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MYLENE FARMER cultive des amitiés inat­ten­dues

Posté par francesca7 le 17 avril 2016

 

 Sans titre

C’est un joli conte illus­tré, qui vient de paraître ce 12 novembre. L’histoire d’une belle rencontre, aussi. En asso­ciant leurs talents sur L’étoile polaire, le philo­sophe Michel Onfray, à la plume, et la chan­teuse Mylène Farmer, au pinceau, ont créé la surprise. Le fonda­teur de l’univer­sité popu­laire de Caen n’est pour­tant pas le premier esprit vif à céder aux charmes de la rousse liber­ti­ne…

Ses fans, comme ceux qui partagent son inti­mité, connais­saient son goût pour les textes de Charles Baude­laire, Guillaume Apol­li­naire ou encore Primo Levi. Avec L’étoile polaire, conte philo­so­phique conçu à quatre mains avec Michel Onfray, les médias découvrent sa curio­sité pour la pensée vivante, libre et contem­po­raine. Etran­gère à son époque, soli­taire et égocen­trique, Mylène Farmer? Quelques uns, et pas des moindres, vous diraient l’exact contrai­re…

Michel Onfray…

« Une artiste libre, auto­nome, indé­pen­dante, souve­raine », qui repré­sente « un style, un ton, un carac­tère, un tempé­ra­ment, une vie sans paillettes, sans arti­fices, vraie »… Ses détrac­teurs, pisse-vinaigre et pisse-copie, habi­tués à compres­ser la pensée en sentences défi­ni­tives, lui repro­che­ront de faire le portrait de l’être qu’il aime­rait voir en son miroir. Vrai que le philo­sophe et fonda­teur de l’uni­ver­sité popu­laire de Caen, fils d’ou­vrier agri­cole, auto­pro­clamé « orphe­lin de la gauche », athée tendance anar­chiste, s’est imposé comme une rock-star dans son genre. C’est pour­tant bien le portrait de Mylène, aussi discrète qu’il est devenu incon­tour­nable, que Michel Onfray, profa­na­teur des esprits anes­thé­siés et sculp­teur d’une certaine morale esthé­tique, faisait dans Le Point, il y a quelques semaines. Ensemble, lui à la plume, elle au pinceau, ils viennent de publier  L’étoile polaire (Gras­set), conte dans la lignée du Petit Prince de Saint-Exupéry, œuvre poétique sur la trans­mis­sion et la réali­sa­tion de soi. Impro­bable, la rencontre entre l’hé­roïne de la variété française et le hérault d’une nouvelle pensée française s’est faite par l’in­ter­mé­diaire d’Anne Carrière, éditrice de Lisa-Loup et le conteur, premier essai illus­tré de Mylène, en 2003, et, plus récem­ment, de Fragile, recueil de photo­gra­phies inédites de la chan­teuse réali­sées par Sylvie Lancre­non. A l’époque, Carrière espère confron­ter Onfray à un psy dans un livre d’en­tre­tiens. Il préfère porter L’étoile polaire, dont il vient de termi­ner l’écri­ture. Anne Carrière en remet le manus­crit à Mylène Farmer. La parti­ci­pa­tion de Michel Onfray à une émis­sion de Radio Clas­sique durant laquelle il fait diffu­ser Je te rends ton amour, un des titres les plus person­nels de « l’ange roux », préci­pite la colla­bo­ra­tion. « Profon­dé­ment touchée » et « fière », Mylène lui envoie un texto de remer­cie­ment et bien­tôt ses aqua­relles. Qui s’as­semble, au-delà des appa­rences, se ressemble. Si l’icône Farmer appré­cie la liberté et l’hu­mour du maître-à-penser, L’étoile polaire, objet litté­raire élaboré à quatre mains, raconte une bles­sure fonda­trice que ces deux orphe­lins de père ont en commun : comment survivre à un parent aimé et admiré dont la dispa­ri­tion a dépeu­plé le monde…

mylène

Marie de Henne­zel…

Le 17 décembre 1995, Jean-Luc Dela­rue accueille Mylène, qui vient de sortir son album Anamor­pho­sée, sur le sofa de son émis­sion domi­ni­cale Déjà le retour. On l’avait quit­tée folle blafarde hurlant aux loups dans les bois sombres de Gior­gino, film incom­pris de Laurent Bouton­nat. Après un exil cali­for­nien, elle nous revient sexy et souriante, en tech­ni­co­lor. Cheve­lure rele­vée, longue robe rose et talons hauts, elle maîtrise tous les codes d’une séduc­tion à l’amé­ri­caine. La profon­deur en plus.  La psycho­logue et psycho­thé­ra­peute Marie de Henne­zel est annon­cée comme invi­tée de la chan­teuse. Dans un livre  préfacé par François Mitter­rand, La mort intime : ceux qui vont mourir nous apprennent à vivre (Robert Laffont), la clini­cienne raconte son expé­rience en soins pallia­tifs et auprès de malades du sida. L’ou­vrage a boule­versé Mylène Farmer. La lecture du Livre tibé­tain de la vie et de mort de Sogyal Rinpo­ché l’avait déjà aidée à mieux appré­hen­der la fini­tude de l’être humain. La sagesse de Marie de Henne­zel est un baume pour l’ar­tiste dite morbide, qui confiera, des années plus tard, son regret de n’avoir pu embras­ser la dépouille de son père, Max Gautier. Inter­viewée sur leur rencontre par un site de fans, en 2005, l’au­teure de La mort intime, elle, se souvien­dra d’un « certain contraste entre une extra­va­gance physique, exté­rieure, et une grande matu­rité inté­rieure, une profon­deur ». Entre temps, elle aura été invi­tée à l’un de concerts de la chan­teuse à Bercy, en 1996, et, plus surpre­nant, dans son domi­cile pari­sien pour un déjeu­ner. Pour Marie de Henne­zel, aujourd’­hui membre du comité d’hon­neur du collec­tif Plus digne la vie, Mylène Farmer a « quelque chose d’un ange, dans le sens où l’ange est le messa­ger, comme Hermès dans la mytho­lo­gie. On sent qu’elle est perméable, qu’elle capte les choses. »

Salman Rush­die…

Condamné par l’aya­tol­lah Khomeini pour héré­sie et blas­phème envers l’is­lam, en 1989, l’au­teur des Versets sata­niques – faux scan­dale reli­gieux et vraie critique litté­raire des prophètes corrom­pus- est tombé en béati­tude devant la rousse liber­tine, il y a vingt ans. D’or­di­naire réputé pour le tran­chant de sa plume, aigui­sée, comme celui de sa parole, décom­plexée, l’écri­vain indo-britan­nique prête à Mylène « la voix d’un ange déchu. » Long­temps forcé à vivre dans la clan­des­ti­nité, il rencontre la chan­teuse, elle-même prison­nière de sa célé­brité, à Londres, à la fin des années quatre-vingt-dix. Tous deux assistent à un vernis­sage de l’aqua­rel­liste Fran­cesco Clemente, proche de Rush­die. Comme deux papillons désépin­glés, ils se frôlent et font le tour de l’autre, lors d’un dîner qui s’en­suit. Elle est séduite par son achar­ne­ment à déjouer la mort, son raffi­ne­ment et son cynisme very british. Il est fasciné par son aura, sa beauté et son mystère. L’icône classe et l’ico­no­claste se rever­ront plusieurs fois. A Londres, Los Angeles et Paris, où Rush­die sera même présenté à E.T., le singe capu­cin de la chan­teuse ! Bien que deve­nus proches, en témoigne une photo de Mylène et de Milan Rush­die, fils de Salman, dévoi­lée par l’écri­vain sur Twit­ter, au début de l’été 2014, ils conti­nuent de s’ad­mi­rer l’un l’autre. « Son profes­sion­na­lisme m’épate. Après l’un de ses derniers concerts, elle m’a confié qu’elle souf­frait d’une angine et d’une fièvre. Et pour­tant, elle n’en avait rien laissé paraître à ses fans ! », nous décla­rait l’au­teur, peu après la fin de la tour­née Time­less de son amie, en décembre 2013.

David Lynch…

Fils prodige et prodigue de l’Amé­rique, aujourd’­hui dispersé entre la pein­ture, le design, la musique et la promo­tion de la médi­ta­tion trans­cen­dan­tale, le réali­sa­teur de Blue Velvet, Twin Peaks et Mull­hol­land Drive – entres autres œuvres sur la dualité et la mons­truo­sité en chacun de nous  – a d’abord obsédé Mylène Farmer en tant que cinéaste. Le citant à maintes reprises parmi ses metteurs en scène favo­ris depuis le début de sa carrière, la chan­teuse n’hé­site pas à utili­ser une réplique du film Elephant Man dans un de ses titres, Psychia­tric, en 1991. « I am not an animal, I am a human being » :ce cri déses­péré du héros John Merrick, homme difforme réduit à n’être qu’une bête de foire, fait écho chez Mylène, déjà plus que singu­lière dans l’in­dus­trie du spec­tacle. En 1988, on l’a faite monter sur la scène des Victoires de la musique,  moins pour la grati­fier du prix de l’in­ter­prète fémi­nine que pour l’ex­hi­ber telle une chimère, une erreur de la créa­tion. Ecoeu­rée, elle n’y revien­dra plus, réser­vant ses élans à qui les vaut. Quand Ciby 2000, société de Fran­cis Bouygues produi­sant et distri­buant le cinéma de David Lynch, orga­nise une soirée en l’hon­neur de ce dernier, à Paris, à la fin des années quatre-vingt-dix, « l’ange roux », convié, appa­raît. Farmer et Lynch n’ont pas appris la même langue, mais ils déclinent un même langage.Ces deux misfits se recon­naissent, échangent et restent en contact. Bien qu’a­po­li­tique, en octobre 2007, Mylène gravit ainsi le perron de l’Ely­sée pour voir son ami décoré des insignes d’of­fi­cier de la Légion d’hon­neur par Nico­las Sarkozy. A l’is­sue de la céré­mo­nie, inter­pel­lée par un jour­na­liste d’Eu­rope 1, elle confiera, dans un franc sourire : « Dites simple­ment  à vos audi­teurs que j’aime David Lynch ! »Elle retrou­vera plus discrè­te­ment le cinéaste en janvier 2014, alors qu’il inau­gure une expo­si­tion de ses photos, inti­tu­lée Small stories, à la Maison Euro­péenne de la Photo­gra­phie, dans le quatrième arron­dis­se­ment de la capi­tale. « Génie touche-à-tout » et « mystique bouillon­nant » selon la chan­teuse, le réali­sa­teur, ex-étudiant en arts plas­tiques, l’au­rait égale­ment initiée à la litho­gra­phie, tech­nique d’im­pres­sion périlleuse, de façon « rassu­rante ».

claude berri et mylène

Claude Berri…

Malgré sa dispa­ri­tion en 2009, le cinéma français ne l’a pas oublié. Le grand public, non plus. A lui seul, tantôt réali­sa­teur,  tantôt produc­teur, souvent les deux, Claude Berri aura généré près de 50 millions d’en­trées en salles. Tchao Pantin, Jean de Florette, Manon des Sources, Germi­nal, Ensemble, c’est tout, Trésor, mais aussi Tess, Banzaï, L’ours, L’amant, La Reine Margot, Ma femme est une actrice, Asté­rix et Obélix : Mission Cléo­pâtre ou encore Bien­ve­nue chez les Ch’tis… Diffi­cile d’énu­mé­rer les succès ciné­ma­to­gra­phiques, critiques et popu­laires, auxquels son nom fut asso­cié, sans perdre son souffle. Auto­di­dacte du 7eme art, Claude Lang­mann, de son vrai nom, n’avait pas seule­ment du flair pour pres­sen­tir le goût des autres. Ce grand pudique, à la mine parfois sombre mais aux avis toujours éclai­rés, avait égale­ment l’œil d’un esthète. A la tête d’une impres­sion­nante collec­tion d’œuvres d’art contem­po­rain à la fin de sa vie, l’homme acheta une gouache de Magritte dès ses trente-six ans, ouvrit une gale­rie dans laquelle il exposa, Yves Klein et Daniel Buren, entre autres, au tout début des années quatre-vingt-dix, et rassem­bla ses ultimes coups de cœur dans un espace de 280 mètres carré à son nom, en 2008. C’est par l’in­ter­mé­diaire de sa dernière compagne, Natha­lie Rheims, qu’il rencontre Mylène Farmer, à l’aube des années 2000. Natha­lie vient de publier son premier roman, L’un pour l’autre, qu’elle fait suivre à Mylène. Celle-ci l’en remer­cie – par textos – avant de l’in­vi­ter chez elle en Corse. Une amitié, encore entre­te­nue par une conver­sa­tion télé­pho­nique quoti­dienne, est née. Claude Berri succombe à son tour. Après avoir vu l’icône Farmer sur scène, il assure à son entou­rage n’avoir pas vécu pareille révé­la­tion depuis…

Edith Piaf ! Un projet d’adap­ta­tion de L’ombre des autres, autre roman de Natha­lie Rheims, avec Mylène dans le premier rôle, est bien­tôt lancé. Il ne survi­vra pas à la mort de Berri. Le dernier nabab du cinéma français et sa compagne auront néan­moins aidé leur amie à crever un autre écran : celui de sa réserve. C’est tous les trois qu’ils se rendent ainsi à l’édi­tion 2006 de la Foire Inter­na­tio­nale de l’Art Contem­po­rain (FIAC), grand rendez-vous de la vie pari­sienne. Le 15 janvier 2009, au cime­tière de Bagneux où l’on enterre Claude Lang­mann-Berri, un voile noir – le col déroulé de son pull – cache le visage de Mylène. Si la vie a une fin, ce jour-là, le chagrin n’en avait pas.

Article paru sur gala.com

 

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Un titre n° 1 au TOP 50 des années 1990

Posté par francesca7 le 23 décembre 2015

 

Sans titreDès la sortie de l’album Ainsi soit je… une chanson est particulièrement appréciée par les fans de Mylène. Il s’agit de Pourvu qu’elles soient douces ; qualifiée « d’ode à la sodomie ».

La chanteuse choisit ce titre comme troisième extrait. Le single sort le 12 septembre 1988, jour de l’anniversaire de la chanteuse. En radio, une version plus courte et légèrement remixée est proposée. Même avant la sortie du clip, le succès est au rendez-vous, puisque le titre se classe numéro 1 du TP50 pendant cinq semaines consécutives. Pourvu qu’elles soient douces se vend à plus de 700 000 exemplaires. Il est certifié disque d’or et reste encore aujourd’hui l’un des trois plus gros succès de Mylène Farmer. On retrouvera sur la face B des 45 Tours et en piste 2 du CD maxi un titre inédit : Puisque.

Le tournage du clip se déroule dans la forêt de Rambouillet, dans les Yvelines, fin août 1988  il va durer 8 jours, dans des conditions difficiles : « Nous nous levions tous les matins à 5 heures et nous couchions le lendemain à 1heure », confiera la chanteuse. Pour les fans, c’est du « pur Farmer ». Le budget : 4 000 000 francs soit 600 000 € ; plus de 600 figurants choisis dans l’armée française ; 50 techniciens. Laurent Boutonnat va également faire appel à un conseiller historique. Ce court-métrage de dix-huit minuits (le plus long de la carrière de Mylène Farmer) est la suite de celui tourné pour Libertine en 1986.

Après me gros succès de Pourvu qu’elles soient douces qui marquera l’année 1988, Mylène Farmer souhaite proposer un dernier single extrait de son album Ainsi soi je… Ce sera Sans Logique. Un 45 Tours, un Maxi 45 Tours et un CD Mai (en carton) illustrés par une photo prise par Marianne Rosenstiehl sont mis en vente le 20 Février 1989. Le cliché montre une Mylène tête baissée, le visage pâle, une larme de sang coulant sur sa joue gauche.

Pour la face B du Vinyle, la chanteuse, très généreuse à cette époque, propose un nouvel inédit, Dernier sourire, même si au départ c’est la reprise du titre Je voudrais tant que tu comprennes (initialement chanté par Marie Laforêt) qui avait été envisagée.

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En 1989, Sans logique sera l’une des 10 chansons à générer le plus de droits d’auteur et atteindra la 10è place du TOP singles en France en se vendant à environ 200 000 exemplaires.

  »Sans logique c’est le paradoxe satanique et angélique. Ma personnalité et ma dualité, c’est réellement ça. Je peux basculer très facilement d’un extrême à l’autre« , dit Mylène Farmer.

Le clip va encore une fois être réalisé par Laurent Boutonnat et sera diffusé en exclusivité sur M6 le 15 mars 1989, trois jours avant le premier concert du Tour 89 au Palais des Sports. Le décor : un terrain vague, un ciel sombre, de la brume, des costumes ternes. Le scénario. Mylène combat son amant sous les yeux amusés d’enfants gitans, d’adultes et de vieillards, avant de le transpercer mortellement avec ses deux cornes en lames de couteaux. Le tournage va se dérouler en un peu moins d’une semaine, exclusivement dans les studios d’Arpajon, près de Paris.

extrait de Mylène Farmer Ses mots, Ses clips aux Editions Chapitre.com 2014

 

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Le premier Champs Elysées de Mylène

Posté par francesca7 le 21 décembre 2015

 

 Champs Elysées

Le 6 mai 1987 : Mylène Farmer pense probablement à ce moment-là qu’il faut monter sur scène pour promouvoir ses preemières chansons et rencontrer ses fans. Mais d’abord, il lui faut réaliser un nouvel album. Avant l’arrivée de cet album, Ainsi Soit je… la chanteuse propose un premier extrait : Sans contrefaçon. Le public, de plus en plus nombreux, va pouvoir acquérir trois supports : Un 45 tours, un Maxi 45 Tours et un maxi CD avec une pochette carton façon Single 2 titres, le premier de la carrière de Mylène.

Avec cette chanson, les contours de l’univers assez spécifique de la chanteuse se désignent progressivement ; elle devient aussi une icône gay. Dans un premier temps, Laurent Boutonnat qui travaille d’arrache-pied sur les musique sdu prochain album de Mylène, avait pensé proposer en sigle une reprise de la célèbre chanson de Juliette Gréco, Déshabillez-moi mais, pendant l’été 1987, les projets vont être modifiés, le nouveau single de Mylène sera Sans Contrefaçon. La première de Déshabillez-moi n’est pas pour autant écartée. On la retrouvera sur l’album Ainsi soit je….

Le futur tube sort le 16 octobre 1987. On découvre sur la face B du 45 Tours in inédit : La route triste, avec une musique de Laurent Boutonnat et des paroles de Mylène Farmer, ce qui sera dorénavant monnaie courante. Le duo travaille sur le scénario du clip et, le 19 octobre, Mylène se fait mouler le visage pour la fabrication d’une marionnette.

Le démarrage de Sans contrefaçon en radio est plutôt laborieux se qui n’est guère du goût de Mylène, qui lance un défit à son manager Bertrand Le Page : « Je me souviens qu’elle m’avait téléphoné en me disant : « Si tu es un bon manager, tu vas me le prouver : je veux deux fois plus de passages sur NRJ pour Sans contrefaçon ».J’ai eu le trac, mais je les ai obtenus ».

Parallèlement, la chanteuse va débuter la promotion en télévision à partir de mi-novembre 1987 et va interpréter le titre pas moins de seize fois jusqu’ne févier 1988. Des efforts qui seront récompensés. L’extrait du futur album entre le 5 décembre 1987 à la 21è place du TP50 et atteindra la 2è place, son meilleur classement, le 20 février 1988. Le hit de l’époque de la chanteuse Sabrina, Boys, Bosy, Boys, l’empêchera d’accéder à la première marche du podium. Sans Contrefaçon se vendra à plus de 500 000 exemplaires en France et sera certifié Singe d’or. C’est alors le plus gros tube de Mylène Farmer.

Le tournage du clip se déroule du 9 au 14 décembre 1987 sur les plages de La Hague dans le Cotentin. Il est réalisé un peu tardivement alors que la chanson est déjà un succès. C’est la première fois que Mylène participe aussi activement à l’écriture du scénario. Sa première idées était que l’histoire se déroule dans un camp de concentration.

Le clip est diffusé en avant-première pour la presse au cinéma Max Linder à Paris en janvier 1988 et est nommé aux Victoires de la Musique la même année. Mais le trophée est remporté par les Rita Mitsouko pour le clip C’est comme ça réalisé par Jean-Baptiste Mondino.

Ainsi soit- je… est le second album de Mylène Farmer. Il sort le 14 mars 1988. Ainsi soit-je… c’est aussi le nom d’une chanson qui va devenir le second extrait un mois plus tard. Il fait suit e au précédent tube sulfureux Sans Contrefaçon. C’est la première fois que Mylène décide de sortir une ballade, elle prend donc un risque. C’est peut-être une manière de monter plusieurs univers musicaux.

http://www.dailymotion.com/video/x37mqa

Le single sort le 4 avril 1988 sur différents supports : à côté des classiques 45 tours et maxi 45 tours, on découvre pour la deuxième fois un CD Maxi et pour la première (et unique) fois un CD Vidéo. Le single se vend à environ 150 000 exemplaires en France et atteint la 12è place du TOP50. Un des rares singles de Mylène à  ne pas avoir réussi à rejoindre le TOP10, mai peu importe, il a séduit les fans. D’après nombre d’entre eux, la version studio serait parfois fatigante, mais c’est l’une des chansons qui dégage le plus d’émotions lors d’un concert. Le clip réalisé par Laurent Boutonnat en deux jours sur fond vert aux Studio Sets de Stains en région parisienne est diffusé en avant-première le 22 mai 1988 dans l’émission Les animaux du monde sur TF1, émission à laquelle Mylène participe ce jour-là.

En 1988, Ainsi soit je.. ; est interprété dans huit émissions différentes.

extrait de Mylène Farmer Ses mots, Ses clips aux Editions Chapitre.com 2014

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L’AVANCEE DE LA CARRIERE DE MYLENE – extrait du livre

Posté par francesca7 le 21 décembre 2015

 

News136La carrière de Mylène Farmer avance mais ce n’est pas encore suffisant. En ce début d’année 1986, elle n’a plus le choix, il lui faut un tube. En mars 1986, Mylène et son équipe créent Libertine, qui devait au départ s’appeler L’amour tutti frutti. Il avait été initialement prévu que la chanson sorte en 1885, mais la maison de disques avait alors imposé Plus grandir. Sur la pochette de 45 Tours et du Maxi 45 Tours, Mylène est toujours châtain, vêtue d’une veste orange. Pour le moment le titre ne déchaîne guère les passions … pour le moment.

Le 1er avril sort le premier album Cendres de Lune. Le texte de Libertine est très hardi. Il enchaîne les métaphores et les connotations à caractère sexuel. C’est une révolution dans le domaine musical. au départ, Boutonnat, auteur du texte, voulait : « Je suis libertine, je suis une putain », mais « putain » fut remplacé par « catin » pour ne pas scandaliser les mentalités encore chastes durant ces années 80.

Le titre va devenir un succès grâce à deux éléments : une couleur de cheveux et un clip pour lequel Laurent Boutonnat, toujours aux manettes, va bénéficier d’un budget de 75 000 euros. quatre jours seront nécessaires à la création de ce petit bijou de onze minutes. Pour le tournage, deux châteaux vont être choisis : celui de Ferrières et celui de Brou, en Seine et Marne. C’est la première fois qu’il y a autant d’acteurs et de cascadeurs. Boutonnat a désormais sa propre équipe. Près de 50 personnes vont travailler à ses côtés. Les décors sont fabriqués par Emmanuel Sorin, qui a entièrement réaménagé la pièce principale du Château de Ferrières afin de recréer un style XVIIIè siècle, et les costumes sont dessinés par Carine Sarfati. Des perruques sont spécialement conçues pur l’occasion.

Chateau_de_Ferrieres

Le clip est projet en avant-première pour la presse au cinéma Mercury des Champs Elysées le 18 juin 1986 et une version courte sera proposée à la télévision. Désormais Mylène est rousse et le restera.

Le clip connaît un véritable succès malgré quelques mauvaises langues, il va propulser Mylène vers la gloire et son travail est enfin récompensé. Durant ‘été 1986, deux nouveaux 45 Tours vont sortir. Sur la pochette, une photo de Mylène extraite de la vidéo. En septembre la chanson entre au TOP 50 et parviendra à la 10è place, restant classée vingt semaines. Il s’en vendra environ 300 000 exemples et Libertine deviendra le premier disque d’argent de la carrière de la chanteuse. Une version anglaise de la chanson, Bad girl, est enregistrée mais ne sortira jamais. Cette dernière peut toutefois être écoutée sur internet .

Image de prévisualisation YouTube

Mylène chantera 22 fois le titre à la télévision et, pour la première et dernière fois (à ce jour), Mylène Farmer et Laurent Boutonnat sont invités ensemble le 1er septembre 1986, lors du journal de 13 heures d’Antenne 2. L’album Cendres de Lune sera réédité dans une nouvelle version en 1987 avec un titre inédit, Tristana et parmi les bonus, un Remix Spécial Club de Libertine.

Après le succès de Libertine, il ne faut pas s’arrêter. De plus, Mylène bénéficie désormais d’une couverture médiatique suffisante pour se faire connaître du grand public. Tristana va devenir le quatrième extrait de l’album Centres de Lune (après Maman a tort, Plus grandir et Libertine). Le 12 février 1987, trois supports sont proposés à la vente : un 45 Tours un Maxi 45 Tours et une cassette audio. Cette chanson c’est avant tout un texte sombre autour de l’ennui et de la mélancolie. Sur la face B, le titre Au bout de la nuit, qui avait d’ailleurs été pressenti, avant Tristana, pour devenir le nouvel extrait. On retrouve sur la pochette une photo de Christophe Mourthe. Le single démarre doucement au TOP50 mais va grimper progressivement les marches du classement pour atteindre la 7è place. Il se vendra à environ 250 000 exemplaires en France et sera certifié disque d’argent.

Mylène défendra ce titre à la télévision en l’interprétant pas moins de vingt six fois ; Pour la première fois elle est accompagnée pur chaque prestation par deux danseuses : Sophie Tellier, déjà connue pour son apparition dans le clip Libertine, et Dominique Martinelli. En mars 1987, nouveau tourna à  La Chapelle en Vercors, dans la Drôme. Le clip est parfaitement scénarisé, l’histoire se déroule en Roussi alors de la révolution de 1917, et est directement inspirée de Blanche Neige et les sept nains ; La tsarine veut savoir si elle est toujours la plu belle du royaume. Elle l’est mais il y a aussi la jeune Tristana. Folle de rage, la tsarine ordonne à un moine de la tuer et de lui ramener sa peau de pêche, avant d’éclater d’un rire diabolique.

Dans la forêt enneigée, Tristana s’amuse avec son amoureux, Rasoukine, mais le moine arrive. Rasoukine, qui tente de la protéger, se fait taillader la joue à l’épée. Tristana prend la fuite.

Elle est recueillie dans une maison par sept nains qui l’hébergent et la nourrissent (…) Le budget est estimé à environ 900 000 francs (soit environ 140 000 euros). Le tournage a mobilisé une équipe d’une quarantaine de personnes (la même que celle du clip Libertine). Le premier assistant réalisateur est François Hanss, qui réalisera des années plus tard des clips et des films de concerts pour Mylène. Le clip est proposé en avant-première à l’UGC Normandie des Champs Elysées le 6 mai 1987. Les diffusions à la télévision seront assez régulières même si le court métrage de douze minutes arrive à un moment difficile, après la disparition de la chaîne hertzienne musicale TV6.

extrait de Mylène Farmer Ses mots, Ses clips aux Editions Chapitre.com 2014

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INTERVIEW DE Yannik Provost – Tout sur Mylène Farmer

Posté par francesca7 le 17 juillet 2015

 

 

Mylène Farmer : une grande astronaute en vente sur www.edilivre.com/

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« Une grande astronaute » : c’est dans ces termes que Mylène Farmer aimerait que l’on se souvienne d’elle. Une grande conquérante de l’imaginaire. La seule artiste féminine française à avoir marqué son empreinte sur quatre décennies, passant du métier de mannequin pour publicités à la scène du stade de France vingt-cinq ans plus tard. De nombreux ouvrages lui ont été consacrés, tentant en vain de percer le secret de sa réussite. « On invente ma vie, mes émotions » disait-elle en 2006. Alors pour raconter la carrière de Mylène Farmer, qui de mieux que Mylène Farmer elle-même ?

 

Trente ans de carrière sont retracés dans cet ouvrage, uniquement réalisé à partir de propos de l’artiste puisés dans plus de trois cent cinquante interviews de presse, à la radio ou télévisées, de 1984 à fin 2013.

 

Yannik Provost bonjour ! Votre livre est réalisé à partir des propos de l’artiste, puisés dans plus de trois cent cinquante interviews presse, radio ou télévisées, de 1984 à 2014. On imagine que le travail de recherche a dû être long et laborieux ?

 

Pour réaliser « Mylène Farmer : une grande astronaute », plus de deux ans m’ont été nécessaires. Je me suis beaucoup basé sur le site d’un confrère, Mylene-interviewed.c.la. Woodstock (co-webmaster également de mon site Web Innamoramento.net) y recense l’intégralité des retranscriptions des interviews de la chanteuse depuis 1984. J’ai tout relu, mais j’ai également réécouté et revisionné toutes ses interviews (fichiers vidéos, audio…), pour retrouver le ton des réponses, par exemple.

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Vous précisez que votre livre ne contient ni rumeurs, ni bruits de couloirs. Une volonté de respecter l’artiste et sa vie privée ? 

Plus qu’une volonté, cela découle surtout du principe même de l’ouvrage : ce sont les mots de la chanteuse, ou en tous cas ceux qui nous sont parvenus… avec la déformation possible que l’on connaît pour certaines interviews de presse écrite, des années 80 surtout ! Les journalistes se plaisaient alors à parfois romancer ou exagérer certains propos ! Mais j’ai pris le parti de conserver ces interviews tout de même : déjà, parce qu’il est bien subjectif de juger que tels passages sont exagérés de l’intervieweur, mais également parce que le livre se veut une « image » de l’artiste construite à partir des interviews de 1984 à 2013. Pour que ce soit plus clair : je ne prétends pas qu’il s’agit là d’une autobiographie où tout est vrai, où tout a été dit à 100% par l’artiste de façon certaine ; c’est uniquement une biographie construite à partir de ses interviews, que le journaliste ait exagéré des réponses, ou que Mylène elle-même se soit amusée (et c’est le cas) à inventer des anecdotes, qu’importe, c’est une image que l’on peut avoir de sa carrière et de sa vie par rapports à ses interviews.

 

On sent dans votre avant-propos une grande précaution à préciser que ne voulez pas parler au nom de Mylène Farmer. Pourquoi ? La peur d’être mal compris par les fans dans votre démarche ? Ou là encore une précaution vis-à-vis de la chanteuse ? 

Les deux : je voulais que ma démarche soit claire, bien comprises, que ce soit par le public ou par l’entourage de la chanteuse. Pour évoquer de nouveau ma réponse suivante, évidemment que si on imagine Mylène lire cette biographie, elle rigolerait de beaucoup de passages, ne se souviendrait pas avoir dit ça, ou ne se retrouverait pas dans certains chapitres. J’en reviens au principe du livre : je ne prétends pas avoir écrit une fausse autobiographie de la manière qu’aurait pu le faire la chanteuse pour ses 30 ans de carrière ; je prétends avoir écrit une fausse autobiographie à partir des interviews publiées !

 

D’ailleurs, question inévitable : la chanteuse et/ou son équipe ont-ils été mis au courant de votre livre ? Lui avez-vous envoyé ? 

Au courant oui, mais pour l’envoi ce sera dans quelques jours !

 

Parlons du choix des chapitres ! Comment avez-vous fait pour regrouper les dires de la chanteuse sous des grands thèmes comme « Eléments biographiques », « Carrière », « Métier » et « Personnalité » ? Cela doit-être un véritable casse-tête non ? Comment avez procédé ? 

Un casse-tête, c’est le terme ! Concrètement, j’ai tout relu/réécouté/revu, à chaque réponse je « notais » cela comme allant dans telle catégorie, tel futur chapitre… Certaines parties ont ensuite fusionné, tout a pris un ordre chronologique… Il faut savoir qu’à la base, « Mylène Farmer : une grande astronaute » devait être uniquement axé sur ce que la chanteuse a pu dire pour expliquer ses textes et clips (ce qui correspond au final à la partie « centrale » de l’ouvrage dans la table des matières). Et finalement, j’ai pris mon courage à deux mains et je me suis dit que ce serait bête de ne pas en profiter pour faire ce travail pour la moindre de ses phrases, que ce soit au sujet de ses goûts cinématographiques ou ses souvenirs d’enfances à regrouper. Je sais pertinemment que des passages du livre peuvent paraître… « lourds » ? Je veux parler de tout ce qui se retrouve par n’être qu’un listing, dans le genre « J’aime tel artiste, et lui, et lui, et je me souviens avoir eu un album d’untel ». Il fallait vraiment ne pas perdre un seul mot, un seul souvenir, donc on retrouve ces espèces de listing ou des passages redondants.

 

L’artiste accorde désormais peu d’interview. On imagine forcément qu’une mise à jour de votre livre est plutôt lointaine ? Elle ne vous facilite pas la tâche sur ce coup-là ! 

Je ne pense pas qu’il y aurait un jour une mise à jour ! Déjà parce qu’effectivement il n’y aura pas beaucoup de « matière » à l’avenir, mais aussi parce que j’aime bien l’idée que le manuscrit se soit arrêté fin 2013, pile pour les trente ans de carrière.

 

Les médias et les biographes se targuent souvent dans leur promotion de vouloir « percer le mystère Farmer » ! Ma question est simple ! Avez-vous réussis à travers les propos de la chanteuse à percer son mystère ? 

D’un point de vue personnel, en tant que fan, réaliser ce livre m’a beaucoup appris ! On a beau avoir déjà tout lu ou tout entendu sur elle, lorsque tout est réuni comme ça, et non perdu à travers des commentaires de journalistes ou au milieu d’autres réponses de l’artiste moins « intéressantes », on peut se concentrer sur l’essentiel. Des anecdotes précises, des rêves qu’elle a racontés avoir fait certaines nuits, des explications sur des paroles de chansons alors même que l’on avait oublié qu’elle ait formulé ces explications un jour…

 

Le succès de la chanteuse ne semble pas vouloir fléchir puisque après les succès en billetterie de sa tournée, du film du concert, le public achète aujourd’hui en masse le DVD Timeless ! Et pourtant elle est quasi muette dans les médias. Comment expliquer ce phénomène ? 

Mylène Farmer l’a défini très bien, dans le titre de la préface du livre photos « Avant que l’ombre… à Bercy » publié en 2006 : c’est « inexplicable » !

 

Votre premier ouvrage sort aux Éditions Edilivre. Qu’est-ce qui vous as convaincu à rejoindre cette maison d’édition ?  

Une fois le manuscrit terminé, dans une première version « courte », il y a plus d’un an, j’ai commencé à l’envoyer à plusieurs maisons d’éditions : des plus connues aux plus petites. Beaucoup de lettres de refus pendant des mois, et puis un jour « Edilivre » m’a répondu, en janvier dernier. Ce n’est pas la parfaite maison d’édition, puisqu’elle imprime les exemplaires à la commande, mais c’est bien mieux que rien ! Sans ça, le livre n’existerait toujours pas à l’heure actuelle. Je reçois même encore aujourd’hui parfois des lettres de refus pour des envois que j’ai pu faire en décembre dernier à des maisons d’éditions…

 

Plus de 4400 « J’aime » sur la page Facebook consacré à votre livre avant même sa sortie. C’est un véritable plébiscite des fans pour ton bouquin. Est-il envisageable, si le succès est au RDV, que votre ouvrage sorte un jour en librairie ? 

 Pas sous cette maison d’édition. Mais si un autre éditeur est intéressé par la suite évidemment… ! Je ne pense pas que le livre sera un grand succès de vente comparé aux autres publiés sur la chanteuse. Et pour cause : le prix ! Edilivre étant basé sur l’impression à la commande, cela engendre un coût assez élevé (surtout pour un pavé de 434 pages au format 170*270). Prix que j’ai tout de même pu arriver à faire réduire juste avant la sortie, malgré les apparences…

 

C’est votre premier livre. Cela-t-il donné envie de réitérer l’expérience ? 

Non ! Je ne suis pas écrivain, c’était uniquement un exercice de style pour celui-ci, un travail que j’aurais pu faire uniquement pour une rubrique de mon site Web. Mais en livre, c’est beaucoup plus lisible et appréciable.

 

Vous reversez directement à l’association Arc-en-ciel, qui réalise les rêves d’enfants hospitalisés, l’intégralité de vos droits d’auteurs. Pourquoi ne pas vouloir récolter le fruit de votre travail ? 

Tout ce que je fais depuis onze ans est à but non lucratif. La publicité que l’on peut parfois voir sur mon site Web ne me sert qu’à financer mes serveurs, ou même investir dans l’achat de documents/photos inédits pour les offrir aux fans de la chanteuse. Pour le livre, c’est dans le même esprit, et après tout je n’ai fait que le composer : ce sont les mots de la chanteuse, ce serait étrange de gagner de l’argent sur ça ! Pour chaque livre commandé via Edilire.com, l’association touchera 20% à la fin de l’année. 

Mylène Farmer s’est elle-même engagée avec cette association il y’a quelques années en rendant visite à des enfants malades dans des hôpitaux. C’est ce qui vous a poussé à choisir cette association plutôt qu’une autre ?  

Effectivement, pousser le concept jusqu’au bout ! Mais aussi parce que j’avais déjà été en contact avec eux l’hiver dernier, lorsque je leur avais versé le surplus de cagnotte pour la publication dans « Libération » que j’avais organisée pour les 30 ans de carrière de l’artiste.

