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Vue de la Hongrie pour Mylène Farmer

Posté par francesca7 le 21 septembre 2016

 

 

 

Entretien avec Dominique SIMONET

Que s’est-­il passé depuis vos derniers et mémorables passages sur scène ? ­

MF : J’ai eu une période très difficile, mais je crois que ce n’est pas une surprise quand on vit une scène. Le passage à vide a duré près de quatre mois, et puis je me suis intéressée de près à la peinture, à laquelle une personne m’a initiée. Egon Schiele, les aquarelles d’Henri Michaux, Max Ernst, Klimt, Jérôme Bosch, la liste est longue. Comme dans les milieux littéraires, on peut s’y conduire une famille de gens qui ont les mêmes goûts.

mylène chez Francesca

A propos de votre dernier clip, y a-­t-­il un rapport entre le fait qu’il parle de génération désenchantée et qu’il a été tourné en Hongrie ? ­

MF : Non. Sincèrement, non. Enfin, je n’en suis pas sûre. Nous voulions regrouper cent enfants dont les visages seraient ceux de personnes portant quelque chose en elles de grave, des personnes habitées. Etant donné la difficulté de vie dans ces pays de l’Est, on pensait pouvoir les trouver et là encore, la Hongrie est relativement privilégiée. Aller chercher la gravité dans un pays, je trouve cela un peu déplacé mais on a eu cette chance de trouver cent enfants très, très rapidement. En France, nous aurions dû faire casting sur casting. Là, on les trouvait dans la rue, dans les écoles ou dans des centres de redressement et ils ont apporté cette forme de violence avec eux. Ils n’avaient même pas besoin de jouer. D’autre part, là-­bas on trouve des techniciens très bien.

Laurent Boutonnat, qui a réalisé ce clip, y avait fait des repérages pour un long­-métrage. Ce fameux film fantôme ? ­

MF : Oui, oui. Il avait été très séduit par leur professionnalisme.

Quelles impressions vous a laissé le pays ? ­

MF : Je pourrais dire des choses, mais soyons honnêtes : je me trouvais malgré tout totalement protégée dans l’équipe de tournage. Cela reste donc une expérience en dehors du temps. Par contre, pour un tournage, le fait de changer de pays est très profitable. Le désir est le même, mais l’intensité est différente parce qu’à l’étranger, on se retrouve un peu perdu, parce qu’on a un regard d’autres.

Avez-­vous déjà imaginé faire ce métier sans clips et, à la limite, sans disques, comme au siècle dernier ? ­

MF : Je ne suis pas réellement en harmonie avec mon époque, certes, mais j’aime aussi la chanson en son tout : la musique, les mots, l’image. Dans un texte, on peut tout dire, tout suggérer mais pour moi, pour ma personne, j’ai besoin de m’exprimer à l’image. Les mots finalement ne me suffisent pas. Ou alors j’aurais été écrivain et j’aurais préféré le XIXème siècle, faire partie de cette famille-­là.

Comment est élaboré le concept d’un clip ? ­

MF :  A partir du thème de la chanson nous discutons avec Laurent pour écarter les lieux communs ou les portes ouvertes enfoncées, histoire de n’être ni démonstratif ni explicatif. Ensuite, je laisse Laurent travailler parce que moi j’ai un regard sur moi­-même qui n’est peut­-être pas le bon non plus, ou qui est en tout cas détourné. Je n’ai pas non plus le recul nécessaire par rapport à un texte que j’ai écrit.

De qui est l’idée du corbeau sur la pochette ? ­

MF : Alors là, vous me posez une colle ! Je ne sais plus du tout ! Par contre, le choix de la photo est de moi. En ce qui me concerne, je ne la trouve d’ailleurs pas effrayante du tout, mais l’inconscient collectif doit évidemment fonctionner. Pour moi, elle est plutôt très reposante. Si chez nous cet oiseau est perçu comme un symbole de mauvais augure ou de mort, il n’en va pas de même partout. En tout cas, sa présence n’a rien de provocateur.

Mais vous appréciez sûrement cette ambiguïté… ­ Le sens du paradoxe se retrouve chez tout être humain.

MF :  Il est sans doute plus prononcé chez moi parce que je peux exprimer mes sentiments. Chez moi, c’est tout noir ou tout blanc, jamais tiède

 mylèn chez Francesca

Le danger de ce métier n’est-­il pas d’en arriver à cultiver le paradoxe, à exacerber la tendance ? ­

MF : Cela fait partie effectivement des pièges, mais je crois pour ma part être assez lucide. Y a-­t-­il une once d’intelligence par rapport à cela, je ne sais pas. Je parlerais plutôt d’honnêteté. Je sens le danger de ces choses et en aucun cas je ne me laisserais diriger par elles. Si je sens que cela devient un leitmotiv ou une trop grande évidence, je crois que j’arrêterai. Finalement, on attend de chaque artiste ou de chaque album une évolution mais le fond reste le même. Un artiste qui exprime quelque chose répète inlassablement la même chose, les mêmes obsessions, les mêmes névroses, les mêmes désirs, les mêmes joies. Seule la forme change, peut-­être. Moi, cela ne me fait pas peur du tout. Je pourrais même le dire haut et fort : je crois que je répète toujours les mêmes choses, mais alors avec un climat différent. Et puis comme ces thèmes d’amour, mort et vie sont éternels, ils ne seront jamais épuisés non plus. Peut­-être pour vous dire que je n’ai pas envie du tout d’arrêter…

Quand vous chantez « Psychiatric », vous ne poussez pas un peu loin dans l’auto complaisance ?

MF :  ­ Je ne veux pas être mon propre censeur, même pas pour ce thème. Je voulais y mettre très peu de mots, donc très peu de démonstration. C’est compliqué pour moi de donner une justification par rapport à cette chanson. J’ai une attirance commune avec Laurent pour l’univers de la psychiatrie, qui nous semble très proche et en même temps très éloigné parce que je ne suis jamais allée dans un hôpital de ce type. J’en ai un désir profond, mais là serait réellement l’impudeur, par le côté voyeur. Cette chanson est venue après un reportage, qui m’a bouleversée et passionnée, sur un asile d’aliénés en Grèce où les internés sont laissés à l’abandon, livrés à eux-­mêmes et réduits à l’état d’animal. La folie me touche, tout simplement. La question du double a l’air de vous marquer assez fort.

Vous en parlez à propos de Laurent Boutonnat, et récemment à propos de Jean­-Louis Murat avec qui vous faites un duo sur l’album… ­

MF :  Dans la notion du double, il y a notre propre image. Je suis certainement en quête d’un alter ego, d’une âme sœur. Je crois que je l’ai réellement trouvée chez Laurent, mais cela peut s’épuiser aussi, nous pouvons trouver nos limites. Chez Jean-­Louis, c’est une autre forme de double. Dans l’appréhension de la vie, nous sommes à la fois très jumeaux et très différents. Pour moi, il colle réellement à l’idée qu’on se fait d’un poète.

 

 

Allez­-vous participer à l’album qu’il est en train d’enregistrer actuellement ? ­

MF :On en a parlé, mais je ne sais pas. Point d’interrogation…Je ne sais pas s’il faut le faire.

Peut-­être faut-­il une réponse à « Regrets » ? (Jean­Louis Murat a en effet écrit « La vie des bleuets » pour l’interpréter en duo avec Mylène, mais la chanson n’est jamais sortie, nda)

Vous avez plusieurs fois utilisé le terme ‘maîtrise’ dans cette rencontre. Tout contrôler vous obsède ?

MF : ­ Oui, totalement. Cela s’applique plus à l’univers de travail qu’à la maîtrise de soi. Voir que vous ne possédez pas les choses, je n’aime pas ça du tout. Finalement, je n’aime pas les surprises, je veux trop contrôler.

Chaque interview doit vous inquiéter… ­

MF : Oui. Cela m’angoisse totalement, mais on grandit aussi par rapport à ça. La notion d’interview évoque la spontanéité, cette spontanéité qui est toujours proche de moi, dans mes chansons etc. mais elle est toujours mariée à une réflexion ou un travail.

Est­-ce dans le même ordre d’idée que vous avez refusé d’être interviewée par deux de mes confrères parce que vous n’avez pas apprécié leur critique de votre dernière tournée ?

MF : La décision est­-elle de vous ? (le journaliste évoque Thierry Coljon et Rudy Léonet ­ qui ont cependant interviewé Mylène Farmer lors de son passage en Belgique en octobre 1989 ­ qui ont dès lors multiplié les articles pour dénoncer tantôt le fait qu’on ne pouvait pas photographier le spectacle, tantôt qu’on leur refusait une interview et ce encore récemment lors du Tour 2009, nda) ­

MF : Bien sûr. Tout vient de moi, même si on peut imaginer derrière moi un manager ou un producteur. Je décide de tout. Mais je n’ai pas très envie de parler de ça. On est libre de ses actes, comme de ses maladresses ou de ses mauvais jugements. La critique ne me dérange pas, mais à partir du moment où, selon moi, elles sont maladroites, j’estime que je n’ai pas forcément à accepter la rencontre de ces personnes et à me justifier quant à ces critiques parce que ce serait la porte ouverte à tout.

SOURCE : LA LIBRE BELGIQUE 30 AVRIL 1991 

Publié dans Mylène 1991 - 1992, Mylène et ses longs discours | Pas de Commentaires »

A l’occasion d’un week­-end spécial avec Mylène Farmer

Posté par francesca7 le 3 septembre 2016

 

 

 

 

Mylène Farmer sur MCM et pour la promo de « Dance Remixes » et de « Que mon Cœur Lâche », Mylène accorde une interview fleuve à la chaîne. L’entretien a cette particularité qu’on ne voit jamais le journaliste, pas plus qu’on ne l’entend.

MF : Je n’essaie pas de me composer un personnage. C’est ma timidité, c’est vrai que je ne fais aucun effort pour moi­-même, non. Je ne suis pas dans cette rigueur. Je ne suis pas très tendre avec moi­même. Diffusion d’un court extrait du clip « Je t’aime Mélancolie ».

MF : Vous savez, dans la mesure où je fais justement peu d’interviews, la presse dit ce qu’elle veut de moi, et c’est pas grave non plus. Mais c’est vrai que les médias ne sont pas tendres. Je ne dis pas avec moi, je dis en général. Peut­-être que beaucoup de personnes sont réunies dans ces métiers et n’arrivent pas à créer eux-mêmes ou elles-­mêmes tout simplement. Je crois que c’est un mal français. Je crois qu’on n’aime pas le succès tout simplement, en tous cas le succès à long terme. C’est toujours douteux. (sourire)

mylène

L’exercice de l’interview est un exercice qui m’est pénible en ce sens que j’ai du mal à parler de moi, que c’est un exercice de toute façon assez difficile, donc c’est pour ça que je préfère le rendre rare. Diffusion d’un extrait du clip « Ainsi Soit Je… ».

MF : Je n’ai jamais pris de cours de danse, donc c’est, j’allais dire, quelque chose de plus spontané. Je ne vais jamais en boîte de nuit, je n’y suis jamais allée donc… Mais par contre, c’est quelque chose, oui, de, j’allais dire, de fondamental, non, mais qui m’est indispensable quand je chante une chanson. J’ai toujours, moi, une danseuse avec qui j’ai travaillé pendant très longtemps qui a réglé les ballets pour le ­les chorégraphies pour le concert. Je lui apprends, moi, les mouvements et, au fur et à mesure, elle les fait répéter aux autres danseuses. Quand c’est une chanson un peu rythmée, c’est plus facile d’appuyer un mot par un geste. Je travaille d’abord moi-­même toute seule, ensuite, je travaille avec cette fameuse danseuse pendant deux, trois jours. Et puis après, nous faisons appel à deux, trois ou quatre danseuses. Et je travaille très souvent en studio.

Diffusion d’un extrait du clip « Sans Contrefaçon ». 

MF : Je suis très, très présente en studio. C’est un univers que j’aime bien. Je m’intéresse à tout. J’aime vraiment profondément la musique. Je sais pas s’il y a des critères comme ça. On essaie que ça sonne le mieux possible, que ce soit harmonieux, que ce soit, j’espère, un peu nouveau, et que ce soit dansant avant tout. (sourire)

J’ai un peu de mal, moi, à écouter les chansons anciennes, mais ça redonne une vie à la chanson tout simplement, ça la rend un peu différente. J’espère qu’on part de toute façon sur des bases nouvelles, j’espère qu’on évolue. Maintenant, quant à gérer tout ça : non, j’en suis incapable, je crois que ces choses-­là se font naturellement. On écoute d’autres musiques, on voit d’autres lieux, et tout ça apporte une nourriture certainement pour évoluer.

« Maman a Tort » n’était pas de ma plume, mais dans l’album j’ai chanté « Plus Grandir ». J’ai éprouvé le besoin immédiat d’écrire. Mais après…C’est difficile que de s’avouer qu’on est capable de le faire, d’abord, d’accepter, et d’accepter ses mots, ses émotions, et de les dévoiler aux autres. Mais là encore, c’était quelque chose d’évident pour moi. Je pouvais pas laisser quelqu’un écrire mes mots. Aujourd’hui, j’ai traduit avec un co­adaptateur « Que mon Cœur Lâche » en anglais et je suppose qu’elle va voir le jour, cette chanson. C’est un exercice qui est très difficile parce qu’il faut d’abord parler anglais couramment ­ ce qui n’est pas encore tout à fait mon cas­ et trouver un style d’écriture dans une langue qui n’est pas la sienne, c’est assez difficile.

Donc, pour l’instant, je n’ai fait qu’une chanson réelle en anglais, de A à Z. Diffusion du clip « Je t’aime Mélancolie ».

MF : Moi j’ai besoin de la musique pour pouvoir non pas trouver un thème, mais pour pouvoir écrire des mots sur cette musique, tout simplement. Puisque j’ai travaillé avec Jean­-Louis Murat, je sais que lui a une façon qui est très, très différente de… Lui, c’est quelqu’un qui est très, très productif, qui écrit sans arrêt. J’avoue que moi, j’ai besoin d’avoir un but qui se traduit par un album ou une chanson. En tous cas, c’est d’abord la musique de Laurent qui va me suggérer des choses. J’aimerais beaucoup jouer du piano, mais je n’ai ni le temps, ni peut­-être même l’énergie et c’est difficile de se remettre dans la peau d’un étudiant ou d’un élève. Mais le piano, c’est quelque chose qui me manque, oui. J’avais essayé de jouer le saxophone, mais ça, c’est très, très difficile. J’ai ces instruments avec moi, et c’est très bien ! (sourire)

Diffusion d’un extrait du clip « Regrets ».

mylène0

MF : J’aime beaucoup la peinture. J’aime beaucoup la peinture abstraite, surréaliste plus que la figurative. J’aime beaucoup Dali, Max Ernst, Egon Schiele, et beaucoup d’autres que je vais oublier, bien sûr ! J’aimerais beaucoup avoir un Miró ou un Egon Schiele puisqu’on en parlait, mais c’est impossible. C’est un plaisir assez immense que d’avoir un tableau chez soi et de pouvoir le regarder et de vivre avec, de se lever le matin. Et puis c’est passionnant ! Diffusion d’un extrait du clip « Sans Logique ».

 MF : Depuis très longtemps, j’ai pensé au cinéma. Avant la chanson. Et la vie a voulu que je rencontre la chanson d’abord, et je pense que c’est une bonne chose. Maintenant, j’ai très, très envie d’avoir cette émotionlà, oui, pour après, moi, pouvoir redonner une autre émotion parce que je pense que je remonterai sur scène. Mais j’ai besoin de ce passage-­là. C’est, là pour le coup, fondamental dans ma vie. Dans un premier temps, Laurent Boutonnat ne pouvait pas réaliser ce clip parce qu’il a un long métrage en préparation donc, pour le temps, c’était absolument impossible. Donc nous avons fait appel à Luc Besson. Pourquoi Luc Besson ? Parce que c’est quelqu’un que nous connaissons tous les deux, et qu’il nous avait invités un jour pour un très beau voyage sur la banquise, lors de son tournage d’«Atlantis ». Et ma foi, ça nous a semblé évident, et lui a accepté. (sourire)

Je crois qu’on a, de toute façon, des univers qui sont très, très différents. Ce que lui a peut­être apporté, il me semble en tout cas, c’est peut­être un sourire que je n’avais pas dans les autres clips, une légèreté que je n’avais pas. Après, Laurent Boutonnat sera bloqué, de toute façon, pour le montage de son film, pour la musique et pour bien d’autres choses, donc je pense que je vais mettre un peu de temps avant de sortir un autre album. Diffusion d’un extrait du clip « Que mon Cœur Lâche ».

mylène1

MF : Je crois que nous avons tous un côté ange, un côté démon. Oui, précisément avec les habits que je portais, en tous cas la robe blanche qui est une robe d’Azzedine Alaïa, et c’est un grand bonheur que de porter ses vêtements. Un artiste, c’est vrai, on l’écoute donc peut avoir une certaine influence qu’il ne maîtrise pas forcément d’ailleurs. Que de prendre position, moi je n’en ai pas envie, mais je respecte les gens qui le font. Moi, j’ai essayé de ne prendre aucun engagement justement, ni de dire ‘il faut en mettre’ ou ‘il ne faut pas en mettre’. Il me semble évident qu’il faut en mettre, mais c’est vrai que ce n’était pas le ‘message’ que je voulais faire passer. Il n’y a pas de message dans la chanson.

Une fois de plus, c’est un constat. Sans parler de constat d’échec, c’est l’impuissance qui rend très malheureux également. C’est quelque chose qui nous est tombé, là pour le coup, du ciel et c’est une chose méchante. Et que de ne pouvoir réagir, c’est la chose la plus cruelle pour l’Homme. Si ce n’est qu’il faut se protéger. Bien sûr, ça me fait mal, c’est quelque chose de tragique. L’amour est totalement perverti, mais je ne crois pas que je dirai quelque chose de très nouveau sur ce thème-­là, si ce n’est qu’il est très douloureux. Ne parlons plus du clip, parlons de la chanson : moi, une fois de plus, ça n’engage que moi, c’est plus un constat sur l’amour, ce que moi je puis ressentir. C’est quelque chose d’un peu difficile en ce moment, et c’était difficile aussi pour moi que de ne pas en parler.

J’essayais d’éviter parce qu’on a toujours peur des sujets un peu racoleurs et je me suis aperçu que, ma foi, ça fait partie de la vie de tous les jours. C’est le quotidien. C’est quelque chose que je ne pouvais pas occulter.

SOURCE / ESCALE 2 JANVIER 1993 Entretien avec Patrick WILLARD MCM 

Publié dans Mylène 1993 - 1994, Mylène AU FIL DES MOTS, Mylène en INTERVIEW, Mylène et ses longs discours | Pas de Commentaires »

A l’époque du DIRECT avec Mylène FARMER

Posté par francesca7 le 3 septembre 2016

 

 

 

Philippe Gildas reçoit Mylène Farmer sur le plateau de son « Direct », sorte de première version de ce qui deviendra « Nulle Part Ailleurs ». Mylène, dans un tailleur gris beige, prend place aux côtés de la comédienne Marie-Christine Barrault pour répondre aux questions de l’animateur.

mylène

Philippe Gildas : Bonjour Mylène ! Est-ce que le clip est fini ?
Mylène Farmer : Il est terminé, oui. 

PG : Ca sortira bientôt ?
MF : Il est en montage actuellement pendant une semaine, une semaine de mixage et la troisième semaine sera la bonne !

PG : Je voudrais bien voir « Libertine » au milieu des loups !
MF : Oui, ça va être très, très beau je pense !

PG : Vous l’avez vraiment fait avec des loups ?
MF : On a fait avec un loup, et puis sinon y a des…Je vous donne pas le secret, quand même ! (rires)

PG : Mais je savais depuis le début qu’elle voulait à tout prix faire son clip dès la sortie, avant même la sortie de « Tristana », d’ailleurs ! 
MF : Oui !

PG : Et vous l’avez tourné en Ardèche, non ?
MF : Non, non, non, on l’a tourné dans le Vercors, avec des plaines enneigées…Un très, très beau décor !

PG : « Tristana », c’est votre combien, cinquième 45 tours ?
MF : Oui. 

PG : C’est une carrière qui est partie à cent à l’heure, alors ! Y a combien de temps ? Trois ans ?
MF : Ca fait, depuis « Maman a tort », trois ans, oui. Avec un album, entre !

PG : Et « Maman a tort », c’était pas hasard !
MF : Rien n’est un hasard, mais c’est vrai que j’ai eu la chance de rencontrer deux personnes qui…

PG : (il l’interrompt) Boutonnat ?
MF : Boutonnat, oui, Laurent Boutonnat avec qui je continue, compositeur donc qui m’a composé la première chanson. 

PG : Il a eu, enfin je sais pas qui a voulu cette rencontre mais c’était bien puisque trois ans après un album est sorti…
MF : Oui.

PG : …qui a combien ? Six mois ?
MF : A peu près, oui. (l’album est pourtant sorti un an pile auparavant, ndlr)

PG : (…) Et voilà maintenant le nouveau 45 tours, « Tristana », on l’écoutera chanter dans un instant !

Philippe Gildas se tourne alors vers Marie-Christine Barrault, qui parle des films en costumes.

PG : (…) Mylène elle adore les déguisements !
MF : (rires) C’est vrai, j’aime bien les costumes, oui, les époques.
Marie-Christine Barrault : Les robes sont très, très lourdes ! (…) Pour chanter, je suis pas sûre que ce soit bien ! (rires)

PG : (se tournant à nouveau vers Mylène) Alors, « Tristana », l’histoire de « Tristana » ?
MF : Que voulez-vous savoir ?!

PG : Après « Libertine », il fallait le trouver quand même !
MF : Oui! C’est la dure reconversion de « Libertine » ! C’est une histoire simple, « Tristana », c’est un peu la mélancolie, un peu le désespoir. Voilà, c’est un peu la couleur de cette chanson. 

PG : Pourquoi chaque fois, vous qui avez une vie professionnelle parfaitement réussie apparemment une vie privée aussi dont vous n’avez pas à vous plaindre, la petite québécoise…non c’est pas Québec, vous hein ?
MF : C’est Montréal. 

PG : …venue en France, non pas pour chanter mais bien avant déjà ! Vous aviez quel âge ? 10 ans, 12 ans ?
MF : Oui c’est ça, 9, 10 ans. 

PG : Quand vous voulez retravailler, vous allez au Canada sans problèmes : ils vous connaissent bien !
MF : Ils me connaissent pas du tout au Canada, non ! Non, non ! L’album est sorti, « Libertine » est en train de sortir mais je n’ai rien fait dans ce pays. 

PG : Mais ils vous connaissent quand même ? Ils savent…
MF : Certainement. Depuis « Maman a tort », oui, ils s’intéressent un peu à ce que je fais.

