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Mylène photographiée par Christophe Mourthé

Posté par francesca7 le 13 mai 2016

        

En 2003, le photographe Christophe Mourthé a raconté dans la presse avoir eu une histoire d’amour avec Mylène au début de sa carrière. Ils se sont rencontrés en 1984, et ont collaboré ensemble quelques temps, avant la rupture affective et artistique en 1987.

 

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Textes de Christophe MOURTHÉ 

- Mylène Farmer 

Tout d’abord il y a eu Jean Marais, Line Renaud, l’équipe des Bronzés, Thierry Le Luron et Yves Mourousi. Puis Fellini, Zeffirelli, Dario Fo, Gassman, Strehler, les filles du Crazy Horse – J’avais 19 ans à peine. Il n’y a pas d’âge pour photographier des stars. Des vraies stars. Par la suite, il y a eu Arielle Dombasle pour Playboy, Jean-Marie Bigard en Penseur de Rodin, Renaud, les adieux de Sheila, Pétula Clark pour un Olympia, les Bee Gees à Paris, César ou Nougaro, Leslie Caron et Michèle Morgan, Zizi Jeanmaire et son truc en plumes, Amanda Lear et Marie Laforêt, Patricia Kaas, Hélène Ségara, Lio ou Patrick Juvet.

Qui d’autres encore ? Combien sont-ils ? 

Mais c’est surtout pour Mylène Farmer que je reçois encore des lettres de fans, 15 ans après. Une courte histoire qui allait marquer l’histoire d’un photographe et de son modèle. Cette collaboration tellement forte qu’on peut même qualifier de fusion me colle à la peau depuis toujours, depuis que nous nous étions rencontrés chez Bertrand Le Page. Nous étions intimidés, étonnés,distants. Bertrand prit les choses en main, et confirma le bien fondé de notre rencontre. Celui-ci avait un grand talent, c’était de découvrir des talents – Et de les faire fusionner. Avec Mylène, nous devions nous apprivoiser, mais nous savions déjà aussi que notre rencontre était une bonne rencontre. 

Notre première séance de photo eut lieu dans un fameux studio de la rue des Acacias à Paris. 

Tout le show business et tout le cinéma sont passés dans cette rue. La grande époque de Salut les Copains et tout ceux qui font rêver les fans. J’y ai moi même déshabillé Arielle Dombasle pour Playboy et réalisé la plupart de mes portraits de vedettes. 

Mylène dû se satisfaire d’une toute petite cabine de maquillage non chauffée et Denis Menendez travailla sur son teint de porcelaine. Elle m’apparut dans la lumière tel un ange. 

Malgré l’intense activité qui régnait dans le studio, elle fût douce, complice déjà, extravertie pour cette fois, et avait compris que nous ferions vraiment un bout de chemin important ensemble. Elle vit ma façon d’éclairer une femme et elle comprit qu’en m’ayant choisi, elle avait trouvé en moi le parfait complément à son univers. Nous nous sommes revus beaucoup, avons partagé des instants de tous les jours, appris à nous connaître. Manger une glace ou des bonbons, aller au zoo ensemble, faire les magasins, c’était simple mais c’était important. 

Nous sommes des artistes à l’âme fragile avec un univers si singulier à fleur de peau. 

Je lui fis connaître mon monde et elle me fit comprendre le sien. Nous nous comprenions si bien que l’osmose était parfaite. 

Mon travail d’images plaisait à Mylène. Pour notre bien à tous deux. Mylène a pu s’abandonner totalement au regard d’un objectif qui ne la mitraillait pas, qui la considérait en douceur. 

Involontairement, j’ai apposé quant à moi sur ma muse une griffe, une patte, et surtout une couleur, celle de cette fameuse chevelure qui fit sa marque de fabrique. 

Quand j’ai connu Mylène, elle venait d’obtenir un succès populaire avec la chanson « Libertine ». les cheveux était d’une couleur rousse mais assez mal définie. 

Trois ans auparavant, c’est le maquilleur et coiffeur de génie Denis Menendez, mon ami, qui avait créé pour moi une couleur de cheveux inhabituelle. 

J’avais réalisé en 1984, pour ma série, les fameux « Casanovas » une image de ma soeur Virginie dans un château très connu de la région de Blois. Cette image présentée avait séduit Mylène, comme toutes les autres photos de la série. C’est ce travail photographique qui a déclenché chez elle le désir de travailler avec moi. La couleur de la perruque que portait virginie est – car personne ne le sait à ce jour – abricot. Comme le rouge que l’on trouve sur un abricot un peu mur. Sur les indications de Denis, les ateliers Poulain, célèbres perruquiers de théâtre des années 80, ont réalisé cette couleur insensée. 

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Nous étions au printemps de l’année 1987.

Personne n’a décidé cela en particulier ou tout le monde indirectement. 

En tous les cas, Mylène avait toujours une reproduction de la photographie de Virginie sur une étagère bien en évidence pour mémoire. Elle y réfléchissait sans doute. 

C’est donc tout d’abord un simple de coiffeur de la rue Jean Mermoz à Paris qui a reproduit cette teinture sur les indications de Mylène, photo en main. 

Aujourd’hui, il est aisé de comprendre l’importance de cette période pour l’image de Mylène. Seul Michel Polnareff en France avait compris avant elle l’importance du look pour un artiste et de nos jours, une simple paire de lunettes blanches est synonyme de Polnareff. La couleur abricot sera toujours associée au mythe Farmer. 

Je n’avais pas encore à l’époque de statut de photographe. Seul le N et B fige à jamais sur du papier un Cocteau, une Marilyn, une Piaf, un Zorro ou un Steve McQueen  et renvoie cette personne au rang de Star immortelle. 

Elle permet à son auteur de rentrer dans la cour des grands tel un Newton ou un Doisneau.

Elle était ma star et je me devais de l’immortaliser comme telle. Je désirais lui prouver que j’étais le meilleur pour elle, pour nous.

Il s’agissait de mes premières grandes photos en N et B.

Je connaissais le travail d’Alekan, le meilleur directeur photo des grandes années du cinéma,les films d’Hitchcock ou ceux d’Eric Von Stroheim. Que seraient aujourd’hui une Grâce Kelly, un Harry Baur ou un Gabin sans ses talents inouïs? Je pris aussi exemple sur Harcourt, le studio de photos des Stars mythiques. J’y ai ajouté une touche personnelle à base de réflexion de miroirs et je tenais le cadeau parfait pour ma muse. J’étais heureux. 

Elle est devenue une Star de l’image. J’en suis très fier. 

Le noir et blanc figeait ainsi Mylène à jamais.

Je l’ai ressenti si fort en faisant ces images qu’aujourd’hui elles restent uniques et pour longtemps encore.

Le regard et toute cette sensualité qui s’en dégagent sont incroyables. 

Peu de fois, Mylène a tant donné dans une photo, invitation au rêve, au désir, instants magiques d’une intimité partagée qu’elle ne donnera plus que dans ses chansons. 

Mylène reste gravée en moi. 

Elle m’écrivit un jour cette dédicace intime mais tellement vraie: « tu es un petit diable qui me prends mon âme. Etre photographiée par toi est un plaisir et un honneur. » 

La vie nous a éloigné, Mylène et moi, mais cela devait être ainsi.

L’histoire est close.

 Mylène

Les casanovas 

Les casanovas, c’est tout d’abord une rencontre. Celle d’un photographe et d’un maquilleur en quête de création.

Tout deux à la recherche d’émotions vraies et de magie. 

Au début des années 80, je me fixe entre Paris et Venise et rencontre Denis Menendez, génie authentique du maquillage et de la coiffure. 

De notre complicité naîtront les fameux « Casanovas », personnages androgynes d’un 17/18ème siècle finissant, mis en scène dans des Palais vénitiens sous des lumières crépusculaires. Les « Casanovas » imposent alors un style novateur et audacieux. Une imagerie irréelle proche des plus grands peintres. 

Pour ma part, j’ai toujours été fasciné par l’ univers de splendeur décadente de cette période. 

Le théâtre italien que m’avait fait découvrir mon père Claude Mourthé, les fabuleuses rencontres en Italie avec Fellini et Zeffirelli, la lecture de Goldoni de façon plus studieuse, la commedia dell Arte, Arlequin, les masques, le mystère, puis la séduction cachée, l’ambiguïté de cette époque chez les protagonistes amoureux. 

J’en étais tellement passionné qu’il fallait que je réalise en photo un travail qui touche cette période de frivolité et d’aventures romanesques. 

J’avais en tête le Casanova de Fellini, la version particulière du Casanova de Comencini (la jeunesse de Casanova à Venise) et surtout le Barry Lindon de Stanley Kubrick, ce film merveilleux qui raconte l’ascension et la décadence d’un aventurier au travers de la société d’une fin 17/18 ème. 

Et puis Venise… 

Ca me semblait évident puisque tout à Venise évoque le théâtre, avec une espèce de grandiloquence pleine de références au passé. 

Cette ville est hors du temps et il y règne une atmosphère d’illusion comme dans les décors. 

Il semble qu’elle renvoie aux désirs de chacun, à de profonds fantasmes. Je l’ai aimé et je l’aime toujours. Elle est l’imaginaire de chacun. 

Nous avions 2O ans et nous étions dans un état de grâce pour réaliser ces images aujourd’hui reconnues mondialement. 

Depuis, nous en avons réalisé de nombreuses autres selon notre envie. 

Denis nous quitta en 1994 me laissant le soin de transmettre notre passion et de créer la suite de notre histoire.

Venise est un théâtre. La magie ne meurt jamais.

 

Dita 

Photographier Dita est toujours un vrai bonheur doublé d’un honneur. 

Elle me fait une confiance aveugle depuis presque dix années et me reste très fidèle malgré les nombreuses sollicitations du monde entier. 

Elle est l’incarnation de la Femme et du Fantasme dans toute sa beauté. 

Chaque image est magique et je la découvre un peu plus à chaque instant.

Elle est devenue une autre muse pour moi et succède aujourd’hui à la plupart de mes modèles avec une classe et une élégance inégalée.

 1995-07-d

Chaque photographie devient culte et notre travail est toujours d’une grande beauté et d’une sensualité inouïe. 

Merci Dita d’être une Femme pour moi. 

Christophe MOURTHÉ dans un article paru sur http://www.chezhiggins.com/crbst_204.html

 

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Elsa Trillat ET Mylène

Posté par francesca7 le 7 avril 2016

  

Mylène et la photographe Elsa Trillat se rencontrent en 1987. Les deux femmes se lient alors d’une très forte amitié – Elsa Trillat participant même à la création du titre culte Sans contrefaçon – jusqu’à la rupture à l’été 1988. Retrouvez les confidences d’Elsa Trillat ici.

Les autres amis Ainsi soit je… est le huitième single de Mylène Farmer, et le deuxième extrait de l’album du même nom, sorti deux semaines plus tôt.

Mylène

        Elsa Trillat, photographe et amie de Mylène en 1987-1988, raconta des années plus tard que ce texte fut écrit par Mylène en une nuit. C’est la première chanson lente de Mylène à sortir dans le commerce, l’occasion de proposer un nouveau ‘personnage’ au public : celui d’une femme mélancolique. La chanteuse apparait ainsi vêtue de magnifiques robes de princesse, ses cheveux lâchés ou en chignon entourant son visage de porcelaine. A huit reprises, elle entonne la chanson sur des plateaux de télévision. Déjà, alors qu’elle n’est qu’au début de sa carrière, Mylène réduit sensiblement ses apparitions dans les médias (prestations télévisées et interviews), signe tangible de son succès grandissant. On notera un passage télé absolument culte : Jean-Pierre Foucault reçoit Mylène dans ‘Sacrée soirée’ le 18 mai 1988, et la fait pleurer à plusieurs reprises en lui montrant des images de son enfance au Canada, et en lui offrant… une peluche de ‘Bambi’ !

        Pour la première fois, le clip qui illustre la chanson n’est pas scénarisé, le thème ne s’y prêtant pas d’après Mylène. Elle apparait dans un univers onirique aux tons sépia, se réveillant sous la pleine lune aux côtés d’une biche et d’une chouette. Le clip se termine par une scène de noyade…

        C’est un nouveau succès pour Mylène, non seulement parce que le single se vend très honorablement (plus de 180.000 exemplaires), mais surtout parce qu’il perdure à travers les années, faisant aujourd’hui partie des classiques de Mylène fortement connus du grand public. On note en tout cas que Mylène semble beaucoup tenir à cette chanson : elle est présente sur quatre de ses cinq spectacles (pas forcément sur toutes les dates de chaque tournée cela dit), et Mylène l’a rechantée à deux reprises en télévision bien des années après sa sortie : en 1997, et en 2010. La chanson est même ressortie en single live en 1997.

Pour dire à quel point leur complicité est totale : Elsa Trillat est souvent invitée chez la mère de Mylène pour l’accompagner à des réunions familiales, un privilège extrêmement rare car, pour pénétrer au sein du clan Farmer, il faut montrer patte blanche ! 

Elsa Trillat (Photographe) entre autre pour La pochette d’Ainsi soit je…

 ELLE NOUS DIT : Mylène Farmer aime l’exclusivité. Lorsqu’elle travaille avec un photographe, c’est avec celui-ci et aucun autre. Il y a dont eu les années Christophe Mourthé (1986 / 1987) puis les années Marianne Rosenstiehl (1989 / 1996). Entre les deux, la star se faisait shooter par Elsa Trillat. C’est à cette photographe que l’on doit notamment les clichés aussi magnifiques que légendaires de l’album « Ainsi soit je… ». Au-delà de cette collaboration professionnelle est née une vrai amitié complice entre les deux jeunes femmes, sensiblement du même âge. Elsa Trillat nous en raconte ici les grandes lignes.

Comme beaucoup de gens, je découvre Mylène Farmer avec « Libertine », en 1986. L’univers est hyper intéressant et le clip est grandiose. C’est tellement novateur ! J’ai alors vraiment très envie de la rencontrer. Un ami commun, Frédéric Dayan, alors attaché de presse au Palace, célèbre boîte de nuit parisienne, organise un dîner au Privilège, le restaurant du rez-de-chaussée. Quelques stars du moment sont là – Carlos Sotto Mayos, Wadeck Stanczack – mais aussi Richard Anconina et Mylène, accompagnée de Bertrand Le Page, son manager de l’époque. Nous sommes en octobre 1986. Vraisemblablement intimidée, Mylène passe le dîner tête baissée, elle ne dit pratiquement pas un mot. A la toute fin de la soirée, je vais vers elle. On discute un peu, mais je ne sens pas de feeling particulier. Elle reste tellement timide

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MYLENE aux multiples déchirures

Posté par francesca7 le 1 avril 2016

 

 BANDEAUACCUEIL

 

Et un pavé de plus dans la mare glacée, où Mylène Farmer englou­tit tous ses secrets depuis bien­tôt vingt-cinq ans! Mylène, c’est un peu l’Ophé­lie des temps moder­nes… Une héroïne noyée, remon­tant de temps à autre à la surface, mais jusqu’ici insai­sis­sable. Alors, que peut bien draguer Hugues Royer des troubles profon­deurs du «mystère Farmer», avec son Mylène (éditions Flam­ma­rion)? Eh bien…

Surprise! S’ap­puyant sur divers témoi­gnages, le jour­na­liste de Voici Hugues Royer, égale­ment psy de forma­tion, offre une clé qui déca­de­nasse l’œuvre de la chan­teuse, plom­bée par l’in­ceste, l’hys­té­rie et une fasci­na­tion pour le morbide. Chez les Gautier, véri­table patro­nyme de l’icône liber­tine, maman a long­temps eu tort, alors que papa incar­nait l’homme idéal. Comme Mylène le confir­mera à une amie, la photo­graphe Elsa Trillat, alors qu’elles contemplent des photos d’en­fance, en 1987, t out commence par une «déchi­rure» : sa nais­sance à l’hô­pi­tal du Sacré-Cœur de Montréal, ville où son père, Max, a été dépê­ché pour parti­ci­per en tant qu’in­gé­nieur des Ponts et Chaus­sées à l’édi­fi­ca­tion du barrage Daniel-John­son.

La chan­teuse est un bébé robuste. L’ac­cou­che­ment est un trau­ma­tisme pour sa mère, Margue­rite. Fragi­li­sée physique­ment par des problèmes de dos, cette dernière mini­mise les contacts avec son enfant. Son époux doit ainsi instal­ler une planche amovible au dessus de leur baignoire pour faci­li­ter la toilette du bébé. Mylène ne prend conscience de son corps, en gran­dis­sant, qu’à travers le jeu et l’ex­pé­ri­men­ta­tion. Gamine intré­pide aux cheveux courts et châtains, elle ne ressemble en rien à sa sœur ainée, Brigitte, sage petite fille blonde. Au grand déses­poir de Margue­rite, femme discrète, sa benja­mine aime trem­per les doigts dans les pots de sirop d’érable, se rouler sur les pelouses et grim­per aux arbres, dans leur jardin de Pier­re­fonds. Mais ce que maman supporte le moins, ce sont les phases de mutisme de cette enfant, sa capa­cité à se replier dans le silence, héri­tée de son père mais vécue comme une provo­ca­tion.

Deuxième «déchi­rure», le retour des Gautier en région pari­sienne, à Ville-d’Avray, ne fait que creu­ser ce goût pour la réserve. A l’école, l’ac­cent québé­cois de Mylène, alors âgée de huit ans, suscite les moque­ries. Des séances chez l’or­tho­pho­niste l’ai­de­ront à corri­ger sa pronon­cia­tion, expliquant aujourd’­hui encore son phrasé précieux. Mais, humi­liant, ce travail ne l’en­cou­rage guère à s’ou­vrir aux autres. Au domaine de la Ronce, où les Gautier se sont instal­lés, l’en­fant prend la fuite à chaque fois que des incon­nus sonnent à leur porte. Max, qui lui passe tout, est bien le seul à en sourire. Vivant avec la famille depuis la mort de son mari, Mamie Jean­nette, la grand-mère pater­nelle, devient une confi­dente privi­lé­giée. La vieille femme n’a pas seule­ment le chic pour agacer sa belle-fille, Margue­rite. Premier prix du conser­va­toire de Marseille, elle initie égale­ment sa petite-fille à la musique, à la litté­ra­ture, à la pein­tu­re… et aux prome­nades dans les cime­tières.

Mylène s’épa­nouit enfin

A sa dispa­ri­tion, Mylène conti­nuera d’ap­pri­voi­ser la mort en se rendant au chevet d’autres enfants, à Garches. De même, à l’ado­les­cence, elle préfé­rera philo­so­pher avec les garçons plutôt que de les suivre dans la décou­verte des plai­sirs sexués. Un comble pour une future liber­tine ! La troi­sième «déchi­rure» se produit à sa majo­rité. Au bout de deux jours en termi­nale A4, Mylène annonce à Margue­rite et Max, aussi catas­tro­phés l’un que l’autre, qu’elle snobe le bac pour deve­nir moni­trice d’équi­ta­tion. Elle quit­tera en fait ses parents pour leurs doubles: Laurent Bouton­nat et Bertrand Le Page. Le premier, qui la choi­sit pour chan­ter sa comp­tine sur mesure Maman A Tort, se montrera aussi doux et patient que son père, décédé avant le succès, en 1982. Le second, son premier mana­ger, sera aussi exigeant que sa mère. Certes, il lui appren­dra à incar­ner son corps et à en faire un objet de désir. Mais il n’aura de cesse de lui répé­ter: «Tu es divine, mais tu ne seras jamais belle.» Jusqu’à ce qu’elle le congé­die et qu’il se suicide, en 1999.

Les liens se desser­re­ront avec Bouton­nat, après l’échec de leur film Gior­gi­no… Libé­rée de toute rela­tion trian­gu­laire, Mylène s’épa­nouit aux côtés du produc­teur Benoît Di Saba­tino, depuis 2001. Nul rapport de force ou de séduc­tion ambi­guë entre eux. Dans le clip de son nouveau single, Appelle Mon Numéro, que Benoît a réalisé, la belle offre même un nouveau visage, moins tour­menté, plus souriant. Le même qu’elle présente aujourd’­hui à sa mère lors de leurs déjeu­ners domi­ni­caux…

Thomas Durand pour le magazine Galla 

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Thierry Suc met Mylène dans un écrin

Posté par francesca7 le 23 mars 2016

 

LE manager de Mylène Farmer est aussi l’un de ses amis intimes, comme l’a évoqué Thierry Suc à plusieurs reprises (notamment lors d’interviews données en 2009 lors de la mise en vente des places de la tournée de Mylène, où Thierry Suc explique que c’est avec Mylène qu’il a « ses plus beaux fous rires »). Ils se rencontrent en 1989, lors de la première tournée de Mylène, que Thierry Suc produit. Par la suite, lorsque Mylène se sépare du manager de ses débuts Bertrand Le Page, c’est Thierry Suc qui le remplace. Près de 25 ans plus tard, il est toujours le manager et producteur des spectacles de Mylène Farmer.

 mylène

Thierry Suc : «Je mets dans un écrin tous les désirs de Mylène Farmer»

Dans le show-business depuis 30 ans, Thierry Suc organise notamment les tournées de Calogero, Florence Foresti ou Louis Chedid. Manager et producteur de Mylène Farmer, il connaît parfaitement l’artiste.

Thierry Suc, 52 ans, n’a rien à voir avec la caricature du producteur à gros cigare, bagues en or et langage imagé. L’homme est posé, affable et souriant. Chez lui, aucun signe extérieur de richesse ou de pouvoir. Juste la volonté du travail bien fait, jusque dans le moindre détail, et l’envie de désacraliser un peu sa plus grosse cliente, la mystérieuse Mylène Farmer. Vous souvenez-vous de votre première rencontre avec Mylène Farmer ?

C’était à Paris, en 1988, dans un restaurant. J’ai tout de suite eu conscience que c’était une artiste hors du commun. Dès l’année suivante, j’organisais une semaine de concerts au Palais des sports, à Paris. Chaque soir, la salle de 5 000 places était bourrée. Le phénomène était déjà là et il n’a cessé de s’amplifier depuis.

Pourquoi une telle fidélité depuis si longtemps ?

J’aime travailler avec Mylène parce que c’est une artiste complète. Elle s’intéresse à tous les aspects d’un spectacle : la technique, les costumes, les images, l’affiche… et la musique bien sûr. Elle connaît tout, sur le bout des doigts, pour tous les corps de métiers. Monter sur scène est un aboutissement. Mais avant cela, il y a eu 18 mois de réunions, de préparation. Pour Mylène, c’est sa façon, sa raison de vivre.

Comment expliquez-vous l’aura dont jouit Mylène Farmer ?

On ne peut pas tout expliquer. Nous avons une chance inouïe, incroyable. Ce que je constate, c’est que quand Mylène arrêtera, aucune autre artiste ne pourra la remplacer de cette manière. Elle est extraordinaire. Et l’attachement du public est du même ordre, tellement fort. Qui est capable de vendre 155 000 billets en une journée un an avant sa tournée ?

Quelle relation entretenez-vous avec l’artiste au quotidien. Est-ce facile de travailler avec une diva ?

Je suis producteur de tous ses spectacles depuis 1989 et je n’en ai pas manqué un seul. Le fait d’être le manager de Mylène Farmer évite les conflits avec elle. Je suis là pour mettre dans un écrin tous ses désirs. Nous travaillons toujours en collaboration. De toute façon, Mylène ne se met pas sur un piédestal. Elle est très proche des créateurs, de toutes les équipes. L’ambiance est très joyeuse. Un spectacle, c’est une famille de 130 personnes qui se crée. Nous sommes un peu tristes d’être si près de la fin de la tournée. Le 6 décembre à Nice, nous nous séparerons après 5 mois passés ensemble.

Aucune prolongation de la tournée n’est prévue ?

Non. Celle-ci a été fabuleuse. Nous avons constaté à nouveau une ferveur incroyable. Particulièrement à Minsk, Moscou et Saint-Pétersbourg fin octobre et début novembre. Chaque soir, 20 000 spectateurs reprenaient les chansons en phonétique.

La prochaine tournée est-elle déjà programmée ?

On ne sait pas encore s’il y en aura une. La décision de remonter sur scène appartient à Mylène. Aujourd’hui, rien n’est décidé.

Dernier concert de Mylène Farmer au Zénith de Toulouse samedi 30 novembre à 20h30. Complet.


«Elle ne fait jamais de caprice»

sucLors des tournées, la vie de Mylène Farmer reste dictée par le spectacle à donner le soir. «Mylène arrive très tôt à la salle, explique Thierry Suc. Elle participe aux répétitions, se soumet aux maquilleuses, aux coiffeuses. Sa vie est très rythmée et le travail reste prépondérant. Le soir, elle rentre à l’hôtel et dort. Le lendemain, après le déjeuner, il est déjà temps de retourner à la salle.» A l’hôtel ou dans sa loge, Mylène Farmer ne réclame rien d’extraordinaire. «Dans sa loge, elle aime simplement ses objets à elle, ses fétiches et notamment beaucoup de livres. Mylène ne boit pas, n’exige rien, ne fait pas de caprice. C’est l’artiste la plus simple que je connaisse et je crois que c’est la marque des grands. Les caractériels, ceux qui sont arrogants avec les équipes ne m’intéressent pas», conclut Thierry Suc.

Propos recueillis par Jean-Marc Le Scouarnec

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Le premier Champs Elysées de Mylène

Posté par francesca7 le 21 décembre 2015

 

 Champs Elysées

Le 6 mai 1987 : Mylène Farmer pense probablement à ce moment-là qu’il faut monter sur scène pour promouvoir ses preemières chansons et rencontrer ses fans. Mais d’abord, il lui faut réaliser un nouvel album. Avant l’arrivée de cet album, Ainsi Soit je… la chanteuse propose un premier extrait : Sans contrefaçon. Le public, de plus en plus nombreux, va pouvoir acquérir trois supports : Un 45 tours, un Maxi 45 Tours et un maxi CD avec une pochette carton façon Single 2 titres, le premier de la carrière de Mylène.

Avec cette chanson, les contours de l’univers assez spécifique de la chanteuse se désignent progressivement ; elle devient aussi une icône gay. Dans un premier temps, Laurent Boutonnat qui travaille d’arrache-pied sur les musique sdu prochain album de Mylène, avait pensé proposer en sigle une reprise de la célèbre chanson de Juliette Gréco, Déshabillez-moi mais, pendant l’été 1987, les projets vont être modifiés, le nouveau single de Mylène sera Sans Contrefaçon. La première de Déshabillez-moi n’est pas pour autant écartée. On la retrouvera sur l’album Ainsi soit je….

Le futur tube sort le 16 octobre 1987. On découvre sur la face B du 45 Tours in inédit : La route triste, avec une musique de Laurent Boutonnat et des paroles de Mylène Farmer, ce qui sera dorénavant monnaie courante. Le duo travaille sur le scénario du clip et, le 19 octobre, Mylène se fait mouler le visage pour la fabrication d’une marionnette.

Le démarrage de Sans contrefaçon en radio est plutôt laborieux se qui n’est guère du goût de Mylène, qui lance un défit à son manager Bertrand Le Page : « Je me souviens qu’elle m’avait téléphoné en me disant : « Si tu es un bon manager, tu vas me le prouver : je veux deux fois plus de passages sur NRJ pour Sans contrefaçon ».J’ai eu le trac, mais je les ai obtenus ».

Parallèlement, la chanteuse va débuter la promotion en télévision à partir de mi-novembre 1987 et va interpréter le titre pas moins de seize fois jusqu’ne févier 1988. Des efforts qui seront récompensés. L’extrait du futur album entre le 5 décembre 1987 à la 21è place du TP50 et atteindra la 2è place, son meilleur classement, le 20 février 1988. Le hit de l’époque de la chanteuse Sabrina, Boys, Bosy, Boys, l’empêchera d’accéder à la première marche du podium. Sans Contrefaçon se vendra à plus de 500 000 exemplaires en France et sera certifié Singe d’or. C’est alors le plus gros tube de Mylène Farmer.

Le tournage du clip se déroule du 9 au 14 décembre 1987 sur les plages de La Hague dans le Cotentin. Il est réalisé un peu tardivement alors que la chanson est déjà un succès. C’est la première fois que Mylène participe aussi activement à l’écriture du scénario. Sa première idées était que l’histoire se déroule dans un camp de concentration.

Le clip est diffusé en avant-première pour la presse au cinéma Max Linder à Paris en janvier 1988 et est nommé aux Victoires de la Musique la même année. Mais le trophée est remporté par les Rita Mitsouko pour le clip C’est comme ça réalisé par Jean-Baptiste Mondino.

Ainsi soit- je… est le second album de Mylène Farmer. Il sort le 14 mars 1988. Ainsi soit-je… c’est aussi le nom d’une chanson qui va devenir le second extrait un mois plus tard. Il fait suit e au précédent tube sulfureux Sans Contrefaçon. C’est la première fois que Mylène décide de sortir une ballade, elle prend donc un risque. C’est peut-être une manière de monter plusieurs univers musicaux.

http://www.dailymotion.com/video/x37mqa

Le single sort le 4 avril 1988 sur différents supports : à côté des classiques 45 tours et maxi 45 tours, on découvre pour la deuxième fois un CD Maxi et pour la première (et unique) fois un CD Vidéo. Le single se vend à environ 150 000 exemplaires en France et atteint la 12è place du TOP50. Un des rares singles de Mylène à  ne pas avoir réussi à rejoindre le TOP10, mai peu importe, il a séduit les fans. D’après nombre d’entre eux, la version studio serait parfois fatigante, mais c’est l’une des chansons qui dégage le plus d’émotions lors d’un concert. Le clip réalisé par Laurent Boutonnat en deux jours sur fond vert aux Studio Sets de Stains en région parisienne est diffusé en avant-première le 22 mai 1988 dans l’émission Les animaux du monde sur TF1, émission à laquelle Mylène participe ce jour-là.

En 1988, Ainsi soit je.. ; est interprété dans huit émissions différentes.

extrait de Mylène Farmer Ses mots, Ses clips aux Editions Chapitre.com 2014

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PREMIER PASSAGE TV de Mylène Farmer, raconté dans son livre

Posté par francesca7 le 20 décembre 2015

 

reine du clipLe premier passage TV de Mylène Farmer en tant que chanteuse a lieu sur TF1 dans l’émission Jour J en mars 1984.

La chanson connaître une première censure dans l’émission Salut les Mickey, le co-producteur américain l’ayant trouvée un peu trop « perverse ». Mais la chance semble enfin tourner.Mylène est invitée par Michel Drucker dans Champs Elysées sur Antenne 2, le 22 septembre 1984. On peut donc dire que la stratégie de Bertrand Le Page a été payante. Maman a tort sera de plus en plus diffusée par les radios durant l’été. Le 45 Tours se vendra à environ 100 000 exemplaires.

Désormais, il est temps de réfléchir à la suite ; Lors d’une interview, Mylène dit avoir prévu de sortir un deuxième 45 Tours à l’automne 1984, puis repousse le projet à janvier 1985. C’est le titre Bip be bo qui est annoncé. La chanteuse aurait également enregistré à cette période une chanson intitulée I do love you, mais finalement c’est le titre On est tous des Imbéciles qui verra le jour.

Les paroles et la musique ont été écrites par Jérôme Dahan. La chanson évoque le monde cruel du show-business. Sur la face B, autre titre inédit. L’annonciation, écrit par Laurent Boutonnat. Le vinyle est dédié à « Papa et sainte Thérèse d’Avila ». Ayant vécu une éducation religieuse, Mylène Farmer a toujours été fascinée par sainte Thérèse, dont on raconte qu’elle aurait plusieurs fois rencontré et parlé avec Dieu. A la sortie du titre, les citriques se montrent moyennement favorables et les radios le programment rarement. Pourtant, Mylène l’interprète quatorze fois à la télévision. On est tous des imbéciles ne rencontre pas le succès du public, ne rentre pas au TOP 50 des meilleurs ventes en France (il ne s’est vendu qu’à 40 000 exemplaires), ce qui a pour conséquence qu’aucun clip n’est envisagé.

Cet échec signe la fin du contrat avec RCA. Mais la roue tourne encore ; Alain Lévy propose à Mylène Farmer un nouveau contrat pour trois albums chez Polydor.

Nous sommes en 1985 et Mylène Farmer n’est toujours pas une star. Sa carrière est maigre ; Maman a tort a connu un petit succès, mais pour On est tous des imbéciles et My mu mis wrong on peut clairement parler de fiascos.

Plus grandir est le premier disque chez Polydor. C’est aussi la première fois que Mylène écrit une chanson. Il s’agit d’un texte largement autobiographique dans lequel la chanteuse parle de sa phobie de vieillir. Il n’y a pas d’âge pour avoir peur… Le 45 Tours sera proposé au public le 25 septembre 1985 et, sur la face B, on découvre une nouvelle comptine, plutôt sombre et tragique, Chloé, écrite par Laurent Boutonnat. Mais de nouveau, même si le titre est accueilli de façon convenable par la critique, ce n’est pas un grand succès. Il ne va pas se classer parmi les 50 meilleures ventes et ne se vendra qu’à 70 000 exemplaires, ce qui pour l’époque est assez faible 

Pour le clip vidéo, Laurent Boutonnat, dans le rôle du réalisateur, va voir grand. Le budget est de 330 000 francs, soit 50 300 euros. Il s’agit du premier « véritable » clip de Mylène Farmer. Il comporte un scénario et dure plus de sept minutes (pour Maman a tort, les fans parlent plus aujourd’hui d’une vidéo amateur). Tourné principalement dans les Studios Sets à Stains, en région parisienne, et au cimetière de Saint Denis, c’est un court métrage ambitieux. Il est réalisé en cinémascope et diffusé en avant-première au Kinoparanorama à Paris le 13 novembre 1985. Le clip passera régulièrement à la télévision malgré une censure dans certaines émissions ( à cause d’une scène suggérant un viol).

Mais cette vidéo, c’est surtout la création de l »univers » Mylène Farmer, symbolisé par la mort, le sexe et le désespoir. C’est Rambo Kowalski qui est chargé d’ »agresser » Mylène. Il est aujourd’hui connu sous le nom d’Hervé Lewis en tant que photographe et coach physique de la chanteuse. Pour la réalisation, Laurent Boutonnat obtiendra une subvention de Polydor. Le tournage durera cinq jours et, pour l’anecdote, trois heurs de maquillage et trois maquilleurs professionnels seront nécessaires afin de vieillir Mylène de cinquante ans. Le clip est diffusé pour la première fois à la télévision dans l’émission de Jacky, Super >Platine, sur Antenne 2, le 21 Décembre 1985.

extrait de Mylène Farmer Ses mots, Ses clips aux Editions Chapitre.com 2014

 

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Mylène Farmer Ses mots, Ses clips

Posté par francesca7 le 20 décembre 2015

 

Même si aujourd’hui elle est arrivée au sommet, ses débuts ont été bien difficiles. Mylène Farmer est connue pour ses textes très recherchés et ses clips hors-normes. Tout ça lui a permis de créer son propre univers avec ses codes, ses références… La chanteuse a choisie de ne s’exprimer que dans ses chansons, seule auto-biographie officielle. Elle y évoque sa mélancolie, ses doutes, son mal de vivre mais aussi ses joies, ses rires. L’interprète de Libertine est d’ailleurs souvent décrite comme la chanteuse la plus secrète de France car à part ses mots, on ne sait dans le fond pas grand chose. Retour sur un parcours pas comme les autres.

  • Discipline: art-musique-et-cinemamylene-farmer-ses-mots-ses-clips-explicit-publishing
  • Parution: 23-06-2014
  • Auteur: Explicit Publishing
  • ISBN: 979-10-290-0061-4
  • Format: 150×230 mm
  • Nombre de pages: 112
  • Serie / Collection: Chapitre.com

 

Même si c’est peut-être l’une des chansons de Mylène qui a le plus mal vieilli, Maman a tort symbolise d’abord des rencontres. Le texte est signé Jérôme Dahan. Il écrira cette comptine pour adulte bien avant que l’interprète ne soit choisie et trouvera l’inspiration lorsqu’il regardera le deuxième volet du film Psychose. Laurent Boutonnat, dont il est l’ami depuis le début des années 89, composera la musique. Une fois le titre prêt, le duo sent qu’il s’agit des prémices d’un tube ; Il décide donc d’organiser un casting à la fin de l’année 1982 afin de trouver une chanteuse. Celui-ci se déroule dans le studio de Jean-Claude Déquéant, ingénieur du son,  Auberviliers(93)

Une cinquante de candidates fera le déplacement, et par elles, une certaine Mylène Gautier.

A cette époque la future artiste n’a pas plus de vingt ans et ne connaît pas vraiment un grand succès dans sa carrière (professionnelle. Elle a arrêté ses études en 1978, au début de son année de Terminale. Ensuite, comme beaucoup de jeunes, elle a cherché sa voie et effectué des petits boulots tels qu’assistante dans un cabinet dentaire ou vendeuse de chaussures. Mylène s’est aussi essayée au mannequinat et au théâtre, mais sa timidité s’est révélée rapidement un problème. En revanche, le jour du casting, elle est plutôt détendue et a même un fou rire lors de l’écoute  de son enregistrement. Plus tard, Laurent Boutonnat déclarera qu’avant même d’entre chanter Mylène , son choix était fait. Il la volait, elle et son côté « psychotique » et personne d’autre.