 

En 2003 vous avez créé sous le pseudo « Ptigénie » le site Innamoramento.net qui connait désormais un succès croissant auprès des fans de la chanteuse. Est-il facile de gérer un site web sur Mylène Farmer ? On sait que les fans de la chanteuse sont très exigeant … 

Aujourd’hui, c’est devenu plus facile, puisque je me suis habitué depuis onze ans au « fonctionnement » des fans sur Internet. Je sais pertinemment que quoi que l’on fasse, les statistiques et autres probabilités feront que certains ne seront pas contents ! C’est une règle immuable qui vaut évidemment pour la vie en générale. Parfois je lis des choses sur mon site, ou sur moi, qui peuvent faire mal parce ce sont des choses qui ne me correspondent pas. On parle sans savoir… Je vais prendre un exemple tout bête qui m’a marqué cet hiver : lorsque j’ai organisé la publication de la demi-page dans le quotidien Libération pour les trente ans de carrière, j’ai été contraint de mettre en bas de celle-ci les noms des donateurs ayant participé à hauteur de 100€ à la cagnotte. J’ai alors pu lire sur un forum que j’avais organisé tout cela dans le but égoïste de m’offrir mon propre nom dans un quotidien… Sauf que dès le départ, il était hors de question pour moi d’inscrire mon nom dans cette petite liste. Lorsque la demi-page a été publiée, ces personnes n’étaient pas très prolixes pour faire remarquer que mon nom n’y figurait pas. En règle générale, il est plus facile de spéculer de façon négatives sur des intentions, que d’imaginer un instant que, oui, il est possible de faire des choses « juste comme ça », pour partager une passion. Mais dans la grande majorité, les retours que j’ai sont très sympathiques, sur Facebook, Twitter, par mails… et me donnent envie de continuer à tenir ce site encore longtemps !

 

« Une grande astronaute » : c’est dans ces termes que Mylène Farmer aimerait que l’on se souvienne d’elle. Mais vous Yannik,  avec quels termes aimeriez-vous qu’on l’on souvienne de vous ? 

J’aime bien une citation que j’avais trouvée, en slogan de mon site à une époque : « Une chose n’a de valeur que si elle est peut-être partagée ». On ironise souvent à mon propos pour ce mot, « partage », que j’emploie encore et encore comme un illuminé qui verrait le monde en mode Bisounours, petits papillons et champs de fleurs à perte de vue. On me demande souvent, en privé, si je n’ai pas des fichiers inédits (photos, vidéos…) sur Mylène Farmer qui ne seraient pas sur mon site, et que je pourrais montrer discrètement (c’est bien connu, un secret, c’est une chose que l’on ne dit qu’à une personne à la fois). Je réponds toujours  que tout est sur mon site ! Je n’ai aucun plaisir à garder quelque chose pour moi sur mon PC. Ou, en tout cas, si c’est pendant un temps le cas pour des photos inédites (par exemple) non publiées, c’est qu’elles le seront bientôt et que ce n’est qu’une question de temps, pas de « je garde ça pour moi youhou ». Et l’anniversaire du site, ou la fête de Noël, est toujours une bonne occasion pour publier ce genre de choses ;)

 

Interview réalisée par Rozier Sébastien sur http://www.linstant-interview.com/#!yannik-provost/c6e

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Mylène Farmer sur SKYROCK avec Jacky

Posté par francesca7 le 11 juillet 2015

 

7 MAI 1988 – Entretien avec JACKY

L’émission débute par un extrait de « Ainsi Soit Je… »

Jacky : Salut à tous, c’est Mylène Farmer et Jacky avec vous jusqu’à 20h !

Mylène Farmer : Bonjour ! (rires)

mylène5J : Bonjour, Mylène Farmer ! « Ainsi Soit Je… » : qu’est­ce que ça veut dire, ça ?

MF : Qu’est­ce que ça peut te faire ?! (rires)

J : Ben, c’est pour toi que je dis ça ! Enfin, c’est pour les ‘skyrockeurs’, d’ailleurs…

MF : « Ainsi Soit Je… », c’est le titre à la fois de l’album et du dernier 45­Trs.

J : Bon. Et pourquoi c’est pas « Ainsi soit­il » ?!

MF : Parce que j’ai préféré parler de moi !

J : …plutôt que du petit Jésus !

MF : Ensuite, il y a ‘Ainsi soit tu’ et ‘Ainsi soit il’ !

J : Et ‘Ainsi soit nous’, non ?!

MF : Non ! (rires)

J : Alors, c’est tes goûts jusqu’à 20h : tout ce que tu aimes en musique, et en tout d’ailleurs !

MF : Oui…

J : Tu es d’accord ?

MF : Oui, c’est formidable !

J : Alors là, tu as choisi INXS…

MF : Oui.

J : Parce qu’ils sont australiens ou pour autre chose ?

MF : Tout spécialement pour la chanson et pour le personnage ­ enfin, en tout cas pour le chanteur. Je le trouve très sensuel et j’aime beaucoup la production de leur dernière chanson.

J : Qui s’appelle « Need You Tonight ».

MF : Yes !

J : Tu es d’accord ?

MF : Je suis d’accord !

J : Bon, ben écoute ! Je te vois bien en train de te mettre dans une poche de kangourou, non ? (rires de Mylène) Avec fermeture Eclair !

MF : Je n’ai pas de kangourou. Pas encore !

J : Oui, enfin on en parlera de tes singes, tout çà ! Allez, INXS !

Diffusion de « Need You Tonight », suivi de « L’Horloge »

J : (…) « L’Horloge », c’est donc un poème de Charles Baudelaire…

MF : Absolument, qui est tiré de « Spleen et Idéal », et c’est un poème que j’aime beaucoup, bien sûr.

J : Je m’en doute, si tu l’as mis en musique !

MF : Absolument.

J : Tu aimes Baudelaire depuis longtemps ou tu as eu une révélation soudaine ?

MF : Non, c’est une révélation qui est continue depuis quelques années !

J : Depuis que tu es en classe de sixième ?

MF : Ca, je ne sais pas. Je crois l’avoir étudié, effectivement, en classe…

J : Oui ? Certainement, comme tout le monde.

MF : …mais je ne m’en souviens pas bien. Non, c’est une redécouverte, en fait : j’ai relu « Spleen et Idéal »…

J : Et tu as eu envie de… ?

MF : …et j’ai eu envie de la mettre sur cette musique qui avait été composée avant.

J : Beaucoup avant ou… ?

MF : Non, qui a été terminée un mois avant.

J : Il y a d’autres poètes que tu aimes bien à part Baudelaire ?

MF : Oui, il y a Rilke. Qu’est­ce que j’aime bien ? Rimbaud. Je vais en oublier plein…

J : Tu vas en oublier plein, mais c’est Baudelaire, quoi. Tu as eu envie de…

MF : C’est le plus violent, probablement, dans son écriture.

J : Certainement. Tu es violente ?

MF : J’ai une part de moi­même, oui, qui doit être très violente…

J : Tu le caches bien, parce que tu es relativement douce comme fille, enfin apparemment !

MF : Apparemment, Jacky ! (rires)

J : Apparemment seulement ?

MF : Méfiez­vous du loup qui dort, comme on dit !

J : Méfiez­vous de Mylène Farmer qui dort ! Qui dort pas trop, hein ? Bon ! On va écouter Spandau Ballet…

MF : (dubitative) Oui…

1988-02-dJ : D’accord ?

MF : D’accord !

J : De toute façon, c’est ton émission donc tu peux être que d’accord ! (rires de Mylène)

Après la diffusion du titre de Spandau Ballet, Jacky décrit la pochette de l’album « Ainsi Soit Je… » en s’attardant sur la poupée qui y figure.

MF : C’est une autre Mylène Farmer.

J : Tu préfères laquelle ?

MF : C’est sa marionnette…

J : La marionnette ou la vraie ?

MF : Celle de gauche est encore plus étrange que celle de droite !

J : Ben oui !

MF : …pour ceux qui ont la pochette ! (rires)

J : Mais, comme toutes marionnette qui se respecte, elle a des petites ficelles ? On peut la diriger ?

MF : Non. Celle­ci, il faut lui introduire la main dans le corps, dans le dos, et remonter jusqu’à la tête pour pouvoir actionner la bouche.

J : Elle peut parler ?

MF : C’est une marionnette de ventriloque, pas de…

J : Tu es ventriloque, Mylène ?

MF : Oh, je le suis à mes heures, oui !

J : Oui ? Et tu la fais parler, la marionnette Mylène Farmer, ou non?

MF : Ca m’est arrivé devant mes petits singes, justement.

J : Et ils comprennent le langage ?

MF : Ils comprennent tout !

J : Mais tu devrais le faire à la télé une fois, non ?

MF : On l’a fait, oui ! La marionnette…

J : Tu l’as fait ? A quelle émission ?

MF : Je ne sais plus. (cette mise en scène a été faite à deux reprises : « Lahaye d’Honneur » le 15.01.1988 et « Les Uns et les Autres » le 06.02.1988, toutes deux sur TF1, nda)

J : Et tu la fais parler ?

MF : On l’a pas fait parler parce que c’était difficile d’actionner la bouche, parce que le marionnettiste n’était pas là. Mais elle était présente sur le plateau : la chanson démarrait sur la marionnette et terminait sur la marionnette.

J : C’était quelle chanson ?

MF : Il s’agissait de « Sans Contrefaçon » ! (rires)

J : …que nous écouterons au cours de l’émission.

MF : Absolument ! (rires)

J : Tu en as d’autres de marionnettes, à part la tienne ?

MF : Non. Non. Non, non.

J : Tu en voudrais d’autres, non ?

MF : J’ai vu un magasin qui avait effectivement des très anciennes marionnettes à fil, et qui sont somptueuses.

J : Oui, c’est très beau ça, les marionnettes…

MF : Oui. C’est une collection que je ferais bien, ça, oui.

J : Tu pourrais peut­être la démarrer, non ?

MF : Je ne sais pas ! (rires)

J : On verra, quoi ! Quelques publicités sur Skyrock…

MF : Bien. C’est indispensable je crois ?!

J : Malheureusement ! A tout de suite !

Pause publicitaire puis diffusion de « Ca va, ça vient », le premier tube de Liane Foly.

J : C’était Liane Foly : « Ca va, ça vient ».

MF : C’est bien.

J : Bon, c’est bien, ça, hein ? Ca va, ça vient, on se demande ce qui se passe ! Tu es en train de faire un clip, là, en ce moment ? Tu l’as terminé ? Comment ça se passe ?

MF : Oui, on a tourné il y a une semaine. Tout a été fait en studio.

J : Sur « Ainsi Soit Je… » ?

MF : C’est sur « Ainsi Soit Je… » et c’est un clip qui sera un petit peu plus court que les précédents.

J : Pourquoi ? Tu les trouvais trop longs, les précédents ?

MF : Pas du tout, non. C’est pour changer un petit peu, d’une part, et d’autre part il y a ces nouveaux compacts qui introduisent cinq minutes d’images, donc que nous allons projeter… (rires) (Le clip figurera effectivement sur un CD vidéo incluant également différentes versions de la chanson, nda)

J : Donc tu vis avec ton siècle !

MF : Voilà ! Donc, je pense que ça durera cinq minutes, je crois.

J : Et c’est le même réalisateur ?

MF : C’est toujours Laurent Boutonnat. Nous sommes revenus à la première équipe et aux mêmes studios que le clip de « Plus Grandir », qui étaient les studios de Stains, et nous avons le même chef opérateur.

J : Est­ce qu’il y a Zouc ?

MF : Zouc n’est pas présente, non ! Elle était sur « Sans Contrefaçon ».

J : Comment ça s’est passé avec Zouc ? C’est toi qui l’as demandée, ou c’est elle qui… ?

MF : C’est moi qui l’ai demandée. Je l’avais demandée, j’avais eu envie d’une première rencontre, c’était à l’occasion d’une émission qui s’appelait « Mon Zénith à Moi ».

J : Oui, sur Canal +.

MF : Voilà. Et j’ai eu le souhait donc d’inviter Zouc, qui a répondu oui. Et après est venue l’histoire de « Sans Contrefaçon », du clip et le personnage était évidemment Zouc.

J : C’était bien, en plus. Tu l’avais vue sur scène, Zouc ?

MF : Je l’ai vue deux, trois fois, il y a très longtemps et j’ai revu son nouveau spectacle qui est formidable, qui est d’une grande tristesse, mais…

J : Et vous êtes restées amies ? Enfin, vous vous revoyez fréquemment ?

mylène1MF : On se téléphone régulièrement. Mais elle, elle est en tournée actuellement, donc ça lui prend énormément de temps. Moi, parallèlement, j’avais l’enregistrement de mon album. Mais je l’ai eue récemment, elle va bien !

(rires)

J : Bon, t’es sûre, ou… ?

MF : Oui ! (rires)

J : Parce qu’elle écoute là, on sait jamais !

MF : Peut­être…

J : Là, tu as choisi Renaud…

MF : Oui.

J : « Putain de Camion », une chanson qui est dédiée à Coluche.

MF : Oui, j’avoue que j’ai pas encore découvert son album, ce que je vais faire bientôt, mais…

J : Tu es inconditionnelle de Renaud ?

MF : Je ne sais pas si on peut parler d’inconditionnelle, en tout cas c’est vraiment quelqu’un que j’aime bien.

J : Qui te touche ?

MF : Qui me touche énormément, oui, qui a une émotion qui me touche.

J : Voilà. Et Coluche, tu l’aimais bien ?

MF : J’aimais bien Coluche. J’aimais bien aussi monsieur Desproges.

J : Oui, c’est bizarre, hein ? Tous ces comiques qui s’en vont comme ça…

MF : Oui. C’était les meilleurs. Qui reste­t­il ?!

J : Bon, il reste Michel Leeb, mais enfin bon… !

MF : Sans commentaires ! (rires)

J : Il vaut mieux, non ? il vaut mieux écouter Renaud, non ?

MF : Oui !

Diffusion de « Putain de Camion » de Renaud, suivi de la reprise de Mylène de « Déshabillez­Moi »

J : Coucou, c’est Jacky et Mylène Farmer sur Skyrock ! (rires de Mylène) Ben, faut le rappeler de temps en temps, parce qu’ils vont l’oublier, Mylène ! Mylène Farmer dans « Déshabillez­Moi ». Depeche Mode, ça fait longtemps que t’aime ça, non ?

MF : Ca fait très longtemps ! (rires)

J : Dès le premier album, quoi, tout de suite, d’entrée de jeu…

MF : Non, non, faut pas mentir. J’ai un petit frère qui écoute énormément Depeche Mode et qui m’a fait découvrir ce groupe à force d’écoute.

J : Ha, d’accord. Donc, c’est ton frère…Ha bon, comme quoi !

MF : Et après, c’est vrai que j’ai découvert leur univers que j’aime beaucoup. Et ma foi, nous continuons.

J : Et « Déshabillez­Moi », comment c’est venu, ça ?

MF : « Déshabillez­Moi », c’est aussi un concours de circonstances.

J : En écoutant Juliette Gréco, ou quoi ?

MF : Non, du tout. C’est lors d’une émission qui s’appelait ‘Les Oscars de la Mode’ (diffusée sur TF1 le 21.10.1987, nda). On m’a demandé d’y participer, et comme clin d’œil, c’était « Déshabillez­Moi », c’était évident. Et c’est vrai que j’ai pris un plaisir énorme, je pense pour Laurent Boutonnat aussi, que de l’enregistrer en studio.

J : Ben oui, surtout que moi j’aime bien cette version !

MF : Oui, c’était intéressant de la réactualiser.

J : Absolument. Et Juliette Gréco, tu l’as vue ? Tu as eu des échos ?

MF : Non, j’avoue que je connais très peu Juliette Gréco. Je connais beaucoup plus Barbara.

J : Tu ne connais pas son avis sur la chanson, quoi…

MF : Ah, non plus ! Non, non ! (rires) Mais j’aimais bien « Je hais les dimanches » aussi, de Juliette Gréco.

J : Oui, c’est vrai. Mais tu te rends compte que c’est extrêmement bien écrit, quoi, « Déshabillez-Moi»…

MF : Ah oui. Admirablement bien, oui.

J : Et ça te va bien d’ailleurs !

MF : (rires) Entre « Libertine », « Déshabillez­Moi »… ! (rires)

J : Ben oui ! Et tu te déshabilles souvent, non ? Tous les soirs ?

MF : J’aime bien être nue, évoluer dans mon appartement nue.

J : Nue ? Mais totalement nue ?!

MF : Totalement nue !

J : Ben écoute… ! Et les fenêtres sont ouvertes, non ?!

MF : Non, elles sont fermées, les rideaux fermés.

J : Bon…

MF : Aucune chance ! (rires)

J : Aucune chance pour moi tu veux dire ?!

MF : Je ne sais pas, Jacky…

J : Et dans la rue, tu aimes bien évoluer nue ?

MF : (rires) Vous avez des questions qui sont absolument impossibles d’y attacher des réponses (sic)

J : Bon d’accord ! Steevie Wonder… (alors que le disque démarre)

MF : (l’air très peu convaincu) Oui…oui…

J : Bon, ben ok ! Steevie Wonder !

Diffusion d’un titre de Steevie Wonder.

J : Alors, demain c’est le deuxième tour, tu sais, des élections, tu sais, pour élire le président de la République. Est­ce que tu as voté déjà pour le premier tour ?

MF : Non.

J : Non ? Est­ce que tu vas voter pour le deuxième tour ?

MF : Non plus.

J : Ca ne t’intéresse pas du tout ?

MF : C’est pas le problème. Je n’ai jamais voté et j’avoue que je n’ai plus envie de voter.

J : Il y en a aucun qui t’inspire ?

M F : Non, c’est pas ça. Il y a des personnalités qui m’intéressent. Maintenant, par rapport à la direction de diriger un pays, j’avoue que je n’ai pas la compétence moi­même pour pouvoir juger, je crois.

J : Donc tu préfères t’abstenir…

MF : M’abstenir, oui.

J : Totalement ?

MF : (elle acquiesce d’un murmure)

J : Tu regardes un peu ce qui se passe quand même, les débats politiques… ?

MF : Moi, le débat politique, oui, j’aime beaucoup.

J : Parce que c’est un peu un show, quoi…

MF : Oui, oui. Non, non, il y a des choses qui sont très intéressantes, très drôles. Très déprimantes aussi, quelquefois.

J : Est­ce que tu as regardé le débat Jacques Chirac / François Mitterrand ?

MF : Non. Moi, j’étais en enregistrement de télévision, donc, et j’ai raté le débat. Mais j’ai demandé qu’on l’enregistre. Donc c’est quelque chose que je regarderai.

J : C’est très, très bien. (rires de Mylène) Donc là, tu as choisi « Allan »…

MF : Oui !

J : …qui est un extrait de ton nouvel album.

MF : Oui, et…

J : Tu peux me raconter l’histoire brièvement de cette chanson ?

MF : Il s’agit de Allan Edgar Poe (sic). Dans cette chanson, je parle de Ligéia qui est une de ses nouvelles, qui parle sans doute de ces femmes idéales. Que dire d’autre ? C’est un auteur que j’aime.

J : Oui, moi aussi d’ailleurs.

MF : Et j’aimerais beaucoup faire un clip sur cette chanson aussi.

J : Donc, peut­être tu vas sortir cette chanson en 45­Trs ?

MF : Peut­être !

J : Tu aimerais pas faire des clips sur toutes tes chansons de l’album ?

MF : Si. C’était un projet, mais un projet qui est très, très cher et il faut avoir surtout du temps, ce que nous n’avons pas actuellement. Mais c’est vrai que c’est quelque chose que j’aimerais faire.

J : Tu auras pas le temps de faire ça ?

MF : Non. Entre le studio, l’enregistrement, après la promotion les clips et tout ça, c’est vrai que ça mange énormément de temps. C’est le thème de « L’Horloge » : ‘Et j’ai pompé ta vie avec ma trompe immonde’.

J : Mais si tu as envie de le faire, ça serait bien d’y consacrer un peu de temps, non ? Enfin, je dis ça, comme ça !

MF : Oui, oui. Oui, nous y pensons.

J : Personne l’a fait déjà, je crois. Si ? En France, je sais pas…

MF : Je sais pas. Je sais que les cassettes ­ ce qu’on avait fait, la compilation des clips ­ ça, personne l’avait fait jusqu’à présent.

J : Parce que tu es une artiste qui attache beaucoup d’importance à l’image de tes chansons, non ?

MF : Oui, bien sûr, oui. Parce que j’aime l’image, j’aime le cinéma.

J : Pour toi le clip, c’est un support extrêmement important ? Ca fait partie de la chanson ?

MF : Je sais pas si c’est extrêmement important. En ce qui concerne le cas de « Libertine », c’est vrai que ça avait été on pourrait presque dire indispensable. Maintenant après, c’est plus un plaisir qu’un besoin. Je crois qu’on peut se passer de clip, il y a suffisamment d’émissions de télévision. Nous attendons toujours une chaîne musicale…

J : Tu crois que ça va venir, ça ?

MF : J’en sais rien.

J : T’en sais rien. Tu la souhaites, toi ?

MF : Oui. J’aimerais beaucoup, oui.

J : Est­ce qu’il y a des émissions de télévision que tu refuses de faire ? Sans les citer !

MF : Il arrive un moment où c’est vrai que mon souhait c’est de paraître le moins possible.

J : D’envoyer ton clip, quoi…

MF : C’est d’envoyer le clip parce que malheureusement, on ne nous donne pas toujours de bons éclairagistes, de bons caméramans, et qu’à la fin on en a un peu assez, c’est vrai, de voir son image un petit peu massacrée ­ là je dis son image vraiment physique ­ et qu’on en finit, oui, par couper un peu tout ça.

J : « Allan », alors ! (Mylène acquiesce) Allons­y…

1996-08-aDiffusion de « Allan »

J : Je vous rappelle que vous êtes sur Skyrock avec Mylène Farmer et Jacky !

MF : Est­ce que ça a une signification, Erasion ? (nom d’une chanson diffusée pendant la coupure, nda)

J : Ca doit en avoir une, mais je l’ignore totalement !

MF : Ha bon !

J : Faudrait peut­être demander à nos auditeurs, non ?

MF : Peut­être ! (rires)

J : Vous nous écrivez ! Alors : « The Farmer’s Conclusion », c’est quoi ça ? Je vois sur l’album… (rires)

MF : Alors ça, c’est une idée de Laurent !

J : C’est un instrumental ? Parce que j’ai écouté…

MF : Oui.

J : Laurent étant le compositeur de tes chansons…

MF : Oui, absolument…

J : Je précise pour les auditeurs !

MF : « The Farmer’s Conclusion », c’est la conclusion de la fermière ! (rires)

J : C’est donc un jeu de mot, je suppose, en ce qui concerne ton nom ?

MF : Oh oui, je pense ! Vous êtes perspicace ! (rires)

J : Je suis observateur aussi, oui !

MF : (elle reprend son sérieux) Et c’est une petite chanson, elle dure combien de temps ? Je sais pas, très peu de temps…

J : Très peu de temps, mais j’aime bien moi…

MF : Très peu de temps. Il y a le pied qui est un cochon, la basse, c’est le chien ­ enfin c’est toute une construction, comme ça, qui est assez drôle.

J : Oui, c’est assez bizarre mais c’est… Ca lui a pris du temps ?

MF : Non ! (rires) Je vous garantis que non ! (éclat de rire)

J : Ca a été fait comme ça, quoi…

MF : C’était comme ça, en studio.

J : Ouais…Live, pratiquement ?

MF : (elle acquiesce d’un murmure)

J : Alors tu as encore beaucoup de singes, Mylène, ou tu n’en as toujours qu’un seul ?

MF : Non, j’ai eu un bébé.

J : Oui…Un bébé singe ?

MF : Un bébé singe, un bébé capucin.

J : Avec qui ? Avec un singe ou un humain ?

MF : Je ne sais pas ! (rires) C’est un capucin, et il est un petit peu différent du premier. Il vient d’un autre pays, celui­là vient de Chine. Il est né en France, il est né en captivité mais il a un petit air chinois !

J : Captivité pour un singe, ça veut dire quoi exactement ?

MF : Ca veut dire qu’on ne les capture pas dans leurs pays, qu’ils ne sont pas traumatisés comme ils pourraient l’être s’ils étaient capturés dans leur propre pays. C’est comme on fait des élevages de chiens ou de chats, ou je ne sais quoi. Ils sont un petit plus domestiqués. Je déplore le fait que, c’est vrai, d’abord la vente est interdite, mais il y a des magasins qui en vendent…

J : Dommage…

MF : Non, pas dommage !

J : Non, vaut mieux hein…

MF : Parce que c’est très difficile de s’occuper d’un singe. Il faut vraiment…

J : Ca te prend beaucoup de temps ?

MF : Enormément de temps, oui.

J : Pourquoi ? Parce qu’il faut vraiment lui parler ?

MF : Parce que ça a une demande d’affection qui est aussi importante, je crois, que la nôtre. On dit ça de chaque animal, mais je crois que le singe a une demande qui est étonnante.

J : Et pourquoi tu as choisi le singe ?

MF : Justement pour ce besoin de donner aussi un peu d’affection ! (rires)

J : Non, mais tu aurais pu en choisir un autre animal…

M : C’est vrai. Non, mais ça a un répondant qui est incroyable, et puis un contact qui est… C’était les singes, voilà !

J : Tu as deux singes, donc, chez toi ?

MF : Donc j’en ai deux, maintenant : j’ai le bébé et la maman. Une fausse maman, mais…

J : Mais comment ils vivent ? Ils sont en liberté dans ton appartement ?

MF : Pas continuellement, ça c’est impossible.

J : C’est ça qui m’impressionne…

MF : Ils ont une très, très grande cage, et je les sors fréquemment et je m’amuse avec eux.

J : Ah, ils sont en cage quand même, donc…

MF : Oui, mais la cage c’est…

J : C’est obligatoire la cage pour un singe ? Non ?

MF : Si, c’est indispensable sinon ils vous ruinent votre appartement en deux minutes ! (rires)

J : Ha oui d’accord, ils mangent n’importe quoi !

MF : Ben, il y en a une qui est très calme. Le bébé est beaucoup plus dynamique, donc lui renverse tout…

J : C’est des enfants quoi, faut s’en occuper comme… Non ?

MF : Pratiquement, oui.

J : Tu y consacres beaucoup de temps ? Dès que tu peux ?

MF : Beaucoup de temps. C’est pour ça que je pars très, très peu en vacances. D’ailleurs, je n’aime pas beaucoup l’oisiveté, donc… Mais c’est vrai que c’est difficile. On ne peut pas laisser un singe à autrui, c’estimpossible.

J : Ben, c’est ça, oui…

MF : Impossible. C’est très dépressif en plus.

J : Donc, quand tu te déplaces, tu te déplaces avec tes singes, ou tu les laisses ?

MF : Je fais en sorte. Mais sinon, je reste.

J : Donc tu te consacres pratiquement ­ pas complètement, mais beaucoup, quoi !

MF : Oui. Quel dévouement ! (rires)

J : Ben oui, mais c’est bien, non ?

MF : Oui !

J : Johnny Hallyday ­ bon, c’est pas un singe, mais … (Mylène se prend d’un fou rire qu’elle tente d’étouffer) ­ on va écouter Johnny Hallyday, maintenant.

MF : C’est « Je te promets » ?

J : Ouais…

MF : Il le dit combien de fois ?

J : Il le dit souvent je crois, non ?

MF : Je crois !

J : Aussi souvent que « Je t’attends », je crois. Non, je sais pas…

MF : Je vous laisse juge ! (son fou rire la reprend)

J : Je sais pas si il est en cage, mais…Il est pas en cage lui, Johnny Hallyday, non ? On y va : « Je te promets »

Diffusion de « Je te promets » de Johnny Hallyday

J : Bon, il est 19h, vous êtes sur Skyrock et il n’y a pas de flash ! C’est pas grave, remarque, hein Mylène ?!

MF : Il n’y a pas de publicité, non plus ?

J : Il n’y a pas de publicité, il n’y a pas de flash ! On va écouter Aubert, c’est toi qui as choisi, « Tel est l’amour »…

MF : Oui, il est…

J : (il la coupe) On va en parler après ! Aubert & co…

Diffusion de « Tel est l’amour » de Jean­Louis Aubert

J : « Tel est l’amour », choisi par Mylène Farmer.

MF : Oui, j’ai vu leur clip.

J : Il est bien, hein ?

MF : Il est très, très, très beau.

J : Donc tu préfères le clip à la chanson, à la limite !

MF : Non, du tout. Non, non. J’aime beaucoup Jean­Louis Aubert.

J : Oui. Que tu as rencontré ?

MF : Une fois.

1995-06-bJ : Une fois ?

MF : Croisé. C’est quelqu’un que j’aime bien. Que dire d’autre ? Je trouve qu’il a un physique pour le cinéma.

Je ne sais pas si ça a déjà été fait, proposé…

J : Je ne pense pas, mais peut­être ça viendra !

MF : Oui. Et voilà, c’est un peu tout ce que j’ai à dire sur Jean­Louis Aubert !

J : Ben écoute, Mylène Farmer, c’est très, très bien. Passons maintenant à Alpha Blondy…

MF : Oui. Vous allez m’en dire deux mots ! (rires)

Diffusion d’un titre de Alpha Blondy, suivi de « Tristana »

J : « Tristana » de Mylène Farmer. Alors ça, c’est ‘souvenirs souvenirs’, Mylène ?

MF : On va penser plutôt aux souvenirs du tournage du clip…

J : Ce sont des souvenirs récents, quand même ?!

MF : Oui, relativement oui.

J : Oui, quand même !

MF : C’était fabuleux : la neige, tout ce que j’aime. C’était un tournage très difficile.

J : Mais le clip était bien quand même ?

MF : Je pense, oui !

J : Tu l’aimes toujours, la chanson ?

MF : Oui !

J : Est­ce que tu réécoutes tes anciens disques ? « Maman a Tort »… ?

MF : Non, un peu difficilement.

J : Pourquoi ?

MF : Parce que le deuxième album est tout récent, et…

J : C’est­à­dire qu’il est pas assez ancien pour toi pour que tu puisses l’écouter, c’est ça ?!

MF : Je sais pas. Je pense que je sais pas si un auteur relit tous ses livres. J’en suis pas sûre. Non, je reviens difficilement à ce que j’ai fait avant.

J : Ca fait combien de temps que tu chantes ? Combien d’années, maintenant ?

MF : Je crois que ça fait quatre ans.

J : Quatre ans ? (Mylène acquiesce) Donc ça a été très vite pour toi, le succès, non ? Tu penses ?

Enfin, je sais pas, peut­être pas, je me rends pas compte…

MF : Je crois que ça a été progressif. C’est ce qui est, enfin, ce que j’aime le plus dans cette évolution.

J : Tu es vigilante, lucide, par rapport à tout ça ?

MF : Je pense très lucide, et puis surtout envie de travailler.

J : Beaucoup ?

MF : Oui. J’ai besoin de travailler, moi, pour survivre. Vraiment, le travail.

J : Sinon tu t’ennuies ? Oui, tu n’aimes pas l’oisiveté, tu me l’as dit…

MF : Non, sinon je m’ennuie. Je pourrais être dépressive très facilement, aussi.

J : Tu as des tendances à la dépression ?

MF : Je pense, oui. J’en suis même sûre ! (sourire)

J : Et « Tristana », cette chanson, c’était dédié à quelqu’un ou c’était juste… ?

MF : Non, c’est une atmosphère, et puis c’est…

J : Qui correspondait à l’époque où tu l’as écrite ?

MF : Pas du tout. Oh non. Non, non, non, non ! Non, je crois que l’époque après ce phénomène un petit peu russe qu’on a vu dans les magasins avec les poupées russes est venue à brûle­pourpoint, et c’était pas du tout volontaire.

J : Est­ce que tu aimes prendre l’air du temps ?

MF : Je préférerais être intemporelle…

J : Oui…

MF : …donc hors mode.

J : Tu l’es déjà un peu, non ?

MF : Ca, je ne peux pas dire ! (sourire)

J : Oui, oui ! Il vaut mieux être hors mode que mode ?

MF : (elle acquiesce d’un murmure)

J : Pourquoi ? Parce que la mode, ça se démode ? Tu as peur de disparaître ?

MF : Forcement éphémère…

J : Là, tu as choisi Jacques Dutronc, « Il est cinq heures, Paris s’éveille ». C’est une chanson assez sensuelle…

MF : Magnifique.

J : Magnifique, oui…

MF : Il m’est arrivé d’errer la nuit, au petit matin ! (rires)

J : Oui ? Souvent ? Tu aimes bien la nuit ?

MF : J’aime la nuit. Je ne suis pas vraiment quelqu’un de la nuit…

J : Donc tu dors, la nuit ?

MF : Il m’arrive de dormir. Je me réveille très souvent, pour faire des confidences ! (rires)

J : Des cauchemars, non ?

MF : Je fais beaucoup de cauchemars, mais ça c’est vraiment par période. Je pense que c’est lié à des faits réels de sa vie. Je suis plus sujette aux cauchemars qu’aux rêves.

J : Ca ne te dérange pas ?

MF : Pas du tout, non.

J : Ca t’arrange, peut­être ?

MF : J’ai également une complaisance dans ce genre de… (rires)

J : Est­ce que ça t’est arrivé d’écrire une chanson d’après un cauchemar que tu avais fait ? Ca t’a inspirée ?

MF : Heu, non. Non, pas réellement. Mais c’est un bon sujet, je vais le garder ! (rires)

J : Tu peux le noter, d’ailleurs ! Et tu t’es retrouvée déjà dans Paris à l’aube, comme ça, vers cinq heures, sur les trottoirs, dans les boîtes… ?

MF : Oui, ça m’est arrivé ! Mais Paris est une des plus belles villes. J’ai peu voyagé, mais c’est vrai que c’est une des plus belles villes au petit matin.

J : Dans ta jeunesse, tu sortais beaucoup ?

MF : Non, très peu aussi.

J : Tu n’aimais pas ça, les boîtes de nuit…?

MF : Non. Non, non. Je n’aimais pas évoluer parmi tout le monde.

J : Trop superficiel pour toi, ou… ?

MF : Non, à cette époque là, je ne jugeais pas ça comme tel mais je ne m’y sentais pas bien. Je préférais rester chez moi. (silence) Ne me regardez pas comme ça, Jacky ! (rires)

J : Non, mais c’est bien ! Bon, Jacques Dutronc, allons­y !

Coupure musicale avec « Il est cinq heures, Paris s’éveille », suivi d’un titre de Bryan Ferry.

J : C’est Bryan Ferry : tu dois aimer ça, non ?

MF : Oui…

J : Ca correspond un peu à ce que tu aimes, non ?

MF : A quoi ?! A mon son ?!

J : Je sais pas ! A ton type de garçon ? Je sais pas, physiquement, moralement…

MF : Non, mais c’est quelqu’un qui a beaucoup de classe, qui a de belles chansons.

J : Oui, je trouve. Qui est propre sur lui, qui est bien habillé, qui dégage…Tu aimais bien « Roxy Music » ? (groupe monté en 1971 par Bryan Ferry, nda)

MF : Dois­je entendre que je suis propre sur moi ?! (rires)

A (2)J : Oui. C’est un compliment, non ?

MF : Oui !

J : Tu aimais bien Roxy Music ? Non ?

MF : Oui ! Oui, oui…

J : Est­ce que tu vas au concert ?

MF : Très peu. Le dernier concert c’était Gainsbourg.

J : Oui, là au Zénith, ou au Casino de Paris ?

MF : Oui, au Zénith (en mars 1988, nda). J’aurais peut­être préféré le Casino de Paris…

J : Oui, certainement…

MF : Ca, c’est vraiment avec trois points de suspension parce que je ne l’ai pas vu.

J : Tu as pas aimé le Zénith ?!

MF : Je ne me permettrais pas de dire ce genre de choses…

J : Sur Gainsbourg…

MF : …parce que j’aime beaucoup vraiment Gainsbourg. Maintenant, je pense que quelque chose de plus intimiste, oui, serait plus proche.

J : Tu as peur de la foule, non ?

MF : Je ne m’y sens pas très, très bien, c’est vrai. J’ai un peu peur des regards, surtout.

J : Qui se portent sur toi ?

MF : Oui. Mais ça depuis vraiment que je suis toute petite.

J : Ca n’a rien avoir avec le fait que tu sois un personnage public, alors ?

MF : Ca s’est amplifié, fatalement, puisqu’on vous regarde un peu plus facilement.

J : Oui, c’est ça…

MF : C’est pour ça que j’ai pas envie de provoquer non plus ce genre de choses qui pourraient m’être désagréables, donc c’est pour ça que je sors moins.

J : Quand tu étais ‘inconnue’, ça te gênait ?

MF : Enormément ! Quand j’étais dans un train, et que ce face à face avec…

J : Dans les compartiments, c’est horrible !

MF : C’était terrible. Je préférais me lever et…

J : Qu’est­ce que tu faisais ? Tu prenais un livre ?

MF : Non : coller mon nez contre la porte ! (rires)

J : Tu regardais les vaches ?

MF : …et regarder les vaches passer ! (rires)

J : Ou les singes ! (rires de Mylène) Lio : tu aimes bien alors, c’est ton choix, ça…

MF : J’aime beaucoup cette fille, absolument.

J : Moi aussi, remarque !

MF : C’est une fille pleine d’énergie que je trouve très, très belle.

J : Qui dégage une espèce de…

MF : Hmm hmm…

J : OK, « Les brunes comptent pas pour des prunes », c’est ça ?

MF : C’est un des titres que je préfère. C’est pas le plus récent, je crois…

J : Mais c’est pas grave, Mylène Farmer ! (rire gêné de Mylène) Allons­y : Lio !

Diffusion du titre de Lio, suivi de « Pourvu qu’elles soient Douces »

J : « Pourvu qu’elles soient Douces », qu’on vient d’écouter…

MF : De quoi s’agit­il ?!

J : Alors, oui ?!

MF : Je vous pose la question !

J : Bah justement, je te le demande Mylène ­ je vous le demande !

MF : (rires) Il s’agit des petites fesses.

J : Pourquoi ? Tu aimes bien les petites fesses ?

MF : Oui…

J : Des singes, ou pas forcément ?

MF : Non, là il faut avouer que les fesses de singes ne sont pas très jolies, pas très douces ! Mais…

J : Celles d’hommes ?

MF : Celles de bébés !

J : Tu as un enfant ?

MF : Non.

J : Tu aimerais en avoir un ?

MF : Je ne sais pas. Je ne peux pas me prononcer là­dessus, mais…

J : Peut­être ? S’il vient, tu…

MF : Ce n’est pas le propos du moment, en tout cas.

J : Ouais, pas le temps, quoi !