PG : Sinon vous n’envoieriez pas vos disques en priorité là-bas, après la France !
MF : Ce n’est pas en priorité, c’est eux qui font appel à vous s’ils sont intéressés. 

PG : Mais ça sert pas d’être canadienne ?
MF : Je ne crois pas. En ce qui me concerne, non parce que…

PG : Ils vous considèrent pas du tout comme canadienne ?
MF : Ben j’avoue que j’y suis jamais retournée, que je n’ai jamais re-rencontré donc des canadiens. Il était question que j’y aille là, en mai donc c’est en pourparlers. Donc je pourrai vous répondre après ! (Mylène ira finalement au Canada un an plus tard, ndlr)

PG : La carrière de mannequin, vous l’avez complètement abandonnée ?
MF : Oui, j’avais fait ça vraiment en dilettante, c’était pour gagner ma vie. Donc j’ai complètement abandonné parce que inintéressant et pas du tout ce à quoi j’aspirais. 

PG : Alors qu’est-ce que vous ferez après la chanson ?
MF : Probablement élever des singes !

PG : (rires) Et pourquoi ?
MF : Parce que j’ai une passion de cet animal, des animaux en général, mais c’est vrai des singes spécialement. 

PG : Mais qu’est-ce que vous en ferez ?
MF : Bah écoutez, un élevage probablement !

PG : Mais des grands ? Des petits ?
MF : Plutôt des gros. 

PG : Oui, mais ça se reproduit ! (rires)
MF : Oui. Vous avez peur des familles nombreuses ?! (rires)

PG : De singes, oui !
MF : Y a plein de choses à faire : l’éducation…Enfin, je sais pas, y a plein de découvertes à faire certainement avec ces animaux. 

PG : Enfin pour l’instant vous continuez la chanson ?
MF : Pour l’instant, je suis ravie de chanter ! (rires)

mylène

Philippe Gildas demande ensuite à Mylène d’interpréter « Tristana », ce qu’elle fait, entourée de ses deux danseuses. A l’écran apparaît parfois un trucage vidéo entourant Mylène de fausses flammes. Après la chanson, Mylène retrouve sa place face à l’animateur.

PG : Le dernier 45 tours de Mylène Farmer, « Tristana ». Alors en attendant la surprise du clip, parce que si j’insiste tellement sur le clip c’est…elle devrait faire du cinéma ! « Libertine » faisait combien de temps, le clip ?
MF : Je crois que c’était onze minutes. 

PG : Un vrai film, en plus !
MF : Oui. Celui-là (« Tristana », ndlr) est parti pour être un peu plus long, d’ailleurs !

PG : Ha, vous allez faire encore plus long ?! Mais faut faire du cinéma carrément !
MF : Bah écoutez, peut-être un jour ! (rires)

PG : « Libertine », vous l’aviez tourné dans un château ?
MF : On l’a tourné dans un château…heu qu’est-ce qu’on a fait d’autre ?! (sourire) On a fait de l’extérieur également. Et là, c’est essentiellement extérieur et un peu studio. 

MCB : Vous avez combien de temps pour tourner un clip ?
MF : Il y a la préparation -je vous laisse juge, vous connaissez le métier ! Sinon de tournage, c’était à peu près cinq jours. Cinq, six jours mais vraiment à temps complet, c’est-à-dire c’était de 5h du matin à 11h du soir !

PG : Mais pourquoi est-ce que par rapport à une chanson vous faites un clip aussi long par exemple, et qui est une autre aventure ?
MF : Oui, par plaisir. 

MCB : Mais alors vous changez la musique, vous l’allongez ? Comment vous faites ?
MF : C’est-à-dire qu’on met ou de la musique additionnelle, dans « Libertine » c’est ce qui s’est produit, y a des moments sans musique, y a des moments avec voix-off, enfin y a plein de possibilités ! Et là en l’occurrence, on va mettre probablement la version du maxi 45 tours, donc qui est un peu plus longue que le 45 tours lui-même, avec une musique additionnelle et autre. 

PG : Vous préférez passer beaucoup de temps par exemple à tourner ces clips, à les préparer, les tourner ou bien faire de la scène ? Ce sont deux choses très différentes…
MF : Cette question est très pernicieuse, je le sens ! (rires)

PG : Vous avez fait le podium Europe 1 ? (tournée des boites de nuit à l’été 1986 avec Catherine Lara en tête d’affiche, ndlr)
MF : J’ai fait effectivement le podium Europe 1 et…

PG : C’est une sacrée école, hein ?
MF : Oui, tout à fait, oui. Très intéressant et très agréable. Je préparerai certainement une scène, mais je vais attendre déjà d’enregistrer un autre album. Quant aux tournages, c’est vrai que le cinéma me passionne, les tournages me passionnent. Et tourner avec Laurent c’est aussi quelque chose que j’aime beaucoup. 

MCB : Comment on fait ? C’est tout en play-back ? Vous écoutez la musique quand vous tournez ?
MF : Non, du tout. C’est-à-dire que chacun procède de façon différente. Nous, c’est vrai qu’on fait complètement abstraction de la chanson, du texte et de la musique pendant le tournage, et ce sera effectivement en play-back derrière. 

MCB : Comme un vrai film, quoi. 
MF : Oui, oui.

Philippe Gildas se tourne ensuite vers ses autres invités et Mylène n’intervient plus jusqu’à la fin.

 

SOURCE : DIRECT  AVRIL 1987
Présenté par Philippe GILDAS sur CANAL +

 

Publié dans Mylène 1987 - 1988, Mylène en INTERVIEW | Pas de Commentaires »

Elle fait parler d’elle notre Mylène

Posté par francesca7 le 5 août 2016

 

 

 

Un tube automnal qui n’augurait en rien la tonalité planante et particulièrement envoûtante d’un disque comprenant 11 titres au total, écrit et co-composé par Mylène Farmer avec le patron du label Cherrytree Records : Martin Kierszenbaum.

Une douceur d’été aux influences funky

De celui-ci on retient notamment la piste d’introduction, éponyme, qui prend la forme d’une invitation au voyage dans l’espace – ou plutôt dans les songes et les rêves de la chanteuse. Un titre aux accents rock rappelant d’ailleurs l’album Anamorphosée, de 1995 (« California », « XXL »…). « A rebours », lui, séduit par sa mélodie, tout comme « City of Love » qui avait par ailleurs été illustré par le réalisateur Pascal Laugier. Leur collaboration a effectivement donné lieu à un clip original dans lequel la chanteuse prend la forme d’un extra-terrestre découvrant… l’amour. Elle se prolongera cet été avec le projet de long-métrage « Incident In A Ghost Land ».

 Mylène chez francesca

 

Mais avant de s’envoler pour l’Amérique ou seront tournées les premières scènes de ce film d’épouvante, Mylène Farmer poursuit l’exploitation d’Interstellaires. Elle choisit d’en extraire la piste la plus efficace et parfaitement calibrée pour les radios à l’heure où l’été s’apprête à pointer le bout de son nez. Aux influences funky, le titre « C’est pas moi »prend des allures d’hymne anti-conformiste« La vie, mais que vaut-elle / Sans danger sans sexe / Et sans choix / Marcher sa vie entière à / Côté de soi / Tant d’âmes se méprennent / Un oui / Un non / Une ligne droite » chante Mylène sur un couplet entêtant et aussi imparable que le refrain. Une douceur d’été qui pourrait bien faire grand bruit…

La pochette du single envoyé ce main aux radios, dans sa version originale, a été réalisée d’après un dessin de Mylène Farmer, dans la veine de ceux qui avaient déjà servi à illustrer le tube « C’est une belle journée » en 2002, son livre « Lisa-Loup et le conteur »l’année suivante, et plus récemment le conte philosophique « L’étoile polaire » de Michel Onfray (2015).

 

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MYLENE FARMER : Elle ose, elle choque et elle charme

Posté par francesca7 le 25 juillet 2016

Mylène chez Francesca

Entretien avec Cécile TESSEYRE                                                                                                             

De « Libertine » à « Pourvu qu’elles soient Douces », vos chansons ont toujours été un peu osées. Jusqu’où irez-vous ?  

MF : – Je ne m’autorise pas de limites. En ce moment, je n’écris pas, la question ne se pose donc pas…      

Certains trouvent vos paroles choquantes…                                                                                                                                                        

- Dans « Sans Contrefaçon » je dis ‘je me fous du qu’en dira-t-on’. C’est vrai. Malgré tout, je pense avoir beaucoup d’interlocuteurs favorables puisque le 33-Trs « Ainsi Soit Je… » approche déjà les 600.000 exemplaires vendus.                      

Et vos parents, votre famille…                                                                                                                                                       

- Nous n’avons aucun dialogue sur ce sujet. Nous sommes une famille de longs silences, mais qui ne sont pas pour autant de longs creux…    

L’amour, le couple sont-ils importants pour vous ?               

- Pour moi, l’amour est fondamental pour la créativité. J’aime beaucoup cette phrase du romancier Luc Dietrich qui dit que ‘l’amour est un grand courage inutile’. Je suis comme mes chansons : libertine, douce et fidèle. Très fidèle.                            

Êtes-vous heureuse ?                                                                                                                                                           

- Je suis incapable de répondre. Une fois de plus, c’est un paradoxe. Pour moi, l’amour doit être grandeur et décadence.  

Lio vient de poser nue pour ‘Lui’. Vous apparaissez dénudée dans certains de vos clips. Vous imiteriez Lio pour des photos ?     

- Non. On me l’a déjà proposé, pour une somme d’ailleurs très rondelette. Je ne le ferai jamais car je n’éprouve aucun plaisir à cela. La seule motivation de ceux qui acceptent est l’argent. Quant à Lio, je me garderai bien de la juger, car c’est une artiste que je respecte beaucoup.

- Je reçois de plus en plus de lettres, et j’ai de moins en moins le temps d’y répondre, car je ne veux déléguer ce bonheur à personne. Je reçois de longues lettres de gens qui ont le mal de vivre et qui cherchent un dialogue ou une consolation. Ma meilleure façon de leur répondre, c’est à travers les chansons. Je n’ai jamais reçu de lettre d’insultes !                                                                                                       

Mylène et FrancescaEn allant chercher votre trophée aux Victoires de la musique, vous avez dit être à la fois très heureuse et très triste.          

- C’était un grand moment d’émotion. J’ai toujours eu du mal à distinguer le bonheur de la tristesse. Chez moi, ils se conjuguent parfaitement. En prenant ma récompense, j’ai vu défiler les plus belles images de ma vie et les plus cruelles aussi. On dit bien que la jouissance est une petite mort. Je n’ai pas voulu chasser le naturel, je n’avais préparé aucun texte, j’ai tout dit spontanément. D’autres choses sont également intervenues, mais je tiens à les garder secrètes.     

Comment avez-vous célébré cette Victoire ?         

- Dans le silence. Dans la voiture, en quittant le Zénith, avec mon manager Bertrand LePage, nous n’avons échangé aucun mot. J’étais assise à serrer très fort entre mes mains cet objet très lourd. C’est ma manière de vivre les choses. Mon sens de la fête est le repli sur soi, sans occulter le bonheur. Chez moi, j’ai placé la Victoire dans mon salon, sur un haut-parleur. Comme beaucoup d’artistes, j’ai été étonnée. Je ne vois aucune inscription sur le trophée, pas même la catégorie. Tout juste ‘Victoires de la Musique 1988’. Je regrette cet anonymat.           

Et le lendemain ?                                                                                                                                                                         

- Je suis redescendue sur terre en me plongeant dans le travail, qui est surtout une préparation physique en vue du Palais des Sports, en mai 1989.                                                                                                                                                            

En quoi consiste cette préparation ?                                                                                                            

- Du sport. Pour l’instant, je le pratique à la dose minimale de quatre fois par semaine pendant environ quatre heures et demie. Ensuite, je m’entraînerai tous les jours. Par exemple, je commence le matin, à dix heures, par une séance de jogging. Le mot a été un peu galvaudé, mais disons qu’il s’agit de courir en ayant de belles foulées et en obtenant un rythme cardiaque en harmonie avec la course. Le résultat doit être de pouvoir courir une heure sans s’arrêter, sans fatigue, et en récupérant son souffle rapidement. C’est un travail de haute précision, dirigé par mon entraîneur, Hervé Lewis.

mylène et francesca1

Et ensuite ?                                                                                                                                                    

- Nous retournons à son appartement, où Rambo a installé une salle de sport. Un travail comparable à celui d’une danseuse. Après vient le moment du repas. Une bonne alimentation est indissociable d’un bon entraînement physique. Mes repas sont établis par un cuisinier diététicien, Emmanuel Engrand. Il m’a enseigné des menus variés et équilibrés -du poisson et des légumes-crudités- et surtout à manger lentement et à boire peu pendant les repas. Le plus dur a été d’arrêter la cigarette, même si je ne fumais pas vraiment.                                            

Cet entraînement vous a-t-il changée ?                                                                                                                                                                 

- Mon corps a changé. Pendant vingt-quatre ans, je n’ai pas fait de sport, hormis l’équitation et les cours de gym à l’école. Avant, j’avais l’impression qu’après trois ou quatre séances, je serais épuisée. Or, mon énergie est décuplée. Dès le début, mon entraîneur a fait en sorte que je ne souffre pas de courbatures. Quant à ma manière de travailler, elle a gagné en rigueur…                                                                                                                          

Parution sur TÉLÉ 7 JOURS du 10-déc-88                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                         

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RECIT DE L’ADOLESCENCE DE Mylène FARMER

Posté par francesca7 le 16 juillet 2016

 

‘Mon adolescence’, par Mylène Farmer  paru dans OK du 25-janv-1988                                                                                                                                        

« Nous sommes entrés, à mon avis, dans une ère de désintéressement.                                     

Notre époque a perdu son âme. »  

blog francesca                                          

Mon caractère : l’envie d’être à part.                                                                                

- Quelque part, j’étais peut-être un peu comme l’héroïne de ma dernière chanson : « Sans contrefaçon…je suis un garçon… ». Je n’étais pas un garçon manqué mais une fille manquée ! Depuis ma plus tendre enfance, je n’ai jamais aimé jouer à la poupée, à la dînette… J’ai toujours préférée la compagnie et les jeux des garçons. Certainement cela a dû influencer mon caractère… Jusqu’à l’âge de dix ans, j’ai vécu au Canada une enfance heureuse. J’étais très ouverte, bavarde… Et mon arrivée en France a été un véritable choc. J’ai eu du mal à m’intégrer à l’époque. Mais je n’ai pas souffert de cette période de transition qu’on appelle l’adolescence, disons que j’ai commencé à exister réellement il y a peu de temps, quand j’ai commencé à me réaliser dans le métier que j’ai choisi. Avant j’étais mal à l’aise. Sûrement un peu déracinée… En fait, je n’avais qu’une envie déjà : être à part, être la personne élue. Ce que je ne supportais pas, adolescente, c’est d’être perdue parmi 30.000 fourmis. Et c’est justement ce qu’on vous demande lorsqu’on est adolescent : ne pas être marginal, bien se noyer dans la masse. De cela oui, j’ai souffert !                                                                                                                          

Mes études : incolores et inodores.                                                          

- Je me souviens d’une chose étonnante : j’ai toujours refusé d’arriver en retard au cours. Hiver comme été, je me retrouvais seule à 7h30 devant la porte alors que nous ne commencions qu’à 8h… En revanche, je ne portais aucun intérêt quant à la suite de la journée. C’est un paradoxe bizarre que je n’ai jamais pu m’expliquer. Peut-être est-ce dû à mon signe zodiacal : Vierge ascendant Vierge, cause de conflit, de dualité ? En dehors de ça, j’ai vécu une scolarité que je qualifierai d’incolore, d’inodore. J’adorais le français, mais hélas, il m’a été enseigné par des profs qui le détestaient. J’aimais bien aussi le dessin, le théâtre et les sciences naturelles. Quant aux maths, j’étais archi nulle. En fait, mon esprit anti-cartésien ne pouvait pas s’accommoder de la logique mathématique.                                                                                                                                                                                                                         

Mes parents : je leur dis merci.                                                                                                       

- J’ai eu la chance d’avoir des parents intelligents, ouverts, généreux dans l’âme. Si je voulais leur parler, je pouvais le faire sans problème, mais mon caractère d’adolescente introvertie me poussait plutôt à me taire. En fait, à part notre ‘exode’ difficile pour moi au début, j’ai vécu dans un univers plutôt agréable, entouré de frères et de soeurs, comme la plupart des autres familles. En tout cas, je ne remercierai jamais assez mes parents d’avoir su régler parfaitement le problème de l’argent de poche. J’en avais un peu, mais pas trop. Dans des limites raisonnables qui font qu’on apprécie toujours les choses, qu’il vous reste les désirs. J’avoue que j’avais été choquée par les sommes exorbitantes que recevaient certains élèves.                                     

blog francesca1

Mon look : Maman n’avait pas tort.                                                                                                             

- Ma mère  a toujours adoré s’habiller et de ce fait elle m’a forcément influencée, je m’en inspirais plus ou moins, fatalement. Mais à 14-15 ans, le budget alors était limité en ce qui concerne les vêtements, aussi je recherchais avant tout à bien marier les couleurs plutôt que de trouver des formes originales. J’etais déjà définitivement pantalons et je me souviens en particulier d’une tenue bordeaux – j’ai craqué un moment pour cette couleur – pull et pantalons assortis que je trouvais du plus bel effet ! J’avais les cheveux très courts et je n’ai jamais eu les cheveux plus longs que ma coupe actuelle. Et jusqu’à « Maman à tort » ils étaient bruns. Ce n’est qu’à partir de « Libertine » qu’ils sont devenus roux.                                                                                   

Mes loisirs : l’équitation, déjà…                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                  

- La lecture, c’est venu assez tard. Non, vers 15 ans, j’étais surtout très dessin. Et puis déjà une passion pour les animaux et les zoos. J’avais essayé le piano, la danse classique (une seule séance, car à la fin la tête me tournait), puis j’ai tenté l’équitation et là mes parents ont dû se dire « Encore un de ses caprices ! ». Maman a vraiment eu tort car là, j’ai vraiment craqué. Au point de monter trois fois par semaine, de partir en stage l’été… Bien sûr, il y a eu aussi la musique. A la maison on était plutôt musique classique et côté variétés c’était Serge Reggiani, Gréco, Brel, Brassens, Barbara… Serge Reggiani, j’ai beaucoup aimé, je suis même allée le voir deux fois sur scène. Et puis, il y a eu Dutronc. Je n’ose pas dire mon idole, car j’ai horreur de ce mot, mais comme je n’en vois pas d’autres… J’avais tous ses albums, des petits joyaux, musiques et textes sublimes. Et quand il me restait un peu de temps, j’allais au cinéma. J’ai toujours été fascinée par le cinéma, par l’image. Et ses stars mythiques : Marilyn et James Dean, bien sûr mais aussi et surtout, Greta Garbo. Une comédienne, un personnage et un destin hors du commun…                                                                                                  

Mes premières amours : elles étaient impossibles et platoniques.                                                                         

- C’est venu vraiment très tard ! Adolescente, je n’étais pas du tout branchée boums par exemple. J’y suis bien allée deux, trois fois, pour voir, mais c’était pas mon truc. Malaise. Plutôt que des amours, j’ai eu des intimités intellectuelles avec des garçons, des relations platoniques, évidemment sans contact physique… Mais mes copines, elles, avaient plein de flirts et, bizarrement, j’en ai souffert. Quelque part, je jalousais leurs succès auprès des garçons. Encore un paradoxe de ma part. Mais j’avais trop d’appréhension pour franchir le pas… En fait, à l’époque je ‘fantasmais’ sur des amours impossibles avec tel ou tel comédien. Quelque part je devais trouver ça moins difficile qu’une idylle ‘en chair et en os’…                                                                         

En conclusion.                                                                                                                                                                                                                                                

- Nous sommes entrés, à mon avis, dans une ère de désintéressement. On se dit que la vie est difficile d’entrée de jeu – et c’est vrai qu’elle l’est, difficile – car d’entrée de jeu aussi, il y a le chômage. Notre époque a perdu son âme. Nous avons une crise bien plus grave que les problèmes boursiers. La vraie crise, elle est mentale, c’est dans nos têtes qu’elle se passe. Cela dit, je reste optimiste car en période de crise, il se passe toujours des choses qui font avancer le monde, un renouveau, un regain de création, d’énergies…                   

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Le TOUR 96 de MYLENE FARMER en Belgique, on en parle

Posté par francesca7 le 9 juillet 2016

                                                                                                                    

BEL RTL (Belgique)     07-déc-96                                                                                                                                                                                                                                                           

A l’occasion du deuxième passage du Tour 96 en Belgique le soir même, la station belge consacre une heure à Mylène Farmer faite d’extraits lives et de bribes d’une interview donnée par la chanteuse lors de la première représentation belge, en juin précédent.                              

Le programme commence par une longue sélection d’extraits lives tirés des deux Bercy du 31.05.1996 et du 01.06.1996. Nous sommes six mois avant la sortie de l’album live et le mixage de ce qui nous est donné à entendre lors de ces extraits est parfois différent du résultat final. Ces extraits sont suivis de « A Quoi je Sers… » live 1989.          

