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MUSIC NEWS des années 1996 avec Mylène Farmer

Posté par francesca7 le 15 octobre 2016

 

 Entretien avec Eric JEANJEAN

 Comme à chaque sortie d’album (jusqu’en 1999), Mylène Farmer accorde un entretien à NRJ, mais celui-­ci diffère des précédents dans sa forme, puisqu’il est diffusé en plusieurs parties diffusées tout au long de la journée et accompagnées à chaque fois d’une chanson du nouvel album.

Lors du week-­end spécial Mylène Farmer du 31 mai au 2 juin 1996, cet entretien est rediffusé en partie avec quelques passages qui n’avaient pas été diffusés en octobre 1995. Vous retrouvez donc ici la retranscription intégrale reconstituée.

Eric Jeanjan : Lorsque Mylène Farmer sort un nouvel album, c’est sur NRJ qu’on le découvre avant tout le monde, et quand Mylène Farmer parle, c’est sur NRJ qu’elle le fait. Journée spéciale Mylène Farmer en exclusivité sur NRJ. Donc, « Anamorphosée », c’est le nom du tout nouvel album de Mylène Farmer.

Un album qui nous procure un double plaisir : d’abord celui de réentendre Mylène Farmer avec de nouvelles chansons sur les ondes radios, et puis un vrai plaisir, celui de vous rencontrer aujourd’hui.

Bonjour !

 mylène

 

 Mylène Farmer : Bonjour. EJ : Merci une nouvelle fois d’avoir accepté notre invitation. Une invitation d’autant plus précieuse que les interviews que vous donnez sont rares. Ce sera d’ailleurs ma première question : comment se fait-­il que vous soyez si rare chez nous, les médias français ? Est­ce que c’est parce que vous n’avez pas envie de vous dévoilez, que vous craignez pour votre tranquillité ? Ou simplement parce que vous pensez que le média, c’est un mets à savourer avec parcimonie pour éviter l’indigestion ?

MF : Un peu tout ça, je dois dire, mais surtout parce que c’est un exercice qui est difficile pour moi et parce que je redoute la justification en général.

EJ : On revient encore une fois sur cet album, qui a été enregistré à Los Angeles. C’est la première fois que vous enregistrez à Los Angeles ?

MF : Oui.

EJ : D’accord. Qu’est­-ce qui s’est passé ?  Vous en aviez marre de la France, marre d’être en France ? Peut-être aussi du statut de star, qui parfois peut être lourd à porter…

 MF : J’avais envie effectivement de…toujours cette idée du voyage. Auparavant, je redoutais l’idée de prendre une valise, un avion et de partir vers l’inconnu, et aujourd’hui j’avoue que c’est quelque chose qui m’enchante ! Est­-ce que j’en avais marre de la France, comme vous dites : non.

Peut­-être que j’en avais marre de moi, quelque part, et ce quelque part se rétrécissait au fur et à mesure donc j’ai senti pour moi une urgence que de m’envoler. Il se trouve que c’était Los Angeles parce que j’y connais quelques personnes, donc c’est plus facile et que c’est une ville qui offre une qualité de vie assez étonnante –si tant est qu’on puisse se l’offrir, j’en suis consciente. Mais…voilà !

 mylène0

EJ : Vous aviez envie de partir, de vous exiler, ou vivre quelques temps là-­bas, ou vous aviez vraiment décidé d’écrire l’album là-­bas ? Ou c’est une fois que vous étiez là-­bas que vous avez fait l’album ?

 MF : Non, ça n’était pas prémédité. Je suis partie là-­bas, j’y suis restée et après, effectivement, j’ai demandé à Laurent de m’y rejoindre.

 EJ : C’est là que vous avez écrit cette belle chanson, qui est la première de l’album : « California ». J’ai relevé quelques phrases que j’aime bien ­ c’est assez significatif d’ailleurs de ce que vous avez dit, vous allez confirmer ou infirmer : « Aéroport, aérogare mais pour tout l’or m’en aller / C’est le blues, le coup d’cafard / Changer d’optique, prendre l’exit / M’envoyer l’Amérique »… (sic)

MF : Voilà, c’est le résumé de ce que je viens de dire ! (rires)

EJ : C’est exactement ça ! (Mylène acquiesce d’un murmure)

Diffusion de « California »

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https://youtu.be/JAS2XAvINtc

 

EJ : On va parler d’ « Anamorphosée », maintenant. C’est donc le nom du nouvel album (Mylène acquiesce). Alors, je me suis amusé ­ on le disait tout à l’heure hors antenne­ à regarder dans le dictionnaire, donc la définition du mot ‘anamorphose’, d’ailleurs puisque le mot réel c’est ‘anamorphose’­ dans le Larousse 1995 : ‘Image déformée d’un objet donnée par certains systèmes optiques, ou bien représentation volontairement déformée d’une forme ou d’un objet et dont l’apparence réelle ne peut être distinguée qu’en regardant l’image sous un angle particulier ou au moyen d’un miroir courbe’. Alors, est­-ce que je dois m’attarder à ce titre ? Ca veut dire que vous avez choisi ce titre parce que les gens ont une image déformée de vous, ou bien est­-ce que c’est simplement un titre qui fait joli ?

MF : Non. Moi, j’y ai trouvé une autre définition : ma perception du monde, j’ai ce sentiment, s’est élargie, s’est agrandie. L’idée de l’anamorphose, pour moi, c’est le moyen de tout re-concentrer, de tout rassembler pour n’en faire qu’une. Voilà.

EJ : Qu’est-­ce qui a fait que votre vision du monde s’élargisse ?

MF : J’ai l’impression que le voyage m’a donné une clé, et puis ça fait partie de l’apprentissage de la vie, j’imagine. Je pense avoir changé, je pense avoir découvert des choses que je ne connaissais pas auparavant, avoir accepté surtout beaucoup de choses.

 EJ : Qu’est­-ce qui a changé chez vous ?

MF : Quelque chose d’assez fondamental, à savoir que je n’appréhende plus la mort de la même façon, à savoir j’ai peut-­être aujourd’hui accepté la mort, j’ai probablement accepté une vie après la mort, ce qui me permet aujourd’hui, moi, de vivre et d’accepter la vie, tout simplement. Donc je pense que c’est le vrai changement en moi.

EJ : Ca veut dire que pendant toutes ces années où on vous a découverte, vous aviez une espèce d’angoisse permanente ­ j’allais dire une angoisse résiduelle­ qui a toujours été au milieu de ce que vous faisiez ?

 MF : Une hantise de la mort, oui, absolument. Oui.

EJ : Et ça s’est traduit par quoi ? Vous avez découvert Dieu, ou vous avez découvert un… ?

MF : Non. C’est au travers de, je dirais, de réflexions. Il y a des choses qui sont venues spontanément à moi. Je considère que j’ai eu de la chance. Et puis c’est au travers de lectures, également.

EJ : Vous avez peur de l’autre ? Ou des autres, en général ?

MF : Non.

EJ : Non ?

MF : Non. Il ne m’effraie plus ! (rires)

 

Diffusion de « XXL »

Image de prévisualisation YouTube

https://youtu.be/itT1IzQW82o

 

EJ : Est­-ce que vous êtes susceptible de vous engager, de mettre votre notoriété au bénéfice d’une cause quelle qu’elle soit ? D’abord, est-­ce que vous l’avez déjà fait et est­-ce que vous pensez que c’est important de le faire et de profiter justement de cette notoriété et du fait que vous soyez un vrai vecteur de communication, puisque vous avez des gens qui vous écoutent et qui vous aiment ?

MF : Je crois que c’est important de le faire dès l’instant qu’on sait le faire et qu’on a envie effectivement de s’y prêter. Maintenant, je l’ai fait et…

EJ : (la coupant) Vous l’avez fait pour quoi ?

MF : C’était pour la recherche contre le sida (sur l’album « Urgence » sorti en juin 1992, nda). Maintenant c’est vrai que des choses publiques, j’ai un petit peu plus de mal à le faire. Je préfère que ça se fasse dans le privé. Qu’on le sache ou qu’on ne le sache pas, ça n’a pas grande importance du moment que je peux le faire.

EJ : Parlons de « Eaunanisme ». Alors là, c’est une chanson qui m’a beaucoup amusé de par l’orthographe d’ « Eaunanisme » : vous avez écrit ‘eaunanisme’ (il épelle le mot). Le vrai mot, c’est onanisme, qui vient ­ j’ai cherché encore dans le dictionnaire, je me suis beaucoup amusé avec vous dans le dictionnaire !

(rires de Mylène) ­ qui vient du personnage biblique de Onan, et ça veut dire masturbation. Alors, qu’est­-ce que je dois comprendre, là ?! Eau : c’est une relation particulière avec l’océan ? Un texte très sexe, enfin me semble-­t-­il !

MF : Plus sensuel que sexe, je pense ! J’avais envie de l’élément eau, maintenant l’onanisme c’est effectivement la recherche du plaisir par soi­-même. Moi, quand j’ai écrit cette chanson, je pensais à l’écriture, donc je pense qu’il y aura des milliers de lectures quant à cette chanson. J’ai essayé d’évoquer l’écriture : l’écriture est aussi un plaisir solitaire, en tout cas dans un premier temps, et j’avais envie d’écrire comme un petit conte, en évoquant un personnage. Voilà !

 mylène1

EJ : Est-­ce que ça veut dire que vous écrivez pour vous faire du bien ? Est­ce que c’est une forme, je dirais, de thérapie ?

MF : Je crois que c’en est une. Maintenant, c’est aussi, je pense, un intérêt pour l’autre, une fois de plus. Diffusion de « Eaunanisme »

EJ : C’est important, pour vous, l’image ? Je me rappelle de clips fantastiques. D’ailleurs, pratiquement tous les clips sont des mini films extraordinaires : « Pourvu qu’elles soient Douces » était génial ; « Libertine », c’était génial ; le clip de Besson, effectivement je me rappelais plus que c’était lui qui l’avait fait, mais c’était vachement bien ! C’est très important, pour vous, l’image que vous donnez ?

MF : C’est important, et l’image tout simplement pour moi est importante dans ma vie. J’adore le cinéma, j’adore la photo, oui.

EJ : On parlait cinéma justement avec le film de Laurent Boutonnat, « Giorgino ». Moi j’ai eu l’impression d’une petite cabale. On va pas polémiquer là­-dessus, moi je suis pas d’accord, simplement c’est un film qui nous a permis de découvrir un vrai talent : le vôtre, en tant que comédienne. Est­-ce que c’est une expérience que vous retenterez, le cinéma ?

MF : Probablement ! Je me le souhaite. Maintenant, c’est vrai que ça ne fait pas partie, ou plus partie, de l’état obsessionnel. C’est vrai qu’avant…

EJ : (la coupant) Ca l’a été ?

 MF : Ca l’était, parce que c’est vrai que j’ai eu ce désir il y a très, très longtemps que de faire ou du cinéma, ou du théâtre et que j’ai eu cette rencontre avec Laurent Boutonnat, et que nous sommes nés tous les deux d’une chanson toujours avec cette envie que de pouvoir faire un film, lui le réaliser et moi l’interpréter. Pendant ces dix années, c’est vrai qu’on a pensé à ce film, à un film, et voilà nous l’avons fait !

EJ : Vous avez des propositions au cinéma ? MF : J’en ai quelques-­unes, oui. EJ : Et pour l’instant, pas de réponse positive ?

MF : Pas pour l’instant, non.

EJ : On parlait justement, puisqu’on reste dans les médias, on parlait de la télé tout à l’heure, hors antenne. Quelle est votre opinion justement face à la télé telle qu’elle existe aujourd’hui en France et puis aux Etats­-Unis que vous connaissez bien maintenant ?

 MF : Oui. La télévision en France, d’abord je la regarde très, très, très peu, si ce n’est que le peu d’émissions que j’ai vues c’est vrai qu’il y avait cette idée de répétition aujourd’hui, de banalisation de tout, et surtout ce ton qui se veut sarcastique, cynique et tout le monde n’a pas le talent pour ça ! Donc j’ai l’impression que ça n’a dans le fond pas grande importance, la télévision, en tout cas la façon dont ils la font. Diffusion de « XXL » à nouveau

EJ : On va parler des chansons, maintenant. Il y en a une qui m’a marqué, c’est peut­-être celle que j’ai le plus écouté, qui s’appelle « L’Instant X ». C’est autobiographique, ça ?!

MF : D’une certaine manière. C’est­-à­-dire qu’il est toujours difficile de s’extraire de son texte, maintenant je parle de moi et je peux parler aussi de l’autre dans ces moments-­là…

EJ : Avec le jeu de mot sur ‘zoprack’…

MF : J’ai été obligée ! (rires)

EJ : Ha bon ?! Pourquoi ? Pourquoi vous avez pas dit Prozac ?

MF : Parce que c’est interdit.

EJ : Ha oui ? Dans une chanson vous n’avez pas le droit ?

MF : On n’a pas le droit de faire la publicité d’un médicament, donc plutôt que de l’enlever et de le tuer, j’ai préféré le mutiler et m’en amuser ! (rires)

EJ : En changeant deux lettres, d’accord ! Une chanson, je dirais, un peu spleen, c’est-­à-­dire je raconte l’histoire pour ceux qui l’ont pas encore écoutée –mais on va l’écouter tout à l’heure, de toute façon­ on ne peut plus vivre sans cette fameuse petite pilule qui va nous rendre heureux. Qu’est­-ce que vous pensez, vous, de cette, je dirais, façon de vivre-­là qui est très américaine, d’ailleurs ?

MF : C’est vrai. La dépendance est une notion qui n’est pas agréable, maintenant si ça peut aider des gens, pourquoi pas ? Si c’est pas dangereux, si les effets secondaires ne sont pas…

 EJ : C’est un vrai débat, le Prozac, quand même…

MF : Oui. Est­-ce qu’il est fondé ? J’avoue que je n’en sais rien. Je ne connais pas bien le sujet, si ce n’est que je connais beaucoup de personnes qui l’ont utilisé, ou continué de l’utiliser…

EJ : Pas vous ?

MF : J’ai essayé. J’ai abandonné très vite, mais plus parce que c’est l’idée que d’être justement dépendant de quelque chose qui m’est insupportable, donc c’est vrai que parfois quand on va très, très bas ­ et je crois qu’on a tous dans sa vie une période comme ça, période parfois répétée ­ on fait appel à quelque chose de l’extérieur…

EJ : Qui peut nous aider à nous en sortir…

 MF : Oui, mais c’est vrai que ça fait réellement partie de notre société aujourd’hui. EJ : Vous, vous préférez vous battre ! MF : J’ai ça en moi, donc j’ai de la chance, je pense.

Diffusion de « L’Instant X »

Image de prévisualisation YouTube

https://youtu.be/D4xaUXQ4wEE

 

 EJ : On va parler de vos projets maintenant, si vous le voulez bien. Un album, en règle générale, c’est suivi d’une tournée. Est­-ce qu’il va y en avoir une ?

 MF : Je ne sais pas.

EJ : Ha bon ? Vous n’êtes pas sûre ?

MF : Je n’ai pas la réponse.

EJ : D’accord ! C’est difficile de monter sur scène quand on est timide ?

MF : Oui et non. C’est quelque chose que je peux tout à fait surmonter, puisque je l’ai fait. Et puis il y a toujours ce sentiment de dédoublement…

EJ : C’est pas vous…

MF : C’est moi ! Bien sûr que c’est moi, mais là on parlait plus de l’appréhension et de la peur. Ca fait partie des paradoxes que l’on a en soi. J’ai toujours cette idée de l’ombre et de rester dans l’ombre, et puis avoir cette faculté que de pouvoir aller sous la lumière dès l’instant que l’on décide de le faire. Voilà. Et à ce moment-là, c’est vrai que là, la réflexion n’existe plus. C’est plus quelque chose d’animal, je dirais, plus d’instinctif que la réflexion.

EJ : C’est quoi, c’est un besoin d’amour le fait de monter sur scène ? Ou besoin de donner aux gens qui vous aiment, justement, et qui font l’effort de venir vous voir ?

MF : Je crois que c’est un partage. C’est donner et puis c’est recevoir. L’un ne peut pas aller sans l’autre.

EJ : Vous avez un message à donner à ces gens-­là ?

MF : C’est toujours difficile ! Je n’aime pas cette idée de porter un message, mais…

EJ : Ne serait­-ce que dans vos chansons, est-­ce qu’il y a un message, au final ?

 MF : Je ne sais pas. Je ne sais pas, c’est plus un témoignage, je dirais, qu’un message. Maintenant, je pense à ces personnes qui ont du mal à vivre et j’aimerais qu’elles puissent rencontrer la personne ou la lecture ou qu’il se passe un moment, comme ça, dans leur vie qui va les aider. Voilà, si je puis souhaiter ça, je le souhaite !

EJ : Et si vous, vous pouvez être ça, c’est bien !

MF : Je n’aurai pas cette prétention.

EJ : Oui, mais vous l’êtes quand même, je veux dire. A partir du moment où il y a des gens qui vous aiment aussi fort, c’est que quelque part vous leur faites du bien…

MF : Je l’espère !

EJ : Est-­ce que vous avez, après la promotion de cet album et après cet album-­là, d’autres projets ?

MF : Non, parce que je ne pense pas de cette façon-­là, c’est-­à-­dire que j’essaye ­ et je crois j’arrive­ de vivre l’instant présent. Et c’est ce qui est important pour moi, dans ma vie : c’est de ne pas ni faire appel aujourd’hui au passé, ni me projeter dans l’avenir mais avoir cette attention sur ce moment présent. Et je crois, puisqu’on a évoqué plusieurs fois ­ en tout cas, moi ­ cette idée du changement, je crois qu’elle réside exactement ici.

EJ : Sur scène, justement, tant d’amour, ça doit faire du bien pour l’ego, ne serait-­ce que de savoir qu’il y a des gens qui font vraiment l’effort d’être là, qui arrivent des heures avant…

MF : Oui, c’est vrai. C’est une belle déclaration.

EJ : Qu’est-­ce qui vous blesse le plus, en général ?

MF : L’absence de générosité, je crois.

EJ : Est-­ce qu’il y a quelque chose qui ne vous touche pas du tout, ou plus du tout ? MF : Oui : le qu’en dira-­t­-on. (rires) EJ : C’est vrai ?

MF : Oui.

EJ : Ca a été important pour vous ? Ca vous a un peu pourri la vie ?

MF : Ca n’a jamais été important pour moi. Jamais. Si ce n’est qu’aujourd’hui c’est encore moins important, parce qu’une fois de plus j’ai…Non, je me moque des qu’en dira-­t­-on, oui.

EJ : Qu’est-­ce qui…Oui, vous voulez rajouter quelque chose ?

MF : Non, je pensais que quand on n’a plus peur du regard de l’autre, quand c’est un regard qui ne vous agresse plus, l’autre n’est plus un ennemi donc il n’y a plus ce sentiment de peur.

EJ : Oui, je comprends. Qu’est-­ce que je dois faire si je veux devenir votre ami ?

MF : (silence) Vous êtes sérieux ?! (rires) Nous en parlerons plus tard !

EJ : D’accord ! Je regardais votre biographie : pratiquement trois millions d’albums vendus maintenant, des milliers de fans…Est-­ce que, justement, les fans, les gens qui vous aiment et qui parfois passent dans votre vie, c’est difficile à gérer ? Parce que des fois, il y a tellement d’amour que c’est maladroit…

MF : Là encore, je ne ferai pas de grande littérature quant à ce sujet. Je crois que ça fait partie de ce métier. Mieux vaut être appréciée que le contraire !

EJ : Bien sûr…

MF : Et d’autre part, je crois que je n’ai jamais eu réellement d’agression. Au contraire. Maintenant, c’est vrai que…Mais c’est pas par rapport à moi, dans le fond, c’est plus par rapport à la personne qui passe beaucoup, beaucoup de temps, qui attend des heures et parfois la nuit, et c’est vrai que dans le fond c’est une idée qui me dérange.

EJ : Pourquoi ça vous dérange ?

MF : Mais parce que c’est pas normal selon moi, et surtout par rapport à moi, de savoir que quelqu’un m’attend et attend quoi, dans le fond ? Je ne sais pas…

EJ : On a l’impression justement que les gens, les fans, n’aiment pas peut­-être ce que vous êtes réellement et n’aiment que l’image que vous donnez de vous, l’image professionnelle…

MF : Là encore, je ne me pose pas ce genre de question. C’est quelque chose de spontané chez eux. C’est parfois obsessionnel, maintenant dans le fond, ça les regarde…

 EJ : Je vous remercie mille fois d’abord pour cet album, « Anamorphosée », et puis ensuite d’avoir été avec nous, et je sais une nouvelle fois, je le répète mais c’est vrai, vos interviews sont rares donc précieuses.

MF : Merci à vous.

EJ : Merci beaucoup, Mylène Farmer. Au revoir.

MF : Merci, au revoir.

parution NRJ 16 OCTOBRE 1995

 

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A l’occasion d’un week­-end spécial avec Mylène Farmer

Posté par francesca7 le 3 septembre 2016

 

 

 

 

Mylène Farmer sur MCM et pour la promo de « Dance Remixes » et de « Que mon Cœur Lâche », Mylène accorde une interview fleuve à la chaîne. L’entretien a cette particularité qu’on ne voit jamais le journaliste, pas plus qu’on ne l’entend.

MF : Je n’essaie pas de me composer un personnage. C’est ma timidité, c’est vrai que je ne fais aucun effort pour moi­-même, non. Je ne suis pas dans cette rigueur. Je ne suis pas très tendre avec moi­même. Diffusion d’un court extrait du clip « Je t’aime Mélancolie ».

MF : Vous savez, dans la mesure où je fais justement peu d’interviews, la presse dit ce qu’elle veut de moi, et c’est pas grave non plus. Mais c’est vrai que les médias ne sont pas tendres. Je ne dis pas avec moi, je dis en général. Peut­-être que beaucoup de personnes sont réunies dans ces métiers et n’arrivent pas à créer eux-mêmes ou elles-­mêmes tout simplement. Je crois que c’est un mal français. Je crois qu’on n’aime pas le succès tout simplement, en tous cas le succès à long terme. C’est toujours douteux. (sourire)

mylène

L’exercice de l’interview est un exercice qui m’est pénible en ce sens que j’ai du mal à parler de moi, que c’est un exercice de toute façon assez difficile, donc c’est pour ça que je préfère le rendre rare. Diffusion d’un extrait du clip « Ainsi Soit Je… ».

MF : Je n’ai jamais pris de cours de danse, donc c’est, j’allais dire, quelque chose de plus spontané. Je ne vais jamais en boîte de nuit, je n’y suis jamais allée donc… Mais par contre, c’est quelque chose, oui, de, j’allais dire, de fondamental, non, mais qui m’est indispensable quand je chante une chanson. J’ai toujours, moi, une danseuse avec qui j’ai travaillé pendant très longtemps qui a réglé les ballets pour le ­les chorégraphies pour le concert. Je lui apprends, moi, les mouvements et, au fur et à mesure, elle les fait répéter aux autres danseuses. Quand c’est une chanson un peu rythmée, c’est plus facile d’appuyer un mot par un geste. Je travaille d’abord moi-­même toute seule, ensuite, je travaille avec cette fameuse danseuse pendant deux, trois jours. Et puis après, nous faisons appel à deux, trois ou quatre danseuses. Et je travaille très souvent en studio.

Diffusion d’un extrait du clip « Sans Contrefaçon ». 

MF : Je suis très, très présente en studio. C’est un univers que j’aime bien. Je m’intéresse à tout. J’aime vraiment profondément la musique. Je sais pas s’il y a des critères comme ça. On essaie que ça sonne le mieux possible, que ce soit harmonieux, que ce soit, j’espère, un peu nouveau, et que ce soit dansant avant tout. (sourire)

J’ai un peu de mal, moi, à écouter les chansons anciennes, mais ça redonne une vie à la chanson tout simplement, ça la rend un peu différente. J’espère qu’on part de toute façon sur des bases nouvelles, j’espère qu’on évolue. Maintenant, quant à gérer tout ça : non, j’en suis incapable, je crois que ces choses-­là se font naturellement. On écoute d’autres musiques, on voit d’autres lieux, et tout ça apporte une nourriture certainement pour évoluer.

« Maman a Tort » n’était pas de ma plume, mais dans l’album j’ai chanté « Plus Grandir ». J’ai éprouvé le besoin immédiat d’écrire. Mais après…C’est difficile que de s’avouer qu’on est capable de le faire, d’abord, d’accepter, et d’accepter ses mots, ses émotions, et de les dévoiler aux autres. Mais là encore, c’était quelque chose d’évident pour moi. Je pouvais pas laisser quelqu’un écrire mes mots. Aujourd’hui, j’ai traduit avec un co­adaptateur « Que mon Cœur Lâche » en anglais et je suppose qu’elle va voir le jour, cette chanson. C’est un exercice qui est très difficile parce qu’il faut d’abord parler anglais couramment ­ ce qui n’est pas encore tout à fait mon cas­ et trouver un style d’écriture dans une langue qui n’est pas la sienne, c’est assez difficile.

Donc, pour l’instant, je n’ai fait qu’une chanson réelle en anglais, de A à Z. Diffusion du clip « Je t’aime Mélancolie ».

MF : Moi j’ai besoin de la musique pour pouvoir non pas trouver un thème, mais pour pouvoir écrire des mots sur cette musique, tout simplement. Puisque j’ai travaillé avec Jean­-Louis Murat, je sais que lui a une façon qui est très, très différente de… Lui, c’est quelqu’un qui est très, très productif, qui écrit sans arrêt. J’avoue que moi, j’ai besoin d’avoir un but qui se traduit par un album ou une chanson. En tous cas, c’est d’abord la musique de Laurent qui va me suggérer des choses. J’aimerais beaucoup jouer du piano, mais je n’ai ni le temps, ni peut­-être même l’énergie et c’est difficile de se remettre dans la peau d’un étudiant ou d’un élève. Mais le piano, c’est quelque chose qui me manque, oui. J’avais essayé de jouer le saxophone, mais ça, c’est très, très difficile. J’ai ces instruments avec moi, et c’est très bien ! (sourire)

Diffusion d’un extrait du clip « Regrets ».

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MF : J’aime beaucoup la peinture. J’aime beaucoup la peinture abstraite, surréaliste plus que la figurative. J’aime beaucoup Dali, Max Ernst, Egon Schiele, et beaucoup d’autres que je vais oublier, bien sûr ! J’aimerais beaucoup avoir un Miró ou un Egon Schiele puisqu’on en parlait, mais c’est impossible. C’est un plaisir assez immense que d’avoir un tableau chez soi et de pouvoir le regarder et de vivre avec, de se lever le matin. Et puis c’est passionnant ! Diffusion d’un extrait du clip « Sans Logique ».

 MF : Depuis très longtemps, j’ai pensé au cinéma. Avant la chanson. Et la vie a voulu que je rencontre la chanson d’abord, et je pense que c’est une bonne chose. Maintenant, j’ai très, très envie d’avoir cette émotionlà, oui, pour après, moi, pouvoir redonner une autre émotion parce que je pense que je remonterai sur scène. Mais j’ai besoin de ce passage-­là. C’est, là pour le coup, fondamental dans ma vie. Dans un premier temps, Laurent Boutonnat ne pouvait pas réaliser ce clip parce qu’il a un long métrage en préparation donc, pour le temps, c’était absolument impossible. Donc nous avons fait appel à Luc Besson. Pourquoi Luc Besson ? Parce que c’est quelqu’un que nous connaissons tous les deux, et qu’il nous avait invités un jour pour un très beau voyage sur la banquise, lors de son tournage d’«Atlantis ». Et ma foi, ça nous a semblé évident, et lui a accepté. (sourire)

Je crois qu’on a, de toute façon, des univers qui sont très, très différents. Ce que lui a peut­être apporté, il me semble en tout cas, c’est peut­être un sourire que je n’avais pas dans les autres clips, une légèreté que je n’avais pas. Après, Laurent Boutonnat sera bloqué, de toute façon, pour le montage de son film, pour la musique et pour bien d’autres choses, donc je pense que je vais mettre un peu de temps avant de sortir un autre album. Diffusion d’un extrait du clip « Que mon Cœur Lâche ».

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MF : Je crois que nous avons tous un côté ange, un côté démon. Oui, précisément avec les habits que je portais, en tous cas la robe blanche qui est une robe d’Azzedine Alaïa, et c’est un grand bonheur que de porter ses vêtements. Un artiste, c’est vrai, on l’écoute donc peut avoir une certaine influence qu’il ne maîtrise pas forcément d’ailleurs. Que de prendre position, moi je n’en ai pas envie, mais je respecte les gens qui le font. Moi, j’ai essayé de ne prendre aucun engagement justement, ni de dire ‘il faut en mettre’ ou ‘il ne faut pas en mettre’. Il me semble évident qu’il faut en mettre, mais c’est vrai que ce n’était pas le ‘message’ que je voulais faire passer. Il n’y a pas de message dans la chanson.

Une fois de plus, c’est un constat. Sans parler de constat d’échec, c’est l’impuissance qui rend très malheureux également. C’est quelque chose qui nous est tombé, là pour le coup, du ciel et c’est une chose méchante. Et que de ne pouvoir réagir, c’est la chose la plus cruelle pour l’Homme. Si ce n’est qu’il faut se protéger. Bien sûr, ça me fait mal, c’est quelque chose de tragique. L’amour est totalement perverti, mais je ne crois pas que je dirai quelque chose de très nouveau sur ce thème-­là, si ce n’est qu’il est très douloureux. Ne parlons plus du clip, parlons de la chanson : moi, une fois de plus, ça n’engage que moi, c’est plus un constat sur l’amour, ce que moi je puis ressentir. C’est quelque chose d’un peu difficile en ce moment, et c’était difficile aussi pour moi que de ne pas en parler.

