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L’AVANCEE DE LA CARRIERE DE MYLENE – extrait du livre

Posté par francesca7 le 21 décembre 2015

 

News136La carrière de Mylène Farmer avance mais ce n’est pas encore suffisant. En ce début d’année 1986, elle n’a plus le choix, il lui faut un tube. En mars 1986, Mylène et son équipe créent Libertine, qui devait au départ s’appeler L’amour tutti frutti. Il avait été initialement prévu que la chanson sorte en 1885, mais la maison de disques avait alors imposé Plus grandir. Sur la pochette de 45 Tours et du Maxi 45 Tours, Mylène est toujours châtain, vêtue d’une veste orange. Pour le moment le titre ne déchaîne guère les passions … pour le moment.

Le 1er avril sort le premier album Cendres de Lune. Le texte de Libertine est très hardi. Il enchaîne les métaphores et les connotations à caractère sexuel. C’est une révolution dans le domaine musical. au départ, Boutonnat, auteur du texte, voulait : « Je suis libertine, je suis une putain », mais « putain » fut remplacé par « catin » pour ne pas scandaliser les mentalités encore chastes durant ces années 80.

Le titre va devenir un succès grâce à deux éléments : une couleur de cheveux et un clip pour lequel Laurent Boutonnat, toujours aux manettes, va bénéficier d’un budget de 75 000 euros. quatre jours seront nécessaires à la création de ce petit bijou de onze minutes. Pour le tournage, deux châteaux vont être choisis : celui de Ferrières et celui de Brou, en Seine et Marne. C’est la première fois qu’il y a autant d’acteurs et de cascadeurs. Boutonnat a désormais sa propre équipe. Près de 50 personnes vont travailler à ses côtés. Les décors sont fabriqués par Emmanuel Sorin, qui a entièrement réaménagé la pièce principale du Château de Ferrières afin de recréer un style XVIIIè siècle, et les costumes sont dessinés par Carine Sarfati. Des perruques sont spécialement conçues pur l’occasion.

Chateau_de_Ferrieres

Le clip est projet en avant-première pour la presse au cinéma Mercury des Champs Elysées le 18 juin 1986 et une version courte sera proposée à la télévision. Désormais Mylène est rousse et le restera.

Le clip connaît un véritable succès malgré quelques mauvaises langues, il va propulser Mylène vers la gloire et son travail est enfin récompensé. Durant ‘été 1986, deux nouveaux 45 Tours vont sortir. Sur la pochette, une photo de Mylène extraite de la vidéo. En septembre la chanson entre au TOP 50 et parviendra à la 10è place, restant classée vingt semaines. Il s’en vendra environ 300 000 exemples et Libertine deviendra le premier disque d’argent de la carrière de la chanteuse. Une version anglaise de la chanson, Bad girl, est enregistrée mais ne sortira jamais. Cette dernière peut toutefois être écoutée sur internet .

Image de prévisualisation YouTube

Mylène chantera 22 fois le titre à la télévision et, pour la première et dernière fois (à ce jour), Mylène Farmer et Laurent Boutonnat sont invités ensemble le 1er septembre 1986, lors du journal de 13 heures d’Antenne 2. L’album Cendres de Lune sera réédité dans une nouvelle version en 1987 avec un titre inédit, Tristana et parmi les bonus, un Remix Spécial Club de Libertine.

Après le succès de Libertine, il ne faut pas s’arrêter. De plus, Mylène bénéficie désormais d’une couverture médiatique suffisante pour se faire connaître du grand public. Tristana va devenir le quatrième extrait de l’album Centres de Lune (après Maman a tort, Plus grandir et Libertine). Le 12 février 1987, trois supports sont proposés à la vente : un 45 Tours un Maxi 45 Tours et une cassette audio. Cette chanson c’est avant tout un texte sombre autour de l’ennui et de la mélancolie. Sur la face B, le titre Au bout de la nuit, qui avait d’ailleurs été pressenti, avant Tristana, pour devenir le nouvel extrait. On retrouve sur la pochette une photo de Christophe Mourthe. Le single démarre doucement au TOP50 mais va grimper progressivement les marches du classement pour atteindre la 7è place. Il se vendra à environ 250 000 exemplaires en France et sera certifié disque d’argent.

