Symbolique de SANS LOGIQUE de Mylène

Posté par francesca7 le 23 mai 2013

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1986-1987 : Popularisation d’un personnage par la mise en scène répétée de sa mort.

Dans Libertine (premier clip de Laurent Boutonnat à être autant projeté, diffusé et commenté) la mort de la protagoniste principale est d’autant plus surprenante que tout laisse penser, jusqu’à la scène finale, que le processus de glorification de l’artiste opère. Le clip lui-même commence par un duel dont l’héroïne sort vainqueur. Suivie et fortement mise en valeur dans la réalisation, son déclin sera une première fois annoncé suite à la bagarre à mains nues contre celle qui deviendra sa grande rivale. Libertine est montrée comme inférieure, laissée sans connaissance à demi-couchée sur une table avant que son amant vienne la sauver. Sa puissance moindre est confirmée lors de la dernière séquence : la rivale l’abat avec la même arme dont Libertine s’était servie durant le premier duel. C’est donc avec les mêmes instruments graphiques que Laurent Boutonnat inverse le statut du héros dans l’histoire pour en faire une victime inattendue. Selon lui l’effet de l’arme qui se retourne contre celui qui, croyons-nous, la tient sera toujours plus fort que si elle tire dans la direction attendue. On comprend alors mieux la maltraitance qu’infligeait auparavant Laurent Boutonnat à son héroïne et le fait qu’il attende Libertine pour montrer une première fois sa disparition tragique. Les deux premiers clips n’avaient pas bénéficié de budgets conséquents ni de scénario ou de traitement réellement abordables. Les exigences commerciales de maison de disque et le changement de label par Boutonnat ne pouvaient de surcroît garantir une liberté totale dans la fabrication et la distribution des clips, et ne pouvaient en ce sens prétendre à une large diffusion auprès du public. Il faut donc attendre Libertine pour que toutes les conditions soient réunies pour en faire un objet à visée commerciale. C’est ici seulement que Boutonnat peut oser faire mourir son héroïne, lui-même est sûr que ce personnage va naître conjointement au clip, et que le traitement cinématographique de l’ensemble lui donnera une envergure plus large. De cette dimension nouvelle, Boutonnat tirera profit afin d’inclure ses héros dans un monde étranger à celui des clips de l’époque.

 Symbolique de SANS LOGIQUE de Mylène dans Mylène et SYMBOLISME sans-logique

 

         Toujours en 1987 et pour la troisième fois, le clip de Sans Contrefaçon voit la disparition du personnage interprété par Mylène Farmer. Dans une facture plus proche de Tristana que de Libertine, Boutonnat adopte encore une fois le genre du conte pour dépasser la mort même de la protagoniste principale. Clairement montrée dans Libertine, dédramatisée dans Tristana, c’est son nouveau trépas dans Sans Contrefaçon qui rend paradoxalement immortels les rôles interprétés de clip en clip. Ici la mort n’est pas figurée par un corps humain inerte, ni même par une giclée de sang comme dans le clip précédent. Ici cette mort est un passage visible d’un état à un autre. C’est aussi le seul clip où au delà de sa disparition, on assiste à la naissance du personnage principal, montrée par l’animation du pantin de bois qui devient de chair et de sang. Redevenant pantin dans les mains même de son créateur en même temps que disparaît la fée bienfaitrice, les personnages de Laurent Boutonnat quittent de film en film le monde qui est le notre pour entrer peu à peu dans un univers onirique qui rend chaque nouvelle disparition de la chanteuse crédible et sans redondance. Pourtant d’une grande homogénéité, chaque clip de Boutonnat se suffit à lui même et impose des personnages propres à eux et chaque diégèse ; même si on retrouve les mêmes interprètes pour les camper. C’est ainsi par la mort de ses héroïnes que Laurent Boutonnat peut en partie de démarquer des autres personnages campés par les interprètes de l’époque.

 


 

 

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Souviens-toi du jour Mylène

Posté par francesca7 le 16 mai 2013

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Les lettres de l’alphabet hébreu ornent discrètement la photo du single de cette chanson. Dans le vidéoclip qui lui est consacré, Mylène vêtue d’une robe de givre erre dans un appartement moderne, presque vide, où se propage un incendie. Les variations de l’éclairage, avec le port de deux robes différentes, corsent le jeu visuel de l’explosion des flammes, qui flirtent avec les pendeloques de glace de la robe. Et si Mylène ne s’enfuit pas, c’est à cause de ses talons de verre, qui la mènent sur un canapé bleu. Ses poses lascives disent la fascination esthétique de l’horreur (des fours crématoires ?).

Mais cette perversité se nuance par l’expression austère et concentrée de Mylène, attentive à sauver du feu quelques lettres recueillies. Sans doute Mylène s’efforce-t-elle d’accuser ici, en l’incarnant sans se laisser aveugler par lui (mais il m’est impossible de l’affirmer), le potentiel esthétique de la violence exterminatrice, banalisée dans cet appartement confortable et sans âme qui suggère une impensable généralisation de cette violence, à l’échelle de la vie quotidienne ; or l’univers décrit par Levy (une référence sur laquelle est significativement orientée la conception de l’album) n’en est pas moins un souvenir écran, derrière lequel se devine encore le thème apocalyptique. Comme si Mylène faisait le lien entre l’Apocalypse de Jean, celle des deux guerres mondiales et l’apocalypse sentimentale de notre époque, dont il n’est pas sûr qu’elle soit la moins  grave.

Souviens-toi du jour Mylène dans Mylène et SYMBOLISME innamo-208x300Il faudrait analyser longuement la composition de ce poème, qui rassemble exactement 36 vers. D’après le déroulement thématique du texte et sa présentation graphique, ces vers se distribuent comme suit : 4 + 6 + 8 / 10 + 8 (18 + 18). Mais 36 est ici l’expression numérique d’une perfection chère à Pythagore, que le Démon ne s’efforcera plus d’imiter. Bien sûr : « Souviens-toi que l’on peut tout donner / Souviens-toi que l’on peut tout briser » ; mais le dualisme transcendé devient ici la force qui anime un élan ascensionnel confirmé par le refrain où le temps présent nous introduit dans le déjà là d’un futur désiré : « Pour une minute / Pour une éternité / Les mains se sont élevées / enfin le soin graphique de Jouanneau, plaçant dans la bouche de Prince le cri ininterrompu « VOOOOOOOHOOOOOHOOOH » visualise les possibilités du rythme qui s’exerce en privilégiant certains nombres, à divers niveau du texte.

Ce phénomène n’a pourtant pas chez Jouanneau le même sens que chez Melville, Conrad ou Rimbaud. La demi-conscience de ces écrivains éprouvant les lois du Nombre fait place à la conscience amusée de Jouanneau qui les maîtrise dans une surenchère ludique ; peut-être le seul moyen d’échapper à leur emprise ?

La seule citation du célèbre récit : Tu veux que je te dessine un mouton ? » se justifie par les valeurs sacrificielles et mimétiques qui font le relief de cette question apparemment si innocente. (Le détournement ( ?) du sens auquel se livre Jouanneau dans cette citation anticipe donc celui, commenté dans le premier chapitre de cet essai, de Mylène Farmer, qui fait écho à la même demande du Petit Prince). Et pour Bonzaï l’agneau et le loup sont des figures interchangeables…

Extrait du livre : L’APOCALYPSE SUR SCÈNE Michel Aroumi p.232

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Confusion mentale dans Amour Naissant

Posté par francesca7 le 16 mai 2013


Confusion mentale dans Amour Naissant dans Mylène et SYMBOLISME mf80_111a-225x300La confusion mentale de l’Amour naissant est bien l’image de celle qui pousse notre monde à sa perte : « Quel monde n’a pas connu le souffle/du néant/ressenti l’émoi des puissances du Dedans, dis ? » Le retour régulier des impératifs « dis ? » et « vois » évoque une Apocalypse intime (en « émoi ») qui s’élargit au monde entier, et dont la raison première est désignée dans l’aveu : « Ma vie, comme la / Fille de Ryan », auquel fait écho la question laissée sans point d’interrogation : « Quelle Irlande voudrait oublier/Ses légendes ». Voilà en effet signifiées les pulsions mimétiques génératrices de violence, sur le plan des sentiments et des comportements sociaux. La fille de Ryan, personnage du célèbre film de David Lean, est un modèle pour celle qui, dépossédée d’elle-même, éprouve l’amour naissant ; et les « légendes » auxquelles s’attache l’Irlande, pays de passions et de luttes de clans, sont autant de modèles illusoires pour le peuple dont elles valident les passions meurtrières.

Or, le refrain de l’Amour naissant : « Tu es l’amour naissant (…) c’est un revolver, Père / Trop puissant »désigne bien la figure du Père comme le pivot ou comme le fondement de cette débâcle spirituelle ; l’expression Père tout puissant, gauchie en « Père trop puissant » suggère une revendication, une rivalité à l’égard du Père dont la divinité s’estompe, au contact de la « Fille de Ryan ». Au père tout puissant se substitue le Père obscure de la tribu, sacrificateur et victime (l’anathème est lourd, les serments brûlants, chante Mylène), acteur principal du meurtre fondateur indiqué par certains philosophes modernes à l’origine de notre ou de toutes les cultures.

Ce Père trop puissant fait d’ailleurs écho aux « Puissances du dedans » curieuse inversion de l’Esprit du dehors qui dans les textes sacrés, désigne l’Esprit du Mal, c’st à dire le culte exacerbé de l’ego et la violence dualiste qui en découle. Le glissement pervers ente la bonté du père et l’esprit du Mal vérifie pourtant le lien problématique du Seigneur et de Satan, si sensible dans l’Apocalypse de Jean.

L’Amour naissant est « lourd comme « l’Anathème est lourd », c’est un revolver, Père etc… le rapport suspect de l’Amour naissant et de la violence du Père trop puissant s’éclaire si l’on écoute la Marthe de l’Echange de Claudel, dont les propos révèlent le rôle inspirateur de la violence mimétique dans le sentiment amoureux….

L’amour authentique peut-il exister ? L’album Innamoramanto retrace cette quête d’amour « réinventé ». Mylène rêve d’un amour dont la foi religieuse ne serait  plus l’antidote, mais le principal composant. Même si la foi elle-même est loin d ‘être pure de la mimésis, en raison du rapport incontournable de la violence et du sacré (c’est ce qui fait l’ambiguïté des paroles de l’album, qui assument toute la difficulté de ce problème). On songe à un amour lavé du sentiment amoureux, fondé sur l’estime éclairée et sur la volonté d’aider l’autre sans lui devenir un modèle, en reconnaissant le besoin que l’on a de lui.

L’émoi sexuel qui accompagne l’Amour naissant est l’objet du deuxième titre ; « L’ame stram gram ». Il s’agit sans doute d’un désir murmuré pour soi-même, plutôt que déclaré. Quoi qu’il en soit, les fantasmes de pénétration (En moi, en moi toi que j’aime ;.. il n’y a que ça qui nous gouverne, Dis-mois combien de fois ? » et « Pique-moi dans l’âme / Bourrée, bourrée de nœuds mâles » etc) traduisent une conception de la sexualité qui, d’après certains commentateur de l’Apocalypse, reproduit le schéma dualiste qui renie l’esprit de l’Un fait Deux. Cette bisée métaphysique se précise dans les chansons suivantes ; a présent, le dualisme en question s’amplifie dans la giration du rapport du bourreau et de la victime, suggérée par cette déclaration ; « Ceux que tu condamnes / T’éreintent, te font du charme ». La rencontre amoureuse n’est plus distinguée des effets de miroir où se confondent les individus. Le désir de l’autre est ressenti comme une névrose.

Comment d’ailleurs ne faire qu’un avec l’autre lorsque le sexe, embarrassé de la violence faite névrose, se définit comme un besoin de « Partager mon ennui le plus abyssal » ? Le sexe c’est connu, n’a pas d’âme. Le titre l’Ame stram gram exprime et échec et en découvre la raison, dans le décalage entre le mot âme et la légèreté vaguement diabolique de la comptine ; le pouvoir de division qui est celui de Satan s’illustre justement dans le chasme sonore bancal de ce titre. (Le vidéo clip de cette chanson conforme ces remarques, malgré le décalage du thème chinois. C’est l’histoire de deux sœurs grandies à l’ombre de la muraille de Chine (jouées par Mylène), victimes de violences mortelles auxquelles elles doivent pourtant des pouvoir infernaux, utilisés pour leur vengeance : avatar chinois des « deux témoins » de ap.11 ?)

Cet échec de l’amour accompagne une crise de l’être, masquée dans le titre Pas le temps de vivre où l’absence du désir de vivre prend l’aspect d’une urgence vide ; ce désir de mourir qui contraste, du moins en apparence, avec les appétits de la chanson précédente, prend la forme d’un repli monacal où se confirment les ouvertures métaphysiques évoquées plus haut, qui n‘en restent pas moins suspectes. « L’être se monacal / Mais j’erre comme une lumière/ Que le vent a éteinte ».

Cette référence religieuse attire l’attention sur l’image proposée d e l’Un, but ultime du mystique ; « Pour soulager une à une / Mes peurs de n’être plus qu’une ». L’Un, amputé de son sens divin, est rendu à la violence d’un déchirement de l’être. Les mots « plus qu’une » suggèrent encore l’angoisse de la file indifférenciée des autres âmes, tandis que le rapport mythique de l’Un et du multiple se dégrade dans les « peurs une à une », ces peurs avec lesquelles Mylène ne fait plus qu’un. Et bientôt le curieux pluriel ; « Dis-moi les mots qui rendent ivres » suggère le mythe de la Bête, esquissé dans Dessine-moi, se précise dans Je te rends ton amour, où le thème filé de l’art pictural transpose le mystère de l’image de la Bête. Si la bête est reine des illusions, nul doute que tout image, toute copie i ou interprétation de la réalité n’en manifeste les pouvoir.

Extrait du livre : L’APOCALYPSE SUR SCÈNE Michel Aroumi p.38

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le nombre de Mylène Farmer

Posté par francesca7 le 16 mai 2013


le nombre de Mylène Farmer dans Mylène et SYMBOLISME fanmarjorie4-198x300l’identification de Mylène à la Bête prend une autre forme plus mystérieuse. Les jeux nominaux de Mylène (Mylène s’en fout, Mylénium…) incitent à scruter le rythme des lettres de son nom, mis en relief par le graphisme métallique de ses douze lettres ; deux fois six lettres, mais seulement neuf lettres différentes, parmi lesquelles six consonnes ; c’est assez pour songer au nombre de la Bête, expression chiffrée des malheurs que l’humanité doit aux contradictions qui lui sont inhérentes.

Mais ces intentions ludiques sont dépassées par une coïncidence dont aucune explication ne saurait venir à bout : Mylène a bien 36 ans lorsqu’elle enregistre Innamoramento en 1999. C’est l’âge crucial, celui de tous les risques pour les artistes, en raison du rapport privilégié avec la mimésis qui est leur lot. Incarnation de la perversité mimétique, e t modèle de tous les artistes pour les illusions dont elle berce l‘humanité, la Bête n’est pas vainement qualifiée par un nombre qui, relu comme la somme de trois 6 par certains commentateurs, conserve son sens néfaste dans l’imagination populaire lorsqu’il est redoublé. La structure mathématique du nombre 36, comme celle du nombre 6, traduirait le cercle mouvant du désir mimétique, autrement dit la cause de tous les malheurs des hommes, même si ces nombres, selon les pythagoriciens, expriment un idéal unitaire dont le rapport des deux Bêtes serait l’inversion négative.

Le même symbolisme s’affichait dans l’album Anamophosée ; un mot de 12 lettres, toujours sous le nom MYLENE FARMER. Les douze photos de Mylène figurant sur la brochure et sur le coffret du CD font alterner trois sortes de poses ; le visage de Mylène, ou son corps tout entier, avec deux costumes différents. Les douze boutons de son curieux maillot, mais encore les six côtés qui raient l’espace de tissu transparent entre la poitrine et les hanches sont en harmonie avec les jeux de mots sur la lettre X ( = SEX) dans certaines chansons (XXL : la marque de la Bête ? L’instant X qui comporte une allusion à l’an 2000…) Entre les lèvres de Mylène la lettre X reçoit le symbolisme que lui reconnaissait Claudel dans ses Idéogrammes occidentaux ; X est tout ce qui est section… l’unité définitivement détruite par l’unité, l’inconnu, le carrefour, l’inextricable…

Ces notions que Claudel rattache au mot « faux » inspirent justement les textes de Anamophosée où se voit chantée l’ivresse morbide des faux-semblants. L’unité détruite qui résume les visées métaphysiques de Innamoramento trouve résonance particulière dans l’album Anamorphosée, où la chanson XXL célèbre l’abolition des différences sociales et sexuelle avec un plaisir suspect, qui s’étend aux choix esthétiques dont témoignent l’ océan d’ambre » de Eaunanisme ou le « Jade… au creux du nombril » dans Mylène s’en fout.

Quoi qu’il en soit, le contemplateur est préparé à revivre cette quête, à la comprendre, par l’affiche du MYLENIUM TOUR : 12 lettres, sous les 12 lettres du nom MYLENE FARMER en haut de l’affiche. La date du concert : 24 septembre 1999 semble avoir été choisie en raison des connotations ambiguës du nombre 24, employé six fois dans l’Apocalypse (pour la figure des saints vieillards), mais rattaché à la figure du Diable dans la tradition populaire de différentes cultures. (Le fait que Mylène soit née le 12 septembre corse l’intérêt de ce choix).

L’identification des noms et des nombres dans la tradition où fleurirent les écrits de Jean de Patmos a-t-elle inspiré l’énigme qui rassemble le nom de Mylène, celui du concert et la date du 24 septembre ? Le contexte religieux de la plupart des chansons autorise à voir dans ce rébus nominal et numérique (12 + 12 lettres + 24 septembre) un rappel des vertus du nombre 48, qui fixe le rythme de certaines oraisons dans le culte hébraïque ; de même que le mois de septembre, après les huit premiers mois de l’année, la chaîne graphique du Mylenium Tour (8 + 4 lettres) rachète les maléfices latents de l’année 1999 (un 666  renversé ??). En effet, ce rapport 8/4 est relié par Melville à  la shekkina hébraïque (qui a comme attribut symbolique le nombre 32, un multiple de 8). Mais c’est dans le détail des huit coups de cloque qui sonnent la dernière heure de Billy Budd, à quatre heures du matin, u peu avant que la shekkina de l’aube ne se déverse sur le corps du condamné. La remise en cause du mythe qui détermina Melville à raturer cette shekkina s’adoucit chez Mylène, dans certaines chansons de l’album. Mylène est pourtant sœur de Billy Budd qui a comme seul talent sa claire voix de chanteur. Mais c’est dans sa vocation musicale que Mylène assume la vocation sacrificielle de Bill Budd. Du moins en sacrifiant les idées reçues qui dissimulent la fonction cathartique de son art aux yeux du public.

La nature diabolique, puisque si mélangée de l’amour naissant, réclamait les instruments (et la mélodie) suaves du premier morceau. La voix de Mylène, fondue dans le son des instruments se fait l’écho de la « voix du diable », dont on sait qu’elle est souvent séraphique. Avant même que les instruments ne se fassent entendre, un grondement céleste ou marin introduit l’album ; un orage qui s’éloigne, ou qui s’approche ?

