DOSSIER DE PRESSE GIORGINO

Posté par francesca7 le 8 mars 2015

 

Entretien réalisé par Gaillac­Morgue

giorgi-01-bVoilà un désir enfin réalisé : le cinéma, vous y pensiez bien avant la chanson…

­ Notre rencontre avec Laurent est née d’un même désir : faire du cinéma. Pourtant, nous avons existé tous les deux grâce à la chanson, un cadeau que la vie m’a fait même si cela n’a pas toujours été facile. Cette envie de faire du cinéma, cette envie de faire ce film a mûri pendant près de dix ans. C’est long, dix ans…

Quelles ont été vos premières impressions à la lecture du scénario ?

­ Le sujet de « Giorgino » m’a attirée par son étrangeté, son originalité. Pour parler plus précisément du personnage de Catherine, j’ai senti que je pouvais y mettre beaucoup d’émotions. Je crois que Laurent a puisé certaines choses de ma personnalité pour l’écriture du personnage de Catherine. Nous n’en avons jamais parlé. Je n’ai pas réellement connu la magie de la découverte du scénario parce que j’ai suivi pratiquement 24h/24 l’élaboration de ce projet : j’ai aussi vécu les difficultés d’écriture qu’ont rencontré Laurent Boutonnat et Gilles Laurent, le co­scénariste, ainsi que tous les problèmes inhérents au montage d’un tel projet. C’était malgré tout passionnant d’apprendre tous les à­côté d’un film. « Giorgino » a été un accouchement dans la douleur, mais nous vivons, Laurent et moi­même, dans ce climat depuis que l’on travaille ensemble. Rien ne se fait dans la facilité. Peut­être ressentirons­nous un peu de bonheur, ou plutôt de soulagement, quand nous nous déposséderons totalement du film, c’est­à­dire le jour de sa sortie sur les écrans.

Qui est Catherine, cette femme­enfant mystérieuse que les gens disent folle ?

­ Catherine est différente des autres et elle paiera cette différence. C’est avant tout sa fragilité qui m’a émue, j’aime son innocence et sa violence intérieure. Les enfants ont ça en eux : naïveté, pureté et colère. J’aime son incapacité à être dans le monde des adultes.

Quelles sont, selon vous, les blessures profondes de Catherine ? Qu’est­ce qui a provoqué cette fragilité ?

­ Catherine n’est pas intellectuellement de son âge. Ce n’est pas une jeune fille ‘retardée’, mais simplement comme le dit le prêtre, « elle a l’esprit d’une enfant ». Elle est restée isolée du monde extérieur, probablement protégée par ses parents, s’occupant elle­même d’enfants retardés. Pour Catherine, le petit noyau de sa famille pourrait représenter la beauté, et le reste du monde, la laideur. Catherine n’est pas armée pour le monde extérieur et sa violence. La disparition des enfants, de sa mère puis de son père sont autant de traumatismes, de blessures irréversibles. Et puis, une très jeune personne capable de dire « Et si c’était la douleur qui faisait chanter les oiseaux ? », n’est­ce pas suffisamment éloquent ?

On a l’impression que vous êtes complètement pénétrée par cette jeune fille. Comment s’est faite l’approche de ce personnage étrange ?

­ J’ai une très grande liberté par rapport à Catherine. C’est étrange, mais il n’y a pas eu de grande difficulté quant à savoir comment aborder le rôle. Pour l’approche du personnage, j’ai simplement eu envie de m’informer un peu sur l’univers psychiatrique : j’ai pu assister à quelques entretiens entre ce qu’on appelle des ‘malades’ et leurs docteurs. Sachant que Catherine basculait dans une dite folie, en tout cas dans un retrait d’avec une dite réalité, j’ai écouté puis j’ai regardé la gestuelle particulière de ces personnes très habitées, angoissées et sous médicaments pour la plupart. Vous dire que je m’en suis servie pour Catherine, je ne sais pas vraiment. J’ai abordé sa personnalité à la lecture du scénario et je savais ce que je pouvais donner au personnage. D’autre part, un costume, un décor et une envie d’incarner quelqu’un d’autre que soi sont autant de facteurs importants pour l’approche d’un rôle comme celui­ci.

Vous vous étiez auparavant intéressée aux enfants autistes. Cette observation vous a­t­elle aidée pour le rôle de Catherine ?

­ Aidée, je ne sais pas, mais avoir envie de comprendre, de percer les mystères de ce silence, de ce repliement sur soi. Catherine a un trouble profondément enfoui en elle. Le comportement des enfants autistes est tellement intrigant, leur retrait du monde est inexplicable, on ne sait pas. Oui, j’ai peut­être la sensation d’être proche d’eux. Une communion dans le silence avec ces personnes­là me paraît plus enrichissante parfois qu’une conversation…

Dans votre interprétation, vous faites passer la ‘folie’ de Catherine de façon très subtile, les gestes, les regards sont à peine esquissés, intenses mais sans excès, sans débordement. Le trouble est plus fort encore…

­ Je préfère les paroles murmurées aux mots criés. En fait, je n’aime pas imposer, je préfère proposer. Cela tient d’une pudeur et d’une timidité qui font partie de moi. C’est ma personnalité, et mon jeu s’en ressent certainement. D’autre part, Catherine me semblait plus proche de l’introvertie que de son contraire. Je n’avais donc pas envie, quand Catherine bascule irrémédiablement, de passer soudainement à un état épileptique et voyant. Dans cet univers de conte où l’on bascule constamment entre le vrai et le faux, le réel et l’irréel, la lecture ne doit pas être trop évidente. La présence des loups, les comportements ambigus des personnages…pendant toute l’histoire, on ne sait pas et c’est pour moi toute la magie de ce film.

Ce doit être troublant pour une comédienne d’approcher la folie…

­ En effet : troublant, attirant… Catherine semble tellement apaisée, presque sereine, dès l’instant où le monde environnant n’a plus d’empreinte sur elle. J’ai parfois le sentiment, dans des moments d’anéantissement, de frôler cette frontière normalité/folie, mais ceci est tellement intime. Peut­on parler de traumatisme ? Tout dépend de ce que l’on donne de soi dans une scène. Pour arriver à exprimer ses sentiments extrêmes, il faut puiser dans ses propres névroses, faire ressurgir ses plus grandes craintes, douleurs. Puis on décide que le personnage que l’on interprète n’est pas exactement comme soi : c’est à ce moment­là que le métier d’acteur devient passionnant. Ce serait un peu comme façonner une sculpture : il y a la matière brute ­ qui est soi-même, avec son univers personnel ­ et il y a le personnage, la création, l’imagination, enlever un peu de terre ici, en rajouter là…

Quelles ont été pour vous les scènes les plus délicates à tourner ?

­ Il est toujours délicat de dévoiler des émotions devant plus de cinquante personnes qui sont en fait cinquante étrangers. C’est d’une impudeur totale, et l’on se déteste pour ça, mais on est engagé pour le faire et le besoin de tourner, jouer, l’emporte sur le reste.

Vous éprouvez pourtant du plaisir quand vous montez sur scène, exposée à des milliers de regards…

­ C’est un plaisir suicidaire, me concernant. Pourtant, cela me manque terriblement, la scène, l’autre… Ce paradoxe de l’artiste est très réel : avoir un désir névrotique de lumière et cette envie de se cacher. Je bascule constamment entre ce désir et ce refus. L’un ne peut pas exister sans l’autre, l’un nourrit l’autre. La notion de plaisir semble totalement abstraite pour moi. J’ai besoin du regard de l’autre, besoin de ces deux métiers pour vivre. C’est ma vie. Je refuse la tricherie. Le jour où j’aurai la sensation de ne plus ressentir, de ne plus être capable de donner, je m’effacerai.

On retrouve dans « Giorgino » un univers qui est, semble­t­il, très cher à Laurent Boutonnat et à vous­même. Comment décririez­vous cet imaginaire ?

­ C’est un monde troublé et troublant, et j’espère plein de poésie. Avec Laurent, nous aimons les paysages enneigés ­ je suis née au Canada. Je suis attirée par les relations, les sentiments difficiles. Tous les deux, nous sommes instinctivement attirés par les contes cruels, par l’irrationnel. Tous deux, nous refusons dans le fond le monde des adultes. J’aime les animaux, j’aime la folie, par exemple celle des paysages fracassés où le regard ne peut pas se promener calmement. J’aime aussi la mouvance permanente, l’énergie sans repos possible. J’aime tout ce qui porte au rêve.

Quels sont les cinéastes qui ont marqué votre imagination ?

­ giorgi-01-aDavid Lean reste mon préféré, ou un de mes préférés. Le personnage de Catherine me fait parfois penser à celui de « La fille de Ryan ». Jane Campion a fait un chef­d’œuvre, « La leçon de piano », ses premiers films sont magnifiques aussi. David Lynch, « Witness » de Peter Weir, un film parfait, le sujet, sa façon de filmer, son choix des acteurs, tout…J’adore le cinéma de Bergman, j’adore Oliver Stone. Dans un tout autre genre, « Batman II ». Steven Spielberg, bien sûr, et tant d’autres… J’aime les projets ambitieux, les metteurs en scène qui ont une démesure, une folie, comme Kubrick. J’aime les fous…

En littérature, vous appréciez Cioran…

­ C’est un homme qui parle si bien de ‘l’inconvénient d’être’, et qui par son cynisme arrive à nous faire rire.

J’aime son autodérision : tout ce qu’il exprime est bien au­delà du désespoir. C’est si justement formulé, cruellement drôle, si bien écrit. Il a enlevé toute poésie, tout romantisme à la ‘dépression’, à ‘l’anéantissement de l’être’, ce qui rend tout plus violent encore. C’est aussi un homme très séduisant !

Comment Laurent Boutonnat vous a­t­il dirigée ?

­ Sur le plateau, il donne des précisions techniques. En ce qui concerne le jeu, il m’a laissé une grande liberté, il m’a donné des indications ponctuelles. Laurent sait installer un certain climat utile pour les scènes à jouer. Il n’y a pas eu réellement de discussion sur le personnage : j’ai lu le scénario et je pense qu’il savait que je savais ce qu’il voulait pour Catherine. Sur le tournage, c’était « Moteur, action ! » et on partait. Après la prise, il donnait son jugement : « Ca va » ou « Ca n’est pas tout à fait ça, on la refait ». Cela tient au fait que nous nous connaissons parfaitement. Avec les autres acteurs, Laurent était plus volubile, je crois.

A vos yeux, quelles sont les principales qualités de Laurent Boutonnat ?

­ Sa démesure, sa perception du sentiment en général. Avec sa caméra et ses mots, il arrive à exprimer les troubles que l’on a en soi. Il est poétique. Pour moi qui ai suivi cet accouchement, je peux dire que Laurent va au bout, vraiment au bout des choses. Il travaille comme un acharné. Bien sûr, c’est pour lui qu’il le fait, mais il refuse de baisser les bras quitte à en payer le prix. J’aime ça. Et puis, cette manière de filmer, il y en a si peu qui ont ce vrai talent, cette maîtrise. Laurent fera partie, je crois, de ces quelques metteurs en scène qui ne laisseront jamais indifférent.

Que pensez­vous de Jeff Dahlgren ? Quels ont été vos rapports sur le tournage ?

­ Magnifiques. Le choix qu’a fait Laurent me paraît tellement juste : c’était lui et personne d’autre. J’aime sa façon de jouer, très économe. Il me faisait parfois penser à James Dean. Et puis, il est devenu mon meilleur ami…

Après « Giorgino », quel sera votre prochain rendez­vous avec le public ?

­ Probablement un album, ou peut­être un autre film. J’attends que le réalisateur veuille bien délaisser ses caméras pour reprendre son piano.

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Le beau pansement de Mylène

Posté par francesca7 le 4 mars 2015

 

L’ALSACE – 2 OCTOBRE 1994 – Entretien avec Pierre­Louis CEREJA

Nb : cf la retranscription de l’entretien intégral dans la section Bonus.

giorgi-03-bA propos de son passage de la chanson au cinéma :

­ Le cinéma, c’est ludique, mais il est difficile de trouver une émotion plus prodigieuse que la scène…

A propos du fait qu’elle n’aime pas les interviews :

­ Je ne fais pas cela spontanément, non. Définitivement non.

A propos du personnage de Catherine :

­ Catherine, ce n’est pas moi. Mais il y a chez elle une fragilité et une colère rentrée, une sensation de n’être pas comprise par les autres, d’avoir un comportement irrationnel que je retrouve en moi. J’ai une colère en moi contre la vie, quelque chose de violent contre la difficulté de vivre. L’amour, c’est un très beau pansement à la colère.

A propos de sa rencontre avec des malades pour préparer son rôle :

­ C’était bref, mais pourtant troublant et bouleversant. J’ai trouvé dans cette rencontre avec les malades une gestuelle pour Catherine, dans les mains raides aux doigts écartés et dans l’inquiétude des yeux.

A propos des rôles qu’on lui avait déjà proposé :

­ On m’avait déjà proposé des rôles, mais ils manquaient d’intérêt : c’était un androgyne au temps de « Sans Contrefaçon » ou un rôle dénudé à l’époque de « Libertine »…

A propos de la rareté de ses apparitions médiatiques :

­ Faire peu, c’est fondamental pour moi. Il me semble que la scène ne peut pas être un métier routinier, et je sais parfaitement qu’il y a des émotions qu’on ne peut pas toujours ressentir avec la même force. Je n’ai pas envie de ressentir quelque chose seulement à peu près. Je refuse l’exploitation de mon image par la presse, mais il n’y a aucune stratégie marketing là­dedans. Je n’ai pas voulu de fan­club, on ne peut pas donner à tout le monde tout le temps. C’est ma nature profonde, et je crois que les gens acceptent cela.

 

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La jeune fille et la mort : Mylène en parle

Posté par francesca7 le 28 février 2015

 

LE PROGRÈS – 4 OCTOBRE 1994

Entretien avec David TRAN

giorgi-07A propos de sa conception de l’existence :

­ Si je vous dis de but en blanc que notre vie est limitée et que chaque naissance n’existe que par rapport à la mort qui l’attend au bout, vous me trouverez sans doute étrange. Mais c’est vraiment ce qui m’angoisse ! Plus ça va, et plus ça m’obsède : plus j’essaie de trouver un sens à la vie, moins je le trouve. Ponctuellement, je crois posséder un espoir, mais je retombe aussitôt dans l’anéantissement. C’est pour cela que je crois sincèrement que la folie est un soulagement, parce qu’elle aveugle notre appréhension de la mort, même si elle n’est ni tranquille, ni anesthésiante.

A propos de son approche du métier de comédienne :

­ C’est important pour une actrice de puiser dans ses propres douleurs. J’ai sans cesse besoin de passer la frontière de la normalité. En même temps, c’est traumatisant car je dois faire face à un paradoxe qui est en moi : l’envie de me cacher et la volonté d’être sous les projecteurs. C’est un choix ambigu qui viole ma pudeur.

Je préfère les situations à hauts risques aux choses tièdes. La tiédeur tue l’art et me tuera si elle réussit à s’immiscer dans ma vie, c’est pourquoi je préfère les images violentes, conflictuelles, volcaniques.

A propos de Cioran, qu’elle admire :

­ Personne mieux que Cioran n’a su décrire l’inconvénient d’être et l’anéantissement de l’être. L’absolue violence de son langage est tellement au­delà du désespoir qu’il parvient à me faire rire.

A propos de la façon dont elle envisage la fin de sa carrière :

­ J’espère que j’aurai l’humilité et la clairvoyance de me retirer avant de m’effondrer. Jamais je ne me donnerai en pâture. Si je devais sombrer, je me cacherais. En aucun cas, je ne mourrai sous le regard des autres.

 

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LE HAVRE PRESSE RECOIT MYLENE FARMER

Posté par francesca7 le 17 février 2015

 

Entretien avec Gilles GLEVAREC 18 OCTOBRE 1994

giorgi-14-aQu’est­-ce qui vous a séduite dans le scénario de Laurent, et tout particulièrement dans le rôle de Catherine que vous interprétez ? ­

L’histoire de ce jeune médecin démobilisé un moi avant l’armistice de 1918 qui, enquêtant sur la mort suspecte d’enfants dit retardés, va rencontrer l’amour en la personne de cette jeune fille solitaire, réfugiée dans l’enfance et d’une fragilité psychique que certains n’hésitent pas à qualifier de folie, est un sujet qui m’a immédiatement attirée par son étrangeté et son originalité. Quant au personnage lui­-même, j’ai tout de suite senti qu’il pourrait me permettre de faire passer beaucoup d’émotions, car Laurent y avait indiscutablement intégré plusieurs facettes de ma personnalité.

Qui est­ elle vraiment, cette femme­ enfant mystérieuse que les gens disent folle ? ­

Catherine est assurément différente des autres et elle paiera cette différence, surtout en raison du conformisme du microcosme que constitue ce petit village de montagne où elle vit. Je crois que c’est avant tout sa fragilité qui m’a émue. Par ailleurs, j’aime beaucoup les aspects enfantins de son comportement que sont l’innocence et la violence intérieure. Les enfants ont ça en eux : naïveté, pureté et colère. En fait, je suis très sensible à son incapacité malgré son âge à s’intégrer au monde des adultes.

Vous interprétez ce personnage que l’on perçoit errer parfois aux limites de la folie d’une façon très mesurée. Vos gestes et vos regards sont certes intenses mais ne versent jamais dans le registre expressionniste.  Est-­ce une volonté imposée par Laurent Boutonnat, ou la façon dont vous teniez absolument à incarner Catherine ? ­

Me connaissant très intimement, Laurent savait que c’était de cette façon que j’aurais les meilleures chances de m’investir totalement dans le personnage. Donc, quand je lui ai suggéré cette approche, il a immédiatement accepté. En fait, je préfère les paroles murmurées aux mots criés : je n’aime pas imposer, je préfère proposer. Cela vient d’une pudeur et d’une timidité qui font partie de moi. C’est ma personnalité profonde et sans doute que mon jeu s’en ressent. Par ailleurs, dans cet univers qui un peu celui du conte où il y a un constant va­-et-vient entre le réel et l’irréel, la compréhension du personnage ne devait bien sûr pas, pour ménager un maximum d’ambiguïté, être trop évidente

Vous venez d’insister sur votre timidité et votre pudeur : ne pensez-vous pas que cette confidence peut paraître pour le moins sujette à caution, quand on sait que vous montez des spectacles durant lesquels vous devez nécessairement éprouver un immense plaisir à vous exposer aux regards de milliers de spectateurs ? ­

C’est vrai que cela peut paraître paradoxal. Mais en ce qui me concerne, il s’agit sans doute d’un plaisir masochiste car j’éprouve tout à la fois un désir névrotique à m’exhiber sous les projecteurs et une folle envie de me cacher. Je bascule constamment entre ce désir et ce refus et quand je fais de la scène, il est vrai que je suis angoissée par la perspective du rendez-­vous avec le public. Mais d’un autre côté, j’en ai besoin pour vivre car je préfère les choses brûlantes, même dangereuses, aux choses tièdes.

On le sait, vous manifestez depuis longtemps de l’intérêt pour le cinéma. Mais quels sont les films et les cinéastes qui ont le plus fortement marqué votre imaginaire ? ­

Côté films, le premier est indiscutablement « M le Maudit » de Fritz Lang. Plus récemment, je citerais « Witness » de Peter Weir que je trouve en tous points parfait, et « La leçon de piano » de Jane Campion, que je n’hésite pas à qualifier de chef­-d’œuvre. Pour ce qui est des réalisateurs, il y en a beaucoup, mais ceux qui me viennent spontanément à l’esprit sont David giorgi-14-cLean, notamment pour « La fille de Ryan », Ingmar Bergman, David Lynch, Steven Spielberg et Oliver Stone. En fait, j’aime les projets ambitieux, les metteurs en scène qui ont une démesure, une folie, comme celui que j’ai gardé pour la bonne bouche, c’est-­à­-dire Stanley Kubrick.

Pour conclure, pouvez-­vous nous parler de votre prochain projet ? ­

Sans doute un album, ou alors un nouveau film. Mais franchement, après ces longs mois de préparation et de tournage, au demeurant totalement passionnants, j’aimerais chanter de nouveau et refaire de la scène. Mais pour cela, il faut attendre que le réalisateur veuille bien délaisser sa caméra pour que le compositeur puisse retourner à son piano !

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AInsi est­ elle… parution dans LA NOUVELLE RÉPUBLIQUE

Posté par francesca7 le 12 février 2015

 

5 OCTOBRE 1994 – Entretien avec A.D.

Nb : cf la retranscription de l’entretien intégral dans la section Bonus.

Comment êtes ­vous passée du vidéoclip au long­ métrage ?

­ giorgi-10-aTrès naturellement. Le clip vous apporte une vraie frustration d’actrice. J’avais envie d’interpréter quelqu’un d’autre que moi­ même. J’étais déjà très attirée par le cinéma avant même de me lancer dans la chanson. On m’a proposé des rôles mais je ne trouvais pas ce que je cherchais. J’avais le sentiment que l’on cherchait à exploiter une image de moi­ même qui n’était pas celle que je voulais montrer.

Ce personnage de Catherine, il est proche de vous ?

­ Tout à fait. Cette fragilité, cette colère rentrée, cette sensation de n’être pas comprise et d’avoir un comportement irrationnel et différent, cette révolte contre la vie en général, cette part d’enfance qui est en elle, cette volonté de n’être pas passive, bref toute cette difficulté de vivre, c’est un peu moi.

Quel bilan tirez ­vous de cette première expérience au cinéma ?

­ L’envie de continuer à en faire le plus possible. La scène, c’est peut­ être ce qu’il y a de plus fort,  mais d’un point de vue ludique, le cinéma arrive en tête. Pour tourner, j’ai arrêté la chanson pendant deux ans. L’émotion que me procure le contact avec le public, je ne pouvais pas la ressentir éternellement. J’avais la volonté de préserver un sentiment vrai, de ne pas tricher…

Comment vous êtes­ vous préparée pour interpréter ce rôle ?

­ J’ai eu des entretiens bouleversants avec de véritables malades mentaux. J’ai étudié leur   comportement, notamment cette gestuelle très particulière d’un corps qui semble inerte alors qu’il y a une grande tension dans les membres. J’ai rencontré également des médecins psychiatres, bien entendu.

Avec le recul, que préférez­ vous : la chanson ou le cinéma ?

­ Un disque est plus dur à porter. Dans la chanson, ce sont vos mots, votre écriture qui sont en jeu. Un film, lui, est plus partagé par une équipe. Les mots que vous dites ne vous appartiennent pas. Et puis, j’aime bien que quelqu’un s’occupe de moi ! Actrice, je me laisse aller. Chanteuse, tout vient de moi.

Laurent Boutonnat est le seul metteur en scène avec lequel vous avez travaillé jusqu’ici. Il n’y a pas d’autres noms qui vous tentent ?

­ Si, beaucoup. David Lean, Jane Campion, Oliver Stone, Steven Spielberg, David Lynch… Ce ne sont pas les rêves qui manquent !

La chanson vous manque­ t­ elle par contre ?

­ Oui, et je vais y retourner, à moins d’une proposition fulgurante dans le cinéma ! Ma nature profonde ne me porte pas particulièrement à soigner mon image –même si le marketing a compté dans ma carrière­ mais vous savez, plus vous êtes silencieuse, plus on vous reproche ce silence et plus on vous attribue un comportement excentrique…

 

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LE PARISIEN : Mylène Farmer revient en pleine forme

Posté par francesca7 le 10 février 2015

 

29 NOVEMBRE 1996 – Entretien avec Alain MOREL

1996-15-bCette interview donnée pour la reprise du Tour 96 à Toulon est publiée en deux temps : d’abord le 29.11.1996, jour du démarrage de la seconde partie de la tournée puis le 12.12.1996 pour la  représentation parisienne du spectacle à Bercy. Par ailleurs, on retrouve cet entretien dans le Ciné Télé Revue de la semaine du 28.11.1996 sur une pleine page, avec des extraits de l’interview accordée au même journaliste en mai 1996 pour le lancement du spectacle et on retrouve dans cette parution quelques passages coupés dans le Parisien. Ce qui suit est une reconstitution de l’interview intégrale à partir de ces différentes publications.

Que s’est ­il exactement passé le 15 juin dernier à Lyon ?

­ Il devait rester environ vingt secondes de spectacle. Je venais saluer le public lyonnais pour la troisième fois après avoir chanté le dernier rappel de « XXL ». Nous nous sommes bousculés en avant ­scène avec un des danseurs et nous sommes tombés dans la fosse d’orchestre. Le choc a été terrible.

Quel a été le diagnostic médical ?

­ Le danseur était, par miracle, indemne, mais moi, outre des contusions un peu partout, je souffrais d’une grave fracture ouverte d’un poignet. J’ai été opérée en urgence dans un hôpital de Lyon où je suis restée cinq jours. Il était impossible de reprendre la tournée : les quatre­ vingt cinq personnes qui travaillaient sur la tournée ont du rentrer chez elles. Il y a eu ensuite une longue rééducation, puis une phase de convalescence à Paris et à Los Angeles.

Vous avez beaucoup souffert ?

­ Oui. Longtemps, surtout ! D’autant qu’il a fallu me réopérer fin juillet pour retirer les broches. Mais honnêtement, je m’en suis bien sortie, même si de temps en temps j’ai encore un peu mal.

Quand avez ­vous recommencé à travailler ?

­ Fin août, quand nous avons tourné le clip de « Comme j’ai Mal ».

Un titre prémonitoire !

­ Ce qui est incroyable, c’est qu’on venait juste de décider de sortir ce single quand l’accident est arrivé.

Evidemment, le calendrier a été un peu modifié…

Votre nouveau show est différent du précédent. Votre accident y est ­il pour quelque chose ?

­ Bien avant l’accident, j’ai fait une rencontre bouleversante avec un ouvrage : « Le livre tibétain de la vie et de la mort ». Du coup, mes angoisses se sont un peu dissipées. Quand on digère ce genre de choses, on se sent plein d’une énergie toute neuve.

Être en scène, pour vous si secrète, est ­ce réellement un plaisir ?

­ J’ai récemment acquis des certitudes, comme celle du partage, et sur scène, avec des couleurs blanches en plus et quelques anciennes chansons en moins, j’ai le sentiment de chanter un peu l’espoir. Le public m’a manqué. A Bercy comme ailleurs, je dis juste ‘Enfin !’.

