Analyse de « L’âme-stram-gram »

Posté par francesca7 le 16 février 2013

  « L’âme-stram-gram »

Paroles : Mylène Farmer
Musique : Laurent Boutonnat

issu du site : http://www.sans-logique.com/mylene-farmer/analyses/

 

Avec le clip, nous sommes cette fois transportés dans l’extrême orient du mysticisme, du raffinement, de la folie…et du kamasutra. A la première écoute, « l’âme-stram-gram » déroute. Qu’est-ce que c’est que cette chanson psychanalytique sur fond techno, au thème aussi obsédant qu’incompréhensible ? Mais restons zen…

Analyse de

Le texte est bâti sur une ambivalence, et peut donc se comprendre dans deux directions. Soit le texte littéral assez alambiqué (« j’ouïs », « confesses », « l’essaim », « susurres »), soit le texte qu’on peut entendre, à connotation sexuelle (il devient alors : « jouis », « con/fesse », « les seins », « suce »). Même « l’abdomen » et « l’orifice » peuvent prendre des sens plus coquins, puisque le premier désigne le bas-ventre des insectes : c’est donc une expérience sexuelle que raconte Mylène.

Prenons d’abord le sens du texte tel que Mylène l’a écrit. En même temps qu’elle fait l’amour avec son amant (« en moi, en moi, toi que j’aime »), elle le conjure de lui raconter ses problèmes (« dis-moi quand ça ne va pas »). Mais la relation de Mylène et de son amant apparaît vite très trouble. C’est autant une union charnelle qu’une communion spirituelle que les deux amoureux connaissent.

Mylène « partage son ennui » avec le premier qui « trouvera ça banal », c’est-à-dire qui ne la repoussera pas comme une extra-terrestre pour sa personnalité étrange mais partira du principe qu’elle est une femme comme une autre…tout en étant unique.

En retour, l’homme « se confesse », lui fait d’intimes « confidences » sur son complexe oedipien. Bref, « on se psychanalyse ». Et voilà le fil directeur pour comprendre cette chanson.

La psychanalyse fut mise en place par le docteur Sigmund Freud, et ses héritiers plus ou moins controversés Jung et Lacan, qui désiraient ériger un système permettant de pénétrer l’esprit des hommes malades (particulièrement ceux qui souffraient de mélancolie) pour les guérir. Cela passe par une attention précise accordée à l’enfance et à la sexualité. Qui sont justement les deux thèmes de la chanson.

La psychanalyse est fondée sur l’écoute par le médecin du patient, dont le discours est censé être guidé par des questions précises. C’est exactement la situation décrite dans la chanson, avec « le bourdon » (l’ennui) découlant de la solitude (« des absents »), « l’oreille amie » (qui écoute) et le « divan », sur lequel le patient est traditionnellement allongé durant la consultation.
Le « complexe d’Oedipe » est l’un des thèmes-clés de la psychanalyse. Il correspond au moment dans l’enfance où l’on découvre la sexualité et la différence entre l’être masculin et féminin. Ainsi, le père apparaît comme un rival à détruire pour pouvoir s’approprier la mère. Freud conçoit ce complexe comme un stade obligé pour avoir une sexualité normale. S’il n’est pas dépassé, s’il est seulement refoulé, il peut poursuivre l’homme jusque dans son âge adulte. Il faut alors le réexprimer, lui faire face pour franchir le stade. Mais cela implique de se replonger dans son enfance. D’où le titre.

Am stram gram, c’est ce que font les enfants quand ils doivent choisir, et qu’ils ne savent pas comment choisir. Ils laissent donc leur instinct, leur inconscient guider leurs doigts. Etre enfant, c’est aussi se fier à son instinct naturel pour se diriger. Et ici, quel est le choix qu’on doit faire ?

Et bien, d’abord, on doit choisir entre deux lectures du texte (lu ou écouté), donc deux sens différents : ésotérique et sexuel. C’est un symbole lié à la psychanalyse. En effet, Freud n’hésite pas à dire que « tout est sexuel ». C’est-à-dire que l’on peut trouver une connotation se rapportant à la sexualité à tout discours, rêve ou situation ! « Il n’y a que ça qui nous gouverne ». Ici, le texte dans son sens premier (littéral) est presque incompréhensible…sauf si on lui applique la grille de lecture de la sexualité. C’est un peu comme certaines situations de la vie où on a l’impression de ne rien comprendre, alors que la solution est en nous, et qu’on n’ose pas, ou qu’on ne sait pas, regarder en soi-même. Mylène, elle, n’a jamais hésité à exprimer ses fantasmes dans ses chansons, à dévoiler sa personnalité pour mieux la comprendre. Elle est ainsi en mesure de comprendre des choses sur l’être humain qui échappe au commun des mortels, et d’aider son amant dans ses problèmes psychologiques.

images-7 dans Mylène et SYMBOLISMEOser comprendre les mécanismes de l’âme, c’est s’assurer un pouvoir sur les autres. Elle avait déjà appris dans « Pourvu qu’elles soient douces » à jouer avec l’inconscient des hommes. Cette fois, elle utilise son pouvoir pour secourir son amant, lui offrant son corps et son esprit. On a donc une double image, conforme aux philosophies extrême-orientales, d’une double union des corps et des esprits. On peut évoquer ici la technique psychanalytique du transfert. Le patient accepte d’ouvrir totalement son esprit au médecin, de le laisser pénétrer les replis secrets de son être pour qu’il le débarrasse de son mal, un peu comme si le médecin devenait le patient, le mettant à même de faire face à ses pulsions.

Là encore, on peut y voir peut-être un sens sexuel de possession, en tout cas de communion.
L’âme-stram-gram, c’est retrouver son enfance pour combattre le présent, c’est redécouvrir l’instinct qu’on avait perdu pour choisir sa voie, c’est replonger au fond de soi, avec l’homme choisi pour partager ses pensées.

Ecrire un texte aussi ambiguë pour retrouver son enfance peut paraître paradoxal. Mais c’est bien dans son enfance, selon Freud, que se situe l’origine de sa sexualité, et même de l’être entier et adulte qu’on sera.

Une remarque de forme : on a d’abord l’impression que les vers « J’ouïs tout ce que tu susurres… » forment le refrain, alors que c’est finalement le couplet d’origine qui va triompher dans une danse nerveuse, enivrante et rythmée. La comptine enfantine se transforme en explosion de libido (« bourrée bourrée nœud de mâle »), et le couplet est répété comme une incantation magique, qui mène au nirvana du plaisir…ou à la mort.

Fidèle à elle-même, Mylène Farmer a reproduit deux de ses thèmes favoris : la double nature des choses (surtout celles qui paraissent n’avoir rien à voir entre elles comme l’enfance et la sexualité) et la trahison du langage. Mylène nous montre que ce n’est pas pour rien que certains mots se ressemblent phonétiquement, d’où les lapsus et autres langues fourchées révélatrices de la psychologie cachée. Si « ouïr » et « jouir » se ressemblent, si les mots « suce » et « susurre » sont frères, et surtout si le mot « âme » est contenu dans la comptine « am stram gram » c’est forcément pour une raison inconsciente que nous avons oublié…ou refoulé.

images-8Psychanalyse et complexe d’Œdipe sont des notions sujettes à controverse depuis leur fondation. On peut trouver, sans doute à raison, exagéré de réduire systématiquement tout mal à des pulsions sexuelles refoulées dans l’enfance. Mais, si la psychanalyse n’est le sujet que d’une seule chanson dans la discographie de Mylène, c’est parce que la chanteuse ne la considère que comme une voie possible parmi d’autres. Ce n’est qu’un essai, dans le but de trouver des réponses à ses questions.

Et c’est surtout l’expression d’une forme d’amour, parmi toutes celles proposées dans l’album « Innamoramento ». Un amour fusionnel, basé sur la sensualité charnelle qui n’empêche pas une intense union des âmes, et permettant la réunification du physique et du spirituel.

La recherche du bonheur continue. De l’Amérique vers l’Asie, de la femme branchée de « L’instant X » à l’esprit magique chinois, de l’amour XXL à la psychanalyse de l’âme.

VIDEO DE L’AME STRAM GRAM  http://www.dailymotion.com/video/x35be

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Analyse de « L’instant X »

Posté par francesca7 le 16 février 2013

  « L’instant X »

Analyse de Paroles : Mylène Farmer
Musique : Laurent Boutonnat

« L’instant X » fait partie des chansons atypiques de Mylène Farmer. On lui découvre une facette méconnue et surprenante, comme si nous elle disait : vous voyez, je ne suis jamais enfermé dans un genre, je fais les chansons que je veux quand je veux. Rares aujourd’hui sont les artistes qui résonnent ainsi.

Ces chansons atypiques sont peut-être inférieures à celles plus proches du style mylénien, mais elles ne sont pas dépourvues de beauté. En l’occurrence, « l’instant X » est une réussite pas toujours appréciée à sa juste valeur, défavorisée sans doute par un clip qui fait regretter l’époque Boutonnat et qui doit être interprété à la lueur du texte.

Une assez longue entrée en matière campe un décor de langueur et de répétition. Une musique terne, plutôt plate comme une autoroute, bas de gamme, expression exacte du quotidien d’une citoyenne. Cette impression est confirmée par le texte. C’est « lundi », la narratrice à l’accent gouailleur commence sa semaine, la xième de sa vie. C’est un matin de plus dans sa vie. Va suivre une succession de plaintes, qui ne seront comprises que lorsqu’on aura compris quel personnage Mylène joue ici.
La glu et les brumes font penser à un réveil difficile : la femme a eu un week-end chargé (surtout vers le soir) et doit se lever tôt pour aller au boulot. Mais c’est aussi le sentiment de ne pas pouvoir avancer, d’être prisonnier de la répétition éternelle des jours. Sans compter que cette situation est généralisée à toute « la planète ».

Cette introduction exprime vraiment une journée glauque d’une femme. Elle n’a pas fait la fête avec ses amis, et est restée chez elle à regarder « 30 millions d’amis », alors qu’il pleuvait dehors…

Mylène invoque ensuite sa « comète », comme d’autres invoquent leur bonne étoile. Son étoile à elle est filante… Le sexe n’est pas totalement absent de ce début ou, au moins, l’idée inconsciente est introduite. Quand on connaît le clip, le mot « englue » paraît beaucoup moins innocent. Quant à la comète, sa forme peut évoquer, avec sa tête blanche et sa queue, plus qu’une étoile filante…

images-5 dans Mylène et SYMBOLISME

On commence à mettre le doigt sur ce que Mylène essaie de caricaturer dans cette chanson.
C’est la femme actuelle, occidentale moyenne, libérée, féministe, branchée qui raconte son monde, majoritairement constitué de ses petits problèmes et de ses frustrations. Deux lectures sont alors possibles, et elles peuvent se compléter puisque ce sont deux caricatures, plus ou moins hard, du même type de femme.

La principale préoccupation de la femme actuelle est…ses menstruations. D’où le « bloody lundi » ou « la loi des séries ». « Le styx », fleuve mythologique des Enfers, peut être vu comme le fleuve sanglant qui coule d’elle-même et qui est une sorte de mythe pour toutes les jeunes filles. L’équation, c’est la somme des savants calculs qu’elles font pour se régler, et régler leur vie sexuelle.