Mylène défendra ce titre à la télévision en l’interprétant pas moins de vingt six fois ; Pour la première fois elle est accompagnée pur chaque prestation par deux danseuses : Sophie Tellier, déjà connue pour son apparition dans le clip Libertine, et Dominique Martinelli. En mars 1987, nouveau tourna à  La Chapelle en Vercors, dans la Drôme. Le clip est parfaitement scénarisé, l’histoire se déroule en Roussi alors de la révolution de 1917, et est directement inspirée de Blanche Neige et les sept nains ; La tsarine veut savoir si elle est toujours la plu belle du royaume. Elle l’est mais il y a aussi la jeune Tristana. Folle de rage, la tsarine ordonne à un moine de la tuer et de lui ramener sa peau de pêche, avant d’éclater d’un rire diabolique.

Dans la forêt enneigée, Tristana s’amuse avec son amoureux, Rasoukine, mais le moine arrive. Rasoukine, qui tente de la protéger, se fait taillader la joue à l’épée. Tristana prend la fuite.

Elle est recueillie dans une maison par sept nains qui l’hébergent et la nourrissent (…) Le budget est estimé à environ 900 000 francs (soit environ 140 000 euros). Le tournage a mobilisé une équipe d’une quarantaine de personnes (la même que celle du clip Libertine). Le premier assistant réalisateur est François Hanss, qui réalisera des années plus tard des clips et des films de concerts pour Mylène. Le clip est proposé en avant-première à l’UGC Normandie des Champs Elysées le 6 mai 1987. Les diffusions à la télévision seront assez régulières même si le court métrage de douze minutes arrive à un moment difficile, après la disparition de la chaîne hertzienne musicale TV6.

extrait de Mylène Farmer Ses mots, Ses clips aux Editions Chapitre.com 2014

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BOUTONNAT et recherche de co-producteurs

Posté par francesca7 le 11 juillet 2014

 

 

Après des négociations avec sa nouvelle maison de disque Polydor et en échange d’une répartition particulière et avantageuse de ses royalties, Laurent Boutonnat se trouve chargé de la production exécutive et de la réalisation des clips relatifs aux chansons qu’il écrit pour la chanteuse Mylène Farmer.

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Lorsqu’en 1985 Polydor décide de sortir en 45 Tours Plus Grandir, il charge Stephan Sperry, producteur de films publicitaires, de produire le clip assez coûteux qu’il a écrit et story-boardé. C’est grâce à cet investissement que Boutonnat peut entre autres tourner sur pellicule en cinémascope, et loue pour l’occasion les studios de Stains où il fait construire un vaste décor représentant une aile de château. Les recettes relatives à la production du clip sont proportionnelles aux ventes du disque ; ce qui pour Plus grandir ne permet pas le remboursement intégral des sommes investies. 

 Pour des sociétés de production publicitaire habituées à un système de paiement relativement fiable et régulier, la production de vidéo-clips ne garantie pas obligatoirement un retour total sur investissement, leur fréquence de diffusion n’étant pas garantie. Economiquement, Laurent Boutonnat fait le pari, en faisant passer ses clips pour des œuvres à visée cinématographique, d’augmenter le nombre de leurs passages télévisés afin de faire croître les droits d’auteur, de compositeur et d’enregistrement qui lui permettront plus tard, de les produire lui-même. Lorsqu’il décide en 1986 avec Polydor de faire du clip Libertine un événement, Boutonnat cherche un producteur pouvant apporter les 46 000 Euros photo estimés que va coûter le film. Alain Grandgérard, patron de Movie-Box apporte cette somme tout en veillant sur le plateau à faire bon usage du budget en question. Les prises de vue en cinq jours de Libertine seront quatorze ans après l’objet d’un reportage télévisé79 où Grandgérard parle entre autres des scènes d’intérieur tournées de nuit afin de maximiser le temps de tournage, du casting amateur fait dans les boites de nuit de la capitale et de la décoration approximative du château de Ferrières pour que le XVIIIe siècle soit rendu le mieux possible à l’image.