 

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DIVERSES RADIOS RÉGIONALES pour Mylène

Posté par francesca7 le 10 février 2015

 

L’INSTANT X – DÉCEMBRE 1996

images (1)Cette interview a été enregistrée peu avant la reprise du Tour 96, à la fin de l’automne 1996 à l’adresse de plusieurs radios régionales (parmi elles Wit FM et Top Music) qui l’ont diffusée chacune à l’occasion du passage de la tournée dans leur région en décembre.

Bonjour Mylène, je suis tout à fait ravi de vous rencontrer. Je vais commencer par une question concernant l’album « Anamorphosée » : il avait une optique beaucoup plus rock, dira-t-on, un son plus rock. Est-ce que c’est une manière d’exprimer la violence, une violence plus affirmée que dans les précédents albums qui étaient plus pop ?

-Je ne crois pas que c’était réfléchi de cette façon-là. Je crois que c’est simplement une volonté –une envie, plutôt- que d’avoir des guitares, mais rien de réfléchi réellement. 

Parce que c’est vrai qu’on était un peu surpris par rapport à ce qu’on avait l’habitude d’entendre –ce qui est pas plus mal, d’ailleurs !

-C’est peut-être mon passage en Californie, peut-être. Et probablement à force, j’imagine, d’écouter la musique ou californienne ou américaine on s’en imprègne. Et puis un vrai désir que d’avoir des instruments lives puisque j’ai précédemment beaucoup utilisé justement ce qu’on appelle les machines (rires), donc ça a fait une couleur différente, oui. 

Diffusion de « L’Instant X »

Vous vous êtes davantage ouvert sur les autres et sur le monde dans ce dernier album, semblerait-il. « Rêver », par exemple, votre dernier tube, est un véritable appel à la tolérance, à l’amour de son prochain. Qu’est-ce qui a nourri ou quel évènement vous a guidé dans cette écriture de « Rêver » ?

-J’ai, je crois, toujours eu ça en moi. Maintenant, c’est vrai que d’affirmer, que de demander aux autres une certaine tolérance, il faut être peut-être plus en harmonie avec soi-même donc c’est peut-être ce qui m’a autorisée aujourd’hui à écrire des choses comme « Rêver »

Vous dites que vous êtes plus en harmonie avec vous-même : est-ce que c’est une chose que vous avez ressenti –enfin, j’ai pu lire effectivement des interviews dans la presse où vous disiez qu’entre trente et trente-cinq ans c’est un peu l’accomplissement, enfin on arrive à un moment crucial de sa vie…

-Crucial, ça, je ne sais pas, en tout cas c’est un moment qui est plus tendre pour moi, ou plutôt je suis plus tendre envers moi-même. Donc c’est un moment qui est plus agréable pour moi, oui, la trentaine que l’adolescence, que tout ce que j’ai traversé jusqu’à présent. 

Est-ce à dire –pour rebondir sur ce que vous dites- que le mythe Mylène Farmer tombe ? C’est-à-dire ce mystère qui régnait peut-être autour du fait que vous étiez moins en harmonie avec vous-même…

-Je ne sais pas. Si vous, vous parlez de mythe, moi je ne pourrai jamais évoquer ça me concernant. Maintenant, est-ce qu’un mystère –puisque vous l’évoquiez également- tombe parce que tout à coup on est plus réceptif au monde environnant : je ne le crois pas. Maintenant, s’il tombe et s’il est tombé, peu m’importe. Voilà ! (rires)


Diffusion de « Rêver » (live) (il s’agit de la version disponible alors sur le CD 2-titres de « Rêver », plusieurs mois avant la sortie de l’album « Live à Bercy ». La piste est néanmoins la même, simplement amputée de sa pré introduction et de sa reprise avec le public, nda).

Vous nous le disiez, Mylène, vous êtes plus en harmonie avec vous-même. Ca veut dire aussi que l’expression de la dualité s’exprime moins chez vous, à travers…La dualité, c’est-à-dire la violence / la douceur, la vie et la mort –un thème sur lequel vous êtes très souvent intervenue, donc cette dualité, notamment dans « Sans Logique »

-Je crois que cette dualité fait partie de moi et fera partie de moi jusqu’à la fin de mes jours. Maintenant, est-ce que j’ai envie de l’exprimer aujourd’hui ? Non. Je crois l’avoir assez fait. J’ai essayé, moi, de panser mes douleurs, maintenant en aucun cas ça n’épuise la dualité, voilà. Mais les douleurs sont moins vives et je suis guérie de certaines choses, donc c’est vrai que je les exprimerais moins facilement. Là encore, c’est pas une…comment dirais-je ? On change pas radicalement, on passe pas du blanc au noir. Maintenant, on peut avoir certains changements qui sont profonds, qui font que et votre écriture et vos thèmes de prédilection et votre musique vont s’en sentir transformés. 

Diffusion de « Sans Contrefaçon » (Boy Remix)

Justement, par rapport aux blessures : la compassion, c’est une valeur, une notion importante pour vous ? Je pense notamment à un titre qui s’appelle « Et Tournoie… » : ‘Sous ton âme la plainte amère / Panse-la, donne-la’ : ‘donne-la’, donc ‘partage-la’…

-Je crois qu’elle est devenue fondamentale, oui. Je crois qu’avant de s’intéresser à soi-même il est plus intéressant de s’intéresser à l’autre. Maintenant, vous dire que j’en fais une nourriture quotidienne… Je ne suis pas une sainte ! Mais quant à ces mots comme ‘tolérance’ ou ‘compassion’, ce sont des choses qui sont importantes dans ma vie, oui. Qui dirigent ma vie. images (2)Je crois qu’on a tous une difficulté que de vivre –peut-être pas pour tout le monde, mais on a tous nos problèmes- et que d’être concentré et être totalement nombriliste est quelque chose de totalement stérile. 

Diffusion de « Et Tournoie… »

À toutes ces questions qu’on vous pose sur l’enfance, votre vie affective ou amoureuse, votre sexualité, pensez-vous que vous avez déjà répondu dans toutes vos chansons, dans toute votre carrière jusqu’à présent, à toutes ces questions qui sont insidieuses et qui, à la limite, ne regardent personne ?

-C’est-à-dire, ça les regarde et ne les regarde pas : c’est toujours l’ambiguïté de ce métier –en tout cas, ce métier d’écriture. C’est vrai que si j’évoque quelque chose, on va me demander une justification. Maintenant, je suis d’accord avec vous : dès l’instant où j’ai écrit et mis ces mots sur un papier, je considère que j’ai fait ce que j’avais à faire, donc que je n’ai plus besoin de cette justification ou qu’alors on aura une lecture effectivement suffisante pour que je n’aie pas à rajouter des choses par rapport à ça. Mais c’est impossible puisqu’on demande éternellement une justification, le pourquoi du comment. Et puis, il faut pas oublier qu’une chanson, ça peut retranscrire un moment précis mais qui va s’évanouir deux heures plus tard. Maintenant, on a jeté ces mots sur le papier, donc trois jours plus tard il va falloir se justifier quant à ça. Et si je n’ai pas envie de me justifier ?! Mais donc voilà, là c’est l’ambiguïté de ce métier…

Et alors, par exemple, est-ce que quand on écrit une chanson, on l’écrit, on la chante, ensuite on la produit, on passe dans le studio etc. donc il y a tout un processus et ensuite on va la produire sur scène –en l’occurrence pour vous c’est vrai que la scène ne suit pas automatiquement chaque album- est-ce que vous arrivez à ressentir les mêmes choses ou à faire ressentir les mêmes choses, parce que c’est ça aussi la magie de l’artiste : c’est arriver à faire passer, même quelques mois après jeté comme ça ses mots sur le papier…Est-ce que c’est facile une fois arrivée sur scène, vraiment devant le public, de continuer, d’aller jusqu’au bout de ses paroles ?

-Ca me l’est relativement, si tant qu’il y a certainement des chansons que j’ai mis de coté. Maintenant, ne me demandez pas lesquelles parce que je ne sais pas moi-même ! (rires) Mais à partir du moment où je décide d’interpréter une chanson sur scène, il s’agit pas de se dire‘Voilà, parce que le dernier album est sorti on va mettre tout le dernier album’ : je crois que c’est un peu plus humain que ça. Donc pour répondre à votre question, toutes les chansons qui sont sur scène sont des chansons que je vis et que j’essaye de faire vivre avec le plus d’honnêteté que je puis. Une chanson comme… je ne sais pas…je pourrais chanter « Ainsi Soit Je… », maintenant j’ai préféré « Rêver » parce que c’est une chanson plus récente et qui est plus près de moi aujourd’hui. Mais si je devais chanter « Ainsi Soit Je… », je le chanterais avec la même émotion que sur la scène précédente parce que c’est quelque chose qui a fait partie de moi, donc j’ai la mémoire de tout ça. 

(« Ainsi Soit Je… » intégrera d’ailleurs le spectacle lors de la reprise de celui-ci quelques jours plus tard à l’occasion de quelques représentations, nda)

Diffusion de « Plus Grandir » (live)

Par rapport à ces deux chansons que vous citez, c’est assez curieux parce que « Ainsi Soit Je… », c’est une espèce de ‘amen’, comme ça, alors que « Rêver », ça projette des choses dans l’avenir. Est-ce que c’est ça le changement chez Mylène Farmer aujourd’hui, ou bien… ?

-(le coupant) Probablement. Là encore vous me demandez de m’expliquer, ou de tenter de m’expliquer. Il y a fatalement un changement en moi qui s’est produit. Je ne sais pas bien…Peut-être l’acceptation de certaines choses, ou en tout cas la démission d’autres choses.

Diffusion de « Ainsi Soit Je… »

On va parler du spectacle puisque c’est quand même un grand moment pour un artiste : c’est-à-dire qu’on est jeté en pâture, comme ça, à son public ! Moi j’ai eu l’impression en voyant ce deuxième concert –j’avais vu le premier- qu’il y avait peut-être plus une volonté de grand show, comme ça, et d’avant-gardisme, même. Est-ce que vous avez réussi au final à faire ce que vous vouliez ?
-Totalement, et là sans prétention aucune. C’est uniquement par rapport à ce que j’ai pu, moi, ressentir, totalement en harmonie avec ce que je voulais et évoquer et faire et vivre, donc c’est un joli cadeau pour moi. 

Est-ce qu’on peut mettre ça en parallèle avec systématiquement une manière de faire des remixes pour chaque morceau ? C’est vrai que c’est une tradition, je dirais, chez Mylène Farmer, que de remixer des morceaux. Est-ce que c’est des choses sur lesquelles vous donnez juste votre aval ou est-ce que vous le sentez bien ?

-Là encore, parfois on est un petit peu bridé par ce genre de choses. C’est vrai que moi j’aime bien les remixes en général et j’aime bien donner ma chanson à quelqu’un qui ne fait pas partie de mon univers, qu’on va prendre en Allemagne ou en Angleterre et qui va posséder la chanson ou la détruire pour en faire quelque chose d’autre. C’est toujours intéressant. Maintenant, est-ce que c’est une réussite à chaque fois : je n’en suis pas sûre ! Il y a des choses qui moi-même me surprennent et je me dis peut-être que sur une chanson –parce que souvent ou les anglais ou les allemands procèdent de cette façon : ils enlèvent totalement la chanson, laissent un mot et vont faire après tout le délire qu’on peut faire autour ! Maintenant, je l’ai accepté. Est-ce qu’on désincarne totalement une chanson ? Peut-être. Mais est-ce que c’est l’avenir d’une chanson, en tout cas est-ce qu’elle perdure ? Je ne sais pas bien. Peut-être c’est volontaire, dans le fond, que de détruire et désincarner quelque chose. Ce sont des choses qui devraient passer et s’oublier.

Est-ce que vous avez la même démarche, pareil, quand vous vous jetez en pâture à un photographe comme Herb Ritts ? Est-ce que, je dirais, on paye pour voir quand on va chercher Herb Ritts ou bien est-ce qu’on se dit ‘J’ai vraiment envie de travailler avec cet homme talentueux’ ?

-Non : on paye pour avoir ! Et ça, c’est un privilège, d’abord, que de pouvoir payer pour avoir et puis c’était un moment agréable pour moi, parce qu’on sait déjà qu’on fait appel à un talent qui est certain, donc il y a une angoisse qui est diminuée. Et puis c’est toujours intéressant : j’ai pas beaucoup travaillé avec des photographes hommes, masculins et c’était un regard qui était différent. Et c’est quelqu’un qui, je crois, malgré tout me connaissant très peu, a respecté ma personnalité tout en images (3)mettant son talent et tout ce qu’il a l’habitude de, lui, projeter. 

Je voudrais évoquer le concert encore : est-ce que pendant la tournée le concert a évolué ?

-Evolué… Je pense que plus on fait de concerts et mieux c’est. Mais des changements, aucun : ni l’ordre des chansons, ni le choix des chansons (comme précisé plus haut « Ainsi Soit Je… » sera pourtant interprété à quelques reprises à la reprise de la tournée, ainsi que « La Poupée qui fait Non » avec Khaled à Genève et à Paris, nda). Non, parce que là encore je crois que quand j’ai construit le spectacle, je savais ce que je faisais –en tout cas ce dont j’avais envie. En ça, ça n’a pas été modifié.

Publié dans Mylène 1995 - 1996, Mylène dans la PRESSE | Pas de Commentaire »

Mylène : RECONTRE AVEC LA PRESSE RÉGIONALE

Posté par francesca7 le 8 février 2015

 

giorgi-02-aSeptembre 1994 : Laurent Boutonnat, Mylène Farmer et Jeff Dahlgren ont rencontré tous trois ensemble ­ pour la seule fois ­ les journalistes à l’occasion de la projection de presse de « Giorgino ». Différents journalistes interviewent alors longuement les trois protagonistes séparément, et leurs déclarations seront très partiellement reprises lors d’articles accompagnant la sortie du film dans les quotidiens L’Alsace, Le Républicain Lorrain, Le Guide Mériodional, L’Est Républicain et La Nouvelle République , ainsi que dans le supplément lillois Sortir (cf. ces références). Ce qui suit est la retranscription intégrale de l’enregistrement (près de quarante minutes) de l’entretien avec Mylène Farmer.

Comme pour l’entretien accordé en 1988 à Télé Star (cf. bonus de l’année 1988), on peut s’amuser à repérer les déclarations qui ont été gardées et observer comment parfois elles ont été remaniées.

Comment avez­vous abordé le passage de la chanson au cinéma ? C’est quand même différent…

­ C’est un travail différent. L’émotion est prodigieuse en scène, donc je crois que émotionnellement, il est difficile de rencontrer quelque chose de plus fort que la scène, en tout cas pour moi. Maintenant, d’un point de vue plus ludique, c’est un métier passionnant. Difficile, mais passionnant.

Laurent Boutonnat vient de nous dire que le rôle était très proche de vous. Vous le sentez comme ça ?

­ On va dire que ça n’engage que lui ! (rires) C’est la fosse aux lions ! Je ne me sens pas, oui, radicalement opposée au personnage de Catherine. Je ne suis pas Catherine. Peut­être avons­nous en commun à la fois cette fragilité et cette colère rentrée qu’elle a en elle, cette sensation parfois de n’être pas comprise et d’avoir un comportement parfois ou irrationnel, ou différent et dont on veut bien vous condamner. Voilà, peut­être en ça, je… Et puis définitivement, je ne retrouve plus le mot, l’enfant, voilà, qui est en Catherine et que je retrouve avant tout. Je vais y arriver ! (rires)

Et la colère rentrée que vous avez en vous, c’est une colère contre quoi ?

­ Contre la vie en général.

C’est­à­dire les injustices… ?

­ Oui. J’ai une colère en moi, quelque chose d’assez violent contre l’injustice, oui certainement, mais tout : la vie en général, la difficulté de vivre et toutes ces choses­là. Ce n’est pas passif, voilà.

Comment ça s’est passé, l’écriture du scénario ? Vous étiez impliquée dedans ?

­ Du tout, du tout. Non, non, Laurent Boutonnat a écrit son scénario, ses personnages. On en a très, très peu parlé et mon souhait était de lire le scénario fini, terminé.

Est­ce que vous avez une tendresse particulière pour certaines scènes ?

­ Me concernant, ou le film en général ?

Non, non, où vous êtes dedans. Une scène que vous aimez…

­ J’aime une partie du film qui est la réanimation : j’aime aussi bien d’un point de vue narratif que montage.

Toute cette partie où Marie, qui est la gouvernante, délire, devient complètement folle, elle est à l’extérieur. La réanimation… ce que ça suppose également. Je trouve ce passage vraiment magnifique.

Quand il réanime la fille. C’est différent, parce qu’il le joue quand même…

­ Voilà, avec l’amour. Je crois que c’est tout dit !

Est­ce que c’est une façon d’aller justement contre cette colère­là ? Est­ce que ça aide ?

­ Je pense que c’est un pansement, oui. C’est un joli pansement et c’est fondamental, je crois, pour la vie de chacun. L’amour est un pansement à la colère.

Comment vous avez décidé le passage du clip au film, quelque chose où on doit faire passer beaucoup de choses en un temps limité à un film qui a le temps d’installer un personnage ?

­ J’allais dire, sans prétention aucune, très, très naturellement, si ce n’est que c’est vrai qu’il y a toujours une frustration dans un clip parce qu’il n’y a pas la parole ­ si ce n’est qu’il y a les mots d’une chanson et qu’on n’a pas le temps de développer un personnage. En tout cas, c’est très concis, donc je dirais plus une ‘frustration d’actrice’ dans les clips, et puis cette envie aussi dans le fond d’interpréter quelqu’un d’autre que soi. Ca, c’était fondamental pour moi. Même si bien évidemment il y a des choses que j’ai puisées en moi, c’est quand même un personnage qui n’est pas le mien.

Et l’envie de passer au cinéma date de loin pour vous, ou pas ?

­ J’ai souhaité, j’étais très attirée par le cinéma bien avant la chanson, et quand j’ai rencontré Laurent Boutonnat, notre naissance a été la chanson. Une naissance commune, sachant qu’on pouvait aussi s’exprimer au moyen des clips ­ ça a été très important pour moi­ avec toujours cette idée qu’un jour on ferait quelque chose : lui en tout cas, un film et moi également, ensemble ou non.

Donc c’était clairement l’idée de départ que vous avez réalisée…

­ Oui, absolument. Oui, oui. Notre rencontre…ces deux passions­là étaient en chacun de nous, définitivement.

Sur scène, vous vous dirigez vous­même, or là, c’est différent. Est­ce que vous avez découvert que vous aviez la docilité nécessaire pour vous laisser faire ?

­ Non. Non, je l’ai réellement décidé parce que je savais que c’était capital pour moi et pour le film, c’est­à­dire justement de n’avoir à la fois plus ces inhibitions qui font partie de moi dans la vie de tous les jours, c’est­à­dire de baisser les bras et de se dire « Maintenant, laissons­nous porter ». Et c’est quelque chose, oui, d’assez difficile, mais en aucun cas il n’y a eu de conflit ou quelque chose comme ça.

Et c’est la première fois dans votre carrière où vous vous laissez porter complètement ?

­ Oui. C’est­à­dire cette volonté que de ne pas tout contrôler, sachant que c’est aussi un travail commun malgré tout avec Laurent avec mes propres décisions, mes textes et des choses quand même qui m’appartiennent. Maintenant, sur un film, j’étais ‘au service’ d’un metteur en scène.

Oui, mais un metteur en scène que vous connaissez bien, quand même…

­ Bien sûr, mais ça c’est…

Est­ce que vous avez refusé des rôles déjà, auparavant ?

­ Oui. Oui, oui, on m’avait proposé quelques rôles avant, que je n’ai pas acceptés parce que je n’ai pas trouvé ce que je voulais. Mais j’aurais pu commencer avec quelqu’un d’autre, oui…

Quels genres de films est­ ce que vous aimez, que vous allez voir ? Quels réalisateurs ?

­ J’aime beaucoup, beaucoup de réalisateurs, donc je peux vous donner une palette de réalisateurs. J’aime beaucoup Spielberg, je dirais tous les Spielberg ­ à part peut­être « Jurassic Park » qui ne m’a pas vraiment touchée, mais tous ses styles. J’aime David Lean profondément, David Lynch, Oliver Stone, Jane Campion, découverte il y a longtemps, lorsqu’elle avait fait son premier film que j’avais vraiment adoré. Il y en a tellement…

Vous allez les voir en salle ou bien vous les regardez à la télévision ?

­ Non, je vais les voir en salle. La télévision dénature quand même beaucoup. J’aime le cinéma…

Qu’est­ce qui vous a poussé à refuser les films qui vous avaient été précédemment proposés ?

­ Parce que ou les metteurs en scène ne m’attiraient pas, ou des rôles qui ne me plaisaient pas. Maintenant, c’est difficile, parce que je ne vais pas vous dire quoi, qui et pourquoi… !

Non, mais quels genres de rôles c’était ?

­ A l’époque de « Sans Contrefaçon », c’était un rôle sur l’androgynie ; à l’époque de « Libertine », c’était un rôle un petit peu plus dénudé…

Oui, donc une exploitation de…

­ giorgi-02-eUn petit peu, oui, plus qu’une réflexion réelle et puis aussi, on m’avait proposé un film et je travaillais, moi, sur mon spectacle, donc j’ai privilégié bien évidemment le spectacle à un tournage.

Et là, le fait de vouloir faire un long­métrage, ça impliquait que vous arrêtiez de penser ou de vivre comme une chanteuse ?

­ Totalement, oui.

C’est la première fois. Comment vous l’avez vécu, ça ?

­ Plutôt mal. Plutôt mal, oui. Une sensation d’abandon et peur des retrouvailles, donc oui, c’est…

Ca fait combien de temps que vous n’avez plus chanté ?

­ Deux ans, au moins…

Ha oui ! Et les retrouvailles, alors, c’est pour quand ?

­ J’espère bientôt ! Je vais attendre, comme je disais, que le réalisateur délaisse ses caméras pour reprendre son piano. (rires)

Donc vous étiez dans un autre état d’esprit pendant ces deux ans…

­ Oui, totalement. C’est­à­dire se dire « Voilà, maintenant une page est tournée ».

Vous avez découvert quelqu’un d’autre ?

­ C’est un bien grand mot, mais en quelques sortes, oui. C’est ­à­ dire maintenant, voilà : passons à une autre expression et puis tant qu’on veut de moi… Mais on ne revient jamais de la même façon, et je ne sais pas de quelle façon…

Vous savez que si vous continuez dans une carrière d’actrice et chanteuse, vous ferez ça à chaque fois, faire des coupures entre chaque…

­ Je pense que ça sera de cette façon, puisque je n’ai fait qu’une scène depuis que je fais ce métier. Je n’ai eu le souhait de monter sur scène qu’une fois et j’ai attendu longtemps avant de le faire, donc en ce sens je n’ai pas tout à fait la même façon d’envisager le métier qu’un autre artiste, qu’un autre chanteur qui fait de sa vie des tournées, du studio, des choses comme ça. Moi, je n’ai pas fait ça : j’ai fait peu de disques, j’ai fait peu de télévision, peu de scène donc je continuerai dans ce sens­là.

Et pourquoi cette envie de faire peu, mais bien ?

­ Hé bien, parce que c’est fondamental pour moi.

On en a connu d’autres à votre place qui font à la fois chanteur, acteur, quelques fois même présentateur de télé et voilà, quoi… !

­ …et qui se cassent la gueule ! (rires)

De qui voulez­ vous parler ?! (rires) C’est assez étonnant de voir que vous coupez à la limite une carrière pour en commencer une autre alors que beaucoup à votre place auraient dit « Je vais tout faire en même temps »…

­ Pour des choses un petit peu moins élevées ­ déjà, d’un point de vue technique ­ Laurent Boutonnat étant le compositeur, s’il décide de faire un long­métrage, en aucun cas je ne peux le perturber et lui dire « Voilà, maintenant faisons un album ! »…

Vous pouvez peut­être aller voir d’autres compositeurs…

­ Oui, mais je n’en ai pas envie. Je n’en ai pas envie. Et quant à, je sais pas, essayer d’expliquer ça, la scène par exemple, c’est quelque chose pour moi qui ne peut pas en aucun cas être routinier. Mais une fois de plus, ça n’engage que moi, c’est très personnel. L’émotion que moi j’ai eu au travers de la scène, c’est quelque chose que je ne pourrai pas avoir ou ressentir de la même façon éternellement, je le sais. Donc j’ai ce sentiment aujourd’hui, puisqu’on en parle, que je ferai peut­être une deuxième scène, et peut­être plus jamais…

Vous avez peur de gâcher le moment en le multipliant…

­ Parce que je pense, oui, que les choses s’affadissent.

Vous pouvez avoir la même réaction par rapport au cinéma. Si vous faites trop de films, peut­être que vous n’aurez plus…

­ Mais je n’en ferai jamais trop, je le sais aussi. Je pense que j’aurai le même comportement ­ou appréhension par rapport au cinéma, bien évidemment.

C’est une façon de se préserver, ça…

­ On peut voir ça comme ça, oui. Tout ça, c’est conflictuel aussi : parfois, on se dit qu’on aimerait bien penser un peu autrement ou vivre les choses un petit peu moins intensément ou violement comme ça, parce que dans le fond, le résultat est violent, à savoir qu’une scène, ou deux, ou trois uniquement dans sa vie, dans une vie d’artiste, c’est peu, donc… Je ne sais plus ! (petit rire)

Ce que vous recherchez, finalement, c’est la pureté…

­ Oui, c’est des mots…C’est difficile de s’attribuer ces mots­là pour soi, mais en soi, oui c’est préserver un sentiment. C’est vrai que je ne voudrais pas arriver et avoir le sentiment que de tricher ou que de ressentir ‘à peu près mais pas tout à fait’…Ca, c’est quelque chose qui réellement tuerait ma vie d’artiste, voilà, le ressentiment. Définitivement, donc en ce sens ça parait toujours très dramatique, quand j’emploie des mots comme ça, mais c’est réellement ce que je ressens, donc c’est pour ça…

Vous dites que vous faites peu de choses pour vous expliquer, et pourtant on a l’impression, et je pense que c’est probablement utile pour vous, qu’on vous voit énormément et on a l’impression que vous êtes très présente : il y a comme un paradoxe. Vous dites « Je fais peu pour faire bien » mais en même temps on a l’impression que vous êtes tout le temps là ­ je m’en plains pas, hein !

­ Ca, je ne sais pas…

Il y a les chaînes de télé, vos clips passent… J’ajoute un élément : quand on parle aux photographes de presse, ils disent « Mylène Farmer, elle est très difficile à photographier ». Donc vous préservez votre image, il y a encore un autre aspect, là. Est­ce que vous jouez avec votre ça ? Est­ce que vous jouez avec votre image ?

