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Vue de la Hongrie pour Mylène Farmer

Posté par francesca7 le 21 septembre 2016

 

 

 

Entretien avec Dominique SIMONET

Que s’est-­il passé depuis vos derniers et mémorables passages sur scène ? ­

MF : J’ai eu une période très difficile, mais je crois que ce n’est pas une surprise quand on vit une scène. Le passage à vide a duré près de quatre mois, et puis je me suis intéressée de près à la peinture, à laquelle une personne m’a initiée. Egon Schiele, les aquarelles d’Henri Michaux, Max Ernst, Klimt, Jérôme Bosch, la liste est longue. Comme dans les milieux littéraires, on peut s’y conduire une famille de gens qui ont les mêmes goûts.

mylène chez Francesca

A propos de votre dernier clip, y a-­t-­il un rapport entre le fait qu’il parle de génération désenchantée et qu’il a été tourné en Hongrie ? ­

MF : Non. Sincèrement, non. Enfin, je n’en suis pas sûre. Nous voulions regrouper cent enfants dont les visages seraient ceux de personnes portant quelque chose en elles de grave, des personnes habitées. Etant donné la difficulté de vie dans ces pays de l’Est, on pensait pouvoir les trouver et là encore, la Hongrie est relativement privilégiée. Aller chercher la gravité dans un pays, je trouve cela un peu déplacé mais on a eu cette chance de trouver cent enfants très, très rapidement. En France, nous aurions dû faire casting sur casting. Là, on les trouvait dans la rue, dans les écoles ou dans des centres de redressement et ils ont apporté cette forme de violence avec eux. Ils n’avaient même pas besoin de jouer. D’autre part, là-­bas on trouve des techniciens très bien.

Laurent Boutonnat, qui a réalisé ce clip, y avait fait des repérages pour un long­-métrage. Ce fameux film fantôme ? ­

MF : Oui, oui. Il avait été très séduit par leur professionnalisme.

Quelles impressions vous a laissé le pays ? ­

MF : Je pourrais dire des choses, mais soyons honnêtes : je me trouvais malgré tout totalement protégée dans l’équipe de tournage. Cela reste donc une expérience en dehors du temps. Par contre, pour un tournage, le fait de changer de pays est très profitable. Le désir est le même, mais l’intensité est différente parce qu’à l’étranger, on se retrouve un peu perdu, parce qu’on a un regard d’autres.

Avez-­vous déjà imaginé faire ce métier sans clips et, à la limite, sans disques, comme au siècle dernier ? ­

MF : Je ne suis pas réellement en harmonie avec mon époque, certes, mais j’aime aussi la chanson en son tout : la musique, les mots, l’image. Dans un texte, on peut tout dire, tout suggérer mais pour moi, pour ma personne, j’ai besoin de m’exprimer à l’image. Les mots finalement ne me suffisent pas. Ou alors j’aurais été écrivain et j’aurais préféré le XIXème siècle, faire partie de cette famille-­là.

Comment est élaboré le concept d’un clip ? ­

MF :  A partir du thème de la chanson nous discutons avec Laurent pour écarter les lieux communs ou les portes ouvertes enfoncées, histoire de n’être ni démonstratif ni explicatif. Ensuite, je laisse Laurent travailler parce que moi j’ai un regard sur moi­-même qui n’est peut­-être pas le bon non plus, ou qui est en tout cas détourné. Je n’ai pas non plus le recul nécessaire par rapport à un texte que j’ai écrit.

De qui est l’idée du corbeau sur la pochette ? ­

MF : Alors là, vous me posez une colle ! Je ne sais plus du tout ! Par contre, le choix de la photo est de moi. En ce qui me concerne, je ne la trouve d’ailleurs pas effrayante du tout, mais l’inconscient collectif doit évidemment fonctionner. Pour moi, elle est plutôt très reposante. Si chez nous cet oiseau est perçu comme un symbole de mauvais augure ou de mort, il n’en va pas de même partout. En tout cas, sa présence n’a rien de provocateur.

Mais vous appréciez sûrement cette ambiguïté… ­ Le sens du paradoxe se retrouve chez tout être humain.

MF :  Il est sans doute plus prononcé chez moi parce que je peux exprimer mes sentiments. Chez moi, c’est tout noir ou tout blanc, jamais tiède

 mylèn chez Francesca

Le danger de ce métier n’est-­il pas d’en arriver à cultiver le paradoxe, à exacerber la tendance ? ­

MF : Cela fait partie effectivement des pièges, mais je crois pour ma part être assez lucide. Y a-­t-­il une once d’intelligence par rapport à cela, je ne sais pas. Je parlerais plutôt d’honnêteté. Je sens le danger de ces choses et en aucun cas je ne me laisserais diriger par elles. Si je sens que cela devient un leitmotiv ou une trop grande évidence, je crois que j’arrêterai. Finalement, on attend de chaque artiste ou de chaque album une évolution mais le fond reste le même. Un artiste qui exprime quelque chose répète inlassablement la même chose, les mêmes obsessions, les mêmes névroses, les mêmes désirs, les mêmes joies. Seule la forme change, peut-­être. Moi, cela ne me fait pas peur du tout. Je pourrais même le dire haut et fort : je crois que je répète toujours les mêmes choses, mais alors avec un climat différent. Et puis comme ces thèmes d’amour, mort et vie sont éternels, ils ne seront jamais épuisés non plus. Peut­-être pour vous dire que je n’ai pas envie du tout d’arrêter…

Quand vous chantez « Psychiatric », vous ne poussez pas un peu loin dans l’auto complaisance ?

MF :  ­ Je ne veux pas être mon propre censeur, même pas pour ce thème. Je voulais y mettre très peu de mots, donc très peu de démonstration. C’est compliqué pour moi de donner une justification par rapport à cette chanson. J’ai une attirance commune avec Laurent pour l’univers de la psychiatrie, qui nous semble très proche et en même temps très éloigné parce que je ne suis jamais allée dans un hôpital de ce type. J’en ai un désir profond, mais là serait réellement l’impudeur, par le côté voyeur. Cette chanson est venue après un reportage, qui m’a bouleversée et passionnée, sur un asile d’aliénés en Grèce où les internés sont laissés à l’abandon, livrés à eux-­mêmes et réduits à l’état d’animal. La folie me touche, tout simplement. La question du double a l’air de vous marquer assez fort.

Vous en parlez à propos de Laurent Boutonnat, et récemment à propos de Jean­-Louis Murat avec qui vous faites un duo sur l’album… ­

MF :  Dans la notion du double, il y a notre propre image. Je suis certainement en quête d’un alter ego, d’une âme sœur. Je crois que je l’ai réellement trouvée chez Laurent, mais cela peut s’épuiser aussi, nous pouvons trouver nos limites. Chez Jean-­Louis, c’est une autre forme de double. Dans l’appréhension de la vie, nous sommes à la fois très jumeaux et très différents. Pour moi, il colle réellement à l’idée qu’on se fait d’un poète.

 

 

Allez­-vous participer à l’album qu’il est en train d’enregistrer actuellement ? ­

MF :On en a parlé, mais je ne sais pas. Point d’interrogation…Je ne sais pas s’il faut le faire.

Peut-­être faut-­il une réponse à « Regrets » ? (Jean­Louis Murat a en effet écrit « La vie des bleuets » pour l’interpréter en duo avec Mylène, mais la chanson n’est jamais sortie, nda)

Vous avez plusieurs fois utilisé le terme ‘maîtrise’ dans cette rencontre. Tout contrôler vous obsède ?

MF : ­ Oui, totalement. Cela s’applique plus à l’univers de travail qu’à la maîtrise de soi. Voir que vous ne possédez pas les choses, je n’aime pas ça du tout. Finalement, je n’aime pas les surprises, je veux trop contrôler.

Chaque interview doit vous inquiéter… ­

MF : Oui. Cela m’angoisse totalement, mais on grandit aussi par rapport à ça. La notion d’interview évoque la spontanéité, cette spontanéité qui est toujours proche de moi, dans mes chansons etc. mais elle est toujours mariée à une réflexion ou un travail.

Est­-ce dans le même ordre d’idée que vous avez refusé d’être interviewée par deux de mes confrères parce que vous n’avez pas apprécié leur critique de votre dernière tournée ?

MF : La décision est­-elle de vous ? (le journaliste évoque Thierry Coljon et Rudy Léonet ­ qui ont cependant interviewé Mylène Farmer lors de son passage en Belgique en octobre 1989 ­ qui ont dès lors multiplié les articles pour dénoncer tantôt le fait qu’on ne pouvait pas photographier le spectacle, tantôt qu’on leur refusait une interview et ce encore récemment lors du Tour 2009, nda) ­

MF : Bien sûr. Tout vient de moi, même si on peut imaginer derrière moi un manager ou un producteur. Je décide de tout. Mais je n’ai pas très envie de parler de ça. On est libre de ses actes, comme de ses maladresses ou de ses mauvais jugements. La critique ne me dérange pas, mais à partir du moment où, selon moi, elles sont maladroites, j’estime que je n’ai pas forcément à accepter la rencontre de ces personnes et à me justifier quant à ces critiques parce que ce serait la porte ouverte à tout.

SOURCE : LA LIBRE BELGIQUE 30 AVRIL 1991 

Publié dans Mylène 1991 - 1992, Mylène et ses longs discours | Pas de Commentaires »

MYLENE FARMER cultive des amitiés inat­ten­dues

Posté par francesca7 le 17 avril 2016

 

 Sans titre

C’est un joli conte illus­tré, qui vient de paraître ce 12 novembre. L’histoire d’une belle rencontre, aussi. En asso­ciant leurs talents sur L’étoile polaire, le philo­sophe Michel Onfray, à la plume, et la chan­teuse Mylène Farmer, au pinceau, ont créé la surprise. Le fonda­teur de l’univer­sité popu­laire de Caen n’est pour­tant pas le premier esprit vif à céder aux charmes de la rousse liber­ti­ne…

Ses fans, comme ceux qui partagent son inti­mité, connais­saient son goût pour les textes de Charles Baude­laire, Guillaume Apol­li­naire ou encore Primo Levi. Avec L’étoile polaire, conte philo­so­phique conçu à quatre mains avec Michel Onfray, les médias découvrent sa curio­sité pour la pensée vivante, libre et contem­po­raine. Etran­gère à son époque, soli­taire et égocen­trique, Mylène Farmer? Quelques uns, et pas des moindres, vous diraient l’exact contrai­re…

Michel Onfray…

« Une artiste libre, auto­nome, indé­pen­dante, souve­raine », qui repré­sente « un style, un ton, un carac­tère, un tempé­ra­ment, une vie sans paillettes, sans arti­fices, vraie »… Ses détrac­teurs, pisse-vinaigre et pisse-copie, habi­tués à compres­ser la pensée en sentences défi­ni­tives, lui repro­che­ront de faire le portrait de l’être qu’il aime­rait voir en son miroir. Vrai que le philo­sophe et fonda­teur de l’uni­ver­sité popu­laire de Caen, fils d’ou­vrier agri­cole, auto­pro­clamé « orphe­lin de la gauche », athée tendance anar­chiste, s’est imposé comme une rock-star dans son genre. C’est pour­tant bien le portrait de Mylène, aussi discrète qu’il est devenu incon­tour­nable, que Michel Onfray, profa­na­teur des esprits anes­thé­siés et sculp­teur d’une certaine morale esthé­tique, faisait dans Le Point, il y a quelques semaines. Ensemble, lui à la plume, elle au pinceau, ils viennent de publier  L’étoile polaire (Gras­set), conte dans la lignée du Petit Prince de Saint-Exupéry, œuvre poétique sur la trans­mis­sion et la réali­sa­tion de soi. Impro­bable, la rencontre entre l’hé­roïne de la variété française et le hérault d’une nouvelle pensée française s’est faite par l’in­ter­mé­diaire d’Anne Carrière, éditrice de Lisa-Loup et le conteur, premier essai illus­tré de Mylène, en 2003, et, plus récem­ment, de Fragile, recueil de photo­gra­phies inédites de la chan­teuse réali­sées par Sylvie Lancre­non. A l’époque, Carrière espère confron­ter Onfray à un psy dans un livre d’en­tre­tiens. Il préfère porter L’étoile polaire, dont il vient de termi­ner l’écri­ture. Anne Carrière en remet le manus­crit à Mylène Farmer. La parti­ci­pa­tion de Michel Onfray à une émis­sion de Radio Clas­sique durant laquelle il fait diffu­ser Je te rends ton amour, un des titres les plus person­nels de « l’ange roux », préci­pite la colla­bo­ra­tion. « Profon­dé­ment touchée » et « fière », Mylène lui envoie un texto de remer­cie­ment et bien­tôt ses aqua­relles. Qui s’as­semble, au-delà des appa­rences, se ressemble. Si l’icône Farmer appré­cie la liberté et l’hu­mour du maître-à-penser, L’étoile polaire, objet litté­raire élaboré à quatre mains, raconte une bles­sure fonda­trice que ces deux orphe­lins de père ont en commun : comment survivre à un parent aimé et admiré dont la dispa­ri­tion a dépeu­plé le monde…