MF : Voilà, pas le temps ! (rires)

J : Pas l’envie, alors ?

MF : Pas l’envie, tout simplement, non.

J : Ce sont des fesses de bébés dont tu parles, là, dans cette chanson ?

MF : Non pas des fesses de bébés, mais je disais que j’aimais beaucoup les fesses de bébé !

J : Ce sont les fesses en général ?

MF : Les fesses en général…

J : C’est une partie du corps agréable à regarder ?

MF : C’est une des plus jolie parties du corps.

J : Ca dépend qui, non ? Je sais pas !

MF : Comme toujours. Mais en l’occurrence, je préfère les fesses aux…

J : Aux quoi ? Au nez, par exemple ?!

MF : Les fesses aux nez, par exemple ! (rires)

J : Les oreilles tu trouves ça moche, par exemple ? C’est pas très sensuel…

MF : (rires) Non, les pieds ! J’aime pas du tout les pieds !

J : Ah bon ?

MF : Non.

J : Les doigts de pieds, ou le pied en général ?

MF : Le pied en général.

J : Pourquoi ? Tu trouves que ça a une forme vulgaire ?

MF : Je ne sais pas. Non, je trouve ça inélégant. C’est bizarre !

J : Même les tiens ?

MF : Même les miens, oui !

J : Tu supportes pas tes pieds, quoi ? Tu ne les regardes jamais ?

MF : Non. J’aime pas du tout mes pieds.

J : Et les mains ? Plus déjà !

MF : Oui, beaucoup plus. Avoir de belles mains, oui, ça doit être révélateur certainement d’une sensibilité. On dit que les artistes, en tout cas les artistes peintres et écrivains, ont très souvent ­ enfin, les hommes ­ de très, très belles mains, très longues, très fines.

J : Tu as déjà remarqué ça ?

MF : Oui.

J : Oui ? Mais qu’est­ce que tu trouves bien sur les fesses ? Je comprends pas ! C’est la rondeur, c’est quoi ? C’est… ?

MF : Jacky ! Vous ne comprenez pas ?! (rires)

J : Expliquez moi, Mylène Farmer !

MF : Quelle est cette innocence ?! (rires)

J : C’est de l’innocence, bien entendu !

MF : (après un silence) Pas de réponse ?! (rires)

J : Bon ! Est­ce que tu connais les fesses de A­Ha, les scandinaves ?

MF : Non, nous n’avons pas été présentés !

J : C’est dommage parce que c’est des fesses nourries au lait entier…

MF : Oui…

J : …puisque ce sont des scandinaves, ils doivent manger du yaourt. Tu veux que je te les présente ?

MF : Oui, avec plaisir !

J : Bon, ben écoute on les écoute et après je verrais ce que je peux faire !

MF : D’accord ! (sourire)

Diffusion d’un titre de A­Ha

J : Je vous rappelle qu’on est toujours avec Mylène Farmer, quand même…

MF : Oui, toujours sur Skyrock, je crois.

J : Oui, avec son album, entre autres, ses goûts. Là, tu as choisi « Sans Logique »…

MF : Oui.

J : « Sans Logique », qu’est­ce que…

MF : (l’interrompant) Le refrain, c’est donc ‘De ce paradoxe je ne suis complice, souffrez qu’une autre en moi se glisse, car sans logique je suis satanique ou angélique’. Et je me trompe dans le texte moi­même ! (rires)

J : Oui, mais c’est presque ça, non ?

MF : Oui.

J : C’est toi qui l’as écrit, de toute façon !

MF : Absolument.

J : Tu écris toutes tes chansons ?

MF : Dans cet album, j’ai…

J : En dehors de « Déshabillez­Moi »…

MF : Et en dehors de Baudelaire : oui.

J : Tu fais confiance à personne d’autre pour les textes, à part Baudelaire ? (rires)

MF : Bien sûr que non ! Non, non, on l’a fait vraiment entre nous, petit à petit. Et j’ai travaillé donc pendant trois mois.

J : Comment tu écris tes textes ? L’inspiration te vient comment ? En restant chez toi alors, puisque tu dis voyager peu.

MF : Oui.

J : C’est dans la tête, quoi, tout le temps, les rencontres avec les gens…

MF : Ce sont des rencontres, ce sont des lectures, Edgar Poe et puis des sentiments, des choses…

J : Est­ce que tu connais beaucoup de gens ? Est­ce que tu as beaucoup d’amis, par exemple ?

MF : Non.

J : Non ? Ca ne te dérange pas ?

MF : Non, pas du tout.

J : Tu restes souvent seule chez toi, à bouquiner ou…?

MF : Ca m’arrive. Il m’arrive de peindre, aussi.

J : Ha, tu peins ?

MF : Un petit peu.

J : Tu pourras me montrer ?!

MF : Hmm, je ne sais pas. Non, je pense pas ! (rires)

J : Tu as déjà montré tes oeuvres ?

MF : Non, non.

J : Ha si, il y a bien des intimes qui doivent les connaître, non ?

MF : Laurent Boutonnat doit en connaître une partie, Bertrand Lepage…

J : Oui ? Et ce sont les deux seuls ?

MF : Je crois, oui, oui.

J : Pourquoi ?

MF : J’ai beaucoup de pudeur quant aux dessins parce que, bon…

J : Tu es pas sûre de toi, c’est pas comme les disques, quoi ?

MF : Non, c’est pas la même chose. C’est que c’est vraiment, ça, quelque chose que en l’occurrence je ne maîtrise pas du tout.

J : Qu’est­ce que tu peins ? Des natures mortes ?

MF : Non, c’est…beaucoup d’imagination.

J : Oui ? Surréaliste, un peu ?

MF : Je ne pourrais pas les décrire, là ! (rires)

J : Ha bon, c’est comme ça, quoi ! (Mylène acquiesce) Et tu prends le temps de peindre, par contre ?

688585-jpg_473913MF : Ben parce que peindre, c’est très facile de prendre un pinceau, des couleurs ou du fusain et un papier. Il n’y a pas besoin de grande préparation avant.

J : Est­ce que tu penses à autre chose quand tu peins, ou est­ce que tu es complètement dans ton tableau ?

MF : Non, je pense à beaucoup de choses.

J : Oui, c’est pour ça que c’est…bon ! (rires)

MF : C’est vrai que c’est peut­être plus facile pour moi de peindre que d’écrire.

J : Est­ce que tu fais la cuisine, par exemple ?

MF : Pas du tout !

J : Tu détestes ça ?

MF : Jusqu’à présent, je n’aimais pas beaucoup manger. J’ai quand même découvert quelques plats agréables.

J : C’est important, tu sais ! Est­ce que tu fréquentes les restaurants ?

MF : Très peu.

J : Très peu…Tu es végétarienne ?

MF : Vous êtes de la police ?! (rires)

J : Oui, inspecteur : Inspecteur Jacky !

MF : J’ai découvert la nourriture japonaise.

J : Oui ? Il était temps, remarque. Mais c’est bien ! Tu aimes le poisson cru ?

MF : Les sushis ?

J : Oui…

MF : Oui, j’adore ça !

J : Les tempuras aussi, les beignets de légumes, tu connais ?

MF : Tempura ? Non, je ne connais pas. Non, je connais les sushis, moi : sushis crevettes cuites.

J : Oui, mais c’est très bon ! En plus c’est présenté d’une manière agréable. Ce sont des tableaux, moi je trouve ! (Mylène acquiesce d’un murmure) On n’a pas envie de les manger, à la limite, quand on les voit, non, bien présentés comme ça…

MF : Je ne sais pas ! (rires)

J : Tu les dévores quand même, toi ?

MF : Je les dévore très vite !

J : Bon, on va peut­être écouter un peu de musique là, non ? C’est « Sans logique » !

MF : Oui…

J : Voilà, Mylène Farmer !

Diffusion de « Sans Logique », suivi d’un titre de Peter Gabriel

J : C’était « Biko » de Peter Gabriel. Tu as une passion pour Peter Gabriel je crois : à chaque fois qu’on se voit, tu …

MF : Oui. C’est vrai que j’ai toujours envie de le choisir.

J : T’as raison, parce qu’il est bien !

MF : C’est quelqu’un qui m’émeut, qui a des yeux, enfin, un regard que j’ai rarement rencontré.

J : Exactement. Tu le connais ? Moi, je l’ai…

MF : Non, du tout.

J : Il est charmant, vraiment. Et « Biko », la chanson, tu aimes bien cette chanson, ou c’est comme ça, par… ?

MF : Là, c’est un petit peu comme ça…

J : Tu sais qui c’est Biko ?

MF : Biko ? Non.

J : Le Noir qui s’était fait assassiner en Afrique du Sud…

MF : D’accord. Oui, oui, parce que j’ai vu en plus le clip qui a été fait.

J : Lui aussi, il met beaucoup d’attention à ses clips, quand même, non ?

MF : Oui.

J : A chaque fois, c’est…

MF : Mais il y a un clip qui était fabuleux, c’était le duo avec Kate Bush (« Don’t Give Up », nda) qui était d’une simplicité et d’une sobriété…

J : Qui était très beau, oui…

MF : Magnifique.

J : Tu l’as vu sur scène, non ? Parce que c’est bien !

MF : Jamais, non.

J : Ah ben, tu devrais ! Là, tu… ?

MF : Là je n’ai pas pu y aller.

J : Parce que tu aimes bien Peter Gabriel, tu ne seras pas déçue, quoi. Même avec Genesis à l’époque, tu l’as pas vu ?

MF : Non, non. Non, je connais bien ses albums. C’est quelqu’un qui devrait faire aussi du cinéma.

J : Je pense, oui. Est­ce que tu comptes faire de la scène, toi, par contre ?

MF : Oui, c’est un souhait. C’est quelque chose que je ne ferai pas, je pense, avant un an.

J : Oui…

MF : Mais j’y pense de plus de plus.

J : T’as peur de la foule : ça doit être bizarre, non ?

MF : Non, parce que là il y a cette distance qui est provoquée par la scène, et puis ce n’est pas pareil que de faire un…

J : Enfin, j’ai l’impression que ça serait bien de faire ça !

MF : Oui, je crois. Je pense, en tout cas. J’en ai envie.

J : Oui, faut le faire ! Et les gens attendent ça de toi, maintenant. Enfin, j’ai l’impression, non ?

MF : Certainement, oui. Il y a des personnes qui souhaitent me voir sur scène. J’ai la même envie, donc tout va bien !

J : Tout va bien ! Tu as d’autres envies en ce moment ?

MF : Le cinéma. Et puis, j’aurais l’audace… C’est­à­dire que j’ai envie d’écrire un livre, mais je pense que je le ferai plus tard.

J : Un roman ?

MF : Peut­être des nouvelles. C’est ce qu’il y a de plus dur à mon avis à écrire. Peut­être un roman. J’avoue que je ne sais pas.

J : Et un jour tu voudras exposer tes peintures ?

MF : Ca, je pense que ne le ferai jamais ! (rires)

J : C’est trop moche ?

MF : Non, non, non, non ! (rires)

J : On sait jamais ! Parfois…

MF : Non, non, j’aurais cette lucidité que de le dire ! Mais c’est pas trop moche : c’est trop intime, voilà. (sourire)

J : Trop intime, oui. Où tu t’habilles ? Tu as toujours des beaux vêtements…

MF : J’ai rencontré récemment une femme qui m’a habillée dans le clip de « Sans Contrefaçon » et avec qui je continue de travailler, qui s’appelle Marie­Pierre Tataracci. Voilà.

J : Tu lui fais confiance absolument…

MF : Nous travaillons côte à côte. C’est­à­dire que si j’ai des modifications à faire et à apporter dans un costume, je me permets de le lui dire et de lui soumettre. C’est une femme, oui, qui a justement cette recherche de sobriété et qui a des matériaux qui sont magnifiques : elle travaille beaucoup le…comment ça s’appelle ? Le velours de soie. Elle travaille les satins, la soie.

J : Et les formes aussi : tes vêtements sont assez…

avatar392_72MF : Et puis elle a des formes qui sont très issues, je crois, du théâtre. Voilà ! (rires)

J : Mais c’est très, très bien, Mylène Farmer ! Bon, ben on va se quitter parce qu’il est l’heure…

MF : C’est indispensable ?

J : C’est indispensable. Mais il y a pas de pubs, on se quitte avec « Sans Contrefaçon ». Merci MylèneFarmer et à bientôt !

MF : Merci à vous ­ merci à toi !

J : Ha ben il était temps ! (rires de Mylène) Merci à vous et à bientôt !

MF : Au revoir !

Diffusion de « Sans Contrefaçon » pour clore l’émission.

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AH ben non, pas de Mylène en 2016

Posté par francesca7 le 11 juillet 2015

 

 

 mylène

 

Pourtant beaucoup plus productive que d’accoutumée durant ces six dernières années, Mylène Farmer ne publiera finalement pas de nouveau disque dans les prochaines semaines, contrairement à ce qu’affirmaient les rumeurs. Les fans vont devoir s’armer de patience.

 

Il fallait s’y attendre ! Après avoir enregistré trois albums et assuré deux tournées en six ans seulement, Mylène Farmer retourne dans l’ombre. Alors que des rumeurs persistantes annoncent la sortie d’un nouvel opus pour les fêtes de fin d’année, en réalité, rien n’est prévu pour le moment. Selon nos informations, sauf surprise, aucun nouveau disque ne doit paraître avant l’an prochain. Il est même très probable qu’il faille attendre jusqu’à fin 2015 pour entendre de nouvelles chansons de Mylène Farmer. Le dernier disque de la chanteuse,  »Monkey Me », est paru en décembre 2012 et a rencontré un très grand succès, bien qu’il n’ait accouché d’aucun tube. 385.000 exemplaires se sont écoulés mais les titres « A l’ombre » et  »Je te dis tout » n’ont malheureusement pas bénéficié du soutien des radios.

L’année 2013 a également vu la chanteuse remonter sur scène pour une grande tournée. Le show  »Timeless 2013″, plus lumineux et plus épuré que d’accoutumée, a rassemblé plus de 400.000 personnes dans les salles de concerts en trois mois seulement. Le CD et le DVD de cette tournée, sortis successivement en décembre 2013 et au mois de mai dernier, ont eux aussi suscité un grand enthousiasme. En cette fin d’année 2014, il faudra donc se contenter de la réédition des neufs albums studios de Mylène Farmer en vinyles. La plupart sont aujourd’hui introuvables dans ce format. Notamment « Cendres de lune », le premier opus de la chanteuse paru en 1986, et sur lequel figure notamment le tube « Libertine ». Ajoutez à cela que pour la première fois un voucher de téléchargement sera inclus sur chaque support.

Réutilisation des infos interdite sans citer clairement Pure Charts (Source : PureCharts.fr).

 

 

 

 

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Mylène Farmer sur EUROPA PLUS (Russie)

Posté par francesca7 le 30 décembre 2014

 

3 MARS 2000 – Entretien avec Otar KUSHANASHVILI

Elle est discrète dans la vie mais ressemble à un ouragan sur scène. Après plusieurs années de carrière, personne ne peut lui contester son statut d’artiste culte. Son culte à elle, elle l’a construit de ses propres mains. Le nom de cette personne culte qui est ici à Europa Plus, c’est Mylène Farmer, qui est pour la première fois à Moscou. Tous les entretiens, Mylène, se doivent de débuter de façon lyrique (terme utilisé dans les œuvres de folklore russe, nda) : c’est une façon de dire à quelqu’un des choses agréables pour qu’il garde après un bon souvenir de la conversation ! Je voudrais pour commencer vous dire quelque chose : le genre de femme que vous incarnez est adoré et même vénéré par presque tous les moujiks russes ! Sur cette note élogieuse peut débuter notre entretien sur la meilleure station de Russie, Europa Plus.

2000-01-eMylène Farmer : Lyrique ?! Qu’est­ce que vous entendez par lyrique ?!

Lyrique ? Lyrique par rapport à quoi ? Ha, débuter de façon lyrique ? Le lyrique, c’est du beau, c’est doux, c’est comme le début d’un grand roman où l’auteur explique à ses lecteurs qu’il a écrit ce livre pour eux parce qu’il les aime beaucoup.

MF : (désorientée par la comparaison hasardeuse du présentateur) Et la question, c’est qu’est­ce que j’en pense ?! (rires)

Non, c’est juste une marque de bonne volonté pour s’assurer que vous êtes d’humeur à répondre à mes questions ! Rien d’autre !

MF : D’accord, donc ça me fait très plaisir ! Merci pour ce compliment !

Je n’ai pas été le chercher bien loin car il est vraiment sincère. Passons aux questions, maintenant.

On ne peut pas ne pas aborder les questions ‘touristiques’ ­ je vous en prie, ne me considérez pas comme un journaliste incompétent, je suis certain qu’on vous poserait ces questions dans n’importe quel autre pays que vous visiteriez : dites­nous s’il vous plaît ce que vous pensez de Moscou et de Saint­Pétersbourg, que vous avez déjà visité, je crois. Quelles sont vos impressions ?

MF : Je garde un souvenir impressionnant de Saint­Pétersbourg, je suis plus sensible à son  architecture. J’ai rencontré à Moscou un artiste que j’aime beaucoup qui fait de l’animation, qui s’appelle Garri Bardin ­ je ne sais pas si vous le connaissez…

Oui, très bien. Pour autant que je sache, ce n’est pas évident de le définir. C’est une sorte de génie créatif…

MF : Oui, c’est phénoménal. Ce qu’il fait est phénoménal. Donc j’ai eu la chance de le rencontrer, d’aller chez lui, de voir son lieu de travail, de rencontrer son équipe, donc c’était un moment très fort pour moi. Et puis j’aime le romantisme que peut, moi, m’évoquer ce pays, j’aime sa littérature. Voilà…Voilà ma visite du pays ! (sourire)

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Chère Mylène, j’ai remarqué que c’est dans l’air du temps d’utiliser le mot millénium. Quelle est votre interprétation de ce terme dans le nom de votre spectacle ? Où faut­il en chercher l’origine ? Pour dire les choses plus clairement : pourquoi ce spectacle s’appelle ‘Mylenium’ ?

MF : Pour une simple et…pour la raison la plus simple, en tout cas : c’est que je pouvais, moi, m’amuser avec mon prénom, puisque ‘Mylène’ est dans ‘millenium’ et je trouve ce mot…sans y trouver une explication rationnelle, quelque chose d’assez joli, la sonorité du mot.

Voilà au moins une explication sincère ! D’autres que vous auraient donné des réponses si alambiquées pour qu’on ne les accuse pas de mégalomanie que je me serais endormi au bout de vingt secondes ! Vous avez répondu sincèrement, c’est un très joli mot en effet qui correspond bien à l’époque que l’on vit et qui fait un trait d’union avec votre univers. Pour cela, encore un coup de chapeau !

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Alors, chers amis, nous sommes toujours sur la meilleure station de toute l’Europe, Europa Plus, en compagnie de Mylène Farmer. Si vous ne me croyez pas, alors vous pouvez vous en aller, et si vous me croyez, hé bien…vous pouvez être jaloux ! Passons maintenant à la question suivante. Elle m’a été inspirée par ce que j’ai lu sur vous dans la presse anticipant votre venue chez nous. Il faut dire que la presse russe, j’en frémis rien qu’en le disant, semble avoir voulu faire un concours de celui qui serait le plus piquant à votre sujet. Si on devait décerner un prix sur le sujet, il irait à ce magazine qui vous présente comme n’étant que peurs malsaines et phobies en tout genre, au bord de la folie. Voici leur gros titre : ‘Mylène Farmer tisse sa toile de phobies terrifiantes et de passions morbides’. Que pensez­vous de cette description ? Est­ce qu’il y a une part de vérité ou bien on exécute sur place le journaliste qui a écrit ça ?!

MF : Que je sois habitée par des phobies, oui, certainement ! Maintenant, quelles sont­elles : c’est la question !

Quelles étaient les phobies exprimées dans la presse, ça je ne le sais pas, c’est à vous de me le dire…

Vous avez peut­être la phobie des présentateurs de Europa Plus, je ne sais pas…

MF : Je vais vous couper tout de suite, j’ai une phobie des insectes, par exemple. Voilà ! (rires) Soyez tranquille ! (rires)

Ouf, j’étais prêt à quitter le studio ! J’ai lu encore quelque chose de très drôle aussi, l’occasion pour tous les russes de rigoler de leurs journalistes : ils ont écrit qu’un glaçon dans votre Coca Cola vous donnait envie d’étrangler l’humanité entière !

MF : Alors laissez ces propos aux journalistes ! Puisque je fais de toute façon très peu d’interviews, je crois qu’ils inventent bon nombre de mes propos !

La question suivante peut paraître stupide, mais elle se justifie du fait de vos visites très rares, qui plus est alors que vous venez donner des concerts chez nous : est­ce vrai que le premier spectacle de votre carrière, mis en scène par Laurent Boutonnat, avait pour slogan ‘Venez découvrir la Madonna française’ ?! Et d’une manière générale, que pensez­vous de Madonna ?

2000-01-aMF : Non, là encore, ce sont des propos de journalistes ! C’est toujours très réducteur quand on parle d’une personne : là en l’occurrence, on fait le rapprochement d’avec Madonna ­ je vais essayer de faire court !­ parce qu’il y a une envie de danseurs sur scène, une envie de show dit ‘à l’américaine’, c’est­à­dire vraiment avec tout ce que peut comporter l’idée du spectacle. Voilà. Quelque chose de très intimiste, je n’en ai pas encore z’envie –envie, pardon ! Voilà pourquoi ce rapprochement, j’imagine, d’avec Madonna mais ça ne vient pas de chez nous, bien évidemment. Ce que je pense de Madonna ? Je pense qu’elle est une artiste complète, très douée, bien évidemment. Et…que puis­je dire d’autre… ?!

Je pense que cette description se suffit à elle­même !

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Passons maintenant à la question suivante ­ en rappelant à tout le monde que nous avons la chance sur Europa Plus de converser avec Mylène Farmer, une invitée qui ne vient qu’une fois dans une année lumière ! Est­ce que vous pouvez nous éclairer un peu ­ si ce n’est pas une intrusion dans votre vie privée­ sur les raisons qui vous ont motivée à déménager aux Etats­Unis alors que vous étiez en plein succès en France ?

MF : Mais là encore, c’est une mauvaise information ! Je suis allée à Los Angeles pour enregistrer mon…(elle cherche) un de mes albums ­ j’ai oublié lequel ! (sic !) ­ et je suis resté près de huit mois là­bas. Ce n’était pas un déménagement, mais simplement la volonté que d’enregistrer, de prendre mon temps pour écrire cet album et ça a duré un petit peu plus longtemps que prévu. Donc voilà, je n’ai jamais eu l’intention que de vivre aux Etats­Unis ­ en tout cas, pas encore !

Il faut vraiment que je m’excuse pour tous ces infâmes mensonges que je contribue à véhiculer ! Ceci dit, c’est peut­être aussi dû au fait que vous êtes sur vos gardes quand vous rencontrez un journaliste. Mais n’allez pas croire que je me cherche des excuses : tout ce que je dis là, je ne le tiens pas de tabloïds, mais de revues musicales très respectables !

MF : Je parle peu, je parle très peu de moi : c’est le chemin que j’ai suivi, que j’ai décidé. Maintenant, oui, c’est ce pour quoi les journalistes racontent beaucoup de choses qui sont fausses, bien évidemment.

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Je vais vous donner encore une raison de pester contre mes confrères journalistes : certains, dont je ne partage pas l’avis, ont prétendu que vous avez volontairement repris une certaine imagerie américaine en la simplifiant ainsi que vos arrangements : le son est devenu plus pauvre qu’avant, moins sophistiqué. Certains considèrent que vous étiez revenue d’Amérique plus légère…

MF : Quant au son plus pauvre, je ne suis pas sûre que ce soit un compliment, donc je ne sais pas si je vais y répondre ! (rires) La seule chose que je puis répondre, c’est qu’on… ­ sans parler d’évolution, parce que j’allais dire je me moque de l’évolution, en tout cas je n’ai pas cette revendication, si ce n’est que c’est vrai que dans la vie on grandit, on a des choses qui traversent sa vie et fatalement on change. Pour compléter la réponse, quand nous avons enregistré la première fois aux Etats­Unis, on rencontre fatalement des musiciens américains. J’avais une volonté que de mettre beaucoup plus de guitare que dans les albums précédents.

Voilà, donc c’est une ‘petite influence’, peut­être, américaine, mon passage en tout cas la première fois à Los Angeles.

Que dire de plus ? Dans notre pays, on a souvent répondu aux tentatives d’incursion des américains par ‘Yankees, go home !’

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Votre réticence à parler aux journalistes a au moins ceci de positif, c’est que cette inaccessibilité vous profite. Mais est­ce que vous jetez un œil tout de même à ce qui est publié à votre sujet ?

MF : Ca m’intéresse en ce sens que dès l’instant qu’on a envie d’écrire sur moi, pour dire du bien ou pour dire du mal, je crois que c’est important que de lire au moins pour apprendre des choses, même si elles sont erronées ! (rires) Maintenant, je préfère avoir une distance et garder cette distance d’avec les propos qu’on peut avoir à mon sujet, sinon on se laisse trop abimer par ça. Mais on est en train de faire une guerre ouverte aux journalistes et je n’ai rien contre eux, a priori ! (rires)

C’est sans fin ! Voilà d’ailleurs une citation qu’on pourrait reprendre pour vous faire dire n’importe quoi !

2000-01-bMF : C’est une affaire personnelle ?! (rires)

Il y a une autre citation qui m’a troublé, car à l’évidence je ne suis pas homosexuel ­et même si je l’étais je serais quand même tombé fou amoureux de vous pendant cette petit moment que nous partageons­ bref j’ai été choqué de lire ce gros titre sur un journal : ‘Mylène Farmer est une femme qui se passe très bien des hommes’. Mais c’est un cauchemar ? Est­ce que c’est vrai ?!

MF : Si ce cauchemar est vrai ? Bien sûr que non ! D’abord, j’ai avant tout besoin de l’autre en général, qu’il soit féminin ou masculin. Et pour répondre à votre question, je n’ai absolument rien contre les hommes, non !

C’est gentil de laisser croire aux géorgiens que tout n’est pas si mal dans leur presse. Merci pour eux ! Tous les géorgiens qui écoutent Europa Plus : Mylène Farmer est avec vous !

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Nous sommes limités dans le temps, malheureusement. Je voulais savoir pourquoi vous avez voulu tout faire toute seule dans votre spectacle « Mylenium ». J’ai lu en effet que vous avez refusé les services des metteurs en scène les plus inventifs, de maquilleurs, de stylistes. Du coup, on a dit qu’en refusant de travailler avec tant de gens confirmés, c’est parce que vous n’aviez pas confiance en eux et que vous étiez trop sûre de vous…

MF : (ahurie) Mais c’est totalement faux ! Je n’ai décliné absolument d’abord aucune proposition. Là, j’avoue que, oui, ça devient très étrange, mais… ! J’ai décidé de monter ce spectacle et j’ai fait appel à bon nombre de personnes, que ce soit une costumière de grand talent qui travaille beaucoup pour le cinéma (Dominique Borg, nda), j’ai fait appel à un décorateur de grand talent également qui travaille beaucoup pour l’opéra et le cinéma également et le théâtre (Guy­Claude François, nda) et puis en ce qui concerne la mise en scène, j’étais accompagnée d’une personne qui m’est chère et qui m’a aidée justement à monter toute la dramaturgie de ce spectacle (François Hanss, qui ne sera pas crédité pour la mise en scène ni dans le programme du spectacle ni dans le livret des supports CD et vidéo l’immortalisant mais que Mylène remerciera sur scène pour sa collaboration lors de la dernière date française de la tournée, nda).

C’est fou le nombre de choses fausses ou incorrectes qu’on peut écrire sur vous, je le réalise avec vous ! J’ai bien envie d’aller mettre des coups de poing à tous ces gens qui racontent n’importe quoi, moi !

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Je voulais vous dire qu’à mon avis, vous êtes plus une chanteuse de cinéma qu’autre chose. Qu’est-ce qui a le plus d’importance pour vous : concevoir un spectacle ou bien un clip ?

MF : Quand vous parlez du cinéma, c’est les clips ? Oui ? Je crois que pour moi, en tout cas, tout est important, fondamental. Je n’ai pas pu concevoir de faire ce métier sans la musique, les mots sont très importants, l’image est très importante. J’aime faire ce métier de cette façon.

Merci beaucoup, Mylène Farmer, de la part de toute l’équipe de Europa Plus. Bon succès, bon courage et bon concert à l’Olympski ! (la salle de spectacle de Moscou où Mylène a présenté le Mylenium Tour les 04 et 05 mars 2000, nda)

MF : Merci beaucoup ! Merci infiniment !

Publié dans Mylène 1999 - 2000, Mylène en INTERVIEW | Pas de Commentaires »

MTV RUSSIE avec Mylène Farmer en 2000

Posté par francesca7 le 30 décembre 2014

 

8 MARS 2000

2000-03-cAprès une présentation de Mylène par un jeune présentateur et des images de « Tomber 7 fois… » extraites du « Live à Bercy », on découvre Mylène assise sur un canapé en cuir, vêtue d’une veste en jean et d’une longue jupe écru, faisant face à ce même présentateur.

Mylène Farmer : Je change…En général, je ne modifie jamais un spectacle, mais pour la Russie j’ai ajouté deux chansons (« Que mon Cœur Lâche » et « Je t’aime Mélancolie », nda) que le public russe connaît, je crois. C’est la seule chose qui est différente.

Medley d’images du « Live à Bercy », par­dessus lequel est diffusé « Déshabillez­moi » extrait du film « En Concert ». Le medley s’achève par des images de cette prestation live…entrecoupée par des plans du public issu de la vidéo live de 1996 ! Sur ces images, le journaliste explique que les albums de Mylène évoquent toujours des choses très personnelles.

MF : Je crois que…oui, chaque album est une partie de ma vie et fatalement, ça vous égratigne un peu.

Journaliste : On sait que votre première tournée n’a eu lieu qu’après l’énorme succès de vos premiers albums. Est­ce que ça veut dire que vous attachez plus d’importance au travail sur un album que sur un concert ?

MF : Je crois que c’est un tout. C’est un plaisir de travailler sur un album et de le présenter sur scène. J’adore le travail de studio, maintenant la scène, c’est des moments très importants. C’est magnifique pour un artiste.

Je dois dire que je crois que ce spectacle au public, et j’espère que les gens apprécient la musique, l’émotion, les chorégraphies, les lumières et ont, j’espère, beaucoup de plaisir !

Extrait de « Désenchantée » tiré toujours du « Live à Bercy »

J : On a entendu beaucoup d’annonces délirantes sur le nombre de personnes qui travaillent autour de vous pour ce spectacle. Combien y a­t­il de personnes, réellement ? On a vraiment entendu des choses invraisemblables !

MF : (amusée) Combien a­t­on dit ?

J : 230 personnes !

MF : (dans un grand sourire) Thierry, réponds ! (Mylène tourne les yeux vers les coulisses en riant. Elle cherche la réponse exacte auprès de Thierry Suc, producteur de la tournée) Non, je crois que c’est moins. Il y a beaucoup de monde, mais pas autant.

Nouvel extrait de « Désenchantée » issu du « Live à Bercy »

J : Je crois que vos animaux domestiques sont des singes. C’est très insolite ! Pourquoi pas des chats ou des chiens ?!

MF : C’est un plaisir. Je les adore et j’adore prendre soin d’eux. Si j’avais choisi un métier autre que la chanson, je crois que j’aurais travaillé avec ces animaux.

J : (très étonné par la réponse de Mylène) Vous voudriez en faire un métier ?!

MF : Non, parce que ça nécessite une formation très précise et rigoureuse. Mais j’aimerais être entourée de beaucoup de singes en tout cas, oui !

Images de la prestation de « XXL » tirée du « Live à Bercy », qui font place à un extrait du clip de la même  chanson, mais toujours sur fond de « Désenchantée » (live) !

J : Comme nous sommes sur MTV, je ne peux pas ne pas évoquer vos clips. Vos vidéos spectaculaires sont connues de tous. Est­ce qu’il va y avoir un nouveau clip prochainement ? Je sais bien que c’est quelque chose qui demande beaucoup de temps, d’énergie aussi, que vous avez sans doute d’autres projets mais cependant est­ce que vous préparez quelque chose ?

MF : Il y aura un nouveau clip pour une chanson du dernier album (ça sera « Innamoramento » au mois de juillet suivant, nda) et plus tard la vidéo du spectacle. Ca fait du travail supplémentaire !

J : Le clip sera pour quelle chanson ? (il prend un exemplaire de l’album « Innamoramento » et le met littéralement sous le nez de Mylène qui regarde le dos de celui­ci)

MF : Ce sera pour « Innamoramento ». (il est à noter qu’il est exceptionnel dans la carrière de Mylène qu’elle révèle aussi longtemps à l’avance quel sera son prochain single ! nda)

Court extrait du clip « Souviens­toi du Jour… »

J : Quel est votre degré d’implication dans la création de vos clips ? Est­ce que vous décidez de tout ?

MF : Ca commence d’abord par le choix du réalisateur, donc je travaille seule pour commencer. Ensuite, je travaille avec ce metteur en scène et ce sont des discussions, des envies communes.

J : Que comptez­vous faire après cette tournée ? Est­ce qu’elle va continuer encore un peu ou bien vous allez retourner en studio ? Qu’allez­vous faire à votre retour de Russie ?

MF : Non, non la tournée prend fin définitivement à Saint­Pétersbourg ! (Mylène ne dit évidemment rien sur le projet qui va l’occuper quelques semaines plus tard : le lancement d’Alizée et de son single « Moi…Lolita », nda)

Extrait du clip « Je te rends ton Amour »

J : S’il y a bien une question qui me tourmente, c’est pourquoi vous ne faites pas carrière dans le cinéma en tant qu’actrice ?

2000-03-aMF : J’ai fait un long­métrage et les propositions que j’ai reçues après ne m’ont guère intéressée, donc je les ai refusées. Peut­être plus tard… !

J : Ha, donc ce n’est pas un refus définitif !

MF : Ha non, non ! Si un réalisateur russe m’invite, ce sera un plaisir que de travailler avec lui ! (rires)

L’émission s’achève sur le final de « Désenchantée » extrait du « Live à Bercy ».

 

Publié dans Mylène 1999 - 2000, Mylène dans la PRESSE | Pas de Commentaires »

RTL avec Mylène dans Grand Studio RTL

Posté par francesca7 le 28 décembre 2014

 

 

12 SEPTEMBRE 2009 – Entretien avec Anthony MARTIN

radio-cAu lendemain de son deuxième concert au stade de Genève, Mylène Farmer reçoit Anthony Martin dans sa suite située au bord du lac Léman. Diffusée le jour de l’anniversaire de la chanteuse, qui se produit le soir même pour sa deuxième représentation au Stade de France, cette interview a été annoncée à grand renfort de publicité dans la presse au début de la semaine par la station qui en a même diffusé un court avant­ goût dans son émission matinale « Laissez­-vous tenter » le mercredi 09.09.2009.

En préambule, Anthony Martin nous apprend que l’entretien a eu lieu assis dans l’herbe, dans le petit jardin attenant à la suite de la chanteuse, fatiguée mais souriante et bavarde !

Bonjour, Mylène Farmer !

­ Bonjour.

Merci de m’accorder cet entretien. Nous sommes à Genève. Vous avez donné un concert hier devant trente­-deux mille personne à Genève. Comment vous sentez­vous au lendemain de ce concert ?

­ Je vais vous répondre comblée et à la fois évidemment très, très fatiguée ! (rires) Mais des moments inoubliables. Inoubliables !

Vous ne vous ménagez pas sur scène : vous arpentez la scène de long en large, vous dansez évidemment –parce qu’on vous attend aussi pour ça. Vous concevez la scène comme un défi physique, aussi ?

­ En tout cas, je m’y prépare : j’ai à peu près six mois d’entraînement avant que de me produire en scène avec un coach qui s’appelle Hervé Lewis, avec qui on fait un travail incroyable. Il me connaît depuis presque j’allais dire une quinzaine d’années (vingt­cinq en réalité ! nda) donc on se connaît vraiment très, très bien. Donc oui, l’appréhension physique, si je puis dire, en tout cas l’exercice physique fait partie du spectacle, mais quand on est porté par un public –celui que j’ai devant moi, c’est quelque chose qui est tellement porteur qu’on en oublie l’effort ! C’est plus l’émotion qui gagne le terrain.

Vous adorez entendre chanter le public : souvent, à la fin d’un morceau, d’un tableau, d’une chanson, vous reprenez a capella pour les entendre. Ca, c’est le plus beau cadeau, finalement, pour un artiste…

­ C’est le moment probablement le plus magique, en tout cas un des moments les plus magiques c’est vrai, puisqu’ils s’approprient la chanson. J’allais dire, c’est presque de l’ordre du divin. Ce sont des mots un petit peu graves toujours, mais c’est quelque chose –je reprends le mot ‘magique’­ c’est exceptionnel de vivre quelque chose comme ça, bien évidemment.

Diffusion d’un extrait de « Rêver » enregistré lors des concerts de Genève

Quand on vous voit sur scène, on se dit que vous ne pouvez pas préférer l’ombre à la lumière : vous avez l’air si forte, si vivante dans la lumière !

­ Là, je vais vous répondre que le choix de l’ombre et de la lumière est le choix entre la vie privée et la vie publique, qu’on peut rester vivant aussi dans l’ombre. J’ai ce paradoxe en moi : je suis capable de vivre aussi bien dans l’ombre et de m’exprimer dans la lumière.

On a l’impression que votre timidité est transcendée quand vous vous trouvez, comme hier soir par exemple, devant trente mille personnes. Vous l’expliquez comment, ça ?

­ Alors ça, je crois que je n’ai pas d’explication. Je l’ignore moi­même, si ce n’est que je sais mon handicap devant trois personnes, je ne sais pas si je peux qualifier ça d’aisance devant trente mille personnes, mais en tout cas il y a une bascule qui se fait presque naturellement. J’ai plus de difficultés, oui, avec deux, trois personnes que devant une immense audience.

Parce que finalement vous n’avez pas à leur parler : vous êtes là pour leur offrir et recevoir. C’est peut­être ça…

­ En tout cas, les mots sont à travers mes textes et puis là, pour le coup, il n’y a rien de préparé : quand j’ai envie de dire quelque chose, c’est que j’en ressens le besoin. Là, c’est place au naturel, c’est place à l’émotion en direct, pour le coup !