­ (légèrement agacée, sa voix se fait plus aiguë) Non, il n’y a pas de… (le journaliste continue, mais Mylène l’interrompt fermement) Non, non, non mais comment ça pourrait exister ?!

Mais parce que vous avez une image, vous êtes quelqu’un qui n’existez que…pour beaucoup de gens, vous avez une image : vous avez cité tout à l’heure « Libertine » ou des trucs comme ça. Pour beaucoup de gens vous représentez quelque chose…

­ Je crois que l’image a été très importante. Le clip est né il n’y a pas très, très longtemps, pour moi, pour ma carrière, ça a été très important. Maintenant, quant à une difficulté que de me photographier ou de m’interviewer, ça a été une décision de ma part, parce que ce n’est pas un moyen d’expression pour moi qui est très facile, que c’est quelque chose que j’appréhende. Je n’aime pas parler de moi.

Ca se passe bien, là !

­ Oui, bien sûr…Mais, en ce sens, j’ai préféré faire le minimum. Quant aux photos, c’est pareil : avec les journaux ou la presse, il peut y avoir une exploitation qui est outrancière et dérangeante. C’est quelque chose que je ne veux pas m’autoriser, donc j’ai refusé ça également, peut­être aussi parce que le contrôle m’échappe parce que c’est difficile de demander à un journal que de contrôler tout. Maintenant, c’est un peu mon souhait aussi : je veux dire, si des photos sont faites, j’estime que j’ai le droit de choisir ces photos­là, en tout cas de donner mon avis ou de demander tel ou tel photographe. Donc c’est des choses qui en général ne sont pas acceptées.

Mais il y a une différence entre dire « Je veux choisir les photos » et refuser les photographes !

­ Je sais pas bien et puis je vais vous dire quelque chose : il y a aussi beaucoup de choses qui se disent et qui n’existent pas, aussi. J’en veux pour preuve une séance de photos que j’ai fait il y a deux jours ­ ça, ça expliquera bien des questions ­ et qui s’est très bien passée. Et le soir, quelqu’un qui travaille à mes côtés m’appelle pour me dire « Je ne comprends pas, qu’est­ce qu’il s’est passé pendant cette séance de photos ?

Tu as refusé d’aller faire des photos dans les jardins du Luxembourg ?! », et c’est né de nulle part ! Donc, pour vous dire que j’ai moi­même des informations d’un comportement qui n’existe pas ! C’est­à­dire, dans le fond, plus vous êtes silencieux et plus on vous reproche de silence et on essaie de vous attribuer des comportements excentriques.

Et ça veut dire certainement plus intéressés…

­ Appelez ça comme vous voulez. Parfois c’est véhément, parfois c’est…Mais voilà, un silence provoque une réaction et provoque parfois une animosité…

Ce qui est quand même fascinant dans votre carrière, c’est que vous arrivez sur le devant de l’actualité ­ on vous voit, on vous entend ­ et on a l’impression que vous vous retirez. Vous arrivez à faire ça, il y a deux cas en France : il y a Isabelle Adjani, après certains films, on ne l’entend plus parler, et puis vous. Comment vous arrivez à faire ça ?

­ Là, je parlerais de nature profonde, non pas de marketing. Je pense que si c’est sa nature profonde, je pense qu’à un moment donné l’extérieur l’accepte. Je crois que je ne sais pas très bien répondre à cette question, parce que c’est comme ça, parce que je ne peux pas faire autrement.

Donc c’est pas du marketing, ça…

­ Non, parce que le marketing, ça peut marcher un an, deux ans, trois ans, mais pas sur la longueur : ça, ça n’existe pas. Marketing, il y en a toujours dans une carrière, que ce soit pour un film, que ce soit pour la chanson. Pour tous ces moyens d’expression, le marketing existe, on ne peut pas l’occulter et le nier.

Maintenant, dans ces choses­ là, non, définitivement ce n’est pas du marketing. Et d’ailleurs, je ne cherche pas à me justifier par rapport à ça !

Mais on ne vous demande pas de vous justifier, d’ailleurs…

­ Non, non, bien sûr…

…on vous pose des questions sur ce qui vous rend différente de beaucoup d’autres dans le showbiz !

­ Oui.

Qu’est­ ce vous avez prévu comme émissions télé pour ce film ?

­ Je pense que je vais faire les journaux de 20h ­ c’est­à­dire que ce sont là aussi des choses qui sont brèves, concises ­ avec Patrick Poivre d’Arvor, et puis je crois Antenne 2. Et puis je ne sais plus ! (rires)

Ce genre de manifestation, un peu comme aujourd’hui ou un journal de 20h, vous le faites avec plaisir ou vous forcez quand même un peu ? C’est pas un plaisir, comme ça, de rencontrer… ?

­ Là, maintenant tout de suite, sans parler de plaisir, c’est plutôt agréable ­ si ce n’est que j’espère que j’arrive à répondre à vos questions ! Vous dire que je le fais spontanément : non, définitivement pas ! (rires)

Est­ce que vous avez ramené ces jolis bracelets de Tchécoslovaquie ?!

­ Non ! (rires) Bizarrement, j’ai eu ça je crois il y a dix ans, et je ne les ai jamais portés. J’ai décidé de les mettre aujourd’hui !

Un événement, c’est pour nous.

­ Mais c’est français.

Dans l’avenir immédiat, c’est la chanson ? Vous y retournez, ou… ?

­ J’ai pas compris !

Dans l’avenir immédiat, vous retournez à la chanson ?

­ Oui, je pense. A moins d’une proposition fulgurante ! (rires)

Spielberg ? « Jurassic Park 2 » de Spielberg ? (rires de Mylène) Justement, ils font un casting en ce moment !

­ Mais sinon, la chanson, un album, oui…

Ca vous manque ?

­ Oui, oui.

La sortie, c’est pour quand ?

­ Je ne sais pas…

L’an prochain ?

­ J’avoue que je n’ai même pas la notion du temps, donc… ! Un album peut mettre quatre mois ­ quatre ou cinq mois ­ et puis la préparation d’une scène, peut­être un an. Peut­être, je ne sais pas… (il faudra en réalité patienter un an tout juste pour l’album et un an et demi pour la scène, nda)

Est­ce que vous allez voir les autres sur scène ? Il y a France Gall, en ce moment…

­ Précisément France Gall, non. Je vais peu dans les spectacles, non pas par manque d’intérêt mais parce que je ne m’y sens pas bien, que d’aller dans des lieux où il y a beaucoup, beaucoup de monde…

Une salle, ça vous dérange, quoi…

­ C’est­à­dire, une salle, quand on est sur une scène et qu’on voit beaucoup de monde, c’est prodigieux !

Quand on est assis et que fatalement on vous repère, j’ai toujours un petit peu de mal. Mais ça m’arrive, bien sûr, d’y aller mais enfin depuis deux ans, quasiment personne. J’aurais adoré aller voir Nirvana et je regrette d’avoir manqué ce moment. (le suicide de Kurt Cobain remonte alors à tout juste six mois, nda)

Et à aucun moment il n’a été question que vous enregistriez ne serait­ce que la musique du générique du film, ou une chanson dans le film ?

­ giorgi-02-dOui, il y a eu un souhait de Laurent, peut­ être des choses vocales plus que des mots, parce que des mots je pense que c’était une erreur. Et puis finalement ça ne s’est pas fait pour des emplois du temps différents, et il a choisi et il a eu raison ­ des chœurs d’enfants, et c’est magique ! (rires) Mais essayer de faire une chanson, non, et essayer après de la mettre en clip…

Oui, par exemple…

­ …non, je pense que ce film ne méritait pas ça. (elle se reprend) Non, j’allais dire qu’il n’avait pas besoin de ça, j’ai fait une confusion !

Qu’est­ce que vous pensez de la musique du film ?

­ Je la trouve très belle.

En tant qu’actrice, vous vous préparez comment à un rôle comme celui­là ? Vous avez dit que vous vous laissez faire…

­ Pas de préparation, non. Si ce n’est le souhait de… j’ai demandé à un docteur en psychiatrie, je   voulais assister à des entretiens entre des malades et donc un docteur.

Et vous avez pu le faire ?

­ Pardon ?

Vous avez pu le faire ?

­ Oui, je l’ai fait.

Ca vous a apporté quoi ?

­ J’avais envie de voir pour Catherine, lui trouver une gestuelle qui était particulière, donc je savais que je pouvais voir ça, observer ça. C’est plus dans une gestuelle que pour tout autre chose, et puis parce que de toute façon le sujet est passionnant.

Et ces entretiens, ça se passait comment ? Vous étiez assise à côté du docteur ?

­ Oui, c’est ça : j’avais une blouse blanche, donc j’aurais pu être quelqu’un de l’hôpital !

Donc il y a des malades qui ont été auscultés par Mylène Farmer, il faut le savoir ! (rires)

­ Oui, c’est malheureusement difficile d’y trouver un sourire, mais…

Vous avez fait ça en milieu hospitalier, alors ?

­ Oui. Et puis ça a été relativement bref et j’ai essayé d’être la plus discrète possible. Mais c’est troublant. C’est troublant.

Ca se passe comment, ce genre d’entretiens ?

­ C’est des entretiens qui sont très courts ­ en tout cas cette journée­là­ avec des personnes très diverses, qui ont fait des choses très diverses aussi, pour certaines qui ne sortiront probablement jamais. Et puis, vu de l’extérieur, on a un regard totalement faussé, c’est­à­dire qu’on lui donnerait son ticket de sortie immédiatement ! Et puis, oui, c’est des gens qui sont sous l’emprise des médicaments, donc c’est toujours aussi un peu faussé…

Ca doit quand même être quelque chose de soit choquant, soit bouleversant, ce genre d’expérience…

­ Oui, parce que ces gens ­là aussi… Je fais référence à un des entretiens où la personne avait beaucoup d’humour, et c’est vrai qu’à un moment donné, déjà parce que c’est oppressant pour soi et qu’on se prend à rire ou à éclater de rire avec la personne, et que dans le fond médecin, c’est tout sauf ça qu’il faut faire, parce que c’est donner raison à cette personne. Et c’est vrai qu’on est hors de ce monde…

Les malades, c’était des hommes, des femmes… ?

­ Des hommes et des femmes d’âge très différents…

C’est vous qui avez eu le besoin de faire cette démarche ?

­ Cette démarche ? Oui, j’avais vraiment envie. Vous dire que j’étais persuadée d’y puiser quelque chose pour Catherine, ça c’était l’inconnu. Mais j’ai vu par exemple, pour les mains ça, c’est quelque chose que j’ai retenu, parce que ces malades ont souvent la tête baissée et ont une, j’allais dire, une hystérie, en tout cas une raideur dans les mains et souvent les doigts très écartés ­pas des choses molles, c’est toujours des choses très tendues. Donc, c’est peut­être la chose que j’ai essayé de retenir…

Et les médecins expliquent ça comment ?

­ Je n’ai pas posé la question. Et puis je crois qu’on est soi­même, quand on est dans une tension nerveuse, on a des choses qui se raidissent ­ c’est presque naturel ­ sauf que eux, c’est décuplé. Et puis c’est de l’inquiétude, je crois, qui arrive dans les gestes et dans les mains et le regard. Ces malades, c’est les yeux et les mains. Le reste du corps est plutôt inerte, en général.

On se sent comment face à ça ?

­ C’est bouleversant, c’est perturbant et puis on se sent totalement inutile, c’est la chose la plus difficile. Après, évidemment, on lit. On n’a pas le choix.

Vous êtes née à Paris ?

­ Non, au Canada, à Montréal.

Et vous êtes revenue très tôt ?

­ J’ai passé neuf ans là­bas.

Et vous êtes d’une famille artistique ?

­ Du tout !

Vous êtes le vilain petit canard de la famille !

­ Oui ! (rires)

Qu’est­ce que vous espérez du film ? Qu’il va y avoir plein de propositions cinéma ?

­ J’espère réellement qu’il rencontrera un public. C’est vraiment mon souhait principal maintenant. Dans un deuxième temps, oui bien sûr, j’espère qu’il m’apportera d’autres rôles. Mais, là, ma vraie angoisse, c’est ça.

C’est­à­dire que ­ imaginons le pire ­ si ça devient un échec, vous le ressentirez très mal ?

­ Très certainement comme un échec personnel, oui. Même si je ne suis pas responsable dans le fond, mais oui. Oui, parce que c’est important, vraiment important.

Vous allez le présenter à Montréal ?

­ Je ne sais pas. (rires) Peut­être !…

Et vous sentez le poids du film ? C’est lourd sur vos épaules comme le poids d’un disque ?

­ Non. Non, parce que le poids du film, là, est quand même bien distribué. Il y a quand même le personnage de Giorgino (sic) qui est très important, et puis…

Oui, mais vous savez quand même que le gros de la promotion va être fait sur votre nom…

­ Bien sûr, oui. Il me semble que le disque est plus dur à porter pour moi, plus lourd. (elle pouffe puis se reprend) Je vais presque me contredire dans la seconde, je crois : les deux sont très durs et très angoissants. (rires)

Ca fait une différence, pour vous ?

­ Pas réellement, puisque mon implication, j’allais dire, est peut ­être de la même force, de la même ampleur, oui. Si ce n’est que dans la chanson il y a mes mots, il y a l’écriture, donc c’est quelque chose de… Dans le film, les mots ne m’appartiennent pas : ce sont les miens, mais ce sont ceux de quelqu’un d’autre.

Pourquoi vous n’avez pas essayé d’être co­scénariste pour proposer vos mots ?

­ Parce que je pense qu’à un moment, on se perd, parce que je n’ai pas ce talent, tout simplement, et qu’à un moment donné je préfère que quelqu’un s’occupe de moi un peu. Non, avoir cette envie que quelqu’un vous dise « Voilà, j’ai pensé à toi, j’ai écrit quelque chose. Je t’ai donné ces mots­là, en tout cas au personnage, maintenant débrouille­toi avec ».

Vous pourriez avoir exactement la même envie pour la chanson, que quelqu’un vous amène une chanson toute prête, la musique et le texte tout faits…

­ Jamais, non. Non, sinon je n’aurais pas fait ce métier.

C’est­à­dire que vous êtes prête à vous abandonner quand vous êtes actrice, mais quand vous êtes chanteuse vous avez besoin de tenir les rênes du métier ?

­ J’ai besoin d’écrire mes mots pour pouvoir moi y donner ce que j’ai envie d’y donner, sinon ça ne m’intéresse pas.

Et vous n’imaginez pas encore écrire des mots pour un film ?

­ Non. Non, non…

Laurent Boutonnat va faire beaucoup de films en Tchécoslovaquie ? Vous allez faire des tournées maintenant ?

­ Non, non. Je crois qu’il doit recevoir une chaîne, peut­être oui. (on verra en effet Laurent Boutonnat accorder quelques petits entretiens en télévision pour la sortie du film sur France 2, Canal + et M6, nda) Il est toujours surpris d’être reconnu, mais c’est quand même très modéré !

Les conditions de vie sont difficiles, là­bas…

­ Le propos n’était même pas celui­là. Vous savez, on était dans des lieux tellement retirés du monde qu’on n’a pas été vraiment confrontés à ça du tout.

Le phénomène des fans, vous le vivez comment ?

­ Est­ce que vous pouvez préciser ? Vous pensez à quoi ?

Parce que vous faites partie des actrices ­ des chanteuses, pardon ! ­ qui ont des fans, avec tout ce que ça peut comporter comme comportements d’idolâtrie. Comment est­ce que vous vivez ça ?

­ J’ai fait attention à ça ­ si ce n’est que c’est quelque chose qu’on ne maîtrise pas, de toute façon ­ déjà en refusant de faire un fan­ club, voilà.

1996-05-cPourquoi ?

­ Parce que en tout cas que ça ne me convenait pas. Maintenant, que de rencontrer des personnes et leur comportement…il y a toujours des choses qui vous dérangent, mais pas pour soi, qui vous dérangent pour ces personnes ­là, parce que parfois ces personnes­ là sont très malheureuses et peuvent rester des journées entières, ou parfois des nuits, à attendre quelque chose. Donc si je peux le donner sur un très court instant, je vais le donner. Je préfère ! Maintenant, c’est vrai qu’on ne peut pas donner à tout le monde parce que après, c’est…

Vous imaginez par exemple qu’il y a des jeunes qui ont dans leur chambre des centaines de photos de vous, des t ­shirts… ?

­ Je ne veux pas penser à ça !

Nous vous remercions beaucoup. Merci pour votre gentillesse !

­ Merci à vous !

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L’OFFICIEL DES LOISIRS avec Mylène F.

Posté par francesca7 le 21 janvier 2015

 

1996-10-bJUIN 1996 – Entretien avec Emmanuel KHÉRAD

Sur scène, vous ne chantez plus des chansons comme « A Quoi je Sers », « Plus Grandir » ou « Puisque… ». Vous êtes dans un nouvel état d’esprit aujourd’hui ?

­ J’ai simplement changé. Je préfère ce que je suis aujourd’hui. Durant mon absence, j’ai fait l’apprentissage de la vie : j’ai voyagé et beaucoup appris. Je souhaite à présent aller de l’avant, quitter le cocon dans lequel j’étais enfermé. J’ai envie d’aller vers l’autre. Je me sens plus légère.

Comment vivez­vous le concert que vous donnez ?

­ Pendant le concert, je connais une émotion forte. Je considère cela comme nécessaire à ma vie. Je communique avec le public par des regards et il me reste toujours des visages en tête après. En  sortant, je suis heureuse. Et puis je trouve le spectacle très beau : il y a des choses que je souhaitais absolument, comme l’évocation du blanc par exemple.

Vous affichez une personnalité moins sombre qu’à l’époque de « Chloé » ou de « Jardin de Vienne ». Vous avez tourné la page ? Vous avez évolué ?

­ Je n’aime pas trop le terme ‘évoluer’. J’ai changé, et ce changement n’a pas été aussi brutal que vous pouvez le percevoir. J’essaye de ne plus m’envisager dans le futur, c’est un fardeau pour moi. Je vis dans l’instant présent.

Que représente l’échec du film « Giorgino » pour vous ?

­ « Giorgino » a été une période qui a certainement contribué à ce changement. L’apitoiement face à un échec ne fait pas partie de moi : c’est au contraire quelque chose qui me porte vers le haut. J’envisage toujours l’échec, il permet d’avancer.

Vous ne vous exprimez jamais sur des thèmes politiques ou sur des thèmes de société. Ce n’est pas votre rôle, selon vous ?

­ Je n’ai pas envie de délivrer des messages politiques, même si j’ai mon opinion. Je suis contre le racisme et pour la tolérance à tous les niveaux.

NB : cette interview a été donnée dans un salon du Zénith de Toulon, au lendemain de la première date du Tour 96, lors d’une rencontre avec plusieurs journalistes.

 

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Mylène Farmer métamorphosée

Posté par francesca7 le 17 janvier 2015

 

LE PARISIEN du 31 MAI 1996Entretien avec Alain MOREL

1996-09-bPubliée à l’occasion de la première représentation à Bercy du Tour 96, cette interview sera republiée, couplée à une nouvelle rencontre avec le même journaliste, cinq mois plus tard dans Ciné Télé Revue avec de nombreux passages coupés lors de la première publication. En février 1997, on trouvera également quelques passages retranscrits dans Salut, signés par un anonyme Kevin.

Voici la reconstitution de l’entretien intégral.

Vous avez entamé ce ‘Tour 96’ à Toulon, là où certains refusent de chanter, là où d’autres viennent pour s’exprimer. Etait­ce un choix délibéré ?

­ Non, si ce n’est celui d’une des plus belles salles de France. Sur scène, mon seul message c’est mon spectacle. Si je devais discourir, je le ferais ailleurs. Je sortirais des lieux communs détestables ! J’ai par ailleurs gagné un procès contre Jean­Marie Le Pen, qui utilisait un sosie de moi pour sa propagande. Je ne prétends pas non plus qu’un chanteur ne doive pas militer : je ne le fais pas et cela n’engage que moi.

Votre nouveau show est très spectaculaire. Est­ce pour vous protéger de l’intimité qu’impose un récital ?

­ L’analyse psychologique, il est trop tôt pour la faire ! (sourire) Je crois que je n’éprouverais pas de réel plaisir à être seulement derrière un micro. Mes envies de scène passent par ce goût du show à l’américaine, de ‘performances’, de polyvalence.

Une performance qui requiert une sacrée condition physique ! Vous la cultivez ?

­ J’ai fait appel à un préparateur physique, Hervé Lewis, qui m’a surtout entraînée à l’endurance : un peu de course à pied, de musculation, des massages et un régime alimentaire à base de sucres lents et sans Coca !

On vous dit végétarienne…

­ Je ne mange pas de viande, mais plus par goût que par convictions diététiques ou morales !

Qu’est­ce qui vous a décidé à revenir sur scène ?

­ Mon nouveau disque, le sentiment d’avoir fait le plein de sang neuf et la longueur de ces années sans le public.

Votre prestation semble plus généreuse, chaleureuse et optimiste, sensuelle aussi, qu’avant…

­ J’ai un peu changé de peau, je vous l’accorde volontiers !

A quoi dont­on cette évolution ?

­ Je me méfie du mot évolution, je lui préfère épanouissement. Depuis quatre ans, j’ai passé quatre ans à réfléchir, à me détacher de certaines choses, à ne m’attacher qu’au moment présent, à m’oublier au profit de l’autre, des autres. Après l’échec de « Giorgino », tout s’est encore accéléré : j’ai découvert le voyage et, ailleurs, le sentiment de vivre enfin en liberté, une sorte d’apprentissage de la vie qui vous fait vous sentir plus légère. Et puis, j’ai tiré grand profit d’une lecture bouleversante, un ouvrage de Sogyal Rinpoché, « Le livre tibétain de la vie et de la mort ». J’y ai appris quelques mots­clés, comme ‘impermanence’, l’idée que pour apprivoiser la vie il faut d’abord accepter la mort, celle aussi qu’il y a une vie après la mort. Si on les reçoit plein pot, ces idées­là font office de détonateur et lorsqu’on les digère, on sent en soi une énergie nouvelle.

Voilà enfin cette sérénité qui jadis n’était pas votre fort…

­ La sérénité, je ne l’ai pas atteinte. Il se trouve encore trop de chaînons manquants et je crains que le doute soit mon éternel compagnon de route, mais aujourd’hui ­ même si je ne renie pas Cioran ­ je remplacerais bien le cynisme par l’humour. Le nihilisme, c’est évidemment tentant face aux agressions de l’époque, mais son enivrement rend stérile. Une chanson comme « Plus Grandir », je ne pourrais plus la chanter. J’ai acquis des certitudes, comme celle du partage et je suis heureuse de terminer mon spectacle par un morceau d’espoir, de même que le colorer de blanc m’a inspirée, parce que c’est une couleur qui vous porte le haut.

Là, on flirte avec la religion, non ?

­ Le danger de la religion, c’est l’endoctrinement. Je considère le bouddhisme, avec sa légèreté et sa générosité, plus comme une philosophie.

Il vous a fallu beaucoup de philosophie pour oublier « Giorgino » ?

­ L’échec fait partie de ma pensée, il n’a donc pas provoqué de rupture. Je crois même qu’il a été un bienfait car il m’a obligée à fuir l’apitoiement sur moi­même et à boucler un cycle.

D’où votre affection pour cette phrase de Nietzsche : ‘Ce qui ne me tue pas me rend fort’ ?

­ Oui. Les difficultés de la vie, et principalement les déchirements entre les êtres, amènent à puiser en soi des forces insoupçonnées.

1996-09-dA dissiper les peurs, aussi ?

­ Non, mais les peurs c’est utile : elles vous dynamitent.

Vous voulez dire ‘dynamisent’ ?!

­ Oh, ça veut dire la même chose ! C’est un lapsus heureux ! (rires)

Et les excès, vous les revendiquez toujours ?

­ J’en aime certains comme j’aime la démesure. Je me méfie de la destruction et de l’irrespect de soi, mais je revendique le droit à la frénésie.

Aujourd’hui, de quelle culture vous nourrissez­vous ?

­ Je lis beaucoup, et pas toujours Sade ! (rires) J’écoute Bob Marley, Courtney Love et d’autres. Je regarde Planète et j’adore la peinture, Ernst ou Jérôme Bosch par exemple –mais je ne vous dirai pas si j’en achète !

Il paraît que vos voyages vous ont conduite à Bali…

­ Je n’y ai passé qu’un mois. Je me suis surtout partagée entre New York et Los Angeles.

Le soleil et les plages, c’est devenu votre truc ?

­ Les plages, non ; le soleil, oui ! Bien sûr, je ne pourrais pas vivre en Californie éternellement, mais de temps en temps l’espace, la surdimension, la qualité de vie quotidienne et même la perte d’identité, cela fait du bien. Et puis, à Los Angeles, j’ai aussi travaillé : enregistrer là­bas m’a galvanisée. Non pas que les musiciens y soient forcément meilleurs qu’ici, mais rencontrer d’autres gens, cela donne du punch à ce que l’on crée.

Qu’avez­vous pensé des gens du métier qui vous disaient finie ?

­ Les gens du métier, je ne les vois pas. Mon disque marche très bien : tant mieux.

Pensez­vous que l’image qu’on a de vous est juste ?

­ Il y a fatalement des erreurs, ne serait­ce que parce que le succès vous fige dans l’instant et parce que toute vision partielle est frustrante. Mais il ne faut pas trop s’attarder sur soi. Je communique avec les gens, je les ressens et je crois qu’au sortir de scène, je suis heureuse.

Sexy, vous l’êtes de plus en plus. Vous avez dit un jour que troubler était un jeu qui permettait de se détester un peu moins. A voir ce nouveau spectacle, vous devez commencer à vous aimer…

­ (sourire) Dire que je m’aime serait aller un peu vite en besogne, mais c’est vrai que j’accepte mieux mon enveloppe : je l’ai un peu rencontrée et je me sens plus prête à la partager. J’éprouve d’ailleurs une certaine fierté à porter de nombreuses tenues en scène et un réel plaisir à m’offrir.

Sur scène, vous mettez à un moment des hommes dans des bulles transparentes. Un de vos fantasmes ?

­ Qui sait ?! (rires) J’ai surtout voulu évoquer la matière plastique et les préservatifs. J’aime cette idée de bulle, de sécurité et de transparence. Mais le rêve, c’est quand même que l’on puisse très vite s’en passer !

Une autre chanson met en scène des drag­queens. On sait que la communauté gay vous apprécie beaucoup et on vous entend chanter dans « Pédale Douce ». Fascination ou militantisme ?