Après une avant-première le 18 juin 1986 réservée à la presse, Alain Grandgérard s’occupera avec

Boutonnat des premières organisées au cinéma le Mercury des Champs-Élysées. Le bouche-à oreille fonctionne alors plus que bien, et la recette de cette semaine d’exploitation permet à Movie-Box de couvrir largement la somme mise en jeu pour le clip qui ne s’élevait finalement qu’à 38 000 Euros80. A cela s’ajoute un bénéfice d’image car si Libertine n’était pas le premier clip au monde réalisé sur pellicule 35 mm; ce fut le premier d’après nos recherches à être exploité officiellement en salles de cinéma. Six mois après la sortie du clip Libertine, Laurent Boutonnat réalise Tristana toujours grâce à Movie Box avec le même système de financement et de tournage. L’équipe partira pour l’occasion trois jours dans le Vercors pour tourner les extérieurs sensés représenter la Russie et louera encore les studios de Stains en Seine-Saint Denis pour les plans d’intérieur. Fin 1987, Alain Grandgérard ne suit plus Laurent Boutonnat sur ses projets qui se démarquent du caractère divertissant de leur travail commun. C’est la productrice Claudie Ossard qui produira le clip Sans Contrefaçon, assez loin du simple divertissement apparent auquel consistaient les deux précédents. Loin des duels au pistolet et des histoires d’amour romanesques, Sans Contrefaçon extrapole Pinocchio en le plaçant avec onirisme sur une plage bretonne en hiver. Habituée des projets cinématographiques difficiles,

Claudie Ossard met tous les moyens en œuvre pour faire de Sans Contrefaçon le clip poétique et

particulier que Laurent Boutonnat souhaite voir.

 

EXTRAIT DU LIVRE DE Jodel Saint-Marc  « Le Clip en tant qu’œuvre Cinématographique / aux éditions Sorbonne Nouvelle en août 2003 

 

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Dans le château, tournage de LIBERTINE

Posté par francesca7 le 6 avril 2014

 

Le hall d'honneur du château de Ferrières

 

Le hall d’honneur du château de Ferrières où furent tournés les intérieurs des salons. On reconnaît au fond la grande porte donnant sur l’escalier d’honneur, plusieurs fois reprise dans le film.

 

 

 

 

   C’est au printemps 1986 que le tournage de Libertine a lieu à 24 km à l’est de Paris, au Château de Ferrières en Seine et Marne. La majeur partie des scènes d’intérieur se feront dans le hall d’honneur d’une superficie de 260 m². La décoration a du entièrement être refaite grâce à des tentures et des toiles pour masquer le style renaissSalle du vestibule du château de Brou, où fut tourné la scène du bainance italienne qui ne collait pas à l’époque de Libertine (milieu du XVIIIe siècle). Le château de Ferrières n’a en fait été édifié  qu’en 1859, c’est à dire plus d’un siècle après !  Les autres séquences cependant ne furent pas tournées à Ferrières mais non loin de là, au château de Brou. La scène d’ouverture, ainsi que la dernière partie en extérieur furent tournées le même week-end que la scène du bain. Tous les extérieurs furent captés dans la journée de samedi, notamment le duel qui ouvre le film se déroule dans la clairière qui se situe au sud de la pièce d’eau. Quand à la scène de la chambre et de la baignoire, elles furent tournées en équipe réduite le dimanche. Cette séquence où Libertine et ses amies se purifient  dans la même baignoire, fut tournée dans une grande pièce claire garnie de colonnes. Cette pièce est en fait le vestibule du château, qui fut autrefois une chapelle ! On peut d’ailleurs toujours y voir le bénitier, qu’on peut d’ailleurs entrevoir dans le clip. Construite au XVIIIe siècle, la chapelle colle parfaitement à l’époque du clip, et c’est sans doute grâce aux nombreux effets de perspective donnés par les colonnes que Laurent Boutonnat décida de déplacer un samedi et un dimanche son équipe jusqu’à Brou pour tourner ces quatre séquences. Anecdote amusante, les filles qui se baignent dans la même baignoire que Mylène Farmer ne sont ni des actrices ni des figurantes engagées pour l’occasion mais les secrétaires de la maison de production Movie-Box ! Ce qui nous prouve encore une fois quelques vingt ans après la précipitation et l’économie de moyen importante qu’à demandé le tournage du clip.

