UNE MYLENE A L’AMERICAINE

Posté par francesca7 le 31 mai 2015

 

FRANCE SOIR du 30 MAI 1996

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JOURNALISTE(S) : RICHARD GIANORIO

Au lendemain de la première représentation du Tour 96, le 25 mai 1996 à Toulon, Mylène reçoit dans un salon du Zénith Oméga plusieurs journalistes de la presse nationale et régionale pour un entretien unique qui servira à alimenter des articles pour chacun des journaux représentés, dans une démarche similaire à ce qui avait été fait suite à la projection de presse de « Giorgino » en 1994.

En l’absence d’un enregistrement de cet entretien, nous faisons le choix de référencer chacune des parutions utilisant celui-ci, parfois partiellement, parfois plus longuement, et ce malgré quelques doublons dans les questions-réponses d’une référence à l’autre.

Après un long séjour dans l’androgynie, vous affichez enfin une féminité triomphante…

-Je n’ai plus peur de le dire : je suis une femme, enfin ! Par exemple, je m’imagine mal chanter « Plus Grandir » aujourd’hui. On m’avait toujours affirmé que la période 30-35 ans serait la plus belle, et c’est le cas !

Cela correspond-il à un épanouissement sexuel ?

-(elle rit puis elle rougit) Sûrement !

Vous apparaissez à demi nue en ouverture du spectacle. De la provocation ?

-Je ne le vois pas de cette façon. Pour moi, c’est l’évocation de la naissance et de la pureté comme la Vénus de Botticelli, mais je comprends qu’on puisse l’interpréter d’une façon plus sexuelle.

N’est-ce pas terrifiant pour vous si introvertie de vous exhiber de cette façon ?

-Au contraire, c’est beaucoup plus facile. La nudité n’est embarrassante que devant l’homme qu’on aime, ou sur un tournage lorsque toute l’équipe est à proximité. Mais sur scène, il y a cette distance qui fait qu’on n’y pense pas.

Vous exposez-vous pour mieux vous dérober ?

-Probablement. Là où j’ai l’impression de me dénuder vraiment, c’est dans les moments d’émotion.

Dans le clip de « California », réalisé par Abel Ferrara, vous jouez à la pute. A l’image, vous êtes souvent malmenée sexuellement. Du plaisir dans l’avilissement ?

-Dans la débauche, plus exactement ! (rires)

On a l’impression que votre univers se rapproche doucement de celui de Madonna…

-La comparaison est inévitable : je suis une chanteuse, j’ai des danseurs, je fais un show délibérément ‘à l’américaine’. Madonna est une personne de talent, non ?

Comme elle, vous possédez ce don de vous réinventer à chaque fois…

-J’ai cette chance, parce que j’aurais pu glisser facilement sur la mauvaise pente, celles des névroses, des obsessions et de l’autodestruction. J’ai vraiment connu l’isolement et l’enfermement : j’étais entourée mais seule.

Est-ce que l’échec de « Giorgino » a marqué la fin d’un cycle ?

-Oui, la fin d’un cycle de sept ans, comme par hasard. Le film représente pour moi symboliquement une deuxième naissance. J’aurais pu m’apitoyer sur cet échec, j’ai choisi de ne pas le faire. Cela a été libératoire. J’ai mis un terme à l’autodestruction, je vais bien.

imagesLa peine n’est donc plus votre amie, comme vous le chantiez naguère ?

-C’est un sentiment que je continue d’aimer, mais il y en a d’autres. L’amour, par exemple, est fondamental. J’ai appris le partage, le partage à deux : accepter de recevoir, aller vers l’autre, accepter de me faire aimer, parce que donner est tellement plus facile que recevoir…

On vous sent plus accessible, plus humaine aussi…

-Oui, même si je ne vais pas non plus me donner en pâture. Mais c’est vrai, j’ai accepté la vie, mais je ne porte plus mon passé comme un fardeau. Je suis plus légère.

Publié dans Mylène 1995 - 1996, Mylène en INTERVIEW | Pas de Commentaire »

Télévision néerlandaise : ÉMISSION INCONNUE avec Mylène

Posté par francesca7 le 29 mai 2015

 

Présenté par Monsieur X le 2 DÉCEMBRE 1990

tv-01-bEn fin d’année 1990, alors qu’elle finalise l’enregistrement de « L’Autre… », Mylène Farmer fait une apparition dans le talk­show le plus populaire des Pays­Bas à l’époque. Elle y répond à une interview et interprète « Pourvu qu’elles Soient Douces », dans les mêmes conditions que deux ans auparavant pour la promotion de ce même titre en France.

L’animateur annonce Mylène. Celle­-ci arrive sur le plateau dans sa petite robe noire « inversée » qu’elle avait déjà porté pour chanter le titre en 1988, les cheveux coiffés en chignon, et s’installe à la table, aux côtés de l’animateur. Il s’adresse à Mylène dans un français très correct. Les propos de cette dernière sont sous­titrés en néerlandais.

Monsieur X : Je ne peux pas vraiment dire que vous êtes une chanteuse française, parce que c’est différent, ce que vous faites. Vous chantez, bien sûr, mais quand même !

Mylène Farmer : Je souhaite être différente, c’est normal ! Mais je ne me considère pas uniquement comme étant une chanteuse, non, c’est vrai. J’aime en plus beaucoup Greta Garbo, j’aime le cinéma, j’aime tout ce qui peut inspirer le cinéma.

Mr X : Oui…Parce que quand vous chantez, vous faites de la danse aussi, vous faites beaucoup de spectacle en même temps…

MF : Parce que pour moi, c’est ma définition du spectacle. Le spectacle englobe beaucoup, beaucoup d’éléments, à savoir le chant, la danse, pourquoi pas le théâtre, ce sont des lumières…Tout ça, ça forme un spectacle. C’est vrai que moi je peux pas concevoir de monter sur scène sans faire un film sur scène, finalement.

Mr X : Je voudrais bien montrer un tout petit peu pendant que vous vous changez pour chanter la chanson différente (sic)… (Il poursuit en néerlandais et à l’image, des plans du clip de « Pourvu qu’elles Soient Douces » sont présentés) Vous aimez, vous venez de le dire, beaucoup le cinéma : est­ce que vous avez déjà joué au cinéma ?

MF : Non. J’ai eu quelques propositions, mais je crois que je vais attendre. J’ai un projet de long­métrage avec le réalisateur des clips, qui est également mon compositeur, qui s’appelle Laurent Boutonnat. Donc je crois que je vais attendre ce premier rôle.

Mr X : Vous êtes tellement une vedette en France, est­ce que c’est toujours important de venir peut­être par exemple ici, aux Pays­Bas ?

MF : C’est très important aujourd’hui. C’est vrai que le…je sais pas si c’est un but, en tout cas c’est une envie de tout chanteur que de traverser les frontières. C’est également mon souhait. Je sais que c’est un travail de longue haleine, ça sera difficile mais c’est aussi important, oui.

Mr X : Ce que vous faites quand vous chantez, c’est très bien, c’est toujours avec des danseurs, c’est toujours le style des vidéoclips. Quand on devient moins jeune, tout ça change : il vaut mieux chanter, plus chanter et moins danser ! Est­ce que vous avez peur de ça, de vieillir par exemple ?

MF : J’ai peur de vieillir comme tout un chacun ! Maintenant, me poser cette question­là aujourd’hui : non. Je ne pense pas de toutes façons chanter pendant dix ans, je crois que ma vie évoluera. J’ai envie de cinéma, j’ai envie d’écrire, j’ai envie de beaucoup de choses. Maintenant, est­ce que la vie me le permettra : ça, c’est une autre question !

Mr X : Dans tout ce que j’ai lu sur vous en France dans des journaux français, on dit ‘Elle n’aime pas du tout parler d’elle­même’. Mais quand même, vous avez choisi cette profession !

MF : C’est pas incompatible ! Je crois que je peux faire ce métier, j’essaie de le faire, tel que je voudrais le faire. C’est vrai que c’est difficile parce qu’on se heurte très souvent à ce problème de absolument devoir s’expliquer, s’exprimer. Moi, je pense que je n’ai pas à me justifier. Je préfère qu’on découvre la nature de mes sentiments dans mes chansons, dans mes textes. Maintenant, expliquer le pourquoi du comment je crois que, d’abord, je ne m’y sens pas du tout à l’aise, c’est la première raison. Et d’autre part, je crois que cette dame…

Mr X : (il précise) Greta Garbo…

tv-01-aMF : …a tout à fait compris ce qu’il faut faire. C’est non pas cultiver le mystère mais c’est une femme mystérieuse. Je ne sais pas si je suis une femme mystérieuse mais c’est vrai que j’ai du mal à parler de moi, donc je crois que c’est mieux de ne pas parler de soi dans ces cas­là.

Mr X : Alors je vous demande maintenant de nous montrer vos sentiments dans votre chanson !

MF : Je peux le faire ! (rires)

Mylène se lève et va se mettre en place pendant que le présentateur présente la chanson (renommée « Douces »). La prestation de Mylène pour ce titre est similaire à celle présentée en 1988. Elle est accompagnée des deux danseuses qui l’accompagnaient alors, Sophie Tellier et Dominique Martinelli, et la chorégraphie est rigoureusement identique.

Après la prestation, Mylène quitte le plateau.

 

Publié dans Mylène 1989 - 1990, Mylène en INTERVIEW | 1 Commentaire »

CARAMBA Télévision suédoise avec Mylène

Posté par francesca7 le 25 mai 2015

 

 

Présenté par Monsieur X en 1990

tv-02-bAprès un court extrait du clip « Pourvu qu’elles soient Douces », on découvre Mylène Farmer assise face au présentateur de l’émission, vêtue d’un pull crème à col roulé recouvert d’une veste bordeaux.

Le présentateur s’adresse à elle dans un français très correct, et ses questions ainsi que les réponses de Mylène sont sous­titrées en suédois.

Monsieur X : Je suis très fier et enchanté, après ça, presque un peu terrifié de voir une des meilleures artistes françaises aujourd’hui chez nous. Bienvenue à Caramba, Mylène Farmer.

Mylene Farmer : Merci ! (sourire)

Mr X : Mylène, tes vidéo­clips sont comme des vrais films et tu agis comme une grande vedette, comme une Garbo ou Dietrich d’aujourd’hui, n’est­ce pas ?

MF : (elle écarquille les yeux en souriant) Que puis­je dire à ça ?! C’est un compliment, j’aime beaucoup Greta Garbo. Je ne sais pas que répondre ! (elle hausse les épaules, toujours en souriant)

Mr X : Mais Mylène, à propos de notre programme d’aujourd’hui, on ne pourrait pas dire que tu es très diplomatique. Tu aimes la provocation, n’est­ce pas ?

MF : Je crois que ça fait partie de la vie, tout simplement, de même que la violence des clips dont vous parliez. Ca fait partie de la vie, en tout cas de ma vie.

Mr X : Pourquoi la violence ?

MF : La violence, il faudrait la remettre aussi dans son contexte : là, ça se passe au XVIIIème siècle, c’est le libertinage, ce sont les duels, ce sont autant de choses qui sont violentes. C’est vrai que la neutralité, c’est quelque chose que je n’aime pas. J’aime bien les choses excessives.

Mr X : Mais Mylène, tu joues avec les frontières sexuelles. Dans tes chansons et tes clips, tu touches avec plaisir l’interdit. Pourquoi ?

MF : Parce que j’ai décidé probablement de ne pas avoir de tabous, que ce soit dans les textes des chansons ou dans la vie en général. Je crois qu’on peut tout aborder du moment qu’il n’y a pas de vulgarité.

Mr X : Les femmes, dans tes chansons, sont presque toujours très faibles, même maltraitées et torturées.  Quelle est la raison ?

MF : Je ne sais pas si ce sont les femmes…Si j’avais été un homme, j’aurais écrit les mêmes choses. Je ne suis pas sûre que le mot ‘faible’ soit tout à fait justifié dans ce contexte. Je crois que ce sont plus des âmes torturées, ça, oui. Mais faiblesse, non, parce qu’il y a toujours une notion de force, sinon je ne serais, ou la personne que je chante ne serait plus là !

Mr X : Mais dans tout ce que tu fais, il y a une certaine folie, n’est­ce pas ?

MF : Oui, j’aime bien cette notion de folie aussi. Je crois que c’est toujours pareil : pour avoir un sens à sa vie, et puis un sel de la vie, je crois qu’il faut un peu de folie.

Mr X : Ton image est couverte de la mystique (sic), je crois. Tu ne veux pas être trop connue de ton public ?

MF : Non. A ceci, je réponds souvent que je préfère voir la nature de mes sentiments dans mes chansons que dans des interviews. C’est vrai que j’ai du mal à aborder les interviews, j’aime pas beaucoup parler de moi…

Mr X : Tu détestes nos questions ?!

tv-02-cMF : Je crois que je déteste… (elle sourit, gênée) Mais bon, c’est parce que ça m’est difficile, tout simplement.

Mr X : Merci, Mylène. Et maintenant, retournons à ton monde de fées. Merci.

MF : Merci beaucoup ! (large sourire)

Après un nouvel extrait du clip « Pourvu qu’elles soient Douces », une séquence est diffusée où sur le plateau de l’émission, Mylène interprète « Ainsi Soit Je… » (dans sa version edit) dans la grande robe verte en velours qu’elle a porté pour plusieurs des prestations télévisées en France deux ans plus tôt, à la différence près que ses cheveux sont relevés en un chignon serré, alors qu’elle portait toujours les cheveux lâchés avec cette tenue.

 

Publié dans Mylène 1989 - 1990, Mylène en INTERVIEW | Pas de Commentaire »

POUR UN CLIP AVEC TOI Mylène Présenté par Laurent BOYER

Posté par francesca7 le 25 mai 2015

M6 du 7 AVRIL 1991

« J’ai un souci de garder les choses secrètes, je suis probablement comme les enfants : j’aime encore les surprises. »

1991-01-hLe contexte de ce long entretien est un cas unique, puisqu’il a lieu sur le plateau du clip « Désenchantée », en plein tournage de celui­-ci. Laurent Boyer se retrouve donc en extérieur, aux côtés de Mylène qu’on découvre avec son apparence du clip, protégée du froid par une grosse doudoune noire.

Cette interview est la première apparition télévisée de Mylène depuis novembre 1989. Après la fin du Tour 89 début décembre, elle avait alors complètement disparu médiatiquement.

Laurent Boyer : C’est en direct de Budapest, en Hongrie, en fait à la sortie de la ville, que nous sommes installés pour le cinquième jour de tournage du clip qu’on attendait ­ enfin du clip et du 45 tours de Mylène Farmer qui s’appelle « Désenchantée », que vous entendez à la radio déjà depuis le 18 mars, dans l’attente d’un album qui s’appelle « L’Autre… », et qui sortira le 8 avril. (la date de sortie nationale officielle de l’album est le 10 avril 1991, nda) Alors, déjà, merci à Mylène de nous recevoir ici, car c’est la première fois qu’une équipe de télévision ­ petite, l’équipe ! ­ a le droit de s’installer sur le tournage d’un clip C’est bien la première.

Bonjour Mylène !

Mylene Farmer : Bonjour (elle sourit puis baisse la tête, les yeux plongés vers le sol).

LB : Alors vous découvrez une Mylène un peu… on comprend pas bien… On se dit qu’elle est sortie d’un roman de Charles Dickens. Vous voyez que ce matin, on l’a un peu tabassée, elle a un petit peu de sang qui coule des lèvres. Elle a beaucoup souffert et elle est habillée, comme d’habitude, par Thierry Mugler (rires), ou encore Amor, comme on peut le constater. Mylène, bienvenue. Merci de nous recevoir ici, c’est très joli. (en regardant derrière) Je crois que ça, c’est en fait l’image du début du clip…

MF : Oui (elle hoche la tête)

LB : Je crois que le clip commence comme ça. On est en plein tournage donc on est comme vous, on découvre un petit peu l’ambiance de ce clip. Alors, c’est Mylène dans cette tenue­là qu’on découvrira dans le clip…

MF : Sans le manteau !

LB : Sans le manteau, parce que le manteau a un côté un peu plus mode…

MF : Un peu moderne, oui.

LB : Il faut dire qu’il ne fait pas très chaud. Cinquième jour de tournage. Il y a combien de temps que tu es installée ici, Mylène ? Ça fait une huitaine ?

MF : Ça fait à peu près huit jours, oui.

LB : Je sais que c’est pas très facile pour toi parce qu’il y a les conditions climatiques qui ne sont pas évidentes. Je crois qu’il a fait très froid, la semaine dernière…

MF : Oui, beaucoup plus froid qu’aujourd’hui.

LB : Là, ça va un petit peu mieux. On a droit au soleil sur Budapest. Assez joli… Et puis, tu te lèves très tôt, et vous tournez toute la journée, c’est ça ?

MF : On a des horaires un peu différents chaque jour. Mais ce matin, on s’est levé à cinq heures du matin.

LB : Alors cet album arrive. On en a beaucoup entendu parler. Et quoique, puisque ça fait un moment que tu es absente, en fait. Depuis le dernier Bercy, on n’entend plus parler de Mylène Farmer…

MF : Je crois que ça fait un peu plus d’un an, maintenant.

LB : Qu’est­ce qui s’est passé ? C’était une retraite ou c’était le temps de la création ?

MF : Je crois que c’est un petit peu des deux. Je crois qu’on a besoin de se cacher après une scène. C’est beaucoup d’émotion. Et d’autre part, j’ai préparé le… troisième album, je crois ?!

LB : C’est le troisième, je te le confirme ! (rires)

MF : C’est le troisième. Et ma foi, voilà, ça a pris à peu près quatre, cinq mois de studio.

LB : De studio, et de création aussi, d’écriture, parce que tu as écrit…

MF : Oui. Toute l’écriture, c’était vraiment sortie de scène jusque entrée en studio.

LB : Est­ce qu’on peut dire…Cet album, on n’en parle pas encore, il sort le 8 avril, donc on ne sait pas encore, personne n’a écouté. On sait qu’il s’appelle « L’Autre… ». Il y avait « Ainsi Soit Je… », il y a « L’Autre… » maintenant. C’est quoi, c’est une continuité cet album ?

MF : (elle hausse les épaules) J’ai un petit peu de mal à m’expliquer quant au contenu d’un album. Je dirais que c’est de la même veine. C’est très difficile pour moi. C’est quelque chose d’assez mystérieux finalement, même pour moi.

LB : Y’a que toi qui a écrit sur cet album…

MF : Oui.

LB : …ou on trouvera d’autres textes d’autres gens ? (Mylène fait « non » de la tête). Y’a une dizaine de titres, c’est ça ?

MF : Oui, il y a à peu près dix titres. Il y en a même dix. Et non, je suis la seule à écrire. J’ai délaissé les poètes ! (petit rire)

1991-01-aLB : Bien. Les conditions de tournage, vous le verrez, parce que vous allez voir énormément d’images du tournage, on en profite en fait puisque tu nous reçois ici, vous allez découvrir de quelle façon Laurent Boutonnat et Mylène Farmer travaillent sur un clip, sur ce clip qu’on découvrira tout à l’heure, « Désenchantée ». Vous le verrez par deux fois, ce clip, avant la fin de l’émission, deux versions différentes. Il y a à peu près une centaine de figurants ici ?

MF : C’est ça.

LB : Des enfants. Alors pourquoi avoir choisi des enfants ? Des enfants hongrois en fait, à Budapest. Y’a une raison particulière ?

MF : Il y a plusieurs raisons pour le choix de la Hongrie. Il y a d’abord la neige. On voulait un paysage de neige. D’autre part, effectivement, on voulait beaucoup de figurants. Et on voulait surtout des enfants qui portent quelque chose de grave dans le visage, dans le regard. C’est vrai que les pays de l’Est, pour ça, c’est fabuleux. D’autre part, il y a beaucoup de techniciens en Hongrie qui sont très performants et professionnels.

Et enfin, une des dernières raisons, c’est que c’est beaucoup moins cher, et qu’on peut faire des choses grandioses avec peu de moyens, finalement.

LB : Est­-ce que ça veut dire que ça va être dans la lignée de l’imagerie Mylène Farmer ? Parce que c’est vrai que Mylène Farmer, on l’associe aux clips, clips scénarisés qui sont en fait des films, non plus des clips. Est-ce que c’est dans la même veine et ça s’inscrit toujours dans cette veine scénarisée et à grand spectacle ?

MF : Ce sera la même chose. C’est la même écriture et le même réalisateur. Et pratiquement la même équipe à chaque fois, sur chaque tournage.

LB : Est-­ce qu’on peut dire aussi que, quelque part, si vous venez tourner ici, en Hongrie, à Budapest… On y pense souvent quant à toi, tes ambitions cinématographiques, et celles de Laurent… On peut se dire qu’il y a peut­-être aussi… On sait que « Cyrano de Bergerac » a été tourné en Hongrie. On peut se dire qu’il y a peut­ être aussi, pour toutes les conditions que tu as données, les prémices d’un futur long métrage, le moyen de repérer pour un long métrage…

MF : (sourire) Ça, c’est quelque chose d’envisageable, qui a été envisagé. Mais j’avoue que, pour l’instant, c’est quelque chose qui n’existe pas, et puis c’est quelque chose qui appartient à Laurent, en tous cas pour l’instant. Donc, en fait, je ne puis rien dire. Mais ce que je sais, c’est qu’il avait fait effectivement des repérages, avant d’envisager le clip, en Hongrie pour un long métrage.

LB : L’histoire de Mylène Farmer en clips, on va essayer de la découvrir. On va découvrir plusieurs extraits des grands clips de Mylène, et on en reparle dans quelques instants. Regardez bien : Mylène Farmer en images.

Diffusion d’extraits des clips de « Libertine », « Tristana », « Sans contrefaçon », « Pourvu qu’elles soient douces », « Sans logique » et « A quoi je sers… ».

LB : Voilà, Mylène. On vient de découvrir les extraits des on va appeler ça des films, Mylène Farmer, de « Libertine » à « Tristana », tous les grands classiques. Qu’est­ce que ça te fait de revoir ton histoire, et presque ta carrière, en clips ? C’est vrai qu’on a beaucoup associé ça, avant la scène  j’entends : l’association, c’était « Mylène Farmer, c’est de l’image ; Mylène Farmer n’existe que par l’image ». Est­ce que tu as ce sentiment ? Est­ce que tu la revendiques, ou est­ce que, au contraire, ça te gène, maintenant que tu as fait de la scène ?

MF : Non, non, je n’ai aucune gêne quant à mon passé. C’est quelque chose qui est, je crois, très important pour moi, l’image. C’est ce qui m’a fait connaître, très certainement. Bien évidemment les chansons, mais c’était quelque chose d’essentiel en tous cas. Donc j’en suis très contente. Très contente. Et c’est vrai que j’avais besoin de la scène, mais ça c’est pour mes propres émotions, pas… (silence)

LB : Justement, à ce propos, tu dis que, en fait, assez fréquemment, tu es en état de peur, et que tu as besoin de cette peur pour oublier. Mais pour oublier quoi ? Tes angoisses ?

MF : Pour oublier ses angoisses, pour oublier que la vie est profondément dure et parfois laborieuse. Pour oublier beaucoup de choses qui sont trop intimes pour vous les raconter.

LB : D’ailleurs, tu cites quelqu’un qui s’appelle Luc Dietrich, qui dit « L’oubli c’est le sommeil de nos douleurs ».

MF : Euh… No comment ! (rires)

LB : C’est ça? Tu confirmes? Y’a pas de problèmes, ça reste ça. Mais cette trouille, elle te fait du bien, elle te motive ? Par exemple, au moment d’entrer en studio, tu dis que tu as quelques angoisses. Mais quand tu parlais de ça, tu n’avais pas encore fait la scène ­ y’avait pas encore eu le Palais des Sports, Bercy…

MF : Les véritables angoisses sont quand même celles, je crois, de la scène. Le studio, c’est autre chose. En tout cas, le studio, moi je parlerais plutôt de l’écriture. Parfois, on a l’impression qu’on n’a plus de nourriture pour pouvoir aussi donner des choses. Ça, c’est quelque chose qui m’a fait un peu peur : quand on sort de scène, on est complètement vidé. Et puis, on s’aperçoit que ça se fait au fil du temps.

LB : Vidée de ses émotions, de son trac, de ses sentiments ?

MF : Non, comblée d’émotions. Mais, c’est difficile à exprimer. C’est…

1991-01-bLB : C’est un petit peu particulier quand même pour quelqu’un qui a une trouille permanente, ou qui a des angoisses et une peur, de monter sur scène devant dix­ huit mille personnes.

MF : Il y a une différence entre trouille et angoisse, je trouve.

LB : Les angoisses, c’est plus profond ?

MF : J’en sais rien. Enfin moi, je me résumerais comme quelqu’un d’angoissé, mais pas trouillard du tout par contre. C’est quelque chose de très motivant finalement, oui.

LB : L’exécutoire c’est l’écriture ? Par exemple, tu dis que tu as eu une période d’écriture après Bercy…

MF : Dans un premier temps, oui, c’est l’écriture, absolument. Mais il y a beaucoup de choses à jeter.

Justement, quand a eu des émotions très, très fortes, en général, l’après émotion, c’est pas le moment pour rédiger des choses. Je crois qu’il faut attendre quelques mois avant d’essayer de s’échapper de quelque chose de puissant.

LB : Tu fonctionnes presque comme une éponge : tu as besoin de regarder ce qu’il se passe autour…

MF : La métaphore est jolie, je vous remercie ! (rires)

LB : N’est­ce pas ?! Je vous en prie ! J’aurais pu choisir autre chose, c’était inélégant. C’est fonctionner comme une éponge : regarder ce qu’il se passe autour et retracer une histoire. Par contre, il y a une chose qui est étonnante, c’est que dans la plupart de tes titres, assez fréquemment, ça revient souvent, comme un leitmotiv, il y a la mort qui est là, qui est présente. Est­ce que ça fera également partie du futur album, de « L’Autre… » ?

MF : Je dirais que c’est quelque chose qui est inhérent à ma vie. C’est quelque chose qui me trouble. Est­ce que ça me passionne ? Je ne sais pas bien. Oui, c’est quelque chose qui sera présent, mais c’est en deçà des mots, c’est pas forcément dit avec violence non plus.

LB : Ça, ça fait bien partie de ton personnage. Quand on parle de toi, on a presque envie de parler de clairobscur.

On a l’impression qu’il y a des antinomies, des paradoxes permanents. Il y a la sauvage d’un côté, puis la timide de l’autre subitement…

MF : Elles existent. Je crois qu’on ne peut pas fabriquer pendant sept années. Je suis comme ça, et je peux avoir mes moments d’euphorie, comme tout le monde, bien évidemment. Mais je crois que je suis profondément timide.

LB : Alors, on vient de voir une série de clips, de « Sans logique » à « Sans contrefaçon », ou encore « Tristana », « Libertine ». Il y en a un qu’on n’a pas vu, volontairement, qu’on va découvrir maintenant, c’est « Ainsi Soit Je… » où là, effectivement, c’est peut­être ce côté paradoxe, il s’est passé autre chose dans le tournage de ce clip. Déjà dans l’utilisation du noir et blanc, et du sépia. Et puis, c’était pas une scène à grand spectacle. On n’était pas, comme ici à Budapest, dans une usine désaffectée, avec de la neige, avec des trains qui passent. Et je crois que c’est un des clips que tu préfères, c’est une des images de toi, « Ainsi Soit Je… », que tu aimes bien.

MF : Je sais pas si c’est une image que j’aime bien. Là, j’apprécie beaucoup la sobriété de ce clip. Pour le thème, le sujet et l’univers, en tous cas l’ambiance, je crois que c’était important d’être très, très sobre, et surtout pas explicatif, pas être narratif non plus. Donc avoir des images et suggérer des choses, c’était plus important.

LB : « Ainsi Soit Je… », Mylène Farmer. On regarde.

Diffusion du clip de « Ainsi Soit Je… ».

LB : « Ainsi Soit Je… », Mylène Farmer. Donc un des clips que Mylène préfère. Rentrons maintenant dans le détail : si on est ici à Budapest, c’est pour vous montrer, c’est ce que vous allez découvrir, des images de ce tournage de clip. C’est une première fois, je le disais tout à l’heure, et l’on t’en remercie, avec Laurent Boutonnat et Thierry Suc, de nous avoir acceptés sur le tournage d’un clip, parce que vous êtes un peu avares d’images de ce travail que vous faites en équipe sur le tournage d’un clip, comme en ce moment ici, en Hongrie.

MF : Je ne sais pas si nous sommes avares, mais c’est assez difficile qu’une autre équipe intervienne parce que, quelquefois, un tournage, surtout comme celui­-ci, c’est une grosse machinerie et ça peut perturber le metteur en scène, et tout le monde. Et c’est vrai qu’on a un souci de garder les choses secrètes, mais parce que, moi, je suis probablement comme les enfants : j’aime encore les surprises. Donc j’aime bien cet effet de surprise quand on a un nouveau clip ou de nouvelles chansons. C’est pour ça que je fais très peu écouter l’album avant qu’il ne sorte. C’est une manière de préserver la chose.

Images du tournage de « Désenchantée », avec la mention : « Budapest ­ 22.02.91 ». Les figurants attendent.

Mylène aussi…

LB : A propos de ce titre, tu parles de génération, de chaos, d’intensité ­ j’ai eu l’occasion d’écouter le titre une fois. C’est presque un titre d’actualité. C’est une fois de plus le malaise. Mais c’est le malaise de quoi ? D’une génération ? Y’a ‘génération’ dedans. Quelle génération ?

MF : Là, je suis un petit peu désolée parce que, même si le mot ‘génération’ existe, je parle surtout de moi. Je ne veux en aucun cas impliquer, même si j’emploie une fois de plus le mot ‘génération’, je n’implique que moi.  Maintenant, c’est que si quelques personnes pensent comme moi, je dirais tant mieux ! Mais, une fois de plus, ça n’engage que moi. Je ne veux en aucun cas faire de la revendication. Et moi, me situant plutôt hors du temps et hors de l’Histoire, je préfère qu’on ne me considère que comme tel.

LB : Mais pourquoi te situes­tu hors de tout ? Parce que rien ne te touche ? Ça m’étonne…

MF : Ça n’a rien à voir. On peut se situer et se placer hors de tout. C’est une manière de se protéger, c’est une manière surtout de s’échapper du monde environnant. Maintenant, je fais la même chose que vous toute la journée, probablement. Mais en aucun cas, je ne me servirais de l’actualité présente. Non pas parce que ça ne me touche pas, ce serait cruel de le dire, mais parce que ce n’est pas mon propos que de parler de ça.

Images du tournage du clip de « Désenchantée » ­ la scène où Mylène et les enfants s’enfuient du camp. Gros plans sur de nombreux figurants.

Laurent Boutonat and Mylène FarmerLB : Parle-­moi un petit peu de « Désenchantée ». Vous êtes venus ici, à Budapest, tu le disais tout à l’heure, pour des raisons de tournage. Je sais que Laurent et toi vous aimez bien la neige, vous aimez bien l’humeur de cet endroit, la Hongrie. Mais dans le clip, on voit de jeunes enfants ­ il y a une centaine de figurants hongrois ­ avec des têtes très particulières, grimés, masqués, habillés un peu comme toi…

MF : Tout à fait. Même encore plus sales ! (rires)

LB : Assez minimaliste, quoi, dans la tenue. Alors, pourquoi ce choix ? D’où vient l’inspiration de ce choix ?

MF : Là, j’avoue qu’il est né probablement d’un amour commun, de Laurent et moi­-même, pour tout ce qui est Dickens, qui est « Oliver Twist ». On aime beaucoup, tous les deux, David Lean qui avait réalisé, je crois que c’était un de ses premiers longs métrages, qui était « Oliver Twist » qui était absolument magnifique. Et c’est surtout cette approche du conte qui est permanente.

LB : Oui, ça reste un petit peu dans ce qu’on a vu déjà chez toi…

MF : Oui

LB : …dans les histoires qui avaient avant, dans les scénaries qui avaient été développés. C’est toujours un conte et une histoire. Tu aimes les histoires. Tu aimes les fins, aussi, qui sont pas forcément belles, c’est que tu dis à propose du cinéma.

MF : Oui. J’aime les fins, je crois même que je préfère, les fins tragiques.

LB : Tu fais beaucoup de reproches d’ailleurs au cinéma français à ce sujet­là.

MF : (soupir) Je le fais dans ma vie privée ! (rires) Et en privé, très souvent, je… Non, je ne ferai pas de grands discours sur le cinéma français. J’ai l’impression effectivement que le cinéma français, en tous cas celui d’aujourd’hui, me touche moins qu’un autre cinéma ­ le cinéma russe, le cinéma américain parfois, le cinéma anglais. Maintenant il y a toujours des…

LB : (la coupant) Tarkovsky, dans le cinéma russe, par exemple ?

MF : C’est quelqu’un que j’aime beaucoup. J’aime beaucoup Bergman, David Lean qui malheureusement a arrêté de tourner, je crois. Mais j’aime aussi… Il y en a beaucoup.

LB : Dans « Désenchantée », dans le clip, c’est un univers carcéral particulier…

MF : On a essayé d’avoir quelque chose d’intemporel. C’est pour ça aussi le choix de ces costumes, parce qu’on ne peut pas tout à fait situer l’époque. Alors ça se situe effectivement dans un milieu carcéral. Il y a une autorité autour de ces enfants. Qu’est­ce qu’on peut dire ? Et que ces enfants n’ont rien à perdre, donc il leur reste comme solution la révolte, et c’est ce qu’il va se passer dans le clip.

Images du tournage du clip de « Désenchantée » ­ la scène de la fuite des enfants.

LB : Je me souviens, enfin j’ai lu ça quelque part, sans parler de ton histoire, que quand tu étais petite, tu passais beaucoup de temps dans les hôpitaux psychiatriques. Tu as fait ça pendant un petit moment…

MF : Ce n’était pas des hôpitaux psychiatriques, c’était d’ailleurs l’hôpital de Garches, qui a beaucoup d’enfants handicapés, moteurs et mentaux effectivement. Je m’en suis, en tout cas j’en ai un souvenir, j’ai eu l’impression de m’en occuper beaucoup. J’y allais très souvent le dimanche. J’étais assez petite.

LB : Mais c’est pas un truc de petite fille, ça ! C’est quand même assez original, comme attitude…

MF : Je sais pas bien. J’avais probablement besoin d’aller vers quelqu’un, vers les autres en tous cas. Mais c’est bouleversant, c’est passionnant. Peut­être que j’y retournerai un jour…

LB : Ça n’a pas de rapport avec ça, avec l’encadrement, toute la structure qui est autour des enfants du clip ?

MF : Peut­être inconsciemment. Là j’avoue que… (rires)

LB : Y’a pas d’incidence ?

MF : Effectivement, il y a des acteurs, de jeunes enfants, qui sont handicapés. Et on s’est aperçu ­ il y a une anecdote absolument magnifique ­ qu’un enfant handicapé, qui est sur le tournage, et qui s’est adapté au tournage en quatre jours. Et son éducatrice nous a dit que, en quatre jours, il avait fait des progrès de six mois. Donc c’est une jolie récompense (sourire).

LB : Là c’est ton côté humaniste ?

MF : Oh non !

LB : Comment tu échanges avec tous ces jeunes hongrois qu’on voit là ?

MF : C’est un échange uniquement de regards puisque nous n’avons pas la même langue, et que les interprètes ne sont pas toujours là pour traduire. Ce sont des regards et puis… Ce sont surtout des gens…

Tous ces figurants ne jouent pas. Ils sont très, très justes. Enfin, ils jouent, mais en aucun cas ne surjouent, et c’est ce qui est fascinant. Ils ont une spontanéité. On a l’impression qu’ils sont nés dans ces costumes, dans cette époque. Et ça, j’avoue que c’est un plus pour le tournage.

LB : Je crois que c’est un parti pris. J’ai eu l’occasion de parler avec ce qu’on appelle un casting-­producer ici ; il m’a dit que, dans le choix des gens, il y avait peu de comédiens, hormis la matonne…

MF : Absolument, oui.

LB : Il y a des délinquants, des jeunes enfants de l’école…

MF : Il y a de tout, oui. Ce sont des gamins de la rue. (rires)

LB : …avec leurs réactions. C’est­à­dire quand on vit à Budapest, quand on a vécu ce qu’on a vécu, quand on a eu l’histoire qu’on a eue, dans une ville qui, somme toute, quand on se promène un peu ici, on sent que c’est pas forcément réjouissant au niveau de l’humeur et de l’âme….

MF : C’est en tous cas habité.

LB : C’est ça, on sent qu’il y a une âme, mais on sent qu’il y a une pression.

MF : Il y a une dureté et il y a une…oui une dureté réelle.

Images de Laurent Boutonnat filmant la scène finale de « Désenchantée ». Laurent Boyer, qui est à ses côtés, réussit l’exploit de faire dire quelques mots au réalisateur, habituellement très discret.

Laurent Boutonnat : On a une scène avec tous les figurants, avec Mylène. C’est un raccord à faire sur ce petit monticule. Nous, on est derrière, avec la caméra. On va faire brûler des pneus pour avoir une grosse fumée noire, pour être raccord avec l’usine d’hier où il y avait le feu, etc. Ils sont censés s’échapper de l’usine, et ils vont descendre de cette petite colline pour courir dans cette immense plaine, vers rien.

L. Boyer : Ce sera le dernier plan du clip ?

L. Boutonnat : C’est l’amorce des derniers plans en fait. C’est le premier plan où ils s’échappent de cette prison/usine pour partir dans la plaine. Après, on a plusieurs plans à faire de leurs visages qui courent…

L. Boyer : Ça a été un bonheur pour toi d’avoir cent figurants, de jeunes hongrois ?

L. Boutonnat : Oh oui, oui, oui. C’est formidable !

L. Boyer : Pas trop difficile à gérer ?

L. Boutonnat : Non parce qu’il y a une équipe très solide qui tient bien tout ce monde­là. Ils ont des têtes extraordinaires en plus. Il y a quelque chose de formidable ici, c’est qu’ils sont… Ils jouent bien. C’est même pas jouer ; ça leur plaît de faire ça, donc c’est presque naturel.

L. Boyer : C’est peut­être mieux que des comédiens. Ils ne surjouent pas !

L. Boutonnat : Ah oui ! C’est impossible, les comédiens ! Ils ont quelque chose de naturel comme ils ont jamais fait ça de leur vie, ils ont une espèce de maladresse. Mais t’as l’impression qu’ils ont fait ça toute leur vie, que ce sont de grands professionnels.

L. Boyer : T’as voulu tourner ici, ça s’appelle la pousca…

L. Boutonnat : La puszta !

L. Boyer : C’est quelque chose d’énorme. C’est la plaine hongroise. Le ciel se rejoint avec la terre.

L. Boutonnat : Absolument. La Hongrie est un pays plat où il n’y a que des plaines. Et tout le centre de la Hongrie, c’est ça : des centaines de kilomètres avec rien, et c’est très impressionnant, surtout avec la neige.

On a l’impression que le ciel et la terre se rejoignent et que y’a rien. C’est le néant. Et c’est beau.

Après quelques images du tournage de la scène de fin et une page de publicités, on retrouve Laurent Boyer aux côtés de Mylène Farmer.

LB : A Budapest, dans un lieu un peu particulier qui est un lieu de tournage, celui que Mylène Farmer et Laurent Boutonnat ont choisi pour ce clip, « Désenchantée », qu’on va découvrir dans quelques instants puisque vous allez le découvrir pour la première fois sur M6, presque en exclusivité, parce qu’il est pas passé beaucoup avant. On a parlé un peu de ce clip, de la façon dont tu as travaillé. Alors toi, c’est ta tenue permanente, ta tenue Dickens on va dire, c’est un peu ça. Et puis, un travail de maquillage. Tu n’hésites pas à te grimer. Là, on voit que tu as effectivement la petite trace de sang. Tu as beaucoup souffert dans ta vie…

MF : (elle sourit et pose un doigt au coin de sa bouche) Je me suis fait très mal ici. C’est parce que j’ai reçu des pierres. Donc, fatalement, je me suis coupée avec une pierre.

LB : Il y a autre chose que tu as coupé, ça tout le monde l’aura remarqué. J’ai pas sauté dessus tout de suite…

MF : C’était élégant ! (rires)

LB : Merci !

MF : Ils sont coupés !

LB : Ça va de plus en plus dans ton côté…pourquoi j’allais dire androgyne ?

MF : Allons bon ! (rires)

LB : Est­ce qu’il y a un autre mot ? Peut­être ‘différente’ ? Ce côté masculin. Oui, ce côté masculin. On sait pas trop quoi. Cette image un peu masculine et féminine. Le fait de couper les cheveux, tu sacrifies au mythe.

Mais la coupe, on va dire « Mylène Farmer, décidément, est de plus en plus masculine »…

MF : Oh non, je ne pense pas. En tous cas, ce n’est pas mon souhait. Et je pense qu’on peut avoir des cheveux très courts et être très féminine quand même.

LB : Un exemple : Katherine Hepburn.

MF : Audrey Hepburn! Katherine Hepburn a eu les cheveux longs plutôt, elle. Mais elle avait une façon très féminine de s’habiller, mais toujours avec des pantalons. Très sobre. Que puis­je vous dire sur la coiffure ?

1991-01-gLB : Sinon que t’avais envie de le faire, et que ça fait causer quoi !

MF : Ça, c’est vous qui dites que ça fait causer ! Moi, j’avais tout simplement envie de changer de tête, c’était important pour moi. Et puis, c’est plus facile de se coiffer quand on a les cheveux courts !

LB : J’aime quand on parle de pratique comme ça, c’est bien ! (rires) Mylène Farmer, « Désenchantée », le clip, on le regarde tout de suite, et c’est la première fois que vous le découvrez.

Diffusion du clip « Désenchantée », version courte.

LB : Mylène, on a parlé tout à l’heure des enfants hongrois, on en a beaucoup parlé, de ce choix, du lieu bien sûr. Alors, il y a une infrastructure et une équipe assez importantes. Il y a beaucoup de gens sur ce tournage…

MF : Je crois qu’il y a à peu près cent vingt personnes, mais il y a surtout douze personnes, enfin ‘surtout’ parce qu’elles viennent de Paris, douze personnes dans l’équipe technique.

