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Mylène : LA VIE À PLEINES DENTS

Posté par francesca7 le 4 avril 2015

 

Pierre Nicolas : (il est déguisé et maquillé en Pierrot) (…) Aujourd’hui j’ai beaucoup de plaisir : je me suis habillé en Pierrot, je me suis dit « Ca va faire plaisir à notre invitée ». Bonjour, Mylène. Vous allez bien ?

1986-04-aMylène Farmer : Bonjour, très bien.

PN : C’est Mylène Farmer notre invitée aujourd’hui. Alors Mylène, hé bien on est partis ensemble tous les deux pour trois­ quarts d’heure de musique, de cinéma. Mylène a été très sympa : elle nous a apporté ses vidéoclips, ça nous fera du bien d’en voir, parce que c’est vrai qu’actuellement on n’en voit pas trop, trop sur les chaînes de la télévision publique…

MF : Ne le dites pas trop fort ! (rires)

 PN : Oui ! On va faire tout ça, ensemble avec Mylène. Vous vous installez tranquillement, Mylène.

Le présentateur explique que le décor et les fauteuils sont l’œuvre d’un artiste toulousain. Il lance ensuite les informations. Au retour plateau, il poursuit avec Mylène.

PN : Mylène, vous êtes bien installée ?

MF : Très bien, très confortable ! PN : C’est un petit peu particulier le mobilier ! MF : C’est étrange, oui !

PN : (…) Mylène, je ne vous ai jamais vue, jamais guère entendue vous répandre en grandes déclarations. Est-­ce que vous êtes quelqu’un de secret, de discret ?

MF : J’ai certainement beaucoup de pudeur, mais en l’occurrence vous m’avez dit de faire des réponses très concises parce que c’était des petites séquences, donc je vais faire très rapide ! (rires)

PN : Est­ce que vous vous méfiez des journalistes, d’une façon générale ?

MF : Ca dépend, c’est comme dans tous les métiers ! Y a des personnes qui sont douées, et puis d’autres effectivement dont il faut se méfier, parce qu’ils ont pas une plume très développée et souvent un peu maladroite.

PN : Lorsque vous lisez un article où on parle de vous, où on parle de votre travail, où on parle de vos disques, est­-ce que vous vous reconnaissez toujours dans cet article ?

MF : Y en a certains, j’ai notamment vu une critique de l’album (« Cendres de Lune », ndlr) qui était assez réaliste et plutôt sympathique, d’ailleurs. Sinon, y a toujours quelques termes qui reviennent systématiquement et qui sont peut-­être pas tout à fait le reflet de moi­-même, mais peu importe !

PN : Peu importe ! Dans l’album, y a une chanson qui s’appelle « Maman a Tort »…

MF : Oui, c’était le premier (extrait, ndlr).

PN : C’était le premier, la première chanson. On l’écoute ensemble?

MF : Oui !

PN : « Maman a Tort » : c’est la première chanson de Mylène Farmer. « Maman a Tort » !

Diffusion du clip de « Maman a Tort » en entier.

PN : Mylène Farmer, « Maman a Tort ». Vous avez peut­-être remarqué qu’en commençant l’émission avec Mylène, tous les deux, on a installé quelque chose qui est pas habituel dans « La Vie à Pleines Dents », on a installé le vouvoiement. Alors c’est moi qui l’ai fait exprès, je vais vous dire pourquoi : parce que Mylène quand elle est arrivée ce matin, elle m’a dit « Moi j’ai un peu de pudeur, un peu de timidité », et Mylène vous vouvoyez !

MF : C’est parce qu’on ne se connaissait pas, mais maintenant ça fait cinq minutes qu’on se connaît, on va se tutoyer !

PN : Voilà, on va se tutoyer, on va continuer l’émission en se tutoyant. Alors je te dis « tu » maintenant, Mylène !

MF : D’accord…

PN : Est-­ce que tu as déjà fait du cinéma et du théâtre ? Je connais déjà une partie de la réponse, c’est pour ça que je pose la question !

MF : Oui, j’ai suivi des cours de théâtre pendant deux ans. Et quant au cinéma, non je n’ai jamais participé à…

PN : T’as jamais fait de cinéma ?

MF : Pour le clip vidéo, c’est peut­-être aussi, oui, une partie cinématographique. Voilà, c’est la seule expérience que j’ai eue !

PN : Un clip extraordinaire, qu’on va voir tout à l’heure dans le cours de « La Vie à Pleine Dents », qui s’appelle « Plus Grandir ». Vous allez voir, ça va peut­-être être une découverte pour certains d’entre vous, c’est superbe, y a une superbe mise en scène. Mais ça, c’est pour tout à l’heure. On parlait de cinéma, on va regarder un extrait d’un film qui vient de sortir sur les écrans (…), je sais pas si tu l’as vu : le film s’appelle « Runway Train ».

MF : Non pas encore…

(…)

Un extrait du film « Runway Train » est présenté. L’extrait s’achève sur une bagarre entre deux personnages.

PN : (à propos du héros du film) Ha, il est très, très énervé, effectivement ! (rires) Je crois que tu préfères les gens calmes, toi, non Mylène ?

MF : Ha du tout, moi je suis une grande nerveuse !

PN : Une grande nerveuse ? Et tu aimes t’entourer de gens calmes alors puisque tu es nerveuse ? En général, quand on est nerveux on aime s’entourer de gens calmes, non ?

MF : Je ne sais pas, je n’ai pas bien réfléchi à la question mais j’aime bien les grands nerveux aussi !

1986-04-bPN : Tu as été mannequin, je crois.

MF : J’ai été mannequin, oui j’ai…Ben voilà ! (rires)

PN : (…) Est­ce que tu en as gardé un goût immodéré pour ce qu’on appelle les fringues ?

MF : Oui, j’ai toujours aimé les habits. (Elle regarde le costume de Pierrot de l’animateur) D’ailleurs c’est un très joli habit, ça aussi !

L’animateur propose ensuite à Mylène, sur le ton de la rigolade, d’échanger leur costume respectif, ce qui fait beaucoup rire cette dernière. Il lance ensuite le clip d’un artiste très théâtral, Egon Kragel, que Mylène confesse ne pas connaître. Au retour plateau, ils parlent encore de ce chanteur.

PN : Finalement, Mylène tu le connaissais ! Au début, tu m’as dit « Je connais pas » et en écoutant et en le regardant…

MF : Oui, je l’ai rencontré une fois sur un plateau de télévision aussi, et il racontait qu’il avait fait beaucoup de mime avec un monsieur…

PN : Ca se voit je crois dans sa chanson qu’il a fait du mime !

MF : Il me semble oui ! (rires)

PN : (…) Tiens, puisqu’on parle un peu de mise en scène, il va se passer quelque chose maintenant : on va retrouver le…Elle est pas venue les mains vides, Mylène Farmer, elle nous a amené le vidéoclip qu’on a vu tout à l’heure, « Maman a Tort », mais tu nous as aussi amené le vidéoclip de ton titre « Plus Grandir ».

MF : Apporté, oui… « Plus Grandir ».

PN : Alors, c’est quelque chose d’extraordinaire, c’est un vidéoclip assez long avec une superbe mise en scène. Explique­nous un petit peu.

MF : C’est en Cinémascope, on a mis cinq jours de tournage, c’est du décor en non naturel (rires) heu…et

puis, ma foi, il faut le regarder !

PN : Oui, faut le regarder ! Simplement, on peut préciser que dedans il va y avoir tout un tas de transformations : toi, tu subis un tas de transformations.

MF : Oui, et je termine en vieille femme, donc là il y avait tout un maquillage à faire, aussi. C’était intéressant.

PN : On parlera du maquillage juste après. Ce qu’on va faire, on va se faire plaisir maintenant et on écoute et on regarde le clip de Mylène Farmer : « Plus Grandir ».

Le clip de « Plus Grandir » est diffusé dans sa quasi­ intégralité (la séquence d’introduction est légèrement amputée de quelques secondes au début et le générique est coupé)

PN : Ha lala ! Mylène Farmer, « Plus Grandir » : c’est extraordinaire, y a vraiment beaucoup, beaucoup de choses !

MF : Oui, c’est dommage parce qu’il y a un petit problème de son, on peut s’apercevoir, je crois, que la bande tourne trop vite ! (rien de tel ne se voit pourtant à l’antenne, ndlr)

PN : C’est pas de notre faute, hein !

MF : Non, c’est de la mienne ! (rires)

PN : C’est les gens qui ont mis la musique sur les images ! Y a d’abord la poupée…Tu crois que l’enfance, toi, est une période de la vie un petit peu privilégiée, comme ça ?

MF : Privilégiée ? Non, c’est pas tout à fait ce qu’on a démontré dans le clip ! Je crois que c’est une période qui est…bon, chacun la vit différemment, mais c’est une période qui est excessivement difficile, le passage de l’adolescence à l’âge dit d’adulte. Oui, c’est dur.

PN : Oui, c’est peut­-être ce passage-­là qui est difficile…

MF : C’est un traumatisme.

PN : Y a aussi ce passage extraordinaire où on voit la vierge qui se cache comme ça (il joint le geste à la parole) et qui détourne le regard

MF : Oui, c’est une vierge qui a été fait en latex, avec un manipulateur.

PN : Y a même la poupée qui est animée à la fin !

MF : La poupée est animée et la poupée a été réalisée par moi­même ! (rires)

Un extrait du film « Etats d’âme » est ensuite diffusé, qui semble laisser Mylène complètement indifférente lorsque l’animateur résume le scénario (l’histoire d’un groupe de jeunes fêtant la victoire socialiste en mai 1981)

PN : (…) Mylène, tu as fait une chanson il y a quelques mois qui s’appelait « On est Tous des Imbéciles ». Je

voudrais savoir si avec cette chanson tu voulais prouver que dans la vie il faut pas se prendre au sérieux ?

MF : Je sais pas…Les chansons à message, je m’en méfie toujours un peu mais c’est vrai que…

PN : Beaucoup de chanteurs s’en méfient !

MF : Oui ! (rires) Et pour cause ! Mais non, ce qui était à extraire de la chanson, c’était « Ce qui nous sauve, c’est le style », effectivement voilà, le style peut sauver beaucoup de choses.

1986-04-cPN : Alors, moi je suis un Pierrot, un Pierrot c’est toujours très romantique. Je voudrais parler un petit peu d’amour avec toi. Admettons que l’amour dans la vie, ce soit un paysage ou un pays très lointain : je voudrais que tu me dises si tu penses qu’en amour il faut atteindre ce paysage et y rester, ou si ce qui t’intéresse dans l’amour c’est d’arriver, c’est le voyage qui mène à ce paysage ou à ce pays.

MF : C’est tout le voyage qui m’intéresse.

PN : C’est tout le voyage ? Donc tu es la femme…tu fais confiance aux rencontres ?

MF : Je sais pas si je peux parler dans ces termes­-là ! J’adore les rencontres, oui !

PN : Et les coups de foudre, tu y crois ?

MF : Je pense que dans sa vie, on rencontre une ou deux personnes pour qui, oui, on va voir une adoration, même, sublimée. Mais ça n’arrive pas tout le temps, non.

PN : C’est trop perso comme question si je te demande si tu en as déjà eu, des coups de foudre ?

MF : C’est un sujet que je n’aime pas aborder ! (rires)

Pour changer de sujet, l’animateur lance alors une séquence musicale. Au retour plateau, une jeune fille de 14 ans vient faire la promotion d’une kermesse scientifique organisée dans la région. Elle est venue avec une petite fusée et l’animateur s’amuse du goût pour la science de la jeune fille.

PN : (…) Mylène, moi je croyais que c’était les garçons qui faisaient voler les fusées !

MF : Non, moi je jouais aux petites voitures quand j’étais petite !

Le présentateur lance ensuite un concours où il faut identifier trois films à l’aide de leur bande originale constituée de morceaux classiques.

PN : C’était joli, hein Mylène ? Tu aimes bien, toi, la musique classique…

MF : J’adore, oui y a des très, très belles chansons. Enfin chansons…musiques !

PN : (…) On trouve énormément de choses dans la musique classique.

MF : Absolument !

PN : Alors tu as reconnu les titres des films ? Je crois que c’était pas très difficile, hein !

MF : Oui, je crois que j’ai vu la plupart de ces films.

PN : Tu peux jouer si tu veux ! (…)

MF : Et je gagne un disque ?!

PN : Et tu gagnes un disque !

MF : Alors, oui ! (rires)

PN : (…) Tiens, tu m’as dit que ton prochain clip (« Libertine » dont l’avant-­première aura lieu trois semaines après cette émission, ndlr), y aurait une ambiance comme celle qu’on a vu dans l’extrait de film avec les bougies (Barry Lindon, ndlr) (…), vous avez peut-­être vu dans l’extrait qui vient de précéder, y avait un passage très sombre avec des bougies, des messieurs avec des perruques et tout…

MF : Oui, ça va être une illustration, un peu, du libertinage.

PN : Ca tombe bien puisque le titre de la chanson, c’est « Libertine » ! Alors, la chanson on va se quitter avec (…) On va se quitter Mylène. Maintenant qu’on se connaît bien, on peut peut­-être s’embrasser pour se dire au revoir ! (…)

MF : Oui !

PN : (il lui fait la bise) Au revoir, Mylène !

MF : Au revoir…

PN : À bientôt, tu reviens quand tu veux dans « La Vie à Pleine Dents ».

MF : Avec plaisir !

PN : Et on se quitte avec la chanson de Mylène Farmer qui s’appelle « Libertine » (…)

MF : Au revoir !

Seule sur le plateau, en guise de générique de fin, Mylène interprète « Libertine ».

NB : La prestation de « Libertine » sera rediffusée plus tard dans un autre numéro de cette émission.

 

source : 28 MAI 1986 Présenté par Pierre NICOLAS FR3 MIDI­PYRÉNÉES

 

Publié dans Mylène en INTERVIEW | Pas de Commentaires »

RADIO CONTACT : LE RENDEZ­-VOUS de Mylène Farmer

Posté par francesca7 le 1 avril 2015

 

1995-01-aCoucou, tout le monde ! Je suis ravie de vous retrouver, comme tous les mercredis soir entre 20h et 21h. Une heure spéciale qui est consacrée ce soir à Mylène Farmer, qui vient de sortir son nouvel album, « Anamorphosée » ­ un mot d’explication sur ce titre dans quelques instants en compagnie de l’intéressée.

C’est rare d’avoir Mylène Farmer en interview, encore plus en radio, donc je vous invite à savourer sans relâche ces soixante minutes passées en sa compagnie ! Tout de suite, « Et Tournoie… », extrait de cet album, « Anamorphosée » : on écoute et on se retrouve en compagnie de Mylène dans quelques minutes !

Diffusion de « Et Tournoie… » «

 Et Tournoie… », extrait du nouvel album de Mylène Farmer, qui nous a rejoint. Mylène, bonsoir !

MF : Bonsoir. Mylène qui nous revient après quatre ans d’absence, vous vous êtes fait attendre !

Vous avez pas trouvé le temps un petit peu long ?

MF : Non, j’avoue que j’ai eu besoin de ce temps. J’ai eu besoin du voyage, j’ai eu besoin de découvrir d’autres choses pour pouvoir, moi, me nourrir et pouvoir écrire, tout simplement.

Ca veut dire qu’il y avait un ras-­le-­bol, une certaine lassitude qui s’était installée ?  Qu’il y avait besoin de faire le vide autour de soi et de changer tout à fait son entourage ou même sa vision des choses ?

MF : Changer son entourage, pas réellement. L’envie que de voyager, oui, définitivement. Et puis après le film, j’avais envie de faire…est­-ce qu’on peut appeler ça une rupture ? Je ne sais pas, mais en tout cas, effectivement, simplement l’envie de découvrir autre chose et de se régénérer.

Voilà qui est fait : Mylène Farmer qui nous revient anamorphosée.

Alors, petite leçon de vocabulaire, je suppose que c’est un mot que tout le monde ne connaît pas ! Je vous laisse nous l’expliquer…

MF : Je vais plutôt vous donner l’explication que moi j’ai bien voulu lui donner ­ je vous laisserai faire l’explication du dictionnaire ! (sourire) Ma perception du monde a probablement changé, en tout cas s’est élargie, et l’idée de l’anamorphose est cette idée que j’ai eu besoin de l’anamorphose pour reconcentrer toutes ces idées, toutes ces impressions, ces sensations pour n’en faire plus qu’une.

Diffusion de « California »

Juste avant la pause, on s’écoutait « Californie » (sic !), un des titres de l’album « Anamorphosée », de Mylène Farmer. Un album qui nous vient d’ailleurs en droite ligne de la Californie, et plus précisément de Los Angeles.

C’est une ville que vous connaissiez déjà avant ?

MF : Oui, j’ai passé beaucoup de temps à Los Angeles, et précisément j’ai passé neuf mois : c’était avant, pendant et après l’album. J’ai passé quelques temps à New York également et ma foi, je m’y sens bien ­ m’y sentais bien, en tout cas. J’avais besoin de cette idée d’espace, à la fois de perte d’identité, puisqu’on ne me connaît pas là-­bas, pour pouvoir moi m’y retrouver, me retrouver.

Ca fait du bien de se replonger dans une espèce d’anonymat, là-­bas, de se dire qu’on peut mener une vie tout à fait normale ?  Parce que bon, ici c’est vrai qu’il y a Mylène Farmer la star : même quand vous vous absentez, il suffit que vous réapparaissiez au détour d’un magazine ou au détour d’un coin de rue et hop, Mylène Farmer la star ressurgit.

Là-­bas, on peut se balader dans la rue, etc.

Ca aide ?

MF : Vivre comme tout le monde, je crois que c’est important, ne serait-­ce que cette notion de vivre normalement. C’était en tout cas très, très important pour moi. C’est vrai que je l’ai trouvée là­bas, j’aurais pu la trouver à Bali ou ailleurs, mais j’avais quand même besoin d’une ville : j’avais besoin moi que de me promener, que de faire les gestes de tous les jours sans avoir quelqu’un qui m’observe. Voilà pourquoi Los Angeles !

C’était un peu votre rêve américain ?

Ou même le rêve californien, puisque la Californie aux Etats-Unis occupe une place à part dans l’univers des américains : il y a le rêve américain pour nous, européens que nous sommes, et puis aux Etats-­Unis c’est le rêve californien, la Californie c’est toutes les stars, c’est le soleil à perpétuité…

MF : Je crois qu’il y a une qualité de vie qui est certaine. C’est vrai que ne serait­-ce que le temps, le climat est très agréable. Je crois qu’ils ont une grande liberté. Avoir ce sentiment que l’américain, en tout cas le californien, ne juge pas l’autre, n’a pas le jugement facile ou parfois ces regards qui vous dérangent, vous savez, parce qu’ils vous jugent de trop près ou anormalement. Maintenant le rêve américain, non, je n’en ai pas. Je n’en ai pas et je préfère New York, par exemple, à la Californie. New York est beaucoup plus proche de ma sensibilité, j’allais dire de ma façon de vivre. Maintenant, pour revenir à la Californie, c’est un endroit qui est agréable.

Qui est agréable quand on peut y vivre bien, faut pas l’oublier non plus !

Non, puisque Los Angeles est la cité de toutes les contradictions, la cité des anges mais également la cité des démons et c’est vrai que la plus grande pauvreté côtoie la plus grande richesse, comme partout aux Etats­-Unis, je vais dire…

MF : Ha oui, c’est très, très fort, là-­bas. C’est vrai que moi j’étais très, très privilégiée. Sans jamais oublier ce qu’il se passe parce que malgré tout, c’est dans la rue, c’est au regard de tout le monde. J’ai passé mon permis de conduire là­-bas, donc c’était un peu tardif mais c’est vrai que c’était quelque chose d’important pour moi que de pouvoir prendre une voiture ­ ça parait désuet comme ça ! (Mylène veut sans doute dire ‘dérisoire’, nda) ­ et que de pouvoir rouler.

C’est vrai que les distances là-­bas et les paysages sont magnifiques, donc c’est une sensation de liberté, tout simplement, dont j’avais envie.

Ha bon ?!

Mylène Farmer a passé son permis de conduire là­-bas ?! Si tardif ?! Pourquoi ?! Elle avait peur de conduire ?! C’est vrai que Paris, c’est pas évident…

MF : Parce que j’ai d’abord un sens de l’orientation absolument déplorable ! Vous savez, parfois on n’explique pas bien les choses : il suffit de changer d’univers pour s’autoriser certaines choses. Effectivement, c’était une peur que j’avais en moi que d’être seule à un volant parce que je pense qu’on m’a toujours dit que c’était dangereux et qu’éventuellement je n’y arriverais pas, et vous vous apercevez que c’est une conquête phénoménale que de le décider et seule, et dans une autre langue dans un autre pays, donc c’est une satisfaction un peu puérile mais très agréable ! (sourire)

Diffusion de « XXL ».

1995-01-bIl y a quelques instants, Mylène Farmer nous révélait qu’elle avait passé son permis de conduire, ce qui ne vous empêche pas, Mylène, de prendre le train, comme dans le clip « XXL ». Pourquoi le train ?

MF : Le train ?

Le train, c’est le voyage. Maintenant, vous dire pourquoi il est utilisé dans ce clip, c’est pas précisément pour cette raison, mais c’est vrai que l’idée de Marcus Nispel ­ le réalisateur ­ était une très, très belle idée selon moi, et que cette idée du ventre qui est le train et qui a tous ces enfants à l’intérieur et toutes ces vies, je trouve que c’est une très, très, très belle idée. Il y a une belle galerie de personnages dans ce clip : il y a des vieilles personnes, il y a des enfants etc. mais, je veux dire, chaque visage a été choisi délicatement ?

MF : Oui. Je pense que c’est un beau travail qu’ils ont ­ ‘qu’ils ont’, parce qu’ils font appel à des assistants qui eux font des castings après acceptation du réalisateur­ mais c’est un beau travail. C’est vrai qu’en Californie, il y a des visages extraordinaires. Ces visages-­là auraient pu être de Hongrie, de Russie… Voilà donc pour le clip qui illustre le premier extrait de cet album, « XXL ».

Mylène Farmer toujours en quête d’amour maximal, je veux dire ?

MF : Oui. Si j’ai envie de résumer en tout cas mes envies d’aujourd’hui, c’est effectivement ­ et je crois que c’est le sentiment de tout un chacun­ c’est un peu plus de sécurité et surtout un peu plus d’amour.

Un amour qui reste quand même je vais pas dire déçu, mais les amours qui transparaissent dans cet album sont quand même plutôt des ruptures, des déceptions. Enfin, moi c’est l’impression que j’en ai…

 MF : Oui, ce qui est intéressant pour moi aujourd’hui, c’est que j’ai écrit les textes et on se dépossède des chansons une fois qu’elles sont et écrites et interprétées, donc maintenant c’est moi qui vais découvrir vos lectures, donc pour moi c’est à la fois une surprise et intéressant. L’évocation de la rupture, je sais pas si c’est que j’ai voulu dire. Peut-­être que c’est ce que j’ai écrit, dans le fond !

Maintenant, moi ma rupture, je la situais plus comme une élévation. C’est toujours compliqué, ou la justification ou l’interprétation des choses, mais c’est cette envie de s’élever, tout simplement, tout en ayant à la fois les pieds bien sur terre et essayant de comprendre l’autre mais en n’oubliant pas, et c’est peut­-être l’espoir que moi je me suis attribué, que la mort n’est pas une fin en soi.

Donc en ce sens, si rupture il y a, c’est j’allais dire une rupture de l’esprit terrestre et cette envie que d’aller découvrir autre chose et d’envisager d’autres choses.

Dans le fond, c’est peut-­être une envie de spiritualité, tout simplement.

Diffusion de « L’Instant X ».

« L’Instant X », ‘L’an 2000 sera spirituel’. Vous-­même, vous êtes à la recherche de cette spiritualité ?

MF : Moi j’en ai fondamentalement besoin et je pense, quand j’écoute et quand j’essaye de lire en tout cas les autres, je crois qu’on a tous envie de ça, parce qu’on vit dans un monde qui est de plus en plus désespérant et totalement bouché, donc qu’on ait ce souhait-­là : oui.

Et pour justifier sa vie, une fois de plus, ici et pour pouvoir l’apprécier, je crois qu’on a envie d’imaginer que notre vie ne s’achève pas, une fois de plus, quand la mort apparaît. C’est vrai que cette notion-­là faisait partie de moi avant et aujourd’hui je n’en veux plus, je ne l’accepte pas sinon moi je n’arrive pas à vivre correctement. Après, c’est au travers de lectures, au travers ne serait-­ce que de réflexions, de méditations. Tout cela est un peu confus ! (rires)

Il y a des livres qui vous ont marquée ?

Puisque là on a parlé de Malraux (‘L’an 2000 sera spirituel’, nda) mais je ne sais pas si Mylène Farmer a un livre de chevet qui l’a peut­-être éclairée justement vers une autre vision des choses ?

MF : Oui. Très, très précisément j’ai eu plusieurs lectures, mais j’ai un livre –je ne sais pas si je peux dire que je recommande, mais en tout cas qui moi m’a beaucoup appris et beaucoup aidé­ qui est « Le livre tibétain de la vie et de la mort » de Sogyal Rinpoche ­ un nom un peu compliqué ! ­ qui vous parle indépendamment du bouddhisme. Je ne sais pas si c’était le sujet qui m’intéressait réellement, mais qui parle justement de votre importance, de l’importance de votre vie et de l’importance de lui trouver une qualité pour pouvoir justement envisager sa mort relativement sereinement et pour pouvoir envisager des choses qui sont l’après­-mort.

Donc ce sont autant de choses qui sont très belles d’abord et qui vous donnent un petit peu d’espoir.

C’est un livre qui vous a aidée à exorciser peut-­être cette image ou cette présence de la mort qui était ancrée profondément en vous ?

MF : D’une certaine manière, oui. Je crois que chaque être est très, très isolé. Même s’il a des amis, même s’il a des conversations, on a quand même en soi cette solitude et cette difficulté que de communiquer donc on se pose de vraies questions, des questions parfois qui vous hantent toute une vie et parfois on trouve les réponses, ou on pense trouver les réponses, donc c’est vrai que j’ai eu sans acharnement cette réponse. Vous pouvez prendre quatre personnes différentes qui vont lire la même chose, elles vont trouver des réponses différentes. Donc moi j’ai trouvé quelque chose comme un baume, donc j’y ai trouvé un sens, voilà, et c’est vrai que ça m’a beaucoup, beaucoup aidée, oui.

Diffusion de « Tomber 7 fois… ».

Mylène Farmer est toujours notre invitée ce soir jusque 21h.

 Mylène, on vient de s’écouter « Tomber 7 fois… » : c’est un peu votre devise dans la vie ?

MF : Oui, en tout cas ça fait réellement partie de moi. Un, je ne me donne pas le droit de tomber, en tout cas plus bas que terre, et j’ai toujours cette volonté donc que de relever la tête. Et c’est surtout pas moi qui ai inventé ça, c’est un proverbe chinois (japonais en réalité, nda) qui dit ‘Tomber sept fois, toujours se relever huit’. C’est toujours une belle idée, c’est toujours cette notion de résurrection, cette envie que de se redresser donc c’était quelque chose que j’avais envie d’exprimer, oui.

Dans un autre genre, plus futile dirons-­nous, il y a « Alice », la petite araignée. Les araignées, ce sont des petites bêtes qui vous intéressent ?!

MF : J’ai une phobie des araignées ! (rires)

Mais j’ai toujours eu en mémoire une tout petite histoire d’une petite araignée dans une cellule et qui était le seul compagnon du prisonnier ­ ce qui n’a rien à voir avec le thème d’ « Alice », mais je peux apprivoiser aussi une petite araignée ! (rires)

Araignée qui est le symbole de ‘Araignée du matin, chagrin ; araignée du soir, espoir’. Est-­ce que l’araignée est un symbole particulier pour vous ?

MF : Non. Non. L’araignée… Vous savez, parfois on a des choses qui vous viennent vous ne savez pas pourquoi et c’est vrai que quand j’ai entendu cette musique qui a cette boucle, cette répétition j’y voyais bien la marche d’un petit animal, comme ça. Et puis après, vous ne savez pas, vous parlez de… Alice est devenue l’artiste et la représentation du mal-­être de l’artiste. (rires)

Diffusion de « Alice » puis de « Sans Contrefaçon ».

Les articles de presse qui vous sont consacrés dépeignent quelqu’un qui me semble être un être bourré de contradictions. A vous voir là en face de moi, vous avez l’air un petit peu fragile, pourtant c’est pas vraiment l’image qui transparaît de vous : on a plutôt une image qui est synonyme de provocation…

MF : Oui, mais je pense que je ne suis pas un cas unique. Je crois qu’on a tous des paradoxes assez violents en soi. Ces paradoxes font partie de moi, oui. Maintenant, moi j’y vois ­ puisqu’on a la pochette devant les yeux ­ là j’y vois quelque chose de plus pur que de provocateur, si ce n’est que l’idée de provocation fait aussi partie de ma vie. Sans parler de revendication, je trouve que c’est important que de provoquer, au moins susciter quelque chose, une réflexion en tout cas, ou une révolte…

Ca ne s’arrête pas à ‘Mylène la provocante’, comme on a pu parfois vous coller cette image parfois un peu excessive…

 MF : Bien sûr, mais ça, malheureusement on ne peut pas faire le procès de ces choses un petit peu ou caricaturales ou réductrices. C’est vrai que dès l’instant où vous chantez ou « Libertine » ou « Sans Contrefaçon », c’est vrai que la notion d’étiquette est quelque chose qui fait partie de notre société, donc dès l’instant où moi j’ai accepté de l’idée de « Libertine », pour ne parler que de ça, il faut accepter tout ce qui va aller avec : et les réflexions et la caricature.

Diffusion de « Libertine ».

Suite aux réflexions et autres commentaires qui ont accompagné cette chanson, parfois vous n’avez pas eu envie de remettre les pendules à l’heure ?

MF : Non. Qu’on ait des coups de colère quant à certaines réflexions ou justement cette façon que de réduire un être à un état ou une provocation : oui, parfois. Moi, c’est plus la notion de colère que de réelle tristesse, parce que dans le fond je n’attache pas beaucoup d’importance à ça, et je crois de tous temps j’ai ressenti les choses de cette façon. Vous dire qu’on n’est pas touché, atteint, ce serait faux et un mensonge mais une fois de plus, je n’y attache pas grande importance. Ce que l’autre pense de moi, s’il a envie d’essayer d’y découvrir certaines choses plutôt qu’un jugement hâtif : tant mieux pour moi. Sinon, tant pis, c’est pas grave ! Moi, je vis bien avec ce que j’ai exprimé, donc voilà !

Diffusion de « Mylène s’en fout ».

1995-01-dCet entretien touche à sa fin mais j’en profite encore quelques minutes car c’est quand même assez rare de vous avoir en promo !

MF : Oui, parce que d’une part c’est un exercice difficile pour moi, d’autre part la justification est un exercice et en soi quelque chose qui n’est pas à mon sens indispensable, si ce n’est que je m’aperçois qu’il faut aussi, de même que j’ai envie qu’on me donne, je me dois de donner. Donc c’est pour ça qu’aujourd’hui j’accepte un petit peu plus l’idée du dialogue, parce que je pense que c’est important. Mais je sais que ça sera de toute façon des moments rares, en tout cas pour moi. Je ne dis pas rare en sa qualité, mais rare en tout cas dans sa multiplication ! (rires)

Alors comme on n’a pas souvent l’occasion de vous rencontrer, on va peut­-être vous laisser un petit mot de conclusion, une pensée que vous auriez envie d’exprimer aux auditeurs belges…

MF : Oh je ne sais pas ! Je ne suis pas sûre d’être très, très, très douée, si ce n’est que j’espère qu’ils aimeront mon album et que j’ai un très, très bon souvenir de mon passage en Belgique sur scène. C’était un moment assez magique !

Moment qui avait été immortalisé d’ailleurs en vidéo… (le film « En Concert » sorti en septembre 1990 a effectivement été tourné pendant les représentations du spectacle à Bruxelles en octobre 1989, nda)

MF : Oui, donc je les remercie pour ce moment ! Merci beaucoup et à très bientôt, on l’espère !

MF : Au revoir !

source : Entretien avec Cathy TROGRANCIC (Belgique) 15 NOVEMBRE 1995

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L’ORIENT D’UNE PERLE D’OCCIDENT, Mylène

Posté par francesca7 le 26 mars 2015

 

mylene-farmer-photo-facebookÀ propos de sa chute de scène à Lyon quelques mois plus tôt :
-Je me demande si ce n’était pas une bénédiction. Non, je voulais dire le contraire ! Une malédiction !

À propos du fait que son silence laisse le champ libre à toutes les interprétations :
-Je préfère être un morceau de savon humide qu’on a du mal à saisir. 

À propos d’un rêve :
-Un rêve est ma seule mémoire d’enfance : un lit immense, des draps blancs. J’y suis blottie en position de fœtus. Devant moi, un énorme cordon ombilical, vraiment énorme. Il m’incombe de le couper, mais comment ? Avec les dents ? Je ne suis qu’une enfant…

Les questions suivantes sont rédigées de manière plus conventionnelle :

J’avais de vous une image d’espièglerie intelligente, saine et décapante. Sous la plume de mes confrères, il est question de morbidité, de voluptés décadentes…
-Morbidité, mordre à la vie, le goût du néant répond à un goût d’absolu : un dessin animé comme « Bambi » est coloré de morbidité. C’est vrai que j’ai voulu évoquer le trouble, la confusion des sentiments. Je ne me justifie pas. Je ne me résume pas à des chansons, mais à travers elles –« Libertine »« Désenchantée »« XXL »« Sans Contrefaçon » ou « Sans Logique »- j’ai exprimé ce que j’ai réellement ressenti : oui, je me suis promenée un mouchoir dans le creux de mon pantalon ; oui, qu’on soit des filles de cocktails, des filles rares ou des fleurs de trottoir, qu’on fasse la une des magazines, toutes les filles ont besoin d’amour, d’un amour extra-extra-large ! Naguère, j’ai hanté les cimetières. Il y a toujours quelque chose de fascinant dans le spectacle de la fin, mais le mystère c’est que la vie ne connaît pas de point final. la fin marque l’aurore d’un monde nouveau à venir. Maintenant, je me sens moins oppressée par la mort : d’une, je suis apaisée à l’idée qu’il y ait une vie après, deuxièmement la notion du non-attachement et de l’impermanence m’intéresse. Saisir l’instant, accepter les métamorphoses, l’éphémère, le mouvement… On a besoin d’amour, mais j’aime les dialogues silencieux, ceux que l’on entretient avec les livres, avec la poésie. Une présence humaine à ses côtés, c’est bien mais pas suffisant. Après le désenchantement, l’anamorphose : je suis en pleine renaissance !

1995-03-d‘Anamorphose’ ? Le Petit Robert –qui n’est pas infaillible- dit : ‘image déformée et grotesque donnée par un miroir courbe’
-C’est un grand angle. Pour moi, ce mot signifie à la fois une perception plus large du monde et un moyen de rassembler toutes ses impressions, toutes ses sensations en une seule image. 

Dans vos chansons et vos clips, la violence est surtout dans la musique et l’image…
-Quand la frustration est trop forte, je ne dirais pas ‘violence’, mais ‘énergie’. 

Vous n’avez pas de souvenirs d’enfance, mais avez-vous envisagé d’être mère ?
-L’idée de l’adoption me plaît. J’ai toujours été perturbée par la prolongation de soi, mais maintenant je peux y penser. 

 

source : ANGELINE’S : NOVEMBRE 1996 – Journaliste  : Mohand Mestiri

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Mylène Farmer n’est pas celle que l’on croit

Posté par francesca7 le 17 mars 2015

 

 « Je n’ai pas l’impression d’être un objet du désir, ou alors je dois me voiler la face inconsciemment. »

1988-26-bA propos de son enfance :

­ A cette époque- là, j’étais une petite fille plutôt renfermée. Je ne pensais pas vraiment à la chanson. Je n’achetais pas de disques, ma seule passion était les animaux. J’ai vécu très mal le passage de l’enfance à l’adolescence. Heureusement, je portais en moi la conviction très forte que j’allais réussir dans un domaine artistique, mais je ne savais pas encore lequel.

A propos de « Plus Grandir », son premier texte en tant qu’auteur :

­ C’est le premier texte que j’ai écrit, il est très important pour moi. Aujourd’hui j’ai ‘grandi’ dans la forme mais pas dans le fond…

A propos de sa rencontre avec Laurent Boutonnat et de son entourage professionnel :

­ Il cherchait quelqu’un pour enregistrer « Maman à Tort ». Mon physique de l’époque correspondait complètement à la chanson. J’ai fait ce premier disque dans une inconscience totale. C’est sur « Libertine » que je me suis rendue compte de la différence entre un succès d’estime et un succès médiatique. Et là, j’ai peur de ne pas arriver à assumer… Dans ce métier, c’est très important d’être rassurée, poussée par quelqu’un. Mon manager, Bertrand Lepage, a été pour beaucoup dans ma transformation physique depuis « Maman a tort » et dans le fait que j’ai pris confiance en moi. Ensuite c’est vrai, il y a beaucoup de travail.

A propos de son succès et de sa façon de le gérer :

­ J’ai toujours voulu être connue, alors je ne vais pas dire que je n’aime pas ça, mais quelquefois c’est difficile à assumer. On n’a pas toujours envie du regard des autres. Je n’ai jamais rêvé d’une sérénité parfaite, mais la réussite n’a pas vraiment calmé mon mal de vivre…

A propos de son goût grandissant pour l’écriture :

­ Je n’ai jamais écrit de poèmes quand j’étais petite, et le goût de la lecture m’est venu assez tard, vers dix- sept ans. Pour écrire, j’ai besoin de la musique comme support. Je crois que je ne pourrais pas écrire de chansons vraiment gaies. L’album « Ainsi Soit Je… » est comme une sorte de journal de bord.

A propos du sentiment de déception par rapport à la vie :

­ C’est difficile à dire, mais il est certain qu’il y a un fossé entre ses rêves d’enfant et ce que l’on vit vraiment…

A propos de son rapport à sa propre image :

­ J’aime mon physique trois minutes par jour. Je sais tout ce qu’on peut faire avec un appareil photo ou une caméra. J’en connais tous les mécanismes et cela ne me rassure pas. Je sais simplement que je suis photogénique. Je consacre beaucoup plus de temps qu’avant à mon physique. Je me regarde dans les vitrines, et sur les tournages j’ai toujours besoin d’avoir un miroir à portée de main. J’achète toutes les crèmes et je me laisse facilement influencer par la publicité !

A propos de sa passion pour les vêtements :

­ J’adore les vêtements et les belles matières. Enfant, j’aimais le rose, le jaune, les couleurs vives. J’avais parfois vraiment mauvais goût ! Maintenant, je préfère les couleurs sombres, le classique. J’ai un net penchant pour les chaussures, que je collectionne.

A propos de son besoin d’être toujours occupée :

­ J’ai toujours peur d’une punition divine quand je suis inactive.

A propos de ses goûts musicaux en général :

­ J’ai une préférence pour les instruments mélancoliques, comme le violon.

A propos de ses envies de cinéma :

­ J’en ai très envie, mais je ne sais pas encore comment ça se fera…

1988-26-aA propos du spectacle qu’elle prépare pour le Palais des Sports en mai 1989 :

­ J’en rêvais ! C’est l’obstacle le plus haut, et j’ai un trac fou rien que d’y penser. On va travailler cette scène comme un scénario de film. Il y aura un personnage central et une histoire. Le contact avec le public est la plus grande jouissance pour un chanteur.

A propos de l’amour en général :

­ C’est une succession de désillusions avec des moments forts. Le mariage ? Oui, l’idée me séduit pour la beauté…

 

SOURCE :  STAR CLUB – NOVEMBRE 1988 – Entretien avec Judith CARRAZ

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Mylène Farmer, marquise de Sade

Posté par francesca7 le 17 mars 2015

 

1986-03Comment as­-tu débuté dans le métier ?

­ Avant de me lancer dans la chanson, j’ai suivi des cours de théâtre, et je pense de toute façon que mon métier n’est pas loin de la comédie.

Après « Maman a tort », « Plus Grandir », aujourd’hui « Libertine ». Est­-ce une évolution dans le texte comme dans l’image que tu souhaites donner de toi ?

­ Je suis une contradiction ambulante, j’ai envie de faire ce métier le plus mieux possible. C’est vrai que cette profession est cruelle, c’est de nos jours plus difficile que dans les années 1960/1970. Maintenant, on parle en produit, en tube. L’effervescence des médias a fait changer les choses et nous forcé à évoluer, comme à choquer parfois.

L’image, le look, la scène, ça représente quoi pour toi ?

­ Le look, c’est important autant pour un garçon que pour une fille. Cure est reconnu pour leur rouge à lèvres, par exemple. C’est capital d’avoir un look défini soit par l’aspect, soit par le texte ou la musique. En ce qui concerne l’image, j’apporte beaucoup de soins aux clips que je fais. J’imagine le story ­board, le scénario, je mets mon grain de sel afin d’en faire un véritable film. Quant à la scène, c’est un gros travail personnel. Je m’y prépare, j’ai des milliers d’idées. Je vais voir les autres pour regarder ce qu’il ne faut pas faire.

 source FUN MAG – JUIN 1986

 

 

 

 

 

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FRAGILE, le livre de Mylène Farmer

Posté par francesca7 le 14 mars 2015

 

 

Les libraires peuvent d’ores et déjà se frotter les mains : leurs étagères vont à nouveau être prises d’assaut après les succès rencontrés par Merci pour ce moment (Valérie Trierweiler), Le Suicide français (Eric Zemmour) ou L’homme qui ment (Marc Lavoine). En effet, la chanteuseMylène Farmer s’apprête à sortir son deuxième ouvrage, intitulé Fragile.

 

photo_1425565223C’est le 7 mai prochain que la star proposera son nouveau livre, publié aux éditions Anne Carrière. Fragile, qui a reçu la participation de la photographe Sylvie Lancre­non (laquelle a déjà shooté Emmanuelle Béart ou Nolwenn Leroy), est actuellement en pré-commande sur plusieurs sites marchands pour la somme de 45 euros. Fidèle à sa ligne de conduite qui se base sur une discrétion absolue, la star n’a pas encore communiqué sur la teneur de l’ouvrage. Mylène Farmer s’était illustrée par un premier livre sorti en 2003, intitulé Lisa-Loup et le conteur. Il s’agissait d’un conte philosophique illustré, qui s’était vendu à plus de 100 000 exemplaires.