 

Dans le château, tournage de LIBERTINE dans Mylène AU FIL DES MOTS libertine015

    Après une avant-première le 18 juin 1986 réservée à la presse, Alain Grandgérard Premiere du film au Mercury sur les Champs-Elysées - 18 juin 1986s’occupera avec Boutonnat des premières organisées au cinéma Le Mercury des Champs-Élysées (la présentation à la presse a lieu le 18 juin 1986 et le visa de censure n’est obtenu que le 30 juillet 1986). Faisant croire à la projection d’un long-métrage, grandes affiches à l’appui, le public se masse. Le bouche-à-oreille fonctionne alors plus que bien, et la recette de cette semaine d’exploitation permet à Movie-Box de couvrir largement la somme mise en jeu pour le clip qui ne s’élevait finalement qu’à 38 000 Euros. A cela s’ajoute un bénéfice d’image car si Libertine n’était plus le seul clip réalisé sur pellicule 35 mm; ce fut le premier d’après nos recherches à être exploité officiellement en salles de cinéma. Le rôle de Libertine exige un libertine021 dans Mylène Autrementgrand flamboiement, une chevelure de feu, chaude, qu’on voit rarement. Alors que Mylène Farmer avait adopté le catogan de velours noir quelques mois plus tôt, elle se teinte en rousse peu de temps avant le tournage, précisément pour le personnage. Sans se douter qu’une telle popularité serait si rapidement au rendez-vous, la chanteuse gardera la couleur, qui la différenciera de ses « rivales » de l’époque, la blonde Jackie Quartz, la brune Jeanne Mas. La paternité de l’idée de la couleur rousse est tout à tour attribuée à Mylène Farmer, son manager Bertrand LePage, et même le photographe de l’époque Christophe Mourthé. C’est en fait bien sur une proposition de Laurent Boutonnat, alors en préparation du libertine001clip, que le changement de couleur se fera. Quant au maquillage blanc que Mylène Farmer gardera dix ans, c’est le chef maquilleur deLibertine, le célèbre Nicolas Degennes (Immortel de Enki Bilal) qui s’en attribue dans une interview l’idée originale. « votre eye-liner ne va pas, je vous vois autrement » lui aurait-il dit. II aurait osé sur elle la pâleur, l’étrangeté d’un maquillage tout blanc, contrastant de façon éblouissante avec ses cheveux roux. «Laurent Boutonnat aime. Elle adore.» Nicolas Degennes est alors pressé d’accompagner la chanteuse partout en tournée.

 

    Le fait que le clip soit si impressionnant tient probablement au fait que tout, dans ces dix minutes, est pensé en termes cinématographiques, des décors aux psychologies de personnages (porteurs d’un vécu), en passant par un découpage scénique implacable. De plus, pour inclure sa narratologie à son univers et à son savoir-faire, Laurent Boutonnat fait mourir son héroïne à la fin du film. Alain Grandgérard coproduira  aussi plus tard avec Laurent Boutonnat Tristana en 1987, avant que le réalisateur ne le délaisse pour se tourner vers la célèbre productrice Claudie Ossard.

    Libertine reste l’emblème des années 80 flamboyantes, d’une forme de vidéo-clip décomplexée, d’une sexualité affirmée. Libertine reste avant tout par sa jeunesse, et celle de ceux qui y ont contribué. Les 24 ans de Laurent Boutonnat se sentent autant que ceux de Mylène Farmer, l’envie d’images, de mouvements de caméra, de ralentis, d’émotions fortes, d’images chocs. Libertine est le clip contenant le plus de force, le plus d’ambitions. Début 1986 Mylène et Laurent ne sont rien, ont la tête remplie d’idées qu’ils ne demandent qu’à réaliser, qu’à montrer. Cette force, même si elle s’amoindrira avec le temps, leur permettra la réflexion, la cohérence, et la construction d’une oeuvre pendant huit ans, oeuvre qui restera, comme Libertine, éternelle.

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Jodel Saint-Marc.

(merci à Marc Thiébaud, propriétaire du château de Brou)

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Mylène FARMER AZIMUTS

Posté par francesca7 le 4 avril 2014

 

Émission du 24 SEPTEMBRE 1986 Présentée par Jean-François BATAILLE – FR3 LORRAINE

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Jean-François Bataille : Bonsoir à tous, et bienvenue sur ce plateau de « Azimuts ». Comme vous venez de le lire sur notre générique, cette émission est entièrement consacrée à Mylène Farmer, qui est à mes côtés. Et pour l’occasion, nous avons décidé de vous offrir un cadeau : nous vous proposerons la version intégrale du clip « Libertine », onze minutes superbes. C’est pour tout à l’heure, tout de suite nous allons écouter Mylène Farmer dans « Maman a tort », et ça je suis sûr que ça va rappeler des souvenirs à beaucoup d’entre vous.

Mylène Farmer !