J’essayais d’éviter parce qu’on a toujours peur des sujets un peu racoleurs et je me suis aperçu que, ma foi, ça fait partie de la vie de tous les jours. C’est le quotidien. C’est quelque chose que je ne pouvais pas occulter.

SOURCE / ESCALE 2 JANVIER 1993 Entretien avec Patrick WILLARD MCM 

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LE CHEVAL : le meilleur ami de MYLENE FARMER

Posté par francesca7 le 16 juillet 2016

                                                                                                                                                                                                                                                                                              

« Cheval, mon ami »      -              Entretien avec Cécile TESSEYRE                                                                                                                          

A propos de son amour des chevaux :                                                       

- Le plaisir d’être à cheval est immense. Les angoisses disparaissent, plus rien n’a d’importance… C’est une discipline que je conseille à tous, même si moi je dois m’en priver pour éviter tout accident. J’ai découvert les chevaux à l’âge de dix ans. J’ai même voulu faire de l’équitation mon métier mais, au moment de passer mon diplôme d’institutrice, j’ai tout abandonné.

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A propos de la participation du dresseur Mario Luraschi au clip « Pourvu qu’elles soient douces » :     

- J’ai découvert Mario Luraschi en le voyant à la télévision. Quand les producteurs de mon clip l’ont contacté, j’ai eu la chance de le rencontrer. Les chevaux de Mario sont si bien dressés qu’on a l’impression d’être le meilleur cavalier du monde. Mario leur parle comme à une femme…Dans mon clip, Mario a exécuté toutes les cascades dangereuses. Autrement, c’est moi qui joue mon rôle, comme dans les précédents clips.                                                                                                                                                          

A propos du tournage du clip et de son histoire :                               

- Il nous a fallu huit jours de tournage en forêt de Rambouillet, cent cinquante figurants, et une équipe technique renforcée. L’action se déroule en 1759, au beau milieu de la guerre de Sept ans qui opposait les armées française et anglaise. Les français envoient un bataillon de prostituées espionnes semer le trouble dans le camp britannique. C’est là qu’intervient Libertine, dont un capitaine anglais est tombé éperdument amoureux… Nous avons eu un conseiller historique pour éviter les anachronismes.                                                                                                                                                          

A propos du goût limité de Mylène pour l’Histoire :                          

- A l’école, elle me passait au-dessus de la tête. Mon caractère rebelle me faisait refuser l’enseignement des professeurs. Plus tard, j’ai découvert les plaisirs de la littérature et je me suis instruite toute seule.                                                                                                                                                                                         

A propos de sa nudité affichée dans le clip :                         

- C’est le paradoxe de l’artiste. On peut accepter des scènes de nu si elles ont un intérêt, et si on a l’assurance d’un travail bien fait. J’ai confiance en Laurent Boutonnat. Pourtant, j’appréhendais un peu ces scènes. Ce sont les regards, ou les commentaires des personnes sur le plateau qui peuvent rendre la situation embarrassante. Là, tout s’est très bien passé. Malgré tout, me déshabiller dans mes clips ne va pas devenir systématique.     

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A propos d’un éventuel troisième volet mettant en scène le personnage de Libertine :                                  

- Peut-être même un long métrage sur ce personnage qui me ressemble un peu. Comme elle, je suis une insoumise permanente, et mon caractère est comme le sien, très féminin, avec en plus le côté intrépide des garçons.                                                                                                                                                       

A propos des paroles de « Pourvu qu’elles soient douces » qui peuvent choquer certaines oreilles :           

- Disons que la perversité des uns peut être la normalité des autres. C’est une question de tolérance. Avec le temps, je suis moi-même devenue bien plus tolérante à l’égard d’autrui. Mon pardon est plus facile. 

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A propos de sa collaboration avec Laurent Boutonnat :                                 

- Il y a des rencontres qui marquent. Laurent apporte tant de réponses à mes demandes ! Je crois que, dans une vie, on ne trouve qu’une fois une relation créative aussi forte que la nôtre.                                                                                                                                                                                                                         

A propos de la préparation de son spectacle au Palais des Sports, en mai 1989 :                              

- Tous les jours, un professeur vient m’entraîner. Cela demande des sacrifices et une rigueur alimentaire. Fini, les folies Coca-cola ! Je prends aussi des cours de chant pour donner plus d’assurance à ma voix. Je ne m’étais jamais rendue compte à quel point la respiration est importante.                                                                                                                                                                                                                                                               

PARUTION DANS TÉLÉ 7 JOURS                DU 29-oct-88                                      

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Portrait de la Fée Mylène

Posté par francesca7 le 1 juin 2016

 

Mylène Farmer séduit, c’est indéniable. Par ses mots, par sa voix, par sa beauté, son univers également. Il n’y a qu’à interroger les fans pour se rendre compte que les raisons varient. Parfois, il n’y a pas de raisons à donner : Mylène n’est pas à définir : chez elle, la grâce émeut et ne laisse pas indifférent.

Mylène représente bien un subtil mélange de beauté, d’enchantement et de distinction.

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Beauté : Mylène est une chanteuse ; c’est là un lieu commun. Pourtant, les photos qu’elle réalise régulièrement sont dignes des plus grands mannequins. Les clichés, réalisés par les photographes les plus talentueux, la dévoilent sous des aspects toujours plus différents. Celle qui avoue ne pas s’aimer plaît indéniablement par son physique, si bien que cet aveu  n’est pas sans avoir déconcerter journalistes et autres chroniqueurs. Mais la beauté n’est pas que physique, et nous reviendrons par la suite sur cet aspect ; il y a bien chez Mylène une beauté émotionnelle, toute poétique…

Enchantement : on trouve dans l’univers Farmer quelque chose propre au sortilège et à l’incantation. Les fans avouent être subjugués par ce mélange savamment dosé des pulsions qui composent l’être humain, tendances macabres et érotiques entre autres. Mylène aime à déjouer les tabous en évoquant les thèmes défendus : « pas de doute, (…) c’est illicite. » Et ses admirateurs aiment cette originalité : tout se passe comme si les choses trop vite jugées « indécentes » aux yeux de la morale judéo-chrétienne ne l’étaient plus, le temps d’un clip, le temps d’une chanson. La fée Mylène n’est pas « tout le temps douce », comme elle le dit elle-même.

Distinction. Il n’y a qu’à regarder la vidéo de Fuck them all pour se rendre compte que même lorsque elle entame le pont vulgaire « Hey bitch… », Mylène nous surprend par son élégance et son charisme. Il y a bien en Mylène, cette femme de quarante-cinq ans, de la petite fille, de la poupée « désarticulée » qui peut se permettre les fantaisies les plus osées sans pour autant choquer outre mesure.

Mylène Farmer a-t-elle des projets ? La femme avoue jouir du plaisir de sortir un album quand elle en ressent l’envie. Mais quelle est donc la frontière entre Mylène, la femme, et Farmer, le personnage ?

Essayons de cerner celle que nous connaissons au travers de son œuvre : Mylène…Farmer tout simplement.

Un rien l’amuse, le jeu est pour elle une manière de vivre, de se perdre un peu plus. « Les choses enfantines me font rire ». La légèreté physique qui la compose entre en résonance avec l’attitude mentale. Mylène Farmer ou la fraîcheur non altérée.

Mylène est une fée : c’est sans doute l’aspect le plus créatif et charmant du personnage. Elle aime en tout cas se blottir dans ce monde, cet aspect impalpable propre au surnaturel… Dans les contes de Perrault, on rencontre généralement deux types de fées : les unes sont fragiles, les autres puissantes. Mylène, elle, semble ne rentrer dans aucune de ces cases… « Même si parfois je vacille, j’ai en moi une force qui me permet de rebondir ». La Fée Farmer est tout en nuances. Mylène, sexy, sensuelle, « attrayante » pour reprendre son mot, ne reflète pourtant pas un idéal féminin académique : le tout fait mouche chez Mouchette : (je suis sûr que vous ne l’aviez encore jamais vu, ce surnom !) l’émotion des sens naît d’une certaine qualité d’imaginaire rendue par l’attitude raffinée, le décor élaboré, le sens du détail. Mylène a l’allure d’une créature. Le clip Innamoramento nous la présente en divinité sylvestre, en parfaite communion avec la nature qui l’environne.

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Si de la fée elle a la distinction, elle en a aussi la capacité de métamorphose : sophistiquée un jour, sobre un autre. Mylène évoque Mélusine, au point de l’être, le temps d’un titre : « Quand on est Mélusine » nous dit-elle dans L’histoire d’une fée, c’est… Mélusine est cette fée du Moyen-Âge, qui se transforme les samedis en serpent : sortilège ou pouvoir, nul ne le sait…

Ajoutons que le caractère féerique de Mylène n’est pas seulement physique : ses personnages sont dotés de réels pouvoirs : Mylène vole dans l’Ame-stram-gram, recouvre la vue dans Je te rends ton amour, se transforme en créature surnaturelle dans Comme j’ai mal. Mylène évolue dans un monde qui lui est définitivement propre et sa présence même change son environnement. Surtout, Mylène suscite des réactions dignes d’une fée : ses apparitions (rares, donc magiques !) mettent en émoi ses admirateurs; elle attire par ailleurs les regards. Ses concerts reflètent à la perfection cet aspect: magiques et fantasmagoriques, ils sont le théâtre d’un autre monde, l’espace de quelques heures: un rêve éveillé, ou la frontière entre rêve et réalité n’est pas toujours palpable: des moments salvateurs, somme toute, pour l’artiste comme pour son public.

Ce pôle électrique communique avec les êtres et avec le monde de façon non pas rationnelle, mais véritablement intuitive, et affective. « Je ne suis pas sûre d’être l’incarnation de la parfaite cartésienne »… « J’aime ceux qui m’aiment » avoue-t-elle lors de la première soirée des Nrj Music Awards, en 2000. Mylène joue aussi pour ses aimants un rôle d’initiatrice : d’aucuns lui savent gré de les avoir éveillés à l’Art ou à l’émotion tout simplement. L’âme poétique de Mylène les touche car Mylène dépasse l’aspect prosaïque de la vie. Mylène n’évoque pas dans ses chansons le désespoir ressenti quand on se cogne contre une porte ou qu’on a un chat dans la gorge. Ça ne l’intéresse pas. Elle laisse ces thèmes passionnants à ses consoeurs, les Ségara ou les Kaas.

Amélie Nothomb dit « qu’elle est. ». Mylène, quant à elle, « attend tout d’être ». Elle est, sans intention. Notre héroïne favorite se meut naturellement dans l’univers qu’elle a façonné, un univers en perpétuelle évolution, comme le montrent les audaces visuelles que sont Libertine, XXL, C’est une belle journée, ou plus récemment Q.I. Mylène ne propose jamais la même chose, ses productions déstabilisent en appuyant toujours sur des registres différents : l’épique, l’esthétique, le dessin naïf, la sensualité empreinte d’humour. Notre fée conductrice a des fulgurances dans son discours. A qui lui demande comment on doit la qualifier, libertine ou garçonne, elle répond « Je préfère qu’on ne me qualifie pas ». Et toc !

Eluard nous dit « Le Poète inspire bien plus qu’il n’est inspiré ». Mylène puise son inspiration entre autres, dans son vécu, dans la mélancholia des poètes maudits du XIXe siècle, des surréalistes et dans bien d’autres domaines artistiques… Quant à l’inspiration qu’elle génère, il n’y a pour ainsi dire qu’à consulter les mots des fans pour se rendre compte que Mylène est un véritable pilier dans leur quotidien. La dualité du personnage Farmer est un élément à mettre en exergue. Il y a en Mylène une souffrance. Mylène semble vivre à la frontière de deux mondes, la poésie et le tourbillon de la vie. Elle s’arrache de la médiocrité pour vivre sur un mode qui n’est définitivement pas celui de la banalité. Avec Mylène, la vie s’acide de dynamite, pour reprendre ses termes dans L’amour n’est rien. Rien n’est évident, le suspense est permanent, le doute toujours présent quant à ses apparitions. Mylène n’aime pas le calibré, sa « nature profonde est le mystère ».

Le tout a opéré et opère encore… « Comment feront les fans quand Mylène va mourir ? ». Contrairement à Mylène Gautier, Mylène Farmer ne mourra jamais. Le sillage qu’elle creuse est celui d’une étoile qui a encore de nombreux siècles de lumière devant elle. Pourquoi ? Parce qu’au-delà de ses tubes mélodieux et unificateurs, Mylène, c’est l’anticonformisme absolu : la femme vaporeuse avec une dimension humaine primordiale. Mylène est bien plus qu’un personnage attachant et atypique. Mylène est un mythe.

SOURCE http://parcequecestelle.pagesperso-orange.fr/fee.htm

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Mylène photographiée par Christophe Mourthé

Posté par francesca7 le 13 mai 2016

        

En 2003, le photographe Christophe Mourthé a raconté dans la presse avoir eu une histoire d’amour avec Mylène au début de sa carrière. Ils se sont rencontrés en 1984, et ont collaboré ensemble quelques temps, avant la rupture affective et artistique en 1987.

 

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Textes de Christophe MOURTHÉ 

- Mylène Farmer 

Tout d’abord il y a eu Jean Marais, Line Renaud, l’équipe des Bronzés, Thierry Le Luron et Yves Mourousi. Puis Fellini, Zeffirelli, Dario Fo, Gassman, Strehler, les filles du Crazy Horse – J’avais 19 ans à peine. Il n’y a pas d’âge pour photographier des stars. Des vraies stars. Par la suite, il y a eu Arielle Dombasle pour Playboy, Jean-Marie Bigard en Penseur de Rodin, Renaud, les adieux de Sheila, Pétula Clark pour un Olympia, les Bee Gees à Paris, César ou Nougaro, Leslie Caron et Michèle Morgan, Zizi Jeanmaire et son truc en plumes, Amanda Lear et Marie Laforêt, Patricia Kaas, Hélène Ségara, Lio ou Patrick Juvet.

Qui d’autres encore ? Combien sont-ils ? 

Mais c’est surtout pour Mylène Farmer que je reçois encore des lettres de fans, 15 ans après. Une courte histoire qui allait marquer l’histoire d’un photographe et de son modèle. Cette collaboration tellement forte qu’on peut même qualifier de fusion me colle à la peau depuis toujours, depuis que nous nous étions rencontrés chez Bertrand Le Page. Nous étions intimidés, étonnés,distants. Bertrand prit les choses en main, et confirma le bien fondé de notre rencontre. Celui-ci avait un grand talent, c’était de découvrir des talents – Et de les faire fusionner. Avec Mylène, nous devions nous apprivoiser, mais nous savions déjà aussi que notre rencontre était une bonne rencontre. 

Notre première séance de photo eut lieu dans un fameux studio de la rue des Acacias à Paris. 

Tout le show business et tout le cinéma sont passés dans cette rue. La grande époque de Salut les Copains et tout ceux qui font rêver les fans. J’y ai moi même déshabillé Arielle Dombasle pour Playboy et réalisé la plupart de mes portraits de vedettes. 

Mylène dû se satisfaire d’une toute petite cabine de maquillage non chauffée et Denis Menendez travailla sur son teint de porcelaine. Elle m’apparut dans la lumière tel un ange. 

Malgré l’intense activité qui régnait dans le studio, elle fût douce, complice déjà, extravertie pour cette fois, et avait compris que nous ferions vraiment un bout de chemin important ensemble. Elle vit ma façon d’éclairer une femme et elle comprit qu’en m’ayant choisi, elle avait trouvé en moi le parfait complément à son univers. Nous nous sommes revus beaucoup, avons partagé des instants de tous les jours, appris à nous connaître. Manger une glace ou des bonbons, aller au zoo ensemble, faire les magasins, c’était simple mais c’était important. 

Nous sommes des artistes à l’âme fragile avec un univers si singulier à fleur de peau. 

Je lui fis connaître mon monde et elle me fit comprendre le sien. Nous nous comprenions si bien que l’osmose était parfaite. 

Mon travail d’images plaisait à Mylène. Pour notre bien à tous deux. Mylène a pu s’abandonner totalement au regard d’un objectif qui ne la mitraillait pas, qui la considérait en douceur. 

Involontairement, j’ai apposé quant à moi sur ma muse une griffe, une patte, et surtout une couleur, celle de cette fameuse chevelure qui fit sa marque de fabrique. 

Quand j’ai connu Mylène, elle venait d’obtenir un succès populaire avec la chanson « Libertine ». les cheveux était d’une couleur rousse mais assez mal définie. 

Trois ans auparavant, c’est le maquilleur et coiffeur de génie Denis Menendez, mon ami, qui avait créé pour moi une couleur de cheveux inhabituelle. 

J’avais réalisé en 1984, pour ma série, les fameux « Casanovas » une image de ma soeur Virginie dans un château très connu de la région de Blois. Cette image présentée avait séduit Mylène, comme toutes les autres photos de la série. C’est ce travail photographique qui a déclenché chez elle le désir de travailler avec moi. La couleur de la perruque que portait virginie est – car personne ne le sait à ce jour – abricot. Comme le rouge que l’on trouve sur un abricot un peu mur. Sur les indications de Denis, les ateliers Poulain, célèbres perruquiers de théâtre des années 80, ont réalisé cette couleur insensée. 

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Nous étions au printemps de l’année 1987.

Personne n’a décidé cela en particulier ou tout le monde indirectement. 

En tous les cas, Mylène avait toujours une reproduction de la photographie de Virginie sur une étagère bien en évidence pour mémoire. Elle y réfléchissait sans doute. 

C’est donc tout d’abord un simple de coiffeur de la rue Jean Mermoz à Paris qui a reproduit cette teinture sur les indications de Mylène, photo en main. 

Aujourd’hui, il est aisé de comprendre l’importance de cette période pour l’image de Mylène. Seul Michel Polnareff en France avait compris avant elle l’importance du look pour un artiste et de nos jours, une simple paire de lunettes blanches est synonyme de Polnareff. La couleur abricot sera toujours associée au mythe Farmer. 

Je n’avais pas encore à l’époque de statut de photographe. Seul le N et B fige à jamais sur du papier un Cocteau, une Marilyn, une Piaf, un Zorro ou un Steve McQueen  et renvoie cette personne au rang de Star immortelle. 

Elle permet à son auteur de rentrer dans la cour des grands tel un Newton ou un Doisneau.

Elle était ma star et je me devais de l’immortaliser comme telle. Je désirais lui prouver que j’étais le meilleur pour elle, pour nous.

Il s’agissait de mes premières grandes photos en N et B.

Je connaissais le travail d’Alekan, le meilleur directeur photo des grandes années du cinéma,les films d’Hitchcock ou ceux d’Eric Von Stroheim. Que seraient aujourd’hui une Grâce Kelly, un Harry Baur ou un Gabin sans ses talents inouïs? Je pris aussi exemple sur Harcourt, le studio de photos des Stars mythiques. J’y ai ajouté une touche personnelle à base de réflexion de miroirs et je tenais le cadeau parfait pour ma muse. J’étais heureux. 

Elle est devenue une Star de l’image. J’en suis très fier. 

Le noir et blanc figeait ainsi Mylène à jamais.

Je l’ai ressenti si fort en faisant ces images qu’aujourd’hui elles restent uniques et pour longtemps encore.

Le regard et toute cette sensualité qui s’en dégagent sont incroyables. 

Peu de fois, Mylène a tant donné dans une photo, invitation au rêve, au désir, instants magiques d’une intimité partagée qu’elle ne donnera plus que dans ses chansons. 

Mylène reste gravée en moi. 

Elle m’écrivit un jour cette dédicace intime mais tellement vraie: « tu es un petit diable qui me prends mon âme. Etre photographiée par toi est un plaisir et un honneur. » 

La vie nous a éloigné, Mylène et moi, mais cela devait être ainsi.

L’histoire est close.

 Mylène

Les casanovas 

Les casanovas, c’est tout d’abord une rencontre. Celle d’un photographe et d’un maquilleur en quête de création.

Tout deux à la recherche d’émotions vraies et de magie. 

Au début des années 80, je me fixe entre Paris et Venise et rencontre Denis Menendez, génie authentique du maquillage et de la coiffure. 

De notre complicité naîtront les fameux « Casanovas », personnages androgynes d’un 17/18ème siècle finissant, mis en scène dans des Palais vénitiens sous des lumières crépusculaires. Les « Casanovas » imposent alors un style novateur et audacieux. Une imagerie irréelle proche des plus grands peintres. 

Pour ma part, j’ai toujours été fasciné par l’ univers de splendeur décadente de cette période. 

Le théâtre italien que m’avait fait découvrir mon père Claude Mourthé, les fabuleuses rencontres en Italie avec Fellini et Zeffirelli, la lecture de Goldoni de façon plus studieuse, la commedia dell Arte, Arlequin, les masques, le mystère, puis la séduction cachée, l’ambiguïté de cette époque chez les protagonistes amoureux. 

J’en étais tellement passionné qu’il fallait que je réalise en photo un travail qui touche cette période de frivolité et d’aventures romanesques. 

J’avais en tête le Casanova de Fellini, la version particulière du Casanova de Comencini (la jeunesse de Casanova à Venise) et surtout le Barry Lindon de Stanley Kubrick, ce film merveilleux qui raconte l’ascension et la décadence d’un aventurier au travers de la société d’une fin 17/18 ème. 

Et puis Venise… 

Ca me semblait évident puisque tout à Venise évoque le théâtre, avec une espèce de grandiloquence pleine de références au passé. 

Cette ville est hors du temps et il y règne une atmosphère d’illusion comme dans les décors. 

Il semble qu’elle renvoie aux désirs de chacun, à de profonds fantasmes. Je l’ai aimé et je l’aime toujours. Elle est l’imaginaire de chacun. 

Nous avions 2O ans et nous étions dans un état de grâce pour réaliser ces images aujourd’hui reconnues mondialement. 

Depuis, nous en avons réalisé de nombreuses autres selon notre envie. 

Denis nous quitta en 1994 me laissant le soin de transmettre notre passion et de créer la suite de notre histoire.

Venise est un théâtre. La magie ne meurt jamais.

 

Dita 

Photographier Dita est toujours un vrai bonheur doublé d’un honneur. 

Elle me fait une confiance aveugle depuis presque dix années et me reste très fidèle malgré les nombreuses sollicitations du monde entier. 

Elle est l’incarnation de la Femme et du Fantasme dans toute sa beauté. 

Chaque image est magique et je la découvre un peu plus à chaque instant.

Elle est devenue une autre muse pour moi et succède aujourd’hui à la plupart de mes modèles avec une classe et une élégance inégalée.

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Chaque photographie devient culte et notre travail est toujours d’une grande beauté et d’une sensualité inouïe. 

Merci Dita d’être une Femme pour moi. 

Christophe MOURTHÉ dans un article paru sur http://www.chezhiggins.com/crbst_204.html

 

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Non, Mylène Farmer n’est pas toujours à poil

Posté par francesca7 le 19 avril 2016

Contrairement à une idée apparemment répandue chez les non fans de la Belle, Mylène n’est (encore) jamais apparue offerte sous les yeux d’un photographe, (j’entends offerte: dévoiler l’ensemble de ses charmes: poitrine et compagnie) exception faite de la séance qui a servi à illustrer la pochette de Rêver, où l’on découvre une Mylène ayant pour unique tenue un maquillage efficace, mais sans qu’aucune partie intime ne soit dévoilée :

Mylène est en effet recroquevillée sur elle-même, à l’instar de Je te rends ton amour. Mylène a toujours refusé les séances photos nues, qui sont selon elle définitivement motivées par la cupidité. (elle s’en explique après le clip Libertine, indiquant le nombre impressionnant de personnes qui ont voulu exploiter ce filon de nudité).

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En revanche, Mylène se dévoile totalement dans Libertine ou l’amour n’est rien. Quand un interviewer lui demande si elle est au courant des clichés qui circulent sur le net, Mylène avoue qu’il serait inutile de les interdire, puisqu’il est très facile de faire des arrêts sur image. Si Mylène n’est apparue de façon totalement suggestive qu’à une seule reprise, et ce pour les besoins de Libertine, elle n’a jamais rechigné à se montrer dans des poses sensuelles ou érotiques. Un journaliste n’a pas hésité à qualifier les photos illustrant le best of Les mots, réalisées par Ellen Von Unverth, de « porno chic. ».

La chanteuse s’en était offusquée « La pornographie n’a, à ma connaissance, jamais été chic. » en ajoutant qu’aucune « nudité apparente » ne s’y trouve proposée, avant de reprendre l’expression dans Porno Graphique: « je dis qu’il n’y a pas de porno chic »: cette expression l’a apparemment vraiment choqué.

Il est évident que comparée à une Hélène Ségara, Mylène Farmer fait figure de scandaleuse. Signalons que Mylène Farmer, contrairement à Madonna, ne se dénude jamais gratuitement.

Et puis, remercions de façon triviale Mylène : elle a un beau corps, et elle a la générosité de nous en faire profiter… (dois-je préciser qu’il s’agit d’humour, au risque de passer pour un fan aveuglé par sa passion ? )

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MYLENE FARMER cultive des amitiés inat­ten­dues

Posté par francesca7 le 17 avril 2016

 

 Sans titre

C’est un joli conte illus­tré, qui vient de paraître ce 12 novembre. L’histoire d’une belle rencontre, aussi. En asso­ciant leurs talents sur L’étoile polaire, le philo­sophe Michel Onfray, à la plume, et la chan­teuse Mylène Farmer, au pinceau, ont créé la surprise. Le fonda­teur de l’univer­sité popu­laire de Caen n’est pour­tant pas le premier esprit vif à céder aux charmes de la rousse liber­ti­ne…

Ses fans, comme ceux qui partagent son inti­mité, connais­saient son goût pour les textes de Charles Baude­laire, Guillaume Apol­li­naire ou encore Primo Levi. Avec L’étoile polaire, conte philo­so­phique conçu à quatre mains avec Michel Onfray, les médias découvrent sa curio­sité pour la pensée vivante, libre et contem­po­raine. Etran­gère à son époque, soli­taire et égocen­trique, Mylène Farmer? Quelques uns, et pas des moindres, vous diraient l’exact contrai­re…

Michel Onfray…

« Une artiste libre, auto­nome, indé­pen­dante, souve­raine », qui repré­sente « un style, un ton, un carac­tère, un tempé­ra­ment, une vie sans paillettes, sans arti­fices, vraie »… Ses détrac­teurs, pisse-vinaigre et pisse-copie, habi­tués à compres­ser la pensée en sentences défi­ni­tives, lui repro­che­ront de faire le portrait de l’être qu’il aime­rait voir en son miroir. Vrai que le philo­sophe et fonda­teur de l’uni­ver­sité popu­laire de Caen, fils d’ou­vrier agri­cole, auto­pro­clamé « orphe­lin de la gauche », athée tendance anar­chiste, s’est imposé comme une rock-star dans son genre. C’est pour­tant bien le portrait de Mylène, aussi discrète qu’il est devenu incon­tour­nable, que Michel Onfray, profa­na­teur des esprits anes­thé­siés et sculp­teur d’une certaine morale esthé­tique, faisait dans Le Point, il y a quelques semaines. Ensemble, lui à la plume, elle au pinceau, ils viennent de publier  L’étoile polaire (Gras­set), conte dans la lignée du Petit Prince de Saint-Exupéry, œuvre poétique sur la trans­mis­sion et la réali­sa­tion de soi. Impro­bable, la rencontre entre l’hé­roïne de la variété française et le hérault d’une nouvelle pensée française s’est faite par l’in­ter­mé­diaire d’Anne Carrière, éditrice de Lisa-Loup et le conteur, premier essai illus­tré de Mylène, en 2003, et, plus récem­ment, de Fragile, recueil de photo­gra­phies inédites de la chan­teuse réali­sées par Sylvie Lancre­non. A l’époque, Carrière espère confron­ter Onfray à un psy dans un livre d’en­tre­tiens. Il préfère porter L’étoile polaire, dont il vient de termi­ner l’écri­ture. Anne Carrière en remet le manus­crit à Mylène Farmer. La parti­ci­pa­tion de Michel Onfray à une émis­sion de Radio Clas­sique durant laquelle il fait diffu­ser Je te rends ton amour, un des titres les plus person­nels de « l’ange roux », préci­pite la colla­bo­ra­tion. « Profon­dé­ment touchée » et « fière », Mylène lui envoie un texto de remer­cie­ment et bien­tôt ses aqua­relles. Qui s’as­semble, au-delà des appa­rences, se ressemble. Si l’icône Farmer appré­cie la liberté et l’hu­mour du maître-à-penser, L’étoile polaire, objet litté­raire élaboré à quatre mains, raconte une bles­sure fonda­trice que ces deux orphe­lins de père ont en commun : comment survivre à un parent aimé et admiré dont la dispa­ri­tion a dépeu­plé le monde…

mylène

Marie de Henne­zel…

Le 17 décembre 1995, Jean-Luc Dela­rue accueille Mylène, qui vient de sortir son album Anamor­pho­sée, sur le sofa de son émis­sion domi­ni­cale Déjà le retour. On l’avait quit­tée folle blafarde hurlant aux loups dans les bois sombres de Gior­gino, film incom­pris de Laurent Bouton­nat. Après un exil cali­for­nien, elle nous revient sexy et souriante, en tech­ni­co­lor. Cheve­lure rele­vée, longue robe rose et talons hauts, elle maîtrise tous les codes d’une séduc­tion à l’amé­ri­caine. La profon­deur en plus.  La psycho­logue et psycho­thé­ra­peute Marie de Henne­zel est annon­cée comme invi­tée de la chan­teuse. Dans un livre  préfacé par François Mitter­rand, La mort intime : ceux qui vont mourir nous apprennent à vivre (Robert Laffont), la clini­cienne raconte son expé­rience en soins pallia­tifs et auprès de malades du sida. L’ou­vrage a boule­versé Mylène Farmer. La lecture du Livre tibé­tain de la vie et de mort de Sogyal Rinpo­ché l’avait déjà aidée à mieux appré­hen­der la fini­tude de l’être humain. La sagesse de Marie de Henne­zel est un baume pour l’ar­tiste dite morbide, qui confiera, des années plus tard, son regret de n’avoir pu embras­ser la dépouille de son père, Max Gautier. Inter­viewée sur leur rencontre par un site de fans, en 2005, l’au­teure de La mort intime, elle, se souvien­dra d’un « certain contraste entre une extra­va­gance physique, exté­rieure, et une grande matu­rité inté­rieure, une profon­deur ». Entre temps, elle aura été invi­tée à l’un de concerts de la chan­teuse à Bercy, en 1996, et, plus surpre­nant, dans son domi­cile pari­sien pour un déjeu­ner. Pour Marie de Henne­zel, aujourd’­hui membre du comité d’hon­neur du collec­tif Plus digne la vie, Mylène Farmer a « quelque chose d’un ange, dans le sens où l’ange est le messa­ger, comme Hermès dans la mytho­lo­gie. On sent qu’elle est perméable, qu’elle capte les choses. »

Salman Rush­die…

Condamné par l’aya­tol­lah Khomeini pour héré­sie et blas­phème envers l’is­lam, en 1989, l’au­teur des Versets sata­niques – faux scan­dale reli­gieux et vraie critique litté­raire des prophètes corrom­pus- est tombé en béati­tude devant la rousse liber­tine, il y a vingt ans. D’or­di­naire réputé pour le tran­chant de sa plume, aigui­sée, comme celui de sa parole, décom­plexée, l’écri­vain indo-britan­nique prête à Mylène « la voix d’un ange déchu. » Long­temps forcé à vivre dans la clan­des­ti­nité, il rencontre la chan­teuse, elle-même prison­nière de sa célé­brité, à Londres, à la fin des années quatre-vingt-dix. Tous deux assistent à un vernis­sage de l’aqua­rel­liste Fran­cesco Clemente, proche de Rush­die. Comme deux papillons désépin­glés, ils se frôlent et font le tour de l’autre, lors d’un dîner qui s’en­suit. Elle est séduite par son achar­ne­ment à déjouer la mort, son raffi­ne­ment et son cynisme very british. Il est fasciné par son aura, sa beauté et son mystère. L’icône classe et l’ico­no­claste se rever­ront plusieurs fois. A Londres, Los Angeles et Paris, où Rush­die sera même présenté à E.T., le singe capu­cin de la chan­teuse ! Bien que deve­nus proches, en témoigne une photo de Mylène et de Milan Rush­die, fils de Salman, dévoi­lée par l’écri­vain sur Twit­ter, au début de l’été 2014, ils conti­nuent de s’ad­mi­rer l’un l’autre. « Son profes­sion­na­lisme m’épate. Après l’un de ses derniers concerts, elle m’a confié qu’elle souf­frait d’une angine et d’une fièvre. Et pour­tant, elle n’en avait rien laissé paraître à ses fans ! », nous décla­rait l’au­teur, peu après la fin de la tour­née Time­less de son amie, en décembre 2013.