­ Je sais que je suis portée par la communauté gay mais il n’y a pas de philosophie là­dedans. La catégoriser, c’est déjà la différencier et je ne le fais pas. L’androgynie, plus on en parle et mieux c’est ! (sourire)

Qu’est­ce qu’on ne sait pas de vous ?

­ Que je ne sais pas du tout cuisiner ! (rires)

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Mylène Farmer pour VOGUE (Allemagne)

Posté par francesca7 le 10 janvier 2015

 

MARS 1996 – Rencontre avec Amélie NOTHOMB

1996-03-aDans le cadre de sa rubrique « Conversation », l’édition allemande du magazine Vogue offre ses pages à l’écrivain Amélie Nothomb dont le succès est alors récent. Alors qu’on lui demande de choisir une personnalité avec qui organiser cette rencontre, son choix se porte sur Mylène Farmer, qui accepte. La rencontre a lieu le 22 décembre 1995, dans un salon du Crillon, place de la Concorde à Paris, sous l’objectif de Marianne Rosenstiehl.

A parution, l’entretien entre les deux femmes est évidemment traduit en allemand (par Bettina Kaps). En voici une traduction vers le français personnelle.

Amélie Nothomb : Je me souviens très bien de la première fois où j’ai entendu votre musique. C’était pendant les vacances de Noël, en 1986. Ma cousine chantonnait « Libertine ». Moi, je n’avais encore jamais entendu cette mélodie. ‘Comment ? me dit­elle Tu ne connais pas Mylène Farmer ?’. Depuis, je suis devenue une grande fan de vos clips. A mes yeux, vous êtes la chanteuse qui propose les clips les plus beaux, les plus talentueux !

Mylène Farmer : Quant à moi, j’ai lu vos livres. C’est la raison pour laquelle j’ai accepté cette rencontre.

AN : Je le sais bien. J’ai appris à connaître grâce à vous un auteur qui m’a marquée : dans l’une de vos interviews, une fois, vous aviez déclaré aimer Luc Dietrich.

MF : Ses livres ne quittent jamais ma table de nuit !

AN : C’est un des rares auteurs qui parvient à écrire en se mettant dans la peau d’un enfant sans se rendre ridicule. J’ai moi­même décrit ma propre enfance dans « Le Sabotage Amoureux » ­ pas de la meilleure manière, à mon goût.

MF : J’ai fait des chansons sur le thème de l’enfance, particulièrement sur la peur de grandir.

AN : Dans votre chanson « Plus Grandir », vous chantez que vous vouliez rester une enfant…

MF : C’est quelque chose que je ne peux pas expliquer moi­même et je ne l’ai pas perçu comme un traumatisme. J’ai vécu au Québec jusqu’à l’âge de neuf ans. Je n’ai conservé qu’un seul souvenir marquant de cette période : celui de la neige.

AN : La neige est récurrente dans vos clips, dans votre film également. Je regrette de n’avoir pu voir « Giorgino ». Il n’est resté que deux semaines à l’affiche à Paris et comme je vis à Bruxelles, je l’ai manqué.

Malgré tout, je sais tout à son sujet, j’ai dévoré tout les articles le concernant. Je suis convaincue qu’il est formidable, quand bien même beaucoup de critiques ont prétendu le contraire. Laurent Boutonnat, qui l’a réalisé, est à mon sens un génie.

MF : Notre film a essuyé des critiques particulièrement violentes. Avant même qu’il ne soit sur les écrans, nous savions déjà qu’il se ferait éreinter. La critique principale était qu’il s’agissait d’un long clip…

AN : Je rêve d’un clip long de deux heures !

MF : Le maquillage, les costumes, l’éclairage : les possibilités qu’il offre sont trop peu exploitées par le cinéma. Qui plus est, le jeu est pour moi important, qu’il s’agisse de jouer son propre rôle ou celui d’un autre moi. J’écris également moi­même  les textes de mes chansons. Ce sont autant de moyens de m’exprimer à travers l’art.

AN : Voilà quelque chose qui m’a frappée : vous vous déguisez souvent. Cependant, vous passez pour être  une artiste relativement discrète…

MF : Lorsque j’apparais nue, quand je fais des photos dites sexy, les journalistes écrivent que je suis impudique et que je n’ai aucun mystère. Que je puisse être si discrète au quotidien leur apparaît comme un vrai paradoxe. C’est pourquoi ils sont dans l’attente d’une justification de ma part. Je déteste cela !

AN : Vous n’avez pas à vous justifier. On ne doit le faire que lorsqu’on a commis des erreurs.

MF : Le clip de « Libertine » a été interdit de diffusion en Allemagne. Quelle hypocrisie ! J’ai déjà vu des films pornographiques à la télévision allemande !

AN : Je n’ai pas encore eu l’honneur d’être censurée…

MF : Cela m’étonne !

AN : Ma famille tient mes livres pour de la pornographie. Vous savez, la Belgique est aujourd’hui encore un pays du XIXème siècle. De plus, je descends de l’aristocratie catholique extrêmement conservatrice.

MF : Votre famille ne veut plus avoir affaire avec vous ?

AN : Précisément. A l’exception de mes parents qui acceptent mes ouvrages. Mon père était diplomate, ce qui nous a permis de vivre à l’autre bout du monde ­ en Asie. Vous savez, la famille Nothomb n’a pas à être fière de son comportement pendant la deuxième guerre mondiale. Je suis reconnaissante envers mes parents d’avoir pu grandir en Extrême­Orient. Lorsque j’ai débarqué à Bruxelles à l’âge de dix­sept ans, j’ai été stupéfaite de constater la consternation des gens lorsque je déclinais mon nom de famille. Aujourd’hui encore, les Nothomb jouent un rôle dans la vie politique belge. Moi, je n’ai rien à voir avec cela.

MF : Votre père n’est­il pas aussi artiste ?

AN : Oui : ambassadeur le jour, chanteur d’opéra nô japonais médiéval le soir !

MF : Merveilleux ! C’est une musique mystérieuse, fascinante.

AN : L’opéra nô le plus court dure quatre heures. Enfants, nous devions assister à la représentation entière, qui plus est à genoux. Aujourd’hui, nous pouvons nous asseoir et même somnoler ­ cela nous aurait été impossible à l’époque. Combien de dimanches avons­nous passés à écouter papa chanter ! Je m’ennuyais terriblement, d’autant plus si je comprends le japonais moderne, je n’entends rien au japonais médiéval !

MF : De mon côté, les rapports familiaux sont tout autres. Naturellement, je garde le contact mais nous parlons peu les uns avec les autres. Je présume que ma mère et mes autres proches sont fiers de mon succès. Mon père n’est plus de ce monde. Il est décédé quand j’avais vingt et un ans, alors que je débutais ma carrière. (erreur de retranscription ou, plus étrange, de Mylène ? Son père étant décédé en juillet 1986, elle avait donc vingt quatre ans à ce moment, nda) Je n’ai reconnu que sur le tard à quel point il était important pour moi. Avec qui vivez­vous ?

AN : Avec ma sœur Juliette, un être extraordinaire. Dans notre enfance, nous étions tout l’une pour l’autre. Nous avons été toutes deux atteintes d’anorexie, seulement je suis seule à l’avoir vaincue. Elle a définitivement arrêté de grandir à l’âge de seize ans. Aujourd’hui, elle en a trente et un et c’est toujours une enfant. Elle rejette les gens, personne ne doit pénétrer chez nous ou bien elle se met à hurler. Elle n’a besoin que de moi.

MF : Moi je vis à Paris avec mon petit singe capucin. Croyez­vous que vous aurez un jour le besoin de quitter votre sœur ?

AN : Non, car je n’ai pas encore ressenti le besoin de me marier et d’avoir des enfants. Qui plus est, je mène une vie sentimentale somme toute normale, mais toujours en dehors de chez moi. Il en résulte pour moi une vie aventureuse, et ça me plaît.

MF : La prolongation de moi­même, c’est quelque chose que je n’arrive pas à imaginer pour le moment. Pourtant, j’aime les enfants.

AN : Ecrire est plus simple que bien des choses de la vie de tous les jours…

1996-03-cMF : L’écriture semble également être angoissante pour vous. Il paraît que vous ne pouvez créer qu’en ressentant la sensation du froid.

AN : C’est exact. Dès que j’écris, le froid s’installe en moi, la température de mon corps chute. Pourtant je ne suis pas frileuse. Pour écrire, je dois m’emmitoufler comme un yéti dans un grand manteau de laine et je porte même un bonnet. Le froid m’est très désagréable mais c’est l’envie d’écrire qui domine.

MF : On dit pourtant que plaisir et douleur ne font pas bon ménage.

AN : Ce mystère, j’en fais l’expérience au quotidien : j’écris tous les jours, au moins quatre heures.

MF : Est­il exact que vous ne dormez souvent que deux ou trois heures par nuit ? J’imagine très bien que, conjuguées à vos angoisses, vos nuits doivent être terribles. L’écriture est un remède à la solitude.

AN : L’insomnie ne me dérange pas. Rechercher le sommeil en vain, oui. Les pensées qui m’assaillent dans ces moments­là sont terrifiantes.

MF : Je connais cela aussi, quand des pensées contradictoires s’affrontent, jusqu’à en devenir folle.

AN : D’autant que toutes deux nous avons un univers quelque peu morbide. Les nuits où je ne parviens pas à dormir, tout tourne autour de la mort et de cadavres : insupportable ! Je suis certaine que j’ai choisi d’écrire pour échapper à cette abomination. En écrivant, je ne souffre plus. Même quand j’écris des choses terrifiantes, je ressens un plaisir immense. Les passages les plus dramatiques de « Hygiène de l’assassin », où Prétextat Tach étrangle de ses propres mains sa jeune amie, m’ont provoqué un fou rire.

MF : Cela fait apparaître ces passages encore plus cruels et inquiétants !

AN : On m’a qualifiée de sadique ­j’ignore si c’est vrai. Dans la vie quotidienne, certainement pas !

MF : Je ne vous considère pas comme sadique. Vos livres dérangent, c’est pourquoi ils me plaisent. Ils font naître du rejet et du trouble, des réactions très vives. Dans mon travail aussi la mort tient une place importante, après tout elle fait partie de notre existence. Mais maintenant j’ai changé : je suis moins obnubilée par l’idée du néant, de même que par la mort.

AN : J’ai vu ai vue une fois dans une émission où vous pouviez choisir des images (« Mon Zénith à Moi », 10.10.1987, cf. cette référence, nda). Vous aviez alors sélectionné des images de cadavres et de têtes coupées. J’avais trouvé cela écoeurant !

MF : (rires) Je voulais montrer la beauté qui se trouve dans la violence et l’horreur, c’est pourquoi j’avais choisi deux reportages sur des exécutions humaines. Naturellement, une exécution est quelque chose de répugnant et de cruel, mais il s’en dégage une vraie force. Les mots me manquent pour exprimer ce que je ressens.

AN : Vous aviez à ce moment­là dit que voir ces images vous procurait de la joie.

MF : C’était sans doute maladroit. Il faut faire attention à ce que l’on dit et aux conséquences qui peuvent en découler. La mort d’un proche peut aussi être quelque chose de fascinant : quand j’ai vu cette personne étendue, morte devant moi, il me vint à l’esprit que c’était comme une mise en scène. Suis­je morbide ? Est­ce que c’est au­delà de ça ? Est­ce une preuve d’amour ? Je n’en sais rien.

AN : Depuis peu, on sent en vous une influence tibétaine. Que s’est­il passé ?

MF : Je n’ai pas beaucoup travaillé pendant trois ans, j’avais besoin d’oxygène. C’est pourquoi je suis partie aux Etats­Unis –mais l’endroit n’a pas d’importance. J’ai trouvé là­bas par hasard un livre tibétain traitant de la vie et de la mort. J’ai tiré quelques vérités de cet enseignement bouddhiste, à commencer par l’idée qu’il y a une vie après la mort. Cette idée m’a réconfortée. Ce livre a été un pansement pour moi.

AN : Aujourd’hui, vous n’avez plus de doutes ?

MF : Maintenant je ne me laisse plus abattre par l’idée de la mort du corps. Je me dis : oui, il y a une vie après la mort. J’essaye de changer.

AN : C’est quelque chose que l’on ressent dans votre récent album, « Anamorphosée ». En parlant d’immortalité, la célébrité d’une écrivain ne supporte pas la comparaison avec celle d’une chanteuse. Ma notoriété est supportable, amusante même. Votre gloire doit prendre des dimensions considérables : il paraît qu’il y a des fans qui dorment devant votre porte. Comment vivez­vous cela ?

MF : Je dédramatise. C’est la seule façon pour moi de le supporter.

AN : Et quelle était cette histoire de meurtre ?

1996-03-fMF : Ce fût très pénible : un déséquilibré qui voulait me rencontrer a fait irruption dans ma maison de disque et a tiré tout autour de lui avec un fusil. Le standardiste a été tué, c’était un jeune homme de vingt­huit ans. Ca a été un des événements les plus marquants de ma vie.

AN : Tournerez­vous à nouveau un film avec Laurent Boutonnat ?

MF : Je ne sais pas. Je crois que l’échec de « Giorgino » a été un coup de massue pour Laurent.

AN : Puis-­je vous confier l’un de mes rêves ? Plusieurs producteurs ont voulu porter au cinéma « Hygiène de l’assassin », mais à ce jour tous les projets ont échoué. Je souhaiterais que Laurent Boutonnat le filme et que vous jouiez le rôle de la journaliste.

MF : J’ai offert récemment vos livres à Laurent. Je vais lui faire part de votre souhait. Je vous le promets.

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Le Poupée de cire, poupée de sons de Mylène

Posté par francesca7 le 3 janvier 2015

 

Dans LIBÉRATION du 7 NOVEMBRE 1995

Entretien avec Laurent RIGOULET

1995-06-bA propos de sa fuite de Paris, quelques mois plus tôt :

­ J’ai envie de voyager. Je n’ai pas de réponses sur l’avenir. J’avais envie de voir la lumière. Paris, c’était le noir. Je n’exclus pas l’idée que je suis partie pour me reconstruire.

A propos de ses deux singes capucins, E.T. & Léon :

­ Il n’en reste plus qu’un, E.T., une femelle. Un vrai caractère, susceptible, attentif…

A propos de l’échec de « Giorgino », un an auparavant :

­ Une sanction inhumaine. Plusieurs années difficiles à surmonter, et tout se volatilise en deux jours. Je l’ai admis ­ disons que je l’ai toléré. Mais mon envie de partir était liée à cette période.

A propos de son enfance et de son adolescence :

­ J’ai tout oublié, hormis la neige. On m’a dit que j’en mangeais beaucoup ! Je m’ennuyais, j’étais solitaire.

J’écoutais Genesis, les Doors, les Eagles, Bob Marley, Gainsbourg, Barbara, Dutronc…

A propos de ses velléités d’actrice :

­ Du jour où j’ai quitté l’école, j’ai décidé que je voulais être actrice. Je ressentais déjà cette envie d’être en pleine lumière et de ne pas m’y exposer en même temps. Jouer me procurait du plaisir et un vrai déplaisir.

Etrange…Je n’ai pas insisté.

A propos de ce qui lui a plu chez Laurent Boutonnat :

­ Son physique de romantique, ses yeux bleus, très pâles, son côté secret. Il parle peu, comme moi…

A propos de son rapport à l’image :

­ J’ai toujours aimé l’idée d’exister dans le regard de l’autre.

A propos de ses goûts littéraires :

­ Je m’intéresse à Sade, à Henry James, aux romans russes, aux symbolistes. La poésie m’a enflammée : des gens avec qui je pouvais dialoguer en silence…

A propos de l’implication de Laurent Boutonnat dans son imagerie :

­ C’est un peu des deux : moi en libertine, c’était lui ; « Sans Contrefaçon », c’était moi. J’avais mis un mouchoir dans mon pantalon à la maison, pour voir. J’aime me travestir. On m’a longtemps appelée ‘mon petit garçon’ !

A propos de l’état d’esprit dans lequel elle est sortie du tournage de « Giorgino » :

­ Ce serait mentir de dire que j’étais heureuse…

A propos de sa nouvelle philosophie de vie :

­ Je me sens mieux depuis que j’ai compris qu’il y avait une vie après la mort. Et j’ai une force en moi : je peux tomber très bas, me laisser descendre, mais je repars toujours. Je m’interdis de sombrer totalement.

 

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RTL reçoit Mylène en 2006

Posté par francesca7 le 3 janvier 2015

 

1er DÉCEMBRE 2006 - Entretien avec Stéphane BOUDSOCQ

 2006-03-aEn préambule, le journaliste nous explique que l’entretien s’est tenu le 27 novembre 2006, dans les locaux de la société de production de Luc Besson, faubourg Saint ­Honoré ainsi que les circonstances de celui­-ci : en préparant une interview avec le réalisateur, Stéphane Boudsocq lui a fait part de son souhait d’interviewer Mylène Farmer, qui double l’un des personnages principaux de son film « Arthur et les Minimoys », une première dans sa carrière. Le jour de la venue de Luc Besson dans les locaux de la station, celui­ci informe alors le journaliste que Mylène Farmer se prêtera au jeu de l’interview le soir même, avant de se rendre à l’avant­première du film au cinéma Gaumont Marignan des Champs­Élysées.

Pourquoi avez­vous accepté de prêter votre voix à un personnage de dessin animé, de jouer le jeu avec Luc Besson ?

­ C’était un souhait de ma part que de faire une voix pour un dessin animé. J’adore l’animation, et c’est Luc qui est venu à moi et qui m’a proposé donc de faire cette voix pour la princesse Sélénia. Il m’a présenté les livres d’ « Arthur et les Minimoys », mais surtout le décor des miniatures du village des Minimoys et je suis tombée vraiment, vraiment amoureuse de ce village, de ce travail.

Si vous deviez présenter justement Sélénia à une petite fille, un petit garçon, un spectateur qui va voir le film, qu’est­-ce que vous diriez ?

­ C’est une princesse qui est émouvante, je crois, qui est drôle parfois, qui est espiègle. C’est une battante, une meneuse et je crois que toute petite fille ­ et même plus grande ­ peut s’identifier à ce personnage.

Dans l’univers de Luc, que vous connaissez bien, qui a réalisé un de vos clips il y a quelques temps (« Que mon Cœur Lâche » en 1992, nda), qu’est­-ce qui vous attire ? Qu’est­ce qui vous charme ?

Qu’est­-ce qui vous émeut, peut-­être ?

­ Ecoutez, essentiellement le monde de l’enfance. Je pense que je suis moi­même une grande personne qui a peu envie de grandir ! Essentiellement l’enfance : c’est ce qui m’a touché dans les films en général de Luc, et tout particulièrement ce dessin animé.

Qu’est­ce que vous aimez et qu’est-­ce que vous regardez au cinéma ?

­ J’ai une passion pour le cinéma depuis très, très longtemps. Si je dois trouver un metteur en scène, ce serait avant tout David Lean, « La Fille de Ryan » en particulier, mais aussi « Oliver Twist », « Brève Rencontre », tous ses films ! J’adore ­ j’adorais, puisque cet homme a disparu. J’aime beaucoup le cinéma coréen, j’aime le cinéma russe, parfois le cinéma américain : David Lynch, cette fois, ‘­ch’ (rires), que j’apprécie énormément.

J’aime…C’est toujours au moment où on vous demande de donner des noms qu’on les oublie, mais j’adore le cinéma. C’est essentiel dans ma vie.

2006-03-cEst­-ce qu’on vous reverra au cinéma ? Parce qu’on se souvient de « Giorgino », vos clips qui sont également très, très mis en scène, vos spectacles, mais à l’écran, c’est une envie que vous avez ?

­ C’est une envie. Quand j’ai commencé, avant même de découvrir le métier de chanteuse, j’avais pris des cours de théâtre pendant trois ans, donc c’était vraiment quelque chose qui m’intéressait, m’attirait. J’ai fait ce premier projet qui était « Giorgino » et qui n’a pas rencontré malheureusement son public, et là quelqu’un est venu vers moi et j’ai un projet enfin qui me tient vraiment à cœur. Maintenant voilà, on sait ce que peuvent devenir les projets : parfois, malheureusement, ils s’éteignent. Mais je serai en tout cas très, très heureuse que de faire un deuxième film.

 

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LE JOURNAL DU DIMANCHE reçoit Mylène

Posté par francesca7 le 1 janvier 2015

 

8 JANVIER 2006 – Mylène Farmer habillée pour l’hiver

Entretien avec Henry­Jean SERVAT

2006-01-bMylène Farmer, à quelques jours de votre premier concert, quel est votre état d’esprit ?

­ Hypersensible, angoissée. J’ai la peur au ventre, mais je me sens aussi et surtout très heureuse, tellement heureuse de retrouver mes fans. Il s’agira de l’un des moments essentiels de ma vie. J’ai hâte !

Pour votre retour sur scène, vous cherchiez des idées pas cousues de fil blanc et un couturier qui vous taille des costumes dans l’étoffe de ses rêves…

­ J’avais une seule idée en tête : trouver quelqu’un ayant un véritable univers et des correspondances avec le mien. Quelqu’un de surdimensionné. Le hasard me l’a fait rencontrer en la personne de Franck Sorbier.

Que vous ne connaissiez pas auparavant…

­ J’avoue ! Ce qui n’a rien d’étonnant, puisque non seulement je n’assiste pas aux défilés de couture, mais encore je ne sors jamais ! (on a pourtant vu régulièrement au fil des ans Mylène Farmer assister à des défilés haute couture, nda)

Puisque vous ne mettez jamais les pieds dehors, comment alors l’avez-­vous découvert ?

­ Chez moi, j’ai vu dans un magazine un joli reportage sur les préparatifs et les répétitions d’un opéra magnifique, « La Traviata ». Je suis tombée en admiration devant l’une des robes de l’une des cantatrices : elle était longue, façon Second Empire. Elle s’étalait, rouge sang, somptueuse, gigantesque, comme une coulée de tissu, une cascade de lave voluptueuse. J’ai compris immédiatement que c’était là le genre de tenues que j’attendais. Un coup de foudre et une évidence !

Alors, votre première rencontre ?

­ En silence ! Je lui avais demandé de venir à moi seul. Franck est quelqu’un d’extrêmement secret qui ne sort pas facilement de sa réserve et qui ne trahit pas aisément ses émotions ­un langage que je comprends très bien ! Nous nous sommes d’emblée reconnus et bien entendus, sans avoir à nous parler. Nous vivons l’un et l’autre dans le doute permanent, avec par­dessus tout le souci du travail très bien fait.

Qui a donné les idées à l’autre ?

­ Franck n’était pas, je crois, plus familier de mon univers que je ne l’étais du sien. J’avais des thèmes en tête quant aux décors et quant aux costumes.

Êtes­-vous intervenue dans leur élaboration ?

­Oui, à partir des croquis qui m’ont été proposés. J’ai découvert les métiers à l’ancienne qui composent le monde de la haute couture. Je n’ignore plus rien du vocabulaire des tissus ! J’ai partagé toutes les étapes de la création. Nous sommes partis de choses existantes, revisitées par moi. Au final, ce ne sont pas des costumes que je porte, ce sont des costumes fous et insensés qui me portent et me transportent. Chacun des sept ! (Mylène portera finalement cinq tenues différentes sur scène pour ce spectacle, nda)

Qu’allez­vous faire de vos costumes, le spectacle terminé ?

­ Je vais les garder chez moi. Tous les garder ! J’ai même déjà acheté des mannequins de modéliste pour les mettre dans une pièce ! (certains d’entre eux seront d’ailleurs prêtés par Mylène pour une exposition consacrée à Franck Sorbier à Lyon en 2008, nda)

 

 

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MTV RUSSIE avec Mylène Farmer en 2000

Posté par francesca7 le 30 décembre 2014

 

8 MARS 2000

2000-03-cAprès une présentation de Mylène par un jeune présentateur et des images de « Tomber 7 fois… » extraites du « Live à Bercy », on découvre Mylène assise sur un canapé en cuir, vêtue d’une veste en jean et d’une longue jupe écru, faisant face à ce même présentateur.

Mylène Farmer : Je change…En général, je ne modifie jamais un spectacle, mais pour la Russie j’ai ajouté deux chansons (« Que mon Cœur Lâche » et « Je t’aime Mélancolie », nda) que le public russe connaît, je crois. C’est la seule chose qui est différente.

Medley d’images du « Live à Bercy », par­dessus lequel est diffusé « Déshabillez­moi » extrait du film « En Concert ». Le medley s’achève par des images de cette prestation live…entrecoupée par des plans du public issu de la vidéo live de 1996 ! Sur ces images, le journaliste explique que les albums de Mylène évoquent toujours des choses très personnelles.

MF : Je crois que…oui, chaque album est une partie de ma vie et fatalement, ça vous égratigne un peu.

Journaliste : On sait que votre première tournée n’a eu lieu qu’après l’énorme succès de vos premiers albums. Est­ce que ça veut dire que vous attachez plus d’importance au travail sur un album que sur un concert ?

MF : Je crois que c’est un tout. C’est un plaisir de travailler sur un album et de le présenter sur scène. J’adore le travail de studio, maintenant la scène, c’est des moments très importants. C’est magnifique pour un artiste.

Je dois dire que je crois que ce spectacle au public, et j’espère que les gens apprécient la musique, l’émotion, les chorégraphies, les lumières et ont, j’espère, beaucoup de plaisir !

Extrait de « Désenchantée » tiré toujours du « Live à Bercy »

J : On a entendu beaucoup d’annonces délirantes sur le nombre de personnes qui travaillent autour de vous pour ce spectacle. Combien y a­t­il de personnes, réellement ? On a vraiment entendu des choses invraisemblables !

MF : (amusée) Combien a­t­on dit ?

J : 230 personnes !

MF : (dans un grand sourire) Thierry, réponds ! (Mylène tourne les yeux vers les coulisses en riant. Elle cherche la réponse exacte auprès de Thierry Suc, producteur de la tournée) Non, je crois que c’est moins. Il y a beaucoup de monde, mais pas autant.

Nouvel extrait de « Désenchantée » issu du « Live à Bercy »

J : Je crois que vos animaux domestiques sont des singes. C’est très insolite ! Pourquoi pas des chats ou des chiens ?!

MF : C’est un plaisir. Je les adore et j’adore prendre soin d’eux. Si j’avais choisi un métier autre que la chanson, je crois que j’aurais travaillé avec ces animaux.

J : (très étonné par la réponse de Mylène) Vous voudriez en faire un métier ?!

MF : Non, parce que ça nécessite une formation très précise et rigoureuse. Mais j’aimerais être entourée de beaucoup de singes en tout cas, oui !

