L’objectif d’un vidéo-clip de BOUTONNAT

Posté par francesca7 le 30 juin 2014

 

 

images (17)L’objectif d’un vidéo-clip est de passer à la télévision à plusieurs reprises sans lasser, en donnant envie aux téléspectateurs qui le verront de se procurer dans le commerce la musique qu’il illustre. Le réalisateur doit penser le vidéo-clip sans perdre de vue sa multidiffusion, ce qui aura une influence certaine sur la manière dont il sera conçu, écrit, tourné et monté. Si ce travail se veut l’étude des contournements des lois du clip par le réalisateur Laurent Boutonnat, il faut avant tout en clarifier certains points. La première des contraintes artistiques à laquelle Boutonnat devra se mesurer pour imposer sa conception du vidéo-clip est bien sûr sa durée : 

elle est généralement calculée à partir de celle de la chanson illustrée, c’est à dire très souvent autour des trois minutes et trente secondes. La limite inférieure dans la durée peut être située dans les deux minutes (le vidéo-clip Nostagic du cool de Mathieu Chedid en 1997 durait par exemple moins de deux minutes), il est très difficile de trouver des clips dont la durée excède les cinq minutes, prenant le risque de freiner leur diffusion sur les chaînes généralistes réservent de faibles plages réservées aux vidéo-clips. 

 Importante concession que doit faire le réalisateur de vidéo-clips : il ne peut créer la bande sonore de son film. Le cinéaste doit construire une image autour de la chanson qu’on lui a chargé d’habiller, chanson qu’il n’a de surcroît pas choisie le plus souvent. La liberté déjà toute relative du réalisateur de vidéo-clip est réduite de moitié par le champ sonore déjà enregistré qu’il ne peut pas maîtriser, ou presque pas (de légers bruitages, quelquefois de courts dialogues sont ajoutés depuis le début des années 90 sur des introduction de morceaux ou sur les ponts musicaux). 

Peut-on encore parler de liberté du cinéaste lorsque celui-ci est assujetti aux désirs de l’artiste musical qui lui a confié son image ? Que l’interprète en question ai formulé ou non l’idée originale du vidéo-clip (ou le cas échéant du scénario ou du fil conducteur) il doit le plus souvent non seulement apparaître dans le vidéo-clip, mais en plus en être le héros. Or les interprètes ne sont pas forcément acteurs et si parfois les scénarii de vidéo clips peuvent se passer de narration, le réalisateur, lui, ne peut pas éternellement faire sans le chanteur ou la chanteuse dont il doit assurer en quelque sorte, une partie de l’image publique, car l’objet de l’outil promotionnel qu’est le clip est aussi cet interprète. Jean-Pierre Berckmans, réalisateur des premiers vidéo-clips belges pour la firme Dream Factory entre 1981 et 1983 lit cette forme filmique comme « le retour au visuel complet », qui aurait été ici pour lui « l’occasion de refaire du cinéma muet ». 

 L’aspect promotionnel du vidéo-clip exige un perpétuel changement dans sa forme, car il doit sans cesse sortir du lot, se faire remarquer, attirer l’œil et éveiller la curiosité, ce qui fait de lui un médium qui évolue très rapidement. Le vidéo-clip est bien plus régie par la mode que le cinéma ou la publicité. Par exemple si un style musical passe de mode, le visuel qui l’illustrait à ce moment ne lui survivra pas plus longtemps. En ce sens le vidéo-clip, au delà du fil conducteur ténu, nécessite dès ses débuts autre chose que la seule présence à l’écran d’un style d’image ou d’une imagerie, tombant rapidement dans une redondance ou une espèce de plagiat par anticipation se rapportant à un style cinématographique ayant déjà existé. Il faut rapidement au vidéo-clip une histoire. Ne serait-ce que pour le différencier des scopitones qui fleurirent la fin de la décennie précédente. Les histoires, pourtant, sont bien plus minces qu’au cinéma et les éléments évoqués à l’écran sont souvent récurrents d’un réalisateur à l’autre. 

Par exemple le fréquent recourt aux phantasmes dans les clips peut trouver une explication plausible : le format court du vidéo-clip impose des histoires simples, et incite autant que possible à faire appel à des éléments mythiques, presque mythologiques pour être certain que les informations que transmet le film soient bien reçues par le téléspectateur. C’est précisément grâce aux restrictions de libertés qu’impose la forme que le réalisateur de vidéo-clips est forcé de trouver images (18)d’autres outils pour « raconter ». Le fait également de ne pas pouvoir recourir aux dialogues mène à éliminer au début des années 80 les scénarii de type psychologique, les réalisateurs se tournent alors plus volontiers vers les affrontements qui existent dans le cinéma d’action. Bien souvent on ne fait que suivre un personnage non défini soit une situation qui évolue. Le vecteur qu’est la télévision n’est pas non plus sans influence dans tout cela, le temps y est réduit pour installer un climat, il faut d’emblée captiver le spectateur et le garder sous influence jusqu’au bout. 

Ce n’est justement pas un hasard si les quatre ou cinq minutes d’un clip sont si proches au niveau du rythme et de la narration de films d’animations comme ceux de Tex Avery. Ces maigres poignées de minutes portent assez de puissance pour maintenir une attention constante et intéressée, les histoires racontées y sont vivantes, sans temps mort et porteuses d’une énergie constante que serait bien incapable de maintenir un long-métrage. Le spot publicitaire, beaucoup plus court, pourra aussi créer un univers visuel, mais sera en revanche rarement capable de raconter une histoire autre qu’anecdotique.

 

Lire le livre de JODEL ST MARC : http://jodel.saint.marc.free.fr/clip-oeuvre-cinematographique.pdf

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Le Clip en tant qu’œuvre Cinématographique

Posté par francesca7 le 30 juin 2014

 

Extrait du livre de Jodel SAINT-MARC

INTRODUCTION

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 Ce que nous appelons aujourd’hui vidéo-clip  est un petit film promotionnel musical destiné à la diffusion télévisée dans les émissions spécialisées afin de promouvoir l’interprète ou le pressage phonographique qui se rapporte à la chanson mise en images. Après le mouvement d’art vidéo des années 70 peu médiatisé et étrangement méconnu, le vidéo-clip peut en être lu comme la suite logique, comme une introduction en forme de divertissement sur le petit écran de travaux comme ceux des Vasulka (Steina et Woody), de Emshwiller aux U.S.A ou de Jean Christophe Averty en France.

Evolution du scopitone de la fin des années soixante-dix le vidéo clip voué aux passages télévisés apparaît tout d’abord en Angleterre en 1981 avec la firme Ultra Vox qui croit au médium et y investit rapidement. Les U.S.A profitent alors de l’exportation de la notoriété de l’Angleterre pour commencer à produire. L’Europe ne diffuse pas encore de vidéo clips excepté en Belgique où on peut remarquer les premiers travaux notables de Jean-Pierre Berckmans. En France et en Allemagne, les quatre premières années de la décennie n’ont pas connues de vidéo-clips dignes de ce nom, car de trop nombreuses émissions de variété occupaient alors l’antenne : pour la promotion d’une chanson, les maisons de disque et les artistes pensaient l’impact alors plus fort lors d’un passage dans une de ces émissions. Il faudra attendre Jean-Baptiste Mondino en France pour voir à partir de 1983 les premiers réels vidéo-clips, d’ailleurs souvent assez originaux, succédant aux scopitones de Jean-Christophe Averty sans mouvement de caméra ni intérieur au champ, la réalisation se focalisant en longs plans séquences fixes sur l’interprète. 

 Le vidéo-clip suppose des comédiens, le plus souvent une histoire, ou tout au moins un fil conducteur, même ténu, qui implique la présence de figurants, des décors, des costumes, des éclairages, tout ce qui en fait constitue une oeuvre cinématographique. Le vidéo-clip adopte les matériels de tournage de n’importe quel film de cinéma, mais pas le rythme (un vidéo-clip se tourne en deux ou trois jours, nuits comprises), ni ses critères de production, le financement étant à la charge de la maison de disque (mise à part de rares exceptions dont Laurent Boutonnat fait partie, en ayant fait appel entre autres à des sociétés de publicité et des producteurs indépendants  avant de produire lui même ses clips). 

Il doit en outre obéir aux lois qui sont celles de sa forme, imposées davantage par son statut d’objet promotionnel que par un quelconque soucis esthétique ou éthique. Le vidéo-clip a donc ses règles, bien que les seules lois qui le régissent sont officieuses, la législation cinématographique l’ignorant. L’unique média diffusant le vidéo-clip étant la télévision, c’est elle seule qui versera une somme à la maison de disque en échange du passage à l’antenne.

 Longtemps gratuit, le passage d’un vidéo-clip est désormais soumis à un paiement incluant les droits d’auteur, de compositeur et d’interprète de la chanson, mais aussi les droits d’auteur du réalisateur (ce qui explique sans doute la faible quantité de vidéo-clips diffusés sur les chaînes hertziennes comparativement aux années 80). A l’étranger les régimes sont parfois différents, et la diffusion des clips est souvent l’objet d’un paiement forfaitaire à l’année. Au Québec par exemple, le média associatif des chaînes de proximité (au nombre de soixante-quinze) payait en 2001 la somme de quatre-vingt cinq millions de dollars canadiens (environ cent vingt sept mille cinq cents Euros). Le vidéo-clip est pratiquement toujours financé par le label ou la maison de disque de l’artiste produit (certains cas particuliers, dont fait partie Laurent Boutonnat, financent eux-mêmes leurs clips). 

EXTRAIT de : Le Clip en tant qu’œuvre Cinématographique : le Cas Laurent Boutonnat    livre de Jodel Saint-Marc en format .pdf de 142 pages, en téléchargement libre.

 

 

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Mylène, à quoi je sers ?

Posté par francesca7 le 29 juin 2014

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Symboles suicidaires du premier achèvement d’une oeuvre et d’une première vie d’artiste.

    Tournés dans un noir & blanc granuleux au lac de Grandlieu, à Passay (Loire-Atlantique) en août 1989, la chanson et le clip se trouvent justifiés par les conditions dans lesquelles leurs auteurs les ont écrits. Pour promouvoir la grande tournée que Mylène Farmer s’apprête à faire, elle écrit avec Laurent Boutonnat une chanson évoquant la fin d’un cycle : le leur. Si la critique a souvent qualifié le duo de nihiliste, c’est bien à cause de ce petit court-métrage, qui semble rejeter toute forme de croyance et de respect religieux. C’est bien d’autodestruction qu’il s’agit ici, en « suicidant » les héros de Laurent Boutonnat, Mylène Farmer achève leur première oeuvre, la plus noire. En brûlant quelques mois plus tard le décor de leur tournée dans un champ irréel, Laurent Boutonnat terminera cette destruction. même Mylène regardera le décor flamber, signature macabre de leur autodestruction.

