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Tournage du film de Mylène F. Terminé

Posté par francesca7 le 2 novembre 2017

 

Vivre entre l’ombre et la lumière, le « je » et le « jeu », le hors-champ et le cadre… Elle s’y est habi­tuée. Elle y a même pris goût. Quelques mois avant de révé­ler ses talents d’actrice dans le thril­ler Incident in a Ghost Land de Pascal Laugier, la chan­teuse a bien voulu nous accor­der un entre­tien exclu­sif… libre et passionné !

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Elle arrive avec quelques minutes de retard… vécues comme une éter­nité. Trois jours plus tôt, elle s’est lais­sée photo­gra­phier, en comité restreint, par Sylvie Lancre­non. Ambiance déten­due – bercée par la bande-origi­nale du film Tree of life et quelques morceaux de Sting – mais studieuse – choix des vête­ments, retouches maquillage, rien n’échappe à cette perfec­tion­niste. On a beau l’avoir déjà appro­chée, son absence, avant qu’elle ne surgisse devant nous, nour­rit les fantasmes. Trop fragile pour affron­ter nos ques­tions ? Lorsqu’elle finit par se présen­ter, ses jambes fines ne vacillent nulle­ment sur ses stilet­tos. Trop sauvage pour des retrou­vailles ? Cheveux lâchés et visage à peine maquillé, elle porte un collier aux allures d’amu­lette, mais elle a accepté, après le jeu des photos, notre rendez-vous, déta­ché de tout enjeu promo­tion­nel. Son prochain film, Incident in a Ghost Land réalisé par Pascal Laugier et tourné au Canada l’hi­ver dernier, ne sortira proba­ble­ment que début 2018. Soit près de vingt-cinq ans après Gior­gino, premier long-métrage en costumes, thril­ler enneigé et incom­pris de Laurent Bouton­nat. Musi­ca­le­ment, malgré une récente signa­ture avec Sony Music, la parti­tion est encore vierge. Mylène Farmer a l’élé­gance de ceux qui n’im­posent rien… sinon leur présence au monde, diffé­rente, inspi­rée, et inspi­rante.

Gala : Il y a cinq mois, vous avez terminé le tour­nage du film Incident in a ghost land. Un thril­ler éprou­vant qui confronte une famille à des esprits malfai­sants. Aucune séquelle à déplo­rer ?

Mylène Farmer : Toujours le même cauche­mar : Pascal Laugier, le réali­sa­teur, me pour­suit inlas­sa­ble­ment avec sa caméra dans les couloirs de la maison du film ! (Rires). C’était impres­sion­nant de le voir au travail, d’ob­ser­ver comment il faisait corps avec son long-métrage. Je garde un souve­nir très fort de ce tour­nage et de « mes filles » à l’écran.

Gala : Vous avez fait confiance à un réali­sa­teur, récent dans votre galaxie, et vous avez endossé un rôle inha­bi­tuel, celui d’une mère de famille. Le tout, en langue anglaise. Vous aimez pous­ser les curseurs de la diffi­culté ?

M.F. : Je ne parle­rais pas de diffi­culté, mais d’exi­gence. J’aime les projets ambi­tieux, précis, qui demandent l’in­ves­tis­se­ment de toute une équipe pour un résul­tat encore incon­nu… Il y a une certaine beauté dans ce geste collec­tif. J’ai accepté ce film, essen­tiel­le­ment parce que mon rôle était très bien écrit et parce que Pascal maîtrise remarqua­ble­ment ce genre. Son scéna­rio est formi­dable. Me glis­ser dans la peau d’une mère prête à défendre ses enfants était un chal­lenge, mais je l’ai fina­le­ment abordé de façon assez natu­relle, instinc­tive. Quand le tour­nage à débuté à Winni­peg, j’étais une actrice parmi les autres. 

Gala : Reve­nir au Canada, votre pays de nais­sance, a-t-il agité quelques émotions ?

farmer FILMM.F. : Une immense émotion ! J’ai retrouvé la maison de ma petite enfance, à Pier­re­fonds. J’ai pu en redé­cou­vrir l’in­té­rieur, le jardin… Je suis égale­ment reve­nue dans ma première école, tenue par des reli­gieu­ses… Alors que j’em­prun­tais la rue du Belvé­dère, où j’ai grandi, la neige a commencé à tomber. J’étais comme accueillie… 

Gala : Qu’est-ce qui prime pour vous : dési­rer ou se sentir dési­rée ?

M.F. : Sentir le désir… C’est fonda­men­tal pour moi. Vital, même.

Gala : Comment avez-vous préparé votre rôle dans Incident in a Ghost Land ?

M.F. : J’ai travaillé. Claude Berri m’a dit un jour : « Mylène,  si tu connais ton texte à la virgule près, ainsi que les répliques de tes parte­naires, tu pour­ras tout oublier et t’aban­don­ner. » Depuis le cours Florent, je suis amie avec Vincent Lindon, qui m’impres­sionne infi­ni­ment  dans chacun de ses rôles. Son aide fut précieuse. Il m’a conseillé son coach. J’ai répété. Et puis… j’ai fait le grand saut dans le vide !

Gala : Isabelle Adjani a récem­ment déclaré : « jouer, c’est répa­rer ». Qu’est-ce que cela vous inspire ?

M.F. : C’est une défi­ni­tion qui corres­pond parfai­te­ment à cette grande actrice. Mais pour moi… Je ne crois pas à la répa­ra­tion. Je dirais plutôt qu’on apprend à vivre avec soi. Ce qui, déjà, n’est pas une partie de petits chevaux … 

Gala : Pardon­nez la ques­tion, mais la dispa­ri­tion de votre maman, quelques mois avant de tour­ner avec Pascal Laugier, a-t-elle influencé votre inter­pré­ta­tion d’une mère de famille ?

M.F. : Permet­tez que je ne vous réponde pas direc­te­ment. Chacun d’entre nous est touché par des deuils. J’ai la chance de pouvoir écrire sur « mes » absents… Sans les nommer… Et de pouvoir, par la magie des mots, aspi­rer un peu du chagrin des autres. 

Gala : Isabelle Huppert, que vous connais­sez bien, a dit : « être actrice, c’est trans­for­mer en excel­lence ce qui ne l’était pas : la fragi­lité en force, la timi­dité en assu­rance. » Cela vous ressemble, non ?

M.F. : J’ai beau­coup d’ad­mi­ra­tion pour Isabelle Huppert, sa déter­mi­na­tion, ses choix artis­tiques, son jeu unique. Je ne sais pas si ses mots me ressemblent, mais je partage son point de vue. Le dépas­se­ment de soi est un mini­mum, lorsqu’on veut parta­ger avec les autres. Vivre est une aven­ture exigeant que l’on se réin­vente sans cesse, sans jamais se trahir, ni sacri­fier aux modes. Je suis une instinc­tive et ma timi­dité, que j’as­sume, m’a sans doute proté­gée ! 

Gala : Quels sont les mots qui vous touchent le plus ?

M.F. : Les mots pronon­cés au moment où l’on ne s’y attend pas. Je suis fasci­née par la puis­sance des mots portés par la bonne personne, au bon moment. Et « Mon Amour » m’émeut telle­ment… 

 

Propos recueillis par Thomas Durand 

article paru dans http://www.gala.fr/l_actu

Publié dans Mylène 2017 | 1 Commentaire »

Entretien avec Franck ESPOSITO – MYLENE FARMER

Posté par francesca7 le 15 juin 2016

                                                                                                                                                                                                                     

Nb : cet interview est un mélange de l’entretien donné à la presse régionale et celle publiée dans le dossier de presse du film, tous deux consultables en intégralité dans la section Bonus.                                                                                                                                                                                                                                

francescamylène

                                                                                                                                                                                                                   

A propos de son passage de la chanson au cinéma :                                                                                                                                                                                                                                

- Notre rencontre avec Laurent est née d’un même désir : faire du cinéma. Pourtant, nous avons existé tous les deux grâce à la chanson – un cadeau que l’a vie m’a fait, même si cela n’a pas toujours été facile. Aujourd’hui, le cinéma est une expérience que je souhaite renouveler, même s’il est difficile de rencontrer une émotion plus forte que celle que l’on ressent sur scène. Sans prétention aucune, je suis venue très naturellement du clip au cinéma. Il y a une ‘frustration d’actrice’ lorsque l’on tourne un clip car on n’y parle pas. Aussi, interpréter à l’écran quelqu’un d’autre, quelqu’un qui n’est pas moi, était très intéressant.                                                                                                                                             

                                                                                                                                                                                                                      

A propos du personnage de Catherine :                                                                                                                                                                                                                                

- Le sujet de « Giorgino » m’a séduit par son étrangeté et son originalité. Quant au personnage de Catherine, j’ai senti que je pouvais y mettre beaucoup d’émotion. Si Laurent a puisé certaines choses de ma personnalité pour l’écriture du personnage, je ne suis pas Catherine, qui est une femme enfant mystérieuse, différente des autres et qui paiera cette différence. Moi, ce qui m’a émue avant tout, c’est sa fragilité en même temps que son innocence et sa violence intérieure. J’aime son côté émotionnel et déchirant. C’est l’enfant qui est en Catherine avec sa naïveté, sa pureté et sa colère que je retrouve en moi. Une colère rentrée, assez violente, contre l’injustice et surtout la difficulté de vivre. Pour lutter contre cette colère, l’amour est un pansement : le pansement idéal à la colère.

                                                                                                         

A propos de sa préparation pour le rôle :                                                                                                                                                                                                                                

- J’ai pu assister ainsi à quelques entretiens entre ce que l’on appelle des malades et leurs docteurs. J’ai écouté, puis regardé la gestuelle particulière de ces personnes très habitées, angoissées et pour la plupart sous médicaments. Vous dire que je m’en suis servie pour Catherine, je ne sais pas vraiment. Auparavant, je m’étais intéressée aux enfants autistes pour essayer de comprendre, de percer les mystères de ce silence et de ce repliement sur soi. J’ai la sensation d’être proche de ces enfants autistes, au comportement tellement intrigant et dont leur retrait du monde est inexplicable. Une communion dans le silence avec ces gens-là me semble plus enrichissante parfois qu’une conversation .                                                                                                                                                                                                                      

A propos de ses débuts au cinéma :                                                                                                                                                                                                                                 

- J’aurais pu, c’est vrai, débuter au cinéma avec quelqu’un d’autre que Laurent Boutonnat. J’aime d’ailleurs beaucoup de réalisateurs. David Lean est mon préféré. Si « La leçon de piano » est un chef-d’œuvre, les premiers films de Jane Campion sont eux aussi magnifiques. J’adore également Bergman, Oliver Stone et Spielberg bien sûr, à l’exception de « Jurassic Park » qui ne m’a pas beaucoup touchée. Tous leurs films, je vais les voir en salle, car la télévision dénature le cinéma.                                                                                                                                                                                                                                                            francescamylène1                                       

A propos de son implication sur le film :                                                                                                                                                                                                                                 

- Je l’ai mal vécue, uniquement à cause de cette sensation d’abandon en ce qui concerne la chanson – un abandon qui dure depuis deux ans – mais à cause aussi de la peur des retrouvailles. Cela dit, les retrouvailles, j’espère que ce sera pour bientôt, jusqu’à ce que le réalisateur délaisse ses caméras pour se remettre à son piano.                                                                                                                                                                                                                                                                                                       

A propos de sa conception de son métier :                                                                                                                                                                                                                                

- J’ai fait peu de disques, peu de scène, et je continuerai dans ce sens-là parce que c’est fondamental pour moi. L’émotion que j’ai rencontrée au travers de la scène est une émotion que je ne pourrai rencontrer éternellement. Aussi, je ferai peut-être encore une scène et puis j’arrêterai. Au cinéma, c’est la même chose : je ne ferai jamais trop de films. Tout cela est conflictuel, ou peut-être est-ce simplement parce que j’ai envie de me préserver. Préserver un sentiment et ne jamais avoir l’impression de tricher. Si j’avais un jour le sentiment de tricher, cela tuerait ma vie d’artiste.                                                                                                                                                                                                                        

A propos des interviews et des photos :                                                                                                                                                                                                                                  

- Ce n’est pas un plaisir pour moi. (le journaliste lui fait remarquer que l’entretien se déroule bien, nda) Plutôt agréable, en effet ! Mais dire que je fais cela spontanément, détrompez-vous ! La photographie n’est pas non plus un moyen d’expression facile pour moi. Ainsi, lorsque le contrôle de certaines choses m’échappe, je les refuse ! Si des photos sont faites, j’estime avoir le droit de les choisir. Je peux aussi choisir mes photographes. Malgré tout, il y a aussi beaucoup de choses qui se disent sur moi et qui n’existent pas.

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A propos de Laurent Boutonnat :                                                                                                                                                                                                                               

- Son univers est un monde troublé, troublant et plein de poésie. Si je suis attirée par les relations et les sentiments difficiles et si j’aime tout ce qui porte au rêve, Laurent et moi sommes instinctivement attirés par les contes cruels, par l’irrationnel et tous deux, nous refusons le monde des adultes. Ses qualités ? Sa démesure, sa maîtrise, sa perception du sentiment et sa facilité à exprimer les troubles que l’on a en soi.                                                                                                                                                                                                                                   

 A propos de ses attentes :                                                                                                                                                                                                                                  

- J’espère sincèrement que le film rencontrera un public et que dans un deuxième temps il m’apportera d’autres rôles. Si le film ne marche pas, je le ressentirai comme un échec personnel, même si je n’en suis pas entièrement responsable.                                                                                                                                                                                                                      

        

LE GUIDE MÉRIDIONAL       05-oct-94     

Publié dans Mylène 1993 - 1994, Mylène dans la PRESSE, Mylène en CONFIDENCES | Pas de Commentaires »

Jeff Dahlgren partenaire de film de Mylène

Posté par francesca7 le 7 mai 2016

 

Il est le partenaire de Mylène dans le film Giorgino. C’est sur le tournage du film que Mylène s’est beaucoup rapprochée de Jeff Dahlgren. Suite à l’échec du film en 1994, Mylène est partie vivre un an à Los Angeles (Etats-Unis) avec Jeff. Notons que le refrain de California (« C’est sexy le ciel de Californie… ») fait référence à des souvenirs visiblement torrides de Mylène avec le bel Américain. Après cette parenthèse californienne, Jeff a été guitariste sur les albums et tournées de Mylène entre 1995 et 2000. Mylène et lui se sont séparés en 1999.

 Blog de Francesca

Le 5 octobre 1994, la France découvre pour la première fois le visage et le jeu d’acteur de Jeff Dahlgren à l’occasion de la sortie sur grand écran du film de Laurent Boutonnat, « Giorgino ». Alors âgé de 29 ans, il y incarne le personnage de Giorgio Volli, un médecin de retour du front en 1918 qui part à la recherche des enfants orphelins dont il s’occupait avant la guerre. L’acteur et musicien revient longuement sur son expérience avec Mylène Farmer et Laurent Boutonnat. Il nous raconte sa rencontre avec le duo, le casting, le froid, les petits incidents qui ont ponctué le tournage mais aussi sa vision du film, vingt ans après sa sortie. Des souvenirs visiblement impérissables…

Quels souvenirs avez-vous de votre première rencontre avec Mylène Farmer et Laurent Boutonnat ?
J’ai été présenté à Mylène à Los Angeles, par une amie commune. A l’époque, elle travaillait sur « Que mon cœur lâche ». Nous avons longuement parlé de musique, de cinéma et de « Giorgino ». Etant donné que j’ai toujours une guitare avec moi, ça a collé immédiatement entre nous, et une longue amitié est née. Alors que j’étais à Los Angeles avec Mylène, j’ai rencontré Laurent, et nous avons, là encore, eu de longues conversations tous les trois. Nous parlions de musique et de cinéma. Nous sommes devenus proches en très peu de temps. Mes souvenirs de ces rencontres sont ceux de deux nouvelles amitiés.

Vous êtes connu comme musicien. Qu’est-ce qui vous a poussé à passer une audition pour un film ?
J’avais étudié le cinéma pendant plusieurs années et tourné dans beaucoup de publicités. J’ai aussi fait de petites apparitions télévisées. La motivation, pour moi, a toujours été présente. Lorsque Laurent m’a demandé si j’étais intéressé pour passer l’audition pour « Giorgino », j’ai immédiatement répondu « Oui ».

Où a-t-elle eu lieu ?
C’était à l’hôtel Château Marmont, à Hollywood.

Et comment s’est-elle déroulée ?
Bien ! Il n’y avait que Laurent et moi. Il n’y avait pas d’équipe en charge du casting. C’est Laurent qui a fait son choix tout seul. Ça a duré environ une heure. A la base, il m’avait donné un monologue extrait de « Giorgino » à lire pour l’audition. Mais lorsque je suis arrivé, nous nous sommes assis et avons commencé à parler. Au final, je n’ai jamais eu à lire le monologue en question ! Lorsque Laurent a allumé la caméra, j’ai simplement parlé de moi.

Avez-vous dû repasser l’audition par la suite ?
Non. Le soir même, j’ai reçu un appel téléphonique de Laurent qui m’informait que j’avais été retenu pour le rôle de Giorgio.

Est-ce que Laurent recherchait quelque chose de particulier pour le personnage de Giorgio Volli ?
Pas nécessairement. Je ne crois pas qu’il recherchait quelqu’un en particulier. Il cherchait plutôt une qualité, celle d’une innocence d’enfant pour le rôle de Giorgio ; et pour mon bonheur, il s’est avéré que j’avais cette qualité.

Savez-vous si Hugh Grant a été casté pour le personnage de Giorgio Volli ?
Il a été fait mention de Hugh Grant mais aussi de Rutger Hauer.

Venons-en au tournage. Combien de temps a-t-il duré en tout, scènes extérieurs et studio comprises ?
Environ quatre mois et demi.

Avez-vous souffert des conditions climatiques lors des scènes extérieurs ?
Absolument ! A certains moments, les conditions météo étaient vraiment beaucoup trop dures pour nous permettre de travailler. Parfois, il faisait tellement froid qu’il m’était difficile de bouger les lèvres. Donc oui, il y a eu un peu de souffrance, mais globalement, c’était plutôt agréable.

Les scènes studio ont-elles été filmées en une seule fois ?
Oui, nous avons tourné toutes les scènes studio en même temps, et avant celles en extérieur. Elles ont été filmées au studio Barrandov en République Tchèque (ex Tchécoslovaquie, ndlr).

Répétiez-vous certaines scènes avec Mylène Farmer avant de les filmer ? Quelqu’un vous guidait-il lors des répétitions ?
Oui, bien sûr, Mylène et moi répétions ensemble. Laurent, quant à lui, nous guidait et décidait de l’emplacement de chacun des acteurs, et nous en discutions en détail tous les trois.

Y a-t-il eu des scènes plus difficiles que d’autres à tourner ?
Oui, le sauvetage de Catherine à Sainte-Lucie. Cette scène a été la plus difficile. La mise ne place des personnages a été plus approfondie et le tournage de la scène très technique. Il s’avérait difficile de réaliser des gros plans durant le tournage à cause des mouvements rapides. Laurent a alors décidé de nous attacher avec une corde, Mylène et moi, afin que la distance focale reste toujours la même. Dans cette scène, j’utilise un revolver et j’ai Catherine dans les bras, tous les gros plans de cette ont été tournés de cette façon. C’est intéressant de filmer une scène très attendue et énergique avec une caméra située à 60 centimètres du visage.

Il semble que l’atmosphère durant le tournage était tendue. Qu’avez-vous ressenti ?
L’atmosphère était tendue lorsque les scènes que nous tournions étaient intenses, ça fait partie du job. Ça n’était pas comme ça tout le temps ! Ce dont je me souviens le plus, c’est que c’était détendu et professionnel. Nous nous sommes beaucoup amusés.

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Et comment était la relation entre Mylène et Laurent ?
Entre Mylène et Laurent, la relation était bonne et amicale.

Vous souvenez-vous d’anecdotes ou de moments particulièrement marquants durant cette période de tournage ?
Oui, j’en ai même plusieurs ! Tout d’abord, j’étais toujours à l’heure sur le tournage ! (Rires)
Lorsque j’attendais entre deux scènes, je sortais Moreno, mon cheval préféré, et je partais me promener avec lui à travers les collines. Une fois, alors que Jean-Pierre Aumont m’aidait à tirer Moreno pour l’amener à la calèche, il s’est cabré et, en retombant, m’a cassé un orteil ! (Rires) Et puis, les weekends, j’empruntais la voiture de quelqu’un de l’équipe à son insu et je partais aussi loin que je le pouvais, parfois même jusqu’en Pologne !

Je me souviens aussi de mon hôtel, à Prague, qui a dû être évacué à trois reprises à cause d’alertes à la bombe. La troisième fois, j’ai mis vingt minutes pour descendre. J’étais habillé bien chaudement car je savais que j’allais attendre plusieurs heures dans le froid. Mais après vingt minutes d’attente, le rez-de-chaussée de l’hôtel a finalement explosé !

Mais la meilleure anecdote est la fois où j’ai eu le hoquet pendant un jour et demi. J’étais donc dans l’incapacité de tourner une scène, mais la production en a profité pour tourner d’autres scènes avec d’autres acteurs. J’avais depuis peu fait la connaissance de Louise Fletcher. Ce jour-là, nous nous sommes croisés dans le hall de l’hôtel. Elle m’a dit qu’elle savait que j’avais un problème, ce à quoi j’ai réussi à répondre « Oui ». Nous nous sommes assis au bar et elle a demandé au barman une tranche de citron, un petit sachet de sucre et de la sauce Worcestershire (sauce anglaise à la saveur aigre-douce, ndlr). Elle a mélangé cette mixture et m’a dit de l’avaler. Tout de suite après, le hoquet avait disparu, et je reprenais le tournage !

Dans quel était d’esprit étiez-vous avant la sortie du film ?
J’étais dans un très bon était d’esprit. Mylène et moi travaillions sur l’album « Anamorphosée » à cette époque-là. C’est à ce moment que la chanson « Tomber 7 fois… » a été initialement composée. C’était moi l’interprète de cette chanson à la base, mais Mylène l’a tellement aimée qu’elle m’a demandé si elle pouvait l’enregistrer pour l’album.

Avez-vous été impliqué dans le montage du film ?
Il arrivait parfois que je donne des conseils par rapport à la sélection des scènes dans lesquelles j’apparaissais. J’étais également souvent avec Laurent quant il composait la bande originale et, là encore, je donnais mon opinion. En dehors de ça, je n’ai pas eu de rôle dans la postproduction.

Avez-vous été déçu que la sortie soit repoussée de plusieurs mois ?
Non pas du tout ! Il m’est difficile de me rappeler les raisons exactes, mais si nous avions sorti le film en temps et en heure, nous aurions eu comme concurrent le film « True Lies ». Pour la petite histoire, le film en sorti en même temps que « Forrest Gump » qui, à l’époque, était le plus rentable de l’histoire.

Qu’avez-vous pensé de la version finale du film ?
Je n’ai jamais regardé le film en entier ! (Rires)

Pensez-vous que le film soit trop long ?
Pourquoi pensez-vous que je ne l’ai pas regardé en entier ? (Rires) C’est plutôt une question qu’il faudrait poser à Laurent. Je pense qu’il a pris le temps dont il avait besoin afin de raconter au mieux l’histoire qu’il avait imaginée. Avec le recul, j’ai le sentiment que le film est bien mieux compris aujourd’hui.

Quelle est votre scène préférée ?
Comme je vous l’ai dit, je n’ai jamais regardé le film dans sa totalité, mais je dois avouer que c’était sympa de mourir. Toutes les scènes à Sainte-Lucie ont été géniales à tourner !

Quelle a été votre réaction quand vous avez lu les critiques négatives de la part de la presse et que vous avez compris que le film était un échec commercial ? Comment ont réagi Mylène et Laurent ?
Ça ne m’a pas affecté car mes critiques à moi étaient positives ! C’est surtout Laurent qui en a pris plein la tête, principalement à cause de la longueur du film, ce qui, pour moi, n’est pas une raison pour le descendre. Ce n’est jamais facile pour personne de gérer ce genre de situation, mais avec du recul, « Giorgino » est en quelque sorte, devenu un succès. Rétrospectivement, j’ai le sentiment qu’il y a eu une meilleure compréhension du film et de sa beauté. « Giorgino » a maintenant une vie à lui…

Avec du recul justement, que pensez-vous de votre jeu d’acteur et de celui de Mylène ?
Je suis fier de ma prestation… enfin, du peu que j’en ai vu ! Et je pense que la prestation de Mylène était bonne également.

Aujourd’hui, que pensez-vous de cette expérience ? Seriez-vous tenté de jouer dans un nouveau film ? Joueriez-vous à nouveau pour Laurent ?
C’était une expérience géniale et j’en garde de très bons souvenirs. Donc oui, je serais prêt à tourner encore et à travailler à nouveau avec Laurent.

Il semblerait que l’échec commercial du film n’ait pas affecté votre relation avec Mylène et Laurent puisque vous avez ensuite collaboré avec eux pour deux albums et deux tournées. Quels souvenirs gardez-vous de ces expériences ?
C’est une question très importante sur laquelle je pourrais écrire un livre entier. Mais pour faire court, cela faisait déjà quatre ans que l’album « L’autre… » était paru et, après la sortie de « Giorgino », Mylène avait besoin d’un album très fort et d’une nouvelle direction artistique. Elle et moi avions déjà passé beaucoup de temps en studio avant « Anamorphosée », donc c’était une continuité naturelle. Mylène aimait le son de ma guitare qui apportait une dimension puissante à sa musique. Après le succès du Tour 1996, les clips vidéo, les singles et le « Live à Bercy », que je travaille pour l’album « Innamoramento » nous a semblé couler de source. J’ai beaucoup de souvenirs fantastiques de cette période, beaucoup de travail, de bon temps, d’amis… et énormément de fans !

Etes-vous toujours en contact avec Mylène et Laurent ?
Oui, Mylène et moi sommes toujours resté en contact. Quant à Laurent, nous avons pas mal échangé mais ça fait un bout de temps que je n’ai pas de ses nouvelles !

Pourquoi n’avez-vous pas continué à votre collaboration avec eux pour les albums suivants ?
Tout simplement parce que je n’étais pas disponible.

Suivez-vous la carrière de Mylène ? Y a-t-il un album ou une chansons que vous appréciez tout particulièrement ?
Oui, je la suis, comme tout le monde, et nous en parlons. Pour moi, son album le plus fort reste « Anamorphosée ». Mais de par mon implication durant l’enregistrement de l’album, et tout particulièrement dans l’écriture de la ligne de guitare de « XXL », je ne suis pas très objectif ! (Rires)

Continuez-vous de jouer avec votre groupe, Jeff Dahlgree/S.T.E.P. ?
J’ai produit, enregistré et mixé onze albums pour divers artistes et je suis actuellement en train de travailler sur mon album qui sortira au printemps prochain. Il y aura quelques singles qui précéderont sa sortie. En ce moment mon groupe Jeff Dahlgren/S.T.E.P. marche très bien et mon single, « California », dépasse mes attentes en termes de rotations radio.

Est-ce que le titre de votre single, « California », est une allusion ou une référence à celui de Mylène ?
Sans commentaire !

Quelle est votre actualité ?
Je produis et je compose. En tant que guitariste professionnel, j’ai joué sur de nombreux albums. Je vais aussi bientôt ouvrir mon site web, jeffdahlgrenmusic.com , grâce auquel je vais débuter, à distance, le mixage et le mastering d’albums d’artistes issus de la scène indépendante. Cela leur permettra de profiter d’une production et d’un son professionnels. Et cela me donnera aussi l’opportunité de travailler avec des artistes français belges et russes. Je travaille beaucoup à distance en ce moment et on m’a beaucoup sollicité. Que ce sot des fans, des musiciens ou des groupes, tous m’ont demandé de mixer pour eux et même de chanter sur leurs compositions. Je vais pouvoir le faire maintenant. J’aime soutenir la scène indépendante. Enfin, grâce au bon retour de mon single « California », j’ai des opportunités pour jouer à Paris et sa région. Ça sera super de vous voir tous là-bas ! En dehors de cela, tout va bien pour moi !

 

Sophie Khairallah et Julien Autier pour Styx Magazine – 2014

 

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MYLENE FARMER cultive des amitiés inat­ten­dues

Posté par francesca7 le 17 avril 2016

 

 Sans titre

C’est un joli conte illus­tré, qui vient de paraître ce 12 novembre. L’histoire d’une belle rencontre, aussi. En asso­ciant leurs talents sur L’étoile polaire, le philo­sophe Michel Onfray, à la plume, et la chan­teuse Mylène Farmer, au pinceau, ont créé la surprise. Le fonda­teur de l’univer­sité popu­laire de Caen n’est pour­tant pas le premier esprit vif à céder aux charmes de la rousse liber­ti­ne…

Ses fans, comme ceux qui partagent son inti­mité, connais­saient son goût pour les textes de Charles Baude­laire, Guillaume Apol­li­naire ou encore Primo Levi. Avec L’étoile polaire, conte philo­so­phique conçu à quatre mains avec Michel Onfray, les médias découvrent sa curio­sité pour la pensée vivante, libre et contem­po­raine. Etran­gère à son époque, soli­taire et égocen­trique, Mylène Farmer? Quelques uns, et pas des moindres, vous diraient l’exact contrai­re…

Michel Onfray…

« Une artiste libre, auto­nome, indé­pen­dante, souve­raine », qui repré­sente « un style, un ton, un carac­tère, un tempé­ra­ment, une vie sans paillettes, sans arti­fices, vraie »… Ses détrac­teurs, pisse-vinaigre et pisse-copie, habi­tués à compres­ser la pensée en sentences défi­ni­tives, lui repro­che­ront de faire le portrait de l’être qu’il aime­rait voir en son miroir. Vrai que le philo­sophe et fonda­teur de l’uni­ver­sité popu­laire de Caen, fils d’ou­vrier agri­cole, auto­pro­clamé « orphe­lin de la gauche », athée tendance anar­chiste, s’est imposé comme une rock-star dans son genre. C’est pour­tant bien le portrait de Mylène, aussi discrète qu’il est devenu incon­tour­nable, que Michel Onfray, profa­na­teur des esprits anes­thé­siés et sculp­teur d’une certaine morale esthé­tique, faisait dans Le Point, il y a quelques semaines. Ensemble, lui à la plume, elle au pinceau, ils viennent de publier  L’étoile polaire (Gras­set), conte dans la lignée du Petit Prince de Saint-Exupéry, œuvre poétique sur la trans­mis­sion et la réali­sa­tion de soi. Impro­bable, la rencontre entre l’hé­roïne de la variété française et le hérault d’une nouvelle pensée française s’est faite par l’in­ter­mé­diaire d’Anne Carrière, éditrice de Lisa-Loup et le conteur, premier essai illus­tré de Mylène, en 2003, et, plus récem­ment, de Fragile, recueil de photo­gra­phies inédites de la chan­teuse réali­sées par Sylvie Lancre­non. A l’époque, Carrière espère confron­ter Onfray à un psy dans un livre d’en­tre­tiens. Il préfère porter L’étoile polaire, dont il vient de termi­ner l’écri­ture. Anne Carrière en remet le manus­crit à Mylène Farmer. La parti­ci­pa­tion de Michel Onfray à une émis­sion de Radio Clas­sique durant laquelle il fait diffu­ser Je te rends ton amour, un des titres les plus person­nels de « l’ange roux », préci­pite la colla­bo­ra­tion. « Profon­dé­ment touchée » et « fière », Mylène lui envoie un texto de remer­cie­ment et bien­tôt ses aqua­relles. Qui s’as­semble, au-delà des appa­rences, se ressemble. Si l’icône Farmer appré­cie la liberté et l’hu­mour du maître-à-penser, L’étoile polaire, objet litté­raire élaboré à quatre mains, raconte une bles­sure fonda­trice que ces deux orphe­lins de père ont en commun : comment survivre à un parent aimé et admiré dont la dispa­ri­tion a dépeu­plé le monde…

mylène

Marie de Henne­zel…

Le 17 décembre 1995, Jean-Luc Dela­rue accueille Mylène, qui vient de sortir son album Anamor­pho­sée, sur le sofa de son émis­sion domi­ni­cale Déjà le retour. On l’avait quit­tée folle blafarde hurlant aux loups dans les bois sombres de Gior­gino, film incom­pris de Laurent Bouton­nat. Après un exil cali­for­nien, elle nous revient sexy et souriante, en tech­ni­co­lor. Cheve­lure rele­vée, longue robe rose et talons hauts, elle maîtrise tous les codes d’une séduc­tion à l’amé­ri­caine. La profon­deur en plus.  La psycho­logue et psycho­thé­ra­peute Marie de Henne­zel est annon­cée comme invi­tée de la chan­teuse. Dans un livre  préfacé par François Mitter­rand, La mort intime : ceux qui vont mourir nous apprennent à vivre (Robert Laffont), la clini­cienne raconte son expé­rience en soins pallia­tifs et auprès de malades du sida. L’ou­vrage a boule­versé Mylène Farmer. La lecture du Livre tibé­tain de la vie et de mort de Sogyal Rinpo­ché l’avait déjà aidée à mieux appré­hen­der la fini­tude de l’être humain. La sagesse de Marie de Henne­zel est un baume pour l’ar­tiste dite morbide, qui confiera, des années plus tard, son regret de n’avoir pu embras­ser la dépouille de son père, Max Gautier. Inter­viewée sur leur rencontre par un site de fans, en 2005, l’au­teure de La mort intime, elle, se souvien­dra d’un « certain contraste entre une extra­va­gance physique, exté­rieure, et une grande matu­rité inté­rieure, une profon­deur ». Entre temps, elle aura été invi­tée à l’un de concerts de la chan­teuse à Bercy, en 1996, et, plus surpre­nant, dans son domi­cile pari­sien pour un déjeu­ner. Pour Marie de Henne­zel, aujourd’­hui membre du comité d’hon­neur du collec­tif Plus digne la vie, Mylène Farmer a « quelque chose d’un ange, dans le sens où l’ange est le messa­ger, comme Hermès dans la mytho­lo­gie. On sent qu’elle est perméable, qu’elle capte les choses. »

Salman Rush­die…

Condamné par l’aya­tol­lah Khomeini pour héré­sie et blas­phème envers l’is­lam, en 1989, l’au­teur des Versets sata­niques – faux scan­dale reli­gieux et vraie critique litté­raire des prophètes corrom­pus- est tombé en béati­tude devant la rousse liber­tine, il y a vingt ans. D’or­di­naire réputé pour le tran­chant de sa plume, aigui­sée, comme celui de sa parole, décom­plexée, l’écri­vain indo-britan­nique prête à Mylène « la voix d’un ange déchu. » Long­temps forcé à vivre dans la clan­des­ti­nité, il rencontre la chan­teuse, elle-même prison­nière de sa célé­brité, à Londres, à la fin des années quatre-vingt-dix. Tous deux assistent à un vernis­sage de l’aqua­rel­liste Fran­cesco Clemente, proche de Rush­die. Comme deux papillons désépin­glés, ils se frôlent et font le tour de l’autre, lors d’un dîner qui s’en­suit. Elle est séduite par son achar­ne­ment à déjouer la mort, son raffi­ne­ment et son cynisme very british. Il est fasciné par son aura, sa beauté et son mystère. L’icône classe et l’ico­no­claste se rever­ront plusieurs fois. A Londres, Los Angeles et Paris, où Rush­die sera même présenté à E.T., le singe capu­cin de la chan­teuse ! Bien que deve­nus proches, en témoigne une photo de Mylène et de Milan Rush­die, fils de Salman, dévoi­lée par l’écri­vain sur Twit­ter, au début de l’été 2014, ils conti­nuent de s’ad­mi­rer l’un l’autre. « Son profes­sion­na­lisme m’épate. Après l’un de ses derniers concerts, elle m’a confié qu’elle souf­frait d’une angine et d’une fièvre. Et pour­tant, elle n’en avait rien laissé paraître à ses fans ! », nous décla­rait l’au­teur, peu après la fin de la tour­née Time­less de son amie, en décembre 2013.

David Lynch…

Fils prodige et prodigue de l’Amé­rique, aujourd’­hui dispersé entre la pein­ture, le design, la musique et la promo­tion de la médi­ta­tion trans­cen­dan­tale, le réali­sa­teur de Blue Velvet, Twin Peaks et Mull­hol­land Drive – entres autres œuvres sur la dualité et la mons­truo­sité en chacun de nous  – a d’abord obsédé Mylène Farmer en tant que cinéaste. Le citant à maintes reprises parmi ses metteurs en scène favo­ris depuis le début de sa carrière, la chan­teuse n’hé­site pas à utili­ser une réplique du film Elephant Man dans un de ses titres, Psychia­tric, en 1991. « I am not an animal, I am a human being » :ce cri déses­péré du héros John Merrick, homme difforme réduit à n’être qu’une bête de foire, fait écho chez Mylène, déjà plus que singu­lière dans l’in­dus­trie du spec­tacle. En 1988, on l’a faite monter sur la scène des Victoires de la musique,  moins pour la grati­fier du prix de l’in­ter­prète fémi­nine que pour l’ex­hi­ber telle une chimère, une erreur de la créa­tion. Ecoeu­rée, elle n’y revien­dra plus, réser­vant ses élans à qui les vaut. Quand Ciby 2000, société de Fran­cis Bouygues produi­sant et distri­buant le cinéma de David Lynch, orga­nise une soirée en l’hon­neur de ce dernier, à Paris, à la fin des années quatre-vingt-dix, « l’ange roux », convié, appa­raît. Farmer et Lynch n’ont pas appris la même langue, mais ils déclinent un même langage.Ces deux misfits se recon­naissent, échangent et restent en contact. Bien qu’a­po­li­tique, en octobre 2007, Mylène gravit ainsi le perron de l’Ely­sée pour voir son ami décoré des insignes d’of­fi­cier de la Légion d’hon­neur par Nico­las Sarkozy. A l’is­sue de la céré­mo­nie, inter­pel­lée par un jour­na­liste d’Eu­rope 1, elle confiera, dans un franc sourire : « Dites simple­ment  à vos audi­teurs que j’aime David Lynch ! »Elle retrou­vera plus discrè­te­ment le cinéaste en janvier 2014, alors qu’il inau­gure une expo­si­tion de ses photos, inti­tu­lée Small stories, à la Maison Euro­péenne de la Photo­gra­phie, dans le quatrième arron­dis­se­ment de la capi­tale. « Génie touche-à-tout » et « mystique bouillon­nant » selon la chan­teuse, le réali­sa­teur, ex-étudiant en arts plas­tiques, l’au­rait égale­ment initiée à la litho­gra­phie, tech­nique d’im­pres­sion périlleuse, de façon « rassu­rante ».

claude berri et mylène

Claude Berri…

Malgré sa dispa­ri­tion en 2009, le cinéma français ne l’a pas oublié. Le grand public, non plus. A lui seul, tantôt réali­sa­teur,  tantôt produc­teur, souvent les deux, Claude Berri aura généré près de 50 millions d’en­trées en salles. Tchao Pantin, Jean de Florette, Manon des Sources, Germi­nal, Ensemble, c’est tout, Trésor, mais aussi Tess, Banzaï, L’ours, L’amant, La Reine Margot, Ma femme est une actrice, Asté­rix et Obélix : Mission Cléo­pâtre ou encore Bien­ve­nue chez les Ch’tis… Diffi­cile d’énu­mé­rer les succès ciné­ma­to­gra­phiques, critiques et popu­laires, auxquels son nom fut asso­cié, sans perdre son souffle. Auto­di­dacte du 7eme art, Claude Lang­mann, de son vrai nom, n’avait pas seule­ment du flair pour pres­sen­tir le goût des autres. Ce grand pudique, à la mine parfois sombre mais aux avis toujours éclai­rés, avait égale­ment l’œil d’un esthète. A la tête d’une impres­sion­nante collec­tion d’œuvres d’art contem­po­rain à la fin de sa vie, l’homme acheta une gouache de Magritte dès ses trente-six ans, ouvrit une gale­rie dans laquelle il exposa, Yves Klein et Daniel Buren, entre autres, au tout début des années quatre-vingt-dix, et rassem­bla ses ultimes coups de cœur dans un espace de 280 mètres carré à son nom, en 2008. C’est par l’in­ter­mé­diaire de sa dernière compagne, Natha­lie Rheims, qu’il rencontre Mylène Farmer, à l’aube des années 2000. Natha­lie vient de publier son premier roman, L’un pour l’autre, qu’elle fait suivre à Mylène. Celle-ci l’en remer­cie – par textos – avant de l’in­vi­ter chez elle en Corse. Une amitié, encore entre­te­nue par une conver­sa­tion télé­pho­nique quoti­dienne, est née. Claude Berri succombe à son tour. Après avoir vu l’icône Farmer sur scène, il assure à son entou­rage n’avoir pas vécu pareille révé­la­tion depuis…

Edith Piaf ! Un projet d’adap­ta­tion de L’ombre des autres, autre roman de Natha­lie Rheims, avec Mylène dans le premier rôle, est bien­tôt lancé. Il ne survi­vra pas à la mort de Berri. Le dernier nabab du cinéma français et sa compagne auront néan­moins aidé leur amie à crever un autre écran : celui de sa réserve. C’est tous les trois qu’ils se rendent ainsi à l’édi­tion 2006 de la Foire Inter­na­tio­nale de l’Art Contem­po­rain (FIAC), grand rendez-vous de la vie pari­sienne. Le 15 janvier 2009, au cime­tière de Bagneux où l’on enterre Claude Lang­mann-Berri, un voile noir – le col déroulé de son pull – cache le visage de Mylène. Si la vie a une fin, ce jour-là, le chagrin n’en avait pas.

Article paru sur gala.com

 

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MYLENE DANS LE SALON D’UN PALACE PARISIEN

Posté par francesca7 le 19 février 2016

 

Dans le salon d’un palace parisien, Mylène livre avec Guillaume Durand la plus longue interview donnée à l’occasion de la sortie du film. Choisissant ses mots avec (trop de) soin, Mylène répond longuement et parfois laborieusement aux réflexions confuses d’un Guillaume Durand qui semble cependant passionné.

Guillaume Durand : (…) Un film, il faut le vendre. Vous qui êtes si timide, ça vous barbe pas tout ça ?

Mylène Farmer : Je ne sais pas si ‘barber’ est le mot juste, mais c’est un exercice difficile pour moi.

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GD : Est-ce que vous avez un petit peu peur, un petit peu d’angoisse parce que un film, c’est pas comme une tournée, c’est pas comme un disque : c’est énormément de travail et tout se joue en une semaine. Quel effet ça vous fait ?

MF : C’est quelque chose de presque inhumain. C’est difficile, c’est difficile. Je crois que je serai contente le jour où ça sortira, et essayer de se déposséder de la chose totalement…

 GD : Alors, « Giorgino » : ça fait combien de temps que ce projet existe pour vous ?

MF : De mémoire, parce que…C’est huit années, je dirais. Et réellement, l’écriture a commencé il y a trois ans. Et il a vu le jour il y a environ un an et demi, je crois.

GD : Donc ça vous a occupée toutes ces dernières années, quoi. L’obsession, c’était de faire ça…

MF : Oui. Surtout Laurent Boutonnat, je dirais, le réalisateur. Moi, j’ai eu beaucoup plus de temps libre, assez pénible là aussi parce que n’ayant pas la faculté que de me tourner vers la musique, puisqu’il est le compositeur. Donc ça a été une période très longue et pas très agréable.

GD : Alors pourquoi fait­-on quelque chose qui n’est pas très agréable à vivre? Quelle est l’exigence de fond ?

MF : La passion, je dirais. D’abord, je pense que c’est un besoin pour moi que de faire des choses, à savoir ou l’écriture, ou des films, créer quelque chose. Faire les choses en termes de plaisir, dans le fond, ce n’est peut-être pas très, très important ou si important. Je crois que ça se passe à une autre dimension.

GD : C’est vraiment quelque chose, on parlait tout à l’heure d’exigence, c’est une importance de la liberté ou… ?

MF : Parce que je ne sais pas gérer cette liberté, de même que j’ai besoin du regard de l’autre pour exister, même si ça paraît quelque chose d’assez dramatique comme confidence ! Mais cette liberté, je la trouve réellement dans mon métier, dans le fond.

GD : Alors, on va évidemment pas raconter le film, parce que les films sont faits pour être vus. On va simplement, avec la bande-­annonce que vous avez eu la gentillesse de nous confier, avoir un petit peu une idée de l’ambiance du film et puis on va parler justement de ce monde qui vous habite et qui habite aussi Laurent Boutonnat. D’abord, donc, des extraits de ce film.