« L’heure de prendre la pose », c’est surtout l’heure de changer de protection hygiénique. « Fatal » indique que c’est le destin de chaque femme. « l’hécatombe » et « l’asphyxie » désignent les douleurs ressenties, jusqu’au « vernis qui craque », à force de serrer les poings de douleur.

Mylène est à la fois frustrée et désabusée. Il n’y a pas trace d’amour, d’attachement, même d’homme dans ce texte. La moitié du vocabulaire est composé d’expressions communes, empruntées : le sabir américano-français (« bloody lundi », « humeur killer » : serial killer est une expression complètement passée dans notre langue), l’expression « j’ai un teint de poubelle », c’est-à-dire son make-up. Et bien sûr le « fun », mot-clé de la chanson, principe même de notre société.
Et le fun passe par l’instant X.

Mylène ne semble guère y croire. Même, l’instant X semble bizarrement absent, irréel. C’est normal. Ce n’est rien de plus qu’un désir. Les mots « messie » et « magique » renvoient à des notions de surnaturel, de quelque chose qu’on ne voit jamais. C’est vraiment la chose qui mettrait du piment dans sa vie sans relief. Mais, comme le messie, il ne vient jamais. Mylène reste là, à l’attendre, prenant la pose, ne pouvant que constater « l’hécatombe » qui se déchaîne autour d’elle. En fait, elle attend désespérément le moment où elle jouira vraiment, où l’amour charnel se conjuguera à l’amour spirituel, qui la rendra vraiment heureuse. C’est un peu le personnage du clip de « California ».

Vision terriblement cynique de l’amour, qui, non seulement se réduit à l’orgasme (suspectement solitaire avec cette absence de mâle), mais en plus se réduit au calcul de ses cycles. L’amour est regardé par son côté mécanique : ax+b= tilt. L’acte sexuel est une addition de corps (de membres !) qui produit un son de BD (« tilt ! »). Ce n’est rien d’autre qu’une seconde de plaisir pour une vie d’ennui.

Mais n’est-ce pas l’amour comme on le pratique de nos jours (cf. « Que mon cœur lâche »)? La simplicité désabusée de la phrase « c’est l’instant X », la froideur de la voix montre le travers des femmes actuelles : la petitesse avec laquelle elles traitent l’amour, comme une chose crue, lui retirant ainsi tout attrait. C’est un triste fait de société : ces femmes ont libéré leur sexualité, mais n’ont pas su conserver son caractère beau et puissant. La pornographie a tué la sensualité. Mais la satire prend son sens dans le refrain.

images-6C’est encore par dérision que Mylène reprend une chanson enfantine, comparant de façon assez osée l’acte sexuel avec l’arrivée du père Noël (ne descend-il pas dans la cheminée ?!…). Est-ce encore un produit du fantasme de Mylène sur son père (cf. « Optimistique-moi ») ? ça montre surtout que Mylène ne croit plus en l’instant X. C’est devenu quelque chose de trop banal…On comprend alors la douleur de la chanteuse.

« Zoprack » est l’anagramme de prozack, le symbole des antidépresseurs : élément hélas typique de la vie de la femme banale. Est-ce encore par caricature de ces femmes incultes qui déforment les mots ? En tout cas, la délivrance souhaitée est plus proche du placebo que d’un véritable messie…

Quant aux « ailes », elles représentent l’espoir de pouvoir un jour s’envoler…vers le septième ciel ? Surtout l’espoir de décoller de cette vie terre-à-terre.

La deuxième partie du refrain reprend la phrase « l’an 2000 sera spirituel ou ne le sera pas », célébrissime et largement médiatisée, jusque dans « Elle », le point zéro de l’information ! Et qu’en dit la Mylène de la chanson ? Cool ! « Du fun » ! C’est vraiment la femme coincée dans sa société, consommant tout de la même façon, dénuée justement de spiritualité.

Le deuxième couplet est la répétition du premier. On le remarque d’abord dans la structure. C’est le même système de rimes que dans le premier couplet (« Bloody/lundi/mais qu’est-ce qui/ », dans le second : « Humeur/killer/C’est l’heure… »). Des synonymes sont employés (« séries/cycle ») pour montrer que les choses n’ont pas changé. Comme si Mylène se réveillait le mardi suivant, ou n’importe quel jour, accentuant le caractère englué de la situation. Mylène est enfermée dans une façon de se comporter, de se poser qui ne lui attire que des ennuis. Il est possible que ce behaviour lui soit dicté par la recherche obsédée de l’instant X, d’où son côté prostituée.

C’est, en fait, une femme complètement désespérée, une « pretty woman » qui n’a pas trouvé son Richard Gere. « Un rien devient l’Everest » : la nouvelle sensibilité qui fait pousser des gémissements de douleur quand on se casse un ongle de pied, mais qui laisse froidement indifférente quand son chat se jette par la fenêtre.

L’ironie devient fatale à la fin du couplet, quand l’instant X tourne à l’hécatombe, au carnage, parce que les ébats passionnés font craquer son vernis. Humour de disproportion et d’allusion corrosif. L’instant X est mortel (« pied dans la tombe »), Mylène en ressort à moitié « asphyxiée », mais elle le dit sans la moindre passion. On en vient presque à préférer la période de « Beyond my control », quand l’amour et la mort se mêlaient tragiquement. Au moins, c’était beau. Dans « l’instant X », même ce qui est mortel devient banal.
Encore une fois, il faut inscrire cette chanson dans le contexte des albums. Alors que Mylène essaie de voir la vie autrement en quittant ses neiges originelles pour les plages californiennes, elle découvre le revers de cette société aux vitrines attirantes, les travers de la femme « fashion », au ridicule douloureux.

 

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Tristana on en parle encore

Posté par francesca7 le 12 février 2013

        Tristana on en parle encore dans Mylène et SYMBOLISME f9-300x232 Réalisé tout de suite après Libertine, Tristana se termine aussi par la mort de son héroïne. La mort du premier personnage résonnait pendant le générique comme une fin, jouant sur la nouveauté qui consistait à montrer la disparition définitive de l’interprète de la chanson objet du clip. Difficile après ce “coup” de rendre crédible sa réapparition dans le clip suivant, et encore plus de refaire l’expérience d’une seconde mort du personnage. Contrairement au réalisme de l’action de Libertine qui se déroulait dans une reconstitution des milieux mondains du XVIIIeme siècle, le traitement du conte que subit Tristana modère cependant ce nouveau trépas en le situant dans un onirisme certain. La situation temporelle de la diégèse se fait avant tout par les images d’archives de la révolution russe d’octobre et non pas par les attributs historiques approximatifs des personnages ; les costumes et les décors ne suffisent pas au spectateur pour placer l’histoire dans le temps. Lors de la séquence finale, comme une princesse insensible au baiser de l’homme attendu, la nouvelle disparition du personnage se révèle moins frustrante pour le spectateur qui peut ici encore situer la chanteuse dans le clip. La voix over de celle-ci réapparaît à l’extrême fin du clip pour répondre justement à une question relative à son éventuel statut de défunte. Interrogation d’un personnage se faisant le relais du spectateur et qui se voit répondre : « -Je ne sais pas. ». En élevant ainsi son héroïne au rang de déesse (seule personne pouvant exister entre la vie et la mort), Boutonnat confirme la tendance qui le mènera plus tard à l’autodestruction de son œuvre, et ancre parallèlement celle-ci dans des films de genre qui admettent la mort de ses personnages.


 

 

 

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Symbolisme de QUAND !

Posté par francesca7 le 12 février 2013

QUAND de MYLÈNE FARMER

Symbolisme de QUAND ! dans Mylène et SYMBOLISME 71644_306_people-136x300Deuxième extrait du nouvel album MONKEY MEQUAND est un titre pour lequel MYLÈNE FARMER s’est surpassé.

Un véritable enchantement pour les amoureux de la langue française, un raffinement dans les rimes qui dépasse même celui des trouvailles de Bénabar.

Quel plaisir d’écouter en boucle les paroles de QUAND où Mylène Farmer, inventive, fait débuter ses phrases en échos par « Toi », « Moi », « Vois », et fait se répondre « Quand » et   »Grand ».

Ah! Et puis il y a de véritables morceaux de bravoure, comme celui-ci:

« Les étoiles tombent une à une
Les bougies sont de fortune
Et ces vagues de nausée
Tu vois j’ai l’âme enserrée »

On dirait du Shakespeare, non?

Oh! Et cet enchaînement digne des plus beaux passages de la poésie française (les trois petits points marquent les pauses de la chanteuse):

« Comm… ent t’y prends-tu
Au moins le sais-tu
Pour mener ta… vie?
Dans… le vent j’entends
Tes renoncements
La… mélodie dure se répand. »

Tout y est: rimes en « tu », répétitions des « en »… Du grand art je vous dis!

Venez rejoindre le forum de Francesca http://devantsoi.forumgratuit.org/

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Les jeux de mots de Mylène

Posté par francesca7 le 5 février 2013

 

Black-out : Diverses traductions sont possibles. (« Le black out, petite âme » / Alice)
– Trou de mémoire
– Syncope (= Ralentissement des battements du coeur)
– Panne de secteur.

Blood and tears : Du sang et des larmes (« Faire l’amour à Marie Blood and tears ! » / Fuck them all) 

Blood and soul : Du sang de l’esprit (« Blood and soul ! Faites-le nous Dans le texte Le sang c’est le sexe » / Fuck them all) 

Bloody : Sanglant. (« Bloody lundi, mais qu’est-ce qui nous englue la planête » / L’instant X)

Les jeux de mots de Mylène dans Mylène AU FIL DES MOTS mylene-nrj-duforest-265x300Check out : Diverses traductions sont possibles. (utilisé comme verbe) (« C’est le blues, l’coup d’cafard, le check out assuré » / California)
– Mourrir
– Régler sa note d’hôtel.