  

En pleine tournée, est intégrée au milieu exact du spectacle une chanson inédite simultanément à sa sortie dans le commerce en 45 tours. A quoi je sers est une chanson au rythme dansant mais aux paroles désespérées. Elle fut écrite un soir de blues, ce qu’on pense assez rare chez Mylène Farmer. Dans ce contexte de sortie, entre les salles de concert remplies et les loges vides, ce n’est bien évidemment pas par hasard que le texte de la chanson parle ouvertement de suicide  :

«Chaque heure demande pour qui, pour quoi se redresser / Pourquoi ces larmes ? A quoi bon vivre / Je divague, j’ai peur du vide, je tourne des pages, mais des pages vides / J’avoue ne plus savoir à quoi je sers, sans doute à rien du tout / à présent je peux me taire si tout devient dégoût. » 

 

    Sans album à promouvoir, et ainsi débarrassé d’obligations promotionnelles, Laurent Boutonnat se sent donc une liberté totale pour la mise en images du clip. Il fera le choix d’aller vers une sorte d’abstraction en noir et blanc, remplie de langueurs et de symboles. Évoquant sous un angle biblique et symbolique le suicide (artistique) de la chanteuse, le clip représente sa longue et calme traversée d’un fleuve avec pour seul accessoire une valise dont le contenu nous restera inconnu.

 

    Un bruit sourd de vent glacial, un fleuve sombre, un ciel nuageux. Le brouillard envahi tout. Une pirogue avance, guidée par un vieux passeur, vêtu de noir et défiguré par le temps. Mylène Farmer monte dans cette barque-cercueil qui la fera traverser ce qu’on imagine être le Styx, le plus grand fleuve des enfers, en direction d’un autre affluant, qui sépare les vivants des morts. Selon cette lecture du clip, le passeur est Caron, chargé de faire passer les défunts dans l’autre monde. Leur embarcation traverse les roseaux que le vent fait plier, symbolisant selon la science des rêves le tourment et les problèmes existentiels. L’interprète, elle, ne pose son regard sur rien. Le passeur aux yeux cernés conduit la chanteuse dans les marais monochromes non loins de la rive gauche du Léthé, qui mène celui qui y arrive à l’oubli de sa vie. Mylène Farmer se retourne enfin, peut-être sur son passé, acceptant la propre mort de son personnage et reconnaissant les héros des clips de Laurent Boutonnat, ayant eux, déjà trépassé antérieurement. Ceux avec qui elle a débuté sa carrière sont présents.

 

   Elle balaie son regard, comme une façon de revoir sa vie d’artiste en un instant. Le clip se termine par un long plan-séquence ralenti de tous les personnages de dos, entraînant Mylène Farmer dans les eaux profondes, sans doute pour se noyer ensemble. Départ en électrochoc d’un processus d’autodestruction qui s’achèveraquelques mois plus tard, par l’incinération du décor de la tournée pendant le générique final du film du concert. En rendant sa cohérence à l’ensemble des clips qu’il a produit, Laurent Boutonnat en fait une œuvre homogène et ne filme là rien d’autre que la fin de cette époque. Son public sait dorénavant que ni Libertine ni sa rivale ne renaîtront une nouvelle fois de leurs cendres, et constate que Mylène Farmer et son mentor posent le voile de l’oubli sur un style qui leur fut si personnel. Poussant l’idée un cran plus loin pour bien que son public les comprenne, la face B du 45 Tours est une chanson titrée La Veuve noire qui reprend en boucle la mélodie d’introduction de A quoi je sersLa Veuve noire semble évoquer la mort artistique de la chanteuse le soir de la date de son premier concert :

 

« Toi veuve noire tu périras ce soir de mai »  

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 Mais peut-être que le tableau n’est pas si noir, peut-être qu’une renaissance est possible… En tout cas, à l’époque, nombreux sont les fans qui se sont demandés si la carrière de Mylène Farmer ne se terminait pas ici.

Dr. Jodel

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Ainsi soit je, l’imagerie de Boutonnat

Posté par francesca7 le 29 juin 2014

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Pour la première fois Laurent Boutonnat et Mylène Farmer semblent vouloir faire simple. Après avoir enchaîné tube sur tube deux ans durant, ils tentent de vendre leur première chanson ‘lente’ dans le commerce, malgré la sortie avortée de Au bout de la nuit en 1987, qui fut remplacée par Tristana. Laurent Boutonnat réserve pour deux jours les modestes studios de Stains en banlieue parisienne pour ce clip d’une sobriété inhabituelle, et qui deviendra, de son propre aveu, le clip préféré de la chanteuse. Le duo est en fait déjà en pleine préparation du concert de l’année suivante, et surtout de Pourvu Qu’elles Soient Douces, le prochain grand clip. Pourtant habitués des tournages en extérieur, Mylène Farmer et Laurent Boutonnat prennent ici le parti pris de reconstituer un environnement naturel en studio, et s’arrangent même pour mettre en évidence le fait que le film soit tourné en intérieur : tout dans le décor sonne volontairement faux.

La neige aux flocons improbables, le diamètre irréel de la lune et l’absence de décorAinsi soit je, l'imagerie de Boutonnat dans Mylène Autrement asj30 de fond qui ne fait qu’accentuer cette impression, et ne dupera aucun spectateur. De plein pied dans un imaginaire personnel, le duo semble décrire son propre univers, et met en avant ses ingrédients les plus poétiques. Laurent Boutonnat utilisera un virage au sépia sur la pellicule ; ceci renforce l’idée d’intemporalité, faisant des images de ce film autant de vieilles photographies qu’on aurait gardées trop longtemps. Le titre de la chanson apparaît sur un reflet de pleine lune à la surface d’une eau claire, seulement ondulée par des gouttes d’eau qui tombent de temps à autre. Sûrement des larmes. Les animaux utilisés ici font penser à toute une littérature anglaise du XVIIIe siècle, une biche et un hiboux rendant cette lourde atmosphère romantique. Mais le clip dépasse la simple description contemplative. Car au bout de cinq minutes de poésie monochrome, avec animaux sauvages, neige, balançoire, la belle fini tout de même par se noyer. Volontairement ? Comme une fatalité, elle s’épanche sur la mélodie de Laurent Boutonnat, déclare que tout est noir et qu’elle ne voit pas quel espoir il pourrait y avoir :

« De nos destins naît que solitude / Deux orphelins que le temps défigure ».  

asj21 dans Mylène et Boutonnat

 

 

Tout ici fait de Mylène Farmer un personnage intemporel, mi-vivante mi-morte, mi-humaine mi-déesse, et surtout désespérément seule. Le film est fait de tas de petits détails qui nous montrent que le personnage est loin des hommes. Le milieu que nous voyons pourraient d’ailleurs faire penser à une espèce d’au-delà où, après la mort, la défunte se rapproche des états transitoires, tel la fuite en direction d’une lune blanche qui pourrait bien être l’issue du tunnel qui mène au point de non-retour. Car c’est bien pour la première fois l’ombre du suicide qui plane sur Ainsi soit-je, comme un constat d’échec d’une vie dont on ne peut jamais se satisfaire. Mylène Farmer a pourtant un instant un sourire franc : assise sur une balançoire, elle semble égrener la fuite du temps dont elle est victime, tout en se remémorant le temps des jeux d’enfants, irrémédiablement perdus. Sa noyade est ici étrangement passée à l’envers dans le film, donnant l’impression que la chanteuse avale les bulles qui viennent de la surface lorsqu’elle hurle des cris inaudibles, comme si en double supplice, elle devait subir aussi la suffocation. Plus qasj16ue jamais attachés au morbide, les deux artistes n’hésiteront pas dans les années qui suivront à aller crescendo dans la fascination de la mort, s’appropriant la célèbre assertion d’Oscar Wilde : « Partout où se trouve la douleur, c’est terre sainte. »

Après avoir subi des instants de souffrance, comme la fuite vers une lune inaccessible et cette insoutenable noyade, puis les rares moments relatifs aux jeux de la balançoire, du contact avec les bêtes sauvages, Mylène Farmer revient à l’état naturel, voire originel. Elle se recouvre le visage de boue pour mimer une certaine idée de mort qui voudrait que tout défunt retourne à l’état initial, retourne à la terre. Le clip se clôturera comme il a commencé : par la neige tombant au ralenti. L’absence de décor et de personnages secondaires nous fait ressentir avec une réelle profondeur le vide imperceptible et désespéré dans lequel Laurent Boutonnat veut sans cesse situer le personnage de Mylène Farmer.

 

Source : Dr.Jodel

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Mes Courants Electriques : monologue du vagin

Posté par francesca7 le 13 juin 2014

 

    Voilà un album homogène. C’est sur, personne ne sera surpris par le ton de telle ou telle chanson. Après plusieurs écoutes on peut ressentir l’impression d’avoir écouté 11 fois les 2 mêmes chansons, ce qui ne n’arrive pas pour des albums comme Innamoramento ou même Gourmandises. D’autre part on peut ne pas reconnaître comme d’accoutumée les compositions de Laurent Boutonnat instinctivement dès les 2 premières notes.

    En fait le tout manque singulièrement d’énergie (dans les mélodies et dans le phrasé, alors que les arrangements s’en sortent). On pouvait s’attendre à des gros tubes « bien bourrins » comme la chanson Gourmandises, mais à la place on a une espèce de divagation insipide sur les éternels thèmes de l’amour et de la solitude à la sauceWhat For, c’est à dire finalement assez plate et « pleine de bons sentiments ». Se détachent la splendide musique de Tempête, la légèreté ludique de Toc De Mac qui amusera à coup sûr par son texte et sa mélodie entêtante encore dans un an, et dans une moindre mesure J’ai pas vingt ansHey! amigo!, et sûrement A contre-Courantqui promet de devenir un single-phare de l’album.

 

Mes Courants Electriques : monologue du vagin dans Mylène et ALIZEE jpva

 

    En ce qui concerne les paroles, à part A Contre-Courant et J’en ai marre, nous résumerons ça par « confus ». Qu’à voulu faire Mylène Farmer ? De l’emphase ? Fragments incompréhensibles de phrases et abstraction narrative omniprésentes à l’appui, aucun univers ne se dégage vraiment de l’album, si ce n’est celui du 1eropus, par projection. Dans la majorité des chansons la poésie n’est plus au service du thème de celle-ci, mais au service d’elle même, ce qui peut donner l’impression en somme qu’Alizée chante la plupart du temps pour ne rien dire. Pourquoi par exemple ne pas être allé plus loin dans les parallèles avec le film de Jeunet ? (Amélie m’a dit) avec la vie de Napoléon ? (Tempête) Peut-être parce que Mes Courants Electriques se destine à un public différent de celui d’ Innamormento, qui accepte mal le concept « d’album labyrinthe ».

    Si on s’attache à une chanson en particulier : L’e-mail a des ailes, on peut toutefois lire à travers les lignes un hommage à Laurent Boutonnat. Certes son nom est cité en jeu de mots au dernier vers du dernier couplet de la chanson « Son souffle qui m’entrouvre, qui déboutonna ma vie ». (Des Boutonnat : ma vie)? Les rapprochements ne s’arrêtent pas là et on peut voir dans le premier vers du deuxième couplet la fonction de Boutonnat explicitement nommée : « L’au…teur, un coeur ». Le « clavier » dont on parle au deuxième vers du troisième couplet est celui d’un ordinateur, c’est le thème de la chanson; mais il n’est pas difficile de penser au clavier de Laurent Boutonnat qui nappe tout l’album d’Alizée, et cette chanson en particulier, jusqu’à s’autoparodier (cf. le pont musical de la chanson).