David Lynch…

Fils prodige et prodigue de l’Amé­rique, aujourd’­hui dispersé entre la pein­ture, le design, la musique et la promo­tion de la médi­ta­tion trans­cen­dan­tale, le réali­sa­teur de Blue Velvet, Twin Peaks et Mull­hol­land Drive – entres autres œuvres sur la dualité et la mons­truo­sité en chacun de nous  – a d’abord obsédé Mylène Farmer en tant que cinéaste. Le citant à maintes reprises parmi ses metteurs en scène favo­ris depuis le début de sa carrière, la chan­teuse n’hé­site pas à utili­ser une réplique du film Elephant Man dans un de ses titres, Psychia­tric, en 1991. « I am not an animal, I am a human being » :ce cri déses­péré du héros John Merrick, homme difforme réduit à n’être qu’une bête de foire, fait écho chez Mylène, déjà plus que singu­lière dans l’in­dus­trie du spec­tacle. En 1988, on l’a faite monter sur la scène des Victoires de la musique,  moins pour la grati­fier du prix de l’in­ter­prète fémi­nine que pour l’ex­hi­ber telle une chimère, une erreur de la créa­tion. Ecoeu­rée, elle n’y revien­dra plus, réser­vant ses élans à qui les vaut. Quand Ciby 2000, société de Fran­cis Bouygues produi­sant et distri­buant le cinéma de David Lynch, orga­nise une soirée en l’hon­neur de ce dernier, à Paris, à la fin des années quatre-vingt-dix, « l’ange roux », convié, appa­raît. Farmer et Lynch n’ont pas appris la même langue, mais ils déclinent un même langage.Ces deux misfits se recon­naissent, échangent et restent en contact. Bien qu’a­po­li­tique, en octobre 2007, Mylène gravit ainsi le perron de l’Ely­sée pour voir son ami décoré des insignes d’of­fi­cier de la Légion d’hon­neur par Nico­las Sarkozy. A l’is­sue de la céré­mo­nie, inter­pel­lée par un jour­na­liste d’Eu­rope 1, elle confiera, dans un franc sourire : « Dites simple­ment  à vos audi­teurs que j’aime David Lynch ! »Elle retrou­vera plus discrè­te­ment le cinéaste en janvier 2014, alors qu’il inau­gure une expo­si­tion de ses photos, inti­tu­lée Small stories, à la Maison Euro­péenne de la Photo­gra­phie, dans le quatrième arron­dis­se­ment de la capi­tale. « Génie touche-à-tout » et « mystique bouillon­nant » selon la chan­teuse, le réali­sa­teur, ex-étudiant en arts plas­tiques, l’au­rait égale­ment initiée à la litho­gra­phie, tech­nique d’im­pres­sion périlleuse, de façon « rassu­rante ».

claude berri et mylène

Claude Berri…

Malgré sa dispa­ri­tion en 2009, le cinéma français ne l’a pas oublié. Le grand public, non plus. A lui seul, tantôt réali­sa­teur,  tantôt produc­teur, souvent les deux, Claude Berri aura généré près de 50 millions d’en­trées en salles. Tchao Pantin, Jean de Florette, Manon des Sources, Germi­nal, Ensemble, c’est tout, Trésor, mais aussi Tess, Banzaï, L’ours, L’amant, La Reine Margot, Ma femme est une actrice, Asté­rix et Obélix : Mission Cléo­pâtre ou encore Bien­ve­nue chez les Ch’tis… Diffi­cile d’énu­mé­rer les succès ciné­ma­to­gra­phiques, critiques et popu­laires, auxquels son nom fut asso­cié, sans perdre son souffle. Auto­di­dacte du 7eme art, Claude Lang­mann, de son vrai nom, n’avait pas seule­ment du flair pour pres­sen­tir le goût des autres. Ce grand pudique, à la mine parfois sombre mais aux avis toujours éclai­rés, avait égale­ment l’œil d’un esthète. A la tête d’une impres­sion­nante collec­tion d’œuvres d’art contem­po­rain à la fin de sa vie, l’homme acheta une gouache de Magritte dès ses trente-six ans, ouvrit une gale­rie dans laquelle il exposa, Yves Klein et Daniel Buren, entre autres, au tout début des années quatre-vingt-dix, et rassem­bla ses ultimes coups de cœur dans un espace de 280 mètres carré à son nom, en 2008. C’est par l’in­ter­mé­diaire de sa dernière compagne, Natha­lie Rheims, qu’il rencontre Mylène Farmer, à l’aube des années 2000. Natha­lie vient de publier son premier roman, L’un pour l’autre, qu’elle fait suivre à Mylène. Celle-ci l’en remer­cie – par textos – avant de l’in­vi­ter chez elle en Corse. Une amitié, encore entre­te­nue par une conver­sa­tion télé­pho­nique quoti­dienne, est née. Claude Berri succombe à son tour. Après avoir vu l’icône Farmer sur scène, il assure à son entou­rage n’avoir pas vécu pareille révé­la­tion depuis…

Edith Piaf ! Un projet d’adap­ta­tion de L’ombre des autres, autre roman de Natha­lie Rheims, avec Mylène dans le premier rôle, est bien­tôt lancé. Il ne survi­vra pas à la mort de Berri. Le dernier nabab du cinéma français et sa compagne auront néan­moins aidé leur amie à crever un autre écran : celui de sa réserve. C’est tous les trois qu’ils se rendent ainsi à l’édi­tion 2006 de la Foire Inter­na­tio­nale de l’Art Contem­po­rain (FIAC), grand rendez-vous de la vie pari­sienne. Le 15 janvier 2009, au cime­tière de Bagneux où l’on enterre Claude Lang­mann-Berri, un voile noir – le col déroulé de son pull – cache le visage de Mylène. Si la vie a une fin, ce jour-là, le chagrin n’en avait pas.

Article paru sur gala.com

 

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Stop aux préjugés sur MYLENE

Posté par francesca7 le 7 avril 2016

 

Sulfureuse, scandaleuse, satanique… Les qualificatifs utilisés par la presse depuis plus de vingt ans sont innombrables, mais l’idée reste la même : Mylène Farmer choque et dérange. En raréfiant ses interviews, Mylène n’a pu éviter la prolifération de préjugés édictés comme autant de vérités générales… Ces idées reçues sont plus nombreuses qu’on ne pourrait le soupçonner. J’ai enquêté sur ces préjugés et autres folles rumeurs, qui courent, et qu’on aimerait voir tout simplement diminuer. Mais on ne peut pas changer la société et l’intolérance qui la scande. Constatons donc quels sont ces préjugés, et tentons un décryptage.

MYL AMOUR

Mylène Farmer est folle.

Sublimation très étonnante du clip Je te rends ton amour. / « La Farmer est folle, je l’ai vu dans Voici, même que quand elle va à l’Eglise, elle se met nue et se roule dans du sang. ». Et pourtant véridique. Il va sans dire (mais ça va mieux en le disant) qu’une telle phrase apparaît ridicule aux yeux des fans, qui reconnaissent ici très aisément un délire (ou une lecture très inquiétante) à partir du clip Je te rends ton amour, où Mylène (pour résumer brièvement, c’est le cas de le dire) incarne une jeune femme qui effectivement se dénude et se « roule dans du sang » (si on puit dire). Le problème, c’est qu’il est possible de comprendre de telles interprétations : là où la majorité des stars de la chanson proposent des clips où l’on peut les voir en tant que chanteuses, femmes ordinaires, telles qu’elles sont dans la réalité, Mylène Farmer a choisi, elle, de faire évoluer dans ses clips, non pas la femme qu’elle est, mais le personnage qu’elle s’efforce de construire.

Les fans perçoivent instinctivement la différence entre la Mylène des clips, et celle que l’on entrevoit dans les clichés volés ou plus rarement les interviews. En revanche, puisque Mylène n’est pour ainsi dire jamais présente à la télévision en tant que femme (interviews, dossiers, reportages…), le grand public, avide de littérature croustillante dont Voici, Closer et Public se font les représentants, n’a que les clips et les analyses psychologisantes qui sont faites dans ces magazines pour se forger une idée (fausse). Ne généralisons pas non plus, et espérons que l’opinion sache faire la différence entre un clip à la Je te rends ton amour, d’allure cinématographique, où l’on comprend aisément qu’il s’agit d’une interprétation, et le dernier clip d’Eve Angéli où cette dernière évolue entre sa cuisine et sa salle-à-manger.

Il est donc possible de comprendre ce préjugé, mais il est bien dommage en revanche de constater que la différence entre un personnage et une femme n’est pas clairement établie. Sans doute parce que le « clip film » n’est pas vraiment généralisé (quoiqu’on dise) et que les clips farmeriens font toujours figure d’Ovni dans le paysage visuel.

Ces confusions récurrentes sont, selon moi, sans doute en partie dues au fait que Mylène surfe sur le métier d’actrice sans en être exclusivement une. Il est rare de voir l’opinion courante faire de telles confusions avec des acteurs à part entière : si l’on n’entend pas dire la ménagère de cinquante ans : « Oh mon Dieu Ewan McGregor a violé une jeune femme après l’avoir rossée, et recouverte de ketchup, de poivre, de sel et de crème fouettée » après avoir vu Young Adam, en revanche on entend dire « Mylène Farmer s’est saignée dans une Eglise, a osé coucher avec un curée ! Elle est folle, c’est une créature du diable »…Mais ce préjugé ne touche (heureusement ?) pas que Mylène.

Nous disions qu’il était rare que de tels éparpillements apparaissent avec des acteurs à part entière. Rare mais pas inexistant. En effet, l’acteur Ewan McGregor, après avoir tourné Trainspotting, où il incarne un jeune drogué, s’est fait arrêté par la douane américaine, qui après l’avoir vu dans ce rôle, le soupçonnait à tort de posséder des produits illicites…

Nous dirons pour conclure que ce métier d’image peut en troubler beaucoup, eu égard aux multiples travestissements que l’actrice Farmer a par exemple connu dans sa carrière. A-t-on besoin de préciser que la femme Mylène, loin d’être folle, est pour reprendre les termes de ses proches, parfaitement « saine », ce que nous montrent les photos de Mylène au naturel régulièrement. D’ailleurs, il est amusant de voir Mylène presque choquée par l’attitude excentrique de Madonna : « qu’on épouse ou non ses revendications, ses excès, c’est malgré tout quelqu’un de grand talent ».

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Les amis intimes de Mylène Farmer

Posté par francesca7 le 12 mars 2016

 

            Anthony Souchet
On peut considérer Anthony Souchet comme LE meilleur ami de Mylène Farmer, et ce depuis une vingtaine d’années. Sa première apparition (connue) aux côtés de Mylène remonte à 1995, lors du Festival du Centenaire du Cinéma. Depuis lors, on a pu voir Anthony Souchet à de nombreuses reprises aux côtés de Mylène, aussi bien lors d’apparitions publiques que dans le privé. Il l’accompagne notamment sur chacune de ses dates de concert.

Anthony Souchet travaille dans le milieu de la télévision. Notons d’ailleurs qu’il travaillait sur la plupart des émissions de télé où Mylène Farmer s’est produite depuis 2005 (« Symphonic Show », « Johnny Hallyday – Ca ne finira jamais », « Encore une chanson »).

 anthony

Anthony SOUCHET Directeur de la promotion du groupe EMI

Anthony Suchet est aussi le meilleur ami de Mylène, il lui rend visite très souvent et l’accompagne partout, surtout lors de ses déplacement en concert, on le voit avec elle au concert d’Elton John et au défilé J.P Gauthier entre autres…. C’est aussi lui le propriétaire du cocker dénommé Quick que certain magazines des jeunes attribuent à Mylène.

Il est aussi l’attaché de presse-france de Madonna et s’occuped’émission TV comme la chanson numéro 1 sur la A2 (dont les chorégraphies sont signées Valérie Bony et Christophe Danchaud)

 

Article Gala :

Dans un monde où il faudra bien­tôt prier pour ses quinze minutes d’ano­ny­mat, admi­rable instinct de préser­va­tion de soi. Mais ce 27 mars 2015, pour la chan­teuse, il s’agit surtout de préser­ver l’ami­tié et le respect qui la lient à toute l’équipe ayant œuvré sur le film Time­less.

SOUCHET ET MYLENEAutre ami commun, Anthony Souchet refait les présen­ta­tions. Cheveux lâchés, boléro, jupes et bas noirs, si menue, elle susurre un « merci d’être là », dans ce que je crois me remé­mo­rer être un sourire. A vrai dire, impos­sible, encore à ce jour, de me souve­nir de son regard, de la finesse de ses traits, de la pâleur de sa peau, ce 27 mars. Il fait sombre, certes. Mais surtout, l’em­preinte de sa main a tout occulté. Court-circuit,blackoutshake it off. Nulle autre rémi­nis­cence que cette poignée franche, forte, presque virile, qu’elle m’adresse. Comme Camille Clau­del, la « fragile » Mylène Farmer a des mains de créa­trice, plutôt fines mais puis­santes, incroya­ble­ment puis­santes (et, note person­nelle, dieu sait que nous abhor­rons les mains molles qui, à peine saisies, se dérobent). De ces mains, elle a, semble-t-il, long­temps fait un complexe, gantée à la mode liber­tine ou emman­chée jusqu’aux phalanges. En trente ans de carrière, elle leur en aura même fait  voir de toutes les couleurs, dans ses clips : le rouge du sang (Sans Logique,Beyond my controlJe te rends ton amour…), le blanc de la neige (Désen­chan­téeFuck them all…), le brun de la boue et de la glaise (Ainsi soit-jeA l’ombre…)… Jeux de mains, jeu de Mylène. Se pour­rait-il être, pour­tant, plus beau signe distinc­tif chez une femme qui a su prendre les rênes de sa vie, renon­cer en pleine année de termi­nale à bacho­ter pour mieux murmu­rer à l’oreille des chevaux, puis à celle d’un public tout acquis à son art ? Le reste de son histoire, vous la connais­sez.

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UNE MYLENE A L’AMERICAINE dans les années 90

Posté par francesca7 le 24 février 2016

                                                                                                         MYLENE                               

Après un long séjour dans l’androgynie, vous affichez enfin une féminité triomphante…        

- Je n’ai plus peur de le dire : je suis une femme, enfin ! Par exemple, je m’imagine mal chanter « Plus Grandir » aujourd’hui. On m’avait toujours affirmé que la période 30-35 ans serait la plus belle, et c’est le cas !                                                                                                                                                                                 

Cela correspond-il à un épanouissement sexuel ?                                                                                                                                                                                                                          

- (elle rit puis elle rougit) Sûrement !                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                           

Vous apparaissez à demi nue en ouverture du spectacle. De la provocation ?                                                                                                                                                                

- Je ne le vois pas de cette façon. Pour moi, c’est l’évocation de la naissance et de la pureté comme la Vénus de Botticelli, mais je comprends qu’on puisse l’interpréter d’une façon plus sexuelle.                                                                                                                                                                                                                            

N’est-ce pas terrifiant pour vous si introvertie de vous exhiber de cette façon ?                                                                                                                                                                                                                                         

- Au contraire, c’est beaucoup plus facile. La nudité n’est embarrassante que devant l’homme qu’on aime, ou sur un tournage lorsque toute l’équipe est à proximité. Mais sur scène, il y a cette distance qui fait qu’on n’y pense pas.                                                                                                                                                                              

Vous exposez-vous pour mieux vous dérober ?                                                                         

- Probablement. Là où j’ai l’impression de me dénuder vraiment, c’est dans les moments d’émotion.                                                                                                                                                                          

Dans le clip de « California », réalisé par Abel Ferrara, vous jouez à la pute. A l’image, vous êtes souvent malmenée sexuellement. Du plaisir dans l’avilissement ?                                                                                                                                                                                                                                                                                                                   

- Dans la débauche, plus exactement ! (rires)                                                                                                                                                                                                                                                       

On a l’impression que votre univers se rapproche doucement de celui de Madonna…                                                                                                                                                                    

- La comparaison est inévitable : je suis une chanteuse, j’ai des danseurs, je fais un show délibérément ‘à l’américaine’. Madonna est une personne de talent, non ?                                                

Comme elle, vous possédez ce don de vous réinventer à chaque fois…                                                                                                                                                                                                                                                  

- J’ai cette chance, parce que j’aurais pu glisser facilement sur la mauvaise pente, celles des névroses, des obsessions et de l’autodestruction. J’ai vraiment connu l’isolement et l’enfermement : j’étais entourée mais seule.                                                                                                                                                                                                                                    

Est-ce que l’échec de « Giorgino » a marqué la fin d’un cycle ?                                                                                                                                                                                                                                                        

- Oui, la fin d’un cycle de sept ans, comme par hasard. Le film représente pour moi symboliquement une deuxième naissance. J’aurais pu m’apitoyer sur cet échec, j’ai choisi de ne pas le faire. Cela a été libératoire. J’ai mis un terme à l’autodestruction, je vais bien.                                                                                                                                           

La peine n’est donc plus votre amie, comme vous le chantiez naguère ?                                                                                                                                                                                                                                                                 

- C’est un sentiment que je continue d’aimer, mais il y en a d’autres. L’amour, par exemple, est fondamental. J’ai appris le partage, le partage à deux : accepter de recevoir, aller vers l’autre, accepter de me faire aimer, parce que donner est tellement plus facile que recevoir…

 On vous sent plus accessible, plus humaine aussi…                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                           - Oui, même si je ne vais pas non plus me donner en pâture. Mais c’est vrai, j’ai accepté la vie, mais je ne porte plus mon passé comme un fardeau. Je suis plus légère.                                                                                                                                                                                                                                                                               

NB : cette interview a été donnée dans un salon du Zénith de Toulon, au lendemain de la première date du Tour 96, lors d’une rencontre avec plusieurs journalistes.                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                     

FRANCE SOIR –  30-mai-96                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                  

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FRANCE INTER RECOIT MYLENE

Posté par francesca7 le 19 février 2016

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C’est une première aujourd’hui, nous recevons Mylène Farmer. Alors, Mylène Farmer, d’abord merci d’être venue nous présenter ce film. Pour vous, c’est aussi une première mais on vous a vue dans beaucoup de clips qui ont beaucoup marqué, souvent. Je me demandais ce qui vous avait incitée à franchir le pas des clips au cinéma…

Mylène Farmer : L’envie de jouer, tout simplement. Tout naturellement.

Jean­-Luc Hess : Ca remonte à loin, cette envie de jouer ?

MF : Très longtemps, oui.

 JLH : Vous aviez quel âge, à peu près ? Enfin, toute petite fille ou adolescente ?

MF : Non. J’ai peu de souvenirs. Peut-­être l’âge de onze, douze ans. J’ai découvert le théâtre à l’école et j’ai suivi moi­-même des cours de théâtre un peu plus tard, et cette envie de jouer.

JLH : Qu’est­-ce qu’il y a de si formidable à jouer ? Enfin, c’est parce qu’on est quelqu’un d’autre ? C’est parce que… ?

MF : C’est une schizophrénie tolérée ! (rires)

JLH : Une ambivalence !

MF : Et cette envie que de jouer des personnages qui sont différents de moi et de rendre la vie moins fade.

 JLH : Elle est très différente de vous, la Catherine du film « Giorgino »?

MF : Je pense que nous avons des points communs.

 JLH: Par exemple ? Parce que c’est pas un rôle facile : c’est un personnage, on va dire ­ je sais pas comment on va dire, d’ailleurs, Vincent Josse ! ­ on va dire autiste…

Vincent Josse : Oh, je sais pas si on peut dire ça ! Je crois que vous préférerez femme-­enfant : c’est­ à ­dire qu’elle est femme épanouie et jolie comme l’est Mylène Farmer (rire gêné de Mylène) mais qu’elle est restée dans l’univers de l’enfance et qu’elle n’a visiblement pas envie de rentrer dans le monde des adultes. On peut dire ça ?

MF : Oui. C’est quelque chose que j’ai en commun avec elle, très certainement.

JLH : Alors, est­ce que c’est facile à vivre sur un plateau ce genre de rôle ?

MF : C’était un tournage difficile, avec des émotions difficiles à donner mais maintenant, avec le recul, c’est quelque chose que j’ai aimé profondément, même si violence, même si les difficultés de tournage.

JLH : Le metteur en scène est un de vos amis, enfin c’est quelque chose qui est très proche de vous…

MF : Oui…

JLH : …donc ça devrait faciliter le travail, non ?

MF : En ce sens que je connais sa caméra, que je connais sa direction d’acteurs, j’ai une grande, grande confiance et je savais qu’il était là pour me demander le meilleur et après, lui, c’est sa magie de création, de montage et de toutes ces choses qui font que c’est certainement ­ et c’était ­ une facilité pour moi et à la fois une difficulté, parce que c’est difficile que de travailler avec des gens que l’on connaît très, très bien et qu’on n’a pas envie de décevoir. C’était une telle, telle entreprise ! Ce n’est pas un très joli mot pour ça, mais c’était quelque chose de lourd à porter pour lui, donc c’était un climat assez tendu, assez violent.

JLH : On a peut­-être peut aussi –enfin, je sais pas, moi, je suis pas actrice !­ mais quand c’est la première fois qu’on tourne un film, on n’a peut­-être pas envie de montrer tout de soi ? Ou on se sent un peu tout nu ?!

MF : Je crois que je me suis pas posé ce genre de problème. J’ai essayé d’être le plus juste possible par rapport au rôle de Catherine, le rôle qui m’a été donné, avec toujours ces choses, cette pudeur qu’on peut avoir en soi et cette volonté que de se mettre sous la lumière. C’est toujours un dilemme et un paradoxe qui est difficile à gérer.

JLH : Qu’est­-ce qui vous a semblé difficile encore ? Parce que je sais que les conditions du tournage étaient difficiles ­ c’était en Tchécoslovaquie ­, qu’il faisait froid…

MF : Oui… JLH : …

mais qu’est­-ce qui vous a semblé encore difficile ? J’ai l’impression qu’on est un petit peu seul, aussi, quand on est comédienne…

MF : Je crois qu’on est toujours seule. (rires) Toujours seule. Mais je crois à la fois quelque chose de magnifique, qui est le travail d’équipe et à la fois qui est, là aussi, quelque chose de difficile, parce qu’on est confronté à des personnes qu’on ne connaît pas et on est obligé de vivre en autarcie et ça, ce sont des choses qui sont un peu difficiles pour moi, puisque je m’en suis beaucoup protégée.

JLH : Vous recommencerez, quand même ? Ca vous a plu !

MF : Oui !

VJ : Moi, je voudrais dire que c’est un film justement qui m’a plu. C’est un film intéressant parce que je le trouve un petit peu atypique : il ressemble pas aux films que font traditionnellement les jeunes auteurs, notamment pour un premier film. Aujourd’hui, les jeunes cinéastes nous font surtout du cinéma intimiste, et c’est d’ailleurs intéressant. Certains on leur reproche même de parler de leur nombril et visiblement Laurent Boutonnat n’a pas eu envie de parler de son ego ou de son moi mais il a eu envie de nous raconter une belle histoire, comme quand on était petit, vous vous souvenez ?

On se mettait dans notre lit et on écoutait nos parents ouvrir un livre et nous raconter une histoire. Alors, ça commence comme ça : on pourrait dire que… il était une fois un jeune médecin qui rentre de la guerre, qui a une trentaine d’années et qui recherche des enfants. Il s’est occupé de ces enfants avant la guerre et il ne trouve plus trace de ses enfants. Son enquête le mène dans un village très, très mystérieux, un village qui est peuplé d’êtres pas vraiment ordinaires ­ comme votre personnage, Catherine, qui est cette jeune femme accusée par les villageoises d’avoir tué ces enfants ­ et il va chercher la vérité. C’est un conte, un conte pour enfants, pour adultes aussi parce qu’il y a une violence certaine, une cruauté certaine. Il y a tous les ingrédients d’un conte, tout ce qui fait la saveur d’un conte : il y a cette atmosphère très inquiétante, cette atmosphère de suspens, de suspicion, il y a des femmes qui ressemblent à des sorcières, il y a des spectres. On se croirait quelques fois dans un tableau de Goya…

MF : Sans le soleil ! (rires)

VJ : Je voudrais savoir il est né de quelle envie, ce scénario : est-­ce que Laurent Boutonnat, justement, a voulu retrouver ce frisson qu’était le frisson de l’enfance ?

MF : Probablement. Ca, c’est plutôt une question qu’il faudrait lui poser directement. Moi, c’est vrai que je suis là pour parler du film mais en aucun cas je ne peux me prononcer pour lui, si ce n’est que c’est quelqu’un qui a son propre univers et qui aime les contes, qui aime la cruauté des contes.

VJ : C’est un univers quand même commun avec le vôtre…

MF : Oui. Je pense que c’est pour ça que nous nous sommes rencontrés et c’est pour ça que nous avons travaillé ensemble et que cette rencontre a été magique pour moi : c’est parce que nous avions des choses très, très proches, très communes.

JLH : Mylène Farmer, vous vous intéressez de près aux enfants ?

MF : J’aime les enfants, oui.

JLH : Mais vous avez de l’intérêt pour eux ? Parce que j’ai ouï dire, j’ai lu ça dans une gazette que quand vous étiez très jeune, enfin adolescente, vous aviez visité un hôpital où il y avait des enfants handicapés…

MF : Je m’occupais de temps en temps d’enfants handicapés, oui. C’est quelque chose que j’avais envie de faire et tous les dimanches, je crois, j’allais les voir et essayer de communiquer avec eux et de jouer, de leur apporter quelque chose et c’est quelque chose qui vous marque fatalement à vie.

JLH : Ca vous a marquée positivement ou négativement ?

MF : Je ne sais pas si on peut qualifier ça de positif ou de négatif. Ce rend triste définitivement. Même si ces enfants prétendent être heureux, c’est quand même une condamnation qui est lourde et une injustice. Ca, c’est mon regard donc c’est quelque chose qui est intolérable, oui.

 JLH : Mais est­-ce que c’est apparu pendant ce tournage, justement, cette expérience-­là ?

MF : Probablement. Des choses enfouies en moi, des… Vous expliquer et vous dire que, là, j’ai fait référence à telle ou telle chose : non. Je crois que ça fait partie de moi également. Maintenant, j’ai souhaité pour le tournage ­ peut­-être vous faites allusion à ça ­ rencontrer des personnes malades en milieu psychiatrique pour essayer de capter des choses que Catherine pouvait avoir en elle, donc un regard ­ parce qu’ils ont ça, quelque chose de très, très fort : c’est le regard et les mains, les gestes…

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VJ : Une démarche un peu cassée, aussi…

MF : La démarche, là c’est plus la mienne ! (rires) Je crois que ça se situait plus dans le regard et dans les mains. Il y a une gestuelle qui leur est très propre.

JLH : Ca a été difficile, par exemple, d’aller à ces consultations en hôpital psychiatrique ?