LB : Des français, donc ?

MF : Oui, absolument.

LB : Avec qui vous avez l’habitude de travailler ?

MF : Oui. Jean­Pierre Sauvaire, qui est chef opérateur. Carine Sarfati, qui est aux costumes. Et beaucoup d’autres, et je m’excuse de ne pas les citer.

LB : C’est une équipe de copains, ça. C’est des gens avec qui vous travaillez fréquemment. On a l’impression que c’est presque une famille…

MF : Oh oui. C’est des gens de grande qualité humaine et professionnelle. C’est vrai que c’est un plaisir, à chaque fois, de les réunir à nouveau.

LB : On voit pas de chevaux dans ce clip !

MF : Non.

LB : Y’a pas le…

MF : Le syndrome chevaux ? (rires) Non, il n’existe pas ! (le dernier jour du tournage, une scène montrant un squelette au dos d’un cheval noir parcourant la fameuse plaine vide sera pourtant tournée, mais coupée au montage final, nda)

LB : Y’a pas le Cadre Noir, et pourtant, ça fait partie de ton histoire, quand même…

MF : Ça, c’est la presse qui est allée un petit peu trop loin ! J’ai fait beaucoup d’équitation dans ma jeunesse, j’ai effectivement fait un passage, mais très bref, à Saumur, mais c’était pour envisager de passer le monitorat. Donc c’était très, très bref. La presse s’est emparée de ça et en a fait une grande monitrice d’équitation, mais je n’en suis pas là. (sourire)

LB : Ça faisait pas partie de tes aspirations. En fait, chanter non plus, vraiment ?

MF : Non, ce n’était pas une vocation. Mais c’est quelque chose de… C’est probablement un cadeau de la vie qui m’a été fait.

LB : Est­ce que c’est une chance qui passe à un moment donné ? Est­ce qu’il faut la saisir cette chance ? Au moment où tu as rencontré Laurent sur le premier 45­trs, il y a une petite voix qui t’a parlé ?

MF : C’est l’autre, justement ! (sourire)

LB : (ne comprenant visiblement pas l’allusion au titre du nouvel album à venir) C’est l’autre ?

MF : Oui, c’est une petite voix. C’est une chance et une évidence à la fois. C’est­à­dire que quand j’ai rencontré Laurent… Tous les deux, nous sommes nés de la même chose. Donc c’est quelque chose de très fort et très beau, en tous cas pour ma vie.

LB : Autre chose qui a probablement été très bon, on en parlait tout à l’heure, de tes émotions, de ta peur, de ce qui te motive, de ce qui te fait avancer, ça a été la scène. Ça a été le Palais des Sports, ça a été Bercy par la suite. Moi, je t’ai vue dans les deux cas. Je t’ai vue pleurer sur scène, pleurer d’émotion sûrement, d’intensité. Est­ce que ça, c’est l’avènement pour toi ? Le parcours a été long, de 84 à 89, cette scène, est­ce que ça représente l’avènement ? Et est­ce que ça te manque déjà, l’absence de scène depuis à peu près un an ?

MF : Je ne sais pas si on peut parler d’un manque. C’est très, très troublant, la scène. En tout cas, la façon dont moi j’ai abordé la scène et la façon dont je l’ai ressentie, c’est quelque chose de très troublant. Donc c’est quelque chose qui marque énormément. Là aussi, c’est difficile pour moi d’en parler parce que c’est très riche.

Je ne sais pas. C’est une grande émotion. Maintenant, je pourrais dire beaucoup d’autres choses, mais c’est délicat pour moi parce que je…

LB : Est­ce que c’est une émotion passée, ou est­ce que c’est une émotion qui implique le fait d’être en désir justement de cette émotion ?

MF : C’est une émotion qui fait partie maintenant de mes souvenirs. Mais, dans la mesure où c’est aujourd’hui, je peux la considérer comme étant du passé. Donc c’est quand même… Comment vous dire ? C’est une plaie.

En tous cas, dans mon souvenir, c’est une plaie car c’est quelque chose que je n’ai plus actuellement. Ce qui ne veut pas dire que j’ai envie d’y retourner tout de suite non plus. J’ai envie de vivre dans ma vie des choses très fortes. Je sais que je ne pourrai pas les renouveler quotidiennement. Donc je sais que ma première fois sur scène, c’était quelque chose d’incroyable pour ma vie. Est­ce que je ressentirai les mêmes choses si je remonte une deuxième fois sur scène ? C’est la question, en fait, que je me pose, donc c’est en ce sens que c’est très déstabilisant.

LB : Qu’est­ce qui peut t’inspirer justement un désir aussi fort, où tu te dis « Tiens, si je faisais ça, j’aurais peut­ être une émotion encore plus forte » ? Y’a le cinéma, probablement ? On t’a proposé d’ailleurs des rôles au cinéma. Garcia t’a proposé un rôle, il me semble…

MF : (visiblement réellement surprise) Vous me surprenez parce que, moi, je n’en ai jamais parlé.

LB : Ah oui ? C’est des échos, alors. Des bruits…

MF : (perturbée) Non, mais c’est pour dire que je n’en ai jamais parlé.

LB : C’est vrai ou pas ?

MF : C’est vrai que j’ai rencontré Nicole Garcia. J’ai vraiment souhaité la rencontrer. J’avais ce projet de scène, donc il a fallu choisir et c’était évident pour moi. Ce n’était même pas un choix. Mais j’ai quand même souhaité la rencontrer. J’aime bien cette femme. J’ai eu quelques propositions. J’attends. J’attends parce que ce ne sont pas encore les bonnes. Et que j’y mettrai, je dirais, la même démesure et la même passion pour aborder ce thème­là. Mais c’est… J’attends, voilà.

LB : Peut­-être, alors. Qui sait ? On parlait d’émotion à l’instant. L’émotion, l’intensité : c’est extrait d’un double album qui est sorti, c’est également la cassette vidéo live du Palais Omnisports de Paris Bercy. (le concert a en réalité capté à Bruxelles, nda) C’est Mylène Farmer sur scène. « Plus Grandir ». Regardez…

Diffusion du clip de « Plus Grandir (live) ».

LB : « Plus grandir », à l’instant. C’est la scène, c’est Mylène Farmer en scène. Mylène nous en parlait à l’instant, avec cette émotion nette et intense qu’était cette scène. A propos de ton succès, parce que tu as quand même du succès, tu es…je sais pas si on peut dire star ou vedette…

MF : J’en sais rien. C’est pas mon problème.

LB : Tu t’en fous ! Par contre, il y a une réflexion que tu t’es donnée à toi­même une fois dans une interview, tu t’es toi­même posée la question, et tu y as répondu, et j’ai trouvé ça assez intéressant. Tu dis « Si le succès se meurt, je serai dans une solitude incommensurable et presque insupportable ». Alors, ça aussi, c’est le paradoxe du personnage puisque tu viens de me dire « Bof, je m’en fous, c’est pas mon problème. Je suis star, je suis vedette, c’est pas… ».

MF : Non, mon problème n’est pas le mot qu’on emploiera pour définir. Mais mon vrai problème, c’est d’exister, et donc d’avoir le regard des autres posé sur moi, d’avoir quelqu’un qui m’écoute. Et ça, c’est… Pourquoi je fais ce métier ? C’est parce que j’ai besoin de ça pour vivre.

LB : C’est le désir d’amour des autres. Probablement le désir de donner aussi…

MF : Bien sûr. Ça c’est…Oui, bien évidemment, oui.

LB : Est­ce que tu projettes un petit peu dans l’avenir et te dire « Est­ce que je continuerai à faire ça ? » ? C’est­ à­dire un album tous les trois ans, une scène, … Je me demande su tu es capable de tomber dans une routine…

MF : Non, parce que je pourrai dès le prochain album remonter sur scène. Non, je ne peux pas me projeter dans l’avenir. Quand je pense à l’avenir, je vois l’échec donc je préfère ne pas y penser. Et j’y pense malgré tout ! (rire nerveux) Mais c’est pas une grande quiétude en tous cas.

LB : On a l’impression qu’il y a un mal de vivre permanent chez Mylène Farmer…

MF : Oh, je ne voudrais pas n’émaner que ça, mais je… (soupir) Que dire ? Oui, appelons ça le mal de vivre.

Appelons ça une incompatibilité avec la vie, en tout cas.

LB : Avec les autres, des fois ?

MF : Avec les autres, mais ça nous sommes tous pareils.

LB : L’enfer c’est les autres, quoi !

MF : Oui, bravo ! (rires)

LB : Je vous en prie. (un camion arrive en second plan, depuis le décor du clip, et vient tout droit vers le ‘plateau’ d’interview) Ne vous inquiétez pas, on a un camion qui nous arrive dessus ! On est vraiment sur les lieux du tournage de ce clip ! (rires de Mylène qui se retourne) Y’a même des coups de mitraillettes de temps en temps. C’est l’apocalypse quoi ! (le camion passe juste derrière eux puis disparaît, Mylène est morte de rire) Voilà, merci, c’est gentil. Ne changez rien. Restez où vous êtes. On s’installe et on continue dans le même esprit. Mylène, on va regarder « Désenchantée » une autre fois… Ah, je voulais dire une chose.

L’album n’est pas encore sorti, par contre, il y a une chose que tu as faite et qu’on n’attendait pas forcément, c’est un duo avec quelqu’un, sur cet album, avec Jean­Louis Murat. Alors là aussi, il y a une rencontre un peu particulière. Cette rencontre est née de quoi : de ton désir, du sien ?

MF : Ça, je vais garder ça mystérieux. Je crois que c’est né de toute façon d’un désir commun. Nous nous sommes rencontrés et on a décidé de chanter cette chanson ensemble. Et je suis très heureuse d’avoir rencontré Jean­Louis. J’aime beaucoup sa voix, d’abord, et j’aime surtout sa façon d’écrire. Et c’est quelqu’un qui a réellement un univers. C’est pour moi ­ je ne sais pas s’il appréciera le compliment, c’en est un pour moi ­c’est un poète d’aujourd’hui. C’est quelqu’un qui me touche beaucoup. (sourire)

LB : Mylène Farmer, « Désenchantée ».

Diffusion du clip « Désenchantée », version intégrale.

LB : Voilà, « Désenchantée », Mylène Farmer. On est sur le tournage de ce clip. L’album sort le 8 avril, je vous le rappelle. (la date officielle annoncée par la maison de disque sera pourtant le 10 avril, nda) L’album s’appelle « L’Autre… ». Le 45­trs, vos le connaissez puisqu’on l’entend en radio, déjà, depuis le 18 mars.

Mylène, après ce tournage, après Budapest, ça va être quoi ? Ça va être promotion ? Quelques télés…Très peu, d’après ce que je sais.

MF : Très peu de télés, oui.

LB : Merci de nous avoir accordé cette interview, surtout ici.

MF : Merci d’être venu.

LB : Je t’en prie. On se remercie encore ! Et après, ça va être peut­être un peu de repos, t’occuper des animaux. Tu as toujours des animaux ?

MF : J’ai toujours mes deux singes.

LB : Oui, c’est ça.

MF : Et, quant au repos, non. Définitivement, je déteste le repos et l’oisiveté.

LB : Tu t’ennuies ? Ça t’ennuie, le repos ?

MF : Oui. Et ça m’inquiète beaucoup. Beaucoup !

LB : Mylène, merci d’avoir été avec nous. Et puis, on se retrouvera probablement prochainement. On ne sait pas. Qui sait ?

MF : D’accord.

1991-01-eLB : Merci. C’était ici, à Budapest, et elle va continuer le tournage du clip. Et il fait de plus en plus froid, je vous assure. (rires de Mylène) Ah ! Je sais que ton rêve, ce serait de faire un reportage sur la banquise.

MF : Oui, absolument.

LB : C’est toujours vrai ?

MF : C’est toujours vrai.

LB : Je sais pas si j’irai t’interviewer sur la banquise ! (rires) Ça s’arrange pas ! Merci Mylène.

MF : Merci.

LB : A bientôt.

MF : Au revoir.

Générique (extrait de « Désenchantée » sur des images du tournage).

Publié dans Mylène en INTERVIEW, Mylène et ses longs discours | Pas de Commentaire »

CLIP DÉDICACE A MYLENE

Posté par francesca7 le 16 avril 2015

 

Présenté par Yves CARRA - M6 du 8 OCTOBRE 1988

1988-07-dAu lendemain même de la présentation d’une version tronquée du clip de « Pourvu qu’elles soient Douces » sur Canal +, Mylène vient sur le plateau de cette émission musicale matinale, habillée d’un chemisier blanc ample, d’un pantalon noir, cheveux lâchés et mains gantées de cuir noir, présenter cette fois la version intégrale de son clip. Elle répond également, pas forcément de bon cœur visiblement, aux questions de l’animateur, assise sur un canapé, et reçoit quelques cadeaux.

Yves Carra : (…) Nous avons une invitée exceptionnelle aujourd’hui, c’est la première fois qu’elle est sur M6 (Mylène y a été interviewée l’année d’avant pourtant, nda) dans « Dédicace » tout au long de cette première heure d’émission. Vous l’avez comparée à une mante religieuse, à la fée Clochette, à une libellule, vous avez aussi dit ­ c’est vous qui parlez (les téléspectateurs, nda) ­ qu’elle possédait le goût de l’interdit, de l’ambiguïté.

Et moi je peux vous dire qu’après sept 45­trs, après deux albums et des clips remarqués et remarquables, en quatre ans seulement elle occupe une place tout à fait à part maintenant dans la chanson française, vous serez bien d’accord avec moi sur ce plan­là : c’est Mylène Farmer. Bonjour !

Mylène Farmer : Merci de tant d’éloges !

YC : En plus, c’est les téléspectateurs qui parlent. D’ailleurs, à ce propos, je vous offre la carte postale du… (il prend et montre à la caméra la photo d’un chimpanzé) Il ressemble à Léon ou à E.T. ?

MF : Ni l’un, ni l’autre. Ca, c’est un chimpanzé. Moi, ce sont des sajous capucins (elle prend la photo). Mais j’aimerais bien avoir celui­ci, mais c’est impossible.

YC : Pourquoi ?

MF : Parce qu’ils sont très, très protégés. C’est normal.

YC : Alors y a aussi une belle carte postale qu’on a reçu avec plein d’éloges derrière, je vous l’offre. (il montre à la caméra une carte postale puis la tend à Mylène) Y en a aussi beaucoup d’autres !

MF : Merci…

YC : Je vous montre quand même le 33­Trs compact (sic) de Mylène Farmer (il montre à la caméra le CD « Ainsi Soit Je… ») et puis nous, bien sûr, nous allons regarder d’ici quelques minutes, mais on va en parler avant pour le présenter, « Pourvu qu’elles soient douces », donc, en version intégrale de 15mn plus 2mn50 de générique, c’est ça ?

MF : C’est parfait ! (rires)

YC : C’est exactement ça !

MF : Oui.

YC : Donc, en clair, on peut dire déjà en préambule que c’est la suite de « Libertine »…

MF : C’est la suite de « Libertine ». Vous verrez : le clip démarre sur, en fait, la dernière image de « Libertine 1 ».

YC : Donc on est à quelle époque ?

MF : On est au XVIIIème siècle, ça se déroule pendant la guerre de sept ans et c’est une histoire qui va se dérouler sur le territoire français entre une armée anglaise et une armée française, avec comme personnage principal Libertine, le capitaine anglais, la rivale de Libertine qu’on va retrouver, qui sera une prostituée et… je vous laisse découvrir le reste !

YC : D’accord, on le découvrira dans quelques minutes. Je crois que vous avez pris beaucoup de plaisir à ce tournage, en fait…

MF : Ha oui !

YC : …parce qu’il y a des cascades, il y a des bagarres dans la boue, on le verra aussi tout à l’heure, y a beaucoup d’équitation, vous aimez bien…

MF : J’adore l’équitation, c’est vrai. J’ai rencontré Mario Luraschi, qui est donc un cascadeur, un des plus renommés en France, et j’ai appris énormément de choses et c’était un bonheur. Je crois, le tournage le plus difficile, quand même, qui a duré huit jours, neuf jours…

YC : Neuf jours ?

MF : Oui.

YC : Où ça ?

MF : C’était dans la forêt de Rambouillet, tout en extérieur.

YC : Tout en extérieur ? Rien en studio ?

MF : Oui.

YC : Avec combien de figurants, figurantes ? (on voit alors à l’image des images du making­of du clip « Pourvu qu’elles soient douces »)

MF : Sur la globalité, y avait entre 500 et 600 figurants.

YC : D’ailleurs, on voit des images du tournage du tournage (sic) ! Alors, on a pris des rushes, comme ça, au travers de cassettes qu’on avait…

MF : (alors qu’on voit les doublures de Mylène et Sophie Tellier se battre) Ca, c’est une image du clip, d’ailleurs.

YC : Oui, c’est une image du clip. C’est vraiment vous qui sautez dans les bras de l’adversaire, si je puis dire ?

MF : Il y a des cascadeuses qui sont nos doublures respectives.

YC : Ha oui, quand même ! Alors, je crois qu’on va peut­être en voir quelques­unes  d’autres, d’images, parce qu’il y a notamment une bagarre dans la boue qui est assez étonnante.

MF : Oui. Ca, c’est vraiment nous, là, sur ce moment­là.

YC : C’est vraiment vous qui l’avez faite ?

MF : Absolument.

YC : (toujours par­dessus des images du tournage du clip) Alors là, on continue un petit peu la bagarre…Ca doit pas être évident quand même quand on est cascadeuse d’être la doublure, de se battre toute la journée, d’éteindre le feu (on voit en effet à l’image un technicien éteindre un feu sur le tournage) Vous a pas eu de problèmes, comme ça, pour allumer des feux dans la forêt de Rambouillet ?

MF : Non, non, y avait les pompiers qui étaient sans arrêt autour !

YC : (alors qu’on voit à l’image Laurent Boutonnat donnant des indications à Jean­Pierre Sauvaire, son collaborateur) Là, on voit Laurent Boutonnat.

1988-07-aMF : Et des tuyaux ! (on distingue en effet quelque chose derrière Laurent Boutonnat qui peut ressembler à des tuyaux)

YC : Des tuyaux ?

MF : (réalisant son erreur) Non, c’est une roue ! (c’est en effet une roue posée derrière Laurent Boutonnat, nda) (rires)

YC : Ha bon, ça va j’ai eu peur ! Laurent Boutonnat, donc, le réalisateur, qui est aussi l’arrangeur, le concepteur et le réalisateur du 33­Trs.

MF : Voilà. Là, y avait Jean­Pierre Sauvaire, qui est donc le chef opérateur qui travaille avec nous.

YC : Et je crois aussi, je vous en ai entendu parler dans une autre émission on peut le dire, que le montage était très important pour vous, et que la monteuse, puisque c’est une monteuse…

MF : (l’interrompant) Il est bien évidemment très, très important mais je disais là surtout que c’est pour moi un réel plaisir et une grande émotion que d’assister au montage, et spécialement de celui­ci parce que c’est un travail qui est énorme, et c’est vrai que Laurent Boutonnat travaille avec une monteuse qui est extraordinaire.

YC : Oui, il faut reconnaître que c’est un travail d’équipe, ça aussi, parce que je crois que vous avez repris la même équipe, je crois.

MF : Là, c’est réellement un travail du metteur en scène et d’une monteuse.

YC : Alors, est­ce que, je sais pas, on peut attendre un troisième volet de « Libertine I », « Libertine II »…Un troisième volet ou… ?

MF : Je le souhaiterais. Faut­il avoir la chanson ! Et puis, l’avenir…je ne sais pas !

YC : Dans la chanson, je crois qu’il y a pas de problèmes puisque sur ce 33­Trs (« Ainsi Soit Je… », nda) vous avez écrit tous les textes. C’est ça ?

MF : Oui.

YC : Y en a une particulièrement que j’aime bien, c’est « Horloge » (sic)

MF : Oui, c’est un poème de Baudelaire.

YC : C’est pas mal. Vous avez peur de la mort ? Parce que le temps, c’est un petit peu, donc, la base (du poème, nda)…

MF : Je vous dirai quand on naît et quand on est enfant, on a peur de la vie, et quand on vieillit, on a peur de la mort. J’en fais partie, oui.

YC : Très bien. Alors maintenant : on en a parlé, on va le découvrir. Donc, dernière image de « Libertine »…

MF : Oui…

YC : On arrive donc, on est en pleine campagne. Faites un petit peu appel à votre imagination, mais pas beaucoup parce que les images parlent d’elles­mêmes, et on rentre dans ce clip, « Pourvu qu’elles soient douces ». Y a 15mn de clip, installez­vous confortablement ! Vous allez découvrir Mylène comme peut­être vous ne l’avez jamais vue ! En tout cas, c’est parti : « Pourvu qu’elles soient douces » !

Diffusion du clip « Pourvu qu’elles soient Douces » presque dans son intégralité. Le générique de fin est en effet coupé.

YC : Dur d’arriver derrière un clip comme ça ! Et voilà, c’était « Pourvu qu’elles soient douces » pour la première fois en intégralité, donc, sur une chaîne de télé, c’est ça ?

MF : Oui, absolument.

YC : Alors bon, c’est bien joli de le regarder une première fois comme ça, mais où est­ce qu’on pourra le voir après, ce clip ? Parce qu’il y a sûrement des personnes qui voudraient le voir à part, bien sûr, sur une cassette avec tous les clips de Mylène Farmer.

MF : Nous avons en projet de faire une seconde compilation de clips, dans laquelle sera comprise donc « Pourvu qu’elles soient Douces (Libertine II) », il y aura « Ainsi Soit Je… » et puis « Sans Contrefaçon ».

YC : Je les ai tous, là ! (il prend la cassette « Les Clips volume I » et lit le verso) Moi, j’ai « Maman a Tort »,

« Plus Grandir », « Libertine », « Tristana » et « Pourvu qu’elle soient douces ».

MF : Voilà, donc « Sans Contrefaçon »… (elle s’interrompt pour reprendre l’animateur assez sèchement) Non, « Pourvu qu’elles soient douces », non ! (le clip ne figure effectivement pas sur la vidéocassette que Yves Cara tenait dans ses mains, nda)

YC : Non, pas là­dessus. Enfin, on peut le rajouter !

MF : Voilà. Et je pense qu’à Noël, on fera un coffret. Donc tout ça, c’est en préparation. (un tel coffret ne verra jamais le jour, du moins pas à cette époque, nda)

YC : Pourquoi est­ce qu’on le verrait pas en première partie de films ou au cinéma tout bêtement ?

MF : Parce que le minutage est beaucoup trop long.

YC : Alors, quel est justement, là on en vient à une question assez simple, quel est je dirais l’intérêt –bien sûr il est esthétique, il est visuel, j’ai l’impression un peu que vous construisez une œuvre­ mais est­ce que c’est vraiment utile un clip comme ça de 15mn, à part ­ c’est pas du tout une agression ­ pour vous faire plaisir ?

MF : C’est pour se faire plaisir.

YC : C’est ça ?

MF : Bien sûr.

YC : C’est pour construire une œuvre, en fait.

MF : Oui. Utile…Ce n’est jamais utile ! Je crois que c’est important pour moi parce que je montre deux facettes, et c’est allier l’image et la chanson. Mais c’est surtout un plaisir.

YC : Et puis surtout la comédie, parce que votre premier métier c’était comédienne !

MF : (sèchement) Enfin ‘mon premier métier’… Je m’étais orientée, c’est vrai…J’ai suivi des cours de théâtre, c’est tout. Et puis Laurent Boutonnat, lui, sa grande passion, c’était le cinéma mais lui a démarré très, très jeune.

YC : Oui, à 16 ans, c’est ça ?

MF : A 16 ans il a fait son premier long­métrage.

YC : Il a été présenté à Cannes, d’ailleurs. C’est impressionnant, quand même ! A 16 ans, il faut le vouloir !

MF : (visiblement déjà beaucoup plus détendue) Oui ! (rires)

YC : (…) Le long­métrage de Laurent Boutonnat sûrement avec Mylène Farmer : d’ici deux ans ?

MF : On peut imaginer d’ici deux ans en tout cas le long­métrage de Laurent Boutonnat, oui.

YC : En tout cas, il y pense très sérieusement.

MF : Oui.

YC : La chanson, c’est presque un hasard de rencontre avec Laurent, alors finalement ?

MF : Je sais pas si on peut parler de hasard. Ce sont des rencontres comme ça qui existent. C’est en tout cas une bonne étoile, en ce qui me concerne !

YC : Oui, ça on peut le dire ! Une bonne étoile, quand même !

MF : Et puis après, c’est beaucoup de travail, aussi.

YC : Une bonne étoile qui va vous amener directement sur la scène du Palais des Sports en mai 1989, c’est ça ?

MF : Absolument, oui. Oui.

YC : Bon, on va pas en parler parce que je suppose que c’est encore en préparatifs et rien n’est décidé.

MF : Oui, c’est en pleine préparation.

YC : Simplement, y a une phrase que j’ai retenu dans un article de France Soir, c’est : « C’est pas la peine de dramatiser, mais je joue ma vie, quand même ».

MF : Oui. Mais j’ai la sensation de jouer ma vie je dirais presque tous les jours, mais là spécifiquement c’est vrai, sur une scène.

YC : A ce point­là ? C’est quitte ou double, alors !

MF : C’est quitte ou double, bien sûr.

YC : Bon. (…) On a des petites surprises et on va vous montrer un document que nous avons retrouvé concernant Mylène Farmer comme, encore une fois, vous ne l’avez jamais vue, regardez ! Mylène n’est pas au courant…

Diffusion d’une séquence extraite de l’émission « Fan de » (rien à voir avec celle qu’animera plus tard Séverine Ferrer !) où des enfants se glissaient le temps d’une chanson dans la peau de leur chanteur favori. Ici, une fillette d’une dizaine d’années danse sur « Tristana » en perruque rousse et robe noire.

YC : C’est impressionnant, non ?!

MF : C’est touchant !

YC : (…) On a décidé de vous le montrer pour vous faire une surprise et puis de vous offrir la cassette.

MF : C’est gentil.

YC : Ca doit être impressionnant quand même quand au bout de quatre ans seulement, parce qu’il faut bien voir ça qu’en quatre ans de temps, y a complètement un mouvement de ‘farmeniomania’ comme on l’a vu tout à l’heure.

MF : On se rend pas bien compte.

YC : Ha bon ?!

MF : Moi je remercie Dieu tous les matins et tous les soirs. Mais on se rend pas bien compte, non.

YC : Carrément, c’est un petit peu le rêve…Pourquoi ? Parce que volontairement vous restez en retrait de tout ça ou vous voulez pas accepter tout ce qui se passe autour ?

MF : Parce que c’est quelque chose qui n’est pas réellement palpable. Quand on me demande de définir mon public, j’en suis un peu incapable, si ce n’est au travers du courrier, quand même, qui est très important et très, très intéressant.

YC : (…) Est­ce que Mylène Farmer fera comme Kate Bush : elle nous fera des albums complètement fabuleux, mais est­ce que ses apparitions sur scène seront assez rares et épisodiques ? Ou est­ce que  ça deviendra une passion ? On n’en sait rien encore !

MF : J’avoue que j’en sais rien. Je crois que je le ferai en tout cas une fois, et puis après, une fois de plus, on verra après.

YC : D’accord. Bon, maintenant on a d’autres surprises (…). Je vous montre une première surprise. Puisque dans toutes les parles du 33­Trs de Mylène Farmer (…) « Ainsi Soit Je… », y a angélique ou démoniaque.

Alors, nous on a demandé à Hardy, qui est un dessinateur de BD (il montre un dessin sous verre représentant Mylène) voilà ce dessin qui est vraiment superbe, je trouve. Bien sûr, je vous l’offre.

Il tend le cadre à Mylène, qui observe attentivement le dessin.

MF : Merci beaucoup.

YC : Est­ce que vous vous retrouvez dans ce dessin, donc ? C’est ange ou démon, quoi.

MF : Peut­être pour la couleur des cheveux… (rires)

YC : (…) Et puis surtout, tenez ! Là, je vous le laisse ouvrir. (Il lui tend un petit paquet cadeau.) Allez­y… (…)

1988-07-b(Pendant que Mylène ouvre son paquet, il s’adresse à la caméra) Alors, je vais vous expliquer ce qu’il y a dans ce cadeau même si elle l’a pas encore tout à fait découvert. C’est un livre quasiment introuvable en France, on sait même pas s’il y a une traduction française. C’est un livre qui raconte la vie de Frances Farmer, et c’est pas tout à fait un hasard si on l’offre à Mylène Farmer puisque le pseudonyme Farmer, hé bien c’est en hommage à Frances Farmer.

MF : (regardant le verso du livre) Ha, c’est merveilleux. Très beau cadeau. (elle le feuillette)

YC : C’est ça ? Je me suis trompé avec ce que j’ai dit, ou pas ?

MF : Je ne vous répondrai pas. Mais c’est un très, très beau cadeau, en tout cas.

YC : Ben si, faut me répondre, c’est pas de jeu, ça !

MF : Oui, c’est en hommage à cette femme.

YC : Vous vous retrouvez un peu dans sa démarche, qui est simplement…c’est une vedette hollywoodienne qui n’a pas accepté le star­system, et puis qui a subi une lobotomie parce qu’elle est devenue folle.

MF : Oui, voilà. C’était un film formidable, d’ailleurs. (La vie de Frances Farmer a été adaptée au cinéma en 1983, nda)

YC : Avec Jessica Lange. En tout cas, voilà, c’est un cadeau de « Clip Dédicace ».

MF : C’est un merveilleux cadeau, merci beaucoup. C’est en anglais, donc je vais faire des progrès ! (rires)

YC : Y a une chanson en anglais, quand même, dans l’album ! (la chanson « La Ronde Triste », nda)

MF : Oui ! (rires)

YC : Mylène Farmer, merci beaucoup d’être venue toute une demi­heure pour nous présenter ce clip, « Pourvu qu’elles soient douces ».

MF : Merci à vous.

YC : J’espère qu’on le verra plus souvent sur M6 !

MF : Merci de votre accueil !

Fin de l’émission.

Publié dans Mylène 1987 - 1988, Mylène en INTERVIEW | Pas de Commentaire »

INTERVIEW INÉDITE de Mylène Farmer

Posté par francesca7 le 13 avril 2015

 

ÉTÉ 1987

Mylene FARMER 1987 Credit : Caprio /DALLELe contexte de cette interview est assez flou. Sortie des archives de Bertrand LePage (qui accompagne Mylène pendant cet entretien) dans la deuxième moitié des années 1990, elle était à l’évidence prévue pour la presse, puisque lorsque l’enregistrement démarre, on entend Mylène orienter le journaliste vers Polydor pour récupérer des photos, et le journaliste parle d’article.

Néanmoins, elle n’a jamais paru nulle part, et c’est donc l’enregistrement sonore brut dont nous disposons, avec tout ce qu’il faut de bruits d’ambiance, puisque l’entretien est réalisé dans un café. A ce jour, nous sommes malheureusement incapables de déterminer la publication à laquelle cette interview était destinée, ni l’identité de l’interlocuteur de Mylène.

Mylène Farmer, vous rentrez en force dans le Top 50 avec « Tristana », votre nouveau 45­trs. En fait, c’est une continuité après « Libertine », une continuité de succès. Qu’est­ce qui s’est passé ?

Pourquoi après trois ans, vous vous mettez à cartonner vraiment, d’après vous ? C’est un changement de style, un changement d’équipe, un changement de vision ?

MF : (rires) Il n’y a eu ni changement de style, ni changement d’équipe ! C’est un concours de circonstances, des chansons qui arrivent au bon moment. C’est la seule réponse que je peux formuler.

Comment êtes­vous arrivée dans la chanson ? Et comment vous avez pu faire votre premier 45­trs, « Maman a Tort » ?

MF : J’ai rencontré une personne qui s’appelle Laurent Boutonnat, et qui était compositeur et qui m’a proposé la première chanson, qui s’appelait « Maman a Tort ».

Est­ce qu’avec ce texte, qui peut porter un petit peu à contradiction, vous n’avez pas eu peur de choquer un petit peu les médias ou le public ?

MF : On n’a jamais peur de choquer les médias quand on prend le parti de chanter une chanson comme « Maman a Tort ». C’est avant tout un plaisir et puis après, c’est des réactions successives.

Toujours dans l’ordre chronologique, j’aimerais qu’on examine le deuxième 45­trs, « On est Tous des Imbéciles ». Parlez­nous de ce texte que j’aime beaucoup.

MF : Vous parler du texte… Hé bien, nous sommes tous des imbéciles, ce qui nous sauve c’est le style ! C’est toujours ce que j’ai pensé ! (rires)

C’est à partir du troisième que vous avez commencez à miser, je dirais, sur le vidéo­clip en fait, énormément puisqu’il était formidablement bien réalisé…

MF : A miser, c’est­à­dire que non. Sur « Maman a Tort », on avait fait un clip mais on avait à l’époque très, très peu de moyens. C’était déjà Laurent qui l’avait…je ne trouve plus le mot ! Enfin bref, tourné. (rires) Sur « On est Tous des Imbéciles », étant donné le déroulement de la chanson qui avait bien marché médiatiquement, mais pas du tout au niveau des ventes, c’était difficile d’envisager un clip. Et sur « Plus Grandir », c’était l’occasion, puisque là c’était une nouvelle maison de disques, donc d’autres horizons et effectivement, le premier clip réellement personnalisé.

Avec « Plus Grandir », vous avez abordez un petit peu le thème du désespoir. Bon, on retrouve le désespoir, je trouve, dans « Tristana ». C’est quelque chose qui vous correspond ?

MF : Je suis une femme désespérée, le saviez­vous ? (rires)

Désespérée de quoi ?

radio-02-bMF : Non, on ne peut pas parler comme ça. De même qu’il y a des thèmes qui m’attirent, comme la mort, c’est vrai que le désespoir est…Et puis c’est trop compliqué à expliquer déjà ici ! Je ne sais pas, c’est une angoisse permanente, oui, de la vie, de plein, plein de choses…

Vous avez peur de vieillir ? Vous êtes obsédée par le temps qui passe ?

MF : Pas réellement. Pas dit dans ces termes­là. C’est­à­dire tout le monde a peur de vieillir, mais c’est pas,moi, ce qui m’obsède, non. C’est peur de la mort plutôt, peur de beaucoup de choses… Oui, je pense être une personne angoissée, mais certains jours sont formidables ! (rires)

Entre les deux, il y a eu « Libertine ». Là, certaines critiques ont dit que c’était de la provocation. Vous jugez ça en ces termes ?

MF : Moi, je vais vous répondre par autre chose : c’est que la critique, je m’en moque éperdument. Que ce soit de la provocation, c’est la même chose que « Maman a Tort », qu’ « On est Tous des Imbéciles » : c’est un choix. C’est surtout des choses qui n’ont peut­être pas déjà été dites jusqu’alors, qui moi m’amusent.

Comment le thème de cette chanson est venu ?

MF : J’avoue que c’est venu un petit peu subitement. On était en studio, sur la musique qui était déjà enregistrée. Vous savez, on fait du yaourt pour essayer de mettre en place une voix, et j’ai dû dire « Je suis une catin » comme ça, et puis de ça est née cette chanson ! (elle pouffe)

Et puis, il y a eu à partir de là l’explosion avec le vidéo­clip. Je pense qu’on peut dire jusque­là ­bon je n’ai pas vu le dernier­ c’est le meilleur vidéo­clip. Je crois qu’il a fallu justement assez peu de moyens contrairement à ce qu’on pense, enfin tout est relatif, pour le réaliser.

MF : Oui, tout est relatif. C’est vrai qu’on nous a prêté beaucoup plus de moyens qu’il y en a eu parce que je pense qu’à l’image, le résultat pouvait ressembler à beaucoup, beaucoup de moyens certainement. Mais ça, c’est le talent certainement du réalisateur et d’une équipe aussi qui l’entourait. Et quant au suivant, c’est quelque chose de totalement différent qui est encore plus orienté sur le cinéma et que moi, j’avoue… Non, j’allais dire une bêtise, je l’aime autant que « Libertine », mais c’est… Il faut le voir, quoi ! C’est difficile aussi d’en parler…

Lorsqu’on dit que le succès de « Libertine » est venu grâce à ce vidéo­clip, vous êtes d’accord ?

MF : Je crois qu’on peut dire à 70%, c’est quelque chose, oui, qui a provoqué un intérêt certain. Bon, c’est vrai qu’il y a eu TV6 qui a énormément aidé cette promotion et qu’effectivement du jour où est né ce clip, il y a eu des ventes immédiates. Donc on peut dire que le clip a beaucoup aidé, en tout cas a beaucoup aidé ma personne.

Au niveau de « Tristana », vous avez fait de nombreuses télévisions avec une superbe chorégraphie.

Comment l’idée est venue ? Comment s’est faite la mise en place de cette équipe ?

MF : (soupir) Ca, c’est des choses toujours assez subites, en fait. On a toujours l’impression que les artistes, c’est vrai, travaillent. Ca, c’est évident… Sur « Tristana », quand la chanson est née, quand elle a été enregistrée, après moi, je me suis posé le problème de comment la promouvoir. J’ai tout de suite pensé à deux personnes derrière moi. Je préférais deux personnes féminines, mais qui n’avaient pas le prototype des danseuses qu’on voit en télévision. De même que la chorégraphie, que j’ai faite donc, je la voulais très visuelle, mais très proche de l’ambiance de la chanson. C’est­à­dire, pour moi, qui évoque un petit peu la Russie, une ambiance un peu slave, donc je voulais, comme ça, des espèces d’oiseaux noirs derrière moi, un peu rigides… Voilà comment ça s’est imaginé. Et puis après, ma foi, c’est un peu du travail quand même !

Apparemment, c’est vous qui décidez de la façon de mener votre carrière, puisque vous dites « J’ai décidé, j’ai voulu… ». Y a pas de producteur, une équipe qui fait pression autour de vous, derrière ?

MF : Je sais pas… Moi, c’est toujours quelque chose qui me fait un peu sourire. Des pressions… Je veux dire, ou on envisage une carrière et on est complètement, effectivement, manipulée et je trouve ça un peu dommage. Moi, je travaille de très, très près avec Laurent, je travaille avec lui ­Laurent Boutonnat. J’ai quelques personnes autour de moi, la personne que vous voyez et qui est Bertrand, qui est mon manager. Y a aussi une maison de disques, mais eux, si vous voulez, ce sont les porte­parole un peu d’un chanteur. ‘J’ai décidé’, c’est­à­dire que moi, sur les chorégraphies, effectivement à chacun son métier, c’est ça que je veux dire. Laurent, quand lui construit un scénario, moi j’ai un droit de regard, il est évident. Je dis ‘Ca, ce serait bien…’ parce qu’on est, je pense, des êtres relativement intelligents. Mais je ne me mêle pas ni de la mise en scène, parce que ce n’est pas mon métier, ni de la mise en image. Donc voilà, je crois que chacun sa place.

C’est un peu ce qu’on mélange en France, je trouve. C’est­à­dire qu’on s’imagine être des être exceptionnels dans tous les domaines. Et ça, c’est une erreur.

Parlons maintenant de votre look. Bon, au niveau des deux premiers 45­trs, il était assez sage, assez je dirais banal, sans que ça soit péjoratif. Et puis après, il y a eu un revirement total avec apparemment, vous avez les cheveux d’une différente couleur, vous avez un look totalement différent…

MF : Ca doit certainement être très explicable. Quand on dit ‘un métier qu’on apprend’, certainement… C’est­à­dire que sur « Libertine », quand on parle d’osmose, c’est aussi quelque chose qui s’est produit. C’est­à­dire effectivement, il y a eu le clip, tout de suite il y a eu, bon, une chanson qui a quand même marché assez facilement, même si c’est le clip qui a provoqué après les grosses cadences. Que moi effectivement, l’époque de cette chanson, puisqu’on l’avait située dans le libertinage, j’aime tellement les costumes, que ça a été tout de suite évident pour moi de mettre cet uniforme. Et après, ben voilà c’est « Maman a Tort », c’est « On est Tous des Imbéciles » et « Plus Grandir » qui ont fait que « Libertine » a existé de cette façon. Ca, c’est évident !

Est­ce que vous n’avez pas dans votre tête, quelque part, des projets, à plus ou moins long terme, cinématographiques ?

MF : Non, pas des projets ­si ce n’est celui que j’ai depuis assez petite, c’est de jouer un jour dans un film.

Mais là aussi, beaucoup de prétention : pas dans n’importe lequel. C’est pour ça que je n’ai pas commencé d’ailleurs cette carrière, même depuis la chanson, où j’ai eu quelques propositions. Vous imaginez le genre de propositions… ! (elle pouffe) Donc, oui, c’est quelque chose que je laisse dans le coin de mon esprit, que j’ai vraiment envie de réaliser. C’est vrai que si Laurent, un jour, réalise un long­métrage, ce qui pourrait être assez précis maintenant, ce serait la personne avec qui j’aimerais tourner. Y en a quelques­uns d’autres, mais très peu…

Parlez­moi de l’album que vous avez fait l’année dernière, de votre premier album, des chansons, des thèmes abordés ?

radio-02-cMF : Ben, moi, je vais vous faire un exposé très scolaire ! Il y a quoi ? je crois dix chansons, donc les 45­trs qui sont inclus dedans. Il y a une chanson qui s’appelle « Chloé », qui parle de la cruauté des enfants, qui est traitée d’une façon un peu comptine satanique. Une autre chanson qui s’appelle « Vieux Bouc », qui parle du diable et qui est un peu humoristique aussi. Il y a « Au bout de la Nuit », qui fait la face B de « Tristana », donc, le dernier 45­trs, qui là traite un peu du désespoir, un peu de… J’ai du mal à mettre des étiquettes, parce qu’une chanson ­ce dont on m’avait fait d’ailleurs le reproche­ ne parle pas de ax+b et de ‘je prends mon petit crème le matin’, donc c’est également difficile de l’expliquer. Si ce n’est qu’il y a, je l’espère, une ambiance générale, enfin un thème général en tout cas. Qu’est ce qu’il y a d’autre, je ne sais plus ! (rires) Il faudrait avoir le 33­trs sous les yeux , là, j’avoue…

Quels sont les traits essentiels de votre personnalité en tant que chanteuse ? J’ai l’impression par exemple, à première vue, qu’il y a un côté pudique assez maqué chez vous. Est­ce que c’est vrai ?