    En effet, un album bien « dans l’air du temps », à écouter, mais en faisant autre chose en même temps. Mylène et Laurent ont cherché pour Alizée un nouveau style, et l’ont (malheureusement ?) trouvé. Il plane tout au long de l’album une homogénéité suave qui fait que Mes Courants Electriques forme un tout, ou tout tourne autour du personnage d’Alizée, du moins de l’attraction qu’elle est sensée exercer sur nous. Pourtant, même si cet album a pour lui la cohérence, il lui manque cette touche Boutonnesque (et/ou Mylènienne au choix) et si attractive de morbidité noire, de mélancolie malsaine, qu’on retrouvera probablement dans le prochaine album de Mylène Farmer et dans son livre. Inabouti mais très rafraîchissant.

Jodel, le 2 avril 2003

 

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Boutonnat et BEYOND MY CONTROL

Posté par francesca7 le 13 juin 2014

La conception du clip par Laurent Boutonnat 

beyond110Bien loin des structures habituelles qui régissent le clip, ceux dont nous parlons ici pourraient résulter d’un mélange inédit entre plusieurs formes filmiques, plus ou moins éloignées les unes des autres : Le film musical, le film de divertissement, le film expérimental, le film publicitaire, le film muet. Laurent Boutonnat, comme écartelé entre deux pôles opposés du cinéma (le pôle du divertissement et celui du cinéma expérimental) choisi deux axes d’approche pour ses clips. On peut aisément se rendre compte que les deux conceptions du vidéo-clip par ce réalisateur se départagent selon la durée de chacune de ses productions. Sur les vingt-cinq clips que Laurent Boutonnat a tournés, six d’entre eux durent plus de sept minutes, comportent des musiques additionnelles, sont encadrés par un générique de début puis de fin, et contiennent parfois des dialogues. La durée de la majorité des autres clips restent approximativement autour de celle de la chanson qu’ils illustrent et explorent une imagerie plutôt qu’un récit à proprement dit.

Les clips longs comme une visée cinématographique

La première catégorie, celle des clips à durée supérieure à six minutes, obéit aux règles du cinéma traditionnel, par opposition au cinéma expérimental, chacun de ces six films obéit davantage aux critères qui font d’une œuvre un film de divertissement qu’à ceux qui régissent la forme du vidéo-clip. Bien loin du studio au décor épuré loué à la journée, des déjà vieux effets spéciaux rappelant l’Art vidéo tel que le pratiquaient des artistes comme Paik dans Global Groove (1972) ou Emshwiller dans Scape-mate (1972), Laurent Boutonnat a pensé six de ses clips comme autant de fictions cinématographiques se démarquant le plus souvent possible de l’esthétique du vidéo-clip, tel qu’il existait encore en 1985. La durée habituelle d’un vidéo-clip oscille entre trois et cinq minutes. Laurent Boutonnat, dans ses six clips les plus longs arrive à des résultats compris entre huit et dix-huit minutes. Ces minutages exceptionnellement longs pour des clips destinés aux passages télévisuels répétés seront paradoxalement l’outil principal de la volonté de vision par le plus grand nombre. Misant sur le bouche à oreille, ces clips (pourtant eux-même objets promotionnels) seront eux-même l’objet d’une promotion. Et c’est précisément cette popularisation du clip qui portera la musique qu’il illustre à l’oreille de tous, avec en perspective non seulement la vente du support phonographique, mais également du support vidéo, la majorité des clips de Laurent Boutonnat ayant été disponible dans le commerce. C’est en partie grâce à leur relative longue durée et à leur support (pellicule 35 mm au format d’image 1.85 ou 2.35) que quatre de ces films ont pu bénéficier d’une exploitation en salles de cinéma avant et simultanément à leur diffusion télévisée. Conviant la presse cinématographique et musicale pour les premières séances, omettant de préciser au public que le film projeté était un court-métrage (grandes affiches à l’appui) un clip comme Libertine doit son succès à l’exploitation au cinéma Publicis des Champs-Élysées à Paris (juin 1986) dont il a bénéficié deux jours durant : évènement pour un clip qui s’est largement répercuté sur les ventes de 45 tours à l’époque, la télévision française ayant largement rediffusé le clip suite à l’engouement des projections. Avec des durées peut vendables à priori en télévision, le réalisateur prend pourtant le risque d’être ignoré, la carrière de ses clips ne saurait se passer de la multidiffusion propres aux médias télévisuels. On ne peut être présent sur tous les marchés si l’on a rien à vendre, c’est pourquoi les méthodes pour diffuser progressivement le clip au public ne saurait se justifier sans l’envergure de l’originalité intrinsèque du contenu.

beyond106Une grande différence avec le clip traditionnelse situe avant tout dans le statut de l’interprète, qui devient héros d’une histoire, et autour duquel gravitent des personnages secondaires. Bien souvent, l’interprète de la chanson illustrée est elle-même un personnage secondaire, et sa mise en valeur tient au mystère qui entour son arrivée tardive et sa courte présence à l’écran. Sans Contrefaçon joue sur cette absence, où l’interprète de la chanson ne fait qu’une apparition de deux minutes au milieu de ce film qui en compte huit. Cette arrivée du personnage, attendue depuis le début du film, est mise en scène par la transformation (non-montrée) de ce Pinocchio en créature mi-homme mi-femme. Créature qui disparaîtra mystérieusement deux minutes plus tard. La double frustration provoquée alors chez le spectateur tient à l’arrivée tardive de la chanteuse tant attendue et à la brièveté de sa présence à l’écran. On retrouve ce même schéma dans d’autres clips de Boutonnat tels Tristana (1987) où l’interprète en question meurt au milieu exact de l’histoire. Le personnage central n’est alors pas celui qu’on voit le plus souvent à l’écran, mais celui autour duquel gravite l’histoire et qui se trouve être l’objet convoité par le personnage principal, détenteur de la part de mystère de la diégèse.

SOURCE / http://jodel.saint.marc.free.fr/

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Une grande exposition télévisuelle avec Boutonnat

Posté par francesca7 le 8 juin 2014

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Une grande exposition télévisuelle 

    A partir de 1987, les productions de Boutonnat restent dans des formats capables d’être projetés dans les cinémas, mais la difficulté de trouver des salles désirant ouvrir Une grande exposition télévisuelle avec Boutonnat dans Mylène et Boutonnat libertine013leur écran à un clip de quelques minutes se fait grandissante. De plus, la surprise créée discrètement une première fois en 1985 avec Plus Grandir, puis renouvelée à plus grande échelle avec Libertine n’aurait probablement pas eu un retentissement égal une troisième fois. Tristana (1987) et Sans Contrefaçon (1987) ne bénéficieront pas d’avant-première ni de sortie sur grand écran malgré le même soin technique et esthétique apporté à leur conception cinématographique. En revanche, la première diffusion à la télévision des clips de Laurent Boutonnat se fait désormais à un horaire exceptionnel, correspondant à une forte audience. Sans Contrefaçon passera pour la première fois le soir du réveillon de la nouvelle année 1988 à 20h30 sur la sixième chaîne, transformant pour la première fois ce qui aurait pu être un simple clip en un spectacle de divertissement familial. Fort de cette visibilité télévisuelle nouvelle, Laurent Boutonnat et Polydor, la maison de disque qui l’a signé s’arrangent à chaque nouvelle sortie pour faire diffuser le nouveau clip dans une plage d’émission inhabituelle le mettant en valeur. Désenchantée (1991) passera pour la première fois dans le très regardé journal de 20h00 de TF1, alors que Regrets (1991) et Je t’aime mélancolie (1991) auront chacun la faveur d’une diffusion dans des prime-time de la même chaîne. On remarque à cette occasion que l’évènement annoncé se porte nullement sur la chanson (qui justifie pourtant la diffusion du clip) mais sur le clip lui-même, et son interprète. Les bandes-annonces et lancements des dites émissions parleront du  » nouveau clip de Mylène Farmer «  et non pas de sa nouvelle chanson, pourtant inédite elle-aussi. Cette association qui fait abstraction du réalisateur entre le nom de l’interprète et celui du clip, est fréquente. Pour le public, le clip appartient non pas à celui qui l’a conçu mais à celui qui y apparaît et qui en chante la chanson, comme libertine033 dans Mylène et Boutonnats’ils étaient dépendants l’un de l’autre, qu’ils formaient un tout et qu’ils ne pouvaient avoir qu’un unique auteur. On parle toujours du « clip d’un tel » comme quand on évoque « la chanson d’un tel », alors qu’il faut comprendre : le clip illustrant la chanson interprétée par tel artiste. La preuve apparaît à chaque remise de prix lors de Victoires de la musique ou d’Awards à l’étranger. Le vainqueur qui vient recevoir le prix n’est pas le réalisateur du clip mais bel et bien l’interprète de la chanson, sanglotant de remerciements comme si venait d’être récompensée sa performance vocale. En ne parlant que de l’objet promotionnel et non pas du disque, les émissions de variété qui passent en exclusivité les nouvelles productions de Boutonnat mettent l’accent sur le clip présenté et non pas sur la nouvelle chanson qui pourtant est la seule officiellement à promouvoir. C’est d’une part grâce à la diffusion de la chanson que la promotion du morceau de musique est effective, mais aussi par son association à un clip présenté comme un divertissement pour tous et non pas adressé au seul public de la chanteuse. Fait extrêmement rare, ici la chanson appartient au clip, et la promotion du support audiovisuel se répercute une deuxième fois mais de manière indirecte sur le support discographique.

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Les clips de Laurent Boutonnat

Posté par francesca7 le 8 juin 2014

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Se démarquer de la chanson

    Le vidéo-clip est l’instrument promotionnel d’une chanson qu’il illustre. Cet aspect publicitaire non négligeable du vidéo-clip l’oblige au renouvellement perpétuel. Plus un vidéo-clip est divertissant, surprenant ou particulier, plus il sera diffusé en télévision et augmentera de ce fait la connaissance par le public de la chanson qu’il est chargé de promouvoir. A l’inverse, la popularité d’une chanson due à ses ventes effectives ou à ses fréquents passages radiophoniques peut encourager la programmation télévisée massive du vidéo-clip correspondant. En ce sens les clips de Laurent Boutonnat suivent les deux principes, la chanson et son support audiovisuel s’enrichiront l’un l’autre. La sortie du clip Libertine verra les ventes du disque augmenter sensiblement, tandis que Pourvu qu’elles soient douces deux ans plus tard n’attendra pas le début de la diffusion télévisée du clip pour atteindre le maximum de ses ventes.

 Un autre principe vient s’adapter aux clips de Boutonnat et n’est applicable qu’à de très rares autres réalisateurs de clips. Chez Laurent Boutonnat le clip se suffit parfois à lui-même et arrive à « vivre » sans la chanson qui lui est rattachée. A plusieurs reprises, on remarque que chacun des deux supports suit sa propre exploitation, et que la rotation de la chanson en radio s’essouffle au bout de la période habituelle de trois mois de promotion alors que son clip continue fréquemment d’être diffusé, vendu en Les clips de Laurent Boutonnat dans Mylène et Boutonnat libertine030vidéo-cassettes, et même projeté en salles. Certains clips comme Désenchantée (1991) ont continué d’être diffusés régulièrement à la télévision alors que la période de promotion du disque éponyme était achevée depuis plusieurs années. Alors que la chanson elle-même n’est rediffusée sur les radios qu’à de très rares occasions, le plus souvent dans des émissions thématiques sur la période de sortie, le clip qui lui correspond est encore visible dix ans plus tard sur les chaînes musicales et dans les émissions, et cela sans distinction par rapport à sa date de sortie. On est alors dans ce cas là assez proche des habitudes de diffusion de films de cinéma, pouvant être vus indépendamment de leur période et leur contexte de sortie. 