Alors qu’est lancée la séquence où Mylène chante « Maman a tort » vêtue de son costume bleu d’époque habituellement utilisé pour la promotion de « Libertine », on entend clairement Mylène et l’animateur échanger un fou rire. Il est à noter que, sans doute portée par l’énergie de la chorégraphie de « Libertine », Mylène danse bien plus aisément sur cette prestation de « Maman a tort » qu’elle ne le faisait deux ans auparavant.

JFB : Et voilà. Très joli costume ! Je sais pas où tu l’as eu… (rires)

Mylène Farmer : Chez un costumier ! (elle rit aussi)

JFB : Ha bon ?! Bonne idée ! « Maman a tort », c’était Mylène Farmer. Donc, comme dans cette émission nous sommes tournés vers l’avenir, nous n’allons plus parler de « Maman a tort », qui doit être quand même un très bon souvenir pour toi…

MF : C’était le premier 45-trs… (elle hoche la tête)

JFB : Le premier 45-trs, c’est inoubliable !

MF : Un long séjour en hôpital psychiatrique ! (elle éclate de rire)

JFB : C’est inoubliable aussi ! Alors parlons donc par contre de l’album, regardez-le bien (il montre à l’antenne le 33-trs « Cendres de lune ») (…) il est très bien, c’est une mine d’or, cet album. Alors, j’ai presque envie de te parler plus de cinéma que de musique, parce que c’est presque un concept-album. Les paroles sont tout à fait intéressantes, et la bande-son est également intéressante. Il y a un petit coté cinématographique dans tout ça.

MF : Y a quelque chose, moi, que j’aurais souhaité faire mais qui a, je crois, déjà été réalisé, en tout cas c’est un projet, je sais, d’une autre artiste, et d’un groupe notamment, c’était d’illustrer chaque chanson avec un clip vidéo. Bon, malheureusement ça demande énormément de moyens, beaucoup de temps : tout ce que je n’ai pas réellement en ce moment ! Mais c’est quelque chose que j’aurais souhaité, oui, parce que y a des chansons dans l’album qui ont un univers très visuel et cinématographique.

1986-11-dJFB : Ben écoute, on le souhaite pour toi et pour nous ! Et puis peut-être que ça viendra très bientôt avec l’arrivée du vidéodisque…

MF : Oui, peut-être.

JFB : En tout cas, comme exemple justement de recherche, j’ai vu qu’il y avait une chanson où tu avais demandé (l’animateur commence à réprimer un rire et Mylène éclate franchement de rire car elle devine ce dont il va parler) l’aimable concours, il faut le dire…ils ont travaillé sur l’album avec l’aimable concours des moines fous du Tibet ! Ca surprend ! Qui sont-ils ?

MF : (Elle répond avec le plus grand sérieux) Absolument ! J’ai envoyé Laurent Boutonnat, qui est donc le producteur et réalisateur, compositeur, aller voir ces moines tibétains, et comme les femmes sont exclues de ces monastères, j’ai pas pu y aller. Il y est donc allé avec son lama et… (rires) il a enregistré ces prises de  son. (Cette explication farfelue est bien évidemment à prendre au second degré, ndlr)

JFB : Et vous allez voir le résultat ! Ecoutez bien, c’est extrait de la chanson « Chloé », Mylène Farmer. (Tous deux rient)Une séquence où Mylène interprète, dans tous les sens du terme, « Chloé » est alors diffusée. Elle est vêtue d’une veste rose, portée par-dessus une chemise blanche à jabots. Mylène adopte alors les mouvements et mimiques d’une enfant, à la limite de l’autisme. La prestation est saisissante. La chanson commence par les chœurs clôturant en réalité la chanson « Vieux Bouc », précédant « Chloé » sur l’album (avant que « Tristana » ne soit insérée entre les deux lors de la réédition de l’album).

JFB : Voilà, « Chloé ». Très, très belle chanson qui illustre tout à fait bien ce qu’on voulait vous dire avant. Donc si je ne me perds pas dans tous mes papiers (Mylène rit), on va reparler de ce qu’on vous a promis tout à l’heure, c’est-à-dire le clip de « Libertine » version intégrale cette fois. Ca, c’est important, c’est quand même un évènement. Peut-être certains l’ont vu en partie, en tout cas je crois que très peu l’ont vu dans la version intégrale et je voudrais que tu nous racontes un petit peu en quelques mots comment ça s’est passé sur le tournage, qui était très inspiré, il faut le dire quand même, de l’ambiance qu’on a vu dans le superbe film « Barry Lindon ».