MF : Oui… Je suis quelqu’un, je pense, de pudique, ce qui doit vous sembler un paradoxe, quand on chante « Libertine » ou « Maman a tort », mais c’est un métier paradoxal, et moi je crois avoir une personnalité certainement paradoxale, mais comme beaucoup de personnes. C’est des choses qui n’ont rien à voir finalement entre elles. On peut avoir beaucoup de pudeur et à la fois être excentrique à certains moments.

J’ai l’impression que vous n’êtes pas le genre de chanteuse à pavoiser dans des cocktails mondains ou des choses comme ça…

MF : Je pense que vous avez vu juste ! (rire franc) Non, je n’aime pas ça, je n’ai jamais aimé ça et je crois que je n’aimerai jamais ça !

Parlez­nous maintenant de la scène : quand est­ce qu’il y aura une scène parisienne, comme l’Olympia ou quelque chose comme ça ? Comment vous voyez votre spectacle ?

MF : Je ne sais pas encore, ni en ce qui concerne la date, parce que c’est pas encore quelque chose qu’on a fixé. C’est quelque chose que je pense beaucoup. Quant à la mise en scène…(soupir) Je vais vous dire des choses un peu imprécises, si ce n’est que je voudrais un spectacle visuel, essayer peut­être de mêler un peu du théâtre, mais un regard très, très loin, ça fait toujours un peu peur (rire nerveux)… J’avoue que j’en sais rien, mais c’est quelque chose que j’aimerais beaucoup faire.

Depuis trois ans, qu’est­ce qui vous a marqué dans ce métier ? Est­ce qu’il y a des choses qui vous ont déplu, qui vous ont plu ?

MF : Tout m’a marqué, parce que, sans dire de bêtises, je crois que tous les jours on apprend ou on désapprend quelque chose. Mais en tout cas, il se passe quelque chose. Ha si ! une généralité : c’est que concernant vraiment le groupuscule ‘show­business’, c’est­à­dire que ce soient les producteurs d’émissions, les programmateurs, les gens de télé, les gens des médias sont des gens, qui ont essayé d’installer une, comment dire, une espèce de loi qu’ils ont créée et qu’ils ne respectent pas eux­mêmes, voilà. C’est­à­dire qu’ils ont créé un Top 50 qui veut dire des ventes de disques, qui voudrait dire donc des programmations obligatoires à la télévision, qui voudrait dire un certain respect malgré tout de l’artiste, et que quelque fois, eux, manquent un peu d’intégrité par rapport à ça. Mais c’est quelque chose qui ne m’étonne pas vraiment !

Mais voilà, moi, la chose qui m’a le plus pas bouleversée, mais qui m’a confortée, en fait, dans mon idée. C’est­à­dire, à mon avis, un manque de talent général et manque d’intégrité, tout simplement.

Vous évoquiez le Top 50, c’est quelque chose de regrettable pour vous ? Le fait…

MF : (elle l’interrompt) Non, bien sûr que non. Chacun a sa chance un jour. C’est­à­dire qu’autant sur « Plus Grandir », je n’ai pas goûté les délices du Top 50, sur « Libertine », ce sont des références maintenant qui sont établies pour les jeunes, c’est évident, ça, on ne peut pas faire abstraction. Donc quand on est dedans, on est ravi, parce que ça engendre plein de choses. Le Top 50, je m’en fous, moi, à la limite ! Mais parce que ça existe et qu’il faut exister avec. Voilà, point final !

Le problème, c’est que c’est peut­être plus dur, dans la mesure où une carrière marche ou ne marche pas suivant l’entrée d’une chanson au Top 50, ou pas.

MF : C’est le drame de ce métier, maintenant. C’est qu’effectivement les gens, enfin toujours ces gens des médias ­je ne sais pas pourquoi, quand je dis ça, j’ai toujours l’impression de voir les corbeaux d’Hitchcock, vous voyez ? ­ces gens­là ne pensent plus du tout, effectivement, ni ‘carrière’, ni ‘continuité’ à la limite. Mais ça, c’est encore une minorité finalement, parce qu’on se rend compte aussi, qu’il y a quand même des gens qui, derrière, vous suivent depuis un moment. Mais ces gens­là, on ne les rencontre pas forcément en temps et en heure. Voilà, c’est le drame de ce métier : c’est que maintenant, n’importe qui, n’importe quand peut faire un million de disques et demain ne plus exister, et que ça ne dérange a priori personne, puisque tous les jours, il y en a un qui sort, et tous les jours y en a un qui meurt.

Une fois, dans un journal, vous avez dit que vous aviez plus d’admiration pour un homme de science que pour un chanteur. C’est vrai ?

MF : Oui, je confirme. Ca n’a rien de méchant, une fois de plus, ni de venimeux. C’est quelque chose qui existe. J’ai plus de fascination, c’est vrai, pour quelqu’un dit intellectuel mais sans, moi, prétention de ma part, c’est­à­dire pour quelqu’un qui…je ne sais pas, j’ai plus la fascination d’un grand metteur en scène, d’un grand écrivain, d’un savant, ces métiers­là. Des gens qui, je ne sais pas, qui construisent réellement, qui ont l’essence de cette construction, que les chanteurs n’ont pas. La preuve, je veux dire tous les jours vous  rencontrez des chanteurs et tous les jours vous ne découvrez pas des, je sais pas, des gens bouleversants, des gens incroyables, parce que malgré tout…

Mais comme l’acteur : il y a une race d’acteurs qui est certainement prodigieuse, enfin on les remarque aussi à l’écran, voilà c’est ça que je veux dire ! Les chanteurs prodigieux, on les remarque aussi à l’écran. Voilà…Une fois de plus, là, je suis spectateur quand je dis ça.

C’est pas moi, m’insérer parmi un groupe ou un autre ? C’est toujours délicat. Mais c’est normal, c’est vrai que ça n’est pas… Personne ne m’a étonnée dans ce milieu.

Comment situez­vous votre public ? Est­ce que vous avez des rapports avec lui, des rapports à travers les lettres que vous recevez, peut­être ?

MF : Bien sûr, le courrier, que j’aime beaucoup. J’ai pas mal de courrier, je pense. Il y a des lettres qui sont passionnantes, qui sont bouleversantes, qui sont même très étonnantes quelques fois ! Là, je pourrais dire un peu la couleur des personnes qui m’entourent, c’est malheureusement des gens un petit peu désespérés, un peu névrosés. Il y en a d’autres aussi qui écrivent à tous les chanteurs et qui veulent le sempiternel autographe, ce qui est charmant d’ailleurs, mais­là, je ne peux pas donner la couleur. Sinon, je sais pas bien. Je sais pas bien encore. Je crois qu’on s’en rend compte réellement dans un spectacle, dans une salle : là, on voit bien qu’il y a une dominante de 14­15 ans ou de personnes plus âgées. J’en sais rien…

C’est quand même fascinant, je trouve, d’être un chanteur et d’avoir un impact sur un public, d’être l’idole d’un public…

MF : Oui…C’est­à­dire, voilà le genre de choses qui sont presque inexprimables mais qui sont un peu traumatisantes, mais aussi dans le bon sens, mais traumatisantes parce qu’inexplicables, parce qu’une personne pourra… Moi, il y a deux, trois personnes qui me suivent à chaque fois que j’ai un enregistrement télévisé, ils seront là, en début, en fin d’émission, ce qui veut dire qu’ils auront attendu dehors, sur le trottoir pendant près de trois heures, quatre heures parfois, qui sont prêts à venir à Cannes…Bon, ce sont des choses qui sont tellement incroyables. Et à ces personnes, on demande une espèce d’attention envers elles, qu’est­ce qu’elles font dans la vie et ces personnes se vexent, car elles disent, ‘Mais c’est pas parce que je suis là que je ne fais rien de ma vie !’. C’est bizarre…

Est ­ce que c’est pas dur, d’avoir comme ça une, j’allais dire une ‘cour’, une cour de fans ? Est­ce que c’’est pas gênant ? On n’est pas toujours enclin à répondre à ces gens…

MF : C’est toujours la peur d’être maladroit, d’être tout simplement absent. Et c’est difficile aussi d’être toujours présent. On sait que ces gens­là ont une demande momentanée, puisqu’ils ou vous rencontrent dans la rue ou vous rencontrent lors d’un spectacle et que vous, vous venez pour eux, mais pour eux dans une majorité, pas pour une personne. Moi j’ai toujours peur, oui, de froisser et c’est quelque chose d’un peu traumatisant aussi et c’est pour ça que…

Vous pensez déjà avoir froissé un admirateur ou quelqu’un qui vous demande… ?

MF : Je crois pas, car j’ai toujours fait très attention, étant moi­même un peu… (rire gêné) J’ai pas une sensibilité à fleur de peau, c’est quelque chose auquel je fais attention. Mais certainement j’en ai froissé, certainement. Mais je ne sais pas, là !

Revenons à ‘l’examen’ de votre carrière : pourquoi une rupture entre RCA et Polydor, entre je ne sais plus quel disque ?

MF : C’était sur « On est Tous des Imbéciles ». Parce que c’est… (soupir) J’ai pas du tout envie de faire le procès d’une maison de disques. Il se trouve qu’une maison de disques nous a fait un appel du pied, que c’était une maison qui allait naître, puisqu’elle avait un nouveau directeur, que RCA avait prouvé certaines choses, mais certainement dans le mauvais sens aussi : leur capacité ou au moins leur envie de m’aider. Et voilà, ce sont les choses de la vie et tant mieux que ça se soit passé comme ça, parce que il y avait un sang neuf chez Polydor certainement, il y avait un directeur jeune, qui a voulu lui aussi prouver des choses et ça, c’est important.

Revenons en guise de conclusion à votre personnalité. Je crois que vous êtes quelqu’un qui aime beaucoup les animaux, puisqu’apparemment, il y a beaucoup de photos de vous qui sont parues dans la presse en compagnie d’un petit singe, notamment . Parlez­nous en…

MF : De mon petit singe ?! C’est vrai que j’ai une passion pour les animaux, mais spécialement pour les singes. Vous dire pourquoi…Je vous mettrai un singe en face de vous, si ce n’est les singes qu’on voit au zoo, mais vraiment près de vous…La première chose, c’est qu’un singe a quatre mains et que c’est très important. Un chat, moi que j’adore, n’a pas non plus la faculté de porter les choses, d’écrire, de faire des gestes, qui certainement vous copie, que c’est un regard qui est tellement intelligent, mais qui est déconcertant aussi ! Je sais pas, ça a un caractère fascinant, le singe…

1987-16-aC’est un animal coléreux…

MF : C’est épouvantable ! C’est­à­dire, oui, c’est coléreux, c’est caractériel. Mais c’est génial, vraiment ! (rires)

Vous avez des ‘prises de bec’ avec votre singe régulièrement ?

MF : Oui, régulièrement, d’autant qu’il a des périodes de chaleurs ­comme tous les animaux­ et j’avoue que le singe, je crois, c’est l’animal le plus énervant qui soit quand il a ses chaleurs ! C’est­à­dire qu’il est ; enfin, le mien en tout cas, cette race de capucin couine pendant trois jours ­parce que ça dure à peu près 3­4 jours, ça dépend de la grosseur des chaleurs­ va couiner, va vous regarder, va vous énerver, va prendre des objets si on ne s’occupe pas de lui et va les taper très, très fort pour qu’on le regarde…Enfin c’est épouvantable !

J’en ferais bien un civet de lapin, un civet de singe plutôt ! (rires)

Très bien, je vous remercie !

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DOMICILE A2 – Mylène Farmer

Posté par francesca7 le 13 avril 2015

 

1987-05-bANTENNE 2 du 15 DÉCEMBRE 1987 - Présenté par Marc BESSOU, Hugo BERGSON et Pascale FAURE

En début d’émission, après que Marie Laforêt ait annoncé qui elle avait invitée à la rejoindre sur cette émission, Mylène interprète « La ronde triste », dont c’est l’unique prestation télévisée (la chanson ne fut malheureusement jamais chantée sur scène non plus). Mylène porte alors une longue robe manteau noire et ses cheveux sont maintenus en un petit chignon par un ruban rouge.

Un peu plus tard dans l’émission, Mylène est de retour sur le plateau pour interpréter cette fois­ci « Tristana » (dont c’est l’ultime prestation télévisée). On la retrouve après la chanson assise à une table de verre aux côtés de Marie Laforêt.

Marc Bessou : (à Marie Laforêt) Vous aimez bien, vous me le disiez tout à l’heure, ce que fait Mylène Farmer.

Marie Laforêt : Ha vraiment moi j’adore, je suis inconditionnelle de ce qu’elle fait. Je trouve ça impertinent, fin, intelligent, très dans le coup. C’est vraiment une autre façon d’être, une autre façon de bouger, de dire les mots. C’est vraiment, vraiment très bien, voilà ! Je suis tellement heureuse qu’elle soit là ! (elle lui caresse le bras)

Mylène Farmer : C’est très gentil ! Je voudrais retourner le compliment à Marie Laforêt parce que c’est une femme que j’aime beaucoup, voilà. (sourire)

MB : Dites­moi, c’est vrai que maintenant on est habitués, il y en a eu plusieurs exemples successivement, à lorsqu’on entend vos chansons à découvrir le clip qui va suivre, c’est souvent là que se passent les choses les plus drôles !

MF : Mais là vous n’aurez rien ! (rires)

MB : (il fait mine de pleurer) Mais heu ! Mais pour « Sans contrefaçon » vous préparez quelque chose, quand même ?

MF : Je suis rentrée hier soir de tournage ! Il s’est effectué en cinq jours dans le Cotentin. C’est les seules choses que je peux dévoiler pour l’instant ! (sourire)

MB : D’accord.

ML : Grande surprise ! Elle a raison !

MB : Mais ça va être toujours Hollywood, ce… ?

MF : C’est en tout cas toujours le même réalisateur, Laurent Boutonnat. Nous avons pratiquement la même équipe que sur le clip précédent, et puis ça c’est merveilleusement bien passé.

MB : On a l’impression que vous prenez un plaisir particulier à faire ça, que vous ne feriez plus de chansons sans ça maintenant.

MF : Je ne sais pas, en tout cas c’est une passion. C’est deux choses différentes, mais c’est vrai que le cinéma m’a toujours attiré !

ML : Comme c’est bizarre ce qu’elle dit, ça j’arrive pas à comprendre alors ! (Mylène et Marie Laforêt rient ensemble ­ Marie Laforêt a en effet réussi à la fois dans la chanson et dans le cinéma, ndlr)

MB : Mais vous savez qu’il y a des gens qui chantent et qui font également du cinéma ! Y a quelques exemples !

ML : Je vois pas !

MF : Moi non plus ! (sourire)

1987-05-aMB : (il en revient au clip) Et on le verra quand ? C’est visible quand cette chose ?

MF : Il va partir donc en montage…Je crois une semaine de montage, de mixage : fin décembre, je pense.

MB : Donc ça sera peut­être en janvier !

MF : Fin décembre, début janvier. (le clip sera diffusé en effet dès les derniers jours de décembre, ndlr)

MB : D’accord !

S’ensuit une rubrique culinaire consacrée aux arts de la table. Marc Bessou se tourne vers Mylène.

MB : (…) Mylène Farmer, vous êtes très maîtresse de maison ?

MF : Non, du tout. Très, très mauvaise cuisinière ! Je vais plus volontiers au restaurant, en fait.

MB : Oui, je comprends ça. Enfin, vous invitez quand même quelques camarades, non, même pas ?

MF : Non, j’ai deux singes à domicile maintenant ! (rires)

ML : Ha, ça occupe oui !

L’émission continue son cours sans que Mylène n’intervienne à nouveau.

En toute fin d’émission, elle conclut celle­ci en chantant « Sans contrefaçon », cette fois­ci habillée une nouvelle fois de son costume à carreaux, accompagnée de ses deux danseurs.

 

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BAINS DE MINUIT avec Mylène

Posté par francesca7 le 13 avril 2015

 

6 NOVEMBRE 1987 – Présenté par Thierry ARDISSON – LA CINQ

1987-01-b«Je ne suis ni sadique, ni folle. »

Depuis le temple de la nuit parisienne, les Bains Douches, Thierry Ardisson se livrait déjà à un savant mélange des genres en recevant à une même table intellectuels, artistes, politiques etc. Ce soir­là, à ses côtés on retrouve ainsi le chanteur Antoine, le philosophe André Glucksmann et Mylène Farmer.

En veste noire et chemise blanche, celle­ci réagit au sujet abordé avec le philosophe, en l’occurrence Mai 68.

Thierry Ardisson : Toi tu faisais quoi en 68, Mylène ?

Mylène Farmer : Moi j’ai un esprit très individuel aussi mais c’et vrai que Mai 68, je n’ai rien vécu de toute cette époque.

TA : T’avais quel âge, en 68 ?

MF : J’avais 7 ans ! (rires)

TA : (…) Mylène, tu aimes les garçons qui ont les cheveux longs ?

MF : J’aime les hommes qui ont les cheveux fournis ! (sourire)

TA : (…) Donc ça te plaît, le style Glucksmann !

MF : Absolument.

TA : Et le style Antoine ?

Antoine : Je suis un peu dégarni !

MF : (elle éclate de rire) Il a répondu !

Un peu plus tard dans l’émission, Thierry Ardisson se livre à un de ses entretiens dont il a le secret en tête à  tête avec Mylène Farmer. Tous deux sont assis sur des marches. Notons que c’est la seule fois que Mylène répondra aux questions ­ souvent musclées ­ de l’animateur.

TA : Tu veux qu’on se vouvoie ou qu’on se tutoie ?

MF : Moi j’ai le vouvoiement…C’est une éducation, ça n’a rien d’hautain mais j’avoue que je vouvoie plus facilement, donc on va se vouvoyer. Vous avez le droit de mettre vos lunettes noires, alors. (rires)

TA : Tu veux que je mette mes lunettes ?! Alors on se vouvoie et je mets mes lunettes, d’accord ! (il joint le geste à la parole) Tu as fait une chanson que j’adorais, qui s’appelait « Je suis une catin » (sic)…

MF : C’est « Je suis libertine » ! (sic)

TA : Ouais, mais y avait « Je suis une catin » dedans !

MF : En exergue, oui.

TA : Et alors, maintenant y en a une autre, c’est « Je suis un garçon ». (sic)

MF : Oui. En fait, ce que j’aurais voulu, c’est être un caméléon.

TA : Et la prochaine fois, ça va être quoi ? « Je suis un caméléon » ?!

MF : Non, c’est dans la chanson, déjà ! « Je suis un garçon/Je suis un caméléon »…

TA : Et la prochaine fois ça va être quoi ?!

MF : Il n’y a pas encore de prochaine fois. L’album est en cours de travail, donc j’attends.

TA : Tu vas pas faire du flamenco ?!

MF : Non !

TA : Je t’ai vue chez Denisot un soir, tu choisissais des photos et tu choisissais exprès des photos avec un mec qui avait des têtes coupées à la main au Vietnam, qui les mettait dans une tombe. C’était sanglant, c’était saignant, c’était violent et tu disais que tu aimais bien ça.

MF : Non…Enfin, je l’ai peut­être dit mais ça, c’est des émissions en direct. Ce que je voudrais dire là­dessus, c’est que j’ai une fascination pour ça et que j’aime ça. Je ne suis ni sadique, ni folle. J’ai une fascination pour ça.

TA : T’es pas un peu folle quand même ?!

MF : Peut­être un peu ! Mais quant à ça : non. J’ai quand même beaucoup de respect. C’est certainement un propos qui a choqué certaines personnes.

TA : Moi ça m’a pas choqué du tout !

MF : Que je sois attirée par ça, oui certainement. Que j’aime ça, c’est un débat qui est quand même plus complexe.

TA : Je t’ai vue aux « Oscars de la Mode », tu chantais « Déshabillez­moi ». T’étais habillée tout en noir et à un moment, y avait une position comme ça, et on voyait que t’avais une petite culotte blanche. C’est fait exprès des trucs comme ça !

MF : Non, je suis désolée ! (rires)

TA : C’est fait exprès quand même, on met pas une petite culotte blanche quand on est habillée tout en noir !

MF : Comment pouvais­je savoir que le caméraman plaçait sa caméra en dessous ?!

TA : Ha ! Donc il a fait exprès ?!

MF : Certainement ! (rires)

TA : Et quand tu lèves les bras à la fin de la chanson et qu’il y a le sein qui tombe, c’était préparé ou pas préparé ? Moi je me demande des trucs comme ça, je suis vachement naïf finalement !

MF : Là, je vous laisse dans le doute.

 

TA : Alors j’ai lu une interview dans « Le Matin » où tu disais que t’habitais avec un singe. C’est vrai ?

MF : C’est vrai. C’est un singe, c’est un sajou.

TA : Ha c’est pas un capucin ?

MF : Sajou capucin, si, si, si ! Et c’est un petit singe qui est grand comme ça (elle montre la taille à l’aide de ses mains), qui a une très longue queue et qui est adorable, caractériel mai que j’aime vraiment beaucoup.

TA : Et tu disais que tu aimais bien le singe parce qu’il avait quatre mains. Quand on lit des trucs comme ça dans le journal, c’est vachement…je sais pas, moi ça me choque ce genre de trucs !

MF : (rires) Mais non, parce quand on me pose la question « Pourquoi aimez­vous les singes ? » c’est vrai que c’est difficile. Ca paraît tellement évident ! C’est vrai que non seulement il a quatre mains, c’est­à­dire qu’il peut vraiment tripoter tous les objets, reproduire tout ce que pouvez écrire, lire…Enfin, c’est assez étonnant mais ce n’est pas que ça. Un singe, c’est fascinant parce que c’est vraiment terriblement proche de l’homme.

1987-01-aC’est un mimétisme !

TA : Sauf qu’il a quatre mains !

MF : Sauf qu’il a quatre mains ! (sourire)

TA : Donc tu préfères vivre avec un singe qu’avec un homme. Tu vis pas avec un homme, là ?

MF : Non.

TA : Tu vis toute seule avec ton singe ?

MF : Quand bien même je vivrais, je ne le vous dirais pas !

TA : Tu me le dirais pas ?! Pourquoi

MF : Non parce que ça, c’est quelque chose que je tairai.

TA : Ha bon ?

MF : Oui.

TA : Tu fais très attention à ta vie privée, tu fais très attention à ton image finalement.

MF : Je sais pas si c’est faire très attention, je crois que je n’ai aucun plaisir à parler de ça, voilà.

TA : C’est quoi ton plaisir ?

MF : Mon plaisir, c’est de chanter, c’est le cinéma, c’est la musique, c’est la peinture…

TA : Tu veux faire du cinéma ?

MF : Je ne sais pas. J’aime aller au cinéma dans l’immédiat…Pourquoi pas le cinéma ? Je ne sais pas.

TA : Et le rêve de ta vie c’est quoi, à part te marier avec moi ?!

MF : A part me marier avec vous ?! Je sais pas si c’est le rêve de ma vie, mais j’ai très, très, très envie un jour d’élever des singes.

TA : Ha bon ?! Mais c’est sérieux cette histoire de singes, alors !

MF : C’est vraiment sérieux, oui, oui ! Moi j’ai vu un jour un reportage sur Diane Fossey, qui était une femme absolument…

TA : Oui, bien sûr, qui vivait au Kenya.

MF : Oui, et c’était formidable, voilà. C’est une femme qui m’a donné envie d’élever des singes.

TA : Et t’as envie d’avoir plein de petits singes chez toi ! Ils se marièrent et ils eurent plein de petits singes !

MF : (elle éclate de rire) Ou des orangs­outans, ou des gorilles.

TA : Si j’adoptais des singes, tu te marierais avec moi ?

MF : Je vais réfléchir !

TA : Ben réfléchis ! Merci !

MF : Merci ! (rires)

L’émission continue à nouveau en plateau et on retrouve ainsi Mylène parmi les autres invités. Si elle apparaît souvent à l’image, elle n’intervient toutefois plus.

 

Publié dans Mylène 1987 - 1988, Mylène en INTERVIEW | Pas de Commentaire »

POUR LE PLAISIR Présenté par Christian DANIEL

Posté par francesca7 le 8 avril 2015

 

 

20 AVRIL 1986 – sur FR3 ALSACE

1986-02-aMylène chante « Maman a Tort » puis rejoint Christian Daniel et s’installe sur un tabouret.

Mylène Farmer : Merci beaucoup !

Christian Daniel : Mylène, « Maman a Tort ». Mylène, j’ai relevé quelques­unes des paroles dans vos chansons et j’ai le sentiment un petit peu, votre sourire a l’air de me démentir, que vous aimez chanter un petit peu la mélancolie et la tristesse. Je me trompe ?

MF : C’est vrai, je dois être une personnalité un peu mélancolique. Il y a quelqu’un de très célèbre qui disait que la vie pourrit l’esprit et que la mort pourrit le corps. Je sais que c’est très philosophique et très macabre, mais parfois il y a des moments qui sont prodigieux dans la vie aussi.

CD : Est­ce que vous êtes comme ça dans la vie ?

Mylène hausse les épaules d’un air amusé.

CD : Mylène, je relève : « La vie est triste/Aimer c’est pleurer/J’aime ce qu’on m’interdit/Les plaisirs impolis »…

MF : C’est vrai, je pense qu’il y a des moments qui sont terriblement cruels dans la vie et également des moments qui sont prodigieux. Je dois être certainement quelqu’un de mélancolique, mais je pense pas que ça soit incompatible avec ce métier et avec la joie de vivre.

CD : Est­ce que vous n’essayez pas également un petit peu dans vos chansons de provoquer, d’être un petit peu provocante ?

MF : Si, ça depuis le début ! « Maman a Tort », après y avait « On est Tous des Imbéciles », maintenant « Libertine », c’est vrai que j’ai le goût de la provocation mais c’est un peu le but de…comment dire ?…de vouloir défaire les choses, un peu, provoquer, oui…

CD : L’album, avec en titre le nouvel album (single, ndlr) « Libertine ». Alors, vous dites carrément « Je suis une libertine, je suis une catin » : ça, c’est de la provocation, ça !

1986-02-bMF : Oui, à cela je vous réponds que nous sommes tous la prostituée de quelque chose ou de quelqu’un, certainement oui !

CD : Ecoutez, on va écouter « Libertine ». Auparavant, je vous prends par la main pour votre amener sur notre étoile. Mylène Farmer : « Je suis libertine » (sic !)

Il joint le geste à la parole, et Mylène chante sa chanson en effectuant la chorégraphie.

Elle revient à la fin de l’émission pour le générique de fin, au milieu des autres invités et porte un grand bouquet de fleurs dans les bras.

Publié dans Mylène 1985 - 1986, Mylène en INTERVIEW | Pas de Commentaire »

CINQ SUR CINQ reçoit Mylène

Posté par francesca7 le 8 avril 2015

 

1er MARS 1986 – Présenté par Antoine VERGLAS – LA CINQ

1986-01-cMylène est l’une des invités de cette émission musicale pour présenter son tout premier album qui est alors sur le point de sortir, ainsi que le premier extrait de celui-­ci que personne ne connaît encore : « Libertine ».

Antoine Verglas : Aujourd’hui, je reçois Marc Lavoine, Florence Guérin…

Mylène Farmer (elle le coupe) : Et Mylène Farmer ! (rires)

AV : Et Mylène Farmer ! Bonjour, Mylène.

MF : Bonjour !

AV : Alors, vous sortez un 33­Trs…

MF : Oui, absolument, j’ai un album. C’est mon premier album et il s’intitulera « Cendres de Lune ». Et cet album sera précédé d’un 45­Trs ­ c’est très important ­ qui s’appelle « Libertine ». C’est tout un programme !

AV : Tout un programme !

MF : Oui !

L’animateur lance ensuite le clip de « Plus Grandir », où seule la partie chantée est diffusée.

AV : Ca doit vous changer d’atmosphère de vous retrouver dans un studio aussi clean par rapport à tout cet univers un peu macabre ?!

MF : Moui… Vous m’avez fait cette réflexion tout à l’heure que je n’allais peut­être pas cadrer dans le clean !

(rires) Mais ça change d’univers, ça ! On a choisi un château plus que quelque chose de dénudé : ce clip, ça pourrait être l’illustration d’un conte fantastique.

AV : Déjà dans « Maman a Tort », c’était un petit peu spécial, quand même, comme ambiance.

MF : J’ai toujours essayé de trouver des univers un peu bizarres, mais c’est sans doute parce que je suis quelqu’un de très bizarre, non ?! (rires)

AV : Déjà la façon dont vous vous habillez, je trouve ça assez marrant !

MF : Ha bon ?

AV : On dirait Dracula qui arrive…

MF : Justement, j’ai lu récemment « Dracula » de Bram Stoker et c’est un bouquin fabuleux. J’aurais bien aimé jouer le rôle de Dracula !

AV : Mais chez vous c’est comment ? C’est un petit peu comme dans ces clips ?

MF : Ca ressemble un peu, mais pour l’instant j’ai pas envie de parler de chez moi parce que souhaite déménager, donc c’est un lieu que je voudrais…

AV : Pour aller dans un endroit un petit peu plus…

MF : Ben, peut­être un endroit clean, finalement, pour changer d’image ! (rires)

AV : J’ai entendu tout à l’heure que vous aviez un singe ?

MF : Absolument, oui !

AV : Vous vivez avec lui ?

MF : J’ai un petit capucin, oui, qui demande énormément d’attention, presque comme un enfant. C’est encore une idée originale, mais c’est très agréable.

AV : C’est tout votre univers de fantasmes qu’on retrouve dans le prochain album ?

MF : Vous croyez que c’est un fantasme d’avoir un singe ?! (rires)

AV : Le singe, peut­être pas ! Mais je veux dire…

MF : Oui, l’album c’est un univers que j’aime beaucoup, et j’espère qu’il plaira. C’est en tout cas un travail de longue haleine et qui m’a plu énormément.

AV : Vous prévoyez de faire un clip ?

MF : J’espère qu’on fera un clip ! Tout ça c’est aussi une question d’argent, puisqu’il faut le dire. Je souhaite faire un clip sur « Libertine », donc on va voir ! Il y a de très belles choses à faire, déjà le libertinage y a toute une histoire !

Diffusion d’une sélection de clips du moment : Shade et Tears for Fears.

1986-01-bAV : Mylène, tu préfères quel style de musique, dans nos nouveautés ?

MF : Je trouve que c’est un bon choix, j’aime les deux. J’ai peut­être une préférence pour Shade, je trouve que c’est une femme qui est d’abord très belle, ce qui n’est pas courant, et qui a énormément de classe, ce que je trouve très important aussi.

AV : On va se quitter, on te souhaite bonne chance pour ton premier album !

MF : Merci !

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TV VIDÉO JAQUETTES avec Mylène

Posté par francesca7 le 4 avril 2015

 

1986-33-aEntretien avec Hélène MERRICK

Comment est née cette « Libertine » ?

­ Le texte de la chanson ? C’est presque une idée à moi : on était en studio, et au moment de placer ma voix sur la structure musicale qu’on mettait en place, j’ai chanté des paroles au hasard. Je devais être très heureuse ce jour­là, je chantais ‘je suis une pute, une putain’ ! Le compositeur s’est dit « Bon sang, mais c’est bien sûr » et il en a fait « Libertine » !

Et l’histoire que raconte le clip dont l’esthétique fait penser à Barry Lindon ?

­ C’est une déformation professionnelle de faire cette référence ! Mais c’est vrai qu’il y a un travail des lumières un peu analogue, des éclairages à la bougie, des maquillages blancs. Le libertinage évoquait le 17ème siècle, et comme j’aime beaucoup le film de Ridley Scott, « Duellistes », je voulais insérer un duel. Tout ce travail s’est fait à deux, je n’en revendique pas la maternité ! Ce qui compte, c’est le résultat ! Ma part à moi, c’est d’être présente dans tout.

Quel cinéma aimez­vous ?

­ Des cinéastes, plutôt : Stanley Kubrick, Elia Kazan, Polanski, Clouzot, Jean­Jacques Annaud…

Regardez­vous les films en vidéo, chez vous ?

­ De plus en plus, par fainéantise ! Je regarde tous les films que j’ai ratés pendant une période où je n’avais pas envie d’aller au cinéma, peut­être parce que j’avais envie d’en faire ! Je viens de revoir pour la cinquantième fois « Un tramway nommé désir » et bientôt je vais voir « E.T. » dont on va me prêter une cassette !

Vous a­t­on proposé de faire du cinéma ?

­ Non. Je ne vais pas au-devant des gens qui pourraient m’en faire faire, je sors peu et surtout, avoir fait deux clips dans un esprit cinéma ne prouve pas qu’on est une fabuleuse comédienne !

Pourquoi faites­vous mourir Libertine à la fin du clip, comme dans un film où il est ‘moral’ de supprimer une fille de petite vertu ?

­ Là, j’avoue que c’est une idée du metteur en scène. Je trouve que la fin est belle, c’est une histoire triste de toute façon, mais rassurez­vous, c’est la version cinéma ! A la télévision, elle est écourtée, on ne voit pas le duel au début. Ca commence avec le galop du cheval, et ça se termine à la sortie du salon, avant que Libertine ne meure.

Une chanson immorale devrait finir immoralement, non ? Où se situent d’après vous l’immoralité et la provocation qu’on vous attribue dans la presse ?

­ Fatalement à travers mes chansons, et aussi dans les chorégraphies que je fais à la télé. Certains gestes dérangent terriblement les gens.

Vous vous déshabillez dans un clip : est­ce une provocation ou une nécessité ?

­ Ce n’est jamais nécessaire de se dénuder, c’est toujours accessoire et c’est bien ou malvenu, vulgaire ou aussi normal que boire une tasse de thé. Là, en l’occurrence, je ne crois pas que ça soit vulgaire. On parle de libertinage, alors s’il n’y a pas une paire de fesses ou un moment de nudité… ! Je n’ai pas grand­chose à dire sur ce sujet, se produire devant une caméra et dévoiler des secrets, c’est aussi obscène que se mettre nu à l’écran.

Feriez­-vous comme Marushka Detmers dans « Le diable au corps » ?

­ C’est un peu vicieux comme question ! Là, je réfléchirais. Je pense que ce n’était pas indispensable de faire ça dans un film, sinon pour provoquer des entrées !

Cultivez-­vous une image de marque ?

­ Pas réellement. Je réfléchis à une pochette de disque, une télévision, des photos de presse, des interviews, je ne sais pas…

Faites­vous attention à ne pas dire certaines choses ?

­ Certaines, oui. Je ne les dis plus, car elles étaient mal comprises.

Vous mentez ?

­ Oui, bien sûr ! C’est le privilège de l’artiste ! Le mot de sincérité qui revient constamment partout, je le bannis complètement dans ce métier de faux­semblants !

Pensez­vous avoir innové dans le domaine de la chanson ?

­ La chanson est un art mineur, comme dit Gainsbourg. Il ne faut pas se prendre au sérieux ! J’ai évoqué des sujets comme la mort, la mère, la religion… On n’en a pas trop parlé en chanson.

Qu’est­ce que vous aimiez écouter à vos débuts ?

­ Rien ! Je n’aimais rien ni personne ! (rires) Si : Jacques Dutronc, je l’aime toujours d’ailleurs. Je crois n’avoir pas écouté beaucoup de musique étant enfant. Après, je me suis tournée vers la musique de films et je continue. Un peu la musique classique, aussi. Au début, j’aimais le film et la musique, à présent je n’ai pas besoin de connaître les images pour acheter un disque de musique de film, surtout celles de John Barry que j’adore.

Avez­vous pris des cours de chant ?

­ Non, je bénéficie des qualités de mes défauts : une vos fluette qui intéresse les gens, telle quelle !

Avez­vous réellement suivi une éducation religieuse ?

­ Je peux vous mentir, là ! (rires) J’ai été traumatisée par les bonnes sœurs : elles me tapaient, je renversais mes desserts par terre…

Vous avez mis le feu ?

­ Non, j’aurais bien aimé mais je n’avais pas encore l’esprit à ça ! Maintenant, je crois que je le ferais, et puis (prenant l’air convaincu) je me dis des fois qu’un jour, je vais rentrer dans les ordres !

Vous ne me direz pas si vous en avez souffert…

­ (retenant un sourire et d’un air de regrets) Je n’ai pas envie de mentir, aujourd’hui ! (rires) Non, sincèrement, bien que je n’ai aucune attirance pour ce milieu…

On raconte que vous avez fait du dessin…

­ Oui, j’ai peu de temps pour ça et je n’ai pas beaucoup d’imagination, mes dessins sont toujours un peu morbides, je fais des bonhommes désarticulés…

Avez-­vous fait toutes les cascades à cheval dans « Libertine » ?

­ 1986-33-cJ’ai fait de l’équitation pendant cinq ans, maintenant je n’ai plus le temps, mais si j’avais un cheval, je le monterais souvent et librement, sans aller dans un manège, sans l’embêter ! Je voulais faire les cascades moi­même dans « Libertine », mais c’est finalement une cascadeuse qui est montée en selle sur le cheval au galop et m’a doublée pour certains plans de bagarre : si j’avais eu un accident, tout aurait été annulé !

Me direz­-vous combien a coûté le clip de « Libertine » ?

­ Non ! (rires) Ca n’a pas coûté cent briques, comme certains le prétendent. Je n’ai pas envie de donner le prix ! Si les gens le croient très cher, c’est qu’il est réussi. Il a coûté la moitié de ce que vaut un clip français habituellement : un minimum d’argent, un maximum de talent !

Ecrivez­vous des histoires ?

­ Non, je n’écris rien, j’efface !

Qu’est­-ce que vous effacez ?

­ Tout ! Tout ce qui s’est passé hier. J’ai un don pour ne me souvenir de rien sauf de ce qui est vraiment marquant. Mon enfance, mon proche passé, je ne veux pas y penser une seconde ! Ce serait régresser, j’ai besoin d’aller de l’avant, de ne pas regarder en arrière.

Quelle attitude ont les garçons avec vous ? Sont­ils attirés par votre célébrité ou leur faites­vous peur ?

­ Tout le monde n’est pas à l’aise avec moi, je n’en tire aucune satisfaction d’ailleurs, je le remarque, et surtout je n’ai pas envie qu’ils soient à l’aise avec moi ! Je n’en sais rien, j’ai l’impression d’être une vieille grand­mère quand on me pose cette question ! Je reçois des lettres de personnes que je ne connais pas qui déclarent leur flamme (elle s’interrompt) Non, je dis des bêtises, je ne fais pas une fixation là­dessus !

Et vous, quels sont les gens qui vous attirent ?

­ Très souvent ceux que je ne peux pas approcher, docteur ! Ceux qui ont un sens de la folie. La vie est déjà suffisamment laborieuse et triste, on ne va pas s’ennuyer avec les gens qui ont des problèmes dentaires !

Même en traitant des sujets durs ou morbides, vos chansons sont très gaies, non ?

­ Parce qu’elles sont cyniques. Le cynisme, ça sauve tout !

Etes­vous croyante ?

­ Non. Par contre, je peux être intéressée par quelqu’un comme Ste Thérèse d’Avila, qui était une folle à lier elle aussi !

‘Aussi’ ?! Vous vous considérez comme folle à lier ?

­ C’est un peu l’image que je donne dans ce que je fais. Je crois être quelqu’un de pas fou du tout ! Dans la vie, on a tous des moments d’égarement, mais je suis seule dans ce cas­là, il n’y a que mon singe qui me regarde avec des yeux ronds !

Vous pourriez me définir votre caractère ?

­ (en secouant énergiquement la tête) Non ! (rires) Caractérielle ?

Bon alors, pensez­vous bien vous connaître ?

­ Oui, oh oui ! Dommage, mais oui…

Avez­-vous trouvé ce que vous vouliez vraiment faire dans la vie ?

­ Voilà le genre de questions auquel je ne réponds pas ! (rires) L’avenir dira si on m’a pendue pour ça !

Avez­vous envie de faire autre chose aussi ?

­ Je veux réussir dans tous les domaines, ne pas faire la même chose pendant vingt ans. Chanson, cinéma, m’occuper d’animaux à cinquante ans, pourquoi pas, tout et rien !

Fonder une famille ?

­ Non, le pauvre, pauvre enfant ! Je n’en ai tout simplement pas envie.

Pensez­-vous que chacun suit une destinée bien précise ?

­ C’est cruel mais je pense que oui. Après, c’est une question de volonté. A nous d’affiner les gros traits qui nous sont tracés.

Où sont l’enfer et le paradis pour vous ?

­ L’enfer, c’est d’être là et le paradis, c’est d’être là aussi ! Vraiment, l’enfer, c’est la maladie, la pire chose qui puisse arriver à quelqu’un. Et puis « L’enfer, c’est les autres » comme disait je ne sais plus qui !

Oui, l’autre, là !

­ (rires dans tous les coins)

JUILLET 1986 : Mylène Farmer : Cendres de lune

Publié dans Mylène 1985 - 1986, Mylène en INTERVIEW | Pas de Commentaire »

Mylène : LA VIE À PLEINES DENTS

Posté par francesca7 le 4 avril 2015

 

Pierre Nicolas : (il est déguisé et maquillé en Pierrot) (…) Aujourd’hui j’ai beaucoup de plaisir : je me suis habillé en Pierrot, je me suis dit « Ca va faire plaisir à notre invitée ». Bonjour, Mylène. Vous allez bien ?

1986-04-aMylène Farmer : Bonjour, très bien.

PN : C’est Mylène Farmer notre invitée aujourd’hui. Alors Mylène, hé bien on est partis ensemble tous les deux pour trois­ quarts d’heure de musique, de cinéma. Mylène a été très sympa : elle nous a apporté ses vidéoclips, ça nous fera du bien d’en voir, parce que c’est vrai qu’actuellement on n’en voit pas trop, trop sur les chaînes de la télévision publique…

MF : Ne le dites pas trop fort ! (rires)

 PN : Oui ! On va faire tout ça, ensemble avec Mylène. Vous vous installez tranquillement, Mylène.