MF : Je l’ai fait une fois et brièvement, donc ce serait mentir que de dire… Mais c’est troublant parce qu’à la fois il y a ce côté voyeur, qui est aussi dérangeant pour soi. J’ai une anecdote qui me revient à l’esprit : c’est pendant une consultation, il y avait cette personne en face de son médecin et qui avait beaucoup d’humour, et c’est vrai que j’avais envie d’éclater de rire et c’était la seule chose qu’il ne fallait pas faire parce que c’est étrange que d’arriver dans cet univers­l à. C’est troublant.

JLH : L’humour pourrait soigner certains problèmes, on en parlera peut-­être avec Georges Wilson quand on parlera de « Henri IV » de Pirandello. Vincent… ?

VJ : Parler de « Giorgino », c’est aussi parler de la mort parce qu’elle est omniprésente dès le début du film puisque quand on vous découvre en Catherine, votre mère vient de se pendre. On apprend aussi que votre père est interné. Vous-­même allez essayer de vous pendre mais vous allez survivre. Est-­ce que ça fait froid dans le dos, tout bonnement, de jouer un rôle comme celui­-là avec des scènes comme celles-­là ?

MF : Je dirais que ça fait partie de la vie ­ pas la vie de tous les jours ! ­ mais ça fait partie de la vie : la mort et la vie sont des choses qui sont inséparables.

VJ : Et avoir un rôle aussi difficile dans cette ambiance ? Je rappelle que le film fait trois heures, donc il y a souvent des scènes d’une grande intensité et d’une grande violence, justement. Est­-ce que ça vous a fait découvrir des choses en vous, des choses que vous ne connaissiez pas ?

MF : Non.

VJ : Non ?

MF : Non, si ce n’est la volonté que de faire un autre film ! (rires) Mais sinon…

JLH : Sans avoir froid aux pieds, cette fois, parce qu’il faisait très froid, il paraît !

MF : (rires) Il faisait froid, oui !

VJ : Un autre film qui sortirait peut­-être complètement de cet univers : pourquoi pas un film comique, une comédie ?

JLH : C’est pas votre genre…

MF : (dans un éclat de rire) Tout le monde me le demande si je veux faire quelque chose de comique ! Pourquoi pas ? J’avoue que c’est l’inconnu, ça ne m’appartient pas. Pour l’instant, je n’en sais rien.

VJ : Vous n’avez pas de désir particulier…

MF : Non. J’ai plus un souhait…

JLH : (la coupant) Vous êtes qui, Mylène Farmer ? Vous êtes qui : vous êtes quelqu’un de pessimiste ou vous êtes quelqu’un de joyeux ? Vous n’êtes pas obligée de répondre ! (rires)

MF : Si, je peux vous répondre : je ne suis pas optimiste. Je peux avoir des moments de gaieté, de grande gaieté, oui. (sourire)

GZ : Moi je me demandais : c’est vrai que votre grand-­mère vous emmenait visiter les cimetières ?

MF : Oui. C’est le seul souvenir que j’ai de cette femme. Je l’ai découvert au travers de lettres que je lui avais adressée et c’est vrai, je crois tous les dimanches, elle m’emmenait au cimetière, donc c’était une… (rires)

GZ : Et vous croyez que ça peut expliquer un goût ­ que vous revendiquez ­ pour ce que d’autres diraient morbide… ?

MF : Mais quand on me demande ­ parce qu’on vous demande toujours des justifications, ce qui est naturel ­ ‘pourquoi aimez-­vous ci, pourquoi ça, pourquoi être attirée par telle chose ou telle chose ?’, j’avoue que je n’en ai pas les clés moi­-même, si ce n’est que vous dire pourquoi, donc, j’ai eu ce souvenir-­là, je me suis dit peut­ être ça a été le détonateur de quelque chose, ou cette fascination, ce désir que d’aller vers ces choses-­là.

 JLH : C’est bien d’être une comédienne mais c’est bien d’être une chanteuse aussi : vous n’allez pas abandonner la chanson, le disque, la scène non ?

MF : Bien sûr que non. Non. Non, non.

GZ : Parce que là, ça a tout de même fait une parenthèse de deux ans, je crois, dans votre vie, dans votre carrière…

MF : Oui, qui m’a été un peu imposée puisque le réalisateur est lui­-même le compositeur de mes chansons, donc je l’attends ! (rires)

JLH : Une toute dernière question, Vincent ?

VJ : Oui, très courte : on vous connaît bien sûr, Mylène Farmer, en France mais on ne connaît pas le comédien principal qui a le rôle­-titre de « Giorgino », qui incarne Giorgio : c’est Jeff Dahlgren (il prononce ‘dahlgreen’ et Mylène rectifie la prononciation). Vous pouvez nous dire deux mots de ce comédien ?

MF : C’est quelqu’un qui est américain, de nationalité américaine. C’est quelqu’un qui a une grande, grande sensibilité et qui a un charisme que je juge étonnant et qui est quelqu’un dans la retenue quant à son jeu.

VJ : Les filles qui ont vu le film sont déjà toutes folles de lui, parce qu’il est beau il faut le préciser !

MF : Oui, il est très beau mais il est au­-delà de ça, Dieu merci ! Il a une âme, une très belle âme.

VJ : Il avait une expérience de comédien aux Etats-­Unis ?

MF : Oui. De la même façon que moi j’ai pris des cours de théâtre, lui a du passer aussi dans des cours. Mais je pense qu’il aime ça aussi.

JLH : Je vous remercie, Mylène Farmer…

MF : Merci.

JLH : Donc le film s’appelle « Giorgino », ça sort aujourd’hui. Il faut y aller à 14h !

MF : Merci.

 

 

FRANCE INTER 5 Octobre 1994 INTER 13/14 Entretien avec Gérard ZÉNONI, Jean-Luc HESS et Vincent JOSSE Gérard Zénoni  

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MYLENE dans la Presse pour un film

Posté par francesca7 le 4 décembre 2015

 

C’est un effeuillage dans les règles de l’art que s’offre la chan­teuse avec Fragile, livre de photos sensuelles réali­sées par Sylvie Lancre­non, à paraître ce 15 mai (aux Editions Anne Carrière). En atten­dant notre sujet exclu­sif sur cette colla­bo­ra­tion, en kiosque dès ce mercredi 13 mai, arrêt sur un détail anato­mique parti­cu­liè­re­ment révé­la­teur de l’icône Farmer.

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Comme Isabelle Adjani, autre modèle de la photo­graphe Sylvie Lancre­non, autre figure statu­taire du spec­tacle français, autre mystère au teint d’al­bâtre et aux accès de fièvre, de ceux dont les fêlures laissent passer la lumière, elle aurait pu incar­ner une formi­dable Camille Clau­del, sœur du drama­turge Paul Clau­del et sculp­trice de talent, brisée par son mentor et amant Auguste Rodin, réduite en éclats d’elle-même entre les murs l’asile de Ville-Evrard, en Seine-Saint-Denis.

Malgré ses liens privi­lé­giés avec des gens du 7eme art comme feu Claude Berri, Vincent Lindon, Luc Besson, Jean Roche­fort ou encore David Lynch, Mylène Farmer n’a pas fait son cinéma. Un premier rôle dans Gior­gino, premier long-métrage de son ancien complice Laurent Bouton­nat, le doublage de la prin­cesse Sélé­nia, trou­blant avatar animé, dans Arthur et les Mini­moys et puis… plus rien. A ce jour, du moins… Qu’im­porte. Troi­sième enfant d’un ingé­nieur des ponts et chaus­sés muté au Canada où elle passera les premières années de sa vie, Mylène Gauthier a fait mieux : elle a déroulé le film de sa vie et créé Mylène Farmer, un peu comme Dieu créa la femme. Patiem­ment.  Méti­cu­leu­se­ment. De ses propres mains.

Alors que sort ce 15 mai Fragile, bel ouvrage de quatre-vingt dix clichés inédits de l’ar­tiste, et, véri­table réflexion sur la créa­tion, la pulsion de vie et le mouve­ment, entre­prise en colla­bo­ra­tion avec Sylvie Lancre­non, il s’agit juste­ment de reve­nir sur… les mains de Mylène Farmer ! Au même titre que ses pieds ou son regard, elles sont photo­gra­phiées en détail dans Fragile, le livre de 168 pages publié par les éditions Anne Carrière. Un juste choix, car pour avoir rencon­tré la chan­teuse, s’il est bien une partie de son anato­mie qui vous surprend, vous saisit, voir vous imprègne, ce sont ses deux mains.

Je n’y avais pas prêté atten­tion, dans le cadre de notre première inter­view, réali­sée dans la foulée encore hale­tante de sa tour­née Time­less 2013 et parue dans les pages de Gala le 24 décembre 2013. Le 27 mars 2014, l’oc­ca­sion me fut donnée de procé­der à un petit erase and rewind. Rencontre, prise 2, moteur… action ! Invité au Gaumont Opéra, dans le 9e arron­dis­se­ment de Paris, à décou­vrir le film de sa dernière odys­sée scénique (avant qu’il n’at­teigne des records de vente sous la forme d’un DVD quelques semaines plus tard), l’humble et pour­tant si talen­tueux réali­sa­teur François Hanss, un proche, surtout le sien bien­tôt trente ans, m’in­vite au géné­rique de fin à rejoindre la coupole de la salle de cinéma pour célé­brer le succès de la projec­tion sur le plan natio­nal ce soir-là (plus de 100 000 spec­ta­teurs dans toute la France). Les fans évacuent les lieux, encore ébahis, sonnés, par le voyage de deux heures qu’ils viennent de vivre. Je ne vais pas être déçu par celui que j’amorce, en emprun­tant un dédale de coulisses et de marches. En pleine discus­sion avec Pascal Nègre, p-dg d’Uni­ver­sal Music, elle est là. La surprise tient en sa seule présence. D’or­di­naire, Mylène Farmer ne goûte guère à l’au­to­cé­lé­bra­tion, encore moins à cette bulle vite soûlante que peut être la vie nocturne pari­sienne. Au soixan­tième anni­ver­saire de Domi­nique Besne­hard, fêté un moins plus tôt au Théâtre du Rond-Point, elle fut la seule star à se sous­traire à la mitraille des photo­graphes. Dans un monde où il faudra bien­tôt prier pour ses quinze minutes d’ano­ny­mat, admi­rable instinct de préser­va­tion de soi. Mais ce 27 mars, pour la chan­teuse, il s’agit surtout de préser­ver l’ami­tié et le respect qui la lient à toute l’équipe ayant œuvré sur le film Time­less.

MYLENE TVAutre ami commun, Anthony Souchet refait les présen­ta­tions. Cheveux lâchés, boléro, jupes et bas noirs, si menue, elle susurre un « merci d’être là », dans ce que je crois me remé­mo­rer être un sourire. A vrai dire, impos­sible, encore à ce jour, de me souve­nir de son regard, de la finesse de ses traits, de la pâleur de sa peau, ce 27 mars. Il fait sombre, certes. Mais surtout, l’em­preinte de sa main a tout occulté. Court-circuit,blackoutshake it off. Nulle autre rémi­nis­cence que cette poignée franche, forte, presque virile, qu’elle m’adresse. Comme Camille Clau­del, la « fragile » Mylène Farmer a des mains de créa­trice, plutôt fines mais puis­santes, incroya­ble­ment puis­santes (et, note person­nelle, dieu sait que nous abhor­rons les mains molles qui, à peine saisies, se dérobent). De ces mains, elle a, semble-t-il, long­temps fait un complexe, gantée à la mode liber­tine ou emman­chée jusqu’aux phalanges. En trente ans de carrière, elle leur en aura même fait  voir de toutes les couleurs, dans ses clips : le rouge du sang (Sans Logique,Beyond my controlJe te rends ton amour…), le blanc de la neige (Désen­chan­téeFuck them all…), le brun de la boue et de la glaise (Ainsi soit-jeA l’ombre…)… Jeux de mains, jeu de Mylène. Se pour­rait-il être, pour­tant, plus beau signe distinc­tif chez une femme qui a su prendre les rênes de sa vie, renon­cer en pleine année de termi­nale à bacho­ter pour mieux murmu­rer à l’oreille des chevaux, puis à celle d’un public tout acquis à son art ? Le reste de son histoire, vous la connais­sez.

Nous avons choisi, pour l’ou­ver­ture de notre sujet exclu­sif en kiosque ce mercredi 13 mai, une photo du livre Fragile réali­sée par Sylvie Lancre­non, sur laquelle, Mylène pose allon­gée, visage tourné, main tendue. Comme une invi­ta­tion à saisir cette main. Avant que le mythe Farmer ne dispa­raisse. Encore une fois. Peut-être défi­ni­ti­ve­ment. Atten­tion, Fragile ! Atten­tion aux chefs-d’œuvre en péril…

Source originale : http://www.gala.fr/l_actu/news_de_stars/mylene_farmer_jeux_de_mains_jeu_de_m_341374

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Mylène Farmer devient Un mythe de son vivant

Posté par francesca7 le 2 novembre 2015

 

 

     « Elle venait et s’en allait comme une ombre », « la peau rivalisant avec le plus pur ivoire ».

 VISAGE ETERNEL

« L’étrangeté que je trouvais dans les yeux était indépendante de leur forme, de leur couleur et de leur éclat, et devait décidément être attribuée à l’expression. » On jurerait une évocation de Mylène, du moins de l’héroïne diaphane et romantique, incarnée dans certains de ses clips. Mais non, ces mots d’Edgar Poe dressent le portrait de Ligeia, l’un des fascinants personnages de ses Histoires extraordinaires. Une femme qu’on croit morte, mais qui renaît à la vie sous les traits d’une autre. Tout un symbole pour la chanteuse, qui s’est inspirée de cette nouvelle pour écrire la chanson Allan. 

     « De tout mon être je viens vers toi », entonne-t-elle, s’adressant à cette morte vivante comme à une sœur de sang. Autre lien troublant entre les deux femmes : « la pénétrante et subjuguante éloquence de sa profonde parole musicale ». Dans la préface du livre, Baudelaire, le poète traducteur, en qualifiant les femmes qui peuplent les Histoires extraordinaires, décrit « une voix qui ressemble à une musique » ainsi qu’une « mélancolie inguérissable ». Encore une fois, on pourrait utiliser ces mots sans en changer aucun pour qualifier Mylène. Dans certains passages de la nouvelle, alors que le narrateur ressent une relation de forte dépendance avec son personnage, il serait presque possible d’entendre le mentor Boutonnat parler de sa muse : « Sans Ligeia, je n’étais qu’un enfant tâtonnant dans la nuit. » 

     Si Mylène est parvenue à se hisser au rang de mythe de son vivant, c’est d’abord parce qu’elle a su incarner une héroïne, transcender la banalité du quotidien afin de porter des valeurs universelles. Là où seules des comédiennes avaient réussi cet exploit, parce que des metteurs en scène les ont sublimées à l’écran, elle a bénéficié du talent de Laurent Boutonnat sans lequel rien n’aurait été envisageable. Ce n’est pas une chanteuse qui regarde l’objectif en suppliant qu’on l’aime, mais une actrice engagée dans une action, un personnage auquel on s’identifie, un support pour toutes nos projections. 

     Dans un entretien publié dans le magazine Lire, l’écrivain Linda Lê décrit le processus qui aboutit au mythe. « C’est seulement par la connaissance des gouffres que l’on peut atteindre la vérité et par l’exploration des marges et de la nuit que l’on peut atteindre le mythe366. » Sans doute parce qu’elle s’est risquée à descendre dans les zones les plus ténébreuses de l’inconscient, Mylène a conquis cette dimension unique dans le paysage musical français. Ce voyage intérieur jusqu’à la racine de nos pulsions les plus archaïques confère un relief inédit à son œuvre. Jeux visant à défier la mort, découverte d’une nature humaine où la cruauté n’est jamais absente, revendication d’une liberté sexuelle totale… Il y a quelque chose de subversif dans les messages délivrés, un goût de faire la nique à l’ordre social. Même une chanson aussi entraînante que C’est dans l’air, sur l’album Point de suture, paraît une forme d’apologie du péché. « Les bons apôtres je les mange », fredonne une Mylène qui n’hésite pas à « parfois piquer la poupée ».

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     Rien de satanique là-dedans, juste une profondeur inhabituelle dans le répertoire d’une chanteuse populaire. Dire la banalité ne rime à rien. Tous ceux qui ont approché Mylène lui reconnaissent une conversation qui n’est jamais ordinaire. Elle pèse chaque mot, préfère de loin le silence aux formules attendues. Pourquoi parler si c’est pour combler un vide qui, de toute façon, ne l’effraie pas ? De même, pourquoi chanter si c’est pour enfiler des perles ? D’autres, les plus nombreux, le font à sa place… « Tout ce qui est tiède m’ennuie, le politiquement correct, l’uniformité de pensée et d’expression. » On ne le dit pas assez : derrière l’imaginaire farmerien, se trouve une pensée en mouvement, une préoccupation quasi philosophique, une quête de vérité. Des reniements, parfois, ou des contradictions patentes, mais toujours une exploration sincère, le goût de tordre le cou aux idées reçues . « Il y a de l’uniformité partout / De la pensée en boîte et c’est bien tout ! » murmure-t-elle dans Porno Graphique. 

     Savoir ce qu’il y a derrière, décortiquer, ouvrir, inciser, et dire ce que les autres n’osent voir par peur ou manque de curiosité : voilà le projet de tout artiste digne de ce nom. Il y a deux types d’enfants : ceux qui s’amusent avec les jouets qu’on leur offre et ceux qui préfèrent les déconstruire, comprendre comment ils fonctionnent. Mylène se situe dans le second camp, minoritaire. De ce point de vue, le choix des photographies du Japonais Alsuiki Tumi pour illustrer la pochette et le livret de Point de suture n’est pas anodin. Cette poupée recousue au milieu des instruments chirurgicaux, qui n’aurait pas déplu à  Marilyn Manson, constitue une réponse forte au titre de l’album. La star s’en est expliqué. « Dans le livret de cet album, il y a une réplique d’Al Pacino, qui incarne Carlito dans le film L’Impasse. Avant de mourir, en voix off, il dit : “Tous les points de suture ne pourront me recoudre.” C’est aussi ce que je

ressens. J’ai pour ma part choisi l’ambiguïté… Point de suture, ici au singulier, évoque aussi bien qu’il n’y a aucune possibilité de suturer les plaies que l’espoir de guérison. » 

     Entre les deux hypothèses, optimiste ou pessimiste, c’est l’histoire du verre à demi plein ou à demi vide qui se rejoue sans cesse. On le sait depuis longtemps, la chanteuse a clairement choisi son camp, même si elle s’efforce de « voir le soleil quand la nuit nous accable », selon ses propres mots dans Slipping Away, le duo avec Moby. « L’optimisme me fait peur, il est toujours en décalage avec la réalité des choses. Je préfère une onde de pessimisme. Mais un pessimisme qui va quand même de l’avant. J’ai malgré tout un côté très bagarreur en moi, que l’on retrouve dans mes textes. » 

      Dans un tel écart, en tout cas, existe une possibilité, pour celui qui écoute, d’échafauder ses propres réponses. Ne jamais verrouiller le message, laisser une place au doute, tel semble être une des constantes de l’imaginaire farmerien. Ainsi, bien malin qui pourrait dire ce que la chanson Derrière les fenêtres , présente sur l’album Avant que l’ombre… , évoque avec précision. Au-delà de la curiosité sincère d’une star pour les destins ordinaires, le sens demeure comme suspendu, ce qui participe de l’envoûtement. 

      De même, le titre Point de suture est une petite merveille d’ambiguïté. On croit d’abord qu’il s’agit d’un clone de Pas le temps de vivre, mais on découvre des paroles aériennes qui défient la logique. « Prends-moi dans tes bras / Donne-moi la main / Ne viens plus ce soir / Dis, je m’égare », répète Mylène dans le refrain. Là encore, la chanteuse touche du doigt une réalité psychologique subtile, cet état d’indécision où l’être peut basculer en un quart de seconde de l’équilibre au déséquilibre, ces moments où l’autre est suspendu à nos atermoiements. Le résultat est éblouissant. 

     Il y a dans ces points de suspension-là quelque chose qui entretient aussi le mythe. Depuis ses débuts, Mylène se caractérise par une approche singulière de la temporalité. Son exploit ? Se situer toujours en dehors des modes, afin de se préserver du risque d’être démodée un jour. « J’ai tendance à me situer hors de l’Histoire, dit-elle. Pas hors du temps, mais hors de l’Histoire. » Bien sûr, nul ne peut sauter par-dessus son époque, mais force est de constater que la chanteuse, en se forgeant une image intemporelle, a échappé à l’étiquette étriquée qui colle à la peau de ceux qui ont débuté, comme elle, dans les années 1980. Qu’on visionne à nouveau ses premiers clips : on constatera qu’ils n’ont pas pris une ride.

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      Le fait que certaines vidéos soient de libres adaptations de contes de l’enfance, en particulier Tristana et Sans contrefaçon, n’est pas étranger à ce sentiment. Dans Les Contes et leurs fantasmes, l’écrivain Jean Bellemin-Noël opère un rapprochement passionnant entre le conte et le rêve. Freud voyait dans le rêve « des accomplissements de désir [...] reposant pour une bonne part sur les impressions laissées par des événements infantiles [...] et bénéficiant pour leurs créations d’une certaine indulgence de la part de la censure ». Prolongeant cette réflexion, Bellemin-Noël définit les contes comme « des rêves qu’on partage au lieu de les inventer chacun pour soi [...] en restant éveillé… » À partir de la phrase magique « il était une fois », tous les scénarios sont placés sous le signe de l’évidence. Rien ne peut plus étonner celui qui se laisse embarquer dans l’histoire. Pour résumer sa pensée, le psychanalyste lâche cette formule : « Le conte merveilleux est le prêt-à-porter du fantasme. » 

     C’est à un périple de ce type dans l’inconscient que nous convie Mylène. Dans la plupart de ses clips, il existe bien un « il était une fois », formule qui permet d’adhérer à tous les possibles, aussi abracadabrants soient-ils. Peu d’observateurs ont compris la place de la sorcellerie dans cet univers. Être un mythe, c’est dépasser la simple condition de mortel. Pour preuve, la star réapparaît en magicienne, en 2008, dans le clip de Dégénération, clin d’œil au Cinquième Élément de son ami Luc Besson. Créature douée de pouvoirs magiques, l’héroïne de la vidéo est tout un symbole. Car derrière les pouvoirs surnaturels lui permettant de répandre l’harmonie et l’amour, les images bleutées du réalisateur Bruno Aveillan réveillent la toute-puissance propre à l’enfance. 

     Au fond, si Mylène est devenue un mythe, c’est parce que son répertoire est une histoire sans fin, un conte inachevé qui nous replonge dans le bain des premières années. Un monde où la douceur côtoie la terreur, mais surtout où l’imagination nous permet sans cesse de réinventer notre vie, sans nous soucier des contraintes de la réalité. Qui pourrait vouloir renoncer à ce voyage-là ?

 

Extrait du livre : MYLÈNE par Hugues ROYER aux Editions Flammarion 2008

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Mylène sera une Icône gay

Posté par francesca7 le 26 octobre 2015

 

 

  Mylene-Farmer-    Elle porte une chemise blanche recouverte d’un gilet et un nœud papillon négligemment défait afin de dégager le cou. Ses joues sont maculées de mousse. Un rasoir jetable à la main, des têtes de mort plein les phalanges, elle sourit de la farce qu’elle nous joue. L’image est kitsch à souhait. Pour son grand retour en 2008, Mylène fait la couverture de Têtu. Tout un symbole. En principe, c’est un torse de garçon qui est photographié en une du mensuel destiné à la communauté gay. Mais pour elle, le rédacteur en chef a fait une exception, à condition qu’elle change de sexe le temps d’une séance photo. Ce qu’elle a accepté avec plaisir, manifestement enjouée lorsqu’elle répond aux questions du journaliste Benoît Cachin. Dans les pages intérieures, elle porte un haut-de-forme et une canne au pommeau d’argent. Sur une autre photographie, elle passe trois doigts à travers la braguette de son pantalon et éclate de rire. 

      Entre la star et la communauté homosexuelle, il existe une connivence qui relève de l’évidence. Bien sûr, il faut se garder de toute simplification abusive : tous les gays ne sont pas fans de Mylène Farmer et les fans de Mylène Farmer ne sont pas tous gays. Toutefois, même si la chanteuse touche un très large public, ceux qui sont le plus prompts à l’idolâtrer ont souvent le goût d’aimer des êtres du même sexe. Il suffit de flâner dans les forums qui lui sont consacrés pour s’en convaincre : au même titre que certains livres ou certains films, la star fait partie de ces boussoles qui aident les homosexuels à assumer pleinement leurs penchants. Bref, elle jouit du statut d’« icône gay », avec tout ce que cela suppose de vénération, mais aussi d’exigence. Elle le sait, même si elle prend soin de réfuter l’étiquette par une pirouette : « Je me méfie du terme “icône”… Ce sont celles que l’on brûle en premier. » 

      En outre, bénéficier de l’amour de cette communauté est une chance ; mieux encore, un privilège. « C’est un public pointu, sensible et avant-gardiste. Nous nous suivons depuis de nombreuses années, c’est important pour moi. » En matière de tendances, il est vrai, les gays sont souvent à la pointe. Alors tant qu’ils la soutiennent, Mylène est au moins à l’abri du risque de devenir has been. Sans doute parce qu’ils nourrissent le sentiment qu’elle leur appartient un peu, ils attendent beaucoup d’elle en contrepartie, et elle n’a pas d’autre choix que de se montrer à la hauteur de ce désir. Ce degré d’exigence fait partie des moteurs qui la font avancer, la poussent à toujours donner la pleine mesure de son talent.

« Vous savez, ce public est unique. J’en suis consciente ! C’est lui qui me donne l’envie de me dépasser à  chaque fois. » 

      On ne devient pas une icône gay par hasard. Il ne suffit pas d’avoir à son répertoire une chanson sur le sujet pour mériter ce label décerné avec parcimonie. Il ne suffit pas non plus de le vouloir, encore faut-il l’incarner avec sincérité, sans trucage. Mylène est entrée dans le métier en interprétant Maman a tort, l’histoire d’une jeune fille amoureuse de son infirmière. Pas étonnant que les homosexuels aient immédiatement adhéré à son univers. Avec Sans contrefaçon, elle a encore marqué des points. Cet hymne à l’ambiguïté sexuelle est devenu un référent incontournable dans la communauté gay – dans le film Pédale douce, le réalisateur Gabriel Aghion l’a d’ailleurs utilisé dès la première séquence. Puis il y a eu le look à la garçonne, façon héros de Dickens, de l’époque Désenchantée. Autant de signes de ralliement pour bien des gays. Par la suite, Mylène a conforté sa place dans leurs cœurs en exacerbant, au contraire, sa féminité, comme l’avaient fait avant elle une Dalida ou une Sylvie Vartan. 

     En outre, elle continue à multiplier les œillades dans leur direction. Un exemple ? Le 9 mars 1995, après avoir chanté L’Instant X dans une émission de télévision, elle embrasse sur la bouche Valérie Bony, une de ses danseuses. V  oilà pour les filles qui aiment les filles. Sur scène, lors de la tournée 1996, ce sont plutôt les garçons qui aiment les garçons auxquels elle adresse des signes de sympathie. Ainsi, pour la scénographie de Sans contrefaçon, les quatre danseurs qui l’entourent ont été grimés en drag queens. Shorts pailletés, bottes à talons compensés, perruques frisées et boas multicolores, ils en font des tonnes dans le côté maniéré. Et Mylène s’en amuse, riant aux éclats, tandis qu’elle distribue à l’envi d’amicales fessées. Autre clin d’œil appuyé à ses fans homosexuels, les deux militaires qui s’embrassent à bouche que veux-tu dans le clip de Dégénération, avant de se déshabiller et de s’enlacer. 

     Parce qu’elle déteste les étiquettes, Mylène refuse toutefois de se laisser enfermer dans une proximité par trop fusionnelle qui pourrait la couper des autres publics qui l’apprécient. « Les homosexuels m’ont toujours porté un grand intérêt et de la chaleur. J’en suis ravie, mais je ne vis pas dans leur monde. » Ailleurs, elle pousse plus loin la confidence : « Ce sont des gens particulièrement sensibles, qui me comprennent et que je comprends. J’aurais certainement pu être homosexuelle mais je ne le suis pas devenue. » 

     Un propos qui a de quoi interpeller les fans. Est-ce à dire que la chanteuse a elle-même, par le passé, douté de son identité sexuelle, comme cela arrive à nombre d’adolescents ? Possible, même si cela ne signifie nullement qu’elle ait goûté aux plaisirs saphiques. Certes, la rumeur, particulièrement prolixe sur son cas, lui prête des liaisons avec des personnes des deux sexes. Mais elle ne s’est jamais expliqué sur la question, et c’est bien là son droit le plus strict. Portons toutefois une oreille attentive au refrain d’Eaunanisme, chanson qui figure sur l’album Anamorphosée : « C’est si doux la brûlure / Là où ta main me touche, Eau / Et coule cette écume / De ma bouche. » Si Mylène possède un tempérament pudique, son œuvre l’est souvent beaucoup moins. 

     « Qu’est-ce qui vous séduirait chez les femmes ? » demande Benoît Cachin à la chanteuse, caressant l’hypothèse, même s’il s’agit d’un jeu, qu’elle pourrait être attirée par des personnes de son sexe. « Leur imprévisibilité, répond-elle. C’est ce qui transforme le quotidien en aventure et la vie en destin. » 

     En réalité, ce que Mylène partage avec les homosexuels, c’est d’abord le sentiment d’une différence. Elle l’éprouve depuis toujours, même s’il lui a fallu du temps pour mettre un nom dessus. Ne pas se sentir comme les autres, au départ, est rarement vécu dans la sérénité. Au contraire, il s’agit souvent d’une épreuve, que bien des homosexuels expérimentent dans la solitude. Face au rouleau compresseur d’une éducation qui tend à normaliser les comportements, renforçant les stéréotypes masculins et féminins, affirmer sa différence demeure problématique. S’opposer à la majorité triomphante n’est pas un combat gagné d’avance. Il faut du courage pour découvrir qui l’on est vraiment et le faire accepter à sa famille, ses proches, ses amis. Même si la société a évolué, même si l’homosexualité n’est plus regardée en France comme un délit ou une perversion, de nombreux témoignages attestent encore de parcours douloureux, voire traumatiques. 