mylène

Marie de Henne­zel…

Le 17 décembre 1995, Jean-Luc Dela­rue accueille Mylène, qui vient de sortir son album Anamor­pho­sée, sur le sofa de son émis­sion domi­ni­cale Déjà le retour. On l’avait quit­tée folle blafarde hurlant aux loups dans les bois sombres de Gior­gino, film incom­pris de Laurent Bouton­nat. Après un exil cali­for­nien, elle nous revient sexy et souriante, en tech­ni­co­lor. Cheve­lure rele­vée, longue robe rose et talons hauts, elle maîtrise tous les codes d’une séduc­tion à l’amé­ri­caine. La profon­deur en plus.  La psycho­logue et psycho­thé­ra­peute Marie de Henne­zel est annon­cée comme invi­tée de la chan­teuse. Dans un livre  préfacé par François Mitter­rand, La mort intime : ceux qui vont mourir nous apprennent à vivre (Robert Laffont), la clini­cienne raconte son expé­rience en soins pallia­tifs et auprès de malades du sida. L’ou­vrage a boule­versé Mylène Farmer. La lecture du Livre tibé­tain de la vie et de mort de Sogyal Rinpo­ché l’avait déjà aidée à mieux appré­hen­der la fini­tude de l’être humain. La sagesse de Marie de Henne­zel est un baume pour l’ar­tiste dite morbide, qui confiera, des années plus tard, son regret de n’avoir pu embras­ser la dépouille de son père, Max Gautier. Inter­viewée sur leur rencontre par un site de fans, en 2005, l’au­teure de La mort intime, elle, se souvien­dra d’un « certain contraste entre une extra­va­gance physique, exté­rieure, et une grande matu­rité inté­rieure, une profon­deur ». Entre temps, elle aura été invi­tée à l’un de concerts de la chan­teuse à Bercy, en 1996, et, plus surpre­nant, dans son domi­cile pari­sien pour un déjeu­ner. Pour Marie de Henne­zel, aujourd’­hui membre du comité d’hon­neur du collec­tif Plus digne la vie, Mylène Farmer a « quelque chose d’un ange, dans le sens où l’ange est le messa­ger, comme Hermès dans la mytho­lo­gie. On sent qu’elle est perméable, qu’elle capte les choses. »

Salman Rush­die…

Condamné par l’aya­tol­lah Khomeini pour héré­sie et blas­phème envers l’is­lam, en 1989, l’au­teur des Versets sata­niques – faux scan­dale reli­gieux et vraie critique litté­raire des prophètes corrom­pus- est tombé en béati­tude devant la rousse liber­tine, il y a vingt ans. D’or­di­naire réputé pour le tran­chant de sa plume, aigui­sée, comme celui de sa parole, décom­plexée, l’écri­vain indo-britan­nique prête à Mylène « la voix d’un ange déchu. » Long­temps forcé à vivre dans la clan­des­ti­nité, il rencontre la chan­teuse, elle-même prison­nière de sa célé­brité, à Londres, à la fin des années quatre-vingt-dix. Tous deux assistent à un vernis­sage de l’aqua­rel­liste Fran­cesco Clemente, proche de Rush­die. Comme deux papillons désépin­glés, ils se frôlent et font le tour de l’autre, lors d’un dîner qui s’en­suit. Elle est séduite par son achar­ne­ment à déjouer la mort, son raffi­ne­ment et son cynisme very british. Il est fasciné par son aura, sa beauté et son mystère. L’icône classe et l’ico­no­claste se rever­ront plusieurs fois. A Londres, Los Angeles et Paris, où Rush­die sera même présenté à E.T., le singe capu­cin de la chan­teuse ! Bien que deve­nus proches, en témoigne une photo de Mylène et de Milan Rush­die, fils de Salman, dévoi­lée par l’écri­vain sur Twit­ter, au début de l’été 2014, ils conti­nuent de s’ad­mi­rer l’un l’autre. « Son profes­sion­na­lisme m’épate. Après l’un de ses derniers concerts, elle m’a confié qu’elle souf­frait d’une angine et d’une fièvre. Et pour­tant, elle n’en avait rien laissé paraître à ses fans ! », nous décla­rait l’au­teur, peu après la fin de la tour­née Time­less de son amie, en décembre 2013.

David Lynch…

Fils prodige et prodigue de l’Amé­rique, aujourd’­hui dispersé entre la pein­ture, le design, la musique et la promo­tion de la médi­ta­tion trans­cen­dan­tale, le réali­sa­teur de Blue Velvet, Twin Peaks et Mull­hol­land Drive – entres autres œuvres sur la dualité et la mons­truo­sité en chacun de nous  – a d’abord obsédé Mylène Farmer en tant que cinéaste. Le citant à maintes reprises parmi ses metteurs en scène favo­ris depuis le début de sa carrière, la chan­teuse n’hé­site pas à utili­ser une réplique du film Elephant Man dans un de ses titres, Psychia­tric, en 1991. « I am not an animal, I am a human being » :ce cri déses­péré du héros John Merrick, homme difforme réduit à n’être qu’une bête de foire, fait écho chez Mylène, déjà plus que singu­lière dans l’in­dus­trie du spec­tacle. En 1988, on l’a faite monter sur la scène des Victoires de la musique,  moins pour la grati­fier du prix de l’in­ter­prète fémi­nine que pour l’ex­hi­ber telle une chimère, une erreur de la créa­tion. Ecoeu­rée, elle n’y revien­dra plus, réser­vant ses élans à qui les vaut. Quand Ciby 2000, société de Fran­cis Bouygues produi­sant et distri­buant le cinéma de David Lynch, orga­nise une soirée en l’hon­neur de ce dernier, à Paris, à la fin des années quatre-vingt-dix, « l’ange roux », convié, appa­raît. Farmer et Lynch n’ont pas appris la même langue, mais ils déclinent un même langage.Ces deux misfits se recon­naissent, échangent et restent en contact. Bien qu’a­po­li­tique, en octobre 2007, Mylène gravit ainsi le perron de l’Ely­sée pour voir son ami décoré des insignes d’of­fi­cier de la Légion d’hon­neur par Nico­las Sarkozy. A l’is­sue de la céré­mo­nie, inter­pel­lée par un jour­na­liste d’Eu­rope 1, elle confiera, dans un franc sourire : « Dites simple­ment  à vos audi­teurs que j’aime David Lynch ! »Elle retrou­vera plus discrè­te­ment le cinéaste en janvier 2014, alors qu’il inau­gure une expo­si­tion de ses photos, inti­tu­lée Small stories, à la Maison Euro­péenne de la Photo­gra­phie, dans le quatrième arron­dis­se­ment de la capi­tale. « Génie touche-à-tout » et « mystique bouillon­nant » selon la chan­teuse, le réali­sa­teur, ex-étudiant en arts plas­tiques, l’au­rait égale­ment initiée à la litho­gra­phie, tech­nique d’im­pres­sion périlleuse, de façon « rassu­rante ».

claude berri et mylène

Claude Berri…

Malgré sa dispa­ri­tion en 2009, le cinéma français ne l’a pas oublié. Le grand public, non plus. A lui seul, tantôt réali­sa­teur,  tantôt produc­teur, souvent les deux, Claude Berri aura généré près de 50 millions d’en­trées en salles. Tchao Pantin, Jean de Florette, Manon des Sources, Germi­nal, Ensemble, c’est tout, Trésor, mais aussi Tess, Banzaï, L’ours, L’amant, La Reine Margot, Ma femme est une actrice, Asté­rix et Obélix : Mission Cléo­pâtre ou encore Bien­ve­nue chez les Ch’tis… Diffi­cile d’énu­mé­rer les succès ciné­ma­to­gra­phiques, critiques et popu­laires, auxquels son nom fut asso­cié, sans perdre son souffle. Auto­di­dacte du 7eme art, Claude Lang­mann, de son vrai nom, n’avait pas seule­ment du flair pour pres­sen­tir le goût des autres. Ce grand pudique, à la mine parfois sombre mais aux avis toujours éclai­rés, avait égale­ment l’œil d’un esthète. A la tête d’une impres­sion­nante collec­tion d’œuvres d’art contem­po­rain à la fin de sa vie, l’homme acheta une gouache de Magritte dès ses trente-six ans, ouvrit une gale­rie dans laquelle il exposa, Yves Klein et Daniel Buren, entre autres, au tout début des années quatre-vingt-dix, et rassem­bla ses ultimes coups de cœur dans un espace de 280 mètres carré à son nom, en 2008. C’est par l’in­ter­mé­diaire de sa dernière compagne, Natha­lie Rheims, qu’il rencontre Mylène Farmer, à l’aube des années 2000. Natha­lie vient de publier son premier roman, L’un pour l’autre, qu’elle fait suivre à Mylène. Celle-ci l’en remer­cie – par textos – avant de l’in­vi­ter chez elle en Corse. Une amitié, encore entre­te­nue par une conver­sa­tion télé­pho­nique quoti­dienne, est née. Claude Berri succombe à son tour. Après avoir vu l’icône Farmer sur scène, il assure à son entou­rage n’avoir pas vécu pareille révé­la­tion depuis…

Edith Piaf ! Un projet d’adap­ta­tion de L’ombre des autres, autre roman de Natha­lie Rheims, avec Mylène dans le premier rôle, est bien­tôt lancé. Il ne survi­vra pas à la mort de Berri. Le dernier nabab du cinéma français et sa compagne auront néan­moins aidé leur amie à crever un autre écran : celui de sa réserve. C’est tous les trois qu’ils se rendent ainsi à l’édi­tion 2006 de la Foire Inter­na­tio­nale de l’Art Contem­po­rain (FIAC), grand rendez-vous de la vie pari­sienne. Le 15 janvier 2009, au cime­tière de Bagneux où l’on enterre Claude Lang­mann-Berri, un voile noir – le col déroulé de son pull – cache le visage de Mylène. Si la vie a une fin, ce jour-là, le chagrin n’en avait pas.

Article paru sur gala.com

 

Publié dans Mylène dans la PRESSE, Mylène et L'ENTOURAGE | Pas de Commentaires »

Mylène Farmer au 20 H PARIS PREMIÈRE

Posté par francesca7 le 3 février 2015

 

30 MAI 1996 – Entretien avec Paul AMAR

Paris Première

1996-05-bComme son nom l’indique, cette émission prend place à 20h, sur Paris Première. Paul Amar y reçoit une personnalité différente chaque soir de la semaine, pour un long entretien en tête à tête. Ce soir­là, c’est Mylène Farmer qui est à l’honneur. Le plateau de cette émission, Porte Maillot à Paris, a pour particularité d’être en vitrine : les gens qui passent dans la rue peuvent donc tout voir. C’est sans doute pour cela que l’interview de Mylène a été enregistrée si tard (vers minuit) mais cela n’a pas empêché une poignée de fans de s’y rendre.

Pendant le générique du début, la chanteuse est filmée dans la rue, seule, en contre plongée. Coiffée d’un chignon, elle porte une toute petite robe bleue et des platform shoes blanches. Souriante, mais visiblement mal à l’aise, elle marche dans la nuit parisienne, tantôt les bras dans le dos, tantôt les bras croisés, mais toujours le regard fuyant, et ce jusqu’au studio de l’émission.