Plus que de porter à la connaissance du plus large public possible la sortie d’une chanson dans le commerce, le dispositif mis au point par Laurent Boutonnat pour la diffusion de ses clips trouve sa justification dans sa quête de reconnaissance en tant qu’auteur. C’est par une visibilité autre que celle d’un réalisateur de clip traditionnel qu’un cinéaste comme lui pourra se démarquer d’une forme peu propice à la constitution d’une œuvre. Il prend d’ailleurs le plus grand soin à asseoir cette particularité en généralisant dans sa « clipographie » l’usage d’attributs de long-métrages cinématographiques (générique, musiques additionnelles…). En étendant le champ de diffusion de ses clips, Boutonnat sait qu’il étend la visibilité de son cinéma, en même temps qu’il remplit sa mission de promotion de la chanson, car en parvenant à faire diffuser l’un, il fait automatiquement diffuser l’autre.

La Mise en abyme d’un dispositif promotionnel 

    Le réalisateur va se servir de ce raisonnement logique d’auteur pour se justifier de l’espèce de mégalomanie qui le conduira à promouvoir ses clips en salles de cinéma. Dès Maman à tort (1984) il a pour projet un long clip dont il donne le story-board en avant -première à la presse ; preuve déjà évidente de sa volonté de rendre son travail le plus visible possible. Le clip finalement non tourné, cet effet d’annonce aura pour seul résultat la parution du quotidien Le Matin de Paris qui reproduira les dessins dans ses pages. L’invitation qu’il concevra en 1985 pour inviter la presse aux deux premières du clip Plus Grandir laisse penser à celle d’une séance de cinéma : il loue le cinéma Kinopanorama dans le XVe arrondissement et le Club 70 dans le XVIe le 13 novembre 1985 pour des projections à la presse . A aucun endroit sur les cartons d’invitation n’est précisé qu’un clip va être projeté et non un long ou un court-métrage, et le nom de la chanteuse y est mentionné comme celui de l’actrice principale « Polygram-Polydor-Laurent Boutonnat-Stephan Sperry vous invitent à la projection de Plus Grandir avec Mylène Farmer ».

Ici l’objet de la promotion n’est pas la vente du disque dans le commerce, c’est bel et bien le clip lui-même, voire son réalisateur, ou même indirectement la chanteuse dont il est question ; un tel vecteur de promotion peut hisserlibertine027 dans Mylène et Boutonnat facilement l’interprète de la chanson, vedette du clip, au rang de comédienne ponctuelle, lui donnant éventuellement une certaine crédibilité pour prétendre plus tard à des rôles au cinéma. La même stratégie promotionnelle est renouvelée un an plus tard à une échelle plus grande lors de la sortie du clip Libertine en juin 1986. Déjà en vente depuis quelques semaines, la chanson ne se distinguait alors ni par ses ventes ni par sa popularité. Il a fallu une série d’avant-premières au cinéma Mercury des Champs-Élysées à Paris pour qu’un bouche à oreille se crée dans la capitale, puis dans les médias sur ce film d’une forme nouvelle. En l’absence de terminologie pour nommer de nouvel objet « clipesque », certains articles le compareront à une sorte de  » bande-annonce de film » . Le clip sera remis aux chaînes de télévision, qui le présenteront à plusieurs reprises comme une production « venue » du grand écran. L’évènement que constitue la sortie d’un clip au cinéma, pour la première fois doublée du succès commercial de la chanson rattachée, conduit Laurent Boutonnat à être invité au journal télévisé de la mi-journée sur Antenne 2 en août 1986 en tant que réalisateur. Un extrait du film est montré et l’interview par le journaliste Noël Mamère est dirigée sur l’aspect cinématographique du clip et son imagerie  » à la Barry Lyndon  » (Stanley Kubrick – 1975). Restant assez superficiel, l’entrevue ne permet pas d’en savoir plus sur sa réelle réception auprès du monde médiatique et artistique de l’époque. Cependant, le fait de promouvoir son clip lors d’avant-premières en salles de cinéma puis d’interviews télévisées reproduit libertine023le schéma de promotion d’une œuvre cinématographique de long-métrage. Le clip pourtant outil de promotion, se trouve lui aussi au centre d’un dispositif promotionnel le présentant comme une œuvre à part entière. Dans le cas précis de Laurent Boutonnat, ce dispositif mis en place par lui-même fait hisser son clip à la même visibilité artistique que la chanson qu’il comporte : avant que la chanteuse n’interprète la chanson en question sur scène devant son public, son clip est lui aussi « mis en scène » sur sa propre scène de spectacle : le grand écran de cinéma.

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Moments de tournage de DESENCHANTEE de Mylène F.

Posté par francesca7 le 25 avril 2014

Voici les documents de tournage utilisés pour préparer la venue de l’équipe française, puis ceux utilisés lors du tournage. Certains viennent des régisseurs hongrois de l’époque et d’autre viennent de l’équipe française et certains sont même rédigés de la main même de Laurent Boutonnat. C’est ici la première fois qu’ils sont publiés.

Moments de tournage de DESENCHANTEE de Mylène F. dans Mylène et Boutonnat alearule

l'équpie française (44020 octets)1. Détail de l’équipe française. On remarquera une équipe très réduite de 7 personnes, sans maquilleuse. Tout ce qui ne concerne pas les commandes créatives (directeur de la photographie, décorateur…) et financières (production pour Heathcliff S.A.) étant du ressort de l’équipe hongroise. D’autres français viendront plus tard, juste pour le tournage (photographes) n’ayant pas besoin d’assister aux travaux de préparation.

 

l'équpie hongroise (20620 octets)2. Détail de l’équipe hongroise. On remarque l’équipe de MAFILM, la plus grande firme de production cinématographique hongroise. Avec Imre Bodo (fournisseur de ces archives) on note un deuxième régisseur, dont le rôle était plus de s’occuper de l’hébergement et des transports de la centaine de figurants. Ceux qui ici sont nommés 1er et 2eme assistants-réalisateurs sont en réalité les machinistes dont Laurent Boutonnat et Vincent Canaple se servaient pour pour diriger les scènes avec mouvements de figurants. Certains statuts sont en double de l’équipe française car MAFILM a eu pour mission de concevoir une équipe de tournage propre. On note en bas de document deux interprètes différentes pour Laurent Boutonnat et l’autre pour Mylène Farmer.

 

l'hôtel (75840 octets)3. Le régisseur a pour fonction de préparer matériellement tout le tournage t ses abords. Ici les arrivées échelonnées de l’équipe française sont répertoriées afin de réserver les chambres d’hôtel. Les 16 français sont logés à l’hôtel Intercontinental. On notera qu’après le chef de casting, les premiers qui arriveront (le 12/02/91) sont Laurent Boutonnat et son assistant, la costumière, et la post-productrice. Ils seront suivis deux jours plus tard de la directrice de production, puis le lendemain de Georges Lechaptois. Mylène Farmer elle ne viendra que le 15/02/91 en même temps que le chef opérateur, le manager Thierry Suc et les autres membres de l’équipe de tournage (dont Marianne Resensthiel la photographe de plateau). On notera que la présence du mixeur Thierry Rogen a été rajoutée, probablement pas prévue au départ, car il ne devait initialement pas avoir de prise de son (seulement des bruitages ajoutés lors de la post production). Ce n’est qu’une semaine plus tard que viendront Jean-Louis Murat pour le tournage du clip de Regrets et Paul Van Parys (de Heathcliff S.A.) probablement pour régler les factures des prestataires et pour le développement de la pellicule sur place.

 

feuille de tournage(138174 octets)4. Feuille annotée de la main même de Laurent Boutonnat. Feuille originale de tournage destinée à Cathy Lemeslif (également responsable de la production de Giorgino) repérant les acteurs et prestataires utilisés pour chacun des jours de tournage. On remarquera les annotations météorologiques de Laurent Boutonnat connu pour adapter son tournage au conditions du ciel. On peut se rassurer de la mention à la 1ere date de la feuille qui précise que les cailloux du début de clip sont faux. On remarque que la totalité des cent enfants n’est utilisée que pour la scène finale, les jours précédents seuls 50 ou 60 d’entre eux ont suffit. On peut remarquer que pour la scène finale Laurent Boutonnat avait commandé 4 chevaux qu’il lançait au triple galop, et sur lesquels étaient fixés des squelettes pour une scène impressionnante qui n’a pu être entièrement tournée (voir document suivant). Les notations concernant le monstre se rapporte à l’acteur grimaçant la corde au cou que Mylène libère au milieu du clip. On note pour finir que les lundi 25 et mardi 26 février sont consacrés au tournage de Regrets et que le tramway a été réservé pour les deux jours.

photo de tournage de la scène non terminée5. Photo de tournage par Marianne Rosensthiel. Scène additionnelle à la séquence finale dont le tournage n’a pas été terminé.

 

 

feuille de reperage6. Feuille de service de l’équipe hongroise, à l’époque du projet du film (l’album L’Autre est encore en mixage) 1 mois avant le tournage. Une première partie de l’équipe française est sur place pour les négociations plus les décorateurs producteurs et opérateurs hongrois + les interprètes. On remarque que les lieux repérés sont ceux utilisés finalement mais ceux mentionnés « à confirmer » n’ont pas été utilisées, comme les entrepôts des abattoirs hongrois et les studios de télévision de la chaîne FDI. Pour Désenchantée tout a été filmé dan l’usine de la rue Mariassy. En revanche on peut noter que l’option sur le cimetière juif n’était pas encore confirmée car Il n’était pas encore confirmé que Regrets sortirai en single. On peut d’ailleurs se demander si certains plans du cimetière juif ne seraient pas tournés au studios FDI, comme celui où J.L. Murat et M. Farmer sont couchés sur les tombes, les gardiens du cimetière (ayant supervisé le tournage)  interdisant de toucher les tombes. De plus la fameuse tombe noire où sont assis le couple est introuvable sur les lieux du tournage.

 

feuill des figurants (1005729 octets)7. Feuille des figurants où on en dénombre 119 (au dessus de ce qui était prévu à la préparation). On remarque qu’il y a des frères et des sœurs, que sont mentionnés les foyers d’où ils proviennent et leur noms et prénoms. Le document a été rédigé par l’équipe hongroise.

 

 

 

réservation du cimetière (69680 octets)8. Feuille relative au tournage de Regrets. Résultat des négociations avec le cimetière juif abandonné de la rue Salgótarjáni dans le VIIIe arrondissement.

 

 

 

des201 dans Mylène et Boutonnat    des202

des200    des207    des208

 

 

l'usine (121094 octets)9. Sur les lieux du tournage en 2001 : l’usine depuis longtemps désaffectée a été rasée et à son emplacement actuel est posé un monument aux morts.

