MUSIC NEWS des années 1996 avec Mylène Farmer

Posté par francesca7 le 15 octobre 2016

 

 Entretien avec Eric JEANJEAN

 Comme à chaque sortie d’album (jusqu’en 1999), Mylène Farmer accorde un entretien à NRJ, mais celui-­ci diffère des précédents dans sa forme, puisqu’il est diffusé en plusieurs parties diffusées tout au long de la journée et accompagnées à chaque fois d’une chanson du nouvel album.

Lors du week-­end spécial Mylène Farmer du 31 mai au 2 juin 1996, cet entretien est rediffusé en partie avec quelques passages qui n’avaient pas été diffusés en octobre 1995. Vous retrouvez donc ici la retranscription intégrale reconstituée.

Eric Jeanjan : Lorsque Mylène Farmer sort un nouvel album, c’est sur NRJ qu’on le découvre avant tout le monde, et quand Mylène Farmer parle, c’est sur NRJ qu’elle le fait. Journée spéciale Mylène Farmer en exclusivité sur NRJ. Donc, « Anamorphosée », c’est le nom du tout nouvel album de Mylène Farmer.

Un album qui nous procure un double plaisir : d’abord celui de réentendre Mylène Farmer avec de nouvelles chansons sur les ondes radios, et puis un vrai plaisir, celui de vous rencontrer aujourd’hui.

Bonjour !

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 Mylène Farmer : Bonjour. EJ : Merci une nouvelle fois d’avoir accepté notre invitation. Une invitation d’autant plus précieuse que les interviews que vous donnez sont rares. Ce sera d’ailleurs ma première question : comment se fait-­il que vous soyez si rare chez nous, les médias français ? Est­ce que c’est parce que vous n’avez pas envie de vous dévoilez, que vous craignez pour votre tranquillité ? Ou simplement parce que vous pensez que le média, c’est un mets à savourer avec parcimonie pour éviter l’indigestion ?

MF : Un peu tout ça, je dois dire, mais surtout parce que c’est un exercice qui est difficile pour moi et parce que je redoute la justification en général.

EJ : On revient encore une fois sur cet album, qui a été enregistré à Los Angeles. C’est la première fois que vous enregistrez à Los Angeles ?

MF : Oui.

EJ : D’accord. Qu’est­-ce qui s’est passé ?  Vous en aviez marre de la France, marre d’être en France ? Peut-être aussi du statut de star, qui parfois peut être lourd à porter…

 MF : J’avais envie effectivement de…toujours cette idée du voyage. Auparavant, je redoutais l’idée de prendre une valise, un avion et de partir vers l’inconnu, et aujourd’hui j’avoue que c’est quelque chose qui m’enchante ! Est­-ce que j’en avais marre de la France, comme vous dites : non.

Peut­-être que j’en avais marre de moi, quelque part, et ce quelque part se rétrécissait au fur et à mesure donc j’ai senti pour moi une urgence que de m’envoler. Il se trouve que c’était Los Angeles parce que j’y connais quelques personnes, donc c’est plus facile et que c’est une ville qui offre une qualité de vie assez étonnante –si tant est qu’on puisse se l’offrir, j’en suis consciente. Mais…voilà !

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EJ : Vous aviez envie de partir, de vous exiler, ou vivre quelques temps là-­bas, ou vous aviez vraiment décidé d’écrire l’album là-­bas ? Ou c’est une fois que vous étiez là-­bas que vous avez fait l’album ?

 MF : Non, ça n’était pas prémédité. Je suis partie là-­bas, j’y suis restée et après, effectivement, j’ai demandé à Laurent de m’y rejoindre.