Diffusion de « C’est une Belle Journée »

radio-bJustement, quand vous écrivez vos textes, est-­ce que vous pensez déjà à l’aspect visuel d’un tableau dans un futur, sur scène ?

­ Non, sincèrement. Là, je suis dans une pièce isolée, je travaille avec Laurent Boutonnat donc, qui est aussi compositeur, et les mots j’allais dire s’appuient, s’accrochent, s’harmonisent avec la musique donc j’ai besoin de la musique avant d’écrire des mots. Parfois, la musique m’inspire des sentiments, des sensations ; parfois, j’ai une envie de texte et puis la musique s’accorde avec ce texte mais en aucun cas l’image n’apparaît dans ma mémoire à ce moment­là, non.

Vous me disiez vous êtes dans une pièce quand vous écrivez vos paroles : vous êtes seule comme un écolier à son bureau, avec une page blanche, le stylo, vous mettez un fond sonore –donc là, vous vous inspirez de la musique­ ça se passe vraiment comme ça ?

­ Ha, tout à fait ! Dans une pièce en tout cas totalement isolée, ça j’en ai besoin. Comme un écolier / écolière ?

J’ai un très mauvais souvenir de scolarité ! En tout cas, besoin bien évidemment d’isolement et puis la musique sur laquelle je mettrai des mots.

Sur scène, vous incarnez vraiment –et c’est ce qui est fascinant­ l’intimité et la grâce dans une mise en scène gigantesque. Quel est le secret pour marier tout ça, pour y arriver ?

­ J’ai toujours aimé, moi, en tout cas avoir besoin du gigantesque et du spectaculaire. Maintenant, j’ai besoin de moments d’intimité et c’est ce qu’on a essayé de créer sur ce spectacle, à savoir avec le proscenium et la croix (petite confusion de Mylène, puisque le proscenium en forme de croix était celui du spectacle présenté à  Bercy 2006. Pour les stades en 2009, le proscenium se finit en forme d’étoile, nda) qui est au centre du stade même, et c’est là qu’il y a un vrai, vrai partage. J’allais dire il y a un partage même quand on est sur une scène frontale, mais vraiment au milieu sur cette croix (sic) on crée ce moment intime qui pour moi est de l’ordre j’allais dire de la communion, presque –encore un mot fort, mais c’est vrai que c’est un vrai, vrai moment d’intimité malgré le grand nombre : ce grand nombre devient un, devient quelque chose d’assez exceptionnel pour moi.

Il y a un autre couple ­ on a parlé gigantisme et intimité ­ il y a aussi le couple qui frappe quand on vous voit sur scène, c’est discrétion et provocation. Comment faites­vous pour que discrétion et provocation fassent bon ménage ?

­ Tout dépend si vous évoquez discrétion dans la vie privée, ou est­ce que c’est discrétion sur scène même ?

Sur scène, vous êtes discrète, vous êtes intime et en même temps vous êtes forte, vous êtes présente : ça tient sur vous, c’est vous qui menez ce gros barnum –le mot n’est pas beau mais au moins on comprend ce que je veux dire­ et vous êtes dans la provocation aussi dans les chorégraphies, les tenues…

­ Je vais vous faire une réponse assez banale : toutes ces facettes font partie de moi. Je suis de nature discrète en général, de nature timide parfois mais l’éclat de rire fait partie de moi aussi comme vous avez pu le constater puisque nous avons eu du mal à démarrer ! (rires) (Anthony Martin relata effectivement en préambule à l’interview que juste avant de démarrer l’entretien, amusés par l’incongruité de la rencontre, assis face à face dans l’herbe aux abords d’une suite, lui et Mylène Farmer sont partis d’un fou rire spontané qui eût  l’avantage de détendre l’atmosphère, nda) Et puis à la fois je crois que j’ai cette ­ là pour le coup, je n’y suis pour rien, c’est un cadeau de la vie­ j’ai à la fois sans doute cette fragilité mais aussi cette force ­en tout cas je vais l’exprimer de cette façon ­ c’est une force qui me permet de surmonter toutes mes peurs, tous mes démons au moment où j’en ai le plus besoin.

Il ne reste plus que trois concerts dans cette tournée 2009 (deux lors de la diffusion de l’interview, nda).

Est­ce que vous avez une appréhension de la fin de tournée ? Le ‘spectacle blues’ ?!

­ Je l’ai. Je crois que je l’avais dès le premier jour puisqu’on sait que tout début a une fin. Maintenant, quand à la gestion de ce blues, de ce grand vide, c’est quelque chose qui m’est d’abord très, très personnel mais je ne vous cache pas que tout artiste vous répondra que oui, c’est un vide qui est presque insurmontable. Je crois que le secret dans ces cas­là c’est, ma foi, de se reprojeter dans une création. Voilà, créer quelque chose, non pas pour oublier mais pour se redonner la force et de continuer et de vivre.

Donc c’est par la création que vous allez remplacer les applaudissements chaque soir à 21 heures parce qu’il y aura plus personne pour vous applaudir dans votre salon ?!

­ Alors, ‘remplacer’ ça va être compliqué : de toute façon, c’est irremplaçable. Mais oui, c’est certainement par la création que je vais retrouver des forces et l’envie de continuer ! (rires)

Diffusion de « Beyond my Control », suivi d’une pause publicitaire.

Que faites­vous, Mylène Farmer, dix minutes avant d’entrer en scène ? Si on peut faire le décompte, vous êtes avec qui ? Vous êtes où ? Est­ce que vous avez des rituels, des objets qu’il faut absolument avoir sous la main… ?

­ Ecoutez, quant aux rituels, je ne sais pas si je peux…Non, là encore, la pudeur regagne du terrain ! (rires)

J’ai auprès de moi Anthony (Souchet, son meilleur ami, nda) qui reste avec moi dans la loge. C’est un moment, en tout cas les dix dernières minutes sont vraiment un moment de recueillement. Quand j’allais dire de recueillement, c’est plus de concentration. Et puis, pour trahir un tout petit secret, Laurent (Boutonnat, nda) passe cinq minutes avant l’entrée en scène, me serre la main et me dit ‘Fais le vent’ ! (elle éclate de rire) Et là, personne ne comprend, mais ‘Fais le vent’, ça veut dire ‘Respire’, c’est une manière de respirer et d’essayer de destresser un peu. Mais c’est vraiment dans le silence. Et quant aux objets, ma foi, ils sont là mais ils sont miens ! (rires)

Vous en avez, en tout cas…

­ J’en ai !

Diffusion de « L’Instant X ».

Vous êtes attentive aux productions des autres artistes, parfois sur scène ou en studio, les albums ?

Vous écoutez beaucoup ?

­ radio-aJ’écoute beaucoup de musique. Je suis attentive et j’ai évidemment, comme tout le monde, des préférences.

Mes goûts musicaux sont assez éclectiques. Je vais vous donner quelques noms : j’adore Sigur Rós –j’adore leur univers­, j’adore Depeche Mode, j’adore David Bowie, j’adore Juliette Gréco etc. etc. Il y a énormément d’artistes que j’apprécie, bien sûr, et ce sont en général des artistes qui ont leur propre univers et sur scène qui ont envie de proposer au public des choses aussi incroyables, même si là elles restent très, très intimes si on parle d’une Juliette Gréco par exemple, mais c’est j’allais dire une telle présence, un tel univers de mots et de personne, des choses profondes qui me touchent beaucoup.

C’est marrant, parce que Juliette Gréco, que j’ai rencontré il y a deux mois à peu près en interview au moment de la sortie de son album, m’a longuement parlé de vous en interview en disant tout le bien qu’elle pensait et l’admiration qu’elle avait pour vous !

­ C’est gentil ! Ca me touche.

Puisqu’on parle des autres artistes, est­-ce que la mort de Michael Jackson vous inspire ? En tout cas, qu’est­ce qu’elle vous inspire, cette mort ?

­ Le tragique, la notion d’incompatibilité, j’allais dire encore, de vie privée et vie publique, de médias. C’était un immense, immense artiste –ça, nous le savons tous. C’est quelqu’un dont j’appréciais, comme beaucoup d’entre nous, les spectacles mais l’homme aussi : sa fragilité, sa sensibilité. C’est tragique. C’est le mot qui me vient à l’esprit, voilà. Je suis triste, comme beaucoup de personnes.

Et les albums, les DVD, vous les avez à la maison ?

­ Absolument.

Diffusion de « Désenchantée », suivi d’une pause publicitaire

Si on fait le point, Mylène Farmer, puisqu’on se rend compte en 2009, au mois de septembre, ça fait vingt­cinq ans ! Vingt­cinq ans de carrière ! Pour durer, le secret c’est le travail ?

­J’ai toujours peur de donner des leçons, mais en tout cas le travail, l’opiniâtreté sont essentiels, oui.

Parfois dans la souffrance ?

­ Je crois que c’est là, indissociable. En tout cas, je ne vais parler que de moi : j’allais dire tout travail est certes un plaisir, c’est un acharnement, mais la douleur en fait partie ­ la douleur, parce que les doutes ; ce peut être la douleur physique, il faut aller au­delà de soi…

Je me posais la question, parce que votre univers, on le connaît, il est très défini, très cohérent depuis le début : où est­ce que vous allez chercher votre nourriture artistique ?

­ Un peu partout. Je peux vous parler d’une exposition que j’ai découvert à New York il y a quelques temps et qui s’appelait « Art Body » (« Our Body » en réalité, nda) : beaucoup d’écorchés, c’est l’humanité décharnée, découpée et j’avoue que j’ai été non pas choquée, mais très impressionnée, intriguée. C’est parti aussi d’une réflexion et ça m’a donné l’idée, en tout cas l’envie d’exploiter l’écorché et justement le corps, et donc est venue, est née cette idée de l’écorché et j’en ai parlé à Jean­Paul Gaultier qui était enchanté de pouvoir créer un écorché multiplié par tous les danseurs et c’est le tableau d’ouverture. Voilà, ce peut être une source d’inspiration. Maintenant, bien sûr, la peinture, la littérature, tout ce qui peut passionner et faire partie de notre vie. Des auteurs : Stefan Zweig, mais là encore je vous épargnerai la liste parce que… ! (rires)

C’est assez intéressant finalement de savoir. Peut­être les voyages vous inspirent. Est­ce que les rencontres humaines vous inspirent ?

­ Je crois que l’être humain m’inspire, tout simplement. Maintenant, vous dire est­ce que cette personne aura déclenché telle idée : là, ponctuellement, je peux pas vous le dire, j’en sais rien. Mais les rencontres –les belles rencontres­ sont très, très rares mais elles sont indispensables à sa vie.

Je le disais : vingt­cinq ans de carrière, Mylène Farmer. Est­ce que vous avez le sentiment d’avoir construit une œuvre ?

­ Non, je peux pas vous le dire. Non. Stefan Zweig va construire une œuvre ! J’ai construit quelque chose, je suis fière de ce que j’ai pu construire, sans prétention aucune. Je suis heureuse d’avoir rencontré un public, je suis heureuse de cette fidélité. Voilà ! (rires)

Est­ce que le fait de durer, aussi, répond à une obsession de laisser une trace ?

­ Ecoutez, très sincèrement, l’obsession de laisser une trace ne ait pas partie de moi. Maintenant, pour être tout à fait honnête, j’aimerais que l’on ne m’oublie pas. Mais la vie n’est pas finie, donc à moi de le construire.

Diffusion de « A Quoi je Sers… »

Vous avez peu de souvenirs de votre enfance. Est­ce que vous avez imprimé ces vingt­cinq dernières années de chanson, de musique, de tournée, de rencontre avec le public ?

­ J’ai imprimé des moments uniques. J’ai une mémoire qui est très, très sélective aussi ­je crois que c’est nécessaire, sinon on est envahi par trop de choses­ et des choses qu’on voudrait ou qu’on a oubliées, c’est nécessaire, je crois, pour sa santé mentale. Mais des choses qui sont inscrites très, très fortement : bien évidemment. Tout au long de ces années, forcément…

Ce sont des images de scène ?

­ Aussi. Aussi et surtout. Mais il y en a d’autres aussi, plus douloureuses mais qui ont nourri ma vie.

Et puis la présence chaleureuse du public, qui se manifeste pendant les concerts et peut­être aussi entre les concerts, quand vous croisez les fans…

­ Ca, vous savez, c’est une fois de plus –là encore, c’est moi qui réponds mais j’imagine que tous les artistes répondent la même chose, si ce n’est que j’allais dire : je leur dois tout. Je ne sais pas si c’est la vérité, mais j’ai une chance inouïe. Je le sais. C’est eux qui m’ont soutenue, qui m’ont, j’allais dire, aidée probablement de vivre. C’est incroyable. C’est incroyable. C’est, là encore, un cadeau de la vie que je ne soupçonnais pas possible pour moi, et même si on évoquait le travail, laissons le magique opérer et ce public pour moi est magique et dans son intensité et dans sa fidélité, bien évidemment. J’ai une chance inouïe.

Est­ce que finalement ce métier a été votre survie ?

­ Oui, oui. Là, définitivement, oui. Oui. C’est quelque chose qui m’a aidé à m’incarner là où j’avais le sentiment plus jeune de n’être pas incarnée du tout, de n’être attachée à rien, de n’être reliée à rien. Oui, c’est fondamental.

C’est très fort de dire oui, finalement à cette question…

­ Parce que là encore, c’est je crois…J’allais dire l’honnêteté, même si ça peut paraître enfantin ou démagogue. Enfin, peu importe, là vous êtes témoin : c’est spontané, c’est vrai.

Diffusion de « Appelle mon Numéro », suivi d’une pause publicitaire.

Est­ce que vous avez apprivoisé vos peurs et vos souffrances avec le temps, avec le succès ?

­ Non, et c’est sans doute pas grave. Ou très grave, je ne sais pas ! (rires) Je n’ai pas la réponse, mais j’ai certainement pansé des plaies. Il y a toujours ce mot qui revient dans le vocabulaire de chacun d’entre nous, c’est ‘faire le deuil de quelque chose’ : malheureusement, moi je ne crois pas qu’on puisse faire le deuil de quelque chose. Maintenant, on peut tenter de faire ré émerger la vie et des choses qui vous aident à tenir, qui vous aident à vous réveiller, qui vous aident à sourire. Maintenant, tout ce qui est douleur, tout ce qui est doute, tout ce qui est peur est là, ancré et là encore ça fait partie de votre sang, de vos veines : c’est là. C’est présent mais c’est sans doute nécessaire –peut­être pas, mais c’est là en tout cas ! (rires)

Nécessaire à la création ?

­ On va dire que c’est…Forcément, forcément ça aide, en tout cas à une certaine créativité, oui.

Dans le spectacle, visuellement, sur les deux écrans géants, on voit beaucoup de têtes de mort. Est-ce que l’idée de mourir vous terrifie encore ?

­ radio-hL’idée de mort, de ma propre mort, en tout cas l’idée de la mort me terrifie, fait partie de chaque deux secondes de ma vie. Est­ce que ma propre mort me terrifie ? Je vais vous dire parfois oui,  parfois non.

Parfois, le mot ‘fatalité’ est plutôt serein : je me dis ‘Bon, ça se fera. De toute façon, c’est inéluctable !’ (rires)

Parfois elle me hante et parfois je l’oublie. Là encore, c’est tout et son contraire donc je ne vous aide pas beaucoup avec ma réponse ! (rires)

Qu’est­ce qui vous fait rire dans la vie, Mylène Farmer ?

­ (elle pouffe) Les débuts d’interviews où on a un air très dramatique quand on commence ! (en rapport avec l’anecdote rapportée plus tôt, nda). L’absurde, probablement.

L’absurde sous toutes ses formes : visuel…

­ Toutes ses formes.

…dans les dialogues, aussi…

­ Aussi.

…au cinéma –je sais que vous, vous avez une passion pour le cinéma !

­ Je voudrais aller voir le film de Tarantino, puisqu’on m’en a dit grand bien et ça a provoqué beaucoup d’éclats de rire, donc… ! Je n’aime pas tout, il y a certains films que j’ai adorés ­ de même que j’accepte qu’on n’aime pas tout de moi ­ mais ce film­là en particulier, oui, il m’intrigue !

Vous avez finalement passé vingt-­cinq ans –et ça va encore continuer, on le sait et évidemment je vous le souhaite­ à peaufiner les contours de votre univers artistique, avec ce culte évidemment du mystère. Comment est­ce que vous définissez le mot ‘mystère’ ?

­ (pensive) Le mot ‘mystère’…Oh, mon Dieu ! Déjà, pour commencer, il n’y a pas de stratégie du mystère me concernant. J’espère qu’on a compris. Maintenant, vous dire quelque chose sur le mystère, c’est quelque chose qui est caché, qui peut être d’un ordre religieux –mais là, je vais vous donner une définition de dictionnaire ! Laissons cette réponse mystérieuse, je ne suis pas sûre de pouvoir définir le mystère.

Diffusion de « Libertine », suivi d’une pause publicitaire.

Nous sommes le 12 septembre, c’est une belle journée, Mylène Farmer : c’est votre anniversaire aujourd’hui et vous n’êtes pas près d’aller vous coucher puisqu’un gros cadeau vous attend au Stade de France ce soir, quatre­vingt mille personnes pour le dernier concert de votre tournée en France. Vous aimez faire la fête pour votre anniversaire ?

­ Je vais vous faire une confidence : il y a fort longtemps que je ne célèbre plus mon anniversaire, mais pour être tout à fait franche, un anniversaire devant quatre­-vingt mille personnes au Stade de France, c’est quelque chose qui sera, je crois, incroyable à vivre, donc j’adore cette idée-­là ! (rires) Celle­ci, je l’aime ! Et cette date évidemment n’a pas été choisie : il se trouve que le Stade de France était libre le 11 et le 12 septembre. Il se trouve que le 12 septembre est cette fameuse date anniversaire donc ce sera quelque chose d’assez unique, effectivement pour moi. Ce sera un immense cadeau de quatre­vingt mille personnes. C’est incroyable ! (rires)

Puisqu’on parle de l’avenir, vous m’avez dit d’ailleurs ‘Après une tournée, le meilleur c’est de se replonger dans la création’ : est­ce que vous avez une idée du prochain disque studio ?

­ Absolument pas. Absolument pas, parce que bien évidemment on pense à ‘Qu’est­ce que je vais faire demain ? Qu’est­ce que je vais faire demain ?’, maintenant je n’ai pas les réponses. J’ai le projet d’un longmétrage…On verra ! J’ai, bien évidemment, le projet d’un prochain album, mais là encore c’est une page blanche. Une page totalement blanche, mais très envie de m’y remettre très, très vite !

On évoquait votre passion pour le cinéma, vous me dites ‘projet d’un long-­métrage’ : j’imagine que c’est quelque chose qui vous tient très à cœur. Est­ce qu’on peut en savoir un peu plus ?

­ C’est un projet qui avait été initié par Claude Berri, que j’aimais profondément, tiré d’un ouvrage de Nathalie Rheims et dont le metteur en scène sera Bruno Aveillan, et ce sera pour lui son premier long­métrage. Et ma foi, après c’est le…l’avenir dira !

Et ce sera pour vous un premier rôle…

­ Et ce sera pour moi un premier rôle, un deuxième film et, j’espère, une rencontre avec le public. (sourire)

Est­ce que ça veut dire pour l’avenir aussi que peut­être un jour vous essaierez de laisser une part plus importante au cinéma ?

­ Je n’ai aucune, aucune réponse à cette question. J’ai besoin de la musique, j’ai besoin des mots. Je pense que je suis –j’en suis même convaincue­ je suis quelqu’un d’instinct, d’instinctif donc je sais que le jour où je ne souhaiterai plus dire ces mots, chanter, je choisirai ce moment avant qu’il ne me choisisse et ne me saisisse.

Est­ce que ça sera pour laisser la place au cinéma ? Je n’ai sincèrement pas la réponse. Je ne sais pas.

Vous connaissez la date, l’échéance ?

­ Non. Bien sûr que non. Non, non.

Vous me rassurez !

­ (rires) C’est gentil ! Non…

Qu’est­ce qui vous ferait arrêter la musique ?

­ L’absence de désir. (un temps) Vous allez avoir un énorme silence pour une radio, ici ! (rires)

C’est parfois intéressant !

­ Quand on n’a plus envie de donner ni envie de recevoir ­ d’abord j’imagine qu’on est un être mort, donc je ne me le souhaite pas ­ mais je crois que tout art a ses limites. Je sais pas. Je vais peut­être dire une énorme absurdité, je sais pas, je reviens encore à l’idée d’instinct : je crois que ça sera spontané, quelque chose en moi me dira ‘Là, il faut arrêter’.

Ca révèle une vraie force de caractère !

­ Peut-­être ça fait aussi partie de moi, cette force de…oui, oui de caractère, sans doute. En tout cas, ne pas tricher avec soi­même. Voilà : ne pas se mentir et essayer de dormir un petit peu de temps en temps ! (éclats de rires)

Vous dormez tranquille enfin aujourd’hui ou… ?

­ Non. (nouvel éclat de rire) Non, ce n’est pas possible !

Diffusion d’un extrait de « Effets Secondaires »

­ Mais là encore ­ je crois qu’on va conclure cette interview­ j’ai une fois de plus une chance incroyable. Je vis des moments incroyables. Je remercie à nouveau de vive voix le public, je remercie cette fidélité et puis…et je vais essayer de ne pas pleurer, là on va arrêter ! (dans un tremblement de voix) Merci beaucoup.

Et c’est moi qui vous remercie. Merci, Mylène Farmer, de m’avoir accordé cet entretien. Merci beaucoup.

Diffusion de « Sans Contrefaçon » pour finir l’émission.

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MYLENE POUR 2015

Posté par francesca7 le 25 décembre 2014

 

2007-decembre2Pourtant beaucoup plus productive que d’accoutumée durant ces six dernières années, Mylène Farmer ne publiera finalement pas de nouveau disque dans les prochaines semaines, contrairement à ce qu’affirmaient les rumeurs. Les fans vont devoir s’armer de patience.
 

Il fallait s’y attendre ! Après avoir enregistré trois albums et assuré deux tournées en six ans seulement, Mylène Farmer retourne dans l’ombre. Alors que des rumeurs persistantes annoncent la sortie d’un nouvel opus pour les fêtes de fin d’année, en réalité, rien n’est prévu pour le moment. Selon nos informations, sauf surprise, aucun nouveau disque ne doit paraître avant l’an prochain. Il est même très probable qu’il faille attendre jusqu’à fin 2015 pour entendre de nouvelles chansons de Mylène Farmer. Le dernier disque de la chanteuse,  »Monkey Me », est paru en décembre 2012 et a rencontré un très grand succès, bien qu’il n’ait accouché d’aucun tube. 385.000 exemplaires se sont écoulés mais les titres « A l’ombre » et  »Je te dis tout » n’ont malheureusement pas bénéficié du soutien des radios.

L’année 2013 a également vu la chanteuse remonter sur scène pour une grande tournée. Le show  »Timeless 2013″, plus lumineux et plus épuré que d’accoutumée, a rassemblé plus de 400.000 personnes dans les salles de concerts en trois mois seulement. Le CD et le DVD de cette tournée, sortis successivement en décembre 2013 et au mois de mai dernier, ont eux aussi suscité un grand enthousiasme. En cette fin d’année 2014, il faudra donc se contenter de la réédition des neufs albums studios de Mylène Farmer en vinyles. La plupart sont aujourd’hui introuvables dans ce format. Notamment « Cendres de lune », le premier opus de la chanteuse paru en 1986, et sur lequel figure notamment le tube « Libertine ». Ajoutez à cela que pour la première fois une douche de téléchargement sera inclus sur chaque support.

Réutilisation des infos interdite sans citer clairement Pure Charts (Source : PureCharts.fr).

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LE MAG de juin 2000 avec Mylène F.

Posté par francesca7 le 22 décembre 2014

 

10 JUIN 2000 : Entretien avec Lynda LACOSTE – MCM

Enregistré fin avril dans un salon de l’hôtel Costes à Paris, cet entretien est particulier dans le sens où Mylène n’a rien à promotionner : le Mylenium Tour s’est achevé quelques semaines auparavant et l’album live ne sortira pas dans le commerce avant plus de six mois. En revanche, au moment de l’enregistrement de l’émission, Mylène est en plein travail avec Alizée sur « Moi…Lolita » qui sera envoyé peu après en radio et qui sera déjà un tube au moment de la diffusion, mais évidemment aucune allusion n’y sera faite pendant l’entretien ! La langue maternelle Lynda Lacoste étant l’anglais, sa syntaxe est parfois bancale. Néanmoins, ses propos sont retranscrits ici tels quels.

2000-01-eLynda Lacoste : Bonjour et bienvenue dans Le Mag. Aujourd’hui, c’est un mag exceptionnel puisqu’il s’agit de Mylène Farmer qui n’accepte que très rarement de venir à la télévision. N’oubliez pas que pour tous les artistes, vous pouvez poser des questions soit par Internet, soit par minitel, soit par téléphone. Allons­y pour la première partie !

Après un générique qui montre l’animatrice pénétrer dans l’hôtel et des assistants décorer le salon privé de bougies, on découvre Mylène habillée d’une veste en jean et d’une longue jupe écru et arbore un chignon sophistiqué.

LL : Bonjour Mylène. Merci beaucoup d’être venue dans Le Mag. Alors, vos concerts sont toujours des spectacles avec une répétition, j’imagine, immense. Mais est­ce que ça vous est arrivée de littéralement ne plus pouvoir marcher sur vos pieds à cause des talons aiguilles, et comment faites-vous pour vous récupérer assez vite ?

Mylène Farmer : Pour me récupérer vite, je me suis beaucoup entraînée avant cette scène : j’ai un entraînement physique. Quant aux talons aiguilles, c’est assez facile de marcher avec, finalement ! (sourire)

LL : Ah bon ?! Moi, j’ai du mal, mais c’est peut­être le fait de danser avec…

MF : Je ne danse pas sur des talons aiguilles, ce sont des talons qui sont un petit peu plus larges, quand même. Mais c’est une difficulté, en tout cas un danger pour les chevilles, mais j’ai pris le parti que de choisir ces chaussures. C’est plus élégant.

LL : Les concerts ne sont pas sans risques : vous êtes tombée accidentellement à Lyon en 1996.

Qu’est­ce que vous vous êtes dit ? Est­ce que vous vous êtes dit ‘Bon, il faut virer quelqu’un tout de suite !’, ‘Est­ce qu’il faut calmer la chorégraphie ? ‘, ‘Est­-ce qu’il faut faire moins de concerts ? Qu’est­ce que vous vous êtes dit ?!

MF : Renvoyer tout le monde ! (rires)

LL : Oh ! On vire tout le monde ?! Ça m’étonnerait ! (Mylène, silencieuse, laisse planer le doute) Oh oui ?!

MF : Non, non. Je ne sais pas bien quoi répondre. Ça a été un grand choc pour moi, en tout cas.

LL : Avec votre dernier album, il y avait quand même encore, même dans l’an 2000, des clips qui ont été censurés le jour. Est­ce que ça vous a choqué ou est­ce que vous cherchez exprès d’avoir des clips qui choquent parce que, comme ça, on parle plus ?

MF : Je crois que ça n’a aucun intérêt que de vouloir choquer à tout prix pour que l’on s’intéresse à vous. Il se trouve que j’aborde des sujets qui sont peut­être épineux, voire tabous. C’est un risque. Maintenant, la censure ­et spécialement en France, je trouve­ est un peu sévère et s’attaque à tout et n’importe quel sujet, ce que je trouve vraiment regrettable.

LL : Même votre premier clip, « Maman a Tort », a été censuré à l’époque. (si certaines émissions ont choisi de ne pas diffuser ce clip à l’époque, celui-­ci n’a en tout cas jamais été interdit, nda) Mais vous êtes quelqu’un qui est capable de faire des clips qui peuvent durer jusqu’à dix­-sept minutes. Quand vous voyez le niveau que vous avez atteint, vous, quelle est votre réaction sur le niveau des clips qu’on peut voir en France en l’an 2000 ?

MF : Là encore, vous me demandez de porter un jugement et j’avoue que c’est quelque chose que je n’aime pas faire. Je peux vous dire en revanche qu’il y a des artistes que j’aime beaucoup et qui font de très beaux clips. J’aime l’univers de Björk, j’aime ce qu’a apporté Peter Gabriel, David Bowie…Il y a beaucoup d’artistes qui ont des clips intéressants.

Diffusion d’un extrait du clip « Optimistique-­Moi »

LL : Sur cet album, vous avez travaillé, bien sûr, avec j’imagine un homme dans lequel vous avez beaucoup de confiance, Laurent Boutonnat (Mylène confirme et sourit), mais vous avez travaillé avec d’autres compositeurs pour cet album­là. Est­ce que…

MF : (la coupant) Non !

LL : C’était que lui qui a fait toutes les chansons ?

MF : J’ai fait, moi, quelques chansons, comme compositeur et comme auteur…

LL : D’accord.

MF : …et c’est tout !

LL : OK. Mais pour les nouveaux gens avec qui vous avez envie de travailler, est­ce que vous demandez à Laurent son avis ou est­ce que vous lui parlez après d’avoir déjà pris votre décision sur les nouveaux gens avec qui vous avez envie de travailler ?

MF : Si vous me parlez de composition, je n’ai jamais eu le souhait que de travailler avec quelqu’un d’autre qu’avec Laurent. Maintenant, en terme de vidéo, oui j’ai fait appel à beaucoup de réalisateurs différents. Est­ce que je demande son avis : non ! (rires)

LL : D’accord. Et, parce que justement vos clips sont d’un tel niveau, est­ce que vous accepteriez de travailler avec des nouveaux talents, ou est­ce qu’il faut toujours quelqu’un qui ait déjà fait leurs preuves pour travailler avec vous ?

2000-01-dMF : C’est d’abord très, très difficile que de trouver un réalisateur, donc je vois beaucoup, beaucoup de cassettes. C’est vrai qu’il m’est difficile d’aller vers quelqu’un qui n’a jamais rien fait parce qu’on ne peut pas s’appuyer sur un travail qui a déjà…enfin, sur des choses qui sont concrètes, réelles. Donc je vais plus facilement vers des réalisateurs qui ont déjà réalisé des vidéos. Voilà. Donc mon choix s’est porté sur Marcus Nispel, Abel Ferrara et Michael Haussman pour le dernier. (« Optimistique­Moi », nda) Diffusion d’un extrait du clip « California »

LL : Vous avez un corps magnifique…

MF : (surprise, elle pouffe de rire) C’est gentil !

LL : Est­ce que, pour vous, votre corps est aussi important dans votre travail que votre voix ?

MF : Non. Non. (dans un rire) Je ne sais pas quoi vous répondre, si ce n’est que je… (silence) Tout est important ! On va dire, aussi bien, alors l’apparence physique que le vêtement, que le verbe aussi : tout est important pour moi. Maintenant, est­ce que je suis obsédée par ma ligne, par mon corps ?

Non, absolument pas. Je ne fais du sport que quand je monte sur scène.

LL : D’accord. OK. Alors, vous êtes la seule artiste française qui est aussi collectionnée ­et même plus collectionnée­ que Johnny Hallyday. Est­ce que vous êtes quelqu’un qui prend plus de temps à choisir les objets que vous avez envie d’associer avec votre nom ? Et est­ce qu’il y avait des objets que vous avez systématiquement refusé ?

MF : Systématiquement refusé, je n’en ai pas le souvenir. Mais je travaille en tout cas avec quelqu’un qui me donne des idées ­ parfois, j’apporte moi­-même des idées. Et là encore, c’est quelque chose que je qualifie d’important. En tout cas, je fais attention, oui, à ce que je propose. Voilà ! (sourire)

LL : Il y a beaucoup de questions sur l’Internet, beaucoup de sites qui vous sont consacrés. Est­ce que ça vous intéresse, l’Internet ? Et est­ce que vous regardez les sites qui sont consacrés sur vous ?

MF : L’Internet m’intéresse, oui. Mais j’utilise mon computer surtout pour les e­mails. J’aime bien correspondre.

(rires)

LL : Et est­-ce que vous regardez les sites qui sont consacrés à vous ?

MF : On va rester… (visiblement embarrassée) Je ne sais… Je m’y intéresse, oui. J’ai du mal à… Le culte de moi­même est quelque chose qui m’est difficile. Maintenant, je sais qu’il y a un travaille qui est fait, et qui est très bien fait. Donc je regarde ça de près et de loin. Je vais rester évasive ! (large sourire)

LL : Alors, sur l’Internet, on dit qu’il y a des sites où on peut vous voir nue. Est­ce que votre entourage est au courant de ça ? Et, si c’est le cas, pourquoi ces sites existent­ils encore aujourd’hui ?

MF : Ecoutez, j’ignore ces sites ! (rires) Maintenant, il est facile de faire arrêt sur image quand on prend une vidéo et puis on va sortir l’image en question. Maintenant, si je suis dénudée ou nue dans une vidéo, qu’y puis-je ?! (soupir) Le faire interdire, c’est très difficile. Très difficile. Même si on interdit, quelqu’un d’autre le fera.

Donc tant pis pour moi ! (sourire)

Diffusion d’un extrait du clip « Libertine »

LL : Pensez­vous qu’on vit dans une société où les jeunes se sentent obligés d’être parfaits, ambitieux, énergiques tous les jours ? Et qu’est­ce que vous pouvez leur conseiller, les gens qui ont envie d’être individuels, uniques et différents ?

MF : De rester unique, c’est très important. (sourire) Qu’est­ce que je peux rajouter ? Qu’il est important, et que je leur souhaite, d’avoir une passion dans la vie. C’est un moteur qui est fondamental pour vivre et survivre.

LL : Vous avez beaucoup d’émotion en vous. Est­ce qu’il y avait des situations où vous vouliez absolument pas pleurer et ça arrive, et vous sentez que ça monte quand même, et est­ce que, puisque ça arrive peut­être souvent, vous avez une ruse pour éviter les larmes ?

MF : Non, ça, je crois, c’est quelque chose que je ne contrôle absolument pas, et je ne veux pas me défendre que d’avoir justement une émotion forte. C’est arrivé énormément de fois en scène, à des moments auxquels je ne m’attendais absolument pas justement. Et, je crois, s’il y a quelque chose qu’on peut partager en scène avec le public, c’est justement une émotion. Donc je n’ai aucune immunition. (sic !) (rire)

LL : Alors, il y a beaucoup de comédiens qui adoreraient avoir autant d’émotions à leur portée. Est­ce que ça vous dirait un jour d’être prof de cinéma ou de théâtre ?

MF : Absolument pas, non ! (rires) Non.

LL : Non ?

MF : Non. Et je crois qu’il y a beaucoup de comédiens qui ont leur propre émotion. (rires)

Diffusion d’un extrait du clip live « Rêver », suivi d’une page de publicité

LL : On se retrouve dans « Le Mag », avec Mylène Farmer : deuxième partie.

Jingle

LL : Alors, un de mes films préférés, c’est un de vos films préférés aussi, c’est « Frances » (Mylène confirme), joué par Jessica Lange, et il y a une scène dans ce film où elle revient chez elle, dans sa ville natale, en tant que grande star, et il y a une femme devant elle qui lui lèche les bottes, et elle dit ‘Vous n’étiez pas la femme qui m’a haïe il y a dix ans, qui m’a traitée comme pire que rien ?’ et donc, tout le monde a bien vu qu’elle l’a bien mis dans sa place. A l’époque où vous étiez mannequin, est­ce que vous avez eu des gens qui vous traitaient peut­être pas bien, quand vous étiez anonyme, et est­ce que vous avez pu vous faire justice aujourd’hui, avec la femme que vous êtes aujourd’hui ?

2000-01-aMF : Ecoutez, je n’ai pas beaucoup de souvenirs, si ce n’est que je vais détourner la question : les personnes qui sont méchantes, vindicatives, il y en a, et j’en rencontre encore aujourd’hui. Maintenant, est­ce que j’ai une réaction ? En général, j’essaie, non, d’avoir la réaction contraire à ses instincts premiers, à savoir que je préfère répondre par la gentillesse à l’arrogance. C’est moins douloureux. (sourire)

LL : Alors justement, vous avez dit que vous êtes dans une époque de votre vie où vous êtes en pleine forme, heureuse, beaucoup plus équilibrée, beaucoup plus de confiance en vous, mais pour les jeunes qui vous adorent, qui peut­être sont en train de vivre des enfances où ils ont du mal à vivre le bonheur, qu’est­ce que vous pouvez leur dire pour qu’ils sortent de là ?

MF : Là encore, je crois que je n’ai aucune, ni solution, ni même conseil, si ce n’est que j’en reviens à la réponse précédente : tenter de trouver une passion, un moteur dans sa vie. Maintenant, je crois qu’au travers de la lecture ­et c’est ce qui m’est arrivé­ on peut découvrir des choses, trouver des pansements, et je crois que, dans le fond, la chose fondamentale, c’est le dialogue, c’est pouvoir trouver une forme de communication.

Diffusion d’un extrait du clip « XXL »

LL : Vous avez travaillé avec beaucoup d’américains, vous avez travaillé pas mal aux Etats­Unis. Que pensez­vous avoir appris avec les américains que vous avez pas pu peut­être apprendre ici, en France ?

MF : Probablement… (soupir et silence) Je pense au travail : ce sont des gens qui sont très investis dans leur travail. Ce sont des personnes qui n’ont pas peur, je crois, ni du succès, et qui le revendiquent même. Je crois que c’est une rigueur dans le travail surtout. Maintenant, est­ce que j’ai appris ça d’eux, je n’en sais rien mais en tout cas, j’ai pu, ne serait­ce que pendant les tournages de vidéos… Chacun est réellement à sa place et s’investit dans son travail. Il n’y a pas de mélange entre le sentiment et la fonction. Alors parfois c’est désagréable, mais parfois c’est agréable parce que c’est efficace et que ça va vite.