Paul Amar : (off sur ces images) Mylène Farmer apparaît très rarement sur les plateaux télé, elle ne les aime pas. Mais notre bulle de verre ressemble si peu à un plateau télé. (Mylène entre dans les locaux de Paris Première) Elle trouve la télévision de plus en plus anecdotique et inintéressante ;  nous veillerons, elle et moi, à rendre l’entretien le plus dense possible. Elle n’aime pas le soleil :  extérieur nuit, ce sera notre décor d’un soir. (Mylène arrive dans le studio et s’assied, seule, sur un canapé, contre la vitrine derrière laquelle se sont agglutinés plusieurs fans) Elle cultive volontiers le mystère, je le savais et je l’ai vérifié en découvrant le titre de son dernier album « Anamorphosée ». J’ai pris, je l’avoue, le dico pour être bien sûr du sens : ‘Anamorphose : image déformée par un miroir courbe’. Pourquoi Mylène Farmer se veut­elle à ce point déformée ? Pourquoi met­elle un miroir courbe entre elle et nous ? Je ne sais pas. Vous non plus, je suppose. Alors, suivez­moi, je vais me glisser derrière le miroir pour tenter de surprendre la vraie Mylène Farmer. Mais, s’il vous plait, ne le lui dites surtout pas, elle pourrait m’en vouloir.

(Paul Amar entre dans le champ de la caméra et s’installe à côté de Mylène)

Bonsoir Mylène Farmer…

Mylène Farmer : Bonsoir.

PA : Merci d’être avec nous dans cette bulle de Paris Première. (regardant les fans de l’autre côté de la vitre) Vous savez que il y a eu Bruel et vous. Voilà ! Le soir, tard, du monde, comme ça, autour de la bulle. Ils nous entendent !

MF : (tournée vers les fans) Bonsoir ! (rires)

PA : La présence de ce public qui est venu vous voir, donc de vos fans, dans cette émission qui commence, ils vous rassurent, ils vous inhibent, ils vous… ?

MF : (en regardant le fans) Me rassurent. (sourire)

PA : Ils vous rassurent ?

MF : Oui. (large sourire)

PA : Parce qu’ils vous aiment ?

MF : Je le suppose puisqu’ils sont là ! (sourire en les regardant)

PA : Vous aimez être aimée ?

MF : J’aime être aimée, oui !

PA : Alors, il est tard, le soir, vous le voyez de toute façon à la lumière, parce que cette émission sera diffusée jeudi 30 pour la première fois, à 20h, c’est­à­dire vingt­quatre heures avant Bercy et, comme vous êtes en tournée, entre plusieurs villes de province et Paris, on a choisi tard le soir pour enregistrer cette émission. Vous auriez préféré être en direct et en pleine lumière, à 20h, ou cette lumière nuit vous convient davantage ?

MF : Je crois que je préfère la nuit.

PA : Pourquoi ?

MF : C’est plus rassurant pour moi.

PA : Pourquoi ?

MF : Ça fait partie des paradoxes : je peux être dans la lumière et j’aime l’ombre également.

PA : Et vous préfèreriez l’ombre ou la lumière si vous deviez choisir ­ lumière jour, ombre nuit ?

MF : J’aurais les deux réponses : l’ombre et la lumière. (large sourire)

PA : L’ombre et la lumière…

MF : Difficile de faire un choix entre les deux.

PA : A vingt­quatre heures de Bercy, vous vous sentez comment ? Ça va ?

MF : Ça va bien. Le trac, quand même, mais relativement sereine.

PA : Et le trac adouci par le fait que vous aimez la scène. Je veux dire : rencontrer le public sur scène dans…

MF : (le coupant) J’aime profondément ça. Je le fais rarement, mais j’aime ça.

PA : Alors, vous allez chanter évidemment toutes vos chansons qu’on connaît, mais notamment les plus récentes, et celles de cet album que j’ai reçu, Mylène Farmer, que j’ai écouté très attentivement et je l’ai dit, en vous accueillant, j’ai repris le titre, je fais un aveu : je ne connaissais pas ce terme, « Anamorphosée »…

MF : C’est un terme cinématographique, mais j’avoue que, moi, je lui ai trouvé un sens plus poétique, et j’ai mis ‘ée’ à la fin. C’était plus pour évoquer l’idée d’un spectre qui s’est élargi ­ donc ma vision du monde, mes sensations qui se sont élargies ­ et l’idée de ce rassemblement, non pas de la compression, mais d’un rassemblement pour ne faire plus qu’une image et pure.

PA : Ce que vous dites, c’est pas ce que j’ai ressenti parce que quand j’ai vu la traduction de ce texte, je me suis dit, quoi, ça veut dire déformation. C’est un peu comme au Musée Grévin : on se présente devant un miroir courbe et, tout d’un coup, c’est pas nos traits. Alors moi je me suis dit…

MF : (le coupant) J’ai pris le risque.

PA : Vous avez pris le risque ?

MF : Je savais que je pouvais. Oui. (rires)

PA : Mais alors justement, enfin, quand j’ai vu ce mot et quand j’ai cherché le sens, j’ai aussitôt regardé vos photos, celles que vous présentez de vous, et aucun trait de vous n’est déformé ! On va les regarder ensemble. (il feuillette le livret du CD « Anamorphosée » en gros plan) Vous apparaissez telle que vous êtes habituellement. Alors qu’est­ce qui est déformé ? Parce que, d’une façon visible, rien n’est déformé : vos yeux, le corps…

MF : Mais, à nouveau, j’écarte, moi, le sens de la déformation, justement. En aucun cas déformation, non.  Peut­être transformation, mais ce n’est pas non plus ‘métamorphosée’. (rires) Peu importe, d’ailleurs. Je préfère le sens poétique de ce mot.

PA : Transformation, si elle devait exister, de quelle nature ?

MF : Je crois que j’ai un grand changement qui s’est opéré en moi. J’ai voyagé, d’abord.

PA : Oui…

MF : Je me suis échappée de la France pendant près d’un an. J’ai essayé d’oublier mon métier, de m’oublier moi­même d’une certaine façon, et essayé de découvrir des choses différentes, des choses qu’on peut qualifier d’un peu plus normales, la vie de tous les jours en somme.

PA : Vous savez que le contraire ­ vous qui connaissez très bien le sens des mots, et je vous écoute, et vous avez écrit vos textes ­ le contraire de ‘normal’, c’est…?

MF : Anormal. J’aime l’anormalité ! (large sourire)

PA : Ce qui m’a un peu effrayé, je vous le cache pas, vous qui dites là, à l’instant, que vous vouliez retrouver un petit peu la normalité, (en lui montrant la pochette de « Anamorphosée ») c’est quoi ?! C’est la décapitation ?! Y’a pas votre tête !

MF : Je sais. Mais, là encore, j’ai pris le risque parce que je savais que ça pouvait évoquer ça. Moi, je l’ai plus pensé en ce sens : l’esprit qui s’échappe, l’esprit qui va vers le haut, l’esprit qui voyage. Donc c’est ce que moi, j’ai voulu évoquer.

PA : L’esprit a voyagé et le corps a voyagé vers l’Amérique, c’est ça, quand vous avez quitté la France ?

MF : L’Amérique. J’ai choisi l’Amérique. Pourquoi ? Je ne le sais pas bien, dans le fond. C’est peut­être plus facile pour moi que d’aller vers Los Angeles puisque j’y avais déjà rencontré quelques personnes. Maintenant, c’était plus l’idée des étendues vastes, d’une forme de liberté, une certaine solitude parce que Los Angeles est une ville pour solitaires : la rencontre est très difficile malgré tout…

PA : Elle peut être violente parfois ?

MF : Elle peut être violente, troublante, mais j’avoue que j’ai passé, moi, un très, très bon séjour.

PA : Et c’est là­bas que vous avez écrit « California » ou c’est ici ?

MF : C’est là­bas.

PA : Ah c’est là­bas…

MF : Donc, moi, j’ai demandé à la personne qui travaille avec moi, compositeur et producteur, Laurent Boutonnat, de m’y retrouver, et cela au bout, je crois, de cinq mois, et j’ai eu cette envie que d’enregistrer l’album à Los Angeles.

PA : Là on regarde ­ je dis bien on regarde, on écoute évidemment ­ « California », mais on regarde « California », là­bas !

Diffusion d’un large morceau du clip « California »

PA : Le regard est très triste à la fin. C’est la perception que vous avez de Los Angeles, de l’Amérique telle que vous la montrez là ?

MF : Non, parce que là, elle est un petit peu caricaturale, je dirais. On s’est quand même polarisé, ou concentré, sur la prostitution. Los Angeles n’est pas uniquement la prostitution. D’ailleurs, il a été difficile de…

Sur Sunset, il y a souvent justement ­ le quartier cloisonné ­ toutes les prostituées, et là j’avoue qu’elles avaient disparu car elles avaient des problèmes avec cet acteur, enfin tout ce qui s’est passé autour de cette anecdote… (allusion à l’arrestation quelques mois plus tôt de Hugh Grant avec une prostituée, nda)

PA : Hugh Grant, oui. Pourquoi ce choix justement ? Pourquoi ce thème ?

MF : Je ne suis pas sûre d’avoir la réponse, si tant est que j’ai toujours envie de jouer, d’interpréter une prostituée. Et j’avoue que sur « California », c’est spontanément venu. Et donc, j’ai fait appel à Abel Ferrara qui, lui, évoque beaucoup la prostitution dans ses longs métrages.

PA : Quand vous dites dans la chanson : ‘Ma vie s’anamorphose’­ c’est difficile à dire, d’ailleurs ! ­ alors ça veut dire quoi dans ce… ?

MF : Dans cette chanson là ?

PA : Dans cette chanson, oui.

MF : Là encore, j’ai toujours une difficulté quant à l’explication de textes. Parfois, il suffit de prendre des mots et, ma foi, une sonorité peut évoquer certaines choses. Moi, ‘ma vie qui s’anamorphose’, si je peux essayer de trouver un sens à ce mot, c’est plus dans l’idée de ce rétroviseur, et là on en revient plus à l’aspect cinématographique, donc de cette concentration du format cinémascope, etc. Mais j’ai l’impression qu’on ennuie les gens avec ça ! (rires)

PA : Y’a un contraste impressionnant ­ moi, je vous découvre, je connaissais vos chansons, mais je vous découvre ­ entre cette façon dont vous vous exprimez, qu’on retrouve d’ailleurs dans vos textes, et cette image que vous montrez avec ce public toujours patient. (il se retourne et regarde les fans derrière la vitre. Mylène lève les yeux vers eux, un large sourire aux lèvres) Apparemment, ils ne se lassent pas de ce que vous dites, de ce que vous montrez de vous. Cette image très, on va dire les choses, qui est même perturbante pour un homme qui vous interviewe, troublante en tous cas, que vous montrez, très provocatrice, et puis les mots que vous employez, ce que vous dites à l’instant.

Vous en êtes consciente, j’imagine quand même ?! C’est délibéré ?

MF : Délibéré, préméditation, non, je n’en suis pas sûre. C’est juste l’idée et l’envie que d’interpréter des rôles différents. C’est autant de facettes qui font partie d’une personnalité. J’essaie, moi, de les exploiter, de ne pas tricher et de ne m’interdire rien.

PA : Rien ! Mais ça veut dire que dans ce clip, vous êtes dans la fiction ? Vous ne mêlez pas ce que vous ressentez, ou dans le texte d’ailleurs que vous écrivez, ce que vous ressentez, parce que j’ai cru comprendre que, et là j’oublie le clip qu’on vient de voir évidemment, j’ai cru comprendre qu’il y avait une frontière très mince entre ce que vous exprimez et la façon dont vous vivez les choses finalement…

MF : Il y a une frontière très, très mince, dans le fond. C’est vrai que quand moi j’écris les textes, dans le fond je ne pense qu’à moi, qu’à ce que je ressens, ce que j’ai envie d’exprimer. Parfois, ce sont des idées ou violentes ou dérangeantes. Mais, là encore, c’est faire abstraction absolument de l’autocensure. Et c’est une liberté pour l’écriture.

PA : Vous êtes de ce point de vue complètement désinhibée ?

MF : Non ! Parce que ce serait là l’absolue liberté. Je ne le suis pas, mais dans le fond, ce métier m’aide à justement extérioriser tout ce que je n’oserais pas probablement dans la vie de tous les jours, donc c’est une chance que de pouvoir avoir ça.

PA : Ça va ? C’est la première fois que vous participez à une émission aussi longue, une heure ?

MF : Aussi longue, oui ! (rires)

PA : C’est la première fois ?

1996-05-cMF : Oui, je crois, oui. (Mylène a pourtant jusqu’alors participé à plusieurs reprises à des entretiens de toute sorte au moins aussi long, mais peut­être pense­t­elle aux conditions de tournage, dans la continuité, dans les conditions du direct etc.)

PA : Et ça va ?

MF : Ça va bien, oui ! (sourire)

PA : Je ne sais pas qui doit avoir le plus peur de l’autre !