Impossible de répondre, et la menace d’un grondement guerrier accompagne discrètement la montée de la mélodie qui progresse en vagues régulières jusqu’au moment où s’entrelacent le battement d’une armée en marche et le chœur de vois cristallines

Extrait du livre : L’APOCALYPSE SUR SCÈNE Michel Aroumi  

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Mylène farmer hors norme

Posté par francesca7 le 6 mai 2013

 

Cette artiste hors norme a réalisé pour ses clips quelques petits bijoux cinématographiques ; l’érotisme sophistiqué qui émane d’elle dans les mises en scène du symbolisme riche, confine parfois à la mystique sexuelle ; la beauté étrange mais très réelle de cette femme, à l’opposé de la beauté artificielle, manufacturée par les médias cathodiques ou le papier glacé, fascine.

Parfois femme-enfant, femme fatale, guerrière, libertine ou sainte, libertine et sainte, Mylène Farmer incarne parfaitement dans un monde en décomposition la permanence du mystère de l’éternel féminin. Ses œuvres, chansons ou courts métrages (mais c’est plus évident dans la production cinématographique) sont toujours des histoires porteuses d’interrogations, de messages de mystères, face à la libertine comme dans Libertine d’ailleurs, face à la mort comme dans Tristana, qui reprend sur fonds de Révolution russe le conte symbolique et alchimique de Blanche Neige. A la fois très proches et inaccessibles, les femmes incarnées par Mylène Farmer sont toujours vulnérables et fortes, pures jusque dans la déchéance, délivrant les milles facettes du kaléidoscope des mystères que demeure la Femme.

Mylène farmer hors norme dans Mylène dans la PRESSE mylene-228x300

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MYLENE FARMER ET SON IMAGE

Posté par francesca7 le 6 mai 2013

 MYLENE FARMER ET SON IMAGE dans Mylène et des CRITIQUES mylene-farmer-cd-300x300

Mylène comme un oiseau posé, mais sur une cage de fauve. Et la cage est vide, posée sur la mer, porte ouverte. Le rythme des barreaux divisés par l’horizon suggère une croix démultipliée. Le jeu des lignes parallèles (ou croisées) exprime tout le sens de la photographie ; la dualité maîtrisée (ou célébrée ?) dans la jonction du ciel et de la mer dont contrastent les bleus, associés aux valeurs terrestres de la cage du fauve absent. On peut songer ici au symbolisme que revêt la cage d’un tigre dans un très court fragment de Kafka, où la tension de la volonté du dompteur et de l’indifférence du tigre trouve son chiffre dans la « cage … qui avait les dimensions d’un hall » Mais l’animal et le dompteur ne font plus qu’un dans la pose de Mylène au visage penché sur la cage aussi vaste qu’un hall.

Le corps de Mylène, les traverses horizontales et les barreaux d’angles de cette cage dessinent une croix, qui ne sauva pas le diabolisme de non-sens de cette représentation. L’alliance des valeurs marines et terrestres évoque plutôt le mythe de la Bête de la mer secondée par la Bête de la terre. En effet, la même cage figure au revers du paquetage du CD avec une autre pose de Mylène, mais encore sur une troisième vue du même décor (avec changement de pose) cette fois sur le dépliant intérieur du paquetage en carton. Sur cette image les contours de la cage vue de face, ceux de Mylène oiseau (ses voiles au vent semblent des ailes) se soulèvent grâce au découpage qui laisse une frange de ciel autour de Mylène ; on songe alors à l’image de la Bête de la mer, que la Bête de la terre a pouvoir d’animer. Le découpage soigneux symbolise à lui seul, dans l’application mimétique qui suit les contours du sujet photographié, le mimétisme qui caractérise l’agir de la Bête, parodie infernale de celui du Seigneur (ou du Verbe).  

L’identification de Mylène à la Bête était plus apparente lors du concert donné à l’occasion de la sortie de l’album Anamopphosée, où Mylène, coiffée aux quatre vents, se faisait Mygale, dans un décor futuriste dominé par une gigantesque araignée (le thème de l’araignée inspire d’ailleurs un titre de cet album : Alice dont les premiers mots ; « Mon Alice, Alice/Araignée » laissent bien sûr entendre le nom du Malin. Qualifiée de « petit âme », l’araignée de Mylène est pourtant figure du Soi qui prend dans cette chanson les allures du « black out » : « comme tu me manques / Araignée). Mais dans Innamoramento l’identification de Mylène à la Bête se double du costume de Satan dans la tradition populaire des siècles passés. Pourtant, dans cette chanson Mylène « Particule d’hélium », souhaite « Partir toute en fumée », comme Rimbaud dans sa Saison en enfer se veut moucheron « que dissous un rayon » (alchimie du verbe).

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Dans le fond de cette photographie, le vague treillage en carrés qui voisine avec un panneau à rayures verticales ne fait que souligner ces intentions diaboliques, certes reniées dans l’imprécision de ce fond. La photo est d’ailleurs étiquetée sur l’un de ses côtés par un petit rectangle où l’on devine deus lignes verticales d’écriture chinoise, toutes deux sectionnées. L’imagerie de l’album renoue en effet avec les principes de l’esthétique de l’Extrême Orient, source d’inspiration majeur du vidéo-clip de l’Ame stram gram même si c’est dans Méfie toi qu’est évoqué le Bouddha.

Voilà qui valide le battement du Oui et du Non, dont le diabolisme n’en est pas moins confirmé par les gargouilles diaboliques et par les symboles cabalistiques qui encadrent le texte de Consentement.

Les symboles cruciformes certes ne manque pas ; certaines poses de Mylène sont très expressives, même si elles n’atteignent pas la clarté de la photo réalisée pour le single de Je te rends ton amour où Mylène, poignets scotchés sur les bras d’une invisible croix, rejette la tête en arrière. Et ce fantasme de décapitation, qui ne vise rien moins que le Christ, porte une signature, d ans les deux V de tissu transparent qui ponctuent la robe blanche au niveau de la poitrine et des cuisses.

Ces intentions symboliques ont pris tout leur relief dans le show du Mylenium Tour, qui commence curieusement par le dernier morceau de l’album Innamoramento. Le rideau est encore tiré sur la scène, lorsqu’on entend Mylène psalmodier le seul mot innamoramento, répété sur les mêmes notes. Mais dans le rideau s’envole, c’est le buste d’une Vierge noire gigantesque (20 mètres de haut) que découvrent les spectateurs médusés. Et la statue aux bras ouverts à l’orientale est coiffée de tresses serpentiformes qui suggèrent la confusion de la Vierge et du Dragon de l’Apocalypse. Très doucement le monstre s’ouvre verticalement, en deux moitiés qui visualisent la division dont je parlais. Et c’est dans l’espace ouvert, au niveau du front de cette Minerve de science-fiction que Mylène apparaît, voilée de gaze blanche et bras écartés. On la voit monter dans les airs toujours chantant. Alors le bras droit de al statue se soulève et bientôt Mylène lovée dans la paume de la Vierge, descend vers la scène.

Il est 19 H 15. Quelles vêpres.

Extrait du livre : L’APOCALYPSE SUR SCÈNE Michel Aroumi p.21

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Le MILENIUM TOUR DE MYLENE

Posté par francesca7 le 6 mai 2013


Le MILENIUM TOUR DE MYLENE dans Mylène et des CRITIQUES

Exprime clairement tous les enjeux : l’apocalypse intime de Mylène n’est pas qu’une apocalypse sentimentale. Les repères littéraires et philosophiques de Mylène, qui a lu Cioran, confirment les visées de son travail qui intéressent les comportements humains de cette période dite charnière de notre histoire. Ces comportements, ces tourments trouvent leur meilleur symbole dans les photographies de l’album « Immamoramento », qui peuvent encore se voir comme une transposition iconographique du mythe de LA BETE, aux prises avec son « image ».

Ce travail de Mylène (musical, scénique et poétique) a des antécédents connus, qu’il serait abusif de désigner comme ses modèles ; je songe au x performances des Rolling Stones, enfermés dans la « Babylone » musicale que déploient leurs concerts. Mais ces impressions concernant les stones ne vaudraient rien sans la valeur allusive de leurs chansons les plus connues….

La venue de l’an 2000 pour a soufflé dans l’imagination de Mylène Farmer un poème étonnant auquel ont collaboré les artistes, graphistes ou musiciens qui l’entourent ; en s’identifiant au nouveau millénaire (Mylenium album), Mylène a choisi d’incarner les angoisses millénaristes, les rêves effrayants qui les traduisent, mais encore leurs causes profondes ; il s’agit d’une démonstration décisive, qui ne marque pas seulement un tournant dans la carrière d’une artiste dont les attirances sataniques pouvaient paraîtres suspectes – jusqu’à ‘enregistrement de cet album Innamoramento. En effet, les paroles des chansons dont elle est le seul auteur retracent une quête spirituelle qui surmonte le drame obscure où s’abreuvent les progrès humains, autrement dit la violence dualiste, principe occulte des élans civilisations et avant tout des comportements quotidiens abordés par Mylène sur le plan des sentiments amoureux. Il faut regarder, pour mieux comprendre le sens de ces paroles, l’imagerie du paquetage du CD et le livret où figure le texte des chansons : autant d’énigmes rassemblées dans un véritable poème-objet.

Extrait du livre : L’APOCALYPSE SUR SCÈNE Michel Aroumi p.15

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Souviens-toi du Jour où Mylène Farmer

Posté par francesca7 le 21 avril 2013

 

Paroles : Mylène Farmer
Musique : Laurent Boutonnat

 

Le sujet :
Pour Souviens-toi du jour, Mylène s’est inspirée de la vie d’un auteur cher à ses yeux, Primo Levi, et évoque une de ces oeuvres dont le titre est « Et si c’est un homme ». Primo Levi fut arrêté en février 1944 puis déporté à Auschwitz où il resta presque un an. Il fera partie des rares survivants des camps de concentration. Selon lui, sa survie est due au fait qu’il fut déporté sur la fin de la guerre alors que les Allemands manquaient de main-d’œuvre. C’est après sa libération qu’il décide d’écrire pour dénoncer les atrocités qu’un homme est capable de faire à un autre.

SI C’ EST UN HOMME

Vous qui vivez en toute quiétude
Bien au chaud dans vos maisons,
Vous qui trouvez le soir en rentrant
La table mise et des visages amis,
Considérez si c’est un homme
Que celui qui peine dans la boue,
Qui ne connaît pas de repos,
Qui se bat pour un quignon de pain,
Qui meurt pour un oui pour un non.
Considérez si c’est une femme
Que celle qui a perdu son nom et ses cheveux
Et jusqu’à la force de se souvenir,
Les yeux vides et le sein froid
Comme une grenouille en hiver.
N’oubliez pas que cela fut,
Non, ne l’oubliez pas:
Gravez ces mots dans votre cœur.
Pensez-y chez vous, dans la rue,
En vous couchant, en vous levant ;
Répétez-les à vos enfants.
Ou que votre maison s’écroule,
Que la maladie vous accable,
Que vos enfants se détournent de vous.

Souviens-toi du Jour où Mylène Farmer dans Mylène et SYMBOLISME souviens-toi

Primo Levi
Dans son récit, Primo Levi prépare son lecteur à réfléchir sur les horreurs qu’ont subi les victimes des nazis. Il dénonce la déshumanisation de ces êtres prisonniers et forcés de travailler dans des conditions épouvantables. Peut-on encore appeler « homme » ou « femme » une personne qui souffre aussi bien sur le plan physique que moral, quelqu’un qui a perdu son identité et qui doit supporter les atrocités qui lui sont infligées. Primo Levi tient à ce que le lecteur prenne conscience qu’il faut toujours les garder en mémoire, ne pas les oublier et transmettre le message aux futures générations pour qu’il n’y ait « plus jamais ça ».

L’analyse :
SOUVIENS-TOI DU JOUR…
Sortie : 2 septembre 1999
Mylène Farmer/Laurent Boutonnat
Durée : 4’55 (version single)
Maison de disque : Polydor
Editions : Requiem Publishing

Dans sa chanson, Mylène nous demande de garder en mémoire ce crime contre l’humanité que fut le massacre des Juifs dans les camps de la mort (« Souviens-toi »). Tout ce qu’il restait d’eux n’étaient que des cendres qui furent emportés par le vent (« Quand le vent a tout dispersé »). Elle nous demande de rappeler à ceux qui oublient, de leur remettre se souvenir en tête puisqu’il il est trop affreux pour être oublié (« Quand la mémoire a oublié »). L’idée contenue dans le texte est parfaitement résumée dans le titre de la chanson : Souviens-toi du jour!

« Souviens-toi que l’on peut tout donner », c’est la solution proposée par Mylène pour aider ceux qui en ont besoin, ceux qui souffrent, en leur tendant la main et en leur offrant notre soutien moral. On peut les aider à se reconstruire pour rendre leur vie meilleure. Mais, si nous sommes capables de reconstruire, nous pouvons aussi, à l’inverse, détruire toutes choses qui nous assurent paix et bonheur (« Souviens-toi que l’on peut tout briser »). Mylène nous demande d’être attentifs à nous et aux autres pour éviter le malheur.

Comme Primo Levi, elle veut nous faire prendre conscience que chaque personne souffrant et/ou victime d’une injustice est un être humain comme nous et que ce qu’il endure est indigne de lui (« Et si c’est un homme… »). Cette prise de conscience une fois faite (« Si c’est un homme »), il nous faut l’aider et la première chose à faire sera de l’aimer pour l’aider à faire face à son malheur. « Lui parler d’amour à volonté » pour qu’il réalise que cet amour est l’unique chose qui compte sur cette terre et qu’il faut le diffuser afin de s’accepter les un les autres.

Ensuite, Mylène reprend les paroles précédentes pour prouver ce qu’elle avance, pour les expliquer.
« Souviens-toi que l’on peut tout donner, quand on veut qu’on se rassemble ». Ici, elle nous explique que tout est une question de volonté, nous devons nous réunir, nous entraider pour mieux aider les autres. Primo Levi nous explique dans son livre que dans les camps régnait la politique du « chacun pour soi » et que s’il a pu rester humain, c’est parce qu’il a pu se lier avec certains déportés, ce qui a créé une certaine entraide grâce à laquelle il a pu faire face. « L’union fait la force », c’est le message à faire passer.

« Souviens-toi que l’on peut tout briser, les destins sont liés » . En effet, elle nous dit de ne pas fermer les yeux sur le malheur d’autrui car si on laisse faire les choses, elle peuvent nous entraîner aussi, ce qui nous rendrait encore plus coupable de n’avoir pas agi. Primo Levi. Dés le début du livre, nous dit avoir été « incrédule » vis-à-vis des camps. Mais quand il fut déporté, il était trop tard pour agir. Ils étaient impuissants face aux nazis et n’avaient d’autres solutions que de se soumettre. Et puis, si les camps de la mort ont existé aussi longtemps, c’est parce qu’on a fermé les yeux sur eux. Les autres peuples sont donc aussi coupables d’une certaine façon.

Pour Mylène, l’homme est capable du meilleur comme du pire mais, elle nous conseille de se battre pour qu’il ne fasse que le meilleur (« Lui parler d’amour à volonté, d’amour à volonté »). Tout le monde mérite de vivre dans un monde de paix où chacun peut garder sa dignité (« Et si c’est un homme, si c’est homme »).

Le refrain revient à l’idée générale du texte : se souvenir de ce cruel épisode des camps d’extermination pour ne plus qu’ils réapparaissent. Ainsi donc, Mylène choisit d’énumérer différents moment de détresse vécus par Primo Levi, plusieurs interprétations des paroles de ce refrain sont possible.

souv dans Mylène et SYMBOLISME« Le souffle à peine échappé » les déportés doivent subir quelque chose d’horrible et ce chaque fois qu’un souffle s’échappe de leur bouche. A peine arrivés aux camps, les voilà débarqués du train puis, séparés des leurs, ils vont subir diverses « examinassions » pour ensuite aller faire un travail des plus épuisant (et le mot est encore trop faible) et en recommencer un autre tout aussi pénible.

« Les yeux sont mouillés », la séparation, l’épuisement, ne pas savoir ce qui les attend et comment tout cela va se finir ne manque pas de faire couler des larmes. « Et ces visages serrés » des Juifs entassés dans les fourgons du train les menant à Auschwitz. Primo Levi nous raconte qu’il ne crut jamais voir le bout de ce terrible voyage (« Pour une éternité »). mais, ces « visages serrés » peuvent aussi se référer au moment de l’arrivée au camp où pendant des heures, dénudés et dans le froid, entassés dans la même pièce, ils ont attendu qu’on vienne les chercher. Enfin, on peut encore y associer l’instant de la sélection où les SS vont décider de la vie ou de la mise à mort des prisonniers sur le simple fait de les voir devant eux pendant quelques secondes (cf « Qui meurt pour un oui, pour un non » du poème). A nouveau, les prisonniers attendent nus et entassés dans une minuscule pièce (Primo Levi ressent même de la chaleur au contact des corps). Même si cette fois, leur attente est courte (« Pour une minute »), le stress qu’elle amène donne l’impression qu’elle dure des heure et l’attente du verdict où les prisonniers sont dans le même état semble durer éternellement (« Pour une éternité »). Beaucoup ont prié (« Les mains se sont élevées ») pour retrouver leurs proches ou pour être déclarés « en bonne santé pour travailler » et ainsi donc pouvoir échapper à la mort. « Les voix sont nouées » aussi bien à l’extérieur qu’à l’intérieur des camps. En effet, les prisonniers avaient interdiction de communiquer entre eux dès leur arrivée aux camps et, à l’extérieur, personne n’osait parler de ce qui s’y passait ni n’avait le courage de s’élever contre les camps de la mort. Il semblerait que quelque chose ait retenu le monde pour l’empêcher de tout découvrir et de réagir pour empêcher ce massacre (« Comme une étreinte du monde »). A la fin du refrain Mylène nous donne la solution pour éviter que ces horreurs se reproduisent : nous devons toutes les garder en mémoire (« A l’unisson ») afin que les générations à venir vivent avec nous une vie digne de l’Homme (« A l’homme que nous serons »). Pour triompher du mal, nous devons être ouverts, altruistes, tolérants et aimants.

Ensuite, Mylène nous dit « Souviens-toi que le monde à changé ». En effet, l’extermination des Juifs par les nazis fut à l’origine de la Seconde Guerre Mondiale qui bouleversa le monde au point de le réduire à un chaos et l’entacha à tout jamais de cette blessure. Ce sont les soldats SS qui ont plongé le monde dans la terreur, le « bruit des pas qui résonnent » représente la marche militaire des SS. Comme chez Primo Levi, le bruit de leurs pas précède l’arrivée des soldats chargés de désigner, lors du premier passage du narrateur à l’infirmerie, qui sera envoyé aux crématoires. Ce petit bruit de pas était le début de l’enfer.