Les jours suivants seront consacrés aux arrangements et au mixage. Même si la chanson est enregistrée le plus dur reste à venir : il faut trouver une maison de disques.. C’est une grande difficulté et les recherches vont prendre plus d’un an.

Durant cette période, Mylène poursuit ses expériences de mannequin en faisant quelques photos et des publicités pour la télévision, mais tout cela ne la passionne pas. Jérôme Dahan et Laurent Boutonnat vont essuyer des refus systématiques, mais le duo ne se décourage pas pour autant et la persévérance finit par payer. François Dacla accepte de sortie le titre chez RCA et propose un petit contrat à Mylène Gautier. Il est désormais l’heure de se trouver un nom de scène. Très vite, elle va choisir le psychodrame de Farmer, en hommage à Frances Farmer, actrice au destin tragique.

Maman a tort qui sera dédié. Pour commencer, la maison de disques va sortir en mars 1984 deux supports ; un maxi 45 Tours puis un 45 Tours. La couverture sera en noir en blanc, illustrée par une photo prise par John Frost quelques années plus tôt, lors de la constitution d’un book. La face B du vinyle propose une version instrumentale du titre, les moyens manquant pour produire une nouvelle chanson. Laurent Boutonnat qui, malgré son jeune âge, a déjà un film à son actif, La Ballade de la féeconductrice, va prendre en charge la création d’un clip. Avec un budget de 5000 francs, soit environ 750 euros, le clip va être rapidement qualifié de « Clip le moins cher de l’histoire de la musique ». Le titre, pourtant accueilli RECORDS DE MYLENEfavorablement par la presse, peine à s’imposer et la maison de disques semble y mettre peu de volonté.

C’est à ce moment là qu’intervient Bertrand le Page. Editeur et manager, il va changer la destinée de cette chanson. D’abord, il souhaite sortir une nouvelle version du 45 Tours qui sera proposée durant l’été. Même si la photo de Mylène désormais Farmer, est toujours en noir et blanc, la chanteuse sourit et une touche de couleur va êtres apportée. L’objectif ; séduire les adolescents. Ensuite, Le Page va programmer des passages à la télévision, des interviews dans la presse « jeune » et demander une version anglaise du titre, My mu mis wrong, qui n’aura aucune exploitation à l’étranger 

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Tourner la page avec Mylène

Posté par francesca7 le 29 octobre 2015

                                         

 

     Tourner la page MylèneTout commence comme dans un rêve. Ce matin-là de l’année 1996, Amélie Nothomb reçoit l’appel d’une journaliste de Vogue qui souhaite organiser des interviews croisées de personnalités. « Choisissez n’importe quelle vedette qui soit située soit à Paris, soit à Londres », précise son interlocutrice. « La première personne à qui j’ai pensé était Mylène, explique la romancière, parce que depuis plusieurs années j’aimais beaucoup ce qu’elle faisait, notamment l’album Ainsi soit je, qui est à mon goût le plus beau et dans lequel j’adore tout. J’ai donc donné une liste au Vogue allemand avec Mylène Farmer au sommet, me disant : “Mylène est inaccessible mais on peut toujours rêver.” Une semaine après, à ma grande surprise, Vogue m’a rappelée en me disant : “Mylène Farmer est OK pour l’interview. Elle a lu vos livres et aime beaucoup ce que vous écrivez…” Je tombe par terre : elle a lu mes livres, c’est le comble ! »

 

     Rendez-vous est pris à l’hôtel de Crillon, le 22 décembre 1995. C’est Mylène qui organise tout, choisit son photographe, Marianne Rosenstiehl. « Je suis arrivée en métro, poursuit Amélie, et j’ai été accueillie comme une reine. On m’a dit : “Attendez, mademoiselle Farmer va venir.” Elle est enfin arrivée, maquillage télé, coiffure, habillement incroyable et tout et tout… J’étais très impressionnée, mais le contact s’est très bien passé. Mylène a été charmante. Je ne m’attendais pas à ce qu’elle soit comme cela. Je m’attendais en fait à quelque chose de beaucoup plus distant. Elle était extrêmement disponible, réservée c’est vrai, mais ouverte. Elle parle avec beaucoup d’intelligence. Elle réfléchit beaucoup à ce qu’elle dit et ce qu’elle dit n’est jamais banal. » 

     Pour la séance de photos, c’est le staff de Mylène qui prend Amélie sous son aile. « Sa coiffeuse et son habilleuse sont venues s’occuper de moi pour que je n’aie pas l’air trop ridicule à côté de la star. On s’est beaucoup amusées pendant cette séance, Mylène y étant beaucoup plus hardie. Ceci a duré environ cinq heures. » La belle entente se poursuit au-delà du travail. « Après, visiblement, le courant était passé, puisque Mylène m’a demandé si j’étais libre le soir. Nous sommes donc allées dans un restaurant japonais en compagnie de Jeff Dahlgren, Thierry Suc et Marianne Rosenstiehl. » 

     Un contact qui passe aussi bien entre deux personnalités aussi atypiques, et l’on se dit que peut-être se noue le début d’une amitié… C’est ensuite que le rêve d’un jour va déboucher sur un grand vide. 

Quelques semaines plus tard, pourtant, Mylène laisse un message sur le répondeur d’Amélie. Elle ne semble pas au mieux de sa forme et exhorte la romancière à la rappeler. Ce que fait Amélie aussi sec, sans réussir à parler à l’idole de vive voix. Par la suite, elle reçoit un appel de Thierry Suc. Il lui explique que Mylène serait très honorée de pouvoir inclure un texte signé d’elle dans le programme de sa tournée. Flattée, Amélie se met au travail avec sa passion habituelle. Et faxe quelques pages dans la foulée. Hélas ! il sera jugé « trop long » par la star, qui le fait dire à Amélie par le biais de Thierry Suc.

Pas de problème, Amélie rédige en un quart d’heure l’article qui sera finalement retenu, où elle cite le fameux mot de Baudelaire, « Le beau est toujours bizarre », pour dépeindre la chanteuse.  

     Plusieurs mois se passent. Toujours aucune nouvelle de Mylène. Par chance, le « Tour 96 » passe par Bruxelles, où vit Amélie Nothomb. La romancière, qui ne veut rater l’événement pour rien au monde, achète deux places. Le jour du spectacle, elle reçoit un appel du staff de la star : « Naturellement, Amélie, vous êtes invitée. » Un geste qui n’efface pas l’amertume. Même si, avec le recul, l’auteur de Hygiène de l’assassin estime que Mylène lui a fait « un très beau cadeau » en partageant une journée entière avec elle, les rendez-vous manqués qui ont suivi lui laissent un goût d’inachevé. Dans la préface de La Part d’ombre, une analyse très fouillée de l’univers farmerien, Nothomb évoque d’ailleurs une « muraille de glace » que la chanteuse dresse entre elle et les autres et qui la rend « prisonnière ».  

      Pour croiser la route de Mylène, sans doute faut-il accepter d’être uniquement de passage. Ce qu’elle peut offrir à cet instant-là, ce don de sa personne qui semble entier, et même chaleureux, rien negarantit qu’il se reproduira. Pour cette adepte du « Nevermore » cher aux romantiques, l’existence doit ressembler à une quête insatiable de sensations inédites. Afin de fuir la tiédeur, il faut éviter tout risque de bégaiement. Lorsque Mylène pressent qu’une seconde entrevue sera moins intense que la première, elle préfère ne pas donner suite. C’est ainsi. Se forcer ne servirait à rien.  D’ailleurs, elle ne se force en rien.  

      Si l’on devait établir la liste de ceux qui ont attendu en vain un coup de fil de Mylène, sans doute serait-elle longue. Mais, davantage encore que ces rencontres furtives qui ont pu faire naître des espoirs déçus, égratignures vite pansées, certains collaborateurs historiques, écartés de la route de la chanteuse, en ont gardé une forme d’aigreur. Jean-Claude Dequéant, le compositeur de Libertine, est de ceux-là. Dès 1987, alors que son tube a fait basculer le destin de la chanteuse, le duo Boutonnat/Farmer prend ses distances. « Ce sont eux qui se séparent de moi. Je suis assez contrarié : mon nom n’est jamais cité nulle part, même pas dans les propos de Mylène – une évocation de temps en temps, ça fait toujours plaisir. Je l’exprime avec un peu de véhémence et l’on finit par se quitter. » 

      farmer-Avec le recul, Dequéant comprend mieux les motivations de cette rupture artistique : la chanteuse et son mentor fonctionnent en circuit fermé et veulent le moins possible dépendre des autres. Elle va écrire les paroles, lui les partitions : ainsi, ils seront les seuls artisans de leur succès. « Laurent devait prouver qu’il était capable lui-même de fabriquer des tubes aussi forts que Libertine [...] La suite lui a donné raison puisqu’il y a eu d’autres chansons formidables nées de son cerveau et de celui de Mylène. J’ai par exemple une grande admiration pour Désenchantée ou C’est une belle journée. »  

      À deux, ils se créent une bulle où, finalement, les autres ne seront jamais que de simples figurants. Et malheur à ceux qui voudraient s’octroyer un premier rôle : à se croire indispensable, on s’attire une sanction d’autant plus implacable. Bertrand Le Page, dont le comportement devenait ingérable, en a fait les frais. Mais d’autres se sont vus remerciés sans avoir pour autant commis la moindre faute. Le cas de Christophe Mourthé est sans doute différent, puisque c’est lui qui coupe les ponts avec la chanteuse. Jugeant que ses talents ne sont pas reconnus à leur juste valeur, il décide de mettre fin à leur collaboration en 1987, après des vacances particulièrement tendues. Pour que la star comprenne sa décision, il boycotte le rendez-vous qu’elle lui a fixé. Un geste ensuite lourd à assumer. Car Mylène ne le contactera plus. Et il faudra dix ans au jeune photographe pour faire son deuil. « Quand vous entendez ses chansons à la radio et que vous la voyez à la une des magazines, les blessures ont du mal à se refermer », dit-il. 

     Une fois la page tournée, difficile de revenir en arrière. Elsa Trillat le sait. Pour elle aussi, la porte s’est soudain fermée à double tour, avec tout ce que cela suppose d’amertume. Des années plus tard, elle croise la chanteuse dans un aéroport. Toutes deux avaient été si complices par le passé que la photographe, intriguée par cet heureux hasard, tente de renouer le contact. En vain. « Derrière ses lunettes de soleil, Mylène est restée distante. Elle m’a dit avoir trop souffert pour envisager de me revoir. C’était une fin de non-recevoir, polie mais ferme. »  

      Pour Sophie Tellier aussi, la coupure est douloureuse. Au début des années 1990, la chorégraphe souhaite travailler davantage « pour elle » et moins « dans l’ombre des artistes ». Au moment de Giorgino, elle espère tout de même décrocher un rôle, comme Laurent Boutonnat le lui aurait laissé entendre des années auparavant. Mais quand elle en parle à Mylène, elle s’entend répondre : « C’est un film international, donc le casting est international. » Une douche froide. Sans doute, d’ailleurs, la star n’imagine-t-elle pas à quel point Sophie se sent blessée. Ainsi, lorsque la chanteuse l’appelle à la rescousse, depuis New York, pour l’aider à choisir ses danseurs pour la tournée de 1996, la chorégraphe dit non. « Toutefois, je lui laisse mon assistant, l’un des danseurs, Christophe Danchaud, ainsi que Valérie Bony – des gens en qui elle a confiance 360. » Depuis, plus aucune nouvelle. Et pourtant, malgré une cassure professionnelle qu’elle reconnaît avoir provoquée, Sophie Tellier aurait aimé revoir Mylène.

Il faut croire que, lorsque vous lui dites non une fois, les ponts sont coupés à jamais… 

     Faut-il en déduire que la star serait une manipulatrice prompte à exploiter le talent des autres avant de les jeter aux orties lorsqu’elle n’a plus besoin d’eux ? Certains ne sont pas loin de le penser. Pour Christian Padovan, musicien de la première heure, la chanteuse sait jouer de sa timidité afin d’obtenir ce qu’elle veut de ses collaborateurs. « C’est sa séduction. Personne n’est dupe, mais on préfère ne pas savoir si c’est de la manipulation ou pas. » Toutefois, dans ce débat, il convient de distinguer le ressenti de la réalité. Car s’il est désagréable d’avoir le sentiment qu’on s’est servi de vous, peut-on reprocher à une artiste de chercher à obtenir le meilleur de ceux qui l’entourent ? Philippe Séguy pousse le raisonnement plus loin : « Toute création se nourrit de la sève des autres, me dit-il. C’est le principe de tous les grands artistes. Dès que l’autre est dépulpé, il n’a plus de raison d’être. » 

     Certes. Mais l’art d’utiliser le talent des autres peut aussi s’exercer sans cynisme, avec respect. 

C’est ce que fait Mylène, y compris dans sa manière de rompre. Dès qu’elle décèle chez ses collaborateurs des frustrations ou des velléités d’indépendance, elle ne cherche pas à les retenir. Pourquoi leur compliquerait-elle la tâche ? La vraie question serait plutôt : pourquoi diable s’acharnent-ils à vouloir revenir après avoir tenté de partir ? Certes, travailler avec elle est toujours un choix. Il suppose une part d’abnégation, de soumission aussi, non à sa personne mais aux choix artistiques qu’elle a décidés. « Qui m’aime me suive », fredonne-t-elle dans L’Amour n’est rien… Mais elle n’oblige personne à l’aimer. 

     Mylène n’est pas de ceux qui s’encombrent du passé. Survivre dans ce milieu si dur, c’est se projeter sans cesse dans le futur. Quitte à réécrire l’histoire, du moins à effacer les souvenirs qui ne font pas sens dans son parcours. François, qui partagea un stage d’équitation avec Mylène à Conches en 1979, l’a appris à ses dépens.  

     Un soir de 1988, il aperçoit l’ex-cavalière à la télévision dans « Lahaye d’honneur », une émission en direct sur TF1. Ni une ni deux, il grimpe sur sa moto et fonce dans les studios de La Plaine-Saint-Denis pour des retrouvailles qu’il espère chaleureuses. La chanteuse se trouve à l’arrière d’une voiture, sur le point de quitter les lieux. Autorisé à s’approcher d’elle par Bertrand Le Page, il se présente. Mais bientôt, son enthousiasme retombe. « Elle ne me reconnaît pas. Ai-je changé à ce point ? Lorsque je lui rappelle les stages d’été, elle me répond simplement : “Écoutez, j’ai la mémoire qui flanche.” Alors, j’essaie d’évoquer un maximum de souvenirs, en un temps record, mais rien n’y fait. Elle a déjà un statut de star. On ne se reverra jamais, malheureusement. »  

   mylène   La chanteuse aurait-elle menti ce jour-là ? Rien ne permet de l’affirmer. Pour elle, qui a le sentiment d’avoir commencé à exister avec la chanson, il est naturel que ce qui relève de sa préhistoire se soit en partie évaporé. La fameuse phrase de Nietzsche, « l’oubli est la manifestation d’une santé robuste », s’applique à merveille dans le cas de Mylène. Pour affronter le présent avec l’énergie nécessaire, encore faut-il ne pas être encombré de scories du passé ; à plus forte raison quand ce passé vous rappelle que vous n’avez pas toujours été une star reconnue et adulée. C’est l’hypothèse, en tout cas, que forge Sophie Tellier lorsqu’elle réfléchit sur la question. « Le passage de la petite Mylène toute timide à ce qu’elle est devenue maintenant me fascine. C’est plutôt cette mutation, la construction du personnage, que je trouve incroyable. Elle a su retenir les conseils de Bertrand Le Page, c’est l’une de ses qualités : elle emmagasine très vite et elle est très bosseuse. Elle a appris le chant sur le tas, puisqu’au départ elle ne chantait pas du tout. La danse également, elle a gardé tout ça, on ne peut pas le lui enlever. Peut-être qu’elle ne désirait plus vraiment me voir parce que je suis “un témoin” de tout ce travail et de toute cette transformation. »

      Là encore, n’allons pas prêter à la chanteuse une dureté qui la rendrait insensible à la souffrance d’autrui. Même dans une histoire d’amour, rien n’est simple : celui qui rompt n’est pas forcément le bourreau, face à une innocente victime. Que Mylène soit capable de se détourner de personnes qui lui ont beaucoup apporté, c’est un fait. Qu’elle le fasse, aux dires de certains, avec indifférence, ce n’est, en revanche, absolument pas avéré. Au contraire, tout porte à croire qu’à chaque fois se produit un déchirement, un sacrifice nécessaire mais coûteux. 

      C’est sans doute le sens de sa reprise, lors de la tournée 1989, de la chanson de Marie Laforêt, Je voudrais tant que tu comprennes. À qui songe-t-elle en l’interprétant ? Quel souvenir peut provoquer un tel torrent de larmes ? La réponse n’appartient qu’à Mylène. Pourtant, une chose est sûre : les paroles lui vont comme un gant. « Je voudrais tant que tu comprennes / Toi que je vais quitter ce soir / Que l’on peut avoir de la peine / Et sembler ne pas en avoir. » C’est le thème de la rupture qui est clairement évoqué ici. Une séparation froide et irréversible, mais qui cache en réalité une souffrance. « Le cœur blessé on peut sourire / Indifférente apparemment », chante-t-elle. Combien de collaborateurs, d’amis, d’amants peut-être, ont-ils ressenti cette cruelle absence quand la chanteuse s’est détournée d’eux ? Sans doute faut-il voir cette chanson comme une lettre d’adieu qu’elle aurait pu adresser à chacun d’eux. 

      Oui, on peut tourner des pages qui sont autant de visages sans être un monstre. Que celui qui voudrait jeter la pierre à Mylène s’interroge sur son propre passé. Qui pourrait se targuer d’avoir cheminé sans laisser personne sur le bas-côté ?

 

Extrait du livre : MYLÈNE par Hugues ROYER aux Editions Flammarion 2008

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Le business Farmer

Posté par francesca7 le 17 octobre 2015

 MYLENE

 

      Un dispositif inédit pour une star française. Le 20 août 2008, deux cent cinquante mille portables SFR-Sony Ericsson contenant en exclusivité l’album Point de suture sont mis en vente. Il s’agit de la plus grosse opération de ce genre dans l’Hexagone. Dix jours plus tard, Universal annonce le chiffre de cent soixante-quinze mille albums écoulés par ce biais. Si l’on ignore tout des termes du contrat passé entre la chanteuse et l’opérateur téléphonique, la réputation de femme d’affaires de Mylène n’est, en revanche, plus à établir. Elle force même l’admiration de bien d’autres artistes, qui lui envient son savoir-faire. 

« C’est un génie de la communication », m’a dit un jour Étienne Daho, plein d’admiration. Même Jean-Louis Murat, devenu l’un des plus ardents défenseurs de la chanteuse, semble s’incliner face à une réussite aussi époustouflante : « Mylène et Laurent, je les adore et les respecte infiniment. D’une intelligence à la Warhol. Ce sont ceux qui comprennent le mieux les mécanismes de ce business, qui sont en meilleure position pour le pervertir, en tirer tous les fruits. Ils crachent dessus tout en faisant cracher le fruit. » 

      Une analyse qui fait penser à une phrase choc de Michel Houellebecq dans La Possibilité d’une île : « Si l’on agresse le monde avec une violence suffisante, il finit par le cracher, son sale fric. » Est-ce à dire que réussir à attirer toute la lumière – talent réservé à quelques-uns – passerait par un calcul cynique ? Bien sûr que non. Sinon, la recette serait éventée depuis des lustres. Ce que veut signifier Houellebecq, c’est que, si l’on veut être entendu, il faut exprimer un message suffisamment subversif pour mettre radicalement en question la société. N’oublions pas que c’est en chantant « Je suis une catin » que Mylène a réussi à se faire un nom. Il lui aura fallu bousculer l’ordre bourgeois pour faire fructifier sa popularité.  

      Aujourd’hui, la chanteuse a la réputation d’être richissime. L’est-elle autant qu’on le prétend ? Pas sûr. Mais l’idée qu’on l’imagine à la tête d’une fortune colossale est sans doute loin de lui déplaire. 

Chaque année, son nom apparaît en bonne place dans le top 10 des gains les plus conséquents de la chanson française établi par Le Figaro. En 2001, avec des revenus avoisinant les 10,4 millions d’euros, elle prend même la tête du classement, devant Patrick Bruel et Jean-Jacques Goldman. Le plus souvent, Johnny Hallyday, son pendant masculin, n’est pas loin. En moyenne, les gains de la star s’élèveraient à près de trois millions d’euros par an.  

      Pour autant, nul ne s’est encore risqué à évaluer le montant de sa fortune totale, pratique courante dans le monde anglo-saxon. Tout ce qu’on sait, c’est que Mylène habite depuis peu une résidence huppée dans l’un des quartiers les plus verdoyants de la capitale. Qu’elle a le goût de s’habiller couture et qu’elle ne rechigne pas à traverser l’Atlantique pour assister au vernissage d’un de ses amis artistes. Pour le reste, elle semble avoir peu d’attrait pour les signes ostentatoires de la richesse.

 

     Sans doute faut-il alors la croire sur parole lorsqu’elle chante dans Mylène s’en fout : « Moi mes splendeurs / Sont celles du cœur. » Ce qui compte pour l’épater, ce n’est pas tant la valeur marchande du cadeau qu’on lui offre que la symbolique qu’il représente. Les lys blancs ne sont plus les fleurs les plus onéreuses, ce sont pourtant celles qu’elle préfère. Dans sa chanson, elle se dit plutôt insensible à l’attrait du diamant : « L’éclat du chic / Mylène s’en fout / Le jade est un joyau bien plus doux. » Ce qui est en jeu là, ce sont les valeurs de la bourgeoisie, dans lesquelles la chanteuse ne s’est jamais reconnue. 

Réfractaire aux codes imposés, qu’ils soient esthétiques ou éthiques, elle n’en fait qu’à sa tête, exactement comme lorsqu’elle avait quinze ans, face à sa mère qui regardait, l’air consterné, sa manière de s’habiller. 

      Riche peut-être, mais pas question d’avoir l’esprit étriqué d’une bourgeoise. Fille d’ingénieur, elle connaît bien ce milieu pour y avoir grandi et souffert. « C’est une femme très bien éduquée, m’assure Philippe Séguy. On ne se plaint pas, on ne pleure pas. On reste droite, digne et dure . » De cette éducation, elle garde le meilleur, connaît par cœur les bonnes manières, mais rejette le conformisme qui la fait vomir. C’est plus fort qu’elle, elle ne peut s’y soumettre. Il faut toujours qu’elle se distingue. Ainsi, aujourd’hui, Mylène a beau acheter de nombreuses toiles d’art moderne, elle possède un sens plutôt singulier de la décoration. « J’en ai beaucoup, partout. Non pas sur les murs, je n’accroche pas les tableaux, je les laisse par terre, mais ils sont en revanche toujours encadrés3. » La présence du cadre montre que cette disposition ne doit rien à une quelconque négligence : elle est le fruit d’un esprit contestataire qui ne s’est jamais vraiment assagi. 

    Pour Mylène, faire ses preuves, au moment où elle se lance dans la chanson, signifie d’abord parvenir à gagner sa vie sans rien demander à ses parents. Ce n’est pas simple, d’autant que les droits d’auteur couronnant ses premiers succès vont tarder à atterrir sur son compte en banque. « Quand je l’ai connue, me raconte Elsa Trillat, elle n’avait encore rien touché pour Libertine, alors nous déjeunions dans des restaurants chinois ou des fast-foods. Mylène n’y trouvait rien à redire. À l’époque, elle n’a absolument pas de goûts de luxe. » Bien sûr, sa situation financière va changer brutalement et irréversiblement. Témoin de ce virage, Bertrand Le Page trouvera « sa » chanteuse plutôt à l’aise avec son nouveau statut d’artiste prolifique. « Dans le salon de soixante-dix mètres carrés du nouvel appartement où elle s’installe, à l’époque, elle prend des pauses élégantes sur le canapé. » Quant à ses rendez-vous avec la presse, elle les donne au bar du George-V. 

      Ni cigale, ni vraiment fourmi, la star a engrangé un capital qui la met à l’abri du besoin. Aux yeux de sa famille, qui doutait d’elle, la mission est plus que remplie. Ce dont sa mère, Marguerite, convient volontiers : « Mylène s’est faite toute seule. Elle ne nous doit rien. » Il y a dans cette phrase une évidente fierté, mais aussi l’instauration d’une distance, comme si la chanteuse s’était imposé de réussir sans rien recevoir de ses parents, afin qu’ils ne puissent surtout pas s’approprier une part de son succès.  

    FARMER L’argent, en tout cas, ne lui a jamais fait tourner la tête. Peu de dépenses inconsidérées, quelques coups de cœur assumés, beaucoup de cadeaux spontanés pour ses amis ou ses proches collaborateurs… 

Se faire plaisir, oui. Mais ne jamais fermer à double tour l’horizon du désir. Mylène le sait, pouvoir s’offrir tout ce dont on a besoin ne rend pas heureux. Il faut toujours garder en soi une part d’envies inassouvies, des rêves secrets ou impossibles à réaliser. Cette forme de sagesse lui vient de l’enfance. « Je ne remercierai jamais assez mes parents d’avoir su régler parfaitement le problème de l’argent de poche. J’en avais un peu, mais pas trop. Dans des limites raisonnables qui font qu’on apprécie toujours les choses, qu’il vous reste des désirs. » 

De quoi pourrait-elle bien rêver sans pouvoir se l’acheter ? « J’aimerais beaucoup avoir un Miró, ou un Egon Schiele… Mais c’est impossible ! », lâche-t-elle, mi-frustrée, mi-résignée. Pour acquérir une toile de ces artistes, il lui faudrait en effet dépenser plusieurs dizaines de millions d’euros. Ce qui n’est sans doute pas impossible, mais totalement déraisonnable ! Alors elle se résigne : « Je sais qu’il faudra me contenter d’aller les voir au musée. » Mais elle n’a pas dit son dernier mot. L’essentiel, c’est de continuer à fantasmer, ne pas s’enfermer dans une toute-puissance qui vous déconnecte de la réalité. 

      Prudente, Mylène n’a jamais considéré que son succès était acquis une fois pour toutes. L’argent n’est pas une fin en soi, mais la juste récompense de son travail. Il n’y a aucune raison de le mépriser, pas davantage que de l’idolâtrer. L’idée n’est pas d’accumuler pour accumuler, mais d’avoir conscience qu’il

est le meilleur garant de la liberté que revendique la chanteuse. Quand elle a compris que le succès la plaçait à l’abri du besoin, Mylène a voulu bétonner sa position, se donner les moyens de son indépendance. Il y a dans cette obsession quelque chose qui rappelle le projet professionnel de son père au Québec : construire un barrage suffisamment solide pour retenir les eaux du  Manicouagan. 

      Si Mylène a créé plusieurs sociétés, ce n’est pas tant pour faire du business à tout prix que pour protéger sa liberté artistique. Il fallait faire en sorte que sa maison de disques ne lui dicte jamais ses choix. Combien d’artistes, et non des moindres, ont été contraints de se plier au bon vouloir de leur distributeur, y compris sur le plan musical… Avec la complicité de Laurent Boutonnat, Mylène s’est offert la possibilité de contrôler son destin. On a beaucoup glosé sur la création, en octobre 1989, de Requiem Publishing, société chargée d’éditer désormais ses albums. Était-ce un coup tordu à l’encontre de Bertrand Le Page, qui assurait ce rôle jusqu’alors ? Même si le premier manager de la chanteuse l’a vécu ainsi, il est indéniable qu’une telle décision s’imposait dans l’optique du duo Farmer/Boutonnat d’accroître son indépendance. 

      Le choix des musiciens, mais aussi du studio où les chansons vont être enregistrées puis mixées, n’échappera pas non plus à la vigilance du tandem. Afin de s’assurer une autorité absolue dans la production des albums, Laurent Boutonnat monte Toutankhamon au début de la carrière de sa muse – société dont il a revendu toutes les parts à Polygram aux alentours de 1997. Après les frictions consécutives à l’épopée Giorgino, Mylène crée Stuffed Monkey, en décembre 1993, qui produira tous ses albums à partir d’Innamoramento, mais aussi ses clips. Aujourd’hui, six salariés travailleraient pour cette société. Même si elle continue de déléguer certaines questions à Laurent Boutonnat, qui  demeure son partenaire musical exclusif, la chanteuse est désormais seule maîtresse du jeu. Quant à Polydor, la maison de disques à laquelle elle est demeurée fidèle depuis ses débuts, elle n’est que le distributeur de ses albums. Bien que des accords financiers existent entre les deux partis, Mylène peut donc mettre sur le marché des albums qui lui ressemblent à cent pour cent – ce qui est rare dans le métier.  

     Pour certains, toutefois, la volonté d’indépendance n’explique pas tout : Mylène se serait piquée au jeu du business. Sa réussite financière aurait décuplé son envie de faire fructifier son capital. Sinon, pourquoi aurait-elle créé d’autres SARL que celles strictement nécessaires à la production et à l’édition de ses albums ? Ainsi, s’ajoutant à Requiem Publishing et Stuffed Monkey, elle a fondé deux autres sociétés musicales : Dichotomie, en 2000, et Isiaka, en 2002, cogérée avec Laurent Boutonnat. Pour compléter le tableau, la chanteuse est également à la tête d’une société de production de films publicitaires (Innamoramento), et d’une autre, baptisée ML, qui gère des biens immobiliers. 

Cette diversification, qui s’est accrue avec le temps, semble totalement insoupçonnée à ses débuts. « Pour moi, Mylène s’est complètement transformée, explique Sophie Tellier. À la fin des années quatre-vingts, c’était le papillon qui sort de la chrysalide. Et puis, à partir des années quatre-vingt-dix, elle est devenue vraiment “une femme d’affaires”, quelqu’un de totalement différent. »  

      images (9)Bien sûr, le lancement de la carrière d’Alizée, en 2000, a beaucoup fait pour cette réputation de « working girl ». Et pourtant, au début, tout part d’une seule chanson. Après avoir lu le roman de Nabokov, la chanteuse écrit le texte de Moi… Lolita sur une musique dansante de Boutonnat. Tous deux sentent intuitivement le potentiel du titre, mais Mylène n’a plus l’âge de l’héroïne, quinze ans. C’est alors que le tandem décide de faire appel à une autre interprète. Repérée lors d’un passage à « Graines de stars », Alizée, petite brune au regard piquant, va être approchée. Aussitôt commercialisée, la chanson devient un succès colossal. Tube de l’été 2000, comparable sur le plan des ventes au triomphe de Désenchantée neuf ans plus tôt, Moi… Lolita fera, en outre, une carrière internationale comme n’en a jamais connu aucun titre de Mylène : en quelques semaines, Alizée fait un tabac aux Pays-Bas, en Italie, en Espagne, en Angleterre, et surtout au Mexique, où elle devient une star. 

      Préparé dans la précipitation – alors que Mylène est en pleine tournée – et produit par Requiem Publishing, l’album Gourmandises sort dans la foulée, le 28 novembre. Pour en écrire les paroles, la chanteuse a longuement conversé avec sa jeune protégée. Les ventes hexagonales seront au rendez-vous, mais n’atteindront pas le million d’exemplaires, chiffre auquel Mylène semble, elle, abonnée pour chacun de ses albums. En 2003, un second opus naîtra de cette collaboration fructueuse, Mes Courants électriques, édité cette fois par Isiaka. 

Mylène s’y investit pleinement, et pas seulement en signant les textes des chansons. C’est elle qui aurait eu l’idée de l’escarpin géant dans lequel Alizée semble trouver refuge sur la pochette. Elle dessine également certaines tenues portées par la Lolita lors de ses passages très remarqués à la télévision et l’aide à répéter les chorégraphies. 

      Malgré tout, le single J’en ai marre ne parvient pas à tirer l’album vers les sommets. Et le spectacle qui suit, pourtant cornaqué avec soin par Laurent Boutonnat, ne remporte pas un franc succès. C’est à la suite de ces résultats mitigés que la collaboration cessera, d’un commun accord, entre l’écurie Farmer et la jeune Corse. 

      Entre-temps, la Lolita a rencontré l’homme de sa vie, Jeremy Châtelain, musicien qui participa à la Star Academy, l’a épousé à Las Vegas et a donné naissance à une petite fille. Elle veut voler de ses propres ailes, ce qu’elle fera en auto-produisant son troisième album, Psychédélices, en 2007 – ses parrains lui ayant cédé la marque Alizée, leur propriété, pour un euro symbolique. Un retour en demi- teinte dans l’Hexagone, qui permet cependant à la brunette de retrouver son public d’Amérique latine. Et malgré toutes les questions des journalistes cherchant à jeter de l’huile sur le feu quant à ses relations avec Mylène Farmer, elle n’aura que des mots pleins de reconnaissance pour celle qu’elle regarde comme une marraine. « Elle m’a tout appris », dira-t-elle, mettant fin à une polémique autour d’une chanson, Idéaliser, censée être un portrait au vitriol de l’idole. 

   

     Voilà comment la parenthèse Alizée s’est refermée pour la productrice Farmer. Depuis, on a beaucoup glosé sur ses velléités de lancer d’autres artistes, afin de pouvoir quitter la scène un jour sans cesser de tirer les ficelles du métier. Hélas ! pour l’heure, Mylène n’a pas eu la main vraiment heureuse. 

Elle a produit un groupe de musique électronique, Good Sex Valdes, qui a sorti un single, You, dans unerelative indifférence. Via sa société Dichotomie, elle a également poussé le titre de Christia Mantzke, I’m not a boy en 2001, sans qu’il rencontre le succès escompté. Aura-t-elle davantage de réussite avec le générique du dessin animé Drôle de Creepie, sorti en septembre 2008, et interprété par la jeune Lisa, la fille de Michel, son frère cadet ? Trop tôt pour le dire.  

     Évidemment, sa réputation de femme d’affaires a encore gagné du terrain depuis qu’on a appris que Mylène avait déposé une marque, Lonely Lisa, en septembre 2007, à l’Institut national de la propriété audiovisuelle. Utilisant comme logo l’héroïne de son conte illustré, Lisa-Loup et le conteur, paru en 2003, elle donne la liste des différents produits qui pourraient être estampillés de ce label. Articles de papeterie, papiers peints, linge de maison, vaisselle, mais aussi jouets, bijoux et vêtements. Des fausses pistes destinées à brouiller le jeu ? Dans une interview au magazine Têtu, elle livre une clé mettant un terme à Atoutes les supputations : « Lonely Lisa donnera naissance à un site Internet communautaire dans les prochains mois. »  

     Pour celle qui a toujours refusé de créer un fan-club officiel, ce projet semble particulièrement bien ciblé : ses fans sont nombreux à participer aux innombrables forums qui lui sont consacrés sur la Toile. 

Un site communautaire serait un moyen idéal de fédérer ces énergies tout en permettant à chacun de s’exprimer. Une fois de plus, Mylène montre qu’elle fourmille d’idées en tous genres, en dehors même de son métier. Revendiquer une œuvre digne de ce nom, singulière et sans concessions, ne l’empêche pas de posséder un sens aiguisé du marketing. Bref, elle est la preuve vivante qu’on a souvent tort d’opposer, comme des entités inconciliables, l’artistique et le commercial. 

 

Extrait du livre : MYLÈNE par Hugues ROYER aux Editions Flammarion 2008

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Les mots de Mylène sont nos vies

Posté par francesca7 le 23 septembre 2015

Mylène FarmerParfois, les mots lui manquent. Elle hésite, fouille dans sa tête, se bloque. Elle a une telle exigence de clarté qu’il lui importe de trouver les termes exacts, ceux qui traduisent précisément sa pensée. La présence de l’autre ne l’aide pas. Elle est intimidée, perd ses moyens. La pression de la caméra peut même provoquer des rires nerveux. Elle se crispe pour garder la maîtrise d’elle-même. Pourtant, la diction est parfaite, les phrases prononcées dans un français impeccable. Il n’empêche… Au moment où les mots sortent de sa bouche, elle voudrait tout redire autrement, corriger ce qui lui semble encore un brouillon. « J’ai tellement envie de trouver les mots justes pour, à chaque fois, exprimer un sentiment. Et je sais que, parfois, ça va trop vite, qu’on n’a pas le temps de se préparer, que le tac au tac n’est pas quelque chose qui fait partie de moi non plus. » 

Si Mylène n’est pas à l’aise à l’oral, ce n’est pas seulement une question de tempérament. À l’âge de huit ans, lorsqu’elle débarque en région parisienne avec toute sa famille, elle s’exprime avec un accent québécois assez prononcé. À la maison tout va bien, mais à l’école ça se complique : les enfants de sa classe se moquent de sa façon chantante de parler. Chaque fois qu’elle ouvre la bouche, ils sont prêts à s’esclaffer. Blessée, la fillette se mure dans un mutisme douloureux. Conscients du malaise, ses parents prennent rendez-vous avec une orthophoniste. Motivée, Mylène ne ménage pas ses efforts pour gommer ce défaut qui la stigmatise aux yeux de ses camarades. Au bout de quelques mois, son accent s’estompe. Mais le sentiment d’avoir été rejetée pour sa différence demeure. Elle est devenue moins expansive, plus secrète. 