Le présentateur explique que le décor et les fauteuils sont l’œuvre d’un artiste toulousain. Il lance ensuite les informations. Au retour plateau, il poursuit avec Mylène.

PN : Mylène, vous êtes bien installée ?

MF : Très bien, très confortable ! PN : C’est un petit peu particulier le mobilier ! MF : C’est étrange, oui !

PN : (…) Mylène, je ne vous ai jamais vue, jamais guère entendue vous répandre en grandes déclarations. Est-­ce que vous êtes quelqu’un de secret, de discret ?

MF : J’ai certainement beaucoup de pudeur, mais en l’occurrence vous m’avez dit de faire des réponses très concises parce que c’était des petites séquences, donc je vais faire très rapide ! (rires)

PN : Est­ce que vous vous méfiez des journalistes, d’une façon générale ?

MF : Ca dépend, c’est comme dans tous les métiers ! Y a des personnes qui sont douées, et puis d’autres effectivement dont il faut se méfier, parce qu’ils ont pas une plume très développée et souvent un peu maladroite.

PN : Lorsque vous lisez un article où on parle de vous, où on parle de votre travail, où on parle de vos disques, est­-ce que vous vous reconnaissez toujours dans cet article ?

MF : Y en a certains, j’ai notamment vu une critique de l’album (« Cendres de Lune », ndlr) qui était assez réaliste et plutôt sympathique, d’ailleurs. Sinon, y a toujours quelques termes qui reviennent systématiquement et qui sont peut-­être pas tout à fait le reflet de moi­-même, mais peu importe !

PN : Peu importe ! Dans l’album, y a une chanson qui s’appelle « Maman a Tort »…

MF : Oui, c’était le premier (extrait, ndlr).

PN : C’était le premier, la première chanson. On l’écoute ensemble?

MF : Oui !

PN : « Maman a Tort » : c’est la première chanson de Mylène Farmer. « Maman a Tort » !

Diffusion du clip de « Maman a Tort » en entier.

PN : Mylène Farmer, « Maman a Tort ». Vous avez peut­-être remarqué qu’en commençant l’émission avec Mylène, tous les deux, on a installé quelque chose qui est pas habituel dans « La Vie à Pleines Dents », on a installé le vouvoiement. Alors c’est moi qui l’ai fait exprès, je vais vous dire pourquoi : parce que Mylène quand elle est arrivée ce matin, elle m’a dit « Moi j’ai un peu de pudeur, un peu de timidité », et Mylène vous vouvoyez !

MF : C’est parce qu’on ne se connaissait pas, mais maintenant ça fait cinq minutes qu’on se connaît, on va se tutoyer !

PN : Voilà, on va se tutoyer, on va continuer l’émission en se tutoyant. Alors je te dis « tu » maintenant, Mylène !

MF : D’accord…

PN : Est-­ce que tu as déjà fait du cinéma et du théâtre ? Je connais déjà une partie de la réponse, c’est pour ça que je pose la question !

MF : Oui, j’ai suivi des cours de théâtre pendant deux ans. Et quant au cinéma, non je n’ai jamais participé à…

PN : T’as jamais fait de cinéma ?

MF : Pour le clip vidéo, c’est peut­-être aussi, oui, une partie cinématographique. Voilà, c’est la seule expérience que j’ai eue !

PN : Un clip extraordinaire, qu’on va voir tout à l’heure dans le cours de « La Vie à Pleine Dents », qui s’appelle « Plus Grandir ». Vous allez voir, ça va peut­-être être une découverte pour certains d’entre vous, c’est superbe, y a une superbe mise en scène. Mais ça, c’est pour tout à l’heure. On parlait de cinéma, on va regarder un extrait d’un film qui vient de sortir sur les écrans (…), je sais pas si tu l’as vu : le film s’appelle « Runway Train ».

MF : Non pas encore…

(…)

Un extrait du film « Runway Train » est présenté. L’extrait s’achève sur une bagarre entre deux personnages.

PN : (à propos du héros du film) Ha, il est très, très énervé, effectivement ! (rires) Je crois que tu préfères les gens calmes, toi, non Mylène ?

MF : Ha du tout, moi je suis une grande nerveuse !

PN : Une grande nerveuse ? Et tu aimes t’entourer de gens calmes alors puisque tu es nerveuse ? En général, quand on est nerveux on aime s’entourer de gens calmes, non ?

MF : Je ne sais pas, je n’ai pas bien réfléchi à la question mais j’aime bien les grands nerveux aussi !

1986-04-bPN : Tu as été mannequin, je crois.

MF : J’ai été mannequin, oui j’ai…Ben voilà ! (rires)

PN : (…) Est­ce que tu en as gardé un goût immodéré pour ce qu’on appelle les fringues ?

MF : Oui, j’ai toujours aimé les habits. (Elle regarde le costume de Pierrot de l’animateur) D’ailleurs c’est un très joli habit, ça aussi !

L’animateur propose ensuite à Mylène, sur le ton de la rigolade, d’échanger leur costume respectif, ce qui fait beaucoup rire cette dernière. Il lance ensuite le clip d’un artiste très théâtral, Egon Kragel, que Mylène confesse ne pas connaître. Au retour plateau, ils parlent encore de ce chanteur.

PN : Finalement, Mylène tu le connaissais ! Au début, tu m’as dit « Je connais pas » et en écoutant et en le regardant…

MF : Oui, je l’ai rencontré une fois sur un plateau de télévision aussi, et il racontait qu’il avait fait beaucoup de mime avec un monsieur…

PN : Ca se voit je crois dans sa chanson qu’il a fait du mime !

MF : Il me semble oui ! (rires)

PN : (…) Tiens, puisqu’on parle un peu de mise en scène, il va se passer quelque chose maintenant : on va retrouver le…Elle est pas venue les mains vides, Mylène Farmer, elle nous a amené le vidéoclip qu’on a vu tout à l’heure, « Maman a Tort », mais tu nous as aussi amené le vidéoclip de ton titre « Plus Grandir ».

MF : Apporté, oui… « Plus Grandir ».

PN : Alors, c’est quelque chose d’extraordinaire, c’est un vidéoclip assez long avec une superbe mise en scène. Explique­nous un petit peu.

MF : C’est en Cinémascope, on a mis cinq jours de tournage, c’est du décor en non naturel (rires) heu…et

puis, ma foi, il faut le regarder !

PN : Oui, faut le regarder ! Simplement, on peut préciser que dedans il va y avoir tout un tas de transformations : toi, tu subis un tas de transformations.

MF : Oui, et je termine en vieille femme, donc là il y avait tout un maquillage à faire, aussi. C’était intéressant.

PN : On parlera du maquillage juste après. Ce qu’on va faire, on va se faire plaisir maintenant et on écoute et on regarde le clip de Mylène Farmer : « Plus Grandir ».

Le clip de « Plus Grandir » est diffusé dans sa quasi­ intégralité (la séquence d’introduction est légèrement amputée de quelques secondes au début et le générique est coupé)

PN : Ha lala ! Mylène Farmer, « Plus Grandir » : c’est extraordinaire, y a vraiment beaucoup, beaucoup de choses !

MF : Oui, c’est dommage parce qu’il y a un petit problème de son, on peut s’apercevoir, je crois, que la bande tourne trop vite ! (rien de tel ne se voit pourtant à l’antenne, ndlr)

PN : C’est pas de notre faute, hein !

MF : Non, c’est de la mienne ! (rires)

PN : C’est les gens qui ont mis la musique sur les images ! Y a d’abord la poupée…Tu crois que l’enfance, toi, est une période de la vie un petit peu privilégiée, comme ça ?

MF : Privilégiée ? Non, c’est pas tout à fait ce qu’on a démontré dans le clip ! Je crois que c’est une période qui est…bon, chacun la vit différemment, mais c’est une période qui est excessivement difficile, le passage de l’adolescence à l’âge dit d’adulte. Oui, c’est dur.

PN : Oui, c’est peut­-être ce passage-­là qui est difficile…

MF : C’est un traumatisme.

PN : Y a aussi ce passage extraordinaire où on voit la vierge qui se cache comme ça (il joint le geste à la parole) et qui détourne le regard

MF : Oui, c’est une vierge qui a été fait en latex, avec un manipulateur.

PN : Y a même la poupée qui est animée à la fin !

MF : La poupée est animée et la poupée a été réalisée par moi­même ! (rires)

Un extrait du film « Etats d’âme » est ensuite diffusé, qui semble laisser Mylène complètement indifférente lorsque l’animateur résume le scénario (l’histoire d’un groupe de jeunes fêtant la victoire socialiste en mai 1981)

PN : (…) Mylène, tu as fait une chanson il y a quelques mois qui s’appelait « On est Tous des Imbéciles ». Je

voudrais savoir si avec cette chanson tu voulais prouver que dans la vie il faut pas se prendre au sérieux ?

MF : Je sais pas…Les chansons à message, je m’en méfie toujours un peu mais c’est vrai que…

PN : Beaucoup de chanteurs s’en méfient !

MF : Oui ! (rires) Et pour cause ! Mais non, ce qui était à extraire de la chanson, c’était « Ce qui nous sauve, c’est le style », effectivement voilà, le style peut sauver beaucoup de choses.

1986-04-cPN : Alors, moi je suis un Pierrot, un Pierrot c’est toujours très romantique. Je voudrais parler un petit peu d’amour avec toi. Admettons que l’amour dans la vie, ce soit un paysage ou un pays très lointain : je voudrais que tu me dises si tu penses qu’en amour il faut atteindre ce paysage et y rester, ou si ce qui t’intéresse dans l’amour c’est d’arriver, c’est le voyage qui mène à ce paysage ou à ce pays.

MF : C’est tout le voyage qui m’intéresse.

PN : C’est tout le voyage ? Donc tu es la femme…tu fais confiance aux rencontres ?

MF : Je sais pas si je peux parler dans ces termes­-là ! J’adore les rencontres, oui !

PN : Et les coups de foudre, tu y crois ?

MF : Je pense que dans sa vie, on rencontre une ou deux personnes pour qui, oui, on va voir une adoration, même, sublimée. Mais ça n’arrive pas tout le temps, non.

PN : C’est trop perso comme question si je te demande si tu en as déjà eu, des coups de foudre ?

MF : C’est un sujet que je n’aime pas aborder ! (rires)

Pour changer de sujet, l’animateur lance alors une séquence musicale. Au retour plateau, une jeune fille de 14 ans vient faire la promotion d’une kermesse scientifique organisée dans la région. Elle est venue avec une petite fusée et l’animateur s’amuse du goût pour la science de la jeune fille.

PN : (…) Mylène, moi je croyais que c’était les garçons qui faisaient voler les fusées !

MF : Non, moi je jouais aux petites voitures quand j’étais petite !

Le présentateur lance ensuite un concours où il faut identifier trois films à l’aide de leur bande originale constituée de morceaux classiques.

PN : C’était joli, hein Mylène ? Tu aimes bien, toi, la musique classique…

MF : J’adore, oui y a des très, très belles chansons. Enfin chansons…musiques !

PN : (…) On trouve énormément de choses dans la musique classique.

MF : Absolument !

PN : Alors tu as reconnu les titres des films ? Je crois que c’était pas très difficile, hein !

MF : Oui, je crois que j’ai vu la plupart de ces films.

PN : Tu peux jouer si tu veux ! (…)

MF : Et je gagne un disque ?!

PN : Et tu gagnes un disque !

MF : Alors, oui ! (rires)

PN : (…) Tiens, tu m’as dit que ton prochain clip (« Libertine » dont l’avant-­première aura lieu trois semaines après cette émission, ndlr), y aurait une ambiance comme celle qu’on a vu dans l’extrait de film avec les bougies (Barry Lindon, ndlr) (…), vous avez peut-­être vu dans l’extrait qui vient de précéder, y avait un passage très sombre avec des bougies, des messieurs avec des perruques et tout…

MF : Oui, ça va être une illustration, un peu, du libertinage.

PN : Ca tombe bien puisque le titre de la chanson, c’est « Libertine » ! Alors, la chanson on va se quitter avec (…) On va se quitter Mylène. Maintenant qu’on se connaît bien, on peut peut­-être s’embrasser pour se dire au revoir ! (…)

MF : Oui !

PN : (il lui fait la bise) Au revoir, Mylène !

MF : Au revoir…

PN : À bientôt, tu reviens quand tu veux dans « La Vie à Pleine Dents ».

MF : Avec plaisir !

PN : Et on se quitte avec la chanson de Mylène Farmer qui s’appelle « Libertine » (…)

MF : Au revoir !

Seule sur le plateau, en guise de générique de fin, Mylène interprète « Libertine ».

NB : La prestation de « Libertine » sera rediffusée plus tard dans un autre numéro de cette émission.

 

source : 28 MAI 1986 Présenté par Pierre NICOLAS FR3 MIDI­PYRÉNÉES

 

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RADIO CONTACT : LE RENDEZ­-VOUS de Mylène Farmer

Posté par francesca7 le 1 avril 2015

 

1995-01-aCoucou, tout le monde ! Je suis ravie de vous retrouver, comme tous les mercredis soir entre 20h et 21h. Une heure spéciale qui est consacrée ce soir à Mylène Farmer, qui vient de sortir son nouvel album, « Anamorphosée » ­ un mot d’explication sur ce titre dans quelques instants en compagnie de l’intéressée.

C’est rare d’avoir Mylène Farmer en interview, encore plus en radio, donc je vous invite à savourer sans relâche ces soixante minutes passées en sa compagnie ! Tout de suite, « Et Tournoie… », extrait de cet album, « Anamorphosée » : on écoute et on se retrouve en compagnie de Mylène dans quelques minutes !

Diffusion de « Et Tournoie… » «

 Et Tournoie… », extrait du nouvel album de Mylène Farmer, qui nous a rejoint. Mylène, bonsoir !

MF : Bonsoir. Mylène qui nous revient après quatre ans d’absence, vous vous êtes fait attendre !

Vous avez pas trouvé le temps un petit peu long ?

MF : Non, j’avoue que j’ai eu besoin de ce temps. J’ai eu besoin du voyage, j’ai eu besoin de découvrir d’autres choses pour pouvoir, moi, me nourrir et pouvoir écrire, tout simplement.

Ca veut dire qu’il y avait un ras-­le-­bol, une certaine lassitude qui s’était installée ?  Qu’il y avait besoin de faire le vide autour de soi et de changer tout à fait son entourage ou même sa vision des choses ?

MF : Changer son entourage, pas réellement. L’envie que de voyager, oui, définitivement. Et puis après le film, j’avais envie de faire…est­-ce qu’on peut appeler ça une rupture ? Je ne sais pas, mais en tout cas, effectivement, simplement l’envie de découvrir autre chose et de se régénérer.

Voilà qui est fait : Mylène Farmer qui nous revient anamorphosée.

Alors, petite leçon de vocabulaire, je suppose que c’est un mot que tout le monde ne connaît pas ! Je vous laisse nous l’expliquer…

MF : Je vais plutôt vous donner l’explication que moi j’ai bien voulu lui donner ­ je vous laisserai faire l’explication du dictionnaire ! (sourire) Ma perception du monde a probablement changé, en tout cas s’est élargie, et l’idée de l’anamorphose est cette idée que j’ai eu besoin de l’anamorphose pour reconcentrer toutes ces idées, toutes ces impressions, ces sensations pour n’en faire plus qu’une.

Diffusion de « California »

Juste avant la pause, on s’écoutait « Californie » (sic !), un des titres de l’album « Anamorphosée », de Mylène Farmer. Un album qui nous vient d’ailleurs en droite ligne de la Californie, et plus précisément de Los Angeles.

C’est une ville que vous connaissiez déjà avant ?

MF : Oui, j’ai passé beaucoup de temps à Los Angeles, et précisément j’ai passé neuf mois : c’était avant, pendant et après l’album. J’ai passé quelques temps à New York également et ma foi, je m’y sens bien ­ m’y sentais bien, en tout cas. J’avais besoin de cette idée d’espace, à la fois de perte d’identité, puisqu’on ne me connaît pas là-­bas, pour pouvoir moi m’y retrouver, me retrouver.

Ca fait du bien de se replonger dans une espèce d’anonymat, là-­bas, de se dire qu’on peut mener une vie tout à fait normale ?  Parce que bon, ici c’est vrai qu’il y a Mylène Farmer la star : même quand vous vous absentez, il suffit que vous réapparaissiez au détour d’un magazine ou au détour d’un coin de rue et hop, Mylène Farmer la star ressurgit.

Là-­bas, on peut se balader dans la rue, etc.

Ca aide ?

MF : Vivre comme tout le monde, je crois que c’est important, ne serait-­ce que cette notion de vivre normalement. C’était en tout cas très, très important pour moi. C’est vrai que je l’ai trouvée là­bas, j’aurais pu la trouver à Bali ou ailleurs, mais j’avais quand même besoin d’une ville : j’avais besoin moi que de me promener, que de faire les gestes de tous les jours sans avoir quelqu’un qui m’observe. Voilà pourquoi Los Angeles !

C’était un peu votre rêve américain ?

Ou même le rêve californien, puisque la Californie aux Etats-Unis occupe une place à part dans l’univers des américains : il y a le rêve américain pour nous, européens que nous sommes, et puis aux Etats-­Unis c’est le rêve californien, la Californie c’est toutes les stars, c’est le soleil à perpétuité…

MF : Je crois qu’il y a une qualité de vie qui est certaine. C’est vrai que ne serait­-ce que le temps, le climat est très agréable. Je crois qu’ils ont une grande liberté. Avoir ce sentiment que l’américain, en tout cas le californien, ne juge pas l’autre, n’a pas le jugement facile ou parfois ces regards qui vous dérangent, vous savez, parce qu’ils vous jugent de trop près ou anormalement. Maintenant le rêve américain, non, je n’en ai pas. Je n’en ai pas et je préfère New York, par exemple, à la Californie. New York est beaucoup plus proche de ma sensibilité, j’allais dire de ma façon de vivre. Maintenant, pour revenir à la Californie, c’est un endroit qui est agréable.

Qui est agréable quand on peut y vivre bien, faut pas l’oublier non plus !

Non, puisque Los Angeles est la cité de toutes les contradictions, la cité des anges mais également la cité des démons et c’est vrai que la plus grande pauvreté côtoie la plus grande richesse, comme partout aux Etats­-Unis, je vais dire…

MF : Ha oui, c’est très, très fort, là-­bas. C’est vrai que moi j’étais très, très privilégiée. Sans jamais oublier ce qu’il se passe parce que malgré tout, c’est dans la rue, c’est au regard de tout le monde. J’ai passé mon permis de conduire là­-bas, donc c’était un peu tardif mais c’est vrai que c’était quelque chose d’important pour moi que de pouvoir prendre une voiture ­ ça parait désuet comme ça ! (Mylène veut sans doute dire ‘dérisoire’, nda) ­ et que de pouvoir rouler.

C’est vrai que les distances là-­bas et les paysages sont magnifiques, donc c’est une sensation de liberté, tout simplement, dont j’avais envie.

Ha bon ?!

Mylène Farmer a passé son permis de conduire là­-bas ?! Si tardif ?! Pourquoi ?! Elle avait peur de conduire ?! C’est vrai que Paris, c’est pas évident…

MF : Parce que j’ai d’abord un sens de l’orientation absolument déplorable ! Vous savez, parfois on n’explique pas bien les choses : il suffit de changer d’univers pour s’autoriser certaines choses. Effectivement, c’était une peur que j’avais en moi que d’être seule à un volant parce que je pense qu’on m’a toujours dit que c’était dangereux et qu’éventuellement je n’y arriverais pas, et vous vous apercevez que c’est une conquête phénoménale que de le décider et seule, et dans une autre langue dans un autre pays, donc c’est une satisfaction un peu puérile mais très agréable ! (sourire)

Diffusion de « XXL ».

1995-01-bIl y a quelques instants, Mylène Farmer nous révélait qu’elle avait passé son permis de conduire, ce qui ne vous empêche pas, Mylène, de prendre le train, comme dans le clip « XXL ». Pourquoi le train ?

MF : Le train ?

Le train, c’est le voyage. Maintenant, vous dire pourquoi il est utilisé dans ce clip, c’est pas précisément pour cette raison, mais c’est vrai que l’idée de Marcus Nispel ­ le réalisateur ­ était une très, très belle idée selon moi, et que cette idée du ventre qui est le train et qui a tous ces enfants à l’intérieur et toutes ces vies, je trouve que c’est une très, très, très belle idée. Il y a une belle galerie de personnages dans ce clip : il y a des vieilles personnes, il y a des enfants etc. mais, je veux dire, chaque visage a été choisi délicatement ?

MF : Oui. Je pense que c’est un beau travail qu’ils ont ­ ‘qu’ils ont’, parce qu’ils font appel à des assistants qui eux font des castings après acceptation du réalisateur­ mais c’est un beau travail. C’est vrai qu’en Californie, il y a des visages extraordinaires. Ces visages-­là auraient pu être de Hongrie, de Russie… Voilà donc pour le clip qui illustre le premier extrait de cet album, « XXL ».

Mylène Farmer toujours en quête d’amour maximal, je veux dire ?

MF : Oui. Si j’ai envie de résumer en tout cas mes envies d’aujourd’hui, c’est effectivement ­ et je crois que c’est le sentiment de tout un chacun­ c’est un peu plus de sécurité et surtout un peu plus d’amour.

Un amour qui reste quand même je vais pas dire déçu, mais les amours qui transparaissent dans cet album sont quand même plutôt des ruptures, des déceptions. Enfin, moi c’est l’impression que j’en ai…

 MF : Oui, ce qui est intéressant pour moi aujourd’hui, c’est que j’ai écrit les textes et on se dépossède des chansons une fois qu’elles sont et écrites et interprétées, donc maintenant c’est moi qui vais découvrir vos lectures, donc pour moi c’est à la fois une surprise et intéressant. L’évocation de la rupture, je sais pas si c’est que j’ai voulu dire. Peut-­être que c’est ce que j’ai écrit, dans le fond !

Maintenant, moi ma rupture, je la situais plus comme une élévation. C’est toujours compliqué, ou la justification ou l’interprétation des choses, mais c’est cette envie de s’élever, tout simplement, tout en ayant à la fois les pieds bien sur terre et essayant de comprendre l’autre mais en n’oubliant pas, et c’est peut­-être l’espoir que moi je me suis attribué, que la mort n’est pas une fin en soi.

Donc en ce sens, si rupture il y a, c’est j’allais dire une rupture de l’esprit terrestre et cette envie que d’aller découvrir autre chose et d’envisager d’autres choses.

Dans le fond, c’est peut-­être une envie de spiritualité, tout simplement.

Diffusion de « L’Instant X ».

« L’Instant X », ‘L’an 2000 sera spirituel’. Vous-­même, vous êtes à la recherche de cette spiritualité ?

MF : Moi j’en ai fondamentalement besoin et je pense, quand j’écoute et quand j’essaye de lire en tout cas les autres, je crois qu’on a tous envie de ça, parce qu’on vit dans un monde qui est de plus en plus désespérant et totalement bouché, donc qu’on ait ce souhait-­là : oui.

Et pour justifier sa vie, une fois de plus, ici et pour pouvoir l’apprécier, je crois qu’on a envie d’imaginer que notre vie ne s’achève pas, une fois de plus, quand la mort apparaît. C’est vrai que cette notion-­là faisait partie de moi avant et aujourd’hui je n’en veux plus, je ne l’accepte pas sinon moi je n’arrive pas à vivre correctement. Après, c’est au travers de lectures, au travers ne serait-­ce que de réflexions, de méditations. Tout cela est un peu confus ! (rires)

Il y a des livres qui vous ont marquée ?

Puisque là on a parlé de Malraux (‘L’an 2000 sera spirituel’, nda) mais je ne sais pas si Mylène Farmer a un livre de chevet qui l’a peut­-être éclairée justement vers une autre vision des choses ?

MF : Oui. Très, très précisément j’ai eu plusieurs lectures, mais j’ai un livre –je ne sais pas si je peux dire que je recommande, mais en tout cas qui moi m’a beaucoup appris et beaucoup aidé­ qui est « Le livre tibétain de la vie et de la mort » de Sogyal Rinpoche ­ un nom un peu compliqué ! ­ qui vous parle indépendamment du bouddhisme. Je ne sais pas si c’était le sujet qui m’intéressait réellement, mais qui parle justement de votre importance, de l’importance de votre vie et de l’importance de lui trouver une qualité pour pouvoir justement envisager sa mort relativement sereinement et pour pouvoir envisager des choses qui sont l’après­-mort.

Donc ce sont autant de choses qui sont très belles d’abord et qui vous donnent un petit peu d’espoir.

C’est un livre qui vous a aidée à exorciser peut-­être cette image ou cette présence de la mort qui était ancrée profondément en vous ?

MF : D’une certaine manière, oui. Je crois que chaque être est très, très isolé. Même s’il a des amis, même s’il a des conversations, on a quand même en soi cette solitude et cette difficulté que de communiquer donc on se pose de vraies questions, des questions parfois qui vous hantent toute une vie et parfois on trouve les réponses, ou on pense trouver les réponses, donc c’est vrai que j’ai eu sans acharnement cette réponse. Vous pouvez prendre quatre personnes différentes qui vont lire la même chose, elles vont trouver des réponses différentes. Donc moi j’ai trouvé quelque chose comme un baume, donc j’y ai trouvé un sens, voilà, et c’est vrai que ça m’a beaucoup, beaucoup aidée, oui.

Diffusion de « Tomber 7 fois… ».

Mylène Farmer est toujours notre invitée ce soir jusque 21h.

 Mylène, on vient de s’écouter « Tomber 7 fois… » : c’est un peu votre devise dans la vie ?

MF : Oui, en tout cas ça fait réellement partie de moi. Un, je ne me donne pas le droit de tomber, en tout cas plus bas que terre, et j’ai toujours cette volonté donc que de relever la tête. Et c’est surtout pas moi qui ai inventé ça, c’est un proverbe chinois (japonais en réalité, nda) qui dit ‘Tomber sept fois, toujours se relever huit’. C’est toujours une belle idée, c’est toujours cette notion de résurrection, cette envie que de se redresser donc c’était quelque chose que j’avais envie d’exprimer, oui.

Dans un autre genre, plus futile dirons-­nous, il y a « Alice », la petite araignée. Les araignées, ce sont des petites bêtes qui vous intéressent ?!

MF : J’ai une phobie des araignées ! (rires)

Mais j’ai toujours eu en mémoire une tout petite histoire d’une petite araignée dans une cellule et qui était le seul compagnon du prisonnier ­ ce qui n’a rien à voir avec le thème d’ « Alice », mais je peux apprivoiser aussi une petite araignée ! (rires)

Araignée qui est le symbole de ‘Araignée du matin, chagrin ; araignée du soir, espoir’. Est-­ce que l’araignée est un symbole particulier pour vous ?

MF : Non. Non. L’araignée… Vous savez, parfois on a des choses qui vous viennent vous ne savez pas pourquoi et c’est vrai que quand j’ai entendu cette musique qui a cette boucle, cette répétition j’y voyais bien la marche d’un petit animal, comme ça. Et puis après, vous ne savez pas, vous parlez de… Alice est devenue l’artiste et la représentation du mal-­être de l’artiste. (rires)

Diffusion de « Alice » puis de « Sans Contrefaçon ».

Les articles de presse qui vous sont consacrés dépeignent quelqu’un qui me semble être un être bourré de contradictions. A vous voir là en face de moi, vous avez l’air un petit peu fragile, pourtant c’est pas vraiment l’image qui transparaît de vous : on a plutôt une image qui est synonyme de provocation…

MF : Oui, mais je pense que je ne suis pas un cas unique. Je crois qu’on a tous des paradoxes assez violents en soi. Ces paradoxes font partie de moi, oui. Maintenant, moi j’y vois ­ puisqu’on a la pochette devant les yeux ­ là j’y vois quelque chose de plus pur que de provocateur, si ce n’est que l’idée de provocation fait aussi partie de ma vie. Sans parler de revendication, je trouve que c’est important que de provoquer, au moins susciter quelque chose, une réflexion en tout cas, ou une révolte…

Ca ne s’arrête pas à ‘Mylène la provocante’, comme on a pu parfois vous coller cette image parfois un peu excessive…

 MF : Bien sûr, mais ça, malheureusement on ne peut pas faire le procès de ces choses un petit peu ou caricaturales ou réductrices. C’est vrai que dès l’instant où vous chantez ou « Libertine » ou « Sans Contrefaçon », c’est vrai que la notion d’étiquette est quelque chose qui fait partie de notre société, donc dès l’instant où moi j’ai accepté de l’idée de « Libertine », pour ne parler que de ça, il faut accepter tout ce qui va aller avec : et les réflexions et la caricature.

Diffusion de « Libertine ».

Suite aux réflexions et autres commentaires qui ont accompagné cette chanson, parfois vous n’avez pas eu envie de remettre les pendules à l’heure ?

MF : Non. Qu’on ait des coups de colère quant à certaines réflexions ou justement cette façon que de réduire un être à un état ou une provocation : oui, parfois. Moi, c’est plus la notion de colère que de réelle tristesse, parce que dans le fond je n’attache pas beaucoup d’importance à ça, et je crois de tous temps j’ai ressenti les choses de cette façon. Vous dire qu’on n’est pas touché, atteint, ce serait faux et un mensonge mais une fois de plus, je n’y attache pas grande importance. Ce que l’autre pense de moi, s’il a envie d’essayer d’y découvrir certaines choses plutôt qu’un jugement hâtif : tant mieux pour moi. Sinon, tant pis, c’est pas grave ! Moi, je vis bien avec ce que j’ai exprimé, donc voilà !

Diffusion de « Mylène s’en fout ».

1995-01-dCet entretien touche à sa fin mais j’en profite encore quelques minutes car c’est quand même assez rare de vous avoir en promo !

MF : Oui, parce que d’une part c’est un exercice difficile pour moi, d’autre part la justification est un exercice et en soi quelque chose qui n’est pas à mon sens indispensable, si ce n’est que je m’aperçois qu’il faut aussi, de même que j’ai envie qu’on me donne, je me dois de donner. Donc c’est pour ça qu’aujourd’hui j’accepte un petit peu plus l’idée du dialogue, parce que je pense que c’est important. Mais je sais que ça sera de toute façon des moments rares, en tout cas pour moi. Je ne dis pas rare en sa qualité, mais rare en tout cas dans sa multiplication ! (rires)

Alors comme on n’a pas souvent l’occasion de vous rencontrer, on va peut­-être vous laisser un petit mot de conclusion, une pensée que vous auriez envie d’exprimer aux auditeurs belges…

MF : Oh je ne sais pas ! Je ne suis pas sûre d’être très, très, très douée, si ce n’est que j’espère qu’ils aimeront mon album et que j’ai un très, très bon souvenir de mon passage en Belgique sur scène. C’était un moment assez magique !

Moment qui avait été immortalisé d’ailleurs en vidéo… (le film « En Concert » sorti en septembre 1990 a effectivement été tourné pendant les représentations du spectacle à Bruxelles en octobre 1989, nda)

MF : Oui, donc je les remercie pour ce moment ! Merci beaucoup et à très bientôt, on l’espère !

MF : Au revoir !

source : Entretien avec Cathy TROGRANCIC (Belgique) 15 NOVEMBRE 1995

Publié dans Mylène 1995 - 1996, Mylène en INTERVIEW | Pas de Commentaire »

Mylène Farmer et Laurent Boutonnat parlent du clip Plus Grandir

Posté par francesca7 le 8 mars 2015

 

STARFIX – AVRIL 1986 – Entretien avec Christophe LEMAIRE

1986-01-bMylène Farmer : J’ai rencontré Laurent au temps où il était associé avec un autre producteur. Ils ont écrit ensemble « Maman à tort ». Ils ont procédé à un casting et j’ai été choisie. Jusque ­là j’avais suivi des cours de théâtre et j’avais été mannequin.

A propos du clip « Plus Grandir » :

J’ai fait le story­board et ai confectionné la poupée que l’on voit dans le clip et surtout je me suis intéressée de A à Z à l’histoire.

Laurent Boutonnat : Pour moi le clip est un moyen pour raconter une histoire.

A propos de « La Ballade de la Féconductrice » :

­ Il est passé trois fois à la commission de contrôle, ce qui n’arrive jamais. La première fois, ils voulaient l’interdire complètement, puis il est passé en commission plénière où on a voulu le X­er. Finalement, sa sortie a été restreinte à une salle avec une interdiction aux moins de 18ans. J’en avais 17.

A propos de la genèse du clip « Plus Grandir » :

­ Je n’aime pas les story­boards, je préfère le découpage technique. Celui­ci m’a servi à décrocher les capitaux chez Polygram / Polydor. J’avais des facilités à négocier car j’étais le producteur de Mylène et que l’on venait de signer chez Polygram pour trois albums. C’est une sorte de co­production, il y a une partie qu’on me donne et une autre qu’on m’enlève de mes royalties. Finalement, j’ai fait le clip pour 330 000 francs, ce qui est un petit budget.

A propos des fantasmes mis en scène dans le clip :

­ Fantasmes principalement religieux ­j’ai été longuement en pension chez les jésuites­ et liés surtout au monde de l’enfance. Tu sais, toutes ces petites choses qui, petit, te font peur. J’ai tenté de les retranscrire dans mon clip comme cette statuette phosphorescente de vierge qui s’anime ou les apparitions des naines. En écoutant bien on s’aperçoit que le texte parle de la mort, de l’enfance et de la perte de la virginité. En même temps, on peut bien extrapoler et en parler en termes différents.

A propos de l’accueil frileux de certains médias :

­ « Bonsoir les clips » n’en a pas voulu parce qu’il le trouvait trop morbide, ce qui est un comble vu son créneau horaire. Refusé dans les juke­boxes à clips. Une compagnie américaine, qui est en train de monter un long métrage avec une sélection des meilleurs clips de tous les pays, m’ont renvoyé la cassette en disant qu’ils l’adoraient mais qu’il ne fallait pas toucher à la religion.

A propos des cinq jours de tournage :

­ On a dû tourner en studio car j’ai utilisé le scope et qu’il faut énormément de recul, le double par rapport au format normal. Les studios Sets, où nous avons filmé, sont principalement réservés à la pub. Ils nous ont permis d’utiliser leur matériel de déco : panneaux, cartons, etc. … Pour faire le plan de la poupée dans l’eau, on s’est fait prêter une énorme bassine de 500kg avec un gros hublot qui s’est mise à fuir pendant le tournage.

Tout ça pour trois secondes de projection !

A propos de son directeur photo, Jean­Pierre Sauvaire :

­ 1986-01-aC’est un type très doué. Comme il vient de la pub, il est habitué à tout faire (noir et blanc, couleurs, effets spéciaux, scope). Pour moi il est encore plus pro qu’un chef­op de cinéma. Le résultat était tellement parfait qu’il n’a presque pas fallu d’étalonnage.

A propos de son projet de long­métrage :

­ Au départ, j’étais avec un producteur qui travaillait beaucoup avec Parafrance. Il m’avait proposer de monter un film de terreur ‘à la Corman’ pour un budget de 150 briques, tourné en deux semaines. Une série z pour le circuit Parafrance qui à l’époque sortait une floppée de films de ce style dans tous les genres. Ca ne s’est pas fait. J’ai alors écrit un script en quinze jours, un conte pour grandes personnes que je suis en train de remanier.

 

Publié dans Les Clips de Mylène, Mylène 1985 - 1986, Mylène en INTERVIEW, Mylène et Boutonnat | Pas de Commentaire »

Mylène se fait Interviewer dans SORTIR

Posté par francesca7 le 28 février 2015

 

5 OCTOBRE 1994 – Entretien avec Philippe DURANT

Nb : cf la retranscription de l’entretien intégral dans la section Bonus.

Le travail d’actrice est­il différent de celui de la chanson ?

­ giorgi-12-aFondamentalement. L’émotion est prodigieuse en scène et je pense qu’il n’existe rien d’aussi fort. Maintenant, d’un point de vue plus ludique, faire du cinéma est un métier passionnant.

Comment s’est effectué le passage du clip au cinéma ?

­ J’ai envie de vous répondre : très naturellement, si ce n’est qu’il y a toujours une frustration dans un clip car il n’y a pas la parole, hormis les mots d’une chanson. De plus, on n’a pas le temps d’y développer un personnage. Il y a une frustration d’actrice dans les clips. Et puis, j’avais envie d’interpréter quelqu’un d’autre que moi, c’était fondamental pour moi. Même s’il y a des choses que j’ai puisées en moi, Catherine reste un personnage.

Le rôle de Catherine est­-il proche de vous ?

­ Je ne suis pas Catherine, mais peut­être avons­nous en commun cette fragilité, cette colère rentrée et cette sensation de n’être parfois pas comprise qui la caractérisent. Surtout, c’est le côté ‘enfant’ qui nous réunit.

Catherine a parfois un comportement ou irrationnel, ou différent qui la condamne aux yeux des autres.

Contre quoi se manifeste votre colère rentrée ?

­ Contre la vie, en général. J’ai en moi quelque chose d’assez violent contre l’injustice, mais aussi la vie, la difficulté de vivre. C’est un sentiment qui n’est pas passif en moi. L’amour est un pansement contre la colère, il est fondamental dans la vie de chacun.

A quelle partie du film êtes­-vous le plus attachée ?

­ J’aime tout ce qui concerne la réanimation, autant d’un point de vue narratif qu’au niveau du montage. Je trouve ce passage magnifique.

giorgi-12-bAvez­-vous été impliquée dans la construction du scénario ?

­ Pas du tout ! Laurent a écrit son scénario, ses personnages et il m’en a très peu parlé. Mon souhait a été de  lire le texte terminé.

 

Publié dans Mylène 1993 - 1994, Mylène en INTERVIEW | Pas de Commentaire »

ÎLE DE TRANSE émission avec Mylène

Posté par francesca7 le 21 février 2015

 

1985-01-b31 OCTOBRE 1985 – Présenté par Philippe BACHMAN FR3 MIDI­PYRÉNÉES

Philippe Bachmann : Bonjour à tous, bienvenue sur notre « Île de Transe ». Invitée aujourd’hui, Mylène Farmer. C’est son troisième 45­ tours…

Mylène Farmer : Bonjour Philippe.

PB : Bonjour ! Troisième 45­tours, disais­-je, « Plus Grandir »… MF : Oui… PB : Alors, récapépète un petit peu ce qu’il y avait avant !

MF : On récapépète, alors ! Le premier étant « Maman a Tort », qui…

PB : (il l’interrompt) Le deuxième ?

MF : Le deuxième étant « On est Tous des Imbéciles ».

PB : Voilà. « Maman a Tort », c’était y a deux ans, ça à peu près ?

MF : Il y a deux ans, oui.

PB : Alors, il y avait pas le Top 50 à cette époque-­là, mais ça marchait super bien dans les hits, ça s’est très très bien vendu.

MF : Oui…

PB : C’était bien, pour une première expérience. Comment tu as débuté, d’ailleurs ?

MF : J’ai eu la chance de rencontrer deux personnages, qui ont écrit cette chanson.

PB : Des noms ! Des noms !

 MF : Hé bien, il y avait Jérôme Dahan et Laurent Boutonnat.

PB : Où tu les as rencontré ? Comme ça, par hasard ?

MF : Non, ça serait trop long à raconter, mais ça s’est fait un peu par hasard, quand même. PB : Mais y a que des bons hasards, dans ce métier ! MF : Absolument ! (rires)

PB : Bon, dis­6moi, mon petit doigt m’a dit…

MF : Certes ! (Mylène éclate de rire)

PB : …que tu avais un superbe animal domestique chez toi, mais assez spécial quand même.

MF : Oui, j’ai un petit singe, qui est un capucin…

PB : C’est comment les capucins ?

MF : Le capucin ressemble à un petit chimpanzé, c’est aussi joli.

PB : Ca a une longue queue ?

MF : Ca a une queue assez grande, oui, qui lui sert de cinquième bras.

 PB : Ha, il joue avec ?! Alors, tu as mis des arbres chez toi pour qu’il puisse grimper ?

MF : (rires) Non, pour l’instant…Pas encore ! Pour l’instant, il a une grande cage.

PB : Et qu’est6­ce qu’il mange, ce brave capucin ?

1985-01-aMF : Tout ce que vous mangez, avec la viande en moins !

PB : Bon, alors on peut l’inviter avec toi, alors maintenant faut l’inviter avec toi, quoi.

MF : J’ai déjà essayé de l’amener sur un plateau, il y a quelques problèmes. (rires)

PB : Qu’est­-ce que ça donne ?

MF : Il a très peur des gens.

PB : Et puis il grimpe aux cintres, un peu, non ?

MF : Un peu, il est farouche.

PB : Bon, retour en arrière. Il y a deux ans, donc : « Maman a Tort ». Si on se refaisait ça pour le plaisir ?

MF : Oui ! Diffusion d’une séquence où Mylène, habillée autrement, interprète « Maman a Tort » devant un fond incrusté représentant une main qui compte sur ses doigts en suivant la chanson.

 PB : Dis donc, ton petit chimpanzé, il va falloir lui apprendre à danser, maintenant !

MF : Il chante, déjà ! Il écrit…et il prend des cours de danse !

PB : Il prend des cours de danse ?! Alors, dis­-moi une petite chose : j’ai vu que tu avais un truc superbe sur le dos pour « Maman a Tort », là encore tu es mignonne comme tout…

 MF : Merci !

PB : Comment tu fais pour t’habiller ? C’est toi qui dessines tes trucs ? Comment ça se passe ?

MF : Je ne dessine pas, je réfléchis et puis je vois avec…là, c’est une couturière qui m’a aidé, qui a réalisé cet ensemble.

PB : Les couleurs sont importantes ?

MF : Très importantes, oui.

PB : Il y en a qui sont superstitieux, qui veulent jamais mettre de vert à la télévision, toi tu en mets !

MF : Je sais, oui ! On m’a déjà reproché sur « Maman a Tort » d’avoir mis du vert sur un plateau, parce que ça porte malheur.

PB : Ben ça t’a porté bonheur, plutôt !

