MYLENE FARMER est beaucoup moins libertine

Posté par francesca7 le 24 novembre 2016

 

A propos de son rapport aux autres : ­

Les gens qui m’attirent sont ceux qui prennent des coups dans la gueule, ceux qui sont à la fois les plus brillants et les plus meurtris. Je n’ai aucune aigreur : le succès est venu si tôt.

 Chez francesca 1

Mais aujourd’hui j’ai les moyens d’envoyer paître la vulgarité !

J’ai toujours considéré que j’avais tous les droits. Maintenant, j’ai les moyens de mes convictions. Ce ne sont pas des caprices de star. Je me suis tracé un chemin, il ne me fait pas peur. Personne ne m’obligera à m’allonger sur une peau de panthère devant les caméras de télévision. Je ne l’acceptais pas quand j’avais besoin d’eux.

‘Pour qui elle se prend celle­-là ?’

 Je l’ai souvent entendu ! C’est encore plus facile de le refuser maintenant qu’ils ont besoin de moi.

A propos de sa passion pour l’art : ­

Je m’ouvre doucement, instinctivement à l’art moderne et contemporain. J’aime la peinture abstraite parce que j’y lis ce que je veux. On ne m’impose rien. C’est comme tomber amoureux de quelqu’un : on ne sait pas qui est vraiment l’autre mais on a soudain envie de le connaître, de percer son mystère tout en sachant qu’on n’y arrivera jamais complètement.

J’ai une fascination pour les abstractions de Michaux et les toiles surréalistes de Marx Ernst. Je retrouve l’enfance, la magie du secret et de l’indéfini à travers leurs oeuvres.

La peinture est un viol, on s’y ouvre ou pas. Lorsque le viol se transforme en amour, c’est magnifique. J’aime aussi passionnément la peinture d’Egon Schiele. J’aurais pu être son modèle.

Lorsque je me regarde dans un miroir, j’ai l’impression d’être une de ses rousses écorchées. Il a tout compris, jusque dans la manière de signer ses toiles. Il y a sans cesse, en lui, un mélange de vie et de mort, comme s’il avait été conscient qu’il disparaîtrait à vingt-­huit ans.

La peinture synthétise la vraie folie, l’exaltation la plus intime.

 chez francesca

Curieusement, j’ai connu quelque chose qui se rapproche dans mon esprit de cette exaltation créatrice lorsqu’il y a deux ans je suis montée pour la première fois sur une scène. C’est la plus belle expérience de ma vie, la plus déstabilisante aussi. Mais les mots restent l’essentiel pour moi.

Écrire mes chansons, c’est ma raison de vivre. Peut-­être parce que, dans mes textes, je ne parle que de moi ! C’est de l’égocentrisme artistique…

MADAME FIGARO 1er NOVEMBRE 1991 Mylène Farmer Rencontre avec Danièle THOMPSON

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MUSIC NEWS des années 1996 avec Mylène Farmer

Posté par francesca7 le 15 octobre 2016

 

 Entretien avec Eric JEANJEAN

 Comme à chaque sortie d’album (jusqu’en 1999), Mylène Farmer accorde un entretien à NRJ, mais celui-­ci diffère des précédents dans sa forme, puisqu’il est diffusé en plusieurs parties diffusées tout au long de la journée et accompagnées à chaque fois d’une chanson du nouvel album.

Lors du week-­end spécial Mylène Farmer du 31 mai au 2 juin 1996, cet entretien est rediffusé en partie avec quelques passages qui n’avaient pas été diffusés en octobre 1995. Vous retrouvez donc ici la retranscription intégrale reconstituée.

Eric Jeanjan : Lorsque Mylène Farmer sort un nouvel album, c’est sur NRJ qu’on le découvre avant tout le monde, et quand Mylène Farmer parle, c’est sur NRJ qu’elle le fait. Journée spéciale Mylène Farmer en exclusivité sur NRJ. Donc, « Anamorphosée », c’est le nom du tout nouvel album de Mylène Farmer.

Un album qui nous procure un double plaisir : d’abord celui de réentendre Mylène Farmer avec de nouvelles chansons sur les ondes radios, et puis un vrai plaisir, celui de vous rencontrer aujourd’hui.

Bonjour !

 mylène

 

 Mylène Farmer : Bonjour. EJ : Merci une nouvelle fois d’avoir accepté notre invitation. Une invitation d’autant plus précieuse que les interviews que vous donnez sont rares. Ce sera d’ailleurs ma première question : comment se fait-­il que vous soyez si rare chez nous, les médias français ? Est­ce que c’est parce que vous n’avez pas envie de vous dévoilez, que vous craignez pour votre tranquillité ? Ou simplement parce que vous pensez que le média, c’est un mets à savourer avec parcimonie pour éviter l’indigestion ?

MF : Un peu tout ça, je dois dire, mais surtout parce que c’est un exercice qui est difficile pour moi et parce que je redoute la justification en général.

EJ : On revient encore une fois sur cet album, qui a été enregistré à Los Angeles. C’est la première fois que vous enregistrez à Los Angeles ?

MF : Oui.

EJ : D’accord. Qu’est­-ce qui s’est passé ?  Vous en aviez marre de la France, marre d’être en France ? Peut-être aussi du statut de star, qui parfois peut être lourd à porter…

 MF : J’avais envie effectivement de…toujours cette idée du voyage. Auparavant, je redoutais l’idée de prendre une valise, un avion et de partir vers l’inconnu, et aujourd’hui j’avoue que c’est quelque chose qui m’enchante ! Est­-ce que j’en avais marre de la France, comme vous dites : non.

Peut­-être que j’en avais marre de moi, quelque part, et ce quelque part se rétrécissait au fur et à mesure donc j’ai senti pour moi une urgence que de m’envoler. Il se trouve que c’était Los Angeles parce que j’y connais quelques personnes, donc c’est plus facile et que c’est une ville qui offre une qualité de vie assez étonnante –si tant est qu’on puisse se l’offrir, j’en suis consciente. Mais…voilà !

 mylène0

EJ : Vous aviez envie de partir, de vous exiler, ou vivre quelques temps là-­bas, ou vous aviez vraiment décidé d’écrire l’album là-­bas ? Ou c’est une fois que vous étiez là-­bas que vous avez fait l’album ?

 MF : Non, ça n’était pas prémédité. Je suis partie là-­bas, j’y suis restée et après, effectivement, j’ai demandé à Laurent de m’y rejoindre.

 EJ : C’est là que vous avez écrit cette belle chanson, qui est la première de l’album : « California ». J’ai relevé quelques phrases que j’aime bien ­ c’est assez significatif d’ailleurs de ce que vous avez dit, vous allez confirmer ou infirmer : « Aéroport, aérogare mais pour tout l’or m’en aller / C’est le blues, le coup d’cafard / Changer d’optique, prendre l’exit / M’envoyer l’Amérique »… (sic)

MF : Voilà, c’est le résumé de ce que je viens de dire ! (rires)

EJ : C’est exactement ça ! (Mylène acquiesce d’un murmure)

Diffusion de « California »

Image de prévisualisation YouTube

https://youtu.be/JAS2XAvINtc

 

EJ : On va parler d’ « Anamorphosée », maintenant. C’est donc le nom du nouvel album (Mylène acquiesce). Alors, je me suis amusé ­ on le disait tout à l’heure hors antenne­ à regarder dans le dictionnaire, donc la définition du mot ‘anamorphose’, d’ailleurs puisque le mot réel c’est ‘anamorphose’­ dans le Larousse 1995 : ‘Image déformée d’un objet donnée par certains systèmes optiques, ou bien représentation volontairement déformée d’une forme ou d’un objet et dont l’apparence réelle ne peut être distinguée qu’en regardant l’image sous un angle particulier ou au moyen d’un miroir courbe’. Alors, est­-ce que je dois m’attarder à ce titre ? Ca veut dire que vous avez choisi ce titre parce que les gens ont une image déformée de vous, ou bien est­-ce que c’est simplement un titre qui fait joli ?

MF : Non. Moi, j’y ai trouvé une autre définition : ma perception du monde, j’ai ce sentiment, s’est élargie, s’est agrandie. L’idée de l’anamorphose, pour moi, c’est le moyen de tout re-concentrer, de tout rassembler pour n’en faire qu’une. Voilà.

EJ : Qu’est-­ce qui a fait que votre vision du monde s’élargisse ?

MF : J’ai l’impression que le voyage m’a donné une clé, et puis ça fait partie de l’apprentissage de la vie, j’imagine. Je pense avoir changé, je pense avoir découvert des choses que je ne connaissais pas auparavant, avoir accepté surtout beaucoup de choses.

 EJ : Qu’est­-ce qui a changé chez vous ?

MF : Quelque chose d’assez fondamental, à savoir que je n’appréhende plus la mort de la même façon, à savoir j’ai peut-­être aujourd’hui accepté la mort, j’ai probablement accepté une vie après la mort, ce qui me permet aujourd’hui, moi, de vivre et d’accepter la vie, tout simplement. Donc je pense que c’est le vrai changement en moi.

EJ : Ca veut dire que pendant toutes ces années où on vous a découverte, vous aviez une espèce d’angoisse permanente ­ j’allais dire une angoisse résiduelle­ qui a toujours été au milieu de ce que vous faisiez ?

 MF : Une hantise de la mort, oui, absolument. Oui.

EJ : Et ça s’est traduit par quoi ? Vous avez découvert Dieu, ou vous avez découvert un… ?

MF : Non. C’est au travers de, je dirais, de réflexions. Il y a des choses qui sont venues spontanément à moi. Je considère que j’ai eu de la chance. Et puis c’est au travers de lectures, également.

EJ : Vous avez peur de l’autre ? Ou des autres, en général ?

MF : Non.

EJ : Non ?

MF : Non. Il ne m’effraie plus ! (rires)

 

Diffusion de « XXL »

Image de prévisualisation YouTube

https://youtu.be/itT1IzQW82o

 

EJ : Est­-ce que vous êtes susceptible de vous engager, de mettre votre notoriété au bénéfice d’une cause quelle qu’elle soit ? D’abord, est-­ce que vous l’avez déjà fait et est­-ce que vous pensez que c’est important de le faire et de profiter justement de cette notoriété et du fait que vous soyez un vrai vecteur de communication, puisque vous avez des gens qui vous écoutent et qui vous aiment ?

MF : Je crois que c’est important de le faire dès l’instant qu’on sait le faire et qu’on a envie effectivement de s’y prêter. Maintenant, je l’ai fait et…

EJ : (la coupant) Vous l’avez fait pour quoi ?

MF : C’était pour la recherche contre le sida (sur l’album « Urgence » sorti en juin 1992, nda). Maintenant c’est vrai que des choses publiques, j’ai un petit peu plus de mal à le faire. Je préfère que ça se fasse dans le privé. Qu’on le sache ou qu’on ne le sache pas, ça n’a pas grande importance du moment que je peux le faire.

EJ : Parlons de « Eaunanisme ». Alors là, c’est une chanson qui m’a beaucoup amusé de par l’orthographe d’ « Eaunanisme » : vous avez écrit ‘eaunanisme’ (il épelle le mot). Le vrai mot, c’est onanisme, qui vient ­ j’ai cherché encore dans le dictionnaire, je me suis beaucoup amusé avec vous dans le dictionnaire !

(rires de Mylène) ­ qui vient du personnage biblique de Onan, et ça veut dire masturbation. Alors, qu’est­-ce que je dois comprendre, là ?! Eau : c’est une relation particulière avec l’océan ? Un texte très sexe, enfin me semble-­t-­il !

MF : Plus sensuel que sexe, je pense ! J’avais envie de l’élément eau, maintenant l’onanisme c’est effectivement la recherche du plaisir par soi­-même. Moi, quand j’ai écrit cette chanson, je pensais à l’écriture, donc je pense qu’il y aura des milliers de lectures quant à cette chanson. J’ai essayé d’évoquer l’écriture : l’écriture est aussi un plaisir solitaire, en tout cas dans un premier temps, et j’avais envie d’écrire comme un petit conte, en évoquant un personnage. Voilà !

 mylène1

EJ : Est-­ce que ça veut dire que vous écrivez pour vous faire du bien ? Est­ce que c’est une forme, je dirais, de thérapie ?

MF : Je crois que c’en est une. Maintenant, c’est aussi, je pense, un intérêt pour l’autre, une fois de plus. Diffusion de « Eaunanisme »

EJ : C’est important, pour vous, l’image ? Je me rappelle de clips fantastiques. D’ailleurs, pratiquement tous les clips sont des mini films extraordinaires : « Pourvu qu’elles soient Douces » était génial ; « Libertine », c’était génial ; le clip de Besson, effectivement je me rappelais plus que c’était lui qui l’avait fait, mais c’était vachement bien ! C’est très important, pour vous, l’image que vous donnez ?

MF : C’est important, et l’image tout simplement pour moi est importante dans ma vie. J’adore le cinéma, j’adore la photo, oui.

EJ : On parlait cinéma justement avec le film de Laurent Boutonnat, « Giorgino ». Moi j’ai eu l’impression d’une petite cabale. On va pas polémiquer là­-dessus, moi je suis pas d’accord, simplement c’est un film qui nous a permis de découvrir un vrai talent : le vôtre, en tant que comédienne. Est­-ce que c’est une expérience que vous retenterez, le cinéma ?

MF : Probablement ! Je me le souhaite. Maintenant, c’est vrai que ça ne fait pas partie, ou plus partie, de l’état obsessionnel. C’est vrai qu’avant…

EJ : (la coupant) Ca l’a été ?

 MF : Ca l’était, parce que c’est vrai que j’ai eu ce désir il y a très, très longtemps que de faire ou du cinéma, ou du théâtre et que j’ai eu cette rencontre avec Laurent Boutonnat, et que nous sommes nés tous les deux d’une chanson toujours avec cette envie que de pouvoir faire un film, lui le réaliser et moi l’interpréter. Pendant ces dix années, c’est vrai qu’on a pensé à ce film, à un film, et voilà nous l’avons fait !

EJ : Vous avez des propositions au cinéma ? MF : J’en ai quelques-­unes, oui. EJ : Et pour l’instant, pas de réponse positive ?

MF : Pas pour l’instant, non.

EJ : On parlait justement, puisqu’on reste dans les médias, on parlait de la télé tout à l’heure, hors antenne. Quelle est votre opinion justement face à la télé telle qu’elle existe aujourd’hui en France et puis aux Etats­-Unis que vous connaissez bien maintenant ?

 MF : Oui. La télévision en France, d’abord je la regarde très, très, très peu, si ce n’est que le peu d’émissions que j’ai vues c’est vrai qu’il y avait cette idée de répétition aujourd’hui, de banalisation de tout, et surtout ce ton qui se veut sarcastique, cynique et tout le monde n’a pas le talent pour ça ! Donc j’ai l’impression que ça n’a dans le fond pas grande importance, la télévision, en tout cas la façon dont ils la font. Diffusion de « XXL » à nouveau

EJ : On va parler des chansons, maintenant. Il y en a une qui m’a marqué, c’est peut­-être celle que j’ai le plus écouté, qui s’appelle « L’Instant X ». C’est autobiographique, ça ?!

MF : D’une certaine manière. C’est­-à­-dire qu’il est toujours difficile de s’extraire de son texte, maintenant je parle de moi et je peux parler aussi de l’autre dans ces moments-­là…

EJ : Avec le jeu de mot sur ‘zoprack’…

MF : J’ai été obligée ! (rires)

EJ : Ha bon ?! Pourquoi ? Pourquoi vous avez pas dit Prozac ?

MF : Parce que c’est interdit.

EJ : Ha oui ? Dans une chanson vous n’avez pas le droit ?

MF : On n’a pas le droit de faire la publicité d’un médicament, donc plutôt que de l’enlever et de le tuer, j’ai préféré le mutiler et m’en amuser ! (rires)

EJ : En changeant deux lettres, d’accord ! Une chanson, je dirais, un peu spleen, c’est-­à-­dire je raconte l’histoire pour ceux qui l’ont pas encore écoutée –mais on va l’écouter tout à l’heure, de toute façon­ on ne peut plus vivre sans cette fameuse petite pilule qui va nous rendre heureux. Qu’est­-ce que vous pensez, vous, de cette, je dirais, façon de vivre-­là qui est très américaine, d’ailleurs ?

MF : C’est vrai. La dépendance est une notion qui n’est pas agréable, maintenant si ça peut aider des gens, pourquoi pas ? Si c’est pas dangereux, si les effets secondaires ne sont pas…

 EJ : C’est un vrai débat, le Prozac, quand même…

MF : Oui. Est­-ce qu’il est fondé ? J’avoue que je n’en sais rien. Je ne connais pas bien le sujet, si ce n’est que je connais beaucoup de personnes qui l’ont utilisé, ou continué de l’utiliser…

EJ : Pas vous ?

MF : J’ai essayé. J’ai abandonné très vite, mais plus parce que c’est l’idée que d’être justement dépendant de quelque chose qui m’est insupportable, donc c’est vrai que parfois quand on va très, très bas ­ et je crois qu’on a tous dans sa vie une période comme ça, période parfois répétée ­ on fait appel à quelque chose de l’extérieur…

EJ : Qui peut nous aider à nous en sortir…

 MF : Oui, mais c’est vrai que ça fait réellement partie de notre société aujourd’hui. EJ : Vous, vous préférez vous battre ! MF : J’ai ça en moi, donc j’ai de la chance, je pense.

Diffusion de « L’Instant X »

Image de prévisualisation YouTube

https://youtu.be/D4xaUXQ4wEE

 

 EJ : On va parler de vos projets maintenant, si vous le voulez bien. Un album, en règle générale, c’est suivi d’une tournée. Est­-ce qu’il va y en avoir une ?

 MF : Je ne sais pas.

EJ : Ha bon ? Vous n’êtes pas sûre ?

MF : Je n’ai pas la réponse.

EJ : D’accord ! C’est difficile de monter sur scène quand on est timide ?

MF : Oui et non. C’est quelque chose que je peux tout à fait surmonter, puisque je l’ai fait. Et puis il y a toujours ce sentiment de dédoublement…

EJ : C’est pas vous…

MF : C’est moi ! Bien sûr que c’est moi, mais là on parlait plus de l’appréhension et de la peur. Ca fait partie des paradoxes que l’on a en soi. J’ai toujours cette idée de l’ombre et de rester dans l’ombre, et puis avoir cette faculté que de pouvoir aller sous la lumière dès l’instant que l’on décide de le faire. Voilà. Et à ce moment-là, c’est vrai que là, la réflexion n’existe plus. C’est plus quelque chose d’animal, je dirais, plus d’instinctif que la réflexion.

EJ : C’est quoi, c’est un besoin d’amour le fait de monter sur scène ? Ou besoin de donner aux gens qui vous aiment, justement, et qui font l’effort de venir vous voir ?

MF : Je crois que c’est un partage. C’est donner et puis c’est recevoir. L’un ne peut pas aller sans l’autre.

EJ : Vous avez un message à donner à ces gens-­là ?

MF : C’est toujours difficile ! Je n’aime pas cette idée de porter un message, mais…

EJ : Ne serait­-ce que dans vos chansons, est-­ce qu’il y a un message, au final ?

 MF : Je ne sais pas. Je ne sais pas, c’est plus un témoignage, je dirais, qu’un message. Maintenant, je pense à ces personnes qui ont du mal à vivre et j’aimerais qu’elles puissent rencontrer la personne ou la lecture ou qu’il se passe un moment, comme ça, dans leur vie qui va les aider. Voilà, si je puis souhaiter ça, je le souhaite !

EJ : Et si vous, vous pouvez être ça, c’est bien !

MF : Je n’aurai pas cette prétention.

EJ : Oui, mais vous l’êtes quand même, je veux dire. A partir du moment où il y a des gens qui vous aiment aussi fort, c’est que quelque part vous leur faites du bien…

MF : Je l’espère !

EJ : Est-­ce que vous avez, après la promotion de cet album et après cet album-­là, d’autres projets ?

MF : Non, parce que je ne pense pas de cette façon-­là, c’est-­à-­dire que j’essaye ­ et je crois j’arrive­ de vivre l’instant présent. Et c’est ce qui est important pour moi, dans ma vie : c’est de ne pas ni faire appel aujourd’hui au passé, ni me projeter dans l’avenir mais avoir cette attention sur ce moment présent. Et je crois, puisqu’on a évoqué plusieurs fois ­ en tout cas, moi ­ cette idée du changement, je crois qu’elle réside exactement ici.

EJ : Sur scène, justement, tant d’amour, ça doit faire du bien pour l’ego, ne serait-­ce que de savoir qu’il y a des gens qui font vraiment l’effort d’être là, qui arrivent des heures avant…

MF : Oui, c’est vrai. C’est une belle déclaration.

EJ : Qu’est-­ce qui vous blesse le plus, en général ?

MF : L’absence de générosité, je crois.

EJ : Est-­ce qu’il y a quelque chose qui ne vous touche pas du tout, ou plus du tout ? MF : Oui : le qu’en dira-­t­-on. (rires) EJ : C’est vrai ?

MF : Oui.

EJ : Ca a été important pour vous ? Ca vous a un peu pourri la vie ?

MF : Ca n’a jamais été important pour moi. Jamais. Si ce n’est qu’aujourd’hui c’est encore moins important, parce qu’une fois de plus j’ai…Non, je me moque des qu’en dira-­t­-on, oui.

EJ : Qu’est-­ce qui…Oui, vous voulez rajouter quelque chose ?