C’est pour cette raison qu’elle écrit. Pour venir à bout de cette confusion, mettre ses pensées en ordre de marche. C’est pour cela que tous les écrivains écrivent. Parce qu’ils n’arrivent pas à dire dans les situations du quotidien ce qui perturbe leur esprit jusqu’à les obséder. Il faut que ça sorte, d’une manière ou d’une autre. Provoquer la saignée salutaire avant de risquer l’infection. « Le froid s’installe tout naturellement en moi lorsque j’écris, confie Mylène. La température de mon corps chute. Je ne suis pas habituellement aussi frileuse mais, lorsque j’écris, je m’enveloppe de longs manteaux de laine. Le froid m’est très désagréable, mais le désir d’écrire prédomine. » Cette sensation, nombre d’écrivains la connaissent. Elle montre le lien puissant qu’entretient la création avec la mort : libérer les mots qui sont en nous, c’est affronter à mains nues les démons qui menacent de nous étrangler. 

Mylène n’est pas un écrivain, mais elle écrit. Des chansons, ce qui n’est pas anodin. Car les mots des chansons nous accompagnent parfois plus loin que ceux des romans. Prendre la plume ne lui est pas tombé dessus par hasard. C’est à quinze ans qu’elle commence à en éprouver le besoin. « L’écriture a été pour moi une thérapie. Je l’ai découverte seule quand je vivais mal le passage de l’adolescence à l’âge adulte. Je l’ai ressentie comme un viol. Écrire, c’est s’avouer des choses. Il m’est arrivé de rayer des phrases que ma main avait notées. Mon esprit me poussait à les retirer. Je ne me sentais pas encore prête pour les révéler. » Dès l’origine, on trouve donc un désir de percer l’abcès qui la ronge. Mais, à l’époque, ces mots qu’elle note comme on noircit les pages d’un journal intime ne sont destinés qu’à elle-même. 

Lorsque Mylène débute dans la chanson, il n’est pas prévu qu’elle signe des textes : elle est là pour chanter un titre conçu par d’autres. Pourtant, très vite, dès que le projet d’un premier album se concrétise, l’envie de chanter des paroles de son cru la démange. « Maman a tort n’était pas de ma plume, mais sur l’album j’ai écrit Plus grandir. J’ai éprouvé un besoin immédiat d’écrire. Mais après, c’est difficile de s’avouer qu’on est capable de le faire, d’accepter ses mots, ses émotions, et de les dévoiler aux autres. Mais là encore, c’était quelque chose d’évident pour moi. Je ne pouvais pas laisser quelqu’un d’autre écrire mes mots. » 

Pas facile non plus de se sentir en confiance lorsqu’on travaille avec quelqu’un d’aussi talentueux que Laurent Boutonnat, dont les textes sur l’album Cendres de lune, en particulier la comptine Chloé, sont des bijoux de raffinement. Par chance, le réalisateur semble peu motivé par l’écriture. « Je crois que Laurent avait envie d’abandonner la plume. » Une aubaine pour Mylène, qui va trouver son format d’expression et ne plus jamais le lâcher. 

Avec l’album Ainsi soit je, l’écriture devient centrale. Si ce disque est aussi inspiré, c’est parce que la chanteuse a tant de messages à exprimer que les mots se bousculent au portillon, s’enchaînent sans effort. Certaines chansons sont d’ailleurs finalisées en moins d’une heure. « Sur mon premier album, je n’avais écrit que trois textes. Avec Ainsi soit je, je suis arrivée à transmettre d’autres choses, sur des thèmes que je juge inépuisables, confie-t-elle. Cet album est presque un viol organisé de ma personne, dû à des contextes, à une écriture. Ce viol était un besoin, comme celui de me dévoiler par l’écriture. J’ai l’impression d’avoir dit des choses qui m’étonnent moi-même. » 

À l’époque, l’album semble tellement abouti que d’aucuns pensent que Mylène n’écrit pas elle-même ses textes. Faux ! s’insurge Bertrand Le Page, qui m’a confié combien il avait été impressionné par la sûreté de la plume de Mylène. « Lorsqu’elle m’apportait une chanson, tout était parfait. Il n’y avait rien à changer. Pas même une virgule. » Qui sont ses modèles ? D’où lui vient cette facilité à s’adapter à ce format si singulier qui a découragé de nombreux écrivains, et non des moindres ? Difficile à dire. Sans doute ses cahiers d’adolescente ont-ils constitué des brouillons à ses chansons, qui ont toutes en commun de ne parler que d’elle. 

Lorsqu’on cherche ses références, un nom s’impose, qu’elle cite parfois, celui de Serge Gainsbourg. « On peut être une artiste populaire tout en cultivant un certain élitisme, dit-elle. De toute évidence, il existe une envie de démolir les tabous, de se violer, soi et le public, avec des thèmes qui ne sont pas populaires. Seul Gainsbourg avait su jusqu’à présent les aborder. » Des propos qui semblent immodestes, mais qui montrent surtout combien l’écriture a donné à Mylène l’assurance qui lui manquait à ses débuts. 

Ce qu’elle partage avec cet immense artiste, outre un sens indéniable de la provocation, c’est d’abord la jouissance des mots. Pour l’esprit qui les convoque et les associe, ils sont des instruments de pur plaisir. « J’aime les mots depuis toujours, leur sonorité, et m’amuser avec, voilà tout », explique Mylène. Et elle le prouve ! Goût prononcé pour les allitérations dans Pourvu qu’elles soient douces (« Tu t’entêtes à te foutre de tout »), dans Pas de doute (« Quand tu n’as plus ta tête, tu fais tout trop vite ») ou dans Dégénération (« Coma t’es sexe, t’es styx / Test statique »). Jeux de mots appuyés, comme dans le single Q.I. (« Même si j’en ai vu des culs / C’est son Q.I. qui m’a plu »). Doubles sens à connotation sexuelle, comme dans L’Âme-Stram-Gram, où Mylène pervertit avec délectation une comptine innocente (« Âme-Stram-Gram, pique, pique-moi dans l’âme, / Bourrée bourrée de nœuds mâles, / Âme-Stram-Gram pique dames »). Mots cryptés qui surgissent au détour de formules ciselées, comme dans Méfie-toi (« Dieu que l’icône est classe »). En outre, de même que Gainsbourg à la fin de sa carrière, Mylène apprécie les anglicismes. 

Au départ, pourtant, la langue de Shakespeare lui donne des complexes : elle ne la maîtrise pas suffisamment pour l’utiliser dans ses chansons. Ainsi, elle fait appel à Ira Israël pour traduire Que mon cœur lâche, qui va devenir My Soul Is Slashed. Pourtant, Mylène jette la première version aux orties. « Donc, on a décidé de travailler ensemble mot à mot, raconte le traducteur. Elle était très exigeante : la sonorité de chaque mot, le rythme, le sens, le feeling – tout était hyper important. Chaque fois que je pensais que j’avais trouvé quelque chose d’intéressant, elle disait : “Non, ça ne marche pas.” » 

Par la suite, la chanteuse va apprivoiser l’anglais qu’elle a un peu trop négligé au lycée. Cours intensifs dès 1990, séjours aux États-Unis, lectures de romans en version originale, conversations courantes avec des anglophones, en particulier Jeff Dahlgren au moment de l’album Anamorphosée… Cette langue, d’abord étrangère, peu à peu pénètre son univers. À tel point que, depuis California, les mots anglais ont envahi ses chansons. Ainsi glisse-t-elle des segments de phrases entiers dans de nombreux titres (« Don’t let me die » dans Ange, parle-moi, « Blood and tears » dans Fuck Them All ou « Shut up » dans Peut-être toi), qui semblent désormais lui venir exactement comme des mots en français. Sans compter les titres bilingues chantés en duo, parmi lesquels Slipping Away et Looking For My Name, les deux titres qui signent sa collaboration avec Moby. Preuve que la star s’est, une fois de plus, donné les moyens de son ambition.

 

Pourtant, faire de Mylène un disciple de Gainsbourg ne suffit pas. Même si elle partage avec l’auteur de La Javanaise le goût de mettre les mots en musique, elle possède son imaginaire propre, une manière singulière de manier la langue. Curieux de décrypter les paroles de ses chansons, certains fans ont recensé les mots les plus usités du répertoire farmerien. Sans surprise, « vie », « amour » et « âme » occupent les premières places du podium. Ce qui est plus intéressant sans doute, ce sont les néologismes : de plus en plus, quand elle ne parvient pas à exprimer ce qu’elle ressent avec les mots du dictionnaire, Mylène en invente de nouveaux. Nul n’a oublié le fameux Optimistique-moi adressé à la figure paternelle. Mais il lui arrive aussi de transformer un nom ou un adjectif en verbe, qu’elle n’hésite pas à conjuguer. Cela donne « Quand la lune est si pâle / L’être se monacale » dans Pas le temps de vivre, « Dis-moi comme / J’extase » dans Sextonik, ou encore l’infinitif « coïter », dont il serait superflu de préciser le sens, dans C’est dans l’air. 

Mylène FPlus elle avance dans sa carrière, plus l’écriture semble essentielle à ses yeux. « Écrire mes chansons, c’est ma raison de vivre », dit-elle volontiers. Qui pourrait en douter ? Et même si sa production (une centaine de chansons en vingt-quatre ans) est loin d’être démesurée, Mylène cisèle ses textes avec un soin extrême, soucieuse d’éclairer son public sur une zone encore secrète de son âme. D’où, parfois, un certain hermétisme, qui pousse quelques fans à se lancer dans des exégèses délirantes. 

Comment procède-t-elle pour accoucher de ses chansons ? « J’ai besoin de m’enfermer dans une pièce, quelle qu’elle soit, d’avoir un dictionnaire à côté de moi. » La plupart du temps, la musique a été composée auparavant. Laurent Boutonnat lui confie les enregistrements ; à elle de sculpter les mots qui épousent ses partitions. « Je travaille avec un tout petit magnétophone, sur des maquettes, et là je me mets à écrire… Mais j’ai besoin de la musique avant. » Pour elle, la partition est une base à la fois contraignante et rassurante : elle force l’esprit à une certaine concision, l’empêche de se laisser aller à des débordements. 

En revanche, Mylène n’écrira sans doute jamais de roman. Trop ambitieux. Encore moins ses Mémoires. Trop dangereux. La chanson demeurera son format de prédilection. Elle y excelle. En 1999, elle assurait avoir rédigé plusieurs pages d’un texte « qui tend vers la pornographie », mais s’interdisait alors toute idée de publication. En 2003, elle s’est essayée au conte philosophique. Un titre énigmatique, Lisa-Loup et le conteur. Un joli projet dont on retiendra surtout la virtuosité des dessins, signés de sa main, et quelques formules heureuses. En dépit de la profondeur du propos, l’ensemble n’a guère convaincu. Malgré un beau succès en librairie, de nombreux lecteurs sont restés sur leur faim. 

Mylène sait que les formes courtes lui sont plus favorables. Elle a besoin d’un cadre pour canaliser le flux de son écriture. Les musiques de Laurent Boutonnat demeurent son premier repère. Quand elle écrit des chansons, elle se sent forte. Tricoter les mots, elle sait faire. « L’univers a ses mystères / Les mots sont nos vies », fredonne-t-elle, en hommage au pouvoir du langage, dans le titre phare de sa première compilation. C’est grâce aux mots qu’elle a pu transformer sa vie en destin. Pour avoir accompli cet exploit, elle ne leur dira jamais assez merci. 

 

Extrait du livre : MYLÈNE par Hugues ROYER aux Editions Flammarion 2008

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Un corps parfait, c’est Mylène

Posté par francesca7 le 23 septembre 2015

 

 

68836New York, juillet 1999. Mylène s’entraîne avec son coach, Hervé Lewis. Elle n’aime pas le sport. Elle a toujours préféré faire travailler son esprit plutôt qu’imposer des exercices à son corps. Dans une salle de gym, Mylène déprime. Inspirer, expirer, transpirer, compter… Tout ça lui semble à mourir d’ennui. Pourquoi, d’ailleurs, se fatiguerait-elle à faire du sport ? Du haut de son mètre soixante-six, elle affiche une silhouette parfaite. Le temps qui passe n’a rien changé à la chose. Est-ce dû à son tempérament plutôt angoissé ? Par chance, son métabolisme brûle les graisses, avec une facilité déconcertante.

 

Mylène est mince, c’est un fait. Une clé aussi de son succès. Le bébé dodu dont la photographie figure sur la pochette du duo avec Moby, Slipping away, a bien fondu en grandissant. Sur la balance, la jeune fille aux cheveux châtains qui chantait Maman a tort en 1984 et la rousse flamboyante qui, en 2008, ensorcelle ses bourreaux dans la vidéo de Dégénération affichent le même poids plume : quarante-neuf kilos. Ce corps gracile, idéal pour porter l’habit, Mylène a su en faire un atout pour sa carrière. Sans ce physique-là, inestimable cadeau de la nature, comment aurait-elle pu susciter et entretenir le fantasme aussi longtemps ? Une silhouette « bien proportionnée », comme elle le dit elle-même. La taille est fine bien que peu marquée, la courbe du fessier a fait couler beaucoup d’encre, et les jambes, parfaitement dessinées sont devenues, gainées de bas ou de cuissardes, un spectacle à part entière.

 

« Je ne fais de sport que quand je monte sur scène », dit-elle, sans doute pour énerver toutes celles qui transpirent sans résultat dans les clubs. Lorsqu’elle part en tournée, Mylène ne peut pas y couper : le rythme éreintant exige une préparation physique digne d’un sportif de haut niveau. Le corps doit s’habituer à fournir des efforts conséquents afin de produire toute l’énergie dont la  chanteuse aura besoin sur scène. Haltères de deux kilos soulevées lentement, séance d’abdominaux, assouplissement… Avec Hervé Lewis, Mylène enchaîne footing, musculation et séance de combat, avant les répétitions avec ses danseurs. La récompense vient après : un bon massage pour se décontracter.

 

« Elle a un corps très tonique, très costaud. Elle a un petit gabarit, donc elle n’a pas de gros besoins », explique son coach, qui comprend que la star ne  s’entraîne que pour la scène. « Quand elle s’arrête et qu’elle reprend, elle est prête assez rapidement. » L’avantage, c’est qu’elle se montre plutôt

motivée durant ces rares périodes de préparation physique. « Même en gym, elle est douée. Elle a une excellente mémoire musculaire », assure Hervé Lewis.

 

Le plus difficile, pour elle, ce ne sont pas tant les exercices que le régime spécial à base de sucres lents qui s’impose à tous les artistes, comédiens et chanteurs, avant une performance scénique. Non pas que Mylène déteste les pâtes, mais parce que son rapport à l’alimentation n’a rien de simple, et ce depuis l’enfance. Le romancier Philippe Séguy, qui a eu l’honneur de partager sa table dans un restaurant parisien, en atteste. « Elle mange très peu, aborde la nourriture avec suspicion. Quand le plat arrive sur la table, elle l’observe avec une attention quasi chirurgicale. Je me souviens l’avoir vue décortiquer une galette de saumon surmontée d’une tomate. Elle a coupé pour voir ce qu’il y avait à l’intérieur, et elle a eu ce mot : “incision”. »

 

Si Mylène surveille ce qu’elle mange, ce n’est absolument pas par peur de prendre des kilos. « Je ne suis aucun régime et je ne compte jamais les calories», dit-elle. On peut la croire sur parole. De même qu’elle semble sincère lorsqu’elle affirme : « Je ne suis absolument pas obsédée par ma ligne. » Le blocage se situe à un autre niveau, dans le rapport qu’elle entretient avec l’aliment, regardé comme un corps étranger qui pénètre dans son organisme.

 MYLENE F

« Son corps est un temple qu’elle ne veut pas mettre en danger par la nourriture », explique Séguy. Mylène a conservé de son enfance une manière très instinctive de se sustenter. Pour qu’elle accepte d’avaler quelque chose, il faut qu’elle ait confiance. L’aspect extérieur est donc fondamental, d’où son

goût pour les fraises Tagada et autres bonbons acidulés, séduisants grâce à leurs couleurs vives.

 

Dans les années 1980, la photographe Elsa Trillat lui a fait découvrir les sushis. Depuis, elle en raffole. La gastronomie japonaise la rassure pour plusieurs raisons : la présentation est esthétique, on sait exactement ce qu’on mange, et on peut consommer de petites bouchées. Rien à voir avec les plats français, souvent trop copieux. Mylène n’aime pas avoir le ventre plein, sentir un poids sur l’estomac.

 

Pour penser et créer, il lui faut rester légère, c’est essentiel. À quoi bon fatiguer son organisme en le torturant par des quantités excessives ? Dans le rapport affectif qu’elle entretient avec la nourriture, le poisson lui semble plus désirable que la viande rouge, qu’elle a bannie de son régime alimentaire. Lorsqu’elle était petite fille, les steaks n’étaient jamais assez cuits à son goût. Aujourd’hui, on n’en trouve plus dans son assiette. « Je ne mange plus de viande, excepté celle de volaille. Je me nourris surtout de fruits et de légumes. » Cette drôle de façon de s’alimenter ne manque pas de surprendre ceux qui approchent Mylène. Ainsi, au moment où elle fréquente le chanteur Khaled, avec qui elle reprendra en duo La Poupée qui fait non de Polnareff, elle semble abonnée aux bananes. Est-ce une lubie passagère ou un moyen de garder son énergie sur scène ?

 

En tout cas, son partenaire n’en revient pas : « Je lui dis bien d’arrêter d’en manger autant, mais elle s’y accroche ! Je ne sais vraiment pas pourquoi… » Comme les enfants, Mylène grignote quand ça lui chante, au gré de ses humeurs, y compris au restaurant, où elle préfère souvent picorer des entrées plutôt que choisir un plat principal. Son rapport à la boisson n’est pas des plus simples non plus. « Quand je l’ai connue, relate Philippe Séguy, elle consommait énormément de jus de carotte. Alors que Bertrand Le Page débouchait des bouteilles de champagne à tout-va, elle préférait souvent boire du thé ou siroter un Coca-Cola, son péché mignon. »  Aux dires de certains proches, la star aurait appris, depuis, à apprécier certains grands crus, initiée à ces plaisirs adultes par quelques amis amateurs.

 

Si Mylène est aussi intransigeante avec tout ce qu’elle absorbe, c’est pour conserver intacte l’intégrité de son corps. Non parce qu’elle vouerait un culte à ses formes avantageuses, mais parce que sa silhouette est le reflet exact de ce qu’elle est au fond d’elle-même, subtil mélange d’énergie et de fragilité. « Les gens minces le sont par prudence, m’a expliqué un jour une amie médium. En évitant de prendre du poids, ils veulent s’assurer qu’ils sauront fuir au moindre danger. » Force est de constater, en tout cas, qu’avec ce gabarit gracile la chanteuse a su se frayer un chemin en échappant aux périls du show-business, où sévissent, selon ses propres mots, des « ennemis mortels ».

 

Pour demeurer un support de projection pour le public, Mylène sait que son corps doit rester parfait. Droit et digne, respectable et désirable à la fois. À ses débuts, elle détestait aussi le soleil pour ça, parce qu’il fait transpirer, ramollit les chairs, rend les peaux moites et collantes. En hiver, les corps sont plus beaux. Alors, non, Mylène n’est pas près de lâcher prise sur le sujet. Maîtriser son corps, n’est-ce pas la preuve la plus éclatante, la seule peut-être, du contrôle qu’on exerce sur soi-même ?

 

 

Extrait du livre : MYLÈNE par Hugues ROYER aux Editions Flammarion 2008

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« Oui, je suis narcissique » : Parole de Mylène

Posté par francesca7 le 16 septembre 2015

Parole de MylèneLes bureaux de Toutankhamon, un après-midi de 1990. Le romancier Philippe Séguy assiste en exclusivité à la projection privée du clip Allan Live. Après la première tournée et le triomphe au Palais des Sports, Laurent et Mylène ont eu l’idée romantique de brûler au lance-flammes le cimetière qui avait servi de décor au spectacle. La séquence, filmée, est intégrée au montage. Tous les trois s’installent sur des chaises dans le studio prévu à cet effet. Sur le visage de Mylène, que Philippe scrute avec autant de curiosité que l’écran, aucune émotion n’affleure. Rien qui ne perturbe son teint laiteux. Manifestement, la chanteuse n’éprouve aucun plaisir à se contempler. Face à son reflet dans l’image, elle demeure d’une froide indifférence.

 

On la croit nombriliste, rien n’est plus faux. Elle est narcissique, ce qui n’a rien à voir. Et elle en fait l’aveu sans l’ombre d’un complexe : « C’est vrai, je suis narcissique. » On aurait tort de prendre cette déclaration pour une simple provocation. Mylène sait de quoi elle parle. Ce trait de son caractère, elle l’a constaté depuis l’enfance. L’attrait irrésistible du miroir, l’impression que le visage qu’on aperçoit n’est pas le sien, mais celui d’une amie qu’on a envie d’apprivoiser, de séduire… « Le miroir, dit-elle, est fondamental dans ma vie. J’ai en permanence besoin de mon reflet. » Un besoin viscéral en effet.

 

Lorsque le reflet semble bienveillant, la personnalité narcissique se sent apaisée, enfin complète. Cette faille, sans doute très archaïque, semble cicatriser, du moins provisoirement. On songe à la célèbre théorie du désir élaborée par Platon dans le Phèdre : nous aurions été autrefois scindés en deux et, depuis ce jour, nous rechercherions la moitié qui nous manque. Le clip de L’Âme-Stram-Gram met en scène cette dualité de manière limpide : les sœurs jumelles incarnées par la star sont dépossédées de leurs pouvoirs magiques dès lors qu’elles sont séparées. En revanche, une fois réunies, elles sont capables de mettre un groupe de cavaliers sanguinaires hors d’état de nuire.

 

C’est la même chose pour Mylène : il lui faut être en communion avec l’autre partie d’elle-même pour se rassembler et donner le meilleur de son talent. Elle ne délivre pas, au fond, d’autre message dans la chanson L’Autre, qui demeure une énigme pour bien des exégètes de son répertoire. Et lorsque la chanteuse tente d’expliquer ses intentions, elle prend soin de ne jamais fermer le sens. « L’autre suppose beaucoup d’autres. Ça peut être l’autre moi. Ça peut être cette chose qui n’a pas d’enveloppe physique et qui est au-dessus de vous et qui va vous aider, vous diriger parfois, vous contrarier aussi. Ça peut être l’autre, une autre personne. J’ai essayé de trouver un mot qui puisse évoquer beaucoup de choses. Ça peut être aussi la schizophrénie, pourquoi pas ? »

 

La schizophrénie. Un mot lâché au passage, excessif sans doute, puisqu’il évoque une forme de psychose dont, bien évidemment, Mylène ne souffre pas. En revanche, son imaginaire en atteste, l’aliénation mentale est un thème qui l’attire. « L’univers de la folie ne cesse de me fasciner  », dit-elle. Convaincue qu’il y a une forme de vérité à découvrir chez les personnes atteintes de ces troubles, elle n’hésite pas à déclarer : « J’ai toujours été attirée par les névrosés et les désespérés parce que je sais que la vraie vie est en eux. Pas dans cette fausse image renvoyée par les magazines où tout est trop lisse pour être vrai. »

 

Incarner à l’écran dans Giorgino, une jeune femme déséquilibrée va d’ailleurs lui permettre d’accomplir un envoûtant voyage intérieur aux frontières du pathologique. « Catherine m’a séduite par sa fragilité, son étrangeté, par cette violence sourde, enfantine, qui émane d’elle. Mal armée pour se défendre, elle exprime ses émotions brutalement, simplement, sans passer par le tamis de la réflexion. Je me sens moi-même proche de cette animalité, de cette réponse immédiate et instinctive à toute agression extérieure. D’ailleurs, au cours du tournage, je me suis demandé si c’était Mylène qui nourrissait Catherine, ou l’inverse. J’avais le sentiment que la frontière entre le normal et la folie est très mince. »

 

De ce point de vue, le clip de Sans logique illustre parfaitement la dualité du désir : coiffée de   cornes en métal, Mylène transperce l’homme qu’elle aime. Preuve que l’identité, au sens d’une unité à réaliser, demeure problématique. « Sans logique / Je me quitte », fredonne la chanteuse. Des paroles que ne renierait pas, en effet, un schizophrène.  Cette dualité fondamentale occupe une place de choix dans son répertoire. Parfois, elle déjoue même les apparences : on croit que la chanteuse s’adresse à quelqu’un d’autre et il ne s’agit que d’un dialogue… avec elle-même. Le « tu » se confond alors avec le « je », comme dans Tristana : « Adieu Tristana / Ton cœur a pris froid », murmure-t-elle dans un souffle, avant d’achever le refrain par : « Ne le dites pas / Tristana c’est moi. »

 

D’une certaine façon, Mylène poursuit dans l’écriture ces jeux de dédoublement

auxquels s’adonnent les jeunes enfants, seuls dans leur chambre. Lorsqu’on tend l’oreille, on s’aperçoit qu’ils peuvent tenir des conversations entières avec un objet transitionnel, peluche ou poupée, sur lequel ils projettent leur personnalité.

 

Flirter avec la schizophrénie, jouer avec le symbole, ne signifie pas qu’on risque soi-même de sombrer dans le dédoublement de personnalité. Au contraire, le privilège de l’artiste, en mettant à distance ses propres angoisses dans son œuvre, est de se prémunir contre le risque de la folie. Le quotidien de Mylène n’a rien de déstructuré, bien au contraire. Ainsi, lorsqu’elle se trouve à Paris, ses journées de travail sont plutôt calibrées : départ autour de midi vers les bureaux de Stuffed Monkey, sa société, et retour à son domicile vers dix-neuf heures. Rien à voir avec le tempérament borderline d’une Amy Winehouse. Le modèle « sex, drugs and rockʼn’roll », très peu pour elle ! « Elle déteste se coucher après minuit », m’a confié Bertrand Le Page dans les années 1990. Sans doute cet irréductible noctambule, qui avait besoin d’entendre des voix amies au cœur de la nuit, exagérait-il un peu. Aujourd’hui, en tout cas, la star semble se coucher plus tard. Dans Appelle mon numéro, elle évoque avec malice son « plus beau geste », celui de poser sa tête sur l’oreiller, privilège réservé à celui qui « entre dans l’histoire » – autrement dit, la sienne.

 

Fidèle à certains rituels dont l’empreinte remonte à l’enfance, Mylène aime à réunir les membres de sa famille le dimanche. Sa sœur Brigitte, son frère Michel, sa mère, Marguerite, mais aussi ses nièces. Ils sont les témoins de son passé, ses repères les plus intangibles, les garants d’une certaine continuité dans son parcours. Elle a besoin d’eux pour garder son équilibre. Dans les moments qu’elle partage avec eux, elle n’a pas besoin de jouer à la star, ni d’imposer ce rapport de force, de chercher de nouveaux subterfuges pour demeurer distante. Bref, sa famille l’aide à se rassembler, à lutter contre la tentation périlleuse du morcellement.

 

« Dans mes chansons, je ne parle que de moi ! C’est de l’égocentrisme artistique », reconnaît Mylène. Une manière d’assumer son narcissisme avec panache. Mylène ne peut faire autrement : ce qu’elle exprime d’abord, c’est sa difficulté à recoller les morceaux de son être. Toutefois, passer son existence à gérer ses paradoxes ne signifie nullement que les autres ne formeraient qu’un simple décor. Une personnalité narcissique n’est pas nécessairement obsédée par son plaisir égoïste. Elle ne désire pas forcément, non plus, être le centre de toutes les conversations. Ses collaborateurs le confirment, Mylène n’a rien de ces artistes nombrilistes centrés sur leur petite personne, qui envahissent les autres avec leurs états d’âme. Christian Padovan, bassiste sur la tournée de 1989, a d’ailleurs été frappé par le comportement atypique de la chanteuse : « Mylène ne pleure pas sur elle, la plupart du temps, comme peuvent le faire d’autres chanteurs. Elle n’attend pas les congratulations habituelles, les “tu es formidable”. Elle s’en fiche. Elle a travaillé, c’est cela qui est bien. »

 

Autre trait de son caractère qui détonne : un sens de l’écoute exceptionnel. Tous les témoignages concordent sur ce point. « Elle n’a rien d’une fille égocentrique, me dit Elsa Trillat. Quand les gens l’intéressent, elle pose même énormément de questions. » « Dans la vie, c’est quelqu’un de tout à fait courtois, charmant, calme, très attentif, à l’écoute des gens », confirme Agnès Mouchel, monteuse des premiers clips. Quant au photographe Jean-Marie Périer, il semble encore sous le charme de leur première rencontre. « J’ai été séduit par son incroyable faculté d’écoute et l’intérêt qu’elle sait porter aux autres. Une artiste qui peut parler d’autre chose que d’elle-même est, croyez-moi, une denrée des plus rares. Je n’avais pas rencontré cette qualité d’attention depuis Simone Signoret. »

 Mylène narcissique

Elle possède ce regard qui vous transperce, ce désir de savoir comment vous tenez debout malgré tout, comment vous parvenez à gérer le paradoxe de la vie, à surmonter vos doutes qui sont aussi les siens. « Tu sais que ta vie / C’est la mienne aussi », chante-t-elle dans Il n’y a pas d’ailleurs. Il y a une universalité dans la difficulté d’être, une communion peut s’instaurer. N’allons pas croire que les personnalités narcissiques soient enfermées en elles-mêmes : cette faille qui rend leur bonheur incertain leur sert de rampe d’accès à l’autre et c’est par ce biais qu’elles pénètrent, parfois avec fulgurance, l’âme de ceux qui croisent leur route. Voilà sans doute une autre clé du succès de Mylène : alors qu’elle ne parle que d’elle-même, chacun peut éprouver le sentiment, lors d’un concert, qu’elle ne s’adresse qu’à lui.

 

Bien sûr, la chanteuse ne s’intéresse pas à tout le monde. Elle le dit elle-même, dès ses débuts, quitte à passer pour misanthrope : « J’aime très peu de gens. Je suis très exigeante. » Mais ça ne l’empêche pas de se montrer attentionnée avec ceux qui travaillent pour elle. Généreuse, même. Car, ce qu’on ignore, c’est qu’elle adore faire des cadeaux : choisir précisément l’objet qui va toucher l’autre, lui apporter la preuve qu’elle le voit. Ainsi, après les représentations de son spectacle au Palais des Sports, du 18 au 25 mai 1989, tous les musiciens se voient offrir un magnifique stylo Bulgari en argent massif. Ou encore, le jour de son anniversaire, le bassiste Christian Padovan a la surprise de recevoir un joli pull en cachemire. Être attentive à son équipe, c’est aussi, à la même époque, faire livrer, tous les soirs, après le spectacle, du champagne Cristal Roederer à foison dans les loges.

 

Pour Mylène, cette première tournée va d’ailleurs être l’occasion d’une prise de conscience inattendue. Le déclic se produit lors d’une de ces conversations qui s’amorcent parfois après le show, au moment où, galvanisée, la chanteuse semble peiner à redescendre sur terre. « Un ami m’a demandé : “Pourquoi chantes-tu ?” J’ai répondu : “Pour moi.” Il m’a dit : “Moi, je chante pour eux.” Dans l’incroyable ferveur dont j’étais l’objet, j’ai mesuré alors l’attente que le public, les autres, avaient de moi. » Habituée à tout donner, Mylène n’avait pas encore pris la peine de recevoir.

 

Il ne faut pas chercher ailleurs le sens de ces torrents de larmes, versés sur scène, et qui ont fait couler tellement d’encre. On lui a reproché de tricher, de théâtraliser un chagrin d’opérette. Des soupçons qui l’ont profondément choquée. « Quand les larmes coulent, c’est l’émotion qui parle. Et là, quoi que certains veuillent en penser, on ne triche pas. Je sais ce que j’ai ressenti chaque soir sur scène. Personne ne pourra me convaincre d’avoir menti sur ce que j’éprouvais216. » Certes, l’image d’une artiste qui craque en public semble inhabituelle, voire déplacée. N’est-ce pas les spectateurs qui sont censés vibrer d’émotion ?

 

Chacun de ses spectacles comporte un moment propice à ses débordements lacrymaux. Une ballade triste, son visage se crispe, sa gorge se serre, et l’émotion la submerge. En 1989, elle pleure en interprétant Ainsi soit je, puis, au moment du rappel, Je voudrais tant que tu comprennes. En 1996, elle sanglote sur Rêver – le public reprend même le refrain à sa place –, puis sur Laisse le vent emporter tout. En 1999, elle a toutes les peines du monde à chanter jusqu’au bout Pas le temps de vivre et Dernier sourire. À Bercy, en 2006, fredonner L’Autre la bouleverse à chaque fois. Quelle chanson provoquera le même effet au Stade de France en 2009 ? Si j’avais au moins…, sans doute.       Face aux sceptiques, persuadés que la star met en scène ses émotions, le guitariste Slim Pezin n’hésite pas à monter au créneau. « Mylène sait ce qu’elle dit, ce qu’elle chante avec des références à son parcours. Bien entendu, il y a certainement son côté comédienne, mais elle le vit vraiment. Quand on est en répétition, cela va au-delà de ce qu’on peut imaginer. » Pour ce grand musicien, le fait que la chanteuse pleure aussi en l’absence du public est la preuve irréfutable de sa sincérité. Si tout était le fruit d’un calcul cynique, n’économiserait-elle pas ses larmes durant les répétitions ?

 

De son côté, la star s’est expliquée sur l’émotion qui l’habite dans ces moments-là : « Il y a des chansons dont les textes me touchent profondément. Et puis, c’est vrai que l’écoute que j’ai, qui est d’une grande qualité, d’une grande chaleur, me provoque, me suscite des émotions. » En fait, ses larmes ne sont pas étrangères à son tempérament narcissique. Parce que la chanteuse fait partie de ceux pour qui donner est plus facile que recevoir, les instants où elle ressent cet amour sont particulièrement dévastateurs. Cette affection démesurée, lorsqu’elle perce la cuirasse de la chanteuse, a donc des allures de raz-de-marée intérieur. En même temps, c’est une émotion libératrice. Des instants miraculeux où Mylène échappe à sa forteresse de solitude. Le temps d’une chanson.

 

 

Extrait du livre : MYLÈNE par Hugues ROYER aux Editions Flammarion 2008

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Ce que Mylène veut…Elle l’aura

Posté par francesca7 le 14 septembre 2015

 

 

Août 1988. Dans la forêt de Rambouillet, une centaine de figurants attendent, silencieux et concentrés. Sur son cheval blanc, Mylène doit foncer au galop sur les troupes en armes qui vont s’ouvrir, au dernier moment, pour la laisser passer. C’est l’une des scènes les plus délicates à tourner du clip de Pourvu qu’elles soient douces. Pas facile, en effet, de lancer un cheval au galop sur des dizaines de baïonnettes dressées. Maintes fois, devant l’obstacle, l’animal se dérobe. Malgré les conseils d’expert de Mario Luraschi, Mylène échoue à plusieurs reprises. C’est là que, dans un sursaut de fierté, on la voit mobiliser toute son énergie. « Je vais y arriver », semble-t-elle marmonner, mâchoires serrées. Elle

s’élance une nouvelle fois et… passe l’obstacle ! Quand Laurent Boutonnat crie : « Coupez ! », affichant un sourire de soulagement, les soldats figurants se mettent à applaudir spontanément.

 mylène

Mylène se résume tout entière dans cette anecdote. Elle ne renonce jamais. Et elle montre encore plus d’entêtement lorsqu’on la juge incapable d’accomplir ce qu’elle a entrepris. N’oublions jamais cet aspect de son histoire personnelle : face à ses parents, qui sont sceptiques quant à son avenir, elle a tout à prouver. Armée d’un orgueil démesuré, elle est de celles qui luttent d’autant plus lorsqu’elles ressentent une hostilité. Ainsi, à l’époque où elle entame sa première tournée, en 1989, tout le métier ironise : elle a la réputation d’une chanteuse sans voix et sans charisme, incapable de résister à l’épreuve de vérité que constitue la scène. Sa réaction, alors ? « Je sais qu’on m’attend au virage et que des gens sont prêts à mettre ma tête sous la guillotine, mais je ne suis pas sûre qu’ils vont me la couper. Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour ne pas laisser tomber la lame. Mais, par provocation, je l’affûte. Rien n’est plus excitant. » 

Que certains pensent qu’elle ne pourra pas relever ce défi va décupler sa volonté. Pourtant, même dans le cercle premier de son entourage professionnel, l’heure n’est nullement à un optimisme béat. Si, à ce stade de sa carrière, la scène est une étape obligée, on ignore si la chanteuse tiendra le choc. Avant de faire ses preuves, Mylène a tout à apprendre. Elle va s’y atteler grâce à des professeurs de haut niveau. Bertrand Le Page contacte Annette Charlot, qui accepte de la faire travailler à raison d’une heure trente par jour. « Je prends des cours de chant pour donner de l’assurance à ma voix. Je ne m’étais jamais rendu compte à quel point la respiration est importante. » 

Autre défi difficile, la danse. « Au départ, Mylène ne danse pas du tout, mais très rapidement elle se montre passionnée et devient de plus en plus créatrice de chorégraphies, explique Sophie Tellier. Au début, pour moi, ce sont des figures imposées, il faut trouver les mouvements qu’elle aime. Puis elle progresse vite – Mylène est une battante et une travailleuse. » Bien sûr, elle ne va pas devenir une danseuse étoile en quelques mois : les pas qui sont retenus pour le show sont adaptés à son niveau. Mais elle bouge de mieux en mieux, s’approprie des gestes qui ne ressemblent à ceux de personne d’autre, ce qui fait naître de jolis tableaux, comme le ballet de Tristana. 