MF : (rires) Je ne sais pas…

PA : On retrouve Mylène Farmer dans quelques instants, après la pub.

Coupure pub

Au retour plateau, Paul Amar et Mylène Farmer se sont déplacés : ils sont désormais face à face sur des petits siègent entourant une table basse. Une télévision reprend l’image de leur tête à tête en second plan. Ils se sont éloignés de la vitrine et on ne voit donc plus le public.

PA : Et on retrouve notre invitée, Mylène Farmer. Je ne sais pas si les téléspectateurs ont vu – il y avait tous ces albums que j’ai présentés, enfin j’ai présenté le plus récent évidemment, de vous ­ mais vous êtes arrivée avec un gros livre que vous gardez ! (rires de Mylène) On a changé de lieu, vous êtes arrivée avec ce gros livre, vous le gardez avec vous. Qu’est­ce que c’est ?!

MF : C’est­à­dire que quand vous avez, que nous avons préparé l’émission…

PA : (la coupant) Attendez, on va le montrer. N’hésitez pas ! Je sais bien qu’il est lourd…

MF : (elle s’avance pour poser le livre sur la petite table devant elle, mais le reprend aussitôt, en regarde la tranche, avant même qu’un cadreur, qu’on voit s’approcher, ait pu le filmer !) Je sais qu’on va évoquer la littérature, et ce livre fait partie de…Est­ce que c’est un livre de chevet ? J’en sais rien, mais en tous cas, c’est un livre que je trouve magnifique et c’est un cadeau. Donc j’avais envie de l’emmener tout simplement ! (elle le pose cette fois sur la table)

PA : L’auteur…?

MF : (penchée en avant, elle le feuillette sur la table) Et c’est Allan Edgar Poe (sic), traduit par Baudelaire. Et c’est un livre très ancien du XIXème siècle et qui a beaucoup d’illustrations, si je les trouve. (elle peine en effet à en trouver une au hasard des pages) Ce sont des anciens dessins…

PA : Et bien je vais le découvrir ! Décidément, vous me faites découvrir beaucoup de choses ! (le journaliste feuillette le livre à son tour) Alors, « Le scarabée d’or » ­je sais que vous aimez les animaux.

« Le chat noir ». Décidément ! C’est complètement au hasard, et rien n’est préparé. Tout est improvisé. (il s’arrête sur une illustration qu’on ne voit pas à l’image) C’est un peu lugubre, non ? Mais c’est de la littérature…

MF : (toujours penchée en avant sur son livre, elle ne l’a pas lâché et scrute ­ inquiète ? ­ son feuilletage par l’animateur) Oui. C’est Edgar Poe !

PA : C’est Edgar Poe ! Vous aimez lire, hein ?

MF : (refermant le livre tandis que, comme le journaliste, elle se redresse dans son siège) J’aime lire. Je ne lis pas suffisamment, mais j’aime ça.

PA : Déjà enfant, adolescente, vous lisiez beaucoup ?

MF : Pas du tout. Au contraire ! Je crois que j’ai eu une rébellion absolue quant à l’école et ce qu’on vous imposait comme lecture, donc je crois que j’ai refusé ça totalement. Jusqu’au jour où, autodidacte, j’ai décidé que j’allais, moi, vers une famille littéraire, et puis après, on fait son chemin tout seul. Et c’était plus agréable comme ça pour moi.

PA : Quand vous écrivez vos textes, vos chansons, vous écrivez comment ? Où ? La nuit, le jour ?

Chaudement habillée, dévêtue ? Seule ? Pas seule ?

MF : La seule réponse que je puis formuler : seule. Maintenant, quant à la tenue vestimentaire, je crois qu’elle m’importe. J’essaie de me souvenir ! (elle cherche) Non, ce peut être la journée, la nuit : peu importe.

PA : Le lieu, peu importe ?

MF : Le lieu, non, peu importe.

PA : Peu importe ? (Mylène confirme) Ça peut être chez vous. C’est à Paris, c’est à la campagne, c’est au bord de la mer, peu importe ?

MF : Ça dépend. Pour cet album, par exemple, c’était à Los Angeles, dans une maison qui était louée, qui avait un petit studio à l’étage inférieur. Et c’était…non, pas dans ma chambre. Dans une autre chambre.

PA : Ah, les douze chansons de cet album, vous les avez écrites là­bas ?

MF : Oui.

PA : En ville même ? Dans la ville ?

MF : Oui. J’avoue que je crois ne pas avoir besoin d’un lieu justement précis. J’arrive à m’isoler, et reformer cette bulle dont on a besoin pour écrire, dans n’importe quel lieu.

PA : On a vu la ville, en tous cas telle que vous, vous l’observez, vous la ressentez, dans « California ». On va voir une autre sorte de ville, fin de monde, fin de siècle : « L’Instant X ».

Diffusion d’une partie du clip de « L’Instant X »

PA : Alors tout est blanc, mais c’est pas un blanc immaculé. Là vous annoncez des choses terrifiantes, non ?

MF : (rires) Non, j’ai voulu retracer la vie, non pas la vie, mais une journée, que l’on peut avoir, où tout va mal.  Tout va mal. C’est une concentration d’évènements, dès qu’on se lève, et tout va mal, à nouveau, et on attend ce moment : souvent il se passe ça dans une journée ou dans un mois, où à la fois toutes les choses viennent se concentrer, se former un peu comme un puzzle, et c’est le moment où tout rejaillit, et cette fois vers le haut, et non pas vers le bas. (rires)

PA : Ce jour­là, vous alliez bien ou mal ? C’était un jeu de votre part ou vous étiez dans une humeur plutôt maussade ?

MF : Très sincèrement, je ne m’en souviens pas, mais… Je ne sais pas.

PA : Et cette fin de siècle que vous nous annoncez, vous en pensez quoi, vous ? Vous y croyez au messie ­ parce que vous parlez du messie ? L’instant X, c’est quand le messie arrivera ?

MF : Pas précisément. Je crois… Je crois à quoi ? Une forme de spiritualité, je crois qui est indispensable pour tout le monde. Maintenant, être une religion particulière, non, j’avoue que j’ai du mal à le nommer.

PA : Spiritualité, vous la voyez quoi ? dans le regard de l’Homme, ou là­haut, une force invisible, supérieure ?

MF : Parfois, j’aime l’idée de la force invisible, et je préfère trouver une force et une générosité ici, et de personne à personne. C’est plus important.

PA : C’est quoi le Styx ?

MF : Le Styx, c’est ce lac qui est dans l’enfer. (sourire)

PA : Ah ! Et vous dites ça avec un sourire désarmant ! (rires de Mylène) Vous le connaissez ce lac ?

MF : Je l’ai évoqué souvent en tous cas. J’aime beaucoup ce mot. J’aime bien jouer avec les mots.

PA : Et vous l’imaginez comment, ce lac ?

MF : Très noir.

PA : Et l’Enfer ?

MF : Une idée de l’Homme, dans le fond…

PA : Noir aussi ?

MF : Oui. Trop lourd. Trop lourd, cette idée.

PA: C’est simplement un jeu auquel vous vous livrez ou, au fond de vous, vous avez cette vision assez pessimiste ou de l’homme, ou de l’humanité. Est­ce qu’on se rapproche, quand je vous entends parler et vous entends penser à voix haute, plutôt de la littérature, ou est­ce que vraiment, au fond de vous­mêmes, vous exprimez ce que vous pensez ?

MF : Je crois avoir… Je ne sais pas si vous faites allusion à pourquoi un public a pu me suivre tout au long de ces années quand, moi­même, j’ai évoqué des thèmes un peu plus difficiles, un peu plus désenchantés, parce que moi­même je l’étais profondément, oui. Maintenant, il s’opère dans la vie, à nouveau, des changements, qu’on le veuille ou non, et il y a des personnes qui ne changent pas. Moi, j’ai eu cette chance que de rencontrer… C’est toujours, là encore, difficile ou la justification ou d’essayer de trouver des mots. Vous dire que j’ai trouvé la lumière serait un petit peu fort, mais j’ai une rencontre, en tous cas, d’avec un livre qui a été important dans ma vie…

PA : Lequel ?

MF : …qui est « Le livre tibétain de la vie et de la mort » qui parle de l’idée de l’impermanence, vivre le moment présent. Et ça, ça a été quelque chose d’extrêmement fort pour moi. Cette idée que de ne pas appréhender la mort. Enfin, autant de choses. Là, je vous donne tout en vrac, c’est un peu confus ! (sourire) PA : Non, non, non, non, je vous suis parfaitement ! Vous étiez…

MF : (le coupant) Tout ça pour essayer d’évoquer ce changement.

PA : Oui, parce que vous étiez hantée par l’idée de la mort, par cette notion de mort…

MF : (le coupant) J’étais profondément hantée, c’est­à­dire qu’il n’y avait pas un jour sans que je pense à cette mort.

PA : La mort de l’autre ou… ?

MF : Ou la mort de l’autre ou ma propre mort, le vieillissement, enfin toutes ces choses qui font que vous vivez mal, dans le fond. Et c’est, dans le fond aussi, le refus de vivre (silence et sourire).

PA : Tout au long de l’émission, j’ai le sentiment, parce que là vraiment je vous découvre et j’ai vraiment l’impression qu’il se passe quelque chose de nouveau, puisque vous l’affirmez, et alors il y aurait un décalage, c’est rigolo, si j’ose dire, mais ça doit l’être, entre les sujets qu’on a prévus…

MF : C’est vrai ?!

PA : Hé bien oui, qui sont le reflet de tout ce que vous avez offert, jusqu’à présent, à votre public, et les nouveaux mots que vous prononcez, c’est­à­dire les sentiments que vous exprimez. Alors, ça fait rien, allons jusqu’au bout ! Après tout, vous choisissez difficilement entre l’ombre et la lumière. On va continuer avec ce décalage.

MF : Bien sûr, oui.

PA : Alors, on va voir un extrait de film, « Giorgino » où là vous aviez un rôle difficile, très difficile…

MF : Oui.

PA : On regarde.

Diffusion d’un extrait en version originale de la scène où Catherine est piégée sur un lac gelé.

PA : Dans ce film de Laurent Boutonnat, vous jouez le rôle ­ c’est Catherine, c’est ça ? (Mylène confirme) ­ d’une jeune fille qui a du mal à sortir de sa propre enfance, à la limite de l’autisme. Est­ce que vous rejoueriez ce rôle aujourd’hui ?

MF : Oui !

PA : Il vous a plu ?

MF : Oui, beaucoup. Beaucoup.

PA : (en pointant les fans devant lui) Voilà, le public est encore là ! Vos chansons et vos albums, énormes succès, avec Céline Dion, enfin vous vendez par centaines de milliers et ce film n’a pas rencontré le succès auprès du public. A votre avis, pourquoi ?

MF : Le fameux instant X n’est pas venu ! (rires)

PA : C’est quoi, c’est comme une alchimie qu’on attend, qui se produit ou pas ?

MF : Je crois. Je ne suis pas sûre que ça remette en question ni la qualité du film, ni d’un album, ni d’un artiste.

Là, j’essaie de faire abstraction de moi, de ma présence dans le film, mais tout simplement, je continuerai de défendre ce film, je continuerai d’aimer ce film. Maintenant, je crois qu’il n’a pas trouvé la rencontre, qu’il n’a pas eu cette rencontre d’avec le public. Est­ce que c’était un mauvais moment pour le film ? Est­ce que c’était trop noir pour le public ? Je crois qu’on n’aura de toute façon jamais la réponse, donc… Ma foi, ‘accepter’ cet échec. Mais pour moi, ce n’en est pas un, donc je le vis bien dans le fond.

PA : On voit que vous aimez l’image, on le voit dans vos clips qui sont de petits scénarii, parfois courts, parfois brefs, parfois plus longs ­ dix à douze minutes. Vous aimez l’image au point de faire un long métrage. Vous allez continuer ?

MF : Là encore, je n’ai pas la réponse. Je crois que j’aimerais, oui, faire un autre long métrage. J’aime jouer, j’aime interpréter des rôles.

1996-05-fPA : On va sortir de cet univers un peu glauque, un peu difficile pour entrer dans un autre, beaucoup plus éclairé, là ­ on passe de l’ombre à la lumière ­ dans un univers que vous aimez qui est celui du cheval, et vous allez découvrir un homme que vous connaissez, et que Laure Fortin a rencontré.

Diffusion d’un sujet sur Mario Luraschi, qui avait réglé les cascades sur le clip « Pourvu qu’elles soient Douces ». Il en parle ici ainsi que de sa rencontre avec Mylène.