                                                        CHEZ FRANCESCA

A propos de son implication dans la conception du spectacle :                                                                                                       

- Totalement impliquée dans tous les postes. Ca, j’ai tenu réellement sur cette tournée à non pas contrôler, parce que c’est pas un très joli mot, mais en tout cas être absolument dans tous les départements, à savoir les images, par exemple, le choix de l’équipe qui s’occupe de ces images sur l’écran, aussi bien, bien évidemment, le casting des danseurs – le casting des musiciens, je l’ai laissé à Laurent Boutonnat parce que j’avais d’autres choses à faire, de toute façon ! Ma foi, toute la conception artistique j’y suis vraiment impliquée. Je me suis prise très, très tard quant à me décider de monter sur scène : je crois qu’on a travaillé près de deux mois, mais très intensivement ! Je vise pas la perfection, mais essayer de donner le maximum de plaisir, aussi bien visuel qu’émotionnel, chorégraphique : c’est comme ça que moi j’envisage les shows. Maintenant, je suis capable d’apprécier un show beaucoup plus ‘simple’, plus modeste dans sa structure mais quant à moi, c’est ce que j’aime. Si le public continue de venir, c’est qu’il trouve quelque chose ou bien dans les textes, ou bien dans la musique et qu’il y a forcément une communication.                                                                                                                       

Diffusion de « Tristana » live 1989                                                                                                                                             

A propos de ses voyages qui ont nourri l’album « Anamorphosée » :                            

- Pour parler de moi, c’est toujours un exercice qui est difficile pour moi et je me méfie de la justification en général. La justification est un exercice difficile, parfois vain et puis, ma foi, on change -parfois naturellement, parfois avec des rencontres- donc j’ai eu, moi, dans ma vie cette chance que de pouvoir avoir d’abord le temps, prendre le temps, ce qui n’est pas donné à tout le monde, ça c’est un privilège. Et puis, de retrouver le sourire c’est plutôt agréable ! (sourire) Je suis allée à Bali, pour répondre à votre question, qui est un pays magnifique. Maintenant, les Etats-Unis, c’est parce que j’avais envie d’une ville – même si celle-ci est étrange -, j’avais envie de retrouver certaines personnes que j’avais rencontrées là-bas et parce que j’avais en tête d’enregistrer l’album et que ou New York ou Los Angeles vous offrent des studios et des musiciens qui sont très performants. Los Angeles n’est peut-être pas la ville de quiétude – on peut en trouver. Je lui préfère New York de beaucoup : New York, parce qu’il y a un vrai métissage, parce qu’il y a une culture qui est bouillonnante là-bas, parce qu’il y a une vraie vie. Los Angeles est beaucoup plus difficile, beaucoup plus sourd mais j’aimais bien aussi l’aspect vaste étendue, pour ça c’était agréable.                                                                                                                                                           

Diffusion de « Je voudrais tant que tu comprennes » live 1989                                  

CHEZ FRANCESCA1A propos de son entraînement physique pour le spectacle :                             

- J’ai fait appel à un entraîneur, avec qui j’avais travaillé sur la scène précédente (Hervé Lewis, nda). C’est quelqu’un d’abord de sérieux, de très généreux. Quant à l’exercice lui-même, c’est beaucoup d’endurance, de course à pied et puis un peu de musculation. La nourriture, on est obligé d’être sérieux, là aussi donc c’est oublier le Coca Cola et prendre beaucoup de sucres lents ! (rires)            

A propos de son look du moment :                                                   

- J’aime les habits, j’aime les créateurs, j’aime les maquilleurs, les coiffeurs. J’ai eu la chance de rencontrer, là, depuis en fait le début de l’album, une personne avec qui je travaille maintenant tout le temps (Pierre Vinuesa, nda) et qui a créée cette coiffure. C’est autant de choses que je trouve importantes pour un artiste, donc voilà, j’aime m’habiller ! Là, pour le spectacle, j’ai fait appel à Paco Rabanne.               

Diffusion de « Libertine » live 1989 puis de « Allan », live 1989                                                                                                                                                 

Pour conclure l’émission, l’animateur commet deux belles ‘perles’ : il présume tout d’abord que Mylène Farmer présentera une troisième fois son Tour 96 à Bruxelles en 1997 puis il affirme que Laurent Boutonnat a décidé que la tournée ne serait pas immortalisée sous forme d’album live !        

CHEZ FRANCESCA2 

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Mylène Farmer : atouts de stars

Posté par francesca7 le 29 juin 2016

 

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LA CHARENTE LIBRE   du 25-mai-87                                                                                                                                 

Entretien avec Gérard LASNIER                                                                                                                                             

« Libertine », « Tristana » : vous collectionnez les succès, mais on ne connaît de vous qu’une image. Qu’est-ce qui vous a amené à la chanson ?                                                                                                      

- Depuis mon plus jeune âge, la musique est importante dans ma vie, mais je me destinais à une carrière de comédienne de théâtre et de cinéma. Or, le hasard qui fait bien les choses m’a mise en présence d’un jeune auteur, Laurent Boutonnat, qui partageait absolument les mêmes préoccupations que moi. Forts de notre entente, la chanson s’est imposée naturellement, comme une opportunité à saisir. Rien ne dit que d’ici quelques années je ne me tournerai pas vers le cinéma, mais actuellement ma carrière de chanteuse prime. Il n’est pas possible de se disperser, ni de faire les choses en dilettante !             

Comment s’effectue votre collaboration ?                                                                                      

- Dans la mesure où Laurent et moi les mêmes centres d’intérêts dans la vie, les thèmes des chansons et l’écriture elle-même ne sont pas l’apanage de l’un ou de l’autre. Laurent compose seul les musiques mais nous discutons ensemble des textes : nous échangeons des idées, des mots. C’est réellement une collaboration à deux, et lorsqu’une chanson est réussie c’est grâce à cette parfaite alchimie !                                                                                                                                                             

Certains vous reprochent d’interpréter des textes ‘osés’…     

- Je n’ai jamais envie de choquer gratuitement ! Avant « Libertine » et dans les années à venir, il est clair que des personnes se sont senties et se sentiront choquées par des textes, des images. Les mentalités n’ont pas vraiment évolué, il existera toujours des tabous, chacun ayant d’ailleurs les siens ! Je n’ai pas à me situer par rapport à cet état de fait, je continuerai de toute façon à faire ce qui m’intéresse.                          

Vous soignez la chorégraphie, les costumes…                                                    

- Parce que c’est indispensable et que je ressens du plaisir à porter de beaux vêtements. Je ne me vois pas interpréter une chanson plantée derrière un micro. Je trouve que la danse, la manière de se vêtir, apportent un plus nécessaire. Le spectacle, du moins celui qui m’attire, doit faire rêver les gens.                            

Vous utilisez également beaucoup la vidéo, et ce depuis votre premier titre. Le clip est-il une nécessité commerciale aujourd’hui ?                                                              

- Mis à part l’ ‘outil promotionnel’ évident, l’image apporte une part de rêve supplémentaire, complémentaire des mots. Ce qui me gêne, en revanche, c’est la vulgarité, la médiocrité de nombreuses vidéos ! Laurent et moi écrivons les scénarios de ces clips, en mettant la chanson au service de l’image, en créant des situations nouvelles qui vont éventuellement parvenir à apporter une magie. Trop souvent, les clips se contentent d’être des explications de texte, comme si le public n’était pas capable de comprendre directement la chanson. Pour ma part, je préfère le détournement du texte, qui seul engendre des émotions.                                                                                                                   

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La scène ne vous attire pas ?                                                                                     

- Bien sûr que si, mais un spectacle ne s’improvise pas ! Je ne me sens pas prête pour le moment à l’affronter, il est nécessaire de s’y consacrer entièrement afin de présenter au public un travail abouti. Actuellement, je préfère présenter des vidéos et assurer de bonnes prestations à la TV ! Sans oublier que je dispose d’un répertoire limité : je n’ai qu’un seul album derrière moi. Une carrière cela se construit pierre par pierre, surtout dans l’état actuel du marché. La seconde pierre, mon second album sera pressé en octobre prochain. Ecrire des chansons cela prend du temps. Le droit à l’erreur n’existe pas pour un artiste et l’amateurisme ne paie pas!

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MYLENE FARMER dans TÉLÉ 7 JOURS 1994

Posté par francesca7 le 15 juin 2016

                                                                                                                                                                                                        

Depuis deux ans, vous avez disparu. On disait ‘Mylène fait son film’ : le film, c’est « Giorgino », film romantique en pleine guerre de 14-18 où vous jouez le rôle d’une jeune fille un peu autiste, élevée au milieu d’orphelins rejetés du monde. Ce film était-il si important pour que vous lui sacrifiez deux grandes années de votre carrière ?                                                                                                              

- Le cinéma était devenu essentiel pour moi. On m’a même entendue dire « Si je ne fais pas de cinéma, j’en mourrai ». C’était sans doute un peu exagéré, mais cela traduisait ce que je ressentais à ce moment-là. La nécessité de sortir de moi-même, de me regarder vivre à travers un autre personnage…                                             

francescamylène                                                                  

Par lassitude d’être devenue un personnage dont on attendait trop ?                                           

- D’être un personnage qui ne parvenait toujours pas à s’aimer, malgré tout l’amour que j’ai reçu du public. Cette envie de cinéma, c’était très ancien : à seize ans, quand j’ai admis que l’équitation -que je pratiquais avec passion- ne serait pas mon métier, j’ai voulu me lancer dans le théâtre, par un besoin de sortir du lot peut-être, plus sûrement par envie de me regarder dans le regard des autres.                                                                                                                                     

La chanson est venue un peu par hasard…                                                                                           

- Quand j’ai rencontré Laurent Boutonnat, il avait écrit avec un ami « Maman a Tort ». Il m’a proposé de chanter cette chanson, j’ai accepté comme un rôle d’actrice. C’est plus tard que je me suis aperçue que j’aimais écrire et m’exprimer par des chansons. Tout s’est enchaîné. Le désir de jouer, lui, était toujours là.                                                                    

Auriez-vous accepté de débuter au cinéma dirigée par un autre que Laurent Boutonnat ?       

- Cela a failli ! Hélas, pour des raisons de date, je n’ai pas pu accepter. Ensuite, le film de Laurent a été tellement long à monter… Finalement, cela me rassurait un peu de tourner mon premier film sous la direction de Laurent. J’avais confiance en son talent, en son amitié. Je savais qu’il ne laisserait rien passer, qu’il ne me permettrait pas de l’à peu près.

Avec quelqu’un que l’on aime beaucoup, on peut avoir peur de blesser par des réticences, on peut craindre de décevoir…                                                                                                                                                                                                          

- D’autant plus qu’avec Laurent, nous nous connaissons si bien qu’il n’est pas nécessaire de nous dire les choses clairement pour savoir ce qu’en pense l’autre. Ce tournage a été terriblement pénible…                                                

En raison des conditions de tournage ? Cinq mois en ex-Tchécoslovaquie, dont une bonne partie l’hiver dans les montagnes de Slovaquie…                                                                                             

- C’était assez rude. Courir des après-midi entiers par moins vingt degrés dans la neige ou sur la glace avec des petites robes serrées… Mais ça n’est pas le côté physique du tournage qui a été le plus dur : le plus pénible, ce sont ces sentiments de doute, de solitude que j’ai éprouvés. Parce qu’il avait à porter sur ses seules épaules toute la responsabilité du tournage, Laurent se protégeait du dialogue. Il me donnait des indications pour la scène et me laissait seule avec mes angoisses, exigeant beaucoup plus de moi que des autres. A certains moments, ma tension était telle que j’ai violement explosé, ce qui m’arrive rarement quand je travaille ! 

                                                                    francescamylène1                                            

Quelles ont été les scènes les plus difficiles ?                                                                                           

- Celle où mon partenaire s’efforce de me ranimer, celle où je me pends. Jouer des scènes où l’on mime sa mort est très éprouvant. Ce sont les seules scènes que j’ai demandé à voir sur la petite télévision de contrôle où le réalisateur regarde la scène qu’il vient de tourner.                                                                                                                                                  

Vous refusiez de regarder au fur et à mesure ?                                                                                    

- Après les scènes, je n’avais plus qu’une envie : aller me cacher ! Quand on sort de soi ce que l’on ne s’autorise pas à laisser voir dans la vie de tous les jours, il faut un moment pour se reprendre, pour ne pas imposer aux autres une fois le mot « Coupez » prononcé l’indécences de ses pulsions secrètes. C’est très fatigant aussi, cette extériorisation de soi, très violent…

Catherine, votre personnage, est à moitié autiste. Comment vous êtes-vous préparée pour ce personnage ?                                                                                                                                                                                                                

- J’ai demandé à un ami psychiatre l’autorisation d’assister à des consultations de malades mentaux pour saisir, par exemple, leur façon de se mouvoir : ces mains qui s’agitent pendant que le regard vous traverse sans vous voir…                                                                                                                                                                                                             

C’est un monde que vous découvriez ?                                                                                                    

- Celui de la maladie mentale, oui. En revanche, les hôpitaux d’enfants, je connaissais. Quand j’avais onze, douze ans, dans le cadre du catéchisme, je me suis rendue avec ma classe au chevet d’enfants lourdement handicapés. J’y suis ensuite retournée assez longtemps.                                                                                                                                                                           

C’est une expérience qui vous a marquée…                                                                                     

- C’est à cette expérience que je dois mon impossibilité à jamais de me sentir complètement heureuse. Le sort de ces enfants condamnés a fait naître en moi une colère dont je ne me débarrasserai, je crois, jamais. Il m’a rendue irrémédiablement pessimiste.                                                                                                                                                                                    

Vous avez en tournant ce film réalisé un de vos plus chers désirs et ça ne s’arrange pas !       

- J’ai honte de le dire, mais j’ai l’impression que plus j’avance, plus j’ai peur. C’est comme une spirale qui m’aspire…

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Vous avez pourtant des projets…                      

- J’ai très envie de travailler de nouveau sur un album. J’en ressens impérieusement la nécessité. Je sais qu’au début de l’an prochain, je me retrouverai en studio et je piaffe d’impatience ! Comme toujours : plus l’échéance approche, plus j’ai de doutes sur la validité de mon désir de rechanter…                                                                                                              

Et la scène ?                                                                                           

- On ne peut pas chanter sans penser à la scène. Un moment, j’ai songé que je n’y remonterais plus jamais. Le plaisir avait été si violent que je ne voyais pas comment je pourrais renouveler ce plaisir une autre fois. Le désir m’en est revenu. Là encore, je me dis « Ce sera la dernière fois » – c’est du moins ce que je pense aujourd’hui, je ne suis sûre de rien. J’ai du mal à me projeter dans le futur.                                                                                    

Le cinéma, vous y goûterez de nouveau ?                                                                                    

- Je l’espère, car ce dont je suis certaine c’est que je l’aime définitivement !                                                                

En dépit de la souffrance ?                                                                                                         

- Avant de jouer, c’est l’horreur, et en même temps c’est une jouissance que de surmonter l’insurmontable. La peur est mon moteur. Je vis très mal les moments comme celui-ci où je ne fais rien.                                                                       

Comment vivez-vous votre oisiveté ?                                                              

- Je ne la vis pas, je la subis. Je n’en peux plus d’attendre ! Pendant le montage du film, l’attente m’était devenue si insupportable que j’ai fui. Je ne trouve le repos qu’en voyage. Je suis allée passer un mois à Bali. Je rêve de Bornéo, de Madagascar. Sous des cieux très différents, au milieu de gens, au contact de cultures à l’opposé de la mienne je m’oublie un peu, je vis moins mal.                                                                                                                                                                

Qu’attendez-vous de la sortie de ce film ?                                                                                                  

- Je n’attends rien. J’aimerais que les gens l’aiment, parce que je trouve que c’est un beau film, mais pour moi je n’attends rien de précis. Simplement, je suis heureuse de ce film. Vous avez remarqué le mot ?! « Heureuse », j’ai dit « heureuse » ! Ce n’est pas exactement le mot, mais vous pouvez l’écrire…

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Questions / Réponses aux débuts de MYLENE FARMER

  

A propos de son singe, E.T :                                                                             

- Je l’ai trouvé que les quais. Il est extraordinaire et nous communiquons très bien ensemble.                                   

Aime-t-il la musique ?                                                                                                                                                

- Oui, beaucoup mais il est très triste quand je pars, ce qui m’arrive de plus en plus avec des télés, les galas, la tournée d’été avec le podium d’Europe 1.                                                                                                 

                                                                                                                                                                                                                  

Il semble que vous réalisiez aujourd’hui vos rêves d’enfant ?                                                                 

- Oui, j’ai toujours aimé chanter. A 10 ans j’ai remporté un premier prix de chant, mais je ne pensais pas alors faire ce métier. Je suis surtout venue en France pour faire du théâtre, mais c’est la mode qui m’a tout de suite accaparée, puisque je suis devenue mannequin. En 1983, au cours d’un casting, j’ai rencontré Laurent Boutonnat qui m’a proposé une chanson, « Maman a tort ». Le côté innocent-pervers de cette chanson a plu au public et depuis, je compose avec Laurent, devenu aussi mon producteur.                                                                                                                                                                                 

francescamylène4A propos des thèmes de ses chansons :                                                                        

- Le piquant de la vie pour moi, est de provoquer, quitte à être censurée, ce qui arriva avec mon premier disque « Maman a tort ». Subversive, je le fus encore avec « On est tous des Imbéciles ». Maintenant je ne veux « Plus grandir », titre d’une de mes nouvelles chansons. Je n’ai jamais quitté mon adolescence et je ne compte pas l’abandonner. La vieillesse me traumatise. Cette fois, je crois que le sujet touche tout le monde. Quant à « Libertine », c’est la chanson choisie par les radios. Mais je ne cherche pas à faire des tubes. On me dit souvent qu’il est difficile de durer dans ce métier, moi je mise sur une carrière et je préfère y croire, je mise sur la continuité.                                                                                       

A propos du clip de « Libertine » :                                                                           

- Dans le gigantesque salon XVII siècle, nous avons retrouvé l’ambiance de cette époque décadente. Avec des perruques et des grimages outranciers, nous avons donné le look libertin aux personnages de notre histoire qui se veut un véritable petit film avec une héroïne –moi, en l’occurrence), des duellistes, une rivale vengeresse, un marquis, des débauchés, une horde de paysans mercenaires. Laurent s’est beaucoup amusé à écrire ce scénario mêlant romantisme et érotisme.                                                                                                                                                                                                                  

                                                                        Entretien avec Martine BOURRILLON 08-oct-94      

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Mylène a amélioré la chanson de Sting

Posté par francesca7 le 11 juin 2016

 

 

 

 chez francesca

 

 

Après 3 ans d’absence, c’est un véritable événement. Mylène Farmer a dévoilé son dixième album studio, Interstellaires.

Et si onze nouvelles chansons sont à découvrir dans ce dernier opus dévoilé, le duo avec Sting séduit déjà très largement. La collaboration de ces 2 monstres de la chanson sur la reprise de Stolen Car, a enflammé les fans.

Au micro de RTL les deux artistes ont affiché leur complicité.

« J’ai toujours aimé la musique de Sting, j’ai toujours aimé l’artiste, ses composition, sa plume qui est très belle et poétique. Il a un talent inouï et c’est quelqu’un que je respecte énormément », a déclaré Mylène FARMER.

De son côté, le chanteur britannique a loué l’entente professionnelle :

« On s’entend ben professionnellement et on vit beaucoup ensemble, on s’aime bien ». Des points communs ventés par les deux principaux intéressés.

« Pour travailler avec quelqu’un, vous devez avoir quelque point communs. Il faut qu’il vous inspire, c’est un échange, on donne, on reçoit et au final on se surpasse.

Mylène a vraiment amélioré ma chanson », a lancé Sting après la sortie d’Interstellaire.

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ENTRE STING et MYLENE FARMER

Posté par francesca7 le 30 mai 2016

 

 

Les coulisses d’une rencontre

 

C’est à Londres, « quelques années plus tôt », que Mylène Farmer a rencontré la première fois Sting en assistant à l’un de ses concerts dans une église. « J’ai trouvé ça très impressionnant, très beau et poétique. L’année suivante, je me suis envolée pour New York car je voulais vraiment voir sa pièce que j’ai trouvée très sombre et touchante. Les chansons étaient magnifiques, l’interprétation incroyable – j’en suis tombée amoureuse. Je lui ai demandé s’il voulait faire quelque chose avec moi et il a dit oui. »

 STING ET MYLENE

Séduit par Mylène Farmer, Sting ne tarit pas d’éloges, tout au long de l’interview, sur celle qui a marqué le monde de la musique avec des titres tels que XXL ou encore Désenchantée. « J’attendais la bonne femme pour chanter ce titre, et Mylène était une candidate parfaite (…) Je pense que nous avons produit quelque chose bien meilleur que ce que j’ai pu faire tout seul ou aurait pu faire tout seul. Il y a une nouvelle dimension qui est merveilleuse. (…) Elle remplit ces stades géants encore et encore et encore. Elle est énorme et à juste titre. C’est une personne charmante et c’est le plus important. »

 

L’animateur vedette de Bel RTL, Serge Jonckers, a rencontré en exclusivité Mylène Farmer. La chanteuse aux onze millions de disques vendus vient de sortir son dixième album. Le temps d’une chanson, elle forme un duo avec Sting. Serge Jonckers a rencontré les deux artistes à Paris.

Amants dans le clip de « Stolen car » et complices en studio, Mylène Farmer et Sting semblent s’être trouvés. La chanteuse française a mis sa touche personnelle dans ce morceau chanté par Sting en 2003. Elle en a fait le titre phare de son nouvel album. « Ce qui manquait à ma version, c’était un ingrédient magique… qui était ‘ma femme« , confie l’artiste britannique. « J’ai toujours pensé que cette chanson serait un beau duo, entre une belle femme et moi. Mais j’attendais la bonne personne« , ajoute Sting. « C’est une rencontre assez magique pour moi. C’est quelqu’un qui m’apprend beaucoup de choses, c’est quelqu’un de très généreux, il a une folie que j’adore. Autant de qualificatifs qui font que c’est un homme assez exceptionnel« , explique de son côté Mylène Farmer, visiblement touchée par l’ancien chanteur de The Police.

STING
« J’ai besoin de temps pour retourner sur scène »

Le nouvel album de Mylène Farmer s’intitule « Interstellaires ». La tête dans les étoiles, la star française veut plonger dans les mystères de l’espace. Avec le producteur de Sting et de Lady Gaga, elle signe un album plus rock, mais en parfait accord avec son style.

La tournée, par contre, risque bien de se faire attendre. « Pour l’instant non. J’ai voulu me donner un petit peu de temps avant de retourner sur scène, pour essayer justement de recréer et de réinviter« , confie Mylène Farmer. « J’ai besoin de ce temps-là pour retourner« , ajoute la chanteuse de 54 ans.

Retrouvez l’entièreté de cet entretien exclusif sur Bel RTL ce vendredi dès 8H40 et ce samedi à 18H30.

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L’écriture de Mylène Farmer

Posté par francesca7 le 30 mai 2016

 

Comment écrit-elle?

Mylène Farmer a évoqué au cours d’interviews sa façon d’écrire. Elle n’a pas besoin de conditions précises, sinon d’être seule, isolée dans une chambre et accompagnée d’un dictionnaire. Elle travaille toujours avec un petit magnétophone où figure une version de départ de la musique.

 

Les néologismes Farmer

Pour y voir plus clair, j’ai dressé la liste (non exhaustive) de ces néologismes (d’inégale légitimité).

Rappel: Le néologisme est un mot inventé par l’auteur pour décrire une chose ou un concept pour lesquels il ne trouve pas d’équivalent dans sa langue.
Enjeu: Force est de constater que Mylène affectionne beaucoup les néologismes, mais ils sont pour ainsi dire inexistants avant 1995

Débat:Anamorphosée, date charnière dans la carrière de Mylène, eu égard à l’échec de Giorgino, constitue-t-il une libération poétique pour Mylène Farmer ?