LL : Alors, ce qui est rare avec les artistes, c’est que vous avez des fans qui peuvent venir vingt-quatre heures avant un concert pour venir vous voir, et donc ils sont là peut-­être pour être sûrs d’au premier rang, alors peut­-être ils mangent pas, peut­-être ils boivent pas, et le concert commence, ils tombent dans les pommes donc ils voient même pas le concert ! (rires)

MF : C’est un peu dramatique tout ça, non ?! (rires)

LL : Non mais ça existe ! Alors qu’est­ce que vous avez envie de dire à tous ces pauvres gens qui vous adorent, qui ont même pas vu le concert du coup ?

MF : Et bien que c’est dommage pour moi ! (large sourire)

LL : Mais est-­ce que vous pensez que c’est une des raisons pour lesquelles vous aimez bien sortir des live et faire des vidéos de vos concerts ?

MF : Je ne suis pas sûre de comprendre le sens de la question…

LL : S’il y a tellement de gens qui tombent dans les pommes donc ils voient pas le concert, ils vont le voir en vidéo…

MF : (rire…consterné ?) Je ne sais pas. Mais, en tout cas, c’est quelque chose de très intéressant que de travailler sur un live, oui.

LL : Alors, votre dernier concert a été filmé par une douzaine de caméras, je crois. Est­ce que vous vous sentez différente le jour où vous savez que ça va être filmé, et est­ce que votre spectacle s’est organisé en fonction du fait que vous savez qu’il faut que ce soit filmé aujourd’hui ?

MF : Non, absolument aucun changement. Quant à mon comportement, moi­même, je crois qu’on ne peut pas ignorer totalement la présence des caméras. Maintenant, je crois qu’il y a une dimension telle en scène qu’on finit par oublier ces choses­là. Dans les dix premières minutes, c’est assez présent, et après, je fais totalement abstraction. Et le spectacle est totalement le même avant, après.

Diffusion d’un extrait du clip live « La Poupée qui fait Non »

LL : Alors, vous êtes la seule artiste française ­encore une fois ! (rires de Mylène) ­mais cette fois­ci, vous êtes la seule artiste française pour être une artiste diamant : c’est­à­dire que tous les albums que vous vendez, ça se vend à plus de un million. (Mylène confirme) Alors, puisque vous voyez que vous avez un tel succès en France, est­ce que vous avez envie ­parce que, en plus, vous êtes quelqu’un qui adore travailler­ vous avez envie de peut­être apprendre d’autres langues pour  toucher d’autres marchés dans le monde ?

MF : Ecoutez, jusqu’à présent, ça a été un refus de ma part. Plusieurs fois, on m’a j’allais dire ‘proposé’ de faire album anglais ou dans une autre langue. Dans la mesure où j’écris moi-­même mes textes, il m’est difficile d’envisager ou une adaptation de quelqu’un d’extérieur, ou moi­-même, je ne possède pas la langue suffisamment pour pouvoir traduire. Et dans la langue française ­dans ma langue en tout cas­ j’aime bien jouer avec les mots, donc c’est très compliqué de trouver ça dans une langue qui n’est pas la vôtre.

LL : On est souvent touché par les peintres parce qu’ils arrivent à nous toucher vraiment à l’intérieur de nous. Quelle est la dernière exposition que vous avez vue où vous avez été vraiment et réellement touchée ?

MF : C’était dans un musée à New York et… L’art moderne…. Je peux vous dire les peintres que j’aime : Egon Schiele, évidemment. (sourire) J’aime Max Ernst, j’aime Picabia. Et je vais oublier probablement tous ceux que j’aime ! (sourire) Mais j’aime la peinture, oui. Ce sont des moments très privilégiés.

Diffusion d’un extrait du clip « Je te rends ton Amour »

LL : Il y a un moment dans votre concert où il y a quelqu’un qui peut monter sur scène avec vous.

Comment assurez­vous la sécurité dont vous avez besoin ? Parce qu’on sait jamais…

MF : Là encore, je crois que je ne… Est-­ce que c’est de l’inconscience ? J’en sais rien. Mais je ne pense pas à ces moments d’hypothétique danger. Et là encore, c’est un moment spontané. J’ai mis beaucoup de temps avant que de faire monter quelqu’un sur scène, et je préfère là encore une spontanéité. Donc il m’est arrivé ­ce n’est pas systématique­ de faire monter quelqu’un. Et, dans ces cas­là, non, je pense à autre chose qu’à un danger. Plus un partage.

LL : Vous êtes terriblement connue dans les pays francophones. De tous les pays d’Europe, pourquoi avoir choisi la Russie ?

MF : Pourquoi la Russie ? Parce qu’ils ont diffusé, quand j’ai commencé ce métier, ils ont diffusé énormément de vidéos. Et puis il y a des personnes là­-bas qui ont beaucoup travaillé sur moi. Et j’avais très envie de découvrir la Russie, en tout cas son public. Je ne peux pas vous dire que je connais bien la Russie, si ce n’est que Saint­Pétersbourg est une ville magnifique, que j’y ai fait quelques rencontres qui sont assez jolies aussi, avec beaucoup d’artistes, des peintres notamment, et que c’est un changement parce que c’est un public qui n’est pas ‘acquis’ ­si tant est qu’on puisse avoir un public acquis­ mais vraiment là, c’était quelque chose d’assez étonnant. D’autre part, ils sont quand même assez brimés : ils n’ont pas le droit de se lever pendant un concert, ils n’ont pas réellement le droit de manifester leur joie, et ils l’ont quand même fait, à la fin du concert : ils se sont levés, ils se sont approchés au bord de scène. Ce sont des moments assez forts.

Diffusion d’un extrait du clip « Tristana »

 LL : A la sortie d’une tournée, normalement, pour la plupart des gens, c’est des vacances. Mais vous avez déjà envie de retravailler tout de suite ?

MF : Je travaille déjà (rire). Je travaille sur le live en studio, pour le mixage, et bientôt sur le film du live. Et j’ai quelques projets à venir, donc ce sera une période de travail. (personne ne le sait encore au moment de l’enregistrement, mais Mylène prépare avec Laurent Boutonnat à la fois le lancement d’Alizée et de son premier single « Moi…Lolita » et à la fois une participation à la bande originale du long-­métrage d’animation américain « Les Razmoket à Paris » avec le titre inédit « L’Histoire d’une Fée, c’est… », nda)

LL : Est­ce que vous êtes quelqu’un qui peut très bien prendre des vacances, ou est­ce que vous vous sentez tout de suite coupable le jour où vous ne travaillez pas ? Est­ce que vous êtes plus contente quand vous travaillez ?

MF : J’ai cette culpabilité, oui, mais j’ai ça en moi : j’aime le travail. C’est quelque chose que j’aime profondément donc c’est… Là encore, je me nourris de ça très facilement. L’oisiveté ne me sied pas du tout !

(rires)

téléchargementLL : Alors, ce qui est formidable, c’est que vous êtes, je crois, une perfectionniste, et c’est bien dans le travail. Mais est­ce que ça veut dire que, après chaque concert, vous prenez les musiciens, les  chanteurs, les techniciens et que vous faites une espèce de résumé du concert ?

MF : Non, du tout.

LL : Jamais ?

MF : Non, non. Ni avant. Je sais qu’il y a beaucoup d’artistes qui aiment prendre la main de leurs  camarades et faire une prière avant de monter sur scène, j’avoue que je ne connais pas ça. (sourire) Et après le travail, non. Après le travail, c’est terminé. Après, chacun ponctuellement apprécie ou n’apprécie pas le moment, mais c’est plus quelque chose, j’allais dire, un état solitaire, de solitude, en tout cas pendant la première heure. Mais ce qui ne vous empêche pas les éclats de rire. Maintenant, quant au résumé de la situation, de ce qui s’est  passé, non.

LL : Justement, est-­ce que, pendant un concert, vous avez envie de vous éclater de rire, parce que vous voyez un danseur qui a fait un faux pas, ou je sais pas quoi ? Et est­ce que ça vous est arrivé, devant votre public, de sortir de la chanson carrément ? Ou est­ce qu’il y a jamais eu quelque chose comme…

MF : Sortir de la chanson, non. Maintenant, des éclats de rire, oui, bien sûr. Bien sûr. Ce qui fait qu’on n’est pas des robots non plus ! (rires)

Diffusion d’un extrait du clip « Je t’aime Mélancolie »

LL : Il y a quelque chose dans mon émission où les téléspectateurs peuvent poser trois questions.

J’en ai pris trois : première question, c’est que, bien sûr, il y a beaucoup de vos fans qui se sentent frustrés parce qu’ils ne vous entendent pas assez en dehors de la scène, et ils ne vous voient pas assez non plus ­moi, je suis ravie que vous êtes là aujourd’hui ! (sourire de Mylène). Et, est­ce que ça vous dirait un jour d’être un peu plus proche d’eux, dans leur avis ?

MF : Moi je n’ai pas la sensation que d’être loin d’eux, donc, là encore une pirouette probablement, mais j’ai l’impression d’être très proche d’eux. Maintenant, est­ce que ça doit passer par l’interview, par la justification ?

Je n’en suis pas sûre. Je me sens, en tout cas moi, proche d’eux.

LL : OK. Deuxième question : vous avez dit que la vulnérabilité est un compagnon agréable et nécessaire. Est­ce que, finalement, ça vous ennuierait d’être parfaite, même s’il y a des jours où vous tentez à tout prix de l’être ?

MF : Là encore, je ne sais pas ce qu’est un être parfait… (rires après un silence)

LL : Mais y a pas des jours on a quand même envie au moins de faire le mieux qu’on peut faire ?

MF : Perfectionniste, oui. Parfait, absolument pas, non, ce n’est pas une quête en soi. Mais perfectionniste dans mon travail, oui. Là, ça part, je crois, d’un respect de l’autre et respect de soi­même. Je prends du temps avant de faire une pochette, je réfléchis. J’ai envie d’offrir des choses qui, moi, me plaisent vraiment.

LL : Troisième question Internet, et dernière question : pour les gens qui se sentent un peu perdus, peut-­être ils sont athées, je sais pas, qu’est­-ce que vous pensez que le bouddhisme pourrait leur apporter ? Et je crois qu’il y a plusieurs styles de bouddhisme…

MF : Ecoutez, ne serait­ce que par curiosité, découvrir cette philosophie. Dire qu’elle est    probablement plus douce que d’autres philosophies ou religions, qu’elle est probablement ­en tout cas ça l’a été pour moi­ plus convaincante, que ce peut être simplement un passage dans leur vie, mais que c’est, en tout cas, intéressant que de s’ouvrir à cette philosophie : ça peut panser l’âme, ça peut aider en tout cas. Là encore, j’en reviens à l’idée de dialogue : si on n’a pas la chance d’avoir quelqu’un à qui parler, on peut le faire au travers d’une lecture comme ça, parce que vous avez beaucoup de réponses ­en tout cas, si ce ne sont pas des réponses, en tout cas des tentatives de réponses. (sourire)

images (1)LL : OK. Je vous remercie beaucoup d’être venue.

MF : Merci à vous. (sourire)

LL : Et bon travail !

MF : Merci beaucoup.

LL : Merci bien.

MF : Merci.

L’émission se termine sur des images de l’équipe technique rangeant leur matériel dans le salon où a pris place l’entretien, le tout sur la musique de « Optimistique­-Moi »

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TV PARC (Russie) pour Mylène Farmer

Posté par francesca7 le 22 décembre 2014

 

20 MARS 2000 – Entretien avec Eva KAMM

2000-05-eVous êtes habillée de façon très originale (le préambule de l’interview précise que Mylène porte des socquettes blanches dans des sandales, une grande jupe façon paréo de soie brodée à l’indienne, un chemisier en coton et une veste en jean, nda). C’est très intéressant ! Qui est le styliste qui vous a   crée cette tenue ?

­ Des noms qui ne vous diraient rien. D’une manière générale, j’aime les vêtements de Thierry Mugler et Jean-Paul Gaultier, mais je préfère me faire mon propre style. Pour les préparatifs de mon spectacle Mylenium Tour, j’ai collaboré à l’élaboration des costumes, tant pour les miens que pour ceux des danseurs.

Ne vous semble­-t-­il pas que le nom choisi pour votre spectacle n’est pas des mieux trouvés ? Vous êtes­vous laissée emporter par la mode qui surfe sur ce fameux millenium ?

­ Pas vraiment. Tout d’abord, bien que le mot ‘millenium’ soit répandu, mon concert est unique, et ensuite, ce mot contient mon prénom.

Justement, comment avez­vous fêté ce millenium tant attendu ?

­ Je ne me souviens pas. Sans doute avec un livre dans les mains. Le soir du 31 décembre n’est pas une fête pour moi. Oui, c’est ça : j’ai lu et puis je suis allée me coucher. Je ne sais plus quel livre   j’avais entre les mains ce soir­là, probablement Henry James ou peut­être Edgar Poe, un de mes auteurs préférés.

On raconte beaucoup de légendes à votre sujet. Est­il vrai que vos seuls amis sont des singes capucins ?

­ Je n’ai qu’un seul singe capucin. Elle s’appelle E.T., comme le héros de Spielberg, et nous sommes de grandes amies. Elle craint les courants d’air, c’est pourquoi je prends toujours garde à ce qu’elle ne prenne pas froid, et donc elle ne sort presque jamais.

Est­ce que vous aimez regarder la télévision ?

­ Bien sûr. Je regarde la télé, comme tout le monde. J’aime beaucoup la chaîne Planète qui montre la vie et la culture de pays différents. Je regarde aussi des séries, par exemple « X Files » avec David Duchovny, qui est une de mes préférées.

Comment prenez­vous soin de vous ? Votre spectacle laisse entrevoir une préparation athlétique parfaite ­ sans parler de votre silhouette !

­ Merci pour le compliment ! Quand je ne prépare pas un spectacle, je ne fais pas d’efforts particuliers pour entretenir ma forme : je ne fréquente pas les salles de sports, je ne torture pas mon organisme avec des régimes, je ne compte pas les calories…

Mylène Farmer peut-­elle donc se permettre de manger un hot­-dog en pleine rue ?!

­ Non, mais pas seulement parce que je ne mange pas de viande ­ à l’exception du poulet. J’ai arrêté de manger n’importe quoi depuis que j’ai pris conscience que j’avais grandi. Désormais, mon régime comprend du poulet, des légumes, des fruits. Et j’adore la cuisine japonaise !

Vous aimez l’exotisme ?

­ J’aime en tout cas leur conception de la vie. Depuis que j’ai découvert la culture orientale, je regarde les choses différemment. Comme vous pouvez le voir, le style de mon spectacle est influencé par certains courants japonais, indiens et chinois.

Quel est votre rapport à la culture russe ?

­ Un grand respect avant tout. J’ai visité la Russie il y a deux ans et j’ai été marquée par la beauté des églises et la richesse de l’architecture. Il me semble qu’il y a des motifs slaves dans mon spectacle aussi, à bien y réfléchir !

La célébrité vous a-­t­-elle changée ? Est­il difficile de rester vous­même lorsque vous sentez des regards étrangers sur vous ?

­ Il m’est très difficile de répondre à cette question. Je suis heureuse d’être devenue une artiste. Pendant un spectacle, je vis pleinement la scène et c’est très difficile de décrire ce sentiment avec des mots. Mais dès que le rideau tombe, je redeviens une femme ordinaire, et cette métamorphose m’arrange tout à fait !

Maintes femmes célèbres, intelligentes et belles sont seules. Pourquoi ? Est­ce que les hommes ont peur des femmes qui sont fortes ?

­ Notre métier est très dur, il demande un maximum de temps et de force. Quand on devient public, il est très difficile de trouver l’âme sœur. Un homme, d’une manière générale, ne peut pas se soumettre au fait que sa femme est adulée par des millions d’autres personnes : il veut être unique.

Si vous rencontriez l’homme idéal mais qu’il vous demandait de quitter la scène définitivement pour lui, que feriez-­vous ?

­ 2000-05-bJ’aime trop ce que je fais et ce que j’ai vécu toutes ces années pour y renoncer d’un coup. Mais l’amour étant une des choses les plus précieuses dans la vie, il ne faut jurer de rien ! S’il y a une chose que je sais à mon sujet, c’est que je manque de courage pour beaucoup de choses. Je trouve qu’il faut être très courageux et responsable pour avoir au moins un enfant. De quoi rêvez­vous ?

­ De ne jamais mourir, même si par exemple l’idée du clonage me choque. L’homme est une création unique et aucun mortel n’a le droit de décider s’il est digne de la vie éternelle.

Vous avez trente­-huit ans mais vous n’en faites guère plus de vingt­-cinq. Comptez-­vous confier votre beauté à un chirurgien esthétique, comme le font la plupart des stars ?

­ Je ne pense pas. Beaucoup de femmes s’embellissent avec l’âge. Je rêve de rester attrayante jusqu’à un âge avancé ! Mais à vrai dire, j’ai peur de ne pas l’atteindre, même si je voudrais bien…

Merci à atch­-ramirez pour son aide précieuse à la traduction.

 

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KISS FM – entretien avec Mylène Farmer

Posté par francesca7 le 22 décembre 2014

 

16 AVRIL 1999

Comme l’animateur l’annonce lui­même, l’entretien ne se déroule pas en direct dans les locaux de cette station de la Côte d’Azur. A la diffusion, les interventions du journaliste sont donc tantôt des questions posées directement à la chanteuse, tantôt des relances faites en studio.

Pour la sortie de son nouvel album, Mylène Farmer nous a choisis. Vendredi dernier, elle m’a reçu au Royal Monceau, grand palace parisien. Un salon cossu, rideaux tirés, lumière tamisée, Mylène Farmer a planté le décor de son mystère : à moi de m’y fondre. J’ai tout d’abord voulu savoir ce qu’elle avait fait durant tous ces mois d’absence…

1999-03-cMF : J’ai beaucoup voyagé : je suis allée en Russie, je suis allée en Irlande, en Italie. J’ai lu, j’ai vu des musées, j’ai vu de la peinture. Voilà ! (rires)

Vous avez besoin de tous ces mois de silence pour vous ressourcer, pour repartir sur des bases nouvelles ? C’est à chaque fois une renaissance, quelque part ?

MF : Non, je ne qualifierais pas ça de renaissance, mais en tout cas j’ai besoin de ce temps­là pour moi­même me ressourcer, pour découvrir d’autres choses et pouvoir en suggérer d’autres.

Et là, dans les découvertes que vous avez pu faire pendant tous ces mois d’absence, lesquelles vous ont le plus marquée ? Qu’est­ce qui vous a le plus apporté ?

MF : Les paysages. Comme je le disais auparavant, je suis allée en Russie, où j’ai vu Saint­Pétersbourg qui est absolument magnifique. Là­bas, vous rencontrez des gens, c’est très intéressant. J’ai vu ces fameux paysages, là encore, en Irlande, qui sont phénoménaux ­ j’y suis allée en période d’hiver, donc c’est encore plus impressionnant. Voilà, c’est ce qui me vient à l’esprit !

Comment vous vient l’inspiration ? Est­ce qu’elle vous vient seule ou bien par le biais de rencontres ?

MF : Je sais pas, là, j’ai pas une recette précise, mais pour parler de l’écriture, je suis en tout cas seule, oui.

C’est un moment qui suggère la solitude, je crois. Mais là, je vais vous parler plus du fonctionnement de l’album, à savoir que quand j’écris, avant même d’écrire, j’ai besoin de la musique, et après je vais greffer mes mots. Pour répondre à votre question, oui bien sûr, rencontrer des gens est important.

Est­ce que vous stockez des chansons ? Est­ce qu’il y en a déjà en préparation dans les tiroirs, ou est­ce que c’est vraiment ‘au dernier moment’ ?

MF : C’est fait au moment… En aucun cas, non, je n’écris ni avant, ni après, mais effectivement au moment choisi qui est celui de l’album.

Y a pas des feuillets qui traînent quelque part, là ?!

MF : Non !

Le sexe est omniprésent dans les chansons depuis très longtemps : c’est si important que ça ?!

MF : La sexualité est importante, oui. J’aime l’évoquer, j’aime rire avec, parfois bousculer. Je ne suis pas totalement sûre que ce soit uniquement pour la provocation, c’est dans le fond ce que je pense au moment où je le pense et j’ai envie de l’exprimer.

Comment séduire Mylène Farmer ?

MF : Je ne sais pas. Je n’ai pas ce genre de réponses ! (rires) Je ne sais pas…

Mylène Farmer est un mystère, alors comment se fait-il qu’elle ne soit pas la proie des paparazzis, et qu’elle ne fasse pas la une chaque semaine de certains magazines ?

MF : Je crois que c’est… Je ne sais pas si j’ai une réponse à cette question, si ce n’est que par rapport à l’allusion que vous faites à ces journaux people qui s’abreuvent de stupidités et de vie privée, dans la mesure où c’est vrai que je ne donne pas le loisir de me photographier, je sors peu, je ne change pas d’amant tous les jours (rires), donc en ce sens, je ne nourris pas bien ces magazines. Maintenant, dès l’instant qu’on est connu, nous sommes comme des êtres traqués, et j’ai malheureusement été moi­même photographiée. Ce qui est plus douloureux, c’est les commentaires qui sont des âneries à n’en plus finir. Parfois on s’en moque, et parfois c’est pénible. Maintenant, quant au mystère, c’est parce que je m’exprime peu, que je n’aime pas parler de ma vie privée, et que personne n’a réussi à savoir quoi que ce soit, en tout cas de ma bouche. Donc voilà, j’imagine que le mystère commence là.

On connaît presque Mylène Farmer la star, mais la femme, que fait­elle de son temps ?

MF : Je le passe à lire parfois. Là, je vais reparler de la peinture : lire des bouquins de peinture, les regarder, en tout cas. Le cinéma, et puis ma foi…ma foi, je ne sais pas ! Réfléchir…

Est­ce que vous allez peindre un jour ? Est­ce que vous peignez, déjà ?

MF : Je dessine parfois, mais pas la peinture, non.

Vous aimez rire, vous aimez vous amuser : comment se fait­il que cette facette de votre personnalité ne soit pas dans vos chansons ?

MF : Peut­être que j’ai plus de difficulté à exprimer ce que vous appelez le bonheur, en tout cas l’idée du bonheur. Moi, j’avoue que je n’ai pas de définition ou de… Là encore, bien évidemment, je suis capable de rire, de sourire, d’apprécier des moments de la vie qui sont plutôt joyeux, maintenant, il se trouve que la concentration qu’est un album ­ concentration de thèmes ­ fait que je vais plus spontanément vers quelque chose d’un peu plus désespéré. C’est comme ça…

Quand on est douce, réservée, fragile, est­ce que ça ne fait pas peur d’avoir des fans ?

MF : Non, j’avoue que je n’ai pas ce genre de problèmes. Après, tout dépend de l’omniprésence de certaines personnes. Parfois c’est pesant parce que… Mais c’est plus pesant, dans le fond, dans l’idée que ces personnes passent beaucoup de temps ­ des heures et des heures ­ à vous attendre sans pour autant vous rencontrer. Ca, ça me pèse davantage que l’idée, moi, d’être perturbée.

1999-03-bLes fans de Mylène Farmer sont je dirais presque des disciples : il y a autour de vous tout un mystère, vous dégagez une aura, et ce sont des gens qui s’identifient réellement à votre personnalité.

Est­-ce que ça, quelque part, c’est pas une responsabilité ?

MF : C’en est une, bien évidemment. Enfin, c’en est une, je le suppose, mais ma seule défense par rapport à cette idée-­là, ou ce sentiment, c’est que je crois n’avoir jamais triché, donc je ne mettrai jamais en danger ces personnes.

C’est clair pour tout le monde, Mylène Farmer aime ses fans, elle aime leur contact. Elle est aussi professionnellement au top des techniques audiovisuelles, alors la question était évidente : y aura­t-il un jour un site web qui la rapprochera encore plus de ses admirateurs ?

MF : Non. Je n’ai jamais souhaité être ni à l’initiative, l’initiatrice en tout cas d’un fan­club ou de quelque autre intermédiaire, parce que là encore, je préfère privilégier le silence. Ce que j’ai à donner, je le donne, le reste…

La correspondance qui me semble à moi à la fois la plus fragile et la plus jolie, c’est ce qui se passe sur scène, et elle me suffit, si je puis dire.

La scène, c’est le prochain objectif de Mylène Farmer. Alors j’ai voulu savoir si elle nous réservait un méga show grand spectacle ou bien un concert intimiste…

MF : J’aime plutôt l’idée du show, j’aime la chorégraphie, j’aime le spectacle avec un grand « S » et j’espère pouvoir le donner. Et on crée dans cet espace ­là des moments extrêmement intimes, donc dans le fond je ne fais pas de différence.

 

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Mylène Farmer sur PULSE (Russie)

Posté par francesca7 le 17 décembre 2014

 

MARS 2000

1999-01-eEntretien avec Konstantin SOLOVUKH et Nadezhda KOZHEVNIKOVA

Pulse est un mensuel russe qui présente la particularité d’être publié en deux éditions : l’une russophone et l’autre anglophone. La traduction qui suit a été réalisée à partir de la version en  anglais. A la lecture de l’entretien, il paraît évident que celui­ci a été largement réécrit et que de nombreux éléments descriptifs et d’explication ont été ajoutés ici et là et attribués à la chanteuse. Néanmoins, la traduction est fidèle à la publication. L’article qui accompagne l’interview nous apprend que celle­ci a été réalisée à Paris le 21 février 2000.

Pourquoi votre Mylenium Tour est­il un événement du nouveau millénaire ? En quoi est­il différent de vos tournées précédentes ?

­ Je suis désormais plus tournée vers la poésie. Ce spectacle est plus romantique et lyrique et j’y chante plus de chansons lentes que d’habitude. D’un autre côté, il ne présente pas qu’un concept unique et cohérent : il met en scène deux héroïnes, moi­même et cette déesse qui me protège. Le célèbre artiste suisse Giger m’a offert cette gigantesque statue qui se trouve sur la scène et dont la tête et le bras sont articulés. A ce propos, si vous aimez le cinéma, vous associerez probablement Giger à des films fantastiques tels que « Stranger », « Dune », « Poltergeist 2 » et « Batman Forever ». Sa création rappelle la déesse égyptienne Isis qui représente la féminité et la fertilité. Elle est bien plus qu’un accessoire gadget, un décor impressionnant. C’est une actrice cruciale de mon barnum, cette messe païenne qui prend la forme d’un concert typique de ce qui se fait dans le show­business : la scène est recouverte de glace (sic !), des lumières multicolores clignotent et des confettis argentés tombent sur le public. Des effets de lumières artistiques et mystiques, crées par cinq tonnes d’équipement luminaire, insufflent la vie à la statue.

Apparemment, les critiques vous ont reproché votre goût pour le gigantisme. Vous amenez avec vous dix tonnes d’installation sonore et au total seize semi­remorques remplis d’équipements divers.

Est­ce ce qu’il vous faut pour être à la hauteur ?

­ C’est mon choix, mais gardez bien à l’esprit que la valeur humaine d’un spectacle n’a rien à voir avec le nombre de musiciens, de techniciens ou avec une montagne d’équipement. C’est l’artiste qui fait tout. Si l’artiste n’a rien à dire au public et manque de charisme, une accumulation d’effets sonores ou d’astuces diverses ne sauvera pas la mise. Vous n’êtes pas d’accord ?

Avez­vous des choses nouvelles à dire à travers ce spectacle ?

­ Je pense, oui. Il n’y a pas que ma coiffure ou mes costumes de scène qui ont changé ! J’ai vraiment changé, dernièrement. Je dois entrer dans une nouvelle phase de ma vie. Je ne peux pas vous confier plus de détails : j’ai pour principe de garder ma vie privée à l’écart de la scène. Tout le monde passe par diverses phases dans sa vie, vous savez. J’ai eu une période où j’étais très peu sûre de moi­même, mais maintenant je suis une personne différente : je garde plus la tête froide et je suis plus équilibrée.

Comment expliquez­vous cette transformation ?

­ Je ne sais vraiment pas. Plutôt que de tenter d’apprivoiser mon passé –j’ai eu une enfance relativement solitaire­ j’ai appris à ne garder que les souvenirs agréables, porteurs d’énergie. Une fois, en cours de catéchisme à l’école primaire, on nous a emmenés dans un hôpital pour enfants handicapés. Ce que j’y ai vu m’a marquée à vie. Je suis incapable de faire du mal à un être vivant, pas même à un insecte. Je ne mange pas de viande. Je ne me vante pas : chacun a ses forces et ses faiblesses et j’ai les miennes moi aussi.

Y a­t­il quelque chose que vous n’aimez pas particulièrement dans le show­business ?

­ Je déteste par­dessus tous les stéréotypes, je veux dire cette façon qu’on a de créer des stars formatées à la chaîne. La presse est à blâmer, également. Les paparazzis ne prennent jamais le temps de se renseigner sur ce qu’il y a autour d’un artiste, ils ne s’intéressent qu’aux plus bas détails : qui sort avec qui, combien d’argent gagnent les gens etc. C’est humiliant. Il y a une vie entière d’émotion derrière chacune de mes chansons. Ca me rend furieuse quand on titre ‘Mylène Farmer : les plus belles jambes de la chanson française’ !

Que pensez­vous de la scène rock et de la variété française ? Pensez­vous qu’elle est à la hauteur ?

Tient­elle la comparaison avec, disons, la scène américaine ?

­ Il faut que je vous dise que je me tiens peu au courant de ce que font mes confrères. Je suis d’un naturel plutôt conservateur. Je préfère la chanson française traditionnelle, comme Serge Gainsbourg ou Barbara.

J’aime écouter Jacques Dutronc et Serge Reggiani. Contrairement à la pop française, peu, sinon aucune, chanson américaine n’a de paroles inspirées ni dérangeantes. J’ai deux passeports, l’un français et l’autre canadien, et je me sens parfaitement bien des deux côtés de l’Atlantique. Je connais aussi bien le rock européen que le rock américain et je peux vous dire qu’il n’y a pratiquement pas de différences entre les deux : il y a des bons artistes et des mauvais artistes, c’est tout. Quant à être à la hauteur, si jamais cette notion peut s’appliquer à la musique, ça dépend énormément des circonstances. Il y a des artistes de langue française qui ont du succès aux Etats­Unis, comme Charles Aznavour, Céline Dion ou Lara Fabian là où de grandes icônes américaines ont totalement échoué en Europe. Si l’on se fie aux critiques, le grand temps fort musical de l’année dernière en France et au Canada a été « Notre­Dame de Paris », une comédie musicale de Luc Plamondon et Richard Cocciante, mais je ne l’ai pas encore vue. La chanson québécoise repose à la fois sur son héritage musical et sur une créativité apparemment sans limites : il suffit de nommer des canadiens –mes compatriotes­ aussi célèbres tels que Robert Charlebois, Daniel Lavoie, Diane Dufresne, Fabienne Thibault, Bruno Pelletier ou Garou. Je mets à part Félix Leclerc, que je place sur un pied d’égalité avec Georges Brassens et Jacques Brel. La variété française est internationale, aussi bien que la variété anglo­saxonne.

1999-01-aDans l’une de vos interviews, vous avez déclaré que ‘les hasards de la vie sont primordiaux : quand tout est dit et fait, c’est le hasard qui forge la vie’. Quels sont les hasards qui ont eu une incidence sur la vôtre ?

­ En vérité, je ne me souviens absolument pas d’avoir dit quelque chose de la sorte, mais bon… Le hasard principal dans ma vie a été la rencontre avec le compositeur et réalisateur Laurent Boutonnat. Vous savez, j’ai une formation d’actrice, j’ai fait une école de théâtre et si on m’avait dit que je ferai une carrière professionnelle dans la chanson avant que je ne le rencontre, jamais je ne l’aurais cru ! Laurent a vu en moi des talents cachés et à partir de ce moment, ma vie a pris un tournant radical. Il a également réalisé mes premiers clips, de vrais courts­métrages, en réalité. J’ai ensuite tenu l’affiche dans son long­métrage, mais malheureusement ça n’a pas été un grand succès public.

Autre chose en référence à une de vos déclarations passées : pensez­vous toujours que les animaux sont ‘plus humains que les humains’ ?

­ Cela dépend à la fois des animaux et des humains. Je suis introvertie, solitaire de nature, je sors rarement de chez moi. A la différence de beaucoup de gens, je n’ai pas besoin de beaucoup de rapports sociaux. Je ne regarde pas énormément la télévision, je lis beaucoup de livres en revanche.

Vous citez souvent Montaigne, Edgar Allan Poe et Baudelaire parmi vos auteurs préférés. Avez­vous lu des auteurs plus modernes ?

­ Vous savez, je ne suis pas focalisée sur un auteur ou un genre bien précis. Je suis une lectrice  omnivore, avec une nette préférence pour la poésie et les romans français.

Quel est votre avis sur la culture punk ?

­ Cela a été un moyen de bousculer les conventions. J’ai moi­même vécu d’une certaine façon comme ces punks, je ressemblais à un garçon jusqu’à mes quatorze ans : j’étais grande, très maigre et je ne portais que des pantalons. Plus tard, lorsque la nature a repris ses droits, je suis devenue plus en harmonie avec moi-même, même si parfois j’ai encore du mal à assimiler le fait que je suis une femme ! Mais si vous faites référence aux punks en rapport avec mes cheveux roux, ils sont naturels, ils ne sont pas teints. (sic !) Il en va de même pour mes tenues de scène : je fais la distinction entre ce que je porte sur scène et ce que je mets pour une réception ou pour aller au restaurant. La scène est un fossé insurmontable entre l’artiste et le public.

Je ne sais pas être provocante, je suis quelqu’un de très timide.

Vous aimez l’humour noir ?

­ L’humour noir est synonyme d’humour britannique pour moi. Cela m’évoque Winston Churchill. Il aimait le whisky et une fois, lors d’une réception officielle, il était plutôt éméché. Une femme de la haute société aux charmes douteux l’aborda alors et lui dit du haut de sa vertu ‘Mais comment osez­vous vous présenter dans cet état ?’, ce à quoi il répondit ‘Demain matin, j’aurai désaoûlé alors  que vous, vous serez toujours laide !’.

C’est la première fois que vous faites une tournée en Russie. Quel est votre rapport à notre pays, son histoire et sa culture ?

­ Si on regarde une carte, la Russie et le Canada ont manifestement beaucoup en commun. Vos hivers sont rudes et enneigés, comme le sont les hivers à Montréal, au Canada. J’ai toujours voulu en savoir plus sur votre pays. J’ai même appris le russe pendant trois ans au collège. Je me suis rendue en Russie une fois en tant que touriste : je suis allée à Moscou et à Saint­Pétersbourg, et c’est cette dernière ville que j’ai préféré. J’ai très hâte de m’y rendre à nouveau. Je suis toujours très impatiente avec mes concerts. J’espère que ma bonne étoile ne va pas m’abandonner !

Publié dans Mylène 1999 - 2000, Mylène en INTERVIEW | Pas de Commentaires »

WIT FM avec Mylène Farmer

Posté par francesca7 le 17 décembre 2014

 

8 AVRIL 1999

Mylène Farmer, bonjour.

Mylène Farmer : Bonjour.

1999-02-dEt avant même la première question, j’ai envie de vous dire merci parce que c’est un grand privilège que de vous recevoir ! Vous accordez peu d’interviews, on aura sans doute l’occasion d’en reparler un petit peu plus tard. Le seul ennui, c’est que j’ai à peu près trois mille deux cent douze questions à vous poser ! (rires de Mylène) L’album « Innamoramento » est sorti depuis quelques jours…

MF : Oui.

Je m’applique sur la prononciation ! Pour ceux qui ne l’ont pas encore découvert, vous le définiriez  comment ?

MF : ‘Innamoramento’ exprime le choc amoureux, donc j’ai tenté dans cet album de décliner l’amour dans son spectre le plus large. J’ai également été intéressée par ce mot parce que à l’intérieur, il y a ‘amour’, il y a ‘mort’, autant de choses qui font partie du sentiment amoureux…

C’est vrai que c’est un titre un peu étrange ! La première question qu’on se pose quand on découvre la pochette, c’est ‘Ca veut dire quoi « Innamoramento ? »…

MF : Et si on cherche bien, il y a…

C’est une contraction de l’italien, me semble­t­il…

MF : C’est un mot italien. Le mot correspondant dans la langue française, c’est le verbe s’énamourer, mais on ne l’utilise plus, ou peu…

Vous travaillez avec la même équipe depuis le début de votre carrière…

MF : Oui.

Concrètement, vous fonctionnez comment dans le travail ?

MF : Dans le travail ? Ecoutez, habituellement c’est la musique qui vient avant les mots. Parfois, je retravaille avec Laurent sur la mélodie de voix et puis après, je me mets de mon côté, j’écris les textes et puis après nous allons en studio, et puis ça va progressivement.

L’écriture vient facilement ?

MF : L’écriture parfois vient facilement, et parfois c’est difficile.

Qu’est ce qui vous inspire ? C’est la musique spécifique de Laurent ou ce sont des choses que vous vivez et que vous avez envie d’exprimer ?

MF : Je crois que la musique est importante, elle est toujours à la… enfin il me semble, quand on écoute une musique classique, elle va évoquer ou fait naître en vous des sentiments, et là j’y trouve un thème que j’ai envie d’exprimer. Parfois le texte, même s’il n’est pas écrit, en tout cas le thème, je l’ai en tête et je vais chercher sur quelle musique il sera mieux mis en valeur. Mais c’est d’abord la musique et après l’écriture.

Vous écrivez autre chose que des chansons ?

MF : Non. C’est parce que je ne m’autorise que la chanson pour m’exprimer.

La sortie d’un album, comme ça a été le cas il y a quelques jours, c’est un jour douloureux ? Ca vous angoisse ?

MF : C’est plus angoissant que douloureux, avec toujours l’idée du rejet, l’idée que l’autre ne va pas vous  écouter ou avoir l’envie de vous écouter.

Avant la sortie, vous le faites écouter à des proches pour avoir déjà quelques premières réactions par rapport à tout le travail que vous venez d’effectuer ?

MF : Pas réellement, puisque ces proches que vous évoquez, en général viennent en studio, donc j’allais dire font partie presque intégrante de l’album, donc voient comment ça se construit et l’écoutent. Ils font bien évidemment leurs commentaires. Mais moi, spontanément après, faire des écoutes, non je ne le fais pas.

Et par la suite, vous êtes une artiste qui suit beaucoup les ventes ?

MF : Ecoutez, je pourrais être très hypocrite et vous dire que ça ne m’intéresse pas, mais c’est après tout la révélation, le révélateur du nombre de personnes qui ont envie, là encore, de vous écouter. Donc, oui, bien sûr !