 EJ : C’est là que vous avez écrit cette belle chanson, qui est la première de l’album : « California ». J’ai relevé quelques phrases que j’aime bien ­ c’est assez significatif d’ailleurs de ce que vous avez dit, vous allez confirmer ou infirmer : « Aéroport, aérogare mais pour tout l’or m’en aller / C’est le blues, le coup d’cafard / Changer d’optique, prendre l’exit / M’envoyer l’Amérique »… (sic)

MF : Voilà, c’est le résumé de ce que je viens de dire ! (rires)

EJ : C’est exactement ça ! (Mylène acquiesce d’un murmure)

Diffusion de « California »

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https://youtu.be/JAS2XAvINtc

 

EJ : On va parler d’ « Anamorphosée », maintenant. C’est donc le nom du nouvel album (Mylène acquiesce). Alors, je me suis amusé ­ on le disait tout à l’heure hors antenne­ à regarder dans le dictionnaire, donc la définition du mot ‘anamorphose’, d’ailleurs puisque le mot réel c’est ‘anamorphose’­ dans le Larousse 1995 : ‘Image déformée d’un objet donnée par certains systèmes optiques, ou bien représentation volontairement déformée d’une forme ou d’un objet et dont l’apparence réelle ne peut être distinguée qu’en regardant l’image sous un angle particulier ou au moyen d’un miroir courbe’. Alors, est­-ce que je dois m’attarder à ce titre ? Ca veut dire que vous avez choisi ce titre parce que les gens ont une image déformée de vous, ou bien est­-ce que c’est simplement un titre qui fait joli ?

MF : Non. Moi, j’y ai trouvé une autre définition : ma perception du monde, j’ai ce sentiment, s’est élargie, s’est agrandie. L’idée de l’anamorphose, pour moi, c’est le moyen de tout re-concentrer, de tout rassembler pour n’en faire qu’une. Voilà.

EJ : Qu’est-­ce qui a fait que votre vision du monde s’élargisse ?

MF : J’ai l’impression que le voyage m’a donné une clé, et puis ça fait partie de l’apprentissage de la vie, j’imagine. Je pense avoir changé, je pense avoir découvert des choses que je ne connaissais pas auparavant, avoir accepté surtout beaucoup de choses.

 EJ : Qu’est­-ce qui a changé chez vous ?

MF : Quelque chose d’assez fondamental, à savoir que je n’appréhende plus la mort de la même façon, à savoir j’ai peut-­être aujourd’hui accepté la mort, j’ai probablement accepté une vie après la mort, ce qui me permet aujourd’hui, moi, de vivre et d’accepter la vie, tout simplement. Donc je pense que c’est le vrai changement en moi.

EJ : Ca veut dire que pendant toutes ces années où on vous a découverte, vous aviez une espèce d’angoisse permanente ­ j’allais dire une angoisse résiduelle­ qui a toujours été au milieu de ce que vous faisiez ?

 MF : Une hantise de la mort, oui, absolument. Oui.

EJ : Et ça s’est traduit par quoi ? Vous avez découvert Dieu, ou vous avez découvert un… ?

MF : Non. C’est au travers de, je dirais, de réflexions. Il y a des choses qui sont venues spontanément à moi. Je considère que j’ai eu de la chance. Et puis c’est au travers de lectures, également.

EJ : Vous avez peur de l’autre ? Ou des autres, en général ?

MF : Non.

EJ : Non ?

MF : Non. Il ne m’effraie plus ! (rires)

 

Diffusion de « XXL »

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https://youtu.be/itT1IzQW82o

 

EJ : Est­-ce que vous êtes susceptible de vous engager, de mettre votre notoriété au bénéfice d’une cause quelle qu’elle soit ? D’abord, est-­ce que vous l’avez déjà fait et est­-ce que vous pensez que c’est important de le faire et de profiter justement de cette notoriété et du fait que vous soyez un vrai vecteur de communication, puisque vous avez des gens qui vous écoutent et qui vous aiment ?

MF : Je crois que c’est important de le faire dès l’instant qu’on sait le faire et qu’on a envie effectivement de s’y prêter. Maintenant, je l’ai fait et…

EJ : (la coupant) Vous l’avez fait pour quoi ?

MF : C’était pour la recherche contre le sida (sur l’album « Urgence » sorti en juin 1992, nda). Maintenant c’est vrai que des choses publiques, j’ai un petit peu plus de mal à le faire. Je préfère que ça se fasse dans le privé. Qu’on le sache ou qu’on ne le sache pas, ça n’a pas grande importance du moment que je peux le faire.