 

Côté musique, Mylène Farmer ne semble pas pressée de revenir dans les bacs. Son dernier opus, Monkey Me, écoulé à 500 000 exemplaires, remonte à 2012 mais la chanteuse a habitué ses fans à se montrer patients. Toutefois, les plus fidèles aficionados s’étaient emballés un peu trop vite après la publication d’un message du Comité Grand Lille annonçant la venue de l’interprète de Libertines au stade de Lille en 2017. Une information totalement infondée. D’ailleurs, Mylène Farmer fait souvent l’objet de rumeurs. Vendredi 20 février 2015, les réseaux sociaux s’excitaient après la publication d’un message affirmant que la société de production Mars Films avait prévu de mettre sur les rails l’adaptation du roman L’Ombre des autres, de Nathalie Rheims, avec la chanteuse dans le rôle principal. Un projet qui fait office de serpent de mer dans la vie de Mylène Farmer mais qui n’est de toute évidence nullement prévu. En effet, contactée par Purepeople.com, la société de production a démenti l’information. 

Mylène Farmer sait surprendre son public. Comme toujours, la chanteuse est là où on ne l’attend pas. Alors que les rumeurs vont bon train au sujet d’un éventuel comeback discographique – il n’en est rien pour le moment -, Mylène Farmer sera de retour chez les libraires au printemps. Déjà auteure de l’ouvrage « Lisa-Loup et le conteur » (2003), un conte philosophique illustré  

La chanteuse publiera le livre « Fragile » aux éditions Anne Carrière le 15 mai 2015 prochain.
 

 par Thomas Montet sur http://www.purepeople.com/

 

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Souviens-toi du jour : Mylène

Posté par francesca7 le 12 mars 2015

 

 

mylene-farmer-souviens-toi-jour_1900u_3h7izoLa Journée internationale en hommage aux victimes de la Shoah est l’occasion de se replonger dans la discographie de Mylène Farmer, qui publiait il y a un peu plus de 15 ans le titre « Souviens-toi du jour » en référence au destin tragique de l’écrivain Primo Levi. Découvrez l’histoire d’une chanson…

 Pour le 70ème anniversaire de la libération du camp d’Auschwitz, les hommages se multiplient et les rescapés témoignent. Des cérémonies de commémoration sont organisées avec plusieurs chefs d’État et différents programmes sont diffusés à la télévision pour que personne n’oublie les horreurs de la Seconde guerre mondiale. La musique sera aussi le moyen de rendre hommage aux victimes, notamment grâce à l’orchestre symphonique de Jérusalem qui va jouer pour la première fois ce soir au siège de l’Unesco, à Paris. C’est également l’occasion de se remémorer les artistes qui ont chanté par le passé la désolation de la Shoah, à l’instar de Jean Ferrat, qui s’est inspiré du film d’Alain Resnais pour écrire le titre « Nuit et brouillard » en 1963.

http://www.dailymotion.com/video/x136056

Des références à « Si c’est un homme » de Primo Levi

Bien plus tard, Mylène Farmer a repris les mots de l’écrivain Primo Levi, sans doute l’un des plus célèbres survivants du camp d’Auschwitz, pour écrire le titre « Souviens-toi du jour ». Troisième extrait de l’album « Innamoremento », sorti en septembre 1999 pour le lancement du « Mylenium Tour » de la chanteuse, ce titre évoque un monde qui a changé « au bruit des pas qui résonnent », faisant référence à l’armée nazie, aux « destins muets » de tous ces hommes morts dans les camps et à l’obligation de ne jamais oublier. « Souviens-toi que l’on peut tout briser / Les destins sont liés » chante l’artiste, tout en répétant à de multiples reprises le titre de l’ouvrage « Si c’est un homme » de Primo Levi. Sur le pont, Mylène Farmer clame également plusieurs fois et en hébreu « Zokher eth Ayom », qui signifie littéralement « Souviens-toi ».

Pour illustrer cette chanson qu’elle a écrite et composée par Laurent Boutonnat, Mylène Farmer a fait appel au réalisateur allemand Marcus Nispel, connu pour avoir travaillé sur plusieurs films d’horreur tels que « Massacre à la tronçonneuse » et « Vendredi 13″.

En savoir plus sur http://www.chartsinfrance.net

 

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ÎLE DE TRANSE émission avec Mylène

Posté par francesca7 le 21 février 2015

 

1985-01-b31 OCTOBRE 1985 – Présenté par Philippe BACHMAN FR3 MIDI­PYRÉNÉES

Philippe Bachmann : Bonjour à tous, bienvenue sur notre « Île de Transe ». Invitée aujourd’hui, Mylène Farmer. C’est son troisième 45­ tours…

Mylène Farmer : Bonjour Philippe.

PB : Bonjour ! Troisième 45­tours, disais­-je, « Plus Grandir »… MF : Oui… PB : Alors, récapépète un petit peu ce qu’il y avait avant !

MF : On récapépète, alors ! Le premier étant « Maman a Tort », qui…

PB : (il l’interrompt) Le deuxième ?

MF : Le deuxième étant « On est Tous des Imbéciles ».

PB : Voilà. « Maman a Tort », c’était y a deux ans, ça à peu près ?

MF : Il y a deux ans, oui.

PB : Alors, il y avait pas le Top 50 à cette époque-­là, mais ça marchait super bien dans les hits, ça s’est très très bien vendu.

MF : Oui…

PB : C’était bien, pour une première expérience. Comment tu as débuté, d’ailleurs ?

MF : J’ai eu la chance de rencontrer deux personnages, qui ont écrit cette chanson.

PB : Des noms ! Des noms !

 MF : Hé bien, il y avait Jérôme Dahan et Laurent Boutonnat.

PB : Où tu les as rencontré ? Comme ça, par hasard ?

MF : Non, ça serait trop long à raconter, mais ça s’est fait un peu par hasard, quand même. PB : Mais y a que des bons hasards, dans ce métier ! MF : Absolument ! (rires)

PB : Bon, dis­6moi, mon petit doigt m’a dit…

MF : Certes ! (Mylène éclate de rire)

PB : …que tu avais un superbe animal domestique chez toi, mais assez spécial quand même.

MF : Oui, j’ai un petit singe, qui est un capucin…

PB : C’est comment les capucins ?

MF : Le capucin ressemble à un petit chimpanzé, c’est aussi joli.

PB : Ca a une longue queue ?

MF : Ca a une queue assez grande, oui, qui lui sert de cinquième bras.

 PB : Ha, il joue avec ?! Alors, tu as mis des arbres chez toi pour qu’il puisse grimper ?

MF : (rires) Non, pour l’instant…Pas encore ! Pour l’instant, il a une grande cage.

PB : Et qu’est6­ce qu’il mange, ce brave capucin ?

1985-01-aMF : Tout ce que vous mangez, avec la viande en moins !

PB : Bon, alors on peut l’inviter avec toi, alors maintenant faut l’inviter avec toi, quoi.

MF : J’ai déjà essayé de l’amener sur un plateau, il y a quelques problèmes. (rires)

PB : Qu’est­-ce que ça donne ?

MF : Il a très peur des gens.

PB : Et puis il grimpe aux cintres, un peu, non ?

MF : Un peu, il est farouche.

PB : Bon, retour en arrière. Il y a deux ans, donc : « Maman a Tort ». Si on se refaisait ça pour le plaisir ?

MF : Oui ! Diffusion d’une séquence où Mylène, habillée autrement, interprète « Maman a Tort » devant un fond incrusté représentant une main qui compte sur ses doigts en suivant la chanson.

 PB : Dis donc, ton petit chimpanzé, il va falloir lui apprendre à danser, maintenant !

MF : Il chante, déjà ! Il écrit…et il prend des cours de danse !

PB : Il prend des cours de danse ?! Alors, dis­-moi une petite chose : j’ai vu que tu avais un truc superbe sur le dos pour « Maman a Tort », là encore tu es mignonne comme tout…

 MF : Merci !

PB : Comment tu fais pour t’habiller ? C’est toi qui dessines tes trucs ? Comment ça se passe ?

MF : Je ne dessine pas, je réfléchis et puis je vois avec…là, c’est une couturière qui m’a aidé, qui a réalisé cet ensemble.

PB : Les couleurs sont importantes ?

MF : Très importantes, oui.

PB : Il y en a qui sont superstitieux, qui veulent jamais mettre de vert à la télévision, toi tu en mets !

MF : Je sais, oui ! On m’a déjà reproché sur « Maman a Tort » d’avoir mis du vert sur un plateau, parce que ça porte malheur.

PB : Ben ça t’a porté bonheur, plutôt !

MF : Pour l’instant oui, donc je ne fais pas de cas de ça. L’animateur lance la séquence suivante, dans laquelle il présenté diverses nouveautés.

PB : (…) Ensuite, un petit groupe de Rennes qu’il faut que je te présente. Ca s’appelle Niagara. Alors, c’est sympa, ils font de la scène depuis assez longtemps, quand même.

MF : C’est un joli nom.

PB : C’est un joli nom et ce qui ne gâche rien, c’est que dans les chœurs on retrouve un certain Etienne Daho. Tu aimes bien Etienne Daho, toi ?

MF : Oui.

PB : Qu’est­-ce que tu écoutes comme disques, toi ?

MF : Il m’arrive d’écouter de la musique classique. Dans la variété française, j’aime beaucoup Jacques Dutronc.

 PB : Il fait plus grand­-chose, Jacques Dutronc, malheureusement…

MF : Non, mais il réapparaît…

 PB : Une fois de temps en temps !

MF : …et c’est très bien à chaque fois. (…)

PB : Sinon, en musique classique, tu m’as dit, qu’est-­ce que tu écoutes en musique classique ?

MF : J’aime beaucoup Wagner, j’écoute Mahler, j’écoute plein de choses. Très éclectiques, comme choix.

PB : Comment tu choisis les musiques de tes chansons ? Comment ça se passe ?

MF : Je sais pas si…Enfin, je les choisis, on me les…Les personnes qui travaillent…

PB : Oui, mais tu dis oui ou non quand on te propose les choses, non ?

MF : Bien sûr. Y a des choses qui me plaisent plus. Je crois que c’est au travail que… (elle se reprend) heu au piano que ça se fait. On me propose une mélodie, et puis j’aime tout de suite ou j’aime pas du tout.

PB : Le texte est important dans tes chansons.

MF : Bien sûr, bien sûr. Très important, capital.

PB : On en parle un petit peu plus ? « Plus Grandir » : comment naît un texte comme ça ? C’est après la musique ?

MF : Là, ça s’est fait un peu par hasard. Oui, c’est né après la musique. Cette fois-­ci, c’est moi qui l’ai écrit.

PB : Ha ha !

MF : Non, ça n’a rien de vengeance. Je sais pas si je renouvellerai cette expérience. Ca s’est fait par hasard.

PB : Pourquoi ? C’était trop dur ?

MF : C’est très très difficile d’écrire un texte. Ca doit être concis, précis et j’avoue que j’ai eu du mal.

PB : Il y a des trucs pour bien écrire un texte, ou pas ?

MF : Je crois qu’il faut beaucoup de tranquillité, et puis surtout la tranquillité d’esprit que je n’ai pas !

PB : Tu l’as eu quand même pour « Plus Grandir » !

MF : Oui ! PB : On l’écoute ? « Plus Grandir », le nouveau 45­tours de Mylène Farmer. Mylène interprète « Plus Grandir » avec derrière elle des images alternant entre la pochette du disque et le visuel du landau indiquant « Mylène Farmer : 1962­1985 » (sic), et des photos anciennes.

PB : Mylène Farmer, « Plus Grandir », c’est son troisième 45­tours. Tiens, je te rends ton petit micro… (il tend son micro à Mylène)

1985-01-dMF : Merci !

PB : Y a un album en préparation ?

MF : Il y a un album qui sortira vers janvier (1986, ndlr)

PB : Alors tu vas réécrire des textes, quand même, ou pas ?

MF : Non, il est terminé, là il est clôs. Il n’y aura que « Plus Grandir » de ma plume. PB : Bon, ben c’est déjà pas mal !

MF : C’est déjà bien.

PB : Il y a un clip qui vient de se tourner sur « Plus Grandir », non ? MF : Oui, il y a un clip qui a été tourné en Cinémascope.

PB : Alors, c’est pour le cinéma ?

MF : J’espère qu’il ira au cinéma, qu’il fera l’avant­-première d’un film.

PB : Oh ben oui, parce qu’à la télévision ça serait dommage quand même.

MF : Oui, c’est pas suffisant, l’écran est trop petit.

PB : C’est toi qui as décidé de le faire en Scope ?

MF : Non, non, c’est le réalisateur, qui est également mon compositeur. Des noms, encore ?

PB : Oui !

MF : Allez…Laurent Boutonnat ! (rires)

PB : Voilà, fallait le dire. Bon, ce Cinémascope, ce clip, comment il a été tourné ?

MF : Il a été tourné en un peu moins d’une semaine. Le premier jour était de l’extérieur dans un cimetière, et…

PB : Toujours très gaie, Mylène Farmer ! (rires)

MF : Oui ! Et les quatre autres jours se situaient dans un décor qui retraçait le…C’est un décor, c’est une chambre de château baroque avec des toiles d’araignée partout. C’est un bel univers.

PB : Bon, dès qu’il sort, tu nous le donnes qu’on le montre un petit peu à tous les téléspectateurs.

MF : Je vous inviterai à la projection.

PB : Ha oui, en Cinémascope et tout, ça va être superbe, ça ! Dis-­moi, au niveau cinéma c’est « Rosemary’s Baby » ton film préféré, ou pas ?

MF : Non, mais j’aime bien ce film. J’aime surtout l’interprète (Mia Farrow, ndlr) et le metteur en scène (Roman Polanski, ndlr) !

PB : Tu vas souvent au ciné ?

MF : J’y vais assez régulièrement, oui.

PB : Qu’est­-ce que tu as vu de bien, récemment ? Des noms, des noms !

MF : Heu….Je ne sais pas, j’ai vu…Le dernier film que j’ai vu c’était « Mad Max » PB : Oui…3 !

MF : Le 3 !

PB : Y a pas de raisons, il est pas mal le petit australien, hein ? (Mel Gibson, ndlr) Bon, tu sais que c’est l’heure de se quitter, alors à la prochaine ! On découvrira ton clip très vite…

MF : D’accord !

PB : Merci, Mylène Farmer !

MF : Merci à vous ! Ils se font la bise et Mylène glousse en faisant « au revoir » avec la main. Générique de fin.

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Mylène Farmer rencontre sur WIT FM

Posté par francesca7 le 21 février 2015

 

DÉCEMBRE 1996

 1996-07-cBonjour Mylène, je suis tout à fait ravi de vous rencontrer. Je vais commencer par une question concernant l’album « Anamorphosée » : il avait une optique beaucoup plus rock, dira­-t-­on, un son plus rock.

Est­-ce que c’est une manière d’exprimer la violence, une violence plus affirmée que dans les précédents albums qui étaient plus pop ?

Mylène Farmer : Je ne crois pas que c’était réfléchi de cette façon­-là. Je crois que c’est simplement une volonté ­ une envie, plutôt ­ que d’avoir des guitares, mais rien de réfléchi réellement. Parce que c’est vrai qu’on était un peu surpris par rapport à ce qu’on avait l’habitude d’entendre ­ ce qui est pas plus mal, d’ailleurs !

MF : C’est peut­-être mon passage en Californie, peut­-être. Et probablement à force, j’imagine, d’écouter la musique ou californienne ou américaine on s’en imprègne. Et puis un vrai désir que d’avoir des instruments lives puisque j’ai précédemment beaucoup utilisé justement ce qu’on appelle les machines (rires), donc ça a fait une couleur différente, oui. Diffusion de « L’Instant X » Vous vous êtes davantage ouvert sur les autres et sur le monde dans ce dernier album, semblerait­-il. « Rêver », par exemple, votre dernier tube, est un véritable appel à la tolérance, à l’amour de son prochain.

Qu’est-­ce qui a nourri ou quel évènement vous a guidé dans cette écriture de « Rêver » ?

MF : J’ai, je crois, toujours eu ça en moi. Maintenant, c’est vrai que d’affirmer, que de demander aux autres une certaine tolérance, il faut être peut­-être plus en harmonie avec soi­-même donc c’est peut­être ce qui m’a autorisée aujourd’hui à écrire des choses comme « Rêver ».

Vous dites que vous êtes plus en harmonie avec vous­-même : est-­ce que c’est une chose que vous avez ressenti ­ enfin, j’ai pu lire effectivement des interviews dans la presse où vous disiez qu’entre trente et trente­ cinq ans c’est un peu l’accomplissement, enfin on arrive à un moment crucial de sa vie…

MF : Crucial, ça, je ne sais pas, en tout cas c’est un moment qui est plus tendre pour moi, ou plutôt je suis plus tendre envers moi­-même. Donc c’est un moment qui est plus agréable pour moi, oui, la trentaine que l’adolescence, que tout ce que j’ai traversé jusqu’à présent.

Est­-ce à dire ­ pour rebondir sur ce que vous dites ­ que le mythe Mylène Farmer tombe ? C’est-­à­-dire ce mystère qui régnait peut-­être autour du fait que vous étiez moins en harmonie avec vous-­même…

MF : Je ne sais pas. Si vous, vous parlez de mythe, moi je ne pourrai jamais évoquer ça me concernant. Maintenant, est­-ce qu’un mystère ­ puisque vous l’évoquiez également­ tombe parce que tout à coup on est plus réceptif au monde environnant : je ne le crois pas. Maintenant, s’il tombe et s’il est tombé, peu m’importe. Voilà ! (rires)

Diffusion de « Rêver » (live) (il s’agit de la version disponible sur le single de « Rêver », bien avant la sortie de l’album « Live à Bercy ».

La piste est néanmoins la même, simplement amputée de sa pré introduction et de sa reprise avec le public, nda)

Vous nous le disiez, Mylène, vous êtes plus en harmonie avec vous-­même. Ca veut dire aussi que l’expression de la dualité s’exprime moins chez vous, à travers…La dualité, c’est­-à­-dire la violence / la douceur, la vie et la mort ­ un thème sur lequel vous êtes très souvent intervenue, donc cette dualité, notamment dans « Sans Logique »…

MF : Je crois que cette dualité fait partie de moi et fera partie de moi jusqu’à la fin de mes jours.

Maintenant, est­-ce que j’ai envie de l’exprimer aujourd’hui ?

MF : Non. Je crois l’avoir assez fait. J’ai essayé, moi, de panser mes douleurs, maintenant en aucun cas ça n’épuise la dualité, voilà. Mais les douleurs sont moins vives et je suis guérie de certaines choses, donc c’est vrai que je les exprimerais moins facilement. Là encore, c’est pas une…comment dirais-­je ? On change pas radicalement, on passe pas du blanc au noir. Maintenant, on peut avoir certains changements qui sont profonds, qui font que et votre écriture et vos thèmes de prédilection et votre musique vont s’en sentir transformés. Diffusion de « Sans Contrefaçon » (Boy Remix)

Justement, par rapport aux blessures : la compassion, c’est une valeur, une notion importante pour vous ? Je pense notamment à un titre qui s’appelle « Et Tournoie… » : ‘Sous ton âme la plainte amère / Panse­la, donne­la’ : ‘donne­la’, donc ‘partage­la’…

1996-07-bMF : Je crois qu’elle est devenue fondamentale, oui. Je crois qu’avant de s’intéresser à soi­-même il est plus intéressant de s’intéresser à l’autre. Maintenant, vous dire que j’en fais une nourriture quotidienne…Je ne suis pas une sainte ! Mais quant à ces mots comme ‘tolérance’ ou ‘compassion’, ce sont des choses qui sont importantes dans ma vie, oui. Qui dirigent ma vie. Je crois qu’on a tous une difficulté que de vivre –peut­-être pas pour tout le monde, mais on a tous nos problèmes­ et que d’être concentré et être totalement nombriliste est quelque chose de totalement stérile. Diffusion de « Et Tournoie… »

A toutes ces questions qu’on vous pose sur l’enfance, votre vie affective ou amoureuse, votre sexualité, pensez­-vous que vous avez déjà répondu dans toutes vos chansons, dans toute votre carrière jusqu’à présent, à toutes ces questions qui sont insidieuses et qui, à la limite, ne regardent personne ?

MF : C’est­-à­-dire, ça les regarde et ne les regarde pas : c’est toujours l’ambiguïté de ce métier ­ en tout cas, ce métier d’écriture. C’est vrai que si j’évoque quelque chose, on va me demander une justification.

Maintenant, je suis d’accord avec vous : dès l’instant où j’ai écrit et mis ces mots sur un papier, je considère que j’ai fait ce que j’avais à faire, donc que je n’ai plus besoin de cette justification ou qu’alors on aura une lecture effectivement suffisante pour que je n’aie pas à rajouter des choses par rapport à ça. Mais c’est impossible puisqu’on demande éternellement une justification, le pourquoi du comment. Et puis, il faut pas oublier qu’une chanson, ça peut retranscrire un moment précis mais qui va s’évanouir deux heures plus tard.

Maintenant, on a jeté ces mots sur le papier, donc trois jours plus tard il va falloir se justifier quant à ça.

Et si je n’ai pas envie de me justifier ?!

Mais donc voilà, là c’est l’ambiguïté de ce métier… Et alors, par exemple, est-­ce que quand on écrit une chanson, on l’écrit, on la chante, ensuite on la produit, on passe dans le studio etc. donc il y a tout un processus et ensuite on va la produire sur scène –en l’occurrence pour vous c’est vrai que la scène ne suit pas automatiquement chaque album­ est-­ce que vous arrivez à ressentir les mêmes choses ou à faire ressentir les mêmes choses, parce que c’est ça aussi la magie de l’artiste :

c’est arriver à faire passer, même quelques mois après jeté comme ça ses mots sur le papier…

Est­-ce que c’est facile une fois arrivée sur scène, vraiment devant le public, de continuer, d’aller jusqu’au bout de ses paroles ?

 MF : Ca me l’est relativement, si tant qu’il y a certainement des chansons que j’ai mis de coté.

Maintenant, ne me demandez pas lesquelles parce que je ne sais pas moi­-même ! (rires) Mais à partir du moment où je décide d’interpréter une chanson sur scène, il s’agit pas de se dire ‘Voilà, parce que le dernier album est sorti on va mettre tout le dernier album’ : je crois que c’est un peu plus humain que ça. Donc pour répondre à votre question, toutes les chansons qui sont sur scène sont des chansons que je vis et que j’essaye de faire vivre avec le plus d’honnêteté que je puis. Une chanson comme…je ne sais pas…je pourrais chanter « Ainsi Soit Je… », maintenant j’ai préféré « Rêver » parce que c’est une chanson plus récente et qui est plus près de moi aujourd’hui. Mais si je devais chanter « Ainsi Soit Je… », je le chanterais avec la même émotion que sur la scène précédente parce que c’est quelque chose qui a fait partie de moi, donc j’ai la mémoire de tout ça. (« Ainsi Soit Je… » intégrera d’ailleurs le spectacle lors de la reprise de celui­-ci quelques jours plus tard à l’occasion de quelques représentations, nda)

Diffusion de « Plus Grandir » (live)

Par rapport à ces deux chansons que vous citez, c’est assez curieux parce que « Ainsi Soit Je… », c’est une espèce de ‘amen’, comme ça, alors que « Rêver », ça projette des choses dans l’avenir. Estce que c’est ça le changement chez Mylène Farmer aujourd’hui, ou bien… ?

MF : (le coupant) Probablement. Là encore vous me demandez de m’expliquer, ou de tenter de m’expliquer. Il y a fatalement un changement en moi qui s’est produit. Je ne sais pas bien…Peut­-être l’acceptation de certaines choses, ou en tout cas la démission d’autres choses. Diffusion de « Ainsi Soit Je… »

On va parler du spectacle puisque c’est quand même un grand moment pour un artiste : c’est-­à­-dire qu’on est jeté en pâture, comme ça, à son public !

 Moi j’ai eu l’impression en voyant ce deuxième concert ­ j’avais vu le premier­ qu’il y avait peut­-être plus une volonté de grand show, comme ça, et d’avant­-gardisme, même. Est-­ce que vous avez réussi au final à faire ce que vous vouliez ?

MF : Totalement, et là sans prétention aucune. C’est uniquement par rapport à ce que j’ai pu, moi ressentir, totalement en harmonie avec ce que je voulais et évoquer et faire et vivre, donc c’est un joli cadeau pour moi.

Est-­ce qu’on peut mettre ça en parallèle avec systématiquement une manière de faire des remixes pour chaque morceau ? C’est vrai que c’est une tradition, je dirais, chez Mylène Farmer, que de remixer des morceaux. Est­-ce que c’est des choses sur lesquelles vous donnez juste votre aval ou est-­ce que vous le sentez bien ?

MF : Là encore, parfois on est un petit peu bridé par ce genre de choses. C’est vrai que moi j’aime bien les remixes en général et j’aime bien donner ma chanson à quelqu’un qui ne fait pas partie de mon univers, qu’on va prendre en Allemagne ou en Angleterre et qui va posséder la chanson ou la détruire pour en faire quelque chose d’autre. C’est toujours intéressant.

Maintenant, est-­ce que c’est une réussite à chaque fois : je n’en suis pas sûre !

 Il y a des choses qui moi­-même me surprennent et je me dis peut­-être que sur une chanson –parce que souvent ou les anglais ou les allemands procèdent de cette façon : ils enlèvent totalement la chanson, laissent un mot et vont faire après tout le délire qu’on peut faire autour !

Maintenant, je l’ai accepté.

Est-­ce qu’on désincarne totalement une chanson ?

Peut-­être. Mais est-­ce que c’est l’avenir d’une chanson, en tout cas est-­ce qu’elle perdure ? Je ne sais pas bien. Peut-­être c’est volontaire, dans le fond, que de détruire et désincarner quelque chose. Ce sont des choses qui devraient passer et s’oublier. Est­-ce que vous avez la même démarche, pareil, quand vous vous jetez en pâture à un photographe comme Herb Ritts ?

Est­-ce que, je dirais, on paye pour voir quand on va chercher Herb Ritts ou bien est-­ce qu’on se dit ‘J’ai vraiment envie de travailler avec cet homme talentueux’ ?

MF : Non : on paye pour avoir ! Et ça, c’est un privilège, d’abord, que de pouvoir payer pour avoir et puis c’était un moment agréable pour moi, parce qu’on sait déjà qu’on fait appel à un talent qui est certain, donc il y a une angoisse qui est diminuée. Et puis c’est toujours intéressant : j’ai pas beaucoup travaillé avec des photographes hommes, masculins et c’était un regard 1996-07-aqui était différent.

Et c’est quelqu’un qui, je crois, malgré tout me connaissant très peu, a respecté ma personnalité tout en mettant son talent et tout ce qu’il a l’habitude de, lui, projeter. Je voudrais évoquer le concert encore : est-­ce que pendant la tournée le concert a évolué ?

MF : Evolué…Je pense que plus on fait de concerts et mieux c’est. Mais des changements, aucun : ni l’ordre des chansons, ni le choix des chansons (comme précisé plus haut « Ainsi Soit Je… » sera pourtant interprété à quelques reprises à la reprise de la tournée, ainsi que « La Poupée qui fait Non » avec Khaled à Genève et à Paris, nda). Non, parce que là encore je crois que quand j’ai construit le spectacle, je savais ce que je faisais ­ en tout cas ce dont j’avais envie. En ça, ça n’a pas été modifié.

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SKYROCK avec Frédérico et Mylène

Posté par francesca7 le 17 février 2015

 

31 MAI 1996 : Entretien avec Frédérico MUSA :

1996-04-bA propos de sa motivation pour remonter sur scène :

Mylène Farmer : C’est une vraie, vraie envie profonde, un vrai désir que de retrouver le public, donc c’est dur en aucun cas. Maintenant, un spectacle de deux heures, c’est toujours difficile. Il y a beaucoup de changements de costumes, ça c’est exercice assez difficile. Mais moi, j’ai pris vraiment, vraiment un grand plaisir !

A propos de la conception du Tour 96 :

MF : J’ai décidé de monter sur scène un peu tardivement. C’est­-à­-dire, j’ai travaillé à peu près ­ nous avons travaillé ! ­ deux mois, je crois, ce qui est très peu. Il y avait des postes séparés, sachant qu’il y a eu des réunions et des désirs précis. Maintenant, j’ai fait appel à une équipe de concepteurs, donc, d’images avec qui j’ai beaucoup parlé, chanson par chanson et eux après m’ont apporté leur talent, leurs idées. De même, chorégraphiquement, j’ai fait appel à deux chorégraphes (Christophe Danchaud et Jaime Ortega, nda) plus mes propres chorégraphies. J’ai réellement souhaité sur ce spectacle avoir des talents extérieurs différents parce que je pense que ça peut apporter quelque chose.

 A propos de sa vie à Los Angeles :

MF : Non, je vis à Paris ! Néanmoins, j’aime bien le voyage, j’aime bien Los Angeles sur des périodes courtes. C’est une ville violente, mais ça, nous ne le savons pas parce qu’on est quand même dans des quartiers un peu plus protégés, donc je ne vais pas mentir et vous dire que j’ai été confrontée à cette violence mais elle existe vraiment, bien évidemment. Maintenant, Los Angeles, non, est une ville qui est difficile parce que la rencontre est difficile. Maintenant, moi j’y ai trouvé l’espace, j’y ai trouvé une idée de liberté et de repos, en tout cas pour l’esprit, et ça a été parfait pour cette période.

A propos de la musique qu’elle écoute :

MF : J’aime beaucoup MC Solaar parce qu’il a apporté, indépendamment de ce rythme ­ le rap ­ et de ces boucles, une vraie richesse dans ses textes et c’est quelqu’un que j’aime beaucoup, oui. Sinon, j’aime beaucoup U2, j’aime beaucoup Peter Gabriel… (elle réfléchit) Quand on doit les évoquer, on les oublie ! (rires) J’aime Bob Marley, j’aime les Eagles, j’aime beaucoup de choses, Alanis (elle bute sur le prénom puis se reprend) Morisette ­ pardon, j’écorche son nom ­ j’aime beaucoup, beaucoup !

A propos de la dance et des remixes qu’elle propose de façon presque systématique :

MF : J’aime l’idée de danse, j’aime regarder les gens danser. J’aime cette évasion, donc j’aime l’idée qu’il y ait des dance remixes, oui. J’aime beaucoup le remix en revanche de « I miss you ». (il faut comprendre « Missing », du groupe Everything but the girl, nda)

A propos de son singe capucin,

1996-04-aE.T. : MF : E.T. est toujours à la maison, les singes n’ont pas le droit de voyager, elle a été obligée de rester. Le singe est interdit, de tout façon, c’est pas un animal que l’on doit domestiquer. Mais elle va bien, merci ! (rires)

NB : cette interview a été réalisée au Zénith de Toulon, le lendemain de la première, lors d’une rencontre avec plusieurs journalistes. Diffusée dans la matinale de Cauet, celui­-ci demande à son acolyte de raconter un petit incident qui est survenu pendant cette rencontre : un journaliste de France 3 a attaqué son interview en faisant remarquer à la chanteuse que malgré la réussite de son spectacle, elle n’avait ‘pas de voix’. Mylène a aussitôt coupé court à l’entretien en indiquant la sortie à ce journaliste ! La séquence se finit avec la diffusion de « California ».

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LES ENFANTS DE LA GUERRE avec Mylène F.

Posté par francesca7 le 17 février 2015

 

27 NOVEMBRE 1996 – Présenté par Julien COURBET TF1

1996-13-bMylène Farmer apparaît dans ce grand show de prime time autour de Luciano Pavarotti qui parraine « War child », un réseau d’associations qui viennent en aide aux enfants touchés par la guerre à travers le monde pour interpréter « Rêver » et répondre aux questions de Julien Courbet très brièvement en raison d’un triste évènement : au moment d’enregistrer l’émission, Mylène vient d’apprendre le décès d’un proche.

Après avoir interprété son dernier single en date dans la robe lamée qu’elle porte sur scène pour la même chanson, Mylène rejoint le canapé où l’animateur se trouve aux cotés de Luciano Pavarotti sous les applaudissements du public.

Mylène Farmer : Merci beaucoup.

 Julien Courbet : Mylène, cette chanson était de circonstance, « Rêver », quand on voit ­alors on a vu ensemble il y a quelques instants, avant le démarrage de cette émission, le reportage qui va suivre, puisque nous allons maintenant parler des orphelins des « Enfants de la guerre ».

Quand vous avez vu ce reportage, Mylène, vos premières pensées, ça a été quoi, de voir tous ces enfants sans parents ?

MF : D’abord une grande émotion, bien sûr. Manque de mères, manque de femmes autour d’eux. Et surtout, je voudrais dire que je crois que c’est une très belle idée que d’associer la musique à cette douleur, à ce manque donc je suis toute avec eux. (sourire)

JC : En tous cas, c’était bien que vous soyez avec nous ce soir, Mylène.

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DIVERSES RADIOS RÉGIONALES pour Mylène

Posté par francesca7 le 10 février 2015

 

L’INSTANT X – DÉCEMBRE 1996

images (1)Cette interview a été enregistrée peu avant la reprise du Tour 96, à la fin de l’automne 1996 à l’adresse de plusieurs radios régionales (parmi elles Wit FM et Top Music) qui l’ont diffusée chacune à l’occasion du passage de la tournée dans leur région en décembre.

Bonjour Mylène, je suis tout à fait ravi de vous rencontrer. Je vais commencer par une question concernant l’album « Anamorphosée » : il avait une optique beaucoup plus rock, dira-t-on, un son plus rock. Est-ce que c’est une manière d’exprimer la violence, une violence plus affirmée que dans les précédents albums qui étaient plus pop ?

-Je ne crois pas que c’était réfléchi de cette façon-là. Je crois que c’est simplement une volonté –une envie, plutôt- que d’avoir des guitares, mais rien de réfléchi réellement. 

Parce que c’est vrai qu’on était un peu surpris par rapport à ce qu’on avait l’habitude d’entendre –ce qui est pas plus mal, d’ailleurs !

-C’est peut-être mon passage en Californie, peut-être. Et probablement à force, j’imagine, d’écouter la musique ou californienne ou américaine on s’en imprègne. Et puis un vrai désir que d’avoir des instruments lives puisque j’ai précédemment beaucoup utilisé justement ce qu’on appelle les machines (rires), donc ça a fait une couleur différente, oui. 

Diffusion de « L’Instant X »

Vous vous êtes davantage ouvert sur les autres et sur le monde dans ce dernier album, semblerait-il. « Rêver », par exemple, votre dernier tube, est un véritable appel à la tolérance, à l’amour de son prochain. Qu’est-ce qui a nourri ou quel évènement vous a guidé dans cette écriture de « Rêver » ?

-J’ai, je crois, toujours eu ça en moi. Maintenant, c’est vrai que d’affirmer, que de demander aux autres une certaine tolérance, il faut être peut-être plus en harmonie avec soi-même donc c’est peut-être ce qui m’a autorisée aujourd’hui à écrire des choses comme « Rêver »

Vous dites que vous êtes plus en harmonie avec vous-même : est-ce que c’est une chose que vous avez ressenti –enfin, j’ai pu lire effectivement des interviews dans la presse où vous disiez qu’entre trente et trente-cinq ans c’est un peu l’accomplissement, enfin on arrive à un moment crucial de sa vie…

-Crucial, ça, je ne sais pas, en tout cas c’est un moment qui est plus tendre pour moi, ou plutôt je suis plus tendre envers moi-même. Donc c’est un moment qui est plus agréable pour moi, oui, la trentaine que l’adolescence, que tout ce que j’ai traversé jusqu’à présent. 

Est-ce à dire –pour rebondir sur ce que vous dites- que le mythe Mylène Farmer tombe ? C’est-à-dire ce mystère qui régnait peut-être autour du fait que vous étiez moins en harmonie avec vous-même…

-Je ne sais pas. Si vous, vous parlez de mythe, moi je ne pourrai jamais évoquer ça me concernant. Maintenant, est-ce qu’un mystère –puisque vous l’évoquiez également- tombe parce que tout à coup on est plus réceptif au monde environnant : je ne le crois pas. Maintenant, s’il tombe et s’il est tombé, peu m’importe. Voilà ! (rires)


Diffusion de « Rêver » (live) (il s’agit de la version disponible alors sur le CD 2-titres de « Rêver », plusieurs mois avant la sortie de l’album « Live à Bercy ». La piste est néanmoins la même, simplement amputée de sa pré introduction et de sa reprise avec le public, nda).

Vous nous le disiez, Mylène, vous êtes plus en harmonie avec vous-même. Ca veut dire aussi que l’expression de la dualité s’exprime moins chez vous, à travers…La dualité, c’est-à-dire la violence / la douceur, la vie et la mort –un thème sur lequel vous êtes très souvent intervenue, donc cette dualité, notamment dans « Sans Logique »

-Je crois que cette dualité fait partie de moi et fera partie de moi jusqu’à la fin de mes jours. Maintenant, est-ce que j’ai envie de l’exprimer aujourd’hui ? Non. Je crois l’avoir assez fait. J’ai essayé, moi, de panser mes douleurs, maintenant en aucun cas ça n’épuise la dualité, voilà. Mais les douleurs sont moins vives et je suis guérie de certaines choses, donc c’est vrai que je les exprimerais moins facilement. Là encore, c’est pas une…comment dirais-je ? On change pas radicalement, on passe pas du blanc au noir. Maintenant, on peut avoir certains changements qui sont profonds, qui font que et votre écriture et vos thèmes de prédilection et votre musique vont s’en sentir transformés. 

Diffusion de « Sans Contrefaçon » (Boy Remix)

Justement, par rapport aux blessures : la compassion, c’est une valeur, une notion importante pour vous ? Je pense notamment à un titre qui s’appelle « Et Tournoie… » : ‘Sous ton âme la plainte amère / Panse-la, donne-la’ : ‘donne-la’, donc ‘partage-la’…

-Je crois qu’elle est devenue fondamentale, oui. Je crois qu’avant de s’intéresser à soi-même il est plus intéressant de s’intéresser à l’autre. Maintenant, vous dire que j’en fais une nourriture quotidienne… Je ne suis pas une sainte ! Mais quant à ces mots comme ‘tolérance’ ou ‘compassion’, ce sont des choses qui sont importantes dans ma vie, oui. Qui dirigent ma vie. images (2)Je crois qu’on a tous une difficulté que de vivre –peut-être pas pour tout le monde, mais on a tous nos problèmes- et que d’être concentré et être totalement nombriliste est quelque chose de totalement stérile. 

Diffusion de « Et Tournoie… »

À toutes ces questions qu’on vous pose sur l’enfance, votre vie affective ou amoureuse, votre sexualité, pensez-vous que vous avez déjà répondu dans toutes vos chansons, dans toute votre carrière jusqu’à présent, à toutes ces questions qui sont insidieuses et qui, à la limite, ne regardent personne ?

-C’est-à-dire, ça les regarde et ne les regarde pas : c’est toujours l’ambiguïté de ce métier –en tout cas, ce métier d’écriture. C’est vrai que si j’évoque quelque chose, on va me demander une justification. Maintenant, je suis d’accord avec vous : dès l’instant où j’ai écrit et mis ces mots sur un papier, je considère que j’ai fait ce que j’avais à faire, donc que je n’ai plus besoin de cette justification ou qu’alors on aura une lecture effectivement suffisante pour que je n’aie pas à rajouter des choses par rapport à ça. Mais c’est impossible puisqu’on demande éternellement une justification, le pourquoi du comment. Et puis, il faut pas oublier qu’une chanson, ça peut retranscrire un moment précis mais qui va s’évanouir deux heures plus tard. Maintenant, on a jeté ces mots sur le papier, donc trois jours plus tard il va falloir se justifier quant à ça. Et si je n’ai pas envie de me justifier ?! Mais donc voilà, là c’est l’ambiguïté de ce métier…

Et alors, par exemple, est-ce que quand on écrit une chanson, on l’écrit, on la chante, ensuite on la produit, on passe dans le studio etc. donc il y a tout un processus et ensuite on va la produire sur scène –en l’occurrence pour vous c’est vrai que la scène ne suit pas automatiquement chaque album- est-ce que vous arrivez à ressentir les mêmes choses ou à faire ressentir les mêmes choses, parce que c’est ça aussi la magie de l’artiste : c’est arriver à faire passer, même quelques mois après jeté comme ça ses mots sur le papier…Est-ce que c’est facile une fois arrivée sur scène, vraiment devant le public, de continuer, d’aller jusqu’au bout de ses paroles ?

-Ca me l’est relativement, si tant qu’il y a certainement des chansons que j’ai mis de coté. Maintenant, ne me demandez pas lesquelles parce que je ne sais pas moi-même ! (rires) Mais à partir du moment où je décide d’interpréter une chanson sur scène, il s’agit pas de se dire‘Voilà, parce que le dernier album est sorti on va mettre tout le dernier album’ : je crois que c’est un peu plus humain que ça. Donc pour répondre à votre question, toutes les chansons qui sont sur scène sont des chansons que je vis et que j’essaye de faire vivre avec le plus d’honnêteté que je puis. Une chanson comme… je ne sais pas…je pourrais chanter « Ainsi Soit Je… », maintenant j’ai préféré « Rêver » parce que c’est une chanson plus récente et qui est plus près de moi aujourd’hui. Mais si je devais chanter « Ainsi Soit Je… », je le chanterais avec la même émotion que sur la scène précédente parce que c’est quelque chose qui a fait partie de moi, donc j’ai la mémoire de tout ça. 

(« Ainsi Soit Je… » intégrera d’ailleurs le spectacle lors de la reprise de celui-ci quelques jours plus tard à l’occasion de quelques représentations, nda)

Diffusion de « Plus Grandir » (live)

Par rapport à ces deux chansons que vous citez, c’est assez curieux parce que « Ainsi Soit Je… », c’est une espèce de ‘amen’, comme ça, alors que « Rêver », ça projette des choses dans l’avenir. Est-ce que c’est ça le changement chez Mylène Farmer aujourd’hui, ou bien… ?

-(le coupant) Probablement. Là encore vous me demandez de m’expliquer, ou de tenter de m’expliquer. Il y a fatalement un changement en moi qui s’est produit. Je ne sais pas bien…Peut-être l’acceptation de certaines choses, ou en tout cas la démission d’autres choses.

Diffusion de « Ainsi Soit Je… »

On va parler du spectacle puisque c’est quand même un grand moment pour un artiste : c’est-à-dire qu’on est jeté en pâture, comme ça, à son public ! Moi j’ai eu l’impression en voyant ce deuxième concert –j’avais vu le premier- qu’il y avait peut-être plus une volonté de grand show, comme ça, et d’avant-gardisme, même. Est-ce que vous avez réussi au final à faire ce que vous vouliez ?
-Totalement, et là sans prétention aucune. C’est uniquement par rapport à ce que j’ai pu, moi, ressentir, totalement en harmonie avec ce que je voulais et évoquer et faire et vivre, donc c’est un joli cadeau pour moi. 

