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MUSIC NEWS des années 1996 avec Mylène Farmer

Posté par francesca7 le 15 octobre 2016

 

 Entretien avec Eric JEANJEAN

 Comme à chaque sortie d’album (jusqu’en 1999), Mylène Farmer accorde un entretien à NRJ, mais celui-­ci diffère des précédents dans sa forme, puisqu’il est diffusé en plusieurs parties diffusées tout au long de la journée et accompagnées à chaque fois d’une chanson du nouvel album.

Lors du week-­end spécial Mylène Farmer du 31 mai au 2 juin 1996, cet entretien est rediffusé en partie avec quelques passages qui n’avaient pas été diffusés en octobre 1995. Vous retrouvez donc ici la retranscription intégrale reconstituée.

Eric Jeanjan : Lorsque Mylène Farmer sort un nouvel album, c’est sur NRJ qu’on le découvre avant tout le monde, et quand Mylène Farmer parle, c’est sur NRJ qu’elle le fait. Journée spéciale Mylène Farmer en exclusivité sur NRJ. Donc, « Anamorphosée », c’est le nom du tout nouvel album de Mylène Farmer.

Un album qui nous procure un double plaisir : d’abord celui de réentendre Mylène Farmer avec de nouvelles chansons sur les ondes radios, et puis un vrai plaisir, celui de vous rencontrer aujourd’hui.

Bonjour !

 mylène

 

 Mylène Farmer : Bonjour. EJ : Merci une nouvelle fois d’avoir accepté notre invitation. Une invitation d’autant plus précieuse que les interviews que vous donnez sont rares. Ce sera d’ailleurs ma première question : comment se fait-­il que vous soyez si rare chez nous, les médias français ? Est­ce que c’est parce que vous n’avez pas envie de vous dévoilez, que vous craignez pour votre tranquillité ? Ou simplement parce que vous pensez que le média, c’est un mets à savourer avec parcimonie pour éviter l’indigestion ?

MF : Un peu tout ça, je dois dire, mais surtout parce que c’est un exercice qui est difficile pour moi et parce que je redoute la justification en général.

EJ : On revient encore une fois sur cet album, qui a été enregistré à Los Angeles. C’est la première fois que vous enregistrez à Los Angeles ?

MF : Oui.

EJ : D’accord. Qu’est­-ce qui s’est passé ?  Vous en aviez marre de la France, marre d’être en France ? Peut-être aussi du statut de star, qui parfois peut être lourd à porter…

 MF : J’avais envie effectivement de…toujours cette idée du voyage. Auparavant, je redoutais l’idée de prendre une valise, un avion et de partir vers l’inconnu, et aujourd’hui j’avoue que c’est quelque chose qui m’enchante ! Est­-ce que j’en avais marre de la France, comme vous dites : non.

Peut­-être que j’en avais marre de moi, quelque part, et ce quelque part se rétrécissait au fur et à mesure donc j’ai senti pour moi une urgence que de m’envoler. Il se trouve que c’était Los Angeles parce que j’y connais quelques personnes, donc c’est plus facile et que c’est une ville qui offre une qualité de vie assez étonnante –si tant est qu’on puisse se l’offrir, j’en suis consciente. Mais…voilà !

 mylène0

EJ : Vous aviez envie de partir, de vous exiler, ou vivre quelques temps là-­bas, ou vous aviez vraiment décidé d’écrire l’album là-­bas ? Ou c’est une fois que vous étiez là-­bas que vous avez fait l’album ?

 MF : Non, ça n’était pas prémédité. Je suis partie là-­bas, j’y suis restée et après, effectivement, j’ai demandé à Laurent de m’y rejoindre.

 EJ : C’est là que vous avez écrit cette belle chanson, qui est la première de l’album : « California ». J’ai relevé quelques phrases que j’aime bien ­ c’est assez significatif d’ailleurs de ce que vous avez dit, vous allez confirmer ou infirmer : « Aéroport, aérogare mais pour tout l’or m’en aller / C’est le blues, le coup d’cafard / Changer d’optique, prendre l’exit / M’envoyer l’Amérique »… (sic)

MF : Voilà, c’est le résumé de ce que je viens de dire ! (rires)

EJ : C’est exactement ça ! (Mylène acquiesce d’un murmure)

Diffusion de « California »

Image de prévisualisation YouTube

https://youtu.be/JAS2XAvINtc

 

EJ : On va parler d’ « Anamorphosée », maintenant. C’est donc le nom du nouvel album (Mylène acquiesce). Alors, je me suis amusé ­ on le disait tout à l’heure hors antenne­ à regarder dans le dictionnaire, donc la définition du mot ‘anamorphose’, d’ailleurs puisque le mot réel c’est ‘anamorphose’­ dans le Larousse 1995 : ‘Image déformée d’un objet donnée par certains systèmes optiques, ou bien représentation volontairement déformée d’une forme ou d’un objet et dont l’apparence réelle ne peut être distinguée qu’en regardant l’image sous un angle particulier ou au moyen d’un miroir courbe’. Alors, est­-ce que je dois m’attarder à ce titre ? Ca veut dire que vous avez choisi ce titre parce que les gens ont une image déformée de vous, ou bien est­-ce que c’est simplement un titre qui fait joli ?

MF : Non. Moi, j’y ai trouvé une autre définition : ma perception du monde, j’ai ce sentiment, s’est élargie, s’est agrandie. L’idée de l’anamorphose, pour moi, c’est le moyen de tout re-concentrer, de tout rassembler pour n’en faire qu’une. Voilà.

EJ : Qu’est-­ce qui a fait que votre vision du monde s’élargisse ?

MF : J’ai l’impression que le voyage m’a donné une clé, et puis ça fait partie de l’apprentissage de la vie, j’imagine. Je pense avoir changé, je pense avoir découvert des choses que je ne connaissais pas auparavant, avoir accepté surtout beaucoup de choses.

 EJ : Qu’est­-ce qui a changé chez vous ?

MF : Quelque chose d’assez fondamental, à savoir que je n’appréhende plus la mort de la même façon, à savoir j’ai peut-­être aujourd’hui accepté la mort, j’ai probablement accepté une vie après la mort, ce qui me permet aujourd’hui, moi, de vivre et d’accepter la vie, tout simplement. Donc je pense que c’est le vrai changement en moi.

EJ : Ca veut dire que pendant toutes ces années où on vous a découverte, vous aviez une espèce d’angoisse permanente ­ j’allais dire une angoisse résiduelle­ qui a toujours été au milieu de ce que vous faisiez ?

 MF : Une hantise de la mort, oui, absolument. Oui.

EJ : Et ça s’est traduit par quoi ? Vous avez découvert Dieu, ou vous avez découvert un… ?

MF : Non. C’est au travers de, je dirais, de réflexions. Il y a des choses qui sont venues spontanément à moi. Je considère que j’ai eu de la chance. Et puis c’est au travers de lectures, également.

EJ : Vous avez peur de l’autre ? Ou des autres, en général ?

MF : Non.

EJ : Non ?

MF : Non. Il ne m’effraie plus ! (rires)

 

Diffusion de « XXL »

Image de prévisualisation YouTube

https://youtu.be/itT1IzQW82o

 

EJ : Est­-ce que vous êtes susceptible de vous engager, de mettre votre notoriété au bénéfice d’une cause quelle qu’elle soit ? D’abord, est-­ce que vous l’avez déjà fait et est­-ce que vous pensez que c’est important de le faire et de profiter justement de cette notoriété et du fait que vous soyez un vrai vecteur de communication, puisque vous avez des gens qui vous écoutent et qui vous aiment ?

MF : Je crois que c’est important de le faire dès l’instant qu’on sait le faire et qu’on a envie effectivement de s’y prêter. Maintenant, je l’ai fait et…

EJ : (la coupant) Vous l’avez fait pour quoi ?

MF : C’était pour la recherche contre le sida (sur l’album « Urgence » sorti en juin 1992, nda). Maintenant c’est vrai que des choses publiques, j’ai un petit peu plus de mal à le faire. Je préfère que ça se fasse dans le privé. Qu’on le sache ou qu’on ne le sache pas, ça n’a pas grande importance du moment que je peux le faire.

EJ : Parlons de « Eaunanisme ». Alors là, c’est une chanson qui m’a beaucoup amusé de par l’orthographe d’ « Eaunanisme » : vous avez écrit ‘eaunanisme’ (il épelle le mot). Le vrai mot, c’est onanisme, qui vient ­ j’ai cherché encore dans le dictionnaire, je me suis beaucoup amusé avec vous dans le dictionnaire !

(rires de Mylène) ­ qui vient du personnage biblique de Onan, et ça veut dire masturbation. Alors, qu’est­-ce que je dois comprendre, là ?! Eau : c’est une relation particulière avec l’océan ? Un texte très sexe, enfin me semble-­t-­il !

MF : Plus sensuel que sexe, je pense ! J’avais envie de l’élément eau, maintenant l’onanisme c’est effectivement la recherche du plaisir par soi­-même. Moi, quand j’ai écrit cette chanson, je pensais à l’écriture, donc je pense qu’il y aura des milliers de lectures quant à cette chanson. J’ai essayé d’évoquer l’écriture : l’écriture est aussi un plaisir solitaire, en tout cas dans un premier temps, et j’avais envie d’écrire comme un petit conte, en évoquant un personnage. Voilà !

 mylène1

EJ : Est-­ce que ça veut dire que vous écrivez pour vous faire du bien ? Est­ce que c’est une forme, je dirais, de thérapie ?

MF : Je crois que c’en est une. Maintenant, c’est aussi, je pense, un intérêt pour l’autre, une fois de plus. Diffusion de « Eaunanisme »

EJ : C’est important, pour vous, l’image ? Je me rappelle de clips fantastiques. D’ailleurs, pratiquement tous les clips sont des mini films extraordinaires : « Pourvu qu’elles soient Douces » était génial ; « Libertine », c’était génial ; le clip de Besson, effectivement je me rappelais plus que c’était lui qui l’avait fait, mais c’était vachement bien ! C’est très important, pour vous, l’image que vous donnez ?

MF : C’est important, et l’image tout simplement pour moi est importante dans ma vie. J’adore le cinéma, j’adore la photo, oui.

EJ : On parlait cinéma justement avec le film de Laurent Boutonnat, « Giorgino ». Moi j’ai eu l’impression d’une petite cabale. On va pas polémiquer là­-dessus, moi je suis pas d’accord, simplement c’est un film qui nous a permis de découvrir un vrai talent : le vôtre, en tant que comédienne. Est­-ce que c’est une expérience que vous retenterez, le cinéma ?

MF : Probablement ! Je me le souhaite. Maintenant, c’est vrai que ça ne fait pas partie, ou plus partie, de l’état obsessionnel. C’est vrai qu’avant…

EJ : (la coupant) Ca l’a été ?

 MF : Ca l’était, parce que c’est vrai que j’ai eu ce désir il y a très, très longtemps que de faire ou du cinéma, ou du théâtre et que j’ai eu cette rencontre avec Laurent Boutonnat, et que nous sommes nés tous les deux d’une chanson toujours avec cette envie que de pouvoir faire un film, lui le réaliser et moi l’interpréter. Pendant ces dix années, c’est vrai qu’on a pensé à ce film, à un film, et voilà nous l’avons fait !

EJ : Vous avez des propositions au cinéma ? MF : J’en ai quelques-­unes, oui. EJ : Et pour l’instant, pas de réponse positive ?

MF : Pas pour l’instant, non.

EJ : On parlait justement, puisqu’on reste dans les médias, on parlait de la télé tout à l’heure, hors antenne. Quelle est votre opinion justement face à la télé telle qu’elle existe aujourd’hui en France et puis aux Etats­-Unis que vous connaissez bien maintenant ?

 MF : Oui. La télévision en France, d’abord je la regarde très, très, très peu, si ce n’est que le peu d’émissions que j’ai vues c’est vrai qu’il y avait cette idée de répétition aujourd’hui, de banalisation de tout, et surtout ce ton qui se veut sarcastique, cynique et tout le monde n’a pas le talent pour ça ! Donc j’ai l’impression que ça n’a dans le fond pas grande importance, la télévision, en tout cas la façon dont ils la font. Diffusion de « XXL » à nouveau

EJ : On va parler des chansons, maintenant. Il y en a une qui m’a marqué, c’est peut­-être celle que j’ai le plus écouté, qui s’appelle « L’Instant X ». C’est autobiographique, ça ?!

MF : D’une certaine manière. C’est­-à­-dire qu’il est toujours difficile de s’extraire de son texte, maintenant je parle de moi et je peux parler aussi de l’autre dans ces moments-­là…

EJ : Avec le jeu de mot sur ‘zoprack’…

MF : J’ai été obligée ! (rires)

EJ : Ha bon ?! Pourquoi ? Pourquoi vous avez pas dit Prozac ?

MF : Parce que c’est interdit.

EJ : Ha oui ? Dans une chanson vous n’avez pas le droit ?

MF : On n’a pas le droit de faire la publicité d’un médicament, donc plutôt que de l’enlever et de le tuer, j’ai préféré le mutiler et m’en amuser ! (rires)

EJ : En changeant deux lettres, d’accord ! Une chanson, je dirais, un peu spleen, c’est-­à-­dire je raconte l’histoire pour ceux qui l’ont pas encore écoutée –mais on va l’écouter tout à l’heure, de toute façon­ on ne peut plus vivre sans cette fameuse petite pilule qui va nous rendre heureux. Qu’est­-ce que vous pensez, vous, de cette, je dirais, façon de vivre-­là qui est très américaine, d’ailleurs ?

MF : C’est vrai. La dépendance est une notion qui n’est pas agréable, maintenant si ça peut aider des gens, pourquoi pas ? Si c’est pas dangereux, si les effets secondaires ne sont pas…

 EJ : C’est un vrai débat, le Prozac, quand même…

MF : Oui. Est­-ce qu’il est fondé ? J’avoue que je n’en sais rien. Je ne connais pas bien le sujet, si ce n’est que je connais beaucoup de personnes qui l’ont utilisé, ou continué de l’utiliser…

EJ : Pas vous ?

MF : J’ai essayé. J’ai abandonné très vite, mais plus parce que c’est l’idée que d’être justement dépendant de quelque chose qui m’est insupportable, donc c’est vrai que parfois quand on va très, très bas ­ et je crois qu’on a tous dans sa vie une période comme ça, période parfois répétée ­ on fait appel à quelque chose de l’extérieur…

EJ : Qui peut nous aider à nous en sortir…

 MF : Oui, mais c’est vrai que ça fait réellement partie de notre société aujourd’hui. EJ : Vous, vous préférez vous battre ! MF : J’ai ça en moi, donc j’ai de la chance, je pense.

Diffusion de « L’Instant X »

Image de prévisualisation YouTube

https://youtu.be/D4xaUXQ4wEE

 

 EJ : On va parler de vos projets maintenant, si vous le voulez bien. Un album, en règle générale, c’est suivi d’une tournée. Est­-ce qu’il va y en avoir une ?

 MF : Je ne sais pas.

EJ : Ha bon ? Vous n’êtes pas sûre ?

MF : Je n’ai pas la réponse.

EJ : D’accord ! C’est difficile de monter sur scène quand on est timide ?

MF : Oui et non. C’est quelque chose que je peux tout à fait surmonter, puisque je l’ai fait. Et puis il y a toujours ce sentiment de dédoublement…

EJ : C’est pas vous…

MF : C’est moi ! Bien sûr que c’est moi, mais là on parlait plus de l’appréhension et de la peur. Ca fait partie des paradoxes que l’on a en soi. J’ai toujours cette idée de l’ombre et de rester dans l’ombre, et puis avoir cette faculté que de pouvoir aller sous la lumière dès l’instant que l’on décide de le faire. Voilà. Et à ce moment-là, c’est vrai que là, la réflexion n’existe plus. C’est plus quelque chose d’animal, je dirais, plus d’instinctif que la réflexion.

EJ : C’est quoi, c’est un besoin d’amour le fait de monter sur scène ? Ou besoin de donner aux gens qui vous aiment, justement, et qui font l’effort de venir vous voir ?

MF : Je crois que c’est un partage. C’est donner et puis c’est recevoir. L’un ne peut pas aller sans l’autre.

EJ : Vous avez un message à donner à ces gens-­là ?

MF : C’est toujours difficile ! Je n’aime pas cette idée de porter un message, mais…

EJ : Ne serait­-ce que dans vos chansons, est-­ce qu’il y a un message, au final ?

 MF : Je ne sais pas. Je ne sais pas, c’est plus un témoignage, je dirais, qu’un message. Maintenant, je pense à ces personnes qui ont du mal à vivre et j’aimerais qu’elles puissent rencontrer la personne ou la lecture ou qu’il se passe un moment, comme ça, dans leur vie qui va les aider. Voilà, si je puis souhaiter ça, je le souhaite !

EJ : Et si vous, vous pouvez être ça, c’est bien !

MF : Je n’aurai pas cette prétention.

EJ : Oui, mais vous l’êtes quand même, je veux dire. A partir du moment où il y a des gens qui vous aiment aussi fort, c’est que quelque part vous leur faites du bien…

MF : Je l’espère !

EJ : Est-­ce que vous avez, après la promotion de cet album et après cet album-­là, d’autres projets ?

MF : Non, parce que je ne pense pas de cette façon-­là, c’est-­à-­dire que j’essaye ­ et je crois j’arrive­ de vivre l’instant présent. Et c’est ce qui est important pour moi, dans ma vie : c’est de ne pas ni faire appel aujourd’hui au passé, ni me projeter dans l’avenir mais avoir cette attention sur ce moment présent. Et je crois, puisqu’on a évoqué plusieurs fois ­ en tout cas, moi ­ cette idée du changement, je crois qu’elle réside exactement ici.

EJ : Sur scène, justement, tant d’amour, ça doit faire du bien pour l’ego, ne serait-­ce que de savoir qu’il y a des gens qui font vraiment l’effort d’être là, qui arrivent des heures avant…

MF : Oui, c’est vrai. C’est une belle déclaration.

EJ : Qu’est-­ce qui vous blesse le plus, en général ?

MF : L’absence de générosité, je crois.

EJ : Est-­ce qu’il y a quelque chose qui ne vous touche pas du tout, ou plus du tout ? MF : Oui : le qu’en dira-­t­-on. (rires) EJ : C’est vrai ?

MF : Oui.

EJ : Ca a été important pour vous ? Ca vous a un peu pourri la vie ?

MF : Ca n’a jamais été important pour moi. Jamais. Si ce n’est qu’aujourd’hui c’est encore moins important, parce qu’une fois de plus j’ai…Non, je me moque des qu’en dira-­t­-on, oui.

EJ : Qu’est-­ce qui…Oui, vous voulez rajouter quelque chose ?

MF : Non, je pensais que quand on n’a plus peur du regard de l’autre, quand c’est un regard qui ne vous agresse plus, l’autre n’est plus un ennemi donc il n’y a plus ce sentiment de peur.

EJ : Oui, je comprends. Qu’est-­ce que je dois faire si je veux devenir votre ami ?

MF : (silence) Vous êtes sérieux ?! (rires) Nous en parlerons plus tard !

EJ : D’accord ! Je regardais votre biographie : pratiquement trois millions d’albums vendus maintenant, des milliers de fans…Est-­ce que, justement, les fans, les gens qui vous aiment et qui parfois passent dans votre vie, c’est difficile à gérer ? Parce que des fois, il y a tellement d’amour que c’est maladroit…

MF : Là encore, je ne ferai pas de grande littérature quant à ce sujet. Je crois que ça fait partie de ce métier. Mieux vaut être appréciée que le contraire !

EJ : Bien sûr…

MF : Et d’autre part, je crois que je n’ai jamais eu réellement d’agression. Au contraire. Maintenant, c’est vrai que…Mais c’est pas par rapport à moi, dans le fond, c’est plus par rapport à la personne qui passe beaucoup, beaucoup de temps, qui attend des heures et parfois la nuit, et c’est vrai que dans le fond c’est une idée qui me dérange.

EJ : Pourquoi ça vous dérange ?

MF : Mais parce que c’est pas normal selon moi, et surtout par rapport à moi, de savoir que quelqu’un m’attend et attend quoi, dans le fond ? Je ne sais pas…

EJ : On a l’impression justement que les gens, les fans, n’aiment pas peut­-être ce que vous êtes réellement et n’aiment que l’image que vous donnez de vous, l’image professionnelle…

MF : Là encore, je ne me pose pas ce genre de question. C’est quelque chose de spontané chez eux. C’est parfois obsessionnel, maintenant dans le fond, ça les regarde…

 EJ : Je vous remercie mille fois d’abord pour cet album, « Anamorphosée », et puis ensuite d’avoir été avec nous, et je sais une nouvelle fois, je le répète mais c’est vrai, vos interviews sont rares donc précieuses.

MF : Merci à vous.

EJ : Merci beaucoup, Mylène Farmer. Au revoir.

MF : Merci, au revoir.

parution NRJ 16 OCTOBRE 1995

 

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Elle fait parler d’elle notre Mylène

Posté par francesca7 le 5 août 2016

 

 

 

Un tube automnal qui n’augurait en rien la tonalité planante et particulièrement envoûtante d’un disque comprenant 11 titres au total, écrit et co-composé par Mylène Farmer avec le patron du label Cherrytree Records : Martin Kierszenbaum.

Une douceur d’été aux influences funky

De celui-ci on retient notamment la piste d’introduction, éponyme, qui prend la forme d’une invitation au voyage dans l’espace – ou plutôt dans les songes et les rêves de la chanteuse. Un titre aux accents rock rappelant d’ailleurs l’album Anamorphosée, de 1995 (« California », « XXL »…). « A rebours », lui, séduit par sa mélodie, tout comme « City of Love » qui avait par ailleurs été illustré par le réalisateur Pascal Laugier. Leur collaboration a effectivement donné lieu à un clip original dans lequel la chanteuse prend la forme d’un extra-terrestre découvrant… l’amour. Elle se prolongera cet été avec le projet de long-métrage « Incident In A Ghost Land ».

 Mylène chez francesca

 

Mais avant de s’envoler pour l’Amérique ou seront tournées les premières scènes de ce film d’épouvante, Mylène Farmer poursuit l’exploitation d’Interstellaires. Elle choisit d’en extraire la piste la plus efficace et parfaitement calibrée pour les radios à l’heure où l’été s’apprête à pointer le bout de son nez. Aux influences funky, le titre « C’est pas moi »prend des allures d’hymne anti-conformiste« La vie, mais que vaut-elle / Sans danger sans sexe / Et sans choix / Marcher sa vie entière à / Côté de soi / Tant d’âmes se méprennent / Un oui / Un non / Une ligne droite » chante Mylène sur un couplet entêtant et aussi imparable que le refrain. Une douceur d’été qui pourrait bien faire grand bruit…

La pochette du single envoyé ce main aux radios, dans sa version originale, a été réalisée d’après un dessin de Mylène Farmer, dans la veine de ceux qui avaient déjà servi à illustrer le tube « C’est une belle journée » en 2002, son livre « Lisa-Loup et le conteur »l’année suivante, et plus récemment le conte philosophique « L’étoile polaire » de Michel Onfray (2015).

 

Publié dans Mylène 2015 - 2016 | Pas de Commentaires »

SYSTÈME 21 reçoit MYLENE

Posté par francesca7 le 7 février 2016

 

 L’émission débute par un enchaînement de très brefs extraits de tubes de Mylène Farmer (« Sans Contrefaçon », « Pourvu qu’elles soient Douces », « Sans Logique », « Libertine », « Maman a Tort ») qui s’achève sur l’introduction de « L’Horloge ». L’heure tourne. Quatre ans d’absence. Mais cette fois, ça y est : Mylène revient avec un nouvel album.

Rencontre exceptionnelle avec l’artiste la plus énigmatique et la plus adulée du show­biz français.

1995-07-a

Disponible, attentive : c’est l’instant X !

Diffusion d’un jingle dans lequel Mylène invite les auditeurs à découvrir son nouvel album sur la station.

C’est vrai que vous donnez très, très peu d’interviews radio. C’est une des premières fois ? (ce site d’archives, même s’il ne saurait prétendre être exhaustif, permet d’apporter une réponse négative à cette question ! nda)

Mylène Farmer : C’est très, très peu d’interviews en général ! Peu de radio, peu de presse.

C’est la deuxième je crois, puisque je débute la promotion. (la promotion d’ « Anamorphosée » a en effet débuté par les médias belges, nda)

Vous n’aimez pas ?

MF : C’est un exercice difficile pour moi, donc je préfère le rendre rare. Votre tout nouvel album s’appelle « Anamorphosée ».

Ca signifie que Mylène Farmer a décidé de rompre un petit peu avec l’image qu’elle donnait, ou est­-ce que vous avez envie de la transformer ? Quelle métamorphose est en train de se produire ?

MF : C’est plus ma perception du monde qui a changé et qui s’est élargie, donc l’idée de l’anamorphose était pour le moyen de rassembler toutes ces idées, de les concentrer pour n’en faire plus qu’une. Voilà, ce pourrait être l’image autorisée de l’image réelle. Et puis, c’est un jeu de mot ! (sourire)

Vous avez enregistré cet album aux Etats­-Unis, à Los Angeles. C’était la première fois. C’est un passage obligé, les Etats­-Unis, pour un artiste confirmé ? D’où est partie cette envie d’aller travailler là­bas ?

MF : J’ai passé beaucoup de temps aux Etats­-Unis : neuf mois à Los Angeles, un mois à New York. C’est un pays que j’aime bien. L’idée de l’album là­-bas, il se trouve que j’étais là­-bas et que j’avais un besoin, moi, de liberté donc c’est pour ça que j’ai choisi ce pays et qu’il y a de bons studios. Maintenant, l’idée de l’Amérique pour faire un album en aucun cas n’est définie parce que l’Amérique. Il se trouve, une fois de plus, que j’étais là­-bas, donc c’était plus simple pour moi d’amener tout le monde là­-bas !

Qu’est­-ce qui vous plaît, aux Etats-­Unis ? Qu’est-­ce qui vous attire là­-bas qu’il y a pas ici ?

MF : Déjà, le fait que je ne sois pas connue, donc qui pour moi est ‘une grande liberté’, à savoir je peux vivre comme tout le monde. D’autre part, j’aime bien cette notion d’espace, de grandeur. Je préfère définitivement New York à Los Angeles. Aujourd’hui, je peux me l’avouer, en tout cas !

Pourtant, vous consacrez une chanson entière à la Californie !

MF : Oui, parce que c’était un passage qui était quand même important, et une fois de plus, vivre neuf mois dans un pays ou dans une ville, c’est un moment qui est important dans la vie, et c’était un moment important pour moi donc « California », cette chanson, est née effectivement de ce passage.

Diffusion de « California ».

Lorsqu’on écoute, j’ai noté « Rêver », « Comme j’ai Mal », « California » et « Laisse le Vent Emporter Tout », ça parle beaucoup de rupture. C’est un sujet qui vous préoccupe pour l’instant, qui vous inspire particulièrement pour écrire des chansons, des textes ?

MF : Moi j’y vois dans la notion de rupture plus pas quelque chose, pas une notion négative mais au contraire, là encore, je parlerais de passage. C’est plus peut­-être parler d’un niveau de conscience, en tout cas l’esprit qui s’échappe donc, en ce sens c’est probablement une rupture.

Donc peut-­être n’y voyons-­nous pas la même lecture, dans le fond ! Après, ça, c’est quelque chose qui vous appartient puisque ça ne m’appartient pas… La rupture, c’est peut-être un nouveau départ, aussi…

MF : J’y vois dans ce cas-­là effectivement, oui, quelque chose de porté vers le haut, l’esprit qui s’échappe, une fois de plus. Donc oui, c’est une rupture.

Diffusion de brefs passages de « Laisse le Vent Emporter Tout », « Rêver », « Eaunanisme », « Mylène s’en fout », « California ».

1995-07-c

Pour la première fois, vous enregistrez un album aux Etats­-Unis, vous êtes photographiée sur la pochette de l’album par Herb Ritts et pas par Marianne Rosenstiehl qui d’habitude travaille avec vous, je crois, vous avez un nouveau manager (Thierry Suc occupe cette fonction depuis déjà presque cinq ans au moment de cet entretien, pourtant, nda), vous avez un nouveau clip, « XXL », qui a été filmé par Marcus Nispel, si je ne me trompe pas : ça fait pas mal de changements aussi, de ruptures avec le passé. Vous avez décidé de tourner une page par rapport aux gens avec lesquels vous étiez habituée de travailler ?

MF : Je pense pas que ça se… C’est pas quelque chose qui a été défini de cette façon-­là, décidé. Il s’est trouvé donc que ce passage à Los Angeles a provoqué d’autres choses en moi. Par exemple, pour parler du clip, j’ai quand même travaillé dix ans avec Laurent Boutonnat et je pense qu’il était intéressant que d’avoir un autre regard sur moi. Quant à cette volonté que de travailler avec un autre photographe, ça, ça fait appel à la même chose : cette envie que d’avoir un nouveau regard. Maintenant, parler de métamorphose radicale : non, bien sûr que non, si ce n’est qu’on apprend tous les jours et que la vie fait que ou vous changez, ou une fois de plus vous apprenez des choses et cette vie va vous diriger vers d’autres choses, d’autres envies, d’autres pensées. Une fois de plus, en parlant de ce photographe, je savais que lui pouvait m’amener, non pas dans mon univers mais en tout cas photographiquement, amener quelque chose qui était propre à lui et peu t -­être enrichir le mien.

En parlant de changement, justement, on vous sent ­ enfin, c’est une impression toujours personnelle ­ plus préoccupée qu’auparavant des problèmes de société, de la vie qui nous entoure, des problèmes de chacun…

MF : Sans doute. Sans doute, puisque ma vraie préoccupation est dans le fond mon passage et notre passage dans le monde, enfin notre vie terrestre donc c’est vrai que fatalement, on regarde l’autre avec un peu plus d’attention. Auparavant, il me semble que c’était plus axé sur vous.

Là, j’ai l’impression que vous regardez tout à coup plus vers l’autre…

MF : Oui, probablement. Probablement. Mais j’ai toujours regardé l’autre, j’ai toujours été sensible à la sensibilité de l’autre, maintenant c’est vrai que c’est peut­-être moins concentré sur moi.

Peut-­être d’avoir décidé tout simplement d’accepter de vivre, et cette acceptation vous ouvre des portes énormes et vous ouvre très certainement, en tout cas vous acceptez le regard de l’autre et vous acceptez de porter le regard sur l’autre. C’est une certaine maturité…

MF : Très certainement. En tout cas, je ne dirais pas que c’est agréable mais c’est vrai que c’était important pour moi, en tout cas, que ça arrive. (sourire)

Diffusion de « Rêver ».

C’est un album où émerge plusieurs paradoxes : vous parlez d’amour mais à la fois de séparation, vous parlez d’envie de vie et à la fois toujours de cette attirance un petit peu morbide. C’est quelque chose que vous gérez bien, d’être attirée par des extrêmes, comme ça ?

MF : Je vais dire une énorme banalité, probablement mais la mort fait partie de la vie, donc c’est vrai que est-ce que j’ai apprivoisé la mort ou est­-ce que la mort m’a apprivoisée : je ne sais pas bien, si ce n’est que être attirée par les mêmes choses, moi j’appelle pas ça de la morbidité mais simplement un intérêt, en tout cas une interrogation quant à la mort. Maintenant, la vie ­ comme je l’ai dit auparavant­ je tente de l’accepter et de l’apprivoiser.

C’est quelque chose qui vous préoccupe au quotidien ?

MF : Je vis au quotidien de la même façon que vous vivez, donc bien sûr que c’est une préoccupation !

Oui, mais tous les jours vous vous posez une question par rapport à la mort ? C’est quelque chose qui est là, qui est latent, qui vous travaille ?

MF : Dans la mesure où j’ai à la fois, oui, une vraie question que je me pose, des livres qui m’accompagnent qui parlent de ça. J’ai découvert ­ je vais essayer d’être un petit peu plus précise ­ un livre qui je pense m’a beaucoup aidée et qui est très, très intéressant, qui s’appelle « Le livre tibétain de la vie et de la mort » et qui parle justement de cette acceptation de la mort et qui vous parle de la vie comme jamais on n’en a parlé, en tout cas moi c’est mon sentiment.

Vous êtes partie en Inde. Ca a un rapport direct avec ça ?

MF : Non, parce que mon passage en Inde c’était juste un voyage éclair (à l’été 1989, nda), à savoir que quelquefois on a des urgences, il faut absolument partir, donc j’avais choisi l’Inde parce que…je ne sais pas ! Je n’ai pas, non, ressenti grand­-chose en Inde. Maintenant, je sais qu’aujourd’hui, si j’y retournais, je sais que ça serait tout à fait différent. Donc l’Inde, a priori en tout cas sur ce premier voyage, n’a été en aucun cas dirigé par telle ou telle pensée.

Diffusion de « Vertige ».

Est-­ce que vous êtes consciente que sur ce nouvel album ­ certainement, vous l’êtes ­ votre voix a changé ?

MF : Oui, je le suis parce qu’on me l’a dit beaucoup, et puis c’est vrai qu’en studio on s’en rend compte aussi quand on chante.

Certains morceaux sont plus rock qu’auparavant. Vous vous sentez plus rock’n’roll qu’il y a quelques années ?

MF : Non !! (rires) Non, non, non. Simplement faire appel à des instruments lives, ça donne toujours cette connotation rock’n’roll mais en aucun cas ce n’est ma revendication. Non, j’avais réellement le souhait que de travailler, d’avoir des guitares, avoir une batterie live, une basse donc toutes ces choses font que le climat est un peu différent, mais en aucun cas une revendication, non.

Vous écoutez quoi en ce moment, comme musique ?

MF : J’écoute beaucoup Bob Marley, je me suis racheté « Hotel California » (des Eagles, nda), j’ai découvert ­ comme tout le monde, je pense ­ (Alanis) Morissette, que j’aime bien, « Harvest », Neil Young donc, que j’aime vraiment, vraiment beaucoup et je m’aperçois de plus en plus que, indépendamment de l’aspect musical, c’est la voix et la particularité d’une voix qui me touche énormément et c’est vrai qu’entre Neil Young et Bob Marley, ce sont des voix qui sont tellement…qui viennent d’ailleurs !

Diffusion de brefs passages de « Tomber 7 fois… », « L’Instant X », « Vertige », « Comme j’ai Mal » et « XXL », puis de « L’Instant X » cette fois en entier.

Quels souvenirs gardez­-vous de cette grande tournée que vous avez fait il y a six ans, maintenant ?

MF : Oui. Un grand souvenir. Je me souviens du public belge très, très bien. Je l’ai réellement en mémoire. Je sais pas…Un moment qu’on a une fois dans sa vie, parce que je crois que la première fois est la première fois. Si je dois refaire une scène, je ressentirai des choses différentes mais c’est de la même façon que quand on rencontre quelqu’un, la première fois, la première nuit, le premier moment est quelque chose d’absolument magique et qu’on ne peut pas vous enlever, donc c’est quelque chose d’assez étonnant.

Il faut être deux à un rendez­-vous, et là en l’occurrence le public était là, nombreux…

1995-07-dMF : J’ai beaucoup de chance, je le sais. Beaucoup, beaucoup de chance. J’ai eu beaucoup de monde mais ce qu’il y a de plus important, toute cette masse finit par ne faire plus qu’un aussi, donc c’était une attention qui était… Oui, c’est un beau cadeau de la vie, ça !

Quand pourra-­t-­on vous revoir sur une scène en Belgique ?

MF : Je n’ai pas la réponse moi-­même. Je préfère dire que je ne sais pas, parce que je pense que je ne sais pas, dans le fond ! Je ne sais pas…

Diffusion de la fin de « Je voudrais tant que tu comprennes » qui s’enchaîne avec « Eaunanisme » pour clore l’émission.

ISSU de RADIO 21 (Belgique) 21 OCTOBRE 1995

Publié dans Mylène 1995 - 1996, Mylène AU FIL DES MOTS, Mylène en INTERVIEW | Pas de Commentaires »

AVANT QUE L’OMBRE… À BERCY DÉROULEMENT DU SPECTACLE

Posté par francesca7 le 29 novembre 2015

 

Ce cri qui introduisait le spectacle en introduit aussi le film, sur des images du « rideau de scène », ou plutôt des gigantesques portes qui la cachent encore aux yeux du public. Ce sont en effet deux lourdes portes baignées d’éclairages dorés qui se présentent au public, lui-même baigné d’éclairages d’un rouge oppressant. Au milieu de la salle se trouve une seconde scène en forme de croix, posée au milieu de la fosse. Une musique inquiétante et mystérieuse se fait entendre, constituée de grondements sourds et de chants religieux dignes de l’album « Cendres de lune ».

 BERCY2

C’est l’Introduction. La pression monte du côté du public de ces treize dates exceptionnelles, treize représentations uniquement à Paris-Bercy. Alors que les grondements se font de plus en plus sourds, les lumières s’éteignent brusquement, déclenchant à nouveau les cris du public. La musique va crescendo, jusqu’à l’explosion… « SHUT UP !! ». Un sarcophage futuriste s’illumine des hauteurs de la salle, au-dessus du transept de la croix posée au milieu de la fosse. Mylène est allongée à l’intérieur, yeux clos. Le caisson descend lentement, tandis que des éclairs et des coups de batterie semblables à des explosions traversent la salle. Le sol de la scène centrale en forme de croix est tapissé d’un écran retranscrivant des images évoquant un cœur humain, images signées Alain Escalle, comme toutes celles du show. Lorsque le sarcophage est posé sur la croix, six hommes vêtus de longues robes violettes montent sur la croix, et entourent le sarcophage dans lequel Mylène gît, endormie. Après l’avoir débarrassé des chaînes qui l’ont fait descendre, ils soulèvent le sarcophage et le portent en direction de la scène principale, toujours masquée par ses lourdes portes. Au fil de leur marche, une passerelle reliant les deux scènes descend du plafond. Au moment où les porteurs posent le pied sur la première marche de cette passerelle, les portes s’ouvrent enfin avec fracas, laissant entrevoir dans un éclair aveuglant un escalier sans fin, et deux écrans reprenant les images projetées sur la scène centrale en forme de croix. Arrivé sur la scène principale, les porteurs posent leur fardeau sur un socle, puis se retirent en coulisses. Sous les yeux du public, émerveillé par une telle entrée, le socle se relève lentement à la verticale. L’image de Mylène à l’intérieur, les yeux toujours clos, se relevant lentement, est projetée en live sur l’écran gauche de la scène. Et brusquement, elle ouvre les yeux, comme si les cris du public lui avaient insufflé la vie… Le sarcophage s’ouvre, libérant Mylène tout sourire, qui adresse un signe de main à la foule en délire. 

Et c’est parti pour le voyage… Le voyage semble être le fil conducteur du spectacle, une idée empruntée à Guy de Maupassant, dont une citation figure dans le livre du spectacle. « Le voyage est une espèce de porte par où l’on sort de la réalité connue pour pénétrer dans une réalité inexplorée qui semble un rêve ». Mylène, renvoyée sur terre et ressuscitée treize fois de suite par son public, va donc nous faire voyager dans son monde, ses tableaux…

Mylène commence à chanter Peut-être toi, dans de très beaux éclairages rouge et or. Sa tenue est pour le moins originale, constituée d’une culotte, d’un soutien-gorge et de bottes couleur or, sertis de pierres précieuses. Par-dessus, Mylène porte une cape couleur or également, constituée de fines lanières qui volent derrière elle. Ce titre dynamique est repris par le public, et Mylène le termine avec les fameux « Pam pam pam, padadadam pam… ».

Les accords de guitare qui introduisent la chanson suivante sont rythmés par des éclairages violets qui se lèvent et se baissent en rythme. Parallèlement à cela, une partie de la scène, celle où se trouvent le directeur musical Yvan Cassar, le batteur Abraham Laboriel et le percussionniste Nicolas Montazaud, s’élève lentement, laissant apparaître guitaristes, bassiste et choristes. La scène s’éclaire de bleu lorsque le riff de XXL se déchaîne. Mylène interprète ce titre avec beaucoup de justesse, tandis que les écrans géants derrière elle retransmettent des images live. A la fin de la chanson, Mylène fait reprendre le refrain au public après lui avoir dit bonsoir.

 BERCY

Retour au calme pour Dans les rues de Londres. Les écrans derrière Mylène diffusent des images d’une silhouette dansante superposée avec une écriture manuscrite… Des éclairages reprenant une rue pavée sont projetés sur l’immense escalier sans fin qui fait office de décor. Mylène interprète ce titre en toute sobriété, se déplaçant le long de la scène, tandis que la scène est éclairée dans des tons dorés. A la fin de la chanson, nous découvrons que les écrans mobiles sont quatre en réalité, qui peuvent bouger, se séparer, se rassembler…

Un bruit de C.B. retentit dans la salle. Le public reconnaît immédiatement California. Les écrans et la scène centrale se recouvrent de la mention « Crime scene – Do not cross ». Mylène apparaît en hauteur, sur la première partie de l’escalier du décor, dans une ambiance très sombre, rougeoyante. L’escalier avance lentement vers l’avant de la scène, et Mylène le descend en rythme avec la chanson. Elle effectue une prestation toute en sensualité de son tube de 1996. A la fin du titre, elle ne manque pas d’adresser un clin d’œil au public sur un langoureux « So ssssex… » !

Un tampon élève Mylène au-dessus de la scène tandis que retentit le rythme saccadé de Porno Graphique. Mylène effectue une chorégraphie géniale totalement barrée, faite de mouvements aussi saccadés et « autistiques » que la chanson, faite de déhanchés suggestifs et de mouvements brusques. Dans une ambiance rougeoyante (encore !), des images d’une opération à vif sont projetées sur les écrans réunis. Au trois quarts de la chanson, sept hommes font leur apparition sur scène, en haut de la première partie de l’escalier du décor. Ce sont Los Vivancos, groupe de danseurs flamenco, espagnols donc. Ils restent immobiles jusqu’à la fin de la chanson où Mylène lâche « T’as pas un p’tit mojito ?! » avant de s’échapper en coulisses. Ils prennent alors possession de la scène pour un interlude flamenco endiablé, fait de claquettes et d’acrobaties, sur un instrumental hispanisant de « Porno Graphique ». Puis le noir se fait…

Une petite mélodie enfantine se fait entendre doucement, tandis que la salle est baignée d’éclairages bleu sombre. Puis les premières notes de Sans contrefaçon retentissent, déclenchant les cris de délire du public. Huit danseuses sont positionnées sur scène, encore immobiles. Elles sont vêtues de pantalons noirs, de vestes à carreaux (comme il se doit pour cette chanson !) colorés et chapeaux haut-de-forme rouges. L’intro se déchaîne, guitare, percussions, Mylène arrive en fanfare du côté droit de la scène, vêtue également d’un haut-de-forme bleu marine, ainsi que d’une petite robe noire à plumes très courte dotée d’une sorte de traîne froufrouteuse, noire également. Mylène et ses danseuses effectuent la chorégraphie bien connue de la chanson devant un public déchaîné, tandis que de superbes éclairages balaient toute la salle. Les écrans des deux scènes projettent des images d’une marelle remplie des symboles masculin et féminin tournant sur eux-mêmes. Mise en scène très réussie. Mylène fait reprendre le refrain au public à plusieurs reprises…

Retour au calme avec une version plus lente et plus sensuelle de Q.I. Les danseuses retirent leur pantalon, leur veste et leur chapeau, dévoilant une petite combinaison noire des plus sexy. Mylène retire également son chapeau et sa traîne. Mylène et ses danseuses effectuent une nouvelle chorégraphie sensuelle et plutôt originale, inspirée du Lac des Cygnes. Le public est enthousiaste, notamment sur la fin de la chanson « Ton Q.I, mon Q.E, ton Q.I, C.Q.F.D… ». Mylène remercie le public, puis reprend cette conclusion de la chanson en chœur avec lui, tandis que les danseuses effectuent de larges mouvements avec les bras.

Déjà, l’intro de C’est une belle journée retentit, et nouveau moment de liesse dans la salle pour le public qui reprend à tue-tête le refrain avec Mylène. Celle-ci, toujours accompagnée de ses huit danseuses, effectue la chorégraphie du titre présentée à la télévision quatre années plus tôt. Les écrans diffusent des dessins animés tirés du clip, accompagnés d’une multitude de lettres C.U.B.J., les initiales de la chanson. A la fin de la chanson, Mylène retourne en coulisses, tandis que les musiciens jouent un instrumental orientalisant, pendant lequel les Los Vivancos arrivent une nouvelle fois sur scène, pour effectuer un nouvel interlude flamenco/claquettes. Puis le noir se fait…

Un orage éclate dans Bercy. Des éclairs flashent toute la salle, tandis que le tonnerre, la pluie et le chant des cigales retentit. Sur la scène centrale en forme de croix, une trappe se retourne sur elle-même, laissant apparaître un piano à queue. Yvan Cassar s’avance sur la scène centrale, sous les applaudissements du public. Il s’installe au piano et débute une introduction que l’on reconnaît comme étant celle de Ange, parle-moi. La voix de Mylène se fait entendre. Mais où est-elle ? Elle est perchée dans un chandelier immense aux flammes en plastique, qui survole le côté gauche de la salle. Le chandelier parcourt ainsi la moitié de la salle, rapprochant Mylène des spectateurs assis de ce côté-ci des gradins. La foule est réellement en délire, on entend peu Mylène tant les cris sont nombreux. Mylène reste imperturbable et termine la chanson, ici dans une jolie version en piano-voix, en se posant au milieu de la scène centrale. Elle descend du chandelier, qui remonte au plafond. Elle porte une nouvelle tenue constituée d’un corset violet, d’un haut transparent passé par-dessus, et de cuissardes bleues. La chanson finie, le public réserve une standing ovation à Mylène, qui semble ne pas en revenir…

La chanson suivante est Redonne-moi, que Mylène interprète visiblement très émue. Dès le second couplet de la chanson, elle peine à finir ses vers. Le public ne manque pas d’aider Mylène et de l’applaudir. Yvan conclut joliment la chanson avec une reprise inédite au piano, durant laquelle Mylène reçoit un bouquet de fleurs du public. Elle lui dit : « Ce sont des moments tellement émouvants pour moi… Merci beaucoup… ».

Toujours sur la scène centrale, Mylène continue ce tableau « émotion », plus proche que jamais de son public. Bercy n’a jamais semblé si intimiste… Elle enchaîne avec Rêver. Dès la fin de l’intro, elle demande à Yvan, submergée par l’émotion : « Donne-moi une seconde… Pardon… ». Tandis que l’écran de la scène du fond retransmet toujours des images live de Mylène, de magnifiques éclairages habillent la chanson. Des colonnes de lumière s’élèvent tout autour de la scène centrale en forme de croix, tandis que Mylène interprète une de ses chansons les plus connues et aimées du grand public. On entend d’ailleurs nettement son public chanter avec elle lors des refrains. Le public reprend également en cœur le refrain lorsque Mylène le lui demande à la fin de la chanson. « C’est une chanson qui vous va si bien… Alors je vous laisse la chanter pour moi »…

L’obscurité grandit pour L’autre… que Mylène interprète encore une fois en toute sobriété, en communion totale avec le public, aussi ému qu’elle. Vers la fin de la chanson, après que la plupart des musiciens l’aient rejointe sur la scène centrale, elle fait monter une fan sur scène, parcourt un peu la croix avec elle puis la serre dans ses bras, concluant la chanson par : « C’est un ami… C’est lui… C’est lui… C’est vous… ».

