, Sans contrefaçon, Pourvu qu’elles soient douces, Désenchantée, Ainsi soit Je…,  » Mylène la flamboyante « ,  » Mylène la sulfureuse « , a bâti une des plus belles carrières de la chanson française. Sa réussite est due au travail et au talent, mais aussi à son Pygmalion, Laurent Boutonnat. Cultivant le secret, contrôlant de très près la communication, le couple construit au fil des ans, hors des sentiers battus, un personnage auréolé de mystère qui atteint, pour ses fans, la dimension d’un mythe. Jusqu’à ce jour, aucun livre n’avait retracé avec autant de précision la vie et la carrière de la chanteuse. Pour la première fois ses amis retrouvés ont accepté de raconter  » Mylène Gautier « , la jeune fille simple et rieuse qu’ils ont côtoyée avant sa gloire, bien éloignée de l’icône qu’elle est devenue. Confidences originales également de ceux qui ont croisé ou partagé sa route et qui parlent enfin, longuement : Jean-Louis Murat, Sophie Tellier, Christophe Mourthé, Nathalie Cardone et tant d’autres… musiciens, photographes, techniciens qui l’ont accompagnée dans sa  » jeune carrière  » de vingt ans. Annie et Bernard Réval ont reconstitué l’histoire, foisonnante de détails, d’une artiste pas comme les autres dont ils livrent la face cachée l’enregistrement des premières chansons, les coulisses des concerts, la réalisation des clips, le tournage du film Giorgino… Première biographie complète, l’ouvrage présente, au-delà des apparences, une Mylène Farmer de chair et de sang.

Biographie de l’auteur

Enfants du spectacle, passionnés par la chanson française, Annie et Bernard Réval sont déjà les auteurs, aux éditions France-Empire, de Barbara une si belle histoire, Aznavour le roi de cœur, Gilbert Bécaud jardins secrets, Claude Nougaro états d’âmes, Jean-Jacques Goldman tout simplement.

 

http://www.amazon.fr/Myl%C3%A8ne-Farmer-chair-Annie-R%C3%A9val/dp/2704809852

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Frère de Mylène

Posté par francesca7 le 23 août 2011

DC tragique de Jean-Loup 

 

 

Frère de Mylène dans Mylène 1995 - 1996 2009ObsequesDeClaudeBerri12Autant le duo avec Jean-Louis Murat avait plu aux fans de Mylène, autant ce choix mariant le soleil de Khaled et les ténèbres est à la limite du crédible. Ils entrent néanmoins aux Studios Mega et le titre est enregistré en quatre heures de temps, car Mylène ne chante plus en direct sur les plateaux de télévision depuis Sans Contrefaçon

 

Deux jours plus tard, c’est un drame d’ordre familial qui frappe la chanteuse, 1996 n’est décidément pas son année sur le plan de sa vie personnelle. En effet, son grand frère, Jean-Loup Gautier décède dans un accident de la circulation le 26 octobre. Le jeune homme de 36 ans venait de quitter en roller son domicile de Saint-Cloud pour aller chez des amis. 

 

A un carrefour, il est heurté de plein fouet par une voiture conduite par un jeune homme qui ne l’a pas vu arriver. Affolé, l’automobiliste appelle les premiers secours. Hélas, le temps que Jean-Loup Gautier soit transporté aux urgences de l’hôpital Foch de Suresnes, il succombe à ses blessures. Mylène est effondrée. La disparition de son grand frère vient briser le fragile équilibre qu’elle avait, depuis peu, réussi à trouver et laisse la porte ouverte à ses ombres et légendaires angoisses. 

 

Les obsèques se déroulent le jeudi suivant à l’église de Garches, dans les Hauts de Seine. Mylène est présente. Les cheveux relevés, les lunettes noires sur le front et le manteau sombre, son visage est fermé par une souffrance sans nom. Et pourtant, une fois de plus, la chanteuse relève la tête. Courageuse, elle sait que ce n’est pas le moment de flancher, que son public l’attend et qu’elle doit avancer. 

 

 

 

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Les voix… Remixes Mylène

Posté par francesca7 le 20 août 2011

 

 

Les voix… Remixes Mylène dans Mylène 1991 - 1992 2909329955_small_1Le clip de Regrets  est tourné au même moment que Désenchantée  dans un fascinant cimetière juif de Budapest désaffecté depuis la Seconde Guerre mondiale. Et personne n’est déçu en visionnant ce clip sobre, en noir et blanc, dans lequel les deux esprits romantiques et torturés se mêlent à merveille.

 

L’homme, Jean-Louis Murat, pénètre dans le cimetière pour renouer avec l’amour de sa femme défunte, interprétée par Mylène. Pour la première fois, Laurent Boutonnat reste fidèle aux paroles de la chanteuse sans vouloir transcender la chanson. Merveilleux, le clip baigne dans une lumière très surexposée et abuse de nombreuses superpositions de regards.