« Souviens-toi des jours désenchantés, aux destins muets ». Les « jours désenchantés » sont bien entendu ceux des prisonniers d’Auschwitz. Eux qui n’ont connu que la souffrance dans ces camps et qui savaient qu’ils n’en ressortiraient pas vivants. Le mot « muet » peut se comprendre comme on sait que les déportés n’avaient pas le droit de communiquer entre eux. Mais, on peut y voir aussi une autre signification : dans les camps, les déportés n’avaient pas le droit de parler et devaient exécuter toutes les tâches qu’on leur demandait sans prononcer un seul mot. On les forçait à rester muet. De plus, même vers le chemin de la mort, lorsqu’ils devaient se rendre dans les chambres à gaz, ils allaient « mourir en silence », pour ne pas avoir a être torturé puis tué mais aussi pour ne pas « effrayer » les enfants.

Mylène répète inlassablement « Lui parler d’amour à volonté, d’amour à volonté » pour que l’on comprenne que la seule solution est de répandre l’amour autour de soi, de donner de l’amour à tous ceux qui le méritent et qui en ont besoin. « Et si c’est un homme, si c’est un homme », toujours dans sa recherche de l’autre, Mylène nous rappelle que nous devons l’aimer puisqu’il est comme nous : un être humain. Pour s’épanouir l’homme n’a besoin que d’une seule chose… aimer et être aimé à son tour.

Dans le pont musical, Mylène répète le titre de la chanson en hébreux pour rendre un hommage direct aux juifs déportés. Elle conclut sa chanson en reprenant les premières phrases de celle-ci en espérant que l’on ait compris son message : se souvenir pour ne plus que de telles atrocités se reproduisent.

Le clip :
Toute la symbolique du clip est de représenter les chambres à gaz. Mylène, comme les victimes des camps, « évolue » dans une maison qui brûle. A la fin, tout est réduit en cendres, comme les corps des prisonniers.
Mais aussi, le feu est une allégorie des camps de concentration, d’abord réduit à un foyer, Mylène ne s’en soucie pas. Le feu, comme le nazisme, prend de l’ampleur et la piège comme les camps ont piégé Primo Levi. Sans espoir, elle ne peut que subir les choses en chantant jusqu’au bout. On peut remarquer les références comme l’horloge brûlée rappelant que les prisonniers n’avaient plus aucune notion du temps ou les livres calcinés montrant qu’ils avaient comme oublié leur passé et leur culture.

Un texte référence pour le clip :
ABAT-JOUR
Autour de la table
Au bord de l’ombre
Aucun d’eux ne remue beaucoup
Et quelqu’un parle tout à coup
Il fait froid dehors 
Mais là c’est le calme
Et la lumière les unit
Le feu pétille
Une étincelle
Les mains se sont posées
Plus bleues sur le tapis
Derrière le rayon une tête qui lit
Un souffle qui s’échappe à peine
Tout s’endort 
Le silence traîne
Mais il faut encore rester
La vitre reproduit le tableau
La famille
De loin toutes les lèvres ont l’air d’être ferventes et de prier.

Pierre Reverdy

Dans ce poème, nous pouvons remarquer différents éléments contenus dans la chanson de Mylène et dans le clip.

Les références dans l’œuvre de Mylène :

« Souviens-toi des jours désenchantés » : Comme dans la chanson Désenchantée, Mylène n’a pas vu ou n’a pas voulu voir le malheur qui s’abattait sur elle (« je n’ai trouvé de repos que dans l’indifférence »). Quand finalement elle se rend compte de la situation dans laquelle elle se trouve, elle est désarmée dans un monde où « tout est chaos ». Souviens-toi du jour serait-il un souvipetit clin d’œil à Désenchantée? En tout cas, elle souhaite que nous réagissions pour ne pas que nous nous retrouvions dans la même situation.

« Lui parler d’amour à volonté, d’amour à volonté » : En 1995, Mylène nous disait déjà dans la chanson « Rêver » : « J’ai rêvé qu’on pouvait s’aimer ». L’amour est selon elle la plus belle des choses qui puisse exister dans ce monde mais, à la fin, elle se rend compte que l’amour ne ressort pas toujours vainqueur (« J’avais rêvé du mot aimer »). Dans Souviens-toi du jour elle nous répète encore que la seule façon d’être sauvé du malheur c’est d’aimer l’autre quoi qu’il arrive. Ainsi on peut considérer le fait d’aimer comme une aide pour mieux s’en sortir.

Souviens-toi du jour est un texte qui reprend tous les thèmes que l’on peut retrouver dans « l’univers Farmer », c’est-à-dire l’amour, la mort est la religion. Vous retrouverez facilement ces thèmes et la façon dont ils sont abordés dans la chanson puisque nous les avons tous évoqués dans l’analyse.

Sa place sur « Innamoramento » :
Voici ce qu’on peut lire sur la pochette de l’album :
« L’amour naissant, « L’innamoramento » italien. L’étincelle dans la grisaille quotidienne. Le bonheur mêlé d’inquiétude parce qu’on ignore si ce sentiment est partagé. Un état transitoire qui débouche parfois sur L’Amour. Un phénomène comparable aux mouvements collectifs révolutionnaires ».
Francesco Alberoni

Une citation qui colle parfaitement bien à la chanson de Mylène. En effet, la « grisaille quotidienne » pourrait se référer à la vie dans les camps, une vie misérable et tuante avec un « gris » symbole de la tristesse et du désespoir. « L’amour naissant… un phénomène comparable aux mouvements collectifs révolutionnaires », si les peuples s’étaient élevés contre ces camps la situation n’aurait sûrement pas été la même. Il faut se battre pour l’amour, nous sommes tous des êtres humains et le meilleur que nous savons faire c’est aimer. Aimer pour une vie meilleure, pour un monde meilleur.

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Pas le temps de vivre pour Mylène F.

Posté par francesca7 le 17 avril 2013

 

Paroles : Mylène Farmer
Musique : Mylène Farmer

Pas le temps de vivre pour Mylène F. dans Mylène et SYMBOLISME temps-de-vivre

Cette sublime chanson de la main de Mylène (paroles + musique) est le troisième titre de l’album « Innamoramento » sorti en 1999. Elle a été écrite en hommage à son frère Jean Loup, décédé dans un accident de voiture en 1996. Depuis qu’elle a perdu son frère, Mylène ne retrouve plus son équilibre et est totalement perdue dans ce monde… 

Le titre de la chanson, reprise des mots du refrain, ressemble à un euphémisme, une façon détournée de dire la douleur de vivre, sorte de transcription en langage poétique de l’existentiel : « pas (plus ?) envie de vivre ». La négation porte en elle le non-sens de la vie. Le temps de l’existence est miné.

Le texte s’ouvre (de façon cohérente avec le titre) sur le thème du temps qui passe, du temps que l’on vit, immensément long, comme le suggère le pluriel de répétition « il est des heures ». L’emploi du verbe « être » au lieu du présentatif avec le verbe « avoir » (« il y a ») résonne de façon existentielle. « Il est des heures », c’est aussi dire qu’il y a des moments sombres, des passades de chagrin. Le mot « ombres » est connoté de façon nocturne mais ce que dit surtout ce premier vers, c’est la crispation de la douleur. Car les « ombres » ont aussi le sens d’illusions. La jeune femme est rendue parfois à la raide réalité de la souffrance. Le sous-entendu contenu dans le verbe « se dissiper » est qu’elle détourne d’elle le plus souvent le chagrin dur et cru. La forme impersonnelle du verbe « se dissiper » montre que le processus se fait tout seul, à l’insu du sujet. Dans l’expression « la douleur se fige », on sent l’influence de Baudelaire et l’expression du spleen dans Les Fleurs du Mal : « un cœur qui se fige ».

Le deuxième vers de cette première strophe (qui est un quintil) joue sur un effet de surprise lexicale, effet réitéré à la même place dans le deuxième quintil. En effet, l’auteur utilise un néologisme en donnant une forme verbale (pronominale) à un adjectif : « invincible » (qui ne peut être vaincu) devient « s’invincibler », découverte verbale inédite.

Ce deuxième vers est une reprise anaphorique du premier (« Il est des heures où ») et l’effet en est nostalgique et rêveur. L’auteur médite sur ce qui se passe en elle, dans les moments où le chagrin l’assaille. Le champ lexical de la raideur, de la dureté, de l’âpreté qui était dans le verbe « se fige » se retrouve dans le néologisme « s’invincible ». Quand la douleur arrive, les sensations semblent être faites de crispation et de soumission : « s’invincible », « s’incline ».

La métaphore morbide « la lèpre » et les pronominaux accentuent l’idée de résignation à la douleur. Le troisième vers commence par un « mais », comme le troisième vers de la strophe suivante, avec un parallélisme de construction qui participa à la cohérence d’un texte pourtant décousu ou plutôt qui mime le flux mental de la conscience avec ses oppositions plus affectives que logiques. « Mais si » : on est d’ailleurs dans le mode hypothétique, celui des regrets, des remords, le futur vu d’autrefois, inimaginable, irréversible aussi. « Si j’avais pu … », irréel du passé, en latin.

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L’expression « je serai qui tu hantes » est d’une grande beauté et elle a justement quelque chose à voir avec le latin dans son sens du raccourci. « Je serai celle que tu hantes » serait plus français, plus explicatif. Ce « qui », pronom relatif sujet sans antécédent est très latin (c’est celui qu’on trouve dans les proverbes du genre « qui aime bien châtie bien »), il est efficace, bizarre et ambigu. « Je serai qui tu hantes » fait penser au « Horla », au thème du dédoublement et de la présence invisible qui est là : on comprend par cette formule ramassée et pudique tout l’enfer de l’obsession liée au chagrin et au deuil. Dominent dans cette fin de strophe, les mots « incertitude » et « solitude » à la rime franche et riche en contraste avec les seules assonances de « fige » et « incline » ou plus loin de « s’effacent » et « monacale ».

Le deuxième quintil par un effet de répétition reprend la complainte sur les heures de cafard. Cette anaphore donne une allure de refrain à ce qui est un désespoir vécu. L’auteur introduit le thème de la musique par un biais léger et poétique, une mise en abyme : « Les notes se détachent ». Mylène Farmer est la chanteuse et la musicienne. Cette allusion aux notes de la chanson contribue à créer un pacte autobiographique même si l’histoire réelle n’est pas dite mais seulement suggérée, universalisée. D’ailleurs, c’est le mot « être » qui va servir de nouveau à désigner celle qui souffre : « l’être se monacale » faisant écho à « l’être s’invincible » avec le même souci du néologisme et de la création verbale pour dire l’inexprimable. La carapace, la prison ou le couvent sont des leitmotiv dans les deux cas.


Le refrain se caractérise par l’intrusion du « je » et du « tu ». Il dessine un dialogue plus personnel que la méditation antérieure sur la souffrance des heures de manque. L’auteur en appelle à l’impératif à celui auquel elle pense : apostrophe amoureuse « aime moi », quasi érotique « entre en moi » même si l’on comprend le niveau métaphorique de l’expression. « Dis moi », « Dis moi » deux fois sont un appel, émouvant à un dialogue, pourtant fictif. D’ailleurs le côté impossible et surréaliste de cet échange verbal au-delà de la mort est rendu dans le registre de « l’ivresse » et de la « nuit » folle : fête carnavalesque vers la mort (« la nuit se déguise »).L’atmosphère de cette deuxième strophe tourne autour de la nuit et de ses fantasmes avec les mots « lune », « nuit », « paupières », « erre » .Les sonorités sont étudiées et créent des rimes internes comme le groupe « erre » et « lumière », ou « paupières ». La métaphore filée évoque une femme devenue somnambule. La mort rôde sous la forme d’une « lumière que le vent a éteinte » .On remarquera les pluriels possessifs « mes nuits », « mes peurs » qui disent explicitement l’angoisse ainsi que l’adverbe de temps « une à une », où s’exprime la lenteur, la longueur de la souffrance. Il y a un effet de chute dans le dernier vers de cette strophe ; effet voulu puisqu’il est repris à la fin de la chanson « mes peurs de n’être plus qu’une ». Le sous-entendu est qu’elle était à deux, autrefois, le thème est celui de la douleur, de la solitude.

Les derniers vers retrouvent l’accent mélancolique de la chanson de Jacques Prévert chantée par Yves Montant avec le thème de la mer qui efface les traces des pas des amants sur la plage. Mais Mylène Farmer décline ce thème de façon féminine : c’est elle la mer (« je suis comme la mer »), ce qui donne une dimension métaphysique infinie à son sentiment de regret, de remords « n’avoir pas su » répond à « si j’avais pu » de façon irréversible et tragique. « Tes pas » c’est aussi le titre d’un poème fort connu de Paul Valéry qui a rapport avec la mer puisqu’il appartient au recueil « Le cimetière marin ».

La dernière strophe exprime derechef l’impression d’une vie impuissante et brisée. La métaphore du « marbre sans veine » est originale. Associée au terme « pensées », elle évoque le cerveau comme matière morte, sans les surprises que l’on trouve normalement dans la pierre ou dans le bois et qui correspondraient aux veines et aux neurones. Un cerveau sans les marques de ses lobes et de ses connexions.

chanson

La métaphore suivante est moins originale mais très touchante quand même ; elle rappelle les paroles de la chanson de Brel « Ne me quitte pas » : « laisse-moi devenir l’ombre de ta main … l’ombre de ton ombre… l’ombre de ton chien ». L’intertextualité est évidente et voulue, vue la notoriété de cette chanson. Mais avec le mot « ombre », Mylène Farmer accède à un registre mystique et occulte qui lui est personnel. « Ombre » nous fait accéder au royaume des morts et fait écho au mot « clef » chargé de mystère ou au mot « astre » qui évoque à la fois l’infini de l’espace et la possible connivence du ciel avec nos caractèrespersonnels.

Les derniers vers ont une connotation pathétique avec l’expression de la peur et le désir d’une main secourable : « ta main ». L’apostrophe au frère absent revient douloureusement dans le refrain et à l’écoute de cette chanson, on ne peut qu’être touché par les sonorités aiguës car l’assonance en « i » est récurrente et permet à la chanteuse de monter dans la gamme avec une voix féminine et des sons très ténus.

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Mylène dans son Paradis Inanimé

Posté par francesca7 le 17 avril 2013

 

Paroles : Mylène Farmer
Musique : Laurent Boutonnat

 

Certains textes de Mylène Farmer renvoient à des significations profondes et particulières. « Paradis inanimé » en est un parfait exemple, preuve que la Mylène à la plume talentueuse se montre au meilleur de sa forme dans ce dernier album « Point de suture ». Dans « Paradis inanimé », la chanteuse aborde le thème du lit de mort et probablement de l’euthanasie en se mettant à la place du mourant.

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« Dans mes draps de chrysanthèmes » : Les Draps renvoient au lit, les Chrysanthèmes à la mort. On parle en littérature de Drap de chrysanthèmes pour parler effectivement des parterres de fleurs qui recouvrent les tombes, mais c’est donc une figure de style classique, et Mylène la rend originale en parlant ici des Draps au sens premier du terme, et en renvoyant les chrysanthèmes au niveau de la représentation de la mort (une inversion donc du sens figuré et du sens premier, du détournement de lieux communs). 

« L’aube peine à me glisser, Doucement son requiem, Ses poèmes adorés » : On imagine la personne dans une chambre obscure où la lumière du soleil peine à arriver à elle. Le Soleil étant vu comme « Source de vie », il s’agit là d’une autre indication sur son état physique et moral. 

« Dans mon lit, là, de granit » : Même chose que pour les chrysanthèmes, le lit (d’hôpital, ou en tous cas Lit de Mort) étant là clairement cité, le granit renvoyant encore à la tombe. Le lit de granit est presque évidemment le tombeau, mais je pense que là encore, Mylène est allée au delà et a renversé la situation, et le lit est un vrai lit, le granit étant la mort. 

« Je décompose ma vie » : Double sens. Le premier lié à la décomposition organique et donc au fait qu’elle se meurt intérieurement. Le deuxième pouvant être qu’elle se remémore son passé, se noie dans la nostalgie, fait le bilan de sa vie, peut être le dernier… 

« Délits, désirs illicites, L’espoir, le rien et l’ennui » : L’ensemble des émotions qui la traversent, que ça soit quand elle pense à ses souvenirs, ou simplement qu’elle s’ennuie dans sa chambre. Il y a une progression surtout !
Délits : Quelques choses de mal, une action.
Désirs illicites : Reste au niveau du désir, pas d’action, mais une effervescence.
Espoir : Une forme moins forte de désirs.
Le rien : Comme son nom l’indique.
L’ennuie : Si le rien est « l’échelon 0″, l’ennuie et l’échelon « -1″.
C’est donc une forme de « dégénération » (dégénérescence), celui de son état physique et moral ! C’est ainsi qu’elle a « décomposé » sa vie, en plusieurs « strates » évolutives selon sa… maladie on peut supposer. 

« Mais pour toujours » : Éternité, lien direct avec la mort

« Pour l’amour de moi » : Clairement « Si vous m’aimez ».

« Laissez moi mon… Paradis inanimé » : Sûrement en fait le coma, déjà évoqué dans Dégénération. Elle ne veut pas qu’on essaye de la réveiller, et qu’on l’a maintienne en vie. 

« Long sommeil, lové » : Si elle est dans le coma, cela s’apparente à un « long sommeil ». 

« Paradis abandonné » : Référence au fait que théoriquement le Paradis est plein d’autres personnes mortes auparavant. Dans ce paradis là, elle est toute seule, il n’y a que son esprit.

« Sous la lune m’allonger » : Phrase qui fait sans doute écho à l’aube du premier couplet. Si l’aube, et donc le soleil, ne l’atteint plus, la Lune oui, avec toutes les significations que cela suppose (mort, obscurité, silence, quiétude…) 

« Paradis artificiel » : Le paradis dans lequel son esprit est n’est pas un vrai paradis. Elle est dans le coma, peut être maintenue en vie de manière justement artificielle.

« Délétère » : Dans le sens courant, « délétère » fait référence à tous ce qui amoindrit le physique ou le moral. Par exemple, on parle de « Nuages délétères » en littérature pour évoquer des nuages sombres qui influent négativement sur le moral. Dans le cadre de la chanson, cet état l’ennuie, la désespère. Sur un plan médical, il s’agit de quelque chose de nuisible pour la santé : sans doute le fait que d’être dans un état comateux entraînent de nombreuses séquelles et là encore une dégénérescence lente mais sûre. 

« Moi délaissée » : Encore le fait qu’elle soit toute seule

« Mourir d’être mortelle, Mourir d’être aimée » : Je vois là les deux choix qui s’offrent à elle : Mourir de vieillesse, pour des raisons naturelles, ou mourir parce qu’on nous aime, et parce qu’on ne souhaite pas nous voir souffrir (l’euthanasie). 

« Emmarbrée dans ce lit-stèle » : « L’emmarbrement » (encore une invention verbale de la chanteuse), semble désigner le fait d’être prisonnier dans le marbre ou sous le marbre. On ne peut qu’y voir une référence à la tombe d’un cimetière, faite de marbre. La stèle de « lit-stèle » renforce cette idée. Toutefois le « lit-stèle » semble se référer à un lit de mort : c’est bien dans ce lit-même que la chanteuse finira ses jours. 