BERCY1

Dès que les premiers accords de Désenchantée sont plaqués par Yvan, un cri de délire inonde Bercy. Les danseuses de Mylène, en pantalon noir et en haut violet, la rejoignent sur la scène centrale. Elles effectuent avec Mylène la chorégraphie d’origine du titre, tandis que les écrans des deux scènes projettent des images psychédéliques de toutes les couleurs. Au fur et à mesure que la chanson avance, les éclairages sont de plus en plus fous. A la fin de la chanson, des torrents de lumières de toutes les couleurs déferlent dans tout Bercy. Le public, quant à lui, est euphorique. Mylène interprète son plus gros tube, son hymne, au milieu de la salle, au milieu de son public. Comme pour « Rêver », on le distingue bien chanter avec Mylène sur les refrains. En réalité, dans la salle, il chantait plus fort qu’elle… Lors du pont de la chanson, les musiciens restant passent d’une scène à l’autre par la passerelle, une nouvelle fois descendue. Après une multitude de refrains, la chanson se termine et les danseuses retournent sur la scène principale. Mylène reprend le refrain plusieurs fois avec le public, puis présente les musiciens qui l’accompagnent. Après avoir été présentés, ceux-ci retournent sur la scène principale. Puis Mylène va les rejoindre lentement, en reprenant une nouvelle fois le refrain de la chanson avec le public. Sur la passerelle entre les deux scènes, elle se penche pour adresser un petit signe au public juste en-dessous. Puis la musique explose à nouveau et un nouveau refrain est repris.

Retour au calme avec Nobody knows, que Mylène interprète en faisant de simples mouvements de bras et de tête. Les écrans, devant lesquels une sorte de tissu transparent a été descendu, diffusent des images oniriques dans des tons jaunes. Les éclairages rouges et jaunes balaient la salle. Mylène retourne dans les coulisses tandis que les musiciens et notamment Yvan Cassar concluent la chanson par un air mystérieux constitué d’arpèges.

Pour Je t’aime mélancolie, de longues colonnes de tissu descendent du plafond de la scène. A l’intérieur de certaines d’entre elles, Eric Chevalier le claviste, Mylène et quelques danseuses. Les autres sont disposées plus au devant de la scène. Dans une version assez similaire à celle du Tour 96, Mylène ré-interprète cette chanson avec la chorégraphie d’origine, en dépit de son micro qu’elle porte à la main. Dès le premier refrain, elle sort de sous la colonne de tissu. Elle est vêtue une nouvelle tenue : culotte et soutien-gorge en dentelle noirs, par-dessus lesquels elle porte une veste en dentelle noire également.

Interprétation toute en simplicité et en sensualité pour L’amour n’est rien…. Mylène évolue sur scène, jouant avec ses musiciens, notamment ses deux choristes et son bassiste. De jolis éclairages mettent en valeur les colonnes de tissus qui ont libéré toutes les personnes qui étaient à l’intérieur… Lors des derniers refrains de la chanson, ceux-ci montent et descendent en rythme avec la chanson.

Quelle surprise que cette nouvelle interprétation de Déshabillez-moi ! On peut dire que Mylène vit la chanson… Devant un pied de micro, elle joue avec lui et avec le public, multipliant les grimaces, les poses lascives. Sans oublier l’énorme cri qu’elle pousse… Interprétation magistrale de ce classique de Juliette Gréco !

Retour au calme avec Les mots. De magnifiques projections de roses ornent les deux côtés de la scène. Des images de pluie sont projetées sur les écrans, scindés en deux. Mylène chante son premier couplet. Pour le couplet de Seal, surprise, Abraham se lève et c’est lui qui va rejoindre Mylène. Remplaçant de treize soirs, il donne une nouvelle dimension à la chanson en interprétant superbement cette chanson avec une belle voix rauque. Mylène et Abraham semblent très complices et avoir beaucoup d’affection l’un pour l’autre. Mylène le gratifie d’ailleurs d’un smack sur la bouche à la fin de la chanson…

Fuck them all bénéficie d’une mise en scène très étudiée et très colorée. Les Los Vivancos sont de retour sur scène, l’un deux enserrant Mylène dans ses bras. Ils se retournent lentement vers le public au moment de l’intro. Les danseuses sont également présentes sur scène, habillées en geishas. Toute la troupe effectue une chorégraphie inédite, tandis que les écrans diffusent des images évoquant l’Espagne, avec beaucoup de rouge, des images de toréadors, des coupures de journaux… Lors des derniers refrains, la passerelle descend une nouvelle fois relier les deux scènes. La chanson finie, toute la troupe passe sur la scène centrale, au rythme de percussions et des « Fuck them all » qui résonnent dans toute la salle. Mylène présente les danseurs : « Ils sont tous frères, ils sont tous espagnols, ils dansent magnifiquement bien, ils s’appellent Los… Mylene_FarmerVIVANCOS !! ». Puis elle retourne vers les danseuses : « Elles viennent toutes de New York, je suis très très heureuse de travailler avec elles, elles sont toutes plus jolies les unes que les autres, ce sont les danseuses !! ». Tout le monde retourne sur la scène principale, seule Mylène reste… « Et merci à vous, un immense merci !! ». Explosion de guitares. Mylène tournoie sur la scène centrale, au milieu de son public qui l’acclame. On sent les larmes lui monter aux yeux… Elle retourne sur la scène principale. « FUCK THE ALL ! ». Le noir se fait.

Cris du public lorsque Mylène est de retour sur scène. Elle est vêtue d’une nouvelle tenue, un magnifique manteau rouge sang brodé d’or et de perles. Un véritable rideau d’eau coule devant la scène. L’image de Mylène en live est projetée dessus. L’effet est magnifique. Les premières notes de Avant que l’ombre… débutent. Mylène interprète la chanson visiblement émue. Lors des derniers couplets, le rideau se sépare en deux, laissant Mylène passer devant. « Mais laisser le passé, redeve…nir le passé… passé… ». Et à chaque fois que Mylène prononce le mot « Passé », celui tombe du rideau d’eau, constitué de gouttelettes d’eau. L’effet est grandiose, magnifique. C’est la première fois au monde que cette technologie est utilisée. Le public est scotché. Mylène termine la chanson, puis lorsque débute le long instrumental qui conclut la chanson, elle se dirige vers l’escalier sans fin du décor, maintenant orné d’immenses chandeliers dont le pied est sculpté de cobras. Tandis que le rideau laisse maintenant s’échapper la silhouette de Mylène (celle de l’affiche du spectacle), celle-ci monte lentement, très lentement, les marches de cet escalier sans fin. Arrivée à mi-chemin, elle ôté son long manteau rouge, se retrouvant presque nue. Arrivée tout en haut de l’escalier, dans la fumée, elle se retourne et lève la main en direction du public. Elle n’est plus qu’une silhouette lointaine en haut de cet escalier. Le public, abasourdi, répond au signe de main que lui adresse Mylène. Puis lentement, les lourdes portes qui cachaient la scène commencent à se refermer sur elle et sur Mylène, la main toujours levée. Sa silhouette se découpe toujours dans le rideau d’eau. Avec un immense fracas, les portes se referment définitivement. Le dernier plan du film nous montre les fans en pleur devant ce final incroyable et particulièrement fort en émotions…

 SOURCE  / http://www.innamoramento.net/

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Peut-être lui dit Mylène

Posté par francesca7 le 18 octobre 2015

 

 

   MYLENE   Elle a fait la paix avec les hommes. L’aveu est solennel comme un chant liturgique. Deux notes de piano empreintes de gravité précèdent l’annonce de la bonne nouvelle : « Avant que l’ombre, je sais / Ne s’abatte à mes pieds / Pour voir l’autre côté / Je sais que… je sais que… j’ai aimé. » Tous ceux qui suivent le parcours de la chanteuse depuis ses débuts ont compris, dès la première écoute, que le déclic tant attendu s’est produit : Mylène est amoureuse. Un sentiment qui parcourt tout l’album Avant que l’ombre…, lui donnant une coloration intimiste, voire impudique, comme si nous étions les témoins involontaires d’une relation en tout point idyllique. 

      Que de chemin parcouru pour en arriver là. Que de doutes et d’atermoiements avant d’aboutir à une certitude terrifiante, celle d’un émoi dont il devient impossible de réfuter l’évidence. Souvenons-nous de cette interview accordée à l’émission « Sexy Folies » en 1986. Mylène avait eu recours à la métaphore de la mante religieuse pour expliquer son rapport problématique aux hommes. « Je ne les aime pas », concluait-elle alors avec une moue de dégoût. Une phrase qui résonne, à l’époque, comme une fin de non-recevoir adressée à l’ensemble des représentants du sexe fort. 

 

      Ce qui frappe, là encore, c’est la lenteur qu’il a fallu à Mylène pour accomplir ce chemin qui va de la haine à l’amour. Elle devra attendre le milieu des années 1990 pour trouver les premières clés lui permettant d’avancer. Avant cela, ses chansons portent la trace d’une impossibilité majeure. « Ainsi moi je / Prie pour que tu / Fuis mon exil » énonce un paradoxe qui résume bien la difficulté de rencontrer l’âme sœur. C’est le Je t’aime, moi non plus de Gainsbourg, ce jeu de cache-cache destiné à contourner l’obstacle, éviter le contact qui pourrait faire chavirer les cœurs. Il y a quelque chose de romantique là-dedans : celui qui rêve d’aimer est persuadé de ne pas pouvoir être compris. Une exigence d’absolu aussi, qui fait que l’autre déçoit forcément, quoi qu’il fasse, puisqu’il ne parvient pas à incarner l’idéal. 

Dans Beyond My Control, l’être aimé est puni de mort pour avoir trompé la confiance de l’amoureuse. « Dors en paix je t’assure / Je veillerai ta sépulture / Mon amour », entonne Mylène, qui a trouvé une solution extrême pour que son amour puisse accéder à l’éternité. 

      Dans Regrets, c’est la mort qui sert de subterfuge afin de rendre l’amour impossible. « Debout la tête ivre / Des rêves suspendus / Je bois à nos amours / Infirmes », chante Jean-Louis Murat à la femme aimée disparue trop tôt à laquelle il vient rendre visite au cimetière où elle est enterrée. N’est-il pas plus facile d’idéaliser une morte que de s’éprendre d’une vivante qui, tôt ou tard, montrera le visage de ses défauts ? Car c’est bien la peur du quotidien qui terrifie les tenants de l’amour absolu. Comment la passion pourrait-elle résister à certains instants que nous savons si peu glorieux ? 

      Prisonnière des paradoxes qui l’empêchent d’avancer, Mylène n’a bientôt plus comme ultime recours que de pousser un immense cri, semblable à une prière adressée à l’infini : « On a besoin d’amour / Besoin d’un amour XXL. » C’est bien le prince charmant qu’elle appelle de ses vœux, celui des contes de fées qui ne souffre d’aucune faille et semble avoir pour seule vocation de combler le cœur des femmes. Il y a quelque chose de simple dans cette requête, qui contraste avec les complications prévalant auparavant. De pur aussi. Une ouverture sincère qui vient percer la « bulle de chagrin ». 

      Ce que les romantiques préfèrent dans l’amour, ce sont les premiers frémissements, l’embrasement des cœurs, la cristallisation des sentiments. C’est pourquoi Mylène ne pouvait que tomber sous le charme du Choc amoureux, l’essai de Francesco Alberoni, qui décrit le processus à l’œuvre dans l’amour naissant. De ce livre naîtra un album aérien, plein d’espérance : Innamoramento. L’illustration figurant sur la pochette, signée Marino Parisotto Vay, traduit bien ce nouvel état d’esprit. Mylène s’en est d’ailleurs expliquée. « On voit une cage, on voit une silhouette au-dessus, on peut penser à l’oiseau. 

Maintenant, peu m’importe si c’est un oiseau ou non. L’idée est qu’on puisse voir effectivement cette porte entrouverte et cette cage entourée d’eau qui peut être menaçante ou paisible, on ne sait pas bien. 

Personnellement, j’y vois une sorte d’envol et de chute, comme l’amour, qui peut vous porter vers le haut et vers le bas. »       Ce qui caractérise cet album, c’est sa grande unité, comme s’il avait été écrit dans un seul et même souffle. Innamoramento résonne comme un puissant appel à l’amour. Comme le cri déchirant d’une solitude qui veut être brisée. « Trouver enfin peut-être un écho », répète Mylène dans le refrain. Prière qui trouve une expression bouleversante dans cette voix éthérée qui semble résonner à l’infini sur le morceau Mylenium, qui achève l’album. Peu prolixe sur sa vie amoureuse, la chanteuse lâche tout de même quelques confidences lors d’une interview au moment de ses concerts en Russie en mars 2000. 

« Quand on devient une personne publique, il est difficile de trouver l’âme sœur. En général, l’homme a du mal à accepter que sa compagne soit aimée par des millions d’autres personnes. Il souhaite être l’unique. » 

      Il faut croire que le ciel a exaucé son vœu, puisque l’album qui suit, Avant que l’ombre… , est placé, quant à lui, sous le signe de la rencontre. Il n’y a plus de solitude, plus de désespoir né d’une incapacité à communiquer avec l’autre, plus de détresse de n’être pas entendue. Juste une « inquiétude d’amour » qui cache « une envie de bonheur », comme Mylène le chante dans Peut-être toi. Il y a de la prudence dans la déclaration, une pudeur à dire la passion qui pourrait s’éteindre, soufflée par les mots. Une superstition même, qui pousse la chanteuse à répéter plusieurs fois le fameux Shut up ! qui ouvrit paradoxalement les concerts de Bercy en 2005. Dire à l’autre qu’on l’aime, n’est-ce pas risquer de briser le charme ? Voilà pourquoi il faut ajouter un « peut-être », s’empêcher de croire au toujours qui déçoit, se rattacher au présent comme à la seule terre possible. « T’aimer parce que c’est aujourd’hui / C’est ce qui compte vraiment », fredonne-t-elle dans J’attends. 

      On le voit, Mylène n’envisage pas l’amour dans sa conception bourgeoise, qui voudrait en garantir la durée par un contrat où la passion n’a plus sa place. Si l’amour scelle un pacte, c’est celui d’une exigence de sincérité absolue. « Si nos matins / Semblent poussière / Alors… renie-moi… là », renonce-t-elle, prête à tout sacrifier quand les sentiments ne sont plus partagés. Pas question que l’habitude s’installe, aucun droit à l’erreur n’est permis de part et d’autre : « Si par mégarde / La faute est mienne / Alors… renie-moi… là. » L’amour romantique n’est pas de tout repos : il exige sans cesse de nouvelles preuves.

Peut-être toiDans le clip de Peut-être toi, dessin animé réalisé par Naoko Kusumi, les deux amants périssent enlacés, transpercés par une lance mortelle. Un scénario qui rejoue l’histoire de Roméo et Juliette : seule la mort peut garantir l’éternité des sentiments que la vie malmène. 

  Qui est-il, cet homme qui fait le bonheur de la chanteuse ? Celui qui a pris son cœur en otage ? Son portrait se dessine au détour de plusieurs chansons. « Même si je suis dans son lit / C’est son Q.I. qui me lie / À lui pour la vie entière / Bien que solitaire », dévoile-t-elle dans Q.I., précisant qu’il a « des rondeurs d’un Rodin ». Le clip du single, d’ailleurs, montre une Mylène étonnamment fusionnelle, dont les mains, par la magie d’un trucage, fouillent sous la peau de l’amant. Mais la chanteuse lui donne également la parole dans J’attends. « Je t’étreins pour deux, tu es ma vie », explique l’amoureux à la femme adorée, refermant ses bras sur elle sans jamais apaiser ses peurs. Ce qu’elle ressent ? « Un désir d’aimer / Comme un bouclier », dit-elle dans Tous ces combats. 

      L’homme qui partage sa vie a des allures de chevalier des temps modernes. C’est lui, désormais, qui fait barrage entre Mylène et le monde, transmet les messages des fans qui gravitent autour de la star, fait la distribution des autographes. Depuis qu’elle le fréquente, il lui est arrivé de se promener au milieu de la foule, en plein Paris, sans craindre les regards. Ou d’aller dîner à pied, tard le soir, sans autre escorte que son compagnon. En mai 2005, Christophe-Ange Papini raconte comment une fan, ayant réussi à pénétrer dans la résidence où habite la chanteuse, s’est approchée de sa maison. Lorsque l’homme est sorti pour lui demander la raison de sa présence, elle a prétexté que son chien était perdu. Mais aussitôt que Mylène est apparue, la jeune femme s’est précipitée sur elle en lui disant qu’elle l’adorait. La chanteuse aurait alors tourné les talons, se réfugiant chez elle, tandis que son compagnon aurait alerté les vigiles. La veille déjà, cachés derrière les arbres de la résidence, trois fans squatteurs avaient réussi à tromper la vigilance du personnel en charge de la surveillance. 

     Dire le nom de celui qui a inspiré l’album Avant que l’ombre… n’a pas grand sens. Le prénom de Benoît, qui est le premier à être remercié dans le livret de Point de suture, suffit amplement. Impudique dans ses chansons lorsqu’il s’agit de jouer des rôles, Mylène est restée très secrète sur ses amours dans la vraie vie. Malgré tout, elle a levé un coin du voile, pour la première fois, dans une récente interview à Paris Match. « Je cherchais un réalisateur de films d’animation. Il est producteur et réalisateur et il est tout de suite tombé amoureux du petit personnage de C’est une belle journée. » C’est donc en 2002, comme la chanteuse le révèle indirectement, que la rencontre a eu lieu. Une collaboration étroite et fructueuse autour d’un clip conçu à deux a fait le reste. 

     Faire livrer des sushis, visionner des DVD, dessiner sur leur Palm Pilot… Les amoureux ne manquent pas d’occupations lorsqu’ils passent leurs soirées au domicile parisien de la chanteuse. 

Exceptionnellement, on les croise dans des concerts, comme celui de Radiohead, le 10 juin dernier. Le 1er octobre 2007, ils se sont rendus ensemble à l’Élysée pour la remise de la Légion d’honneur à David Lynch, cinéaste ami de la star. Dès qu’ils en ont l’occasion, ils s’envolent pour la Corse : Mylène, qui a longtemps détesté le soleil, vient souvent se ressourcer sur l’île de Beauté. On l’a même aperçue dans plusieurs magazines en maillot de bain, pas franchement épouvantée par le climat si éloigné de celui de son Québec natal. Preuve que cet homme, sans doute venu au bon moment dans sa vie, après tout ce travail accompli sur elle-même en chansons, continue de la combler. Sans doute n’est-il pas étranger, d’ailleurs, à l’extraordinaire vitalité qu’on ressent à l’écoute de l’album Point de suture. 

 

Extrait du livre : MYLÈNE par Hugues ROYER aux Editions Flammarion 2008

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MYLENE FARMER Dans la main d’Isis

Posté par francesca7 le 3 octobre 2015

 

 MYLENE ISIS

     Juillet 2000. Les lecteurs de Voici sont sous le choc en achetant leur magazine. Sous une photo de Mylène, tout sourire et très pulpeuse, on peut lire ce titre : « Enceinte. » Un incroyable scoop qui met la planète people en émoi. Dans les pages intérieures, l’article, fort élogieux, relate le long cheminement qui a conduit la chanteuse à prendre la décision d’accueillir la vie en son sein. Quelques jours plus tard, la bonne nouvelle est également annoncée dans Ici Paris. À trente-huit ans, la rouquine semble avoir franchi le cap de la maternité.

     Les fans, pourtant, sont sceptiques. Ils ont un peu de mal à imaginer leur idole au milieu des couches et des biberons. Trop beau pour être vrai ? Sans doute, puisque ce scoop se révélera être un canular. Comment le magazine Voici, dont on sait la fiabilité des sources, a-t-il pu diffuser une telle information sans la vérifier ? La légende veut que Mylène soit elle-même à l’origine de ce faux scoop. Furieuse que certaines fuites aient filtré sur sa carrière, notamment sur la scénographie du « Mylenium Tour », au risque de gâcher l’effet de surprise, elle aurait soufflé ce mensonge à des membres de son entourage afin de pouvoir remonter la filière.

 

     L’information, d’ailleurs, n’est pas totalement absurde, si l’on se fie aux déclarations de Mylène à l’époque. Longtemps, ses angoisses l’ont empêchée de se projeter dans la maternité. La peur de voir modifier son corps, aussi, sans doute. Pourtant, dès le milieu des années 90, l’idée d’être maman n’est plus appréhendée avec le même refus catégorique. « Jusqu’à il y a encore très peu de temps, cette idée de me prolonger à travers un être me terrifiait. J’ai toujours eu très peur de retrouver en cet enfant des facettes de moi-même que je n’aimais pas. J’ai toujours eu l’impression que je ne saurais pas l’aimer. Je ne me sentais ni la force ni l’espoir ni la capacité d’élever des enfants. Mais, à présent, la prolongation de moi m’est enfin devenue tolérable. Aujourd’hui, effectivement, je crois que j’aimerais avoir un enfant. » Un aveu détonnant qui semble indiquer qu’une décision est prise.

     Pourtant, il ne suffit pas d’avoir fait le chemin dans sa tête pour tomber enceinte. Contrairement à une Madonna qui, à l’aube de la quarantaine, angoissée à l’idée de ne jamais être mère, décide de planifier deux grossesses au milieu d’un agenda plus que surbooké, Mylène ne portera sans doute jamais d’enfant. Elle ne connaîtra pas ces sensations uniques de la vie qui grandit en soi, ce mélange  d’inquiétude devant son propre corps qui se transforme, et d’allégresse, lorsque l’enfant bouge, dans une forme de communication fusionnelle avec celle qui l’accueille en son ventre.

     Faut-il déplorer que Mylène n’ait pas été mère ? La réponse n’appartient qu’à elle seule. On peut être une femme accomplie sans pour autant être mère, évidence qu’elle incarne à merveille. En revanche, il est indéniable que la maternité donne accès à une dimension de la réalité qu’il est impossible d’imaginer si on ne l’expérimente pas soi-même. La chanteuse a caressé cette idée avec bienveillance.

Déjà, ce n’est pas rien. Cela suppose un long travail d’acceptation de sa part d’ombre.  

  Lorsqu’on écoute ses albums, il est frappant de constater à quel point la symbolique maternelle est présente. Il suffit de prêter attention à son plus grand tube, Désenchantée, pour s’en convaincre. « À quel sein se vouer / Qui peut prétendre / Nous bercer dans son ventre », fredonne Mylène, comme si elle se trouvait dans la position d’une orpheline. Le fait que le mot « saint » ait été remplacé par son homonyme « sein » n’est, bien entendu, pas anodin. Au fond, le désenchantement que la chanteuse porte en elle provient de ce qu’elle ressent comme une absence maternelle. « Enfant, je cherchais vainement un lieu où me blottir. Un cocon291 », dira-t-elle, confirmant le sentiment d’insécurité qui l’angoisse. Lorsqu’il se sent perdu, c’est dans les bras de sa maman qu’un jeune enfant se réfugie. Tout simplement parce qu’il retrouve symboliquement le « cocon » qui fut le sien durant la période où il nageait en toute quiétude dans un ventre douillet. Ce contact charnel est essentiel pour son développement futur : c’est la base sur laquelle se forge la confiance en soi, indispensable carapace face au monde extérieur. 

    MIMI

     Puisqu’elle a le sentiment de n’avoir pas été suffisamment protégée, la chanteuse va bâtir son propre « cocon ». La scénographie du « Mylenium Tour » va lui en donner une magnifique occasion. On se trompe lourdement si l’on voit dans la statue gigantesque d’Isis, qui sert de décor à la tournée, l’expression de quelque délire mégalomaniaque. Mylène ne se prend absolument pas pour la déesse égyptienne : entre les deux femmes, c’est un rapport de filiation qui s’instaure. Le programme du spectacle ne laisse d’ailleurs aucune ambiguïté sur ce point. La chanteuse y écrit : « Isis, seule et fière, mère de la nature vivante, est aussi messagère de la vie, inlassable foyer de résurrection et d’indulgence profonde. » C’est donc parce qu’elle incarne la figure maternelle qu’elle a été choisie comme symbole éloquent pour la tournée.

     Soudain, tombe l’immense voile bleu masquant la scène. La tête de la déesse apparaît, rougeoyante, se redresse, puis se fend en deux. Alors la silhouette de Mylène se dessine, déployant ses ailes transparentes. Elle reste un moment suspendue dans l’air, avant d’atterrir dans la main d’Isis, tandis qu’on entend résonner les chœurs africains de la chanson Mylenium. Bouleversante entrée en scène, qui évoque sans ambiguïté la naissance. Incommensurable quête d’amour maternel, aussi. À la fin du spectacle, comme pour boucler la boucle, la chanteuse se love en position fœtale dans la paume de la statue, qui remonte doucement. Elle s’en remet à la déesse, s’abandonne à son pouvoir de mère, celui de panser les maux qui la rongent.

     Car Isis n’est pas seulement, dans la mythologie égyptienne, la matrice, ou encore la coupe féminine qui reçoit le principe masculin. En tant que magicienne ayant ramené son époux Osiris à la vie, elle est aussi déesse guérisseuse et protectrice des enfants. Jadis, les malades portaient d’ailleurs parfois des amulettes à son effigie. Quant à son rôle maternel, il est attesté, notamment à l’époque romaine, par de nombreuses représentations de la déesse donnant le sein à son fils Horus. Non contente d’accomplir le mystère de la vie, elle protège et nourrit l’enfant qu’elle a vu naître.

     Ce n’est sans doute pas un hasard si cette scénographie a été conçue à l’époque, semble-t-il, où Mylène était le plus taraudée par la question de son éventuelle maternité. Chaque soir, la chanteuse rejoue sa propre venue au monde, comme pour se donner la chance de repartir sur de nouvelles bases, ressentir cet amour qui lui a tant manqué. La salle, d’ailleurs, sent confusément que l’esprit du spectacle diffère radicalement de celui de la tournée précédente : la Mylène triomphante qui cherchait à vamper le spectateur s’est muée en une femme qui n’hésite pas à exhiber une immense fêlure. C’est un cadeau extraordinaire qu’elle offre au public, dont l’amour prend, à cette occasion, un visage maternel. La foule devient cette main dans laquelle elle se recroqueville pour sentir un peu de chaleur.

 

      À partir de ce spectacle, qui a des allures de thérapie pour la chanteuse, tout s’éclaire. Certaines chansons, qu’on croyait adressées à un hypothétique prince charmant, désespérément absent, sont en réalité un grand cri d’amour en direction de cette mère qui n’a pas su offrir l’affection attendue. Ainsi, lorsque Mylène chante « Besoin d’un amour XXL », poussant sa voix dans les aigus, on comprend que ce qui l’empêche de vivre la passion amoureuse dévorante est un vide ressenti au fond de son cœur. Dans Le Choc amoureux, Francesco Alberoni explique que l’état amoureux est la reproduction du lien fusionnel archaïque entre la mère et le nourrisson. Comment pourrait-il exister si cette relation première n’a pas eu lieu ?

      1996-05-gDans ces conditions, devenir mère n’est pas une mince affaire. Comment donner à un enfant ce qu’on n’a pas reçu soi-même ? De toute façon, Mylène n’aura plus à se poser la question. La vie en a décidé autrement. Malgré tout, des circonstances tragiques vont lui donner l’occasion de nouer des contacts privilégiés avec le monde de l’enfance. En octobre 1996, la famille Gautier doit affronter un nouveau drame : Jean-Loup, le frère aîné de Mylène, trente-six ans, circule à rollers lorsqu’une voiture le heurte de plein fouet. Il mourra durant le trajet vers l’hôpital Foch de Suresnes où on le conduit d’urgence. En pleine tournée, Mylène, très affectée, va sobrement dédier « à Jean-Loup » le film du « live à Bercy » réalisé par Laurent Boutonnat et François Hanss.

      Surtout, la chanteuse va se montrer très présente pour sa jeune nièce Clémence, fille de son frère Jean-Loup, soudain privée de papa. Telle une marraine bienveillante, elle veille sur elle. En 2005, alors que Laurent Boutonnat cherche une actrice de douze ans pour incarner le personnage de Lina enfant dans son nouveau film, Jacquou le croquant, Mylène lui recommande d’auditionner sa petite protégée. Et Clémence décroche le rôle ! Un début de carrière prometteur, que sa jolie tante entend bien encourager. Il n’est pas de baume plus réconfortant aux douleurs que nous traînons du passé que le sourire d’un enfant. 

Désormais, Mylène le sait. Elle n’a pas besoin d’être mère pour goûter cette certitude.

 

 Extrait du livre : MYLÈNE par Hugues ROYER aux Editions Flammarion 2008

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L’exil américain de MYLENE FARMER

Posté par francesca7 le 12 septembre 2015

 

 

images (1)Une piscine inondée de soleil. Les cheveux relevés en chignon désordonné, Mylène s’y baigne nue. Elle s’est délestée du deux-pièces noir qu’elle portait en arrivant. Il fait trop chaud pour supporter une étoffe. Une caméra la filme, indiscrète. Après quelques mouvements de brasse, elle rejoint le bord de la piscine. Aveuglée par la lumière, elle plisse les yeux. On devine l’arrondi d’un sein lorsqu’elle attrape la serviette qu’une main lui tend – l’homme à la caméra, sans doute. 

Voilà plusieurs semaines qu’elle s’est exilée à Los Angeles, comme pour oublier Paris et fuir le plus loin possible l’échec de Giorgino. Elle y restera neuf mois, le temps d’accoucher d’un nouvel album. Et aussi de passer son permis de conduire – indispensable pour ne pas mourir d’ennui en Californie. Elle a choisi un hôtel réservé à une clientèle huppée, le Sunset Marquis, sur Alta Loma Road – fréquenté notamment par Steven Spielberg. Loué une villa à six cent cinquante euros la nuit avec garage, parc, Jacuzzi, salle de sport et, donc, piscine privée. Ici, aucun risque pour elle d’être dérangée : caméras de surveillance et vigiles veillent à la tranquillité des clients. Chaque jour, aux alentours de midi, un garçon en livrée apporte une bouteille de champagne dans sa chambre pour un brunch pétillant, qu’elle déguste avec Jeff Dahlgren, devenu un partenaire musical privilégié. Guitariste de talent et membre du groupe punk Wasted Youth, il a été invité par la chanteuse à habiller ses nouvelles chansons d’une couleur rock. 

Dans les premiers temps, en débarquant en Californie, au tout début de l’année 2005, Mylène a troqué sa chevelure rousse contre un blond platine qui la rend méconnaissable. Changer de tête pour exprimer ce qui est en train de bouger en elle. Quitter le costume désormais trop lourd à porter de cette rousse mélancolique pour devenir une autre.

Qui ? Elle ne le sait pas encore. Mais le soleil californien, si exotique pour cette enfant du Canada, lui apporte cette brûlure dont elle a besoin pour changer de peau. 

Désarçonnée par le passage à vide que traverse Laurent, elle a songé, un temps, voler de ses propres ailes. Anéanti par l’échec, il n’est plus là pour personne, se terre dans son appartement parisien. Alors elle a songé qu’il lui faudrait peut-être s’inventer un avenir sans lui. Avant de se raviser. Si elle souhaite prendre un virage musical, réaliser un album sans son mentor lui semble un projet insurmontable. Aux dires des musiciens qui ont travaillé à ses côtés, Boutonnat n’est pas seulement un compositeur inspiré capable de s’installer au piano et d’écrire une mélodie en quelques minutes : c’est aussi un véritable chef d’orchestre, fixant la partition de chaque instrument tout en supervisant l’harmonie d’ensemble. Comment Mylène pourrait-elle se passer de lui ? 

Aussi, lorsque Laurent prend enfin l’avion pour Los Angeles, au printemps, toute l’équipe est rassurée. Appelé à la rescousse, l’arrangeur Thierry Rogen débarque lui aussi, orientant Boutonnat et sa muse vers les studios Ocean Way, où enregistre notamment Michael Jackson. Pour autant, l’ambiance ne sera pas des plus décontractée : Boutonnat n’adresse guère la parole à Jeff Dahlgren, ce qui ne facilite pas l’avancée du travail. « Anamorphosée a été très difficile à faire, parce que Laurent était toujours dans l’état d’esprit de l’“après Giorgino”, et qu’il allait très mal », confiera Thierry Rogen. Peu à l’aise dans ce climat destructeur, le mixeur historique de la chanteuse finira par jeter l’éponge, remplacé  au pied levé par Bertrand Châtenet. 

Fuyant au maximum les tensions, Mylène s’isole dans sa villa pour écrire les paroles de ses chansons à partir des premières mélodies qu’elle écoute en boucle sur son baladeur. Au bord de la piscine, elle semble retrouver l’inspiration. Ces derniers temps, un livre ne la quitte pas. Un pavé de sept cent cinquante pages, sa Bible à elle : Le Livre tibétain de la vie et de la mort, de Sogyal Rinpoché. 

« Un vrai détonateur, dira-t-elle. En le lisant, j’étais émue jusqu’aux larmes, car auparavant la mort m’obsédait. L’idée qu’un être disparaisse me donnait un vertige qui m’attirait vers le bas. Je me dis aujourd’hui que la vie n’est pas vaine. Qu’il y a peut-être un passage. Un au-delà qui justifie notre combat. »       

1987-05-aUn chapitre retient particulièrement son attention, celui consacré à l’« impermanence ». « Les amis avec lesquels nous avons grandi, les lieux de notre enfance, les points de vue et opinions que nous défendions autrefois avec tant d’opiniâtreté : tout cela, nous l’avons laissé derrière nous », y écrit l’auteur. Une forme de sagesse libératrice pour Mylène qui, à cet instant précis, veut croire qu’elle peut renaître sous une autre forme. « Ce que nous considérons comme notre caractère fondamental, explique Rinpoché, n’est rien de plus qu’un “courant de pensée”. » La formule a de quoi intriguer Mylène : depuis l’enfance, elle éprouve un mal-être dont elle n’arrive pas à se dépouiller. Plusieurs chansons de l’album, notamment Vertige ou Comme j’ai mal, porteront la trace de cet espoir de changement, de voyage pour l’esprit et le corps. 

Dès le matin, elle se rend aux studios Ocean Way, où elle rejoint les musiciens et l’équipe technique. Laurent Boutonnat règne en maître absolu sur les tables de mixage, barbe fournie et pipe aux lèvres. Jeff Dahlgren, cheveux longs et rebelles, répète quelques accords. Au dernier moment, juste avant d’enregistrer, très concentrée, Mylène corrige les paroles avec un feutre noir, en lettres capitales. Pour la première fois, la chanteuse s’implique également dans les choix musicaux – elle signera même la partition d’un titre, Tomber 7 fois . 

« Le côté rock d’Anamorphosée, témoigne Thierry Rogen, c’est Mylène et Jeff Dahlgren qui l’ont amené et l’ont souhaité. Cette évolution nette a vraiment été le fait de la volonté de Mylène. Elle était très présente dans la production, ce qui n’était pas le cas auparavant. »

 

Si la chanteuse veut un son plus lourd, plus américain, laissant la part belle aux guitares électriques, ce n’est pas seulement pour laisser s’exprimer le talent de Jeff Dahlgren : c’est aussi pour se donner les moyens d’une renaissance artistique. Le miracle, d’ailleurs, c’est que cette atmosphère tendue va générer l’album le plus atypique de Mylène. Au fond, cet exil américain, qui se poursuivra par un séjour d’un mois à New York, permet à la chanteuse de prendre la distance nécessaire pour revenir en force. Le pari n’est pas gagné, mais elle va se battre pour s’imposer à nouveau, tournant la page de ses dix premières années de carrière afin de montrer un nouveau visage, sexy et lumineux. 

Histoire de faire table rase de son image de poupée torturée, Mylène décide de se passer de la caméra de Laurent Boutonnat. La sanction est sévère, mais l’avenir même du duo en dépend. Elle choisit Marcus Niespel, qui a notamment travaillé avec Janet Jackson ou Elton John, pour réaliser le clip de son retour : filmée en noir et blanc, cheveux aux vents, figure de proue d’une locomotive à vapeur des années 1920, elle est méconnaissable. Dans la vidéo comme dans le livret de l’album, on en oublierait même que Mylène est rousse… D’ailleurs, sur la pochette de l’album, elle a pris soin de ne pas exposer son visage : seul son corps apparaît, dans un ensemble noir des plus sexy. 

Par superstition sans doute, ignorant tout de la façon dont elle va être accueillie, elle brille par son absence lors de la sortie du premier single de l’album, XXL. Ce qui lui vaut d’être envoyée en première ligne, sur les plateaux de télévision, par sa maison de disques, qui s’inquiète du démarrage moyen de l’album, pour défendre le deuxième single, L’Instant X. Sortie peu avant Noël, cette chanson de circonstance permettra à la chanteuse de renouer avec le succès et de fixer les bases d’un retour sur scène, qui réamorcera l’amour du public. 

Invitée à s’exprimer, Mylène évoque alors son nouvel état d’esprit, afin que tout le monde puisse constater qu’elle n’est plus la même. « J’ai encore des moments noirs, des instants de dépression. Mais je suis désormais attirée vers le haut et la lumière. » La lumière : le maître mot pour qualifier son retour. Il inspirera une chanson résolument optimiste, Et tournoie…, où la chanteuse semble inviter l’autre à s’extraire des maux qui le rongent pour s’élever vers l’astre solaire : « Sous ton âme ta plainte amère / Panse-la, donne-le / Mets ton âme de lumière. » Là encore, on sent l’influence de Sogyal Rinpoché. 

« Je cesse de me concentrer sur moi-même et mes idées sombres », dit-elle encore. Le discours est bien rodé, d’une grande cohérence. Une opération marketing parfaitement orchestrée ? Pas seulement. Car si Mylène omet de préciser dans quel climat elle a préparé son retour depuis Los Angeles, elle répond toujours avec sincérité lorsqu’on l’interroge sur son attrait pour les États-Unis. Confie son besoin de « se régénérer », de « se ressourcer », son goût des immenses étendues qui ouvrent l’horizon : « J’aime bien cette notion d’espace, de grandeur. » Et puis, elle évoque le plaisir de l’anonymat retrouvé, dans un pays où elle n’est pas une star, ce qui permet un ancrage salutaire dans la réalité. « Ne pas être connue, c’est pour moi une grande liberté. Je peux vivre comme tout le monde. » 

1995-01-bUne chanson sera le symbole de cette renaissance par l’exil : California. Un morceau d’anthologie, un petit bijou musical tout en subtilité, où Mylène mêle avec bonheur références à Apollinaire et anglicismes. « Changer d’optique, prendre l’exit / Et m’envoyer en Amérique », fredonne-t-elle comme une invitation au voyage – dépaysement garanti. C’est là aussi qu’elle emploie le mot qui sert de titre à l’album : l’anamorphose, terme scientifique utilisé en optique, et auquel elle insuffle une seconde vie, poétique cette fois. « Ma perception de la vie s’est élargie », lâche-t-elle, coupant court à toute justification barbante. 

Son histoire d’amour avec les États-Unis est loin d’être terminée. L’horizon élargi que Mylène a découvert va nourrir son imaginaire scénique et accentuer son goût pour les spectacles grandioses. 

L’Amérique sera donc son point d’ancrage lorsqu’elle concevra la tournée de 1996. C’est à New York qu’elle sélectionne la troupe de danseurs, hormis Christophe Danchaud, chargé d’enseigner les chorégraphies. Elle se paye aussi le luxe de débaucher Donna de Lory, la choriste de Madonna. Le nouveau spectacle sera aussi lumineux que celui de 1989 était sombre : avec son écran géant, ses paillettes, ses costumes sexy en diable et ses chorégraphies léchées, il va imposer la nouvelle Mylène, seule chanteuse française à pouvoir rivaliser avec la démesure des stars américaines. C’est à partir de cette période que la presse, bluffée, commence à la surnommer la « french Madonna ». 

En 1999, afin de préparer le « Mylenium Tour », une tournée pharaonique qui s’arrêtera dans quarante-trois villes, Mylène repasse encore par les cases New York, pour le travail avec les danseurs, et Los Angeles, pour les répétitions avec les musiciens. Entre-temps, elle a appris à apprécier New York et se nourrir de cette énergie à la puissance dix qui galvanise les artistes. Une ville dont l’atmosphère lui semble beaucoup plus stimulante que celle de Los Angeles. Vêtue d’un débardeur et d’un pantalon blanc, on la voit se glisser, joyeuse et silencieuse, au centre des danseurs et observer le tableau en mouvement dans le miroir. 

« Plus loin plus haut / L’extase de l’immensité », chante Mylène dans Vertige, qui aborde le thème de l’impermanence cher à Sogyal Rinpoché. Si l’ouvrage du sage bouddhiste lui a ouvert l’esprit dans une direction qui semble, du moins provisoirement, apaiser son âme, le continent américain va durablement s’imposer comme une destination privilégiée. Loin de l’Hexagone, la star ira, chaque fois qu’elle en aura l’occasion, s’aérer la tête. Surtout, elle n’oubliera jamais que c’est là-bas qu’elle a repris en mains sa vie et sa carrière. Une décision qui a tout changé. 

Extrait du livre : MYLÈNE par Hugues ROYER aux Editions Flammarion 2008

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Créer une image réussie de MYLENE

Posté par francesca7 le 5 septembre 2015

 

 

   Mylène réussie   Le paradoxe vaut d’être souligné : Mylène Farmer est la première artiste de variétés à avoir autant misé sur l’image que sur la musique. Certes, il existe un son « Boutonnat », reconnaissable entre tous, un sens des mélodies imparables qui accrochent l’oreille dès la première écoute. Mais cette manière de composer se rattache elle-même à un univers cinématographique. Un cas unique dans l’Hexagone, qui s’explique par la configuration unique de la rencontre entre la muse et son Pygmalion. Rien d’étonnant, au fond, à ce que deux êtres qui rêvent de cinéma s’attellent au même but : créer une image qui marque les esprits.

      Selon la formule bien connue de Gainsbourg, la chanson n’est qu’un art mineur. Afin de l’élever à un niveau où elle transcende son destin éphémère, Laurent Boutonnat ne cache pas son ambition : « Une chanson, c’est bien, mais c’est quelque chose de très simple. Travailler autour de ça, l’image et tout ce que ça comporte, c’est passionnant », affirme-t-il dès 1986. À l’origine même, le clip remplit une double fonction : il est le support promotionnel d’un titre et participe à l’élaboration de l’image, à plus long terme, de l’artiste. Aux États-Unis, Michael Jackson l’a bien compris, lui dont l’album Thriller cartonne dans le monde entier en 1983 grâce à l’impact du court-métrage fantastique de John Landis. En France, seuls Mylène et Laurent vont méditer la leçon.

      « J’aime travailler sur le long terme, sur une image qu’on pourrait qualifier de mythique », explique Mylène. Avant d’ajouter : « L’illustration en images des paroles d’une chanson est une chose, mais on peut aussi en faire un clip original tout en pensant à l’instrument promotionnel qu’il représente. » Une approche d’un nouveau genre qui nécessite un travail à part entière. Tandis que la plupart des artistes de l’époque semblent improviser leurs vidéos, celles de Mylène reposent sur l’écriture d’un scénario original et la participation d’une équipe technique issue du septième art.

      Boutonnat le confirme : « Le clip a aussi la fonction d’un spot publicitaire. Et dans la conception même, il faut savoir en tenir compte, tout en sachant que cela peut être une œuvre cinématographique. Tout cela nous met dans une position bâtarde, y compris dans les négociations que l’on a avec les gens de la télévision et du cinéma, qui eux non plus ne savent pas trop comment l’appréhender. » Pas facile, en effet, de trouver des financements pour ces véritables courts-métrages qui réclament des budgets conséquents. À ses débuts, Mylène ferait presque pleurer dans les chaumières : « Nous investissons nos propres deniers dans ces clips, préférant manger des pâtes tous les jours et nous offrir ce genre de création. » Il s’agit bien d’un investissement en effet, un pari sur le long terme, assumé comme tel.

                                                    **

     Ce qui est rare est cher, dit-on. Pour parvenir à un résultat à la hauteur de leur exigence, Mylène et Laurent ne vont pas lésiner sur les moyens. Dans le tiercé des clips les plus onéreux pour un artiste français, la chanteuse rousse règne sans partage. Jugez plutôt : neuf cent mille euros pour L’Âme-Stram-Gram, six cent mille euros pour California et quatre cent cinquante mille euros pour la vidéo de Pourvu qu’elles soient douces. Bien entendu, aucune maison de disques ne se risquerait à financer des œuvres aussi coûteuses. C’est encore plus vrai aujourd’hui, avec la crise du marché du disque.

     Malgré tout, par le biais de sa société Stuffed Monkey, créée en 1993, Mylène continue de s’offrirces écrins si précieux pour sa légende, et que ses fans savourent avec délectation. Ainsi, pour Dégénération, fer de lance de son nouvel album, sorti le 25 août dernier, elle revient avec une vidéo truffée d’effets spéciaux digne de ses débuts : une trentaine de comédiens et une troupe de danseurs ont été mobilisés près d’une semaine à Prague, sous la houlette de Bruno Aveillan, réalisateur venu du monde de la publicité.

      Attirer l’attention, ce n’est pas seulement proposer des œuvres de qualité, c’est faire bouger les lignes, sortir du formatage traditionnel. Ainsi les clips de Mylène Farmer sont-ils exceptionnels par leur durée. Laurent Boutonnat, boulimique d’images, en est le responsable direct : filmer est une telle jouissance que le cadre d’une chanson d’à peine quatre minutes lui semble trop étroit. Le record historique va être atteint avec Pourvu qu’elles soient douces : 17 minutes 52. Un choc dans le paysage culturel de l’époque. Mais de nombreuses autres vidéos se caractérisent également par leur longueur inhabituelle, comme si la chanson se pliait aux impératifs du scénario, et non l’inverse. Dans l’ordre décroissant : Tristana (11 minutes 33), Libertine (10 minutes 53), Désenchantée (10 minutes 12), Sans contrefaçon (8 minutes 53), L’Âme-Stram-Gram (7 minutes 50), Plus grandir (7 minutes 32), Regrets (6 minutes 17), ou encore Sans logique (5 minutes 37).

      Ce qui caractérise ces productions, c’est qu’elles se réfèrent au cinéma, s’inscrivent par leurs scénarios et leur esthétique dans une temporalité imaginaire. Génériques soignés, choix du format cinémascope, diffusion de plusieurs clips en avant-première dans certaines salles obscures : tous ces ingrédients font de Mylène Farmer une héroïne de fiction davantage qu’une chanteuse. Avec Libertine et Pourvu qu’elles soient douces, elle a imposé une image forte et ne changera jamais de cap. Même lorsqu’elle demande à des réalisateurs étrangers et plutôt pointus comme Abel Ferrara, Marcus Nispel,Ching Siu-tung (très réputé à Hong Kong), ou à l’Espagnol Augustin Villaronga de travailler avec elle, elle reste en dehors des modes. Comme une alternative au présent.

 

      Créer une image, c’est aussi faire appel à des photographes qui vont sublimer la beauté naturelle de Mylène. Laissant derrière elle les clichés de ses débuts, où elle posait tout sourire, dans des vêtements trop larges, la chanteuse veut s’entourer de talents d’exception. C’est ainsi que Christophe Mourthé est approché par Bertrand Le Page. « À vingt-quatre ans, j’ai l’habitude de façonner des “égéries” pour en faire des femmes très glamour, des icônes106 », dira-t-il. Tel est l’enjeu de son travail, en effet. Et ce doux jeune homme au regard bleu va y parvenir en nouant une complicité de tous les instants avec la chanteuse.

Grâce à lui, Mylène se livre comme jamais face à l’objectif. Il sera le premier à fixer sur pellicule une image intemporelle qui colle parfaitement à son modèle. En noir et blanc ou en couleurs, ses portraits façon Angélique, marquise des anges restent parmi les plus réussis.

      Durant deux ans, Mourthé travaille presque exclusivement pour l’écurie Farmer. D’autres photographes prendront le relais : Elsa Trillat, à qui l’on doit la pochette mythique de l’album Ainsi soit  je, puis Marianne Rosenstiehl, qui restera longtemps la collaboratrice attitrée de Mylène. Des clichés noyés de lumière, où la star semble de plus en plus irréelle, beauté diaphane aux traits effacés. Un regard quasi absent, qui fixe rarement l’objectif en face, comme par pudeur. Quand on lui demande pourquoi les portraits qui sont faits d’elle sont systématiquement surexposés, la chanteuse répond par une jolie pirouette : « J’ai toujours en moi le conflit entre l’ombre et la lumière107. »

      Depuis le milieu des années 1990, c’est Claude Gassian qui bénéficie de la confiance de Mylène.

images (2)Présent sur de nombreux tournages de clips, dont celui de Dégénération, il s’est vu confier la mission délicate de fixer pour l’éternité les concerts de la star. Mais cette fidélité n’empêche pas quelques incartades dans d’autres univers. Consciente que son statut lui permet de tutoyer les plus grands, Mylène ne se prive pas, désormais, de faire appel aux grands noms de la profession.