Mario Luraschi : (…) Pour Mylène Farmer, j’ai eu le grand plaisir de faire son clip. Effectivement, c’était exactement dans les mêmes conditions qu’un vrai film, d’ailleurs on a tourné plus de huit jours. Elle était venue s’entraîner un tout petit peu, pas beaucoup parce qu’elle a pas besoin de s’entraîner ; elle monte quand même très bien. Et on s’est, en plus, super bien marrés ! On a réglé toutes les cascades, aussi bien les grandes galopades, où elle retrouve le bel officier, que la partie grande bagarre où on s’est le plus marrés d’ailleurs !

(…)

PA : Vous n’étiez pas doublée, là, dans le film ?

MF : Non.

PA : C’est vous qui montez ?

MF : Oui, oui.

PA : Vous aimez le cheval…

MF : J’adore ça, oui. Je crois que j’en ai un petit peu peur aujourd’hui, bizarrement.

PA : Pardon ?

MF : Je dis que je crois que j’en ai un petit peu peur, peur de monter à cheval.

PA : Maintenant ?

MF : Oui.

PA : Pourquoi ?

MF : Parce que je le fais de moins en moins. Donc l’acrobatie…peut­être avec l’âge ! (rires) Mais, en tous cas, la rencontre d’avec Mario a été vraiment, je ne sais pas si c’est importante, mais extrêmement agréable. Et c’est quelqu’un d’abord de très doux, très sensuel sur un cheval, et très, très talentueux. Très généreux aussi.

PA : Vous aimez les animaux ?

MF : J’adore les animaux.

PA : On m’a dit que vous aviez un singe. Chez vous ?

MF : Oui.

PA : Il s’appelle comment ?

MF : E .T. C’est un capucin.

PA : C’est­à­dire, un capucin ? C’est quelle… ?

MF : C’est un singe d’Amérique du Sud.

PA : Et il vit avec vous ? (Mylène confirme) Et la communication, ça se passe comment entre vous ?

MF : Très, très bien ! (sourire)

PA : C’est­à­dire ?

MF : Nous pouvons converser, jouer. Des moments de tendresse. Autant de choses qui…

PA : (la coupant) Il peut y avoir une vraie communication entre l’humain et l’animal ?

MF : Bien sûr ! Bien sûr, et précisément le singe.

PA : Qui se passe de mots…

MF : Je crois qu’elle aime bien les mots. Elle aime les intonations, mais ça, comme tous les animaux. Mais c’est quelqu’un de très, très intuitif.

PA : Mylène Farmer reste avec nous jusqu’à la fin de l’heure, jusqu’à 21h. Pub.

Coupure pub

Au retour plateau, Paul Amar et Mylène Farmer ont à nouveau changé de place : ils sont désormais assis sur de hautes chaises de bar autour d’une table. Mylène a un verre de jus d’orange devant elle auquel elle ne touchera pas ! On voit à nouveau le public derrière la vitrine.

PA : Mylène Farmer est toujours avec nous, à quelques heures à peine, elle nous fait la gentillesse de venir dans cette bulle, à quelques heures à peine de Bercy. Vous vous préparez comment ? Vous allez dormir ? Vous allez vous reposer ou pas?

MF : J’ai peu le temps de me reposer, mais je fais beaucoup de sport. J’essaie de continuer avant les concerts, donc c’est de l’entraînement, avec Hervé Lewis qui est un très, très bon entraîneur et un ami également. C’est de la musculation et beaucoup d’endurance, donc de la course. Et en fait, je suis tout, tout près de chez vous quand je viens faire du sport !

PA : Au gymnase à côté­là ?!

MF : Je ne sais pas ! (rire gêné)

PA : Bon, on ne va pas ­ ah ben, c’est vrai qu’il y a le public qui écoute ! Ils pourraient encore vous suivre jusque là !

MF : Non, je plaisante !

PA : Quand vous allez entrer dans la salle, et que vous allez voir cette foule immense, qu’est­ce qui se passe dans votre tête ou dans votre cœur ? Est­ce qu’il bat plus fort ?

MF : Il bat plus fort. Le trac, en général, c’est avant, avant d’entrer en scène. C’est quand on commence à trop penser, trop réfléchir et une fois que ou que l’on monte sur scène, ou en dessous de scène, ou dessus de scène ­tout dépend de l’apparition­ là, j’avoue que s’opère un total changement : on est totalement dans le spectacle. Et, enfin, l’analyse et la réflexion se dissipent.

PA : C’est ça, et là vous vous donnez à la foule, quoi, vous donnez votre talent. Un aperçu de ce concert, vous étiez il y a quelques jours à Toulon pour chanter : on regarde, on écoute, avant d’en parler.

Extraits de « Alice », « Je t’aime mélancolie », « California » et « Désenchantée » filmés lors de la première représentation du Tour 96, à Toulon.

PA : Avant de parler spectacle, et c’est l’objet de toute notre émission, je voudrais une petite parenthèse qui sera brève : le fait d’aller chanter à Toulon ne vous a pas posé de problème, vous avez réfléchi, vous avez hésité ?

MF : Non. Non. Je sais quels sont les problèmes à Toulon. (la ville vient de passer aux mains du Front National lors des récentes élections municipales et de nombreux artistes y annulent leur passage, nda)

Maintenant, ma vie est celle du spectacle donc pourquoi refuser que d’aller dans cette ville ? Tous les gens n’ont pas choisi, une fois de plus, ce qu’il s’est passé et ce qu’il s’y passe. Non, j’y ai pensé, bien évidemment.

Maintenant, j’ai décidé d’y aller et le Zénith de Toulon est une très, très belle salle. Et le public était magnifique !

PA : Et des gens de la municipalité ne vous ont pas agressée, vous ont laissé faire ? Il y a pas eu de problème de ce point de vue ?

MF : Pas du tout. Aucun problème. Aucun.

PA : Allez, on ferme parce qu’on ne va pas parler de ça longtemps : ce n’est pas une émission politique, et puis on ne va pas la polluer. Je vais revenir au spectacle. Vous avez des tenues extravagantes, comme ce soir aussi !

MF : (rires) C’est Paco Rabane qui a fait les habits et là, j’avoue que c’était encore un très, très bon moment, en tous cas toute l’élaboration justement des costumes, les idées. Là encore, j’ai de la chance.

PA : J’imagine qu’on vous a déjà posé la question, mais bon, inévitablement, on y pense en vous regardant sur scène : Madonna. On vous a déjà posé la question ?

MF : Mais pourquoi ‘inévitablement’ ? Est­ce que c’est un défaut journalistique ou est­ce que c’est une vraie envie que de me comparer à Madonna ? Je vais vous retourner la question ! (rires)

PA : C’est bien, j’aime bien ça ! C’est une vraie perception : cette façon que vous avez de bouger sur scène, d’être désinhibée, vous l’avez dit tout à l’heure, de mêler à la fois la danse, le chant, la chanson, mais aussi vos textes, comme une provocation comme ça lancée à l’homme. Donc, inévitablement, la comparaison se fait.

MF : Alors la comparaison ne me dérange pas. (sourire) Et, une fois de plus, je trouve qu’elle a beaucoup de talent donc, dans le fond, peu m’importe.

PA : Peu vous importe.

MF : Peu m’importe.

PA : Vous la prenez pour flatteuse, pour dégradante, pour… ?

MF : Comme je l’ai dit : flatteuse. Flatteuse. C’est quelqu’un de grand talent : qu’on épouse ou non ses revendications, ses excès, c’est malgré tout quelqu’un de grand talent, et elle l’a assez prouvé parce qu’elle dure, perdure, donc ce ne peut être, dans le fond, qu’un compliment, en tous cas sur, j’oserais dire, la longévité en tous cas.

PA : J’imagine qu’un journaliste américain pourrait dire un jour à Madonna ‘Tiens, vous me faites penser à Mylène Farmer’ !

MF : Je ne sais pas ! (rires)

PA : (se retournant pour regarder les fans derrière la vitre) Le public est toujours là et il nous écoute toujours. Moi, je n’en reviens pas ! Vous savez quelle heure il est ? Je le dis aux téléspectateurs : chez vous, il est, quoi, 20h20 pour la diffusion, là, ici, pendant l’enregistrement, il est plus de 0h20. Ils sont venus au tout début, et ils sont encore là ! Ils sont même organisés : ça existe, vous avez un club de fans qui existe et que Lionel Boisseau a retrouvé. Il a rencontré deux de ses adhérents qui parlent de vous, et de quelle manière !

Diffusion d’un sujet sur Olivier et Wilfried, les deux fans qui s’occupent alors du Mylène Farmer Fanzine, créé en 1992. Comme le dit le reportage, ce fanzine s’apprête à devenir le Mylène Farmer Magazine (quelques mois plus tard, en septembre 1996). Intégralement consacré à la star, il continuera d’exister jusqu’en 2004.

PA : Il est là, Wilfried. Il est là ! (gros plan sur le jeune fan en question, derrière la vitre, qui fait un petit coucou à Mylène) Il est venu. Vous le connaissez ? Vous l’avez déjà rencontré ce garçon ?

MF : Probablement. Je ne sais pas. (Mylène regarde fixement le fan avec un grand sourire)

PA : Je ne sais pas, on peut continuer l’interview, oui ? Puisqu’ils écoutent… Il y a comme un lien entre vous et eux, j’ai presque envie de m’effacer si je pouvais !

MF : (rire gêné) Je vous en prie !

PA : Pourquoi vous aiment­ils ?

MF : Je ne sais pas. Je crois qu’il ne faut pas me poser cette question ! Je n’en ai pas la réponse. Je crois que je ne le sais pas.

PA : Le fait que des photos de vous soient comme ça épinglées sur les murs, sur leurs murs, qu’ils s’endorment avec, qu’ils se réveillent avec, ça génère quels sentiments chez vous, quelles sensations d’être présente comme ça dans une telle intimité finalement, de garçons ou de filles ?

MF : Oui… J’ai presque envie de dire c’est ce pour quoi je fais ce métier, sans penser à effectivement le poster contre le mur, mais en tous cas cette idée que d’être aimée, et que d’être choyée. Donc je ne vais pas me révolter contre le fait que quelqu’un veuille épingler ce fameux poster contre le mur !

PA : Ah non, ce n’était pas un reproche !

MF : Non, non, non ! (sourire) Vous voyez, je suis sur la défensive parce que c’est un sujet qui est extrêmement, dans le fond, délicat pour moi. Pourquoi m’aime­t­on ? Je ne sais pas. Mais, je l’accepte en tous cas.

PA : Est­ce qu’ils aiment ce mystère que vous avez entretenu, que vous entretenez ?

MF : C’est ce qu’ils disaient, en tous cas. Là encore, le mystère, c’est aussi une absence de justifications, que je continuerai probablement de faire, même si là j’ai décidé de parler un peu plus longuement. (sourire) Parce que, une fois de plus, je crois que la justification fait du mal, et me fait du mal à moi­même : trouver les mots justes, c’est très difficile.

PA : Non. Non, non. Vous l’avez fait tout au long de l’émission. Ils aiment peut­être aussi, en tous cas pour certains d’entre eux, garçons ou filles, cette ambiguïté que vous avez cultivée jusqu’à présent…

MF : Probablement.

PA : « Sans contrefaçon ».

Diffusion d’une partie du clip de « Sans contrefaçon »

PA : (le clip est coupé au moment où Mylène et Zouc jouent ensemble, assises face à face) Cette scène est très touchante parce qu’on a parlé une première fois de Zouc quand Denisot était là, parce qu’on avait présenté une interview qu’il avait faite d’elle, il y avait un long silence d’ailleurs, assez étrange entre les deux, et on avait demandé des nouvelles qu’on n’avait pas eues. Là, on revoit Zouc avec vous. Vous avez des nouvelles ?

MF : Non. J’avoue que non.

PA : Elle a disparu comme ça…

MF : Oui. C’est quelqu’un de grand, grand talent.

PA : Oui, oui, et c’est curieux parce qu’un assez grand talent pour survivre aux difficultés de votre métier, parfois, mais bon il y a comme un retrait.

MF : Elle avait en tous cas ­ elle a toujours probablement ­ une grande, grande fêlure en elle, mais c’est une femme très, très troublante en tous cas. Sur le tournage, je me souviens des… Troublante ! (sourire)

PA : Quand vous dites fêlure, c’est curieux parce que c’est un mot auquel j’ai pensé en préparant cette interview, de vous et pour vous. C’est un mot que vous employez volontiers vous­même quand vous évoquez vos propres sentiments ou votre propre vie ?