MF : (elle acquiesce) Le tournage s’est effectué, je crois, en quatre jours et y a eu à peu près une semaine de préparation. Il s’est tourné essentiellement au château de Ferrières, qui est près du château de Guermantes pour situer un peu. La pièce principale a été complètement réaménagée, parce que c’était un style complètement baroque au départ, et donc il a fallu créer le style XVIIIème siècle. Donc c’est un décorateur qui a fait ça. Et qu’est-ce que je peux dire d’autre ? Ben, c’est…

JFB : Que c’est Laurent Boutonnat, peut-être qui a réalisé ça !

MF : Que c’est Laurent Boutonnat, donc, toujours le même !

JFB : Qui a fait les paroles, une partie des paroles de l’album…

MF : Voilà.

JFB : …et qui est, je crois, un réalisateur de pub.

MF : Ben, c’est-à-dire que lui a fait ses premières, c’est vrai, ses premiers pas dans le cinéma à 16 ans. Il a réalisé un long-métrage qui était parti à Cannes et qui avait été…qui avait eu des petits déboires (« La Ballade de la Fée Conductrice », projeté à Cannes en 1979, a en effet été interdit aux moins de 18 ans à sa sortie, ndlr) et maintenant réalise effectivement des films publicitaires. C’est plus alimentairement, et puis c’est vrai que c’est un bon exercice de toutes façons.

JFB : Alors parlons de toi, maintenant. Nous allons te retrouver dans cette fresque grandiose…

MF : …et quant à moi… (rires)

JFB : …dans des rôles tout à fait étonnants. Ca dure onze minutes, n’en manquez pas une seconde.

MF : Voilà.

1986-11-aJFB : On va vous l’envoyer dans quelques instants. Juste avant, deux mots pour dire que Mylène Farmer, c’est pas très simple parce que la petite comptine de « Chloé », on l’écoute une fois, comme ça, et vous l’avez dans la tête après pendant trois heures ! C’est un peu le paradoxe, finalement, de cet album : c’est que ça paraît très simple, mais en fait c’est très compliqué parce que les textes sont recherchés. Alors, Mylène Farmer un petit peu paradoxale ?

MF : Ma vie est un paradoxe ! (rires)

JFB : Très bien, merci, très belle conclusion ! Allez, nous regardons maintenant Mylène Farmer, la version intégrale de « Libertine ».

Le clip de « Libertine » est diffusé en intégralité (le générique de fin est toutefois coupé).

JFB : Voilà moi qui m’endors au cinéma d’habitude, je suis resté complètement éveillé ! Je crois que c’est un beau cadeau que l’on vous a fait, c’était la version intégrale de « Libertine ».

MF : C’est la première fois qu’il passe en province, en plus.

JFB : Oui, donc c’était vraiment un beau cadeau ! Il faut dire que « Libertine » marche très bien, et marche de mieux en mieux, et puis y aura très bientôt encore un nouveau 45-tours extrait de « Cendres de Lune » ?

MF : Non, pas extrait de l’album, mais qui sera intégré dans l’album.

JFB : Une nouveauté, alors ! Très bien. Mylène, merci d’être passée nous présenter ces deux chansons plus ce superbe clip dans cette émission.

MF : Merci à vous !

L’animateur donne rendez-vous aux téléspectateurs pour la semaine suivante et l’émission s’achève

Publié dans Mylène 1985 - 1986, Mylène en INTERVIEW | Pas de Commentaires »

Le Contexte de LIBERTINE

Posté par francesca7 le 15 mars 2014

 

    Premier triomphe pour Laurent Boutonnat, qui n’a pas eu peur d’en faire trop. Une Le Contexte de LIBERTINE dans Mylène FILMOGRAPHIE libertine032première sur les Champs-Élysées pour lancer le bouche-à-oreille, des critiques coites, et des passages télévisés plus que fréquents : Libertine a été l’évènement musical et « clipesque » français des années 80. A l’époque la question était « Mais qui est cette Mylène Farmer ? ».  Laurent Boutonnat a tout de suite su mettre en lumière la chanteuse et créer une héroïne intrigante qu’il aurait déjà espérée récurrente… Avec Tristana, c’est le seul réel personnage terrestre qu’ai créé Laurent Boutonnat pour un clip.