      En 1995, elle contacte Herb Ritts afin de lui proposer de signer le visuel de l’album Anamorphosée. Une seule rencontre a lieu, le 25 août de la même année. Ce jour-là, tandis que Marcus Nispel tourne, à Philmore, les dernières séquences du clip de XXL avec les figurants, Mylène pose devant l’objectifd’Herb Ritts, dans un studio de Los Angeles, à une centaine de kilomètres. Dans les années qui suivent, elle s’offrira les services de Marino Parisotto Vay, Ellen von Unwerth, Dominique Issermann, ou encore le légendaire Peter Lindbergh. Avec, toujours, une constance dans la démarche : elle contacte un photographe après avoir repéré son travail.

 

      Élaborer une image qui tranche avec le tout-venant, quand on possède le tempérament perfectionniste de Mylène, c’est aussi soigner le design de tous les supports proposés au public. Dès1991, la chanteuse confie l’habillage de ses productions à un spécialiste en design graphique, Henri Neu. À partir de cette date vont fleurir divers objets destinés à renforcer la réputation, déjà très élitiste, de la star : promos de luxe envoyées à la presse, objets divers et variés – peignoir, fer forgé, statues, enveloppes épaisses –, qui alimentent un véritable phénomène de collection. « Mylène s’investit beaucoup dans le design de tout ce qui sort, explique Henri Neu. Elle ne le fait pas seulement par conscience professionnelle, mais aussi parce qu’elle adore ça. Elle a toujours aimé le graphisme et la peinture. Notre travail est très complémentaire et, comme il n’y a pas de réelle contrainte de la maison de disques, c’est vraiment passionnant de pouvoir tout construire de A à Z. »

      Les supports dont il se montre le plus fier ? Le CD promo de California, avec la silhouette de la star qui se soulève, ou encore l’enveloppe de velours de Je te rends ton amour, contenant un CD en forme de croix. Au départ, Mylène et Laurent ne lui ont pas demandé de concevoir des « objets promotionnels aussi fous ». Séduits par sa créativité, ils l’ont néanmoins encouragé à « poursuivre dans cette voie ».

téléchargementPour réaliser le titre Innamoramento, par exemple, Mylène lui suggère, un an avant la sortie de l’album, de réfléchir à tout ce que peut lui inspirer ce vocable aux résonances infinies. « Dans ce mot, j’entends le “mento” qui donne son impulsion et son rythme à la vie, mais aussi “amen”, “mort”, “amor” – l’amour – et “innamor” – le désamour. De même, le filet qui relie les deux représente à mes yeux les mouvements réciproques entre la vie et la mort. »

     On le voit, rien n’est laissé au hasard. Et même si certains fans de la première heure, nostalgiques des fresques signées Boutonnat, ont trouvé les vidéos de l’album Avant que l’ombre… un peu en retrait dans sa clipographie, on doit reconnaître que Mylène n’a pas dévié de sa trajectoire. Depuis ses débuts, elle n’a jamais lâché prise sur l’image. Au contraire, plus sa carrière a avancé, plus elle a exercé un contrôle strict sur tout ce qui la concerne. La récompense de cette exigence, c’est qu’elle n’a à rougir de rien de ce qui jalonne son parcours artistique. Qui d’autre, dans le métier, pourrait en dire autant ?

 Extrait du livre : MYLÈNE par Hugues ROYER aux Editions Flammarion 2008

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LA TIMIDITE MALADIVE DE MYLENE

Posté par francesca7 le 26 août 2015

 

 
2000-ClaudeUne enfilade de couloirs où même les pas feutrés résonnent. 

Une odeur d’éther qui vous prend à la gorge. Des chambres glacées, des lits étroits,
 des brancards qui vont et viennent dans les ascenseurs. 
Chaque dimanche, elle est fidèle au rendez-vous. Au départ, Mylène accompagnait
 d’autres élèves de son âge après les cours de catéchisme. 
Et puis, depuis plusieurs semaines, elle y vient seule. 
Elle préfère s’y rendre loin du regard des autres. 
Chaque dimanche, « pour échapper à l’ennui », dit-elle, elle visite les enfants
 malades à l’hôpital de Garches. Certains, victimes d’accidents de la route, 
sont paralysés. D’autres souffrent de maladies génétiques. Elle a quatorze ans. 
Voilà un souvenir, une fois n’est pas coutume, qui demeure indélébile. 
Mylène l’a évoqué maintes fois, et y revient sans cesse, comme un épisode
 marquant de son enfance à Ville-d’Avray. « Un électrochoc », dit-elle. 
« Une clé », même, pour comprendre qui elle est. 
 
Avant de préciser : « S’occuper d’enfants tétraplégiques, c’est insupportable
 pour quelqu’un qui marche. » Révoltée devant le spectacle de la maladie, 
l’adolescente ressent une forme de culpabilité, qui s’ajoute au chagrin. 
Impuissante devant ces drames souvent irrémédiables, elle se force à sourire,
 à s’ouvrir à ces enfants qui ont le même âge qu’elle. 
« J’essayais de communiquer avec eux, de jouer, de leur apporter quelque chose.
 C’est quelque chose qui vous marque fatalement à vie. Ça rend triste, définitivement. »
 Pour passer autant de temps auprès de ces êtres que la vie a diminués, 
il faut éprouver une immense solitude. 
Surtout, il faut se sentir soi-même différent de la multitude. 
Le handicap n’est pas nécessairement une catégorie répertoriée par un diagnostic médical.  
 
Il peut être vécu de l’intérieur, comme une fêlure qui vous rend inapte à une
 existence sociale normale. Baudelaire l’a bien montré dans son poème L’Albatros.
 « Ses ailes de géant l’empêchent de marcher », écrit-il à propos du poète, 
moqué par ses frères humains parce qu’il semble incapable de trouver 
sa place dans leur communauté. Pour Mylène, partager des moments 
intenses avec ces enfants n’a rien d’une sinécure.  
Pourtant, la jeune fille y trouve son compte. Elle échappe à l’ambiance familiale,
 où elle se sent souvent incomprise. 
À leur contact, surtout, elle trouve un sens à ce mal-être sourd qui grandit 
depuis que sa famille a quitté le Canada. C’est cette proximité avec l’autisme 
qui permettra à Mylène d’incarner avec tant de crédibilité Catherine, l’héroïne 
de Giorgino. Pour se préparer au rôle, elle visitera d’ailleurs à nouveau un
 hôpital psychiatrique. « Je suis fascinée, confiera-t-elle, par les enfants autistes.
 Par le mystère qu’ils gardent, leur incapacité à communiquer. » 
                                                     **
 
     Dans ces derniers mots, tout est dit, ou presque. Si l’adolescente se sent 
différente, c’est parce qu’elle se vit comme emmurée en elle-même.  
« Je suis constamment gênée par le regard des autres depuis que je suis toute petite»,
 avoue-t-elle. Une timidité maladive, voilà son infirmité. Trait de caractère qui
 la rapproche de son père, un homme du genre réservé, y compris dans le travail, 
si l’on en croit ses collègues de l’époque canadienne. Elle n’y peut rien : dès 
qu’un inconnu pénètre dans la maison de Ville- d’Avray, elle devient muette comme une carpe. 
Incapable de s’ouvrir, elle baisse les yeux et ne décroche pas un mot.  
Tous ceux qui, plus tard, ont croisé un jour la route de Mylène ont été frappés 
par cette timidité extrême. Sophie Tellier, la célèbre rivale de Libertine dans 
le clip et sur scène, en témoigne. « Elle est très renfermée. Lorsqu’il y a plus
 de deux personnes autour d’elle, elle ne parle pas. » 
 mylene-farmer-photo-facebook« Face aux gens, elle semble être totalement démunie, sans défense, comme si elle
 n’avait pas de cuirasse27 », m’explique la photographe Elsa Trillat. Christophe Mourthé,
 qui a réalisé quelques-uns des clichés les plus glamours de la chanteuse entre 1986 
et 1988, me raconte :  
« Quand nous marchions ensemble tous les deux dans la rue, elle était toujours 
du côté du mur, comme s’il lui fallait un rempart pour être protégée des autres. »
 Philippe Séguy, le premier biographe officiel de la star, relate comment Mylène 
s’est présentée à lui au premier rendez-vous. « Elle baissait les yeux, m’a tendu
 la main, n’a fait que pincer la mienne, offrant un sourire aussitôt ravalé de 
petite fille intimidée. » 
                                                     **
 
Un tempérament qui constitue un obstacle majeur pour sa carrière. 
À ses débuts, elle est tellement réservée qu’il est impensable, pour Jérôme Dahan,
 qui a cosigné Maman a tort avec Laurent Boutonnat, d’envisager pour elle une 
carrière tonitruante à la Jeanne Mas. Lui, songe davantage à un créneau plus 
discret à la Françoise Hardy. « Chez ma mère, où il y avait une grande pièce avec un piano,
 on répétait la mise en scène des morceaux. Mylène avait du mal à appréhender tout cela,
 et on devait, Laurent et moi, lui apprendre les chorégraphies. Elle n’avait pas du tout
 de vision, de conscience de son corps. » 
Bertrand Le Page, son premier manager, m’a également confié son désarroi devant 
une artiste aussi peu extravertie. « Ce n’était pas dans sa nature, il a fallu 
qu’elle travaille dur pour sortir quelque chose d’elle-même. Je mettais la chanson,
 je montais le son à fond et je lui disais : “Vas-y, montre-moi ce que tu sais faire.” 
Mais ce n’était pas du tout concluant. » 
C’est là que Sophie Tellier va jouer un rôle déterminant. Danseuse professionnelle
 proche de Redha, créateur de ballets cultes dans les années 1980, elle devient la
 chorégraphe personnelle de Mylène. Il lui faut d’abord rompre cette gangue qui 
emprisonne le corps de son élève. Patiente, Sophie se rend tous les jours au domicile
 de la chanteuse et gagne sa confiance en la faisant rire. Peu à peu, elle parvient à
 trouver les mouvements de bras, de jambes et de tête qui lui sont naturels. 
Avec un professeur aussi doué, les résultats sont spectaculaires. 
Malgré tout, lorsqu’on revoit les sauts de cabri de Mylène chantant Libertine sur le
 petit écran, on ne peut s’empêcher d’y déceler une raideur encore maladroite. 
Une telle exubérance force sans doute à l’excès son côté introverti. Plus tard,
 à mesure qu’elle trouvera des gestuelles plus adaptées à son véritable caractère,
 une indéniable grâce se dégagera des tableaux de certaines chansons comme Désenchantée
 ou L’Âme-Stram-Gram. Mais cette aisance inattendue, gagnée à la sueur de son front, 
ne changera rien à la nature profonde de Mylène.
                                                      **
 
Pour tous ceux qui ont partagé des moments forts avec la chanteuse, en tout cas, 
cette réserve extrême, loin d’être rebutante, s’impose comme un charme supplémentaire.
 « Elle en use et en abuse, mais elle le fait tellement bien que tout le monde est 
amoureux d’elle », explique Christian Padovan, bassiste sur la première tournée en 1989. 
 La chanteuse Marie Laforêt, dont Mylène reprendra sur scène Je voudrais tant que tu 
comprennes, n’est pas insensible non plus à la séduction qui se dégage d’une nature 
aussi effarouchée. « Je me suis retrouvée deux fois en interview avec elle, raconte-t-elle. 
Elle était quasiment muette, si bien que je me sentais obligée de meubler un peu. 
Elle était infiniment touchante : elle avait l’air d’un oiseau tombé du nid. » 
 
Des années plus tard, cette timidité semble s’être encore aggravée, si l’on en croit 
Mylène elle-même : sa cruelle absence médiatique, y compris au moment de promouvoir 
ses albums, serait la conséquence de cette appréhension ancrée en elle. 
En décembre 2005, ce n’est que sur l’insistance de sa maison de disques et de ses fans
 qu’elle consent à accorder une interview à Thierry Demaizière, dans le cadre de l’émission 
« Sept à huit » sur TF1. Un moment terrifiant pour elle. « Je vous dois une semaine 
et demie d’insomnie et un presque ulcère », dit-elle en préambule avec ironie. 
Quant au journaliste, qui n’a pas pu rencontrer l’artiste auparavant, il confiera après coup : 
 « Elle tremblait à la fin de l’entretien. Elle souffrait vraiment. 
1996-08-a» On la retrouve encore superbe et tétanisée, les cheveux défaits en cascade,
 le 12 décembre 2006, face à Patrick Poivre d’Arvor, dans le 20 heures de TF1,
 où elle vient annoncer la sortie de son DVD live. Sourire crispé, rires nerveux 
émaillent cette interview aux allures de séance de torture. 
Le regard de l’autre, d’autant plus acide lorsqu’une caméra la filme, semble aussi
 difficile à accepter qu’à l’époque où Mylène était petite fille. Seule la scène lui
 permet de dépasser cette angoisse. Il lui faut se sentir démesurément aimée, 
submergée d’un amour XXL, pour offrir au public ses trésors les plus intimes.
 
Extrait du livre : MYLÈNE par Hugues ROYER aux Editions Flammarion 2008

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DU XXL pour MYLENE FARMER

Posté par francesca7 le 4 juin 2015

 

MUSIQUE PLUS (QUÉBEC) 5 OCTOBRE 1996

JOURNALISTE(S) : GENEVIEVE BORNE

images (1)3 juin 1996. Entre deux dates du Tour 96, la chaîne musicale québécoise Musique Plus enregistre un entretien avec Mylène Farmer dans un salon de l’hôtel Costes, dans lequel s’est installée Mylène le temps des représentations parisiennes du spectacle.

Une version plus longue de cette interview incluant davantage d’extraits du spectacle sera diffusée près d’un an après, en septembre 97, lors de la sortie de l’album « Live à Bercy » au Canada.

Geneviève Borne : Bienvenue à cette émission spéciale qui met en vedette Mylène Farmer. Mylène Farmer est une méga star en France. Elle fascine les gens et tout au long de sa carrière, elle s’est entourée de mystère, elle a accordé très peu d’entrevues et ça, c’est une facette d’elle que ses fans apprécient beaucoup. Et malgré l’image très forte qu’elle projette dans ses vidéoclips, c’est une jeune femme très discrète et très timide que j’ai rencontrée à Paris. J’ai tenté de percer le mystère Mylène Farmer.

On voit alors des images de Mylène assise, prête pour l’interview. Elle porte une large et longue jupe d’un marron doré et un petit top noir recouvert d’une chemise claire transparente.

GB : Mylène, bonjour.

Mylène Farmer : Bonjour.

GB : J’ai beaucoup aimé ton spectacle. Il y avait plusieurs éléments : il y avait un groupe grunge, il y avait des images tirées directement de raves, il y avait des chorégraphies très dance. Ça faisait très années 90 : on prend un peu de tout ce qu’on aime, on mélange tout ça, et puis…Faut savoir bien le faire ! Est-ce que ça a été un grand défi de marier tout ça ?

MF : Non, du tout. Presque naturel. J’ai fait appel à une équipe créative quant aux images et je leur ai demandé, pour ne parler que des images, de l’abstraction pour habiller toutes les chansons. Quant aux chorégraphies, j’en ai fait quelques-unes ; j’ai fait appel également à un chorégraphe français, qui est également sur scène, qui est un des danseurs (Christophe Danchaud, nda), de travailler sur certaines chansons. Et puis, ma foi, tout le reste, c’est…

GB : Alors, tous ces styles-là te plaisent ?

MF : Si tant est que je voulais que ce soit un spectacle qui soit agréable pour les gens, étonnant, et assez complet.

GB : On t’a vue, sur scène, arriver dans une araignée, sur plusieurs des t-shirts vendus au spectacle, il y avait une araignée, tu as écrit aussi une chanson, « Alice », qui parle d’une araignée : qu’est-ce que ça représente l’araignée ?

MF : (rires) Quand j’ai évoqué l’araignée, que j’ai eu envie d’écrire sur cette petite Alice, je pensais à la face, au visage noir de l’artiste, ce que peut ressentir l’artiste, l’autodestruction de l’artiste, donc cette envie de dire à cette araignée de s’effacer, de partir. Voilà. Maintenant, est-ce que tout le monde a compris ça ? C’est pas très, très grave dans le fond. J’avais envie d’évoquer une araignée, donc voilà ! (rires)

GB : J’ai remarqué aussi que tu as changé beaucoup les arrangements de tes chansons : c’est plus rock.

MF : Oui. Il y a plus de guitares, c’est plus ce qu’on appelle ‘live’, moins d’instruments synthétiques.

GB : C’est l’influence de la Californie ou tu commençais déjà avant à aimer le rock davantage ?

images (2)MF : Je crois que j’ai toujours aimé les guitares. Maintenant, je pense qu’il faut parfois du temps pour y venir. Mon passage aux Etats-Unis a dû influencer, inconsciemment en tous cas.

GB : Tu as passé beaucoup de temps à Los Angeles ?

MF : Près d’un an.

GB : Tu avais besoin de partir de Paris ?

MF : Oui.

GB : Pourquoi ?

MF : Des moments, comme ça, dans sa vie où on veut s’échapper d’une normalité, de choses qui sont routinières, donc envie de partir, du voyage.

GB : Tu as pu vivre l’anonymat à Los Angeles ?

MF : Oui.

GB : Ça t’a apporté beaucoup…

MF : Ça apporte toujours : on se restructure, oui, d’une certaine façon parce qu’il y a des passages, comme ça, dans sa vie d’artiste, où on a besoin, oui, d’être isolée, d’être loin de son métier, si je puis dire, de son identité, en tous cas, de chanteuse ou…

GB : Est-ce que ta façon de voir ton métier a changé ?

MF : Non, c’est toujours la même. Je ne me prends pas au sérieux, mais essaie de faire les choses très sérieusement. J’ai toujours la même distance d’avec ce que je fais, malgré tout.

GB : Mais ta façon de voir la vie a changé par contre ?

MF : Elle est plus sereine, peut-être, aujourd’hui, un peu plus tendre.

GB : Tu as dit que tu avais réussi finalement à apprivoiser la mort. Tu étais très hantée par la mort dans le passé. À quel point ?

MF : Au point de se lever tous les matins et d’envisager sa mort, ou la mort du voisin, ou de ses proches. J’avoue que c’est quelque chose, oui, qui me hante moins, qui m’intéresse toujours autant en revanche.

GB : Tu crois maintenant qu’il y a une vie après la mort ?

MF : Je ne suis pas aussi définitive. J’essaie de l’envisager, en tout cas.

GB : Et ça, ça rassure un peu ?

MF : Ça aide en tous cas à vivre sa vie de… Enfin ces moments présents, oui. (sourire)

GB : Tu as rarement accordé des entrevues. À défaut de parler de toi, tu as fait beaucoup parler de toi. Est-ce que tu l’assumes ? Est-ce que tu l’as toujours assumé ?

MF : Non, je n’aime pas parler de moi, j’ai du mal. J’ai du mal. Maintenant, je sais que c’est important aussi pour… Je crois que je me dois, à un moment donné, dans le fond, de parler de moi puisque les gens s’y intéressent un petit peu, donc j’essaie de me faire violence et de faire un effort. (sourire)

GB : Tu préfèrerais être plus discrète ?

MF : Je le suis, de toute façon mais, là encore, c’est plus par pudeur. J’ai l’impression de dire suffisamment au travers de mes textes.

GB : Dans plusieurs des tes vidéoclips, tu te transportais dans une autre époque. Est-ce que tu as le sentiment que tu aurais aimé vivre à une autre époque ?

MF : Non. Je crois que c’est simplement l’idée du costume et essayer justement d’apprivoiser d’autres époques. Maintenant, une nostalgie d’époques que je n’ai pas connues, non, en aucun cas.

GB : Plusieurs de ces anciens clips-là étaient parfois choquants ou avaient une sexualité explicite, tout ça. Est-ce que, consciemment, tu voulais provoquer ou c’était l’idée du réalisateur ?

MF : Non, parce qu’un texte est un texte, donc le texte c’est moi qui l’écris. Maintenant, c’est vrai que j’ai travaillé avec Laurent Boutonnat sur les clips et nous avons beaucoup parlé sur chaque clip, chaque histoire, ce qu’on avait envie d’exprimer. Quant à l’idée de choquer, non c’est quelque chose qui vient, dans le fond, après. C’est plus le spectateur qui va être ou non choqué. L’idée de provocation…J’aime l’idée du non-conformisme par exemple. Maintenant, provoquer pour provoquer n’a aucun intérêt.

GB : Pour vous deux, pour Laurent et toi, une bonne occasion de mettre en valeur vos talents d’actrice et de réalisateur…

MF : Ça, je peux parler pour lui en tous cas (sourire). C’est un excellent réalisateur. C’est quelqu’un qui aime l’image, qui a une jolie narration. J’aime son travail, en tout cas.

GB : Le premier film que vous avez fait ensemble n’a pas eu l’accueil que vous espériez. Quelle leçon tu as tiré de cette aventure-là, de « Giorgino » ?

images (3)MF : De leçons, aucune parce que j’ai toujours envisagé ou l’échec de quelque chose, ou en tous cas son incompréhension, donc une leçon de vie, en aucun cas parce que je crois que j’espère avoir en moi une humilité quant à un travail fait et quant à un résultat envisagé. Maintenant, une déception, certainement oui.

GB : Est-ce que ça t’a pas enlevé l’envie de faire du cinéma quand même ?

MF : Non parce que, là encore, il faut relativiser. Je sais que, essayer de parler d’autre chose que de mon film à moi, il y a tellement de films ou de livres qui sont des livres et des films formidables mais qui ne rencontrent pas leur public. Je pense qu’il y a des moments comme ça qui sont mal programmés.

GB : Est-ce que tu crois au destin ? Est-ce que tu étais prédestinée à faire ce métier-là ?

MF : Je crois à des choses. Est-ce qu’on peut parler de destin, des choses qui vous sont apportées ? Mais après c’est à vous de faire tout le travail, c’est à vous de construire ou de détruire. Donc est-ce que tout est écrit ? En aucun cas, non.

GB : Est-ce que tu as trouvé que la façon de travailler des américains était très différente de celle des français, au moment de faire l’album, au moment de tourner des vidéoclips ?

MF : Je crois qu’ils ont un professionnalisme qui est très étonnant, très performant. Ce sont des gens qui discutent beaucoup avant, qui peuvent discuter après, mais pendant, ils sont là et sont là pour travailler et pour donner le maximum donc ça, c’est peut-être une caractéristique qui est assez étonnante chez eux.

GB : J’aimerais parler de tes plus récents vidéoclips, donc celui pour « XXL », qui a été réalisé par Marcus Nispel : tu te retrouves en figure de proue devant une locomotive. Tu étais réellement sur une locomotive en mouvement ?

MF : Attachée au train, oui.

GB : Ça faisait peur ?

MF : C’est impressionnant, mais surtout sur le dernier plan : c’est un plan très, très large, et là j’étais vraiment seule sur le train, avec des caméras qui étaient très éloignées, et le train prenait réellement de la vitesse. Là, c’est toujours très impressionnant (rires) ! Sinon, j’aime bien l’idée du challenge à chaque fois, sinon je m’ennuie.

GB : Et pour « L’Instant X », ça a été fait à New York ?

MF : Ça a été fait, je crois, en studio à New York, oui. Et là, j’étais plongée dans un bain de mousse, donc c’était plus statique.

GB : Tu t’es impliquée pour le concept de ces vidéoclips-là ?

MF : Oh oui, toujours. Toujours, oui. Je ne peux pas envisager ni de faire ce métier ni de me propulser quelque part sans en, non pas tirer les ficelles, parce que ce n’est pas une très jolie image, mais en tout cas être partie totalement prenante.

GB : Et pour « California » ?

MF : Là, j’ai eu envie de faire appel à ce réalisateur, Abel Ferrara. J’avais envie de jouer une prostituée et, ma foi, il a répondu oui donc c’est une belle aventure pour moi !

GB : Il y a un flash-back, puis on te voit toi avec les petits cheveux courts comme tu avais à l’époque aussi…

MF : Oui, oui. Non, ce pourrait être la version 90 de Libertine, son évolution ! (rires)

GB : Une autre chose qui m’intrigue, c’est que, dans les entrevues que j’ai lues, tu disais régulièrement que tu te trouvais pas nécessairement jolie, alors que tu es une très jolie fille, que tu ne t’aimais pas beaucoup non plus, souvent. C’est tout un paradoxe : ça doit être difficile d’être constamment sous les projecteurs quand on a ces sentiments-là…

MF : Oui, mais, là encore, je ne vais pas combattre ce paradoxe, il fait partie de moi. Il fait partie de, je crois, de la vie d’un artiste tout simplement. On a ses moments d’ombre, ses moments de lumière. Que de ne pas s’aimer ou totalement s’aimer et que d’avoir envie d’être sous ces dites lumières, je crois que c’est tout à fait envisageable.

GB : Au tout début, au départ, tu voulais être comédienne, au départ. Alors, la chanson, c’était venu un peu par accident. C’est devenu un amour plus important aujourd’hui ?

MF : En tout cas, j’ai eu la chance que d’avoir et Laurent Boutonnat pour le clip et juste l’idée du clip, tout simplement, pour la promotion d’une chanson donc, dans le fond, ça a comblé un vide que j’aurais pu ressentir. Maintenant, un clip n’est pas un long métrage : j’en ai fait un et maintenant, c’est quelque chose que j’aime profondément faire, mais qui n’est plus de l’ordre de l’obsession.

GB : Tu fais des dessins ?

MF : Oui.

GB : Ça fait longtemps ?

MF : Non, j’ai découvert ça réellement sur l’enregistrement de l’album, quand j’étais à Los Angeles, dans des moments -des moments quoi d’ailleurs ? Je ne sais pas ! (rires) Où je devais m’ennuyer, j’ai commencé de prendre mon crayon et de dessiner.

GB : Mais est-ce que tu savais que tu pouvais bien dessiner comme ça ?

MF : Non, mais c’est encore très… (rires) Je n’ai pas un grand, grand talent pour ça, mais j’aime bien le faire.

GB : Quand tu regardes l’ancienne image, la Mylène des clips d’avant, est-ce que tu te reconnais encore ? Est-ce que tu t’identifies encore à cette image-là ?

MF : Oui. D’abord, je ne me regarde pas, c’est plus simple ! (rires) Mais, bien sûr, ça a été une parcelle. Il y a des choses qui sont toujours là, qui sont en moi. Maintenant, j’ai changé, et c’est normal. Le temps nous change.

GB : Dans les dernières années, tu as vécu beaucoup de changements : tu as apprivoisé la mort, tu as changé un peu de style musical, de look, tu as vécu dans une autre ville, donc beaucoup, beaucoup de changements. Ce serait quoi le changement que tu aimerais faire encore ? Quelque chose chez toi que tu aimerais changer, ou quelque chose dans ta vie…

MF : Je ne sais pas. Je laisse la vie m’apporter ce genre de choses. Je crois que je suis déjà assez gâtée.

Diffusion d’un micro-trottoir très enthousiaste à la sortie de Bercy.

GB : Est-ce qu’on va avoir la chance de te revoir au Québec ?

MF : Je suppose que je vais y aller, oui.

GB : En spectacle ?

DU XXL pour MYLENE FARMER dans Mylène 1995 - 1996 220px-XXL_%28Myl%C3%A8ne_Farmer_single_-_cover_art%29MF : Si je peux amener le spectacle, et tout le spectacle, je viendrai. Maintenant, c’est une structure qui est très, très lourde -l’écran est géant. Donc l’idée…C’est pour ça qu’en province j’ai fait peu de dates, parce que je voulais amener tout le spectacle que j’ai présenté à Paris Donc, pour le Canada, si on me dit ‘On peut emmener toute la structure, tout le spectacle’, je le ferai, avec plaisir. (ce projet ne se concrétisera malheureusement pas, ni pour les spectacles suivants bien qu’évoqué pratiquement à chaque fois, nda)

GB : À ton spectacle, samedi soir, tu regardais le visage des gens qui étaient devant toi et tu as dit ‘J’ai les plus beaux visages devant moi’. Moi, je peux pas imaginer qu’est-ce que c’est d’avoir des regards comme ça. Qu’est-ce que tu voyais ?

MF : Des regards. Là encore, c’est des personnes qui vous écoutent et qui vous donnent au travers de leur sourire, de leur regard ou de leur émotion, donc c’est quelque chose. Ça, c’est des cadeaux qui sont très étonnants, très uniques en tout cas.

GB : Tu es heureuse maintenant ?

MF : J’aime ce que je fais. Au jour d’aujourd’hui, j’aime profondément ce que je fais. J’aime le spectacle que je fais, j’aime la rencontre d’avec le public. Donc oui, au jour d‘aujourd’hui, oui !(sourire)

Le générique de fin commence aussitôt

Publié dans Mylène 1995 - 1996, Mylène AU FIL DES MOTS, Mylène et ses longs discours | Pas de Commentaires »

Comprendre le message de Myléne du TIMELESS 2013

Posté par francesca7 le 10 mai 2015

téléchargement (1)

Les premières paroles chantées par Mylène Farmer lors de son dernier spectacle Timeless 2013 ne sont-elles pas « à l’envers cette terre », comme la dystopie est une utopie inversée, c’est à dire une représentation du monde souvent futuriste, toujours infernale, cauchemardesque ?

Comment installer cette dystopie ? D’abord par le lieu de ce voyage à travers les étoiles, vers un univers loin, très loin de notre monde, à des années-lumière, du moins en apparence, et l’arrivée d’un personnage énigmatique qui va changer cet univers. Après le noir, au bout de la nuit, les étoiles au début du spectacle qui finissent par former le visage de Mylène tel qu’il apparaît sur l’affiche de la tournée constitue peut-être un effet d’annonce. Une entrée stellaire, un bouillonnement d’étoiles fixes et filantes qui se rejoignent pour former peu à peu un tunnel rectiligne, puis en spirales, un tourbillon évoquant le Tartare grec. Les étoiles semblent elles-mêmes voyager dans le temps et l’espace. Ce passage entre les dimensions débouche sur un vaisseau qui évoque un cratère dans lequel on s’engouffre pour accéder à l’un de ses couloirs qui semble infini, labyrinthique, un dédale spatial, avec déjà le mélange des imaginaires mythologiques et futuristes : au tunnel stellaire succède un tunnel métallique mais toujours virtuel car ces plans sont des images de scène présentées sur un écran gigagéant, qui occupe tout le « mur » du fond de scène.

Sur cette même chanson, les images de scène semblent évoquer le processus de constitution de l’univers depuis le big bang : naissance et mort d’étoiles, explosions et reconstruction de matières nouvelles à partir d’éléments épars. 

Est-ce une façon d’annoncer l’absurdité du monde dystopique, sur lequel l’héroïne vient d’atterrir, qui tourne à vide sur lui-même ou simplement d’évoquer le cœur, l’âme du vaisseau sans lequel il ne pourrait fonctionner ?

Ce monde lui, on le verra, a trahi son pacte avec la nature à l’image des représentations habituelles de planètes lointaines sur le déclin qui se meurent de la surexploitation de leurs ressources .

téléchargement (2)A ce titre, le crâne nu de Moby, filmé de derrière au début du tableau « Slipping away » et bleuté, ressemble étrangement à la surface d’une planète. La voix stellaire de Mylène sur « A force de » vient donner un nouvel éclairage au thème de la chanson : savoir et vouloir espérer et donner l’espoir à l’autre quelque soit le situation, et ce en contemplant la beauté et la force de la nature : « La force des rapides, des vents qui se déchirent, me donnent l’envie de vivre, donner l’envie de vivre ; à force d’étincelles, que la nature est belle ». MF semble ici apporter au sein de la dystopie la voix salutaire d’un ailleurs, d’une nature qui existe encore bien qu’elle soit perdue ici, et qui va renaître au contact de ce personnage féminin, en tenue de voyage, encapée, entourée d’éclairs bleus à son arrivée sur scène comme l’écran derrière elle.

La voilà prête à réveiller le monde…

Cependant sur le titre suivant, « Comme j’ai mal », le soleil naissant d’ « A force de » semble décliner. Ici-bas, la vie se fragilise. La reconcentration, et non plus le déploiement, de ces lignes lumineuses, voire leur repli, qui plus est sur une musique inquiétante, s’opère autour d’une porte des étoiles mauve sombre qui rappelle un soleil noir ou un trou noir – avec le jeu de mots sur le trou noir psychique puisqu’elle chante « ma mémoire se fond dans l’espace ». Ici, la voix stellaire de Mylène devient gutturale, étrange, comme malade, à l’image de l’étoile déclinante dont les rayons, instables, se formant et se déformant, paraissent chavirer, tanguer dans un sens puis dans l’autre : « ma pensée se fige, animale ». Elle qui vient d’un ciel bleu pur, est comme étouffée par ce lieu étrange, dystopique, où elle vient d’atterrir : « je ressens ce qui nous sépare », ici il s’agit sans doute d’elle et du monde où elle pénètre. Elle est animalisée. Sa faculté à ressentir des émotions ou à penser rationnellement est comme absorbée . Elle décide pourtant de continuer son chemin. Et c’est là qu’elle va rencontrer les robots du tableau de « C’est une belle journée »

Nous voilà entrés au sein du monde dystopique. Et qui croisons-nous en premier ? De bien étranges robots, dès l’introduction du 3ème titre du spectacle « C’est une belle journée ». Tels des têtes chercheuses effrayantes, leurs yeux et à leurs bouches mués en lampes torches semblent traquer tout ce qui sortirait d’une « normalité » érigée en dogme non transgressible et en dehors de laquelle il est impossible de vivre dans une anti-utopie.

Or, ces robots soudain s’humanisent, joyeux, dansants, au contact de la seule femme « souveraine » (Mylène) qui subsisterait dans ce monde ou qui venue d’ailleurs sur son vaisseau spatial découvre un monde où les filles sont des robots : « voir des anges à mes pieds ». La simple présence de cette voyageuse semble leur donner l’envie d’aimer , « de paix », puis de s’aimer mutuellement, comme le montrera l’interlude centré sur eux. On peut y voir une explication de la présence dans ce spectacle de danseurs hommes uniquement autour de Mylène, d’où également l’attitude protectrice des mêmes danseurs très proches autour d’elle pendant le pont de « C’est une belle journée », en particulier des deux danseurs de devant (Raphaël Sergio Baptista, Aziz Baki) qui l’entourent de leurs bras : la rareté se doit d’être protégée. Elle dit d’ailleurs à ce moment-là : « comme un aile qu’on ne doit froisser ».

Ces robots sont l’un des épicentres du spectacle si bien qu’un interlude très original leur est consacré. Ils semblent se toiser du regard, se méfier les uns des autres, peut-être se découvrir comme « êtres vivants ». En tous les cas, ces robots irradient, dans un univers bleu froid, une lumière rouge. Celle-ci rappelle les opérations de détection de la chaleur corporelle qui apparaît souvent « rouge » pour ceux qui la traquent, dans certains univers de science-fiction. Les robots sont alors les seuls signes de vie.

On pourrait dès lors y voir l’interlude d’une autre rencontre amoureuse qui a lieu cette fois entre deux être humains : Mylène F. et Gary Jules sur la chanson suivante : « Mad world ». Pour en revenir aux robots, certes ils semblent méfiants mais ils sont surtout curieux, ils s’apprivoisent et quand l’amour est là, conscient et mutuellement ressenti, ils dansent soudainement la joie d’être aimé, malgré cette surveillance, sur une musique dont les arrangements évoquent des bruits « robotiques ». Ils changent de couleur au gré de leurs émotions : heureux de cet innamoramento, ils sont multicolores de même que les faisceaux de lumière les entourant, de plus en plus nombreux qui jaillisent de toutes parts. A cet instant, même les yeux de surveillance semblent entrer dans la danse et oublier leur mission orginelle pour partager un moment de joie.

images (2)L’animal est-il là au sein de la dystopie ? Sur le tableau « Monkey me », il génère cependant un moment de joie, en liaison avec thème de la chanson qui évoque une rencontre entre un animal prisonnier (en attente d’être adopté dans une animalerie) et une femme, et le sentiment quand leurs regards se croisent. Elle semble se reconnaître en lui, éprouver de l’empathie pour sa souffrance, se sentir elle-même prisonnière, d’où la nécessité d’adopter l’animal pour le libérer. Sur le tableau « Monkey me » du concert, on peut observer sur l’écran des pointillés disposés en cercles concentriques qui rappellent une cible : moment de jeu ou représentation du système solaire ? Les guitares couvertes de leds sur ce titre, donc lumineuses, symbolisent la joie associée au singe dans la mythologie japonaise, la chaleur, la vie au sein de la dystopie comme le marquent les couleurs chatoyantes, solaires (rouge, jaune or) du tableau. Sur certaines dates, 3 guitares sont équipées de leds lumineux : pour symboliser chacune un des trois singes de la sagesse ?

Lorsqu’il est fait de chair et de sang, l’homme est l’objet d’un spectacle-défouloir, objet de désir, sur « Oui mais non », où la chorégraphie virile et les costumes des danseurs semblent évoquer l’esclave ou le gladiateur désarmé ou le lutteur, jeté dans l’arène d’un jeu du cirque équivalent à celui de l’Antiquité romaine. On y développe la même martialité quitte ou double : comme on levait la main pour décider de la mort de quelqu’un, MF sur son fauteuil décide qui elle garde et qui elle rejette parmi ces hommes qui paraissent se lover autour d’elle.

A ce titre, les ombres chinoises, tour à tour noires ou blanches (ou les deux) au détour des portes de l’arène qui s’ouvrent et se ferment, sans cesse renaissantes, semblent signifier la multiplicité des peuples (conquis) réunis comme objet de spectacle au sein des Ludi. Leur forme et leurs mouvements rappellent dans leur agencement les amphores grecques ou les frises de l’Egypte antique. D’ailleurs, les doubles blancs des personnages, évanescents, qui volent, en arrière plan, d’une frise à l’autre, de corps en corps, de réincarnation en réincarnation, rappellent les « kâ », doubles spirituels de chacun être humain, naissant en même temps que lui, dans la mythologie égyptienne.

En contraste, l’homme venu d’ailleurs est l’objet de l’amour véritable dans Timeless. Amour d’adultes en un premier temps sur la partie « piano/voix » du concert. La seule relation humaine pour Mylène est passagère : Gary Jules apparaît sur scène dans l’obscurité et surplombé de faisceaux formant une colonne (un tunnel ?) de lumière vertical et blanc qui le transforme d’emblée en homme-ovni. Comme Mylène, il vient d’ailleurs, il n’appartient pas à ce monde dystopique, d’où le fait qu’il le qualifie de « mad world » et qu’il enjoigne ceux qui l’écoutent à s’ouvrir l’esprit : « enlarge your world ». Il devient dès lors le seul amour possible pour celle qui elle non plus « n’[est] pas de ce monde ». thématique si mylénienne de l’ami imaginaire et du voyage à travers le temps futur et passé et les dimensions (au centre du spectacle Timeless) serait dès lors le moment de la rencontre amoureuse, L’amour naissant…

En effet, en commençant le refrain par « si d’aventure je quittais terre », elle permet au doute de s’installer. Elle projette de quitter cet univers (parce qu’il la rend malade ?) comme elle le fera à la fin du concert, en laissant Gary qui n’est déjà plus présent : elle fait sa déclaration d’amour à un absent. Belle résonance avec le thème originel de la chanson, interprétable comme l’aveu d’amour à un enfant tant voulu mais qu’on a jamais eu, peut-être parce qu’il est mort-né , peut-être parce que l’enfantement tel qu’il se fait normalement est interdit dans certains univers dystopiques, pour contrôler les naissances, éviter la profusion des classes miséreuses, laborieuses, dangereuses. Cet enfant perdu est-il la raison de l’absence de Gary ? Le déploiement de l’amour sur « Les mots » occupait l’ensemble de la scène ; ici, point de suture, noir sur la scène (au début) pour accentuer l’absence, traversé de sept rayons blancs protecteurs, et repli de Mylène avec son pianiste sur la partie droite de la scène, comme si la musique sauvait de tout. « Et pourtant » signe la rupture de la relation – à cause de cet enfant non né ? : « mais tes lèvres ont fait de moi un éclat de toi », dit-elle à Gary, toujours absent – et ce même si l’amour persiste, signant la nécessité du départ. A ce moment, l’outro de « Et pourtant » confié à Yvan Cassar seul sur scène semble signifier que si l’amour est terminé, la musique survit et fait renaître. Alors que la musique gagne progressivement en intensité et en beauté, la scène sombre fait place à une lumière de plus en plus intense, statique puis mobile, qui éclaire la pianiste seul puis l’ensemble de la scène. La vie nous est redonnée par la musique.

images (3)Si l’amour d’adultes n’a pu donner lieu à la naissance d’un enfant, celui-ci apparaît tout de même, venu du public, donc d’en dehors de ce monde représenté sur scène : sur « A l’ombre » pour annoncer le renouveau à venir ou « XXL », chanson centrée sur le besoin d’amour de la femme, quelque soit le monde d’où elle vient. Les vaisseaux projetant des rayons formant des X, des images de MF et de ses guitaristes, de leur complicité, marquent à nouveau les moment de joie apportés par l’amour et la musique là encore – comme sur « Et pourtant », mais cette fois le musicien n’est plus seul. Le moment est idéal pour faire entrer sur scène, dans son univers, un enfant, par exemple celui, très mignon, du 11 septembre 2013. Ce contact amoureux avec le hors scène est élargi à l’ensemble du public dans le tableau « Bleu noir » où Mylène chante sur une nacelle mobile qui traverse l’ensemble de la fosse, et ce en liaison avec la thématique de la chanson, ici la vie vaut la peine d’être vécue pour les relations profondes que l’on y noue : « mais la vie qui m’entoure et me baigne me dit quand même ça vaut la peine » « la bataille est belle, celle de l’amour disperce tout ». Faire chanter au public le premier couplet du titre « Maman a tort » participe du même élan : « deux, c’est beau l’amour » « huit, j’m'amuse ».

Dans la même mouvance, mais plus clairement, « Désenchantée » permet de se focaliser sur les marginaux, les révoltés, les prisonniers politiques, les dissidents de cette dystopie : « tous mes idéaux, des mots abîmés ». Ceux-ci sont figurés par les danseurs. Avec la sorcière Mylène, ils sont enfermés hors du regard des « normaux », sur une planète hostile, rouge, peuplés d’insectes menaçants, veuves noires, gardiens lugubres des prisonniers exilés ….

Cette sorcière de « Désenchantée », nous la retrouvons sur « Diabolique mon ange ». Si la croix sur la nuque de Moby (« Slipping away ») semble renvoyer l’idée de religion, de spiritualité, elle aussi, à un lointain passé, de même que sur la partie piano-voix du concert, la croix très discrète sur l’échancrure de la robe pailletée d’étoiles de MF, elle signe surtout définitivement le rejet de la religion dans cet univers, en dehors de ceux qui tiennent encore quelque chose du passé :? D’ailleurs, les cinq soleils de « Bleu noir » reviennent à ce moment précis, non plus blancs, mais jaunes or, plus puissants, regaillardis par cette renaissance dans un tableau faisant référence au pays du Soleil levant, donc naissant ou renaissant et qui accueille, après « Sans contrefaçon », le tout premier titre de la carrière de Mylène, celle qui la fait naître en tant que chanteuse : « Maman a tort ».

« Sans contrefaçon » ? Des dystopies toujours… « Dans ce monde qui n’a ni queue ni tête », apparaissent des simili samouraï, guerriers rouges de la planète Mars, au double sens du dieu grec de la guerre et du sang versé au combat et de la planète rouge : « prenez garde à mes soldats de plomb, c’est eux qui vont tueront ». 

Dans le même ordre d’idées, toujours sur « Je t’aime mélancolie », l’industrialisation effrénée n’aboutit à rien puisqu’elle sert à construire des engins de mort : machine ambulante qui évoque un lieu de pendaison par couperet avec suspendus serpes et marteaux – symboles du communisme soviétique. Elle permet de mettre au point des engins de répression (gants de boxe sur ressort avec aussi une allusion au clip de la chanson de ce tableau) ou encore des machines occupées à un travail vain et inutile : machines à roues dotées de ciseaux géants mobiles servant à la culture d’une terre aride, bateau au sein d’une mer rougeâtre vide ou peuplée de squelettes de poisson, allusion au travail à la chaîne tayloriste (et à sa symbolique chaplinesque) avec ces bouteilles fabriquées en série qui explosent avant même d’être terminées. Plus loin, les visages humains eux-mêmes toujours indéfinissables semblent être produits en série. A noter que les premières dystopies sont nées avec l’industrialisation – destructrice parce qu’irrespectueuse – du XIXème siècle, révolutions industrielles dont l’une a été marquée par une découverte essentielle : l’électricité, ici représentée par une ampoule qui s’allume et s’éteint au milieu d’un visage vaguement défini. 

Vient « Rêver », le moment du départ, où il faut « changer de ciel », l’ultime chanson du concert, l’hymne à la tolérance, mais qui signale tout de même la fragilité du nouveau monde créé et la nécessité d’un agir ensemble pour le préserver.

Pour terminer, sur l’ensemble du spectacle, il faut souligner que, pas de doute, c’est un spectacle très réussi. Chaque membre de l’équipe sur scène a son moment privilégié, où l’attention est concentrée sur lui, marque de partage et de respect infini pour tous les acteurs du show : Gary Jules chante presque seul sa chanson « Mad world », le public chante presque seul le 1er couplet de « Maman a tort » ; il y a l’intro musical de « Et pourtant » qui met en valeur le pianiste Y. Cassar, l’intro de « Je t’aime mélancolie » pour les danseurs, l’intro de « Diabolique, mon ange » pour tous les musiciens et les choristes, la mise en avant des guitaristes sur « Monkey me » et « XXL » (et de l’un d’entre eux sur l’écran au milieu des « soleils » de « Bleu noir ») et bien sûr l’interlude robots. 

images (4)Et la joie présente du début à la fin du concert, en particulier autour de son héroïne toujours souriante, comme un contrepoint à la dystopie et le signe d’un espoir toujours vivant. Qui a dit qu’elle, Laurent B. et toute leur équipe n’étaient pas capables de se renouveler tout en gardant leur identité ? Où s’arrêtera le pinceau d’écume ? Jamais, puisqu’elle est éternelle… 


SOURCE : Cyril H. – à retrouver sur le site originel :  
http://roadmaster-087.skyrock.com

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RADIO CONTACT : LE RENDEZ­-VOUS de Mylène Farmer

Posté par francesca7 le 1 avril 2015

 

1995-01-aCoucou, tout le monde ! Je suis ravie de vous retrouver, comme tous les mercredis soir entre 20h et 21h. Une heure spéciale qui est consacrée ce soir à Mylène Farmer, qui vient de sortir son nouvel album, « Anamorphosée » ­ un mot d’explication sur ce titre dans quelques instants en compagnie de l’intéressée.

C’est rare d’avoir Mylène Farmer en interview, encore plus en radio, donc je vous invite à savourer sans relâche ces soixante minutes passées en sa compagnie ! Tout de suite, « Et Tournoie… », extrait de cet album, « Anamorphosée » : on écoute et on se retrouve en compagnie de Mylène dans quelques minutes !

Diffusion de « Et Tournoie… » «

 Et Tournoie… », extrait du nouvel album de Mylène Farmer, qui nous a rejoint. Mylène, bonsoir !

MF : Bonsoir. Mylène qui nous revient après quatre ans d’absence, vous vous êtes fait attendre !

Vous avez pas trouvé le temps un petit peu long ?

MF : Non, j’avoue que j’ai eu besoin de ce temps. J’ai eu besoin du voyage, j’ai eu besoin de découvrir d’autres choses pour pouvoir, moi, me nourrir et pouvoir écrire, tout simplement.

Ca veut dire qu’il y avait un ras-­le-­bol, une certaine lassitude qui s’était installée ?  Qu’il y avait besoin de faire le vide autour de soi et de changer tout à fait son entourage ou même sa vision des choses ?

MF : Changer son entourage, pas réellement. L’envie que de voyager, oui, définitivement. Et puis après le film, j’avais envie de faire…est­-ce qu’on peut appeler ça une rupture ? Je ne sais pas, mais en tout cas, effectivement, simplement l’envie de découvrir autre chose et de se régénérer.