MF : Je crois que j’ai une fêlure en moi, très certainement. C’est peut­être ce qui, dans le fond, me relie à ces personnes que vous évoquiez, qu’on appelle les fans, et qui ont ça en eux également. Ce peut être un mal de vivre, ce peut être des choses qu’on ne comprend pas bien, ou des manques profonds.

PA : Mal de vivre ?

MF : Le mal de vivre, oui, c’est quelque chose que j’ai évoqué. Est­ce que je l’évoquerai à nouveau ?

Probablement pour l’autre, plus que pour moi. Moi, je crois avoir eu des réponses dans ma vie. Ça a été parcouru de difficultés, de joies également, et je crois que je fais définitivement partie de ces privilégiés. Quand je pense à ‘privilégiés’, je pense souvent à des enfants, par exemple des enfants dans les hôpitaux que je vais voir de temps en temps…

PA : Oui, je sais…

MF : … et à chaque fois que j’ai envie de me plaindre, par exemple, je pense immédiatement à ces enfants, par exemple, et je me dis ‘Bon sang, la vie est courte. Eux ont une vraie, vraie souffrance.’ Elle n’est peut­être pas métaphysique, mais c’est une souffrance qui est profonde et qui est pour, peut­être, leur vie entière et, dans le fond, je ne m’autorise pas à être plus triste que ça, ou plus désarmée que ça. Ce qui n’empêche pas la fêlure, mais qui vous donne envie de vous battre un peu plus vivement en tous cas.

PA : J’ai re­regardé certains de vos albums. Je vous avoue que j’ai cherché désespérément ­ je vais les montrer quand même ­ un sourire. (Il montre la pochette de « Cendres de lune » à la caméra) Alors, celui­ci, il n’y est pas ! (il tient désormais à la main « Anamorphosée ») Le récent, il n’y est pas. « Ainsi soit je… », qui a beaucoup marché, il n’y est pas. « L’autre… », il n’y est pas. Je pensais que vous n’alliez pas sourire pendant cette émission, et vous n’avez cessé de sourire, souvent en tous cas !

Alors, est­ce que ça veut dire que… (il regarde à nouveau la pochette de « L’autre… ») Cet oiseau noir, comme ça, terrible, « L’autre… ». Est­ce que le prochain album, ce sera une Mylène Farmer très souriante ?

MF : Je ne sais pas. Je ne peux même pas envisager le prochain album, donc vous n’aurez pas la réponse.

Quant au sourire, c’est dans le fond assez spontané : vous êtes quelqu’un de charmant, donc j’ai envie de sourire ! (large sourire)

PA : Et vous souriez aussi aux téléspectateurs…

MF : Ça m’arrive aussi ! (rires)

PA : …peut­être à travers moi.

MF : Peut­être !

PA : Cette évolution dont vous parlez comme ça est…

MF : (le coupant) Probablement. Le sourire l’accompagne, en tous cas, oui.

PA : « XXL ». C’est aussi dans le récent album.

Diffusion d’une brève partie du clip « XXL »

Retour plateau avec un gros plan sur un t­shirt porté par une fan derrière la vitre.

PA : Ah ! Il y a même le t­shirt ! (rires) Ça, c’est plutôt début de siècle, ce tournage ? Vous avez fait comment avec cette locomotive ?

MF : C’était un tournage qui a été effectué à Los Angeles, à Fillmore, qui est une concentration d’orangeraies, et il y a beaucoup de trains, des trains anciens. C’est un vrai train, de 1906 je crois et j’étais câblée devant la locomotive et elle roulait vraiment.

PA : Ah, c’est pas un trucage électronique ?! On vous a collée à cette locomotive ? (Mylène confirme)

Vous n’aviez pas peur ?

MF : Non, non. A la fin, oui : le dernier plan, qui est le plan large, où je me suis retrouvée réellement toute seule en face de cette locomotive, avec des loumas qui étaient très, très éloignées…

1996-05-gPA : Loumas, des caméras qui survolent…

MF : …et là, le train prenait vraiment de la vitesse, et tout d’un coup, on se pose quelques questions ! (sourire)

PA : Ah, mais pour le coup justement, on oublie les angoisses métaphysiques, existentielles, mal de vivre… !

MF : Certes ! (rires)

PA : On est dans l’action, finalement comme sur scène.

MF : Oui. On est dans le moment présent.

PA : J’ai oublié de vous demander tout à l’heure, parce que j’ai observé que vous êtes née au Canada, vous avez quitté le Canada à l’âge de neuf ans (Mylène confirme) : vous êtes Canadienne venue en France à l’âge de neuf ans, ou vous êtes Française née au Canada ?

MF : J’ai les deux nationalités. Donc, selon l’humeur, je suis Canadienne ou Française ! (sourire)

PA : Vous êtes née à Montréal ?

MF : Oui.

PA : On a reçu avant­hier, oui c’est ça avant­hier, Charlebois, mais vous n’avez pas le même accent.

MF : Non. Je l’ai perdu très, très vite !

PA : Ah vous l’aviez ?!

MF : Un petit peu, je pense, oui.

PA : Et vous avez cette nostalgie des immensités ? On retrouve souvent ces immensités, ou même la neige, le blanc dans vos clips. Vous l’avez ?

MF : Nostalgie, je ne sais pas. Mais, en tous cas, j’ai un amour profond pour ce blanc immaculé, la neige, le froid. Et j’ai appris à aimer le soleil.

PA : Ah ! Ça aussi, c’est nouveau ! Ça aussi c’est nouveau, parce que dans tout ce que j’ai lu de vous, sur vous…

MF : (le coupant) Oui. J’ai toujours évoqué le froid, c’est vrai, mais…

PA : On est à quelques jours de l’été, c’est parfait, et à quelques heures de Bercy : donc vous allez chanter vendredi soir à Bercy, puis un peu partout en France, et puis en Europe, notamment à Bruxelles, Toulouse, Marseille, Lyon, Genève, donc forte longue tournée…et

Alexandre Pachoutinsky, chef d’édition, me dit dans l’oreille ‘C’est fini’. L’émission est terminée !

MF : C’est fini !

PA : Oui. Ça va ? Ca s’est bien passé ?

MF : Très bien ! Merci à vous, en tous cas.

PA : Donc la première fois que vous participez à une émission d’une heure ?

MF : Oui. La dernière ! (le journaliste, très surpris, reste sans voix) Mais c’était un bon moment ! (moins de six mois plus tard, Mylène se prêtera pourtant à un entretien radio encore plus long que cette émission et cela se produira encore ponctuellement les années suivantes, nda)

PA : Merci beaucoup, Mylène Farmer, et bon Bercy !

1996-05-hMF : Merci beaucoup.

La musique du générique commence, mais le micro de l’animateur reste allumé assez longtemps pour qu’on l’entende indiquer à la chanteuse qu’ils doivent restés assis, ce que Mylène fait sans sourciller. On les voit même discuter ensemble sans que cette fois on ne les entende.

Après l’émission, Mylène se montrera très disponible avec les fans présents, leur accordant une séance d’autographes improvisée et se laissant photographier.

 

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KISS FM – entretien avec Mylène Farmer

Posté par francesca7 le 22 décembre 2014

 

16 AVRIL 1999

Comme l’animateur l’annonce lui­même, l’entretien ne se déroule pas en direct dans les locaux de cette station de la Côte d’Azur. A la diffusion, les interventions du journaliste sont donc tantôt des questions posées directement à la chanteuse, tantôt des relances faites en studio.

Pour la sortie de son nouvel album, Mylène Farmer nous a choisis. Vendredi dernier, elle m’a reçu au Royal Monceau, grand palace parisien. Un salon cossu, rideaux tirés, lumière tamisée, Mylène Farmer a planté le décor de son mystère : à moi de m’y fondre. J’ai tout d’abord voulu savoir ce qu’elle avait fait durant tous ces mois d’absence…

1999-03-cMF : J’ai beaucoup voyagé : je suis allée en Russie, je suis allée en Irlande, en Italie. J’ai lu, j’ai vu des musées, j’ai vu de la peinture. Voilà ! (rires)

Vous avez besoin de tous ces mois de silence pour vous ressourcer, pour repartir sur des bases nouvelles ? C’est à chaque fois une renaissance, quelque part ?

MF : Non, je ne qualifierais pas ça de renaissance, mais en tout cas j’ai besoin de ce temps­là pour moi­même me ressourcer, pour découvrir d’autres choses et pouvoir en suggérer d’autres.

Et là, dans les découvertes que vous avez pu faire pendant tous ces mois d’absence, lesquelles vous ont le plus marquée ? Qu’est­ce qui vous a le plus apporté ?

MF : Les paysages. Comme je le disais auparavant, je suis allée en Russie, où j’ai vu Saint­Pétersbourg qui est absolument magnifique. Là­bas, vous rencontrez des gens, c’est très intéressant. J’ai vu ces fameux paysages, là encore, en Irlande, qui sont phénoménaux ­ j’y suis allée en période d’hiver, donc c’est encore plus impressionnant. Voilà, c’est ce qui me vient à l’esprit !

Comment vous vient l’inspiration ? Est­ce qu’elle vous vient seule ou bien par le biais de rencontres ?

MF : Je sais pas, là, j’ai pas une recette précise, mais pour parler de l’écriture, je suis en tout cas seule, oui.

C’est un moment qui suggère la solitude, je crois. Mais là, je vais vous parler plus du fonctionnement de l’album, à savoir que quand j’écris, avant même d’écrire, j’ai besoin de la musique, et après je vais greffer mes mots. Pour répondre à votre question, oui bien sûr, rencontrer des gens est important.

Est­ce que vous stockez des chansons ? Est­ce qu’il y en a déjà en préparation dans les tiroirs, ou est­ce que c’est vraiment ‘au dernier moment’ ?

MF : C’est fait au moment… En aucun cas, non, je n’écris ni avant, ni après, mais effectivement au moment choisi qui est celui de l’album.

Y a pas des feuillets qui traînent quelque part, là ?!

MF : Non !

Le sexe est omniprésent dans les chansons depuis très longtemps : c’est si important que ça ?!

MF : La sexualité est importante, oui. J’aime l’évoquer, j’aime rire avec, parfois bousculer. Je ne suis pas totalement sûre que ce soit uniquement pour la provocation, c’est dans le fond ce que je pense au moment où je le pense et j’ai envie de l’exprimer.

Comment séduire Mylène Farmer ?

MF : Je ne sais pas. Je n’ai pas ce genre de réponses ! (rires) Je ne sais pas…

Mylène Farmer est un mystère, alors comment se fait-il qu’elle ne soit pas la proie des paparazzis, et qu’elle ne fasse pas la une chaque semaine de certains magazines ?

MF : Je crois que c’est… Je ne sais pas si j’ai une réponse à cette question, si ce n’est que par rapport à l’allusion que vous faites à ces journaux people qui s’abreuvent de stupidités et de vie privée, dans la mesure où c’est vrai que je ne donne pas le loisir de me photographier, je sors peu, je ne change pas d’amant tous les jours (rires), donc en ce sens, je ne nourris pas bien ces magazines. Maintenant, dès l’instant qu’on est connu, nous sommes comme des êtres traqués, et j’ai malheureusement été moi­même photographiée. Ce qui est plus douloureux, c’est les commentaires qui sont des âneries à n’en plus finir. Parfois on s’en moque, et parfois c’est pénible. Maintenant, quant au mystère, c’est parce que je m’exprime peu, que je n’aime pas parler de ma vie privée, et que personne n’a réussi à savoir quoi que ce soit, en tout cas de ma bouche. Donc voilà, j’imagine que le mystère commence là.

On connaît presque Mylène Farmer la star, mais la femme, que fait­elle de son temps ?

MF : Je le passe à lire parfois. Là, je vais reparler de la peinture : lire des bouquins de peinture, les regarder, en tout cas. Le cinéma, et puis ma foi…ma foi, je ne sais pas ! Réfléchir…

Est­ce que vous allez peindre un jour ? Est­ce que vous peignez, déjà ?

MF : Je dessine parfois, mais pas la peinture, non.

Vous aimez rire, vous aimez vous amuser : comment se fait­il que cette facette de votre personnalité ne soit pas dans vos chansons ?