Néologismes:

Corps-circuits
E.cu
Eaunanisme
Electro-aimant
Hallu
Immiscer (le verbe immiscer n’existe pas, seul « s’immiscer » existe)
Optimistiquer
Quant-à-moi (Jeu de mot entre « quant à moi » et le « quant-à-soi ». Mylène crée un mot composé inexistant.)
Ricule
S’acider
(S’)anamorphoser
S’exanguer
S’exquiser
S’insolencer
S’invincibler
Se métaphysiquer
Se monacaler
Se statiquer
Surex…
(s)’ex…
Vertiger
Zoprack (Pour Prozac)

ecriture de mylène

Clin d’oeil lexical

Voici un petit clin d’oeil de Mylène à Nous souviendrons-nous de nous dont je ne me lasse pas, et qui n’est pas passé inaperçu:

To lives that stoop to notice mine, I know I will say goodbye (Les mots, 2001)

est l’exacte traduction de:

Aux vies qui s’abaissent à voir la mienne, je sais qu’il me faudra prendre congé d’elles. (Nous souviendrons-nous de nous, 1991)

Elle aime le chiasme

On ne fera pas une liste des figures de style employées par Mylène dans ses chansons. Pourtant, force est de constater que Mylène n’aime pas que la métaphore. Elle aime aussi le chiasme, cette figure de style rigoureuse à souhait, qui consiste à inverser deux expressions. Soyons rigoureux. Voici la définition donnée par l’excellent site Lettres.net : « Dans un chiasme, contrairement au parallélisme de construction les éléments de groupes parallèles sont inversés. Autrement dit, dans le chiasme, des termes (identiques, qui s’opposent ou qui peuvent être mis en relation) sont disposés en sens inverse dans deux segments de phrase.  L’exemple le plus célèbre nous vient de L’Avare de Molière. « Il faut manger pour vivre et non pas vivre pour manger » (A/B/B/A) .

Qu’en est-il chez Farmer? On trouve des chiasmes irréguliers dans Innamoramento « Tout se dilate et cède à tout », qui est un chiasme de mots et un chiasme grammatical emboîté. (Adverbe, puis verbe, verbe, adverbe). ou Redonne-moi « Débris de rêves, le verre se fêle » (Nom évoquant une destruction externe, substantif rêves, substantif rêves aux syllabes inversées, puis verbe de destruction interne). Les chiasmes réguliers ne manquent pas, à l’image du refrain d’Alizée, pour le titre J’en ai marre: « ceux qui se fixent sur l’idée d’une idée fixe » (A/B/B/A) Il y en a beaucoup d’autres. Les mentionner tous n’est pas le plus important. En revanche, la présence de cette figure de la rigueur, qu’elle contourne par ailleurs, qu’elle assaisonne pourrait-on dire, et l’indice, pour qui en doutait encore, d’une écriture maîtrisée et travaillée à l’extrême.

 

SOURCE http://parcequecestelle.pagesperso-orange.fr/rubriques.htm

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Jeff Dahlgren partenaire de film de Mylène

Posté par francesca7 le 7 mai 2016

 

Il est le partenaire de Mylène dans le film Giorgino. C’est sur le tournage du film que Mylène s’est beaucoup rapprochée de Jeff Dahlgren. Suite à l’échec du film en 1994, Mylène est partie vivre un an à Los Angeles (Etats-Unis) avec Jeff. Notons que le refrain de California (« C’est sexy le ciel de Californie… ») fait référence à des souvenirs visiblement torrides de Mylène avec le bel Américain. Après cette parenthèse californienne, Jeff a été guitariste sur les albums et tournées de Mylène entre 1995 et 2000. Mylène et lui se sont séparés en 1999.

 Blog de Francesca

Le 5 octobre 1994, la France découvre pour la première fois le visage et le jeu d’acteur de Jeff Dahlgren à l’occasion de la sortie sur grand écran du film de Laurent Boutonnat, « Giorgino ». Alors âgé de 29 ans, il y incarne le personnage de Giorgio Volli, un médecin de retour du front en 1918 qui part à la recherche des enfants orphelins dont il s’occupait avant la guerre. L’acteur et musicien revient longuement sur son expérience avec Mylène Farmer et Laurent Boutonnat. Il nous raconte sa rencontre avec le duo, le casting, le froid, les petits incidents qui ont ponctué le tournage mais aussi sa vision du film, vingt ans après sa sortie. Des souvenirs visiblement impérissables…

Quels souvenirs avez-vous de votre première rencontre avec Mylène Farmer et Laurent Boutonnat ?
J’ai été présenté à Mylène à Los Angeles, par une amie commune. A l’époque, elle travaillait sur « Que mon cœur lâche ». Nous avons longuement parlé de musique, de cinéma et de « Giorgino ». Etant donné que j’ai toujours une guitare avec moi, ça a collé immédiatement entre nous, et une longue amitié est née. Alors que j’étais à Los Angeles avec Mylène, j’ai rencontré Laurent, et nous avons, là encore, eu de longues conversations tous les trois. Nous parlions de musique et de cinéma. Nous sommes devenus proches en très peu de temps. Mes souvenirs de ces rencontres sont ceux de deux nouvelles amitiés.

Vous êtes connu comme musicien. Qu’est-ce qui vous a poussé à passer une audition pour un film ?
J’avais étudié le cinéma pendant plusieurs années et tourné dans beaucoup de publicités. J’ai aussi fait de petites apparitions télévisées. La motivation, pour moi, a toujours été présente. Lorsque Laurent m’a demandé si j’étais intéressé pour passer l’audition pour « Giorgino », j’ai immédiatement répondu « Oui ».

Où a-t-elle eu lieu ?
C’était à l’hôtel Château Marmont, à Hollywood.

Et comment s’est-elle déroulée ?
Bien ! Il n’y avait que Laurent et moi. Il n’y avait pas d’équipe en charge du casting. C’est Laurent qui a fait son choix tout seul. Ça a duré environ une heure. A la base, il m’avait donné un monologue extrait de « Giorgino » à lire pour l’audition. Mais lorsque je suis arrivé, nous nous sommes assis et avons commencé à parler. Au final, je n’ai jamais eu à lire le monologue en question ! Lorsque Laurent a allumé la caméra, j’ai simplement parlé de moi.

Avez-vous dû repasser l’audition par la suite ?
Non. Le soir même, j’ai reçu un appel téléphonique de Laurent qui m’informait que j’avais été retenu pour le rôle de Giorgio.

Est-ce que Laurent recherchait quelque chose de particulier pour le personnage de Giorgio Volli ?
Pas nécessairement. Je ne crois pas qu’il recherchait quelqu’un en particulier. Il cherchait plutôt une qualité, celle d’une innocence d’enfant pour le rôle de Giorgio ; et pour mon bonheur, il s’est avéré que j’avais cette qualité.

Savez-vous si Hugh Grant a été casté pour le personnage de Giorgio Volli ?
Il a été fait mention de Hugh Grant mais aussi de Rutger Hauer.

Venons-en au tournage. Combien de temps a-t-il duré en tout, scènes extérieurs et studio comprises ?
Environ quatre mois et demi.

Avez-vous souffert des conditions climatiques lors des scènes extérieurs ?
Absolument ! A certains moments, les conditions météo étaient vraiment beaucoup trop dures pour nous permettre de travailler. Parfois, il faisait tellement froid qu’il m’était difficile de bouger les lèvres. Donc oui, il y a eu un peu de souffrance, mais globalement, c’était plutôt agréable.

Les scènes studio ont-elles été filmées en une seule fois ?
Oui, nous avons tourné toutes les scènes studio en même temps, et avant celles en extérieur. Elles ont été filmées au studio Barrandov en République Tchèque (ex Tchécoslovaquie, ndlr).

Répétiez-vous certaines scènes avec Mylène Farmer avant de les filmer ? Quelqu’un vous guidait-il lors des répétitions ?
Oui, bien sûr, Mylène et moi répétions ensemble. Laurent, quant à lui, nous guidait et décidait de l’emplacement de chacun des acteurs, et nous en discutions en détail tous les trois.

Y a-t-il eu des scènes plus difficiles que d’autres à tourner ?
Oui, le sauvetage de Catherine à Sainte-Lucie. Cette scène a été la plus difficile. La mise ne place des personnages a été plus approfondie et le tournage de la scène très technique. Il s’avérait difficile de réaliser des gros plans durant le tournage à cause des mouvements rapides. Laurent a alors décidé de nous attacher avec une corde, Mylène et moi, afin que la distance focale reste toujours la même. Dans cette scène, j’utilise un revolver et j’ai Catherine dans les bras, tous les gros plans de cette ont été tournés de cette façon. C’est intéressant de filmer une scène très attendue et énergique avec une caméra située à 60 centimètres du visage.

Il semble que l’atmosphère durant le tournage était tendue. Qu’avez-vous ressenti ?
L’atmosphère était tendue lorsque les scènes que nous tournions étaient intenses, ça fait partie du job. Ça n’était pas comme ça tout le temps ! Ce dont je me souviens le plus, c’est que c’était détendu et professionnel. Nous nous sommes beaucoup amusés.

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Et comment était la relation entre Mylène et Laurent ?
Entre Mylène et Laurent, la relation était bonne et amicale.

Vous souvenez-vous d’anecdotes ou de moments particulièrement marquants durant cette période de tournage ?
Oui, j’en ai même plusieurs ! Tout d’abord, j’étais toujours à l’heure sur le tournage ! (Rires)
Lorsque j’attendais entre deux scènes, je sortais Moreno, mon cheval préféré, et je partais me promener avec lui à travers les collines. Une fois, alors que Jean-Pierre Aumont m’aidait à tirer Moreno pour l’amener à la calèche, il s’est cabré et, en retombant, m’a cassé un orteil ! (Rires) Et puis, les weekends, j’empruntais la voiture de quelqu’un de l’équipe à son insu et je partais aussi loin que je le pouvais, parfois même jusqu’en Pologne !

Je me souviens aussi de mon hôtel, à Prague, qui a dû être évacué à trois reprises à cause d’alertes à la bombe. La troisième fois, j’ai mis vingt minutes pour descendre. J’étais habillé bien chaudement car je savais que j’allais attendre plusieurs heures dans le froid. Mais après vingt minutes d’attente, le rez-de-chaussée de l’hôtel a finalement explosé !

Mais la meilleure anecdote est la fois où j’ai eu le hoquet pendant un jour et demi. J’étais donc dans l’incapacité de tourner une scène, mais la production en a profité pour tourner d’autres scènes avec d’autres acteurs. J’avais depuis peu fait la connaissance de Louise Fletcher. Ce jour-là, nous nous sommes croisés dans le hall de l’hôtel. Elle m’a dit qu’elle savait que j’avais un problème, ce à quoi j’ai réussi à répondre « Oui ». Nous nous sommes assis au bar et elle a demandé au barman une tranche de citron, un petit sachet de sucre et de la sauce Worcestershire (sauce anglaise à la saveur aigre-douce, ndlr). Elle a mélangé cette mixture et m’a dit de l’avaler. Tout de suite après, le hoquet avait disparu, et je reprenais le tournage !

Dans quel était d’esprit étiez-vous avant la sortie du film ?
J’étais dans un très bon était d’esprit. Mylène et moi travaillions sur l’album « Anamorphosée » à cette époque-là. C’est à ce moment que la chanson « Tomber 7 fois… » a été initialement composée. C’était moi l’interprète de cette chanson à la base, mais Mylène l’a tellement aimée qu’elle m’a demandé si elle pouvait l’enregistrer pour l’album.

Avez-vous été impliqué dans le montage du film ?
Il arrivait parfois que je donne des conseils par rapport à la sélection des scènes dans lesquelles j’apparaissais. J’étais également souvent avec Laurent quant il composait la bande originale et, là encore, je donnais mon opinion. En dehors de ça, je n’ai pas eu de rôle dans la postproduction.

Avez-vous été déçu que la sortie soit repoussée de plusieurs mois ?
Non pas du tout ! Il m’est difficile de me rappeler les raisons exactes, mais si nous avions sorti le film en temps et en heure, nous aurions eu comme concurrent le film « True Lies ». Pour la petite histoire, le film en sorti en même temps que « Forrest Gump » qui, à l’époque, était le plus rentable de l’histoire.

Qu’avez-vous pensé de la version finale du film ?
Je n’ai jamais regardé le film en entier ! (Rires)

Pensez-vous que le film soit trop long ?
Pourquoi pensez-vous que je ne l’ai pas regardé en entier ? (Rires) C’est plutôt une question qu’il faudrait poser à Laurent. Je pense qu’il a pris le temps dont il avait besoin afin de raconter au mieux l’histoire qu’il avait imaginée. Avec le recul, j’ai le sentiment que le film est bien mieux compris aujourd’hui.

Quelle est votre scène préférée ?
Comme je vous l’ai dit, je n’ai jamais regardé le film dans sa totalité, mais je dois avouer que c’était sympa de mourir. Toutes les scènes à Sainte-Lucie ont été géniales à tourner !

Quelle a été votre réaction quand vous avez lu les critiques négatives de la part de la presse et que vous avez compris que le film était un échec commercial ? Comment ont réagi Mylène et Laurent ?
Ça ne m’a pas affecté car mes critiques à moi étaient positives ! C’est surtout Laurent qui en a pris plein la tête, principalement à cause de la longueur du film, ce qui, pour moi, n’est pas une raison pour le descendre. Ce n’est jamais facile pour personne de gérer ce genre de situation, mais avec du recul, « Giorgino » est en quelque sorte, devenu un succès. Rétrospectivement, j’ai le sentiment qu’il y a eu une meilleure compréhension du film et de sa beauté. « Giorgino » a maintenant une vie à lui…

Avec du recul justement, que pensez-vous de votre jeu d’acteur et de celui de Mylène ?
Je suis fier de ma prestation… enfin, du peu que j’en ai vu ! Et je pense que la prestation de Mylène était bonne également.

Aujourd’hui, que pensez-vous de cette expérience ? Seriez-vous tenté de jouer dans un nouveau film ? Joueriez-vous à nouveau pour Laurent ?
C’était une expérience géniale et j’en garde de très bons souvenirs. Donc oui, je serais prêt à tourner encore et à travailler à nouveau avec Laurent.

Il semblerait que l’échec commercial du film n’ait pas affecté votre relation avec Mylène et Laurent puisque vous avez ensuite collaboré avec eux pour deux albums et deux tournées. Quels souvenirs gardez-vous de ces expériences ?
C’est une question très importante sur laquelle je pourrais écrire un livre entier. Mais pour faire court, cela faisait déjà quatre ans que l’album « L’autre… » était paru et, après la sortie de « Giorgino », Mylène avait besoin d’un album très fort et d’une nouvelle direction artistique. Elle et moi avions déjà passé beaucoup de temps en studio avant « Anamorphosée », donc c’était une continuité naturelle. Mylène aimait le son de ma guitare qui apportait une dimension puissante à sa musique. Après le succès du Tour 1996, les clips vidéo, les singles et le « Live à Bercy », que je travaille pour l’album « Innamoramento » nous a semblé couler de source. J’ai beaucoup de souvenirs fantastiques de cette période, beaucoup de travail, de bon temps, d’amis… et énormément de fans !

Etes-vous toujours en contact avec Mylène et Laurent ?
Oui, Mylène et moi sommes toujours resté en contact. Quant à Laurent, nous avons pas mal échangé mais ça fait un bout de temps que je n’ai pas de ses nouvelles !

Pourquoi n’avez-vous pas continué à votre collaboration avec eux pour les albums suivants ?
Tout simplement parce que je n’étais pas disponible.

Suivez-vous la carrière de Mylène ? Y a-t-il un album ou une chansons que vous appréciez tout particulièrement ?
Oui, je la suis, comme tout le monde, et nous en parlons. Pour moi, son album le plus fort reste « Anamorphosée ». Mais de par mon implication durant l’enregistrement de l’album, et tout particulièrement dans l’écriture de la ligne de guitare de « XXL », je ne suis pas très objectif ! (Rires)

Continuez-vous de jouer avec votre groupe, Jeff Dahlgree/S.T.E.P. ?
J’ai produit, enregistré et mixé onze albums pour divers artistes et je suis actuellement en train de travailler sur mon album qui sortira au printemps prochain. Il y aura quelques singles qui précéderont sa sortie. En ce moment mon groupe Jeff Dahlgren/S.T.E.P. marche très bien et mon single, « California », dépasse mes attentes en termes de rotations radio.

Est-ce que le titre de votre single, « California », est une allusion ou une référence à celui de Mylène ?
Sans commentaire !

Quelle est votre actualité ?
Je produis et je compose. En tant que guitariste professionnel, j’ai joué sur de nombreux albums. Je vais aussi bientôt ouvrir mon site web, jeffdahlgrenmusic.com , grâce auquel je vais débuter, à distance, le mixage et le mastering d’albums d’artistes issus de la scène indépendante. Cela leur permettra de profiter d’une production et d’un son professionnels. Et cela me donnera aussi l’opportunité de travailler avec des artistes français belges et russes. Je travaille beaucoup à distance en ce moment et on m’a beaucoup sollicité. Que ce sot des fans, des musiciens ou des groupes, tous m’ont demandé de mixer pour eux et même de chanter sur leurs compositions. Je vais pouvoir le faire maintenant. J’aime soutenir la scène indépendante. Enfin, grâce au bon retour de mon single « California », j’ai des opportunités pour jouer à Paris et sa région. Ça sera super de vous voir tous là-bas ! En dehors de cela, tout va bien pour moi !

 

Sophie Khairallah et Julien Autier pour Styx Magazine – 2014

 

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Salman Rushdie rencontre Mylène F.

Posté par francesca7 le 4 mai 2016

Mylène était conviée au mariage de l’écrivain qui a eu lieu le 17 avril 2004 à New York (Etats-Unis). Mais on sait qu’ils se connaissent depuis au moins 2000, année à laquelle on les a vus ensemble à un cocktail new-yorkais 

 

En 2002 : photo de Mylène et le fils de Salman

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Salman Rush­die: un poète contre les anathèmes – Article paru dans Gala

Comment je fais connaître les sites patriotes aux fans de Mylène Farmer 

Salman RushdieContrairement à l’imam de Brest, je pense qu’il faut s’enivrer de musique et je ne me prive pas pour le faire. La musique adoucit les mœurs et j’apprécie particulièrement la chanteuse française Mylène Farmer. J’entends déjà grincer des dents, notamment parce que son pseudonyme est anglo-saxon, mais c’est une célébrité qui, de mon point de vue, incarne très bien les valeurs de la France et de la civilisation occidentale. 

Je n’aurais sans doute pas les mêmes opinions politiques si je n’étais pas un admirateur de celle qui interpréta, entre autres, « Libertine », dans un clip évoquant le libertinage du XVIIIème siècle. Elle a su, tout au long de sa carrière, incarner une femme libre, provoquer avec une élégance que j’apprécie, contribuer à lever des tabous – il est vrai que le terrain était bien préparé depuis mai 1968 et l’œuvre féministe, notamment – et proposer des références culturelles de qualité, tout en visant un large public et en utilisant les media. Pour cette raison, elle est généralement méprisée par les «bobos», comme les Inrocks qui ne la loupent jamais à chaque sortie d’album (mais sa musique se vend extrêmement bien depuis trente ans).

J’en parle ici aussi parce que la récompense pour la fatwa contre Salman Rushdie a été augmentée très récemment par l’Iran ; or, la chanteuse est connue pour s’être liée d’amitié avec l’écrivain depuis fort longtemps. Alors, je suis allé sur un site non officiel (elle est l’une – voire la seule – chanteuse française médiatique à ne pas avoir de site officiel) pour partager l’information relative à l’auteur des Versets sataniques. En effet, les admirateurs de la chanteuse ont l’habitude de relayer l’actualité de Salman Rushdie, quoique Mylène Farmer n’ait jamais pris de position politique à ce sujet. J’avais alors décidé de partager un lien vers l’article que Riposte laïque a consacré très récemment à Salman Rushdie (http://ripostelaique.com/liran-offre-39-millions-de-dollars-futur-tueur-de-salman-rushdie.html), mais j’ai été censuré…

Ne baissant pas les bras et convaincu de ne pas être d’extrême-droite, j’ai relancé le débat en publiant sur le même site un message où j’expliquais ceci, entre autres : « la liberté d’expression, les valeurs républicaines, la libération des interdits religieux sont des idéaux élevés et tous ceux qui connaissent Mylène Farmer comme artiste, ses paroles et actions comme femme publique, aussi discrète soit-elle, doivent DEFENDRE cela. Les ténèbres progressent dans le monde, revoyez le clip de Leila*, par exemple, réécoutez la Poupée qui dit non, dans toute sa carrière Mylène Farmer a incarné la femme insoumise. Les horreurs de l’Etat islamique et le recul de ce qui fait notre civilisation, celle dans laquelle Mylène Farmer a puisé pour construire son univers, ne peuvent plus vous laisser indifférents. On ne peut plus tolérer qu’un imam à Brest prétende que la musique est la créature du diable et que celui qui écoute régulièrement de la musique court le risque d’être transformé en singe ou en porc par Allah ». * extraite de l’album « Bleu Noir », cette chanson évoque une fille du Shah d’Iran, qui s’était engagé dans la construction d’un Etat laïque, jusqu’à ce que la Révolution islamique de 1979 l’écarte du pouvoir.

J’en ai alors profité pour glisser une petite publicité pour Résistance républicaine, que j’ai décrite comme un mouvement « apolitique de lutte pour que la liberté ne meure pas en France » et en terminant ainsi mon message : « apprenez à vous poser les vraies questions et à défendre l’héritage des lumières. On a besoin de toutes les forces vives pour lutter contre le recul de la liberté ».

Description de cette image, également commentée ci-aprèsQuand elle était un peu au creux de la vague, cette chanteuse a fait un duo très marginal dans sa carrière avec un Algérien (Khaled) dont la vie familiale avait été par la suite médiatisée pour des raisons peu réjouissantes (sa femme avait porté plainte contre lui pour violences conjugales et il fut condamné pour abandon de famille ; sources :http://www.liberation.fr/france-archive/1997/06/14/khaled-traine-devant-le-juge-par-sa-femme_207001 et http://www.leparisien.fr/faits-divers/deux-mois-de-prison-avec-sursis-pour-khaled-08-05-2001-2002152994.phpet voici ce qu’il dit de l’islam… :

 

 

 

 

 

Image de prévisualisation YouTube

https://www.youtube.com/watch?v=yGXdb_aQl8k  

Toutefois, ce duo aux accents « raï » était une reprise de la chanson de Polnareff « La poupée qui dit non », ce qui me semble plein de sens à présent ! Interpréter avec ce chanteur alors en vogue – c’était l’époque où on nous bassinait de raï – une chanson qui parle de la libération sexuelle des jeunes filles en incarnant « la poupée qui dit non », c’était ne pas manquer de toupet.