Diffusion de la bande-­annonce de « Giorgino ».

GD : Voilà donc pour le climat du film. Alors pourquoi ce film commence en novembre 1918, si ma mémoire est bonne ? Pourquoi cette date ?

MF : Je vais essayer de répondre pour Laurent Boutonnat. Il me semble qu’il voulait…La guerre 14­18 est en toile de fond, réellement. Je crois que ce scénario est né d’un désir de femmes, de femmes rudes et violentes, donc dans un univers de guerre. Donc c’était plus facile pour lui, j’imagine. C’est difficile pour moi que de répondre à sa place. Pourquoi la guerre de 14­18 ? Parce que c’était une période extrêmement difficile. Avoir des femmes esseulées, c’est un moment qui est effectivement, la guerre, propice pour…

GD : Mais ça vous touche parce que vous connaissez, comme tout le monde, ce qui s’est passé justement à cette époque-­là : bon, non seulement il y a la mort, et elle est très présente aussi dans le film, mais il y a cette idée aussi que ce sont les femmes qui prennent la société à bras-le-­corps. C’est une idée qui vous touche, ça ?

MF : Si je ne porte mon regard que sur ce groupe de femmes : non, définitivement pas ! (rires) Mais une société de femmes, non en aucun cas, dirigée par les femmes, non, je pense qu’une balance, une bonne balance est ce dont nous avons tous besoin.

GD : Alors, le climat on en parle. C’est vrai que souvent quand vous avez fait des clips, des clips longs, des clips qui étaient proches du cinéma on s’est dit « Ça y est, Boutonnat va certainement faire un film, Mylène Farmer a envie de faire un film », maintenant le film est là.

Mais ce climat qui est à la fois historique et à la fois fantastique, il vient d’où ? Pour lui, forcément il répondra d’un coté, mais pour vous, pour l’avoir accepté c’est que ça vous touche aussi…

MF : Moi, c’est plus une grande confiance en Laurent Boutonnat et en son travail. Quant à l’univers, j’ai aimé le scénario et j’ai aimé le personnage de Catherine. Maintenant, essayer de réfléchir… Non, c’est plus des sensations, des odeurs et moi, cette sensation que de pouvoir justement mettre quelque chose dans ce personnage.

GD : C’est quand même pas un monde ordinaire, parce que donc, on va pas raconter, on a dit tout à l’heure le déroulement mais on peut raconter un petit peu le début. Donc, c’est un jeune médecin, il sort, il est démobilisé, il s’occupait d’un asile d’enfants et il essaye de retrouver ces enfants. On a tout une, comment dirai-­je…c’est un itinéraire, au fond…

MF : Oui, tout à fait, oui.

GD : …qui est un itinéraire initiatique. Ça se passe dans la neige, c’est à la montagne, c’est très beau, il y a un père, il y a les femmes qui fument, enfin ce sont des images qui sont des images rares au cinéma.

MF : Je le pense, je le pense. Je pense que son cinéma est rare. Il a une façon de filmer et de raconter des histoires qui lui sont très, très personnelles.

GD : Alors mettez vous à sa place : pourquoi ce monde-là le touche, lui ?

MF : Moi je crois que je ne pourrai pas répondre à sa place. Pour avoir moi­-même posé ces questions dans le fond et lui ne trouvant pas de réelles réponses quant à ces fondements, pourquoi être attiré plus par quelque chose ou autre chose, je ne sais pas bien. C’est comme la peinture, dans le fond : pourquoi est­-ce qu’on est attiré par un peintre ? Moi je crois que je ne saurais pas l’expliquer. Pourquoi tel peintre plutôt que celui­-ci ?

GD : Mais c’est un monde qui est quand même très poétique et qui est très détaché, enfin qui parle un petit peu du réel, on en a parlé un petit peu au début, il y a la guerre de 14, il y a des professions, il y a des gens, il y a des solitudes, il y a des gens ensemble, il y a beaucoup de violence. Mais en même temps, c’est très onirique.

giorgi-04-e

MF : Oui. C’est sans doute cette attirance pour tout ce qui est conte, l’irrationnel peut­-être, la poésie je pense, oui. Mais des choses qui peuvent faire partie de notre monde et de notre vie de tous les jours, mais c’est vrai qu’il a une attirance pour ça. Maintenant, je suis en train de m’embrouiller parce que je ne sais pas bien pourquoi ! Si ce n’est que j’en reviens à, ne serait­ce que moi, un paysage… Je préfère un paysage, je vais vous dire, fracassé qu’un paysage avec des pommiers en fleurs. Pourquoi, je ne le sais pas. Ce sont des choses, comme ça, qui vous appartiennent.

GD : Qui vous sont donc sensibles, qui sont exprimées très largement. Alors il y a aussi une autre chose qui est très particulière dans le film, bon on va pas comparer avec des metteurs en scène comme Visconti parce qu’il y a pas de rapport, mais c’est vrai qu’il y a un parti pris, on va dire, de lenteur. Parce que si on dit ça, les gens vont dire « On va pas y aller, c’est lent » ! C’est pas du tout lent et ennuyeux, mais c’est volontairement, comment dirais­-je, c’est un rythme comme ça, un peu comme une espèce de mélopée.

MF : Parce que justement, j’en reviens à ces odeurs, à toutes ces choses. Je crois que ça prend du temps pour des personnages, plutôt que justement ce cinéma très monté, très rapide et des personnages qui sont rétrécis, qui ont cette valeur. Je crois que lui justement allait vers une expression plus lente et plus, moi j’oserais dire plus enrichie, mais ça n’engage que moi. Plus généreuse, peut­-être.

GD : C’est vrai que c’est un peu le contrepoids de tout ce dont on parle beaucoup actuellement, de Quentin Tarantino à Luc Besson, où ce sont des hommes en blanc et noir qui deviennent…

MF : Oui, qui ont du talent. Mais c’est vrai que c’est, je pense, une autre expression, une autre façon de raconter les choses.

GD : Comment devient-­on ­ pardonnez-­moi la question ­ mais comment devient-­on justement quand on est chanteuse, quand on fait de la scène, comment devient­-on actrice ? Même si on a fait des clips, ça, ça doit pas être une expérience finalement si facile que ça.

MF : C’est quelque chose que je pense, et sans prétention aucune, avoir en moi. En tout cas, je l’ai souhaité et je le veux depuis tellement longtemps. La chanson est venue à moi un peu par hasard, j’avais envie moi de jouer. J’ai suivi des cours de théâtre, mais ça on s’en moque un peu. C’était simplement un passage, comme ça, dans ma vie. Une envie de jouer, une envie d’interpréter les personnes qui sont autres que moi-­même et cette chose, enfin ce côté ludique quoi, qui est…

GD : …qu’on trouvait énormément dans les clips.

MF : Qu’on trouvait déjà dans les clips, mais en mode tellement rétréci. Mais malgré tout, c’est vrai que c’est comme ça que j’ai pu, bon indépendamment de l’écriture, de la scène, de tout ce qui fait que ce métier est vraiment passionnant, qui m’a fait tenir quand même, parce que c’est long ! J’ai attendu presque dix ans pour réellement faire un premier film. C’est long… (rires)

GD : Oui mais justement alors, est­-ce que ça veut dire que maintenant, parce que finalement quand un film est terminé, c’est vrai que vous allez être délivrée par le fait qu’il sorte, de savoir s’il y a un accueil avec le public, on vous le souhaite évidemment, c’est normal, mais est-­ce que immédiatement, maintenant, vous vous dites « C’est une autre carrière qui commence et c’est vers ça que je veux aller définitivement ». Et es-ce qu’il va falloir attendre longtemps que lui refasse un film, ou est-­ce que vous pouvez tout à fait imaginer de jouer, travailler avec d’autres metteurs en scène ?

MF : Non, je crois qu’aujourd’hui je peux réellement imaginer travailler avec quelqu’un d’autre. Maintenant, je pense que je serai difficile dans mes choix, je le sais. Aussi bien par rapport au réalisateur que l’histoire elle-même. Donc je pense que je, si je puis me projeter sur quelque avenir, faire très peu de films, certainement. Certainement.

GD : Et qu’est­-ce que vous aimez, alors, justement ? Parce que ce cinéma de climat est un cinéma bien particulier, alors qu’est­-ce que vous aimez, vous ?

 MF : Je crois avoir des goûts très éclectiques. Je vais essayer de…J’aime beaucoup Jane Campion, tous ses films, ses premiers films également. J’aime Oliver Stone, j’aime Kubrick, j’aime David Lean, j’aime David Lynch, Bergman…

GD : Donc, c’est un goût éclectique, quoi…

MF : Oui. Oui, dans le fond oui. GD : Mais pas très français, d’après la liste que vous venez de donner ! MF : Polanski, heu… (rires)

GD : Ha oui, c’est toujours du cinéma où il y a beaucoup de spectacle, ou au contraire beaucoup d’onirisme, beaucoup de choses qui sont quand même… C’est pas le mari, la femme et l’amant qu’on trouve !

MF : Non, j’aime les choses qui ont une âme, une histoire et une magie, et qui portent le spectateur. Je peux moi­-même être un spectateur qu’on qualifie de moyen, mais c’est­-à-­dire ne pas avoir cet œil trop critique. Et si un film m’emmène, si une histoire m’emmène, mais c’est magique ! C’est la chose la plus magique, je crois.

GD : Alors à la fin, le héros, Jeff Dahlgren, et vous, vous vous retrouvez dans un cimetière. On va pas dire ce qui se passe, mais c’est vrai qu’il y a quand même comme en peinture, puisque vous avez parlé de peinture, une espèce d’imagerie qui existe : des croix, des églises etc., etc. Ça vient d’où tout ça ?

MF : Ce que cela peut suggérer, bien évidemment, mais d’un point de vue esthétique je crois aussi, qui est important. Une croix, c’est beau. Une tombe…Je trouve qu’une tombe, un cimetière est un endroit magique. C’est quelque chose une fois de plus que nous avons en commun, mais je crois que c’est expliqué par cette rencontre que nous avons eue et qui a été une rencontre fondamentale pour moi dans ma vie et assez immédiate. Donc en ce sens, je crois que c’est presque normal que d’avoir des mondes un peu communs et des attirances.

GD : Vous voulez dire que d’une certaine manière, peut­-être, il vous a aussi arrachée à ce qui pouvait être une carrière de show­-business traditionnelle, que vous n’avez jamais vraiment voulu mener.

MF : Que je n’ai, je crois, jamais menée quoiqu’il arrive ! Mais…envie de faire quelque chose, envie de faire ce long-­métrage et envie de prendre des risques.

GD : Alors comment s’est passé le tournage ? Parce que je suppose que les conditions, étant donné que ça se passe en hiver, en plus y a énormément de scènes qui se passent en hiver mais il fait beau en même temps, ce qui sont des conditions météos pas faciles à trouver parce qu’en général il fait pas toujours beau, ça a dû être un peu long et un peu compliqué. Alors, comment ça s’est passé ? Racontez­-moi…

MF : Le tournage était très, très long, je crois qu’il a duré cinq mois. Quant aux conditions de tournage, c’était difficile à cause du temps bien évidemment, parce que très, très, très froid. Donc par moments, même le tournage a dû s’arrêter parce que trop froid, parce qu’on ne pouvait presque plus jouer. Maintenant, je crois que toutes ces difficultés sont malgré tout inhérentes à un tournage. La réelle difficulté était je crois le…la difficulté de… (Mylène rit de ne pas trouver ses mots) j’allais dire la tension qui régnait sur ce tournage, la tension que toute cette chose que Laurent portait dans le fond qui est extrêmement lourde.

 GD : Vous vous êtes faits totalement, parce que finalement lui, c’est son premier film, vous c’est votre premier grand rôle, vous vous êtes faits mutuellement et définitivement confiance dès le début, ou tout d’un coup du coin de l’œil vous vous êtes un petit peu surveillés l’un l’autre ? Parce que c’est vous qui portez tout : et lui, et vous.

MF : Je crois qu’il y avait à la fois une grande confiance, puisque c’est vrai qu’on a très peu parlé du rôle par exemple. J’ai lu le scénario. Et une fois sur le tournage bien sûr, des indications de mise en scène. Mais de sa part, en tous cas, je suppose que c’est une confiance. ‘Regardés du coin de l’œil’, malgré tout de temps en temps. C’est-­à­-dire moi je l’ai quand même observé travaillant avec d’autres, puisqu’il y avait quand même beaucoup d’acteurs. Et parfois probablement des réactions assez violentes, oui, parce que c’est vrai que dans ces moments-­là, on vous dit « Moteur, action ! » et vous avez une espèce, d’abord d’angoisse profonde, et de demande qui est énorme quant à ou le regard ou même un mot, et que parfois ce mot n’arrive pas et que là on fait abstraction de toute une vie commune.

GD : Ça devient professionnel…

MF : Oui. Oui, dans le fond oui. Beaucoup plus cruel et plus…Mais je crois que c’était aussi essentiel. Je n’aime pas moi être trop protégée. J’étais réellement considérée comme une actrice engagée sur un film, et non pas comme le petit oiseau qu’on va couver. En aucun cas, non.

GD : On se retrouve dans un instant pour parler de ce film de Laurent Boutonnat, avec Mylène Farmer et Jeff Dahlgren. Flash info.

 GD : On se retrouve donc avec Mylène Farmer qui a la gentillesse de nous recevoir pour un film qui va, je l’espère, vous surprendre : « Giorgino », donc, de Laurent Boutonnat, avec Jeff Dahlgren. Alors est­-ce qu’on peut Mylène parler du fait que le film a été tourné en anglais ? Il est tourné en Tchécoslovaquie, il est tourné en hiver et en plus il est tourné en anglais. Pourquoi ? C’est pour rechercher la plus grande audience possible à travers le monde, ou c’est l’histoire…

MF : (elle l’interrompt) Non, sincèrement non. C’est parce que Laurent Boutonnat voulait travailler avec des acteurs comme Louise Fletcher, Joss Ackland, et a trouvé son premier rôle aux Etats­-Unis, donc c’est plus une volonté que d’aller vers des acteurs, donc une langue qui s’est imposée.

GD : Louise Fletcher, tout le monde connaît, c’était l’infirmière de « Vol au Dessus d’un Nid de Coucou » et donc qui parle français, si mes souvenirs sont bons et elle était très charmante. C’est pour aller vers ces acteurs­-là qu’il a choisi ce parti pris là ?

MF : Absolument, oui parce que…Mais lui-­même dit ça « J’aurais pu tourner ce film en espagnol, russe… ». Peu lui importait la langue, dans le fond.

GD : Alors donc un travail qui a été compliqué, et tout à l’heure vous nous disiez que c’était très difficile d’expliquer les raisons pour lesquelles vous étiez dans ce monde-­là, dans à la fois ces rêveries, cette poésie et aussi ces fantasmes. Et pourtant quand on essaie de trouver une logique à tout ça, parce qu’après tout il y a forcément une logique même si on la veut pas, la première chanson c’était « Maman a Tort », après c’était « Libertine », et maintenant c’est un film où il y a énormément de femmes, même si c’est une envie de l’auteur. Est­-ce que cette logique vous apparaît ou est­-ce que c’est un hasard total ? MF : Je pense que c’est un hasard. Mais là une fois de plus, c’est difficile, pardonnez-­moi de le redire… (rires)

GD : C’est pas grave !

MF : …parce que ce film, dans le fond, ne m’appartient pas, en tous cas son histoire et son…

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GD : Mais vous êtes sûre qu’il ne l’a pas écrit pour vous ? Parce que quand vous dites qu’il ne vous appartient pas, il l’a quand même probablement en partie, enfin il savait que vous alliez jouer le rôle principal de Catherine.

MF : Oui. Maintenant je… (elle cherche ses mots) G

GD : C’est du sur­-mesure, quand même…

MF : C’est une bonne couture. Est­-ce que c’est du sur­-mesure ? Je ne sais pas bien, mais là c’est peut-­être plus par pudeur, je ne sais pas bien. Est­-ce qu’il a écrit réellement ce rôle pour moi ? Je ne sais pas, parce que le personnage principal c’est peut­-être lui qui a voyagé avec lui le plus longtemps, et peut-­être que Catherine est arrivée plus tard, donc…

GD : Et est-ce que lui justement, sans sombrer dans une espèce de simplification extrême, est­-ce que lui il s’est vécu un petit peu comme Jeff Dahlgren, donc qui est le héros du film, à savoir ce médecin qui recherche des enfants ?

MF : Je crois qu’il est…Cette chose commune d’avec ce personnage, c’est cette âme d’enfant qu’il a en lui et cette quête, cette quête essoufflée. Je crois qu’il a ça en lui.

GD : Mais quand on a fait un film comme ça, qui est justement un film poétique, est-­ce que c’est, comment dirais-­je, vous savez que la critique en France n’aime pas trop le mélange des genres, ça peut être aussi bien un artiste qui a réussi dans un domaine qui est la variété, le fait de faire du cinéma, ça paraît presque pour beaucoup de gens qui sont extrêmement bien­pensants et extrêmement rigides…

MF : Obscène ? (rires)

GD : Oui. C’est pas obscène, mais on n’a pas le droit de changer de registre, et pourtant vous, vous avez ce besoin et vous en avez même exprimé tout à l’heure l’envie. Ça vous gêne qu’on vous oblige à vous enfermer dans un même registre ?

MF : L’idée de l’enfermement me gêne. Maintenant, est­-ce que moi j’ai été gênée par ça : non. Non, parce que j’ai essayé au maximum de me protéger et de ne pas écouter, de ne pas entendre. Sinon, effectivement si on écoutait et si on entendait réellement, je pense que c’est trop mutilant. Non. J’oserais dire je me moque de ce qu’on pense et de ce qu’on dit. C’est presque vrai.

GD : C’est pour ça que depuis des années vous avez toujours choisi de faire votre métier, d’être extrêmement discrète sur vous, sur votre vie, enfin sur beaucoup d’aspects du travail d’artiste qui en général sont surexploités et plombent votre carrière ?

MF : Oui, parce que je pense… Moi, j’essaye de ne pas m’essouffler et de ne pas essouffler l’autre. Donc en ce sens, je suis obligée d’être absente. Et puis je crois que c’est ma nature profonde, tout simplement donc je n’ai pas à me faire violence pour ça.

GD : Et vous, quand les disques se vendent comme ça énormément, ça veut dire, bien au­-delà du succès commercial, qu’il y un intérêt profond entre un artiste et les gens. Vous croyez que les gens vous aiment pour quoi, au fond ?

MF : Je ne sais pas ! Non… (large sourire) GD : Pour ce mélange entre la fragilité et la provocation ?

MF : Je crois pour, s’il y a à trouver une expression, peut­-être pour la sincérité, parce que je crois que c’est une valeur qui existe toujours. Mais c’est difficile que d’exprimer pourquoi l’autre vous aime. Je ne sais pas…

GD : Et quand est-ce que vous vous êtes rendue compte, vous dans votre carrière, parce que en général les carrières de chanteurs démarrent, elles surfent un petit peu sur les vagues adolescentes, ça a été aussi le début de votre carrière quand vous avez chanté « Maman a Tort » etc. Quand est­-ce qu’on se dit « Moi, je vais faire autre chose », c’est­-à-­dire je pars sur ce plongeoir­-là mais je vais aller dans une autre piscine, quitte à être décrédibilisée un petit peu ?

MF : Là, vous parlez d’un genre plus que de changement radical de vie ?

GD : Non, pas de vie pour vous, mais quand est-­ce que vous vous êtes dit que vous alliez prendre au fond tout ça en mains, sérieusement pour obtenir, pour aller vers des objectifs précis ?

MF : Je crois, le goût du risque. Là encore, c’est…Le calcul n’y est pas pour grand­-chose, si ce n’est que une ‘carrière’, même si c’est un mot qui n’est pas très joli, c’est quelque chose qui se pense, qui se gère. Maintenant, c’est quelque chose qui, je ne sais pas, qui s’est construit comme ça…

GD : Petit à petit…

MF : Oui, qui s’est fait lentement. Mon début n’a pas été fulgurant. J’ai eu trois bonnes années pour apprendre mon métier et apprendre ce que j’aimais et ce que je n’aimais pas, dans le fond, par rapport à moi­-même et par rapport à l’extérieur également.

GD : C’est-­à­-dire ?

MF : C’est­-à­-dire de « Maman a Tort », qui a été un succès mais j’étais quand même encore pas très connue jusqu’alors. Et après il y a eu deux autres 45­tours qui étaient plus discrets. Et puis après, le fameux « Libertine » qui là a été réellement…les projecteurs ont été mis sur moi. Mais donc, pendant cette période… Enfin, tout ça pour essayer d’expliquer que ça n’a pas été quelque chose, comme ça, d’immédiat, on vous donne tout. Ça a été quelque chose d’assez progressif, donc probablement de moins perturbant pour moi.

GD : Donc d’une certaine manière, vous pouvez vous dire que la même attitude, vous allez, c’est donc la même expérience, vous allez l’utiliser pour le cinéma ? C’est-à­-dire que c’est quelque chose qui commence, vous êtes habituée aux hauts et aux bas de ce qui s’est passé dans la chanson, et comme vous semblez avoir derrière la fragilité une assez grande volonté, vous allez attaquer un deuxième monde, tranquillement et avec le temps. C’est ça l’idée ?

 MF : Oui, là c’est plus une façade sereine, qui en aucun cas n’existe, dans le fond, si ce n’est que là je suis plus posée que d’ordinaire. Mais c’est plus un parcours angoissant qu’autre chose. Maintenant, pour répondre à votre question, je le ferai effectivement avec un maximum de réflexion et de réelles envies. C’est­-à­-dire, me perdre dans quelque chose pour le rien : non, en aucun cas.

 GD : Donc, ça veut dire qu’il faut forcément trouver des textes extrêmement forts, des scénarios extrêmement forts…

MF : Ça va être de plus en plus difficile, je le sais. Mais c’est…

GD : Mais est-ce que vous avez envie, puisque vous avez dit tout à l’heure que vous aimez bien les choses très différentes, d’Oliver Stone à d’autres metteurs en scène, ça veut dire est­-ce que vous pouvez jouer une comédie, par exemple, par goût du fait de jouer ? Ou est-­ce que tellement pas dans votre registre que ça vous paraît surréaliste ?

MF : Si vous me proposez Woody Allen, je vous dis oui, j’accours ! (rires) Maintenant, tous les genres de comédie : non, je pense pas. Je ne sais pas, d’ailleurs, mais je ne pense pas avoir ce talent­-là, et peut­-être cette envie tout simplement. Une bonne comédie, oui c’est aussi intéressant et passionnant qu’un…

GD : Sûrement, mais je veux dire tout le monde a envie de jouer avec Woody Allen, parce que on entre sans frapper, enfin si jamais il vous appelle, on s’assoit, vous lui dites de s’asseoir et on lit même pas le scénario, à la limite ! Mais le monde, le fait de changer de monde, parce que c’est un monde tellement particulier, celui du film donc qui sort mercredi, que c’est vrai qu’il y a aussi le risque d’être cataloguée dans une espèce de fantastique, onirique…

MF : Ma foi, j’en ai pris le risque, et puis j’espère avoir la chance que d’avoir des propositions différentes. Je fais appel, j’allais dire, à l’intelligence du metteur en scène, plus qu’à quelque chose, comme ça, qui…

GD : Mais est­-ce qu’après on se dit pas, quand on a fait un film comme ça, ou quand on a eu une expérience comme ça qui est très profonde, parce que vous avez attendu plusieurs années, vous avez tourné pendant cinq mois, et puis c’est compliqué etc. et puis le film sort, est­-ce qu’on a envie après, j’allais dire, de retourner dans le travail d’avant ? Est­-ce que vous pourriez vous dire « Bon, ben maintenant, il faut s’y remettre », ou est-ce que vous y avez déjà pensé, écrit, travaillé, fait des musiques, ou pas du tout ?

MF : Non. J’ai eu pendant effectivement le tournage même, plutôt juste après le tournage, quand le tournage s’est terminé, une envie que de tout abandonner, tout délaisser. Pour aller vers quoi, c’était le point d’interrogation et plutôt une période d’anéantissement qu’autre chose. Aujourd’hui, oui j’ai très envie de retourner vers l’écriture, enfin mon écriture, en tous cas, pour essayer de découvrir des choses que je ne connais pas moi­-même, je suppose, parce que je ne sais pas ce que je vais faire, je ne sais pas ce que je vais écrire. Mais non, j’ai toujours cette envie. Je sais que si cette envie me quitte, j’arrêterai. J’aurai en tous cas cette honnêteté.

GD : Il y a quelque chose qui peut apparaître paradoxal, c’est que finalement vous êtes très pudique, réservée, timide, et en même temps vous faites des choses qui sont toujours, qu’elles soient habillées ou pas habillées, toujours un peu explosives. C’est jamais… Pourquoi ? MF : Parce que je crois que ça fait partie de mon propre paradoxe. C’est cette envie que de se cacher, cette envie de lumière et qui se reproduit dans le moindre de mes actes et pensées. C’est quelque chose de conflictuel mais nécessaire.

GD : Vous savez que par rapport justement aux années précédentes, on a appelé ça un peu pompeusement les années 80, celles qui s’annoncent sont plus tellement les années de la provocation. Mais quand je dis « la provocation », c’est pas la provocation au sens idiot mais la provocation au sens presque artistique des choses. Maintenant, ceux qui essaient de sortir le bout du nez pour faire des choses un peu différentes, on leur tape sur le bout du nez. Ça vous fait peur, ça ?

MF : J’ai l’impression que ça a existé toujours, ça, que c’est omniprésent, que dès qu’on essaye de faire quelque chose qui n’est pas, effectivement, dans ce chemin balisé, on vous tape sur les doigts. Mais…

GD : On vous a tapé, vous, sur les doigts ?

MF : Attaquée, bien évidemment ! Mais une fois de plus, peu m’importe, ça ne nous touche pas. Un artiste existe parce qu’un public est là. Au fond, j’enfonce des portes ouvertes, mais c’est la vérité vraie! Donc, tant qu’un public me dit « Continue ! C’est quelque chose que nous aimons », je continue !

 GD : Est­-ce que vous vous reconnaissez, non pas personnellement, mais dans des attitudes qui peuvent vous ressembler, par exemple pour quelqu’un comme Isabelle Adjani qui vit un peu…qui au fond montre à l’écran des choses souvent excessives et puis qui le reste du temps disparaît ?

MF : Je ne sais pas si nous sommes pareilles, mais c’est vrai que on m’a fait souvent cette réflexion, par exemple, que nous avions… Mais c’est plus pour évoquer des choses, dans le fond, des choses négatives en fait. Cette comparaison a été…

GD : Non, mais là c’est dit…

MF : Non, je le sais mais là je pense à ça parce que c’est quelqu’un qui, je crois, a essayé réellement de gérer sa carrière et son image et de faire ce qu’il lui plaisait, et parfois de s’évanouir et qu’on le lui a reproché. Maintenant, est­-ce que je…Je ne sais pas, c’est quelqu’un qui a un grand talent.

GD : La dernière question : est-­ce que la vie quotidienne, c’est-­à­-dire celle qui est ni sur les planches, ni dans les studios, ni en tournage, est­-ce qu’on y trouve un peu de bonheur, de plaisir, ou est­-ce que finalement il faut attendre désespérément de faire quelque chose et de se montrer ?

MF : Je crois que j’ai besoin effectivement de faire quelque chose, et ce métier… Sinon, je le vis mal.

GD : En tous cas, on vous souhaite le plus grand succès pour le film…

MF : Merci beaucoup.

GD : …à vous et à Laurent Boutonnat. Le film donc qui est sorti aujourd’hui sur les écrans et que je vous encourage vivement à aller voir, parce que c’est un film qui ne ressemble pas aux autres et c’est tant mieux ! Ciao, à demain. MF : Merci beaucoup… Générique de fin de l’émission.

TALKSHOW 5 OCTOBRE 1994 Présenté par Guillaume DURAND LCI

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MYLENE, Entretien avec Frédéric BESSE

Posté par francesca7 le 16 février 2016

NRJ 31 MAI 1996 – Fait rarissime dans sa carrière, Mylène Farmer donne une interview en direct quelques minutes avant d’entrer en scène, ici le soir de la première représentation du Tour 96 à Bercy.

Il faudra attendre son deuxième Stade de France en 2009 pour assister à un nouveau duplex en direct.

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Frédéric Besse : Bonsoir à tous. Nous sommes donc ici à Bercy, où dix­-sept mille cinq cents personnes se sont donné rendez­-vous pour ce premier concert parisien de Mylène Farmer. Mylène a eu la gentillesse de nous ouvrir les portes de sa loge, elle doit monter sur scène dans quelques minutes. Elle est à nos côtés. Mylène, bonsoir !

Mylène Farmer : Bonsoir. FB : Tout d’abord, merci de bien vouloir se prêter au jeu du direct. Ma première question, c’est qu’attendez-­vous de ces retrouvailles avec le public parisien ? J’imagine que ce premier concert au Palais Omnisports de Paris­-Bercy constitue un des moments forts, un des temps forts de votre tournée…

MF : Je considère chaque date comme très importante : Bercy comme Toulon, comme toutes les villes de France. Qu’est-ce que j’attends ? Une formidable émotion, j’espère.

FB : Quels sont les grands souvenirs que vous conservez de vos différentes performances à Bercy ?

MF : Je crois que j’ai à peu près tout effacé, si ce n’est le souvenir de regards, de visages.

FB : Au fil du temps, avez­-vous le sentiment d’être devenue une véritable bête de scène ? C’est en tout cas l’argument qu’avancent vos plus grands fans !

MF : Non, je ne peux pas répondre ! (rires) En tout cas parler de moi en ces termes. En tout cas, j’ai un vrai, vrai, vrai plaisir que de monter sur scène.

FB : Beaucoup de personnes qui nous écoutent en ce moment n’auront peut­-être pas la chance de vous voir sur l’une des dates de votre tournée, alors j’aimerais que vous nous expliquiez un peu comment se constitue cette tournée, comment ça se passe sur scène et comment vous définissez cette formidable scène qui a été mise en place avec je crois dix­-sept personnes sur scène…

MF : Oui, il y a donc dix­-sept personnes, il y a beaucoup de musiciens, il y a huit danseurs qui viennent de New York pour la plupart ­ avec un danseur français tout de même ! (sourire) Que puis-­je vous dire ? Vous parler d’un écran, un écran géant qui fait 55m² et que j’utilise à la fois pour habiller les chansons avec beaucoup d’images abstraites, et ça c’est le travail d’une équipe qui m’a beaucoup aidée pour ça, et également qui pourra projeter ce qui se passe sur scène, des images lives. Il y a après des surprises dans le spectacle, beaucoup de mouvement et j’espère un peu de joie ! (rires)

FB : Je crois qu’il est très important de préciser que le spectacle que les gens vont voir ce soir à Bercy est exactement le même point par point que celui que les gens vont voir en province. Est­-ce que pour vous il est important de pas faire de privilégiés, comme ça ?

MF : C’est en tout cas le souhait et, si je puis dire, j’ai imposé et je n’ai pas eu grand mal parce que Thierry Suc, donc qui est le producteur du spectacle, est d’accord avec moi. J’avais envie effectivement, si je présentais un spectacle, je voulais présenter le même pour tout le monde.

FB : Près de six cent mille exemplaires de l’album « Anamorphosée » ont été vendus. Comment expliquez-­vous cette espèce de mysticisme de vos fans qui caractérise à chaque fois votre carrière ­ enfin, l’évolution de votre carrière ? C’est un petit peu délicat…

MF : Je ne sais pas. Là encore, je vais vous décevoir : je ne m’explique pas tout et je n’essaye pas, dans le fond, d’expliquer. J’essaye de recevoir, c’est tout. (sourire)

 FB : Dans quelques minutes, vous êtes sur la scène de Bercy. Quel contact, quel rituel aimez­-vous instaurer avec votre public ? Est­-ce que vous aimez vraiment rentrer en communion avec eux, qui connaissent à chaque fois chacune de vos chansons ?

 MF : Rentrer en communion, je crois que ça se fait relativement naturellement quand j’ai la chance d’avoir le public que j’ai. C’est vrai qu’il chante toutes les chansons tout au long du spectacle, donc il y a fatalement quelque chose d’assez fort qui se passe.

FB : Voilà, on va laisser Mylène se préparer tranquillement dans sa loge, parce que là il est 21h05 et donc dix­-sept mille cinq cents personnes attendent avec impatience de voir Mylène. Je vous rappelle qu’elle va monter sur scène d’ici très, très peu de temps. On la remercie d’avoir très gentiment voulu se prêter au jeu du direct en notre compagnie.

MF : Merci, au revoir.

FB : Merci, Mylène. Diffusion de « California » pour clore la séquence (on entend Mylène tousser alors qu’est lancée l’intro de la chanson)

 

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Stolen car par Mylène et Sting

Posté par francesca7 le 1 janvier 2016

Stolen car : Premier single exploité, ce deuxième morceau, inter­prété avec Sting, est le seul duo de tout le disque. Déjà chan­tée par l’ex-leader de The Police en 2003, cette reprise, remixée et produite par le dj star The Avener, est aussi le seul titre d’Inters­tel­laires aux distor­sions élec­tro. Choisi par Mylène pour ses quali­tés ciné­ma­to­gra­phiques et sa construc­tion invi­tant à un dialogue franco-anglais, cette ballade mid-tempo entre regrets et rêves, réalité et fantasme, pose la problé­ma­tique très « farme­rienne » du désir qui fait désordre.

Stolen Car (Take Me Dancing) est une chanson écrite, composée et interprétée par Sting, issue de son album, Sacred Love, dont elle est le troisième single extrait en mai 2004. La version single est plus courte et remixée.

En 2015 sort une nouvelle version, interprétée en duo avec Mylène Farmer et produite par le DJ français The Avener. La chanson se classe directement à la première position des charts en France et en Belgique 1. Il s’agit du 14e single numéro 1 en France pour Mylène Farmer, un record depuis la création du Top 50 en 1984.Avec la sortie des supports physiques, le single retrouve pour la deuxième fois la première place du top single du 9 au 15 octobre. La chanson est le premier single de l’album Interstellaires.

vidéo

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Paroles de la chanson

 

[Sting] 

Late at night in summer heat. 
Expensive car and empty street
There’s a wire in my jacket, but this is my trade
It only takes a moment, don’t be afraid
I can hotwire an ignition like some kind of star
I’m just a poor boy in a rich man’s car 

[Mylène Farmer]

Et le moteur s’allume enfin 
Nos vies s’enlacent 

[Sting] 

And we drive into the night 

[Mylène Farmer]

 Oh le cuir doux s’en mêle 
Affole ton imagination
Je te vois déjà
Dans une autre situation
Tu es company director
Une vie de famille
J’ai ce feeling qu’il y a bien plus de choses à dire

[Sting] 

There’s some kind of complication

[Mylène Farmer] 

Il lui dit

 

[Sting] 

He’s alone 
Spends the night with his lover

[Mylène Farmer] 

Il y a des traces 

[Sting] 

Of her cologne 

[Mylène Farmer]

Tous les mots de sa maîtresse 
À l’oreille sans détour
Comme une chanson d’amour

[Mylène Farmer (Sting)] 

 

Please take me dancing tonight I’ve been all on my own 
S’il te plaît, emmène-moi danser ce soir.
Je me sens seule depuis longtemps. 
Les promesses d’un jour, d’un soir, je les entends comme un psaume.
I’m just a prisoner of love
Je ne suis qu’un prisonnier de l’amour.
Prisonnière de mes failles 
Take me dancing, please take me dancing tonight
Please take me dancing tonight
Please take me dancing tonight

[Mylène Farmer] 

Imagine ta femme 
Sa vie glisse entre ses doigts
Il y a une règle : être chasseur ou bien la proie.
Il lui dira « je rentre tard »
Ses affaires, partir à Rome. 

[Sting] 

But there’s more than a suspicion in this lingering cologne

[Mylène Farmer] 

Et les enfants feront la tête 

[Sting] 

And she runs a traffic light 
And she drives into the night

[Mylène Farmer (Sting)] 

Please take me dancing tonight I’ve been all on my own
S’il te plaît, emmène-moi danser ce soir.
Je me sens seule depuis longtemps. 
Les promesses d’un jour, d’un soir, je les entends comme un psaume.
I’m just a prisoner of love
Je ne suis qu’un prisonnier de l’amour.
Prisonnière de mes failles 
Take me dancing, please take me dancing tonight
Please take me dancing tonight
Please take me dancing tonight

 

 A Mylène fs

Tout au long du mois d’août 2015, le retour de Mylène Farmer se précise. En lançant trois sites internet, la chanteuse dévoile mystérieusement les détails de son retour  en dévoile quelques paroles de son single à venir. Une photo avec Mylène et le chanteur Sting prise par Bruno Aveillan sert de fond d’écran pour le site.

Le 27 août 2015 le titre du single est dévoilé.

Le 28 août 2015 à minuit le single est disponible sur les plateformes de streaming et peu après à l’achat sur ITunes Store. Le titre se classe dès sa sortie à la première position des charts et devient une semaine après le 14e single numéro 1 de Mylène Farmer au Top 50. *

Le 26 octobre deux remixes du titre sont dévoilés. Mico C diffuse son remix de la chanson à minuit dans son émission « Party Fun » sur Fun Radio. Quelques heures plus tard, le site leparisien.fr met en ligne le remix de Dave Audé.

Le 28 octobre, le site yagg.com propose un troisième remix de Ralphi Rosario.

Le 1er novembre, ces 3 premiers remixes ainsi qu’un quatrième, « My Digital Enemy Remix » sont mis en ligne en version longue sur des sites spécialisés de DJ.

Le 7 Novembre 2015, Mylène Farmer et Sting interprètent aux NRJ Music Awards 2015 la chanson.

Le 13 novembre, tous les remixes (12 au total) sont proposés en téléchargement légal et en écoute en streaming.

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LE REVE DE LAURENT BOUTONNAT

Posté par francesca7 le 24 décembre 2015

 

A mylène hier et aujourd'huiGIORGINO, ce fils c’est avant tout le rêve de tout eune vie, le rêve de Laurent Boutonnat ; Le projet est né dans son esprit dès son adolescence. Il rêvait d’un film à gros budget, avait écrit u premier script s et tenait déjà un titre : Giorgino. Le succès de Mylène Farmer dans la chanson permettra à Laurent Boutonnat de créer deux sociétés de production, Toutankhamon en 1987 puis Heathcliff en 1989, rendant alors possible la concrétisation de cet ambitieux projet cinématographique.

Dès l’été 1987, il travaille sur une nouvelle version du scénario avec Gilles Laurent qui aurait été terminé en 1989 pendant l’interruption du Tour 89. Le film est financé à 68 % par Heathcliff. Polygram, Canal Plus et le CNC ont également participé. Le budget oscillerait entre 80 et 85 millions de francs (soit environ 12 millions d’euros). Le rôle de Catherine a été écrit spécialement pour Mylène Farmer.

Boutonnat a voulu un casing international. Le casing s’est donc déroulé à Londres, Prague et Los Angeles. On retrouve dans un petit rôle Christopher Thompson, le fils de la scénariste et réalisatrice Danièle Thompson. Il avait prêté sa voix en 1991 pour la chanson Agnus Dei sur l’album l’Autre…

Le tournage de Giorgino, exclusivement en anglais, commence le 2 janvier 1993 et se termine fin mai. La première partie (cimetière, maison, auberge…) se déroule dans les plaines de Slovaquie, puis l’équipe se rend à Prague en Tchécoslovaquie pour les autres scènes tournées dans les studio Barrandov (orphelinat, forêt, marais…) Pour préparer au mieux son rôle, Mylène a souhaité visiter des hôpitaux psychiatriques et assister à des consultations grâce à un ami psychiatre. Les relations ente elle et Laurent auraient été souvent assez tendues. Le montage du film débute en juin 1993 et va prendre dix mois. L’équipe du film, avec notamment Mylène, Laurent Boutonnat et Jeff Dahlgren, est présente à l’avant première parisienne le 4 octobre au cinéma Gaumon Marignant des Champs Elysées.

La salle est bondée, mais l’accueil est comme le long métrage, glacial. Initialement, la sortie du film est prévue pour le 24 août 1994. C’est d’ailleurs cette date qui figure sur les premiers plans promo. Cependant, à la demande du distributeur, Boutonnat va créer une version plus courte du film que celle proposée en avant-première. Finalement Giorgino est sur les écrans le mercredi 5 octobre 1994 mais est interdit aux moins de 12 ans.

Soixante mille entrées en France et deux millions de francs de recettes, cette évidement très peu pour un tel projet. Le film ne reste que trois semaines à l’affiche à Paris et seuls deux cinémas d’art et essai (Le Studio Galande à Paris et La Fourmi à Lyon) le proposeront jusqu’en février 1995. Les projections à l’international sont annulées. Laurent sera profondément meurtri par cet échec. Il rachètera même les droits de Polygram afin d’en bloquer les diffusions ou l’exploitation en vidé. En 1995, Laurent Boutonnat s’opposera à la du film en vidéo, il faudra patienter jusqu’au 5 décembre 2007 pour que celle-ci soit enfin possible.

extrait de Mylène Farmer Ses mots, Ses clips aux Editions Chapitre.com 2014

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AVANT QUE L’OMBRE… À BERCY DÉROULEMENT DU SPECTACLE

Posté par francesca7 le 29 novembre 2015

 

Ce cri qui introduisait le spectacle en introduit aussi le film, sur des images du « rideau de scène », ou plutôt des gigantesques portes qui la cachent encore aux yeux du public. Ce sont en effet deux lourdes portes baignées d’éclairages dorés qui se présentent au public, lui-même baigné d’éclairages d’un rouge oppressant. Au milieu de la salle se trouve une seconde scène en forme de croix, posée au milieu de la fosse. Une musique inquiétante et mystérieuse se fait entendre, constituée de grondements sourds et de chants religieux dignes de l’album « Cendres de lune ».

 BERCY2

C’est l’Introduction. La pression monte du côté du public de ces treize dates exceptionnelles, treize représentations uniquement à Paris-Bercy. Alors que les grondements se font de plus en plus sourds, les lumières s’éteignent brusquement, déclenchant à nouveau les cris du public. La musique va crescendo, jusqu’à l’explosion… « SHUT UP !! ». Un sarcophage futuriste s’illumine des hauteurs de la salle, au-dessus du transept de la croix posée au milieu de la fosse. Mylène est allongée à l’intérieur, yeux clos. Le caisson descend lentement, tandis que des éclairs et des coups de batterie semblables à des explosions traversent la salle. Le sol de la scène centrale en forme de croix est tapissé d’un écran retranscrivant des images évoquant un cœur humain, images signées Alain Escalle, comme toutes celles du show. Lorsque le sarcophage est posé sur la croix, six hommes vêtus de longues robes violettes montent sur la croix, et entourent le sarcophage dans lequel Mylène gît, endormie. Après l’avoir débarrassé des chaînes qui l’ont fait descendre, ils soulèvent le sarcophage et le portent en direction de la scène principale, toujours masquée par ses lourdes portes. Au fil de leur marche, une passerelle reliant les deux scènes descend du plafond. Au moment où les porteurs posent le pied sur la première marche de cette passerelle, les portes s’ouvrent enfin avec fracas, laissant entrevoir dans un éclair aveuglant un escalier sans fin, et deux écrans reprenant les images projetées sur la scène centrale en forme de croix. Arrivé sur la scène principale, les porteurs posent leur fardeau sur un socle, puis se retirent en coulisses. Sous les yeux du public, émerveillé par une telle entrée, le socle se relève lentement à la verticale. L’image de Mylène à l’intérieur, les yeux toujours clos, se relevant lentement, est projetée en live sur l’écran gauche de la scène. Et brusquement, elle ouvre les yeux, comme si les cris du public lui avaient insufflé la vie… Le sarcophage s’ouvre, libérant Mylène tout sourire, qui adresse un signe de main à la foule en délire. 

Et c’est parti pour le voyage… Le voyage semble être le fil conducteur du spectacle, une idée empruntée à Guy de Maupassant, dont une citation figure dans le livre du spectacle. « Le voyage est une espèce de porte par où l’on sort de la réalité connue pour pénétrer dans une réalité inexplorée qui semble un rêve ». Mylène, renvoyée sur terre et ressuscitée treize fois de suite par son public, va donc nous faire voyager dans son monde, ses tableaux…

Mylène commence à chanter Peut-être toi, dans de très beaux éclairages rouge et or. Sa tenue est pour le moins originale, constituée d’une culotte, d’un soutien-gorge et de bottes couleur or, sertis de pierres précieuses. Par-dessus, Mylène porte une cape couleur or également, constituée de fines lanières qui volent derrière elle. Ce titre dynamique est repris par le public, et Mylène le termine avec les fameux « Pam pam pam, padadadam pam… ».