EJ : Parlons de « Eaunanisme ». Alors là, c’est une chanson qui m’a beaucoup amusé de par l’orthographe d’ « Eaunanisme » : vous avez écrit ‘eaunanisme’ (il épelle le mot). Le vrai mot, c’est onanisme, qui vient ­ j’ai cherché encore dans le dictionnaire, je me suis beaucoup amusé avec vous dans le dictionnaire !

(rires de Mylène) ­ qui vient du personnage biblique de Onan, et ça veut dire masturbation. Alors, qu’est­-ce que je dois comprendre, là ?! Eau : c’est une relation particulière avec l’océan ? Un texte très sexe, enfin me semble-­t-­il !

MF : Plus sensuel que sexe, je pense ! J’avais envie de l’élément eau, maintenant l’onanisme c’est effectivement la recherche du plaisir par soi­-même. Moi, quand j’ai écrit cette chanson, je pensais à l’écriture, donc je pense qu’il y aura des milliers de lectures quant à cette chanson. J’ai essayé d’évoquer l’écriture : l’écriture est aussi un plaisir solitaire, en tout cas dans un premier temps, et j’avais envie d’écrire comme un petit conte, en évoquant un personnage. Voilà !

 mylène1

EJ : Est-­ce que ça veut dire que vous écrivez pour vous faire du bien ? Est­ce que c’est une forme, je dirais, de thérapie ?

MF : Je crois que c’en est une. Maintenant, c’est aussi, je pense, un intérêt pour l’autre, une fois de plus. Diffusion de « Eaunanisme »

EJ : C’est important, pour vous, l’image ? Je me rappelle de clips fantastiques. D’ailleurs, pratiquement tous les clips sont des mini films extraordinaires : « Pourvu qu’elles soient Douces » était génial ; « Libertine », c’était génial ; le clip de Besson, effectivement je me rappelais plus que c’était lui qui l’avait fait, mais c’était vachement bien ! C’est très important, pour vous, l’image que vous donnez ?

MF : C’est important, et l’image tout simplement pour moi est importante dans ma vie. J’adore le cinéma, j’adore la photo, oui.

EJ : On parlait cinéma justement avec le film de Laurent Boutonnat, « Giorgino ». Moi j’ai eu l’impression d’une petite cabale. On va pas polémiquer là­-dessus, moi je suis pas d’accord, simplement c’est un film qui nous a permis de découvrir un vrai talent : le vôtre, en tant que comédienne. Est­-ce que c’est une expérience que vous retenterez, le cinéma ?

MF : Probablement ! Je me le souhaite. Maintenant, c’est vrai que ça ne fait pas partie, ou plus partie, de l’état obsessionnel. C’est vrai qu’avant…

EJ : (la coupant) Ca l’a été ?

 MF : Ca l’était, parce que c’est vrai que j’ai eu ce désir il y a très, très longtemps que de faire ou du cinéma, ou du théâtre et que j’ai eu cette rencontre avec Laurent Boutonnat, et que nous sommes nés tous les deux d’une chanson toujours avec cette envie que de pouvoir faire un film, lui le réaliser et moi l’interpréter. Pendant ces dix années, c’est vrai qu’on a pensé à ce film, à un film, et voilà nous l’avons fait !

EJ : Vous avez des propositions au cinéma ? MF : J’en ai quelques-­unes, oui. EJ : Et pour l’instant, pas de réponse positive ?

MF : Pas pour l’instant, non.

EJ : On parlait justement, puisqu’on reste dans les médias, on parlait de la télé tout à l’heure, hors antenne. Quelle est votre opinion justement face à la télé telle qu’elle existe aujourd’hui en France et puis aux Etats­-Unis que vous connaissez bien maintenant ?

 MF : Oui. La télévision en France, d’abord je la regarde très, très, très peu, si ce n’est que le peu d’émissions que j’ai vues c’est vrai qu’il y avait cette idée de répétition aujourd’hui, de banalisation de tout, et surtout ce ton qui se veut sarcastique, cynique et tout le monde n’a pas le talent pour ça ! Donc j’ai l’impression que ça n’a dans le fond pas grande importance, la télévision, en tout cas la façon dont ils la font. Diffusion de « XXL » à nouveau

EJ : On va parler des chansons, maintenant. Il y en a une qui m’a marqué, c’est peut­-être celle que j’ai le plus écouté, qui s’appelle « L’Instant X ». C’est autobiographique, ça ?!