« Je ne lirai rien ce soir, Ne parlerai plus, rien de tel Que s’endormir dans les draps Du noir » : La virgule entre « plus » et « rien » est très importante. Les deux premières juxtapositions évoquant son manque de communication et de possibilité d’action sur le monde extérieur, le « Rien de tel que s’endormir dans les draps du noir » marquant là encore son isolement. Peut-être de façon un peu comique, on pourrait y voir le fait que les personnes lisent pour s’endormir, ou parlent par exemple (tout comme elles peuvent écouter de la musique). Mais pas besoin de ça pour « s’endormir » lorsque l’on tombe dans le coma (les draps du noir). 

« C’est le sombre, l’outre-tombe, C’est le monde qui s’éteint » : Elle glisse vers la mort. Le « qui s’éteint » montre que c’est entrain d’arriver, que ça se produit en ce moment, lentement. Elle se sent partir. 

« L’épitaphe aura l’audace, De répondre à mon chagrin » : Alors qu’elle part, elle se dit que c’est tant mieux, que sa peine prendra fin. Après avoir été tant de temps dans ce « lit-stèle », son corps ira rejoindre une tombe, une vraie (représentée par l’épitaphe), qui sera donc la fin de son calvaire. 

Et puis n’oublions pas la fin de la chanson, où l’on entend sa voix qui déraille comme si l’on débranchait un robot. Il s’agit probablement du débranchement de la machine qui la maintenait en vie. Le thème du coma, en plus d’être déjà abordé dans « Dénégération » est en plus en parfaite cohésion avec le titre de l’album « Point de suture » et sa référence au milieu médical.

Ce texte de Mylène Farmer pourrait être mis en relation avec la chanson « Dernier sourire » (face B du single « Sans logique ») qui traitait déjà de l’accompagnement vers la mort d’un être qui se sait mourir et de la présence jusqu’au dernier moment.
Mylène nous offre donc là un texte saisissant sur un thème très actuel, et si l’on ne peut pas réellement deviner son opinion personnelle sur le sujet, le fait que le personnage de la chanson semble y être favorable nous pousse à penser que c’est le cas aussi de la chanteuse. De quoi faire jaser une fois…

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Mylène dans les rues de Londres

Posté par francesca7 le 17 avril 2013

 

Paroles : Mylène Farmer
Musique : Laurent Boutonnat

Mylène dans les rues de Londres dans Mylène et SYMBOLISME londres

Cette chanson est dédiée à Virginia Woolf, célèbre écrivain anglais. Celle-ci a connue une vie très difficile, Mylène Farmer s’est donc intéressée à elle. Les romans de Virginia Woolf racontent la vie de l’écrivain.
« Réduire la vie à…Des formules indécises »
Transposer une vie sur du papier, écrire un roman c’est « réduire » sa vie,

« C’est bien impossible, elle »
La difficulté d’écrire un roman qui raconte sa vie

« Tu vois, se nuance à l’infini »
nuancer : d’une couleur à l’autre
Voir sa vie à l’infini (sans fin) passée par des hauts et des bas

« C’est comme une lettre »
En effet Virginia Woolf écrit des romans sous forme de dialogues avec le lecteur. On peut donc les considérer comme des « lettres ». De plus ses romans sont autobiographiques et évoquent sa famille. On peut considérer le roman comme une déclaration aux personnes décédées.

« Qui c’était écrite à l’envers… »
à l’envers = de travers
En effet, Virginia a eu un début de vie très difficile : sa mère, sa demi-sœur puis son frère préféré meurent lorsqu’elle est jeune.

« Coule dans ma tête »
Transposer sa vie dans un roman autobiographique.

« Un monde fou qui veut naître »
Mais un roman « mouvementé, fou  » tout comme sa vie.

« Mais tu sais, son âme est belle »
« Mais » : interjection
Malgré toute cette vie, son âme (maintenant qu’elle est morte) est bien

« Dans les rues de Londres »
Virginia Woolf vivait à Londres

« J’ai puisé plus de lumières Qu’il n’en faut pour voir… »
Elle a prit trop de lumière. La lumière = les Cieux. Elle a voulu y goûté mais elle est allée trop loin, et meurt

« Dieu a des projets pour elle »
Dieu = mort, maintenant qu’elle est morte, Dieu l’accompagne

« Et les rues de Londres Souffleront sur des mystères D’une autre fois… Virginia »
Londres ne l’oubliera pas, le mystère du personnage restera dans les romans
Virginia = Virginia Woolf

« Je remets ma vie à… Un plus tard abandonné »
Virginia Woolf décide de quitter sa vie, de mourir. En effet, elle décide de se suicider.

« Pour simplement vivre »
Mourir pour connaître une vie paisible avec les siens qu’elle retrouve

« Tenter d’a…tteindre une humanité »
humanité : retrouver les siens

« Des lambeaux de terre Me regardaient disparaître »
Les morts l’attendaient de l’autre côté : c’est ce que pense Virginia Woolf

« Et parmi les pierres Je vivais et j’espérais, tu sais… »
Parmi les pierres tombales, sa famille décédée, elle essayait de vivre mais en vain, elle décide de se suicider

Analyse réalisée par Mathieu Alias Yaca

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Dessine-moi un mouton Mylène

Posté par francesca7 le 6 avril 2013

Analyse de « Dessine-moi un mouton »

Paroles : Mylène Farmer
Musique : Laurent Boutonnat

Dessine-moi un mouton Mylène dans Mylène et SYMBOLISME mouton

Au niveau des paroles, « Dessine-moi un mouton » aurait mérité d’être un hymne mylénien, juste à la suite de « Désenchantée ». Bien que la musique ne manque pas de charme et de mélodie, elle n’atteint pas, en puissance et en tension, le brillant refrain du tube des tubes. Le motif principal, obsédant, revient tout de même seize fois et tourne, pour certaines oreilles, au bourrage de crâne. Ça ne m’empêchera pas de défendre cette ouvre qui, si elle paraît assez claire à la première écoute, s’inscrit dans une réflexion qui nous concerne tous, du plus petit au plus grand.

La progression de la pensée mylénienne est visible de couplets en couplets, chaque étape marquée par l’exclamation « quelle solitude ». (notons, au passage, la beauté de la voix de Mylène, semblant mourir sur des mots aussi significatifs que « solitude » ou « rien »). D’abord, l’artiste se plaint de son ignorance face à l’au-delà, puis de sa petitesse face à l’univers. Ces deux sentiments sont soulignés par la musique, à la fois dédramatisée par les synthés, rythmée par les guitares électriques sur la base solide du piano, ce qui donne un cadre assez simple pour que le timbre doux de la voix ne soit pas perdue dans une masse de notes.

Les questions posées rejoignent la base de la philosophie : où serais-je ? Serais-je plus qu’un grain de poussière dans l’univers (cf. « A quoi je sers ») ? Mylène cherche des réponses dans « le petit Prince » de Saint-Exupéry, référence avouée explicitement : « ignorer ce que les yeux ne peuvent pas voir » renvoie à la célèbre phrase « l’essentiel est invisible pour les yeux ». Ce qu’est la vie, nos cinq sens humains sont incapables de le traduire sous une forme intelligible. Nous sommes comme aveugles… ou aveuglés. Nous y reviendrons.

Le « monde adulte » n’a rien d’attirant. Il est « isolé », référence aux excès de l’individualisme, et « abrupt », une dureté renforcée par l’allitération en « r » : abrupt, broie, noir. Quitte à être ignorante, Mylène préfère rester enfant. Remarquons quand même qu’elle se place dans le monde adulte (« et là je broie du noir »), la petite fille a fini par grandir et à assumer sa féminité, mais elle se sent seule.

En fait, toute la chanson est basée sur la double opposition enfant/adulte (thème redondant chez Mylène) et imagination/raison (thème plus inédit !). Les adultes bien éduqués vont utiliser pour aborder le monde leur raison, apprise par coeur à l’école, avec sa méthode mathématique. Mais de quoi cette raison est-elle capable ? Simplement de nous écraser en nous faisant prendre conscience de l’infinité de l’univers (univers qui n’est qu’immense que lorsqu’on le parle avec le langage des mètres et des équations !). Voilà pourquoi Mylène souffre. A partir du moment où la raison gouverne le monde adulte, Mylène a recours à une arme redoutable (cf. « Méfie-toi ») : l’imagination. C’est-à-dire les yeux, non du corps, mais de l’esprit. Et seul l’esprit permet de voir l’essentiel de la vie, d’échapper à l’abrupte logique adulte.

L’imagination va combler le « vide du ciel » : par la religion. C’est une référence au christianisme : on doit être comme des enfants pour ouvrir son coeur à un Dieu incompréhensible à la raison. Et l’imagination permet de rendre le monde moins « triste » : par l’amour. Le voilà, l’essentiel de la vie. La raison ne peut que détruire les rêves, elle est négative. L’imagination, au contraire, est une force créatrice, positive. La raison est limitée puisqu’elle est incapable de se représenter ce qu’il y a après la mort, elle ne cause donc que souffrance, ce qui était fait à l’origine pour grandir l’homme le soumet : c’est « absurde ». En réalité, la vraie, et peut-être la seule, puissance de l’homme est le feu de son imagination. Pour en voir une bonne illustration, je vous conseille d’aller voir « Histoire sans fin ». Bon, au niveau des effets, ce n’est pas Matrix, mais vous y trouverez la même opposition entre un découragement destructeur (le Néant) et les rêves d’un enfant qui va sauver le monde. Le cogito (« je pense donc je suis ») de Descartes est dépassé. La conscience de l’homme ne lui permet pas d’être plus qu’un « point minuscule ». Mais, avec l’esprit (la recherche scientifique, la persévérance, l’imagination), l’infinité mathématique de l’univers est envoyée dans les cordes ! Qu’est-ce qu’un millier d’années ou de kilomètres face à l’amour que je porte à mon prochain ou à l’espoir en un Dieu qui nous ouvre les portes de l’éternité ?!

L’imagination est incarnée par le mouton. C’est le double symbole de l’enfant (mignon, pur, qui ne pense pas à mal, sans souci) et de la chose insignifiante, banale sur laquelle Mylène, comme Saint-Exupéry, va baser son message. En réalité, ce n’est pas le mouton en soi qui est important, ç’aurait aussi bien pu être un lapin blanc, mais le fait de le dessiner. Dessiner, c’est le geste enfantin par excellence (par opposition avec écrire, qu’on apprend à l’école) mais aussi le geste primordial de la création spontanée, libre. C’est la troisième opposition, une vraie trinité : spontanéité et éducation. Voilà ce qui nous aveugle, nous empêche de voir l’essentiel : les préjugés de l’éducation qu’on nous a inculqués. L’esprit, débarrassé de la raison inhibitrice et de l’éducation bornée (idée peut-être empruntée à Erasme), est libre de se battre contre la dureté de la vie. Lui seul peut créer l’espoir indispensable à la vie. Le mouton est fort parce qu’on prend plaisir à le dessiner : c’est un acte d’amour (cf. la rose dans « le petit Prince »). Les adultes feraient mieux de dessiner des moutons plutôt que de continuer à se taper la tête contre des murs qui n’existent pas.

mouton-my dans Mylène et SYMBOLISMELes couplets suivants matérialisent cette lutte entre forces négatives et positives : dépression et espérance. Mylène semble être terrassée par la réalité de la vie : « déconfiture ». Mais l’emploi même de ce terme enfantin est une victoire, puisqu’il relativise le drame, provoque le rire qui va lui permettre de reprendre le combat. La vie a beau être un « bien majuscule », c’est-à-dire ce bien auquel s’attachent tous les hommes, elle n’est « utile » qu’ »au chagrin » puisqu’on finira par la perdre (« la morsure du temps »). Il ne faut pas déprimer : si l’on est capable de se réjouir de cette banalité qu’est un mouton, alors la mort ne viendra pas nous ennuyer. Peter Pan n’aurait pas fait mieux. L’aveuglement, c’est de souffrir pour des détails matériels sans importance alors que l’essentiel vient du cour.

L’injonction de Mylène, « dessine-moi un mouton », montre que chacun peut faire ce qu’elle tente de faire. Par cette ouvre, la chanteuse montre qu’elle a su dépasser le stade de « Plus grandir ». Elle est adulte, mais, au fond d’elle-même, elle a su garder une parcelle de son enfance : un grain de sable, un mouton qui égaiera sa vie. Ce n’est pas le secret de l’immortalité, c’est le secret du bonheur.

 

Source : http://www.sans-logique.com/mylene-farmer/analyses/analyse.php?chanson=dessine-moi-un-mouton

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« Je te dis tout » Mylène

Posté par francesca7 le 6 avril 2013

analyse parue dans Le Figaro

Un paysage ténébreux, option lac embrumé, ciel sombre et arbre sanguinolent. Le décor, gothique comme il se doit, est planté. Une barque et un gant rouge plus tard, la voilà qui apparaît: Mylène Farmer, look mormon et regard mélancolique, scrute l’horizon.

Au loin, un cheval galopant retient son attention. S’ensuit une danse lascive entre l’animal et la rousse. Tantôt chantant à son oreille, tantôt soufflant sur ses naseaux, Mylène Farmer tente de dompter l’étalon et semble s’émerveiller de cette rencontre.

Pendant ce temps, sa voix enveloppe le spectateur à coups de «Mon amour, je te dis tout. Tu peuples ma vie à l’infini». À croire que ces murmures séduisent la monture sauvage, qui se laisse finalement apprivoiser. La chanteuse, pas peu fière, peut alors repartir en cavalant au rythme du soleil levant. Une autoparodie ? Un clip pour le PMU ? On hésite encore.

Disque de diamant malgré tout

Pour toute réclamation, s’adresser à François Hanss. L’homme avait déjà sévi pour les clips de InnamoramentoRedonne-moi et Quand. On l’a aussi retrouvé en assistant à la réalisation pour Libertine et Sans Contrefaçon, entre autres. Un historique, donc, qui a visiblement quelques difficultés à se renouveler.

Si son clip galope depuis peu sur la Toile, la chanson figure sur Monkey Me , disque de Mylène Farmer sorti en décembre. Ce neuvième album studio montre une fois encore la mobilisation des fans. En une semaine, il s’était déjà vendu à 150.000 exemplaires avant d’être certifié, un mois après, disque de diamant.

Les Français qui n’ont pas eu la «chance» de l’écouter ont pu découvrir Je te dis tout, version play-back préenregistrée, en direct live des NRJ Music Awards, samedi dernier.

On croyait qu’elle avait tout osé. Erreur ! Cette fois, Mylène Farmer met en scène une histoire d’amour… avec un sublime pur sang !

 On connaît la passion de Mylène Farmer pour l’équitation, mais aussi ses talents de cavalière (elle avait d’ailleurs envisagée, adolescente, d’être monitrice équestre). Dans le clip de son nouveau single, Je te dis tout, qui vient d’être dévoilé, elle va encore plus loin en mettant en scène une véritable histoire d’amour avec un cheval sauvage.

 Une métaphore originale (et ô combien audacieuse) pour illustrer le thème de la chanson : l’amour absolu. On voit d’abord une Mylène solitaire qui rame sans fin dans sa barque, jusqu’au moment où elle voit galoper un splendide étalon. Apprivoiser l’Autre, l’observer avant de tenter de l’approcher, puis marcher au même pas, le caresser pour ne faire qu’un avec lui – l’idée même de relation charnelle est évoquée avec le passage de l’animal par la grille estampillée « M » (comme Mylène): toutes les étapes d’une relation amoureuse se succèdent dans cette vidéo réalisée par François Hanss, collaborateur historique de la chanteuse.

 Ce n’est pas le seul atout de cette vidéo, bourrée de références à la longue carrière de la star. Avec élégance et finesse, Mylène Farmer revisite sa propre légende, multipliant les clins d’oeil à son répertoire (les gants rouges de Plus grandir, l’étang de Libertine, les grilles Allanla barque dA quoi je sersles arbres d’Innamoramento ou encore le filet de sang coulant de l’écorce évoquant Je te rends ton amour).

 De sublimes images, un climat envoûtant et mélancolique, une Mylène éternelle, arborant la coiffure qui a fait sa gloire. Même si le scénario reste simple, voire épuré, François Hanss offre une vidéo qui n’a pas fini de faire gloser les inconditionnels de la star.

auteur de « Mylène » (Flammarion)

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Désenchantée et symbolisme

Posté par francesca7 le 16 mars 2013

Analyse de « Désenchantée »

Paroles : Mylène Farmer
Musique : Laurent Boutonnat

+ d’infos sur cette chanson

Désenchantée et symbolisme dans Mylène et SYMBOLISME desenchantee0« Voilà la mauvaise nouvelle qu’il nous faut entendre à la veille du troisième millénaire : il n’y a pas ici-bas de paradis passé à retrouver, pas de paradis futur à édifier (…) sur la Terre comme au Ciel, pas de Messie présent ou à venir. » (« La Méthode » II, p.451, E.Morin)

Le tube des tubes de Mylène Farmer commence par une série d’accords parfaits, passant de mi bémol mineur à ses tonalités voisines, fa mineur et fa dièse mineur. 

Majesté. Solennité. Le ton de l’affirmation. On sent tout de suite que l’on pénètre dans quelque chose de bien plus grand que « Chloé ». Les deux dynamiques qui structurent la chanson interviennent immédiatement après, emportant l’auditeur dans un trip ininterrompu jusqu’à la fin : le rythme implacable de la batterie et le thème épique des synthés (judicieusement confié aux cuivres dans le « live à Bercy »). Puis, la voix de Mylène entre en scène, avec sa familière dose de mélancolie et de douceur. Mais ce n’est plus la voix d’ « Ainsi soit je ». C’est la voix d’une femme qui commence à s’assumer, qui est devenue plus forte parce qu’elle a survécu aux épreuves de la vie. D’où ces notes tenues avec fierté, ce timbre éclatant dans le refrain, mais qui parvient à restituer les échos intacts de cette fragilité foncière : c’est avec tendresse que Mylène prononce le second « désenchantée » du refrain… 

Un dilemme est mis en place dès les deux premiers vers. « Nager dans les eaux troubles des lendemains », c’est imaginer, mais sans aucune certitude, ce que sera demain. Ou « attendre ici la fin » : vivre chaque jour tant qu’il y en a, sachant que cela durera toujours trop peu de temps. Les deux vers suivants reprennent la même idée de liquide (« flotter »), qui est une image claire de ce que vit Mylène. Pour survivre, elle doit nager sans s’arrêter. Il y a bien une idée de courant (reprise dans les « vents contraires ») qui nous emporte, si on ne lutte pas, là où on ne veut pas aller, qui nous éloigne des gens près de qui on voudrait rester. Il faut toujours se battre pour se maintenir à la surface et c’est de cette bataille que Mylène est fatiguée.

« L’air trop lourd ». Un air qui est difficile à respirer, une atmosphère dans laquelle on ne peut s’élever parce que les « presque riens » nous oppressent, les petites humiliations de la vie nous empêchent de grandir, d’élever nos pensées à des domaines plus beaux et plus importants. Mylène adore ce genre d’expressions doubles, comme le verre à moitié vide, ces nuances de « presque » qui révèlent la complexité, la dualité de tout sentiment.