On peut penser ce qu’on veut de Mylène Farmer – s’il vous plaît, Christine, ne lui faites pas un portrait à la Michel Delpech, je vous en voudrais beaucoup. Loin de moi de prétendre que, contrairement au reste du « show business », elle serait indifférente au dieu Ploutos, auquel Aristophane consacra une pièce quelques millénaires avant que nous naissions… Cependant, sans jamais prendre de position politique, contrairement à moult artistes « bobo » – si ce n’est le mariage homosexuel, auquel elle a reconnu qu’elle n’avait aucun motif de s’opposer, mais sans se livrer à aucun militantisme – elle sait, par ses textes, clips, inspirations et choix artistiques poser des questions essentielles à notre temps. Pour toutes ces raisons, Michel Onfray, il y a quelques années – c’était à l’époque je l’appréciais bien, jusqu’à ce que je lise la critique qu’Eva lui a consacré à propos des Evangiles – avait expliqué qu’il l’appréciait particulièrement.

Il n’est pas étonnant qu’elle ait indiqué que Georges Bataille ou Stefan Zweig, entre autres, ont inspiré ses textes. Elle a su mettre en musique mieux que quiconque les sombres poèmes de l’ermite de Solesmes, Pierre Reverdy. Je connais assez son travail pour dire qu’elle ne mérite aucun reproche de la part des patriotes !

Qui plus est, elle est l’une des rares chanteuses françaises à être très connue et appréciée des Russes, au point que la Russie est, à chacune de ses dernières tournées, un passage obligé, chacune de ses dates de concert faisant alors le plein là-bas. Fait remarquable, alors qu’un journaliste l’interrogeait très récemment sur la Russie en raison des lois récentes sur l’homosexualité, elle a affirmé, contrairement à certains chanteurs qui refusent de se rendre en Russie pour des raisons politiques, qu’elle n’a jamais été ennuyée en Russie pour ses concerts (elle est réputée pour ses tenues très sensuelles voire provocantes) et ses chansons (certains textes étant aussi sulfureux).

J’ai apprécié de l’apprendre, car, ne parlant pas le russe, je ne sais quelle opinion me faire sur ces textes ainsi que sur les lois réprimant les offenses aux sentiments religieux (http://www.lesechos.fr/12/06/2013/LesEchos/21455-067-ECH_russie—vote-d-une-loi-reprimant-les—offenses-aux-sentiments-religieux–.htm).

Il est vrai que la Russie nous intéresse, nous, Français, avant tout pour sa politique internationale. Je ne sais pas ce qui se passe exactement en Russie quant aux mœurs, s’agissant de leur politique interne, mais les évolutions du droit russe sont bien loin de la folie des interdits de la charia. Mylène Farmer ne pourrait pas faire en Arabie Saoudite les concerts qu’elle propose en Russie !

Posté par Maxime dans http://resistancerepublicaine.eu/2016/03/02/comment-je-fais-connaitre-les-sites-patriotes-aux-fans-de-mylene-farmer/

 

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Les fans de Mylène Farmer sont lucides

Posté par francesca7 le 28 avril 2016

 

A la question des préjugés, où on lit que les fans de Mylène sont gays, dépressifs et niais, aveuglés par leur passion…

Sans doute l’un des préjugés les plus ancrés dans le monde mylènaire. Les fans sont d’abord gays. C’est évident. Mais alors, même les filles? ?

Mylène compte un nombre important d’homos dans son public, c’est indéniable. A un journaliste de Pink Tv qui demandait les raisons à Mylène, cette dernière répondit avec humilité : « Pourquoi ? C’est plutôt à eux qu’il faudrait le demander. La chose qui me vient à l’esprit, c’est que peut-être ont-ils une sensibilité exacerbée comme la mienne ? En tout cas, ça me réjouit ».

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Une partie du monde gay se reconnaît sans doute dans l’ambiguïté du personnage, installée dès 1987 avec Sans contrefaçon. Maintenant de là à généraliser à outrance… il y a un pas à ne pas franchir. De même qu’il y a chez les fans des filles, des garçons, il y a des homos, des hétéros. Seulement, il est peut-être à constater que les fans gays ont, sans sombrer nous non plus dans la généralisation, plus tendance que des fans hétéros, à vivre leur passion sous un jour expansif, démonstratif dont la collection est une manifestation parmi tant d’autres. C’est sans doute la raison pour laquelle ce sont plus souvent des fans gays que l’on retrouve dans les reportages.

Les fans sont donc tous gays. Ils sont aussi dépressifs. Comme leur idole, ils vivent cloîtrés dans des chambres au papier peint noir, sont bien sûr suicidaires… Un préjugé assez pernicieux, si bien qu’on ne sait pas, en somme si leur passion pour Mylène est une libération ou ce qui les pousse au mal-être ? Voilà un préjugé assez ancré lui aussi : qu’un fan puisse être bien dans sa peau apparaîtrait comme un dérèglement total du processus journalistique. Pour les bien-pensants, être fan (qu’il s’agisse de Mylène, de Johnny, ou de n’importe quel autre artiste) est en soi signe d’un problème qui nécessite une aide médicale : c’est bien connu, le « fan » l’est parce qu’il n’a rien d’autre dans sa vie : incapable d’aimer et d’être aimé, il reporte ce vide sur cette icône inaccessible. Donc, disions-nous, c’est un mal incommensurable d’être atteint de ce syndrome « fan ». Mais plus grave encore : être fan de Mylène Farmer. Sans commentaire.

Enfin, les fans sont définitivement niais : cette idée est véhiculée par les médias, à grands renforts de soirées promotionnelles Virgin/Fnac : les fans de Mylène vont chercher un album à minuit au lieu d’attendre quelques heures : quels moutons impatients ! Ils sont en transe pour une sortie d’album, alors que la star n’est pas présente !

Peut-être sont-ils accusés d’accorder à la musique toute la place, toute l’émotion qui est la sienne, à une époque où l’on consomme, jette la musique… Le plus dramatique quand même, c’est quand ce préjugé circule même au sein des fans : il y aurait ainsi des bons fans, ceux ayant un recul suffisant pour ne pas se confier à la presse, se rendre dans de telles manifestions ou encore être tout devant aux concerts, et les mauvais fans, précédemment évoqués… Il y a même chez les fans, des caricatures, et l’on va même jusqu’à dénigrer « ces folles pathétiques que l’on voit devant les grilles de concerts ». La tolérance est une vertu qui hélas, n’a pas à être inculquée que chez les non-fans.

J’ai ici sélectionné trois préjugés, qui me semblent les plus « récurrents » ; D’autres préjugés tout aussi présents auraient pu être analysés : Mylène Farmer passe son temps à pleurer / Mylène Farmer n’a pas de voix.Mylène Farmer, déesse de l’argent, reine commerciale. Mylène Farmer est morbide, suicidaire et gothique.

Finalement, a-t-on besoin de préciser que ces préjugés n’en reste pas moins minimes comparés aux nombreux superlatifs, éloges que le seul nom « Mylène Farmer » suffit à engendrer : « si elle n’est pas parfaite, elle tend à la perfection », « elle est humaine et sincère », « ses concerts sont exceptionnels, elle au moins ne se moque pas de son public » « Elle est toujours là, vingt ans après, avec des mélodies toujours efficaces… »

Mylène Farmer a réussi tout ce qu’elle a entrepris dans la chanson : plus de vingt ans de carrière, et aucun faux pas musical : de fait, Mylène suscite jalousie et colère, mais les fans et le public, eux, ne s’y trompent pas…

ISSU DU SITE http://parcequecestelle.pagesperso-orange.fr/prejuges.htm

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Alizée protégée par Mylène

Posté par francesca7 le 24 avril 2016

            
Il peut paraître surprenant de citer la petite protégée de Mylène dans cette rubrique, et pourtant la relation entre Alizée et Mylène Farmer peut clairement être qualifiée d’amicale, tant les deux femmes passaient du temps ensemble, Mylène étant comme une « grande soeur » pour Alizée. Mais cette dernière a souhaité ‘rompre’ avec Mylène, aussi bien artistiquement qu’amicalement, après son unique tournée en 2003 (lorsqu’elle s’est mise en couple avec Jérémy Chatelain).

 alizée et Mylène

Article paru dans le Magazine le Parisien de 2003 :  Alizée : « Mylène Farmer me protège »

La Lolita a laissé la place à une jeune femme de 18 ans qui s’affirme de plus en plus. Alizée sort un nouveau single demain, avant une série de concerts à l’Olympia à la rentrée. Avec, toujours, Mylène Farmer dans son ombre.

Propos recueillis par Sébastien Catroux | 24 Févr. 2003, 00h00

DÉCOUVERTE

par la mystérieuse Mylène Farmer en 1999 après un passage à l’émission « Graines de star » sur M 6, Alizée a vite rencontré le succès en Europe avec son tube « Moi… Lolita », puis avec l’album « Gourmandises » vendu à près de 4 millions d’exemplaires. Son nouveau single, « J’en ai marre ! », qui sort demain, devrait enrichir un parcours mené avec flair par le duo Laurent  Boutonnat-Mylène Farmer.

 Aujourd’hui, l’adolescente corse a grandi : à 18 ans, elle a rompu sa scolarité pour se consacrer uniquement à son métier de chanteuse.

Vous vous êtes faite discrète en France, depuis quelque temps…

Alizée.

J’ai beaucoup voyagé dans toute l’Europe. En Allemagne surtout, le plus gros marché pour moi après la France. J’ai été première avec « Moi… Lolita » en Espagne et en Italie. Je suis aussi allée en Pologne, en Angleterre, en Russie, en Hollande… Ensuite, j’ai enregistré l’album avec Laurent Boutonnat et Mylène Farmer.

Dans quelle mesure intervenez-vous dans la conception d’un disque ?

Laurent Boutonnat me propose des dizaines de chansons et je choisis. Ensuite, avec Mylène, on écrit sur ces musiques. Cette fois, j’ai plus osé intervenir que pour le premier album. A l’époque, on me demandait si ça me plaisait et je n’osais pas donner vraiment mon avis.

Votre nouveau single s’appelle  « J’en ai marre ! ». Mais de quoi exactement ?

C’est quelque chose que je dis souvent. Je suis impatiente et je m’énerve volontiers contre les gens qui traînent les pieds. « Je n’ai jamais eu le sentiment d’être manipulée. Si ça arrive un jour, je le dirai »

Quel rôle joue exactement Mylène Farmer dans votre vie ?
 
Une grande soeur, une copine. Une amie à qui je me confie, avec qui je vais au restaurant. Elle me protège . Elle m’aide à avancer. Elle me donne des conseils sur la façon de m’habiller lorsque je passe à la télé. Ça fait dix-huit ans qu’elle fait ce métier, elle est bien au courant. Dans son image, elle joue sur l’ambiguïté sexuelle. Vous, c’est plutôt sur la précocité.

Sans doute mais à aucun moment, à la vision de mes clips ou de mes photos, je n’ai été mal à l’aise. J’essaie juste d’être naturelle et jamais vulgaire. Je n’ai jamais eu le sentiment d’être manipulée. Si ça arrive un jour, je le dirai.

Il plane toujours une aura de secret autour de Mylène Farmer, et donc autour de vous. C’est calculé ?

Lorsqu’on s’est rencontrées pour la première fois Mylène et moi, on ne parlait pas. On est timides et réservées toutes les deux et on s’est bien trouvées. Moi, même avec mes amis, j’ai du mal à parler. Ce n’est pas tant un goût du secret qu’un goût des surprises en temps et en heure. Comme pour les sept concerts à l’Olympia programmés à la rentrée . Nous avons décidé de ne pas faire de publicité et ça se remplit déjà pas mal. C’était juste pour voir si les gens m’aimaient toujours, alors qu’on me voit finalement peu, comparé à d’autres. C’est vrai que vous n’êtes plus seule dans le registre femme-enfant. Il y désormais Lorie, Priscilla…

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MYLENE FARMER cultive des amitiés inat­ten­dues

Posté par francesca7 le 17 avril 2016

 

 Sans titre

C’est un joli conte illus­tré, qui vient de paraître ce 12 novembre. L’histoire d’une belle rencontre, aussi. En asso­ciant leurs talents sur L’étoile polaire, le philo­sophe Michel Onfray, à la plume, et la chan­teuse Mylène Farmer, au pinceau, ont créé la surprise. Le fonda­teur de l’univer­sité popu­laire de Caen n’est pour­tant pas le premier esprit vif à céder aux charmes de la rousse liber­ti­ne…

Ses fans, comme ceux qui partagent son inti­mité, connais­saient son goût pour les textes de Charles Baude­laire, Guillaume Apol­li­naire ou encore Primo Levi. Avec L’étoile polaire, conte philo­so­phique conçu à quatre mains avec Michel Onfray, les médias découvrent sa curio­sité pour la pensée vivante, libre et contem­po­raine. Etran­gère à son époque, soli­taire et égocen­trique, Mylène Farmer? Quelques uns, et pas des moindres, vous diraient l’exact contrai­re…

Michel Onfray…

« Une artiste libre, auto­nome, indé­pen­dante, souve­raine », qui repré­sente « un style, un ton, un carac­tère, un tempé­ra­ment, une vie sans paillettes, sans arti­fices, vraie »… Ses détrac­teurs, pisse-vinaigre et pisse-copie, habi­tués à compres­ser la pensée en sentences défi­ni­tives, lui repro­che­ront de faire le portrait de l’être qu’il aime­rait voir en son miroir. Vrai que le philo­sophe et fonda­teur de l’uni­ver­sité popu­laire de Caen, fils d’ou­vrier agri­cole, auto­pro­clamé « orphe­lin de la gauche », athée tendance anar­chiste, s’est imposé comme une rock-star dans son genre. C’est pour­tant bien le portrait de Mylène, aussi discrète qu’il est devenu incon­tour­nable, que Michel Onfray, profa­na­teur des esprits anes­thé­siés et sculp­teur d’une certaine morale esthé­tique, faisait dans Le Point, il y a quelques semaines. Ensemble, lui à la plume, elle au pinceau, ils viennent de publier  L’étoile polaire (Gras­set), conte dans la lignée du Petit Prince de Saint-Exupéry, œuvre poétique sur la trans­mis­sion et la réali­sa­tion de soi. Impro­bable, la rencontre entre l’hé­roïne de la variété française et le hérault d’une nouvelle pensée française s’est faite par l’in­ter­mé­diaire d’Anne Carrière, éditrice de Lisa-Loup et le conteur, premier essai illus­tré de Mylène, en 2003, et, plus récem­ment, de Fragile, recueil de photo­gra­phies inédites de la chan­teuse réali­sées par Sylvie Lancre­non. A l’époque, Carrière espère confron­ter Onfray à un psy dans un livre d’en­tre­tiens. Il préfère porter L’étoile polaire, dont il vient de termi­ner l’écri­ture. Anne Carrière en remet le manus­crit à Mylène Farmer. La parti­ci­pa­tion de Michel Onfray à une émis­sion de Radio Clas­sique durant laquelle il fait diffu­ser Je te rends ton amour, un des titres les plus person­nels de « l’ange roux », préci­pite la colla­bo­ra­tion. « Profon­dé­ment touchée » et « fière », Mylène lui envoie un texto de remer­cie­ment et bien­tôt ses aqua­relles. Qui s’as­semble, au-delà des appa­rences, se ressemble. Si l’icône Farmer appré­cie la liberté et l’hu­mour du maître-à-penser, L’étoile polaire, objet litté­raire élaboré à quatre mains, raconte une bles­sure fonda­trice que ces deux orphe­lins de père ont en commun : comment survivre à un parent aimé et admiré dont la dispa­ri­tion a dépeu­plé le monde…

mylène

Marie de Henne­zel…

Le 17 décembre 1995, Jean-Luc Dela­rue accueille Mylène, qui vient de sortir son album Anamor­pho­sée, sur le sofa de son émis­sion domi­ni­cale Déjà le retour. On l’avait quit­tée folle blafarde hurlant aux loups dans les bois sombres de Gior­gino, film incom­pris de Laurent Bouton­nat. Après un exil cali­for­nien, elle nous revient sexy et souriante, en tech­ni­co­lor. Cheve­lure rele­vée, longue robe rose et talons hauts, elle maîtrise tous les codes d’une séduc­tion à l’amé­ri­caine. La profon­deur en plus.  La psycho­logue et psycho­thé­ra­peute Marie de Henne­zel est annon­cée comme invi­tée de la chan­teuse. Dans un livre  préfacé par François Mitter­rand, La mort intime : ceux qui vont mourir nous apprennent à vivre (Robert Laffont), la clini­cienne raconte son expé­rience en soins pallia­tifs et auprès de malades du sida. L’ou­vrage a boule­versé Mylène Farmer. La lecture du Livre tibé­tain de la vie et de mort de Sogyal Rinpo­ché l’avait déjà aidée à mieux appré­hen­der la fini­tude de l’être humain. La sagesse de Marie de Henne­zel est un baume pour l’ar­tiste dite morbide, qui confiera, des années plus tard, son regret de n’avoir pu embras­ser la dépouille de son père, Max Gautier. Inter­viewée sur leur rencontre par un site de fans, en 2005, l’au­teure de La mort intime, elle, se souvien­dra d’un « certain contraste entre une extra­va­gance physique, exté­rieure, et une grande matu­rité inté­rieure, une profon­deur ». Entre temps, elle aura été invi­tée à l’un de concerts de la chan­teuse à Bercy, en 1996, et, plus surpre­nant, dans son domi­cile pari­sien pour un déjeu­ner. Pour Marie de Henne­zel, aujourd’­hui membre du comité d’hon­neur du collec­tif Plus digne la vie, Mylène Farmer a « quelque chose d’un ange, dans le sens où l’ange est le messa­ger, comme Hermès dans la mytho­lo­gie. On sent qu’elle est perméable, qu’elle capte les choses. »

Salman Rush­die…

Condamné par l’aya­tol­lah Khomeini pour héré­sie et blas­phème envers l’is­lam, en 1989, l’au­teur des Versets sata­niques – faux scan­dale reli­gieux et vraie critique litté­raire des prophètes corrom­pus- est tombé en béati­tude devant la rousse liber­tine, il y a vingt ans. D’or­di­naire réputé pour le tran­chant de sa plume, aigui­sée, comme celui de sa parole, décom­plexée, l’écri­vain indo-britan­nique prête à Mylène « la voix d’un ange déchu. » Long­temps forcé à vivre dans la clan­des­ti­nité, il rencontre la chan­teuse, elle-même prison­nière de sa célé­brité, à Londres, à la fin des années quatre-vingt-dix. Tous deux assistent à un vernis­sage de l’aqua­rel­liste Fran­cesco Clemente, proche de Rush­die. Comme deux papillons désépin­glés, ils se frôlent et font le tour de l’autre, lors d’un dîner qui s’en­suit. Elle est séduite par son achar­ne­ment à déjouer la mort, son raffi­ne­ment et son cynisme very british. Il est fasciné par son aura, sa beauté et son mystère. L’icône classe et l’ico­no­claste se rever­ront plusieurs fois. A Londres, Los Angeles et Paris, où Rush­die sera même présenté à E.T., le singe capu­cin de la chan­teuse ! Bien que deve­nus proches, en témoigne une photo de Mylène et de Milan Rush­die, fils de Salman, dévoi­lée par l’écri­vain sur Twit­ter, au début de l’été 2014, ils conti­nuent de s’ad­mi­rer l’un l’autre. « Son profes­sion­na­lisme m’épate. Après l’un de ses derniers concerts, elle m’a confié qu’elle souf­frait d’une angine et d’une fièvre. Et pour­tant, elle n’en avait rien laissé paraître à ses fans ! », nous décla­rait l’au­teur, peu après la fin de la tour­née Time­less de son amie, en décembre 2013.

David Lynch…

Fils prodige et prodigue de l’Amé­rique, aujourd’­hui dispersé entre la pein­ture, le design, la musique et la promo­tion de la médi­ta­tion trans­cen­dan­tale, le réali­sa­teur de Blue Velvet, Twin Peaks et Mull­hol­land Drive – entres autres œuvres sur la dualité et la mons­truo­sité en chacun de nous  – a d’abord obsédé Mylène Farmer en tant que cinéaste. Le citant à maintes reprises parmi ses metteurs en scène favo­ris depuis le début de sa carrière, la chan­teuse n’hé­site pas à utili­ser une réplique du film Elephant Man dans un de ses titres, Psychia­tric, en 1991. « I am not an animal, I am a human being » :ce cri déses­péré du héros John Merrick, homme difforme réduit à n’être qu’une bête de foire, fait écho chez Mylène, déjà plus que singu­lière dans l’in­dus­trie du spec­tacle. En 1988, on l’a faite monter sur la scène des Victoires de la musique,  moins pour la grati­fier du prix de l’in­ter­prète fémi­nine que pour l’ex­hi­ber telle une chimère, une erreur de la créa­tion. Ecoeu­rée, elle n’y revien­dra plus, réser­vant ses élans à qui les vaut. Quand Ciby 2000, société de Fran­cis Bouygues produi­sant et distri­buant le cinéma de David Lynch, orga­nise une soirée en l’hon­neur de ce dernier, à Paris, à la fin des années quatre-vingt-dix, « l’ange roux », convié, appa­raît. Farmer et Lynch n’ont pas appris la même langue, mais ils déclinent un même langage.Ces deux misfits se recon­naissent, échangent et restent en contact. Bien qu’a­po­li­tique, en octobre 2007, Mylène gravit ainsi le perron de l’Ely­sée pour voir son ami décoré des insignes d’of­fi­cier de la Légion d’hon­neur par Nico­las Sarkozy. A l’is­sue de la céré­mo­nie, inter­pel­lée par un jour­na­liste d’Eu­rope 1, elle confiera, dans un franc sourire : « Dites simple­ment  à vos audi­teurs que j’aime David Lynch ! »Elle retrou­vera plus discrè­te­ment le cinéaste en janvier 2014, alors qu’il inau­gure une expo­si­tion de ses photos, inti­tu­lée Small stories, à la Maison Euro­péenne de la Photo­gra­phie, dans le quatrième arron­dis­se­ment de la capi­tale. « Génie touche-à-tout » et « mystique bouillon­nant » selon la chan­teuse, le réali­sa­teur, ex-étudiant en arts plas­tiques, l’au­rait égale­ment initiée à la litho­gra­phie, tech­nique d’im­pres­sion périlleuse, de façon « rassu­rante ».

claude berri et mylène

Claude Berri…

Malgré sa dispa­ri­tion en 2009, le cinéma français ne l’a pas oublié. Le grand public, non plus. A lui seul, tantôt réali­sa­teur,  tantôt produc­teur, souvent les deux, Claude Berri aura généré près de 50 millions d’en­trées en salles. Tchao Pantin, Jean de Florette, Manon des Sources, Germi­nal, Ensemble, c’est tout, Trésor, mais aussi Tess, Banzaï, L’ours, L’amant, La Reine Margot, Ma femme est une actrice, Asté­rix et Obélix : Mission Cléo­pâtre ou encore Bien­ve­nue chez les Ch’tis… Diffi­cile d’énu­mé­rer les succès ciné­ma­to­gra­phiques, critiques et popu­laires, auxquels son nom fut asso­cié, sans perdre son souffle. Auto­di­dacte du 7eme art, Claude Lang­mann, de son vrai nom, n’avait pas seule­ment du flair pour pres­sen­tir le goût des autres. Ce grand pudique, à la mine parfois sombre mais aux avis toujours éclai­rés, avait égale­ment l’œil d’un esthète. A la tête d’une impres­sion­nante collec­tion d’œuvres d’art contem­po­rain à la fin de sa vie, l’homme acheta une gouache de Magritte dès ses trente-six ans, ouvrit une gale­rie dans laquelle il exposa, Yves Klein et Daniel Buren, entre autres, au tout début des années quatre-vingt-dix, et rassem­bla ses ultimes coups de cœur dans un espace de 280 mètres carré à son nom, en 2008. C’est par l’in­ter­mé­diaire de sa dernière compagne, Natha­lie Rheims, qu’il rencontre Mylène Farmer, à l’aube des années 2000. Natha­lie vient de publier son premier roman, L’un pour l’autre, qu’elle fait suivre à Mylène. Celle-ci l’en remer­cie – par textos – avant de l’in­vi­ter chez elle en Corse. Une amitié, encore entre­te­nue par une conver­sa­tion télé­pho­nique quoti­dienne, est née. Claude Berri succombe à son tour. Après avoir vu l’icône Farmer sur scène, il assure à son entou­rage n’avoir pas vécu pareille révé­la­tion depuis…

Edith Piaf ! Un projet d’adap­ta­tion de L’ombre des autres, autre roman de Natha­lie Rheims, avec Mylène dans le premier rôle, est bien­tôt lancé. Il ne survi­vra pas à la mort de Berri. Le dernier nabab du cinéma français et sa compagne auront néan­moins aidé leur amie à crever un autre écran : celui de sa réserve. C’est tous les trois qu’ils se rendent ainsi à l’édi­tion 2006 de la Foire Inter­na­tio­nale de l’Art Contem­po­rain (FIAC), grand rendez-vous de la vie pari­sienne. Le 15 janvier 2009, au cime­tière de Bagneux où l’on enterre Claude Lang­mann-Berri, un voile noir – le col déroulé de son pull – cache le visage de Mylène. Si la vie a une fin, ce jour-là, le chagrin n’en avait pas.