Don’t let me die : Ne me laisse pas mourrir. (« Don’t let me die, l’ange » / Ange parle-moi) 

Exit : Sortie. (« Changer d’optique, prendre l’exit  » / California)

Freeway : Autoroute. (« J’ai plus d’I.D, mais bien l’idée De me payer le freeway » / California)

Fuck them all : Traduit poliment par « Qu’ils aillent se faire voir ! » (« Fuck them all ! Faites l’amour, nous la guerre Nos vies à l’envers » / Fuck them all) 

Fun : Joie, plaisir. (« Du fun, du zoprack et des ailes… » / L’instant X)

Ghost : Fantôme (« Ghost elle l’est infiniment » / Nobody knows) 

I.D. : Identité, papiers d’identité. (« J’ai plus d’I.D, mais bien l’idée De me payer le freeway » / California)

Ice : Glace (« J’suis l’ice dans l’eau » / California)

Jet lag : Décalage horraire. (« Vienne la nuit, c’est le jet lag Qui me décale » / California)

L.A. : Los Angeles. (« Sous ma peau, j’ai L.A. en overdose » / California)

L.A.P.D. (Los Angeles Police Department) : Police de Los Angeles (« L.A.P.D. me donne un blâme, c’est pas le drame » / California)

No way : Voie sans issue. (« Fais moi confiance et pense A tous les no way » / Regrets)

Nobody knows : Personne ne sait (« L’aube a bu sa transparence Nobody knows » / Nobody knows) 

Offset : Décalé. (« J’suis offset, j’suis l’ice dans l’eau » / California)

On the road : Sur la route. (« C’est l’osmose on the road…. » / California)

Rain : Pluie. (« Rain, nudité Nuit sois plus lente » / Vertige)

Road movie : film dont l’intrigue se déroule principalement sur la route. Exemple : Thelma et Louise… (« So sexy le spleen d’un road movie » / California)

Sex appeal : Attrait sexuel qu’exerce une personne. (« Sex appeal, c’est Sunset… » / California)

Shut up : Tais toi ! (« Shut up, Shut up, shut the fuck the fuck up » / Peut-être toi) 

Shut the fuck up : Ferme là ! (« Shut up, Shut up, shut the fuck the fuck up » / Peut-être toi) 

Six a.m. : Six heures du matin. (« Six a.m. j’suis offset… » / California)

Streap : Cette orthographe n’existe pas. « Strip » signifie se déshabiller. (« Se faire un trip, s’offrir un streap » / California)

Sunset : Sunset Boulevard à Hollywood. (« Sex appeal, c’est Sunset… » / California)

Trip : Voyage. A également le sens de drogue. (« Se faire un trip, s’offrir un streap » / California)

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Monkey Me de Mylène

Posté par francesca7 le 25 janvier 2013

 

L’album Monkey me, qui vient de sortir, sonne d’ailleurs comme des retrouvailles avec la Mylène de notre adolescence (je parle à ceux qui sont nés au crépuscule du vingtième siècle) : un son années 80, synthé, et des arrangements hight-tech pour un album où Mylène « singe les ombres » et donne la part belle aux textes obscurs à double (triple ?) sens.

Le titre de l’album est dû à la rencontre extrêmement émouvante (d’après l’artiste) avec… une guenon de 4 ans… Mais pas n’importe quelle guenon : celle-ci aurait été volée à 3 mois avant d’être retrouvée quelques mois plus tard. Elle vit maintenant… dans un zoo. Voilà voilà…

Si « nuit d’hiver », instrumental méditatif, se détache du reste, c’est que les morceaux de cet album trouveront facilement leur place sur le dancefloor et dans le cœur des fans inconditionnels qui seront content de retrouver leurs repères… Repères fixés depuis une bonne vingtaine d’années… Un son dance/electronique associé à des paroles mélancoliques et des mélodies pop/rock.

On pourra dire que Mylène Farmer oublie de vivre avec son temps. Pourtant, les paroles de ses chansons évoquent les interrogations qui nous sont soufflés quotidiennement dans le creux de l’esprit : « Mais où va le monde ? », par exemple. Et puis, il faut bien dire qu’il y a un changement notable chez notre Mylène nationale (ou presque… Oui, je sais qu’elle est née au Canada) : elle a les cheveux blancs et lisses, sur la couverture de l’album, et non plus roux et frisés.

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Elle A DIT … Mylène

Posté par francesca7 le 25 janvier 2013

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’Elle a dit’, le prochain single de l’album ?

Après A l’ombre, le titre Elle a dit sera-t-il le prochain extrait de l’album Monkey Me ? Ecoutez sur Evous.fr cette chanson signée du tandem Mylène Farmer-Laurent Boutonnat.

S’il a fait une entrée en trombe dans les charts, le single A l’ombre de Mylène Farmer s’avère bien décevant. A l’opposé du clip qui l’illustre (et qui vaut surtout pour la participation de l’artiste Olivier de Sagazan), ce morceau semble tout droit sorti des années 90 et souffre en sus d’une mélodie peu accrocheuse. Les fans adhèrent, achètent, mais le grand public suivra-t-il ? Rien n’est moins sûr. Alors pour doper encore les ventes de son album Monkey Me, la chanteuse songerait déjà à « switcher » sur un autre titre. Et selon les premières rumeurs, il pourrait s’agir de Elle a dit.

Si l’information se confirme, il s’agirait là d’une bonne nouvelle. En effet, classique et sans surprise dans son rythme et sa production, cette chanson se démarque néanmoins par son efficacité, ainsi que par sa ligne de piano entrainante. Ce qui en fait sans doute un des meilleurs titres du disque. 

Par ailleurs, alors qu’on cherche encore la signification du texte d’A l’ombre, les paroles d’Elle a dit font sens. « Elle est différente, c’est sa manière. Elle n’a pas choisi et quand on lui dit que c’est ne pas là la chose à faire… Mais quoi qu’elle en dise, elle aime une fille. » Un hymne à l’amour lesbien qui tombe en plein débat autour du mariage gay.« Quand on a le coeur dans la gorge, qu’on a le sentiment de ne plus être compatible avec la vie. C’est cela être ’au bord du rebord’, au bout du chemin », explique Mylène, dans le magazine Têtu.

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A L’OMBRE en vidéo

Posté par francesca7 le 25 janvier 2013

 

A LOMBRE vidéo : Image de prévisualisation YouTube

 

« À l’ombre » Le dernier titre de Mylène Farmer marque une fois de plus la chanson française de sa bizarrerie. « Le beau est toujours bizarre » lançait Baudelaire. Mais le bizarre l’est-il toujours, beau ? La vidéo qui promeut « À l’ombre » met mal à l’aise malgré son esthétique très soignée et l’on redoute ces longues minutes sur lesquelles nos adolescents vont danser sans y penser.

On y voit entre autres plans de loups et du visage de Mylène Farmer un homme qui s’englue de glaise et de peinture dans une monstruosité à la Goya. Le tout sur fond noir, gris et blanc, rouge. C’est digne d’une peinture expressionniste. C’est très bien fait. La chanson s’embarque sur une thématique littéraire et philosophique intéressante, l’ombre, symbole de ce « diable qui harcèle » : « À l’ombre, risquer de n’être personne… À l’ombre on se coupe de soi-même… on s’arrache ainsi au ciel ».

Faustiennes, ces paroles font penser à un petit conte philosophique instructif, L’étrange histoire de Peter Schlemihl. L’autrichien Chamisso y raconte l’histoire d’un homme qui troqua son ombre à un « homme en gris » contre la Bourse de Fortunatus, bourse ne se vidant jamais. Très vite le voilà riche, mais le voilà également homme sans ombre, homme sans identité, homme obligé de vivre la nuit dans cette ère sans soleil, homme marginal que ne peut pas épouser la femme qu’il aime. Une seule solution : se couper des liens mauvais. En désir d’ombre, Peter rencontre de nouveau l’homme en gris, lui réclame son ombre estorquée, veut lui rendre la Bourse. Mais le pacte est scellé : pour toute réponse, en échange de cette ombre désirée, l’homme en gris, cet avatar du diable, lui réclame davantage encore, l’enjoint de lui donner son âme. Abusé une fois, le héros, Peter Schlemihl ne se laisse pas tromper deux fois et refuse. Il jette la Bourse dans un gouffre. Il restera donc un homme sans ombre mais riche d’humanité, de son âme. Il ne va pas jusqu’au point de rupture ultime le don total de lui-même au Prince des Ténèbres, menteur dès l’Origine. Sa vie marginale sera malgré tout des plus belle. Il finit sa vie florissante voyageant par le monde faisant le bien, mécène d’un hospice.

Peter ou le refus de l’ombre pour la lumière, ou le refus de converser avec qui enserre son âme, avec ce Singe qui susurre son désespoir comme Mylène Farmer à l’oreille de ses fans : « Nos cœurs ont vu trop grand… Pourras-tu dire que l’amour est suffisant ? » ! H.B.

 

Parution sur http://www.leblogdhelenebodenez.com/article-mylene-farmer-l-ombre-ran-on-113077042.html

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Mylène Farmer pour les Canadiens

Posté par francesca7 le 31 décembre 2012

 

Ce sont les Canadiens qui bénéficient de We’ll Never Dies en SP (sans pochette) au premier trimestre 1986, le titre étant sortie uniquement sur l’album en France. Une chanson qui, malgré son titre anglais (littéralement ; « Nous ne mourrons jamais »), est chantée en français par Mylène, Boutonnat, et donc indirectement Mylène évoque dans son texte le conflit israélo-palestinien.

Mylène Farmer pour les Canadiens dans Mylène AU FIL DES MOTS 250px-palest_against_british

Certains analyste parlent dans d’un texte sur l’Intifada (ce qui n’est pas possible, puisque la première Intifada date de 1987). Quoi qu’il en soit, le texte est politiquement très engagé (ce qui représente une exception dans le répertoire de Mylène, avec Souviens-toi du jour….). La chanteuse parle ici d’un enfant (« Petit garçon perdu / Le désert t’a déchu ») qui fait la guerre pour son peuple et plus précisément sa mère (la mère patrie ?) : « T’as fait la guerre pour ta mère / elle t’a mis au monde en terre ». Ces deux vers de la chanson nous apprennent également que l’enfant révolutionnaire (« Gavroche ou bien bidoche ») fait une guerre vaine puisque son sort est inévitable et son combat perdu d’avance. En quelques sorte, il est né pour mourir … Et si nous parlons plus haut de conflit israélo-paslestinien, c’est que Boutonnat évoque directement le Dieu des musulmans dans son texte ; « Tu seras un ange là-bas / Au nom d’Allah, alléluia ». Une chanson assez dure au final qui bénéficie d’un pot avec des chœurs anglophone (Carole Frédericks) : « Dawn is breaking now / How long does it take to die ? » (« L’aurore commence à se lever / Combien faut-il de temps pour mourir ?)

On imagine ainsi cet enfant dans le désert en train de regarder l’aurore se lever en se demandant quand il va finalement mourir…

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issu du livre de Benoît CACHIN sorti en octobre 2012. Aux éditions Gründ. Page 30/220

 

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Chloé chantée par Mylène F.

Posté par francesca7 le 28 décembre 2012

Chloé de Laurent Boutonnat  

 

(Sorti en septembre 1985)

Même si des chœurs d’enfants accompagnent Mylène Farmer, renforçant ce sentiment, ce qui apparaît comme une chanson pour cour de récréation révèle en fait des paroles particulièrement cruelles, qui racontent l’histoire d’une petite fille, Chloé qui se noie …

L’inspiration de Boutonnat semble évidente : Hamlet de Shakespeare (datant du début du XVIIè siècle). Dans sa pièce, le dramaturge anglais met en scène le personnage d’Ophélie, sœur de Laërte et amoureuse d’Hamlet.

 

Chloé chantée par Mylène F. dans Mylène AU FIL DES MOTS 280px-millais_-_ophelia

Héroïne romantique s’il en est, Ophélie connaîtra un destin tragique, puisque à cause de son impossible amour avec Hamlet, elle deviendra folle et finira par se noyer dans l’eau d’un ruisseau, comme nous l’apprend l’acte IV, scène 7 de la pièce :

« Laërte : Noyée ? Où s’est-elle noyée ?

La reine : Au-dessus du ruisseau penche un saule, il reflète

Dans la vitre des eaux ses feuilles d’argent

Et elle les tressait en d’étranges guirlandes

Avec l’ortie, avec le bouton-d’or.