Pour être soi-même, on ne devrait pas avoir à souffrir. Or, peu d’homosexuels parviennent à éviter cette souffrance. Faire la paix avec soi ressemble alors à un défi qui peut prendre des années, et même ne jamais être gagné. En comparaison, le chemin de Mylène ne s’est pas fait non plus sans heurt. Faute de trouver une réponse à ses doutes, une décision a tout changé : devenir artiste a permis à son sentiment d’être incomprise de s’exprimer. Mais cette victoire sur elle-même, couronnée par un phénoménal succès public, n’efface rien de son parcours. Un titre sur son dernier album, C’est dans l’air, nous le rappelle :

mylène7Mylène n’oublie pas ceux qui souffrent de ne pas être dans la norme. « Les cabossés vous dérangent / Tous les fêlés sont des anges / Les opprimés vous démangent / les mal-aimés, qui les venge ? » Le temps d’une chanson, elle se fait le porte-parole des « incompris » et des « fous ».  

      Se ranger du côté des minorités, telle est la vocation de ceux qui se sentent différents. Mylène n’échappe pas à la règle. C’est pourquoi elle est si appréciée par les homosexuels des deux sexes. Ce  qu’elle reçoit en retour est un amour immense, parfois aussi inconditionnel que celui d’une mère. Être une icône gay, revient aussi à être aimée par des hommes qui ne vous désirent pas. C’est doux et sécurisant à la fois, dénué de tout enjeu sexuel. Au fond, Mylène n’est-elle pas la preuve vivante que les homosexuels aiment aussi les femmes ?

 

Extrait du livre : MYLÈNE par Hugues ROYER aux Editions Flammarion 2008

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Tendre et drôle à la fois notre Mylène

Posté par francesca7 le 18 octobre 2015

 

 

      tetuElle derrière un pupitre, Luc Besson à ses côtés. Devant leurs yeux défile une séquence de Arthur et les Minimoys, où l’on aperçoit Sélénia, un personnage de dessin animé aux cheveux roux. Mylène a accepté de prêter sa voix à cette princesse, mais l’art du doublage relève de codes qu’il n’est pas simple d’assimiler du premier coup. Il faut trouver un timbre qui colle parfaitement à l’image, mais aussi synchroniser chaque syllabe avec les mouvements de lèvres du personnage. Le réalisateur est là, attentionné et patient, donnant la réplique à Mylène pour l’entraîner. Elle prononce une phrase, se trompe, éclate de rire parce qu’elle a écorché un mot. Un rire de petite fille facétieuse, de ceux qu’on cache en rentrant la tête dans les épaules, une main sur la bouche. La scène est filmée pour les besoins d’une émission de Michel Drucker.

      Peu de gens le savent : Mylène Farmer a de l’humour. Non seulement elle rit volontiers, et plus souvent qu’on ne l’imagine, mais il lui arrive de faire rire aussi, parfois à ses dépens, ce qui est la preuve d’un sens profond de la dérision. « L’humour, chez elle, est une forme d’élégance, me confie Philippe Séguy. Une manière de rendre le quotidien plus léger. Par exemple, elle ouvre un paquet de fraises Tagada, m’en propose en lâchant : “On va s’empoisonner !” » Au fond, l’humour c’est ce qui nous reste de l’insouciance de l’enfance, la meilleure arme pour désamorcer la gravité du réel. 

      À ses débuts, on sent Mylène très joueuse avec certains animateurs de télévision, prête à entrer dans tous les délires. En 1985, dans « Platine 45 », Jacky en fait les frais. « Je me souviens d’une émission pendant laquelle elle m’embrassait et me laissait des marques de rouge à lèvres partout sur le visage.

Nous avions beaucoup ri en la faisant, elle et moi. » Dans un autre numéro de la même émission, histoire de s’amuser, elle laisse entendre qu’il existerait une idylle entre l’animateur et elle. « Vendredi soir, j’étais dans ton lit », dit-elle à un Jacky plutôt ravi. Lorsqu’elle est amenée à répondre à un journaliste de Charlie Hebdo, elle montre qu’elle peut avoir des formules pleines d’esprit : « Une question m’a toujours tracassée, Dieu rit-il ? Si oui, je comprends très bien pourquoi. »       

 

Sensible au comique de situation, Mylène peut se révéler très spontanée, voire bon public, face à certains imprévus. Dans son esprit, le rire peut d’ailleurs être une réponse appropriée au sérieux lorsqu’il devient trop pesant. Ainsi, durant le tournage du clip de Tristana, le mobilier prévu pour la maison des nains n’a pas été conçu à la bonne échelle. Emmanuel Sorin, le décorateur, en semble particulièrement chagriné. L’équipe fait une pause pour réfléchir à une solution possible. C’est alors que « Mylène s’assoit sur un tabouret qui casse et se retrouve sur les fesses dans un éclat de rire » ! Un incident cocasse qui permet de désamorcer la situation… 

     Les grands timides sont parfois capables de toutes les audaces. Ainsi, bien que mal à l’aise sur les plateaux de télévision, Mylène apparaît, en de rares occasions, très en verve. À la fin des années 1980, face à un Naguy taquin, qui la questionne sur le fait qu’elle garde, depuis plusieurs minutes déjà, la main posée sous le menton, elle répond, imperturbable : « La main reste comme ça. Elle est fixée. »       

Quant à Bernard Montiel qui, manifestement, l’admire, il se mordra les doigts de l’avoir invitée, en 1988, dans son émission « La Une est à vous », dont le principe est de faire voter les téléspectateurs afin de choisir leur programme. Lorsqu’il demande à Mylène quelle série elle aimerait regarder, elle répond :

« Aucune. » Et se fend même d’un commentaire sur le feuilleton Marie Pervenche, avec Danièle Evenou : « C’est consternant. » Montiel rit un peu jaune. 

     Mais sa plus belle saillie à l’antenne, la chanteuse va la lâcher à « Nulle part Ailleurs », sur Canal+, en 1988. L’œil malicieux, Antoine de Caunes, qui cherche manifestement à la déstabiliser, lui lance : « Depuis le début de l’émission, je me pose la question : pourvu qu’elle soit rousse. Pouvez-vous nous le confirmer publiquement ? » Et Mylène de répondre, du tac au tac : « Elle est rousse. » Puis, après un silence, elle ajoute : « En haut. » 

      Par la suite, la chanteuse, ayant décidé de se faire rare, aura de moins en moins l’occasion de s’amuser à l’antenne. Ce qui ne l’empêche pas de conserver intact son sens de l’humour. Interviewée au milieu des années 1990 par Julie Snyder, une Québécoise fantasque, elle semble sensible à l’ironie qui transparaît dans les questions. Quand elle lui dit : « Finalement, vous êtes une petite bi-bite », Mylène reste sans voix. Elle ne comprend pas, mais le mot l’amuse. Elle rit de bon cœur. En 1999, de passage dans le « Hit Machine » de Charly et Lulu, sur M6, pour interpréter Optimistique-moi, elle marche sur la traîne de sa robe et manque de trébucher, ce qui la fait manifestement sourire comme une gamine. 

     fanelo Rire d’elle-même, de ses maladresses, n’est pas exclu. La même année, au côté de Michel Drucker, elle provoque l’hilarité des fans présents dans le studio en bafouillant lorsqu’il s’agit de préciser combien de fois par semaine elle s’entraîne en vue de sa  prochaine tournée. En 2004, durant la conférence de presse annonçant les treize concerts de Bercy, elle commet un lapsus : « Le public me mange toujours. » Se reprend : « Je veux dire, me manque toujours. » Et, constatant la réaction des journalistes présents, éclate de rire. Oui, sans doute, c’est cette peur d’être dévorée par ses fans qui l’intimide à ce point. 

     L’avantage de l’humour, c’est précisément qu’il permet de briser la glace, d’instaurer une forme de communication évitant la fusion que Mylène pressent comme dangereuse. De ce point de vue, les concerts de janvier 2006 sont particulièrement éloquents. Pour la première fois, la chanteuse, d’ordinaire peu loquace, inaugure une forme de dialogue avec le public, grâce au prisme de l’humour. « V chante6zous plus fort que moi ! » clame-t-elle, le 15 janvier, comme un reproche amusé, à la foule déchaînée qui reprend  Désenchantée. Le 21, elle parle d’elle à la troisième personne pour annoncer la fin du quart d’heure des chansons lentes : « Mylène va sécher ses larmes et passer à quelque chose de beaucoup plus gai. » Le lendemain, alors que résonnent les premières notes de Sans contrefaçon, elle lance à la cantonade : « Vous ne la connaissez pas, celle-là, hein ? »

 

     Pour la première fois, durant cette série de concerts, la chanteuse accorde une place à l’improvisation. Parce qu’elle veut ressentir les vibrations de la foule, cette perfectionniste consent à montrer des failles. Certains soirs, par exemple, sans doute à cause de la pression ou de la fatigue, elle se trompe dans les paroles de ses chansons – ainsi elle zappe un couplet de Déshabillez-moi. À plusieurs reprises également, cette fumeuse de cigarettes mentholées est prise de fâcheuses quintes de toux, qui l’obligent parfois à s’interrompre plusieurs minutes. « Ce sont des choses qui arrivent », s’excuse-t-elle au soir du 14 janvier. 

      À travers ces anecdotes, se dresse le portrait d’une autre Mylène, loin de cette star rigide et glacée que certains ont transformée en caricature. « Si je devais résumer Mylène en deux adjectifs, me dit Elsa Trillat, je dirais, aussi surprenant que cela puisse paraître : tendre et drôle. » La photographe a, semble-t-il, gardé un souvenir ému des moments où Mylène venait lui rendre visite chaque jour à l’hôpital, alors qu’elle devait surmonter de graves problèmes de santé. « À ce moment-là, elle s’est comportée comme si elle était un membre de ma famille. Je ne l’oublierai jamais. » 

      Quand elle ne se ferme pas aux autres, paralysée par la méfiance, la chanteuse peut se révéler douce et attentionnée, y compris dans les situations où on ne l’attend pas. Roberto Martocci, danseur recruté pour la tournée 1996, en a fait l’heureuse expérience. Le jour du casting, alors qu’il ne sait pas encore s’il va être choisi, Mylène va lui donner un coup de pouce bienvenu. « Christophe Danchaud, le chorégraphe, entra le premier et nous avons commencé à travailler sur Je t’aime mélancolie. Environ une heure et demie après, Mylène entra silencieusement dans la pièce, dit : “Bonjour !” et jeta un coup d’œil dans ma direction. Le chorégraphe avait du mal à m’apprendre les pas, alors elle s’est approchée et a dit : “Puis-je lui montrer ?” À ce moment-là, l’énergie dégagée par Mylène était vraiment chaude et douce et cela m’a mis à l’aise. Après une heure et demie, elle s’est arrêtée et a rejoint son producteur. Elle a pris ma photo et l’a épinglée avec celles des autres danseurs. »

 

      C’est dans la tendresse, lorsqu’elle se sent en confiance, que la star exerce le plus volontiers son sens de l’humour. À partir de ces petits riens de la vie qui font réagir sa part d’enfance. Au moment du duo La Poupée qui fait non, sa complicité avec Khaled est évidente. « Mylène ? Elle est trop délirante cette fille ! dira le chanteur. On rigole comme des fous quand on se voit tous les deux. » 

      Ses amis proches, Anthony Souchet, le coiffeur John Nollet, ou même la romancière Nathalie Rheims, pourraient sans aucun doute en dire autant. Mais ils demeurent muets et comment ne pas leur donner raison ? L’amitié véritable ne peut se bâtir que sur une exigence de loyauté absolue qui suppose une part de secret. 

      Il y a aussi une cruauté dans l’humour, qui fait partie du plaisir. Lorsqu’un enfant voit un vieillard tomber, il se contrefiche de savoir s’il s’est fait mal, ou pire, si cette chute ne lui sera pas fatale : il ne retient pas son rire. Au détour d’une conversation, il peut arriver à Mylène d’être féroce, d’assassiner un tiers pour le plaisir d’un bon mot, mais la méchanceté ne fait pas partie de son tempérament. C’est un fardeau nuisible, alors qu’elle doit au contraire sans cesse s’alléger pour aller de l’avant. Ceux qui s’intéressent de près aux paroles de ses chansons savent d’ailleurs que son répertoire n’est pas aussi ténébreux qu’il en a l’air. 

      En attestent de nombreux titres réjouissants, qui manient parfois le second degré avec brio. « Pour plaire aux jaloux / Il faut être ignorée », lance Mylène dans Je t’aime mélancolie en guise de pied de nez à ses détracteurs. Dans L’Instant X, raillant la peur millénariste qui s’est emparée de ses contemporains, elle multiplie les images inattendues comme « J’ai un teint de poubelle » ou l’inoubliable « Mon chat qui s’défenestre. » L’album Avant que l’ombre… donne aussi la part belle à l’humour, au travers des chansons Porno Graphique ou L’Amour n’est rien… Dans Point de suture, la légèreté gagne encore du terrain. « La cruauté… c’est laid / La calomnie… c’est laid / L’âpreté… c’est laid / L’infamie… c’est laid », lâche la chanteuse d’une voix grave dans C’est dans l’air, égrenant avec ironie tous les péchés du monde. « Sculpté de bois / Réjouis-moi », chante Mylène dans Sextonik, évoquant ces accessoires du plaisir qui ne connaissent jamais de panne. Il faudrait encore citer l’humour indolent qui traverse Appelle mon numéro, un titre musicalement très réussi. « Le second degré est, me semble-t-il, une hygiène de vie », dit-elle. 

Mylène-Farmer      De même, certains choix scéniques sont manifestement destinés à faire sourire le public. Chanter Déshabillez-moi dans une camisole de force, comme elle le fait en 1989, c’est jouer sur le décalage, un ressort comique. L’immense fauteuil en velours de Libertine, en 1996, ou la balançoire de Dessine-moi un mouton, en 1999, introduisent également une touche de légèreté dans les shows farmeriens. Plus rare dans les clips, l’humour transparaît tout de même nettement dans Que mon cœur lâche, réalisé par Luc Besson, au travers notamment des dialogues épiques entre Dieu et le Christ. « Père, pourquoi ne m’envoyez-vous pas sur Terre ? » demande Jésus. « La dernière fois, c’était une catastrophe », répond le Créateur. « C’est un sourire, une légèreté que je n’avais pas dans mes autres clips  », dira Mylène. Dans les vidéos, peut-être… Mais dans la vie, il y a longtemps que la chanteuse n’engendre pas que la mélancolie.

  

Extrait du livre : MYLÈNE par Hugues ROYER aux Editions Flammarion 2008

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Un monde irréel, mais assez proche du réel

Posté par francesca7 le 13 octobre 2015

1 -AOUT Mylè

Mylène Farmer est une personne qui donne l’impression de vivre dans un monde irréel – elle dira « un paradis inanimé » –, aérien, atemporel, éternel, tels les pantins d’un magasin de jouets ou les personnes violées amnésiques. Avec elle, on oscille entre la magie et l’horreur, les paillettes et la boue, le conte et les milieux despotiques, le kitsch et camp. Autrement dit, on est plongé dans l’univers du viol dénié.

Comme toutes les divas qui plaisent aux personnes homos, Farmer est la reine du mélodrame, la fausse vierge effarouchée, la Drama Queen qui va rejouer inlassablement la scène du viol en laissant au spectateur le choix de savoir s’il est vrai ou faux. La Mylène-personnage cinématographique symbolise le fantasme de viol à elle toute seule (je vous renvoie aux chansons abordant explicitement le viol dans son œuvre : « Plus grandir », « Ange parle-moi », « L’Annonciation », « Comme j’ai mal », « Beyond my control », « Libertine », « Je te rends ton amour », etc.).

Elle incarne la féminité sensuelle, dangereuse et vengeresse, à laquelle la majorité des personnes homosexuelles s’identifient (à différents degrés bien sûr), la femme cinématographique violée qui revient à la charge pour détruire ceux qui ont/auraient abusé d’elle : pensez au fouet de la sentence qui se retourne élégamment dans le clip « Pourvu qu’elles soient douces », à la prostituée qui tue son mac dans « California », à la jumelle venant venger sa sœur dans « L’Âme-stram-gram », à la femme-Frankenstein de « Dégénération » qui, après avoir été réifiée et disséquée, se réveille pour manipuler ses bourreaux ; etc..

extrait des propos de Philippe Ariño

 

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Rentrez chez vous, il fait froid

Posté par francesca7 le 10 octobre 2015

 

 

     Mars 2000. Ce soir-là, une centaine de Français sont venus applaudir Mylène à Moscou, où elle donne deux concerts exceptionnels. L’initiative en revient à Jean-Rémy Gaudin-Bridet, le fondateur du Mylène Farmer International Fan Club. Le management de la star a accordé une suite favorable à la proposition du jeune homme. Ignorant quel accueil elle recevrait en Russie, la chanteuse a sans doute  pensé que la présence, dans la salle, de quelques-uns de ses fans les plus inconditionnels réchaufferait l’ambiance – le public local, surveillé par la police, a la réputation d’être peu expansif. Après le show, certains ont regagné leur hôtel, comblés par la magie du spectacle. D’autres ont décidé d’explorer la ville jusqu’au bout de la nuit. Jean-Rémy accompagne quelques amis dans une discothèque branchée de la capitale russe.

     Soudain, alors que le groupe est tranquillement assis à une table en train de boire un verre, Mylène et son staff font leur entrée dans l’établissement. Heureuse, détendue, très maquillée, comme si elle avait voulu conserver son masque de scène, la chanteuse ne met pas longtemps avant de se déhancher sur les notes de Desert Rose de Sting. À quelques mètres de là, Jean-Rémy l’observe. Elle lui sourit. Il se rapproche peu à peu de son idole, la regarde avec l’intensité de ses yeux verts. Tout paraît irréel. Elle est radieuse, se lâche avec bonheur. Après la pression du spectacle, elle semble avoir besoin de décompresser. Tous deux sont maintenant proches l’un de l’autre lorsque, brusquement, Jean-Rémy voit un garde du corps fondre sur lui, refermer ses bras autour de sa taille et l’écarter brusquement de l’icône rousse. En un éclair, il se retrouve à une dizaine de mètres sans avoir compris ce qui se passait. Et, levant les yeux vers Mylène, il la voit éclater de rire.

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      L’anecdote illustre bien la difficulté à être fan. Dans cette forme d’amour inconditionnel subsiste, malgré tout, l’espoir secret d’un retour. Un signe, un mot suffisent à faire le bonheur de celles et ceux qui structurent parfois leur existence autour du culte de leur idole. C’est un fait indéniable, Mylène est l’artiste française qui compte le plus d’admirateurs. Plusieurs dizaines de milliers probablement, même si les fans extrêmes se résument sans doute à quelques centaines. « Je n’en connais pas le nombre, mais je ressens leur énergie. Ils m’aident à vivre, me stimulent jour après jour », a récemment confié la chanteuse. Une déclaration d’affection qui met un terme définitif à une polémique née au début des années 2000. 

      Un malentendu, sans aucun doute, causé par la timidité maladive de la star. Difficile pour elle, en effet, de recevoir l’amour de ces visages inconnus. À ses débuts, Mylène est intriguée par ces témoignages d’affection. Et montre une curiosité sincère à la lecture du courrier, de plus en plus nombreux, qu’elle reçoit. « Je ne parle pas des demandes d’autographes, mais des lettres qui font deux ou trois pages et qui vous disent des choses sur vous, sur la manière dont les gens vous perçoivent. Plus ça va, plus ce courrier contient des choses importantes qui me touchent réellement. » Toutefois, si ces missives maintiennent une distance rassurante, le contact réel avec les admirateurs s’avère nettement plus problématique.

 

      Rapidement, lorsque vient le succès, son adresse est connue de certains fans, qui l’attendent à sa porte. Elsa Trillat me raconte combien Mylène devient paralysée dès qu’un inconnu l’aborde. « Un jour, pour lui faire une surprise, je l’ai suivie avec ma voiture et j’ai freiné à son niveau. Elle ne bougeait plus.

Elle était livide. » Agnès Mouchel, responsable du montage des clips réalisés par Laurent Boutonnat, confirme ces réactions de panique. « Je sais que Mylène avait un peu peur d’être envahie par certains fans. Elle était harcelée, sans arrêt, des gens dormaient en bas de chez elle. Il y avait tout le temps du monde, jour et nuit, c’était assez pesant. » Une méfiance qui pourrait sembler excessive. Pourtant, quelques années plus tard, un incident lui donnera raison.

  

      x240-IK3Mercredi 13 novembre 1991. Un Nancéen de trente-sept ans, employé des postes, décide de rouler non-stop jusqu’à Paris. Sur un bout de papier, il a noté une adresse, 2 rue Cavallotti. Dans son véhicule, il fulmine. Il a envoyé de nombreuses lettres à son idole, mais soupçonne Polydor de ne pas les lui avoir transmises ; sinon, il aurait forcément reçu une réponse. Furieux, il veut se venger des employés de la maison de disques. Dans son coffre, un fusil de guerre acheté par correspondance plusieurs années auparavant. Dans sa poche, une cinquantaine de cartouches. Rien ne l’arrêtera : il est déterminé à « faire un carnage ».  

      À peine arrivé, il met son plan à exécution. Demande à voir Mylène d’urgence. « J’ai un cadeau pour elle », hurle-t-il. « Elle n’est pas là », lui répond le réceptionniste alors qu’il braque son arme sur lui. Un coup part, l’homme s’effondre. Mortellement blessé, il décédera dans la nuit, à vingt-sept ans. Mais ce n’est pas fini. Au milieu des cris qui résonnent dans le hall, le tireur gravit rapidement les étages en quête de nouvelles victimes. Deux jeunes femmes, effrayées, tremblent devant lui. Il décide de les abattre à leur tour. Il recharge son arme, les vise et appuie sur la gâchette. Mais aucun coup ne part.  

Par miracle, le fusil s’est enrayé. Pris de panique, le forcené tente alors de s’échapper. La police, alertée, finira par le retrouver, réfugié dans un bureau vide, hagard, replié sur lui-même. Depuis l’âge de douze ans, il suivait une analyse chez un thérapeute. Aujourd’hui, il est soigné en hôpital psychiatrique. 

      Cette tragédie va assombrir le moral de Mylène pour longtemps. « Devant un tel drame, on se sent totalement dépossédée de mots et de moyens. On culpabilise forcément. Cette mort est tellement injuste. » Dès lors, l’entourage de la chanteuse prend peur pour elle. On lui conseille d’être accompagnée par un agent chargé de sa sécurité. Par respect pour le jeune réceptionniste disparu, elle dit non. « On m’a proposé de me protéger, j’ai refusé. Dans ces cas-là, on ne pense pas à soi, à ce qui aurait pu vous arriver, mais à la famille en deuil, à cet homme qui est mort et qui n’y était pour rien. » 

      Une preuve de courage, qui n’exclut pas non plus une extrême vigilance. Ainsi, deux fans réputés inquiétants sont surveillés de près par les proches de la chanteuse. L’un d’eux, barbu, connu des services de police, s’est vu notifier une interdiction formelle d’approcher la star. L’autre, surnommé « ongles jaunes », en raison semble-t-il d’une hygiène approximative, s’est attiré une réputation de déséquilibré, y compris parmi les fans, en allant dormir sur le palier de son idole quand elle partait en vacances. 

     On comprend, dès lors, que Mylène s’envole parfois pour une escapade à New York, où seuls les touristes la reconnaissent. À Paris, elle le sait, il lui faut rester prudente, même si cette distance peut être mal ressentie par ses admirateurs bienveillants et équilibrés. À partir de ce drame, la chanteuse prend conscience que, lorsqu’on a affaire à un détraqué, le silence vaut sans doute mieux que le moindre mot susceptible d’être interprété comme un encouragement. « Je ne réponds pas au courrier, en ce sens que je n’entretiens pas de correspondance, dit-elle. Je renvoie une dédicace à ceux qui me le demandent. »  

      Il lui faut apprendre à gérer cette incroyable vague d’amour sans être pour autant submergée. Alors, c’est vrai, certains comportements vont être mal compris. Ainsi, le 27 octobre 1996, lors de l’enregistrement des « Enfants de la guerre », émission à laquelle Mylène est invitée, Jean Rémy Gaudin-Bridet, sur une consigne de TF1, rassemble une centaine de fans venus de France et de Belgique. Il pleut, mais les admirateurs de la chanteuse vont devoir attendre plusieurs heures dehors. « Finalement, en fin d’après-midi, on nous fait entrer sur le plateau et on nous apprend que Mylène a enregistré Rêver sans public. Elle prononce quelques mots, ça dure à peine trois minutes, puis disparaît. Tout le monde est furieux. Je l’interpelle dans un couloir pour lui faire savoir notre déception, mais elle est fuyante. Elle me répond : “Ce n’est pas ma faute, je ne suis pas responsable de l’organisation.” »

 

      Cet accroc sera largement commenté dans la presse qui, privée d’informations sur la chanteuse, y trouve un angle d’approche providentiel : la détresse des fans. Le magazine Entrevue s’engouffre dans la brèche, et toute la presse people lui emboîte le pas. Mylène se voit décrite comme une femme d’affaires cynique exploitant la fragilité de ses admirateurs qui se ruinent pour acheter tous les supports qu’elle met sur le marché. Une polémique qui aurait pu la faire vaciller si le grand public avait adhéré à cette caricature. Concernant l’attitude de la chanteuse le jour de l’enregistrement du show de TF1, sans doute faut-il tenir compte aussi d’un élément déterminant : la veille, elle a appris la mort de son frère Jean-Loup. 

      Pour le reste, son habitude d’enregistrer ses prestations n’a rien à voir avec la question du respect ou non de son public. On l’a vu, c’est une manière d’exercer un contrôle sur son image. Afin de mettre les choses au point, la chanteuse profite d’ailleurs d’un entretien à Paris Match pour renvoyer chacun à sa liberté, et donc à sa responsabilité. « Je veux qu’on sache que je n’ai jamais été à l’initiative d’un fan-club, ni officieux ni officiel. Je n’adhère pas au culte de ma personnalité. Si quelqu’un ou quelques-uns ont décidé de leur plein gré de créer un fan-club, c’est sous leur entière responsabilité. » 

     1996-05-cUn avertissement adressé à tous ceux qui lancent sur le marché les fanzines qui lui sont consacrés. Pas question pour eux d’utiliser des photographies qu’elle n’aurait pas approuvées ! Une exigence sur laquelle transiger serait se renier. Après les plaquettes luxueuses du Mylène Farmer International Fan-Club, plusieurs autres magazines vont en effet voir le jour : MF magazine, trimestriel disponible en kiosques, L’Instant-Mag, publication élégante et décapante, à laquelle va succéder Mylène Farmer et vous, un support donnant une large place aux témoignages des fans. Rien d’officiel, mais rien ne sortira non plus sans l’assentiment du management de la chanteuse. 

     Ce n’est donc pas avec la base de ses admirateurs que la star s’est montrée intraitable, mais avec ceux qui exploitent sa notoriété pour lancer des magazines sur le marché. La nuance mérite d’être précisée. S’agissant de son comportement vis-à-vis des fans, un témoignage signé Christophe-Ange Papini, Deux ans à l’attendre, permet de comprendre qu’il est, au contraire, dicté par une énorme tendresse. Avoir passé de longs mois sur un banc situé en face de l’immeuble de son idole a d’abord permis à ce jeune adolescent d’apprécier les qualités humaines de Mylène. 

     Le 28 octobre 2003, il note que la chanteuse, vêtue d’une jupe rose bonbon ultracourte, malgré lesrigueurs de l’hiver, est attendue par les paparazzi lorsqu’elle regagne son domicile. C’est alors que le petit groupe de fans présents s’interpose, formant un barrage pour déjouer le piège des photographes. Mylène les remercie gentiment, avant de pénétrer dans le hall. Pourtant, elle réapparaît quelques secondes plus tard et leur adresse un message maternel : « Il fait froid, rentrez chez vous ! » Il y a dans ces mots-là quelque chose de rare, une douce attention à l’autre. 

      Parfois, elle se livre aussi à une touchante cérémonie : elle serre les fans présents dans ses bras, doucement, à tour de rôle, dans une forme de communion silencieuse. Ce jour-là, elle porte un tailleur beige et d’imposantes lunettes de soleil. Christophe-Ange en garde un souvenir émerveillé : « Elle me prend dans ses bras. Je suis contre elle, je prends le temps de sentir son parfum, de la sentir contre moi.

J’ai ma tête dans ses cheveux, dans son cou. Je me sens léger, je me sens bien, je me dis que j’ai atteint un but, mon désir ultime. » Bien sûr, on peut sourire de l’attachement d’un garçon de dix-neuf ans, mais on retiendra surtout de cet épisode combien la star sait se montrer disponible et tendre avec ceux qui l’aiment.

 

      En outre, un soir sur deux environ, lorsqu’elle revient de ses bureaux, aux alentours de dix-neuf heures trente, elle consent à signer des autographes selon un rituel bien rodé : tandis qu’elle entre dans le hall de l’immeuble, son chauffeur s’approche des fans présents à l’extérieur et leur demande poliment s’ils souhaitent des signatures. Puis il ramasse tous les supports (disques, photos, magazines…), pénètre dans le bâtiment et en ressort, quelques minutes plus tard, pour faire la distribution d’autographes. Variante de ce cérémonial, Laurent Boutonnat, ou encore un proche de la star, joue le rôle du messager, tandis que Mylène attend dans la voiture. Au milieu des années 1990, dit-on, il arrivait parfois à la chanteuse de venir discuter de tout et de rien, au retour d’une soirée, avec les admirateurs présents. 