Article paru sur gala.com

 

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Moby et Mylène, une rencontre

Posté par francesca7 le 13 avril 2016

            

Mylène et le musicien se sont rencontrés en 2007 à New York, lorsque Mylène s’est rendue dans le café que possède le chanteur. Ils ont alors sympathisé, puis Mylène a fait écouter ce qu’elle faisait à Moby.

Par la suite, ils ont enregistré deux duos (Slipping away (Crier la vie) en 2006 et Looking for my name en 2008). Puis Moby a envoyé à Mylène un disque de 17 maquettes de sa composition, en proposant à Mylène de choisir celles qui lui plaisaient pour chanter dessus. Ce qu’elle a fait en 2010 sur l’album Bleu noir, dont 6 titres sont des compositions par Moby.

 

Sans titre

 

Mylène Farmer partage sa vie entre Paris, Los Angeles et New York. C’est dans un restaurant de la Grosse Pomme qu’elle a rencontré le chanteur Moby. La chanteuse avait ses habitudes chez Teany. Quant à Moby… il en était le propriétaire !

C’est une journée ordinaire pour l’artiste Moby, qui s’affaire dans son établissement new yorkais, le Teany. Parmi les habitués de son établissement végétarien, une jolie rousse entame parfois avec lui la conversation. Ils partagent une passion pour le réalisateur David Lynch. Moby est bien loin de se douter que cette habituée est régulièrement en tête des ventes de disques en France. Et le succès dure pour… Mylène Farmer, véritable icône pour beaucoup d’entre nous. Et ceci l’artiste new yorkais va s’en rendre compte par hasard ! « Un jour j’arrive à Paris et je vois sa tête sur un poster. Je me dis : « Mais, c’est cette femme qui vient dans mon café ! » raconte l’interprète de Lift me up à Europe 1. Une fois les wagons raccrochés, le collaboration s’engage naturellement. C’est comme ça qu’est né le duo Sleeping away (crier la vie).

Si le café végétarien de Moby est aujourd’hui fermé, Mylène Farmer continue de séjourner régulièrement à New York. Elle y trouve un anonymat appréciable, loin de ses fans francophones. Les deux artistes, eux, sont restés amis. Après un nouveau duo sur l’album « Point de suture« (2008), Moby a écrit quelques chansons pour l’album « Bleu noir » (2011). La chanson éponyme se retrouve d’ailleurs en version anglaise sur l’album de « Destroyed«  de Moby, sorti la même année. Seule ombre au tableau, un quiproquo sur la musique de The day, du même album. Moby ne se souvenait pas l’avoir offerte à Mylène Farmer. Résultat, elle a écrit son texte, lui a écrit le sien de son côté. Mylène Farmer, pensant que c’était sa chanson, était très déçue d’apprendre qu’elle figurerait sur l’album du compositeur ! On espère que cette anecdote, racontée par Moby au journal Le soir, n’est pas à l’origine de l’absence de Moby dans l’album « Interstellaires », où elle collabore avec Sting et Martin Kierszenbaum. 

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La tribune de Pascal Nègre pour Mylène

Posté par francesca7 le 13 avril 2016

 

Né à Saint-Germain en Laye au début des années 60, Pascal Nègre fait rapi­de­ment de la radio et de la musique ses deux grandes passions. Alors que les radios libres boule­versent le paysage média­tique natio­nal en 1981, Pascal Nègre devient anima­teur jusqu’en 1985. Puis, il passe de l’autre côté de la barrière, quit­tant le monde des diffu­seurs pour inté­grer celui de l’in­dus­trie musi­cale, dont il devient rapi­de­ment l’un des acteurs majeurs.

En 1986, il est atta­ché de presse chez BMG, puis passe deux ans plus tard chez Colum­bia Records, cette fois-ci en tant que direc­teur de la promo­tion.  Gravis­sant les éche­lons, il prend ensuite les rênes de PolyG­ram Musique en 1994. De nombreux artistes français lui doivent l’en­vol ou le second souffle de leur carrière : de Florent Pagny à Khaled en passant par Noir Désir ou encore Calo­gero, Pascal Nègre donne dans tous les styles avec un déno­mi­na­teur commun : le flair. 

Lorsque PolyG­ram est racheté par Univer­sal Music France en 1998, Pascal Nègre prend presque natu­rel­le­ment la direc­tion de la nouvelle entité. Dans les années 2000, il monte égale­ment en respon­sa­bi­li­tés au sein d’Uni­ver­sal Music Group Inter­na­tio­nal, deve­nant une réfé­rence dans l’in­dus­trie musi­cale au niveau mondial.

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Pascal Nègre, le PDG d’Universal Music, s’offre une tribune dans le magazine « Télé 7 Jours ». L’occasion d’en apprendre un peu plus sur la chanteuse la mieux payée en 2013, mais aussi l’une des plus secrètes.
 

 Sans titre

 

Les hommages pleuvent en l’honneur de Mylène Farmer, qui a décidé de s’emmurer dans sa tour d’ivoire plutôt que de célébrer ses 30 ans de carrière ce mois-ci. En mars 1984, la chanteuse publiait son premier single « Maman a tort », qui a fait son retour dans le classement des meilleures ventes de titres il y a quelques jours, suite à une campagne de téléchargement massive initiée par ses plus fervents admirateurs. D’autres ont préféré acheter une demi page dans le journal Libération, pour lui adresser un message d’amour et de soutien. Quant à Pascal Nègre, le PDG d’Universal Music, avec qui Mylène Farmer travaille conjointement depuis de nombreuses années, il s’est offert une tribune dans le nouveau numéro du magazine Télé 7 Jours.

« Le doute est pour elle un moteur étonnant »

Commençant par raconter leur première rencontre en 1984, pour une interview, et alors qu’il était animateur radio à l’époque, Pascal Nègre parle d’« une fille très timide », « peu bavarde ». « Je ne lui ai jamais dit que notre première rencontre s’était faite ainsi. Elle le découvrira probablement en lisant ces lignes » ajoute-t-il, avant de révéler quelques anecdotes et des traits méconnus du caractère de la chanteuse. « Mylène est forte et fragile à la fois » lâche-t-il, avant d’expliquer qu’elle est « un personnage complexe, authentique, entre pudeur et rires ». « Et quelle bosseuse ! Elle écrit ses textes et a une oreille incroyable. Le doute est pour elle un moteur étonnant ».

Pascal Nègre se souvient également du sentiment de crainte qui animait les pensées de Mylène Farmer à l’aube de l’ouverture de la billetterie pour son concert au Stade de France en 2009. « Elle est très angoissée, me raconte qu’elle fait des cauchemars : elle monte sur scène et le stade est vide ». Finalement, les places se sont vendues en mois d’une heure ! Mais cette bonne nouvelle n’a visiblement pas suffi à calmer les peurs de la chanteuse, dont les cauchemars ont perduré. « Mon cauchemar maintenant, c’est que je suis sur scène, la salle est pleine, mais personne ne m’écoute » a-t-elle confié à son patron.

« Quand elle donne un spectacle, elle est à fond »

Ventant la discrétion de l’icône et sa volonté de toujours chanter en live, que ce soit « à Bercy ou au Zénith de Caen », Pascal Nègre qualifie Mylène Farmer d’« artiste intacte », qui « sait que rien n’est acquis et qui ne réalise pas totalement son statut de star ». « Elle est unique. Elle trace sa route à sa façon. C’est une personne émouvante, avec cette voix singulière de petit garçon » lâche-t-il, avant de conclure : « Elle est vraie, quoi ». Si elle n’a pas fait escale au Zénith de Caen avec son dernier show « Timeless 2013″, Mylène Farmer s’est produite à La Halle Tony Garnier de Lyon quatre soirs. Des concerts captés qui ont fait l’objet d’un film à découvrir au cinéma le 27 mars et d’un DVD dont la sortie n’est pas encore annoncée.

En savoir plus sur http://www.chartsinfrance.net/Mylene-Farmer/news-91172.html#jKhhKE3XM59xJmgl.99

 

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MYLENE aux multiples déchirures

Posté par francesca7 le 1 avril 2016

 

 BANDEAUACCUEIL

 

Et un pavé de plus dans la mare glacée, où Mylène Farmer englou­tit tous ses secrets depuis bien­tôt vingt-cinq ans! Mylène, c’est un peu l’Ophé­lie des temps moder­nes… Une héroïne noyée, remon­tant de temps à autre à la surface, mais jusqu’ici insai­sis­sable. Alors, que peut bien draguer Hugues Royer des troubles profon­deurs du «mystère Farmer», avec son Mylène (éditions Flam­ma­rion)? Eh bien…

Surprise! S’ap­puyant sur divers témoi­gnages, le jour­na­liste de Voici Hugues Royer, égale­ment psy de forma­tion, offre une clé qui déca­de­nasse l’œuvre de la chan­teuse, plom­bée par l’in­ceste, l’hys­té­rie et une fasci­na­tion pour le morbide. Chez les Gautier, véri­table patro­nyme de l’icône liber­tine, maman a long­temps eu tort, alors que papa incar­nait l’homme idéal. Comme Mylène le confir­mera à une amie, la photo­graphe Elsa Trillat, alors qu’elles contemplent des photos d’en­fance, en 1987, t out commence par une «déchi­rure» : sa nais­sance à l’hô­pi­tal du Sacré-Cœur de Montréal, ville où son père, Max, a été dépê­ché pour parti­ci­per en tant qu’in­gé­nieur des Ponts et Chaus­sées à l’édi­fi­ca­tion du barrage Daniel-John­son.

La chan­teuse est un bébé robuste. L’ac­cou­che­ment est un trau­ma­tisme pour sa mère, Margue­rite. Fragi­li­sée physique­ment par des problèmes de dos, cette dernière mini­mise les contacts avec son enfant. Son époux doit ainsi instal­ler une planche amovible au dessus de leur baignoire pour faci­li­ter la toilette du bébé. Mylène ne prend conscience de son corps, en gran­dis­sant, qu’à travers le jeu et l’ex­pé­ri­men­ta­tion. Gamine intré­pide aux cheveux courts et châtains, elle ne ressemble en rien à sa sœur ainée, Brigitte, sage petite fille blonde. Au grand déses­poir de Margue­rite, femme discrète, sa benja­mine aime trem­per les doigts dans les pots de sirop d’érable, se rouler sur les pelouses et grim­per aux arbres, dans leur jardin de Pier­re­fonds. Mais ce que maman supporte le moins, ce sont les phases de mutisme de cette enfant, sa capa­cité à se replier dans le silence, héri­tée de son père mais vécue comme une provo­ca­tion.

Deuxième «déchi­rure», le retour des Gautier en région pari­sienne, à Ville-d’Avray, ne fait que creu­ser ce goût pour la réserve. A l’école, l’ac­cent québé­cois de Mylène, alors âgée de huit ans, suscite les moque­ries. Des séances chez l’or­tho­pho­niste l’ai­de­ront à corri­ger sa pronon­cia­tion, expliquant aujourd’­hui encore son phrasé précieux. Mais, humi­liant, ce travail ne l’en­cou­rage guère à s’ou­vrir aux autres. Au domaine de la Ronce, où les Gautier se sont instal­lés, l’en­fant prend la fuite à chaque fois que des incon­nus sonnent à leur porte. Max, qui lui passe tout, est bien le seul à en sourire. Vivant avec la famille depuis la mort de son mari, Mamie Jean­nette, la grand-mère pater­nelle, devient une confi­dente privi­lé­giée. La vieille femme n’a pas seule­ment le chic pour agacer sa belle-fille, Margue­rite. Premier prix du conser­va­toire de Marseille, elle initie égale­ment sa petite-fille à la musique, à la litté­ra­ture, à la pein­tu­re… et aux prome­nades dans les cime­tières.

Mylène s’épa­nouit enfin

A sa dispa­ri­tion, Mylène conti­nuera d’ap­pri­voi­ser la mort en se rendant au chevet d’autres enfants, à Garches. De même, à l’ado­les­cence, elle préfé­rera philo­so­pher avec les garçons plutôt que de les suivre dans la décou­verte des plai­sirs sexués. Un comble pour une future liber­tine ! La troi­sième «déchi­rure» se produit à sa majo­rité. Au bout de deux jours en termi­nale A4, Mylène annonce à Margue­rite et Max, aussi catas­tro­phés l’un que l’autre, qu’elle snobe le bac pour deve­nir moni­trice d’équi­ta­tion. Elle quit­tera en fait ses parents pour leurs doubles: Laurent Bouton­nat et Bertrand Le Page. Le premier, qui la choi­sit pour chan­ter sa comp­tine sur mesure Maman A Tort, se montrera aussi doux et patient que son père, décédé avant le succès, en 1982. Le second, son premier mana­ger, sera aussi exigeant que sa mère. Certes, il lui appren­dra à incar­ner son corps et à en faire un objet de désir. Mais il n’aura de cesse de lui répé­ter: «Tu es divine, mais tu ne seras jamais belle.» Jusqu’à ce qu’elle le congé­die et qu’il se suicide, en 1999.

Les liens se desser­re­ront avec Bouton­nat, après l’échec de leur film Gior­gi­no… Libé­rée de toute rela­tion trian­gu­laire, Mylène s’épa­nouit aux côtés du produc­teur Benoît Di Saba­tino, depuis 2001. Nul rapport de force ou de séduc­tion ambi­guë entre eux. Dans le clip de son nouveau single, Appelle Mon Numéro, que Benoît a réalisé, la belle offre même un nouveau visage, moins tour­menté, plus souriant. Le même qu’elle présente aujourd’­hui à sa mère lors de leurs déjeu­ners domi­ni­caux…

Thomas Durand pour le magazine Galla 

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Mylène se demande encore A QUOI JE SERS

Posté par francesca7 le 28 mars 2016

 

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À QUOI ELLE SERT ? 
Le décor est planté : nous sommes en mai 1989, Mylène vient d’achever une série de concerts au Palais des Sports, ses tous premiers concerts, et s’apprête à partir sur les routes de France et de Navarre (Belgique, Suisse, Nord-Pas-de-Calais) à la rencontre de son public pour cette première tournée qu’elle voit « à la fois comme une mort et comme une naissance. ». Une mort dont le diptyque « A Quoi je Sers… / La Veuve Noire » sera le requiem…
(Musique dramatique)

TU PÉRIRAS CE SOIR DE MAI
Ces premiers concerts sur la scène du Palais des Sports sont une étape essentielle dans la carrière de Mylène Farmer, surtout car ils signent la fin d’un cycle, le premier. Et oui, en l’espace de cinq ans, la petite Mylène aux boucles brunes qui chantait « Maman a tort » avec sa veste rose fluo sur les plateaux de FR3 Midi-Pyrénées a bien changée ! Nous en sommes en 1989, et telles des SDF dans un squat sordide de la banlieue rouennaise qui redoutent la fin de la trêve hivernale, les chanteuses made in 80’s redoutent quand à elles le passage à la décennie suivante. Et Mylène n’y échappe pas. Elle aussi a peur ne pas voir l’aube de cette décennie nouvelle qui verra naître les sitcoms AB, les chanteurs AB, les jeans tailles hautes, les t-shirts fluo, le Bigdil, les Pokémons, Lââm, Larusso, Sandy Valentino… ainsi que votre serviteur ! Et quitte à ce que tout s’arrête, autant finir en beauté. C’est ainsi que Boutonnat et Farmer concoctent peu après le Palais des Sports un 45-trs inédit intitulé « A quoi je sers… », et sa face B, « La Veuve Noire ». Deux titres fatalistes à souhait dans la pure tradition Farmer ‘première cycle’.

 

PISCINE PARTY
Le 45-trs sort le 17 juillet 1989, la pochette est illustrée, comme toutes les pochettes des singles de Mylène de 1988 à 1992, par une photo de Marianne Rosenstiehl-Sygma (C’est son nom de jeune fille), prise dans la loge de Mylène au Palais des Sports, tout un symbole ! Il ne laisse pas les médias indifférents, qui se demandent alors pourquoi Mylène, qui est au sommet de sa gloire et de son art voudrait bien mettre fin à sa carrière Car à ce moment là, la belle ne calme pas le jeu en laissant planer le doute quand à des possibles adieux. Et le clip qui accompagne le morceau enfonce le clou : on peut y voir Mylène traverser un fleuve qui fait furieusement penser au fameux Styx, si cher à son coeur, avant qu’elle ne retrouve tous les personnages cultes de ses précédents clips et qu’in fine, ils s’avancent tous ensemble vers le fond pour, on le devine, une noyade collectifve C’est tellement gai ! Et c’est de cette façon que Boutonnat et Farmer commencent à enterrer, ou plutôt noyer dans le cas présent, un cycle de cinq ans qui a atteint son apogée grâce au spectacle de 1989, dont ils ne tarderont pas à détruire le décor, toujours sous l’œil de la caméra de Boutonnat, pour dire que oui, même si l’histoire n’est pas terminée, une page se tourne. Et il faut dire que ça en jette un max’ quand même.

REQUIEM POUR L’ÉCHINE
Même si « A quoi je sers… » ne sonne pas le glas de la carrière de Mylène, il est néanmoins un préambule à ce que va être la « nouvelle Mylène Farmer ». Premier changement, même si cela peut paraître anodin, « A quoi je sers… » est le premier 45-trs de Mylène Farmer co-édité chez Requiem Publishing, société d’édition musicale fraichement créée en compagnie de Laurent Boutonnat, l’autre moitié des éditions revenant toujours à Bertrand Lepage, qui a édité tous les titres de Mylène Farmer depuis 1984. Or cette petite histoire d’ordre purement financier a mis de l’eau dans le gaz dans leur relation, Lepage n’ayant pas trop apprécié que Farmer et Boutonnat commencent à prendre leur indépendance. En octobre 1989, Mylène Farmer confessait « Aujourd’hui je suis à la fin d’un cycle. Il va y avoir des choix à faire, je ne sais pas encore lesquels« . Le premier choix sera pris deux mois plus tard à la fin de la tournée lorsque Mylène remercia (vira) Bertand Lepage, ne supportant plus ses excès en tout genre.

 

LA PROMO ? À QUOI CA SERT ? 
Autre changement, c’est à partir de ce titre que Mylène commencera à s’effacer de la scène médiatique, passant de Mylène ‘la mystérieuse’ à Mylène « l’inaccessible »., et qu’elle limitera ses prestations télévisées. Ainsi « A quoi je sers… » n’aura le droit qu’à seulement trois passages télévisés (comparé à la douzaine de prestations pour « Pourvu qu’elles soient douces » c’est pas grand chose !), mais sur trois prime-time de TF1, à grande écoute donc. Mylène devient une star et se permet d’avoir les exigences qui vont avec son statut (adieu profil gauche…)

Qui se demande encore à quoi sert « A Quoi Je Sers… » ?!

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Thierry Suc met Mylène dans un écrin

Posté par francesca7 le 23 mars 2016

 

LE manager de Mylène Farmer est aussi l’un de ses amis intimes, comme l’a évoqué Thierry Suc à plusieurs reprises (notamment lors d’interviews données en 2009 lors de la mise en vente des places de la tournée de Mylène, où Thierry Suc explique que c’est avec Mylène qu’il a « ses plus beaux fous rires »). Ils se rencontrent en 1989, lors de la première tournée de Mylène, que Thierry Suc produit. Par la suite, lorsque Mylène se sépare du manager de ses débuts Bertrand Le Page, c’est Thierry Suc qui le remplace. Près de 25 ans plus tard, il est toujours le manager et producteur des spectacles de Mylène Farmer.

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Thierry Suc : «Je mets dans un écrin tous les désirs de Mylène Farmer»

Dans le show-business depuis 30 ans, Thierry Suc organise notamment les tournées de Calogero, Florence Foresti ou Louis Chedid. Manager et producteur de Mylène Farmer, il connaît parfaitement l’artiste.

Thierry Suc, 52 ans, n’a rien à voir avec la caricature du producteur à gros cigare, bagues en or et langage imagé. L’homme est posé, affable et souriant. Chez lui, aucun signe extérieur de richesse ou de pouvoir. Juste la volonté du travail bien fait, jusque dans le moindre détail, et l’envie de désacraliser un peu sa plus grosse cliente, la mystérieuse Mylène Farmer. Vous souvenez-vous de votre première rencontre avec Mylène Farmer ?

C’était à Paris, en 1988, dans un restaurant. J’ai tout de suite eu conscience que c’était une artiste hors du commun. Dès l’année suivante, j’organisais une semaine de concerts au Palais des sports, à Paris. Chaque soir, la salle de 5 000 places était bourrée. Le phénomène était déjà là et il n’a cessé de s’amplifier depuis.

Pourquoi une telle fidélité depuis si longtemps ?