MF : Non, je pensais que quand on n’a plus peur du regard de l’autre, quand c’est un regard qui ne vous agresse plus, l’autre n’est plus un ennemi donc il n’y a plus ce sentiment de peur.

EJ : Oui, je comprends. Qu’est-­ce que je dois faire si je veux devenir votre ami ?

MF : (silence) Vous êtes sérieux ?! (rires) Nous en parlerons plus tard !

EJ : D’accord ! Je regardais votre biographie : pratiquement trois millions d’albums vendus maintenant, des milliers de fans…Est-­ce que, justement, les fans, les gens qui vous aiment et qui parfois passent dans votre vie, c’est difficile à gérer ? Parce que des fois, il y a tellement d’amour que c’est maladroit…

MF : Là encore, je ne ferai pas de grande littérature quant à ce sujet. Je crois que ça fait partie de ce métier. Mieux vaut être appréciée que le contraire !

EJ : Bien sûr…

MF : Et d’autre part, je crois que je n’ai jamais eu réellement d’agression. Au contraire. Maintenant, c’est vrai que…Mais c’est pas par rapport à moi, dans le fond, c’est plus par rapport à la personne qui passe beaucoup, beaucoup de temps, qui attend des heures et parfois la nuit, et c’est vrai que dans le fond c’est une idée qui me dérange.

EJ : Pourquoi ça vous dérange ?

MF : Mais parce que c’est pas normal selon moi, et surtout par rapport à moi, de savoir que quelqu’un m’attend et attend quoi, dans le fond ? Je ne sais pas…

EJ : On a l’impression justement que les gens, les fans, n’aiment pas peut­-être ce que vous êtes réellement et n’aiment que l’image que vous donnez de vous, l’image professionnelle…

MF : Là encore, je ne me pose pas ce genre de question. C’est quelque chose de spontané chez eux. C’est parfois obsessionnel, maintenant dans le fond, ça les regarde…

 EJ : Je vous remercie mille fois d’abord pour cet album, « Anamorphosée », et puis ensuite d’avoir été avec nous, et je sais une nouvelle fois, je le répète mais c’est vrai, vos interviews sont rares donc précieuses.

MF : Merci à vous.

EJ : Merci beaucoup, Mylène Farmer. Au revoir.

MF : Merci, au revoir.

parution NRJ 16 OCTOBRE 1995

 

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Mylène F. a tous les charmes du libertinage

Posté par francesca7 le 25 juillet 2016

                                                                                                                                                                                                                                                                              

Mylène Farmer, l’image que vous reflétez est celle d’une libertine. Est-ce une profession de foi ?      

- C’est un état. (rires) Profession de foi, non ! Il ne faut pas trop se prendre au sérieux ! Mais c’est un plaisir, en tout cas. 

Vous donnez également dans vos chansons l’image d’une ingénue…                    

Francesca0                    

- D’habitude, on me dit perverse. Je ne sais pas si c’est compatible… Ingénue, non. Plutôt lucide. Pour moi, libertine est l’alliage de coquine et de putain. 

Vous vous sentez des affinités avec les libertines du XVIIIème siècle ?                        

- Dois-je le dire ? C’est une époque qui me fascine, qui m’attire… Oui, j’aurais pu être libertine.            

Vous savez qu’à l’époque, ces gens là étaient considérés comme les premiers révolutionnaires dans la mesure où ils démolissaient l’ordre établi, qu’il soit religieux ou moral. Ils se moquaient des vierges…  

- C’est ce que j’aurai aimé faire aujourd’hui, mais c’est un peu difficile…                                                                    

Pensez-vous qu’à notre époque la provocation érotique ait encore une fonction de perturbation sociale ?     

- Bien sûr. Ce sont des choses qui certes évoluent un peu, mais qui font toujours partie de l’interdit, c’est évident.  

Pensez-vous que la religion a encore une fonction importante dans notre société ?   

- Personnellement, je ne lui trouve aucune fonction mais je pense que c’est une chose présente, même omniprésente.         

Dans notre système actuel où l’on est entouré par l’érotisme et le sexe – que ce soit dans les films, à la télévision ou dans la pub – pensez-vous qu’il peut y avoir encore de la provocation maintenant qu’elle fait partie des choses normales et quotidiennes ?          

- Je pense que oui… Mes chansons provoquent encore des réactions. Rien n’est acquis !         

Vos costumes de scène sont très originaux par rapport à ce qu’on voit actuellement : ils sont très raffinés, coquins et très recherchés. Est-ce que vous vous habillez de cette manière provocante dans votre privée ? 

- J’adore rester toute nue chez moi ! Mais la lingerie, non, ce n’est pas quelque chose que je cultive à la maison. J’aime, mais c’est plus amusant de la présenter en public !                                                                                                     

Quel type d’homme vous attire ?                                                                                                   

- Je vais vous dire une banalité : les hommes intelligents.                                                                                      

Que faut-il faire, ou ne pas faire, pour séduire Mylène Farmer ?            

- Il y a plus de choses à ne pas faire qu’à faire ! (rires) Certainement me séduire intellectuellement…                           

Il vous arrive de ‘flasher’ sur un physique uniquement avant que l’homme ne parle ?     

- Oui, ça peut m’arriver, mais je préfère que l’homme me parle. En fait, je n’en rencontre pas souvent, des hommes. Je suis très protégée dans ma maison. J’aime bien les hommes d’un certain âge, d’une certaine expérience. C’est vrai que j’aime bien le côté papa, le côté protecteur…           

Francesca1Pensez-vous qu’à l’heure actuelle la sexualité féminine, qui est très mise en avant dans tous les domaines, est toujours dépendante de l’homme ? Existe t-elle toujours à travers les yeux de l’homme ? 

- Oui, je le pense. La femme est en représentation : c’est l’homme qui, quoi qu’il arrive, impose. Ca ne me dérange en aucun cas.          

Pour revenir aux libertins du XVIIIème avec lesquels vous avez des atomes crochus, quelle a été la première lecture érotique qui vous a troublée ?                                           

- « Justine » de Sade, et après, j’ai continué. Je l’ai lu à quinze ans.                       

Ca vous a vraiment troublée de façon érotique, ou était-ce un phénomène de curiosité ?       

- Vous êtes bien indiscrètes ! Les deux…D’autant plus que mes parents ne m’avaient jamais parlé de ‘ces choses- là’. Ce sont des choses que l’on découvre soi-même, et c’est beaucoup plus drôle de les découvrir ainsi. Il faut garder certains tabous, certains interdits pour les transgresser. C’est bien, les interdits ! 

Dans la littérature pornographique féminine, genre Xaniera Hollander ou Sylvia Bourdon, est-ce que ces femmes vous fascinent quelque part par leur attitude, par leur violence ?                                  

- Elles ont plutôt tendance à me dégoûter…                                            

Pourquoi ? Parce qu’elles en font trop ?                                                                                                     

- Oui, c’est de l’illustration bâtarde et malsaine. Moi, j’aime les choses raffinées. Je trouve que Sade est très raffiné donc c’est ça que j’aime.      

Pouvons-nous vous demander quel est votre meilleur souvenir érotique ?       

- Ca ne va pas du tout là ! Euh… mon petit singe ! Vous n’en saurez pas plus !        

Paru sur DOMINA de mai-89              

Publié dans Mylène 1989 - 1990, Mylène dans la PRESSE, Mylène en CONFIDENCES | Pas de Commentaire »

MYLENE FARMER : Elle ose, elle choque et elle charme

Posté par francesca7 le 25 juillet 2016

Mylène chez Francesca

Entretien avec Cécile TESSEYRE                                                                                                             

De « Libertine » à « Pourvu qu’elles soient Douces », vos chansons ont toujours été un peu osées. Jusqu’où irez-vous ?  

MF : – Je ne m’autorise pas de limites. En ce moment, je n’écris pas, la question ne se pose donc pas…      

Certains trouvent vos paroles choquantes…                                                                                                                                                        

- Dans « Sans Contrefaçon » je dis ‘je me fous du qu’en dira-t-on’. C’est vrai. Malgré tout, je pense avoir beaucoup d’interlocuteurs favorables puisque le 33-Trs « Ainsi Soit Je… » approche déjà les 600.000 exemplaires vendus.                      

Et vos parents, votre famille…                                                                                                                                                       

- Nous n’avons aucun dialogue sur ce sujet. Nous sommes une famille de longs silences, mais qui ne sont pas pour autant de longs creux…    

L’amour, le couple sont-ils importants pour vous ?               

- Pour moi, l’amour est fondamental pour la créativité. J’aime beaucoup cette phrase du romancier Luc Dietrich qui dit que ‘l’amour est un grand courage inutile’. Je suis comme mes chansons : libertine, douce et fidèle. Très fidèle.                            

Êtes-vous heureuse ?                                                                                                                                                           

- Je suis incapable de répondre. Une fois de plus, c’est un paradoxe. Pour moi, l’amour doit être grandeur et décadence.  

Lio vient de poser nue pour ‘Lui’. Vous apparaissez dénudée dans certains de vos clips. Vous imiteriez Lio pour des photos ?     

- Non. On me l’a déjà proposé, pour une somme d’ailleurs très rondelette. Je ne le ferai jamais car je n’éprouve aucun plaisir à cela. La seule motivation de ceux qui acceptent est l’argent. Quant à Lio, je me garderai bien de la juger, car c’est une artiste que je respecte beaucoup.

- Je reçois de plus en plus de lettres, et j’ai de moins en moins le temps d’y répondre, car je ne veux déléguer ce bonheur à personne. Je reçois de longues lettres de gens qui ont le mal de vivre et qui cherchent un dialogue ou une consolation. Ma meilleure façon de leur répondre, c’est à travers les chansons. Je n’ai jamais reçu de lettre d’insultes !                                                                                                       

Mylène et FrancescaEn allant chercher votre trophée aux Victoires de la musique, vous avez dit être à la fois très heureuse et très triste.          

- C’était un grand moment d’émotion. J’ai toujours eu du mal à distinguer le bonheur de la tristesse. Chez moi, ils se conjuguent parfaitement. En prenant ma récompense, j’ai vu défiler les plus belles images de ma vie et les plus cruelles aussi. On dit bien que la jouissance est une petite mort. Je n’ai pas voulu chasser le naturel, je n’avais préparé aucun texte, j’ai tout dit spontanément. D’autres choses sont également intervenues, mais je tiens à les garder secrètes.     

Comment avez-vous célébré cette Victoire ?         

- Dans le silence. Dans la voiture, en quittant le Zénith, avec mon manager Bertrand LePage, nous n’avons échangé aucun mot. J’étais assise à serrer très fort entre mes mains cet objet très lourd. C’est ma manière de vivre les choses. Mon sens de la fête est le repli sur soi, sans occulter le bonheur. Chez moi, j’ai placé la Victoire dans mon salon, sur un haut-parleur. Comme beaucoup d’artistes, j’ai été étonnée. Je ne vois aucune inscription sur le trophée, pas même la catégorie. Tout juste ‘Victoires de la Musique 1988’. Je regrette cet anonymat.           

Et le lendemain ?                                                                                                                                                                         

- Je suis redescendue sur terre en me plongeant dans le travail, qui est surtout une préparation physique en vue du Palais des Sports, en mai 1989.                                                                                                                                                            

En quoi consiste cette préparation ?                                                                                                            

- Du sport. Pour l’instant, je le pratique à la dose minimale de quatre fois par semaine pendant environ quatre heures et demie. Ensuite, je m’entraînerai tous les jours. Par exemple, je commence le matin, à dix heures, par une séance de jogging. Le mot a été un peu galvaudé, mais disons qu’il s’agit de courir en ayant de belles foulées et en obtenant un rythme cardiaque en harmonie avec la course. Le résultat doit être de pouvoir courir une heure sans s’arrêter, sans fatigue, et en récupérant son souffle rapidement. C’est un travail de haute précision, dirigé par mon entraîneur, Hervé Lewis.

mylène et francesca1

Et ensuite ?                                                                                                                                                    

- Nous retournons à son appartement, où Rambo a installé une salle de sport. Un travail comparable à celui d’une danseuse. Après vient le moment du repas. Une bonne alimentation est indissociable d’un bon entraînement physique. Mes repas sont établis par un cuisinier diététicien, Emmanuel Engrand. Il m’a enseigné des menus variés et équilibrés -du poisson et des légumes-crudités- et surtout à manger lentement et à boire peu pendant les repas. Le plus dur a été d’arrêter la cigarette, même si je ne fumais pas vraiment.                                            

Cet entraînement vous a-t-il changée ?                                                                                                                                                                 

- Mon corps a changé. Pendant vingt-quatre ans, je n’ai pas fait de sport, hormis l’équitation et les cours de gym à l’école. Avant, j’avais l’impression qu’après trois ou quatre séances, je serais épuisée. Or, mon énergie est décuplée. Dès le début, mon entraîneur a fait en sorte que je ne souffre pas de courbatures. Quant à ma manière de travailler, elle a gagné en rigueur…                                                                                                                          

Parution sur TÉLÉ 7 JOURS du 10-déc-88                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                         

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RECIT DE L’ADOLESCENCE DE Mylène FARMER

Posté par francesca7 le 16 juillet 2016

 

‘Mon adolescence’, par Mylène Farmer  paru dans OK du 25-janv-1988                                                                                                                                        

« Nous sommes entrés, à mon avis, dans une ère de désintéressement.                                     

Notre époque a perdu son âme. »  

blog francesca                                          

Mon caractère : l’envie d’être à part.                                                                                

- Quelque part, j’étais peut-être un peu comme l’héroïne de ma dernière chanson : « Sans contrefaçon…je suis un garçon… ». Je n’étais pas un garçon manqué mais une fille manquée ! Depuis ma plus tendre enfance, je n’ai jamais aimé jouer à la poupée, à la dînette… J’ai toujours préférée la compagnie et les jeux des garçons. Certainement cela a dû influencer mon caractère… Jusqu’à l’âge de dix ans, j’ai vécu au Canada une enfance heureuse. J’étais très ouverte, bavarde… Et mon arrivée en France a été un véritable choc. J’ai eu du mal à m’intégrer à l’époque. Mais je n’ai pas souffert de cette période de transition qu’on appelle l’adolescence, disons que j’ai commencé à exister réellement il y a peu de temps, quand j’ai commencé à me réaliser dans le métier que j’ai choisi. Avant j’étais mal à l’aise. Sûrement un peu déracinée… En fait, je n’avais qu’une envie déjà : être à part, être la personne élue. Ce que je ne supportais pas, adolescente, c’est d’être perdue parmi 30.000 fourmis. Et c’est justement ce qu’on vous demande lorsqu’on est adolescent : ne pas être marginal, bien se noyer dans la masse. De cela oui, j’ai souffert !                                                                                                                          

Mes études : incolores et inodores.                                                          

- Je me souviens d’une chose étonnante : j’ai toujours refusé d’arriver en retard au cours. Hiver comme été, je me retrouvais seule à 7h30 devant la porte alors que nous ne commencions qu’à 8h… En revanche, je ne portais aucun intérêt quant à la suite de la journée. C’est un paradoxe bizarre que je n’ai jamais pu m’expliquer. Peut-être est-ce dû à mon signe zodiacal : Vierge ascendant Vierge, cause de conflit, de dualité ? En dehors de ça, j’ai vécu une scolarité que je qualifierai d’incolore, d’inodore. J’adorais le français, mais hélas, il m’a été enseigné par des profs qui le détestaient. J’aimais bien aussi le dessin, le théâtre et les sciences naturelles. Quant aux maths, j’étais archi nulle. En fait, mon esprit anti-cartésien ne pouvait pas s’accommoder de la logique mathématique.                                                                                                                                                                                                                         

Mes parents : je leur dis merci.                                                                                                       

- J’ai eu la chance d’avoir des parents intelligents, ouverts, généreux dans l’âme. Si je voulais leur parler, je pouvais le faire sans problème, mais mon caractère d’adolescente introvertie me poussait plutôt à me taire. En fait, à part notre ‘exode’ difficile pour moi au début, j’ai vécu dans un univers plutôt agréable, entouré de frères et de soeurs, comme la plupart des autres familles. En tout cas, je ne remercierai jamais assez mes parents d’avoir su régler parfaitement le problème de l’argent de poche. J’en avais un peu, mais pas trop. Dans des limites raisonnables qui font qu’on apprécie toujours les choses, qu’il vous reste les désirs. J’avoue que j’avais été choquée par les sommes exorbitantes que recevaient certains élèves.                                     

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Mon look : Maman n’avait pas tort.                                                                                                             

- Ma mère  a toujours adoré s’habiller et de ce fait elle m’a forcément influencée, je m’en inspirais plus ou moins, fatalement. Mais à 14-15 ans, le budget alors était limité en ce qui concerne les vêtements, aussi je recherchais avant tout à bien marier les couleurs plutôt que de trouver des formes originales. J’etais déjà définitivement pantalons et je me souviens en particulier d’une tenue bordeaux – j’ai craqué un moment pour cette couleur – pull et pantalons assortis que je trouvais du plus bel effet ! J’avais les cheveux très courts et je n’ai jamais eu les cheveux plus longs que ma coupe actuelle. Et jusqu’à « Maman à tort » ils étaient bruns. Ce n’est qu’à partir de « Libertine » qu’ils sont devenus roux.                                                                                   

Mes loisirs : l’équitation, déjà…                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                  

- La lecture, c’est venu assez tard. Non, vers 15 ans, j’étais surtout très dessin. Et puis déjà une passion pour les animaux et les zoos. J’avais essayé le piano, la danse classique (une seule séance, car à la fin la tête me tournait), puis j’ai tenté l’équitation et là mes parents ont dû se dire « Encore un de ses caprices ! ». Maman a vraiment eu tort car là, j’ai vraiment craqué. Au point de monter trois fois par semaine, de partir en stage l’été… Bien sûr, il y a eu aussi la musique. A la maison on était plutôt musique classique et côté variétés c’était Serge Reggiani, Gréco, Brel, Brassens, Barbara… Serge Reggiani, j’ai beaucoup aimé, je suis même allée le voir deux fois sur scène. Et puis, il y a eu Dutronc. Je n’ose pas dire mon idole, car j’ai horreur de ce mot, mais comme je n’en vois pas d’autres… J’avais tous ses albums, des petits joyaux, musiques et textes sublimes. Et quand il me restait un peu de temps, j’allais au cinéma. J’ai toujours été fascinée par le cinéma, par l’image. Et ses stars mythiques : Marilyn et James Dean, bien sûr mais aussi et surtout, Greta Garbo. Une comédienne, un personnage et un destin hors du commun…                                                                                                  

Mes premières amours : elles étaient impossibles et platoniques.                                                                         

- C’est venu vraiment très tard ! Adolescente, je n’étais pas du tout branchée boums par exemple. J’y suis bien allée deux, trois fois, pour voir, mais c’était pas mon truc. Malaise. Plutôt que des amours, j’ai eu des intimités intellectuelles avec des garçons, des relations platoniques, évidemment sans contact physique… Mais mes copines, elles, avaient plein de flirts et, bizarrement, j’en ai souffert. Quelque part, je jalousais leurs succès auprès des garçons. Encore un paradoxe de ma part. Mais j’avais trop d’appréhension pour franchir le pas… En fait, à l’époque je ‘fantasmais’ sur des amours impossibles avec tel ou tel comédien. Quelque part je devais trouver ça moins difficile qu’une idylle ‘en chair et en os’…                                                                         

En conclusion.                                                                                                                                                                                                                                                

- Nous sommes entrés, à mon avis, dans une ère de désintéressement. On se dit que la vie est difficile d’entrée de jeu – et c’est vrai qu’elle l’est, difficile – car d’entrée de jeu aussi, il y a le chômage. Notre époque a perdu son âme. Nous avons une crise bien plus grave que les problèmes boursiers. La vraie crise, elle est mentale, c’est dans nos têtes qu’elle se passe. Cela dit, je reste optimiste car en période de crise, il se passe toujours des choses qui font avancer le monde, un renouveau, un regain de création, d’énergies…                   

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MYLENE AURAIT-ELLE DES CAPRICES DE STAR

Posté par francesca7 le 16 juillet 2016

 

TÉLÉ STAR DU11-avr-1988                                                                                                                                                                    

Mylène Farmer reconnaît qu’elle a des caprices de star   / Entretien avec Michael de MONTZLOV  

                                                                                                                                                                                                                                     blog francesca               

« Ecrire est devenu un besoin. Enfant, j’ai toujours été encline à l’autocensure. »                                 

A propos du fait qu’elle signe désormais tous ses textes :                                                     

- Une progression normale. Ecrire est devenu un plaisir, un besoin. Enfant, j’ai toujours été encline à l’autocensure. Impossible de tenir un journal intime, malgré mon envie. Il me fallait découvrir les autres, qui s’appelaient Maupassant, Edgar Poe ou Strindberg…                                                    

A propos de son arrivée en France, alors qu’elle était encore enfant 

- Un choc violent. Heureusement, les enfants ont de réelles facilités d’adaptation. A Paris, les rapports étaient froids, concis. Au Canada, par exemple, un anniversaire ne se fête pas en petit comité. Quelquefois, cent gosses sont invités !               

A propos de son caractère, enfant :                                       

- J’avais envie de faire tout ce que les autres ne faisaient pas, frappé par cette peur panique de ressembler à quelqu’un. Ce que je suis aujourd’hui n’est que la concrétisation de cet état d’esprit.                                                                                           

A propos de son statut de célébrité :                                                                                                    

- Je fais des caprices de star, donc je suis une star ! Depuis mes débuts, je n’ai accepté aucune concession. La qualité que j’admire le plus : l’intégrité. Et je remercie la vie qui m’a permis de suivre ce chemin.                                                               

A propos de Laurent Boutonnat :                                                          

- Nos univers sont parallèles. Laurent est un romantique, avec tout ce que cela comporte d’extrême.                                     