« C’est vrai, poursuit Sophie Tellier, pour un danseur professionnel, faire les chorégraphies de Mylène, à cette époque-là, n’est pas très compliqué. C’est d’ailleurs l’un des éléments qui feront son succès : dans les discothèques, chacun reprendra ses pas, et même plus tard, au début des années 2000, dans les boîtes gay, tout le monde ira sur la piste pour les chansons de Mylène. » 

À l’arrivée, après des mois de dur labeur, d’entraînement physique et vocal intense, les performances de la chanteuse ne font pas qu’emballer le public hexagonal, qui se déplace en masse, elles impressionnent surtout les membres de son staff. « Au fur et à mesure de la tournée, elle devient hallucinante, m’a confié Le Page. Certains soirs, c’est l’état de grâce. Je ne reconnais plus la fille timide des débuts. La scène est une révélation pour elle. » « J’avais l’impression qu’elle avait déjà dix ans de spectacles derrière elle, tellement elle maîtrisait », confirme Slim Pezin, guitariste sur la tournée.

Laurent Boutonat and Mylène Farmer

 

Si Mylène ne va cesser de montrer, lors de ses tournées, son désir de bluffer le public, elle se révèle tout aussi tenace lorsqu’il s’agit de convaincre un metteur en scène qu’elle a choisi de réaliser un de ses clips. Abel Ferrara en sait quelque chose. Depuis qu’elle a vu Snake Eyes, avec Madonna, sorti en 1993, la chanteuse le veut pour California, dont elle a déjà le scénario en tête, et qui promet d’être une version trash de Libertine. C’est la productrice Anouk Nora qui a la lourde tâche de contacter le réalisateur. Des tractations qui vont durer plusieurs mois. « Abel ne connaissait pas Mylène et n’avait jamais réalisé de clip. [...] La difficulté, c’est qu’on ne peut pas parler à Abel au téléphone car il déteste ça. Alors il fallait plonger : prendre le premier vol pour New York, et attraper Abel au saut du lit, comme un lapin par les oreilles ! » 

La chanteuse elle-même n’a pas caché ces difficultés qui, loin de la décourager, semblent l’avoir stimulée. « Je l’ai appelé pendant plusieurs mois, souvent à trois heures du matin, puis je me suis rendue à New York où nous avons continué à converser. Il m’a demandé ce que je voulais faire, ce que j’exprimais dans ma chanson. Je lui ai dit que je souhaitais jouer une prostituée. Il m’a alors demandé de travailler sur le scénario et de lui proposer des idées. Puis il m’a proposé les siennes. »       Quant à Ferrara, il se montre étonné, puis intrigué par l’insistance de celle qu’on lui présente comme la chanteuse la plus populaire de France. « Nous étions en salle de montage depuis cinq mois, dira-t-il, quand quelqu’un nous propose de faire ce clip. Je me fichais de savoir à quoi ressemblaient cette Française et sa chanson. J’ai seulement entendu dire qu’on disposerait de deux cent mille dollars pour tourner trois minutes. Avec cette somme-là, je fais un long-métrage, moi  ! » 

Pour obtenir ce qu’elle veut, on le voit, Mylène ne lésine pas sur les arguments, fussent-ils financiers. Par la suite, Ferrara ne cachera pas son respect pour le professionnalisme de la chanteuse. « Il était très séduit par Mylène  », dira Anouk Nora. Pour elle, peu importent les moyens, seul compte le résultat. Au final, avec sa dimension sociale et la participation de vraies prostituées comme figurantes, le clip est une réussite totale, où fusionnent l’imaginaire onirique de Mylène et le réalisme brutal de Ferrara. 

« Mon karma est tenace », fredonne la star dans Méfie-toi. Personne n’en doute dans la profession. Et si d’aucuns ont reproché à la star des exigences démesurées qui ressemblent à des caprices, ceux qui ont travaillé avec elle savent qu’elle est également capable d’une immense patience dès qu’il s’agit d’obtenir ce qu’elle veut. Ainsi, pour tourner certains clips, elle n’a pas hésité à prendre des risques physiques. 

Pour XXL, elle avoue s’être brûlée deux fois, heureusement sans gravité. « L’idée de placer l’artiste suspendue à l’avant d’un train en marche, c’était impensable, explique Anouk Nora. Parce que, aux États-Unis, ils sont très à cheval sur les questions de sécurité. » Il a donc fallu ruser avec la législation locale, signer des décharges, pour que le tournage puisse être autorisé. Autre clip, autre difficulté. « Pour L’Instant X, on a tourné au mois de février par moins dix degrés à New York. Mylène était complètement gelée et prenait son bain de mousse comme si elle s’était trouvée sous les Tropiques. » Sur d’autres projets, notamment Désenchantée et Fuck Them All, cette amoureuse de l’hiver devra affronter des températures plus rigoureuses encore. 

Le clip de Souviens-toi du jour, réalisé par Marcus Nispel, s’est révélé risqué pour d’autres raisons. Sur le tournage, les flammes font grimper les températures. « Mylène portait une robe en plastique qui a commencé à fondre, et on lui disait : “Mylène tu vas fondre.” Effectivement, elle a commencé à fondre ! Les pompiers sur le plateau de Los Angeles ne savaient que faire… Mais rêvaient tous qu’elle vienne se faire soigner, ne serait-ce que quelques minutes. » 

Pour elle, chaque clip est un défi personnel, un moyen de prouver ce dont elle est capable, comme s’il lui fallait, chaque fois, convaincre de son talent sa mère, si sceptique à ses débuts, et son père, trop tôt parti. Sans doute aussi parce que son désir premier est d’être actrice, Mylène endosse chaque rôle avec une grande conscience professionnelle. Ainsi, pour monter sur le ring de Je t’aime mélancolie et affronter son adversaire masculin avec crédibilité, elle s’initie à la boxe durant deux jours. Ou, encore, pour tenir en équilibre sur le ballon de Optimistique-moi, elle travaille de longues heures avec des acrobates de cirque.

 

La volonté, encore. Il faut croire que c’est ce qui fait la différence. Sans doute le talent n’est-il jamais totalement étranger au succès, mais sans une détermination de tous les instants, il s’étiole, se recroqueville sur lui-même et se dessèche. Au contraire, porté par un farouche désir de reconnaissance, il se déploie à l’infini, se régénère sans cesse au contact du public. Jean-Claude Dequéant, le compositeur de Libertine, vite écarté de la route de la chanteuse, n’a pas été surpris par la carrière exemplaire de la star. 

« La réussite de Mylène et Laurent ne m’étonne pas. Dès le début, ils ne pensaient qu’à ça, ce n’était pas du dilettantisme, c’étaient de vrais professionnels. En plus, au départ, ils étaient doués. Des gens talentueux, on en rencontre dans ce métier, mais souvent ça finit mal parce qu’ils ne sont pas courageux. Eux en voulaient vraiment. » 

 

Extrait du livre : MYLÈNE par Hugues ROYER aux Editions Flammarion 2008


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L’épreuve du miroir Face à Mylène

Posté par francesca7 le 12 septembre 2015

 

 

Tous ceux qui l’ont approchée ont été saisis par sa beauté. Hommes et femmes, indifféremment. Ainsi, l’écrivain Amélie Nothomb succombe lors de leur première rencontre, en décembre 1995, pour une interview croisée dans l’édition allemande du magazine Vogue. « La première chose que j’ai à dire, c’est que c’est une des personnes les plus belles que j’ai jamais vues. Elle est vraiment plus belle en réalité qu’en photo. C’est quelque chose qui m’a frappée. » Bien que Mylène ne possède pas des traits académiques, il émane de sa personne un éclat qui n’appartient qu’à elle. Une lumière qui provient de l’âme et irradie tout son être. H. R. Giger, le dessinateur qui a inspiré le décor du « Mylenium Tour », a lui aussi succombé. « En rentrant chez moi après notre entrevue, j’ai dessiné plusieurs portraits de Mylène, mais qui sont tous restés inachevés car il faudrait que je la revoie à nouveau pour mieux saisir sa beauté et son mystère si spécial. » 

Amélie N et Mylène

Qu’on lui dise qu’elle est belle ne la rassure pas. Au pire, ça peut même provoquer des réactions insolites. Dans Giorgino, la séquence où Jeff Dahlgren, après avoir dévalé un escalier, doit déclarer à la sauvage Catherine combien il la trouve jolie va être délicate à tourner. La raison ? Chaque fois, un irrépressible fou rire s’empare des deux acteurs. Sans doute Mylène a-t-elle du mal à recevoir ce type de compliment. Il faudra qu’elle ramasse un clou douteux au sol et le serre dans sa main jusqu’à sentir une douleur pour que la prise soit finalisée. 

Depuis ses débuts, avec une touchante sincérité, elle ne cache pas combien il lui est difficile de s’accepter : « Je ne me suis jamais trouvée jolie, et cela ne change malheureusement pas. » Lors de sa première tournée, elle semble obsédée par cette question. « J’étais son miroir, confie son manager. Elle me disait : “Bertrand, Bertrand, est-ce que je suis belle ?” Je lui répondais : “Non, mais tu es divine.” » Éprouve-t-elle un complexe particulier ? « Mon nez n’est pas ce que je préfère en moi. » Ainsi, à la photographe Elsa Trillat, elle aurait expliqué qu’elle se désolait de ressembler à Barbra Streisand. « Par moments, c’était une telle fixette qu’elle a envisagé de faire rectifier son nez. Mais je le lui ai déconseillé. Je lui ai dit : “Si tu fais ça, ton regard va changer.” » Mais Mylène n’est pas particulièrement à l’aise non plus avec son regard, cette légère coquetterie qu’on note sur quelques rares clichés, plus prononcée lorsqu’elle rit aux éclats. 

Quant à son nez, il a eu l’heur de séduire Amélie Nothomb. « Il est complètement japonais. Je l’aime vraiment beaucoup. Il paraît pourtant qu’elle n’en est pas fière. Elle a bien tort ! » Contrairement à d’autres artistes de sa génération, Mylène a choisi de ne pas corriger l’appendice que la nature lui a donné – et pas seulement par peur du bistouri. Bien lui en a pris : son nez singulier lui donne du caractère et lui confère sa beauté hors norme. D’ailleurs, grâce à la caméra de Laurent Boutonnat, mais aussi au talent des maquilleurs et des photographes, l’objet de son complexe va se fondre dans son visage comme cette neige dont elle raffole sous les rayons du soleil. 

Très vite, le cinéaste apprend en effet à offrir au public le meilleur de sa muse, ce trois quarts gauche qui la sublime à l’écran. Dès la fin des années 1980, Mylène sera systématiquement filmée sous son bon profil, que ce soit dans ses clips ou lors des émissions de télévision. D’ailleurs, lorsqu’elle accepte de venir sur un plateau, la place de la caméra et l’angle d’éclairage de son visage font partie des règles inflexibles. Même la télévision russe, en 1999, a dû se conformer à ces consignes strictes. 

Au détour d’une interview, Mylène évoque d’ailleurs cette forme de dédoublement d’elle-même : « Sur un visage, on dit que le côté droit est le présent, et le gauche le passé. Eh bien, je préfère mon côté gauche. »      Bien sûr, ses traits ne sont pas aussi fins et réguliers que ceux de certains top models. Elle trouve ses lèvres trop minces, son menton un peu fuyant, elle n’aime pas être photographiée de face. Un après-midi de l’été 1987, dans le sud de la France, autour d’une piscine où sont réunis amis et membres de sa famille, elle refuse obstinément de sauter dans l’eau. La raison ? « Elle ne veut pas qu’on la voie avec les cheveux mouillés, me raconte l’un des témoins de la scène. Elle s’imagine, à tort ou à raison, que ça ne l’avantage mylènepas. » 

Alors que son public la trouve magnifique, Mylène ne cesse de nourrir des complexes. Son sens exacerbé de l’esthétique génère une insatisfaction chronique. « Je sais que je ne suis pas un modèle parfait », dit-elle. D’où un rapport complexe au miroir. D’un côté, il est l’ennemi juré, celui qui lui renvoie ce qu’elle ne peut s’empêcher de voir comme ses défauts. De l’autre, il lui permet de s’apprivoiser, de chercher les angles qui la rassurent, bref de faire, le temps d’un coup d’œil furtif, la paix avec elle-même. « J’ai en permanence besoin du reflet de ma personne dans le miroir, même s’il n’est pas celui espéré », confie-t-elle en 1996, au risque de passer pour nombriliste. Dix ans plus tard, lorsque Thierry Demaizière l’interroge sur cette rumeur qui prétend que son appartement serait truffé de miroirs, elle esquive : « Je crois ne pas en avoir un seul. » 

Un paradoxe qui montre bien que rien n’est réglé. « Le souci de n’être pas assez jolie est une angoisse », lâche-t-elle comme si elle s’était résignée à une forme irrémédiable de souffrance. Les psychologues le savent, ce sont les êtres qui ne s’acceptent pas qui passent le plus de temps face au miroir. Sans doute parce qu’ils cherchent désespérément à s’aimer, guettant l’image qui va enfin les réconcilier avec eux-mêmes. En 1989, peu avant sa première tournée, Mylène s’offre un petit plaisir égoïste : accompagnée de Bertrand Le Page, elle remonte les Champs-Élysées dans une limousine noire pour voir les affiches du spectacle placardées sur les colonnes Morice. Lorsque l’image est flatteuse, il n’y a plus aucune raison de bouder son plaisir. 

Au fond, n’est-ce pas de cette fragilité, de cette faille narcissique-là, que naît la beauté véritable ? Le photographe Jean-Marie Périer, auteur d’une série de clichés de Mylène pour Elle en 1998, le dit à sa façon. « Elle m’avait prévenu gentiment que la présence d’un objectif la rendait marteau et que l’acte d’être photographiée la transformait en quelqu’un d’autre. C’était vrai, rien à voir avec la personne au charme si attractif. C’était une sorte d’ovni silencieux qui évoluait sur coussin d’air en évitant les regards. Elle s’asseyait joliment comme un oiseau timide en me lançant de temps en temps un regard qui disait qu’elle ne détesterait pas que tout ça s’arrête. De toute manière, j’étais séduit, puisque je n’ai d’attirance que pour les gens qui n’aiment pas se faire photographier. » 

Les êtres au physique trop parfait nous laissent indifférents. Parce qu’ils n’ont rien à prouver, aucune émotion ne transfigure la symétrie de leurs traits. On ne peut que les admirer, en aucun cas les aimer. Pour s’attacher à quelqu’un, encore faut-il s’accrocher à un défaut, croire qu’on est le seul à pouvoir panser une plaie secrète. Il en est de l’amour pour une chanteuse comme de celui qu’on éprouve pour la femme ou l’homme de sa vie. Cette réserve qui caractérise Mylène, ce visage qu’elle camoufle avec pudeur derrière les boucles de sa chevelure rousse, voilà ce qui la rend aussi attachante aux yeux du public. Quand elle pleure sur scène, qui n’aurait pas envie de la prendre dans ses bras ? 

Farmer Mylene De cette fragilité, elle va faire une force. Puisqu’elle ne se trouve pas jolie, elle sera sublime. Glamour et sexy à la fois. Envoûtante et énigmatique. Infiniment désirable et distante dans le même temps. L’objet parfait du fantasme. Pas besoin d’être la plus jolie pour ça : l’intelligence fait le reste. D’où ce rapport délicat à la photographie. Lorsqu’elle accepte une séance, elle sait le degré d’exigence qu’elle veut atteindre : trouver le cliché qui la rendra séduisante à ses propres yeux. Mission périlleuse, tant elle a fixé la barre à une hauteur démesurée. « Quand on ne s’aime pas ou qu’on ne s’accepte pas, on est beaucoup plus critique. Il y a des images que l’on déteste et, quand on déteste, on déchire. » Tous ceux qui l’ont photographiée savent combien elle est impossible, combien il lui faut être rassurée, par la coiffure, le maquillage, le stylisme, la lumière, avant de se laisser capturer.  D’où, également, cette sophistication dans la construction de son image. Puisque Mylène ne s’aime pas au naturel, elle n’apparaîtra jamais à la télévision sans être au mieux de son apparence. À plus forte raison, elle soigne son look dans ses clips. Quitte, parfois, à en faire trop ? C’est ce que penseront certains fans en découvrant, en 2006, le clip de Q.I. Cheveux soigneusement ondulés et laqués, maquillage sophistiqué : elle ressemble à une poupée un peu trop apprêtée, ce qui, selon certains, a pu nuire au propos du clip, montrant un couple d’amoureux au quotidien. 

Que Mylène, en s’aimant aussi peu, soit devenue aussi belle dans l’esprit du public, constitue sans doute le paradoxe le plus réjouissant de toute sa carrière. Au fond, cette faille que l’on perçoit, sous la perfection de l’artifice, la rend terriblement humaine et touchante. Que penserait-on d’une artiste qui se gargariserait de sa beauté ou se complairait dans l’autosatisfaction permanente ? Sans doute qu’autant de prétention ne mérite pas qu’on s’attache à elle. « Qui peut s’aimer, à part les imbéciles  ? » me souffle Philippe Séguy. Il n’a pas tort. Si besoin était, Mylène nous apporte une preuve supplémentaire de sa clairvoyance. 

 

Extrait du livre : MYLÈNE par Hugues ROYER aux Editions Flammarion 2008


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L’exil américain de MYLENE FARMER

Posté par francesca7 le 12 septembre 2015

 

 

images (1)Une piscine inondée de soleil. Les cheveux relevés en chignon désordonné, Mylène s’y baigne nue. Elle s’est délestée du deux-pièces noir qu’elle portait en arrivant. Il fait trop chaud pour supporter une étoffe. Une caméra la filme, indiscrète. Après quelques mouvements de brasse, elle rejoint le bord de la piscine. Aveuglée par la lumière, elle plisse les yeux. On devine l’arrondi d’un sein lorsqu’elle attrape la serviette qu’une main lui tend – l’homme à la caméra, sans doute. 

Voilà plusieurs semaines qu’elle s’est exilée à Los Angeles, comme pour oublier Paris et fuir le plus loin possible l’échec de Giorgino. Elle y restera neuf mois, le temps d’accoucher d’un nouvel album. Et aussi de passer son permis de conduire – indispensable pour ne pas mourir d’ennui en Californie. Elle a choisi un hôtel réservé à une clientèle huppée, le Sunset Marquis, sur Alta Loma Road – fréquenté notamment par Steven Spielberg. Loué une villa à six cent cinquante euros la nuit avec garage, parc, Jacuzzi, salle de sport et, donc, piscine privée. Ici, aucun risque pour elle d’être dérangée : caméras de surveillance et vigiles veillent à la tranquillité des clients. Chaque jour, aux alentours de midi, un garçon en livrée apporte une bouteille de champagne dans sa chambre pour un brunch pétillant, qu’elle déguste avec Jeff Dahlgren, devenu un partenaire musical privilégié. Guitariste de talent et membre du groupe punk Wasted Youth, il a été invité par la chanteuse à habiller ses nouvelles chansons d’une couleur rock. 

Dans les premiers temps, en débarquant en Californie, au tout début de l’année 2005, Mylène a troqué sa chevelure rousse contre un blond platine qui la rend méconnaissable. Changer de tête pour exprimer ce qui est en train de bouger en elle. Quitter le costume désormais trop lourd à porter de cette rousse mélancolique pour devenir une autre.

Qui ? Elle ne le sait pas encore. Mais le soleil californien, si exotique pour cette enfant du Canada, lui apporte cette brûlure dont elle a besoin pour changer de peau. 

Désarçonnée par le passage à vide que traverse Laurent, elle a songé, un temps, voler de ses propres ailes. Anéanti par l’échec, il n’est plus là pour personne, se terre dans son appartement parisien. Alors elle a songé qu’il lui faudrait peut-être s’inventer un avenir sans lui. Avant de se raviser. Si elle souhaite prendre un virage musical, réaliser un album sans son mentor lui semble un projet insurmontable. Aux dires des musiciens qui ont travaillé à ses côtés, Boutonnat n’est pas seulement un compositeur inspiré capable de s’installer au piano et d’écrire une mélodie en quelques minutes : c’est aussi un véritable chef d’orchestre, fixant la partition de chaque instrument tout en supervisant l’harmonie d’ensemble. Comment Mylène pourrait-elle se passer de lui ? 

Aussi, lorsque Laurent prend enfin l’avion pour Los Angeles, au printemps, toute l’équipe est rassurée. Appelé à la rescousse, l’arrangeur Thierry Rogen débarque lui aussi, orientant Boutonnat et sa muse vers les studios Ocean Way, où enregistre notamment Michael Jackson. Pour autant, l’ambiance ne sera pas des plus décontractée : Boutonnat n’adresse guère la parole à Jeff Dahlgren, ce qui ne facilite pas l’avancée du travail. « Anamorphosée a été très difficile à faire, parce que Laurent était toujours dans l’état d’esprit de l’“après Giorgino”, et qu’il allait très mal », confiera Thierry Rogen. Peu à l’aise dans ce climat destructeur, le mixeur historique de la chanteuse finira par jeter l’éponge, remplacé  au pied levé par Bertrand Châtenet. 

Fuyant au maximum les tensions, Mylène s’isole dans sa villa pour écrire les paroles de ses chansons à partir des premières mélodies qu’elle écoute en boucle sur son baladeur. Au bord de la piscine, elle semble retrouver l’inspiration. Ces derniers temps, un livre ne la quitte pas. Un pavé de sept cent cinquante pages, sa Bible à elle : Le Livre tibétain de la vie et de la mort, de Sogyal Rinpoché. 

« Un vrai détonateur, dira-t-elle. En le lisant, j’étais émue jusqu’aux larmes, car auparavant la mort m’obsédait. L’idée qu’un être disparaisse me donnait un vertige qui m’attirait vers le bas. Je me dis aujourd’hui que la vie n’est pas vaine. Qu’il y a peut-être un passage. Un au-delà qui justifie notre combat. »       

1987-05-aUn chapitre retient particulièrement son attention, celui consacré à l’« impermanence ». « Les amis avec lesquels nous avons grandi, les lieux de notre enfance, les points de vue et opinions que nous défendions autrefois avec tant d’opiniâtreté : tout cela, nous l’avons laissé derrière nous », y écrit l’auteur. Une forme de sagesse libératrice pour Mylène qui, à cet instant précis, veut croire qu’elle peut renaître sous une autre forme. « Ce que nous considérons comme notre caractère fondamental, explique Rinpoché, n’est rien de plus qu’un “courant de pensée”. » La formule a de quoi intriguer Mylène : depuis l’enfance, elle éprouve un mal-être dont elle n’arrive pas à se dépouiller. Plusieurs chansons de l’album, notamment Vertige ou Comme j’ai mal, porteront la trace de cet espoir de changement, de voyage pour l’esprit et le corps. 

Dès le matin, elle se rend aux studios Ocean Way, où elle rejoint les musiciens et l’équipe technique. Laurent Boutonnat règne en maître absolu sur les tables de mixage, barbe fournie et pipe aux lèvres. Jeff Dahlgren, cheveux longs et rebelles, répète quelques accords. Au dernier moment, juste avant d’enregistrer, très concentrée, Mylène corrige les paroles avec un feutre noir, en lettres capitales. Pour la première fois, la chanteuse s’implique également dans les choix musicaux – elle signera même la partition d’un titre, Tomber 7 fois . 

« Le côté rock d’Anamorphosée, témoigne Thierry Rogen, c’est Mylène et Jeff Dahlgren qui l’ont amené et l’ont souhaité. Cette évolution nette a vraiment été le fait de la volonté de Mylène. Elle était très présente dans la production, ce qui n’était pas le cas auparavant. »

 

Si la chanteuse veut un son plus lourd, plus américain, laissant la part belle aux guitares électriques, ce n’est pas seulement pour laisser s’exprimer le talent de Jeff Dahlgren : c’est aussi pour se donner les moyens d’une renaissance artistique. Le miracle, d’ailleurs, c’est que cette atmosphère tendue va générer l’album le plus atypique de Mylène. Au fond, cet exil américain, qui se poursuivra par un séjour d’un mois à New York, permet à la chanteuse de prendre la distance nécessaire pour revenir en force. Le pari n’est pas gagné, mais elle va se battre pour s’imposer à nouveau, tournant la page de ses dix premières années de carrière afin de montrer un nouveau visage, sexy et lumineux. 

Histoire de faire table rase de son image de poupée torturée, Mylène décide de se passer de la caméra de Laurent Boutonnat. La sanction est sévère, mais l’avenir même du duo en dépend. Elle choisit Marcus Niespel, qui a notamment travaillé avec Janet Jackson ou Elton John, pour réaliser le clip de son retour : filmée en noir et blanc, cheveux aux vents, figure de proue d’une locomotive à vapeur des années 1920, elle est méconnaissable. Dans la vidéo comme dans le livret de l’album, on en oublierait même que Mylène est rousse… D’ailleurs, sur la pochette de l’album, elle a pris soin de ne pas exposer son visage : seul son corps apparaît, dans un ensemble noir des plus sexy. 

Par superstition sans doute, ignorant tout de la façon dont elle va être accueillie, elle brille par son absence lors de la sortie du premier single de l’album, XXL. Ce qui lui vaut d’être envoyée en première ligne, sur les plateaux de télévision, par sa maison de disques, qui s’inquiète du démarrage moyen de l’album, pour défendre le deuxième single, L’Instant X. Sortie peu avant Noël, cette chanson de circonstance permettra à la chanteuse de renouer avec le succès et de fixer les bases d’un retour sur scène, qui réamorcera l’amour du public. 

Invitée à s’exprimer, Mylène évoque alors son nouvel état d’esprit, afin que tout le monde puisse constater qu’elle n’est plus la même. « J’ai encore des moments noirs, des instants de dépression. Mais je suis désormais attirée vers le haut et la lumière. » La lumière : le maître mot pour qualifier son retour. Il inspirera une chanson résolument optimiste, Et tournoie…, où la chanteuse semble inviter l’autre à s’extraire des maux qui le rongent pour s’élever vers l’astre solaire : « Sous ton âme ta plainte amère / Panse-la, donne-le / Mets ton âme de lumière. » Là encore, on sent l’influence de Sogyal Rinpoché. 

« Je cesse de me concentrer sur moi-même et mes idées sombres », dit-elle encore. Le discours est bien rodé, d’une grande cohérence. Une opération marketing parfaitement orchestrée ? Pas seulement. Car si Mylène omet de préciser dans quel climat elle a préparé son retour depuis Los Angeles, elle répond toujours avec sincérité lorsqu’on l’interroge sur son attrait pour les États-Unis. Confie son besoin de « se régénérer », de « se ressourcer », son goût des immenses étendues qui ouvrent l’horizon : « J’aime bien cette notion d’espace, de grandeur. » Et puis, elle évoque le plaisir de l’anonymat retrouvé, dans un pays où elle n’est pas une star, ce qui permet un ancrage salutaire dans la réalité. « Ne pas être connue, c’est pour moi une grande liberté. Je peux vivre comme tout le monde. » 

1995-01-bUne chanson sera le symbole de cette renaissance par l’exil : California. Un morceau d’anthologie, un petit bijou musical tout en subtilité, où Mylène mêle avec bonheur références à Apollinaire et anglicismes. « Changer d’optique, prendre l’exit / Et m’envoyer en Amérique », fredonne-t-elle comme une invitation au voyage – dépaysement garanti. C’est là aussi qu’elle emploie le mot qui sert de titre à l’album : l’anamorphose, terme scientifique utilisé en optique, et auquel elle insuffle une seconde vie, poétique cette fois. « Ma perception de la vie s’est élargie », lâche-t-elle, coupant court à toute justification barbante. 

Son histoire d’amour avec les États-Unis est loin d’être terminée. L’horizon élargi que Mylène a découvert va nourrir son imaginaire scénique et accentuer son goût pour les spectacles grandioses. 

L’Amérique sera donc son point d’ancrage lorsqu’elle concevra la tournée de 1996. C’est à New York qu’elle sélectionne la troupe de danseurs, hormis Christophe Danchaud, chargé d’enseigner les chorégraphies. Elle se paye aussi le luxe de débaucher Donna de Lory, la choriste de Madonna. Le nouveau spectacle sera aussi lumineux que celui de 1989 était sombre : avec son écran géant, ses paillettes, ses costumes sexy en diable et ses chorégraphies léchées, il va imposer la nouvelle Mylène, seule chanteuse française à pouvoir rivaliser avec la démesure des stars américaines. C’est à partir de cette période que la presse, bluffée, commence à la surnommer la « french Madonna ». 

En 1999, afin de préparer le « Mylenium Tour », une tournée pharaonique qui s’arrêtera dans quarante-trois villes, Mylène repasse encore par les cases New York, pour le travail avec les danseurs, et Los Angeles, pour les répétitions avec les musiciens. Entre-temps, elle a appris à apprécier New York et se nourrir de cette énergie à la puissance dix qui galvanise les artistes. Une ville dont l’atmosphère lui semble beaucoup plus stimulante que celle de Los Angeles. Vêtue d’un débardeur et d’un pantalon blanc, on la voit se glisser, joyeuse et silencieuse, au centre des danseurs et observer le tableau en mouvement dans le miroir. 

« Plus loin plus haut / L’extase de l’immensité », chante Mylène dans Vertige, qui aborde le thème de l’impermanence cher à Sogyal Rinpoché. Si l’ouvrage du sage bouddhiste lui a ouvert l’esprit dans une direction qui semble, du moins provisoirement, apaiser son âme, le continent américain va durablement s’imposer comme une destination privilégiée. Loin de l’Hexagone, la star ira, chaque fois qu’elle en aura l’occasion, s’aérer la tête. Surtout, elle n’oubliera jamais que c’est là-bas qu’elle a repris en mains sa vie et sa carrière. Une décision qui a tout changé. 

Extrait du livre : MYLÈNE par Hugues ROYER aux Editions Flammarion 2008

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On va le payer très cher, ma Chère MYLENE

Posté par francesca7 le 9 septembre 2015

inavouable0
 
      Laurent Boutonnat l’avait pressenti : 
« Nous n’allons pas continuer à faire tout ceci impunément, confie-t-il en 1990.
 Un jour, on va le payer très cher, car nous perdons la conscience de la violence,
 de la noirceur, de la morbidité . » La sanction est venue avec Giorgino, 
implacable et sans appel. Sorti le 5 octobre 1994, le film n’a totalisé que soixante
 mille entrées dans l’Hexagone et a dû quitter l’affiche au bout de deux semaines,
 enterré par une critique assassine. De quoi assombrir le moral du réalisateur pour
 longtemps : profondément affecté, il va se terrer pendant trois ans.
 
      Pourquoi un tel fiasco ? Au-delà de l’évidence, qui veut qu’un échec, au même
 titre qu’un succès, soit toujours un malentendu, la question ne va cesser de hanter
 le duo Farmer/Boutonnat, qui affiche depuis ses débuts un parcours sans faute. 
Auraient-ils perdu en chemin la recette qui a fait leur prospérité ? Ont-ils cru 
à tort qu’ils étaient devenus invincibles ? Pour ces alchimistes dans l’âme, toujours
 prompts à interpréter les signes du destin, il s’agit, en tout cas, d’un avertissement
 cinglant qu’il convient de prendre au sérieux. Une alerte rouge.
 
     Sur le moment, un sentiment d’injustice prédomine. Toutes ces années de travail
 réduites à néant. Pour Laurent, c’est le rêve d’une vie qui s’effondre. 
L’idée originale de Giorgino a germé durant son adolescence et n’a jamais quitté 
son esprit par la suite. Même sa rencontre avec Mylène est l’occasion pour lui de
 donner un visage au personnage de Catherine qu’il a en tête. « Depuis le début, 
Laurent ne pense qu’à son film, explique Christophe Mourthé. Les clips sont des 
prétextes pour pouvoir décrocher de l’argent afin de réaliser une œuvre de plus
 grande envergure. » Bien sûr, la carrière de la chanteuse n’est pas un pis-aller
 pour lui, c’est un projet majeur auquel il consacre toute son énergie. 
 
Mais les clips constituent, en quelque sorte, des courts-métrages expérimentaux.
 En faisant ainsi ses gammes, Boutonnat espère convaincre un producteur de financer
 son film. Son but ? S’imposer dans le septième art, discipline infiniment plus 
noble que la chanson à ses yeux, tout en permettant à Mylène de faire ses débuts 
d’actrice avec un rôle sur-mesure.
 
     Impatient de montrer l’étendue de son talent, désireux de signer un chef-d’œuvre
 dans la lignée des réalisateurs qu’il admire, Polanski, Tarkovski ou David Lean, 
Boutonnat va s’infliger une pression colossale. Des années plus tard, évoquant 
enfin ce sujet sur lequel il est resté si longtemps mutique, il
reconnaît que le projet s’est d’emblée heurté à des obstacles de taille. 
« S’il n’y avait pas cette volonté, cette nécessité à cette période, ce film 
n’aurait jamais dû se faire. Son économie n’était pas rationnelle. »
 
     Dès l’origine, Giorgino porte en lui les germes d’un film maudit. Il ne tient
 en effet que par la volonté d’un homme. Obsession qui l’enferme dans un solipsisme 
périlleux, une forme de paranoïa qui transforme chaque obstacle nouveau en coup du sort.
 Aucun producteur ne veut financer le film ? Qu’à
cela ne tienne, avec l’argent récolté grâce à la carrière de Mylène, Boutonnat investit
 les deniers de sa propre société, Heathcliff, pour régler les deux tiers de la facture
 totale, quatre-vingts millions de francs, Polygram assurant le financement du tiers restant.
 1987-01-a

      Lorsque débute le tournage, le 2 janvier 1993, ce sont les conditions climatiques
 capricieuses qui contrarient le dessein du cinéaste : alors que les premières
 séquences doivent être tournées dans des paysages enneigés, pas un seul flocon
n’est tombé depuis des semaines – ce qui est exceptionnel pour la saison en Slovaquie.
 Le planning doit donc être modifié dans l’urgence. Plus tard, ce sont les températures
 glaciales qui interrompent à nouveau le tournage, faisant souffrir les caméras et 
geler une partie du matériel. Boutonnat joue de malchance, encore. Certes, la situation
 se débloque lorsque la neige se met à tomber, mais ce soulagement 
– ressenti par toute l’équipe – ne va guère dérider l’ambiance générale.
 
      Est-ce le thème du film, histoire sombre d’un médecin qui enquête sur les
 enfants disparus d’un orphelinat durant la Grande Guerre ? Est-ce le froid qui
 glace les esprits ? Même si Mylène ne se plaint jamais des rudes conditions que
 lui impose son rôle, elle ne se sent guère rassurée par son mentor, qui exige 
d’elle toujours davantage. Dès qu’elle le peut, afin d’échapper à une ambiance 
glauque qui ne lui convient pas, la chanteuse s’échappe à Prague et se ressource
 en flânant sur le pont Charles. « Cinquante personnes qui vivent les unes sur les
 autres pendant cinq mois, c’est très révélateur de l’âme humaine. 
 
C’est beaucoup de tricheries, beaucoup de mensonges », confie-t-elle, désabusée.
 Comme si le fait d’avoir surmonté tous ces handicaps ne suffisait pas, 
le distributeur, AMLF, juge le film trop long et repousse sa date de sortie, 
initialement prévue pour le 24 août 1994. Boutonnat se sent frustré dans sa
 toute-puissance de créateur, mais accepte d’amputer son œuvre d’une heure 
– au total Giorgino dure deux heures et cinquante-sept minutes. Entre août 
et octobre, la pression médiatique monte d’un cran. 
 