On rentre dans le vif du sujet avec l’expression « tomber de haut ». C’est l’exacte expression qu’on emploie pour désigner quelqu’un qui espérait beaucoup de la vie, qui même vivait en fonction de cet espoir mais dont tous les rêves, toutes les valeurs, les certitudes vont se briser brutalement. Le désenchantement suit la cassure. L’être se blinde, mais s’insensibilise. C’est à mettre en relation avec le clip, dont le climat fait référence à la fois à la période de l’après-guerre mondiale, quand la civilisation se remettait en question, et aux utopies communautaristes, qui vont conduire au totalitarisme. Deux exemples frappants où des millions d’hommes vont « tomber de haut », de toute la hauteur de leurs rêves… Ensuite, Mylène ne demande même pas de ne pas tomber, mais que cette chute, soit la plus lente possible, comme pour en goûter l’ivresse jusqu’au bout. Et parce qu’elle sait qu’elle doit tomber. Deuxième aspect du désenchantement : elle sait que tout est périssable, même sa vie.

Alors à quoi bon se battre ? 

desenchantee dans Mylène et SYMBOLISME« Nager », « flotter », « tomber », la chanteuse semble être ballottée d’un élément à l’autre, sans aucune logique.

Elle ne trouve le repos que « dans l’indifférence ». Vraie fatalité. Description d’une profonde lassitude après une vie d’implication, d’orage permanent, de lutte stérile. La bataille n’est pas héroïque, elle ne se termine pas par un bouquet final et glorieux à la Seigneur des Anneaux. Non, cette partie de la vie de Mylène se finit quelque part entre gris clair et gris foncé. « Je voudrais retrouver l’innocence » est une phrase de désir, de regret, qui montre bien qu’elle ne quitte ses illusions qu’à contre cœur, qu’elle ne jouit en rien de sa situation de désenchantée. Elle aimerait pouvoir s’engager pour des causes ou des religions mais elle a vu où menaient le fanatisme et le goût de la lutte. Elle sait. Elle connaît le drame qui achève les utopies, le mur infranchissable entre rêve et réalité. Et elle en souffre. Un savoir qui l’inhibe. Ce sont des choses que les enfants ignorent. Mais Mylène, âgée de 29 ans, sait qu’elle devra se soumettre au comportement de la maturité et quitter ses idéaux de jeunesse…mais pas avant de leur adresser un adieu. 

Et nous arrivons au refrain. C’est d’abord une extraordinaire polyphonie de mots. Les voyelles impriment un rythme solide : « é-a-o-a-o-é » puis « a-i-é », apportant au morceau son ouverture vocale, soutenue par l’allitération de dentales « t » et « k », puis « d » et « b ». Ces consonnes se doublent à la batterie, agissant et inspirant une irrésistible impulsion à notre cœur (au sens propre). Le tout, en mode majeur, sonne comme un hymne. C’est l’Internationale mylénienne. 

« Rien n’a de sens », « tout est chaos », c’est bien l’uniformisation absolue, caractéristique idéologique du XX siècle qui ramène toutes les valeurs et les religions au même degré, avant de les supprimer. Ça ressemble à une profession de foi de nihiliste, la peste blanche du siècle, corrompant tous les domaines de la vie. En fait l’aboutissement, la phase terminale de l’idéalisme fondé par Platon, qui nourrissait l’illusion d’un rachat de la vie par l’idée. La réalité devait triompher…

Les idéaux ne sont plus que des mots. Ils n’ont plus le pouvoir unificateur qui renversait les murs, bouleversait les sociétés. Mylène a identifié le mal de sa génération, née, rappelons-le, au moment des chocs pétroliers et de la fin des Trente Glorieuses. Ce mal, c’est l’incapacité de s’engager, comme avait pu le faire la génération de 68 (née, elle, au début des Trente Glorieuses). Le pessimisme, le défaitisme, comme si les jeunes de cette génération étaient matures avant l’heure. Je veux dire par là que cet état d’esprit est plutôt celui de quinquagénaires insensibilisés par les malheurs de la vie ; le fait qu’il anesthésie aussi les jeunes est dramatique, va causer la perte d’une génération. Ces jeunes ont grandi avec des parents frustrés, qui croyaient que la troisième révolution industrielle allait rendre le monde meilleur et qui en subissent les effets pervers.
Ce qui est marquant dans « Désenchantée », c’est aussi le manque, l’absence. 

Mylène est totalement seule, comme l’indiquent le nombre d’infinitifs (donc impersonnels), la nature des sujets (« je », « la mort », « le ciel », « tout », « rien ») et les pronoms relatifs vides de matière humaine (« Qui pourrait m’empêcher ? » « Qui peut prétendre ? »). C’est cette solitude de l’espace qui obsède Mylène, seule à philosopher sur le destin alors que chacun court à sa perte. C’est donc un manque évident de parents, et de leur rôle protecteur. On reconnaît les effets de l’individualisme et de l’éclatement de la bulle familiale-religieuse, typiques d’une génération qui brisa les cadres traditionnels, mais ne les remplaça pas, laissant leurs enfants livrés à eux-mêmes. D’où l’absence de « sein/saint » et de « ventre », symbole de la chaleur maternelle…et originelle. 

desenchantee1-300x128Avec le second couplet, on retrouve la thématique du savoir qui tue l’espoir et la foi (elle voudrait ne plus « entendre »). La meilleure illustration de cette idée est dans la Genèse biblique : c’est l’épisode du « Péché » originel. Adam et Eve choisirent de croquer la pomme de la science. Ils découvrirent qu’on pouvait aussi bien faire le mal que du bien, et même faire le mal avec le bien. Et ils perdirent l’innocence de leur pensée et de leur imagination. Ce morceau est à relier avec « Sans logique ». Justement, Mylène entend la raison qui « s’effondre ». Peut-être parce qu’il suffit d’allumer la radio pour connaître les dernières folies des hommes. 

Le XX siècle est aussi le siècle de la remise en question de la raison divinisée des Lumières par des philosophes comme Cioran et Freud, dont on perçoit l’influence dans l’album « L’autre ». Ce siècle n’a-t-il pas commencé par une démonstration de barbarisme (la première guerre mondiale) de la part d’hommes soi-disant civilisés ? La guerre est un acte d’illogisme pur. Pourtant, c’est un acte typique de l’homme. C’est peut-être pour ça que Boutonnat choisit une musique héroïque pour scander « Désenchantée ». Histoire de mettre en valeur l’illogisme.

Les derniers vers du second couplet montrent pourquoi Mylène est condamnée à rester sur place. Ayant perdu tous ses repères religieux, elle n’a rien à espérer de l’au-delà. Mais la vie elle-même ne la réjouit pas. « Si le ciel a un enfer… » : le pessimisme fait dire à la chanteuse que, si quelque chose l’attend après la mort, ce ne peut être que le châtiment, la condamnation. Les hommes ont tué Dieu. Reste l’Enfer. Le mot « attendre » renvoie au premier mot de la chanson, refermant le cercle, achevant l’impasse, immobilisant Mylène dans cette attente. Encore une caractéristique de la génération de Mylène, également une caractéristique de la mienne. Attente d’une idée nouvelle, d’un nouveau leader qui permettrait de donner une raison, un sens à l’action de la jeunesse. « Je cherche une âme qui pourra m’aider ». Un homme dont la bravoure, l’honnêteté et la franchise pourraient servir de modèles. Un homme qui comblerait le vide des pronoms de cette chanson, qui redonnerait un sens à l’existence. Car, sans cause à défendre, sans choix qui nous définissent, comment répondre à la question : qui suis-je ?
Peut-on dire que Mitterrand, Arafat ou Bush sont des leaders de la carrure de de Gaulle ou de Martin Luther King ? Bien sûr que non, et on leur préfèrera même Néo ou Luke Skywalker, parfaits héros avec un seul défaut : celui de ne pas exister…
La génération de Mylène attendait un Elu. 

Aujourd’hui, il n’est toujours pas venu.

Analyse réalisée par MisterFix que je remercie !

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Le contexte de Sans Contrefaçon

Posté par francesca7 le 15 mars 2013

   

Adaptation du premier long-métrage de 1978 du réalisateur . Un Pinocchio version noir.

 

Le contexte de Sans Contrefaçon dans Mylène et SYMBOLISME contrefac2    Après avoir enregistré la chanson en studio durant la semaine du 23 septembre 1987, Laurent Boutonnat laisse la société de production publicitaire Movie-Box avec laquelle il travaillait depuis trois ans pour faire produire le scénario difficile de Sans Contrefaçon par une autre productrice. Claudie Ossard s’occupe avec Laurent Boutonnat de la production, elle est connue pour produire des films auxquels personne ne croit (c’est elle qui produira notamment le baroque et financièrement casse-gueule La Cité des enfants perdus – Caro & Jeunet 1993). Une fois n’est pas coutume, Mylène Farmer participera à l’écriture du scénario au lieu de simplement l’inspirer à Laurent Boutonnat. Et quand on connaît le narcissisme de la chanteuse, on s’étonnera qu’elle ne se soit octroyé qu’une si courte apparition. Quant au marionnettiste, c’est Frédéric Lagache, un acteur de films érotiques des années 70 (Emmanuelle 2 – 1975) qui tient le rôle ici, et qu’on retrouvera cinq ans plus tard dans Beyond my control. Le film sera tourné du lundi 9 au samedi 14 décembre 1987 dans le Cotentin.

    Pour raconter cette histoire trouble d’un marionnettiste qui tombe amoureux de sa marionnette, (comme Pygmalion qui s’énamoure de la statue qu’il a créé) Laurent Boutonnat s’est bien sûr inspiré du conte Pinocchio de Mario Collodi, mais aussi de Ballade de la Féconductrice, le premier long-métrage de Laurent Boutonnat sorti en salle en 1980. Il reproduit ici non seulement l’histoire mais aussi l’imagerie des lieux de tournage (le littoral atlantique). A la fin de Sans Contrefaçon Laurent Boutonnat reprend d’ailleurs la musique au violon qu’il avait composée pour son long-métrage et que Jean-Loup Lamouroux interprétait. Il part donc tourner en quatre jours les cinq scènes de son nouveau court-métrage dans les petits villages, les champs, les plateaux normands et sur la plage à marée basse de la région de Cherbourg. On pourrait bien sûr situer Laurent Boutonnat lui même dans ce marionnettiste aux cheveux blancs (qui rappelle dès les premières images celui du Pinocchio de Comencini) qui modèle une créature dont il s’énamoure. Il ne pouvait pas  prévoir que celle ci prendrait les traits d’une star, mais aussi qu’elle perdrait son âme lorsqu’il la délaissera professionnellement.

    Un hommage sera rendu à Laurent Boutonnat l’année suivante aux victoires de la musique par Alain Souchon. Ses propos seront illustrés par une photo du tournage (jamais retrouvée) qui montre Laurent Boutonnat donnant des indications de mise en scène à Luc Jamati, interprêtant le vieux magicien.  

Dr. JoDEL

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Symbolisme de Beyond my Control

Posté par francesca7 le 8 mars 2013

BEYOND MY CONTROL

Analyse de « Beyond my control »

Paroles : Mylène Farmer
Musique : Laurent Boutonnat

La conception du clip par Laurent Boutonnat 

Symbolisme de Beyond my Control dans Mylène et SYMBOLISME myleBien loin des structures habituelles qui régissent le clip, ceux dont nous parlons ici pourraient résulter d’un mélange inédit entre plusieurs formes filmiques, plus ou moins éloignées les unes des autres : Le film musical, le film de divertissement, le film expérimental, le film publicitaire, le film muet. Laurent Boutonnat, comme écartelé entre deux pôles opposés du cinéma (le pôle du divertissement et celui du cinéma expérimental) choisi deux axes d’approche pour ses clips. On peut aisément se rendre compte que les deux conceptions du vidéo-clip par ce réalisateur se départagent selon la durée de chacune de ses productions. Sur les vingt-cinq clips que Laurent Boutonnat a tournés, six d’entre eux durent plus de sept minutes, comportent des musiques additionnelles, sont encadrés par un générique de début puis de fin, et contiennent parfois des dialogues. La durée de la majorité des autres clips restent approximativement autour de celle de la chanson qu’ils illustrent et explorent une imagerie plutôt qu’un récit à proprement dit.

Quoiqu’on en dise, cette chanson reste un zénith du duo Farmer-Boutonnat. 
Il y a dans la musique d’hier et d’aujourd’hui quelques œuvres, quelques chansons où l’on sent qu’on est enfin arrivé au bout d’un chemin, qu’un sommet a été atteint au-delà duquel il est presque impossible d’aller, qu’un artiste a accompli sa mission d’artiste. 

Dans « Beyond my control », il y a un peu de l’excitation du volet final d’une grande trilogie, de la fièvre de l’ultime duel avec son plus puissant adversaire, du goût du dernier chamallow du dernier paquet, et tout cela sans les battages publicitaires et les opérations de merchandising et de bandes-annonces qui polluent de beaux morceaux de l’art.

Ici, Mylène a atteint la dernière étape de son voyage au pays de la souffrance. Là où règnent sang, feu et larmes. Un monde où l’amour est dans les chaînes de la mort, où il y est perverti et recomposé pour devenir un serviteur de la destruction. C’est aussi une impasse, et une prise de conscience qu’un autre chemin doit être emprunté. 

« Beyond my control » est l’histoire de la défaite totale d’une liaison amoureuse. Mais c’est surtout un choix de Mylène de ne pas se voiler la face devant le mal, de le ressentir jusqu’au bout, en vue d’une rédemption ultérieure. Démonstration. 

La violence est immédiatement introduite avec la phrase abrupte, « it’s beyond my control ». Puis, sans la moindre transition, on enchaîne avec une mélodie de ballade, comme si Mylène fredonnait en toute simplicité. Mais la répétition du même dessin musical va se révéler être un élément de la création d’un climat de folie. Puis, dans le refrain, la longue plainte du synthé va se conjuguer aux sonneries de cuivres, à la flûte et aux guitares nerveuses pour créer une atmosphère de noire passion.

beyond2 dans Mylène et SYMBOLISMELa voix de Mylène distille ce qu’il faut de fièvre et de fragilité, mais conserve encore dans la folie un timbre « noble ». Jamais Mylène n’a crié sur ses fans, facilité à laquelle les trois quarts des chanteuses modernes cèdent. Elle n’essaye même pas de gonfler sa voix, préférant souffler au creux de notre oreille tant les secrets qu’elle nous révèle sont intimes et brûlants.
Le texte, s’il n’est pas, au niveau de la poésie, le plus brillant que Mylène ait écrit, ne manque pourtant pas d’atouts pour être à la hauteur de la musique. 

Il raconte donc la tragédie d’une sorte de Médée moderne, trompée par son amant, et le tuant dans un accès de folie. Mais Mylène choisit de prendre l’instant suivant immédiatement le carnage, juste cet instant où les dernières ombres du délire se confondent aux affres de la lucidité et de l’angoisse. Ce moment crucial où l’on prend conscience que le sang répandu partout macule aussi ses propres mains, et que ce n’est pas l’autre qui l’a fait couler, mais bien soi-même. 

La prise de conscience se fait en fait en deux temps. Mylène, au début du couplet, n’a pas encore compris que son geste était le type même du geste irréversible. Elle parle encore au cadavre de l’homme, peut-être encore chaud sous ses mains, elle tente de le « rassurer » (mais qui veut-elle rassurer, sinon elle-même ?), qu’elle va « soigner ses blessures ». Elle essaye de se convaincre qu’elle peut encore revenir en arrière, qu’il n’est pas trop tard pour réparer le mal qu’elle a causé, que la vie (et sa relation avec l’homme) ne s’arrête pas là. 

Vaine tentative. On peut déjà comprendre pourquoi, dans le clip, on voit Mylène passer par toutes sortes de torture, pourquoi ce n’est pas du sado-maso-cuir gratuit : parce que c’est l’expression de sa souffrance intérieure, la brûlure du remord.
Au fur et à mesure qu’elle se rend compte de l’absence de portes de sortie à cette situation, la voix de la chanteuse trahit de plus en plus d’affolement, un trouble grandissant, jusqu’au moment où éclate le refrain. 

« Tu n’as plus vraiment le choix ». L’absence de choix est criante, quel que soit l’aspect du récit que l’on prenne. La mort est vraiment la barrière qui sépare toute chose. 
Mylène rêve encore d’une improbable « aube », quand l’homme va se réveiller, comme chaque matin, lui faire l’amour pour se faire pardonner, et ils seront à nouveau réunis. 

Mais, cette fois, pour retrouver son amant, Mylène devra verser le sang une seconde fois : « je te rejoindrais peut-être ». Et, bien sûr, elle nous laisse à la fin du deuxième couplet sur cette éventualité angoissante.
Le premier couplet s’achève sur un gros plan sur les yeux de l’homme. Ils sont ouverts, fixes et froids. Mais, pour la chanteuse, ce sont ceux « d’un ange » : ça lui rappelle peut-être ces statues dans les églises aux yeux d’ivoire, reflétant un mystérieux au-delà. En tout cas, elle a compris que l’homme n’était plus de ce monde. 

On sent le fantasme dans les deux couplets : lorsque Mylène emploie les temps futures pour désigner le plaisir et le présent pour désigner la douleur. En fait, pour limiter les désastres causés par la souffrance, elle imagine un plaisir qui en découlerait, comme une revanche contre le mal qui engendrerait alors le bien. C’est la même idée que dans « Je t’aime, mélancolie », mais elle n’empêchera pas Mylène de succomber au mal. 

En fait, c’est surtout une acceptation du mal qui est en Mylène, qui est une condition à une rédemption dans l’avenir. Cela se conjugue avec le mythe de la Californie messianique, que l’on verra dans « Anamorphosée ».

« Lâche ». Alors là, l’ambiguïté plane. Ça peut vouloir dire : « espèce de lâche ! » ou « lâche-moi ! ». Dans la première solution, Mylène lui reproche de ne pas avoir résisté à la tentation de la tromper (voir le clip) avec un autre, voire même de ne pas s’être défendu contre Mylène et de s’être laissé massacrer comme un agneau…voire même de s’être enfui dans la mort et le repos éternel, la laissant seule avec ses souffrances ! Dans la deuxième solution, c’est l’aspect du remord qui prime, de la présence de l’homme, même mort, dans son esprit, une sorte de fantôme…

« Toujours en cavale » rappelle les frasques amoureuses du libertin, courant les filles mais revenant toujours à sa Mylène (« tu dis : j’ai besoin de tes bras »). On imagine bien la scène du fautif se jetant aux pieds de la belle pour lui implorer son pardon, avec pour seul et éternel prétexte que c’est plus fort que lui, qu’il ne peut maîtriser ses pulsions sexuelles.

Mylène répond de ces mots terribles : « Ne t’éloignes pas de mes bras ». Cette fois, tu ne me quitteras plus jamais ! Puisque tu jures de m’aimer vraiment et éternellement, je t’obligerais à tenir cette promesse… 

« C’est plus fort que toi » fait écho à « it’s beyond my control ». Cette dernière phrase a été inspirée à Mylène par une adaptation américaine filmée des « Liaisons dangereuses » avec des acteurs très prestigieux comme Glenn Close ou John Malkovitch. C’est d’ailleurs ce dernier, avec son accoutumée « froideur passionnée », qui prononce la phrase reprise par Mylène dans un passage assez touchant où il rompt avec sa maîtresse, sans pouvoir lui cacher son amour. 