 

 

l'usine (135891 octets)10. L’emplacementd e cette usine se trouve rue Mariassy dans le VIIIe arrondissement de Budapest, non loin du cimetière où à été tourné Regrets. Les train du début du clip sont en fait les lignes de tramway Budapest-banlieue de l’époque, toujours présentes mais avec des wagons jaunes plus modernes.

 

 

SOURCE : Jodel Saint-Marc.

(documents fournis grâce au régisseur Imré bodo et János Janurik)

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Un champ d’images dans à quoi je sers de Mylène

Posté par francesca7 le 25 avril 2014

Qui pourrait prédire à un enfant élevé dans une famille nombreuse du XIIIe arrondissement de Paris une telle carrière, aussi riche, aussi complète et aussi prématurément inachevée. Pourtant tôt mis au piano par ses parents, Laurent ne veut Un champ d'images dans à quoi je sers de Mylène dans Mylène et Boutonnat aqjs01tendre que vers le cinéma. Seul cet art rassemble la rigueur exigée depuis ses 5 ans par son professeur de piano, la structure que lui impose son professeur particulier de français, et le besoin qu’à le jeune homme de transposer les images qu’il garde en tête depuis l’enfance. Il ne faut pas oublier que c’est après de courts essais filmiques, souvent muets, que Laurent à 17 ans décide de lui même de son statut de cinéaste, rassemblant un groupe d’amis pour tourner en 18 mois un long-métrage bancal mais très riche au point de vue thématique. Suite à l’échec prévisible et pourtant inattendu, à priori dû à son manque d’expérience, le jeune réalisateur endosse le rôle plus sage et plus conventionnel de l’assistant réalisateur par lequel il apprendra théoriquement ce qu’on a coutume d’appeler les « bases du métier ». Chassé le naturel, il revint vite au galop et c’est après dix mois de tournée documentariste dans toute la France traquant les énergies nucléaires que Laurent Boutonnat reprend seul la caméra pour tourner quelques publicités, en attendant le producteur opportun qui lui offrira sa véritable chance au cinéma.

aqjs02 dans Mylène et Boutonnat    La suite, tout le monde ou presque la connaît, c’est à la rédaction d’un livre sur l’infanticide que Boutonnat et un ami auront la formidable idée du coup commercial de Maman à tort, recrutant sur casting la jeune Mylène Farmer alors âgée de 21 ans. L’histoire pour Laurent Boutonnat aurait pourtant pu ici aussi amorcer un virage puis repartir dans une toute autre direction; car c’est le succès de Libertine, suite à plusieurs échecs, qui permettra à Boutonnat de faire de la conception de ses clips « un moyen détourné de faire du cinéma » pendant 6 ans. C’est en accumulant méthodiquement pendant toutes ces années ses royalties qu’il pourra se permettre d’autoproduire le aqjs12film-fleuve écrit depuis longtemps et dont personne ne veut : Giorgino. Vivant l’échec du film encore plus mal que celui de son premier long-métrage, Laurent Boutonnat restera définitivement dans l’ombre, n’accordera plus aucun interview à qui que ce soit et envisagera ses futures productions sous la dualité de trois angles : la fidélité à son égérie Mylène Farmer dont le succès et le talent l’ont dépassé, les coups de cœurs ponctuels à des chanteuses sur lesquelles il pariera tout; et avant tout cette stratégie commerciale sur laquelle il bâtissait déjà Maman à tort. Mais cet océan de coups mercantiles a depuis pris le pas sur la gigantesque montagne d’une oeuvre non achevée, sur laquelle Laurent Boutonnat a vacillé en 1994. On pourra par la suite trouver un manque d’imagination éventuellement, d’enthousiasme probablement, d’ambition très certainement. En omettant le commentaire sur l’homme d’affaire que nous ne comprendront décidément jamais; si on doit envisager l’entièreté de l’œuvre de l’artiste on ne peut qu’en constater la grande productivité musicale, la richesse filmique et la transformation finalement vaine de l’adolescent cinéphile de 16 ans en auteur quarantenaire épanoui artistiquement.

    Philippe Séguy fit deux portait de cet artiste en 1990, dans son livre Ainsi soit-elle. Deux regards d’un même auteur littéraire sur un cinéaste singulier qui créait encore à l’époque régulièrement l’événement par ses réalisations, tant musicales que cinématographiques.

 

« Si on ne peut plus concevoir à notre époque un son qui ne soit pas intimement lié à une image, c’est que notre entendement de la musique s’est profondément modifié »

 

aqjs08    Considérable mutation que ce phénomène, le plus original de la production musicale de ces dernières années. La musique est également devenue image. Si  elle favorise depuis des siècles l’apaisement, la propension à l’évasion et au rêve, si elle nous est aussi nécessaire que l’eau ou la lumière, elle s’accompagne maintenant d’un support privilégié: le vidéo-clip.

    En s’alliant à lui elle s’enrichit d’un scénario précisément défini et pensé. Le clip suppose, le plus souvent, des comédiens, une histoire, ou tout au moins un fil conducteur, même ténu, qui sous- entend des figurants, des décors, des costumes, des éclairages, tout ce qui en fait constitue une oeuvre cinématographique.

    Le réalisateur de l’ensemble des neuf clips de Mylène Farmer est Laurent Boutonnat. D’évidence et pour notre bonheur Laurent possède la grâce, l’inspiration la plus baroque, la plus fébrile, la plus intense, celle qui rebondit en arabesques, emprunte aux jeux d’eau leur force nerveuse, insolente. Autant de cris, autant d’angoisses aussi. C’est le mystère d’un style.

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    Les thèmes de prédilection de Laurent et Mylène – étroitement unis, on le devine, dans un même désir de se parfaire, de se surpasser – se retrouvent complices dans des réalisations surprenantes, multiples, éminemment variées et qui semblent présenter une apparente unité de ton, une ressemblance étroite, un même cheminement d’idées, sans cependant jamais tomber dans la redondance ou l’imitation servile. L’évocation de leur monde spirituel se fait grâce à des images souvent violentes.Images découpées au scalpel qui font parfois mal ; ainsi agirait-on pour une oeuvre de peintre! Couleurs lancées avec fureur sur la toile et qui, par une alchimie mystérieuse, recomposent des paysages devant lesquels l’homme avouerait son impuissance…

aqjs40    Ces visions prennent chair et sang grâce surtout à un style précis de signes compris d’eux seuls. Mais ils mettent tout leur talent et beaucoup d’amour à présenter leur oeuvre au public. Tout est présent, tout est dit, tout est signifié. Tout est présent, tout est dit, tout est signifié. A nous de ne pas craindre et de pénétrer en confiance dans ce labyrinthe halluciné, aux fulgurances d’orages, pour en extraire ce qui s’appelle le plaisir, quitte à tordre pour la faire sienne, et sans souci d’exactitude, l’expression d’un choix égoïste : images, gestes, mots, couleurs, que l’on emporte en secret, mais que l’on garde, toujours.

Philippe Séguy, Ainsi soit- elle, pp. 48-49,
                                                                  éditions J.P. Taillandier, 1991.

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« Itinéraire d’un jeune homme doué »

    Qui prétendrait voir en Laurent Boutonnat un pâle Lorenzaccio, ravagé par les affres du succès, assoiffé de paradis artificiels, défiguré par sa création – déjà abondante il est vrai- commettrait une bien lourde erreur !

aqjs39    Car enfin c’est out l’inverse. Imaginez, puisqu’une exacte pudeur l’empêche de se montrer souvent, et le fait fuir comme sous la menace d’une épidémie, télévisions, radios ou soirées mondaines, une crinière léonine aux lourdes mèches végétales que sa main replace sans ménagement. Imaginez aussi une stature haute et puissante, nourrie par un très ancien sang irlandais et une manière de regarder devant lui qui n’exclut pas la fierté.

    Imaginez surtout une rigueur mentale, une élégance de principe mêlée de beaucoup de courtoisie, un caractère qui somme toute, approcherait d’assez près les austérités jansénistes. (…)

    Laurent Boutonnat est un cinéaste qui fait de la musique.

    Il parle de cinéma avec ce mélange d’enthousiasme et de retenue qui le caractérise. Il en parle avec discernement, comme de quelque chose d’enfoui, de très souterrain, mais de longtemps révéré. Il raconte ce qu’il crée ; cet art exigeant qui le brûle, « cette alchimie mystérieuse qui naît d’une idée, d’un phantasme, d’une image, d’une envie de scène, d’une situation.«   Son oeuvre est couvasesouvent tragique, et s’il semble témoigner à l’homme une confiance toute relative, une misanthropie acide, on est toujours frappé par cette démesure, par cette énergie souvent venimeuse qui broie  les résistances , qui force l’ oeil à rester grand ouvert, qui blesse les sens, mais qui les rend plus subtils et plus rares.

    Lui demeure lucide. « Nous n’allons pas continuer à faire tout ceci impunément ; un jour, on va le payer très cher, car nous perdons la conscience de la violence, de la noirceur, de la morbidité…«   Il a la modestie d’ajouter que faire des vidéos-clips est un moyen détourné de faire du cinéma. »

Mais il ne faut pas le croire. Laurent Boutonnat est un réalisateur à part entière.

                 Ainsi soit-elle, Philippe Séguy, pp.78-81,
éditions J.P. Taillandier, PARIS, 1991

 

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perpétuelle résurrection de Mylène par Boutonnat

Posté par francesca7 le 23 avril 2014

1988-1991 : La perpétuelle résurrection

 sanslogique118           Battues, souillées, humiliées, transpercées mais toujours vivantes, les personnages que donne Laurent Boutonnat à interpréter à son égérie continuent de subir la violence de l’Homme. Après avoir montré clairement la mort de son héroïne, l’avoir imagée, le réalisateur qui entreprend un réel processus de fin de carrière de la chanteuse la met en scène selon une optique différente. En l’identifiant à la mort elle-même plutôt qu’à une mourante, Boutonnat trouve un juste compromis entre les différents statuts de mortelle qu’endossait son héroïne dans ses précédents clips. Pour lui le personnage ne subit plus la mort, elle l’incarne. Ambition difficilement compatible avec la forme du clip, Boutonnat se sert du dispositif qu’il a mis en place afin d’introduire, de mettre en scène dans la longueur, sur plusieurs films courts, la personnification de la mort.