Les accords de guitare qui introduisent la chanson suivante sont rythmés par des éclairages violets qui se lèvent et se baissent en rythme. Parallèlement à cela, une partie de la scène, celle où se trouvent le directeur musical Yvan Cassar, le batteur Abraham Laboriel et le percussionniste Nicolas Montazaud, s’élève lentement, laissant apparaître guitaristes, bassiste et choristes. La scène s’éclaire de bleu lorsque le riff de XXL se déchaîne. Mylène interprète ce titre avec beaucoup de justesse, tandis que les écrans géants derrière elle retransmettent des images live. A la fin de la chanson, Mylène fait reprendre le refrain au public après lui avoir dit bonsoir.

 BERCY

Retour au calme pour Dans les rues de Londres. Les écrans derrière Mylène diffusent des images d’une silhouette dansante superposée avec une écriture manuscrite… Des éclairages reprenant une rue pavée sont projetés sur l’immense escalier sans fin qui fait office de décor. Mylène interprète ce titre en toute sobriété, se déplaçant le long de la scène, tandis que la scène est éclairée dans des tons dorés. A la fin de la chanson, nous découvrons que les écrans mobiles sont quatre en réalité, qui peuvent bouger, se séparer, se rassembler…

Un bruit de C.B. retentit dans la salle. Le public reconnaît immédiatement California. Les écrans et la scène centrale se recouvrent de la mention « Crime scene – Do not cross ». Mylène apparaît en hauteur, sur la première partie de l’escalier du décor, dans une ambiance très sombre, rougeoyante. L’escalier avance lentement vers l’avant de la scène, et Mylène le descend en rythme avec la chanson. Elle effectue une prestation toute en sensualité de son tube de 1996. A la fin du titre, elle ne manque pas d’adresser un clin d’œil au public sur un langoureux « So ssssex… » !

Un tampon élève Mylène au-dessus de la scène tandis que retentit le rythme saccadé de Porno Graphique. Mylène effectue une chorégraphie géniale totalement barrée, faite de mouvements aussi saccadés et « autistiques » que la chanson, faite de déhanchés suggestifs et de mouvements brusques. Dans une ambiance rougeoyante (encore !), des images d’une opération à vif sont projetées sur les écrans réunis. Au trois quarts de la chanson, sept hommes font leur apparition sur scène, en haut de la première partie de l’escalier du décor. Ce sont Los Vivancos, groupe de danseurs flamenco, espagnols donc. Ils restent immobiles jusqu’à la fin de la chanson où Mylène lâche « T’as pas un p’tit mojito ?! » avant de s’échapper en coulisses. Ils prennent alors possession de la scène pour un interlude flamenco endiablé, fait de claquettes et d’acrobaties, sur un instrumental hispanisant de « Porno Graphique ». Puis le noir se fait…

Une petite mélodie enfantine se fait entendre doucement, tandis que la salle est baignée d’éclairages bleu sombre. Puis les premières notes de Sans contrefaçon retentissent, déclenchant les cris de délire du public. Huit danseuses sont positionnées sur scène, encore immobiles. Elles sont vêtues de pantalons noirs, de vestes à carreaux (comme il se doit pour cette chanson !) colorés et chapeaux haut-de-forme rouges. L’intro se déchaîne, guitare, percussions, Mylène arrive en fanfare du côté droit de la scène, vêtue également d’un haut-de-forme bleu marine, ainsi que d’une petite robe noire à plumes très courte dotée d’une sorte de traîne froufrouteuse, noire également. Mylène et ses danseuses effectuent la chorégraphie bien connue de la chanson devant un public déchaîné, tandis que de superbes éclairages balaient toute la salle. Les écrans des deux scènes projettent des images d’une marelle remplie des symboles masculin et féminin tournant sur eux-mêmes. Mise en scène très réussie. Mylène fait reprendre le refrain au public à plusieurs reprises…

Retour au calme avec une version plus lente et plus sensuelle de Q.I. Les danseuses retirent leur pantalon, leur veste et leur chapeau, dévoilant une petite combinaison noire des plus sexy. Mylène retire également son chapeau et sa traîne. Mylène et ses danseuses effectuent une nouvelle chorégraphie sensuelle et plutôt originale, inspirée du Lac des Cygnes. Le public est enthousiaste, notamment sur la fin de la chanson « Ton Q.I, mon Q.E, ton Q.I, C.Q.F.D… ». Mylène remercie le public, puis reprend cette conclusion de la chanson en chœur avec lui, tandis que les danseuses effectuent de larges mouvements avec les bras.

Déjà, l’intro de C’est une belle journée retentit, et nouveau moment de liesse dans la salle pour le public qui reprend à tue-tête le refrain avec Mylène. Celle-ci, toujours accompagnée de ses huit danseuses, effectue la chorégraphie du titre présentée à la télévision quatre années plus tôt. Les écrans diffusent des dessins animés tirés du clip, accompagnés d’une multitude de lettres C.U.B.J., les initiales de la chanson. A la fin de la chanson, Mylène retourne en coulisses, tandis que les musiciens jouent un instrumental orientalisant, pendant lequel les Los Vivancos arrivent une nouvelle fois sur scène, pour effectuer un nouvel interlude flamenco/claquettes. Puis le noir se fait…

Un orage éclate dans Bercy. Des éclairs flashent toute la salle, tandis que le tonnerre, la pluie et le chant des cigales retentit. Sur la scène centrale en forme de croix, une trappe se retourne sur elle-même, laissant apparaître un piano à queue. Yvan Cassar s’avance sur la scène centrale, sous les applaudissements du public. Il s’installe au piano et débute une introduction que l’on reconnaît comme étant celle de Ange, parle-moi. La voix de Mylène se fait entendre. Mais où est-elle ? Elle est perchée dans un chandelier immense aux flammes en plastique, qui survole le côté gauche de la salle. Le chandelier parcourt ainsi la moitié de la salle, rapprochant Mylène des spectateurs assis de ce côté-ci des gradins. La foule est réellement en délire, on entend peu Mylène tant les cris sont nombreux. Mylène reste imperturbable et termine la chanson, ici dans une jolie version en piano-voix, en se posant au milieu de la scène centrale. Elle descend du chandelier, qui remonte au plafond. Elle porte une nouvelle tenue constituée d’un corset violet, d’un haut transparent passé par-dessus, et de cuissardes bleues. La chanson finie, le public réserve une standing ovation à Mylène, qui semble ne pas en revenir…

La chanson suivante est Redonne-moi, que Mylène interprète visiblement très émue. Dès le second couplet de la chanson, elle peine à finir ses vers. Le public ne manque pas d’aider Mylène et de l’applaudir. Yvan conclut joliment la chanson avec une reprise inédite au piano, durant laquelle Mylène reçoit un bouquet de fleurs du public. Elle lui dit : « Ce sont des moments tellement émouvants pour moi… Merci beaucoup… ».

Toujours sur la scène centrale, Mylène continue ce tableau « émotion », plus proche que jamais de son public. Bercy n’a jamais semblé si intimiste… Elle enchaîne avec Rêver. Dès la fin de l’intro, elle demande à Yvan, submergée par l’émotion : « Donne-moi une seconde… Pardon… ». Tandis que l’écran de la scène du fond retransmet toujours des images live de Mylène, de magnifiques éclairages habillent la chanson. Des colonnes de lumière s’élèvent tout autour de la scène centrale en forme de croix, tandis que Mylène interprète une de ses chansons les plus connues et aimées du grand public. On entend d’ailleurs nettement son public chanter avec elle lors des refrains. Le public reprend également en cœur le refrain lorsque Mylène le lui demande à la fin de la chanson. « C’est une chanson qui vous va si bien… Alors je vous laisse la chanter pour moi »…

L’obscurité grandit pour L’autre… que Mylène interprète encore une fois en toute sobriété, en communion totale avec le public, aussi ému qu’elle. Vers la fin de la chanson, après que la plupart des musiciens l’aient rejointe sur la scène centrale, elle fait monter une fan sur scène, parcourt un peu la croix avec elle puis la serre dans ses bras, concluant la chanson par : « C’est un ami… C’est lui… C’est lui… C’est vous… ».

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Dès que les premiers accords de Désenchantée sont plaqués par Yvan, un cri de délire inonde Bercy. Les danseuses de Mylène, en pantalon noir et en haut violet, la rejoignent sur la scène centrale. Elles effectuent avec Mylène la chorégraphie d’origine du titre, tandis que les écrans des deux scènes projettent des images psychédéliques de toutes les couleurs. Au fur et à mesure que la chanson avance, les éclairages sont de plus en plus fous. A la fin de la chanson, des torrents de lumières de toutes les couleurs déferlent dans tout Bercy. Le public, quant à lui, est euphorique. Mylène interprète son plus gros tube, son hymne, au milieu de la salle, au milieu de son public. Comme pour « Rêver », on le distingue bien chanter avec Mylène sur les refrains. En réalité, dans la salle, il chantait plus fort qu’elle… Lors du pont de la chanson, les musiciens restant passent d’une scène à l’autre par la passerelle, une nouvelle fois descendue. Après une multitude de refrains, la chanson se termine et les danseuses retournent sur la scène principale. Mylène reprend le refrain plusieurs fois avec le public, puis présente les musiciens qui l’accompagnent. Après avoir été présentés, ceux-ci retournent sur la scène principale. Puis Mylène va les rejoindre lentement, en reprenant une nouvelle fois le refrain de la chanson avec le public. Sur la passerelle entre les deux scènes, elle se penche pour adresser un petit signe au public juste en-dessous. Puis la musique explose à nouveau et un nouveau refrain est repris.

Retour au calme avec Nobody knows, que Mylène interprète en faisant de simples mouvements de bras et de tête. Les écrans, devant lesquels une sorte de tissu transparent a été descendu, diffusent des images oniriques dans des tons jaunes. Les éclairages rouges et jaunes balaient la salle. Mylène retourne dans les coulisses tandis que les musiciens et notamment Yvan Cassar concluent la chanson par un air mystérieux constitué d’arpèges.

Pour Je t’aime mélancolie, de longues colonnes de tissu descendent du plafond de la scène. A l’intérieur de certaines d’entre elles, Eric Chevalier le claviste, Mylène et quelques danseuses. Les autres sont disposées plus au devant de la scène. Dans une version assez similaire à celle du Tour 96, Mylène ré-interprète cette chanson avec la chorégraphie d’origine, en dépit de son micro qu’elle porte à la main. Dès le premier refrain, elle sort de sous la colonne de tissu. Elle est vêtue une nouvelle tenue : culotte et soutien-gorge en dentelle noirs, par-dessus lesquels elle porte une veste en dentelle noire également.

Interprétation toute en simplicité et en sensualité pour L’amour n’est rien…. Mylène évolue sur scène, jouant avec ses musiciens, notamment ses deux choristes et son bassiste. De jolis éclairages mettent en valeur les colonnes de tissus qui ont libéré toutes les personnes qui étaient à l’intérieur… Lors des derniers refrains de la chanson, ceux-ci montent et descendent en rythme avec la chanson.

Quelle surprise que cette nouvelle interprétation de Déshabillez-moi ! On peut dire que Mylène vit la chanson… Devant un pied de micro, elle joue avec lui et avec le public, multipliant les grimaces, les poses lascives. Sans oublier l’énorme cri qu’elle pousse… Interprétation magistrale de ce classique de Juliette Gréco !

Retour au calme avec Les mots. De magnifiques projections de roses ornent les deux côtés de la scène. Des images de pluie sont projetées sur les écrans, scindés en deux. Mylène chante son premier couplet. Pour le couplet de Seal, surprise, Abraham se lève et c’est lui qui va rejoindre Mylène. Remplaçant de treize soirs, il donne une nouvelle dimension à la chanson en interprétant superbement cette chanson avec une belle voix rauque. Mylène et Abraham semblent très complices et avoir beaucoup d’affection l’un pour l’autre. Mylène le gratifie d’ailleurs d’un smack sur la bouche à la fin de la chanson…

Fuck them all bénéficie d’une mise en scène très étudiée et très colorée. Les Los Vivancos sont de retour sur scène, l’un deux enserrant Mylène dans ses bras. Ils se retournent lentement vers le public au moment de l’intro. Les danseuses sont également présentes sur scène, habillées en geishas. Toute la troupe effectue une chorégraphie inédite, tandis que les écrans diffusent des images évoquant l’Espagne, avec beaucoup de rouge, des images de toréadors, des coupures de journaux… Lors des derniers refrains, la passerelle descend une nouvelle fois relier les deux scènes. La chanson finie, toute la troupe passe sur la scène centrale, au rythme de percussions et des « Fuck them all » qui résonnent dans toute la salle. Mylène présente les danseurs : « Ils sont tous frères, ils sont tous espagnols, ils dansent magnifiquement bien, ils s’appellent Los… Mylene_FarmerVIVANCOS !! ». Puis elle retourne vers les danseuses : « Elles viennent toutes de New York, je suis très très heureuse de travailler avec elles, elles sont toutes plus jolies les unes que les autres, ce sont les danseuses !! ». Tout le monde retourne sur la scène principale, seule Mylène reste… « Et merci à vous, un immense merci !! ». Explosion de guitares. Mylène tournoie sur la scène centrale, au milieu de son public qui l’acclame. On sent les larmes lui monter aux yeux… Elle retourne sur la scène principale. « FUCK THE ALL ! ». Le noir se fait.

Cris du public lorsque Mylène est de retour sur scène. Elle est vêtue d’une nouvelle tenue, un magnifique manteau rouge sang brodé d’or et de perles. Un véritable rideau d’eau coule devant la scène. L’image de Mylène en live est projetée dessus. L’effet est magnifique. Les premières notes de Avant que l’ombre… débutent. Mylène interprète la chanson visiblement émue. Lors des derniers couplets, le rideau se sépare en deux, laissant Mylène passer devant. « Mais laisser le passé, redeve…nir le passé… passé… ». Et à chaque fois que Mylène prononce le mot « Passé », celui tombe du rideau d’eau, constitué de gouttelettes d’eau. L’effet est grandiose, magnifique. C’est la première fois au monde que cette technologie est utilisée. Le public est scotché. Mylène termine la chanson, puis lorsque débute le long instrumental qui conclut la chanson, elle se dirige vers l’escalier sans fin du décor, maintenant orné d’immenses chandeliers dont le pied est sculpté de cobras. Tandis que le rideau laisse maintenant s’échapper la silhouette de Mylène (celle de l’affiche du spectacle), celle-ci monte lentement, très lentement, les marches de cet escalier sans fin. Arrivée à mi-chemin, elle ôté son long manteau rouge, se retrouvant presque nue. Arrivée tout en haut de l’escalier, dans la fumée, elle se retourne et lève la main en direction du public. Elle n’est plus qu’une silhouette lointaine en haut de cet escalier. Le public, abasourdi, répond au signe de main que lui adresse Mylène. Puis lentement, les lourdes portes qui cachaient la scène commencent à se refermer sur elle et sur Mylène, la main toujours levée. Sa silhouette se découpe toujours dans le rideau d’eau. Avec un immense fracas, les portes se referment définitivement. Le dernier plan du film nous montre les fans en pleur devant ce final incroyable et particulièrement fort en émotions…

 SOURCE  / http://www.innamoramento.net/

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Mylène Farmer devient Un mythe de son vivant

Posté par francesca7 le 2 novembre 2015

 

 

     « Elle venait et s’en allait comme une ombre », « la peau rivalisant avec le plus pur ivoire ».

 VISAGE ETERNEL

« L’étrangeté que je trouvais dans les yeux était indépendante de leur forme, de leur couleur et de leur éclat, et devait décidément être attribuée à l’expression. » On jurerait une évocation de Mylène, du moins de l’héroïne diaphane et romantique, incarnée dans certains de ses clips. Mais non, ces mots d’Edgar Poe dressent le portrait de Ligeia, l’un des fascinants personnages de ses Histoires extraordinaires. Une femme qu’on croit morte, mais qui renaît à la vie sous les traits d’une autre. Tout un symbole pour la chanteuse, qui s’est inspirée de cette nouvelle pour écrire la chanson Allan. 

     « De tout mon être je viens vers toi », entonne-t-elle, s’adressant à cette morte vivante comme à une sœur de sang. Autre lien troublant entre les deux femmes : « la pénétrante et subjuguante éloquence de sa profonde parole musicale ». Dans la préface du livre, Baudelaire, le poète traducteur, en qualifiant les femmes qui peuplent les Histoires extraordinaires, décrit « une voix qui ressemble à une musique » ainsi qu’une « mélancolie inguérissable ». Encore une fois, on pourrait utiliser ces mots sans en changer aucun pour qualifier Mylène. Dans certains passages de la nouvelle, alors que le narrateur ressent une relation de forte dépendance avec son personnage, il serait presque possible d’entendre le mentor Boutonnat parler de sa muse : « Sans Ligeia, je n’étais qu’un enfant tâtonnant dans la nuit. » 

     Si Mylène est parvenue à se hisser au rang de mythe de son vivant, c’est d’abord parce qu’elle a su incarner une héroïne, transcender la banalité du quotidien afin de porter des valeurs universelles. Là où seules des comédiennes avaient réussi cet exploit, parce que des metteurs en scène les ont sublimées à l’écran, elle a bénéficié du talent de Laurent Boutonnat sans lequel rien n’aurait été envisageable. Ce n’est pas une chanteuse qui regarde l’objectif en suppliant qu’on l’aime, mais une actrice engagée dans une action, un personnage auquel on s’identifie, un support pour toutes nos projections. 

     Dans un entretien publié dans le magazine Lire, l’écrivain Linda Lê décrit le processus qui aboutit au mythe. « C’est seulement par la connaissance des gouffres que l’on peut atteindre la vérité et par l’exploration des marges et de la nuit que l’on peut atteindre le mythe366. » Sans doute parce qu’elle s’est risquée à descendre dans les zones les plus ténébreuses de l’inconscient, Mylène a conquis cette dimension unique dans le paysage musical français. Ce voyage intérieur jusqu’à la racine de nos pulsions les plus archaïques confère un relief inédit à son œuvre. Jeux visant à défier la mort, découverte d’une nature humaine où la cruauté n’est jamais absente, revendication d’une liberté sexuelle totale… Il y a quelque chose de subversif dans les messages délivrés, un goût de faire la nique à l’ordre social. Même une chanson aussi entraînante que C’est dans l’air, sur l’album Point de suture, paraît une forme d’apologie du péché. « Les bons apôtres je les mange », fredonne une Mylène qui n’hésite pas à « parfois piquer la poupée ».

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     Rien de satanique là-dedans, juste une profondeur inhabituelle dans le répertoire d’une chanteuse populaire. Dire la banalité ne rime à rien. Tous ceux qui ont approché Mylène lui reconnaissent une conversation qui n’est jamais ordinaire. Elle pèse chaque mot, préfère de loin le silence aux formules attendues. Pourquoi parler si c’est pour combler un vide qui, de toute façon, ne l’effraie pas ? De même, pourquoi chanter si c’est pour enfiler des perles ? D’autres, les plus nombreux, le font à sa place… « Tout ce qui est tiède m’ennuie, le politiquement correct, l’uniformité de pensée et d’expression. » On ne le dit pas assez : derrière l’imaginaire farmerien, se trouve une pensée en mouvement, une préoccupation quasi philosophique, une quête de vérité. Des reniements, parfois, ou des contradictions patentes, mais toujours une exploration sincère, le goût de tordre le cou aux idées reçues . « Il y a de l’uniformité partout / De la pensée en boîte et c’est bien tout ! » murmure-t-elle dans Porno Graphique. 

     Savoir ce qu’il y a derrière, décortiquer, ouvrir, inciser, et dire ce que les autres n’osent voir par peur ou manque de curiosité : voilà le projet de tout artiste digne de ce nom. Il y a deux types d’enfants : ceux qui s’amusent avec les jouets qu’on leur offre et ceux qui préfèrent les déconstruire, comprendre comment ils fonctionnent. Mylène se situe dans le second camp, minoritaire. De ce point de vue, le choix des photographies du Japonais Alsuiki Tumi pour illustrer la pochette et le livret de Point de suture n’est pas anodin. Cette poupée recousue au milieu des instruments chirurgicaux, qui n’aurait pas déplu à  Marilyn Manson, constitue une réponse forte au titre de l’album. La star s’en est expliqué. « Dans le livret de cet album, il y a une réplique d’Al Pacino, qui incarne Carlito dans le film L’Impasse. Avant de mourir, en voix off, il dit : “Tous les points de suture ne pourront me recoudre.” C’est aussi ce que je

ressens. J’ai pour ma part choisi l’ambiguïté… Point de suture, ici au singulier, évoque aussi bien qu’il n’y a aucune possibilité de suturer les plaies que l’espoir de guérison. » 

     Entre les deux hypothèses, optimiste ou pessimiste, c’est l’histoire du verre à demi plein ou à demi vide qui se rejoue sans cesse. On le sait depuis longtemps, la chanteuse a clairement choisi son camp, même si elle s’efforce de « voir le soleil quand la nuit nous accable », selon ses propres mots dans Slipping Away, le duo avec Moby. « L’optimisme me fait peur, il est toujours en décalage avec la réalité des choses. Je préfère une onde de pessimisme. Mais un pessimisme qui va quand même de l’avant. J’ai malgré tout un côté très bagarreur en moi, que l’on retrouve dans mes textes. » 

      Dans un tel écart, en tout cas, existe une possibilité, pour celui qui écoute, d’échafauder ses propres réponses. Ne jamais verrouiller le message, laisser une place au doute, tel semble être une des constantes de l’imaginaire farmerien. Ainsi, bien malin qui pourrait dire ce que la chanson Derrière les fenêtres , présente sur l’album Avant que l’ombre… , évoque avec précision. Au-delà de la curiosité sincère d’une star pour les destins ordinaires, le sens demeure comme suspendu, ce qui participe de l’envoûtement. 

      De même, le titre Point de suture est une petite merveille d’ambiguïté. On croit d’abord qu’il s’agit d’un clone de Pas le temps de vivre, mais on découvre des paroles aériennes qui défient la logique. « Prends-moi dans tes bras / Donne-moi la main / Ne viens plus ce soir / Dis, je m’égare », répète Mylène dans le refrain. Là encore, la chanteuse touche du doigt une réalité psychologique subtile, cet état d’indécision où l’être peut basculer en un quart de seconde de l’équilibre au déséquilibre, ces moments où l’autre est suspendu à nos atermoiements. Le résultat est éblouissant. 

     Il y a dans ces points de suspension-là quelque chose qui entretient aussi le mythe. Depuis ses débuts, Mylène se caractérise par une approche singulière de la temporalité. Son exploit ? Se situer toujours en dehors des modes, afin de se préserver du risque d’être démodée un jour. « J’ai tendance à me situer hors de l’Histoire, dit-elle. Pas hors du temps, mais hors de l’Histoire. » Bien sûr, nul ne peut sauter par-dessus son époque, mais force est de constater que la chanteuse, en se forgeant une image intemporelle, a échappé à l’étiquette étriquée qui colle à la peau de ceux qui ont débuté, comme elle, dans les années 1980. Qu’on visionne à nouveau ses premiers clips : on constatera qu’ils n’ont pas pris une ride.

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      Le fait que certaines vidéos soient de libres adaptations de contes de l’enfance, en particulier Tristana et Sans contrefaçon, n’est pas étranger à ce sentiment. Dans Les Contes et leurs fantasmes, l’écrivain Jean Bellemin-Noël opère un rapprochement passionnant entre le conte et le rêve. Freud voyait dans le rêve « des accomplissements de désir [...] reposant pour une bonne part sur les impressions laissées par des événements infantiles [...] et bénéficiant pour leurs créations d’une certaine indulgence de la part de la censure ». Prolongeant cette réflexion, Bellemin-Noël définit les contes comme « des rêves qu’on partage au lieu de les inventer chacun pour soi [...] en restant éveillé… » À partir de la phrase magique « il était une fois », tous les scénarios sont placés sous le signe de l’évidence. Rien ne peut plus étonner celui qui se laisse embarquer dans l’histoire. Pour résumer sa pensée, le psychanalyste lâche cette formule : « Le conte merveilleux est le prêt-à-porter du fantasme. » 

     C’est à un périple de ce type dans l’inconscient que nous convie Mylène. Dans la plupart de ses clips, il existe bien un « il était une fois », formule qui permet d’adhérer à tous les possibles, aussi abracadabrants soient-ils. Peu d’observateurs ont compris la place de la sorcellerie dans cet univers. Être un mythe, c’est dépasser la simple condition de mortel. Pour preuve, la star réapparaît en magicienne, en 2008, dans le clip de Dégénération, clin d’œil au Cinquième Élément de son ami Luc Besson. Créature douée de pouvoirs magiques, l’héroïne de la vidéo est tout un symbole. Car derrière les pouvoirs surnaturels lui permettant de répandre l’harmonie et l’amour, les images bleutées du réalisateur Bruno Aveillan réveillent la toute-puissance propre à l’enfance. 

     Au fond, si Mylène est devenue un mythe, c’est parce que son répertoire est une histoire sans fin, un conte inachevé qui nous replonge dans le bain des premières années. Un monde où la douceur côtoie la terreur, mais surtout où l’imagination nous permet sans cesse de réinventer notre vie, sans nous soucier des contraintes de la réalité. Qui pourrait vouloir renoncer à ce voyage-là ?

 

Extrait du livre : MYLÈNE par Hugues ROYER aux Editions Flammarion 2008

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Mylène, La voix d’un ange déchu

Posté par francesca7 le 26 octobre 2015

  

 

    photo MYLENE  Elle a osé. L’exercice n’était pas gagné d’avance. Sur son dernier album, Point de suture, elle entonne l’Ave Maria de Schubert. Discrètement, plusieurs minutes après la fin du dernier titre, elle reprend sa respiration et rompt le silence. Sacrilège ? On attend la fausse note. Elle ne vient pas. Tout juste entend-on la gorge se serrer sur quelques aiguës difficiles à passer. La voix n’est pas lyrique, mais elle résonne juste, ne cherche pas les effets. L’émotion, sans la prétention. Cet air-là, Mylène l’avait déjà interprété lors des funérailles d’un ami, en juin 2008. 

      Dès ses débuts, on a beaucoup ironisé sur sa voix, ou plutôt son absence de voix. Sur les plateaux de télévision, elle chante rarement en direct. Sur scène, on l’a parfois soupçonnée de tricher. Certaines mauvaises langues n’ont pas hésité à dire que l’image développée autour d’elle à travers les clips relevait de l’écran de fumée destiné à masquer sa vocation usurpée de chanteuse. 

      Et pourtant, avec le temps, n’est-ce pas ce filet si singulier, reconnaissable entre tous, qui l’a imposée durablement ? Pas besoin d’avoir du coffre pour transmettre une émotion. « Mylène n’est pas Céline Dion, tout le monde le sait, lâche Thierry Rogen, coréalisateur des albums de la star pendant dix ans. Mais elle est très perfectionniste dans le placement et la justesse des mots, dans le travail d’enregistrement des voix. » 

      Une exigence qui la pousse à enregistrer ses chansons avec un soin quasi maniaque, chaque mot faisant l’objet d’une prise de voix, afin de parvenir à un résultat optimal. Dans ces moments-là, même  Laurent Boutonnat s’efface. C’est l’oreille qui compte, pas la puissance vocale, et celle de Mylène est particulièrement aiguisée. « Mylène a un grand talent pour synchroniser ses voix, explique Rogen. Sans trop entrer dans les secrets de fabrication, le fait de doubler les voix quand on travaille sur un refrain, de faire plusieurs pistes, permet de donner cette couleur spécifique au son Farmer. Mylène est très douée pour ce travail. Arriver à doubler parfaitement ses voix, sans jamais rien qui dépasse, ce n’est pas donné à tout le monde. Elle fait ses propres chœurs et c’est rare qu’elle utilise des choristes. » C’est encore le cas sur l’album Avant que l’ombre…, dont elle assure tout l’habillage vocal. 

     Éthérée, aérienne, évanescente. Tels sont les adjectifs qui reviennent le plus souvent dès qu’il s’agit de qualifier cette voix. Mylène minaude, étire les mots comme pour les rendre douloureux, force son timbre grave à escalader les notes les plus hautes, provoquant quelques passages en force qui constituent sa marque de fabrique. C’est dans ces moments, notamment sur scène, que l’émotion est à son comble. 

Qu’on se souvienne de l’interprétation de Pas le temps de vivre durant le « Mylenium Tour » : dans le second couplet, plus la chanteuse monte dans les aiguës, plus la salle retient son souffle. « Sa voix, moitié de ce monde, moitié d’ailleurs, est étonnante. C’est la voix d’un ange déchu », n’hésite pas à dire Salman Rushdie. Un joli compliment qui résume bien l’univers de Mylène, entre désespoir inguérissable et nostalgie de l’innocence perdue. 

     Si elle n’a rien d’une chanteuse à voix, la star sait moduler ses cordes vocales afin de mieux décliner la palette des émotions. Descente dans les graves lorsqu’il s’agit de manier le second degré comme dans les couplets de Je t’aime mélancolie, Porno Graphique ou C’est dans l’air. Échappée dansles aiguës afin d’exprimer la tristesse, comme dans les refrains de Ainsi soit je, Rêver, Redonne-moi ou Point de suture, les ballades historiques du répertoire farmerien. Même s’il arrive à Mylène, aux dires de certains, de trop en faire dans le larmoyant, sa voix possède de fait quelque chose d’envoûtant. Elle semble nous murmurer des confidences à l’oreille, livrer à chacun d’entre nous des secrets que nul autre ne peut entendre. Elle nous parle depuis un ailleurs connue d’elle seule, avec des mots parfois abscons, comme si le message avait besoin d’un décryptage. Oui, Mylène a quelque chose d’une extraterrestre qui porterait un regard singulier, plein d’étrangeté, sur notre monde. 

      Sa voix est un instrument dont elle joue en virtuose. Sans doute a-t-elle pu davantage la maîtriser grâce aux cours de chant pris dès 1989 et qui lui ont permis, sur scène, de tenir en haleine des dizaines de milliers de spectateurs. Quant aux instruments de musique à proprement parler, Mylène a toujours rêvé d’en jouer sans jamais accepter les contraintes qu’impose leur apprentissage. « J’aimerais beaucoup jouer du piano. Mais je n’ai ni le temps, ni peut-être même l’énergie », avoue-t-elle. Avant d’ajouter : « J’avais essayé de jouer du saxophone, mais c’est très difficile. » Afin d’éviter le découragement, la contribution d’un professeur patient et attentionné n’est pas inutile. Ainsi, au milieu des années 1990, Jeff Dahlgren tente d’initier la chanteuse à la guitare. C’est d’ailleurs en grattant quelques accords que lui vient la mélodie de Tomber 7 fois…, qui figure sur l’album Anamorphosée. 

      La musique n’est pas sa culture première. Le fleuve archaïque où elle se baigne, ce sont les livres, ces compagnons d’infortune qui apportent des réponses à vos doutes ou prolongent les questions qui vous taraudent. Malgré tout, et bien qu’elle ne lise pas les partitions, elle possède un sens musical indéniable.

 

Thierry Rogen en atteste. « Il faut quand même savoir que, même pour les albums précédant Anamorphosée, certains gimmicks et certaines mélodies venaient d’elle. Elle a un vrai talent pour trouver les mélodies. » On n’en doute pas lorsqu’on écoute les morceaux que Mylène a elle-même composés, soit six titres en tout, dont cinq sur l’album Innamoramento. Au fur et à mesure que sa carrière avance, son implication musicale va crescendo. « Je suis très présente en studio. C’est un univers que j’aime bien. Je m’intéresse à tout. J’aime vraiment et profondément la musique. » 

      Avec une telle évolution, on aurait d’ailleurs pu s’attendre à ce que la star finisse par se passer des musiques de Laurent Boutonnat, mais il n’en est rien : avec Avant que l’ombre… puis Point de suture, elle se concentre à nouveau exclusivement sur les textes. Et ne semble pas prête à envisager la perspective d’un album « 100 % Farmer », dont elle écrirait paroles et musique : « Je préfère, je crois, partager ces moments avec quelqu’un, rebondir, apporter une mélodie de voix sur un couplet ou un refrain… Je pourrais recommencer l’expérience, mais je n’en ressens pas vraiment la nécessité. »

 MYLENE VOIX D'ANGE

Quant à confier la responsabilité des partitions à un autre musicien que Laurent Boutonnat, cela ne semble pas non plus un projet envisagé avec sérieux. « On peut tout imaginer ! Mais ce n’est d’actualité », dit-elle, laissant la porte ouverte à tous les possibles. 

     En 2007, une rumeur avait enflammé la Toile : Mylène aurait chargé le groupe Air de réaliser son prochain album. Après le succès de l’opus composé pour Charlotte Gainsbourg, 5 :55, l’un des membres du groupe aurait lancé, au détour d’un entretien, son rêve de travailler avec Mylène Farmer. Simple

boutade ? Pas sûr. Et même si la rumeur a été ensuite démentie, c’est sur le créneau électro que la chanteuse a opéré un retour en force dans les bacs. Preuve que la voix de la star flottant sur le son du groupe Air aurait pu s’avérer une expérience passionnante. 

  Aux dires de certains collaborateurs, Mylène aborde la musique avec une oreille dépourvue de préjugés – ce qui est rare dans le métier. Ses goûts musicaux sont éclectiques. « J’ai une attirance pour les musiques de films351 », avoue-t-elle dans les années 1980. À l’époque, comme tant d’anonymes, elle écoute en boucle la bande originale de Mission. Ce qui ne l’empêche pas d’apprécier Peter Gabriel, Kate Bush, Laurie Anderson, mais aussi la musique classique. En 1988, son frère Michel lui fait découvrir Depeche Mode, qu’elle va adorer. Vingt ans plus tard, sa nièce Lisa lui fait connaître Sigur Ros, un groupe de rock islandais. Entre-temps, elle a eu un coup de cœur pour radiohead. « Elle est très ouverte musicalement, elle écoute de tout, confirme Thierry Rogen. Elle adore tout ce qui est pop anglaise, elle aime le funk, elle a les oreilles partout. » 

     Accusée par certains de ronronner sur le plan musical, comme si elle était abonnée à un son années 80 obsolète, la chanteuse a donc misé, pour son come-back, sur des rythmes électroniques très dansants. 

Un choix judicieux qui, bien que décalé par rapport à l’air du temps, colle parfaitement à son imaginaire. Elle aurait pu se perdre, comme Madonna avec son album Hard Candy, dans un univers R&B qui ne lui ressemble pas, pourvoyeur de clichés où les femmes sont souvent réduites à de purs objets de désir. Elle a choisi des arrangements aériens et métalliques, qui mettent en valeur son goût de la perfection léchée. Et Laurent Boutonnat, qu’on accusait d’enfermer la chanteuse dans un style musical étriqué, proche d’un lyrisme cinématographique vieillot, s’est adapté avec talent à ce nouveau défi. Que la presse n’ait pas été emballée ne change rien à l’affaire : le single Dégénération ne ressemble à rien de ce que Mylène a produit auparavant. Preuve que la chanteuse n’a pas fini de nous étonner. Pourvu qu’elle continue à nous hypnotiser avec cette voix qui touche le cœur. 

Extrait du livre : MYLÈNE par Hugues ROYER aux Editions Flammarion 2008

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« Je m’ennuie » s’écrie Mylène

Posté par francesca7 le 17 octobre 2015

 

 

   FARMERIEN  Rosy Ryan s’ennuie dans son Irlande natale. L’homme qu’elle a épousé, Charles Shaughnessy, et qui fut naguère son instituteur, ne comble pas le vide de son existence. Pour elle, qui rêve de devenir quelqu’un d’autre en basculant dans un ailleurs, la nuit de noces a un goût d’inachevé. Confrontée à la monotonie du quotidien, elle ignore la cause de son insatisfaction. Son mari a beau être attentionné, il ne voit pas l’attente que Rosy nourrit en secret, cet éveil des sens dont elle soupçonne qu’il pourrait faire d’elle quelqu’un d’autre. Elle s’en confesse au pasteur Collins, qui la réprimande : elle s’est trouvé un bon époux, sa santé est excellente et le couple ne manque pas d’argent, alors que demander de plus ? « Il doit bien y avoir autre chose », réplique-t-elle, insoumise. Nous sommes en 1916 et cette liberté d’exprimer ses émotions passe pour de l’insolence. Rosy rêve d’un orage qui la rendra enfin vivante. Il survient en la personne d’un jeune officier anglais, le major Randolph Doryan, aussi séduisant que ténébreux, qui devient son amant. Mais cette passion dévorante causera la perte de la jeune femme. Pour avoir couché avec l’ennemi, elle va être lynchée et tondue en public. Quant à l’officier dont elle est amoureuse, il est acculé au suicide. Finalement, Rosy et son mari quitteront le village sous les huées des badauds. L’Irlandaise a vaincu son ennui, mais elle en a payé le prix fort.

 

     C’est le réalisateur David Lean qui, en 1970, a porté à l’écran cette histoire qui fait songer à celle d’Emma Bovary, sous le titre La Fille de Ryan. Un film méconnu qui n’a pas rencontré un succès comparable à Lawrence d’Arabie ou au Docteur Jivago, mais qui s’impose comme le film du réalisateur anglais que Mylène préfère. Elle le cite d’ailleurs dans L’Amour naissant : « Ma vie comme / La fille de Ryan. » Avec le recul, il semble indiscutable également que l’œuvre ait inspiré Laurent Boutonnat dans l’écriture de Giorgino. Sans doute Mylène s’est-elle identifiée au personnage de Rosy Ryan, à ce sentiment d’incomplétude qui l’étreint. En tout cas, l’ennui s’impose comme un thème récurrent dans l’univers farmerien. 

     Je m’ennuie, fredonne la chanteuse sur l’album Point de suture, étirant la dernière syllabe, non sans ironie, comme le ferait une enfant capricieuse exigeant que son entourage la divertisse. On songe à la toute-puissance des rois de France dans l’imagerie populaire, à leurs bâillements devant les numéros de saltimbanques qui les laissent indifférents. Est-ce la star ou bien la femme qui s’ennuie ? Un peu des deux, sans doute. D’une certaine façon, pour l’adolescente, tout a commencé par là. On trouve le temps long, on se dit qu’on désire une autre vie que celle que vos parents vous présentent, malgré eux, comme un modèle, et qui sert au contraire de repoussoir. 

     Quant à la star, son ennui peut provenir de l’immense vide qui succède au vertige éprouvé lors d’un concert, par exemple. Plus l’exaltation a été forte, plus ce sentiment risque d’être redoutable. « Pourquoi remonter sur scène trois ans après vos derniers concerts à Bercy ? » demande à Mylène le journaliste Jérôme Béglé. « Parce que je m’ennuie ! répond-elle. J’ai besoin de réinventer ma vie. » Et la chanteuse de citer Pascal : « Rien n’est si insupportable à l’homme que d’être dans un plein repos, sans divertissements, sans passions, sans affaires. »

 

     Fort heureusement, l’oisiveté n’est pas dans son tempérament. Ainsi, à l’automne 2008, entre la promotion de son nouvel album, la conception des clips qui accompagneront la sortie des singles extraits et, surtout, la préparation de la tournée qui la conduira, en septembre 2009, au Stade de France, il y a fort à parier que Mylène ne va pas trouver le temps de s’ennuyer. « Le métier que je fais me convient parfaitement, il se passe toujours quelque chose, je ne m’ennuie jamais», déclarait-elle déjà à l’époque de Libertine. 

      En attendant, elle le chante sur tous les tons, mais sans gravité aucune, comme le souligne la rythmique ultra-light concoctée par Boutonnat : « Je m’ennuie / Un néant béant / Petite nausée / Temps dilué / À l’infini. » Au passage, la chanteuse s’amuse même à fleurir la fameuse formule de La Motte- Houdar : « L’ennui naquit un jour de l’uniformité » devient, dans sa bouche, « L’ennui naquit un jour gris / D’une uniformité que je / Sais invincible. » Pour elle, ce sentiment provient d’une difficulté à apprivoiser la temporalité. Toucher du doigt la sérénité, n’est-ce pas parvenir à faire corps avec l’instant, l’épouser dans une adéquation parfaite ? Or, bien souvent, nous n’arrivons pas à vivre le présent parce que, comme l’a écrit avec justesse saint Augustin, nous sommes parasités par le passé et obsédés par l’avenir.

 

      « Le temps n’est pas mon ami, explique Mylène. Quand il est trop long, je m’ennuie. Quand il est trop court, je m’angoisse. » D’où cette oscillation entre deux sentiments extrêmes, aussi inconfortables l’un que l’autre : « Me balancer / De la tourmente à l’ennui. » Fort heureusement, si la mélancolie est un état paralysant qui n’inspire que le repli sur soi plaintif, l’ennui cherche toujours une échappatoire. Il porte en germe une explosion salutaire qui libère l’énergie et invente une issue à l’insupportable routine. 

Bref, il est moteur : c’est un état qui pousse à l’action, au mouvement. Déjà, dans L’Instant X, la chanteuse abordait cet état où l’être s’englue dans l’attente de l’équation magique qui lui permettra de quitter sa torpeur. 

      Dans L’Âme-Stram-Gram, c’est le plaisir sous toutes ses formes qui est envisagé comme sortie de secours. « Partager mon ennui le plus abyssal / Au premier venu qui trouvera ça banal », entonne Mylène avant se suggérer, avec force calembours cryptés, des pratiques sexuelles nombreuses et réjouissantes.

Dans la littérature du marquis de Sade, qui l’a beaucoup inspirée, conversations philosophiques et tableaux érotiques alternent avec un bel équilibre. L’ennui est d’ailleurs souvent le déclic qui permet de basculer de l’un à l’autre. 

Dégénération explore cette thématique avec force, ajoutant une dimension collective là où Mylène se contentait de ne parler qu’en son nom propre dans L’Âme-Stram-Gram. « J’sais pas moi / Mais faut que ça bouge », dit-elle au milieu de la chanson, exhortant ses frères humains à se réveiller de leur « coma », qui est aussi un « trauma ». Entendez pas là : la vie ne nous donne pas d’autre choix que d’avancer, de passer du « statique » à l’« extatique ». Secouer l’ennui pour retrouver le désir, n’est-ce pas au fond nous remettre en contact avec la libido, qui est notre énergie fondamentale ? La thérapie par le sexe, rien de tel pour réamorcer l’appétit de vivre. 

     30016112686-5146D’une manière générale, d’ailleurs, tout l’album Point de suture semble décliner l’idée du mouvement. Mylène le confie en interview : « On commence par l’ennui, puis vient le temps du Sextonik. » Les arrangements électro-pop, le nombre plus élevé que d’ordinaire de titres up-tempo, qui prennent largement le pas sur les ballades mélancoliques, n’y sont sans doute pas pour rien. La chanteuse veut Réveiller le monde, rien de moins : « Ouvrir les portes / Diminuer l’obscurité. » Celle qui ne jurait que par l’hiver se prend à « Rêver d’un autre été ». Plus adolescente que jamais, elle appelle de ses vœux l’avènement d’un « droit d’aimer » au fronton d’une nouvelle République du cœur. 

     Un message mièvre, plein de bons sentiments ? C’est ce que certains commentateurs n’ont pas manqué d’insinuer. Pourtant, si le fond n’est pas très novateur, la star parvient à renouveler la forme, mêlant habilement ses états d’âme et l’état du monde. « Révolus les mondes / Sans une révolution », chante Mylène, qui sait mieux que quiconque qu’on ne survit pas si l’on n’accepte pas de faire sa propre révolution. Elle semble avoir fait sienne cette formule de Nietzsche : « Le serpent périt lorsqu’il ne change pas de peau. » 

      Combattre l’ennui, pour elle, revient aussi à refuser le ronronnement dans son approche de la scène. Chaque fois c’est un défi nouveau, chaque fois elle met la barre plus haut. Et le public ne s’y trompe pas : sûr que Mylène va se surpasser, il achète ses places à l’aveugle, plus d’un an avant l’événement.

