Giorgino, on en parle

Posté par francesca7 le 21 octobre 2011

 

Article paru ici :  http://www.avoir-alire.com/article.php3?id_article=16913 

 

Accusé de n’être qu’un long clip désincarné, Giorgino est surtout l’œuvre d’un esthète au sommet de son art. Malgré une durée excessive, son long-métrage touche souvent au sublime. 

 

Giorgino, on en parle dans Mylène et GIORGINO GiorginoPhotos10Notre avis : Lorsque Laurent Boutonnat et Mylène Farmer se lancent à corps perdu dans la réalisation de Giorgino, leur premier long-métrage en commun après une série de clips appelés à devenir des classiques indémodables, ils sont tous les deux au sommet de leur popularité. Mylène Farmer vient de connaître une série de triomphes discographiques qui en font l’une des principales stars de la chanson française, tandis que Laurent Boutonnat a contribué à façonner l’image de la belle rousse à travers une série de vidéos musicales esthétiquement magnifiques. Confiants dans leur association, ils décident d’investir 80 millions de francs (soit environ 12 millions d’euros) dans la réalisation d’une œuvre austère prenant pour cadre la Première Guerre mondiale. Pour plus d’économie, le tournage a lieu en République Tchèque, ce qui accentue encore davantage le caractère mystérieux des paysages d’un film appelé à ne pas être comme les autres. Hormis Mylène Farmer, aucune tête d’affiche ne vient soutenir une entreprise aussi coûteuse puisque le rôle principal est attribué à un jeune musicien nommé Jeff Dahlgren (qui deviendra par la suite le guitariste attitré de Farmer), tandis que les seconds rôles sont tenus par d’illustres inconnus pour le grand public (à part Jean-Pierre Aumont).

 

Autant de facteurs qui peuvent sans doute expliquer le désintérêt manifeste des spectateurs pour le film, d’ailleurs très mal sorti par son distributeur AMLF qui ne lui fait pas confiance. Bide cinglant dès le premier jour de sa sortie, Giorgino n’a tenu que quatre semaines à l’affiche pour un total insignifiant de 69 000 entrées sur tout le territoire français. Véritable catastrophe financière, cette douloureuse expérience a eu des répercussions durables sur Mylène Farmer et surtout Laurent Boutonnat. Celui-ci a longtemps abandonné la réalisation et s’est débrouillé pour que son œuvre maudite soit invisible pendant plus d’une décennie. Pourtant, la plupart des chanceux qui ont pu découvrir Giorgino au cinéma en ont gardé un ardent souvenir au point de faire du long-métrage un film culte vénéré par toute une génération de cinéphiles et, bien sûr, les fans de Mylène Farmer. Presque vingt ans après, que reste-t’il donc de ce Giorgino descendu en son temps par les critiques qui y virent un long et prétentieux vidéo-clip ?

 

Ce qui frappe en premier lieu, c’est la maestria de la réalisation de Boutonnat. Poème visuel sublimé par une photographie très travaillée, Giorgino est avant tout une affaire d’ambiance.

Quelque part entre les délires gothiques de la firme Hammer et l’univers inquiétant des clips précédGiorginoPhotos02 dans Mylène et GIORGINOemment cités, le long-métrage décrit un monde en pleine déliquescence. Coincés entre la modernité qui s’impose peu à peu à une France en guerre (on y voit l’essor de l’urbanisation et des méthodes dites scientifiques) et un monde rural encore dominé par la superstition et la religion, les personnages principaux sont des marginaux qui ne parviennent pas à trouver leur place. Véritables morts en sursis (leur pâleur extrême renforce cette impression), ils naviguent entre leur demeure hantée par le souvenir d’enfants disparus et un village où leur étrangeté suscite le rejet. Rapidement, le spectateur se rend compte que l’intrigue principale n’est qu’un prétexte (qu’est-il arrivé aux enfants disparus ?) afin de brosser le portrait d’une France gangrénée par le spectre de la guerre, tout en contant une histoire d’amour impossible entre deux marginaux. Incapables de s’intégrer dans des normes préétablies (l’épisode dans l’hôpital psychiatrique indique pourtant le flou artistique qu’il existe entre la folie et la normalité), les personnages principaux sont voués à la mort.

Si l’intégralité du film ne convainc pas totalement à cause de passages plus conventionnels (quelques coupes auraient allégé la projection) et de trous narratifs problématiques, le cinéaste parvient à signer un nombre considérable de scènes d’anthologie. L’arrivée dans la maison du docteur, la longue séquence de l’asile, la confrontation entre Farmer et les villageoises, le « retour » des soldats ou encore la sublime et très poétique séquence finale sont autant de moments forts qui font chavirer le cœur. On y trouve en tout cas bien plus de cinéma que dans les trois quarts de la production française traditionnelle. Il est donc particulièrement dommage que le réalisateur n’ait pas su couper certaines scories afin de rendre plus compact ce qui reste à ce jour son chef d’œuvre. Giorgino mérite en tout cas amplement son statut de film culte, tandis que son échec public demeure l’une des plus grandes injustices cinématographiques des années 90.

Barre de séparation

 

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