 

C’est dans Pourvu qu’elles soient douces que cette incarnation est la plus évidente. Le long duel qui oppose Libertine à sa rivale est monté alternativement avec une bataille sanglante opposant Français et Anglais pendant la guerre de sept ans. Alors empalée par un sabre, la rivale succombe sans que le spectateur n’ai pu voir si la lance qu’elle tendait en direction de Libertine l’avait atteinte. La rivale montrée comme morte en champ, aucun contre-champ ne vient montrer le personnage principal dont l’état nous est alors inconnu. C’est bien plus tard, lorsque le petit tambour anglais sera en ligne de mire de la dernière troupe française qu’elle fera sa réapparition pour le sauver, et que le clip basculera dans l’onirisme. Vêtue d’une longue cape noire sur un cheval au pas, Libertine revient. Est-elle morte ? Tout nous laissera penser qu’elle est la mort, qu’en fauchant le petit tambour devant les yeux médusés des français elle frappe une dernière fois et tétanise ceux qui la voient. Vivante ou pas, peu importe. Pour la première fois un clip de Boutonnat conclue sur autre chose que l’état mortel ou vivant de son héros, ici tout cela est largement dépassé. La voix off adulte du petit tambour se souvient de ce passage qui ressemblait pourtant à un trépas :

« -Mon père m’avait prévenu : tu reconnaîtra la mort à son grand cheval noir. Et si par malheur un jour elle s’arrête devant toi, surtout, ne la regarde pas. […] Je ne l’ai jamais revue, mais jamais je n’oublierai l’odeur de son parfum et la douceur de sa peau, tandis qu’elle m’emportait vers la vie. » 

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Plutôt qu’une mise à mort, c’est justement un sauvetage que Libertine sur son cheval noir opère sur le petit tambour. Alors destiné à l’exécution par la troupe française, c’est la mort, pour une fois bienfaitrice, qui contredira ce que disait autrefois son père en venant le prendre pour l’emmener vers des lieux plus sécurisants. Bien que toujours riche en violences de toutes sortes, l’année qui suit Pourvu qu’elles soient douces est celle de l’immortalité. C’est dansSans Logique (1989) que l’aspect victime de l’héroïne est la plus en adéquation avec l’aspect bourreau. La reproduction du dispositif de la corrida compte beaucoup dans cette dualité. Adepte du retournement de situation, Boutonnat mue pour l’occasion son héroïne en taureau inmaîtrisable. Tour à tour saignée, attachée, bousculée, et même transpercée par le picador, elle trouvera la force de se relever pour l’empaler de ses cornes de fer. Présentée comme une victime jusqu’à la séquence finale du clip, cette femme-taureau humiliée aura fait fi des coups de lames tel un Saint Sébastien résistait aux impacts de flèches.

  

 

Le personnage “clipesque” de Mylène Farmer est présenté à plusieurs reprises comme immortel à l’image, revenant inlassablement de ses aventures tragiques. Boutonnat utilisera de nouvelles fois cette crédibilité qu’il a installée pour évoquer par le truchement de ce personnage la thématique de la mort. Dans le symbolique A quoi je sersla chanteuse sera omniprésente à l’image alors que le propos du clip est précisément une mise en scène de sa mort, ou du moins celui de son personnage public. Une disparition volontaire qui prend des allures de suicide si on s’attache aux paroles de la chanson et à l’action du clip. Thèse confortée par les adieux lisibles du long-métrage En Concert, ce qui pourrait facilement être pris pour un retrait dû à un échec commercial n’est étrangement pas interprété dans la presse. Celle-ci voit essentiellement ces productions de la fin des années 80 comme la fascination morbide et sadique d’un réalisateur pour son égérie qu’il maltraite à l’écran. Jugement en parti exact, tant le réalisateur s’amuse de l’impact qu’a sa différence de ton par rapport au climat ambiant de la promotion de disque et de clip à cette époque. Impact amplifié par le silence du cinéaste dans les médias auxquels il refuse tout entretien entre le spectacle itinérant de 1989 et la promotion de Girogino (1994). Lors d’une rare interview donnée à un magazine à l’occasion des premières dates de la tournée en mai 1989, il aura d’ailleurs cette phrase souvent reprise montrant aussi bien son état d’esprit de l’époque que sa lucidité : « Nous n’allons pas continuer à faire ceci impunément. Un jour on va le payer très cher. Car nous perdons conscience de la violence, de la noirceur, de la morbidité. » C’est précisément parce que Laurent Boutonnat n’avait pas connu d’échec commercial dans le disque depuis Libertine qu’il a pu jouer à ce point sur une thématique aussi négative sans qu’elle ne se soit retournée médiatiquement contre lui.

 

Les quatre clips postérieurs à la tournée pérenniseront l’image du personnage créé pour la chanteuse. Présentée comme un personnage mort, elle sera pourtant toujours énormément présente à l’image, notamment dans Regrets où elle incarne cette sorte de fantôme prisonnier de son cimetière, auquel le bien aimé vivant vient rendre visite. Les deux derniers films réalisés par Boutonnat pour elle à cette époque se démarqueront de cette thématique qui pourtant leur était chère pour adopter une esthétique de clip plus traditionnelle. Le réalisateur alors en pleine préparation de Giorginoquittera tout de même sa “caméra de clip”  avec une dernière disparition de la chanteuse (Beyond my Control – 1992), cette fois ligotée et brûlée sur un bûcher. Elle qu’il fit mourir une première fois sur scène, dont il fit incendier le décor, il l’incinère ici comme pour exorciser la forme du clip dont il fut si longtemps consentant prisonnier, avant de passer au long-métrage. Métaphore prémonitoire du prochain terrible échec que sera Giorgino, la chanteuse survit aux flammes et relève la tête alors que le feu a cessé ; comme pour rappeler qu’on n’efface pas en un clip un personnage publique qu’on a mit si longtemps à rendre immortel. C’est peut-être après tout sans calcul, un peu par hasard que Laurent Boutonnat a osé donner cette morbidité à la forme du clip. Lui qui s’était apprêté à déverser son pessimisme dans d’autres domaines fut guidé vers une forme filmique qui n’attendait pas et n’avait à priori pas besoin de cinéaste-auteur. Autrefois éloigné des milieux auxquels il avait tenté d’appartenir, comme la littérature ou le long-métrage, Boutonnat s’est investit dans le clip où, en reversant ses anciens déboires et les fictionnalisant, il a su y placer un style propre.

Jodel SaintMarc, le 21 mai 2002

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Mort répétée avec Mylène et Boutonnat

Posté par francesca7 le 23 avril 2014

1986-1987 : Popularisation d’un personnage par la mise en scène répétée de sa mort.

Mort répétée avec Mylène et Boutonnat dans Mylène et Boutonnat sanslogique64Dans Libertine (premier clip de Laurent Boutonnat à être autant projeté, diffusé et commenté) la mort de la protagoniste principale est d’autant plus surprenante que tout laisse penser, jusqu’à la scène finale, que le processus de glorification de l’artiste opère. Le clip lui-même commence par un duel dont l’héroïne sort vainqueur. Suivie et fortement mise en valeur dans la réalisation, son déclin sera une première fois annoncé suite à la bagarre à mains nues contre celle qui deviendra sa grande rivale. Libertine est montrée comme inférieure, laissée sans connaissance à demi-couchée sur une table avant que son amant vienne la sauver. Sa puissance moindre est confirmée lors de la dernière séquence : la rivale l’abat avec la même arme dontLibertine s’était servie durant le premier duel. C’est donc avec les mêmes instruments graphiques que Laurent Boutonnat inverse le statut du héros dans l’histoire pour en faire une victime inattendue. Selon lui l’effet de l’arme qui se retourne contre celui qui, croyons-nous, la tient sera toujours plus fort que si elle tire dans la direction attendue. On comprend alors mieux la maltraitance qu’infligeait auparavant Laurent Boutonnat à son héroïne et le fait qu’il attende Libertine pour montrer une première fois sa disparition tragique. Les deux premiers clips n’avaient pas bénéficié de budgets conséquents ni de scénario ou de traitement réellement abordables. Les exigences commerciales de maison de disque et le changement de label par Boutonnat ne pouvaient de surcroît garantir une liberté totale dans la fabrication et la distribution des clips, et ne pouvaient en ce sens prétendre à une large diffusion auprès du public. Il faut donc attendre Libertine pour que toutes les conditions soient réunies pour en faire un objet à visée commerciale. C’est ici seulement que Boutonnat peut oser faire mourir son héroïne, lui-même est sûr que ce personnage va naître conjointement au clip, et que le traitement cinématographique de l’ensemble lui donnera une envergure plus large. De cette dimension nouvelle, Boutonnat tirera profit afin d’inclure ses héros dans un monde étranger à celui des clips de l’époque.

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            Réalisé tout de suite après LibertineTristana se termine aussi par la mort de son héroïne. La mort du premier personnage résonnait pendant le générique comme une fin, jouant sur la nouveauté qui consistait à montrer la disparition définitive de l’interprète de la chanson objet du clip. Difficile après ce “coup” de rendre crédible sa réapparition dans le clip suivant, et encore plus de refaire l’expérience d’une seconde mort du personnage. Contrairement au réalisme de l’action de Libertine qui se déroulait dans une reconstitution des milieux mondains du XVIIIeme siècle, le traitement du conte que subit Tristanamodère cependant ce nouveau trépas en le situant dans un onirisme certain. La situation temporelle de la diégèse se fait avant tout par les images d’archives de la révolution russe d’octobre et non pas par les attributs historiques approximatifs des personnages ; les costumes et les décors ne suffisent pas au spectateur pour placer l’histoire dans le temps. Lors de la séquence finale, comme une princesse insensible au baiser de l’homme attendu, la nouvelle disparition du personnage se révèle moins frustrante pour le spectateur qui peut ici encore situer la chanteuse dans le clip. La voix over de celle-ci réapparaît à l’extrême fin du clip pour répondre justement à une question relative à son éventuel statut de défunte. Interrogation d’un personnage se faisant le relais du spectateur et qui se voit répondre : « -Je ne sais pas. ». En élevant ainsi son héroïne au rang de déesse (seule personne pouvant exister entre la vie et la mort), Boutonnat confirme la tendance qui le mènera plus tard à l’autodestruction de son œuvre, et ancre parallèlement celle-ci dans des films de genre qui admettent la mort de ses personnages.

            Toujours en 1987 et pour la troisième fois, le clip de Sans Contrefaçon voit la disparition du personnage interprété par Mylène Farmer. Dans une facture plus proche de Tristana que de Libertine, Boutonnat adopte encore une fois le genre du conte pour dépasser la mort même de la protagoniste principale. Clairement montrée dans Libertine, dédramatisée dans Tristana, c’est son nouveau trépas dansSans Contrefaçon qui rend paradoxalement immortels les rôles interprétés de clip en clip. Ici la mort n’est pas figurée par un corps humain inerte, ni même par une giclée de sang comme dans le clip précédent. Ici cette mort est un passage visible d’un état à un autre. C’est aussi le seul clip où au delà de sa disparition, on assiste à la naissance du personnage principal, montrée par l’animation du pantin de bois qui devient de chair et de sang. Redevenant pantin dans les mains même de son créateur en même temps que disparaît la fée bienfaitrice, les personnages de Laurent Boutonnat quittent de film en film le monde qui est le notre pour entrer peu à peu dans un univers onirique qui rend chaque nouvelle disparition de la chanteuse crédible et sans redondance. Pourtant d’une grande homogénéité, chaque clip de Boutonnat se suffit à lui même et impose des personnages propres à eux et chaque diégèse ; même si on retrouve les mêmes interprètes pour les camper. C’est ainsi par la mort de ses héroïnes que Laurent Boutonnat peut en partie de démarquer des autres personnages campés par les interprètes de l’époque.