MF : D’une certaine manière. C’est­-à­-dire qu’il est toujours difficile de s’extraire de son texte, maintenant je parle de moi et je peux parler aussi de l’autre dans ces moments-­là…

EJ : Avec le jeu de mot sur ‘zoprack’…

MF : J’ai été obligée ! (rires)

EJ : Ha bon ?! Pourquoi ? Pourquoi vous avez pas dit Prozac ?

MF : Parce que c’est interdit.

EJ : Ha oui ? Dans une chanson vous n’avez pas le droit ?

MF : On n’a pas le droit de faire la publicité d’un médicament, donc plutôt que de l’enlever et de le tuer, j’ai préféré le mutiler et m’en amuser ! (rires)

EJ : En changeant deux lettres, d’accord ! Une chanson, je dirais, un peu spleen, c’est-­à-­dire je raconte l’histoire pour ceux qui l’ont pas encore écoutée –mais on va l’écouter tout à l’heure, de toute façon­ on ne peut plus vivre sans cette fameuse petite pilule qui va nous rendre heureux. Qu’est­-ce que vous pensez, vous, de cette, je dirais, façon de vivre-­là qui est très américaine, d’ailleurs ?

MF : C’est vrai. La dépendance est une notion qui n’est pas agréable, maintenant si ça peut aider des gens, pourquoi pas ? Si c’est pas dangereux, si les effets secondaires ne sont pas…

 EJ : C’est un vrai débat, le Prozac, quand même…

MF : Oui. Est­-ce qu’il est fondé ? J’avoue que je n’en sais rien. Je ne connais pas bien le sujet, si ce n’est que je connais beaucoup de personnes qui l’ont utilisé, ou continué de l’utiliser…

EJ : Pas vous ?

MF : J’ai essayé. J’ai abandonné très vite, mais plus parce que c’est l’idée que d’être justement dépendant de quelque chose qui m’est insupportable, donc c’est vrai que parfois quand on va très, très bas ­ et je crois qu’on a tous dans sa vie une période comme ça, période parfois répétée ­ on fait appel à quelque chose de l’extérieur…

EJ : Qui peut nous aider à nous en sortir…

 MF : Oui, mais c’est vrai que ça fait réellement partie de notre société aujourd’hui. EJ : Vous, vous préférez vous battre ! MF : J’ai ça en moi, donc j’ai de la chance, je pense.

Diffusion de « L’Instant X »

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https://youtu.be/D4xaUXQ4wEE

 

 EJ : On va parler de vos projets maintenant, si vous le voulez bien. Un album, en règle générale, c’est suivi d’une tournée. Est­-ce qu’il va y en avoir une ?

 MF : Je ne sais pas.

EJ : Ha bon ? Vous n’êtes pas sûre ?

MF : Je n’ai pas la réponse.

EJ : D’accord ! C’est difficile de monter sur scène quand on est timide ?

MF : Oui et non. C’est quelque chose que je peux tout à fait surmonter, puisque je l’ai fait. Et puis il y a toujours ce sentiment de dédoublement…

EJ : C’est pas vous…

MF : C’est moi ! Bien sûr que c’est moi, mais là on parlait plus de l’appréhension et de la peur. Ca fait partie des paradoxes que l’on a en soi. J’ai toujours cette idée de l’ombre et de rester dans l’ombre, et puis avoir cette faculté que de pouvoir aller sous la lumière dès l’instant que l’on décide de le faire. Voilà. Et à ce moment-là, c’est vrai que là, la réflexion n’existe plus. C’est plus quelque chose d’animal, je dirais, plus d’instinctif que la réflexion.

EJ : C’est quoi, c’est un besoin d’amour le fait de monter sur scène ? Ou besoin de donner aux gens qui vous aiment, justement, et qui font l’effort de venir vous voir ?