A propos de l’air du temps des années 80                                   

- On est dans une ère de dépression qui mène fatalement à la décadence. La jeunesse actuelle vit dans un mélange de désespoir et a parfois envie de hurler. Ce dialogue entre le public et moi montre bien que nous sommes sur la même longueur d’ondes, non ?                                                                  

A propos de ses envies de cinéma :                                                                             

- A dix-huit ans, je payais mes cours avec Daniel Mesguich en faisant le mannequin. Me lancer dans la comédie à cet âge aurait été une erreur. Maintenant je suis prête. La chanson m’a nourrie…                                               

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MYLENE FARMER raconte ses relations Amoureuses

Posté par francesca7 le 29 juin 2016

                                                                                                                                                                                                 

Présenté par France ROCHE                    

Entretien avec Monique CHOURAQUI      

ANTENNE 2 SEXY FOLIES du 17-déc-86    

                                                            1                                                               

Voix off : Tous les mois, une personnalité nous parle en toute liberté de sa vie intime. Mylène Farmer nous dit tout, tout, tout.          

Monique Chouraqui : (bien qu’assise face à Mylène, la journaliste n’apparaît pas à l’écran si ce n’est parfois partiellement de dos) Est-ce que vous prenez des initiatives en amour ?                                                                                                                                                                                                                             

Mylène Farmer : (Mylène est filmée en gros plan. Elle porte un haut noir et des gants noirs brodés de brillants) Celle de choisir. J’aime séduire avant tout. Et posséder, peut-être dans un second temps.                                                                      

MC : Vous parlez avec les hommes avec qui vous avez une relation sexuelle ?          

MF : (dans un sourire) Un peu ! Il faut agir plus que parler ! (rires) J’aime bien le toucher, j’adore.                 

MC : Vous préférez faire l’amour en silence ?                                         

MF : Le regard…                                                                                                                                                                           

MC : Vous n’aimez pas qu’on vous parle ?                                                      

MF : Non. Parler, c’est pour construire l’avenir.                                                                                                                 

MC : Vous pourriez imaginer une scène d’amour idéale pour vous ?              

MF : L’ascenseur, j’aime bien.                                                                                                                                                 

MC : Faire l’amour dans un ascenseur ?                                                                           

MF : C’est vous qui le dites ! (rires)                                                                                                                                       

MC : Ca se passe très vite, on se quitte sans se dire au revoir et sans se dire un seul mot…    

MF : Ca peut être ça…                                                                                                                                                                  

MC : …et on fait l’amour sans se parler.                                                                 

MF : Voilà.                                                                                                                                                                                     

MC : Il vous est arrivé de passer plusieurs mois sans faire l’amour, plusieurs semaines ?           

MF : Oui, toute mon adolescence, toute mon enfance.                                                                                                      

MC : Et vous l’avez vécu comment ? C’était difficile ? C’était une frustration ?         

MF : C’est quelque que, je crois, j’ai appréhendé et que j’ai occulté et dont j’ai eu horreur aussi avant de le connaître, et même aussi un peu après.                                                                                                                                                                                               

MC : Vous vous souvenez de la première fois ? Vous voulez le raconter ?         

MF : La première fois…Je crois, contrairement à beaucoup de personnes, c’est un moment plutôt certainement décisif dans la continuité, quelque chose de laborieux, de difficile. C’est quelque chose de très fragile, voilà. C’est-à-dire qu’on ne connaît pas, que personne ne maîtrise.                                                                                                                                                                                          

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MC : Ca s’est passé comment ?                                                                                                         

MF : Une chambre…Une chambre banale, un lit même pas douillet…Une chose incroyable. C’est un peu un viol. Le viol de l’enfance, un peu le viol de l’imaginaire.                                                                                                                                                                                  

MC : La fin de l’innocence…                                                                                                                                                                                                                             

MF : C’est un peu ça. C’est quelque chose après qu’on reconstruit, mais ça vrai que ça a été un peu un film de Walt Disney qui…pouf ! qui s’en va.                                                                                                                                                                                                     

MC : Un souvenir désagréable, la première fois ?                               

MF : Pas désagréable, parce que c’est moi qui suis allée vers ça donc j’ai voulu les choses. Maintenant je maîtrise beaucoup plus, et puis je vais vers ces choses avec un peu plus de vice.                                                                                                                                              

MC : Quelle sorte d’hommes vous attire ? Qu’est-ce qui vous trouble chez un homme ?          

MF : Je crois que c’est, ça a été de tous temps, les gens qui ont une existence sociale. C’est-à-dire que ça peut être du domaine de la littérature, politique, chanson, autant d’arts qui existent.                                                                                                                                        

MC : Quelqu’un qui détient le pouvoir, une forme de pouvoir ?           

MF : Un certain pouvoir, une forme de pouvoir.                                                                                                                 

MC : Vous avez besoin d’admirer ?                                               

MF : J’ai besoin d’admirer, oui.                                                                                                                                            

MC : De vous sentir dominée ?                                             

MF : La domination, elle peut s’effectuer effectivement quand il s’agit de plaisir.                                                 

MC : Elle peut s’effectuer physiquement aussi ? Vous aimez être dominée quand vous faites l’amour ?          

MF : Une certaine domination, oui.                                              

MC : Vous aimez la violence ?                                                                                                                                                                                                                              

MF : Je vous parlais de viol, j’avoue que c’est –mais là aussi il faut aller doucement quand même parce que c’est quelque chose de grave- mais c’est vrai que le viol a 3% de très excitant et d’assez incroyable.                                                                                                              

MC : Vous avez besoin d’avoir mal, ou besoin de faire mal pour éprouver du plaisir ?              

MF : J’ai besoin de faire mal et j’ai besoin d’avoir mal, oui.                                                                                          

MC : Pour parvenir au plaisir.                                                                                                            

MF : Oui, oui. Je veux bousculer, je veux…                                                                                                                         

MC : Vous n’aimez qu’un homme qui vous fait souffrir, vous ne pouvez aimer qu’un homme qui vous ferait souffrir 

MF : Si on veut un peu schématiser, aller vite, ça serait un peu ça. La facilité, les choses évidentes ne sont pas intéressantes.                       

MC : Vous pouvez vivre plusieurs histoires d’amour en même temps ?                                                                                       

MF : Oui.                                                                                                                                                                                       

MC : Les hommes concernés le savent, les hommes de votre vie ?                                                                               

MF : Si j’avais à choisir ma vie, et c’est là que réside la chose la plus difficile, c’est peut-être la… comment appelle-t-on ça ? On dit bigame ? Mais peut-être multiplié par quatre ! C’est avoir trois, quatre hommes dans ma vie. Si j’avais une métaphore à faire, je prendrais volontiers la mante religieuse. C’est-à-dire que, si j’en avais le pouvoir parce que bon ! je suis pas encore tombée dans la folie totale, mais je crois que je couperais la tête volontiers.        

MC : Après.                                                                                                                                                                                   

MF : (elle acquiesce)                                                                                                                                      

MC : Vous leur voulez du mal ?                                                                                                 

MF : Je les aime pas, c’est tout ! (sourire)                                                                                                 

Fin de l’entretien et suite de l’émission.                                      

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MYLENE ET DES TUBES A SCANDALE

Posté par francesca7 le 24 juin 2016

                                                                                                                                     

GAI PIED / 12-janv-87  

                                                                                                                                                                                                                    

Mylène Farmer, la libertine zarbi –       Entretien avec Pablo ROUY                                                                                                                                                                                                                    

                                                                                               1                                                                                                                     

Pourquoi ce premier tube à scandale : « Un, maman à tort, deux, l’infirmière est belle, trois, je l’aime… » ?                                                                                                                                                                                                  

- (Evasive) J’aime toujours les plaisirs impolis… Le texte a été un handicap au départ, mais ce côté sulfureux existe même s’il dérange. J’aime ce qu’on m’interdit !                                                                                                                                               

Mylène, je trouve superbe ton premier 30 cm « Cendres de lune ». Tu y abordes surtout la sexualité féminine…                                                                                                                  

- Non, pas la sexualité, mais la sensualité. Ce mot se rapproche plus de moi… Je ne pense pas être une bombe sexuelle ! (Elle rit)                                                                                                                                                                                                               

Disons alors les émotions, les vibrations physiques. Pourtant « Vieux bouc » est une espèce de messe noire.                                                                                                                                                      

- (Après un long silence) Il m’arrive d’avoir le feu dans les veines. De temps en temps, je suis le Diable !        

Alors tu jettes des sorts ?                                                                                                                                                                            

- Non, non, rassurez-vous ! Mais quand j’étais petite, je modelais des poupées aux effigies de quelques personnes. Je ne les ai jamais percées avec des épingles.                                                                                                                                                    

Dans « Chloé », on trouve encore l’enfance !                                                                                                                         

- C’est ma comptine… et aussi l’innocence et la cruauté des enfants. C’est diabolique ! Une petite fille aux yeux bleus et au sourire angélique qui vient vous dire qu’elle a tué sa petite copine…              

2                                                                            

Est-ce de la sororité ou de la lesbianité ?                                                                                              

- Non, ce n’est pas mon propos. Il serait plus intéressant de poser cette question à l’auteur qui a écrit cette chanson, car c’est un homme. Il a projeté ses fantasmes sur moi.                                                                                                                         

Parle-moi de toi.                                                                                                                                            

- On peut chanter « Je suis libertine, je suis une catin », et avoir beaucoup  de pudeur. Il faut savoir garder des choses qui n’intéressent que vous. Il ne faut pas faire de vivisection de l’artiste. Je n’ai pas à ouvrir mon ventre. S’il y a quelque chose à dire de moi, c’est que je suis une personne très nerveuse, en aucun cas passive. Voilà ! (rires)                                     

Tu crois aux valeurs individuelles comme la sincérité, l’intégrité ?              

- Oh la la ! J’ai horreur de ces mots ! Faire ce métier, c’est un manque de sincérité.                                                             

Tu aimerais que ton homme reste à la maison ?                                

- Non, pas du tout ! Je préfère rester avec mon petit singe E.T. qui est déjà suffisamment caractériel…                   

Si un homme t’agresse sexuellement dans la rue, que fais-tu ?                                                              

- Ma main dans la figure ! Je tape ! Vous connaissez l’histoire de cette femme violée par trois hommes ? Ensuite elle a laissé son adresse et son téléphone en leur assurant que ça lui avait bien plu. Elle leur a donné rendez-vous chez elle, les a endormis et castrés. C’est le genre de choses que je pourrais faire !                                                                                        

Si c’est une femme ?                                                                                                                   

- Je lui réponds « Je ne suis pas celle que vous croyez ».                                                                                                                 

Tu es une fille à pédés ?                                                                      

- Non. J’aime les gens que j’ai envie d’aimer. Peu importe leur sexualité. Les homosexuels m’ont toujours porté un grand intérêt et de la chaleur. J’en suis ravie, mais je ne vis pas dans leur monde. Il est vrai que je travaille avec des homosexuels et que je m’en porte bien ! (Rires) J’ai très faim. C’est bientôt fini ?   

3                                                                                            

A l’église, tu te marierais comment ?                                                                                                                                                                                                                                 

- Toute nue !                                                                                                                                                                                              

Ton héroïne favorite de roman ?                                                                             

- Justine, de Sade, évidemment.                                                                                                           

Comme pâtisserie, que serais-tu ?                                                   

- (sans hésitation) Une religieuse !                                                                                                                                                   

Comme fleur ?                                                 

Une tulipe noire.                                                                                                                                                                                     

Si tu étais un poisson ?                                                       

- Je déteste les poissons. J’adore le foie gras.                                                                                                                                 

Sur une île, tu emmènes un seul livre. Lequel ?                                                          

- J’hésite. Disons : la moitié des oeuvres de sainte Thérèse d’Avila et la moitié des écrits du marquis de Sade.                                                                                                                                                                                                                                   

La dernière fois que tu as fait l’amour ?                                                                                       

- (faussement offusquée) Je ne réponds pas !                                                                                                                                 

Ton homme idéal ?                                                                                       

- Mickey Rourke.                                                                                                                                                                                                     

Avec qui ferais-tu du cinéma ?                                        

- Stanley Kubrick.                                     

Et ta réincarnation ?                                                                          

- J’étais un petit rongeur et je redeviendrai rongeur !                                                                                                                   

Tu as déjà fait l’amour dans une sanisette ?                                                             

- Non, jamais ! Je vous le jure.                                                                                                                                                            

La première fois qu’un garçon t’a dit je t’aime, c’était comment ?                                                                                    

- Il ne me l’a pas dit.                                                                                                                                                                      

Comment tu dors ?                                                               

- Toute nue. J’ai trop faim. C’est fini !                                                                                                                                                                                                                                

Publié dans Mylène 1987 - 1988, Mylène en CONFIDENCES | Pas de Commentaire »

MYLENE FARMER dans TÉLÉ 7 JOURS 1994

Posté par francesca7 le 15 juin 2016

                                                                                                                                                                                                        

Depuis deux ans, vous avez disparu. On disait ‘Mylène fait son film’ : le film, c’est « Giorgino », film romantique en pleine guerre de 14-18 où vous jouez le rôle d’une jeune fille un peu autiste, élevée au milieu d’orphelins rejetés du monde. Ce film était-il si important pour que vous lui sacrifiez deux grandes années de votre carrière ?                                                                                                              

- Le cinéma était devenu essentiel pour moi. On m’a même entendue dire « Si je ne fais pas de cinéma, j’en mourrai ». C’était sans doute un peu exagéré, mais cela traduisait ce que je ressentais à ce moment-là. La nécessité de sortir de moi-même, de me regarder vivre à travers un autre personnage…                                             

francescamylène                                                                  

Par lassitude d’être devenue un personnage dont on attendait trop ?                                           

- D’être un personnage qui ne parvenait toujours pas à s’aimer, malgré tout l’amour que j’ai reçu du public. Cette envie de cinéma, c’était très ancien : à seize ans, quand j’ai admis que l’équitation -que je pratiquais avec passion- ne serait pas mon métier, j’ai voulu me lancer dans le théâtre, par un besoin de sortir du lot peut-être, plus sûrement par envie de me regarder dans le regard des autres.                                                                                                                                     

La chanson est venue un peu par hasard…                                                                                           

- Quand j’ai rencontré Laurent Boutonnat, il avait écrit avec un ami « Maman a Tort ». Il m’a proposé de chanter cette chanson, j’ai accepté comme un rôle d’actrice. C’est plus tard que je me suis aperçue que j’aimais écrire et m’exprimer par des chansons. Tout s’est enchaîné. Le désir de jouer, lui, était toujours là.                                                                    

Auriez-vous accepté de débuter au cinéma dirigée par un autre que Laurent Boutonnat ?       

- Cela a failli ! Hélas, pour des raisons de date, je n’ai pas pu accepter. Ensuite, le film de Laurent a été tellement long à monter… Finalement, cela me rassurait un peu de tourner mon premier film sous la direction de Laurent. J’avais confiance en son talent, en son amitié. Je savais qu’il ne laisserait rien passer, qu’il ne me permettrait pas de l’à peu près.

Avec quelqu’un que l’on aime beaucoup, on peut avoir peur de blesser par des réticences, on peut craindre de décevoir…                                                                                                                                                                                                          

- D’autant plus qu’avec Laurent, nous nous connaissons si bien qu’il n’est pas nécessaire de nous dire les choses clairement pour savoir ce qu’en pense l’autre. Ce tournage a été terriblement pénible…                                                

En raison des conditions de tournage ? Cinq mois en ex-Tchécoslovaquie, dont une bonne partie l’hiver dans les montagnes de Slovaquie…                                                                                             

- C’était assez rude. Courir des après-midi entiers par moins vingt degrés dans la neige ou sur la glace avec des petites robes serrées… Mais ça n’est pas le côté physique du tournage qui a été le plus dur : le plus pénible, ce sont ces sentiments de doute, de solitude que j’ai éprouvés. Parce qu’il avait à porter sur ses seules épaules toute la responsabilité du tournage, Laurent se protégeait du dialogue. Il me donnait des indications pour la scène et me laissait seule avec mes angoisses, exigeant beaucoup plus de moi que des autres. A certains moments, ma tension était telle que j’ai violement explosé, ce qui m’arrive rarement quand je travaille ! 

                                                                    francescamylène1                                            

Quelles ont été les scènes les plus difficiles ?                                                                                           

- Celle où mon partenaire s’efforce de me ranimer, celle où je me pends. Jouer des scènes où l’on mime sa mort est très éprouvant. Ce sont les seules scènes que j’ai demandé à voir sur la petite télévision de contrôle où le réalisateur regarde la scène qu’il vient de tourner.                                                                                                                                                  

Vous refusiez de regarder au fur et à mesure ?                                                                                    

- Après les scènes, je n’avais plus qu’une envie : aller me cacher ! Quand on sort de soi ce que l’on ne s’autorise pas à laisser voir dans la vie de tous les jours, il faut un moment pour se reprendre, pour ne pas imposer aux autres une fois le mot « Coupez » prononcé l’indécences de ses pulsions secrètes. C’est très fatigant aussi, cette extériorisation de soi, très violent…

Catherine, votre personnage, est à moitié autiste. Comment vous êtes-vous préparée pour ce personnage ?                                                                                                                                                                                                                

- J’ai demandé à un ami psychiatre l’autorisation d’assister à des consultations de malades mentaux pour saisir, par exemple, leur façon de se mouvoir : ces mains qui s’agitent pendant que le regard vous traverse sans vous voir…                                                                                                                                                                                                             

C’est un monde que vous découvriez ?                                                                                                    

- Celui de la maladie mentale, oui. En revanche, les hôpitaux d’enfants, je connaissais. Quand j’avais onze, douze ans, dans le cadre du catéchisme, je me suis rendue avec ma classe au chevet d’enfants lourdement handicapés. J’y suis ensuite retournée assez longtemps.                                                                                                                                                                           

C’est une expérience qui vous a marquée…                                                                                     

- C’est à cette expérience que je dois mon impossibilité à jamais de me sentir complètement heureuse. Le sort de ces enfants condamnés a fait naître en moi une colère dont je ne me débarrasserai, je crois, jamais. Il m’a rendue irrémédiablement pessimiste.                                                                                                                                                                                    

Vous avez en tournant ce film réalisé un de vos plus chers désirs et ça ne s’arrange pas !       

- J’ai honte de le dire, mais j’ai l’impression que plus j’avance, plus j’ai peur. C’est comme une spirale qui m’aspire…

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Vous avez pourtant des projets…                      

- J’ai très envie de travailler de nouveau sur un album. J’en ressens impérieusement la nécessité. Je sais qu’au début de l’an prochain, je me retrouverai en studio et je piaffe d’impatience ! Comme toujours : plus l’échéance approche, plus j’ai de doutes sur la validité de mon désir de rechanter…                                                                                                              

Et la scène ?                                                                                           

- On ne peut pas chanter sans penser à la scène. Un moment, j’ai songé que je n’y remonterais plus jamais. Le plaisir avait été si violent que je ne voyais pas comment je pourrais renouveler ce plaisir une autre fois. Le désir m’en est revenu. Là encore, je me dis « Ce sera la dernière fois » – c’est du moins ce que je pense aujourd’hui, je ne suis sûre de rien. J’ai du mal à me projeter dans le futur.                                                                                    

Le cinéma, vous y goûterez de nouveau ?                                                                                    

- Je l’espère, car ce dont je suis certaine c’est que je l’aime définitivement !                                                                

En dépit de la souffrance ?                                                                                                         

- Avant de jouer, c’est l’horreur, et en même temps c’est une jouissance que de surmonter l’insurmontable. La peur est mon moteur. Je vis très mal les moments comme celui-ci où je ne fais rien.                                                                       

Comment vivez-vous votre oisiveté ?                                                              

- Je ne la vis pas, je la subis. Je n’en peux plus d’attendre ! Pendant le montage du film, l’attente m’était devenue si insupportable que j’ai fui. Je ne trouve le repos qu’en voyage. Je suis allée passer un mois à Bali. Je rêve de Bornéo, de Madagascar. Sous des cieux très différents, au milieu de gens, au contact de cultures à l’opposé de la mienne je m’oublie un peu, je vis moins mal.                                                                                                                                                                

Qu’attendez-vous de la sortie de ce film ?                                                                                                  

- Je n’attends rien. J’aimerais que les gens l’aiment, parce que je trouve que c’est un beau film, mais pour moi je n’attends rien de précis. Simplement, je suis heureuse de ce film. Vous avez remarqué le mot ?! « Heureuse », j’ai dit « heureuse » ! Ce n’est pas exactement le mot, mais vous pouvez l’écrire…

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Questions / Réponses aux débuts de MYLENE FARMER

  

A propos de son singe, E.T :                                                                             

- Je l’ai trouvé que les quais. Il est extraordinaire et nous communiquons très bien ensemble.                                   