Images de la prestation de « XXL » tirée du « Live à Bercy », qui font place à un extrait du clip de la même  chanson, mais toujours sur fond de « Désenchantée » (live) !

J : Comme nous sommes sur MTV, je ne peux pas ne pas évoquer vos clips. Vos vidéos spectaculaires sont connues de tous. Est­ce qu’il va y avoir un nouveau clip prochainement ? Je sais bien que c’est quelque chose qui demande beaucoup de temps, d’énergie aussi, que vous avez sans doute d’autres projets mais cependant est­ce que vous préparez quelque chose ?

MF : Il y aura un nouveau clip pour une chanson du dernier album (ça sera « Innamoramento » au mois de juillet suivant, nda) et plus tard la vidéo du spectacle. Ca fait du travail supplémentaire !

J : Le clip sera pour quelle chanson ? (il prend un exemplaire de l’album « Innamoramento » et le met littéralement sous le nez de Mylène qui regarde le dos de celui­ci)

MF : Ce sera pour « Innamoramento ». (il est à noter qu’il est exceptionnel dans la carrière de Mylène qu’elle révèle aussi longtemps à l’avance quel sera son prochain single ! nda)

Court extrait du clip « Souviens­toi du Jour… »

J : Quel est votre degré d’implication dans la création de vos clips ? Est­ce que vous décidez de tout ?

MF : Ca commence d’abord par le choix du réalisateur, donc je travaille seule pour commencer. Ensuite, je travaille avec ce metteur en scène et ce sont des discussions, des envies communes.

J : Que comptez­vous faire après cette tournée ? Est­ce qu’elle va continuer encore un peu ou bien vous allez retourner en studio ? Qu’allez­vous faire à votre retour de Russie ?

MF : Non, non la tournée prend fin définitivement à Saint­Pétersbourg ! (Mylène ne dit évidemment rien sur le projet qui va l’occuper quelques semaines plus tard : le lancement d’Alizée et de son single « Moi…Lolita », nda)

Extrait du clip « Je te rends ton Amour »

J : S’il y a bien une question qui me tourmente, c’est pourquoi vous ne faites pas carrière dans le cinéma en tant qu’actrice ?

2000-03-aMF : J’ai fait un long­métrage et les propositions que j’ai reçues après ne m’ont guère intéressée, donc je les ai refusées. Peut­être plus tard… !

J : Ha, donc ce n’est pas un refus définitif !

MF : Ha non, non ! Si un réalisateur russe m’invite, ce sera un plaisir que de travailler avec lui ! (rires)

L’émission s’achève sur le final de « Désenchantée » extrait du « Live à Bercy ».

 

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RTL avec Mylène dans Grand Studio RTL

Posté par francesca7 le 28 décembre 2014

 

 

12 SEPTEMBRE 2009 – Entretien avec Anthony MARTIN

radio-cAu lendemain de son deuxième concert au stade de Genève, Mylène Farmer reçoit Anthony Martin dans sa suite située au bord du lac Léman. Diffusée le jour de l’anniversaire de la chanteuse, qui se produit le soir même pour sa deuxième représentation au Stade de France, cette interview a été annoncée à grand renfort de publicité dans la presse au début de la semaine par la station qui en a même diffusé un court avant­ goût dans son émission matinale « Laissez­-vous tenter » le mercredi 09.09.2009.

En préambule, Anthony Martin nous apprend que l’entretien a eu lieu assis dans l’herbe, dans le petit jardin attenant à la suite de la chanteuse, fatiguée mais souriante et bavarde !

Bonjour, Mylène Farmer !

­ Bonjour.

Merci de m’accorder cet entretien. Nous sommes à Genève. Vous avez donné un concert hier devant trente­-deux mille personne à Genève. Comment vous sentez­vous au lendemain de ce concert ?

­ Je vais vous répondre comblée et à la fois évidemment très, très fatiguée ! (rires) Mais des moments inoubliables. Inoubliables !

Vous ne vous ménagez pas sur scène : vous arpentez la scène de long en large, vous dansez évidemment –parce qu’on vous attend aussi pour ça. Vous concevez la scène comme un défi physique, aussi ?

­ En tout cas, je m’y prépare : j’ai à peu près six mois d’entraînement avant que de me produire en scène avec un coach qui s’appelle Hervé Lewis, avec qui on fait un travail incroyable. Il me connaît depuis presque j’allais dire une quinzaine d’années (vingt­cinq en réalité ! nda) donc on se connaît vraiment très, très bien. Donc oui, l’appréhension physique, si je puis dire, en tout cas l’exercice physique fait partie du spectacle, mais quand on est porté par un public –celui que j’ai devant moi, c’est quelque chose qui est tellement porteur qu’on en oublie l’effort ! C’est plus l’émotion qui gagne le terrain.

Vous adorez entendre chanter le public : souvent, à la fin d’un morceau, d’un tableau, d’une chanson, vous reprenez a capella pour les entendre. Ca, c’est le plus beau cadeau, finalement, pour un artiste…

­ C’est le moment probablement le plus magique, en tout cas un des moments les plus magiques c’est vrai, puisqu’ils s’approprient la chanson. J’allais dire, c’est presque de l’ordre du divin. Ce sont des mots un petit peu graves toujours, mais c’est quelque chose –je reprends le mot ‘magique’­ c’est exceptionnel de vivre quelque chose comme ça, bien évidemment.

Diffusion d’un extrait de « Rêver » enregistré lors des concerts de Genève

Quand on vous voit sur scène, on se dit que vous ne pouvez pas préférer l’ombre à la lumière : vous avez l’air si forte, si vivante dans la lumière !

­ Là, je vais vous répondre que le choix de l’ombre et de la lumière est le choix entre la vie privée et la vie publique, qu’on peut rester vivant aussi dans l’ombre. J’ai ce paradoxe en moi : je suis capable de vivre aussi bien dans l’ombre et de m’exprimer dans la lumière.

On a l’impression que votre timidité est transcendée quand vous vous trouvez, comme hier soir par exemple, devant trente mille personnes. Vous l’expliquez comment, ça ?

­ Alors ça, je crois que je n’ai pas d’explication. Je l’ignore moi­même, si ce n’est que je sais mon handicap devant trois personnes, je ne sais pas si je peux qualifier ça d’aisance devant trente mille personnes, mais en tout cas il y a une bascule qui se fait presque naturellement. J’ai plus de difficultés, oui, avec deux, trois personnes que devant une immense audience.

Parce que finalement vous n’avez pas à leur parler : vous êtes là pour leur offrir et recevoir. C’est peut­être ça…

­ En tout cas, les mots sont à travers mes textes et puis là, pour le coup, il n’y a rien de préparé : quand j’ai envie de dire quelque chose, c’est que j’en ressens le besoin. Là, c’est place au naturel, c’est place à l’émotion en direct, pour le coup !

Diffusion de « C’est une Belle Journée »

radio-bJustement, quand vous écrivez vos textes, est-­ce que vous pensez déjà à l’aspect visuel d’un tableau dans un futur, sur scène ?

­ Non, sincèrement. Là, je suis dans une pièce isolée, je travaille avec Laurent Boutonnat donc, qui est aussi compositeur, et les mots j’allais dire s’appuient, s’accrochent, s’harmonisent avec la musique donc j’ai besoin de la musique avant d’écrire des mots. Parfois, la musique m’inspire des sentiments, des sensations ; parfois, j’ai une envie de texte et puis la musique s’accorde avec ce texte mais en aucun cas l’image n’apparaît dans ma mémoire à ce moment­là, non.

Vous me disiez vous êtes dans une pièce quand vous écrivez vos paroles : vous êtes seule comme un écolier à son bureau, avec une page blanche, le stylo, vous mettez un fond sonore –donc là, vous vous inspirez de la musique­ ça se passe vraiment comme ça ?

­ Ha, tout à fait ! Dans une pièce en tout cas totalement isolée, ça j’en ai besoin. Comme un écolier / écolière ?

J’ai un très mauvais souvenir de scolarité ! En tout cas, besoin bien évidemment d’isolement et puis la musique sur laquelle je mettrai des mots.

Sur scène, vous incarnez vraiment –et c’est ce qui est fascinant­ l’intimité et la grâce dans une mise en scène gigantesque. Quel est le secret pour marier tout ça, pour y arriver ?

­ J’ai toujours aimé, moi, en tout cas avoir besoin du gigantesque et du spectaculaire. Maintenant, j’ai besoin de moments d’intimité et c’est ce qu’on a essayé de créer sur ce spectacle, à savoir avec le proscenium et la croix (petite confusion de Mylène, puisque le proscenium en forme de croix était celui du spectacle présenté à  Bercy 2006. Pour les stades en 2009, le proscenium se finit en forme d’étoile, nda) qui est au centre du stade même, et c’est là qu’il y a un vrai, vrai partage. J’allais dire il y a un partage même quand on est sur une scène frontale, mais vraiment au milieu sur cette croix (sic) on crée ce moment intime qui pour moi est de l’ordre j’allais dire de la communion, presque –encore un mot fort, mais c’est vrai que c’est un vrai, vrai moment d’intimité malgré le grand nombre : ce grand nombre devient un, devient quelque chose d’assez exceptionnel pour moi.

Il y a un autre couple ­ on a parlé gigantisme et intimité ­ il y a aussi le couple qui frappe quand on vous voit sur scène, c’est discrétion et provocation. Comment faites­vous pour que discrétion et provocation fassent bon ménage ?

­ Tout dépend si vous évoquez discrétion dans la vie privée, ou est­ce que c’est discrétion sur scène même ?

Sur scène, vous êtes discrète, vous êtes intime et en même temps vous êtes forte, vous êtes présente : ça tient sur vous, c’est vous qui menez ce gros barnum –le mot n’est pas beau mais au moins on comprend ce que je veux dire­ et vous êtes dans la provocation aussi dans les chorégraphies, les tenues…

­ Je vais vous faire une réponse assez banale : toutes ces facettes font partie de moi. Je suis de nature discrète en général, de nature timide parfois mais l’éclat de rire fait partie de moi aussi comme vous avez pu le constater puisque nous avons eu du mal à démarrer ! (rires) (Anthony Martin relata effectivement en préambule à l’interview que juste avant de démarrer l’entretien, amusés par l’incongruité de la rencontre, assis face à face dans l’herbe aux abords d’une suite, lui et Mylène Farmer sont partis d’un fou rire spontané qui eût  l’avantage de détendre l’atmosphère, nda) Et puis à la fois je crois que j’ai cette ­ là pour le coup, je n’y suis pour rien, c’est un cadeau de la vie­ j’ai à la fois sans doute cette fragilité mais aussi cette force ­en tout cas je vais l’exprimer de cette façon ­ c’est une force qui me permet de surmonter toutes mes peurs, tous mes démons au moment où j’en ai le plus besoin.

Il ne reste plus que trois concerts dans cette tournée 2009 (deux lors de la diffusion de l’interview, nda).

Est­ce que vous avez une appréhension de la fin de tournée ? Le ‘spectacle blues’ ?!

­ Je l’ai. Je crois que je l’avais dès le premier jour puisqu’on sait que tout début a une fin. Maintenant, quand à la gestion de ce blues, de ce grand vide, c’est quelque chose qui m’est d’abord très, très personnel mais je ne vous cache pas que tout artiste vous répondra que oui, c’est un vide qui est presque insurmontable. Je crois que le secret dans ces cas­là c’est, ma foi, de se reprojeter dans une création. Voilà, créer quelque chose, non pas pour oublier mais pour se redonner la force et de continuer et de vivre.

Donc c’est par la création que vous allez remplacer les applaudissements chaque soir à 21 heures parce qu’il y aura plus personne pour vous applaudir dans votre salon ?!

­ Alors, ‘remplacer’ ça va être compliqué : de toute façon, c’est irremplaçable. Mais oui, c’est certainement par la création que je vais retrouver des forces et l’envie de continuer ! (rires)

Diffusion de « Beyond my Control », suivi d’une pause publicitaire.

Que faites­vous, Mylène Farmer, dix minutes avant d’entrer en scène ? Si on peut faire le décompte, vous êtes avec qui ? Vous êtes où ? Est­ce que vous avez des rituels, des objets qu’il faut absolument avoir sous la main… ?

­ Ecoutez, quant aux rituels, je ne sais pas si je peux…Non, là encore, la pudeur regagne du terrain ! (rires)

J’ai auprès de moi Anthony (Souchet, son meilleur ami, nda) qui reste avec moi dans la loge. C’est un moment, en tout cas les dix dernières minutes sont vraiment un moment de recueillement. Quand j’allais dire de recueillement, c’est plus de concentration. Et puis, pour trahir un tout petit secret, Laurent (Boutonnat, nda) passe cinq minutes avant l’entrée en scène, me serre la main et me dit ‘Fais le vent’ ! (elle éclate de rire) Et là, personne ne comprend, mais ‘Fais le vent’, ça veut dire ‘Respire’, c’est une manière de respirer et d’essayer de destresser un peu. Mais c’est vraiment dans le silence. Et quant aux objets, ma foi, ils sont là mais ils sont miens ! (rires)

Vous en avez, en tout cas…

­ J’en ai !

Diffusion de « L’Instant X ».

Vous êtes attentive aux productions des autres artistes, parfois sur scène ou en studio, les albums ?

Vous écoutez beaucoup ?

­ radio-aJ’écoute beaucoup de musique. Je suis attentive et j’ai évidemment, comme tout le monde, des préférences.

Mes goûts musicaux sont assez éclectiques. Je vais vous donner quelques noms : j’adore Sigur Rós –j’adore leur univers­, j’adore Depeche Mode, j’adore David Bowie, j’adore Juliette Gréco etc. etc. Il y a énormément d’artistes que j’apprécie, bien sûr, et ce sont en général des artistes qui ont leur propre univers et sur scène qui ont envie de proposer au public des choses aussi incroyables, même si là elles restent très, très intimes si on parle d’une Juliette Gréco par exemple, mais c’est j’allais dire une telle présence, un tel univers de mots et de personne, des choses profondes qui me touchent beaucoup.

C’est marrant, parce que Juliette Gréco, que j’ai rencontré il y a deux mois à peu près en interview au moment de la sortie de son album, m’a longuement parlé de vous en interview en disant tout le bien qu’elle pensait et l’admiration qu’elle avait pour vous !

­ C’est gentil ! Ca me touche.

Puisqu’on parle des autres artistes, est­-ce que la mort de Michael Jackson vous inspire ? En tout cas, qu’est­ce qu’elle vous inspire, cette mort ?

­ Le tragique, la notion d’incompatibilité, j’allais dire encore, de vie privée et vie publique, de médias. C’était un immense, immense artiste –ça, nous le savons tous. C’est quelqu’un dont j’appréciais, comme beaucoup d’entre nous, les spectacles mais l’homme aussi : sa fragilité, sa sensibilité. C’est tragique. C’est le mot qui me vient à l’esprit, voilà. Je suis triste, comme beaucoup de personnes.

Et les albums, les DVD, vous les avez à la maison ?

­ Absolument.

Diffusion de « Désenchantée », suivi d’une pause publicitaire

Si on fait le point, Mylène Farmer, puisqu’on se rend compte en 2009, au mois de septembre, ça fait vingt­cinq ans ! Vingt­cinq ans de carrière ! Pour durer, le secret c’est le travail ?

­J’ai toujours peur de donner des leçons, mais en tout cas le travail, l’opiniâtreté sont essentiels, oui.

Parfois dans la souffrance ?

­ Je crois que c’est là, indissociable. En tout cas, je ne vais parler que de moi : j’allais dire tout travail est certes un plaisir, c’est un acharnement, mais la douleur en fait partie ­ la douleur, parce que les doutes ; ce peut être la douleur physique, il faut aller au­delà de soi…

Je me posais la question, parce que votre univers, on le connaît, il est très défini, très cohérent depuis le début : où est­ce que vous allez chercher votre nourriture artistique ?

­ Un peu partout. Je peux vous parler d’une exposition que j’ai découvert à New York il y a quelques temps et qui s’appelait « Art Body » (« Our Body » en réalité, nda) : beaucoup d’écorchés, c’est l’humanité décharnée, découpée et j’avoue que j’ai été non pas choquée, mais très impressionnée, intriguée. C’est parti aussi d’une réflexion et ça m’a donné l’idée, en tout cas l’envie d’exploiter l’écorché et justement le corps, et donc est venue, est née cette idée de l’écorché et j’en ai parlé à Jean­Paul Gaultier qui était enchanté de pouvoir créer un écorché multiplié par tous les danseurs et c’est le tableau d’ouverture. Voilà, ce peut être une source d’inspiration. Maintenant, bien sûr, la peinture, la littérature, tout ce qui peut passionner et faire partie de notre vie. Des auteurs : Stefan Zweig, mais là encore je vous épargnerai la liste parce que… ! (rires)

C’est assez intéressant finalement de savoir. Peut­être les voyages vous inspirent. Est­ce que les rencontres humaines vous inspirent ?

­ Je crois que l’être humain m’inspire, tout simplement. Maintenant, vous dire est­ce que cette personne aura déclenché telle idée : là, ponctuellement, je peux pas vous le dire, j’en sais rien. Mais les rencontres –les belles rencontres­ sont très, très rares mais elles sont indispensables à sa vie.

Je le disais : vingt­cinq ans de carrière, Mylène Farmer. Est­ce que vous avez le sentiment d’avoir construit une œuvre ?

­ Non, je peux pas vous le dire. Non. Stefan Zweig va construire une œuvre ! J’ai construit quelque chose, je suis fière de ce que j’ai pu construire, sans prétention aucune. Je suis heureuse d’avoir rencontré un public, je suis heureuse de cette fidélité. Voilà ! (rires)

Est­ce que le fait de durer, aussi, répond à une obsession de laisser une trace ?

­ Ecoutez, très sincèrement, l’obsession de laisser une trace ne ait pas partie de moi. Maintenant, pour être tout à fait honnête, j’aimerais que l’on ne m’oublie pas. Mais la vie n’est pas finie, donc à moi de le construire.

Diffusion de « A Quoi je Sers… »

Vous avez peu de souvenirs de votre enfance. Est­ce que vous avez imprimé ces vingt­cinq dernières années de chanson, de musique, de tournée, de rencontre avec le public ?

­ J’ai imprimé des moments uniques. J’ai une mémoire qui est très, très sélective aussi ­je crois que c’est nécessaire, sinon on est envahi par trop de choses­ et des choses qu’on voudrait ou qu’on a oubliées, c’est nécessaire, je crois, pour sa santé mentale. Mais des choses qui sont inscrites très, très fortement : bien évidemment. Tout au long de ces années, forcément…

Ce sont des images de scène ?

­ Aussi. Aussi et surtout. Mais il y en a d’autres aussi, plus douloureuses mais qui ont nourri ma vie.

Et puis la présence chaleureuse du public, qui se manifeste pendant les concerts et peut­être aussi entre les concerts, quand vous croisez les fans…

­ Ca, vous savez, c’est une fois de plus –là encore, c’est moi qui réponds mais j’imagine que tous les artistes répondent la même chose, si ce n’est que j’allais dire : je leur dois tout. Je ne sais pas si c’est la vérité, mais j’ai une chance inouïe. Je le sais. C’est eux qui m’ont soutenue, qui m’ont, j’allais dire, aidée probablement de vivre. C’est incroyable. C’est incroyable. C’est, là encore, un cadeau de la vie que je ne soupçonnais pas possible pour moi, et même si on évoquait le travail, laissons le magique opérer et ce public pour moi est magique et dans son intensité et dans sa fidélité, bien évidemment. J’ai une chance inouïe.

Est­ce que finalement ce métier a été votre survie ?

­ Oui, oui. Là, définitivement, oui. Oui. C’est quelque chose qui m’a aidé à m’incarner là où j’avais le sentiment plus jeune de n’être pas incarnée du tout, de n’être attachée à rien, de n’être reliée à rien. Oui, c’est fondamental.

C’est très fort de dire oui, finalement à cette question…

­ Parce que là encore, c’est je crois…J’allais dire l’honnêteté, même si ça peut paraître enfantin ou démagogue. Enfin, peu importe, là vous êtes témoin : c’est spontané, c’est vrai.

Diffusion de « Appelle mon Numéro », suivi d’une pause publicitaire.

Est­ce que vous avez apprivoisé vos peurs et vos souffrances avec le temps, avec le succès ?

­ Non, et c’est sans doute pas grave. Ou très grave, je ne sais pas ! (rires) Je n’ai pas la réponse, mais j’ai certainement pansé des plaies. Il y a toujours ce mot qui revient dans le vocabulaire de chacun d’entre nous, c’est ‘faire le deuil de quelque chose’ : malheureusement, moi je ne crois pas qu’on puisse faire le deuil de quelque chose. Maintenant, on peut tenter de faire ré émerger la vie et des choses qui vous aident à tenir, qui vous aident à vous réveiller, qui vous aident à sourire. Maintenant, tout ce qui est douleur, tout ce qui est doute, tout ce qui est peur est là, ancré et là encore ça fait partie de votre sang, de vos veines : c’est là. C’est présent mais c’est sans doute nécessaire –peut­être pas, mais c’est là en tout cas ! (rires)

Nécessaire à la création ?

­ On va dire que c’est…Forcément, forcément ça aide, en tout cas à une certaine créativité, oui.

Dans le spectacle, visuellement, sur les deux écrans géants, on voit beaucoup de têtes de mort. Est-ce que l’idée de mourir vous terrifie encore ?

­ radio-hL’idée de mort, de ma propre mort, en tout cas l’idée de la mort me terrifie, fait partie de chaque deux secondes de ma vie. Est­ce que ma propre mort me terrifie ? Je vais vous dire parfois oui,  parfois non.

Parfois, le mot ‘fatalité’ est plutôt serein : je me dis ‘Bon, ça se fera. De toute façon, c’est inéluctable !’ (rires)

Parfois elle me hante et parfois je l’oublie. Là encore, c’est tout et son contraire donc je ne vous aide pas beaucoup avec ma réponse ! (rires)

Qu’est­ce qui vous fait rire dans la vie, Mylène Farmer ?

­ (elle pouffe) Les débuts d’interviews où on a un air très dramatique quand on commence ! (en rapport avec l’anecdote rapportée plus tôt, nda). L’absurde, probablement.

L’absurde sous toutes ses formes : visuel…

­ Toutes ses formes.

…dans les dialogues, aussi…

­ Aussi.

…au cinéma –je sais que vous, vous avez une passion pour le cinéma !

­ Je voudrais aller voir le film de Tarantino, puisqu’on m’en a dit grand bien et ça a provoqué beaucoup d’éclats de rire, donc… ! Je n’aime pas tout, il y a certains films que j’ai adorés ­ de même que j’accepte qu’on n’aime pas tout de moi ­ mais ce film­là en particulier, oui, il m’intrigue !

Vous avez finalement passé vingt-­cinq ans –et ça va encore continuer, on le sait et évidemment je vous le souhaite­ à peaufiner les contours de votre univers artistique, avec ce culte évidemment du mystère. Comment est­ce que vous définissez le mot ‘mystère’ ?

­ (pensive) Le mot ‘mystère’…Oh, mon Dieu ! Déjà, pour commencer, il n’y a pas de stratégie du mystère me concernant. J’espère qu’on a compris. Maintenant, vous dire quelque chose sur le mystère, c’est quelque chose qui est caché, qui peut être d’un ordre religieux –mais là, je vais vous donner une définition de dictionnaire ! Laissons cette réponse mystérieuse, je ne suis pas sûre de pouvoir définir le mystère.

Diffusion de « Libertine », suivi d’une pause publicitaire.

Nous sommes le 12 septembre, c’est une belle journée, Mylène Farmer : c’est votre anniversaire aujourd’hui et vous n’êtes pas près d’aller vous coucher puisqu’un gros cadeau vous attend au Stade de France ce soir, quatre­vingt mille personnes pour le dernier concert de votre tournée en France. Vous aimez faire la fête pour votre anniversaire ?

­ Je vais vous faire une confidence : il y a fort longtemps que je ne célèbre plus mon anniversaire, mais pour être tout à fait franche, un anniversaire devant quatre­-vingt mille personnes au Stade de France, c’est quelque chose qui sera, je crois, incroyable à vivre, donc j’adore cette idée-­là ! (rires) Celle­ci, je l’aime ! Et cette date évidemment n’a pas été choisie : il se trouve que le Stade de France était libre le 11 et le 12 septembre. Il se trouve que le 12 septembre est cette fameuse date anniversaire donc ce sera quelque chose d’assez unique, effectivement pour moi. Ce sera un immense cadeau de quatre­vingt mille personnes. C’est incroyable ! (rires)

Puisqu’on parle de l’avenir, vous m’avez dit d’ailleurs ‘Après une tournée, le meilleur c’est de se replonger dans la création’ : est­ce que vous avez une idée du prochain disque studio ?

­ Absolument pas. Absolument pas, parce que bien évidemment on pense à ‘Qu’est­ce que je vais faire demain ? Qu’est­ce que je vais faire demain ?’, maintenant je n’ai pas les réponses. J’ai le projet d’un longmétrage…On verra ! J’ai, bien évidemment, le projet d’un prochain album, mais là encore c’est une page blanche. Une page totalement blanche, mais très envie de m’y remettre très, très vite !

On évoquait votre passion pour le cinéma, vous me dites ‘projet d’un long-­métrage’ : j’imagine que c’est quelque chose qui vous tient très à cœur. Est­ce qu’on peut en savoir un peu plus ?

­ C’est un projet qui avait été initié par Claude Berri, que j’aimais profondément, tiré d’un ouvrage de Nathalie Rheims et dont le metteur en scène sera Bruno Aveillan, et ce sera pour lui son premier long­métrage. Et ma foi, après c’est le…l’avenir dira !

Et ce sera pour vous un premier rôle…

­ Et ce sera pour moi un premier rôle, un deuxième film et, j’espère, une rencontre avec le public. (sourire)

Est­ce que ça veut dire pour l’avenir aussi que peut­être un jour vous essaierez de laisser une part plus importante au cinéma ?

­ Je n’ai aucune, aucune réponse à cette question. J’ai besoin de la musique, j’ai besoin des mots. Je pense que je suis –j’en suis même convaincue­ je suis quelqu’un d’instinct, d’instinctif donc je sais que le jour où je ne souhaiterai plus dire ces mots, chanter, je choisirai ce moment avant qu’il ne me choisisse et ne me saisisse.

Est­ce que ça sera pour laisser la place au cinéma ? Je n’ai sincèrement pas la réponse. Je ne sais pas.

Vous connaissez la date, l’échéance ?

­ Non. Bien sûr que non. Non, non.