Voilà qui est fait : Mylène Farmer qui nous revient anamorphosée.

Alors, petite leçon de vocabulaire, je suppose que c’est un mot que tout le monde ne connaît pas ! Je vous laisse nous l’expliquer…

MF : Je vais plutôt vous donner l’explication que moi j’ai bien voulu lui donner ­ je vous laisserai faire l’explication du dictionnaire ! (sourire) Ma perception du monde a probablement changé, en tout cas s’est élargie, et l’idée de l’anamorphose est cette idée que j’ai eu besoin de l’anamorphose pour reconcentrer toutes ces idées, toutes ces impressions, ces sensations pour n’en faire plus qu’une.

Diffusion de « California »

Juste avant la pause, on s’écoutait « Californie » (sic !), un des titres de l’album « Anamorphosée », de Mylène Farmer. Un album qui nous vient d’ailleurs en droite ligne de la Californie, et plus précisément de Los Angeles.

C’est une ville que vous connaissiez déjà avant ?

MF : Oui, j’ai passé beaucoup de temps à Los Angeles, et précisément j’ai passé neuf mois : c’était avant, pendant et après l’album. J’ai passé quelques temps à New York également et ma foi, je m’y sens bien ­ m’y sentais bien, en tout cas. J’avais besoin de cette idée d’espace, à la fois de perte d’identité, puisqu’on ne me connaît pas là-­bas, pour pouvoir moi m’y retrouver, me retrouver.

Ca fait du bien de se replonger dans une espèce d’anonymat, là-­bas, de se dire qu’on peut mener une vie tout à fait normale ?  Parce que bon, ici c’est vrai qu’il y a Mylène Farmer la star : même quand vous vous absentez, il suffit que vous réapparaissiez au détour d’un magazine ou au détour d’un coin de rue et hop, Mylène Farmer la star ressurgit.

Là-­bas, on peut se balader dans la rue, etc.

Ca aide ?

MF : Vivre comme tout le monde, je crois que c’est important, ne serait-­ce que cette notion de vivre normalement. C’était en tout cas très, très important pour moi. C’est vrai que je l’ai trouvée là­bas, j’aurais pu la trouver à Bali ou ailleurs, mais j’avais quand même besoin d’une ville : j’avais besoin moi que de me promener, que de faire les gestes de tous les jours sans avoir quelqu’un qui m’observe. Voilà pourquoi Los Angeles !

C’était un peu votre rêve américain ?

Ou même le rêve californien, puisque la Californie aux Etats-Unis occupe une place à part dans l’univers des américains : il y a le rêve américain pour nous, européens que nous sommes, et puis aux Etats-­Unis c’est le rêve californien, la Californie c’est toutes les stars, c’est le soleil à perpétuité…

MF : Je crois qu’il y a une qualité de vie qui est certaine. C’est vrai que ne serait­-ce que le temps, le climat est très agréable. Je crois qu’ils ont une grande liberté. Avoir ce sentiment que l’américain, en tout cas le californien, ne juge pas l’autre, n’a pas le jugement facile ou parfois ces regards qui vous dérangent, vous savez, parce qu’ils vous jugent de trop près ou anormalement. Maintenant le rêve américain, non, je n’en ai pas. Je n’en ai pas et je préfère New York, par exemple, à la Californie. New York est beaucoup plus proche de ma sensibilité, j’allais dire de ma façon de vivre. Maintenant, pour revenir à la Californie, c’est un endroit qui est agréable.

Qui est agréable quand on peut y vivre bien, faut pas l’oublier non plus !

Non, puisque Los Angeles est la cité de toutes les contradictions, la cité des anges mais également la cité des démons et c’est vrai que la plus grande pauvreté côtoie la plus grande richesse, comme partout aux Etats­-Unis, je vais dire…

MF : Ha oui, c’est très, très fort, là-­bas. C’est vrai que moi j’étais très, très privilégiée. Sans jamais oublier ce qu’il se passe parce que malgré tout, c’est dans la rue, c’est au regard de tout le monde. J’ai passé mon permis de conduire là­-bas, donc c’était un peu tardif mais c’est vrai que c’était quelque chose d’important pour moi que de pouvoir prendre une voiture ­ ça parait désuet comme ça ! (Mylène veut sans doute dire ‘dérisoire’, nda) ­ et que de pouvoir rouler.

C’est vrai que les distances là-­bas et les paysages sont magnifiques, donc c’est une sensation de liberté, tout simplement, dont j’avais envie.

Ha bon ?!

Mylène Farmer a passé son permis de conduire là­-bas ?! Si tardif ?! Pourquoi ?! Elle avait peur de conduire ?! C’est vrai que Paris, c’est pas évident…

MF : Parce que j’ai d’abord un sens de l’orientation absolument déplorable ! Vous savez, parfois on n’explique pas bien les choses : il suffit de changer d’univers pour s’autoriser certaines choses. Effectivement, c’était une peur que j’avais en moi que d’être seule à un volant parce que je pense qu’on m’a toujours dit que c’était dangereux et qu’éventuellement je n’y arriverais pas, et vous vous apercevez que c’est une conquête phénoménale que de le décider et seule, et dans une autre langue dans un autre pays, donc c’est une satisfaction un peu puérile mais très agréable ! (sourire)

Diffusion de « XXL ».

1995-01-bIl y a quelques instants, Mylène Farmer nous révélait qu’elle avait passé son permis de conduire, ce qui ne vous empêche pas, Mylène, de prendre le train, comme dans le clip « XXL ». Pourquoi le train ?

MF : Le train ?

Le train, c’est le voyage. Maintenant, vous dire pourquoi il est utilisé dans ce clip, c’est pas précisément pour cette raison, mais c’est vrai que l’idée de Marcus Nispel ­ le réalisateur ­ était une très, très belle idée selon moi, et que cette idée du ventre qui est le train et qui a tous ces enfants à l’intérieur et toutes ces vies, je trouve que c’est une très, très, très belle idée. Il y a une belle galerie de personnages dans ce clip : il y a des vieilles personnes, il y a des enfants etc. mais, je veux dire, chaque visage a été choisi délicatement ?

MF : Oui. Je pense que c’est un beau travail qu’ils ont ­ ‘qu’ils ont’, parce qu’ils font appel à des assistants qui eux font des castings après acceptation du réalisateur­ mais c’est un beau travail. C’est vrai qu’en Californie, il y a des visages extraordinaires. Ces visages-­là auraient pu être de Hongrie, de Russie… Voilà donc pour le clip qui illustre le premier extrait de cet album, « XXL ».

Mylène Farmer toujours en quête d’amour maximal, je veux dire ?

MF : Oui. Si j’ai envie de résumer en tout cas mes envies d’aujourd’hui, c’est effectivement ­ et je crois que c’est le sentiment de tout un chacun­ c’est un peu plus de sécurité et surtout un peu plus d’amour.

Un amour qui reste quand même je vais pas dire déçu, mais les amours qui transparaissent dans cet album sont quand même plutôt des ruptures, des déceptions. Enfin, moi c’est l’impression que j’en ai…

 MF : Oui, ce qui est intéressant pour moi aujourd’hui, c’est que j’ai écrit les textes et on se dépossède des chansons une fois qu’elles sont et écrites et interprétées, donc maintenant c’est moi qui vais découvrir vos lectures, donc pour moi c’est à la fois une surprise et intéressant. L’évocation de la rupture, je sais pas si c’est que j’ai voulu dire. Peut-­être que c’est ce que j’ai écrit, dans le fond !

Maintenant, moi ma rupture, je la situais plus comme une élévation. C’est toujours compliqué, ou la justification ou l’interprétation des choses, mais c’est cette envie de s’élever, tout simplement, tout en ayant à la fois les pieds bien sur terre et essayant de comprendre l’autre mais en n’oubliant pas, et c’est peut­-être l’espoir que moi je me suis attribué, que la mort n’est pas une fin en soi.

Donc en ce sens, si rupture il y a, c’est j’allais dire une rupture de l’esprit terrestre et cette envie que d’aller découvrir autre chose et d’envisager d’autres choses.

Dans le fond, c’est peut-­être une envie de spiritualité, tout simplement.

Diffusion de « L’Instant X ».

« L’Instant X », ‘L’an 2000 sera spirituel’. Vous-­même, vous êtes à la recherche de cette spiritualité ?

MF : Moi j’en ai fondamentalement besoin et je pense, quand j’écoute et quand j’essaye de lire en tout cas les autres, je crois qu’on a tous envie de ça, parce qu’on vit dans un monde qui est de plus en plus désespérant et totalement bouché, donc qu’on ait ce souhait-­là : oui.

Et pour justifier sa vie, une fois de plus, ici et pour pouvoir l’apprécier, je crois qu’on a envie d’imaginer que notre vie ne s’achève pas, une fois de plus, quand la mort apparaît. C’est vrai que cette notion-­là faisait partie de moi avant et aujourd’hui je n’en veux plus, je ne l’accepte pas sinon moi je n’arrive pas à vivre correctement. Après, c’est au travers de lectures, au travers ne serait-­ce que de réflexions, de méditations. Tout cela est un peu confus ! (rires)

Il y a des livres qui vous ont marquée ?

Puisque là on a parlé de Malraux (‘L’an 2000 sera spirituel’, nda) mais je ne sais pas si Mylène Farmer a un livre de chevet qui l’a peut­-être éclairée justement vers une autre vision des choses ?

MF : Oui. Très, très précisément j’ai eu plusieurs lectures, mais j’ai un livre –je ne sais pas si je peux dire que je recommande, mais en tout cas qui moi m’a beaucoup appris et beaucoup aidé­ qui est « Le livre tibétain de la vie et de la mort » de Sogyal Rinpoche ­ un nom un peu compliqué ! ­ qui vous parle indépendamment du bouddhisme. Je ne sais pas si c’était le sujet qui m’intéressait réellement, mais qui parle justement de votre importance, de l’importance de votre vie et de l’importance de lui trouver une qualité pour pouvoir justement envisager sa mort relativement sereinement et pour pouvoir envisager des choses qui sont l’après­-mort.

Donc ce sont autant de choses qui sont très belles d’abord et qui vous donnent un petit peu d’espoir.

C’est un livre qui vous a aidée à exorciser peut-­être cette image ou cette présence de la mort qui était ancrée profondément en vous ?

MF : D’une certaine manière, oui. Je crois que chaque être est très, très isolé. Même s’il a des amis, même s’il a des conversations, on a quand même en soi cette solitude et cette difficulté que de communiquer donc on se pose de vraies questions, des questions parfois qui vous hantent toute une vie et parfois on trouve les réponses, ou on pense trouver les réponses, donc c’est vrai que j’ai eu sans acharnement cette réponse. Vous pouvez prendre quatre personnes différentes qui vont lire la même chose, elles vont trouver des réponses différentes. Donc moi j’ai trouvé quelque chose comme un baume, donc j’y ai trouvé un sens, voilà, et c’est vrai que ça m’a beaucoup, beaucoup aidée, oui.

Diffusion de « Tomber 7 fois… ».

Mylène Farmer est toujours notre invitée ce soir jusque 21h.

 Mylène, on vient de s’écouter « Tomber 7 fois… » : c’est un peu votre devise dans la vie ?

MF : Oui, en tout cas ça fait réellement partie de moi. Un, je ne me donne pas le droit de tomber, en tout cas plus bas que terre, et j’ai toujours cette volonté donc que de relever la tête. Et c’est surtout pas moi qui ai inventé ça, c’est un proverbe chinois (japonais en réalité, nda) qui dit ‘Tomber sept fois, toujours se relever huit’. C’est toujours une belle idée, c’est toujours cette notion de résurrection, cette envie que de se redresser donc c’était quelque chose que j’avais envie d’exprimer, oui.

Dans un autre genre, plus futile dirons-­nous, il y a « Alice », la petite araignée. Les araignées, ce sont des petites bêtes qui vous intéressent ?!

MF : J’ai une phobie des araignées ! (rires)

Mais j’ai toujours eu en mémoire une tout petite histoire d’une petite araignée dans une cellule et qui était le seul compagnon du prisonnier ­ ce qui n’a rien à voir avec le thème d’ « Alice », mais je peux apprivoiser aussi une petite araignée ! (rires)

Araignée qui est le symbole de ‘Araignée du matin, chagrin ; araignée du soir, espoir’. Est-­ce que l’araignée est un symbole particulier pour vous ?

MF : Non. Non. L’araignée… Vous savez, parfois on a des choses qui vous viennent vous ne savez pas pourquoi et c’est vrai que quand j’ai entendu cette musique qui a cette boucle, cette répétition j’y voyais bien la marche d’un petit animal, comme ça. Et puis après, vous ne savez pas, vous parlez de… Alice est devenue l’artiste et la représentation du mal-­être de l’artiste. (rires)

Diffusion de « Alice » puis de « Sans Contrefaçon ».

Les articles de presse qui vous sont consacrés dépeignent quelqu’un qui me semble être un être bourré de contradictions. A vous voir là en face de moi, vous avez l’air un petit peu fragile, pourtant c’est pas vraiment l’image qui transparaît de vous : on a plutôt une image qui est synonyme de provocation…

MF : Oui, mais je pense que je ne suis pas un cas unique. Je crois qu’on a tous des paradoxes assez violents en soi. Ces paradoxes font partie de moi, oui. Maintenant, moi j’y vois ­ puisqu’on a la pochette devant les yeux ­ là j’y vois quelque chose de plus pur que de provocateur, si ce n’est que l’idée de provocation fait aussi partie de ma vie. Sans parler de revendication, je trouve que c’est important que de provoquer, au moins susciter quelque chose, une réflexion en tout cas, ou une révolte…

Ca ne s’arrête pas à ‘Mylène la provocante’, comme on a pu parfois vous coller cette image parfois un peu excessive…

 MF : Bien sûr, mais ça, malheureusement on ne peut pas faire le procès de ces choses un petit peu ou caricaturales ou réductrices. C’est vrai que dès l’instant où vous chantez ou « Libertine » ou « Sans Contrefaçon », c’est vrai que la notion d’étiquette est quelque chose qui fait partie de notre société, donc dès l’instant où moi j’ai accepté de l’idée de « Libertine », pour ne parler que de ça, il faut accepter tout ce qui va aller avec : et les réflexions et la caricature.

Diffusion de « Libertine ».

Suite aux réflexions et autres commentaires qui ont accompagné cette chanson, parfois vous n’avez pas eu envie de remettre les pendules à l’heure ?

MF : Non. Qu’on ait des coups de colère quant à certaines réflexions ou justement cette façon que de réduire un être à un état ou une provocation : oui, parfois. Moi, c’est plus la notion de colère que de réelle tristesse, parce que dans le fond je n’attache pas beaucoup d’importance à ça, et je crois de tous temps j’ai ressenti les choses de cette façon. Vous dire qu’on n’est pas touché, atteint, ce serait faux et un mensonge mais une fois de plus, je n’y attache pas grande importance. Ce que l’autre pense de moi, s’il a envie d’essayer d’y découvrir certaines choses plutôt qu’un jugement hâtif : tant mieux pour moi. Sinon, tant pis, c’est pas grave ! Moi, je vis bien avec ce que j’ai exprimé, donc voilà !

Diffusion de « Mylène s’en fout ».

1995-01-dCet entretien touche à sa fin mais j’en profite encore quelques minutes car c’est quand même assez rare de vous avoir en promo !

MF : Oui, parce que d’une part c’est un exercice difficile pour moi, d’autre part la justification est un exercice et en soi quelque chose qui n’est pas à mon sens indispensable, si ce n’est que je m’aperçois qu’il faut aussi, de même que j’ai envie qu’on me donne, je me dois de donner. Donc c’est pour ça qu’aujourd’hui j’accepte un petit peu plus l’idée du dialogue, parce que je pense que c’est important. Mais je sais que ça sera de toute façon des moments rares, en tout cas pour moi. Je ne dis pas rare en sa qualité, mais rare en tout cas dans sa multiplication ! (rires)

Alors comme on n’a pas souvent l’occasion de vous rencontrer, on va peut­-être vous laisser un petit mot de conclusion, une pensée que vous auriez envie d’exprimer aux auditeurs belges…

MF : Oh je ne sais pas ! Je ne suis pas sûre d’être très, très, très douée, si ce n’est que j’espère qu’ils aimeront mon album et que j’ai un très, très bon souvenir de mon passage en Belgique sur scène. C’était un moment assez magique !

Moment qui avait été immortalisé d’ailleurs en vidéo… (le film « En Concert » sorti en septembre 1990 a effectivement été tourné pendant les représentations du spectacle à Bruxelles en octobre 1989, nda)

MF : Oui, donc je les remercie pour ce moment ! Merci beaucoup et à très bientôt, on l’espère !

MF : Au revoir !

source : Entretien avec Cathy TROGRANCIC (Belgique) 15 NOVEMBRE 1995

Publié dans Mylène 1995 - 1996, Mylène en INTERVIEW | Pas de Commentaires »

7 EXTRA avec Mylène Farmer (Belgique)

Posté par francesca7 le 27 mars 2015

 

1995-03-bVous voilà de retour après une absence prolongée. Vous n’avez pas trouvé le temps un peu long ? ­

Non. J’en avais besoin pour voyager, redécouvrir certaines choses. Après le film (« Giorgino » sorti un an plus tôt, nda), j’avais envie de faire une rupture, de me régénérer et de me ressourcer.

D’où cet exil momentané à Los Angeles. Les Etats-­Unis, nouvelle terre d’accueil ? ­

J’ai passé neuf mois à Los Angeles : avant, pendant et après l’album. C’est une ville dans laquelle je me sentais bien. J’avais besoin de cette idée d’espace, de perte d’identité pour pouvoir me retrouver. Vivre comme tout le monde, ‘normalement’, c’est important : j’ai pu me promener, faire les gestes de tous les jours sans que l’on m’observe. J’ai le sentiment que les californiens ne jugent pas l’autre. Ils n’ont pas ce jugement si facile que l’on a chez nous, ces regards qui vous dérangent parce qu’ils vous examinent de trop près ou vous considèrent comme anormal. Comme la plupart des personnages publics, vous avez fait les frais de ces commentaires parfois trop hâtifs, on vous a souvent qualifiée de provocante.

Vous n’avez jamais eu envie de remettre les pendules à l’heure ? ­

L’idée de provocation fait partie intégrante de ma vie, sans qu’il y ait derrière cela la moindre revendication. C’est important de provoquer, du moins de susciter une réaction, une réflexion ou une révolte. Mais de là à se focaliser sur un et un seul aspect de la personnalité de quelqu’un, il y a une marge. La notion d’étiquette est parfaitement intégrée dans notre société. Dès l’instant où j’ai accepté de chanter « Libertine » ou « Sans Contrefaçon », je savais que je devais m’attendre à certaines réflexions, mais on ne peut pas faire le procès des choses un peu caricaturales ou réductrices. Dire que je ne suis pas atteinte par ces critiques serait faux, mais je n’y accorde pas beaucoup d’importance. Si les autres ont envie de découvrir d’autres choses en moi plutôt que de bâtir des jugements expéditifs, tant mieux. Sinon, tant pis, ce n’est pas grave. Je vis très bien avec ce que j’ai exprimé. Le premier simple, « XXL », annonce la couleur de l’album : on y retrouve une Mylène Farmer en quête d’amour maximal… ­ Si je devais résumer mes pensées actuelles, c’est vrai qu’elles se dirigent vers ce à quoi nous aspirons tous, je crois, à savoir un peu plus de sécurité et surtout un peu plus d’amour…

Même s’il s’agit d’amours malheureuses, de ruptures ? ­

Je ne sais pas si c’est vraiment ce que j’ai voulu exprimer, mais c’est peut-­être ce que j’ai écrit. Les chansons, une fois qu’on les a composées et interprétées, on s’en dépossède complètement et il est donc intéressant, et même surprenant, de voir les lectures que vous en faites. En ce qui concerne la notion de rupture, je parlerais plutôt d’une élévation : s’élever tout en gardant les pieds sur terre et en essayant de comprendre l’autre en n’oubliant pas que la mort n’est pas une fin en soi. Donc, si rupture il y a, c’est une rupture de l’esprit terrestre avec cette envie d’envisager d’autres choses. Finalement, j’ai peut-­être tout simplement exprimé mon envie de spiritualité.

Vous avez besoin de cette spiritualité ? ­

Oui, fondamentalement. Mais je crois que tous, nous avons besoin de notre dose de spiritualité. On vit dans un monde qui est de plus en plus désespérant et totalement bouché. Pour justifier son existence ici et pour pouvoir l’apprécier, on a envie d’imaginer que la vie ne s’arrête pas une fois que la mort apparaît. Avant, cette notion faisait partie de moi. Aujourd’hui, je n’en veux plus, je ne l’accepte plus. Je suis arrivée à cet état d’esprit grâce à certaines lectures et méditations. J’ai beaucoup appris en lisant « Le livre tibétain de la vie et de la mort ». Il traite de l’importance de donner une qualité à sa vie pour pouvoir envisager sa mort avec une certaine sérénité. Toutes ces notions sont très belles et elles sont porteuses d’espoir. 1995-03-aDans la même lignée, un des morceaux de l’album est basé sur le proverbe chinois (japonais, nda) ‘Tomber sept fois, se relever huit’.

C’est votre devise ? ­

 Je ne me donne pas le droit de tomber, en tout cas pas plus bas que terre. De plus, j’ai toujours cette volonté de relever la tête. ‘Tomber sept fois, se relever huit’, c’est une belle image. Cette notion de résurrection, cette envie de repartir.

Pour en revenir à des choses plus terre à terre, pourquoi cette fuite des médias ?

On ne vous voit que très rarement en promo… ­ D’une part, c’est un exercice difficile pour moi, et d’autre part, je trouve que la justification d’un travail n’est pas indispensable en soi, si ce n’est qu’il faut aussi donner. De même que l’on me donne, je me dois de donner à mon tour. Aujourd’hui, j’ai accepté un petit peu plus l’idée du dialogue, mais je sais que ces moments de promotion resteront rares.

source : Mylène Farmer sans contrefaçon – Entretien avec Cathy TROGRANCIC – 31 OCTOBRE 1995

 

Publié dans Mylène 1995 - 1996, Mylène dans la PRESSE | Pas de Commentaires »

Déjeuner de gala sur NOSTALGIE avec Mylène

Posté par francesca7 le 8 février 2015

 

30 NOVEMBRE 1996 -Entretien avec Michel COTTET

1996-05-aMichel Cottet : L’actualité de Mylène Farmer, c’est cet album, « Anamorphosée » ­bien que ayant déjà quelques mois, il est encore tout frais et tout présent à notre mémoire et on se laisser bercer en ce moment par l’excellent titre « Rêver » ­ et puis il y a cette tournée, non pas gâchée mais interrompue pour une stupidité. Il ne m’appartient pas de déverser une kyrielle de qualificatifs pour essayer de vous cerner, de vous faire réagir ­ c’est toute la magie d’un personnage. Ceci dit, tout ce mystère qui débouche sur un statut de phénomène est ­ce que vous n’avez pas l’impression quelquefois que cela fait ombrage à votre vrai statut, qui est avant tout quand même, si je ne m’abuse, auteur compositeur­ interprète ?

Mylene Farmer : Ombrage, je ne sais pas bien. Est­ce que j’en souffre ? Non, pas vraiment. J’ai décidé de ce mystère en ce sens que je parle peu et que je réponds peu aux questions en général, donc je crois que j’en suis l’auteur donc je n’ai pas à m’en plaindre.

MC : Je ne parlais pas forcément du mystère mais du fait que à force de vouloir justement le percer, on en oublie de parler avec vous de ce qui quand même nous séduit au préalable, c’est­ à­ dire votre  musique, votre façon d’écrire, votre façon de paraître sur scène. Est­ce que parfois vous n’avez pas l’impression d’être dépassée par vous­même, en quelques sortes ?

MF : Je ne suis pas sûre de pouvoir répondre à cette question, si ce n’est que c’est vrai que  l’évocation de l’écriture est quelque chose, dans le fond, d’assez rare de la part d’un journaliste parce que je crois qu’il est plus enclin à parler ou d’une vie privée que l’on ne veut pas dévoiler, ou des choses qui sont ‘plus racoleuses’. Peut­être que je souffre de ça un peu, oui.

MC : On y reviendra, et j’espère comme ça que votre passage à Nostalgie vous aura ôté un peu de souffrance puisqu’on évoquera votre écriture. Ce que l’on sait, c’est que vous avez quand même ‘fui’ à Los Angeles pour essayer de retrouver une forme de solitude. Vous avez vos repères, j’ai les miens : moi, c’est Léo Ferré, Ferré qui disait : ‘Dans la solitude, le désespoir est une forme supérieure de la critique. Pour l’instant, nous l’appellerons bonheur’. Le désespoir, vous l’avez touché ?

MF : Je crois qu’il a fait partie de mon quotidien, mais maintenant je ne pense pas être la seule ! Je pense que le commun des mortels a des moments de bonheur et des moments de détresse absolue. Je crois que même une journée peut être comblée par bonheur et tristesse à la fois. Maintenant, est­ ce que je fais l’apologie de la détresse et du malheur : non. Je l’ai exprimée, en tout cas.

MC : Cette solitude, vous la recherchez ?

MF : Je ne suis pas sûre de me définir comme quelqu’un d’étant solitaire. J’aime parfois avoir des moments, oui, seule : l’écriture est un moment privilégié pour ça. Maintenant, j’aime bien la compagnie  de personnes choisies.

MC : Quel est le moment le plus fort, justement ? C’est rentrer dans cette solitude ou en sortir pour retrouver l’autre ou les autres ?

MF : Je crois que les deux sont à déguster ! (rires)

MC : Je poursuis avec ce texte de Ferré, toujours sur cette solitude : ‘je voudrais m’insérer dans le vide absolu et devenir le non ­dit, le non avenu, le non vierge par manque de lucidité’. Ne pas rencontrer le bonheur, est­ce que c’est pour autant être lucide ?

MF : (elle se répète la question à elle­ même) Ne pas rencontrer le bonheur…Je ne sais pas. En tout cas, j’aime l’idée de s’approcher de ce vide et de ne faire qu’un avec ce vide. C’est vrai qu’il y a quelque chose, l’idée du néant, qui est quelque chose de très happant. C’est vrai que parfois, on a envie de se confondre avec le vide, avec le rien.

MC : Ce que vous appelez le non­ dit, qui est essentiel pour la réussite…

MF : Oui.

Diffusion de « California »

MC : Mylène Farmer est votre invitée aujourd’hui dans ce « Déjeuner de gala » sur Nostalgie, avec cette notion de non ­dit. Ne pas énoncer, ne pas expliquer pour susciter la curiosité, est­ ce que c’est bien compatible avec une autre notion, qui est celle de la fidélité ? Je veux dire par là, quand on côtoie des gens ou des habitudes, forcément on perce le mystère, donc là c’est un peu antinomique, non ? Parce que vous êtes quelqu’un de fidèle ­ je parle du point de vue professionnel !

MF : Je pense être quelqu’un de fidèle, oui, dans tous les sens du terme et toutes les situations. Maintenant, pardonnez­moi : j’ai oublié la question ! (rires)

MC : Je disais, parallèlement à cette fidélité vous êtes porteuse de cette idée de non­dit : ‘je garde la mystère, je ne veux pas qu’on me dévoile et je ne veux pas dévoiler’. Est­ce bien compatible, ces deux approches ?

MF : Là encore, je ne… Le non ­dit, j’aime les non ­dits, maintenant est­ ce que je suis caractérisée par le non-dit : je ne le crois pas. Maintenant, j’ai choisi de dire certaines choses, de dévoiler certaines choses, de les clamer parfois et quand une question ou un sujet me dérange, là effectivement ce sera ou un non ­dit ou un non tout court ! (rires)

MC : Donner un sens à tout, c’est ridicule pour vous, finalement…

MF : Je sais pas si, là encore, c’est ridicule ­ pardonnez­ moi ! (rires) Je ne pense pas avoir d’abord la prétention, et je ne pense pas que la vie vous offre un sens à tout. Je crois que ça fait partie aussi du mystère de la vie, du mystère de la mort, de toutes ces choses qu’on ne sait pas et qu’on ne saura probablement jamais. Parfois on peut souffrir de ce silence et des ces non­réponses, et parfois je trouve ça plutôt bien. C’est une forme de liberté aussi en soi.

MC : Je vais peut ­être vous soulager, je viens à votre secours ­ si tant est que vous en ayez besoin : finalement, c’est pour ça que vous redoutez l’exercice que nous sommes en train de faire parce qu’il est communément admis qu’à toute question doit correspondre une réponse, et en plus logique !

MF : Oui. Oui, c’est vrai que là, dans le fond je n’aime pas la logique, je n’aime pas le rationnel et c’est un exercice qui est difficile, uniquement parce que je dois parler de moi, dans le fond c’est aussi bête et simple que ça. C’est un exercice difficile pour moi.

MC : Parler de soi… Parler d’idées qui vous traversent la tête, c’est peut­ être pas forcément parler de vous. C’est peut­être plus facile…

MF : Oui, mais c’est une façon de se mettre en avant et c’est vrai que là, ça fait partie d’un exercice qui est probablement utile à l’artiste, en tout cas on lui demande. Mais si j’avais à choisir, je crois que j’aurais rayé cette mention ! (rires)

MC : Le non­ dit, c’est aussi l’imaginaire. Est­ce un jardin dans lequel vous aimez flâner ?

MF : J’aime surtout, je dirais, au travers de lectures. Quant à mon imaginaire, oui, je cultive ce jardin, je crois, oui. Maintenant, là encore j’aurais du mal à en parler parce qu’il est imaginaire, justement !

MC : Mais un auteur se doit d’imaginer, et l’imagination c’est une forme de liberté que vous recherchez…

MF : Oui.

Pause publicitaire.

MC : Retour dans « Déjeuner de gala » sur Nostalgie. On parle avec Mylène Farmer, votre invitée, de la liberté. Quelles sont les situations, les mots, les événements dans lesquels vous ne vous sentez justement pas libre ?

MF : Les dîners où il y a beaucoup de personnes… (elle cherche, puis pouffe de rire)

MC : Une foule, c’est pas ‘beaucoup de personnes’, c’est qu’une personne raisonnée ?

MF : Oui. Oui, c’est toujours un peu facile comme détournement, mais dans le fond c’est vrai. C’est vrai, quand on est en face d’un public, quelque soit la salle, à partir du moment où il y a plus de deux personnes, trois personnes, mais plus le nombre est grand et plus il ne reforme qu’un et une énergie, en tout cas.

MC : En tête à tête, vous vous livrez plus ­parce que sur scène, on peut dire que vous vous livrez-vous vous livrez plus que devant une multitude de gens…

MF : Non, je pense que c’est faux. Je pense que je me livre davantage, mais peut­être sans la présence des mots ou en ayant choisi les mots. Maintenant, je crois que l’émotion que moi je ressens sur scène et que je peux offrir est quelque chose qui est une mise à nu, qui est beaucoup plus importante que dans une interview. J’ai malgré tout le contrôle de moi­même et de mes silences aussi.

MC : Ca fait douze ans, mine de rien, que vous êtes dans ce métier de la chanson. (Mylène confirme en riant) Est­ce que la situation a failli vous échapper une fois, durant ces douze ans ?

MF : M’échapper, non, je ne le crois pas. Je ne sais pas à quoi vous faites allusion précisément, mais j’ai…

MC : Être dépassée par ses propres motivations, s’embarquer dans un chemin qui n’était pas le bon…

MF : Avoir envie d’arrêter parfois tout, oui, ça m’est arrivé.

MC : C’est une façon de contrôler, justement, comme cette fuite…

MF : De nombreuses fois, oui. Hier encore…

MC : ‘J’avais vingt ans…’, mais ça c’est Aznavour ! (rires de Mylène) La fuite dans les mots, c’est quand même plus bénéfique que la fuite à Los Angeles ? Vous l’évoquiez tout à l’heure avec mon jardin imaginaire…

MF : Oui, je crois que j’ai eu besoin pour continuer d’écrire, puisqu’on parle des mots, que j’ai eu besoin de ce passage. Maintenant, il s’est effectué à Los Angeles, dans le fond ça aurait pu être ailleurs, en tout cas un pays dit étranger. Mais j’y ai trouvé, oui, si ce n’est une réelle source d’inspiration, en tout cas moi je me suis nourrie, si je puis dire, à ma façon. J’y ai trouvé quelque chose, oui.

MC : C’est Jean­Louis Murat qui, à ce même micro ­ je fais allusion à lui parce que vous l’avez rencontré, ne serait­ ce que pour un duo ­ qui expliquait que dans un texte, finalement, le texte n’était jamais aussi beau que lorsque à la fin de la chanson on n’avait pas forcément tout compris.

MF : Oui…

MC : Et pour vous aussi, je crois, à savoir que les mots ont plus d’importance que l’idée.

MF : Je pense qu’il vaut mieux savoir, en tout cas pour soi­ même, face à soi­ même, savoir ce qu’on a voulu dire. Maintenant, je suis d’accord que la chose trop expliquée, qui ne laisse pas dans le fond à l’autre une liberté, me dérange.

Diffusion de « L’Instant X »

1996-05-cMC : Avec nous, Mylène Farmer qui est notre invitée dans ce « Déjeuner de gala » sur Nostalgie aujourd’hui samedi. Je fais une petite digression avec les images, je voulais en parler un petit peu plus tard. Vous parlez de notion de liberté quant à la perception d’une chanson : le clip, pour le coup c’est bien souvent quelque chose de très cadenassé. On nous impose des images, on nous fait une explication ­ ça ne vous concerne pas tout le temps­ mais n’est­ce pas un piège ?

MF : C’est vrai, c’est un piège. Mais là encore, est­ce qu’on a le choix de ne pas faire sur une chanson une mise en images ? Là encore, malheureusement je n’ai pas ce choix ­là parce que ça serait suicidaire. Mais sur certaines chansons, c’est vrai que certainement je n’aurais pas fait de clip, parce que justement il y a une réduction du sujet évoqué, et puis parfois c’est magique aussi, donc…

MC : J’ai lu que vous disiez : ‘Quand j’écris mes textes, je livre beaucoup plus de moi que vous ne croyez. Il suffit de savoir écouter’. Est ­ce que vos chansons sont codées ? C’est un exercice qui peut vous amuser, ça ?

MF : Non, je ne suis pas sûre d’être aussi intelligente que ça. En tout cas, j’aime bien les mots, donc j’aime jouer avec les mots…

MC : Pas de fausse modestie, jeune fille ! (rires)

MF : …mais codés, non. Non. Je n’ai pas ce sentiment­là.

MC : Y a ­t ­il quand même une notion ­ j’ai cru vous entendre le dire, cette fois ­ci, donc la véracité du propos est entière, que vous aimiez cette forme d’irrationalité dans un texte et, comme vous venez de le souligner, que vouloir forcément une d’explication, c’est pas le but. Cette notion d’irrationnel, elle vous caractérise lorsque vous écrivez ?

MF : Non, je ne pense pas. Je ne pense pas, maintenant, sans parler de moi, quand je lis par exemple Cioran, puisque ça m’arrive de le lire en ce moment, à cette faculté que vous donner des mots­ clés, et là encore de vous laisser votre propre imagination. C’est un peu confus, ce que je dis, mais… (rires) Un peu comme les haïkus, vous voyez, ces poèmes qui sont très, très courts. On vous donne deux mots, on va vous dire –je dis n’importe quoi : un chien, une fourmi et la senteur du foin et tout à coup, ça va évoquer une multitude de choses. Mais là, ça sera à chacun d’interpréter ou d’imaginer. Donc j’aime, en tout cas si c’est ce que vous évoquez comme étant une irrationalité, alors c’en est une, oui, parfois…

MC : C’est finalement l’éducation que l’on reçoit lorsqu’on allait à la maternelle qui se transforme avec des beaux mots, mais c’est ça en fait : on apprend aux enfants, on leur montre un chat et leur imaginaire… (Mylène acquiesce d’un murmure) Vous faites allusion, donc, à Emile Michel Cioran, ce philosophe français pessimiste, dont l’œuvre s’exprime souvent par aphorismes. Vous en avez des favoris, vous ? Des proverbes, des… ?

MF : Je n’ai malheureusement pas beaucoup la mémoire des… (rires) Je retiens difficilement !

MC : Ben, ‘tomber sept fois’, il y a déjà ça !

MF : ‘Tomber sept fois’, c’était court donc facile à retenir ! Oui, il y a ce proverbe, effectivement, japonais qui dit ‘tomber sept fois, toujours se relever huit’ donc je l’ai volé.

MC : Vous êtes charmée par ce genre de formules ?

MF : Là encore, c’est le plaisir des mots et l’intelligence qui peut s’en dégager. En tout cas, sans parler même d’intelligence, à la fois la précision dans la non précision. Il y a cette phrase maintenant qui me revient… (rires)

Je vais faire mon exercice ! (rires)

MC : Allez­ y, soufflez bien !

MF : ‘Tout ce qui ne m’a pas tué me rendra plus fort’

Pause publicitaire

MC : Voilà, de retour avec Mylène Farmer qui est notre invitée aujourd’hui dans ce « Déjeuner de gala ». Je faisais référence à cette chanson qui figure sur l’album « Anamorphosée », c’est la  première fois où vous signez la musique : « Tomber 7 fois… »…

MF : Oui, oui. Absolument, oui.

MC : Après les mots, la musique. C’est une forme de défi que vous vous êtes lancé à vous­même ?

MF : Non. Là encore, ça s’est passé relativement naturellement : j’ai une guitare à la maison, donc il m’arrive parfois de tenter d’y jouer et ma foi, voilà, j’ai trouvé donc cette chanson, mais est­ ce que j’ai envie de faire ça et prolonger ça : non, je ne le crois pas.

MC : Vous vous êtes surprise vous ­même ?

MF : D’une certaine façon, oui, probablement ! (rires)

MC : Vous avez regardé autour si personne ne vous avait vue commettre cet acte affreux qui était d’écrire une musique ?!

MF : (rires) Oui, dans la mesure où j’ai pas de formation de musicienne. J’en ai le goût, en tout cas, mais je pense qu’il faut plus de talent pour composer.

MC : Vous êtes quand même pluridisciplinaire ­ on évoquera plus tard le goût de la peinture ­ vous écrivez, vous chantez, c’est tout à fait dans vos cordes, en tout cas c’est dans votre mentalité. C’est aussi de la liberté, finalement, que de savoir faire plusieurs choses, non ? C’est pour ça que cette notion de devenir compositrice, ou compositeur pardon, ça peut aussi vous aller, non ? C’est pas un défi qui vous… ?

MF : Non, parce que là encore, sans parler de talent, je sais ce que je suis ‘capable’ de faire, en tout cas de revendiquer, on va dire. Maintenant, quant à la musique, là encore, la composition, je sais que je m’essoufflerai très, très vite parce que manque tout simplement de connaissance, là encore.

MC : Vous voyez que vous êtes intelligente, puisque l’intelligence c’est savoir reconnaître ses limites.

MF : Je ne ferai pas de commentaires ! (rires)

MC : On saute du coq à l’âne, c’est le cas de le dire : vous aimez les animaux, je vous emmène sur le terrain des animaux. Comment va E.T. ?

MF : Très bien !

MC : Bien. Ce qu’il y a de fabuleux dans la communication avec les animaux, c’est que l’on émet des mots, eux les perçoivent comme des sons suivant l’intonation, et finalement, là on retombe sur c’est presque une chanson qu’on écrit avec les animaux : ils interprètent comme ils le veulent. Est­ce que mon parallèle vous choque ?

MF : Non. Vous faites ce que vous voulez, d’abord ! (rires) Mais effectivement, oui, les animaux, en tout cas les petits singes, connaissent probablement les sonorités, mais les visages aussi. Ils interprètent beaucoup l’expression, liée au son probablement. C’est un être, là pour le coup, relativement intelligent, caractériel aussi, qui a ses humeurs, mais c’est toujours aussi passionnant d’avoir un singe.

MC : C’est l’animal ­ nous en parlions tout à l’heure ­ qui se rapprocherait le plus de nos réflexes.

C’est pour ça que vous l’avez choisi ?

MF : Je crois que j’ai simplement une passion pour le singe. A chaque fois que je vois un documentaire sur ces animaux, j’ai envie de changer de vie et d’aller les retrouver, de les aider ou d’essayer de dialoguer, de m’y intéresser en tout cas. J’ai vu beaucoup, beaucoup de reportages sur les chimpanzés, les orangs­outans ou les gorilles. C’est vrai qu’une vie comme celle de Diane Fossey est une vie passionnante, mais c’est une vie difficile aussi.

MC : C’est une grande tendresse que vous avez envers les animaux, tout à l’heure vous étiez avec les chiens ! Vous aimez leur naïveté ? Leur fidélité ? C’est ce qui vous attire ?

MF : Là encore, je vais probablement vous décevoir mais je ne suis pas sûre d’analyser toutes les envies que j’ai, ou les communications que j’ai. J’aime les animaux parce que dans le fond, c’est très spontané.

Maintenant, si vous voulez vraiment trouver pourquoi on aime un singe, pourquoi on aime un chat ou un chien, dans le fond, ça, ça ne m’intéresse pas de savoir pourquoi je les aime. Je les aime, tout simplement.

Diffusion de « Mylène s’en fout »

MC : « Mylène s’en fout ». Pas nous ! Elle est votre invitée aujourd’hui sur Nostalgie, dans ce « Déjeuner de gala ». On a aimé ­ et on aime toujours ­ cet album, notamment, « Anamorphosée ». Je voulais juste un petit mot sur cet univers musical : il y a eu une évolution. Est­ce qu’on peut la qualifier, cette évolution, de tonique, d’énergique ? Ca serait le bon mot ?

MF : Je vais être obligée, moi, de revenir vers mes albums précédents : je n’ai pas eu le sentiment que ces albums n’étaient pas énergiques, donc en ce sens je ne peux pas aller dans cette idée de ‘plus d’énergie’. Je crois que parce qu’il y a des guitares, beaucoup plus de guitares qu’avant, peut­être que l’énergie vient aussi de là. Peut­être dans la façon de chanter, qui est probablement un peu différente : je chante plus grave ­ en tout cas, je me le suis autorisé !

MC : Dans le ton, rassurez­ nous ! (rires)

MF : Dans un ton plus grave. (elle hésite) Là, j’avoue que je ne sais pas bien… « Désenchantée », pour moi par exemple, est une chanson extrêmement énergique ­ mais ça n’engage que moi ­ au même titre que « L’Instant X », si ce n’est que la production est très différente. Là, oui.

MC : Voilà, justement : en quatre ans, est­ ce que vous avez eu l’impression de vivre une révolution musicale ?

MF : Non…

MC : D’abord, est ­ce que vous avez écouté ce qui se faisait ? Quand se passent comme ça quatre années, est­ce qu’on a le doute de se dire ‘je vais décrocher, je vais avoir un handicap insurmontable’ ? Parce que c’est un métier qui va très, très vite ­ je parle de la technologie, ne serait ce que ça…

MF : Oui. Oui, oui. Là encore, c’est plus une envie profonde non pas que de changer radicalement, mais simplement puisque j’ai passé un certain temps aux Etats­ Unis, c’est vrai qu’on est enclin à écouter beaucoup plus de musique : si on écoute la radio, on écoute que de la musique américaine en tout cas et qui est essentiellement beaucoup de guitares, et puis aussi dans les mélodies… Donc, en ce sens je ne me suis pas dit, là encore, ‘Pour le prochain album, il va falloir faire attention !’. C’est simplement un désir, tout simplement, que d’aller vers quelque chose de plus ce qu’on appelle live, moins de gimmicks. Je sais pas si j’ai répondu à votre question ! (rires)

MC : Si ! Faire office de référence, comme vous le faites aujourd’hui, est­ce que c’est une forme de reconnaissance éternelle ?

MF : Référence… ?

MC : Vous êtes une entité…

MF : Oh, pardon : moi ?!

MC : Oui ! Est­ce que c’est une forme de reconnaissance ?

MF : Est­ ce que je suis une référence ?!

MC : Quoiqu’il advienne, à partir de ce jour vous resterez quelque chose auquel on pourra s’identifier, auquel on fera référence. Est­ce que cette reconnaissance, vous la percevez ? Et comment vous l’acceptez ?

MF : Je la perçois parfois. Quand je monte sur scène, je crois que c’est le moment où l’on vous applaudit, tout simplement, où on vous dit que vous êtes quelqu’un d’important à ce moment ­là. C’est important au moment où je le fais. Maintenant, vous dire est­ce que ça me rassure ou est­ce que c’est important pour moi : je ne suis pas sûre, là encore, de pouvoir répondre à cette question. Je ne sais pas. (rires) J’aurais plutôt une humeur aujourd’hui de nous somme peu de chose, donc ça va être difficile pour moi que de vous dire ‘Je suis une référence’ ! (rires)

MC : Mais nous sommes peu de chose, je vous le confirme ! Il faut mieux en rire…

MF : J’aime ce que je fais. Je crois que je vais, là encore, faire ou une pirouette ou une réponse plus concise : j’aime profondément ce que je fais. C’est le plus important.

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1996-05-eMC : Bien. De retour dans « Déjeuner de Gala » sur Nostalgie avec Mylène Farmer. Il y a quelque chose que vous aimez et que vous ne faites pas encore, et que vous allez certainement faire parce que vous n’êtes pas être à vous laisser abattre, c’est le cinéma. (Erreur de Michel Cottet, puisqu’à la date de la diffusion, « Giorgino » venait de sortir deux ans auparavant ! nda) Tout ce que vous entreprenez sur scène, sur disque, sur les clips, il y a ­ j’ai l’impression, arrêtez ­moi si je me trompe ­ une approche cinématographique.

MF : Oui…

MC : Votre bonheur total serait aujourd’hui, ou dans quelques années, d’avoir une pile de disques de diamant et puis une pile de bobines de films, quand même, non ?

MF : Là encore, je ne suis pas sûre. Il y a quelques années, j’aurais ­ et je l’ai dit, que de ne pas faire de cinéma, j’en mourrais…

MC : Je voudrais qu’on ferme…Oublions tout ça et voyons devant !

MF : Non, non ! Je le révoque, parce qu’aujourd’hui je crois que je peux m’en passer tout à fait. Ca, c’est pour répondre à la notion de pile et de collection (rires). J’aimerais refaire un film, avoir un rôle qui bien sûr m’intéresse. Maintenant, me projeter dans un avenir de cinéma : pas du tout. Honnêtement, pas du tout.

MC : Mais cette approche ­ j’en finirai avec le cinéma…

MF : Mais j’aime le cinéma, donc voilà pourquoi j’aime l’image.

MC : Voilà, ce qui explique peut ­être votre petite différence ­ enfin, pas votre différence, ce que j’expliquais tout à l’heure : le phénomène musical ­ parce que vous appréhendez les choses avec un autre regard, celui de la caméra, même si on parle de chanson…

MF : Là encore parce que mon goût probablement, oui, pour le cinéma, pour l’image, pour l’évocation. Donc là c’était une rencontre formidable, en tout cas, quand j’ai commencé ce métier, à savoir que le clip était un élément essentiel pour un artiste, et ça a été quelque chose de magique pour moi ­ déjà d’avoir travaillé avec Laurent Boutonnat, qui a fait quand même la plupart de mes clips et qui est quelqu’un de grand talent. Là encore, c’est l’idée de rencontre, que de pouvoir aller voir Abel Ferrara et lui demander de travailler avec lui, Marcus Nispel, autant de gens qui ont beaucoup de talent. Là, c’est plus l’idée ­ on parlait de solitude tout au début­ là c’est l’idée réellement de deux ou de trois, de ne pas être seule justement dans une création.

MC : Vous citez Bergman, Polanski, Annaud ­ je lis, hein ! ­ Sergio Leone, dans le monde du cinéma. Est ­ce que vous avez eu des rencontres fascinantes, au­ delà des œuvres, avec ces gens ou avec d’autres ? Est­ce qu’il y a des gens que vous aimeriez rencontrer ? Vous aussi, certainement, vous êtes titillée par ces…

MF : J’aurais adoré rencontrer Bergman, mais il ne m’a pas attendue ! (rires) Maintenant, là encore, est­ce que j’ai des vœux : non. J’aurais aimé rencontrer Cioran, mais il n’est plus. J’avais très, très envie de rencontrer Abel Ferrara, c’est chose faite.