Est-ce qu’on peut mettre ça en parallèle avec systématiquement une manière de faire des remixes pour chaque morceau ? C’est vrai que c’est une tradition, je dirais, chez Mylène Farmer, que de remixer des morceaux. Est-ce que c’est des choses sur lesquelles vous donnez juste votre aval ou est-ce que vous le sentez bien ?

-Là encore, parfois on est un petit peu bridé par ce genre de choses. C’est vrai que moi j’aime bien les remixes en général et j’aime bien donner ma chanson à quelqu’un qui ne fait pas partie de mon univers, qu’on va prendre en Allemagne ou en Angleterre et qui va posséder la chanson ou la détruire pour en faire quelque chose d’autre. C’est toujours intéressant. Maintenant, est-ce que c’est une réussite à chaque fois : je n’en suis pas sûre ! Il y a des choses qui moi-même me surprennent et je me dis peut-être que sur une chanson –parce que souvent ou les anglais ou les allemands procèdent de cette façon : ils enlèvent totalement la chanson, laissent un mot et vont faire après tout le délire qu’on peut faire autour ! Maintenant, je l’ai accepté. Est-ce qu’on désincarne totalement une chanson ? Peut-être. Mais est-ce que c’est l’avenir d’une chanson, en tout cas est-ce qu’elle perdure ? Je ne sais pas bien. Peut-être c’est volontaire, dans le fond, que de détruire et désincarner quelque chose. Ce sont des choses qui devraient passer et s’oublier.

Est-ce que vous avez la même démarche, pareil, quand vous vous jetez en pâture à un photographe comme Herb Ritts ? Est-ce que, je dirais, on paye pour voir quand on va chercher Herb Ritts ou bien est-ce qu’on se dit ‘J’ai vraiment envie de travailler avec cet homme talentueux’ ?

-Non : on paye pour avoir ! Et ça, c’est un privilège, d’abord, que de pouvoir payer pour avoir et puis c’était un moment agréable pour moi, parce qu’on sait déjà qu’on fait appel à un talent qui est certain, donc il y a une angoisse qui est diminuée. Et puis c’est toujours intéressant : j’ai pas beaucoup travaillé avec des photographes hommes, masculins et c’était un regard qui était différent. Et c’est quelqu’un qui, je crois, malgré tout me connaissant très peu, a respecté ma personnalité tout en images (3)mettant son talent et tout ce qu’il a l’habitude de, lui, projeter. 

Je voudrais évoquer le concert encore : est-ce que pendant la tournée le concert a évolué ?

-Evolué… Je pense que plus on fait de concerts et mieux c’est. Mais des changements, aucun : ni l’ordre des chansons, ni le choix des chansons (comme précisé plus haut « Ainsi Soit Je… » sera pourtant interprété à quelques reprises à la reprise de la tournée, ainsi que « La Poupée qui fait Non » avec Khaled à Genève et à Paris, nda). Non, parce que là encore je crois que quand j’ai construit le spectacle, je savais ce que je faisais –en tout cas ce dont j’avais envie. En ça, ça n’a pas été modifié.

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Mylène : RECONTRE AVEC LA PRESSE RÉGIONALE

Posté par francesca7 le 8 février 2015

 

giorgi-02-aSeptembre 1994 : Laurent Boutonnat, Mylène Farmer et Jeff Dahlgren ont rencontré tous trois ensemble ­ pour la seule fois ­ les journalistes à l’occasion de la projection de presse de « Giorgino ». Différents journalistes interviewent alors longuement les trois protagonistes séparément, et leurs déclarations seront très partiellement reprises lors d’articles accompagnant la sortie du film dans les quotidiens L’Alsace, Le Républicain Lorrain, Le Guide Mériodional, L’Est Républicain et La Nouvelle République , ainsi que dans le supplément lillois Sortir (cf. ces références). Ce qui suit est la retranscription intégrale de l’enregistrement (près de quarante minutes) de l’entretien avec Mylène Farmer.

Comme pour l’entretien accordé en 1988 à Télé Star (cf. bonus de l’année 1988), on peut s’amuser à repérer les déclarations qui ont été gardées et observer comment parfois elles ont été remaniées.

Comment avez­vous abordé le passage de la chanson au cinéma ? C’est quand même différent…

­ C’est un travail différent. L’émotion est prodigieuse en scène, donc je crois que émotionnellement, il est difficile de rencontrer quelque chose de plus fort que la scène, en tout cas pour moi. Maintenant, d’un point de vue plus ludique, c’est un métier passionnant. Difficile, mais passionnant.

Laurent Boutonnat vient de nous dire que le rôle était très proche de vous. Vous le sentez comme ça ?

­ On va dire que ça n’engage que lui ! (rires) C’est la fosse aux lions ! Je ne me sens pas, oui, radicalement opposée au personnage de Catherine. Je ne suis pas Catherine. Peut­être avons­nous en commun à la fois cette fragilité et cette colère rentrée qu’elle a en elle, cette sensation parfois de n’être pas comprise et d’avoir un comportement parfois ou irrationnel, ou différent et dont on veut bien vous condamner. Voilà, peut­être en ça, je… Et puis définitivement, je ne retrouve plus le mot, l’enfant, voilà, qui est en Catherine et que je retrouve avant tout. Je vais y arriver ! (rires)

Et la colère rentrée que vous avez en vous, c’est une colère contre quoi ?

­ Contre la vie en général.

C’est­à­dire les injustices… ?

­ Oui. J’ai une colère en moi, quelque chose d’assez violent contre l’injustice, oui certainement, mais tout : la vie en général, la difficulté de vivre et toutes ces choses­là. Ce n’est pas passif, voilà.

Comment ça s’est passé, l’écriture du scénario ? Vous étiez impliquée dedans ?

­ Du tout, du tout. Non, non, Laurent Boutonnat a écrit son scénario, ses personnages. On en a très, très peu parlé et mon souhait était de lire le scénario fini, terminé.

Est­ce que vous avez une tendresse particulière pour certaines scènes ?

­ Me concernant, ou le film en général ?

Non, non, où vous êtes dedans. Une scène que vous aimez…

­ J’aime une partie du film qui est la réanimation : j’aime aussi bien d’un point de vue narratif que montage.

Toute cette partie où Marie, qui est la gouvernante, délire, devient complètement folle, elle est à l’extérieur. La réanimation… ce que ça suppose également. Je trouve ce passage vraiment magnifique.

Quand il réanime la fille. C’est différent, parce qu’il le joue quand même…

­ Voilà, avec l’amour. Je crois que c’est tout dit !

Est­ce que c’est une façon d’aller justement contre cette colère­là ? Est­ce que ça aide ?

­ Je pense que c’est un pansement, oui. C’est un joli pansement et c’est fondamental, je crois, pour la vie de chacun. L’amour est un pansement à la colère.

Comment vous avez décidé le passage du clip au film, quelque chose où on doit faire passer beaucoup de choses en un temps limité à un film qui a le temps d’installer un personnage ?

­ J’allais dire, sans prétention aucune, très, très naturellement, si ce n’est que c’est vrai qu’il y a toujours une frustration dans un clip parce qu’il n’y a pas la parole ­ si ce n’est qu’il y a les mots d’une chanson et qu’on n’a pas le temps de développer un personnage. En tout cas, c’est très concis, donc je dirais plus une ‘frustration d’actrice’ dans les clips, et puis cette envie aussi dans le fond d’interpréter quelqu’un d’autre que soi. Ca, c’était fondamental pour moi. Même si bien évidemment il y a des choses que j’ai puisées en moi, c’est quand même un personnage qui n’est pas le mien.

Et l’envie de passer au cinéma date de loin pour vous, ou pas ?

­ J’ai souhaité, j’étais très attirée par le cinéma bien avant la chanson, et quand j’ai rencontré Laurent Boutonnat, notre naissance a été la chanson. Une naissance commune, sachant qu’on pouvait aussi s’exprimer au moyen des clips ­ ça a été très important pour moi­ avec toujours cette idée qu’un jour on ferait quelque chose : lui en tout cas, un film et moi également, ensemble ou non.

Donc c’était clairement l’idée de départ que vous avez réalisée…

­ Oui, absolument. Oui, oui. Notre rencontre…ces deux passions­là étaient en chacun de nous, définitivement.

Sur scène, vous vous dirigez vous­même, or là, c’est différent. Est­ce que vous avez découvert que vous aviez la docilité nécessaire pour vous laisser faire ?

­ Non. Non, je l’ai réellement décidé parce que je savais que c’était capital pour moi et pour le film, c’est­à­dire justement de n’avoir à la fois plus ces inhibitions qui font partie de moi dans la vie de tous les jours, c’est­à­dire de baisser les bras et de se dire « Maintenant, laissons­nous porter ». Et c’est quelque chose, oui, d’assez difficile, mais en aucun cas il n’y a eu de conflit ou quelque chose comme ça.

Et c’est la première fois dans votre carrière où vous vous laissez porter complètement ?

­ Oui. C’est­à­dire cette volonté que de ne pas tout contrôler, sachant que c’est aussi un travail commun malgré tout avec Laurent avec mes propres décisions, mes textes et des choses quand même qui m’appartiennent. Maintenant, sur un film, j’étais ‘au service’ d’un metteur en scène.

Oui, mais un metteur en scène que vous connaissez bien, quand même…

­ Bien sûr, mais ça c’est…

Est­ce que vous avez refusé des rôles déjà, auparavant ?

­ Oui. Oui, oui, on m’avait proposé quelques rôles avant, que je n’ai pas acceptés parce que je n’ai pas trouvé ce que je voulais. Mais j’aurais pu commencer avec quelqu’un d’autre, oui…

Quels genres de films est­ ce que vous aimez, que vous allez voir ? Quels réalisateurs ?

­ J’aime beaucoup, beaucoup de réalisateurs, donc je peux vous donner une palette de réalisateurs. J’aime beaucoup Spielberg, je dirais tous les Spielberg ­ à part peut­être « Jurassic Park » qui ne m’a pas vraiment touchée, mais tous ses styles. J’aime David Lean profondément, David Lynch, Oliver Stone, Jane Campion, découverte il y a longtemps, lorsqu’elle avait fait son premier film que j’avais vraiment adoré. Il y en a tellement…

Vous allez les voir en salle ou bien vous les regardez à la télévision ?

­ Non, je vais les voir en salle. La télévision dénature quand même beaucoup. J’aime le cinéma…

Qu’est­ce qui vous a poussé à refuser les films qui vous avaient été précédemment proposés ?

­ Parce que ou les metteurs en scène ne m’attiraient pas, ou des rôles qui ne me plaisaient pas. Maintenant, c’est difficile, parce que je ne vais pas vous dire quoi, qui et pourquoi… !

Non, mais quels genres de rôles c’était ?

­ A l’époque de « Sans Contrefaçon », c’était un rôle sur l’androgynie ; à l’époque de « Libertine », c’était un rôle un petit peu plus dénudé…

Oui, donc une exploitation de…

­ giorgi-02-eUn petit peu, oui, plus qu’une réflexion réelle et puis aussi, on m’avait proposé un film et je travaillais, moi, sur mon spectacle, donc j’ai privilégié bien évidemment le spectacle à un tournage.

Et là, le fait de vouloir faire un long­métrage, ça impliquait que vous arrêtiez de penser ou de vivre comme une chanteuse ?

­ Totalement, oui.

C’est la première fois. Comment vous l’avez vécu, ça ?

­ Plutôt mal. Plutôt mal, oui. Une sensation d’abandon et peur des retrouvailles, donc oui, c’est…

Ca fait combien de temps que vous n’avez plus chanté ?

­ Deux ans, au moins…

Ha oui ! Et les retrouvailles, alors, c’est pour quand ?

­ J’espère bientôt ! Je vais attendre, comme je disais, que le réalisateur délaisse ses caméras pour reprendre son piano. (rires)

Donc vous étiez dans un autre état d’esprit pendant ces deux ans…

­ Oui, totalement. C’est­à­dire se dire « Voilà, maintenant une page est tournée ».

Vous avez découvert quelqu’un d’autre ?

­ C’est un bien grand mot, mais en quelques sortes, oui. C’est ­à­ dire maintenant, voilà : passons à une autre expression et puis tant qu’on veut de moi… Mais on ne revient jamais de la même façon, et je ne sais pas de quelle façon…

Vous savez que si vous continuez dans une carrière d’actrice et chanteuse, vous ferez ça à chaque fois, faire des coupures entre chaque…

­ Je pense que ça sera de cette façon, puisque je n’ai fait qu’une scène depuis que je fais ce métier. Je n’ai eu le souhait de monter sur scène qu’une fois et j’ai attendu longtemps avant de le faire, donc en ce sens je n’ai pas tout à fait la même façon d’envisager le métier qu’un autre artiste, qu’un autre chanteur qui fait de sa vie des tournées, du studio, des choses comme ça. Moi, je n’ai pas fait ça : j’ai fait peu de disques, j’ai fait peu de télévision, peu de scène donc je continuerai dans ce sens­là.

Et pourquoi cette envie de faire peu, mais bien ?

­ Hé bien, parce que c’est fondamental pour moi.

On en a connu d’autres à votre place qui font à la fois chanteur, acteur, quelques fois même présentateur de télé et voilà, quoi… !

­ …et qui se cassent la gueule ! (rires)

De qui voulez­ vous parler ?! (rires) C’est assez étonnant de voir que vous coupez à la limite une carrière pour en commencer une autre alors que beaucoup à votre place auraient dit « Je vais tout faire en même temps »…

­ Pour des choses un petit peu moins élevées ­ déjà, d’un point de vue technique ­ Laurent Boutonnat étant le compositeur, s’il décide de faire un long­métrage, en aucun cas je ne peux le perturber et lui dire « Voilà, maintenant faisons un album ! »…

Vous pouvez peut­être aller voir d’autres compositeurs…

­ Oui, mais je n’en ai pas envie. Je n’en ai pas envie. Et quant à, je sais pas, essayer d’expliquer ça, la scène par exemple, c’est quelque chose pour moi qui ne peut pas en aucun cas être routinier. Mais une fois de plus, ça n’engage que moi, c’est très personnel. L’émotion que moi j’ai eu au travers de la scène, c’est quelque chose que je ne pourrai pas avoir ou ressentir de la même façon éternellement, je le sais. Donc j’ai ce sentiment aujourd’hui, puisqu’on en parle, que je ferai peut­être une deuxième scène, et peut­être plus jamais…

Vous avez peur de gâcher le moment en le multipliant…

­ Parce que je pense, oui, que les choses s’affadissent.

Vous pouvez avoir la même réaction par rapport au cinéma. Si vous faites trop de films, peut­être que vous n’aurez plus…

­ Mais je n’en ferai jamais trop, je le sais aussi. Je pense que j’aurai le même comportement ­ou appréhension par rapport au cinéma, bien évidemment.

C’est une façon de se préserver, ça…

­ On peut voir ça comme ça, oui. Tout ça, c’est conflictuel aussi : parfois, on se dit qu’on aimerait bien penser un peu autrement ou vivre les choses un petit peu moins intensément ou violement comme ça, parce que dans le fond, le résultat est violent, à savoir qu’une scène, ou deux, ou trois uniquement dans sa vie, dans une vie d’artiste, c’est peu, donc… Je ne sais plus ! (petit rire)

Ce que vous recherchez, finalement, c’est la pureté…

­ Oui, c’est des mots…C’est difficile de s’attribuer ces mots­là pour soi, mais en soi, oui c’est préserver un sentiment. C’est vrai que je ne voudrais pas arriver et avoir le sentiment que de tricher ou que de ressentir ‘à peu près mais pas tout à fait’…Ca, c’est quelque chose qui réellement tuerait ma vie d’artiste, voilà, le ressentiment. Définitivement, donc en ce sens ça parait toujours très dramatique, quand j’emploie des mots comme ça, mais c’est réellement ce que je ressens, donc c’est pour ça…

Vous dites que vous faites peu de choses pour vous expliquer, et pourtant on a l’impression, et je pense que c’est probablement utile pour vous, qu’on vous voit énormément et on a l’impression que vous êtes très présente : il y a comme un paradoxe. Vous dites « Je fais peu pour faire bien » mais en même temps on a l’impression que vous êtes tout le temps là ­ je m’en plains pas, hein !

­ Ca, je ne sais pas…

Il y a les chaînes de télé, vos clips passent… J’ajoute un élément : quand on parle aux photographes de presse, ils disent « Mylène Farmer, elle est très difficile à photographier ». Donc vous préservez votre image, il y a encore un autre aspect, là. Est­ce que vous jouez avec votre ça ? Est­ce que vous jouez avec votre image ?

­ (légèrement agacée, sa voix se fait plus aiguë) Non, il n’y a pas de… (le journaliste continue, mais Mylène l’interrompt fermement) Non, non, non mais comment ça pourrait exister ?!

Mais parce que vous avez une image, vous êtes quelqu’un qui n’existez que…pour beaucoup de gens, vous avez une image : vous avez cité tout à l’heure « Libertine » ou des trucs comme ça. Pour beaucoup de gens vous représentez quelque chose…

­ Je crois que l’image a été très importante. Le clip est né il n’y a pas très, très longtemps, pour moi, pour ma carrière, ça a été très important. Maintenant, quant à une difficulté que de me photographier ou de m’interviewer, ça a été une décision de ma part, parce que ce n’est pas un moyen d’expression pour moi qui est très facile, que c’est quelque chose que j’appréhende. Je n’aime pas parler de moi.

Ca se passe bien, là !

­ Oui, bien sûr…Mais, en ce sens, j’ai préféré faire le minimum. Quant aux photos, c’est pareil : avec les journaux ou la presse, il peut y avoir une exploitation qui est outrancière et dérangeante. C’est quelque chose que je ne veux pas m’autoriser, donc j’ai refusé ça également, peut­être aussi parce que le contrôle m’échappe parce que c’est difficile de demander à un journal que de contrôler tout. Maintenant, c’est un peu mon souhait aussi : je veux dire, si des photos sont faites, j’estime que j’ai le droit de choisir ces photos­là, en tout cas de donner mon avis ou de demander tel ou tel photographe. Donc c’est des choses qui en général ne sont pas acceptées.

Mais il y a une différence entre dire « Je veux choisir les photos » et refuser les photographes !

­ Je sais pas bien et puis je vais vous dire quelque chose : il y a aussi beaucoup de choses qui se disent et qui n’existent pas, aussi. J’en veux pour preuve une séance de photos que j’ai fait il y a deux jours ­ ça, ça expliquera bien des questions ­ et qui s’est très bien passée. Et le soir, quelqu’un qui travaille à mes côtés m’appelle pour me dire « Je ne comprends pas, qu’est­ce qu’il s’est passé pendant cette séance de photos ?

Tu as refusé d’aller faire des photos dans les jardins du Luxembourg ?! », et c’est né de nulle part ! Donc, pour vous dire que j’ai moi­même des informations d’un comportement qui n’existe pas ! C’est­à­dire, dans le fond, plus vous êtes silencieux et plus on vous reproche de silence et on essaie de vous attribuer des comportements excentriques.

Et ça veut dire certainement plus intéressés…

­ Appelez ça comme vous voulez. Parfois c’est véhément, parfois c’est…Mais voilà, un silence provoque une réaction et provoque parfois une animosité…

Ce qui est quand même fascinant dans votre carrière, c’est que vous arrivez sur le devant de l’actualité ­ on vous voit, on vous entend ­ et on a l’impression que vous vous retirez. Vous arrivez à faire ça, il y a deux cas en France : il y a Isabelle Adjani, après certains films, on ne l’entend plus parler, et puis vous. Comment vous arrivez à faire ça ?

­ Là, je parlerais de nature profonde, non pas de marketing. Je pense que si c’est sa nature profonde, je pense qu’à un moment donné l’extérieur l’accepte. Je crois que je ne sais pas très bien répondre à cette question, parce que c’est comme ça, parce que je ne peux pas faire autrement.

Donc c’est pas du marketing, ça…

­ Non, parce que le marketing, ça peut marcher un an, deux ans, trois ans, mais pas sur la longueur : ça, ça n’existe pas. Marketing, il y en a toujours dans une carrière, que ce soit pour un film, que ce soit pour la chanson. Pour tous ces moyens d’expression, le marketing existe, on ne peut pas l’occulter et le nier.

Maintenant, dans ces choses­ là, non, définitivement ce n’est pas du marketing. Et d’ailleurs, je ne cherche pas à me justifier par rapport à ça !

Mais on ne vous demande pas de vous justifier, d’ailleurs…

­ Non, non, bien sûr…

…on vous pose des questions sur ce qui vous rend différente de beaucoup d’autres dans le showbiz !

­ Oui.

Qu’est­ ce vous avez prévu comme émissions télé pour ce film ?

­ Je pense que je vais faire les journaux de 20h ­ c’est­à­dire que ce sont là aussi des choses qui sont brèves, concises ­ avec Patrick Poivre d’Arvor, et puis je crois Antenne 2. Et puis je ne sais plus ! (rires)

Ce genre de manifestation, un peu comme aujourd’hui ou un journal de 20h, vous le faites avec plaisir ou vous forcez quand même un peu ? C’est pas un plaisir, comme ça, de rencontrer… ?

­ Là, maintenant tout de suite, sans parler de plaisir, c’est plutôt agréable ­ si ce n’est que j’espère que j’arrive à répondre à vos questions ! Vous dire que je le fais spontanément : non, définitivement pas ! (rires)

Est­ce que vous avez ramené ces jolis bracelets de Tchécoslovaquie ?!

­ Non ! (rires) Bizarrement, j’ai eu ça je crois il y a dix ans, et je ne les ai jamais portés. J’ai décidé de les mettre aujourd’hui !

Un événement, c’est pour nous.

­ Mais c’est français.

Dans l’avenir immédiat, c’est la chanson ? Vous y retournez, ou… ?

­ J’ai pas compris !

Dans l’avenir immédiat, vous retournez à la chanson ?

­ Oui, je pense. A moins d’une proposition fulgurante ! (rires)

Spielberg ? « Jurassic Park 2 » de Spielberg ? (rires de Mylène) Justement, ils font un casting en ce moment !

­ Mais sinon, la chanson, un album, oui…

Ca vous manque ?

­ Oui, oui.

La sortie, c’est pour quand ?

­ Je ne sais pas…

L’an prochain ?

­ J’avoue que je n’ai même pas la notion du temps, donc… ! Un album peut mettre quatre mois ­ quatre ou cinq mois ­ et puis la préparation d’une scène, peut­être un an. Peut­être, je ne sais pas… (il faudra en réalité patienter un an tout juste pour l’album et un an et demi pour la scène, nda)

Est­ce que vous allez voir les autres sur scène ? Il y a France Gall, en ce moment…

­ Précisément France Gall, non. Je vais peu dans les spectacles, non pas par manque d’intérêt mais parce que je ne m’y sens pas bien, que d’aller dans des lieux où il y a beaucoup, beaucoup de monde…

Une salle, ça vous dérange, quoi…

­ C’est­à­dire, une salle, quand on est sur une scène et qu’on voit beaucoup de monde, c’est prodigieux !

Quand on est assis et que fatalement on vous repère, j’ai toujours un petit peu de mal. Mais ça m’arrive, bien sûr, d’y aller mais enfin depuis deux ans, quasiment personne. J’aurais adoré aller voir Nirvana et je regrette d’avoir manqué ce moment. (le suicide de Kurt Cobain remonte alors à tout juste six mois, nda)

Et à aucun moment il n’a été question que vous enregistriez ne serait­ce que la musique du générique du film, ou une chanson dans le film ?

­ giorgi-02-dOui, il y a eu un souhait de Laurent, peut­ être des choses vocales plus que des mots, parce que des mots je pense que c’était une erreur. Et puis finalement ça ne s’est pas fait pour des emplois du temps différents, et il a choisi et il a eu raison ­ des chœurs d’enfants, et c’est magique ! (rires) Mais essayer de faire une chanson, non, et essayer après de la mettre en clip…

Oui, par exemple…

­ …non, je pense que ce film ne méritait pas ça. (elle se reprend) Non, j’allais dire qu’il n’avait pas besoin de ça, j’ai fait une confusion !

Qu’est­ce que vous pensez de la musique du film ?

­ Je la trouve très belle.

En tant qu’actrice, vous vous préparez comment à un rôle comme celui­là ? Vous avez dit que vous vous laissez faire…

­ Pas de préparation, non. Si ce n’est le souhait de… j’ai demandé à un docteur en psychiatrie, je   voulais assister à des entretiens entre des malades et donc un docteur.

Et vous avez pu le faire ?

­ Pardon ?

Vous avez pu le faire ?

­ Oui, je l’ai fait.

Ca vous a apporté quoi ?

­ J’avais envie de voir pour Catherine, lui trouver une gestuelle qui était particulière, donc je savais que je pouvais voir ça, observer ça. C’est plus dans une gestuelle que pour tout autre chose, et puis parce que de toute façon le sujet est passionnant.

Et ces entretiens, ça se passait comment ? Vous étiez assise à côté du docteur ?

­ Oui, c’est ça : j’avais une blouse blanche, donc j’aurais pu être quelqu’un de l’hôpital !

Donc il y a des malades qui ont été auscultés par Mylène Farmer, il faut le savoir ! (rires)

­ Oui, c’est malheureusement difficile d’y trouver un sourire, mais…

Vous avez fait ça en milieu hospitalier, alors ?

­ Oui. Et puis ça a été relativement bref et j’ai essayé d’être la plus discrète possible. Mais c’est troublant. C’est troublant.

Ca se passe comment, ce genre d’entretiens ?

­ C’est des entretiens qui sont très courts ­ en tout cas cette journée­là­ avec des personnes très diverses, qui ont fait des choses très diverses aussi, pour certaines qui ne sortiront probablement jamais. Et puis, vu de l’extérieur, on a un regard totalement faussé, c’est­à­dire qu’on lui donnerait son ticket de sortie immédiatement ! Et puis, oui, c’est des gens qui sont sous l’emprise des médicaments, donc c’est toujours aussi un peu faussé…

Ca doit quand même être quelque chose de soit choquant, soit bouleversant, ce genre d’expérience…

­ Oui, parce que ces gens ­là aussi… Je fais référence à un des entretiens où la personne avait beaucoup d’humour, et c’est vrai qu’à un moment donné, déjà parce que c’est oppressant pour soi et qu’on se prend à rire ou à éclater de rire avec la personne, et que dans le fond médecin, c’est tout sauf ça qu’il faut faire, parce que c’est donner raison à cette personne. Et c’est vrai qu’on est hors de ce monde…

Les malades, c’était des hommes, des femmes… ?

­ Des hommes et des femmes d’âge très différents…

C’est vous qui avez eu le besoin de faire cette démarche ?

­ Cette démarche ? Oui, j’avais vraiment envie. Vous dire que j’étais persuadée d’y puiser quelque chose pour Catherine, ça c’était l’inconnu. Mais j’ai vu par exemple, pour les mains ça, c’est quelque chose que j’ai retenu, parce que ces malades ont souvent la tête baissée et ont une, j’allais dire, une hystérie, en tout cas une raideur dans les mains et souvent les doigts très écartés ­pas des choses molles, c’est toujours des choses très tendues. Donc, c’est peut­être la chose que j’ai essayé de retenir…

Et les médecins expliquent ça comment ?

­ Je n’ai pas posé la question. Et puis je crois qu’on est soi­même, quand on est dans une tension nerveuse, on a des choses qui se raidissent ­ c’est presque naturel ­ sauf que eux, c’est décuplé. Et puis c’est de l’inquiétude, je crois, qui arrive dans les gestes et dans les mains et le regard. Ces malades, c’est les yeux et les mains. Le reste du corps est plutôt inerte, en général.

On se sent comment face à ça ?

­ C’est bouleversant, c’est perturbant et puis on se sent totalement inutile, c’est la chose la plus difficile. Après, évidemment, on lit. On n’a pas le choix.

Vous êtes née à Paris ?

­ Non, au Canada, à Montréal.

Et vous êtes revenue très tôt ?

­ J’ai passé neuf ans là­bas.

Et vous êtes d’une famille artistique ?

­ Du tout !

Vous êtes le vilain petit canard de la famille !

­ Oui ! (rires)

Qu’est­ce que vous espérez du film ? Qu’il va y avoir plein de propositions cinéma ?

­ J’espère réellement qu’il rencontrera un public. C’est vraiment mon souhait principal maintenant. Dans un deuxième temps, oui bien sûr, j’espère qu’il m’apportera d’autres rôles. Mais, là, ma vraie angoisse, c’est ça.

C’est­à­dire que ­ imaginons le pire ­ si ça devient un échec, vous le ressentirez très mal ?

­ Très certainement comme un échec personnel, oui. Même si je ne suis pas responsable dans le fond, mais oui. Oui, parce que c’est important, vraiment important.

Vous allez le présenter à Montréal ?

­ Je ne sais pas. (rires) Peut­être !…

Et vous sentez le poids du film ? C’est lourd sur vos épaules comme le poids d’un disque ?

­ Non. Non, parce que le poids du film, là, est quand même bien distribué. Il y a quand même le personnage de Giorgino (sic) qui est très important, et puis…

Oui, mais vous savez quand même que le gros de la promotion va être fait sur votre nom…

­ Bien sûr, oui. Il me semble que le disque est plus dur à porter pour moi, plus lourd. (elle pouffe puis se reprend) Je vais presque me contredire dans la seconde, je crois : les deux sont très durs et très angoissants. (rires)

Ca fait une différence, pour vous ?

­ Pas réellement, puisque mon implication, j’allais dire, est peut ­être de la même force, de la même ampleur, oui. Si ce n’est que dans la chanson il y a mes mots, il y a l’écriture, donc c’est quelque chose de… Dans le film, les mots ne m’appartiennent pas : ce sont les miens, mais ce sont ceux de quelqu’un d’autre.

Pourquoi vous n’avez pas essayé d’être co­scénariste pour proposer vos mots ?

­ Parce que je pense qu’à un moment, on se perd, parce que je n’ai pas ce talent, tout simplement, et qu’à un moment donné je préfère que quelqu’un s’occupe de moi un peu. Non, avoir cette envie que quelqu’un vous dise « Voilà, j’ai pensé à toi, j’ai écrit quelque chose. Je t’ai donné ces mots­là, en tout cas au personnage, maintenant débrouille­toi avec ».

Vous pourriez avoir exactement la même envie pour la chanson, que quelqu’un vous amène une chanson toute prête, la musique et le texte tout faits…

­ Jamais, non. Non, sinon je n’aurais pas fait ce métier.

C’est­à­dire que vous êtes prête à vous abandonner quand vous êtes actrice, mais quand vous êtes chanteuse vous avez besoin de tenir les rênes du métier ?

­ J’ai besoin d’écrire mes mots pour pouvoir moi y donner ce que j’ai envie d’y donner, sinon ça ne m’intéresse pas.

Et vous n’imaginez pas encore écrire des mots pour un film ?

­ Non. Non, non…

Laurent Boutonnat va faire beaucoup de films en Tchécoslovaquie ? Vous allez faire des tournées maintenant ?

­ Non, non. Je crois qu’il doit recevoir une chaîne, peut­être oui. (on verra en effet Laurent Boutonnat accorder quelques petits entretiens en télévision pour la sortie du film sur France 2, Canal + et M6, nda) Il est toujours surpris d’être reconnu, mais c’est quand même très modéré !

Les conditions de vie sont difficiles, là­bas…

­ Le propos n’était même pas celui­là. Vous savez, on était dans des lieux tellement retirés du monde qu’on n’a pas été vraiment confrontés à ça du tout.

Le phénomène des fans, vous le vivez comment ?

­ Est­ce que vous pouvez préciser ? Vous pensez à quoi ?

Parce que vous faites partie des actrices ­ des chanteuses, pardon ! ­ qui ont des fans, avec tout ce que ça peut comporter comme comportements d’idolâtrie. Comment est­ce que vous vivez ça ?

­ J’ai fait attention à ça ­ si ce n’est que c’est quelque chose qu’on ne maîtrise pas, de toute façon ­ déjà en refusant de faire un fan­ club, voilà.

1996-05-cPourquoi ?

­ Parce que en tout cas que ça ne me convenait pas. Maintenant, que de rencontrer des personnes et leur comportement…il y a toujours des choses qui vous dérangent, mais pas pour soi, qui vous dérangent pour ces personnes ­là, parce que parfois ces personnes­ là sont très malheureuses et peuvent rester des journées entières, ou parfois des nuits, à attendre quelque chose. Donc si je peux le donner sur un très court instant, je vais le donner. Je préfère ! Maintenant, c’est vrai qu’on ne peut pas donner à tout le monde parce que après, c’est…

Vous imaginez par exemple qu’il y a des jeunes qui ont dans leur chambre des centaines de photos de vous, des t ­shirts… ?

­ Je ne veux pas penser à ça !

Nous vous remercions beaucoup. Merci pour votre gentillesse !

­ Merci à vous !

Publié dans Mylène 1993 - 1994, Mylène dans la PRESSE | Pas de Commentaires »

Déjeuner de gala sur NOSTALGIE avec Mylène

Posté par francesca7 le 8 février 2015

 

30 NOVEMBRE 1996 -Entretien avec Michel COTTET

1996-05-aMichel Cottet : L’actualité de Mylène Farmer, c’est cet album, « Anamorphosée » ­bien que ayant déjà quelques mois, il est encore tout frais et tout présent à notre mémoire et on se laisser bercer en ce moment par l’excellent titre « Rêver » ­ et puis il y a cette tournée, non pas gâchée mais interrompue pour une stupidité. Il ne m’appartient pas de déverser une kyrielle de qualificatifs pour essayer de vous cerner, de vous faire réagir ­ c’est toute la magie d’un personnage. Ceci dit, tout ce mystère qui débouche sur un statut de phénomène est ­ce que vous n’avez pas l’impression quelquefois que cela fait ombrage à votre vrai statut, qui est avant tout quand même, si je ne m’abuse, auteur compositeur­ interprète ?

Mylene Farmer : Ombrage, je ne sais pas bien. Est­ce que j’en souffre ? Non, pas vraiment. J’ai décidé de ce mystère en ce sens que je parle peu et que je réponds peu aux questions en général, donc je crois que j’en suis l’auteur donc je n’ai pas à m’en plaindre.

MC : Je ne parlais pas forcément du mystère mais du fait que à force de vouloir justement le percer, on en oublie de parler avec vous de ce qui quand même nous séduit au préalable, c’est­ à­ dire votre  musique, votre façon d’écrire, votre façon de paraître sur scène. Est­ce que parfois vous n’avez pas l’impression d’être dépassée par vous­même, en quelques sortes ?

MF : Je ne suis pas sûre de pouvoir répondre à cette question, si ce n’est que c’est vrai que  l’évocation de l’écriture est quelque chose, dans le fond, d’assez rare de la part d’un journaliste parce que je crois qu’il est plus enclin à parler ou d’une vie privée que l’on ne veut pas dévoiler, ou des choses qui sont ‘plus racoleuses’. Peut­être que je souffre de ça un peu, oui.

MC : On y reviendra, et j’espère comme ça que votre passage à Nostalgie vous aura ôté un peu de souffrance puisqu’on évoquera votre écriture. Ce que l’on sait, c’est que vous avez quand même ‘fui’ à Los Angeles pour essayer de retrouver une forme de solitude. Vous avez vos repères, j’ai les miens : moi, c’est Léo Ferré, Ferré qui disait : ‘Dans la solitude, le désespoir est une forme supérieure de la critique. Pour l’instant, nous l’appellerons bonheur’. Le désespoir, vous l’avez touché ?

MF : Je crois qu’il a fait partie de mon quotidien, mais maintenant je ne pense pas être la seule ! Je pense que le commun des mortels a des moments de bonheur et des moments de détresse absolue. Je crois que même une journée peut être comblée par bonheur et tristesse à la fois. Maintenant, est­ ce que je fais l’apologie de la détresse et du malheur : non. Je l’ai exprimée, en tout cas.

MC : Cette solitude, vous la recherchez ?

MF : Je ne suis pas sûre de me définir comme quelqu’un d’étant solitaire. J’aime parfois avoir des moments, oui, seule : l’écriture est un moment privilégié pour ça. Maintenant, j’aime bien la compagnie  de personnes choisies.

MC : Quel est le moment le plus fort, justement ? C’est rentrer dans cette solitude ou en sortir pour retrouver l’autre ou les autres ?

MF : Je crois que les deux sont à déguster ! (rires)

MC : Je poursuis avec ce texte de Ferré, toujours sur cette solitude : ‘je voudrais m’insérer dans le vide absolu et devenir le non ­dit, le non avenu, le non vierge par manque de lucidité’. Ne pas rencontrer le bonheur, est­ce que c’est pour autant être lucide ?

MF : (elle se répète la question à elle­ même) Ne pas rencontrer le bonheur…Je ne sais pas. En tout cas, j’aime l’idée de s’approcher de ce vide et de ne faire qu’un avec ce vide. C’est vrai qu’il y a quelque chose, l’idée du néant, qui est quelque chose de très happant. C’est vrai que parfois, on a envie de se confondre avec le vide, avec le rien.

MC : Ce que vous appelez le non­ dit, qui est essentiel pour la réussite…

MF : Oui.

Diffusion de « California »

MC : Mylène Farmer est votre invitée aujourd’hui dans ce « Déjeuner de gala » sur Nostalgie, avec cette notion de non ­dit. Ne pas énoncer, ne pas expliquer pour susciter la curiosité, est­ ce que c’est bien compatible avec une autre notion, qui est celle de la fidélité ? Je veux dire par là, quand on côtoie des gens ou des habitudes, forcément on perce le mystère, donc là c’est un peu antinomique, non ? Parce que vous êtes quelqu’un de fidèle ­ je parle du point de vue professionnel !

MF : Je pense être quelqu’un de fidèle, oui, dans tous les sens du terme et toutes les situations. Maintenant, pardonnez­moi : j’ai oublié la question ! (rires)

MC : Je disais, parallèlement à cette fidélité vous êtes porteuse de cette idée de non­dit : ‘je garde la mystère, je ne veux pas qu’on me dévoile et je ne veux pas dévoiler’. Est­ce bien compatible, ces deux approches ?

MF : Là encore, je ne… Le non ­dit, j’aime les non ­dits, maintenant est­ ce que je suis caractérisée par le non-dit : je ne le crois pas. Maintenant, j’ai choisi de dire certaines choses, de dévoiler certaines choses, de les clamer parfois et quand une question ou un sujet me dérange, là effectivement ce sera ou un non ­dit ou un non tout court ! (rires)

MC : Donner un sens à tout, c’est ridicule pour vous, finalement…

MF : Je sais pas si, là encore, c’est ridicule ­ pardonnez­ moi ! (rires) Je ne pense pas avoir d’abord la prétention, et je ne pense pas que la vie vous offre un sens à tout. Je crois que ça fait partie aussi du mystère de la vie, du mystère de la mort, de toutes ces choses qu’on ne sait pas et qu’on ne saura probablement jamais. Parfois on peut souffrir de ce silence et des ces non­réponses, et parfois je trouve ça plutôt bien. C’est une forme de liberté aussi en soi.

MC : Je vais peut ­être vous soulager, je viens à votre secours ­ si tant est que vous en ayez besoin : finalement, c’est pour ça que vous redoutez l’exercice que nous sommes en train de faire parce qu’il est communément admis qu’à toute question doit correspondre une réponse, et en plus logique !

MF : Oui. Oui, c’est vrai que là, dans le fond je n’aime pas la logique, je n’aime pas le rationnel et c’est un exercice qui est difficile, uniquement parce que je dois parler de moi, dans le fond c’est aussi bête et simple que ça. C’est un exercice difficile pour moi.

MC : Parler de soi… Parler d’idées qui vous traversent la tête, c’est peut­ être pas forcément parler de vous. C’est peut­être plus facile…

MF : Oui, mais c’est une façon de se mettre en avant et c’est vrai que là, ça fait partie d’un exercice qui est probablement utile à l’artiste, en tout cas on lui demande. Mais si j’avais à choisir, je crois que j’aurais rayé cette mention ! (rires)

MC : Le non­ dit, c’est aussi l’imaginaire. Est­ce un jardin dans lequel vous aimez flâner ?

MF : J’aime surtout, je dirais, au travers de lectures. Quant à mon imaginaire, oui, je cultive ce jardin, je crois, oui. Maintenant, là encore j’aurais du mal à en parler parce qu’il est imaginaire, justement !

MC : Mais un auteur se doit d’imaginer, et l’imagination c’est une forme de liberté que vous recherchez…

MF : Oui.

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MC : Retour dans « Déjeuner de gala » sur Nostalgie. On parle avec Mylène Farmer, votre invitée, de la liberté. Quelles sont les situations, les mots, les événements dans lesquels vous ne vous sentez justement pas libre ?

MF : Les dîners où il y a beaucoup de personnes… (elle cherche, puis pouffe de rire)

MC : Une foule, c’est pas ‘beaucoup de personnes’, c’est qu’une personne raisonnée ?

MF : Oui. Oui, c’est toujours un peu facile comme détournement, mais dans le fond c’est vrai. C’est vrai, quand on est en face d’un public, quelque soit la salle, à partir du moment où il y a plus de deux personnes, trois personnes, mais plus le nombre est grand et plus il ne reforme qu’un et une énergie, en tout cas.

MC : En tête à tête, vous vous livrez plus ­parce que sur scène, on peut dire que vous vous livrez-vous vous livrez plus que devant une multitude de gens…

MF : Non, je pense que c’est faux. Je pense que je me livre davantage, mais peut­être sans la présence des mots ou en ayant choisi les mots. Maintenant, je crois que l’émotion que moi je ressens sur scène et que je peux offrir est quelque chose qui est une mise à nu, qui est beaucoup plus importante que dans une interview. J’ai malgré tout le contrôle de moi­même et de mes silences aussi.

MC : Ca fait douze ans, mine de rien, que vous êtes dans ce métier de la chanson. (Mylène confirme en riant) Est­ce que la situation a failli vous échapper une fois, durant ces douze ans ?

MF : M’échapper, non, je ne le crois pas. Je ne sais pas à quoi vous faites allusion précisément, mais j’ai…

MC : Être dépassée par ses propres motivations, s’embarquer dans un chemin qui n’était pas le bon…

MF : Avoir envie d’arrêter parfois tout, oui, ça m’est arrivé.