Vous me rassurez !

­ (rires) C’est gentil ! Non…

Qu’est­ce qui vous ferait arrêter la musique ?

­ L’absence de désir. (un temps) Vous allez avoir un énorme silence pour une radio, ici ! (rires)

C’est parfois intéressant !

­ Quand on n’a plus envie de donner ni envie de recevoir ­ d’abord j’imagine qu’on est un être mort, donc je ne me le souhaite pas ­ mais je crois que tout art a ses limites. Je sais pas. Je vais peut­être dire une énorme absurdité, je sais pas, je reviens encore à l’idée d’instinct : je crois que ça sera spontané, quelque chose en moi me dira ‘Là, il faut arrêter’.

Ca révèle une vraie force de caractère !

­ Peut-­être ça fait aussi partie de moi, cette force de…oui, oui de caractère, sans doute. En tout cas, ne pas tricher avec soi­même. Voilà : ne pas se mentir et essayer de dormir un petit peu de temps en temps ! (éclats de rires)

Vous dormez tranquille enfin aujourd’hui ou… ?

­ Non. (nouvel éclat de rire) Non, ce n’est pas possible !

Diffusion d’un extrait de « Effets Secondaires »

­ Mais là encore ­ je crois qu’on va conclure cette interview­ j’ai une fois de plus une chance incroyable. Je vis des moments incroyables. Je remercie à nouveau de vive voix le public, je remercie cette fidélité et puis…et je vais essayer de ne pas pleurer, là on va arrêter ! (dans un tremblement de voix) Merci beaucoup.

Et c’est moi qui vous remercie. Merci, Mylène Farmer, de m’avoir accordé cet entretien. Merci beaucoup.

Diffusion de « Sans Contrefaçon » pour finir l’émission.

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Mylène Farmer dans WHAT’S UP sur CANAL J

Posté par francesca7 le 28 décembre 2014

 

 

5 FÉVRIER 2001

2001-02Le 5 novembre 2000 a lieu au Mann’s Chinese Theatre sur Hollywood Boulevard à Los Angeles l’avant première du film d’animation « Les Razmoket à Paris », pour la bande originale duquel Mylène Farmer a écrit une chanson inédite, « L’Histoire d’une Fée, c’est… ».

C’est à ce titre qu’elle assiste à cette avant­première, vêtue d’une longue veste en cuir, d’un pantalon bleu foncé et d’un petit haut turquoise. Ses cheveux sont ramenés en un chignon très simple. Sur le tapis rouge devant le cinéma, Mylène prend la pose pour les photographes présents et répond même au micro que lui tend l’équipe de la chaîne jeunesse Canal J. Cette très courte interview sera diffusée en France trois mois plus tard, pour la sortie française du dessin animé.

Mylène Farmer : Bonjour, Canal J ! (sourire)

Comment tu t’es retrouvée à travailler sur ce film ?

MF : J’ai rencontré une personne qui s’appelle George Acogny, et qui est en charge de la musique de ce cartoon.

Est-­ce que t’as aimé ton expérience ?

MF : (qui n’a pas bien entendu en raison du bruit environnant) Est­ce que j’ai aimé mon expérience ?

Beaucoup !

 

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LE MAG de juin 2000 avec Mylène F.

Posté par francesca7 le 22 décembre 2014

 

10 JUIN 2000 : Entretien avec Lynda LACOSTE – MCM

Enregistré fin avril dans un salon de l’hôtel Costes à Paris, cet entretien est particulier dans le sens où Mylène n’a rien à promotionner : le Mylenium Tour s’est achevé quelques semaines auparavant et l’album live ne sortira pas dans le commerce avant plus de six mois. En revanche, au moment de l’enregistrement de l’émission, Mylène est en plein travail avec Alizée sur « Moi…Lolita » qui sera envoyé peu après en radio et qui sera déjà un tube au moment de la diffusion, mais évidemment aucune allusion n’y sera faite pendant l’entretien ! La langue maternelle Lynda Lacoste étant l’anglais, sa syntaxe est parfois bancale. Néanmoins, ses propos sont retranscrits ici tels quels.

2000-01-eLynda Lacoste : Bonjour et bienvenue dans Le Mag. Aujourd’hui, c’est un mag exceptionnel puisqu’il s’agit de Mylène Farmer qui n’accepte que très rarement de venir à la télévision. N’oubliez pas que pour tous les artistes, vous pouvez poser des questions soit par Internet, soit par minitel, soit par téléphone. Allons­y pour la première partie !

Après un générique qui montre l’animatrice pénétrer dans l’hôtel et des assistants décorer le salon privé de bougies, on découvre Mylène habillée d’une veste en jean et d’une longue jupe écru et arbore un chignon sophistiqué.

LL : Bonjour Mylène. Merci beaucoup d’être venue dans Le Mag. Alors, vos concerts sont toujours des spectacles avec une répétition, j’imagine, immense. Mais est­ce que ça vous est arrivée de littéralement ne plus pouvoir marcher sur vos pieds à cause des talons aiguilles, et comment faites-vous pour vous récupérer assez vite ?

Mylène Farmer : Pour me récupérer vite, je me suis beaucoup entraînée avant cette scène : j’ai un entraînement physique. Quant aux talons aiguilles, c’est assez facile de marcher avec, finalement ! (sourire)

LL : Ah bon ?! Moi, j’ai du mal, mais c’est peut­être le fait de danser avec…

MF : Je ne danse pas sur des talons aiguilles, ce sont des talons qui sont un petit peu plus larges, quand même. Mais c’est une difficulté, en tout cas un danger pour les chevilles, mais j’ai pris le parti que de choisir ces chaussures. C’est plus élégant.

LL : Les concerts ne sont pas sans risques : vous êtes tombée accidentellement à Lyon en 1996.

Qu’est­ce que vous vous êtes dit ? Est­ce que vous vous êtes dit ‘Bon, il faut virer quelqu’un tout de suite !’, ‘Est­ce qu’il faut calmer la chorégraphie ? ‘, ‘Est­-ce qu’il faut faire moins de concerts ? Qu’est­ce que vous vous êtes dit ?!

MF : Renvoyer tout le monde ! (rires)

LL : Oh ! On vire tout le monde ?! Ça m’étonnerait ! (Mylène, silencieuse, laisse planer le doute) Oh oui ?!

MF : Non, non. Je ne sais pas bien quoi répondre. Ça a été un grand choc pour moi, en tout cas.

LL : Avec votre dernier album, il y avait quand même encore, même dans l’an 2000, des clips qui ont été censurés le jour. Est­ce que ça vous a choqué ou est­ce que vous cherchez exprès d’avoir des clips qui choquent parce que, comme ça, on parle plus ?

MF : Je crois que ça n’a aucun intérêt que de vouloir choquer à tout prix pour que l’on s’intéresse à vous. Il se trouve que j’aborde des sujets qui sont peut­être épineux, voire tabous. C’est un risque. Maintenant, la censure ­et spécialement en France, je trouve­ est un peu sévère et s’attaque à tout et n’importe quel sujet, ce que je trouve vraiment regrettable.

LL : Même votre premier clip, « Maman a Tort », a été censuré à l’époque. (si certaines émissions ont choisi de ne pas diffuser ce clip à l’époque, celui-­ci n’a en tout cas jamais été interdit, nda) Mais vous êtes quelqu’un qui est capable de faire des clips qui peuvent durer jusqu’à dix­-sept minutes. Quand vous voyez le niveau que vous avez atteint, vous, quelle est votre réaction sur le niveau des clips qu’on peut voir en France en l’an 2000 ?

MF : Là encore, vous me demandez de porter un jugement et j’avoue que c’est quelque chose que je n’aime pas faire. Je peux vous dire en revanche qu’il y a des artistes que j’aime beaucoup et qui font de très beaux clips. J’aime l’univers de Björk, j’aime ce qu’a apporté Peter Gabriel, David Bowie…Il y a beaucoup d’artistes qui ont des clips intéressants.

Diffusion d’un extrait du clip « Optimistique-­Moi »

LL : Sur cet album, vous avez travaillé, bien sûr, avec j’imagine un homme dans lequel vous avez beaucoup de confiance, Laurent Boutonnat (Mylène confirme et sourit), mais vous avez travaillé avec d’autres compositeurs pour cet album­là. Est­ce que…

MF : (la coupant) Non !

LL : C’était que lui qui a fait toutes les chansons ?

MF : J’ai fait, moi, quelques chansons, comme compositeur et comme auteur…

LL : D’accord.

MF : …et c’est tout !

LL : OK. Mais pour les nouveaux gens avec qui vous avez envie de travailler, est­ce que vous demandez à Laurent son avis ou est­ce que vous lui parlez après d’avoir déjà pris votre décision sur les nouveaux gens avec qui vous avez envie de travailler ?

MF : Si vous me parlez de composition, je n’ai jamais eu le souhait que de travailler avec quelqu’un d’autre qu’avec Laurent. Maintenant, en terme de vidéo, oui j’ai fait appel à beaucoup de réalisateurs différents. Est­ce que je demande son avis : non ! (rires)

LL : D’accord. Et, parce que justement vos clips sont d’un tel niveau, est­ce que vous accepteriez de travailler avec des nouveaux talents, ou est­ce qu’il faut toujours quelqu’un qui ait déjà fait leurs preuves pour travailler avec vous ?

2000-01-dMF : C’est d’abord très, très difficile que de trouver un réalisateur, donc je vois beaucoup, beaucoup de cassettes. C’est vrai qu’il m’est difficile d’aller vers quelqu’un qui n’a jamais rien fait parce qu’on ne peut pas s’appuyer sur un travail qui a déjà…enfin, sur des choses qui sont concrètes, réelles. Donc je vais plus facilement vers des réalisateurs qui ont déjà réalisé des vidéos. Voilà. Donc mon choix s’est porté sur Marcus Nispel, Abel Ferrara et Michael Haussman pour le dernier. (« Optimistique­Moi », nda) Diffusion d’un extrait du clip « California »

LL : Vous avez un corps magnifique…

MF : (surprise, elle pouffe de rire) C’est gentil !

LL : Est­ce que, pour vous, votre corps est aussi important dans votre travail que votre voix ?

MF : Non. Non. (dans un rire) Je ne sais pas quoi vous répondre, si ce n’est que je… (silence) Tout est important ! On va dire, aussi bien, alors l’apparence physique que le vêtement, que le verbe aussi : tout est important pour moi. Maintenant, est­ce que je suis obsédée par ma ligne, par mon corps ?

Non, absolument pas. Je ne fais du sport que quand je monte sur scène.

LL : D’accord. OK. Alors, vous êtes la seule artiste française qui est aussi collectionnée ­et même plus collectionnée­ que Johnny Hallyday. Est­ce que vous êtes quelqu’un qui prend plus de temps à choisir les objets que vous avez envie d’associer avec votre nom ? Et est­ce qu’il y avait des objets que vous avez systématiquement refusé ?

MF : Systématiquement refusé, je n’en ai pas le souvenir. Mais je travaille en tout cas avec quelqu’un qui me donne des idées ­ parfois, j’apporte moi­-même des idées. Et là encore, c’est quelque chose que je qualifie d’important. En tout cas, je fais attention, oui, à ce que je propose. Voilà ! (sourire)

LL : Il y a beaucoup de questions sur l’Internet, beaucoup de sites qui vous sont consacrés. Est­ce que ça vous intéresse, l’Internet ? Et est­ce que vous regardez les sites qui sont consacrés sur vous ?

MF : L’Internet m’intéresse, oui. Mais j’utilise mon computer surtout pour les e­mails. J’aime bien correspondre.

(rires)

LL : Et est­-ce que vous regardez les sites qui sont consacrés à vous ?

MF : On va rester… (visiblement embarrassée) Je ne sais… Je m’y intéresse, oui. J’ai du mal à… Le culte de moi­même est quelque chose qui m’est difficile. Maintenant, je sais qu’il y a un travaille qui est fait, et qui est très bien fait. Donc je regarde ça de près et de loin. Je vais rester évasive ! (large sourire)

LL : Alors, sur l’Internet, on dit qu’il y a des sites où on peut vous voir nue. Est­ce que votre entourage est au courant de ça ? Et, si c’est le cas, pourquoi ces sites existent­ils encore aujourd’hui ?

MF : Ecoutez, j’ignore ces sites ! (rires) Maintenant, il est facile de faire arrêt sur image quand on prend une vidéo et puis on va sortir l’image en question. Maintenant, si je suis dénudée ou nue dans une vidéo, qu’y puis-je ?! (soupir) Le faire interdire, c’est très difficile. Très difficile. Même si on interdit, quelqu’un d’autre le fera.

Donc tant pis pour moi ! (sourire)

Diffusion d’un extrait du clip « Libertine »

LL : Pensez­vous qu’on vit dans une société où les jeunes se sentent obligés d’être parfaits, ambitieux, énergiques tous les jours ? Et qu’est­ce que vous pouvez leur conseiller, les gens qui ont envie d’être individuels, uniques et différents ?

MF : De rester unique, c’est très important. (sourire) Qu’est­ce que je peux rajouter ? Qu’il est important, et que je leur souhaite, d’avoir une passion dans la vie. C’est un moteur qui est fondamental pour vivre et survivre.

LL : Vous avez beaucoup d’émotion en vous. Est­ce qu’il y avait des situations où vous vouliez absolument pas pleurer et ça arrive, et vous sentez que ça monte quand même, et est­ce que, puisque ça arrive peut­être souvent, vous avez une ruse pour éviter les larmes ?

MF : Non, ça, je crois, c’est quelque chose que je ne contrôle absolument pas, et je ne veux pas me défendre que d’avoir justement une émotion forte. C’est arrivé énormément de fois en scène, à des moments auxquels je ne m’attendais absolument pas justement. Et, je crois, s’il y a quelque chose qu’on peut partager en scène avec le public, c’est justement une émotion. Donc je n’ai aucune immunition. (sic !) (rire)

LL : Alors, il y a beaucoup de comédiens qui adoreraient avoir autant d’émotions à leur portée. Est­ce que ça vous dirait un jour d’être prof de cinéma ou de théâtre ?

MF : Absolument pas, non ! (rires) Non.

LL : Non ?

MF : Non. Et je crois qu’il y a beaucoup de comédiens qui ont leur propre émotion. (rires)

Diffusion d’un extrait du clip live « Rêver », suivi d’une page de publicité

LL : On se retrouve dans « Le Mag », avec Mylène Farmer : deuxième partie.

Jingle

LL : Alors, un de mes films préférés, c’est un de vos films préférés aussi, c’est « Frances » (Mylène confirme), joué par Jessica Lange, et il y a une scène dans ce film où elle revient chez elle, dans sa ville natale, en tant que grande star, et il y a une femme devant elle qui lui lèche les bottes, et elle dit ‘Vous n’étiez pas la femme qui m’a haïe il y a dix ans, qui m’a traitée comme pire que rien ?’ et donc, tout le monde a bien vu qu’elle l’a bien mis dans sa place. A l’époque où vous étiez mannequin, est­ce que vous avez eu des gens qui vous traitaient peut­être pas bien, quand vous étiez anonyme, et est­ce que vous avez pu vous faire justice aujourd’hui, avec la femme que vous êtes aujourd’hui ?

2000-01-aMF : Ecoutez, je n’ai pas beaucoup de souvenirs, si ce n’est que je vais détourner la question : les personnes qui sont méchantes, vindicatives, il y en a, et j’en rencontre encore aujourd’hui. Maintenant, est­ce que j’ai une réaction ? En général, j’essaie, non, d’avoir la réaction contraire à ses instincts premiers, à savoir que je préfère répondre par la gentillesse à l’arrogance. C’est moins douloureux. (sourire)

LL : Alors justement, vous avez dit que vous êtes dans une époque de votre vie où vous êtes en pleine forme, heureuse, beaucoup plus équilibrée, beaucoup plus de confiance en vous, mais pour les jeunes qui vous adorent, qui peut­être sont en train de vivre des enfances où ils ont du mal à vivre le bonheur, qu’est­ce que vous pouvez leur dire pour qu’ils sortent de là ?

MF : Là encore, je crois que je n’ai aucune, ni solution, ni même conseil, si ce n’est que j’en reviens à la réponse précédente : tenter de trouver une passion, un moteur dans sa vie. Maintenant, je crois qu’au travers de la lecture ­et c’est ce qui m’est arrivé­ on peut découvrir des choses, trouver des pansements, et je crois que, dans le fond, la chose fondamentale, c’est le dialogue, c’est pouvoir trouver une forme de communication.

Diffusion d’un extrait du clip « XXL »

LL : Vous avez travaillé avec beaucoup d’américains, vous avez travaillé pas mal aux Etats­Unis. Que pensez­vous avoir appris avec les américains que vous avez pas pu peut­être apprendre ici, en France ?

MF : Probablement… (soupir et silence) Je pense au travail : ce sont des gens qui sont très investis dans leur travail. Ce sont des personnes qui n’ont pas peur, je crois, ni du succès, et qui le revendiquent même. Je crois que c’est une rigueur dans le travail surtout. Maintenant, est­ce que j’ai appris ça d’eux, je n’en sais rien mais en tout cas, j’ai pu, ne serait­ce que pendant les tournages de vidéos… Chacun est réellement à sa place et s’investit dans son travail. Il n’y a pas de mélange entre le sentiment et la fonction. Alors parfois c’est désagréable, mais parfois c’est agréable parce que c’est efficace et que ça va vite.

LL : Alors, ce qui est rare avec les artistes, c’est que vous avez des fans qui peuvent venir vingt-quatre heures avant un concert pour venir vous voir, et donc ils sont là peut-­être pour être sûrs d’au premier rang, alors peut­-être ils mangent pas, peut­-être ils boivent pas, et le concert commence, ils tombent dans les pommes donc ils voient même pas le concert ! (rires)

MF : C’est un peu dramatique tout ça, non ?! (rires)

LL : Non mais ça existe ! Alors qu’est­ce que vous avez envie de dire à tous ces pauvres gens qui vous adorent, qui ont même pas vu le concert du coup ?

MF : Et bien que c’est dommage pour moi ! (large sourire)

LL : Mais est-­ce que vous pensez que c’est une des raisons pour lesquelles vous aimez bien sortir des live et faire des vidéos de vos concerts ?

MF : Je ne suis pas sûre de comprendre le sens de la question…

LL : S’il y a tellement de gens qui tombent dans les pommes donc ils voient pas le concert, ils vont le voir en vidéo…

MF : (rire…consterné ?) Je ne sais pas. Mais, en tout cas, c’est quelque chose de très intéressant que de travailler sur un live, oui.

LL : Alors, votre dernier concert a été filmé par une douzaine de caméras, je crois. Est­ce que vous vous sentez différente le jour où vous savez que ça va être filmé, et est­ce que votre spectacle s’est organisé en fonction du fait que vous savez qu’il faut que ce soit filmé aujourd’hui ?

MF : Non, absolument aucun changement. Quant à mon comportement, moi­même, je crois qu’on ne peut pas ignorer totalement la présence des caméras. Maintenant, je crois qu’il y a une dimension telle en scène qu’on finit par oublier ces choses­là. Dans les dix premières minutes, c’est assez présent, et après, je fais totalement abstraction. Et le spectacle est totalement le même avant, après.

Diffusion d’un extrait du clip live « La Poupée qui fait Non »

LL : Alors, vous êtes la seule artiste française ­encore une fois ! (rires de Mylène) ­mais cette fois­ci, vous êtes la seule artiste française pour être une artiste diamant : c’est­à­dire que tous les albums que vous vendez, ça se vend à plus de un million. (Mylène confirme) Alors, puisque vous voyez que vous avez un tel succès en France, est­ce que vous avez envie ­parce que, en plus, vous êtes quelqu’un qui adore travailler­ vous avez envie de peut­être apprendre d’autres langues pour  toucher d’autres marchés dans le monde ?

MF : Ecoutez, jusqu’à présent, ça a été un refus de ma part. Plusieurs fois, on m’a j’allais dire ‘proposé’ de faire album anglais ou dans une autre langue. Dans la mesure où j’écris moi-­même mes textes, il m’est difficile d’envisager ou une adaptation de quelqu’un d’extérieur, ou moi­-même, je ne possède pas la langue suffisamment pour pouvoir traduire. Et dans la langue française ­dans ma langue en tout cas­ j’aime bien jouer avec les mots, donc c’est très compliqué de trouver ça dans une langue qui n’est pas la vôtre.

LL : On est souvent touché par les peintres parce qu’ils arrivent à nous toucher vraiment à l’intérieur de nous. Quelle est la dernière exposition que vous avez vue où vous avez été vraiment et réellement touchée ?

MF : C’était dans un musée à New York et… L’art moderne…. Je peux vous dire les peintres que j’aime : Egon Schiele, évidemment. (sourire) J’aime Max Ernst, j’aime Picabia. Et je vais oublier probablement tous ceux que j’aime ! (sourire) Mais j’aime la peinture, oui. Ce sont des moments très privilégiés.

Diffusion d’un extrait du clip « Je te rends ton Amour »

LL : Il y a un moment dans votre concert où il y a quelqu’un qui peut monter sur scène avec vous.

Comment assurez­vous la sécurité dont vous avez besoin ? Parce qu’on sait jamais…

MF : Là encore, je crois que je ne… Est-­ce que c’est de l’inconscience ? J’en sais rien. Mais je ne pense pas à ces moments d’hypothétique danger. Et là encore, c’est un moment spontané. J’ai mis beaucoup de temps avant que de faire monter quelqu’un sur scène, et je préfère là encore une spontanéité. Donc il m’est arrivé ­ce n’est pas systématique­ de faire monter quelqu’un. Et, dans ces cas­là, non, je pense à autre chose qu’à un danger. Plus un partage.

LL : Vous êtes terriblement connue dans les pays francophones. De tous les pays d’Europe, pourquoi avoir choisi la Russie ?

MF : Pourquoi la Russie ? Parce qu’ils ont diffusé, quand j’ai commencé ce métier, ils ont diffusé énormément de vidéos. Et puis il y a des personnes là­-bas qui ont beaucoup travaillé sur moi. Et j’avais très envie de découvrir la Russie, en tout cas son public. Je ne peux pas vous dire que je connais bien la Russie, si ce n’est que Saint­Pétersbourg est une ville magnifique, que j’y ai fait quelques rencontres qui sont assez jolies aussi, avec beaucoup d’artistes, des peintres notamment, et que c’est un changement parce que c’est un public qui n’est pas ‘acquis’ ­si tant est qu’on puisse avoir un public acquis­ mais vraiment là, c’était quelque chose d’assez étonnant. D’autre part, ils sont quand même assez brimés : ils n’ont pas le droit de se lever pendant un concert, ils n’ont pas réellement le droit de manifester leur joie, et ils l’ont quand même fait, à la fin du concert : ils se sont levés, ils se sont approchés au bord de scène. Ce sont des moments assez forts.

Diffusion d’un extrait du clip « Tristana »

 LL : A la sortie d’une tournée, normalement, pour la plupart des gens, c’est des vacances. Mais vous avez déjà envie de retravailler tout de suite ?

MF : Je travaille déjà (rire). Je travaille sur le live en studio, pour le mixage, et bientôt sur le film du live. Et j’ai quelques projets à venir, donc ce sera une période de travail. (personne ne le sait encore au moment de l’enregistrement, mais Mylène prépare avec Laurent Boutonnat à la fois le lancement d’Alizée et de son premier single « Moi…Lolita » et à la fois une participation à la bande originale du long-­métrage d’animation américain « Les Razmoket à Paris » avec le titre inédit « L’Histoire d’une Fée, c’est… », nda)

LL : Est­ce que vous êtes quelqu’un qui peut très bien prendre des vacances, ou est­ce que vous vous sentez tout de suite coupable le jour où vous ne travaillez pas ? Est­ce que vous êtes plus contente quand vous travaillez ?

MF : J’ai cette culpabilité, oui, mais j’ai ça en moi : j’aime le travail. C’est quelque chose que j’aime profondément donc c’est… Là encore, je me nourris de ça très facilement. L’oisiveté ne me sied pas du tout !

(rires)

téléchargementLL : Alors, ce qui est formidable, c’est que vous êtes, je crois, une perfectionniste, et c’est bien dans le travail. Mais est­ce que ça veut dire que, après chaque concert, vous prenez les musiciens, les  chanteurs, les techniciens et que vous faites une espèce de résumé du concert ?

MF : Non, du tout.

LL : Jamais ?

MF : Non, non. Ni avant. Je sais qu’il y a beaucoup d’artistes qui aiment prendre la main de leurs  camarades et faire une prière avant de monter sur scène, j’avoue que je ne connais pas ça. (sourire) Et après le travail, non. Après le travail, c’est terminé. Après, chacun ponctuellement apprécie ou n’apprécie pas le moment, mais c’est plus quelque chose, j’allais dire, un état solitaire, de solitude, en tout cas pendant la première heure. Mais ce qui ne vous empêche pas les éclats de rire. Maintenant, quant au résumé de la situation, de ce qui s’est  passé, non.

LL : Justement, est-­ce que, pendant un concert, vous avez envie de vous éclater de rire, parce que vous voyez un danseur qui a fait un faux pas, ou je sais pas quoi ? Et est­ce que ça vous est arrivé, devant votre public, de sortir de la chanson carrément ? Ou est­ce qu’il y a jamais eu quelque chose comme…

MF : Sortir de la chanson, non. Maintenant, des éclats de rire, oui, bien sûr. Bien sûr. Ce qui fait qu’on n’est pas des robots non plus ! (rires)

Diffusion d’un extrait du clip « Je t’aime Mélancolie »

LL : Il y a quelque chose dans mon émission où les téléspectateurs peuvent poser trois questions.

J’en ai pris trois : première question, c’est que, bien sûr, il y a beaucoup de vos fans qui se sentent frustrés parce qu’ils ne vous entendent pas assez en dehors de la scène, et ils ne vous voient pas assez non plus ­moi, je suis ravie que vous êtes là aujourd’hui ! (sourire de Mylène). Et, est­ce que ça vous dirait un jour d’être un peu plus proche d’eux, dans leur avis ?

MF : Moi je n’ai pas la sensation que d’être loin d’eux, donc, là encore une pirouette probablement, mais j’ai l’impression d’être très proche d’eux. Maintenant, est­ce que ça doit passer par l’interview, par la justification ?

Je n’en suis pas sûre. Je me sens, en tout cas moi, proche d’eux.

LL : OK. Deuxième question : vous avez dit que la vulnérabilité est un compagnon agréable et nécessaire. Est­ce que, finalement, ça vous ennuierait d’être parfaite, même s’il y a des jours où vous tentez à tout prix de l’être ?