Mylène reprend en fait le même dessin en l’exacerbant, puisqu’elle provoque une rupture absolue avec son amant, tout en étant éprise de lui plus que jamais. 

Dans le deuxième couplet, si Mylène n’a pas encore nettoyé le sang sur ses doigts, elle a enfin compris que son amant était mort : « je veillerais ta sépulture ». Dérisoires promesses que l’on peut faire dans un tel cas. Le caractère faible de Mylène redevenue humaine s’oppose à sa force destructrice, lorsqu’elle a cédé à ses pulsions de mort. Il est toujours bien plus facile de détruire que de créer. Mais pourquoi l’homme est-il doué d’une si grande capacité de mort, face à sa si petite force créatrice ? 
« Beyond my control » s’appuie aussi sur le mythe (inspiré encore des « Liaisons dangereuses ») de la femme carnassière, devenant par sa violence plus forte que l’homme, le battant sur son propre terrain. Mais elle a son point faible. Si les garçons se jettent à ses genoux, elle ne peut supporter qu’ils aillent chez une autre vamp. Alors, la passion qu’elle utilisait pour maîtriser les hommes se retourne subitement contre elle : elle y succombe, et paye sa lourde dette à l’amour. Elle s’aperçoit qu’elle ne peut se passer de son amant.

Revenons à la pulsion. Freud est l’incontournable du domaine. Ainsi, comme ce psychologue, Mylène montre à quel point nous sommes dominés par ces deux pôles qui nous déchirent et mènent nos vies : amour et haine, création et destruction. De même, Mylène est partagée entre ses sentiments pour l’homme et sa haine parce qu’il l’a trahi. 

Cela rappelle la tragédie grecque d’Euripide : « les Bacchantes ». Ces femmes sont sous l’emprise d’un plaisir intense (symbolisé par le dieu Bacchus) et cause la mort autour d’elles. Elles s’éprennent du chanteur Orphée, et finissent par le couper en morceaux dans un accès de folie. Les fans extrémistes ne datent pas d’hier.

mf90_12a-225x300Tout ce qu’on a l’habitude de refouler explose dans le clip. Le sexe, la violence, la possession, et avec tellement de sensualité, tellement de beauté et de profondeur dans les couleurs qu’on ne peut qu’y adhérer. La violence avec laquelle les deux amants font l’amour, la sensualité avec laquelle Mylène tue l’homme, les loups déchirant des lambeaux de corps, est-ce cela le malsain ? Je ne crois pas. Ce clip est fait pour nous montrer que nous sommes tous des loups. 

Ce qui compte le plus pour nous ? Sexe et nourriture. Consommation. Les loups valent plus que nous. Ils sont aussi sauvages et moins gratuitement violents. Alors, à chacun de voir comment il se comporte dans sa vie : comme un homme ou comme un loup.

Mylène finit brûlée. De même qu’au Moyen-Âge, on jetait sur le bûcher tout ce qui ressemblait à une sorcière ou à un loup-garou. Ici, il est possible que Mylène prévoie que tous les bien-pensants, et même les hommes « normaux », la condamneront pour cette chanson déviante. L’étrange fait peur, on tente de le purifier par le feu. Nous avons toujours des mentalités moyenâgeuses. 

Mais la question est lancée, et, même si on n’aime pas ce genre de chanson, il faut réfléchir à ce qui motive notre vie. Et si l’on aime uniquement pour consommer ou pour procurer du bonheur à celui ou celle qu’on aime.

Source : http://www.sans-logique.com/mylene-farmer/analyses/

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Maman a tort et symbole

Posté par francesca7 le 8 mars 2013

 

  (clip créé en 1984. )

A l’origine, Maman a tort devait bénéficier d’un tout autre clip, qui n’a pas été tourné par manque de moyens. L’histoire de ce clip avorté collait parfaitement à la chanson, puisqu’on y voyait Mylène dans un hôpital psychiatrique, se rapprochant de son infirmière sous l’œil désapprobateur de sa mère. La scène finale nous montrait la chanteuse en train de courir, bousculant tout le monde, pour se jeter du toit de l’hôpital. Un story-board de ce premier scénario avorté a même été réalisé. Dommage, mais je n’en n’ai pas les images ….

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Une toute autre analyse cependant avait attiré mon attention… :

« Un Maman a tort [La mère accompagne sa jeune fille malade à l'hôpital. Comme tous les enfants, ils veulent avoir raison, donc leurs parents ont forcément tort. Ici la jeune fille se rebelle contre sa mère qui ne voit pas d'un bon oeil l'amour assez spécial que porte sa fille pour son infirmière. Les enfants soignés longtemps à l'hôpital considérent souvent que le docteur qui les soigne (ou l'infimière) est leur père. Ici, la mère peut être jalouse du fait que sa fille considère l'infirmière comme sa mère...] 

Deux C’est beau l’amour [La fille découvre les joies de l'amour autre que strictement maternel et trouve ce nouveau sentiment forcément beau] 

Trois L’infirmière pleure [Les infirmières craquent de temps en temps devant l'incapacité de la médecine de soigner tout le monde ou d'avoir perdu un patient avec lequel on devient proche. La jeune fille découvre donc cette infirmière dans cet état et trouve la beauté à travers les larmes] 

Quatre Je l’aime [Certitude infantile d'aimer dès le premier regard] 

Cinq Il est d’mon droit [Les enfants s'occultent souvent tous les droits, surtout de toucher à tout...] 

Six De tout toucher [On peut y voir deux interprétations. Dans le cadre d'une relation platonique infirmière-patiente, la jeune fille a tendance à toucher aux ustensiles médicaux comme tous les enfants. S'il s'agit d'un amour plus inavouable, comme l'indique le refrain, alors c'est la découverte d'un nouveau corps...] 

Sept J’m'arrête pas là [On n'ose imaginer où s'arrête les gestes, le regard de cette jeune fille pour son infirmière. Le clip prévu à la base était bien plus explicite...] 

Huit J’m'amuse [La jeune fille ne voit rien de mal à sa curiosité amoureuse et donc s'en amuse...] 

Un Quoiqu’maman m’dise [La mère ramenant sa fille à la maison essaye de la calmer en disant que tout va bien et que l'infirmière ne l'oubliera pas] 

Deux Elle m’oubliera [Lucidité tout de même de la jeune fille] 

Trois Les yeux mouillés [Premières souffrances amoureuses et premières larmes de déception de voir un amour non partagé] 

Maman a tort et symbole dans Mylène et SYMBOLISME 1984-189x300Quatre J’ai mal [Elle n'a pas fini de souffrir aux vues des textes de toutes les chansons de Mylène!] 

Cinq Je dis c’que j’veux [Encore une fois les enfants qui veulent avoir tous les droits, petits dictateurs en puissance] 

Six J’suis malheureuse [La raison de cette volonté de dire ce que l'on veut: le malheur qui donne tous les droits aux gens qui souffrent...] 

Sept J’pense pas souvent [Elle agit plus vite que de raison] 

Huit Et vous? [Le "et vous" renvoie comme à un témoignage: nous sommes les témoins de sa mésaventure amoureuse] 

J’aime ce qu’on m’interdit [Comme tous les enfants d'ailleurs. La mère interdit à sa fille de penser à l'infirmière autrement qu'en tant que telle et la fille aime justement parce qu'on le lui interdit par esprit de contradiction] 

Les plaisirs impolis [Elle sait que ses fantasmes sont interdits par les bonnes moeurs et les aime davantage] 

J’aime quand elle me sourit [Un sourire lui donne l'impression d'être aimée en retour] 

J’aime l’infirmière, Maman [Elle ne sait comment elle se nomme, elle sait juste qu'elle l'aime, comme une nouvelle mère, comme une amante?] 

Un J’suis très sereine [Toujours cette lucidité] 

Deux Et j’ai bien fait 

Trois D’vous en parler [On nous prend une nouvelle fois pour témoin d'un coming out fantasmé?] 

Quatre J’m'amuse [Elle ne prend finalement pas tout ceci au sérieux] 

myl dans Mylène et SYMBOLISMECinq Quoiqu’maman dise [Toujours cette volonté de contrer la volonté maternelle]

Six Elle était belle [Sa mère trouvant l'infirmière quelconque alors que sa fille la magnifie] 

Sept Cette infirmière 

Huit Je l’aime [Elle persiste à l'aimer tout de même] 

Une L’infirmière chante [L'infirmière essaye de tirer de la joie de vivre en la jeune fille en chantant pour elle. La fille semble y voir autre chose...] 

Deux Ca m’fait des choses [Vive émotion de la jeune fille... Masturbation sous couvert d'innocence?] 

Trois Comme l’alouette [Il semblerait que l'alouette soit le seul autre chant à faire vibrer la fillette] 

Quatre J’ai peur [Peur que tout ne soit qu'illusion, peur de ne pas être aimée en retour, peur de vivre tout simplement] 

Cinq C’est dur la vie [Thématique habituelle de l'univers farmerien] 

Six Pour un sourire [La fille fait tout pour que l'infirmière lui sourit, elle y voit un signe d'amour partagé] 

Sept J’en pleure la nuit [Le sourire n'est pas venu, la fille en souffre, doute de cet amour sublimé] 

Huit….. Et vous? »

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Mylène ou Sans Logique

Posté par francesca7 le 1 mars 2013

 

Alors que Boutonnat aurait très bien pu situer l’action du clip de Sans Logique dans une ambiance à la Barry Lyndon comme pour Libertine, il choisit ici de mettre Mylène en scène en Espagne, Boutonnat se rait inspiré de photographies de Josef Koudelka et Sebastiao Salgado, références confirmées par le chef décorateur du clip, Jean-Marc Kerdelhué, dans le magazine Styx paru à l’été 2011.

Mylène ou Sans Logique dans Mylène AU FIL DES MOTS mly-204x300Autre influence, non confirmée cette fois, celle de Francisco de Goya (1746-1828). En effet, Boutonnat semble construire son clip en s’inspirant à nouveau du Sabbat des sorcières. Ce tableau montre un bouc entouré de sorcières dans un champ désolé.

Tous les éléments sont bien présents dans le clip de Sans Logique. Mais ici, Boutonnat a la riche idée de transformer Mylène en taureau dans une arène à ciel ouvert et dans un paysage désolé comme dans le tableau de Goya. Le clip s’ouvre sur un couple qui échange son sang, puis l’homme se lève et se met en posture de toréador. Femmes, hommes, enfants et vieillards arrivent pour assister au spectacle et coiffent Mylène d’un serre-tête formé de deux cornes en acier. Une lutte entre l’homme torero et la femme-taureau débute.

Alors que l’homme croit avoir touché sa proie, il se retourner pour saluer. C’et à ce moment que la rage envahit la chanteuse, qui fonce sur son amant et le transpercer de ses deux cornes artificielles. L’homme meurt ans ses bras, le public repart et Mylène reste seule sous la pluie, une larme de sang sur sa joue. Un très beau clip, qui sera tourné dans des studios à Arpajon (91) et qui coûtera très cher (presque autant que le clip de Pourvu qu’elles soient douces). La raison en est fort simple : Boutonnat pour recréer l’ambiance du tableau de Goya, a dû faire déverser dans les studios plusieurs tonnes de terre et faire peindre une énorme toile pour représenter le ciel obscur.

C’est la version intégrale du clip qui est gravée sur le DVD. En effet, en 1989, certaines chaînes de télévision jugeant la scène de l’éventration trop dure n’ont pas hésité à la censurer…. Dernière particularité du clip : c’est la première fois que l’on voit le mot « Fin » apparaître pour clore un clip de Mylène. Peu de chances d’en voir une suite un jour comme pour Libertine.

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                issu du livre de Benoît CACHIN sorti en octobre 2012. Aux éditions Gründ. Page 53/220

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Symbolisme de « Sans contrefaçon »

Posté par francesca7 le 27 février 2013

Analyse de « Sans contrefaçon »

Paroles : Mylène Farmer
Musique : Laurent Boutonnat

 

Symbolisme de Cette chanson, sortie en 1987 est le premier extrait de l’album « Ainsi soit je ». C’est également le troisième plus gros succès de la star (après « Désenchantée » et « Pourvu qu’elles soient douces »). Elsa Trillat (photographe de la pochette de l’album), très proche de Mylène à l’époque, a pu assister à l’écriture de cette chanson. Elle raconte : « On s’est mis [Avec Mylène Farmer] au bord d’une piscine avec un dictionnaire de synonymes dans les mains et elle m’a dit : « Tu vas voir comment on écrit une chanson ! ». Et on a commencé à faire rimer des mots. En une demi-heure, on avait inventé son prochain tube ! Pour la voix d’intro, « Dis Maman, pourquoi je suis pas un garçon ? », c’est un petit clin d’œil à une private joke entre Mylène et moi. ».

Mylène avouait aussi que lorsqu’elle était petite c’était un vrai garçon manqué : « J’avais une personne qui me disait fréquemment quand j’étais plus petite que ‘Mylène était très joli pour un garçon ! », parce qu’en fait j’avais une voix assez grave, que j’ai un peu forcée de muer avec le temps ».

Le titre de la chanson reprend les paroles principales « Sans contrefaçon je suis un garçon ». Il exprime l’ambiguïté sexuelle de la chanteuse. « Sans contrefaçon » signifiant « 100 % naturel » prouve que Mylène croit réellement être un garçon…

La chanson est introduite par une phrase de jeune fillette « Dis Maman, pourquoi je suis pas un garçon ? » avec oubli volontaire de la double négation « ne… pas… ». Cette phrase semble être dite par Mylène enfant qui regrette déjà de ne pas être un garçon. Avec le temps, ce regret va lui permettre de réellement penser qu’elle est un garçon…

Cette chanson est différente des autres car elle débute par le refrain. Il semble être une contrainte face au regard des autres. En effet, il débute par « puisqu’il faut choisir », qui montre cette. Le regard des autres, les critiques sur son androgynie l’ont poussé à prendre des résolutions : oui c’est un garçon ! L’expression « à mots doux » exprime une certaine douceur sous une apparence masculine. Pourtant Mylène est un garçon « sans contrefaçon », c’est à dire qu’elle n’a pas usé du changement de sexe pour devenir ce qu’elle est ! Mylène dit ensuite qu’elle n’a rien à prouver. En effet, l’expression « pour un empire je ne veux me dévêtir » montre une certaine indifférence. (« pour un empire » = pour rien au monde, sans aucune volonté). Ici justement, il est inutile qu’elle se dévêtisse afin de prouver qu’elle est un garçon puisque c’est un garçon !

images-52 dans Mylène et SYMBOLISMELa masculinité est fortement introduite dans le premier couplet. En effet Mylène parle d’elle au masculin (« Tout seul » au lieu de « toute seule »). Un vocabulaire de genre masculin est aussi majoritairement utilisé : un placard, un œil, un abri, un regard, un monde, un mouchoir, un pantalon, un chevalier… Tout ceci montre la masculinité de Mylène. La notion de solitude fait penser à un rejet des autres. En effet, Mylène est « tout seul dans son placard […] à l’abri des regards ». L’expression « les yeux cernés de noir » exprime encore cette masculinité : ce sont plus souvent les garçons qui se battent plutôt que les filles. La chanteuse nous dit ensuite qu’elle vit dans un monde qui n’a « ni queue ni tête », c’est-à-dire insensé, qui n’existe pas. Par cette expression, elle veut montrer la non tolérance de certains face à ceux qui sont différents. Une deuxième expression contenant le mot « tête » est introduite : « je n’en fais qu’à ma tête » suggère qu’elle ignore le regard et les critiques des autres : elle est libre d’esprit ! Le « mouchoir » au creux du pantalon suggère encore l’androgynie. Tout d’abord la masculinité avec le mouchoir mal rangé, qui dépasse de la poche (côté « souillon » d’un homme) mais aussi la féminité dans son sens vieilli : un mouchoir, c’est aussi un foulard que portaient les femmes et le pantalon était aussi un sous-vêtement féminin. Ces deux définitions renforcent le côté « féminin masculin » qui est repris plus loin avec le chevalier d’Eon. Ce chevalier était un agent secret du XVIIIe siècle qui avait l’habitude de s’habiller en femme !

images-61Le deuxième couplet diffère du premier car il présente moins le côté « féminin masculin ». L’expression « tour à tour » exprime une lenteur, un rejet de chacune des personnes de son entourage exprimé par « on me chasse de vos fréquentations ». Le « on » marque une généralité : pour Mylène, le rejet est habituel. Le caractère de la chanteuse est introduit dans les vers suivants. « Je n’admets qu’on menace mes résolutions » exprime une sorte de rébellion : elle ne supporte pas qu’on la juge. Qu’elle soit rejetée l’indiffère plus que d’être critiquée ! Ce sentiment est repris par « je me fous bien des qu’en-dira-t’on » qui montre une certaine indifférence face à ce qu’on dit d’elle. Les « qu’en-dira-t’on » représentent ici les ragots, tous les commentaires que l’on peut dire d’elle. La notion de « caméléon » exprime une Mylène qui a ses changements d’humeur et qui peut se sortir de toutes les situations : gare à ceux qui la critiquent ! Les soldats de plomb représentent ici la punition de tous ceux qui la jugent : ce sont eux qui les tueront. Mylène collectionne d’ailleurs les soldats de plomb depuis sa plus tendre enfance. Déjà jeune, on la prenait pour un garçon manqué…

Grâce à ce titre, Mylène est devenue une icône gay car même si sa chanson est chantée par une femme, beaucoup d’hommes ont pu s’identifier au texte. Coup de maître ou coup de pub ???
En tout cas bravo Mylène, ce titre fait désormais parti des plus gros tubes de la chanson française ! Image de prévisualisation YouTube

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Symbolisme de CHLOE de Mylène

Posté par francesca7 le 27 février 2013

Symbolisme de CHLOE de Mylène dans Mylène et SYMBOLISME images-21

Voici de nouveau une chanson assez surprenante, ou plutôt déconcertante. En effet, dés la première écoute, on ne peut s’empêcher d’être stupéfait d’entendre Mylène évoquer le suicide d’un être cher, sujet grave par excellence, sur un air aussi léger que celui d’une comptine. Notons cependant que bon nombre de chansons pour enfants inscrites dans notre patrimoine évoquent elles aussi des sujets on ne peut plus dramatiques. Leur intérêt est sans doute de transmettre un message aux bambins. Si mon hypothèse est juste, je soupçonner Mylène et Laurent via ce procédé de faire l’inverse: c’est à dire de faire passer une information aux adultes via ce procédé de la comptine.

Une autre raison qui expliquerait l’air de la chanson serait pour moi la même que celle pour laquelle Mylène chante « Maman a tort » sous forme d’une comptine. Cela l’aide à pouvoir exprimer quelque chose qu’elle ne pourrait dire en parlant normalement, traumatisée par le choc. En chantant, la petite fille campée par Mylène peut directement dire ce qui s’est passé (« Eh, oh, ce matin/ Y a Chloé qui s’est noyée »). 