MF : Pour l’instant oui, donc je ne fais pas de cas de ça. L’animateur lance la séquence suivante, dans laquelle il présenté diverses nouveautés.

PB : (…) Ensuite, un petit groupe de Rennes qu’il faut que je te présente. Ca s’appelle Niagara. Alors, c’est sympa, ils font de la scène depuis assez longtemps, quand même.

MF : C’est un joli nom.

PB : C’est un joli nom et ce qui ne gâche rien, c’est que dans les chœurs on retrouve un certain Etienne Daho. Tu aimes bien Etienne Daho, toi ?

MF : Oui.

PB : Qu’est­-ce que tu écoutes comme disques, toi ?

MF : Il m’arrive d’écouter de la musique classique. Dans la variété française, j’aime beaucoup Jacques Dutronc.

 PB : Il fait plus grand­-chose, Jacques Dutronc, malheureusement…

MF : Non, mais il réapparaît…

 PB : Une fois de temps en temps !

MF : …et c’est très bien à chaque fois. (…)

PB : Sinon, en musique classique, tu m’as dit, qu’est-­ce que tu écoutes en musique classique ?

MF : J’aime beaucoup Wagner, j’écoute Mahler, j’écoute plein de choses. Très éclectiques, comme choix.

PB : Comment tu choisis les musiques de tes chansons ? Comment ça se passe ?

MF : Je sais pas si…Enfin, je les choisis, on me les…Les personnes qui travaillent…

PB : Oui, mais tu dis oui ou non quand on te propose les choses, non ?

MF : Bien sûr. Y a des choses qui me plaisent plus. Je crois que c’est au travail que… (elle se reprend) heu au piano que ça se fait. On me propose une mélodie, et puis j’aime tout de suite ou j’aime pas du tout.

PB : Le texte est important dans tes chansons.

MF : Bien sûr, bien sûr. Très important, capital.

PB : On en parle un petit peu plus ? « Plus Grandir » : comment naît un texte comme ça ? C’est après la musique ?

MF : Là, ça s’est fait un peu par hasard. Oui, c’est né après la musique. Cette fois-­ci, c’est moi qui l’ai écrit.

PB : Ha ha !

MF : Non, ça n’a rien de vengeance. Je sais pas si je renouvellerai cette expérience. Ca s’est fait par hasard.

PB : Pourquoi ? C’était trop dur ?

MF : C’est très très difficile d’écrire un texte. Ca doit être concis, précis et j’avoue que j’ai eu du mal.

PB : Il y a des trucs pour bien écrire un texte, ou pas ?

MF : Je crois qu’il faut beaucoup de tranquillité, et puis surtout la tranquillité d’esprit que je n’ai pas !

PB : Tu l’as eu quand même pour « Plus Grandir » !

MF : Oui ! PB : On l’écoute ? « Plus Grandir », le nouveau 45­tours de Mylène Farmer. Mylène interprète « Plus Grandir » avec derrière elle des images alternant entre la pochette du disque et le visuel du landau indiquant « Mylène Farmer : 1962­1985 » (sic), et des photos anciennes.

PB : Mylène Farmer, « Plus Grandir », c’est son troisième 45­tours. Tiens, je te rends ton petit micro… (il tend son micro à Mylène)

1985-01-dMF : Merci !

PB : Y a un album en préparation ?

MF : Il y a un album qui sortira vers janvier (1986, ndlr)

PB : Alors tu vas réécrire des textes, quand même, ou pas ?

MF : Non, il est terminé, là il est clôs. Il n’y aura que « Plus Grandir » de ma plume. PB : Bon, ben c’est déjà pas mal !

MF : C’est déjà bien.

PB : Il y a un clip qui vient de se tourner sur « Plus Grandir », non ? MF : Oui, il y a un clip qui a été tourné en Cinémascope.

PB : Alors, c’est pour le cinéma ?

MF : J’espère qu’il ira au cinéma, qu’il fera l’avant­-première d’un film.

PB : Oh ben oui, parce qu’à la télévision ça serait dommage quand même.

MF : Oui, c’est pas suffisant, l’écran est trop petit.

PB : C’est toi qui as décidé de le faire en Scope ?

MF : Non, non, c’est le réalisateur, qui est également mon compositeur. Des noms, encore ?

PB : Oui !

MF : Allez…Laurent Boutonnat ! (rires)

PB : Voilà, fallait le dire. Bon, ce Cinémascope, ce clip, comment il a été tourné ?

MF : Il a été tourné en un peu moins d’une semaine. Le premier jour était de l’extérieur dans un cimetière, et…

PB : Toujours très gaie, Mylène Farmer ! (rires)

MF : Oui ! Et les quatre autres jours se situaient dans un décor qui retraçait le…C’est un décor, c’est une chambre de château baroque avec des toiles d’araignée partout. C’est un bel univers.

PB : Bon, dès qu’il sort, tu nous le donnes qu’on le montre un petit peu à tous les téléspectateurs.

MF : Je vous inviterai à la projection.

PB : Ha oui, en Cinémascope et tout, ça va être superbe, ça ! Dis-­moi, au niveau cinéma c’est « Rosemary’s Baby » ton film préféré, ou pas ?

MF : Non, mais j’aime bien ce film. J’aime surtout l’interprète (Mia Farrow, ndlr) et le metteur en scène (Roman Polanski, ndlr) !

PB : Tu vas souvent au ciné ?

MF : J’y vais assez régulièrement, oui.

PB : Qu’est­-ce que tu as vu de bien, récemment ? Des noms, des noms !

MF : Heu….Je ne sais pas, j’ai vu…Le dernier film que j’ai vu c’était « Mad Max » PB : Oui…3 !

MF : Le 3 !

PB : Y a pas de raisons, il est pas mal le petit australien, hein ? (Mel Gibson, ndlr) Bon, tu sais que c’est l’heure de se quitter, alors à la prochaine ! On découvrira ton clip très vite…

MF : D’accord !

PB : Merci, Mylène Farmer !

MF : Merci à vous ! Ils se font la bise et Mylène glousse en faisant « au revoir » avec la main. Générique de fin.

Publié dans Mylène 1985 - 1986, Mylène en INTERVIEW | Pas de Commentaire »

Mylène Farmer rencontre sur WIT FM

Posté par francesca7 le 21 février 2015

 

DÉCEMBRE 1996

 1996-07-cBonjour Mylène, je suis tout à fait ravi de vous rencontrer. Je vais commencer par une question concernant l’album « Anamorphosée » : il avait une optique beaucoup plus rock, dira­-t-­on, un son plus rock.

Est­-ce que c’est une manière d’exprimer la violence, une violence plus affirmée que dans les précédents albums qui étaient plus pop ?

Mylène Farmer : Je ne crois pas que c’était réfléchi de cette façon­-là. Je crois que c’est simplement une volonté ­ une envie, plutôt ­ que d’avoir des guitares, mais rien de réfléchi réellement. Parce que c’est vrai qu’on était un peu surpris par rapport à ce qu’on avait l’habitude d’entendre ­ ce qui est pas plus mal, d’ailleurs !

MF : C’est peut­-être mon passage en Californie, peut­-être. Et probablement à force, j’imagine, d’écouter la musique ou californienne ou américaine on s’en imprègne. Et puis un vrai désir que d’avoir des instruments lives puisque j’ai précédemment beaucoup utilisé justement ce qu’on appelle les machines (rires), donc ça a fait une couleur différente, oui. Diffusion de « L’Instant X » Vous vous êtes davantage ouvert sur les autres et sur le monde dans ce dernier album, semblerait­-il. « Rêver », par exemple, votre dernier tube, est un véritable appel à la tolérance, à l’amour de son prochain.

Qu’est-­ce qui a nourri ou quel évènement vous a guidé dans cette écriture de « Rêver » ?

MF : J’ai, je crois, toujours eu ça en moi. Maintenant, c’est vrai que d’affirmer, que de demander aux autres une certaine tolérance, il faut être peut­-être plus en harmonie avec soi­-même donc c’est peut­être ce qui m’a autorisée aujourd’hui à écrire des choses comme « Rêver ».

Vous dites que vous êtes plus en harmonie avec vous­-même : est-­ce que c’est une chose que vous avez ressenti ­ enfin, j’ai pu lire effectivement des interviews dans la presse où vous disiez qu’entre trente et trente­ cinq ans c’est un peu l’accomplissement, enfin on arrive à un moment crucial de sa vie…

MF : Crucial, ça, je ne sais pas, en tout cas c’est un moment qui est plus tendre pour moi, ou plutôt je suis plus tendre envers moi­-même. Donc c’est un moment qui est plus agréable pour moi, oui, la trentaine que l’adolescence, que tout ce que j’ai traversé jusqu’à présent.

Est­-ce à dire ­ pour rebondir sur ce que vous dites ­ que le mythe Mylène Farmer tombe ? C’est-­à­-dire ce mystère qui régnait peut-­être autour du fait que vous étiez moins en harmonie avec vous-­même…

MF : Je ne sais pas. Si vous, vous parlez de mythe, moi je ne pourrai jamais évoquer ça me concernant. Maintenant, est­-ce qu’un mystère ­ puisque vous l’évoquiez également­ tombe parce que tout à coup on est plus réceptif au monde environnant : je ne le crois pas. Maintenant, s’il tombe et s’il est tombé, peu m’importe. Voilà ! (rires)

Diffusion de « Rêver » (live) (il s’agit de la version disponible sur le single de « Rêver », bien avant la sortie de l’album « Live à Bercy ».

La piste est néanmoins la même, simplement amputée de sa pré introduction et de sa reprise avec le public, nda)

Vous nous le disiez, Mylène, vous êtes plus en harmonie avec vous-­même. Ca veut dire aussi que l’expression de la dualité s’exprime moins chez vous, à travers…La dualité, c’est­-à­-dire la violence / la douceur, la vie et la mort ­ un thème sur lequel vous êtes très souvent intervenue, donc cette dualité, notamment dans « Sans Logique »…

MF : Je crois que cette dualité fait partie de moi et fera partie de moi jusqu’à la fin de mes jours.

Maintenant, est­-ce que j’ai envie de l’exprimer aujourd’hui ?

MF : Non. Je crois l’avoir assez fait. J’ai essayé, moi, de panser mes douleurs, maintenant en aucun cas ça n’épuise la dualité, voilà. Mais les douleurs sont moins vives et je suis guérie de certaines choses, donc c’est vrai que je les exprimerais moins facilement. Là encore, c’est pas une…comment dirais-­je ? On change pas radicalement, on passe pas du blanc au noir. Maintenant, on peut avoir certains changements qui sont profonds, qui font que et votre écriture et vos thèmes de prédilection et votre musique vont s’en sentir transformés. Diffusion de « Sans Contrefaçon » (Boy Remix)

Justement, par rapport aux blessures : la compassion, c’est une valeur, une notion importante pour vous ? Je pense notamment à un titre qui s’appelle « Et Tournoie… » : ‘Sous ton âme la plainte amère / Panse­la, donne­la’ : ‘donne­la’, donc ‘partage­la’…

1996-07-bMF : Je crois qu’elle est devenue fondamentale, oui. Je crois qu’avant de s’intéresser à soi­-même il est plus intéressant de s’intéresser à l’autre. Maintenant, vous dire que j’en fais une nourriture quotidienne…Je ne suis pas une sainte ! Mais quant à ces mots comme ‘tolérance’ ou ‘compassion’, ce sont des choses qui sont importantes dans ma vie, oui. Qui dirigent ma vie. Je crois qu’on a tous une difficulté que de vivre –peut­-être pas pour tout le monde, mais on a tous nos problèmes­ et que d’être concentré et être totalement nombriliste est quelque chose de totalement stérile. Diffusion de « Et Tournoie… »

A toutes ces questions qu’on vous pose sur l’enfance, votre vie affective ou amoureuse, votre sexualité, pensez­-vous que vous avez déjà répondu dans toutes vos chansons, dans toute votre carrière jusqu’à présent, à toutes ces questions qui sont insidieuses et qui, à la limite, ne regardent personne ?

MF : C’est­-à­-dire, ça les regarde et ne les regarde pas : c’est toujours l’ambiguïté de ce métier ­ en tout cas, ce métier d’écriture. C’est vrai que si j’évoque quelque chose, on va me demander une justification.

Maintenant, je suis d’accord avec vous : dès l’instant où j’ai écrit et mis ces mots sur un papier, je considère que j’ai fait ce que j’avais à faire, donc que je n’ai plus besoin de cette justification ou qu’alors on aura une lecture effectivement suffisante pour que je n’aie pas à rajouter des choses par rapport à ça. Mais c’est impossible puisqu’on demande éternellement une justification, le pourquoi du comment. Et puis, il faut pas oublier qu’une chanson, ça peut retranscrire un moment précis mais qui va s’évanouir deux heures plus tard.

Maintenant, on a jeté ces mots sur le papier, donc trois jours plus tard il va falloir se justifier quant à ça.

Et si je n’ai pas envie de me justifier ?!

Mais donc voilà, là c’est l’ambiguïté de ce métier… Et alors, par exemple, est-­ce que quand on écrit une chanson, on l’écrit, on la chante, ensuite on la produit, on passe dans le studio etc. donc il y a tout un processus et ensuite on va la produire sur scène –en l’occurrence pour vous c’est vrai que la scène ne suit pas automatiquement chaque album­ est-­ce que vous arrivez à ressentir les mêmes choses ou à faire ressentir les mêmes choses, parce que c’est ça aussi la magie de l’artiste :

c’est arriver à faire passer, même quelques mois après jeté comme ça ses mots sur le papier…

Est­-ce que c’est facile une fois arrivée sur scène, vraiment devant le public, de continuer, d’aller jusqu’au bout de ses paroles ?

 MF : Ca me l’est relativement, si tant qu’il y a certainement des chansons que j’ai mis de coté.

Maintenant, ne me demandez pas lesquelles parce que je ne sais pas moi­-même ! (rires) Mais à partir du moment où je décide d’interpréter une chanson sur scène, il s’agit pas de se dire ‘Voilà, parce que le dernier album est sorti on va mettre tout le dernier album’ : je crois que c’est un peu plus humain que ça. Donc pour répondre à votre question, toutes les chansons qui sont sur scène sont des chansons que je vis et que j’essaye de faire vivre avec le plus d’honnêteté que je puis. Une chanson comme…je ne sais pas…je pourrais chanter « Ainsi Soit Je… », maintenant j’ai préféré « Rêver » parce que c’est une chanson plus récente et qui est plus près de moi aujourd’hui. Mais si je devais chanter « Ainsi Soit Je… », je le chanterais avec la même émotion que sur la scène précédente parce que c’est quelque chose qui a fait partie de moi, donc j’ai la mémoire de tout ça. (« Ainsi Soit Je… » intégrera d’ailleurs le spectacle lors de la reprise de celui­-ci quelques jours plus tard à l’occasion de quelques représentations, nda)

Diffusion de « Plus Grandir » (live)

Par rapport à ces deux chansons que vous citez, c’est assez curieux parce que « Ainsi Soit Je… », c’est une espèce de ‘amen’, comme ça, alors que « Rêver », ça projette des choses dans l’avenir. Estce que c’est ça le changement chez Mylène Farmer aujourd’hui, ou bien… ?

MF : (le coupant) Probablement. Là encore vous me demandez de m’expliquer, ou de tenter de m’expliquer. Il y a fatalement un changement en moi qui s’est produit. Je ne sais pas bien…Peut­-être l’acceptation de certaines choses, ou en tout cas la démission d’autres choses. Diffusion de « Ainsi Soit Je… »

On va parler du spectacle puisque c’est quand même un grand moment pour un artiste : c’est-­à­-dire qu’on est jeté en pâture, comme ça, à son public !

 Moi j’ai eu l’impression en voyant ce deuxième concert ­ j’avais vu le premier­ qu’il y avait peut­-être plus une volonté de grand show, comme ça, et d’avant­-gardisme, même. Est-­ce que vous avez réussi au final à faire ce que vous vouliez ?

MF : Totalement, et là sans prétention aucune. C’est uniquement par rapport à ce que j’ai pu, moi ressentir, totalement en harmonie avec ce que je voulais et évoquer et faire et vivre, donc c’est un joli cadeau pour moi.

Est-­ce qu’on peut mettre ça en parallèle avec systématiquement une manière de faire des remixes pour chaque morceau ? C’est vrai que c’est une tradition, je dirais, chez Mylène Farmer, que de remixer des morceaux. Est­-ce que c’est des choses sur lesquelles vous donnez juste votre aval ou est-­ce que vous le sentez bien ?

MF : Là encore, parfois on est un petit peu bridé par ce genre de choses. C’est vrai que moi j’aime bien les remixes en général et j’aime bien donner ma chanson à quelqu’un qui ne fait pas partie de mon univers, qu’on va prendre en Allemagne ou en Angleterre et qui va posséder la chanson ou la détruire pour en faire quelque chose d’autre. C’est toujours intéressant.

Maintenant, est-­ce que c’est une réussite à chaque fois : je n’en suis pas sûre !

 Il y a des choses qui moi­-même me surprennent et je me dis peut­-être que sur une chanson –parce que souvent ou les anglais ou les allemands procèdent de cette façon : ils enlèvent totalement la chanson, laissent un mot et vont faire après tout le délire qu’on peut faire autour !

Maintenant, je l’ai accepté.

Est-­ce qu’on désincarne totalement une chanson ?

Peut-­être. Mais est-­ce que c’est l’avenir d’une chanson, en tout cas est-­ce qu’elle perdure ? Je ne sais pas bien. Peut-­être c’est volontaire, dans le fond, que de détruire et désincarner quelque chose. Ce sont des choses qui devraient passer et s’oublier. Est­-ce que vous avez la même démarche, pareil, quand vous vous jetez en pâture à un photographe comme Herb Ritts ?

Est­-ce que, je dirais, on paye pour voir quand on va chercher Herb Ritts ou bien est-­ce qu’on se dit ‘J’ai vraiment envie de travailler avec cet homme talentueux’ ?

MF : Non : on paye pour avoir ! Et ça, c’est un privilège, d’abord, que de pouvoir payer pour avoir et puis c’était un moment agréable pour moi, parce qu’on sait déjà qu’on fait appel à un talent qui est certain, donc il y a une angoisse qui est diminuée. Et puis c’est toujours intéressant : j’ai pas beaucoup travaillé avec des photographes hommes, masculins et c’était un regard 1996-07-aqui était différent.

Et c’est quelqu’un qui, je crois, malgré tout me connaissant très peu, a respecté ma personnalité tout en mettant son talent et tout ce qu’il a l’habitude de, lui, projeter. Je voudrais évoquer le concert encore : est-­ce que pendant la tournée le concert a évolué ?

MF : Evolué…Je pense que plus on fait de concerts et mieux c’est. Mais des changements, aucun : ni l’ordre des chansons, ni le choix des chansons (comme précisé plus haut « Ainsi Soit Je… » sera pourtant interprété à quelques reprises à la reprise de la tournée, ainsi que « La Poupée qui fait Non » avec Khaled à Genève et à Paris, nda). Non, parce que là encore je crois que quand j’ai construit le spectacle, je savais ce que je faisais ­ en tout cas ce dont j’avais envie. En ça, ça n’a pas été modifié.

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SKYROCK avec Frédérico et Mylène

Posté par francesca7 le 17 février 2015

 

31 MAI 1996 : Entretien avec Frédérico MUSA :

1996-04-bA propos de sa motivation pour remonter sur scène :

Mylène Farmer : C’est une vraie, vraie envie profonde, un vrai désir que de retrouver le public, donc c’est dur en aucun cas. Maintenant, un spectacle de deux heures, c’est toujours difficile. Il y a beaucoup de changements de costumes, ça c’est exercice assez difficile. Mais moi, j’ai pris vraiment, vraiment un grand plaisir !

A propos de la conception du Tour 96 :

MF : J’ai décidé de monter sur scène un peu tardivement. C’est­-à­-dire, j’ai travaillé à peu près ­ nous avons travaillé ! ­ deux mois, je crois, ce qui est très peu. Il y avait des postes séparés, sachant qu’il y a eu des réunions et des désirs précis. Maintenant, j’ai fait appel à une équipe de concepteurs, donc, d’images avec qui j’ai beaucoup parlé, chanson par chanson et eux après m’ont apporté leur talent, leurs idées. De même, chorégraphiquement, j’ai fait appel à deux chorégraphes (Christophe Danchaud et Jaime Ortega, nda) plus mes propres chorégraphies. J’ai réellement souhaité sur ce spectacle avoir des talents extérieurs différents parce que je pense que ça peut apporter quelque chose.

 A propos de sa vie à Los Angeles :

MF : Non, je vis à Paris ! Néanmoins, j’aime bien le voyage, j’aime bien Los Angeles sur des périodes courtes. C’est une ville violente, mais ça, nous ne le savons pas parce qu’on est quand même dans des quartiers un peu plus protégés, donc je ne vais pas mentir et vous dire que j’ai été confrontée à cette violence mais elle existe vraiment, bien évidemment. Maintenant, Los Angeles, non, est une ville qui est difficile parce que la rencontre est difficile. Maintenant, moi j’y ai trouvé l’espace, j’y ai trouvé une idée de liberté et de repos, en tout cas pour l’esprit, et ça a été parfait pour cette période.

A propos de la musique qu’elle écoute :

MF : J’aime beaucoup MC Solaar parce qu’il a apporté, indépendamment de ce rythme ­ le rap ­ et de ces boucles, une vraie richesse dans ses textes et c’est quelqu’un que j’aime beaucoup, oui. Sinon, j’aime beaucoup U2, j’aime beaucoup Peter Gabriel… (elle réfléchit) Quand on doit les évoquer, on les oublie ! (rires) J’aime Bob Marley, j’aime les Eagles, j’aime beaucoup de choses, Alanis (elle bute sur le prénom puis se reprend) Morisette ­ pardon, j’écorche son nom ­ j’aime beaucoup, beaucoup !

A propos de la dance et des remixes qu’elle propose de façon presque systématique :

MF : J’aime l’idée de danse, j’aime regarder les gens danser. J’aime cette évasion, donc j’aime l’idée qu’il y ait des dance remixes, oui. J’aime beaucoup le remix en revanche de « I miss you ». (il faut comprendre « Missing », du groupe Everything but the girl, nda)

A propos de son singe capucin,

1996-04-aE.T. : MF : E.T. est toujours à la maison, les singes n’ont pas le droit de voyager, elle a été obligée de rester. Le singe est interdit, de tout façon, c’est pas un animal que l’on doit domestiquer. Mais elle va bien, merci ! (rires)

NB : cette interview a été réalisée au Zénith de Toulon, le lendemain de la première, lors d’une rencontre avec plusieurs journalistes. Diffusée dans la matinale de Cauet, celui­-ci demande à son acolyte de raconter un petit incident qui est survenu pendant cette rencontre : un journaliste de France 3 a attaqué son interview en faisant remarquer à la chanteuse que malgré la réussite de son spectacle, elle n’avait ‘pas de voix’. Mylène a aussitôt coupé court à l’entretien en indiquant la sortie à ce journaliste ! La séquence se finit avec la diffusion de « California ».

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LES ENFANTS DE LA GUERRE avec Mylène F.

Posté par francesca7 le 17 février 2015

 

27 NOVEMBRE 1996 – Présenté par Julien COURBET TF1

1996-13-bMylène Farmer apparaît dans ce grand show de prime time autour de Luciano Pavarotti qui parraine « War child », un réseau d’associations qui viennent en aide aux enfants touchés par la guerre à travers le monde pour interpréter « Rêver » et répondre aux questions de Julien Courbet très brièvement en raison d’un triste évènement : au moment d’enregistrer l’émission, Mylène vient d’apprendre le décès d’un proche.

Après avoir interprété son dernier single en date dans la robe lamée qu’elle porte sur scène pour la même chanson, Mylène rejoint le canapé où l’animateur se trouve aux cotés de Luciano Pavarotti sous les applaudissements du public.

Mylène Farmer : Merci beaucoup.

 Julien Courbet : Mylène, cette chanson était de circonstance, « Rêver », quand on voit ­alors on a vu ensemble il y a quelques instants, avant le démarrage de cette émission, le reportage qui va suivre, puisque nous allons maintenant parler des orphelins des « Enfants de la guerre ».

Quand vous avez vu ce reportage, Mylène, vos premières pensées, ça a été quoi, de voir tous ces enfants sans parents ?

MF : D’abord une grande émotion, bien sûr. Manque de mères, manque de femmes autour d’eux. Et surtout, je voudrais dire que je crois que c’est une très belle idée que d’associer la musique à cette douleur, à ce manque donc je suis toute avec eux. (sourire)

JC : En tous cas, c’était bien que vous soyez avec nous ce soir, Mylène.

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LE MAG sur MCM reçoit Mylène

Posté par francesca7 le 12 février 2015

 

8 JUIN 1996 – Entretien avec Christian DAVID – MCM

1996-09-cEntre les deux représentations parisiennes du Tour 96, Mylène Farmer reçoit le journaliste de MCM dans sa loge de Bercy. L’entretien a en effet été réalisé le 1er Juin, au lendemain de la première date donnée à Bercy et quelques heures avant la deuxième. Elle porte pour l’occasion une longue et ample jupe couleur ficelle et un top à bretelles bleu clair.

Christian David : Bonjour. Bienvenue dans « Le Mag ». Aujourd’hui, je ne suis pas sur le plateau habituel, je suis dans les loges de Bercy pour un mag spécial avec Mylène Farmer. Bonjour !

Mylène Farmer : Bonjour.

CD : Merci d’être là ! C’est parti « Le Mag » ! Tout de suite : générique.

Générique

CD : Bien, bonjour. Je suis vraiment content de vous rencontrer parce qu’on se connaît pas, on s’est jamais vus ! Alors, je voudrais déjà qu’on parle un petit peu de la conception de l’album ­très, très court parce que je voudrais qu’on parle surtout du show. Je voudrais savoir, le son : où vous avez été chercher ce son particulier qui a dans cet album qui est très moderne ?

MF : Probablement Los Angeles, le fait de travailler avec des musiciens de là­bas. Quant à des désirs en tous cas de guitares, ça, ça vient plus de la maison. Voilà ! (sourire)

CD : Donc il y a quand même une certaine évolution musicale entre le dernier album et celui­ci, et je voudrais savoir comment c’est apparu, comment ce désir est venu d’avoir quelque chose de plus radicalement dur, musicalement…

MF : L’envie d’avoir des guitares, essentiellement. Moi, pour être restée assez longtemps aux Etats­Unis, je crois que ça influence et puis, peut­être une évolution naturelle dans le fond.

CD : Une envie peut ­être, oui, de choses plus dures. Je trouve que l’album a une tendance un peu, un peu rock quand même, on peut le dire…

MF : Là j’en reviens encore, je crois que l’apport des guitares ­ je vais me répéter (rires) ­ je crois que c’est important pour le son, oui.

CD : L’envie de moins de machines ? Parce qu’il y a quand même eu beaucoup de travail sur les machines sur les albums précédents…

MF : C’est vrai que je l’ai beaucoup fait, et c’est vrai que j’avais envie de choses un peu plus ‘live’, comme on dit.

CD : Plus humaines ? C’est plus humain un son de guitare joué par quelqu’un quand même…

MF : Il se passe autre chose, c’est vrai. Mais j’aime bien les deux !

Extrait de « Alice » sur scène à Toulon

CD : Je voudrais qu’on passe à la section show, parce que moi je m’interroge ­ je n’ai pas vu le show encore, je vais le voir ce soir ! Je voudrais savoir comment on arrive à reproduire le son merveilleux que vous avez sur cet album qui a un son studio énorme. Est­ce qu’il est semblable, est­ce que vous avez réussi à trouver ce son sur scène ?

MF : Oui. Il y a des musiciens qui sont vraiment formidables. Je suppose qu’on dit ça à chaque fois qu’on fait une tournée ou un album, mais là, j’avoue que j’ai une chance énorme. Ils sont pour la plupart, si ce n’est la totalité en fait, américains…

CD : Oui, il y a juste un clavier français…

MF : Oui, absolument, qui est Yvan Cassar, qui est le chef d’orchestre.

CD : Qui est une base, qui est la sécurité…

MF : Oui, oui, oui. Et que puis­je dire d’autre ?! Les musiciens français sont très bons musiciens ­ on n’est pas en train de faire des séparations…

CD : Mais enfin c’est juste que vous avez passé beaucoup de temps à Los Angeles, c’est peut­être normal de ramener sous le bras ces musiciens américains…

MF : Voilà, c’était plus simple, oui. J’ai également des danseurs qui sont de New York, donc c’était plus simple aussi pour les répétitions. Enfin, à tous points de vue, c’était plus simple que de prendre des musiciens de là­ bas. Mais en tous cas, ils jouent merveilleusement bien, et c’est vraiment un support énorme pour moi.

CD : Il y a sept ans que vous avez pas fait de scène, c’est quand même beaucoup ! (Mylène confirme)

Alors, est­ce qu’il y a une difficulté à remonter sur scène ou, finalement, c’est vraiment tellement l’envie elle est là que ça se fait tellement comme ça ?

MF : Vous avez la réponse. C’est plus ça. C’est un vrai, vrai désir. Et spontanéité, je crois.

CD : Alors j’imagine qu’il y a eu beaucoup d’émotion. Hier, j’ai des amis qui vous ont vue et qui m’ont dit que, bon il y a un show très technique, très beau, très bien fait, mais il y a quand même beaucoup d’émotion et ça, je trouve que ça colle aussi à votre personnage. C’est important de l’avoir même sur scène…

MF : Ça, c’est quelque chose que j’espère ne jamais perdre, en tous cas cette émotion que me procure le public, dans le fond. Et moi, j’essaie de donner autre chose que justement des choses très établies, très structurées.

CD : Est­ce qu’après sept ans d’absence, est­ce que c’est pas un peu difficile ? Quel public on va retrouver ? Est­ce qu’on va retrouver son public ? Est­ce qu’on a réussi à reconquérir d’autres gens ?

Est­ ce qu’on se pose ces questions­ là quand on arrive à un ou deux jours, voire le jour même, sur scène ?

MF : Dans la mesure où plusieurs personnes, avant même, vous posent cette question : ‘Mais quel est votre public aujourd’hui ?’ J’avoue que j’y ai pensé moi­même, que je l’ai un petit peu entraperçu sur l’album, des visages nouveaux. Et ma foi, là, j’ai un public, je crois, plus d’hommes aujourd’hui que je ne l’avais avant. (sourire)

CD : C’est une bonne nouvelle ! (rires)

MF : C’est une bonne nouvelle ! (sourire) Mais en tous cas, un public vraiment chaleureux. J’ai une chance énorme pour ça, vraiment !

Diffusion d’un extrait du making of du clip « California »

CD : L’image est parfois violente. Je vois dans les clips : vous mourrez, vous faites mourir quelqu’un d’autre que vous, souvent et j’ai entendu dire que vous avez lu un livre qui vous a un petit peu travaillée, un petit peu bouleversée. Donc, est­ce que ça a à voir avec le fait que vous vivez intensément et de ce que vous avez envie de faire passer par l’image, ce que les gens peuvent recevoir ?

MF : J’aime les choses fortes, j’aime les choses qui sortent de la normalité, j’aime les sentiments forts donc c’est… Maintenant, quant à répondre à votre question ‘est­ce que j’aime ou tuer ou être tuée’, ça, ça fait partie de…

CD : (la coupant) Sans psychanalyse, sans psychanalyse ! (rires de Mylène)

1996-09-eMF : Je joue moins peut­être aujourd’hui les victimes, par exemple. Je m’en suis rendue compte dans les clips de cet album. Faisant référence au dernier clip, avec Abel Ferrara, quand on a parlé donc du sujet du clip, je voulais, moi, interpréter une prostituée, et il m’a demandé ‘Mais quel type de prostituée ?’. Je lui ai dit ‘Pas une victime. Je ne veux pas être une victime dans ce clip’.

CD : Vous êtes quand même une victime dans ce clip puisqu’elle meurt cette prostituée…

MF : Oui, mais c’est au­delà de ça. J’ai l’impression, moi, de porter autre chose en tous cas. Quand j’ai rencontré ­parce qu’il y a des prostituées dans la vidéo…

CD : (la coupant) Ah, ce ne sont pas des comédiennes ?!

MF : Non, pour la plupart, ce sont de réelles prostituées et, j’ai eu ce sentiment qu’elles n’étaient elles ­mêmes pas des victimes, qu’elles avaient réellement choisi leur métier. Où est la vraie vérité, la réalité ? Je n’en sais rien. Mais une sensation de liberté, en tous cas, dans leur métier.

Extrait du making of du clip de « California »

CD : Alors sur scène, je voudrais qu’on vienne à la scène, j’imagine qu’il doit y avoir une scénographie, une chorégraphie, des décors. (Mylène confirme) Est­ce que c’est vous qui choisissez ?

Es t­ce que c’est une totale liberté sur ce travail ­là ?

MF : Bien sûr ! Heureusement ! Oui, oui, totale liberté, total contrôle, et surtout total plaisir ­ c’est bien plus intéressant que le contrôle lui­même et là encore, chaque département, c’est vraiment important, aussi bien l’image, cette idée de l’écran, et puis toutes les surprises qui se passent pendant ce spectacle.

Chorégraphiquement, j’ai fait appel… J’ai moi­ même quelques chansons qui sont chorégraphiées, donc, par moi, et j’ai fait appel à deux autres chorégraphes : un qui est français, et qui est sur scène également, qui est un des danseurs, et puis un autre qui vient des Etats­ Unis qui a illustré, donc, une chanson.

CD : Est­ce que c’est pas difficile, pour vous, de… Je voudrais qu’on parle un petit peu maintenant du contact avec les journalistes, la presse, les médias. C’est très rare que vous accordiez des interviews et là, d’un seul coup, vous avez, j’ai l’impression que vous avez envie de parler aux gens.

D’où c’est venu ? Est­ce que justement cette liberté de travail, cette envie de revenir, sept ans d’absence font que, d’un seul coup, on a envie de raconter aux gens ce qu’on a fait, ce qu’on est en train de faire, et ce qu’on a envie de faire ?

MF : Je crois, en tous cas pour ce spectacle, là ça s’est fait relativement spontanément. J’avais envie de parler de ce spectacle, c’est vrai. J’avais envie, oui, de faire partager ça avec les personnes qui m’aiment bien.

CD : Alors, est­ce que ce spectacle a plus d’importance au niveau, je veux dire, personnel, de ce que vous avez pu donner dedans, par rapport à ce que vous avez fait auparavant pour avoir, peut­être, envie d’en parler plus ? C’est peut­être quelque chose qui vous correspond davantage, à l’heure actuelle, c’est­à­dire au moment où vous en êtes là, dans la carrière…

MF : En tous cas, au jour d’aujourd’hui, oui. Oui, je puis dire que je suis en parfaite osmose d’avec ce spectacle.

CD : Vous êtes heureuse donc ? Parce que c’est vrai, on a toujours tendance à dire ‘Oui, Mylène Farmer est quelqu’un d’un peu…’ parce qu’on ne vous entend pas beaucoup, on ne vous voit pas beaucoup, donc évidemment il y a questionnement tout le temps sur la vie des gens quand ils parlent pas trop. Vous êtes quelqu’un de plutôt positif, optimiste ?

MF : Optimiste, je ne pense pas. Positif, oui, j’essaie de l’être et ça, c’est ma quête d’aujourd’hui : essayer de, oui, de rendre les choses un peu plus faciles, un peu plus vivantes, et de ne m’intéresser qu’au moment présent et, dans le fond, c’est ça, il me semble, la vraie force que moi j’ai pu trouver, et que n’importe qui peut trouver. C’est essayer de ne plus être envahie ni par un passé qui peut être ou encombrant ou douloureux, et essayer de ne pas trop se projeter dans le futur qui est toujours une source d’interrogations ou de grands vertiges, donc voilà, c’est, moi, la réponse que j’ai trouvée : c’est vivre le moment présent et essayer de comprendre que c’est important.

Long extrait de « Je t’aime mélancolie » sur scène à Toulon.

CD : Je voudrais qu’on parle un peu des clips parce que, ça, c’est important : il y a aussi une image vidéo très, très importante, c’est même des films, c’est pas vraiment des vidéos très classiques depuis « Libertine » jusqu’à « California ». Je trouve qu’il y a vraiment un gros travail de fait. Est­ ce que ça, c’est important pour vous l’image, de travailler l’image ? Est­ce que c’est aussi un côté artistique que vous exploitez chez vous ?

MF : Oui, j’ai eu la chance, moi, de…

CD : (la coupant) Comédienne, un peu quand même ?

MF : D’abord l’idée de jouer, oui, est quelque chose que j’aime. J’aime l’image, j’aime le cinéma profondément.

J’ai eu la chance de… J’ai commencé ce métier il y a près de douze ans, je crois, le clip commençait d’être quelque chose d’important pour la chanson. Que puis­je dire ? J’ai eu la chance de travailler avec Laurent Boutonnat, donc d’avoir quelqu’un de grand talent, et à la fois d’idée et de conception, et c’est quelque chose que j’aime toujours faire.

CD : Maintenant, c’est devenu tellement habituel. C’est comme un support normal…

MF : C’est vrai.

CD : On sort une chanson, on fait un clip et, des fois, c’est tellement vide ! Et je trouve que ceux­là ont toujours eu un gros travail, pas forcément en rapport avec la chanson, mais qu’il y a toujours un plaisir, je pense, d’artistes ­ comédiens et réalisateurs ­ dans ce que vous faites au niveau images…

MF : Ça, ça fait partie, je crois, de, là encore on va parler de désirs, c’est­à­dire de ne pas se dire ‘Tiens encore une chanson, encore un clip’ mais, à chaque fois, de ré­envisager la chose, et de se dire que c’est toujours aussi important. Et ça l’est réellement pour moi.

Diffusion du clip de « Sans logique »

CD : Alors moi, je voudrais reprendre ce que vous disiez tout à l’heure par rapport au présent, et l’angoisse du futur : c’est vrai que tant qu’on a du plaisir, le présent est important, et là c’est un présent qui va durer puisque la tournée est assez longue. Il est question que vous reveniez…

MF : (elle le coupe) A Bercy.

CD : …à Paris à la fin du mois de juin, et peut­être même à la rentrée. (Mylène confirme très discrètement) Donc est­ce que c’est pas un peu, en même temps, inquiétant d’avoir cette longue haleine de route à avoir devant soi comme ça ?

MF : Je crois que la tournée est relativement courte : j’ai, je crois, vingt­deux dates. Souvent, les   artistes font des tournées de quatre, cinq mois. Donc, moi je l’ai voulue relativement courte pour essayer de ménager, là encore, j’en reviens à la spontanéité et l’idée du vrai plaisir, et non pas de la répétition et de…

CD : (la coupant) Vous ne voulez pas rentrer dans une habitude, un cercle où finalement on ne s’en sort plus et on finit par faire le show comme si on allait faire n’importe quoi d’autre ?

MF : Oui. Oui, j’ai toujours un peu peur de ça donc c’est pour ça que je prends beaucoup de temps avant de remonter sur scène, ou même de faire un album. C’est plus riche comme ça pour moi.

CD : Est­ ce qu’il est question d’un album live ? Il n’y a rien qui existe de vous en live ! Moi je trouve que vous avez tellement d’intensité, d’être dans cette tournée, que ce serait peut­être le moment d’en faire un ? (Christian David semble ignorer totalement l’album et la vidéo live « En Concert » sortis respectivement en 1989 et 1990, et Mylène ne prend pas la peine de rectifier son erreur, nda)

MF : Il y en aura un, oui.

CD : Ah, ben ça c’est une bonne idée !

MF : D’ailleurs, le spectacle ce soir est filmé et l’album sera fait justement aujourd’hui !

CD : Vous prenez beaucoup de temps pour préparer un album, beaucoup de temps pour préparer un spectacle, mais qu’est­ce que vous faites sinon quand vous êtes pas Mylène Farmer sur scène et en studio? Qu’est­ce que vous aimez bien faire dans la vie ?

MF : J’aime bien voyager, j’aime bien lire, j’aime bien… On va s’en tenir à ces deux choses ! (rires)

CD : D’accord, on n’ira pas plus loin ! (rires) Qu’est­ce que vous pensez des gens qui parlent…Est­ce que vous lisez beaucoup les critiques ? Est­ce que vous portez de l’attention à ça ou pas du tout ?

MF : Pas du tout serait un mensonge, mais le moins possible en tous cas.

CD : Est­ ce que vous avez appris à vous blinder ? Est­ce qu’il y a une fragilité qui s’est un peu échappée au fil des temps ? Ou est­ce que vous avez toujours gardé un petit côté où des fois où finalement ça pique, ça fait un peu mal, quoi, et qu’on a envie de tout casser et d’aller taper sur la tête des gens qui écrivent des choses horribles ?

MF : Blindé, je crois qu’on ne l’est jamais et tant mieux. Maintenant, relativiser, ça fait toujours partie de cette même chose, c’est ­à ­dire prendre des distances, ça oui, sérieusement.

CD : C’est important ?

1996-09-aMF : C’est important oui.

CD : Bien, merci beaucoup de nous avoir accueillis dans votre loge !

MF : Merci à vous. Merci.

CD : Donc on rappelle qu’il y a une tournée qui dure jusqu’à peu près ?

MF : (après un silence) Je ne sais pas ! (rires)

CD : (après avoir entendu une réponse de Thierry Suc, manager de la chanteuse, depuis derrière les caméras) Jusqu’à fin juin. Et bien on va vous voir sur scène, d’accord ?

MF : D’accord !

CD : Merci d’avoir été là…

MF : Merci beaucoup.

CD : Au revoir Mylène, merci beaucoup.

MF : Au revoir.

CD : « Le Mag », c’est fini, on se retrouve demain avec autre chose !

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Mylène Farmer dans le 12/13 de France 3

Posté par francesca7 le 10 février 2015

 

31 MAI 1996 - Présenté par Laurence BOBILLIER et Georges MATTERA

Entretien avec Thierry STAMPFLER et Loïc le MOIGNE

1996-06-aGeorges Mattera : Mylène Farmer retrouve la scène. Il y a sept ans que la chanteuse ne s’était pas produite en public. Ce soir et demain, elle sera à Bercy, avant d’entamer une tournée en province. La métamorphose physique de l’interprète de « Libertine » n’aura échappé à personne, mais honni soit qui mal y pense, le style Farmer n’a pas changé. Thierry Stampfler et Loïc Le Moigne l’ont rencontrée à Toulon.