MF : Je crois que c’est un partage. C’est donner et puis c’est recevoir. L’un ne peut pas aller sans l’autre.

EJ : Vous avez un message à donner à ces gens-­là ?

MF : C’est toujours difficile ! Je n’aime pas cette idée de porter un message, mais…

EJ : Ne serait­-ce que dans vos chansons, est-­ce qu’il y a un message, au final ?

 MF : Je ne sais pas. Je ne sais pas, c’est plus un témoignage, je dirais, qu’un message. Maintenant, je pense à ces personnes qui ont du mal à vivre et j’aimerais qu’elles puissent rencontrer la personne ou la lecture ou qu’il se passe un moment, comme ça, dans leur vie qui va les aider. Voilà, si je puis souhaiter ça, je le souhaite !

EJ : Et si vous, vous pouvez être ça, c’est bien !

MF : Je n’aurai pas cette prétention.

EJ : Oui, mais vous l’êtes quand même, je veux dire. A partir du moment où il y a des gens qui vous aiment aussi fort, c’est que quelque part vous leur faites du bien…

MF : Je l’espère !

EJ : Est-­ce que vous avez, après la promotion de cet album et après cet album-­là, d’autres projets ?

MF : Non, parce que je ne pense pas de cette façon-­là, c’est-­à-­dire que j’essaye ­ et je crois j’arrive­ de vivre l’instant présent. Et c’est ce qui est important pour moi, dans ma vie : c’est de ne pas ni faire appel aujourd’hui au passé, ni me projeter dans l’avenir mais avoir cette attention sur ce moment présent. Et je crois, puisqu’on a évoqué plusieurs fois ­ en tout cas, moi ­ cette idée du changement, je crois qu’elle réside exactement ici.

EJ : Sur scène, justement, tant d’amour, ça doit faire du bien pour l’ego, ne serait-­ce que de savoir qu’il y a des gens qui font vraiment l’effort d’être là, qui arrivent des heures avant…

MF : Oui, c’est vrai. C’est une belle déclaration.

EJ : Qu’est-­ce qui vous blesse le plus, en général ?

MF : L’absence de générosité, je crois.

EJ : Est-­ce qu’il y a quelque chose qui ne vous touche pas du tout, ou plus du tout ? MF : Oui : le qu’en dira-­t­-on. (rires) EJ : C’est vrai ?

MF : Oui.

EJ : Ca a été important pour vous ? Ca vous a un peu pourri la vie ?

MF : Ca n’a jamais été important pour moi. Jamais. Si ce n’est qu’aujourd’hui c’est encore moins important, parce qu’une fois de plus j’ai…Non, je me moque des qu’en dira-­t­-on, oui.

EJ : Qu’est-­ce qui…Oui, vous voulez rajouter quelque chose ?

MF : Non, je pensais que quand on n’a plus peur du regard de l’autre, quand c’est un regard qui ne vous agresse plus, l’autre n’est plus un ennemi donc il n’y a plus ce sentiment de peur.

EJ : Oui, je comprends. Qu’est-­ce que je dois faire si je veux devenir votre ami ?

MF : (silence) Vous êtes sérieux ?! (rires) Nous en parlerons plus tard !

EJ : D’accord ! Je regardais votre biographie : pratiquement trois millions d’albums vendus maintenant, des milliers de fans…Est-­ce que, justement, les fans, les gens qui vous aiment et qui parfois passent dans votre vie, c’est difficile à gérer ? Parce que des fois, il y a tellement d’amour que c’est maladroit…

MF : Là encore, je ne ferai pas de grande littérature quant à ce sujet. Je crois que ça fait partie de ce métier. Mieux vaut être appréciée que le contraire !

EJ : Bien sûr…

MF : Et d’autre part, je crois que je n’ai jamais eu réellement d’agression. Au contraire. Maintenant, c’est vrai que…Mais c’est pas par rapport à moi, dans le fond, c’est plus par rapport à la personne qui passe beaucoup, beaucoup de temps, qui attend des heures et parfois la nuit, et c’est vrai que dans le fond c’est une idée qui me dérange.