Aime-t-il la musique ?                                                                                                                                                

- Oui, beaucoup mais il est très triste quand je pars, ce qui m’arrive de plus en plus avec des télés, les galas, la tournée d’été avec le podium d’Europe 1.                                                                                                 

                                                                                                                                                                                                                  

Il semble que vous réalisiez aujourd’hui vos rêves d’enfant ?                                                                 

- Oui, j’ai toujours aimé chanter. A 10 ans j’ai remporté un premier prix de chant, mais je ne pensais pas alors faire ce métier. Je suis surtout venue en France pour faire du théâtre, mais c’est la mode qui m’a tout de suite accaparée, puisque je suis devenue mannequin. En 1983, au cours d’un casting, j’ai rencontré Laurent Boutonnat qui m’a proposé une chanson, « Maman a tort ». Le côté innocent-pervers de cette chanson a plu au public et depuis, je compose avec Laurent, devenu aussi mon producteur.                                                                                                                                                                                 

francescamylène4A propos des thèmes de ses chansons :                                                                        

- Le piquant de la vie pour moi, est de provoquer, quitte à être censurée, ce qui arriva avec mon premier disque « Maman a tort ». Subversive, je le fus encore avec « On est tous des Imbéciles ». Maintenant je ne veux « Plus grandir », titre d’une de mes nouvelles chansons. Je n’ai jamais quitté mon adolescence et je ne compte pas l’abandonner. La vieillesse me traumatise. Cette fois, je crois que le sujet touche tout le monde. Quant à « Libertine », c’est la chanson choisie par les radios. Mais je ne cherche pas à faire des tubes. On me dit souvent qu’il est difficile de durer dans ce métier, moi je mise sur une carrière et je préfère y croire, je mise sur la continuité.                                                                                       

A propos du clip de « Libertine » :                                                                           

- Dans le gigantesque salon XVII siècle, nous avons retrouvé l’ambiance de cette époque décadente. Avec des perruques et des grimages outranciers, nous avons donné le look libertin aux personnages de notre histoire qui se veut un véritable petit film avec une héroïne –moi, en l’occurrence), des duellistes, une rivale vengeresse, un marquis, des débauchés, une horde de paysans mercenaires. Laurent s’est beaucoup amusé à écrire ce scénario mêlant romantisme et érotisme.                                                                                                                                                                                                                  

                                                                        Entretien avec Martine BOURRILLON 08-oct-94      

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Entretien avec Franck ESPOSITO – MYLENE FARMER

Posté par francesca7 le 15 juin 2016

                                                                                                                                                                                                                     

Nb : cet interview est un mélange de l’entretien donné à la presse régionale et celle publiée dans le dossier de presse du film, tous deux consultables en intégralité dans la section Bonus.                                                                                                                                                                                                                                

francescamylène

                                                                                                                                                                                                                   

A propos de son passage de la chanson au cinéma :                                                                                                                                                                                                                                

- Notre rencontre avec Laurent est née d’un même désir : faire du cinéma. Pourtant, nous avons existé tous les deux grâce à la chanson – un cadeau que l’a vie m’a fait, même si cela n’a pas toujours été facile. Aujourd’hui, le cinéma est une expérience que je souhaite renouveler, même s’il est difficile de rencontrer une émotion plus forte que celle que l’on ressent sur scène. Sans prétention aucune, je suis venue très naturellement du clip au cinéma. Il y a une ‘frustration d’actrice’ lorsque l’on tourne un clip car on n’y parle pas. Aussi, interpréter à l’écran quelqu’un d’autre, quelqu’un qui n’est pas moi, était très intéressant.                                                                                                                                             

                                                                                                                                                                                                                      

A propos du personnage de Catherine :                                                                                                                                                                                                                                

- Le sujet de « Giorgino » m’a séduit par son étrangeté et son originalité. Quant au personnage de Catherine, j’ai senti que je pouvais y mettre beaucoup d’émotion. Si Laurent a puisé certaines choses de ma personnalité pour l’écriture du personnage, je ne suis pas Catherine, qui est une femme enfant mystérieuse, différente des autres et qui paiera cette différence. Moi, ce qui m’a émue avant tout, c’est sa fragilité en même temps que son innocence et sa violence intérieure. J’aime son côté émotionnel et déchirant. C’est l’enfant qui est en Catherine avec sa naïveté, sa pureté et sa colère que je retrouve en moi. Une colère rentrée, assez violente, contre l’injustice et surtout la difficulté de vivre. Pour lutter contre cette colère, l’amour est un pansement : le pansement idéal à la colère.

                                                                                                         

A propos de sa préparation pour le rôle :                                                                                                                                                                                                                                

- J’ai pu assister ainsi à quelques entretiens entre ce que l’on appelle des malades et leurs docteurs. J’ai écouté, puis regardé la gestuelle particulière de ces personnes très habitées, angoissées et pour la plupart sous médicaments. Vous dire que je m’en suis servie pour Catherine, je ne sais pas vraiment. Auparavant, je m’étais intéressée aux enfants autistes pour essayer de comprendre, de percer les mystères de ce silence et de ce repliement sur soi. J’ai la sensation d’être proche de ces enfants autistes, au comportement tellement intrigant et dont leur retrait du monde est inexplicable. Une communion dans le silence avec ces gens-là me semble plus enrichissante parfois qu’une conversation .                                                                                                                                                                                                                      

A propos de ses débuts au cinéma :                                                                                                                                                                                                                                 

- J’aurais pu, c’est vrai, débuter au cinéma avec quelqu’un d’autre que Laurent Boutonnat. J’aime d’ailleurs beaucoup de réalisateurs. David Lean est mon préféré. Si « La leçon de piano » est un chef-d’œuvre, les premiers films de Jane Campion sont eux aussi magnifiques. J’adore également Bergman, Oliver Stone et Spielberg bien sûr, à l’exception de « Jurassic Park » qui ne m’a pas beaucoup touchée. Tous leurs films, je vais les voir en salle, car la télévision dénature le cinéma.                                                                                                                                                                                                                                                            francescamylène1                                       

A propos de son implication sur le film :                                                                                                                                                                                                                                 

- Je l’ai mal vécue, uniquement à cause de cette sensation d’abandon en ce qui concerne la chanson – un abandon qui dure depuis deux ans – mais à cause aussi de la peur des retrouvailles. Cela dit, les retrouvailles, j’espère que ce sera pour bientôt, jusqu’à ce que le réalisateur délaisse ses caméras pour se remettre à son piano.                                                                                                                                                                                                                                                                                                       

A propos de sa conception de son métier :                                                                                                                                                                                                                                

- J’ai fait peu de disques, peu de scène, et je continuerai dans ce sens-là parce que c’est fondamental pour moi. L’émotion que j’ai rencontrée au travers de la scène est une émotion que je ne pourrai rencontrer éternellement. Aussi, je ferai peut-être encore une scène et puis j’arrêterai. Au cinéma, c’est la même chose : je ne ferai jamais trop de films. Tout cela est conflictuel, ou peut-être est-ce simplement parce que j’ai envie de me préserver. Préserver un sentiment et ne jamais avoir l’impression de tricher. Si j’avais un jour le sentiment de tricher, cela tuerait ma vie d’artiste.                                                                                                                                                                                                                        

A propos des interviews et des photos :                                                                                                                                                                                                                                  

- Ce n’est pas un plaisir pour moi. (le journaliste lui fait remarquer que l’entretien se déroule bien, nda) Plutôt agréable, en effet ! Mais dire que je fais cela spontanément, détrompez-vous ! La photographie n’est pas non plus un moyen d’expression facile pour moi. Ainsi, lorsque le contrôle de certaines choses m’échappe, je les refuse ! Si des photos sont faites, j’estime avoir le droit de les choisir. Je peux aussi choisir mes photographes. Malgré tout, il y a aussi beaucoup de choses qui se disent sur moi et qui n’existent pas.

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A propos de Laurent Boutonnat :                                                                                                                                                                                                                               

- Son univers est un monde troublé, troublant et plein de poésie. Si je suis attirée par les relations et les sentiments difficiles et si j’aime tout ce qui porte au rêve, Laurent et moi sommes instinctivement attirés par les contes cruels, par l’irrationnel et tous deux, nous refusons le monde des adultes. Ses qualités ? Sa démesure, sa maîtrise, sa perception du sentiment et sa facilité à exprimer les troubles que l’on a en soi.                                                                                                                                                                                                                                   

 A propos de ses attentes :                                                                                                                                                                                                                                  

- J’espère sincèrement que le film rencontrera un public et que dans un deuxième temps il m’apportera d’autres rôles. Si le film ne marche pas, je le ressentirai comme un échec personnel, même si je n’en suis pas entièrement responsable.                                                                                                                                                                                                                      

        

LE GUIDE MÉRIDIONAL       05-oct-94     

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Un interview sans concession pour Mylène Farmer.

Posté par francesca7 le 1 juin 2016

 

Paris Match. Vous si mal à l’aise dès qu’un regard se pose sur vous, vos dernières photos sont limite “porno chic”. Est-ce nécessaire pour vendre?
Mylène Farmer. Il faudrait encore définir ce qu’on appelle porno chic. Il n’y a dans ces photos, que je sache, ni pornographie ni nudité apparente. A ma connaissance – pour reprendre votre terme –, la pornographie n’a jamais été chic.

Mylène chez francesca

P.M. Elles sont tout de même provocantes…

M.F. Je ne fais pas ce métier pour provoquer. Mais, parfois, certaines provocations sont synonymes de liberté. Dans un spot télé qu’on vient de faire pour la promotion du “Best Of” comprenant les extraits de mes clips, il y a un plan de trois secondes dans lequel un homme soulève délicatement un drap avec une badine et découvre une paire de fesses. Les censeurs de la publicité nous l’ont fait couper sans donner d’explication. Quelle hypocrisie, alors qu’on nous abreuve toute la journée de violence. Tout ce qui est tiède m’ennuie, le politiquement correct, l’uniformité de pensée et d’expression… Je ne suis pas naïve, je sais très bien qu’en publiant ce genre de photos je vais provoquer un certain type de réaction. Comme je suis la première à m’insurger contre la censure, je ne peux pas être mon propre censeur! Je vais au bout de mes désirs.

P.M. C’est rare de vous voir sourire sur des photos…

M.F. Ces photos ne représentent qu’une des facettes de ma personnalité, la plus osée sans doute. Une femme qui revendique sa féminité avec peut-être plus de verve qu’une autre. C’est la situation qui me fait sourire car cette femme, sur ces photos, c’est aussi tout le contraire de moi.

P.M. Vous ne pensez jamais aux détraqués qui fantasment sur vous ?

M.F. Je préfère ne pas y penser, sinon je ne ferais plus rien.

P.M. Vous aimez qu’on vous regarde ?

M.F. Je choisis mes moments. J’aime séduire avec les mots, avec les gestes. Si je n’aimais pas séduire, comment pourrais-je faire ce métier ?

P.M. Vous dites toujours que vous n’aimez pas vous censurer. Vous êtes pourtant une malade du contrôle…

M.F. Je sens une certaine agressivité dans votre question. Les deux ne sont pas contradictoires. Oui, je suis quelqu’un qui contrôle, mais pourquoi le contrôle serait-il condamnable ? Contrôler c’est être aussi exigeant avec soi-même qu’avec les autres, contrôler ce n’est pas ignorer ni ne pas respecter le talent des autres. Je fais ce métier depuis dix-huit ans. J’ai très vite compris qu’il fallait se méfier car il y a toujours détournement: détournement de mes intentions, détournement de mes propos dans les interviews. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle je n’en donne pratiquement jamais. J’essaie de limiter les débordements, les écarts, les mensonges. Plutôt que de passer mon temps à me justifier, ce qui n’est pas dans ma nature, je préfère le silence.

P.M. Est-ce qu’il ne vaut pas mieux parfois se tromper plutôt que de toujours être sur ses gardes?

M.F. Je me méfie d’une certaine nature humaine. Plus que tout, je redoute la trahison. Mais la méfiance n’exclut pas le don de soi. Peut-être m’a-t-on beaucoup trahie. Je ne sais pas. Ou plus. Je n’ai aucun souvenir de mon enfance et mon adolescence est en train de s’effacer.

manamylene

P.M. Je vous imagine très bien petite fille en train d’arracher les yeux de vos poupées !

M.F. [Elle éclate de rire.] C’est vraiment comme ça que vous me voyez? Il y a un mois, je recousais les yeux d’un vieux lapin en peluche! Et puis, il paraît que je préférais les camions aux jeux de petites filles et que je fabriquais, comme dans “Tom et Jerry”, des petites bombes avec des bouchons de liège et une mèche que je mettais devant les perrons avant de partir en courant!

P.M. Cette histoire d’amnésie, c’est vrai ou vous l’avez inventée pour ne pas parler de votre passé?

M.F. Je ne comprends pas comment vous pouvez penser une telle chose!

P.M. Pourquoi ne vous autorisez-vous jamais à vous laisser aller?

M.F. Il n’est pas nécessaire d’avoir des raisons pour avoir peur.

P.M. Vous n’êtes faite que de contradictions. Vous êtes la plus grande schizophrène que je connaisse. Lorsque je vous ai vue pour la première fois sur scène descendre du ciel à moitié nue, offerte au public, vous si pudique, si timide, perdue dans vos profondeurs, j’avoue que j’ai du mal à recoller les morceaux de votre personnalité…

M.F. Sur scène, j’arrive à oublier le regard des autres, peut-être parce que je sais que si les gens se donnent la peine de venir me voir, c’est parce qu’ils m’aiment. La vie m’a fait un immense cadeau: j’ai une force incroyable en moi, même si parfois je vacille, elle me permet de toujours rebondir.

P.M. Depuis un an, vos fans vous reprochent, je cite, “de les prendre pour des vaches à lait” et de ne rien donner en échange…

M.F. Ne faites pas d’un cas isolé une généralité. Je veux qu’on sache que je n’ai jamais été à l’initiative d’un fan-club, ni officieux ni officiel. Je n’adhère pas au culte de ma personnalité. Si quelqu’un ou quelques-uns ont décidé de leur plein gré de créer un fan-club, c’est sous leur entière responsabilité. Je ne me suis pas opposée à la publication de leurs journaux car ils étaient de qualité. Mais, pour autant, leur destinée n’est pas de mon ressort et ils le savent très bien. En revanche, je suis toujours étonnée de voir certains médias reprendre indéfiniment les mêmes fausses informations.

P.M. Mais vous ne leur donnez rien !

M.F. Je ne pense pas qu’on “donne” nécessairement qdans les journaux. Je suis quelqu’un de très secret. Mon respect pour le public sans ambiguïté. Mon implication morale, intellectuelle et sentimentale est la même, de l’écriture d’une chanson à la fabrication d’un clip, d’un tee-shirt ou d’un spectacle. Quand je donne un concert, il y a un investissement colossal sur province ou en Russie.

P.M. Dans un sondage, vous êtes, après Laetitia Casta, la personne qui gagne le plus d’argent dans ce métier: 35 millions de francs par an. C’est vrai ?

M.F. C’est aussi faux que lorsqu’on dit que je suis enceinte, que mon vrai prénom est Marie-Hélène ou que le magazine “Marie-Claire” affirme que je suis mère d’un enfant. L’argent me donne une formidable liberté mais ce n’est pas une fin en soi.

P.M. Vous gagnez plus ou moins?

M.F. Que Laetitia Casta?

mylene et mana

P.M. Vous refusez toujours de parler de votre vie privée, alors on l’invente!

M.F. Dans vie privée, il y a privé. Le mot est suffisamment éloquent. Je n’admets pas cette forme d’intrusion. Je suis comblée émotionnellement dans ma vie et dans ma carrière, je n’ai rien à ajouter.

P.M. Vous vous donnez, vous vous dérobez. Vous êtes consciente quand même que vous entretenez des rapports névrotiques avec la célébrité?

M.F. Je n’ai pas décidé de faire ce métier pour être connue mais pour être reconnue. Je n’ai pas à me justifier. On me reproche toujours mon prétendu silence, mais le silence est ma nature profonde. Ce qui est amusant, c’est que ce que certains aiment chez moi est en même temps ce que d’autres finissent par me reprocher. Alors que faire?

P.M. Récemment, dans un dîner bien parisien, certains invités s’étonnaient, entre autres choses, de votre amitié avec Salman Rushdie…

M.F. J’aime l’écriture. Ceux qui m’aiment le savent. Ils ne doivent pas être dans vos dîners mondains. La culture a toujours eu une place très importante dans ma vie. J’aime Bataille, Cioran, Edgar Poe, Tchekhov, Baudelaire. La poésie me transporte. Comme je parle peu, je lis souvent.

P.M. Les attentats du 11 septembre aux Etats-Unis et les événements qui en ont découlé ont été un réveil pour beaucoup de gens. Et pour vous?

M.F. Je n’avais pas besoin d’une immense catastrophe pour me réveiller et me faire comprendre les urgences de la vie. Je ne passe pas une journée sans penser à la mort. Pour la plupart des gens, les cimetières sont chargés de tristesse. Pas pour moi. Je les visite comme on visite des musées. Je m’y sens bien quand ils sont beaux. De même qu’un arbre calciné peut être aussi émouvant qu’un arbre en fleur.

P.M. Est-ce que je peux parler de vos activités silencieuses auprès des enfants malades?

M.F. [Mal à l’aise.] Pour quoi faire? Ces moments sont des moments d’une grande richesse, très forts et trop rares aussi. Des moments bénis, des moments silencieux qui leur appartiennent.

P.M. Vous venez d’avoir 40 ans. Vous projetez toujours une image de jeunesse. Il y a un moment où ça deviendra indécent…

M.F. Il y a une grande part d’enfance en moi, peut-être que je ne dois pas la quitter. Je sais qu’il y a un âge où on ne peut plus faire le Marsupilami sur scène. C’est vrai que j’ai peur de vieillir. Ce qui est rassurant c’est que, quand les hommes parlent bien des femmes, ils disent qu’au-delà de la quarantaine elles sont en pleine possession de leur féminité.

P.M. Vous croyez que vous pourrez vous passer des applaudissements?

M.F. C’est une question cruelle mais j’y pense parfois. Je saurai quand viendra le moment où il faudra que je change. Non pas le fond de mon expression mais la forme. Je saurai ne pas faire le “combat de trop”.

Interview Paris Match 2001 – . L’entretien est signé Dany Jucaud

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Portrait de la Fée Mylène

Posté par francesca7 le 1 juin 2016

 

Mylène Farmer séduit, c’est indéniable. Par ses mots, par sa voix, par sa beauté, son univers également. Il n’y a qu’à interroger les fans pour se rendre compte que les raisons varient. Parfois, il n’y a pas de raisons à donner : Mylène n’est pas à définir : chez elle, la grâce émeut et ne laisse pas indifférent.

Mylène représente bien un subtil mélange de beauté, d’enchantement et de distinction.

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Beauté : Mylène est une chanteuse ; c’est là un lieu commun. Pourtant, les photos qu’elle réalise régulièrement sont dignes des plus grands mannequins. Les clichés, réalisés par les photographes les plus talentueux, la dévoilent sous des aspects toujours plus différents. Celle qui avoue ne pas s’aimer plaît indéniablement par son physique, si bien que cet aveu  n’est pas sans avoir déconcerter journalistes et autres chroniqueurs. Mais la beauté n’est pas que physique, et nous reviendrons par la suite sur cet aspect ; il y a bien chez Mylène une beauté émotionnelle, toute poétique…

Enchantement : on trouve dans l’univers Farmer quelque chose propre au sortilège et à l’incantation. Les fans avouent être subjugués par ce mélange savamment dosé des pulsions qui composent l’être humain, tendances macabres et érotiques entre autres. Mylène aime à déjouer les tabous en évoquant les thèmes défendus : « pas de doute, (…) c’est illicite. » Et ses admirateurs aiment cette originalité : tout se passe comme si les choses trop vite jugées « indécentes » aux yeux de la morale judéo-chrétienne ne l’étaient plus, le temps d’un clip, le temps d’une chanson. La fée Mylène n’est pas « tout le temps douce », comme elle le dit elle-même.

Distinction. Il n’y a qu’à regarder la vidéo de Fuck them all pour se rendre compte que même lorsque elle entame le pont vulgaire « Hey bitch… », Mylène nous surprend par son élégance et son charisme. Il y a bien en Mylène, cette femme de quarante-cinq ans, de la petite fille, de la poupée « désarticulée » qui peut se permettre les fantaisies les plus osées sans pour autant choquer outre mesure.

Mylène Farmer a-t-elle des projets ? La femme avoue jouir du plaisir de sortir un album quand elle en ressent l’envie. Mais quelle est donc la frontière entre Mylène, la femme, et Farmer, le personnage ?

Essayons de cerner celle que nous connaissons au travers de son œuvre : Mylène…Farmer tout simplement.

Un rien l’amuse, le jeu est pour elle une manière de vivre, de se perdre un peu plus. « Les choses enfantines me font rire ». La légèreté physique qui la compose entre en résonance avec l’attitude mentale. Mylène Farmer ou la fraîcheur non altérée.

Mylène est une fée : c’est sans doute l’aspect le plus créatif et charmant du personnage. Elle aime en tout cas se blottir dans ce monde, cet aspect impalpable propre au surnaturel… Dans les contes de Perrault, on rencontre généralement deux types de fées : les unes sont fragiles, les autres puissantes. Mylène, elle, semble ne rentrer dans aucune de ces cases… « Même si parfois je vacille, j’ai en moi une force qui me permet de rebondir ». La Fée Farmer est tout en nuances. Mylène, sexy, sensuelle, « attrayante » pour reprendre son mot, ne reflète pourtant pas un idéal féminin académique : le tout fait mouche chez Mouchette : (je suis sûr que vous ne l’aviez encore jamais vu, ce surnom !) l’émotion des sens naît d’une certaine qualité d’imaginaire rendue par l’attitude raffinée, le décor élaboré, le sens du détail. Mylène a l’allure d’une créature. Le clip Innamoramento nous la présente en divinité sylvestre, en parfaite communion avec la nature qui l’environne.