Le sujet commence par des images du concert de Toulon, « Alice », puis « California » Thierry Stampfler : (off) Un show ambitieux et qui se veut spectaculaire, voici donc la réponse de Mylène Farmer et de son entourage au défi majeur posé à la chanteuse depuis le début de sa carrière : comment passer des vidéoclips soignés, et parfois sulfureux qui ont fait sa renommée aux dures réalités de la scène ? Une stratégie de rupture qu’elle a choisie aussi avec les médias, dont elle sait attiser la curiosité, tout en s’y soustrayant le plus possible. Rarement mystère n’a été entretenu avec autant de soin dans le petit monde du show­business. Le contraste n’en est que plus frappant avec l’attitude de ses fans de toujours arborant avec tendresse les peluches qu’ils s’apprêtaient à lui offrir quelques heures plus tard, sur scène. Sincères et fidèles, ils font pourtant preuve d’un humour détaché et plutôt inhabituel pour des fans. A Toulon, pour être au premier rang, ils se sont installés devant la salle dès 6h du matin. Une passion que Mylène Farmer accueille avec des sentiments parfois mitigés.

Mylène Farmer : (assise sur une chaise en bois au dossier immense, devant une peinture mise en avant, elle porte un t­shirt blanc et brillant) L’idée de quelqu’un qui va attendre toute une nuit, une journée pour croiser votre regard est quelque chose d’assez perturbant. Et j’accepte ça parce que ça fait partie de ce métier.

TS : Contrairement à son spectacle précédent qui était très sombre, la chanteuse a choisi d’évoluer cette fois en pleine lumière, soutenue par des effets visuels parfois spectaculaires. Reste cependant la froideur inhérente à ce type de spectacle. Mylène Farmer parviendra­t­elle à répondre à l’attente de dizaines de milliers de fans électrisés par ce retour très attendu ? Réponse dès ce soir à Bercy, puis dans une dizaine de grandes villes françaises.

 

Publié dans Mylène 1995 - 1996, Mylène en INTERVIEW | Pas de Commentaire »

Déjeuner de gala sur NOSTALGIE avec Mylène

Posté par francesca7 le 8 février 2015

 

30 NOVEMBRE 1996 -Entretien avec Michel COTTET

1996-05-aMichel Cottet : L’actualité de Mylène Farmer, c’est cet album, « Anamorphosée » ­bien que ayant déjà quelques mois, il est encore tout frais et tout présent à notre mémoire et on se laisser bercer en ce moment par l’excellent titre « Rêver » ­ et puis il y a cette tournée, non pas gâchée mais interrompue pour une stupidité. Il ne m’appartient pas de déverser une kyrielle de qualificatifs pour essayer de vous cerner, de vous faire réagir ­ c’est toute la magie d’un personnage. Ceci dit, tout ce mystère qui débouche sur un statut de phénomène est ­ce que vous n’avez pas l’impression quelquefois que cela fait ombrage à votre vrai statut, qui est avant tout quand même, si je ne m’abuse, auteur compositeur­ interprète ?

Mylene Farmer : Ombrage, je ne sais pas bien. Est­ce que j’en souffre ? Non, pas vraiment. J’ai décidé de ce mystère en ce sens que je parle peu et que je réponds peu aux questions en général, donc je crois que j’en suis l’auteur donc je n’ai pas à m’en plaindre.

MC : Je ne parlais pas forcément du mystère mais du fait que à force de vouloir justement le percer, on en oublie de parler avec vous de ce qui quand même nous séduit au préalable, c’est­ à­ dire votre  musique, votre façon d’écrire, votre façon de paraître sur scène. Est­ce que parfois vous n’avez pas l’impression d’être dépassée par vous­même, en quelques sortes ?

MF : Je ne suis pas sûre de pouvoir répondre à cette question, si ce n’est que c’est vrai que  l’évocation de l’écriture est quelque chose, dans le fond, d’assez rare de la part d’un journaliste parce que je crois qu’il est plus enclin à parler ou d’une vie privée que l’on ne veut pas dévoiler, ou des choses qui sont ‘plus racoleuses’. Peut­être que je souffre de ça un peu, oui.

MC : On y reviendra, et j’espère comme ça que votre passage à Nostalgie vous aura ôté un peu de souffrance puisqu’on évoquera votre écriture. Ce que l’on sait, c’est que vous avez quand même ‘fui’ à Los Angeles pour essayer de retrouver une forme de solitude. Vous avez vos repères, j’ai les miens : moi, c’est Léo Ferré, Ferré qui disait : ‘Dans la solitude, le désespoir est une forme supérieure de la critique. Pour l’instant, nous l’appellerons bonheur’. Le désespoir, vous l’avez touché ?

MF : Je crois qu’il a fait partie de mon quotidien, mais maintenant je ne pense pas être la seule ! Je pense que le commun des mortels a des moments de bonheur et des moments de détresse absolue. Je crois que même une journée peut être comblée par bonheur et tristesse à la fois. Maintenant, est­ ce que je fais l’apologie de la détresse et du malheur : non. Je l’ai exprimée, en tout cas.

MC : Cette solitude, vous la recherchez ?

MF : Je ne suis pas sûre de me définir comme quelqu’un d’étant solitaire. J’aime parfois avoir des moments, oui, seule : l’écriture est un moment privilégié pour ça. Maintenant, j’aime bien la compagnie  de personnes choisies.

MC : Quel est le moment le plus fort, justement ? C’est rentrer dans cette solitude ou en sortir pour retrouver l’autre ou les autres ?

MF : Je crois que les deux sont à déguster ! (rires)

MC : Je poursuis avec ce texte de Ferré, toujours sur cette solitude : ‘je voudrais m’insérer dans le vide absolu et devenir le non ­dit, le non avenu, le non vierge par manque de lucidité’. Ne pas rencontrer le bonheur, est­ce que c’est pour autant être lucide ?

MF : (elle se répète la question à elle­ même) Ne pas rencontrer le bonheur…Je ne sais pas. En tout cas, j’aime l’idée de s’approcher de ce vide et de ne faire qu’un avec ce vide. C’est vrai qu’il y a quelque chose, l’idée du néant, qui est quelque chose de très happant. C’est vrai que parfois, on a envie de se confondre avec le vide, avec le rien.

MC : Ce que vous appelez le non­ dit, qui est essentiel pour la réussite…

MF : Oui.

Diffusion de « California »

MC : Mylène Farmer est votre invitée aujourd’hui dans ce « Déjeuner de gala » sur Nostalgie, avec cette notion de non ­dit. Ne pas énoncer, ne pas expliquer pour susciter la curiosité, est­ ce que c’est bien compatible avec une autre notion, qui est celle de la fidélité ? Je veux dire par là, quand on côtoie des gens ou des habitudes, forcément on perce le mystère, donc là c’est un peu antinomique, non ? Parce que vous êtes quelqu’un de fidèle ­ je parle du point de vue professionnel !

MF : Je pense être quelqu’un de fidèle, oui, dans tous les sens du terme et toutes les situations. Maintenant, pardonnez­moi : j’ai oublié la question ! (rires)

MC : Je disais, parallèlement à cette fidélité vous êtes porteuse de cette idée de non­dit : ‘je garde la mystère, je ne veux pas qu’on me dévoile et je ne veux pas dévoiler’. Est­ce bien compatible, ces deux approches ?

MF : Là encore, je ne… Le non ­dit, j’aime les non ­dits, maintenant est­ ce que je suis caractérisée par le non-dit : je ne le crois pas. Maintenant, j’ai choisi de dire certaines choses, de dévoiler certaines choses, de les clamer parfois et quand une question ou un sujet me dérange, là effectivement ce sera ou un non ­dit ou un non tout court ! (rires)

MC : Donner un sens à tout, c’est ridicule pour vous, finalement…

MF : Je sais pas si, là encore, c’est ridicule ­ pardonnez­ moi ! (rires) Je ne pense pas avoir d’abord la prétention, et je ne pense pas que la vie vous offre un sens à tout. Je crois que ça fait partie aussi du mystère de la vie, du mystère de la mort, de toutes ces choses qu’on ne sait pas et qu’on ne saura probablement jamais. Parfois on peut souffrir de ce silence et des ces non­réponses, et parfois je trouve ça plutôt bien. C’est une forme de liberté aussi en soi.

MC : Je vais peut ­être vous soulager, je viens à votre secours ­ si tant est que vous en ayez besoin : finalement, c’est pour ça que vous redoutez l’exercice que nous sommes en train de faire parce qu’il est communément admis qu’à toute question doit correspondre une réponse, et en plus logique !

MF : Oui. Oui, c’est vrai que là, dans le fond je n’aime pas la logique, je n’aime pas le rationnel et c’est un exercice qui est difficile, uniquement parce que je dois parler de moi, dans le fond c’est aussi bête et simple que ça. C’est un exercice difficile pour moi.

MC : Parler de soi… Parler d’idées qui vous traversent la tête, c’est peut­ être pas forcément parler de vous. C’est peut­être plus facile…

MF : Oui, mais c’est une façon de se mettre en avant et c’est vrai que là, ça fait partie d’un exercice qui est probablement utile à l’artiste, en tout cas on lui demande. Mais si j’avais à choisir, je crois que j’aurais rayé cette mention ! (rires)

MC : Le non­ dit, c’est aussi l’imaginaire. Est­ce un jardin dans lequel vous aimez flâner ?

MF : J’aime surtout, je dirais, au travers de lectures. Quant à mon imaginaire, oui, je cultive ce jardin, je crois, oui. Maintenant, là encore j’aurais du mal à en parler parce qu’il est imaginaire, justement !

MC : Mais un auteur se doit d’imaginer, et l’imagination c’est une forme de liberté que vous recherchez…

MF : Oui.

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MC : Retour dans « Déjeuner de gala » sur Nostalgie. On parle avec Mylène Farmer, votre invitée, de la liberté. Quelles sont les situations, les mots, les événements dans lesquels vous ne vous sentez justement pas libre ?

MF : Les dîners où il y a beaucoup de personnes… (elle cherche, puis pouffe de rire)

MC : Une foule, c’est pas ‘beaucoup de personnes’, c’est qu’une personne raisonnée ?

MF : Oui. Oui, c’est toujours un peu facile comme détournement, mais dans le fond c’est vrai. C’est vrai, quand on est en face d’un public, quelque soit la salle, à partir du moment où il y a plus de deux personnes, trois personnes, mais plus le nombre est grand et plus il ne reforme qu’un et une énergie, en tout cas.

MC : En tête à tête, vous vous livrez plus ­parce que sur scène, on peut dire que vous vous livrez-vous vous livrez plus que devant une multitude de gens…

MF : Non, je pense que c’est faux. Je pense que je me livre davantage, mais peut­être sans la présence des mots ou en ayant choisi les mots. Maintenant, je crois que l’émotion que moi je ressens sur scène et que je peux offrir est quelque chose qui est une mise à nu, qui est beaucoup plus importante que dans une interview. J’ai malgré tout le contrôle de moi­même et de mes silences aussi.

MC : Ca fait douze ans, mine de rien, que vous êtes dans ce métier de la chanson. (Mylène confirme en riant) Est­ce que la situation a failli vous échapper une fois, durant ces douze ans ?

MF : M’échapper, non, je ne le crois pas. Je ne sais pas à quoi vous faites allusion précisément, mais j’ai…

MC : Être dépassée par ses propres motivations, s’embarquer dans un chemin qui n’était pas le bon…

MF : Avoir envie d’arrêter parfois tout, oui, ça m’est arrivé.

MC : C’est une façon de contrôler, justement, comme cette fuite…

MF : De nombreuses fois, oui. Hier encore…

MC : ‘J’avais vingt ans…’, mais ça c’est Aznavour ! (rires de Mylène) La fuite dans les mots, c’est quand même plus bénéfique que la fuite à Los Angeles ? Vous l’évoquiez tout à l’heure avec mon jardin imaginaire…

MF : Oui, je crois que j’ai eu besoin pour continuer d’écrire, puisqu’on parle des mots, que j’ai eu besoin de ce passage. Maintenant, il s’est effectué à Los Angeles, dans le fond ça aurait pu être ailleurs, en tout cas un pays dit étranger. Mais j’y ai trouvé, oui, si ce n’est une réelle source d’inspiration, en tout cas moi je me suis nourrie, si je puis dire, à ma façon. J’y ai trouvé quelque chose, oui.

MC : C’est Jean­Louis Murat qui, à ce même micro ­ je fais allusion à lui parce que vous l’avez rencontré, ne serait­ ce que pour un duo ­ qui expliquait que dans un texte, finalement, le texte n’était jamais aussi beau que lorsque à la fin de la chanson on n’avait pas forcément tout compris.

MF : Oui…

MC : Et pour vous aussi, je crois, à savoir que les mots ont plus d’importance que l’idée.

MF : Je pense qu’il vaut mieux savoir, en tout cas pour soi­ même, face à soi­ même, savoir ce qu’on a voulu dire. Maintenant, je suis d’accord que la chose trop expliquée, qui ne laisse pas dans le fond à l’autre une liberté, me dérange.

Diffusion de « L’Instant X »

1996-05-cMC : Avec nous, Mylène Farmer qui est notre invitée dans ce « Déjeuner de gala » sur Nostalgie aujourd’hui samedi. Je fais une petite digression avec les images, je voulais en parler un petit peu plus tard. Vous parlez de notion de liberté quant à la perception d’une chanson : le clip, pour le coup c’est bien souvent quelque chose de très cadenassé. On nous impose des images, on nous fait une explication ­ ça ne vous concerne pas tout le temps­ mais n’est­ce pas un piège ?

MF : C’est vrai, c’est un piège. Mais là encore, est­ce qu’on a le choix de ne pas faire sur une chanson une mise en images ? Là encore, malheureusement je n’ai pas ce choix ­là parce que ça serait suicidaire. Mais sur certaines chansons, c’est vrai que certainement je n’aurais pas fait de clip, parce que justement il y a une réduction du sujet évoqué, et puis parfois c’est magique aussi, donc…

MC : J’ai lu que vous disiez : ‘Quand j’écris mes textes, je livre beaucoup plus de moi que vous ne croyez. Il suffit de savoir écouter’. Est ­ce que vos chansons sont codées ? C’est un exercice qui peut vous amuser, ça ?

MF : Non, je ne suis pas sûre d’être aussi intelligente que ça. En tout cas, j’aime bien les mots, donc j’aime jouer avec les mots…

MC : Pas de fausse modestie, jeune fille ! (rires)

MF : …mais codés, non. Non. Je n’ai pas ce sentiment­là.

MC : Y a ­t ­il quand même une notion ­ j’ai cru vous entendre le dire, cette fois ­ci, donc la véracité du propos est entière, que vous aimiez cette forme d’irrationalité dans un texte et, comme vous venez de le souligner, que vouloir forcément une d’explication, c’est pas le but. Cette notion d’irrationnel, elle vous caractérise lorsque vous écrivez ?

MF : Non, je ne pense pas. Je ne pense pas, maintenant, sans parler de moi, quand je lis par exemple Cioran, puisque ça m’arrive de le lire en ce moment, à cette faculté que vous donner des mots­ clés, et là encore de vous laisser votre propre imagination. C’est un peu confus, ce que je dis, mais… (rires) Un peu comme les haïkus, vous voyez, ces poèmes qui sont très, très courts. On vous donne deux mots, on va vous dire –je dis n’importe quoi : un chien, une fourmi et la senteur du foin et tout à coup, ça va évoquer une multitude de choses. Mais là, ça sera à chacun d’interpréter ou d’imaginer. Donc j’aime, en tout cas si c’est ce que vous évoquez comme étant une irrationalité, alors c’en est une, oui, parfois…

MC : C’est finalement l’éducation que l’on reçoit lorsqu’on allait à la maternelle qui se transforme avec des beaux mots, mais c’est ça en fait : on apprend aux enfants, on leur montre un chat et leur imaginaire… (Mylène acquiesce d’un murmure) Vous faites allusion, donc, à Emile Michel Cioran, ce philosophe français pessimiste, dont l’œuvre s’exprime souvent par aphorismes. Vous en avez des favoris, vous ? Des proverbes, des… ?

MF : Je n’ai malheureusement pas beaucoup la mémoire des… (rires) Je retiens difficilement !

MC : Ben, ‘tomber sept fois’, il y a déjà ça !

MF : ‘Tomber sept fois’, c’était court donc facile à retenir ! Oui, il y a ce proverbe, effectivement, japonais qui dit ‘tomber sept fois, toujours se relever huit’ donc je l’ai volé.

MC : Vous êtes charmée par ce genre de formules ?

MF : Là encore, c’est le plaisir des mots et l’intelligence qui peut s’en dégager. En tout cas, sans parler même d’intelligence, à la fois la précision dans la non précision. Il y a cette phrase maintenant qui me revient… (rires)

Je vais faire mon exercice ! (rires)

MC : Allez­ y, soufflez bien !

MF : ‘Tout ce qui ne m’a pas tué me rendra plus fort’

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MC : Voilà, de retour avec Mylène Farmer qui est notre invitée aujourd’hui dans ce « Déjeuner de gala ». Je faisais référence à cette chanson qui figure sur l’album « Anamorphosée », c’est la  première fois où vous signez la musique : « Tomber 7 fois… »…

MF : Oui, oui. Absolument, oui.

MC : Après les mots, la musique. C’est une forme de défi que vous vous êtes lancé à vous­même ?

MF : Non. Là encore, ça s’est passé relativement naturellement : j’ai une guitare à la maison, donc il m’arrive parfois de tenter d’y jouer et ma foi, voilà, j’ai trouvé donc cette chanson, mais est­ ce que j’ai envie de faire ça et prolonger ça : non, je ne le crois pas.

MC : Vous vous êtes surprise vous ­même ?

MF : D’une certaine façon, oui, probablement ! (rires)

MC : Vous avez regardé autour si personne ne vous avait vue commettre cet acte affreux qui était d’écrire une musique ?!

MF : (rires) Oui, dans la mesure où j’ai pas de formation de musicienne. J’en ai le goût, en tout cas, mais je pense qu’il faut plus de talent pour composer.

MC : Vous êtes quand même pluridisciplinaire ­ on évoquera plus tard le goût de la peinture ­ vous écrivez, vous chantez, c’est tout à fait dans vos cordes, en tout cas c’est dans votre mentalité. C’est aussi de la liberté, finalement, que de savoir faire plusieurs choses, non ? C’est pour ça que cette notion de devenir compositrice, ou compositeur pardon, ça peut aussi vous aller, non ? C’est pas un défi qui vous… ?

MF : Non, parce que là encore, sans parler de talent, je sais ce que je suis ‘capable’ de faire, en tout cas de revendiquer, on va dire. Maintenant, quant à la musique, là encore, la composition, je sais que je m’essoufflerai très, très vite parce que manque tout simplement de connaissance, là encore.

MC : Vous voyez que vous êtes intelligente, puisque l’intelligence c’est savoir reconnaître ses limites.

MF : Je ne ferai pas de commentaires ! (rires)

MC : On saute du coq à l’âne, c’est le cas de le dire : vous aimez les animaux, je vous emmène sur le terrain des animaux. Comment va E.T. ?

MF : Très bien !

MC : Bien. Ce qu’il y a de fabuleux dans la communication avec les animaux, c’est que l’on émet des mots, eux les perçoivent comme des sons suivant l’intonation, et finalement, là on retombe sur c’est presque une chanson qu’on écrit avec les animaux : ils interprètent comme ils le veulent. Est­ce que mon parallèle vous choque ?

MF : Non. Vous faites ce que vous voulez, d’abord ! (rires) Mais effectivement, oui, les animaux, en tout cas les petits singes, connaissent probablement les sonorités, mais les visages aussi. Ils interprètent beaucoup l’expression, liée au son probablement. C’est un être, là pour le coup, relativement intelligent, caractériel aussi, qui a ses humeurs, mais c’est toujours aussi passionnant d’avoir un singe.

MC : C’est l’animal ­ nous en parlions tout à l’heure ­ qui se rapprocherait le plus de nos réflexes.

C’est pour ça que vous l’avez choisi ?

MF : Je crois que j’ai simplement une passion pour le singe. A chaque fois que je vois un documentaire sur ces animaux, j’ai envie de changer de vie et d’aller les retrouver, de les aider ou d’essayer de dialoguer, de m’y intéresser en tout cas. J’ai vu beaucoup, beaucoup de reportages sur les chimpanzés, les orangs­outans ou les gorilles. C’est vrai qu’une vie comme celle de Diane Fossey est une vie passionnante, mais c’est une vie difficile aussi.

MC : C’est une grande tendresse que vous avez envers les animaux, tout à l’heure vous étiez avec les chiens ! Vous aimez leur naïveté ? Leur fidélité ? C’est ce qui vous attire ?

MF : Là encore, je vais probablement vous décevoir mais je ne suis pas sûre d’analyser toutes les envies que j’ai, ou les communications que j’ai. J’aime les animaux parce que dans le fond, c’est très spontané.

Maintenant, si vous voulez vraiment trouver pourquoi on aime un singe, pourquoi on aime un chat ou un chien, dans le fond, ça, ça ne m’intéresse pas de savoir pourquoi je les aime. Je les aime, tout simplement.

Diffusion de « Mylène s’en fout »

MC : « Mylène s’en fout ». Pas nous ! Elle est votre invitée aujourd’hui sur Nostalgie, dans ce « Déjeuner de gala ». On a aimé ­ et on aime toujours ­ cet album, notamment, « Anamorphosée ». Je voulais juste un petit mot sur cet univers musical : il y a eu une évolution. Est­ce qu’on peut la qualifier, cette évolution, de tonique, d’énergique ? Ca serait le bon mot ?

MF : Je vais être obligée, moi, de revenir vers mes albums précédents : je n’ai pas eu le sentiment que ces albums n’étaient pas énergiques, donc en ce sens je ne peux pas aller dans cette idée de ‘plus d’énergie’. Je crois que parce qu’il y a des guitares, beaucoup plus de guitares qu’avant, peut­être que l’énergie vient aussi de là. Peut­être dans la façon de chanter, qui est probablement un peu différente : je chante plus grave ­ en tout cas, je me le suis autorisé !

MC : Dans le ton, rassurez­ nous ! (rires)

MF : Dans un ton plus grave. (elle hésite) Là, j’avoue que je ne sais pas bien… « Désenchantée », pour moi par exemple, est une chanson extrêmement énergique ­ mais ça n’engage que moi ­ au même titre que « L’Instant X », si ce n’est que la production est très différente. Là, oui.

MC : Voilà, justement : en quatre ans, est­ ce que vous avez eu l’impression de vivre une révolution musicale ?

MF : Non…

MC : D’abord, est ­ce que vous avez écouté ce qui se faisait ? Quand se passent comme ça quatre années, est­ce qu’on a le doute de se dire ‘je vais décrocher, je vais avoir un handicap insurmontable’ ? Parce que c’est un métier qui va très, très vite ­ je parle de la technologie, ne serait ce que ça…

MF : Oui. Oui, oui. Là encore, c’est plus une envie profonde non pas que de changer radicalement, mais simplement puisque j’ai passé un certain temps aux Etats­ Unis, c’est vrai qu’on est enclin à écouter beaucoup plus de musique : si on écoute la radio, on écoute que de la musique américaine en tout cas et qui est essentiellement beaucoup de guitares, et puis aussi dans les mélodies… Donc, en ce sens je ne me suis pas dit, là encore, ‘Pour le prochain album, il va falloir faire attention !’. C’est simplement un désir, tout simplement, que d’aller vers quelque chose de plus ce qu’on appelle live, moins de gimmicks. Je sais pas si j’ai répondu à votre question ! (rires)

MC : Si ! Faire office de référence, comme vous le faites aujourd’hui, est­ce que c’est une forme de reconnaissance éternelle ?

MF : Référence… ?

MC : Vous êtes une entité…

MF : Oh, pardon : moi ?!

MC : Oui ! Est­ce que c’est une forme de reconnaissance ?

MF : Est­ ce que je suis une référence ?!

MC : Quoiqu’il advienne, à partir de ce jour vous resterez quelque chose auquel on pourra s’identifier, auquel on fera référence. Est­ce que cette reconnaissance, vous la percevez ? Et comment vous l’acceptez ?

MF : Je la perçois parfois. Quand je monte sur scène, je crois que c’est le moment où l’on vous applaudit, tout simplement, où on vous dit que vous êtes quelqu’un d’important à ce moment ­là. C’est important au moment où je le fais. Maintenant, vous dire est­ce que ça me rassure ou est­ce que c’est important pour moi : je ne suis pas sûre, là encore, de pouvoir répondre à cette question. Je ne sais pas. (rires) J’aurais plutôt une humeur aujourd’hui de nous somme peu de chose, donc ça va être difficile pour moi que de vous dire ‘Je suis une référence’ ! (rires)

MC : Mais nous sommes peu de chose, je vous le confirme ! Il faut mieux en rire…

MF : J’aime ce que je fais. Je crois que je vais, là encore, faire ou une pirouette ou une réponse plus concise : j’aime profondément ce que je fais. C’est le plus important.

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1996-05-eMC : Bien. De retour dans « Déjeuner de Gala » sur Nostalgie avec Mylène Farmer. Il y a quelque chose que vous aimez et que vous ne faites pas encore, et que vous allez certainement faire parce que vous n’êtes pas être à vous laisser abattre, c’est le cinéma. (Erreur de Michel Cottet, puisqu’à la date de la diffusion, « Giorgino » venait de sortir deux ans auparavant ! nda) Tout ce que vous entreprenez sur scène, sur disque, sur les clips, il y a ­ j’ai l’impression, arrêtez ­moi si je me trompe ­ une approche cinématographique.

MF : Oui…

MC : Votre bonheur total serait aujourd’hui, ou dans quelques années, d’avoir une pile de disques de diamant et puis une pile de bobines de films, quand même, non ?

MF : Là encore, je ne suis pas sûre. Il y a quelques années, j’aurais ­ et je l’ai dit, que de ne pas faire de cinéma, j’en mourrais…

MC : Je voudrais qu’on ferme…Oublions tout ça et voyons devant !

MF : Non, non ! Je le révoque, parce qu’aujourd’hui je crois que je peux m’en passer tout à fait. Ca, c’est pour répondre à la notion de pile et de collection (rires). J’aimerais refaire un film, avoir un rôle qui bien sûr m’intéresse. Maintenant, me projeter dans un avenir de cinéma : pas du tout. Honnêtement, pas du tout.

MC : Mais cette approche ­ j’en finirai avec le cinéma…

MF : Mais j’aime le cinéma, donc voilà pourquoi j’aime l’image.

MC : Voilà, ce qui explique peut ­être votre petite différence ­ enfin, pas votre différence, ce que j’expliquais tout à l’heure : le phénomène musical ­ parce que vous appréhendez les choses avec un autre regard, celui de la caméra, même si on parle de chanson…

MF : Là encore parce que mon goût probablement, oui, pour le cinéma, pour l’image, pour l’évocation. Donc là c’était une rencontre formidable, en tout cas, quand j’ai commencé ce métier, à savoir que le clip était un élément essentiel pour un artiste, et ça a été quelque chose de magique pour moi ­ déjà d’avoir travaillé avec Laurent Boutonnat, qui a fait quand même la plupart de mes clips et qui est quelqu’un de grand talent. Là encore, c’est l’idée de rencontre, que de pouvoir aller voir Abel Ferrara et lui demander de travailler avec lui, Marcus Nispel, autant de gens qui ont beaucoup de talent. Là, c’est plus l’idée ­ on parlait de solitude tout au début­ là c’est l’idée réellement de deux ou de trois, de ne pas être seule justement dans une création.

MC : Vous citez Bergman, Polanski, Annaud ­ je lis, hein ! ­ Sergio Leone, dans le monde du cinéma. Est ­ce que vous avez eu des rencontres fascinantes, au­ delà des œuvres, avec ces gens ou avec d’autres ? Est­ce qu’il y a des gens que vous aimeriez rencontrer ? Vous aussi, certainement, vous êtes titillée par ces…

MF : J’aurais adoré rencontrer Bergman, mais il ne m’a pas attendue ! (rires) Maintenant, là encore, est­ce que j’ai des vœux : non. J’aurais aimé rencontrer Cioran, mais il n’est plus. J’avais très, très envie de rencontrer Abel Ferrara, c’est chose faite.

MC : Vous avez percé un peu le mystère ?

MF : De ce monsieur ? C’est quelqu’un d’assez fascinant, aussi bien dans la destruction que dans l’énergie, mais c’est quelqu’un de fascinant en tout cas.

MC : Donc c’est intéressant, finalement, d’essayer de percer le mystère des gens et de les rencontrer…

MF : Oui, bien sûr ! Bien sûr. Mais là encore, c’est quelqu’un qui se dévoile très, très peu.

MC : C’est d’autant plus passionnant…

MF : Il faut comprendre des choses, accepter d’autres, tolérer parfois, mais c’est quelqu’un de très riche, oui.

MC : « A force d’ignorer la tolérance, nous ne marcherons plus ensemble »…

MF : Oui ! (rires)

Diffusion de « Rêver »

MC : Juste avant ce titre, on parlait justement de chanson, du disque. En parlant de chanson, c’était dans l’album « L’Autre… » : ‘Agnus Dei, moi l’impie je suis saignée aux quatre veines’. A défaut de mépriser la religion, le bouddhisme c’est quand même quelque chose que vous avez cerné avec le livre de Sogyal Rinpoché, auquel vous rendez hommage d’ailleurs sur la dédicace de l’album. (Mylène confirme d’un murmure) Vous avez lu « Le livre tibétain de la vie et de la mort ». Cette philosophie consiste à vivre le moment présent : concrètement, c’est quoi ne pas vivre les moments avant et après qui peuvent redonner le sourire comme ça ?

MF : Ne pas vivre les moments avant ou après ?

MC : Puisque la définition…

MF : Oui, oui. C’est une façon de ne plus se mettre en réel danger ­mais ça c’est une notion dans le fond que je n’aime pas parce que j’aime le danger, j’aime l’inconnu ­ mais en tout cas d’un danger qui n’est pas réellement intéressant, à savoir c’est vrai que le passé peut être un fardeau. L’avenir, l’idée de l’avenir, se projeter dans l’avenir et de se dire ‘Qu’est­ce que je vais faire demain ?’ est quelque chose de terriblement angoissant, donc quand on a à la fois la connaissance qui est celle des autres, puisque vous évoquiez ce livre, cette philosophie est un pansement. Maintenant, il y a des choses que l’on accepte et puis d’autres que l’on rejette, et c’est vrai que l’idée, la notion de vivre son présent est quelque chose de cicatrisant, dans le fond.

MC : Malgré cette référence, je crois savoir que vous n’épousez pas pour autant la cause du bouddhisme…

MF : Non, c’est­ à ­dire que c’est toujours pareil : puisque j’ai évoqué ce livre dans mon album, après c’est toujours difficile parce que si les médias s’en emparent, on va vous dire ‘Donc vous êtes bouddhiste’. Et c’est vrai que moi j’ai quelques nuances, en sachant que je ne le pratique pas tous les jours, je n’ai jamais rencontré le Dalaï­ lama, je n’ai jamais réellement rencontré de bouddhistes mais je m’y suis intéressée et c’est quelque chose, une fois de plus, qui m’a fait beaucoup de bien, que je trouve très sensé et surtout très réparateur. Ce n’est pas une religion, c’est plus une philosophie donc c’est quelque chose de plus tendre.

MC : Je parlais de tolérance tout à l’heure : c’est une de vos valeurs essentielles…

MF : Là encore, j’en ai besoin et c’est vrai que je le réclame chez l’autre. Là encore, c’est un apprentissage, parce qu’on ne devient pas tolérant comme ça, du jour au lendemain : il suffit de quelque chose qui vienne percuter votre esprit, quelque chose de violent par exemple, et j’aurais presque envie de nier tout ce que je viens de dire donc là encore, c’est un chemin qui est long ! Mais c’est vrai que cette notion de tolérance est quelque chose d’indispensable pour l’être humain.

MC : Et quand la tolérance confine presque au pardon, c’est un peu facile quand même, non ?

MF : Pardon ?

MC : Lorsque la tolérance confine au pardon, c’est un peu facile comme attitude : il faut quand même se révolter, se battre, non ?

MF : Oui. Maintenant, l’idée du pardon, là je pense…

MC : Je parle pas du grand pardon ! (rires)

MF : …brutalement à un article que j’ai lu sur ces femmes et hommes qui ont perdu des êtres chers et qui sont allés voir les bourreaux de ces personnes perdues. Là, c’est une idée du pardon qu’on pourrait qualifier de presque insoutenable mais c’est quand même une grande idée, donc j’aime cette idée du pardon.

MC : Un que vous pardonnez, parce que je présume qu’il est toujours numéro un dans votre cœur dans la littérature, c’est Edgar Allan Poe : « Allan » la chanson, oui, c’était ça ?

MF : Oui, bien sûr !

MC : Bon, on ne sait jamais !

MF : Non ! (rires)

MC : Il y a « Le corbeau », avec l’emblème sur… C’est toujours le numéro un dans votre cœur ?

MF : C’est quelqu’un que j’aimerai éternellement, ça oui ! Maintenant, j’ai des lectures un petit peu plus légères en ce moment, qui sont Mary Higgins Clark dont je suis en train de dévorer tous ses livres !

MC : Très en vogue, oui !

MF : C’est plus léger, mais c’est assez passionnant ! C’est bien écrit, en tout cas. (rires)

MC : C’est très en vogue, presque à la mode d’ailleurs…

MF : Oui. C’est plus vulgaire ! (rires)

MC : Ca lave l’esprit ?

MF : C’est une détente en tout cas, oui. (rires)

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1996-05-fMC : Retour sur Nostalgie dans ce « Déjeuner de gala » avec Mylène Farmer. On parlait de littérature, on parlait d’Edgar Allan Poe et puis de Mary Higgins Clark et de sa soi­ disante légèreté. Parmi les lectures qui sont plus tendues, j’avais noté Henry James et puis Julien Green ­ c’est drôle, on en parle alors qu’il veut être révoqué de l’Académie Française alors qu’il n’en a pas le droit, ce brave homme ­ avec ses angoisses métaphysiques. Est­ ce qu’ailleurs c’est toujours mieux que là où on est ?

MF : Je le pense de moins en moins. Est­ce que c’est le voyage qui vous donne ces… ?

MC : Ha, vous vous éloignez de notre ami Julien, là ! (rires)

MF : Oui ! Là encore, c’est l’idée de projection ou d’anticipation, d’imaginer effectivement que l’autre va vivre mieux, que l’ailleurs est un meilleur. Dans la mesure où j’essaye de vivre des moments présents, ce seront mes moments à moi ­ non pas que je n’envisage pas l’autre, mais je me dis que dans le fond j’ai de la chance de vivre ce que je vis, même si parfois c’est difficile donc de ne pas chercher justement cet ailleurs hypothétique.

MC : J’évoquais Julien Green, philosophe mais aussi photographe avec des autoportraits, des photos de famille (Michel Cottet prononce d’abord ‘des autos de famille’ ce qui provoque un fou rire de Mylène) Le pauvre, il est né au début du siècle, des autos il devait pas tellement en voir !

MF : Changez la question !

MC : Non, non, non je la conserve ! J’aimais beaucoup sa définition d’un cliché parfait ­ je lis les trois points : savoir voir, être rapide et être patient pour réussir donc une photo. Est­ce que ce ne sont pas un procédé qu’on pourrait appliquer à une chanson, finalement, pour sa réussite ?

MF : (elle répète) Savoir voir, être rapide et être patient… Oui ! Oui, ça peut être… (elle s’interrompt, visiblement perdue)

MC : Non, c’est pas grave, c’est pour mes enchaînements comme ça…

MF : Oui, oui, j’entends bien ! (elle éclate de rire)

MC : …on arrive sur la peinture, n’est­ ce pas, vous voyez…

MF : Parce que vous, tout est écrit ; moi, rien ! (rires)

MC : Je suis obligé de prendre des notes ! Donc je voulais faire un parallèle entre la photo, la chanson et la peinture, qui est quand même un art aussi qui, si je ne m’abuse, vous titille…

MF : J’adore la peinture. Je la connais depuis peu, dans le fond. J’ai rencontré certaines personnes qui font partie de ce métier, donc de la peinture, qui m’ont d’une certaine façon éduquée.

MC : Lesquelles ? Enfin, si toutefois ça n’est pas…

MF : Pierre Nahon, que je connais peu mais… Albert Koski (mari de Danièle Thompson. Mylène a assisté a plusieurs vernissages de l’artiste et est une intime du couple, nda) est quelqu’un qui m’a aidée et puis ma foi, après ce sont des expositions, ce sont des livres : j’adore acheter des livres de peinture, j’adore acheter quand je le puis quelques peintures.

MC : Des livres pour essayer de reproduire ou simplement pour la beauté de… ?

MF : Pour une évasion, là encore. C’est aussi intéressant de feuilleter un livre de peinture qu’un roman. J’aime beaucoup Egon Schiele, j’aime Max Ernst, j’aime Klimt…

MC : Je suis largué en peinture, alors là je dis rien, je fais celui qui connaît, mais alors là, non !

MF : Non, non mais… ! Henri Michaux, l’écrivain, qui était également un peintre. Et puis beaucoup d’autres.

MC : Vous aimez la peinture, c’est pas pour autant que vous aimez vous emmêler les pinceaux, hahaha ! (ironique)

MF : (elle pouffe) Je dois répondre ?! (rires)

MC : J’en aurai presque fini avec mes références littéraires ­ enfin celles d’une époque qui n’est pas forcément celle que vous vivez actuellement ­ il y avait notre ami Kafka. J’avais lu un bel article sur Prague, vous dévoiliez la ville de Prague avec beaucoup de bonheur (paru dans le magazine « Femme » en juin 1996, cf. cette référence, nda). C’est parce qu’elle vous rappelle Montréal, de par son climat, de par… ?

MF : Très honnêtement, je ne me souviens pas de Montréal, si ce n’est que j’ai le goût de la neige, donc probablement lié à cette époque. Je n’y suis retourné qu’une fois et extrêmement brièvement donc c’était quelque chose que je qualifierais de pas très agréable (Mylène y est effectivement retournée à l’automne 1988 dans le cadre d’une série photo avec Elsa Trillat. Des années plus tard, lorsque celle­ci évoquera ce voyage pour le Mylène Farmer Magazine, elle parlera également d’une mauvaise ambiance, nda). Donc je ne me souviens pas de Montréal, en somme.

MC : Je ne sais pas si vous vous souvenez de cet article sur Prague que vous avez formidablement bien rédigé…

MF : Non, je ne m’en souviens pas. (l’article a pourtant été publié quelques mois à peine plus tôt, nda)

MC : C’est un art que vous aimez aussi. Il était axé sur les monuments historiques, sur les gens de la littérature etc. Ca vous passionne, ça, l’Histoire des villes ?

MF : Oui. Je suppose que c’est à peu près normal quand on découvre une ville de savoir ce qui s’y est passé, quels étaient les écrivains, qui a hanté qui ou qui a hanté quoi… Oui, là c’est encore un intérêt pour l’autre.

MC : Il y a notre ami le marquis, ça vous aimez bien, aussi…

MF : Le marquis, oui ! Le divin marquis ! (rires)

MC : Le marquis de Sade. Il va bien ?!

MF : Je l’ai délaissé, lui, un petit peu ! (rires) Il trépigne !

MC : Justine (héroïne des écrits du marquis de Sade, nda) va être en colère !

Diffusion de « Comme j’ai mal »

MC : « Comme j’ai mal », c’est bien entendu Mylène Farmer, extrait de l’album « Anamorphosée ». Mylène, notre invitée aujourd’hui sur Nostalgie dans ce « Déjeuner de gala » avec des chansons, avec des livres. Parmi toutes ces lectures, qui une nouvelle fois peuvent changer ou évoluer ­ ceci dit, celles qu’on a évoqué et que vous revendiquez, c’est quand même un monde fantastique et morbide : est ­ce que le suicide peut flirter, être limitrophe de cet univers que représentent les Julien Green, les Cioran etc. ?

MF : Est­ce que je… ?!

MC : Le suicide, la notion de suicide peut être limitrophe de cet univers pessimiste…

MF : Là encore, est­ ce que ce sont des thèmes de prédilection ? Je m’y sens bien…

MC : Pour l’époque où vous vous sentiez bien. Je ne veux pas…

MF : Non, non je m’y sens toujours très bien !

MC : Est ­ce que cette notion de suicide, qui est quand même une limite à franchir ou ne pas franchir après tout, est­ ce qu’elle était présente dans vos lectures ? « Le mythe de Sisyphe » de Camus, est-ce que vous l’avez lu par exemple ?

MF : Non, non. Est­ce que vous faites allusion à moi, est­ce c’est quelque chose qui m’a hantée, ou est­ce que c’est quelque chose qui… ?

MC : Oh non, je n’irais pas jusque là. Non, non. D’une façon générale, quand on est ‘imbibé’ non pas d’alcool ­ bien que vous appréciiez le Bordeaux et je vous en félicite ! ­ mais imbibé de ce genre de lectures, aussi diverses soient­elles…

MF : Oui, ce sont des chemins dangereux. Effectivement, si on s’imbibe et fait une indigestion d’auteurs comme ça, de lectures, ça devient sa vie de tous les jours, sa pensée de tous les jours donc on finit par… A la fois c’est passionnant et pourquoi c’est passionnant ? Parce qu’on ressent ces mêmes choses, donc fatalement se crée un lien entre l’auteur et le lecteur. Maintenant, ça peut être dangereux si on ne s’abreuve que de…

MC : C’est pour ça qu’il y a Mary Higgins Clark !

MF : Oui, peut­être ! Parce qu’il y a toujours ces ingrédients mais il y a toujours une notion d’espoir, j’imagine.

Oui, il faut avoir le recul nécessaire pour ne pas effectivement essayer d’illustrer ce que l’on lit, en tout cas de l’appliquer à sa vie, voilà.