MC : Vous avez percé un peu le mystère ?

MF : De ce monsieur ? C’est quelqu’un d’assez fascinant, aussi bien dans la destruction que dans l’énergie, mais c’est quelqu’un de fascinant en tout cas.

MC : Donc c’est intéressant, finalement, d’essayer de percer le mystère des gens et de les rencontrer…

MF : Oui, bien sûr ! Bien sûr. Mais là encore, c’est quelqu’un qui se dévoile très, très peu.

MC : C’est d’autant plus passionnant…

MF : Il faut comprendre des choses, accepter d’autres, tolérer parfois, mais c’est quelqu’un de très riche, oui.

MC : « A force d’ignorer la tolérance, nous ne marcherons plus ensemble »…

MF : Oui ! (rires)

Diffusion de « Rêver »

MC : Juste avant ce titre, on parlait justement de chanson, du disque. En parlant de chanson, c’était dans l’album « L’Autre… » : ‘Agnus Dei, moi l’impie je suis saignée aux quatre veines’. A défaut de mépriser la religion, le bouddhisme c’est quand même quelque chose que vous avez cerné avec le livre de Sogyal Rinpoché, auquel vous rendez hommage d’ailleurs sur la dédicace de l’album. (Mylène confirme d’un murmure) Vous avez lu « Le livre tibétain de la vie et de la mort ». Cette philosophie consiste à vivre le moment présent : concrètement, c’est quoi ne pas vivre les moments avant et après qui peuvent redonner le sourire comme ça ?

MF : Ne pas vivre les moments avant ou après ?

MC : Puisque la définition…

MF : Oui, oui. C’est une façon de ne plus se mettre en réel danger ­mais ça c’est une notion dans le fond que je n’aime pas parce que j’aime le danger, j’aime l’inconnu ­ mais en tout cas d’un danger qui n’est pas réellement intéressant, à savoir c’est vrai que le passé peut être un fardeau. L’avenir, l’idée de l’avenir, se projeter dans l’avenir et de se dire ‘Qu’est­ce que je vais faire demain ?’ est quelque chose de terriblement angoissant, donc quand on a à la fois la connaissance qui est celle des autres, puisque vous évoquiez ce livre, cette philosophie est un pansement. Maintenant, il y a des choses que l’on accepte et puis d’autres que l’on rejette, et c’est vrai que l’idée, la notion de vivre son présent est quelque chose de cicatrisant, dans le fond.

MC : Malgré cette référence, je crois savoir que vous n’épousez pas pour autant la cause du bouddhisme…

MF : Non, c’est­ à ­dire que c’est toujours pareil : puisque j’ai évoqué ce livre dans mon album, après c’est toujours difficile parce que si les médias s’en emparent, on va vous dire ‘Donc vous êtes bouddhiste’. Et c’est vrai que moi j’ai quelques nuances, en sachant que je ne le pratique pas tous les jours, je n’ai jamais rencontré le Dalaï­ lama, je n’ai jamais réellement rencontré de bouddhistes mais je m’y suis intéressée et c’est quelque chose, une fois de plus, qui m’a fait beaucoup de bien, que je trouve très sensé et surtout très réparateur. Ce n’est pas une religion, c’est plus une philosophie donc c’est quelque chose de plus tendre.

MC : Je parlais de tolérance tout à l’heure : c’est une de vos valeurs essentielles…

MF : Là encore, j’en ai besoin et c’est vrai que je le réclame chez l’autre. Là encore, c’est un apprentissage, parce qu’on ne devient pas tolérant comme ça, du jour au lendemain : il suffit de quelque chose qui vienne percuter votre esprit, quelque chose de violent par exemple, et j’aurais presque envie de nier tout ce que je viens de dire donc là encore, c’est un chemin qui est long ! Mais c’est vrai que cette notion de tolérance est quelque chose d’indispensable pour l’être humain.

MC : Et quand la tolérance confine presque au pardon, c’est un peu facile quand même, non ?

MF : Pardon ?

MC : Lorsque la tolérance confine au pardon, c’est un peu facile comme attitude : il faut quand même se révolter, se battre, non ?

MF : Oui. Maintenant, l’idée du pardon, là je pense…

MC : Je parle pas du grand pardon ! (rires)

MF : …brutalement à un article que j’ai lu sur ces femmes et hommes qui ont perdu des êtres chers et qui sont allés voir les bourreaux de ces personnes perdues. Là, c’est une idée du pardon qu’on pourrait qualifier de presque insoutenable mais c’est quand même une grande idée, donc j’aime cette idée du pardon.

MC : Un que vous pardonnez, parce que je présume qu’il est toujours numéro un dans votre cœur dans la littérature, c’est Edgar Allan Poe : « Allan » la chanson, oui, c’était ça ?

MF : Oui, bien sûr !

MC : Bon, on ne sait jamais !

MF : Non ! (rires)

MC : Il y a « Le corbeau », avec l’emblème sur… C’est toujours le numéro un dans votre cœur ?

MF : C’est quelqu’un que j’aimerai éternellement, ça oui ! Maintenant, j’ai des lectures un petit peu plus légères en ce moment, qui sont Mary Higgins Clark dont je suis en train de dévorer tous ses livres !

MC : Très en vogue, oui !

MF : C’est plus léger, mais c’est assez passionnant ! C’est bien écrit, en tout cas. (rires)

MC : C’est très en vogue, presque à la mode d’ailleurs…

MF : Oui. C’est plus vulgaire ! (rires)

MC : Ca lave l’esprit ?

MF : C’est une détente en tout cas, oui. (rires)

Pause publicitaire et flash info.

1996-05-fMC : Retour sur Nostalgie dans ce « Déjeuner de gala » avec Mylène Farmer. On parlait de littérature, on parlait d’Edgar Allan Poe et puis de Mary Higgins Clark et de sa soi­ disante légèreté. Parmi les lectures qui sont plus tendues, j’avais noté Henry James et puis Julien Green ­ c’est drôle, on en parle alors qu’il veut être révoqué de l’Académie Française alors qu’il n’en a pas le droit, ce brave homme ­ avec ses angoisses métaphysiques. Est­ ce qu’ailleurs c’est toujours mieux que là où on est ?

MF : Je le pense de moins en moins. Est­ce que c’est le voyage qui vous donne ces… ?

MC : Ha, vous vous éloignez de notre ami Julien, là ! (rires)

MF : Oui ! Là encore, c’est l’idée de projection ou d’anticipation, d’imaginer effectivement que l’autre va vivre mieux, que l’ailleurs est un meilleur. Dans la mesure où j’essaye de vivre des moments présents, ce seront mes moments à moi ­ non pas que je n’envisage pas l’autre, mais je me dis que dans le fond j’ai de la chance de vivre ce que je vis, même si parfois c’est difficile donc de ne pas chercher justement cet ailleurs hypothétique.

MC : J’évoquais Julien Green, philosophe mais aussi photographe avec des autoportraits, des photos de famille (Michel Cottet prononce d’abord ‘des autos de famille’ ce qui provoque un fou rire de Mylène) Le pauvre, il est né au début du siècle, des autos il devait pas tellement en voir !

MF : Changez la question !

MC : Non, non, non je la conserve ! J’aimais beaucoup sa définition d’un cliché parfait ­ je lis les trois points : savoir voir, être rapide et être patient pour réussir donc une photo. Est­ce que ce ne sont pas un procédé qu’on pourrait appliquer à une chanson, finalement, pour sa réussite ?

MF : (elle répète) Savoir voir, être rapide et être patient… Oui ! Oui, ça peut être… (elle s’interrompt, visiblement perdue)

MC : Non, c’est pas grave, c’est pour mes enchaînements comme ça…

MF : Oui, oui, j’entends bien ! (elle éclate de rire)

MC : …on arrive sur la peinture, n’est­ ce pas, vous voyez…

MF : Parce que vous, tout est écrit ; moi, rien ! (rires)

MC : Je suis obligé de prendre des notes ! Donc je voulais faire un parallèle entre la photo, la chanson et la peinture, qui est quand même un art aussi qui, si je ne m’abuse, vous titille…

MF : J’adore la peinture. Je la connais depuis peu, dans le fond. J’ai rencontré certaines personnes qui font partie de ce métier, donc de la peinture, qui m’ont d’une certaine façon éduquée.

MC : Lesquelles ? Enfin, si toutefois ça n’est pas…

MF : Pierre Nahon, que je connais peu mais… Albert Koski (mari de Danièle Thompson. Mylène a assisté a plusieurs vernissages de l’artiste et est une intime du couple, nda) est quelqu’un qui m’a aidée et puis ma foi, après ce sont des expositions, ce sont des livres : j’adore acheter des livres de peinture, j’adore acheter quand je le puis quelques peintures.

MC : Des livres pour essayer de reproduire ou simplement pour la beauté de… ?

MF : Pour une évasion, là encore. C’est aussi intéressant de feuilleter un livre de peinture qu’un roman. J’aime beaucoup Egon Schiele, j’aime Max Ernst, j’aime Klimt…

MC : Je suis largué en peinture, alors là je dis rien, je fais celui qui connaît, mais alors là, non !

MF : Non, non mais… ! Henri Michaux, l’écrivain, qui était également un peintre. Et puis beaucoup d’autres.

MC : Vous aimez la peinture, c’est pas pour autant que vous aimez vous emmêler les pinceaux, hahaha ! (ironique)

MF : (elle pouffe) Je dois répondre ?! (rires)

MC : J’en aurai presque fini avec mes références littéraires ­ enfin celles d’une époque qui n’est pas forcément celle que vous vivez actuellement ­ il y avait notre ami Kafka. J’avais lu un bel article sur Prague, vous dévoiliez la ville de Prague avec beaucoup de bonheur (paru dans le magazine « Femme » en juin 1996, cf. cette référence, nda). C’est parce qu’elle vous rappelle Montréal, de par son climat, de par… ?

MF : Très honnêtement, je ne me souviens pas de Montréal, si ce n’est que j’ai le goût de la neige, donc probablement lié à cette époque. Je n’y suis retourné qu’une fois et extrêmement brièvement donc c’était quelque chose que je qualifierais de pas très agréable (Mylène y est effectivement retournée à l’automne 1988 dans le cadre d’une série photo avec Elsa Trillat. Des années plus tard, lorsque celle­ci évoquera ce voyage pour le Mylène Farmer Magazine, elle parlera également d’une mauvaise ambiance, nda). Donc je ne me souviens pas de Montréal, en somme.

MC : Je ne sais pas si vous vous souvenez de cet article sur Prague que vous avez formidablement bien rédigé…

MF : Non, je ne m’en souviens pas. (l’article a pourtant été publié quelques mois à peine plus tôt, nda)

MC : C’est un art que vous aimez aussi. Il était axé sur les monuments historiques, sur les gens de la littérature etc. Ca vous passionne, ça, l’Histoire des villes ?

MF : Oui. Je suppose que c’est à peu près normal quand on découvre une ville de savoir ce qui s’y est passé, quels étaient les écrivains, qui a hanté qui ou qui a hanté quoi… Oui, là c’est encore un intérêt pour l’autre.

MC : Il y a notre ami le marquis, ça vous aimez bien, aussi…

MF : Le marquis, oui ! Le divin marquis ! (rires)

MC : Le marquis de Sade. Il va bien ?!

MF : Je l’ai délaissé, lui, un petit peu ! (rires) Il trépigne !

MC : Justine (héroïne des écrits du marquis de Sade, nda) va être en colère !

Diffusion de « Comme j’ai mal »

MC : « Comme j’ai mal », c’est bien entendu Mylène Farmer, extrait de l’album « Anamorphosée ». Mylène, notre invitée aujourd’hui sur Nostalgie dans ce « Déjeuner de gala » avec des chansons, avec des livres. Parmi toutes ces lectures, qui une nouvelle fois peuvent changer ou évoluer ­ ceci dit, celles qu’on a évoqué et que vous revendiquez, c’est quand même un monde fantastique et morbide : est ­ce que le suicide peut flirter, être limitrophe de cet univers que représentent les Julien Green, les Cioran etc. ?

MF : Est­ce que je… ?!

MC : Le suicide, la notion de suicide peut être limitrophe de cet univers pessimiste…

MF : Là encore, est­ ce que ce sont des thèmes de prédilection ? Je m’y sens bien…

MC : Pour l’époque où vous vous sentiez bien. Je ne veux pas…

MF : Non, non je m’y sens toujours très bien !

MC : Est ­ce que cette notion de suicide, qui est quand même une limite à franchir ou ne pas franchir après tout, est­ ce qu’elle était présente dans vos lectures ? « Le mythe de Sisyphe » de Camus, est-ce que vous l’avez lu par exemple ?

MF : Non, non. Est­ce que vous faites allusion à moi, est­ce c’est quelque chose qui m’a hantée, ou est­ce que c’est quelque chose qui… ?

MC : Oh non, je n’irais pas jusque là. Non, non. D’une façon générale, quand on est ‘imbibé’ non pas d’alcool ­ bien que vous appréciiez le Bordeaux et je vous en félicite ! ­ mais imbibé de ce genre de lectures, aussi diverses soient­elles…

MF : Oui, ce sont des chemins dangereux. Effectivement, si on s’imbibe et fait une indigestion d’auteurs comme ça, de lectures, ça devient sa vie de tous les jours, sa pensée de tous les jours donc on finit par… A la fois c’est passionnant et pourquoi c’est passionnant ? Parce qu’on ressent ces mêmes choses, donc fatalement se crée un lien entre l’auteur et le lecteur. Maintenant, ça peut être dangereux si on ne s’abreuve que de…

MC : C’est pour ça qu’il y a Mary Higgins Clark !

MF : Oui, peut­être ! Parce qu’il y a toujours ces ingrédients mais il y a toujours une notion d’espoir, j’imagine.

Oui, il faut avoir le recul nécessaire pour ne pas effectivement essayer d’illustrer ce que l’on lit, en tout cas de l’appliquer à sa vie, voilà.

MC : Vous êtes en train de nous avouer quand même professionnellement, à travers vos lectures, une formidable conscience des limites, un recul, une sérénité par rapport à vous ­même…

MF : Oui, je le pense. Parfois, je n’aime pas ça, je n’aime pas cette maîtrise.

MC : Ca empêche une folie, d’être trop maître de soi, d’être trop lucide finalement ?

MF : D’une certaine manière, oui. Et une trop grande lucidité mène à un cynisme parfois, et ça je m’en défends aussi parce qu’être cynique, je crois, c’est pas très intéressant pour sa vie ni pour les autres. Mais là encore, c’est moi qui suis responsable de ça.

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MC : Retour sur Nostalgie dans ce « Déjeuner de gala » avec Mylène Farmer. Un petit clin d’œil à votre nom : ‘Farmer’, c’était un personnage d’un film que Jessica Lange a tourné etc. Enfin bref ! (Incarnée au cinéma en 1982 par Jessica Lange, Frances Farmer est décédée en 1970, nda) Aujourd’hui, si vous deviez choisir un autre nom en référence, ça serait Greta ?

MF : Non ! (rires)

MC : Non ? Ca changerait pas ?

MF : E.T., ça me conviendrait parfaitement ! (rires)

MC : Greta, ça m’arrange : j’étais sur « Cendres de Lune »…

MF : J’ai bien compris, oui ! (rires)

MC : Léo Ferré ­ j’y reviens, vous voyez, chacun les siens ­ c’était la mélancolie, ‘la mélancolie, c’est revoir Garbo’ dans « La reine Christine ». Pour vous c’est quoi, la mélancolie ?

MF : Qu’est ­ce que pour moi la mélancolie… ?! Hmm…

1996-05-gMC : Vous avez autant de temps que vous voulez pour répondre !

MF : Oui, mais plus je vais mettre du temps et plus la réponse sera décevante !

MC : Non, peut ­être que vous n’êtes pas mélancolique, donc c’est un sentiment qui n’évoque rien de spontané, justement…

MF : Je la trouve très souvent dans la musique. Ecouter une musique évoque chez moi une mélancolie. Mais là, précisément, non je n’ai pas de réponse…

MC : Ecouter les Doors, les Eagles, Gainsbourg, Dutronc, ça c’est de la mélancolie, c’était votre…

MF : Oui…

MC : Vous êtes allée voir, par exemple, Dutronc au Casino (de Paris, nda) y a quatre ans ?

MF : Non.

MC : Barbara, aussi, qui a bercé votre…Non ?

MF : Non. Le dernier spectacle que j’ai vu, c’était Alanis Morissette.

MC : Barbara, qui vient de sortir un album (« Barbara », 1996, nda) : ‘Il me revient, il me revient en mémoire, il me revient une histoire, il me revient des images’ ça, c’est pas votre cas, ça, hein…

MF : Qu’il me revienne des images ? J’essaye le moins possible ! (rires)

MC : L’adolescence ne revient jamais. Vous n’aimez pas l’adolescence d’une façon générale : est­ce que c’est parce que vous n’appréciiez pas le manque de personnalité chez l’autre ? Est­ce qu’on peut faire le lien ?

MF : Je n’aime pas l’adolescence. Là encore, je n’ai évoqué que la mienne : c’est un passage que je n’ai pas aimé du tout, du tout.

MC : Peut ­être dans le regard des autres adolescents que vous croisiez à l’époque…

MF : Ca, de toute façon, mais avant tout on ne s’aime pas soi ­même et là pour ça, je crois que je n’avais même pas besoin du regard de l’autre.

MC : Ca vous plaît aujourd’hui d’être presque adulte ?

MF : Je crois que je ne le serai jamais !

MC : J’ai dit ‘presque’, hein !

MF : (rires) Oui, je me préfère aujourd’hui qu’il y a cinq ans, six ans, dix ans, vingt ans. La trentaine est quelque chose de plus doux, pour moi en tout cas.

MC : Ca correspond à ce que vous imaginiez lorsque vous étiez adolescente ?

MF : Non. Là encore, je me suis toujours envisagée ­ c’est plus une détresse qui venait à moi, donc de s’envisager plus grand dans le temps est quelque chose qui n’était pas là encore très doux. Mais j’ai toujours entendu ‘Vous verrez, l’âge de trente ans ou la trentaine pour une femme est bien plus magique que cette période qu’est l’adolescence’ et j’avoue que je puis dire oui, en tout cas me concernant.

MC : Là, c’est à demi magique : vous êtes au milieu de cette décennie exceptionnelle !

Diffusion de « Vertige »

MC : « Vertige », toujours extrait de votre album, Mylène Farmer, « Anamorphosée » ­ je vous parle, puisque vous êtes notre invitée aujourd’hui sur Nostalgie dans ce « Déjeuner de gala » ! On parlait juste avant de votre adolescence. Vous ne répondrez pas si je vais un peu trop loin : vous dites aussi avoir été en manque d’affectif, est ­ce qu’avec le recul vous avez l’impression d’être passée à côté d’une bonne thérapie pour soigner cette blessure ?

MF : Là encore, puisque c’est une inconnue pour moi je ne peux pas répondre, en ce sens que je n’ai pas fait cette démarche. Maintenant, nous sommes tous d’abord des êtres très sensibles mais il y a une hypersensibilité que vous ayez dans le fond ou non cet amour, vous ne le percevez ou en tout cas pas peut­ être à sa juste valeur, ou peut­ être que vous en demandez une surproduction donc en ce sens, vous allez souffrir. Donc je dois faire partie, si je peux me caractériser, de cette catégorie d’êtres hypersensibles, donc difficiles.

MC : « Et Tournoie… » : ‘Ton pire ennemi, tu peux l’expulser de toi’…

MF : Là, ça fait partie, oui, de cette…

MC : Il rôde encore ?

MF : Bien sûr. C’est pour ça : là, je pensais à ça et à l’évocation du bouddhisme et toutes ces choses qui sont très belles et très reposantes mais malgré tout on se lève le matin et on peut toujours avoir cette notion du mal qu’on a en soi, cette capacité à faire la mal, cette négation de soi et toutes ces choses qui font que ça perturbe votre esprit et c’est là où c’est difficile, parce que c’est là où vous décidez, vous êtes réellement maître ou de votre vie ou de votre journée et décidez que non, ça va aller mieux parce que ça vaut le coup.

MC : Ce méchant, il s’appellerait Alice, l’araignée malicieuse ?

MF : Oui, tout à fait ! (rires)

MC : Ca m’amène à la scène : entre le spectacle de 1989 et celui­ ci, qu’est­ ce que vous vouliez absolument ne pas reproduire ?

MF : Trop de tristesse.

MC : Voilà, on sait toujours ce qu’il faut pas faire, on sait pas forcément ce qu’il faut faire, mais voilà, c’est ça…

MF : Oui, j’avais envie de…Mais là encore, ça a commencé par l’écriture de l’album, donc fatalement la scène est différente puisque j’ai suggéré, moi, des choses avant, en tout cas mes changements intimes.

MC : Ceci dit, si je puis me permettre, le spectacle comporte la quasi ­totalité des nouvelles chansons mais dans sa globalité, ça ne représente que 40% et pourtant le spectacle a une tenue, c’est la même.

Il est quand même…

MF : J’ai eu envie d’abord d’évoquer le blanc, avec tout ce que ça peut évoquer pour l’autre, essayer de donner de la joie ; maintenant de la réflexion, bien évidemment, mais l’idée du show en soi : l’idée du show qui est quelque chose de à la fois factice, rapide mais quelque chose de fondé.

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MC : C’est toujours votre « Déjeuner de gala » sur Nostalgie. On est pratiquement en tournée, on parlait de votre disque, c’est la scène actuelle ­ ce soir vous serez à Nîmes. Cet écran géant, c’est votre idée ? C’est pour avoir un spectacle à deux vitesses, ce fameux show que vous venez de décrire et puis également qu’on puisse vraiment lire dans vos yeux ?

MF : D’une certaine manière, oui. Là encore, c’est peut ­être extrêmement narcissique mais c’est pensons aux personnes qui sont tout au fond et qui ne voient que des petites choses sur scène qui bougent, donc j’allais dire je me devais, non je ne me devais pas de le faire mais moi étant spectateur, c’est vrai que j’ai une frustration si je ne vois pas les yeux de la personne. Donc voilà pourquoi cette idée de l’écran géant et parce qu’il y a eu…

MC : Surtout quand ils sont jolis !

MF : (elle rit, un peu gênée) Et puis l’envie aussi de projeter des choses sur cet écran, parce que bien évidemment il n’y a pas que moi, évoquer l’abstraction et là encore, c’était une chose…

MC : Et vos sourires, on dirait ­ c’est peut ­être fait exprès ­ il y a des expressions très agréables qui nous propulsent vers le blanc…

MF : Là, c’est peut­ être la différence alors par exemple avec la première scène et la deuxième : sur la première, je n’aurais jamais pu avoir une caméra qui reproduise justement mon visage en gros plan. Ca, c’est quelque chose qui m’aurait mortifiée parce que peut­ être que je n’étais pas prête pour ça (il est à noter que pour les deux dates à Bercy en 1989, des écrans géants étaient pourtant placés de part et d’autres de la scène, nda) alors que là, c’est quelque chose que je…c’est sans doute ça, le vrai changement : c’est de devancer ça et de dire ‘Voilà, maintenant je vais vous donner aussi mes clignements d’œil, mes larmes, mes joies, mes sourires, mauvais ou bons profils, peu importe : je me livre !’ (rires)

MC : ‘Dieu vomit les tièdes’, ça c’est vous qui l’avez…

MF : C’est dans la Bible ! (rires)

MC : Oui, oui, je vous cite, je l’ai noté et je voulais rebondir là­dessus : vous êtes dure dans le travail ? Vous avez l’œil à tout ? Vous maîtrisez tout ?

MF : Maîtriser, je ne sais pas, mais en tout cas je fais en sorte, oui, de maîtriser le maximum. Dure, probablement ; pénible, à mes heures sans doute, mais maintenant je respecte l’autre, donc je pense que…

MC : Les réactions, lorsqu’il y a un point qui vous agace, elles sont spontanées ou réfléchies pour apporter la solution ou pour essayer d’imposer votre vision des choses ?

MF : Elles sont… Là encore, c’est pas aussi simple que ça. Je m’enflamme très, très vite ! Même si dans le fond, la réponse a été donnée tout de suite, parfois elle est un petit peu trop ­ je ne trouve plus le mot ! ­ démesurée, mais en tout cas elle est instinctive.

Diffusion de « Laisse le Vent Emporter Tout »

MC : « Laisse le Vent Emporter Tout », c’est Mylène Farmer, extrait de votre album « Anamorphosée ». Continuons ce « Déjeuner de gala » sur Nostalgie : on faisait référence tout à l’heure sur l’album aux guitares de Jeff Dahlgren. Est­ce qu’il y a eu d’autres ingrédients comme ça sur l’album et sur la scène que vous vouliez absolument avoir à vos côtés pour perdurer ce nouvel élan ?

MF : Sur la scène, oui : avoir des musiciens qui ont envie de jouer.

MC : Pourquoi ? Le contraire, ça existe ?!

MF : Oui, parce que dans ce métier, ça peut devenir une routine très facilement. On vient en studio, on fait une séance et on s’en va…Qu’il y ait une énergie centrale sur scène, qui sera la mienne puisque je vais être le point central, et à la fois des danseurs et des musiciens, s’il n’y a pas une osmose parfaite, en tout cas un réel désir commun, je crois que c’est quelque chose qui est à moitié gagné. Donc, outre les capacités et les talents de musicien, il y a aussi ce vrai désir de se dire qu’à chaque fois qu’un spectacle est quelque chose d’exceptionnel et qu’il faut tout donner.

MC : Cette osmose, on la ressent tout de suite ? Non, bien entendu, il faut du temps…

MF : Je crois que là encore, c’est plus l’idée de l’instinct qui vient quand on fait le choix des musiciens, et puis après je crois que c’est malgré tout à la fois et un travail et un partage. C’est ­à ­dire, c’est vrai qu’il y a beaucoup de moments, par exemple pendant les répétitions ­ que ce soit avec des danseurs ou avec des musiciens ­ il y a beaucoup de moments après la scène, avant le spectacle, à la cantine… Ca peut paraître ridicule, mais ce sont des moments qui sont importants à chaque fois parce qu’il y a une vraie ou communication, ou communion et que c’est là que se construit réellement ce que les gens vont ressentir sur scène.

MC : A la cantine, comment on se détend ? On parle de blagues ou on continue à peaufiner les détails, ou à se dire ‘Ca, c’était pas bien ; ça, c’était bien’… ?

MF : Il y a toujours ces choses­là qui surviennent, mais en général pour un tel spectacle, parce que c’est quelque chose qui est obligé d’être extrêmement calibré. Après vient le temps de…

MC : Ca doit être parfait avant qu’on l’ait commencé…

MF : Parfait : là encore, je me méfie un petit peu de ces mots en parlant de moi et de ce spectacle, mais en tout cas les choses techniques, par exemple, doivent être extrêmement étudiées, sinon on va à une catastrophe !

MC : Vous vous aimez, parfois ?

1996-05-bMF : (elle soupire, puis rit) Sans doute, oui. Sans doute…

MC : Vous aimeriez être l’amie de Mylène Farmer ?

MF : Posez­moi une autre question ! (rires)

MC : ‘De ce paradoxe je ne suis complice / Souffrez qu’une autre en moi se glisse’, héhé ! Est­ce que l’illogisme serait donc la seule logique possible ? Oh, c’est compliqué !

MF : Je vais avoir mal à la tête, bientôt ! (rire franc)

MC : On a bientôt fini, docteur ! C’est vous : en lisant vos chansons, en les écoutant ça inspire ce genre de…Mon imaginaire a fonctionné, vous voyez ! (Mylène acquiesce d’un murmure) Donc forcément, c’est vrai que vous avez peut­être des difficultés à y répondre. ‘Mais qui est l’autre’ ?!

Diffusion de « Et Tournoie… »

MC : « Et Tournoie… », c’est Mylène Farmer bien entendu, notre invitée aujourd’hui dans ce « Déjeuner de gala ». Je reviens sur la scène : c’est Paco Rabanne qui vous habille ­ vous voyez, j’ai tout noté parce que je peux pas tout me souvenir, moi ! ­ en 1989, c’était Thierry Mugler, qui avait fait aussi le clip de « XXL »…

MF : Oui…

MC : Il y a eu Gaultier sur le clip de « Je t’aime Mélancolie », Alaïa sur le clip de « Que mon Cœur Lâche », non c’est pas ça ?

MF : Oui !

MC : Bref, c’est une vraie collection ! C’est drôle…

MF : Oui, j’aime bien les couturiers !

MC : Vous jouez sur scènes avec ces tenues ? C’est une façon de vous… ?

MF : Oui. Là encore, j’ai travaillé assez longtemps avec l’équipe de Paco Rabanne.

MC : C’est une volonté de changer, comme ça, d’aller de l’un à l’autre qui ont quand même des styles très différents ?

MF : Oui. Encore que sur la première scène, à part deux ou trois tenues, Thierry Mugler n’était pas si en avant que ça : c’est­à­dire qu’il a accepté de prêter son talent mais de respecter aussi mon univers. Je fais allusion à « Tristana », par exemple, qui était des manteaux russes avec des écharpes, des gants : c’est pas très Thierry Mugler ! Maintenant, pour Paco Rabanne, l’idée c’était que ce soit près du corps, que ce soit ce qu’on appelle sexy… (rires)

MC : Et talons hauts, cette fois­ ci !

MF : Et talons qui sont très, très hauts ! (rires) Et Paco Rabanne, là encore ça fait partie des rencontres et des choses qui deviennent presque une évidence une fois que c’est choisi. C’est quelqu’un qui aime le blanc, c’est quelqu’un qui aime l’énergie, qui aime autant de choses qui avaient un rapport avec ce show.

MC : Dans le monde de la mode, dans le monde de la chanson, il y a forcément moult personnes qui essaient de vous approcher, non ? Des projets, vous devez en avoir !

MF : Mais non, pas tant que ça !

MC : Pourquoi ? Vous faites peur ?!

MF : Je ne sais pas ! Mais non, il y a pas tant de…

MC : Restons sur le domaine de la mode : il y a pas beaucoup de personnes au monde qui réclament autant de tenues pour une scène, et surtout des tenues qui sont mises en valeur, qui servent à quelque chose, non pas simplement à dire ‘Vous avez vu ? J’ai une belle tenue !’, donc forcément ça doit attiser les esprits fertiles !

MF : Mais non ! Alors, est­ce que c’est propre à ce pays ? J’en sais rien, mais c’est plus à soi à chaque fois de faire des démarches et d’avoir des désirs et d’aller vers l’autre plus que créer de réelles envies chez l’autre, non…

MC : J’ai juste noté, il y avait Baudelaire aussi, j’ai oublié, avec « L’Horloge », que vous aviez adapté sur l’album « Ainsi Soit Je… » : ‘Trois mille six cents fois par heure, la seconde chuchote : souviens toi’, ça, ça doit vous énerver, ça ! C’est pas vous, ça !

MF : (rires) C’est plus moi, ou j’essaye de ne plus l’être ! (rires)

MC : J’avais noté également, pour essayer d’en finir avec cet album, « Anamorphosée », sur « Mylène s’en fout », c’est la pureté à travers le jade, ce minéral chinois. La pureté, ça pourrait être aussi un mot pour vous définir ?

MF : Oh, là encore c’est un exercice que je ne ferai pas, tenter de me définir, donc je vous laisse ces mots ­là, mais le jade, l’évocation du jade qui évoque effectivement la pureté, l’idée aussi d’un matériau brut, d’un matériau qui n’est pas précieux mais qui devient avec le temps quelque chose de précieux ­ mais là je ne m’évoquais pas moi précisément !

MC : J’espère que ‘c’est sexy’, Nostalgie ! En tout les cas, c’est vrai qu’essayer de découvrir quelqu’un, essayer de percer le mystère, ça peut amener un grand risque : la déception. Je peux vous dire que vous êtes l’exception qui confirme la règle !

 MF : C’est gentil ! Je pensais exactement à ça, à savoir est­ce que je n’ai pas déjà trop parlé ?! (rires)

MC : Je voulais finir en vous paraphrasant : laissons le vent emporter tout, laissons Mylène prendre soin de tout. Voilà !

MF : (rires) C’est gentil à vous, en tout cas ! Merci !

MC : Merci beaucoup.

Publié dans Mylène 1995 - 1996, Mylène en INTERVIEW, Mylène TOUR 1996 | Pas de Commentaires »

MYLÈNE FARMER ­ XXelle

Posté par francesca7 le 4 février 2015

 

5 OCTOBRE 1996 – Entretien avec Geneviève BORNE

1996-11-aMusique Plus (Québec) : 3 juin 1996. Entre deux dates du Tour 96, la chaîne musicale québécoise Musique Plus enregistre un entretien avec Mylène Farmer dans un grand hôtel parisien. Une version plus longue de cette interview incluant davantage d’extraits du spectacle sera diffusée près d’un an après, en septembre 97, lors de la sortie du « Live à Bercy » au Canada.

Geneviève Borne : Bienvenue à cette émission spéciale qui met en vedette Mylène Farmer. Mylène Farmer est une méga star en France. Elle fascine les gens et tout au long de sa carrière, elle s’est entourée de mystère, elle a accordé très peu d’entrevues et ça, c’est une facette d’elle que ses fans apprécient beaucoup. Et malgré l’image très forte qu’elle projette dans ses vidéoclips, c’est une  jeune femme très discrète et très timide que j’ai rencontrée à Paris. J’ai tenté de percer le mystère Mylène Farmer.

On voit alors des images de Mylène assise, prête pour l’interview. Elle porte une large et longue jupe d’un marron doré et un petit top noir recouvert d’une chemise claire transparente.

GB : Mylène, bonjour.

Mylène Farmer : Bonjour.

GB : J’ai beaucoup aimé ton spectacle. Il y avait plusieurs éléments : il y avait un groupe grunge, il y avait des images tirées directement de raves, il y avait des chorégraphies très dance. Ça faisait très années 90 : on prend un peu de tout ce qu’on aime, on mélange tout ça, et puis… Faut savoir bien le faire ! Est­ce que ça a été un grand défi de marier tout ça ?

MF : Non, du tout. Presque naturel. J’ai fait appel à une équipe créative quant aux images et je leur ai demandé, pour ne parler que des images, de l’abstraction pour habiller toutes les chansons. Quant aux chorégraphies, j’en ai fait quelques­unes ; j’ai fait appel également à un chorégraphe français, qui est également sur scène, qui est un des danseurs (Christophe Danchaud, nda), de travailler sur certaines chansons. Et puis, ma foi, tout le reste, c’est…

GB : Alors, tous ces styles­là te plaisent ?

MF : Si tant est que je voulais que ce soit un spectacle qui soit agréable pour les gens, étonnant, et assez complet.

GB : On t’a vue, sur scène, arriver dans une araignée, sur plusieurs des t­shirts vendus au spectacle, il y avait une araignée, tu as écrit aussi une chanson, « Alice », qui parle d’une araignée : qu’est­ce que ça représente l’araignée ?

MF : (rires) Quand j’ai évoqué l’araignée, que j’ai eu envie d’écrire sur cette petite Alice, je pensais à la face, au visage noir de l’artiste, ce que peut ressentir l’artiste, l’autodestruction de l’artiste, donc cette envie de dire à cette araignée de s’effacer, de partir. Voilà. Maintenant, est­ce que tout le monde a compris ça ? C’est pas très, très grave dans le fond. J’avais envie d’évoquer une araignée, donc voilà ! (rires)

GB : J’ai remarqué aussi que tu as changé beaucoup les arrangements de tes chansons : c’est plus rock.

MF : Oui. Il y a plus de guitares, c’est plus ce qu’on appelle ‘live’, moins d’instruments synthétiques.

GB : C’est l’influence de la Californie ou tu commençais déjà avant à aimer le rock davantage ?

MF : Je crois que j’ai toujours aimé les guitares. Maintenant, je pense qu’il faut parfois du temps pour y venir.

Mon passage aux Etats­Unis a dû influencer, inconsciemment en tous cas.

GB : Tu as passé beaucoup de temps à Los Angeles ?

MF : Près d’un an.

GB : Tu avais besoin de partir de Paris ?

MF : Oui.

GB : Pourquoi ?

MF : Des moments, comme ça, dans sa vie où on veut s’échapper d’une normalité, de choses qui sont routinières, donc envie de partir, du voyage.

GB : Tu as pu vivre l’anonymat à Los Angeles ?

MF : Oui.

GB : Ça t’a apporté beaucoup…

MF : Ça apporte toujours : on se restructure, oui, d’une certaine façon parce qu’il y a des passages, comme ça, dans sa vie d’artiste, où on a besoin, oui, d’être isolée, d’être loin de son métier, si je puis dire, de son identité, en tous cas, de chanteuse ou…

GB : Est­ce que ta façon de voir ton métier a changé ?

MF : Non, c’est toujours la même. Je ne me prends pas au sérieux, mais essaie de faire les choses très sérieusement. J’ai toujours la même distance d’avec ce que je fais, malgré tout.

GB : Mais ta façon de voir la vie a changé par contre ?

MF : Elle est plus sereine, peut­être, aujourd’hui, un peu plus tendre.

GB : Tu as dit que tu avais réussi finalement à apprivoiser la mort. Tu étais très hantée par la mort dans le passé. A quel point ?

MF : Au point de se lever tous les matins et d’envisager sa mort, ou la mort du voisin, ou de ses proches.

J’avoue que c’est quelque chose, oui, qui me hante moins, qui m’intéresse toujours autant en revanche.

GB : Tu crois maintenant qu’il y a une vie après la mort ?

MF : Je ne suis pas aussi définitive. J’essaie de l’envisager, en tout cas.

GB : Et ça, ça rassure un peu ?

1996-11-dMF : Ça aide en tous cas à vivre sa vie de… Enfin ces moments présents, oui. (sourire)

GB : Tu as rarement accordé des entrevues. A défaut de parler de toi, tu as fait beaucoup parler de toi. Est­ce que tu l’assumes ? Est­ce que tu l’as toujours assumé ?

MF : Non, je n’aime pas parler de moi, j’ai du mal. J’ai du mal. Maintenant, je sais que c’est important aussi pour… Je crois que je me dois, à un moment donné, dans le fond, de parler de moi puisque les gens s’y intéressent un petit peu, donc j’essaie de me faire violence et de faire un effort. (sourire)

GB : Tu préfèrerais être plus discrète ?

MF : Je le suis, de toute façon mais, là encore, c’est plus par pudeur. J’ai l’impression de dire suffisamment au travers de mes textes.

GB : Dans plusieurs des tes vidéoclips, tu te transportais dans une autre époque. Est­ce que tu as le sentiment que tu aurais aimé vivre à une autre époque ?

MF : Non. Je crois que c’est simplement l’idée du costume et essayer justement d’apprivoiser d’autres époques. Maintenant, une nostalgie d’époques que je n’ai pas connues, non, en aucun cas.

GB : Plusieurs de ces anciens clips­là étaient parfois choquants ou avaient une sexualité explicite, tout ça. Est­ce que, consciemment, tu voulais provoquer ou c’était l’idée du réalisateur ?

MF : Non, parce qu’un texte est un texte, donc le texte c’est moi qui l’écris. Maintenant, c’est vrai que j’ai travaillé avec Laurent Boutonnat sur les clips et nous avons beaucoup parlé sur chaque clip, chaque histoire, ce qu’on avait envie d’exprimer. Quant à l’idée de choquer, non c’est quelque chose qui vient, dans le fond, après. C’est plus le spectateur qui va être ou non choqué. L’idée de provocation…J’aime l’idée du non conformisme par exemple. Maintenant, provoquer pour provoquer n’a aucun intérêt.

GB : Pour vous deux, pour Laurent et toi, une bonne occasion de mettre en valeur vos talents d’actrice et de réalisateur…

MF : Ça, je peux parler pour lui en tous cas. (sourire) C’est un excellent réalisateur. C’est quelqu’un qui aime l’image, qui a une jolie narration. J’aime son travail, en tout cas.

GB : Le premier film que vous avez fait ensemble n’a pas eu l’accueil que vous espériez. Quelle leçon tu as tiré de cette aventure­là, de « Giorgino » ?

MF : De leçons, aucune parce que j’ai toujours envisagé ou l’échec de quelque chose, ou en tous cas son incompréhension, donc une leçon de vie, en aucun cas parce que je crois que j’espère avoir en moi une humilité quant à un travail fait et quant à un résultat envisagé. Maintenant, une déception, certainement oui.

GB : Est­ce que ça t’a pas enlevé l’envie de faire du cinéma quand même ?

MF : Non parce que, là encore, il faut relativiser. Je sais que, essayer de parler d’autre chose que de mon film à moi, il y a tellement de films ou de livres qui sont des livres et des films formidables mais qui ne rencontrent pas leur public. Je pense qu’il y a des moments comme ça qui sont mal programmés.

GB : Est­ce que tu crois au destin ? Est­ce que tu étais prédestinée à faire ce métier­là ?

MF : Je crois à des choses. Est­ce qu’on peut parler de destin, des choses qui vous sont apportées ? Mais après c’est à vous de faire tout le travail, c’est à vous de construire ou de détruire. Donc est­ce que tout est écrit ? En aucun cas, non.

GB : Est­ce que tu as trouvé que la façon de travailler des américains était très différente de celle des français, au moment de faire l’album, au moment de tourner des vidéoclips ?

MF : Je crois qu’ils ont un professionnalisme qui est très étonnant, très performant. Ce sont des gens qui discutent beaucoup avant, qui peuvent discuter après, mais pendant, ils sont là et sont là pour travailler et pour donner le maximum donc ça, c’est peut­être une caractéristique qui est assez étonnante chez eux.

GB : J’aimerais parler de tes plus récents vidéoclips : donc celui pour « XXL », qui a été réalisé par Marcus Nispel, tu te retrouves en figure de proue devant une locomotive. Tu étais réellement sur une locomotive en mouvement ?

MF : Attachée au train, oui.

GB : Ça faisait peur ?

MF : C’est impressionnant, mais surtout sur le dernier plan : c’est un plan très, très large, et là j’étais vraiment seule sur le train, avec des caméras qui étaient très éloignées, et le train prenait réellement de la vitesse. Là, c’est toujours très impressionnant. (rires) Sinon, j’aime bien l’idée du challenge à chaque fois, sinon je m’ennuie.

GB : Et pour « L’instant X », ça a été fait à New York ?

MF : Ça a été fait, je crois, en studio à New York, oui. Et là, j’étais plongée dans un bain de mousse, donc c’était plus statique.

GB : Tu t’es impliquée pour le concept de ces vidéoclips­là ?

MF : Oh oui, toujours. Toujours, oui. Je ne peux pas envisager ni de faire ce métier ni de me propulser quelque part sans en, non pas tirer les ficelles, parce que ce n’est pas une très jolie image, mais en tous cas être partie totalement prenante.

GB : Et pour « California » ?

MF : Là, j’ai eu envie de faire appel à ce réalisateur, Abel Ferrara. J’avais envie de jouer une prostituée et, ma foi, il a répondu oui donc c’est une belle aventure pour moi !

GB : Il y a un flash­back, puis on te voit toi avec les petits cheveux courts comme tu avais à l’époque aussi…

MF : Oui, oui. Non, ce pourrait être la version 90 de Libertine, son évolution ! (rires)

GB : Une autre chose qui m’intrigue, c’est que, dans les entrevues que j’ai lues, tu disais régulièrement que tu te trouvais pas nécessairement jolie, alors que tu es une très jolie fille, que tu ne t’aimais pas beaucoup non plus, souvent. C’est tout un paradoxe : ça doit être difficile d’être constamment sous les projecteurs quand on a ces sentiments­là…

MF : Oui, mais, là encore, je ne vais pas combattre ce paradoxe, il fait partie de moi. Il fait partie de, je crois, de la vie d’un artiste tout simplement. On a ses moments d’ombre, ses moments de lumière. Que de ne pas s’aimer ou totalement s’aimer et que d’avoir envie d’être sous ces dites lumières, je crois que c’est tout à fait envisageable.

GB : Au tout début, au départ, tu voulais être comédienne, au départ. Alors, la chanson, c’était venu un peu par accident. C’est devenu un amour plus important aujourd’hui ?

MF : En tout cas, j’ai eu la chance que d’avoir et Laurent Boutonnat pour le clip et juste l’idée du clip, tout simplement, pour la promotion d’une chanson donc, dans le fond, ça a comblé un vide que j’aurais pu ressentir. Maintenant, un clip n’est pas un long métrage : j’en ai fait un et maintenant, c’est quelque chose que j’aime profondément faire, mais qui n’est plus de l’ordre de l’obsession.

GB : Tu fais des dessins ?

MF : Oui.

GB : Ça fait longtemps ?

MF : Non, j’ai découvert ça réellement sur l’enregistrement de l’album, quand j’étais à Los Angeles, dans des moments ­ des moments quoi d’ailleurs ? Je ne sais pas ! (rires) Où je devais m’ennuyer, j’ai commencé de prendre mon crayon et de dessiner.

GB : Mais est­ce que tu savais que tu pouvais bien dessiner comme ça ?

MF : Non, mais c’est encore très… (rires) Je n’ai pas un grand, grand talent pour ça, mais j’aime bien le faire.

GB : Quand tu regardes l’ancienne image, la Mylène des clips d’avant, est­ce que tu te reconnais encore ? Est­ce que tu t’identifies encore à cette image­là ?

MF : Oui. D’abord, je ne me regarde pas, c’est plus simple ! (rires) Mais, bien sûr, ça a été une parcelle. Il y a des choses qui sont toujours là, qui sont en moi. Maintenant, j’ai changé, et c’est normal. Le temps nous change.

GB : Dans les dernières années, tu as vécu beaucoup de changements : tu as apprivoisé la mort, tu as changé un peu de style musical, de look, tu as vécu dans une autre ville, donc beaucoup, beaucoup de changements. Ce serait quoi le changement que tu aimerais faire encore ? Quelque chose chez toi que tu aimerais changer, ou quelque chose dans ta vie…

MF : Je ne sais pas. Je laisse la vie m’apporter ce genre de choses. Je crois que je suis déjà assez gâtée.

Diffusion d’un micro­trottoir très enthousiaste à la sortie de Bercy.

1996-11-eGB : Est­ce qu’on va avoir la chance de te revoir au Québec ?

MF : Je suppose que je vais y aller, oui.

GB : En spectacle ?

MF : Si je peux amener le spectacle, et tout le spectacle, je viendrai. Maintenant, c’est une structure qui est très, très lourde ­l’écran est géant. Donc l’idée…C’est pour ça qu’en province j’ai fait peu de dates, parce que je voulais amener tout le spectacle que j’ai présenté à Paris Donc, pour le Canada, si on me dit ‘On peut emmener toute la structure, tout le spectacle’, je le ferai, avec plaisir. (ce projet ne se concrétisera malheureusement pas, ni pour les spectacles suivants, nda)

GB : A ton spectacle, samedi soir, tu regardais le visage des gens qui étaient devant toi et tuas dit ‘J’ai les plus beaux visages devant moi’. Moi, je peux pas imaginer qu’est­ce que c’est d’avoir des regards comme ça. Qu’est­ce que tu voyais ?

MF : Des regards. Là encore, c’est des personnes qui vous écoutent et qui vous donnent au travers de leur sourire, de leur regard ou de leur émotion, donc c’est quelque chose. Ça, c’est des cadeaux qui sont très étonnants, très uniques en tout cas.

GB : Tu es heureuse maintenant ?

MF : J’aime ce que je fais. Au jour d’aujourd’hui, j’aime profondément ce que je fais. J’aime le   spectacle que je fais, j’aime la rencontre d’avec le public. Donc oui, au jour d‘aujourd’hui, oui ! (sourire)

Le générique de fin commence aussitôt

 

Publié dans Mylène 1995 - 1996, Mylène en INTERVIEW | Pas de Commentaires »

Mylène Farmer au 20 H PARIS PREMIÈRE

Posté par francesca7 le 3 février 2015

 

30 MAI 1996 – Entretien avec Paul AMAR

Paris Première

1996-05-bComme son nom l’indique, cette émission prend place à 20h, sur Paris Première. Paul Amar y reçoit une personnalité différente chaque soir de la semaine, pour un long entretien en tête à tête. Ce soir­là, c’est Mylène Farmer qui est à l’honneur. Le plateau de cette émission, Porte Maillot à Paris, a pour particularité d’être en vitrine : les gens qui passent dans la rue peuvent donc tout voir. C’est sans doute pour cela que l’interview de Mylène a été enregistrée si tard (vers minuit) mais cela n’a pas empêché une poignée de fans de s’y rendre.