Pause musicale

Mylène, on le disait en tout début d’interview : vous êtes rare dans les médias, on vous voit peu, on vous entend peu. Pourquoi ?

MF : Parce que ce n’est pas un exercice qui m’est très facile et que j’ai du mal, et que je crois que je n’aime, dans le fond, pas beaucoup parler de moi­même.

C’est donc aussi une manière de vous protéger ?

MF : Probablement, oui.

Ca vous permet également d’éviter tout ce qui est plus people ­ parce que c’est vrai qu’on vous voit peu également dans la presse people…

MF : Si ce n’est que le people se sert quand même de moi et dit bon nombre d’âneries. Mais c’est une forme, oui, sans doute de protection.

Vous surveillez ce qui est écrit sur vous, ce qui se dit ? Sans parler uniquement de la presse people, ça peut être très bien une critique de l’album dans Libé…

1999-02-cMF : Non, ça bien sûr que non, puisqu’on ne maîtrise absolument pas ce sujet­ là. Si je donne une interview pour un journal, je demande à relire le papier, mais on ne vous fait relire que vos propres réponses, et je trouve ça tout à fait légitime puisqu’on est ­ j’allais dire l’ensemble des artistes ­ extrêmement échaudés : le propos est sans cesse changé, extrait et, comment dirais ­je, sorti de son contexte pour le remettre dans un autre, donc la reformulation parfois est tout à fait détestable. Donc c’est vrai que je demande de plus en plus de contrôle.

Vous réagissez comment face à la critique ?

MF : Oh, très bien ! L’idée que des personnes n’aiment pas ce que je fais, ne m’aiment pas, est tout à fait normale. Et puis dans le fond, tant mieux ! Il faut avoir des ennemis, il faut soigner ses ennemis ! (rires)

L’image que les gens ont de vous est l’image réelle de ce que vous êtes ?

MF : C’est l’image que j’ai envie qu’on ait de moi, en tout cas.

Je peux le confirmer pour tous les gens qui m’en ont parlé avant cette rencontre : vous êtes très, très belle !

MF : Oh, c’est gentil ! (rire gêné)

Vous vous jugez comment ? Vous vous trouvez comment ?

MF : Je ne suis pas ma plus grande admiratrice ! (rires) Mais j’apprécie, merci !

On va tâcher d’en savoir un peu plus sur vous : vous vivez où ?

MF : A Paris.

Toute l’année? On a lu beaucoup de choses sur Los Angeles, sur…

MF : Oui, non, Los Angeles a été des fractions dans ma vie, qui étaient essentiellement dirigées sur l’album.

Donc j’ai souhaité enregistrer ce nouvel album encore à Los Angeles, qui est une ville essentiellement de travail, donc en somme…

A Paris, vous réussissez à avoir une vie, je dirais, ‘normale’ ? Vous réussissez à sortir, à aller…

MF : Je peux sortir si c’est mon souhait. Maintenant c’est vrai que j’ai de par mon caractère un peu plus de mal à sortir à Paris qu’à New York.

Chez vous, c’est décoré comment ?

MF : Il y a beaucoup de peintures et il y a beaucoup de bois.

Quand vous ne travaillez pas, vous faites quoi ? Vos loisirs, ça tourne autour de quoi ?

MF : J’aime la lecture, j’aime la peinture, je vois beaucoup…

Vous pratiquez ?

MF : Non. Non, je l’apprécie ! (rires) Je dessine parfois, en revanche. Et j’aime le voyage : j’ai la chance de pouvoir voyager, d’avoir du temps pour ça. C’est ce que j’ai fait pendant ces quelques années.

En préparant cette émission, j’ai évidemment pensé à vous : j’ai eu beaucoup de mal à vous imaginer en train de faire la cuisine ! Ca arrive?!

MF : Vous avez raison, je ne sais pas faire la cuisine ! (rires)

Bon, donc ce soir on ne mange pas chez vous ! Je crois savoir que vous avez un singe aussi…

MF : Oui.

Il s’appelle E.T. ?

MF : Oui, E.T.

Comment va­t­il ?

1999-02-bMF : Elle va très bien !

Elle va bien ?

MF : Oui !

Au temps pour moi !

MF : C’est une petite fille !

Ca se passe comment ? Parce qu’on est habitués à voir des animaux domestiques qui sont des animaux, je dirais, ‘classiques’ : chiens, chats, oiseaux, poissons…

MF : Oui…

Avec un singe, ça se passe comment ?

MF : De la même façon ! Il y a peut­être davantage de communication ­ je n’en suis même pas sûre, si ce n’est que le singe a quatre mains (rires) donc le toucher est très important. Maintenant, la caresse est appréciée par tous les animaux, mais c’est vrai que c’est assez extraordinaire.

Si vous n’aviez pas rencontré Jérôme Dahan et Laurent Boutonnat au tout début de votre carrière, vous ne seriez peut­être pas chanteuse. Vous auriez aimé faire quoi ?

MF : Le cinéma est quelque chose qui me tentait énormément. Je pensais devoir et faire du cinéma, et puis c’est la chanson qui est venue avant et j’en suis très heureuse.

On marque une nouvelle pause dans cette émission. Mylène Farmer est avec nous aujourd’hui sur

Wit FM. A tout de suite. Coupure pub.

Mylène Farmer avec nous, sur Wit FM. Mylène, mine de rien vous approchez de la quarantaine, même si vous masquez bien votre jeu ! Vieillir, c’est quelque chose qui vous inquiète ?

MF : Vieillir est quelque chose qui m’inquiète, oui, bien évidemment ! (rires)

D’où la chanson « Et si vieillir m’était conté » ?

MF : Voilà !

On peut en parler un instant pour les gens qui ne l’ont pas écoutée et qui vont l’écouter dans un instant ?

MF : Ben, vous avez dévoilé le thème, et c’est un sentiment qui est parfois oppressant…

Vous vous êtes fixé des limites quant à votre carrière, à sa durée ?

MF : Non, je crois que ce sera spontané. Le jour où je me lève et si je n’ai plus envie ni d’écrire, ni de me montrer, je l’arrêterai.

Jusque là, vous portez quel jugement sur tout ce que vous avez fait, sur tous vos albums, sur l’ensemble de votre carrière ?

MF : Juste le sentiment d’avoir traversé, construit un moment de vie…

Un joli moment de vie ! (rires de Mylène) Il y a des choses que vous regrettez ?

MF : Non.

Que vous feriez différemment ?

MF : Non, non. Absolument pas !

Vous avez énormément de succès, une très grande notoriété : vous le vivez comment au quotidien ?

MF : Bien !

J’imagine que vous êtes financièrement extrêmement à l’aise. Vous êtes dépensière ?

MF : Non, si tant est que je voyage beaucoup, donc ça nécessite quelques moyens.

Alors on revient à la carrière à proprement parler, Mylène. Vos clips sont toujours extrêmement soignés ­ c’est le cas également sur « L’Âme­Stram­Gram » ­ et faits par de grands réalisateurs. C’est devenu une marque de fabrique ?

MF : Non, ça reste une envie que de rencontrer des réalisateurs de talent et d’essayer de trouver parfois même des réalisateurs qu’on ne connaît pas en France, ce qui a été le cas pour ce réalisateur chinois.

On parlait du cinéma tout à l’heure, vous nous disiez que c’était votre ‘première passion’. Vous recevez des scénarii, vous avez envie de remettre un pied dans le cinéma ?

MF : Hmm…Je crois pas que ça soit en terme d’envie : si ça doit arriver, ça arrivera. Je reçois parfois des choses, mais probablement moins qu’on ne peut le penser. Je crois qu’il y a un manque d’imagination sérieux dans ce pays quant à la multiplication de fonctions. (rires)

Vous seriez prête à tenter une expérience dans le cinéma, même si c’est un rôle qui changerait radicalement votre image, enfin l’image que le public peut avoir de vous ?

MF : Surtout si c’est un rôle qui change radicalement ! Oui, bien sûr.

On va se mettre à l’écriture, nous sommes prêts à tout ! (rires de Mylène) Hormis les clips soignés, il y a également beaucoup de disques collectors, qui sont envoyés généralement en radio ­ donc à ce niveau­là on est extrêmement chanceux ­ mais qui par la suite se vendent sur un marché de collectionneurs…

MF : Ceux qu’on appelle en tirage limité, oui…

Oui, qui se vendent très, très cher…

MF : Qui demandent un énorme travail, qui demandent aussi beaucoup de moyens quant à la réalisation donc après, c’est un choix. C’est vrai que là, sur ce collector (le carnet de voyage de l’album « Innamoramento », nda), j’ai passé d’abord beaucoup de temps, mais ce qui n’explique pas, là, le coût de l’objet ­ parce que ça, peu m’importe ­ mais d’un point de vue technique et d’un point de vue qualité, c’est quelque chose qui vaut beaucoup d’argent.

Mais là aussi, c’est vous qui avez la volonté d’amener ce produit, je dirais, pour les plus grands fans…

MF : C’est pour moi fondamental, tout ce qui entoure la musique, les mots. C’est ce qui fait, je présume, aussi la différence de certains artistes. Moi, j’ai besoin de ça, j’ai envie de ça et j’ai envie d’offrir autre chose, quelque chose en plus.

Diffusion de « Et si Vieillir m’était Conté »

Mylène, nous approchons de la fin de cette émission. Vous ferez trois dates à Bercy à la fin du mois de septembre, j’imagine que la tournée est prévue dans la foulée ?

MF : La tournée est prévue, absolument, jusqu’en décembre.

On peut espérer au moins une date à Bordeaux ?

MF : Oui ! (rires) (le « Mylenium Tour » s’arrêtera en effet à Bordeaux pour deux concerts en décembre 1999, puis visitera à nouveau la ville lors de la prolongation de la tournée en février 2000, nda)

Bordeaux, c’est une région que vous connaissez un peu ? Vous y êtes déjà passée souvent en tournée ?

MF : J’y suis passée, mais uniquement dans le cadre du travail, donc très peu de temps pour aller à l’extérieur.

Pour goûter un peu le vin ?!

MF : J’aime le vin ! (rires)

Bon, on tâchera de vous en faire parvenir ! Je reviens à la scène, et là aussi on va revenir à ce qu’on appelle un travail soigné : il y a toujours d’énormes chorégraphies, c’est un vrai spectacle, en plus d’un concert ! Ca demande combien de temps en termes de travail, de préparation ?

MF : Je crois pas, là, qu’il y a de règle. Maintenant, plus vous avez du temps et plus c’est confortable, en tout cas en termes de répétitions, d’évolution et de construction. Le spectacle précédent, je l’ai fait en très, très peu de temps et ça a été très ardu. Sur celui­ci, je vais prendre un peu plus de temps pour la construction, justement.

J’imagine que la construction, ça demande de refaire, de refaire et de refaire encore les choses. Y a un moment où c’est fastidieux ou c’est toujours aussi plaisant ?

MF : Le travail est considérable, mais c’est quelque chose qui me passionne, donc c’est le principal !

Avant de monter sur scène, vous avez le trac ?

MF : Oui, beaucoup! (rires)

Vous pensez à quoi quand vous êtes juste derrière le rideau et que ça va démarrer, que la salle s’éteint et qu’il y a cette clameur qui monte ?

MF : Au public.

Lors de vos spectacles, vous êtes acclamée par des milliers de personnes, il y a un public qui vous donne beaucoup, vous donnez beaucoup. Qu’est ce que vous ressentez quand ça s’arrête, quand c’est fini, que vous êtes dans votre chambre d’hôtel et que vous vous retrouvez dans le calme absolu, seule ?

1999-02-aMF : C’est toujours un moment qui est difficile, parce qu’on se sent… et on abandonne et on se sent abandonné. Maintenant, ça fait partie aussi des choses de la vie, je les connais et dans le fond, ce que je reçois et ce que j’ai reçu est quelque chose de tellement énorme et tellement important pour moi que c’est déjà une grande chance.

A Lyon, il y avait eu un concert assez catastrophique, où vous vous étiez malheureusement cassé le poignet (en juin 1996, nda). Il y a eu d’autres problèmes sur scène, qui sont peut­être des problèmes un peu moins marquants que le public ne voit pas mais qui vous, vous ont beaucoup inquiétée ?

MF : Des problèmes qui sont anodins, qui sont des pannes de micros, des pannes de tapis qui doivent marcher, des pannes de… C’est souvent des problèmes techniques !

On arrive au terme de l’émission, Mylène. J’ai jusque là choisi tous les extraits que nous avons écoutés, ce qui n’est pas forcément facile. Je vais vous laisser le soin de choisir le dernier : on se sépare avec quoi ?

MF : Je ne sais pas. Avec « Je te rends ton Amour » ! Merci encore pour cet entretien.

MF : Merci à vous !

Longue vie à l’album et puis une bonne tournée, où on aura l’occasion de vous revoir à Bordeaux.

MF : Merci.

L’entretien s’achève par la diffusion de « Je te rends ton Amour »

 

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100% JOHNNY, Mylène Farmer était là

Posté par francesca7 le 12 décembre 2014

 

12 NOVEMBRE 1999 Présenté par Jean­Pierre FOUCAULT sur TF1

1999-06-cMylène est invitée dans ce grand show mettant à l’honneur Johnny Hallyday, qui l’a invitée à participer à l’émission. Et chose exceptionnelle : après sa chanson, Mylène accepte une petite interview à trois, alors qu’elle préfère généralement les tête­à­tête. Elle ne dira cependant que quelques mots.

Jean­Pierre Foucault annonce Mylène qui vient chanter « Souviens­toi du Jour… » et Johnny en profite pour redire son admiration pour la chanteuse. Le visage de Mylène apparaît en gros plan. Ses cheveux, très roux, longs et ondulés, dansent au souffle d’un ventilateur. Elle porte une robe en résine couleur chair épousant chaque forme de son corps, sur laquelle sont brodées des flammes. On apprendra plus tard que cette tenue, signée Dominique Borg, aurait dû être portée lors du « Mylenium Tour », mais qu’elle a été écartée pour diverses raisons (trop fragile, il était difficile de l’enfiler entre deux chansons). Pour l’anecdote, elle valait, à elle seule, près de dix mille euros ! Mylène la remet presque six ans plus tard pour l’affiche du spectacle « Avant que l’ombre…à Bercy ».

Pour ce qui est de la prestation elle­même, Mylène est accompagnée des six danseurs et deux danseuses du « Mylenium Tour » qui, eux, portent leur tenue de scène du spectacle pour cette chanson. La chorégraphie est celle du spectacle, à ce détail près que les danseurs, son présents dès le début de la chanson. Comme d’habitude, en particulier dans les émissions réalisées par Gilles Amado, grand admirateur de la chanteuse, Mylène bénéficie de facilités de tournage (ampex et différentes prises) et d’une réelle volonté de faire du beau ­  lumières, flammes en incrustation, choix des couleurs, bougies au premier plan, montage dynamique : tout est voué à sublimer la prestation. La chanson à peine finie, elle est déjà assise auprès de Jean­Pierre Foucault et Johnny Hallyday !

JPF : Mylène Farmer, « Souviens­toi du Jour…». Mylène invitée par Johnny pour « 100% Johnny ».

Johnny qui nous a dit tout le bien qu’il pensait de toi, Mylène, il y a quelques instants. (notons, pour l’anecdote, que, depuis quinze ans qu’il la reçoit, c’est la première fois que Jean­Pierre Foucault tutoie la chanteuse, nda) Bonsoir Mylène.

Mylène Farmer : Bonsoir.

JPF : Tout va bien ?

MF : Très bien ! (sourire)

JPF : Bon alors, vous avez deux points communs tous les deux, si vous me permettez. C’est les tournées, parce que vous aimez, bien entendu, surprendre…

Johnny Hallyday : Je crois que Mylène est un petit peu comme moi : elle adore la scène ­ ça se voit d’ailleurs, ça se voit avec tous les décors et toutes les mises en scène qu’elle fait sur scène ­donc nous avons cette passion, déjà, en commun et puis, nous avons le public également.

JPF : Oui. Alors, est­ce qu’on pourrait concevoir ce métier, Mylène, justement sans la scène, sans ce contact direct avec le public ?

MF : C’est le meilleur moment, je crois. (sourire)

JPF : Et est­ce que c’est toi qui, directement, t’impliques dans l’imaginaire, dans la construction, dans la mise en scène du spectacle ?

MF : C’est ce qui m’intéresse en tout cas, oui.

JPF : Alors cette tournée, qui est un triomphe, hein, reprend très, très bientôt, au mois de décembre (elle reprendra en fait le 17 novembre, quelques jours après la diffusion de cette émission, après un mois de pause, nda) pour finir, on peut le dire, d’une façon assez originale, à quelques milliers de kilomètres de Paris. A quel endroit ?

MF : Je vais en Russie ! (large sourire)

JPF : Oui. Pourquoi en Russie ?

MF : Parce que c’est un public qui m’accueille ! (rires)

JPF : Oui, donc c’est à Moscou, à Kiev, Saint­Pétersbourg…

MF : (simultanément) Moscou, Kiev, Saint­Pétersbourg, oui. (le concert de Kiev n’aura finalement pas lieu, nda)

1999-06-aJPF : Donc ce sont des villes que tu connaissais certainement en tant que touriste ?

MF : Oui.

JPF : Mais jamais en tant qu’interprète et artiste ?

MF : Jamais, non.

JPF : (se tournant vers Johnny, Mylène étant à l’évidence peu bavarde) Alors, premier contact avec la Russie…

JH : Je sais que les russes adorent les chanteurs français, adorent la musique en général, mais adorent les chanteurs et les chanteuses français.

JPF : Alors, je le disais, deux points communs : le premier, c’est la scène, on vient de le voir, puis le second point commun, c’est le contact que vous avez tous les deux avec les fans, hein ? C’est vrai que Johnny tu pourrais pas imaginer un jour te passer du contact avec tes fans…

JH : Oui, enfin bon, je dirais pas que les fans, parce que c’est vrai que les fans c’est important, mais je crois que c’est le public en général. Je crois que, en général, le public, ils viennent voir d’abord des artistes qui leur donnent quelque chose. Je pense qu’il faut être généreux quand on est sur scène, ce   qui est le cas de Mylène. Et on donne autant qu’on reçoit. Tu sais, il y a pas de mystère : les gens ne te donnent rien si tu ne leur donnes pas quelque chose.

JPF : (à Mylène) C’est le même avis, je suppose ?

MF : C’est vrai ! (rires)

JPF : Ben voilà ! Donc Mylène a dit « C’est vrai » donc il y a pas de problèmes ! Merci beaucoup, Mylène, d’avoir accepté l’invitation de Johnny…

MF : Merci à vous.

L’animateur invite alors Johnny à se lever pour aller chanter une de ses nouvelles chansons.

 

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MYLENE SUR LE POINT J de novembre 1999

Posté par francesca7 le 12 décembre 2014

 

1999-05-aEntretien avec Julie SNYDER du 9 NOVEMBRE 1999 – TVA (Québec)

En plein « Mylenium Tour », Mylène accorde un entretien pour le talk­show québécois de Julie Snyder. Il faut dire que, à l’époque, il avait été fortement question que la chanteuse aille donner quelques shows outreAtlantique, mais ça ne s’est finalement pas fait.

Le sujet commence par un rapide patchwork audio et vidéo, mêlant des extraits des différentes tournées et des différents clips de Mylène, mais aussi des images inédites tournées par les équipes de Julie Snyder de la chanteuse dans les coulisses de son « Mylenium Tour », avant d’entrer en scène. En effet, la production a tourné des images dans les coulisses des concerts de Bercy en vue d’en faire un reportage mais là encore, le projet n’a pas abouti.

On découvre l’animatrice canadienne en face de Mylène, toutes deux assises sur des canapés en cuir noir, dans ce qui semble être une loge. La chanteuse porte une longue jupe écrue et une veste en jean bleu.

Julie Snyder : Vous avez un succès phénoménal. Grasset disait que la réussite c’est souvent la revanche sur le bonheur. Est­ce que ça s’applique à vous ?

Mylène Farmer : Probablement, oui. (rires) Oui, c’est très difficile d’être heureux…

JS : Est­ce que quand vous étiez petite, vous vous disiez ‘Quand je serai grande, je serai chanteuse’ ?

MF : Non, du tout. Je crois que je ne me suis jamais posée cette question, en tout cas je n’en ai pas le souvenir. Je ne sais pas…

JS : Et à quel moment vous avez eu envie de devenir chanteuse ?

MF : C’est un hasard : je voulais être actrice, donc j’ai pris des cours de théâtre ­ mais ça c’était plus tardivement ­ et puis c’est une rencontre qui a fait que j’ai commencé la chanson.

JS : Et puis, vous vous êtes dit ‘Je me lance là­dedans’ ?

MF : Là, je crois que c’est la vie qui m’a happée. En tout cas, je me souviens m’être dit ‘Je sais que c’est ce que je veux faire’, surtout à travers l’écriture. C’est quelque chose qui m’a tout de suite beaucoup aidée et intéressée.

Extrait de « Rêver » live 96

JS : Votre spectacle est très spectaculaire, est un grand déploiement. Ça ne ressemble à rien : autant c’est très spectaculaire, autant c’est très, parfois très émotif, très intimiste. Quand vous vivez les moments d’émotion, on sent la foule frissonner avec vous et vous pleurez même en interprétant certaines chansons. Dans quel état êtes­vous ?

MF : D’émotion intense : c’est quelque chose à la fois qui consume, et à la fois c’est un partage.

JS : Est­ce que vous pleurez systématiquement à chaque spectacle ?

MF : Ecoutez, je ne sais pas. Je ne réfléchis pas à tout ça, si ce n’est qu’il y a des chansons, oui, dont le texte me touche profondément. Et puis c’est vrai que l’écoute que j’ai, qui est d’une grande, grande qualité, d’une grande chaleur, me provoque aussi, me suscite des émotions.

JS : Quand on assiste à votre spectacle, on a l’impression d’être à la messe, à une cérémonie et après la cérémonie, après la communion avec le public ­parce que c’est très, très intense­ est­ce que vous ressentez un vide après cette grande force ?

MF : Je le ressens fatalement, mais c’est plus après, quand une tournée est terminée, que c’est vraiment le grand trou noir. Là, j’ai la chance d’être accompagnée et entourée, donc c’est vrai que le plongeon est assez bref. Maintenant, la nuit parfois propose d’autres choses. (rires)

JS : Les paupières ont du mal à se fermer ?

MF : Oui. Beaucoup de mal, oui.

JS : Qu’est­ce que vous faites dans ce cas­là ?

MF : Je crois que j’ai le spectacle qui revient en boucle : ce que j’ai considéré comme étant des  erreurs, je pense à des textes, je pense à des mouvements, à tout ce qui fait le spectacle…

Extrait de « Désenchantée » live 96

JS : Vous arrivez à tout gérer : par exemple, le spectacle, c’est vous qui l’avez conçu…

MF : C’est moi, c’est moi et beaucoup d’autres ! Je crois que faire les choses seule, c’est quelque chose qui ne m’intéresse pas. J’aime le dialogue, que ce soit avec un, deux, dix…Maintenant, donner naissance à quelque chose et puis après faire appel à des gens de talent autour de moi.

JS : Non, mais vous le portez sur vos épaules…

MF : (sourire) Je le porte sur mes épaules oui, en tout cas au moment X, c’est­à­dire quand je rentre sur scène, il n’y a plus que moi, mais aussi des danseurs et des musiciens, et une technique. Mais c’est vrai que si moi je flanche, le spectacle n’est plus.

Extrait de « XXL » live 96

JS : Vous êtes née au Québec. (Mylène confirme) Et où vous avez vécu exactement au Québec ? En région ? A Montréal ?

MF : Une province du Québec. Je ne sais plus. (silence) Je me souviens simplement du nom SainteMarcelline, si ça peut vous aider ! (rire nerveux) Le reste, je ne sais pas…

JS : Vous alliez chez les sœurs ? Chez les Marcellines ?

MF : Oui.

JS : Et pourquoi vos parents, qui sont quand même français… Parce que vos parents sont pas québécois, on dit souvent que vous êtes québécoise : vous l’êtes parce que vous êtes née au Québec, vous avez un passeport canadien. (Mylène confirme) 1999-05-dMais pourquoi vos parents sont venus au Québec ?

MF : Pour raison professionnelle.

JS : Et ils sont retournés en France aussi pour raison professionnelle ? (Mylène confirme) Et est­ce que vous étiez contente de retourner en France ?

MF : Je ne peux pas…Je pourrais mentir. Je n’ai pas ce souvenir là non plus ! (rires)

JS : Mais quand même, pour une petite fille, passer du Québec à la France, donc c’est une autre culture. Avez­vous eu un choc en arrivant ici ?

MF : Ecoutez, on m’a dit ­alors là je vais vous répéter ce qu’on m’a dit­ que c’était quelque chose d’assez difficile. Maintenant, moi­même, je n’en ai pas le souvenir.

Extrait de « Vertige » live 96

JS : Il y a des tableaux qui sont très sexy. Vous êtes quand même ­peut­être que vous n’aimerez pas l’expression­ vous êtes un sex­symbol…

MF : Je ne sais pas ! (rires)

JS : Non mais que vous le sachiez ou non, vous êtes très belle ! Est­ce que vous, vous vous trouvez belle quand vous vous voyez sur scène ou quand vous regardez les vidéos ?

MF : Non, non. Ce sont des moments difficiles pour moi ! (rires) Je préfère voir l’ensemble, voir si le  moment est beau, riche, émouvant. Mais quant à moi, me polariser sur moi : non, c’est toujours quelque chose de très difficile.

JS : Pourquoi c’est quelque chose de si difficile de parler de vous, de penser à vous…

MF : Il y a pas de réponse.

JS : … de vous regarder ?

MF : Je ne sais pas.

Extrait du clip « Libertine »

JS : Est­ce que vous êtes aussi libertine que dans vos clips ?

MF : Là, je sais que cette question revient souvent. Je ne peux pas répondre à cette question­là ! (rires)

JS : Ah ben comment je pourrais la formuler ?! (Mylène, qui tient désormais une cigarette, fixe silencieusement l’animatrice du regard, tout en lui souriant) Vous me regardez et : « Allez, rame ! Rame, ma vieille ! Je t’écoute ! »

MF : Passez à une autre question, en tout cas ! (rires)

JS : Ah, c’est ça ! Ma prochaine question : est­ce que vous aimeriez être comme dans vos clips ?

MF : Vous savez, une chanson, c’est une chanson. Après, on a envie d’y mettre des images, de raconter une histoire à travers cette chanson, donc c’est un moment choisi, un morceau choisi. Vous dire que si j’exprime ‘Sans contrefaçon, je suis un garçon’, si vous me posez la question ‘Est­ce qu’aujourd’hui, vous avez toujours envie de mettre un mouchoir dans votre pantalon’, je vais vous dire non, c’était le passé. Maintenant j’ai exprimé ce moment­là, ça ne veut pas pour autant dire que je dois véhiculer ou cette image ou ce sentiment toute ma vie.

Extrait de « Sans contrefaçon » live 96

JS : Je vous oblige en ce moment à parler de vous, parce que j’ai pas le choix puisque je fais une interview sur vous, et qu’on va pas parler du canapé en cuir sur lequel vous êtes assise ! Est­ce que vous avez l’impression, par exemple, d’être chez le dentiste et qu’on va vous arracher une dent ?

MF : Ce n’est pas à ce point­là, mais c’est une sensation de malaise… (rires)

Extrait du clip « Comme j’ai mal »

JS : Vous le dites vous­mêmes, vous avez une araignée en vous. Vous êtes une petite ‘bibite’ ! (Mylène reste silencieuse, perplexe, puis fait les gros yeux et rit) Non mais, parce que pour moi, vous êtes une petite ‘bibite’ dans le sens où…

MF : (la coupant) Ça veut dire quoi ? (elle éclate de rire, et porte sa cigarette jusqu’au cendrier posé par terre)

JS : Une ‘bibite’, ça existe pas en France ?! Y’a pas de mot ‘bibite’, ici ? (Mylène est morte de rire) En France, une ‘bibite’, c’est ­heu, en québécois, une ‘bibite’ c’est un petit moustique, genre avec des pattes.

MF : (elle éclate de rire en tenant sa cigarette, tandis que l’animatrice mime l’insecte) D’accord.

Extrait de « Alice » live 96

JS : Mylène, dans vos clips, vous prenez beaucoup de risques : vous faites les cascades, vous galopez à cheval, vous êtes attachée sur des trains. Est­ce que vous vous êtes déjà blessée ?

MF : Brûlée deux fois, sur le train (dans le clip « XXL », nda), et pendant le dernier clip (« Souviens­toi du Jour… », nda), il y avait du feu à proximité et il faisait très, très chaud. Probablement des bleus, oui. (sourire)

Je suis quelqu’un de très physique. J’aime ça, j’aime cette prise de risque.

JS : Est­ce que vous aimez souffrir ?

MF : D’une certaine manière, oui, certainement. Certainement.

Extrait du clip « Je t’aime mélancolie »

JS : Vous partagez votre vie avec un singe qui s’appelle E.T. Comment ça s’est passé ? Est­ce que vous vous êtes levée un matin en vous disant ‘Tiens, aujourd’hui, je vais me procurer un singe’ ?!

MF : Je crois que ça s’est passé comme ça. J’avais envie d’un animal et je suis allée dans les magasins qui, malheureusement, vendent des animaux et je suis tombée sur cette petite fille… (sourire)

JS : Et vous l’avez vue tout de suite, comme ça ?

MF : Immédiatement. C’est tentant d’avoir un singe… (sourire)

JS : Oui ? (Mylène confirme) C’était un coup de foudre ?

MF : Oh oui, total ! (sourire)

JS : Instinctivement on sait comment élever un chien ou un chat, mais est­ce que instinctivement vous saviez quoi faire avec le singe ?

MF : Oui. J’ai dû être singe dans une autre vie donc ça a été très facile ! (rires)

JS : Vous croyez à la réincarnation ?

MF : J’aime cette idée. Elle est très poétique.

JS : Et qu’est­ce que vous voudriez être dans une autre vie ?

MF : Ben puisqu’on ne peut pas être un animal, c’est forcément un humain. Maintenant, peu m’importe. Vivons celle­ci !

Extrait du clip « Je te rends ton Amour »

JS : Vous êtes proche de Salman Rushdie pour qui, en quelques sortes, le monde est une prison et vous, vous avez déjà dit ‘Parfois, je me sens enterrée vivante’. Est­ce que vous avez l’impression que votre liberté à vous aussi vous échappe ?

MF : Parfois, mais je ne suis pas sûre que ce soit le monde environnant qui m’impose ça, je crois que c’est moi toute seule effectivement. Et quant à Salman Rushdie, c’est quelqu’un de très gai dans la vie, il a beaucoup d’humour.

JS : Est­ce qu’il vous communique cet humour ?

MF : Oh oui, totalement ! On a de grands éclats de rire ensemble ! (sourire)

JS : Qu’est­ce qui vous attirait chez lui ? Pourquoi vous avez eu envie d’aller vers lui ?

MF : Parce que c’est quelqu’un de charismatique, parce que c’est un grand écrivain ­ je n’ai pas tout lu ses livres (sic), mais certains ­ et puis parce que ce qu’il a vécu est quelque chose qui m’a  profondément touchée.

Et j’avais envie…Voilà, il s’est trouvé qu’on s’est rencontrés lors d’une soirée, je suis allée spontanément vers lui parce que j’avais envie de le connaître.

JS : On vous sent moins sombre qu’avant…

MF : (silence et haussement d’épaules) Ça, je suis pas sûre que je puis répondre à une question comme celle­là. Je crois qu’on a tous ses ombres, donc je les porte en moi et je les porterai jusqu’à la fin de mes jours.

Je crois qu’on apprend aussi avec la vie, avec le temps, ses expériences. Là encore, tenter que de laisser ses fardeaux de côté parfois, mais maintenant, ça resurgit tellement vite.

JS : Votre plus grand hit, ou en tout cas un de vos plus grands hits, c’est « Désenchantée ». (Mylène confirme) Qu’est­ce qui vous enchante ?

MF : La gentillesse. La générosité. Toute forme d’art : la peinture, la littérature, le cinéma. Et puis beaucoup de choses. Le voyage, j’aime voyager.

1999-05-cJS : Merci beaucoup.

MF : Merci à vous…d’avoir souffert avec moi ! (rires)

JS : Oh oui, j’ai souffert autant que vous ! Il y avait une belle réciprocité dans la souffrance ! (rires)

Les deux femmes se lèvent. L’interview se termine sur la toute dernière image du DVD « Live à Bercy », quand on voit Mylène dans les coulisses, après sa sortie de scène, le tout sur la musique de « Désenchantée ».

 

Publié dans Mylène en INTERVIEW | Pas de Commentaires »

TV QUÉBEC POUR MYLENE FARMER

Posté par francesca7 le 6 décembre 2014

 

9 NOVEMBRE 1999 INTERVIEW : Julie Snyder

Mylene-Farmer-California 

En plein Mylenium Tour, Mylène accorde un entretien pour le talk-show québécois de Julie Snyder. Il faut dire que, à l’époque, il avait été fortement question que la chanteuse aille donner quelques shows outre-Atlantique, mais cela ne s’est finalement pas fait. 


Le sujet commence par un rapide patchwork audio et vidéo, mêlant des extraits des différentes tournées et des différents clips de Mylène, mais aussi des images inédites tournées par les équipes de Julie Snyder de la chanteuse dans les coulisses de son Mylenium Tour, avant d’entrer en scène.
 
En effet, la production a tourné des images dans les coulisses des concerts de Bercy en vue d’en faire un reportage mais là encore, le projet n’a (malheureusement !) pas abouti.
 

On découvre l’animatrice canadienne en face de Mylène, toutes deux assises sur des canapés en cuir noir, dans ce qui semble être une loge. La chanteuse porte une longue jupe écrue et une veste en jean bleu.

 

Julie Snyder : Vous avez un succès phénoménal. Grasset disait que la réussite c’est souvent la revanche sur le bonheur. Est-ce que ça s’applique à vous ?
Mylène Farmer :
 Probablement, oui (rires) ! Oui, c’est très difficile d’être heureux…

JS : Est-ce que quand vous étiez petite, vous vous disiez ‘Quand je serai grande, je serai chanteuse’ ?
MF :
 Non, du tout. Je crois que je ne me suis jamais posée cette question, en tout cas je n’en ai pas le souvenir. Je ne sais pas…

JS : Et à quel moment vous avez eu envie de devenir chanteuse ?
MF :
 C’est un hasard : je voulais être actrice, donc j’ai pris des cours de théâtre -mais ça c’était plus tardivement- et puis c’est une rencontre qui a fait que j’ai commencé la chanson.

JS : Et puis, vous vous êtes dit ‘Je me lance là-dedans’ ?
MF :
 Là, je crois que c’est la vie qui m’a happée. En tout cas, je me souviens m’être dit ‘Je sais que c’est ce que je veux faire’, surtout à travers l’écriture. C’est quelque chose qui m’a tout de suite beaucoup aidée et intéressée.

Extrait de « Rêver » live 96

JS : Votre spectacle est très spectaculaire, est un grand déploiement. Ça ne ressemble à rien : autant c’est très spectaculaire, autant c’est très, parfois très émotif, très intimiste. Quand vous vivez les moments d’émotion, on sent la foule frissonner avec vous et vous pleurez même en interprétant certaines chansons. Dans quel état êtes-vous ?
MF :
 D’émotion intense : c’est quelque chose à la fois qui consume, et à la fois c’est un partage.

JS : Est-ce que vous pleurez systématiquement à chaque spectacle ?
MF :
 Ecoutez, je ne sais pas. Je ne réfléchis pas à tout ça, si ce n’est qu’il y a des chansons, oui, dont le texte me touche profondément. Et puis c’est vrai que l’écoute que j’ai, qui est d’une grande, grande qualité, d’une grande chaleur, me provoque aussi, me suscite des émotions.

JS : Quand on assiste à votre spectacle, on a l’impression d’être à la messe, à une cérémonie et après la cérémonie, après la communion avec le public -parce que c’est très, très intense- est-ce que vous ressentez un vide après cette grande force ?
MF :
 Je le ressens fatalement, mais c’est plus après, quand une tournée est terminée, que c’est vraiment le grand trou noir. Là, j’ai la chance d’être accompagnée et entourée, donc c’est vrai que le plongeon est assez bref. Maintenant, la nuit parfois propose d’autres choses.(rires)

JS : Les paupières ont du mal à se fermer ?
MF :
 Oui. Beaucoup de mal, oui.

JS : Qu’est-ce que vous faites dans ce cas-là ?
MF :
 Je crois que j’ai le spectacle qui revient en boucle : ce que j’ai considéré comme étant des erreurs, je pense à des textes, je pense à des mouvements, à tout ce qui fait le spectacle…

Extrait de « Désenchantée » live 96

JS : Vous arrivez à tout gérer : par exemple, le spectacle, c’est vous qui l’avez conçu…
MF :
 C’est moi, c’est moi et beaucoup d’autres ! Je crois que faire les choses seule, c’est quelque chose qui ne m’intéresse pas. J’aime le dialogue, que ce soit avec un, deux, dix… Maintenant, donner naissance à quelque chose et puis après faire appel à des gens de talent autour de moi.

JS : Non, mais vous le portez sur vos épaules…
MF :
 (sourire) Je le porte sur mes épaules oui, en tout cas au moment X, c’est-à-dire quand je rentre sur scène, il n’y a plus que moi, mais aussi des danseurs et des musiciens, et une technique. Mais c’est vrai que si moi je flanche, le spectacle n’est plus.

Extrait de « XXL » live 96

 mylene-farmer-ouv

JS : Vous êtes née au Québec. (Mylène confirme) Et où vous avez vécu exactement au Québec ? En région ? À Montréal ?
MF :
 Une province du Québec. Je ne sais plus. (silence) Je me souviens simplement du nom Sainte-Marcelline, si ça peut vous aider ! (rire nerveux) Le reste, je ne sais pas…

JS : Vous alliez chez les sœurs ? Chez les Marcellines ?
MF :
 Oui.