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mi-victime mi-bourreau des héros de Boutonnat

Posté par francesca7 le 23 avril 2014

 

    Malgré une réponse que Laurent Boutonnat juge visiblement disproportionnée à l’effort fourni, les commentaires qui accompagneront les rediffusions de ses clips s’axeront sur les enrichissements que le réalisateur a ponctuellement donné à la forme. Émancipation diront les uns pendant que d’autres parleront de contournement. Il changea son système de financement, l’enrichit d’attributs propres à la production indépendante, et fit d’un objet à priori de promotion une œuvre à promouvoir. Ces particularités ont un double objectif : se démarquer du flux environnant afin de promouvoir l’artiste, puis ouvrir la voix au traitement approfondi d’histoires plus longues que celle du clip-type. Comme allonger des histoires déjà simplistes ne suffit pas à “sortir du lot”, il faut donner aux personnages des profils se démarquant de ceux d’interprètes de clips à structure habituelle. Ceux-ci se montrent habituellement sous leur meilleur jour, capables d’exploits surhumains comme de surpuissance sexuelle. Qu’il soit vainqueur ou qu’il sorte valorisé de sa prestation, l’artiste est de toute façon rendu supérieur par son vidéo-clip. Puisque Boutonnat semble s’attacher à contredire une par une chaque contrainte inhérente à la forme du clip, une question se pose quant à l’appréhension des rôles qu’il donnera à son artiste qui occupera la place centrale : Comment se soustraire à la mise en valeur systématique et à la surexposition des artistes dans les clips tout en faisant de la chanteuse son objet principal ? La solution est pour le manager Laurent Boutonnat de trouver une cohérence très forte entre ce rôle à l’écran et ce personnage public qui devra parler de lui dans les interviews. Prenant très probablement ombrage sur son vécu personnel, Boutonnat crée avec l’accord de la chanteuse Mylène Farmer un personnage qu’elle devra camper à chacune de ses prestations, qu’elle soit musicale ou verbale. La naissance de l’aspect public de ce personnage se fera à partir de 1985. C’est à partir de cette date qu’on trouvera dans les interviews de la chanteuse les premières traces de maux prononcés. Elle se refusera désormais à parler de son enfance prétendument douloureuse, alors que cela ne lui posait aucun problème un an auparavant.

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1984-1985 : Naissance d’un personnage par sa victimisation à outrance

Ce qui différencie le plus la création de ce rôle par rapport à ceux endossés par d’autres interprètes réside dans le soin apporté à sa faiblesse. Sans parler d’anti-héros, le personnage inventé pour son égérie par Boutonnat rassemble assez de contradictions, de défaites et de névroses pour qu’il en devienne à la fois attachant et intrigant. Aussitôt que Laurent Boutonnat réalise ses premiers clips, l’héroïne qu’il créé subit d’ors et déjà davantage qu’elle ne fait subir : battue puis décapitée dès Maman à tort, elle est violée dans Plus grandir. C’est dans ces deux clips de jeunesse que le réalisateur a probablement pris le plus ombrage de ce qu’il avait vécu comme des échecs dans son enfance. Dans un cadre familial tout d’abord, Laurent Boutonnat est l’aîné d’une famille de cinq enfants. On retrouve les relations parfois conflictuelles figurées par un unique plan succédant aux pancartes « Maman à tort ! » brandies par la petite famille : La tête de la grande sœur est posée sur une table autour de laquelle ses frères et sœurs vindicatifs s’apprêtent à s’acharner à coups de fourchettes. Laurent Boutonnat lors d’un interview avait aussi parlé des difficultés qu’il avait eu chez les jésuites où il avait fait une partie de sa scolarité ; ce qui explique peut-être l’apparition des deux nonnes de petites tailles dont l’une frappe avec une règle les mains de la jeune fille fautive agenouillée devant elle, pendant que l’autre lit des versets de la Bible. On peut également lire l’influence de toute une éducation religieuse dansl’animation de la statuette de pierre représentant la sainte vierge qui se cache les yeux devant un viol qu’elle ne pourrait supporter. Un plan qu’aurait pu tourner Cocteau, et qui est peut-être la vision d’un enfant devenu adulte sur son éducation refusant de voir le chemin autodidacte que son élève a osé prendre. Autant dans Maman à tort que dans Plus grandir, la mort de l’héroïne est impliquée, mais étrangement jamais montrée. Alors qu’on l’imagine prochainement dévorée par sa fratrie, la grande sœur du premier clip bénéficie de l’absence d’une réelle intrigue et d’une narration confuse pour renaître au plan d’après grâce à un montage a-chronologique. Dans Plus Grandir, seule une danse accompagne le vieillissement de la jeune fille, qui finira dans un grand état de déchéance physique, immobile derrière une fenêtre ouverte. Sa mort ne sera évoquée symboliquement qu’au dernier plan, lors de son passage devant sa propre tombe. Malgré ces outrages perpétuels qui présentent au public un nouveau personnage, c’est pourtant sa mort montrée sous tous les points de vue à la fin de Libertinequi la fera naître à ses yeux.

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Laurent Boutonnat et Mylène Farmer en interview

Posté par francesca7 le 19 avril 2014

 

Laurent Boutonnat et Mylène Farmer en interview dans Mylène et Boutonnat lb1INTERVIEW DE LAURENT BOUTONNAT

Qu’est-ce que vous préparez ici ?

    Il y a une scène avec tout les figurants, avec Mylène et le petit môme qui est avec elle. C’est un raccord en fait sur ce petit monticule. Nous, nous sommes derrière avec la caméra et on va faire brûler des pneus pour avoir une grosse fumée noire pour être raccord avec l’usine d’hier où il y avait le feu. Ils sont sensés s’échapper de l’usine, et ils vont descende de cette petite colline pour courir dans cette immense plaine.

l'équipe du film dans la plaine. on remarque les cars transportant les figurants et les camions de materiel.

Ce sera le dernier plan du clip ça ?

Laurent donne ses instructions à Mylène    C’est l’amorce des dernier plans en fait. C’est le premier plan où ils s’échappent de cette « prison-usine » pour partir dans la plaine. Et après on a plusieurs plans à faire de leurs visages qui courent…

Ca a été un bonheur pour vous d’avoir eu cent figurants ? Des jeunes hongrois comme ça ? C’est pas tropLaurent Boutonnat difficile à gérer ?…

    Non, il y a une équipe très solide qui tient bien tout ce monde là, et ils ont des têtes extraordinaires en plus. Il y a une chose qui est formidable ici, c’est qu’ils jouent bien. Ce n’est même pas jouer d’ailleurs, parce que ça leur plait de faire ça. C’est presque naturel.

 

pendant le travelling latéral de l'arrêt dans dans la plaineOui, c’est peut-être mieux que des comédiens.

    Ah, c’est impossible des comédiens. Mais ils ont quelque chose de naturel; et en fait comme ils n’ont jamais fait ça de leur vie, ils ont une espèce de maladresse qui est formidable. Ca devient quelque chose qui donne l’impression qu’ils ont fait ça toute leur vie, que se sont de grands professionnels.

 

Laurent met en place le repère qui montrera à Mylène où s'arrêter

Laurent supervise la pose du travelling latéralVous avez voulu tourner ici, ça s’appelle la Puszta, c’est la plaine hongroise…

    Absolument, c’est à dire que la Hongrie est un pays plat, où il n’y a que des plaines. Et tout le centre de la Hongrie c’est ça : sur des centaines et des centaines de kilomètres avec : Rien. C’est très impressionnant. Surtout avec la neige, on a l’impression que le ciel et la terre se rejoignent et que…

 

Laurent vient de placer les figurants qui ne s'étaient pas assez espacé en largeurC’est une fuite.

    Il n’y a rien quoi. C’est le néant et… c’est beau.

 

Fréquenstar - Pour un clip avec toi - M6 - Février 1991.

 

alearule dans Mylène et Boutonnat

INTERVIEW DE MYLÈNE FARMER

répétition du 1er plan du clipC’est le cinquième jour de tournage, ça fait combien de temps que vous êtes installée ici Mylène ?

    Ca fait à peu près huit jour.

Il y a des conditions climatiques qui ne sont pas évidentes, je sais qu’il a fait très froid la semaine dernière…

    Oui, beaucoup plus froid qu’aujourd’hui.

tournage du gros plan "blatte" avec MylèneEt vous vous levez très tôt et vous tournez toute la journée, c’est ça ?

    Nous avons des horaires un peu différents chaque jour mais ce matin nous nous sommes levé à cinq heure.

 

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extrait du casting des figurantsIl y a à peu près une centaine de figurants ici. Pourquoi avoir choisi des enfants, et des enfants hongrois, ici à Budapest ? Il y a une raison particulière ?

instructions à Adil Med Mehjirou    Oui, il y a plusieurs raisons pour le choix de la Hongrie. Il y a d’abord la neige, on voulait un paysage de neige. D’autre part on voulait beaucoup de figurants emakdes8t surtout des enfants qui portent quelque chose de grave dans le visage et dans le regard. Et c’est vrai que les pays de l’Est pour ça c’est fabuleux. D’autre part il y a beaucoup de techniciens en Hongrie qui sont performant et professionnels. Et enfin une des dernières raisons c’est que c’est beaucoup moins chère, et qu’on peut faire des choses grandioses avec peu de moyen finalement.

Laurent Boutonnat donne ses indications à AdilEst-ce que ça veut dire que ça va être dans la lignée de l’imagerie Mylène FARMER ? Parce qu’on vous associe aux clips scénarisés qui sont en fait des films. Est-ce que ça s’inscrit toujours dans cette veine scénarisée et à grand spectacle ?

    Ce sera la même chose. C’est la même écriture et le même réalisateur, et pratiquement la même équipe à chaque fois sur chaque tournage.

le traducteur hongrois entre Laurent Boutonnat et Vincent Canaple (assistant réalisateur)

 

Laurent Boutonnat ne filme pas ce plan mais contrôle le cadreEst-ce qu’on peut dire aussi que si vous venez tourner ici en Hongrie ou à Budapest -on y pense souvent quand à toi- c’est pour tes ambitions cinématographiques et celles de Laurent ? On sait que Cyrano De Bergerac a été tourné ici, on peut dire aussi qu’il y a les prémices d’un futur long métrage ou le moyen aussi de repérer pour un long métrage…

    Ca c’est quelque chose d’envisageable ou qui a été envisagé, mais j’avoue que pour l’instant c’est quelque chose qui n’existe pas. Et c’est quelque chose qui appartient à Laurent pour l’instant. Je ne puis rien dire, mais ce que je sais c’est qu’il avait fait effectivement des repérages avant d’envisager le clip en Hongrie pour un long-métrage.

 

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Vous êtes un peu avares d’images sur le travail que vous faites en équipe sur le tournage d’un clip comme en ce moment.

Laurent répete avec Adil la scène de la cigarette    Je ne sais pas si nous sommes avares mais c’est assez difficile qu’une autre équipe intervienne. Parce qu’un tournage comme celui-ci c’est une grosse machinerie. Donc s’il y a perturbation, quelque fois cela peut perturber le metteur en scène et tout le monde. Et c’est vrai qu’on a un soucis de garder les choses secrètes, mais parce que je suis probablement comme les enfants, j’aime encore les surprises. Donc j’aime bien l’effet de surprise quand on a un nouveau clip ou de nouvelles chansons. C’est pour ça que je fais très peu écouter l’album avant qu’il ne sorte. C’est une manière de préserver la chose.

 

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mise en place des éclairagesDans le clip on voit une centaine de jeunes enfants avec des têtes très particulières, grimées, masquées, habillés un peu comme toi…

    Oui, tout à fait. Encore plus sales même !

…Assez minimalistes dans la tenue. D’où a été l’inspiration de ce choix ?