MC : C’est une façon de contrôler, justement, comme cette fuite…

MF : De nombreuses fois, oui. Hier encore…

MC : ‘J’avais vingt ans…’, mais ça c’est Aznavour ! (rires de Mylène) La fuite dans les mots, c’est quand même plus bénéfique que la fuite à Los Angeles ? Vous l’évoquiez tout à l’heure avec mon jardin imaginaire…

MF : Oui, je crois que j’ai eu besoin pour continuer d’écrire, puisqu’on parle des mots, que j’ai eu besoin de ce passage. Maintenant, il s’est effectué à Los Angeles, dans le fond ça aurait pu être ailleurs, en tout cas un pays dit étranger. Mais j’y ai trouvé, oui, si ce n’est une réelle source d’inspiration, en tout cas moi je me suis nourrie, si je puis dire, à ma façon. J’y ai trouvé quelque chose, oui.

MC : C’est Jean­Louis Murat qui, à ce même micro ­ je fais allusion à lui parce que vous l’avez rencontré, ne serait­ ce que pour un duo ­ qui expliquait que dans un texte, finalement, le texte n’était jamais aussi beau que lorsque à la fin de la chanson on n’avait pas forcément tout compris.

MF : Oui…

MC : Et pour vous aussi, je crois, à savoir que les mots ont plus d’importance que l’idée.

MF : Je pense qu’il vaut mieux savoir, en tout cas pour soi­ même, face à soi­ même, savoir ce qu’on a voulu dire. Maintenant, je suis d’accord que la chose trop expliquée, qui ne laisse pas dans le fond à l’autre une liberté, me dérange.

Diffusion de « L’Instant X »

1996-05-cMC : Avec nous, Mylène Farmer qui est notre invitée dans ce « Déjeuner de gala » sur Nostalgie aujourd’hui samedi. Je fais une petite digression avec les images, je voulais en parler un petit peu plus tard. Vous parlez de notion de liberté quant à la perception d’une chanson : le clip, pour le coup c’est bien souvent quelque chose de très cadenassé. On nous impose des images, on nous fait une explication ­ ça ne vous concerne pas tout le temps­ mais n’est­ce pas un piège ?

MF : C’est vrai, c’est un piège. Mais là encore, est­ce qu’on a le choix de ne pas faire sur une chanson une mise en images ? Là encore, malheureusement je n’ai pas ce choix ­là parce que ça serait suicidaire. Mais sur certaines chansons, c’est vrai que certainement je n’aurais pas fait de clip, parce que justement il y a une réduction du sujet évoqué, et puis parfois c’est magique aussi, donc…

MC : J’ai lu que vous disiez : ‘Quand j’écris mes textes, je livre beaucoup plus de moi que vous ne croyez. Il suffit de savoir écouter’. Est ­ce que vos chansons sont codées ? C’est un exercice qui peut vous amuser, ça ?

MF : Non, je ne suis pas sûre d’être aussi intelligente que ça. En tout cas, j’aime bien les mots, donc j’aime jouer avec les mots…

MC : Pas de fausse modestie, jeune fille ! (rires)

MF : …mais codés, non. Non. Je n’ai pas ce sentiment­là.

MC : Y a ­t ­il quand même une notion ­ j’ai cru vous entendre le dire, cette fois ­ci, donc la véracité du propos est entière, que vous aimiez cette forme d’irrationalité dans un texte et, comme vous venez de le souligner, que vouloir forcément une d’explication, c’est pas le but. Cette notion d’irrationnel, elle vous caractérise lorsque vous écrivez ?

MF : Non, je ne pense pas. Je ne pense pas, maintenant, sans parler de moi, quand je lis par exemple Cioran, puisque ça m’arrive de le lire en ce moment, à cette faculté que vous donner des mots­ clés, et là encore de vous laisser votre propre imagination. C’est un peu confus, ce que je dis, mais… (rires) Un peu comme les haïkus, vous voyez, ces poèmes qui sont très, très courts. On vous donne deux mots, on va vous dire –je dis n’importe quoi : un chien, une fourmi et la senteur du foin et tout à coup, ça va évoquer une multitude de choses. Mais là, ça sera à chacun d’interpréter ou d’imaginer. Donc j’aime, en tout cas si c’est ce que vous évoquez comme étant une irrationalité, alors c’en est une, oui, parfois…

MC : C’est finalement l’éducation que l’on reçoit lorsqu’on allait à la maternelle qui se transforme avec des beaux mots, mais c’est ça en fait : on apprend aux enfants, on leur montre un chat et leur imaginaire… (Mylène acquiesce d’un murmure) Vous faites allusion, donc, à Emile Michel Cioran, ce philosophe français pessimiste, dont l’œuvre s’exprime souvent par aphorismes. Vous en avez des favoris, vous ? Des proverbes, des… ?

MF : Je n’ai malheureusement pas beaucoup la mémoire des… (rires) Je retiens difficilement !

MC : Ben, ‘tomber sept fois’, il y a déjà ça !

MF : ‘Tomber sept fois’, c’était court donc facile à retenir ! Oui, il y a ce proverbe, effectivement, japonais qui dit ‘tomber sept fois, toujours se relever huit’ donc je l’ai volé.

MC : Vous êtes charmée par ce genre de formules ?

MF : Là encore, c’est le plaisir des mots et l’intelligence qui peut s’en dégager. En tout cas, sans parler même d’intelligence, à la fois la précision dans la non précision. Il y a cette phrase maintenant qui me revient… (rires)

Je vais faire mon exercice ! (rires)

MC : Allez­ y, soufflez bien !

MF : ‘Tout ce qui ne m’a pas tué me rendra plus fort’

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MC : Voilà, de retour avec Mylène Farmer qui est notre invitée aujourd’hui dans ce « Déjeuner de gala ». Je faisais référence à cette chanson qui figure sur l’album « Anamorphosée », c’est la  première fois où vous signez la musique : « Tomber 7 fois… »…

MF : Oui, oui. Absolument, oui.

MC : Après les mots, la musique. C’est une forme de défi que vous vous êtes lancé à vous­même ?

MF : Non. Là encore, ça s’est passé relativement naturellement : j’ai une guitare à la maison, donc il m’arrive parfois de tenter d’y jouer et ma foi, voilà, j’ai trouvé donc cette chanson, mais est­ ce que j’ai envie de faire ça et prolonger ça : non, je ne le crois pas.

MC : Vous vous êtes surprise vous ­même ?

MF : D’une certaine façon, oui, probablement ! (rires)

MC : Vous avez regardé autour si personne ne vous avait vue commettre cet acte affreux qui était d’écrire une musique ?!

MF : (rires) Oui, dans la mesure où j’ai pas de formation de musicienne. J’en ai le goût, en tout cas, mais je pense qu’il faut plus de talent pour composer.

MC : Vous êtes quand même pluridisciplinaire ­ on évoquera plus tard le goût de la peinture ­ vous écrivez, vous chantez, c’est tout à fait dans vos cordes, en tout cas c’est dans votre mentalité. C’est aussi de la liberté, finalement, que de savoir faire plusieurs choses, non ? C’est pour ça que cette notion de devenir compositrice, ou compositeur pardon, ça peut aussi vous aller, non ? C’est pas un défi qui vous… ?

MF : Non, parce que là encore, sans parler de talent, je sais ce que je suis ‘capable’ de faire, en tout cas de revendiquer, on va dire. Maintenant, quant à la musique, là encore, la composition, je sais que je m’essoufflerai très, très vite parce que manque tout simplement de connaissance, là encore.

MC : Vous voyez que vous êtes intelligente, puisque l’intelligence c’est savoir reconnaître ses limites.

MF : Je ne ferai pas de commentaires ! (rires)

MC : On saute du coq à l’âne, c’est le cas de le dire : vous aimez les animaux, je vous emmène sur le terrain des animaux. Comment va E.T. ?

MF : Très bien !

MC : Bien. Ce qu’il y a de fabuleux dans la communication avec les animaux, c’est que l’on émet des mots, eux les perçoivent comme des sons suivant l’intonation, et finalement, là on retombe sur c’est presque une chanson qu’on écrit avec les animaux : ils interprètent comme ils le veulent. Est­ce que mon parallèle vous choque ?

MF : Non. Vous faites ce que vous voulez, d’abord ! (rires) Mais effectivement, oui, les animaux, en tout cas les petits singes, connaissent probablement les sonorités, mais les visages aussi. Ils interprètent beaucoup l’expression, liée au son probablement. C’est un être, là pour le coup, relativement intelligent, caractériel aussi, qui a ses humeurs, mais c’est toujours aussi passionnant d’avoir un singe.

MC : C’est l’animal ­ nous en parlions tout à l’heure ­ qui se rapprocherait le plus de nos réflexes.

C’est pour ça que vous l’avez choisi ?

MF : Je crois que j’ai simplement une passion pour le singe. A chaque fois que je vois un documentaire sur ces animaux, j’ai envie de changer de vie et d’aller les retrouver, de les aider ou d’essayer de dialoguer, de m’y intéresser en tout cas. J’ai vu beaucoup, beaucoup de reportages sur les chimpanzés, les orangs­outans ou les gorilles. C’est vrai qu’une vie comme celle de Diane Fossey est une vie passionnante, mais c’est une vie difficile aussi.

MC : C’est une grande tendresse que vous avez envers les animaux, tout à l’heure vous étiez avec les chiens ! Vous aimez leur naïveté ? Leur fidélité ? C’est ce qui vous attire ?

MF : Là encore, je vais probablement vous décevoir mais je ne suis pas sûre d’analyser toutes les envies que j’ai, ou les communications que j’ai. J’aime les animaux parce que dans le fond, c’est très spontané.

Maintenant, si vous voulez vraiment trouver pourquoi on aime un singe, pourquoi on aime un chat ou un chien, dans le fond, ça, ça ne m’intéresse pas de savoir pourquoi je les aime. Je les aime, tout simplement.

Diffusion de « Mylène s’en fout »

MC : « Mylène s’en fout ». Pas nous ! Elle est votre invitée aujourd’hui sur Nostalgie, dans ce « Déjeuner de gala ». On a aimé ­ et on aime toujours ­ cet album, notamment, « Anamorphosée ». Je voulais juste un petit mot sur cet univers musical : il y a eu une évolution. Est­ce qu’on peut la qualifier, cette évolution, de tonique, d’énergique ? Ca serait le bon mot ?

MF : Je vais être obligée, moi, de revenir vers mes albums précédents : je n’ai pas eu le sentiment que ces albums n’étaient pas énergiques, donc en ce sens je ne peux pas aller dans cette idée de ‘plus d’énergie’. Je crois que parce qu’il y a des guitares, beaucoup plus de guitares qu’avant, peut­être que l’énergie vient aussi de là. Peut­être dans la façon de chanter, qui est probablement un peu différente : je chante plus grave ­ en tout cas, je me le suis autorisé !

MC : Dans le ton, rassurez­ nous ! (rires)

MF : Dans un ton plus grave. (elle hésite) Là, j’avoue que je ne sais pas bien… « Désenchantée », pour moi par exemple, est une chanson extrêmement énergique ­ mais ça n’engage que moi ­ au même titre que « L’Instant X », si ce n’est que la production est très différente. Là, oui.

MC : Voilà, justement : en quatre ans, est­ ce que vous avez eu l’impression de vivre une révolution musicale ?

MF : Non…

MC : D’abord, est ­ce que vous avez écouté ce qui se faisait ? Quand se passent comme ça quatre années, est­ce qu’on a le doute de se dire ‘je vais décrocher, je vais avoir un handicap insurmontable’ ? Parce que c’est un métier qui va très, très vite ­ je parle de la technologie, ne serait ce que ça…

MF : Oui. Oui, oui. Là encore, c’est plus une envie profonde non pas que de changer radicalement, mais simplement puisque j’ai passé un certain temps aux Etats­ Unis, c’est vrai qu’on est enclin à écouter beaucoup plus de musique : si on écoute la radio, on écoute que de la musique américaine en tout cas et qui est essentiellement beaucoup de guitares, et puis aussi dans les mélodies… Donc, en ce sens je ne me suis pas dit, là encore, ‘Pour le prochain album, il va falloir faire attention !’. C’est simplement un désir, tout simplement, que d’aller vers quelque chose de plus ce qu’on appelle live, moins de gimmicks. Je sais pas si j’ai répondu à votre question ! (rires)

MC : Si ! Faire office de référence, comme vous le faites aujourd’hui, est­ce que c’est une forme de reconnaissance éternelle ?

MF : Référence… ?

MC : Vous êtes une entité…

MF : Oh, pardon : moi ?!

MC : Oui ! Est­ce que c’est une forme de reconnaissance ?

MF : Est­ ce que je suis une référence ?!

MC : Quoiqu’il advienne, à partir de ce jour vous resterez quelque chose auquel on pourra s’identifier, auquel on fera référence. Est­ce que cette reconnaissance, vous la percevez ? Et comment vous l’acceptez ?

MF : Je la perçois parfois. Quand je monte sur scène, je crois que c’est le moment où l’on vous applaudit, tout simplement, où on vous dit que vous êtes quelqu’un d’important à ce moment ­là. C’est important au moment où je le fais. Maintenant, vous dire est­ce que ça me rassure ou est­ce que c’est important pour moi : je ne suis pas sûre, là encore, de pouvoir répondre à cette question. Je ne sais pas. (rires) J’aurais plutôt une humeur aujourd’hui de nous somme peu de chose, donc ça va être difficile pour moi que de vous dire ‘Je suis une référence’ ! (rires)

MC : Mais nous sommes peu de chose, je vous le confirme ! Il faut mieux en rire…

MF : J’aime ce que je fais. Je crois que je vais, là encore, faire ou une pirouette ou une réponse plus concise : j’aime profondément ce que je fais. C’est le plus important.

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1996-05-eMC : Bien. De retour dans « Déjeuner de Gala » sur Nostalgie avec Mylène Farmer. Il y a quelque chose que vous aimez et que vous ne faites pas encore, et que vous allez certainement faire parce que vous n’êtes pas être à vous laisser abattre, c’est le cinéma. (Erreur de Michel Cottet, puisqu’à la date de la diffusion, « Giorgino » venait de sortir deux ans auparavant ! nda) Tout ce que vous entreprenez sur scène, sur disque, sur les clips, il y a ­ j’ai l’impression, arrêtez ­moi si je me trompe ­ une approche cinématographique.

MF : Oui…

MC : Votre bonheur total serait aujourd’hui, ou dans quelques années, d’avoir une pile de disques de diamant et puis une pile de bobines de films, quand même, non ?

MF : Là encore, je ne suis pas sûre. Il y a quelques années, j’aurais ­ et je l’ai dit, que de ne pas faire de cinéma, j’en mourrais…

MC : Je voudrais qu’on ferme…Oublions tout ça et voyons devant !

MF : Non, non ! Je le révoque, parce qu’aujourd’hui je crois que je peux m’en passer tout à fait. Ca, c’est pour répondre à la notion de pile et de collection (rires). J’aimerais refaire un film, avoir un rôle qui bien sûr m’intéresse. Maintenant, me projeter dans un avenir de cinéma : pas du tout. Honnêtement, pas du tout.

MC : Mais cette approche ­ j’en finirai avec le cinéma…

MF : Mais j’aime le cinéma, donc voilà pourquoi j’aime l’image.

MC : Voilà, ce qui explique peut ­être votre petite différence ­ enfin, pas votre différence, ce que j’expliquais tout à l’heure : le phénomène musical ­ parce que vous appréhendez les choses avec un autre regard, celui de la caméra, même si on parle de chanson…

MF : Là encore parce que mon goût probablement, oui, pour le cinéma, pour l’image, pour l’évocation. Donc là c’était une rencontre formidable, en tout cas, quand j’ai commencé ce métier, à savoir que le clip était un élément essentiel pour un artiste, et ça a été quelque chose de magique pour moi ­ déjà d’avoir travaillé avec Laurent Boutonnat, qui a fait quand même la plupart de mes clips et qui est quelqu’un de grand talent. Là encore, c’est l’idée de rencontre, que de pouvoir aller voir Abel Ferrara et lui demander de travailler avec lui, Marcus Nispel, autant de gens qui ont beaucoup de talent. Là, c’est plus l’idée ­ on parlait de solitude tout au début­ là c’est l’idée réellement de deux ou de trois, de ne pas être seule justement dans une création.

MC : Vous citez Bergman, Polanski, Annaud ­ je lis, hein ! ­ Sergio Leone, dans le monde du cinéma. Est ­ce que vous avez eu des rencontres fascinantes, au­ delà des œuvres, avec ces gens ou avec d’autres ? Est­ce qu’il y a des gens que vous aimeriez rencontrer ? Vous aussi, certainement, vous êtes titillée par ces…

MF : J’aurais adoré rencontrer Bergman, mais il ne m’a pas attendue ! (rires) Maintenant, là encore, est­ce que j’ai des vœux : non. J’aurais aimé rencontrer Cioran, mais il n’est plus. J’avais très, très envie de rencontrer Abel Ferrara, c’est chose faite.

MC : Vous avez percé un peu le mystère ?

MF : De ce monsieur ? C’est quelqu’un d’assez fascinant, aussi bien dans la destruction que dans l’énergie, mais c’est quelqu’un de fascinant en tout cas.

MC : Donc c’est intéressant, finalement, d’essayer de percer le mystère des gens et de les rencontrer…

MF : Oui, bien sûr ! Bien sûr. Mais là encore, c’est quelqu’un qui se dévoile très, très peu.

MC : C’est d’autant plus passionnant…

MF : Il faut comprendre des choses, accepter d’autres, tolérer parfois, mais c’est quelqu’un de très riche, oui.

MC : « A force d’ignorer la tolérance, nous ne marcherons plus ensemble »…

MF : Oui ! (rires)

Diffusion de « Rêver »

MC : Juste avant ce titre, on parlait justement de chanson, du disque. En parlant de chanson, c’était dans l’album « L’Autre… » : ‘Agnus Dei, moi l’impie je suis saignée aux quatre veines’. A défaut de mépriser la religion, le bouddhisme c’est quand même quelque chose que vous avez cerné avec le livre de Sogyal Rinpoché, auquel vous rendez hommage d’ailleurs sur la dédicace de l’album. (Mylène confirme d’un murmure) Vous avez lu « Le livre tibétain de la vie et de la mort ». Cette philosophie consiste à vivre le moment présent : concrètement, c’est quoi ne pas vivre les moments avant et après qui peuvent redonner le sourire comme ça ?

MF : Ne pas vivre les moments avant ou après ?

MC : Puisque la définition…

MF : Oui, oui. C’est une façon de ne plus se mettre en réel danger ­mais ça c’est une notion dans le fond que je n’aime pas parce que j’aime le danger, j’aime l’inconnu ­ mais en tout cas d’un danger qui n’est pas réellement intéressant, à savoir c’est vrai que le passé peut être un fardeau. L’avenir, l’idée de l’avenir, se projeter dans l’avenir et de se dire ‘Qu’est­ce que je vais faire demain ?’ est quelque chose de terriblement angoissant, donc quand on a à la fois la connaissance qui est celle des autres, puisque vous évoquiez ce livre, cette philosophie est un pansement. Maintenant, il y a des choses que l’on accepte et puis d’autres que l’on rejette, et c’est vrai que l’idée, la notion de vivre son présent est quelque chose de cicatrisant, dans le fond.

MC : Malgré cette référence, je crois savoir que vous n’épousez pas pour autant la cause du bouddhisme…

MF : Non, c’est­ à ­dire que c’est toujours pareil : puisque j’ai évoqué ce livre dans mon album, après c’est toujours difficile parce que si les médias s’en emparent, on va vous dire ‘Donc vous êtes bouddhiste’. Et c’est vrai que moi j’ai quelques nuances, en sachant que je ne le pratique pas tous les jours, je n’ai jamais rencontré le Dalaï­ lama, je n’ai jamais réellement rencontré de bouddhistes mais je m’y suis intéressée et c’est quelque chose, une fois de plus, qui m’a fait beaucoup de bien, que je trouve très sensé et surtout très réparateur. Ce n’est pas une religion, c’est plus une philosophie donc c’est quelque chose de plus tendre.

MC : Je parlais de tolérance tout à l’heure : c’est une de vos valeurs essentielles…

MF : Là encore, j’en ai besoin et c’est vrai que je le réclame chez l’autre. Là encore, c’est un apprentissage, parce qu’on ne devient pas tolérant comme ça, du jour au lendemain : il suffit de quelque chose qui vienne percuter votre esprit, quelque chose de violent par exemple, et j’aurais presque envie de nier tout ce que je viens de dire donc là encore, c’est un chemin qui est long ! Mais c’est vrai que cette notion de tolérance est quelque chose d’indispensable pour l’être humain.

MC : Et quand la tolérance confine presque au pardon, c’est un peu facile quand même, non ?

MF : Pardon ?

MC : Lorsque la tolérance confine au pardon, c’est un peu facile comme attitude : il faut quand même se révolter, se battre, non ?

MF : Oui. Maintenant, l’idée du pardon, là je pense…

MC : Je parle pas du grand pardon ! (rires)

MF : …brutalement à un article que j’ai lu sur ces femmes et hommes qui ont perdu des êtres chers et qui sont allés voir les bourreaux de ces personnes perdues. Là, c’est une idée du pardon qu’on pourrait qualifier de presque insoutenable mais c’est quand même une grande idée, donc j’aime cette idée du pardon.

MC : Un que vous pardonnez, parce que je présume qu’il est toujours numéro un dans votre cœur dans la littérature, c’est Edgar Allan Poe : « Allan » la chanson, oui, c’était ça ?

MF : Oui, bien sûr !

MC : Bon, on ne sait jamais !

MF : Non ! (rires)

MC : Il y a « Le corbeau », avec l’emblème sur… C’est toujours le numéro un dans votre cœur ?

MF : C’est quelqu’un que j’aimerai éternellement, ça oui ! Maintenant, j’ai des lectures un petit peu plus légères en ce moment, qui sont Mary Higgins Clark dont je suis en train de dévorer tous ses livres !

MC : Très en vogue, oui !

MF : C’est plus léger, mais c’est assez passionnant ! C’est bien écrit, en tout cas. (rires)

MC : C’est très en vogue, presque à la mode d’ailleurs…

MF : Oui. C’est plus vulgaire ! (rires)

MC : Ca lave l’esprit ?

MF : C’est une détente en tout cas, oui. (rires)

Pause publicitaire et flash info.

1996-05-fMC : Retour sur Nostalgie dans ce « Déjeuner de gala » avec Mylène Farmer. On parlait de littérature, on parlait d’Edgar Allan Poe et puis de Mary Higgins Clark et de sa soi­ disante légèreté. Parmi les lectures qui sont plus tendues, j’avais noté Henry James et puis Julien Green ­ c’est drôle, on en parle alors qu’il veut être révoqué de l’Académie Française alors qu’il n’en a pas le droit, ce brave homme ­ avec ses angoisses métaphysiques. Est­ ce qu’ailleurs c’est toujours mieux que là où on est ?

MF : Je le pense de moins en moins. Est­ce que c’est le voyage qui vous donne ces… ?

MC : Ha, vous vous éloignez de notre ami Julien, là ! (rires)

MF : Oui ! Là encore, c’est l’idée de projection ou d’anticipation, d’imaginer effectivement que l’autre va vivre mieux, que l’ailleurs est un meilleur. Dans la mesure où j’essaye de vivre des moments présents, ce seront mes moments à moi ­ non pas que je n’envisage pas l’autre, mais je me dis que dans le fond j’ai de la chance de vivre ce que je vis, même si parfois c’est difficile donc de ne pas chercher justement cet ailleurs hypothétique.

MC : J’évoquais Julien Green, philosophe mais aussi photographe avec des autoportraits, des photos de famille (Michel Cottet prononce d’abord ‘des autos de famille’ ce qui provoque un fou rire de Mylène) Le pauvre, il est né au début du siècle, des autos il devait pas tellement en voir !

MF : Changez la question !

MC : Non, non, non je la conserve ! J’aimais beaucoup sa définition d’un cliché parfait ­ je lis les trois points : savoir voir, être rapide et être patient pour réussir donc une photo. Est­ce que ce ne sont pas un procédé qu’on pourrait appliquer à une chanson, finalement, pour sa réussite ?

MF : (elle répète) Savoir voir, être rapide et être patient… Oui ! Oui, ça peut être… (elle s’interrompt, visiblement perdue)

MC : Non, c’est pas grave, c’est pour mes enchaînements comme ça…

MF : Oui, oui, j’entends bien ! (elle éclate de rire)

MC : …on arrive sur la peinture, n’est­ ce pas, vous voyez…

MF : Parce que vous, tout est écrit ; moi, rien ! (rires)

MC : Je suis obligé de prendre des notes ! Donc je voulais faire un parallèle entre la photo, la chanson et la peinture, qui est quand même un art aussi qui, si je ne m’abuse, vous titille…

MF : J’adore la peinture. Je la connais depuis peu, dans le fond. J’ai rencontré certaines personnes qui font partie de ce métier, donc de la peinture, qui m’ont d’une certaine façon éduquée.

MC : Lesquelles ? Enfin, si toutefois ça n’est pas…

MF : Pierre Nahon, que je connais peu mais… Albert Koski (mari de Danièle Thompson. Mylène a assisté a plusieurs vernissages de l’artiste et est une intime du couple, nda) est quelqu’un qui m’a aidée et puis ma foi, après ce sont des expositions, ce sont des livres : j’adore acheter des livres de peinture, j’adore acheter quand je le puis quelques peintures.

MC : Des livres pour essayer de reproduire ou simplement pour la beauté de… ?

MF : Pour une évasion, là encore. C’est aussi intéressant de feuilleter un livre de peinture qu’un roman. J’aime beaucoup Egon Schiele, j’aime Max Ernst, j’aime Klimt…

MC : Je suis largué en peinture, alors là je dis rien, je fais celui qui connaît, mais alors là, non !

MF : Non, non mais… ! Henri Michaux, l’écrivain, qui était également un peintre. Et puis beaucoup d’autres.

MC : Vous aimez la peinture, c’est pas pour autant que vous aimez vous emmêler les pinceaux, hahaha ! (ironique)

MF : (elle pouffe) Je dois répondre ?! (rires)

MC : J’en aurai presque fini avec mes références littéraires ­ enfin celles d’une époque qui n’est pas forcément celle que vous vivez actuellement ­ il y avait notre ami Kafka. J’avais lu un bel article sur Prague, vous dévoiliez la ville de Prague avec beaucoup de bonheur (paru dans le magazine « Femme » en juin 1996, cf. cette référence, nda). C’est parce qu’elle vous rappelle Montréal, de par son climat, de par… ?

MF : Très honnêtement, je ne me souviens pas de Montréal, si ce n’est que j’ai le goût de la neige, donc probablement lié à cette époque. Je n’y suis retourné qu’une fois et extrêmement brièvement donc c’était quelque chose que je qualifierais de pas très agréable (Mylène y est effectivement retournée à l’automne 1988 dans le cadre d’une série photo avec Elsa Trillat. Des années plus tard, lorsque celle­ci évoquera ce voyage pour le Mylène Farmer Magazine, elle parlera également d’une mauvaise ambiance, nda). Donc je ne me souviens pas de Montréal, en somme.

MC : Je ne sais pas si vous vous souvenez de cet article sur Prague que vous avez formidablement bien rédigé…

MF : Non, je ne m’en souviens pas. (l’article a pourtant été publié quelques mois à peine plus tôt, nda)

MC : C’est un art que vous aimez aussi. Il était axé sur les monuments historiques, sur les gens de la littérature etc. Ca vous passionne, ça, l’Histoire des villes ?

MF : Oui. Je suppose que c’est à peu près normal quand on découvre une ville de savoir ce qui s’y est passé, quels étaient les écrivains, qui a hanté qui ou qui a hanté quoi… Oui, là c’est encore un intérêt pour l’autre.

MC : Il y a notre ami le marquis, ça vous aimez bien, aussi…

MF : Le marquis, oui ! Le divin marquis ! (rires)

MC : Le marquis de Sade. Il va bien ?!

MF : Je l’ai délaissé, lui, un petit peu ! (rires) Il trépigne !

MC : Justine (héroïne des écrits du marquis de Sade, nda) va être en colère !

Diffusion de « Comme j’ai mal »

MC : « Comme j’ai mal », c’est bien entendu Mylène Farmer, extrait de l’album « Anamorphosée ». Mylène, notre invitée aujourd’hui sur Nostalgie dans ce « Déjeuner de gala » avec des chansons, avec des livres. Parmi toutes ces lectures, qui une nouvelle fois peuvent changer ou évoluer ­ ceci dit, celles qu’on a évoqué et que vous revendiquez, c’est quand même un monde fantastique et morbide : est ­ce que le suicide peut flirter, être limitrophe de cet univers que représentent les Julien Green, les Cioran etc. ?

MF : Est­ce que je… ?!

MC : Le suicide, la notion de suicide peut être limitrophe de cet univers pessimiste…

MF : Là encore, est­ ce que ce sont des thèmes de prédilection ? Je m’y sens bien…

MC : Pour l’époque où vous vous sentiez bien. Je ne veux pas…

MF : Non, non je m’y sens toujours très bien !

MC : Est ­ce que cette notion de suicide, qui est quand même une limite à franchir ou ne pas franchir après tout, est­ ce qu’elle était présente dans vos lectures ? « Le mythe de Sisyphe » de Camus, est-ce que vous l’avez lu par exemple ?

MF : Non, non. Est­ce que vous faites allusion à moi, est­ce c’est quelque chose qui m’a hantée, ou est­ce que c’est quelque chose qui… ?

MC : Oh non, je n’irais pas jusque là. Non, non. D’une façon générale, quand on est ‘imbibé’ non pas d’alcool ­ bien que vous appréciiez le Bordeaux et je vous en félicite ! ­ mais imbibé de ce genre de lectures, aussi diverses soient­elles…

MF : Oui, ce sont des chemins dangereux. Effectivement, si on s’imbibe et fait une indigestion d’auteurs comme ça, de lectures, ça devient sa vie de tous les jours, sa pensée de tous les jours donc on finit par… A la fois c’est passionnant et pourquoi c’est passionnant ? Parce qu’on ressent ces mêmes choses, donc fatalement se crée un lien entre l’auteur et le lecteur. Maintenant, ça peut être dangereux si on ne s’abreuve que de…

MC : C’est pour ça qu’il y a Mary Higgins Clark !

MF : Oui, peut­être ! Parce qu’il y a toujours ces ingrédients mais il y a toujours une notion d’espoir, j’imagine.

Oui, il faut avoir le recul nécessaire pour ne pas effectivement essayer d’illustrer ce que l’on lit, en tout cas de l’appliquer à sa vie, voilà.

MC : Vous êtes en train de nous avouer quand même professionnellement, à travers vos lectures, une formidable conscience des limites, un recul, une sérénité par rapport à vous ­même…

MF : Oui, je le pense. Parfois, je n’aime pas ça, je n’aime pas cette maîtrise.

MC : Ca empêche une folie, d’être trop maître de soi, d’être trop lucide finalement ?

MF : D’une certaine manière, oui. Et une trop grande lucidité mène à un cynisme parfois, et ça je m’en défends aussi parce qu’être cynique, je crois, c’est pas très intéressant pour sa vie ni pour les autres. Mais là encore, c’est moi qui suis responsable de ça.

Pause publicitaire

MC : Retour sur Nostalgie dans ce « Déjeuner de gala » avec Mylène Farmer. Un petit clin d’œil à votre nom : ‘Farmer’, c’était un personnage d’un film que Jessica Lange a tourné etc. Enfin bref ! (Incarnée au cinéma en 1982 par Jessica Lange, Frances Farmer est décédée en 1970, nda) Aujourd’hui, si vous deviez choisir un autre nom en référence, ça serait Greta ?

MF : Non ! (rires)

MC : Non ? Ca changerait pas ?

MF : E.T., ça me conviendrait parfaitement ! (rires)

MC : Greta, ça m’arrange : j’étais sur « Cendres de Lune »…

MF : J’ai bien compris, oui ! (rires)

MC : Léo Ferré ­ j’y reviens, vous voyez, chacun les siens ­ c’était la mélancolie, ‘la mélancolie, c’est revoir Garbo’ dans « La reine Christine ». Pour vous c’est quoi, la mélancolie ?

MF : Qu’est ­ce que pour moi la mélancolie… ?! Hmm…

1996-05-gMC : Vous avez autant de temps que vous voulez pour répondre !

MF : Oui, mais plus je vais mettre du temps et plus la réponse sera décevante !

MC : Non, peut ­être que vous n’êtes pas mélancolique, donc c’est un sentiment qui n’évoque rien de spontané, justement…

MF : Je la trouve très souvent dans la musique. Ecouter une musique évoque chez moi une mélancolie. Mais là, précisément, non je n’ai pas de réponse…

MC : Ecouter les Doors, les Eagles, Gainsbourg, Dutronc, ça c’est de la mélancolie, c’était votre…

MF : Oui…

MC : Vous êtes allée voir, par exemple, Dutronc au Casino (de Paris, nda) y a quatre ans ?

MF : Non.

MC : Barbara, aussi, qui a bercé votre…Non ?

MF : Non. Le dernier spectacle que j’ai vu, c’était Alanis Morissette.

MC : Barbara, qui vient de sortir un album (« Barbara », 1996, nda) : ‘Il me revient, il me revient en mémoire, il me revient une histoire, il me revient des images’ ça, c’est pas votre cas, ça, hein…

MF : Qu’il me revienne des images ? J’essaye le moins possible ! (rires)

MC : L’adolescence ne revient jamais. Vous n’aimez pas l’adolescence d’une façon générale : est­ce que c’est parce que vous n’appréciiez pas le manque de personnalité chez l’autre ? Est­ce qu’on peut faire le lien ?

MF : Je n’aime pas l’adolescence. Là encore, je n’ai évoqué que la mienne : c’est un passage que je n’ai pas aimé du tout, du tout.

MC : Peut ­être dans le regard des autres adolescents que vous croisiez à l’époque…

MF : Ca, de toute façon, mais avant tout on ne s’aime pas soi ­même et là pour ça, je crois que je n’avais même pas besoin du regard de l’autre.

MC : Ca vous plaît aujourd’hui d’être presque adulte ?

MF : Je crois que je ne le serai jamais !

MC : J’ai dit ‘presque’, hein !

MF : (rires) Oui, je me préfère aujourd’hui qu’il y a cinq ans, six ans, dix ans, vingt ans. La trentaine est quelque chose de plus doux, pour moi en tout cas.

MC : Ca correspond à ce que vous imaginiez lorsque vous étiez adolescente ?

MF : Non. Là encore, je me suis toujours envisagée ­ c’est plus une détresse qui venait à moi, donc de s’envisager plus grand dans le temps est quelque chose qui n’était pas là encore très doux. Mais j’ai toujours entendu ‘Vous verrez, l’âge de trente ans ou la trentaine pour une femme est bien plus magique que cette période qu’est l’adolescence’ et j’avoue que je puis dire oui, en tout cas me concernant.

MC : Là, c’est à demi magique : vous êtes au milieu de cette décennie exceptionnelle !

Diffusion de « Vertige »

MC : « Vertige », toujours extrait de votre album, Mylène Farmer, « Anamorphosée » ­ je vous parle, puisque vous êtes notre invitée aujourd’hui sur Nostalgie dans ce « Déjeuner de gala » ! On parlait juste avant de votre adolescence. Vous ne répondrez pas si je vais un peu trop loin : vous dites aussi avoir été en manque d’affectif, est ­ce qu’avec le recul vous avez l’impression d’être passée à côté d’une bonne thérapie pour soigner cette blessure ?

MF : Là encore, puisque c’est une inconnue pour moi je ne peux pas répondre, en ce sens que je n’ai pas fait cette démarche. Maintenant, nous sommes tous d’abord des êtres très sensibles mais il y a une hypersensibilité que vous ayez dans le fond ou non cet amour, vous ne le percevez ou en tout cas pas peut­ être à sa juste valeur, ou peut­ être que vous en demandez une surproduction donc en ce sens, vous allez souffrir. Donc je dois faire partie, si je peux me caractériser, de cette catégorie d’êtres hypersensibles, donc difficiles.

MC : « Et Tournoie… » : ‘Ton pire ennemi, tu peux l’expulser de toi’…

MF : Là, ça fait partie, oui, de cette…

MC : Il rôde encore ?

MF : Bien sûr. C’est pour ça : là, je pensais à ça et à l’évocation du bouddhisme et toutes ces choses qui sont très belles et très reposantes mais malgré tout on se lève le matin et on peut toujours avoir cette notion du mal qu’on a en soi, cette capacité à faire la mal, cette négation de soi et toutes ces choses qui font que ça perturbe votre esprit et c’est là où c’est difficile, parce que c’est là où vous décidez, vous êtes réellement maître ou de votre vie ou de votre journée et décidez que non, ça va aller mieux parce que ça vaut le coup.

MC : Ce méchant, il s’appellerait Alice, l’araignée malicieuse ?

MF : Oui, tout à fait ! (rires)

MC : Ca m’amène à la scène : entre le spectacle de 1989 et celui­ ci, qu’est­ ce que vous vouliez absolument ne pas reproduire ?

MF : Trop de tristesse.

MC : Voilà, on sait toujours ce qu’il faut pas faire, on sait pas forcément ce qu’il faut faire, mais voilà, c’est ça…

MF : Oui, j’avais envie de…Mais là encore, ça a commencé par l’écriture de l’album, donc fatalement la scène est différente puisque j’ai suggéré, moi, des choses avant, en tout cas mes changements intimes.

MC : Ceci dit, si je puis me permettre, le spectacle comporte la quasi ­totalité des nouvelles chansons mais dans sa globalité, ça ne représente que 40% et pourtant le spectacle a une tenue, c’est la même.

Il est quand même…

MF : J’ai eu envie d’abord d’évoquer le blanc, avec tout ce que ça peut évoquer pour l’autre, essayer de donner de la joie ; maintenant de la réflexion, bien évidemment, mais l’idée du show en soi : l’idée du show qui est quelque chose de à la fois factice, rapide mais quelque chose de fondé.

Pause publicitaire

MC : C’est toujours votre « Déjeuner de gala » sur Nostalgie. On est pratiquement en tournée, on parlait de votre disque, c’est la scène actuelle ­ ce soir vous serez à Nîmes. Cet écran géant, c’est votre idée ? C’est pour avoir un spectacle à deux vitesses, ce fameux show que vous venez de décrire et puis également qu’on puisse vraiment lire dans vos yeux ?

MF : D’une certaine manière, oui. Là encore, c’est peut ­être extrêmement narcissique mais c’est pensons aux personnes qui sont tout au fond et qui ne voient que des petites choses sur scène qui bougent, donc j’allais dire je me devais, non je ne me devais pas de le faire mais moi étant spectateur, c’est vrai que j’ai une frustration si je ne vois pas les yeux de la personne. Donc voilà pourquoi cette idée de l’écran géant et parce qu’il y a eu…

MC : Surtout quand ils sont jolis !

MF : (elle rit, un peu gênée) Et puis l’envie aussi de projeter des choses sur cet écran, parce que bien évidemment il n’y a pas que moi, évoquer l’abstraction et là encore, c’était une chose…

MC : Et vos sourires, on dirait ­ c’est peut ­être fait exprès ­ il y a des expressions très agréables qui nous propulsent vers le blanc…

MF : Là, c’est peut­ être la différence alors par exemple avec la première scène et la deuxième : sur la première, je n’aurais jamais pu avoir une caméra qui reproduise justement mon visage en gros plan. Ca, c’est quelque chose qui m’aurait mortifiée parce que peut­ être que je n’étais pas prête pour ça (il est à noter que pour les deux dates à Bercy en 1989, des écrans géants étaient pourtant placés de part et d’autres de la scène, nda) alors que là, c’est quelque chose que je…c’est sans doute ça, le vrai changement : c’est de devancer ça et de dire ‘Voilà, maintenant je vais vous donner aussi mes clignements d’œil, mes larmes, mes joies, mes sourires, mauvais ou bons profils, peu importe : je me livre !’ (rires)

MC : ‘Dieu vomit les tièdes’, ça c’est vous qui l’avez…

MF : C’est dans la Bible ! (rires)

MC : Oui, oui, je vous cite, je l’ai noté et je voulais rebondir là­dessus : vous êtes dure dans le travail ? Vous avez l’œil à tout ? Vous maîtrisez tout ?

MF : Maîtriser, je ne sais pas, mais en tout cas je fais en sorte, oui, de maîtriser le maximum. Dure, probablement ; pénible, à mes heures sans doute, mais maintenant je respecte l’autre, donc je pense que…

MC : Les réactions, lorsqu’il y a un point qui vous agace, elles sont spontanées ou réfléchies pour apporter la solution ou pour essayer d’imposer votre vision des choses ?

MF : Elles sont… Là encore, c’est pas aussi simple que ça. Je m’enflamme très, très vite ! Même si dans le fond, la réponse a été donnée tout de suite, parfois elle est un petit peu trop ­ je ne trouve plus le mot ! ­ démesurée, mais en tout cas elle est instinctive.

Diffusion de « Laisse le Vent Emporter Tout »

MC : « Laisse le Vent Emporter Tout », c’est Mylène Farmer, extrait de votre album « Anamorphosée ». Continuons ce « Déjeuner de gala » sur Nostalgie : on faisait référence tout à l’heure sur l’album aux guitares de Jeff Dahlgren. Est­ce qu’il y a eu d’autres ingrédients comme ça sur l’album et sur la scène que vous vouliez absolument avoir à vos côtés pour perdurer ce nouvel élan ?

MF : Sur la scène, oui : avoir des musiciens qui ont envie de jouer.

MC : Pourquoi ? Le contraire, ça existe ?!

MF : Oui, parce que dans ce métier, ça peut devenir une routine très facilement. On vient en studio, on fait une séance et on s’en va…Qu’il y ait une énergie centrale sur scène, qui sera la mienne puisque je vais être le point central, et à la fois des danseurs et des musiciens, s’il n’y a pas une osmose parfaite, en tout cas un réel désir commun, je crois que c’est quelque chose qui est à moitié gagné. Donc, outre les capacités et les talents de musicien, il y a aussi ce vrai désir de se dire qu’à chaque fois qu’un spectacle est quelque chose d’exceptionnel et qu’il faut tout donner.

MC : Cette osmose, on la ressent tout de suite ? Non, bien entendu, il faut du temps…

MF : Je crois que là encore, c’est plus l’idée de l’instinct qui vient quand on fait le choix des musiciens, et puis après je crois que c’est malgré tout à la fois et un travail et un partage. C’est ­à ­dire, c’est vrai qu’il y a beaucoup de moments, par exemple pendant les répétitions ­ que ce soit avec des danseurs ou avec des musiciens ­ il y a beaucoup de moments après la scène, avant le spectacle, à la cantine… Ca peut paraître ridicule, mais ce sont des moments qui sont importants à chaque fois parce qu’il y a une vraie ou communication, ou communion et que c’est là que se construit réellement ce que les gens vont ressentir sur scène.

MC : A la cantine, comment on se détend ? On parle de blagues ou on continue à peaufiner les détails, ou à se dire ‘Ca, c’était pas bien ; ça, c’était bien’… ?