J’aime travailler avec Mylène parce que c’est une artiste complète. Elle s’intéresse à tous les aspects d’un spectacle : la technique, les costumes, les images, l’affiche… et la musique bien sûr. Elle connaît tout, sur le bout des doigts, pour tous les corps de métiers. Monter sur scène est un aboutissement. Mais avant cela, il y a eu 18 mois de réunions, de préparation. Pour Mylène, c’est sa façon, sa raison de vivre.

Comment expliquez-vous l’aura dont jouit Mylène Farmer ?

On ne peut pas tout expliquer. Nous avons une chance inouïe, incroyable. Ce que je constate, c’est que quand Mylène arrêtera, aucune autre artiste ne pourra la remplacer de cette manière. Elle est extraordinaire. Et l’attachement du public est du même ordre, tellement fort. Qui est capable de vendre 155 000 billets en une journée un an avant sa tournée ?

Quelle relation entretenez-vous avec l’artiste au quotidien. Est-ce facile de travailler avec une diva ?

Je suis producteur de tous ses spectacles depuis 1989 et je n’en ai pas manqué un seul. Le fait d’être le manager de Mylène Farmer évite les conflits avec elle. Je suis là pour mettre dans un écrin tous ses désirs. Nous travaillons toujours en collaboration. De toute façon, Mylène ne se met pas sur un piédestal. Elle est très proche des créateurs, de toutes les équipes. L’ambiance est très joyeuse. Un spectacle, c’est une famille de 130 personnes qui se crée. Nous sommes un peu tristes d’être si près de la fin de la tournée. Le 6 décembre à Nice, nous nous séparerons après 5 mois passés ensemble.

Aucune prolongation de la tournée n’est prévue ?

Non. Celle-ci a été fabuleuse. Nous avons constaté à nouveau une ferveur incroyable. Particulièrement à Minsk, Moscou et Saint-Pétersbourg fin octobre et début novembre. Chaque soir, 20 000 spectateurs reprenaient les chansons en phonétique.

La prochaine tournée est-elle déjà programmée ?

On ne sait pas encore s’il y en aura une. La décision de remonter sur scène appartient à Mylène. Aujourd’hui, rien n’est décidé.

Dernier concert de Mylène Farmer au Zénith de Toulouse samedi 30 novembre à 20h30. Complet.


«Elle ne fait jamais de caprice»

sucLors des tournées, la vie de Mylène Farmer reste dictée par le spectacle à donner le soir. «Mylène arrive très tôt à la salle, explique Thierry Suc. Elle participe aux répétitions, se soumet aux maquilleuses, aux coiffeuses. Sa vie est très rythmée et le travail reste prépondérant. Le soir, elle rentre à l’hôtel et dort. Le lendemain, après le déjeuner, il est déjà temps de retourner à la salle.» A l’hôtel ou dans sa loge, Mylène Farmer ne réclame rien d’extraordinaire. «Dans sa loge, elle aime simplement ses objets à elle, ses fétiches et notamment beaucoup de livres. Mylène ne boit pas, n’exige rien, ne fait pas de caprice. C’est l’artiste la plus simple que je connaisse et je crois que c’est la marque des grands. Les caractériels, ceux qui sont arrogants avec les équipes ne m’intéressent pas», conclut Thierry Suc.

Propos recueillis par Jean-Marc Le Scouarnec

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« FÊTE » COMME CHEZ VOUS RECOIT MYLENE

Posté par francesca7 le 12 mars 2016

Lorsque l’émission commence, Marc Bessou salue le public et les téléspectateurs et présente le sommaire de l’émission. Il finit en annonçant Mylène Farmer qu’on retrouve aussitôt sur le plateau, habillée d’un très beau tailleur blanc, assise par terre sur un coussin, les cheveux attachés en arrière pour chanter « Ainsi Soit Je… ». Une fois la chanson terminée, Mylène rejoint, sous les applaudissements du public, Marc Bessou qui tient à la main le 33-trs de l’album « Ainsi Soit Je… ».

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Marc Bessou : Merci Mylène !

Mylène Farmer : Bonjour.

MB : Vous allez bien ?

MF : Très bien !

MB : Je consultais, tout en vous écoutant – tous les sens sont comme ça rassasiés à la fois : l’oreille et la vue – un album que voici, que voilà, je le montre ici (il montre le 33-trs à la caméra), où il y a effectivement « Ainsi Soit Je… », « Sans Contrefaçon », « Allan », qu’on écoutera tout à l’heure, et puis plus surprenant peut-être il y a « L’Horloge » de Baudelaire. Mise en musique ?

MF : Oui.

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MB : C’est un choix de votre part ? Un choix qui peut étonner…

MF : Absolument, oui, oui. Qui est tiré du livre « Spleen et idéal » de Baudelaire, et c’est un de mes poèmes préférés, oui.

MB : C’est pas facile de mettre en musique un poème qui existe : est-ce qu’on a pas l’impression de faire quelque chose d’un peu sacrilège ?

MF : Pas vraiment ! Moi je dirais que c’est un réel plaisir que de parler sur une musique, et là en l’occurrence, la musique a été faite avant le texte, enfin avant le choix du texte, en tout cas (sourire amusé) et ça m’a paru évident que de greffer Baudelaire sur cette musique.

MB : Ca fait maintenant un certain nombre de disques, plus d’une demi-douzaine de 45 tours. On peut dire que vous avez là maintenant cette fois-ci, définitivement semble-t-il, une carrière qui est posée. Quand on démarre dans ce milieu, même si on a un vrai succès, rien n’est jamais acquis, quoi, on sait pas du tout si ça va fonctionner, c’est quand même sur la durée que ça compte. Donc ça fait, là, trois ou quatre ans déjà !

MF : Ce qui est surtout très, très important, c’est qu’un album marche, et en l’occurrence celui-là marche très, très bien et ça c’est formidable pour un artiste.

MB : C’est vrai que c’est un discours classique, d’entendre les chanteurs dire que l’album c’est ce qui est le plus le reflet de la personnalité, c’est vrai. Vous le revendiquez, ça ?

MF : Certainement ! Là, j’ai deux albums : le deuxième album se rapproche encore plus de moi, je pense. Le troisième, j’avoue que je ne sais pas du tout ! (rires)

MB : On n’en est pas là, c’est aller un peu vite en besogne ! C’est assez drôle parce qu’à le fin, je vois qu’il y a… (il regarde le verso du 33-trs) ça termine quand même plutôt bien : ça termine par « Déshabillez-moi », enfin ça termine pas tout à fait, je suis un peu malhonnête. Enfin, l’avant-dernier, c’est ça. Et puis après « Déshabillez-moi », c’est « The Farmer’s Conclusion ». On pourrait d’ailleurs presque dire les titres, ça a un sens si on réfléchit (il énumère les titres de l’album) : ça suit une forme de cohérence.

MF : Je pense qu’il y a une cohérence. J’espère, en tout cas !

MB : Vous savez ça, on vous l’a dit souvent, des tas de fois d’ailleurs, vous êtes un personnage un peu étonnant : on arrive souvent pas très bien à vous placer par rapport aux gens qui font votre métier. Je suppose que…

MF : Laissons les choses comme ça, alors ! (rires)

MB : On laisse les choses comme ça ?!

MF : Oui !

MB : Bon ! On écoute tout à l’heure « Allan ». Merci, Mylène Farmer.

MF : Merci à vous. Et merci au public !

MB : Restez comme ça !

L’émission continue avec différentes chroniques. En toute fin d’émission, Mylène est de nouveau sur le plateau, dans la même tenue mais cette fois avec des gants noirs, pour interpréter « Allan » face à un micro à pied, ce qui fait que Mylène reste relativement statique durant la chanson. Notons que la version de la chanson est inédite sur disque, puisque ici le pont musical est raccourci.

Article du 05-mai-88 – parution ANTENNE 2

 

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EUROPE 1 pour Mylène F.

Posté par francesca7 le 24 février 2016

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18-oct-95 : Entretien avec Jean-François RABILLOUD

Jean-François Rabilloud : Mylène revient. Vous connaissez peut-être son dernier clip, mais c’est le nouvel album de Mylène Farmer qui sort cette semaine, ça s’appelle « Anamorphosée ». Bonjour, Mylène Farmer.

Mylène Farmer : Bonjour.

JFR : Dans le dictionnaire, l’anamorphose c’est l’image d’un objet déformé par un dispositif optique, une déformation. Pourquoi vous avez choisi ce titre ?

MF : J’ai choisi « Anamorphosée » parce que j’ai pensé à ma perception du monde qui s’est élargie, et l’idée de l’anamorphose c’est pour moi le moyen de rassembler toutes ces impressions, tous ces sentiments pour n’en faire qu’un et pur.

JFR : C’est ça, ça veut pas dire que c’est un monde déformé que vous voyez…

MF : Absolument pas, non. Non.

JFR : Alors, il y a une douzaine de chansons – douze chansons – dont la musique est signée Laurent Boutonnat et les paroles Mylène Farmer. Ca a été écrit aux Etats-Unis ?

MF : Oui, à Los Angeles.

JFR : Est-ce que l’air du temps, si ce n’est l’actualité, vous ont inspirée dans cet album ?

MF : Fatalement. Je parle de moi, mais je parle de l’autre. Oui, le monde m’intéresse.

JFR : Vous n’êtes en France que depuis un mois, après donc ce séjour prolongé aux Etats-Unis. (Mylène acquiesce) Comment est-ce que vous avez retrouvé la France ? Dans quel climat, sur fond d’attentats, puisque vous êtes arrivée il y a un mois, donc, c’est ça ? (à l’été 1995 se sont produit coup sur coup deux attentats, l’un très meurtrier à la station de RER Saint-Michel et l’autre à proximité de l’Arc de Triomphe suivis en septembre d’autres tentatives toujours à Paris, nda)

MF : Oui. Climat extrêmement difficile, extrêmement lourd. Paris est plombé et ma foi, c’est difficile d’y trouver un sourire.

JFR : Vous sentez ça en marchant dans la rue ? C’est quelque chose de pesant ?

MF : Je crois que le ciel est bas. Bas et lourd ! Et puis ma fois, l’actualité et puis je crois si c’est presque vibratoire…

JFR : Vous trouvez que ça se sent…

MF : Oh oui ! Oui. Bien sûr.

JFR : Et quand on marche dans les rues de Los Angeles, on sent quoi par rapport à Paris ?

MF : C’est plus spacieux, je dirais. Peut-être que c’est plus hypocrite, dans le fond !

JFR : Vous trouvez pas que les français réagissent bien, finalement ? Que les gens se comportent pas mal ? Que ça soit les parisiens ou les autres…

MF : Qu’est-ce que vous entendez par ‘se comporter mal ou bien’ ?!

JFR : Ils gardent leur calme, par exemple…

MF : Ca, je ne sais pas. Je ne sais pas bien. Je ne vais pas dans le métro, je suis quelqu’un dans le fond de très protégée. Ils vivent probablement très, très mal. Est-ce qu’ils sont calmes, je ne le pense pas.

JFR : Vous dites qu’on sent ce mal de vivre à Paris : vous allez repartir, vous, aux Etats-Unis ou vous restez là, en France ?

MF : J’ai envie de bouger, j’ai envie du voyage. Maintenant, repartir aux Etats-Unis, je ne sais pas mais c’est vrai que ça donne en tout cas, oui, l’envie que de partir, c’est vrai.

JFR : Aux Etats-Unis, il y a toujours plein d’actualité : la solidarité, par exemple, retrouvée entre Noirs américains et le succès d’une grande marche de ces Noirs américains sur Washington. Est-ce que vous pensez, par exemple avec votre expérience américaine, que les deux communautés noire et blanche finiront par vraiment vivre ensemble un jour ?

MF : Ca, je ne sais pas. C’est pas à moi de me prononcer. C’est le souhait de tout un chacun, maintenant c’est vrai que ça paraît presque utopique.

JFR : On a fait des progrès, quand même !

MF : On a fait des progrès, mais c’est vrai que la violence est j’oserais dire inhérente à ce pays. C’est vrai qu’il y a ce conflit qui est là. Une fois de plus, on le voit quand on se promène dans Los Angeles. Je ne suis pas sûre de l’avoir, moi, rencontré, maintenant c’est vrai qu’il y a des quartiers qui sont plus difficiles et que c’est quelque chose qui est omniprésent, oui.

JFR : Vous me disiez que vous êtes arrivée aux Etats-Unis au moment où commençait le procès Simpson (long procès très médiatisé à l’époque du comédien O.J. Simpson, accusé d’avoir assassiné son ex-femme et l’amant de celle-ci, nda). Vous l’avez suivi, là-bas ? C’était impossible de ne pas la suivre !

MF : Presque malgré moi, j’oserais dire ! (rires) C’est vrai que c’est assez passionnant et assez dérangeant : c’est du voyeurisme mais c’est aussi de l’information. Nous ne sommes pas éduquées et habitués à pénétrer…

JFR : (il la coupe) Donc vous tranchez pas ? Vous dites que c’est trop de reportages à la télé, trop de direct sur ce procès, par exemple ou est-ce que c’est bien ?

MF : Non, je pense que c’est trop. C’est allé trop loin, mais c’est tout de même passionnant.

JFR : Vous avez une idée, comme on en a tous une, sur sa présumée culpabilité ? Il est coupable, il est pas coupable ?

MF : Ha non. Je ne me permettrais pas de dire quoi que ce soit sur ce sujet parce que c’est…

JFR : Et pourtant, toute l’Amérique a un avis là-dessus, pour ou contre…

MF : Tant pis pour l’Amérique !

JFR : Vous êtes rentrée en France il y a quelques temps : les collections, par exemple, c’est aussi l’actualité à Paris. Vous allez beaucoup aux défilés ?

MF : Non. Très, très peu mais j’avais très envie d’aller voir le défilé de Jean-Paul Gaultier (auquel Mylène a en effet assisté la veille de la diffusion de cet entretien, nda). J’aime beaucoup ce créateur.

JFR : Pourquoi ? Qu’est-ce qu’il a de plus que les autres ?

MF : De plus ? Peut-être la fantaisie. Mais il a surtout un grand talent, il a une grande maîtrise de son métier. Une folie, peut-être, en plus, oui…

JFR : Le coup de cœur de Mylène ces jours-ci, qu’est-ce que c’est ?

MF : Depuis un petit moment, c’est un livre que je crois beaucoup, beaucoup de personnes ont découvert, qui est « L’Alchimiste »…

JFR : Oui, qui est un gros, gros succès de ces dernières semaines…

MF : Oui, qui est un livre qu’on a plaisir à conseiller, et c’est une très, très jolie histoire.

JFR : Alors on va se quitter sur un hymne à l’amour, quoi ! « XXL », c’est l’une des chansons de cet album. En résumé, c’est ‘on a tous besoin d’amour’, c’est ça ?!

MF : Oui, c’est ça ! (rires) Merci !

Diffusion d’un extrait de « XXL » pour clore l’entretien.

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MYLENE DANS LE SALON D’UN PALACE PARISIEN

Posté par francesca7 le 19 février 2016

 

Dans le salon d’un palace parisien, Mylène livre avec Guillaume Durand la plus longue interview donnée à l’occasion de la sortie du film. Choisissant ses mots avec (trop de) soin, Mylène répond longuement et parfois laborieusement aux réflexions confuses d’un Guillaume Durand qui semble cependant passionné.

Guillaume Durand : (…) Un film, il faut le vendre. Vous qui êtes si timide, ça vous barbe pas tout ça ?

Mylène Farmer : Je ne sais pas si ‘barber’ est le mot juste, mais c’est un exercice difficile pour moi.

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GD : Est-ce que vous avez un petit peu peur, un petit peu d’angoisse parce que un film, c’est pas comme une tournée, c’est pas comme un disque : c’est énormément de travail et tout se joue en une semaine. Quel effet ça vous fait ?

MF : C’est quelque chose de presque inhumain. C’est difficile, c’est difficile. Je crois que je serai contente le jour où ça sortira, et essayer de se déposséder de la chose totalement…

 GD : Alors, « Giorgino » : ça fait combien de temps que ce projet existe pour vous ?

MF : De mémoire, parce que…C’est huit années, je dirais. Et réellement, l’écriture a commencé il y a trois ans. Et il a vu le jour il y a environ un an et demi, je crois.

GD : Donc ça vous a occupée toutes ces dernières années, quoi. L’obsession, c’était de faire ça…

MF : Oui. Surtout Laurent Boutonnat, je dirais, le réalisateur. Moi, j’ai eu beaucoup plus de temps libre, assez pénible là aussi parce que n’ayant pas la faculté que de me tourner vers la musique, puisqu’il est le compositeur. Donc ça a été une période très longue et pas très agréable.

GD : Alors pourquoi fait­-on quelque chose qui n’est pas très agréable à vivre? Quelle est l’exigence de fond ?

MF : La passion, je dirais. D’abord, je pense que c’est un besoin pour moi que de faire des choses, à savoir ou l’écriture, ou des films, créer quelque chose. Faire les choses en termes de plaisir, dans le fond, ce n’est peut-être pas très, très important ou si important. Je crois que ça se passe à une autre dimension.

GD : C’est vraiment quelque chose, on parlait tout à l’heure d’exigence, c’est une importance de la liberté ou… ?

MF : Parce que je ne sais pas gérer cette liberté, de même que j’ai besoin du regard de l’autre pour exister, même si ça paraît quelque chose d’assez dramatique comme confidence ! Mais cette liberté, je la trouve réellement dans mon métier, dans le fond.

GD : Alors, on va évidemment pas raconter le film, parce que les films sont faits pour être vus. On va simplement, avec la bande-­annonce que vous avez eu la gentillesse de nous confier, avoir un petit peu une idée de l’ambiance du film et puis on va parler justement de ce monde qui vous habite et qui habite aussi Laurent Boutonnat. D’abord, donc, des extraits de ce film.

Diffusion de la bande-­annonce de « Giorgino ».

GD : Voilà donc pour le climat du film. Alors pourquoi ce film commence en novembre 1918, si ma mémoire est bonne ? Pourquoi cette date ?

MF : Je vais essayer de répondre pour Laurent Boutonnat. Il me semble qu’il voulait…La guerre 14­18 est en toile de fond, réellement. Je crois que ce scénario est né d’un désir de femmes, de femmes rudes et violentes, donc dans un univers de guerre. Donc c’était plus facile pour lui, j’imagine. C’est difficile pour moi que de répondre à sa place. Pourquoi la guerre de 14­18 ? Parce que c’était une période extrêmement difficile. Avoir des femmes esseulées, c’est un moment qui est effectivement, la guerre, propice pour…

GD : Mais ça vous touche parce que vous connaissez, comme tout le monde, ce qui s’est passé justement à cette époque-­là : bon, non seulement il y a la mort, et elle est très présente aussi dans le film, mais il y a cette idée aussi que ce sont les femmes qui prennent la société à bras-le-­corps. C’est une idée qui vous touche, ça ?

MF : Si je ne porte mon regard que sur ce groupe de femmes : non, définitivement pas ! (rires) Mais une société de femmes, non en aucun cas, dirigée par les femmes, non, je pense qu’une balance, une bonne balance est ce dont nous avons tous besoin.

GD : Alors, le climat on en parle. C’est vrai que souvent quand vous avez fait des clips, des clips longs, des clips qui étaient proches du cinéma on s’est dit « Ça y est, Boutonnat va certainement faire un film, Mylène Farmer a envie de faire un film », maintenant le film est là.

Mais ce climat qui est à la fois historique et à la fois fantastique, il vient d’où ? Pour lui, forcément il répondra d’un coté, mais pour vous, pour l’avoir accepté c’est que ça vous touche aussi…

MF : Moi, c’est plus une grande confiance en Laurent Boutonnat et en son travail. Quant à l’univers, j’ai aimé le scénario et j’ai aimé le personnage de Catherine. Maintenant, essayer de réfléchir… Non, c’est plus des sensations, des odeurs et moi, cette sensation que de pouvoir justement mettre quelque chose dans ce personnage.

GD : C’est quand même pas un monde ordinaire, parce que donc, on va pas raconter, on a dit tout à l’heure le déroulement mais on peut raconter un petit peu le début. Donc, c’est un jeune médecin, il sort, il est démobilisé, il s’occupait d’un asile d’enfants et il essaye de retrouver ces enfants. On a tout une, comment dirai-­je…c’est un itinéraire, au fond…

MF : Oui, tout à fait, oui.

GD : …qui est un itinéraire initiatique. Ça se passe dans la neige, c’est à la montagne, c’est très beau, il y a un père, il y a les femmes qui fument, enfin ce sont des images qui sont des images rares au cinéma.

MF : Je le pense, je le pense. Je pense que son cinéma est rare. Il a une façon de filmer et de raconter des histoires qui lui sont très, très personnelles.

GD : Alors mettez vous à sa place : pourquoi ce monde-là le touche, lui ?

MF : Moi je crois que je ne pourrai pas répondre à sa place. Pour avoir moi­-même posé ces questions dans le fond et lui ne trouvant pas de réelles réponses quant à ces fondements, pourquoi être attiré plus par quelque chose ou autre chose, je ne sais pas bien. C’est comme la peinture, dans le fond : pourquoi est­-ce qu’on est attiré par un peintre ? Moi je crois que je ne saurais pas l’expliquer. Pourquoi tel peintre plutôt que celui­-ci ?

GD : Mais c’est un monde qui est quand même très poétique et qui est très détaché, enfin qui parle un petit peu du réel, on en a parlé un petit peu au début, il y a la guerre de 14, il y a des professions, il y a des gens, il y a des solitudes, il y a des gens ensemble, il y a beaucoup de violence. Mais en même temps, c’est très onirique.

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MF : Oui. C’est sans doute cette attirance pour tout ce qui est conte, l’irrationnel peut­-être, la poésie je pense, oui. Mais des choses qui peuvent faire partie de notre monde et de notre vie de tous les jours, mais c’est vrai qu’il a une attirance pour ça. Maintenant, je suis en train de m’embrouiller parce que je ne sais pas bien pourquoi ! Si ce n’est que j’en reviens à, ne serait­ce que moi, un paysage… Je préfère un paysage, je vais vous dire, fracassé qu’un paysage avec des pommiers en fleurs. Pourquoi, je ne le sais pas. Ce sont des choses, comme ça, qui vous appartiennent.

GD : Qui vous sont donc sensibles, qui sont exprimées très largement. Alors il y a aussi une autre chose qui est très particulière dans le film, bon on va pas comparer avec des metteurs en scène comme Visconti parce qu’il y a pas de rapport, mais c’est vrai qu’il y a un parti pris, on va dire, de lenteur. Parce que si on dit ça, les gens vont dire « On va pas y aller, c’est lent » ! C’est pas du tout lent et ennuyeux, mais c’est volontairement, comment dirais­-je, c’est un rythme comme ça, un peu comme une espèce de mélopée.