    Lorsqu’il décide contre la volonté de Polydor de faire du clip Libertine un événement, Boutonnat cherche un producteur pouvant apporter les 46 000 Euros estimés que va coûter le film. C’est le va-tout du couple après l’échec de Plus Grandir, leur contrat est en jeu. Alain Grandgérard, patron de Movie-Box apporte cette somme tout en veillant sur le plateau à faire bon usage du budget en question. Vu la lourdeur du tournage, Laurent Boutonnat doit abandonner la préparation du clip Les Yeux de Laura, qu’il devait tourner pour le groupe « Goûts de Luxe ». C’est finalement le réalisateur Stéphane Lambert qui le tournera aux frigos de Tolbiac à Paris, avec notamment une comédienne rousse. Lambert a raconté en 2008 comment Laurent Boutonnat, dont il était « très proche » à l’époque, l’a soutenu auprès de la maison de disques WEA, et lui a ensuite confié une partie du tournage des making of de Pourvu qu’elles soient douces, et surtout de Libertine, toujours inédit. (propos recueillis par Sébastien Rozier pourFamreraddict en septembre 2008)

Les prises de vue en cinq jours (demandant une semaine de préparation) de Libertine seront quatorze ans après l’objet d’un reportage télévisé où Grandgérard parle entre autres des scènes d’intérieur tournées de nuit afin de maximiser le temps de tournage, et du casting amateur fait dans les boites de nuit de la capitale. Le tournage est basé sur l’économie. Chacun y met du sien pour tourner le plus vite possible, avec le plus de bénévoles possibles (50 figurants), afin de donner l’impression que le clip a coûté plusieurs millions. Ce sera réussi car la presse de l’époque avance des budgets montant jusqu’à 2 millions de francs, sans vérifier leurs informations. Laurent Boutonnat Gérard Simon, chef opérateur de talent pour "Libertine"doit avant tout sa rapidité de tournage à son chef opérateur, Gérard Simon (Monsieur Batignole) qui livre une lumière sublime, tout en chaleur, en ombres et touches de clarté. Boutonnat fait une infidélité à son directeur de la photographie habituel, Jean-Pierre Sauvaire avec lequel il avait déjà travaillé sur Plus Grandir (1985) et avec lequel il collaborera jusqu’en 1995. Qu’aurait fait Jean-Pierre Sauvaire de Libertine s’il en avait fait ce qu’on appelle la photographie ? Difficile de se l’imaginer mais à la vue de son travail postérieur, on pourrait redouter une lumière trop diffuse. Alors que le charme esthétique de Libertine, au delà des cadrages, des costumes de la déjà présente Carine Sarfati, des maquillages de Nicolas Degennes et des décors de Emmanuel Sorin est dans la lueur toute en clairs-obscurs, la lumière froide de Sauvaire (qui convient parfaitement à des clips comme Désenchantée, ou Regrets) aurait cassé la puissante chaleur qui se dégage du film.

 

 

 

Le hall d'honneur du château de Ferrières

 

Le hall d’honneur du château de Ferrières où furent tournés les intérieurs des salons. On reconnaît au fond la grande porte donnant sur l’escalier d’honneur, plusieurs fois reprise dans le film.

 

 

 

 

   C’est au printemps 1986 que le tournage de Libertine a lieu à 24 km à l’est de Paris, au Château de Ferrières en Seine et Marne. La majeur partie des scènes d’intérieur se feront dans le hall d’honneur d’une superficie de 260 m². La décoration a du entièrement être refaite grâce à des tentures et des toiles pour masquer le style renaissance italienne qui ne collait pas à l’époque de Libertine (milieu du XVIIIe siècle). Le château de Ferrières n’a en fait été édifié  qu’en 1859, c’est à dire plus d’un siècle après !  Les autres séquences cependant ne furent pas tournées à Ferrières mais non loin de là, au château de Brou. La scène d’ouverture, ainsi que la dernière partie en extérieur furent tournées le même week-end que la scène du bain. Tous les extérieurs furent captés dans la journée de samedi, notamment le duel qui ouvre le film se déroule dans la clairière qui se situe au sud de la pièce d’eau. Quand à la scène de la chambre et de la baignoire, elles furent tournées en équipe réduite le dimanche. Cette séquence où Libertine et ses amies se purifient  dans la même baignoire, fut tournée dans une grande pièce claire garnie de colonnes. Cette pièce est en fait le vestibule du château, qui fut autrefois une chapelle ! On peut d’ailleurs toujours y voir le bénitier, qu’on peut d’ailleurs entrevoir dans le clip. Construite au XVIIIe siècle, la chapelle colle parfaitement à l’époque du clip, et c’est sans doute grâce aux nombreux effets de perspective donnés par les colonnes que Laurent Boutonnat décida de déplacer un samedi et un dimanche son équipe jusqu’à Brou pour tourner ces quatre séquences. Anecdote amusante, les filles qui se baignent dans la même baignoire que Mylène Farmer ne sont ni des actrices ni des figurantes engagées pour l’occasion mais les secrétaires de la maison de production Movie-Box ! Ce qui nous prouve encore une fois quelques vingt ans après la précipitation et l’économie de moyen importante qu’à demandé le tournage du clip.