MF : Là encore, je ne sais pas ce qu’est un être parfait… (rires après un silence)

LL : Mais y a pas des jours on a quand même envie au moins de faire le mieux qu’on peut faire ?

MF : Perfectionniste, oui. Parfait, absolument pas, non, ce n’est pas une quête en soi. Mais perfectionniste dans mon travail, oui. Là, ça part, je crois, d’un respect de l’autre et respect de soi­même. Je prends du temps avant de faire une pochette, je réfléchis. J’ai envie d’offrir des choses qui, moi, me plaisent vraiment.

LL : Troisième question Internet, et dernière question : pour les gens qui se sentent un peu perdus, peut-­être ils sont athées, je sais pas, qu’est­-ce que vous pensez que le bouddhisme pourrait leur apporter ? Et je crois qu’il y a plusieurs styles de bouddhisme…

MF : Ecoutez, ne serait­ce que par curiosité, découvrir cette philosophie. Dire qu’elle est    probablement plus douce que d’autres philosophies ou religions, qu’elle est probablement ­en tout cas ça l’a été pour moi­ plus convaincante, que ce peut être simplement un passage dans leur vie, mais que c’est, en tout cas, intéressant que de s’ouvrir à cette philosophie : ça peut panser l’âme, ça peut aider en tout cas. Là encore, j’en reviens à l’idée de dialogue : si on n’a pas la chance d’avoir quelqu’un à qui parler, on peut le faire au travers d’une lecture comme ça, parce que vous avez beaucoup de réponses ­en tout cas, si ce ne sont pas des réponses, en tout cas des tentatives de réponses. (sourire)

images (1)LL : OK. Je vous remercie beaucoup d’être venue.

MF : Merci à vous. (sourire)

LL : Et bon travail !

MF : Merci beaucoup.

LL : Merci bien.

MF : Merci.

L’émission se termine sur des images de l’équipe technique rangeant leur matériel dans le salon où a pris place l’entretien, le tout sur la musique de « Optimistique­-Moi »

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TV PARC (Russie) pour Mylène Farmer

Posté par francesca7 le 22 décembre 2014

 

20 MARS 2000 – Entretien avec Eva KAMM

2000-05-eVous êtes habillée de façon très originale (le préambule de l’interview précise que Mylène porte des socquettes blanches dans des sandales, une grande jupe façon paréo de soie brodée à l’indienne, un chemisier en coton et une veste en jean, nda). C’est très intéressant ! Qui est le styliste qui vous a   crée cette tenue ?

­ Des noms qui ne vous diraient rien. D’une manière générale, j’aime les vêtements de Thierry Mugler et Jean-Paul Gaultier, mais je préfère me faire mon propre style. Pour les préparatifs de mon spectacle Mylenium Tour, j’ai collaboré à l’élaboration des costumes, tant pour les miens que pour ceux des danseurs.

Ne vous semble­-t-­il pas que le nom choisi pour votre spectacle n’est pas des mieux trouvés ? Vous êtes­vous laissée emporter par la mode qui surfe sur ce fameux millenium ?

­ Pas vraiment. Tout d’abord, bien que le mot ‘millenium’ soit répandu, mon concert est unique, et ensuite, ce mot contient mon prénom.

Justement, comment avez­vous fêté ce millenium tant attendu ?

­ Je ne me souviens pas. Sans doute avec un livre dans les mains. Le soir du 31 décembre n’est pas une fête pour moi. Oui, c’est ça : j’ai lu et puis je suis allée me coucher. Je ne sais plus quel livre   j’avais entre les mains ce soir­là, probablement Henry James ou peut­être Edgar Poe, un de mes auteurs préférés.

On raconte beaucoup de légendes à votre sujet. Est­il vrai que vos seuls amis sont des singes capucins ?

­ Je n’ai qu’un seul singe capucin. Elle s’appelle E.T., comme le héros de Spielberg, et nous sommes de grandes amies. Elle craint les courants d’air, c’est pourquoi je prends toujours garde à ce qu’elle ne prenne pas froid, et donc elle ne sort presque jamais.

Est­ce que vous aimez regarder la télévision ?

­ Bien sûr. Je regarde la télé, comme tout le monde. J’aime beaucoup la chaîne Planète qui montre la vie et la culture de pays différents. Je regarde aussi des séries, par exemple « X Files » avec David Duchovny, qui est une de mes préférées.

Comment prenez­vous soin de vous ? Votre spectacle laisse entrevoir une préparation athlétique parfaite ­ sans parler de votre silhouette !

­ Merci pour le compliment ! Quand je ne prépare pas un spectacle, je ne fais pas d’efforts particuliers pour entretenir ma forme : je ne fréquente pas les salles de sports, je ne torture pas mon organisme avec des régimes, je ne compte pas les calories…

Mylène Farmer peut-­elle donc se permettre de manger un hot­-dog en pleine rue ?!

­ Non, mais pas seulement parce que je ne mange pas de viande ­ à l’exception du poulet. J’ai arrêté de manger n’importe quoi depuis que j’ai pris conscience que j’avais grandi. Désormais, mon régime comprend du poulet, des légumes, des fruits. Et j’adore la cuisine japonaise !

Vous aimez l’exotisme ?

­ J’aime en tout cas leur conception de la vie. Depuis que j’ai découvert la culture orientale, je regarde les choses différemment. Comme vous pouvez le voir, le style de mon spectacle est influencé par certains courants japonais, indiens et chinois.

Quel est votre rapport à la culture russe ?

­ Un grand respect avant tout. J’ai visité la Russie il y a deux ans et j’ai été marquée par la beauté des églises et la richesse de l’architecture. Il me semble qu’il y a des motifs slaves dans mon spectacle aussi, à bien y réfléchir !

La célébrité vous a-­t­-elle changée ? Est­il difficile de rester vous­même lorsque vous sentez des regards étrangers sur vous ?

­ Il m’est très difficile de répondre à cette question. Je suis heureuse d’être devenue une artiste. Pendant un spectacle, je vis pleinement la scène et c’est très difficile de décrire ce sentiment avec des mots. Mais dès que le rideau tombe, je redeviens une femme ordinaire, et cette métamorphose m’arrange tout à fait !

Maintes femmes célèbres, intelligentes et belles sont seules. Pourquoi ? Est­ce que les hommes ont peur des femmes qui sont fortes ?

­ Notre métier est très dur, il demande un maximum de temps et de force. Quand on devient public, il est très difficile de trouver l’âme sœur. Un homme, d’une manière générale, ne peut pas se soumettre au fait que sa femme est adulée par des millions d’autres personnes : il veut être unique.

Si vous rencontriez l’homme idéal mais qu’il vous demandait de quitter la scène définitivement pour lui, que feriez-­vous ?

­ 2000-05-bJ’aime trop ce que je fais et ce que j’ai vécu toutes ces années pour y renoncer d’un coup. Mais l’amour étant une des choses les plus précieuses dans la vie, il ne faut jurer de rien ! S’il y a une chose que je sais à mon sujet, c’est que je manque de courage pour beaucoup de choses. Je trouve qu’il faut être très courageux et responsable pour avoir au moins un enfant. De quoi rêvez­vous ?

­ De ne jamais mourir, même si par exemple l’idée du clonage me choque. L’homme est une création unique et aucun mortel n’a le droit de décider s’il est digne de la vie éternelle.

Vous avez trente­-huit ans mais vous n’en faites guère plus de vingt­-cinq. Comptez-­vous confier votre beauté à un chirurgien esthétique, comme le font la plupart des stars ?

­ Je ne pense pas. Beaucoup de femmes s’embellissent avec l’âge. Je rêve de rester attrayante jusqu’à un âge avancé ! Mais à vrai dire, j’ai peur de ne pas l’atteindre, même si je voudrais bien…

Merci à atch­-ramirez pour son aide précieuse à la traduction.

 

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Mylène Farmer pour le magazine ARGUMENTY I FACTY (Russie)

Posté par francesca7 le 20 décembre 2014

 

Entretien avec Igor GOUSKOV du 9 MARS 2000

2000-03-bPourquoi interdire que l’on enregistre cet entretien avec un magnétophone ?

­ C’est un choix. Je n’aime pas l’idée que quelqu’un possède un enregistrement de ma voix et que celle­-ci puisse exister ailleurs sans moi.

Drôle d’idée pour une chanteuse ! Votre voix est pourtant gravée sur des millions de disques !

­ Vous avez raison, ça semble paradoxal mais c’est plus facile pour moi de m’exprimer de cette façon. Il y a quelque chose de technique dans un enregistrement en studio. Un entretien est plus vivant, c’est  important pour moi de voir et ressentir mon interlocuteur en face de moi.

On vous a connue en Russie à la fin des années 1980 grâce à vos magnifiques clips. Pendant les dix années suivantes, il y a eu plusieurs tentatives restées vaines pour vous faire venir en Russie…

­ Cela ne veut pas dire que je ne voulais pas venir en Russie, bien au contraire, mais je ne m’imaginais pas venir chanter sans présenter un spectacle. Il y a eu plusieurs propositions différentes, mais elles ne prenaient pas en compte les impératifs de technique, d’éclairages, c’est pourquoi la principale condition de ma venue en Russie aujourd’hui était de conserver le spectacle que j’ai présenté en Europe à cent pour cent avec tous ses effets, la mise en scène, les chorégraphies, les changements de costumes…

Êtes­vous familière avec notre art : musique, littérature… ?

­ Tarkovski…J’ai vu les films de Tarkovski. Comment je m’y suis intéressée ? J’ai lu des articles, des livres qui mentionnaient son nom puis j’ai acheté une cassette vidéo. C’était « Le Sacrifice ». Aujourd’hui, j’ai tous ses films –mon préféré est « Stalker ».

Peut-­on vous qualifier de cinéphile ? Votre amour pour les clips qui ressemblent à des courts-métrages vient peut­être de là…

­ Oui, si on veut. J’aime beaucoup le cinéma. Vous savez peut­être que je rêvais d’être actrice, je ne pensais pas à la chanson. C’est l’œuvre du hasard, ou de la chance, qui a fait que un jour je me suis rendue dans un studio pour une audition, où le compositeur, Laurent Boutonnat, m’a vue et m’a proposée d’enregistrer la chanson « Maman a Tort ». Vous me parliez de la culture russe : dans la musique, j’aime Tchaïkovski, mais aussi un conte musical formidable, « Pierre et le Loup », de Prokofiev. Quand je prenais des cours de théâtre, j’ai découvert Tchekhov. Vous savez, à l’école, on nous fait toujours lire les classiques, les auteurs ‘essentiels’. Ma réaction était toujours un refus catégorique. Et plus tard, on commence à chercher des explications, une compréhension, on cherche à se retrouver dans la littérature, dans la musique : c’est comme trouver son frère, sa sœur ou son père, pour prendre une image. Ce n’est qu’assez tard que je me suis penchée sérieusement sur la littérature. L’un des écrivains les plus importants à mes yeux est Dostoïevski –je n’ai pas osé le citer quand vous m’avez posé la question : c’est tellement cliché de le citer lorsqu’on parle de la Russie !

Comment est née l’envie d’écrire toutes vos paroles vous-­même ?

­ Je ne peux pas dire que je ne chanterai jamais des chansons écrites par d’autres, mais il faut que les paroles me touchent, ce qui n’est pas encore arrivé. Quand j’ai écrit ma toute première chanson, quelque chose s’est ouvert en moi et j’ai commencé à écrire. C’est quelque chose de difficile à expliquer. Maintenant, je ne peux plus vivre sans ça : mes textes sont un mélange de ce que j’ai réellement vécu et de ce qui naît de mon imagination. C’est un travail permanent de l’esprit qui m’aide à mieux comprendre ce qui se passe en moi sur le moment. Cette simplicité n’est qu’apparente : le temps passe et j’évalue les choses que je vis de façon différente. J’ai peur de généraliser. Se redécouvrir soi­même tout le temps, c’est très émouvant. Je ne vous ai pas dit ­ les choses me viennent éparpillées !­ j’adore les contes russes. Ils sont très particuliers, souvent tristes. J’en ai toute une collection chez moi, et les illustrations sont formidables. Ces livres sont très importants pour, ils me relient au monde de l’enfance, du rêve. J’espère ne jamais me séparer d’eux !

Vos clips ont flirté avec la censure en France à plusieurs reprises ces dernières années…

­ Le clip de « Je te rends ton Amour » a été jugé trop lugubre par un comité de visionnage, particulièrement une scène où on me voit baigner dans du sang. Cette scène a été coupée sur toutes les chaînes de télévision, mais elle est restée sur la vidéo que nous avons vendue et dont les bénéfices ont été reversés à la lutte contre le sida. Avec l’état d’esprit actuel des censeurs, on ne peut jamais savoir ce qu’ils ne vont pas aimer.

Dans mon dernier clip (« Optimistique­-Moi », nda), pourtant très innocent, on nous a reproché la dernière scène, où je m’éloigne debout dans la remorque d’un camion. Cela a été considéré comme un appel à enfreindre le code de la route !

Comment occupez­-vous votre temps libre ? Vous vous promenez, vous courrez les boutiques à la mode, vous jardinez ?!

­ Les deux premières propositions sont impossibles pour moi car je n’aime pas me trouver au milieu de la foule. J’aime dessiner, j’aime voyager…

Mais vous n’étiez jamais venue en Russie, jusqu’ici…

­ 2000-03-aNon, pourquoi dites­-vous cela ? J’ai visité la Russie l’hiver précédent. J’y ai passé une semaine, je suis allée à Moscou et à Saint Petersbourg. Je me suis beaucoup promenée. Saint Petersbourg sous la neige est vraiment magnifique, grandiose. Il y a une église qui m’a fortement impressionnée. C’était inoubliable.

Et personne ne vous a reconnue dans les rues ?

­ Non. Juste une fois, à Saint Petersbourg, un serveur m’a offert un bouquet de fleurs gigantesque. C’était très inattendu, mais agréable !

 

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Mylène Farmer sur 7 DNEY (Russie)

Posté par francesca7 le 20 décembre 2014

 

Entretien avec Kirill PRIVALOV le 6 MARS 2000

 

2000-02-bVotre nouveau spectacle, « Mylenium », qui a déjà été vu par plus d’un million de spectateurs (sic !) impressionne non seulement par son côté fantastique mais aussi par son abondance de symboles : vous apparaissez sur scène telle une déesse sortant de la tête d’une divinité immense et à la fin du spectacle, vous disparaissez dans le creux de sa main. D’où vous vient cette imagerie ?

­ Il me semble que je suis à une période de ma vie où il est temps de réfléchir sur le sens de la vie, de sa place dans l’univers. J’ai déjà trente­huit ans… L’idée de ce nouveau spectacle m’est venue après avoir lu « Le livre tibétain de la vie et de la mort ». Cette philosophie a bouleversé ma vie et m’a fait voir sous un nouveau jour tout ce que j’ai vécu et tout ce qui m’entoure. Ce spectacle est une sorte de reflet, sous forme de chansons et de danse, de ma nouvelle perception de la vie.

Qu’est-­ce qui a changé en vous ?

­ Je suis devenue différente, voyez­vous. Plus humaine, peut­être. Et par­dessous tout, ces derniers temps, il m’arrive des choses étranges. Par exemple, je me suis rendue récemment à Prague, et alors qu’il était cinq heures du matin, j’ai senti comme une force inconnue qui m’a fait me lever, m’habiller et sortir de l’hôtel. J’ai déambulé dehors, ne comptant que sur mes jambes, et je suis finalement arrivée près du pont Charles. C’était magnifique. J’ai contemplé la Vltava et les palais au loin, comme ensorcelée. Et puis, j’ai aperçu une petite église : le croirez­vous, elle était ouverte ! Alors qu’un vieux prêtre allumait les cierges, un son d’orgue  a retenti, sortant de nulle part. J’y ai passé trois heures, assise sur un banc de pierre. Je me serais crue dans un livre de Kafka !

Vous lisez beaucoup, paraît-­il…

­ Oui. Je sors peu, et les livres sont pour moi comme des amis proches. Je n’aime pas trop la science­fiction. J’aime la poésie. En matière de musique, j’écoute avec admiration les grands classiques français. Je connais beaucoup moins les musiques modernes. Et puis, je vais peu voir mes confrères sur scène !

Parlez­-nous de votre famille. D’habitude, vous faites l’impasse sur le sujet, mais puisque vous nous parlez… ! Un jour, vous avez déclaré à un journaliste de France­ Soir : ‘Pendant vingt ­trois ans, j’ai maudit ma mère de m’avoir mise au monde’…

­ J’ai eu longtemps l’impression d’être une étrangère au sein de mon propre foyer. Je manquais cruellement d’amour, d’attention. Quoiqu’il en soit, ces problèmes appartiennent au passé.

Comment étiez­ vous, enfant ?

­ Jusqu’à l’âge de quatorze ans, j’étais un vrai garçon manqué : tous mes amis étaient des garçons, je ne portais que des pantalons et pour mieux ressembler à un garçon ­ ne riez pas !­ j’ai même mis un mouchoir dans mon pantalon pour être plus masculine ! Plus tard, lorsque mon corps a  définitivement pris des formes plus féminines, je me suis sentie dans la peau de quelqu’un d’autre, comme si j’étais recouverte d’une enveloppe étrange qui aurait entravé mes mouvements, un peu comme dans un film fantastique ! Il n’y a que très récemment que je me suis débarrassée de ce sentiment de gêne.

Qu’est­-ce qui vous a aidée à gagner cette victoire sur vous-­même ?

­ C’est avant tout l’amour et le dévouement du public. Pour toutes les femmes, se sentir aimée et désirée est important, mais ça l’est encore plus pour une artiste. Ma tournée européenne, qui a rencontré beaucoup de succès auprès du public, et le succès de mon dernier album, « Innamoramento », m’ont remplie d’une énergie nouvelle. Je ne me sens plus comme le vilain petit canard ! J’oserais même dire qu’avant, l’idée de la prolongation de moi­même me mettait très mal à l’aise. Maintenant, j’aimerais avoir un enfant.

Quels sont les hommes qui vous attirent ?

­ Ceux qui ont passé la quarantaine. J’ai besoin de protection, de sécurité. Les tournées me fatiguent beaucoup, et j’aimerais avoir une maison, grande et confortable. Comme un nid ! C’est impossible de vivre tout le temps la tête dans les étoiles, comme je l’exprime dans l’une de mes chansons…

Savez-­vous cuisinez ? Quel est le plat que vous réussissez le mieux ?

­ Oh ! J’évolue dans une cuisine comme sur un terrain miné ! Je ne sais guère que me faire un œuf dur. Cuisiner une omelette, ça tient déjà de l’acrobatie pour moi !

Quels sont vos petits plaisir dans la vie ?

­ J’adore les bons vins : les rouges ­ seulement les français. Bordeaux, Petrus, Côte Rôtie, Médoc… Du bon vin et des cigarettes hors de prix : c’est mes seuls plaisirs bourgeois !

Vous fumez ?! Cela ne nuit pas à votre voix ?

­ 2000-02-cNon, comme vous le voyez. Parmi mes traits de caractère, il y a la simplicité et la droiture. Ma couleur favorite : celle qui a le moins de prétention, le blanc. Mon odeur préférée, c’est celle de la campagne : l’arôme du foin, de la terre fraîchement remuée, des arbres réchauffés par le soleil. Mais j’aime aussi l’hiver. Il y a deux jours, j’étais au Luxembourg. Je me suis promenée dans un parc, et tout y était recouvert de neige : par terre, les arbres etc. Je l’ai prise dans mes mains, fait des boules…

Vous avez besoin de toucher quelque chose pour l’aimer, pour y être attachée ?

­ L’odorat et le toucher tiennent une place à part dans ma vie. Je crois que je peux distinguer quelqu’un de bon de quelqu’un de mauvais, quelqu’un de sain de quelqu’un de malade rien qu’à l’odorat. Ne riez pas ! Toutes les rousses sont un peu des sorcières : au Moyen­Âge, on m’aurait brûlée vive !

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TV QUÉBEC POUR MYLENE FARMER

Posté par francesca7 le 6 décembre 2014

 

9 NOVEMBRE 1999 INTERVIEW : Julie Snyder

Mylene-Farmer-California 

En plein Mylenium Tour, Mylène accorde un entretien pour le talk-show québécois de Julie Snyder. Il faut dire que, à l’époque, il avait été fortement question que la chanteuse aille donner quelques shows outre-Atlantique, mais cela ne s’est finalement pas fait. 


Le sujet commence par un rapide patchwork audio et vidéo, mêlant des extraits des différentes tournées et des différents clips de Mylène, mais aussi des images inédites tournées par les équipes de Julie Snyder de la chanteuse dans les coulisses de son Mylenium Tour, avant d’entrer en scène.
 
En effet, la production a tourné des images dans les coulisses des concerts de Bercy en vue d’en faire un reportage mais là encore, le projet n’a (malheureusement !) pas abouti.
 

On découvre l’animatrice canadienne en face de Mylène, toutes deux assises sur des canapés en cuir noir, dans ce qui semble être une loge. La chanteuse porte une longue jupe écrue et une veste en jean bleu.

 

Julie Snyder : Vous avez un succès phénoménal. Grasset disait que la réussite c’est souvent la revanche sur le bonheur. Est-ce que ça s’applique à vous ?
Mylène Farmer :
 Probablement, oui (rires) ! Oui, c’est très difficile d’être heureux…

JS : Est-ce que quand vous étiez petite, vous vous disiez ‘Quand je serai grande, je serai chanteuse’ ?
MF :
 Non, du tout. Je crois que je ne me suis jamais posée cette question, en tout cas je n’en ai pas le souvenir. Je ne sais pas…

JS : Et à quel moment vous avez eu envie de devenir chanteuse ?
MF :
 C’est un hasard : je voulais être actrice, donc j’ai pris des cours de théâtre -mais ça c’était plus tardivement- et puis c’est une rencontre qui a fait que j’ai commencé la chanson.

JS : Et puis, vous vous êtes dit ‘Je me lance là-dedans’ ?
MF :
 Là, je crois que c’est la vie qui m’a happée. En tout cas, je me souviens m’être dit ‘Je sais que c’est ce que je veux faire’, surtout à travers l’écriture. C’est quelque chose qui m’a tout de suite beaucoup aidée et intéressée.

Extrait de « Rêver » live 96

JS : Votre spectacle est très spectaculaire, est un grand déploiement. Ça ne ressemble à rien : autant c’est très spectaculaire, autant c’est très, parfois très émotif, très intimiste. Quand vous vivez les moments d’émotion, on sent la foule frissonner avec vous et vous pleurez même en interprétant certaines chansons. Dans quel état êtes-vous ?
MF :
 D’émotion intense : c’est quelque chose à la fois qui consume, et à la fois c’est un partage.

JS : Est-ce que vous pleurez systématiquement à chaque spectacle ?
MF :
 Ecoutez, je ne sais pas. Je ne réfléchis pas à tout ça, si ce n’est qu’il y a des chansons, oui, dont le texte me touche profondément. Et puis c’est vrai que l’écoute que j’ai, qui est d’une grande, grande qualité, d’une grande chaleur, me provoque aussi, me suscite des émotions.

JS : Quand on assiste à votre spectacle, on a l’impression d’être à la messe, à une cérémonie et après la cérémonie, après la communion avec le public -parce que c’est très, très intense- est-ce que vous ressentez un vide après cette grande force ?
MF :
 Je le ressens fatalement, mais c’est plus après, quand une tournée est terminée, que c’est vraiment le grand trou noir. Là, j’ai la chance d’être accompagnée et entourée, donc c’est vrai que le plongeon est assez bref. Maintenant, la nuit parfois propose d’autres choses.(rires)

JS : Les paupières ont du mal à se fermer ?
MF :
 Oui. Beaucoup de mal, oui.

JS : Qu’est-ce que vous faites dans ce cas-là ?
MF :
 Je crois que j’ai le spectacle qui revient en boucle : ce que j’ai considéré comme étant des erreurs, je pense à des textes, je pense à des mouvements, à tout ce qui fait le spectacle…

Extrait de « Désenchantée » live 96

JS : Vous arrivez à tout gérer : par exemple, le spectacle, c’est vous qui l’avez conçu…
MF :
 C’est moi, c’est moi et beaucoup d’autres ! Je crois que faire les choses seule, c’est quelque chose qui ne m’intéresse pas. J’aime le dialogue, que ce soit avec un, deux, dix… Maintenant, donner naissance à quelque chose et puis après faire appel à des gens de talent autour de moi.

JS : Non, mais vous le portez sur vos épaules…
MF :
 (sourire) Je le porte sur mes épaules oui, en tout cas au moment X, c’est-à-dire quand je rentre sur scène, il n’y a plus que moi, mais aussi des danseurs et des musiciens, et une technique. Mais c’est vrai que si moi je flanche, le spectacle n’est plus.

Extrait de « XXL » live 96

 mylene-farmer-ouv

JS : Vous êtes née au Québec. (Mylène confirme) Et où vous avez vécu exactement au Québec ? En région ? À Montréal ?
MF :
 Une province du Québec. Je ne sais plus. (silence) Je me souviens simplement du nom Sainte-Marcelline, si ça peut vous aider ! (rire nerveux) Le reste, je ne sais pas…

JS : Vous alliez chez les sœurs ? Chez les Marcellines ?
MF :
 Oui.

JS : Et pourquoi vos parents, qui sont quand même français… Parce que vos parents sont pas québécois, on dit souvent que vous êtes québécoise : vous l’êtes parce que vous êtes née au Québec, vous avez un passeport canadien. (Mylène confirme) Mais pourquoi vos parents sont venus au Québec ?
MF :
 Pour raison professionnelle.

JS : Et ils sont retournés en France aussi pour raison professionnelle ? (Mylène confirme) Et est-ce que vous étiez contente de retourner en France ?
MF :
 Je ne peux pas…Je pourrais mentir. Je n’ai pas ce souvenir là non plus ! (rires)

JS : Mais quand même, pour une petite fille, passer du Québec à la France, donc c’est une autre culture. Avez-vous eu un choc en arrivant ici ?
MF :
 Ecoutez, on m’a dit -alors là je vais vous répéter ce qu’on m’a dit- que c’était quelque chose d’assez difficile. Maintenant, moi-même, je n’en ai pas le souvenir.

Extrait de « Vertige » live 96

JS : Il y a des tableaux qui sont très sexy. Vous êtes quand même -peut-être que vous n’aimerez pas l’expression- vous êtes un sex-symbol…
MF :
 Je ne sais pas ! (rires)

JS : Non mais que vous le sachiez ou non, vous êtes très belle ! Est-ce que vous, vous vous trouvez belle quand vous vous voyez sur scène ou quand vous regardez les vidéos ?
MF :
 Non, non. Ce sont des moments difficiles pour moi ! (rires) Je préfère voir l’ensemble, voir si le moment est beau, riche, émouvant. Mais quant à moi, me polariser sur moi : non, c’est toujours quelque chose de très difficile.