JS : Et pourquoi vos parents, qui sont quand même français… Parce que vos parents sont pas québécois, on dit souvent que vous êtes québécoise : vous l’êtes parce que vous êtes née au Québec, vous avez un passeport canadien. (Mylène confirme) Mais pourquoi vos parents sont venus au Québec ?
MF :
 Pour raison professionnelle.

JS : Et ils sont retournés en France aussi pour raison professionnelle ? (Mylène confirme) Et est-ce que vous étiez contente de retourner en France ?
MF :
 Je ne peux pas…Je pourrais mentir. Je n’ai pas ce souvenir là non plus ! (rires)

JS : Mais quand même, pour une petite fille, passer du Québec à la France, donc c’est une autre culture. Avez-vous eu un choc en arrivant ici ?
MF :
 Ecoutez, on m’a dit -alors là je vais vous répéter ce qu’on m’a dit- que c’était quelque chose d’assez difficile. Maintenant, moi-même, je n’en ai pas le souvenir.

Extrait de « Vertige » live 96

JS : Il y a des tableaux qui sont très sexy. Vous êtes quand même -peut-être que vous n’aimerez pas l’expression- vous êtes un sex-symbol…
MF :
 Je ne sais pas ! (rires)

JS : Non mais que vous le sachiez ou non, vous êtes très belle ! Est-ce que vous, vous vous trouvez belle quand vous vous voyez sur scène ou quand vous regardez les vidéos ?
MF :
 Non, non. Ce sont des moments difficiles pour moi ! (rires) Je préfère voir l’ensemble, voir si le moment est beau, riche, émouvant. Mais quant à moi, me polariser sur moi : non, c’est toujours quelque chose de très difficile.

JS : Pourquoi c’est quelque chose de si difficile de parler de vous, de penser à vous…
MF :
 Il y a pas de réponse.

JS : … de vous regarder ?
MF :
 Je ne sais pas.

Extrait du clip « Libertine »

JS : Est-ce que vous êtes aussi libertine que dans vos clips ?
MF :
 Là, je sais que cette question revient souvent. Je ne peux pas répondre à cette question-là ! (rires)

JS : Ah ben comment je pourrais la formuler ?! (Mylène, qui tient désormais une cigarette, fixe silencieusement l’animatrice du regard, tout en lui souriant) Vous me regardez et : « Allez, rame ! Rame, ma vieille ! Je t’écoute ! »
MF :
 Passez à une autre question, en tout cas ! (rires)

JS : Ah, c’est ça ! Ma prochaine question : est-ce que vous aimeriez être comme dans vos clips ?
MF :
 Vous savez, une chanson, c’est une chanson. Après, on a envie d’y mettre des images, de raconter une histoire à travers cette chanson, donc c’est un moment choisi, un morceau choisi. Vous dire que si j’exprime ‘Sans contrefaçon, je suis un garçon’, si vous me posez la question ‘Est-ce qu’aujourd’hui, vous avez toujours envie de mettre un mouchoir dans votre pantalon ?’, je vais vous dire non, c’était le passé. Maintenant j’ai exprimé ce moment-là, ça ne veut pas pour autant dire que je dois véhiculer ou cette image ou ce sentiment toute ma vie.

Extrait de « Sans Contrefaçon » live 96

JS : Je vous oblige en ce moment à parler de vous, parce que j’ai pas le choix puisque je fais une interview sur vous, et qu’on va pas parler du canapé en cuir sur lequel vous êtes assise ! Est-ce que vous avez l’impression, par exemple, d’être chez le dentiste et qu’on va vous arracher une dent ?
MF :
 Ce n’est pas à ce point-là, mais c’est une sensation de malaise… (rires)

Extrait du clip « Comme j’ai Mal »

JS : Vous le dites vous-même, vous avez une araignée en vous. Vous êtes une petite ‘bibite’ ! (Mylène reste silencieuse, perplexe, puis fait les gros yeux et rit) Non mais, parce que pour moi, vous êtes une petite ‘bibite’ dans le sens où…
MF :
 (la coupant) Ça veut dire quoi ? (elle éclate de rire, et porte sa cigarette jusqu’au cendrier posé par terre)

JS : Une ‘bibite’, ça existe pas en France ?! Y’a pas de mot ‘bibite’, ici ? (Mylène est morte de rire) En France, une ‘bibite’, c’est…heu, en québécois, une ‘bibite’ c’est un petit moustique, genre avec des pattes.
MF :
 (elle éclate de rire en tenant sa cigarette, tandis que l’animatrice mime l’insecte) D’accord !

Extrait de « Alice » live 96

 

JS : Mylène, dans vos clips, vous prenez beaucoup de risques : vous faites les cascades, vous galopez à cheval, vous êtes attachée sur des trains. Est-ce que vous vous êtes déjà blessée ?
MF :
 Brûlée deux fois, sur le train (dans le clip « XXL », nda), et pendant le dernier clip (« Souviens-toi du Jour… », nda), il y avait du feu à proximité et il faisait très, très chaud. Probablement des bleus, oui. (sourire) Je suis quelqu’un de très physique. J’aime ça, j’aime cette prise de risque.

JS : Est-ce que vous aimez souffrir ?
MF :
 D’une certaine manière, oui, certainement. Certainement.

Extrait du clip « Je t’aime mélancolie »

JS : Vous partagez votre vie avec un singe qui s’appelle E.T. Comment ça s’est passé ? Est-ce que vous vous êtes levée un matin en vous disant ‘Tiens, aujourd’hui, je vais me procurer un singe’ ?!
MF :
 Je crois que ça s’est passé comme ça. J’avais envie d’un animal et je suis allée dans les magasins qui, malheureusement, vendent des animaux et je suis tombée sur cette petite fille… (sourire)

JS : Et vous l’avez vue tout de suite, comme ça ?
MF :
 Immédiatement. C’est tentant d’avoir un singe… (sourire)

JS : Oui ? (Mylène confirme) C’était un coup de foudre ?
MF :
 Oh oui, total ! (sourire)

JS : Instinctivement on sait comment élever un chien ou un chat, mais est-ce que instinctivement vous saviez quoi faire avec le singe ?
MF :
 Oui. J’ai dû être singe dans une autre vie donc ça a été très facile ! (rires)

JS : Vous croyez à la réincarnation ?
MF :
 J’aime cette idée. Elle est très poétique.

JS : Et qu’est-ce que vous voudriez être dans une autre vie ?
MF :
 Ben puisqu’on ne peut pas être un animal, c’est forcément un humain. Maintenant, peu m’importe. Vivons celle-ci !

Extrait du clip « Je te rends ton Amour »

JS : Vous êtes proche de Salman Rushdie pour qui, en quelques sortes, le monde est une prison et vous, vous avez déjà dit ‘Parfois, je me sens enterrée vivante’. Est-ce que vous avez l’impression que votre liberté à vous aussi vous échappe ?
MF :
 Parfois, mais je ne suis pas sûre que ce soit le monde environnant qui m’impose ça, je crois que c’est moi toute seule effectivement. Et quant à Salman Rushdie, c’est quelqu’un de très gai dans la vie, il a beaucoup d’humour.

JS : Est-ce qu’il vous communique cet humour ?
MF :
 Oh oui, totalement ! On a de grands éclats de rire ensemble ! (sourire)

JS : Qu’est-ce qui vous attirait chez lui ? Pourquoi vous avez eu envie d’aller vers lui ?
MF :
 Parce que c’est quelqu’un de charismatique, parce que c’est un grand écrivain -je n’ai pas tout lu ses livres (sic), mais certains -et puis parce que ce qu’il a vécu est quelque chose qui m’a profondément touchée. Et j’avais envie…Voilà, il s’est trouvé qu’on s’est rencontrés lors d’une soirée, je suis allée spontanément vers lui parce que j’avais envie de le connaître.

JS : On vous sent moins sombre qu’avant…
MF :
 (silence et haussement d’épaules) Ça, je suis pas sûre que je puis répondre à une question comme celle-là. Je crois qu’on a tous ses ombres, donc je les porte en moi et je les porterai jusqu’à la fin de mes jours. Je crois qu’on apprend aussi avec la vie, avec le temps, ses expériences. Là encore, tenter que de laisser ses fardeaux de côté parfois, mais maintenant, ça resurgit tellement vite.

JS : Votre plus grand hit, ou en tout cas un de vos plus grands hits, c’est « Désenchantée ». (Mylène confirme) Qu’est-ce qui vous enchante ?
MF :
 La gentillesse. La générosité. Toute forme d’art : la peinture, la littérature, le cinéma. Et puis beaucoup de choses. Le voyage, j’aime voyager.

JS : Merci beaucoup.
MF :
 Merci à vous…d’avoir souffert avec moi ! (rires)

JS : Oh oui, j’ai souffert autant que vous ! Il y avait une belle réciprocité dans la souffrance ! (rires)

Les deux femmes se lèvent. L’interview se termine sur la toute dernière image du DVD « Live à Bercy », quand on voit Mylène dans les coulisses, après sa sortie de scène, le tout sur la musique de « Désenchantée ».

 

 

Publié dans Mylène dans la PRESSE, Mylène en INTERVIEW | Pas de Commentaires »

MYLENE ET TAPIS ROUGE

Posté par francesca7 le 6 décembre 2014

 

FRANCE 2 - 11 SEPTEMBRE 1999 - Michel Drucker

 

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Dix jours avant le premier concert du Mylenium Tour, Mylène interrompt ses répétitions (l’émission est en direct) pour venir proposer une prestation sur le plateau de Michel Drucker, calquée sur ce qu’elle avait fait chez Jean-Pierre Foucault à quelques jours du lancement du Tour 96 : interprétation d’un ancien single présent dans le show à venir en tenue de scène et présentation du single du moment dans une tenue inédite et chorégraphie différente de celle qui sera présentée sur scène. 

Michel Drucker annonce le premier passage de Mylène, assis au côté de Johnny Hallyday, qui en profite pour dire tout le bien qu’il pense de la chanteuse et de ses spectacles.
Alors que débute « Souviens-toi du Jour… » on découvre Mylène Farmer, les cheveux en pagaille, montés en chignon. Très maquillée, elle est seule en scène et porte une robe aussi sexy que glamour, faite d’un bustier et de voilages transparents. Il s’agit d’un ampex total : Mylène n’est pas présente sur le plateau pour le public, selon toutes vraisemblances.


Plus tard dans l’émission, Michel Drucker annonce à nouveau la chanteuse. Mylène réapparaît, entourée cette fois de six danseurs et deux danseuses, ceux de la tournée à venir, pour reprendre l’un de ses plus gros tubes : « Pourvu qu’elles soient Douces ».
 


Il s’agit d’un play-back sur la version originale du single, déjà vieille de tout juste onze ans ! La chorégraphie présentée est quasiment celle des passages télévisés de l’époque de la promotion du 45-trs et est donc différente de celle qui sera présentée sur le Mylenium Tour. La tenue de la chanteuse et des danseurs est celle qu’ils porteront sur scène, exception faite du faux cul qui n’est pas présent ici. Diffusé en ampex, Mylène est présente sur le plateau avec ses danseurs pour présenter sa prestation au public présent. Le montage présenté à l’antenne est par conséquent un mélange d’images.
 

La chanson finie, Michel Drucker se lève pour rejoindre Mylène, qui a visiblement posé ses conditions pour ne pas faire l’interview assise sur le canapé où l’animateur accueille tous les autres invités.

 

 0

Michel Drucker : Mylène Farmer, « Pourvu qu’elles soient Douces ».
Mylène Farmer :
 Bonjour.

MD : Voilà une chanson qui nous rappelle des bons souvenirs, des bons moments ! 24, 25, 26 et 29 septembre à Bercy.
MF :
 Oui…

MD : C’est votre troisième spectacle en quinze ans, c’est dire si les évènements sont espacés ! Johnny Hallyday a parlé tout à l’heure de l’impression qu’il a quand il voit vos spectacles, ces mises en scène qui sont à chaque fois surprenantes. J’ai l’impression que le prochain est encore plus important, m’a-t-on dit, non ?!
MF :
 Je ne sais pas…

MD : On m’a dit que c’est le spectacle le plus important itinérant qu’on n’a jamais produit sur scène -parce que vous allez également en tournée…
MF :
 Ce qui est important, pour moi, c’est de présenter la même chose à Paris et en province.

MD : Mais comment vous faites ?! C’est compliqué, non ? En général, on n’arrive pas à faire ça…
MF :
 La passion ! (rires)

MD : Donc c’est quoi ? C’est quinze semi-remorques ?!
MF :
 (dans un large sourire) Venez me voir ! (cris et applaudissements du public)

MD : Très bien ! Dites-moi, Mylène, même quand vous venez à la télévision, où c’est un tout petit aperçu ce votre univers, on l’a vu tout à l’heure, on l’a vu dans vos tenues à chaque fois différentes, comment vous faites pour avoir l’œil à tout ? Parce que sur scène, ce que vous allez présenter, c’est quelque chose de colossal. Je sais que vous regardez tout, évidemment : le moindre soulier, la moindre chorégraphie, c’est vous qui réglez tout ça. C’est le sens du détail que vous aviez déjà petite fille, ça ?
MF :
 Je ne sais pas petite fille, en tout cas, j’aime le détail. Je crois que tout est important. Je travaille sur ce spectacle avec un autre chorégraphe, je fais des chorégraphies moi-même, et je crois que c’est la passion de ce métier en tout cas. J’aime faire ce que je fais.

MD : On va vous rappeler de bons souvenirs : voici des images de vos deux précédents spectacles qui étaient déjà des évènements considérables.

Diffusion d’un montage d’images extraites des vidéos « En Concert » et « Live à Bercy »

MD : Mylène Farmer, dans quinze jours, un des évènements de la rentrée à Bercy dans quinze jours. Merci de votre visite chère Mylène.
MF :
 Merci. (au public) Merci à vous !

MD : Dites-moi, moi qui suis un… (le public crie encore plus fort et scande le prénom de la chanteuse, ce qui la fait sourire). Vous viendrez l’applaudir à Bercy, elle vous donne rendez-vous à Bercy ! Attendez, puisque les fans sont très attentifs au calendrier, comme il y a déjà beaucoup de monde et que c’est pratiquement à guichets fermés, il y a une date supplémentaire en décembre, vous reviendrez à Bercy. (Mylène confirme d’un hochement de tête) Moi qui suis un fou de sport, je vois votre silhouette : vous faites combien d’heures de gym par semaine ? Tous les jours au moins, hein ?
MF :
 (troublée) Je ne sais pas. Euh… Deux fois par… Deux fois par… Non…Une fois …

MD : Une fois pas jour ?
MF :
 …par jour, pardon (rires) Quatre fois par semaine, pardon ! (éclat de rire)

MD : Avec un préparateur physique ? (Mylène, morte de rire, confirme d’un hochement de tête)Vous avez raison ! Merci Mylène Farmer !

L’animateur enchaîne alors avec la séquence suivante, non sans mal puisque le public scande le prénom de la chanteuse.

 

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Mylène à ELDORADIO (RUSSIE)

Posté par francesca7 le 3 décembre 2014

 

7 MARS 2000 : Par Anna Romanova

 

C’est pour la promotion du passage du Mylenium Tour à Saint Pétersbourg (c’est également la dernière représentation du spectacle) que Mylène Farmer accorde cette interview à la station locale Eldoradio, sponsor du concert qu’elle y donne. 
L’animatrice, au ton bienveillant, est accompagnée d’un homme qu’elle présente en début d’émission mais que nous n’entendons pas de toute la durée de l’entretien. Peut-être s’agit-il d’un interprète ?
Les propos de Mylène sont malheureusement recouverts par une traduction simultanée et nous n’entendons à l’antenne que des bribes de mots de sa part.
 
Ce qui suit est donc une traduction du russe, réalisée exclusivement pour le site, tenant compte à la fois de ce que l’on parvient à entendre en français et du style d’expression à l’oral habituel de Mylène.

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Anna Romanova : Bonsoir Mylène ! Bienvenue sur la radio Eldoradio, qui est le sponsor de votre spectacle ici, en Russie. Je suis Anna Romanova et à mes côtés se trouve Semen Zverev. Nous sommes extrêmement heureux de vous voir ici, avec nous !


Mylène Farmer :
 (en russe) Zdravsvuïté ! (‘bonsoir’, nda)

Oh, bravo ! Vous êtes très douée ! Nos auditeurs aiment beaucoup vos chansons, nous les passons souvent sur notre station. Je pense que nos auditeurs les plus âgés seraient intéressés de savoir ce que vous pensez d’Edith Piaf…

-C’est une personne très importante dans notre culture, elle est incontournable. C’est quelqu’un qui savait toucher l’âme, et d’ailleurs elle me touche moi aussi.

Je n’ose pas trop m’adresser à vous en anglais parce que je sais que les français n’aiment pas trop cela, mais je vous dirais volontiers ‘Nice to meet you’ (‘ravie de vous rencontrer’, nda) ! On sait qu’en France, peut-être plus qu’ailleurs, on est très préoccupés par l’expansion de la culture américaine dite ‘de masse’. Qu’en pensez-vous ? Est-ce que vous vous sentez concernée, vous qui êtes une artiste qui vous exprimez dans un style relativement international ?

-Probablement qu’il serait hypocrite pour moi de me ‘rebeller’ contre cette culture américaine que vous mentionnez, car j’aime moi-même beaucoup la musique américaine ! Mais il est vrai que je considère que chaque pays devrait préserver son authenticité culturelle. 

Avec quelle grande star de la musique aimeriez-vous chanter en duo ?

-J’ai rencontré Elton John à plusieurs reprises. Nous avions un projet commun, mais il n’a pas abouti (la chanson « Les Mots » qui sortira en novembre 2001, interprétée avec Seal avait effectivement été initialement proposée à Elton John, nda). J’aimerais beaucoup rencontrer Jamiroquai.

Dans l’un de vos clips, on peut vous voir boxer de façon très convaincante (« Je t’aime Mélancolie », nda). Ca vous a demandé beaucoup de travail avec un entraîneur ?

-En ce qui concerne la préparation physique, je m’étais entraînée toute une semaine avec un professeur. Quant à la performance en elle-même, après, c’est plutôt une question de montage !

Vous aimez le cinéma, vous qui proposez des clips renversants qui sont chacun des mini-films. Votre clip « California » a été réalisé par Abel Ferrara, si je ne me trompe pas. Y a-t-il un autre réalisateur que vous aimeriez ‘kidnapper’ pour qu’il réalise un de vos clips ?!

-Il y en a beaucoup. J’ai également fait un clip sous la direction de Luc Besson (« Que mon Cœur Lâche », nda). Pour répondre à votre question, j’aime beaucoup le cinéma de Bergman, j’aime Tarkovski -mais il n’est plus là- j’aime également David Lynch, David Lean…Enormément de cinéastes…Spielberg…

 

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Quel dommage qu’ils ne réalisent pas de clips ! Quel est votre acteur préféré ? Votre film fétiche ? Il paraît que vous admirez Mickey Rourke, mais j’aimerais l’entendre de vous directement…
-Je vais en profiter pour parler un tout petit peu de ça, cet article paru dans le journal Pulse(cf. cette référence). J’ai rencontré effectivement le journaliste, mais il a m’a prêté des propos que je n’ai jamais tenu, donc je suis furieuse contre lui ! (le journaliste responsable de l’article qui agace tant Mylène n’a peut-être fait que recopier ce que Mylène déclarait dans Gai-Pied du 12.01.1987 : à la question « Votre homme idéal ? », elle avait effectivement répondu « Mickey Rourke » mais cela était treize ans avant ! cf. cette référence, nda)

On a été surpris de lire ça, car ça n’a rien à voir avec l’image qu’on a de Mylène Farmer…
-Concernant mes acteurs préférés, s’il y en un à retenir, c’est Robert de Niro.

Vous avez bon goût ! Nos auditeurs sont sans doute intéressés de savoir ce que vous ressentez lorsque vous sortez de scène…
-C’est différent à chaque fois, si ce n’est qu’il y a quand même quelque chose qui est toujours pareil, c’est le sentiment de vide : d’abord un grand bonheur, et après un grand vide. On a reçu énormément et aussitôt après on est à nouveau seul.

Mylène, dites-moi, est-ce que vous avez eu peur lorsque avez monté un cheval pour la première fois ? Comment avez-vous vaincu cette peur ? Et quel est le nom de votre cheval préféré ?
-Quant à la peur, non. C’est quelque chose que j’ai choisi quand j’étais plus jeune : j’ai fait beaucoup d’équitation. Et je ne me souviens d’aucun nom de cheval préféré ! (rires)

Vous avez un grand nombre de fans en Russie, et je m’en réjouis ! Quel est votre rapport avec ces gens qui ne vivent que par et pour vous ? 
-C’est très dur pour moi de répondre à cette question, parce que je ne comprends pas bien comment on peut vivre, pour reprendre votre exemple, uniquement pour moi. 

J’ai ici une lettre qu’un de nos auditeurs m’a demandé de vous remettre. Vous allez la prendre ?
-Avec plaisir. En tout cas, pour détourner votre question, pour chaque artiste il est très, très important, même fondamental, d’avoir des personnes qui vous aiment, qui vous écoutent.

L’une de nos auditrices, une jeune fille très cultivée, a fait cette remarque très pertinente : elle voit une certaine similitude entre vous, Mylène, et le Portrait de Jeanne Samary, peint par Renoir… (précisément conservé au Musée de l’Ermitage à Saint Pétersbourg, nda)
-Elle est plus cultivée que moi : je ne connais pas ce tableau précisément. En revanche, vous connaissez sans doute ce peintre, Egon Schiele, qui a représenté beaucoup de femmes rousses écorchées. Je me vois plus comme un de ses modèles. 

 

Mylène, nous savons que vous aimez les contes russes. Est-ce que c’est bien vrai ? Quels sont les trois vœux que vous adresseriez au poisson rouge ? (équivalent du bon génie de la lampe dans le folklore russe, nda) Ca vient d’ailleurs encore de l’article dans Pulse…
-On m’a demandé si j’aimais le folklore russe, et j’ai répondu que j’appréciais beaucoup Dostoïevski. Pour répondre à votre question, je connais des contes russes mais je ne connais pas systématiquement leurs auteurs. Ce que je demanderais…La possibilité…J’aimerais avoir le pouvoir de guérir, par exemple. Sinon, je crois que je suis déjà exaucée car je fais le métier que j’aime.

Récemment, nous avons demandé à nos auditeurs de classer leurs trois chansons préférées du siècle qui vient de s’achever. Quelles sont celles que vous auriez cité, Mylène ?
-Je pense au duo entre Kate Bush et Peter Gabriel qui s’appelle « Don’t Give Up ». Je pense aussi à une chanson du groupe U2 qui s’appelait « One », et puis une chanson de Sting qui s’appelait « Fragile », je crois.

Mylène, dites-nous : pour vous, ce que vous faites, c’est du business ? C’est le but de votre vie ? Encore plus que ça ?
-C’est mon activité, c’est ce pour quoi je vis. 

Mylène, nous allons célébrer ce 8 mars la journée de la femme. Est-ce que je peux vous demander de saluer nos auditrices à cette occasion ?
-Avec plaisir. Je leur souhaite de bien en profiter !

Votre concert se tient en ce jour très spécial !
-J’en suis ravie ! 

Merci, Mylène !
-Merci ! Spasibo ! (‘merci’ en russe, nda)

 

Publié dans Mylène 1999 - 2000, Mylène en INTERVIEW | Pas de Commentaires »

INTERVIEW INÉDITE de Mylène par LePage

Posté par francesca7 le 8 novembre 2014

 

8 MAI 1987 Journaliste(s) : Jean-Jacques Frances

 

3159688308_1_10_03Leq3m5Le contexte de cette interview est assez flou. Sortie des archives de Bertrand LePage (qui accompagne Mylène pendant cet entretien) dans la deuxième moitié des années 1990, elle était à l’évidence prévue pour la presse, puisque lorsque l’enregistrement démarre, on entend Mylène orienter son interlocuteur vers Polydor pour récupérer des photos, et le journaliste parle d’article. Néanmoins, elle n’a jamais paru nulle part, et c’est donc l’enregistrement sonore brut dont nous disposons, avec tout ce qu’il faut de bruits d’ambiance, puisque l’entretien est réalisé dans un café. 
Si nos recherches nous ont permis d’identifier le journaliste et la date à laquelle a été réalisé cet entretien, nous ignorons toujours à quelle publication il était destiné.

Mylène Farmer, vous rentrez en force dans le Top 50 avec « Tristana », votre nouveau 45-trs. En fait, c’est une continuité après « Libertine », une continuité de succès. Qu’est-ce qui s’est passé ? Pourquoi après trois ans, vous vous mettez à cartonner vraiment, d’après vous ? C’est un changement de style, un changement d’équipe, un changement de vision ?
(rires) Il n’y a eu ni changement de style, ni changement d’équipe ! C’est un concours de circonstances, des chansons qui arrivent au bon moment. C’est la seule réponse que je peux formuler.

Comment êtes-vous arrivée dans la chanson ? Et comment vous avez pu faire votre premier 45-trs, « Maman a Tort » ?
-J’ai rencontré une personne qui s’appelle Laurent Boutonnat, et qui était compositeur et qui m’a proposé la première chanson, qui s’appelait « Maman a Tort ».

Est-ce qu’avec ce texte, qui peut porter un petit peu à contradiction, vous n’avez pas eu peur de choquer un petit peu les médias ou le public ?
-On n’a jamais peur de choquer les médias quand on prend le parti de chanter une chanson comme « Maman a Tort ». C’est avant tout un plaisir et puis après, c’est des réactions successives.

Toujours dans l’ordre chronologique, j’aimerais qu’on examine le deuxième 45-trs, « On est Tous des Imbéciles ». Parlez-nous de ce texte que j’aime beaucoup…
-Vous parler du texte… Hé bien, nous sommes tous des imbéciles, ce qui nous sauve c’est le style ! C’est toujours ce que j’ai pensé ! (rires)

C’est à partir du troisième que vous avez commencez à miser, je dirais, sur le vidéo-clip en fait, énormément puisqu’il était formidablement bien réalisé…
-À miser, c’est-à-dire que non. Sur « Maman a Tort », on avait fait un clip mais on avait à l’époque très, très peu de moyens. C’était déjà Laurent qui l’avait…je ne trouve plus le mot ! Enfin bref, tourné. (rires) Sur « On est Tous des Imbéciles », étant donné le déroulement de la chanson qui avait bien marché médiatiquement, mais pas du tout au niveau des ventes, c’était difficile d’envisager un clip. Et sur « Plus Grandir », c’était l’occasion, puisque là c’était une nouvelle maison de disques, donc d’autres horizons et effectivement, le premier clip réellement personnalisé.

Avec « Plus Grandir », vous avez abordez un petit peu le thème du désespoir. Bon, on retrouve le désespoir, je trouve, dans « Tristana ». C’est quelque chose qui vous correspond ?
-Je suis une femme désespérée, le saviez-vous ? (rires)

Désespérée de quoi ?
-Non, on ne peut pas parler comme ça. De même qu’il y a des thèmes qui m’attirent, comme la mort, c’est vrai que le désespoir est… Et puis c’est trop compliqué à expliquer, déjà, ici ! Je ne sais pas, c’est une angoisse permanente, oui, de la vie, de plein, plein de choses…

Vous avez peur de vieillir ? Vous êtes obsédée par le temps qui passe ?
-Pas réellement. Pas dit dans ces termes-là. C’est-à-dire tout le monde a peur de vieillir, mais c’est pas, moi, ce qui m’obsède, non. C’est peur de la mort plutôt, peur de beaucoup de choses… Oui, je pense être une personne angoissée, mais certains jours sont formidables !(rires)

Entre les deux, il y a eu « Libertine ». Là, certaines critiques ont dit que c’était de la provocation. Vous jugez ça en ces termes ?
-Moi, je vais vous répondre par autre chose : c’est que la critique, je m’en moque éperdument. Que ce soit de la provocation, c’est la même chose que « Maman a Tort », qu’ « On est Tous des Imbéciles » : c’est un choix. C’est surtout des choses qui n’ont peut-être pas déjà été dites jusqu’alors, qui moi m’amusent.

Comment le thème de cette chanson est venu ?
-J’avoue que c’est venu un petit peu subitement. On était en studio, sur la musique qui était déjà enregistrée. Vous savez, on fait du yaourt pour essayer de mettre en place une voix, et j’ai dû dire ‘Je suis une catin’ comme ça, et puis de ça est née cette chanson ! (elle pouffe)

Et puis, il y a eu à partir de là l’explosion avec le vidéo-clip. Je pense qu’on peut dire jusque-là -bon je n’ai pas vu le dernier- c’est le meilleur vidéo-clip. Je crois qu’il a fallu justement assez peu de moyens contrairement à ce qu’on pense, enfin tout est relatif, pour le réaliser.
-Oui, tout est relatif. C’est vrai qu’on nous a prêté beaucoup plus de moyens qu’il y en a eu parce que je pense qu’à l’image, le résultat pouvait ressembler à beaucoup, beaucoup de moyens certainement. Mais ça, c’est le talent certainement du réalisateur et d’une équipe aussi qui l’entourait. Et quant au suivant, c’est quelque chose de totalement différent qui est encore plus orienté sur le cinéma et que moi, j’avoue… Non, j’allais dire une bêtise, je l’aime autant que « Libertine », mais c’est… Il faut le voir, quoi ! C’est difficile aussi d’en parler…

Lorsqu’on dit que le succès de « Libertine » est venu grâce à ce vidéo-clip, vous êtes d’accord ?
-Je crois qu’on peut dire à 70%, c’est quelque chose, oui, qui a provoqué un intérêt certain. Bon, c’est vrai qu’il y a eu TV6 qui a énormément aidé cette promotion et qu’effectivement du jour où est né ce clip, il y a eu des ventes immédiates. Donc on peut dire que le clip a beaucoup aidé, en tout cas a beaucoup aidé ma personne.

Au niveau de « Tristana », vous avez fait de nombreuses télévisions avec une superbe chorégraphie. Comment l’idée est venue ? Comment s’est faite la mise en place de cette équipe ?
(soupir) Ca, c’est des choses toujours assez subites, en fait. On a toujours l’impression que les artistes, c’est vrai, travaillent. Ca, c’est évident… Sur « Tristana », quand la chanson est née, quand elle a été enregistrée, après moi, je me suis posé le problème de comment la promouvoir. J’ai tout de suite pensé à deux personnes derrière moi. Je préférais deux personnes féminines, mais qui n’avaient pas le prototype des danseuses qu’on voit en télévision. De même que la chorégraphie, que j’ai faite donc, je la voulais très visuelle, mais très proche de l’ambiance de la chanson. C’est-à-dire, pour moi, qui évoque un petit peu la Russie, une ambiance un peu slave, donc je voulais, comme ça, des espèces d’oiseaux noirs derrière moi, un peu rigides… Voilà comment ça s’est imaginé. Et puis après, ma foi, c’est un peu du travail quand même !

136870_EVQUHRUG8DUELTZN4MPEKKGRS2QUWR_14_H192034_LApparemment, c’est vous qui décidez de la façon de mener votre carrière, puisque vous dites ‘J’ai décidé, j’ai voulu…’. Y a pas de producteur, une équipe qui fait pression autour de vous, derrière ?
-Je sais pas… Moi, c’est toujours quelque chose qui me fait un peu sourire. Des pressions… Je veux dire, ou on envisage une carrière et on est complètement, effectivement, manipulée et je trouve ça un peu dommage. Moi, je travaille de très, très près avec Laurent, je travaille avec lui -Laurent Boutonnat. J’ai quelques personnes autour de moi, la personne que vous voyez et qui est Bertrand, qui est mon manager. Y a aussi une maison de disques, mais eux, si vous voulez, ce sont les porte-parole un peu d’un chanteur. ‘J’ai décidé’, c’est-à-dire que moi, sur les chorégraphies, effectivement à chacun son métier, c’est ça que je veux dire. Laurent, quand lui construit un scénario, moi j’ai un droit de regard, il est évident. Je dis ‘Ca, ce serait bien…’ parce qu’on est, je pense, des êtres relativement intelligents. Mais je ne me mêle pas ni de la mise en scène, parce que ce n’est pas mon métier, ni de la mise en image. Donc voilà, je crois que chacun sa place. C’est un peu ce qu’on mélange en France, je trouve. C’est-à-dire qu’on s’imagine être des être exceptionnels dans tous les domaines. Et ça, c’est une erreur.

Parlons maintenant de votre look. Bon, au niveau des deux premiers 45-trs, il était assez sage, assez je dirais banal, sans que ça soit péjoratif. Et puis après, il y a eu un revirement total avec apparemment, vous avez les cheveux d’une différente couleur, vous avez un look totalement différent…
-Ca doit certainement être très explicable. Quand on dit ‘un métier qu’on apprend’, certainement… C’est-à-dire que sur « Libertine », quand on parle d’osmose, c’est aussi quelque chose qui s’est produit. C’est-à-dire effectivement, il y a eu le clip, tout de suite il y a eu, bon, une chanson qui a quand même marché assez facilement, même si c’est le clip qui a provoqué après les grosses cadences. Que moi effectivement, l’époque de cette chanson, puisqu’on l’avait située dans le libertinage, j’aime tellement les costumes, que ça a été tout de suite évident pour moi de mettre cet uniforme. Et après, ben voilà c’est « Maman a Tort », c’est « On est Tous des Imbéciles » et « Plus Grandir » qui ont fait que « Libertine » a existé de cette façon. Ca, c’est évident !

Est-ce que vous n’avez pas dans votre tête, quelque part, des projets, à plus ou moins long terme, cinématographiques ?
-Non, pas des projets -si ce n’est celui que j’ai depuis assez petite, c’est de jouer un jour dans un film. Mais là aussi, beaucoup de prétention : pas dans n’importe lequel. C’est pour ça que je n’ai pas commencé d’ailleurs cette carrière, même depuis la chanson, où j’ai eu quelques propositions. Vous imaginez le genre de propositions… ! (elle pouffe) Donc, oui, c’est quelque chose que je laisse dans le coin de mon esprit, que j’ai vraiment envie de réaliser. C’est vrai que si Laurent, un jour, réalise un long-métrage, ce qui pourrait être assez précis maintenant, ce serait la personne avec qui j’aimerais tourner. Y en a quelques-uns d’autres, mais très peu…

Parlez-moi de l’album que vous avez fait l’année dernière, de votre premier album, des chansons, des thèmes abordés ?
-Ben, moi, je vais vous faire un exposé très scolaire ! Il y a quoi ? je crois dix chansons, donc les 45-trs qui sont inclus dedans. Il y a une chanson qui s’appelle « Chloé », qui parle de la cruauté des enfants, qui est traitée d’une façon un peu comptine satanique. Une autre chanson qui s’appelle « Vieux Bouc », qui parle du diable et qui est un peu humoristique aussi. Il y a « Au bout de la Nuit », qui fait la face B de « Tristana », donc, le dernier 45-trs, qui là traite un peu du désespoir, un peu de… J’ai du mal à mettre des étiquettes, parce qu’une chanson -ce dont on m’avait fait d’ailleurs le reproche- ne parle pas de ax+b et de ‘je prends mon petit crème le matin’, donc c’est également difficile de l’expliquer. Si ce n’est qu’il y a, je l’espère, une ambiance générale, enfin un thème général en tout cas. Qu’est ce qu’il y a d’autre, je ne sais plus ! (rires) Il faudrait avoir le 33-trs sous les yeux , là, j’avoue…

Quels sont les traits essentiels de votre personnalité en tant que chanteuse ? J’ai l’impression par exemple, à première vue, qu’il y a un côté pudique assez maqué chez vous. Est-ce que c’est vrai ?
-Oui… Je suis quelqu’un, je pense, de pudique, ce qui doit vous sembler un paradoxe, quand on chante « Libertine » ou « Maman a Tort », mais c’est un métier paradoxal, et moi je crois avoir une personnalité certainement paradoxale, mais comme beaucoup de personnes. C’est des choses qui n’ont rien à voir finalement entre elles. On peut avoir beaucoup de pudeur et à la fois être excentrique à certains moments.

J’ai l’impression que vous n’êtes pas le genre de chanteuse à pavoiser dans des cocktails mondains ou des choses comme ça…
-Je pense que vous avez vu juste ! (rire franc) Non, je n’aime pas ça, je n’ai jamais aimé ça et je crois que je n’aimerai jamais ça !

Parlez-nous maintenant de la scène : quand est-ce qu’il y aura une scène parisienne, comme l’Olympia ou quelque chose comme ça ? Comment vous voyez votre spectacle ?
-Je ne sais pas encore, ni en ce qui concerne la date, parce que c’est pas encore quelque chose qu’on a fixé. C’est quelque chose que je pense beaucoup. Quant à la mise en scène…(soupir) Je vais vous dire des choses un peu imprécises, si ce n’est que je voudrais un spectacle visuel, essayer peut-être de mêler un peu du théâtre, mais un regard très, très loin, ça fait toujours un peu peur (rire nerveux)… J’avoue que j’en sais rien, mais c’est quelque chose que j’aimerais beaucoup faire.

Depuis trois ans, qu’est-ce qui vous a marqué dans ce métier ? Est-ce qu’il y a des choses qui vous ont déplu, qui vous ont plu ?
-Tout m’a marqué, parce que, sans dire de bêtises, je crois que tous les jours on apprend ou on désapprend quelque chose. Mais en tout cas, il se passe quelque chose. Ha si ! une généralité : c’est que concernant vraiment le groupuscule ‘show-business’, c’est-à-dire que ce soient les producteurs d’émissions, les programmateurs, les gens de télé, les gens des médias sont des gens, qui ont essayé d’installer une, comment dire, une espèce de loi qu’ils ont créée et qu’ils ne respectent pas eux-mêmes, voilà. C’est-à-dire qu’ils ont créé un Top 50 qui veut dire des ventes de disques, qui voudrait dire donc des programmations obligatoires à la télévision, qui voudrait dire un certain respect malgré tout de l’artiste, et que quelque fois, eux, manquent un peu d’intégrité par rapport à ça. Mais c’est quelque chose qui ne m’étonne pas vraiment ! Mais voilà, moi, la chose qui m’a le plus pas bouleversée, mais qui m’a confortée, en fait, dans mon idée. C’est-à-dire, à mon avis, un manque de talent général et manque d’intégrité, tout simplement.