Comment a-t-elle réagi face au raz-de-marée sur les billets pour le Stade de France auquel on a assisté au printemps 2008 ? « L’immense bonheur que le public m’a procuré en se manifestant de cette manière m’a d’abord fait verser quelques larmes… et s’est bientôt transformé en une angoisse terrible ! Peur de décevoir. J’ai gravé dans mon cœur l’énergie transmise par seize mille Personnes tous les soirs à Bercy, et je sais le cadeau qui m’est fait pour le Stade de France et la tournée. Pourvu que mon cœur ne lâche pas ! » 

      Toujours cette oscillation… Mylène n’y échappe pas. Sauvée de l’ennui par la perspective du défi scénique, elle bascule aussitôt dans l’autre volet de sa personnalité : cette angoisse qui la tient éveillée des nuits durant, imaginant les moindres détails de son prochain spectacle avec un compte à rebours terrifiant qui résonne dans sa tête. Pourtant, cette fois, loin de la mélancolie narcissique, il s’agit d’un sentiment productif, lié au désir d’impressionner ceux qui l’aiment, à l’idée d’un plaisir partagé.  

      Rosy Ryan s’ennuie dans son Irlande natale. Seule face aux quatre-vingt mille spectateurs du Stade de France, elle s’ennuierait sans doute beaucoup moins. 

 

Extrait du livre : MYLÈNE par Hugues ROYER aux Editions Flammarion 2008


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Divinisation de Mylène Farmer par beaucoup de fans

Posté par francesca7 le 6 octobre 2015

Méfie-toi Mylène

 

Il est logique que les spectacles et les extravagances de Mylène Farmer génèrent des fanatismes, particulièrement parmi les personnes homosexuelles, puisque la chanteuse s’offre fréquemment en Messie crucifié à la communauté homosexuelle – ses délires christiques, proches de ceux de Madonna, le démontrent parfaitement, ainsi que la diversité des reliques qu’elle vend aux enchères sur Internet, même si elle dit ne pas le faire consciemment ni dans un processus d’auto-culte de la personnalité calculé – ; et ensuite, après s’être donnée entièrement dans une exhibition clairement blasphématoire et démesurée, elle se dérobe à ses fans, remonte dans sa limousine aux vitres teintées sans dire au revoir à personne (je vous rappelle la mise en scène de départ filmée comme une déchirure dramatique dans le concert « Avant que l’ombre… à Bercy » en 2006), et s’engouffre dans un silence inexplicable et aussi disproportionné que son don sur les écrans : rien d’étonnant qu’un tel écart d’attitudes – pourrait-on le qualifier de simplement ludique quand il toucherait davantage à la schizophrénie de star ? – provoque chez les esprits en mal d’identité une vraie frustration… donc soit source de fantasme, d’hystérie, d’idolâtrie, voire de violence (rappelez-vous le meurtre du réceptionniste de la maison de disques de la chanteuse par un fanatique en 1991).

Mylène Farmer participe secrètement au processus de divinisation autour de sa personne en faisant du mystère un fond de commerce juteux, même si cela est effectué dans un effacement tellement étudié qu’il est possible que l’artiste, dans une sincérité confondante, ne s’en rende même pas compte elle-même.

Une autre raison que j’invoquerais pour expliquer le succès que Mylène Farmer remporte auprès de ses fidèles homosexuels, c’est qu’elle joue continuellement sur l’inversion et l’ambiguïté sexuelle, autant artistiquement – dans son discours et son répertoire musical – qu’existentiellement.

Mylène représente la bisexuelle dans toute sa splendeur, la femme libérée qui laisse entendre qu’elle goûte à tout type de sexualités sans pour autant vouloir se définir en tant que « lesbienne », « bisexuelle » ou « hétérosexuelle », et assumer les conséquences de ses actes : « Je me fous bien des qu’en dira-t-on, je suis caméléon » chante sa jumelle narcissique de « Sans contrefaçon ». Mylène Farmer joue la dissimulation : la plus belle signature homosexuelle qui soit, non ? Oscar Wilde n’avait-il pas, en son temps, baptisé l’homosexualité comme « l’amour qui n’ose pas dire son nom » ?

Est-elle pour autant lesbienne ? Personne ne l’est complètement, pas même la femme qui se veut 100 % lesbienne. Donc Mylène pas plus qu’une autre. La seule chose qu’on peut dire, c’est que très certainement un désir homosexuel – ou plutôt bisexuel – s’est exprimé à travers les œuvres et les actes scéniques farmériens.

La chanteuse n’hésite pas à cultiver un style « garçonne » ou androgyne, à « rouler des pelles » à ses choristes pendant ses concerts, à prendre son bain nue en compagnie de jeunes demoiselles (c. f. le vidéo-clip de « Libertine »), à simuler l’inceste avec la candide Alizée (c. f. les chansons « Gourmandises », « Veni, Vedi, Vici », « Cœur déjà pris »), à prendre des poses langoureuses avec des femmes pendant certaines séances photos, à camoufler un probable lesbianisme par le traitement de thématiques proches de l’homosexualité telles que la gémellité ou le double spéculaire du miroir narcissique. Par ailleurs, ses chansons sont truffées de clins d’œil explicitement homosexuels (c. f. la chanson « Maman a tort ») ou bien dirigées à un public libertaire censé comprendre des sous-entendus homo-érotiques subtilement cachés dans le texte (la sodomie dans « Q. I. », « Pourvu qu’elles soient douces », « L’Âme-stram-gram », « Porno-graphique » ; le travestissement dans « Libertine », « Sans contrefaçon », « Tristana » ; le Sida dans « Je te rends ton amour », « Que mon cœur lâche » ; etc.). Peu à peu, les paroles musicales de Mylène Farmer se politisent gentiment pour la cause gay : on reconnaît au fil de ses chansons un discours politiquement correct qui reprend à son compte le jargon du militantisme gay friendly classique (c. f. l’emploi d’expressions comme « la tolérance », « le droit d’aimer », ainsi que les références au coming out, dans les chansons « Rêver », « J’attends », « Réveiller le monde », « L’Innamoramento », entre autres).

ce qui explique le plus en profondeur l’attirance des personnes homosexuelles pour Mylène Farmer, c’est que la chanteuse touche du doigt un secret bien gardé de la communauté homosexuelle et qui a à voir avec le viol. L’univers farmérien fait parfaitement écho à la quête esthético-existentielle des personnes homosexuelles : la souffrance du viol (réel et surtout fantasmé) chorégraphiée et esthétisée à l’extrême. Pensons par exemple aux chansons « Je t’aime mélancolie », « Et si vieillir m’était conté », « Comme j’ai mal », « Point de suture », « Les Mots », « Nous souviendrons-nous », etc.. Mylène Farmer est, à mon avis, la chanteuse française qui a poussé le plus loin la représentation du « vouloir être objet »/« vouloir être violé », qui a décidé d’incarner le plus entièrement la femme violée (Jeanne Mas, Barbara, ou Dalida, avaient déjà ouvert la voie, mais avec moins de ténacité) et la femme-objet. Tout dans sa fantasmagorie renvoie aux poupées désarticulées, aux vierges violées, à la femme-enfant perdue ou folle, qui se cache et se venge d’avoir subi la perte de son innocence (c. f. « Allan », « Plus grandir », « C’est une belle Journée », « L’Âme-stram-gram », « Sans Contrefaçon », « La Poupée qui fait non », « Optimistique-moi », « Comme j’ai mal », « Dans les rues de Londres », etc.).

extrait des propos de Philippe Ariño

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« Oui, je suis narcissique » : Parole de Mylène

Posté par francesca7 le 16 septembre 2015

Parole de MylèneLes bureaux de Toutankhamon, un après-midi de 1990. Le romancier Philippe Séguy assiste en exclusivité à la projection privée du clip Allan Live. Après la première tournée et le triomphe au Palais des Sports, Laurent et Mylène ont eu l’idée romantique de brûler au lance-flammes le cimetière qui avait servi de décor au spectacle. La séquence, filmée, est intégrée au montage. Tous les trois s’installent sur des chaises dans le studio prévu à cet effet. Sur le visage de Mylène, que Philippe scrute avec autant de curiosité que l’écran, aucune émotion n’affleure. Rien qui ne perturbe son teint laiteux. Manifestement, la chanteuse n’éprouve aucun plaisir à se contempler. Face à son reflet dans l’image, elle demeure d’une froide indifférence.

 

On la croit nombriliste, rien n’est plus faux. Elle est narcissique, ce qui n’a rien à voir. Et elle en fait l’aveu sans l’ombre d’un complexe : « C’est vrai, je suis narcissique. » On aurait tort de prendre cette déclaration pour une simple provocation. Mylène sait de quoi elle parle. Ce trait de son caractère, elle l’a constaté depuis l’enfance. L’attrait irrésistible du miroir, l’impression que le visage qu’on aperçoit n’est pas le sien, mais celui d’une amie qu’on a envie d’apprivoiser, de séduire… « Le miroir, dit-elle, est fondamental dans ma vie. J’ai en permanence besoin de mon reflet. » Un besoin viscéral en effet.

 

Lorsque le reflet semble bienveillant, la personnalité narcissique se sent apaisée, enfin complète. Cette faille, sans doute très archaïque, semble cicatriser, du moins provisoirement. On songe à la célèbre théorie du désir élaborée par Platon dans le Phèdre : nous aurions été autrefois scindés en deux et, depuis ce jour, nous rechercherions la moitié qui nous manque. Le clip de L’Âme-Stram-Gram met en scène cette dualité de manière limpide : les sœurs jumelles incarnées par la star sont dépossédées de leurs pouvoirs magiques dès lors qu’elles sont séparées. En revanche, une fois réunies, elles sont capables de mettre un groupe de cavaliers sanguinaires hors d’état de nuire.

 

C’est la même chose pour Mylène : il lui faut être en communion avec l’autre partie d’elle-même pour se rassembler et donner le meilleur de son talent. Elle ne délivre pas, au fond, d’autre message dans la chanson L’Autre, qui demeure une énigme pour bien des exégètes de son répertoire. Et lorsque la chanteuse tente d’expliquer ses intentions, elle prend soin de ne jamais fermer le sens. « L’autre suppose beaucoup d’autres. Ça peut être l’autre moi. Ça peut être cette chose qui n’a pas d’enveloppe physique et qui est au-dessus de vous et qui va vous aider, vous diriger parfois, vous contrarier aussi. Ça peut être l’autre, une autre personne. J’ai essayé de trouver un mot qui puisse évoquer beaucoup de choses. Ça peut être aussi la schizophrénie, pourquoi pas ? »

 

La schizophrénie. Un mot lâché au passage, excessif sans doute, puisqu’il évoque une forme de psychose dont, bien évidemment, Mylène ne souffre pas. En revanche, son imaginaire en atteste, l’aliénation mentale est un thème qui l’attire. « L’univers de la folie ne cesse de me fasciner  », dit-elle. Convaincue qu’il y a une forme de vérité à découvrir chez les personnes atteintes de ces troubles, elle n’hésite pas à déclarer : « J’ai toujours été attirée par les névrosés et les désespérés parce que je sais que la vraie vie est en eux. Pas dans cette fausse image renvoyée par les magazines où tout est trop lisse pour être vrai. »

 

Incarner à l’écran dans Giorgino, une jeune femme déséquilibrée va d’ailleurs lui permettre d’accomplir un envoûtant voyage intérieur aux frontières du pathologique. « Catherine m’a séduite par sa fragilité, son étrangeté, par cette violence sourde, enfantine, qui émane d’elle. Mal armée pour se défendre, elle exprime ses émotions brutalement, simplement, sans passer par le tamis de la réflexion. Je me sens moi-même proche de cette animalité, de cette réponse immédiate et instinctive à toute agression extérieure. D’ailleurs, au cours du tournage, je me suis demandé si c’était Mylène qui nourrissait Catherine, ou l’inverse. J’avais le sentiment que la frontière entre le normal et la folie est très mince. »

 

De ce point de vue, le clip de Sans logique illustre parfaitement la dualité du désir : coiffée de   cornes en métal, Mylène transperce l’homme qu’elle aime. Preuve que l’identité, au sens d’une unité à réaliser, demeure problématique. « Sans logique / Je me quitte », fredonne la chanteuse. Des paroles que ne renierait pas, en effet, un schizophrène.  Cette dualité fondamentale occupe une place de choix dans son répertoire. Parfois, elle déjoue même les apparences : on croit que la chanteuse s’adresse à quelqu’un d’autre et il ne s’agit que d’un dialogue… avec elle-même. Le « tu » se confond alors avec le « je », comme dans Tristana : « Adieu Tristana / Ton cœur a pris froid », murmure-t-elle dans un souffle, avant d’achever le refrain par : « Ne le dites pas / Tristana c’est moi. »

 

D’une certaine façon, Mylène poursuit dans l’écriture ces jeux de dédoublement

auxquels s’adonnent les jeunes enfants, seuls dans leur chambre. Lorsqu’on tend l’oreille, on s’aperçoit qu’ils peuvent tenir des conversations entières avec un objet transitionnel, peluche ou poupée, sur lequel ils projettent leur personnalité.

 

Flirter avec la schizophrénie, jouer avec le symbole, ne signifie pas qu’on risque soi-même de sombrer dans le dédoublement de personnalité. Au contraire, le privilège de l’artiste, en mettant à distance ses propres angoisses dans son œuvre, est de se prémunir contre le risque de la folie. Le quotidien de Mylène n’a rien de déstructuré, bien au contraire. Ainsi, lorsqu’elle se trouve à Paris, ses journées de travail sont plutôt calibrées : départ autour de midi vers les bureaux de Stuffed Monkey, sa société, et retour à son domicile vers dix-neuf heures. Rien à voir avec le tempérament borderline d’une Amy Winehouse. Le modèle « sex, drugs and rockʼn’roll », très peu pour elle ! « Elle déteste se coucher après minuit », m’a confié Bertrand Le Page dans les années 1990. Sans doute cet irréductible noctambule, qui avait besoin d’entendre des voix amies au cœur de la nuit, exagérait-il un peu. Aujourd’hui, en tout cas, la star semble se coucher plus tard. Dans Appelle mon numéro, elle évoque avec malice son « plus beau geste », celui de poser sa tête sur l’oreiller, privilège réservé à celui qui « entre dans l’histoire » – autrement dit, la sienne.

 

Fidèle à certains rituels dont l’empreinte remonte à l’enfance, Mylène aime à réunir les membres de sa famille le dimanche. Sa sœur Brigitte, son frère Michel, sa mère, Marguerite, mais aussi ses nièces. Ils sont les témoins de son passé, ses repères les plus intangibles, les garants d’une certaine continuité dans son parcours. Elle a besoin d’eux pour garder son équilibre. Dans les moments qu’elle partage avec eux, elle n’a pas besoin de jouer à la star, ni d’imposer ce rapport de force, de chercher de nouveaux subterfuges pour demeurer distante. Bref, sa famille l’aide à se rassembler, à lutter contre la tentation périlleuse du morcellement.

 

« Dans mes chansons, je ne parle que de moi ! C’est de l’égocentrisme artistique », reconnaît Mylène. Une manière d’assumer son narcissisme avec panache. Mylène ne peut faire autrement : ce qu’elle exprime d’abord, c’est sa difficulté à recoller les morceaux de son être. Toutefois, passer son existence à gérer ses paradoxes ne signifie nullement que les autres ne formeraient qu’un simple décor. Une personnalité narcissique n’est pas nécessairement obsédée par son plaisir égoïste. Elle ne désire pas forcément, non plus, être le centre de toutes les conversations. Ses collaborateurs le confirment, Mylène n’a rien de ces artistes nombrilistes centrés sur leur petite personne, qui envahissent les autres avec leurs états d’âme. Christian Padovan, bassiste sur la tournée de 1989, a d’ailleurs été frappé par le comportement atypique de la chanteuse : « Mylène ne pleure pas sur elle, la plupart du temps, comme peuvent le faire d’autres chanteurs. Elle n’attend pas les congratulations habituelles, les “tu es formidable”. Elle s’en fiche. Elle a travaillé, c’est cela qui est bien. »

 

Autre trait de son caractère qui détonne : un sens de l’écoute exceptionnel. Tous les témoignages concordent sur ce point. « Elle n’a rien d’une fille égocentrique, me dit Elsa Trillat. Quand les gens l’intéressent, elle pose même énormément de questions. » « Dans la vie, c’est quelqu’un de tout à fait courtois, charmant, calme, très attentif, à l’écoute des gens », confirme Agnès Mouchel, monteuse des premiers clips. Quant au photographe Jean-Marie Périer, il semble encore sous le charme de leur première rencontre. « J’ai été séduit par son incroyable faculté d’écoute et l’intérêt qu’elle sait porter aux autres. Une artiste qui peut parler d’autre chose que d’elle-même est, croyez-moi, une denrée des plus rares. Je n’avais pas rencontré cette qualité d’attention depuis Simone Signoret. »

 Mylène narcissique

Elle possède ce regard qui vous transperce, ce désir de savoir comment vous tenez debout malgré tout, comment vous parvenez à gérer le paradoxe de la vie, à surmonter vos doutes qui sont aussi les siens. « Tu sais que ta vie / C’est la mienne aussi », chante-t-elle dans Il n’y a pas d’ailleurs. Il y a une universalité dans la difficulté d’être, une communion peut s’instaurer. N’allons pas croire que les personnalités narcissiques soient enfermées en elles-mêmes : cette faille qui rend leur bonheur incertain leur sert de rampe d’accès à l’autre et c’est par ce biais qu’elles pénètrent, parfois avec fulgurance, l’âme de ceux qui croisent leur route. Voilà sans doute une autre clé du succès de Mylène : alors qu’elle ne parle que d’elle-même, chacun peut éprouver le sentiment, lors d’un concert, qu’elle ne s’adresse qu’à lui.

 

Bien sûr, la chanteuse ne s’intéresse pas à tout le monde. Elle le dit elle-même, dès ses débuts, quitte à passer pour misanthrope : « J’aime très peu de gens. Je suis très exigeante. » Mais ça ne l’empêche pas de se montrer attentionnée avec ceux qui travaillent pour elle. Généreuse, même. Car, ce qu’on ignore, c’est qu’elle adore faire des cadeaux : choisir précisément l’objet qui va toucher l’autre, lui apporter la preuve qu’elle le voit. Ainsi, après les représentations de son spectacle au Palais des Sports, du 18 au 25 mai 1989, tous les musiciens se voient offrir un magnifique stylo Bulgari en argent massif. Ou encore, le jour de son anniversaire, le bassiste Christian Padovan a la surprise de recevoir un joli pull en cachemire. Être attentive à son équipe, c’est aussi, à la même époque, faire livrer, tous les soirs, après le spectacle, du champagne Cristal Roederer à foison dans les loges.

 

Pour Mylène, cette première tournée va d’ailleurs être l’occasion d’une prise de conscience inattendue. Le déclic se produit lors d’une de ces conversations qui s’amorcent parfois après le show, au moment où, galvanisée, la chanteuse semble peiner à redescendre sur terre. « Un ami m’a demandé : “Pourquoi chantes-tu ?” J’ai répondu : “Pour moi.” Il m’a dit : “Moi, je chante pour eux.” Dans l’incroyable ferveur dont j’étais l’objet, j’ai mesuré alors l’attente que le public, les autres, avaient de moi. » Habituée à tout donner, Mylène n’avait pas encore pris la peine de recevoir.

 

Il ne faut pas chercher ailleurs le sens de ces torrents de larmes, versés sur scène, et qui ont fait couler tellement d’encre. On lui a reproché de tricher, de théâtraliser un chagrin d’opérette. Des soupçons qui l’ont profondément choquée. « Quand les larmes coulent, c’est l’émotion qui parle. Et là, quoi que certains veuillent en penser, on ne triche pas. Je sais ce que j’ai ressenti chaque soir sur scène. Personne ne pourra me convaincre d’avoir menti sur ce que j’éprouvais216. » Certes, l’image d’une artiste qui craque en public semble inhabituelle, voire déplacée. N’est-ce pas les spectateurs qui sont censés vibrer d’émotion ?

 

Chacun de ses spectacles comporte un moment propice à ses débordements lacrymaux. Une ballade triste, son visage se crispe, sa gorge se serre, et l’émotion la submerge. En 1989, elle pleure en interprétant Ainsi soit je, puis, au moment du rappel, Je voudrais tant que tu comprennes. En 1996, elle sanglote sur Rêver – le public reprend même le refrain à sa place –, puis sur Laisse le vent emporter tout. En 1999, elle a toutes les peines du monde à chanter jusqu’au bout Pas le temps de vivre et Dernier sourire. À Bercy, en 2006, fredonner L’Autre la bouleverse à chaque fois. Quelle chanson provoquera le même effet au Stade de France en 2009 ? Si j’avais au moins…, sans doute.       Face aux sceptiques, persuadés que la star met en scène ses émotions, le guitariste Slim Pezin n’hésite pas à monter au créneau. « Mylène sait ce qu’elle dit, ce qu’elle chante avec des références à son parcours. Bien entendu, il y a certainement son côté comédienne, mais elle le vit vraiment. Quand on est en répétition, cela va au-delà de ce qu’on peut imaginer. » Pour ce grand musicien, le fait que la chanteuse pleure aussi en l’absence du public est la preuve irréfutable de sa sincérité. Si tout était le fruit d’un calcul cynique, n’économiserait-elle pas ses larmes durant les répétitions ?

 

De son côté, la star s’est expliquée sur l’émotion qui l’habite dans ces moments-là : « Il y a des chansons dont les textes me touchent profondément. Et puis, c’est vrai que l’écoute que j’ai, qui est d’une grande qualité, d’une grande chaleur, me provoque, me suscite des émotions. » En fait, ses larmes ne sont pas étrangères à son tempérament narcissique. Parce que la chanteuse fait partie de ceux pour qui donner est plus facile que recevoir, les instants où elle ressent cet amour sont particulièrement dévastateurs. Cette affection démesurée, lorsqu’elle perce la cuirasse de la chanteuse, a donc des allures de raz-de-marée intérieur. En même temps, c’est une émotion libératrice. Des instants miraculeux où Mylène échappe à sa forteresse de solitude. Le temps d’une chanson.

 

 

Extrait du livre : MYLÈNE par Hugues ROYER aux Editions Flammarion 2008

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L’épreuve du miroir Face à Mylène

Posté par francesca7 le 12 septembre 2015

 

 

Tous ceux qui l’ont approchée ont été saisis par sa beauté. Hommes et femmes, indifféremment. Ainsi, l’écrivain Amélie Nothomb succombe lors de leur première rencontre, en décembre 1995, pour une interview croisée dans l’édition allemande du magazine Vogue. « La première chose que j’ai à dire, c’est que c’est une des personnes les plus belles que j’ai jamais vues. Elle est vraiment plus belle en réalité qu’en photo. C’est quelque chose qui m’a frappée. » Bien que Mylène ne possède pas des traits académiques, il émane de sa personne un éclat qui n’appartient qu’à elle. Une lumière qui provient de l’âme et irradie tout son être. H. R. Giger, le dessinateur qui a inspiré le décor du « Mylenium Tour », a lui aussi succombé. « En rentrant chez moi après notre entrevue, j’ai dessiné plusieurs portraits de Mylène, mais qui sont tous restés inachevés car il faudrait que je la revoie à nouveau pour mieux saisir sa beauté et son mystère si spécial. » 

Amélie N et Mylène

Qu’on lui dise qu’elle est belle ne la rassure pas. Au pire, ça peut même provoquer des réactions insolites. Dans Giorgino, la séquence où Jeff Dahlgren, après avoir dévalé un escalier, doit déclarer à la sauvage Catherine combien il la trouve jolie va être délicate à tourner. La raison ? Chaque fois, un irrépressible fou rire s’empare des deux acteurs. Sans doute Mylène a-t-elle du mal à recevoir ce type de compliment. Il faudra qu’elle ramasse un clou douteux au sol et le serre dans sa main jusqu’à sentir une douleur pour que la prise soit finalisée. 

Depuis ses débuts, avec une touchante sincérité, elle ne cache pas combien il lui est difficile de s’accepter : « Je ne me suis jamais trouvée jolie, et cela ne change malheureusement pas. » Lors de sa première tournée, elle semble obsédée par cette question. « J’étais son miroir, confie son manager. Elle me disait : “Bertrand, Bertrand, est-ce que je suis belle ?” Je lui répondais : “Non, mais tu es divine.” » Éprouve-t-elle un complexe particulier ? « Mon nez n’est pas ce que je préfère en moi. » Ainsi, à la photographe Elsa Trillat, elle aurait expliqué qu’elle se désolait de ressembler à Barbra Streisand. « Par moments, c’était une telle fixette qu’elle a envisagé de faire rectifier son nez. Mais je le lui ai déconseillé. Je lui ai dit : “Si tu fais ça, ton regard va changer.” » Mais Mylène n’est pas particulièrement à l’aise non plus avec son regard, cette légère coquetterie qu’on note sur quelques rares clichés, plus prononcée lorsqu’elle rit aux éclats. 

Quant à son nez, il a eu l’heur de séduire Amélie Nothomb. « Il est complètement japonais. Je l’aime vraiment beaucoup. Il paraît pourtant qu’elle n’en est pas fière. Elle a bien tort ! » Contrairement à d’autres artistes de sa génération, Mylène a choisi de ne pas corriger l’appendice que la nature lui a donné – et pas seulement par peur du bistouri. Bien lui en a pris : son nez singulier lui donne du caractère et lui confère sa beauté hors norme. D’ailleurs, grâce à la caméra de Laurent Boutonnat, mais aussi au talent des maquilleurs et des photographes, l’objet de son complexe va se fondre dans son visage comme cette neige dont elle raffole sous les rayons du soleil. 

Très vite, le cinéaste apprend en effet à offrir au public le meilleur de sa muse, ce trois quarts gauche qui la sublime à l’écran. Dès la fin des années 1980, Mylène sera systématiquement filmée sous son bon profil, que ce soit dans ses clips ou lors des émissions de télévision. D’ailleurs, lorsqu’elle accepte de venir sur un plateau, la place de la caméra et l’angle d’éclairage de son visage font partie des règles inflexibles. Même la télévision russe, en 1999, a dû se conformer à ces consignes strictes. 

Au détour d’une interview, Mylène évoque d’ailleurs cette forme de dédoublement d’elle-même : « Sur un visage, on dit que le côté droit est le présent, et le gauche le passé. Eh bien, je préfère mon côté gauche. »      Bien sûr, ses traits ne sont pas aussi fins et réguliers que ceux de certains top models. Elle trouve ses lèvres trop minces, son menton un peu fuyant, elle n’aime pas être photographiée de face. Un après-midi de l’été 1987, dans le sud de la France, autour d’une piscine où sont réunis amis et membres de sa famille, elle refuse obstinément de sauter dans l’eau. La raison ? « Elle ne veut pas qu’on la voie avec les cheveux mouillés, me raconte l’un des témoins de la scène. Elle s’imagine, à tort ou à raison, que ça ne l’avantage mylènepas. » 

Alors que son public la trouve magnifique, Mylène ne cesse de nourrir des complexes. Son sens exacerbé de l’esthétique génère une insatisfaction chronique. « Je sais que je ne suis pas un modèle parfait », dit-elle. D’où un rapport complexe au miroir. D’un côté, il est l’ennemi juré, celui qui lui renvoie ce qu’elle ne peut s’empêcher de voir comme ses défauts. De l’autre, il lui permet de s’apprivoiser, de chercher les angles qui la rassurent, bref de faire, le temps d’un coup d’œil furtif, la paix avec elle-même. « J’ai en permanence besoin du reflet de ma personne dans le miroir, même s’il n’est pas celui espéré », confie-t-elle en 1996, au risque de passer pour nombriliste. Dix ans plus tard, lorsque Thierry Demaizière l’interroge sur cette rumeur qui prétend que son appartement serait truffé de miroirs, elle esquive : « Je crois ne pas en avoir un seul. » 

Un paradoxe qui montre bien que rien n’est réglé. « Le souci de n’être pas assez jolie est une angoisse », lâche-t-elle comme si elle s’était résignée à une forme irrémédiable de souffrance. Les psychologues le savent, ce sont les êtres qui ne s’acceptent pas qui passent le plus de temps face au miroir. Sans doute parce qu’ils cherchent désespérément à s’aimer, guettant l’image qui va enfin les réconcilier avec eux-mêmes. En 1989, peu avant sa première tournée, Mylène s’offre un petit plaisir égoïste : accompagnée de Bertrand Le Page, elle remonte les Champs-Élysées dans une limousine noire pour voir les affiches du spectacle placardées sur les colonnes Morice. Lorsque l’image est flatteuse, il n’y a plus aucune raison de bouder son plaisir. 

Au fond, n’est-ce pas de cette fragilité, de cette faille narcissique-là, que naît la beauté véritable ? Le photographe Jean-Marie Périer, auteur d’une série de clichés de Mylène pour Elle en 1998, le dit à sa façon. « Elle m’avait prévenu gentiment que la présence d’un objectif la rendait marteau et que l’acte d’être photographiée la transformait en quelqu’un d’autre. C’était vrai, rien à voir avec la personne au charme si attractif. C’était une sorte d’ovni silencieux qui évoluait sur coussin d’air en évitant les regards. Elle s’asseyait joliment comme un oiseau timide en me lançant de temps en temps un regard qui disait qu’elle ne détesterait pas que tout ça s’arrête. De toute manière, j’étais séduit, puisque je n’ai d’attirance que pour les gens qui n’aiment pas se faire photographier. » 

Les êtres au physique trop parfait nous laissent indifférents. Parce qu’ils n’ont rien à prouver, aucune émotion ne transfigure la symétrie de leurs traits. On ne peut que les admirer, en aucun cas les aimer. Pour s’attacher à quelqu’un, encore faut-il s’accrocher à un défaut, croire qu’on est le seul à pouvoir panser une plaie secrète. Il en est de l’amour pour une chanteuse comme de celui qu’on éprouve pour la femme ou l’homme de sa vie. Cette réserve qui caractérise Mylène, ce visage qu’elle camoufle avec pudeur derrière les boucles de sa chevelure rousse, voilà ce qui la rend aussi attachante aux yeux du public. Quand elle pleure sur scène, qui n’aurait pas envie de la prendre dans ses bras ? 

Farmer Mylene De cette fragilité, elle va faire une force. Puisqu’elle ne se trouve pas jolie, elle sera sublime. Glamour et sexy à la fois. Envoûtante et énigmatique. Infiniment désirable et distante dans le même temps. L’objet parfait du fantasme. Pas besoin d’être la plus jolie pour ça : l’intelligence fait le reste. D’où ce rapport délicat à la photographie. Lorsqu’elle accepte une séance, elle sait le degré d’exigence qu’elle veut atteindre : trouver le cliché qui la rendra séduisante à ses propres yeux. Mission périlleuse, tant elle a fixé la barre à une hauteur démesurée. « Quand on ne s’aime pas ou qu’on ne s’accepte pas, on est beaucoup plus critique. Il y a des images que l’on déteste et, quand on déteste, on déchire. » Tous ceux qui l’ont photographiée savent combien elle est impossible, combien il lui faut être rassurée, par la coiffure, le maquillage, le stylisme, la lumière, avant de se laisser capturer.  D’où, également, cette sophistication dans la construction de son image. Puisque Mylène ne s’aime pas au naturel, elle n’apparaîtra jamais à la télévision sans être au mieux de son apparence. À plus forte raison, elle soigne son look dans ses clips. Quitte, parfois, à en faire trop ? C’est ce que penseront certains fans en découvrant, en 2006, le clip de Q.I. Cheveux soigneusement ondulés et laqués, maquillage sophistiqué : elle ressemble à une poupée un peu trop apprêtée, ce qui, selon certains, a pu nuire au propos du clip, montrant un couple d’amoureux au quotidien. 

Que Mylène, en s’aimant aussi peu, soit devenue aussi belle dans l’esprit du public, constitue sans doute le paradoxe le plus réjouissant de toute sa carrière. Au fond, cette faille que l’on perçoit, sous la perfection de l’artifice, la rend terriblement humaine et touchante. Que penserait-on d’une artiste qui se gargariserait de sa beauté ou se complairait dans l’autosatisfaction permanente ? Sans doute qu’autant de prétention ne mérite pas qu’on s’attache à elle. « Qui peut s’aimer, à part les imbéciles  ? » me souffle Philippe Séguy. Il n’a pas tort. Si besoin était, Mylène nous apporte une preuve supplémentaire de sa clairvoyance. 

 

Extrait du livre : MYLÈNE par Hugues ROYER aux Editions Flammarion 2008


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L’exil américain de MYLENE FARMER

Posté par francesca7 le 12 septembre 2015

 

 

images (1)Une piscine inondée de soleil. Les cheveux relevés en chignon désordonné, Mylène s’y baigne nue. Elle s’est délestée du deux-pièces noir qu’elle portait en arrivant. Il fait trop chaud pour supporter une étoffe. Une caméra la filme, indiscrète. Après quelques mouvements de brasse, elle rejoint le bord de la piscine. Aveuglée par la lumière, elle plisse les yeux. On devine l’arrondi d’un sein lorsqu’elle attrape la serviette qu’une main lui tend – l’homme à la caméra, sans doute. 

Voilà plusieurs semaines qu’elle s’est exilée à Los Angeles, comme pour oublier Paris et fuir le plus loin possible l’échec de Giorgino. Elle y restera neuf mois, le temps d’accoucher d’un nouvel album. Et aussi de passer son permis de conduire – indispensable pour ne pas mourir d’ennui en Californie. Elle a choisi un hôtel réservé à une clientèle huppée, le Sunset Marquis, sur Alta Loma Road – fréquenté notamment par Steven Spielberg. Loué une villa à six cent cinquante euros la nuit avec garage, parc, Jacuzzi, salle de sport et, donc, piscine privée. Ici, aucun risque pour elle d’être dérangée : caméras de surveillance et vigiles veillent à la tranquillité des clients. Chaque jour, aux alentours de midi, un garçon en livrée apporte une bouteille de champagne dans sa chambre pour un brunch pétillant, qu’elle déguste avec Jeff Dahlgren, devenu un partenaire musical privilégié. Guitariste de talent et membre du groupe punk Wasted Youth, il a été invité par la chanteuse à habiller ses nouvelles chansons d’une couleur rock. 

Dans les premiers temps, en débarquant en Californie, au tout début de l’année 2005, Mylène a troqué sa chevelure rousse contre un blond platine qui la rend méconnaissable. Changer de tête pour exprimer ce qui est en train de bouger en elle. Quitter le costume désormais trop lourd à porter de cette rousse mélancolique pour devenir une autre.

Qui ? Elle ne le sait pas encore. Mais le soleil californien, si exotique pour cette enfant du Canada, lui apporte cette brûlure dont elle a besoin pour changer de peau. 

Désarçonnée par le passage à vide que traverse Laurent, elle a songé, un temps, voler de ses propres ailes. Anéanti par l’échec, il n’est plus là pour personne, se terre dans son appartement parisien. Alors elle a songé qu’il lui faudrait peut-être s’inventer un avenir sans lui. Avant de se raviser. Si elle souhaite prendre un virage musical, réaliser un album sans son mentor lui semble un projet insurmontable. Aux dires des musiciens qui ont travaillé à ses côtés, Boutonnat n’est pas seulement un compositeur inspiré capable de s’installer au piano et d’écrire une mélodie en quelques minutes : c’est aussi un véritable chef d’orchestre, fixant la partition de chaque instrument tout en supervisant l’harmonie d’ensemble. Comment Mylène pourrait-elle se passer de lui ? 

Aussi, lorsque Laurent prend enfin l’avion pour Los Angeles, au printemps, toute l’équipe est rassurée. Appelé à la rescousse, l’arrangeur Thierry Rogen débarque lui aussi, orientant Boutonnat et sa muse vers les studios Ocean Way, où enregistre notamment Michael Jackson. Pour autant, l’ambiance ne sera pas des plus décontractée : Boutonnat n’adresse guère la parole à Jeff Dahlgren, ce qui ne facilite pas l’avancée du travail. « Anamorphosée a été très difficile à faire, parce que Laurent était toujours dans l’état d’esprit de l’“après Giorgino”, et qu’il allait très mal », confiera Thierry Rogen. Peu à l’aise dans ce climat destructeur, le mixeur historique de la chanteuse finira par jeter l’éponge, remplacé  au pied levé par Bertrand Châtenet. 

Fuyant au maximum les tensions, Mylène s’isole dans sa villa pour écrire les paroles de ses chansons à partir des premières mélodies qu’elle écoute en boucle sur son baladeur. Au bord de la piscine, elle semble retrouver l’inspiration. Ces derniers temps, un livre ne la quitte pas. Un pavé de sept cent cinquante pages, sa Bible à elle : Le Livre tibétain de la vie et de la mort, de Sogyal Rinpoché. 

« Un vrai détonateur, dira-t-elle. En le lisant, j’étais émue jusqu’aux larmes, car auparavant la mort m’obsédait. L’idée qu’un être disparaisse me donnait un vertige qui m’attirait vers le bas. Je me dis aujourd’hui que la vie n’est pas vaine. Qu’il y a peut-être un passage. Un au-delà qui justifie notre combat. »       

1987-05-aUn chapitre retient particulièrement son attention, celui consacré à l’« impermanence ». « Les amis avec lesquels nous avons grandi, les lieux de notre enfance, les points de vue et opinions que nous défendions autrefois avec tant d’opiniâtreté : tout cela, nous l’avons laissé derrière nous », y écrit l’auteur. Une forme de sagesse libératrice pour Mylène qui, à cet instant précis, veut croire qu’elle peut renaître sous une autre forme. « Ce que nous considérons comme notre caractère fondamental, explique Rinpoché, n’est rien de plus qu’un “courant de pensée”. » La formule a de quoi intriguer Mylène : depuis l’enfance, elle éprouve un mal-être dont elle n’arrive pas à se dépouiller. Plusieurs chansons de l’album, notamment Vertige ou Comme j’ai mal, porteront la trace de cet espoir de changement, de voyage pour l’esprit et le corps. 

Dès le matin, elle se rend aux studios Ocean Way, où elle rejoint les musiciens et l’équipe technique. Laurent Boutonnat règne en maître absolu sur les tables de mixage, barbe fournie et pipe aux lèvres. Jeff Dahlgren, cheveux longs et rebelles, répète quelques accords. Au dernier moment, juste avant d’enregistrer, très concentrée, Mylène corrige les paroles avec un feutre noir, en lettres capitales. Pour la première fois, la chanteuse s’implique également dans les choix musicaux – elle signera même la partition d’un titre, Tomber 7 fois . 

« Le côté rock d’Anamorphosée, témoigne Thierry Rogen, c’est Mylène et Jeff Dahlgren qui l’ont amené et l’ont souhaité. Cette évolution nette a vraiment été le fait de la volonté de Mylène. Elle était très présente dans la production, ce qui n’était pas le cas auparavant. »

 

Si la chanteuse veut un son plus lourd, plus américain, laissant la part belle aux guitares électriques, ce n’est pas seulement pour laisser s’exprimer le talent de Jeff Dahlgren : c’est aussi pour se donner les moyens d’une renaissance artistique. Le miracle, d’ailleurs, c’est que cette atmosphère tendue va générer l’album le plus atypique de Mylène. Au fond, cet exil américain, qui se poursuivra par un séjour d’un mois à New York, permet à la chanteuse de prendre la distance nécessaire pour revenir en force. Le pari n’est pas gagné, mais elle va se battre pour s’imposer à nouveau, tournant la page de ses dix premières années de carrière afin de montrer un nouveau visage, sexy et lumineux. 

Histoire de faire table rase de son image de poupée torturée, Mylène décide de se passer de la caméra de Laurent Boutonnat. La sanction est sévère, mais l’avenir même du duo en dépend. Elle choisit Marcus Niespel, qui a notamment travaillé avec Janet Jackson ou Elton John, pour réaliser le clip de son retour : filmée en noir et blanc, cheveux aux vents, figure de proue d’une locomotive à vapeur des années 1920, elle est méconnaissable. Dans la vidéo comme dans le livret de l’album, on en oublierait même que Mylène est rousse… D’ailleurs, sur la pochette de l’album, elle a pris soin de ne pas exposer son visage : seul son corps apparaît, dans un ensemble noir des plus sexy. 

Par superstition sans doute, ignorant tout de la façon dont elle va être accueillie, elle brille par son absence lors de la sortie du premier single de l’album, XXL. Ce qui lui vaut d’être envoyée en première ligne, sur les plateaux de télévision, par sa maison de disques, qui s’inquiète du démarrage moyen de l’album, pour défendre le deuxième single, L’Instant X. Sortie peu avant Noël, cette chanson de circonstance permettra à la chanteuse de renouer avec le succès et de fixer les bases d’un retour sur scène, qui réamorcera l’amour du public. 

Invitée à s’exprimer, Mylène évoque alors son nouvel état d’esprit, afin que tout le monde puisse constater qu’elle n’est plus la même. « J’ai encore des moments noirs, des instants de dépression. Mais je suis désormais attirée vers le haut et la lumière. » La lumière : le maître mot pour qualifier son retour. Il inspirera une chanson résolument optimiste, Et tournoie…, où la chanteuse semble inviter l’autre à s’extraire des maux qui le rongent pour s’élever vers l’astre solaire : « Sous ton âme ta plainte amère / Panse-la, donne-le / Mets ton âme de lumière. » Là encore, on sent l’influence de Sogyal Rinpoché. 

« Je cesse de me concentrer sur moi-même et mes idées sombres », dit-elle encore. Le discours est bien rodé, d’une grande cohérence. Une opération marketing parfaitement orchestrée ? Pas seulement. Car si Mylène omet de préciser dans quel climat elle a préparé son retour depuis Los Angeles, elle répond toujours avec sincérité lorsqu’on l’interroge sur son attrait pour les États-Unis. Confie son besoin de « se régénérer », de « se ressourcer », son goût des immenses étendues qui ouvrent l’horizon : « J’aime bien cette notion d’espace, de grandeur. » Et puis, elle évoque le plaisir de l’anonymat retrouvé, dans un pays où elle n’est pas une star, ce qui permet un ancrage salutaire dans la réalité. « Ne pas être connue, c’est pour moi une grande liberté. Je peux vivre comme tout le monde. » 

1995-01-bUne chanson sera le symbole de cette renaissance par l’exil : California. Un morceau d’anthologie, un petit bijou musical tout en subtilité, où Mylène mêle avec bonheur références à Apollinaire et anglicismes. « Changer d’optique, prendre l’exit / Et m’envoyer en Amérique », fredonne-t-elle comme une invitation au voyage – dépaysement garanti. C’est là aussi qu’elle emploie le mot qui sert de titre à l’album : l’anamorphose, terme scientifique utilisé en optique, et auquel elle insuffle une seconde vie, poétique cette fois. « Ma perception de la vie s’est élargie », lâche-t-elle, coupant court à toute justification barbante. 

Son histoire d’amour avec les États-Unis est loin d’être terminée. L’horizon élargi que Mylène a découvert va nourrir son imaginaire scénique et accentuer son goût pour les spectacles grandioses. 

L’Amérique sera donc son point d’ancrage lorsqu’elle concevra la tournée de 1996. C’est à New York qu’elle sélectionne la troupe de danseurs, hormis Christophe Danchaud, chargé d’enseigner les chorégraphies. Elle se paye aussi le luxe de débaucher Donna de Lory, la choriste de Madonna. Le nouveau spectacle sera aussi lumineux que celui de 1989 était sombre : avec son écran géant, ses paillettes, ses costumes sexy en diable et ses chorégraphies léchées, il va imposer la nouvelle Mylène, seule chanteuse française à pouvoir rivaliser avec la démesure des stars américaines. C’est à partir de cette période que la presse, bluffée, commence à la surnommer la « french Madonna ». 

En 1999, afin de préparer le « Mylenium Tour », une tournée pharaonique qui s’arrêtera dans quarante-trois villes, Mylène repasse encore par les cases New York, pour le travail avec les danseurs, et Los Angeles, pour les répétitions avec les musiciens. Entre-temps, elle a appris à apprécier New York et se nourrir de cette énergie à la puissance dix qui galvanise les artistes. Une ville dont l’atmosphère lui semble beaucoup plus stimulante que celle de Los Angeles. Vêtue d’un débardeur et d’un pantalon blanc, on la voit se glisser, joyeuse et silencieuse, au centre des danseurs et observer le tableau en mouvement dans le miroir. 

« Plus loin plus haut / L’extase de l’immensité », chante Mylène dans Vertige, qui aborde le thème de l’impermanence cher à Sogyal Rinpoché. Si l’ouvrage du sage bouddhiste lui a ouvert l’esprit dans une direction qui semble, du moins provisoirement, apaiser son âme, le continent américain va durablement s’imposer comme une destination privilégiée. Loin de l’Hexagone, la star ira, chaque fois qu’elle en aura l’occasion, s’aérer la tête. Surtout, elle n’oubliera jamais que c’est là-bas qu’elle a repris en mains sa vie et sa carrière. Une décision qui a tout changé. 