Avec la marguerite et la longue fleur pourpre

Que les hardis bergers nomment d’un nom obscène.

Mais qe la chaste vierge appelle doigt des morts.

Oh, voulut-elle alors aux branches qui pendaient.

Grimper pour attacher sa couronne florale ?

Un des rameaux, perfide, se rompit

Et elle et ses trophées agrestes sont tombés

Dans le ruisseau en pleurs . […]

Laërte : Hélas, elle est noyée ?

La reine : Noyée, noyée ».

 

Laurent Boutonnat s’inspire donc du mythe d’Ophélie pour composer sa comptine. Il n’hésite d’ailleurs pas à reprendre des expressions enfantines, comme « Tu sais ça compte pour du beurre » ou « Est-ce que tu joues ou tu meurs ? » Autre particularité, qui revient souvent dans l’œuvre de Farmer, la présence du double, de  la sœur : « Chloé ma moitié / Ce matin s’en est allée / Ton cœur petite sœur » ; un avant-goût du clip L’Ame-stram-gram, où l’une des deux sœurs meurt violemment sur les marches d’un palais chinois – le titre L’Ame-stram-gram utilisant également toute l’imagerie des chansons pour enfants…

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issu du livre de Benoît CACHIN sorti en octobre 2012. Aux éditions Gründ. Page 29/220

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Mylène, sodomique de corps et d’esprit

Posté par francesca7 le 21 décembre 2012

Pourvu Qu’elles Soient Douces a intégralement été tourné au sud de la ville de Rambouillet (Yvelines), dans le parc régional de la Haute Vallée de Chevreuse, en bordure du bois de la Droue (appelé aussi « bois Saint-Benoît »). La séquence de la bagarre dans l’eau avec la rivale a été tournée au même endroit, dans une rivière nommée « La Drouette ».

Mylène, sodomique de corps et d'esprit dans Mylène dans la PRESSE clippqsdmini07S’il est bien un film qui ai valu à Laurent Boutonnat le qualificatif de « mégalo » que lui a attribué la presse, c’est bien Pourvu Qu’elles Soient Douces. Un clip de  18 mn, avec cinq jours de tournage (nuit et jour), six cent figurants et un budget de 1,5 millions de francs (et non 3 comme annoncés à l’époque) peut il être encore appelé un clip ? Au delà des moyens mis en oeuvre, reconnaissons au réalisateur d’utiliser les méthodes et le matériel d’une production cinématographique. Laurent Boutonnat utilise de la pellicule 35 mm, couleur ou noir & blanc, il use des travellings sur rail, des grues, des loumas et des steady-cam. Son cinéma est identifiable, par son vocabulaire et encore plus par la grammaire qu’il applique à l’agencement de ses plans. En ce sens, Libertine II est l’exemple type du cinéma de Laurent Boutonnat qu’il faudrait montrer à quelqu’un qui ne connaîtrait pas encore sa façon de le concevoir. PQSD obéit à une structure chère au cinéaste : on y retrouve l’héroïne, comme toujours Mylène Farmer, moitié bourreau moitié victime, on y retrouve aussi un contexte historique, daté ou non. La fin du film touche souvent à l’onirisme (Tristana, Sans Contrefaçon). L’armée de terre a mis a disposition de Laurent Boutonnat six cent hommes pour jouer les troupes anglaises et françaises. Les costumes sont confectionnés par l’équipe de Carinne Sarfati et les chevaux utiles aux cascades proviennent de l’écurie de Mario Lurashi (auquel Boutonnat refera appel pour le cheval noir de Giorgino). C’est d’ailleurs le célèbre dresseur qui tiens le rôle du lieutenant français qui achète les ribaudes. Pour mener la troupe de prostituées, Sophie Tellier est rappelée pour tenir le rôle qu’elle jouait dans Libertine I.

Contrairement à Libertine I qui a été entièrement story-boardé, cet épisode à été lui conçu sur un découpage technique  complet (méthode favorite de Laurent Boutonnat ). Voici les    commentaires de la presse « jeune » de l’époque qui retracent le travail de Laurent Boutonnat.

    Égérie clipée, sculpturale, allure rousse comme les interdits, Mylène la Farmer, sur laquelle on fantasme, a réussi la galipette majuscule d’accéder au trône de la renommée sans douleur… Révélation 1988, elle a supplanté ses consœurs, ne leur laissant que le choix des larmes. Sulfureuse, diabolique, corrompue au champ du sexe, la libertine  qu’elle ose paraître, a récidivé dans le sens, d’un empire des sens non recommandé par l’office catholique… « Sodomique de corps et d’esprit… 

clippqsdmini20 dans Mylène et des CRITIQUESDans Pourvu Qu’elles Soient Douces, telle une chevalière sans honte et sans reproche, Mylène a posé sous toutes ses coutures, et via cette violence romanesque, digne des épopées d’antan, elle a flirté avec les fleurs du mâle… Androgyne, l’ambiguïté calquée à son « Moi-je », Farmer pourchasse les bonnes manières, fouette les tabous et coupe l’herbe sous le pied des lignes « bien pensantes ». Iconoclaste et révoltée, l’âme entre deux désespoirs, Mylène joue dans ses clips celle qui n’est ni tout à fait elle, ni tout à fait une autre. Incandescente, irréelle et décadente. 

Farmer chuchote les mots et montre les images. Laurent Boutonnat, son frère d’émotion vénère sa muse. Il lui fait chanter des notes d’auteur et lui taille des portraits à travers des clips cinématographiques. Mes chers frères prions pour elle : la pécheresse officielle de cette fin de siècle. N’est-il pas vrai qu’il y a du « Marie-madeleine » en elle, mais en doutiez-vous ? Après les mots, les photos tournées en forêt de Rambouillet avec décors et costumes… S’il vous plait… quel faste !

Graffiti, Décembre 1988. 

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Le Rite de Sorcellerie de Mylène Farmer

Posté par francesca7 le 20 décembre 2012

 

 

VIEUX BOUC est une étrange chanson où Mylène chante un rite de sorcellerie, le Sabbat.

Et qui symbolise le diable dans ce genre de cérémonie ?

Le bouc cornu ! Selon la tradition, dans les contes et légendes, le Sabbat est célébré dans une clairière, une lande, à un carrefour, de nuit dans un endroit désert, près d’une source ou d’une fontaine, et toujours dans la nature et à son contact. Au centre de ce rite, un bouc cornu qui sert de lien avec le diable. Le bouc est même beaucoup représenté dans certaines illustrations ou certains tableaux, comme Le Sabbat des Sorcières (musée Lazaro Galdiano, Madrid), de Francisco de Goya, qui inspirera certainement Boutonnat pour le clip de Sans logique.

 Le Rite de Sorcellerie de Mylène Farmer dans Mylène AU FIL DES MOTS hexensabbat

http://fr.wikipedia.org/wiki/Sabbat_(sorcellerie) 

 

Quoi qu’il en soit, Mylène semble, dans cette chanson, participer à ce genre de réunion où elle s’adresse – non sans humour d’ailleurs – directement au diable, le « vieux bouc » : « Vieux bouc, je vous sens fébrile / Aimez-vous mon petit nombril ? », « Vieux bouc, êtes-vous fragile / Aimez-vous mes cloches matines ? », « Vieux bouc, c’est l’heure du baptême / Je vous aime devant l’éternel / Je sais, l’enfer c’est les autres / En ce monde, on est tous des vôtres. »

Boutonnat, et donc Mylène, détourne ici le sens des mots de Jean-Paul Sartre (« L’enfer, c’est les autres », Huis clos, 1944) pour faire de la chanteuse une adapte de l’enfer et de ses rites. Rites qui vont même jusqu’au baptême, ici blasphématoire, pour mieux offrir son âme et son corps : « L’hymen sera mon présent / Maintenant, j’ai l’enfer dans le sang ». Le refrain de la chanson est, bizarrement, tout autre. Mylène chante ici son rejet de l’enfer et du bien bouc infernal ; « Ma petite âme est sale / Prends-la nue dans ses bras / Et je m’en irai loin, si loin, si loin / Loin de toi, vieux malin ».

 

Une demande de rédemption après la confession ? Une chanson que l’on peut rapprocher alors d’Agnus Dei et du clip de Je te rends ton amour, qui illustrerait parfaitement Vieux bouc. Côté musique, Boutonnat fait particulièrement fort avec des sons bizarres à peine identifiables, qui ponctuent sa chanson, comme une bande-son passée à l’envers au début du titre. On peut tout de même reconnaître des rires de Mylène, le bêlement d’une chèvre et les voix de la « Chorale des moines fous du Tibet » (appellation fictive et fantaisiste cependant, puisque cette choral e n’existe pas !). Un ensemble bien inquiétant…

 

A noter, l’interprétation particulièrement réussie de Mylène sur ce titre.

 

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issu du livre de Benoît CACHIN sorti en octobre 2012. Aux éditions Gründ. Page 27/220

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L’Annonciation de Mylène Farmer

Posté par francesca7 le 18 décembre 2012

 

Seule façon d’entendre l’Annonciation   : se procurer (à prix d’or !) le SP ou le maxi d’On est tous des imbéciles, où le titre est gravé en face B. en effet, sitôt éditée, cette chanson semble avoir disparu de la mémoire de Mylène (Polydor laissant les droits à RCA, à la différence de ceux de Maman à tort, rachetés par la maison de disques actuelle de Mylène). Jamais chantée à la télévision, sur scène ou reprise en spectacle, l’Annonciation n’en est pas moins un titre intéressant. D’abord parce que c’est le premier titre entièrement écrit par Laurent Boutonnat. En effet, alors que la musique de Maman à tort fut cosignée avec Jérôme Dahan, l’Annonciation est l’œuvre de Boutonnat seul (la face A, On est tous des imbéciles   , étant confiées entièrement à Dahan). Et pour cette première chanson, Boutonnat explore déjà tous les thèmes chers à lui-même et à sa chanteuse. Le titre d’abord nous fait pénétrer dans l’univers farmérien : L’Annonciation.

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Et ce titre est à prendre au premier degré, puisqu’il fait référence à l’ange Gabriel qui vient révéler à Marie qu’elle est enceinte. En effet, selon la Bible, Jésus n’est pas né d’une union charnelle ; c’est le Saint Esprit qui a conçu Jésus. L’Eglise a choisi de célébrer l’événement neuf mois avant Noël (soit le 25 mars). Cependant, la Bible ne nous dit pas si cette grossesse extraordinaire a effectivement duré neuf mois comme pour le commun des mortels… Quoi qu’il en soit, le ton est donné, et la chanson reprend la notion de visite (« Il est entré dans mon lit / Sans un bruit »), du Saint-Esprit (« Dans mon sein je l’ai maudit / Ce saint esprit »), de l’ange Gabriel (« L’ange m’a fait croie au bonheur ») et de Dieu (« Et moi je sais que Dieu existe »). Mais il est bien évident que Boutonnat ne se contente pas ici d’une mise en chanson de l’Annonciation. Il fait de cette « visite » un épisode douloureux : « Une larme en frisson c’est l’heure / Celle qui sonne la douleur / Celle où seule on sent son cœur / Qui s’affleure », ou encore « La vie pour moi c’est fini ». Et l’on comprend vite à travers les mots de Boutonnat que l’héroïne de sa chanson vient de subir un avortement par un faiseur d’anges : « L’ange m’a fait croire au bonheur / C’est un faiseur », « Mon sauveur / Mon petit baigneur / Sans toi je meurs » ou « Et moi je sais que Dieu est triste / Car dans mon ventre / ça nait ça meurt ».