 

libertine015 dans Mylène FILMOGRAPHIE

    Après une avant-première le 18 juin 1986 réservée à la presse, Alain Grandgérard s’occupera avec Boutonnat des premières organisées au cinéma Le Mercury des Champs-Élysées (la présentation à la presse a lieu le 18 juin 1986 et le visa de censure n’est obtenu que le 30 juillet 1986). Faisant croire à la projection d’un long-métrage, grandes affiches à l’appui, le public se masse. Le bouche-à-oreille fonctionne alors plus que bien, et la recette de cette semaine d’exploitation permet à Movie-Box de couvrir largement la somme mise en jeu pour le clip qui ne s’élevait finalement qu’à 38 000 Euros. A cela s’ajoute un bénéfice d’image car si Libertine n’était plus le seul clip réalisé sur pellicule 35 mm; ce fut le premier d’après nos recherches à être exploité officiellement en salles de cinéma. Le rôle de Libertine exige un libertine021grand flamboiement, une chevelure de feu, chaude, qu’on voit rarement. Alors que Mylène Farmer avait adopté le catogan de velours noir quelques mois plus tôt, elle se teinte en rousse peu de temps avant le tournage, précisément pour le personnage. Sans se douter qu’une telle popularité serait si rapidement au rendez-vous, la chanteuse gardera la couleur, qui la différenciera de ses « rivales » de l’époque, la blonde Jackie Quartz, la brune Jeanne Mas. La paternité de l’idée de la couleur rousse est tout à tour attribuée à Mylène Farmer, son manager Bertrand LePage, et même le photographe de l’époque Christophe Mourthé. C’est en fait bien sur une proposition de Laurent Boutonnat, alors en préparation du libertine001clip, que le changement de couleur se fera. Quant au maquillage blanc que Mylène Farmer gardera dix ans, c’est le chef maquilleur deLibertine, le célèbre Nicolas Degennes (Immortel de Enki Bilal) qui s’en attribue dans une interview l’idée originale. « votre eye-liner ne va pas, je vous vois autrement » lui aurait-il dit. II aurait osé sur elle la pâleur, l’étrangeté d’un maquillage tout blanc, contrastant de façon éblouissante avec ses cheveux roux. «Laurent Boutonnat aime. Elle adore.» Nicolas Degennes est alors pressé d’accompagner la chanteuse partout en tournée.

Le fait que le clip soit si impressionnant tient probablement au fait que tout, dans ces dix minutes, est pensé en termes cinématographiques, des décors aux psychologies de personnages (porteurs d’un vécu), en passant par un découpage scénique implacable. De plus, pour inclure sa narratologie à son univers et à son savoir-faire, Laurent Boutonnat fait mourir son héroïne à la fin du film. Alain Grandgérard coproduira  aussi plus tard avec Laurent Boutonnat Tristana en 1987, avant que le réalisateur ne le délaisse pour se tourner vers la célèbre productrice Claudie Ossard.

    Libertine reste l’emblème des années 80 flamboyantes, d’une forme de vidéo-clip décomplexée, d’une sexualité affirmée. Libertine reste avant tout par sa jeunesse, et celle de ceux qui y ont contribué. Les 24 ans de Laurent Boutonnat se sentent autant que ceux de Mylène Farmer, l’envie d’images, de mouvements de caméra, de ralentis, d’émotions fortes, d’images chocs. Libertine est le clip contenant le plus de force, le plus d’ambitions. Début 1986 Mylène et Laurent ne sont rien, ont la tête remplie d’idées qu’ils ne demandent qu’à réaliser, qu’à montrer. Cette force, même si elle s’amoindrira avec le temps, leur permettra la réflexion, la cohérence, et la construction d’une oeuvre pendant huit ans, oeuvre qui restera, comme Libertine, éternelle.

Issu du site http://jodel.saint.marc.free.fr/

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