MF : Peut­être que j’ai plus de difficulté à exprimer ce que vous appelez le bonheur, en tout cas l’idée du bonheur. Moi, j’avoue que je n’ai pas de définition ou de… Là encore, bien évidemment, je suis capable de rire, de sourire, d’apprécier des moments de la vie qui sont plutôt joyeux, maintenant, il se trouve que la concentration qu’est un album ­ concentration de thèmes ­ fait que je vais plus spontanément vers quelque chose d’un peu plus désespéré. C’est comme ça…

Quand on est douce, réservée, fragile, est­ce que ça ne fait pas peur d’avoir des fans ?

MF : Non, j’avoue que je n’ai pas ce genre de problèmes. Après, tout dépend de l’omniprésence de certaines personnes. Parfois c’est pesant parce que… Mais c’est plus pesant, dans le fond, dans l’idée que ces personnes passent beaucoup de temps ­ des heures et des heures ­ à vous attendre sans pour autant vous rencontrer. Ca, ça me pèse davantage que l’idée, moi, d’être perturbée.

1999-03-bLes fans de Mylène Farmer sont je dirais presque des disciples : il y a autour de vous tout un mystère, vous dégagez une aura, et ce sont des gens qui s’identifient réellement à votre personnalité.

Est­-ce que ça, quelque part, c’est pas une responsabilité ?

MF : C’en est une, bien évidemment. Enfin, c’en est une, je le suppose, mais ma seule défense par rapport à cette idée-­là, ou ce sentiment, c’est que je crois n’avoir jamais triché, donc je ne mettrai jamais en danger ces personnes.

C’est clair pour tout le monde, Mylène Farmer aime ses fans, elle aime leur contact. Elle est aussi professionnellement au top des techniques audiovisuelles, alors la question était évidente : y aura­t-il un jour un site web qui la rapprochera encore plus de ses admirateurs ?

MF : Non. Je n’ai jamais souhaité être ni à l’initiative, l’initiatrice en tout cas d’un fan­club ou de quelque autre intermédiaire, parce que là encore, je préfère privilégier le silence. Ce que j’ai à donner, je le donne, le reste…

La correspondance qui me semble à moi à la fois la plus fragile et la plus jolie, c’est ce qui se passe sur scène, et elle me suffit, si je puis dire.

La scène, c’est le prochain objectif de Mylène Farmer. Alors j’ai voulu savoir si elle nous réservait un méga show grand spectacle ou bien un concert intimiste…

MF : J’aime plutôt l’idée du show, j’aime la chorégraphie, j’aime le spectacle avec un grand « S » et j’espère pouvoir le donner. Et on crée dans cet espace ­là des moments extrêmement intimes, donc dans le fond je ne fais pas de différence.

 

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PLATINE 45 / JACKY et MYLENE FARMER

Posté par francesca7 le 21 décembre 2013

1985-05-c

Présenté par JACKY – 27 FÉVRIER 1985 – ANTENNE 2

Invitée de cette émission mythique des années 80, Mylène co-présente carrément l’émission en compagnie de Jacky. Le courant passe bien entre eux deux et le ton est à la plaisanterie tout au long de l’émission.

Jacky : Bonjour Mylène ! Ca va ?

Mylène Farmer : Bonjour Jacky, ça va. (elle lui fait un bisou sur la joue)

J : Oh un petit bisou !

MF : (sur un ton enfantin) : Voui !

J : Je peux t’en faire un aussi ?

MF : Voui ! (Ils se font la bise.)

J : Au fait, dis-moi : tu es majeure pour venir à Platine 45 ? Tu as le droit, ou quoi ? Qu’est-ce qui s’est passé ?

MF : (toujours avec un ton enfantin) Non, mais j’ai demandé l’autorisation à mon papa et il a dit oui.

J : C’est vrai ?

MF : Oui. Bonjour Papa ! (elle fait coucou à la caméra)

J : Bonjour le papa de Mylène ! (…) Alors, qu’est-ce qui s’est passé, Mylène, avant ton premier disque ?

Raconte-nous un peu !

MF : Avant mon premier disque, j’étais mannequin junior.

J : Mannequin pour les petits, ça veut dire ça ? Non ?!

MF : Non…

J : Mannequin parce que tu es petite.

MF : (un silence, puis faussement vexée) Bon, allez au revoir.

J : Non non, mais pars pas tout de suite quand même ! Tu es vexée ou quoi ?

MF : Oui !

J : Non, sans plus !

MF : Mais si ! Je fais de la chanson parce que je suis petite.

J : C’est par dépit ?

MF : Oui !

J : Ou par amour ?

MF : Un peu des deux.

J : C’est par amour pour moi, non ?

MF : (elle arrête de faire la fâchée) Bon, allez !

J : Allez, allez ! Alors ta deuxième chanson, elle s’appelle comment ?

MF : Elle s’appelle « On est tous des imbéciles ».

J : Ca veut dire tout le monde, sans exception ?

MF : Sauf toi Jacky, bien sûr.

J : Et sauf toi ?

MF : Et puis un petit peu moi, quand même !

J : Et sauf eux ! (les téléspectateurs ndlr)

MF : (avec un grand sourire) Sauf eux !

J : Personne n’est imbécile, donc du coup alors !

MF : Non, ben je vais peut-être pas le chanter alors !

1985-05-d

J : Si, moi j’aimerais bien que tu chantes !

MF : On le fait quand même ?

J : On va faire ton clip et tu reviens tout de suite avec moi ?

MF : Oui, d’accord.

Diffusion d’une séquence où Mylène chante « On est Tous des Imbéciles » sur un fond qui est tantôt noir, tantôt blanc.

Retour plateau. Mylène fait un bisou à Jacky sur le front.

J : Je pourrai plus poser de questions, là ! Qu’est-ce qui se passe ?

MF : Je sais pas !

J : T’embrasse alors ?

MF : Coup de cœur…

J : Bon, alors est-ce que ça a été vite pour toi Mylène, avant ton premier disque ? Tu as fait beaucoup de maisons de disques ? Ca a été rapidement ?

MF : On a cherché pas mal…

J : Tu t’es fait refuser, rejeter ?

MF : Heu…On s’est fait rejeter ? Y a des gens qui disaient « Génial ! », et puis ils attendaient, ils attendaient, ils attendaient…Et puis finalement, c’est RCA qui a signé.

J : Ils ont eu raison, non ?

MF : Je crois…

J : Ha ben moi aussi ! Alors, « Maman a tort » : explique-moi un peu ça. Le texte, d’abord, c’est pour toutes les mamans du monde ?

MF : C’est pour toutes les mamans du monde, mais il faut pas trop leur dire parce qu’elles vont finir par m’agresser dans la rue !

J : Pourquoi ?!

MF : Ben, parce que « Maman a tort », elles aiment pas !

J : C’est vrai, ça, ce que tu dis ?

MF : Oui, oui !

J : Et pourquoi ? Par rapport à leurs enfants ?

MF : Non, parce qu’on touche pas aux mamans. On touche pas à ces choses là.

J : Ha oui, c’est un conflit de générations, quoi.

MF : Ben oui…Excuse-moi, Maman !

J : Même la tienne a tort ? Non !

MF : Si !

J : Bon…Est-ce que tu connais le Blitz ? Si je te dis le Blitz ?

MF : Heu…C’est un gâteau russe. (Mylène ne confondrait-elle pas avec le blinis ? ndlr)

J : C’est un gâteau russe, mais ça veut dire « éclair » en allemand, aussi, « blitz ».

MF : D’accord…

J : Et c’est un mec, aussi, qui chante.

MF : …connais pas !

Diffusion du clip de ce groupe. Retour plateau. Jacky et Mylène sont en train de danser un slow.

MF : Jacky ?

J : Oui ?

MF : Tais-toi !

J : (faussement dépité) Bon…Et à part ça ?

MF : Je peux faire quelque chose ?

J : Ouais !

MF : Tu peux te baisse un peu ? Parce que je suis petite, tu sais bien.

Il se baisse et Mylène lui fait une grosse bise sonore sur le front et laisse une marque de rouge à lèvres.

J : Ca va comme ça ? Oh lala ! Mais je vais être obligé de me taire, maintenant non ?

MF : Non, non vas-y !

J : Bon…Mylène ?

MF : Jacky ?

J : Qu’entends-tu par « On est tous des imbéciles » ?

MF : Je sais pas ! Tu veux bien la reposer ?

J : Oui : Mylène, qu’entends-tu par « On est tous des imbéciles » ?

MF : Hé bien, c’est une chanson qui est écrite pour le métier, peut-être, un petit peu…

J : Le métier de chanteur, le show -business ?

MF : Le show -business, peut-être le métier en général. C’est que on a tort de se prendre au sérieux. Il faut faire les choses sérieusement, mais pas se prendre au sérieux.

J : C’est un peu ce que je pense, Mylène. Et la face B s’appelle « L’Annonciation », c’est ça ?

MF : Oui, c’est une très belle chanson, même que j’ai pleuré tout le temps quand je l’ai chantée !

J : Ha bon !

MF : Oui.

J : Tu composes…

MF : (elle l’interrompt) Est-ce que je peux raconter une histoire ?

J : Vas-y !

MF : Voilà, alors y a deux petits poissons qui sont dans un bocal…

J : Oui…

MF : Et puis y a petit poisson qui dit à son autre copain petit poisson : « Mais, si Dieu n’existait pas, qui nous changerait l’eau du bocal ? »

J : C’est vrai. Peut-être Ivan, non, qu’est-ce que tu en penses ?

MF : Ivan…ohé ! (décidemment très blagueuse !)

J : Ohé Ivan, viens changer l’eau du bocal ! (…) Ivan, c’est un espagnol. C’est pas grave ?

MF : Non, j’aime bien les espagnols.

Le clip de Ivan est diffusé. Au retour plateau, Mylène chantonne.

MF : Un, maman a tort…

J : Deux, c’est quoi ?

MF : C’est beau l’amour…

J : Et trois ?

MF : L’infirmière pleure…

J : Ha bon ! Tu veux chanter encore « Maman a tort » ?

MF : Non, non…Je peux faire quelque chose ?

J : Ouais, mais c’est la dernière fois, hein !

MF : Oh, y en a encore huit ! (elle fait 3 avec ses doigts !)

J : Bon, d’accord…

Mylène embrasse de nouveau Jacky sur la joue de façon très sonore et laisse une grosse marque de rouge à lèvres de plus.

MF : Ca va Jacky ?

J : Ouais, ça va. Là je commence un peu à… (Il semble étourdi et Mylène rit de manière attendrie)

MF : Tu sais que je prends des cours de danse ?

J : Oh !

MF : Tu veux que je te montre un petit pas de danse ?

J : Fais-moi une démonstration !

Mylène met ses bras au dessus de sa tête et fais un tour sur elle-même, comme les petites ballerines.

J : Ha ouais…Et tu prends des cours pour ça ?!

MF : (toute fière d’elle) Oui !

J : Ha, c’est bien…

MF : Tu viens avec moi la prochaine fois ?

1985-05-a

J : Quand tu veux ! On sort de l’émission, et puis…Voilà !

MF : Ca s’appelle « Stayin’ Alive » !

J : Ha oui ? « La Fièvre du Samedi Soir », c’est ça?

MF : Mais là, on est mercredi, non ?

J : On est mercredi, mais on peut être samedi aussi, parce qu’on est rediffusé le samedi matin ! C’est au choix, si tu veux !

MF : Super !

J : C’est super, non ? Qu’est-ce que tu en penses ?

MF : Ouais ! Très bien !

J : Alors tu prépares un album, ou quoi ? Parce que tu vas pas en rester là, toi.

MF : Non ! Après ce 45-Tours, s’il marche bien, on va sortir un 30-centimètres, et les chansons sont presque toutes finies.

J : C’est vrai ?

Mylène acquiesce

J : Mais tu n’es qu’interprète, toi : tu composes pas.

MF : Ca te dérange ?

J : Non, au contraire ça m’arrange !

MF : Moi je trouve ça déjà pas mal, hein ?

J : Moi je trouve ça énorme ! C’est mieux, même, non ?

MF : Oui, oui…

J : Parce que tu es au devant, quoi.

MF : Absolument.

J : Au lieu d’être derrière.

MF : Oui, c’est ça…

J : C’est sympa. Qu’est-ce que tu écoutes, en musique, à part ça ?

MF : Heu…

J : A part toi !

MF : J’aime Julio « Des Eglises » ! Et j’aime que lui !

J : C’est vrai ?

MF : Oui. (Mylène imite Julio Iglesias en faisant un regard langoureux) « Je te donne mon cœur… »

J : Vas-y, continue !