Extrait du livre : MYLÈNE par Hugues ROYER aux Editions Flammarion 2008

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On va le payer très cher, ma Chère MYLENE

Posté par francesca7 le 9 septembre 2015

inavouable0
 
      Laurent Boutonnat l’avait pressenti : 
« Nous n’allons pas continuer à faire tout ceci impunément, confie-t-il en 1990.
 Un jour, on va le payer très cher, car nous perdons la conscience de la violence,
 de la noirceur, de la morbidité . » La sanction est venue avec Giorgino, 
implacable et sans appel. Sorti le 5 octobre 1994, le film n’a totalisé que soixante
 mille entrées dans l’Hexagone et a dû quitter l’affiche au bout de deux semaines,
 enterré par une critique assassine. De quoi assombrir le moral du réalisateur pour
 longtemps : profondément affecté, il va se terrer pendant trois ans.
 
      Pourquoi un tel fiasco ? Au-delà de l’évidence, qui veut qu’un échec, au même
 titre qu’un succès, soit toujours un malentendu, la question ne va cesser de hanter
 le duo Farmer/Boutonnat, qui affiche depuis ses débuts un parcours sans faute. 
Auraient-ils perdu en chemin la recette qui a fait leur prospérité ? Ont-ils cru 
à tort qu’ils étaient devenus invincibles ? Pour ces alchimistes dans l’âme, toujours
 prompts à interpréter les signes du destin, il s’agit, en tout cas, d’un avertissement
 cinglant qu’il convient de prendre au sérieux. Une alerte rouge.
 
     Sur le moment, un sentiment d’injustice prédomine. Toutes ces années de travail
 réduites à néant. Pour Laurent, c’est le rêve d’une vie qui s’effondre. 
L’idée originale de Giorgino a germé durant son adolescence et n’a jamais quitté 
son esprit par la suite. Même sa rencontre avec Mylène est l’occasion pour lui de
 donner un visage au personnage de Catherine qu’il a en tête. « Depuis le début, 
Laurent ne pense qu’à son film, explique Christophe Mourthé. Les clips sont des 
prétextes pour pouvoir décrocher de l’argent afin de réaliser une œuvre de plus
 grande envergure. » Bien sûr, la carrière de la chanteuse n’est pas un pis-aller
 pour lui, c’est un projet majeur auquel il consacre toute son énergie. 
 
Mais les clips constituent, en quelque sorte, des courts-métrages expérimentaux.
 En faisant ainsi ses gammes, Boutonnat espère convaincre un producteur de financer
 son film. Son but ? S’imposer dans le septième art, discipline infiniment plus 
noble que la chanson à ses yeux, tout en permettant à Mylène de faire ses débuts 
d’actrice avec un rôle sur-mesure.
 
     Impatient de montrer l’étendue de son talent, désireux de signer un chef-d’œuvre
 dans la lignée des réalisateurs qu’il admire, Polanski, Tarkovski ou David Lean, 
Boutonnat va s’infliger une pression colossale. Des années plus tard, évoquant 
enfin ce sujet sur lequel il est resté si longtemps mutique, il
reconnaît que le projet s’est d’emblée heurté à des obstacles de taille. 
« S’il n’y avait pas cette volonté, cette nécessité à cette période, ce film 
n’aurait jamais dû se faire. Son économie n’était pas rationnelle. »
 
     Dès l’origine, Giorgino porte en lui les germes d’un film maudit. Il ne tient
 en effet que par la volonté d’un homme. Obsession qui l’enferme dans un solipsisme 
périlleux, une forme de paranoïa qui transforme chaque obstacle nouveau en coup du sort.
 Aucun producteur ne veut financer le film ? Qu’à
cela ne tienne, avec l’argent récolté grâce à la carrière de Mylène, Boutonnat investit
 les deniers de sa propre société, Heathcliff, pour régler les deux tiers de la facture
 totale, quatre-vingts millions de francs, Polygram assurant le financement du tiers restant.
 1987-01-a

      Lorsque débute le tournage, le 2 janvier 1993, ce sont les conditions climatiques
 capricieuses qui contrarient le dessein du cinéaste : alors que les premières
 séquences doivent être tournées dans des paysages enneigés, pas un seul flocon
n’est tombé depuis des semaines – ce qui est exceptionnel pour la saison en Slovaquie.
 Le planning doit donc être modifié dans l’urgence. Plus tard, ce sont les températures
 glaciales qui interrompent à nouveau le tournage, faisant souffrir les caméras et 
geler une partie du matériel. Boutonnat joue de malchance, encore. Certes, la situation
 se débloque lorsque la neige se met à tomber, mais ce soulagement 
– ressenti par toute l’équipe – ne va guère dérider l’ambiance générale.
 
      Est-ce le thème du film, histoire sombre d’un médecin qui enquête sur les
 enfants disparus d’un orphelinat durant la Grande Guerre ? Est-ce le froid qui
 glace les esprits ? Même si Mylène ne se plaint jamais des rudes conditions que
 lui impose son rôle, elle ne se sent guère rassurée par son mentor, qui exige 
d’elle toujours davantage. Dès qu’elle le peut, afin d’échapper à une ambiance 
glauque qui ne lui convient pas, la chanteuse s’échappe à Prague et se ressource
 en flânant sur le pont Charles. « Cinquante personnes qui vivent les unes sur les
 autres pendant cinq mois, c’est très révélateur de l’âme humaine. 
 
C’est beaucoup de tricheries, beaucoup de mensonges », confie-t-elle, désabusée.
 Comme si le fait d’avoir surmonté tous ces handicaps ne suffisait pas, 
le distributeur, AMLF, juge le film trop long et repousse sa date de sortie, 
initialement prévue pour le 24 août 1994. Boutonnat se sent frustré dans sa
 toute-puissance de créateur, mais accepte d’amputer son œuvre d’une heure 
– au total Giorgino dure deux heures et cinquante-sept minutes. Entre août 
et octobre, la pression médiatique monte d’un cran. 
 
Mylène et Laurent, qui ne sont manifestement plus à l’unisson, s’acquittent de la
 promotion comme s’ils couraient à l’abattoir. La chanteuse semble apeurée, 
totalement dépourvue d’enthousiasme. « Après les scènes, je n’avais qu’une envie :
 aller me cacher, confie-t-elle. Quand on sort de soi ce que l’on ne s’autorise pas
 à laisser voir dans la vie de tous les jours, il faut un moment pour se reprendre,
 pour ne pas imposer aux autres, une fois le mot “coupez” prononcé, l’indécence de 
ces pulsions secrètes. C’est très fatigant aussi cette extériorisation de soi, 
c’est très violent. » Des propos qui paraissent, avec le recul, plutôt dissuasifs
 pour le public des salles obscures.
 
     Parmi les raisons qui expliquent l’échec de Giorgino, nombreux sont ceux qui
 pensent que sa noirceur excessive a rebuté le public. Mylène elle-même a l’air de
 partager cet avis quand elle confie : « C’est un film noir, très très noir. 
Tout y est vain. » Cette atmosphère lourde était pourtant la consigne de départ, 
comme l’explique Pierre Guffroy, décorateur incontournable du cinéma français à 
qui Boutonnat a fait appel. « Il ne voulait pas une sorte de misérabilisme réaliste,
 il désirait vraiment une atmosphère pourrie. »
 radio-02-b
     Sans doute cet univers oppressant aurait-il été supportable si l’œuvre avait duré 
deux heures au lieu de trois – comme initialement prévu. Mais, sur le tournage, 
le timing des scènes s’est étiré, au grand étonnement de Gilles Laurent, 
le coscénariste, lorsqu’il découvre le résultat final : « J’ai précisément en
 tête une scène calculée à vingt secondes avec Laurent et que j’ai retrouvée à 
une minute dix en projection. » Apparemment, ces excès de durée ont été monnaie
 courante, comme si le réalisateur, ivre de son travail, ne parvenait plus à 
arrêter la caméra. Étienne George, photographe de plateau, partage ce sentiment.
 « Comme Laurent avait fait des clips audacieux que les gens avaient beaucoup aimés,
 il pensait que son film allait être révolutionnaire. Et il a eu du mal à se plier 
à des règles commerciales. Giorgino, c’est comme un long et beau clip, développé 
de façon peut-être déraisonnable. »
 
     Impossible de refaire l’histoire, mais il est certain que certains passages,
 comme l’interminable scène de beuverie au bar du village, auraient manifestement
 gagné à être raccourcis. « S’il avait duré deux heures, le film aurait marché »,
 m’a assuré Bertrand Le Page, entre deux coupes de champagne, en 1995. Alors qu’il
 n’avait aucune raison d’être tendre envers ceux qui l’avaient éconduit, il 
appréciait l’univers décadent de Giorgino, sensible au message qu’avait voulu 
véhiculer Boutonnat, notamment sur la cruauté de l’enfance.      Avec le recul, 
il n’est pas inutile non plus de méditer une réflexion de Gilles Laurent. 
« Au final, Giorgino a peut-être été vidé d’une certaine substance en nourrissant
 d’autres projets annexes, avant même de voir le jour. » Il est vrai que, durant 
le temps où Boutonnat a différé son film, il a donné le meilleur de lui-même pour
 lancer sa muse. Au fond, l’énergie que le réalisateur voulait mettre dans 
Giorgino n’avait-elle déjà été en partie vampirisée par les clips de Mylène ? 
Collaborateur fidèle et consciencieux, qui a participé à l’écriture des vidéos 
de Pourvu qu’elles soient douces et Sans logique, Gilles Laurent sait de quoi 
il parle : Giorgino n’a pu être écrit qu’en pointillé, la chanteuse demeurant 
la priorité absolue.
 
     En cet hiver 1994, Boutonnat a le moral en berne. « J’ai eu assez peur pour
 lui dans les semaines qui ont suivi la sortie de Giorgino, confiera son coscénariste
 des années plus tard. Je me demandais quel homme serait capable d’encaisser toute
 cette haine. Mais Laurent est une force de la nature. » Dans un sursaut d’orgueil,
 le réalisateur fera interdire toute diffusion de son œuvre – seul Canal + pourra
 le programmer, conformément à une clause contractuelle.
 
     Il faudra attendre 2007 pour que le public ait la possibilité de redécouvrir 
Giorgino. Quatorze ans ont été nécessaires pour que Laurent digère cet échec. 
Sans doute le fait qu’il ait tourné entre-temps un autre long-métrage, Jacquou 
le Croquant, qui a réalisé un million d’entrées en France, a-t-il joué comme un 
déclic libérateur. Annoncé par une bande-annonce inédite, sorti avant les fêtes 
de Noël dans un luxueux coffret, dont le visuel montre le joli postérieur de Mylène,
 le DVD a reçu un accueil plutôt bienveillant, comme si la critique, avec le recul,
 percevait enfin les qualités du film. En outre, le style Boutonnat, cette manière
 de filmer peu académique, avec ces ralentis qui semblent dilater le temps, ou ces 
plans rejoués de manière obsessionnelle, n’a pas échappé à la nouvelle génération 
des cinéastes.
Parmi eux, Pascal Laugier n’a pas manqué, en 2004, lors de la sortie de Saint Ange, 
avec Virginie Ledoyen, d’expliquer en quoi Giorgino l’avait inspiré. Conspué à sa 
sortie, le film de Boutonnat pourrait bien, dans deux décennies, devenir culte.
 
     Car malgré ses défauts, ou précisément à cause de ses défauts, Giorgino demeure
 un film envoûtant, injustement cloué au pilori. Certains passages de la bande originale, signée Boutonnat, notamment ceux qui évoquent l’enfance, sont bouleversants. Pierre Guffroy, 
qui a créé les décors, reste un des plus ardents défenseurs de ce conte singulier : 
« Je ne m’en lasse pas. Je trouve Giorgino extraordinaire, un vrai film d’auteur. » 
Quant à Mylène, lorsqu’elle évoque son premier rôle au cinéma dans le bonus du DVD, 
elle ne tarit pas d’éloges sur l’œuvre de son mentor. « Un projet atypique », 
« à la fois onirique, désespéré et si novateur », dit-elle, évoquant « un film 
remarquable, au sens premier : il dérange, mais ne laisse pas indifférent ».
 
Avec le recul, impossible de ne pas penser aussi que Giorgino, film maudit par 
excellence, n’a pas, paradoxalement, renforcé la légende Farmer. Toutes ces anecdotes
 étranges autour du tournage n’ont fait qu’épaissir le mystère de la star. 
Protecteur, comme à son habitude, Boutonnat a d’ailleurs pris soin de ne pas laisser
 sa muse porter seule le film sur ses épaules : son personnage, Catherine, n’apparaît
 qu’au bout de quarante minutes, et c’est Jeff Dahlgren qui est omniprésent à l’écran.
 En outre, sans doute parce que son jeu n’est pas en cause, Mylène, impeccable en 
jeune femme autiste, a été épargnée par la critique.  À l’époque, elle s’en sort 
plutôt bien. Mais si ce n’est pas son échec, c’est un échec tout de même.
 
Jusqu’alors, elle et son mentor se sentaient invincibles. Cette noirceur, ils 
l’ont poussée très loin parce qu’ils étaient convaincus qu’elle répondait aux 
attentes du public. Avec le naufrage de Giorgino, la donne change radicalement.
 Mylène prend conscience que le côté obscur de Laurent, qu’elle partage, peut la
 conduire droit dans le mur. Elle a besoin d’un bain de lumière pour renaître. 
C’est sa seule chance, elle le sait, de survivre.
  
Extrait du livre : MYLÈNE par Hugues ROYER aux Editions Flammarion 2008

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Et Mylène devint Farmer

Posté par francesca7 le 2 septembre 2015

 

 

  mylène devient farmer   « Je refuse de devenir la femme que vous voulez faire de moi. Terne, insignifiante, normale. »

 Ce matin-là, Frances Farmer s’entretient avec Walter Freeman, le psychologue qui prétend la soigner, suite à un internement en psychiatrie décidé par sa propre mère. En signe de défi, comme pour montrer qu’elle veut rester elle-même envers et contre tous, elle écrase sa cigarette sur le cuir du bureau. Jessica Lange interprète le rôle dans Frances, le film réalisé par Graeme Clifford, en 1983. L’histoire vraie d’une actrice hors du commun qui, après avoir grandi à Seattle, a fait carrière dans les années 1930.

Une ascension aussi fulgurante qu’éphémère. Récompensée par un prix d’excellence à seize ans pour avoir rédigé une brillante dissertation niant l’existence de Dieu, puis star à Hollywood affichant des sympathies communistes, Frances Farmer n’obéit qu’à un seul principe : « Toujours faire ce qu’on juge bon et se moquer éperdument des autres. »

     D’où le diagnostic d’asociale qui lui colle à la peau. Pour la couler dans la norme, la psychiatrie va multiplier les tentatives. Camisole de force, traitements par électrochocs, injections d’insuline à haute dose, bains glacés prolongés… Rien n’y fait. Et Frances reste fidèle à elle-même, insoumise malgré tout. Jusqu’à ce que le bon docteur Freeman décide de la lobotomiser, afin de mettre en sourdine ses émotions.

Enfonçant une longue aiguille au fond du globe oculaire, il sectionne les nerfs reliant le cortex au thalamus. L’actrice, en qui le cinéaste Howard Hawks voyait une future Marlene Dietrich, mourra seule, à cinquante-sept ans, terrassée par un cancer de l’œsophage.

     Un destin bouleversant, qui a marqué la jeune Mylène. Elle a vingt-deux ans lorsqu’elle visionne le film dans une salle obscure. Lorsqu’il s’agit de choisir un pseudonyme, le nom de Farmer, qu’on voit à plusieurs reprises apparaître en lettres capitales sur la boîte aux lettres de la maison familiale, s’impose avec la force de l’évidence. Laurent Boutonnat, lui aussi, a été impressionné par l’œuvre de Graeme Clifford. On trouvera d’ailleurs, dans Giorgino, des séquences qui rappellent certaines scènes de Frances, notamment l’internement de Catherine au milieu des aliénées. Et cet insoutenable sentiment d’oppression qui saisit un individu doué de raison lorsqu’il est immergé au milieu des malades mentaux.

     Entre Frances et Mylène, il existe une filiation manifeste. Une haine farouche de l’hypocrisie sociale, d’abord. Dans le film, l’actrice, tout auréolée de gloire, revient à Seattle, où elle est célébrée par une fête, mais elle refuse de jouer le jeu. Ainsi, tout sourire, elle envoie ses quatre vérités à une dame patronnesse qui lui prédisait, il y a peu, qu’elle « finirait en enfer ». Sur le choix de son pseudonyme, Mylène restera plutôt laconique, se contentant d’évoquer son admiration pour cette femme « complètement écrasée par Hollywood79 » qu’elle aurait aimé interpréter au cinéma. Comme Frances, Mylène éprouve une aversion pour la lâcheté ordinaire. « Depuis mes débuts, je n’ai accepté aucune concession. La qualité que j’admire le plus, c’est l’intégrité, et je remercie la vie qui m’a permis de suivre ce chemin. »

 

Le 19 novembre 1988, lors des Victoires de la Musique, la chanteuse va prouver qu’elle n’entend pas être de ces artistes qui s’agenouillent devant la profession. Sacrée meilleure interprète féminine de l’année, elle reçoit son trophée des mains d’Alain Souchon en se disant « contente et triste » à la fois.

Une attitude mal perçue par le milieu qui, paradoxalement, la récompense ce soir-là. Quand on est ovationnée, ne faut-il pas s’incliner ? Pire, elle refuse d’interpréter une chanson en direct, comme la tradition l’exige des lauréats. En coulisses, c’est l’effervescence. En guise d’explication, son manager, Bertrand Le Page, n’apaise en rien les esprits chagrins : « Mylène ne chante pas avec un orchestre de bal », lance-t-il, comme pour jeter de l’huile sur le feu.

      Dans son édition du 21 novembre, le quotidien Libération ne manque pas d’épingler la chanteuse pour ce manquement à ces « obligations » et de railler les « nouveaux mystères » que « son laconisme » soulève. Peur de chanter en direct ? Orgueil démesuré ? Mylène est sommée de s’expliquer. Mais ceux qui s’attendent à un repli stratégique en seront pour leurs frais. « En prenant ma récompense, j’ai vu défiler les plus belles images de ma vie et les plus cruelles aussi. Dans la voiture, en quittant le Zénith, avec mon manager Bertrand Le Page, nous n’avons échangé aucun mot. J’étais assise à serrer très fort entre mes mains cet objet très lourd. C’est ma manière de vivre les choses. Mon sens de la fête est le repli sur soi, sans occulter le bonheur. Chez moi, j’ai placé la Victoire dans mon salon, sur un haut-parleur.

Comme beaucoup d’artistes, j’ai été étonnée, je n’ai vu aucune inscription sur le trophée, pas même la catégorie. Tout juste “Victoires de la musique 1988”. Je regrette cet anonymat. »

      C’est donc pour n’avoir pas vu son nom sur la statuette que Mylène s’est assombrie. Cette reconnaissance, si ardemment désirée, lui a soudain semblé vide de sens. Ce nom qu’elle s’est choisi pour atteindre son astre n’a même pas été gravé sur le socle du trophée. Pour elle, il ne s’agit pas d’un simple détail, c’est une indélicatesse qui montre que ce sacre relève de la mascarade. En elle, c’est la petite fille en quête de vérité qui souffre dans un monde où les adultes mentent.

 

     Mylène ne sera plus jamais nommée aux Victoires de la Musique. Tout juste évoquera-t-on en catimini sa récompense pour « l’album le plus exporté » en 1996. Le milieu n’a pas pardonné. Entre lui et la chanteuse, l’état de grâce n’a pas fait long feu. Rebelle à intégrer le moule, Mylène va mener sa route en toute indépendance, sans céder à ces compromissions qui la révulsent. Pour demeurer au sommet, pas besoin de taper dans le dos de ces artistes qui rêvent de l’intégrer dans leur grande et belle famille. Faire copain copain n’est pas son genre. L’amitié est une offrande qu’elle n’accorde qu’avec parcimonie.

Ainsi, on ne la verra jamais parader dans les concerts des Restos du Cœur ; cette liesse collective n’est pas pour elle.

     images (3)Dix-sept ans après l’incident des Victoires de la Musique, Mylène apprend par les organisateurs de la soirée que les votes du public l’ont sacrée « meilleure interprète féminine des vingt dernières années ».

Un plébiscite qui aurait pu tourner au sacre cathodique si la belle avait daigné répondre présente à l’invitation de la production. Mais la chanteuse n’a pas oublié. Pire, au risque d’être une nouvelle fois taxée d’ingratitude, elle rappelle que son dernier single a pour titre Fuck Them All. Un bras d’honneur qui provoque un vif émoi dans la salle, où se sont pourtant infiltrés de nombreux fans. La voix de Jean-Luc Delarue, qui anime la soirée, a du mal à couvrir les sifflets qui pleuvent de toutes parts. Histoire de calmer le jeu, Nagui, son coéquipier, lance à la star une invitation pour l’année suivante, assurant qu’elle est « la bienvenue aux Victoires ». Peine perdue… Confortablement installée devant l’écran de son

téléviseur, Mylène peut jubiler. Le bras de fer continue de tourner à son avantage.

 

De même, elle boude systématiquement les hommages institutionnels. C’est pour cette raison qu’elle a refusé de se voir remettre la Légion d’honneur. À ses yeux, être une artiste ne mérite aucune récompense qui se situe sur le terrain de l’honneur. Cohérente, la star s’est également opposée à ce que son nom figure dans le dictionnaire Larousse, assorti d’une notice biographique de quelques lignes. Parce que rien ne l’indispose davantage que d’être figée dans la posture d’une statue inerte, elle a, enfin, décliné l’offre qui lui a été proposée de faire son entrée au musée Grévin. Avoir sa réplique de cire ? Une idée terrifiante à ses yeux. Une façon de l’enterrer vivante alors qu’elle est loin d’avoir livré tout ce qui agite son esprit.

     Il faut une force colossale pour oser se mettre à dos une partie du métier. Une grande intégrité, aussi. Mais pour défendre son nom, si cruellement absent de son premier trophée, la chanteuse n’a jamais manqué de pugnacité. « Elle me fait penser au verre, me confie Philippe Séguy. Cette matière extrêmement fragile qui est, en même temps, d’une telle dureté qu’il peut traverser les siècles » Ce nom, emprunté à une autre, mais associé au prénom qu’elle a reçu à la naissance, Mylène en a fait, davantage qu’un patronyme d’artiste, une véritable signature.

     D’une pochette d’album à l’autre, il est d’ailleurs passionnant d’observer la lente évolution des typographies, sur lesquelles la star veille avec un soin quasi maniaque. Lettres qui semblent gravées dans le marbre, comme sur une pierre tombale, pour Ainsi soit je ; calligraphie épurée sur les deux albums suivants ; pleins et déliés sur l’opus Innamoramento, où prénom et nom se superposent pour former une forteresse inexpugnable ; sur Avant que l’ombre… apparaissent des pointes acérées qui, prolongeant le tracé des lettres, semblent protéger l’artiste comme une armure ; sur le dernier album, Point de suture, le « M » et Mylène et le « F » de Farmer sont reliés par un filet en une osmose parfaite, mais les pointes sont toujours là, donnant à cette architecture de lettres rouges des allures d’oursin. Pas besoin d’une longue exégèse pour décrypter le message : qui s’y frotte s’y pique.

 

Extrait du livre : MYLÈNE par Hugues ROYER aux Editions Flammarion 2008

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LA TIMIDITE MALADIVE DE MYLENE

Posté par francesca7 le 26 août 2015

 

 
2000-ClaudeUne enfilade de couloirs où même les pas feutrés résonnent. 

Une odeur d’éther qui vous prend à la gorge. Des chambres glacées, des lits étroits,
 des brancards qui vont et viennent dans les ascenseurs. 
Chaque dimanche, elle est fidèle au rendez-vous. Au départ, Mylène accompagnait
 d’autres élèves de son âge après les cours de catéchisme. 
Et puis, depuis plusieurs semaines, elle y vient seule. 
Elle préfère s’y rendre loin du regard des autres. 
Chaque dimanche, « pour échapper à l’ennui », dit-elle, elle visite les enfants
 malades à l’hôpital de Garches. Certains, victimes d’accidents de la route, 
sont paralysés. D’autres souffrent de maladies génétiques. Elle a quatorze ans. 
Voilà un souvenir, une fois n’est pas coutume, qui demeure indélébile. 
Mylène l’a évoqué maintes fois, et y revient sans cesse, comme un épisode
 marquant de son enfance à Ville-d’Avray. « Un électrochoc », dit-elle. 
« Une clé », même, pour comprendre qui elle est. 
 
Avant de préciser : « S’occuper d’enfants tétraplégiques, c’est insupportable
 pour quelqu’un qui marche. » Révoltée devant le spectacle de la maladie, 
l’adolescente ressent une forme de culpabilité, qui s’ajoute au chagrin. 
Impuissante devant ces drames souvent irrémédiables, elle se force à sourire,
 à s’ouvrir à ces enfants qui ont le même âge qu’elle. 
« J’essayais de communiquer avec eux, de jouer, de leur apporter quelque chose.
 C’est quelque chose qui vous marque fatalement à vie. Ça rend triste, définitivement. »
 Pour passer autant de temps auprès de ces êtres que la vie a diminués, 
il faut éprouver une immense solitude. 
Surtout, il faut se sentir soi-même différent de la multitude. 
Le handicap n’est pas nécessairement une catégorie répertoriée par un diagnostic médical.  
 
Il peut être vécu de l’intérieur, comme une fêlure qui vous rend inapte à une
 existence sociale normale. Baudelaire l’a bien montré dans son poème L’Albatros.
 « Ses ailes de géant l’empêchent de marcher », écrit-il à propos du poète, 
moqué par ses frères humains parce qu’il semble incapable de trouver 
sa place dans leur communauté. Pour Mylène, partager des moments 
intenses avec ces enfants n’a rien d’une sinécure.  
Pourtant, la jeune fille y trouve son compte. Elle échappe à l’ambiance familiale,
 où elle se sent souvent incomprise. 
À leur contact, surtout, elle trouve un sens à ce mal-être sourd qui grandit 
depuis que sa famille a quitté le Canada. C’est cette proximité avec l’autisme 
qui permettra à Mylène d’incarner avec tant de crédibilité Catherine, l’héroïne 
de Giorgino. Pour se préparer au rôle, elle visitera d’ailleurs à nouveau un
 hôpital psychiatrique. « Je suis fascinée, confiera-t-elle, par les enfants autistes.
 Par le mystère qu’ils gardent, leur incapacité à communiquer. » 
                                                     **
 
     Dans ces derniers mots, tout est dit, ou presque. Si l’adolescente se sent 
différente, c’est parce qu’elle se vit comme emmurée en elle-même.  
« Je suis constamment gênée par le regard des autres depuis que je suis toute petite»,
 avoue-t-elle. Une timidité maladive, voilà son infirmité. Trait de caractère qui
 la rapproche de son père, un homme du genre réservé, y compris dans le travail, 
si l’on en croit ses collègues de l’époque canadienne. Elle n’y peut rien : dès 
qu’un inconnu pénètre dans la maison de Ville- d’Avray, elle devient muette comme une carpe. 
Incapable de s’ouvrir, elle baisse les yeux et ne décroche pas un mot.  
Tous ceux qui, plus tard, ont croisé un jour la route de Mylène ont été frappés 
par cette timidité extrême. Sophie Tellier, la célèbre rivale de Libertine dans 
le clip et sur scène, en témoigne. « Elle est très renfermée. Lorsqu’il y a plus
 de deux personnes autour d’elle, elle ne parle pas. » 
 mylene-farmer-photo-facebook« Face aux gens, elle semble être totalement démunie, sans défense, comme si elle
 n’avait pas de cuirasse27 », m’explique la photographe Elsa Trillat. Christophe Mourthé,
 qui a réalisé quelques-uns des clichés les plus glamours de la chanteuse entre 1986 
et 1988, me raconte :  
« Quand nous marchions ensemble tous les deux dans la rue, elle était toujours 
du côté du mur, comme s’il lui fallait un rempart pour être protégée des autres. »
 Philippe Séguy, le premier biographe officiel de la star, relate comment Mylène 
s’est présentée à lui au premier rendez-vous. « Elle baissait les yeux, m’a tendu
 la main, n’a fait que pincer la mienne, offrant un sourire aussitôt ravalé de 
petite fille intimidée. » 
                                                     **
 
Un tempérament qui constitue un obstacle majeur pour sa carrière. 
À ses débuts, elle est tellement réservée qu’il est impensable, pour Jérôme Dahan,
 qui a cosigné Maman a tort avec Laurent Boutonnat, d’envisager pour elle une 
carrière tonitruante à la Jeanne Mas. Lui, songe davantage à un créneau plus 
discret à la Françoise Hardy. « Chez ma mère, où il y avait une grande pièce avec un piano,
 on répétait la mise en scène des morceaux. Mylène avait du mal à appréhender tout cela,
 et on devait, Laurent et moi, lui apprendre les chorégraphies. Elle n’avait pas du tout
 de vision, de conscience de son corps. » 
Bertrand Le Page, son premier manager, m’a également confié son désarroi devant 
une artiste aussi peu extravertie. « Ce n’était pas dans sa nature, il a fallu 
qu’elle travaille dur pour sortir quelque chose d’elle-même. Je mettais la chanson,
 je montais le son à fond et je lui disais : “Vas-y, montre-moi ce que tu sais faire.” 
Mais ce n’était pas du tout concluant. » 
C’est là que Sophie Tellier va jouer un rôle déterminant. Danseuse professionnelle
 proche de Redha, créateur de ballets cultes dans les années 1980, elle devient la
 chorégraphe personnelle de Mylène. Il lui faut d’abord rompre cette gangue qui 
emprisonne le corps de son élève. Patiente, Sophie se rend tous les jours au domicile
 de la chanteuse et gagne sa confiance en la faisant rire. Peu à peu, elle parvient à
 trouver les mouvements de bras, de jambes et de tête qui lui sont naturels. 
Avec un professeur aussi doué, les résultats sont spectaculaires. 
Malgré tout, lorsqu’on revoit les sauts de cabri de Mylène chantant Libertine sur le
 petit écran, on ne peut s’empêcher d’y déceler une raideur encore maladroite. 
Une telle exubérance force sans doute à l’excès son côté introverti. Plus tard,
 à mesure qu’elle trouvera des gestuelles plus adaptées à son véritable caractère,
 une indéniable grâce se dégagera des tableaux de certaines chansons comme Désenchantée
 ou L’Âme-Stram-Gram. Mais cette aisance inattendue, gagnée à la sueur de son front, 
ne changera rien à la nature profonde de Mylène.
                                                      **
 
Pour tous ceux qui ont partagé des moments forts avec la chanteuse, en tout cas, 
cette réserve extrême, loin d’être rebutante, s’impose comme un charme supplémentaire.
 « Elle en use et en abuse, mais elle le fait tellement bien que tout le monde est 
amoureux d’elle », explique Christian Padovan, bassiste sur la première tournée en 1989. 
 La chanteuse Marie Laforêt, dont Mylène reprendra sur scène Je voudrais tant que tu 
comprennes, n’est pas insensible non plus à la séduction qui se dégage d’une nature 
aussi effarouchée. « Je me suis retrouvée deux fois en interview avec elle, raconte-t-elle. 
Elle était quasiment muette, si bien que je me sentais obligée de meubler un peu. 
Elle était infiniment touchante : elle avait l’air d’un oiseau tombé du nid. » 
 
Des années plus tard, cette timidité semble s’être encore aggravée, si l’on en croit 
Mylène elle-même : sa cruelle absence médiatique, y compris au moment de promouvoir 
ses albums, serait la conséquence de cette appréhension ancrée en elle. 
En décembre 2005, ce n’est que sur l’insistance de sa maison de disques et de ses fans
 qu’elle consent à accorder une interview à Thierry Demaizière, dans le cadre de l’émission 
« Sept à huit » sur TF1. Un moment terrifiant pour elle. « Je vous dois une semaine 
et demie d’insomnie et un presque ulcère », dit-elle en préambule avec ironie. 
Quant au journaliste, qui n’a pas pu rencontrer l’artiste auparavant, il confiera après coup : 
 « Elle tremblait à la fin de l’entretien. Elle souffrait vraiment. 
1996-08-a» On la retrouve encore superbe et tétanisée, les cheveux défaits en cascade,
 le 12 décembre 2006, face à Patrick Poivre d’Arvor, dans le 20 heures de TF1,
 où elle vient annoncer la sortie de son DVD live. Sourire crispé, rires nerveux 
émaillent cette interview aux allures de séance de torture. 
Le regard de l’autre, d’autant plus acide lorsqu’une caméra la filme, semble aussi
 difficile à accepter qu’à l’époque où Mylène était petite fille. Seule la scène lui
 permet de dépasser cette angoisse. Il lui faut se sentir démesurément aimée, 
submergée d’un amour XXL, pour offrir au public ses trésors les plus intimes.
 
Extrait du livre : MYLÈNE par Hugues ROYER aux Editions Flammarion 2008

Publié dans MYLENE par H.ROYER | 1 Commentaire »

AU LENDEMAIN DE SON CONCERT, Mylène

Posté par francesca7 le 4 juillet 2015

 

RTL – 12 SEPTEMBRE 2009 : ANTHONY MARTIN

cb0ac37eabd1ef4335fdcc2214cef593Au lendemain de son deuxième concert au stade de Genève, Mylène Farmer reçoit Anthony Martin dans sa suite située au bord du lac Léman. Diffusée le jour de l’anniversaire de la chanteuse, qui se produit le soir même pour sa deuxième représentation au Stade de France, cette interview a été annoncée à grand renfort de publicité dans la presse au début de la semaine par la station qui en a même diffusé un court avant-goût dans son émission matinale « Laissez-vous tenter » le mercredi 09.09.2009.

En préambule, Anthony Martin nous apprend que l’entretien a eu lieu assis dans l’herbe, dans le petit jardin attenant à la suite de la chanteuse, fatiguée mais souriante et bavarde !

Bonjour, Mylène Farmer !

-Bonjour.

Merci de m’accorder cet entretien. Nous sommes à Genève. Vous avez donné un concert hier devant trente-deux mille personnes à Genève. Comment vous sentez-vous au lendemain de ce concert ?

-Je vais vous répondre comblée et à la fois évidemment très, très fatiguée ! (rires) Mais des moments inoubliables. Inoubliables !

Vous ne vous ménagez pas sur scène : vous arpentez la scène de long en large, vous dansez évidemment –parce qu’on vous attend aussi pour ça. Vous concevez la scène comme un défi physique, aussi ?

-En tout cas, je m’y prépare : j’ai à peu près six mois d’entraînement avant que de me produire en scène avec un coach qui s’appelle Hervé Lewis, avec qui on fait un travail incroyable. Il me connaît depuis presque j’allais dire une quinzaine d’années (vingt-cinq en réalité ! nda) donc on se connaît vraiment très, très bien. Donc oui, l’appréhension physique, si je puis dire, en tout cas l’exercice physique fait partie du spectacle, mais quand on est porté par un public –celui que j’ai devant moi- c’est quelque chose qui est tellement porteur qu’on en oublie l’effort ! C’est plus l’émotion qui gagne le terrain.

Vous adorez entendre chanter le public : souvent, à la fin d’un morceau, d’un tableau, d’une chanson, vous reprenez a capella pour les entendre. Ca, c’est le plus beau cadeau, finalement, pour un artiste…

-C’est le moment probablement le plus magique, en tout cas un des moments les plus magiques c’est vrai, puisqu’ils s’approprient la chanson. J’allais dire, c’est presque de l’ordre du divin. Ce sont des mots un petit peu graves toujours, mais c’est quelque chose –je reprends le mot ‘magique’- c’est exceptionnel de vivre quelque chose comme ça, bien évidemment.

Diffusion d’un extrait de « Rêver » enregistré lors des concerts de Genève

Quand on vous voit sur scène, on se dit que vous ne pouvez pas préférer l’ombre à la lumière : vous avez l’air si forte, si vivante dans la lumière !

-Là, je vais vous répondre que le choix de l’ombre et de la lumière est le choix entre la vie privée et la vie publique, qu’on peut rester vivant aussi dans l’ombre. J’ai ce paradoxe en moi : je suis capable de vivre aussi bien dans l’ombre et de m’exprimer dans la lumière.

On a l’impression que votre timidité est transcendée quand vous vous trouvez, comme hier soir par exemple, devant trente mille personnes. Vous l’expliquez comment, ça ?

-Alors ça, je crois que je n’ai pas d’explication. Je l’ignore moi-même, si ce n’est que je sais mon handicap devant trois personnes, je ne sais pas si je peux qualifier ça d’aisance devant trente mille personnes, mais en tout cas il y a une bascule qui se fait presque naturellement. J’ai plus de difficultés, oui, avec deux, trois personnes que devant une immense audience.

Parce que finalement vous n’avez pas à leur parler : vous êtes là pour leur offrir et recevoir. C’est peut-être ça…

-En tout cas, les mots sont à travers mes textes et puis là, pour le coup, il n’y a rien de préparé : quand j’ai envie de dire quelque chose, c’est que j’en ressens le besoin. Là, c’est place au naturel, c’est place à l’émotion en direct, pour le coup !

Diffusion de « C’est une Belle Journée »

Justement, quand vous écrivez vos textes, est-ce que vous pensez déjà à l’aspect visuel d’un tableau dans un futur, sur scène ?

-Non, sincèrement. Là, je suis dans une pièce isolée, je travaille avec Laurent Boutonnat donc, qui est aussi compositeur, et les mots j’allais dire s’appuient, s’accrochent, s’harmonisent avec la musique donc j’ai besoin de la musique avant d’écrire des mots. Parfois, la musique m’inspire des sentiments, des sensations ; parfois, j’ai une envie de texte et puis la musique s’accorde avec ce texte mais en aucun cas l’image n’apparaît dans ma mémoire à ce moment-là, non.

Vous me disiez vous êtes dans une pièce quand vous écrivez vos paroles : vous êtes seule comme un écolier à son bureau, avec une page blanche, le stylo, vous mettez un fond sonore –donc là, vous vous inspirez de la musique- ça se passe vraiment comme ça ?

 

-Ha, tout à fait ! Dans une pièce en tout cas totalement isolée, ça j’en ai besoin. Comme un écolier / écolière ? J’ai un très mauvais souvenir de scolarité ! En tout cas, besoin bien évidemment d’isolement et puis la musique sur laquelle je mettrai des mots.

Sur scène, vous incarnez vraiment –et c’est ce qui est fascinant- l’intimité et la grâce dans une mise en scène gigantesque. Quel est le secret pour marier tout ça, pour y arriver ?

-J’ai toujours aimé, moi, en tout cas avoir besoin du gigantesque et du spectaculaire. Maintenant, j’ai besoin de moments d’intimité et c’est ce qu’on a essayé de créer sur ce spectacle, à savoir avec le proscenium et la croix (petite confusion de Mylène, puisque le proscenium en forme de croix était celui du spectacle présenté à Bercy 2006. Pour les stades en 2009, le proscenium se finit en forme d’étoile, nda) qui est au centre du stade même, et c’est là qu’il y a un vrai, vrai partage. J’allais dire il y a un partage même quand on est sur une scène frontale, mais vraiment au milieu sur cette croix (sic) on crée ce moment intime qui pour moi est de l’ordre j’allais dire de la communion, presque –encore un mot fort, mais c’est vrai que c’est un vrai, vrai moment d’intimité malgré le grand nombre : ce grand nombre devient un, devient quelque chose d’assez exceptionnel pour moi.

Il y a un autre couple –on a parlé gigantisme et intimité- il y a aussi le couple qui frappe quand on vous voit sur scène, c’est discrétion et provocation. Comment faites-vous pour que discrétion et provocation fassent bon ménage ?

-Tout dépend si vous évoquez discrétion dans la vie privée, ou est-ce que c’est discrétion sur scène même ?

 

Sur scène, vous êtes discrète, vous êtes intime et en même temps vous êtes forte, vous êtes présente : ça tient sur vous, c’est vous qui menez ce gros barnum –le mot n’est pas beau mais au moins on comprend ce que je veux dire- et vous êtes dans la provocation aussi dans les chorégraphies, les tenues…

-Je vais vous faire une réponse assez banale : toutes ces facettes font partie de moi. Je suis de nature discrète en général, de nature timide parfois mais l’éclat de rire fait partie de moi aussi comme vous avez pu le constater puisque nous avons eu du mal à démarrer ! (rires) (Anthony Martin relata effectivement en préambule à l’interview que juste avant de démarrer l’entretien, amusés par l’incongruité de la rencontre, assis face à face dans l’herbe aux abords d’une suite, lui et Mylène Farmer sont partis d’un fou rire spontané qui eût l’avantage de détendre l’atmosphère, nda) Et puis à la fois je crois que j’ai cette –là pour le coup, je n’y suis pour rien, c’est un cadeau de la vie- j’ai à la fois sans doute cette fragilité mais aussi cette force -en tout cas je vais l’exprimer de cette façon- c’est une force qui me permet de surmonter toutes mes peurs, tous mes démons au moment où j’en ai le plus besoin.

Il ne reste plus que trois concerts dans cette tournée 2009 (deux lors de la diffusion de l’interview, nda). Est-ce que vous avez une appréhension de la fin de tournée ? Le ‘spectacle blues’ ?!

-Je l’ai. Je crois que je l’avais dès le premier jour puisqu’on sait que tout début a une fin. Maintenant, quand à la gestion de ce blues, de ce grand vide, c’est quelque chose qui m’est d’abord très, très personnel mais je ne vous cache pas que tout artiste vous répondra que oui, c’est un vide qui est presque insurmontable. Je crois que le secret dans ces cas-là c’est, ma foi, de se reprojeter dans une création. Voilà, créer quelque chose, non pas pour oublier mais pour se redonner la force et de continuer et de vivre.

Donc c’est par la création que vous allez remplacer les applaudissements chaque soir à 21 heures parce qu’il y aura plus personne pour vous applaudir dans votre salon ?!

-Alors, ‘remplacer’ ça va être compliqué : de toute façon, c’est irremplaçable. Mais oui, c’est certainement par la création que je vais retrouver des forces et l’envie de continuer ! (rires)

Diffusion de « Beyond my Control », suivi d’une pause publicitaire

Que faites-vous, Mylène Farmer, dix minutes avant d’entrer en scène ? Si on peut faire le décompte, vous êtes avec qui ? Vous êtes où ? Est-ce que vous avez des rituels, des objets qu’il faut absolument avoir sous la main… ?

-Ecoutez, quant aux rituels, je ne sais pas si je peux… Non, là encore, la pudeur regagne du terrain ! (rires) J’ai auprès de moi Anthony (Souchet, son meilleur ami, nda) qui reste avec moi dans la loge. C’est un moment, en tout cas les dix dernières minutes sont vraiment un moment de recueillement. Quand j’allais dire de recueillement, c’est plus de concentration. Et puis, pour trahir un tout petit secret, Laurent (Boutonnat, nda) passe cinq minutes avant l’entrée en scène, me serre la main et me dit ‘Fais le vent’ ! (elle éclate de rire) Et là, personne ne comprend, mais ‘Fais le vent’, ça veut dire ‘Respire’, c’est une manière de respirer et d’essayer de déstresser un peu. Mais c’est vraiment dans le silence. Et quant aux objets, ma foi, ils sont là mais ils sont miens ! (rires)

Vous en avez, en tout cas…

-J’en ai !

Diffusion de « L’Instant X »

 Vous êtes attentive aux productions des autres artistes, parfois sur scène ou en studio, les albums ? Vous écoutez beaucoup ?

article_765_photo2-J’écoute beaucoup de musique. Je suis attentive et j’ai évidemment, comme tout le monde, des préférences. Mes goûts musicaux sont assez éclectiques. Je vais vous donner quelques noms : j’adore Sigur Rós –j’adore leur univers-, j’adore Depeche Mode, j’adore David Bowie, j’adore Juliette Gréco etc. etc. Il y a énormément d’artistes que j’apprécie, bien sûr, et ce sont en général des artistes qui ont leur propre univers et sur scène qui ont envie de proposer au public des choses aussi incroyables, même si là elles restent très, très intimes si on parle d’une Juliette Gréco par exemple, mais c’est j’allais dire une telle présence, un tel univers de mots et de personne, des choses profondes qui me touchent beaucoup.

C’est marrant, parce que Juliette Gréco, que j’ai rencontré il y a deux mois à peu près en interview au moment de la sortie de son album, m’a longuement parlé de vous en interview en disant tout le bien qu’elle pensait et l’admiration qu’elle avait pour vous !

-C’est gentil ! Ca me touche.

Puisqu’on parle des autres artistes, est-ce que la mort de Michael Jackson vous inspire ? En tout cas, qu’est-ce qu’elle vous inspire, cette mort ?