Naturellement, les adultes ne la croient pas tout de suite: d’une part, c’est une enfant et d’autre part, nous verront par la suite que Chloé en question aime les farces. Mylène doit donc donner des détails comme le lieu du drame (« Dans l’eau du ruisseau ») et son attitude lui permettant de dire qu’elle est morte (« J’ai vu ses cheveux flotter ») .

Elle nous explique qu’elle a vu clairement son amie mourir et pousser son dernier cri avant de se cogner la tête et probablement s’évanouir (« Quand Chloé a crié/ Quand sa p’tite tête a cogné ») . Le fait que cela s’est passé  »là bas sous les chênes » pourrait apparaître comme un simple détail visant à persuader les adultes et qu’ils voient bien où se situe le drame. Mais il y a autre chose. Le chêne est l’arbre utilisé pour symbolisé Dieu. Autrement dit, si Chloé est morte sous ces arbres, c’est pour nous faire comprendre, à Mylène et à nous, qu’elle a rejoint le paradis. Mais pourquoi comparer son dernier cri à une  »fontaine » ? Là encore, c’est dû à la symbolique de celle-ci: la renaissance, le renouveau. Mylène fait donc cette association pour nous dire qu’elle croit qu’elle n’est pas morte définitivement et qu’elle va donc revenir…

telechargement2 dans Mylène et SYMBOLISMECe couplet que nous venons d’expliquer reviendra plus tard dans la chanson, comme pour confirmer ce qui s’est passé. Mylène va maintenant nous expliquer ce qui l’a amené à faire cette constatation. Elle l’a vue nettement disparaître dans l’eau (« Chloé a coulé/ C’est sûr qu’elle n’avait pas pied ») . Pensant qu’elle est morte, elle réalise alors sa perte. On voit ici apparaître un thème cher à la chanteuse: celui du double: celui du double complémentaire qui permet à l’autre de vivre et de le soutenir (« Chloé ma moitié ») . Mylène sait qu’elle est totalement perdue sans celle qu’elle considère comme sa « petite sœur » de par leurs nombreux points communs et complémentarités. C’est pourquoi elle espère la voir renaître. Mais pourquoi en  »fleur » ? Cela tient selon moi à l’étymologie du prénom Chloé qui en grec ancien signifie « petite pousse ». Elle espère donc que cette petite plante va grandir et dévoiler tous ses charmes. 

Autre détail qui aide la petite fille à renforcer sa thèse: dans la rivière se trouvent des  »saules qui pleurent » , dont chacun aura compris qu’il s’agit de saules pleureurs. Ces arbres sont associés à la mort, mais aussi à l’immortalité. Elle espère donc que ces arbres vont lui communiquer cette faculté pour renaître. L’interprétation du vers  »L’eau est de toutes les couleurs » vient sans doute du fait que la rivière a pris la teinte du sang de Chloé s’y répandant. Le fait de voir ce changement serait une preuve pour Mylène que le processus de transformation est entamé…

« Chloé si je pleure,
Tu sais ça compte pour du beurre
Ton rire me fait peur
Est-ce que tu joues ou tu meurs? »

Cependant, elle souhaite encore croire que son amie est vivante. cela parce qu’elle a l’habitude de faire des mauvaises plaisanteries ayant pour but de susciter des larmes chez Mylène. C’est pourquoi elle lui demande si elle est bien morte et se défend en lui disant que ses larmes viennent du fait que ses plaisanteries et les réactions de Chloé lui font peur: ce qui fait qu’elle ne peut contenir ses larmes.

N’ayant pas de réponses après avoir crié longtemps après elle (« Pendant longtemps j’ai appelé ») , elle doit bien se rendre à l’évidence que celle qui enchantait ses jours a disparu (« Adieu petite fée ») . En effet, il n’y a maintenant plus aucune trace d’elle (« Le courant l’a emportée ») et c’est pourquoi elle peut confirmer cette disparition en répétant la première strophe.

Les Choeurs représentent peut-être le souvenir des jeux des deux petites filles. Les seules choses restant à Mylène de Chloé avec les éternels questions qu’on se pose toute notre vie quand un être cher se suicide: quelles sont les raisons de sa mort (« Pourquoi t’es partie ») ? Cela en plus du vide impossible à combler qu’il laisse et qui nous pousse à l’appeler au secours (« Chloé… Chloé… ») En vain!

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Dernier sourire de Mylène

Posté par francesca7 le 24 février 2013

symbolisme de « Dernier sourire« 

Paroles : Mylène Farmer
Musique : Laurent Boutonnat

Dernier sourire de Mylène  dans Mylène et SYMBOLISME images-10 

Percer les secrets des vers de Mylène Farmer, ça ressemble parfois à un viol. Ou alors quelque chose comme pénétrer en Nike dans un tombeau de pharaon. Mais si les œuvres de Mylène sont publiques, on a le droit de réfléchir dessus. De plus, il ne faut pas oublier qu’elle n’a rien d’une déesse, et que « Dernier sourire » n’est pas une œuvre sacrée mais une chanson d’une profonde humanité. A respecter donc, mais pas à idolâtrer.

Ici, Mylène semble se rapprocher des canons de la chanson française, avec un accompagnement classique, une mélodie simple et sans refrain et des paroles plus sobres et moins mystérieuses. Rapprochement à relativiser, puisqu’elle s’y révèle, au niveau du style et de l’ambiance, au mieux de sa forme, avec au programme expression de l’inéluctable et description en temps réel de l’agonie d’un être aimé. 

images-13 dans Mylène et SYMBOLISMEEn fait, cette chanson est une véritable scène d’opéra, à la manière des solos des grands maîtres des temps passés, comme Verdi ou Schumann. Comment ne pas imaginer en entendant ces mots une scène tragique, avec le lit où un corps repose, pas encore mort mais s’éloignant de la vie, Mylène le serrant dans ses bras, désirant autant le retenir que de l’accompagner dans ses derniers instants… ?

Avec les premiers mots de la chanson (« sentir ton corps »), on a l’impression de se retrouver devant une chanson d’amour…et on a raison ! Même si la suite devient beaucoup moins romantique (« tout ton être qui se tord ») le thème de la chanson est bien la description de la mort d’un proche, le point de vue choisi est celui de Mylène, qui voit l’être aimé lui échapper et tente de lui manifester son affection une dernière fois. D’où le titre « Dernier sourire », d’ailleurs…

Le titre peut être aussi interprété avec le symbole du sourire du crâne, personnifiant la mort. On assisterait alors à la substitution progressive de la malade par la mort, envahissant peu à peu son visage. Ainsi, le sourire serait causé par la douleur (« souriant de douleur »), un peu comme une blessure ouverte d’une oreille à l’autre, comme dans « l’Homme qui rit » (Victor Hugo) où un personnage porte sur lui un sourire gravé à jamais.

Il y a une progression dans la chanson, un grand mouvement menant non à la mort, mais à la mémoire (« ton souvenir ne cessera jamais »), amplifié par l’absence de refrain. 

D’abord, la mort (« ton heure ») « point au cœur », elle s’approche, comme une ombre menaçante. Etrange figure de style, la chambre « qui bannit le mot tendre » devient le réceptacle d’un cœur, focalisant sur celui-ci toute la dureté d’un scène. 
La mort accomplit un pas de plus, lorsque la « foi se dérobe, à chaque fois que tu sembles comprendre ». Mylène sent que l’espoir d’une guérison miracle vacille et disparaît, soufflé par la fatalité qui se fait plus pressante à mesure que la malade prend conscience qu’elle vit ses derniers instants.

« Parle-moi encore ». C’est tout le problème du comportement qu’on doit adapter face à la mort en direct d’un proche. Que peut-on dire de juste, d’intéressant et de sensé dans ce genre de situation ? Il suffit d’être vrai, peut-être…
Mylène, femme sensible et grande amie de la malade, compatit forcément à ses affres, donc elle souffre presque autant qu’elle : « Je peux t’accompagner ». Mais aussi, elle se révolte, avec les plus beaux vers de la chanson : « Qui te condamne ? Au nom de qui ? Mais qui s’acharne A souffler tes bougies ? » Non seulement la mort est impersonnelle (pourquoi, dans aucune civilisation, nul n’a jamais donné de nom à la mort ?), mais elle est aussi absurde : puisqu’elle prend indifféremment le vieux et l’enfant, l’innocent et le coupable. 

La mort est infligée sans tribunal.
Et il n’existe pas d’avocat, lorsqu’elle vous montre du doigt.

telechargement-7Les « bougies soufflées » symbolisent le temps et les âges passant au fur et à mesure qu’on dénombre les anniversaires.
« Si je t’invente des lendemains qui chantent… » Comment parler d’espoir, ou même comment prononcer le mot demain, quand on connaît la condamnation ? « Est-ce te mentir ? » La vérité est trop dure à prononcer, l’espoir mensonger n’est-il pas plus doux à entendre ? « Vois-tu le noir de ce tunnel ? » Les promesses s’effacent une à une devant l’inévitable. Mylène est partagée entre son désir de ne pas causer plus de mal à la mourante en l’accablant d’adieux, et celui de ne pas la « trahir » en lui cachant la vérité. Elle sent aussi qu’elle ne pourra pas l’accompagner bien longtemps.

La fin est originale. Alors que la mourante disparaît enfin dans un jaillissement de « lumière », Mylène reste seule avec un « souvenir » éternel, et elle n’a d’autre choix que de se promettre elle-même à une torture sans fin, se refusant à chasser son amie de sa mémoire. 

C’est parce qu’un drame est parfois ressenti avec encore plus de force lorsqu’il arrive à sa meilleur amie qu’à soi-même (répétition du mot « sentir ») que « Dernier sourire » a eu un aussi fort impact sur le public, subjugué lors du Mylénium Tour. L’avantage de cette chanson par rapport à « Ainsi soit Je », c’est qu’elle remplace la lamentation par la compassion. 
C’est une chose que de voir pleurer les Star’académiciens (dont on ne niera pas le pathétisme). C’en est une autre d’assister à un « Dernier sourire » live. 

Et ce qui sépare ces deux choses, ce n’est pas un océan de larmes, mais l’authenticité.

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Pas le temps de vivre Mylène

Posté par francesca7 le 24 février 2013

symbolisme de « Pas le temps de vivre« 

Paroles : Mylène Farmer
Musique : Mylène Farmer

 Pas le temps de vivre Mylène dans Mylène et SYMBOLISME telechargement-4

Cette sublime chanson de la main de Mylène (paroles + musique) est le troisième titre de l’album « Innamoramento » sorti en 1999. Elle a été écrite en hommage à son frère Jean Loup, décédé dans un accident de voiture en 1996. Depuis qu’elle a perdu son frère, Mylène ne retrouve plus son équilibre et est totalement perdue dans ce monde… 

Le titre de la chanson, reprise des mots du refrain, ressemble à un euphémisme, une façon détournée de dire la douleur de vivre, sorte de transcription en langage poétique de l’existentiel : « pas (plus ?) envie de vivre ». La négation porte en elle le non-sens de la vie. Le temps de l’existence est miné.

Le texte s’ouvre (de façon cohérente avec le titre) sur le thème du temps qui passe, du temps que l’on vit, immensément long, comme le suggère le pluriel de répétition « il est des heures ». L’emploi du verbe « être » au lieu du présentatif avec le verbe « avoir » (« il y a ») résonne de façon existentielle. « Il est des heures », c’est aussi dire qu’il y a des moments sombres, des passades de chagrin. Le mot « ombres » est connoté de façon nocturne mais ce que dit surtout ce premier vers, c’est la crispation de la douleur. Car les « ombres » ont aussi le sens d’illusions. La jeune femme est rendue parfois à la raide réalité de la souffrance. Le sous-entendu contenu dans le verbe « se dissiper » est qu’elle détourne d’elle le plus souvent le chagrin dur et cru. La forme impersonnelle du verbe « se dissiper » montre que le processus se fait tout seul, à l’insu du sujet. Dans l’expression « la douleur se fige », on sent l’influence de Baudelaire et l’expression du spleen dans Les Fleurs du Mal : « un cœur qui se fige ».

telechargement-5 dans Mylène et SYMBOLISMELe deuxième vers de cette première strophe (qui est un quintil) joue sur un effet de surprise lexicale, effet réitéré à la même place dans le deuxième quintil. En effet, l’auteur utilise un néologisme en donnant une forme verbale (pronominale) à un adjectif : « invincible » (qui ne peut être vaincu) devient « s’invincibler », découverte verbale inédite.

Ce deuxième vers est une reprise anaphorique du premier (« Il est des heures où ») et l’effet en est nostalgique et rêveur. L’auteur médite sur ce qui se passe en elle, dans les moments où le chagrin l’assaille. Le champ lexical de la raideur, de la dureté, de l’âpreté qui était dans le verbe « se fige » se retrouve dans le néologisme « s’invincible ». Quand la douleur arrive, les sensations semblent être faites de crispation et de soumission : « s’invincible », « s’incline ».

La métaphore morbide « la lèpre » et les pronominaux accentuent l’idée de résignation à la douleur. Le troisième vers commence par un « mais », comme le troisième vers de la strophe suivante, avec un parallélisme de construction qui participa à la cohérence d’un texte pourtant décousu ou plutôt qui mime le flux mental de la conscience avec ses oppositions plus affectives que logiques. « Mais si » : on est d’ailleurs dans le mode hypothétique, celui des regrets, des remords, le futur vu d’autrefois, inimaginable, irréversible aussi. « Si j’avais pu … », irréel du passé, en latin.

L’expression « je serai qui tu hantes » est d’une grande beauté et elle a justement quelque chose à voir avec le latin dans son sens du raccourci. « Je serai celle que tu hantes » serait plus français, plus explicatif. Ce « qui », pronom relatif sujet sans antécédent est très latin (c’est celui qu’on trouve dans les proverbes du genre « qui aime bien châtie bien »), il est efficace, bizarre et ambigu. « Je serai qui tu hantes » fait penser au « Horla », au thème du dédoublement et de la présence invisible qui est là : on comprend par cette formule ramassée et pudique tout l’enfer de l’obsession liée au chagrin et au deuil. Dominent dans cette fin de strophe, les mots « incertitude » et « solitude » à la rime franche et riche en contraste avec les seules assonances de « fige » et « incline » ou plus loin de « s’effacent » et « monacale ».

images-9Le deuxième quintil par un effet de répétition reprend la complainte sur les heures de cafard. Cette anaphore donne une allure de refrain à ce qui est un désespoir vécu. L’auteur introduit le thème de la musique par un biais léger et poétique, une mise en abyme : « Les notes se détachent ». Mylène Farmer est la chanteuse et la musicienne. Cette allusion aux notes de la chanson contribue à créer un pacte autobiographique même si l’histoire réelle n’est pas dite mais seulement suggérée, universalisée. D’ailleurs, c’est le mot « être » qui va servir de nouveau à désigner celle qui souffre : « l’être se monacale » faisant écho à « l’être s’invincible » avec le même souci du néologisme et de la création verbale pour dire l’inexprimable. La carapace, la prison ou le couvent sont des leitmotiv dans les deux cas.

L’atmosphère de cette deuxième strophe tourne autour de la nuit et de ses fantasmes avec les mots « lune », « nuit », « paupières », « erre » .Les sonorités sont étudiées et créent des rimes internes comme le groupe « erre » et « lumière », ou « paupières ». La métaphore filée évoque une femme devenue somnambule. La mort rôde sous la forme d’une « lumière que le vent a éteinte » .On remarquera les pluriels possessifs « mes nuits », « mes peurs » qui disent explicitement l’angoisse ainsi que l’adverbe de temps « une à une », où s’exprime la lenteur, la longueur de la souffrance. Il y a un effet de chute dans le dernier vers de cette strophe ; effet voulu puisqu’il est repris à la fin de la chanson « mes peurs de n’être plus qu’une ». Le sous-entendu est qu’elle était à deux, autrefois, le thème est celui de la douleur, de la solitude.

Le refrain se caractérise par l’intrusion du « je » et du « tu ». Il dessine un dialogue plus personnel que la méditation antérieure sur la souffrance des heures de manque. L’auteur en appelle à l’impératif à celui auquel elle pense : apostrophe amoureuse « aime moi », quasi érotique « entre en moi » même si l’on comprend le niveau métaphorique de l’expression. « Dis moi », « Dis moi » deux fois sont un appel, émouvant à un dialogue, pourtant fictif. D’ailleurs le côté impossible et surréaliste de cet échange verbal au-delà de la mort est rendu dans le registre de « l’ivresse » et de la « nuit » folle : fête carnavalesque vers la mort (« la nuit se déguise »).

Les derniers vers retrouvent l’accent mélancolique de la chanson de Jacques Prévert chantée par Yves Montant avec le thème de la mer qui efface les traces des pas des amants sur la plage. Mais Mylène Farmer décline ce thème de façon féminine : c’est elle la mer (« je suis comme la mer »), ce qui donne une dimension métaphysique infinie à son sentiment de regret, de remords « n’avoir pas su » répond à « si j’avais pu » de façon irréversible et tragique. « Tes pas » c’est aussi le titre d’un poème fort connu de Paul Valéry qui a rapport avec la mer puisqu’il appartient au recueil « Le cimetière marin ».

La dernière strophe exprime derechef l’impression d’une vie impuissante et brisée. La métaphore du « marbre sans veine » est originale. Associée au terme « pensées », elle évoque le cerveau comme matière morte, sans les surprises que l’on trouve normalement dans la pierre ou dans le bois et qui correspondraient aux veines et aux neurones. Un cerveau sans les marques de ses lobes et de ses connexions.

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La métaphore suivante est moins originale mais très touchante quand même ; elle rappelle les paroles de la chanson de Brel « Ne me quitte pas » : « laisse-moi devenir l’ombre de ta main … l’ombre de ton ombre… l’ombre de ton chien ». L’intertextualité est évidente et voulue, vue la notoriété de cette chanson. Mais avec le mot « ombre », Mylène Farmer accède à un registre mystique et occulte qui lui est personnel. « Ombre » nous fait accéder au royaume des morts et fait écho au mot « clef » chargé de mystère ou au mot « astre » qui évoque à la fois l’infini de l’espace et la possible connivence du ciel avec nos caractères personnels.

Les derniers vers ont une connotation pathétique avec l’expression de la peur et le désir d’une main secourable : « ta main ». L’apostrophe au frère absent revient douloureusement dans le refrain et à l’écoute de cette chanson, on ne peut qu’être touché par les sonorités aiguës car l’assonance en « i » est récurrente et permet à la chanteuse de monter dans la gamme avec une voix féminine et des sons très ténus.