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Si de la fée elle a la distinction, elle en a aussi la capacité de métamorphose : sophistiquée un jour, sobre un autre. Mylène évoque Mélusine, au point de l’être, le temps d’un titre : « Quand on est Mélusine » nous dit-elle dans L’histoire d’une fée, c’est… Mélusine est cette fée du Moyen-Âge, qui se transforme les samedis en serpent : sortilège ou pouvoir, nul ne le sait…

Ajoutons que le caractère féerique de Mylène n’est pas seulement physique : ses personnages sont dotés de réels pouvoirs : Mylène vole dans l’Ame-stram-gram, recouvre la vue dans Je te rends ton amour, se transforme en créature surnaturelle dans Comme j’ai mal. Mylène évolue dans un monde qui lui est définitivement propre et sa présence même change son environnement. Surtout, Mylène suscite des réactions dignes d’une fée : ses apparitions (rares, donc magiques !) mettent en émoi ses admirateurs; elle attire par ailleurs les regards. Ses concerts reflètent à la perfection cet aspect: magiques et fantasmagoriques, ils sont le théâtre d’un autre monde, l’espace de quelques heures: un rêve éveillé, ou la frontière entre rêve et réalité n’est pas toujours palpable: des moments salvateurs, somme toute, pour l’artiste comme pour son public.

Ce pôle électrique communique avec les êtres et avec le monde de façon non pas rationnelle, mais véritablement intuitive, et affective. « Je ne suis pas sûre d’être l’incarnation de la parfaite cartésienne »… « J’aime ceux qui m’aiment » avoue-t-elle lors de la première soirée des Nrj Music Awards, en 2000. Mylène joue aussi pour ses aimants un rôle d’initiatrice : d’aucuns lui savent gré de les avoir éveillés à l’Art ou à l’émotion tout simplement. L’âme poétique de Mylène les touche car Mylène dépasse l’aspect prosaïque de la vie. Mylène n’évoque pas dans ses chansons le désespoir ressenti quand on se cogne contre une porte ou qu’on a un chat dans la gorge. Ça ne l’intéresse pas. Elle laisse ces thèmes passionnants à ses consoeurs, les Ségara ou les Kaas.

Amélie Nothomb dit « qu’elle est. ». Mylène, quant à elle, « attend tout d’être ». Elle est, sans intention. Notre héroïne favorite se meut naturellement dans l’univers qu’elle a façonné, un univers en perpétuelle évolution, comme le montrent les audaces visuelles que sont Libertine, XXL, C’est une belle journée, ou plus récemment Q.I. Mylène ne propose jamais la même chose, ses productions déstabilisent en appuyant toujours sur des registres différents : l’épique, l’esthétique, le dessin naïf, la sensualité empreinte d’humour. Notre fée conductrice a des fulgurances dans son discours. A qui lui demande comment on doit la qualifier, libertine ou garçonne, elle répond « Je préfère qu’on ne me qualifie pas ». Et toc !

Eluard nous dit « Le Poète inspire bien plus qu’il n’est inspiré ». Mylène puise son inspiration entre autres, dans son vécu, dans la mélancholia des poètes maudits du XIXe siècle, des surréalistes et dans bien d’autres domaines artistiques… Quant à l’inspiration qu’elle génère, il n’y a pour ainsi dire qu’à consulter les mots des fans pour se rendre compte que Mylène est un véritable pilier dans leur quotidien. La dualité du personnage Farmer est un élément à mettre en exergue. Il y a en Mylène une souffrance. Mylène semble vivre à la frontière de deux mondes, la poésie et le tourbillon de la vie. Elle s’arrache de la médiocrité pour vivre sur un mode qui n’est définitivement pas celui de la banalité. Avec Mylène, la vie s’acide de dynamite, pour reprendre ses termes dans L’amour n’est rien. Rien n’est évident, le suspense est permanent, le doute toujours présent quant à ses apparitions. Mylène n’aime pas le calibré, sa « nature profonde est le mystère ».

Le tout a opéré et opère encore… « Comment feront les fans quand Mylène va mourir ? ». Contrairement à Mylène Gautier, Mylène Farmer ne mourra jamais. Le sillage qu’elle creuse est celui d’une étoile qui a encore de nombreux siècles de lumière devant elle. Pourquoi ? Parce qu’au-delà de ses tubes mélodieux et unificateurs, Mylène, c’est l’anticonformisme absolu : la femme vaporeuse avec une dimension humaine primordiale. Mylène est bien plus qu’un personnage attachant et atypique. Mylène est un mythe.

SOURCE http://parcequecestelle.pagesperso-orange.fr/fee.htm

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Entre Mylène et Nathalie Rheims – une passion est née

Posté par francesca7 le 23 mars 2016

A partir de 2006, la romancière est souvent apparue aux côtés de Mylène lors d’apparitions publiques de celle-ci. Les deux femmes se sont régulièrement citées l’une l’autre en interviews, notamment pour évoquer le projet d’adaptation cinématographique d’un roman de Nathalie, L’ombre des autres, dans lequel Mylène devrait tenir le rôle principal.
Par ailleurs, Nathalie a écrit un article sur Mylène en 2008 (paru dans « Madame Figaro ») et a interviewé son amie pour « Paris Match » en décembre 2010.

Un article de Gala du 11 août 2015 nous racontait : « Et puis, il y a « Natha­lie », dans sa propriété extra­or­di­nai­re­ment fleu­rie de Saint Florent, en Corse, (…). Ici, rien qui ne fende la torpeur, sinon les allées et venues de Paul, le chien Shiba, et peut-être les conver­sa­tions télé­pho­niques que la maîtresse des lieux a quasi ritua­li­sées en fin d’après-midi avec sa si chère amie, la chan­teuse Mylène Farmer.« 

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Belle déclaration 

Portrait de Mylène Farmer par Nathalie Rheims 

« Comment parler de toi ? Comment dire, sans dire, ce que tu es ? Décrire ton être. Ecrire ton existence. Raconter. Passer par les mots. Tourner autour de ton âme comme on découvre le ciel, comme on explore une galaxie inconnue. Faire ton portrait, toi que je sais, toi que j’aime tant. Exercice impossible puisque c’est le silence qui tisse la trame de tout ce qui nous lie. S’il y avait un titre à ce commencement, ce serait « l’Une pour l’autre ». De ton amour, de ta confiance, je me sens la gardienne, et je veille sur ce privilège.  

Silencieuse et secrète – n’est-ce pas ainsi que te décrivent tous les livres qui te sont consacrés ? Mystérieuse aussi, puisque telle est ta nature profonde. Ceux que tu aimes deviennent des coffres inviolables où reposent des fragments de toi comme les pièces d’un trésor. Pourtant, il n’y a rien d’indicible, de caché, tout est dans ce que tu écris, dans les strophes qui nous viennent par ta voix, si ce n’est ce que toi-même tu as oublié.  

Je te regarde à travers le miroir magique où chacun aime à se reconnaître, et je traverse ce prisme pour rejoindre ton reflet. Je m’approche, pose mes mains sur la vitre, le verre tremble comme une eau limpide.  

J’effleure la surface du bout des doigts, tu apparais dans la transparence. Dehors le soleil irradie le paysage, mais les persiennes restent closes. Tous les mots son jetés, épars, à travers la pièce. Tu me souris, les ramasses un à un et les jettes dans un grand sac. Tu me fais signe de te suivre. Tu avances, projetant sur le sol ton ombre qui guide mes pas, la lumière filtre derrière les volets et reste invisible à nos yeux.  

Laisse-moi te suivre dans l’ombre de ton âme, et puisqu’il faut choisir, laisse-moi devenir l’autre, à la poursuite d’un je, qui se demande à quoi je sers.  

 « Plus grandir », dis-tu mais comment continuer ? Te raconter au creux de tes phrases. Montrer, apparaître. S’effacer. Faire silence. Mourir puis renaître. Trouver la force. Les images de toi se forment comme des clignotements d’éclats électriques. Toi, si proche, personne ne peut imaginer à quel point tu es simple dans la vraie vie, celle que nous partageons, loin des fantasmes et des folies.  

Humaine, si près de ceux que tu aimes, si attentive à tout, à tous. Tu poses des questions, écoutes les réponses avec précision, soucieuse du bien-être de tes amis, soudée à ta famille, faisant cors avec celui que tu aimes. Si loin de tout ce qui peut se dire ça et là, dans ces tombeaux de papier.  

En savoir davantage, c’est l’impression que voudraient donner ceux qui écrivent sur toi sans te connaître, et feignent de croire que ton absence dans cette caravane de l’étrange, où tout le monde s’affiche et se montre, est une position cynique et réfléchie. Mais il n’en est rien. Aucun rouage, aucune stratégie dans ta décision. Juste le désir de n’apparaître que dans son travail. Le reste, la vie, le quotidien, ne recèle ni sanctuaire ni caveau dans lesquels reposeraient toutes sortes de facettes obscures. Il faut t’apprendre pour comprendre que les secrets que tu poursuis sont des valeurs d’absolu.  

Je pense à notre rencontre, quelque part en Corse, après nous être croisées plusieurs fois, sans nous approcher, nous regardant de loin, comme si chacune pensait que le moment n’était pas venu, qu’il fallait l’attendre. » 

Nathalie Rheims a écrit aussi ça …. 

 

mylène et laurent

LAURENT ET TOI Mylène

 Depuis, tu m’éblouis par ce mélange constant de force, de fragilité, de certitude et de doute. Parfois je me demande si tu as conscience de ce que tu es, de l’image que tu projettes et qui avance, silhouette chinois, vers le refuge de ta maison aux murs clairs, ton arche de Noé, car tu pourrais y accueillir tous les animaux de la terre.  

Lever l’ancre et naviguer loin, très loin. « où irons-nous ? » me dis-tu dans un éclat de rire. Où tu veux. Tu le sais. Mais il n’est pas encore temps.  

« Point de suture », tu en as tissé la trame avec Laurent Boutonnat. Comment écrire sur toi sans évoquer Laurent ? Là aussi, tant de projections, d’à peu près. Vous êtes les deux faces d’un monde qui n’appartient qu’à vous. Vous avez fermé la frontière pour baliser vos territoires, qui se rejoignent dans un univers où personne ne règne en maître. Je crois que cela s’appelle une alliance.  

C’est un album clair, l’ombre a pris le large, laissant derrière elle des chansons qui s’éparpillent dans des chagrins anciens. La nature est changeante, dis-tu, mais le brouillard s’est levé, on est passé à l’heure d’été. Les vents continueront de te tourmenter, mais nous repousserons les hivers. Changer pour devenir une autre tout en restant la même. Et se donner à soi-même.  

Tu apparais à nouveau à l’intérieur de ces plaies refermées dans l’œil de la caméra de Bruno Aveillan, qui filtre chaque étincelle. Tu surgis, fée surnaturelle, projetant le flux sidéral d’un amour universel. Tu réveilles le monde, les nuits sont chaudes.  

Ils seront des milliers à t’attendre lorsque les jours auront rallongé. Tu t’y prépares, tu t’entraînes chaque jour, réfléchis, construis, dessines, collabores avec tous ceux qui t’accompagnent dans ce nouveau chapitre. Avant le Stade de France, les 11et 12 Septembre 2009, il y aura la tournée – l’anxiété, le cœur qui cogne, les tempes qui se serrent. Mais tout sera, j’en suis sûre, comme tu l’avais imaginé.  

Je te regarde, en écrivant ces mots, tandis que sur un grand édredon blanc, tu scandes « Appelle mon numéro ». Combien de fois, chaque jour, nous arrive-t-il de le faire ? Les saisons passent et tu attends un signe qui ne viendra peut-être pas. Benoît di Sabatino a saisi, dans ses images, la petite fille qui demeure. « Sans Contrefaçon », telle que tu es, à la fois douce et volontaire. 

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Vierge ou démon 

Je dessine ton visage à l’encre de mon stylo. J’en connais chaque détail, chacun des contours. Tu te transformes, passant les saisons, les débordant « sans logique », jusqu’à écrie « je me quitte », mais c’est pour mieux te transfigurer. Passer de la femme à l’androgyne, de la vierge à la figure du diable, pour toi ce n’est qu’n jeu d’enfant. Pourtant la dualité te possède et t’interroge. Tu parles de l’ange, la face tournée vers les ténèbres, tes éclats de rire, tes moments de tristesse, parce que ta fragilité au monde est comme du cristal qui peut se briser à chaque dissonance « Ange, parle-moi, dis-moi si tu est là ». C’est bien toi qui l’as écrit, alors écoute. Ceux qui ont disparu veillent, souvent tu me dis ; « Si on allait voir des fantômes ? », mais où se cachent-ils ? Tu aimes jouer avec les feux follets, explorer l’inconscient, te promener dans le surnaturel, mais c’est toujours dans tes poèmes que l’au-delà surgit, que les anamorphoses transfigurent les images, dans tes textes que les rêves sont les plus accessibles. 

Tu apprivoises la mort par la magie des mots, repoussant l’idée du néant. Tu aimes te balader dans les cimetières, parce que leur calme et la beauté des pierres t’apaisent. Tu penses, si souvent, je le sais, à ceux que tu as perdus, même si tu n’en parles pas. « Si j’avais au moins revu ton visage, entrevu, au loin, le moindre nuage ». Qui peut savoir si, à force de le dire, de le chanter, quelque part, peut-être, quelqu’un t’entendra. 

Tes yeux prennent la couleur du cuivre pour se fondre dans le reflet de tes cheveux. Les vanités d’émail sertissent chacun de tes doigts comme autant de protections, de talismans. 

La vie avance, l’âge semble t’ignorer. Ton portait serait-il caché quelque part, scellé dans un réduit dont toi seule posséderais la clé ? Aurais-tu passé un pacte avec l’ange ? Et lorsque tu lui parles, est-ce qu’il te répond ? C’est lui, sans doute, qui a fait se croiser nos routes. 

Ecrit Par Nathalie Rheims dans Le Figaro 2008. 

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UNE MYLENE A L’AMERICAINE dans les années 90

Posté par francesca7 le 24 février 2016

                                                                                                         MYLENE                               

Après un long séjour dans l’androgynie, vous affichez enfin une féminité triomphante…        

- Je n’ai plus peur de le dire : je suis une femme, enfin ! Par exemple, je m’imagine mal chanter « Plus Grandir » aujourd’hui. On m’avait toujours affirmé que la période 30-35 ans serait la plus belle, et c’est le cas !                                                                                                                                                                                 

Cela correspond-il à un épanouissement sexuel ?                                                                                                                                                                                                                          

- (elle rit puis elle rougit) Sûrement !                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                           

Vous apparaissez à demi nue en ouverture du spectacle. De la provocation ?                                                                                                                                                                

- Je ne le vois pas de cette façon. Pour moi, c’est l’évocation de la naissance et de la pureté comme la Vénus de Botticelli, mais je comprends qu’on puisse l’interpréter d’une façon plus sexuelle.                                                                                                                                                                                                                            

N’est-ce pas terrifiant pour vous si introvertie de vous exhiber de cette façon ?                                                                                                                                                                                                                                         

- Au contraire, c’est beaucoup plus facile. La nudité n’est embarrassante que devant l’homme qu’on aime, ou sur un tournage lorsque toute l’équipe est à proximité. Mais sur scène, il y a cette distance qui fait qu’on n’y pense pas.                                                                                                                                                                              

Vous exposez-vous pour mieux vous dérober ?                                                                         

- Probablement. Là où j’ai l’impression de me dénuder vraiment, c’est dans les moments d’émotion.                                                                                                                                                                          

Dans le clip de « California », réalisé par Abel Ferrara, vous jouez à la pute. A l’image, vous êtes souvent malmenée sexuellement. Du plaisir dans l’avilissement ?                                                                                                                                                                                                                                                                                                                   

- Dans la débauche, plus exactement ! (rires)                                                                                                                                                                                                                                                       

On a l’impression que votre univers se rapproche doucement de celui de Madonna…                                                                                                                                                                    

- La comparaison est inévitable : je suis une chanteuse, j’ai des danseurs, je fais un show délibérément ‘à l’américaine’. Madonna est une personne de talent, non ?                                                

Comme elle, vous possédez ce don de vous réinventer à chaque fois…                                                                                                                                                                                                                                                  

- J’ai cette chance, parce que j’aurais pu glisser facilement sur la mauvaise pente, celles des névroses, des obsessions et de l’autodestruction. J’ai vraiment connu l’isolement et l’enfermement : j’étais entourée mais seule.                                                                                                                                                                                                                                    

Est-ce que l’échec de « Giorgino » a marqué la fin d’un cycle ?                                                                                                                                                                                                                                                        

- Oui, la fin d’un cycle de sept ans, comme par hasard. Le film représente pour moi symboliquement une deuxième naissance. J’aurais pu m’apitoyer sur cet échec, j’ai choisi de ne pas le faire. Cela a été libératoire. J’ai mis un terme à l’autodestruction, je vais bien.                                                                                                                                           

La peine n’est donc plus votre amie, comme vous le chantiez naguère ?                                                                                                                                                                                                                                                                 

- C’est un sentiment que je continue d’aimer, mais il y en a d’autres. L’amour, par exemple, est fondamental. J’ai appris le partage, le partage à deux : accepter de recevoir, aller vers l’autre, accepter de me faire aimer, parce que donner est tellement plus facile que recevoir…

 On vous sent plus accessible, plus humaine aussi…                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                           - Oui, même si je ne vais pas non plus me donner en pâture. Mais c’est vrai, j’ai accepté la vie, mais je ne porte plus mon passé comme un fardeau. Je suis plus légère.                                                                                                                                                                                                                                                                               

NB : cette interview a été donnée dans un salon du Zénith de Toulon, au lendemain de la première date du Tour 96, lors d’une rencontre avec plusieurs journalistes.                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                     

FRANCE SOIR –  30-mai-96                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                  

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RADIO FFN (Allemagne) pour Mylène

Posté par francesca7 le 21 février 2016

 

févr-96 : Entretien avec Matthias FUCHS

« Anamorphosée » est lancé en Europe, et principalement en Allemagne, en janvier 1996 à grand renfort de publicité (PLV, bandeaux dans les journaux, articles…). Mylène joue le jeu de la promotion en accordant une interview à la radio allemande, a priori une première (et une dernière à ce jour !).

Cette interview est notable pour plusieurs raisons. Tout d’abord, c’est la seule fois où l’on peut entendre Mylène s’exprimer publiquement entièrement en anglais (malheureusement, ses réponses sont couvertes par une traduction simultanée), mais plus rare encore elle donne l’occasion de voir Mylène agacée et refusant presque de répondre à une question.

Ce qui suit est une traduction personnelle de la traduction simultanée en allemand.

biographie-2010

A propos des quatre années qui séparent ses deux derniers albums :

- Je n’en avais pas assez de la musique, non. J’avais juste besoin de cette pause car nous avons tourné notre film entre-temps. Il y a toujours dans la vie un moment, comme ça, où on a besoin de faire une pause et de réfléchir sur soi-même et peut-être était-ce important de faire cette pause à ce moment-là, peut-être était-il bon pour moi de m’arrêter de travailler quelques temps.

A propos du changement de son dans « Anamorphosée » :

- Au niveau de la production, oui, c’est plutôt évident. Je voulais des guitares, une basse et une batterie qui sonnent plus ‘live’. C’est un changement sans en être un. On change toujours, donc l’album est probablement différent mais dans le fond, je suis toujours la même, je dirais.

A propos des thèmes abordés dans l’album :

- C’est très difficile de résumer brièvement les paroles de l’album. Ca tourne principalement autour de cette idée de l’esprit, l’idée du voyage. Ca peut tout aussi bien être un court moment dans sa vie, mais je ne suis pas très bonne quand il s’agit de s’expliquer !

A propos de la pochette de l’album :

- Ce que je souhaitais, c’était travailler avec un très bon photographe, c’est pourquoi j’ai demandé à Herb Ritts s’il acceptait. Lorsque j’ai vu cette photo, sans la tête, j’ai trouvé que c’était exactement ce que je cherchais à exprimer : la conscience libre de toute contrainte. C’est le concept visuel que je voulais explorer.

A propos de « Eaunanisme », est-ce une provocation ?

- Non, pas vraiment. L’idée de l’onanisme, c’est d’arriver par soi-même au plaisir, à la jouissance. Je considère que c’est la même chose pour l’écriture. On écrit avant tout pour son propre plaisir, on a besoin de personne, c’est en cela qu’on peut faire le rapprochement avec le mot onanisme.

A propos de son mystère qui ne serait que stratégie marketing :

- Comment pouvez-vous avoir l’audace de me demander si c’est artificiel ou s’il s’agit bien de ma personne ? Mais nous sommes tous comme ça ! Je me demande si je dois vraiment répondre à cela. Bien sûr, tout est artificiel, il n’y a rien de moi. Non, naturellement je ne vous donnerai pas de réponse. Je ne suis pas offensée, je me demande juste comment vous pouvez me demander quelque chose comme ça ! Artificielle, je ne le suis pas. Mais on se doit de théâtraliser, mettre en scène –comme on dit- ses pensées et ses idées pour les porter sur scène, et c’est peut-être en ça que ce pourrait être ce que vous évoquiez.

Merci à Moses pour la retranscription en allemand de l’entretien.