-Le tragique, la notion d’incompatibilité, j’allais dire encore, de vie privée et vie publique, de médias. C’était un immense, immense artiste –ça, nous le savons tous. C’est quelqu’un dont j’appréciais, comme beaucoup d’entre nous, les spectacles mais l’homme aussi : sa fragilité, sa sensibilité. C’est tragique. C’est le mot qui me vient à l’esprit, voilà. Je suis triste, comme beaucoup de personnes.

Et les albums, les DVD, vous les avez à la maison ?

-Absolument.

Diffusion de « Désenchantée », suivi d’une pause publicitaire

Si on fait le point, Mylène Farmer, puisqu’on se rend compte en 2009, au mois de septembre, ça fait vingt-cinq ans ! Vingt-cinq ans de carrière ! Pour durer, le secret c’est le travail ?

-J’ai toujours peur de donner des leçons, mais en tout cas le travail, l’opiniâtreté sont essentiels, oui.

Parfois dans la souffrance ?

-Je crois que c’est là, indissociable. En tout cas, je ne vais parler que de moi : j’allais dire tout travail est certes un plaisir, c’est un acharnement, mais la douleur en fait partie –la douleur, parce que les doutes ; ce peut être la douleur physique, il faut aller au-delà de soi…

Je me posais la question, parce que votre univers, on le connaît, il est très défini, très cohérent depuis le début : où est-ce que vous allez chercher votre nourriture artistique ?

-Un peu partout. Je peux vous parler d’une exposition que j’ai découvert à New York il y a quelques temps et qui s’appelait « Art Body » (« Our Body » en réalité, nda) : beaucoup d’écorchés, c’est l’humanité décharnée, découpée et j’avoue que j’ai été non pas choquée, mais très impressionnée, intriguée. C’est parti aussi d’une réflexion et ça m’a donné l’idée, en tout cas l’envie d’exploiter l’écorché et justement le corps, et donc est venue, est née cette idée de l’écorché et j’en ai parlé à Jean-Paul Gaultier qui était enchanté de pouvoir créer un écorché multiplié par tous les danseurs et c’est le tableau d’ouverture. Voilà, ce peut être une source d’inspiration. Maintenant, bien sûr, la peinture, la littérature, tout ce qui peut passionner et faire partie de notre vie. Des auteurs : Stefan Zweig, mais là encore je vous épargnerai la liste parce que… ! (rires)

C’est assez intéressant finalement de savoir. Peut-être les voyages vous inspirent. Est-ce que les rencontres humaines vous inspirent ?

-Je crois que l’être humain m’inspire, tout simplement. Maintenant, vous dire est-ce que cette personne aura déclenché telle idée : là, ponctuellement, je peux pas vous le dire, j’en sais rien. Mais les rencontres –les belles rencontres- sont très, très rares mais elles sont indispensables à sa vie.

Je le disais : vingt-cinq ans de carrière, Mylène Farmer. Est-ce que vous avez le sentiment d’avoir construit une œuvre ?

-Non, je peux pas vous le dire. Non. Stefan Zweig va construire une œuvre ! J’ai construit quelque chose, je suis fière de ce que j’ai pu construire, sans prétention aucune. Je suis heureuse d’avoir rencontré un public, je suis heureuse de cette fidélité. Voilà ! (rires)

Est-ce que le fait de durer, aussi, répond à une obsession de laisser une trace ?

-Ecoutez, très sincèrement, l’obsession de laisser une trace ne ait pas partie de moi. Maintenant, pour être tout à fait honnête, j’aimerais que l’on ne m’oublie pas. Mais la vie n’est pas finie, donc à moi de le construire.

Diffusion de « À Quoi je Sers… »

Vous avez peu de souvenirs de votre enfance. Est-ce que vous avez imprimé ces vingt-cinq dernières années de chanson, de musique, de tournée, de rencontre avec le public ?

-J’ai imprimé des moments uniques. J’ai une mémoire qui est très, très sélective aussi -je crois que c’est nécessaire, sinon on est envahi par trop de choses- et des choses qu’on voudrait ou qu’on a oubliées, c’est nécessaire, je crois, pour sa santé mentale. Mais des choses qui sont inscrites très, très fortement : bien évidemment. Tout au long de ces années, forcément…

Ce sont des images de scène ?

-Aussi. Aussi et surtout. Mais il y en a d’autres aussi, plus douloureuses mais qui ont nourri ma vie.

Et puis la présence chaleureuse du public, qui se manifeste pendant les concerts et peut-être aussi entre les concerts, quand vous croisez les fans…

-Ca, vous savez, c’est une fois de plus –là encore, c’est moi qui réponds mais j’imagine que tous les artistes répondent la même chose, si ce n’est que j’allais dire : je leur dois tout. Je ne sais pas si c’est la vérité, mais j’ai une chance inouïe. Je le sais. C’est eux qui m’ont soutenue, qui m’ont, j’allais dire, aidée probablement de vivre. C’est incroyable. C’est incroyable. C’est, là encore, un cadeau de la vie que je ne soupçonnais pas possible pour moi, et même si on évoquait le travail, laissons le magique opérer et ce public pour moi est magique et dans son intensité et dans sa fidélité, bien évidemment. J’ai une chance inouïe.

Est-ce que finalement ce métier a été votre survie ?

-Oui, oui. Là, définitivement, oui. Oui. C’est quelque chose qui m’a aidée à m’incarner là où j’avais le sentiment plus jeune de n’être pas incarnée du tout, de n’être attachée à rien, de n’être reliée à rien. Oui, c’est fondamental.

C’est très fort de dire oui, finalement à cette question…

-Parce que là encore, c’est je crois… J’allais dire l’honnêteté, même si ça peut paraître enfantin ou démagogue. Enfin, peu importe, là vous êtes témoin : c’est spontané, c’est vrai.

Diffusion de « Appelle mon Numéro », suivi d’une pause publicitaire

Est-ce que vous avez apprivoisé vos peurs et vos souffrances avec le temps, avec le succès ?

-Non, et c’est sans doute pas grave. Ou très grave, je ne sais pas ! (rires) Je n’ai pas la réponse, mais j’ai certainement pansé des plaies. Il y a toujours ce mot qui revient dans le vocabulaire de chacun d’entre nous, c’est ‘faire le deuil de quelque chose’ : malheureusement, moi je ne crois pas qu’on puisse faire le deuil de quelque chose. Maintenant, on peut tenter de faire ré émerger la vie et des choses qui vous aident à tenir, qui vous aident à vous réveiller, qui vous aident à sourire. Maintenant, tout ce qui est douleur, tout ce qui est doute, tout ce qui est peur est là, ancré et là encore ça fait partie de votre sang, de vos veines : c’est là. C’est présent mais c’est sans doute nécessaire –peut-être pas, mais c’est là en tout cas ! (rires)

Nécessaire à la création ?

-On va dire que c’est… Forcément, forcément ça aide, en tout cas à une certaine créativité, oui.

Dans le spectacle, visuellement, sur les deux écrans géants, on voit beaucoup de têtes de mort. Est-ce que l’idée de mourir vous terrifie encore ?

-L’idée de mort, de ma propre mort, en tout cas l’idée de la mort me terrifie, fait partie de chaque deux secondes de ma vie. Est-ce que ma propre mort me terrifie ? Je vais vous dire parfois oui, parfois non. Parfois, le mot ‘fatalité’ est plutôt serein : je me dis ‘Bon, ça se fera. De toute façon, c’est inéluctable !’ (rires) Parfois elle me hante et parfois je l’oublie. Là encore, c’est tout et son contraire donc je ne vous aide pas beaucoup avec ma réponse ! (rires)

Qu’est-ce qui vous fait rire dans la vie, Mylène Farmer ?

-(elle pouffe) Les débuts d’interviews où on a un air très dramatique quand on commence ! (en rapport avec l’anecdote rapportée plus tôt, nda). L’absurde, probablement.

L’absurde sous toutes ses formes : visuel…

-Toutes ses formes.

…dans les dialogues, aussi…

-Aussi.

…au cinéma –je sais que vous, vous avez une passion pour le cinéma !

-Je voudrais aller voir le film de Tarantino, puisqu’on m’en a dit grand bien et ça a provoqué beaucoup d’éclats de rire, donc… ! Je n’aime pas tout, il y a certains films que j’ai adorés -de même que j’accepte qu’on n’aime pas tout de moi- mais ce film-là en particulier, oui, il m’intrigue !

Vous avez finalement passé vingt-cinq ans –et ça va encore continuer, on le sait et évidemment je vous le souhaite- à peaufiner les contours de votre univers artistique, avec ce culte évidemment du mystère. Comment est-ce que vous définissez le mot ‘mystère’ ?

-(pensive) Le mot ‘mystère’… Oh, mon Dieu ! Déjà, pour commencer, il n’y a pas de stratégie du mystère me concernant. J’espère qu’on a compris. Maintenant, vous dire quelque chose sur le mystère, c’est quelque chose qui est caché, qui peut être d’un ordre religieux –mais là, je vais vous donner une définition de dictionnaire ! Laissons cette réponse mystérieuse, je ne suis pas sûre de pouvoir définir le mystère.

giorgi-02-aDiffusion de « Libertine », suivi d’une pause publicitaire

Nous sommes le 12 septembre, c’est une belle journée, Mylène Farmer : c’est votre anniversaire aujourd’hui et vous n’êtes pas près d’aller vous coucher puisqu’un gros cadeau vous attend au Stade de France ce soir, quatre-vingt mille personnes pour le dernier concert de votre tournée en France.

Vous aimez faire la fête pour votre anniversaire ?

-Je vais vous faire une confidence : il y a fort longtemps que je ne célèbre plus mon anniversaire, mais pour être tout à fait franche, un anniversaire devant quatre-vingt mille personnes au Stade de France, c’est quelque chose qui sera, je crois, incroyable à vivre, donc j’adore cette idée-là ! (rires) Celle-ci, je l’aime ! Et cette date évidemment n’a pas été choisie : il se trouve que le Stade de France était libre le 11 et le 12 septembre. Il se trouve que le 12 septembre est cette fameuse date anniversaire donc ce sera quelque chose d’assez unique, effectivement pour moi. Ce sera un immense cadeau de quatre-vingt mille personnes. C’est incroyable ! (rires)

Puisqu’on parle de l’avenir, vous m’avez dit d’ailleurs ‘Après une tournée, le meilleur c’est de se replonger dans la création’ : est-ce que vous avez une idée du prochain disque studio ?

-Absolument pas. Absolument pas, parce que bien évidemment on pense à ‘Qu’est-ce que je vais faire demain ? Qu’est-ce que je vais faire demain ?’, maintenant je n’ai pas les réponses. J’ai le projet d’un long-métrage…On verra ! J’ai, bien évidemment, le projet d’un prochain album, mais là encore c’est une page blanche. Une page totalement blanche, mais très envie de m’y remettre très, très vite !

On évoquait votre passion pour le cinéma, vous me dites ‘projet d’un long-métrage’ : j’imagine que c’est quelque chose qui vous tient très à cœur. Est-ce qu’on peut en savoir un peu plus ?

-C’est un projet qui avait été initié par Claude Berri, que j’aimais profondément, tiré d’un ouvrage de Nathalie Rheims et dont le metteur en scène sera Bruno Aveillan, et ce sera pour lui son premier long-métrage. Et ma foi, après c’est le… l’avenir dira !

Et ce sera pour vous un premier rôle…

-Et ce sera pour moi un premier rôle, un deuxième film et, j’espère, une rencontre avec le public. (sourire) (le projet sera définitivement abandonné quelques années plus tard, nda)

Est-ce que ça veut dire pour l’avenir aussi que peut-être un jour vous essaierez de laisser une part plus importante au cinéma ?

-Je n’ai aucune, aucune réponse à cette question. J’ai besoin de la musique, j’ai besoin des mots. Je pense que je suis –j’en suis même convaincue- je suis quelqu’un d’instinct, d’instinctif donc je sais que le jour où je ne souhaiterai plus dire ces mots, chanter, je choisirai ce moment avant qu’il ne me choisisse et ne me saisisse. Est-ce que ça sera pour laisser la place au cinéma ? Je n’ai sincèrement pas la réponse. Je ne sais pas.

Vous connaissez la date, l’échéance ?

-Non. Bien sûr que non. Non, non.

Vous me rassurez !

-(rires) C’est gentil ! Non…

Qu’est-ce qui vous ferait arrêter la musique ?

-L’absence de désir. (un temps) Vous allez avoir un énorme silence pour une radio, ici ! (rires)

C’est parfois intéressant !

-Quand on n’a plus envie de donner ni envie de recevoir –d’abord j’imagine qu’on est un être mort, donc je ne me le souhaite pas- mais je crois que tout art a ses limites. Je sais pas. Je vais peut-être dire une énorme absurdité, je sais pas, je reviens encore à l’idée d’instinct : je crois que ça sera spontané, quelque chose en moi me dira ‘Là, il faut arrêter’.

Ca révèle une vraie force de caractère !

-Peut-être ça fait aussi partie de moi, cette force de…oui, oui de caractère, sans doute. En tout cas, ne pas tricher avec soi-même. Voilà : ne pas se mentir et essayer de dormir un petit peu de temps en temps ! (éclats de rires)

Vous dormez tranquille enfin aujourd’hui ou… ?

-Non. (nouvel éclat de rire) Non, ce n’est pas possible !

1996-08-cDiffusion d’un extrait de « Effets Secondaires »

-Mais là encore -je crois qu’on va conclure cette interview- j’ai une fois de plus une chance incroyable. Je vis des moments incroyables. Je remercie à nouveau de vive voix le public, je remercie cette fidélité et puis…et je vais essayer de ne pas pleurer, là on va arrêter ! (dans un tremblement de voix) Merci beaucoup.

Et c’est moi qui vous remercie. Merci, Mylène Farmer, de m’avoir accordé cet entretien. Merci beaucoup.

Diffusion de « Sans Contrefaçon » pour finir l’émission.

Publié dans Mylène 2009 - 2010, Mylène et ses longs discours, Mylène N°5 ON TOUR 2009 | Pas de Commentaires »

Lorsque LAZER reçoit Mylène

Posté par francesca7 le 29 juin 2015

 

Présenté par Mady TRAN – MAI 1987 sur M6

Première apparition de Mylène sur la toute jeune chaîne M6, où elle vient présenter à la télévision son tout nouveau clip, celui de « Tristana ». Mylène se retrouve en face de Mady Tran, journaliste passionnée et par conséquent passionnante.

Toutes sont assises face à face. Mylène est habillée sobrement d’un tailleur blanc et ses cheveux sont coiffés en catogan avec un ruban, blanc également.

Mady Tran : (…) Sur le plateau de « Lazer » aujourd’hui est tombée comme par magie une poussière de cendres de lune : j’ai avec moi Mylène Farmer. Je suis très excitée à l’idée de recevoir ce personnage, car c’est vrai, dans la production actuelle en France c’est un personnage, c’est une image tout à fait à part. Merci

1987-08-aMylène d’être venue nous voir !

Mylène Farmer : Bonjour !

MT : Comment vas­tu ?

MF : Très, très bien, merci !

MT : Je suis très contente de te recevoir, d’autant que ce dernier 45 tours que tu es venue nous présenter nous plaît. Alors j’espère que je vais le faire aimer à tout le monde parce que ça, c’est un genre de challenge qui me plaît et qui m’intéresse. Je voudrais tout simplement pendant une heure et demie faire connaissance avec toi et te proposer de la musique, et parler de toi pour tous ceux qui nous regardent.

MF : (un peu impressionnée) D’accord !

MT : D’où viens­tu, Mylène ?

MF : Je suis née à Montréal, donc au Canada, et je vis en France depuis l’âge de 9 ans. Que dire d’autre ? Je ne sais pas !

MT : Ce que je voudrais, moi, dire, c’est rappeler un petit peu les chansons qui nous ont marqués. Le premier 45 tours…

MF : Le premier 45 tours s’intitulait « Maman a Tort »…

MT : Et là vraiment, genre de flash, quand même, pour nous tous car c’était très particulier. On se demande toujours quand on te regarde évoluer si c’est un vrai personnage sorti d’une légende ou si c’est quelque chose que tu as eu envie de fabriquer, d’élaborer au fil des années et de ton travail.

MF : C’est vrai que ce mot de ‘fabrication’ est quelque chose qui me dérange, mais chacun pense ce qui lui plaît, comme on dit. Non, c’est certainement mon personnage qui est illustré par des chansons, par des clips, par plein de choses.

MT : Des clips qui marquent eux aussi, et on parlera un petit peu plus tard de la projection que tu donnes de toi dans ces clips. On parle de toi en terme de libertine, et c’est pas un doublon par rapport à la chanson : c’est vrai qu’on y a pensé dès le départ ! (rires de Mylène) « Maman a tort » c’est quoi, en fait ? C’est un SOS ?

C’est un cri ? C’est quoi ?!

MF : « Maman a Tort », c’était une façon de parler d’amours étranges qu’on peut avoir quand on est adolescente ou adolescent, rencontrer une personne…Et c’est vrai que là, c’était un domaine hospitalier avec une infirmière, c’est une projection, comme ça, de la mère. C’est un amour interdit qu’on peut avoir avec une personnalité féminine, pourquoi pas.

MT : Mais tout dans tes chansons suggère l’interdit, mais d’une manière très magique.

MF : Tant mieux ! Mais j’aime les interdits.

MT : Alors, je voudrais qu’on reparle du deuxième 45 tours, qui là aussi…

MF : Qui était « On est tous des imbéciles »

MT : « On est tous des imbéciles », et là c’est déjà beaucoup plus agressif dans le titre

MF : Je sais pas si c’est réellement agressif…C’est certainement provocateur. Et moi j’aime bien mettre en exergue cette phrase qui disait : « On est tous des imbéciles, mais ce qui nous sauve c’est le style ». Et je pense que c’est vrai ! (rires)

MT : C’est pas dénué d’humour, de toute façon !

MF : Non, de toute façon.

MT : Alors, tu es venue nous présenter ce 45 tours, mais avec aussi un clip fabuleux. J’aimerais que tu nous racontes, après la chanson, le tournage. Régalez­vous : plus de 11mn de rêve et de magie ! Mylène Farmer, « Tristana ».

Le clip « Tristana » est diffusé dans son intégralité, générique de fin compris.

MT : Difficile de faire mieux dans la beauté et dans la magie ! Il suffit de la regarder pendant que nous découvrions ce clip –parce que je crois qu’à chaque fois que vous le verrez, vous le redécouvrirez, c’est du vrai scope­ et pendant qu’on regardait ce clip, Mylène avait la tête penchée. On a l’impression que c’est quelque part un peu comme le message de Prince –Dieu sait s’il y a pas vraiment de corrélation entre vous deux !­ que quelque part tu livres quelque chose et que ça ne t’appartient plus et que c’est aux autres de le recevoir. Je suis très, très émue devant ce clip !

MF : Je le suis aussi ! C’est­à­dire que moi, c’est toujours le générique aussi, de prendre le parti de passer le générique…Le générique lui­même, c’est tellement une histoire ! C’est la concentration de tout un tournage. Et je trouve très beau un générique en Cinémascope !

MT : C’est magique, tout à fait. Y a plein de choses à souligner dans ce clip. La première chose qui m’a frappée, hormis la beauté et hormis la merveilleuse lumière, c’est la dédicace : « A Papa ». Elle vient de toi ou elle vient du réalisateur ?

MF : Non, je pense qu’elle ne peut venir que de moi !

MT : Bien sûr.

MF : Je préfère taire les circonstances parce que là, j’ai beaucoup de pudeur à cet égard. C’est vrai que de mettre ça sur un écran, « A Papa », c’est un paradoxe mais j’avais envie de le faire.

MT : Mais le personnage est bourré de paradoxes. Il suffisait simplement de souligner cette dédicace et ça suffit, je crois. Alors le tournage : est­ce que c’est toi qui parles en russe, d’abord ?!

MF : C’est moi qui parle en russe. J’ai appris le russe en seconde langue, donc, à l’école. J’en ai oublié quasiment la totalité, si ce n’est les bases : j’arrive à relire le russe, donc l’alphabet. Et donc c’était un…

Comment dire ?

MT : Retour aux sources ?

MF : Un peu un retour aux sources. J’adore cette langue, j’aime ce pays et c’était une façon, comme ça, de rendre hommage à ce pays et de retrouver des personnages qui sont réellement russes dans ce clip.

MT : Alors, vu le titre de la chanson, j’ai pensé bien évidemment…

MF : A Buñuel ? (rires)

MT : …au film de Buñuel.

MF : Que je n’ai pas vu, je rassure tout le monde ! (rires)

MT : Mais je suis sûre qu’il te plaira car il y a vraiment tout, quoi, je veux dire, toute la palette des sentiments…

MF : C’est vrai que Tristana est plus un nom espagnol et moi quand je pensais Tristana, je pensais russe, mais en fait il faudrait dire ‘Tristania’ ! Donc c’est un petit peu plus complexe à retenir.

MT : Alors je te rassure : Deneuve y est perverse à souhait et vachement séduisante ! (rires) Donc, je pensais à ce film et je découvre en regardant ce clip que c’est davantage plus proche du conte de fées, avec tout ce que ça peut avoir de cruel.

MF : C’est ça, c’est un doux mélange. C’est « Blanche­Neige et les sept nains » transposé en Russie, avec de la violence, avec un romantisme poussé à l’extrême. C’est tout ce que j’aime.

MT : Et des paysages d’une région de France qui est le Vercors…

MF : Que vous connaissez, je crois !

MT : …que je connais bien !

MF : Que moi je connaissais absolument pas. C’est vrai que j’ai découvert des paysages magnifiques ! On a eu beaucoup de neige, alors que partout ailleurs la neige avait fondu et ça, y a de ça un mois, et c’était prodigieux comme tournage.

MT : Alors tu nous donnes beaucoup de joie avec cette chanson et ce clip et ça, je crois qu’il faut le dire car c’est pas toujours le cas, et je t’en donne en retour avec cette chanson de U2 (…) : « With or without you ».

Diffusion du clip de U2. Au retour plateau, Mady Tran lance la séquence du clip de la semaine, où parmi les clips qu’elle a sélectionné, les téléspectateurs doivent élire leur préféré.

MT : (…) Je me tourne vers mon invitée d’aujourd’hui, Mylène Farmer, qui est venue nous présenter son 45 tours « Tristana », et j’ai envie de aire un petit retour en arrière encore une fois avec « Libertine ». Alors, tous les clips de Mylène Farmer sont très particuliers, y a une ambiance, y a un climat. Ils sont même pour certains osés, pour d’autres intéressants. Quelle a été la réaction des gens par rapport au fait que d’une part tu te dénudes dans tes clips, et toi comment tu le vis, ça ? Est­ce qu’il y a une raison de se dénuder dans un clip ?

MF : Y a une raison à partir du moment où c’est quelque chose que le réalisateur et moi­même avons déterminé. En l’occurrence, c’était dans une histoire avec des libertins, un salon libertin, une histoire romantique, une rivale, un amoureux, une amante donc…

MT : …un duel !

MF : Un duel. C’était un moment qu’on avait envie de privilégier. Que moi, ça me dérange d’être nue à l’écran, je l’ai fait dans ce clip parce que c’était une volonté. Jamais je n’irai me mettre nue ni dans un journal, ni ailleurs.

C’est quelque chose qu’on décide.

MT : Et qu’on ressent.

MF : Certainement. C’est difficile, c’est vrai, de se mettre nue à l’écran mais pas plus difficile finalement que de venir faire un interview !

MT : Est­ce que tu te sens à l’aise dans cette époque­ci ?

MF : 87 ?

1987-08-bMT : Oui, les années 80, l’an 2000 qui arrive…

MF : J’avoue que je ne sais pas si je suis à l’aise ou mal à l’aise. Je crois qu’il y a des hauts et qu’il y a des bas, mais dans n’importe quelle époque.

MT : Et ce métier d’artiste, est­ce que c’était ça ou rien, ou est­ce qu’il y avait d’autres tentations dans la vie, à savoir la création dans le stylisme ou dans la mode ?

MF : Non. Je crois que ma vraie naissance c’était le jour où j’ai enregistré « Maman a tort ». C’est le jour où j’ai rencontré cette personne qui est Laurent Boutonnat, qui est donc également le réalisateur de ces clips, qui est également compositeur. C’est le jour où j’ai pu naître, oui, c’était une naissance.

MT : Alors, on parlera plus avant de ton équipe, parce que je sais que tu es quelqu’un qui fonctionne en équipe, malgré que tu aies l’air comme ça très solitaire et très mystérieuse. (…)

Diffusion du clip « Demain c’est toi » de François Feldman.

MT : (…) Aujourd’hui sur le plateau de « Lazer », c’est Mylène Farmer, énigmatique et très mystérieuse. C’est difficile d’essayer de cerner un personnage sans le déflorer, mais on va quand même essayer de le faire parce que je crois que ce qui fait tout l’intérêt du tien personnage, de ton personnage, c’est justement ce côté mystérieux. Alors, bon on en est restés au tournage de tes clips, qui passent pas inaperçus, et je voudrais savoir comment tu vis ton quotidien dans ce métier. Est­ce qu’il est difficile d’évoluer dans la production française aujourd’hui en ayant une telle personnalité et en étant quelque part tellement typée que ça t’isole probablement du système ?

1987-08-cMF : Oui, mais je crois que c’est un isolement qu’on s’impose un peu. Je veux dire, je ne suis pas réellement tout ça. C’est vrai que quelquefois je ressens un divorce énorme d’avec cette famille soi­disant du showbusiness, que quelquefois je suis profondément déçue de l’attitude de ces personnes qui font le showbusiness, que cette famille a essayé d’installer une dite loi et que eux­mêmes ne respectent pas cette loi. Et ça, c’est quelque chose, c’est un manque d’intégrité, c’est peut­être la chose qui me choque le plus.

Maintenant, depuis « Maman a tort », je fais à peu près ce que je veux, je crois, avec le plus de passion possible et de plaisir. Quelquefois, on se heurte à des murs mais ça ne m’empêche pas moi de continuer et d’aimer ça, et c’est le principal je crois.

Diffusion du clip « Carrie » de Europe.

MT : Voilà. Mylène est avec moi sur le plateau de « Lazer » sur M6, Mylène Farmer. On parlait tout à l’heure de ce métier et je voudrais moi développer cette notion d’équipe qui semble t’être chère, quand même. Tu travailles avec beaucoup de monde ?

MF : Non, très peu, avec essentiellement Laurent Boutonnat. J’ai une personne qui est avec moi depuis pratiquement le début, la fin de « Maman a tort », qui est Bertrand Le Page, qui fait office de manager, qui a un statut plus important. Et puis une attachée de presse qui travaille avec moi, qui est Danyele Fouché.

MT : Qui est là !

MF : Et puis bien sûr la maison de disques. Mais j’ai réellement trois personnes à côté de moi.

MT : Et ce sont des gens qui ont compris les subtilités de ton personnage et qui t’ont aidée à l’enrichir ou tu es complètement responsable de tes choix ?

MF : Responsable, je sais pas ! Cette rencontre avec Laurent, moi je la qualifie du domaine de l’exceptionnel, c’est­à­dire les rencontres qu’on a très peu dans sa vie, qu’on doit privilégier. C’est vrai que cette rencontre avec Laurent, c’était extraordinaire pour moi parce que c’est quelqu’un qui a énormément de talent dans beaucoup de domaines, qui a des choses qui l’attirent qui moi m’attirent, des choses qu’on a en commun. Et c’est vrai que c’est fascinant de trouver un personnage comme ça. Voilà, donc Mylène Farmer c’est un peu de moi, c’est certainement un peu de Laurent Boutonnat, c’est beaucoup de choses.

MT : Tu penses que dans ce métier il est indispensable qu’il y ait une osmose entre un auteur, une interprète, un musicien ?

MF : Pour la longévité, oui, je crois. C’est­à­dire pour un léger équilibre qu’on peut avoir, parce que c’est difficile de l’avoir, c’est fondamental, oui, pour moi.

MT : Est­ce qu’on peut fonctionner longtemps avec la même personne, toujours dans un cadre très professionnel ?

MF : Ca, c’est des choses qu’on ne peut pas dire. Je ne sais pas.

Diffusion du clip « Les envahisseurs » de Arnold Turboust.

MT : (…) Aujourd’hui j’ai une sorte de personnage magique sur le plateau de « Lazer ». J’aime bien appuyer sur cette notion…

MF : C’est gentil ! (rires)

MT : …car c’est comme ça que je te reçois, et peut­être que les autres te reçoivent différemment, et donc, pour reprendre cette image de toi qui est presque irréelle et venue d’une autre époque, de par le look, de par les couleurs et la gestuelle aussi, ça on oublie trop souvent d’en parler ! C’est vrai que quand on te regarde à la télévision, y a des gestes, y a une manière de bouger et de se mouvoir qui est tout à fait particulière. Alors Mylène Farmer, elle fait son marché comment le matin ? En jogging baskets ou en queue de pie ?! (rires)

MF : Elle fait rarement son marché ! (rires)

MT : Tu manges comment ?

MF : Je mange n’importe quoi, je n’aime que le sucré ! J’ai très peu de goût culinaire, malheureusement.

MT : Tes goûts sont exotiques dans tous les domaines ?

MF : Je ne sais pas si on peut qualifier ça d’exotique, mais ils sont certainement étranges, oui ! (rires)

MT : Tes références ­on va pas citer le mot de ‘culture’ parce que c’est très souvent galvaudé­ tes références en matière de cinéma, de littérature : tout ce qui fait tes clichés à toi, c’est quoi ?

MF : Je cite toujours un auteur, mais parce que je l’aime réellement, ce serait presque un livre de chevet, c’est Edgar Poe. J’aime le fantastique, j’aime l’imaginaire, j’aime l’étrange, le morbide. J’aime bien Maupassant…En ce moment, je lis plutôt du Strinberg, que j’avais effleuré, mais côté théâtre. Là, je lis plutôt les nouvelles. Mais y a énormément d’auteurs dont je ne connais pas d’ailleurs la totalité de leur œuvre.

MT : Et dans le cinéma ?

MF : Dans le cinéma, y a un film que j’ai vu récemment, mais j’ai surtout lu le livre, qui est donc « Dracula » et qui est un livre fantastique et qui n’a jamais été porté à l’écran de la même façon, avec autant de talent que l’écriture elle­même. Sinon le cinéma, j’aime beaucoup Roman Polanski, spécifiquement « Le locataire », j’aimebien « Tess ». J’aime bien Zulawski, Kubrick…

MT : Des gens qui sont…

MF : J’aime beaucoup le cinéma russe, également, Tarkowski. J’aime bien Bergman…

Diffusion du clip « Nothing gonna stop us » de Starship.

 

 MT: (…) Sur les plateaux de télévision, il y a des gens qui travaillent, il y a des gens qui participent à l’élaboration, à la réalisation d’une émission et puis de temps en temps, on voit des visages inconnus. C’est le cas aujourd’hui sur ce plateau de « Lazer » et sur M6 : il y a quelqu’un qui suit Mylène Farmer partout où elle se déplace, et je crois que je ne dévoile pas un secret en disant qu’il y a une jeune fille qui te suit, qui t’aime (…)

MF : Oui, je viens de l’apercevoir ! Je crois que chaque artiste a une ou deux personnes, c’est vrai, qui suivent quotidiennement sa carrière, ses prestations de télévision. Et c’est vrai que cette jeune fille qui s’appelle donc Nathalie, pour lui donner une identité, est une personne qui me suit depuis le début et qui est très, très opiniâtre !

MT : Au­delà de ça, au­delà de l’affection et de l’admiration que peuvent porter des gens à un artiste, est­ce que de n’avoir qu’une fan, qu’une admiratrice qui vous suit partout, je troue ça très, très étrange mais est­ce que c’est une sorte de miroir pour vous ? Est­ce que c’est réflecteur de quelque chose ? Est­ce que vous en avez besoin ? Je dis ‘vous’ parce que je pense qu’il y a d’autres gens comme toi qui ont une admiratrice ou un admirateur qui les suit.

MF : Besoin, je ne sais pas. C’est quelque chose moi qui m’émeut, mais également qui, je dirais pas qui m’étonne, mais c’est un peu une interrogation que j’ai par rapport à ce genre de personnes. C’est vrai que c’est assez étonnant cette assiduité, cet amour comme ça que vous recevez, mais c’est vrai qu’un artiste a besoin de ça, que ce soit l’artiste de variété, que ce soit dans le cinéma, tous les artistes.

MT : A propos Mylène, tu te situes où dans la musique, aujourd’hui ? On parle de rock, on parle de new­wave, on parle de musique pop, on parle de…

MF : J’en sais rien. J’ai du mal moi­même à mettre des étiquettes et des références. Je ne sais pas. C’est de la chanson française ! (sourire)

MT : Est­ce que tu situes ton public ? Est­ce que tu sais qui t’aime, qui achète tes disques et qui te suit ?

MF : Je crois que c’est probablement la chose la plus difficile à définir. Quand on voit ce fameux Top 50, qui est cette Bible et qui va vous donner un peu la couleur du public, des envies du public, c’est quelque chose qui est quasiment impossible, si ce n’est par le courrier : ça c’est quelque chose que j’arrive un peu à déterminer, et j’ai du courrier qui est assez fantastique, des personnes qui sont très, très souvent un peu désespérées, qui ont besoin de communiquer, comme toutes les personnes qui écrivent, mais qui disent des choses assez profondes et assez troublantes.

Une nouvelle pause musicale avec le clip « Coûte que coûte » de Gangster d’amour.

MT : (…) On parlait de diversité dans la musique en France, aujourd’hui. Alors c’est vrai qu’il y a un retour par exemple aux années 60 avec des reprises, y a aussi les artistes qui se fabriquent un personnage à partir d’autres personnages connus de la BD, comme Lio ou même Gangster d’amour. Toi, on a l’impression que tu n’imites rien ! Je veux dire, tu proposes quelque chose de tout à fait original.

MF : J’espère ! C’est vrai que je n’aime pas l’imitation, que je préfère être une personne à part entière, une personnalité à part entière.

MT : Tu disais aussi que tu savais pas mettre d’étiquette sur la musique que tu proposes et ce que tu crées…

MF : Non, parce que je pense que c’est pas très intéressant. Une fois de plus, le principal c’est de faire ce qu’on aime.

MT : Et pourtant avec « Maman a tort », ça a été quand même un démarrage bien évident. A quel moment on sent qu’on touche les gens et que ça marche ?

MF : Je crois qu’on a besoin d’un…ce qu’on appelle le succès commercial, pour avoir ce qu’on appelle un peu le coup de pouce parce que c’est vrai que quand j’ai eu « Maman a tort », « On est tous des imbéciles » ensuite « Plus grandir », que j’ai eu ce gain de popularité sur « Libertine » et…

MT : Mais si tu avais commencé par « Libertine », est­ce que tu penses que les choses auraient été aussi évidentes ?

MF : Je pense que c’est fatalement différent puisqu’on ne vit pas les mêmes choses au même moment.

Maintenant, si je puis dire, dans la colonne vertébrale c’est la même chose !

MT : Et dans l’album que tu vas préparer cet été, est­ce qu’il y aura des choses très différentes et surprenantes ?

MF : J’espère différentes, mais ça sera de la même veine donc c’est forcément un peu le même univers.

Maintenant, c’est à moi et à Laurent de trouver chaque fois des choses nouvelles et j’espère étonnantes.

Diffusion du clip « Everything I own » de Boy George.

MT : (elle évoque les déboires de Boy George liés à la drogue qui avaient été très médiatisés à cette période) (…) Est­ce que tu es d’accord pour qu’on étale comme ça les problèmes des gens et que les gens viennent eux­mêmes témoigner sur leurs problèmes en télévision ou en radio ?

MF : Lui, en prenant son exemple, c’est devenu un phénomène médiatique. Son actualité, c’était ses faux­pas vers la drogue donc je pense qu’il y a un moment donné où oui, il faut être présent et puis parler, s’expliquer.

1987-08-cMais d’ordinaire, je préfère c’est vrai qu’on se taise et qu’on dise le moins de choses possibles sur soi, parce que je pense que le silence est quelque chose de bien.

MT : Parce que quand même, on est en 87, y a plus rien qui ne soit inavouable et on a l’impression qu’il suffit d’un problème de drogue autour d’une star, on a l’impression que l’opinion publique est restée finalement très puritaine, parce qu’aussi on se souvient des Who…

MF : (elle l’interrompt) Nous sommes dans un pays puritain, mais je crois que l’Angleterre est un pays excessivement puritain également.

MT : Parce que le problème de drogue ou de sexe dans le rock, c’est pas nouveau ! Et ça n’a jamais empêché les gens d’êtres des stars et d’être des…

MF : C’est parce que la drogue c’est quelque chose qui fait très, très peur et qui est aussi assez terrifiant. Je crois qu’il faut pas occulter ces sujets­là. Ce ne sont pas des sujets tabous mais ce sont des sujets qui effraient, je crois, la masse populaire.

Diffusion du clip « Duel au soleil » d’Etienne Daho, que Mylène qualifie de ‘belle chanson’.

MT : (…) Mylène, je suis très, très contente de t’avoir reçue sur ce plateau de « Lazer ». J’espère simplement qu’on a amené quelque chose de supplémentaire au personnage sans l’avoir défloré, sans avoir touché à son secret, à son mystère.

MF : (dans un sourire) Non, aucun problème ! C’était un réel plaisir aussi !

MT : Tu fais beaucoup de promotion, beaucoup d’interviews de radio, de télévision…

MF : Non, peu d’interviews ! Et le maximum, oui, de promotion, des prestations télévisées. Pratiquement pas de galas, parce que j’en ai fait sur « Libertine » et puis chaque chose en son temps !

MT : Et peut­être un projet de scène à Paris un jour ?

MF : Nous en aurons un.

MT : Et je suis sûre qu’on aura un climat et un décor très particuliers !

MF : Si Laurent Boutonnat reste avec moi, certainement ! (sourire)

MT : Je crois qu’il en meurt d’envie, entre nous ! Merci, Mylène !

MF : Merci à vous.

Fin de l’émission.

 

Publié dans Mylène 1987 - 1988, Mylène en INTERVIEW, Mylène et ses longs discours | Pas de Commentaires »

MYLENE A L’INSTANT X

Posté par francesca7 le 14 juin 2015

 

DEJEUNER DE GALA A LA MYLENE – sur NOSTALGIE le 30 NOVEMBRE 1996

JOURNALISTE(S) : MICHEL COTTET

mylène

À l’occasion de la reprise du Tour 96, Mylène est l’invitée de Radio Nostalgie pour cette émission qui prend la forme d’une conversation entre l’animateur Michel Cottet, curieux de tout, et son invité.

Cet entretien est probablement le plus long que Mylène ait jamais accordé (bien qu’à peine quelques mois plus tôt elle déclarait à Paul Amar à l’issue d’une émission plus courte que celle-ci qu’elle ne ferait sans doute jamais plus d’émission aussi longue !).

Il est à noter que, probablement débarrassée du poids de l’image de la télévision et de la crainte que les propos soient déformés par la presse écrite, Mylène est ici très à l’aise et semble intellectuellement complice avec Michel Cottet, qui s’intéresse notamment beaucoup à l’auteur plutôt qu’à la chanteuse.

L’actualité de Mylène Farmer, c’est cet album, « Anamorphosée » -bien que ayant déjà quelques mois, il est encore tout frais et tout présent à notre mémoire et on se laisser bercer en ce moment par l’excellent titre « Rêver »- et puis il y a cette tournée, non pas gâchée mais interrompue pour une stupidité. Il ne m’appartient pas de déverser une kyrielle de qualificatifs pour essayer de vous cerner, de vous faire réagir –c’est toute la magie d’un personnage. Ceci dit, tout ce mystère qui débouche sur un statut de phénomène est-ce que vous n’avez pas l’impression quelquefois que cela fait ombrage à votre vrai statut, qui est avant tout quand même, si je ne m’abuse, auteur-compositeur-interprète ?

-Ombrage, je ne sais pas bien. Est-ce que j’en souffre ? Non, pas vraiment. J’ai décidé de ce mystère en ce sens que je parle peu et que je réponds peu aux questions en général, donc je crois que j’en suis l’auteur donc je n’ai pas à m’en plaindre.

Je ne parlais pas forcément du mystère mais du fait que à force de vouloir justement le percer, on en oublie de parler avec vous de ce qui quand même nous séduit au préalable, c’est-à-dire votre musique, votre façon d’écrire, votre façon de paraître sur scène. Est-ce que parfois vous n’avez pas l’impression d’être dépassée par vous-même, en quelques sortes ?

-Je ne suis pas sûre de pouvoir répondre à cette question, si ce n’est que c’est vrai que l’évocation de l’écriture est quelque chose, dans le fond, d’assez rare de la part d’un journaliste parce que je crois qu’il est plus enclin à parler ou d’une vie privée que l’on ne veut pas dévoiler, ou des choses qui sont ‘plus racoleuses’. Peut-être que je souffre de ça un peu, oui.

On y reviendra, et j’espère comme ça que votre passage à Nostalgie vous aura ôté un peu de souffrance puisqu’on évoquera votre écriture. Ce que l’on sait, c’est que vous avez quand même ‘fui’ à Los Angeles pour essayer de retrouver une forme de solitude. Vous avez vos repères, j’ai les miens : moi, c’est Léo Ferré, Ferré qui disait :‘Dans la solitude, le désespoir est une forme supérieure de la critique. Pour l’instant, nous l’appellerons bonheur’. Le désespoir, vous l’avez touché ?

-Je crois qu’il a fait partie de mon quotidien, mais maintenant je ne pense pas être la seule ! Je pense que le commun des mortels a des moments de bonheur et des moments de détresse absolue. Je crois que même une journée peut être comblée par bonheur et tristesse à la fois. Maintenant, est-ce que je fais l’apologie de la détresse et du malheur : non. Je l’ai exprimée, en tout cas.

Cette solitude, vous la recherchez ?

-Je ne suis pas sûre de me définir comme quelqu’un d’étant solitaire. J’aime parfois avoir des moments, oui, seule : l’écriture est un moment privilégié pour ça. Maintenant, j’aime bien la compagnie de personnes choisies.

Quel est le moment le plus fort, justement ? C’est rentrer dans cette solitude ou en sortir pour retrouver l’autre ou les autres ?

-Je crois que les deux sont à déguster ! (rires)

Je poursuis avec ce texte de Ferré, toujours sur cette solitude : ‘je voudrais m’insérer dans le vide absolu et devenir le non-dit, le non avenu, le non vierge par manque de lucidité’. Ne pas rencontrer le bonheur, est-ce que c’est pour autant être lucide ?

-(elle se répète la question à elle-même) Ne pas rencontrer le bonheur… Je ne sais pas. En tout cas, j’aime l’idée de s’approcher de ce vide et de ne faire qu’un avec ce vide. C’est vrai qu’il y a quelque chose, l’idée du néant, qui est quelque chose de très happant. C’est vrai que parfois, on a envie de se confondre avec le vide, avec le rien.

Ce que vous appelez le non-dit, qui est essentiel pour la réussite…

-Oui.

Diffusion de « California »

Mylène Farmer est votre invitée aujourd’hui dans ce « Déjeuner de Gala » sur Nostalgie, avec cette notion de non-dit. Ne pas énoncer, ne pas expliquer pour susciter la curiosité, est-ce que c’est bien compatible avec une autre notion, qui est celle de la fidélité ? Je veux dire par là, quand on côtoie des gens ou des habitudes, forcément on perce le mystère, donc là c’est un peu antinomique, non ? Parce que vous êtes quelqu’un de fidèle –je parle du point de vue professionnel !

-Je pense être quelqu’un de fidèle, oui, dans tous les sens du terme et toutes les situations. Maintenant, pardonnez-moi : j’ai oublié la question ! (rires)

Je disais, parallèlement à cette fidélité vous êtes porteuse de cette idée de non-dit :‘je garde la mystère, je ne veux pas qu’on me dévoile et je ne veux pas dévoiler’. Est-ce bien compatible, ces deux approches ?

-Là encore, je ne… Le non-dit, j’aime les non-dits, maintenant est-ce que je suis caractérisée par le non-dit : je ne le crois pas. Maintenant, j’ai choisi de dire certaines choses, de dévoiler certaines choses, de les clamer parfois et quand une question ou un sujet me dérange, là effectivement ce sera ou un non-dit ou un non tout court ! (rires)

MFarmerDonner un sens à tout, c’est ridicule pour vous, finalement…

-Je sais pas si, là encore, c’est ridicule –pardonnez-moi ! (rires) Je ne pense pas avoir d’abord la prétention, et je ne pense pas que la vie vous offre un sens à tout. Je crois que ça fait partie aussi du mystère de la vie, du mystère de la mort, de toutes ces choses qu’on ne sait pas et qu’on ne saura probablement jamais. Parfois on peut souffrir de ce silence et des ces non-réponses, et parfois je trouve ça plutôt bien. C’est une forme de liberté aussi en soi.