Nous sommes bien ici en présence de la genèse de l’œuvre de Mylène dans ce premier texte annonçant son premier album, avec Plus grandir ou  Au bout de la nuit ; a noter la musique de l’Annonciation, qui est particulièrement mélancolique, avec uniquement des cordes (violoncelles et violons tziganes).

issu du livre de Benoît CACHIN sorti en octobre 2012. Aux éditions Gründ. Page 19/220

 

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Mémoires de Stade de Mylène Farmer

Posté par francesca7 le 28 octobre 2012

 

    A la saison des vendanges, le douzième jour de septembre exactement, M. Boutonnat s’installait vingt minutes avant le début de la représentation, nerveux, concentré, le regard fixe, immobile plus qu’inexpressif, derrière son pupitre. Il savait que le chef de l’État occuperait sa loge. Cigarette sur cigarette, des bribes de conversations avec deux techniciens aux cheveux blancs, quelques mots seulement. Après la décontraction feinte, l’imperturbable concentration lorsqu’il fixe la scène encore dans l’obscurité. M. Di Sabatino clopait également, serrant dans ses bras M. Suchet qui venait d’arriver.

Mémoires de Stade de Mylène Farmer dans Mylène et SYMBOLISME 28384_390982046987_85098556987_3900238_5705248_n-300x221    Le tableau commençait sous les mêmes auspices ; plus de cigarette mais un invariable regard droit que rien n’aurait sû distraire ; il considérait avec mépris les vendeurs de bière dans la fosse, aux fûts de pression arrimés au dos. Puis, ses mains côte à côte, doigts posés sur ses muscles frontaux pour les masser, décrivaient de petits cercles au dessus de son lourd regard. Il avait fallu attendre qu’on chante « Qui entre dans l’histoire entre dans le noir » pour que M. Boutonnat saisisse d’une main sa pipe noire de l’autre son briquet blanc, qu’il ne lâchât point jusqu’à la fin du numéro. Lorsque retentissaient les tonnerres électriques des « Paul en Pauline », M. Boutonnat devenait plus directif, mimait la guitare en faisant signe à sa gauche de surmixer l’instrument. Il était alors debout comme si on lui eût laissé la bride sur le cou, riait bruyamment de la fellation approximative mimée sur un guitariste et, lorsque la maîtresse des lieux décidait de reprendre la chanson en traînant un « Wwwon a besoin d’amour », lancait un regard rieur et complice à l’adresse de M. Suchet .

   Détendu et l’estomac vraisemblablement moins noué, c’est lorsque résonnait « C’est comme une symphonie » que M. Boutonnat entamait un quartier de pomme rouge. Sitôt le fruit terminé il tentait de réanimer sa pipe, qui resterait enluminée jusqu’à des battements de menton rythmés sur le « poète [qui n'a] que la lune en tête ». Bien après, à l’issue de refrains lents, alors que la reîne gravissait posément le haut escalier, M. Boutonnat devisait avec M. Suchet sur ce milieu de spectacle. Il exposait l’idée qui l’avait animé lorsque l’année antérieure, il imaginait ce faux final. Il en schématisait pour lui la perspective de lumière qui mène aux squelettes, en dessinant un couloir de ses mains qu’il éloignait à plusieurs reprises de son buste. Redevenu silencieux, il comtemplait encore quelques instants la lumineuse splendeur de cette idée devenue réalité. Regagné sa console, M. Boutonnat regardait autant la scène que le monumental écran de droite qui exposait le visage fardé de la maîtresse des lieux. Il utilisait les derniers instants laissés à sa décontraction en rallumant sa pipe, puis en chantonnant son « si fragile qu’on me prenne la main » qui semblait l’amuser toujours.

   C’est lorsque toute la cour entonnait « Tout seul dans mon placard » que M. Boutonnat se crispa. A deux minutes de la dramatique panne de son survenue la veille, lui et ses techniciens de camarades gardaient les yeux rivés sur la scène. Alors que certains se mordaient l’intérieur des joues, lui se mit à parler sèchement à sa droite en agitant les mains à plat dans l’air. Puis le soulagement du pont musical passé, les matassins s’asseyant en rond pour simuler les jeux d’enfant, il se lâcha complètement, sortit de la régie, s’avança derrière le public pour chantonner quelques vers du refrain, ria, regarda la tribune gauche, se retourna gaiement sur la pointe des pieds pour considérer la bouche ouverte les gradins du fond, visiblement toujours admiratif du nombre de personnes connaissant par coeur la ritournelle. La suite du spectacle fût pour lui plus ludique ; d’une part il tentait toutes les minutes trente -briquet vissé à la main- de garder sa pipe allumée, d’autre part il indiquait à sa gauche -en gestes appuyés- de lâcher samples plus tonitruants et effets sonores davantage assourdissants. Maître de son petit royaume sur l’Instant X, il tapait sur des cloches invisibles et roulait ses mains vers le ciel à chaque envolée de début de refrain. Entre ses séries de poing levé sur les «Fuck them all!», de « Hou-ha-houuu » murmurés sur Dégénération, de coups 2000-claude-gassian-024b-197x300 dans Mylène et SYMBOLISMEmartelés dans le vide sur C’est dans l’Air, il se rasseyait dans son fauteuil à bascule pour tenter une cent unième fois de rallumer sa bouffarde.

   Pipe éteinte, rangée dans la poche ; c’est à ce moment là que la veille avait vu une autre coupe de son mal opportune. Mais ici rien, l’antienne passa une nouvelle fois sans problème. La petite troupe pouvait alors s’égayer, M. Boutonnat -jusqu’à lors impatient- remercier le ciel en levant nez et mains, puis sautant de joie tandis que MM. Suchet et Di Sabatino, toutes dents dehors, se synchronisaient sur la chorégraphie des générations désenchantées. C’est tout à sa joie, alors que se criaient les rappels « des idéaux, des mots abîmés » que M. Boutonnat communiquait à je-ne-sais-qui son contentement par téléphone mobile en exhultant. Peu après, sitôt les confettis bien expédiés, content de lui et du bon accomplissement ses oeuvres, il se retirait rapidement dans ses quartiers suivi de MM. Di Sabatino et Suchet. L’ouvrage était achevé.

«Une idée sans exécution est un songe.»
Saint-Simon, Mémoires de la cour de France sous Louis XIV.

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Résurrection chez Mylène Farmer

Posté par francesca7 le 27 octobre 2012

1988-1991 : La perpétuelle résurrection

         Battues, souillées, humiliées, transpercées mais toujours vivantes, les personnages que donne Laurent Boutonnat à Résurrection chez Mylène Farmer dans Mylène et SYMBOLISME m9908h-218x300interpréter à son égérie continuent de subir la violence de l’Homme. Après avoir montré clairement la mort de son héroïne, l’avoir imagée, le réalisateur qui entreprend un réel processus de fin de carrière de la chanteuse la met en scène selon une optique différente. En l’identifiant à la mort elle-même plutôt qu’à une mourante, Boutonnat trouve un juste compromis entre les différents statuts de mortelle qu’endossait son héroïne dans ses précédents clips. Pour lui le personnage ne subit plus la mort, elle l’incarne. Ambition difficilement compatible avec la forme du clip, Boutonnat se sert du dispositif qu’il a mis en place afin d’introduire, de mettre en scène dans la longueur, sur plusieurs films courts, la personnification de la mort.

  C’est dans Pourvu qu’elles soient douces que cette incarnation est la plus évidente. Le long duel qui oppose Libertine à sa rivale est monté alternativement avec une bataille sanglante opposant Français et Anglais pendant la guerre de sept ans. Alors empalée par un sabre, la rivale succombe sans que le spectateur n’ai pu voir si la lance qu’elle tendait en direction de Libertine l’avait atteinte. La rivale montrée comme morte en champ, aucun contre-champ ne vient montrer le personnage principal dont l’état nous est alors inconnu. C’est bien plus tard, lorsque le petit tambour anglais sera en ligne de mire de la dernière troupe française qu’elle fera sa réapparition pour le sauver, et que le clip basculera dans l’onirisme. Vêtue d’une longue cape noire sur un cheval au pas, Libertine revient. Est-elle morte ? Tout nous laissera penser qu’elle est la mort, qu’en fauchant le petit tambour devant les yeux médusés des français elle frappe une dernière fois et tétanise ceux qui la voient. Vivante ou pas, peu importe. Pour la première fois un clip de Boutonnat conclue sur autre chose que l’état mortel ou vivant de son héros, ici tout cela est largement dépassé. La voix off adulte du petit tambour se souvient de ce passage qui ressemblait pourtant à un trépas :

« -Mon père m’avait prévenu : tu reconnaîtra la mort à son grand cheval noir. Et si par malheur un jour elle s’arrête devant toi, surtout, ne la regarde pas. […] Je ne l’ai jamais revue, mais jamais je n’oublierai l’odeur de son parfum et la douceur de sa peau, tandis qu’elle m’emportait vers la vie. »


 

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La victimisation chez Mylène Farmer

Posté par francesca7 le 27 octobre 2012

Aspect mi-victime mi-bourreau des héros.

         Malgré une réponse que Laurent Boutonnat juge visiblement disproportionnée à l’effort fourni, les commentaires qui accompagneront les rediffusions de ses clips s’axeront sur les enrichissements que le réalisateur a ponctuellement donné à la forme. Émancipation diront les uns pendant que d’autres parleront de contournement. Il changea son système de La victimisation chez Mylène Farmer dans Mylène et SYMBOLISME 71644_306_people-136x300financement, l’enrichit d’attributs propres à la production indépendante, et fit d’un objet à priori de promotion une œuvre à promouvoir. Ces particularités ont un double objectif : se démarquer du flux environnant afin de promouvoir l’artiste, puis ouvrir la voix au traitement approfondi d’histoires plus longues que celle du clip-type. Comme allonger des histoires déjà simplistes ne suffit pas à “sortir du lot”, il faut donner aux personnages des profils se démarquant de ceux d’interprètes de clips à structure habituelle. Ceux-ci se montrent habituellement sous leur meilleur jour, capables d’exploits surhumains comme de surpuissance sexuelle. Qu’il soit vainqueur ou qu’il sorte valorisé de sa prestation, l’artiste est de toute façon rendu supérieur par son vidéo-clip. Puisque Boutonnat semble s’attacher à contredire une par une chaque contrainte inhérente à la forme du clip, une question se pose quant à l’appréhension des rôles qu’il donnera à son artiste qui occupera la place centrale : Comment se soustraire à la mise en valeur systématique et à la surexposition des artistes dans les clips tout en faisant de la chanteuse son objet principal ? La solution est pour le manager Laurent Boutonnat de trouver une cohérence très forte entre ce rôle à l’écran et ce personnage public qui devra parler de lui dans les interviews. Prenant très probablement ombrage sur son vécu personnel, Boutonnat crée avec l’accord de la chanteuse Mylène Farmer un personnage qu’elle devra camper à chacune de ses prestations, qu’elle soit musicale ou verbale. La naissance de l’aspect public de ce personnage se fera à partir de 1985. C’est à partir de cette date qu’on trouvera dans les interviews de la chanteuse les premières traces de maux prononcés. Elle se refusera désormais à parler de son enfance prétendument douloureuse, alors que cela ne lui posait aucun problème un an auparavant.