MF : Il y a toujours ces choses­là qui surviennent, mais en général pour un tel spectacle, parce que c’est quelque chose qui est obligé d’être extrêmement calibré. Après vient le temps de…

MC : Ca doit être parfait avant qu’on l’ait commencé…

MF : Parfait : là encore, je me méfie un petit peu de ces mots en parlant de moi et de ce spectacle, mais en tout cas les choses techniques, par exemple, doivent être extrêmement étudiées, sinon on va à une catastrophe !

MC : Vous vous aimez, parfois ?

1996-05-bMF : (elle soupire, puis rit) Sans doute, oui. Sans doute…

MC : Vous aimeriez être l’amie de Mylène Farmer ?

MF : Posez­moi une autre question ! (rires)

MC : ‘De ce paradoxe je ne suis complice / Souffrez qu’une autre en moi se glisse’, héhé ! Est­ce que l’illogisme serait donc la seule logique possible ? Oh, c’est compliqué !

MF : Je vais avoir mal à la tête, bientôt ! (rire franc)

MC : On a bientôt fini, docteur ! C’est vous : en lisant vos chansons, en les écoutant ça inspire ce genre de…Mon imaginaire a fonctionné, vous voyez ! (Mylène acquiesce d’un murmure) Donc forcément, c’est vrai que vous avez peut­être des difficultés à y répondre. ‘Mais qui est l’autre’ ?!

Diffusion de « Et Tournoie… »

MC : « Et Tournoie… », c’est Mylène Farmer bien entendu, notre invitée aujourd’hui dans ce « Déjeuner de gala ». Je reviens sur la scène : c’est Paco Rabanne qui vous habille ­ vous voyez, j’ai tout noté parce que je peux pas tout me souvenir, moi ! ­ en 1989, c’était Thierry Mugler, qui avait fait aussi le clip de « XXL »…

MF : Oui…

MC : Il y a eu Gaultier sur le clip de « Je t’aime Mélancolie », Alaïa sur le clip de « Que mon Cœur Lâche », non c’est pas ça ?

MF : Oui !

MC : Bref, c’est une vraie collection ! C’est drôle…

MF : Oui, j’aime bien les couturiers !

MC : Vous jouez sur scènes avec ces tenues ? C’est une façon de vous… ?

MF : Oui. Là encore, j’ai travaillé assez longtemps avec l’équipe de Paco Rabanne.

MC : C’est une volonté de changer, comme ça, d’aller de l’un à l’autre qui ont quand même des styles très différents ?

MF : Oui. Encore que sur la première scène, à part deux ou trois tenues, Thierry Mugler n’était pas si en avant que ça : c’est­à­dire qu’il a accepté de prêter son talent mais de respecter aussi mon univers. Je fais allusion à « Tristana », par exemple, qui était des manteaux russes avec des écharpes, des gants : c’est pas très Thierry Mugler ! Maintenant, pour Paco Rabanne, l’idée c’était que ce soit près du corps, que ce soit ce qu’on appelle sexy… (rires)

MC : Et talons hauts, cette fois­ ci !

MF : Et talons qui sont très, très hauts ! (rires) Et Paco Rabanne, là encore ça fait partie des rencontres et des choses qui deviennent presque une évidence une fois que c’est choisi. C’est quelqu’un qui aime le blanc, c’est quelqu’un qui aime l’énergie, qui aime autant de choses qui avaient un rapport avec ce show.

MC : Dans le monde de la mode, dans le monde de la chanson, il y a forcément moult personnes qui essaient de vous approcher, non ? Des projets, vous devez en avoir !

MF : Mais non, pas tant que ça !

MC : Pourquoi ? Vous faites peur ?!

MF : Je ne sais pas ! Mais non, il y a pas tant de…

MC : Restons sur le domaine de la mode : il y a pas beaucoup de personnes au monde qui réclament autant de tenues pour une scène, et surtout des tenues qui sont mises en valeur, qui servent à quelque chose, non pas simplement à dire ‘Vous avez vu ? J’ai une belle tenue !’, donc forcément ça doit attiser les esprits fertiles !

MF : Mais non ! Alors, est­ce que c’est propre à ce pays ? J’en sais rien, mais c’est plus à soi à chaque fois de faire des démarches et d’avoir des désirs et d’aller vers l’autre plus que créer de réelles envies chez l’autre, non…

MC : J’ai juste noté, il y avait Baudelaire aussi, j’ai oublié, avec « L’Horloge », que vous aviez adapté sur l’album « Ainsi Soit Je… » : ‘Trois mille six cents fois par heure, la seconde chuchote : souviens toi’, ça, ça doit vous énerver, ça ! C’est pas vous, ça !

MF : (rires) C’est plus moi, ou j’essaye de ne plus l’être ! (rires)

MC : J’avais noté également, pour essayer d’en finir avec cet album, « Anamorphosée », sur « Mylène s’en fout », c’est la pureté à travers le jade, ce minéral chinois. La pureté, ça pourrait être aussi un mot pour vous définir ?

MF : Oh, là encore c’est un exercice que je ne ferai pas, tenter de me définir, donc je vous laisse ces mots ­là, mais le jade, l’évocation du jade qui évoque effectivement la pureté, l’idée aussi d’un matériau brut, d’un matériau qui n’est pas précieux mais qui devient avec le temps quelque chose de précieux ­ mais là je ne m’évoquais pas moi précisément !

MC : J’espère que ‘c’est sexy’, Nostalgie ! En tout les cas, c’est vrai qu’essayer de découvrir quelqu’un, essayer de percer le mystère, ça peut amener un grand risque : la déception. Je peux vous dire que vous êtes l’exception qui confirme la règle !

 MF : C’est gentil ! Je pensais exactement à ça, à savoir est­ce que je n’ai pas déjà trop parlé ?! (rires)

MC : Je voulais finir en vous paraphrasant : laissons le vent emporter tout, laissons Mylène prendre soin de tout. Voilà !

MF : (rires) C’est gentil à vous, en tout cas ! Merci !

MC : Merci beaucoup.

Publié dans Mylène 1995 - 1996, Mylène en INTERVIEW, Mylène TOUR 1996 | Pas de Commentaires »

MYLÈNE FARMER ­ XXelle

Posté par francesca7 le 4 février 2015

 

5 OCTOBRE 1996 – Entretien avec Geneviève BORNE

1996-11-aMusique Plus (Québec) : 3 juin 1996. Entre deux dates du Tour 96, la chaîne musicale québécoise Musique Plus enregistre un entretien avec Mylène Farmer dans un grand hôtel parisien. Une version plus longue de cette interview incluant davantage d’extraits du spectacle sera diffusée près d’un an après, en septembre 97, lors de la sortie du « Live à Bercy » au Canada.

Geneviève Borne : Bienvenue à cette émission spéciale qui met en vedette Mylène Farmer. Mylène Farmer est une méga star en France. Elle fascine les gens et tout au long de sa carrière, elle s’est entourée de mystère, elle a accordé très peu d’entrevues et ça, c’est une facette d’elle que ses fans apprécient beaucoup. Et malgré l’image très forte qu’elle projette dans ses vidéoclips, c’est une  jeune femme très discrète et très timide que j’ai rencontrée à Paris. J’ai tenté de percer le mystère Mylène Farmer.

On voit alors des images de Mylène assise, prête pour l’interview. Elle porte une large et longue jupe d’un marron doré et un petit top noir recouvert d’une chemise claire transparente.

GB : Mylène, bonjour.

Mylène Farmer : Bonjour.

GB : J’ai beaucoup aimé ton spectacle. Il y avait plusieurs éléments : il y avait un groupe grunge, il y avait des images tirées directement de raves, il y avait des chorégraphies très dance. Ça faisait très années 90 : on prend un peu de tout ce qu’on aime, on mélange tout ça, et puis… Faut savoir bien le faire ! Est­ce que ça a été un grand défi de marier tout ça ?

MF : Non, du tout. Presque naturel. J’ai fait appel à une équipe créative quant aux images et je leur ai demandé, pour ne parler que des images, de l’abstraction pour habiller toutes les chansons. Quant aux chorégraphies, j’en ai fait quelques­unes ; j’ai fait appel également à un chorégraphe français, qui est également sur scène, qui est un des danseurs (Christophe Danchaud, nda), de travailler sur certaines chansons. Et puis, ma foi, tout le reste, c’est…

GB : Alors, tous ces styles­là te plaisent ?

MF : Si tant est que je voulais que ce soit un spectacle qui soit agréable pour les gens, étonnant, et assez complet.

GB : On t’a vue, sur scène, arriver dans une araignée, sur plusieurs des t­shirts vendus au spectacle, il y avait une araignée, tu as écrit aussi une chanson, « Alice », qui parle d’une araignée : qu’est­ce que ça représente l’araignée ?

MF : (rires) Quand j’ai évoqué l’araignée, que j’ai eu envie d’écrire sur cette petite Alice, je pensais à la face, au visage noir de l’artiste, ce que peut ressentir l’artiste, l’autodestruction de l’artiste, donc cette envie de dire à cette araignée de s’effacer, de partir. Voilà. Maintenant, est­ce que tout le monde a compris ça ? C’est pas très, très grave dans le fond. J’avais envie d’évoquer une araignée, donc voilà ! (rires)

GB : J’ai remarqué aussi que tu as changé beaucoup les arrangements de tes chansons : c’est plus rock.

MF : Oui. Il y a plus de guitares, c’est plus ce qu’on appelle ‘live’, moins d’instruments synthétiques.

GB : C’est l’influence de la Californie ou tu commençais déjà avant à aimer le rock davantage ?

MF : Je crois que j’ai toujours aimé les guitares. Maintenant, je pense qu’il faut parfois du temps pour y venir.

Mon passage aux Etats­Unis a dû influencer, inconsciemment en tous cas.

GB : Tu as passé beaucoup de temps à Los Angeles ?

MF : Près d’un an.

GB : Tu avais besoin de partir de Paris ?

MF : Oui.

GB : Pourquoi ?

MF : Des moments, comme ça, dans sa vie où on veut s’échapper d’une normalité, de choses qui sont routinières, donc envie de partir, du voyage.

GB : Tu as pu vivre l’anonymat à Los Angeles ?

MF : Oui.

GB : Ça t’a apporté beaucoup…

MF : Ça apporte toujours : on se restructure, oui, d’une certaine façon parce qu’il y a des passages, comme ça, dans sa vie d’artiste, où on a besoin, oui, d’être isolée, d’être loin de son métier, si je puis dire, de son identité, en tous cas, de chanteuse ou…

GB : Est­ce que ta façon de voir ton métier a changé ?

MF : Non, c’est toujours la même. Je ne me prends pas au sérieux, mais essaie de faire les choses très sérieusement. J’ai toujours la même distance d’avec ce que je fais, malgré tout.

GB : Mais ta façon de voir la vie a changé par contre ?

MF : Elle est plus sereine, peut­être, aujourd’hui, un peu plus tendre.

GB : Tu as dit que tu avais réussi finalement à apprivoiser la mort. Tu étais très hantée par la mort dans le passé. A quel point ?

MF : Au point de se lever tous les matins et d’envisager sa mort, ou la mort du voisin, ou de ses proches.

J’avoue que c’est quelque chose, oui, qui me hante moins, qui m’intéresse toujours autant en revanche.

GB : Tu crois maintenant qu’il y a une vie après la mort ?

MF : Je ne suis pas aussi définitive. J’essaie de l’envisager, en tout cas.

GB : Et ça, ça rassure un peu ?

1996-11-dMF : Ça aide en tous cas à vivre sa vie de… Enfin ces moments présents, oui. (sourire)

GB : Tu as rarement accordé des entrevues. A défaut de parler de toi, tu as fait beaucoup parler de toi. Est­ce que tu l’assumes ? Est­ce que tu l’as toujours assumé ?

MF : Non, je n’aime pas parler de moi, j’ai du mal. J’ai du mal. Maintenant, je sais que c’est important aussi pour… Je crois que je me dois, à un moment donné, dans le fond, de parler de moi puisque les gens s’y intéressent un petit peu, donc j’essaie de me faire violence et de faire un effort. (sourire)

GB : Tu préfèrerais être plus discrète ?

MF : Je le suis, de toute façon mais, là encore, c’est plus par pudeur. J’ai l’impression de dire suffisamment au travers de mes textes.

GB : Dans plusieurs des tes vidéoclips, tu te transportais dans une autre époque. Est­ce que tu as le sentiment que tu aurais aimé vivre à une autre époque ?

MF : Non. Je crois que c’est simplement l’idée du costume et essayer justement d’apprivoiser d’autres époques. Maintenant, une nostalgie d’époques que je n’ai pas connues, non, en aucun cas.

GB : Plusieurs de ces anciens clips­là étaient parfois choquants ou avaient une sexualité explicite, tout ça. Est­ce que, consciemment, tu voulais provoquer ou c’était l’idée du réalisateur ?

MF : Non, parce qu’un texte est un texte, donc le texte c’est moi qui l’écris. Maintenant, c’est vrai que j’ai travaillé avec Laurent Boutonnat sur les clips et nous avons beaucoup parlé sur chaque clip, chaque histoire, ce qu’on avait envie d’exprimer. Quant à l’idée de choquer, non c’est quelque chose qui vient, dans le fond, après. C’est plus le spectateur qui va être ou non choqué. L’idée de provocation…J’aime l’idée du non conformisme par exemple. Maintenant, provoquer pour provoquer n’a aucun intérêt.

GB : Pour vous deux, pour Laurent et toi, une bonne occasion de mettre en valeur vos talents d’actrice et de réalisateur…

MF : Ça, je peux parler pour lui en tous cas. (sourire) C’est un excellent réalisateur. C’est quelqu’un qui aime l’image, qui a une jolie narration. J’aime son travail, en tout cas.

GB : Le premier film que vous avez fait ensemble n’a pas eu l’accueil que vous espériez. Quelle leçon tu as tiré de cette aventure­là, de « Giorgino » ?

MF : De leçons, aucune parce que j’ai toujours envisagé ou l’échec de quelque chose, ou en tous cas son incompréhension, donc une leçon de vie, en aucun cas parce que je crois que j’espère avoir en moi une humilité quant à un travail fait et quant à un résultat envisagé. Maintenant, une déception, certainement oui.

GB : Est­ce que ça t’a pas enlevé l’envie de faire du cinéma quand même ?

MF : Non parce que, là encore, il faut relativiser. Je sais que, essayer de parler d’autre chose que de mon film à moi, il y a tellement de films ou de livres qui sont des livres et des films formidables mais qui ne rencontrent pas leur public. Je pense qu’il y a des moments comme ça qui sont mal programmés.

GB : Est­ce que tu crois au destin ? Est­ce que tu étais prédestinée à faire ce métier­là ?

MF : Je crois à des choses. Est­ce qu’on peut parler de destin, des choses qui vous sont apportées ? Mais après c’est à vous de faire tout le travail, c’est à vous de construire ou de détruire. Donc est­ce que tout est écrit ? En aucun cas, non.

GB : Est­ce que tu as trouvé que la façon de travailler des américains était très différente de celle des français, au moment de faire l’album, au moment de tourner des vidéoclips ?

MF : Je crois qu’ils ont un professionnalisme qui est très étonnant, très performant. Ce sont des gens qui discutent beaucoup avant, qui peuvent discuter après, mais pendant, ils sont là et sont là pour travailler et pour donner le maximum donc ça, c’est peut­être une caractéristique qui est assez étonnante chez eux.

GB : J’aimerais parler de tes plus récents vidéoclips : donc celui pour « XXL », qui a été réalisé par Marcus Nispel, tu te retrouves en figure de proue devant une locomotive. Tu étais réellement sur une locomotive en mouvement ?

MF : Attachée au train, oui.

GB : Ça faisait peur ?

MF : C’est impressionnant, mais surtout sur le dernier plan : c’est un plan très, très large, et là j’étais vraiment seule sur le train, avec des caméras qui étaient très éloignées, et le train prenait réellement de la vitesse. Là, c’est toujours très impressionnant. (rires) Sinon, j’aime bien l’idée du challenge à chaque fois, sinon je m’ennuie.

GB : Et pour « L’instant X », ça a été fait à New York ?

MF : Ça a été fait, je crois, en studio à New York, oui. Et là, j’étais plongée dans un bain de mousse, donc c’était plus statique.

GB : Tu t’es impliquée pour le concept de ces vidéoclips­là ?

MF : Oh oui, toujours. Toujours, oui. Je ne peux pas envisager ni de faire ce métier ni de me propulser quelque part sans en, non pas tirer les ficelles, parce que ce n’est pas une très jolie image, mais en tous cas être partie totalement prenante.

GB : Et pour « California » ?

MF : Là, j’ai eu envie de faire appel à ce réalisateur, Abel Ferrara. J’avais envie de jouer une prostituée et, ma foi, il a répondu oui donc c’est une belle aventure pour moi !

GB : Il y a un flash­back, puis on te voit toi avec les petits cheveux courts comme tu avais à l’époque aussi…

MF : Oui, oui. Non, ce pourrait être la version 90 de Libertine, son évolution ! (rires)

GB : Une autre chose qui m’intrigue, c’est que, dans les entrevues que j’ai lues, tu disais régulièrement que tu te trouvais pas nécessairement jolie, alors que tu es une très jolie fille, que tu ne t’aimais pas beaucoup non plus, souvent. C’est tout un paradoxe : ça doit être difficile d’être constamment sous les projecteurs quand on a ces sentiments­là…

MF : Oui, mais, là encore, je ne vais pas combattre ce paradoxe, il fait partie de moi. Il fait partie de, je crois, de la vie d’un artiste tout simplement. On a ses moments d’ombre, ses moments de lumière. Que de ne pas s’aimer ou totalement s’aimer et que d’avoir envie d’être sous ces dites lumières, je crois que c’est tout à fait envisageable.

GB : Au tout début, au départ, tu voulais être comédienne, au départ. Alors, la chanson, c’était venu un peu par accident. C’est devenu un amour plus important aujourd’hui ?

MF : En tout cas, j’ai eu la chance que d’avoir et Laurent Boutonnat pour le clip et juste l’idée du clip, tout simplement, pour la promotion d’une chanson donc, dans le fond, ça a comblé un vide que j’aurais pu ressentir. Maintenant, un clip n’est pas un long métrage : j’en ai fait un et maintenant, c’est quelque chose que j’aime profondément faire, mais qui n’est plus de l’ordre de l’obsession.

GB : Tu fais des dessins ?

MF : Oui.

GB : Ça fait longtemps ?

MF : Non, j’ai découvert ça réellement sur l’enregistrement de l’album, quand j’étais à Los Angeles, dans des moments ­ des moments quoi d’ailleurs ? Je ne sais pas ! (rires) Où je devais m’ennuyer, j’ai commencé de prendre mon crayon et de dessiner.

GB : Mais est­ce que tu savais que tu pouvais bien dessiner comme ça ?

MF : Non, mais c’est encore très… (rires) Je n’ai pas un grand, grand talent pour ça, mais j’aime bien le faire.

GB : Quand tu regardes l’ancienne image, la Mylène des clips d’avant, est­ce que tu te reconnais encore ? Est­ce que tu t’identifies encore à cette image­là ?

MF : Oui. D’abord, je ne me regarde pas, c’est plus simple ! (rires) Mais, bien sûr, ça a été une parcelle. Il y a des choses qui sont toujours là, qui sont en moi. Maintenant, j’ai changé, et c’est normal. Le temps nous change.

GB : Dans les dernières années, tu as vécu beaucoup de changements : tu as apprivoisé la mort, tu as changé un peu de style musical, de look, tu as vécu dans une autre ville, donc beaucoup, beaucoup de changements. Ce serait quoi le changement que tu aimerais faire encore ? Quelque chose chez toi que tu aimerais changer, ou quelque chose dans ta vie…

MF : Je ne sais pas. Je laisse la vie m’apporter ce genre de choses. Je crois que je suis déjà assez gâtée.

Diffusion d’un micro­trottoir très enthousiaste à la sortie de Bercy.

1996-11-eGB : Est­ce qu’on va avoir la chance de te revoir au Québec ?

MF : Je suppose que je vais y aller, oui.

GB : En spectacle ?

MF : Si je peux amener le spectacle, et tout le spectacle, je viendrai. Maintenant, c’est une structure qui est très, très lourde ­l’écran est géant. Donc l’idée…C’est pour ça qu’en province j’ai fait peu de dates, parce que je voulais amener tout le spectacle que j’ai présenté à Paris Donc, pour le Canada, si on me dit ‘On peut emmener toute la structure, tout le spectacle’, je le ferai, avec plaisir. (ce projet ne se concrétisera malheureusement pas, ni pour les spectacles suivants, nda)

GB : A ton spectacle, samedi soir, tu regardais le visage des gens qui étaient devant toi et tuas dit ‘J’ai les plus beaux visages devant moi’. Moi, je peux pas imaginer qu’est­ce que c’est d’avoir des regards comme ça. Qu’est­ce que tu voyais ?

MF : Des regards. Là encore, c’est des personnes qui vous écoutent et qui vous donnent au travers de leur sourire, de leur regard ou de leur émotion, donc c’est quelque chose. Ça, c’est des cadeaux qui sont très étonnants, très uniques en tout cas.

GB : Tu es heureuse maintenant ?

MF : J’aime ce que je fais. Au jour d’aujourd’hui, j’aime profondément ce que je fais. J’aime le   spectacle que je fais, j’aime la rencontre d’avec le public. Donc oui, au jour d‘aujourd’hui, oui ! (sourire)

Le générique de fin commence aussitôt

 

Publié dans Mylène 1995 - 1996, Mylène en INTERVIEW | Pas de Commentaires »

Mylène Farmer au 20 H PARIS PREMIÈRE

Posté par francesca7 le 3 février 2015

 

30 MAI 1996 – Entretien avec Paul AMAR

Paris Première

1996-05-bComme son nom l’indique, cette émission prend place à 20h, sur Paris Première. Paul Amar y reçoit une personnalité différente chaque soir de la semaine, pour un long entretien en tête à tête. Ce soir­là, c’est Mylène Farmer qui est à l’honneur. Le plateau de cette émission, Porte Maillot à Paris, a pour particularité d’être en vitrine : les gens qui passent dans la rue peuvent donc tout voir. C’est sans doute pour cela que l’interview de Mylène a été enregistrée si tard (vers minuit) mais cela n’a pas empêché une poignée de fans de s’y rendre.

Pendant le générique du début, la chanteuse est filmée dans la rue, seule, en contre plongée. Coiffée d’un chignon, elle porte une toute petite robe bleue et des platform shoes blanches. Souriante, mais visiblement mal à l’aise, elle marche dans la nuit parisienne, tantôt les bras dans le dos, tantôt les bras croisés, mais toujours le regard fuyant, et ce jusqu’au studio de l’émission.

Paul Amar : (off sur ces images) Mylène Farmer apparaît très rarement sur les plateaux télé, elle ne les aime pas. Mais notre bulle de verre ressemble si peu à un plateau télé. (Mylène entre dans les locaux de Paris Première) Elle trouve la télévision de plus en plus anecdotique et inintéressante ;  nous veillerons, elle et moi, à rendre l’entretien le plus dense possible. Elle n’aime pas le soleil :  extérieur nuit, ce sera notre décor d’un soir. (Mylène arrive dans le studio et s’assied, seule, sur un canapé, contre la vitrine derrière laquelle se sont agglutinés plusieurs fans) Elle cultive volontiers le mystère, je le savais et je l’ai vérifié en découvrant le titre de son dernier album « Anamorphosée ». J’ai pris, je l’avoue, le dico pour être bien sûr du sens : ‘Anamorphose : image déformée par un miroir courbe’. Pourquoi Mylène Farmer se veut­elle à ce point déformée ? Pourquoi met­elle un miroir courbe entre elle et nous ? Je ne sais pas. Vous non plus, je suppose. Alors, suivez­moi, je vais me glisser derrière le miroir pour tenter de surprendre la vraie Mylène Farmer. Mais, s’il vous plait, ne le lui dites surtout pas, elle pourrait m’en vouloir.

(Paul Amar entre dans le champ de la caméra et s’installe à côté de Mylène)

Bonsoir Mylène Farmer…

Mylène Farmer : Bonsoir.

PA : Merci d’être avec nous dans cette bulle de Paris Première. (regardant les fans de l’autre côté de la vitre) Vous savez que il y a eu Bruel et vous. Voilà ! Le soir, tard, du monde, comme ça, autour de la bulle. Ils nous entendent !

MF : (tournée vers les fans) Bonsoir ! (rires)

PA : La présence de ce public qui est venu vous voir, donc de vos fans, dans cette émission qui commence, ils vous rassurent, ils vous inhibent, ils vous… ?

MF : (en regardant le fans) Me rassurent. (sourire)

PA : Ils vous rassurent ?

MF : Oui. (large sourire)

PA : Parce qu’ils vous aiment ?

MF : Je le suppose puisqu’ils sont là ! (sourire en les regardant)

PA : Vous aimez être aimée ?

MF : J’aime être aimée, oui !

PA : Alors, il est tard, le soir, vous le voyez de toute façon à la lumière, parce que cette émission sera diffusée jeudi 30 pour la première fois, à 20h, c’est­à­dire vingt­quatre heures avant Bercy et, comme vous êtes en tournée, entre plusieurs villes de province et Paris, on a choisi tard le soir pour enregistrer cette émission. Vous auriez préféré être en direct et en pleine lumière, à 20h, ou cette lumière nuit vous convient davantage ?

MF : Je crois que je préfère la nuit.

PA : Pourquoi ?

MF : C’est plus rassurant pour moi.

PA : Pourquoi ?

MF : Ça fait partie des paradoxes : je peux être dans la lumière et j’aime l’ombre également.

PA : Et vous préfèreriez l’ombre ou la lumière si vous deviez choisir ­ lumière jour, ombre nuit ?

MF : J’aurais les deux réponses : l’ombre et la lumière. (large sourire)

PA : L’ombre et la lumière…

MF : Difficile de faire un choix entre les deux.

PA : A vingt­quatre heures de Bercy, vous vous sentez comment ? Ça va ?

MF : Ça va bien. Le trac, quand même, mais relativement sereine.

PA : Et le trac adouci par le fait que vous aimez la scène. Je veux dire : rencontrer le public sur scène dans…

MF : (le coupant) J’aime profondément ça. Je le fais rarement, mais j’aime ça.

PA : Alors, vous allez chanter évidemment toutes vos chansons qu’on connaît, mais notamment les plus récentes, et celles de cet album que j’ai reçu, Mylène Farmer, que j’ai écouté très attentivement et je l’ai dit, en vous accueillant, j’ai repris le titre, je fais un aveu : je ne connaissais pas ce terme, « Anamorphosée »…

MF : C’est un terme cinématographique, mais j’avoue que, moi, je lui ai trouvé un sens plus poétique, et j’ai mis ‘ée’ à la fin. C’était plus pour évoquer l’idée d’un spectre qui s’est élargi ­ donc ma vision du monde, mes sensations qui se sont élargies ­ et l’idée de ce rassemblement, non pas de la compression, mais d’un rassemblement pour ne faire plus qu’une image et pure.

PA : Ce que vous dites, c’est pas ce que j’ai ressenti parce que quand j’ai vu la traduction de ce texte, je me suis dit, quoi, ça veut dire déformation. C’est un peu comme au Musée Grévin : on se présente devant un miroir courbe et, tout d’un coup, c’est pas nos traits. Alors moi je me suis dit…

MF : (le coupant) J’ai pris le risque.

PA : Vous avez pris le risque ?

MF : Je savais que je pouvais. Oui. (rires)

PA : Mais alors justement, enfin, quand j’ai vu ce mot et quand j’ai cherché le sens, j’ai aussitôt regardé vos photos, celles que vous présentez de vous, et aucun trait de vous n’est déformé ! On va les regarder ensemble. (il feuillette le livret du CD « Anamorphosée » en gros plan) Vous apparaissez telle que vous êtes habituellement. Alors qu’est­ce qui est déformé ? Parce que, d’une façon visible, rien n’est déformé : vos yeux, le corps…

MF : Mais, à nouveau, j’écarte, moi, le sens de la déformation, justement. En aucun cas déformation, non.  Peut­être transformation, mais ce n’est pas non plus ‘métamorphosée’. (rires) Peu importe, d’ailleurs. Je préfère le sens poétique de ce mot.

PA : Transformation, si elle devait exister, de quelle nature ?

MF : Je crois que j’ai un grand changement qui s’est opéré en moi. J’ai voyagé, d’abord.

PA : Oui…

MF : Je me suis échappée de la France pendant près d’un an. J’ai essayé d’oublier mon métier, de m’oublier moi­même d’une certaine façon, et essayé de découvrir des choses différentes, des choses qu’on peut qualifier d’un peu plus normales, la vie de tous les jours en somme.

PA : Vous savez que le contraire ­ vous qui connaissez très bien le sens des mots, et je vous écoute, et vous avez écrit vos textes ­ le contraire de ‘normal’, c’est…?

MF : Anormal. J’aime l’anormalité ! (large sourire)

PA : Ce qui m’a un peu effrayé, je vous le cache pas, vous qui dites là, à l’instant, que vous vouliez retrouver un petit peu la normalité, (en lui montrant la pochette de « Anamorphosée ») c’est quoi ?! C’est la décapitation ?! Y’a pas votre tête !

MF : Je sais. Mais, là encore, j’ai pris le risque parce que je savais que ça pouvait évoquer ça. Moi, je l’ai plus pensé en ce sens : l’esprit qui s’échappe, l’esprit qui va vers le haut, l’esprit qui voyage. Donc c’est ce que moi, j’ai voulu évoquer.

PA : L’esprit a voyagé et le corps a voyagé vers l’Amérique, c’est ça, quand vous avez quitté la France ?

MF : L’Amérique. J’ai choisi l’Amérique. Pourquoi ? Je ne le sais pas bien, dans le fond. C’est peut­être plus facile pour moi que d’aller vers Los Angeles puisque j’y avais déjà rencontré quelques personnes. Maintenant, c’était plus l’idée des étendues vastes, d’une forme de liberté, une certaine solitude parce que Los Angeles est une ville pour solitaires : la rencontre est très difficile malgré tout…

PA : Elle peut être violente parfois ?

MF : Elle peut être violente, troublante, mais j’avoue que j’ai passé, moi, un très, très bon séjour.

PA : Et c’est là­bas que vous avez écrit « California » ou c’est ici ?

MF : C’est là­bas.

PA : Ah c’est là­bas…

MF : Donc, moi, j’ai demandé à la personne qui travaille avec moi, compositeur et producteur, Laurent Boutonnat, de m’y retrouver, et cela au bout, je crois, de cinq mois, et j’ai eu cette envie que d’enregistrer l’album à Los Angeles.

PA : Là on regarde ­ je dis bien on regarde, on écoute évidemment ­ « California », mais on regarde « California », là­bas !

Diffusion d’un large morceau du clip « California »

PA : Le regard est très triste à la fin. C’est la perception que vous avez de Los Angeles, de l’Amérique telle que vous la montrez là ?

MF : Non, parce que là, elle est un petit peu caricaturale, je dirais. On s’est quand même polarisé, ou concentré, sur la prostitution. Los Angeles n’est pas uniquement la prostitution. D’ailleurs, il a été difficile de…

Sur Sunset, il y a souvent justement ­ le quartier cloisonné ­ toutes les prostituées, et là j’avoue qu’elles avaient disparu car elles avaient des problèmes avec cet acteur, enfin tout ce qui s’est passé autour de cette anecdote… (allusion à l’arrestation quelques mois plus tôt de Hugh Grant avec une prostituée, nda)

PA : Hugh Grant, oui. Pourquoi ce choix justement ? Pourquoi ce thème ?

MF : Je ne suis pas sûre d’avoir la réponse, si tant est que j’ai toujours envie de jouer, d’interpréter une prostituée. Et j’avoue que sur « California », c’est spontanément venu. Et donc, j’ai fait appel à Abel Ferrara qui, lui, évoque beaucoup la prostitution dans ses longs métrages.

PA : Quand vous dites dans la chanson : ‘Ma vie s’anamorphose’­ c’est difficile à dire, d’ailleurs ! ­ alors ça veut dire quoi dans ce… ?

MF : Dans cette chanson là ?

PA : Dans cette chanson, oui.

MF : Là encore, j’ai toujours une difficulté quant à l’explication de textes. Parfois, il suffit de prendre des mots et, ma foi, une sonorité peut évoquer certaines choses. Moi, ‘ma vie qui s’anamorphose’, si je peux essayer de trouver un sens à ce mot, c’est plus dans l’idée de ce rétroviseur, et là on en revient plus à l’aspect cinématographique, donc de cette concentration du format cinémascope, etc. Mais j’ai l’impression qu’on ennuie les gens avec ça ! (rires)

PA : Y’a un contraste impressionnant ­ moi, je vous découvre, je connaissais vos chansons, mais je vous découvre ­ entre cette façon dont vous vous exprimez, qu’on retrouve d’ailleurs dans vos textes, et cette image que vous montrez avec ce public toujours patient. (il se retourne et regarde les fans derrière la vitre. Mylène lève les yeux vers eux, un large sourire aux lèvres) Apparemment, ils ne se lassent pas de ce que vous dites, de ce que vous montrez de vous. Cette image très, on va dire les choses, qui est même perturbante pour un homme qui vous interviewe, troublante en tous cas, que vous montrez, très provocatrice, et puis les mots que vous employez, ce que vous dites à l’instant.

Vous en êtes consciente, j’imagine quand même ?! C’est délibéré ?

MF : Délibéré, préméditation, non, je n’en suis pas sûre. C’est juste l’idée et l’envie que d’interpréter des rôles différents. C’est autant de facettes qui font partie d’une personnalité. J’essaie, moi, de les exploiter, de ne pas tricher et de ne m’interdire rien.

PA : Rien ! Mais ça veut dire que dans ce clip, vous êtes dans la fiction ? Vous ne mêlez pas ce que vous ressentez, ou dans le texte d’ailleurs que vous écrivez, ce que vous ressentez, parce que j’ai cru comprendre que, et là j’oublie le clip qu’on vient de voir évidemment, j’ai cru comprendre qu’il y avait une frontière très mince entre ce que vous exprimez et la façon dont vous vivez les choses finalement…

MF : Il y a une frontière très, très mince, dans le fond. C’est vrai que quand moi j’écris les textes, dans le fond je ne pense qu’à moi, qu’à ce que je ressens, ce que j’ai envie d’exprimer. Parfois, ce sont des idées ou violentes ou dérangeantes. Mais, là encore, c’est faire abstraction absolument de l’autocensure. Et c’est une liberté pour l’écriture.

PA : Vous êtes de ce point de vue complètement désinhibée ?

MF : Non ! Parce que ce serait là l’absolue liberté. Je ne le suis pas, mais dans le fond, ce métier m’aide à justement extérioriser tout ce que je n’oserais pas probablement dans la vie de tous les jours, donc c’est une chance que de pouvoir avoir ça.

PA : Ça va ? C’est la première fois que vous participez à une émission aussi longue, une heure ?

MF : Aussi longue, oui ! (rires)

PA : C’est la première fois ?

1996-05-cMF : Oui, je crois, oui. (Mylène a pourtant jusqu’alors participé à plusieurs reprises à des entretiens de toute sorte au moins aussi long, mais peut­être pense­t­elle aux conditions de tournage, dans la continuité, dans les conditions du direct etc.)

PA : Et ça va ?

MF : Ça va bien, oui ! (sourire)

PA : Je ne sais pas qui doit avoir le plus peur de l’autre !

MF : (rires) Je ne sais pas…

PA : On retrouve Mylène Farmer dans quelques instants, après la pub.

Coupure pub

Au retour plateau, Paul Amar et Mylène Farmer se sont déplacés : ils sont désormais face à face sur des petits siègent entourant une table basse. Une télévision reprend l’image de leur tête à tête en second plan. Ils se sont éloignés de la vitrine et on ne voit donc plus le public.

PA : Et on retrouve notre invitée, Mylène Farmer. Je ne sais pas si les téléspectateurs ont vu – il y avait tous ces albums que j’ai présentés, enfin j’ai présenté le plus récent évidemment, de vous ­ mais vous êtes arrivée avec un gros livre que vous gardez ! (rires de Mylène) On a changé de lieu, vous êtes arrivée avec ce gros livre, vous le gardez avec vous. Qu’est­ce que c’est ?!

MF : C’est­à­dire que quand vous avez, que nous avons préparé l’émission…

PA : (la coupant) Attendez, on va le montrer. N’hésitez pas ! Je sais bien qu’il est lourd…

MF : (elle s’avance pour poser le livre sur la petite table devant elle, mais le reprend aussitôt, en regarde la tranche, avant même qu’un cadreur, qu’on voit s’approcher, ait pu le filmer !) Je sais qu’on va évoquer la littérature, et ce livre fait partie de…Est­ce que c’est un livre de chevet ? J’en sais rien, mais en tous cas, c’est un livre que je trouve magnifique et c’est un cadeau. Donc j’avais envie de l’emmener tout simplement ! (elle le pose cette fois sur la table)

PA : L’auteur…?

MF : (penchée en avant, elle le feuillette sur la table) Et c’est Allan Edgar Poe (sic), traduit par Baudelaire. Et c’est un livre très ancien du XIXème siècle et qui a beaucoup d’illustrations, si je les trouve. (elle peine en effet à en trouver une au hasard des pages) Ce sont des anciens dessins…

PA : Et bien je vais le découvrir ! Décidément, vous me faites découvrir beaucoup de choses ! (le journaliste feuillette le livre à son tour) Alors, « Le scarabée d’or » ­je sais que vous aimez les animaux.

« Le chat noir ». Décidément ! C’est complètement au hasard, et rien n’est préparé. Tout est improvisé. (il s’arrête sur une illustration qu’on ne voit pas à l’image) C’est un peu lugubre, non ? Mais c’est de la littérature…

MF : (toujours penchée en avant sur son livre, elle ne l’a pas lâché et scrute ­ inquiète ? ­ son feuilletage par l’animateur) Oui. C’est Edgar Poe !

PA : C’est Edgar Poe ! Vous aimez lire, hein ?

MF : (refermant le livre tandis que, comme le journaliste, elle se redresse dans son siège) J’aime lire. Je ne lis pas suffisamment, mais j’aime ça.

PA : Déjà enfant, adolescente, vous lisiez beaucoup ?

MF : Pas du tout. Au contraire ! Je crois que j’ai eu une rébellion absolue quant à l’école et ce qu’on vous imposait comme lecture, donc je crois que j’ai refusé ça totalement. Jusqu’au jour où, autodidacte, j’ai décidé que j’allais, moi, vers une famille littéraire, et puis après, on fait son chemin tout seul. Et c’était plus agréable comme ça pour moi.

PA : Quand vous écrivez vos textes, vos chansons, vous écrivez comment ? Où ? La nuit, le jour ?

Chaudement habillée, dévêtue ? Seule ? Pas seule ?

MF : La seule réponse que je puis formuler : seule. Maintenant, quant à la tenue vestimentaire, je crois qu’elle m’importe. J’essaie de me souvenir ! (elle cherche) Non, ce peut être la journée, la nuit : peu importe.

PA : Le lieu, peu importe ?

MF : Le lieu, non, peu importe.

PA : Peu importe ? (Mylène confirme) Ça peut être chez vous. C’est à Paris, c’est à la campagne, c’est au bord de la mer, peu importe ?

MF : Ça dépend. Pour cet album, par exemple, c’était à Los Angeles, dans une maison qui était louée, qui avait un petit studio à l’étage inférieur. Et c’était…non, pas dans ma chambre. Dans une autre chambre.

PA : Ah, les douze chansons de cet album, vous les avez écrites là­bas ?

MF : Oui.

PA : En ville même ? Dans la ville ?

MF : Oui. J’avoue que je crois ne pas avoir besoin d’un lieu justement précis. J’arrive à m’isoler, et reformer cette bulle dont on a besoin pour écrire, dans n’importe quel lieu.

PA : On a vu la ville, en tous cas telle que vous, vous l’observez, vous la ressentez, dans « California ». On va voir une autre sorte de ville, fin de monde, fin de siècle : « L’Instant X ».

Diffusion d’une partie du clip de « L’Instant X »

PA : Alors tout est blanc, mais c’est pas un blanc immaculé. Là vous annoncez des choses terrifiantes, non ?

MF : (rires) Non, j’ai voulu retracer la vie, non pas la vie, mais une journée, que l’on peut avoir, où tout va mal.  Tout va mal. C’est une concentration d’évènements, dès qu’on se lève, et tout va mal, à nouveau, et on attend ce moment : souvent il se passe ça dans une journée ou dans un mois, où à la fois toutes les choses viennent se concentrer, se former un peu comme un puzzle, et c’est le moment où tout rejaillit, et cette fois vers le haut, et non pas vers le bas. (rires)

PA : Ce jour­là, vous alliez bien ou mal ? C’était un jeu de votre part ou vous étiez dans une humeur plutôt maussade ?

MF : Très sincèrement, je ne m’en souviens pas, mais… Je ne sais pas.

PA : Et cette fin de siècle que vous nous annoncez, vous en pensez quoi, vous ? Vous y croyez au messie ­ parce que vous parlez du messie ? L’instant X, c’est quand le messie arrivera ?

MF : Pas précisément. Je crois… Je crois à quoi ? Une forme de spiritualité, je crois qui est indispensable pour tout le monde. Maintenant, être une religion particulière, non, j’avoue que j’ai du mal à le nommer.

PA : Spiritualité, vous la voyez quoi ? dans le regard de l’Homme, ou là­haut, une force invisible, supérieure ?

MF : Parfois, j’aime l’idée de la force invisible, et je préfère trouver une force et une générosité ici, et de personne à personne. C’est plus important.

PA : C’est quoi le Styx ?

MF : Le Styx, c’est ce lac qui est dans l’enfer. (sourire)

PA : Ah ! Et vous dites ça avec un sourire désarmant ! (rires de Mylène) Vous le connaissez ce lac ?

MF : Je l’ai évoqué souvent en tous cas. J’aime beaucoup ce mot. J’aime bien jouer avec les mots.

PA : Et vous l’imaginez comment, ce lac ?

MF : Très noir.

PA : Et l’Enfer ?

MF : Une idée de l’Homme, dans le fond…

PA : Noir aussi ?

MF : Oui. Trop lourd. Trop lourd, cette idée.

PA: C’est simplement un jeu auquel vous vous livrez ou, au fond de vous, vous avez cette vision assez pessimiste ou de l’homme, ou de l’humanité. Est­ce qu’on se rapproche, quand je vous entends parler et vous entends penser à voix haute, plutôt de la littérature, ou est­ce que vraiment, au fond de vous­mêmes, vous exprimez ce que vous pensez ?