Je vais peut-être vous soulager, je viens à votre secours -si tant est que vous en ayez besoin : finalement, c’est pour ça que vous redoutez l’exercice que nous sommes en train de faire parce qu’il est communément admis qu’à toute question doit correspondre une réponse, et en plus logique !

-Oui. Oui, c’est vrai que là, dans le fond je n’aime pas la logique, je n’aime pas le rationnel et c’est un exercice qui est difficile, uniquement parce que je dois parler de moi, dans le fond c’est aussi bête et simple que ça. C’est un exercice difficile pour moi.

Parler de soi… Parler d’idées qui vous traversent la tête, c’est peut-être pas forcément parler de vous. C’est peut-être plus facile…

-Oui, mais c’est une façon de se mettre en avant et c’est vrai que là, ça fait partie d’un exercice qui est probablement utile à l’artiste, en tout cas on lui demande. Mais si j’avais à choisir, je crois que j’aurais rayé cette mention ! (rires)

Le non-dit, c’est aussi l’imaginaire. Est-ce un jardin dans lequel vous aimez flâner ?

-J’aime surtout, je dirais, au travers de lectures. Quant à mon imaginaire, oui, je cultive ce jardin, je crois, oui. Maintenant, là encore j’aurais du mal à en parler parce qu’il est imaginaire, justement !

Mais un auteur se doit d’imaginer, et l’imagination c’est une forme de liberté que vous recherchez…

-Oui.

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Retour dans « Déjeuner de Gala » sur Nostalgie. On parle avec Mylène Farmer, votre invitée, de la liberté. Quelles sont les situations, les mots, les événements dans lesquels vous ne vous sentez justement pas libre ?

-Les dîners où il y a beaucoup de personnes… (elle cherche, puis pouffe de rire)

Une foule, c’est pas ‘beaucoup de personnes’, c’est qu’une personne raisonnée ?

-Oui. Oui, c’est toujours un peu facile comme détournement, mais dans le fond c’est vrai. C’est vrai, quand on est en face d’un public, quelque soit la salle, à partir du moment où il y a plus de deux personnes, trois personnes, mais plus le nombre est grand et plus il ne reforme qu’un et une énergie, en tout cas.

En tête à tête, vous vous livrez plus -parce que sur scène, on peut dire que vous vous livrez- vous vous livrez plus que devant une multitude de gens…

-Non, je pense que c’est faux. Je pense que je me livre davantage, mais peut-être sans la présence des mots ou en ayant choisi les mots. Maintenant, je crois que l’émotion que moi je ressens sur scène et que je peux offrir est quelque chose qui est une mise à nu, qui est beaucoup plus importante que dans une interview. J’ai malgré tout le contrôle de moi-même et de mes silences aussi.

Ca fait douze ans, mine de rien, que vous êtes dans ce métier de la chanson. (Mylène confirme en riant) Est-ce que la situation a failli vous échapper une fois, durant ces douze ans ?

-M’échapper, non, je ne le crois pas. Je ne sais pas à quoi vous faites allusion précisément, mais j’ai…

Être dépassée par ses propres motivations, s’embarquer dans un chemin qui n’était pas le bon…

-Avoir envie d’arrêter parfois tout, oui, ça m’est arrivé.

C’est une façon de contrôler, justement, comme cette fuite…

-De nombreuses fois, oui. Hier encore…

‘J’avais vingt ans…’, mais ça c’est Aznavour ! (rires de Mylène) La fuite dans les mots, c’est quand même plus bénéfique que la fuite à Los Angeles ? Vous l’évoquiez tout à l’heure avec mon jardin imaginaire…

-Oui, je crois que j’ai eu besoin pour continuer d’écrire, puisqu’on parle des mots, que j’ai eu besoin de ce passage. Maintenant, il s’est effectué à Los Angeles, dans le fond ça aurait pu être ailleurs, en tout cas un pays dit étranger. Mais j’y ai trouvé, oui, si ce n’est une réelle source d’inspiration, en tout cas moi je me suis nourrie, si je puis dire, à ma façon. J’y ai trouvé quelque chose, oui.

C’est Jean-Louis Murat qui, à ce même micro –je fais allusion à lui parce que vous l’avez rencontré, ne serait-ce que pour un duo- qui expliquait que dans un texte, finalement, le texte n’était jamais aussi beau que lorsque à la fin de la chanson on n’avait pas forcément tout compris.

-Oui…

Et pour vous aussi, je crois, à savoir que les mots ont plus d’importance que l’idée…

-Je pense qu’il vaut mieux savoir, en tout cas pour soi-même, face à soi-même, savoir ce qu’on a voulu dire. Maintenant, je suis d’accord que la chose trop expliquée, qui ne laisse pas dans le fond à l’autre une liberté, me dérange.

Diffusion de « L’Instant X »

Avec nous, Mylène Farmer qui est notre invitée dans ce « Déjeuner de Gala » sur Nostalgie aujourd’hui samedi. Je fais une petite digression avec les images, je voulais en parler un petit peu plus tard. Vous parlez de notion de liberté quant à la perception d’une chanson : le clip, pour le coup c’est bien souvent quelque chose de très cadenassé. On nous impose des images, on nous fait une explication –ça ne vous concerne pas tout le temps- mais n’est-ce pas un piège ?

-C’est vrai, c’est un piège. Mais là encore, est-ce qu’on a le choix de ne pas faire sur une chanson une mise en images ? Là encore, malheureusement je n’ai pas ce choix-là parce que ça serait suicidaire. Mais sur certaines chansons, c’est vrai que certainement je n’aurais pas fait de clip, parce que justement il y a une réduction du sujet évoqué, et puis parfois c’est magique aussi, donc…

J’ai lu que vous disiez : ‘Quand j’écris mes textes, je livre beaucoup plus de moi que vous ne croyez. Il suffit de savoir écouter’. Est-ce que vos chansons sont codées ? C’est un exercice qui peut vous amuser, ça ?

-Non, je ne suis pas sûre d’être aussi intelligente que ça. En tout cas, j’aime bien les mots, donc j’aime jouer avec les mots…

Pas de fausse modestie, jeune fille ! (rires)

-…mais codés, non. Non. Je n’ai pas ce sentiment-là.

 

Y a-t-il quand même une notion –j’ai cru vous entendre le dire, cette fois-ci, donc la véracité du propos est entière, que vous aimiez cette forme d’irrationalité dans un texte et, comme vous venez de le souligner, que vouloir forcément une d’explication, c’est pas le but. Cette notion d’irrationnel, elle vous caractérise lorsque vous écrivez ?

-Non, je ne pense pas. Je ne pense pas, maintenant, sans parler de moi, quand je lis par exemple Cioran, puisque ça m’arrive de le lire en ce moment, à cette faculté que vous donner des mots-clés, et là encore de vous laisser votre propre imagination. C’est un peu confus, ce que je dis, mais… (rires) Un peu comme les haïkus, vous voyez, ces poèmes qui sont très, très courts. On vous donne deux mots, on va vous dire –je dis n’importe quoi : un chien, une fourmi et la senteur du foin et tout à coup, ça va évoquer une multitude de choses. Mais là, ça sera à chacun d’interpréter ou d’imaginer. Donc j’aime, en tout cas si c’est ce que vous évoquez comme étant une irrationalité, alors c’en est une, oui, parfois…

INSTANTXC’est finalement l’éducation que l’on reçoit lorsqu’on allait à la maternelle qui se transforme avec des beaux mots, mais c’est ça en fait : on apprend aux enfants, on leur montre un chat et leur imaginaire… (Mylène acquiesce d’un murmure) Vous faites allusion, donc, à Emil Michel Cioran, ce philosophe français pessimiste (en réalité, bien que vivant à Paris et d’expression française, Cioran n’a jamais eu la nationalité française, nda), dont l’œuvre s’exprime souvent par aphorismes. Vous en avez des favoris, vous ? Des proverbes, des… ?

-Je n’ai malheureusement pas beaucoup la mémoire des… (rires) Je retiens difficilement !

Ben, ‘tomber sept fois’, il y a déjà ça !

-‘Tomber sept fois’, c’était court donc facile à retenir ! Oui, il y a ce proverbe, effectivement, japonais qui dit ‘tomber sept fois, toujours se relever huit’ donc je l’ai volé.

Vous êtes charmée par ce genre de formules ?

-Là encore, c’est le plaisir des mots et l’intelligence qui peut s’en dégager. En tout cas, sans parler même d’intelligence, à la fois la précision dans la non précision. Il y a cette phrase maintenant qui me revient… (rires) Je vais faire mon exercice ! (rires)

Allez-y, soufflez bien !

-‘Tout ce qui ne m’a pas tué me rendra plus fort’

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Voilà, de retour avec Mylène Farmer qui est notre invitée aujourd’hui dans ce « Déjeuner de Gala ». Je faisais référence à cette chanson qui figure sur l’album « Anamorphosée », c’est la première fois où vous signez la musique : « Tomber 7 Fois… »…

-Oui, oui. Absolument, oui.

Après les mots, la musique. C’est une forme de défi que vous vous êtes lancé à vous-même ?

-Non. Là encore, ça s’est passé relativement naturellement : j’ai une guitare à la maison, donc il m’arrive parfois de tenter d’y jouer et ma foi, voilà, j’ai trouvé donc cette chanson, mais est-ce que j’ai envie de faire ça et prolonger ça : non, je ne le crois pas.

Vous vous êtes surprise vous-même ?

-D’une certaine façon, oui, probablement ! (rires)

Vous avez regardé autour si personne ne vous avait vue commettre cet acte affreux qui était d’écrire une musique ?!

-(rires) Oui, dans la mesure où j’ai pas de formation de musicienne. J’en ai le goût, en tout cas, mais je pense qu’il faut plus de talent pour composer.

Vous êtes quand même pluridisciplinaire –on évoquera plus tard le goût de la peinture- vous écrivez, vous chantez, c’est tout à fait dans vos cordes, en tout cas c’est dans votre mentalité. C’est aussi de la liberté, finalement, que de savoir faire plusieurs choses, non ? C’est pour ça que cette notion de devenir compositrice, ou compositeur pardon, ça peut aussi vous aller, non ? C’est pas un défi qui vous… ?

-Non, parce que là encore, sans parler de talent, je sais ce que je suis ‘capable’ de faire, en tout cas de revendiquer, on va dire. Maintenant, quant à la musique, là encore, la composition, je sais que je m’essoufflerai très, très vite parce que manque tout simplement de connaissance, là encore.

Vous voyez que vous êtes intelligente, puisque l’intelligence c’est savoir reconnaître ses limites.

-Je ne ferai pas de commentaires ! (rires)

On saute du coq à l’âne, c’est le cas de le dire : vous aimez les animaux, je vous emmène sur le terrain des animaux. Comment va E.T. ?

-Très bien !

Bien. Ce qu’il y a de fabuleux dans la communication avec les animaux, c’est que l’on émet des mots, eux les perçoivent comme des sons suivant l’intonation, et finalement, là on retombe sur c’est presque une chanson qu’on écrit avec les animaux : ils interprètent comme ils le veulent. Est-ce que mon parallèle vous choque ?

-Non. Vous faites ce que vous voulez, d’abord ! (rires) Mais effectivement, oui, les animaux, en tout cas les petits singes, connaissent probablement les sonorités, mais les visages aussi. Ils interprètent beaucoup l’expression, liée au son probablement. C’est un être, là pour le coup, relativement intelligent, caractériel aussi, qui a ses humeurs, mais c’est toujours aussi passionnant d’avoir un singe.

C’est l’animal –nous en parlions tout à l’heure- qui se rapprocherait le plus de nos réflexes. C’est pour ça que vous l’avez choisi ?

-Je crois que j’ai simplement une passion pour le singe. À chaque fois que je vois un documentaire sur ces animaux, j’ai envie de changer de vie et d’aller les retrouver, de les aider ou d’essayer de dialoguer, de m’y intéresser en tout cas. J’ai vu beaucoup, beaucoup de reportages sur les chimpanzés, les orangs-outans ou les gorilles. C’est vrai qu’une vie comme celle de Diane Fossey est une vie passionnante, mais c’est une vie difficile aussi.

C’est une grande tendresse que vous avez envers les animaux, tout à l’heure vous étiez avec les chiens ! Vous aimez leur naïveté ? Leur fidélité ? C’est ce qui vous attire ?

-Là encore, je vais probablement vous décevoir mais je ne suis pas sûre d’analyser toutes les envies que j’ai, ou les communications que j’ai. J’aime les animaux parce que dans le fond, c’est très spontané. Maintenant, si vous voulez vraiment trouver pourquoi on aime un singe, pourquoi on aime un chat ou un chien, dans le fond, ça, ça ne m’intéresse pas de savoir pourquoi je les aime. Je les aime, tout simplement.

Diffusion de « Mylène s’en fout »

« Mylène s’en fout ». Pas nous ! Elle est votre invitée aujourd’hui sur Nostalgie, dans ce « Déjeuner de Gala ». On a aimé –et on aime toujours- cet album, notamment, « Anamorphosée ». Je voulais juste un petit mot sur cet univers musical : il y a eu une évolution. Est-ce qu’on peut la qualifier, cette évolution, de tonique, d’énergique ? Ca serait le bon mot ?-Je vais être obligée, moi, de revenir vers mes albums précédents : je n’ai pas eu le sentiment que ces albums n’étaient pas énergiques, donc en ce sens je ne peux pas aller dans cette idée de ‘plus d’énergie’. Je crois que parce qu’il y a des guitares, beaucoup plus de guitares qu’avant, peut-être que l’énergie vient aussi de là. Peut-être dans la façon de chanter, qui est probablement un peu différente : je chante plus grave –en tout cas, je me le suis autorisé !

Dans le ton, rassurez-nous ! (rires)

-Dans un ton plus grave. (elle hésite) Là, j’avoue que je ne sais pas bien… « Désenchantée », pour moi par exemple, est une chanson extrêmement énergique –mais ça n’engage que moi- au même titre que « L’Instant X », si ce n’est que la production est très différente. Là, oui.

Voilà, justement : en quatre ans, est-ce que vous avez eu l’impression de vivre une révolution musicale ?

-Non…

D’abord, est-ce que vous avez écouté ce qui se faisait ? Quand se passent comme ça quatre années, est-ce qu’on a le doute de se dire ‘je vais décrocher, je vais avoir un handicap insurmontable’ ? Parce que c’est un métier qui va très, très vite –je parle de la technologie, ne serait-ce que ça…

-Oui. Oui, oui. Là encore, c’est plus une envie profonde non pas que de changer radicalement, mais simplement puisque j’ai passé un certain temps aux Etats-Unis, c’est vrai qu’on est enclin à écouter beaucoup plus de musique : si on écoute la radio, on écoute que de la musique américaine en tout cas et qui est essentiellement beaucoup de guitares, et puis aussi dans les mélodies… Donc, en ce sens je ne me suis pas dit, là encore, ‘Pour le prochain album, il va falloir faire attention !’. C’est simplement un désir, tout simplement, que d’aller vers quelque chose de plus ce qu’on appelle live, moins de gimmicks. Je sais pas si j’ai répondu à votre question ! (rires)

Si ! Faire office de référence, comme vous le faites aujourd’hui, est-ce que c’est une forme de reconnaissance éternelle ?

-Référence… ?

Vous êtes une entité…

-Oh, pardon : moi ?!

Oui ! Est-ce que c’est une forme de reconnaissance ?

-Est-ce que je suis une référence ?!

Quoiqu’il advienne, à partir de ce jour vous resterez quelque chose auquel on pourra s’identifier, auquel on fera référence. Est-ce que cette reconnaissance, vous la percevez ? Et comment vous l’acceptez ?

-Je la perçois parfois. Quand je monte sur scène, je crois que c’est le moment où l’on vous applaudit, tout simplement, où on vous dit que vous êtes quelqu’un d’important à ce moment-là. C’est important au moment où je le fais. Maintenant, vous dire est-ce que ça me rassure ou est-ce que c’est important pour moi : je ne suis pas sûre, là encore, de pouvoir répondre à cette question. Je ne sais pas. (rires) J’aurais plutôt une humeur aujourd’hui de nous somme peu de chose, donc ça va être difficile pour moi que de vous dire ‘Je suis une référence’ !(rires)

Mais nous sommes peu de chose, je vous le confirme ! Il faut mieux en rire…

-J’aime ce que je fais. Je crois que je vais, là encore, faire ou une pirouette ou une réponse plus concise : j’aime profondément ce que je fais. C’est le plus important.

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Bien. De retour dans « Déjeuner de Gala » sur Nostalgie avec Mylène Farmer. Il y a quelque chose que vous aimez et que vous ne faites pas encore, et que vous allez certainement faire parce que vous n’êtes pas être à vous laisser abattre, c’est le cinéma. (Michel Cottet semble ignorer qu’à la date de la diffusion de cet entretien, « Giorgino » venait de sortir deux ans auparavant ! nda) Tout ce que vous entreprenez sur scène, sur disque, sur les clips, il y a –j’ai l’impression, arrêtez-moi si je me trompe- une approche cinématographique.

-Oui…

Votre bonheur total serait aujourd’hui, ou dans quelques années, d’avoir une pile de disques de diamant et puis une pile de bobines de films, quand même, non ?

-Là encore, je ne suis pas sûre. Il y a quelques années, j’aurais -et je l’ai dit, que de ne pas faire de cinéma, j’en mourrais…

Je voudrais qu’on ferme… Oublions tout ça et voyons devant !

-Non, non ! Je le révoque, parce qu’aujourd’hui je crois que je peux m’en passer tout à fait. Ca, c’est pour répondre à la notion de pile et de collection (rires). J’aimerais refaire un film, avoir un rôle qui bien sûr m’intéresse. Maintenant, me projeter dans un avenir de cinéma : pas du tout. Honnêtement, pas du tout.

Mais cette approche –j’en finirai avec le cinéma…

-Mais j’aime le cinéma, donc voilà pourquoi j’aime l’image.

Voilà, ce qui explique peut-être votre petite différence –enfin, pas votre différence, ce que j’expliquais tout à l’heure : le phénomène musical- parce que vous appréhendez les choses avec un autre regard, celui de la caméra, même si on parle de chanson…

-Là encore parce que mon goût probablement, oui, pour le cinéma, pour l’image, pour l’évocation. Donc là c’était une rencontre formidable, en tout cas, quand j’ai commencé ce métier, à savoir que le clip était un élément essentiel pour un artiste, et ça a été quelque chose de magique pour moi –déjà d’avoir travaillé avec Laurent Boutonnat, qui a fait quand même la plupart de mes clips et qui est quelqu’un de grand talent. Là encore, c’est l’idée de rencontre, que de pouvoir aller voir Abel Ferrara et lui demander de travailler avec lui, Marcus Nispel, autant de gens qui ont beaucoup de talent. Là, c’est plus l’idée -on parlait de solitude tout au début- là c’est l’idée réellement de deux ou de trois, de ne pas être seule justement dans une création.

Vous citez Bergman, Polanski, Annaud –je lis, hein !- Sergio Leone, dans le monde du cinéma. Est-ce que vous avez eu des rencontres fascinantes, au-delà des œuvres, avec ces gens ou avec d’autres ? Est-ce qu’il y a des gens que vous aimeriez rencontrer ? Vous aussi, certainement, vous êtes titillée par ces…

-J’aurais adoré rencontrer Bergman, mais il ne m’a pas attendue ! (rires) Maintenant, là encore, est-ce que j’ai des vœux : non. J’aurais aimé rencontrer Cioran, mais il n’est plus. J’avais très, très envie de rencontrer Abel Ferrara, c’est chose faite.

Vous avez percé un peu le mystère ?

-De ce monsieur ? C’est quelqu’un d’assez fascinant, aussi bien dans la destruction que dans l’énergie, mais c’est quelqu’un de fascinant en tout cas.

Donc c’est intéressant, finalement, d’essayer de percer le mystère des gens et de les rencontrer…

-Oui, bien sûr ! Bien sûr. Mais là encore, c’est quelqu’un qui se dévoile très, très peu.

C’est d’autant plus passionnant…

-Il faut comprendre des choses, accepter d’autres, tolérer parfois, mais c’est quelqu’un de très riche, oui.

« À force d’ignorer la tolérance, nous ne marcherons plus ensemble »…

-Oui ! (rires)

Diffusion de « Rêver »

Juste avant ce titre, on parlait justement de chanson, du disque. En parlant de chanson, c’était dans l’album « L’Autre… » : ‘Agnus Dei, moi l’impie je suis saignée aux quatre veines’. À défaut de mépriser la religion, le bouddhisme c’est quand même quelque chose que vous avez cerné avec le livre de Sogyal Rinpoché, auquel vous rendez hommage d’ailleurs sur la dédicace de l’album. (Mylène confirme d’un murmure) Vous avez lu « Le Livre Tibétain de la Vie et de la Mort ». Cette philosophie consiste à vivre le moment présent : concrètement, c’est quoi ne pas vivre les moments avant et après qui peuvent redonner le sourire comme ça ?

-Ne pas vivre les moments avant ou après ?

Puisque la définition…

-Oui, oui. C’est une façon de ne plus se mettre en réel danger -mais ça c’est une notion dans le fond que je n’aime pas parce que j’aime le danger, j’aime l’inconnu- mais en tout cas d’un danger qui n’est pas réellement intéressant, à savoir c’est vrai que le passé peut être un fardeau. L’avenir, l’idée de l’avenir, se projeter dans l’avenir et de se dire ‘Qu’est-ce que je vais faire demain ?’ est quelque chose de terriblement angoissant, donc quand on a à la fois la connaissance qui est celle des autres, puisque vous évoquiez ce livre, cette philosophie est un pansement. Maintenant, il y a des choses que l’on accepte et puis d’autres que l’on rejette, et c’est vrai que l’idée, la notion de vivre son présent est quelque chose de cicatrisant, dans le fond.

Malgré cette référence, je crois savoir que vous n’épousez pas pour autant la cause du bouddhisme…

-Non, c’est-à-dire que c’est toujours pareil : puisque j’ai évoqué ce livre dans mon album, après c’est toujours difficile parce que si les médias s’en emparent, on va vous dire ‘Donc vous êtes bouddhiste’. Et c’est vrai que moi j’ai quelques nuances, en sachant que je ne le pratique pas tous les jours, je n’ai jamais rencontré le Dalaï-lama, je n’ai jamais réellement rencontré de bouddhistes mais je m’y suis intéressée et c’est quelque chose, une fois de plus, qui m’a fait beaucoup de bien, que je trouve très sensé et surtout très réparateur. Ce n’est pas une religion, c’est plus une philosophie donc c’est quelque chose de plus tendre.

Je parlais de tolérance tout à l’heure : c’est une de vos valeurs essentielles…

-Là encore, j’en ai besoin et c’est vrai que je le réclame chez l’autre. Là encore, c’est un apprentissage, parce qu’on ne devient pas tolérant comme ça, du jour au lendemain : il suffit de quelque chose qui vienne percuter votre esprit, quelque chose de violent par exemple, et j’aurais presque envie de nier tout ce que je viens de dire donc là encore, c’est un chemin qui est long ! Mais c’est vrai que cette notion de tolérance est quelque chose d’indispensable pour l’être humain.

Et quand la tolérance confine presque au pardon, c’est un peu facile quand même, non ?

-Pardon ?

Lorsque la tolérance confine au pardon, c’est un peu facile comme attitude : il faut quand même se révolter, se battre, non ?

-Oui. Maintenant, l’idée du pardon, là je pense…

Je parle pas du Grand Pardon ! (rires)

-…brutalement à un article que j’ai lu sur ces femmes et hommes qui ont perdu des êtres chers et qui sont allés voir les bourreaux de ces personnes perdues. Là, c’est une idée du pardon qu’on pourrait qualifier de presque insoutenable mais c’est quand même une grande idée, donc j’aime cette idée du pardon.

Un que vous pardonnez, parce que je présume qu’il est toujours numéro un dans votre cœur dans la littérature, c’est Edgar Allan Poe : « Allan » la chanson, oui, c’était ça ?

-Oui, bien sûr !

Bon, on ne sait jamais !

-Non ! (rires)

Il y a « Le Corbeau », avec l’emblème sur… C’est toujours le numéro un dans votre cœur ?

-C’est quelqu’un que j’aimerai éternellement, ça oui ! Maintenant, j’ai des lectures un petit peu plus légères en ce moment, qui sont Mary Higgins Clark dont je suis en train de dévorer tous ses livres !

Très en vogue, oui !

-C’est plus léger, mais c’est assez passionnant ! C’est bien écrit, en tout cas. (rires)

C’est très en vogue, presque à la mode d’ailleurs…

-Oui. C’est plus vulgaire ! (rires)

Ca lave l’esprit ?

-C’est une détente en tout cas, oui. (rires)

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Retour sur Nostalgie dans ce « Déjeuner de Gala » avec Mylène Farmer. On parlait de littérature, on parlait d’Edgar Allan Poe et puis de Mary Higgins Clark et de sa soi-disant légèreté. Parmi les lectures qui sont plus tendues, j’avais noté Henry James et puis Julien Green

c’est drôle, on en parle alors qu’il veut être révoqué de l’Académie Française alors qu’il n’en a pas le droit, ce brave homme- avec ses angoisses métaphysiques. Est-ce qu’ailleurs c’est toujours mieux que là où on est ?

-Je le pense de moins en moins. Est-ce que c’est le voyage qui vous donne ces… ?

Ha, vous vous éloignez de notre ami Julien, là ! (rires)

-Oui ! Là encore, c’est l’idée de projection ou d’anticipation, d’imaginer effectivement que l’autre va vivre mieux, que l’ailleurs est un meilleur. Dans la mesure où j’essaye de vivre des moments présents, ce seront mes moments à moi –non pas que je n’envisage pas l’autre, mais je me dis que dans le fond j’ai de la chance de vivre ce que je vis, même si parfois c’est difficile donc de ne pas chercher justement cet ailleurs hypothétique.

J’évoquais Julien Green, philosophe mais aussi photographe avec des autoportraits, des photos de famille (Michel Cottet prononce d’abord ‘des autos de famille’ ce qui provoque un fou rire de Mylène) Le pauvre, il est né au début du siècle, des autos il devait pas tellement en voir !

-Changez la question !

Non, non, non je la conserve ! J’aimais beaucoup sa définition d’un cliché parfait –je lis les trois points : savoir voir, être rapide et être patient pour réussir donc une photo. Est-ce que ce ne sont pas un procédé qu’on pourrait appliquer à une chanson, finalement, pour sa réussite ?

-(elle répète) Savoir voir, être rapide et être patient… Oui ! Oui, ça peut être… (elle s’interrompt, visiblement perdue)

Non, c’est pas grave, c’est pour mes enchaînements comme ça…

-Oui, oui, j’entends bien ! (elle éclate de rire)

…on arrive sur la peinture, n’est-ce pas, vous voyez…

-Parce que vous, tout est écrit ; moi, rien ! (rires)

Je suis obligé de prendre des notes ! Donc je voulais faire un parallèle entre la photo, la chanson et la peinture, qui est quand même un art aussi qui, si je ne m’abuse, vous titille…

-J’adore la peinture. Je la connais depuis peu, dans le fond. J’ai rencontré certaines personnes qui font partie de ce métier, donc de la peinture, qui m’ont d’une certaine façon éduquée.

Lesquelles ? Enfin, si toutefois ça n’est pas…

-Pierre Nahon, que je connais peu mais… Albert Koski (mari de Danièle Thompson. Mylène a assisté a plusieurs vernissages de l’artiste et est une intime du couple, nda) est quelqu’un qui m’a aidée et puis ma foi, après ce sont des expositions, ce sont des livres : j’adore acheter des livres de peinture, j’adore acheter quand je le puis quelques peintures.

Des livres pour essayer de reproduire ou simplement pour la beauté de… ?

-Pour une évasion, là encore. C’est aussi intéressant de feuilleter un livre de peinture qu’un roman. J’aime beaucoup Egon Schiele, j’aime Max Ernst, j’aime Klimt…

Je suis largué en peinture, alors là je dis rien, je fais celui qui connaît, mais alors là, non !

-Non, non mais… ! Henri Michaux, l’écrivain, qui était également un peintre. Et puis beaucoup d’autres.

Vous aimez la peinture, c’est pas pour autant que vous aimez vous emmêler les pinceaux, hahaha ! (ironique)

-(elle pouffe) Je dois répondre ?! (rires)

J’en aurai presque fini avec mes références littéraires –enfin celles d’une époque qui n’est pas forcément celle que vous vivez actuellement -il y avait notre ami Kafka. J’avais lu un bel article sur Prague, vous dévoiliez la ville de Prague avec beaucoup de bonheur (paru dans le magazine « Femme » en juin 1996, nda). C’est parce qu’elle vous rappelle Montréal, de par son climat, de par… ?

1989-06-Très honnêtement, je ne me souviens pas de Montréal, si ce n’est que j’ai le goût de la neige, donc probablement lié à cette époque. Je n’y suis retourné qu’une fois et extrêmement brièvement donc c’était quelque chose que je qualifierais de pas très agréable (Mylène y est effectivement retournée à l’automne 1988 dans le cadre d’une série photo avec Elsa Trillat. Des années plus tard, lorsque celle-ci évoquera ce voyage pour le Mylène Farmer Magazine, elle parlera également d’une mauvaise ambiance, nda). Donc je ne me souviens pas de Montréal, en somme.

Je ne sais pas si vous vous souvenez de cet article sur Prague que vous avez formidablement bien rédigé…

-Non, je ne m’en souviens pas. (l’article a pourtant été publié quelques mois à peine plus tôt, nda)

C’est un art que vous aimez aussi. Il était axé sur les monuments historiques, sur les gens de la littérature etc. Ca vous passionne, ça, l’histoire des villes ?

-Oui. Je suppose que c’est à peu près normal quand on découvre une ville de savoir ce qui s’y est passé, quels étaient les écrivains, qui a hanté qui ou qui a hanté quoi… Oui, là c’est encore un intérêt pour l’autre.

Il y a notre ami le marquis, ça vous aimez bien, aussi…

-Le marquis, oui ! Le divin marquis ! (rires)

Le marquis de Sade. Il va bien ?!

-Je l’ai délaissé, lui, un petit peu ! (rires) Il trépigne !

Justine (héroïne des écrits du marquis de Sade, nda) va être en colère !

Diffusion de « Comme j’ai Mal »

« Comme j’ai Mal », c’est bien entendu Mylène Farmer, extrait de l’album « Anamorphosée ». Mylène, notre invitée aujourd’hui sur Nostalgie dans ce « Déjeuner de Gala » avec des chansons, avec des livres. Parmi toutes ces lectures, qui une nouvelle fois peuvent changer ou évoluer –ceci dit, celles qu’on a évoqué et que vous revendiquez, c’est quand même un monde fantastique et morbide : est-ce que le suicide peut flirter, être limitrophe de cet univers que représentent les Julien Green, les Cioran etc. ?

-Est-ce que je… ?!

Le suicide, la notion de suicide peut être limitrophe de cet univers pessimiste…

-Là encore, est-ce que ce sont des thèmes de prédilection ? Je m’y sens bien…

Pour l’époque où vous vous sentiez bien. Je ne veux pas…

-Non, non je m’y sens toujours très bien !

Est-ce que cette notion de suicide, qui est quand même une limite à franchir ou ne pas franchir après tout, est-ce qu’elle était présente dans vos lectures ? « Le Mythe de Sisyphe » de Camus, est-ce que vous l’avez lu par exemple ?

-Non, non. Est-ce que vous faites allusion à moi, est-ce c’est quelque chose qui m’a hantée, ou est-ce que c’est quelque chose qui… ?

 

Oh non, je n’irais pas jusque là. Non, non. D’une façon générale, quand on est ‘imbibé’ non pas d’alcool –bien que vous appréciiez le Bordeaux et je vous en félicite !- mais imbibé de ce genre de lectures, aussi diverses soient-elles…

-Oui, ce sont des chemins dangereux. Effectivement, si on s’imbibe et fait une indigestion d’auteurs comme ça, de lectures, ça devient sa vie de tous les jours, sa pensée de tous les jours donc on finit par… A la fois c’est passionnant et pourquoi c’est passionnant ? Parce qu’on ressent ces mêmes choses, donc fatalement se crée un lien entre l’auteur et le lecteur. Maintenant, ça peut être dangereux si on ne s’abreuve que de…

C’est pour ça qu’il y a Mary Higgins Clark !

-Oui, peut-être ! Parce qu’il y a toujours ces ingrédients mais il y a toujours une notion d’espoir, j’imagine. Oui, il faut avoir le recul nécessaire pour ne pas effectivement essayer d’illustrer ce que l’on lit, en tout cas de l’appliquer à sa vie, voilà.

Vous êtes en train de nous avouer quand même professionnellement, à travers vos lectures, une formidable conscience des limites, un recul, une sérénité par rapport à vous-même…

-Oui, je le pense. Parfois, je n’aime pas ça, je n’aime pas cette maîtrise.

Ca empêche une folie, d’être trop maître de soi, d’être trop lucide finalement ?

-D’une certaine manière, oui. Et une trop grande lucidité mène à un cynisme parfois, et ça je m’en défends aussi parce qu’être cynique, je crois, c’est pas très intéressant pour sa vie ni pour les autres. Mais là encore, c’est moi qui suis responsable de ça.

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Retour sur Nostalgie dans ce « Déjeuner de Gala » avec Mylène Farmer. Un petit clin d’œil à votre nom : ‘Farmer’, c’était un personnage d’un film que Jessica Lange a tourné etc. Enfin bref ! (incarnée au cinéma en 1982 par Jessica Lange, Frances Farmer est décédée en 1970, nda)

Aujourd’hui, si vous deviez choisir un autre nom en référence, ça serait Greta ?

-Non ! (rires)

Non ? Ca changerait pas ?

-E.T., ça me conviendrait parfaitement ! (rires)

Greta, ça m’arrange : j’étais sur « Cendres de Lune »…

-J’ai bien compris, oui ! (rires)

Léo Ferré –j’y reviens, vous voyez, chacun les siens- c’était la mélancolie, ‘la mélancolie, c’est revoir Garbo’ dans « La reine Christine ». Pour vous c’est quoi, la mélancolie ?

-Qu’est-ce que pour moi la mélancolie… ?! Hmm…

Vous avez autant de temps que vous voulez pour répondre !

-Oui, mais plus je vais mettre du temps et plus la réponse sera décevante !

Non, peut-être que vous n’êtes pas mélancolique, donc c’est un sentiment qui n’évoque rien de spontané, justement…

-Je la trouve très souvent dans la musique. Ecouter une musique évoque chez moi une mélancolie. Mais là, précisément, non je n’ai pas de réponse…

Ecouter les Doors, les Eagles, Gainsbourg, Dutronc, ça c’est de la mélancolie, c’était votre…

-Oui…

Vous êtes allée voir, par exemple, Dutronc au Casino (de Paris, nda) y a quatre ans ?

-Non.

Barbara, aussi, qui a bercé votre… Non ?

-Non. Le dernier spectacle que j’ai vu, c’était Alanis Morissette.

Barbara, qui vient de sortir un album (« Barbara », 1996, nda) : ‘Il me revient, il me revient en mémoire, il me revient une histoire, il me revient des images’ ça, c’est pas votre cas, ça, hein…

-Qu’il me revienne des images ? J’essaye le moins possible ! (rires)

L’adolescence ne revient jamais. Vous n’aimez pas l’adolescence d’une façon générale : est-ce que c’est parce que vous n’appréciiez pas le manque de personnalité chez l’autre ? Est-ce qu’on peut faire le lien ?

-Je n’aime pas l’adolescence. Là encore, je n’ai évoqué que la mienne : c’est un passage que je n’ai pas aimé du tout, du tout.

Peut-être dans le regard des autres adolescents que vous croisiez à l’époque…

-Ca, de toute façon, mais avant tout on ne s’aime pas soi-même et là pour ça, je crois que je n’avais même pas besoin du regard de l’autre.

Ca vous plaît aujourd’hui d’être presque adulte ?

-Je crois que je ne le serai jamais !

J’ai dit ‘presque’, hein !

-(rires) Oui, je me préfère aujourd’hui qu’il y a cinq ans, six ans, dix ans, vingt ans. La trentaine est quelque chose de plus doux, pour moi en tout cas.

Ca correspond à ce que vous imaginiez lorsque vous étiez adolescente ?

-Non. Là encore, je me suis toujours envisagée -c’est plus une détresse qui venait à moi, donc de s’envisager plus grand dans le temps est quelque chose qui n’était pas là encore très doux. Mais j’ai toujours entendu ‘Vous verrez, l’âge de trente ans ou la trentaine pour une femme est bien plus magique que cette période qu’est l’adolescence’ et j’avoue que je puis dire oui, en tout cas me concernant.

Là, c’est à demi magique : vous êtes au milieu de cette décennie exceptionnelle !

Diffusion de « Vertige »

« Vertige », toujours extrait de votre album, Mylène Farmer, « Anamorphosée » -je vous parle, puisque vous êtes notre invitée aujourd’hui sur Nostalgie dans ce « Déjeuner de Gala » ! On parlait juste avant de votre adolescence. Vous ne répondrez pas si je vais un peu trop loin : vous dites aussi avoir été en manque d’affectif, est-ce qu’avec le recul vous avez l’impression d’être passée à côté d’une bonne thérapie pour soigner cette blessure ?

-Là encore, puisque c’est une inconnue pour moi je ne peux pas répondre, en ce sens que je n’ai pas fait cette démarche. Maintenant, nous sommes tous d’abord des êtres très sensibles mais il y a une hypersensibilité que vous ayez dans le fond ou non cet amour, vous ne le percevez ou en tout cas pas peut-être à sa juste valeur, ou peut-être que vous en demandez une surproduction donc en ce sens, vous allez souffrir. Donc je dois faire partie, si je peux me caractériser, de cette catégorie d’êtres hypersensibles, donc difficiles.

« Et Tournoie… » : ‘Ton pire ennemi, tu peux l’expulser de toi’…

-Là, ça fait partie, oui, de cette…

Il rôde encore ?

mylene-farmer-ouv-Bien sûr. C’est pour ça : là, je pensais à ça et à l’évocation du bouddhisme et toutes ces choses qui sont très belles et très reposantes mais malgré tout on se lève le matin et on peut toujours avoir cette notion du mal qu’on a en soi, cette capacité à faire la mal, cette négation de soi et toutes ces choses qui font que ça perturbe votre esprit et c’est là où c’est difficile, parce que c’est là où vous décidez, vous êtes réellement maître ou de votre vie ou de votre journée et décidez que non, ça va aller mieux parce que ça vaut le coup.

Ce méchant, il s’appellerait Alice, l’araignée malicieuse ?

-Oui, tout à fait ! (rires)

Ca m’amène à la scène : entre le spectacle de 1989 et celui-ci, qu’est-ce que vous vouliez absolument ne pas reproduire ?

-Trop de tristesse.

Voilà, on sait toujours ce qu’il faut pas faire, on sait pas forcément ce qu’il faut faire, mais voilà, c’est ça…

-Oui, j’avais envie de…Mais là encore, ça a commencé par l’écriture de l’album, donc fatalement la scène est différente puisque j’ai suggéré, moi, des choses avant, en tout cas mes changements intimes.

Ceci dit, si je puis me permettre, le spectacle comporte la quasi-totalité des nouvelles chansons mais dans sa globalité, ça ne représente que 40% et pourtant le spectacle a une tenue, c’est la même. Il est quand même…

-J’ai eu envie d’abord d’évoquer le blanc, avec tout ce que ça peut évoquer pour l’autre, essayer de donner de la joie ; maintenant de la réflexion, bien évidemment, mais l’idée du show en soi : l’idée du show qui est quelque chose de à la fois factice, rapide mais quelque chose de fondé.

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C’est toujours votre « Déjeuner de Gala » sur Nostalgie. On est pratiquement en tournée, on parlait de votre disque, c’est la scène actuelle -ce soir vous serez à Nîmes. Cet écran géant, c’est votre idée ? C’est pour avoir un spectacle à deux vitesses, ce fameux show que vous venez de décrire et puis également qu’on puisse vraiment lire dans vos yeux ?

-D’une certaine manière, oui. Là encore, c’est peut-être extrêmement narcissique mais c’est ‘pensons aux personnes qui sont tout au fond et qui ne voient que des petites choses sur scène qui bougent’, donc j’allais dire je me devais, non je ne me devais pas de le faire mais moi étant spectateur, c’est vrai que j’ai une frustration si je ne vois pas les yeux de la personne. Donc voilà pourquoi cette idée de l’écran géant et parce qu’il y a eu…

Surtout quand ils sont jolis !

-(elle rit, un peu gênée) Et puis l’envie aussi de projeter des choses sur cet écran, parce que bien évidemment il n’y a pas que moi, évoquer l’abstraction et là encore, c’était une chose…

Et vos sourires, on dirait –c’est peut-être fait exprès- il y a des expressions très agréables qui nous propulsent vers le blanc…

-Là, c’est peut-être la différence alors par exemple avec la première scène et la deuxième : sur la première, je n’aurais jamais pu avoir une caméra qui reproduise justement mon visage en gros plan. Ca, c’est quelque chose qui m’aurait mortifiée parce que peut-être que je n’étais pas prête pour ça (il est à noter que pour les deux dates à Bercy en 1989, des écrans géants étaient pourtant placés de part et d’autre de la scène, nda) alors que là, c’est quelque chose que je… c’est sans doute ça, le vrai changement : c’est de devancer ça et de dire ‘Voilà, maintenant je vais vous donner aussi mes clignements d’œil, mes larmes, mes joies, mes sourires, mauvais ou bons profils, peu importe : je me livre !’ (rires)

‘Dieu vomit les tièdes’, ça c’est vous qui l’avez…

-C’est dans la Bible ! (rires)

Oui, oui, je vous cite, je l’ai noté et je voulais rebondir là-dessus : vous êtes dure dans le travail ? Vous avez l’œil à tout ? Vous maîtrisez tout ?

-Maîtriser, je ne sais pas, mais en tout cas je fais en sorte, oui, de maîtriser le maximum. Dure, probablement ; pénible, à mes heures sans doute, mais maintenant je respecte l’autre, donc je pense que…

Les réactions, lorsqu’il y a un point qui vous agace, elles sont spontanées ou réfléchies pour apporter la solution ou pour essayer d’imposer votre vision des choses ?

-Elles sont… Là encore, c’est pas aussi simple que ça. Je m’enflamme très, très vite ! Même si dans le fond, la réponse a été donnée tout de suite, parfois elle est un petit peu trop -je ne trouve plus le mot !- démesurée, mais en tout cas elle est instinctive.

Diffusion de « Laisse le Vent Emporter Tout »

« Laisse le Vent Emporter Tout », c’est Mylène Farmer, extrait de votre album « Anamorphosée ». Continuons ce « Déjeuner de Gala » sur Nostalgie : on faisait référence tout à l’heure sur l’album aux guitares de Jeff Dahlgren. Est-ce qu’il y a eu d’autres ingrédients comme ça sur l’album et sur la scène que vous vouliez absolument avoir à vos côtés pour perdurer ce nouvel élan ?

-Sur la scène, oui : avoir des musiciens qui ont envie de jouer.

Pourquoi ? Le contraire, ça existe ?!

-Oui, parce que dans ce métier, ça peut devenir une routine très facilement. On vient en studio, on fait une séance et on s’en va… Qu’il y ait une énergie centrale sur scène, qui sera la mienne puisque je vais être le point central, et à la fois des danseurs et des musiciens, s’il n’y a pas une osmose parfaite, en tout cas un réel désir commun, je crois que c’est quelque chose qui est à moitié gagné. Donc, outre les capacités et les talents de musicien, il y a aussi ce vrai désir de se dire qu’à chaque fois qu’un spectacle est quelque chose d’exceptionnel et qu’il faut tout donner.

Cette osmose, on la ressent tout de suite ? Non, bien entendu, il faut du temps…

-Je crois que là encore, c’est plus l’idée de l’instinct qui vient quand on fait le choix des musiciens, et puis après je crois que c’est malgré tout à la fois et un travail et un partage. C’est-à-dire, c’est vrai qu’il y a beaucoup de moments, par exemple pendant les répétitions –que ce soit avec des danseurs ou avec des musiciens- il y a beaucoup de moments après la scène, avant le spectacle, à la cantine… Ca peut paraître ridicule, mais ce sont des moments qui sont importants à chaque fois parce qu’il y a une vraie ou communication, ou communion et que c’est là que se construit réellement ce que les gens vont ressentir sur scène.