MF : (elle chante) « Méva, méva, méva, mévaaaaaaaaaa »

J : Bon, ben écoute, je vais te laisser, Mylène. OK ?

MF : Voui.

J : C’était très gentil d’être restée à « Platine 45 ».

Mylène fait au revoir avec la main à la caméra.

J : Je te demande pas de m’embrasser, parce que tu l’as déjà fait de nombreuses fois. Quoique…

Mylène prend Jacky par le cou et lui couvre le visage de nombreux baisers !

J : Bon, ben au revoir, Mylène !

MF : Salut !

J : Je peux t’embrasser aussi ?

MF : Oh oui, bien sûr !

J : OK.

Mylène l’embrasse maintenant dans le cou, sur le menton, partout…

J : (…) Salut, au revoir !

Mylène se tourne vers la caméra en riant de bon cœur et en faisant au revoir.

 

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Lonely Farmer décriptage

Posté par francesca7 le 29 juin 2013

 

Mylène Farmer : décryptage de « Lonely Lisa » par pure charts

Mylène Farmer rime également avec la Spiritualité vor ICI : http://devantsoi.forumgratuit.org/

Mylène Farmer dévoilait mercredi son nouveau clip « Lonely Lisa », troisième extrait de son album « Bleu noir ». Ce titre fait suite à « Oui mais… non » et « Bleu noir » dont les clips avaient divisé les fans. Celui de « Lonely Lisa » pourrait les réconcilier puisqu’il allie quelques thématiques emblématiques de l’univers de la chanteuse : analyse !

Pour son clip « Lonely Lisa », Mylène Farmer s’immerge de nouveau dans l’univers surréaliste qui caractérise bon nombre de ses vidéos. Les images sont soignées et apportent un aspect planant à ce titre qui en avait bien besoin pour lui éviter de tomber dans l’écueil de l’auto-dérision. « Lonely Lisa », c’est ce personnage créé par Mylène Farmer, à la découverte du monde et de l’humanité. « Lonely Lisa », c’est aussi le côté femme-enfant de la chanteuse dans son aspect le plus visible.

Regardez le nouveau clip de Mylène Farmer, « Lonely Lisa » :

Image de prévisualisation YouTube

En ballerine, « Lonely Lisa » est témoin d’une scène. Elle reste immobile au milieu des autres danseuses qui exécutent une chorégraphie que n’importe quel enfant serait capable de reproduire. La scène qu’elle observe, c’est celle de la mort qui prend le pas sur la vie. Le coupable : c’est le temps. Mylène Farmer l’a beaucoup chanté depuis ses débuts, commençant par pleurer qu’elle ne voulait plus grandir, comprenant que la mort était inéluctable par la suite, pour désormais avancer sereinement jusqu’à elle, un peu comme elle avance dans ce désert vers la fin, depuis le ciel ensoleillé jusqu’au ciel ombragé par des nuages orageux : « aimer encore, gagner le ciel ». Non contente, et pour « faire de la mort une immortelle », Mylène Farmer a créé une machine permettant de rajeunir. Les personnes âgées entrent dans ce qui ressemble davantage à un lit pour UV, pour en ressortir avec cinquante ans de moins : « Y a pas de génie sans grain de folie ! ». Il faut du rêve pour éviter de tomber dans la routine, et Mylène en offre une fois de plus. Elle offre surtout une l’opportunité de repousser la mort, mais aussi de nier la fatalité. C’est sa « révolution ».

Mylène Farmer a également fait de la dualité un thème récurent. Dans « Que mon cœur lâche » (1992), elle est un ange habillé d’une robe blanche en arrivant sur terre et parée d’une tenue très légère, noire, en regagnant le Paradis. On retrouve exactement cette même dualité dans le clip « Lonely Lisa » : tantôt affublée d’un tailleur baroque de couleur blanche, tantôt dans une tenue plus sexy de couleur noire. L’une siège sur un divan plutôt moderne, tandis que l’autre avance à grand pas dans le désert. L’une est spectatrice, l’autre est actrice alors qu’une jeune femme tout de blanc vêtue court vers les montagnes. Mais Mylène Farmer prend le temps d’y aller : pas de précipitation. Cette jeune femme fait le grand saut depuis le sommet d’une falaise. C’est à ce moment précis que tout ce rêve s’écroule littéralement puisque le décor s’effondre, les danseuses se brisent en mille morceaux, et les lumières s’éteignent. Le temps ne peut être vaincu, ce qui explique pourquoi Mylène Farmer avance sereinement sans se presser, hantée par ces démons.

Lonely Farmer décriptage dans Les Clips de Mylène lonely

Plusieurs témoins observent cette lutte contre le temps et démontrent l’impossibilité de cette expérience le défiant. Il y a ce jeune garçon qui s’achète une glace. La chaleur a eu raison de sa boule saveur fraise puisqu’elle fond avant qu’il ait eu le temps de la manger. A contrario, une femme plus âgée a bien compris qu’il valait mieux manger le fruit pendant qu’il était bien mûr, prenant même le temps de s’asseoir pour le déguster. L’âge apporte la maturité et la sérénité. Le dernier témoin, c’est cet homme blond vêtu d’une robe argentée et accompagnée d’un dromadaire lui aussi paré d’un costume à paillettes. Qu’il soit un roi mage ou un prophète, il est représentatif de personnages bibliques. Sa lente et difficile traversée du désert s’interrompt avec la chute du rêve de « Lonely Lisa ». Le dromadaire perd son costume : le masque tombe. La Religion n’empêchent donc pas non plus l’inéluctable.

« Lonely Lisa » semble donc le seul véritable antidote pour contrer ce temps qui passe perçu pendant de longues années comme un fardeau par la chanteuse. « Lonely Lisa », c’est aussi le moyen de se réfugier dans un monde fou où tout est permis. Enfin « Lonely Lisa », c’est la part surréaliste de l’univers de la chanteuse pleinement assumé.

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CLIP BLEU NOIR – 2011

Posté par francesca7 le 19 septembre 2011

 réalisateur : Olivier Dahan 

CLIP Mis en ligne le 16/03/2011 

LE CLIP BLEU NOIR EN LIGNE est devenu ceci : http://www.mylenefarmer-bleunoir.com/ 

 Image de prévisualisation YouTube

 CLIP BLEU NOIR - 2011    dans Les Clips de Mylène 19688_a4ab87f1e3e5027b7e124b07c01fbf3dOlivier Dahan est le réalisateur du film « La Môme » retraçant la vie d’Edith Piaf qui avait permis à Marion Cotillard d’obtenir de nombreux prix en 2008 : un Golden Globe, le BAFTA, British Academy of Film and Television Arts de la meilleure actrice ; le César de la meilleure actrice et l’Oscar de la meilleure actrice.  

Olivier Dahan a réalisé « Frères » en 1994, « Déjà mort » en 1998, « Le Petit Poucet » en 2001, « La vie promise » en 2002, « Les Rivières Pourpres 2″ en 2004 et « My own love sng  » en 2009.

 

Il a également mis en scène le spectacle « Moozart L’opéra rock » en 2009-2010 et réalisé de nombreux clips parmi lesquels:
Zenzile, Simple Lesson
The Cranberries, Animal instinct
The Cranberries, Salvation
The Cranberries, Promises
Silmarils, Cours vite
Stéphan Eicher, 1000 vies
Renaud, Docteur Renaud mister Renard
MC Solaar, Les temps changent
IAM, Planète Mars
Princess Erika, Faut qu’j'travaille
France Gall, La seule chose qui compte
Raphaël, Le vent de l’hiver
Eagle-Eye Cherry, Falling in love
Zucchero, Non eppure ti amo
Zucchero, Cosi celeste
Sharleen Spiteri, All the times i cried
Francis Cabrel, Hors saison
Cali, Comme j’étais en vie
Mozart, l’opéra rock, Vivre à en crever et Le bien qui fait mal
Raphaël, Le bar de l’hotel

 

Olivier Dahan débutera le 12 avril prochain le tournage de son nuveau film « Les seigneurs » une comédie sur le foot amateur et assurera également la mise en scène des prochains concerts de Johnny Hallyday en 2012. 

 

photo_1298107739 dans Les Clips de Mylènetentative d’analyse par Hugues Royer de wordpress.com 

Après plusieurs écoutes de l’album Bleu Noir, un constat s’impose : c’est un album plus noir que bleu que signe Mylène. Ce qui fait de ce nouvel opus l’exacte antithèse de Point de suture, qui surfait sur des rythmiques up tempo. On sentait Mylène conquérante et sereine. Ça n’a pas duré… La faute, sans doute, à l’extraordinaire vertige consécutif à la scène. « Après la tournée et les concerts au Stade de France, dit-elle dans Paris Match, il s’opère une effrayante descente aux enfers malgré le succès, un vide sidéral, un manque. »  Plus que cela encore, une angoisse terrible et des pulsions auto-destructrices, si l’on en croit les nouvelles chansons de la chanteuse. « Tu reviens toujours / Mélancolie », dit-elle dans Moi je veux. Dans M’effondre, elle indique avec une sincérité bouleversante ces instants où l’âme sombre dans une peur irrépressible. La répétition finale de « Jusque là tout va bien » résonne d’ailleurs comme un cri déchirant en forme d’autosuggestion, une manière de se rassurer quand tout est incertain. Dans Light Me Up, elle évoque ses insomnies, la douleur brûlante de la solitude : « It’s so cold in my song ».  Avec Diabolique mon ange, elle va encore plus loin, caressant l’idée de la défenestration : « A tout jamais de celles / Qui entrouvrent fenêtre / Qui parlent et puis se jettent ».  

Seul l’amour représente l’espoir, ce qu’on ne peut retirer à ceux qui le partagent. « Car l’amour / Est à nous / Pour toujours », chante Mylène dans Toi l’amour, qui mériterait d’être un single, tant l’intro signée Moby est magistrale.  C’est l’être aimé que Mylène appelle au secours, c’est à lui qu’elle demande de la réanimer dans Light Me Up.  Parce que, malgré tout, « La bataille est belle / Celle de l’amour / Disperse tout ». 

Rien de nouveau dans le fond des thématiques abordées dans ce nouvel opus. Mais dans la forme, il y a une avancée vers une parole plus ramassée, plus dépouillée, limite télégraphique, un cri archaïque qui permet à Mylène de sublimer ses blocages, comme elle le confirme encore dans son excellente interview face à Nathalie Rheims. Est-ce d’avoir fait appel à d’autres compositeurs qui donne à la chanteuse ces audaces ? Pas seulement. C’est aussi parce que le vertige qu’elle a éprouvée est aussi abyssal que son succès sur scène a été phénoménal – on se souvient que l’album L’Autre, qui avait suivi la première tournée de Mylène, était très désespéré lui aussi. Après avoir écouté Bleu Noir, on ressent pleinement l’angoisse de la chanteuse. Et on se dit qu’on a affaire à une immense artiste qui n’était jamais allée aussi loin dans l’expression de ses peurs intimes. 

C’est devenu un clip dépouillé en noir et blanc, une Mylène vêtue d’un manteau noir, filmée trois quarts gauche, qui marche et chante. Classique, me direz-vous. Sauf qu’autour le monde respire, vibre, explose, jusqu’au feu d’artifice final. Jolie métaphore de ce que peut être le parcours d’une vie, les épreuves douloureuses, et la joie qui finit par triompher.  

Mylène n’est pas seule dans ce cheminement : trois lumières scintillantes l’aident à avancer, à tracer sa route en évitant les pièges. On peut songer à trois êtres disparus (son père, son frère et une personne dont on taira le nom). Bref, ce clip, parfaitement raccord avec les paroles de la chanson, a tout pour toucher les fans de la star.

La Vidéo en avant premier était celle-ci :  Image de prévisualisation YouTube 

11716-50sDans ce nouveau clip, Mylène Farmer marche entre les ténèbres et les éclaircis, entre la neige et les fleurs, entre les rires et les explosions. Le clip, en noir et blanc, paraît très simple dans la forme avec un plan séquence, une Mylène tantôt souriante tantôt troublante. 

Dans la chanson, Mylène Farmer dévoile des paroles optimistes et parle de la vie et de l’amour en ces mots : « La bataille est belle. Celle de l’amour disperse tout. La bataille est celle de longs, longs jours, mon amour« , dit-elle dans le refrain. 

Visionnez le clip ‘Bleu Noir’ de Mylène Farmer via son site éphémère créé à l’occasion de la sortie de l’album le 06 décembre dernier. 

Barre de Séparation

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