1984-1985 : Naissance d’un personnage par sa victimisation à outrance

dscf0017-225x300 dans Mylène et SYMBOLISMECe qui différencie le plus la création de ce rôle par rapport à ceux endossés par d’autres interprètes réside dans le soin apporté à sa faiblesse. Sans parler d’anti-héros, le personnage inventé pour son égérie par Boutonnat rassemble assez de contradictions, de défaites et de névroses pour qu’il en devienne à la fois attachant et intrigant. Aussitôt que Laurent Boutonnat réalise ses premiers clips, l’héroïne qu’il créé subit d’ors et déjà davantage qu’elle ne fait subir : battue puis décapitée dès Maman à tort, elle est violée dans Plus grandir. C’est dans ces deux clips de jeunesse que le réalisateur a probablement pris le plus ombrage de ce qu’il avait vécu comme des échecs dans son enfance. Dans un cadre familial tout d’abord, Laurent Boutonnat est l’aîné d’une famille de cinq enfants. On retrouve les relations parfois conflictuelles figurées par un unique plan succédant aux pancartes « Maman à tort ! » brandies par la petite famille : La tête de la grande sœur est posée sur une table autour de laquelle ses frères et sœurs vindicatifs s’apprêtent à s’acharner à coups de fourchettes]. Laurent Boutonnat lors d’un interview avait aussi parlé des difficultés qu’il avait eu chez les jésuites où il avait fait une partie de sa scolarité ; ce qui explique peut-être l’apparition des deux nonnes de petites tailles dont l’une frappe avec une règle les mains de la jeune fille fautive agenouillée devant elle, pendant que l’autre lit des versets de la Bible. On peut également lire l’influence de toute une éducation religieuse dans l’animation de la statuette de pierre représentant la sainte vierge qui se cache les yeux devant un viol qu’elle ne pourrait supporter. Un plan qu’aurait pu tourner Cocteau, et qui est peut-être la vision d’un enfant devenu adulte sur son éducation refusant de voir le chemin autodidacte que son élève a osé prendre. Autant dans Maman à tort que dans Plus grandir, la mort de l’héroïne est impliquée, mais étrangement jamais montrée. Alors qu’on l’imagine prochainement dévorée par sa fratrie, la grande sœur du premier clip bénéficie de l’absence d’une réelle intrigue et d’une narration confuse pour renaître au plan d’après grâce à un montage a-chronologique. Dans Plus Grandir, seule une danse accompagne le vieillissement de la jeune fille, qui finira dans un grand état de déchéance physique, immobile derrière une fenêtre ouverte. Sa mort ne sera évoquée symboliquement qu’au dernier plan, lors de son passage devant sa propre tombe. Malgré ces outrages perpétuels qui présentent au public un nouveau personnage, c’est pourtant sa mort montrée sous tous les points de vue à la fin de Libertine qui la fera naître à ses yeux.


 

 

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La symbolique chez Mylène Farmer

Posté par francesca7 le 27 octobre 2012

symbolique Libertine II.

 

La symbolique chez Mylène Farmer dans Mylène et SYMBOLISME 1-190x300(pourvu quelles soient douces) Un légionnaire de dix ans est plongé dans une bataille opposant français et anglais.

     Le film de Libertine II s’ouvre sur le même type de plan que le premier volet : la verdure. La première scène suivra intelligemment la même structure scénique. La caméra suit des pas qui découvriront la mort, soit en l’ayant provoquée, soit en la provoquant. La dernière scène de Libertine date peut-être d’un jour, voire de quelques heures. Les deux cadavres sont encore frais, la rivale a fait ses ravages très récemment. Libertine, encore vivante, est recueillie par un bataillon anglais ayant fait fausse route et se retrouvant malgré eux en France. Nous sommes en Août 1757, pendant la guerre de sept ans, souvent évoquée au cinéma. Libertine est rapidement soignée et est espionnée dans son sommeil par le capitaine anglais qui vient la regarder de très près. Il retire le drap qui la recouvre avec… son fouet. Surpris par le petit tambour, il le ramène dehors pour le fouetter à la vue de tous ses militaires du rang. Libertine arrive, se saisit du fouet pour en frapper le capitaine.  

    On retrouvera une vision de l’union particulière de Libertine et du capitaine anglais quelques heures plus tard lors de l’incroyable orgie contée par Laurent Boutonnat , la nuit dans le campement. Un gros plan sur  leurs mains fera juste sentir la capitaine sur Libertine, unissant leurs destins. Les prostituées donnent alors du « plaisir » aux militaires dans une orgie très esthétique, comme toutes les fêtes montrées par Laurent Boutonnat (comme dans Libertine, celle de Giorgino d’ailleurs, sera un exemple du style Boutonnat). Les ralentis sont nombreux et on se rappellera de certaines images, comme celle du vin coulant sur le corps d’une prostituée allongée à terre. 

 Au petit matin, après le signe d’une prostituée (on retrouvera cette actrice dans d’autres clips dont Sans Logique et Que mon cœur lâche), les troupes françaises attaquent, ne laissant aucun répit aux militaires anglais. Le capitaine à moitié endormi sort vite de son état comateux pour donner ses instructions, tandis que Libertine, sortant inquiète de la tente, regarde les premiers dégâts autour d’elle. Encore une fois, là où l’intrigue est à son maximum, Boutonnat insert un personnage totalement à contre-courant de l’action. […] Pour succéder au bruit assourdissant de la bataille qu’il vient de raconter à son spectateur, Laurent Boutonnat monte un plan très explicite : sur un très faible sifflement de vent, le cheval noir de Libertine trotte au ralenti entre les cadavres des guerriers français et anglais étendus sur le sol. La voix racontant le contexte de l’histoire au début du film revient. C’est celle du petit tambour, devenu grand qui fait un constat détaché des conséquences de la bataille et de la vie en général : « -Dieu, dans sa miséricorde verse le sang des hommes pour les laver de leurs pêchers. La mort allait frapper une dernière fois« .

   En fait, Libertine est bien morte dans le premier épisode, c’est (au delà de son personnage mort) la mort elle-même qui revient ici pour achever la rivale et emporter l’enfant… vers une vie que lui aurait retirée cette guerre de sept ans.

 Influences ?

    Le remix de Pourvu qu’elles soient douces, tel qu’il a été utilisé dans le clip et dans le concert l’année suivante, rappelle fortement la version single du titre Im in Alu, de la chanteuse Israëlienne Ofra Haza sorti quelques mois auparavant et culminant à l’époque au sommet des charts européens.

 

Jodel Saint-Marc.

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Pourvu qu’elles soient douces Mylène

Posté par francesca7 le 1 septembre 2012

 

symbolique : L’Affaire du trou

   Alors passé inaperçu à l’époque, ce n’est aujourd’hui plus un secret pour personne, le texte parle de sodomie, sans le revendiquer ouvertement :

« Ton goût tu revers n’a rien de pervers / Ta maman t’a trop fessé / Le nec plus ultra en ce paysage c’est d’aimer les deux cotés / D’un poète tu n’as que la lune en tête / Tout est beau si c’est vu de dos ! »

  Pourvu qu'elles soient douces Mylène dans Mylène et SYMBOLISME r5f1c07r-300x208   On comprend alors mieux le titre de la chanson, et le clip, qui s’offre différemment sous une seconde lecture. Notamment juste avant que le générique commence, le capitaine anglais répète à propos de Libertine qu’elle a l’air « si douce » à deux reprises, comme chacune de ses parties charnues ; on peut grâce à ça déjà deviner ses penchants et son obsession. Les titres du générique arrivent sur l’écran par le côté et non de face, le capitaine est tué dans le dos, « par derrière » dirait-on, et la rivale de Libertine meurt finalement empalée ! Les détails se rapportant à la pratique sexuelle dont il est question dans la chanson ne maquent pas. Inutile de s’attarder sur la scène de contemplation devant une Libertine endormie à l’abdomen dénudé, ni sur celle, la jouxtant, du petit tambour, incliné en avant sur une botte de paille, se faisant fouetter l’arrière train.

     Libertine fuyant le capitaine, volontairement écorchée par on ne sait quoi, la main maculée de sang, sont les prémices à un premier contact charnel mais douloureux entre les deux futurs sodomites. L’acte sexuel est en lui-même filmé avec sobriété, à la lumière du feu de camp anglais, en nous montrant seulement Libertine le dos tourné au capitaine. Le reste ne sera résumé que par un gros plan des deux mains l’une posée sur le dos l’autre, les doigts s’entrecroisant, ô symbole !  

    « La perversité des uns est la normalité des autres. » C’est par cette seule phrase laconique que Mylène Farmer dans la presse justifie son texte. Laurent Boutonnat a du visiblement s’en servir comme charte pour l’étendre à bien d’autres pratiques qu’on retrouve par-ci par-là dans le clip. Il traite ainsi de la prostitution comme dans Libertine en ajoutant le rapport à l’argent dont il ne parlait pas jusqu’à lors ; mais aussi de la masturbation, de l’homosexualité, du voyeurisme, du masochisme et du tabou de la pédophile. Par exemple, lorsqu’au début du film le soldat anglais avec le petit tambour âgé d’une dizaine d’années découvrent Libertine inanimée, le petit fait remarquer au grand qu’elle a les mains douces, lui qui vient de vanter la beauté de celui qu’il prend pour un garçon. Le soldat lui répond alors : « - Pas plus que les tiennes. » Or, comment le soldat peut-il parler de la douceur des mains du petit tambour sans les avoir eu en contact avec sa peau ? On remarque aussi que lorsque le petit tambour, en jeune voyeur, regarde en douce Libertine et le capitaine faire l’amour, il a un certain mal a maintenir le trou qu’il a fait dans la tente avec une seule main ; c’est donc que son autre main est déjà occupée…

Extrait signé par  Jodel Saint-Marc

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Symbolique de Mon Ange de Mylène F.

Posté par francesca7 le 1 septembre 2012

 

Splendeur d’une sensualité moite

Symbolique de Mon Ange de Mylène F. dans Mylène et SYMBOLISME mylene-farmer-diabolique-mon-ange-400x300    L’éternel ciel orageux qui semble plomber la création de Laurent Boutonnat depuis l’échec de Giorgino est on-ne-peut-plus-présent. Cette fois un vent humide emporte avec lui une pluie fine et des feuillages. Il n’y a pas de sol, juste un ciel devant lequel se dresse une silhouette illuminée d’éclairs, une femme encapuchonnée d’une longue cap rouge dont elle se défait. On devine le soleil derrière les nuages, on le voit ce rayon blanc qui éclaire le visage renversé de la femme aux cheveux longs. Avant Parler tout bas et Pardonne-moi Boutonnat use déjà de pellicule noir et blanc à de courts moments pour parcourir le corps de son égérie avec un grain fort sur le support argentique, il le fera par la suite sur les poupées du clip d’Alizée puis sur le corps dansant dans la poussière de Mylène Farmer.  