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A PROPOS MYLENE

Posté par francesca7 le 21 février 2016

 

1986-27FRANCE SOIR MAGAZINE 25 OCTOBRE 1986 Entretien avec Laurence BERUDELEY

A propos de l’époque mise en scène dans « Libertine » : ­

J’aime l’histoire. C’est l’un de mes seuls bons souvenirs d’école. J’aurais adoré vivre à l’époque de Louis XV. Les reines, les courtisanes et les petits marquis m’ont toujours fascinée.

A propos des costumes du clip : ­ Par goût, j’aime ce qui est sophistiqué et je m’inspire beaucoup, pour m’habiller des vêtements que portaient les hommes à la fin du XVIIIème siècle.

A propos des personnages romantiques historiques : ­ Louis II de Bavière me fait rêver.

A propos de la mode des années 80 : ­ Si je suis dans l’actualité, c’est vraiment par hasard. Je m’habille toujours de blanc, cuivre, brun et mordoré. Ce sont des nuances qui vont bien avec mon teint.

A propos des rêves : ­ Je suis sujette aux cauchemars. Il faut dire que je me complais dans ces atmosphères étranges. J’y prends même un certain plaisir.

 

 

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MYLENE DANS LE SALON D’UN PALACE PARISIEN

Posté par francesca7 le 19 février 2016

 

Dans le salon d’un palace parisien, Mylène livre avec Guillaume Durand la plus longue interview donnée à l’occasion de la sortie du film. Choisissant ses mots avec (trop de) soin, Mylène répond longuement et parfois laborieusement aux réflexions confuses d’un Guillaume Durand qui semble cependant passionné.

Guillaume Durand : (…) Un film, il faut le vendre. Vous qui êtes si timide, ça vous barbe pas tout ça ?

Mylène Farmer : Je ne sais pas si ‘barber’ est le mot juste, mais c’est un exercice difficile pour moi.

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GD : Est-ce que vous avez un petit peu peur, un petit peu d’angoisse parce que un film, c’est pas comme une tournée, c’est pas comme un disque : c’est énormément de travail et tout se joue en une semaine. Quel effet ça vous fait ?

MF : C’est quelque chose de presque inhumain. C’est difficile, c’est difficile. Je crois que je serai contente le jour où ça sortira, et essayer de se déposséder de la chose totalement…

 GD : Alors, « Giorgino » : ça fait combien de temps que ce projet existe pour vous ?

MF : De mémoire, parce que…C’est huit années, je dirais. Et réellement, l’écriture a commencé il y a trois ans. Et il a vu le jour il y a environ un an et demi, je crois.

GD : Donc ça vous a occupée toutes ces dernières années, quoi. L’obsession, c’était de faire ça…

MF : Oui. Surtout Laurent Boutonnat, je dirais, le réalisateur. Moi, j’ai eu beaucoup plus de temps libre, assez pénible là aussi parce que n’ayant pas la faculté que de me tourner vers la musique, puisqu’il est le compositeur. Donc ça a été une période très longue et pas très agréable.

GD : Alors pourquoi fait­-on quelque chose qui n’est pas très agréable à vivre? Quelle est l’exigence de fond ?

MF : La passion, je dirais. D’abord, je pense que c’est un besoin pour moi que de faire des choses, à savoir ou l’écriture, ou des films, créer quelque chose. Faire les choses en termes de plaisir, dans le fond, ce n’est peut-être pas très, très important ou si important. Je crois que ça se passe à une autre dimension.

GD : C’est vraiment quelque chose, on parlait tout à l’heure d’exigence, c’est une importance de la liberté ou… ?

MF : Parce que je ne sais pas gérer cette liberté, de même que j’ai besoin du regard de l’autre pour exister, même si ça paraît quelque chose d’assez dramatique comme confidence ! Mais cette liberté, je la trouve réellement dans mon métier, dans le fond.

GD : Alors, on va évidemment pas raconter le film, parce que les films sont faits pour être vus. On va simplement, avec la bande-­annonce que vous avez eu la gentillesse de nous confier, avoir un petit peu une idée de l’ambiance du film et puis on va parler justement de ce monde qui vous habite et qui habite aussi Laurent Boutonnat. D’abord, donc, des extraits de ce film.

Diffusion de la bande-­annonce de « Giorgino ».

GD : Voilà donc pour le climat du film. Alors pourquoi ce film commence en novembre 1918, si ma mémoire est bonne ? Pourquoi cette date ?

MF : Je vais essayer de répondre pour Laurent Boutonnat. Il me semble qu’il voulait…La guerre 14­18 est en toile de fond, réellement. Je crois que ce scénario est né d’un désir de femmes, de femmes rudes et violentes, donc dans un univers de guerre. Donc c’était plus facile pour lui, j’imagine. C’est difficile pour moi que de répondre à sa place. Pourquoi la guerre de 14­18 ? Parce que c’était une période extrêmement difficile. Avoir des femmes esseulées, c’est un moment qui est effectivement, la guerre, propice pour…

GD : Mais ça vous touche parce que vous connaissez, comme tout le monde, ce qui s’est passé justement à cette époque-­là : bon, non seulement il y a la mort, et elle est très présente aussi dans le film, mais il y a cette idée aussi que ce sont les femmes qui prennent la société à bras-le-­corps. C’est une idée qui vous touche, ça ?

MF : Si je ne porte mon regard que sur ce groupe de femmes : non, définitivement pas ! (rires) Mais une société de femmes, non en aucun cas, dirigée par les femmes, non, je pense qu’une balance, une bonne balance est ce dont nous avons tous besoin.

GD : Alors, le climat on en parle. C’est vrai que souvent quand vous avez fait des clips, des clips longs, des clips qui étaient proches du cinéma on s’est dit « Ça y est, Boutonnat va certainement faire un film, Mylène Farmer a envie de faire un film », maintenant le film est là.

Mais ce climat qui est à la fois historique et à la fois fantastique, il vient d’où ? Pour lui, forcément il répondra d’un coté, mais pour vous, pour l’avoir accepté c’est que ça vous touche aussi…

MF : Moi, c’est plus une grande confiance en Laurent Boutonnat et en son travail. Quant à l’univers, j’ai aimé le scénario et j’ai aimé le personnage de Catherine. Maintenant, essayer de réfléchir… Non, c’est plus des sensations, des odeurs et moi, cette sensation que de pouvoir justement mettre quelque chose dans ce personnage.

GD : C’est quand même pas un monde ordinaire, parce que donc, on va pas raconter, on a dit tout à l’heure le déroulement mais on peut raconter un petit peu le début. Donc, c’est un jeune médecin, il sort, il est démobilisé, il s’occupait d’un asile d’enfants et il essaye de retrouver ces enfants. On a tout une, comment dirai-­je…c’est un itinéraire, au fond…

MF : Oui, tout à fait, oui.

GD : …qui est un itinéraire initiatique. Ça se passe dans la neige, c’est à la montagne, c’est très beau, il y a un père, il y a les femmes qui fument, enfin ce sont des images qui sont des images rares au cinéma.

MF : Je le pense, je le pense. Je pense que son cinéma est rare. Il a une façon de filmer et de raconter des histoires qui lui sont très, très personnelles.

GD : Alors mettez vous à sa place : pourquoi ce monde-là le touche, lui ?

MF : Moi je crois que je ne pourrai pas répondre à sa place. Pour avoir moi­-même posé ces questions dans le fond et lui ne trouvant pas de réelles réponses quant à ces fondements, pourquoi être attiré plus par quelque chose ou autre chose, je ne sais pas bien. C’est comme la peinture, dans le fond : pourquoi est­-ce qu’on est attiré par un peintre ? Moi je crois que je ne saurais pas l’expliquer. Pourquoi tel peintre plutôt que celui­-ci ?

GD : Mais c’est un monde qui est quand même très poétique et qui est très détaché, enfin qui parle un petit peu du réel, on en a parlé un petit peu au début, il y a la guerre de 14, il y a des professions, il y a des gens, il y a des solitudes, il y a des gens ensemble, il y a beaucoup de violence. Mais en même temps, c’est très onirique.

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MF : Oui. C’est sans doute cette attirance pour tout ce qui est conte, l’irrationnel peut­-être, la poésie je pense, oui. Mais des choses qui peuvent faire partie de notre monde et de notre vie de tous les jours, mais c’est vrai qu’il a une attirance pour ça. Maintenant, je suis en train de m’embrouiller parce que je ne sais pas bien pourquoi ! Si ce n’est que j’en reviens à, ne serait­ce que moi, un paysage… Je préfère un paysage, je vais vous dire, fracassé qu’un paysage avec des pommiers en fleurs. Pourquoi, je ne le sais pas. Ce sont des choses, comme ça, qui vous appartiennent.

GD : Qui vous sont donc sensibles, qui sont exprimées très largement. Alors il y a aussi une autre chose qui est très particulière dans le film, bon on va pas comparer avec des metteurs en scène comme Visconti parce qu’il y a pas de rapport, mais c’est vrai qu’il y a un parti pris, on va dire, de lenteur. Parce que si on dit ça, les gens vont dire « On va pas y aller, c’est lent » ! C’est pas du tout lent et ennuyeux, mais c’est volontairement, comment dirais­-je, c’est un rythme comme ça, un peu comme une espèce de mélopée.

MF : Parce que justement, j’en reviens à ces odeurs, à toutes ces choses. Je crois que ça prend du temps pour des personnages, plutôt que justement ce cinéma très monté, très rapide et des personnages qui sont rétrécis, qui ont cette valeur. Je crois que lui justement allait vers une expression plus lente et plus, moi j’oserais dire plus enrichie, mais ça n’engage que moi. Plus généreuse, peut­-être.

GD : C’est vrai que c’est un peu le contrepoids de tout ce dont on parle beaucoup actuellement, de Quentin Tarantino à Luc Besson, où ce sont des hommes en blanc et noir qui deviennent…

MF : Oui, qui ont du talent. Mais c’est vrai que c’est, je pense, une autre expression, une autre façon de raconter les choses.

GD : Comment devient-­on ­ pardonnez-­moi la question ­ mais comment devient-­on justement quand on est chanteuse, quand on fait de la scène, comment devient­-on actrice ? Même si on a fait des clips, ça, ça doit pas être une expérience finalement si facile que ça.

MF : C’est quelque chose que je pense, et sans prétention aucune, avoir en moi. En tout cas, je l’ai souhaité et je le veux depuis tellement longtemps. La chanson est venue à moi un peu par hasard, j’avais envie moi de jouer. J’ai suivi des cours de théâtre, mais ça on s’en moque un peu. C’était simplement un passage, comme ça, dans ma vie. Une envie de jouer, une envie d’interpréter les personnes qui sont autres que moi-­même et cette chose, enfin ce côté ludique quoi, qui est…

GD : …qu’on trouvait énormément dans les clips.

MF : Qu’on trouvait déjà dans les clips, mais en mode tellement rétréci. Mais malgré tout, c’est vrai que c’est comme ça que j’ai pu, bon indépendamment de l’écriture, de la scène, de tout ce qui fait que ce métier est vraiment passionnant, qui m’a fait tenir quand même, parce que c’est long ! J’ai attendu presque dix ans pour réellement faire un premier film. C’est long… (rires)

GD : Oui mais justement alors, est­-ce que ça veut dire que maintenant, parce que finalement quand un film est terminé, c’est vrai que vous allez être délivrée par le fait qu’il sorte, de savoir s’il y a un accueil avec le public, on vous le souhaite évidemment, c’est normal, mais est-­ce que immédiatement, maintenant, vous vous dites « C’est une autre carrière qui commence et c’est vers ça que je veux aller définitivement ». Et es-ce qu’il va falloir attendre longtemps que lui refasse un film, ou est-­ce que vous pouvez tout à fait imaginer de jouer, travailler avec d’autres metteurs en scène ?

MF : Non, je crois qu’aujourd’hui je peux réellement imaginer travailler avec quelqu’un d’autre. Maintenant, je pense que je serai difficile dans mes choix, je le sais. Aussi bien par rapport au réalisateur que l’histoire elle-même. Donc je pense que je, si je puis me projeter sur quelque avenir, faire très peu de films, certainement. Certainement.

GD : Et qu’est­-ce que vous aimez, alors, justement ? Parce que ce cinéma de climat est un cinéma bien particulier, alors qu’est­-ce que vous aimez, vous ?

 MF : Je crois avoir des goûts très éclectiques. Je vais essayer de…J’aime beaucoup Jane Campion, tous ses films, ses premiers films également. J’aime Oliver Stone, j’aime Kubrick, j’aime David Lean, j’aime David Lynch, Bergman…

GD : Donc, c’est un goût éclectique, quoi…

MF : Oui. Oui, dans le fond oui. GD : Mais pas très français, d’après la liste que vous venez de donner ! MF : Polanski, heu… (rires)

GD : Ha oui, c’est toujours du cinéma où il y a beaucoup de spectacle, ou au contraire beaucoup d’onirisme, beaucoup de choses qui sont quand même… C’est pas le mari, la femme et l’amant qu’on trouve !

MF : Non, j’aime les choses qui ont une âme, une histoire et une magie, et qui portent le spectateur. Je peux moi­-même être un spectateur qu’on qualifie de moyen, mais c’est­-à-­dire ne pas avoir cet œil trop critique. Et si un film m’emmène, si une histoire m’emmène, mais c’est magique ! C’est la chose la plus magique, je crois.

GD : Alors à la fin, le héros, Jeff Dahlgren, et vous, vous vous retrouvez dans un cimetière. On va pas dire ce qui se passe, mais c’est vrai qu’il y a quand même comme en peinture, puisque vous avez parlé de peinture, une espèce d’imagerie qui existe : des croix, des églises etc., etc. Ça vient d’où tout ça ?

MF : Ce que cela peut suggérer, bien évidemment, mais d’un point de vue esthétique je crois aussi, qui est important. Une croix, c’est beau. Une tombe…Je trouve qu’une tombe, un cimetière est un endroit magique. C’est quelque chose une fois de plus que nous avons en commun, mais je crois que c’est expliqué par cette rencontre que nous avons eue et qui a été une rencontre fondamentale pour moi dans ma vie et assez immédiate. Donc en ce sens, je crois que c’est presque normal que d’avoir des mondes un peu communs et des attirances.

GD : Vous voulez dire que d’une certaine manière, peut­-être, il vous a aussi arrachée à ce qui pouvait être une carrière de show­-business traditionnelle, que vous n’avez jamais vraiment voulu mener.

MF : Que je n’ai, je crois, jamais menée quoiqu’il arrive ! Mais…envie de faire quelque chose, envie de faire ce long-­métrage et envie de prendre des risques.

GD : Alors comment s’est passé le tournage ? Parce que je suppose que les conditions, étant donné que ça se passe en hiver, en plus y a énormément de scènes qui se passent en hiver mais il fait beau en même temps, ce qui sont des conditions météos pas faciles à trouver parce qu’en général il fait pas toujours beau, ça a dû être un peu long et un peu compliqué. Alors, comment ça s’est passé ? Racontez­-moi…

MF : Le tournage était très, très long, je crois qu’il a duré cinq mois. Quant aux conditions de tournage, c’était difficile à cause du temps bien évidemment, parce que très, très, très froid. Donc par moments, même le tournage a dû s’arrêter parce que trop froid, parce qu’on ne pouvait presque plus jouer. Maintenant, je crois que toutes ces difficultés sont malgré tout inhérentes à un tournage. La réelle difficulté était je crois le…la difficulté de… (Mylène rit de ne pas trouver ses mots) j’allais dire la tension qui régnait sur ce tournage, la tension que toute cette chose que Laurent portait dans le fond qui est extrêmement lourde.

 GD : Vous vous êtes faits totalement, parce que finalement lui, c’est son premier film, vous c’est votre premier grand rôle, vous vous êtes faits mutuellement et définitivement confiance dès le début, ou tout d’un coup du coin de l’œil vous vous êtes un petit peu surveillés l’un l’autre ? Parce que c’est vous qui portez tout : et lui, et vous.

MF : Je crois qu’il y avait à la fois une grande confiance, puisque c’est vrai qu’on a très peu parlé du rôle par exemple. J’ai lu le scénario. Et une fois sur le tournage bien sûr, des indications de mise en scène. Mais de sa part, en tous cas, je suppose que c’est une confiance. ‘Regardés du coin de l’œil’, malgré tout de temps en temps. C’est-­à­-dire moi je l’ai quand même observé travaillant avec d’autres, puisqu’il y avait quand même beaucoup d’acteurs. Et parfois probablement des réactions assez violentes, oui, parce que c’est vrai que dans ces moments-­là, on vous dit « Moteur, action ! » et vous avez une espèce, d’abord d’angoisse profonde, et de demande qui est énorme quant à ou le regard ou même un mot, et que parfois ce mot n’arrive pas et que là on fait abstraction de toute une vie commune.

GD : Ça devient professionnel…

MF : Oui. Oui, dans le fond oui. Beaucoup plus cruel et plus…Mais je crois que c’était aussi essentiel. Je n’aime pas moi être trop protégée. J’étais réellement considérée comme une actrice engagée sur un film, et non pas comme le petit oiseau qu’on va couver. En aucun cas, non.

GD : On se retrouve dans un instant pour parler de ce film de Laurent Boutonnat, avec Mylène Farmer et Jeff Dahlgren. Flash info.

 GD : On se retrouve donc avec Mylène Farmer qui a la gentillesse de nous recevoir pour un film qui va, je l’espère, vous surprendre : « Giorgino », donc, de Laurent Boutonnat, avec Jeff Dahlgren. Alors est­-ce qu’on peut Mylène parler du fait que le film a été tourné en anglais ? Il est tourné en Tchécoslovaquie, il est tourné en hiver et en plus il est tourné en anglais. Pourquoi ? C’est pour rechercher la plus grande audience possible à travers le monde, ou c’est l’histoire…

MF : (elle l’interrompt) Non, sincèrement non. C’est parce que Laurent Boutonnat voulait travailler avec des acteurs comme Louise Fletcher, Joss Ackland, et a trouvé son premier rôle aux Etats­-Unis, donc c’est plus une volonté que d’aller vers des acteurs, donc une langue qui s’est imposée.

GD : Louise Fletcher, tout le monde connaît, c’était l’infirmière de « Vol au Dessus d’un Nid de Coucou » et donc qui parle français, si mes souvenirs sont bons et elle était très charmante. C’est pour aller vers ces acteurs­-là qu’il a choisi ce parti pris là ?

MF : Absolument, oui parce que…Mais lui-­même dit ça « J’aurais pu tourner ce film en espagnol, russe… ». Peu lui importait la langue, dans le fond.

GD : Alors donc un travail qui a été compliqué, et tout à l’heure vous nous disiez que c’était très difficile d’expliquer les raisons pour lesquelles vous étiez dans ce monde-­là, dans à la fois ces rêveries, cette poésie et aussi ces fantasmes. Et pourtant quand on essaie de trouver une logique à tout ça, parce qu’après tout il y a forcément une logique même si on la veut pas, la première chanson c’était « Maman a Tort », après c’était « Libertine », et maintenant c’est un film où il y a énormément de femmes, même si c’est une envie de l’auteur. Est­-ce que cette logique vous apparaît ou est­-ce que c’est un hasard total ? MF : Je pense que c’est un hasard. Mais là une fois de plus, c’est difficile, pardonnez-­moi de le redire… (rires)

GD : C’est pas grave !

MF : …parce que ce film, dans le fond, ne m’appartient pas, en tous cas son histoire et son…

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GD : Mais vous êtes sûre qu’il ne l’a pas écrit pour vous ? Parce que quand vous dites qu’il ne vous appartient pas, il l’a quand même probablement en partie, enfin il savait que vous alliez jouer le rôle principal de Catherine.

MF : Oui. Maintenant je… (elle cherche ses mots) G

GD : C’est du sur­-mesure, quand même…

MF : C’est une bonne couture. Est­-ce que c’est du sur­-mesure ? Je ne sais pas bien, mais là c’est peut-­être plus par pudeur, je ne sais pas bien. Est­-ce qu’il a écrit réellement ce rôle pour moi ? Je ne sais pas, parce que le personnage principal c’est peut­-être lui qui a voyagé avec lui le plus longtemps, et peut-­être que Catherine est arrivée plus tard, donc…

GD : Et est-ce que lui justement, sans sombrer dans une espèce de simplification extrême, est­-ce que lui il s’est vécu un petit peu comme Jeff Dahlgren, donc qui est le héros du film, à savoir ce médecin qui recherche des enfants ?

MF : Je crois qu’il est…Cette chose commune d’avec ce personnage, c’est cette âme d’enfant qu’il a en lui et cette quête, cette quête essoufflée. Je crois qu’il a ça en lui.

GD : Mais quand on a fait un film comme ça, qui est justement un film poétique, est-­ce que c’est, comment dirais-­je, vous savez que la critique en France n’aime pas trop le mélange des genres, ça peut être aussi bien un artiste qui a réussi dans un domaine qui est la variété, le fait de faire du cinéma, ça paraît presque pour beaucoup de gens qui sont extrêmement bien­pensants et extrêmement rigides…

MF : Obscène ? (rires)

GD : Oui. C’est pas obscène, mais on n’a pas le droit de changer de registre, et pourtant vous, vous avez ce besoin et vous en avez même exprimé tout à l’heure l’envie. Ça vous gêne qu’on vous oblige à vous enfermer dans un même registre ?

MF : L’idée de l’enfermement me gêne. Maintenant, est­-ce que moi j’ai été gênée par ça : non. Non, parce que j’ai essayé au maximum de me protéger et de ne pas écouter, de ne pas entendre. Sinon, effectivement si on écoutait et si on entendait réellement, je pense que c’est trop mutilant. Non. J’oserais dire je me moque de ce qu’on pense et de ce qu’on dit. C’est presque vrai.