Pendant le générique du début, la chanteuse est filmée dans la rue, seule, en contre plongée. Coiffée d’un chignon, elle porte une toute petite robe bleue et des platform shoes blanches. Souriante, mais visiblement mal à l’aise, elle marche dans la nuit parisienne, tantôt les bras dans le dos, tantôt les bras croisés, mais toujours le regard fuyant, et ce jusqu’au studio de l’émission.

Paul Amar : (off sur ces images) Mylène Farmer apparaît très rarement sur les plateaux télé, elle ne les aime pas. Mais notre bulle de verre ressemble si peu à un plateau télé. (Mylène entre dans les locaux de Paris Première) Elle trouve la télévision de plus en plus anecdotique et inintéressante ;  nous veillerons, elle et moi, à rendre l’entretien le plus dense possible. Elle n’aime pas le soleil :  extérieur nuit, ce sera notre décor d’un soir. (Mylène arrive dans le studio et s’assied, seule, sur un canapé, contre la vitrine derrière laquelle se sont agglutinés plusieurs fans) Elle cultive volontiers le mystère, je le savais et je l’ai vérifié en découvrant le titre de son dernier album « Anamorphosée ». J’ai pris, je l’avoue, le dico pour être bien sûr du sens : ‘Anamorphose : image déformée par un miroir courbe’. Pourquoi Mylène Farmer se veut­elle à ce point déformée ? Pourquoi met­elle un miroir courbe entre elle et nous ? Je ne sais pas. Vous non plus, je suppose. Alors, suivez­moi, je vais me glisser derrière le miroir pour tenter de surprendre la vraie Mylène Farmer. Mais, s’il vous plait, ne le lui dites surtout pas, elle pourrait m’en vouloir.

(Paul Amar entre dans le champ de la caméra et s’installe à côté de Mylène)

Bonsoir Mylène Farmer…

Mylène Farmer : Bonsoir.

PA : Merci d’être avec nous dans cette bulle de Paris Première. (regardant les fans de l’autre côté de la vitre) Vous savez que il y a eu Bruel et vous. Voilà ! Le soir, tard, du monde, comme ça, autour de la bulle. Ils nous entendent !

MF : (tournée vers les fans) Bonsoir ! (rires)

PA : La présence de ce public qui est venu vous voir, donc de vos fans, dans cette émission qui commence, ils vous rassurent, ils vous inhibent, ils vous… ?

MF : (en regardant le fans) Me rassurent. (sourire)

PA : Ils vous rassurent ?

MF : Oui. (large sourire)

PA : Parce qu’ils vous aiment ?

MF : Je le suppose puisqu’ils sont là ! (sourire en les regardant)

PA : Vous aimez être aimée ?

MF : J’aime être aimée, oui !

PA : Alors, il est tard, le soir, vous le voyez de toute façon à la lumière, parce que cette émission sera diffusée jeudi 30 pour la première fois, à 20h, c’est­à­dire vingt­quatre heures avant Bercy et, comme vous êtes en tournée, entre plusieurs villes de province et Paris, on a choisi tard le soir pour enregistrer cette émission. Vous auriez préféré être en direct et en pleine lumière, à 20h, ou cette lumière nuit vous convient davantage ?

MF : Je crois que je préfère la nuit.

PA : Pourquoi ?

MF : C’est plus rassurant pour moi.

PA : Pourquoi ?

MF : Ça fait partie des paradoxes : je peux être dans la lumière et j’aime l’ombre également.

PA : Et vous préfèreriez l’ombre ou la lumière si vous deviez choisir ­ lumière jour, ombre nuit ?

MF : J’aurais les deux réponses : l’ombre et la lumière. (large sourire)

PA : L’ombre et la lumière…

MF : Difficile de faire un choix entre les deux.

PA : A vingt­quatre heures de Bercy, vous vous sentez comment ? Ça va ?

MF : Ça va bien. Le trac, quand même, mais relativement sereine.

PA : Et le trac adouci par le fait que vous aimez la scène. Je veux dire : rencontrer le public sur scène dans…

MF : (le coupant) J’aime profondément ça. Je le fais rarement, mais j’aime ça.

PA : Alors, vous allez chanter évidemment toutes vos chansons qu’on connaît, mais notamment les plus récentes, et celles de cet album que j’ai reçu, Mylène Farmer, que j’ai écouté très attentivement et je l’ai dit, en vous accueillant, j’ai repris le titre, je fais un aveu : je ne connaissais pas ce terme, « Anamorphosée »…

MF : C’est un terme cinématographique, mais j’avoue que, moi, je lui ai trouvé un sens plus poétique, et j’ai mis ‘ée’ à la fin. C’était plus pour évoquer l’idée d’un spectre qui s’est élargi ­ donc ma vision du monde, mes sensations qui se sont élargies ­ et l’idée de ce rassemblement, non pas de la compression, mais d’un rassemblement pour ne faire plus qu’une image et pure.

PA : Ce que vous dites, c’est pas ce que j’ai ressenti parce que quand j’ai vu la traduction de ce texte, je me suis dit, quoi, ça veut dire déformation. C’est un peu comme au Musée Grévin : on se présente devant un miroir courbe et, tout d’un coup, c’est pas nos traits. Alors moi je me suis dit…

MF : (le coupant) J’ai pris le risque.

PA : Vous avez pris le risque ?

MF : Je savais que je pouvais. Oui. (rires)

PA : Mais alors justement, enfin, quand j’ai vu ce mot et quand j’ai cherché le sens, j’ai aussitôt regardé vos photos, celles que vous présentez de vous, et aucun trait de vous n’est déformé ! On va les regarder ensemble. (il feuillette le livret du CD « Anamorphosée » en gros plan) Vous apparaissez telle que vous êtes habituellement. Alors qu’est­ce qui est déformé ? Parce que, d’une façon visible, rien n’est déformé : vos yeux, le corps…

MF : Mais, à nouveau, j’écarte, moi, le sens de la déformation, justement. En aucun cas déformation, non.  Peut­être transformation, mais ce n’est pas non plus ‘métamorphosée’. (rires) Peu importe, d’ailleurs. Je préfère le sens poétique de ce mot.

PA : Transformation, si elle devait exister, de quelle nature ?

MF : Je crois que j’ai un grand changement qui s’est opéré en moi. J’ai voyagé, d’abord.

PA : Oui…

MF : Je me suis échappée de la France pendant près d’un an. J’ai essayé d’oublier mon métier, de m’oublier moi­même d’une certaine façon, et essayé de découvrir des choses différentes, des choses qu’on peut qualifier d’un peu plus normales, la vie de tous les jours en somme.

PA : Vous savez que le contraire ­ vous qui connaissez très bien le sens des mots, et je vous écoute, et vous avez écrit vos textes ­ le contraire de ‘normal’, c’est…?

MF : Anormal. J’aime l’anormalité ! (large sourire)

PA : Ce qui m’a un peu effrayé, je vous le cache pas, vous qui dites là, à l’instant, que vous vouliez retrouver un petit peu la normalité, (en lui montrant la pochette de « Anamorphosée ») c’est quoi ?! C’est la décapitation ?! Y’a pas votre tête !

MF : Je sais. Mais, là encore, j’ai pris le risque parce que je savais que ça pouvait évoquer ça. Moi, je l’ai plus pensé en ce sens : l’esprit qui s’échappe, l’esprit qui va vers le haut, l’esprit qui voyage. Donc c’est ce que moi, j’ai voulu évoquer.

PA : L’esprit a voyagé et le corps a voyagé vers l’Amérique, c’est ça, quand vous avez quitté la France ?

MF : L’Amérique. J’ai choisi l’Amérique. Pourquoi ? Je ne le sais pas bien, dans le fond. C’est peut­être plus facile pour moi que d’aller vers Los Angeles puisque j’y avais déjà rencontré quelques personnes. Maintenant, c’était plus l’idée des étendues vastes, d’une forme de liberté, une certaine solitude parce que Los Angeles est une ville pour solitaires : la rencontre est très difficile malgré tout…

PA : Elle peut être violente parfois ?

MF : Elle peut être violente, troublante, mais j’avoue que j’ai passé, moi, un très, très bon séjour.

PA : Et c’est là­bas que vous avez écrit « California » ou c’est ici ?

MF : C’est là­bas.

PA : Ah c’est là­bas…

MF : Donc, moi, j’ai demandé à la personne qui travaille avec moi, compositeur et producteur, Laurent Boutonnat, de m’y retrouver, et cela au bout, je crois, de cinq mois, et j’ai eu cette envie que d’enregistrer l’album à Los Angeles.

PA : Là on regarde ­ je dis bien on regarde, on écoute évidemment ­ « California », mais on regarde « California », là­bas !

Diffusion d’un large morceau du clip « California »

PA : Le regard est très triste à la fin. C’est la perception que vous avez de Los Angeles, de l’Amérique telle que vous la montrez là ?

MF : Non, parce que là, elle est un petit peu caricaturale, je dirais. On s’est quand même polarisé, ou concentré, sur la prostitution. Los Angeles n’est pas uniquement la prostitution. D’ailleurs, il a été difficile de…

Sur Sunset, il y a souvent justement ­ le quartier cloisonné ­ toutes les prostituées, et là j’avoue qu’elles avaient disparu car elles avaient des problèmes avec cet acteur, enfin tout ce qui s’est passé autour de cette anecdote… (allusion à l’arrestation quelques mois plus tôt de Hugh Grant avec une prostituée, nda)

PA : Hugh Grant, oui. Pourquoi ce choix justement ? Pourquoi ce thème ?

MF : Je ne suis pas sûre d’avoir la réponse, si tant est que j’ai toujours envie de jouer, d’interpréter une prostituée. Et j’avoue que sur « California », c’est spontanément venu. Et donc, j’ai fait appel à Abel Ferrara qui, lui, évoque beaucoup la prostitution dans ses longs métrages.

PA : Quand vous dites dans la chanson : ‘Ma vie s’anamorphose’­ c’est difficile à dire, d’ailleurs ! ­ alors ça veut dire quoi dans ce… ?

MF : Dans cette chanson là ?

PA : Dans cette chanson, oui.

MF : Là encore, j’ai toujours une difficulté quant à l’explication de textes. Parfois, il suffit de prendre des mots et, ma foi, une sonorité peut évoquer certaines choses. Moi, ‘ma vie qui s’anamorphose’, si je peux essayer de trouver un sens à ce mot, c’est plus dans l’idée de ce rétroviseur, et là on en revient plus à l’aspect cinématographique, donc de cette concentration du format cinémascope, etc. Mais j’ai l’impression qu’on ennuie les gens avec ça ! (rires)

PA : Y’a un contraste impressionnant ­ moi, je vous découvre, je connaissais vos chansons, mais je vous découvre ­ entre cette façon dont vous vous exprimez, qu’on retrouve d’ailleurs dans vos textes, et cette image que vous montrez avec ce public toujours patient. (il se retourne et regarde les fans derrière la vitre. Mylène lève les yeux vers eux, un large sourire aux lèvres) Apparemment, ils ne se lassent pas de ce que vous dites, de ce que vous montrez de vous. Cette image très, on va dire les choses, qui est même perturbante pour un homme qui vous interviewe, troublante en tous cas, que vous montrez, très provocatrice, et puis les mots que vous employez, ce que vous dites à l’instant.

Vous en êtes consciente, j’imagine quand même ?! C’est délibéré ?

MF : Délibéré, préméditation, non, je n’en suis pas sûre. C’est juste l’idée et l’envie que d’interpréter des rôles différents. C’est autant de facettes qui font partie d’une personnalité. J’essaie, moi, de les exploiter, de ne pas tricher et de ne m’interdire rien.

PA : Rien ! Mais ça veut dire que dans ce clip, vous êtes dans la fiction ? Vous ne mêlez pas ce que vous ressentez, ou dans le texte d’ailleurs que vous écrivez, ce que vous ressentez, parce que j’ai cru comprendre que, et là j’oublie le clip qu’on vient de voir évidemment, j’ai cru comprendre qu’il y avait une frontière très mince entre ce que vous exprimez et la façon dont vous vivez les choses finalement…

MF : Il y a une frontière très, très mince, dans le fond. C’est vrai que quand moi j’écris les textes, dans le fond je ne pense qu’à moi, qu’à ce que je ressens, ce que j’ai envie d’exprimer. Parfois, ce sont des idées ou violentes ou dérangeantes. Mais, là encore, c’est faire abstraction absolument de l’autocensure. Et c’est une liberté pour l’écriture.

PA : Vous êtes de ce point de vue complètement désinhibée ?

MF : Non ! Parce que ce serait là l’absolue liberté. Je ne le suis pas, mais dans le fond, ce métier m’aide à justement extérioriser tout ce que je n’oserais pas probablement dans la vie de tous les jours, donc c’est une chance que de pouvoir avoir ça.

PA : Ça va ? C’est la première fois que vous participez à une émission aussi longue, une heure ?

MF : Aussi longue, oui ! (rires)

PA : C’est la première fois ?

1996-05-cMF : Oui, je crois, oui. (Mylène a pourtant jusqu’alors participé à plusieurs reprises à des entretiens de toute sorte au moins aussi long, mais peut­être pense­t­elle aux conditions de tournage, dans la continuité, dans les conditions du direct etc.)

PA : Et ça va ?

MF : Ça va bien, oui ! (sourire)

PA : Je ne sais pas qui doit avoir le plus peur de l’autre !

MF : (rires) Je ne sais pas…

PA : On retrouve Mylène Farmer dans quelques instants, après la pub.

Coupure pub

Au retour plateau, Paul Amar et Mylène Farmer se sont déplacés : ils sont désormais face à face sur des petits siègent entourant une table basse. Une télévision reprend l’image de leur tête à tête en second plan. Ils se sont éloignés de la vitrine et on ne voit donc plus le public.

PA : Et on retrouve notre invitée, Mylène Farmer. Je ne sais pas si les téléspectateurs ont vu – il y avait tous ces albums que j’ai présentés, enfin j’ai présenté le plus récent évidemment, de vous ­ mais vous êtes arrivée avec un gros livre que vous gardez ! (rires de Mylène) On a changé de lieu, vous êtes arrivée avec ce gros livre, vous le gardez avec vous. Qu’est­ce que c’est ?!

MF : C’est­à­dire que quand vous avez, que nous avons préparé l’émission…

PA : (la coupant) Attendez, on va le montrer. N’hésitez pas ! Je sais bien qu’il est lourd…

MF : (elle s’avance pour poser le livre sur la petite table devant elle, mais le reprend aussitôt, en regarde la tranche, avant même qu’un cadreur, qu’on voit s’approcher, ait pu le filmer !) Je sais qu’on va évoquer la littérature, et ce livre fait partie de…Est­ce que c’est un livre de chevet ? J’en sais rien, mais en tous cas, c’est un livre que je trouve magnifique et c’est un cadeau. Donc j’avais envie de l’emmener tout simplement ! (elle le pose cette fois sur la table)

PA : L’auteur…?

MF : (penchée en avant, elle le feuillette sur la table) Et c’est Allan Edgar Poe (sic), traduit par Baudelaire. Et c’est un livre très ancien du XIXème siècle et qui a beaucoup d’illustrations, si je les trouve. (elle peine en effet à en trouver une au hasard des pages) Ce sont des anciens dessins…

PA : Et bien je vais le découvrir ! Décidément, vous me faites découvrir beaucoup de choses ! (le journaliste feuillette le livre à son tour) Alors, « Le scarabée d’or » ­je sais que vous aimez les animaux.

« Le chat noir ». Décidément ! C’est complètement au hasard, et rien n’est préparé. Tout est improvisé. (il s’arrête sur une illustration qu’on ne voit pas à l’image) C’est un peu lugubre, non ? Mais c’est de la littérature…

MF : (toujours penchée en avant sur son livre, elle ne l’a pas lâché et scrute ­ inquiète ? ­ son feuilletage par l’animateur) Oui. C’est Edgar Poe !

PA : C’est Edgar Poe ! Vous aimez lire, hein ?

MF : (refermant le livre tandis que, comme le journaliste, elle se redresse dans son siège) J’aime lire. Je ne lis pas suffisamment, mais j’aime ça.

PA : Déjà enfant, adolescente, vous lisiez beaucoup ?

MF : Pas du tout. Au contraire ! Je crois que j’ai eu une rébellion absolue quant à l’école et ce qu’on vous imposait comme lecture, donc je crois que j’ai refusé ça totalement. Jusqu’au jour où, autodidacte, j’ai décidé que j’allais, moi, vers une famille littéraire, et puis après, on fait son chemin tout seul. Et c’était plus agréable comme ça pour moi.

PA : Quand vous écrivez vos textes, vos chansons, vous écrivez comment ? Où ? La nuit, le jour ?

Chaudement habillée, dévêtue ? Seule ? Pas seule ?

MF : La seule réponse que je puis formuler : seule. Maintenant, quant à la tenue vestimentaire, je crois qu’elle m’importe. J’essaie de me souvenir ! (elle cherche) Non, ce peut être la journée, la nuit : peu importe.

PA : Le lieu, peu importe ?

MF : Le lieu, non, peu importe.

PA : Peu importe ? (Mylène confirme) Ça peut être chez vous. C’est à Paris, c’est à la campagne, c’est au bord de la mer, peu importe ?

MF : Ça dépend. Pour cet album, par exemple, c’était à Los Angeles, dans une maison qui était louée, qui avait un petit studio à l’étage inférieur. Et c’était…non, pas dans ma chambre. Dans une autre chambre.

PA : Ah, les douze chansons de cet album, vous les avez écrites là­bas ?

MF : Oui.

PA : En ville même ? Dans la ville ?

MF : Oui. J’avoue que je crois ne pas avoir besoin d’un lieu justement précis. J’arrive à m’isoler, et reformer cette bulle dont on a besoin pour écrire, dans n’importe quel lieu.

PA : On a vu la ville, en tous cas telle que vous, vous l’observez, vous la ressentez, dans « California ». On va voir une autre sorte de ville, fin de monde, fin de siècle : « L’Instant X ».

Diffusion d’une partie du clip de « L’Instant X »

PA : Alors tout est blanc, mais c’est pas un blanc immaculé. Là vous annoncez des choses terrifiantes, non ?

MF : (rires) Non, j’ai voulu retracer la vie, non pas la vie, mais une journée, que l’on peut avoir, où tout va mal.  Tout va mal. C’est une concentration d’évènements, dès qu’on se lève, et tout va mal, à nouveau, et on attend ce moment : souvent il se passe ça dans une journée ou dans un mois, où à la fois toutes les choses viennent se concentrer, se former un peu comme un puzzle, et c’est le moment où tout rejaillit, et cette fois vers le haut, et non pas vers le bas. (rires)

PA : Ce jour­là, vous alliez bien ou mal ? C’était un jeu de votre part ou vous étiez dans une humeur plutôt maussade ?

MF : Très sincèrement, je ne m’en souviens pas, mais… Je ne sais pas.

PA : Et cette fin de siècle que vous nous annoncez, vous en pensez quoi, vous ? Vous y croyez au messie ­ parce que vous parlez du messie ? L’instant X, c’est quand le messie arrivera ?

MF : Pas précisément. Je crois… Je crois à quoi ? Une forme de spiritualité, je crois qui est indispensable pour tout le monde. Maintenant, être une religion particulière, non, j’avoue que j’ai du mal à le nommer.

PA : Spiritualité, vous la voyez quoi ? dans le regard de l’Homme, ou là­haut, une force invisible, supérieure ?

MF : Parfois, j’aime l’idée de la force invisible, et je préfère trouver une force et une générosité ici, et de personne à personne. C’est plus important.

PA : C’est quoi le Styx ?

MF : Le Styx, c’est ce lac qui est dans l’enfer. (sourire)

PA : Ah ! Et vous dites ça avec un sourire désarmant ! (rires de Mylène) Vous le connaissez ce lac ?

MF : Je l’ai évoqué souvent en tous cas. J’aime beaucoup ce mot. J’aime bien jouer avec les mots.

PA : Et vous l’imaginez comment, ce lac ?

MF : Très noir.

PA : Et l’Enfer ?

MF : Une idée de l’Homme, dans le fond…

PA : Noir aussi ?

MF : Oui. Trop lourd. Trop lourd, cette idée.

PA: C’est simplement un jeu auquel vous vous livrez ou, au fond de vous, vous avez cette vision assez pessimiste ou de l’homme, ou de l’humanité. Est­ce qu’on se rapproche, quand je vous entends parler et vous entends penser à voix haute, plutôt de la littérature, ou est­ce que vraiment, au fond de vous­mêmes, vous exprimez ce que vous pensez ?

MF : Je crois avoir… Je ne sais pas si vous faites allusion à pourquoi un public a pu me suivre tout au long de ces années quand, moi­même, j’ai évoqué des thèmes un peu plus difficiles, un peu plus désenchantés, parce que moi­même je l’étais profondément, oui. Maintenant, il s’opère dans la vie, à nouveau, des changements, qu’on le veuille ou non, et il y a des personnes qui ne changent pas. Moi, j’ai eu cette chance que de rencontrer… C’est toujours, là encore, difficile ou la justification ou d’essayer de trouver des mots. Vous dire que j’ai trouvé la lumière serait un petit peu fort, mais j’ai une rencontre, en tous cas, d’avec un livre qui a été important dans ma vie…

PA : Lequel ?

MF : …qui est « Le livre tibétain de la vie et de la mort » qui parle de l’idée de l’impermanence, vivre le moment présent. Et ça, ça a été quelque chose d’extrêmement fort pour moi. Cette idée que de ne pas appréhender la mort. Enfin, autant de choses. Là, je vous donne tout en vrac, c’est un peu confus ! (sourire) PA : Non, non, non, non, je vous suis parfaitement ! Vous étiez…

MF : (le coupant) Tout ça pour essayer d’évoquer ce changement.

PA : Oui, parce que vous étiez hantée par l’idée de la mort, par cette notion de mort…

MF : (le coupant) J’étais profondément hantée, c’est­à­dire qu’il n’y avait pas un jour sans que je pense à cette mort.

PA : La mort de l’autre ou… ?

MF : Ou la mort de l’autre ou ma propre mort, le vieillissement, enfin toutes ces choses qui font que vous vivez mal, dans le fond. Et c’est, dans le fond aussi, le refus de vivre (silence et sourire).

PA : Tout au long de l’émission, j’ai le sentiment, parce que là vraiment je vous découvre et j’ai vraiment l’impression qu’il se passe quelque chose de nouveau, puisque vous l’affirmez, et alors il y aurait un décalage, c’est rigolo, si j’ose dire, mais ça doit l’être, entre les sujets qu’on a prévus…

MF : C’est vrai ?!

PA : Hé bien oui, qui sont le reflet de tout ce que vous avez offert, jusqu’à présent, à votre public, et les nouveaux mots que vous prononcez, c’est­à­dire les sentiments que vous exprimez. Alors, ça fait rien, allons jusqu’au bout ! Après tout, vous choisissez difficilement entre l’ombre et la lumière. On va continuer avec ce décalage.

MF : Bien sûr, oui.

PA : Alors, on va voir un extrait de film, « Giorgino » où là vous aviez un rôle difficile, très difficile…

MF : Oui.

PA : On regarde.

Diffusion d’un extrait en version originale de la scène où Catherine est piégée sur un lac gelé.

PA : Dans ce film de Laurent Boutonnat, vous jouez le rôle ­ c’est Catherine, c’est ça ? (Mylène confirme) ­ d’une jeune fille qui a du mal à sortir de sa propre enfance, à la limite de l’autisme. Est­ce que vous rejoueriez ce rôle aujourd’hui ?

MF : Oui !

PA : Il vous a plu ?

MF : Oui, beaucoup. Beaucoup.

PA : (en pointant les fans devant lui) Voilà, le public est encore là ! Vos chansons et vos albums, énormes succès, avec Céline Dion, enfin vous vendez par centaines de milliers et ce film n’a pas rencontré le succès auprès du public. A votre avis, pourquoi ?

MF : Le fameux instant X n’est pas venu ! (rires)

PA : C’est quoi, c’est comme une alchimie qu’on attend, qui se produit ou pas ?

MF : Je crois. Je ne suis pas sûre que ça remette en question ni la qualité du film, ni d’un album, ni d’un artiste.

Là, j’essaie de faire abstraction de moi, de ma présence dans le film, mais tout simplement, je continuerai de défendre ce film, je continuerai d’aimer ce film. Maintenant, je crois qu’il n’a pas trouvé la rencontre, qu’il n’a pas eu cette rencontre d’avec le public. Est­ce que c’était un mauvais moment pour le film ? Est­ce que c’était trop noir pour le public ? Je crois qu’on n’aura de toute façon jamais la réponse, donc… Ma foi, ‘accepter’ cet échec. Mais pour moi, ce n’en est pas un, donc je le vis bien dans le fond.

PA : On voit que vous aimez l’image, on le voit dans vos clips qui sont de petits scénarii, parfois courts, parfois brefs, parfois plus longs ­ dix à douze minutes. Vous aimez l’image au point de faire un long métrage. Vous allez continuer ?

MF : Là encore, je n’ai pas la réponse. Je crois que j’aimerais, oui, faire un autre long métrage. J’aime jouer, j’aime interpréter des rôles.

1996-05-fPA : On va sortir de cet univers un peu glauque, un peu difficile pour entrer dans un autre, beaucoup plus éclairé, là ­ on passe de l’ombre à la lumière ­ dans un univers que vous aimez qui est celui du cheval, et vous allez découvrir un homme que vous connaissez, et que Laure Fortin a rencontré.

Diffusion d’un sujet sur Mario Luraschi, qui avait réglé les cascades sur le clip « Pourvu qu’elles soient Douces ». Il en parle ici ainsi que de sa rencontre avec Mylène.

Mario Luraschi : (…) Pour Mylène Farmer, j’ai eu le grand plaisir de faire son clip. Effectivement, c’était exactement dans les mêmes conditions qu’un vrai film, d’ailleurs on a tourné plus de huit jours. Elle était venue s’entraîner un tout petit peu, pas beaucoup parce qu’elle a pas besoin de s’entraîner ; elle monte quand même très bien. Et on s’est, en plus, super bien marrés ! On a réglé toutes les cascades, aussi bien les grandes galopades, où elle retrouve le bel officier, que la partie grande bagarre où on s’est le plus marrés d’ailleurs !

(…)

PA : Vous n’étiez pas doublée, là, dans le film ?

MF : Non.

PA : C’est vous qui montez ?

MF : Oui, oui.

PA : Vous aimez le cheval…

MF : J’adore ça, oui. Je crois que j’en ai un petit peu peur aujourd’hui, bizarrement.

PA : Pardon ?

MF : Je dis que je crois que j’en ai un petit peu peur, peur de monter à cheval.

PA : Maintenant ?

MF : Oui.

PA : Pourquoi ?

MF : Parce que je le fais de moins en moins. Donc l’acrobatie…peut­être avec l’âge ! (rires) Mais, en tous cas, la rencontre d’avec Mario a été vraiment, je ne sais pas si c’est importante, mais extrêmement agréable. Et c’est quelqu’un d’abord de très doux, très sensuel sur un cheval, et très, très talentueux. Très généreux aussi.

PA : Vous aimez les animaux ?

MF : J’adore les animaux.

PA : On m’a dit que vous aviez un singe. Chez vous ?

MF : Oui.

PA : Il s’appelle comment ?

MF : E .T. C’est un capucin.

PA : C’est­à­dire, un capucin ? C’est quelle… ?

MF : C’est un singe d’Amérique du Sud.

PA : Et il vit avec vous ? (Mylène confirme) Et la communication, ça se passe comment entre vous ?

MF : Très, très bien ! (sourire)

PA : C’est­à­dire ?

MF : Nous pouvons converser, jouer. Des moments de tendresse. Autant de choses qui…

PA : (la coupant) Il peut y avoir une vraie communication entre l’humain et l’animal ?

MF : Bien sûr ! Bien sûr, et précisément le singe.

PA : Qui se passe de mots…

MF : Je crois qu’elle aime bien les mots. Elle aime les intonations, mais ça, comme tous les animaux. Mais c’est quelqu’un de très, très intuitif.

PA : Mylène Farmer reste avec nous jusqu’à la fin de l’heure, jusqu’à 21h. Pub.

Coupure pub

Au retour plateau, Paul Amar et Mylène Farmer ont à nouveau changé de place : ils sont désormais assis sur de hautes chaises de bar autour d’une table. Mylène a un verre de jus d’orange devant elle auquel elle ne touchera pas ! On voit à nouveau le public derrière la vitrine.

PA : Mylène Farmer est toujours avec nous, à quelques heures à peine, elle nous fait la gentillesse de venir dans cette bulle, à quelques heures à peine de Bercy. Vous vous préparez comment ? Vous allez dormir ? Vous allez vous reposer ou pas?

MF : J’ai peu le temps de me reposer, mais je fais beaucoup de sport. J’essaie de continuer avant les concerts, donc c’est de l’entraînement, avec Hervé Lewis qui est un très, très bon entraîneur et un ami également. C’est de la musculation et beaucoup d’endurance, donc de la course. Et en fait, je suis tout, tout près de chez vous quand je viens faire du sport !

PA : Au gymnase à côté­là ?!

MF : Je ne sais pas ! (rire gêné)

PA : Bon, on ne va pas ­ ah ben, c’est vrai qu’il y a le public qui écoute ! Ils pourraient encore vous suivre jusque là !

MF : Non, je plaisante !

PA : Quand vous allez entrer dans la salle, et que vous allez voir cette foule immense, qu’est­ce qui se passe dans votre tête ou dans votre cœur ? Est­ce qu’il bat plus fort ?

MF : Il bat plus fort. Le trac, en général, c’est avant, avant d’entrer en scène. C’est quand on commence à trop penser, trop réfléchir et une fois que ou que l’on monte sur scène, ou en dessous de scène, ou dessus de scène ­tout dépend de l’apparition­ là, j’avoue que s’opère un total changement : on est totalement dans le spectacle. Et, enfin, l’analyse et la réflexion se dissipent.

PA : C’est ça, et là vous vous donnez à la foule, quoi, vous donnez votre talent. Un aperçu de ce concert, vous étiez il y a quelques jours à Toulon pour chanter : on regarde, on écoute, avant d’en parler.

Extraits de « Alice », « Je t’aime mélancolie », « California » et « Désenchantée » filmés lors de la première représentation du Tour 96, à Toulon.

PA : Avant de parler spectacle, et c’est l’objet de toute notre émission, je voudrais une petite parenthèse qui sera brève : le fait d’aller chanter à Toulon ne vous a pas posé de problème, vous avez réfléchi, vous avez hésité ?

MF : Non. Non. Je sais quels sont les problèmes à Toulon. (la ville vient de passer aux mains du Front National lors des récentes élections municipales et de nombreux artistes y annulent leur passage, nda)

Maintenant, ma vie est celle du spectacle donc pourquoi refuser que d’aller dans cette ville ? Tous les gens n’ont pas choisi, une fois de plus, ce qu’il s’est passé et ce qu’il s’y passe. Non, j’y ai pensé, bien évidemment.

Maintenant, j’ai décidé d’y aller et le Zénith de Toulon est une très, très belle salle. Et le public était magnifique !

PA : Et des gens de la municipalité ne vous ont pas agressée, vous ont laissé faire ? Il y a pas eu de problème de ce point de vue ?

MF : Pas du tout. Aucun problème. Aucun.

PA : Allez, on ferme parce qu’on ne va pas parler de ça longtemps : ce n’est pas une émission politique, et puis on ne va pas la polluer. Je vais revenir au spectacle. Vous avez des tenues extravagantes, comme ce soir aussi !

MF : (rires) C’est Paco Rabane qui a fait les habits et là, j’avoue que c’était encore un très, très bon moment, en tous cas toute l’élaboration justement des costumes, les idées. Là encore, j’ai de la chance.

PA : J’imagine qu’on vous a déjà posé la question, mais bon, inévitablement, on y pense en vous regardant sur scène : Madonna. On vous a déjà posé la question ?

MF : Mais pourquoi ‘inévitablement’ ? Est­ce que c’est un défaut journalistique ou est­ce que c’est une vraie envie que de me comparer à Madonna ? Je vais vous retourner la question ! (rires)

PA : C’est bien, j’aime bien ça ! C’est une vraie perception : cette façon que vous avez de bouger sur scène, d’être désinhibée, vous l’avez dit tout à l’heure, de mêler à la fois la danse, le chant, la chanson, mais aussi vos textes, comme une provocation comme ça lancée à l’homme. Donc, inévitablement, la comparaison se fait.

MF : Alors la comparaison ne me dérange pas. (sourire) Et, une fois de plus, je trouve qu’elle a beaucoup de talent donc, dans le fond, peu m’importe.

PA : Peu vous importe.

MF : Peu m’importe.

PA : Vous la prenez pour flatteuse, pour dégradante, pour… ?

MF : Comme je l’ai dit : flatteuse. Flatteuse. C’est quelqu’un de grand talent : qu’on épouse ou non ses revendications, ses excès, c’est malgré tout quelqu’un de grand talent, et elle l’a assez prouvé parce qu’elle dure, perdure, donc ce ne peut être, dans le fond, qu’un compliment, en tous cas sur, j’oserais dire, la longévité en tous cas.

PA : J’imagine qu’un journaliste américain pourrait dire un jour à Madonna ‘Tiens, vous me faites penser à Mylène Farmer’ !

MF : Je ne sais pas ! (rires)

PA : (se retournant pour regarder les fans derrière la vitre) Le public est toujours là et il nous écoute toujours. Moi, je n’en reviens pas ! Vous savez quelle heure il est ? Je le dis aux téléspectateurs : chez vous, il est, quoi, 20h20 pour la diffusion, là, ici, pendant l’enregistrement, il est plus de 0h20. Ils sont venus au tout début, et ils sont encore là ! Ils sont même organisés : ça existe, vous avez un club de fans qui existe et que Lionel Boisseau a retrouvé. Il a rencontré deux de ses adhérents qui parlent de vous, et de quelle manière !

Diffusion d’un sujet sur Olivier et Wilfried, les deux fans qui s’occupent alors du Mylène Farmer Fanzine, créé en 1992. Comme le dit le reportage, ce fanzine s’apprête à devenir le Mylène Farmer Magazine (quelques mois plus tard, en septembre 1996). Intégralement consacré à la star, il continuera d’exister jusqu’en 2004.

PA : Il est là, Wilfried. Il est là ! (gros plan sur le jeune fan en question, derrière la vitre, qui fait un petit coucou à Mylène) Il est venu. Vous le connaissez ? Vous l’avez déjà rencontré ce garçon ?

MF : Probablement. Je ne sais pas. (Mylène regarde fixement le fan avec un grand sourire)

PA : Je ne sais pas, on peut continuer l’interview, oui ? Puisqu’ils écoutent… Il y a comme un lien entre vous et eux, j’ai presque envie de m’effacer si je pouvais !

MF : (rire gêné) Je vous en prie !

PA : Pourquoi vous aiment­ils ?

MF : Je ne sais pas. Je crois qu’il ne faut pas me poser cette question ! Je n’en ai pas la réponse. Je crois que je ne le sais pas.

PA : Le fait que des photos de vous soient comme ça épinglées sur les murs, sur leurs murs, qu’ils s’endorment avec, qu’ils se réveillent avec, ça génère quels sentiments chez vous, quelles sensations d’être présente comme ça dans une telle intimité finalement, de garçons ou de filles ?

MF : Oui… J’ai presque envie de dire c’est ce pour quoi je fais ce métier, sans penser à effectivement le poster contre le mur, mais en tous cas cette idée que d’être aimée, et que d’être choyée. Donc je ne vais pas me révolter contre le fait que quelqu’un veuille épingler ce fameux poster contre le mur !

PA : Ah non, ce n’était pas un reproche !

MF : Non, non, non ! (sourire) Vous voyez, je suis sur la défensive parce que c’est un sujet qui est extrêmement, dans le fond, délicat pour moi. Pourquoi m’aime­t­on ? Je ne sais pas. Mais, je l’accepte en tous cas.

PA : Est­ce qu’ils aiment ce mystère que vous avez entretenu, que vous entretenez ?

MF : C’est ce qu’ils disaient, en tous cas. Là encore, le mystère, c’est aussi une absence de justifications, que je continuerai probablement de faire, même si là j’ai décidé de parler un peu plus longuement. (sourire) Parce que, une fois de plus, je crois que la justification fait du mal, et me fait du mal à moi­même : trouver les mots justes, c’est très difficile.

PA : Non. Non, non. Vous l’avez fait tout au long de l’émission. Ils aiment peut­être aussi, en tous cas pour certains d’entre eux, garçons ou filles, cette ambiguïté que vous avez cultivée jusqu’à présent…

MF : Probablement.

PA : « Sans contrefaçon ».

Diffusion d’une partie du clip de « Sans contrefaçon »

PA : (le clip est coupé au moment où Mylène et Zouc jouent ensemble, assises face à face) Cette scène est très touchante parce qu’on a parlé une première fois de Zouc quand Denisot était là, parce qu’on avait présenté une interview qu’il avait faite d’elle, il y avait un long silence d’ailleurs, assez étrange entre les deux, et on avait demandé des nouvelles qu’on n’avait pas eues. Là, on revoit Zouc avec vous. Vous avez des nouvelles ?

MF : Non. J’avoue que non.

PA : Elle a disparu comme ça…

MF : Oui. C’est quelqu’un de grand, grand talent.

PA : Oui, oui, et c’est curieux parce qu’un assez grand talent pour survivre aux difficultés de votre métier, parfois, mais bon il y a comme un retrait.

MF : Elle avait en tous cas ­ elle a toujours probablement ­ une grande, grande fêlure en elle, mais c’est une femme très, très troublante en tous cas. Sur le tournage, je me souviens des… Troublante ! (sourire)

PA : Quand vous dites fêlure, c’est curieux parce que c’est un mot auquel j’ai pensé en préparant cette interview, de vous et pour vous. C’est un mot que vous employez volontiers vous­même quand vous évoquez vos propres sentiments ou votre propre vie ?

MF : Je crois que j’ai une fêlure en moi, très certainement. C’est peut­être ce qui, dans le fond, me relie à ces personnes que vous évoquiez, qu’on appelle les fans, et qui ont ça en eux également. Ce peut être un mal de vivre, ce peut être des choses qu’on ne comprend pas bien, ou des manques profonds.

PA : Mal de vivre ?

MF : Le mal de vivre, oui, c’est quelque chose que j’ai évoqué. Est­ce que je l’évoquerai à nouveau ?

Probablement pour l’autre, plus que pour moi. Moi, je crois avoir eu des réponses dans ma vie. Ça a été parcouru de difficultés, de joies également, et je crois que je fais définitivement partie de ces privilégiés. Quand je pense à ‘privilégiés’, je pense souvent à des enfants, par exemple des enfants dans les hôpitaux que je vais voir de temps en temps…

PA : Oui, je sais…

MF : … et à chaque fois que j’ai envie de me plaindre, par exemple, je pense immédiatement à ces enfants, par exemple, et je me dis ‘Bon sang, la vie est courte. Eux ont une vraie, vraie souffrance.’ Elle n’est peut­être pas métaphysique, mais c’est une souffrance qui est profonde et qui est pour, peut­être, leur vie entière et, dans le fond, je ne m’autorise pas à être plus triste que ça, ou plus désarmée que ça. Ce qui n’empêche pas la fêlure, mais qui vous donne envie de vous battre un peu plus vivement en tous cas.

PA : J’ai re­regardé certains de vos albums. Je vous avoue que j’ai cherché désespérément ­ je vais les montrer quand même ­ un sourire. (Il montre la pochette de « Cendres de lune » à la caméra) Alors, celui­ci, il n’y est pas ! (il tient désormais à la main « Anamorphosée ») Le récent, il n’y est pas. « Ainsi soit je… », qui a beaucoup marché, il n’y est pas. « L’autre… », il n’y est pas. Je pensais que vous n’alliez pas sourire pendant cette émission, et vous n’avez cessé de sourire, souvent en tous cas !

Alors, est­ce que ça veut dire que… (il regarde à nouveau la pochette de « L’autre… ») Cet oiseau noir, comme ça, terrible, « L’autre… ». Est­ce que le prochain album, ce sera une Mylène Farmer très souriante ?

MF : Je ne sais pas. Je ne peux même pas envisager le prochain album, donc vous n’aurez pas la réponse.

Quant au sourire, c’est dans le fond assez spontané : vous êtes quelqu’un de charmant, donc j’ai envie de sourire ! (large sourire)

PA : Et vous souriez aussi aux téléspectateurs…

MF : Ça m’arrive aussi ! (rires)

PA : …peut­être à travers moi.

MF : Peut­être !

PA : Cette évolution dont vous parlez comme ça est…

MF : (le coupant) Probablement. Le sourire l’accompagne, en tous cas, oui.

PA : « XXL ». C’est aussi dans le récent album.

Diffusion d’une brève partie du clip « XXL »

Retour plateau avec un gros plan sur un t­shirt porté par une fan derrière la vitre.

PA : Ah ! Il y a même le t­shirt ! (rires) Ça, c’est plutôt début de siècle, ce tournage ? Vous avez fait comment avec cette locomotive ?

MF : C’était un tournage qui a été effectué à Los Angeles, à Fillmore, qui est une concentration d’orangeraies, et il y a beaucoup de trains, des trains anciens. C’est un vrai train, de 1906 je crois et j’étais câblée devant la locomotive et elle roulait vraiment.

PA : Ah, c’est pas un trucage électronique ?! On vous a collée à cette locomotive ? (Mylène confirme)

Vous n’aviez pas peur ?

MF : Non, non. A la fin, oui : le dernier plan, qui est le plan large, où je me suis retrouvée réellement toute seule en face de cette locomotive, avec des loumas qui étaient très, très éloignées…

1996-05-gPA : Loumas, des caméras qui survolent…

MF : …et là, le train prenait vraiment de la vitesse, et tout d’un coup, on se pose quelques questions ! (sourire)

PA : Ah, mais pour le coup justement, on oublie les angoisses métaphysiques, existentielles, mal de vivre… !

MF : Certes ! (rires)

PA : On est dans l’action, finalement comme sur scène.

MF : Oui. On est dans le moment présent.

PA : J’ai oublié de vous demander tout à l’heure, parce que j’ai observé que vous êtes née au Canada, vous avez quitté le Canada à l’âge de neuf ans (Mylène confirme) : vous êtes Canadienne venue en France à l’âge de neuf ans, ou vous êtes Française née au Canada ?

MF : J’ai les deux nationalités. Donc, selon l’humeur, je suis Canadienne ou Française ! (sourire)

PA : Vous êtes née à Montréal ?

MF : Oui.

PA : On a reçu avant­hier, oui c’est ça avant­hier, Charlebois, mais vous n’avez pas le même accent.

MF : Non. Je l’ai perdu très, très vite !

PA : Ah vous l’aviez ?!

MF : Un petit peu, je pense, oui.

PA : Et vous avez cette nostalgie des immensités ? On retrouve souvent ces immensités, ou même la neige, le blanc dans vos clips. Vous l’avez ?

MF : Nostalgie, je ne sais pas. Mais, en tous cas, j’ai un amour profond pour ce blanc immaculé, la neige, le froid. Et j’ai appris à aimer le soleil.

PA : Ah ! Ça aussi, c’est nouveau ! Ça aussi c’est nouveau, parce que dans tout ce que j’ai lu de vous, sur vous…

MF : (le coupant) Oui. J’ai toujours évoqué le froid, c’est vrai, mais…

PA : On est à quelques jours de l’été, c’est parfait, et à quelques heures de Bercy : donc vous allez chanter vendredi soir à Bercy, puis un peu partout en France, et puis en Europe, notamment à Bruxelles, Toulouse, Marseille, Lyon, Genève, donc forte longue tournée…et

Alexandre Pachoutinsky, chef d’édition, me dit dans l’oreille ‘C’est fini’. L’émission est terminée !

MF : C’est fini !

PA : Oui. Ça va ? Ca s’est bien passé ?

MF : Très bien ! Merci à vous, en tous cas.

PA : Donc la première fois que vous participez à une émission d’une heure ?

MF : Oui. La dernière ! (le journaliste, très surpris, reste sans voix) Mais c’était un bon moment ! (moins de six mois plus tard, Mylène se prêtera pourtant à un entretien radio encore plus long que cette émission et cela se produira encore ponctuellement les années suivantes, nda)

PA : Merci beaucoup, Mylène Farmer, et bon Bercy !

1996-05-hMF : Merci beaucoup.

La musique du générique commence, mais le micro de l’animateur reste allumé assez longtemps pour qu’on l’entende indiquer à la chanteuse qu’ils doivent restés assis, ce que Mylène fait sans sourciller. On les voit même discuter ensemble sans que cette fois on ne les entende.

Après l’émission, Mylène se montrera très disponible avec les fans présents, leur accordant une séance d’autographes improvisée et se laissant photographier.

 

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Mylène est sur EUROPE 2

Posté par francesca7 le 31 janvier 2015

 

Entretien avec Frédéric FERRER du 21 DÉCEMBRE 1995

 

1995-06-bL’émission débute par un medley de chansons de Mylène par-­dessus lequel est diffusé un jingle enregistré pour l’occasion par la chanteuse : « Bonjour, c’est Mylène Farmer sur Europe 2 ».

L’entretien a été enregistré quelques jours plus tôt, comme le précise Frédéric Ferrer. Il s’agit d’un mélange entre questions lues en studio par l’animateur et diffusion de la réponse de Mylène, et questions posées ‘en direct’, face à Mylène, ce qui donne à l’ensemble un rythme assez bancal.

Frédéric Ferrer : Ravi de vous retrouver sur Europe 2 en compagnie ce soir de Mylène Farmer. D’ici 20h30, vous allez mieux faire connaissance avec l’une des plus belles représentantes de la chanson française, et l’une des plus mystérieuses aussi. Mi­ange, mi­démon, notre Mylène nationale, sulfureuse ou douce : toutes les questions que vous vous posez, elle y répondra et en plus elle vous dira tout dans un « Deux minutes chrono » très, très intime. Vous ne le savez peut­être pas, elle est née le 12 septembre 1961 à Montréal et elle y a passé toute sa jeunesse avant de rejoindre la France. Alors, première question au sujet de votre enfance :

Mylène, avez­vous des souvenirs de notre belle province, le Québec ?

Mylène Farmer : Très, très peu. Très vagues, si ce n’est que j’ai le souvenir de la neige, en tout cas ce goût de la neige, probablement de sa blancheur, de sa froideur et je crois quelques odeurs, quelques goûts. Le sirop d’érable est un goût que j’ai redécouvert en France, et c’est autant de choses qui font appel à des souvenirs. Sinon, j’avoue que c’est à peu près tout !

Diffusion de « Pourvu qu’elles soient Douces » dans sa version album.

FF : Mylène, merci d’avoir choisi Europe 2 pour vous confier. Alors là, on va parler cinéma et du film « Giorgino » que vous avez fait l’année dernière avec Laurent Boutonnat. Quelle conclusion tirez­vous de cette expérience sur grand écran ?

MF : Aucune conclusion, si ce n’est que c’était un souvenir j’allais dire de poids, dans tous les sens du terme ! (rires) C’était un moment qui était parfois difficile, un moment qui a été important. Maintenant, quant à des leçons pour le futur : non, aucune. C’est quelque chose que j’ai aimé faire, en tout cas.

FF : Comment ça vous est venu ? C’est quelque chose que vous aviez envie de faire ?

MF : Depuis très longtemps, avant même la chanson puisque c’est la chanson qui est venue à moi. J’avais envie de faire ce métier : théâtre, cinéma, en tout cas l’idée de jouer et d’interpréter des personnages.

Maintenant, une fois de plus, c’est la chanson qui est venue à moi !

FF : Parce que jouer la comédie, c’est quelque chose qui vous plaît, que vous aimez faire ?