     Le récit de Christophe-Ange Papini, en plus de donner un visage profondément humain à cette star prétendument inaccessible, permet de dépasser les clichés sur le portrait-robot des fans de Mylène :

« Nous ne sommes pas tous des homosexuels dépressifs dépensant des mille et des cents pour leur idole. » Bien sûr, certains inconditionnels, avides de se procurer les quelque deux cents pièces présentes sur le marché, sont prêts à débourser plusieurs milliers d’euros afin d’acquérir un collector. Dans les conventions du disque, les collectionneurs se disputent les objets les plus rares, comme la statuette d’Isis, réplique du décor du « Mylenium Tour », ou encore la poupée de trente centimètres de Sans contrefaçon. 

Toutefois, même si le phénomène touche environ dix mille adeptes, il demeure heureusement possible d’apprécier la chanteuse sans pour autant transformer son appartement en temple farmerien. 

     Quel regard la star porte-t-elle sur cette surenchère qui, rappelons-le, résulte des lois du marché ? Comme juge-t-elle l’amour parfois excessif que certains lui portent ? « Dès l’instant où ces personnes ne gâchent pas leur vie pour moi, alors je suis en paix. Mais si j’ai le sentiment qu’elles passent à côté de quelque chose parce que je deviens l’élément essentiel, là, ça me perturbe beaucoup. » Pour elle, qui a tenu si fort à tracer un chemin singulier, il n’existe pas, en effet, de pire errance que de passer à côté de soi-même. 

     Ce n’est pas un hasard si nombre des fans de Mylène le sont devenus à l’adolescence. Une période  de transition tourmentée, l’heure où les choix sont cruels puisqu’ils exigent un renoncement qui semble insupportable – révoltant, même. L’enfance, c’est le monde de tous les possibles, l’imaginaire infiniment ouvert. L’adolescence nous pousse à devenir adultes presque malgré nous, comme si les transformations du corps voulaient forcer l’esprit à accepter cette réalité qui rend l’horizon plus étroit. Changer de peau, c’est forcément passer par un moment où la chair est à vif – le fameux complexe du homard dont parle Françoise Dolto. En chantant sa souffrance, Mylène pose des mots sur la nôtre. « J’ai une fêlure en moi, avoue-t-elle. C’est peut-être ce qui me relie aux fans. Un certain mal de vivre. »

 

      En affichant sa liberté comme un étendard, elle incarne également l’espoir d’une existence plus exaltante, qui donne le vertige. « La vie n’est rien… / Quand elle est tiède ! » dit-elle dans L’Amour n’est rien… Ses chansons nous poussent à aller au bout de nous-mêmes : « Toujours vouloir pour soi / La lune, la lune » (Tomber 7 fois ). À rechercher l’amour absolu : « Si nos matins / Semblent poussière / Alors renie-moi… là » (Peut-être toi). A expérimenter la sexualité sans interdits : « Ton goût du revers / N’a rien de pervers » (Pourvu qu’elles soient douces). Autant de messages qui fédèrent les adolescents parce que Mylène y revendique la force du désir face à la loi du réel. « Les jeunes, souvent encombrés de tabous, ont tellement besoin d’être compris… Moi, j’ai le sentiment de leur dire, comme Brel dans sa chanson : “Non, Jeff, t’es pas tout seul.” Sans aucune prétention, je sais à présent que c’est à cela que je sers. À leur dire qu’il n’y a pas à avoir honte du sexe. Tout est normal dans l’amour. »

 

      Après avoir été accusée d’indifférence vis-à-vis de ceux qui l’idolâtrent, la chanteuse a tenu à donner un signe fort. Le 28 mars 2005, elle a réuni deux cent cinquante fans, heureux gagnants d’un concours organisé par NRJ, pour leur permettre d’écouter en exclusivité son nouvel album. Ce jour-là, au Théâtre du Palais-Royal, les admirateurs de la chanteuse ont même pu la voir apparaître dans la salle, vêtue de cuissardes noires, et manifestement émue. Penser que Mylène méprise ceux qui l’adulent revient à lui faire un bien mauvais procès. Au contraire, il lui suffit de ressentir l’amour de ses fans pour en être aussitôt bouleversée.

  

Extrait du livre : MYLÈNE par Hugues ROYER aux Editions Flammarion 2008

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Divinisation de Mylène Farmer par beaucoup de fans

Posté par francesca7 le 6 octobre 2015

Méfie-toi Mylène

 

Il est logique que les spectacles et les extravagances de Mylène Farmer génèrent des fanatismes, particulièrement parmi les personnes homosexuelles, puisque la chanteuse s’offre fréquemment en Messie crucifié à la communauté homosexuelle – ses délires christiques, proches de ceux de Madonna, le démontrent parfaitement, ainsi que la diversité des reliques qu’elle vend aux enchères sur Internet, même si elle dit ne pas le faire consciemment ni dans un processus d’auto-culte de la personnalité calculé – ; et ensuite, après s’être donnée entièrement dans une exhibition clairement blasphématoire et démesurée, elle se dérobe à ses fans, remonte dans sa limousine aux vitres teintées sans dire au revoir à personne (je vous rappelle la mise en scène de départ filmée comme une déchirure dramatique dans le concert « Avant que l’ombre… à Bercy » en 2006), et s’engouffre dans un silence inexplicable et aussi disproportionné que son don sur les écrans : rien d’étonnant qu’un tel écart d’attitudes – pourrait-on le qualifier de simplement ludique quand il toucherait davantage à la schizophrénie de star ? – provoque chez les esprits en mal d’identité une vraie frustration… donc soit source de fantasme, d’hystérie, d’idolâtrie, voire de violence (rappelez-vous le meurtre du réceptionniste de la maison de disques de la chanteuse par un fanatique en 1991).

Mylène Farmer participe secrètement au processus de divinisation autour de sa personne en faisant du mystère un fond de commerce juteux, même si cela est effectué dans un effacement tellement étudié qu’il est possible que l’artiste, dans une sincérité confondante, ne s’en rende même pas compte elle-même.

Une autre raison que j’invoquerais pour expliquer le succès que Mylène Farmer remporte auprès de ses fidèles homosexuels, c’est qu’elle joue continuellement sur l’inversion et l’ambiguïté sexuelle, autant artistiquement – dans son discours et son répertoire musical – qu’existentiellement.

Mylène représente la bisexuelle dans toute sa splendeur, la femme libérée qui laisse entendre qu’elle goûte à tout type de sexualités sans pour autant vouloir se définir en tant que « lesbienne », « bisexuelle » ou « hétérosexuelle », et assumer les conséquences de ses actes : « Je me fous bien des qu’en dira-t-on, je suis caméléon » chante sa jumelle narcissique de « Sans contrefaçon ». Mylène Farmer joue la dissimulation : la plus belle signature homosexuelle qui soit, non ? Oscar Wilde n’avait-il pas, en son temps, baptisé l’homosexualité comme « l’amour qui n’ose pas dire son nom » ?

Est-elle pour autant lesbienne ? Personne ne l’est complètement, pas même la femme qui se veut 100 % lesbienne. Donc Mylène pas plus qu’une autre. La seule chose qu’on peut dire, c’est que très certainement un désir homosexuel – ou plutôt bisexuel – s’est exprimé à travers les œuvres et les actes scéniques farmériens.

La chanteuse n’hésite pas à cultiver un style « garçonne » ou androgyne, à « rouler des pelles » à ses choristes pendant ses concerts, à prendre son bain nue en compagnie de jeunes demoiselles (c. f. le vidéo-clip de « Libertine »), à simuler l’inceste avec la candide Alizée (c. f. les chansons « Gourmandises », « Veni, Vedi, Vici », « Cœur déjà pris »), à prendre des poses langoureuses avec des femmes pendant certaines séances photos, à camoufler un probable lesbianisme par le traitement de thématiques proches de l’homosexualité telles que la gémellité ou le double spéculaire du miroir narcissique. Par ailleurs, ses chansons sont truffées de clins d’œil explicitement homosexuels (c. f. la chanson « Maman a tort ») ou bien dirigées à un public libertaire censé comprendre des sous-entendus homo-érotiques subtilement cachés dans le texte (la sodomie dans « Q. I. », « Pourvu qu’elles soient douces », « L’Âme-stram-gram », « Porno-graphique » ; le travestissement dans « Libertine », « Sans contrefaçon », « Tristana » ; le Sida dans « Je te rends ton amour », « Que mon cœur lâche » ; etc.). Peu à peu, les paroles musicales de Mylène Farmer se politisent gentiment pour la cause gay : on reconnaît au fil de ses chansons un discours politiquement correct qui reprend à son compte le jargon du militantisme gay friendly classique (c. f. l’emploi d’expressions comme « la tolérance », « le droit d’aimer », ainsi que les références au coming out, dans les chansons « Rêver », « J’attends », « Réveiller le monde », « L’Innamoramento », entre autres).

ce qui explique le plus en profondeur l’attirance des personnes homosexuelles pour Mylène Farmer, c’est que la chanteuse touche du doigt un secret bien gardé de la communauté homosexuelle et qui a à voir avec le viol. L’univers farmérien fait parfaitement écho à la quête esthético-existentielle des personnes homosexuelles : la souffrance du viol (réel et surtout fantasmé) chorégraphiée et esthétisée à l’extrême. Pensons par exemple aux chansons « Je t’aime mélancolie », « Et si vieillir m’était conté », « Comme j’ai mal », « Point de suture », « Les Mots », « Nous souviendrons-nous », etc.. Mylène Farmer est, à mon avis, la chanteuse française qui a poussé le plus loin la représentation du « vouloir être objet »/« vouloir être violé », qui a décidé d’incarner le plus entièrement la femme violée (Jeanne Mas, Barbara, ou Dalida, avaient déjà ouvert la voie, mais avec moins de ténacité) et la femme-objet. Tout dans sa fantasmagorie renvoie aux poupées désarticulées, aux vierges violées, à la femme-enfant perdue ou folle, qui se cache et se venge d’avoir subi la perte de son innocence (c. f. « Allan », « Plus grandir », « C’est une belle Journée », « L’Âme-stram-gram », « Sans Contrefaçon », « La Poupée qui fait non », « Optimistique-moi », « Comme j’ai mal », « Dans les rues de Londres », etc.).

extrait des propos de Philippe Ariño

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« C’est un ami, c’est lui » : Décision de MylèneF.

Posté par francesca7 le 27 septembre 2015

 

 

   mylene-farmer   Elle est seule dans sa loge. Enfoncée dans un canapé, le dos légèrement voûté, elle se concentre. Deux heures plus tôt, Pierre Vinuesa est venu la coiffer. C’est lui qui a conçu l’architecture complexe lui donnant l’air d’être couronnée de rouge. Une reine. Les minutes passent, elle ne bouge pas. Elle se recueille. Une épaisse bougie couleur ivoire se consume lentement près d’elle. Plusieurs peluches, cadeaux des fans, sont posées sur une étagère, improbable ménagerie. À quoi pense-t-elle ? Sans doute à rien du tout. Elle fait le vide. Certains artistes ont besoin d’être entourés dans ces moments-là. Pas elle. Ce silence contraste avec l’effervescence qui monte dans la salle. Un technicien frappe doucement à sa porte. Il vient installer le micro et appareiller sa robe de dentelle immaculée. Un peu plus tard, c’est au tour de son habilleuse d’entrer dans la loge. Mylène se lève et cette femme blonde lui enfile des manches de dentelle qui ressemblent à des ailes.

 

      Pour ne pas avoir froid, elle remet son peignoir. Un rapide coup d’œil dans le miroir, histoire de vérifier que tout est parfait. Les cils sont immenses, les lèvres pulpeuses et pâles. Elle ajuste une mèche de cheveux, la plaque sur son oreille. Elle se lève. Sans un mot, elle sort de sa loge, arpente les couloirs de Bercy, suivie de près par son habilleuse. Elle entend la clameur qui monte. Dans deux minutes, ce sera à elle. Son moment à elle. Face à ces dizaines de milliers d’anonymes venus la voir et l’écouter, entourée de leur affection, elle n’aura paradoxalement jamais été aussi seule. 

     « J’aime la solitude, dit-elle. Plus on devient un personnage public et plus on y plonge. Il faut s’y faire et l’apprivoiser. » Posséder un tempérament d’ermite n’empêche pas de cultiver l’amitié. Au contraire, c’est une force qui permet de placer la barre encore plus haut. Quand vous n’avez pas viscéralement besoin d’être entourée, vous pouvez choisir avec davantage de discernement ceux qui pourront partager certaines de vos pensées intimes. Dans les années 1980, Mylène avoue n’avoir que peu d’amis. Et lorsqu’on lui demande si ça la dérange, elle répond : « Non, pas du tout. » Pour elle, pas question de galvauder ce don de soi. Offrir son amitié ne peut avoir qu’une signification forte.

Aujourd’hui encore, son cercle d’intimes demeure restreint. 

      Qui sont-ils, ceux qui peuvent l’approcher et recueillir ses confidences ? Des prénoms remerciés dans le livret d’un album : Anthony, Nathalie, Paul, Corinne, Émeline, Olivier et Jérôme. Comment ont-ils réussi à gagner sa confiance ? Leurs qualités premières : la discrétion et la loyauté. Ils ont passé un pacte avec elle : jamais ils ne doivent évoquer ce lien si précieux qui les unit.   L’une de ses meilleures amies, la romancière Nathalie Rheims, respecte à la lettre cette consigne. « Mylène ne souhaite pas que je parle d’elle, m’a-t-elle expliqué au téléphone, et notre relation est tellement rare que je n’ai aucune intention de rompre le pacte. » De leurs déjeuners en tête à tête, notamment au Thiou, le restaurant branché du quai d’Orsay, elle ne dira rien. De leurs jeux, de leurs fous rires entre femmes, non plus. On murmure que Nathalie aurait été envoyée par Mylène au VirginMegastore, aux alentours de minuit, le soir où le DVD des concerts de Bercy 2006 a été mis en vente.

 

Certains témoins l’auraient entendue converser au téléphone, au premier étage du magasin des Champs-Élysées, avec une mystérieuse interlocutrice qui ne pouvait qu’être l’icône rousse.   Même réserve de la part de certains journalistes amis, comme Jérôme Béglé, de Paris Match, qui connaît la chanteuse depuis longtemps, mais a toujours refusé d’évoquer ses conversations avec elle. Une loyauté récompensée : c’est lui qui a recueilli, en mars 2008, la parole de la star annonçant son retour sur scène dans les colonnes de son magazine, avant de se fendre d’un article élogieux sur le clip de Dégénération, quelques jours avant sa diffusion dans les médias.

     Et puis, il y a les autres, ceux qui composent un cercle plus large. Ils ont eu le sentiment d’une amitié partagée, d’une relation privilégiée et intense, même si, par la suite, les contacts se sont espacés.

 

     Jean-Louis Murat est de ceux-là. C’est elle qui a amorcé le premier pas vers lui. « Un beau jour, au courrier, j’ai une lettre de Mylène. Une lettre comme elle sait faire, très gentille, avec sa magnifique écriture, pas de faute d’orthographe – enfin des choses que j’aime. Elle me demande si je veux bien chanter avec elle. Cette lettre n’est pas une légende, je l’ai reçue au courrier, tout simplement. Je n’en crois pas mes yeux, elle me donne son numéro de téléphone. » Murat la rappelle, tous deux se voient à Paris. Le temps de sympathiser, ils enregistrent Regrets, le premier duo de la carrière de Mylène. 

     À la même époque, la scénariste et réalisatrice Danielle Thompson fréquente aussi la chanteuse. Une fois n’est pas coutume, les deux femmes acceptent de poser le temps d’une séance photos pour Madame Figaro. L’occasion pour la scénariste de dresser un portrait de son amie en termes forcément flatteurs.

« Sa pâleur est indéfinissable, sa légèreté ne semble pas obéir aux lois de la pesanteur, sa présence semble toujours furtive, telle celle d’un oiseau prêt à s’envoler au moindre bruissement. Pourtant, l’ange roux remplit l’espace d’une force impalpable, une force qui rassemble à travers sa voix innocente des milliers, des millions de garçons et de filles qui reconnaissent dans ses mots leurs mots, dans ses peurs leurs peurs, dans ses émois leurs amours. » Les deux femmes se voient-elles toujours ? Pas sûr. Certaines amitiés, pour être fortes à un instant donné, n’en sont pas moins contingentes. 

   MIMI   Dans le cercle des amis de la star, l’écrivain Salman Rushdie occupe indéniablement une place à part. La première rencontre a lieu à la fin des années 1990, lors d’une exposition à Londres. « Nousétions l’un et l’autre conviés au vernissage de mon copain Francesco Clemente, raconte l’auteur des Versets sataniques . On s’est retrouvés au dîner qui a suivi chez le marchand. On a sympathisé. J’étais plutôt embarrassé, venant d’une tradition musicale anglo-saxonne, de tout ignorer de la variété française ! Elle est une grande star en France et je ne le savais pas. Depuis, elle m’a initié en m’envoyant son CD.

J’aime beaucoup son style. Ensuite, on s’est revus plusieurs fois. Je me sens proche d’elle. J’aime beaucoup Mylène Farmer. Une chanson peut être une libération. La musique ouvre les portes du cœur. » 

      Lorsqu’elle évoque son ami Rushdie, Mylène livre une clé qui permet de mieux la comprendre : « Je suis allée spontanément vers lui, dit-elle, j’avais envie de le connaître. » Curieuse de rencontrer un être dont la personnalité l’intrigue, elle n’hésite pas à vaincre sa timidité maladive pour aller vers l’autre, fût- il un écrivain mondialement reconnu. « C’est quelqu’un de très gai dans la vie, qui a beaucoup d’humour. Nous avons de grands éclats de rire ensemble. » Après leur rencontre londonienne, la chanteuse revoit le romancier britannique à Paris, lors de l’exposition parisienne des œuvres du père de Robert De Niro, intime de Rushdie. Il sera également invité à l’un de ses concerts à Bercy.

 

     Mylène n’aime que l’excellence. C’est pourquoi elle n’hésite pas à solliciter des rencontres avec ceux qu’elle admire. Sa notoriété lui ouvre bien des portes qui seraient infranchissables pour un quidam. Bien entendu, qu’ils deviennent des amis d’un jour ou davantage ne dépend pas de son seul bon vouloir.

     C’est Marcus Nispel, réalisateur de plusieurs de ses clips, qui l’affirme : « Les meilleurs se retrouvent toujours au sommet pour se serrer la main, et Mylène est vraiment de ce niveau-là. »

     Une vision élitiste qui rejoint une certaine réalité lorsqu’on regarde le parcours de la chanteuse. Familière de New York et Los Angeles, de surcroît parfaitement bilingue, elle s’octroie le privilège, rare pour une Française, d’approcher des stars de Hollywood comme George Clooney ou Robert De Niro.

 

     Sa collaboration avec Moby va naître de cette facilité à nouer des contacts avec des stars internationales. C’est à New York que la première entrevue a lieu. Le 9 septembre 2006, le chanteur le révèle sur son blog : « J’ai rencontré Mylène pour la première fois chez Teany et nous sommes devenus amis. Nous avons simplement pensé que Slipping Away serait une jolie chanson à faire ensemble. C’est ma chanson favorite de l’album Hotel et je suis ravi qu’elle entame une nouvelle vie grâce à la belle voix de Mylène. » Gravée sur la compilation de Moby, la chanson va rencontrer un joli succès. « Slipping Away avec Mylène Farmer vient d’être classé numéro un en France et en Suisse. Mylène est plus mignonne que moi, et elle chante mieux aussi », écrit Moby avec humour sur son blog, le 14 octobre 2006.

 

     Dans la foulée de l’enregistrement de Slipping Away, Mylène propose au chanteur britannique d’enregistrer Looking For My Name, qui figure sur Point de suture. Un duo d’inspiration romantique, hymne aux amours éternelles, qui rappelle les Regrets murmurés avec Jean-Louis Murat. La plus belle preuve d’amitié, n’est-ce pas de parvenir à une forme de collaboration qui ressemble à un partage ?

 

      Si la chanteuse éprouve une telle attirance pour les artistes, c’est qu’elle ressent leur présence comme un réconfort. Ce sentiment d’être différent, incompris, tous les artistes l’éprouvent. Tous portent en eux « un monde fou qui veut naître », comme le fredonne la star à propos de Virginia Woolf. Au milieu des œuvres d’art, dans un atelier ou une galerie, Mylène se sent chez elle. Une toile, une sculpture peuvent l’aider à vivre plus sûrement que tous les gadgets qu’offre la technologie moderne. « J’ai une fascination pour les abstractions de Michaux et les toiles surréalistes de Max Ernst, avoue-t-elle. Je retrouve l’enfance, la magie du secret et de l’indéfini à travers leurs œuvres. J’aime aussi passionnément la peinture d’Egon Schiele. J’aurais pu être son modèle. Lorsque je me regarde dans un miroir, j’ai l’impression d’être une de ses rousses écorchées. »

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      De la peinture à la chanson, il n’y a parfois qu’un pas : Je te rends ton amour est un hommage appuyé au peintre préféré de Mylène, et particulièrement au tableau Femme nue debout. Cet artiste autrichien, dont le trait est fragile et violent à la fois, aime en effet représenter des rousses à la peau laiteuse et à la maigreur inquiétante, dont il a saisi certaines attitudes en visitant un asile psychiatrique.

 De surcroît, ses dessins érotiques lui ont valu un bref séjour en prison. Fasciné par les rouquines, intrigué par la folie, scandaleux… On comprend que Mylène ait choisi Egon Schiele pour « seul maître ». Même sa mort tragique, à seulement vingt-huit ans, des suites de la grippe espagnole, a de quoi interpeller la chanteuse.

 Bien que la peinture attire Mylène, l’exercice lui semble périlleux. « Je ne maîtrise pas du tout ni l’aquarelle, ni l’huile », confie-t-elle, modeste. Pourtant, lorsque Philippe Séguy écrit Ainsi soit-elle, elle lui confie plusieurs œuvres, qui seront reproduites dans le livre. « Un monde de ténèbres glissant sur la nuit » montre un personnage squelettique sur un fond strié de rouge guetté par deux rapaces, image de la mort qui rôde. « Une femme qui se fond dans l’infini », dessin réalisé au fusain, prouve la constance de la chanteuse, puisque ce personnage qui s’efface trouvera un prolongement parfait dans l’émouvant final du clip Fuck Them All. Si la peinture, parce qu’elle exige une initiation technique qu’elle n’a pas reçue, lui donne quelques complexes, le dessin, en revanche, constitue pour elle un geste familier, quasi naturel. Où qu’elle soit, Mylène éprouve le besoin de griffonner, de croquer des visages, de faire vivre de petits êtres qui naissent en quelques minutes sous ses doigts. 

      En 1985, lorsqu’elle dessine le story-board du clip de Plus grandir, le trait est déjà très sûr, et l’on reconnaît les prémices du style épuré des personnages qui figureront, plus tard, dans le clip de C’est une belle journée, l’ouvrage Lisa-Loup et le conteur et même sur la couverture d’un roman de Marc Lévy, Où es-tu ? Une passion qui se révèle utile pour sa carrière, lorsqu’il faut concevoir le décor d’un spectacle, par exemple, ou esquisser un élément de la scénographie, comme le sarcophage de verre dans lequel elle fait son entrée sur scène à Bercy, en 2006. Ce talent pour les arts graphiques, une partie de son public le lui reconnaît déjà. Il l’a prouvé en 2003, lors d’une exposition à l’espace Artcurial au profit de l’institut Gustave-Roussy, qui lutte contre le cancer du sein. Parmi les cent femmes célèbres ayant réalisé un tableau pour l’occasion, c’est la Toile de Mylène, composée d’un collage de deux reproductions d’œuvres de Théodore Chassériau, qui, le 29 octobre, a obtenu la meilleure enchère, six mille cinq cents euros.

  

      En cela aussi, Mylène se révèle une chanteuse à part : elle est une artiste aux dons multiples, tout comme son coéquipier, Laurent Boutonnat. Être un artiste, c’est un sacerdoce, un engagement total, une impossibilité de renoncer à l’expression de soi. Les autres domaines de la vie deviennent secondaires par rapport à ce choix premier. Marcus Niespel le dit à sa façon : « Tous les grands artistes sont différents, ils ont chacun leur genre, mais ils ont tous un point commun, ils s’engagent à fond à 100 % avec le cœur. » Mylène est de cette étoffe-là. Ceux qui prétendent qu’elle serait une truqueuse jouant avec d’autres émotions que les siennes se fourvoient : « Quand j’écris mes textes, je livre beaucoup plus de moi que vous croyez. Il suffit de savoir écouter », dit-elle. En même temps, elle partage avec les artistes dits contemporains le contrôle absolu de tout ce qui engage son nom. « Mon implication morale, intellectuelle et sentimentale est la même, de l’écriture d’une chanson à la fabrication d’un clip, d’un tee- shirt ou d’un spectacle. »

1988-06-b      Ce qui situe encore Mylène dans une communauté que partagent tous les artistes dignes de ce nom, c’est le contact privilégié qu’elle a gardé avec l’enfance. Ce refus de grandir, revendiqué dès ses débuts, est la condition qui permet aux créateurs de perpétuer dans la discipline qu’ils ont choisie les scénarios ludiques de leurs jeunes années. « L’enfance, je crois que je ne voudrai jamais la quitter. Et je crois qu’elle ne me quittera jamais non plus. 

Voilà pourquoi, même si tout me semble sans espoir, je continuerai d’être en quête de quelque chose. De l’innocence retrouvée, peut-être? »       Mylène le sait : ce n’est pas parmi les adultes qu’elle trouvera des partenaires de jeu, mais parmi ceux qui se sont donné les moyens de faire vivre l’enfance en eux en devenant artistes. Voilà pourquoi leur amitié lui est si précieuse. Même si elle est rare. 

 

Extrait du livre : MYLÈNE par Hugues ROYER aux Editions Flammarion 2008

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Dieu ou l’angoisse du vide pour Mylène Farmer

Posté par francesca7 le 25 septembre 2015

 

 

mylene-farmer_clipUne croix chrétienne composée de deux allumettes entrecroisées. Mylène la porte autour du cou sur la pochette de l’album Avant que l’ombre… Elle semble protéger son sommeil, à moins qu’elle ne veille une morte. C’est toute l’ambiguïté de cette image : le velours capitonné fait songer à l’intérieur d’un cercueil. Le symbole est fort. Il marque en même temps la puissance et la fragilité de l’empreinte religieuse. Élevée chez les sœurs au collège Sainte-Marcelline de Pierrefonds, Mylène a reçu une éducation catholique. Elle a suivi avec assiduité les cours de catéchisme. Pour autant, si Dieu est une référence dans son imaginaire, elle ne lui voue aucune révérence. « Je ne crois pas en Dieu, mais j’aime ce mot », confesse-t-elle, citant aussitôt un mot de Cioran : « Le vide s’appelle Dieu. » 

Tout juste consent-elle à jeter un de ces pavés qui frôlent le blasphème. « Mon fantasme, c’est le prêtre. Je n’avais de cesse de séduire le prêtre qui enseignait le catéchisme. Ça n’est jamais arrivé. Mais avec lui, ça pouvait aller jusqu’au fantasme sexuel. » De ce souvenir pour le moins subversif, elle fera une chanson, Agnus Dei, qui inaugure superbement l’album L’Autre. « Te voir en chair / J’en perds la tête », lance-t-elle au prêtre, dont la voix grave récite la prière rituelle de l’Agnus Dei destinée à laver les fautes des hommes. Peine perdue ! Ce fantasme lui vaudra d’être excommuniée… 

En réponse à un journaliste, qui se montre intrigué par le sens des paroles, où il est question de « génuflexion » et d’« extrême-onction », autant de termes qui dénotent les traces indélébiles d’une éducation religieuse, la chanteuse lâche cette formule lapidaire : « Dieu, je ne connais pas. Peut-être que c’est ça ma mutilation. » Mylène « l’impie » a pris ses distances avec le Grand Ordonnateur : « Je suis loin de vous… », murmure-t-elle à la toute fin de la chanson. 

Comme si la cassure n’avait pas été assez franche, la chanteuse tord le cou à la religion de son enfance dans Je te rends ton amour. Filant la métaphore picturale, le titre ressemble fort à une rupture définitive et sans appel de son interprète avec Dieu. Les images du clip de François Hanss, devenues mythiques grâce à l’extraordinaire foisonnement de symboles qu’elles charrient, confirment ce scénario d’un divorce en règle. Une aveugle entre dans une église, trouvant refuge dans un confessionnal. Après avoir lu en braille un extrait de la Bible, elle retire l’alliance qui scellait son union avec Dieu. Sans doute parce qu’elle n’y voit pas, elle ne se rend pas compte que l’être qui s’installe de l’autre côté de la paroi de bois n’est pas un prêtre bienveillant, mais le Malin lui-même, reconnaissable à ses yeux rouges et aux griffes qui prolongent ses doigts. 

L’attirant à elle, il l’hypnotise et finit par briser toute résistance. Ensuite, c’est le chaos. Tandis qu’un ange de pierre tombe et se fracasse sur le sol, l’innocente jeune femme va subir les derniers outrages : violée et crucifiée par le Malin, elle s’offre à lui lors de noces barbares. Avant de se relever, nue comme au premier jour, dans une marre de sang qui symbolise la perte de sa virginité. S’agit-il d’un rituel satanique ?