MF : Parce que justement, j’en reviens à ces odeurs, à toutes ces choses. Je crois que ça prend du temps pour des personnages, plutôt que justement ce cinéma très monté, très rapide et des personnages qui sont rétrécis, qui ont cette valeur. Je crois que lui justement allait vers une expression plus lente et plus, moi j’oserais dire plus enrichie, mais ça n’engage que moi. Plus généreuse, peut­-être.

GD : C’est vrai que c’est un peu le contrepoids de tout ce dont on parle beaucoup actuellement, de Quentin Tarantino à Luc Besson, où ce sont des hommes en blanc et noir qui deviennent…

MF : Oui, qui ont du talent. Mais c’est vrai que c’est, je pense, une autre expression, une autre façon de raconter les choses.

GD : Comment devient-­on ­ pardonnez-­moi la question ­ mais comment devient-­on justement quand on est chanteuse, quand on fait de la scène, comment devient­-on actrice ? Même si on a fait des clips, ça, ça doit pas être une expérience finalement si facile que ça.

MF : C’est quelque chose que je pense, et sans prétention aucune, avoir en moi. En tout cas, je l’ai souhaité et je le veux depuis tellement longtemps. La chanson est venue à moi un peu par hasard, j’avais envie moi de jouer. J’ai suivi des cours de théâtre, mais ça on s’en moque un peu. C’était simplement un passage, comme ça, dans ma vie. Une envie de jouer, une envie d’interpréter les personnes qui sont autres que moi-­même et cette chose, enfin ce côté ludique quoi, qui est…

GD : …qu’on trouvait énormément dans les clips.

MF : Qu’on trouvait déjà dans les clips, mais en mode tellement rétréci. Mais malgré tout, c’est vrai que c’est comme ça que j’ai pu, bon indépendamment de l’écriture, de la scène, de tout ce qui fait que ce métier est vraiment passionnant, qui m’a fait tenir quand même, parce que c’est long ! J’ai attendu presque dix ans pour réellement faire un premier film. C’est long… (rires)

GD : Oui mais justement alors, est­-ce que ça veut dire que maintenant, parce que finalement quand un film est terminé, c’est vrai que vous allez être délivrée par le fait qu’il sorte, de savoir s’il y a un accueil avec le public, on vous le souhaite évidemment, c’est normal, mais est-­ce que immédiatement, maintenant, vous vous dites « C’est une autre carrière qui commence et c’est vers ça que je veux aller définitivement ». Et es-ce qu’il va falloir attendre longtemps que lui refasse un film, ou est-­ce que vous pouvez tout à fait imaginer de jouer, travailler avec d’autres metteurs en scène ?

MF : Non, je crois qu’aujourd’hui je peux réellement imaginer travailler avec quelqu’un d’autre. Maintenant, je pense que je serai difficile dans mes choix, je le sais. Aussi bien par rapport au réalisateur que l’histoire elle-même. Donc je pense que je, si je puis me projeter sur quelque avenir, faire très peu de films, certainement. Certainement.

GD : Et qu’est­-ce que vous aimez, alors, justement ? Parce que ce cinéma de climat est un cinéma bien particulier, alors qu’est­-ce que vous aimez, vous ?

 MF : Je crois avoir des goûts très éclectiques. Je vais essayer de…J’aime beaucoup Jane Campion, tous ses films, ses premiers films également. J’aime Oliver Stone, j’aime Kubrick, j’aime David Lean, j’aime David Lynch, Bergman…

GD : Donc, c’est un goût éclectique, quoi…

MF : Oui. Oui, dans le fond oui. GD : Mais pas très français, d’après la liste que vous venez de donner ! MF : Polanski, heu… (rires)

GD : Ha oui, c’est toujours du cinéma où il y a beaucoup de spectacle, ou au contraire beaucoup d’onirisme, beaucoup de choses qui sont quand même… C’est pas le mari, la femme et l’amant qu’on trouve !

MF : Non, j’aime les choses qui ont une âme, une histoire et une magie, et qui portent le spectateur. Je peux moi­-même être un spectateur qu’on qualifie de moyen, mais c’est­-à-­dire ne pas avoir cet œil trop critique. Et si un film m’emmène, si une histoire m’emmène, mais c’est magique ! C’est la chose la plus magique, je crois.

GD : Alors à la fin, le héros, Jeff Dahlgren, et vous, vous vous retrouvez dans un cimetière. On va pas dire ce qui se passe, mais c’est vrai qu’il y a quand même comme en peinture, puisque vous avez parlé de peinture, une espèce d’imagerie qui existe : des croix, des églises etc., etc. Ça vient d’où tout ça ?

MF : Ce que cela peut suggérer, bien évidemment, mais d’un point de vue esthétique je crois aussi, qui est important. Une croix, c’est beau. Une tombe…Je trouve qu’une tombe, un cimetière est un endroit magique. C’est quelque chose une fois de plus que nous avons en commun, mais je crois que c’est expliqué par cette rencontre que nous avons eue et qui a été une rencontre fondamentale pour moi dans ma vie et assez immédiate. Donc en ce sens, je crois que c’est presque normal que d’avoir des mondes un peu communs et des attirances.

GD : Vous voulez dire que d’une certaine manière, peut­-être, il vous a aussi arrachée à ce qui pouvait être une carrière de show­-business traditionnelle, que vous n’avez jamais vraiment voulu mener.

MF : Que je n’ai, je crois, jamais menée quoiqu’il arrive ! Mais…envie de faire quelque chose, envie de faire ce long-­métrage et envie de prendre des risques.

GD : Alors comment s’est passé le tournage ? Parce que je suppose que les conditions, étant donné que ça se passe en hiver, en plus y a énormément de scènes qui se passent en hiver mais il fait beau en même temps, ce qui sont des conditions météos pas faciles à trouver parce qu’en général il fait pas toujours beau, ça a dû être un peu long et un peu compliqué. Alors, comment ça s’est passé ? Racontez­-moi…

MF : Le tournage était très, très long, je crois qu’il a duré cinq mois. Quant aux conditions de tournage, c’était difficile à cause du temps bien évidemment, parce que très, très, très froid. Donc par moments, même le tournage a dû s’arrêter parce que trop froid, parce qu’on ne pouvait presque plus jouer. Maintenant, je crois que toutes ces difficultés sont malgré tout inhérentes à un tournage. La réelle difficulté était je crois le…la difficulté de… (Mylène rit de ne pas trouver ses mots) j’allais dire la tension qui régnait sur ce tournage, la tension que toute cette chose que Laurent portait dans le fond qui est extrêmement lourde.

 GD : Vous vous êtes faits totalement, parce que finalement lui, c’est son premier film, vous c’est votre premier grand rôle, vous vous êtes faits mutuellement et définitivement confiance dès le début, ou tout d’un coup du coin de l’œil vous vous êtes un petit peu surveillés l’un l’autre ? Parce que c’est vous qui portez tout : et lui, et vous.

MF : Je crois qu’il y avait à la fois une grande confiance, puisque c’est vrai qu’on a très peu parlé du rôle par exemple. J’ai lu le scénario. Et une fois sur le tournage bien sûr, des indications de mise en scène. Mais de sa part, en tous cas, je suppose que c’est une confiance. ‘Regardés du coin de l’œil’, malgré tout de temps en temps. C’est-­à­-dire moi je l’ai quand même observé travaillant avec d’autres, puisqu’il y avait quand même beaucoup d’acteurs. Et parfois probablement des réactions assez violentes, oui, parce que c’est vrai que dans ces moments-­là, on vous dit « Moteur, action ! » et vous avez une espèce, d’abord d’angoisse profonde, et de demande qui est énorme quant à ou le regard ou même un mot, et que parfois ce mot n’arrive pas et que là on fait abstraction de toute une vie commune.

GD : Ça devient professionnel…

MF : Oui. Oui, dans le fond oui. Beaucoup plus cruel et plus…Mais je crois que c’était aussi essentiel. Je n’aime pas moi être trop protégée. J’étais réellement considérée comme une actrice engagée sur un film, et non pas comme le petit oiseau qu’on va couver. En aucun cas, non.

GD : On se retrouve dans un instant pour parler de ce film de Laurent Boutonnat, avec Mylène Farmer et Jeff Dahlgren. Flash info.

 GD : On se retrouve donc avec Mylène Farmer qui a la gentillesse de nous recevoir pour un film qui va, je l’espère, vous surprendre : « Giorgino », donc, de Laurent Boutonnat, avec Jeff Dahlgren. Alors est­-ce qu’on peut Mylène parler du fait que le film a été tourné en anglais ? Il est tourné en Tchécoslovaquie, il est tourné en hiver et en plus il est tourné en anglais. Pourquoi ? C’est pour rechercher la plus grande audience possible à travers le monde, ou c’est l’histoire…

MF : (elle l’interrompt) Non, sincèrement non. C’est parce que Laurent Boutonnat voulait travailler avec des acteurs comme Louise Fletcher, Joss Ackland, et a trouvé son premier rôle aux Etats­-Unis, donc c’est plus une volonté que d’aller vers des acteurs, donc une langue qui s’est imposée.

GD : Louise Fletcher, tout le monde connaît, c’était l’infirmière de « Vol au Dessus d’un Nid de Coucou » et donc qui parle français, si mes souvenirs sont bons et elle était très charmante. C’est pour aller vers ces acteurs­-là qu’il a choisi ce parti pris là ?

MF : Absolument, oui parce que…Mais lui-­même dit ça « J’aurais pu tourner ce film en espagnol, russe… ». Peu lui importait la langue, dans le fond.

GD : Alors donc un travail qui a été compliqué, et tout à l’heure vous nous disiez que c’était très difficile d’expliquer les raisons pour lesquelles vous étiez dans ce monde-­là, dans à la fois ces rêveries, cette poésie et aussi ces fantasmes. Et pourtant quand on essaie de trouver une logique à tout ça, parce qu’après tout il y a forcément une logique même si on la veut pas, la première chanson c’était « Maman a Tort », après c’était « Libertine », et maintenant c’est un film où il y a énormément de femmes, même si c’est une envie de l’auteur. Est­-ce que cette logique vous apparaît ou est­-ce que c’est un hasard total ? MF : Je pense que c’est un hasard. Mais là une fois de plus, c’est difficile, pardonnez-­moi de le redire… (rires)

GD : C’est pas grave !

MF : …parce que ce film, dans le fond, ne m’appartient pas, en tous cas son histoire et son…

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GD : Mais vous êtes sûre qu’il ne l’a pas écrit pour vous ? Parce que quand vous dites qu’il ne vous appartient pas, il l’a quand même probablement en partie, enfin il savait que vous alliez jouer le rôle principal de Catherine.

MF : Oui. Maintenant je… (elle cherche ses mots) G

GD : C’est du sur­-mesure, quand même…

MF : C’est une bonne couture. Est­-ce que c’est du sur­-mesure ? Je ne sais pas bien, mais là c’est peut-­être plus par pudeur, je ne sais pas bien. Est­-ce qu’il a écrit réellement ce rôle pour moi ? Je ne sais pas, parce que le personnage principal c’est peut­-être lui qui a voyagé avec lui le plus longtemps, et peut-­être que Catherine est arrivée plus tard, donc…

GD : Et est-ce que lui justement, sans sombrer dans une espèce de simplification extrême, est­-ce que lui il s’est vécu un petit peu comme Jeff Dahlgren, donc qui est le héros du film, à savoir ce médecin qui recherche des enfants ?

MF : Je crois qu’il est…Cette chose commune d’avec ce personnage, c’est cette âme d’enfant qu’il a en lui et cette quête, cette quête essoufflée. Je crois qu’il a ça en lui.

GD : Mais quand on a fait un film comme ça, qui est justement un film poétique, est-­ce que c’est, comment dirais-­je, vous savez que la critique en France n’aime pas trop le mélange des genres, ça peut être aussi bien un artiste qui a réussi dans un domaine qui est la variété, le fait de faire du cinéma, ça paraît presque pour beaucoup de gens qui sont extrêmement bien­pensants et extrêmement rigides…

MF : Obscène ? (rires)

GD : Oui. C’est pas obscène, mais on n’a pas le droit de changer de registre, et pourtant vous, vous avez ce besoin et vous en avez même exprimé tout à l’heure l’envie. Ça vous gêne qu’on vous oblige à vous enfermer dans un même registre ?

MF : L’idée de l’enfermement me gêne. Maintenant, est­-ce que moi j’ai été gênée par ça : non. Non, parce que j’ai essayé au maximum de me protéger et de ne pas écouter, de ne pas entendre. Sinon, effectivement si on écoutait et si on entendait réellement, je pense que c’est trop mutilant. Non. J’oserais dire je me moque de ce qu’on pense et de ce qu’on dit. C’est presque vrai.

GD : C’est pour ça que depuis des années vous avez toujours choisi de faire votre métier, d’être extrêmement discrète sur vous, sur votre vie, enfin sur beaucoup d’aspects du travail d’artiste qui en général sont surexploités et plombent votre carrière ?

MF : Oui, parce que je pense… Moi, j’essaye de ne pas m’essouffler et de ne pas essouffler l’autre. Donc en ce sens, je suis obligée d’être absente. Et puis je crois que c’est ma nature profonde, tout simplement donc je n’ai pas à me faire violence pour ça.

GD : Et vous, quand les disques se vendent comme ça énormément, ça veut dire, bien au­-delà du succès commercial, qu’il y un intérêt profond entre un artiste et les gens. Vous croyez que les gens vous aiment pour quoi, au fond ?

MF : Je ne sais pas ! Non… (large sourire) GD : Pour ce mélange entre la fragilité et la provocation ?

MF : Je crois pour, s’il y a à trouver une expression, peut­-être pour la sincérité, parce que je crois que c’est une valeur qui existe toujours. Mais c’est difficile que d’exprimer pourquoi l’autre vous aime. Je ne sais pas…

GD : Et quand est-ce que vous vous êtes rendue compte, vous dans votre carrière, parce que en général les carrières de chanteurs démarrent, elles surfent un petit peu sur les vagues adolescentes, ça a été aussi le début de votre carrière quand vous avez chanté « Maman a Tort » etc. Quand est­-ce qu’on se dit « Moi, je vais faire autre chose », c’est­-à-­dire je pars sur ce plongeoir­-là mais je vais aller dans une autre piscine, quitte à être décrédibilisée un petit peu ?

MF : Là, vous parlez d’un genre plus que de changement radical de vie ?

GD : Non, pas de vie pour vous, mais quand est-­ce que vous vous êtes dit que vous alliez prendre au fond tout ça en mains, sérieusement pour obtenir, pour aller vers des objectifs précis ?

MF : Je crois, le goût du risque. Là encore, c’est…Le calcul n’y est pas pour grand­-chose, si ce n’est que une ‘carrière’, même si c’est un mot qui n’est pas très joli, c’est quelque chose qui se pense, qui se gère. Maintenant, c’est quelque chose qui, je ne sais pas, qui s’est construit comme ça…

GD : Petit à petit…

MF : Oui, qui s’est fait lentement. Mon début n’a pas été fulgurant. J’ai eu trois bonnes années pour apprendre mon métier et apprendre ce que j’aimais et ce que je n’aimais pas, dans le fond, par rapport à moi­-même et par rapport à l’extérieur également.

GD : C’est-­à­-dire ?

MF : C’est­-à­-dire de « Maman a Tort », qui a été un succès mais j’étais quand même encore pas très connue jusqu’alors. Et après il y a eu deux autres 45­tours qui étaient plus discrets. Et puis après, le fameux « Libertine » qui là a été réellement…les projecteurs ont été mis sur moi. Mais donc, pendant cette période… Enfin, tout ça pour essayer d’expliquer que ça n’a pas été quelque chose, comme ça, d’immédiat, on vous donne tout. Ça a été quelque chose d’assez progressif, donc probablement de moins perturbant pour moi.

GD : Donc d’une certaine manière, vous pouvez vous dire que la même attitude, vous allez, c’est donc la même expérience, vous allez l’utiliser pour le cinéma ? C’est-à­-dire que c’est quelque chose qui commence, vous êtes habituée aux hauts et aux bas de ce qui s’est passé dans la chanson, et comme vous semblez avoir derrière la fragilité une assez grande volonté, vous allez attaquer un deuxième monde, tranquillement et avec le temps. C’est ça l’idée ?

 MF : Oui, là c’est plus une façade sereine, qui en aucun cas n’existe, dans le fond, si ce n’est que là je suis plus posée que d’ordinaire. Mais c’est plus un parcours angoissant qu’autre chose. Maintenant, pour répondre à votre question, je le ferai effectivement avec un maximum de réflexion et de réelles envies. C’est­-à­-dire, me perdre dans quelque chose pour le rien : non, en aucun cas.

 GD : Donc, ça veut dire qu’il faut forcément trouver des textes extrêmement forts, des scénarios extrêmement forts…

MF : Ça va être de plus en plus difficile, je le sais. Mais c’est…

GD : Mais est-ce que vous avez envie, puisque vous avez dit tout à l’heure que vous aimez bien les choses très différentes, d’Oliver Stone à d’autres metteurs en scène, ça veut dire est­-ce que vous pouvez jouer une comédie, par exemple, par goût du fait de jouer ? Ou est-­ce que tellement pas dans votre registre que ça vous paraît surréaliste ?

MF : Si vous me proposez Woody Allen, je vous dis oui, j’accours ! (rires) Maintenant, tous les genres de comédie : non, je pense pas. Je ne sais pas, d’ailleurs, mais je ne pense pas avoir ce talent­-là, et peut­-être cette envie tout simplement. Une bonne comédie, oui c’est aussi intéressant et passionnant qu’un…

GD : Sûrement, mais je veux dire tout le monde a envie de jouer avec Woody Allen, parce que on entre sans frapper, enfin si jamais il vous appelle, on s’assoit, vous lui dites de s’asseoir et on lit même pas le scénario, à la limite ! Mais le monde, le fait de changer de monde, parce que c’est un monde tellement particulier, celui du film donc qui sort mercredi, que c’est vrai qu’il y a aussi le risque d’être cataloguée dans une espèce de fantastique, onirique…

MF : Ma foi, j’en ai pris le risque, et puis j’espère avoir la chance que d’avoir des propositions différentes. Je fais appel, j’allais dire, à l’intelligence du metteur en scène, plus qu’à quelque chose, comme ça, qui…

GD : Mais est­-ce qu’après on se dit pas, quand on a fait un film comme ça, ou quand on a eu une expérience comme ça qui est très profonde, parce que vous avez attendu plusieurs années, vous avez tourné pendant cinq mois, et puis c’est compliqué etc. et puis le film sort, est­-ce qu’on a envie après, j’allais dire, de retourner dans le travail d’avant ? Est­-ce que vous pourriez vous dire « Bon, ben maintenant, il faut s’y remettre », ou est-ce que vous y avez déjà pensé, écrit, travaillé, fait des musiques, ou pas du tout ?

MF : Non. J’ai eu pendant effectivement le tournage même, plutôt juste après le tournage, quand le tournage s’est terminé, une envie que de tout abandonner, tout délaisser. Pour aller vers quoi, c’était le point d’interrogation et plutôt une période d’anéantissement qu’autre chose. Aujourd’hui, oui j’ai très envie de retourner vers l’écriture, enfin mon écriture, en tous cas, pour essayer de découvrir des choses que je ne connais pas moi­-même, je suppose, parce que je ne sais pas ce que je vais faire, je ne sais pas ce que je vais écrire. Mais non, j’ai toujours cette envie. Je sais que si cette envie me quitte, j’arrêterai. J’aurai en tous cas cette honnêteté.

GD : Il y a quelque chose qui peut apparaître paradoxal, c’est que finalement vous êtes très pudique, réservée, timide, et en même temps vous faites des choses qui sont toujours, qu’elles soient habillées ou pas habillées, toujours un peu explosives. C’est jamais… Pourquoi ? MF : Parce que je crois que ça fait partie de mon propre paradoxe. C’est cette envie que de se cacher, cette envie de lumière et qui se reproduit dans le moindre de mes actes et pensées. C’est quelque chose de conflictuel mais nécessaire.

GD : Vous savez que par rapport justement aux années précédentes, on a appelé ça un peu pompeusement les années 80, celles qui s’annoncent sont plus tellement les années de la provocation. Mais quand je dis « la provocation », c’est pas la provocation au sens idiot mais la provocation au sens presque artistique des choses. Maintenant, ceux qui essaient de sortir le bout du nez pour faire des choses un peu différentes, on leur tape sur le bout du nez. Ça vous fait peur, ça ?

MF : J’ai l’impression que ça a existé toujours, ça, que c’est omniprésent, que dès qu’on essaye de faire quelque chose qui n’est pas, effectivement, dans ce chemin balisé, on vous tape sur les doigts. Mais…

GD : On vous a tapé, vous, sur les doigts ?

MF : Attaquée, bien évidemment ! Mais une fois de plus, peu m’importe, ça ne nous touche pas. Un artiste existe parce qu’un public est là. Au fond, j’enfonce des portes ouvertes, mais c’est la vérité vraie! Donc, tant qu’un public me dit « Continue ! C’est quelque chose que nous aimons », je continue !

 GD : Est­-ce que vous vous reconnaissez, non pas personnellement, mais dans des attitudes qui peuvent vous ressembler, par exemple pour quelqu’un comme Isabelle Adjani qui vit un peu…qui au fond montre à l’écran des choses souvent excessives et puis qui le reste du temps disparaît ?

MF : Je ne sais pas si nous sommes pareilles, mais c’est vrai que on m’a fait souvent cette réflexion, par exemple, que nous avions… Mais c’est plus pour évoquer des choses, dans le fond, des choses négatives en fait. Cette comparaison a été…

GD : Non, mais là c’est dit…

MF : Non, je le sais mais là je pense à ça parce que c’est quelqu’un qui, je crois, a essayé réellement de gérer sa carrière et son image et de faire ce qu’il lui plaisait, et parfois de s’évanouir et qu’on le lui a reproché. Maintenant, est­-ce que je…Je ne sais pas, c’est quelqu’un qui a un grand talent.

GD : La dernière question : est-­ce que la vie quotidienne, c’est-­à­-dire celle qui est ni sur les planches, ni dans les studios, ni en tournage, est­-ce qu’on y trouve un peu de bonheur, de plaisir, ou est­-ce que finalement il faut attendre désespérément de faire quelque chose et de se montrer ?

MF : Je crois que j’ai besoin effectivement de faire quelque chose, et ce métier… Sinon, je le vis mal.

GD : En tous cas, on vous souhaite le plus grand succès pour le film…

MF : Merci beaucoup.

GD : …à vous et à Laurent Boutonnat. Le film donc qui est sorti aujourd’hui sur les écrans et que je vous encourage vivement à aller voir, parce que c’est un film qui ne ressemble pas aux autres et c’est tant mieux ! Ciao, à demain. MF : Merci beaucoup… Générique de fin de l’émission.

TALKSHOW 5 OCTOBRE 1994 Présenté par Guillaume DURAND LCI

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