GD : C’est pour ça que depuis des années vous avez toujours choisi de faire votre métier, d’être extrêmement discrète sur vous, sur votre vie, enfin sur beaucoup d’aspects du travail d’artiste qui en général sont surexploités et plombent votre carrière ?

MF : Oui, parce que je pense… Moi, j’essaye de ne pas m’essouffler et de ne pas essouffler l’autre. Donc en ce sens, je suis obligée d’être absente. Et puis je crois que c’est ma nature profonde, tout simplement donc je n’ai pas à me faire violence pour ça.

GD : Et vous, quand les disques se vendent comme ça énormément, ça veut dire, bien au­-delà du succès commercial, qu’il y un intérêt profond entre un artiste et les gens. Vous croyez que les gens vous aiment pour quoi, au fond ?

MF : Je ne sais pas ! Non… (large sourire) GD : Pour ce mélange entre la fragilité et la provocation ?

MF : Je crois pour, s’il y a à trouver une expression, peut­-être pour la sincérité, parce que je crois que c’est une valeur qui existe toujours. Mais c’est difficile que d’exprimer pourquoi l’autre vous aime. Je ne sais pas…

GD : Et quand est-ce que vous vous êtes rendue compte, vous dans votre carrière, parce que en général les carrières de chanteurs démarrent, elles surfent un petit peu sur les vagues adolescentes, ça a été aussi le début de votre carrière quand vous avez chanté « Maman a Tort » etc. Quand est­-ce qu’on se dit « Moi, je vais faire autre chose », c’est­-à-­dire je pars sur ce plongeoir­-là mais je vais aller dans une autre piscine, quitte à être décrédibilisée un petit peu ?

MF : Là, vous parlez d’un genre plus que de changement radical de vie ?

GD : Non, pas de vie pour vous, mais quand est-­ce que vous vous êtes dit que vous alliez prendre au fond tout ça en mains, sérieusement pour obtenir, pour aller vers des objectifs précis ?

MF : Je crois, le goût du risque. Là encore, c’est…Le calcul n’y est pas pour grand­-chose, si ce n’est que une ‘carrière’, même si c’est un mot qui n’est pas très joli, c’est quelque chose qui se pense, qui se gère. Maintenant, c’est quelque chose qui, je ne sais pas, qui s’est construit comme ça…

GD : Petit à petit…

MF : Oui, qui s’est fait lentement. Mon début n’a pas été fulgurant. J’ai eu trois bonnes années pour apprendre mon métier et apprendre ce que j’aimais et ce que je n’aimais pas, dans le fond, par rapport à moi­-même et par rapport à l’extérieur également.

GD : C’est-­à­-dire ?

MF : C’est­-à­-dire de « Maman a Tort », qui a été un succès mais j’étais quand même encore pas très connue jusqu’alors. Et après il y a eu deux autres 45­tours qui étaient plus discrets. Et puis après, le fameux « Libertine » qui là a été réellement…les projecteurs ont été mis sur moi. Mais donc, pendant cette période… Enfin, tout ça pour essayer d’expliquer que ça n’a pas été quelque chose, comme ça, d’immédiat, on vous donne tout. Ça a été quelque chose d’assez progressif, donc probablement de moins perturbant pour moi.

GD : Donc d’une certaine manière, vous pouvez vous dire que la même attitude, vous allez, c’est donc la même expérience, vous allez l’utiliser pour le cinéma ? C’est-à­-dire que c’est quelque chose qui commence, vous êtes habituée aux hauts et aux bas de ce qui s’est passé dans la chanson, et comme vous semblez avoir derrière la fragilité une assez grande volonté, vous allez attaquer un deuxième monde, tranquillement et avec le temps. C’est ça l’idée ?

 MF : Oui, là c’est plus une façade sereine, qui en aucun cas n’existe, dans le fond, si ce n’est que là je suis plus posée que d’ordinaire. Mais c’est plus un parcours angoissant qu’autre chose. Maintenant, pour répondre à votre question, je le ferai effectivement avec un maximum de réflexion et de réelles envies. C’est­-à­-dire, me perdre dans quelque chose pour le rien : non, en aucun cas.

 GD : Donc, ça veut dire qu’il faut forcément trouver des textes extrêmement forts, des scénarios extrêmement forts…

MF : Ça va être de plus en plus difficile, je le sais. Mais c’est…

GD : Mais est-ce que vous avez envie, puisque vous avez dit tout à l’heure que vous aimez bien les choses très différentes, d’Oliver Stone à d’autres metteurs en scène, ça veut dire est­-ce que vous pouvez jouer une comédie, par exemple, par goût du fait de jouer ? Ou est-­ce que tellement pas dans votre registre que ça vous paraît surréaliste ?

MF : Si vous me proposez Woody Allen, je vous dis oui, j’accours ! (rires) Maintenant, tous les genres de comédie : non, je pense pas. Je ne sais pas, d’ailleurs, mais je ne pense pas avoir ce talent­-là, et peut­-être cette envie tout simplement. Une bonne comédie, oui c’est aussi intéressant et passionnant qu’un…

GD : Sûrement, mais je veux dire tout le monde a envie de jouer avec Woody Allen, parce que on entre sans frapper, enfin si jamais il vous appelle, on s’assoit, vous lui dites de s’asseoir et on lit même pas le scénario, à la limite ! Mais le monde, le fait de changer de monde, parce que c’est un monde tellement particulier, celui du film donc qui sort mercredi, que c’est vrai qu’il y a aussi le risque d’être cataloguée dans une espèce de fantastique, onirique…

MF : Ma foi, j’en ai pris le risque, et puis j’espère avoir la chance que d’avoir des propositions différentes. Je fais appel, j’allais dire, à l’intelligence du metteur en scène, plus qu’à quelque chose, comme ça, qui…

GD : Mais est­-ce qu’après on se dit pas, quand on a fait un film comme ça, ou quand on a eu une expérience comme ça qui est très profonde, parce que vous avez attendu plusieurs années, vous avez tourné pendant cinq mois, et puis c’est compliqué etc. et puis le film sort, est­-ce qu’on a envie après, j’allais dire, de retourner dans le travail d’avant ? Est­-ce que vous pourriez vous dire « Bon, ben maintenant, il faut s’y remettre », ou est-ce que vous y avez déjà pensé, écrit, travaillé, fait des musiques, ou pas du tout ?

MF : Non. J’ai eu pendant effectivement le tournage même, plutôt juste après le tournage, quand le tournage s’est terminé, une envie que de tout abandonner, tout délaisser. Pour aller vers quoi, c’était le point d’interrogation et plutôt une période d’anéantissement qu’autre chose. Aujourd’hui, oui j’ai très envie de retourner vers l’écriture, enfin mon écriture, en tous cas, pour essayer de découvrir des choses que je ne connais pas moi­-même, je suppose, parce que je ne sais pas ce que je vais faire, je ne sais pas ce que je vais écrire. Mais non, j’ai toujours cette envie. Je sais que si cette envie me quitte, j’arrêterai. J’aurai en tous cas cette honnêteté.

GD : Il y a quelque chose qui peut apparaître paradoxal, c’est que finalement vous êtes très pudique, réservée, timide, et en même temps vous faites des choses qui sont toujours, qu’elles soient habillées ou pas habillées, toujours un peu explosives. C’est jamais… Pourquoi ? MF : Parce que je crois que ça fait partie de mon propre paradoxe. C’est cette envie que de se cacher, cette envie de lumière et qui se reproduit dans le moindre de mes actes et pensées. C’est quelque chose de conflictuel mais nécessaire.

GD : Vous savez que par rapport justement aux années précédentes, on a appelé ça un peu pompeusement les années 80, celles qui s’annoncent sont plus tellement les années de la provocation. Mais quand je dis « la provocation », c’est pas la provocation au sens idiot mais la provocation au sens presque artistique des choses. Maintenant, ceux qui essaient de sortir le bout du nez pour faire des choses un peu différentes, on leur tape sur le bout du nez. Ça vous fait peur, ça ?

MF : J’ai l’impression que ça a existé toujours, ça, que c’est omniprésent, que dès qu’on essaye de faire quelque chose qui n’est pas, effectivement, dans ce chemin balisé, on vous tape sur les doigts. Mais…

GD : On vous a tapé, vous, sur les doigts ?

MF : Attaquée, bien évidemment ! Mais une fois de plus, peu m’importe, ça ne nous touche pas. Un artiste existe parce qu’un public est là. Au fond, j’enfonce des portes ouvertes, mais c’est la vérité vraie! Donc, tant qu’un public me dit « Continue ! C’est quelque chose que nous aimons », je continue !

 GD : Est­-ce que vous vous reconnaissez, non pas personnellement, mais dans des attitudes qui peuvent vous ressembler, par exemple pour quelqu’un comme Isabelle Adjani qui vit un peu…qui au fond montre à l’écran des choses souvent excessives et puis qui le reste du temps disparaît ?

MF : Je ne sais pas si nous sommes pareilles, mais c’est vrai que on m’a fait souvent cette réflexion, par exemple, que nous avions… Mais c’est plus pour évoquer des choses, dans le fond, des choses négatives en fait. Cette comparaison a été…

GD : Non, mais là c’est dit…

MF : Non, je le sais mais là je pense à ça parce que c’est quelqu’un qui, je crois, a essayé réellement de gérer sa carrière et son image et de faire ce qu’il lui plaisait, et parfois de s’évanouir et qu’on le lui a reproché. Maintenant, est­-ce que je…Je ne sais pas, c’est quelqu’un qui a un grand talent.

GD : La dernière question : est-­ce que la vie quotidienne, c’est-­à­-dire celle qui est ni sur les planches, ni dans les studios, ni en tournage, est­-ce qu’on y trouve un peu de bonheur, de plaisir, ou est­-ce que finalement il faut attendre désespérément de faire quelque chose et de se montrer ?

MF : Je crois que j’ai besoin effectivement de faire quelque chose, et ce métier… Sinon, je le vis mal.

GD : En tous cas, on vous souhaite le plus grand succès pour le film…

MF : Merci beaucoup.

GD : …à vous et à Laurent Boutonnat. Le film donc qui est sorti aujourd’hui sur les écrans et que je vous encourage vivement à aller voir, parce que c’est un film qui ne ressemble pas aux autres et c’est tant mieux ! Ciao, à demain. MF : Merci beaucoup… Générique de fin de l’émission.

TALKSHOW 5 OCTOBRE 1994 Présenté par Guillaume DURAND LCI

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Quand La renarde ouvre sa tanière

Posté par francesca7 le 11 février 2016

VAR MATIN 24 MAI 1996 pour MYLENE

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Entretien avec Philippe DUPUY A la veille de la première représentation du Tour 96, cette interview a lieu au Zénith de Toulon, où Mylène répète le spectacle depuis dix jours. L’article nous apprend d’ailleurs qu’un filage (représentation intégrale en conditions réelle) a lieu tous les soirs.

A propos du spectacle qu’elle prépare : ­

J’avais envie d’un show impressionnant et j’espère qu’il le sera. Je préfère l’idée de méga-show plutôt que quelque chose de plus intimiste. J’y viendrai peut­-être, mais pour l’instant j’ai envie de grand spectacle.

A propos des répétitions, plus précisément : ­

En fait, on a répété deux semaines à Los Angeles avec les danseurs puis les musiciens séparément. Ici, on essaye de tout faire tenir ensemble : c’est comme un grand puzzle qui se met en place pièce par pièce.

A propos de la brièveté de la tournée : ­

Oui, mais c’est comme ça que je les aime ! (rires) A propos de la comparaison avec Madonna :

­ C’est une référence un peu obligée pour un show féminin avec des danseurs, non ?

En tout cas, ce n’est pas un fardeau à porter. J’apprécie cette artiste qui a beaucoup de talent, qu’on le veuille ou non. Si on parle de références en matière de spectacles, j’ai beaucoup aimé les spectacles de Peter Gabriel ou de U2, mais aussi celui d’Alanis Morisette, par exemple, dans un registre plus intimiste.

A propos du fait qu’elle n’est pas montée sur scène depuis plusieurs années : ­

Il y a eu le film (« Giorgino », nda) qui m’a pris trois ans, et encore une année où j’avais envie d’arrêter et de réfléchir. Et puis, j’appartiens à cette famille de personnes qui s’ennuient dans la répétition des choses : je ne fais pas systématiquement un disque puis une tournée. En fait, celle-­ci n’est que ma deuxième. Jouer en public, c’est une émotion très belle mais très violente. J’ai besoin pour cela de me sentir prête, de trouver un vrai sang neuf.

A propos du contrôle qu’elle a de son image : ­

C’est vrai que je suis une vraie ‘control-­freak’ et forcément, cela vous isole. Mais je suis aussi probablement un petit peu plus ouverte aujourd’hui. Non pas que je découvre les rapports humains ­ j’ai toujours aimé rencontrer des gens d’horizons différents. Comme tout le monde, j’ai mes moments de crises où j’ai du mal à communiquer avec les autres, mais ce n’est pas si dramatique que ça en a l’air. Non, non je vous promets, ça va, là ! (rires) Néanmoins, je continuerai à ne pas donner d’interviews et à ne pas me justifier, parce que je n’en éprouve aucun besoin

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La romance de la renarde

Posté par francesca7 le 7 février 2016

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Entretien avec Anne-­Marie PAQUOTTE

A propos du titre de l’album, « Anamorphosée » : ­

Pour moi, ce mot exprime à la fois une perception plus large du monde et un moyen de rassembler toutes ces impressions, toutes ces sensations dans une seule image.

A propos des guitares, omniprésentes dans le nouvel album : ­

 Ce sont elles ici qui portent la violence, plus que les mots. ‘Violence’ n’est pas le mot juste : c’est plutôt d’énergie qu’il s’agit.

A propos du fait qu’elle a les bras grands ouverts dans le clip « XXL » :

­ Moi qui avais plutôt tendance à les fermer ! A propos de son goût pour la provocation : ­ Dans la vie comme en littérature, j’aime les personnages provocants. Ils sont le contraire de la tiédeur.

A propos du ton radicalement moins pessimiste de ce nouvel album : ­

C’est plus difficile de parler d’espérance que de partager le dégoût.

A propos du fait que le public pourrait ne plus la suivre : ­

Ma vie ne se résume pas à une chanson !

TÉLÉRAMA 28 OCTOBRE 1995

 

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Mylène : L’Alchimiste Entretien avec Thierry COLJON

Posté par francesca7 le 4 février 2016

1995-01-bAvant d’accepter de nous rencontrer, vous avez demandé à lire l’interview que vous nous avez accordée il y a six ans. (cf. « Le Soir » 12.10.1989, nda) Pourquoi ? ­

MF : Ca ne vient pas de moi, mais sûrement d’une personne qui travaille pour moi. Je ne peux donc pas vous répondre. Il y a trois ans, vous aviez refusé de nous rencontrer, ainsi qu’un confrère, parce que paraît-­il vous n’aviez pas apprécie nos comptes-­rendus du concert à Forest National.

 Aujourd’hui, vous voulez bien. Pourquoi ?

(Thierry Coljon fait allusion à une campagne menée par lui­-même et Rudy Léonet suite au refus de la chanteuse de se faire photographier sur scène pour dénoncer cette attitude, quoique commune à beaucoup d’artistes. En parallèle à cet entretien accordé par Mylène à Thierry Coljon, Rudy Léonet publiait une lettre ouverte à la star dans Télé Moustique pour une fois encore critiquer sa méthode de communication au titre qu’elle avait refusé qu’il participe à cette interview. Cette campagne a continué par la suite, toujours menée par ces deux journalistes, jusqu’à aujourd’hui encore sur le Tour 2009, nda.) ­

MF : J’ai cette faculté d’oublier le passé, à savoir des choses que je ne juge pas essentielles de retenir. En ce sens, je ne peux une fois de plus pas formuler de réponse. C’est le moment présent qui est important, c’est tout ce que je peux dire. Je n’ai donc rien à dire là­-dessus car je n’en ai pas le souvenir. Je ne peux pas être plus sincère que ça.

Venons-­en donc dans le vif du sujet : ce nouvel album mettant fin à un long silence entrecoupé d’un film, « Giorgino », qui a été un échec… ­ Un film qui a été un peu la nature de ce silence, tout de même, car celui qui a réalisé ce long-­métrage est aussi mon compositeur.

MF : L’échec a été plus difficile à vivre pour Laurent que pour moi puisqu’il est l’initiateur et le créateur de « Giorgino ». Moi, je n’ai retenu que l’expérience agréable du tournage. Après, on se dépossède de la chose. D’autre part, j’ai toujours en moi l’idée de l’échec. L’échec de « Giorgino » a été désagréable évidemment, mais de là à dire que ça a ruiné ma vie : en aucun cas. Si ce nouvel album ne doit pas marcher, j’en serai attristée ­ c’est normal ­ mais je ne suis pas attachée à cela. Je dédramatise les choses, c’est assez nouveau pour moi.

Si un disque ne marche pas, est-­ce que ça veut vraiment dire que vous n’êtes plus aimée ou simplement que ce n’était pas le bon moment ?

MF : C’est ce que j’ai essayé de décrire dans « L’Instant X », par exemple, où il y a toute cette concentration d’éléments qui font que quelque chose va ou ne va pas naître. Et puis, j’ai toujours pensé que si je devais m’effacer, je m’effacerais. C’est de la pudeur plus qu’autre chose.

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Dans quelle mesure « Anamorphosée » découle­t­-il de « Giorgino » ? ­

MF :  Dès la sortie du film, moi, je suis partie aux Etats­-Unis et je suis restée là-­bas neuf mois. J’ai eu une coupure avec le monde d’avant. L’idée de prendre ses bagages, de n’avoir aucune racine, c’est assez nouveau pour moi. C’est la première fois, depuis les dix ans que je travaille, que j’ai ressenti ce sentiment de liberté, de vivre réellement. Vivre à Paris, ça me devenait insupportable ­ même si on est responsable de ça : il arrive un moment où on s’enferme dans ses propres névroses, ses propres angoisses.  Je finissais par m’enfermer et perdre quelque chose de fondamental : le succès vous isole, donc ça s’était accentué.

Vous êtes­-vous sentie à un moment agressée ? ­

MF : En aucun cas. La pression venait de l’intérieur, de mon regard sur l’autre. Etant de nature plutôt discrète, ou mystérieuse si vous préférez, je suis beaucoup moins exposée à une certaine presse, peut­-être aussi parce que j’évite de me mettre les seins nus au bord d’une piscine. Mais je ne fais pas de procès des artistes qui le font, les procédés de ces journaux à paparazzi sont de toute façon détestables. Ces gens-­là me poursuivent tout de même, plus facilement à Los Angeles qu’à Paris, parce qu’il y a l’exotisme. A Los Angeles, j’ai adopté un tout autre art de vivre. Je me déplace : bizarrement, je conduis là­-bas, mais pas ici. J’avais besoin de tourner la page. Si on a réalisé l’album là­-bas, c’est uniquement parce que j’y étais déjà. Laurent m’y a rejoint. En découvrant les photos signées Herb Ritts, la tentation est grande de faire un rapprochement avec Madonna.

Si on vous appelle la Madonna française, prenez­-vous cela pour un compliment ou une insulte ? ­

MF : Je pense d’abord qu’elle est une artiste courageuse et de grand talent, que je n’ai jamais rencontrée mais je crois qu’elle me connaît ­ c’est du moins ce qu’on m’a dit. Toutes les deux on a certainement en nous ce goût pour la provocation, d’évoquer des non-­dits et peut-­être cet intérêt pour l’image. Apparemment, c’est aussi une grande bosseuse et c’est vrai que j’aime assez le travail. Dans l’ensemble, les textes de cet album-­ci sont plus pudiques, moins provocateurs justement.

Vous y êtes plus allusive… ­

MF : Je crois que c’est une question de temps qui passe et d’un être qui change, en mouvement constant. Des choses fondamentales qui ont changé dans ma vie et ont engendré ces idées­-là. Je ne pense pas que ça soit une notion de pudeur mais d’un intérêt qui est autre, tout simplement.

LE SOIR (Belgique) 25 OCTOBRE 1995 

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Mylène PARMI LES STARS 90

Posté par francesca7 le 20 janvier 2016

 

11 JANVIER 1993 Présenté par Michel DRUCKER TF1

Après avoir interprété « Que mon Cœur Lâche » accompagnée de deux danseuses, Mylène Farmer rejoint Michel Drucker, qui reçoit Alain Prost. Devant eux trône le disque de diamant décerné à Mylène pour un million d’exemplaires de son album « L’Autre… » vendus, qui prend la forme d’une grande pyramide en verre.

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Michel Drucker : En ce début d’année, on peut encore faire les bilans de l’année passée.

Je vous présente : Alain Prost, Mylène Farmer.

 Mylène Farmer : Bonsoir.

MD : Mylène Farmer qui était, avec ce disque de diamant une des grandes triomphatrices de l’année. Je voudrais revenir sur la chanson : le clip n’a pas été fait par votre cinéaste habituel, mais par Luc Besson.

MF : Oui.

MD : Ça a été difficile pour vous d’abandonner votre complice habituel pour vous confier à un autre metteur en scène, même si vous l’aimez bien, que vous le connaissez ?

 MF : Un petit peu difficile, mais je connais bien Luc Besson. Nous nous sommes rencontrés, il nous a invités en Arctique pour un très, très beau voyage (cf. « Stars 90 » le 09.09.1991), donc nous le connaissions bien, et puis c’est un très bon metteur en scène, donc c’était à la fois difficile et facile !