« Malgré les doutes et les médisances
Malgré la peur, malgré les souffrances
Je pense que l’on avait rendez-vous »

« Alors cette fois je veux rester
Ne plus croire que si j’aime
On va m’abandonner »

 

     On est proche ici du Saudade d’Etienne Daho réalisé par Philippe Gautier (1991), dans la fusion de la nature, là bas du jeune homme étendu dans la rosée au milieu des insectes, ici de la femme généreuse évoluant dans une humidité omniprésente où s’accouplent des chevaux trempés jusqu’aux os. Les éléments naturels chez Laurent Boutonnat, et plus particulièrement la pluie, jouent des rôles centraux. Non seulement la pluie agit toujours en personnage propre, influant les MF2000_141a-300x199 dans Mylène et SYMBOLISMEagissements des personnages,  mais elle est souvent teinte d’une couleur divine, si bien que les héros de Boutonnat ne s’en protègent même pas, et la subissent comme ils se feraient à une malédiction qu’ils mériteraient. Le marionnettiste de Sans Contrefaçon (1987) ne se protège pas de l’averse torrentielle qui s’abat sur lui, il n’aura de regard que pour son pantin tombé dans la boue. Si les vieux de Sans Logique (1989) font semblant de se retirer à cause des gouttes de pluie qui commencent à tomber, c’est pour mieux cacher leur déception devant l’échec de leur rejeton, agonisant sous leurs yeux. La pluie sur Marie à la fin de Giorgino (1994) a même un effet révélateur, c’est en divagant pieds nus sous l’orage qu’elle tombera entièrement et définitivement dans sa propre folie. La pluie encore dans Parler tout bas (2001) où Alizée reste dans sa chambre d’enfant éventrée et abandonnée à l’eau qui tombe du ciel. On la retrouvera plus tard sous la même averse lorsqu’elle enterrera son ours en peluche. La pluie enfin dans Hasta Siempre (1997) où déjà Nathalie Cardone ne faisait qu’un avec l’élément pluie pour porter à la révolution tout un peuple qui emmène avec sa colère les tourments du ciel.  

    Ici le réalisme n’est pas à propos, et ne le sera d’ailleurs plus jusqu’à Moi…Lolita trois ans plus tard. Boutonnat se met déjà à parler avec sa propre langue, avec ses propres références (les chevaux piétinant de Allan, la robe de Beyond my control, le climat de Sans Logique). Rien de nouveau en somme, c’est vrai. Mais quelles images ! Images naturalistes de cheveux qui ondulent au vent alors que la pluie les humidifie et les alourdie peu à peu, images d’une femme dans son élément, dont la sensualité ne peut que s’exprimer dans un environnement aussi violent.  

  Le clip de Mon Ange reste méconnu, peut-être le plus secret avec celui de Populaire. Peu de passages télévisés malgré un bon succès commercial et aucun support en vente si ce n’est la vidéo promotionnelle destinée aux chaînes télévisées, qu’on peut d’ailleurs encore trouver dans quelques magasins de collectionneurs. L’ensemble des quatre clips que Laurent Boutonnat aura réalisé pour Nathalie Cardone vont pourtant dans une même direction, ont une homogénéité qui fait de cette petite oeuvre de quatre films le testament d’une sensualité de femme. Une femme qui tour à tour se bat, se débat, puis s’abandonne.

 

Signé J.S.M http://fr.wikipedia.org/wiki/Jodel_Saint-Marc

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Le Texte de C’est dans l’air

Posté par francesca7 le 21 août 2012

Mylène Farmer – Clip C’est dans l’air réalisé par Alain Escalle – Capture

     Le Texte de C'est dans l'air dans Mylène et SYMBOLISME 3t4nisnd-300x211Pas aussi moralisateur qu’il ne le prétendrait en apparence, le texte de C’est dans l’air expose une réflexion personnelle sur une évolution vaine puisque parée à aucune donne salvatrice de l’Homme. C’est laid ? Tout à fait, autant s’en amuser puisque aucun discours ou monologue narcissique n’y changeront quelque chose.

     Ce texte et son vidéo-clip se perçoivent alors de plusieurs façons possibles. Mylène pourrait évoquer un espoir d’évolution positive, puisque utilisant l’humour et l’autodérision (les squelettes, le rire) et surtout, souriant sur les dernières images, avant le désastre. L’on pourrait accoler à ce (joli) sourire une non croyance aux prophéties apocalyptiques, une marque de je-m’en-foutisme très narquois ou un signe de libération ; les images d’archives correspondraient alors à une vision de perpétuation. Les évènements se reproduisent toujours, sans que chacun n’en prenne note et conscience.

     Dans une suite logique au pessimisme, Mylène quittait la Terre à la fin du Farmer Project, pour finalement la retrouver dans C’est dans l’air, en plein ordre de chaos. Difficile de croire au hasard sur l’œuvre de Mylène Farmer, puisque avec C’est dans l’air, tout un concept se développe autour de Point de suture : l’appel au rassemblement des troupes et de l’esprit (Dégénération, « je suis coma là mais faut qu’ça bouge », Réveiller le monde), l’idée du chaos (C’est dans l’air) ou d’échappatoire (Paradis inanimé), l’affiche de la tournée montrant une Mylène déchue, telle une météorite (très en vogue cette obsession pour les météorites cette année dans le milieu du spectacle) et, en dernier lieu, ce terme de rupture évoqué dans le titre de l’album, en lien avec cette poupée morte de la pochette, écartelée, à laquelle il ne reste probablement que l’esprit.

PAR Arno Mothra 

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Symbolique de A qui je sers de Mylène

Posté par francesca7 le 24 juillet 2012

 

Symboles suicidaires du premier achèvement d’une oeuvre et d’une première vie d’artiste.

    Tournés dans un noir et blanc granuleux au lac de Grandlieu, à Passay (Loire-Atlantique) en août 1989, la chanson et le clip se trouvent justifiés par les conditions dans lesquelles leurs auteurs les ont écrits. Pour promouvoir la grande tournée que Mylène Farmer s’apprête à faire, elle écrit avec Laurent Boutonnat une chanson évoquant la fin d’un cycle : le leur. Si la Symbolique de A qui je sers de Mylène dans Mylène et SYMBOLISME 2005-Robin-004b-225x300critique a souvent qualifié le duo de nihiliste, c’est bien à cause de ce petit court-métrage, qui semble rejeter toute forme de croyance et de respect religieux. C’est bien d’autodestruction qu’il s’agit ici, en « suicidant » les héros de Laurent Boutonnat, Mylène Farmer achève leur première oeuvre, la plus noire. En brûlant quelques mois plus tard le décor de leur tournée dans un champ irréel, Laurent Boutonnat terminera cette destruction. même Mylène regardera le décor flamber, signature macabre de leur autodestruction.

 En pleine tournée, est intégrée au milieu exact du spectacle une chanson inédite simultanément à sa sortie dans le commerce en 45 tours. A quoi je sers est une chanson au rythme dansant mais aux paroles désespérées. Elle fut écrite un soir de blues, ce qu’on pense assez rare chez Mylène Farmer. Dans ce contexte de sortie, entre les salles de concert remplies et les loges vides, ce n’est bien évidemment pas par hasard que le texte de la chanson parle ouvertement de suicide  :

«Chaque heure demande pour qui, pour quoi se redresser / Pourquoi ces larmes ? A quoi bon vivre / Je divague, j’ai peur du vide, je tourne des pages, mais des pages vides / J’avoue ne plus savoir à quoi je sers, sans doute à rien du tout / à présent je peux me taire si tout devient dégoût. »

    Sans album à promouvoir, et ainsi débarrassé d’obligations promotionnelles, Laurent Boutonnat se sent donc une liberté totale pour la mise en images du clip. Il fera le choix d’aller vers une sorte d’abstraction en noir et blanc, remplie de langueurs et de symboles. Évoquant sous un angle biblique et symbolique le suicide (artistique) de la chanteuse, le clip représente sa longue et calme traversée d’un fleuve avec pour seul accessoire une valise dont le contenu nous restera inconnu.

    937_001-209x300 dans Mylène et SYMBOLISMELe brouillard envahi tout. Une pirogue avance, guidée par un vieux passeur, vêtu de noir et défiguré par le temps. Mylène Farmer monte dans cette barque-cercueil qui la fera traverser ce qu’on imagine être le Styx, le plus grand fleuve des enfers, en direction d’un autre affluant, qui sépare les vivants des morts. Selon cette lecture du clip, le passeur est Caron, chargé de faire passer les défunts dans l’autre monde. Leur embarcation traverse les roseaux que le vent fait plier, symbolisant selon la science des rêves le tourment et les problèmes existentiels. L’interprète, elle, ne pose son regard sur rien. Le passeur aux yeux cernés conduit la chanteuse dans les marais monochromes non loin de la rive gauche du Léthé, qui mène celui qui y arrive à l’oubli de sa vie. Mylène Farmer se retourne enfin, peut-être sur son passé, acceptant la propre mort de son personnage et reconnaissant les héros des clips de Laurent Boutonnat, ayant eux, déjà trépassé antérieurement. Ceux avec qui elle a débuté sa carrière sont présents.

En rendant sa cohérence à l’ensemble des clips qu’il a produit, Laurent Boutonnat en fait une œuvre homogène et ne filme là rien d’autre que la fin de cette époque. Son public sait dorénavant que ni Libertine ni sa rivale ne renaîtront une nouvelle fois de leurs cendres, et constate que Mylène Farmer et son mentor posent le voile de l’oubli sur un style qui leur fut si personnel. Poussant l’idée un cran plus loin pour bien que son public les comprenne, la face B du 45 Tours est une chanson titrée La Veuve noire qui reprend en boucle la mélodie d’introduction de A quoi je sers. La Veuve noire semble évoquer la mort artistique de la chanteuse le soir de la date de son premier concert :  

« Toi veuve noire tu périras ce soir de mai »  

  Mais peut-être que le tableau n’est pas si noir, peut-être qu’une renaissance est possible… En tout cas, à l’époque, nombreux sont les fans qui se sont demandés si la carrière de Mylène Farmer ne se terminait pas ici.

 Signé J.S.M http://fr.wikipedia.org/wiki/Jodel_Saint-Marc

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Mylène Farmer – Symbolisme

Posté par francesca7 le 21 juillet 2012

exemple du  Clip C’est dans l’air réalisé par Alain Escalle  

Image de prévisualisation YouTube

http://www.youtube.com/watch?v=d7uQbOssaRk

     Civilisation mexicaine, mystique et mystérieuse disparue inexplicablement au quinzième siècle, les Mayas du Nouvel Empire sont principalement connus pour leur architecture aussi méticuleuse que somptueuse quant à leurs temples et leurs pyramides, ainsi que pour leurs sciences troublantes de l’astronomie et leur système mathématique vigésimal (base de vingt dans la numérotation). Point culminant de leur savoir : leur calendrier (le Tzolkin, almanach sacré, basé sur un cycle de treize fois vingt jours, soit deux cent soixante jours).