Mylène et Laurent, qui ne sont manifestement plus à l’unisson, s’acquittent de la
 promotion comme s’ils couraient à l’abattoir. La chanteuse semble apeurée, 
totalement dépourvue d’enthousiasme. « Après les scènes, je n’avais qu’une envie :
 aller me cacher, confie-t-elle. Quand on sort de soi ce que l’on ne s’autorise pas
 à laisser voir dans la vie de tous les jours, il faut un moment pour se reprendre,
 pour ne pas imposer aux autres, une fois le mot “coupez” prononcé, l’indécence de 
ces pulsions secrètes. C’est très fatigant aussi cette extériorisation de soi, 
c’est très violent. » Des propos qui paraissent, avec le recul, plutôt dissuasifs
 pour le public des salles obscures.
 
     Parmi les raisons qui expliquent l’échec de Giorgino, nombreux sont ceux qui
 pensent que sa noirceur excessive a rebuté le public. Mylène elle-même a l’air de
 partager cet avis quand elle confie : « C’est un film noir, très très noir. 
Tout y est vain. » Cette atmosphère lourde était pourtant la consigne de départ, 
comme l’explique Pierre Guffroy, décorateur incontournable du cinéma français à 
qui Boutonnat a fait appel. « Il ne voulait pas une sorte de misérabilisme réaliste,
 il désirait vraiment une atmosphère pourrie. »
 radio-02-b
     Sans doute cet univers oppressant aurait-il été supportable si l’œuvre avait duré 
deux heures au lieu de trois – comme initialement prévu. Mais, sur le tournage, 
le timing des scènes s’est étiré, au grand étonnement de Gilles Laurent, 
le coscénariste, lorsqu’il découvre le résultat final : « J’ai précisément en
 tête une scène calculée à vingt secondes avec Laurent et que j’ai retrouvée à 
une minute dix en projection. » Apparemment, ces excès de durée ont été monnaie
 courante, comme si le réalisateur, ivre de son travail, ne parvenait plus à 
arrêter la caméra. Étienne George, photographe de plateau, partage ce sentiment.
 « Comme Laurent avait fait des clips audacieux que les gens avaient beaucoup aimés,
 il pensait que son film allait être révolutionnaire. Et il a eu du mal à se plier 
à des règles commerciales. Giorgino, c’est comme un long et beau clip, développé 
de façon peut-être déraisonnable. »
 
     Impossible de refaire l’histoire, mais il est certain que certains passages,
 comme l’interminable scène de beuverie au bar du village, auraient manifestement
 gagné à être raccourcis. « S’il avait duré deux heures, le film aurait marché »,
 m’a assuré Bertrand Le Page, entre deux coupes de champagne, en 1995. Alors qu’il
 n’avait aucune raison d’être tendre envers ceux qui l’avaient éconduit, il 
appréciait l’univers décadent de Giorgino, sensible au message qu’avait voulu 
véhiculer Boutonnat, notamment sur la cruauté de l’enfance.      Avec le recul, 
il n’est pas inutile non plus de méditer une réflexion de Gilles Laurent. 
« Au final, Giorgino a peut-être été vidé d’une certaine substance en nourrissant
 d’autres projets annexes, avant même de voir le jour. » Il est vrai que, durant 
le temps où Boutonnat a différé son film, il a donné le meilleur de lui-même pour
 lancer sa muse. Au fond, l’énergie que le réalisateur voulait mettre dans 
Giorgino n’avait-elle déjà été en partie vampirisée par les clips de Mylène ? 
Collaborateur fidèle et consciencieux, qui a participé à l’écriture des vidéos 
de Pourvu qu’elles soient douces et Sans logique, Gilles Laurent sait de quoi 
il parle : Giorgino n’a pu être écrit qu’en pointillé, la chanteuse demeurant 
la priorité absolue.
 
     En cet hiver 1994, Boutonnat a le moral en berne. « J’ai eu assez peur pour
 lui dans les semaines qui ont suivi la sortie de Giorgino, confiera son coscénariste
 des années plus tard. Je me demandais quel homme serait capable d’encaisser toute
 cette haine. Mais Laurent est une force de la nature. » Dans un sursaut d’orgueil,
 le réalisateur fera interdire toute diffusion de son œuvre – seul Canal + pourra
 le programmer, conformément à une clause contractuelle.
 
     Il faudra attendre 2007 pour que le public ait la possibilité de redécouvrir 
Giorgino. Quatorze ans ont été nécessaires pour que Laurent digère cet échec. 
Sans doute le fait qu’il ait tourné entre-temps un autre long-métrage, Jacquou 
le Croquant, qui a réalisé un million d’entrées en France, a-t-il joué comme un 
déclic libérateur. Annoncé par une bande-annonce inédite, sorti avant les fêtes 
de Noël dans un luxueux coffret, dont le visuel montre le joli postérieur de Mylène,
 le DVD a reçu un accueil plutôt bienveillant, comme si la critique, avec le recul,
 percevait enfin les qualités du film. En outre, le style Boutonnat, cette manière
 de filmer peu académique, avec ces ralentis qui semblent dilater le temps, ou ces 
plans rejoués de manière obsessionnelle, n’a pas échappé à la nouvelle génération 
des cinéastes.
Parmi eux, Pascal Laugier n’a pas manqué, en 2004, lors de la sortie de Saint Ange, 
avec Virginie Ledoyen, d’expliquer en quoi Giorgino l’avait inspiré. Conspué à sa 
sortie, le film de Boutonnat pourrait bien, dans deux décennies, devenir culte.
 
     Car malgré ses défauts, ou précisément à cause de ses défauts, Giorgino demeure
 un film envoûtant, injustement cloué au pilori. Certains passages de la bande originale, signée Boutonnat, notamment ceux qui évoquent l’enfance, sont bouleversants. Pierre Guffroy, 
qui a créé les décors, reste un des plus ardents défenseurs de ce conte singulier : 
« Je ne m’en lasse pas. Je trouve Giorgino extraordinaire, un vrai film d’auteur. » 
Quant à Mylène, lorsqu’elle évoque son premier rôle au cinéma dans le bonus du DVD, 
elle ne tarit pas d’éloges sur l’œuvre de son mentor. « Un projet atypique », 
« à la fois onirique, désespéré et si novateur », dit-elle, évoquant « un film 
remarquable, au sens premier : il dérange, mais ne laisse pas indifférent ».
 
Avec le recul, impossible de ne pas penser aussi que Giorgino, film maudit par 
excellence, n’a pas, paradoxalement, renforcé la légende Farmer. Toutes ces anecdotes
 étranges autour du tournage n’ont fait qu’épaissir le mystère de la star. 
Protecteur, comme à son habitude, Boutonnat a d’ailleurs pris soin de ne pas laisser
 sa muse porter seule le film sur ses épaules : son personnage, Catherine, n’apparaît
 qu’au bout de quarante minutes, et c’est Jeff Dahlgren qui est omniprésent à l’écran.
 En outre, sans doute parce que son jeu n’est pas en cause, Mylène, impeccable en 
jeune femme autiste, a été épargnée par la critique.  À l’époque, elle s’en sort 
plutôt bien. Mais si ce n’est pas son échec, c’est un échec tout de même.
 
Jusqu’alors, elle et son mentor se sentaient invincibles. Cette noirceur, ils 
l’ont poussée très loin parce qu’ils étaient convaincus qu’elle répondait aux 
attentes du public. Avec le naufrage de Giorgino, la donne change radicalement.
 Mylène prend conscience que le côté obscur de Laurent, qu’elle partage, peut la
 conduire droit dans le mur. Elle a besoin d’un bain de lumière pour renaître. 
C’est sa seule chance, elle le sait, de survivre.
  
Extrait du livre : MYLÈNE par Hugues ROYER aux Editions Flammarion 2008

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Dernier sourire de LEPAGE à Mylène

Posté par francesca7 le 9 septembre 2015

 
 
lepage-platine-02     11 juillet 1986. 
Dans la famille Gautier, personne n’oubliera cette date funeste. Mylène se trouve 
chez Bertrand Le Page lorsque le téléphone sonne, 
porteur d’une terrible nouvelle. Son père vient de mourir
des suites d’une longue maladie, à soixante et un ans. 
Et même si toute la famille s’y était préparée, 
le choc est brutal. Au début de l’été, Max a été transporté
 dans un hôpital de Bobigny. 

Depuis plusieurs mois, il se sait atteint d’un mal incurable. 
C’est pourquoi il a tenu à se rendre une dernière fois au Québec, où il conserve ses plus
 beaux souvenirs. 
En revoyant l’ancienne demeure de Pierrefonds, il ne laisse guère d’illusions sur son
 état de santé au couple d’amis qui a racheté sa maison. On le presse de questions sur
 sa fille, qui fait parler d’elle jusque dans la Belle Province. Et il se montre assez 
fier des débuts prometteurs de Mylène, qui vient de sortir Libertine. 
Oui, lui, l’ingénieur des ponts et chaussées, est plutôt 
impressionné par la réussite de sa cadette qui, pour avoir renoncé à ses études, n’en semble 
pas moins tracer sa route avec détermination. 
     Mylène est anéantie. Tout est allé si vite. En l’espace de quelques mois, 
l’homme qui comptait le plus à ses yeux a quitté la terre des vivants. 
Elle l’a tant admiré. Tant attendu aussi, petite fille, quand il travaillait, la semaine,
 sur les rivages du Saint-Laurent, à plus de mille kilomètres de Pierrefonds, 
où il venait retrouver sa famille le week-end. Des quatre enfants Gautier, 
Mylène est celle qui lui  ressemble le plus. Et pas seulement sur le plan physique. 
Outre le même regard intense, le même nez fier, elle possède un mélange de réserve 
et de détermination dont son père a toujours fait preuve dans son parcours professionnel. 
     Conformément à ses vœux, Max Gautier sera incinéré. Désormais, une place 
restera vide dans son cœur. À mots couverts, avec cette pudeur qu’on lui connaît, 
la chanteuse confiera, deux ans plus tard, sur le plateau d’une émission de variétés,
 que c’est en hommage à un être
 disparu qu’elle exerce ce métier. Sans citer l’absent. 
    MYLENE et LEPAGE Pour l’heure, plutôt que de se morfondre,
 Mylène va redoubler d’efforts afin de faire 
décoller sa carrière. 
Sa manière à elle, plutôt guerrière, 
d’honorer la mémoire de son papa. 
Ce qu’elle n’a pas eu le temps de lui dire,
 parce que le dialogue n’a pas toujours été 
aisé entre ces deux grands
 timides, elle va l’écrire dans une chanson,
 Dernier sourire – sans doute la plus 
poignante de son répertoire. Elle y relate
 la lente agonie  d’un homme qui se tord de
 douleur dans une chambre d’hôpital et sa 
révolte face à l’injustice qui le frappe. 
« Mais qui s’acharne  à souffler tes bougies ? »
 lance-t-elle comme pour dénoncer la cruauté 
du destin. 
Avant de murmurer des mots qui donnent le frisson :
 « Si c’est ton souhait, je peux t’accompagner », 
prête à suivre dans la mort l’être cher dont elle
 n’arrive pas à lâcher la main. 
Durant le « Mylenium Tour », la chanteuse interprétera
 Dernier sourire lors du premier 
 appel, accompagnée d’un simple piano. 
Des minutes bouleversantes. 
     Par la suite, la mémoire de son père ne va 
cesser de hanter son œuvre. 
Des années après ce jour sinistre de 1986, 
elle écrit une autre chanson apparemment dédiée au disparu, 
Laisse le vent emporter tout, qui clôture l’album 
Anamorphosée. Une manière de tourner la page en douceur, en 
laissant le temps faire son œuvre. D’évoquer aussi l’envie de 
revoir l’absent : « Là j’irais bien
 te chercher / J’ai tellement changé. »
 
      Le 17 décembre 1995, invitée de l’émission « Déjà le retour », animée par
 Jean-Luc Delarue, sur France 2, Mylène fait venir sur le plateau Marie de
 Hennezel, auteur de La Mort intime – un livre qui rencontre un grand succès
 cette année-là. Le témoignage poignant d’une psychologue qui, au sein d’hôpitaux,
 aide les patients en fin de vie et leurs proches à appréhender au mieux 
leurs derniers  instants. Loin de toute morbidité, l’auteur y aborde la mort
 dans sa dimension humaine. 
« Ceux qui vont mourir, explique-t-elle, sont des vivants qui peuvent 
encore sentir 
la vie jusqu’au bout, aimer, être aimés, et c’est notre responsabilité
 d’humain de ne pas les enterrer avant l’heure et de continuer à mettre
 de la vie autour d’eux. » 
      Sur le plateau, Mylène écoute. Ses jambes sont croisées avec élégance, 
les cheveux relevés en un chignon vaporeux, son bras appuyé sur le canapé où 
siège également l’acteur François Cluzet. 
Pudique, elle choisit de ne pas se mettre en avant, de laisser la parole à cette
 femme dont chaque
 phrase résonne comme une formidable leçon d’espoir. Ce n’est pas la première 
fois que les deux femmes se voient. 
 
« Nous nous sommes rencontrées, Mylène et moi, il y a quelques années, en déjeuner en tête à tête
 qui m’a permis d’apprécier la sensibilité et la profondeur de cette jeune femme », révélera par
 la suite Marie de Hennezel. 
      Comment dire l’importance d’un père dans le cœur de sa fille ? Un livre n’y suffirait sans
 doute pas. Dans le répertoire farmerien, une chanson retiendra l’attention des fans, 
Optimistique-moi, dont Mylène a signé paroles et musique. Dans le clip, signé Michael Haussman,
 on découvre une Mylène emprisonnée dans l’univers du cirque, qui ne pourra gagner sa liberté 
qu’au terme d’une série d’épreuves, bravant un climat d’hostilité générale. Funambule, elle doit
 ainsi tenir en équilibre sur un fil alors que des cracheurs de feu, au sol, tentent de la 
déstabiliser. Discret mais attentif, un homme lui parle, la rassure, la guide, l’attire à lui. 
Il est jeune et séduisant. C’est un magicien, vêtu de noir, le seul être qui semble la comprendre.
 
      Mais le supplice de la jeune femme n’est pas terminé : alors qu’un trio de comédiens, 
composé de Pierrot, Arlequin et Colombine, théâtralise sa détresse, elle doit, en outre,
 évoluer sur un énorme ballon au milieu de la piste. Cette fois, sa progression est 
interrompue par un lanceur de  couteaux qui, d’un geste précis, crève le ballon. 
Le personnage incarné par Mylène est à nouveau humilié. 
Heureusement, le magicien va mettre un terme à ce calvaire. Après avoir enfermé la jeune
 femme dans un coffre rouge capitonné, il la transperce d’épées. Le temps d’ôter les lames, 
lorsqu’il ouvre la boîte, l’oiseau s’est envolé... 
On retrouve Mylène à l’arrière d’une camionnette bleue, debout au milieu de ballots 
de paille, affichant un sourire radieux. Libre, enfin. 
À l’extrême fin du clip, tout s’éclaire : sous les traits du magicien apparaissent 
ceux d’un homme  aux cheveux gris. Derrière ce visage rassurant se dissimulait en fait
 la figure paternelle. 
Un père qui est le seul à déceler la détresse de sa fille. Un père dont le regard 
aimant permet 
à la funambule, en proie au doute, de garder l’équilibre.
 
      Que signifie exactement Optimistique-moi, ce barbarisme inventé par Mylène ? 
Rien qui doive être figé, bien sûr, dans une définition aux contours rigides. 
Mais l’on peut projeter sur ce verbe bien des connotations. Le père n’est-il pas, 
dans les théories freudiennes, celui qui est chargé de transmettre à son enfant 
l’énergie nécessaire pour affronter le monde ? Communiquer un optimisme qui galvanise,
 tel semble le rôle dévolu au papa de la chanson.
 Lorsque le single est sorti, certaines paroles ont suscité bien des interrogations. 
L’image, développée dans le refrain, d’un baiser déposé sur un « petit bouton de rose 
pétales humides »  évoque en effet un geste plutôt ambigu lorsqu’il est perpétré par
 un père sur sa fille.
 
       En outre, deux vers de la chanson – « Qu’aussitôt tes câlins/ Cessent toute ecchymose »
 – dissimulent à peine le mot « inceste ». Impossible de penser qu’il puisse s’agir d’un hasard 
quand on sait la précision chirurgicale dont Mylène fait preuve dans le choix des mots. Bien sûr,
 en déduire que la chanteuse aurait été victime d’un inceste serait une extrapolation des plus 
hasardeuse. On le sait, dans la psychanalyse, la tentation de l’inceste, 
nichée au cœur du complexe d’Œdipe, constitue une étape nécessaire dans le 
développement de l’enfant. Ce que Mylène met en scène dans sa chanson est d’abord
 un inceste symbolique, même si elle prend un malin plaisir à 
laisser planer un parfum de soufre qui marque sa signature. 
       Une fois de plus, en tout cas, elle fait mouche. En évoquant à nouveau ce « papa » 
qu’elle a tant aimé, et dont le souvenir ne cesse de lui insuffler l’énergie de 
battante qui nourrit sa carrière, elle aborde une symbolique universelle, où chacun 
peut puiser ce dont il a besoin.
 De la mort d’un être cher, elle a tiré une force.
 
Extrait du livre : MYLÈNE par Hugues ROYER aux Editions Flammarion 2008

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Never explain ; une prophétie à la Mylène Farmer

Posté par francesca7 le 8 septembre 2015

 

 

  3052808095_1_5_hFM4IpEv   « Vous deviendrez le centre de semi-vérités, de semi-mensonges. Et je manipulerai tous ces commérages pour créer une image mystérieuse à souhait. D’ici un an environ, peut-être un peu plus, vous serez, aux yeux du grand public, une femme réellement fascinante. » Nous sommes en 1923. Le réalisateur Mauritz Stiller adresse cette prophétie à Greta Lovisa Gustafsson, bientôt célèbre sous le nom de Garbo.

Cette jeune actrice, embarrassée par son corps, mais dont le visage aux traits parfaits prend la lumière comme aucun autre, n’a encore tourné que quelques films publicitaires et un long-métrage. Pourtant, grâce à la stratégie géniale de son mentor, qui l’emmène dans ses bagages et l’impose à Hollywood, elle va devenir l’une des stars les plus mythiques que le XXe siècle ait connue.

     Pour Laurent Boutonnat, qui veut s’imposer dans le septième art, comment ne pas être fasciné par une collaboration aussi fructueuse entre un réalisateur et sa muse ? Ce cinéphile connaît par cœur la carrière de celle qui fut surnommée la Divine. Et comme pour donner à Mylène un horizon à atteindre, au risque de porter sur elle une ombre écrasante, il écrit une chanson hommage à l’actrice, Greta, qui figure sur l’album Cendres de lune. Répliques extraites de La Femme aux deux visages, de Georges Cukor, samplées dans la chanson, refrain joliment troussé où Mylène se retrouve, une fois n’est pas coutume, dans la position de fan de l’actrice : « Greta rit / Et moi je rougis »… Le titre, envoûtant à souhait, montre l’indéniable talent de parolier du musicien Boutonnat.

  Sa Garbo à lui a pour nom Farmer et, afin qu’elle devienne la légende vivante dont il rêve, il va appliquer à la lettre la méthode Stiller. Avec la complicité de Bertrand Le Page, les conseils du réalisateur allemand à sa muse seront lus, retenus et médités comme la plus précieuse des leçons. « Si vous êtes assise à table parmi d’autres convives, parlez chiffons, parlez du temps, mais jamais de vous-même. Soyez secrète [...] Si vous devez manger ou boire, faites-le en très petite quantité. Laissez croire à tout le monde que vous vous nourrissez d’art et vous abreuvez d’exercices spirituels.

Évitez les commérages et ne collectionnez pas les amis. Tenez-vous à une distance modérée de tout le monde. [...]

Si vous parlez d’autres artistes, faites leur éloge. [...] Évitez les reporters et les journalistes. Si vous les rencontrez par hasard, refusez de parler de vous. S’ils insistent, dites-leur d’interroger Stiller. Bientôt les reporters et les photographes vous courront après tandis que vous continuerez à les éviter. N’ayant pas réussi à vous approcher directement, ils s’adresseront à vos amis et même à de simples connaissances. Des mensonges pittoresques fleuriront autour du nom de Greta Garbo. »

     La méthode Stiller tient en une phrase : pour être désirée, autant se faire rare. Voilà pourquoi le silence, qui correspond à la nature réservée de Mylène, devient le meilleur atout pour forger sa légende. De fait, si l’on reprend dans le détail les conseils du Pygmalion de Garbo, on constate que Mylène les a tous assimilés. Ainsi, jamais elle n’a proféré d’atrocités sur d’autres artistes, se contentant souvent de compliments polis lorsqu’on l’interrogeait sur tel ou tel. Quant au fait d’avoir verrouillé tout discours sur sa vie personnelle, il a attisé la curiosité des médias. Paparazzi qui la traquent afin de révéler ses amours aux tabloïds, journalistes qui, faute d’informations de première main, doivent se contenter de relayer des rumeurs… C’est ainsi que, dans les années 80, des légendes urbaines tenaces ont fleuri dans son sillage : elle vivrait dans l’obscurité complète avec deux singes capucins pour seuls compagnons, dormirait dans un cercueil et se nourrirait exclusivement d’araignées !

Voilà pour les plus farfelues, qui ne sont pas sans rappeler la rumeur concernant le fameux caisson à oxygène de Michael Jackson colportée à la même époque. D’autres élucubrations, plus vraisemblables, mais toutes aussi fausses, courent en permanence sur les sites Internet dédiés à la star. Par exemple, Mylène aurait un projet d’album avec le groupe Air, travaillerait sur une comédie musicale inspirée de Peau d’Âne ou serait sur le point d’enregistrer un duo avec Madonna.

 Cette prolifération de rumeurs, la chanteuse la doit à une stratégie décidée, semble-t-il, dès 1986.

« On peut parler de mon métier mais, pour le reste, je suis à la lettre une vieille recette de star : je n’explique rien, vous devinez tout, et j’entretiens le mystère », dit-elle. Une attitude à contre-courant des codes en vigueur aujourd’hui, où la notoriété repose au contraire sur une exposition maximale de la sphère privée. On le voit à ces nouvelles célébrités, prêtes à tout déballer, y compris les drames réels ou imaginaires de leur passé, pourvu qu’on parle d’elles.

 images (3)    Face à ce phénomène, Mylène est dubitative : « Je trouve dommage ce manque de mystère chez la plupart des artistes. Je n’ai pas envie de savoir ce qu’elles mangent le soir ou avec qui elles… »

Pourtant, en ne jouant pas le jeu de la modernité afin de cultiver une image intemporelle, la star aurait pu être snobée par les médias. « Si on y réfléchit, les conséquences de ce silence auraient pu être un handicap à toute idée de succès. J’ai pris ce risque parce que je n’avais pas le choix, c’est tout. »

      Dès sa première tournée, en 1989, Mylène joue à fond la carte du mystère. Dans le programme qui accompagne le spectacle, elle a fait imprimer une phrase de Lanzo del Vasto, extraite de la préface de L’Apprentissage de la ville 127, de Luc Dietrich. « Faire passer ses souvenirs pour une histoire qu’on invente, se décrire tel quel sous un nom d’emprunt, entrer en scène sous un masque n’est pas un mensonge : c’est le plus souvent le seul moyen de tout dire sans offenser la pudeur ni trahir les secrets qu’il faut respecter. » Une réflexion qui semble avoir été écrite pour elle.

      Le mystère passe aussi par une approche scénique qui ne laisse rien au hasard. Lorsqu’il s’agit de réaliser un film à partir des concerts, Boutonnat pousse le perfectionnisme jusqu’à tourner certaines séquences en l’absence du public, afin de mieux capter l’émotion qui se dégage du visage de Mylène. Le résultat est bluffant : Laurent réussit à insuffler une magie qui prolonge l’imaginaire des clips, tout en évitant le piège de la redondance. Après deux heures de show, sa muse disparaît, mi-humaine, mi-éthérée, telle une héroïne qui s’effacerait pour laisser apparaître le mot « fin ». Et la caméra s’attarde sur des visages en pleurs, perdus, alors que retentissent des notes qui déchirent le cœur. Le show s’achève sur une absence. Un vide dans lequel on se sent happé et qui crée instantanément un manque. La leçon de Garbo, encore.

 Au détour d’une interview, Mylène voudrait pourtant sans doute parfois forcer « sa nature profonde ». Mise en confiance par un journaliste à la plume talentueuse qui semble apprécier son travail, elle peut être tentée de lâcher quelques confidences comme elle le ferait face à un ami. Aussitôt, cependant, une petite voix intérieure la rappelle à l’ordre. « Il n’est pas facile de se protéger. Quelquefois, j’éprouve même un malaise car j’aimerais répondre. Mais il existe ce barrage du journaliste et de la projection sur le public. » Cette règle, il serait suicidaire de la transgresser. Alors, oui, se taire peut être douloureux, mais devoir s’expliquer constituerait une souffrance plus aiguë encore. « Me justifier me fait du mal », avoue-t-elle lors d’une longue confession à Paul Amar en 1996.        Pourquoi l’écriture de chansons serait-elle forcément compatible avec l’exercice oral de l’interview ? « Je ne veux pas de jardin secret qui devienne lieu commun. Ma vie privée m’appartient, je n’ai aucune envie d’en parler. Je préfère écrire des textes . » Bien sûr, Mylène n’ignore pas que publier des albums impose des contraintes promotionnelles, mais, selon elle, dans un monde idéal, « l’artiste doit disparaître derrière son art  ».

   MF90_94a  Ira-t-elle jusqu’à s’effacer totalement, comme le fit Garbo, son modèle, après l’échec de son ultime film, La Femme aux deux visages ? Âgée alors de trente-six ans, l’actrice fit en sorte que ce retrait des studios alimente encore le mystère bâti durant sa carrière. Mais il lui fallut sans doute un courage infini pour renoncer à la gloire afin de mieux devenir un mythe. « Fuir n’est pas facile / Quand la nuit vous a conquise », fredonne d’ailleurs Mylène dans Greta. Pas facile, en effet, de renoncer à l’amour du public qui vous galvanise comme une drogue puissante. Pour ne jamais être à la fois « Reine et ruine », selon les propres mots de Boutonnat dans la chanson, Mylène a promis, elle, de ne jamais livrer le « combat de trop ». Tant que le désir demeure, pourquoi faudrait-il s’imposer de rompre ?

Extrait du livre : MYLÈNE par Hugues ROYER aux Editions Flammarion 2008

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MYLENE, faut-il Provoquer pour exister

Posté par francesca7 le 8 septembre 2015

 

 

     1 Avec le recul, on n’en croit pas ses oreilles. Ce jour-là, le 10 octobre 1987, Mylène est l’invitée d’honneur de « Mon Zénith à moi », l’émission de Michel Denisot sur Canal +. Les cheveux attachés par un catogan noir, elle a rarement paru si enjouée. La présence d’un chimpanzé à ses côtés, qu’elle caresse tout en tentant de contenir ses débordements, n’est sans doute pas étrangère à cette humeur badine. Le téléspectateur ne sait pas encore que le programme, concocté par Mylène, sera une escalade de provocations. Après une séquence où elle confesse son trouble fantasmatique pour les hommes d’Église, Michel Denisot annonce que, selon un choix de la chanteuse, vont être diffusées des images « très difficiles » utilisées par Amnesty International pour sensibiliser l’opinion à la torture.

      Et Mylène de lancer tout sourire une première bombe : « J’aime la violence. » L’animateur la reprend immédiatement : « Vous aimez la dénoncer ? » Elle enfonce le clou. « J’aime la regarder. » Et  tandis que défilent des images furtives où l’on voit des pendaisons, une exécution capitale à bout portant, une tête coupée qu’un homme tient par les cheveux avant de la jeter dans une fosse, la chanteuse poursuit :

« Ce n’est pas un plaisir sadique, mais presque. J’ai une sorte de complaisance vis-à-vis de la violence dans ces images de mort. Ça suscite plein de réflexions. J’aime bien voir ça. Je crois bien que ça provoque en moi une forme d’excitation. » Elle s’interrompt – le chimpanzé vient de lui mordre la main – et caresse à nouveau l’animal. Denisot stupéfait, tente de ne rien montrer. Il n’est pas au bout de ses surprises. Car la photographie de l’homme exécuté à bout portant n’a pas comblé Mylène. « C’est dommage qu’elle soit statique », dit-elle, ajoutant qu’elle aurait préféré voir la mort filmée en intégralité.

      Cette séquence jette un froid sur le plateau. La chanteuse a visionné les images sans émotion, ni compassion. Et ce n’est pas le reportage émouvant qu’elle a réalisé à l’hôpital de Garches, auprès des enfants accidentés de la route ou atteints de maladies génétiques, qui va suffire à effacer cette première impression. Malgré la tendresse manifeste de Mylène vis-à-vis d’une fillette aux cheveux courts atteinte de la maladie des os de verre, le charme est brisé. Et quand retentit le générique de fin de l’émission, le téléspectateur demeure troublé.

      Après avoir visionné l’émission, Bertrand Le Page ne décolère pas. À ses yeux, Mylène est allée trop loin. Elle a pris un risque énorme pour son image et sa carrière. Iconoclaste, c’est un atout. Mais là, il s’agit selon lui d’un dérapage. Le grand public, qui la suit depuis Libertine, ne peut adhérer à de tels propos. Certains artistes sont tombés pour moins que ça. Par chance, l’émission a été diffusée sur une chaîne cryptée. Et le manager d’imaginer le cataclysme qu’aurait provoqué une telle prestation dans une émission en prime time, sur TF1 par exemple.

      Ce jour-là, Mylène a-t-elle perdu le contrôle d’elle-même ? Ses propos ont-ils dépassé sa pensée ?

Ce qui est certain, c’est que la présence remuante du chimpanzé sur le plateau a altéré son comportement. Ceci explique peut-être une certaine brutalité dans la forme, qu’elle aurait pu nuancer si elle avait eu le loisir de rester concentrée. Ce qui frappe, dans sa prestation, c’est qu’elle semble n’établir aucune frontière entre la réalité et l’imaginaire. Elle évoque des images réelles comme elle commenterait les séquences d’une fiction.

Voilà pourquoi, sans doute, elle ne semble pas consciente d’avoir commis une erreur. N’a-t-elle pas, au fond, été sincère ? Car son goût pour des sujets que d’autres jugent insoutenables ne date pas de cette émission. « J’éprouve de confus plaisirs aux dessins macabres, j’aime l’esthétique morbide »,  lâche-t-elle dès ses débuts. À la même époque, certains proches le confirmeront, le livre fétiche de Mylène, celui qu’elle montre à son entourage comme si elle partageait un trésor, est un imposant album de photos où figurent des monstres de la nature. Bébés estropiés et autres curiosités du genre, comme par exemple des enfants nés avec des écailles de crocodile. Complaisance sadique ? « Non, m’assure la photographe Elsa Trillat, qui avoue avoir pincé le bec en feuilletant l’ouvrage. Elle était intriguée par ces  malformations. Profondément troublée. »

     Par miracle, le public ne lui tiendra pas rigueur de ces fausses notes. Mais pour Bertrand, la preuve est faite que Mylène doit éviter de se répandre dans les talk-shows. Elle fera le strict minimum pour assurer sa promotion, mais devra éviter les pièges qu’on ne manquera pas de lui tendre pour la faire déraper à nouveau. Sur TF1, d’ailleurs, quelques mois plus tard, dans un « Sacrée soirée » spécial, Mylène se montrera d’une sobriété étonnante. Des propos qui frisent la banalité, des remerciements chaleureux, quelques larmes versées. Le contraste avec sa prestation sur Canal + est flagrant. La leçon semble avoir été comprise.

      Malgré tout, Mylène ne renoncera pas, durant les longues années de carrière qui s’annoncent, à ce mode explosif de communication qu’est la provocation. Il faut dire que, jusqu’à cet incident, c’est à son image sulfureuse qu’elle doit son succès. « J’aime la provocation, c’est peut-être une forme de caractère », dit-elle en 1984, alors qu’elle chante Maman a tort, qui relate, ne l’oublions pas, un amour saphique. Une forme de caractère, peut-être. Plus sûrement, choquer est un risque que Mylène assume parce qu’il est contenu, en germe, dans tout projet artistique. Ce qu’un artiste revendique avant tout, c’est sa liberté. Non pas de dire ou faire n’importe quoi, mais de projeter ce qui jaillit des tréfonds de son âme. « La provocation, elle est dans la liberté que je me donne de dire les choses ou de proposer les images qui correspondent à ce que je ressens. Être un artiste, c’est déjà une provocation. »

      Bien sûr, même si elle ne cherche pas à « choquer à tout prix », Mylène sait les risques qu’elle encourt à explorer certaines zones obscures de son imaginaire. « Le piquant de la vie pour moi, est de provoquer, quitte à être censurée  », dit-elle dès 1984, montrant au fond que l’espoir inconscient de toute provocation revient sans doute à se heurter à des limites. Elle ne croit pas si bien dire. Car plusieurs de ses clips feront l’objet, non d’une censure, mais de restrictions quant à leur diffusion. Ainsi, en 1992, le clip de Beyond My Control fait scandale : des images de loups dévorant une charogne sont superposées à un baiser qui dégénère en morsure vampirique. L’association entre l’amour et la mort est dénoncée comme susceptible de perturber le jeune public. Michel Drucker, à qui Polydor propose de diffuser la vidéo en exclusivité dans « Champs-Élysées », met son veto après avoir visionné les images.

Même si le CSA ne se prononce pas en faveur de l’interdiction, M6, prudente, ne diffusera Beyond My Control qu’après minuit.

     mylène Sept ans plus tard, un autre clip va faire couler beaucoup d’encre : celui de Je te rends ton amour, tourné par François Hanss dans l’abbaye de Mériel, en région parisienne. On y voit une Mylène qui se baigne nue dans une mare de sang après avoir été violentée par une créature maléfique. Un scénario lourd de symboles qui revisite le thème de la défloraison, déjà évoqué dans Plus grandir ou Tristana. Mais, cette fois, le sang qui jaillit de la rupture de l’hymen prend des allures de torrent d’hémoglobine. Choqué, le CSA ne tarde pas à donner un avis défavorable, sans exercer de contrainte sur les chaînes de télévision. Après avoir consulté un comité de mères de famille, M6 décide d’amputer les deux dernières minutes du clip et de ne le diffuser en intégralité que tard dans la nuit.

     Furieuse à l’idée que le public ne puisse voir sa vidéo que mutilée, ce qui porte atteinte à son intégrité artistique, la chanteuse réagit immédiatement en mettant en vente une cassette du clip, accompagnée d’un fascicule de photos inédites du tournage. Les quelque quatre-vingt mille exemplaires proposés en kiosque avec l’intitulé « le clip censuré » disparaîtront en quelques jours. Et pour montrer qu’il ne s’agit nullement d’une opération commerciale, la chanteuse reverse les bénéfices à l’association Sidaction.

     Un an plus tard, revenant sur cet épisode lors d’une interview télévisée, Mylène reconnaît qu’il ne lui déplaît pas de jouer avec le feu : « Il se trouve que j’aborde des sujets épineux, voire tabous. C’est un risque. » Puis elle ajoute : « Maintenant, la censure en France est un peu sévère. »

     Durant toute sa carrière, la star n’aura donc de cesse de chercher à exercer le plus loin possible sa liberté artistique. Quant à ses propos sur la violence, prononcés face à Michel Denisot, jamais elle ne les reniera. Tout juste consentira-t-elle à surveiller de plus près ses déclarations publiques, afin de respecter les sensibilités de chacun. Sans jamais renoncer, toutefois, à faire scandale.

     Ainsi, au moment où la tournée 2009 a été annoncée, l’affiche placardée dans toutes les grandes villes de France a fait, elle aussi, l’objet d’une polémique. Sur la photographie, signée Claude Gassian, Mylène est étendue sur le bitume, jambes écartées. Sous sa robe blouse, déboutonnée à hauteur du nombril, elle porte un shorty aux motifs panthère. Si elle n’avait pas les yeux ouverts, on jurerait qu’elle s’est défenestrée. Ou qu’elle vient d’être violée. Une image, en tout cas, dont l’érotisme provoque un certain malaise. C’est parce que le cliché intrigue qu’il retient l’attention. C’est aussi parce qu’il invite à la réflexion qu’il constitue une œuvre artistique à part entière. « Une nuit qui n’agite rien, c’est une nuit pour rien », écrit Mylène dans Lisa-Loup et le conteur   . Que dirait-on alors d’un artiste qui n’agite rien ?

Extrait du livre : MYLÈNE par Hugues ROYER aux Editions Flammarion 2008

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Pourvu qu’elle soit ROUSSE

Posté par francesca7 le 4 septembre 2015

 

 MYLENEFARMER POP

      Une chevelure. Lumineuse, rougeoyante, incandescente. Un signe de ralliement. Un panache roux.

Sur certaines photos d’elle, de dos, cette cascade abricot suffit à suggérer sa présence. Dans le livret de l’album Avant que l’ombre… , signé Dominique Issermann, le visage n’apparaît jamais en totalité. La plupart du temps, il est masqué par cette chevelure, reconnaissable entre toutes, qui s’impose comme une signature. Et qui permet de poursuivre la partie de cache-cache engagée avec le public il y a longtemps déjà.