 

Certains n’ont pas hésité à l’affirmer en découvrant ce clip très dérangeant, qui n’est pas sans rappeler le climat de Rosemary’s baby , de Roman Polanski. En piétinant ainsi les fondements mêmes de notre culture judéo-chrétienne, Mylène s’est d’ailleurs attiré les foudres de la censure. Toutefois, il serait absurde de voir dans cette petite bombe de subversion le signe de quelque pacte diabolique contracté. Non, la star n’est pas tombée, comme son héroïne, entre les mains des forces du mal. En réalité, le clip de Je te rends ton amour doit beaucoup à la thèse de Georges Bataille, l’un des auteurs favoris de Mylène, qui décrit paradoxalement le sentiment religieux comme la racine même du Mal. En voulant nous baigner de pureté, le dogme catholique nous fait entrevoir l’attrait des ténèbres : car la lumière ne va pas sans l’ombre. Ériger le Bien en valeur absolue, quand l’homme est incapable d’atteindre un tel horizon, n’est-ce pas dans le même temps engendrer le Mal ?

 

Ce partage de l’être en deux faces opposées, la chanteuse l’avait déjà abordé avec force dans le titre Sans logique, dès 1988. « Si Dieu nous fait à son image / Si c’était sa volonté / Il aurait dû prendre ombrage / Du malin mal habité », lance-t-elle comme pour se dédouaner d’être une simple pécheresse. 

Pourtant, si Dieu est banni de l’univers farmerien, comme Adam et Ève du paradis terrestre, cela ne signifie pas pour autant que toute spiritualité se soit évaporée. Ainsi, la figure de l’ange conserve-t-elle une place de choix dans le répertoire de la star. « Quand je suis seule au plus profond d’un spleen, je sais qu’il est là. C’est peut-être mon double, meilleur. En tout cas, c’est une présence amie. » 

De fait, le mot est un de ceux qui reviennent le plus souvent dans ses chansons. « Les anges sont las de nous veiller », fredonne-t-elle dans Rêver. Sur l’album Avant que l’ombre…, Mylène consacre un titre, Ange, parle-moi, à cet autre auquel elle lance un appel au secours. Car cette voix qui la guide, cette présence qui l’aide à affronter la solitude existentielle, il lui arrive aussi parfois de se taire. « Parle-moi, parle-moi / Dis-moi si tu es là ? », clame alors la chanteuse pour briser un silence soudain angoissant. 

Tout le malheur de l’humanité, écrit en substance Pascal, provient de ce que l’homme serait incapable de rester seul avec lui-même dans une chambre. Mylène a beau s’isoler, elle se sent mieux lorsqu’elle peut entendre cette voix amicale. Elle abordait déjà cette question dans la chanson L’Autre : « C’est la solitude de l’espace / Qui résonne en nous / On est si seul, parfois / Je veux croire alors qu’un ange passe / Qu’il nous dit tout bas / Je suis ici pour toi / Et toi c’est moi. » On le voit, il s’agit d’une forme de dédoublement de la personne : l’ange, c’est l’écho de la conscience, un guide qui encourage, alerte ou dissuade. Tant qu’il entretient ce dialogue avec l’être, la solitude demeure supportable. 

tv-01-aLorsqu’elle chante Il n’y a pas d’ailleurs, un cri déchirant qui semble nier toute perspective d’un au-delà, Mylène ne sait pas encore que la lecture du Livre tibétain de la vie et de la mort, dans les années 1990, va modifier la donne. « Je crois avoir découvert l’idée d’une vie après la mort, dit-elle alors. Et cette acceptation est un changement assez bouleversant dans ma vie. » À cet instant-là, la sincérité du propos est indiscutable. Pourtant, sans doute en raison de l’« impermanence » dont parle Sogyal Rinpoché, cette consolation ne sera que provisoire. En 1999, Mylène n’hésite pas à faire machine arrière. « Au jour d’aujourd’hui, je ne suis plus habitée par cette philosophie. Les pansements se sont envolés »

 

Malgré tout, et même si, en raison de ce revirement, la chanteuse reprend Il n’y a pas d’ailleurs sur scène, son imaginaire continue d’être traversé par les questions spirituelles. De ce point de vue, la chanson Méfie-toi constitue à elle seule une véritable déclaration de foi dans la puissance de la pensée. « L’esprit fort est le roi / Il règne ainsi sur la matière. », chante Mylène, qui  l’autoproclame « vierge iconoclaste ». Au fond, les pensées sont comme les rayons d’un soleil intérieur qui est notre esprit. Une fois émises, elles ont une réalité, un pouvoir, une efficacité, exactement comme les choses matérielles. 

Pour s’être intéressée de près à l’astrologie, notamment au contact de Bertrand Le Page, Mylène n’ignore rien non plus de la révolution que constitue l’entrée imminente de notre planète dans l’ère du Verseau. Durant l’Ère des Poissons, les hommes ont beaucoup exploré le domaine de la navigation, qui témoigne de l’influence de l’Eau. Désormais, c’est l’Air qui va être à l’honneur. Certes, l’homme d’aujourd’hui vit déjà par l’Air : l’avion, les fusées et les télécommunications en témoignent. Mais Internet n’est qu’un brouillon de ce que seront demain les grands réseaux d’informations internationaux. En fait, ce que l’ère du Verseau nous réserve, c’est une communication puissance dix. 

Mylène l’a parfaitement compris : c’est l’artiste française dont les supports sont le plus téléchargés. En outre, plus de soixante-dix sites non officiels lui sont consacrés sur la Toile. Après avoir brûlé Dieu de façon spectaculaire, tout comme l’avait fait Frances Farmer dans sa dissertation, Mylène s’est donc inventé une nouvelle religion toute personnelle. L’ange gardien y occupe une place de choix, mais cette croyance singulière intègre également des puissances invisibles. « Quelle solitude / D’ignorer / Ce que les yeux ne peuvent pas voir » chante-t-elle dans Dessine-moi un mouton. 

Avec son regard d’enfant qui dissèque le monde, Mylène sait combien les mots ont de poids. Elle sait aussi combien une chanson peut s’avérer la plus efficace des prières. La vie lui a montré que, pour qu’un vœu se réalise, il fallait demander beaucoup, quitte à supplier parfois. Le ciel l’a exaucée en lui offrant un destin XXL. 

Extrait du livre : MYLÈNE par Hugues ROYER aux Editions Flammarion 2008


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Mylène Farmer, La lectrice cannibale

Posté par francesca7 le 14 septembre 2015

 

 

Moscou, mars 2000. Cheveux hérissés, jupe en soie brodée de motifs indiens et blouson en jeans, Mylène répond aux questions d’un journaliste russe. « Comment avez-vous fêté la venue du nouveau millénaire ? » La belle hésite : « Je ne me rappelle pas. » Puis se lance : « Probablement avec un livre dans les mains. Le soir du 31 décembre n’est pas spécialement une fête pour moi… Oui, c’est ça, je lisais. Je ne me souviens plus quel livre, mais ce devait probablement être une œuvre de Henry James ou Edgar Poe, mes écrivains préférés. »

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Une réponse qui détonne. Dans le paysage de la variété française, peu d’artistes évoquent leurs lectures avec autant d’enthousiasme. Au début de sa carrière, c’est d’ailleurs du bout des lèvres que Mylène révèle son goût pour les livres, de peur de passer pour « une intellectuelle pimbêche ». Par la suite, elle n’hésitera pas à évoquer ses coups de cœur en interview. Une jolie parade pour éviter de trop parler d’elle-même ? Pas seulement. D’abord parce que citer les ouvrages qu’on aime est sans doute la façon la plus intime qui soit de se dévoiler. Ensuite, parce que Mylène n’a jamais caché que c’est dans les livres qu’elle puise son inspiration. 

Comme une étudiante, elle lit avec un crayon à portée de main. Comme une étudiante, elle note les mots, les phrases qui l’interpellent. Elle n’est pas de ces lectrices passives qui se laissent entraîner sans réagir. Elle veut extraire une nourriture de ses lectures. Sinon, à quoi bon ? Le crayon lui garantit qu’elle gardera le contrôle, qu’elle ne se laissera pas submerger par le discours d’un autre, fût-il séduisant. 

Lorsqu’elle se trouve en période de promotion, elle sait qu’elle n’aura pas l’énergie d’écrire, alors la lecture lui semble une solution de repli salutaire. « Tout ce que je peux faire, c’est extraire des phrases de mes lectures ou des pensées », dit-elle. Ainsi elle collecte des bouts de phrases, comme des feuilles qu’elle glisserait dans un herbier, et qui, un jour peut-être, au contact de son imaginaire, formeront des chansons.

 Il serait fastidieux de recenser toutes les citations d’auteurs présentes dans le répertoire de Mylène, même si le sujet mériterait à coup sûr de faire l’objet d’un mémoire universitaire. Mots empruntés en forme d’hommage ou reformulés, fondus dans la chanson qui les accueille, ils sont souvent parfaitement identifiables. Parmi les exemples les plus connus, un vers d’Allan, qui figure sur l’album Ainsi soit je, reprend in extenso une phrase d’Edgar Poe extraite de Ligeia : « Pauvres poupées qui vont et viennent. » Mais quoi de plus naturel, puisque la chanson est un hommage à l’auteur des Histoires extraordinaires , un des livres de chevet de la chanteuse ? « Elle m’en lisait des passages tous les soirs avant d’aller se coucher», me raconte Elsa Trillat, qui a partagé des vacances avec la chanteuse durant l’été 1987. 

Autre référence explicite, Baudelaire, qui fut aussi, on le sait moins, le traducteur d’Edgar Poe. Comment Mylène la sulfureuse pourrait-elle ne pas vouer une adoration sans borne à l’auteur des Fleurs du Mal, recueil condamné en 1857 « pour outrage à la morale publique et aux bonnes mœurs » ? Très en verve, Laurent Boutonnat mettra en musique L’Horloge, le dernier poème de la section « Spleen et idéal », qui introduit brillamment l’album Ainsi soit je. Hommage appuyé, encore, mais cette fois à Virginia Woolf, grâce au titre Dans les rues de Londres, sur l’album Avant que l’ombre … Une évocation subtile des pérégrinations de Mrs Dalloway, l’une des héroïnes les plus emblématiques de la romancière anglaise, dans la capitale de l’Angleterre. Le destin de cette écrivain proche de la folie, qui se suicidera par noyade, ne pouvait pas laisser Mylène indifférente. 

Rendre à César ce qui est à César, c’est la moindre des choses. Et la chanteuse se plie à cette exigence de bonne grâce. Ainsi, Sogyal Rinpoché, dont la sagesse bouddhiste plane sur l’album Anamorphosée, est-il remercié dans le livret. De même, Mylène ne cache pas que la thématique de Innamoramento est fortement inspirée d’un essai de Francesco Alberoni, Le Choc amoureux 196, publié en 1979. Une citation de l’auteur ouvre d’ailleurs le livret de l’album : « L’amour naissant, l’innamoramento italien. L’étincelle dans la grisaille quotidienne. Le bonheur mêlé d’inquiétude parce qu’on ignore si ce sentiment est partagé. Un état transitoire qui débouche parfois sur l’Amour. Un phénomène comparable aux mouvements collectifs révolutionnaires. »

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D’une manière générale, d’ailleurs, ce cinquième opus est une véritable mine d’or pour tous ceux qui traquent les références littéraires dans le répertoire farmerien. Ainsi le titre Souviens-toi du jour est- il une allusion directe à Si c’est un homme, le témoignage bouleversant de Primo Levi sur l’Holocauste. Le clip, qui montre la chanteuse sexy en diable au milieu d’un incendie, semble lui-même avoir été inspiré d’un poème d’Apollinaire, Le brasier. « Et pour toujours je suis assis dans un fauteuil [...] / Les flammes ont poussé sur moi comme des feuilles », écrit le poète. Quant à Dessine-moi un mouton, tout le monde aura reconnu l’hommage au Petit Prince de Saint-Exupéry, que Mylène apprécie tellement qu’elle aurait envisagé de lui consacrer un spectacle musical. Si l’on ajoute les références cinématographiques (L’Amour naissant renvoie à La Fille de Ryan de David Lean) et picturales (Je te rends ton amour au peintre Egon Schiele), on voit combien l’album  Innamoramento constitue une foisonnante aventure pour l’esprit. 

Mais ce que certains reprochent à Mylène, ce ne sont pas tant ces hommages explicites que l’inspiration non avouée qui peut laisser penser qu’elle serait l’auteur de mots qui, en réalité, lui ont été suggérés par d’autres. Ainsi, l’écrivain Luc Dietrich, que la chanteuse a dévoré sur la recommandation de Bertrand Le Page, va lui offrir sur un plateau l’expression « poussière vivante », qui ouvre si joliment À quoi je sers. Le thème de la chanson semble lui-même inspiré de deux vers de L’Apprentissage de la ville : « Si je ne sers à rien, ce n’était pas / La peine de m’empêcher de mourir. » Fascinée par cet auteur, sans doute parce qu’il n’a « jamais perdu ses yeux d’enfant », comme l’écrira son ami Lanza del Vasto, Mylène a puisé chez lui d’autres pépites. « Et même si je parvenais à me redresser, pour quoi, pour qui ? », trouve-t-on chez Dietrich. Des mots que la chanteuse reprend à sa façon, toujours dans À quoi je sers : « Chaque heure demande / Pour qui, pour quoi se redresser. » 

Dans son tube Rêver, la star s’inspire du poète Pierre Reverdy. « Nous ne marcherons plus ensemble » correspond au dernier vers d’un poème intitulé Dans le monde étranger. « Dansent les flammes, les bras se lèvent » rappelle le poème Esprit pesant, où l’on trouve ces mots : « À droite dansent quelques flammes qui n’iront pas plus haut, et si les bras se lèvent ils touchent le plafond. » Quant aux paroles « Le monde comme une pendule / Qui s’est arrêtée », elles font écho au poème Toujours là ,extrait du recueil La Lucarne ovale. « Le monde comme une pendule s’est arrêté / Les gens sont suspendus pour l’éternité », y écrit Reverdy. Encore une fois, la belle image chantonnée par Mylène est le fruit de ses lectures. 

L’œuvre d’Emily Dickinson constitue également une source d’inspiration. Ainsi, dans Les Mots, plusieurs vers en anglais traduisent cette filiation. Lorsque Seal, qui partage le duo avec la chanteuse, fredonne « I will tell you how the sun rose », sait-il qu’il s’agit du titre du poème de Dickinson ? Certes, on peut y voir un hommage appuyé à la poétesse américaine. Mais alors, pourquoi avoir omis de citer ne serait-ce que son nom ? 

Mylène s’amuserait-elle à semer derrière elle des mots dont seuls quelques fins limiers sauront reconnaître l’origine ? Cette hypothèse n’est pas exclue, surtout lorsqu’on sait combien elle invite ceux qui veulent savoir qui elle est vraiment à écouter avec attention les paroles de ses chansons. 

Reste qu’il faut poser sans détour la question de ces emprunts nombreux et tacites. Si les auteurs cités appartiennent tous au domaine public, peut-on pour autant s’en abreuver sans prêter le flanc à la critique ?

 

Les détracteurs de la star n’hésitent pas à répondre par l’affirmative. Pour eux, un artiste doit puiser son inspiration en lui-même, et non dans les mots des autres. Une position de principe qui ne résiste pas, toutefois, à un fait incontestable : l’histoire de la littérature consiste en une relecture permanente par les jeunes générations des œuvres de leurs aînés. Comme tous ceux qui ont quitté l’école un peu tôt, Mylène éprouve un appétit féroce face à tout ce qu’elle n’a pas pu apprendre à cause du besoin urgent qu’elle ressentait de faire ses preuves. Sans diagnostiquer de complexe à proprement parler, il est évident qu’elle a tenu à cultiver ce goût des livres auquel son tempérament réservé la prédisposait. Ce qu’elle cherche dans la lecture, ce sont des mots qui répondent à ses états d’âme, les reformulent mieux qu’elle ne l’aurait fait elle-même. 

Où est le crime ? Où sont les victimes ? Au pire, la chanteuse invite son public à la suivre dans ses pérégrinations livresques. Combien de ses fans ont lu La Mort intime de Marie de Hennezel ou Le Choc amoureux de Francesco Alberoni, simplement parce qu’elle avait évoqué son plaisir de les découvrir ? 

Qui d’autre, dans le paysage de la variété, pourrait se targuer d’un tel exploit ? « Pour lire, j’ai besoin de temps, de repos, comme un recueillement », dit-elle. Par son attitude, qui sacralise la chose écrite, Mylène montre qu’on peut encore, à l’époque de l’Internet triomphant, être bouleversé par un livre. L’élitisme qui l’anime passe aussi par là, par cette volonté de tirer son public vers le haut. Ce qui lui vaut le statut inédit de chanteuse littéraire. Une singularité dont elle aurait tort de rougir. 

 

Extrait du livre : MYLÈNE par Hugues ROYER aux Editions Flammarion 2008


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Ce que Mylène veut…Elle l’aura

Posté par francesca7 le 14 septembre 2015

 

 

Août 1988. Dans la forêt de Rambouillet, une centaine de figurants attendent, silencieux et concentrés. Sur son cheval blanc, Mylène doit foncer au galop sur les troupes en armes qui vont s’ouvrir, au dernier moment, pour la laisser passer. C’est l’une des scènes les plus délicates à tourner du clip de Pourvu qu’elles soient douces. Pas facile, en effet, de lancer un cheval au galop sur des dizaines de baïonnettes dressées. Maintes fois, devant l’obstacle, l’animal se dérobe. Malgré les conseils d’expert de Mario Luraschi, Mylène échoue à plusieurs reprises. C’est là que, dans un sursaut de fierté, on la voit mobiliser toute son énergie. « Je vais y arriver », semble-t-elle marmonner, mâchoires serrées. Elle

s’élance une nouvelle fois et… passe l’obstacle ! Quand Laurent Boutonnat crie : « Coupez ! », affichant un sourire de soulagement, les soldats figurants se mettent à applaudir spontanément.

 mylène

Mylène se résume tout entière dans cette anecdote. Elle ne renonce jamais. Et elle montre encore plus d’entêtement lorsqu’on la juge incapable d’accomplir ce qu’elle a entrepris. N’oublions jamais cet aspect de son histoire personnelle : face à ses parents, qui sont sceptiques quant à son avenir, elle a tout à prouver. Armée d’un orgueil démesuré, elle est de celles qui luttent d’autant plus lorsqu’elles ressentent une hostilité. Ainsi, à l’époque où elle entame sa première tournée, en 1989, tout le métier ironise : elle a la réputation d’une chanteuse sans voix et sans charisme, incapable de résister à l’épreuve de vérité que constitue la scène. Sa réaction, alors ? « Je sais qu’on m’attend au virage et que des gens sont prêts à mettre ma tête sous la guillotine, mais je ne suis pas sûre qu’ils vont me la couper. Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour ne pas laisser tomber la lame. Mais, par provocation, je l’affûte. Rien n’est plus excitant. » 

Que certains pensent qu’elle ne pourra pas relever ce défi va décupler sa volonté. Pourtant, même dans le cercle premier de son entourage professionnel, l’heure n’est nullement à un optimisme béat. Si, à ce stade de sa carrière, la scène est une étape obligée, on ignore si la chanteuse tiendra le choc. Avant de faire ses preuves, Mylène a tout à apprendre. Elle va s’y atteler grâce à des professeurs de haut niveau. Bertrand Le Page contacte Annette Charlot, qui accepte de la faire travailler à raison d’une heure trente par jour. « Je prends des cours de chant pour donner de l’assurance à ma voix. Je ne m’étais jamais rendu compte à quel point la respiration est importante. » 

Autre défi difficile, la danse. « Au départ, Mylène ne danse pas du tout, mais très rapidement elle se montre passionnée et devient de plus en plus créatrice de chorégraphies, explique Sophie Tellier. Au début, pour moi, ce sont des figures imposées, il faut trouver les mouvements qu’elle aime. Puis elle progresse vite – Mylène est une battante et une travailleuse. » Bien sûr, elle ne va pas devenir une danseuse étoile en quelques mois : les pas qui sont retenus pour le show sont adaptés à son niveau. Mais elle bouge de mieux en mieux, s’approprie des gestes qui ne ressemblent à ceux de personne d’autre, ce qui fait naître de jolis tableaux, comme le ballet de Tristana. 

« C’est vrai, poursuit Sophie Tellier, pour un danseur professionnel, faire les chorégraphies de Mylène, à cette époque-là, n’est pas très compliqué. C’est d’ailleurs l’un des éléments qui feront son succès : dans les discothèques, chacun reprendra ses pas, et même plus tard, au début des années 2000, dans les boîtes gay, tout le monde ira sur la piste pour les chansons de Mylène. » 

À l’arrivée, après des mois de dur labeur, d’entraînement physique et vocal intense, les performances de la chanteuse ne font pas qu’emballer le public hexagonal, qui se déplace en masse, elles impressionnent surtout les membres de son staff. « Au fur et à mesure de la tournée, elle devient hallucinante, m’a confié Le Page. Certains soirs, c’est l’état de grâce. Je ne reconnais plus la fille timide des débuts. La scène est une révélation pour elle. » « J’avais l’impression qu’elle avait déjà dix ans de spectacles derrière elle, tellement elle maîtrisait », confirme Slim Pezin, guitariste sur la tournée.

Laurent Boutonat and Mylène Farmer

 

Si Mylène ne va cesser de montrer, lors de ses tournées, son désir de bluffer le public, elle se révèle tout aussi tenace lorsqu’il s’agit de convaincre un metteur en scène qu’elle a choisi de réaliser un de ses clips. Abel Ferrara en sait quelque chose. Depuis qu’elle a vu Snake Eyes, avec Madonna, sorti en 1993, la chanteuse le veut pour California, dont elle a déjà le scénario en tête, et qui promet d’être une version trash de Libertine. C’est la productrice Anouk Nora qui a la lourde tâche de contacter le réalisateur. Des tractations qui vont durer plusieurs mois. « Abel ne connaissait pas Mylène et n’avait jamais réalisé de clip. [...] La difficulté, c’est qu’on ne peut pas parler à Abel au téléphone car il déteste ça. Alors il fallait plonger : prendre le premier vol pour New York, et attraper Abel au saut du lit, comme un lapin par les oreilles ! » 

La chanteuse elle-même n’a pas caché ces difficultés qui, loin de la décourager, semblent l’avoir stimulée. « Je l’ai appelé pendant plusieurs mois, souvent à trois heures du matin, puis je me suis rendue à New York où nous avons continué à converser. Il m’a demandé ce que je voulais faire, ce que j’exprimais dans ma chanson. Je lui ai dit que je souhaitais jouer une prostituée. Il m’a alors demandé de travailler sur le scénario et de lui proposer des idées. Puis il m’a proposé les siennes. »       Quant à Ferrara, il se montre étonné, puis intrigué par l’insistance de celle qu’on lui présente comme la chanteuse la plus populaire de France. « Nous étions en salle de montage depuis cinq mois, dira-t-il, quand quelqu’un nous propose de faire ce clip. Je me fichais de savoir à quoi ressemblaient cette Française et sa chanson. J’ai seulement entendu dire qu’on disposerait de deux cent mille dollars pour tourner trois minutes. Avec cette somme-là, je fais un long-métrage, moi  ! » 

Pour obtenir ce qu’elle veut, on le voit, Mylène ne lésine pas sur les arguments, fussent-ils financiers. Par la suite, Ferrara ne cachera pas son respect pour le professionnalisme de la chanteuse. « Il était très séduit par Mylène  », dira Anouk Nora. Pour elle, peu importent les moyens, seul compte le résultat. Au final, avec sa dimension sociale et la participation de vraies prostituées comme figurantes, le clip est une réussite totale, où fusionnent l’imaginaire onirique de Mylène et le réalisme brutal de Ferrara. 

« Mon karma est tenace », fredonne la star dans Méfie-toi. Personne n’en doute dans la profession. Et si d’aucuns ont reproché à la star des exigences démesurées qui ressemblent à des caprices, ceux qui ont travaillé avec elle savent qu’elle est également capable d’une immense patience dès qu’il s’agit d’obtenir ce qu’elle veut. Ainsi, pour tourner certains clips, elle n’a pas hésité à prendre des risques physiques. 

Pour XXL, elle avoue s’être brûlée deux fois, heureusement sans gravité. « L’idée de placer l’artiste suspendue à l’avant d’un train en marche, c’était impensable, explique Anouk Nora. Parce que, aux États-Unis, ils sont très à cheval sur les questions de sécurité. » Il a donc fallu ruser avec la législation locale, signer des décharges, pour que le tournage puisse être autorisé. Autre clip, autre difficulté. « Pour L’Instant X, on a tourné au mois de février par moins dix degrés à New York. Mylène était complètement gelée et prenait son bain de mousse comme si elle s’était trouvée sous les Tropiques. » Sur d’autres projets, notamment Désenchantée et Fuck Them All, cette amoureuse de l’hiver devra affronter des températures plus rigoureuses encore. 

Le clip de Souviens-toi du jour, réalisé par Marcus Nispel, s’est révélé risqué pour d’autres raisons. Sur le tournage, les flammes font grimper les températures. « Mylène portait une robe en plastique qui a commencé à fondre, et on lui disait : “Mylène tu vas fondre.” Effectivement, elle a commencé à fondre ! Les pompiers sur le plateau de Los Angeles ne savaient que faire… Mais rêvaient tous qu’elle vienne se faire soigner, ne serait-ce que quelques minutes. » 

Pour elle, chaque clip est un défi personnel, un moyen de prouver ce dont elle est capable, comme s’il lui fallait, chaque fois, convaincre de son talent sa mère, si sceptique à ses débuts, et son père, trop tôt parti. Sans doute aussi parce que son désir premier est d’être actrice, Mylène endosse chaque rôle avec une grande conscience professionnelle. Ainsi, pour monter sur le ring de Je t’aime mélancolie et affronter son adversaire masculin avec crédibilité, elle s’initie à la boxe durant deux jours. Ou, encore, pour tenir en équilibre sur le ballon de Optimistique-moi, elle travaille de longues heures avec des acrobates de cirque.

 

La volonté, encore. Il faut croire que c’est ce qui fait la différence. Sans doute le talent n’est-il jamais totalement étranger au succès, mais sans une détermination de tous les instants, il s’étiole, se recroqueville sur lui-même et se dessèche. Au contraire, porté par un farouche désir de reconnaissance, il se déploie à l’infini, se régénère sans cesse au contact du public. Jean-Claude Dequéant, le compositeur de Libertine, vite écarté de la route de la chanteuse, n’a pas été surpris par la carrière exemplaire de la star. 

« La réussite de Mylène et Laurent ne m’étonne pas. Dès le début, ils ne pensaient qu’à ça, ce n’était pas du dilettantisme, c’étaient de vrais professionnels. En plus, au départ, ils étaient doués. Des gens talentueux, on en rencontre dans ce métier, mais souvent ça finit mal parce qu’ils ne sont pas courageux. Eux en voulaient vraiment. » 

 

Extrait du livre : MYLÈNE par Hugues ROYER aux Editions Flammarion 2008


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MYLENE, faut-il Provoquer pour exister

Posté par francesca7 le 8 septembre 2015

 

 

     1 Avec le recul, on n’en croit pas ses oreilles. Ce jour-là, le 10 octobre 1987, Mylène est l’invitée d’honneur de « Mon Zénith à moi », l’émission de Michel Denisot sur Canal +. Les cheveux attachés par un catogan noir, elle a rarement paru si enjouée. La présence d’un chimpanzé à ses côtés, qu’elle caresse tout en tentant de contenir ses débordements, n’est sans doute pas étrangère à cette humeur badine. Le téléspectateur ne sait pas encore que le programme, concocté par Mylène, sera une escalade de provocations. Après une séquence où elle confesse son trouble fantasmatique pour les hommes d’Église, Michel Denisot annonce que, selon un choix de la chanteuse, vont être diffusées des images « très difficiles » utilisées par Amnesty International pour sensibiliser l’opinion à la torture.

      Et Mylène de lancer tout sourire une première bombe : « J’aime la violence. » L’animateur la reprend immédiatement : « Vous aimez la dénoncer ? » Elle enfonce le clou. « J’aime la regarder. » Et  tandis que défilent des images furtives où l’on voit des pendaisons, une exécution capitale à bout portant, une tête coupée qu’un homme tient par les cheveux avant de la jeter dans une fosse, la chanteuse poursuit :

« Ce n’est pas un plaisir sadique, mais presque. J’ai une sorte de complaisance vis-à-vis de la violence dans ces images de mort. Ça suscite plein de réflexions. J’aime bien voir ça. Je crois bien que ça provoque en moi une forme d’excitation. » Elle s’interrompt – le chimpanzé vient de lui mordre la main – et caresse à nouveau l’animal. Denisot stupéfait, tente de ne rien montrer. Il n’est pas au bout de ses surprises. Car la photographie de l’homme exécuté à bout portant n’a pas comblé Mylène. « C’est dommage qu’elle soit statique », dit-elle, ajoutant qu’elle aurait préféré voir la mort filmée en intégralité.

      Cette séquence jette un froid sur le plateau. La chanteuse a visionné les images sans émotion, ni compassion. Et ce n’est pas le reportage émouvant qu’elle a réalisé à l’hôpital de Garches, auprès des enfants accidentés de la route ou atteints de maladies génétiques, qui va suffire à effacer cette première impression. Malgré la tendresse manifeste de Mylène vis-à-vis d’une fillette aux cheveux courts atteinte de la maladie des os de verre, le charme est brisé. Et quand retentit le générique de fin de l’émission, le téléspectateur demeure troublé.

      Après avoir visionné l’émission, Bertrand Le Page ne décolère pas. À ses yeux, Mylène est allée trop loin. Elle a pris un risque énorme pour son image et sa carrière. Iconoclaste, c’est un atout. Mais là, il s’agit selon lui d’un dérapage. Le grand public, qui la suit depuis Libertine, ne peut adhérer à de tels propos. Certains artistes sont tombés pour moins que ça. Par chance, l’émission a été diffusée sur une chaîne cryptée. Et le manager d’imaginer le cataclysme qu’aurait provoqué une telle prestation dans une émission en prime time, sur TF1 par exemple.

      Ce jour-là, Mylène a-t-elle perdu le contrôle d’elle-même ? Ses propos ont-ils dépassé sa pensée ?