Vous évoquiez le Top 50, c’est quelque chose de regrettable pour vous ? Le fait…
(elle l’interrompt) Non, bien sûr que non. Chacun a sa chance un jour. C’est-à-dire qu’autant sur « Plus Grandir », je n’ai pas goûté les délices du Top 50, sur « Libertine », ce sont des références maintenant qui sont établies pour les jeunes, c’est évident, ça, on ne peut pas faire abstraction. Donc quand on est dedans, on est ravi, parce que ça engendre plein de choses. Le Top 50, je m’en fous, moi, à la limite ! Mais parce que ça existe et qu’il faut exister avec. Voilà, point final !

Le problème, c’est que c’est peut-être plus dur, dans la mesure où une carrière marche ou ne marche pas suivant l’entrée d’une chanson au Top 50, ou pas.
-C’est le drame de ce métier, maintenant. C’est qu’effectivement les gens, enfin toujours ces gens des médias -je ne sais pas pourquoi, quand je dis ça, j’ai toujours l’impression de voir les corbeaux d’Hitchcock, vous voyez ? -ces gens-là ne pensent plus du tout, effectivement, ni ‘carrière’, ni ‘continuité’ à la limite. Mais ça, c’est encore une minorité finalement, parce qu’on se rend compte aussi, qu’il y a quand même des gens qui, derrière, vous suivent depuis un moment. Mais ces gens-là, on ne les rencontre pas forcément en temps et en heure. Voilà, c’est le drame de ce métier : c’est que maintenant, n’importe qui, n’importe quand peut faire un million de disques et demain ne plus exister, et que ça ne dérange a priori personne, puisque tous les jours, il y en a un qui sort, et tous les jours y en a un qui meurt.

Une fois, dans un journal, vous avez dit que vous aviez plus d’admiration pour un homme de science que pour un chanteur. C’est vrai ?
-Oui, je confirme. Ca n’a rien de méchant, une fois de plus, ni de venimeux. C’est quelque chose qui existe. J’ai plus de fascination, c’est vrai, pour quelqu’un dit intellectuel mais sans, moi, prétention de ma part, c’est-à-dire pour quelqu’un qui…je ne sais pas, j’ai plus la fascination d’un grand metteur en scène, d’un grand écrivain, d’un savant, ces métiers-là. Des gens qui, je ne sais pas, qui construisent réellement, qui ont l’essence de cette construction, que les chanteurs n’ont pas. La preuve, je veux dire tous les jours vous rencontrez des chanteurs et tous les jours vous ne découvrez pas des, je sais pas, des gens bouleversants, des gens incroyables, parce que malgré tout… Mais comme l’acteur : il y a une race d’acteurs qui est certainement prodigieuse, enfin on les remarque aussi à l’écran, voilà c’est ça que je veux dire ! Les chanteurs prodigieux, on les remarque aussi à l’écran. Voilà…Une fois de plus, là, je suis spectateur quand je dis ça. C’est pas moi, m’insérer parmi un groupe ou un autre ? C’est toujours délicat. Mais c’est normal, c’est vrai que ça n’est pas… Personne ne m’a étonnée dans ce milieu. 

 Comment situez-vous votre public ? Est-ce que vous avez des rapports avec lui, des rapports à travers les lettres que vous recevez, peut-être ?

-Bien sûr, le courrier, que j’aime beaucoup. J’ai pas mal de courrier, je pense. Il y a des lettres qui sont passionnantes, qui sont bouleversantes, qui sont même très étonnantes quelques fois ! Là, je pourrais dire un peu la couleur des personnes qui m’entourent, c’est malheureusement des gens un petit peu désespérés, un peu névrosés. Il y en a d’autres aussi qui écrivent à tous les chanteurs et qui veulent le sempiternel autographe, ce qui est charmant d’ailleurs, mais-là, je ne peux pas donner la couleur. Sinon, je sais pas bien. Je sais pas bien encore. Je crois qu’on s’en rend compte réellement dans un spectacle, dans une salle : là, on voit bien qu’il y a une dominante de 14-15 ans ou de personnes plus âgées. J’en sais rien…

C’est quand même fascinant, je trouve, d’être un chanteur et d’avoir un impact sur un public, d’être l’idole d’un public…
-Oui… C’est-à-dire, voilà le genre de choses qui sont presque inexprimables mais qui sont un peu traumatisantes, mais aussi dans le bon sens, mais traumatisantes parce qu’inexplicables, parce qu’une personne pourra… Moi, il y a deux, trois personnes qui me suivent à chaque fois que j’ai un enregistrement télévisé, ils seront là, en début, en fin d’émission, ce qui veut dire qu’ils auront attendu dehors, sur le trottoir pendant près de trois heures, quatre heures parfois, qui sont prêts à venir à Cannes… Bon, ce sont des choses qui sont tellement incroyables. Et à ces personnes, on demande une espèce d’attention envers elles, qu’est-ce qu’elles font dans la vie et ces personnes se vexent, car elles disent, ‘Mais c’est pas parce que je suis là que je ne fais rien de ma vie !’. C’est bizarre…

Est-ce que c’est pas dur, d’avoir comme ça une, j’allais dire une ‘cour’, une cour de fans ? Est-ce que c’est pas gênant ? On n’est pas toujours enclin à répondre à ces gens…
-C’est toujours la peur d’être maladroit, d’être tout simplement absent. Et c’est difficile aussi d’être toujours présent. On sait que ces gens-là ont une demande momentanée, puisqu’ils ou vous rencontrent dans la rue ou vous rencontrent lors d’un spectacle et que vous, vous venez pour eux, mais pour eux dans une majorité, pas pour une personne. Moi j’ai toujours peur, oui, de froisser et c’est quelque chose d’un peu traumatisant aussi et c’est pour ça que…

Vous pensez déjà avoir froissé un admirateur ou quelqu’un qui vous demande… ?
-Je crois pas, car j’ai toujours fait très attention, étant moi-même un peu… (rire gêné) J’ai pas une sensibilité à fleur de peau, c’est quelque chose auquel je fais attention. Mais certainement j’en ai froissé, certainement. Mais je ne sais pas, là !

Revenons à ‘l’examen’ de votre carrière : pourquoi une rupture entre RCA et Polydor, entre je ne sais plus quel disque ?
-C’était sur « On est Tous des Imbéciles ». Parce que c’est… (soupir) J’ai pas du tout envie de faire le procès d’une maison de disques. Il se trouve qu’une maison de disques nous a fait un appel du pied, que c’était une maison qui allait naître, puisqu’elle avait un nouveau directeur, que RCA avait prouvé certaines choses, mais certainement dans le mauvais sens aussi : leur capacité ou au moins leur envie de m’aider. Et voilà, ce sont les choses de la vie et tant mieux que ça se soit passé comme ça, parce que il y avait un sang neuf chez Polydor certainement, il y avait un directeur jeune, qui a voulu lui aussi prouver des choses et ça, c’est important.

Revenons en guise de conclusion à votre personnalité. Je crois que vous êtes quelqu’un qui aime beaucoup les animaux, puisqu’apparemment, il y a beaucoup de photos de vous qui sont parues dans la presse en compagnie d’un petit singe, notamment . Parlez-nous en…
-De mon petit singe ?! C’est vrai que j’ai une passion pour les animaux, mais spécialement pour les singes. Vous dire pourquoi… Je vous mettrai un singe en face de vous, si ce n’est les singes qu’on voit au zoo, mais vraiment près de vous… La première chose, c’est qu’un singe a quatre mains et que c’est très important. Un chat, moi que j’adore, n’a pas non plus la faculté de porter les choses, d’écrire, de faire des gestes, qui certainement vous copie, que c’est un regard qui est tellement intelligent, mais qui est déconcertant aussi ! Je sais pas, ça a un caractère fascinant, le singe…

C’est un animal coléreux…
-C’est épouvantable ! C’est-à-dire, oui, c’est coléreux, c’est caractériel. Mais c’est génial, vraiment ! (rires)

Vous avez des ‘prises de bec’ avec votre singe régulièrement ?
-Oui, régulièrement, d’autant qu’il a des périodes de chaleurs -comme tous les animaux- et j’avoue que le singe, je crois, c’est l’animal le plus énervant qui soit quand il a ses chaleurs ! C’est-à-dire qu’il est ; enfin, le mien en tout cas, cette race de capucin couine pendant trois jours -parce que ça dure à peu près 3-4 jours, ça dépend de la grosseur des chaleurs- va couiner, va vous regarder, va vous énerver, va prendre des objets si on ne s’occupe pas de lui et va les taper très, très fort pour qu’on le regarde…Enfin c’est épouvantable ! J’en ferais bien un civet de lapin, un civet de singe plutôt ! (rires)

Très bien, je vous remercie !

Fin de l’enregistrement

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Mylène Farmer, invitée exceptionnelle du Grand Studio RTL

Posté par francesca7 le 29 octobre 2014

 

En exclusivité au micro RTL d’Anthony Martin, Mylène Farmer a choisi d’accorder sa seule interview à l’approche des deux gigantesques concerts qu’elle doit livrer au Stade de France (elle est la première chanteuse française à donner un concert dans ce stade de 80.000 places) les 11 et 12 septembre 2009. Ce long entretien, enregistré dimanche dernier à Genève, en Suisse, où la chanteuse venait de se produire, nous plonge au cœur de la nature profonde de la chanteuse avec ses angoisses, sa timidité, sur sa relation unique au public et ses vingt-cinq ans de carrière.

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L’entretien sera diffusé en intégralité ce samedi (12 septembre 2009) de 15h à 16h dans l’émission « Le Grand Studio RTL ».

Sur son anniversaire qu’elle fêtera au Stade de France :
« Je vais vous faire une confidence. Il y a fort longtemps que je ne célèbre plus mon anniversaire. Mais pour être tout à fait franche, un anniversaire devant 80 000 personnes au Stade de France, c’est quelque chose qui sera, je crois, incroyable à vivre. Donc j’adore cette idée là (…) Je remercie à nouveau de vive voix le public, cette fidélité. Et je vais essayer de ne pas pleurer… »

Que fait Mylène Farmer dix minutes avant d’entrer en scène ?
« J’ai auprès de moi Anthony (son meilleur ami), qui reste avec moi dans la loge. Les dix dernières minutes sont vraiment un moment de recueillement, de concentration. Laurent (son compositeur) passe cinq minutes avant d’entrer en scène, et me dis « fais le vent ». Ca veut dire « respire ». C’est une manière d’essayer de déstresser un peu. C’est vraiment dans le silence. Quant aux rituels je ne sais pas si je peux… là encore la pudeur regagne du terrain. Et quant aux objets ils sont là… »

Une fois inspirée, voilà comment Mylène Farmer écrit les paroles de ses chansons :
« Les mots s’appuient, s’accrochent, s’harmonisent avec la musique donc j’ai besoin de la musique avant d’écrire des mots. La musique m’inspire des sentiments, des sensations. »

Vous êtes seule ? Comme un écolier à son bureau ?
« Tout à fait. Dans une pièce totalement isolée. Ca j’en ai besoin. Comme un écolier, j’ai un très mauvais souvenir de la scolarité donc nous allons passer ce mot… En tout cas le travail, l’opiniâtreté est essentielle. »

Parfois dans la souffrance ?
« Je crois que c’est indissociable. La douleur parce que les doutes. La douleur physique. Il faut aller au-delà de soi. »

1252502858_geneveEst-ce que vous avez le sentiment d’avoir construit une œuvre ?
« Non. J’ai construit quelques chose. Je suis fière  de ce que j’ai pu construire, sans prétention aucune. Très sincèrement, l’obsession de laisser une trace ne fait pas partie de moi. Maintenant pour être totalement honnête j’aimerais que l’on ne m’oublie pas. Mais la vie n’est pas finie donc à moi de le construire (…)
J’écoute beaucoup de musique. Mes goûts musicaux sont assez éclectiques. J’adore Dépêche Mode, Sigur Ros, David Bowie, Juliette Gréco. Ce sont en général des artistes qui ont leur propre univers. »

Que vous inspire la mort de Michael Jackson ?
« Le tragique, la notion d’incompatibilité de vie privée et vie publique, de médias. C’était un immense artiste. C’est quelqu’un dont j’appréciais les spectacles, mais l’homme aussi, sa fragilité, sa sensibilité. C’est tragique. Je suis triste. »

Quand on la voit sur scène, elle apparaît tellement forte, vivante, qu’on ne peut pas imaginer qu’elle préfère l’ombre à la lumière, et pourtant…
« J’ai ce paradoxe en moi. Je suis capable de vivre aussi bien dans l’ombre et de m’exprimer dans la lumière. que je sais mon handicap devant 3 personnes ; je ne sais pas si je peux qualifier ça d’aisance devant 30.000 personnes mais en tout cas il y a une bascule qui se fait presque naturellement.

Comment faites-vous pour que discrétion et provocation fassent bon ménage ?
« Toutes ces facettes font partie de moi. Je suis de nature discrète en général, de nature timide parfois, mais l’éclat de rire fait partie de moi aussi. Je crois que j’ai cette force qui me permet de surmonter toutes mes peurs, tous mes démons au moment où j’en ai le plus besoin. »

Qu’est-ce qui vous fait rire ?
« L’absurde je pense. »

Mylène Farmer face à ses démons…
« L’idée de la mort me terrifie chaque deux secondes de ma vie. Est-ce que ma propre mort me terrifie ? Parfois le mot fatalité est plutôt serein. Je me dis « bon, ça se fera de toutes façons c’est inéluctable ». Parfois elle me hante et parfois je l’oublie. »

Est-ce que vous avez apprivoisé vos peurs, vos souffrances avec le temps, avec le succès ?
« Non. Et c’est sans doute pas grave. Ou très grave je ne sais pas. Je n’ai pas la réponse. J’ai certainement pansé des plaies. Malheureusement je ne pense pas qu’on puisse faire le deuil de quelque chose. On peut tenter de faire ré-émerger la vie et des choses qui vous aident à tenir. Tout ce qui est doutes, tout ce qui est peur, sont là ancrés et là encore ça fait partie de votre sang, de vos veines. C’est sans toute nécessaire. Ca aide à une certaine créativité. »

Est-ce que ce métier a été votre survie ?
« Oui oui, définitivement oui. C’est quelque chose qui m’a aidée à m’incarner là où j’avais le sentiment plus jeune de n’être pas incarnée du tout, de n’être rattachée à rien. C’est fondamental. »

Vous dormez tranquille enfin aujourd’hui ?
« Non, ce n’est pas possible (rires). »

Ses projets :
« J’ai bien évidemment le projet d’un prochain album mais là encore c’est une page blanche. Mais très envie de m’y remettre très très vite.
(…)
« J’ai le projet d’un long métrage initié par Claude Berri que j’aimais profondément, tiré d’un ouvrage de Nathalie Reims, dont le metteur en scène sera Bruno Availlan. Et ça sera pour moi un premier rôle, un deuxième film, et j’espère une rencontre avec le public. »

Vous essaierez de laisser une  place plus importante au cinéma ?
« J’ai besoin de la musique. J’ai besoin des mots. Je suis quelqu’un d’instinctif. Le jour où je ne souhaiterai plus dire ces mots, chanter, je choisirai ce moment avant qu’il ne me saisisse. Je crois que tout art a ses limites. Quelque chose en moi me dira « là il faut arrêter ». Peut-être que cela fait partie de moi aussi cette force de caractère. En tout cas ne pas tricher avec soi-même. »

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LAURENT BOUTONNAT À PROPOS DE « DÉSENCHANTÉE »

Posté par francesca7 le 29 octobre 2014

INTERVIEW INTÉGRALE DE 1998 : Journaliste(s) : Mathias Goudeau

 

18711672.jpg-cx_160_213_x-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxxEn mai 1999 paraît aux éditions Jean-Claude Latès « Sur l’air du temps – 30 chansons qui ont changé la France », un ouvrage rédigé par Mathias Goudeau et Patrice Tourne. 
Le principe de ce livre est simple : 30 années, 30 faits de sociétés illustrés chacun par une chanson de l’année concernée pour une remise en perspective du contexte de chacune des époques abordées. Chaque chanson sélectionnée est commentée par un de ses créateurs, qu’il en soit l’interprète, l’auteur ou le compositeur.
 

La chanson sélectionnée par les auteurs pour illustrer l’année 1991 est « Désenchantée ». Le chapitre qui lui est consacré réserve quelques propos pour l’occasion de Laurent Boutonnat, dont les commentaires sur son travail musical sont rarissimes. 

Ce qui suit est un document exceptionnel : il s’agit de l’intégralité de l’entretien téléphonique donné par Laurent Boutonnat à Mathias Goudeau à l’occasion de ce livre, courant 1998. 
D’une durée de 20 minutes, il est entré en notre possession à la faveur des recherches d’archives lors de la création de ce site. Si cette retranscription est un travail personnel, tout le crédit va bien évidemment à l’auteur de l’entretien, Mathias Goudeau, qui signa par ailleurs quelques années plus tard un abécédaire consacré à Mylène Farmer.
 

En plus de dévoiler toutes les réflexions de Laurent Boutonnat au sujet de la chanson, du clip, de sa création ou de son unique version live d’alors, cet entretien nous éclaire également sur la difficile organisation d’une interview de Laurent Boutonnat (et encore plus de Mylène Farmer) ainsi que de son regard sur le phénomène dont il est à l’origine. 

L’enregistrement commence alors que la conversation téléphonique semble avoir commencé depuis quelques instants…

 

Mathias Goudeau : Merci beaucoup d’avoir répondu grâce à l’intermédiaire de votre frère. J’avais essayé de vous contacter par Sony mais je sais pas s’ils vous l’avaient transmis…
Laurent Boutonnat :
 Pas du tout !

Non ? Ha bon, d’accord… Bon !
-Ha, les maisons de disque c’est très compliqué !

On vous a expliqué en deux mots de quoi il s’agissait ? Vous avez reçu mon fax ?
-Oui, j’ai reçu votre fax. La seule chose, c’est que bien sûr je fais partie de cette chanson mais c’est Mylène Farmer qui en est l’auteur du texte, donc je pense qu’elle serait plus apte à vous parler de son texte…

Je vous cache pas que j’ai essayé de la joindre par les maisons de disque mais vous voyez…
-Ha oui, ça, ça doit être très compliqué, en effet. Et en plus elle est pas là, elle est aux Etats-Unis !

Ha, elle est aux Etats-Unis ?
-Enfin…le téléphone marche, hein !

Tout à fait ! C’est ce qu’on a dit à chaque fois, mais même par Thierry Suc ça a été un peu difficile…
-Vous l’avez eu, Thierry Suc ?

images (5)Oui ! Enfin, j’ai toujours eu une secrétaire à lui, jamais lui directement et vraiment ça fait au moins six mois que je rame pour ça et je me demande même si elle l’a eue, l’info. Donc, je sais pas, même par e-mail…Nous on veut bien faire ça par e-mail mais c’est un peu difficile, quoi ! Donc oui, c’est pas vous qui avez écrit le texte ?
-Non. Moi je suis auteur de la musique, de la production, de l’arrangement, du clip, de plein de choses mais pas du texte !

D’accord. Alors, comment ça s’est passé par rapport à cette chanson particulière, comment vous l’avez découverte en fait ? C’est elle, Mylène Farmer, qui un jour vous a apporté le texte ?
-Non, parce que avec Mylène, la plupart du temps, ça commence par la musique et ensuite elle travaille un texte sur la musique et la mélodie. Donc ça commence toujours par la musique. 

Donc, là c’est vous qui avez initié un peu la chanson ?
-La musique, oui. 

Elle vous a dit ‘Moi je vais écrire quelque chose sur ce thème-là’, à peu près… ?
-Non. Je crois que les choses, c’est rare que ça se passe comme ça –enfin, entre Mylène et moi ! C’est plus un travail d’abord musical et après la musique lui évoque des choses et souvent des bribes de phrase, quelques fois un mot sur le refrain. C’est souvent comme ça que ça se passe : ça part de la musique et il n’y a pas vraiment de thème. Elle a sûrement des idées, des choses de côté dans ses cahiers mais je crois que l’explication de la naissance d’une chanson est toujours difficile. 

Vous vous rappelez un peu des circonstances de celle-là ou pas ?
-Ca remonte à très longtemps, quand même ! Il y a moins six ans, sept ans…

1991 ! Enfin, elle sort en 1991 donc elle a peut-être été…
-Oui, c’est ça, ça a été fait à la fin 1990.

Vous travailliez où ? À Paris ?
-Oui, oui ! On était à Paris à ce moment-là. Je travaillais comme d’habitude, c’est-à-dire chez moi, au piano à la base et puis souvent avec Mylène comme ça, ça commence au piano ou au clavier. J’essaie de me rappeler, hein ! C’est très compliqué ! Je me rappelle lui avoir joué au piano les bases, et surtout le refrain et à partir de là il y a le moment où on se dit ‘Tiens, il y a un truc, une excitation’, je sais pas ! Après, je suis allé enregistrer toutes les bases en studio et je crois qu’à partir de là elle a écrit un texte mais le texte a, je crois, commencé par le refrain, comme la plupart des chansons. 

C’est-à-dire ‘Tout est chaos, à côté…’
-Voilà, ‘tous mes idéaux, des mots abimés’. Je m’en rappelle un peu ! (rires)

Vous savez chez elle d’où vient cette idée d’avoir ce thème-là ?
-Ca, je crois que c’est vraiment des questions à lui poser. En tout cas, moi ce que je peux dire par rapport à ce thème, c’est que -bon, ça n’est qu’une chanson, hein !- mais ça me paraît être un peu l’idée du chaos et du désenchantement et ça me paraît être toujours le cas aujourd’hui dans notre société –notre société occidentale en particulier et parmi les gens jeunes. Je sais pas quoi vous dire là-dessus ! On peut partir sur un débat sur la jeunesse, le suicide des jeunes, plein de choses ! (rires)

Disons qu’entre vous sur la création de cette chanson, c’était conscient que c’était ça par rapport à cette jeunesse à ce moment-là. C’est pas tombé innocemment…
-Non, c’est pas tombé innocemment mais ‘à ce moment-là’, je sais pas. C’est-à-dire que je ne crois pas qu’on se dise ‘Ha la jeunesse est comme ça, on va écrire un truc là-dessus’. Non, ce sont des choses ressenties profondément même si on fait un métier artistique, qu’on vit un peu à part ou un petit peu coupé du monde, en tout cas dans la vie de tous les jours –enfin, pas coupé du monde mais c’est vrai que Mylène est quelqu’un qui malheureusement ne peut pas sortir, enfin c’est compliqué, quoi ! Mais en tout cas, la perception des choses et du monde n’est pas déconnectée de la réalité. Enfin, j’espère ! Sinon c’est le début de la fin !(rires)

Justement, c’est exactement ce qui nous intéresse dans une chanson comme celle-là ! Et puis on imaginait qu’elle arrivait début 1991 alors que les idéaux, même si on remonte aux années 70, n’étaient plus là. Il y avait de ça quand même, non ?
-Oui, enfin c’est presque banal de parler de ça parce qu’on est vraiment à un moment, alors c’est la fin du siècle peut-être, mais c’est quand même assez dramatique ce qui se passe là, justement, par rapport à la paix, par rapport à l’envie, aux idéaux…On peut employer tous les mots qu’on veut ! Et ça n’ira qu’en s’empirant, j’ai l’impression !

C’est votre sentiment ?
-Non, mais je sais pas ! Mais c’est très inquiétant –en tout cas en France, c’est très inquiétant mais alentour ça a pas l’air mieux ! Mais ici c’est très inquiétant et très affligeant.

Alors, on va dépasser la création de la chanson. Quelques petits mots : après l’enregistrement, comment ça s’est passé ? Vous aviez la musique, les arrangements, il y a eu des choses particulières sur cette chanson-là ?
-Hé bien curieusement elle a été extrêmement dure, mais ça c’est des petits détails qu’il n’y a même pas à raconter ! Elle a été extrêmement dure à finaliser, ce qui arrivait souvent d’ailleurs avec Mylène sur des chansons qui ont finalement été des chansons qui ont été fortes ou qui ont marché. C’est-à-dire que ça a été assez douloureux ! Alors après on l’écoute, on se dit ‘Ha, mais c’est fort !’‘Ca va marcher !’ etc. Ca a été extrêmement dur parce que j’ai refait, je l’ai produite, j’ai changé la tonalité, je suis revenu à la première tonalité et puis comme la tessiture de Mylène était plus basse sur cette chanson, sa voix était bizarre, je reconnaissais plus sa voix donc on l’a recommencée. Enfin, ça a été très bizarre, quoi ! Très, très douloureux dans le travail, c’était très compliqué pour au final revenir à ce qu’on avait fait au début. Ca arrive souvent ! Voilà. Sinon, y a rien eu de très particulier !

Au final, vous en êtes content, du résultat ?
-Oui, je suis assez content. C’est-à-dire que aujourd’hui, en écoutant le son de cette chanson je ne la produirais ni ne la mixerais pas comme ça aujourd’hui !

Pourquoi ? Le son a changé aujourd’hui ?
-Non, mais moi dans ma perception, dans le travail c’est vrai qu’il y a des choses…Enfin, on bouge, on change ! C’est plus dans le son, les matières de son, voilà. 

Mais sur le moment, vous êtes satisfait ou ça reste une chanson qui est un peu bancale pour vous ?
-Non, non ! Je pense pas qu’elle soit bancale ! (rires) Elle a été compliquée en studio mais c’est difficilement explicable parce que c’est pas rationnel à des gens de l’extérieur de raconter ça. Il faudrait vraiment assister à tout ça –et même en assistant, je crois pas que… C’est comme sur un tournage : quelquefois, il se passe des trucs dingues et vu de l’extérieur c’est ridicule ! ‘Mais pourquoi ils mettent trois heures à faire un truc de trente secondes ?’, vous voyez ?! C’est pas très explicable mais ça c’est pas fait simplement, quoi !

 

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Et puis elle sort, en même temps elle est choisie comme single…
-Oui, ça a été le premier single de l’album.

Pourquoi ?
-Ben…je sais pas ! Parce que…

C’est vous qui l’avez décidé en partie ?
-Ha oui, oui on l’a décidé, oui. Parce qu’il y avait, en l’écoutant comme ça, quelque chose qui était fort, quoi, dans la musique, probablement dans le texte. Voilà. 

Vous avez pensé que vous vous adressiez à une jeunesse, donc sortir ce single ça pouvait être important ?
-C’est difficile de l’envisager comme ça. On peut pas se dire ça ! Evidemment, quand ça se passe c’est magique ! Vous savez, souvent moi je parlais avec des journalistes et quand ils parlent de Mylène, ils disent ‘Ha, formidable ! Le travail, tout est réfléchi, le marketing, les clips : tout ça, c’est vachement pensé, c’est remarquable’. Mais pas du tout ! Moi je réponds –et c’est un peu pour répondre à votre question- ce n’est pas possible de travailler comme ça ! Ca n’existe pas ! Bien sûr que non, c’est pas pensé, calculé, organisé, fabriqué : les choses se font et se sont toujours faites avec Mylène –que ce soit les clips etc.- sur l’instant, à l’instinct et sans se soucier ni se dire ‘Tiens, on va toucher telle cible, on va parler de telle chose’

D’ailleurs c’est ce qui a fait le choix de cette chanson pour nous, c’est une chanson qui est, j’allais dire, socialement forte, qui tombe à un bon moment. Je parlais pas de marketing, hein ! C’est une chanson qui sort des tripes, quoi…
-C’est vrai qu’à cette époque ça a été assez incroyable, ça a été énorme. Enorme

Vous avez été surpris de ça, du succès qu’elle a ? Ou vous aviez senti artistiquement… ?
-Oui, on sent. C’est vrai qu’on sent quand il y a quelque chose de fort. Maintenant, après on ne sait jamais comment ça se passe ! Mais on sent quand il y a quelque chose de fort, on le voit quand les gens l’écoutent et puis soi-même : quand on a plaisir à l’écouter, à la réécouter, à l’écouter cent fois, même, après avoir travaillé dessus pendant des semaines !

Ce que vous avez fait ?
-Ha oui, oui ! Moi, quand une chanson me plait j’aime bien l’écouter, la réécouter et je m’en lasse pas ! Ca, c’est assez curieux !

C’est une des chansons qui vous restent de Mylène Farmer, dans le sens où si on vous en demande trois, quatre, elle fait partie de celles-là ou pas forcément ?
-Ha oui ! Oui, oui.

Le clip, il est venu comment ce clip ? Puisque là vous pouvez m’en parler, vous êtes le créateur !
-Oui ! (rires) Ha, je me rappelle plus ! Je ne sais plus…

Moi je l’ai très bien en tête, ce clip, avec ces enfants etc. 
-Oui. On reste dans le même sujet, quoi, un peu imagé. Je sais pas quoi vous dire là-dessus, comment c’est venu exactement mais je sais que ces images-là sont venues très vite au moment où il y a eu la décision de faire le clip, ce qui se passe toujours très vite parce qu’on est toujours en retard, qu’il faut aller vite etc. et puis cette idée d’univers carcéral, comme ça, un peu intemporel, c’est venu très vite, quoi. 

Est-ce que vous avez pas un peu aggravé le ton de la chanson, qui était déjà très dur, et vous vous y mettez par l’image un univers, j’allais dire, d’esclavage carrément ?!
-(dubitatif) Oui, sûrement, oui. (il éclate de rire)

Parce que là, c’est vous qui êtes l’auteur du clip, c’est vous qui décidez !
-Oui, enfin on travaille en collaboration mais c’est vrai que souvent ça a toujours été intéressant dans le travail avec Mylène, parce que c’est vrai qu’il y a eu quelques clips –dont« Désenchantée »- qui ont été assez violents, c’était compliqué par rapport à la censure ou même par rapport au public quelques fois mais ce qui est amusant, c’est que ces clips passaient à des heures où tout le monde regarde parce que d’un côté il y avait une image quelques fois très violente, et d’un autre côté il y avait une chanson pop, comme ça, qui se promenait dans les charts etc. Donc c’est assez amusant ! Enfin, je fais pas ça pour m’amuser mais…

Le décalage vous intéresse…
-Oui, j’ai toujours trouvé ça amusant. Je sais que la plupart des clips d’avant de Mylène, je suis pas sûr qu’ils passent. Ils passent aujourd’hui parce qu’ils font partie des clips qu’on a vus, qu’on connait etc. Mais si aujourd’hui on refaisait la même chose, je pense que la censure serait beaucoup plus dure aujourd’hui, quoi. C’est incroyable !

Vous pensez ?
-Ha ben, je le vois, même ! Je le vis ! (rires) Des chaînes comme la 6, c’est incroyable ! On arrive à un truc, ça s’américanise beaucoup dans tout. Il y a une uniformisation mais il y a surtout une peur de sortir d’un type d’images. Je trouve que les images aujourd’hui ne transmettent plus rien, la plupart des vidéos ne transmettent plus rien, même pas d’émotions visuelles. 

Elles n’ont même pas un plus par rapport à la chanson, c’est ce que vous voulez dire…
-Non, c’est de l’image pour l’image, de la forme pure et c’est dommage. 

Un prétexte pour passer de la musique à la télé, quoi…
-Oui. Ha oui c’est ça. À moindre coût pour faire ça en une journée, deux jours parce que ça coûte cher. Mais peu importe les coûts, d’ailleurs parce qu’on arrive à faire des choses avec rien. Il y a plus d’images. Moi je suis frappé quand je regarde la 6 ou MCM le matin, comme ça, tout est pareil ! C’est assez incroyable…

475900.jpg-rx_640_256-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx 

Une dernière chose pour revenir à ce qui nous intéresse, donc l’implication de la chanson par rapport à ce qui se passait dans la société. C’est vrai que la plupart des chansons de Mylène Farmer n’ont jamais été impliquées, je dirais que c’est presque une des plus impliquées socialement. Vous en pensez quoi ?
-Par rapport à ses autres chansons, vous voulez dire ? Moi je crois pas. Que ça touche quelque chose de social, après c’est autre chose. Je pense que dans le travail de Mylène, ce qui a été fait a toujours été lié à l’enfance. Peut-être pas à des choses précises de société, balisées, qu’on reconnait, mais souvent liées à l’enfance, au fantasme, à la terreur, à la sexualité, à ces choses qui font partie de la vie plus que de la société. 

En même temps, il y a ‘je fais partie d’une génération désenchantée’ : c’est peut-être plus direct que « Libertine » ou des choses comme ça qui sont effectivement des fantasmes, plus des rêves…
-« Libertine », oui, on est dans d’autres choses ! Absolument. Mais ce qui était amusant sur « Désenchantée », avec le temps par exemple sur la dernière tournée de Mylène (le Tour 96, nda) donc c’était cinq ans ou six ans après « Désenchantée » et qu’elle l’a chantée en concert, moi je me souviens d’avoir pris conscience comme ça justement de ça : j’étais dans la salle à Bercy à la console son, donc au milieu de la salle, et tout à coup arrive « Désenchantée », donc hurlements et tous les gens chantaient du début à la fin ! Et tout à coup, j’ai pris conscience des paroles –que je connaissais ! Mais je voyais tous ces gens en regardant autour, il y avait plein de jeunes mais il y avait aussi des gens plus âgés qui étaient là, en train de sauter en l’air, de frapper dans les mains en chantant ce texte : « Tout est chaos, à côté… ». C’était assez incroyable, ça ! C’est vrai que, tout à coup, quand on fait attention aux mots c’est assez étrange ! C’est très marrant ! Et c’est ça que je vous expliquais un peu tout à l’heure entre l’image ou les mots un peu durs ou un peu violents et le côté chanson populaire qui fait que les gens dansent ou chantent mais en prononçant des mots quand même qu’ils ne diraient pas dans la vie ou bien sauf s’ils étaient en train de manifester, peut-être je ne sais pas !

Vous pensez qu’ils chantaient ça comme un air de variétés plus qu’ils ressentaient…
-Oui. Je sais pas si en général, quand on chante une chanson on a vraiment conscience de ce qu’on chante, souvent. C’est comme les tubes américains : la plupart des gens connaissent pas le sens des mots et les retiennent phonétiquement !

Ca vous a surpris dans quel sens ? En vous disant ‘Je suis déçu parce qu’ils comprennent pas ce que ça veut dire’ ?
-Ha non, non pas du tout ! Vous savez, quelquefois vous devenez spectateur de quelque chose : là, j’étais dans le spectacle et puis tout à coup, je voyais tous ces bras se lever, les gens sauter et chanter à tue-tête et donc j’étais plus dans le spectacle et j’ai regardé autour de moi, j’entendais tous ces mots et tous ces gens heureux en train de chanter, crier, taper dans les mains en rythme…

Alors que c’était des mots durs !
-Oui ! C’était assez marrant, ça. Une drôle d’impression…

C’est une chanson qui est demandée en concert ?
-C’est pas qu’elle est demandée, mais quand elle arrive dans le concert à peu près aux trois quarts, c’est le moment où ça explose vraiment ! Dans toutes les salles et dans n’importe quelle ville de France, c’était incroyable ! Incroyable ! C’est vraiment un des plus gros hits de Mylène, d’ailleurs.

Vous vous souvenez du nombre de ventes qu’a fait le single ou pas ?
-Le single à l’époque a fait 650.000, je crois. Mais comme l’album est sorti en même temps, la plupart des gens se sont reportés sur l’album et je crois que ce single a drainé 700.000 albums en deux mois. C’était énorme !

Merci beaucoup de tout ça !
-Mais je vous en prie !

téléchargement (1)Je vous pose la question : vous, vous avez un contact auprès de Mylène pour lui écrire… ?
-Oh oui, ça, j’ai des contacts ! (rires)

Ca, je m’en doute ! (rires) Mais où je pourrais lui écrire d’une manière sans avoir des choses trop personnelles ou il faut absolument que je passe par Thierry Suc ?
-Non, ce que vous pouvez faire…

(fin brutale de l’enregistrement) 

 

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Si MYLENE M’ETAIT COMPTEE

Posté par francesca7 le 23 octobre 2014

 

0« Une grande astronaute » : c’est dans ces termes que Mylène Farmer  aimerait que l’on se souvienne d’elle. Une grande conquérante de  l’imaginaire qui a su relever les défis de son métier. La seule artiste  féminine française à avoir marqué son empreinte sur quatre décennies par  ses tubes, ses clips et ses concerts, passant de mannequin pour publicités à  la scène du Stade de France vingt-cinq ans plus tard. Une chanteuse qui  raconte ses rêves et ses cauchemars dans les textes qu’elle écrit elle-même,  en restant paradoxalement quelqu’un que les médias qualifient de  « mystérieuse ». De nombreux ouvrages lui ont été consacrés, tentant en  vain de percer le secret de sa réussite. 

 « On invente ma vie, mes émotions »  disait-elle en 2006. Alors pour raconter la carrière de Mylène Farmer, qui de mieux que Mylène Farmer elle-même ? 

Trente ans de carrière sont retracés dans cet ouvrage non officiel  uniquement réalisé à partir des propos de l’artiste, puisés dans plus de trois  cent cinquante interviews presse, radio ou télévisées, de 1984 à 2014. 

Aucune information n’a été inventée ou récupérée de rumeurs, de bruits de couloirs. Tout ce que vous découvrirez est extrait des entretiens que la chanteuse a pu accorder aux médias. 

Bien que le pronom personnel « je » a été conservé pour rester au plus proche des propos réunis et faciliter la lecture, il n’est en aucun cas question dans cette biographie de parler au nom de Mylène Farmer.  L’objectif de ces trois années de travail a été de réunir et fusionner toutes les idées, les explications, les inspirations et les passions, toutes les pistes sur sa vie qu’elle a elle-même décidé de laisser transparaître au fil du temps. 

Evidemment, en trente ans, tout le monde change : ses points de vues d’alors ne sont donc plus obligatoirement ceux d’aujourd’hui. Cette biographie n’est pas « la » vérité ; mais c’est « une » vérité. Parce que Mylène Farmer l’avance elle-même, le privilège d’être une artiste est de pouvoir tricher quand elle le souhaite. Si elle a inventé quelque détail que ce soit durant ses interviews, et que vous retrouverez donc retranscrit tel quel dans ce récit, cela n’en fait pas moins partie du personnage qu’elle a souhaité faire vivre. Et quel personnage ! Une grande astronaute.

 

EXTRAIT : Avant Propos du livre :  Mylène FARMER une grande Astronaute –  de Yannik Provost

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