EJ : Pourquoi ça vous dérange ?

MF : Mais parce que c’est pas normal selon moi, et surtout par rapport à moi, de savoir que quelqu’un m’attend et attend quoi, dans le fond ? Je ne sais pas…

EJ : On a l’impression justement que les gens, les fans, n’aiment pas peut­-être ce que vous êtes réellement et n’aiment que l’image que vous donnez de vous, l’image professionnelle…

MF : Là encore, je ne me pose pas ce genre de question. C’est quelque chose de spontané chez eux. C’est parfois obsessionnel, maintenant dans le fond, ça les regarde…

 EJ : Je vous remercie mille fois d’abord pour cet album, « Anamorphosée », et puis ensuite d’avoir été avec nous, et je sais une nouvelle fois, je le répète mais c’est vrai, vos interviews sont rares donc précieuses.

MF : Merci à vous.

EJ : Merci beaucoup, Mylène Farmer. Au revoir.

MF : Merci, au revoir.

parution NRJ 16 OCTOBRE 1995

 

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Le TOUR 96 de MYLENE FARMER en Belgique, on en parle

Posté par francesca7 le 9 juillet 2016

                                                                                                                    

BEL RTL (Belgique)     07-déc-96                                                                                                                                                                                                                                                           

A l’occasion du deuxième passage du Tour 96 en Belgique le soir même, la station belge consacre une heure à Mylène Farmer faite d’extraits lives et de bribes d’une interview donnée par la chanteuse lors de la première représentation belge, en juin précédent.                              

Le programme commence par une longue sélection d’extraits lives tirés des deux Bercy du 31.05.1996 et du 01.06.1996. Nous sommes six mois avant la sortie de l’album live et le mixage de ce qui nous est donné à entendre lors de ces extraits est parfois différent du résultat final. Ces extraits sont suivis de « A Quoi je Sers… » live 1989.          

                                                        CHEZ FRANCESCA

A propos de son implication dans la conception du spectacle :                                                                                                       

- Totalement impliquée dans tous les postes. Ca, j’ai tenu réellement sur cette tournée à non pas contrôler, parce que c’est pas un très joli mot, mais en tout cas être absolument dans tous les départements, à savoir les images, par exemple, le choix de l’équipe qui s’occupe de ces images sur l’écran, aussi bien, bien évidemment, le casting des danseurs – le casting des musiciens, je l’ai laissé à Laurent Boutonnat parce que j’avais d’autres choses à faire, de toute façon ! Ma foi, toute la conception artistique j’y suis vraiment impliquée. Je me suis prise très, très tard quant à me décider de monter sur scène : je crois qu’on a travaillé près de deux mois, mais très intensivement ! Je vise pas la perfection, mais essayer de donner le maximum de plaisir, aussi bien visuel qu’émotionnel, chorégraphique : c’est comme ça que moi j’envisage les shows. Maintenant, je suis capable d’apprécier un show beaucoup plus ‘simple’, plus modeste dans sa structure mais quant à moi, c’est ce que j’aime. Si le public continue de venir, c’est qu’il trouve quelque chose ou bien dans les textes, ou bien dans la musique et qu’il y a forcément une communication.                                                                                                                       

Diffusion de « Tristana » live 1989                                                                                                                                             

A propos de ses voyages qui ont nourri l’album « Anamorphosée » :                            

- Pour parler de moi, c’est toujours un exercice qui est difficile pour moi et je me méfie de la justification en général. La justification est un exercice difficile, parfois vain et puis, ma foi, on change -parfois naturellement, parfois avec des rencontres- donc j’ai eu, moi, dans ma vie cette chance que de pouvoir avoir d’abord le temps, prendre le temps, ce qui n’est pas donné à tout le monde, ça c’est un privilège. Et puis, de retrouver le sourire c’est plutôt agréable ! (sourire) Je suis allée à Bali, pour répondre à votre question, qui est un pays magnifique. Maintenant, les Etats-Unis, c’est parce que j’avais envie d’une ville – même si celle-ci est étrange -, j’avais envie de retrouver certaines personnes que j’avais rencontrées là-bas et parce que j’avais en tête d’enregistrer l’album et que ou New York ou Los Angeles vous offrent des studios et des musiciens qui sont très performants. Los Angeles n’est peut-être pas la ville de quiétude – on peut en trouver. Je lui préfère New York de beaucoup : New York, parce qu’il y a un vrai métissage, parce qu’il y a une culture qui est bouillonnante là-bas, parce qu’il y a une vraie vie. Los Angeles est beaucoup plus difficile, beaucoup plus sourd mais j’aimais bien aussi l’aspect vaste étendue, pour ça c’était agréable.                                                                                                                                                           