Ce qui est certain, c’est que la présence remuante du chimpanzé sur le plateau a altéré son comportement. Ceci explique peut-être une certaine brutalité dans la forme, qu’elle aurait pu nuancer si elle avait eu le loisir de rester concentrée. Ce qui frappe, dans sa prestation, c’est qu’elle semble n’établir aucune frontière entre la réalité et l’imaginaire. Elle évoque des images réelles comme elle commenterait les séquences d’une fiction.

Voilà pourquoi, sans doute, elle ne semble pas consciente d’avoir commis une erreur. N’a-t-elle pas, au fond, été sincère ? Car son goût pour des sujets que d’autres jugent insoutenables ne date pas de cette émission. « J’éprouve de confus plaisirs aux dessins macabres, j’aime l’esthétique morbide »,  lâche-t-elle dès ses débuts. À la même époque, certains proches le confirmeront, le livre fétiche de Mylène, celui qu’elle montre à son entourage comme si elle partageait un trésor, est un imposant album de photos où figurent des monstres de la nature. Bébés estropiés et autres curiosités du genre, comme par exemple des enfants nés avec des écailles de crocodile. Complaisance sadique ? « Non, m’assure la photographe Elsa Trillat, qui avoue avoir pincé le bec en feuilletant l’ouvrage. Elle était intriguée par ces  malformations. Profondément troublée. »

     Par miracle, le public ne lui tiendra pas rigueur de ces fausses notes. Mais pour Bertrand, la preuve est faite que Mylène doit éviter de se répandre dans les talk-shows. Elle fera le strict minimum pour assurer sa promotion, mais devra éviter les pièges qu’on ne manquera pas de lui tendre pour la faire déraper à nouveau. Sur TF1, d’ailleurs, quelques mois plus tard, dans un « Sacrée soirée » spécial, Mylène se montrera d’une sobriété étonnante. Des propos qui frisent la banalité, des remerciements chaleureux, quelques larmes versées. Le contraste avec sa prestation sur Canal + est flagrant. La leçon semble avoir été comprise.

      Malgré tout, Mylène ne renoncera pas, durant les longues années de carrière qui s’annoncent, à ce mode explosif de communication qu’est la provocation. Il faut dire que, jusqu’à cet incident, c’est à son image sulfureuse qu’elle doit son succès. « J’aime la provocation, c’est peut-être une forme de caractère », dit-elle en 1984, alors qu’elle chante Maman a tort, qui relate, ne l’oublions pas, un amour saphique. Une forme de caractère, peut-être. Plus sûrement, choquer est un risque que Mylène assume parce qu’il est contenu, en germe, dans tout projet artistique. Ce qu’un artiste revendique avant tout, c’est sa liberté. Non pas de dire ou faire n’importe quoi, mais de projeter ce qui jaillit des tréfonds de son âme. « La provocation, elle est dans la liberté que je me donne de dire les choses ou de proposer les images qui correspondent à ce que je ressens. Être un artiste, c’est déjà une provocation. »

      Bien sûr, même si elle ne cherche pas à « choquer à tout prix », Mylène sait les risques qu’elle encourt à explorer certaines zones obscures de son imaginaire. « Le piquant de la vie pour moi, est de provoquer, quitte à être censurée  », dit-elle dès 1984, montrant au fond que l’espoir inconscient de toute provocation revient sans doute à se heurter à des limites. Elle ne croit pas si bien dire. Car plusieurs de ses clips feront l’objet, non d’une censure, mais de restrictions quant à leur diffusion. Ainsi, en 1992, le clip de Beyond My Control fait scandale : des images de loups dévorant une charogne sont superposées à un baiser qui dégénère en morsure vampirique. L’association entre l’amour et la mort est dénoncée comme susceptible de perturber le jeune public. Michel Drucker, à qui Polydor propose de diffuser la vidéo en exclusivité dans « Champs-Élysées », met son veto après avoir visionné les images.

Même si le CSA ne se prononce pas en faveur de l’interdiction, M6, prudente, ne diffusera Beyond My Control qu’après minuit.

     mylène Sept ans plus tard, un autre clip va faire couler beaucoup d’encre : celui de Je te rends ton amour, tourné par François Hanss dans l’abbaye de Mériel, en région parisienne. On y voit une Mylène qui se baigne nue dans une mare de sang après avoir été violentée par une créature maléfique. Un scénario lourd de symboles qui revisite le thème de la défloraison, déjà évoqué dans Plus grandir ou Tristana. Mais, cette fois, le sang qui jaillit de la rupture de l’hymen prend des allures de torrent d’hémoglobine. Choqué, le CSA ne tarde pas à donner un avis défavorable, sans exercer de contrainte sur les chaînes de télévision. Après avoir consulté un comité de mères de famille, M6 décide d’amputer les deux dernières minutes du clip et de ne le diffuser en intégralité que tard dans la nuit.

     Furieuse à l’idée que le public ne puisse voir sa vidéo que mutilée, ce qui porte atteinte à son intégrité artistique, la chanteuse réagit immédiatement en mettant en vente une cassette du clip, accompagnée d’un fascicule de photos inédites du tournage. Les quelque quatre-vingt mille exemplaires proposés en kiosque avec l’intitulé « le clip censuré » disparaîtront en quelques jours. Et pour montrer qu’il ne s’agit nullement d’une opération commerciale, la chanteuse reverse les bénéfices à l’association Sidaction.

     Un an plus tard, revenant sur cet épisode lors d’une interview télévisée, Mylène reconnaît qu’il ne lui déplaît pas de jouer avec le feu : « Il se trouve que j’aborde des sujets épineux, voire tabous. C’est un risque. » Puis elle ajoute : « Maintenant, la censure en France est un peu sévère. »

     Durant toute sa carrière, la star n’aura donc de cesse de chercher à exercer le plus loin possible sa liberté artistique. Quant à ses propos sur la violence, prononcés face à Michel Denisot, jamais elle ne les reniera. Tout juste consentira-t-elle à surveiller de plus près ses déclarations publiques, afin de respecter les sensibilités de chacun. Sans jamais renoncer, toutefois, à faire scandale.

     Ainsi, au moment où la tournée 2009 a été annoncée, l’affiche placardée dans toutes les grandes villes de France a fait, elle aussi, l’objet d’une polémique. Sur la photographie, signée Claude Gassian, Mylène est étendue sur le bitume, jambes écartées. Sous sa robe blouse, déboutonnée à hauteur du nombril, elle porte un shorty aux motifs panthère. Si elle n’avait pas les yeux ouverts, on jurerait qu’elle s’est défenestrée. Ou qu’elle vient d’être violée. Une image, en tout cas, dont l’érotisme provoque un certain malaise. C’est parce que le cliché intrigue qu’il retient l’attention. C’est aussi parce qu’il invite à la réflexion qu’il constitue une œuvre artistique à part entière. « Une nuit qui n’agite rien, c’est une nuit pour rien », écrit Mylène dans Lisa-Loup et le conteur   . Que dirait-on alors d’un artiste qui n’agite rien ?

Extrait du livre : MYLÈNE par Hugues ROYER aux Editions Flammarion 2008

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Créer une image réussie de MYLENE

Posté par francesca7 le 5 septembre 2015

 

 

   Mylène réussie   Le paradoxe vaut d’être souligné : Mylène Farmer est la première artiste de variétés à avoir autant misé sur l’image que sur la musique. Certes, il existe un son « Boutonnat », reconnaissable entre tous, un sens des mélodies imparables qui accrochent l’oreille dès la première écoute. Mais cette manière de composer se rattache elle-même à un univers cinématographique. Un cas unique dans l’Hexagone, qui s’explique par la configuration unique de la rencontre entre la muse et son Pygmalion. Rien d’étonnant, au fond, à ce que deux êtres qui rêvent de cinéma s’attellent au même but : créer une image qui marque les esprits.

      Selon la formule bien connue de Gainsbourg, la chanson n’est qu’un art mineur. Afin de l’élever à un niveau où elle transcende son destin éphémère, Laurent Boutonnat ne cache pas son ambition : « Une chanson, c’est bien, mais c’est quelque chose de très simple. Travailler autour de ça, l’image et tout ce que ça comporte, c’est passionnant », affirme-t-il dès 1986. À l’origine même, le clip remplit une double fonction : il est le support promotionnel d’un titre et participe à l’élaboration de l’image, à plus long terme, de l’artiste. Aux États-Unis, Michael Jackson l’a bien compris, lui dont l’album Thriller cartonne dans le monde entier en 1983 grâce à l’impact du court-métrage fantastique de John Landis. En France, seuls Mylène et Laurent vont méditer la leçon.

      « J’aime travailler sur le long terme, sur une image qu’on pourrait qualifier de mythique », explique Mylène. Avant d’ajouter : « L’illustration en images des paroles d’une chanson est une chose, mais on peut aussi en faire un clip original tout en pensant à l’instrument promotionnel qu’il représente. » Une approche d’un nouveau genre qui nécessite un travail à part entière. Tandis que la plupart des artistes de l’époque semblent improviser leurs vidéos, celles de Mylène reposent sur l’écriture d’un scénario original et la participation d’une équipe technique issue du septième art.

      Boutonnat le confirme : « Le clip a aussi la fonction d’un spot publicitaire. Et dans la conception même, il faut savoir en tenir compte, tout en sachant que cela peut être une œuvre cinématographique. Tout cela nous met dans une position bâtarde, y compris dans les négociations que l’on a avec les gens de la télévision et du cinéma, qui eux non plus ne savent pas trop comment l’appréhender. » Pas facile, en effet, de trouver des financements pour ces véritables courts-métrages qui réclament des budgets conséquents. À ses débuts, Mylène ferait presque pleurer dans les chaumières : « Nous investissons nos propres deniers dans ces clips, préférant manger des pâtes tous les jours et nous offrir ce genre de création. » Il s’agit bien d’un investissement en effet, un pari sur le long terme, assumé comme tel.

                                                    **

     Ce qui est rare est cher, dit-on. Pour parvenir à un résultat à la hauteur de leur exigence, Mylène et Laurent ne vont pas lésiner sur les moyens. Dans le tiercé des clips les plus onéreux pour un artiste français, la chanteuse rousse règne sans partage. Jugez plutôt : neuf cent mille euros pour L’Âme-Stram-Gram, six cent mille euros pour California et quatre cent cinquante mille euros pour la vidéo de Pourvu qu’elles soient douces. Bien entendu, aucune maison de disques ne se risquerait à financer des œuvres aussi coûteuses. C’est encore plus vrai aujourd’hui, avec la crise du marché du disque.

     Malgré tout, par le biais de sa société Stuffed Monkey, créée en 1993, Mylène continue de s’offrirces écrins si précieux pour sa légende, et que ses fans savourent avec délectation. Ainsi, pour Dégénération, fer de lance de son nouvel album, sorti le 25 août dernier, elle revient avec une vidéo truffée d’effets spéciaux digne de ses débuts : une trentaine de comédiens et une troupe de danseurs ont été mobilisés près d’une semaine à Prague, sous la houlette de Bruno Aveillan, réalisateur venu du monde de la publicité.

      Attirer l’attention, ce n’est pas seulement proposer des œuvres de qualité, c’est faire bouger les lignes, sortir du formatage traditionnel. Ainsi les clips de Mylène Farmer sont-ils exceptionnels par leur durée. Laurent Boutonnat, boulimique d’images, en est le responsable direct : filmer est une telle jouissance que le cadre d’une chanson d’à peine quatre minutes lui semble trop étroit. Le record historique va être atteint avec Pourvu qu’elles soient douces : 17 minutes 52. Un choc dans le paysage culturel de l’époque. Mais de nombreuses autres vidéos se caractérisent également par leur longueur inhabituelle, comme si la chanson se pliait aux impératifs du scénario, et non l’inverse. Dans l’ordre décroissant : Tristana (11 minutes 33), Libertine (10 minutes 53), Désenchantée (10 minutes 12), Sans contrefaçon (8 minutes 53), L’Âme-Stram-Gram (7 minutes 50), Plus grandir (7 minutes 32), Regrets (6 minutes 17), ou encore Sans logique (5 minutes 37).

      Ce qui caractérise ces productions, c’est qu’elles se réfèrent au cinéma, s’inscrivent par leurs scénarios et leur esthétique dans une temporalité imaginaire. Génériques soignés, choix du format cinémascope, diffusion de plusieurs clips en avant-première dans certaines salles obscures : tous ces ingrédients font de Mylène Farmer une héroïne de fiction davantage qu’une chanteuse. Avec Libertine et Pourvu qu’elles soient douces, elle a imposé une image forte et ne changera jamais de cap. Même lorsqu’elle demande à des réalisateurs étrangers et plutôt pointus comme Abel Ferrara, Marcus Nispel,Ching Siu-tung (très réputé à Hong Kong), ou à l’Espagnol Augustin Villaronga de travailler avec elle, elle reste en dehors des modes. Comme une alternative au présent.

 

      Créer une image, c’est aussi faire appel à des photographes qui vont sublimer la beauté naturelle de Mylène. Laissant derrière elle les clichés de ses débuts, où elle posait tout sourire, dans des vêtements trop larges, la chanteuse veut s’entourer de talents d’exception. C’est ainsi que Christophe Mourthé est approché par Bertrand Le Page. « À vingt-quatre ans, j’ai l’habitude de façonner des “égéries” pour en faire des femmes très glamour, des icônes106 », dira-t-il. Tel est l’enjeu de son travail, en effet. Et ce doux jeune homme au regard bleu va y parvenir en nouant une complicité de tous les instants avec la chanteuse.

Grâce à lui, Mylène se livre comme jamais face à l’objectif. Il sera le premier à fixer sur pellicule une image intemporelle qui colle parfaitement à son modèle. En noir et blanc ou en couleurs, ses portraits façon Angélique, marquise des anges restent parmi les plus réussis.

      Durant deux ans, Mourthé travaille presque exclusivement pour l’écurie Farmer. D’autres photographes prendront le relais : Elsa Trillat, à qui l’on doit la pochette mythique de l’album Ainsi soit  je, puis Marianne Rosenstiehl, qui restera longtemps la collaboratrice attitrée de Mylène. Des clichés noyés de lumière, où la star semble de plus en plus irréelle, beauté diaphane aux traits effacés. Un regard quasi absent, qui fixe rarement l’objectif en face, comme par pudeur. Quand on lui demande pourquoi les portraits qui sont faits d’elle sont systématiquement surexposés, la chanteuse répond par une jolie pirouette : « J’ai toujours en moi le conflit entre l’ombre et la lumière107. »

      Depuis le milieu des années 1990, c’est Claude Gassian qui bénéficie de la confiance de Mylène.

images (2)Présent sur de nombreux tournages de clips, dont celui de Dégénération, il s’est vu confier la mission délicate de fixer pour l’éternité les concerts de la star. Mais cette fidélité n’empêche pas quelques incartades dans d’autres univers. Consciente que son statut lui permet de tutoyer les plus grands, Mylène ne se prive pas, désormais, de faire appel aux grands noms de la profession.

      En 1995, elle contacte Herb Ritts afin de lui proposer de signer le visuel de l’album Anamorphosée. Une seule rencontre a lieu, le 25 août de la même année. Ce jour-là, tandis que Marcus Nispel tourne, à Philmore, les dernières séquences du clip de XXL avec les figurants, Mylène pose devant l’objectifd’Herb Ritts, dans un studio de Los Angeles, à une centaine de kilomètres. Dans les années qui suivent, elle s’offrira les services de Marino Parisotto Vay, Ellen von Unwerth, Dominique Issermann, ou encore le légendaire Peter Lindbergh. Avec, toujours, une constance dans la démarche : elle contacte un photographe après avoir repéré son travail.

 

      Élaborer une image qui tranche avec le tout-venant, quand on possède le tempérament perfectionniste de Mylène, c’est aussi soigner le design de tous les supports proposés au public. Dès1991, la chanteuse confie l’habillage de ses productions à un spécialiste en design graphique, Henri Neu. À partir de cette date vont fleurir divers objets destinés à renforcer la réputation, déjà très élitiste, de la star : promos de luxe envoyées à la presse, objets divers et variés – peignoir, fer forgé, statues, enveloppes épaisses –, qui alimentent un véritable phénomène de collection. « Mylène s’investit beaucoup dans le design de tout ce qui sort, explique Henri Neu. Elle ne le fait pas seulement par conscience professionnelle, mais aussi parce qu’elle adore ça. Elle a toujours aimé le graphisme et la peinture. Notre travail est très complémentaire et, comme il n’y a pas de réelle contrainte de la maison de disques, c’est vraiment passionnant de pouvoir tout construire de A à Z. »

      Les supports dont il se montre le plus fier ? Le CD promo de California, avec la silhouette de la star qui se soulève, ou encore l’enveloppe de velours de Je te rends ton amour, contenant un CD en forme de croix. Au départ, Mylène et Laurent ne lui ont pas demandé de concevoir des « objets promotionnels aussi fous ». Séduits par sa créativité, ils l’ont néanmoins encouragé à « poursuivre dans cette voie ».

téléchargementPour réaliser le titre Innamoramento, par exemple, Mylène lui suggère, un an avant la sortie de l’album, de réfléchir à tout ce que peut lui inspirer ce vocable aux résonances infinies. « Dans ce mot, j’entends le “mento” qui donne son impulsion et son rythme à la vie, mais aussi “amen”, “mort”, “amor” – l’amour – et “innamor” – le désamour. De même, le filet qui relie les deux représente à mes yeux les mouvements réciproques entre la vie et la mort. »

     On le voit, rien n’est laissé au hasard. Et même si certains fans de la première heure, nostalgiques des fresques signées Boutonnat, ont trouvé les vidéos de l’album Avant que l’ombre… un peu en retrait dans sa clipographie, on doit reconnaître que Mylène n’a pas dévié de sa trajectoire. Depuis ses débuts, elle n’a jamais lâché prise sur l’image. Au contraire, plus sa carrière a avancé, plus elle a exercé un contrôle strict sur tout ce qui la concerne. La récompense de cette exigence, c’est qu’elle n’a à rougir de rien de ce qui jalonne son parcours artistique. Qui d’autre, dans le métier, pourrait en dire autant ?

 Extrait du livre : MYLÈNE par Hugues ROYER aux Editions Flammarion 2008

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Auteur de la biographie Ainsi soit-elle nous dévoile

Posté par francesca7 le 20 août 2015

 

 

100_2045J’ai un parcours un peu atypique. A la base, je suis docteur en histoire. En même temps, j’ai été comédien professionnel pendant 9 ans. Le destin a fait que j’ai arrêté mon métier d’acteur, que j’adorais, et que je me suis dit « qu’est-ce que je peux faire maintenant que je ne suis plus comédien : écrire ». J’ai donc commencé à piger à droite à gauche, et à rencontrer des gens qui m’ont donné la possibilité de le faire. Parmi ces gens, j’ai rencontré grâce à une amie comédienne Sylvie Devillette, qui à l’époque était quasiment rédactrice en chef de plusieurs magazines de variété. Je parlais très souvent de Mylène, parce qu’à l’époque, elle faisait Libertine. Etant spécialiste du XVIIIème siècle, j’avais adoré la manière dont Mylène abordait le XVIIIème. On a une tendance un peu ridicule de considérer le XVIIIème siècle comme un siècle gentillet, de jolis rubans et de moutons, alors que c’est un siècle extrêmement cruel, très dur. Les liaisons dangereuses ne sont pas loin, et surtout, la Révolution n’est pas loin. C’est un siècle où le sang coule et dieu sait, pour revenir à Mylène, que le sang est un élément important de ses problématiques. Je parlais donc assez souvent de Mylène Farmer à cette amie comédienne, qui m’a dit que je devrais écrire sur elle. Je lui ai répondu que ça n’intéresserait personne. Sans me le dire, elle en a parlé à Sylvie Devilette qui m’a commandé un article pour Rocknews. Je m’en souviens très bien, puisque j’avais trois jours pour le faire ! Je ne dis pas que j’ai fait un chef d’œuvre, mais j’ai fait mon papier. Deuxième hasard, Bertrand Le Page, qui était à l’époque manager de Mylène, a vu ce papier. Mylène l’a également lu et m’a envoyé un mot adorable de félicitations. Il y a donc eu un premier article, un deuxième article, un troisième article et le groupe de presse qui produisait Rocknews a décidé de consacrer un numéro spécial à Mylène. J’ai écrit la quasi-totalité des textes, avec toujours cette frustration d’être calibré par un magazine.

Genèse
C’était le moment où Mylène se plaçait dans le Top 50, où les ventes explosaient, après l’album Ainsi soit je… On sentait de la part du public une curiosité, qui ressemblait déjà à de l’amour. On n’était pas encore dans le domaine du sacre, mais il y avait quelque chose qui était du domaine de l’affectif, très intense. Puis Mylène a débuté sa tournée en 1989, et il y a eu un dîner organisé dans les Jardins de Bagatelle (ndlr : après la première au Palais des sports). Au cours de ce dîner, Sylvie Devilette, qui connaissait personnellement Laurent Boutonnat, m’a d’abord présenté à Laurent, ensuite à Mylène, et enfin à Bertrand. J’ai parlé quelques minutes avec Mylène, le contact a été très bon. C’est en revenant à ma table avec Sylvie que j’ai eu l’idée d’un livre sur Mylène qui me permettrait de donner davantage de profondeur. Bertrand Le Page a été le premier à être d’accord pour un livre. Celui qui allait devenir le mari de Sylvie, François, a réalisé la maquette. On était tous les trois extrêmement d’accord pour faire un livre qui plaise tout d’abord à Mylène, ensuite à nous, et bien évidemment à ceux qui nous feraient la grâce de bien vouloir l’acheter. Nous avons eu tout d’abord contact avec trois éditeurs. Comme les gens voyaient que le livre allait certainement coûter beaucoup d’argent, ce qui a d’ailleurs été le cas, il y a eu plusieurs désistements.

Bertrand
Bertrand Le Page était un personnage extrêmement particulier, très douloureux, pour des raisons personnelles, remarquablement cultivé et intelligent. C’est un personnage qui envoûtait et qui en même temps faisait peur à tous ceux qui l’approchaient. Il portait cette espèce de brisure, de fêle en lui, qui étaient très intenses. Mylène est une femme qui est à la fois fascinée par cet aspect morbide, mais qui, en même temps, a un tempérament de vie très fort. Je crois que, pour arriver 100_2048à écrire sur la mort comme elle le fait, il faut avoir un goût de la vie certainement beaucoup plus important qu’on ne veut bien vous le laisser croire. C’est ma version des choses. Bertrand avait compris ça, que Mylène montait, qu’elle était dans l’ascension, et que lui était progressivement dans la chute. Et c’est exactement ce qui s’est passé. Il avait également un désir d’exigence terrible. Il disait que la couleur rousse des cheveux de Mylène, c’était lui. Il m’a dit au moins dix fois : « Vous comprenez, Philippe, une chanteuse, ce n’est pas châtain. C’est blond, brun ou roux. Il faut trancher, il faut donner une couleur, une marque, une griffe. » Pour en revenir au livre, Bertrand avait évidemment tenu à voir le texte, Mylène aussi, puisque je l’ai vraiment rencontrée à ce moment-là, et qu’on a travaillé ensemble. Dès que Bertrand s’est intéressé au projet, l’accord de Mylène m’était acquis. Il a organisé des séances d’interview, au Crillon si je m’en souviens bien. J’ai aussi interviewé Laurent.

Dîner aux Beaux Arts
Le livre est sorti en 1991, et en 1989, il y a eu ce drame sombre. Mylène, à l’issue de sa tournée, a donné un autre dîner à l’école des Beaux-arts, que Bertrand avait encore une fois entièrement organisé. J’étais en train de parler avec Mylène, car ma table était voisine de la sienne, et j’ai vu son regard se figer complètement. Je me souviens qu’il y avait dans la salle des chaises Napoléon III. Bertrand a pris une chaise et l’a jetée contre une autre chaise. Laurent, lui, n’avait pas quitté son manteau, il sentait la soirée très mal, il passait de table en table avec un regard assez figé, assez dur. Et là, Mylène m’a dit quelque chose du genre « excusez-moi Philippe, mais Bertrand est en train de faire n’importe quoi ». Et la rupture était faite. C’est moi qui ait du dire à Bertrand que le chapitre du livre qui lui était consacré sautait… Après la rupture, Bertrand n’était plus rien. Il a essayé de travailler avec d’autres artistes, Sheila, ou Corinne Hermès, qui l’a d’ailleurs assez mal vécu car il était très dur. J’ai continué à garder contact avec lui, pour des raisons strictement personnelles. Il m’a raconté une histoire atroce. Un jour, il conduisait la Mercedes, au moment du concert. Il était extrêmement fatigué, il a du déraper et la voiture a basculé légèrement de son ornière, mais il l’a rapidement redressée. Mylène a du avoir peur je pense, et lui a dit « écoute, si tu veux te suicider, fais-le sans nous »… C’est une femme qui peut être dure. On ne fait pas la carrière qu’elle a faite sans être dure. Alors, qu’est-ce que veut dire la dureté ? Si la dureté veut exigence, elle est dure. Si la dureté veut dire cruauté, alors elle n’est pas dure.

Mylène au travail
La préparation du livre a donc duré assez longtemps. Je me souviens de la rencontre avec Sylvie Devilette, où Mylène a découvert mes textes. J’étais dans une autre pièce avec Bertrand, c’est Sylvie qui me l’a raconté. Elle me disait que Laurent passait à Mylène les feuilles les unes après les autres, en lui soulignant les passages de son doigt, et qu’elle manifestait quand même une certaines émotion. On passait de l’article au livre, et pour une jeune artiste évidemment, ça n’a rien à voir, le mécanisme est différent. Lorsque je l’interviewais, c’était une femme qui me parlait assez spontanément. Il n’y a pas eu de corrections de sa part, par exemple. Elle parlait toujours avec une grande précision. Cela m’énerve d’ailleurs un peu lorsque je lis des interviews publiées dans la presse, et où quelque part, je ne la retrouve pas. Alors bien évidemment, les années sont passées, les choses évoluent. Mais on sent bien parfois que les journalistes n’ont pas entendu ou n’ont pas voulu entendre. Le son « Farmer » est très particulier. Mylène est une femme intelligente, qui s’exprime très bien, et ce son part, parfois, un peu en vrille dans la presse.

Cadeaux
J’ai aussi eu contact avec Thierry Suc, c’est d’ailleurs lui qui m’a emmené la première fois en voiture chez l’éditeur du livre, Jean-Pierre Taillandier. Pour la petite histoire, dans la voiture, Thierry me faisait écouter un single de Mylène qui allait sortir. Et moi, je visualisais tous les feux pour qu’ils passent au rouge, et que j’aie la possibilité d’en entendre le plus possible ! Thierry m’avait d’ailleurs proposé de m’arrêter, si je voulais ! C’est un garçon exquis, un très grand professionnel. Mylène m’a fourni des dessins pour ce livre. Je voulais qu’elle me donne des choses qui lui soient extrêmement personnelles. Au départ, il était même question qu’elle me donne des lettres qu’elle écrivait quand elle était petite. J’ai vu ces lettres, elle les signait à l’américaine, avec les croix qui symbolisent les bisous. Et dans l’une de ses lettres, c’était absolument adorable, elle disait à sa grand-mère : « j’ai été très gentille, je n’ai pas fait pipi au lit, j’ai été vraiment mignonne, alors fais ce que tu m’as promis, emmène-moi au cimetière ». Cette adoration pour les cimetières n’est pas du tout une invention marketing, pas plus que celle pour le sang. Des années avant Je te rends ton amour, Mylène me disait « le sang est une belle matière ». Mais il ne faut pas la limiter à « ça ne va pas bien, c’est horrible ». Mylène est une femme qui aime la vie. Je n’ai pas gardé contact avec Mylène après le livre. Et ce n’était pas fait pour. Elle a tourné la page, j’ai tourné la page. Je suis passé sur d’autres projets. Je suis romancier, et j’ai d’autres livres qui sont sortis depuis.

100_2050Mylène la séductrice
A un moment donné, Mylène avait dit de moi « j’aurais préféré ne jamais le connaître ». C’était balzacien, bien sûr à notre niveau, entendons-nous. Quand madame Anska tombe éperdument amoureuse de Balzac, elle tombe d’abord amoureuse de l’auteur et d’un homme qui écrit comme un Dieu et qui la fascine, elle, la petite aristocrate polonaise. Avec Mylène, il y a eu une séduction qui est passée par les mots. Elle m’a donné ses mots, j’en ai fait un livre et je lui ai donné mes mots. Ma manière d’écrire est très tactile, très cinématographique. J’ai besoin d’un regard, d’une présence, d’une silhouette. J’ai besoin de quelque chose qui s’incarne. Mylène m’a donné une émotion, et c’est sur cette émotion que j’ai travaillé. Ce parfum, cette façon de s’habiller, cette façon d’enrouler ses membres sur elle-même, ce côté chrysalide qu’elle peut avoir, cette grâce extraordinaire… tout ça, j’en avais besoin. Vous savez, quelqu’un qui génère votre magazine, qui offre une réflexion au niveau du texte, au niveau de la maquette, c’est quelqu’un qui mérite le respect. C’est une belle carrière, c’est une carrière longue, c’est la première star de France, c’est quelqu’un qui mouille sa chemise, qui donne… Mais je n’ai jamais rencontré quelqu’un qui m’a dit « je suis un ami intime de Mylène, je la connais très bien ». A-t-elle des amis proches ? Je n’en sais rien. Quel rapport a-t-elle vraiment avec sa famille ? Je l’ignore. Elle m’a raconté qu’elle avait un jour évoqué avec sa mère, comme toutes les adolescentes, l’idée du suicide. Sa mère lui a répondu : « Ma petite, tu es comme la mauvaise herbe, et la mauvaise herbe ne meurt jamais ». Cela m’a amusé de constater que, quelques années plus tard, Mylène reprenait la formule sans problème aucun.

 

source Instant-Mag – 2004

 

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