      Rarement une artiste aura été à ce point liée à une couleur de cheveux. Et pourtant, Mylène n’est pas née rousse. Lorsqu’elle débute dans la chanson, ses cheveux sont châtains. Même s’il s’agit, selon elle, d’une « erreur de la nature », force est de constater que cette métamorphose a contribué à forger la légende Farmer. « Une chanteuse, ce n’est pas châtain. C’est blond, brun ou roux. Il faut trancher dans le vif, donner une couleur, une marque, une griffe. » Bertrand Le Page sait de quoi il parle. Au milieu des années 1980, une certaine Jeanne Mas, toute de noir vêtue, squatte le sommet des charts avec une panoplie de brune incendiaire et des chansons qui décoiffent. Un succès fulgurant dont rêve le manager pour sa protégée. « En 1984, la star du moment qui nous impressionnait tous, y compris Mylène, c’était Jeanne Mas95 », confiera le manager. De fait, l’interprète de Toute première fois a pris une sérieuse longueur d’avance. Sûre d’elle, maquillée à outrance, exubérante dans sa gestuelle, elle intimide la chanteuse débutante, qui la cite en exemple lors d’une de ses premières interviews. « Les gens ne connaissent pas encore bien mon visage. Maman a tort a surtout énormément été diffusée en radio.

Jusqu’ici, je n’ai fait que peu de télés. Et peut-être n’ai-je pas, comme Jeanne Mas, ce truc qui marque et accroche les gens. »

      Cent mille copies écoulées pour Maman a tort, ce n’est pas rien, mais Laurent et Bertrand veulent jouer dans une autre division. Un look plus affirmé, Le Page en est convaincu, aidera Mylène à sortir du lot. C’est donc lui qui, selon toute vraisemblance, suggère le premier à la chanteuse de se teindre en rousse. Elle est séduite par l’idée. Depuis des années, elle trouve ses cheveux trop fins. Pour le clip de Plus grandir, une permanente leur a donné davantage de volume, mais le brun lui durcit les traits, accentue le relief de son nez. Une première coloration va provoquer le choc attendu. Lorsqu’elle tourne Libertine avec sa nouvelle chevelure auburn, l’évidence s’impose à tous : Mylène a trouvé son identité visuelle, l’image qui correspond à son moi profond. « Il y a eu une erreur de la nature : j’aurais dû naître rousse », dira-t-elle.

 

                                                     **

 

1      Par la suite, la nuance de roux va être corrigée grâce à l’entremise de Christophe Mourthé, jeune photographe que Bertrand a présenté à Mylène, jugeant que leurs univers présentaient d’évidentes corrélations. À l’époque, il vient de réaliser une série de clichés qu’il a baptisés « Casanovas », où figurent des femmes grimées en hommes dans des costumes du XVIIIe siècle. « Parmi ces images, j’ai un personnage aux cheveux abricot qui plaît beaucoup à Mylène. Jusque-là, elle est rousse dans Libertine, c’est vrai, mais ce ton n’est pas très joli, pas bien défini. On en discute avec elle chez Bertrand, puis on finit chez le coiffeur. On lui présente le cliché et on lui dit : “C’est abricot, faites-nous la même chose !”

Mylène adopte alors la couleur flamboyante qui sera sa marque de fabrique. On ne peut pas prétendre que Bertrand et moi l’ayons décidé, personne n’a besoin de tirer la couverture à lui. En fait, l’idée a germé en même temps dans nos trois cerveaux. »

      Dans les années qui suivent, le roux de Mylène va encore évoluer. Très pâle, genre blond vénitien, après la tournée de 1989, il devient carrément carotte lorsque Mylène adopte un look à la garçonne pour l’album L’Autre, en 1991. Selon Marie-Stéphanie Lohner99, stagiaire régie sur le tournage du clip de Pourvu qu’elles soient douces, cette coupe radicale aurait été choisie parce que la chevelure de la star se trouvait, à l’époque, abîmée par une succession de décolorations agressives.

 

     Consciente que son ramage roux fait désormais partie de son identité artistique, Mylène va, tout au long de sa carrière, jouer avec ce symbole. Afin d’étonner son public, elle chargera son coiffeur attitré, Pierre Vinuesa, de créer pour elle des coiffures toutes plus extravagantes les unes que les autres. Un défi qu’il relèvera haut la main, notamment lors des tournées 1996 et 1999. Mèches dressées sur la tête évoquant les rayons du soleil ou épaisse crinière entourant le visage comme une auréole… Pour réaliser ces véritables chefs-d’œuvre d’architecture capillaire, Vinuesa n’hésitera pas à recourir à des postiches.

Et Mylène de prendre goût à ces perruques et autres extensions qui donnent un beau volume à sa chevelure naturelle. Ses chignons n’en sont que plus impériaux, ses boucles plus nombreuses. Pour chacun des clips qu’elle tourne, pour chacune de ses apparitions télévisées, elle soigne sa coiffure avec la même exigence qu’elle choisit ses vêtements.

     Quant à Bertrand Le Page, il va être peu à peu écarté de la galaxie Farmer, après cinq ans de bons et loyaux services. L’hiver 1989 sera son chant du cygne.

     Un soir de décembre, Bertrand a organisé un dîner à l’École des beaux-arts en présence de cinq cents convives, composés de personnalités du métier et de journalistes. Une fête donnée en l’honneur de Mylène, qui doit recevoir un disque de diamant pour plus d’un million d’exemplaires vendus de l’album Ainsi soit je. Hélas ! rien ne se passe comme Le Page l’avait imaginé. La chanteuse reçoit son trophée des mains d’Alain Lévy, le patron de Polydor, alors que tout le monde a le nez plongé dans son assiette.

Écœuré par une telle absence de magie, le manager broie du noir et se console comme il peut en sifflant des coupes de champagne.     Vers une heure du matin, certains invités ont déjà quitté les lieux et le personnel commence à empiler les chaises Napoléon III utilisées pour le dîner. C’est alors que Bertrand laisse éclater sa colère et hurle ce qu’il a sur le cœur. Pour lui, la soirée est un échec. Où est le panache ? Où est le goût de l’excellence ? Les yeux injectés de sang, il empoigne une chaise et la lance sur celles déjà entassées : la pile dégringole dans un bruit d’apocalypse. Sans hausser la voix, Mylène le somme de se calmer, maisles derniers convives présents, embarrassés, se précipitent vers la sortie. Laurent Boutonnat ne dit mot.

Parce qu’il ne « sentait » pas la soirée, me racontera Philippe Séguy, il n’a pas ôté son manteau de tout le dîner.

 

     Entre Mylène et Bertrand, rien ne sera plus comme avant. En réalité, tout a commencé à se dégrader lorsque, deux mois plus tôt, en octobre 1989, le manager a appris que la chanteuse et son mentor avaient Créé Requiem Publishing, une société d’édition musicale qu’ils cogèrent à égalité. Auparavant, ce sont les éditions Bertrand Le Page qui créditaient les titres de Mylène. Dès lors, il voit son avenir financier menacé au sein de l’écurie Farmer. Mais pour cet affectif, là n’est pas l’essentiel. Ivre de gloire, il se croit indispensable. N’est-ce pas lui qui, relevant un défi lancé par sa protégée, a boosté le succès de Sans contrefaçon en convaincant la radio NRJ de multiplier par deux les diffusions du titre ? Fort de ses exploits, Bertrand est confiant : la star a besoin de ses conseils, et leur amitié est tellement forte qu’elle ne peut se briser. Il se trompe cruellement.

      Paradoxalement, c’est Mylène qui, le lendemain de l’incident à l’École des beaux-arts, prend l’initiative de recoller les morceaux. « Si tu as besoin de moi, je suis là101 », lui dit-elle par télégramme.

Quelques jours plus tard, rendez-vous est pris dans le restaurant d’un palace parisien. Le Page campe sur ses positions, ne regrette pas ce que la chanteuse considère comme un « dérapage ». Dans un sursaut d’orgueil, il quitte même la table, espérant que Mylène va le retenir. Elle n’en fait rien.

      Un mois plus tard, elle l’appelle pour lui signifier leur rupture : « On arrête de travailler ensemble. Ton comportement est devenu impossible. » Il recevra par la suite une lettre que la star, de sa belle écriture, achève par ces mots : « Je t’aime comme personne. »       Dès lors, c’est le tourneur Thierry Suc, au tempérament moins tapageur, qui fera office de manager.

   FanNicolas5   Ultime message en forme de justification, Mylène écrira une chanson à l’ami éconduit sur l’album L’Autre. Dans Pas de doute, elle s’adresse à un homme au tempérament ingérable, évoque des tensions vaines, des sautes d’humeur insupportables : « Quant tu n’as plus ta tête, tu fais tout trop vite. » On ressent bien, dès lors, une divergence qui semble irrémédiable : « Tu précipites / Moi je prends mon temps. » Jusqu’à la rupture assumée : « Quitte à faire vite / Je prends les devants. »       Le Page ne se remettra jamais de cette séparation. Persuadé que, sans lui, Mylène est perdue, il va guetter l’instant où l’idole dégringolera de son piédestal, sans pour autant cesser de l’aduler. Un après- midi de 1995, dans son appartement proche de la porte Maillot, il me confie que les textes de l’album Anamorphosée sont totalement hermétiques : « On n’y comprend rien, ça va faire un bide. » Deux jours plus tard, il m’appelle pour me demander si j’ai vu le clip de L’Instant X. « Mylène est sublissime, elle n’a jamais été aussi belle », me dit-il, conquis. En 1996, en découvrant l’affiche des concerts de la star à Bercy, il s’effondre en larmes.

      En avril 1999, quelques jours après la publication de l’opus Innamoramento, Le Page, atteint d’une grave maladie, se tire une balle dans la tête, à Hyères, sur la côte d’Azur, où il s’est exilé depuis un an. « Il s’est suicidé le dimanche de Pâques, je sais qu’il écoutait l’album en boucle », dira Guillaume Vial, un ami de la dernière heure.

      À la fin du clip de L’Âme-Stram-Gram, l’héroïne que joue Mylène se jette dans le vide pour retrouver sa jumelle disparue. Le Page semble avoir voulu répondre par un geste spectaculaire aux jeux fantasmés de Mylène avec sa propre mort. Quelques jours avant son suicide, Bertrand a laissé un message sur mon répondeur. Sa voix était sereine.

      En signe de deuil, Mylène se tait. La promotion de l’album est suspendue durant quelques jours. Une interview, prévue sur RTL le jour même, est annulée. La chanteuse ne se rendra pas à Saint-Malo, le 9 avril, pour les obsèques de son ancien manager. Elle n’enverra pas de fleurs. Ses souvenirs avec Bertrand, les mots écrits ou échangés, elle veut les garder dans son cœur. Leur amitié, qui fut si passionnelle, n’appartient qu’à eux deux.

  

Extrait du livre : MYLÈNE par Hugues ROYER aux Editions Flammarion 2008

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MYLENE veut Occuper le terrain

Posté par francesca7 le 4 septembre 2015

 

 1987-j10

      Elle est si rare aujourd’hui dans les médias qu’on a le sentiment qu’elle ménage ses apparitions depuis toujours. Rien n’est plus faux. À ses débuts, Mylène sait qu’elle n’a pas le choix. Il lui faut obtenir un maximum de diffusions à la radio pour ses singles, multiplier les interviews à la presse et décrocher des passages à la télévision, ce formidable accélérateur de notoriété, sans quoi elle ne pourra jamais sortir du lot. Pour être reconnue, il faut au préalable être connue. Telle est la loi du métier.

      Un homme va être l’artisan de cette percée médiatique : Bertrand Le Page. À l’âge de dix-huit ans, cet autodidacte lettré a quitté Saint-Malo, où il a grandi, pour réussir à Paris. Après avoir renoncé à être chanteur, il rêve de devenir acteur. Puis jette l’éponge : les complexes qu’il nourrit sur son physique paralysent trop ce rouquin de petite taille à l’enfance difficile. Lucide, il comprend que son rôle n’est pas d’être en première ligne. Ce sont les autres qu’il projettera dans la lumière. Après avoir lancé Jackie Quartz, qui cartonne tout l’été 1983 avec Mise au point, sa cote grimpe dans le métier. C’est alors que Boutonnat, croisé quelques années auparavant, lui propose de rejoindre l’écurie Farmer. La chanteuse a besoin d’un manager, Laurent, accaparé par l’artistique, ne peut assurer ce rôle.

Ça tombe bien pour LePage, dont les relations avec Jackie Quartz sont arrivées à un point de non-retour. Il accepte de prendre Mylène sous son aile, moyennant un pourcentage de 25 % sur les bénéfices, via sa société d’éditions musicales.

 

      D’emblée, Mylène est séduite par le personnage. Bertrand est élégant, provocateur et excessif en tout. C’est un affectif qui va mobiliser toute son énergie pour que sa protégée se hisse au sommet. Non seulement il détient un carnet d’adresses dont il va faire profiter la jeune chanteuse, mais il ambitionne aussi de la « coacher » au sens moderne du terme, en lui dispensant des conseils qui dépassent la sphère strictement professionnelle. Comment pourrait-elle devenir une grande artiste si son esprit ne goûte pas les nourritures spirituelles les plus stimulantes ? Très vite, Bertrand devient l’ami intime, une oreille constamment à l’écoute, un confident précieux.

      Féru d’astrologie, domaine qu’il aborde avec un mélange de rigueur scientifique et d’intuition quasi médiumnique, il commence par dresser le thème astral de Mylène. Lui parle avec finesse de son tempérament plutonien qui la rend si proche du Scorpion, bien qu’elle possède le double signe de la Vierge. Un gage de profondeur, de remise en question permanente aussi. Il le pressent déjà, la jeune femme est capable de se mettre en danger. C’est aussi une Uranienne, soucieuse d’exprimer sa différence avec force, ce qui signifie qu’elle est peu disposée à composer. Quant au fait que Vénus se situe dans la maison des épreuves, cela n’augure pas un parcours sentimental semé de roses.

      Bertrand est un être en perpétuelle quête d’intensité. Il lit la presse, dévore les livres, s’intéresse au cinéma, se passionne pour une exposition de peinture. Tout ce qu’il touche s’enflamme aussitôt. C’est lui qui conseille à Mylène la lecture de L’Apprentissage de la ville, de Luc Dietrich. Un roman qui l’a bouleversé et qui, par contagion, va également marquer la chanteuse. Paradoxalement, c’est auprès de cet autodidacte à la culture éclectique que la jeune femme poursuit ses études interrompues trop tôt, en début de terminale.

Consciente de l’impasse où peut conduire sa relation gémellaire avec Laurent, Mylène accorde une place privilégiée à ce manager hors-norme. « Heureusement, il y a Bertrand, dit-elle. On vit pratiquement à trois. Pas simple, mais riche. J’ai toujours su que le trois était le chiffre parfait. » En découvrant ces propos, on ne peut s’empêcher de penser à la triangulation familiale reconstituée. L’équilibre de la jeune femme semble être à ce prix.

      Bertrand lui veut du bien, aussi va-t-elle suivre ses conseils à la lettre. Il sait, elle a tout à apprendre. Malgré son caractère insoumis, Mylène arrive à se montrer docile lorsque son intérêt est en jeu. Alors, oui, son manager la fatigue parfois avec ses coups de fil incessants, dont certains au milieu de la nuit. Avec ses sautes d’humeur aussi, et cette nervosité extrême qui l’électrise, elle qui a tant besoin de lenteur. Mais elle prend sur elle, force sa nature. Une petite voix lui murmure, même quand elle ronge son frein, que Bertrand doit avoir raison. Il a lié sa réussite à celle de Mylène, alors leur alliance est totale :

pour lui, qu’elle devienne une star est une question de vie ou de mort.

 

                                                      **

 1 - AOUT My

      En attendant, Le Page se démène comme un diable pour que la chanteuse débutante puisse interpréter à la télévision Maman a tort, sorti en mars 1984. C’est Michel Drucker qui, le premier, accorde sa chance à Mylène dans « Champs-Élysées » pour sa première émission en prime time. Un coup de pouce qui attire l’attention sur cette débutante aux longs cheveux châtains. De ce jour, alors que sa comptine gentiment licencieuse passe de plus en plus en radio, elle devient l’objet d’une petite curiosité médiatique. De nombreux clichés, libres de droits, sont offerts à la presse. Pas question de se défiler face aux demandes d’interviews qui, grâce au travail ciblé de Bertrand, commencent à tomber. À ce moment- là, le moindre entrefilet est bon à prendre.

      Mylène parle. Elle répond aux questions sans rechigner, et avec le sourire s’il vous plaît. Pourtant, à y regarder de plus près, elle fait déjà entendre sa différence, comme si le jeu d’une promotion formatée ou dictée par d’autres lui était impossible. Ainsi, elle ne manque jamais de dire l’inconfort qu’elle ressent face à un journaliste. « J’ai une sainte horreur des questions et des questionnaires. » Ou encore :

« Je ne suis pas particulièrement à l’aise pour les interviews. On déforme parfois ce que je dis85. » Très vite, au risque de se mettre à dos une partie de la presse, elle condamne le dictaphone. « Je n’aime pas cette petite machine. C’est un viol », lance-t-elle à un confrère de Charlie Hebdo. Dès 1987, d’ailleurs, sûre de ses exigences, elle n’autorisera plus qu’on enregistre ses propos. « Je ne veux pas que ma voix entre dans vos foyers », dira-t-elle à un journaliste médusé.

      Mais n’allons pas croire qu’il s’agisse de sa part d’un caprice. À ses débuts, Mylène montre au contraire une vraie modestie, consciente des défauts qu’il lui faut corriger. « Je voudrais progresser, devenir une artiste à part entière. L’aisance sur scène ou sur un plateau de télé, ça ne s’improvise pas. »

Et d’ajouter : « Je veux rester lucide et ne pas sentir ma tête enfler parce que mon premier titre marche bien. » Pour cela, elle souhaite se donner du temps, s’inscrire dans la durée. « Mes espérances, c’est de créer un style, le style Mylène Farmer, mais c’est un travail de longue haleine. »

     Ce qui frappe encore, c’est le rempart dressé d’emblée entre ce qu’elle offre comme artiste et sa vie personnelle. Contrairement à tant de ses consœurs, qui jettent en pâture à la presse moult anecdotes sur leur quotidien, leurs secrets de beauté ou le menu détaillé de leur petit déjeuner, la chanteuse débutante définit une ligne claire dont elle ne déviera pas. « Je ferai toujours en sorte de préserver ma vie privée.

Rien à voir avec mon métier. Si on y touche, attention je mords  », prévient-elle. Une exigence qu’elle n’hésite pas à justifier : « Il ne faut pas faire de vivisection de l’artiste. Je n’ai pas à ouvrir mon ventre. »

      Son obsession, à l’époque, est d’éviter d’être happée par un tourbillon où elle ne se reconnaîtrait plus. Lui importe d’abord de proposer au public quelque chose d’unique. L’intégrité, encore. « Je n’ai envie de ressembler à personne. Je veux être moi-même. » Ainsi écarte-t-elle toutes les questions relatives à l’air du temps. Pourquoi ne fréquente-t-elle pas les endroits à la mode ? « Je ne veux pas faire comme tout le monde », répond-elle.

     À vingt-trois ans, Mylène fait montre d’une étonnante maturité. Si, pour elle, tout reste encore à prouver, elle sait déjà où elle ne veut surtout pas être entraînée. Le succès, oui. La surexposition qui va avec, non. Être dans la lumière, elle le devine, exige qu’on se protège doublement. Alors, si elle s’acquitte, bon gré mal gré, de ses obligations médiatiques, il lui arrive d’être consternée par une  question sans intérêt ou mal à l’aise dans certaines situations – il n’est pas certain qu’elle ait apprécié le sketch plutôt kitsch qu’elle interprète sur le plateau de « Cocoricocoboy », entourée de l’équipe de Stéphane Collaro. Grâce à Laurent et Bertrand, qui la protègent sans la ménager, Mylène se constitue un cocon. Elle veut rester rassemblée, concentrée. C’est à cette seule condition qu’elle pourra être davantage qu’une étoile filante.

 

Extrait du livre : MYLÈNE par Hugues ROYER aux Editions Flammarion 2008

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CHAPITRE 1er de MYLENE

Posté par francesca7 le 22 août 2015

1b« Pourquoi moi ? »

       Plus fort que Madonna. La presse n’en finit pas de commenter l’exploit. Les places pour la prochaine tournée se vendent comme des petits pains. Le 28 avril 2008, jour de l’ouverture des guichets, la totalité des 80 000 places du concert au Stade de France, qui aura lieu le 12 septembre 2009, soit plus d’un an après, s’arrachent en deux heures. Pour satisfaire les fans frustrés, une autre date est ajoutée. 

Cette fois, le show affiche complet en une heure et quinze minutes. Record battu ! Dès lors, Thierry Suc, tourneur et manager de Mylène, peut annoncer que la star se lancera dans une vaste tournée en France, en Belgique et en Suisse. Le 23 mai 2008, lorsque les billets sont disponibles, l’hystérie atteint son comble. 

En vingt-quatre heures, 100 000 places sont prises d’assaut. Quant au concert du 4 septembre 2009, à Genève, il affiche, à son tour, complet en un temps record. 

« Nous avons tous été très, très émus. Et Mylène en premier lieu, évidemment, commente alors Thierry Suc. Tous ces gens qui se sont déplacés, qui ont attendu, qui parfois n’ont pas eu de place. C’est la preuve d’un amour réel du public, d’une relation unique et inexplicable. » Au printemps 2008, c’est le manager de Mylène qui est chargé d’assurer la promotion de la tournée. C’est lui qui accorde les interviews à la presse régionale, tandis que la chanteuse, fidèle à elle-même, se tait. « Je pense que Mylène a duré parce qu’elle n’a jamais cherché à expliquer ou expliciter ce qu’elle fait. Elle livre les choses, c’est tout. Et son public les reçoit. Elle fédère l’amour des gens comme personne. En France, aujourd’hui, il y a Johnny et Mylène. »

 Thierry Suc n’a pas tort. En inscrivant son parcours dans la durée, alors que tant d’autres artistes ont sombré dans l’oubli, Mylène s’est forgé une légitimité. Elle est devenue un monument de la chanson. Aussi n’est-il pas étonnant que le grand public lui rende visite sur scène comme on honore un fleuron du patrimoine national. C’est la famille au grand complet, toutes générations confondues, qui va à un concert de Mylène, afin d’entendre ses tubes incontournables, Libertine, Sans contrefaçon ou Désenchantée. Pas sûr, en revanche, que la majorité des spectateurs connaissent par cœur les chansons du nouvel album, Point de suture. 

                                                     **

 

« Après vingt ans de chansons et de scène, je mesure le succès à l’envie du public qui n’a jamais cessé. Cela est essentiel à mes yeux3 », a récemment déclaré la chanteuse lors d’un entretien à Paris Match. Pourtant, Mylène le sait, le succès n’est jamais acquis. Redoutable position que d’être la première de sa catégorie, la chanteuse qui vend le plus d’albums dans l’Hexagone depuis deux décennies. 

À chaque fois, il lui faut remettre son titre en jeu. Voilà pourquoi il lui arrive de s’étonner, avec une humilité non feinte, fût-ce devant treize mille témoins, d’être toujours au sommet. 

Palais omnisports de Bercy, mardi 17 janvier 2006. Mylène donne le quatrième des treize concerts qui font l’événement en ce début d’année. Elle se tient debout au centre de la scène, au côté d’Yvan Cassar, qui l’accompagne au piano pendant la séquence des ballades. Le recueillement est à son comble. Soudain, au beau milieu de Rêver, elle s’interrompt pour confier quelques mots au public, murmurés d’une voix étranglée de petite fille. « Vous n’imaginez pas l’émotion que ça donne. Je n’arrive pas à dormir en ce moment, je me demande pendant des heures “pourquoi moi” ? » 

8

« Pourquoi moi ? » C’est toute la question, en effet. 

 
Comment expliquer que Mylène Farmer soit la seule rescapée, côté filles, des chanteuses
 ayant commencé leur carrière dans les années 1980 ? 

Et, surtout, par quel prodige a-t-elle réussi à relever ce défi qu’elle aurait, à l’âge de 
quatorze ans, lancé à ses camarades : « Je deviendrai quelqu’un » ? 

L’ambition, aussi démesurée soit-elle, n’explique pas tout, même lorsqu’elle est partagée 
avec un  Pygmalion génial. Il faut croire que, depuis ses débuts, un ange veille sur elle.
 Qu’il la préserve des erreurs qui, à maintes reprises, auraient pu lui être fatales. 

En 1984, Laurent Boutonnat et Jérôme Dahan envoient la maquette de Maman a tort à de
 nombreuses maisons de disques, mais se heurtent à un refus unanime. 

Ils auraient pu en rester là, choisir une autre interprète, ou même renoncer à la chanson – 
Boutonnat rêve surtout de cinéma –, mais non. Têtus, ils décident de réexpédier la même 
version en prétendant qu’il s’agit d’un « mix ». Un mensonge qui fait mouche : François Dacla,
 chez RCA,  mord à l’hameçon. Et Mylène enregistre son premier 45 tours. 
Un succès d’estime qu’elle a bien l’intention de réitérer. « On dit souvent qu’il est
 difficile de durer, moi je mise sur une carrière et je préfère y croire, je cherche 
la continuité. »

Pourtant, après l’échec cuisant de son deuxième single, On est tous des imbéciles, 
l’aventure aurait pu s’arrêter là. Mylène doit trouver une nouvelle maison de disques. 
Le métier lui accorde une seconde chance : Alain Lévy, chez Polydor, qui semble 
croire en son avenir, lui permet d’enregistrer son premier album.

 Tout pourrait sembler idyllique, sauf que le choix de Plus grandir comme single, 
imposé par le patron, risque une fois encore de faire capoter la jeune carrière 
de Mylène. Une grave erreur, selon Laurent Boutonnat et Bertrand Le Page, le manager 
de la chanteuse, qui misent beaucoup sur Libertine. 

« Nous sommes tous fiers de cette chanson, persuadés d’avoir le grand succès du disque, 
racontera Jean-Claude Dequéant, le compositeur. 

Le choix d’Alain Lévy a failli tout compromettre. Finalement, c’est le lancement de 
Libertine qui fera décoller l’album. C’est là que tout démarre vraiment, mais au bord du désastre. » 
Et encore, le succès de Libertine va en partie reposer sur le choc provoqué par le clip. 
Sans le soutien de ce petit chef-d’œuvre de raffinement pervers, qui surclasse toutes les 
productions de l’époque, peut-on imaginer que la chanson aurait connu un destin aussi 
prodigieux ?
 Le comble, c’est que ce court- métrage n’a pu être financé que grâce au soutien bénévole 
de Movie Box, une société de publicité où Laurent Boutonnat avait quelques amis. 
Toute l’équipe du clip, acteurs et techniciens, a accepté de participer à l’aventure
 sans la moindre rémunération.

Extrait du livre : MYLÈNE par Hugues ROYER aux Editions Flammarion 2008

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Auteur de la biographie Ainsi soit-elle nous dévoile

Posté par francesca7 le 20 août 2015

 

 

100_2045J’ai un parcours un peu atypique. A la base, je suis docteur en histoire. En même temps, j’ai été comédien professionnel pendant 9 ans. Le destin a fait que j’ai arrêté mon métier d’acteur, que j’adorais, et que je me suis dit « qu’est-ce que je peux faire maintenant que je ne suis plus comédien : écrire ». J’ai donc commencé à piger à droite à gauche, et à rencontrer des gens qui m’ont donné la possibilité de le faire. Parmi ces gens, j’ai rencontré grâce à une amie comédienne Sylvie Devillette, qui à l’époque était quasiment rédactrice en chef de plusieurs magazines de variété. Je parlais très souvent de Mylène, parce qu’à l’époque, elle faisait Libertine. Etant spécialiste du XVIIIème siècle, j’avais adoré la manière dont Mylène abordait le XVIIIème. On a une tendance un peu ridicule de considérer le XVIIIème siècle comme un siècle gentillet, de jolis rubans et de moutons, alors que c’est un siècle extrêmement cruel, très dur. Les liaisons dangereuses ne sont pas loin, et surtout, la Révolution n’est pas loin. C’est un siècle où le sang coule et dieu sait, pour revenir à Mylène, que le sang est un élément important de ses problématiques. Je parlais donc assez souvent de Mylène Farmer à cette amie comédienne, qui m’a dit que je devrais écrire sur elle. Je lui ai répondu que ça n’intéresserait personne. Sans me le dire, elle en a parlé à Sylvie Devilette qui m’a commandé un article pour Rocknews. Je m’en souviens très bien, puisque j’avais trois jours pour le faire ! Je ne dis pas que j’ai fait un chef d’œuvre, mais j’ai fait mon papier. Deuxième hasard, Bertrand Le Page, qui était à l’époque manager de Mylène, a vu ce papier. Mylène l’a également lu et m’a envoyé un mot adorable de félicitations. Il y a donc eu un premier article, un deuxième article, un troisième article et le groupe de presse qui produisait Rocknews a décidé de consacrer un numéro spécial à Mylène. J’ai écrit la quasi-totalité des textes, avec toujours cette frustration d’être calibré par un magazine.

Genèse
C’était le moment où Mylène se plaçait dans le Top 50, où les ventes explosaient, après l’album Ainsi soit je… On sentait de la part du public une curiosité, qui ressemblait déjà à de l’amour. On n’était pas encore dans le domaine du sacre, mais il y avait quelque chose qui était du domaine de l’affectif, très intense. Puis Mylène a débuté sa tournée en 1989, et il y a eu un dîner organisé dans les Jardins de Bagatelle (ndlr : après la première au Palais des sports). Au cours de ce dîner, Sylvie Devilette, qui connaissait personnellement Laurent Boutonnat, m’a d’abord présenté à Laurent, ensuite à Mylène, et enfin à Bertrand. J’ai parlé quelques minutes avec Mylène, le contact a été très bon. C’est en revenant à ma table avec Sylvie que j’ai eu l’idée d’un livre sur Mylène qui me permettrait de donner davantage de profondeur. Bertrand Le Page a été le premier à être d’accord pour un livre. Celui qui allait devenir le mari de Sylvie, François, a réalisé la maquette. On était tous les trois extrêmement d’accord pour faire un livre qui plaise tout d’abord à Mylène, ensuite à nous, et bien évidemment à ceux qui nous feraient la grâce de bien vouloir l’acheter. Nous avons eu tout d’abord contact avec trois éditeurs. Comme les gens voyaient que le livre allait certainement coûter beaucoup d’argent, ce qui a d’ailleurs été le cas, il y a eu plusieurs désistements.

Bertrand
Bertrand Le Page était un personnage extrêmement particulier, très douloureux, pour des raisons personnelles, remarquablement cultivé et intelligent. C’est un personnage qui envoûtait et qui en même temps faisait peur à tous ceux qui l’approchaient. Il portait cette espèce de brisure, de fêle en lui, qui étaient très intenses. Mylène est une femme qui est à la fois fascinée par cet aspect morbide, mais qui, en même temps, a un tempérament de vie très fort. Je crois que, pour arriver 100_2048à écrire sur la mort comme elle le fait, il faut avoir un goût de la vie certainement beaucoup plus important qu’on ne veut bien vous le laisser croire. C’est ma version des choses. Bertrand avait compris ça, que Mylène montait, qu’elle était dans l’ascension, et que lui était progressivement dans la chute. Et c’est exactement ce qui s’est passé. Il avait également un désir d’exigence terrible. Il disait que la couleur rousse des cheveux de Mylène, c’était lui. Il m’a dit au moins dix fois : « Vous comprenez, Philippe, une chanteuse, ce n’est pas châtain. C’est blond, brun ou roux. Il faut trancher, il faut donner une couleur, une marque, une griffe. » Pour en revenir au livre, Bertrand avait évidemment tenu à voir le texte, Mylène aussi, puisque je l’ai vraiment rencontrée à ce moment-là, et qu’on a travaillé ensemble. Dès que Bertrand s’est intéressé au projet, l’accord de Mylène m’était acquis. Il a organisé des séances d’interview, au Crillon si je m’en souviens bien. J’ai aussi interviewé Laurent.

Dîner aux Beaux Arts
Le livre est sorti en 1991, et en 1989, il y a eu ce drame sombre. Mylène, à l’issue de sa tournée, a donné un autre dîner à l’école des Beaux-arts, que Bertrand avait encore une fois entièrement organisé. J’étais en train de parler avec Mylène, car ma table était voisine de la sienne, et j’ai vu son regard se figer complètement. Je me souviens qu’il y avait dans la salle des chaises Napoléon III. Bertrand a pris une chaise et l’a jetée contre une autre chaise. Laurent, lui, n’avait pas quitté son manteau, il sentait la soirée très mal, il passait de table en table avec un regard assez figé, assez dur. Et là, Mylène m’a dit quelque chose du genre « excusez-moi Philippe, mais Bertrand est en train de faire n’importe quoi ». Et la rupture était faite. C’est moi qui ait du dire à Bertrand que le chapitre du livre qui lui était consacré sautait… Après la rupture, Bertrand n’était plus rien. Il a essayé de travailler avec d’autres artistes, Sheila, ou Corinne Hermès, qui l’a d’ailleurs assez mal vécu car il était très dur. J’ai continué à garder contact avec lui, pour des raisons strictement personnelles. Il m’a raconté une histoire atroce. Un jour, il conduisait la Mercedes, au moment du concert. Il était extrêmement fatigué, il a du déraper et la voiture a basculé légèrement de son ornière, mais il l’a rapidement redressée. Mylène a du avoir peur je pense, et lui a dit « écoute, si tu veux te suicider, fais-le sans nous »… C’est une femme qui peut être dure. On ne fait pas la carrière qu’elle a faite sans être dure. Alors, qu’est-ce que veut dire la dureté ? Si la dureté veut exigence, elle est dure. Si la dureté veut dire cruauté, alors elle n’est pas dure.

Mylène au travail
La préparation du livre a donc duré assez longtemps. Je me souviens de la rencontre avec Sylvie Devilette, où Mylène a découvert mes textes. J’étais dans une autre pièce avec Bertrand, c’est Sylvie qui me l’a raconté. Elle me disait que Laurent passait à Mylène les feuilles les unes après les autres, en lui soulignant les passages de son doigt, et qu’elle manifestait quand même une certaines émotion. On passait de l’article au livre, et pour une jeune artiste évidemment, ça n’a rien à voir, le mécanisme est différent. Lorsque je l’interviewais, c’était une femme qui me parlait assez spontanément. Il n’y a pas eu de corrections de sa part, par exemple. Elle parlait toujours avec une grande précision. Cela m’énerve d’ailleurs un peu lorsque je lis des interviews publiées dans la presse, et où quelque part, je ne la retrouve pas. Alors bien évidemment, les années sont passées, les choses évoluent. Mais on sent bien parfois que les journalistes n’ont pas entendu ou n’ont pas voulu entendre. Le son « Farmer » est très particulier. Mylène est une femme intelligente, qui s’exprime très bien, et ce son part, parfois, un peu en vrille dans la presse.

Cadeaux
J’ai aussi eu contact avec Thierry Suc, c’est d’ailleurs lui qui m’a emmené la première fois en voiture chez l’éditeur du livre, Jean-Pierre Taillandier. Pour la petite histoire, dans la voiture, Thierry me faisait écouter un single de Mylène qui allait sortir. Et moi, je visualisais tous les feux pour qu’ils passent au rouge, et que j’aie la possibilité d’en entendre le plus possible ! Thierry m’avait d’ailleurs proposé de m’arrêter, si je voulais ! C’est un garçon exquis, un très grand professionnel. Mylène m’a fourni des dessins pour ce livre. Je voulais qu’elle me donne des choses qui lui soient extrêmement personnelles. Au départ, il était même question qu’elle me donne des lettres qu’elle écrivait quand elle était petite. J’ai vu ces lettres, elle les signait à l’américaine, avec les croix qui symbolisent les bisous. Et dans l’une de ses lettres, c’était absolument adorable, elle disait à sa grand-mère : « j’ai été très gentille, je n’ai pas fait pipi au lit, j’ai été vraiment mignonne, alors fais ce que tu m’as promis, emmène-moi au cimetière ». Cette adoration pour les cimetières n’est pas du tout une invention marketing, pas plus que celle pour le sang. Des années avant Je te rends ton amour, Mylène me disait « le sang est une belle matière ». Mais il ne faut pas la limiter à « ça ne va pas bien, c’est horrible ». Mylène est une femme qui aime la vie. Je n’ai pas gardé contact avec Mylène après le livre. Et ce n’était pas fait pour. Elle a tourné la page, j’ai tourné la page. Je suis passé sur d’autres projets. Je suis romancier, et j’ai d’autres livres qui sont sortis depuis.