 

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C’est une belle Journée Mylène

Posté par francesca7 le 24 février 2013

symbolisme de « C’est une belle journée« 

Paroles : Mylène Farmer
Musique : Laurent Boutonnat

C'est une belle Journée Mylène dans Mylène et SYMBOLISME telechargement-31 

C’est le deuxième titre inédit du best-of « Les mots » sorti en 2001. Mylène Farmer a étonné beaucoup de monde avec ce titre énergique. En effet, c’est grâce à une musique entraînante que la chanteuse parle du suicide ! On ne la changera pas…

Dans toute sa chanson, Mylène compare la mort au sommeil. Elle l’introduit dès les premières paroles. Pour tout le monde, un homme allongé dort, mais pour Mylène il est mort. Dormir aura donc le sens de mourir par la suite, et plus particulièrement le sens du suicide. Mylène nous montre un monde pessimiste. Ainsi, une amphore à moitié pleine est perçue à moitié vide. D’un point de vue « mathématique », c’est pareil, mais le fait de la voir à moitié vide montre que l’on voit plutôt le vide que le plein, ce qu’il manque, le côté pessimiste de la chose. Puis Mylène nous incite ensuite à « voir la vie du côté pile », c’est-à-dire à voir les choses de façon optimiste (la côté pile d’une pièce étant le plus important). Dans les moments de déprime la chanteuse en revient aux élégies, qui sont des poèmes souvent tristes. Pourtant, ce n’est pas la tristesse qui « guérit » la déprime ? Mylène nous incite donc au suicide ? Les vers suivants pourraient nous mener à cette conclusion… En effet, Mylène a peur du bonheur ! Etrange ! Des envies de suicide la tourmentent vraiment…

images-4 dans Mylène et SYMBOLISMELe refrain se caractérise par de nombreuses contradictions. En effet, c’est une belle journée, pourtant Mylène va se coucher ! Etrange ! Une belle journée donnerait plutôt l’envie de se promener, de profiter de la vie… mais pour Mylène, cela lui donne l’envie de se coucher (donc de mourir). Puis elle ajoute encore une contradiction : une belle journée donne l’envie d’aimer mais elle préfère mordre l’éternité. Mordre l’éternité, tout comme mordre la poussière exprime le fait de ne plus être en vie. La chanteuse nous dit ensuite qu’une belle journée donne l’envie de paix, de tranquillité, pourtant elle veut voir des anges à ses pieds. Ne serait-ce pas au Paradis que résident les anges ? Cependant, pour la chanteuse, mourir c’est « se faire la belle ». Etrange vision de la vie après la mort ! Souvenons-nous quand même que Mylène ne s’aime pas : « physiquement, je ne me supporte pas. Je me regarde peu, je ne vois jamais mes clips. C’est très douloureux. » Alors Mylène quand on meurt, on devient beau ?

Le deuxième couplet joue sur un effet de parallélisme. Il rappelle sa conception du sommeil (= la mort) ainsi que la vision pessimiste des gens. Toutefois ici, Mylène fait partie de ces gens peu optimistes (« je la vois »). Les vers suivants parlent d’amour. Ils comportent un sous-entendu. « En amour si c’est du lourd »… et Mylène ne termine pas sa phrase. Cela signifie que si l’on est vraiment amoureux, tout va bien. Toutefois « si le cœur est léger » (qui marque ici le malheur en amour), plus rien ne va et les élégies vous font sombrer dans la déprime. L’amour est fait de plaisirs longs et courts. Longs pour l’amour fou et courts pour les amours fugasses qui mènent à la solitude. Aussi Mylène a le souffle court, donc elle est malheureuse en amour. Ceci dit, faut-il se suicider si on est en manque d’amour ?

Le troisième couplet pourrait finalement montrer que le suicide n’est pas si bien que ça. En effet pour Mylène la vie est belle comme aile, une aile d’oiseau qu’on ne doit froisser pour qu’il continue à voler (et donc à vivre). Toutefois, la vie de Mylène est belle mais la sienne va s’emporter (vers le ciel ? Sûrement !). Et la chanteuse va commencer à vivre ? (« j’entre en elle »). Vivre après la mort ! Etrange encore ! Mais Mylène est mortelle et elle veut partir maintenant comme le rappelle le verbe à l’impératif « va » qui ici a un sens de « meurt »…

Mylène signe un joli texte qui lu au premier degré est incompréhensible. Le clip qui accompagne ce titre montre une femme triste qui attend que le temps passe et s’ennuie. Des envies suicidaires Mylène ? En tout cas nous on espère que non car même si tes textes traitent du suicide, ils sont magnifiques…

images-51A noter aussi, que lors d’une interview télévisée dans l’émission « Sept à huit » diffusée en janvier 2006, Mylène Farmer avait apporté une anecdote sur cette chanson. Voici la réponse de la chanteuse à l’intervieweur qui lui demandait si elle se permettait beaucoup de choses :
« En tout cas, je ne m’interdis rien, si ce n’est… Je fais appel à ma mémoire… Mais je me souviens quand j’ai écrit « C’est une belle journée », dans le refrain j’avais mis « C’est une belle journée, Je vais me tuer » à la place d’aujourd’hui, « C’est une belle journée, Je vais me coucher ». Et je crois que là, ce pourrait être un appel au suicide de certaines personnes un peu fragiles et j’ai changé ce mot pour un autre, parce que c’était peut être tout d’un coup quelque chose de trop fort, trop déterminant. Je crois que tout est possible à partir du moment où une fois de plus on ne fait de mal à personne. »

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Symbolisme « Jardin de Vienne » de Mylène

Posté par francesca7 le 17 février 2013

symbolisme de « Jardin de Vienne »

Paroles : Mylène Farmer
Musique : Laurent Boutonnat

+ d’infos sur cette chanson

 

Symbolisme

C’est le live 1989 qui a sauvé cette superbe chanson de la catégorie « chanson mineure ». Son côté morbide aurait pu l’assimiler aux premières « gothiques » de l’artiste, style « au bout de la nuit », alors qu’elle porte en elle un message bien plus puissant.
Comme de nombreuses oeuvres de cette époque, « Jardin de Vienne », à la première écoute, laisse l’auditeur troublé comme après une croisière houleuse, voire perturbé comme après un cross hard ! C’est l’histoire, mythique, d’un amoureux qui se pend, semble-t-il, de désespoir. Le rôle de Mylène n’est pas évident. Elle peut être l’amante qui le découvre au crépuscule ou, comme le type de voix choisi l’indique, la fille du défunt. Tout est raconté avec un nombre minimal de mots : tant mieux! Cette restriction volontaire donne à chaque mot sa force de frappe et contribue à l’aspect pudique du texte.

« Jardin de Vienne » s’ouvre par un extrait symphonique de Malher (d’ailleurs utilisé dans le film « Mort à Venise »). Puis, elle prend la forme d’une comptine plus ou moins légère qui tourne à la vertigineuse psalmodie. L’ouverture a l’avantage de planter le décor : on est dans une sorte de marche funèbre. On entrevoit déjà la procession, les robes noires, le cercueil… Mais, coup de génie, au lieu de poursuivre sur un morbide kitsch à la « Agnus Dei », la musique glisse sur une atmosphère plus trouble, quand la voix de Mylène apparaît, prenant le timbre enfant mignon de « Plus grandir ». 

Le contraste grandit, mené de main de maître, la chanson se déchire, nous avec, et s’ouvre sur les états d’âme de la chanteuse comme un écrin sur un diamant pur. Le contraste, comme une lumière obscure, est d’abord musical. Tandis que les synthés et les guitares martèlent nerveusement, que le vent siffle, la corde grince à en mettre nos nerfs à vif, la voix de Mylène se fait douce, oscillant entre l’étonnement et la compassion. Il faut attendre la phrase qui tue (« ce soir, j’ai de la peine… ») pour comprendre qu’elle est affectée par la mort. Le regard de Mylène est peut-être celui d’une femme qui, choquée par un drame que les mots ne peuvent décrire, semble retomber en enfance, avec sa naïveté et son ignorance devant la réalité de la mort. Ainsi, elle cache son insondable tristesse derrière des expression gamines, genre « petit bonhomme », « monte sur l’arbre ». Mylène compare la descente du corps à la cueillette d’une pomme! Plus l’interrogation simplette (« est-ce pour me voir? ») pour se préserver de la cruauté de la vérité. C’est la musique qui révèle la douleur de Mylène, renforcée par l’apparition des batteries militaires (elles-mêmes adoucies par la flûte de Pan!) : il y a donc un parfait équilibre entre le tragique exacerbé de la musique et la pudeur du texte.

La mort, le suicide, thème-clé, est assez « soft ». D’abord, aucun mot du champ lexical du funèbre n’est prononcé jusqu’à l’aveu (quand Mylène se rend enfin compte de la vérité!). Ainsi, l’homme « s’est endormi », « ne sourit plus », il dit « au revoir », il fait « l’oiseau ». Mort soft qui se balance entre la douce amertume du « vent du soir » et l’ironie grinçante de l’auteur. C’est du macabre à la Baudelaire, à la « Gaspard de la Nuit » qui nous ramène dans cette Vienne romantique où on allait se pendre parce que la demoiselle avait refusé la dernière valse! A noter que Mahler était un compositeur romantique… viennois! Mylène retrouve en elle cette sensibilité du XIX siècle, et « Jardin de Vienne » contribue à la moderniser, la ressusciter dans notre actualité.

Mais le refrain prend le pas sur le macabre lorsqu’il est répété, psalmodié jusqu’à la fin (6 fois!). c’est lui qui doit nous marquer.

L’histoire banale de l’amoureux qui se pend n’est pas choisi au hasard. Mylène utilise la mythologie du romantisme pour cacher son message derrière divers symboles. 

D’abord, il y a le Jardin. En général, c’est plus un lieu de détente qu’un cimetière, et on y trouve plus de couples qui s’emballent que de suicidaires. Or, justement, dans notre histoire, c’est l’amour qui cause la mort : on retombe sur notre contraste. On est face à un rituel de purification. Le gars meurt d’ amour, ce qui permet à son âme de « monter plus haut », de libérer son âme. Voilà comment le contraste s’explique : c’est celui du corps qui souffre, qui meurt, qui se déchire pour que l’âme puisse s’envoler. La mort est donc dépassée par l’espoir d’une vie nouvelle et mystérieuse, loin des souffrances du corps dont on peut bien se moquer puisqu’il ne sert à rien!

219_image-264x300 dans Mylène et SYMBOLISMELe jardin s’intègre aussi puisqu’il participe au rituel en tant que temple, idée de sanctuaire de l’amour. Même s’il se donne la mort, l’homme (dont l’anonymat indique qu’il peut s’agir de chacun d’entre nous) est purifié car il agit par l’amour. Amour que Mylène ne semble pouvoir partager puisqu’elle doit rester sur terre, avec les souffrances de son corps. Ce n’est pas l’homme qui souffre, mais elle. Elle a perdu son amant. 

« Jardin de Vienne » est la comédie d’une mort, le drame d’une séparation et l’espoir d’une délivrance.
Par sa richesse, sa beauté au-delà du macabre, elle mériterait une place dans un best of. Elle ne l’a pas obtenue, soit parce qu’elle apparaît sur un CD truffé de candidates à best of, soit parce que, comme toutes les chansons de Mylène Farmer, elle porte un danger : un certain phénomène d’accoutumance…

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Symbolisme de l’Horloge de Mylène

Posté par francesca7 le 17 février 2013

Analyse de « L’horloge »

Paroles : Charles Baudelaire
Musique : Laurent Boutonnat

+ d’infos sur cette chanson

Mylène Farmer a cette originalité d’allier dans ses chansons une expression puissante de sa personnalité indépendante et une inspiration importante et avouée de sources diverses. Le poète Charles Baudelaire en fait partie. 

Dans la famille des écrivains hallucinés, dépressifs, macabres et aussi géniaux que démodés, Baudelaire est le patriarche. On ne s’étonnera donc pas qu’il ne soit guère lu par les publics de Paul-Loup Sulitzer ou de J.K.Rowling, ce qui fait, en les additionnant, la majorité des consommateurs. 

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L’homme qui a enterré les vieillissantes doctrines romantiques a eu ce tragique destin de finir sur les mêmes étagères que ceux auxquels il s’opposait. A quelques exceptions près, la poussière semble être l’avenir fatal de toute œuvre dépassant les trente-quarante années d’existence. 

L’espérance de vie d’un livre devient inférieure à celle d’une cannette de bière !
Grâce à Mylène, il y aura au moins un auteur de sauvé (avec Poe dans « Allan »). Reprenant le texte original d’un poème de Baudelaire, Boutonnat et Mylène ont réussi à lui coudre un « habillage » contemporain à peu près à sa taille. 
Mais le choix de Baudelaire et de « L’Horloge » est plus qu’une opération de sauvetage par nostalgiques décalés. C’est une partie importante de l’œuvre mylénienne complète.

Rendons à chacun ce qui est à chacun : les textes de Baudelaire, au niveau du pur jeu poétique, sont supérieurs à beaucoup de textes de Mylène. C’est la différence entre le maître et l’apprentie. Mais, au niveau de la réflexion, Mylène ne se borne pas à copier Baudelaire. Elle veut le dépasser, ou plutôt passer par lui pour suivre un autre chemin, un chemin qui n’est pas loin de celui des « Fleurs du Mal », mais qui mène à d’autres lieux et d’autres paysages. 
Pour preuve, le fait que Mylène commence son premier « grand » album avec le poème qui finit le grand recueil de Baudelaire : la quatre-vingt-cinquième fleur du Mal. Une petite ambition de poursuivre sur la voie du maître ? En tout cas, de lui rendre un hommage musical.

D’ailleurs, Baudelaire lui-même était un grand amateur de musique, et il fut l’un des premiers à rechercher une musique dans les mots, les vers et les rimes, ce qui inspirera Verlaine. Baudelaire fut l’explorateur des correspondances entre mondes visible et invisible, sensible et matériel, poétique et musical. Il n’aurait donc peut-être pas craché sur une adaptation de ses poèmes en musique. Mais il aura dû attendre plus d’un siècle…

Sans se lancer dans une analyse détaillée du poème, il faut faire quelques remarques sur sa forme. 
D’abord, « L’Horloge », c’est six strophes de quatre alexandrins, ce qui fait vingt-quatre vers. Autant que de chiffres sur un cadran. Les strophes sont des quatrains : quatre vers. Autant de quarts d’heure. 
Ensuite, c’est un système, qui marquera Mylène durant toute sa carrière de poète, d’allitération et de jeux de sonorités construisant un rythme, donnant un tempo. 

Et Baudelaire a ce pouvoir d’utiliser les mots pour peindre le temps.
Vous pouvez vérifier. Les deux premiers vers et le dernier ver de chaque strophe comportent toutes au moins deux sifflantes par vers : en début ou en fin de vers. La consonne semble revenir inlassablement : « sinistre/impassible, menace/souviens-toi, cible ». Et c’est ainsi dans chaque strophe ! Impressionnant.

On ne sera pas étonné de trouver dans la partition de Boutonnat un même rythme implacable, presque conquérant, accompagné d’un thème descendant lentement. De même, Mylène alterne les passages parlés et chantés, graves et plus aigus, tel un perpétuel mouvement de balancier.

Le goût de Boutonnat pour l’étrange trouve en Baudelaire un prétexte pour se déchaîner. Et le musicien n’hésite pas à employer les effets attendus du genre : cris de bébé, résonances d’aéroports, voix de Jugement Dernier (« Souviens-toi », « Remember ») qui annoncent « Beyond my control », mystérieux arrangements au synthé, ruisselantes sonorités. 
Le rôle de Mylène paraît assez réduit, sa voix devant se conformer à un rythme particulièrement précis. Elle parvient pourtant à joindre une forte émotion à une sorte d’automatisme machinal. 

images-111 dans Mylène et SYMBOLISME« L’Horloge » rassemble plusieurs thèmes baudelairiens. 
Par exemple, ce n’est pas son seul poème qui parle du Temps, incarné par l’horripilant tic-tac de l’horloge, comme l’ennemi de l’homme. On en sent l’universalité dans la quatrième strophe, quand l’horloge dit « parler toutes les langues ». Avec malice, Mylène dit ce vers en imitant la voix d’un enfant, provoquant en nous un sentiment particulier quand on se rappelle combien on était heureux quand on était gamin et combien ce temps nous paraît loin.

C’est à cause de ce temps qui nous file entre les doigts que la vie nous apparaît comme un supplice, balançant jusqu’à la fin entre l’amertume de l’ennui (quand le temps est trop long) et les affres de la vieillesse (quand le temps nous trahit). 
C’est exprimé dans le poème dans le déroulement des strophes. D’abord, la deuxième strophe fait référence à l’âge des plaisirs, où l’on essaie de profiter de la vie tant elle est courte, puis c’est le temps de la paresse (« mortel folâtre »), juste avant de s’apercevoir qu’on a dépensé sa vie à ne rien produire. Les regrets d’avoir oublié de cultiver les valeurs humaines apparaissent trop tard. « L’auguste Vertu » reste « vierge », sans qu’on ait cherché ni à la toucher ni à l’aimer…

L’homme est soumis au Temps (« qui gagne sans tricher à tous coups ») comme à une « loi ». En effet, Dieu l’a créé périssable, il nous a déterminé en nous imposant le temps. C’est pourquoi l’horloge est un dieu « sinistre ». L’étymologie de ce mot est sinister : qui peut dire l’avenir. C’est cet avenir tragique que Baudelaire ne comprend pas. Pourquoi avoir créé la nature et ses merveilles (« la sylphide ») si on meurt avant d’en avoir réellement profité ? Absurde. 

La situation décrite dans le poème est terrible, parce qu’elle se situe juste avant la mort : non pas durant la nuit, mais au moment du crépuscule (« le jour décroît, la nuit augmente »). On ressent donc pleinement la menace de la mort, dont on ne sait vraiment qu’une seule et unique chose : elle viendra. 

Et, à ce moment, le temps qu’on avait cru gagner nous fera défaut, la chance qu’on croyait à nos côtés nous abandonnera, bref, toutes ces forces que l’humanité ne peut contrôler se retourneront contre elle. Et il sera trop tard pour demander pardon, car on n’efface pas le passé et la culpabilité reviendra nous tourmenter. C’est la signification de l’obsédant « souviens-toi ».
Reste à savoir en quoi Mylène se sent-elle interpellée par ce message. Elle est jeune, jolie, intelligente, sans complexe avec les hommes. N’a-t-elle pas le temps ?

mylMais n’est-ce pas ce que tout le monde croie, en se laissant berner par l’apparente longueur de la vie, alors qu’il manquera toujours de l’eau dans la clepsydre ? 
Deux éléments expliquent l’angoisse de Mylène. D’abord, la maturité de sa réflexion, qui la vieillit intérieurement et prématurément : elle le sentait déjà dans « Plus grandir ». Et puis, la proximité qu’elle entretient avec la mort. 
C’est surtout le caractère inconnu de la mort qui attire Mylène. Qu’en savons-nous, après tout ? Elle est omniprésente, omnipotente, frappe par surprise aussi bien que sans surprise. C’est un ennemi invisible qui détruit irréversiblement ceux qu’on aime et finit par nous prendre aussi. Elle est aussi bien adorée (il faut voir le nombre de films au cinéma qui magnifient la mort) qu’abhorrée, et universellement crainte. 

Mais, le pire, c’est qu’on ne sait pas ce que l’on craint. 
Bien sûr, il y a la souffrance. Mais, au bout de quelques années de vie sur cette planète, on y est vite habitué, même si, dans notre société, elle apparaît plus sous sa forme de souffrance morale que physique. 
Tenter de percer cet inconnu implique forcément de braver un interdit. Ce sera un facteur déterminant dans la poésie de Mylène. D’où la position en ouverture d’album de « L’Horloge ».

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