MF : Oui. J’ai pensé que c’était quelque chose dont j’avais réellement besoin. Maintenant j’en parlerais d’une façon un petit peu plus détachée, probablement. C’est parfois un plaisir.

Diffusion de « Mylène s’en Fout »

FF : Le nouvel album de Mylène Farmer, « Anamorphosée », n’a pas failli à sa réputation en matière de mise en scène de clips. D’ailleurs, Mylène, vous nous avez dit tout à l’heure que vous aimiez jouer la comédie. Le premier extrait de l’album, « XXL », déménage ­ comme le clip, d’ailleurs, qui si on peut dire marche à la vapeur ! On aimerait en savoir un petit peu plus sur les coulisses du tournage. Racontez­nous !

MF : C’est la première fois donc que je travaillais avec ce réalisateur allemand, Marcus Nispel. Je lui ai donné la chanson, il connaissait mes clips ­ c’est quelqu’un qui s’intéresse beaucoup au travail des autres­ donc il connaissait mon univers et j’avoue que je lui ai laissé carte blanche parce que j’avais envie d’avoir justement cette fois quelqu’un d’un horizon différent qui pouvait lui m’apporter quelque chose. Il a eu donc cette idée de cette figure de proue devant le train, de cette locomotive, et j’avoue que j’ai tout de suite répondu oui parce qu’elle me semblait belle et intéressante, difficile aussi ! (rires) Le tournage a été difficile !

FF : Racontez­nous le tournage, parce que là, (…) la locomotive : vous bougez avec la locomotive ? Elle bouge pas ?

MF : Si, la locomotive bouge ! Parfois, elle bougeait très vite. J’avais de toute façon un harnais pour me protéger, pour me maintenir contre le train. Quant aux difficultés de ce tournage, elles résident en ce sens que je ne pouvais pas bouger de cette toute petite plateforme, que le train lui­même était très, très chaud, que dehors il faisait très, très chaud. Mais bon, c’est autant de choses qui ne sont pas très intéressantes pour le public ! (rires) Non, des conditions difficiles parce qu’on est bloqué en un endroit et qu’il faut tenir, tenir, tenir, tenir pour que la caméra puisse prendre le plus de choses possible !

Diffusion de « XXL »

FF : Mylène, quand on regarde attentivement le clip de la chanson, même si pour une fois il est pas signé Laurent Boutonnat, on reconnaît quand même une touche ‘farmerienne’, voire ‘boutonnesque’…

MF : Oui, oui, c’est vrai. Peut­être…Je ne sais pas…Les visages, voilà, je parlerais volontiers effectivement des choix de casting des enfants, des personnages en général. Quand j’ai vu toutes ces personnes, j’ai pensé moi à l’époque de « Désenchantée », quand nous avons fait ce clip et ce casting. Il y a des ressemblances dans le choix des visages. Quant à une manière de travailler, tous les deux sont très rigoureux, et je crois ont une grande maîtrise et de l’image et d’un plateau et ont tous les deux en commun donc cet amour pour le cinéma et l’image, tout simplement.

Diffusion de « Désenchantée »

FF : Mylène, vous êtes partie pendant près d’un an aux Etats­Unis. Qu’est­ce que vous êtes allée chercher là­bas sous le soleil de la Californie et puis surtout, qu’est­ce qui vous a motivée ?

MF : L’envie de voyage, et aussi l’idée que je connaissais quelques personnes là­bas, donc c’est une transition un peu plus facile. L’envie d’espace, de soleil je crois et d’essayer d’y trouver une liberté de tous les jours, à savoir pouvoir moi évoluer dans la vie sans être perturbée par l’idée du regard qui parfois peut déranger. Voilà, autant de choses qui sont, là encore, dans le fond très banales mais moi j’y ai trouvé une liberté, et puis découvrir des choses, découvrir un paysage, découvrir des personnes et puis des choses, des choses très, très futiles : des gestes de tous les jours que j’avais peut­être oublié pendant de longues années, parce que j’ai eu ce sentiment de m’être moi un peu repliée et renfermée sur moi­même. Voilà, des idées que j’évoquais très, très futiles : faire ses courses par exemple, aller dans des grands supermarchés. Ca peut paraître très, très bête mais j’y ai pris un réel plaisir !

Diffusion de « California »

FF : Mylène, merci d’être toujours là avec nous. Avec près de cinq millions d’albums vendus, un démarrage en flèche pour le dernier, « Anamorphosée », on peut dire que tout vous réussit. Après ce séjour aux Etats­Unis, vous n’avez pas envie de partir à la conquête de l’Ouest ?!

1995-06-aMF : Non. Je n’ai pas j’allais dire cette ambition. Je pense pas avoir en moi cette envie, en tout cas que de retravailler et je n’ai pas ce rêve américain. Et puis je crois que c’est d’abord plus du domaine de l’utopie, parce que pour pénétrer un tel pays, il faut parler ­ non pas parler, mais s’exprimer en langue anglaise, donc chanter dans cette langue sinon on ne touchera qu’un très, très faible pourcentage donc j’avoue que ce n’est pas un moteur pour moi.

FF : Non, je disais ça parce que vous avez à peu près tout prouvé, ça marche à chaque fois, donc je me dis peut­être tenter l’aventure américaine ! Chanter en anglais non plus, ça vous fait pas envie ?

MF : Non, parce que j’écris d’abord en français et qu’il m’est très difficile d’écrire en anglais. Je peux le parler, je peux converser, maintenant, maîtriser une langue, c’est une autre histoire ! C’est vrai que l’idée que de prêter ma plume à quelqu’un d’autre m’est très, très insupportable, donc c’est vrai que j’ai du mal à envisager ce passage…

Diffusion de « L’Instant X »

FF : Mylène Farmer sous toutes ses formes, sous toutes ses coutures c’est sur Europe 2 : tout ce qu’elle n’avait jamais dit, c’est maintenant dans un questionnaire vérité où tout peut arriver ! (Jingle « Deux minutes chrono »)

FF : Alors Mylène, vous êtes plutôt une couche­tard ou une couche­tôt ?

MF : Je crois que je suis plutôt quelqu’un du matin.

FF : D’où vous vient l’inspiration ?

MF : Probablement très banalement de ma vie, parfois celle des autres. En tout cas d’un regard porté sur j’allais dire le monde en général, en tout cas mon monde à moi.

FF : Est­ce que vous avez des regrets après un an passé aux Etats­Unis ?

MF : Malheureusement, j’ai été obligée de laisser derrière moi mon petit singe parce qu’on ne peut pas voyager avec un animal comme ça…

FF : Et les meilleurs souvenirs, alors ?

MF : Des rencontres. Mais bon, ce serait peut­être d’ordre intime, donc difficile pour moi d’en parler ! (sourire)

FF : Qu’est­ce qui tourne sur votre platine, actuellement ?

MF : J’écoute beaucoup « Hotel California », sinon j’écoute beaucoup Bob Marley en ce moment, j’écoute Neil Young…

FF : A quel moment de la journée écrivez­vous ?

MF : Je n’ai pas d’heure. Je n’ai pas de moment préféré, non. J’écris j’allais dire dans un état d’urgence, à savoir quand j’ai un album, sinon j’avoue que je n’ai pas la plume facile.

FF : Est­ce que vous avez envie de refaire du cinéma ?

MF : Oui, je crois…

FF : Est­ce que vous avez envie de remonter sur scène bientôt ?

MF : J’y pense. Je n’ai pas encore la réponse. Je me donne le temps pour ça. (A tout juste six mois du lancement du Tour 96, celui­ci n’était en effet toujours pas annoncé, nda)

FF : « Anamorphosée », c’est un album plus positif, quand même…

MF : Peut­être, oui. C’est peut­être l’idée que l’instant présent est quelque chose, en tout cas pour moi, d’important plutôt que de se laisser détruire par son passé et par l’idée du futur ou d’un futur hypothétique.

FF : Il est presque 20h30, Mylène : quand vous êtes dans la cuisine, qu’est­ce que vous vous faites à dîner ?

MF : Très peu de choses. J’aime beaucoup la nourriture japonaise, donc je peux cuisiner un petit peu japonais mais dans le fond, ce sont des choses qu’on plonge dans l’eau bouillante, donc… ! (rires)

Gong pour marque la fin des deux minutes chrono, puis diffusion de « Regrets » pour conclure l’émission.

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STUDIO GABRIEL avec Mylène sur France 2

Posté par francesca7 le 10 janvier 2015

 

1995-02-e14 DÉCEMBRE 1995 – Présenté par Michel DRUCKER sur France 2

Première apparition télévisée de Mylène Farmer depuis plus d’un an. Alors que son album « Anamorphosée » est sorti deux mois plus tôt, la chanteuse a choisi un talk­show plutôt qu’une émission de variétés traditionnelle.

Michel Drucker : Quelle ambiance !… Elle arrive ! Attendez, attendez, elle arrive, elle arrive ! Mais j’aimerais d’abord vous présentez tous mes copains. (…) Ecoutez, vous l’avez deviné, notre invitée est tout simplement Mylène Farmer. Mylène Farmer !

Le public se lève pour l’applaudir et scander son nom. Mylène arrive, vêtue d’une robe en cuir noir et d’un cardigan crème, perchée sur de très hauts talons, ses cheveux remontés en chignon. Drucker part la chercher au fond du plateau, la prend par la main et l’amène jusqu’au siège où elle doit s’asseoir, juste devant le public. Elle peine à regarder devant elle, visiblement intimidée par les cris des nombreux fans présents.

MD : Vous devriez venir, Mylène, plus souvent parce que vous savez (les cris reprennent)…Chut ! Remplir la salle avec les problèmes qu’il y a en ce moment dans la circulation (l’hiver 1995 connaît l’une des plus longues grèves que la France ait jamais connue, nda), c’est une performance et, grâce à vous, elle est vraiment remplie, avec des fans ­y a pas d’autre mot­ des fans qui vous suivent depuis longtemps. Est­ce que vous les connaissez ? Vous savez qui écoute vos disques ? Vous les rencontrez de temps en temps ? Ils vous écrivent ?

Mylène Farmer : Oui, beaucoup. Beaucoup.

MD : Vous en êtes à votre quatrième album. Ils vous suivent donc depuis déjà cinq ou six ans (sic !). La tranche d’âge, vous la connaissez ? Est­ce qu’il y a une majorité de filles ? De garçons ? Statistiquement. Plus de vingt­cinq ans, moins de vingt­cinq ans ? Des ménagères, des jeunes, des moins jeunes ? Vous ne savez pas ?

MF : Je crois que j’ai un peu de mal à répondre à cette question, si tant est qu’il y a beaucoup de jeunes, oui.

Beaucoup de filles, beaucoup de garçons. (elle regarde le public) Et je tiens à vous remercier (les applaudissements et les cris repartent de plus belle).

MD : Chut ! Attendez, attendez. Mylène Farmer est une artiste qu’on ne voit jamais à la télévision, donc j’aimerais bien en profiter et lui poser quelques questions ! D’abord, c’est vrai : pourquoi on vous voit si peu ?

Vous êtes quoi, quatre ou cinq artistes comme ça en France, qu’on ne voit pratiquement jamais. C’est parce que c’est un média qui vous fait peur ou parce que vous considérez que les disques sont faits pour être écoutés, les clips sont faits pour être vus dans certaines émissions, et que l’artiste n’a pas obligatoirement le besoin de venir parler au public ?

MF : Je pense, avant tout, que c’est un exercice qui est difficile pour moi. Et j’ai un petit peu de mal à parler de moi­même, donc c’est…

MD : Le trac.

MF : Le trac aussi, et puis le… (elle baisse la tête en souriant)

MD : Quand il s’agit de parler de votre CD, je crois quand même que, là, vous allez être beaucoup plus volubile. Mylène Farmer, « Anamorphosée », c’est le quatrième. On ne vous a pas entendue et vue depuis longtemps…

MF : Oui.

MD : Vous étiez partie à l’étranger, aux Etats­Unis ?

MF : Je suis partie un an à Los Angeles, et puis un peu à New York également. Et puis j’ai surtout enregistré cet album : c’est un travail de longue haleine.

MD : Alors, on en dit un petit mot de cet album ! Douze titres qui, d’après L’Express, sont ‘un adieu aux larmes’.

MF : Ça, je ne sais pas. Je me méfie toujours des choses très radicales comme ça. On m’a dit que c’était un album plus optimiste. Peut­être ! Mais j’aime les larmes aussi…

MD : Bon. Hé bien, on va voir, pour la première fois, on va écouter « L’Instant X » puisque, à chaque fois que vous faites un album, il y a évidemment des clips. Et c’est vrai que vos clips sont aussi célèbres que vos CD  parce qu’ils sont très bien faits. On va d’ailleurs en revoir pas mal tout à l’heure. Donc c’est la première fois…

MF : Oui.

MD : Qui est monsieur Marcus Nispel ? (le réalisateur du clip « L’Instant X », nda)

MF : C’est un réalisateur allemand, qui vit à Los Angeles je crois, et qui a réalisé de nombreux clips, jamais avec les français je crois ­ ou peut­être avec Alain Chamfort ­ et que j’aime beaucoup, qui a un grand talent.

MD : « L’Instant X », c’est le single, comme on dit ?

MF : Oui, c’est le deuxième extrait de l’album.

MD : Mais y’a quand même douze titres. Pour la première fois, en exclusivité, voici « L’Instant X » !

Diffusion d’un bref extrait du clip « L’Instant X ».

MD : « L’Instant X ». Sans entrer dans la technique, moi j’ai vu la plupart de vos clips, on va en voir un petit montage exceptionnel dans un instant, ils sont tournés beaucoup en extérieur, donc vous dépendez beaucoup de la météo…

MF : Oui ! (rires)

MD : Vous allez dans les pays chauds, et souvent dans le froid, d’ailleurs…

MF : Souvent dans le froid.

MD : Comment ça se passe ? Vous êtes dirigée, comme un metteur en scène dirige une comédienne, vous vous abandonnez complètement au metteur en scène ? Ou est­ce que Laurent Boutonnat ou vous, vous vous mêlez de ce qu’on appelle le story­board, l’histoire, ou là vous donnez le CD au metteur en scène et c’est lui qui vous dit ‘Moi, j’attends ça de vous’ ?

MF : Avec Marcus Nispel, c’est un petit peu différent. C’est vrai que je lui donne la chanson, et la nouveauté, c’est que je lui demande ‘Quelle idée avez­vous par rapport à ça ?’. J’avais besoin, en tous cas envie, que quelqu’un m’amène quelque chose de l’extérieur, un nouveau regard. Quant au travail d’avec Laurent Boutonnat ­ j’ai fait quand même beaucoup, beaucoup de clips, et j’ai été très, très gâtée ­ et là, c’était un travail commun, souvent, en parlant de l’histoire.

MD : Comme vous venez rarement à la télévision, moi je voudrais en savoir un petit peu plus sur vous. Qu’est­ce que vous gardez comme souvenirs de vos dix années passées au Québec ? Moi, la première fois que j’ai entendu parler de vous, j’en ai entendu parler comme d’une québécoise, de quelqu’un qui avait grandi à Montréal…

MF : Je crois que j’irrite beaucoup de personnes parce que j’ai très, très peu de souvenirs, si ce n’est aucun souvenir de mon enfance. Je crois le souvenir de la neige, en tous cas j’ai retrouvé une sensation agréable.

MD : C’est pour ça que la plupart de vos clips se passent dans le froid et dans la neige ?!

1995-02-aMF : Probablement ! Mais très, très, très peu de souvenirs…

MD : Et alors, ce qu’il faut savoir, c’est que votre première vocation, c’était la comédie. Vous avez pris des cours avec Mesguich, je crois, Daniel Mesguich. Votre première passion, ça a été le théâtre…

MF : Au Cours Florent, également.

MD : Et puis, pourquoi vous avez bifurqué vers la chanson, avant d’y revenir puisque vous avez également tourné au cinéma ?

MF : Ce sont les hasards de la vie, et des rencontres qu’on peut avoir, qui sont très, très importantes. Et j’ai fait la rencontre de Laurent Boutonnat donc, qui voulait lui­même se diriger vers le cinéma, et était également compositeur, adorait la musique. Et nous sommes nés de la même chose, donc de la musique.

MD : Alors, c’est vrai que vous ne feriez pas cette carrière s’il n’y avait pas Laurent Boutonnat. Vous parlez souvent de lui : on ne le voit jamais, c’est quelqu’un que je n’ai jamais rencontré. Qui est Laurent Boutonnat ?

Quelle est sa formation ? Il est musicien bien sûr. Vous l’avez rencontré dans quelles circonstances ? C’est lui qui vous a donné envie de chanter ?

MF : C’est, j’oserais dire, par hasard. C’est un ami commun qui nous a réunis, et lui m’avait parlé donc de cette première chanson, « Maman a tort ».

MD : Il est musicien au départ ?

MF : Il est de grand talent. Il est musicien, il est réalisateur, il aime l’image. C’est quelqu’un qui écrit bien.

MD : Est­ce qu’on peut dire que votre carrière aurait pris un virage différent s’il n’y avait pas eu Laurent Boutonnat ? Est­ce qu’on peut dire que les clips, car quand on parle de vos clips, on ne peut pas ne pas parler de Laurent Boutonnat, est­ce qu’on peut dire que ce sont vos clips qui sont aussi à l’origine de votre succès ?

MF : Je crois que c’est un tout. Je crois que c’est très, très important, en effet. Je crois que la musique est importante. Je pense que les mots sont très, très importants, c’est une façon de dialoguer avec l’autre. Je crois que c’est un tout.

MD : Et bien voilà un petit montage : on va aller des débuts, du premier album, jusqu’à « L’amour XXL » (sic).

Voici un petit survol de votre carrière en clips ­mais je crois que tous vos fans les connaissent, mais seront contents de les revoir !

Medley des clips avec quelques extraits de « Pourvu qu’elles soient douces », « Libertine », « Je t’aime mélancolie », « Sans contrefaçon » et « XXL ».

MD : Moi, je voudrais une explication technique : ça, c’était « L’amour XXL » (re­sic), où vous êtes à l’avant d’une locomotive à vapeur. Ça a été tourné comment ?

MF : Ça, ça a été éprouvant pour moi !

MD : C’est tourné où, ça ?

MF : A Los Angeles (à Fillmore plus précisément, nda). Et j’étais réellement attachée, donc, à l’avant de ce train, et ce pendant près de quatre, voire cinq heures, sans pouvoir descendre du train, et le train roulait réellement, et parfois à vitesse rapide. Donc c’était assez étonnant !

MD : Autre question, avant que j’oublie : quand est­ce que vous reviendrez sur scène ?

MF : Euh… Très bientôt ! (applaudissements et hurlements dans le public)

Drucker accueille alors les chroniqueurs cinéma et musique, respectivement Benjamin Castaldi et Gaël Leforestier. Comme le veut le principe de l’émission, Mylène va rester jusqu’à la fin. Elle rejoint la grande table, plus lointaine, en fond de décor en compagnie de l’animateur.

Rubrique musique : Gaël Leforestier présente une compilation de rock, avec notamment Supergrass, Oasis, Iggy Pop, Lenny Kravitz,… A Michel Drucker qui lui demande si elle connaît tous ces groupes, Mylène répond simplement ‘Oui’ en souriant. Gaël Leforestier présente ensuite un coffret de singles de Nirvana qu’il offre à Mylène.

MD : Vous aimez Nirvana ?

MF : J’aime beaucoup Nirvana, oui.

MD : Comment vous définiriez leur musique ?

MF : Leur musique, je ne sais pas. Mais le chanteur, en tous cas, avait un charisme très étonnant et assez exceptionnel.

MD : Vous l’aviez rencontré ?

MF : Non, jamais.

Pour conclure sa rubrique, Gaël Leforestier présente un CD de John Lee Hooker. Drucker s’empresse de l’offrir à Mylène…

MF : C’est une belle pochette.

C’est ensuite la rubrique cinéma de Benjamin Castaldi.

MD : Un petit mot : quel souvenir garderez­vous de votre dernier film, qui a été une longue aventure, qui est sorti il y a un an je crois, « Giorgino » ?

MF : Oui. Très électrique et très passionnant.

MD : Vous recommencerez bien sûr ?

MF : C’est mon souhait en tous cas, oui.

Benjamin présente alors « Le Président et Miss Wade », de Rob Reiner, pour sa sortie en salles.

MD : Vous avez vu le film ?

MF : J’ai vu la moitié du film !

Benjamin Castaldi : Elle est partie avant, c’est mauvais signe.

MF : Non, je m’étais trompée de séance, donc je suis entrée et le film était déjà commencé ! (rires à la fois de Mylène, des animateurs et de la salle)

MD : On va vous raconter la deuxième partie donc… !

Benjamin présente le film. Puis enchaîne avec « Smoke », de Wayne Wang et Paul Auster, que Mylène confie ne pas avoir vu.

BC : Ça se passe dans un tabac, c’est relativement gonflé parce que, en Amérique, la chasse aux fumeurs est catastrophique : on ne peut plus fumer nulle part.

MD : Vous fumez ?

MF : Oui.

MD : Comment vous faites alors quand vous êtes dans un lieu public ?

BC : Comme tout le monde, elle se cache parce que c’est absolument impossible de fumer, ni dans les restaurants…

MF : Là­bas, c’est impossible, absolument.

MD : Et quand vous allez aux Etats­Unis, dans les avions, vous tenez le coup pendant douze heures ?

MF : Oh oui, sans problème.

MD : En mangeant du chewing­gum ?

MF : Non ! (sourire)

Benjamin finit la présentation du film. Puis évoque « Des anges et des insectes » de Philip Haas.

MD : Pour terminer avec le cinéma, quels sont les acteurs et les actrices français ou outre­Atlantique, étrangers, qui vous ont fasciné quand vous étiez petite fille, et qui vous fascinent encore ? Vos légendes, vos mythes ?

1995-02-dMF : Greta Garbo. Mais, plus récemment, j’aime beaucoup Robert de Niro, Al Pacino, Michelle Pfeiffer…

MD : Et les français ?

MF : Français ? J’aime beaucoup…euh… (elle cherche puis rit de sa confusion) Gérard Depardieu. C’est facile ! (rires)

Laurent Gerra et Virginie Lemoine entrent ensuite en plateau pour leur rubrique Les Zap’tualités, puis ils rejoignent tout le monde à la grande table.

MD : (à Mylène) Je vous ai vu rire, de bon cœur (en réalité, les quelques plans de Mylène pendant le sketch ne la montrent pas vraiment sourire, nda). Merci beaucoup, chère Mylène. Je rappelle : « Anamorphosée » vient de sortir. Vous reviendrez sur scène quand ? Dans un an ?

MF : Je ne sais pas. (si en réalité le Tour 96 est déjà en préparation, aucune annonce de tournée n’a encore été faite, nda)

MD : Vous reviendrez nous voir ?

Mylène acquiesce d’un mouvement de tête alors que le public lui fait une dernière ovation en même temps qu’est lancé le générique de fin.

Publié dans Mylène en INTERVIEW | Pas de Commentaires »

DÉJÀ LE RETOUR Mylène Farmer

Posté par francesca7 le 7 janvier 2015

 

17 DÉCEMBRE 1995 – Présenté par Jean­Luc DELARUE sur France 2

Second talk­show en quelques jours pour Mylène Farmer, toujours sur France 2, toujours en access prime time, mais en direct cette fois ! La chanteuse est l’invitée principale de « Déjà le retour », l’émission dominicale de Jean­Luc Delarue, prolongation de « Déjà dimanche », le magazine de l’actu people et ‘culture’ de l’animateur.

1995-03-bJean­Luc Delarue (de pied, face caméra, tandis que les invités, dont Mylène, sont assis en second plan, sur deux banquettes) : Bonsoir, ou re­bonsoir. Nous sommes en direct, et nous avons la chance de recevoir ce soir une chanteuse qui fait à la fois partie des gens les plus connues de ce pays, mais aussi les moins connues.

Mylène Farmer est l’une de nos rares grandes stars, un mot qu’on utilise pourtant ici avec un peu de parcimonie ­ ça la fait sourire ­ mais qui s’applique pourtant parfaitement à elle. Mylène Farmer parle très peu, elle dégage du mystère, de l’irrationnel. Ses compositions sont originales, très personnelles. Ses femmes ­ses fans, pardon !­ campent toujours en bas de chez elle, ses albums sont toujours de grands succès. On a envie de savoir beaucoup de choses quand on reçoit Mylène Farmer, notamment savoir ce qu’elle aime vraiment. Et aujourd’hui, elle a choisi d’inviter quelqu’un, première illustration :

une femme psychanalyste qui s’appelle Marie de Hennezel, qui vient de publier un récit qui s’appelle « La mort intime (ceux qui vont mourir nous apprennent à vivre) », qui est préfacé par François Mitterrand.

Mylène Farmer souhaitait la rencontrer, ce sera chose faite. Et puis on parlera aussi de ce bouquin qui a bouleversé, et qui bouleverse, tous ceux qui ont la chance de tomber dessus. Et puis parce qu’il est bon aussi de rire parfois, nous recevrons François Cluzet, qui est acteur comme vous le savez, et qui sera à l’affiche d’une comédie mercredi prochain, avec Guillaume Depardieu. Cette comédie s’appelle « Les Apprentis » et c’est tout bonnement génial. François Cluzet est donc notre troisième invité.

Générique.

JLD : Mylène Farmer, d’abord. Bonsoir, Mylène.

Mylène Farmer : Bonsoir.

JLD : Ça va ?

MF : Très bien ! (large sourire)

JLD : On est contents de vous revoir ! On se demandait même presque si vous ne nous aviez pas un peu oubliés ! Tout le temps, vous avez été extrêmement discrète, vous parlez assez peu, mais alors là, c’est depuis un an, depuis deux ans…

MF : J’ai quatre ans d’absence (sa dernière production discographique remonte à fin 1992, donc trois ans en réalité, nda). Mais j’ai fait quand même un long métrage, et le réalisateur est aussi le compositeur, donc ça a été un travail extrêmement long pour lui, le montage du film. Et puis j’ai eu besoin d’un peu de recul, je crois.

JLD : Donc à l’étranger, vous êtes partie à Los Angeles, un peu à New York également. On peut parler presque d’un exil, dans un pays où on ne vous connaît pratiquement pas, par rapport à la France où c’est fou le phénomène qu’il y a autour de Mylène Farmer : c’est la première fois qu’on reçoit un invité où quatre jours, cinq jours avant, c’est ‘Mais à quelle heure elle sera là ? Elle sera là ?!’ On appelle au bureau. Ce sont des choses assez étonnantes ! Qu’est­ce qui a motivé votre départ, et qu’est­ce qui a motivé votre retour ?

MF : Le besoin d’oxygène, avant tout. L’envie de voyages, de découvrir des choses que je ne connaissais pas, l’envie de s’oublier soi­même, rencontre de nouvelles personnes. Autant de choses qui font… C’est une nourriture dont j’avais besoin.

JLD : Et le retour ? Qu’est­ce qui vous donne envie de revenir en France après ?

MF : Définitivement l’envie de faire mon métier, de revenir à mon métier. (grand sourire)

JLD : En tous cas, vos fans ne vous ont pas oubliée. Je ne sais pas s’il y a toujours des fans qui vous dispensent cet amour ‘XXL’ en bas de chez vous, partout, dans tous vos déplacements. Ça doit être  assez délicat à vivre, j’imagine, parce que vous devez vous demander ce que vous pouvez leur donner en retour quand on vous donne autant d’amour comme ça, non ?

1995-03-aMF : C’est toujours un petit peu difficile, si ce n’est qu’ils sont relativement discrets eux­mêmes, même s’ils attendent en bas de chez moi. C’est une présence à la fois effacée et très démonstrative, donc c’est…

JLD : C’est quoi ? C’est des sourires ? Vous leur dites deux mots ?

MF : Des choses très simples : c’est des échanges de paroles. Mais ils ne me demandent pas davantage…

JLD : Alors, sur votre proposition, nous avons donc invité Marie de Hennezel, qui a écrit « La mort intime » qui est un livre consacré à l’accompagnement aux mourants. Pourquoi est­ce que vous aviez envie qu’on parle de ce livre ?

MF : Parce que j’ai beaucoup aimé ce livre, je le trouve merveilleusement écrit et surtout c’est le témoignage de choses qui me touchent profondément. Que la mort est un sujet qui me passionne, qui m’a hanté de nombreuses années, et qui aujourd’hui me…j’oserais dire, ne m’obsède plus de la même façon, et c’est aussi grâce à cette lecture.

JLD : De quelle manière ? Comment vous expliquez ce déclic ?

MF : J’ai lu deux livres. (à Marie de Hennezel) J’ai lu un autre livre, que vous devez connaître, qui s’appelle « Le livre tibétain de la vie et de la mort » (Marie de Hennezel confirme) et qui parle justement de cet apprentissage que de ne pas craindre et être obsédé, justement, hanté par l’idée de la mort. Et, l’idée peut­être d’une autre vie, également, après la mort ­c’est pas une fin en soi­ et c’est aussi le message que vous donnez dans ce livre. Et puis c’est un…je ne dirai pas un métier, mais un don de soi qui est merveilleux. Et voilà…

J’avoue que ce livre m’a aidée et m’a confortée dans certaines choses.

JLD : (à Marie de Hennezel) En fait, vous êtes psychanalyste, il faut l’expliquer. Depuis une dizaine d’années, vous travaillez dans ces centres de soins palliatifs où, donc, on apporte une présence, une chaleur humaine, quelqu’un avec qui parler, à ceux qui sont en train de quitter la vie. C’est un livre qui est à la fois très positif parce qu’on se dit, finalement, que les mourants sont… Vous n’aimez pas ce terme parce que jusqu’au dernier jour, on est encore vivant.

Marie de Hennezel : Oui.

JLD : Ceux qui vont mourir, en tous cas, sont souvent beaucoup plus en harmonie avec eux­mêmes, qui voient la mort arriver avec beaucoup plus de facilité, s’ils l’acceptent, que ceux qui sont autour d’eux. C’est assez étrange.

MdH : Non, ce n’est pas étrange parce qu’ils sont malades depuis longtemps, donc ils ont fait tout un chemin ­ on ne se rend pas compte du chemin que des gens font quand ils sont atteints d’une maladie grave ­ et que, d’étape en étape, finalement, et souvent dans la solitude, c’est ça qui…souvent dans la solitude parce que les autres, autour, ne veulent pas voir qu’ils font ce chemin. Donc, effectivement, quand ils arrivent à quelques mois, ou à quelques semaines de cette échéance, ils sont souvent beaucoup plus prêts que leur entourage.

Et, vous voyez, ce qui est important dans ces moments­là, c’est vrai qu’on ne peut plus porter de masque (on entend Mylène approuver cette remarque). On a besoin d’aller au bout de soi­même, d’être dans une authenticité très, très grande, et pour cela je crois que les personnes ont besoin de pouvoir échanger avec les autres parce qu’ils sont vivants, justement, jusqu’au bout. Et malheureusement, ce qu’on voit, c’est qu’à cause du tabou de la mort, à cause de cette peur dont vous parlez, les proches, les soignants aussi, la société en général n’est pas capable simplement d’être là (nouvel acquiescement de Mylène), et de se mettre à l’écoute de ce qu’ils ont à nous dire. Alors, j’ai voulu simplement, à partir de mon expérience, dire ‘Ne passez pas à côté de cette expérience’. Parce que c’est une expérience… Je crois que c’est l’expérience humaine la plus profonde qui existe, que de pouvoir être auprès de quelqu’un qui est en train, ou qui va mourir.

JLD : Mais, à la limite, on se dirait presque que le meilleur moment de sa vie, ce serait le moment de sa mort…

MdH : Non.

JLD : …si on est en harmonie avec soi­même. Il y a un film qui va sortir, de Xavier Beauvois, au début du mois de janvier, qui s’appelle « N’oublie pas que tu vas mourir ». Vous pensez qu’il faut vivre avec cette idée­là pour vivre heureux ?

MdH : Je crois que… Pas pour vivre heureux, mais pour vivre peut­être plus consciemment…

MF : (en même temps) Pour redonner les vraies valeurs de la vie probablement…

MdH : …parce que, je crois que, bon qu’est­ce que ça veut dire ‘vivre heureux’ ? On a des moments de bonheur, et puis…. Enfin le malheur fait aussi partie de la vie, justement, la souffrance fait partie de la vie. Donc vivre plus consciemment, plus… Habiter davantage tous les moments de la vie, que ce soient les peines et les joies, mais être là, vraiment, dans sa vie.

1995-03-dJLD : Vous avez été surprise par l’invitation de Mylène Farmer ?

MdH : J’ai été très touchée. Surprise, oui. Très touchée. (à Mylène) Et j’avais très envie de savoir pourquoi vous m’aviez invitée !

JLD : Elle nous l’a dit, plus ou moins. François, vous vouliez faire un commentaire ?

François Cluzet : J’ai lu il y a pas longtemps que le fait de se savoir mortel était la première maturité, c’est­à­dire qu’on devient mûr quand on sait qu’on est mortel. Et puis, je me demande toujours si la mort est pas bien plus longue que la vie, et en ce sens, hé bien il faut profiter de ce qui est court ! (rires)

JLD : (…) François Cluzet n’a pas été choisi par Mylène Farmer, mais je suis certain qu’elle est contente de…

MF : Bien sûr !

JLD : Vous vous connaissiez ?

MF : Nous nous sommes rencontrés sur le tournage du film que j’ai fait, à Prague.

Jean­Luc Delarue fait alors parler François Cluzet de son actualité avant de se tourner à nouveau vers Mylène.

JLD : Vous avez été au cinéma quand vous étiez à Los Angeles ?

MF : Oui, bien sûr.

JLD : Quels sont les derniers films que vous avez vus et que vous avez aimés ? C’est embêtant comme question, ça, parce qu’il faut fouiller… !

MF : C’est toujours quand on me pose cette question que je ne trouve pas de réponse ! (rire nerveux)

JLD : Oui. Vous dites ‘J’ai plus d’humour en moi que de joie’. Quelqu’un a fait une démonstration, par exemple, en disant que dans les jeux télévisés, avant, c’était de l’humour qu’on essayait de dispenser, et aujourd’hui c’est vraiment de la joie : on applaudit, on va gagner un truc, etc. Comment vous situez la différence entre l’humour et la joie ? Et dans quelles situations vous pratiquez l’humour, si vous le pratiquez, si vous êtes seulement sympathisante ?

MF : Avec un vrai recul sur moi­même. Quant à la joie, c’est des moments très, très furtifs. Et ce peut être tout ou n’importe quoi !

JLD : Vous vous marrez dans la vie?

MF : Bien sûr. Bien sûr !

JLD : Non, je sais pas. On connaît… On a peu l’occasion de vous voir vous marrer, Mylène. Je voudrais qu’on se penche un peu sur…Je sais pas quel regard vous portez sur ce qu’on dit sur vous, parce qu’on dit beaucoup de choses, on écrit beaucoup de choses sur vous : des journaux se permettent de faire des dossiers énormes alors que vous ne leur avez même pas accordé une interview. Donc on s’est amusés à se plonger là­dedans. Gilles Bernstein, un des journalistes qui travaille avec nous, s’est penché sur l’image à travers la presse, à travers tout ce qu’on voit dans les journaux. C’est incroyable de voir à quel point vous occupez une place importante dans les journaux, sans même parfois être au courant ! (rire de Mylène)

Gilles Bernstein (en voix­off sur un défilé de couvertures et d’articles de presse) : Mylène Farmer est rare sur les plateaux, mais la littérature la concernant est abondante, quoique peu diversifiée. Tribune la plus accueillante : la presse télé. Mylène ne s’y montre jamais, mais elle doit faire vendre car elle collectionne les couvertures. Télé 7 jours : ‘La confession d’une star’, confession choc : elle a appris à sourire.

Télé 7 jours encore, ‘Son étrange confession’, re­choc : ‘Je n’ai pas de souvenirs d’enfance’. Mais Télé Poche est plus fort que Mylène et propose ‘Un voyage au cœur de son enfance’. Deuxième catégorie : la presse pour jeune fille en fleur. Mylène y fréquente les plus grands : Philippe Swan, David & Jonathan, Roch Voisine. Le célèbre Salut ! ajoute la photo de Mylène bébé, celle de la chanteuse, brune, puis châtain. Pour la voir blonde, reportez­vous à Secrets de stars. Enfin, la presse musicale où l’on trouve le papier le plus méchant, et le dossier le plus complet.

L’assassinat est signé Oliver Cachin, dans Paroles et Musique : Mylène Farmer incarne, dit­il, ‘une certaine idée du néant et peut se contenter, sans logique, de multiplier le zéro à l’infini’. Le dossier, le voici, dans Rock Hit : discographie, biographie, clipographie : un vrai ‘Que sais­je ?’, les photos en plus.

Après le classement par titres, le classement par thèmes. Chapitre 1 : Laurent Boutonnat. Le ‘Pygmalion’, ‘mentor’, ‘réalisateur’, ‘compositeur’, toujours cité, rarement montré, voici la photo, c’est dans Studio.

Chapitre 2 : les singes, car on vous le répète à longueur de colonnes : Mylène vit avec ses singes capucins, ou plutôt son singe puisque Léon est mort (information erronée, nda), et qu’il ne reste que E.T., que voici. Allez, pour conclure, un peu de glamour : Mylène fait la couverture de Photo du mois dernier. La tendance 96 est donc mutine et fragile. Ce que confirment les images du dernier clip remontées spécialement pour Déjà le retour (extrait du clip « L’Instant X », dans une montage inédit puisqu’il ne comporte que les images de Mylène).

JLD : (…) D’abord, sur la revue de presse, est­ce que, pour vous, c’est une revue de presse qui donne une idée de ce que vous êtes vraiment, ou est­ce que vous avez plutôt l’impression d’avoir, je sais pas, une espèce de revue de fantasmes de journalistes qui n’ont pas assez d’informations pour pouvoir nourrir leurs lecteurs ?

MF : Là encore, je pense que je suis responsable. Mon silence est la cause de…j’allais dire autant de papiers, ou de choses qui sont ou vraies ou fausses. Là encore, j’ai un recul suffisant pour ou ne pas être heurtée, ou prendre ça justement avec un certain recul.

JLD : Oui, je vous ai vu sourire. Ca vous a amusée plutôt, non ?

1995-03-cMF : Maintenant, il y a une presse que je n’aime vraiment pas du tout, c’est la presse ­et je ne parle pas de moi d’ailleurs­ mais qui attaque le physique et des choses extrêmement privées ou   personnelles, et ça, c’est assez inadmissible. Le reste, peu m’importe ! (sourire)

JLD : A chacun de vos albums, surtout dans vos clips, vous avez joué des personnages. Cette fois­ci, autant la pochette de l’album d’ailleurs que le clip donnent le sentiment d’avoir affaire à une Mylène Farmer qui veut se montrer nue, dans tous les sens du terme, elle­même. Est­ce que ça correspond à une réalité ou c’est moi qui ai l’esprit tordu ?

MF : Tordu, je ne pense pas, mais c’était plus, moi, l’idée, la tête étant inexistante, de l’esprit qui s’échappe. Et c’est un peu le parcours que j’ai eu, en tous cas cette initiation que j’ai eue pendant quatre années, d’avoir l’esprit qui voyage.

JLD : Y’a une lettre que vous aimez bien, qui revient souvent dans vos chansons, c’est la lettre X. Rayons X (sic), l’amour « XXL ». Bon, utilisée dans ces circonstances­là, on peut pas vraiment dire que ça parle de choses cochonnes ou que ça parle d’anonymat, mais est­ce que ça correspond…Le X, c’est votre lettre préférée ?

MF : J’aime le X ! (rires) Quant à l’anonymat, c’est parfois agréable.

JLD : Je prends cette phrase, ‘J’aime le X’, je la mets dans un article, et je lui donne un tout autre sens si je veux !

MF : Voilà !

JLD : Quand on parle de vous, inévitablement on parle de votre singe capucin, E.T. ­ donc Léon n’est pas mort, contrairement à ce qu’on a entendu dans le reportage (Mylène confirme). E.T. est remercié sur la pochette de votre album. Alors je voulais savoir quelle était sa collaboration ? Qu’avait­il apporté ?!

MF : (sourire) Sa présence. Et…

JLD : Qu’est­ce qu’il vous apporte ?

MF : Un animal apporte beaucoup de choses. C’est un compagnon. Ce sont des jeux. Ce sont autant de choses qui font que ça provoque un sourire ! (sourire)

JLD : Il vous a donc accompagné aux Etats­Unis j’imagine ?

MF : Non. Non, c’est impossible. On ne peut pas voyager avec un singe, non.

JLD : Tous vos clips sont de vrais petits films. Vous avez également joué dans un long métrage. Vous avez dit à un moment, vous avez été jusqu’à dire ‘Si je ne fais pas du cinéma, j’en mourrai’. Est­ce que cette phrase est encore d’actualité ?

MF : C’est toujours pareil : c’est­à­dire que c’est vrai que quand on parle à un journaliste ­vous le savez aussi bien que moi­ après on vous prend une phrase comme ça et puis on la sort, non pas de son contexte…

JLD : (la coupant) Celle­là, elle est suffisamment forte pour vivre toute seule, presque.

MF : Ce que moi j’ai voulu évoquer, c’est vrai que j’avais besoin absolument de faire un long métrage, de faire un film, de jouer. Donc, en ce sens, j’avais l’impression que si je ne pouvais pas atteindre cette chose­là, c’était une mort en soi. Vous dire que demain, je me serais suicidée, non, probablement pas. Mais, une fois de plus, ça c’est toujours très réducteur, et…

JLD : D’accord. j’insiste pas ! Est­ce que vous pourriez reprendre cette phrase à votre compte, François ?

FC : Non, je ferais du théâtre ! (rire de Mylène)

Cluzet enchaîne alors sur le cinéma, puis sur la grève historique qui paralyse à ce moment­là la France entière pendant des semaines. Delarue demande aussi son avis à Mylène sur le sujet…

JLD : Vous, Mylène, vous l’avez vécu comment ce mouvement ? Quel regard vous avez sur ce mouvement ?

MF : Justement, cette façon que de prendre des personnes, comme ça, en autostop, ça a réhumanisé un peu notre ville, c’est vrai ! (sourire)

Après avoir demandé à Marie de Hennezel son avis sur le sujet, l’animateur clôt l’émission, non sans rappeler l’actualité de chaque invité.

 

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MTV RUSSIE avec Mylène Farmer en 2000

Posté par francesca7 le 30 décembre 2014

 

8 MARS 2000

2000-03-cAprès une présentation de Mylène par un jeune présentateur et des images de « Tomber 7 fois… » extraites du « Live à Bercy », on découvre Mylène assise sur un canapé en cuir, vêtue d’une veste en jean et d’une longue jupe écru, faisant face à ce même présentateur.

Mylène Farmer : Je change…En général, je ne modifie jamais un spectacle, mais pour la Russie j’ai ajouté deux chansons (« Que mon Cœur Lâche » et « Je t’aime Mélancolie », nda) que le public russe connaît, je crois. C’est la seule chose qui est différente.

Medley d’images du « Live à Bercy », par­dessus lequel est diffusé « Déshabillez­moi » extrait du film « En Concert ». Le medley s’achève par des images de cette prestation live…entrecoupée par des plans du public issu de la vidéo live de 1996 ! Sur ces images, le journaliste explique que les albums de Mylène évoquent toujours des choses très personnelles.

MF : Je crois que…oui, chaque album est une partie de ma vie et fatalement, ça vous égratigne un peu.

Journaliste : On sait que votre première tournée n’a eu lieu qu’après l’énorme succès de vos premiers albums. Est­ce que ça veut dire que vous attachez plus d’importance au travail sur un album que sur un concert ?

MF : Je crois que c’est un tout. C’est un plaisir de travailler sur un album et de le présenter sur scène. J’adore le travail de studio, maintenant la scène, c’est des moments très importants. C’est magnifique pour un artiste.

Je dois dire que je crois que ce spectacle au public, et j’espère que les gens apprécient la musique, l’émotion, les chorégraphies, les lumières et ont, j’espère, beaucoup de plaisir !

Extrait de « Désenchantée » tiré toujours du « Live à Bercy »

J : On a entendu beaucoup d’annonces délirantes sur le nombre de personnes qui travaillent autour de vous pour ce spectacle. Combien y a­t­il de personnes, réellement ? On a vraiment entendu des choses invraisemblables !

MF : (amusée) Combien a­t­on dit ?

J : 230 personnes !

MF : (dans un grand sourire) Thierry, réponds ! (Mylène tourne les yeux vers les coulisses en riant. Elle cherche la réponse exacte auprès de Thierry Suc, producteur de la tournée) Non, je crois que c’est moins. Il y a beaucoup de monde, mais pas autant.

Nouvel extrait de « Désenchantée » issu du « Live à Bercy »

J : Je crois que vos animaux domestiques sont des singes. C’est très insolite ! Pourquoi pas des chats ou des chiens ?!

MF : C’est un plaisir. Je les adore et j’adore prendre soin d’eux. Si j’avais choisi un métier autre que la chanson, je crois que j’aurais travaillé avec ces animaux.

J : (très étonné par la réponse de Mylène) Vous voudriez en faire un métier ?!

MF : Non, parce que ça nécessite une formation très précise et rigoureuse. Mais j’aimerais être entourée de beaucoup de singes en tout cas, oui !

Images de la prestation de « XXL » tirée du « Live à Bercy », qui font place à un extrait du clip de la même  chanson, mais toujours sur fond de « Désenchantée » (live) !

J : Comme nous sommes sur MTV, je ne peux pas ne pas évoquer vos clips. Vos vidéos spectaculaires sont connues de tous. Est­ce qu’il va y avoir un nouveau clip prochainement ? Je sais bien que c’est quelque chose qui demande beaucoup de temps, d’énergie aussi, que vous avez sans doute d’autres projets mais cependant est­ce que vous préparez quelque chose ?

MF : Il y aura un nouveau clip pour une chanson du dernier album (ça sera « Innamoramento » au mois de juillet suivant, nda) et plus tard la vidéo du spectacle. Ca fait du travail supplémentaire !

J : Le clip sera pour quelle chanson ? (il prend un exemplaire de l’album « Innamoramento » et le met littéralement sous le nez de Mylène qui regarde le dos de celui­ci)

MF : Ce sera pour « Innamoramento ». (il est à noter qu’il est exceptionnel dans la carrière de Mylène qu’elle révèle aussi longtemps à l’avance quel sera son prochain single ! nda)

Court extrait du clip « Souviens­toi du Jour… »

J : Quel est votre degré d’implication dans la création de vos clips ? Est­ce que vous décidez de tout ?

MF : Ca commence d’abord par le choix du réalisateur, donc je travaille seule pour commencer. Ensuite, je travaille avec ce metteur en scène et ce sont des discussions, des envies communes.

J : Que comptez­vous faire après cette tournée ? Est­ce qu’elle va continuer encore un peu ou bien vous allez retourner en studio ? Qu’allez­vous faire à votre retour de Russie ?

MF : Non, non la tournée prend fin définitivement à Saint­Pétersbourg ! (Mylène ne dit évidemment rien sur le projet qui va l’occuper quelques semaines plus tard : le lancement d’Alizée et de son single « Moi…Lolita », nda)

Extrait du clip « Je te rends ton Amour »

J : S’il y a bien une question qui me tourmente, c’est pourquoi vous ne faites pas carrière dans le cinéma en tant qu’actrice ?

2000-03-aMF : J’ai fait un long­métrage et les propositions que j’ai reçues après ne m’ont guère intéressée, donc je les ai refusées. Peut­être plus tard… !

J : Ha, donc ce n’est pas un refus définitif !

MF : Ha non, non ! Si un réalisateur russe m’invite, ce sera un plaisir que de travailler avec lui ! (rires)

L’émission s’achève sur le final de « Désenchantée » extrait du « Live à Bercy ».

 

Publié dans Mylène 1999 - 2000, Mylène dans la PRESSE | Pas de Commentaires »

LE MAG de juin 2000 avec Mylène F.