100_2050Mylène la séductrice
A un moment donné, Mylène avait dit de moi « j’aurais préféré ne jamais le connaître ». C’était balzacien, bien sûr à notre niveau, entendons-nous. Quand madame Anska tombe éperdument amoureuse de Balzac, elle tombe d’abord amoureuse de l’auteur et d’un homme qui écrit comme un Dieu et qui la fascine, elle, la petite aristocrate polonaise. Avec Mylène, il y a eu une séduction qui est passée par les mots. Elle m’a donné ses mots, j’en ai fait un livre et je lui ai donné mes mots. Ma manière d’écrire est très tactile, très cinématographique. J’ai besoin d’un regard, d’une présence, d’une silhouette. J’ai besoin de quelque chose qui s’incarne. Mylène m’a donné une émotion, et c’est sur cette émotion que j’ai travaillé. Ce parfum, cette façon de s’habiller, cette façon d’enrouler ses membres sur elle-même, ce côté chrysalide qu’elle peut avoir, cette grâce extraordinaire… tout ça, j’en avais besoin. Vous savez, quelqu’un qui génère votre magazine, qui offre une réflexion au niveau du texte, au niveau de la maquette, c’est quelqu’un qui mérite le respect. C’est une belle carrière, c’est une carrière longue, c’est la première star de France, c’est quelqu’un qui mouille sa chemise, qui donne… Mais je n’ai jamais rencontré quelqu’un qui m’a dit « je suis un ami intime de Mylène, je la connais très bien ». A-t-elle des amis proches ? Je n’en sais rien. Quel rapport a-t-elle vraiment avec sa famille ? Je l’ignore. Elle m’a raconté qu’elle avait un jour évoqué avec sa mère, comme toutes les adolescentes, l’idée du suicide. Sa mère lui a répondu : « Ma petite, tu es comme la mauvaise herbe, et la mauvaise herbe ne meurt jamais ». Cela m’a amusé de constater que, quelques années plus tard, Mylène reprenait la formule sans problème aucun.

 

source Instant-Mag – 2004

 

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Mylène Farmer sur SKYROCK avec Jacky

Posté par francesca7 le 11 juillet 2015

 

7 MAI 1988 – Entretien avec JACKY

L’émission débute par un extrait de « Ainsi Soit Je… »

Jacky : Salut à tous, c’est Mylène Farmer et Jacky avec vous jusqu’à 20h !

Mylène Farmer : Bonjour ! (rires)

mylène5J : Bonjour, Mylène Farmer ! « Ainsi Soit Je… » : qu’est­ce que ça veut dire, ça ?

MF : Qu’est­ce que ça peut te faire ?! (rires)

J : Ben, c’est pour toi que je dis ça ! Enfin, c’est pour les ‘skyrockeurs’, d’ailleurs…

MF : « Ainsi Soit Je… », c’est le titre à la fois de l’album et du dernier 45­Trs.

J : Bon. Et pourquoi c’est pas « Ainsi soit­il » ?!

MF : Parce que j’ai préféré parler de moi !

J : …plutôt que du petit Jésus !

MF : Ensuite, il y a ‘Ainsi soit tu’ et ‘Ainsi soit il’ !

J : Et ‘Ainsi soit nous’, non ?!

MF : Non ! (rires)

J : Alors, c’est tes goûts jusqu’à 20h : tout ce que tu aimes en musique, et en tout d’ailleurs !

MF : Oui…

J : Tu es d’accord ?

MF : Oui, c’est formidable !

J : Alors là, tu as choisi INXS…

MF : Oui.

J : Parce qu’ils sont australiens ou pour autre chose ?

MF : Tout spécialement pour la chanson et pour le personnage ­ enfin, en tout cas pour le chanteur. Je le trouve très sensuel et j’aime beaucoup la production de leur dernière chanson.

J : Qui s’appelle « Need You Tonight ».

MF : Yes !

J : Tu es d’accord ?

MF : Je suis d’accord !

J : Bon, ben écoute ! Je te vois bien en train de te mettre dans une poche de kangourou, non ? (rires de Mylène) Avec fermeture Eclair !

MF : Je n’ai pas de kangourou. Pas encore !

J : Oui, enfin on en parlera de tes singes, tout çà ! Allez, INXS !

Diffusion de « Need You Tonight », suivi de « L’Horloge »

J : (…) « L’Horloge », c’est donc un poème de Charles Baudelaire…

MF : Absolument, qui est tiré de « Spleen et Idéal », et c’est un poème que j’aime beaucoup, bien sûr.

J : Je m’en doute, si tu l’as mis en musique !

MF : Absolument.

J : Tu aimes Baudelaire depuis longtemps ou tu as eu une révélation soudaine ?

MF : Non, c’est une révélation qui est continue depuis quelques années !

J : Depuis que tu es en classe de sixième ?

MF : Ca, je ne sais pas. Je crois l’avoir étudié, effectivement, en classe…

J : Oui ? Certainement, comme tout le monde.

MF : …mais je ne m’en souviens pas bien. Non, c’est une redécouverte, en fait : j’ai relu « Spleen et Idéal »…

J : Et tu as eu envie de… ?

MF : …et j’ai eu envie de la mettre sur cette musique qui avait été composée avant.

J : Beaucoup avant ou… ?

MF : Non, qui a été terminée un mois avant.

J : Il y a d’autres poètes que tu aimes bien à part Baudelaire ?

MF : Oui, il y a Rilke. Qu’est­ce que j’aime bien ? Rimbaud. Je vais en oublier plein…

J : Tu vas en oublier plein, mais c’est Baudelaire, quoi. Tu as eu envie de…

MF : C’est le plus violent, probablement, dans son écriture.

J : Certainement. Tu es violente ?

MF : J’ai une part de moi­même, oui, qui doit être très violente…

J : Tu le caches bien, parce que tu es relativement douce comme fille, enfin apparemment !

MF : Apparemment, Jacky ! (rires)

J : Apparemment seulement ?

MF : Méfiez­vous du loup qui dort, comme on dit !

J : Méfiez­vous de Mylène Farmer qui dort ! Qui dort pas trop, hein ? Bon ! On va écouter Spandau Ballet…

MF : (dubitative) Oui…

1988-02-dJ : D’accord ?

MF : D’accord !

J : De toute façon, c’est ton émission donc tu peux être que d’accord ! (rires de Mylène)

Après la diffusion du titre de Spandau Ballet, Jacky décrit la pochette de l’album « Ainsi Soit Je… » en s’attardant sur la poupée qui y figure.

MF : C’est une autre Mylène Farmer.

J : Tu préfères laquelle ?

MF : C’est sa marionnette…

J : La marionnette ou la vraie ?

MF : Celle de gauche est encore plus étrange que celle de droite !

J : Ben oui !

MF : …pour ceux qui ont la pochette ! (rires)

J : Mais, comme toutes marionnette qui se respecte, elle a des petites ficelles ? On peut la diriger ?

MF : Non. Celle­ci, il faut lui introduire la main dans le corps, dans le dos, et remonter jusqu’à la tête pour pouvoir actionner la bouche.

J : Elle peut parler ?

MF : C’est une marionnette de ventriloque, pas de…

J : Tu es ventriloque, Mylène ?

MF : Oh, je le suis à mes heures, oui !

J : Oui ? Et tu la fais parler, la marionnette Mylène Farmer, ou non?

MF : Ca m’est arrivé devant mes petits singes, justement.

J : Et ils comprennent le langage ?

MF : Ils comprennent tout !

J : Mais tu devrais le faire à la télé une fois, non ?

MF : On l’a fait, oui ! La marionnette…

J : Tu l’as fait ? A quelle émission ?

MF : Je ne sais plus. (cette mise en scène a été faite à deux reprises : « Lahaye d’Honneur » le 15.01.1988 et « Les Uns et les Autres » le 06.02.1988, toutes deux sur TF1, nda)

J : Et tu la fais parler ?

MF : On l’a pas fait parler parce que c’était difficile d’actionner la bouche, parce que le marionnettiste n’était pas là. Mais elle était présente sur le plateau : la chanson démarrait sur la marionnette et terminait sur la marionnette.

J : C’était quelle chanson ?

MF : Il s’agissait de « Sans Contrefaçon » ! (rires)

J : …que nous écouterons au cours de l’émission.

MF : Absolument ! (rires)

J : Tu en as d’autres de marionnettes, à part la tienne ?

MF : Non. Non. Non, non.

J : Tu en voudrais d’autres, non ?

MF : J’ai vu un magasin qui avait effectivement des très anciennes marionnettes à fil, et qui sont somptueuses.

J : Oui, c’est très beau ça, les marionnettes…

MF : Oui. C’est une collection que je ferais bien, ça, oui.

J : Tu pourrais peut­être la démarrer, non ?

MF : Je ne sais pas ! (rires)

J : On verra, quoi ! Quelques publicités sur Skyrock…

MF : Bien. C’est indispensable je crois ?!

J : Malheureusement ! A tout de suite !

Pause publicitaire puis diffusion de « Ca va, ça vient », le premier tube de Liane Foly.

J : C’était Liane Foly : « Ca va, ça vient ».

MF : C’est bien.

J : Bon, c’est bien, ça, hein ? Ca va, ça vient, on se demande ce qui se passe ! Tu es en train de faire un clip, là, en ce moment ? Tu l’as terminé ? Comment ça se passe ?

MF : Oui, on a tourné il y a une semaine. Tout a été fait en studio.

J : Sur « Ainsi Soit Je… » ?

MF : C’est sur « Ainsi Soit Je… » et c’est un clip qui sera un petit peu plus court que les précédents.

J : Pourquoi ? Tu les trouvais trop longs, les précédents ?

MF : Pas du tout, non. C’est pour changer un petit peu, d’une part, et d’autre part il y a ces nouveaux compacts qui introduisent cinq minutes d’images, donc que nous allons projeter… (rires) (Le clip figurera effectivement sur un CD vidéo incluant également différentes versions de la chanson, nda)

J : Donc tu vis avec ton siècle !

MF : Voilà ! Donc, je pense que ça durera cinq minutes, je crois.

J : Et c’est le même réalisateur ?

MF : C’est toujours Laurent Boutonnat. Nous sommes revenus à la première équipe et aux mêmes studios que le clip de « Plus Grandir », qui étaient les studios de Stains, et nous avons le même chef opérateur.

J : Est­ce qu’il y a Zouc ?

MF : Zouc n’est pas présente, non ! Elle était sur « Sans Contrefaçon ».

J : Comment ça s’est passé avec Zouc ? C’est toi qui l’as demandée, ou c’est elle qui… ?

MF : C’est moi qui l’ai demandée. Je l’avais demandée, j’avais eu envie d’une première rencontre, c’était à l’occasion d’une émission qui s’appelait « Mon Zénith à Moi ».

J : Oui, sur Canal +.

MF : Voilà. Et j’ai eu le souhait donc d’inviter Zouc, qui a répondu oui. Et après est venue l’histoire de « Sans Contrefaçon », du clip et le personnage était évidemment Zouc.

J : C’était bien, en plus. Tu l’avais vue sur scène, Zouc ?

MF : Je l’ai vue deux, trois fois, il y a très longtemps et j’ai revu son nouveau spectacle qui est formidable, qui est d’une grande tristesse, mais…

J : Et vous êtes restées amies ? Enfin, vous vous revoyez fréquemment ?

mylène1MF : On se téléphone régulièrement. Mais elle, elle est en tournée actuellement, donc ça lui prend énormément de temps. Moi, parallèlement, j’avais l’enregistrement de mon album. Mais je l’ai eue récemment, elle va bien !

(rires)

J : Bon, t’es sûre, ou… ?

MF : Oui ! (rires)

J : Parce qu’elle écoute là, on sait jamais !

MF : Peut­être…

J : Là, tu as choisi Renaud…

MF : Oui.

J : « Putain de Camion », une chanson qui est dédiée à Coluche.

MF : Oui, j’avoue que j’ai pas encore découvert son album, ce que je vais faire bientôt, mais…

J : Tu es inconditionnelle de Renaud ?

MF : Je ne sais pas si on peut parler d’inconditionnelle, en tout cas c’est vraiment quelqu’un que j’aime bien.

J : Qui te touche ?

MF : Qui me touche énormément, oui, qui a une émotion qui me touche.

J : Voilà. Et Coluche, tu l’aimais bien ?

MF : J’aimais bien Coluche. J’aimais bien aussi monsieur Desproges.

J : Oui, c’est bizarre, hein ? Tous ces comiques qui s’en vont comme ça…

MF : Oui. C’était les meilleurs. Qui reste­t­il ?!

J : Bon, il reste Michel Leeb, mais enfin bon… !

MF : Sans commentaires ! (rires)

J : Il vaut mieux, non ? il vaut mieux écouter Renaud, non ?

MF : Oui !

Diffusion de « Putain de Camion » de Renaud, suivi de la reprise de Mylène de « Déshabillez­Moi »

J : Coucou, c’est Jacky et Mylène Farmer sur Skyrock ! (rires de Mylène) Ben, faut le rappeler de temps en temps, parce qu’ils vont l’oublier, Mylène ! Mylène Farmer dans « Déshabillez­Moi ». Depeche Mode, ça fait longtemps que t’aime ça, non ?

MF : Ca fait très longtemps ! (rires)

J : Dès le premier album, quoi, tout de suite, d’entrée de jeu…

MF : Non, non, faut pas mentir. J’ai un petit frère qui écoute énormément Depeche Mode et qui m’a fait découvrir ce groupe à force d’écoute.

J : Ha, d’accord. Donc, c’est ton frère…Ha bon, comme quoi !

MF : Et après, c’est vrai que j’ai découvert leur univers que j’aime beaucoup. Et ma foi, nous continuons.

J : Et « Déshabillez­Moi », comment c’est venu, ça ?

MF : « Déshabillez­Moi », c’est aussi un concours de circonstances.

J : En écoutant Juliette Gréco, ou quoi ?

MF : Non, du tout. C’est lors d’une émission qui s’appelait ‘Les Oscars de la Mode’ (diffusée sur TF1 le 21.10.1987, nda). On m’a demandé d’y participer, et comme clin d’œil, c’était « Déshabillez­Moi », c’était évident. Et c’est vrai que j’ai pris un plaisir énorme, je pense pour Laurent Boutonnat aussi, que de l’enregistrer en studio.

J : Ben oui, surtout que moi j’aime bien cette version !

MF : Oui, c’était intéressant de la réactualiser.

J : Absolument. Et Juliette Gréco, tu l’as vue ? Tu as eu des échos ?

MF : Non, j’avoue que je connais très peu Juliette Gréco. Je connais beaucoup plus Barbara.

J : Tu ne connais pas son avis sur la chanson, quoi…

MF : Ah, non plus ! Non, non ! (rires) Mais j’aimais bien « Je hais les dimanches » aussi, de Juliette Gréco.

J : Oui, c’est vrai. Mais tu te rends compte que c’est extrêmement bien écrit, quoi, « Déshabillez-Moi»…

MF : Ah oui. Admirablement bien, oui.

J : Et ça te va bien d’ailleurs !

MF : (rires) Entre « Libertine », « Déshabillez­Moi »… ! (rires)

J : Ben oui ! Et tu te déshabilles souvent, non ? Tous les soirs ?

MF : J’aime bien être nue, évoluer dans mon appartement nue.

J : Nue ? Mais totalement nue ?!

MF : Totalement nue !

J : Ben écoute… ! Et les fenêtres sont ouvertes, non ?!

MF : Non, elles sont fermées, les rideaux fermés.

J : Bon…

MF : Aucune chance ! (rires)

J : Aucune chance pour moi tu veux dire ?!

MF : Je ne sais pas, Jacky…

J : Et dans la rue, tu aimes bien évoluer nue ?

MF : (rires) Vous avez des questions qui sont absolument impossibles d’y attacher des réponses (sic)

J : Bon d’accord ! Steevie Wonder… (alors que le disque démarre)

MF : (l’air très peu convaincu) Oui…oui…

J : Bon, ben ok ! Steevie Wonder !

Diffusion d’un titre de Steevie Wonder.

J : Alors, demain c’est le deuxième tour, tu sais, des élections, tu sais, pour élire le président de la République. Est­ce que tu as voté déjà pour le premier tour ?

MF : Non.

J : Non ? Est­ce que tu vas voter pour le deuxième tour ?

MF : Non plus.

J : Ca ne t’intéresse pas du tout ?

MF : C’est pas le problème. Je n’ai jamais voté et j’avoue que je n’ai plus envie de voter.

J : Il y en a aucun qui t’inspire ?

M F : Non, c’est pas ça. Il y a des personnalités qui m’intéressent. Maintenant, par rapport à la direction de diriger un pays, j’avoue que je n’ai pas la compétence moi­même pour pouvoir juger, je crois.

J : Donc tu préfères t’abstenir…

MF : M’abstenir, oui.

J : Totalement ?

MF : (elle acquiesce d’un murmure)

J : Tu regardes un peu ce qui se passe quand même, les débats politiques… ?

MF : Moi, le débat politique, oui, j’aime beaucoup.

J : Parce que c’est un peu un show, quoi…

MF : Oui, oui. Non, non, il y a des choses qui sont très intéressantes, très drôles. Très déprimantes aussi, quelquefois.

J : Est­ce que tu as regardé le débat Jacques Chirac / François Mitterrand ?

MF : Non. Moi, j’étais en enregistrement de télévision, donc, et j’ai raté le débat. Mais j’ai demandé qu’on l’enregistre. Donc c’est quelque chose que je regarderai.

J : C’est très, très bien. (rires de Mylène) Donc là, tu as choisi « Allan »…

MF : Oui !

J : …qui est un extrait de ton nouvel album.

MF : Oui, et…

J : Tu peux me raconter l’histoire brièvement de cette chanson ?

MF : Il s’agit de Allan Edgar Poe (sic). Dans cette chanson, je parle de Ligéia qui est une de ses nouvelles, qui parle sans doute de ces femmes idéales. Que dire d’autre ? C’est un auteur que j’aime.

J : Oui, moi aussi d’ailleurs.

MF : Et j’aimerais beaucoup faire un clip sur cette chanson aussi.

J : Donc, peut­être tu vas sortir cette chanson en 45­Trs ?

MF : Peut­être !

J : Tu aimerais pas faire des clips sur toutes tes chansons de l’album ?

MF : Si. C’était un projet, mais un projet qui est très, très cher et il faut avoir surtout du temps, ce que nous n’avons pas actuellement. Mais c’est vrai que c’est quelque chose que j’aimerais faire.

J : Tu auras pas le temps de faire ça ?

MF : Non. Entre le studio, l’enregistrement, après la promotion les clips et tout ça, c’est vrai que ça mange énormément de temps. C’est le thème de « L’Horloge » : ‘Et j’ai pompé ta vie avec ma trompe immonde’.

J : Mais si tu as envie de le faire, ça serait bien d’y consacrer un peu de temps, non ? Enfin, je dis ça, comme ça !

MF : Oui, oui. Oui, nous y pensons.

J : Personne l’a fait déjà, je crois. Si ? En France, je sais pas…

MF : Je sais pas. Je sais que les cassettes ­ ce qu’on avait fait, la compilation des clips ­ ça, personne l’avait fait jusqu’à présent.

J : Parce que tu es une artiste qui attache beaucoup d’importance à l’image de tes chansons, non ?

MF : Oui, bien sûr, oui. Parce que j’aime l’image, j’aime le cinéma.

J : Pour toi le clip, c’est un support extrêmement important ? Ca fait partie de la chanson ?

MF : Je sais pas si c’est extrêmement important. En ce qui concerne le cas de « Libertine », c’est vrai que ça avait été on pourrait presque dire indispensable. Maintenant après, c’est plus un plaisir qu’un besoin. Je crois qu’on peut se passer de clip, il y a suffisamment d’émissions de télévision. Nous attendons toujours une chaîne musicale…

J : Tu crois que ça va venir, ça ?

MF : J’en sais rien.

J : T’en sais rien. Tu la souhaites, toi ?

MF : Oui. J’aimerais beaucoup, oui.

J : Est­ce qu’il y a des émissions de télévision que tu refuses de faire ? Sans les citer !

MF : Il arrive un moment où c’est vrai que mon souhait c’est de paraître le moins possible.

J : D’envoyer ton clip, quoi…

MF : C’est d’envoyer le clip parce que malheureusement, on ne nous donne pas toujours de bons éclairagistes, de bons caméramans, et qu’à la fin on en a un peu assez, c’est vrai, de voir son image un petit peu massacrée ­ là je dis son image vraiment physique ­ et qu’on en finit, oui, par couper un peu tout ça.

J : « Allan », alors ! (Mylène acquiesce) Allons­y…

1996-08-aDiffusion de « Allan »

J : Je vous rappelle que vous êtes sur Skyrock avec Mylène Farmer et Jacky !

MF : Est­ce que ça a une signification, Erasion ? (nom d’une chanson diffusée pendant la coupure, nda)

J : Ca doit en avoir une, mais je l’ignore totalement !

MF : Ha bon !

J : Faudrait peut­être demander à nos auditeurs, non ?

MF : Peut­être ! (rires)

J : Vous nous écrivez ! Alors : « The Farmer’s Conclusion », c’est quoi ça ? Je vois sur l’album… (rires)

MF : Alors ça, c’est une idée de Laurent !

J : C’est un instrumental ? Parce que j’ai écouté…

MF : Oui.

J : Laurent étant le compositeur de tes chansons…

MF : Oui, absolument…

J : Je précise pour les auditeurs !

MF : « The Farmer’s Conclusion », c’est la conclusion de la fermière ! (rires)

J : C’est donc un jeu de mot, je suppose, en ce qui concerne ton nom ?

MF : Oh oui, je pense ! Vous êtes perspicace ! (rires)

J : Je suis observateur aussi, oui !

MF : (elle reprend son sérieux) Et c’est une petite chanson, elle dure combien de temps ? Je sais pas, très peu de temps…

J : Très peu de temps, mais j’aime bien moi…

MF : Très peu de temps. Il y a le pied qui est un cochon, la basse, c’est le chien ­ enfin c’est toute une construction, comme ça, qui est assez drôle.

J : Oui, c’est assez bizarre mais c’est… Ca lui a pris du temps ?

MF : Non ! (rires) Je vous garantis que non ! (éclat de rire)

J : Ca a été fait comme ça, quoi…

MF : C’était comme ça, en studio.

J : Ouais…Live, pratiquement ?

MF : (elle acquiesce d’un murmure)

J : Alors tu as encore beaucoup de singes, Mylène, ou tu n’en as toujours qu’un seul ?

MF : Non, j’ai eu un bébé.

J : Oui…Un bébé singe ?

MF : Un bébé singe, un bébé capucin.

J : Avec qui ? Avec un singe ou un humain ?

MF : Je ne sais pas ! (rires) C’est un capucin, et il est un petit peu différent du premier. Il vient d’un autre pays, celui­là vient de Chine. Il est né en France, il est né en captivité mais il a un petit air chinois !

J : Captivité pour un singe, ça veut dire quoi exactement ?

MF : Ca veut dire qu’on ne les capture pas dans leurs pays, qu’ils ne sont pas traumatisés comme ils pourraient l’être s’ils étaient capturés dans leur propre pays. C’est comme on fait des élevages de chiens ou de chats, ou je ne sais quoi. Ils sont un petit plus domestiqués. Je déplore le fait que, c’est vrai, d’abord la vente est interdite, mais il y a des magasins qui en vendent…

J : Dommage…

MF : Non, pas dommage !

J : Non, vaut mieux hein…

MF : Parce que c’est très difficile de s’occuper d’un singe. Il faut vraiment…

J : Ca te prend beaucoup de temps ?

MF : Enormément de temps, oui.

J : Pourquoi ? Parce qu’il faut vraiment lui parler ?

MF : Parce que ça a une demande d’affection qui est aussi importante, je crois, que la nôtre. On dit ça de chaque animal, mais je crois que le singe a une demande qui est étonnante.

J : Et pourquoi tu as choisi le singe ?

MF : Justement pour ce besoin de donner aussi un peu d’affection ! (rires)

J : Non, mais tu aurais pu en choisir un autre animal…

M : C’est vrai. Non, mais ça a un répondant qui est incroyable, et puis un contact qui est… C’était les singes, voilà !

J : Tu as deux singes, donc, chez toi ?

MF : Donc j’en ai deux, maintenant : j’ai le bébé et la maman. Une fausse maman, mais…

J : Mais comment ils vivent ? Ils sont en liberté dans ton appartement ?

MF : Pas continuellement, ça c’est impossible.

J : C’est ça qui m’impressionne…

MF : Ils ont une très, très grande cage, et je les sors fréquemment et je m’amuse avec eux.

J : Ah, ils sont en cage quand même, donc…

MF : Oui, mais la cage c’est…

J : C’est obligatoire la cage pour un singe ? Non ?

MF : Si, c’est indispensable sinon ils vous ruinent votre appartement en deux minutes ! (rires)

J : Ha oui d’accord, ils mangent n’importe quoi !

MF : Ben, il y en a une qui est très calme. Le bébé est beaucoup plus dynamique, donc lui renverse tout…

J : C’est des enfants quoi, faut s’en occuper comme… Non ?

MF : Pratiquement, oui.

J : Tu y consacres beaucoup de temps ? Dès que tu peux ?

MF : Beaucoup de temps. C’est pour ça que je pars très, très peu en vacances. D’ailleurs, je n’aime pas beaucoup l’oisiveté, donc… Mais c’est vrai que c’est difficile. On ne peut pas laisser un singe à autrui, c’estimpossible.

J : Ben, c’est ça, oui…

MF : Impossible. C’est très dépressif en plus.

J : Donc, quand tu te déplaces, tu te déplaces avec tes singes, ou tu les laisses ?

MF : Je fais en sorte. Mais sinon, je reste.

J : Donc tu te consacres pratiquement ­ pas complètement, mais beaucoup, quoi !

MF : Oui. Quel dévouement ! (rires)

J : Ben oui, mais c’est bien, non ?

MF : Oui !

J : Johnny Hallyday ­ bon, c’est pas un singe, mais … (Mylène se prend d’un fou rire qu’elle tente d’étouffer) ­ on va écouter Johnny Hallyday, maintenant.

MF : C’est « Je te promets » ?

J : Ouais…

MF : Il le dit combien de fois ?

J : Il le dit souvent je crois, non ?

MF : Je crois !

J : Aussi souvent que « Je t’attends », je crois. Non, je sais pas…

MF : Je vous laisse juge ! (son fou rire la reprend)

J : Je sais pas si il est en cage, mais…Il est pas en cage lui, Johnny Hallyday, non ? On y va : « Je te promets »

Diffusion de « Je te promets » de Johnny Hallyday

J : Bon, il est 19h, vous êtes sur Skyrock et il n’y a pas de flash ! C’est pas grave, remarque, hein Mylène ?!

MF : Il n’y a pas de publicité, non plus ?

J : Il n’y a pas de publicité, il n’y a pas de flash ! On va écouter Aubert, c’est toi qui as choisi, « Tel est l’amour »…

MF : Oui, il est…

J : (il la coupe) On va en parler après ! Aubert & co…

Diffusion de « Tel est l’amour » de Jean­Louis Aubert

J : « Tel est l’amour », choisi par Mylène Farmer.

MF : Oui, j’ai vu leur clip.

J : Il est bien, hein ?

MF : Il est très, très, très beau.

J : Donc tu préfères le clip à la chanson, à la limite !

MF : Non, du tout. Non, non. J’aime beaucoup Jean­Louis Aubert.

J : Oui. Que tu as rencontré ?

MF : Une fois.

1995-06-bJ : Une fois ?

MF : Croisé. C’est quelqu’un que j’aime bien. Que dire d’autre ? Je trouve qu’il a un physique pour le cinéma.

Je ne sais pas si ça a déjà été fait, proposé…

J : Je ne pense pas, mais peut­être ça viendra !

MF : Oui. Et voilà, c’est un peu tout ce que j’ai à dire sur Jean­Louis Aubert !

J : Ben écoute, Mylène Farmer, c’est très, très bien. Passons maintenant à Alpha Blondy…

MF : Oui. Vous allez m’en dire deux mots ! (rires)

Diffusion d’un titre de Alpha Blondy, suivi de « Tristana »

J : « Tristana » de Mylène Farmer. Alors ça, c’est ‘souvenirs souvenirs’, Mylène ?

MF : On va penser plutôt aux souvenirs du tournage du clip…

J : Ce sont des souvenirs récents, quand même ?!

MF : Oui, relativement oui.

J : Oui, quand même !

MF : C’était fabuleux : la neige, tout ce que j’aime. C’était un tournage très difficile.

J : Mais le clip était bien quand même ?

MF : Je pense, oui !

J : Tu l’aimes toujours, la chanson ?

MF : Oui !

J : Est­ce que tu réécoutes tes anciens disques ? « Maman a Tort »… ?

MF : Non, un peu difficilement.

J : Pourquoi ?

MF : Parce que le deuxième album est tout récent, et…

J : C’est­à­dire qu’il est pas assez ancien pour toi pour que tu puisses l’écouter, c’est ça ?!

MF : Je sais pas. Je pense que je sais pas si un auteur relit tous ses livres. J’en suis pas sûre. Non, je reviens difficilement à ce que j’ai fait avant.

J : Ca fait combien de temps que tu chantes ? Combien d’années, maintenant ?

MF : Je crois que ça fait quatre ans.

J : Quatre ans ? (Mylène acquiesce) Donc ça a été très vite pour toi, le succès, non ? Tu penses ?

Enfin, je sais pas, peut­être pas, je me rends pas compte…

MF : Je crois que ça a été progressif. C’est ce qui est, enfin, ce que j’aime le plus dans cette évolution.

J : Tu es vigilante, lucide, par rapport à tout ça ?

MF : Je pense très lucide, et puis surtout envie de travailler.

J : Beaucoup ?

MF : Oui. J’ai besoin de travailler, moi, pour survivre. Vraiment, le travail.

J : Sinon tu t’ennuies ? Oui, tu n’aimes pas l’oisiveté, tu me l’as dit…

MF : Non, sinon je m’ennuie. Je pourrais être dépressive très facilement, aussi.

J : Tu as des tendances à la dépression ?

MF : Je pense, oui. J’en suis même sûre ! (sourire)

J : Et « Tristana », cette chanson, c’était dédié à quelqu’un ou c’était juste… ?

MF : Non, c’est une atmosphère, et puis c’est…

J : Qui correspondait à l’époque où tu l’as écrite ?

MF : Pas du tout. Oh non. Non, non, non, non ! Non, je crois que l’époque après ce phénomène un petit peu russe qu’on a vu dans les magasins avec les poupées russes est venue à brûle­pourpoint, et c’était pas du tout volontaire.

J : Est­ce que tu aimes prendre l’air du temps ?

MF : Je préférerais être intemporelle…

J : Oui…

MF : …donc hors mode.

J : Tu l’es déjà un peu, non ?

MF : Ca, je ne peux pas dire ! (sourire)

J : Oui, oui ! Il vaut mieux être hors mode que mode ?

MF : (elle acquiesce d’un murmure)

J : Pourquoi ? Parce que la mode, ça se démode ? Tu as peur de disparaître ?

MF : Forcement éphémère…

J : Là, tu as choisi Jacques Dutronc, « Il est cinq heures, Paris s’éveille ». C’est une chanson assez sensuelle…

MF : Magnifique.

J : Magnifique, oui…

MF : Il m’est arrivé d’errer la nuit, au petit matin ! (rires)

J : Oui ? Souvent ? Tu aimes bien la nuit ?

MF : J’aime la nuit. Je ne suis pas vraiment quelqu’un de la nuit…

J : Donc tu dors, la nuit ?

MF : Il m’arrive de dormir. Je me réveille très souvent, pour faire des confidences ! (rires)

J : Des cauchemars, non ?

MF : Je fais beaucoup de cauchemars, mais ça c’est vraiment par période. Je pense que c’est lié à des faits réels de sa vie. Je suis plus sujette aux cauchemars qu’aux rêves.

J : Ca ne te dérange pas ?

MF : Pas du tout, non.

J : Ca t’arrange, peut­être ?

MF : J’ai également une complaisance dans ce genre de… (rires)

J : Est­ce que ça t’est arrivé d’écrire une chanson d’après un cauchemar que tu avais fait ? Ca t’a inspirée ?

MF : Heu, non. Non, pas réellement. Mais c’est un bon sujet, je vais le garder ! (rires)

J : Tu peux le noter, d’ailleurs ! Et tu t’es retrouvée déjà dans Paris à l’aube, comme ça, vers cinq heures, sur les trottoirs, dans les boîtes… ?

MF : Oui, ça m’est arrivé ! Mais Paris est une des plus belles villes. J’ai peu voyagé, mais c’est vrai que c’est une des plus belles villes au petit matin.

J : Dans ta jeunesse, tu sortais beaucoup ?

MF : Non, très peu aussi.

J : Tu n’aimais pas ça, les boîtes de nuit…?

MF : Non. Non, non. Je n’aimais pas évoluer parmi tout le monde.

J : Trop superficiel pour toi, ou… ?

MF : Non, à cette époque là, je ne jugeais pas ça comme tel mais je ne m’y sentais pas bien. Je préférais rester chez moi. (silence) Ne me regardez pas comme ça, Jacky ! (rires)

J : Non, mais c’est bien ! Bon, Jacques Dutronc, allons­y !

Coupure musicale avec « Il est cinq heures, Paris s’éveille », suivi d’un titre de Bryan Ferry.

J : C’est Bryan Ferry : tu dois aimer ça, non ?

MF : Oui…

J : Ca correspond un peu à ce que tu aimes, non ?

MF : A quoi ?! A mon son ?!

J : Je sais pas ! A ton type de garçon ? Je sais pas, physiquement, moralement…

MF : Non, mais c’est quelqu’un qui a beaucoup de classe, qui a de belles chansons.

J : Oui, je trouve. Qui est propre sur lui, qui est bien habillé, qui dégage…Tu aimais bien « Roxy Music » ? (groupe monté en 1971 par Bryan Ferry, nda)

MF : Dois­je entendre que je suis propre sur moi ?! (rires)

A (2)J : Oui. C’est un compliment, non ?

MF : Oui !

J : Tu aimais bien Roxy Music ? Non ?

MF : Oui ! Oui, oui…

J : Est­ce que tu vas au concert ?

MF : Très peu. Le dernier concert c’était Gainsbourg.

J : Oui, là au Zénith, ou au Casino de Paris ?

MF : Oui, au Zénith (en mars 1988, nda). J’aurais peut­être préféré le Casino de Paris…

J : Oui, certainement…

MF : Ca, c’est vraiment avec trois points de suspension parce que je ne l’ai pas vu.

J : Tu as pas aimé le Zénith ?!

MF : Je ne me permettrais pas de dire ce genre de choses…

J : Sur Gainsbourg…

MF : …parce que j’aime beaucoup vraiment Gainsbourg. Maintenant, je pense que quelque chose de plus intimiste, oui, serait plus proche.

J : Tu as peur de la foule, non ?

MF : Je ne m’y sens pas très, très bien, c’est vrai. J’ai un peu peur des regards, surtout.

J : Qui se portent sur toi ?

MF : Oui. Mais ça depuis vraiment que je suis toute petite.

J : Ca n’a rien avoir avec le fait que tu sois un personnage public, alors ?

MF : Ca s’est amplifié, fatalement, puisqu’on vous regarde un peu plus facilement.

J : Oui, c’est ça…

MF : C’est pour ça que j’ai pas envie de provoquer non plus ce genre de choses qui pourraient m’être désagréables, donc c’est pour ça que je sors moins.

J : Quand tu étais ‘inconnue’, ça te gênait ?

MF : Enormément ! Quand j’étais dans un train, et que ce face à face avec…

J : Dans les compartiments, c’est horrible !

MF : C’était terrible. Je préférais me lever et…

J : Qu’est­ce que tu faisais ? Tu prenais un livre ?

MF : Non : coller mon nez contre la porte ! (rires)

J : Tu regardais les vaches ?

MF : …et regarder les vaches passer ! (rires)

J : Ou les singes ! (rires de Mylène) Lio : tu aimes bien alors, c’est ton choix, ça…

MF : J’aime beaucoup cette fille, absolument.

J : Moi aussi, remarque !

MF : C’est une fille pleine d’énergie que je trouve très, très belle.

J : Qui dégage une espèce de…

MF : Hmm hmm…

J : OK, « Les brunes comptent pas pour des prunes », c’est ça ?

MF : C’est un des titres que je préfère. C’est pas le plus récent, je crois…

J : Mais c’est pas grave, Mylène Farmer ! (rire gêné de Mylène) Allons­y : Lio !

Diffusion du titre de Lio, suivi de « Pourvu qu’elles soient Douces »

J : « Pourvu qu’elles soient Douces », qu’on vient d’écouter…

MF : De quoi s’agit­il ?!

J : Alors, oui ?!

MF : Je vous pose la question !

J : Bah justement, je te le demande Mylène ­ je vous le demande !

MF : (rires) Il s’agit des petites fesses.

J : Pourquoi ? Tu aimes bien les petites fesses ?

MF : Oui…

J : Des singes, ou pas forcément ?

MF : Non, là il faut avouer que les fesses de singes ne sont pas très jolies, pas très douces ! Mais…

J : Celles d’hommes ?