MF : Je crois avoir… Je ne sais pas si vous faites allusion à pourquoi un public a pu me suivre tout au long de ces années quand, moi­même, j’ai évoqué des thèmes un peu plus difficiles, un peu plus désenchantés, parce que moi­même je l’étais profondément, oui. Maintenant, il s’opère dans la vie, à nouveau, des changements, qu’on le veuille ou non, et il y a des personnes qui ne changent pas. Moi, j’ai eu cette chance que de rencontrer… C’est toujours, là encore, difficile ou la justification ou d’essayer de trouver des mots. Vous dire que j’ai trouvé la lumière serait un petit peu fort, mais j’ai une rencontre, en tous cas, d’avec un livre qui a été important dans ma vie…

PA : Lequel ?

MF : …qui est « Le livre tibétain de la vie et de la mort » qui parle de l’idée de l’impermanence, vivre le moment présent. Et ça, ça a été quelque chose d’extrêmement fort pour moi. Cette idée que de ne pas appréhender la mort. Enfin, autant de choses. Là, je vous donne tout en vrac, c’est un peu confus ! (sourire) PA : Non, non, non, non, je vous suis parfaitement ! Vous étiez…

MF : (le coupant) Tout ça pour essayer d’évoquer ce changement.

PA : Oui, parce que vous étiez hantée par l’idée de la mort, par cette notion de mort…

MF : (le coupant) J’étais profondément hantée, c’est­à­dire qu’il n’y avait pas un jour sans que je pense à cette mort.

PA : La mort de l’autre ou… ?

MF : Ou la mort de l’autre ou ma propre mort, le vieillissement, enfin toutes ces choses qui font que vous vivez mal, dans le fond. Et c’est, dans le fond aussi, le refus de vivre (silence et sourire).

PA : Tout au long de l’émission, j’ai le sentiment, parce que là vraiment je vous découvre et j’ai vraiment l’impression qu’il se passe quelque chose de nouveau, puisque vous l’affirmez, et alors il y aurait un décalage, c’est rigolo, si j’ose dire, mais ça doit l’être, entre les sujets qu’on a prévus…

MF : C’est vrai ?!

PA : Hé bien oui, qui sont le reflet de tout ce que vous avez offert, jusqu’à présent, à votre public, et les nouveaux mots que vous prononcez, c’est­à­dire les sentiments que vous exprimez. Alors, ça fait rien, allons jusqu’au bout ! Après tout, vous choisissez difficilement entre l’ombre et la lumière. On va continuer avec ce décalage.

MF : Bien sûr, oui.

PA : Alors, on va voir un extrait de film, « Giorgino » où là vous aviez un rôle difficile, très difficile…

MF : Oui.

PA : On regarde.

Diffusion d’un extrait en version originale de la scène où Catherine est piégée sur un lac gelé.

PA : Dans ce film de Laurent Boutonnat, vous jouez le rôle ­ c’est Catherine, c’est ça ? (Mylène confirme) ­ d’une jeune fille qui a du mal à sortir de sa propre enfance, à la limite de l’autisme. Est­ce que vous rejoueriez ce rôle aujourd’hui ?

MF : Oui !

PA : Il vous a plu ?

MF : Oui, beaucoup. Beaucoup.

PA : (en pointant les fans devant lui) Voilà, le public est encore là ! Vos chansons et vos albums, énormes succès, avec Céline Dion, enfin vous vendez par centaines de milliers et ce film n’a pas rencontré le succès auprès du public. A votre avis, pourquoi ?

MF : Le fameux instant X n’est pas venu ! (rires)

PA : C’est quoi, c’est comme une alchimie qu’on attend, qui se produit ou pas ?

MF : Je crois. Je ne suis pas sûre que ça remette en question ni la qualité du film, ni d’un album, ni d’un artiste.

Là, j’essaie de faire abstraction de moi, de ma présence dans le film, mais tout simplement, je continuerai de défendre ce film, je continuerai d’aimer ce film. Maintenant, je crois qu’il n’a pas trouvé la rencontre, qu’il n’a pas eu cette rencontre d’avec le public. Est­ce que c’était un mauvais moment pour le film ? Est­ce que c’était trop noir pour le public ? Je crois qu’on n’aura de toute façon jamais la réponse, donc… Ma foi, ‘accepter’ cet échec. Mais pour moi, ce n’en est pas un, donc je le vis bien dans le fond.

PA : On voit que vous aimez l’image, on le voit dans vos clips qui sont de petits scénarii, parfois courts, parfois brefs, parfois plus longs ­ dix à douze minutes. Vous aimez l’image au point de faire un long métrage. Vous allez continuer ?

MF : Là encore, je n’ai pas la réponse. Je crois que j’aimerais, oui, faire un autre long métrage. J’aime jouer, j’aime interpréter des rôles.

1996-05-fPA : On va sortir de cet univers un peu glauque, un peu difficile pour entrer dans un autre, beaucoup plus éclairé, là ­ on passe de l’ombre à la lumière ­ dans un univers que vous aimez qui est celui du cheval, et vous allez découvrir un homme que vous connaissez, et que Laure Fortin a rencontré.

Diffusion d’un sujet sur Mario Luraschi, qui avait réglé les cascades sur le clip « Pourvu qu’elles soient Douces ». Il en parle ici ainsi que de sa rencontre avec Mylène.

Mario Luraschi : (…) Pour Mylène Farmer, j’ai eu le grand plaisir de faire son clip. Effectivement, c’était exactement dans les mêmes conditions qu’un vrai film, d’ailleurs on a tourné plus de huit jours. Elle était venue s’entraîner un tout petit peu, pas beaucoup parce qu’elle a pas besoin de s’entraîner ; elle monte quand même très bien. Et on s’est, en plus, super bien marrés ! On a réglé toutes les cascades, aussi bien les grandes galopades, où elle retrouve le bel officier, que la partie grande bagarre où on s’est le plus marrés d’ailleurs !

(…)

PA : Vous n’étiez pas doublée, là, dans le film ?

MF : Non.

PA : C’est vous qui montez ?

MF : Oui, oui.

PA : Vous aimez le cheval…

MF : J’adore ça, oui. Je crois que j’en ai un petit peu peur aujourd’hui, bizarrement.

PA : Pardon ?

MF : Je dis que je crois que j’en ai un petit peu peur, peur de monter à cheval.

PA : Maintenant ?

MF : Oui.

PA : Pourquoi ?

MF : Parce que je le fais de moins en moins. Donc l’acrobatie…peut­être avec l’âge ! (rires) Mais, en tous cas, la rencontre d’avec Mario a été vraiment, je ne sais pas si c’est importante, mais extrêmement agréable. Et c’est quelqu’un d’abord de très doux, très sensuel sur un cheval, et très, très talentueux. Très généreux aussi.

PA : Vous aimez les animaux ?

MF : J’adore les animaux.

PA : On m’a dit que vous aviez un singe. Chez vous ?

MF : Oui.

PA : Il s’appelle comment ?

MF : E .T. C’est un capucin.

PA : C’est­à­dire, un capucin ? C’est quelle… ?

MF : C’est un singe d’Amérique du Sud.

PA : Et il vit avec vous ? (Mylène confirme) Et la communication, ça se passe comment entre vous ?

MF : Très, très bien ! (sourire)

PA : C’est­à­dire ?

MF : Nous pouvons converser, jouer. Des moments de tendresse. Autant de choses qui…

PA : (la coupant) Il peut y avoir une vraie communication entre l’humain et l’animal ?

MF : Bien sûr ! Bien sûr, et précisément le singe.

PA : Qui se passe de mots…

MF : Je crois qu’elle aime bien les mots. Elle aime les intonations, mais ça, comme tous les animaux. Mais c’est quelqu’un de très, très intuitif.

PA : Mylène Farmer reste avec nous jusqu’à la fin de l’heure, jusqu’à 21h. Pub.

Coupure pub

Au retour plateau, Paul Amar et Mylène Farmer ont à nouveau changé de place : ils sont désormais assis sur de hautes chaises de bar autour d’une table. Mylène a un verre de jus d’orange devant elle auquel elle ne touchera pas ! On voit à nouveau le public derrière la vitrine.

PA : Mylène Farmer est toujours avec nous, à quelques heures à peine, elle nous fait la gentillesse de venir dans cette bulle, à quelques heures à peine de Bercy. Vous vous préparez comment ? Vous allez dormir ? Vous allez vous reposer ou pas?

MF : J’ai peu le temps de me reposer, mais je fais beaucoup de sport. J’essaie de continuer avant les concerts, donc c’est de l’entraînement, avec Hervé Lewis qui est un très, très bon entraîneur et un ami également. C’est de la musculation et beaucoup d’endurance, donc de la course. Et en fait, je suis tout, tout près de chez vous quand je viens faire du sport !

PA : Au gymnase à côté­là ?!

MF : Je ne sais pas ! (rire gêné)

PA : Bon, on ne va pas ­ ah ben, c’est vrai qu’il y a le public qui écoute ! Ils pourraient encore vous suivre jusque là !

MF : Non, je plaisante !

PA : Quand vous allez entrer dans la salle, et que vous allez voir cette foule immense, qu’est­ce qui se passe dans votre tête ou dans votre cœur ? Est­ce qu’il bat plus fort ?

MF : Il bat plus fort. Le trac, en général, c’est avant, avant d’entrer en scène. C’est quand on commence à trop penser, trop réfléchir et une fois que ou que l’on monte sur scène, ou en dessous de scène, ou dessus de scène ­tout dépend de l’apparition­ là, j’avoue que s’opère un total changement : on est totalement dans le spectacle. Et, enfin, l’analyse et la réflexion se dissipent.

PA : C’est ça, et là vous vous donnez à la foule, quoi, vous donnez votre talent. Un aperçu de ce concert, vous étiez il y a quelques jours à Toulon pour chanter : on regarde, on écoute, avant d’en parler.

Extraits de « Alice », « Je t’aime mélancolie », « California » et « Désenchantée » filmés lors de la première représentation du Tour 96, à Toulon.

PA : Avant de parler spectacle, et c’est l’objet de toute notre émission, je voudrais une petite parenthèse qui sera brève : le fait d’aller chanter à Toulon ne vous a pas posé de problème, vous avez réfléchi, vous avez hésité ?

MF : Non. Non. Je sais quels sont les problèmes à Toulon. (la ville vient de passer aux mains du Front National lors des récentes élections municipales et de nombreux artistes y annulent leur passage, nda)

Maintenant, ma vie est celle du spectacle donc pourquoi refuser que d’aller dans cette ville ? Tous les gens n’ont pas choisi, une fois de plus, ce qu’il s’est passé et ce qu’il s’y passe. Non, j’y ai pensé, bien évidemment.

Maintenant, j’ai décidé d’y aller et le Zénith de Toulon est une très, très belle salle. Et le public était magnifique !

PA : Et des gens de la municipalité ne vous ont pas agressée, vous ont laissé faire ? Il y a pas eu de problème de ce point de vue ?

MF : Pas du tout. Aucun problème. Aucun.

PA : Allez, on ferme parce qu’on ne va pas parler de ça longtemps : ce n’est pas une émission politique, et puis on ne va pas la polluer. Je vais revenir au spectacle. Vous avez des tenues extravagantes, comme ce soir aussi !

MF : (rires) C’est Paco Rabane qui a fait les habits et là, j’avoue que c’était encore un très, très bon moment, en tous cas toute l’élaboration justement des costumes, les idées. Là encore, j’ai de la chance.

PA : J’imagine qu’on vous a déjà posé la question, mais bon, inévitablement, on y pense en vous regardant sur scène : Madonna. On vous a déjà posé la question ?

MF : Mais pourquoi ‘inévitablement’ ? Est­ce que c’est un défaut journalistique ou est­ce que c’est une vraie envie que de me comparer à Madonna ? Je vais vous retourner la question ! (rires)

PA : C’est bien, j’aime bien ça ! C’est une vraie perception : cette façon que vous avez de bouger sur scène, d’être désinhibée, vous l’avez dit tout à l’heure, de mêler à la fois la danse, le chant, la chanson, mais aussi vos textes, comme une provocation comme ça lancée à l’homme. Donc, inévitablement, la comparaison se fait.

MF : Alors la comparaison ne me dérange pas. (sourire) Et, une fois de plus, je trouve qu’elle a beaucoup de talent donc, dans le fond, peu m’importe.

PA : Peu vous importe.

MF : Peu m’importe.

PA : Vous la prenez pour flatteuse, pour dégradante, pour… ?

MF : Comme je l’ai dit : flatteuse. Flatteuse. C’est quelqu’un de grand talent : qu’on épouse ou non ses revendications, ses excès, c’est malgré tout quelqu’un de grand talent, et elle l’a assez prouvé parce qu’elle dure, perdure, donc ce ne peut être, dans le fond, qu’un compliment, en tous cas sur, j’oserais dire, la longévité en tous cas.

PA : J’imagine qu’un journaliste américain pourrait dire un jour à Madonna ‘Tiens, vous me faites penser à Mylène Farmer’ !

MF : Je ne sais pas ! (rires)

PA : (se retournant pour regarder les fans derrière la vitre) Le public est toujours là et il nous écoute toujours. Moi, je n’en reviens pas ! Vous savez quelle heure il est ? Je le dis aux téléspectateurs : chez vous, il est, quoi, 20h20 pour la diffusion, là, ici, pendant l’enregistrement, il est plus de 0h20. Ils sont venus au tout début, et ils sont encore là ! Ils sont même organisés : ça existe, vous avez un club de fans qui existe et que Lionel Boisseau a retrouvé. Il a rencontré deux de ses adhérents qui parlent de vous, et de quelle manière !

Diffusion d’un sujet sur Olivier et Wilfried, les deux fans qui s’occupent alors du Mylène Farmer Fanzine, créé en 1992. Comme le dit le reportage, ce fanzine s’apprête à devenir le Mylène Farmer Magazine (quelques mois plus tard, en septembre 1996). Intégralement consacré à la star, il continuera d’exister jusqu’en 2004.

PA : Il est là, Wilfried. Il est là ! (gros plan sur le jeune fan en question, derrière la vitre, qui fait un petit coucou à Mylène) Il est venu. Vous le connaissez ? Vous l’avez déjà rencontré ce garçon ?

MF : Probablement. Je ne sais pas. (Mylène regarde fixement le fan avec un grand sourire)

PA : Je ne sais pas, on peut continuer l’interview, oui ? Puisqu’ils écoutent… Il y a comme un lien entre vous et eux, j’ai presque envie de m’effacer si je pouvais !

MF : (rire gêné) Je vous en prie !

PA : Pourquoi vous aiment­ils ?

MF : Je ne sais pas. Je crois qu’il ne faut pas me poser cette question ! Je n’en ai pas la réponse. Je crois que je ne le sais pas.

PA : Le fait que des photos de vous soient comme ça épinglées sur les murs, sur leurs murs, qu’ils s’endorment avec, qu’ils se réveillent avec, ça génère quels sentiments chez vous, quelles sensations d’être présente comme ça dans une telle intimité finalement, de garçons ou de filles ?

MF : Oui… J’ai presque envie de dire c’est ce pour quoi je fais ce métier, sans penser à effectivement le poster contre le mur, mais en tous cas cette idée que d’être aimée, et que d’être choyée. Donc je ne vais pas me révolter contre le fait que quelqu’un veuille épingler ce fameux poster contre le mur !

PA : Ah non, ce n’était pas un reproche !

MF : Non, non, non ! (sourire) Vous voyez, je suis sur la défensive parce que c’est un sujet qui est extrêmement, dans le fond, délicat pour moi. Pourquoi m’aime­t­on ? Je ne sais pas. Mais, je l’accepte en tous cas.

PA : Est­ce qu’ils aiment ce mystère que vous avez entretenu, que vous entretenez ?

MF : C’est ce qu’ils disaient, en tous cas. Là encore, le mystère, c’est aussi une absence de justifications, que je continuerai probablement de faire, même si là j’ai décidé de parler un peu plus longuement. (sourire) Parce que, une fois de plus, je crois que la justification fait du mal, et me fait du mal à moi­même : trouver les mots justes, c’est très difficile.

PA : Non. Non, non. Vous l’avez fait tout au long de l’émission. Ils aiment peut­être aussi, en tous cas pour certains d’entre eux, garçons ou filles, cette ambiguïté que vous avez cultivée jusqu’à présent…

MF : Probablement.

PA : « Sans contrefaçon ».

Diffusion d’une partie du clip de « Sans contrefaçon »

PA : (le clip est coupé au moment où Mylène et Zouc jouent ensemble, assises face à face) Cette scène est très touchante parce qu’on a parlé une première fois de Zouc quand Denisot était là, parce qu’on avait présenté une interview qu’il avait faite d’elle, il y avait un long silence d’ailleurs, assez étrange entre les deux, et on avait demandé des nouvelles qu’on n’avait pas eues. Là, on revoit Zouc avec vous. Vous avez des nouvelles ?

MF : Non. J’avoue que non.

PA : Elle a disparu comme ça…

MF : Oui. C’est quelqu’un de grand, grand talent.

PA : Oui, oui, et c’est curieux parce qu’un assez grand talent pour survivre aux difficultés de votre métier, parfois, mais bon il y a comme un retrait.

MF : Elle avait en tous cas ­ elle a toujours probablement ­ une grande, grande fêlure en elle, mais c’est une femme très, très troublante en tous cas. Sur le tournage, je me souviens des… Troublante ! (sourire)

PA : Quand vous dites fêlure, c’est curieux parce que c’est un mot auquel j’ai pensé en préparant cette interview, de vous et pour vous. C’est un mot que vous employez volontiers vous­même quand vous évoquez vos propres sentiments ou votre propre vie ?

MF : Je crois que j’ai une fêlure en moi, très certainement. C’est peut­être ce qui, dans le fond, me relie à ces personnes que vous évoquiez, qu’on appelle les fans, et qui ont ça en eux également. Ce peut être un mal de vivre, ce peut être des choses qu’on ne comprend pas bien, ou des manques profonds.

PA : Mal de vivre ?

MF : Le mal de vivre, oui, c’est quelque chose que j’ai évoqué. Est­ce que je l’évoquerai à nouveau ?

Probablement pour l’autre, plus que pour moi. Moi, je crois avoir eu des réponses dans ma vie. Ça a été parcouru de difficultés, de joies également, et je crois que je fais définitivement partie de ces privilégiés. Quand je pense à ‘privilégiés’, je pense souvent à des enfants, par exemple des enfants dans les hôpitaux que je vais voir de temps en temps…

PA : Oui, je sais…

MF : … et à chaque fois que j’ai envie de me plaindre, par exemple, je pense immédiatement à ces enfants, par exemple, et je me dis ‘Bon sang, la vie est courte. Eux ont une vraie, vraie souffrance.’ Elle n’est peut­être pas métaphysique, mais c’est une souffrance qui est profonde et qui est pour, peut­être, leur vie entière et, dans le fond, je ne m’autorise pas à être plus triste que ça, ou plus désarmée que ça. Ce qui n’empêche pas la fêlure, mais qui vous donne envie de vous battre un peu plus vivement en tous cas.

PA : J’ai re­regardé certains de vos albums. Je vous avoue que j’ai cherché désespérément ­ je vais les montrer quand même ­ un sourire. (Il montre la pochette de « Cendres de lune » à la caméra) Alors, celui­ci, il n’y est pas ! (il tient désormais à la main « Anamorphosée ») Le récent, il n’y est pas. « Ainsi soit je… », qui a beaucoup marché, il n’y est pas. « L’autre… », il n’y est pas. Je pensais que vous n’alliez pas sourire pendant cette émission, et vous n’avez cessé de sourire, souvent en tous cas !

Alors, est­ce que ça veut dire que… (il regarde à nouveau la pochette de « L’autre… ») Cet oiseau noir, comme ça, terrible, « L’autre… ». Est­ce que le prochain album, ce sera une Mylène Farmer très souriante ?

MF : Je ne sais pas. Je ne peux même pas envisager le prochain album, donc vous n’aurez pas la réponse.

Quant au sourire, c’est dans le fond assez spontané : vous êtes quelqu’un de charmant, donc j’ai envie de sourire ! (large sourire)

PA : Et vous souriez aussi aux téléspectateurs…

MF : Ça m’arrive aussi ! (rires)

PA : …peut­être à travers moi.

MF : Peut­être !

PA : Cette évolution dont vous parlez comme ça est…

MF : (le coupant) Probablement. Le sourire l’accompagne, en tous cas, oui.

PA : « XXL ». C’est aussi dans le récent album.

Diffusion d’une brève partie du clip « XXL »

Retour plateau avec un gros plan sur un t­shirt porté par une fan derrière la vitre.

PA : Ah ! Il y a même le t­shirt ! (rires) Ça, c’est plutôt début de siècle, ce tournage ? Vous avez fait comment avec cette locomotive ?

MF : C’était un tournage qui a été effectué à Los Angeles, à Fillmore, qui est une concentration d’orangeraies, et il y a beaucoup de trains, des trains anciens. C’est un vrai train, de 1906 je crois et j’étais câblée devant la locomotive et elle roulait vraiment.

PA : Ah, c’est pas un trucage électronique ?! On vous a collée à cette locomotive ? (Mylène confirme)

Vous n’aviez pas peur ?

MF : Non, non. A la fin, oui : le dernier plan, qui est le plan large, où je me suis retrouvée réellement toute seule en face de cette locomotive, avec des loumas qui étaient très, très éloignées…

1996-05-gPA : Loumas, des caméras qui survolent…

MF : …et là, le train prenait vraiment de la vitesse, et tout d’un coup, on se pose quelques questions ! (sourire)

PA : Ah, mais pour le coup justement, on oublie les angoisses métaphysiques, existentielles, mal de vivre… !

MF : Certes ! (rires)

PA : On est dans l’action, finalement comme sur scène.

MF : Oui. On est dans le moment présent.

PA : J’ai oublié de vous demander tout à l’heure, parce que j’ai observé que vous êtes née au Canada, vous avez quitté le Canada à l’âge de neuf ans (Mylène confirme) : vous êtes Canadienne venue en France à l’âge de neuf ans, ou vous êtes Française née au Canada ?

MF : J’ai les deux nationalités. Donc, selon l’humeur, je suis Canadienne ou Française ! (sourire)

PA : Vous êtes née à Montréal ?

MF : Oui.

PA : On a reçu avant­hier, oui c’est ça avant­hier, Charlebois, mais vous n’avez pas le même accent.

MF : Non. Je l’ai perdu très, très vite !

PA : Ah vous l’aviez ?!

MF : Un petit peu, je pense, oui.

PA : Et vous avez cette nostalgie des immensités ? On retrouve souvent ces immensités, ou même la neige, le blanc dans vos clips. Vous l’avez ?

MF : Nostalgie, je ne sais pas. Mais, en tous cas, j’ai un amour profond pour ce blanc immaculé, la neige, le froid. Et j’ai appris à aimer le soleil.

PA : Ah ! Ça aussi, c’est nouveau ! Ça aussi c’est nouveau, parce que dans tout ce que j’ai lu de vous, sur vous…

MF : (le coupant) Oui. J’ai toujours évoqué le froid, c’est vrai, mais…

PA : On est à quelques jours de l’été, c’est parfait, et à quelques heures de Bercy : donc vous allez chanter vendredi soir à Bercy, puis un peu partout en France, et puis en Europe, notamment à Bruxelles, Toulouse, Marseille, Lyon, Genève, donc forte longue tournée…et

Alexandre Pachoutinsky, chef d’édition, me dit dans l’oreille ‘C’est fini’. L’émission est terminée !

MF : C’est fini !

PA : Oui. Ça va ? Ca s’est bien passé ?

MF : Très bien ! Merci à vous, en tous cas.

PA : Donc la première fois que vous participez à une émission d’une heure ?

MF : Oui. La dernière ! (le journaliste, très surpris, reste sans voix) Mais c’était un bon moment ! (moins de six mois plus tard, Mylène se prêtera pourtant à un entretien radio encore plus long que cette émission et cela se produira encore ponctuellement les années suivantes, nda)

PA : Merci beaucoup, Mylène Farmer, et bon Bercy !

1996-05-hMF : Merci beaucoup.

La musique du générique commence, mais le micro de l’animateur reste allumé assez longtemps pour qu’on l’entende indiquer à la chanteuse qu’ils doivent restés assis, ce que Mylène fait sans sourciller. On les voit même discuter ensemble sans que cette fois on ne les entende.

Après l’émission, Mylène se montrera très disponible avec les fans présents, leur accordant une séance d’autographes improvisée et se laissant photographier.

 

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LES ENFANTS DE LA GUERRE avec Mylène

Posté par francesca7 le 26 janvier 2015

 

1996-13-a27 NOVEMBRE 1996 – Présenté par Julien COURBET sur TF1

Mylène Farmer apparaît dans ce grand show de prime time autour de Luciano Pavarotti qui parraine « War child », un réseau d’associations qui viennent en aide aux enfants touchés par la guerre à travers le monde pour interpréter « Rêver » et répondre aux questions de Julien Courbet très brièvement en raison d’un triste évènement : au moment d’enregistrer l’émission, Mylène vient d’apprendre le décès d’un proche.

Après avoir interprété son dernier single en date dans la robe lamée qu’elle porte sur scène pour la même chanson, Mylène rejoint le canapé où l’animateur se trouve aux cotés de Luciano Pavarotti sous les applaudissements du public.

Mylène Farmer : Merci beaucoup.

Julien Courbet : Mylène, cette chanson était de circonstance, « Rêver », quand on voit ­alors on a vu ensemble il y a quelques instants, avant le démarrage de cette émission, le reportage qui va suivre, puisque nous allons maintenant parler des orphelins des « Enfants de la guerre ». Quand vous avez vu ce reportage, Mylène, vos premières pensées, ça a été quoi, de voir tous ces enfants sans parents ?

MF : D’abord une grande émotion, bien sûr. Manque de mères, manque de femmes autour d’eux. Et surtout, je voudrais dire que je crois que c’est une très belle idée que d’associer la musique à cette douleur, à ce manque donc je suis toute avec eux. (sourire)

JC : En tous cas, c’était bien que vous soyez avec nous ce soir, Mylène.

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Mylène Farmer à STUDIO GABRIEL

Posté par francesca7 le 24 janvier 2015

 

29 MAI 1996 – Présenté par Michel DRUCKER

Entretien avec Gaël LEFORESTIER sur France 2

1996-04-bGaël Leforestier, chroniqueur musique dans l’émission quotidienne de Michel Drucker, propose ce jour­là un petit reportage sur le premier concert du Tour 96 de Mylène Farmer, au Zénith de Toulon, quatre jours plus tôt.

On y voit pêle­mêle l’hystérie de dizaines de fans présents devant la salle dès le matin, des techniciens qui s’affairent aux dernières mises en place, l’entrée du public dans le Zénith, le stand merchandising…

Mylène y dit quelques mots, mais on ne la voit pas parler.

Gaël Leforestier : (off sur des images du public courant pour s’installer au premier rang) Quel est votre rapport avec les fans, Mylène ?

Mylène Farmer : (off sur des images du public dans la salle) Vous savez, des bouffées comme ça, des bouffées d’amour, ou d’agressivité, c’est toujours quelque chose de très, très porteur et très déstabilisant. (sur des images des danseurs, choristes et musiciens, en coulisses) J’avais envie de travailler avec des danseurs américains parce que je savais que je pouvais trouver un métissage. (on voit Mylène sortir de sa loge, un peignoir blanc par­dessus sa tenue légère d’entrée en scène) J’attends ces moments de scène, et je l’ai attendu pendant longtemps donc ça a été très, très fort.

1996-04-aImages du concert de Toulon : « Alice », « Désenchantée », « Je t’aime mélancolie ».

MF : (off sur des images furtives de l’entretien : Mylène et Gaël Leforestier sont assis sur des fauteuils, dans la loge de la chanteuse qui porte une chemise et un pantalon écrus) Si vous évoquez la scène, j’ai passé un moment assez incroyable, assez extraordinaire.

Publié dans Mylène 1995 - 1996, Mylène en INTERVIEW | Pas de Commentaires »

Mylène Farmer pour VOGUE (Allemagne)

Posté par francesca7 le 10 janvier 2015

 

MARS 1996 – Rencontre avec Amélie NOTHOMB

1996-03-aDans le cadre de sa rubrique « Conversation », l’édition allemande du magazine Vogue offre ses pages à l’écrivain Amélie Nothomb dont le succès est alors récent. Alors qu’on lui demande de choisir une personnalité avec qui organiser cette rencontre, son choix se porte sur Mylène Farmer, qui accepte. La rencontre a lieu le 22 décembre 1995, dans un salon du Crillon, place de la Concorde à Paris, sous l’objectif de Marianne Rosenstiehl.

A parution, l’entretien entre les deux femmes est évidemment traduit en allemand (par Bettina Kaps). En voici une traduction vers le français personnelle.

Amélie Nothomb : Je me souviens très bien de la première fois où j’ai entendu votre musique. C’était pendant les vacances de Noël, en 1986. Ma cousine chantonnait « Libertine ». Moi, je n’avais encore jamais entendu cette mélodie. ‘Comment ? me dit­elle Tu ne connais pas Mylène Farmer ?’. Depuis, je suis devenue une grande fan de vos clips. A mes yeux, vous êtes la chanteuse qui propose les clips les plus beaux, les plus talentueux !

Mylène Farmer : Quant à moi, j’ai lu vos livres. C’est la raison pour laquelle j’ai accepté cette rencontre.

AN : Je le sais bien. J’ai appris à connaître grâce à vous un auteur qui m’a marquée : dans l’une de vos interviews, une fois, vous aviez déclaré aimer Luc Dietrich.

MF : Ses livres ne quittent jamais ma table de nuit !

AN : C’est un des rares auteurs qui parvient à écrire en se mettant dans la peau d’un enfant sans se rendre ridicule. J’ai moi­même décrit ma propre enfance dans « Le Sabotage Amoureux » ­ pas de la meilleure manière, à mon goût.

MF : J’ai fait des chansons sur le thème de l’enfance, particulièrement sur la peur de grandir.

AN : Dans votre chanson « Plus Grandir », vous chantez que vous vouliez rester une enfant…

MF : C’est quelque chose que je ne peux pas expliquer moi­même et je ne l’ai pas perçu comme un traumatisme. J’ai vécu au Québec jusqu’à l’âge de neuf ans. Je n’ai conservé qu’un seul souvenir marquant de cette période : celui de la neige.

AN : La neige est récurrente dans vos clips, dans votre film également. Je regrette de n’avoir pu voir « Giorgino ». Il n’est resté que deux semaines à l’affiche à Paris et comme je vis à Bruxelles, je l’ai manqué.

Malgré tout, je sais tout à son sujet, j’ai dévoré tout les articles le concernant. Je suis convaincue qu’il est formidable, quand bien même beaucoup de critiques ont prétendu le contraire. Laurent Boutonnat, qui l’a réalisé, est à mon sens un génie.

MF : Notre film a essuyé des critiques particulièrement violentes. Avant même qu’il ne soit sur les écrans, nous savions déjà qu’il se ferait éreinter. La critique principale était qu’il s’agissait d’un long clip…

AN : Je rêve d’un clip long de deux heures !

MF : Le maquillage, les costumes, l’éclairage : les possibilités qu’il offre sont trop peu exploitées par le cinéma. Qui plus est, le jeu est pour moi important, qu’il s’agisse de jouer son propre rôle ou celui d’un autre moi. J’écris également moi­même  les textes de mes chansons. Ce sont autant de moyens de m’exprimer à travers l’art.

AN : Voilà quelque chose qui m’a frappée : vous vous déguisez souvent. Cependant, vous passez pour être  une artiste relativement discrète…

MF : Lorsque j’apparais nue, quand je fais des photos dites sexy, les journalistes écrivent que je suis impudique et que je n’ai aucun mystère. Que je puisse être si discrète au quotidien leur apparaît comme un vrai paradoxe. C’est pourquoi ils sont dans l’attente d’une justification de ma part. Je déteste cela !

AN : Vous n’avez pas à vous justifier. On ne doit le faire que lorsqu’on a commis des erreurs.

MF : Le clip de « Libertine » a été interdit de diffusion en Allemagne. Quelle hypocrisie ! J’ai déjà vu des films pornographiques à la télévision allemande !

AN : Je n’ai pas encore eu l’honneur d’être censurée…

MF : Cela m’étonne !

AN : Ma famille tient mes livres pour de la pornographie. Vous savez, la Belgique est aujourd’hui encore un pays du XIXème siècle. De plus, je descends de l’aristocratie catholique extrêmement conservatrice.

MF : Votre famille ne veut plus avoir affaire avec vous ?

AN : Précisément. A l’exception de mes parents qui acceptent mes ouvrages. Mon père était diplomate, ce qui nous a permis de vivre à l’autre bout du monde ­ en Asie. Vous savez, la famille Nothomb n’a pas à être fière de son comportement pendant la deuxième guerre mondiale. Je suis reconnaissante envers mes parents d’avoir pu grandir en Extrême­Orient. Lorsque j’ai débarqué à Bruxelles à l’âge de dix­sept ans, j’ai été stupéfaite de constater la consternation des gens lorsque je déclinais mon nom de famille. Aujourd’hui encore, les Nothomb jouent un rôle dans la vie politique belge. Moi, je n’ai rien à voir avec cela.

MF : Votre père n’est­il pas aussi artiste ?

AN : Oui : ambassadeur le jour, chanteur d’opéra nô japonais médiéval le soir !

MF : Merveilleux ! C’est une musique mystérieuse, fascinante.

AN : L’opéra nô le plus court dure quatre heures. Enfants, nous devions assister à la représentation entière, qui plus est à genoux. Aujourd’hui, nous pouvons nous asseoir et même somnoler ­ cela nous aurait été impossible à l’époque. Combien de dimanches avons­nous passés à écouter papa chanter ! Je m’ennuyais terriblement, d’autant plus si je comprends le japonais moderne, je n’entends rien au japonais médiéval !

MF : De mon côté, les rapports familiaux sont tout autres. Naturellement, je garde le contact mais nous parlons peu les uns avec les autres. Je présume que ma mère et mes autres proches sont fiers de mon succès. Mon père n’est plus de ce monde. Il est décédé quand j’avais vingt et un ans, alors que je débutais ma carrière. (erreur de retranscription ou, plus étrange, de Mylène ? Son père étant décédé en juillet 1986, elle avait donc vingt quatre ans à ce moment, nda) Je n’ai reconnu que sur le tard à quel point il était important pour moi. Avec qui vivez­vous ?

AN : Avec ma sœur Juliette, un être extraordinaire. Dans notre enfance, nous étions tout l’une pour l’autre. Nous avons été toutes deux atteintes d’anorexie, seulement je suis seule à l’avoir vaincue. Elle a définitivement arrêté de grandir à l’âge de seize ans. Aujourd’hui, elle en a trente et un et c’est toujours une enfant. Elle rejette les gens, personne ne doit pénétrer chez nous ou bien elle se met à hurler. Elle n’a besoin que de moi.

MF : Moi je vis à Paris avec mon petit singe capucin. Croyez­vous que vous aurez un jour le besoin de quitter votre sœur ?

AN : Non, car je n’ai pas encore ressenti le besoin de me marier et d’avoir des enfants. Qui plus est, je mène une vie sentimentale somme toute normale, mais toujours en dehors de chez moi. Il en résulte pour moi une vie aventureuse, et ça me plaît.

MF : La prolongation de moi­même, c’est quelque chose que je n’arrive pas à imaginer pour le moment. Pourtant, j’aime les enfants.

AN : Ecrire est plus simple que bien des choses de la vie de tous les jours…

1996-03-cMF : L’écriture semble également être angoissante pour vous. Il paraît que vous ne pouvez créer qu’en ressentant la sensation du froid.

AN : C’est exact. Dès que j’écris, le froid s’installe en moi, la température de mon corps chute. Pourtant je ne suis pas frileuse. Pour écrire, je dois m’emmitoufler comme un yéti dans un grand manteau de laine et je porte même un bonnet. Le froid m’est très désagréable mais c’est l’envie d’écrire qui domine.

MF : On dit pourtant que plaisir et douleur ne font pas bon ménage.

AN : Ce mystère, j’en fais l’expérience au quotidien : j’écris tous les jours, au moins quatre heures.

MF : Est­il exact que vous ne dormez souvent que deux ou trois heures par nuit ? J’imagine très bien que, conjuguées à vos angoisses, vos nuits doivent être terribles. L’écriture est un remède à la solitude.

AN : L’insomnie ne me dérange pas. Rechercher le sommeil en vain, oui. Les pensées qui m’assaillent dans ces moments­là sont terrifiantes.

MF : Je connais cela aussi, quand des pensées contradictoires s’affrontent, jusqu’à en devenir folle.

AN : D’autant que toutes deux nous avons un univers quelque peu morbide. Les nuits où je ne parviens pas à dormir, tout tourne autour de la mort et de cadavres : insupportable ! Je suis certaine que j’ai choisi d’écrire pour échapper à cette abomination. En écrivant, je ne souffre plus. Même quand j’écris des choses terrifiantes, je ressens un plaisir immense. Les passages les plus dramatiques de « Hygiène de l’assassin », où Prétextat Tach étrangle de ses propres mains sa jeune amie, m’ont provoqué un fou rire.

MF : Cela fait apparaître ces passages encore plus cruels et inquiétants !

AN : On m’a qualifiée de sadique ­j’ignore si c’est vrai. Dans la vie quotidienne, certainement pas !

MF : Je ne vous considère pas comme sadique. Vos livres dérangent, c’est pourquoi ils me plaisent. Ils font naître du rejet et du trouble, des réactions très vives. Dans mon travail aussi la mort tient une place importante, après tout elle fait partie de notre existence. Mais maintenant j’ai changé : je suis moins obnubilée par l’idée du néant, de même que par la mort.

AN : J’ai vu ai vue une fois dans une émission où vous pouviez choisir des images (« Mon Zénith à Moi », 10.10.1987, cf. cette référence, nda). Vous aviez alors sélectionné des images de cadavres et de têtes coupées. J’avais trouvé cela écoeurant !

MF : (rires) Je voulais montrer la beauté qui se trouve dans la violence et l’horreur, c’est pourquoi j’avais choisi deux reportages sur des exécutions humaines. Naturellement, une exécution est quelque chose de répugnant et de cruel, mais il s’en dégage une vraie force. Les mots me manquent pour exprimer ce que je ressens.

AN : Vous aviez à ce moment­là dit que voir ces images vous procurait de la joie.

MF : C’était sans doute maladroit. Il faut faire attention à ce que l’on dit et aux conséquences qui peuvent en découler. La mort d’un proche peut aussi être quelque chose de fascinant : quand j’ai vu cette personne étendue, morte devant moi, il me vint à l’esprit que c’était comme une mise en scène. Suis­je morbide ? Est­ce que c’est au­delà de ça ? Est­ce une preuve d’amour ? Je n’en sais rien.

AN : Depuis peu, on sent en vous une influence tibétaine. Que s’est­il passé ?

MF : Je n’ai pas beaucoup travaillé pendant trois ans, j’avais besoin d’oxygène. C’est pourquoi je suis partie aux Etats­Unis –mais l’endroit n’a pas d’importance. J’ai trouvé là­bas par hasard un livre tibétain traitant de la vie et de la mort. J’ai tiré quelques vérités de cet enseignement bouddhiste, à commencer par l’idée qu’il y a une vie après la mort. Cette idée m’a réconfortée. Ce livre a été un pansement pour moi.

AN : Aujourd’hui, vous n’avez plus de doutes ?

MF : Maintenant je ne me laisse plus abattre par l’idée de la mort du corps. Je me dis : oui, il y a une vie après la mort. J’essaye de changer.

AN : C’est quelque chose que l’on ressent dans votre récent album, « Anamorphosée ». En parlant d’immortalité, la célébrité d’une écrivain ne supporte pas la comparaison avec celle d’une chanteuse. Ma notoriété est supportable, amusante même. Votre gloire doit prendre des dimensions considérables : il paraît qu’il y a des fans qui dorment devant votre porte. Comment vivez­vous cela ?

MF : Je dédramatise. C’est la seule façon pour moi de le supporter.

AN : Et quelle était cette histoire de meurtre ?

1996-03-fMF : Ce fût très pénible : un déséquilibré qui voulait me rencontrer a fait irruption dans ma maison de disque et a tiré tout autour de lui avec un fusil. Le standardiste a été tué, c’était un jeune homme de vingt­huit ans. Ca a été un des événements les plus marquants de ma vie.

AN : Tournerez­vous à nouveau un film avec Laurent Boutonnat ?

MF : Je ne sais pas. Je crois que l’échec de « Giorgino » a été un coup de massue pour Laurent.

AN : Puis-­je vous confier l’un de mes rêves ? Plusieurs producteurs ont voulu porter au cinéma « Hygiène de l’assassin », mais à ce jour tous les projets ont échoué. Je souhaiterais que Laurent Boutonnat le filme et que vous jouiez le rôle de la journaliste.

MF : J’ai offert récemment vos livres à Laurent. Je vais lui faire part de votre souhait. Je vous le promets.

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STUDIO GABRIEL avec Mylène sur France 2

Posté par francesca7 le 10 janvier 2015

 

1995-02-e14 DÉCEMBRE 1995 – Présenté par Michel DRUCKER sur France 2

Première apparition télévisée de Mylène Farmer depuis plus d’un an. Alors que son album « Anamorphosée » est sorti deux mois plus tôt, la chanteuse a choisi un talk­show plutôt qu’une émission de variétés traditionnelle.

Michel Drucker : Quelle ambiance !… Elle arrive ! Attendez, attendez, elle arrive, elle arrive ! Mais j’aimerais d’abord vous présentez tous mes copains. (…) Ecoutez, vous l’avez deviné, notre invitée est tout simplement Mylène Farmer. Mylène Farmer !

Le public se lève pour l’applaudir et scander son nom. Mylène arrive, vêtue d’une robe en cuir noir et d’un cardigan crème, perchée sur de très hauts talons, ses cheveux remontés en chignon. Drucker part la chercher au fond du plateau, la prend par la main et l’amène jusqu’au siège où elle doit s’asseoir, juste devant le public. Elle peine à regarder devant elle, visiblement intimidée par les cris des nombreux fans présents.

MD : Vous devriez venir, Mylène, plus souvent parce que vous savez (les cris reprennent)…Chut ! Remplir la salle avec les problèmes qu’il y a en ce moment dans la circulation (l’hiver 1995 connaît l’une des plus longues grèves que la France ait jamais connue, nda), c’est une performance et, grâce à vous, elle est vraiment remplie, avec des fans ­y a pas d’autre mot­ des fans qui vous suivent depuis longtemps. Est­ce que vous les connaissez ? Vous savez qui écoute vos disques ? Vous les rencontrez de temps en temps ? Ils vous écrivent ?