JS : Pourquoi c’est quelque chose de si difficile de parler de vous, de penser à vous…
MF :
 Il y a pas de réponse.

JS : … de vous regarder ?
MF :
 Je ne sais pas.

Extrait du clip « Libertine »

JS : Est-ce que vous êtes aussi libertine que dans vos clips ?
MF :
 Là, je sais que cette question revient souvent. Je ne peux pas répondre à cette question-là ! (rires)

JS : Ah ben comment je pourrais la formuler ?! (Mylène, qui tient désormais une cigarette, fixe silencieusement l’animatrice du regard, tout en lui souriant) Vous me regardez et : « Allez, rame ! Rame, ma vieille ! Je t’écoute ! »
MF :
 Passez à une autre question, en tout cas ! (rires)

JS : Ah, c’est ça ! Ma prochaine question : est-ce que vous aimeriez être comme dans vos clips ?
MF :
 Vous savez, une chanson, c’est une chanson. Après, on a envie d’y mettre des images, de raconter une histoire à travers cette chanson, donc c’est un moment choisi, un morceau choisi. Vous dire que si j’exprime ‘Sans contrefaçon, je suis un garçon’, si vous me posez la question ‘Est-ce qu’aujourd’hui, vous avez toujours envie de mettre un mouchoir dans votre pantalon ?’, je vais vous dire non, c’était le passé. Maintenant j’ai exprimé ce moment-là, ça ne veut pas pour autant dire que je dois véhiculer ou cette image ou ce sentiment toute ma vie.

Extrait de « Sans Contrefaçon » live 96

JS : Je vous oblige en ce moment à parler de vous, parce que j’ai pas le choix puisque je fais une interview sur vous, et qu’on va pas parler du canapé en cuir sur lequel vous êtes assise ! Est-ce que vous avez l’impression, par exemple, d’être chez le dentiste et qu’on va vous arracher une dent ?
MF :
 Ce n’est pas à ce point-là, mais c’est une sensation de malaise… (rires)

Extrait du clip « Comme j’ai Mal »

JS : Vous le dites vous-même, vous avez une araignée en vous. Vous êtes une petite ‘bibite’ ! (Mylène reste silencieuse, perplexe, puis fait les gros yeux et rit) Non mais, parce que pour moi, vous êtes une petite ‘bibite’ dans le sens où…
MF :
 (la coupant) Ça veut dire quoi ? (elle éclate de rire, et porte sa cigarette jusqu’au cendrier posé par terre)

JS : Une ‘bibite’, ça existe pas en France ?! Y’a pas de mot ‘bibite’, ici ? (Mylène est morte de rire) En France, une ‘bibite’, c’est…heu, en québécois, une ‘bibite’ c’est un petit moustique, genre avec des pattes.
MF :
 (elle éclate de rire en tenant sa cigarette, tandis que l’animatrice mime l’insecte) D’accord !

Extrait de « Alice » live 96

 

JS : Mylène, dans vos clips, vous prenez beaucoup de risques : vous faites les cascades, vous galopez à cheval, vous êtes attachée sur des trains. Est-ce que vous vous êtes déjà blessée ?
MF :
 Brûlée deux fois, sur le train (dans le clip « XXL », nda), et pendant le dernier clip (« Souviens-toi du Jour… », nda), il y avait du feu à proximité et il faisait très, très chaud. Probablement des bleus, oui. (sourire) Je suis quelqu’un de très physique. J’aime ça, j’aime cette prise de risque.

JS : Est-ce que vous aimez souffrir ?
MF :
 D’une certaine manière, oui, certainement. Certainement.

Extrait du clip « Je t’aime mélancolie »

JS : Vous partagez votre vie avec un singe qui s’appelle E.T. Comment ça s’est passé ? Est-ce que vous vous êtes levée un matin en vous disant ‘Tiens, aujourd’hui, je vais me procurer un singe’ ?!
MF :
 Je crois que ça s’est passé comme ça. J’avais envie d’un animal et je suis allée dans les magasins qui, malheureusement, vendent des animaux et je suis tombée sur cette petite fille… (sourire)

JS : Et vous l’avez vue tout de suite, comme ça ?
MF :
 Immédiatement. C’est tentant d’avoir un singe… (sourire)

JS : Oui ? (Mylène confirme) C’était un coup de foudre ?
MF :
 Oh oui, total ! (sourire)

JS : Instinctivement on sait comment élever un chien ou un chat, mais est-ce que instinctivement vous saviez quoi faire avec le singe ?
MF :
 Oui. J’ai dû être singe dans une autre vie donc ça a été très facile ! (rires)

JS : Vous croyez à la réincarnation ?
MF :
 J’aime cette idée. Elle est très poétique.

JS : Et qu’est-ce que vous voudriez être dans une autre vie ?
MF :
 Ben puisqu’on ne peut pas être un animal, c’est forcément un humain. Maintenant, peu m’importe. Vivons celle-ci !

Extrait du clip « Je te rends ton Amour »

JS : Vous êtes proche de Salman Rushdie pour qui, en quelques sortes, le monde est une prison et vous, vous avez déjà dit ‘Parfois, je me sens enterrée vivante’. Est-ce que vous avez l’impression que votre liberté à vous aussi vous échappe ?
MF :
 Parfois, mais je ne suis pas sûre que ce soit le monde environnant qui m’impose ça, je crois que c’est moi toute seule effectivement. Et quant à Salman Rushdie, c’est quelqu’un de très gai dans la vie, il a beaucoup d’humour.

JS : Est-ce qu’il vous communique cet humour ?
MF :
 Oh oui, totalement ! On a de grands éclats de rire ensemble ! (sourire)

JS : Qu’est-ce qui vous attirait chez lui ? Pourquoi vous avez eu envie d’aller vers lui ?
MF :
 Parce que c’est quelqu’un de charismatique, parce que c’est un grand écrivain -je n’ai pas tout lu ses livres (sic), mais certains -et puis parce que ce qu’il a vécu est quelque chose qui m’a profondément touchée. Et j’avais envie…Voilà, il s’est trouvé qu’on s’est rencontrés lors d’une soirée, je suis allée spontanément vers lui parce que j’avais envie de le connaître.

JS : On vous sent moins sombre qu’avant…
MF :
 (silence et haussement d’épaules) Ça, je suis pas sûre que je puis répondre à une question comme celle-là. Je crois qu’on a tous ses ombres, donc je les porte en moi et je les porterai jusqu’à la fin de mes jours. Je crois qu’on apprend aussi avec la vie, avec le temps, ses expériences. Là encore, tenter que de laisser ses fardeaux de côté parfois, mais maintenant, ça resurgit tellement vite.

JS : Votre plus grand hit, ou en tout cas un de vos plus grands hits, c’est « Désenchantée ». (Mylène confirme) Qu’est-ce qui vous enchante ?
MF :
 La gentillesse. La générosité. Toute forme d’art : la peinture, la littérature, le cinéma. Et puis beaucoup de choses. Le voyage, j’aime voyager.

JS : Merci beaucoup.
MF :
 Merci à vous…d’avoir souffert avec moi ! (rires)

JS : Oh oui, j’ai souffert autant que vous ! Il y avait une belle réciprocité dans la souffrance ! (rires)

Les deux femmes se lèvent. L’interview se termine sur la toute dernière image du DVD « Live à Bercy », quand on voit Mylène dans les coulisses, après sa sortie de scène, le tout sur la musique de « Désenchantée ».

 

 

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Mylène tombe le masque

Posté par francesca7 le 3 décembre 2014

 

Dans ELLE  6 AVRIL 1999

Journaliste : Olivia de Lamberterie

 images (1)

À propos de sa chevelure :
-Ma couleur naturelle est châtain. C’était fade. Je suis devenue rousse quand j’ai commencé à chanter parce que j’ai une peau de rousse. Il y a eu une erreur de la nature : j’aurais du naître rousse.

À propos de son physique :
-Je ne me supporte pas. Je me regarde peu, je ne vois jamais mes clips. C’est très douloureux. Je me trouve trop maigre, je rêve de prendre cinq kilos. 

À propos de se cacher sans cesse derrière des masques :
-Ces masques, c’est moi qui les choisis. Forcément, ils traduisent quelque chose. C’est difficile de trouver le mot juste. Je ne suis pas portée sur les confessions : je ne me livre pas parce que je ne sais pas. Je ne peux pas parler de moi. C’est douloureux, on peut en mourir. La psychanalyse, ça m’intéresse d’un point de vue intellectuel, mais je n’ai pas le temps et je ne suis pas sûre d’avoir envie de ce genre d’introspection. 

À propos de son enfance au Québec :
-Je n’ai aucun souvenir d’enfance. C’est comme un trou noir : rien. 

À propos de son goût pour la neige :
-Je ne me sens bien que dans le froid. Pendant longtemps, je ne supportais ni le soleil ni la chaleur. Ca va mieux depuis que j’ai vécu un Californie. 

À propos de ses parents :
-Pardon, mais c’est mon seul territoire privé !

À propos de sa collaboration avec Laurent Boutonnat :
-Il compose, j’écris. Il s’agit d’une vraie collaboration artistique. Tout ce que je peux vous dire, c’est que je n’ai jamais fait quelque chose que je n’avais pas envie de faire. 

À propos du XVIIIe siècle mis en scène dans quelques clips :
-Je ne peux pas expliquer pourquoi mais je m’y sens bien. Je crois que je me sentirais mal dans toutes les époques, mais tout compte fait, c’est au XIXe siècle que j’aurais aimé vivre. Ne me demandez pas pourquoi !

À propos de l’atmosphère ‘sadomaso’ de certains clips :
-Cela doit correspondre à des fantasmes que je porte en moi…

 

téléchargement (3)

À propos des cimetières :
-J’adore les cimetières, c’est un des endroits dans lesquels je me sens bien. Où que j’aille dans le monde, j’y vais : cela apprend beaucoup sur une culture, un peuple. Ce goût doit me venir de l’enfance : j’ai retrouvé des lettres de ma grand-mère dans lesquelles elle me disait‘Dimanche, je t’emmènerai dans tel cimetière.’

À propos des réalisateurs de ses clips, comme Luc Besson ou Abel Ferrara :
-Je les ai appelés, tout simplement. Ferrara, cela a été dur ! Des mois de négociation, de coups de fil à trois heures du matin…

À propos de ses envies de cinéma :
-J’en avais un désir presque clinique. Le désir est toujours là. J’attends qu’un réalisateur ait envie de moi. 

À propos de la notoriété :
-J’aime cet état-là, j’aime qu’on me reconnaisse. J’aime l’idée d’avoir accompli ce petit bout de chemin. Mais je m’égare ! C’est vrai que c’est aussi pesant. Quand j’ai besoin d’un réel anonymat, je vais le chercher à l’étranger. Je crois que je pourrais vivre à New York. Je m’y sens bien, je peux y marcher dans la rue sans me soucier de savoir si je suis jolie ou si je marche droit, entrer dans un café -des choses toutes bêtes. À Paris, en tout cas je ne me les autorise pas. On peut toujours faire tout ce qu’on veut, mais c’est dur d’être observée quand on n’a pas envie de l’être.

À propos de son quotidien :
-Ma vie est essentiellement consacrée à mon travail. Je sors très peu, je vois peu de gens. Je vis comme une recluse, c’est vrai, parfois j’ai le sentiment d’être enterrée vivante, mais il y a des choses plus douloureuses dans la vie. 

À propos de son singe, E.T. :
-Il est extraordinairement intelligent et agile. Vous savez, ce sont des singes qui aident les handicapés !

À propos de l’actualité :
-Le Pacs, la parité, non, je ne suis pas tout ça…

À propos de l’amour :
-On voudrait tellement que la passion dure, mais la réalité nous contraint à dire que, non, ça ne dure pas.

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COIFFURE et BEAUTÉ pour MYLENE

Posté par francesca7 le 22 novembre 2014

 

DÉCEMBRE 1989 Journaliste :  Valérie le Mouël

 

d89292597dc3ad82a834071c14c17483La chanson, c’était un rêve ?
-Je n’ai pas choisi de chanter, par contre j’avais réellement envie de faire un métier artistique. J’ai suivi des cours de théâtre jusqu’au jour où j’ai rencontré Laurent Boutonnat. C’est à ce moment-là que j’ai commencé à chanter. Cela doit faire cinq ans et demi maintenant.

Ce métier est plein de facettes. Avez-vous une préférence : sortir un disque, être sur scène…?
-J’ai besoin de tout. J’aime écrire les textes de mes chansons mais j’ai également besoin de retrouver l’émotion que l’on éprouve en étant sur scène. C’est pour moi un véritable combat. Je suis plutôt discrète, mais dans ces moments-là tout est décuplé : sentiments, impressions, capacités… On est à la fois conscient et complètement inconscient. Il est difficile d’exprimer ce que l’on vit, mais c’est une émotion énorme. J’aime aussi faire des clips. L’histoire vient d’abord du texte de la chanson, mais également du dialogue que j’ai avec les gens qui m’entourent. En fait, j’ai toujours besoin de plus et d’aller plus loin.

N’aimeriez-vous pas faire du cinéma ?
-Le cinéma est effectivement un projet. J’ai eu quelques propositions depuis deux ans, mais je n’ai pas le temps d’y songer sérieusement. Mon film culte est « La Fille de Ryan », j’ai adoré aussi « L’Important c’est d’Aimer ». Je trouve les films de Bergman, de Spielberg et les anciennes productions splendides, certainement parce que j’ai du mal à me projeter dans notre époque. J’aime l’ambiance de ces films et l’élégance des vêtements d’autrefois. Il me semble qu’il y avait une histoire dans chacun d’eux, alors que ceux que l’on fait actuellement n’ont pas d’âme.

Qui crée vos costumes de scène ?
-Thierry Mugler a créé les costumes du spectacle du Palais des Sports en mai dernier et ceux de Bercy. Nous lui présentons le projet de la scène, et lui propose ses idées. Il a une démesure étonnante et sait faire abstraction de la mode. Le spectacle de Bercy sera exactement le même que celui de ma tournée en province. Nous avons essayé de créer un personnage qui évolue dans le temps en jonglant avec les ambiances et les saisons. Il y a en tout sept changements de costume.

Et vos cheveux ?
-Ma coiffure reste très simple, je n’aime pas être sophistiquée. Je n’aime même pas l’envisager, cela ne va pas du tout avec mon caractère. Je préfère le dépouillement. Vous voyez : pas de vernis, pas de boucles d’oreilles, sinon j’ai l’impression d’être travestie. Si je porte un bijou, il est toujours très sobre.

Vos créateurs préférés ?
-J’apprécie beaucoup ce que fait Roméo Gilli, Thierry Mugler bien entendu, Azzedine Alaïa et Fayçal Amor. Mais je vais voir peu de défilés car je n’aime pas l’effervescence et je n’aime pas être prise en photo. Donc plutôt que de me trouver dans une situation de conflit, j’évite de me rendre dans les lieux où je vais rencontrer journalistes et photographes. Je me promène de temps en temps dans le Marais et vers la place des Victoires, où il y a de très belles boutiques.

Il paraît que vous collectionnez les chaussures…
-En effet, je voue une véritable passion aux chaussures ! Pour les bottines très fines et les chaussures plates. Je vais souvent chez Stéphane Kélian, Philippe Model et Charles Kamer. Je ne suis pas conservatrice, sauf pour les chaussures dont je n’arrive pas à me défaire et pour mes costumes de scène. Cela me plairait de constituer un petit musée à titre privé !

Comment vivez-vous la mode au quotidien ?
-La silhouette que je préfère est celle de Katherine Hepburn : chemise, gilet et pantalon. Une apparence masculine qui est en fait extrêmement féminine. J’ai complètement banni jupes et robes, je m’habille de façon décontractée. Cela ne veut pas dire blue-jean / baskets, disons plutôt faussement décontractée, car j’aime l’élégance. Je porte des vêtements aux formes et aux couleurs sobres. Je trouve le pourpre très beau mais je n’en porte pas souvent, simplement parce que l’on n’en trouve pas. J’adore le blanc cassé, le noir et les tons pastel. Je préfère les vêtements d’hiver à cause de l’atmosphère de cette saison. Un grand bonheur serait d’aller faire un jour un reportage sur la banquise !

Vous devez aimez les matières confortables…
-Je suis fascinée par le cashmere, le velours de soie et par la soie d’une façon générale. En Inde, j’ai vu des tissus fabuleux…

Vous avez beaucoup voyagé ?
-Non, très peu. Avant, je n’en éprouvais pas l’envie. Maintenant si, mais je ne trouve pas le temps ! J’aimerais retourner en Inde pour y faire quelque chose d’utile. Je n’ai pas un tempérament à apprécier le farniente, je m’ennuie très vite en vacances. En plus de découvrir un pays, il me faut un but. La Russie m’attire, mais je ne veux pas m’y rendre en tant que touriste puisque l’on ne voit rien. Je veux être en contact avec les gens des campagnes et approcher des choses fondamentales.

Vous ne parlez pas du Canada…
-Je n’ai pas envie de retourner au Canada, ce pays me semble trop calme. Par contre aller aux Etats-Unis, ça, oui ! Pour moi, c’est un pays de gagnants, un pays qui bouge. J’ai une vie très remplie, le mode de vie des américains me plairait certainement.

Les américains sont fervents de sport, vous pratiquez une activité sportive régulièrement ?
-Je fais du jogging dans la forêt du bois de Boulogne. Au départ, je courais pour avoir de l’endurance, pour être en forme sur scène, et puis j’ai continué. C’est un bienfait extraordinaire. Je suis très persévérante, un peu bornée, même ! Je vais au parc Monceau quand j’en ai l’occasion, mais pour m’y promener simplement.

téléchargementFaites-vous attention à votre image ?
-Je ne fais pas une fixation sur mon image, mais j’ai un minimum d’hygiène de vie, bien sûr. Par contre, je ne fais pas très attention à ce que je mange, c’est trop triste de se priver ! Pour les photos, c’est vrai que je suis vigilante. J’ai un droit de regard. Ce que je ne peux hélas contrôler, ce sont les tournages télé. Je trouve la lumière rarement belle, l’ambiance est peu propice à de belles images.

Vous avez une peau magnifique : un tel atout ça s’entretient par des soins en institut, des crèmes…
-Je ne fréquente absolument pas les instituts ! Cela me dérange et je ne m’y sens vraiment pas à l’aise. J’utilise une crème pour mon visage, c’est tout. Je ne suis pas du style à essayer les dernières crèmes qui sortent sur le marché, ça ne m’intéresse pas.

Êtes-vous également fidèle à un seul parfum ?
-J’adore les parfums. Je porte Shalimar qui est pour moi l’évocation du passé, Heure bleue, Chloé et Femme de Rochas.

Je crois que c’est Alain Divert qui vous a transformée en rousse. L’idée vient de qui ?
-Bertrand Lepage m’a donné l’idée de changer de couleur. D’ailleurs, maman est rousse. Alain Divert m’a fait ma première coloration, un roux plus électrique que maintenant. Nous avions de très bonnes relations mais à présent, je vais dans un petit salon où l’ambiance est presque familiale. Je m’y sens mieux que chez un grand coiffeur. Je me rends une fois par mois chez Margaux. Elle me coiffe de façon très naturelle : catogan ou cheveux défaits, parfois relevés mais cela n’a rien d’habituel. Chez moi : shampooing Phytosolba et après-shampooing. Ah, je vais peut-être couper mes cheveux ! La décision n’est pas facile à prendre mais j’aime beaucoup le style garçonne qu’avait Jane Birkin au temps de « Je t’aime moi non plus ». Vous me verrez avec des cheveux courts, mais pas avant un an. (Mylène se fera effectivement couper les cheveux très courts par Jean-Marc Maniatis en janvier 1991, nda)

C’est vous qui avez lancé la mode du catogan. Cet hiver, les deux points d’orgue de la coiffure sont les rousses et les coupes boule. Vous lisez les magazines de mode ?
-Je lis n’importe comment, je ne suis pas attachée à un magazine. De temps en temps, il m’arrive d’avoir de véritables boulimies de magazines !

 

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Mylène, ELLE OSE ET ELLE CHOQUE

Posté par francesca7 le 18 novembre 2014

 

TÉLÉ 7 JOURS - 10 DÉCEMBRE 1988 interview de  Cécile Tesseyre

 

my1La journaliste Cécile Tesseyre réutilisera partiellement son entretien avec Mylène pour le magazine Backstage de mai 1989, agrémenté de quelques déclarations propres à cette autre publication. 
Ce qui suit est donc une reconstitution de l’entretien à partir de ces deux publications.

De « Libertine » à « Pourvu qu’elles soient Douces », vos chansons ont toujours été un peu osées. Jusqu’où irez-vous ?
-Je ne m’autorise pas de limites. En ce moment, je n’écris pas, la question ne se pose donc pas…

Certains trouvent vos paroles choquantes…
-Dans « Sans Contrefaçon » je dis ‘je me fous du qu’en dira-t-on’. C’est vrai. Malgré tout, je pense avoir beaucoup d’interlocuteurs favorables puisque le 33-Trs « Ainsi Soit Je… »approche déjà les 600.000 exemplaires vendus.

Et vos parents, votre famille…?
-Nous n’avons aucun dialogue sur ce sujet. Nous sommes une famille de longs silences, mais qui ne sont pas pour autant de longs creux…

L’amour, le couple sont-ils importants pour vous ?
-Pour moi, l’amour est fondamental pour la créativité. J’aime beaucoup cette phrase du romancier Luc Dietrich qui dit que ‘l’amour est un grand courage inutile’. Je suis comme mes chansons : libertine, douce et fidèle. Très fidèle.

Êtes-vous heureuse ?
-Je suis incapable de répondre. Une fois de plus, c’est un paradoxe. Pour moi, l’amour doit être grandeur et décadence.

Lio vient de poser nue pour Lui. Vous apparaissez dénudée dans certains de vos clips. Vous imiteriez Lio pour des photos ?
-Non. On me l’a déjà proposé, pour une somme d’ailleurs très rondelette. Je ne le ferai jamais car je n’éprouve aucun plaisir à cela (Mylène posera finalement nue à sa propre initiative en 1996 sous l’objectif de Karl Dickenson, nda). La seule motivation de ceux qui acceptent est l’argent. Quant à Lio, je me garderai bien de la juger, car c’est une artiste que je respecte beaucoup.

Que dit votre courrier ?
-Je reçois de plus en plus de lettres, et j’ai de moins en moins le temps d’y répondre, car je ne veux déléguer ce bonheur à personne. Je reçois de longues lettres de gens qui ont le mal de vivre et qui cherchent un dialogue ou une consolation. Ma meilleure façon de leur répondre, c’est à travers les chansons. Je n’ai jamais reçu de lettre d’insultes !

En allant chercher votre trophée aux Victoires de la Musique, vous avez dit être à la fois très heureuse et très triste.
-C’était un grand moment d’émotion. J’ai toujours eu du mal à distinguer le bonheur de la tristesse. Chez moi, ils se conjuguent parfaitement. En prenant ma récompense, j’ai vu défiler les plus belles images de ma vie et les plus cruelles aussi. On dit bien que la jouissance est une petite mort. Je n’ai pas voulu chasser le naturel, je n’avais préparé aucun texte, j’ai tout dit spontanément. D’autres choses sont également intervenues, mais je tiens à les garder secrètes.

Comment avez-vous célébré cette Victoire ?
-Dans le silence. Dans la voiture, en quittant le Zénith, avec mon manager Bertrand Lepage, nous n’avons échangé aucun mot. J’étais assise à serrer très fort entre mes mains cet objet très lourd. C’est ma manière de vivre les choses. Mon sens de la fête est le repli sur soi, sans occulter le bonheur. Chez moi, j’ai placé la Victoire dans mon salon, sur un haut-parleur. Comme beaucoup d’artistes, j’ai été étonnée. Je ne vois aucune inscription sur le trophée, pas même la catégorie. Tout juste ‘Victoires de la Musique 1988’. Je regrette cet anonymat.

Et le lendemain ?
-Je suis redescendue sur terre en me plongeant dans le travail, qui est surtout une préparation physique en vue du Palais des Sports, en mai 1989.

En quoi consiste cette préparation ?
-Du sport. Pour l’instant, je le pratique à la dose minimale de quatre fois par semaine pendant environ quatre heures et demie. Ensuite, je m’entraînerai tous les jours. Par exemple, je commence le matin, à dix heures, par une séance de jogging. Le mot a été un peu galvaudé, mais disons qu’il s’agit de courir en ayant de belles foulées et en obtenant un rythme cardiaque en harmonie avec la course. Le résultat doit être de pouvoir courir une heure sans s’arrêter, sans fatigue, et en récupérant son souffle rapidement. C’est un travail de haute précision, dirigé par mon entraîneur, Hervé Lewis.

Et ensuite ?
-Nous retournons à son appartement, où Rambo a installé une salle de sport. Un travail comparable à celui d’une danseuse. Après vient le moment du repas. Une bonne alimentation est indissociable d’un bon entraînement physique. Mes repas sont établis par un cuisinier diététicien, Emmanuel Engrand. Il m’a enseigné des menus variés et équilibrés -du poisson et des légumes-crudités- et surtout à manger lentement et à boire peu pendant les repas. Le plus dur a été d’arrêter la cigarette, même si je ne fumais pas vraiment.

Cet entraînement vous a-t-il changée ?
-Mon corps a changé. Pendant vingt-quatre ans, je n’ai pas fait de sport, hormis l’équitation et les cours de gym à l’école. Avant, j’avais l’impression qu’après trois ou quatre séances, je serais épuisée. Or, mon énergie est décuplée. Dès le début, mon entraîneur a fait en sorte que je ne souffre pas de courbatures. Quant à ma manière de travailler, elle a gagné en images (5)rigueur…

À propos des cours de chant qu’elle suit :
-Ces leçons ont été un déclic pour moi. Ma voix a gagné en ampleur et en profondeur. Mon professeur m’a aussi permis de découvrir qu’une manière de chanter est un révélateur de personnalité. On retrouve souvent les mêmes intonations de voix auprès de deux chanteurs ayant un caractère sensiblement identique. 

À propos du fait qu’elle a du arrêter de fumer pour monter sur scène :
-C’est étonnant car je n’ai jamais été une grosse fumeuse, à peine quelques cigarettes par jour…

 

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