MF : Celles de bébés !

J : Tu as un enfant ?

MF : Non.

J : Tu aimerais en avoir un ?

MF : Je ne sais pas. Je ne peux pas me prononcer là­dessus, mais…

J : Peut­être ? S’il vient, tu…

MF : Ce n’est pas le propos du moment, en tout cas.

J : Ouais, pas le temps, quoi !

MF : Voilà, pas le temps ! (rires)

J : Pas l’envie, alors ?

MF : Pas l’envie, tout simplement, non.

J : Ce sont des fesses de bébés dont tu parles, là, dans cette chanson ?

MF : Non pas des fesses de bébés, mais je disais que j’aimais beaucoup les fesses de bébé !

J : Ce sont les fesses en général ?

MF : Les fesses en général…

J : C’est une partie du corps agréable à regarder ?

MF : C’est une des plus jolie parties du corps.

J : Ca dépend qui, non ? Je sais pas !

MF : Comme toujours. Mais en l’occurrence, je préfère les fesses aux…

J : Aux quoi ? Au nez, par exemple ?!

MF : Les fesses aux nez, par exemple ! (rires)

J : Les oreilles tu trouves ça moche, par exemple ? C’est pas très sensuel…

MF : (rires) Non, les pieds ! J’aime pas du tout les pieds !

J : Ah bon ?

MF : Non.

J : Les doigts de pieds, ou le pied en général ?

MF : Le pied en général.

J : Pourquoi ? Tu trouves que ça a une forme vulgaire ?

MF : Je ne sais pas. Non, je trouve ça inélégant. C’est bizarre !

J : Même les tiens ?

MF : Même les miens, oui !

J : Tu supportes pas tes pieds, quoi ? Tu ne les regardes jamais ?

MF : Non. J’aime pas du tout mes pieds.

J : Et les mains ? Plus déjà !

MF : Oui, beaucoup plus. Avoir de belles mains, oui, ça doit être révélateur certainement d’une sensibilité. On dit que les artistes, en tout cas les artistes peintres et écrivains, ont très souvent ­ enfin, les hommes ­ de très, très belles mains, très longues, très fines.

J : Tu as déjà remarqué ça ?

MF : Oui.

J : Oui ? Mais qu’est­ce que tu trouves bien sur les fesses ? Je comprends pas ! C’est la rondeur, c’est quoi ? C’est… ?

MF : Jacky ! Vous ne comprenez pas ?! (rires)

J : Expliquez moi, Mylène Farmer !

MF : Quelle est cette innocence ?! (rires)

J : C’est de l’innocence, bien entendu !

MF : (après un silence) Pas de réponse ?! (rires)

J : Bon ! Est­ce que tu connais les fesses de A­Ha, les scandinaves ?

MF : Non, nous n’avons pas été présentés !

J : C’est dommage parce que c’est des fesses nourries au lait entier…

MF : Oui…

J : …puisque ce sont des scandinaves, ils doivent manger du yaourt. Tu veux que je te les présente ?

MF : Oui, avec plaisir !

J : Bon, ben écoute on les écoute et après je verrais ce que je peux faire !

MF : D’accord ! (sourire)

Diffusion d’un titre de A­Ha

J : Je vous rappelle qu’on est toujours avec Mylène Farmer, quand même…

MF : Oui, toujours sur Skyrock, je crois.

J : Oui, avec son album, entre autres, ses goûts. Là, tu as choisi « Sans Logique »…

MF : Oui.

J : « Sans Logique », qu’est­ce que…

MF : (l’interrompant) Le refrain, c’est donc ‘De ce paradoxe je ne suis complice, souffrez qu’une autre en moi se glisse, car sans logique je suis satanique ou angélique’. Et je me trompe dans le texte moi­même ! (rires)

J : Oui, mais c’est presque ça, non ?

MF : Oui.

J : C’est toi qui l’as écrit, de toute façon !

MF : Absolument.

J : Tu écris toutes tes chansons ?

MF : Dans cet album, j’ai…

J : En dehors de « Déshabillez­Moi »…

MF : Et en dehors de Baudelaire : oui.

J : Tu fais confiance à personne d’autre pour les textes, à part Baudelaire ? (rires)

MF : Bien sûr que non ! Non, non, on l’a fait vraiment entre nous, petit à petit. Et j’ai travaillé donc pendant trois mois.

J : Comment tu écris tes textes ? L’inspiration te vient comment ? En restant chez toi alors, puisque tu dis voyager peu.

MF : Oui.

J : C’est dans la tête, quoi, tout le temps, les rencontres avec les gens…

MF : Ce sont des rencontres, ce sont des lectures, Edgar Poe et puis des sentiments, des choses…

J : Est­ce que tu connais beaucoup de gens ? Est­ce que tu as beaucoup d’amis, par exemple ?

MF : Non.

J : Non ? Ca ne te dérange pas ?

MF : Non, pas du tout.

J : Tu restes souvent seule chez toi, à bouquiner ou…?

MF : Ca m’arrive. Il m’arrive de peindre, aussi.

J : Ha, tu peins ?

MF : Un petit peu.

J : Tu pourras me montrer ?!

MF : Hmm, je ne sais pas. Non, je pense pas ! (rires)

J : Tu as déjà montré tes oeuvres ?

MF : Non, non.

J : Ha si, il y a bien des intimes qui doivent les connaître, non ?

MF : Laurent Boutonnat doit en connaître une partie, Bertrand Lepage…

J : Oui ? Et ce sont les deux seuls ?

MF : Je crois, oui, oui.

J : Pourquoi ?

MF : J’ai beaucoup de pudeur quant aux dessins parce que, bon…

J : Tu es pas sûre de toi, c’est pas comme les disques, quoi ?

MF : Non, c’est pas la même chose. C’est que c’est vraiment, ça, quelque chose que en l’occurrence je ne maîtrise pas du tout.

J : Qu’est­ce que tu peins ? Des natures mortes ?

MF : Non, c’est…beaucoup d’imagination.

J : Oui ? Surréaliste, un peu ?

MF : Je ne pourrais pas les décrire, là ! (rires)

J : Ha bon, c’est comme ça, quoi ! (Mylène acquiesce) Et tu prends le temps de peindre, par contre ?

688585-jpg_473913MF : Ben parce que peindre, c’est très facile de prendre un pinceau, des couleurs ou du fusain et un papier. Il n’y a pas besoin de grande préparation avant.

J : Est­ce que tu penses à autre chose quand tu peins, ou est­ce que tu es complètement dans ton tableau ?

MF : Non, je pense à beaucoup de choses.

J : Oui, c’est pour ça que c’est…bon ! (rires)

MF : C’est vrai que c’est peut­être plus facile pour moi de peindre que d’écrire.

J : Est­ce que tu fais la cuisine, par exemple ?

MF : Pas du tout !

J : Tu détestes ça ?

MF : Jusqu’à présent, je n’aimais pas beaucoup manger. J’ai quand même découvert quelques plats agréables.

J : C’est important, tu sais ! Est­ce que tu fréquentes les restaurants ?

MF : Très peu.

J : Très peu…Tu es végétarienne ?

MF : Vous êtes de la police ?! (rires)

J : Oui, inspecteur : Inspecteur Jacky !

MF : J’ai découvert la nourriture japonaise.

J : Oui ? Il était temps, remarque. Mais c’est bien ! Tu aimes le poisson cru ?

MF : Les sushis ?

J : Oui…

MF : Oui, j’adore ça !

J : Les tempuras aussi, les beignets de légumes, tu connais ?

MF : Tempura ? Non, je ne connais pas. Non, je connais les sushis, moi : sushis crevettes cuites.

J : Oui, mais c’est très bon ! En plus c’est présenté d’une manière agréable. Ce sont des tableaux, moi je trouve ! (Mylène acquiesce d’un murmure) On n’a pas envie de les manger, à la limite, quand on les voit, non, bien présentés comme ça…

MF : Je ne sais pas ! (rires)

J : Tu les dévores quand même, toi ?

MF : Je les dévore très vite !

J : Bon, on va peut­être écouter un peu de musique là, non ? C’est « Sans logique » !

MF : Oui…

J : Voilà, Mylène Farmer !

Diffusion de « Sans Logique », suivi d’un titre de Peter Gabriel

J : C’était « Biko » de Peter Gabriel. Tu as une passion pour Peter Gabriel je crois : à chaque fois qu’on se voit, tu …

MF : Oui. C’est vrai que j’ai toujours envie de le choisir.

J : T’as raison, parce qu’il est bien !

MF : C’est quelqu’un qui m’émeut, qui a des yeux, enfin, un regard que j’ai rarement rencontré.

J : Exactement. Tu le connais ? Moi, je l’ai…

MF : Non, du tout.

J : Il est charmant, vraiment. Et « Biko », la chanson, tu aimes bien cette chanson, ou c’est comme ça, par… ?

MF : Là, c’est un petit peu comme ça…

J : Tu sais qui c’est Biko ?

MF : Biko ? Non.

J : Le Noir qui s’était fait assassiner en Afrique du Sud…

MF : D’accord. Oui, oui, parce que j’ai vu en plus le clip qui a été fait.

J : Lui aussi, il met beaucoup d’attention à ses clips, quand même, non ?

MF : Oui.

J : A chaque fois, c’est…

MF : Mais il y a un clip qui était fabuleux, c’était le duo avec Kate Bush (« Don’t Give Up », nda) qui était d’une simplicité et d’une sobriété…

J : Qui était très beau, oui…

MF : Magnifique.

J : Tu l’as vu sur scène, non ? Parce que c’est bien !

MF : Jamais, non.

J : Ah ben, tu devrais ! Là, tu… ?

MF : Là je n’ai pas pu y aller.

J : Parce que tu aimes bien Peter Gabriel, tu ne seras pas déçue, quoi. Même avec Genesis à l’époque, tu l’as pas vu ?

MF : Non, non. Non, je connais bien ses albums. C’est quelqu’un qui devrait faire aussi du cinéma.

J : Je pense, oui. Est­ce que tu comptes faire de la scène, toi, par contre ?

MF : Oui, c’est un souhait. C’est quelque chose que je ne ferai pas, je pense, avant un an.

J : Oui…

MF : Mais j’y pense de plus de plus.

J : T’as peur de la foule : ça doit être bizarre, non ?

MF : Non, parce que là il y a cette distance qui est provoquée par la scène, et puis ce n’est pas pareil que de faire un…

J : Enfin, j’ai l’impression que ça serait bien de faire ça !

MF : Oui, je crois. Je pense, en tout cas. J’en ai envie.

J : Oui, faut le faire ! Et les gens attendent ça de toi, maintenant. Enfin, j’ai l’impression, non ?

MF : Certainement, oui. Il y a des personnes qui souhaitent me voir sur scène. J’ai la même envie, donc tout va bien !

J : Tout va bien ! Tu as d’autres envies en ce moment ?

MF : Le cinéma. Et puis, j’aurais l’audace… C’est­à­dire que j’ai envie d’écrire un livre, mais je pense que je le ferai plus tard.

J : Un roman ?

MF : Peut­être des nouvelles. C’est ce qu’il y a de plus dur à mon avis à écrire. Peut­être un roman. J’avoue que je ne sais pas.

J : Et un jour tu voudras exposer tes peintures ?

MF : Ca, je pense que ne le ferai jamais ! (rires)

J : C’est trop moche ?

MF : Non, non, non, non ! (rires)

J : On sait jamais ! Parfois…

MF : Non, non, j’aurais cette lucidité que de le dire ! Mais c’est pas trop moche : c’est trop intime, voilà. (sourire)

J : Trop intime, oui. Où tu t’habilles ? Tu as toujours des beaux vêtements…

MF : J’ai rencontré récemment une femme qui m’a habillée dans le clip de « Sans Contrefaçon » et avec qui je continue de travailler, qui s’appelle Marie­Pierre Tataracci. Voilà.

J : Tu lui fais confiance absolument…

MF : Nous travaillons côte à côte. C’est­à­dire que si j’ai des modifications à faire et à apporter dans un costume, je me permets de le lui dire et de lui soumettre. C’est une femme, oui, qui a justement cette recherche de sobriété et qui a des matériaux qui sont magnifiques : elle travaille beaucoup le…comment ça s’appelle ? Le velours de soie. Elle travaille les satins, la soie.

J : Et les formes aussi : tes vêtements sont assez…

avatar392_72MF : Et puis elle a des formes qui sont très issues, je crois, du théâtre. Voilà ! (rires)

J : Mais c’est très, très bien, Mylène Farmer ! Bon, ben on va se quitter parce qu’il est l’heure…

MF : C’est indispensable ?

J : C’est indispensable. Mais il y a pas de pubs, on se quitte avec « Sans Contrefaçon ». Merci MylèneFarmer et à bientôt !

MF : Merci à vous ­ merci à toi !

J : Ha ben il était temps ! (rires de Mylène) Merci à vous et à bientôt !

MF : Au revoir !

Diffusion de « Sans Contrefaçon » pour clore l’émission.

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Lorsque LAZER reçoit Mylène

Posté par francesca7 le 29 juin 2015

 

Présenté par Mady TRAN – MAI 1987 sur M6

Première apparition de Mylène sur la toute jeune chaîne M6, où elle vient présenter à la télévision son tout nouveau clip, celui de « Tristana ». Mylène se retrouve en face de Mady Tran, journaliste passionnée et par conséquent passionnante.

Toutes sont assises face à face. Mylène est habillée sobrement d’un tailleur blanc et ses cheveux sont coiffés en catogan avec un ruban, blanc également.

Mady Tran : (…) Sur le plateau de « Lazer » aujourd’hui est tombée comme par magie une poussière de cendres de lune : j’ai avec moi Mylène Farmer. Je suis très excitée à l’idée de recevoir ce personnage, car c’est vrai, dans la production actuelle en France c’est un personnage, c’est une image tout à fait à part. Merci

1987-08-aMylène d’être venue nous voir !

Mylène Farmer : Bonjour !

MT : Comment vas­tu ?

MF : Très, très bien, merci !

MT : Je suis très contente de te recevoir, d’autant que ce dernier 45 tours que tu es venue nous présenter nous plaît. Alors j’espère que je vais le faire aimer à tout le monde parce que ça, c’est un genre de challenge qui me plaît et qui m’intéresse. Je voudrais tout simplement pendant une heure et demie faire connaissance avec toi et te proposer de la musique, et parler de toi pour tous ceux qui nous regardent.

MF : (un peu impressionnée) D’accord !

MT : D’où viens­tu, Mylène ?

MF : Je suis née à Montréal, donc au Canada, et je vis en France depuis l’âge de 9 ans. Que dire d’autre ? Je ne sais pas !

MT : Ce que je voudrais, moi, dire, c’est rappeler un petit peu les chansons qui nous ont marqués. Le premier 45 tours…

MF : Le premier 45 tours s’intitulait « Maman a Tort »…

MT : Et là vraiment, genre de flash, quand même, pour nous tous car c’était très particulier. On se demande toujours quand on te regarde évoluer si c’est un vrai personnage sorti d’une légende ou si c’est quelque chose que tu as eu envie de fabriquer, d’élaborer au fil des années et de ton travail.

MF : C’est vrai que ce mot de ‘fabrication’ est quelque chose qui me dérange, mais chacun pense ce qui lui plaît, comme on dit. Non, c’est certainement mon personnage qui est illustré par des chansons, par des clips, par plein de choses.

MT : Des clips qui marquent eux aussi, et on parlera un petit peu plus tard de la projection que tu donnes de toi dans ces clips. On parle de toi en terme de libertine, et c’est pas un doublon par rapport à la chanson : c’est vrai qu’on y a pensé dès le départ ! (rires de Mylène) « Maman a tort » c’est quoi, en fait ? C’est un SOS ?

C’est un cri ? C’est quoi ?!

MF : « Maman a Tort », c’était une façon de parler d’amours étranges qu’on peut avoir quand on est adolescente ou adolescent, rencontrer une personne…Et c’est vrai que là, c’était un domaine hospitalier avec une infirmière, c’est une projection, comme ça, de la mère. C’est un amour interdit qu’on peut avoir avec une personnalité féminine, pourquoi pas.

MT : Mais tout dans tes chansons suggère l’interdit, mais d’une manière très magique.

MF : Tant mieux ! Mais j’aime les interdits.

MT : Alors, je voudrais qu’on reparle du deuxième 45 tours, qui là aussi…

MF : Qui était « On est tous des imbéciles »

MT : « On est tous des imbéciles », et là c’est déjà beaucoup plus agressif dans le titre

MF : Je sais pas si c’est réellement agressif…C’est certainement provocateur. Et moi j’aime bien mettre en exergue cette phrase qui disait : « On est tous des imbéciles, mais ce qui nous sauve c’est le style ». Et je pense que c’est vrai ! (rires)

MT : C’est pas dénué d’humour, de toute façon !

MF : Non, de toute façon.

MT : Alors, tu es venue nous présenter ce 45 tours, mais avec aussi un clip fabuleux. J’aimerais que tu nous racontes, après la chanson, le tournage. Régalez­vous : plus de 11mn de rêve et de magie ! Mylène Farmer, « Tristana ».

Le clip « Tristana » est diffusé dans son intégralité, générique de fin compris.

MT : Difficile de faire mieux dans la beauté et dans la magie ! Il suffit de la regarder pendant que nous découvrions ce clip –parce que je crois qu’à chaque fois que vous le verrez, vous le redécouvrirez, c’est du vrai scope­ et pendant qu’on regardait ce clip, Mylène avait la tête penchée. On a l’impression que c’est quelque part un peu comme le message de Prince –Dieu sait s’il y a pas vraiment de corrélation entre vous deux !­ que quelque part tu livres quelque chose et que ça ne t’appartient plus et que c’est aux autres de le recevoir. Je suis très, très émue devant ce clip !

MF : Je le suis aussi ! C’est­à­dire que moi, c’est toujours le générique aussi, de prendre le parti de passer le générique…Le générique lui­même, c’est tellement une histoire ! C’est la concentration de tout un tournage. Et je trouve très beau un générique en Cinémascope !

MT : C’est magique, tout à fait. Y a plein de choses à souligner dans ce clip. La première chose qui m’a frappée, hormis la beauté et hormis la merveilleuse lumière, c’est la dédicace : « A Papa ». Elle vient de toi ou elle vient du réalisateur ?

MF : Non, je pense qu’elle ne peut venir que de moi !

MT : Bien sûr.

MF : Je préfère taire les circonstances parce que là, j’ai beaucoup de pudeur à cet égard. C’est vrai que de mettre ça sur un écran, « A Papa », c’est un paradoxe mais j’avais envie de le faire.

MT : Mais le personnage est bourré de paradoxes. Il suffisait simplement de souligner cette dédicace et ça suffit, je crois. Alors le tournage : est­ce que c’est toi qui parles en russe, d’abord ?!

MF : C’est moi qui parle en russe. J’ai appris le russe en seconde langue, donc, à l’école. J’en ai oublié quasiment la totalité, si ce n’est les bases : j’arrive à relire le russe, donc l’alphabet. Et donc c’était un…

Comment dire ?

MT : Retour aux sources ?

MF : Un peu un retour aux sources. J’adore cette langue, j’aime ce pays et c’était une façon, comme ça, de rendre hommage à ce pays et de retrouver des personnages qui sont réellement russes dans ce clip.

MT : Alors, vu le titre de la chanson, j’ai pensé bien évidemment…

MF : A Buñuel ? (rires)

MT : …au film de Buñuel.

MF : Que je n’ai pas vu, je rassure tout le monde ! (rires)

MT : Mais je suis sûre qu’il te plaira car il y a vraiment tout, quoi, je veux dire, toute la palette des sentiments…

MF : C’est vrai que Tristana est plus un nom espagnol et moi quand je pensais Tristana, je pensais russe, mais en fait il faudrait dire ‘Tristania’ ! Donc c’est un petit peu plus complexe à retenir.

MT : Alors je te rassure : Deneuve y est perverse à souhait et vachement séduisante ! (rires) Donc, je pensais à ce film et je découvre en regardant ce clip que c’est davantage plus proche du conte de fées, avec tout ce que ça peut avoir de cruel.

MF : C’est ça, c’est un doux mélange. C’est « Blanche­Neige et les sept nains » transposé en Russie, avec de la violence, avec un romantisme poussé à l’extrême. C’est tout ce que j’aime.

MT : Et des paysages d’une région de France qui est le Vercors…

MF : Que vous connaissez, je crois !

MT : …que je connais bien !

MF : Que moi je connaissais absolument pas. C’est vrai que j’ai découvert des paysages magnifiques ! On a eu beaucoup de neige, alors que partout ailleurs la neige avait fondu et ça, y a de ça un mois, et c’était prodigieux comme tournage.

MT : Alors tu nous donnes beaucoup de joie avec cette chanson et ce clip et ça, je crois qu’il faut le dire car c’est pas toujours le cas, et je t’en donne en retour avec cette chanson de U2 (…) : « With or without you ».

Diffusion du clip de U2. Au retour plateau, Mady Tran lance la séquence du clip de la semaine, où parmi les clips qu’elle a sélectionné, les téléspectateurs doivent élire leur préféré.

MT : (…) Je me tourne vers mon invitée d’aujourd’hui, Mylène Farmer, qui est venue nous présenter son 45 tours « Tristana », et j’ai envie de aire un petit retour en arrière encore une fois avec « Libertine ». Alors, tous les clips de Mylène Farmer sont très particuliers, y a une ambiance, y a un climat. Ils sont même pour certains osés, pour d’autres intéressants. Quelle a été la réaction des gens par rapport au fait que d’une part tu te dénudes dans tes clips, et toi comment tu le vis, ça ? Est­ce qu’il y a une raison de se dénuder dans un clip ?

MF : Y a une raison à partir du moment où c’est quelque chose que le réalisateur et moi­même avons déterminé. En l’occurrence, c’était dans une histoire avec des libertins, un salon libertin, une histoire romantique, une rivale, un amoureux, une amante donc…

MT : …un duel !

MF : Un duel. C’était un moment qu’on avait envie de privilégier. Que moi, ça me dérange d’être nue à l’écran, je l’ai fait dans ce clip parce que c’était une volonté. Jamais je n’irai me mettre nue ni dans un journal, ni ailleurs.

C’est quelque chose qu’on décide.

MT : Et qu’on ressent.

MF : Certainement. C’est difficile, c’est vrai, de se mettre nue à l’écran mais pas plus difficile finalement que de venir faire un interview !

MT : Est­ce que tu te sens à l’aise dans cette époque­ci ?

MF : 87 ?

1987-08-bMT : Oui, les années 80, l’an 2000 qui arrive…

MF : J’avoue que je ne sais pas si je suis à l’aise ou mal à l’aise. Je crois qu’il y a des hauts et qu’il y a des bas, mais dans n’importe quelle époque.

MT : Et ce métier d’artiste, est­ce que c’était ça ou rien, ou est­ce qu’il y avait d’autres tentations dans la vie, à savoir la création dans le stylisme ou dans la mode ?

MF : Non. Je crois que ma vraie naissance c’était le jour où j’ai enregistré « Maman a tort ». C’est le jour où j’ai rencontré cette personne qui est Laurent Boutonnat, qui est donc également le réalisateur de ces clips, qui est également compositeur. C’est le jour où j’ai pu naître, oui, c’était une naissance.

MT : Alors, on parlera plus avant de ton équipe, parce que je sais que tu es quelqu’un qui fonctionne en équipe, malgré que tu aies l’air comme ça très solitaire et très mystérieuse. (…)

Diffusion du clip « Demain c’est toi » de François Feldman.

MT : (…) Aujourd’hui sur le plateau de « Lazer », c’est Mylène Farmer, énigmatique et très mystérieuse. C’est difficile d’essayer de cerner un personnage sans le déflorer, mais on va quand même essayer de le faire parce que je crois que ce qui fait tout l’intérêt du tien personnage, de ton personnage, c’est justement ce côté mystérieux. Alors, bon on en est restés au tournage de tes clips, qui passent pas inaperçus, et je voudrais savoir comment tu vis ton quotidien dans ce métier. Est­ce qu’il est difficile d’évoluer dans la production française aujourd’hui en ayant une telle personnalité et en étant quelque part tellement typée que ça t’isole probablement du système ?

1987-08-cMF : Oui, mais je crois que c’est un isolement qu’on s’impose un peu. Je veux dire, je ne suis pas réellement tout ça. C’est vrai que quelquefois je ressens un divorce énorme d’avec cette famille soi­disant du showbusiness, que quelquefois je suis profondément déçue de l’attitude de ces personnes qui font le showbusiness, que cette famille a essayé d’installer une dite loi et que eux­mêmes ne respectent pas cette loi. Et ça, c’est quelque chose, c’est un manque d’intégrité, c’est peut­être la chose qui me choque le plus.

Maintenant, depuis « Maman a tort », je fais à peu près ce que je veux, je crois, avec le plus de passion possible et de plaisir. Quelquefois, on se heurte à des murs mais ça ne m’empêche pas moi de continuer et d’aimer ça, et c’est le principal je crois.

Diffusion du clip « Carrie » de Europe.

MT : Voilà. Mylène est avec moi sur le plateau de « Lazer » sur M6, Mylène Farmer. On parlait tout à l’heure de ce métier et je voudrais moi développer cette notion d’équipe qui semble t’être chère, quand même. Tu travailles avec beaucoup de monde ?

MF : Non, très peu, avec essentiellement Laurent Boutonnat. J’ai une personne qui est avec moi depuis pratiquement le début, la fin de « Maman a tort », qui est Bertrand Le Page, qui fait office de manager, qui a un statut plus important. Et puis une attachée de presse qui travaille avec moi, qui est Danyele Fouché.

MT : Qui est là !

MF : Et puis bien sûr la maison de disques. Mais j’ai réellement trois personnes à côté de moi.

MT : Et ce sont des gens qui ont compris les subtilités de ton personnage et qui t’ont aidée à l’enrichir ou tu es complètement responsable de tes choix ?

MF : Responsable, je sais pas ! Cette rencontre avec Laurent, moi je la qualifie du domaine de l’exceptionnel, c’est­à­dire les rencontres qu’on a très peu dans sa vie, qu’on doit privilégier. C’est vrai que cette rencontre avec Laurent, c’était extraordinaire pour moi parce que c’est quelqu’un qui a énormément de talent dans beaucoup de domaines, qui a des choses qui l’attirent qui moi m’attirent, des choses qu’on a en commun. Et c’est vrai que c’est fascinant de trouver un personnage comme ça. Voilà, donc Mylène Farmer c’est un peu de moi, c’est certainement un peu de Laurent Boutonnat, c’est beaucoup de choses.

MT : Tu penses que dans ce métier il est indispensable qu’il y ait une osmose entre un auteur, une interprète, un musicien ?

MF : Pour la longévité, oui, je crois. C’est­à­dire pour un léger équilibre qu’on peut avoir, parce que c’est difficile de l’avoir, c’est fondamental, oui, pour moi.

MT : Est­ce qu’on peut fonctionner longtemps avec la même personne, toujours dans un cadre très professionnel ?

MF : Ca, c’est des choses qu’on ne peut pas dire. Je ne sais pas.

Diffusion du clip « Les envahisseurs » de Arnold Turboust.

MT : (…) Aujourd’hui j’ai une sorte de personnage magique sur le plateau de « Lazer ». J’aime bien appuyer sur cette notion…

MF : C’est gentil ! (rires)

MT : …car c’est comme ça que je te reçois, et peut­être que les autres te reçoivent différemment, et donc, pour reprendre cette image de toi qui est presque irréelle et venue d’une autre époque, de par le look, de par les couleurs et la gestuelle aussi, ça on oublie trop souvent d’en parler ! C’est vrai que quand on te regarde à la télévision, y a des gestes, y a une manière de bouger et de se mouvoir qui est tout à fait particulière. Alors Mylène Farmer, elle fait son marché comment le matin ? En jogging baskets ou en queue de pie ?! (rires)

MF : Elle fait rarement son marché ! (rires)

MT : Tu manges comment ?

MF : Je mange n’importe quoi, je n’aime que le sucré ! J’ai très peu de goût culinaire, malheureusement.

MT : Tes goûts sont exotiques dans tous les domaines ?

MF : Je ne sais pas si on peut qualifier ça d’exotique, mais ils sont certainement étranges, oui ! (rires)

MT : Tes références ­on va pas citer le mot de ‘culture’ parce que c’est très souvent galvaudé­ tes références en matière de cinéma, de littérature : tout ce qui fait tes clichés à toi, c’est quoi ?

MF : Je cite toujours un auteur, mais parce que je l’aime réellement, ce serait presque un livre de chevet, c’est Edgar Poe. J’aime le fantastique, j’aime l’imaginaire, j’aime l’étrange, le morbide. J’aime bien Maupassant…En ce moment, je lis plutôt du Strinberg, que j’avais effleuré, mais côté théâtre. Là, je lis plutôt les nouvelles. Mais y a énormément d’auteurs dont je ne connais pas d’ailleurs la totalité de leur œuvre.

MT : Et dans le cinéma ?

MF : Dans le cinéma, y a un film que j’ai vu récemment, mais j’ai surtout lu le livre, qui est donc « Dracula » et qui est un livre fantastique et qui n’a jamais été porté à l’écran de la même façon, avec autant de talent que l’écriture elle­même. Sinon le cinéma, j’aime beaucoup Roman Polanski, spécifiquement « Le locataire », j’aimebien « Tess ». J’aime bien Zulawski, Kubrick…

MT : Des gens qui sont…

MF : J’aime beaucoup le cinéma russe, également, Tarkowski. J’aime bien Bergman…

Diffusion du clip « Nothing gonna stop us » de Starship.

 

 MT: (…) Sur les plateaux de télévision, il y a des gens qui travaillent, il y a des gens qui participent à l’élaboration, à la réalisation d’une émission et puis de temps en temps, on voit des visages inconnus. C’est le cas aujourd’hui sur ce plateau de « Lazer » et sur M6 : il y a quelqu’un qui suit Mylène Farmer partout où elle se déplace, et je crois que je ne dévoile pas un secret en disant qu’il y a une jeune fille qui te suit, qui t’aime (…)

MF : Oui, je viens de l’apercevoir ! Je crois que chaque artiste a une ou deux personnes, c’est vrai, qui suivent quotidiennement sa carrière, ses prestations de télévision. Et c’est vrai que cette jeune fille qui s’appelle donc Nathalie, pour lui donner une identité, est une personne qui me suit depuis le début et qui est très, très opiniâtre !

MT : Au­delà de ça, au­delà de l’affection et de l’admiration que peuvent porter des gens à un artiste, est­ce que de n’avoir qu’une fan, qu’une admiratrice qui vous suit partout, je troue ça très, très étrange mais est­ce que c’est une sorte de miroir pour vous ? Est­ce que c’est réflecteur de quelque chose ? Est­ce que vous en avez besoin ? Je dis ‘vous’ parce que je pense qu’il y a d’autres gens comme toi qui ont une admiratrice ou un admirateur qui les suit.

MF : Besoin, je ne sais pas. C’est quelque chose moi qui m’émeut, mais également qui, je dirais pas qui m’étonne, mais c’est un peu une interrogation que j’ai par rapport à ce genre de personnes. C’est vrai que c’est assez étonnant cette assiduité, cet amour comme ça que vous recevez, mais c’est vrai qu’un artiste a besoin de ça, que ce soit l’artiste de variété, que ce soit dans le cinéma, tous les artistes.

MT : A propos Mylène, tu te situes où dans la musique, aujourd’hui ? On parle de rock, on parle de new­wave, on parle de musique pop, on parle de…

MF : J’en sais rien. J’ai du mal moi­même à mettre des étiquettes et des références. Je ne sais pas. C’est de la chanson française ! (sourire)

MT : Est­ce que tu situes ton public ? Est­ce que tu sais qui t’aime, qui achète tes disques et qui te suit ?

MF : Je crois que c’est probablement la chose la plus difficile à définir. Quand on voit ce fameux Top 50, qui est cette Bible et qui va vous donner un peu la couleur du public, des envies du public, c’est quelque chose qui est quasiment impossible, si ce n’est par le courrier : ça c’est quelque chose que j’arrive un peu à déterminer, et j’ai du courrier qui est assez fantastique, des personnes qui sont très, très souvent un peu désespérées, qui ont besoin de communiquer, comme toutes les personnes qui écrivent, mais qui disent des choses assez profondes et assez troublantes.

Une nouvelle pause musicale avec le clip « Coûte que coûte » de Gangster d’amour.

MT : (…) On parlait de diversité dans la musique en France, aujourd’hui. Alors c’est vrai qu’il y a un retour par exemple aux années 60 avec des reprises, y a aussi les artistes qui se fabriquent un personnage à partir d’autres personnages connus de la BD, comme Lio ou même Gangster d’amour. Toi, on a l’impression que tu n’imites rien ! Je veux dire, tu proposes quelque chose de tout à fait original.

MF : J’espère ! C’est vrai que je n’aime pas l’imitation, que je préfère être une personne à part entière, une personnalité à part entière.

MT : Tu disais aussi que tu savais pas mettre d’étiquette sur la musique que tu proposes et ce que tu crées…

MF : Non, parce que je pense que c’est pas très intéressant. Une fois de plus, le principal c’est de faire ce qu’on aime.

MT : Et pourtant avec « Maman a tort », ça a été quand même un démarrage bien évident. A quel moment on sent qu’on touche les gens et que ça marche ?

MF : Je crois qu’on a besoin d’un…ce qu’on appelle le succès commercial, pour avoir ce qu’on appelle un peu le coup de pouce parce que c’est vrai que quand j’ai eu « Maman a tort », « On est tous des imbéciles » ensuite « Plus grandir », que j’ai eu ce gain de popularité sur « Libertine » et…

MT : Mais si tu avais commencé par « Libertine », est­ce que tu penses que les choses auraient été aussi évidentes ?

MF : Je pense que c’est fatalement différent puisqu’on ne vit pas les mêmes choses au même moment.

Maintenant, si je puis dire, dans la colonne vertébrale c’est la même chose !

MT : Et dans l’album que tu vas préparer cet été, est­ce qu’il y aura des choses très différentes et surprenantes ?

MF : J’espère différentes, mais ça sera de la même veine donc c’est forcément un peu le même univers.

Maintenant, c’est à moi et à Laurent de trouver chaque fois des choses nouvelles et j’espère étonnantes.

Diffusion du clip « Everything I own » de Boy George.

MT : (elle évoque les déboires de Boy George liés à la drogue qui avaient été très médiatisés à cette période) (…) Est­ce que tu es d’accord pour qu’on étale comme ça les problèmes des gens et que les gens viennent eux­mêmes témoigner sur leurs problèmes en télévision ou en radio ?

MF : Lui, en prenant son exemple, c’est devenu un phénomène médiatique. Son actualité, c’était ses faux­pas vers la drogue donc je pense qu’il y a un moment donné où oui, il faut être présent et puis parler, s’expliquer.

1987-08-cMais d’ordinaire, je préfère c’est vrai qu’on se taise et qu’on dise le moins de choses possibles sur soi, parce que je pense que le silence est quelque chose de bien.

MT : Parce que quand même, on est en 87, y a plus rien qui ne soit inavouable et on a l’impression qu’il suffit d’un problème de drogue autour d’une star, on a l’impression que l’opinion publique est restée finalement très puritaine, parce qu’aussi on se souvient des Who…

MF : (elle l’interrompt) Nous sommes dans un pays puritain, mais je crois que l’Angleterre est un pays excessivement puritain également.

MT : Parce que le problème de drogue ou de sexe dans le rock, c’est pas nouveau ! Et ça n’a jamais empêché les gens d’êtres des stars et d’être des…

MF : C’est parce que la drogue c’est quelque chose qui fait très, très peur et qui est aussi assez terrifiant. Je crois qu’il faut pas occulter ces sujets­là. Ce ne sont pas des sujets tabous mais ce sont des sujets qui effraient, je crois, la masse populaire.

Diffusion du clip « Duel au soleil » d’Etienne Daho, que Mylène qualifie de ‘belle chanson’.

MT : (…) Mylène, je suis très, très contente de t’avoir reçue sur ce plateau de « Lazer ». J’espère simplement qu’on a amené quelque chose de supplémentaire au personnage sans l’avoir défloré, sans avoir touché à son secret, à son mystère.

MF : (dans un sourire) Non, aucun problème ! C’était un réel plaisir aussi !

MT : Tu fais beaucoup de promotion, beaucoup d’interviews de radio, de télévision…

MF : Non, peu d’interviews ! Et le maximum, oui, de promotion, des prestations télévisées. Pratiquement pas de galas, parce que j’en ai fait sur « Libertine » et puis chaque chose en son temps !

MT : Et peut­être un projet de scène à Paris un jour ?

MF : Nous en aurons un.

MT : Et je suis sûre qu’on aura un climat et un décor très particuliers !

MF : Si Laurent Boutonnat reste avec moi, certainement ! (sourire)

MT : Je crois qu’il en meurt d’envie, entre nous ! Merci, Mylène !

MF : Merci à vous.

Fin de l’émission.

 

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