Posté par francesca7 le 22 décembre 2014

 

10 JUIN 2000 : Entretien avec Lynda LACOSTE – MCM

Enregistré fin avril dans un salon de l’hôtel Costes à Paris, cet entretien est particulier dans le sens où Mylène n’a rien à promotionner : le Mylenium Tour s’est achevé quelques semaines auparavant et l’album live ne sortira pas dans le commerce avant plus de six mois. En revanche, au moment de l’enregistrement de l’émission, Mylène est en plein travail avec Alizée sur « Moi…Lolita » qui sera envoyé peu après en radio et qui sera déjà un tube au moment de la diffusion, mais évidemment aucune allusion n’y sera faite pendant l’entretien ! La langue maternelle Lynda Lacoste étant l’anglais, sa syntaxe est parfois bancale. Néanmoins, ses propos sont retranscrits ici tels quels.

2000-01-eLynda Lacoste : Bonjour et bienvenue dans Le Mag. Aujourd’hui, c’est un mag exceptionnel puisqu’il s’agit de Mylène Farmer qui n’accepte que très rarement de venir à la télévision. N’oubliez pas que pour tous les artistes, vous pouvez poser des questions soit par Internet, soit par minitel, soit par téléphone. Allons­y pour la première partie !

Après un générique qui montre l’animatrice pénétrer dans l’hôtel et des assistants décorer le salon privé de bougies, on découvre Mylène habillée d’une veste en jean et d’une longue jupe écru et arbore un chignon sophistiqué.

LL : Bonjour Mylène. Merci beaucoup d’être venue dans Le Mag. Alors, vos concerts sont toujours des spectacles avec une répétition, j’imagine, immense. Mais est­ce que ça vous est arrivée de littéralement ne plus pouvoir marcher sur vos pieds à cause des talons aiguilles, et comment faites-vous pour vous récupérer assez vite ?

Mylène Farmer : Pour me récupérer vite, je me suis beaucoup entraînée avant cette scène : j’ai un entraînement physique. Quant aux talons aiguilles, c’est assez facile de marcher avec, finalement ! (sourire)

LL : Ah bon ?! Moi, j’ai du mal, mais c’est peut­être le fait de danser avec…

MF : Je ne danse pas sur des talons aiguilles, ce sont des talons qui sont un petit peu plus larges, quand même. Mais c’est une difficulté, en tout cas un danger pour les chevilles, mais j’ai pris le parti que de choisir ces chaussures. C’est plus élégant.

LL : Les concerts ne sont pas sans risques : vous êtes tombée accidentellement à Lyon en 1996.

Qu’est­ce que vous vous êtes dit ? Est­ce que vous vous êtes dit ‘Bon, il faut virer quelqu’un tout de suite !’, ‘Est­ce qu’il faut calmer la chorégraphie ? ‘, ‘Est­-ce qu’il faut faire moins de concerts ? Qu’est­ce que vous vous êtes dit ?!

MF : Renvoyer tout le monde ! (rires)

LL : Oh ! On vire tout le monde ?! Ça m’étonnerait ! (Mylène, silencieuse, laisse planer le doute) Oh oui ?!

MF : Non, non. Je ne sais pas bien quoi répondre. Ça a été un grand choc pour moi, en tout cas.

LL : Avec votre dernier album, il y avait quand même encore, même dans l’an 2000, des clips qui ont été censurés le jour. Est­ce que ça vous a choqué ou est­ce que vous cherchez exprès d’avoir des clips qui choquent parce que, comme ça, on parle plus ?

MF : Je crois que ça n’a aucun intérêt que de vouloir choquer à tout prix pour que l’on s’intéresse à vous. Il se trouve que j’aborde des sujets qui sont peut­être épineux, voire tabous. C’est un risque. Maintenant, la censure ­et spécialement en France, je trouve­ est un peu sévère et s’attaque à tout et n’importe quel sujet, ce que je trouve vraiment regrettable.

LL : Même votre premier clip, « Maman a Tort », a été censuré à l’époque. (si certaines émissions ont choisi de ne pas diffuser ce clip à l’époque, celui-­ci n’a en tout cas jamais été interdit, nda) Mais vous êtes quelqu’un qui est capable de faire des clips qui peuvent durer jusqu’à dix­-sept minutes. Quand vous voyez le niveau que vous avez atteint, vous, quelle est votre réaction sur le niveau des clips qu’on peut voir en France en l’an 2000 ?

MF : Là encore, vous me demandez de porter un jugement et j’avoue que c’est quelque chose que je n’aime pas faire. Je peux vous dire en revanche qu’il y a des artistes que j’aime beaucoup et qui font de très beaux clips. J’aime l’univers de Björk, j’aime ce qu’a apporté Peter Gabriel, David Bowie…Il y a beaucoup d’artistes qui ont des clips intéressants.

Diffusion d’un extrait du clip « Optimistique-­Moi »

LL : Sur cet album, vous avez travaillé, bien sûr, avec j’imagine un homme dans lequel vous avez beaucoup de confiance, Laurent Boutonnat (Mylène confirme et sourit), mais vous avez travaillé avec d’autres compositeurs pour cet album­là. Est­ce que…

MF : (la coupant) Non !

LL : C’était que lui qui a fait toutes les chansons ?

MF : J’ai fait, moi, quelques chansons, comme compositeur et comme auteur…

LL : D’accord.

MF : …et c’est tout !

LL : OK. Mais pour les nouveaux gens avec qui vous avez envie de travailler, est­ce que vous demandez à Laurent son avis ou est­ce que vous lui parlez après d’avoir déjà pris votre décision sur les nouveaux gens avec qui vous avez envie de travailler ?

MF : Si vous me parlez de composition, je n’ai jamais eu le souhait que de travailler avec quelqu’un d’autre qu’avec Laurent. Maintenant, en terme de vidéo, oui j’ai fait appel à beaucoup de réalisateurs différents. Est­ce que je demande son avis : non ! (rires)

LL : D’accord. Et, parce que justement vos clips sont d’un tel niveau, est­ce que vous accepteriez de travailler avec des nouveaux talents, ou est­ce qu’il faut toujours quelqu’un qui ait déjà fait leurs preuves pour travailler avec vous ?

2000-01-dMF : C’est d’abord très, très difficile que de trouver un réalisateur, donc je vois beaucoup, beaucoup de cassettes. C’est vrai qu’il m’est difficile d’aller vers quelqu’un qui n’a jamais rien fait parce qu’on ne peut pas s’appuyer sur un travail qui a déjà…enfin, sur des choses qui sont concrètes, réelles. Donc je vais plus facilement vers des réalisateurs qui ont déjà réalisé des vidéos. Voilà. Donc mon choix s’est porté sur Marcus Nispel, Abel Ferrara et Michael Haussman pour le dernier. (« Optimistique­Moi », nda) Diffusion d’un extrait du clip « California »

LL : Vous avez un corps magnifique…

MF : (surprise, elle pouffe de rire) C’est gentil !

LL : Est­ce que, pour vous, votre corps est aussi important dans votre travail que votre voix ?

MF : Non. Non. (dans un rire) Je ne sais pas quoi vous répondre, si ce n’est que je… (silence) Tout est important ! On va dire, aussi bien, alors l’apparence physique que le vêtement, que le verbe aussi : tout est important pour moi. Maintenant, est­ce que je suis obsédée par ma ligne, par mon corps ?

Non, absolument pas. Je ne fais du sport que quand je monte sur scène.

LL : D’accord. OK. Alors, vous êtes la seule artiste française qui est aussi collectionnée ­et même plus collectionnée­ que Johnny Hallyday. Est­ce que vous êtes quelqu’un qui prend plus de temps à choisir les objets que vous avez envie d’associer avec votre nom ? Et est­ce qu’il y avait des objets que vous avez systématiquement refusé ?

MF : Systématiquement refusé, je n’en ai pas le souvenir. Mais je travaille en tout cas avec quelqu’un qui me donne des idées ­ parfois, j’apporte moi­-même des idées. Et là encore, c’est quelque chose que je qualifie d’important. En tout cas, je fais attention, oui, à ce que je propose. Voilà ! (sourire)

LL : Il y a beaucoup de questions sur l’Internet, beaucoup de sites qui vous sont consacrés. Est­ce que ça vous intéresse, l’Internet ? Et est­ce que vous regardez les sites qui sont consacrés sur vous ?

MF : L’Internet m’intéresse, oui. Mais j’utilise mon computer surtout pour les e­mails. J’aime bien correspondre.

(rires)

LL : Et est­-ce que vous regardez les sites qui sont consacrés à vous ?

MF : On va rester… (visiblement embarrassée) Je ne sais… Je m’y intéresse, oui. J’ai du mal à… Le culte de moi­même est quelque chose qui m’est difficile. Maintenant, je sais qu’il y a un travaille qui est fait, et qui est très bien fait. Donc je regarde ça de près et de loin. Je vais rester évasive ! (large sourire)

LL : Alors, sur l’Internet, on dit qu’il y a des sites où on peut vous voir nue. Est­ce que votre entourage est au courant de ça ? Et, si c’est le cas, pourquoi ces sites existent­ils encore aujourd’hui ?

MF : Ecoutez, j’ignore ces sites ! (rires) Maintenant, il est facile de faire arrêt sur image quand on prend une vidéo et puis on va sortir l’image en question. Maintenant, si je suis dénudée ou nue dans une vidéo, qu’y puis-je ?! (soupir) Le faire interdire, c’est très difficile. Très difficile. Même si on interdit, quelqu’un d’autre le fera.

Donc tant pis pour moi ! (sourire)

Diffusion d’un extrait du clip « Libertine »

LL : Pensez­vous qu’on vit dans une société où les jeunes se sentent obligés d’être parfaits, ambitieux, énergiques tous les jours ? Et qu’est­ce que vous pouvez leur conseiller, les gens qui ont envie d’être individuels, uniques et différents ?

MF : De rester unique, c’est très important. (sourire) Qu’est­ce que je peux rajouter ? Qu’il est important, et que je leur souhaite, d’avoir une passion dans la vie. C’est un moteur qui est fondamental pour vivre et survivre.

LL : Vous avez beaucoup d’émotion en vous. Est­ce qu’il y avait des situations où vous vouliez absolument pas pleurer et ça arrive, et vous sentez que ça monte quand même, et est­ce que, puisque ça arrive peut­être souvent, vous avez une ruse pour éviter les larmes ?

MF : Non, ça, je crois, c’est quelque chose que je ne contrôle absolument pas, et je ne veux pas me défendre que d’avoir justement une émotion forte. C’est arrivé énormément de fois en scène, à des moments auxquels je ne m’attendais absolument pas justement. Et, je crois, s’il y a quelque chose qu’on peut partager en scène avec le public, c’est justement une émotion. Donc je n’ai aucune immunition. (sic !) (rire)

LL : Alors, il y a beaucoup de comédiens qui adoreraient avoir autant d’émotions à leur portée. Est­ce que ça vous dirait un jour d’être prof de cinéma ou de théâtre ?

MF : Absolument pas, non ! (rires) Non.

LL : Non ?

MF : Non. Et je crois qu’il y a beaucoup de comédiens qui ont leur propre émotion. (rires)

Diffusion d’un extrait du clip live « Rêver », suivi d’une page de publicité

LL : On se retrouve dans « Le Mag », avec Mylène Farmer : deuxième partie.

Jingle

LL : Alors, un de mes films préférés, c’est un de vos films préférés aussi, c’est « Frances » (Mylène confirme), joué par Jessica Lange, et il y a une scène dans ce film où elle revient chez elle, dans sa ville natale, en tant que grande star, et il y a une femme devant elle qui lui lèche les bottes, et elle dit ‘Vous n’étiez pas la femme qui m’a haïe il y a dix ans, qui m’a traitée comme pire que rien ?’ et donc, tout le monde a bien vu qu’elle l’a bien mis dans sa place. A l’époque où vous étiez mannequin, est­ce que vous avez eu des gens qui vous traitaient peut­être pas bien, quand vous étiez anonyme, et est­ce que vous avez pu vous faire justice aujourd’hui, avec la femme que vous êtes aujourd’hui ?

2000-01-aMF : Ecoutez, je n’ai pas beaucoup de souvenirs, si ce n’est que je vais détourner la question : les personnes qui sont méchantes, vindicatives, il y en a, et j’en rencontre encore aujourd’hui. Maintenant, est­ce que j’ai une réaction ? En général, j’essaie, non, d’avoir la réaction contraire à ses instincts premiers, à savoir que je préfère répondre par la gentillesse à l’arrogance. C’est moins douloureux. (sourire)

LL : Alors justement, vous avez dit que vous êtes dans une époque de votre vie où vous êtes en pleine forme, heureuse, beaucoup plus équilibrée, beaucoup plus de confiance en vous, mais pour les jeunes qui vous adorent, qui peut­être sont en train de vivre des enfances où ils ont du mal à vivre le bonheur, qu’est­ce que vous pouvez leur dire pour qu’ils sortent de là ?

MF : Là encore, je crois que je n’ai aucune, ni solution, ni même conseil, si ce n’est que j’en reviens à la réponse précédente : tenter de trouver une passion, un moteur dans sa vie. Maintenant, je crois qu’au travers de la lecture ­et c’est ce qui m’est arrivé­ on peut découvrir des choses, trouver des pansements, et je crois que, dans le fond, la chose fondamentale, c’est le dialogue, c’est pouvoir trouver une forme de communication.

Diffusion d’un extrait du clip « XXL »

LL : Vous avez travaillé avec beaucoup d’américains, vous avez travaillé pas mal aux Etats­Unis. Que pensez­vous avoir appris avec les américains que vous avez pas pu peut­être apprendre ici, en France ?

MF : Probablement… (soupir et silence) Je pense au travail : ce sont des gens qui sont très investis dans leur travail. Ce sont des personnes qui n’ont pas peur, je crois, ni du succès, et qui le revendiquent même. Je crois que c’est une rigueur dans le travail surtout. Maintenant, est­ce que j’ai appris ça d’eux, je n’en sais rien mais en tout cas, j’ai pu, ne serait­ce que pendant les tournages de vidéos… Chacun est réellement à sa place et s’investit dans son travail. Il n’y a pas de mélange entre le sentiment et la fonction. Alors parfois c’est désagréable, mais parfois c’est agréable parce que c’est efficace et que ça va vite.

LL : Alors, ce qui est rare avec les artistes, c’est que vous avez des fans qui peuvent venir vingt-quatre heures avant un concert pour venir vous voir, et donc ils sont là peut-­être pour être sûrs d’au premier rang, alors peut­-être ils mangent pas, peut­-être ils boivent pas, et le concert commence, ils tombent dans les pommes donc ils voient même pas le concert ! (rires)

MF : C’est un peu dramatique tout ça, non ?! (rires)

LL : Non mais ça existe ! Alors qu’est­ce que vous avez envie de dire à tous ces pauvres gens qui vous adorent, qui ont même pas vu le concert du coup ?

MF : Et bien que c’est dommage pour moi ! (large sourire)

LL : Mais est-­ce que vous pensez que c’est une des raisons pour lesquelles vous aimez bien sortir des live et faire des vidéos de vos concerts ?

MF : Je ne suis pas sûre de comprendre le sens de la question…

LL : S’il y a tellement de gens qui tombent dans les pommes donc ils voient pas le concert, ils vont le voir en vidéo…

MF : (rire…consterné ?) Je ne sais pas. Mais, en tout cas, c’est quelque chose de très intéressant que de travailler sur un live, oui.

LL : Alors, votre dernier concert a été filmé par une douzaine de caméras, je crois. Est­ce que vous vous sentez différente le jour où vous savez que ça va être filmé, et est­ce que votre spectacle s’est organisé en fonction du fait que vous savez qu’il faut que ce soit filmé aujourd’hui ?

MF : Non, absolument aucun changement. Quant à mon comportement, moi­même, je crois qu’on ne peut pas ignorer totalement la présence des caméras. Maintenant, je crois qu’il y a une dimension telle en scène qu’on finit par oublier ces choses­là. Dans les dix premières minutes, c’est assez présent, et après, je fais totalement abstraction. Et le spectacle est totalement le même avant, après.

Diffusion d’un extrait du clip live « La Poupée qui fait Non »

LL : Alors, vous êtes la seule artiste française ­encore une fois ! (rires de Mylène) ­mais cette fois­ci, vous êtes la seule artiste française pour être une artiste diamant : c’est­à­dire que tous les albums que vous vendez, ça se vend à plus de un million. (Mylène confirme) Alors, puisque vous voyez que vous avez un tel succès en France, est­ce que vous avez envie ­parce que, en plus, vous êtes quelqu’un qui adore travailler­ vous avez envie de peut­être apprendre d’autres langues pour  toucher d’autres marchés dans le monde ?

MF : Ecoutez, jusqu’à présent, ça a été un refus de ma part. Plusieurs fois, on m’a j’allais dire ‘proposé’ de faire album anglais ou dans une autre langue. Dans la mesure où j’écris moi-­même mes textes, il m’est difficile d’envisager ou une adaptation de quelqu’un d’extérieur, ou moi­-même, je ne possède pas la langue suffisamment pour pouvoir traduire. Et dans la langue française ­dans ma langue en tout cas­ j’aime bien jouer avec les mots, donc c’est très compliqué de trouver ça dans une langue qui n’est pas la vôtre.

LL : On est souvent touché par les peintres parce qu’ils arrivent à nous toucher vraiment à l’intérieur de nous. Quelle est la dernière exposition que vous avez vue où vous avez été vraiment et réellement touchée ?

MF : C’était dans un musée à New York et… L’art moderne…. Je peux vous dire les peintres que j’aime : Egon Schiele, évidemment. (sourire) J’aime Max Ernst, j’aime Picabia. Et je vais oublier probablement tous ceux que j’aime ! (sourire) Mais j’aime la peinture, oui. Ce sont des moments très privilégiés.

Diffusion d’un extrait du clip « Je te rends ton Amour »

LL : Il y a un moment dans votre concert où il y a quelqu’un qui peut monter sur scène avec vous.

Comment assurez­vous la sécurité dont vous avez besoin ? Parce qu’on sait jamais…

MF : Là encore, je crois que je ne… Est-­ce que c’est de l’inconscience ? J’en sais rien. Mais je ne pense pas à ces moments d’hypothétique danger. Et là encore, c’est un moment spontané. J’ai mis beaucoup de temps avant que de faire monter quelqu’un sur scène, et je préfère là encore une spontanéité. Donc il m’est arrivé ­ce n’est pas systématique­ de faire monter quelqu’un. Et, dans ces cas­là, non, je pense à autre chose qu’à un danger. Plus un partage.

LL : Vous êtes terriblement connue dans les pays francophones. De tous les pays d’Europe, pourquoi avoir choisi la Russie ?

MF : Pourquoi la Russie ? Parce qu’ils ont diffusé, quand j’ai commencé ce métier, ils ont diffusé énormément de vidéos. Et puis il y a des personnes là­-bas qui ont beaucoup travaillé sur moi. Et j’avais très envie de découvrir la Russie, en tout cas son public. Je ne peux pas vous dire que je connais bien la Russie, si ce n’est que Saint­Pétersbourg est une ville magnifique, que j’y ai fait quelques rencontres qui sont assez jolies aussi, avec beaucoup d’artistes, des peintres notamment, et que c’est un changement parce que c’est un public qui n’est pas ‘acquis’ ­si tant est qu’on puisse avoir un public acquis­ mais vraiment là, c’était quelque chose d’assez étonnant. D’autre part, ils sont quand même assez brimés : ils n’ont pas le droit de se lever pendant un concert, ils n’ont pas réellement le droit de manifester leur joie, et ils l’ont quand même fait, à la fin du concert : ils se sont levés, ils se sont approchés au bord de scène. Ce sont des moments assez forts.

Diffusion d’un extrait du clip « Tristana »

 LL : A la sortie d’une tournée, normalement, pour la plupart des gens, c’est des vacances. Mais vous avez déjà envie de retravailler tout de suite ?

MF : Je travaille déjà (rire). Je travaille sur le live en studio, pour le mixage, et bientôt sur le film du live. Et j’ai quelques projets à venir, donc ce sera une période de travail. (personne ne le sait encore au moment de l’enregistrement, mais Mylène prépare avec Laurent Boutonnat à la fois le lancement d’Alizée et de son premier single « Moi…Lolita » et à la fois une participation à la bande originale du long-­métrage d’animation américain « Les Razmoket à Paris » avec le titre inédit « L’Histoire d’une Fée, c’est… », nda)

LL : Est­ce que vous êtes quelqu’un qui peut très bien prendre des vacances, ou est­ce que vous vous sentez tout de suite coupable le jour où vous ne travaillez pas ? Est­ce que vous êtes plus contente quand vous travaillez ?

MF : J’ai cette culpabilité, oui, mais j’ai ça en moi : j’aime le travail. C’est quelque chose que j’aime profondément donc c’est… Là encore, je me nourris de ça très facilement. L’oisiveté ne me sied pas du tout !

(rires)

téléchargementLL : Alors, ce qui est formidable, c’est que vous êtes, je crois, une perfectionniste, et c’est bien dans le travail. Mais est­ce que ça veut dire que, après chaque concert, vous prenez les musiciens, les  chanteurs, les techniciens et que vous faites une espèce de résumé du concert ?

MF : Non, du tout.

LL : Jamais ?

MF : Non, non. Ni avant. Je sais qu’il y a beaucoup d’artistes qui aiment prendre la main de leurs  camarades et faire une prière avant de monter sur scène, j’avoue que je ne connais pas ça. (sourire) Et après le travail, non. Après le travail, c’est terminé. Après, chacun ponctuellement apprécie ou n’apprécie pas le moment, mais c’est plus quelque chose, j’allais dire, un état solitaire, de solitude, en tout cas pendant la première heure. Mais ce qui ne vous empêche pas les éclats de rire. Maintenant, quant au résumé de la situation, de ce qui s’est  passé, non.

LL : Justement, est-­ce que, pendant un concert, vous avez envie de vous éclater de rire, parce que vous voyez un danseur qui a fait un faux pas, ou je sais pas quoi ? Et est­ce que ça vous est arrivé, devant votre public, de sortir de la chanson carrément ? Ou est­ce qu’il y a jamais eu quelque chose comme…

MF : Sortir de la chanson, non. Maintenant, des éclats de rire, oui, bien sûr. Bien sûr. Ce qui fait qu’on n’est pas des robots non plus ! (rires)

Diffusion d’un extrait du clip « Je t’aime Mélancolie »

LL : Il y a quelque chose dans mon émission où les téléspectateurs peuvent poser trois questions.

J’en ai pris trois : première question, c’est que, bien sûr, il y a beaucoup de vos fans qui se sentent frustrés parce qu’ils ne vous entendent pas assez en dehors de la scène, et ils ne vous voient pas assez non plus ­moi, je suis ravie que vous êtes là aujourd’hui ! (sourire de Mylène). Et, est­ce que ça vous dirait un jour d’être un peu plus proche d’eux, dans leur avis ?

MF : Moi je n’ai pas la sensation que d’être loin d’eux, donc, là encore une pirouette probablement, mais j’ai l’impression d’être très proche d’eux. Maintenant, est­ce que ça doit passer par l’interview, par la justification ?

Je n’en suis pas sûre. Je me sens, en tout cas moi, proche d’eux.

LL : OK. Deuxième question : vous avez dit que la vulnérabilité est un compagnon agréable et nécessaire. Est­ce que, finalement, ça vous ennuierait d’être parfaite, même s’il y a des jours où vous tentez à tout prix de l’être ?

MF : Là encore, je ne sais pas ce qu’est un être parfait… (rires après un silence)

LL : Mais y a pas des jours on a quand même envie au moins de faire le mieux qu’on peut faire ?

MF : Perfectionniste, oui. Parfait, absolument pas, non, ce n’est pas une quête en soi. Mais perfectionniste dans mon travail, oui. Là, ça part, je crois, d’un respect de l’autre et respect de soi­même. Je prends du temps avant de faire une pochette, je réfléchis. J’ai envie d’offrir des choses qui, moi, me plaisent vraiment.

LL : Troisième question Internet, et dernière question : pour les gens qui se sentent un peu perdus, peut-­être ils sont athées, je sais pas, qu’est­-ce que vous pensez que le bouddhisme pourrait leur apporter ? Et je crois qu’il y a plusieurs styles de bouddhisme…

MF : Ecoutez, ne serait­ce que par curiosité, découvrir cette philosophie. Dire qu’elle est    probablement plus douce que d’autres philosophies ou religions, qu’elle est probablement ­en tout cas ça l’a été pour moi­ plus convaincante, que ce peut être simplement un passage dans leur vie, mais que c’est, en tout cas, intéressant que de s’ouvrir à cette philosophie : ça peut panser l’âme, ça peut aider en tout cas. Là encore, j’en reviens à l’idée de dialogue : si on n’a pas la chance d’avoir quelqu’un à qui parler, on peut le faire au travers d’une lecture comme ça, parce que vous avez beaucoup de réponses ­en tout cas, si ce ne sont pas des réponses, en tout cas des tentatives de réponses. (sourire)

images (1)LL : OK. Je vous remercie beaucoup d’être venue.

MF : Merci à vous. (sourire)

LL : Et bon travail !

MF : Merci beaucoup.

LL : Merci bien.

MF : Merci.

L’émission se termine sur des images de l’équipe technique rangeant leur matériel dans le salon où a pris place l’entretien, le tout sur la musique de « Optimistique­-Moi »

Publié dans Mylène 1999 - 2000, Mylène dans la PRESSE, Mylène en CONFIDENCES | Pas de Commentaires »

Mylène Farmer la papesse du clip

Posté par francesca7 le 30 mars 2014

 

La chanteuse culte Mylène Farmer vient d’entamer une nouvelle série de concerts à Paris Bercy, qui sera suivie d’une tournée en province intitulée « Timeless ». L’occasion de revenir sur les 30 ans de carrière de la star, de ses audaces visuelles à ses rendez-vous manqués avec le cinéma en passant par ses influences, ses collaborations et ceux qu’elle a elle-même inspirés. La première partie de cette saga en 3 volets est consacrée à ses clips légendaires…

Aux origines du mythe…

Image de prévisualisation YouTube

http://www.youtube.com/watch?v=RUQZZW2GrAA

 

C’est sur un clin d’oeil à Marilyn Monroe que Mylène Farmer s’affiche en 2012

pour son album « Monkey Me »

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En empruntant son nom de scène à Frances Farmer, une actrice américaine des années 40 entrée dans la légende tragiquement après un internement psychiatrique qui l’a détruite, Mylène Gautier, comédienne formée au Cours Florent et coutumière des spots publicitaires, inscrit son univers dans l’enténèbrement et la perversion dès 1984 et la sortie de son premier titre, Maman a tort. Dans cette comptine torturée, la chanteuse débutante avoue poliment à sa maman être tombée amoureuse de son infirmière. Si elle ne cache pas à cette époque rêver de devenir actrice, dédiant par exemple une chanson de son premier album à l’une de ses idoles, Greta Garbo, le succès immense qui la propulse en quelques années au rang de star de la chanson française la conduit naturellement à remettre ses ambitions à plus tard pour embrasser pleinement l’autre belle carrière qui s’offre à elle.

 

C’est Laurent Boutonnat qui la sort de l’ombre. Il débute lui-même à l’époque, avec seulement un long-métrage à son actif, La Ballade de la féconductrice, sorti en 1980 et projeté au marché du film à Cannes. Il est interdit aux moins de 18 ans… alors qu’il n’en a lui-même que 17 ! Il devient le compositeur, le pygmalion, le jumeau, « l’autre » de Mylène Farmer. Ils inventent ensemble un univers visuel unique, cinématographique, référencé et peuplé de personnages marquants, épaississant le mystère qui entoure la jeune femme et qui ne la quittera plus jamais.

 

Clipographie : Mylène vue par Laurent Boutonnat


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1986 - Libertine : court-métrage d’une dizaine de minutes, inspiré du Barry Lyndon de Kubrick, entré dans la légende en particulier grâce à ses scènes de nue qui ont fait scandale.

 

1987 - Tristana : deuxième court-métrage qui revisite le conte de Blanche Neige et les sept nains au coeur d’une Russie enneigée, et qui fait référence, entre autres, au Cuirassé Potemkine.

 

1987 Sans Contrefaçon : projetée en avant-première au cinéma Max Linder, cette vidéo raconte la relation ambigüe entre un marionnettiste et un pantin désarticulé, qui n’est pas sans rappeler l’histoire de Pinocchio.

 

1988 - Pourvu qu’elles soient douces (Libertine II) : suite de l’histoire de Libertine, se déroulant cette fois pendant la Guerre de sept ans. Il entre à l’époque dans le Livre des records en tant que clip le plus cher de l’histoire (3 millions de francs), le plus long (près de 18 minutes) et comportant le plus de figurants (500).

 

1989 - Sans Logique : dans une ambiance rappelant les tableaux de Goya, une femme trompée, habitée par le Malin, se lance dans une corrida meurtrière avec son amant, sous le regard fasciné et pervers de gitans abimés par le temps.

 

1989 - A quoi je sers ? : dans ce clip en noir et blanc, Mylène convoque les personnages qui ont peuplé ses premiers clips. Ils s’enfoncent ensemble au coeur d’ un rivage brumeux et incertain.

 

1991 - Désenchantée : devenu l’hymne de toute une génération, cette chanson forte, politique pour les uns, personnelle pour l’artiste, est illustrée par un clip qui propulse la star dans ce qui ressemble à un camp de concentration où la révolte est le seul espoir de survie jusqu’à une fuite vers le bout du bout du monde, jusqu’à l’infini.

 

1992 - Beyond My Control : le dernier clip réalisé par Laurent Boutonnat avant une longue période conduit Mylène au bûcher, en proie aux flammes, livrée aux loups, après avoir dévoré le cou puis le visage de son amant qui l’a trompée (lui aussi). On y entend la voix de John Malkovich, extraite du film Les Liaisons dangereuses, qui confesse « It’s beyond my control« .

 

2001 - Les Mots : pour la sortie de son premier best-of, elle enregistre un duo avec le chanteur britannique Seal. Laurent Boutonnat revient à cette occasion derrière la caméra pour les diriger. Perdu en mer sur un radeau, le couple est finalement séparé par les vagues, le courant emportant l’amant.

 

Redécouvrez ci-dessous le clip de Désenchantée :

 

Clipographie : Mylène vue par d’autres cinéastes

Image de prévisualisation YouTube

http://www.youtube.com/user/MyIeneFarmer

 

 

1992 - Que mon coeur lâche : dans ce premier clip aux allures légères, Luc Besson embarque sur Terre l’ange Mylène à qui Dieu donne pour mission d’enquêter sur ce qu’est devenu le sentiment amoureux. Réponse : il a été perverti par le sexe et détruit par le VIH. Le cinéaste joue au jeu de l’auto-référence en proposant une scène similaire à l’une de son film Nikita, sorti deux ans plus tôt.

 

1995 & 1996 XXLL’instant X & Comme j’ai mal : Marcus Nispel, devenu par la suite réalisateur de films d’horreur (Massacre à la tronçonneuseVendredi 13…), met en scène une Mylène plus libérée, que ce soit sur le devant d’un train roulant à vive allure au milieu des plaines californiennes, ou dans un New York envahi par la mousse.

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1996 - California : admiratrice d’Abel Ferrara, Mylène parvient à convaincre le réalisateur de la diriger aux côtés deGiancarlo Esposito dans les quartiers chauds de Los Angeles, sur un scénario qu’ils co-écrivent et qui met en parallèle le destin d’un couple de riches hollywoodiens et celui d’une prostituée et de son maquereau.

 

1999 - L’Âme-Stram-Gram : basée sur une légende chinoise, cette vidéo de plus de 7 minutes est dirigée par Siu-Tung Ching (Histoire de fantômes chinois) qui dispose d’un budget d’environ 900 000 euros. Aux abords de la Muraille de Chine, deux jumelles sont traquées par des bandits. L’une est kidnappée, l’autre cherche alors à la retrouver…

 

1999 - Je te rends ton amour : François Hanss, autrefois assistant-réalisateur de Laurent Boutonnat, plonge la star dans un bain de sang au milieu d’une église. Considéré comme blasphématoire, il est interdit d’antenne en version intégrale avant minuit. Il sort alors en VHS et le bénéfice des ventes est reversé au Sidaction.

 

2000 - Optimistique-Moi : cette fois, Mylène fait appel à un réalisateur de clips et de publicités, Michael Haussman, qui a notamment oeuvré pour Madonna. Il pousse la chanteuse au centre d’un cirque dont elle tente de s’échapper… comme par magie.

 

2001 - C’est une belle journée : à l’occasion de son premier clip animé, basé sur ses propres dessins, Mylène fait la rencontre de celui qui deviendra son compagnon, Benoît di Sabatino, un producteur spécialisé dans l’animation. Une suite sort deux ans plus tard sous forme de conte philosophique pour adultes, intitulé Lisa-loup et le conteur.

 

2005 - Fuck Them All : le premier extrait du nouvel album de Mylène, Avant que l’ombre…, est illustré par un clip signé par le réalisateur espagnol Agustí Villaronga (El mar).

 

1a2006 - Peut-être toi : après le dessin-animé, Mylène s’attaque au manga. Une sorte de Roméo et Juliettejaponisant qui se termine par la mort de deux amoureux, transpercés par la même flêche. La production est confiée à I.G., une société japonaise experte dans le domaine.

 

2009 - The Farmer Project : respecté dans le monde de la publicité grâce à ses réalisations classieuses pour des spots de marques de luxe, Bruno Aveillan est en charge de ce court-métrage composé de deux clips (Dégénérationet Si j’avais au moins…), d’ailleurs diffusé en avant-première ici même, sur AlloCiné ! On y découvre une Mylène créature extra-terrestre aux ondes sensuelles venue répandre l’amour sur Terre et libérer les animaux de leurs cages.

 

vue sur http://www.allocine.fr/article

 

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Mylène Farmer de 1996 à 2001

Posté par francesca7 le 5 mars 2014

 

 

images (1)MYLENE FARMER … 1996-2001

En Septembre 1995, elle fait son come-back avec son album ‘Anamorphosée’, enregistré en Californie. Alors s’enchainenet les tubes: ‘XXL’, ‘L’instant X’, ‘California’, ‘Comme j’ai mal’ et ‘Rêver’. Qui dit succés, dit tournée; c’est pourquoi, le 25 mai 1996, Mylène débute sa tournée dans l’hexagone. Celle-ci sera malheureusement interrompue le 15 juin au cours même du concert de Lyon : Mylène tombe de scène et se brise le poignée… Le 29 novembre, la tournée reprend. C’est au cours de son concert à Bercy, le 12 décembre, qu’est filmée la vidéo Live à Bercy. Alors, suit une nouvelle série de succés live : ‘La poupée qui fait non’(duo avec Khaled), ‘Ainsi sois-je’ et ‘Désenchantée’(diffusé sur NRJ), tous tirés bien sûr de cette fabuleuse cassette… Le 7 et 8 décembre 1997, pour marquer la réussite non seulement de sa tournée mais aussi de toute sa carrière, NRJ rend hommage à notre sublime Mylène en organisant un week-end Mylène Farmer où l’on pourra suivre la Saga NRJ qui décrit son parcours…

Une nouvelle fois, Mylène fait son come-back aprés une longue période d’absence : le 1er Février 1999, dans Music new sur NRJ, l’annonce puis le passage du nouveau single, Ame stram gram, sublime une nouvelle fois les fans ; le 9 mars, le single est dans les bacs et ce sera plus de 300 000 ventes. Cette ambiance techno semble plaire puisque le single se classe dès la première semaine, à la seconde place des meilleures ventes de single.

Pour le clip de Ame stram gram, une nouvelle bonne surprise puisque le duo Mylène et Laurent est de nouveau formé et nous offre un superbe scénario (malgré une mise en scéne trés ninjaesque au milieu du clip… no comment) de plus de 10 minutes : un coût de 3,5 millions et un réalisateur talentueux, Ching Siu Tung pour 5 jours de tournage à Pékin.

Après un début de promo, le 7 avril, l’album Innamoramento est *enfin* en vente ; une fois de plus en exclusivité, NRJ diffusait la veille certaines chansons avec la présence de la Belle. L’album est vite un succés et affiche plus de 700 000 exemplaires vendus.Aprés 3 mois, Je te rends mon amour arrive le 1er juin ; un clip une fois de plus troublant pour les petits esprits … censuré …Pour la troisième fois de sa carrière, Mylène entame une nouvelle tournée : Le mylènium tour. Ce nouveau spectacle débute cette fois-ci à Marseille le 21 septembre 1999 ; le 24 reçoit la Belle et ses nouvelles tendances asiatiques à Bercy, Paris …Une semaine aprés le début de la tournée mais initialement prévu pour la première date du Mylènium Tour, Souviens-toi du jour prend silencieusement la place du précédent single : ces deux derniers n’obtiendront pas en effet un franc succés auprés du grand public …

Parution sur http://www.melty.fr

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Saga « Mylène Farmer fait son cinéma »

Posté par francesca7 le 22 décembre 2013

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CLIP : 1ère partie : la papesse du clip sur – News – Stars 

La chanteuse culte Mylène Farmer vient d’entamer une nouvelle série de concerts à Paris Bercy, qui sera suivie d’une

tournée en province intitulée « Timeless ». L’occasion de revenir sur les 30 ans de carrière de la star, de ses audaces visuelles à ses rendez-vous manqués avec le cinéma en passant par ses influences, ses collaborations et ceux qu’elle a elle-même inspirés. La première partie de cette saga en 3 volets est consacrée à ses clips légendaires…

Aux origines du mythe…

En empruntant son nom de scène à Frances Farmer, une actrice américaine des années 40 entrée dans la légende tragiquement après un internement psychiatrique qui l’a détruite, Mylène Gautier, comédienne formée au Cours Florent et coutumière des spots publicitaires, inscrit son univers dans l’enténèbrement et la perversion dès 1984 et la sortie de son premier titre, Maman a tort. Dans cette comptine torturée, la chanteuse débutante avoue poliment à sa maman être tombée amoureuse de son infirmière. Si elle ne cache pas à cette époque rêver de devenir actrice, dédiant par exemple une chanson de son premier album à l’une de ses idoles, Greta Garbo, le succès immense qui la propulse en quelques années au rang de star de la chanson française la conduit naturellement à remettre ses ambitions à plus tard pour embrasser pleinement l’autre belle carrière qui s’offre à elle.

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C’est Laurent Boutonnat qui la sort de l’ombre. Il débute lui-même à l’époque, avec seulement un long-métrage à son actif, La Ballade de la féconductrice, sorti en 1980 et projeté au marché du film à Cannes. Il est interdit aux moins de 18 ans… alors qu’il n’en a lui-même que 17 ! Il devient le compositeur, le pygmalion, le jumeau, « l’autre » de Mylène Farmer. Ils inventent ensemble un univers visuel unique, cinématographique, référencé et peuplé de personnages marquants, épaississant le mystère qui entoure la jeune femme et qui ne la quittera plus jamais. 

1986 - Libertine : court-métrage d’une dizaine de minutes, inspiré du Barry Lyndon de Kubrick, entré dans la légende en particulier grâce à ses scènes de nue qui ont fait scandale. 

1987 - Tristana : deuxième court-métrage qui revisite le conte de Blanche Neige et les sept nains au coeur d’une Russie enneigée, et qui fait référence, entre autres, au Cuirassé Potemkine

1987 Sans Contrefaçon : projetée en avant-première au cinéma Max Linder, cette vidéo raconte la relation ambigüe entre un marionnettiste et un pantin désarticulé, qui n’est pas sans rappeler l’histoire de Pinocchio

1988 - Pourvu qu’elles soient douces (Libertine II) : suite de l’histoire de Libertine, se déroulant cette fois pendant la Guerre de sept ans. Il entre à l’époque dans le Livre des records en tant que clip le plus cher de l’histoire (3 millions de francs), le plus long (près de 18 minutes) et comportant le plus de figurants (500). 

1989 - Sans Logique : dans une ambiance rappelant les tableaux de Goya, une femme trompée, habitée par le Malin, se lance dans une corrida meurtrière avec son amant, sous le regard fasciné et pervers de gitans abimés par le temps. 

1989 - A quoi je sers ? : dans ce clip en noir et blanc, Mylène convoque les personnages qui ont peuplé ses premiers clips. Ils s’enfoncent ensemble au coeur d’ un rivage brumeux et incertain. 

1991 - Désenchantée : devenu l’hymne de toute une génération, cette chanson forte, politique pour les uns, personnelle pour l’artiste, est illustrée par un clip qui propulse la star dans ce qui ressemble à un camp de concentration où la révolte est le seul espoir de survie jusqu’à une fuite vers le bout du bout du monde, jusqu’à l’infini. 

1992 - Beyond My Control : le dernier clip réalisé par Laurent Boutonnat avant une longue période conduit Mylène au bûcher, en proie aux flammes, livrée aux loups, après avoir dévoré le cou puis le visage de son amant qui l’a trompée (lui aussi). On y entend la voix de John Malkovich, extraite du film Les Liaisons dangereuses, qui confesse « It’s beyond my control« . 

2001 - Les Mots : pour la sortie de son premier best-of, elle enregistre un duo avec le chanteur britannique Seal. Laurent Boutonnat revient à cette occasion derrière la caméra pour les diriger. Perdu en mer sur un radeau, le couple est finalement séparé par les vagues, le courant emportant l’amant.

Clipographie : Mylène vue par d’autres cinéastes

1992 - Que mon coeur lâche : dans ce premier clip aux allures légères, Luc Besson embarque sur Terre l’ange Mylène à qui Dieu donne pour mission d’enquêter sur ce qu’est devenu le sentiment amoureux. Réponse : il a été perverti par le sexe et détruit par le VIH. Le cinéaste joue au jeu de l’auto-référence en proposant une scène similaire à l’une de son film Nikita, sorti deux ans plus tôt. 

1995 & 1996 XXLL’instant X & Comme j’ai mal : Marcus Nispel, devenu par la suite réalisateur de films d’horreur (Massacre à la tronçonneuseVendredi 13…), met en scène une Mylène plus libérée, que ce soit sur le devant d’un train roulant à vive allure au milieu des plaines californiennes, ou dans un New York envahi par la mousse.

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1996 - California : admiratrice d’Abel Ferrara, Mylène parvient à convaincre le réalisateur de la diriger aux côtés deGiancarlo Esposito dans les quartiers chauds de Los Angeles, sur un scénario qu’ils co-écrivent et qui met en parallèle le destin d’un couple de riches hollywoodiens et celui d’une prostituée et de son maquereau. 

1999 - L’Âme-Stram-Gram : basée sur une légende chinoise, cette vidéo de plus de 7 minutes est dirigée par Siu-Tung Ching (Histoire de fantômes chinois) qui dispose d’un budget d’environ 900 000 euros. Aux abords de la Muraille de Chine, deux jumelles sont traquées par des bandits. L’une est kidnappée, l’autre cherche alors à la retrouver… 

1999 - Je te rends ton amour : François Hanss, autrefois assistant-réalisateur de Laurent Boutonnat, plonge la star dans un bain de sang au milieu d’une église. Considéré comme blasphématoire, il est interdit d’antenne en version intégrale avant minuit. Il sort alors en VHS et le bénéfice des ventes est reversé au Sidaction. 

2000 - Optimistique-Moi : cette fois, Mylène fait appel à un réalisateur de clips et de publicités, Michael Haussman, qui a notamment oeuvré pour Madonna. Il pousse la chanteuse au centre d’un cirque dont elle tente de s’échapper… comme par magie. 

2001 - C’est une belle journée : à l’occasion de son premier clip animé, basé sur ses propres dessins, Mylène fait la rencontre de celui qui deviendra son compagnon, Benoît di Sabatino, un producteur spécialisé dans l’animation. Une suite sort deux ans plus tard sous forme de conte philosophique pour adultes, intitulé Lisa-loup et le conteur

2005 - Fuck Them All : le premier extrait du nouvel album de Mylène, Avant que l’ombre…, est illustré par un clip signé par le réalisateur espagnol Agustí Villaronga (El mar). 

2006 - Peut-être toi : après le dessin-animé, Mylène s’attaque au manga. Une sorte de Roméo et Juliettejaponisant qui se termine par la mort de deux amoureux, transpercés par la même flêche. La production est confiée à I.G., une société japonaise experte dans le domaine. 

2009 - The Farmer Project : respecté dans le monde de la publicité grâce à ses réalisations classieuses pour des spots de marques de luxe, Bruno Aveillan est en charge de ce court-métrage composé de deux clips (Dégénérationet Si j’avais au moins…), d’ailleurs diffusé en avant-première ici même, sur AlloCiné ! On y découvre une Mylène créature extra-terrestre aux ondes sensuelles venue répandre l’amour sur Terre et libérer les animaux de leurs cages.

Découvre ci-dessous The Farmer Project dans son intégralité : http://www.allocine.fr/article/fichearticle_gen_carticle=18629563.html

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Mylène et le féminisme XXL

Posté par francesca7 le 9 avril 2013

 

XXL, qui sort le 19 septembre 1995, est annonciateur de l’album Anamorphosée, qui sort un mois plus tard, le 17 octobre. C’est une chanson féministe que Mylène présente à ses admirateurs pour son grand retour. Comme nous l’avons dit, la période d’Anamorphosée est une époque lumineuse pour Mylène. Elle chante ainsi l’amour dont toutes les filles ont besoin, un amour « XXL » (référence à la grande taille du prêt à porter américain). Et la chanteuse d’évoquer toutes les femmes ; les bourgeoises (Qu’on sait des filles de / Cocktails, belles) ;  les SDF (Qu’on sait des filles des / Fleurs de poubelles), les romantiques (Qu’on sait des croissants de lune), les pessimiste (Qu’on sait des monts de Saturne), les féministes (Pour l’IVG), les anti-avortement (Ou en bulle), les grandes figures de l’histoire (Qu’on sait des filles de / L’histoire, rare), les prostituées (Qu’on sait les filles des / Fleurs de trottoirs), les transsexuels (Qu’on soit Paul en Pauline), les stars (Faire la une des magazines) ou les femmes atteintes ou non par le virus du sida (Négatives ou positives). Un tour complet donc de la gente féminine, dont Mylène semble se faire ici le porte-drapeau.

Mylène et le féminisme XXL dans Mylène AU FIL DES MOTS xxlmaxi-300x300

Les refrains sont un cri qui rallie toutes les femmes : « On a besoin d ‘amour / On a besoin d’amour XXL / On veut de l’amour XXL ». A noter que le pronom « on » prouve que Mylène, elle aussi, a besoin d ‘amour… A la fin de cette chanson universelle, et à rapprocher de Désenchantée – par son côté rassembleur uniquement – Mylène ne peut pas s’empêcher de préciser que, si les femmes ont bien « Besoin d’une flamme » et « Besoin d’un regard », elles ont aussi besoin « De vague à l’âme » et « De peau et de larmes »… Mylène reste Mylène !

La musique de XXL, comme tout l’album, bénéficiera d’un son très rock, notamment au début, assez dur dans sa rythmique. Un titre réussi et plébiscité par le public, car Mylène vendra plus de 150000 singes de XXL (CD 2 titres et maxi).

Comme il est dit plus haut, c’est une nouvelle Mylène qui nous revient en 1995 avec XXL. Après le clip de Que mon cœur lâche, confié aux soins de Luc Besson, c’est à présent l’Américano Allemand Marcus Nispel qui réalise son clip pour Mylène. C’est la première fois (si l’on excepte Ainsi soit je …) qu’un clip de la chanteuse n’est pas construit sur un réel scénario. En effet, Nispel choisit de placer Mylène à la tête d’un train à vapeur lancé à vive allure dans les campagnes américaines. La chanteuse est donc une figure de roue, porte-drapeau des gens que l’on voit évoluer à l’intérieur du train (hommes, femmes et enfants). Vêtue d’une robe longue et de voiles vert pâle flottant au vent, Mylène est magnifique. Filmé en noir et blanc à Fillmore (Californie) en août 1995, le clip coûtera la bagatelle de 230 000 euros et sera diffusé pour la première fois le 18 septembre 1995, en exclusivité sur M6. Pour l’anecdote, Mylène raconte lors d’interviews de l’époque qu’elle n’était pas très à l’aise (croire qu’elle avait peur), harnachée toute une journée sur l’avant d’un train lancé à grande vitesse… Elle s’est d’ailleurs légèrement foulé la cheville lors du tournage.

                issu du livre de Benoît CACHIN sorti en octobre 2012. Aux éditions Gründ. Page 95/220

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