    Là j’avoue qu’il est né d’un amour commun de Laurent et moi- même pour ce qui est DICKENS, Oliver TWIST. On aime beaucoup tout les deux David LEAN, qui avait réalisé Oliver TWIST, un de ses premiers longs-métrages. Et c’est surtout cette approche du conte qui est permanente.

Laurent Boutonnat et son 1er assistant réalisateur

Dans Désenchantée c’est quoi ? On dirait un univers carcéral mais particulier…

Laurent lui-même filme Mylène appelant à la révolution sur les tables    On a essayé d’avoir quelque chose d’intemporel. Ce qui explique aussi le choix de ces costumes, parce qu’on ne peut pas tout à fait situer l’époque. Ca se situe en effet dans un milieu carcéral, il y a une autorité autour de ces enfants, et que ces enfants n’ont plus rien à perdre donc il leur reste comme solution la révolte. Et c’est ce qui va se passer dans le clip.

instructions à Mylène    Il y a dans le clip de jeunes enfants qui sont handicapés. Il y a une anecdote magnifique, un handicapés qui est sur le tournage s’y est adapté en quatre jours. Son éducatrice nous a dit qu’en quatre jours il avait fait des progrès de six mois. Donc c’est une jolie récompense…

 

desenchComment tu échanges avec tous ces jeunes hongrois qu’on voit ?

    C’est un échange uniquement de regards puisque nous n’avons pas la même langue. Les interprètes ne sont pas toujours là pour traduire. Ce sont des regards et tous ces figurants sont très justes, ils jouent mais en aucun cas ne sur-jouent et c’est ce qui est fascinant. Ils ont une spontanéité et on a l’impression qu’ils sont nés dans ces costumes dans cette époque et c’est un plus pour le tournage.

makdes21J’ai eu l’occasion de discuter avec ce qu’on appelle un casting-producer, qui me disait que dans le choix des gens, il y avait peu de comédiens hors-mis la matonne. Il y a des délinquants, des jeunes enfants d’écoles.

La chute du mirador est en fait protegée par des cartons    Oui, il y a de tout. Ce sont des gamins de la rue…

 

…Avec leurs réactions. Quand on vit à Budapest, avec la vie qu’on a eu, avec l’histoire qu’on a vécu, il y a une âme mais une pression.

    En tout cas habitée. Il y a une dureté réelle.

 

lors des scènes extérieures, deux équipes de tournages s'activent autour des figurants, tournant le double de plans dans la même durée

 

lors des scènes extérieures, deux équipes de tournages s’activent autour des figurants, tournant le double de plans dans la même durée >

 

 

 

 

Mylène et Adil s'enfuyant devant le décor de l'unsine en flammesIl y a une infrastructure, une équipe très importante sur ce tournage…

    Il y a à peu près 120 personnes et 12 personnes dans l’équipe technique qui viennent de Paris.

Des français avec qui vous avez l’habitude de travailler. 

    Oui, j’ai Jean-Pierre SAUVAIRE qui est chef-opérateur, Carine SARFATI qui est aux costumes et beaucoup d’autres. Je m’excuse de ne pas pouvoir tous les citer.

extinction de l'entrepot en flammes par les pompiers de Budapest

C’est une équipe de copains, on a l’impression que c’est presque une famille.

    Oh oui, ce sont des gens de grande qualité humaine et professionnelle. C’est vrai que c’est un plaisir de les réunir chaque fois à nouveau.

 

Fréquenstar - Pour un clip avec toi - M6 – Février 1991.

 

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Le pygmalion de Mylène F.

Posté par francesca7 le 19 avril 2014

Pygmalion de Mylène Farmer et réalisateur des plus beaux clips jamais réalisés dans l’hexagone (Tristana, Désenchantée, ou encore le monumental Pourvu qu’elles soient douces et ses 17 minutes de film), Laurent Boutonnat s’est essayé pour la première fois au long-métrage en 1994 avec le magnifique Giorgino, échec public, critique, et catastrophe financière absolue pour un film pourtant sublime. Profondément atteint, Boutonnat restera plus de 10 ans loin des plateaux de cinéma.

Image de prévisualisation YouTube

http://www.youtube.com/watch?v=KqbmjqgSkEY

C’est en 2005 que le metteur en scène revint sur le devant de la scène cinématographique avec l’adaptation du roman d’Eugène Le Roy, déjà adapté à la télévision en 1969,Jacquou le croquant.

Le film raconte l’histoire de Jacquou, jeune garçon issu de la paysannerie française du début du 19ème siècle, un croquant (ou pouilleux), qui voit son père envoyé au bagne pour un crime commis en position de légitime défense pour protéger sa famille. Devenu rapidement orphelin suite à la mort de son père et de sa mère, Jacquou deviendra le fer de lance d’une révolte contre les ultraroyalistes, tout en fomentant sa vengeance contre le cruel comte de Nansac, responsable de la mort de ses parents.

 Le pygmalion de Mylène F. dans Mylène et Boutonnat 3671587mqttt 

Loin, très loin du film d’atmosphère et d’ambiance que constituait Giorgino, Boutonnat s’est affranchi (partiellement) de ses obsessions visuelles et poétiques, en livrant avec Jacquou le croquant une oeuvre beaucoup plus facile d’accès, film d’aventures familial de très bonne facture, malgré quelques flottements et des scènes à la limite du surjeu.

Ainsi, la séquence de la falaise, dans laquelle le personnage incarné par la sublime Marie-Josée Croze hurle sa haine face au château du comte de Nansac souffre d’un jeu outrancier de la part de l’actrice d’habitude irréprochable, et manque de peu de faire tomber la scène dans le ridicule. Par ailleurs, le film piétine dans son troisième quart, et aurait mérité un bon quart d’heure de moins.jacqou dans Mylène FILMOGRAPHIE

Ces réserves posées, le film constitue un excellent divertissement, magnifiquement filmé, et doté de scènes véritablement émouvantes (voir à ce titre la séquence du retour à la vie du jeune Jacquou au pied d’un arbre, dans les bras de la jeune fille dont il est amoureux). La mise en scène de Boutonnat, portée par une photographie de toute beauté (la gestion de la lumière, y compris dans les scènes de nuit, est d’une clarté remarquable), témoigne de l’admirable maîtrise technique et du sens visuel extrêmement personnel du réalisateur, le style de sa mise en scène étant décelable au premier coup d’oeil.

 Par ailleurs, et même si elles ne sont pas aussi nombreuses que dansGiorgino, l’on retrouve le goût du metteur en scène pour les images de paysages enneigés, les cimetières, les loups…Les scènes dans lesquelles ces éléments apparaissent sont les plus belles du film, et confèrent à ce dernier une force évocatrice immédiate, ainsi qu’une réelle puissance poétique.

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S’agissant de la distribution, Laurent Boutonnat s’offre un casting 4 étoiles: le fidèle Albert Dupontel (déjà présent dans Giorgino et ami proche du couple Boutonnat/Farmer), le regretté Jocelyn Quivrin, Marie-Josée Croze, Tcheky Karyo, Olivier Gourmet, et le plutôt fade Gaspard Ulliel dans le rôle de Jacquou adulte.

 

Au final, et même s’il reste assez caricatural dans sa thématique des forts contre les faibles, Jacquou le croquant constitue un film romanesque de très bonne facture, pétri d’émotion, doté d’une mise en scène de grande classe et parsemé de plans véritablement poétiques.

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Mylène Farmer pourrait retravailler avec Boutonnat

Posté par francesca7 le 16 avril 2014

 

Après s’être séparée de son compagnon de travail historique, Laurent Boutonnat, Mylène Farmer laisse entendre qu’ils pourraient à nouveau collaborer ensemble.

Après son single Oui, mais… nonMylène Farmer a accordé une interview à TV Mag, où elle dit, en gros, non, mais… oui. Explications. Depuis 1984 (eh oui, ça fait un bail qu’elle chante), Mylène et Laurent Boutonnat ont une relation professionnelle quasiment fusionnelle. De petites bisbilles de temps en temps, mais rien de XXL. Sauf que pour son tout dernier album, la célèbre rouquine n’a pas fait appel à son grand ami et lui a préféré RedOne, le producteur de Lady Gaga.

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Mylène Farmer, quel regard portez-vous sur votre carrière ?
C’est un long chemin fait de choix, de rencontres heureuses… Un long fleuve tumultueux. Mais surtout une très longue et passionnante conversation avec le public et cela me rend heureuse.

Avez-vous l’impression d’avoir changé ?
Fondamentalement, non… Mais je suis toujours rongée par le doute, et je me demande encore : « Pourquoi moi ? ». D’autres aussi certainement doivent se poser cette question pour moi ! (Rires.) Si, pour certains, le succès donne des ailes, moi il m’aura aidée à m’ouvrir davantage aux autres.

 

Quel est le grand regret de votre existence ?
De n’avoir pu partager mes émotions avec deux êtres disparus trop tôt de ma vie… Une absence trop présente, dont je souffre chaque jour.

 

[...]

On présente souvent Laurent Boutonnat comme votre mentor. Vrai ou faux ?
Un mentor est un guide dont la démarche est personnelle, volontaire et gratuite. La relation que j’ai avec Laurent est une relation de complicité et de complémentarité. C’est une personne de grand talent qui est indissociable de mon chemin de vie.

 

Bleu noir est le premier disque que vous ayez fait sans lui. Est-ce une rupture définitive ou une passade ?
Bleu noir est tout sauf une passade ! Il s’agit bien de chansons qui sont incarnées, qui sont des moments de la vie. De ma vie ! Laurent préparait un film et le fait de réaliser moi-même ce disque était un choix de ma part. Mais il est certain que nous nous retrouverons tous les deux.

 

[...]

Pourquoi ne vous voit-on jamais aux Restos du Cœur ou dans des événements caritatifs ?
Si je comprends cette démarche, je ne me sens toutefois pas à l’aise en groupe. Je suis plus sereine dans une démarche individuelle. C’est une question de caractère, je crois.

 

[...]

Quelle est la chose la plus précieuse que vous possédiez ?
Mes incertitudes.

 

Qu’est-ce que votre statut de star vous interdit de faire ?
De chuter sur les marches de l’Élysée ! (Rires.) [Invitée en mars 2010 par Nicolas Sarkozy pour la visite du président russe Medvedev, la chanteuse avait trébuché sur le perron de l'Élysée.] 

 

[...]

L’interview intégrale de Mylène Farmer à découvrir dans TV Magazine

 

 

>>> Mylène Farmer : son album explose les records de vente

Bien lui en a pris, son album s’est déjà vendu à plus de 600 000 exemplaires. Mais quand on lui demande si Laurent Boutonnat est son mentor, Mylène met les points sur les i : la démarche d’un mentor est «personnelle, volontaire, gratuite ». Et Laurent Boutonnat ne mérite pas ce titre. En clair, il travaillait parce qu’il était obligé et sûrement pas à titre bénévole ou amical. Et paf.

Mylène Farmer ne lui en veut pas pour autant. Leur séparation n’est pas qu’une « passade », mais elle en est sûre : elle et lui se retrouveront. Peut-être qu’elle lui chantera Pardonne-moi pour recoller les morceaux.
En tout cas, elle a le sourire. D’ordinaire si distante, Mylène fait même dans l’autodérision en évoquant au cours de l’interview sa chute sur le perron de l’Elysée l’année dernière. On imagine que son orteil va mieux.

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