MC : Vous êtes en train de nous avouer quand même professionnellement, à travers vos lectures, une formidable conscience des limites, un recul, une sérénité par rapport à vous ­même…

MF : Oui, je le pense. Parfois, je n’aime pas ça, je n’aime pas cette maîtrise.

MC : Ca empêche une folie, d’être trop maître de soi, d’être trop lucide finalement ?

MF : D’une certaine manière, oui. Et une trop grande lucidité mène à un cynisme parfois, et ça je m’en défends aussi parce qu’être cynique, je crois, c’est pas très intéressant pour sa vie ni pour les autres. Mais là encore, c’est moi qui suis responsable de ça.

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MC : Retour sur Nostalgie dans ce « Déjeuner de gala » avec Mylène Farmer. Un petit clin d’œil à votre nom : ‘Farmer’, c’était un personnage d’un film que Jessica Lange a tourné etc. Enfin bref ! (Incarnée au cinéma en 1982 par Jessica Lange, Frances Farmer est décédée en 1970, nda) Aujourd’hui, si vous deviez choisir un autre nom en référence, ça serait Greta ?

MF : Non ! (rires)

MC : Non ? Ca changerait pas ?

MF : E.T., ça me conviendrait parfaitement ! (rires)

MC : Greta, ça m’arrange : j’étais sur « Cendres de Lune »…

MF : J’ai bien compris, oui ! (rires)

MC : Léo Ferré ­ j’y reviens, vous voyez, chacun les siens ­ c’était la mélancolie, ‘la mélancolie, c’est revoir Garbo’ dans « La reine Christine ». Pour vous c’est quoi, la mélancolie ?

MF : Qu’est ­ce que pour moi la mélancolie… ?! Hmm…

1996-05-gMC : Vous avez autant de temps que vous voulez pour répondre !

MF : Oui, mais plus je vais mettre du temps et plus la réponse sera décevante !

MC : Non, peut ­être que vous n’êtes pas mélancolique, donc c’est un sentiment qui n’évoque rien de spontané, justement…

MF : Je la trouve très souvent dans la musique. Ecouter une musique évoque chez moi une mélancolie. Mais là, précisément, non je n’ai pas de réponse…

MC : Ecouter les Doors, les Eagles, Gainsbourg, Dutronc, ça c’est de la mélancolie, c’était votre…

MF : Oui…

MC : Vous êtes allée voir, par exemple, Dutronc au Casino (de Paris, nda) y a quatre ans ?

MF : Non.

MC : Barbara, aussi, qui a bercé votre…Non ?

MF : Non. Le dernier spectacle que j’ai vu, c’était Alanis Morissette.

MC : Barbara, qui vient de sortir un album (« Barbara », 1996, nda) : ‘Il me revient, il me revient en mémoire, il me revient une histoire, il me revient des images’ ça, c’est pas votre cas, ça, hein…

MF : Qu’il me revienne des images ? J’essaye le moins possible ! (rires)

MC : L’adolescence ne revient jamais. Vous n’aimez pas l’adolescence d’une façon générale : est­ce que c’est parce que vous n’appréciiez pas le manque de personnalité chez l’autre ? Est­ce qu’on peut faire le lien ?

MF : Je n’aime pas l’adolescence. Là encore, je n’ai évoqué que la mienne : c’est un passage que je n’ai pas aimé du tout, du tout.

MC : Peut ­être dans le regard des autres adolescents que vous croisiez à l’époque…

MF : Ca, de toute façon, mais avant tout on ne s’aime pas soi ­même et là pour ça, je crois que je n’avais même pas besoin du regard de l’autre.

MC : Ca vous plaît aujourd’hui d’être presque adulte ?

MF : Je crois que je ne le serai jamais !

MC : J’ai dit ‘presque’, hein !

MF : (rires) Oui, je me préfère aujourd’hui qu’il y a cinq ans, six ans, dix ans, vingt ans. La trentaine est quelque chose de plus doux, pour moi en tout cas.

MC : Ca correspond à ce que vous imaginiez lorsque vous étiez adolescente ?

MF : Non. Là encore, je me suis toujours envisagée ­ c’est plus une détresse qui venait à moi, donc de s’envisager plus grand dans le temps est quelque chose qui n’était pas là encore très doux. Mais j’ai toujours entendu ‘Vous verrez, l’âge de trente ans ou la trentaine pour une femme est bien plus magique que cette période qu’est l’adolescence’ et j’avoue que je puis dire oui, en tout cas me concernant.

MC : Là, c’est à demi magique : vous êtes au milieu de cette décennie exceptionnelle !

Diffusion de « Vertige »

MC : « Vertige », toujours extrait de votre album, Mylène Farmer, « Anamorphosée » ­ je vous parle, puisque vous êtes notre invitée aujourd’hui sur Nostalgie dans ce « Déjeuner de gala » ! On parlait juste avant de votre adolescence. Vous ne répondrez pas si je vais un peu trop loin : vous dites aussi avoir été en manque d’affectif, est ­ce qu’avec le recul vous avez l’impression d’être passée à côté d’une bonne thérapie pour soigner cette blessure ?

MF : Là encore, puisque c’est une inconnue pour moi je ne peux pas répondre, en ce sens que je n’ai pas fait cette démarche. Maintenant, nous sommes tous d’abord des êtres très sensibles mais il y a une hypersensibilité que vous ayez dans le fond ou non cet amour, vous ne le percevez ou en tout cas pas peut­ être à sa juste valeur, ou peut­ être que vous en demandez une surproduction donc en ce sens, vous allez souffrir. Donc je dois faire partie, si je peux me caractériser, de cette catégorie d’êtres hypersensibles, donc difficiles.

MC : « Et Tournoie… » : ‘Ton pire ennemi, tu peux l’expulser de toi’…

MF : Là, ça fait partie, oui, de cette…

MC : Il rôde encore ?

MF : Bien sûr. C’est pour ça : là, je pensais à ça et à l’évocation du bouddhisme et toutes ces choses qui sont très belles et très reposantes mais malgré tout on se lève le matin et on peut toujours avoir cette notion du mal qu’on a en soi, cette capacité à faire la mal, cette négation de soi et toutes ces choses qui font que ça perturbe votre esprit et c’est là où c’est difficile, parce que c’est là où vous décidez, vous êtes réellement maître ou de votre vie ou de votre journée et décidez que non, ça va aller mieux parce que ça vaut le coup.

MC : Ce méchant, il s’appellerait Alice, l’araignée malicieuse ?

MF : Oui, tout à fait ! (rires)

MC : Ca m’amène à la scène : entre le spectacle de 1989 et celui­ ci, qu’est­ ce que vous vouliez absolument ne pas reproduire ?

MF : Trop de tristesse.

MC : Voilà, on sait toujours ce qu’il faut pas faire, on sait pas forcément ce qu’il faut faire, mais voilà, c’est ça…

MF : Oui, j’avais envie de…Mais là encore, ça a commencé par l’écriture de l’album, donc fatalement la scène est différente puisque j’ai suggéré, moi, des choses avant, en tout cas mes changements intimes.

MC : Ceci dit, si je puis me permettre, le spectacle comporte la quasi ­totalité des nouvelles chansons mais dans sa globalité, ça ne représente que 40% et pourtant le spectacle a une tenue, c’est la même.

Il est quand même…

MF : J’ai eu envie d’abord d’évoquer le blanc, avec tout ce que ça peut évoquer pour l’autre, essayer de donner de la joie ; maintenant de la réflexion, bien évidemment, mais l’idée du show en soi : l’idée du show qui est quelque chose de à la fois factice, rapide mais quelque chose de fondé.

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MC : C’est toujours votre « Déjeuner de gala » sur Nostalgie. On est pratiquement en tournée, on parlait de votre disque, c’est la scène actuelle ­ ce soir vous serez à Nîmes. Cet écran géant, c’est votre idée ? C’est pour avoir un spectacle à deux vitesses, ce fameux show que vous venez de décrire et puis également qu’on puisse vraiment lire dans vos yeux ?

MF : D’une certaine manière, oui. Là encore, c’est peut ­être extrêmement narcissique mais c’est pensons aux personnes qui sont tout au fond et qui ne voient que des petites choses sur scène qui bougent, donc j’allais dire je me devais, non je ne me devais pas de le faire mais moi étant spectateur, c’est vrai que j’ai une frustration si je ne vois pas les yeux de la personne. Donc voilà pourquoi cette idée de l’écran géant et parce qu’il y a eu…

MC : Surtout quand ils sont jolis !

MF : (elle rit, un peu gênée) Et puis l’envie aussi de projeter des choses sur cet écran, parce que bien évidemment il n’y a pas que moi, évoquer l’abstraction et là encore, c’était une chose…

MC : Et vos sourires, on dirait ­ c’est peut ­être fait exprès ­ il y a des expressions très agréables qui nous propulsent vers le blanc…

MF : Là, c’est peut­ être la différence alors par exemple avec la première scène et la deuxième : sur la première, je n’aurais jamais pu avoir une caméra qui reproduise justement mon visage en gros plan. Ca, c’est quelque chose qui m’aurait mortifiée parce que peut­ être que je n’étais pas prête pour ça (il est à noter que pour les deux dates à Bercy en 1989, des écrans géants étaient pourtant placés de part et d’autres de la scène, nda) alors que là, c’est quelque chose que je…c’est sans doute ça, le vrai changement : c’est de devancer ça et de dire ‘Voilà, maintenant je vais vous donner aussi mes clignements d’œil, mes larmes, mes joies, mes sourires, mauvais ou bons profils, peu importe : je me livre !’ (rires)

MC : ‘Dieu vomit les tièdes’, ça c’est vous qui l’avez…

MF : C’est dans la Bible ! (rires)

MC : Oui, oui, je vous cite, je l’ai noté et je voulais rebondir là­dessus : vous êtes dure dans le travail ? Vous avez l’œil à tout ? Vous maîtrisez tout ?

MF : Maîtriser, je ne sais pas, mais en tout cas je fais en sorte, oui, de maîtriser le maximum. Dure, probablement ; pénible, à mes heures sans doute, mais maintenant je respecte l’autre, donc je pense que…

MC : Les réactions, lorsqu’il y a un point qui vous agace, elles sont spontanées ou réfléchies pour apporter la solution ou pour essayer d’imposer votre vision des choses ?

MF : Elles sont… Là encore, c’est pas aussi simple que ça. Je m’enflamme très, très vite ! Même si dans le fond, la réponse a été donnée tout de suite, parfois elle est un petit peu trop ­ je ne trouve plus le mot ! ­ démesurée, mais en tout cas elle est instinctive.

Diffusion de « Laisse le Vent Emporter Tout »

MC : « Laisse le Vent Emporter Tout », c’est Mylène Farmer, extrait de votre album « Anamorphosée ». Continuons ce « Déjeuner de gala » sur Nostalgie : on faisait référence tout à l’heure sur l’album aux guitares de Jeff Dahlgren. Est­ce qu’il y a eu d’autres ingrédients comme ça sur l’album et sur la scène que vous vouliez absolument avoir à vos côtés pour perdurer ce nouvel élan ?

MF : Sur la scène, oui : avoir des musiciens qui ont envie de jouer.

MC : Pourquoi ? Le contraire, ça existe ?!

MF : Oui, parce que dans ce métier, ça peut devenir une routine très facilement. On vient en studio, on fait une séance et on s’en va…Qu’il y ait une énergie centrale sur scène, qui sera la mienne puisque je vais être le point central, et à la fois des danseurs et des musiciens, s’il n’y a pas une osmose parfaite, en tout cas un réel désir commun, je crois que c’est quelque chose qui est à moitié gagné. Donc, outre les capacités et les talents de musicien, il y a aussi ce vrai désir de se dire qu’à chaque fois qu’un spectacle est quelque chose d’exceptionnel et qu’il faut tout donner.

MC : Cette osmose, on la ressent tout de suite ? Non, bien entendu, il faut du temps…

MF : Je crois que là encore, c’est plus l’idée de l’instinct qui vient quand on fait le choix des musiciens, et puis après je crois que c’est malgré tout à la fois et un travail et un partage. C’est ­à ­dire, c’est vrai qu’il y a beaucoup de moments, par exemple pendant les répétitions ­ que ce soit avec des danseurs ou avec des musiciens ­ il y a beaucoup de moments après la scène, avant le spectacle, à la cantine… Ca peut paraître ridicule, mais ce sont des moments qui sont importants à chaque fois parce qu’il y a une vraie ou communication, ou communion et que c’est là que se construit réellement ce que les gens vont ressentir sur scène.

MC : A la cantine, comment on se détend ? On parle de blagues ou on continue à peaufiner les détails, ou à se dire ‘Ca, c’était pas bien ; ça, c’était bien’… ?

MF : Il y a toujours ces choses­là qui surviennent, mais en général pour un tel spectacle, parce que c’est quelque chose qui est obligé d’être extrêmement calibré. Après vient le temps de…

MC : Ca doit être parfait avant qu’on l’ait commencé…

MF : Parfait : là encore, je me méfie un petit peu de ces mots en parlant de moi et de ce spectacle, mais en tout cas les choses techniques, par exemple, doivent être extrêmement étudiées, sinon on va à une catastrophe !

MC : Vous vous aimez, parfois ?

1996-05-bMF : (elle soupire, puis rit) Sans doute, oui. Sans doute…

MC : Vous aimeriez être l’amie de Mylène Farmer ?

MF : Posez­moi une autre question ! (rires)

MC : ‘De ce paradoxe je ne suis complice / Souffrez qu’une autre en moi se glisse’, héhé ! Est­ce que l’illogisme serait donc la seule logique possible ? Oh, c’est compliqué !

MF : Je vais avoir mal à la tête, bientôt ! (rire franc)

MC : On a bientôt fini, docteur ! C’est vous : en lisant vos chansons, en les écoutant ça inspire ce genre de…Mon imaginaire a fonctionné, vous voyez ! (Mylène acquiesce d’un murmure) Donc forcément, c’est vrai que vous avez peut­être des difficultés à y répondre. ‘Mais qui est l’autre’ ?!

Diffusion de « Et Tournoie… »

MC : « Et Tournoie… », c’est Mylène Farmer bien entendu, notre invitée aujourd’hui dans ce « Déjeuner de gala ». Je reviens sur la scène : c’est Paco Rabanne qui vous habille ­ vous voyez, j’ai tout noté parce que je peux pas tout me souvenir, moi ! ­ en 1989, c’était Thierry Mugler, qui avait fait aussi le clip de « XXL »…

MF : Oui…

MC : Il y a eu Gaultier sur le clip de « Je t’aime Mélancolie », Alaïa sur le clip de « Que mon Cœur Lâche », non c’est pas ça ?

MF : Oui !

MC : Bref, c’est une vraie collection ! C’est drôle…

MF : Oui, j’aime bien les couturiers !

MC : Vous jouez sur scènes avec ces tenues ? C’est une façon de vous… ?

MF : Oui. Là encore, j’ai travaillé assez longtemps avec l’équipe de Paco Rabanne.

MC : C’est une volonté de changer, comme ça, d’aller de l’un à l’autre qui ont quand même des styles très différents ?

MF : Oui. Encore que sur la première scène, à part deux ou trois tenues, Thierry Mugler n’était pas si en avant que ça : c’est­à­dire qu’il a accepté de prêter son talent mais de respecter aussi mon univers. Je fais allusion à « Tristana », par exemple, qui était des manteaux russes avec des écharpes, des gants : c’est pas très Thierry Mugler ! Maintenant, pour Paco Rabanne, l’idée c’était que ce soit près du corps, que ce soit ce qu’on appelle sexy… (rires)

MC : Et talons hauts, cette fois­ ci !

MF : Et talons qui sont très, très hauts ! (rires) Et Paco Rabanne, là encore ça fait partie des rencontres et des choses qui deviennent presque une évidence une fois que c’est choisi. C’est quelqu’un qui aime le blanc, c’est quelqu’un qui aime l’énergie, qui aime autant de choses qui avaient un rapport avec ce show.

MC : Dans le monde de la mode, dans le monde de la chanson, il y a forcément moult personnes qui essaient de vous approcher, non ? Des projets, vous devez en avoir !

MF : Mais non, pas tant que ça !

MC : Pourquoi ? Vous faites peur ?!

MF : Je ne sais pas ! Mais non, il y a pas tant de…

MC : Restons sur le domaine de la mode : il y a pas beaucoup de personnes au monde qui réclament autant de tenues pour une scène, et surtout des tenues qui sont mises en valeur, qui servent à quelque chose, non pas simplement à dire ‘Vous avez vu ? J’ai une belle tenue !’, donc forcément ça doit attiser les esprits fertiles !

MF : Mais non ! Alors, est­ce que c’est propre à ce pays ? J’en sais rien, mais c’est plus à soi à chaque fois de faire des démarches et d’avoir des désirs et d’aller vers l’autre plus que créer de réelles envies chez l’autre, non…

MC : J’ai juste noté, il y avait Baudelaire aussi, j’ai oublié, avec « L’Horloge », que vous aviez adapté sur l’album « Ainsi Soit Je… » : ‘Trois mille six cents fois par heure, la seconde chuchote : souviens toi’, ça, ça doit vous énerver, ça ! C’est pas vous, ça !

MF : (rires) C’est plus moi, ou j’essaye de ne plus l’être ! (rires)

MC : J’avais noté également, pour essayer d’en finir avec cet album, « Anamorphosée », sur « Mylène s’en fout », c’est la pureté à travers le jade, ce minéral chinois. La pureté, ça pourrait être aussi un mot pour vous définir ?

MF : Oh, là encore c’est un exercice que je ne ferai pas, tenter de me définir, donc je vous laisse ces mots ­là, mais le jade, l’évocation du jade qui évoque effectivement la pureté, l’idée aussi d’un matériau brut, d’un matériau qui n’est pas précieux mais qui devient avec le temps quelque chose de précieux ­ mais là je ne m’évoquais pas moi précisément !

MC : J’espère que ‘c’est sexy’, Nostalgie ! En tout les cas, c’est vrai qu’essayer de découvrir quelqu’un, essayer de percer le mystère, ça peut amener un grand risque : la déception. Je peux vous dire que vous êtes l’exception qui confirme la règle !

 MF : C’est gentil ! Je pensais exactement à ça, à savoir est­ce que je n’ai pas déjà trop parlé ?! (rires)

MC : Je voulais finir en vous paraphrasant : laissons le vent emporter tout, laissons Mylène prendre soin de tout. Voilà !

MF : (rires) C’est gentil à vous, en tout cas ! Merci !

MC : Merci beaucoup.

Publié dans Mylène 1995 - 1996, Mylène en INTERVIEW, Mylène TOUR 1996 | Pas de Commentaire »

MYLÈNE FARMER ­ XXelle

Posté par francesca7 le 4 février 2015

 

5 OCTOBRE 1996 – Entretien avec Geneviève BORNE

1996-11-aMusique Plus (Québec) : 3 juin 1996. Entre deux dates du Tour 96, la chaîne musicale québécoise Musique Plus enregistre un entretien avec Mylène Farmer dans un grand hôtel parisien. Une version plus longue de cette interview incluant davantage d’extraits du spectacle sera diffusée près d’un an après, en septembre 97, lors de la sortie du « Live à Bercy » au Canada.

Geneviève Borne : Bienvenue à cette émission spéciale qui met en vedette Mylène Farmer. Mylène Farmer est une méga star en France. Elle fascine les gens et tout au long de sa carrière, elle s’est entourée de mystère, elle a accordé très peu d’entrevues et ça, c’est une facette d’elle que ses fans apprécient beaucoup. Et malgré l’image très forte qu’elle projette dans ses vidéoclips, c’est une  jeune femme très discrète et très timide que j’ai rencontrée à Paris. J’ai tenté de percer le mystère Mylène Farmer.

On voit alors des images de Mylène assise, prête pour l’interview. Elle porte une large et longue jupe d’un marron doré et un petit top noir recouvert d’une chemise claire transparente.

GB : Mylène, bonjour.

Mylène Farmer : Bonjour.

GB : J’ai beaucoup aimé ton spectacle. Il y avait plusieurs éléments : il y avait un groupe grunge, il y avait des images tirées directement de raves, il y avait des chorégraphies très dance. Ça faisait très années 90 : on prend un peu de tout ce qu’on aime, on mélange tout ça, et puis… Faut savoir bien le faire ! Est­ce que ça a été un grand défi de marier tout ça ?

MF : Non, du tout. Presque naturel. J’ai fait appel à une équipe créative quant aux images et je leur ai demandé, pour ne parler que des images, de l’abstraction pour habiller toutes les chansons. Quant aux chorégraphies, j’en ai fait quelques­unes ; j’ai fait appel également à un chorégraphe français, qui est également sur scène, qui est un des danseurs (Christophe Danchaud, nda), de travailler sur certaines chansons. Et puis, ma foi, tout le reste, c’est…

GB : Alors, tous ces styles­là te plaisent ?

MF : Si tant est que je voulais que ce soit un spectacle qui soit agréable pour les gens, étonnant, et assez complet.

GB : On t’a vue, sur scène, arriver dans une araignée, sur plusieurs des t­shirts vendus au spectacle, il y avait une araignée, tu as écrit aussi une chanson, « Alice », qui parle d’une araignée : qu’est­ce que ça représente l’araignée ?

MF : (rires) Quand j’ai évoqué l’araignée, que j’ai eu envie d’écrire sur cette petite Alice, je pensais à la face, au visage noir de l’artiste, ce que peut ressentir l’artiste, l’autodestruction de l’artiste, donc cette envie de dire à cette araignée de s’effacer, de partir. Voilà. Maintenant, est­ce que tout le monde a compris ça ? C’est pas très, très grave dans le fond. J’avais envie d’évoquer une araignée, donc voilà ! (rires)

GB : J’ai remarqué aussi que tu as changé beaucoup les arrangements de tes chansons : c’est plus rock.

MF : Oui. Il y a plus de guitares, c’est plus ce qu’on appelle ‘live’, moins d’instruments synthétiques.

GB : C’est l’influence de la Californie ou tu commençais déjà avant à aimer le rock davantage ?

MF : Je crois que j’ai toujours aimé les guitares. Maintenant, je pense qu’il faut parfois du temps pour y venir.

Mon passage aux Etats­Unis a dû influencer, inconsciemment en tous cas.

GB : Tu as passé beaucoup de temps à Los Angeles ?

MF : Près d’un an.

GB : Tu avais besoin de partir de Paris ?

MF : Oui.

GB : Pourquoi ?

MF : Des moments, comme ça, dans sa vie où on veut s’échapper d’une normalité, de choses qui sont routinières, donc envie de partir, du voyage.

GB : Tu as pu vivre l’anonymat à Los Angeles ?

MF : Oui.

GB : Ça t’a apporté beaucoup…

MF : Ça apporte toujours : on se restructure, oui, d’une certaine façon parce qu’il y a des passages, comme ça, dans sa vie d’artiste, où on a besoin, oui, d’être isolée, d’être loin de son métier, si je puis dire, de son identité, en tous cas, de chanteuse ou…

GB : Est­ce que ta façon de voir ton métier a changé ?

MF : Non, c’est toujours la même. Je ne me prends pas au sérieux, mais essaie de faire les choses très sérieusement. J’ai toujours la même distance d’avec ce que je fais, malgré tout.

GB : Mais ta façon de voir la vie a changé par contre ?

MF : Elle est plus sereine, peut­être, aujourd’hui, un peu plus tendre.

GB : Tu as dit que tu avais réussi finalement à apprivoiser la mort. Tu étais très hantée par la mort dans le passé. A quel point ?

MF : Au point de se lever tous les matins et d’envisager sa mort, ou la mort du voisin, ou de ses proches.

J’avoue que c’est quelque chose, oui, qui me hante moins, qui m’intéresse toujours autant en revanche.

GB : Tu crois maintenant qu’il y a une vie après la mort ?

MF : Je ne suis pas aussi définitive. J’essaie de l’envisager, en tout cas.

GB : Et ça, ça rassure un peu ?

1996-11-dMF : Ça aide en tous cas à vivre sa vie de… Enfin ces moments présents, oui. (sourire)

GB : Tu as rarement accordé des entrevues. A défaut de parler de toi, tu as fait beaucoup parler de toi. Est­ce que tu l’assumes ? Est­ce que tu l’as toujours assumé ?

MF : Non, je n’aime pas parler de moi, j’ai du mal. J’ai du mal. Maintenant, je sais que c’est important aussi pour… Je crois que je me dois, à un moment donné, dans le fond, de parler de moi puisque les gens s’y intéressent un petit peu, donc j’essaie de me faire violence et de faire un effort. (sourire)

GB : Tu préfèrerais être plus discrète ?

MF : Je le suis, de toute façon mais, là encore, c’est plus par pudeur. J’ai l’impression de dire suffisamment au travers de mes textes.

GB : Dans plusieurs des tes vidéoclips, tu te transportais dans une autre époque. Est­ce que tu as le sentiment que tu aurais aimé vivre à une autre époque ?

MF : Non. Je crois que c’est simplement l’idée du costume et essayer justement d’apprivoiser d’autres époques. Maintenant, une nostalgie d’époques que je n’ai pas connues, non, en aucun cas.

GB : Plusieurs de ces anciens clips­là étaient parfois choquants ou avaient une sexualité explicite, tout ça. Est­ce que, consciemment, tu voulais provoquer ou c’était l’idée du réalisateur ?

MF : Non, parce qu’un texte est un texte, donc le texte c’est moi qui l’écris. Maintenant, c’est vrai que j’ai travaillé avec Laurent Boutonnat sur les clips et nous avons beaucoup parlé sur chaque clip, chaque histoire, ce qu’on avait envie d’exprimer. Quant à l’idée de choquer, non c’est quelque chose qui vient, dans le fond, après. C’est plus le spectateur qui va être ou non choqué. L’idée de provocation…J’aime l’idée du non conformisme par exemple. Maintenant, provoquer pour provoquer n’a aucun intérêt.

GB : Pour vous deux, pour Laurent et toi, une bonne occasion de mettre en valeur vos talents d’actrice et de réalisateur…

MF : Ça, je peux parler pour lui en tous cas. (sourire) C’est un excellent réalisateur. C’est quelqu’un qui aime l’image, qui a une jolie narration. J’aime son travail, en tout cas.

GB : Le premier film que vous avez fait ensemble n’a pas eu l’accueil que vous espériez. Quelle leçon tu as tiré de cette aventure­là, de « Giorgino » ?

MF : De leçons, aucune parce que j’ai toujours envisagé ou l’échec de quelque chose, ou en tous cas son incompréhension, donc une leçon de vie, en aucun cas parce que je crois que j’espère avoir en moi une humilité quant à un travail fait et quant à un résultat envisagé. Maintenant, une déception, certainement oui.

GB : Est­ce que ça t’a pas enlevé l’envie de faire du cinéma quand même ?

MF : Non parce que, là encore, il faut relativiser. Je sais que, essayer de parler d’autre chose que de mon film à moi, il y a tellement de films ou de livres qui sont des livres et des films formidables mais qui ne rencontrent pas leur public. Je pense qu’il y a des moments comme ça qui sont mal programmés.

GB : Est­ce que tu crois au destin ? Est­ce que tu étais prédestinée à faire ce métier­là ?

MF : Je crois à des choses. Est­ce qu’on peut parler de destin, des choses qui vous sont apportées ? Mais après c’est à vous de faire tout le travail, c’est à vous de construire ou de détruire. Donc est­ce que tout est écrit ? En aucun cas, non.

GB : Est­ce que tu as trouvé que la façon de travailler des américains était très différente de celle des français, au moment de faire l’album, au moment de tourner des vidéoclips ?

MF : Je crois qu’ils ont un professionnalisme qui est très étonnant, très performant. Ce sont des gens qui discutent beaucoup avant, qui peuvent discuter après, mais pendant, ils sont là et sont là pour travailler et pour donner le maximum donc ça, c’est peut­être une caractéristique qui est assez étonnante chez eux.

GB : J’aimerais parler de tes plus récents vidéoclips : donc celui pour « XXL », qui a été réalisé par Marcus Nispel, tu te retrouves en figure de proue devant une locomotive. Tu étais réellement sur une locomotive en mouvement ?

MF : Attachée au train, oui.

GB : Ça faisait peur ?

MF : C’est impressionnant, mais surtout sur le dernier plan : c’est un plan très, très large, et là j’étais vraiment seule sur le train, avec des caméras qui étaient très éloignées, et le train prenait réellement de la vitesse. Là, c’est toujours très impressionnant. (rires) Sinon, j’aime bien l’idée du challenge à chaque fois, sinon je m’ennuie.

GB : Et pour « L’instant X », ça a été fait à New York ?

MF : Ça a été fait, je crois, en studio à New York, oui. Et là, j’étais plongée dans un bain de mousse, donc c’était plus statique.

GB : Tu t’es impliquée pour le concept de ces vidéoclips­là ?

MF : Oh oui, toujours. Toujours, oui. Je ne peux pas envisager ni de faire ce métier ni de me propulser quelque part sans en, non pas tirer les ficelles, parce que ce n’est pas une très jolie image, mais en tous cas être partie totalement prenante.

GB : Et pour « California » ?

MF : Là, j’ai eu envie de faire appel à ce réalisateur, Abel Ferrara. J’avais envie de jouer une prostituée et, ma foi, il a répondu oui donc c’est une belle aventure pour moi !

GB : Il y a un flash­back, puis on te voit toi avec les petits cheveux courts comme tu avais à l’époque aussi…

MF : Oui, oui. Non, ce pourrait être la version 90 de Libertine, son évolution ! (rires)

GB : Une autre chose qui m’intrigue, c’est que, dans les entrevues que j’ai lues, tu disais régulièrement que tu te trouvais pas nécessairement jolie, alors que tu es une très jolie fille, que tu ne t’aimais pas beaucoup non plus, souvent. C’est tout un paradoxe : ça doit être difficile d’être constamment sous les projecteurs quand on a ces sentiments­là…

MF : Oui, mais, là encore, je ne vais pas combattre ce paradoxe, il fait partie de moi. Il fait partie de, je crois, de la vie d’un artiste tout simplement. On a ses moments d’ombre, ses moments de lumière. Que de ne pas s’aimer ou totalement s’aimer et que d’avoir envie d’être sous ces dites lumières, je crois que c’est tout à fait envisageable.

GB : Au tout début, au départ, tu voulais être comédienne, au départ. Alors, la chanson, c’était venu un peu par accident. C’est devenu un amour plus important aujourd’hui ?

MF : En tout cas, j’ai eu la chance que d’avoir et Laurent Boutonnat pour le clip et juste l’idée du clip, tout simplement, pour la promotion d’une chanson donc, dans le fond, ça a comblé un vide que j’aurais pu ressentir. Maintenant, un clip n’est pas un long métrage : j’en ai fait un et maintenant, c’est quelque chose que j’aime profondément faire, mais qui n’est plus de l’ordre de l’obsession.

GB : Tu fais des dessins ?

MF : Oui.

GB : Ça fait longtemps ?

MF : Non, j’ai découvert ça réellement sur l’enregistrement de l’album, quand j’étais à Los Angeles, dans des moments ­ des moments quoi d’ailleurs ? Je ne sais pas ! (rires) Où je devais m’ennuyer, j’ai commencé de prendre mon crayon et de dessiner.

GB : Mais est­ce que tu savais que tu pouvais bien dessiner comme ça ?

MF : Non, mais c’est encore très… (rires) Je n’ai pas un grand, grand talent pour ça, mais j’aime bien le faire.

GB : Quand tu regardes l’ancienne image, la Mylène des clips d’avant, est­ce que tu te reconnais encore ? Est­ce que tu t’identifies encore à cette image­là ?

MF : Oui. D’abord, je ne me regarde pas, c’est plus simple ! (rires) Mais, bien sûr, ça a été une parcelle. Il y a des choses qui sont toujours là, qui sont en moi. Maintenant, j’ai changé, et c’est normal. Le temps nous change.

GB : Dans les dernières années, tu as vécu beaucoup de changements : tu as apprivoisé la mort, tu as changé un peu de style musical, de look, tu as vécu dans une autre ville, donc beaucoup, beaucoup de changements. Ce serait quoi le changement que tu aimerais faire encore ? Quelque chose chez toi que tu aimerais changer, ou quelque chose dans ta vie…

MF : Je ne sais pas. Je laisse la vie m’apporter ce genre de choses. Je crois que je suis déjà assez gâtée.

Diffusion d’un micro­trottoir très enthousiaste à la sortie de Bercy.

1996-11-eGB : Est­ce qu’on va avoir la chance de te revoir au Québec ?

MF : Je suppose que je vais y aller, oui.

GB : En spectacle ?

MF : Si je peux amener le spectacle, et tout le spectacle, je viendrai. Maintenant, c’est une structure qui est très, très lourde ­l’écran est géant. Donc l’idée…C’est pour ça qu’en province j’ai fait peu de dates, parce que je voulais amener tout le spectacle que j’ai présenté à Paris Donc, pour le Canada, si on me dit ‘On peut emmener toute la structure, tout le spectacle’, je le ferai, avec plaisir. (ce projet ne se concrétisera malheureusement pas, ni pour les spectacles suivants, nda)

GB : A ton spectacle, samedi soir, tu regardais le visage des gens qui étaient devant toi et tuas dit ‘J’ai les plus beaux visages devant moi’. Moi, je peux pas imaginer qu’est­ce que c’est d’avoir des regards comme ça. Qu’est­ce que tu voyais ?

MF : Des regards. Là encore, c’est des personnes qui vous écoutent et qui vous donnent au travers de leur sourire, de leur regard ou de leur émotion, donc c’est quelque chose. Ça, c’est des cadeaux qui sont très étonnants, très uniques en tout cas.

GB : Tu es heureuse maintenant ?

MF : J’aime ce que je fais. Au jour d’aujourd’hui, j’aime profondément ce que je fais. J’aime le   spectacle que je fais, j’aime la rencontre d’avec le public. Donc oui, au jour d‘aujourd’hui, oui ! (sourire)

Le générique de fin commence aussitôt

 

Publié dans Mylène 1995 - 1996, Mylène en INTERVIEW | Pas de Commentaire »

Mylène Farmer au 20 H PARIS PREMIÈRE

Posté par francesca7 le 3 février 2015

 

30 MAI 1996 – Entretien avec Paul AMAR

Paris Première

1996-05-bComme son nom l’indique, cette émission prend place à 20h, sur Paris Première. Paul Amar y reçoit une personnalité différente chaque soir de la semaine, pour un long entretien en tête à tête. Ce soir­là, c’est Mylène Farmer qui est à l’honneur. Le plateau de cette émission, Porte Maillot à Paris, a pour particularité d’être en vitrine : les gens qui passent dans la rue peuvent donc tout voir. C’est sans doute pour cela que l’interview de Mylène a été enregistrée si tard (vers minuit) mais cela n’a pas empêché une poignée de fans de s’y rendre.

Pendant le générique du début, la chanteuse est filmée dans la rue, seule, en contre plongée. Coiffée d’un chignon, elle porte une toute petite robe bleue et des platform shoes blanches. Souriante, mais visiblement mal à l’aise, elle marche dans la nuit parisienne, tantôt les bras dans le dos, tantôt les bras croisés, mais toujours le regard fuyant, et ce jusqu’au studio de l’émission.

Paul Amar : (off sur ces images) Mylène Farmer apparaît très rarement sur les plateaux télé, elle ne les aime pas. Mais notre bulle de verre ressemble si peu à un plateau télé. (Mylène entre dans les locaux de Paris Première) Elle trouve la télévision de plus en plus anecdotique et inintéressante ;  nous veillerons, elle et moi, à rendre l’entretien le plus dense possible. Elle n’aime pas le soleil :  extérieur nuit, ce sera notre décor d’un soir. (Mylène arrive dans le studio et s’assied, seule, sur un canapé, contre la vitrine derrière laquelle se sont agglutinés plusieurs fans) Elle cultive volontiers le mystère, je le savais et je l’ai vérifié en découvrant le titre de son dernier album « Anamorphosée ». J’ai pris, je l’avoue, le dico pour être bien sûr du sens : ‘Anamorphose : image déformée par un miroir courbe’. Pourquoi Mylène Farmer se veut­elle à ce point déformée ? Pourquoi met­elle un miroir courbe entre elle et nous ? Je ne sais pas. Vous non plus, je suppose. Alors, suivez­moi, je vais me glisser derrière le miroir pour tenter de surprendre la vraie Mylène Farmer. Mais, s’il vous plait, ne le lui dites surtout pas, elle pourrait m’en vouloir.

(Paul Amar entre dans le champ de la caméra et s’installe à côté de Mylène)

Bonsoir Mylène Farmer…

Mylène Farmer : Bonsoir.

PA : Merci d’être avec nous dans cette bulle de Paris Première. (regardant les fans de l’autre côté de la vitre) Vous savez que il y a eu Bruel et vous. Voilà ! Le soir, tard, du monde, comme ça, autour de la bulle. Ils nous entendent !

MF : (tournée vers les fans) Bonsoir ! (rires)

PA : La présence de ce public qui est venu vous voir, donc de vos fans, dans cette émission qui commence, ils vous rassurent, ils vous inhibent, ils vous… ?

MF : (en regardant le fans) Me rassurent. (sourire)

PA : Ils vous rassurent ?

MF : Oui. (large sourire)

PA : Parce qu’ils vous aiment ?

MF : Je le suppose puisqu’ils sont là ! (sourire en les regardant)

PA : Vous aimez être aimée ?

MF : J’aime être aimée, oui !

PA : Alors, il est tard, le soir, vous le voyez de toute façon à la lumière, parce que cette émission sera diffusée jeudi 30 pour la première fois, à 20h, c’est­à­dire vingt­quatre heures avant Bercy et, comme vous êtes en tournée, entre plusieurs villes de province et Paris, on a choisi tard le soir pour enregistrer cette émission. Vous auriez préféré être en direct et en pleine lumière, à 20h, ou cette lumière nuit vous convient davantage ?

MF : Je crois que je préfère la nuit.

PA : Pourquoi ?

MF : C’est plus rassurant pour moi.

PA : Pourquoi ?

MF : Ça fait partie des paradoxes : je peux être dans la lumière et j’aime l’ombre également.

PA : Et vous préfèreriez l’ombre ou la lumière si vous deviez choisir ­ lumière jour, ombre nuit ?

MF : J’aurais les deux réponses : l’ombre et la lumière. (large sourire)

PA : L’ombre et la lumière…

MF : Difficile de faire un choix entre les deux.

PA : A vingt­quatre heures de Bercy, vous vous sentez comment ? Ça va ?

MF : Ça va bien. Le trac, quand même, mais relativement sereine.

PA : Et le trac adouci par le fait que vous aimez la scène. Je veux dire : rencontrer le public sur scène dans…

MF : (le coupant) J’aime profondément ça. Je le fais rarement, mais j’aime ça.

PA : Alors, vous allez chanter évidemment toutes vos chansons qu’on connaît, mais notamment les plus récentes, et celles de cet album que j’ai reçu, Mylène Farmer, que j’ai écouté très attentivement et je l’ai dit, en vous accueillant, j’ai repris le titre, je fais un aveu : je ne connaissais pas ce terme, « Anamorphosée »…

MF : C’est un terme cinématographique, mais j’avoue que, moi, je lui ai trouvé un sens plus poétique, et j’ai mis ‘ée’ à la fin. C’était plus pour évoquer l’idée d’un spectre qui s’est élargi ­ donc ma vision du monde, mes sensations qui se sont élargies ­ et l’idée de ce rassemblement, non pas de la compression, mais d’un rassemblement pour ne faire plus qu’une image et pure.

PA : Ce que vous dites, c’est pas ce que j’ai ressenti parce que quand j’ai vu la traduction de ce texte, je me suis dit, quoi, ça veut dire déformation. C’est un peu comme au Musée Grévin : on se présente devant un miroir courbe et, tout d’un coup, c’est pas nos traits. Alors moi je me suis dit…

MF : (le coupant) J’ai pris le risque.

PA : Vous avez pris le risque ?

MF : Je savais que je pouvais. Oui. (rires)

PA : Mais alors justement, enfin, quand j’ai vu ce mot et quand j’ai cherché le sens, j’ai aussitôt regardé vos photos, celles que vous présentez de vous, et aucun trait de vous n’est déformé ! On va les regarder ensemble. (il feuillette le livret du CD « Anamorphosée » en gros plan) Vous apparaissez telle que vous êtes habituellement. Alors qu’est­ce qui est déformé ? Parce que, d’une façon visible, rien n’est déformé : vos yeux, le corps…

MF : Mais, à nouveau, j’écarte, moi, le sens de la déformation, justement. En aucun cas déformation, non.  Peut­être transformation, mais ce n’est pas non plus ‘métamorphosée’. (rires) Peu importe, d’ailleurs. Je préfère le sens poétique de ce mot.

PA : Transformation, si elle devait exister, de quelle nature ?

MF : Je crois que j’ai un grand changement qui s’est opéré en moi. J’ai voyagé, d’abord.

PA : Oui…

MF : Je me suis échappée de la France pendant près d’un an. J’ai essayé d’oublier mon métier, de m’oublier moi­même d’une certaine façon, et essayé de découvrir des choses différentes, des choses qu’on peut qualifier d’un peu plus normales, la vie de tous les jours en somme.

PA : Vous savez que le contraire ­ vous qui connaissez très bien le sens des mots, et je vous écoute, et vous avez écrit vos textes ­ le contraire de ‘normal’, c’est…?

MF : Anormal. J’aime l’anormalité ! (large sourire)

PA : Ce qui m’a un peu effrayé, je vous le cache pas, vous qui dites là, à l’instant, que vous vouliez retrouver un petit peu la normalité, (en lui montrant la pochette de « Anamorphosée ») c’est quoi ?! C’est la décapitation ?! Y’a pas votre tête !

MF : Je sais. Mais, là encore, j’ai pris le risque parce que je savais que ça pouvait évoquer ça. Moi, je l’ai plus pensé en ce sens : l’esprit qui s’échappe, l’esprit qui va vers le haut, l’esprit qui voyage. Donc c’est ce que moi, j’ai voulu évoquer.

PA : L’esprit a voyagé et le corps a voyagé vers l’Amérique, c’est ça, quand vous avez quitté la France ?