     Convaincus de l’influence du cosmos comme activateur de l’esprit humain, les Mayas créèrent des cycles récurrents, dont le nôtre qui aurait commencé en 3114 avant Jésus-Christ (création du monde ou naissance de certaines divinités) pour se terminer en 2012. Cette année 2012 marquerait la fin du cinquième soleil, d’un cycle de cinq mille cent vingt-cinq ans et d’un cycle de treize ans, donnant ainsi lieu à un moment de transition décisif et de transformation importante. Non synonyme de chaos à proprement parler dixit les plus grands spécialistes de l’astrologie Maya, cette fin de cycle correspondrait à une entrée de l’Homme dans une nouvelle ère, une nouvelle dimension demandant une transformation personnelle de chacun d’entre nous. Le cycle de 2012, à priori, ne serait pas le dernier puisque sonnant le glas du cinquième mais impliquant un nouveau à venir en 2013, d’une durée de cinq mille cent vingt-cinq ans, après l’inversion des pôles magnétiques de la planète ; un cycle avant lequel l’Homme devra prendre conscience de la spiritualité, et vaincre les religions.

   Mylène Farmer - Symbolisme dans Mylène et SYMBOLISME 1-196x300  S’il ne s’agit ici en aucun cas de porter ou non du crédit à ces théories catastrophiques (très en vogue et, comme par hasard, pendant ce lavage de cerveau insupportable concernant la Crise : admirez la coïncidence), il parait probable que la charmante rousse ait tenté d’établir un parallèle entre son nihilisme assumé (quoique flou) et la fin du dix-septième calendrier des Mayas.

     Points communs avec la vidéo d’Alain Escalle : un aperçu de l’alignement des planètes sur certains plans, la retranscription de la violence des hommes (guerres) avant le véritable chaos (explosion de la Terre), un soleil influent (semblant, paradoxalement, n’éclairer que très peu les entités dans le clip, noyé dans le noir et blanc), un mouvement flou mais effrayant du système solaire.

Dans le refrain de la chanson, Mylène Farmer évoque l’emprise dangereuse du nucléaire et la passivité des hommes à entreprendre une prise de position majeure afin de limiter les dégâts (« On s’en fout, on est tout, on finira au fond du trou »). En se basant sur des messagers du temps et des traducteurs des pensées Mayas, l’Homme pourrait préparer le chaos, voire le surmonter, dans la mesure où l’Univers lui fournirait des informations quant à son devenir, et à celui du cosmos. Le procédé de régénération servirait également à se débarrasser des poubelles religieuses.

     La force de l’esprit collective, Mylène ne semble pas y croire, si l’on se réfère aux couplets des paroles de C’est dans l’air (énumération de vanités, puis surtout « Que faire des ruses, que fait le vent ? »). Tout ceci renvoie évidemment au constat de statisme dans la chanson Dégénération (et sa mise en image).

« Les fous sont des anges » : des indicateurs ? Des sauveurs ? Qui sont ces fous, ces anges ? Des prophètes ? Dans ce cas de figure, la chanteuse appellerait à écouter les mises en garde (« C’est nécessaire, prendre l’air… », « c’est salutaire…,»)

 ce texte a été écrit PAR Arno Mothra (journaliste)

 

 

j’en parle également sur mon forum ici : http://devantsoi.forumgratuit.org/t407-francesca-avec-mylene-farmer?highlight=myl%C3%A8ne+Farmer

 

 

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Mylène Farmer – Coma extatique

Posté par francesca7 le 21 juillet 2012

Mylène Farmer - Coma extatique dans Mylène et SYMBOLISME autographes_ptitgenie_07-296x300Certainement que certains d’entres-vous se sont posés la question de savoir pourquoi Francesca aime autant Mylène Farmer non ? et bien tout simplement parce que Mylène Farmer est pour moi le Mysticisme parfait, son langage que parfois personne ne comprends et critique même est une moi source de méditation… Mylène est une grande Spiritualiste, eh oui !

     Préparez-vous à ce grand scoop : il paraîtrait que depuis ses débuts dans la chanson, Mylène Farmer apprécie le symbolisme, la philosophie et l’art ambigu. En 2009, là où certains s’adonnent à tergiverser, à l’aide de toute l’objectivité requise pour un sujet aussi percutant, sur le nouveau brushing de Mylène, il semblerait pourtant que son clip C’est dans l’air ait davantage de messages à exprimer.

     Pour son approche personnelle de la spiritualité et d’une certaine anticipation de l’apocalypse, la vidéo de C’est dans l’air, réalisée par Alain Escalle et diffusée depuis peu sur les chaînes télévisées, semble mélanger certains prophéties Mayas, les énergies inversées et les quatre symboles géométriques fondamentaux. Explications.

 PAR Arno Mothra 

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Regrets – Mylène et l’Au-delà

Posté par francesca7 le 8 juillet 2012

 

Dans Regrets aucune référence biblique ni d’apparition de personnages déjà morts ne peuvent guider le spectateur vers une lecture d’un au-delà. Ici Boutonnat semble faire confiance aux paroles explicites de la chanson et à la capacité de double lecture de son public pour que celui-ci trouve ce que représente le décor. La piste sonore de Regrets est un duo avec Mylène Farmer et Jean-Louis Murat remixé et bruité.

Regrets - Mylène et l'Au-delà dans Mylène et SYMBOLISME 2000-Claude-Gassian-029b-184x300Dans le générique de début, qui se compose des deux noms des interprètes et du titre du clip, le positionnement sur l’écran renvoie chacun des deux héros à son état dans le clip. Ce n’est pas innocemment que le nom de la chanteuse apparaît en haut à gauche de l’écran, élevé vers le ciel et du côté du cimetière. Ce n’est pas non plus dans un pur souci de composition d’image que celui du chanteur reste planté au bas de l’écran à droite, comme s’il avait les pieds sur terre. Suite à l’apparition des deux noms, le titre du clip apparaît au centre de l’image simultanément et au même endroit que le wagon sortant de la fumée, désignant le plus simplement possible les sentiments de l’homme présent dans le train : des Regrets. Le clip fourmille ainsi de détails à la cohérence implacable avec l’histoire racontée. Par exemple, l’apparition d’un daim solitaire lors de l’entrée de l’homme au bouquet dans le cimetière évoque Bambi (Walt Disney – 1946) qui perd sa mère dans le long-métrage d’animation du même nom. Alors perdu dans la neige, Bambi est recueilli par son père qui est le seul de ses parents encore vivant. Fils symbolique des deux protagonistes de Regrets, de la mère morte et du père venant le recueillir, le daim comme tous les autres éléments du clip fait une apparition en totale cohérence avec le contenu du récit.

L’aspect poétique des paroles comme la difficulté de décodage de la symbolique du clip ne laissent pas une grande place pour une lecture claire de l’histoire racontée. Rien n’y est clairement dit et tout est montré figurativement de manière plus ou moins décryptable. Ici c’est le bouquet tenu à la main par l’homme et refusé par la femme qui symbolise l’amour qu’il devra garder pour lui.

 

Le voyage dans l’au-delà de cet homme n’est pas figuré par le passage pompier d’un tunnel ou d’un pont mais par l’emprunt d’un wagon sur des rails menant nulle part. Le plus souvent dans les vidéo-clips, les symboles utilisés sont relatifs à l’image que l’interprète veut donner de lui, au titre de sa chanson ou à certaines paroles, mais ils sont rarement utilisés au service d’une histoire construite. Dans les autres cas, l’usage du symbole dans un clip est dû à la volonté du réalisateur de transposer visuellement un texte relevant d’éléments abstraits. Le récit de Regrets reproduit au contraire fidèlement l’histoire contenue dans le texte de la chanson sans l’enrichir d’autres actions. Ici la symbolique intervient seulement pour fixer quelques éléments narratifs et diégétiques d’une manière romantique cohérente avec la sobriété voulue par l’auteur.

Ce qui fait de Regrets, comme d’autres clips de Boutonnat, une œuvre aux attributs cinématographiques est l’usage d’une même langue pour se faire comprendre, qui est celle du cinéma classique. En ce sens Laurent Boutonnat s’éloigne du reste de la production de clip contemporaine utilisant les outils du langage cinématographique (raccords, échelle de plans) et des figures de style dans le but unique de produire chez le spectateur de la sensation brute. En cela nous rejoignons ce que nous expliquions au début de notre première partie sur le cinéma post-moderne. Regrets se lit comme ce que Christian Metz appelle un « long-métrage de fiction romanesque ». Afin probablement d’accentuer la magie de la rencontre entre l’homme et sa femme, Boutonnat applique un fort ralenti à chaque plan où ils figurent tous les deux dans l’image ; comme si par la grâce de leur proximité retrouvée le temps ralentissait, devenait élastique et ne comptait plus. Ces ralentis commencent dès l’entrée de l’homme dans le cimetière et s’arrêtent lorsque sa femme lui rend le bouquet.  

Toutefois, le spectateur pourra être aiguillé par la différence de décor selon les plans : si le plan situé avant le raccord en surimpression représente les mêmes personnages que le deuxième mais dans des positions et des lieux différents, même sans avoir précédemment appris ou déduit la signification du fondu enchaîné, le spectateur comprendra le hiatus sans que sa lecture du film n’en soit troublée. 

 

Jodel Saint-Marc, le 11 novembre 2003.

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Mylène en scène christique

Posté par francesca7 le 8 juillet 2012


Mylène en scène christique dans Mylène et SYMBOLISME kl3aoxdb-186x300Les images christiques chez Laurent Boutonnat sont essentiellement employées par association à la douleur des personnages. Dans Sans Logique, la petite fille qui trouve une figurine du Christ par terre puis un petit crucifix un peu plus loin les rassemblera en clouant l’un à l’autre, crucifiant symboliquement une seconde fois Jésus sur sa croix. Cette scène introduit bien le rituel de mort qui suivra, et préfigure de l’acharnement que va subir l’héroïne qui sera attachée, humiliée et maintes fois poignardée par son entourage.

La tête du Christ en plâtre de Giorgino plusieurs fois détachée accidentellement, trouve un retentissement particulier avec plusieurs épreuves auxquelles est confronté le héros. Le Christ ainsi décapité renvoie aux scènes de l’asile de fous, où les aliénés enfermés dans des baignoires en ressortent le cou cerclé d’une marque noire ; marque aussi identique à celle laissée par la corde qui servit les enfants à tirer le corps du héros inconscient dans les sous-bois. La trace noire autour du cou, récurrente dans le film, renvoie ainsi à la même idée d’asservissement, voire d’emprisonnement des personnages qui la portent, en soulignant du même coup le discours de l’impuissance d’une religion et son caractère impersonnel.

Sans surinterpréter les éléments graphiques présents dans le cinéma de Laurent Boutonnat, on peut voir aussi des images de crucifixion dans plusieurs scènes d’errance et de divagation. Ainsi dans Sans Contrefaçon, l’apparition lointaine d’un épouvantail appuie l’idée d’un long et pénible chemin de croix que le héros est en train d’accomplir.

Signé J.S.M http://fr.wikipedia.org/wiki/Jodel_Saint-Marc

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