Mylène Farmer : Oui, beaucoup. Beaucoup.

MD : Vous en êtes à votre quatrième album. Ils vous suivent donc depuis déjà cinq ou six ans (sic !). La tranche d’âge, vous la connaissez ? Est­ce qu’il y a une majorité de filles ? De garçons ? Statistiquement. Plus de vingt­cinq ans, moins de vingt­cinq ans ? Des ménagères, des jeunes, des moins jeunes ? Vous ne savez pas ?

MF : Je crois que j’ai un peu de mal à répondre à cette question, si tant est qu’il y a beaucoup de jeunes, oui.

Beaucoup de filles, beaucoup de garçons. (elle regarde le public) Et je tiens à vous remercier (les applaudissements et les cris repartent de plus belle).

MD : Chut ! Attendez, attendez. Mylène Farmer est une artiste qu’on ne voit jamais à la télévision, donc j’aimerais bien en profiter et lui poser quelques questions ! D’abord, c’est vrai : pourquoi on vous voit si peu ?

Vous êtes quoi, quatre ou cinq artistes comme ça en France, qu’on ne voit pratiquement jamais. C’est parce que c’est un média qui vous fait peur ou parce que vous considérez que les disques sont faits pour être écoutés, les clips sont faits pour être vus dans certaines émissions, et que l’artiste n’a pas obligatoirement le besoin de venir parler au public ?

MF : Je pense, avant tout, que c’est un exercice qui est difficile pour moi. Et j’ai un petit peu de mal à parler de moi­même, donc c’est…

MD : Le trac.

MF : Le trac aussi, et puis le… (elle baisse la tête en souriant)

MD : Quand il s’agit de parler de votre CD, je crois quand même que, là, vous allez être beaucoup plus volubile. Mylène Farmer, « Anamorphosée », c’est le quatrième. On ne vous a pas entendue et vue depuis longtemps…

MF : Oui.

MD : Vous étiez partie à l’étranger, aux Etats­Unis ?

MF : Je suis partie un an à Los Angeles, et puis un peu à New York également. Et puis j’ai surtout enregistré cet album : c’est un travail de longue haleine.

MD : Alors, on en dit un petit mot de cet album ! Douze titres qui, d’après L’Express, sont ‘un adieu aux larmes’.

MF : Ça, je ne sais pas. Je me méfie toujours des choses très radicales comme ça. On m’a dit que c’était un album plus optimiste. Peut­être ! Mais j’aime les larmes aussi…

MD : Bon. Hé bien, on va voir, pour la première fois, on va écouter « L’Instant X » puisque, à chaque fois que vous faites un album, il y a évidemment des clips. Et c’est vrai que vos clips sont aussi célèbres que vos CD  parce qu’ils sont très bien faits. On va d’ailleurs en revoir pas mal tout à l’heure. Donc c’est la première fois…

MF : Oui.

MD : Qui est monsieur Marcus Nispel ? (le réalisateur du clip « L’Instant X », nda)

MF : C’est un réalisateur allemand, qui vit à Los Angeles je crois, et qui a réalisé de nombreux clips, jamais avec les français je crois ­ ou peut­être avec Alain Chamfort ­ et que j’aime beaucoup, qui a un grand talent.

MD : « L’Instant X », c’est le single, comme on dit ?

MF : Oui, c’est le deuxième extrait de l’album.

MD : Mais y’a quand même douze titres. Pour la première fois, en exclusivité, voici « L’Instant X » !

Diffusion d’un bref extrait du clip « L’Instant X ».

MD : « L’Instant X ». Sans entrer dans la technique, moi j’ai vu la plupart de vos clips, on va en voir un petit montage exceptionnel dans un instant, ils sont tournés beaucoup en extérieur, donc vous dépendez beaucoup de la météo…

MF : Oui ! (rires)

MD : Vous allez dans les pays chauds, et souvent dans le froid, d’ailleurs…

MF : Souvent dans le froid.

MD : Comment ça se passe ? Vous êtes dirigée, comme un metteur en scène dirige une comédienne, vous vous abandonnez complètement au metteur en scène ? Ou est­ce que Laurent Boutonnat ou vous, vous vous mêlez de ce qu’on appelle le story­board, l’histoire, ou là vous donnez le CD au metteur en scène et c’est lui qui vous dit ‘Moi, j’attends ça de vous’ ?

MF : Avec Marcus Nispel, c’est un petit peu différent. C’est vrai que je lui donne la chanson, et la nouveauté, c’est que je lui demande ‘Quelle idée avez­vous par rapport à ça ?’. J’avais besoin, en tous cas envie, que quelqu’un m’amène quelque chose de l’extérieur, un nouveau regard. Quant au travail d’avec Laurent Boutonnat ­ j’ai fait quand même beaucoup, beaucoup de clips, et j’ai été très, très gâtée ­ et là, c’était un travail commun, souvent, en parlant de l’histoire.

MD : Comme vous venez rarement à la télévision, moi je voudrais en savoir un petit peu plus sur vous. Qu’est­ce que vous gardez comme souvenirs de vos dix années passées au Québec ? Moi, la première fois que j’ai entendu parler de vous, j’en ai entendu parler comme d’une québécoise, de quelqu’un qui avait grandi à Montréal…

MF : Je crois que j’irrite beaucoup de personnes parce que j’ai très, très peu de souvenirs, si ce n’est aucun souvenir de mon enfance. Je crois le souvenir de la neige, en tous cas j’ai retrouvé une sensation agréable.

MD : C’est pour ça que la plupart de vos clips se passent dans le froid et dans la neige ?!

1995-02-aMF : Probablement ! Mais très, très, très peu de souvenirs…

MD : Et alors, ce qu’il faut savoir, c’est que votre première vocation, c’était la comédie. Vous avez pris des cours avec Mesguich, je crois, Daniel Mesguich. Votre première passion, ça a été le théâtre…

MF : Au Cours Florent, également.

MD : Et puis, pourquoi vous avez bifurqué vers la chanson, avant d’y revenir puisque vous avez également tourné au cinéma ?

MF : Ce sont les hasards de la vie, et des rencontres qu’on peut avoir, qui sont très, très importantes. Et j’ai fait la rencontre de Laurent Boutonnat donc, qui voulait lui­même se diriger vers le cinéma, et était également compositeur, adorait la musique. Et nous sommes nés de la même chose, donc de la musique.

MD : Alors, c’est vrai que vous ne feriez pas cette carrière s’il n’y avait pas Laurent Boutonnat. Vous parlez souvent de lui : on ne le voit jamais, c’est quelqu’un que je n’ai jamais rencontré. Qui est Laurent Boutonnat ?

Quelle est sa formation ? Il est musicien bien sûr. Vous l’avez rencontré dans quelles circonstances ? C’est lui qui vous a donné envie de chanter ?

MF : C’est, j’oserais dire, par hasard. C’est un ami commun qui nous a réunis, et lui m’avait parlé donc de cette première chanson, « Maman a tort ».

MD : Il est musicien au départ ?

MF : Il est de grand talent. Il est musicien, il est réalisateur, il aime l’image. C’est quelqu’un qui écrit bien.

MD : Est­ce qu’on peut dire que votre carrière aurait pris un virage différent s’il n’y avait pas eu Laurent Boutonnat ? Est­ce qu’on peut dire que les clips, car quand on parle de vos clips, on ne peut pas ne pas parler de Laurent Boutonnat, est­ce qu’on peut dire que ce sont vos clips qui sont aussi à l’origine de votre succès ?

MF : Je crois que c’est un tout. Je crois que c’est très, très important, en effet. Je crois que la musique est importante. Je pense que les mots sont très, très importants, c’est une façon de dialoguer avec l’autre. Je crois que c’est un tout.

MD : Et bien voilà un petit montage : on va aller des débuts, du premier album, jusqu’à « L’amour XXL » (sic).

Voici un petit survol de votre carrière en clips ­mais je crois que tous vos fans les connaissent, mais seront contents de les revoir !

Medley des clips avec quelques extraits de « Pourvu qu’elles soient douces », « Libertine », « Je t’aime mélancolie », « Sans contrefaçon » et « XXL ».

MD : Moi, je voudrais une explication technique : ça, c’était « L’amour XXL » (re­sic), où vous êtes à l’avant d’une locomotive à vapeur. Ça a été tourné comment ?

MF : Ça, ça a été éprouvant pour moi !

MD : C’est tourné où, ça ?

MF : A Los Angeles (à Fillmore plus précisément, nda). Et j’étais réellement attachée, donc, à l’avant de ce train, et ce pendant près de quatre, voire cinq heures, sans pouvoir descendre du train, et le train roulait réellement, et parfois à vitesse rapide. Donc c’était assez étonnant !

MD : Autre question, avant que j’oublie : quand est­ce que vous reviendrez sur scène ?

MF : Euh… Très bientôt ! (applaudissements et hurlements dans le public)

Drucker accueille alors les chroniqueurs cinéma et musique, respectivement Benjamin Castaldi et Gaël Leforestier. Comme le veut le principe de l’émission, Mylène va rester jusqu’à la fin. Elle rejoint la grande table, plus lointaine, en fond de décor en compagnie de l’animateur.

Rubrique musique : Gaël Leforestier présente une compilation de rock, avec notamment Supergrass, Oasis, Iggy Pop, Lenny Kravitz,… A Michel Drucker qui lui demande si elle connaît tous ces groupes, Mylène répond simplement ‘Oui’ en souriant. Gaël Leforestier présente ensuite un coffret de singles de Nirvana qu’il offre à Mylène.

MD : Vous aimez Nirvana ?

MF : J’aime beaucoup Nirvana, oui.

MD : Comment vous définiriez leur musique ?

MF : Leur musique, je ne sais pas. Mais le chanteur, en tous cas, avait un charisme très étonnant et assez exceptionnel.

MD : Vous l’aviez rencontré ?

MF : Non, jamais.

Pour conclure sa rubrique, Gaël Leforestier présente un CD de John Lee Hooker. Drucker s’empresse de l’offrir à Mylène…

MF : C’est une belle pochette.

C’est ensuite la rubrique cinéma de Benjamin Castaldi.

MD : Un petit mot : quel souvenir garderez­vous de votre dernier film, qui a été une longue aventure, qui est sorti il y a un an je crois, « Giorgino » ?

MF : Oui. Très électrique et très passionnant.

MD : Vous recommencerez bien sûr ?

MF : C’est mon souhait en tous cas, oui.

Benjamin présente alors « Le Président et Miss Wade », de Rob Reiner, pour sa sortie en salles.

MD : Vous avez vu le film ?

MF : J’ai vu la moitié du film !

Benjamin Castaldi : Elle est partie avant, c’est mauvais signe.

MF : Non, je m’étais trompée de séance, donc je suis entrée et le film était déjà commencé ! (rires à la fois de Mylène, des animateurs et de la salle)

MD : On va vous raconter la deuxième partie donc… !

Benjamin présente le film. Puis enchaîne avec « Smoke », de Wayne Wang et Paul Auster, que Mylène confie ne pas avoir vu.

BC : Ça se passe dans un tabac, c’est relativement gonflé parce que, en Amérique, la chasse aux fumeurs est catastrophique : on ne peut plus fumer nulle part.

MD : Vous fumez ?

MF : Oui.

MD : Comment vous faites alors quand vous êtes dans un lieu public ?

BC : Comme tout le monde, elle se cache parce que c’est absolument impossible de fumer, ni dans les restaurants…

MF : Là­bas, c’est impossible, absolument.

MD : Et quand vous allez aux Etats­Unis, dans les avions, vous tenez le coup pendant douze heures ?

MF : Oh oui, sans problème.

MD : En mangeant du chewing­gum ?

MF : Non ! (sourire)

Benjamin finit la présentation du film. Puis évoque « Des anges et des insectes » de Philip Haas.

MD : Pour terminer avec le cinéma, quels sont les acteurs et les actrices français ou outre­Atlantique, étrangers, qui vous ont fasciné quand vous étiez petite fille, et qui vous fascinent encore ? Vos légendes, vos mythes ?

1995-02-dMF : Greta Garbo. Mais, plus récemment, j’aime beaucoup Robert de Niro, Al Pacino, Michelle Pfeiffer…

MD : Et les français ?

MF : Français ? J’aime beaucoup…euh… (elle cherche puis rit de sa confusion) Gérard Depardieu. C’est facile ! (rires)

Laurent Gerra et Virginie Lemoine entrent ensuite en plateau pour leur rubrique Les Zap’tualités, puis ils rejoignent tout le monde à la grande table.

MD : (à Mylène) Je vous ai vu rire, de bon cœur (en réalité, les quelques plans de Mylène pendant le sketch ne la montrent pas vraiment sourire, nda). Merci beaucoup, chère Mylène. Je rappelle : « Anamorphosée » vient de sortir. Vous reviendrez sur scène quand ? Dans un an ?

MF : Je ne sais pas. (si en réalité le Tour 96 est déjà en préparation, aucune annonce de tournée n’a encore été faite, nda)

MD : Vous reviendrez nous voir ?

Mylène acquiesce d’un mouvement de tête alors que le public lui fait une dernière ovation en même temps qu’est lancé le générique de fin.

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DÉJÀ LE RETOUR Mylène Farmer

Posté par francesca7 le 7 janvier 2015

 

17 DÉCEMBRE 1995 – Présenté par Jean­Luc DELARUE sur France 2

Second talk­show en quelques jours pour Mylène Farmer, toujours sur France 2, toujours en access prime time, mais en direct cette fois ! La chanteuse est l’invitée principale de « Déjà le retour », l’émission dominicale de Jean­Luc Delarue, prolongation de « Déjà dimanche », le magazine de l’actu people et ‘culture’ de l’animateur.

1995-03-bJean­Luc Delarue (de pied, face caméra, tandis que les invités, dont Mylène, sont assis en second plan, sur deux banquettes) : Bonsoir, ou re­bonsoir. Nous sommes en direct, et nous avons la chance de recevoir ce soir une chanteuse qui fait à la fois partie des gens les plus connues de ce pays, mais aussi les moins connues.

Mylène Farmer est l’une de nos rares grandes stars, un mot qu’on utilise pourtant ici avec un peu de parcimonie ­ ça la fait sourire ­ mais qui s’applique pourtant parfaitement à elle. Mylène Farmer parle très peu, elle dégage du mystère, de l’irrationnel. Ses compositions sont originales, très personnelles. Ses femmes ­ses fans, pardon !­ campent toujours en bas de chez elle, ses albums sont toujours de grands succès. On a envie de savoir beaucoup de choses quand on reçoit Mylène Farmer, notamment savoir ce qu’elle aime vraiment. Et aujourd’hui, elle a choisi d’inviter quelqu’un, première illustration :

une femme psychanalyste qui s’appelle Marie de Hennezel, qui vient de publier un récit qui s’appelle « La mort intime (ceux qui vont mourir nous apprennent à vivre) », qui est préfacé par François Mitterrand.

Mylène Farmer souhaitait la rencontrer, ce sera chose faite. Et puis on parlera aussi de ce bouquin qui a bouleversé, et qui bouleverse, tous ceux qui ont la chance de tomber dessus. Et puis parce qu’il est bon aussi de rire parfois, nous recevrons François Cluzet, qui est acteur comme vous le savez, et qui sera à l’affiche d’une comédie mercredi prochain, avec Guillaume Depardieu. Cette comédie s’appelle « Les Apprentis » et c’est tout bonnement génial. François Cluzet est donc notre troisième invité.

Générique.

JLD : Mylène Farmer, d’abord. Bonsoir, Mylène.

Mylène Farmer : Bonsoir.

JLD : Ça va ?

MF : Très bien ! (large sourire)

JLD : On est contents de vous revoir ! On se demandait même presque si vous ne nous aviez pas un peu oubliés ! Tout le temps, vous avez été extrêmement discrète, vous parlez assez peu, mais alors là, c’est depuis un an, depuis deux ans…

MF : J’ai quatre ans d’absence (sa dernière production discographique remonte à fin 1992, donc trois ans en réalité, nda). Mais j’ai fait quand même un long métrage, et le réalisateur est aussi le compositeur, donc ça a été un travail extrêmement long pour lui, le montage du film. Et puis j’ai eu besoin d’un peu de recul, je crois.

JLD : Donc à l’étranger, vous êtes partie à Los Angeles, un peu à New York également. On peut parler presque d’un exil, dans un pays où on ne vous connaît pratiquement pas, par rapport à la France où c’est fou le phénomène qu’il y a autour de Mylène Farmer : c’est la première fois qu’on reçoit un invité où quatre jours, cinq jours avant, c’est ‘Mais à quelle heure elle sera là ? Elle sera là ?!’ On appelle au bureau. Ce sont des choses assez étonnantes ! Qu’est­ce qui a motivé votre départ, et qu’est­ce qui a motivé votre retour ?

MF : Le besoin d’oxygène, avant tout. L’envie de voyages, de découvrir des choses que je ne connaissais pas, l’envie de s’oublier soi­même, rencontre de nouvelles personnes. Autant de choses qui font… C’est une nourriture dont j’avais besoin.

JLD : Et le retour ? Qu’est­ce qui vous donne envie de revenir en France après ?

MF : Définitivement l’envie de faire mon métier, de revenir à mon métier. (grand sourire)

JLD : En tous cas, vos fans ne vous ont pas oubliée. Je ne sais pas s’il y a toujours des fans qui vous dispensent cet amour ‘XXL’ en bas de chez vous, partout, dans tous vos déplacements. Ça doit être  assez délicat à vivre, j’imagine, parce que vous devez vous demander ce que vous pouvez leur donner en retour quand on vous donne autant d’amour comme ça, non ?

1995-03-aMF : C’est toujours un petit peu difficile, si ce n’est qu’ils sont relativement discrets eux­mêmes, même s’ils attendent en bas de chez moi. C’est une présence à la fois effacée et très démonstrative, donc c’est…

JLD : C’est quoi ? C’est des sourires ? Vous leur dites deux mots ?

MF : Des choses très simples : c’est des échanges de paroles. Mais ils ne me demandent pas davantage…

JLD : Alors, sur votre proposition, nous avons donc invité Marie de Hennezel, qui a écrit « La mort intime » qui est un livre consacré à l’accompagnement aux mourants. Pourquoi est­ce que vous aviez envie qu’on parle de ce livre ?

MF : Parce que j’ai beaucoup aimé ce livre, je le trouve merveilleusement écrit et surtout c’est le témoignage de choses qui me touchent profondément. Que la mort est un sujet qui me passionne, qui m’a hanté de nombreuses années, et qui aujourd’hui me…j’oserais dire, ne m’obsède plus de la même façon, et c’est aussi grâce à cette lecture.

JLD : De quelle manière ? Comment vous expliquez ce déclic ?

MF : J’ai lu deux livres. (à Marie de Hennezel) J’ai lu un autre livre, que vous devez connaître, qui s’appelle « Le livre tibétain de la vie et de la mort » (Marie de Hennezel confirme) et qui parle justement de cet apprentissage que de ne pas craindre et être obsédé, justement, hanté par l’idée de la mort. Et, l’idée peut­être d’une autre vie, également, après la mort ­c’est pas une fin en soi­ et c’est aussi le message que vous donnez dans ce livre. Et puis c’est un…je ne dirai pas un métier, mais un don de soi qui est merveilleux. Et voilà…

J’avoue que ce livre m’a aidée et m’a confortée dans certaines choses.

JLD : (à Marie de Hennezel) En fait, vous êtes psychanalyste, il faut l’expliquer. Depuis une dizaine d’années, vous travaillez dans ces centres de soins palliatifs où, donc, on apporte une présence, une chaleur humaine, quelqu’un avec qui parler, à ceux qui sont en train de quitter la vie. C’est un livre qui est à la fois très positif parce qu’on se dit, finalement, que les mourants sont… Vous n’aimez pas ce terme parce que jusqu’au dernier jour, on est encore vivant.

Marie de Hennezel : Oui.

JLD : Ceux qui vont mourir, en tous cas, sont souvent beaucoup plus en harmonie avec eux­mêmes, qui voient la mort arriver avec beaucoup plus de facilité, s’ils l’acceptent, que ceux qui sont autour d’eux. C’est assez étrange.

MdH : Non, ce n’est pas étrange parce qu’ils sont malades depuis longtemps, donc ils ont fait tout un chemin ­ on ne se rend pas compte du chemin que des gens font quand ils sont atteints d’une maladie grave ­ et que, d’étape en étape, finalement, et souvent dans la solitude, c’est ça qui…souvent dans la solitude parce que les autres, autour, ne veulent pas voir qu’ils font ce chemin. Donc, effectivement, quand ils arrivent à quelques mois, ou à quelques semaines de cette échéance, ils sont souvent beaucoup plus prêts que leur entourage.

Et, vous voyez, ce qui est important dans ces moments­là, c’est vrai qu’on ne peut plus porter de masque (on entend Mylène approuver cette remarque). On a besoin d’aller au bout de soi­même, d’être dans une authenticité très, très grande, et pour cela je crois que les personnes ont besoin de pouvoir échanger avec les autres parce qu’ils sont vivants, justement, jusqu’au bout. Et malheureusement, ce qu’on voit, c’est qu’à cause du tabou de la mort, à cause de cette peur dont vous parlez, les proches, les soignants aussi, la société en général n’est pas capable simplement d’être là (nouvel acquiescement de Mylène), et de se mettre à l’écoute de ce qu’ils ont à nous dire. Alors, j’ai voulu simplement, à partir de mon expérience, dire ‘Ne passez pas à côté de cette expérience’. Parce que c’est une expérience… Je crois que c’est l’expérience humaine la plus profonde qui existe, que de pouvoir être auprès de quelqu’un qui est en train, ou qui va mourir.

JLD : Mais, à la limite, on se dirait presque que le meilleur moment de sa vie, ce serait le moment de sa mort…

MdH : Non.

JLD : …si on est en harmonie avec soi­même. Il y a un film qui va sortir, de Xavier Beauvois, au début du mois de janvier, qui s’appelle « N’oublie pas que tu vas mourir ». Vous pensez qu’il faut vivre avec cette idée­là pour vivre heureux ?

MdH : Je crois que… Pas pour vivre heureux, mais pour vivre peut­être plus consciemment…

MF : (en même temps) Pour redonner les vraies valeurs de la vie probablement…

MdH : …parce que, je crois que, bon qu’est­ce que ça veut dire ‘vivre heureux’ ? On a des moments de bonheur, et puis…. Enfin le malheur fait aussi partie de la vie, justement, la souffrance fait partie de la vie. Donc vivre plus consciemment, plus… Habiter davantage tous les moments de la vie, que ce soient les peines et les joies, mais être là, vraiment, dans sa vie.

1995-03-dJLD : Vous avez été surprise par l’invitation de Mylène Farmer ?

MdH : J’ai été très touchée. Surprise, oui. Très touchée. (à Mylène) Et j’avais très envie de savoir pourquoi vous m’aviez invitée !

JLD : Elle nous l’a dit, plus ou moins. François, vous vouliez faire un commentaire ?

François Cluzet : J’ai lu il y a pas longtemps que le fait de se savoir mortel était la première maturité, c’est­à­dire qu’on devient mûr quand on sait qu’on est mortel. Et puis, je me demande toujours si la mort est pas bien plus longue que la vie, et en ce sens, hé bien il faut profiter de ce qui est court ! (rires)

JLD : (…) François Cluzet n’a pas été choisi par Mylène Farmer, mais je suis certain qu’elle est contente de…

MF : Bien sûr !

JLD : Vous vous connaissiez ?

MF : Nous nous sommes rencontrés sur le tournage du film que j’ai fait, à Prague.

Jean­Luc Delarue fait alors parler François Cluzet de son actualité avant de se tourner à nouveau vers Mylène.

JLD : Vous avez été au cinéma quand vous étiez à Los Angeles ?

MF : Oui, bien sûr.

JLD : Quels sont les derniers films que vous avez vus et que vous avez aimés ? C’est embêtant comme question, ça, parce qu’il faut fouiller… !

MF : C’est toujours quand on me pose cette question que je ne trouve pas de réponse ! (rire nerveux)

JLD : Oui. Vous dites ‘J’ai plus d’humour en moi que de joie’. Quelqu’un a fait une démonstration, par exemple, en disant que dans les jeux télévisés, avant, c’était de l’humour qu’on essayait de dispenser, et aujourd’hui c’est vraiment de la joie : on applaudit, on va gagner un truc, etc. Comment vous situez la différence entre l’humour et la joie ? Et dans quelles situations vous pratiquez l’humour, si vous le pratiquez, si vous êtes seulement sympathisante ?

MF : Avec un vrai recul sur moi­même. Quant à la joie, c’est des moments très, très furtifs. Et ce peut être tout ou n’importe quoi !

JLD : Vous vous marrez dans la vie?

MF : Bien sûr. Bien sûr !

JLD : Non, je sais pas. On connaît… On a peu l’occasion de vous voir vous marrer, Mylène. Je voudrais qu’on se penche un peu sur…Je sais pas quel regard vous portez sur ce qu’on dit sur vous, parce qu’on dit beaucoup de choses, on écrit beaucoup de choses sur vous : des journaux se permettent de faire des dossiers énormes alors que vous ne leur avez même pas accordé une interview. Donc on s’est amusés à se plonger là­dedans. Gilles Bernstein, un des journalistes qui travaille avec nous, s’est penché sur l’image à travers la presse, à travers tout ce qu’on voit dans les journaux. C’est incroyable de voir à quel point vous occupez une place importante dans les journaux, sans même parfois être au courant ! (rire de Mylène)

Gilles Bernstein (en voix­off sur un défilé de couvertures et d’articles de presse) : Mylène Farmer est rare sur les plateaux, mais la littérature la concernant est abondante, quoique peu diversifiée. Tribune la plus accueillante : la presse télé. Mylène ne s’y montre jamais, mais elle doit faire vendre car elle collectionne les couvertures. Télé 7 jours : ‘La confession d’une star’, confession choc : elle a appris à sourire.

Télé 7 jours encore, ‘Son étrange confession’, re­choc : ‘Je n’ai pas de souvenirs d’enfance’. Mais Télé Poche est plus fort que Mylène et propose ‘Un voyage au cœur de son enfance’. Deuxième catégorie : la presse pour jeune fille en fleur. Mylène y fréquente les plus grands : Philippe Swan, David & Jonathan, Roch Voisine. Le célèbre Salut ! ajoute la photo de Mylène bébé, celle de la chanteuse, brune, puis châtain. Pour la voir blonde, reportez­vous à Secrets de stars. Enfin, la presse musicale où l’on trouve le papier le plus méchant, et le dossier le plus complet.

L’assassinat est signé Oliver Cachin, dans Paroles et Musique : Mylène Farmer incarne, dit­il, ‘une certaine idée du néant et peut se contenter, sans logique, de multiplier le zéro à l’infini’. Le dossier, le voici, dans Rock Hit : discographie, biographie, clipographie : un vrai ‘Que sais­je ?’, les photos en plus.

Après le classement par titres, le classement par thèmes. Chapitre 1 : Laurent Boutonnat. Le ‘Pygmalion’, ‘mentor’, ‘réalisateur’, ‘compositeur’, toujours cité, rarement montré, voici la photo, c’est dans Studio.

Chapitre 2 : les singes, car on vous le répète à longueur de colonnes : Mylène vit avec ses singes capucins, ou plutôt son singe puisque Léon est mort (information erronée, nda), et qu’il ne reste que E.T., que voici. Allez, pour conclure, un peu de glamour : Mylène fait la couverture de Photo du mois dernier. La tendance 96 est donc mutine et fragile. Ce que confirment les images du dernier clip remontées spécialement pour Déjà le retour (extrait du clip « L’Instant X », dans une montage inédit puisqu’il ne comporte que les images de Mylène).

JLD : (…) D’abord, sur la revue de presse, est­ce que, pour vous, c’est une revue de presse qui donne une idée de ce que vous êtes vraiment, ou est­ce que vous avez plutôt l’impression d’avoir, je sais pas, une espèce de revue de fantasmes de journalistes qui n’ont pas assez d’informations pour pouvoir nourrir leurs lecteurs ?

MF : Là encore, je pense que je suis responsable. Mon silence est la cause de…j’allais dire autant de papiers, ou de choses qui sont ou vraies ou fausses. Là encore, j’ai un recul suffisant pour ou ne pas être heurtée, ou prendre ça justement avec un certain recul.

JLD : Oui, je vous ai vu sourire. Ca vous a amusée plutôt, non ?

1995-03-cMF : Maintenant, il y a une presse que je n’aime vraiment pas du tout, c’est la presse ­et je ne parle pas de moi d’ailleurs­ mais qui attaque le physique et des choses extrêmement privées ou   personnelles, et ça, c’est assez inadmissible. Le reste, peu m’importe ! (sourire)

JLD : A chacun de vos albums, surtout dans vos clips, vous avez joué des personnages. Cette fois­ci, autant la pochette de l’album d’ailleurs que le clip donnent le sentiment d’avoir affaire à une Mylène Farmer qui veut se montrer nue, dans tous les sens du terme, elle­même. Est­ce que ça correspond à une réalité ou c’est moi qui ai l’esprit tordu ?

MF : Tordu, je ne pense pas, mais c’était plus, moi, l’idée, la tête étant inexistante, de l’esprit qui s’échappe. Et c’est un peu le parcours que j’ai eu, en tous cas cette initiation que j’ai eue pendant quatre années, d’avoir l’esprit qui voyage.

JLD : Y’a une lettre que vous aimez bien, qui revient souvent dans vos chansons, c’est la lettre X. Rayons X (sic), l’amour « XXL ». Bon, utilisée dans ces circonstances­là, on peut pas vraiment dire que ça parle de choses cochonnes ou que ça parle d’anonymat, mais est­ce que ça correspond…Le X, c’est votre lettre préférée ?

MF : J’aime le X ! (rires) Quant à l’anonymat, c’est parfois agréable.

JLD : Je prends cette phrase, ‘J’aime le X’, je la mets dans un article, et je lui donne un tout autre sens si je veux !

MF : Voilà !

JLD : Quand on parle de vous, inévitablement on parle de votre singe capucin, E.T. ­ donc Léon n’est pas mort, contrairement à ce qu’on a entendu dans le reportage (Mylène confirme). E.T. est remercié sur la pochette de votre album. Alors je voulais savoir quelle était sa collaboration ? Qu’avait­il apporté ?!

MF : (sourire) Sa présence. Et…

JLD : Qu’est­ce qu’il vous apporte ?

MF : Un animal apporte beaucoup de choses. C’est un compagnon. Ce sont des jeux. Ce sont autant de choses qui font que ça provoque un sourire ! (sourire)

JLD : Il vous a donc accompagné aux Etats­Unis j’imagine ?

MF : Non. Non, c’est impossible. On ne peut pas voyager avec un singe, non.

JLD : Tous vos clips sont de vrais petits films. Vous avez également joué dans un long métrage. Vous avez dit à un moment, vous avez été jusqu’à dire ‘Si je ne fais pas du cinéma, j’en mourrai’. Est­ce que cette phrase est encore d’actualité ?

MF : C’est toujours pareil : c’est­à­dire que c’est vrai que quand on parle à un journaliste ­vous le savez aussi bien que moi­ après on vous prend une phrase comme ça et puis on la sort, non pas de son contexte…

JLD : (la coupant) Celle­là, elle est suffisamment forte pour vivre toute seule, presque.

MF : Ce que moi j’ai voulu évoquer, c’est vrai que j’avais besoin absolument de faire un long métrage, de faire un film, de jouer. Donc, en ce sens, j’avais l’impression que si je ne pouvais pas atteindre cette chose­là, c’était une mort en soi. Vous dire que demain, je me serais suicidée, non, probablement pas. Mais, une fois de plus, ça c’est toujours très réducteur, et…

JLD : D’accord. j’insiste pas ! Est­ce que vous pourriez reprendre cette phrase à votre compte, François ?

FC : Non, je ferais du théâtre ! (rire de Mylène)

Cluzet enchaîne alors sur le cinéma, puis sur la grève historique qui paralyse à ce moment­là la France entière pendant des semaines. Delarue demande aussi son avis à Mylène sur le sujet…

JLD : Vous, Mylène, vous l’avez vécu comment ce mouvement ? Quel regard vous avez sur ce mouvement ?

MF : Justement, cette façon que de prendre des personnes, comme ça, en autostop, ça a réhumanisé un peu notre ville, c’est vrai ! (sourire)

Après avoir demandé à Marie de Hennezel son avis sur le sujet, l’animateur clôt l’émission, non sans rappeler l’actualité de chaque invité.

 

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ELDORADIO (Russie) avec Mylène en 2000

Posté par francesca7 le 7 janvier 2015

 

7 MARS 2000 – Entretien avec Anna ROMANOVA

Anna Romanova : Bonsoir Mylène ! Bienvenue sur la radio Eldoradio, qui est le sponsor de votre spectacle ici, en Russie. Je suis Anna Romanova et à mes côtés se trouve Semen Zverev. Nous sommes extrêmement heureux de vous voir ici, avec nous !

2000-02-dMylène Farmer : (en russe) Zdravsvuïté ! (‘bonsoir’, nda)

Oh, bravo ! Vous êtes très douée ! Nos auditeurs aiment beaucoup vos chansons, nous les passons souvent sur notre station. Je pense que nos auditeurs les plus âgés seraient intéressés de savoir ce que vous pensez d’Edith Piaf…

MF : C’est une personne très importante dans notre culture, elle est incontournable. C’est quelqu’un qui savait toucher l’âme, et d’ailleurs elle me touche moi aussi.

Je n’ose pas trop m’adresser à vous en anglais parce que je sais que les français n’aiment pas trop cela, mais je vous dirais volontiers ‘Nice to meet you’ (‘ravie de vous rencontrer’, nda) ! On sait qu’en France, peut­être plus qu’ailleurs, on est très préoccupés par l’expansion de la culture américaine dite ‘de masse’. Qu’en pensez­vous ? Est­ce que vous vous sentez concernée, vous qui êtes une artiste qui vous exprimez dans un style relativement international ?

MF : Probablement qu’il serait hypocrite pour moi de me ‘rebeller’ contre cette culture américaine que vous mentionnez, car j’aime moi­même beaucoup la musique américaine ! Mais il est vrai que je considère que chaque pays devrait préserver son authenticité culturelle.

Avec quelle grande star de la musique aimeriez­vous chanter en duo ?

MF : J’ai rencontré Elton John à plusieurs reprises. Nous avions un projet commun, mais il n’a pas abouti (la chanson « Les Mots » qui sortira en novembre 2001, interprétée avec Seal avait effectivement été initialement proposée à Elton John, nda). J’aimerais beaucoup rencontrer Jamiroquai.

Dans l’un de vos clips, on peut vous voir boxer de façon très convaincante (« Je t’aime Mélancolie », nda). Ca vous a demandé beaucoup de travail avec un entraîneur ?

MF : En ce qui concerne la préparation physique, je m’étais entraînée toute une semaine avec un professeur.

Quant à la performance en elle­même, après, c’est plutôt une question de montage !

Vous aimez le cinéma, vous qui proposez des clips renversants qui sont chacun des mini­films. Votre clip « California » a été réalisé par Abel Ferrara, si je ne me trompe pas. Y a­t­il un autre réalisateur que vous aimeriez ‘kidnapper’ pour qu’il réalise un de vos clips ?!

MF : Il y en a beaucoup. J’ai également fait un clip sous la direction de Luc Besson (« Que mon Cœur Lâche », nda). Pour répondre à votre question, j’aime beaucoup le cinéma de Bergman, j’aime Tarkovski ­mais il n’est plus là­ j’aime également David Lynch, David Lean…Enormément de cinéastes…Spielberg…

Quel dommage qu’ils ne réalisent pas de clips ! Quel est votre acteur préféré ? Votre film fétiche ? Il paraît que vous admirez Mickey Rourke, mais j’aimerais l’entendre de vous directement…

MF : Je vais en profiter pour parler un tout petit peu de ça, cet article paru dans le journal Pulse. J’ai rencontré effectivement le journaliste, mais il a m’a prêté des propos que je n’ai jamais tenu, donc je suis furieuse contre lui ! (le journaliste responsable de l’article qui agace tant Mylène n’a peut­être fait que recopier ce que Mylène déclarait dans Gai­Pied du 12.01.1987 : à la question « Votre homme idéal ? », elle avait effectivement répondu « Mickey Rourke », cf. cette référence, nda)

On a été surpris de lire ça, car ça n’a rien à voir avec l’image qu’on a de Mylène Farmer…

MF : Concernant mes acteurs préférés, s’il y en un à retenir, c’est Robert de Niro.

Vous avez bon goût ! Nos auditeurs sont sans doute intéressés de savoir ce que vous ressentez lorsque vous sortez de scène…

MF : C’est différent à chaque fois, si ce n’est qu’il y a quand même quelque chose qui est toujours pareil, c’est le sentiment de vide : d’abord un grand bonheur, et après un grand vide. On a reçu énormément et aussitôt après on est à nouveau seul.

Mylène, dites­moi, est­ce que vous avez eu peur lorsque avez monté un cheval pour la première fois ? Comment avez­vous vaincu cette peur ? Et quel est le nom de votre cheval préféré ?

MF : Quant à la peur, non. C’est quelque chose que j’ai choisi quand j’étais plus jeune : j’ai fait beaucoup d’équitation. Et je ne me souviens d’aucun nom de cheval préféré ! (rires)

Vous avez un grand nombre de fans en Russie, et je m’en réjouis ! Quel est votre rapport avec ces gens qui ne vivent que par et pour vous ?

MF : C’est très dur pour moi de répondre à cette question, parce que je ne comprends pas bien comment on peut vivre, pour reprendre votre exemple, uniquement pour moi.

J’ai ici une lettre qu’un de nos auditeurs m’a demandé de vous remettre. Vous allez la prendre ?

MF : Avec plaisir. En tout cas, pour détourner votre question, pour chaque artiste il est très, très important, même fondamental, d’avoir des personnes qui vous aiment, qui vous écoutent.

L’une de nos auditrices, une jeune fille très cultivée, a fait cette remarque très pertinente : elle voit une certaine similitude entre vous, Mylène, et le ‘Portrait de Jeanne Samary’, peint par Renoir…

MF : Elle est plus cultivée que moi : je ne connais pas ce tableau précisément. En revanche, vous devez connaître ce peintre, Egon Schiele, qui a représenté beaucoup de femmes rousses écorchées. Je me vois plus comme un de ses modèles.

Mylène, nous savons que vous aimez les contes russes. Est­ce que c’est bien vrai ? Quels sont les trois vœux que vous adresseriez au poisson rouge ? (équivalent du bon génie de la lampe dans le folklore russe, nda) Ca vient d’ailleurs encore de l’article dans Pulse…

2000-02-aMF : On m’a demandé si j’aimais le folklore russe, et j’ai répondu que j’appréciais beaucoup Dostoïevski. Pour répondre à votre question, je connais des contes russes mais je ne connais pas systématiquement leurs auteurs. Ce que je demanderais…La possibilité…J’aimerais avoir le pouvoir de guérir, par exemple. Sinon, je crois que je suis déjà exaucée car je fais le métier que j’aime.

Récemment, nous avons demandé à nos auditeurs de classer leurs trois chansons préférées du siècle qui vient de s’achever. Quelles sont celles que vous auriez cité, Mylène ?

MF : Je pense au duo entre Kate Bush et Peter Gabriel qui s’appelle « Don’t Give Up ». Je pense aussi   une chanson du groupe U2 qui s’appelait « One », et puis une chanson de Sting qui s’appelait « Fragile », je crois.

Mylène, dites­nous : pour vous, ce que vous faites, c’est du business ? C’est le but de votre vie ?

Encore plus que ça ?

MF : C’est mon activité, c’est ce pour quoi je vis.

Mylène, en ce 8 mars, nous célébrons la journée de la femme. Est­ce que je peux vous demander de saluer nos auditrices à cette occasion ?

MF : Amusez­vous et profitez­en !

Votre concert se tient en ce jour très spécial !

MF : J’en suis ravie !

Merci, Mylène !

MF : Merci ! Spasibo ! (‘merci’ en russe, nda)

Publié dans Mylène 1999 - 2000, Mylène en INTERVIEW | Pas de Commentaires »

Mylène Farmer sur EUROPA PLUS (Russie)

Posté par francesca7 le 30 décembre 2014

 

3 MARS 2000 – Entretien avec Otar KUSHANASHVILI

Elle est discrète dans la vie mais ressemble à un ouragan sur scène. Après plusieurs années de carrière, personne ne peut lui contester son statut d’artiste culte. Son culte à elle, elle l’a construit de ses propres mains. Le nom de cette personne culte qui est ici à Europa Plus, c’est Mylène Farmer, qui est pour la première fois à Moscou. Tous les entretiens, Mylène, se doivent de débuter de façon lyrique (terme utilisé dans les œuvres de folklore russe, nda) : c’est une façon de dire à quelqu’un des choses agréables pour qu’il garde après un bon souvenir de la conversation ! Je voudrais pour commencer vous dire quelque chose : le genre de femme que vous incarnez est adoré et même vénéré par presque tous les moujiks russes ! Sur cette note élogieuse peut débuter notre entretien sur la meilleure station de Russie, Europa Plus.

2000-01-eMylène Farmer : Lyrique ?! Qu’est­ce que vous entendez par lyrique ?!

Lyrique ? Lyrique par rapport à quoi ? Ha, débuter de façon lyrique ? Le lyrique, c’est du beau, c’est doux, c’est comme le début d’un grand roman où l’auteur explique à ses lecteurs qu’il a écrit ce livre pour eux parce qu’il les aime beaucoup.

MF : (désorientée par la comparaison hasardeuse du présentateur) Et la question, c’est qu’est­ce que j’en pense ?! (rires)

Non, c’est juste une marque de bonne volonté pour s’assurer que vous êtes d’humeur à répondre à mes questions ! Rien d’autre !

MF : D’accord, donc ça me fait très plaisir ! Merci pour ce compliment !

Je n’ai pas été le chercher bien loin car il est vraiment sincère. Passons aux questions, maintenant.

On ne peut pas ne pas aborder les questions ‘touristiques’ ­ je vous en prie, ne me considérez pas comme un journaliste incompétent, je suis certain qu’on vous poserait ces questions dans n’importe quel autre pays que vous visiteriez : dites­nous s’il vous plaît ce que vous pensez de Moscou et de Saint­Pétersbourg, que vous avez déjà visité, je crois. Quelles sont vos impressions ?