 

 

Devenus une habitude, des remixes accompagnent la sortie du single en juillet 1991. Le Stergen Dub mix est essentiellement composé de samples des voix de Mylène et de Jean-Louis Murat remasterisées et passées à l’envers, comme des messages subliminaux. On entend surtout (et dès le début) Mylène dire une phrase incompréhensible, qui se trouve être en fait nos âmes se confondent passées à l’envers. D’ailleurs, notons que le titre du remix en question est lui-même Regrets en écriture inversée….

 

Après avoir un peu craché dans la soupe au moment de la sortie du single – suite à des problèmes de droits – Jean-Louis Murat fera son mea culpa quelques années plus tard :

 

-          « dans le business, les deux personnes les plus estimables que j’ai rencontrées, ce sont Mylène et Laurent. Je les adore et les respecte infiniment. Ce sont les plus intelligents. D’une intelligence à la Warhol. Ce sont ceux qui comprennent le mieux les mécanismes de ce business, qui sont en meilleure positon pour le pervertir, en tirer tous les fruits. Ils cranent dessus tout en faisant cracher le fuit. Pas mal (…) Leur but, c’est de faire cracher les fans. C’est un challenge profondément immoral, intéressant. Laurent Boutonnat est un vrai immoraliste, au sens noble du terme. Il y a une sorte pulsion consumériste dans la population, autant être là pour en profiter. Il vaut mieux que les jeunes achètent des T-shirts de Mylène Farmer plutôt que des T-shirts de la Star Ac’ ! (…) Par rapport à Goldman, Mylène Farmer c’est du Wagner ou du Bach ! Il y a chez elle quelque chose de simple, populaire, féminin et pervers aussi. C’est très excitant sexuellement tout ça. Et c’est parfaitement maîtrisé dans une sorte de tradition décadente. A côté de Mylène, Jennifer on dirait un Caterpillar.

 

Tour en avouant :

 

-           » Grâce à ce duo, Mylène Farmer m’a offert son public ; une partie est restée, et j’ai gagné rapidement une dimension que j’aurais sans doute mis des années à acquérir !

Publié dans Mylène 1991 - 1992 | Pas de Commentaires »

Jean louis Murat dans Regrets

Posté par francesca7 le 20 août 2011

 

Jean louis Murat dans Regrets dans Mylène 1991 - 1992 pageteteJean-Louis Bergheaud, qui signe ses albums Jean-Louis Murat est un auteur-compositeur-interprète, né le 28 janvier 1952 à la Bourboule. Il passe une grande partie de sa jeunesse chez ses grands-parents dans une ferme isolée à Murat-le-Quaire (d’où il tire son pseudonyme).

Après sa naissance, à Clermont-Ferrand, l’histoire de Jean-Louis Bergheaud commence à la Bourboule, petite station thermale dans le Massif central. Fils de divorcés, c’est chez ses grands-parents, à Murat-le-Quaire, qu’il passera toute sa jeunesse. Solitaire et introverti, dès son plus jeune âge, Jean-Louis présente certains dons pour la musique et pour beaucoup d’instruments, ce qui le mènera au conservatoire où il développera son goût pour le chant. Féru de littérature romantique et tourmentée, il est le premier de sa famille à être titulaire du baccalauréat. Marié à l’âge de 17 ans, il s’inscrit pour une courte durée à l’université de Clermont-Ferrand, puis jeune papa, quitte tout pour voyager et vivre de petits boulots en France et en Europe.

Jean-Louis Murat connaît un début de carrière difficile marqué par plusieurs expériences musicales à la fin des années 1970 — notamment dans un groupe éphémère nommé Clara remarqué par William Sheller qui les invitera à faire certaines des premières parties de ses concerts — mais sans lendemain. En 1982, après la dissolution de groupe Clara, il enregistre son tout premier album intitulé Murat, puis un deuxième en 1984 intitulé Passions privées, mais devant le peu de succès, sa maison de disques rompt son contrat. On lui attribuera une tentative de suicide[réf. nécessaire] à la suite de la sortie au tout début des années 1980 de son disque Suicidez-vous le peuple est mort qui ne connaît que très peu d’écho auprès du public. La diffusion radio du titre est alors arrêtée sur Europe 1.

tournage-de-regrets-avec-jean-louis-murat-au-centre-titre-sorti-en-1991 dans Mylène 1991 - 1992S’ensuit alors une longue traversée du désert dont il ne sort que bien des années après avec le premier extrait issu de son album Cheyenne autumn paru en 1989 chez Virgin, Si je devais manquer de toi, qui lui apporte enfin une certaine notoriété (trois autres extraits de cet album, L’ange déchu, Amours débutants et Te garder près de moi, sont eux aussi diffusés sur les ondes). Deux ans plus tard, les singles Col de la Croix-Morand et Sentiment nouveau (ce dernier rentrant au Top 50), issus du disque Le manteau de pluie, remportent un succès encore plus important.

Mais c’est Regrets, un duo avec Mylène Farmer, qui le fait réellement et définitivement connaître auprès d’un plus large public, à l’aube de ses 40 ans, en 1991 (3e au Top 50 et plus de 300 000 copies vendues). Depuis cette période, ses albums rentrent régulièrement dans le Top 20 en France.

 

Publié dans Mylène 1991 - 1992 | Pas de Commentaires »

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