MD : Et c’était un changement. C’est un changement d’atmosphère par rapport à vos derniers clips…

MF : Oui, c’est vrai que nous avons des univers assez différents, et Luc, je crois, a su nous apporter une légèreté, et peut­être une dédramatisation par rapport au thème de la chanson.

MD : C’est une de vos dernières apparitions à la télévision comme interprète, comme chanteuse, puisque vous partez en Tchécoslovaquie pour tourner pendant plusieurs mois votre premier long métrage.

MF : Oui. (le départ de Mylène pour rejoindre le plateau de « Giorgino » est effectivement imminent, nda)

MD : Vous allez revenir à la chanson plus tard, vous ne savez pas ?

MF : Bien évidemment, oui ! Bien sûr ! (sourire)

MD : Vous voulez poser une question à Alain Prost ?

MF : Ecoutez, oui, je vais essayer…

MD : C’est un univers que vous ne connaissez pas, mais qui vous fascine quand même…

MF : Que je connais très peu, mais j’avoue que je suis capable de regarder des…

MD : Des Grands Prix de Formule 1.

MF : Des Grands Prix, oui, absolument. Je sais que M. Prost, et tous les coureurs automobiles, côtoient la mort et j’aurais voulu savoir : que représente­-t­-elle ?

MD : Que représente ce flirt permanent avec la mort ?

Alain Prost : En réalité, c’est la grande difficulté. On en parle très, très peu, mais malgré tout, sans être macabre, de temps en temps, vous laissez vos affaires dans la chambre le matin, et vous vous dites « Tiens, ce soir, on sait jamais, je vais peut­-être pas les retrouver ».

Et vous y pensez…

Avant de laisser partir Mylène, Michel Drucker présente des ouvrages sur les différents films de Luc Besson. Il offre celui de « Nikita » à la chanteuse, puis la salue, en lui souhaitant bonne chance pour son film.

Mylène le remercie, puis remercie le public. Elle reste assise, tandis que Drucker lance un autre sujet.

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UNE MYLENE SEREINE

Posté par francesca7 le 8 novembre 2015

 

Sereine. C’est ainsi que Mylène Farmer apparaît sur la couverture du nouveau numéro de Gala. La chanteuse a accordé la primeur de sa première interview pour la sortie de son dixième album à nos confrères, donnant à découvrir une artiste apaisée et confiante, comme si enfin Mylène se révélait à elle-même, à 54 ans. Toutefois, « la femme, elle, reste privée » a-t-elle rappelé, expliquant qu’« il faut une certaine dose de détermination, mais aussi de fragilité pour exercer ce métier ».

« L’écriture m’a fait voyager au-delà de toute espérance »

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L’interprète de « Sans contrefaçon » s’est tout de même fendue de quelques confidences au sujet de son état de santé, alors qu’elle était apparue les béquilles à la main sur le tournage de son dernier clip  »Stolen Car » au mois de septembre. « Le 16 mars dernier, j’ai glissé sur les pavés et je me suis fracturé tibia et péroné. La tête dans les étoiles, je ne l’ai eue qu’une fois plâtrée jusqu’à l’entrejambe. Immobilisée, j’ai eu tout mon temps pour écrire mon album et illustrer un beau conte philosophique, « L’étoile polaire » de Michel Onfray » a-t-elle déclaré, expliquant avoir compris que « le soutien de ceux que vous aimez est fondamental et qu’à tout malheur peut succéder une renaissance ». « Je devais être sous l’ordonnance d’une bonne étoile, car l’écriture et le dessin m’ont fait voyager au-delà de toute espérance durant cette longue période alitée » explique-t-elle.

« Interstellaires » dans la lignée de « Bleu noir » et « Anamorphosée »

Par conséquent,  »Interstellaires » se distingue dans sa discographie, même si Mylène Farmer n’a pas le sentiment de « changer », plutôt d’« avancer » et de « découvrir ». La chanteuse considère ce nouvel opus comme une « continuité dans le changement », à l’image de ses albums « Anamorphosée » (1995) ou « Bleu noir » (2010) . Ce nouveau projet est le fruit d’une collaboration avec Martin Kierszenbaum et The Avener, lequel a dit le plus grand bien de la chanteuse à Pure Charts.

« Quand il n’y a plus de place pour la différence, la pensée décline »

Lors de cet entretien fleuve, l’artiste s’est également confiée à propos de ses inspirations. Elle a rappelé que « la peur n’est pas un moteur » et ce qui la faisait évoluer était « l’ennui ou la crainte de l’ennui ». Quant à la sortie de son nouveau disque aux États-Unis sur le label de Martin Kierszenbaum, Mylène Farmer la considère comme « une jolie surprise » et « non pas un enjeu » : « L’idée d’une distribution outre-Atlantique est amusante ». La chanteuse n’a d’ailleurs « aucun regret » de ne pas avoir démarré de carrière en Amérique, comme on il lui avait été proposé il y a 20 ans. « Cela m’a permis de m’exprimer dans ma langue maternelle. C’était ma décision » a-t-elle dit.

« L’autre est essentiel à ma santé mentale »

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Les fans en apprendront davantage sur la dimension mystérieuse que la star s’évertue à entretenir. Elle explique dans l’entretien ne pas vouloir dialoguer sur les réseaux sociaux comme le font beaucoup d’autres artistes. « Il me semble que je suis, au contraire, très présente. Ce n’est pas de mon fait, certes. Mais je préfère laisser les gens s’exprimer librement, sans intervenir. Ce que j’ai à partager se trouve dans mes albums, mes clips, mes concerts, et plus rarement dans quelques interviews » a-t-elle souligné. En revanche, Farmer a confié n’être pas faîte pour la solitude, contrairement aux idées reçues et révèle, amusée, être « solitaire, indépendante, libre mais rarement seule… L’autre est essentiel à ma vie. Et à ma santé mentale ! ».

« L’esprit de meute est destructeur »

Se réservant de se prononcer sur des sujets d’actualité bouillants, Mylène Farmer a néanmoins répondu à une question concernant le départ de Claire Chazal du JT de TF1, et notamment sur le tollé médiatique engendré par celui-là. « Je trouve l’esprit de meute déroutant et destructeur. Il répond au diktat de la pensée unique, comme si les plus nombreux ou les plus influents détenaient la vérité. Ce rapport de force n’est pas nouveau, mais il a pris de l’ampleur dans le jeu médiatique. Quand il n’y a plus de place pour la différence, le dialogue, la contradiction ou la nuance, la pensée décline » a-t-elle conclu.

Jonathan HAMARD

En savoir plus sur http://www.chartsinfrance.net/Mylene-Farmer/news-99610.html#b9W0kk4HBTBpmGJV.99

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INTERVIEW de Mylène pour Gala 2015

Posté par francesca7 le 8 novembre 2015

C’est une nouvelle odys­sée qu’elle s’apprête à débu­ter avec Inters­tel­laires, dans les bacs ce 6 novembre 2015. Un dixième album conçu comme un défi à la gravité et le mani­feste de ses nouvelles attrac­tions. Suivez l’étoi­le…

mylene

Plus profonde, mais, para­doxa­le­ment, plus légère. Telle est l’ar­tiste que le public va redé­cou­vrir avec Inters­tel­laires, son dixième album studio, composé dans sa quasi-tota­lité par l’Amé­ri­cain Martin Kiers­zen­baum et voulu comme une envo­lée vers des cieux aussi déga­gés qu’im­menses. Telle semble aussi la femme, plus apai­sée, moins braque, sans doute la première intri­guée par la possi­bi­lité de deve­nir qui elle est. 

Mylène Farmer, le cheva­lier d’Eon et de néons de la variété française, en a fini avec le traves­tis­se­ment, les effets de style. Musi­ca­le­ment, guitares, basses, piano et batte­rie se distinguent, mais sans la sono­rité martiale de ses dernières produc­tions, plutôt comme une rampe de lance­ment à sa voix aujourd’­hui parfai­te­ment maîtri­sée. Plus directs, souvent portés par d’im­pa­rables ballades, ses textes, eux, reflètent son envie d’au­then­ti­cité. Elle n’a jamais triché, mais elle s’est souvent sous­traite au prin­cipe de réalité, lais­sant la légende et les fantasmes embuer son miroir. Elle s’y voit mieux et elle ne s’y voit plus seule (…).

(…)

Gala : Votre dixième album studio, Inters­tel­laires, est un autre point de rupture. Nouveau son, nouveaux colla­bo­ra­teurs. Certains de vos fans appré­hendent le chan­ge­ment. Plus que vous, semble-t-il…

M.F. : C’était déjà le cas pour Anamor­pho­sée que l’on avait placé sous le ciel de Cali­for­nie, ou Bleu Noir écrit avec Moby, Archive ou RedOne. Je n’ai pas le senti­ment de chan­ger, mais celui d’avan­cer, de décou­vrir… L’ap­pré­hen­sion est compré­hen­sible. Lorsqu’on aime une personne, on a envie de la retrou­ver intacte, telle que dans ses souve­nirs. Mais je ne ne conçois pas un nouvel album sans une dose d’aven­ture.

(…)

Gala : En sautant dans l’in­connu avec Inters­tel­laires, ne vous êtes-vous pas rappro­chée de vous-même, en fin de compte ? De quoi aviez-vous peur avant cette ouver­ture artis­tique à l’autre ?

M.F. : La peur n’est pas un moteur chez moi. Par contre, l’en­nui, ou la crainte de l’en­nui, est bien souvent ce qui me fait évoluer vers d’autres mondes. J’ai aussi besoin de nour­ri­tures. Apprendre des autres est impor­tant.

(…)

Gala : Accor­der votre confiance, vous y parve­nez spon­ta­né­ment ? Ou est-ce un élan que vous réfré­nez ?

M.F. : C’est, comme pour la plupart des gens, s’en­ga­ger dans un chemin long et périlleux. Il ne suffit pas d’exi­ger la confiance de l’autre, il faut égale­ment s’en montrer digne. Si je ne sais pas faire confiance spon­ta­né­ment, en revanche, mon instinct m’in­dique immé­dia­te­ment les personnes qu’il faut fuir ! (Rires)

(…)

Gala : Aujourd’­hui, images, mots, tout se bous­cule et se chasse. La rareté devient un risque d’ex­tinc­tion. Vous l’as­su­mez ?

M.F. : Permet­tez que j’ex­prime mon désac­cord. Depuis l’ori­gine des temps, la rareté est un indice de valeur et de réfé­rence. Les hommes n’ont cessé de se mettre en danger pour s’em­pa­rer de ce qui est rare, le proté­ger. La « confu­sion » à laquelle vous faites réfé­rence est un épiphé­no­mène média­tique. On lance des trajec­toires éphé­mères pour le seul profit immé­diat. Cela entre­tient le quoti­dien mais, quel que soit le domaine, les grands rendez-vous sont toujours rares. Les étoiles filantes ne font pas la voie lactée.

(…)

Gala : Dans plusieurs titres de l’al­bum Inters­tel­laires, les mots « aimer » et « disso­nance » reviennent. Comme si ce n’était plus l’al­té­rité, mais la sépa­ra­tion, la déchi­rure, qui vous inquié­tait. Pour vous, elle est là l’hor­reur du temps qui passe ?

M.F. : Le temps qui passe est un maître despo­tique. On a beau aimer, pleu­rer, rire, parta­ger, vivre … Nous sommes les héros d’un film et nous n’igno­rons pas que nous allons mourir à la fin. Nus et, je l’es­père, dignes.

Gala : Le thème de la déli­vrance court égale­ment tout le long de l’al­bum. A l’in­verse de Sartre qui disait « l’en­fer, c’est les autres », diriez-vous que l’autre, c’est la provi­dence ?

M.F. : Nous sommes notre propre enfer ou notre propre déli­vrance. Certes, je ne suis pas opti­miste, mais je ne suis pas pessi­miste non plus, plutôt tragique… L’op­ti­miste s’at­tache au meilleur autour de lui. A l’in­verse, le pessi­miste n’en­vi­sage que le pire. Le tragique, lui, tâche de voir le réel tel qu’il est. J’es­saie de voir le réel tel qu’il est. L’autre en fait partie.

(…)

Propos recueillis par Thomas Durand

Retrou­vez l’inté­gra­lité de notre sujet « Mylène Farmer: Intime », notre inter­view et notre shoo­ting exclu­sif réalisé par Sylvie Lancre­non, dans le maga­zine en kiosque ce mercredi 4 novembre.

(Crédit photo ouver­ture: Sylvie Lancre­non / robe BCBG Max Azria, chauffe-épaules La Perla, sandales Giuseppe Zanotti, bagues person­nelles)

(Crédits photo avec Sting: Bruno Aveillan / pochette et livret album Inters­tel­laires: Ralph Wenig)

SOURCE  : http://www.gala.fr/l_actu/news_de_stars/mylene_farmer_la_peur_n_est_pas_un_moteur_chez_moi_353098

Publié dans Mylène 2015 - 2016, Mylène en CONFIDENCES, Mylène en INTERVIEW | Pas de Commentaire »

CONFESSION D’UNE PRINCESSE POP

Posté par francesca7 le 4 juillet 2015

 

TÉLÉ 7 JOURS ; 7 DÉCEMBRE 2009 – URIELL CEILLIER

 

MF_et_Vous_coverAvec cet entretien, Mylène Farmer renoue avec Télé 7 Jours après tout juste treize ans d’absence dans ses pages. Pendant de longues années, la chanteuse avait en effet été très fidèle à la revue en lui réservant ponctuellement des exclusivités.

Comme lors de son interview au JT de TF1 en décembre 2006 (cf. cette référence), Mylène assure la promotion à la fois de son nouvel album live et du nouvel épisode (le deuxième) de la saga « Arthur & les Minimoys ».

Il est à noter que de toute évidence, cette interview a été réalisée par écrit, sans doute par mail.

Vous prêtez de nouveau votre voix à Sélénia, la princesse des Minimoys de Luc Besson. Qu’a-t-elle de commun avec vous ?

-Elle est rousse, espiègle et touchante. Luc a peut-être pensé à moi quand il a crée le personnage.

Vous êtes fidèle à Luc Besson depuis qu’il a réalisé le clip de « Que mon Cœur Lâche » en 1993 (sic, en 1992 en réalité, nda). Comment est née votre amitié ?

-Pour le tournage de son film « Atlantis », il m’a offert de réaliser un de mes rêves : découvrir l’Arctique et sa banquise (durant l’été 1991, nda). Le mirage du paradis blanc ! Ce fut inoubliable de beauté et de silence.

Vous êtes deux personnalités plutôt atypiques. Qu’est-ce qui vous rapproche l’un de l’autre ?

-Un goût prononcé pour la discrétion, les confidences et… les crêpes !

Madonna était votre alter ego dans la première aventure d’Arthur. Vous êtes-vous rencontrées ?

-Malheureusement non, mais nous avons presque réalisé un duo à quelques milliers de kilomètres de distance, puisqu’elle interprétait Sélénia dans la version américaine d’Arthur.

Avec Sélénia et Milla Jovovich dans « Le Cinquième Elément », Luc Besson semble fasciné par les chevelures flamboyantes. Qu’est-ce que cela vous inspire ?

-Il a bien raison puisque les rousses semblent lui porter chance !

Dans vos chansons, dans vos clips et sur scène, vous n’hésitez pas à vous mettre à nu. Pourquoi vous montrer aussi discrète lorsqu’il s’agit d’assurer votre promotion ?

-Parce qu’il existe une différence fondamentale entre créer et promouvoir. La vraie ‘mise à nu’, qui me met véritablement mal à l’aise, c’est quand je dois parler de moi.

Une discrétion qui alimente le mythe du ‘mystère’ Farmer…

-Non, c’est ma nature, tout simplement.

Regardez-vous des séries télé ? Et quelles sont vos préférées ?

-Parfois, je me détends devant « Dexter », « Cold Case » ou « La Caravane de l’Etrange ». Que des sujets légers, comme vous pouvez le constater !

Certaines émissions vous choquent-elles ?

-Celles où les gens oublient toute notion de pudeur sous prétexte de passer devant une caméra.

 

Après « Giorgino » de Laurent Boutonnat en 1994, vous allez renouer avec le cinéma dans « L’Ombre des Autres », adapté du roman de Nathalie Rheims. Pourquoi avoir attendu si longtemps ?

-Le temps pour moi de rencontrer à la fois une belle histoire et une belle personne. Cela peut prendre quelques années… (le projet sera définitivement abandonné par la suite, nda)

Longtemps, vous avez trouvé refuge dans l’anonymat aux Etats-Unis. Vous vous sentez toujours aussi bien ?

-Il y a un temps pour tout. New York reste une ville dotée d’une vibration qui lui est singulière et propice à l’inspiration. Los Angeles appartient au passé. Je n’ai plus rien à composer là-bas.

Dans la vie privée, on vous imagine complexe. Pourtant, votre meilleure amie, Nathalie Rheims, affirme que vous êtes la simplicité même. Qu’en est-il vraiment ?

-La simplicité n’est pas incompatible avec une certaine complexité. Pour autant, j’espère être quelqu’un de simple à vivre.

Le 7 décembre, vous sortez « N°5 on Tour », un double album live de votre dernière tournée. Préférez-vous composer et enregistrer des chansons ou vous produire sur scène ?

-Les deux me sont indispensables. J’aime l’intimité du studio et j’ai besoin du vertige que procure la scène.

Publié dans Mylène 2009 - 2010, Mylène en CONFIDENCES | Pas de Commentaire »

MYLENE LA CONQUERANTE

Posté par francesca7 le 29 juin 2015

 

ROCK NEWS – JANVIER 1987 : CHRISTIAN OUVRIER

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« Cendres de Lune » est sorti il y a maintenant six mois. Le premier album est une étape importante…

-C’est vrai, cela permet de sortir de l’image désuète de chanteuse de 45-trs. Pour moi, il était très important de faire cet album. Avec « Cendres de Lune » j’ai essayé d’étonner les gens. C’est d’autant plus nécessaire qu’il est très difficile de s’imposer actuellement. Il a été salué par quelques critiques élogieuses. Avec l’accueil de « Cendres de Lune » et le succès du simple « Libertine », j’ai maintenant la certitude de pouvoir faire un nouvel album…

Outre « Libertine », on retrouve dans cet album « Maman a Tort » et « Plus Grandir », alors que ton deuxième 45-trs n’y figure pas…

- « On est Tous des Imbéciles » ne figure pas sur l’album pour des raisons contractuelles, dues en fait à mon changement de maison de disques. C’est une chanson que j’aime toujours, et si nous n’avions pas eu ces problèmes, elle aurait figuré sur l’album.

 

Bien que le public ne le connaisse pas, Laurent Boutonnat joue un rôle déterminant dans ta carrière : auteur-compositeur, producteur, réalisateur de l’album et du clip, photographe même… Serait-il pour toi, ce que -par exemple- Michel Berger est à France Gall ?

-Ca, c’est la genre de fantasmes de journalistes ! À partir du moment où il y a une association homme/femme, les gens peuvent effectivement faire des comparaisons avec des situations déjà existantes… Mais ce n’est pas mon problème ! Tout ce que je peux dire, c’est que nous avons, Laurent Boutonnat et moi, beaucoup de points communs.

Cela ne t’empêche pas de signer parfois certains titres. Penses-tu écrire de plus en plus souvent ?

-Je ne sais pas… J’avoue que je ne fais pas ce genre de calculs, c’est une démarche qui ne se programme pas.

La façon dont tu as défendu « Libertine » à la télévision t’a donné une image sexy et provocante. Vas-tu entretenir cette image ?

- « Libertine » n’est qu’une chanson de l’album. Les autres, bien que formant une certaine unité, sont assez différente. Divers paramètres ont fait que, d’une part, « Libertine » a fait l’objet d’un 45-trs, et que d’autre part, elle est devenue un succès, me donnant ainsi cette image. Elle devrait néanmoins changer, car mon prochain titre sera radicalement différent.

Ecoutes-tu les disques de tes consœurs, et peuvent-ils être parfois sources d’inspiration ?

-Non, je n’écoute pas particulièrement les disques d’autres chanteuses, excepté celui des Rita Mitsouko, que j’aime beaucoup. Je crois qu’il ne faut pas trop se préoccuper de son voisin, il faut croire en soi et foncer. Quand à l’inspiration, on peut la puiser ailleurs que dans les chansons des autres…

Parmi les longues carrières féminines (Hardy, Vartan, Sheila ou Gall…), y en a-t-il une qui t’inspire, qui te fasse rêver ?

-Non, pas vraiment. On peut effectivement espérer suivre le cheminement ou connaître la longévité de telle ou telle artiste, mais plus rien n’est comparable, le métier a profondément changé en quelques années. Et puis, personnellement, je pense qu’il vaut mieux ‘faire’ dix années performantes, que vingt chaotiques…

Penses-tu à la scène ?

-Oui, mais c’est encore prématuré pour l’instant. Je n’ai pas un nombre suffisant de chansons. Lorsque j’aurai à mon actif deux ou trois albums, peut-être… J’ai l’esprit ‘gladiateur’, mais faire de la scène ne s’improvise pas. C’est une entreprise qui nécessite une longue préparation et beaucoup de travail afin de réduire au maximum les risques d’échec.

Enfin, question quasiment incontournable : les projets ?

-Un nouveau 45-trs pour le début de l’année, un clip, et après, c’est l’inconnu…

Publié dans Mylène 1987 - 1988, Mylène en CONFIDENCES, Mylène en INTERVIEW | Pas de Commentaire »

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