MF : Je garde un souvenir impressionnant de Saint­Pétersbourg, je suis plus sensible à son  architecture. J’ai rencontré à Moscou un artiste que j’aime beaucoup qui fait de l’animation, qui s’appelle Garri Bardin ­ je ne sais pas si vous le connaissez…

Oui, très bien. Pour autant que je sache, ce n’est pas évident de le définir. C’est une sorte de génie créatif…

MF : Oui, c’est phénoménal. Ce qu’il fait est phénoménal. Donc j’ai eu la chance de le rencontrer, d’aller chez lui, de voir son lieu de travail, de rencontrer son équipe, donc c’était un moment très fort pour moi. Et puis j’aime le romantisme que peut, moi, m’évoquer ce pays, j’aime sa littérature. Voilà…Voilà ma visite du pays ! (sourire)

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Chère Mylène, j’ai remarqué que c’est dans l’air du temps d’utiliser le mot millénium. Quelle est votre interprétation de ce terme dans le nom de votre spectacle ? Où faut­il en chercher l’origine ? Pour dire les choses plus clairement : pourquoi ce spectacle s’appelle ‘Mylenium’ ?

MF : Pour une simple et…pour la raison la plus simple, en tout cas : c’est que je pouvais, moi, m’amuser avec mon prénom, puisque ‘Mylène’ est dans ‘millenium’ et je trouve ce mot…sans y trouver une explication rationnelle, quelque chose d’assez joli, la sonorité du mot.

Voilà au moins une explication sincère ! D’autres que vous auraient donné des réponses si alambiquées pour qu’on ne les accuse pas de mégalomanie que je me serais endormi au bout de vingt secondes ! Vous avez répondu sincèrement, c’est un très joli mot en effet qui correspond bien à l’époque que l’on vit et qui fait un trait d’union avec votre univers. Pour cela, encore un coup de chapeau !

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Alors, chers amis, nous sommes toujours sur la meilleure station de toute l’Europe, Europa Plus, en compagnie de Mylène Farmer. Si vous ne me croyez pas, alors vous pouvez vous en aller, et si vous me croyez, hé bien…vous pouvez être jaloux ! Passons maintenant à la question suivante. Elle m’a été inspirée par ce que j’ai lu sur vous dans la presse anticipant votre venue chez nous. Il faut dire que la presse russe, j’en frémis rien qu’en le disant, semble avoir voulu faire un concours de celui qui serait le plus piquant à votre sujet. Si on devait décerner un prix sur le sujet, il irait à ce magazine qui vous présente comme n’étant que peurs malsaines et phobies en tout genre, au bord de la folie. Voici leur gros titre : ‘Mylène Farmer tisse sa toile de phobies terrifiantes et de passions morbides’. Que pensez­vous de cette description ? Est­ce qu’il y a une part de vérité ou bien on exécute sur place le journaliste qui a écrit ça ?!

MF : Que je sois habitée par des phobies, oui, certainement ! Maintenant, quelles sont­elles : c’est la question !

Quelles étaient les phobies exprimées dans la presse, ça je ne le sais pas, c’est à vous de me le dire…

Vous avez peut­être la phobie des présentateurs de Europa Plus, je ne sais pas…

MF : Je vais vous couper tout de suite, j’ai une phobie des insectes, par exemple. Voilà ! (rires) Soyez tranquille ! (rires)

Ouf, j’étais prêt à quitter le studio ! J’ai lu encore quelque chose de très drôle aussi, l’occasion pour tous les russes de rigoler de leurs journalistes : ils ont écrit qu’un glaçon dans votre Coca Cola vous donnait envie d’étrangler l’humanité entière !

MF : Alors laissez ces propos aux journalistes ! Puisque je fais de toute façon très peu d’interviews, je crois qu’ils inventent bon nombre de mes propos !

La question suivante peut paraître stupide, mais elle se justifie du fait de vos visites très rares, qui plus est alors que vous venez donner des concerts chez nous : est­ce vrai que le premier spectacle de votre carrière, mis en scène par Laurent Boutonnat, avait pour slogan ‘Venez découvrir la Madonna française’ ?! Et d’une manière générale, que pensez­vous de Madonna ?

2000-01-aMF : Non, là encore, ce sont des propos de journalistes ! C’est toujours très réducteur quand on parle d’une personne : là en l’occurrence, on fait le rapprochement d’avec Madonna ­ je vais essayer de faire court !­ parce qu’il y a une envie de danseurs sur scène, une envie de show dit ‘à l’américaine’, c’est­à­dire vraiment avec tout ce que peut comporter l’idée du spectacle. Voilà. Quelque chose de très intimiste, je n’en ai pas encore z’envie –envie, pardon ! Voilà pourquoi ce rapprochement, j’imagine, d’avec Madonna mais ça ne vient pas de chez nous, bien évidemment. Ce que je pense de Madonna ? Je pense qu’elle est une artiste complète, très douée, bien évidemment. Et…que puis­je dire d’autre… ?!

Je pense que cette description se suffit à elle­même !

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Passons maintenant à la question suivante ­ en rappelant à tout le monde que nous avons la chance sur Europa Plus de converser avec Mylène Farmer, une invitée qui ne vient qu’une fois dans une année lumière ! Est­ce que vous pouvez nous éclairer un peu ­ si ce n’est pas une intrusion dans votre vie privée­ sur les raisons qui vous ont motivée à déménager aux Etats­Unis alors que vous étiez en plein succès en France ?

MF : Mais là encore, c’est une mauvaise information ! Je suis allée à Los Angeles pour enregistrer mon…(elle cherche) un de mes albums ­ j’ai oublié lequel ! (sic !) ­ et je suis resté près de huit mois là­bas. Ce n’était pas un déménagement, mais simplement la volonté que d’enregistrer, de prendre mon temps pour écrire cet album et ça a duré un petit peu plus longtemps que prévu. Donc voilà, je n’ai jamais eu l’intention que de vivre aux Etats­Unis ­ en tout cas, pas encore !

Il faut vraiment que je m’excuse pour tous ces infâmes mensonges que je contribue à véhiculer ! Ceci dit, c’est peut­être aussi dû au fait que vous êtes sur vos gardes quand vous rencontrez un journaliste. Mais n’allez pas croire que je me cherche des excuses : tout ce que je dis là, je ne le tiens pas de tabloïds, mais de revues musicales très respectables !

MF : Je parle peu, je parle très peu de moi : c’est le chemin que j’ai suivi, que j’ai décidé. Maintenant, oui, c’est ce pour quoi les journalistes racontent beaucoup de choses qui sont fausses, bien évidemment.

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Je vais vous donner encore une raison de pester contre mes confrères journalistes : certains, dont je ne partage pas l’avis, ont prétendu que vous avez volontairement repris une certaine imagerie américaine en la simplifiant ainsi que vos arrangements : le son est devenu plus pauvre qu’avant, moins sophistiqué. Certains considèrent que vous étiez revenue d’Amérique plus légère…

MF : Quant au son plus pauvre, je ne suis pas sûre que ce soit un compliment, donc je ne sais pas si je vais y répondre ! (rires) La seule chose que je puis répondre, c’est qu’on… ­ sans parler d’évolution, parce que j’allais dire je me moque de l’évolution, en tout cas je n’ai pas cette revendication, si ce n’est que c’est vrai que dans la vie on grandit, on a des choses qui traversent sa vie et fatalement on change. Pour compléter la réponse, quand nous avons enregistré la première fois aux Etats­Unis, on rencontre fatalement des musiciens américains. J’avais une volonté que de mettre beaucoup plus de guitare que dans les albums précédents.

Voilà, donc c’est une ‘petite influence’, peut­être, américaine, mon passage en tout cas la première fois à Los Angeles.

Que dire de plus ? Dans notre pays, on a souvent répondu aux tentatives d’incursion des américains par ‘Yankees, go home !’

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Votre réticence à parler aux journalistes a au moins ceci de positif, c’est que cette inaccessibilité vous profite. Mais est­ce que vous jetez un œil tout de même à ce qui est publié à votre sujet ?

MF : Ca m’intéresse en ce sens que dès l’instant qu’on a envie d’écrire sur moi, pour dire du bien ou pour dire du mal, je crois que c’est important que de lire au moins pour apprendre des choses, même si elles sont erronées ! (rires) Maintenant, je préfère avoir une distance et garder cette distance d’avec les propos qu’on peut avoir à mon sujet, sinon on se laisse trop abimer par ça. Mais on est en train de faire une guerre ouverte aux journalistes et je n’ai rien contre eux, a priori ! (rires)

C’est sans fin ! Voilà d’ailleurs une citation qu’on pourrait reprendre pour vous faire dire n’importe quoi !

2000-01-bMF : C’est une affaire personnelle ?! (rires)

Il y a une autre citation qui m’a troublé, car à l’évidence je ne suis pas homosexuel ­et même si je l’étais je serais quand même tombé fou amoureux de vous pendant cette petit moment que nous partageons­ bref j’ai été choqué de lire ce gros titre sur un journal : ‘Mylène Farmer est une femme qui se passe très bien des hommes’. Mais c’est un cauchemar ? Est­ce que c’est vrai ?!

MF : Si ce cauchemar est vrai ? Bien sûr que non ! D’abord, j’ai avant tout besoin de l’autre en général, qu’il soit féminin ou masculin. Et pour répondre à votre question, je n’ai absolument rien contre les hommes, non !

C’est gentil de laisser croire aux géorgiens que tout n’est pas si mal dans leur presse. Merci pour eux ! Tous les géorgiens qui écoutent Europa Plus : Mylène Farmer est avec vous !

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Nous sommes limités dans le temps, malheureusement. Je voulais savoir pourquoi vous avez voulu tout faire toute seule dans votre spectacle « Mylenium ». J’ai lu en effet que vous avez refusé les services des metteurs en scène les plus inventifs, de maquilleurs, de stylistes. Du coup, on a dit qu’en refusant de travailler avec tant de gens confirmés, c’est parce que vous n’aviez pas confiance en eux et que vous étiez trop sûre de vous…

MF : (ahurie) Mais c’est totalement faux ! Je n’ai décliné absolument d’abord aucune proposition. Là, j’avoue que, oui, ça devient très étrange, mais… ! J’ai décidé de monter ce spectacle et j’ai fait appel à bon nombre de personnes, que ce soit une costumière de grand talent qui travaille beaucoup pour le cinéma (Dominique Borg, nda), j’ai fait appel à un décorateur de grand talent également qui travaille beaucoup pour l’opéra et le cinéma également et le théâtre (Guy­Claude François, nda) et puis en ce qui concerne la mise en scène, j’étais accompagnée d’une personne qui m’est chère et qui m’a aidée justement à monter toute la dramaturgie de ce spectacle (François Hanss, qui ne sera pas crédité pour la mise en scène ni dans le programme du spectacle ni dans le livret des supports CD et vidéo l’immortalisant mais que Mylène remerciera sur scène pour sa collaboration lors de la dernière date française de la tournée, nda).

C’est fou le nombre de choses fausses ou incorrectes qu’on peut écrire sur vous, je le réalise avec vous ! J’ai bien envie d’aller mettre des coups de poing à tous ces gens qui racontent n’importe quoi, moi !

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Je voulais vous dire qu’à mon avis, vous êtes plus une chanteuse de cinéma qu’autre chose. Qu’est-ce qui a le plus d’importance pour vous : concevoir un spectacle ou bien un clip ?

MF : Quand vous parlez du cinéma, c’est les clips ? Oui ? Je crois que pour moi, en tout cas, tout est important, fondamental. Je n’ai pas pu concevoir de faire ce métier sans la musique, les mots sont très importants, l’image est très importante. J’aime faire ce métier de cette façon.

Merci beaucoup, Mylène Farmer, de la part de toute l’équipe de Europa Plus. Bon succès, bon courage et bon concert à l’Olympski ! (la salle de spectacle de Moscou où Mylène a présenté le Mylenium Tour les 04 et 05 mars 2000, nda)

MF : Merci beaucoup ! Merci infiniment !

Publié dans Mylène 1999 - 2000, Mylène en INTERVIEW | Pas de Commentaires »

MTV RUSSIE avec Mylène Farmer en 2000

Posté par francesca7 le 30 décembre 2014

 

8 MARS 2000

2000-03-cAprès une présentation de Mylène par un jeune présentateur et des images de « Tomber 7 fois… » extraites du « Live à Bercy », on découvre Mylène assise sur un canapé en cuir, vêtue d’une veste en jean et d’une longue jupe écru, faisant face à ce même présentateur.

Mylène Farmer : Je change…En général, je ne modifie jamais un spectacle, mais pour la Russie j’ai ajouté deux chansons (« Que mon Cœur Lâche » et « Je t’aime Mélancolie », nda) que le public russe connaît, je crois. C’est la seule chose qui est différente.

Medley d’images du « Live à Bercy », par­dessus lequel est diffusé « Déshabillez­moi » extrait du film « En Concert ». Le medley s’achève par des images de cette prestation live…entrecoupée par des plans du public issu de la vidéo live de 1996 ! Sur ces images, le journaliste explique que les albums de Mylène évoquent toujours des choses très personnelles.

MF : Je crois que…oui, chaque album est une partie de ma vie et fatalement, ça vous égratigne un peu.

Journaliste : On sait que votre première tournée n’a eu lieu qu’après l’énorme succès de vos premiers albums. Est­ce que ça veut dire que vous attachez plus d’importance au travail sur un album que sur un concert ?

MF : Je crois que c’est un tout. C’est un plaisir de travailler sur un album et de le présenter sur scène. J’adore le travail de studio, maintenant la scène, c’est des moments très importants. C’est magnifique pour un artiste.

Je dois dire que je crois que ce spectacle au public, et j’espère que les gens apprécient la musique, l’émotion, les chorégraphies, les lumières et ont, j’espère, beaucoup de plaisir !

Extrait de « Désenchantée » tiré toujours du « Live à Bercy »

J : On a entendu beaucoup d’annonces délirantes sur le nombre de personnes qui travaillent autour de vous pour ce spectacle. Combien y a­t­il de personnes, réellement ? On a vraiment entendu des choses invraisemblables !

MF : (amusée) Combien a­t­on dit ?

J : 230 personnes !

MF : (dans un grand sourire) Thierry, réponds ! (Mylène tourne les yeux vers les coulisses en riant. Elle cherche la réponse exacte auprès de Thierry Suc, producteur de la tournée) Non, je crois que c’est moins. Il y a beaucoup de monde, mais pas autant.

Nouvel extrait de « Désenchantée » issu du « Live à Bercy »

J : Je crois que vos animaux domestiques sont des singes. C’est très insolite ! Pourquoi pas des chats ou des chiens ?!

MF : C’est un plaisir. Je les adore et j’adore prendre soin d’eux. Si j’avais choisi un métier autre que la chanson, je crois que j’aurais travaillé avec ces animaux.

J : (très étonné par la réponse de Mylène) Vous voudriez en faire un métier ?!

MF : Non, parce que ça nécessite une formation très précise et rigoureuse. Mais j’aimerais être entourée de beaucoup de singes en tout cas, oui !

Images de la prestation de « XXL » tirée du « Live à Bercy », qui font place à un extrait du clip de la même  chanson, mais toujours sur fond de « Désenchantée » (live) !

J : Comme nous sommes sur MTV, je ne peux pas ne pas évoquer vos clips. Vos vidéos spectaculaires sont connues de tous. Est­ce qu’il va y avoir un nouveau clip prochainement ? Je sais bien que c’est quelque chose qui demande beaucoup de temps, d’énergie aussi, que vous avez sans doute d’autres projets mais cependant est­ce que vous préparez quelque chose ?

MF : Il y aura un nouveau clip pour une chanson du dernier album (ça sera « Innamoramento » au mois de juillet suivant, nda) et plus tard la vidéo du spectacle. Ca fait du travail supplémentaire !

J : Le clip sera pour quelle chanson ? (il prend un exemplaire de l’album « Innamoramento » et le met littéralement sous le nez de Mylène qui regarde le dos de celui­ci)

MF : Ce sera pour « Innamoramento ». (il est à noter qu’il est exceptionnel dans la carrière de Mylène qu’elle révèle aussi longtemps à l’avance quel sera son prochain single ! nda)

Court extrait du clip « Souviens­toi du Jour… »

J : Quel est votre degré d’implication dans la création de vos clips ? Est­ce que vous décidez de tout ?

MF : Ca commence d’abord par le choix du réalisateur, donc je travaille seule pour commencer. Ensuite, je travaille avec ce metteur en scène et ce sont des discussions, des envies communes.

J : Que comptez­vous faire après cette tournée ? Est­ce qu’elle va continuer encore un peu ou bien vous allez retourner en studio ? Qu’allez­vous faire à votre retour de Russie ?

MF : Non, non la tournée prend fin définitivement à Saint­Pétersbourg ! (Mylène ne dit évidemment rien sur le projet qui va l’occuper quelques semaines plus tard : le lancement d’Alizée et de son single « Moi…Lolita », nda)

Extrait du clip « Je te rends ton Amour »

J : S’il y a bien une question qui me tourmente, c’est pourquoi vous ne faites pas carrière dans le cinéma en tant qu’actrice ?

2000-03-aMF : J’ai fait un long­métrage et les propositions que j’ai reçues après ne m’ont guère intéressée, donc je les ai refusées. Peut­être plus tard… !

J : Ha, donc ce n’est pas un refus définitif !

MF : Ha non, non ! Si un réalisateur russe m’invite, ce sera un plaisir que de travailler avec lui ! (rires)

L’émission s’achève sur le final de « Désenchantée » extrait du « Live à Bercy ».

 

Publié dans Mylène 1999 - 2000, Mylène dans la PRESSE | Pas de Commentaires »

RTL avec Mylène dans Grand Studio RTL

Posté par francesca7 le 28 décembre 2014

 

 

12 SEPTEMBRE 2009 – Entretien avec Anthony MARTIN

radio-cAu lendemain de son deuxième concert au stade de Genève, Mylène Farmer reçoit Anthony Martin dans sa suite située au bord du lac Léman. Diffusée le jour de l’anniversaire de la chanteuse, qui se produit le soir même pour sa deuxième représentation au Stade de France, cette interview a été annoncée à grand renfort de publicité dans la presse au début de la semaine par la station qui en a même diffusé un court avant­ goût dans son émission matinale « Laissez­-vous tenter » le mercredi 09.09.2009.

En préambule, Anthony Martin nous apprend que l’entretien a eu lieu assis dans l’herbe, dans le petit jardin attenant à la suite de la chanteuse, fatiguée mais souriante et bavarde !

Bonjour, Mylène Farmer !

­ Bonjour.

Merci de m’accorder cet entretien. Nous sommes à Genève. Vous avez donné un concert hier devant trente­-deux mille personne à Genève. Comment vous sentez­vous au lendemain de ce concert ?

­ Je vais vous répondre comblée et à la fois évidemment très, très fatiguée ! (rires) Mais des moments inoubliables. Inoubliables !

Vous ne vous ménagez pas sur scène : vous arpentez la scène de long en large, vous dansez évidemment –parce qu’on vous attend aussi pour ça. Vous concevez la scène comme un défi physique, aussi ?

­ En tout cas, je m’y prépare : j’ai à peu près six mois d’entraînement avant que de me produire en scène avec un coach qui s’appelle Hervé Lewis, avec qui on fait un travail incroyable. Il me connaît depuis presque j’allais dire une quinzaine d’années (vingt­cinq en réalité ! nda) donc on se connaît vraiment très, très bien. Donc oui, l’appréhension physique, si je puis dire, en tout cas l’exercice physique fait partie du spectacle, mais quand on est porté par un public –celui que j’ai devant moi, c’est quelque chose qui est tellement porteur qu’on en oublie l’effort ! C’est plus l’émotion qui gagne le terrain.

Vous adorez entendre chanter le public : souvent, à la fin d’un morceau, d’un tableau, d’une chanson, vous reprenez a capella pour les entendre. Ca, c’est le plus beau cadeau, finalement, pour un artiste…

­ C’est le moment probablement le plus magique, en tout cas un des moments les plus magiques c’est vrai, puisqu’ils s’approprient la chanson. J’allais dire, c’est presque de l’ordre du divin. Ce sont des mots un petit peu graves toujours, mais c’est quelque chose –je reprends le mot ‘magique’­ c’est exceptionnel de vivre quelque chose comme ça, bien évidemment.

Diffusion d’un extrait de « Rêver » enregistré lors des concerts de Genève

Quand on vous voit sur scène, on se dit que vous ne pouvez pas préférer l’ombre à la lumière : vous avez l’air si forte, si vivante dans la lumière !

­ Là, je vais vous répondre que le choix de l’ombre et de la lumière est le choix entre la vie privée et la vie publique, qu’on peut rester vivant aussi dans l’ombre. J’ai ce paradoxe en moi : je suis capable de vivre aussi bien dans l’ombre et de m’exprimer dans la lumière.

On a l’impression que votre timidité est transcendée quand vous vous trouvez, comme hier soir par exemple, devant trente mille personnes. Vous l’expliquez comment, ça ?

­ Alors ça, je crois que je n’ai pas d’explication. Je l’ignore moi­même, si ce n’est que je sais mon handicap devant trois personnes, je ne sais pas si je peux qualifier ça d’aisance devant trente mille personnes, mais en tout cas il y a une bascule qui se fait presque naturellement. J’ai plus de difficultés, oui, avec deux, trois personnes que devant une immense audience.

Parce que finalement vous n’avez pas à leur parler : vous êtes là pour leur offrir et recevoir. C’est peut­être ça…

­ En tout cas, les mots sont à travers mes textes et puis là, pour le coup, il n’y a rien de préparé : quand j’ai envie de dire quelque chose, c’est que j’en ressens le besoin. Là, c’est place au naturel, c’est place à l’émotion en direct, pour le coup !

Diffusion de « C’est une Belle Journée »

radio-bJustement, quand vous écrivez vos textes, est-­ce que vous pensez déjà à l’aspect visuel d’un tableau dans un futur, sur scène ?

­ Non, sincèrement. Là, je suis dans une pièce isolée, je travaille avec Laurent Boutonnat donc, qui est aussi compositeur, et les mots j’allais dire s’appuient, s’accrochent, s’harmonisent avec la musique donc j’ai besoin de la musique avant d’écrire des mots. Parfois, la musique m’inspire des sentiments, des sensations ; parfois, j’ai une envie de texte et puis la musique s’accorde avec ce texte mais en aucun cas l’image n’apparaît dans ma mémoire à ce moment­là, non.

Vous me disiez vous êtes dans une pièce quand vous écrivez vos paroles : vous êtes seule comme un écolier à son bureau, avec une page blanche, le stylo, vous mettez un fond sonore –donc là, vous vous inspirez de la musique­ ça se passe vraiment comme ça ?

­ Ha, tout à fait ! Dans une pièce en tout cas totalement isolée, ça j’en ai besoin. Comme un écolier / écolière ?

J’ai un très mauvais souvenir de scolarité ! En tout cas, besoin bien évidemment d’isolement et puis la musique sur laquelle je mettrai des mots.

Sur scène, vous incarnez vraiment –et c’est ce qui est fascinant­ l’intimité et la grâce dans une mise en scène gigantesque. Quel est le secret pour marier tout ça, pour y arriver ?

­ J’ai toujours aimé, moi, en tout cas avoir besoin du gigantesque et du spectaculaire. Maintenant, j’ai besoin de moments d’intimité et c’est ce qu’on a essayé de créer sur ce spectacle, à savoir avec le proscenium et la croix (petite confusion de Mylène, puisque le proscenium en forme de croix était celui du spectacle présenté à  Bercy 2006. Pour les stades en 2009, le proscenium se finit en forme d’étoile, nda) qui est au centre du stade même, et c’est là qu’il y a un vrai, vrai partage. J’allais dire il y a un partage même quand on est sur une scène frontale, mais vraiment au milieu sur cette croix (sic) on crée ce moment intime qui pour moi est de l’ordre j’allais dire de la communion, presque –encore un mot fort, mais c’est vrai que c’est un vrai, vrai moment d’intimité malgré le grand nombre : ce grand nombre devient un, devient quelque chose d’assez exceptionnel pour moi.

Il y a un autre couple ­ on a parlé gigantisme et intimité ­ il y a aussi le couple qui frappe quand on vous voit sur scène, c’est discrétion et provocation. Comment faites­vous pour que discrétion et provocation fassent bon ménage ?

­ Tout dépend si vous évoquez discrétion dans la vie privée, ou est­ce que c’est discrétion sur scène même ?

Sur scène, vous êtes discrète, vous êtes intime et en même temps vous êtes forte, vous êtes présente : ça tient sur vous, c’est vous qui menez ce gros barnum –le mot n’est pas beau mais au moins on comprend ce que je veux dire­ et vous êtes dans la provocation aussi dans les chorégraphies, les tenues…

­ Je vais vous faire une réponse assez banale : toutes ces facettes font partie de moi. Je suis de nature discrète en général, de nature timide parfois mais l’éclat de rire fait partie de moi aussi comme vous avez pu le constater puisque nous avons eu du mal à démarrer ! (rires) (Anthony Martin relata effectivement en préambule à l’interview que juste avant de démarrer l’entretien, amusés par l’incongruité de la rencontre, assis face à face dans l’herbe aux abords d’une suite, lui et Mylène Farmer sont partis d’un fou rire spontané qui eût  l’avantage de détendre l’atmosphère, nda) Et puis à la fois je crois que j’ai cette ­ là pour le coup, je n’y suis pour rien, c’est un cadeau de la vie­ j’ai à la fois sans doute cette fragilité mais aussi cette force ­en tout cas je vais l’exprimer de cette façon ­ c’est une force qui me permet de surmonter toutes mes peurs, tous mes démons au moment où j’en ai le plus besoin.

Il ne reste plus que trois concerts dans cette tournée 2009 (deux lors de la diffusion de l’interview, nda).

Est­ce que vous avez une appréhension de la fin de tournée ? Le ‘spectacle blues’ ?!

­ Je l’ai. Je crois que je l’avais dès le premier jour puisqu’on sait que tout début a une fin. Maintenant, quand à la gestion de ce blues, de ce grand vide, c’est quelque chose qui m’est d’abord très, très personnel mais je ne vous cache pas que tout artiste vous répondra que oui, c’est un vide qui est presque insurmontable. Je crois que le secret dans ces cas­là c’est, ma foi, de se reprojeter dans une création. Voilà, créer quelque chose, non pas pour oublier mais pour se redonner la force et de continuer et de vivre.

Donc c’est par la création que vous allez remplacer les applaudissements chaque soir à 21 heures parce qu’il y aura plus personne pour vous applaudir dans votre salon ?!

­ Alors, ‘remplacer’ ça va être compliqué : de toute façon, c’est irremplaçable. Mais oui, c’est certainement par la création que je vais retrouver des forces et l’envie de continuer ! (rires)

Diffusion de « Beyond my Control », suivi d’une pause publicitaire.

Que faites­vous, Mylène Farmer, dix minutes avant d’entrer en scène ? Si on peut faire le décompte, vous êtes avec qui ? Vous êtes où ? Est­ce que vous avez des rituels, des objets qu’il faut absolument avoir sous la main… ?

­ Ecoutez, quant aux rituels, je ne sais pas si je peux…Non, là encore, la pudeur regagne du terrain ! (rires)

J’ai auprès de moi Anthony (Souchet, son meilleur ami, nda) qui reste avec moi dans la loge. C’est un moment, en tout cas les dix dernières minutes sont vraiment un moment de recueillement. Quand j’allais dire de recueillement, c’est plus de concentration. Et puis, pour trahir un tout petit secret, Laurent (Boutonnat, nda) passe cinq minutes avant l’entrée en scène, me serre la main et me dit ‘Fais le vent’ ! (elle éclate de rire) Et là, personne ne comprend, mais ‘Fais le vent’, ça veut dire ‘Respire’, c’est une manière de respirer et d’essayer de destresser un peu. Mais c’est vraiment dans le silence. Et quant aux objets, ma foi, ils sont là mais ils sont miens ! (rires)

Vous en avez, en tout cas…

­ J’en ai !

Diffusion de « L’Instant X ».

Vous êtes attentive aux productions des autres artistes, parfois sur scène ou en studio, les albums ?

Vous écoutez beaucoup ?

­ radio-aJ’écoute beaucoup de musique. Je suis attentive et j’ai évidemment, comme tout le monde, des préférences.

Mes goûts musicaux sont assez éclectiques. Je vais vous donner quelques noms : j’adore Sigur Rós –j’adore leur univers­, j’adore Depeche Mode, j’adore David Bowie, j’adore Juliette Gréco etc. etc. Il y a énormément d’artistes que j’apprécie, bien sûr, et ce sont en général des artistes qui ont leur propre univers et sur scène qui ont envie de proposer au public des choses aussi incroyables, même si là elles restent très, très intimes si on parle d’une Juliette Gréco par exemple, mais c’est j’allais dire une telle présence, un tel univers de mots et de personne, des choses profondes qui me touchent beaucoup.

C’est marrant, parce que Juliette Gréco, que j’ai rencontré il y a deux mois à peu près en interview au moment de la sortie de son album, m’a longuement parlé de vous en interview en disant tout le bien qu’elle pensait et l’admiration qu’elle avait pour vous !

­ C’est gentil ! Ca me touche.

Puisqu’on parle des autres artistes, est­-ce que la mort de Michael Jackson vous inspire ? En tout cas, qu’est­ce qu’elle vous inspire, cette mort ?

­ Le tragique, la notion d’incompatibilité, j’allais dire encore, de vie privée et vie publique, de médias. C’était un immense, immense artiste –ça, nous le savons tous. C’est quelqu’un dont j’appréciais, comme beaucoup d’entre nous, les spectacles mais l’homme aussi : sa fragilité, sa sensibilité. C’est tragique. C’est le mot qui me vient à l’esprit, voilà. Je suis triste, comme beaucoup de personnes.

Et les albums, les DVD, vous les avez à la maison ?

­ Absolument.

Diffusion de « Désenchantée », suivi d’une pause publicitaire

Si on fait le point, Mylène Farmer, puisqu’on se rend compte en 2009, au mois de septembre, ça fait vingt­cinq ans ! Vingt­cinq ans de carrière ! Pour durer, le secret c’est le travail ?

­J’ai toujours peur de donner des leçons, mais en tout cas le travail, l’opiniâtreté sont essentiels, oui.

Parfois dans la souffrance ?

­ Je crois que c’est là, indissociable. En tout cas, je ne vais parler que de moi : j’allais dire tout travail est certes un plaisir, c’est un acharnement, mais la douleur en fait partie ­ la douleur, parce que les doutes ; ce peut être la douleur physique, il faut aller au­delà de soi…

Je me posais la question, parce que votre univers, on le connaît, il est très défini, très cohérent depuis le début : où est­ce que vous allez chercher votre nourriture artistique ?

­ Un peu partout. Je peux vous parler d’une exposition que j’ai découvert à New York il y a quelques temps et qui s’appelait « Art Body » (« Our Body » en réalité, nda) : beaucoup d’écorchés, c’est l’humanité décharnée, découpée et j’avoue que j’ai été non pas choquée, mais très impressionnée, intriguée. C’est parti aussi d’une réflexion et ça m’a donné l’idée, en tout cas l’envie d’exploiter l’écorché et justement le corps, et donc est venue, est née cette idée de l’écorché et j’en ai parlé à Jean­Paul Gaultier qui était enchanté de pouvoir créer un écorché multiplié par tous les danseurs et c’est le tableau d’ouverture. Voilà, ce peut être une source d’inspiration. Maintenant, bien sûr, la peinture, la littérature, tout ce qui peut passionner et faire partie de notre vie. Des auteurs : Stefan Zweig, mais là encore je vous épargnerai la liste parce que… ! (rires)

C’est assez intéressant finalement de savoir. Peut­être les voyages vous inspirent. Est­ce que les rencontres humaines vous inspirent ?

­ Je crois que l’être humain m’inspire, tout simplement. Maintenant, vous dire est­ce que cette personne aura déclenché telle idée : là, ponctuellement, je peux pas vous le dire, j’en sais rien. Mais les rencontres –les belles rencontres­ sont très, très rares mais elles sont indispensables à sa vie.

Je le disais : vingt­cinq ans de carrière, Mylène Farmer. Est­ce que vous avez le sentiment d’avoir construit une œuvre ?

­ Non, je peux pas vous le dire. Non. Stefan Zweig va construire une œuvre ! J’ai construit quelque chose, je suis fière de ce que j’ai pu construire, sans prétention aucune. Je suis heureuse d’avoir rencontré un public, je suis heureuse de cette fidélité. Voilà ! (rires)

Est­ce que le fait de durer, aussi, répond à une obsession de laisser une trace ?

­ Ecoutez, très sincèrement, l’obsession de laisser une trace ne ait pas partie de moi. Maintenant, pour être tout à fait honnête, j’aimerais que l’on ne m’oublie pas. Mais la vie n’est pas finie, donc à moi de le construire.

Diffusion de « A Quoi je Sers… »

Vous avez peu de souvenirs de votre enfance. Est­ce que vous avez imprimé ces vingt­cinq dernières années de chanson, de musique, de tournée, de rencontre avec le public ?

­ J’ai imprimé des moments uniques. J’ai une mémoire qui est très, très sélective aussi ­je crois que c’est nécessaire, sinon on est envahi par trop de choses­ et des choses qu’on voudrait ou qu’on a oubliées, c’est nécessaire, je crois, pour sa santé mentale. Mais des choses qui sont inscrites très, très fortement : bien évidemment. Tout au long de ces années, forcément…

Ce sont des images de scène ?

­ Aussi. Aussi et surtout. Mais il y en a d’autres aussi, plus douloureuses mais qui ont nourri ma vie.

Et puis la présence chaleureuse du public, qui se manifeste pendant les concerts et peut­être aussi entre les concerts, quand vous croisez les fans…

­ Ca, vous savez, c’est une fois de plus –là encore, c’est moi qui réponds mais j’imagine que tous les artistes répondent la même chose, si ce n’est que j’allais dire : je leur dois tout. Je ne sais pas si c’est la vérité, mais j’ai une chance inouïe. Je le sais. C’est eux qui m’ont soutenue, qui m’ont, j’allais dire, aidée probablement de vivre. C’est incroyable. C’est incroyable. C’est, là encore, un cadeau de la vie que je ne soupçonnais pas possible pour moi, et même si on évoquait le travail, laissons le magique opérer et ce public pour moi est magique et dans son intensité et dans sa fidélité, bien évidemment. J’ai une chance inouïe.

Est­ce que finalement ce métier a été votre survie ?

­ Oui, oui. Là, définitivement, oui. Oui. C’est quelque chose qui m’a aidé à m’incarner là où j’avais le sentiment plus jeune de n’être pas incarnée du tout, de n’être attachée à rien, de n’être reliée à rien. Oui, c’est fondamental.

C’est très fort de dire oui, finalement à cette question…

­ Parce que là encore, c’est je crois…J’allais dire l’honnêteté, même si ça peut paraître enfantin ou démagogue. Enfin, peu importe, là vous êtes témoin : c’est spontané, c’est vrai.

Diffusion de « Appelle mon Numéro », suivi d’une pause publicitaire.

Est­ce que vous avez apprivoisé vos peurs et vos souffrances avec le temps, avec le succès ?

­ Non, et c’est sans doute pas grave. Ou très grave, je ne sais pas ! (rires) Je n’ai pas la réponse, mais j’ai certainement pansé des plaies. Il y a toujours ce mot qui revient dans le vocabulaire de chacun d’entre nous, c’est ‘faire le deuil de quelque chose’ : malheureusement, moi je ne crois pas qu’on puisse faire le deuil de quelque chose. Maintenant, on peut tenter de faire ré émerger la vie et des choses qui vous aident à tenir, qui vous aident à vous réveiller, qui vous aident à sourire. Maintenant, tout ce qui est douleur, tout ce qui est doute, tout ce qui est peur est là, ancré et là encore ça fait partie de votre sang, de vos veines : c’est là. C’est présent mais c’est sans doute nécessaire –peut­être pas, mais c’est là en tout cas ! (rires)

Nécessaire à la création ?

­ On va dire que c’est…Forcément, forcément ça aide, en tout cas à une certaine créativité, oui.

Dans le spectacle, visuellement, sur les deux écrans géants, on voit beaucoup de têtes de mort. Est-ce que l’idée de mourir vous terrifie encore ?

­ radio-hL’idée de mort, de ma propre mort, en tout cas l’idée de la mort me terrifie, fait partie de chaque deux secondes de ma vie. Est­ce que ma propre mort me terrifie ? Je vais vous dire parfois oui,  parfois non.

Parfois, le mot ‘fatalité’ est plutôt serein : je me dis ‘Bon, ça se fera. De toute façon, c’est inéluctable !’ (rires)

Parfois elle me hante et parfois je l’oublie. Là encore, c’est tout et son contraire donc je ne vous aide pas beaucoup avec ma réponse ! (rires)

Qu’est­ce qui vous fait rire dans la vie, Mylène Farmer ?

­ (elle pouffe) Les débuts d’interviews où on a un air très dramatique quand on commence ! (en rapport avec l’anecdote rapportée plus tôt, nda). L’absurde, probablement.

L’absurde sous toutes ses formes : visuel…

­ Toutes ses formes.

…dans les dialogues, aussi…

­ Aussi.

…au cinéma –je sais que vous, vous avez une passion pour le cinéma !

­ Je voudrais aller voir le film de Tarantino, puisqu’on m’en a dit grand bien et ça a provoqué beaucoup d’éclats de rire, donc… ! Je n’aime pas tout, il y a certains films que j’ai adorés ­ de même que j’accepte qu’on n’aime pas tout de moi ­ mais ce film­là en particulier, oui, il m’intrigue !

Vous avez finalement passé vingt-­cinq ans –et ça va encore continuer, on le sait et évidemment je vous le souhaite­ à peaufiner les contours de votre univers artistique, avec ce culte évidemment du mystère. Comment est­ce que vous définissez le mot ‘mystère’ ?

­ (pensive) Le mot ‘mystère’…Oh, mon Dieu ! Déjà, pour commencer, il n’y a pas de stratégie du mystère me concernant. J’espère qu’on a compris. Maintenant, vous dire quelque chose sur le mystère, c’est quelque chose qui est caché, qui peut être d’un ordre religieux –mais là, je vais vous donner une définition de dictionnaire ! Laissons cette réponse mystérieuse, je ne suis pas sûre de pouvoir définir le mystère.

Diffusion de « Libertine », suivi d’une pause publicitaire.

Nous sommes le 12 septembre, c’est une belle journée, Mylène Farmer : c’est votre anniversaire aujourd’hui et vous n’êtes pas près d’aller vous coucher puisqu’un gros cadeau vous attend au Stade de France ce soir, quatre­vingt mille personnes pour le dernier concert de votre tournée en France. Vous aimez faire la fête pour votre anniversaire ?

­ Je vais vous faire une confidence : il y a fort longtemps que je ne célèbre plus mon anniversaire, mais pour être tout à fait franche, un anniversaire devant quatre­-vingt mille personnes au Stade de France, c’est quelque chose qui sera, je crois, incroyable à vivre, donc j’adore cette idée-­là ! (rires) Celle­ci, je l’aime ! Et cette date évidemment n’a pas été choisie : il se trouve que le Stade de France était libre le 11 et le 12 septembre. Il se trouve que le 12 septembre est cette fameuse date anniversaire donc ce sera quelque chose d’assez unique, effectivement pour moi. Ce sera un immense cadeau de quatre­vingt mille personnes. C’est incroyable ! (rires)

Puisqu’on parle de l’avenir, vous m’avez dit d’ailleurs ‘Après une tournée, le meilleur c’est de se replonger dans la création’ : est­ce que vous avez une idée du prochain disque studio ?

­ Absolument pas. Absolument pas, parce que bien évidemment on pense à ‘Qu’est­ce que je vais faire demain ? Qu’est­ce que je vais faire demain ?’, maintenant je n’ai pas les réponses. J’ai le projet d’un longmétrage…On verra ! J’ai, bien évidemment, le projet d’un prochain album, mais là encore c’est une page blanche. Une page totalement blanche, mais très envie de m’y remettre très, très vite !

On évoquait votre passion pour le cinéma, vous me dites ‘projet d’un long-­métrage’ : j’imagine que c’est quelque chose qui vous tient très à cœur. Est­ce qu’on peut en savoir un peu plus ?

­ C’est un projet qui avait été initié par Claude Berri, que j’aimais profondément, tiré d’un ouvrage de Nathalie Rheims et dont le metteur en scène sera Bruno Aveillan, et ce sera pour lui son premier long­métrage. Et ma foi, après c’est le…l’avenir dira !

Et ce sera pour vous un premier rôle…

­ Et ce sera pour moi un premier rôle, un deuxième film et, j’espère, une rencontre avec le public. (sourire)

Est­ce que ça veut dire pour l’avenir aussi que peut­être un jour vous essaierez de laisser une part plus importante au cinéma ?

­ Je n’ai aucune, aucune réponse à cette question. J’ai besoin de la musique, j’ai besoin des mots. Je pense que je suis –j’en suis même convaincue­ je suis quelqu’un d’instinct, d’instinctif donc je sais que le jour où je ne souhaiterai plus dire ces mots, chanter, je choisirai ce moment avant qu’il ne me choisisse et ne me saisisse.

Est­ce que ça sera pour laisser la place au cinéma ? Je n’ai sincèrement pas la réponse. Je ne sais pas.

Vous connaissez la date, l’échéance ?

­ Non. Bien sûr que non. Non, non.

Vous me rassurez !

­ (rires) C’est gentil ! Non…

Qu’est­ce qui vous ferait arrêter la musique ?

­ L’absence de désir. (un temps) Vous allez avoir un énorme silence pour une radio, ici ! (rires)

C’est parfois intéressant !

­ Quand on n’a plus envie de donner ni envie de recevoir ­ d’abord j’imagine qu’on est un être mort, donc je ne me le souhaite pas ­ mais je crois que tout art a ses limites. Je sais pas. Je vais peut­être dire une énorme absurdité, je sais pas, je reviens encore à l’idée d’instinct : je crois que ça sera spontané, quelque chose en moi me dira ‘Là, il faut arrêter’.

Ca révèle une vraie force de caractère !

­ Peut-­être ça fait aussi partie de moi, cette force de…oui, oui de caractère, sans doute. En tout cas, ne pas tricher avec soi­même. Voilà : ne pas se mentir et essayer de dormir un petit peu de temps en temps ! (éclats de rires)

Vous dormez tranquille enfin aujourd’hui ou… ?

­ Non. (nouvel éclat de rire) Non, ce n’est pas possible !

Diffusion d’un extrait de « Effets Secondaires »

­ Mais là encore ­ je crois qu’on va conclure cette interview­ j’ai une fois de plus une chance incroyable. Je vis des moments incroyables. Je remercie à nouveau de vive voix le public, je remercie cette fidélité et puis…et je vais essayer de ne pas pleurer, là on va arrêter ! (dans un tremblement de voix) Merci beaucoup.

Et c’est moi qui vous remercie. Merci, Mylène Farmer, de m’avoir accordé cet entretien. Merci beaucoup.

Diffusion de « Sans Contrefaçon » pour finir l’émission.

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