À la cantine, comment on se détend ? On parle de blagues ou on continue à peaufiner les détails, ou à se dire ‘Ca, c’était pas bien ; ça, c’était bien’… ?

-Il y a toujours ces choses-là qui surviennent, mais en général pour un tel spectacle, parce que c’est quelque chose qui est obligé d’être extrêmement calibré. Après vient le temps de…

Ca doit être parfait avant qu’on l’ait commencé…

-Parfait : là encore, je me méfie un petit peu de ces mots en parlant de moi et de ce spectacle, mais en tout cas les choses techniques, par exemple, doivent être extrêmement étudiées, sinon on va à une catastrophe !

Vous vous aimez, parfois ?

-(elle soupire, puis rit) Sans doute, oui. Sans doute…

Vous aimeriez être l’amie de Mylène Farmer ?

-Posez-moi une autre question ! (rires)

‘De ce paradoxe je ne suis complice / Souffrez qu’une autre en moi se glisse’, héhé ! Est-ce que l’illogisme serait donc la seule logique possible ? Oh, c’est compliqué !

-Je vais avoir mal à la tête, bientôt ! (rire franc)

On a bientôt fini, docteur ! C’est vous : en lisant vos chansons, en les écoutant ça inspire ce genre de… Mon imaginaire a fonctionné, vous voyez ! (Mylène acquiesce d’un murmure) Donc forcément, c’est vrai que vous avez peut-être des difficultés à y répondre. ‘Mais qui est l’autre’ ?!

Diffusion de « Et Tournoie… »

« Et Tournoie… », c’est Mylène Farmer bien entendu, notre invitée aujourd’hui dans ce « Déjeuner de Gala ». Je reviens sur la scène : c’est Paco Rabanne qui vous habille –vous voyez, j’ai tout noté parce que je peux pas tout me souvenir, moi !- en 1989, c’était Thierry Mugler, qui avait fait aussi le clip de …

-Oui…hqdefault

Il y a eu Gaultier sur le clip de « Je t’aime Mélancolie », Alaïa sur le clip de « Que mon Cœur Lâche », non c’est pas ça ?

-Oui !

Bref, c’est une vraie collection ! C’est drôle…

-Oui, j’aime bien les couturiers !

Vous jouez sur scènes avec ces tenues ? C’est une façon de vous… ?

-Oui. Là encore, j’ai travaillé assez longtemps avec l’équipe de Paco Rabanne.

C’est une volonté de changer, comme ça, d’aller de l’un à l’autre qui ont quand même des styles très différents ?

-Oui. Encore que sur la première scène, à part deux ou trois tenues, Thierry Mugler n’était pas si en avant que ça : c’est-à-dire qu’il a accepté de prêter son talent mais de respecter aussi mon univers. Je fais allusion à « Tristana », par exemple, qui était des manteaux russes avec des écharpes, des gants : c’est pas très Thierry Mugler ! Maintenant, pour Paco Rabanne, l’idée c’était que ce soit près du corps, que ce soit ce qu’on appelle sexy… (rires)

Et talons hauts, cette fois-ci !

-Et talons qui sont très, très hauts ! (rires) Et Paco Rabanne, là encore ça fait partie des rencontres et des choses qui deviennent presque une évidence une fois que c’est choisi. C’est quelqu’un qui aime le blanc, c’est quelqu’un qui aime l’énergie, qui aime autant de choses qui avaient un rapport avec ce show.

Dans le monde de la mode, dans le monde de la chanson, il y a forcément moult personnes qui essaient de vous approcher, non ? Des projets, vous devez en avoir !-Mais non, pas tant que ça !

Pourquoi ? Vous faites peur ?!

-Je ne sais pas ! Mais non, il y a pas tant de…

Restons sur le domaine de la mode : il y a pas beaucoup de personnes au monde qui réclament autant de tenues pour une scène, et surtout des tenues qui sont mises en valeur, qui servent à quelque chose, non pas simplement à dire ‘Vous avez vu ? J’ai une belle tenue !’, donc forcément ça doit attiser les esprits fertiles !

-Mais non ! Alors, est-ce que c’est propre à ce pays ? J’en sais rien, mais c’est plus à soi à chaque fois de faire des démarches et d’avoir des désirs et d’aller vers l’autre plus que créer de réelles envies chez l’autre, non…

J’ai juste noté, il y avait Baudelaire aussi, j’ai oublié, avec « L’Horloge », que vous aviez adapté sur l’album « Ainsi Soit Je… » : ‘Trois mille six cents fois par heure, la seconde chuchote : souviens-toi’, ça, ça doit vous énerver, ça ! C’est pas vous, ça !

-(rires) C’est plus moi, ou j’essaye de ne plus l’être ! (rires)

J’avais noté également, pour essayer d’en finir avec cet album, « Anamorphosée », sur « Mylène s’en fout », c’est la pureté à travers le jade, ce minéral chinois. La pureté, ça pourrait être aussi un mot pour vous définir ?

-Oh, là encore c’est un exercice que je ne ferai pas, tenter de me définir, donc je vous laisse ces mots-là, mais le jade, l’évocation du jade qui évoque effectivement la pureté, l’idée aussi d’un matériau brut, d’un matériau qui n’est pas précieux mais qui devient avec le temps quelque chose de précieux

–mais là je ne m’évoquais pas moi précisément !

J’espère que ‘c’est sexy’, Nostalgie ! En tout les cas, c’est vrai qu’essayer de découvrir quelqu’un, essayer de percer le mystère, ça peut amener un grand risque : la déception. Je peux vous dire que vous êtes l’exception qui confirme la règle !

-C’est gentil ! Je pensais exactement à ça, à savoir est-ce que je n’ai pas déjà trop parlé ?!(rires)

Je voulais finir en vous paraphrasant : laissons le vent emporter tout, laissons Mylène prendre soin de tout. Voilà !

-(rires) C’est gentil à vous, en tout cas ! Merci !

Merci beaucoup.

Publié dans Mylène Autrement, Mylène et ses longs discours | Pas de Commentaires »

DU DISQUE A LA DEMANDE POUR MYLENE

Posté par francesca7 le 4 juin 2015

 

NRJ du 31 MAI 1996

 

JOURNALISTE(S) : FREDERIC BESSE

 

téléchargement (3)Fait rarissime dans sa carrière, Mylène Farmer donne une interview en direct quelques minutes avant d’entrer en scène, ici le soir de la première représentation du Tour 96 à Bercy (dont NRJ est partenaire).

Il faudra attendre son deuxième Stade de France en 2009 pour assister à nouveau duplex en direct.

Bonsoir à tous. Nous sommes donc ici à Bercy, où dix-sept mille cinq cents personnes se sont donné rendez-vous pour ce premier concert parisien de Mylène Farmer. Mylène a eu la gentillesse de nous ouvrir les portes de sa loge, elle doit monter sur scène dans quelques minutes. Elle est à nos côtés. Mylène, bonsoir !

-Bonsoir.

Tout d’abord, merci de bien vouloir se prêter au jeu du direct. Ma première question, c’est qu’attendez-vous de ces retrouvailles avec le public parisien ? J’imagine que ce premier concert au Palais Omnisports de Paris-Bercy constitue un des moments forts, un des temps forts de votre tournée…

-Je considère chaque date comme très importante : Bercy comme Toulon, comme toutes les villes de France. Qu’est-ce que j’attends ? Une formidable émotion, j’espère.

Quels sont les grands souvenirs que vous conservez de vos différentes performances à Bercy ?

-Je crois que j’ai à peu près tout effacé, si ce n’est le souvenir de regards, de visages.

Au fil du temps, avez-vous le sentiment d’être devenue une véritable bête de scène ? C’est en tout cas l’argument qu’avancent vos plus grands fans !

-Non, je ne peux pas répondre ! (rires) En tout cas parler de moi en ces termes. En tout cas, j’ai un vrai, vrai, vrai plaisir que de monter sur scène.

Beaucoup de personnes qui nous écoutent en ce moment n’auront peut-être pas la chance de vous voir sur l’une des dates de votre tournée, alors j’aimerais que vous nous expliquiez un peu comment se constitue cette tournée, comment ça se passe sur scène et comment vous définissez cette formidable scène qui a été mise en place avec je crois dix-sept personnes sur scène…

-Oui, il y a donc dix-sept personnes, il y a beaucoup de musiciens, il y a huit danseurs qui viennent de New York pour la plupart –avec un danseur français tout de même ! (sourire) Que puis-je vous dire ? Vous parler d’un écran, un écran géant qui fait 55m² et que j’utilise à la fois pour habiller les chansons avec beaucoup d’images abstraites, et ça c’est le travail d’une équipe qui m’a beaucoup aidée pour ça, et également qui pourra projeter ce qui se passe sur scène, des images lives. Il y a après des surprises dans le spectacle, beaucoup de mouvement et j’espère un peu de joie ! (rires)

Je crois qu’il est très important de préciser que le spectacle que les gens vont voir ce soir à Bercy est exactement le même point par point que celui que les gens vont voir en province. Est-ce que pour vous il est important de pas faire de privilégiés, comme ça ?

-C’est en tout cas le souhait et, si je puis dire, j’ai imposé et je n’ai pas eu grand mal parce que Thierry Suc, donc qui est le producteur du spectacle, est d’accord avec moi. J’avais envie effectivement, si je présentais un spectacle, je voulais présenter le même pour tout le monde.

Près de six cent mille exemplaires de l’album « Anamorphosée » ont été vendus. Comment expliquez-vous cette espèce de mysticisme de vos fans qui caractérise à chaque fois votre carrière -enfin, l’évolution de votre carrière ? C’est un petit peu délicat…

-Je ne sais pas. Là encore, je vais vous décevoir : je ne m’explique pas tout et je n’essaye pas, dans le fond, d’expliquer. J’essaye de recevoir, c’est tout. (sourire)

Dans quelques minutes, vous êtes sur la scène de Bercy. Quel contact, quel rituel aimez-vous instaurer avec votre public ? Est-ce que vous aimez vraiment rentrer en communion avec eux, qui connaissent à chaque fois chacune de vos chansons ?

clip-california-02-Rentrer en communion, je crois que ça se fait relativement naturellement quand j’ai la chance d’avoir le public que j’ai. C’est vrai qu’il chante toutes les chansons tout au long du spectacle, donc il y a fatalement quelque chose d’assez fort qui se passe.

Voilà, on va laisser Mylène se préparer tranquillement dans sa loge, parce que là il est 21h05 et donc dix-sept mille cinq cents personnes attendent avec impatience de voir Mylène. Je vous rappelle qu’elle va monter sur scène d’ici très, très peu de temps. On la remercie d’avoir très gentiment voulu se prêter au jeu du direct en notre compagnie.

-Merci, au revoir.

Merci, Mylène.

Diffusion de « California » pour clore la séquence (on entend Mylène tousser alors qu’est lancée l’intro de la chanson)

Publié dans Mylène 1995 - 1996, Mylène AU FIL DES MOTS, Mylène et ses longs discours | Pas de Commentaires »

DU XXL pour MYLENE FARMER

Posté par francesca7 le 4 juin 2015

 

MUSIQUE PLUS (QUÉBEC) 5 OCTOBRE 1996

JOURNALISTE(S) : GENEVIEVE BORNE

images (1)3 juin 1996. Entre deux dates du Tour 96, la chaîne musicale québécoise Musique Plus enregistre un entretien avec Mylène Farmer dans un salon de l’hôtel Costes, dans lequel s’est installée Mylène le temps des représentations parisiennes du spectacle.

Une version plus longue de cette interview incluant davantage d’extraits du spectacle sera diffusée près d’un an après, en septembre 97, lors de la sortie de l’album « Live à Bercy » au Canada.

Geneviève Borne : Bienvenue à cette émission spéciale qui met en vedette Mylène Farmer. Mylène Farmer est une méga star en France. Elle fascine les gens et tout au long de sa carrière, elle s’est entourée de mystère, elle a accordé très peu d’entrevues et ça, c’est une facette d’elle que ses fans apprécient beaucoup. Et malgré l’image très forte qu’elle projette dans ses vidéoclips, c’est une jeune femme très discrète et très timide que j’ai rencontrée à Paris. J’ai tenté de percer le mystère Mylène Farmer.

On voit alors des images de Mylène assise, prête pour l’interview. Elle porte une large et longue jupe d’un marron doré et un petit top noir recouvert d’une chemise claire transparente.

GB : Mylène, bonjour.

Mylène Farmer : Bonjour.

GB : J’ai beaucoup aimé ton spectacle. Il y avait plusieurs éléments : il y avait un groupe grunge, il y avait des images tirées directement de raves, il y avait des chorégraphies très dance. Ça faisait très années 90 : on prend un peu de tout ce qu’on aime, on mélange tout ça, et puis…Faut savoir bien le faire ! Est-ce que ça a été un grand défi de marier tout ça ?

MF : Non, du tout. Presque naturel. J’ai fait appel à une équipe créative quant aux images et je leur ai demandé, pour ne parler que des images, de l’abstraction pour habiller toutes les chansons. Quant aux chorégraphies, j’en ai fait quelques-unes ; j’ai fait appel également à un chorégraphe français, qui est également sur scène, qui est un des danseurs (Christophe Danchaud, nda), de travailler sur certaines chansons. Et puis, ma foi, tout le reste, c’est…

GB : Alors, tous ces styles-là te plaisent ?

MF : Si tant est que je voulais que ce soit un spectacle qui soit agréable pour les gens, étonnant, et assez complet.

GB : On t’a vue, sur scène, arriver dans une araignée, sur plusieurs des t-shirts vendus au spectacle, il y avait une araignée, tu as écrit aussi une chanson, « Alice », qui parle d’une araignée : qu’est-ce que ça représente l’araignée ?

MF : (rires) Quand j’ai évoqué l’araignée, que j’ai eu envie d’écrire sur cette petite Alice, je pensais à la face, au visage noir de l’artiste, ce que peut ressentir l’artiste, l’autodestruction de l’artiste, donc cette envie de dire à cette araignée de s’effacer, de partir. Voilà. Maintenant, est-ce que tout le monde a compris ça ? C’est pas très, très grave dans le fond. J’avais envie d’évoquer une araignée, donc voilà ! (rires)

GB : J’ai remarqué aussi que tu as changé beaucoup les arrangements de tes chansons : c’est plus rock.

MF : Oui. Il y a plus de guitares, c’est plus ce qu’on appelle ‘live’, moins d’instruments synthétiques.

GB : C’est l’influence de la Californie ou tu commençais déjà avant à aimer le rock davantage ?

images (2)MF : Je crois que j’ai toujours aimé les guitares. Maintenant, je pense qu’il faut parfois du temps pour y venir. Mon passage aux Etats-Unis a dû influencer, inconsciemment en tous cas.

GB : Tu as passé beaucoup de temps à Los Angeles ?

MF : Près d’un an.

GB : Tu avais besoin de partir de Paris ?

MF : Oui.

GB : Pourquoi ?

MF : Des moments, comme ça, dans sa vie où on veut s’échapper d’une normalité, de choses qui sont routinières, donc envie de partir, du voyage.

GB : Tu as pu vivre l’anonymat à Los Angeles ?

MF : Oui.

GB : Ça t’a apporté beaucoup…

MF : Ça apporte toujours : on se restructure, oui, d’une certaine façon parce qu’il y a des passages, comme ça, dans sa vie d’artiste, où on a besoin, oui, d’être isolée, d’être loin de son métier, si je puis dire, de son identité, en tous cas, de chanteuse ou…

GB : Est-ce que ta façon de voir ton métier a changé ?

MF : Non, c’est toujours la même. Je ne me prends pas au sérieux, mais essaie de faire les choses très sérieusement. J’ai toujours la même distance d’avec ce que je fais, malgré tout.

GB : Mais ta façon de voir la vie a changé par contre ?

MF : Elle est plus sereine, peut-être, aujourd’hui, un peu plus tendre.

GB : Tu as dit que tu avais réussi finalement à apprivoiser la mort. Tu étais très hantée par la mort dans le passé. À quel point ?

MF : Au point de se lever tous les matins et d’envisager sa mort, ou la mort du voisin, ou de ses proches. J’avoue que c’est quelque chose, oui, qui me hante moins, qui m’intéresse toujours autant en revanche.

GB : Tu crois maintenant qu’il y a une vie après la mort ?

MF : Je ne suis pas aussi définitive. J’essaie de l’envisager, en tout cas.

GB : Et ça, ça rassure un peu ?

MF : Ça aide en tous cas à vivre sa vie de… Enfin ces moments présents, oui. (sourire)

GB : Tu as rarement accordé des entrevues. À défaut de parler de toi, tu as fait beaucoup parler de toi. Est-ce que tu l’assumes ? Est-ce que tu l’as toujours assumé ?

MF : Non, je n’aime pas parler de moi, j’ai du mal. J’ai du mal. Maintenant, je sais que c’est important aussi pour… Je crois que je me dois, à un moment donné, dans le fond, de parler de moi puisque les gens s’y intéressent un petit peu, donc j’essaie de me faire violence et de faire un effort. (sourire)

GB : Tu préfèrerais être plus discrète ?

MF : Je le suis, de toute façon mais, là encore, c’est plus par pudeur. J’ai l’impression de dire suffisamment au travers de mes textes.

GB : Dans plusieurs des tes vidéoclips, tu te transportais dans une autre époque. Est-ce que tu as le sentiment que tu aurais aimé vivre à une autre époque ?

MF : Non. Je crois que c’est simplement l’idée du costume et essayer justement d’apprivoiser d’autres époques. Maintenant, une nostalgie d’époques que je n’ai pas connues, non, en aucun cas.

GB : Plusieurs de ces anciens clips-là étaient parfois choquants ou avaient une sexualité explicite, tout ça. Est-ce que, consciemment, tu voulais provoquer ou c’était l’idée du réalisateur ?

MF : Non, parce qu’un texte est un texte, donc le texte c’est moi qui l’écris. Maintenant, c’est vrai que j’ai travaillé avec Laurent Boutonnat sur les clips et nous avons beaucoup parlé sur chaque clip, chaque histoire, ce qu’on avait envie d’exprimer. Quant à l’idée de choquer, non c’est quelque chose qui vient, dans le fond, après. C’est plus le spectateur qui va être ou non choqué. L’idée de provocation…J’aime l’idée du non-conformisme par exemple. Maintenant, provoquer pour provoquer n’a aucun intérêt.

GB : Pour vous deux, pour Laurent et toi, une bonne occasion de mettre en valeur vos talents d’actrice et de réalisateur…

MF : Ça, je peux parler pour lui en tous cas (sourire). C’est un excellent réalisateur. C’est quelqu’un qui aime l’image, qui a une jolie narration. J’aime son travail, en tout cas.

GB : Le premier film que vous avez fait ensemble n’a pas eu l’accueil que vous espériez. Quelle leçon tu as tiré de cette aventure-là, de « Giorgino » ?

images (3)MF : De leçons, aucune parce que j’ai toujours envisagé ou l’échec de quelque chose, ou en tous cas son incompréhension, donc une leçon de vie, en aucun cas parce que je crois que j’espère avoir en moi une humilité quant à un travail fait et quant à un résultat envisagé. Maintenant, une déception, certainement oui.

GB : Est-ce que ça t’a pas enlevé l’envie de faire du cinéma quand même ?

MF : Non parce que, là encore, il faut relativiser. Je sais que, essayer de parler d’autre chose que de mon film à moi, il y a tellement de films ou de livres qui sont des livres et des films formidables mais qui ne rencontrent pas leur public. Je pense qu’il y a des moments comme ça qui sont mal programmés.

GB : Est-ce que tu crois au destin ? Est-ce que tu étais prédestinée à faire ce métier-là ?

MF : Je crois à des choses. Est-ce qu’on peut parler de destin, des choses qui vous sont apportées ? Mais après c’est à vous de faire tout le travail, c’est à vous de construire ou de détruire. Donc est-ce que tout est écrit ? En aucun cas, non.

GB : Est-ce que tu as trouvé que la façon de travailler des américains était très différente de celle des français, au moment de faire l’album, au moment de tourner des vidéoclips ?

MF : Je crois qu’ils ont un professionnalisme qui est très étonnant, très performant. Ce sont des gens qui discutent beaucoup avant, qui peuvent discuter après, mais pendant, ils sont là et sont là pour travailler et pour donner le maximum donc ça, c’est peut-être une caractéristique qui est assez étonnante chez eux.

GB : J’aimerais parler de tes plus récents vidéoclips, donc celui pour « XXL », qui a été réalisé par Marcus Nispel : tu te retrouves en figure de proue devant une locomotive. Tu étais réellement sur une locomotive en mouvement ?

MF : Attachée au train, oui.

GB : Ça faisait peur ?

MF : C’est impressionnant, mais surtout sur le dernier plan : c’est un plan très, très large, et là j’étais vraiment seule sur le train, avec des caméras qui étaient très éloignées, et le train prenait réellement de la vitesse. Là, c’est toujours très impressionnant (rires) ! Sinon, j’aime bien l’idée du challenge à chaque fois, sinon je m’ennuie.

GB : Et pour « L’Instant X », ça a été fait à New York ?

MF : Ça a été fait, je crois, en studio à New York, oui. Et là, j’étais plongée dans un bain de mousse, donc c’était plus statique.

GB : Tu t’es impliquée pour le concept de ces vidéoclips-là ?

MF : Oh oui, toujours. Toujours, oui. Je ne peux pas envisager ni de faire ce métier ni de me propulser quelque part sans en, non pas tirer les ficelles, parce que ce n’est pas une très jolie image, mais en tout cas être partie totalement prenante.

GB : Et pour « California » ?

MF : Là, j’ai eu envie de faire appel à ce réalisateur, Abel Ferrara. J’avais envie de jouer une prostituée et, ma foi, il a répondu oui donc c’est une belle aventure pour moi !

GB : Il y a un flash-back, puis on te voit toi avec les petits cheveux courts comme tu avais à l’époque aussi…

MF : Oui, oui. Non, ce pourrait être la version 90 de Libertine, son évolution ! (rires)

GB : Une autre chose qui m’intrigue, c’est que, dans les entrevues que j’ai lues, tu disais régulièrement que tu te trouvais pas nécessairement jolie, alors que tu es une très jolie fille, que tu ne t’aimais pas beaucoup non plus, souvent. C’est tout un paradoxe : ça doit être difficile d’être constamment sous les projecteurs quand on a ces sentiments-là…

MF : Oui, mais, là encore, je ne vais pas combattre ce paradoxe, il fait partie de moi. Il fait partie de, je crois, de la vie d’un artiste tout simplement. On a ses moments d’ombre, ses moments de lumière. Que de ne pas s’aimer ou totalement s’aimer et que d’avoir envie d’être sous ces dites lumières, je crois que c’est tout à fait envisageable.

GB : Au tout début, au départ, tu voulais être comédienne, au départ. Alors, la chanson, c’était venu un peu par accident. C’est devenu un amour plus important aujourd’hui ?

MF : En tout cas, j’ai eu la chance que d’avoir et Laurent Boutonnat pour le clip et juste l’idée du clip, tout simplement, pour la promotion d’une chanson donc, dans le fond, ça a comblé un vide que j’aurais pu ressentir. Maintenant, un clip n’est pas un long métrage : j’en ai fait un et maintenant, c’est quelque chose que j’aime profondément faire, mais qui n’est plus de l’ordre de l’obsession.

GB : Tu fais des dessins ?

MF : Oui.

GB : Ça fait longtemps ?

MF : Non, j’ai découvert ça réellement sur l’enregistrement de l’album, quand j’étais à Los Angeles, dans des moments -des moments quoi d’ailleurs ? Je ne sais pas ! (rires) Où je devais m’ennuyer, j’ai commencé de prendre mon crayon et de dessiner.

GB : Mais est-ce que tu savais que tu pouvais bien dessiner comme ça ?

MF : Non, mais c’est encore très… (rires) Je n’ai pas un grand, grand talent pour ça, mais j’aime bien le faire.

GB : Quand tu regardes l’ancienne image, la Mylène des clips d’avant, est-ce que tu te reconnais encore ? Est-ce que tu t’identifies encore à cette image-là ?

MF : Oui. D’abord, je ne me regarde pas, c’est plus simple ! (rires) Mais, bien sûr, ça a été une parcelle. Il y a des choses qui sont toujours là, qui sont en moi. Maintenant, j’ai changé, et c’est normal. Le temps nous change.

GB : Dans les dernières années, tu as vécu beaucoup de changements : tu as apprivoisé la mort, tu as changé un peu de style musical, de look, tu as vécu dans une autre ville, donc beaucoup, beaucoup de changements. Ce serait quoi le changement que tu aimerais faire encore ? Quelque chose chez toi que tu aimerais changer, ou quelque chose dans ta vie…

MF : Je ne sais pas. Je laisse la vie m’apporter ce genre de choses. Je crois que je suis déjà assez gâtée.

Diffusion d’un micro-trottoir très enthousiaste à la sortie de Bercy.

GB : Est-ce qu’on va avoir la chance de te revoir au Québec ?

MF : Je suppose que je vais y aller, oui.

GB : En spectacle ?

DU XXL pour MYLENE FARMER dans Mylène 1995 - 1996 220px-XXL_%28Myl%C3%A8ne_Farmer_single_-_cover_art%29MF : Si je peux amener le spectacle, et tout le spectacle, je viendrai. Maintenant, c’est une structure qui est très, très lourde -l’écran est géant. Donc l’idée…C’est pour ça qu’en province j’ai fait peu de dates, parce que je voulais amener tout le spectacle que j’ai présenté à Paris Donc, pour le Canada, si on me dit ‘On peut emmener toute la structure, tout le spectacle’, je le ferai, avec plaisir. (ce projet ne se concrétisera malheureusement pas, ni pour les spectacles suivants bien qu’évoqué pratiquement à chaque fois, nda)

GB : À ton spectacle, samedi soir, tu regardais le visage des gens qui étaient devant toi et tu as dit ‘J’ai les plus beaux visages devant moi’. Moi, je peux pas imaginer qu’est-ce que c’est d’avoir des regards comme ça. Qu’est-ce que tu voyais ?

MF : Des regards. Là encore, c’est des personnes qui vous écoutent et qui vous donnent au travers de leur sourire, de leur regard ou de leur émotion, donc c’est quelque chose. Ça, c’est des cadeaux qui sont très étonnants, très uniques en tout cas.

GB : Tu es heureuse maintenant ?

MF : J’aime ce que je fais. Au jour d’aujourd’hui, j’aime profondément ce que je fais. J’aime le spectacle que je fais, j’aime la rencontre d’avec le public. Donc oui, au jour d‘aujourd’hui, oui !(sourire)

Le générique de fin commence aussitôt

Publié dans Mylène 1995 - 1996, Mylène AU FIL DES MOTS, Mylène et ses longs discours | Pas de Commentaires »

Comprendre le message de Myléne du TIMELESS 2013

Posté par francesca7 le 10 mai 2015

téléchargement (1)

Les premières paroles chantées par Mylène Farmer lors de son dernier spectacle Timeless 2013 ne sont-elles pas « à l’envers cette terre », comme la dystopie est une utopie inversée, c’est à dire une représentation du monde souvent futuriste, toujours infernale, cauchemardesque ?

Comment installer cette dystopie ? D’abord par le lieu de ce voyage à travers les étoiles, vers un univers loin, très loin de notre monde, à des années-lumière, du moins en apparence, et l’arrivée d’un personnage énigmatique qui va changer cet univers. Après le noir, au bout de la nuit, les étoiles au début du spectacle qui finissent par former le visage de Mylène tel qu’il apparaît sur l’affiche de la tournée constitue peut-être un effet d’annonce. Une entrée stellaire, un bouillonnement d’étoiles fixes et filantes qui se rejoignent pour former peu à peu un tunnel rectiligne, puis en spirales, un tourbillon évoquant le Tartare grec. Les étoiles semblent elles-mêmes voyager dans le temps et l’espace. Ce passage entre les dimensions débouche sur un vaisseau qui évoque un cratère dans lequel on s’engouffre pour accéder à l’un de ses couloirs qui semble infini, labyrinthique, un dédale spatial, avec déjà le mélange des imaginaires mythologiques et futuristes : au tunnel stellaire succède un tunnel métallique mais toujours virtuel car ces plans sont des images de scène présentées sur un écran gigagéant, qui occupe tout le « mur » du fond de scène.

Sur cette même chanson, les images de scène semblent évoquer le processus de constitution de l’univers depuis le big bang : naissance et mort d’étoiles, explosions et reconstruction de matières nouvelles à partir d’éléments épars. 

Est-ce une façon d’annoncer l’absurdité du monde dystopique, sur lequel l’héroïne vient d’atterrir, qui tourne à vide sur lui-même ou simplement d’évoquer le cœur, l’âme du vaisseau sans lequel il ne pourrait fonctionner ?

Ce monde lui, on le verra, a trahi son pacte avec la nature à l’image des représentations habituelles de planètes lointaines sur le déclin qui se meurent de la surexploitation de leurs ressources .

téléchargement (2)A ce titre, le crâne nu de Moby, filmé de derrière au début du tableau « Slipping away » et bleuté, ressemble étrangement à la surface d’une planète. La voix stellaire de Mylène sur « A force de » vient donner un nouvel éclairage au thème de la chanson : savoir et vouloir espérer et donner l’espoir à l’autre quelque soit le situation, et ce en contemplant la beauté et la force de la nature : « La force des rapides, des vents qui se déchirent, me donnent l’envie de vivre, donner l’envie de vivre ; à force d’étincelles, que la nature est belle ». MF semble ici apporter au sein de la dystopie la voix salutaire d’un ailleurs, d’une nature qui existe encore bien qu’elle soit perdue ici, et qui va renaître au contact de ce personnage féminin, en tenue de voyage, encapée, entourée d’éclairs bleus à son arrivée sur scène comme l’écran derrière elle.

La voilà prête à réveiller le monde…

Cependant sur le titre suivant, « Comme j’ai mal », le soleil naissant d’ « A force de » semble décliner. Ici-bas, la vie se fragilise. La reconcentration, et non plus le déploiement, de ces lignes lumineuses, voire leur repli, qui plus est sur une musique inquiétante, s’opère autour d’une porte des étoiles mauve sombre qui rappelle un soleil noir ou un trou noir – avec le jeu de mots sur le trou noir psychique puisqu’elle chante « ma mémoire se fond dans l’espace ». Ici, la voix stellaire de Mylène devient gutturale, étrange, comme malade, à l’image de l’étoile déclinante dont les rayons, instables, se formant et se déformant, paraissent chavirer, tanguer dans un sens puis dans l’autre : « ma pensée se fige, animale ». Elle qui vient d’un ciel bleu pur, est comme étouffée par ce lieu étrange, dystopique, où elle vient d’atterrir : « je ressens ce qui nous sépare », ici il s’agit sans doute d’elle et du monde où elle pénètre. Elle est animalisée. Sa faculté à ressentir des émotions ou à penser rationnellement est comme absorbée . Elle décide pourtant de continuer son chemin. Et c’est là qu’elle va rencontrer les robots du tableau de « C’est une belle journée »

Nous voilà entrés au sein du monde dystopique. Et qui croisons-nous en premier ? De bien étranges robots, dès l’introduction du 3ème titre du spectacle « C’est une belle journée ». Tels des têtes chercheuses effrayantes, leurs yeux et à leurs bouches mués en lampes torches semblent traquer tout ce qui sortirait d’une « normalité » érigée en dogme non transgressible et en dehors de laquelle il est impossible de vivre dans une anti-utopie.

Or, ces robots soudain s’humanisent, joyeux, dansants, au contact de la seule femme « souveraine » (Mylène) qui subsisterait dans ce monde ou qui venue d’ailleurs sur son vaisseau spatial découvre un monde où les filles sont des robots : « voir des anges à mes pieds ». La simple présence de cette voyageuse semble leur donner l’envie d’aimer , « de paix », puis de s’aimer mutuellement, comme le montrera l’interlude centré sur eux. On peut y voir une explication de la présence dans ce spectacle de danseurs hommes uniquement autour de Mylène, d’où également l’attitude protectrice des mêmes danseurs très proches autour d’elle pendant le pont de « C’est une belle journée », en particulier des deux danseurs de devant (Raphaël Sergio Baptista, Aziz Baki) qui l’entourent de leurs bras : la rareté se doit d’être protégée. Elle dit d’ailleurs à ce moment-là : « comme un aile qu’on ne doit froisser ».

Ces robots sont l’un des épicentres du spectacle si bien qu’un interlude très original leur est consacré. Ils semblent se toiser du regard, se méfier les uns des autres, peut-être se découvrir comme « êtres vivants ». En tous les cas, ces robots irradient, dans un univers bleu froid, une lumière rouge. Celle-ci rappelle les opérations de détection de la chaleur corporelle qui apparaît souvent « rouge » pour ceux qui la traquent, dans certains univers de science-fiction. Les robots sont alors les seuls signes de vie.

On pourrait dès lors y voir l’interlude d’une autre rencontre amoureuse qui a lieu cette fois entre deux être humains : Mylène F. et Gary Jules sur la chanson suivante : « Mad world ». Pour en revenir aux robots, certes ils semblent méfiants mais ils sont surtout curieux, ils s’apprivoisent et quand l’amour est là, conscient et mutuellement ressenti, ils dansent soudainement la joie d’être aimé, malgré cette surveillance, sur une musique dont les arrangements évoquent des bruits « robotiques ». Ils changent de couleur au gré de leurs émotions : heureux de cet innamoramento, ils sont multicolores de même que les faisceaux de lumière les entourant, de plus en plus nombreux qui jaillisent de toutes parts. A cet instant, même les yeux de surveillance semblent entrer dans la danse et oublier leur mission orginelle pour partager un moment de joie.

images (2)L’animal est-il là au sein de la dystopie ? Sur le tableau « Monkey me », il génère cependant un moment de joie, en liaison avec thème de la chanson qui évoque une rencontre entre un animal prisonnier (en attente d’être adopté dans une animalerie) et une femme, et le sentiment quand leurs regards se croisent. Elle semble se reconnaître en lui, éprouver de l’empathie pour sa souffrance, se sentir elle-même prisonnière, d’où la nécessité d’adopter l’animal pour le libérer. Sur le tableau « Monkey me » du concert, on peut observer sur l’écran des pointillés disposés en cercles concentriques qui rappellent une cible : moment de jeu ou représentation du système solaire ? Les guitares couvertes de leds sur ce titre, donc lumineuses, symbolisent la joie associée au singe dans la mythologie japonaise, la chaleur, la vie au sein de la dystopie comme le marquent les couleurs chatoyantes, solaires (rouge, jaune or) du tableau. Sur certaines dates, 3 guitares sont équipées de leds lumineux : pour symboliser chacune un des trois singes de la sagesse ?

Lorsqu’il est fait de chair et de sang, l’homme est l’objet d’un spectacle-défouloir, objet de désir, sur « Oui mais non », où la chorégraphie virile et les costumes des danseurs semblent évoquer l’esclave ou le gladiateur désarmé ou le lutteur, jeté dans l’arène d’un jeu du cirque équivalent à celui de l’Antiquité romaine. On y développe la même martialité quitte ou double : comme on levait la main pour décider de la mort de quelqu’un, MF sur son fauteuil décide qui elle garde et qui elle rejette parmi ces hommes qui paraissent se lover autour d’elle.

A ce titre, les ombres chinoises, tour à tour noires ou blanches (ou les deux) au détour des portes de l’arène qui s’ouvrent et se ferment, sans cesse renaissantes, semblent signifier la multiplicité des peuples (conquis) réunis comme objet de spectacle au sein des Ludi. Leur forme et leurs mouvements rappellent dans leur agencement les amphores grecques ou les frises de l’Egypte antique. D’ailleurs, les doubles blancs des personnages, évanescents, qui volent, en arrière plan, d’une frise à l’autre, de corps en corps, de réincarnation en réincarnation, rappellent les « kâ », doubles spirituels de chacun être humain, naissant en même temps que lui, dans la mythologie égyptienne.

En contraste, l’homme venu d’ailleurs est l’objet de l’amour véritable dans Timeless. Amour d’adultes en un premier temps sur la partie « piano/voix » du concert. La seule relation humaine pour Mylène est passagère : Gary Jules apparaît sur scène dans l’obscurité et surplombé de faisceaux formant une colonne (un tunnel ?) de lumière vertical et blanc qui le transforme d’emblée en homme-ovni. Comme Mylène, il vient d’ailleurs, il n’appartient pas à ce monde dystopique, d’où le fait qu’il le qualifie de « mad world » et qu’il enjoigne ceux qui l’écoutent à s’ouvrir l’esprit : « enlarge your world ». Il devient dès lors le seul amour possible pour celle qui elle non plus « n’[est] pas de ce monde ». thématique si mylénienne de l’ami imaginaire et du voyage à travers le temps futur et passé et les dimensions (au centre du spectacle Timeless) serait dès lors le moment de la rencontre amoureuse, L’amour naissant…

En effet, en commençant le refrain par « si d’aventure je quittais terre », elle permet au doute de s’installer. Elle projette de quitter cet univers (parce qu’il la rend malade ?) comme elle le fera à la fin du concert, en laissant Gary qui n’est déjà plus présent : elle fait sa déclaration d’amour à un absent. Belle résonance avec le thème originel de la chanson, interprétable comme l’aveu d’amour à un enfant tant voulu mais qu’on a jamais eu, peut-être parce qu’il est mort-né , peut-être parce que l’enfantement tel qu’il se fait normalement est interdit dans certains univers dystopiques, pour contrôler les naissances, éviter la profusion des classes miséreuses, laborieuses, dangereuses. Cet enfant perdu est-il la raison de l’absence de Gary ? Le déploiement de l’amour sur « Les mots » occupait l’ensemble de la scène ; ici, point de suture, noir sur la scène (au début) pour accentuer l’absence, traversé de sept rayons blancs protecteurs, et repli de Mylène avec son pianiste sur la partie droite de la scène, comme si la musique sauvait de tout. « Et pourtant » signe la rupture de la relation – à cause de cet enfant non né ? : « mais tes lèvres ont fait de moi un éclat de toi », dit-elle à Gary, toujours absent – et ce même si l’amour persiste, signant la nécessité du départ. A ce moment, l’outro de « Et pourtant » confié à Yvan Cassar seul sur scène semble signifier que si l’amour est terminé, la musique survit et fait renaître. Alors que la musique gagne progressivement en intensité et en beauté, la scène sombre fait place à une lumière de plus en plus intense, statique puis mobile, qui éclaire la pianiste seul puis l’ensemble de la scène. La vie nous est redonnée par la musique.

images (3)Si l’amour d’adultes n’a pu donner lieu à la naissance d’un enfant, celui-ci apparaît tout de même, venu du public, donc d’en dehors de ce monde représenté sur scène : sur « A l’ombre » pour annoncer le renouveau à venir ou « XXL », chanson centrée sur le besoin d’amour de la femme, quelque soit le monde d’où elle vient. Les vaisseaux projetant des rayons formant des X, des images de MF et de ses guitaristes, de leur complicité, marquent à nouveau les moment de joie apportés par l’amour et la musique là encore – comme sur « Et pourtant », mais cette fois le musicien n’est plus seul. Le moment est idéal pour faire entrer sur scène, dans son univers, un enfant, par exemple celui, très mignon, du 11 septembre 2013. Ce contact amoureux avec le hors scène est élargi à l’ensemble du public dans le tableau « Bleu noir » où Mylène chante sur une nacelle mobile qui traverse l’ensemble de la fosse, et ce en liaison avec la thématique de la chanson, ici la vie vaut la peine d’être vécue pour les relations profondes que l’on y noue : « mais la vie qui m’entoure et me baigne me dit quand même ça vaut la peine » « la bataille est belle, celle de l’amour disperce tout ». Faire chanter au public le premier couplet du titre « Maman a tort » participe du même élan : « deux, c’est beau l’amour » « huit, j’m'amuse ».

Dans la même mouvance, mais plus clairement, « Désenchantée » permet de se focaliser sur les marginaux, les révoltés, les prisonniers politiques, les dissidents de cette dystopie : « tous mes idéaux, des mots abîmés ». Ceux-ci sont figurés par les danseurs. Avec la sorcière Mylène, ils sont enfermés hors du regard des « normaux », sur une planète hostile, rouge, peuplés d’insectes menaçants, veuves noires, gardiens lugubres des prisonniers exilés ….

Cette sorcière de « Désenchantée », nous la retrouvons sur « Diabolique mon ange ». Si la croix sur la nuque de Moby (« Slipping away ») semble renvoyer l’idée de religion, de spiritualité, elle aussi, à un lointain passé, de même que sur la partie piano-voix du concert, la croix très discrète sur l’échancrure de la robe pailletée d’étoiles de MF, elle signe surtout définitivement le rejet de la religion dans cet univers, en dehors de ceux qui tiennent encore quelque chose du passé :? D’ailleurs, les cinq soleils de « Bleu noir » reviennent à ce moment précis, non plus blancs, mais jaunes or, plus puissants, regaillardis par cette renaissance dans un tableau faisant référence au pays du Soleil levant, donc naissant ou renaissant et qui accueille, après « Sans contrefaçon », le tout premier titre de la carrière de Mylène, celle qui la fait naître en tant que chanteuse : « Maman a tort ».

« Sans contrefaçon » ? Des dystopies toujours… « Dans ce monde qui n’a ni queue ni tête », apparaissent des simili samouraï, guerriers rouges de la planète Mars, au double sens du dieu grec de la guerre et du sang versé au combat et de la planète rouge : « prenez garde à mes soldats de plomb, c’est eux qui vont tueront ». 

Dans le même ordre d’idées, toujours sur « Je t’aime mélancolie », l’industrialisation effrénée n’aboutit à rien puisqu’elle sert à construire des engins de mort : machine ambulante qui évoque un lieu de pendaison par couperet avec suspendus serpes et marteaux – symboles du communisme soviétique. Elle permet de mettre au point des engins de répression (gants de boxe sur ressort avec aussi une allusion au clip de la chanson de ce tableau) ou encore des machines occupées à un travail vain et inutile : machines à roues dotées de ciseaux géants mobiles servant à la culture d’une terre aride, bateau au sein d’une mer rougeâtre vide ou peuplée de squelettes de poisson, allusion au travail à la chaîne tayloriste (et à sa symbolique chaplinesque) avec ces bouteilles fabriquées en série qui explosent avant même d’être terminées. Plus loin, les visages humains eux-mêmes toujours indéfinissables semblent être produits en série. A noter que les premières dystopies sont nées avec l’industrialisation – destructrice parce qu’irrespectueuse – du XIXème siècle, révolutions industrielles dont l’une a été marquée par une découverte essentielle : l’électricité, ici représentée par une ampoule qui s’allume et s’éteint au milieu d’un visage vaguement défini. 

Vient « Rêver », le moment du départ, où il faut « changer de ciel », l’ultime chanson du concert, l’hymne à la tolérance, mais qui signale tout de même la fragilité du nouveau monde créé et la nécessité d’un agir ensemble pour le préserver.

Pour terminer, sur l’ensemble du spectacle, il faut souligner que, pas de doute, c’est un spectacle très réussi. Chaque membre de l’équipe sur scène a son moment privilégié, où l’attention est concentrée sur lui, marque de partage et de respect infini pour tous les acteurs du show : Gary Jules chante presque seul sa chanson « Mad world », le public chante presque seul le 1er couplet de « Maman a tort » ; il y a l’intro musical de « Et pourtant » qui met en valeur le pianiste Y. Cassar, l’intro de « Je t’aime mélancolie » pour les danseurs, l’intro de « Diabolique, mon ange » pour tous les musiciens et les choristes, la mise en avant des guitaristes sur « Monkey me » et « XXL » (et de l’un d’entre eux sur l’écran au milieu des « soleils » de « Bleu noir ») et bien sûr l’interlude robots. 

images (4)Et la joie présente du début à la fin du concert, en particulier autour de son héroïne toujours souriante, comme un contrepoint à la dystopie et le signe d’un espoir toujours vivant. Qui a dit qu’elle, Laurent B. et toute leur équipe n’étaient pas capables de se renouveler tout en gardant leur identité ? Où s’arrêtera le pinceau d’écume ? Jamais, puisqu’elle est éternelle… 


SOURCE : Cyril H. – à retrouver sur le site originel :  
http://roadmaster-087.skyrock.com

Publié dans LES TEXTES DE MYLENE, Mylène 2013 - 2014, Mylène 2015 - 2016, Mylène et SYMBOLISME | Pas de Commentaires »

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