MF : L’Amérique. J’ai choisi l’Amérique. Pourquoi ? Je ne le sais pas bien, dans le fond. C’est peut­être plus facile pour moi que d’aller vers Los Angeles puisque j’y avais déjà rencontré quelques personnes. Maintenant, c’était plus l’idée des étendues vastes, d’une forme de liberté, une certaine solitude parce que Los Angeles est une ville pour solitaires : la rencontre est très difficile malgré tout…

PA : Elle peut être violente parfois ?

MF : Elle peut être violente, troublante, mais j’avoue que j’ai passé, moi, un très, très bon séjour.

PA : Et c’est là­bas que vous avez écrit « California » ou c’est ici ?

MF : C’est là­bas.

PA : Ah c’est là­bas…

MF : Donc, moi, j’ai demandé à la personne qui travaille avec moi, compositeur et producteur, Laurent Boutonnat, de m’y retrouver, et cela au bout, je crois, de cinq mois, et j’ai eu cette envie que d’enregistrer l’album à Los Angeles.

PA : Là on regarde ­ je dis bien on regarde, on écoute évidemment ­ « California », mais on regarde « California », là­bas !

Diffusion d’un large morceau du clip « California »

PA : Le regard est très triste à la fin. C’est la perception que vous avez de Los Angeles, de l’Amérique telle que vous la montrez là ?

MF : Non, parce que là, elle est un petit peu caricaturale, je dirais. On s’est quand même polarisé, ou concentré, sur la prostitution. Los Angeles n’est pas uniquement la prostitution. D’ailleurs, il a été difficile de…

Sur Sunset, il y a souvent justement ­ le quartier cloisonné ­ toutes les prostituées, et là j’avoue qu’elles avaient disparu car elles avaient des problèmes avec cet acteur, enfin tout ce qui s’est passé autour de cette anecdote… (allusion à l’arrestation quelques mois plus tôt de Hugh Grant avec une prostituée, nda)

PA : Hugh Grant, oui. Pourquoi ce choix justement ? Pourquoi ce thème ?

MF : Je ne suis pas sûre d’avoir la réponse, si tant est que j’ai toujours envie de jouer, d’interpréter une prostituée. Et j’avoue que sur « California », c’est spontanément venu. Et donc, j’ai fait appel à Abel Ferrara qui, lui, évoque beaucoup la prostitution dans ses longs métrages.

PA : Quand vous dites dans la chanson : ‘Ma vie s’anamorphose’­ c’est difficile à dire, d’ailleurs ! ­ alors ça veut dire quoi dans ce… ?

MF : Dans cette chanson là ?

PA : Dans cette chanson, oui.

MF : Là encore, j’ai toujours une difficulté quant à l’explication de textes. Parfois, il suffit de prendre des mots et, ma foi, une sonorité peut évoquer certaines choses. Moi, ‘ma vie qui s’anamorphose’, si je peux essayer de trouver un sens à ce mot, c’est plus dans l’idée de ce rétroviseur, et là on en revient plus à l’aspect cinématographique, donc de cette concentration du format cinémascope, etc. Mais j’ai l’impression qu’on ennuie les gens avec ça ! (rires)

PA : Y’a un contraste impressionnant ­ moi, je vous découvre, je connaissais vos chansons, mais je vous découvre ­ entre cette façon dont vous vous exprimez, qu’on retrouve d’ailleurs dans vos textes, et cette image que vous montrez avec ce public toujours patient. (il se retourne et regarde les fans derrière la vitre. Mylène lève les yeux vers eux, un large sourire aux lèvres) Apparemment, ils ne se lassent pas de ce que vous dites, de ce que vous montrez de vous. Cette image très, on va dire les choses, qui est même perturbante pour un homme qui vous interviewe, troublante en tous cas, que vous montrez, très provocatrice, et puis les mots que vous employez, ce que vous dites à l’instant.

Vous en êtes consciente, j’imagine quand même ?! C’est délibéré ?

MF : Délibéré, préméditation, non, je n’en suis pas sûre. C’est juste l’idée et l’envie que d’interpréter des rôles différents. C’est autant de facettes qui font partie d’une personnalité. J’essaie, moi, de les exploiter, de ne pas tricher et de ne m’interdire rien.

PA : Rien ! Mais ça veut dire que dans ce clip, vous êtes dans la fiction ? Vous ne mêlez pas ce que vous ressentez, ou dans le texte d’ailleurs que vous écrivez, ce que vous ressentez, parce que j’ai cru comprendre que, et là j’oublie le clip qu’on vient de voir évidemment, j’ai cru comprendre qu’il y avait une frontière très mince entre ce que vous exprimez et la façon dont vous vivez les choses finalement…

MF : Il y a une frontière très, très mince, dans le fond. C’est vrai que quand moi j’écris les textes, dans le fond je ne pense qu’à moi, qu’à ce que je ressens, ce que j’ai envie d’exprimer. Parfois, ce sont des idées ou violentes ou dérangeantes. Mais, là encore, c’est faire abstraction absolument de l’autocensure. Et c’est une liberté pour l’écriture.

PA : Vous êtes de ce point de vue complètement désinhibée ?

MF : Non ! Parce que ce serait là l’absolue liberté. Je ne le suis pas, mais dans le fond, ce métier m’aide à justement extérioriser tout ce que je n’oserais pas probablement dans la vie de tous les jours, donc c’est une chance que de pouvoir avoir ça.

PA : Ça va ? C’est la première fois que vous participez à une émission aussi longue, une heure ?

MF : Aussi longue, oui ! (rires)

PA : C’est la première fois ?

1996-05-cMF : Oui, je crois, oui. (Mylène a pourtant jusqu’alors participé à plusieurs reprises à des entretiens de toute sorte au moins aussi long, mais peut­être pense­t­elle aux conditions de tournage, dans la continuité, dans les conditions du direct etc.)

PA : Et ça va ?

MF : Ça va bien, oui ! (sourire)

PA : Je ne sais pas qui doit avoir le plus peur de l’autre !

MF : (rires) Je ne sais pas…

PA : On retrouve Mylène Farmer dans quelques instants, après la pub.

Coupure pub

Au retour plateau, Paul Amar et Mylène Farmer se sont déplacés : ils sont désormais face à face sur des petits siègent entourant une table basse. Une télévision reprend l’image de leur tête à tête en second plan. Ils se sont éloignés de la vitrine et on ne voit donc plus le public.

PA : Et on retrouve notre invitée, Mylène Farmer. Je ne sais pas si les téléspectateurs ont vu – il y avait tous ces albums que j’ai présentés, enfin j’ai présenté le plus récent évidemment, de vous ­ mais vous êtes arrivée avec un gros livre que vous gardez ! (rires de Mylène) On a changé de lieu, vous êtes arrivée avec ce gros livre, vous le gardez avec vous. Qu’est­ce que c’est ?!

MF : C’est­à­dire que quand vous avez, que nous avons préparé l’émission…

PA : (la coupant) Attendez, on va le montrer. N’hésitez pas ! Je sais bien qu’il est lourd…

MF : (elle s’avance pour poser le livre sur la petite table devant elle, mais le reprend aussitôt, en regarde la tranche, avant même qu’un cadreur, qu’on voit s’approcher, ait pu le filmer !) Je sais qu’on va évoquer la littérature, et ce livre fait partie de…Est­ce que c’est un livre de chevet ? J’en sais rien, mais en tous cas, c’est un livre que je trouve magnifique et c’est un cadeau. Donc j’avais envie de l’emmener tout simplement ! (elle le pose cette fois sur la table)

PA : L’auteur…?

MF : (penchée en avant, elle le feuillette sur la table) Et c’est Allan Edgar Poe (sic), traduit par Baudelaire. Et c’est un livre très ancien du XIXème siècle et qui a beaucoup d’illustrations, si je les trouve. (elle peine en effet à en trouver une au hasard des pages) Ce sont des anciens dessins…

PA : Et bien je vais le découvrir ! Décidément, vous me faites découvrir beaucoup de choses ! (le journaliste feuillette le livre à son tour) Alors, « Le scarabée d’or » ­je sais que vous aimez les animaux.

« Le chat noir ». Décidément ! C’est complètement au hasard, et rien n’est préparé. Tout est improvisé. (il s’arrête sur une illustration qu’on ne voit pas à l’image) C’est un peu lugubre, non ? Mais c’est de la littérature…

MF : (toujours penchée en avant sur son livre, elle ne l’a pas lâché et scrute ­ inquiète ? ­ son feuilletage par l’animateur) Oui. C’est Edgar Poe !

PA : C’est Edgar Poe ! Vous aimez lire, hein ?

MF : (refermant le livre tandis que, comme le journaliste, elle se redresse dans son siège) J’aime lire. Je ne lis pas suffisamment, mais j’aime ça.

PA : Déjà enfant, adolescente, vous lisiez beaucoup ?

MF : Pas du tout. Au contraire ! Je crois que j’ai eu une rébellion absolue quant à l’école et ce qu’on vous imposait comme lecture, donc je crois que j’ai refusé ça totalement. Jusqu’au jour où, autodidacte, j’ai décidé que j’allais, moi, vers une famille littéraire, et puis après, on fait son chemin tout seul. Et c’était plus agréable comme ça pour moi.

PA : Quand vous écrivez vos textes, vos chansons, vous écrivez comment ? Où ? La nuit, le jour ?

Chaudement habillée, dévêtue ? Seule ? Pas seule ?

MF : La seule réponse que je puis formuler : seule. Maintenant, quant à la tenue vestimentaire, je crois qu’elle m’importe. J’essaie de me souvenir ! (elle cherche) Non, ce peut être la journée, la nuit : peu importe.

PA : Le lieu, peu importe ?

MF : Le lieu, non, peu importe.

PA : Peu importe ? (Mylène confirme) Ça peut être chez vous. C’est à Paris, c’est à la campagne, c’est au bord de la mer, peu importe ?

MF : Ça dépend. Pour cet album, par exemple, c’était à Los Angeles, dans une maison qui était louée, qui avait un petit studio à l’étage inférieur. Et c’était…non, pas dans ma chambre. Dans une autre chambre.

PA : Ah, les douze chansons de cet album, vous les avez écrites là­bas ?

MF : Oui.

PA : En ville même ? Dans la ville ?

MF : Oui. J’avoue que je crois ne pas avoir besoin d’un lieu justement précis. J’arrive à m’isoler, et reformer cette bulle dont on a besoin pour écrire, dans n’importe quel lieu.

PA : On a vu la ville, en tous cas telle que vous, vous l’observez, vous la ressentez, dans « California ». On va voir une autre sorte de ville, fin de monde, fin de siècle : « L’Instant X ».

Diffusion d’une partie du clip de « L’Instant X »

PA : Alors tout est blanc, mais c’est pas un blanc immaculé. Là vous annoncez des choses terrifiantes, non ?

MF : (rires) Non, j’ai voulu retracer la vie, non pas la vie, mais une journée, que l’on peut avoir, où tout va mal.  Tout va mal. C’est une concentration d’évènements, dès qu’on se lève, et tout va mal, à nouveau, et on attend ce moment : souvent il se passe ça dans une journée ou dans un mois, où à la fois toutes les choses viennent se concentrer, se former un peu comme un puzzle, et c’est le moment où tout rejaillit, et cette fois vers le haut, et non pas vers le bas. (rires)

PA : Ce jour­là, vous alliez bien ou mal ? C’était un jeu de votre part ou vous étiez dans une humeur plutôt maussade ?

MF : Très sincèrement, je ne m’en souviens pas, mais… Je ne sais pas.

PA : Et cette fin de siècle que vous nous annoncez, vous en pensez quoi, vous ? Vous y croyez au messie ­ parce que vous parlez du messie ? L’instant X, c’est quand le messie arrivera ?

MF : Pas précisément. Je crois… Je crois à quoi ? Une forme de spiritualité, je crois qui est indispensable pour tout le monde. Maintenant, être une religion particulière, non, j’avoue que j’ai du mal à le nommer.

PA : Spiritualité, vous la voyez quoi ? dans le regard de l’Homme, ou là­haut, une force invisible, supérieure ?

MF : Parfois, j’aime l’idée de la force invisible, et je préfère trouver une force et une générosité ici, et de personne à personne. C’est plus important.

PA : C’est quoi le Styx ?

MF : Le Styx, c’est ce lac qui est dans l’enfer. (sourire)

PA : Ah ! Et vous dites ça avec un sourire désarmant ! (rires de Mylène) Vous le connaissez ce lac ?

MF : Je l’ai évoqué souvent en tous cas. J’aime beaucoup ce mot. J’aime bien jouer avec les mots.

PA : Et vous l’imaginez comment, ce lac ?

MF : Très noir.

PA : Et l’Enfer ?

MF : Une idée de l’Homme, dans le fond…

PA : Noir aussi ?

MF : Oui. Trop lourd. Trop lourd, cette idée.

PA: C’est simplement un jeu auquel vous vous livrez ou, au fond de vous, vous avez cette vision assez pessimiste ou de l’homme, ou de l’humanité. Est­ce qu’on se rapproche, quand je vous entends parler et vous entends penser à voix haute, plutôt de la littérature, ou est­ce que vraiment, au fond de vous­mêmes, vous exprimez ce que vous pensez ?

MF : Je crois avoir… Je ne sais pas si vous faites allusion à pourquoi un public a pu me suivre tout au long de ces années quand, moi­même, j’ai évoqué des thèmes un peu plus difficiles, un peu plus désenchantés, parce que moi­même je l’étais profondément, oui. Maintenant, il s’opère dans la vie, à nouveau, des changements, qu’on le veuille ou non, et il y a des personnes qui ne changent pas. Moi, j’ai eu cette chance que de rencontrer… C’est toujours, là encore, difficile ou la justification ou d’essayer de trouver des mots. Vous dire que j’ai trouvé la lumière serait un petit peu fort, mais j’ai une rencontre, en tous cas, d’avec un livre qui a été important dans ma vie…

PA : Lequel ?

MF : …qui est « Le livre tibétain de la vie et de la mort » qui parle de l’idée de l’impermanence, vivre le moment présent. Et ça, ça a été quelque chose d’extrêmement fort pour moi. Cette idée que de ne pas appréhender la mort. Enfin, autant de choses. Là, je vous donne tout en vrac, c’est un peu confus ! (sourire) PA : Non, non, non, non, je vous suis parfaitement ! Vous étiez…

MF : (le coupant) Tout ça pour essayer d’évoquer ce changement.

PA : Oui, parce que vous étiez hantée par l’idée de la mort, par cette notion de mort…

MF : (le coupant) J’étais profondément hantée, c’est­à­dire qu’il n’y avait pas un jour sans que je pense à cette mort.

PA : La mort de l’autre ou… ?

MF : Ou la mort de l’autre ou ma propre mort, le vieillissement, enfin toutes ces choses qui font que vous vivez mal, dans le fond. Et c’est, dans le fond aussi, le refus de vivre (silence et sourire).

PA : Tout au long de l’émission, j’ai le sentiment, parce que là vraiment je vous découvre et j’ai vraiment l’impression qu’il se passe quelque chose de nouveau, puisque vous l’affirmez, et alors il y aurait un décalage, c’est rigolo, si j’ose dire, mais ça doit l’être, entre les sujets qu’on a prévus…

MF : C’est vrai ?!

PA : Hé bien oui, qui sont le reflet de tout ce que vous avez offert, jusqu’à présent, à votre public, et les nouveaux mots que vous prononcez, c’est­à­dire les sentiments que vous exprimez. Alors, ça fait rien, allons jusqu’au bout ! Après tout, vous choisissez difficilement entre l’ombre et la lumière. On va continuer avec ce décalage.

MF : Bien sûr, oui.

PA : Alors, on va voir un extrait de film, « Giorgino » où là vous aviez un rôle difficile, très difficile…

MF : Oui.

PA : On regarde.

Diffusion d’un extrait en version originale de la scène où Catherine est piégée sur un lac gelé.

PA : Dans ce film de Laurent Boutonnat, vous jouez le rôle ­ c’est Catherine, c’est ça ? (Mylène confirme) ­ d’une jeune fille qui a du mal à sortir de sa propre enfance, à la limite de l’autisme. Est­ce que vous rejoueriez ce rôle aujourd’hui ?

MF : Oui !

PA : Il vous a plu ?

MF : Oui, beaucoup. Beaucoup.

PA : (en pointant les fans devant lui) Voilà, le public est encore là ! Vos chansons et vos albums, énormes succès, avec Céline Dion, enfin vous vendez par centaines de milliers et ce film n’a pas rencontré le succès auprès du public. A votre avis, pourquoi ?

MF : Le fameux instant X n’est pas venu ! (rires)

PA : C’est quoi, c’est comme une alchimie qu’on attend, qui se produit ou pas ?

MF : Je crois. Je ne suis pas sûre que ça remette en question ni la qualité du film, ni d’un album, ni d’un artiste.

Là, j’essaie de faire abstraction de moi, de ma présence dans le film, mais tout simplement, je continuerai de défendre ce film, je continuerai d’aimer ce film. Maintenant, je crois qu’il n’a pas trouvé la rencontre, qu’il n’a pas eu cette rencontre d’avec le public. Est­ce que c’était un mauvais moment pour le film ? Est­ce que c’était trop noir pour le public ? Je crois qu’on n’aura de toute façon jamais la réponse, donc… Ma foi, ‘accepter’ cet échec. Mais pour moi, ce n’en est pas un, donc je le vis bien dans le fond.

PA : On voit que vous aimez l’image, on le voit dans vos clips qui sont de petits scénarii, parfois courts, parfois brefs, parfois plus longs ­ dix à douze minutes. Vous aimez l’image au point de faire un long métrage. Vous allez continuer ?

MF : Là encore, je n’ai pas la réponse. Je crois que j’aimerais, oui, faire un autre long métrage. J’aime jouer, j’aime interpréter des rôles.

1996-05-fPA : On va sortir de cet univers un peu glauque, un peu difficile pour entrer dans un autre, beaucoup plus éclairé, là ­ on passe de l’ombre à la lumière ­ dans un univers que vous aimez qui est celui du cheval, et vous allez découvrir un homme que vous connaissez, et que Laure Fortin a rencontré.

Diffusion d’un sujet sur Mario Luraschi, qui avait réglé les cascades sur le clip « Pourvu qu’elles soient Douces ». Il en parle ici ainsi que de sa rencontre avec Mylène.

Mario Luraschi : (…) Pour Mylène Farmer, j’ai eu le grand plaisir de faire son clip. Effectivement, c’était exactement dans les mêmes conditions qu’un vrai film, d’ailleurs on a tourné plus de huit jours. Elle était venue s’entraîner un tout petit peu, pas beaucoup parce qu’elle a pas besoin de s’entraîner ; elle monte quand même très bien. Et on s’est, en plus, super bien marrés ! On a réglé toutes les cascades, aussi bien les grandes galopades, où elle retrouve le bel officier, que la partie grande bagarre où on s’est le plus marrés d’ailleurs !

(…)

PA : Vous n’étiez pas doublée, là, dans le film ?

MF : Non.

PA : C’est vous qui montez ?

MF : Oui, oui.

PA : Vous aimez le cheval…

MF : J’adore ça, oui. Je crois que j’en ai un petit peu peur aujourd’hui, bizarrement.

PA : Pardon ?

MF : Je dis que je crois que j’en ai un petit peu peur, peur de monter à cheval.

PA : Maintenant ?

MF : Oui.

PA : Pourquoi ?

MF : Parce que je le fais de moins en moins. Donc l’acrobatie…peut­être avec l’âge ! (rires) Mais, en tous cas, la rencontre d’avec Mario a été vraiment, je ne sais pas si c’est importante, mais extrêmement agréable. Et c’est quelqu’un d’abord de très doux, très sensuel sur un cheval, et très, très talentueux. Très généreux aussi.

PA : Vous aimez les animaux ?

MF : J’adore les animaux.

PA : On m’a dit que vous aviez un singe. Chez vous ?

MF : Oui.

PA : Il s’appelle comment ?

MF : E .T. C’est un capucin.

PA : C’est­à­dire, un capucin ? C’est quelle… ?

MF : C’est un singe d’Amérique du Sud.

PA : Et il vit avec vous ? (Mylène confirme) Et la communication, ça se passe comment entre vous ?

MF : Très, très bien ! (sourire)

PA : C’est­à­dire ?

MF : Nous pouvons converser, jouer. Des moments de tendresse. Autant de choses qui…

PA : (la coupant) Il peut y avoir une vraie communication entre l’humain et l’animal ?

MF : Bien sûr ! Bien sûr, et précisément le singe.

PA : Qui se passe de mots…

MF : Je crois qu’elle aime bien les mots. Elle aime les intonations, mais ça, comme tous les animaux. Mais c’est quelqu’un de très, très intuitif.

PA : Mylène Farmer reste avec nous jusqu’à la fin de l’heure, jusqu’à 21h. Pub.

Coupure pub

Au retour plateau, Paul Amar et Mylène Farmer ont à nouveau changé de place : ils sont désormais assis sur de hautes chaises de bar autour d’une table. Mylène a un verre de jus d’orange devant elle auquel elle ne touchera pas ! On voit à nouveau le public derrière la vitrine.

PA : Mylène Farmer est toujours avec nous, à quelques heures à peine, elle nous fait la gentillesse de venir dans cette bulle, à quelques heures à peine de Bercy. Vous vous préparez comment ? Vous allez dormir ? Vous allez vous reposer ou pas?

MF : J’ai peu le temps de me reposer, mais je fais beaucoup de sport. J’essaie de continuer avant les concerts, donc c’est de l’entraînement, avec Hervé Lewis qui est un très, très bon entraîneur et un ami également. C’est de la musculation et beaucoup d’endurance, donc de la course. Et en fait, je suis tout, tout près de chez vous quand je viens faire du sport !

PA : Au gymnase à côté­là ?!

MF : Je ne sais pas ! (rire gêné)

PA : Bon, on ne va pas ­ ah ben, c’est vrai qu’il y a le public qui écoute ! Ils pourraient encore vous suivre jusque là !

MF : Non, je plaisante !

PA : Quand vous allez entrer dans la salle, et que vous allez voir cette foule immense, qu’est­ce qui se passe dans votre tête ou dans votre cœur ? Est­ce qu’il bat plus fort ?

MF : Il bat plus fort. Le trac, en général, c’est avant, avant d’entrer en scène. C’est quand on commence à trop penser, trop réfléchir et une fois que ou que l’on monte sur scène, ou en dessous de scène, ou dessus de scène ­tout dépend de l’apparition­ là, j’avoue que s’opère un total changement : on est totalement dans le spectacle. Et, enfin, l’analyse et la réflexion se dissipent.

PA : C’est ça, et là vous vous donnez à la foule, quoi, vous donnez votre talent. Un aperçu de ce concert, vous étiez il y a quelques jours à Toulon pour chanter : on regarde, on écoute, avant d’en parler.

Extraits de « Alice », « Je t’aime mélancolie », « California » et « Désenchantée » filmés lors de la première représentation du Tour 96, à Toulon.

PA : Avant de parler spectacle, et c’est l’objet de toute notre émission, je voudrais une petite parenthèse qui sera brève : le fait d’aller chanter à Toulon ne vous a pas posé de problème, vous avez réfléchi, vous avez hésité ?

MF : Non. Non. Je sais quels sont les problèmes à Toulon. (la ville vient de passer aux mains du Front National lors des récentes élections municipales et de nombreux artistes y annulent leur passage, nda)

Maintenant, ma vie est celle du spectacle donc pourquoi refuser que d’aller dans cette ville ? Tous les gens n’ont pas choisi, une fois de plus, ce qu’il s’est passé et ce qu’il s’y passe. Non, j’y ai pensé, bien évidemment.

Maintenant, j’ai décidé d’y aller et le Zénith de Toulon est une très, très belle salle. Et le public était magnifique !

PA : Et des gens de la municipalité ne vous ont pas agressée, vous ont laissé faire ? Il y a pas eu de problème de ce point de vue ?

MF : Pas du tout. Aucun problème. Aucun.

PA : Allez, on ferme parce qu’on ne va pas parler de ça longtemps : ce n’est pas une émission politique, et puis on ne va pas la polluer. Je vais revenir au spectacle. Vous avez des tenues extravagantes, comme ce soir aussi !

MF : (rires) C’est Paco Rabane qui a fait les habits et là, j’avoue que c’était encore un très, très bon moment, en tous cas toute l’élaboration justement des costumes, les idées. Là encore, j’ai de la chance.

PA : J’imagine qu’on vous a déjà posé la question, mais bon, inévitablement, on y pense en vous regardant sur scène : Madonna. On vous a déjà posé la question ?

MF : Mais pourquoi ‘inévitablement’ ? Est­ce que c’est un défaut journalistique ou est­ce que c’est une vraie envie que de me comparer à Madonna ? Je vais vous retourner la question ! (rires)

PA : C’est bien, j’aime bien ça ! C’est une vraie perception : cette façon que vous avez de bouger sur scène, d’être désinhibée, vous l’avez dit tout à l’heure, de mêler à la fois la danse, le chant, la chanson, mais aussi vos textes, comme une provocation comme ça lancée à l’homme. Donc, inévitablement, la comparaison se fait.

MF : Alors la comparaison ne me dérange pas. (sourire) Et, une fois de plus, je trouve qu’elle a beaucoup de talent donc, dans le fond, peu m’importe.

PA : Peu vous importe.

MF : Peu m’importe.

PA : Vous la prenez pour flatteuse, pour dégradante, pour… ?

MF : Comme je l’ai dit : flatteuse. Flatteuse. C’est quelqu’un de grand talent : qu’on épouse ou non ses revendications, ses excès, c’est malgré tout quelqu’un de grand talent, et elle l’a assez prouvé parce qu’elle dure, perdure, donc ce ne peut être, dans le fond, qu’un compliment, en tous cas sur, j’oserais dire, la longévité en tous cas.

PA : J’imagine qu’un journaliste américain pourrait dire un jour à Madonna ‘Tiens, vous me faites penser à Mylène Farmer’ !

MF : Je ne sais pas ! (rires)

PA : (se retournant pour regarder les fans derrière la vitre) Le public est toujours là et il nous écoute toujours. Moi, je n’en reviens pas ! Vous savez quelle heure il est ? Je le dis aux téléspectateurs : chez vous, il est, quoi, 20h20 pour la diffusion, là, ici, pendant l’enregistrement, il est plus de 0h20. Ils sont venus au tout début, et ils sont encore là ! Ils sont même organisés : ça existe, vous avez un club de fans qui existe et que Lionel Boisseau a retrouvé. Il a rencontré deux de ses adhérents qui parlent de vous, et de quelle manière !

Diffusion d’un sujet sur Olivier et Wilfried, les deux fans qui s’occupent alors du Mylène Farmer Fanzine, créé en 1992. Comme le dit le reportage, ce fanzine s’apprête à devenir le Mylène Farmer Magazine (quelques mois plus tard, en septembre 1996). Intégralement consacré à la star, il continuera d’exister jusqu’en 2004.

PA : Il est là, Wilfried. Il est là ! (gros plan sur le jeune fan en question, derrière la vitre, qui fait un petit coucou à Mylène) Il est venu. Vous le connaissez ? Vous l’avez déjà rencontré ce garçon ?

MF : Probablement. Je ne sais pas. (Mylène regarde fixement le fan avec un grand sourire)

PA : Je ne sais pas, on peut continuer l’interview, oui ? Puisqu’ils écoutent… Il y a comme un lien entre vous et eux, j’ai presque envie de m’effacer si je pouvais !

MF : (rire gêné) Je vous en prie !

PA : Pourquoi vous aiment­ils ?

MF : Je ne sais pas. Je crois qu’il ne faut pas me poser cette question ! Je n’en ai pas la réponse. Je crois que je ne le sais pas.

PA : Le fait que des photos de vous soient comme ça épinglées sur les murs, sur leurs murs, qu’ils s’endorment avec, qu’ils se réveillent avec, ça génère quels sentiments chez vous, quelles sensations d’être présente comme ça dans une telle intimité finalement, de garçons ou de filles ?

MF : Oui… J’ai presque envie de dire c’est ce pour quoi je fais ce métier, sans penser à effectivement le poster contre le mur, mais en tous cas cette idée que d’être aimée, et que d’être choyée. Donc je ne vais pas me révolter contre le fait que quelqu’un veuille épingler ce fameux poster contre le mur !

PA : Ah non, ce n’était pas un reproche !

MF : Non, non, non ! (sourire) Vous voyez, je suis sur la défensive parce que c’est un sujet qui est extrêmement, dans le fond, délicat pour moi. Pourquoi m’aime­t­on ? Je ne sais pas. Mais, je l’accepte en tous cas.

PA : Est­ce qu’ils aiment ce mystère que vous avez entretenu, que vous entretenez ?

MF : C’est ce qu’ils disaient, en tous cas. Là encore, le mystère, c’est aussi une absence de justifications, que je continuerai probablement de faire, même si là j’ai décidé de parler un peu plus longuement. (sourire) Parce que, une fois de plus, je crois que la justification fait du mal, et me fait du mal à moi­même : trouver les mots justes, c’est très difficile.

PA : Non. Non, non. Vous l’avez fait tout au long de l’émission. Ils aiment peut­être aussi, en tous cas pour certains d’entre eux, garçons ou filles, cette ambiguïté que vous avez cultivée jusqu’à présent…

MF : Probablement.

PA : « Sans contrefaçon ».

Diffusion d’une partie du clip de « Sans contrefaçon »

PA : (le clip est coupé au moment où Mylène et Zouc jouent ensemble, assises face à face) Cette scène est très touchante parce qu’on a parlé une première fois de Zouc quand Denisot était là, parce qu’on avait présenté une interview qu’il avait faite d’elle, il y avait un long silence d’ailleurs, assez étrange entre les deux, et on avait demandé des nouvelles qu’on n’avait pas eues. Là, on revoit Zouc avec vous. Vous avez des nouvelles ?

MF : Non. J’avoue que non.

PA : Elle a disparu comme ça…

MF : Oui. C’est quelqu’un de grand, grand talent.

PA : Oui, oui, et c’est curieux parce qu’un assez grand talent pour survivre aux difficultés de votre métier, parfois, mais bon il y a comme un retrait.

MF : Elle avait en tous cas ­ elle a toujours probablement ­ une grande, grande fêlure en elle, mais c’est une femme très, très troublante en tous cas. Sur le tournage, je me souviens des… Troublante ! (sourire)

PA : Quand vous dites fêlure, c’est curieux parce que c’est un mot auquel j’ai pensé en préparant cette interview, de vous et pour vous. C’est un mot que vous employez volontiers vous­même quand vous évoquez vos propres sentiments ou votre propre vie ?

MF : Je crois que j’ai une fêlure en moi, très certainement. C’est peut­être ce qui, dans le fond, me relie à ces personnes que vous évoquiez, qu’on appelle les fans, et qui ont ça en eux également. Ce peut être un mal de vivre, ce peut être des choses qu’on ne comprend pas bien, ou des manques profonds.

PA : Mal de vivre ?

MF : Le mal de vivre, oui, c’est quelque chose que j’ai évoqué. Est­ce que je l’évoquerai à nouveau ?

Probablement pour l’autre, plus que pour moi. Moi, je crois avoir eu des réponses dans ma vie. Ça a été parcouru de difficultés, de joies également, et je crois que je fais définitivement partie de ces privilégiés. Quand je pense à ‘privilégiés’, je pense souvent à des enfants, par exemple des enfants dans les hôpitaux que je vais voir de temps en temps…

PA : Oui, je sais…

MF : … et à chaque fois que j’ai envie de me plaindre, par exemple, je pense immédiatement à ces enfants, par exemple, et je me dis ‘Bon sang, la vie est courte. Eux ont une vraie, vraie souffrance.’ Elle n’est peut­être pas métaphysique, mais c’est une souffrance qui est profonde et qui est pour, peut­être, leur vie entière et, dans le fond, je ne m’autorise pas à être plus triste que ça, ou plus désarmée que ça. Ce qui n’empêche pas la fêlure, mais qui vous donne envie de vous battre un peu plus vivement en tous cas.

PA : J’ai re­regardé certains de vos albums. Je vous avoue que j’ai cherché désespérément ­ je vais les montrer quand même ­ un sourire. (Il montre la pochette de « Cendres de lune » à la caméra) Alors, celui­ci, il n’y est pas ! (il tient désormais à la main « Anamorphosée ») Le récent, il n’y est pas. « Ainsi soit je… », qui a beaucoup marché, il n’y est pas. « L’autre… », il n’y est pas. Je pensais que vous n’alliez pas sourire pendant cette émission, et vous n’avez cessé de sourire, souvent en tous cas !

Alors, est­ce que ça veut dire que… (il regarde à nouveau la pochette de « L’autre… ») Cet oiseau noir, comme ça, terrible, « L’autre… ». Est­ce que le prochain album, ce sera une Mylène Farmer très souriante ?

MF : Je ne sais pas. Je ne peux même pas envisager le prochain album, donc vous n’aurez pas la réponse.

Quant au sourire, c’est dans le fond assez spontané : vous êtes quelqu’un de charmant, donc j’ai envie de sourire ! (large sourire)

PA : Et vous souriez aussi aux téléspectateurs…

MF : Ça m’arrive aussi ! (rires)

PA : …peut­être à travers moi.

MF : Peut­être !

PA : Cette évolution dont vous parlez comme ça est…

MF : (le coupant) Probablement. Le sourire l’accompagne, en tous cas, oui.

PA : « XXL ». C’est aussi dans le récent album.

Diffusion d’une brève partie du clip « XXL »

Retour plateau avec un gros plan sur un t­shirt porté par une fan derrière la vitre.

PA : Ah ! Il y a même le t­shirt ! (rires) Ça, c’est plutôt début de siècle, ce tournage ? Vous avez fait comment avec cette locomotive ?

MF : C’était un tournage qui a été effectué à Los Angeles, à Fillmore, qui est une concentration d’orangeraies, et il y a beaucoup de trains, des trains anciens. C’est un vrai train, de 1906 je crois et j’étais câblée devant la locomotive et elle roulait vraiment.

PA : Ah, c’est pas un trucage électronique ?! On vous a collée à cette locomotive ? (Mylène confirme)

Vous n’aviez pas peur ?

MF : Non, non. A la fin, oui : le dernier plan, qui est le plan large, où je me suis retrouvée réellement toute seule en face de cette locomotive, avec des loumas qui étaient très, très éloignées…

1996-05-gPA : Loumas, des caméras qui survolent…

MF : …et là, le train prenait vraiment de la vitesse, et tout d’un coup, on se pose quelques questions ! (sourire)

PA : Ah, mais pour le coup justement, on oublie les angoisses métaphysiques, existentielles, mal de vivre… !

MF : Certes ! (rires)

PA : On est dans l’action, finalement comme sur scène.

MF : Oui. On est dans le moment présent.

PA : J’ai oublié de vous demander tout à l’heure, parce que j’ai observé que vous êtes née au Canada, vous avez quitté le Canada à l’âge de neuf ans (Mylène confirme) : vous êtes Canadienne venue en France à l’âge de neuf ans, ou vous êtes Française née au Canada ?

MF : J’ai les deux nationalités. Donc, selon l’humeur, je suis Canadienne ou Française ! (sourire)

PA : Vous êtes née à Montréal ?

MF : Oui.

PA : On a reçu avant­hier, oui c’est ça avant­hier, Charlebois, mais vous n’avez pas le même accent.

MF : Non. Je l’ai perdu très, très vite !

PA : Ah vous l’aviez ?!

MF : Un petit peu, je pense, oui.

PA : Et vous avez cette nostalgie des immensités ? On retrouve souvent ces immensités, ou même la neige, le blanc dans vos clips. Vous l’avez ?

MF : Nostalgie, je ne sais pas. Mais, en tous cas, j’ai un amour profond pour ce blanc immaculé, la neige, le froid. Et j’ai appris à aimer le soleil.

PA : Ah ! Ça aussi, c’est nouveau ! Ça aussi c’est nouveau, parce que dans tout ce que j’ai lu de vous, sur vous…

MF : (le coupant) Oui. J’ai toujours évoqué le froid, c’est vrai, mais…

PA : On est à quelques jours de l’été, c’est parfait, et à quelques heures de Bercy : donc vous allez chanter vendredi soir à Bercy, puis un peu partout en France, et puis en Europe, notamment à Bruxelles, Toulouse, Marseille, Lyon, Genève, donc forte longue tournée…et

Alexandre Pachoutinsky, chef d’édition, me dit dans l’oreille ‘C’est fini’. L’émission est terminée !

MF : C’est fini !

PA : Oui. Ça va ? Ca s’est bien passé ?

MF : Très bien ! Merci à vous, en tous cas.

PA : Donc la première fois que vous participez à une émission d’une heure ?

MF : Oui. La dernière ! (le journaliste, très surpris, reste sans voix) Mais c’était un bon moment ! (moins de six mois plus tard, Mylène se prêtera pourtant à un entretien radio encore plus long que cette émission et cela se produira encore ponctuellement les années suivantes, nda)

PA : Merci beaucoup, Mylène Farmer, et bon Bercy !

1996-05-hMF : Merci beaucoup.

La musique du générique commence, mais le micro de l’animateur reste allumé assez longtemps pour qu’on l’entende indiquer à la chanteuse qu’ils doivent restés assis, ce que Mylène fait sans sourciller. On les voit même discuter ensemble sans que cette fois on ne les entende.

Après l’émission, Mylène se montrera très disponible avec les fans présents, leur accordant une séance d’autographes improvisée et se laissant photographier.

 

Publié dans Mylène 1995 - 1996, Mylène en INTERVIEW | Pas de Commentaire »

LES ANNÉES TUBES reçoit Mylène

Posté par francesca7 le 1 février 2015

 

18 MAI 1996 – Présenté par Jean­Pierre FOUCAULT sur TF1

Une semaine avant le lancement de sa nouvelle tournée, Mylène Farmer participe à ce qui est devenu la seule émission de variétés régulière de TF1. Pour l’évènement, la star chante deux titres et accorde un petit entretien à Jean­Pierre Foucault.

1996-01-cPremier titre : « Sans contrefaçon ». La prestation est semblable à ce qu’il se passera sur scène pendant le Tour 96 : des danseurs torse nus, simplement habillés d’un mini short à paillettes, d’un boa et d’une coiffe à froufrous, le tout dans des couleurs très flashy. Mylène, quant à elle, porte la tenue qui sera la sienne pour « Désenchantée » lors de la tournée à venir. Il manque la veste d’homme pour en faire la copie conforme du Tour 96 sur « Sans contrefaçon ». La chanteuse est bien présente face au public, mais sa prestation est mixée à une autre enregistrée plus tôt. Des traces du montage sont plusieurs fois flagrantes. On citera, par exemple, le moment où, après le pont, Mylène reprend le refrain de dos, en plan large, alors qu’elle est de face en plan serré.

Après la chanson, la chanteuse est alors rejointe par Jean­Pierre Foucault.

Jean­Pierre Foucault : Bonsoir Mylène.

Mylène Farmer : Bonsoir.

JPF : Et tout le monde se rassied ! Quel succès ! Tout le monde se lève, tout le monde danse, ce qui prouve que quand vous venez, il se passe quelque chose, et pourtant vous êtes bien rare à la télé !

Alors, la première question que j’aimerais vous poser, c’est pourquoi vous vous faites si rare. Est­ce que c’est une volonté délibérée de votre part, non pas de vous cacher, mais enfin de quelque peu vous préserver vis­à­vis du public et de la télévision, Mylène ?

MF : Pas me préserver du public mais une façon de me préserver en général. C’est quelque chose que j’aime faire, mais avec parcimonie. Ça dépend aussi des émissions qui vous offrent une qualité de travail, que ce soit une qualité de lumières, de tournage, autant de choses qui sont rares en télévision et qui sont importantes pour moi.

JPF : Exigeante donc, c’est bien. Et merci en tout cas d’apprécier le travail de l’ensemble des équipes, avec notre ami Gilles Amado.

MF : Merci à vous.

JPF : Alors Mylène, Bercy, ça c’est une aventure, d’autant que vous y serez trois soirs : le 31 mai, le 1er juin, puis une date un petit peu plus lointaine dans le courant du mois de juin, ce sera le…

MF : Le 28. (cette date sera finalement reportée au 12.12.1996 suite à l’interruption de la tournée,   nda)

JPF : Je peux vous dire pour m’être renseigné : Bercy pour Mylène Farmer, on va pas faire de comparaison, mais il y a au moins trois semi­remorques de plus que Johnny puisqu’il y a dix semi-remorques, donc une équipe technique impressionnante sur scène. Et puis une équipe aussi humaine à laquelle vous tenez beaucoup, et notamment dans le métissage des gens qui vous entourent…

MF : Oui, c’est vrai que j’ai souhaité avoir des danseurs qui viennent donc des Etats­Unis, de New York. Et c’était pour avoir justement ce métissage, avoir des peaux de couleurs différentes.

JPF : Alors, des chansons qu’on connaît, comme celle­là, et puis plein d’autres…

MF : Oui. Il y a dix­sept chansons, je crois, dix­huit. (cris dans le public)

JPF : Moi je vais vous dire ‘dix­sept mots’, il y a personne qui crie dans la salle ! Il suffit que Mylène dise ‘dix­sept chansons’…Vraiment, la vie est injuste ! Merci en tout cas d’être venue ce soir.

MF : Merci à vous.

1996-01-a

JPF : On vous reverra un peu plus tard pour chanter une autre chanson, une des dernières. Merci beaucoup, Mylène Farmer.

MF : Merci de votre accueil. (elle se lève aussitôt et fait un signe au public)

JPF : Restez avec moi !

Mylène se rassied alors que Jean­Pierre Foucault annonce l’invité suivant, Félix Gray.

Mylène apparaît effectivement plus tard dans l’émission pour la seule prestation télévisée de « California ».

Pour cette prestation, la chanteuse, qui porte une robe blanche, est accompagnée d’un des danseurs du Tour 96. L’unique occasion de les voir se livrer, l’un contre l’autre, à une chorégraphie sensuelle et langoureuse, car il n’y aura pas d’autre télé pour ce titre, et que la performance du Tour 96 sera totalement différente.

 

Publié dans Mylène 1995 - 1996, Mylène en INTERVIEW | Pas de Commentaire »

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