Diffusion de « Je voudrais tant que tu comprennes » live 1989                                  

CHEZ FRANCESCA1A propos de son entraînement physique pour le spectacle :                             

- J’ai fait appel à un entraîneur, avec qui j’avais travaillé sur la scène précédente (Hervé Lewis, nda). C’est quelqu’un d’abord de sérieux, de très généreux. Quant à l’exercice lui-même, c’est beaucoup d’endurance, de course à pied et puis un peu de musculation. La nourriture, on est obligé d’être sérieux, là aussi donc c’est oublier le Coca Cola et prendre beaucoup de sucres lents ! (rires)            

A propos de son look du moment :                                                   

- J’aime les habits, j’aime les créateurs, j’aime les maquilleurs, les coiffeurs. J’ai eu la chance de rencontrer, là, depuis en fait le début de l’album, une personne avec qui je travaille maintenant tout le temps (Pierre Vinuesa, nda) et qui a créée cette coiffure. C’est autant de choses que je trouve importantes pour un artiste, donc voilà, j’aime m’habiller ! Là, pour le spectacle, j’ai fait appel à Paco Rabanne.               

Diffusion de « Libertine » live 1989 puis de « Allan », live 1989                                                                                                                                                 

Pour conclure l’émission, l’animateur commet deux belles ‘perles’ : il présume tout d’abord que Mylène Farmer présentera une troisième fois son Tour 96 à Bruxelles en 1997 puis il affirme que Laurent Boutonnat a décidé que la tournée ne serait pas immortalisée sous forme d’album live !        

CHEZ FRANCESCA2 

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UNE Mylène au TIP TOP

Posté par francesca7 le 1 mars 2016

 

Mylène Farmer est l’invitée principale de cette émission de seconde partie de soirée. Elle en est aussi la marraine puisque c’est la grande première (il n’y en aura d’ailleurs que deux au total).

Après avoir interprété « Comme j’ai mal », la chanteuse rejoint ensuite Eric Jeanjean dans un coin du studio, près d’un piano, pour une interview qu’elle a acceptée à la seule condition que ce soit en tête en tête avec l’animateur.

téléchargement

EJ : Bonsoir. Merci d’être avec nous dans « TipTop » pour cette première. Je sais que vos télés sont rares donc d’autant plus précieuses. Merci d’être avec nous ce soir pour cette première de « TipTop ». « Comme j’ai mal », c’est un single qui semble particulièrement prédestiné. Alors, une question qui paraît anodine quand on la pose normalement, mais qui là ne l’est pas du tout : comment ça va ?

Mylène Farmer : Très bien, merci !

EJ : Votre poignet ?

MF : Beaucoup mieux ! (sourire)

EJ : C’est vrai ?

MF : Il bouge !

EJ : Il bouge ! (rires) On a eu peur un peu ?

MF : J’ai eu peur oui, bien sûr.

EJ : Alors, on va expliquer pour tout le monde ce qu’il s’est passé en fait : c’était le 15 juin dernier, Mylène est à Lyon, sur scène. Qu’est-ce qui s’est passé ?

MF : Je suis tombée de scène. C’est haut, et ma foi j’ai été entraînée par un danseur, mais peu importe. J’ai eu le poignet donc fracturé, fracture ouverte. Donc c’est du temps pour remettre tout en place.

EJ : Est-ce que vous remontez sur scène parce que vous êtes une femme de parole et que vous aviez promis à vos fans de terminer cette tournée, ou est-ce que vous avez vraiment envie, comme quelqu’un qui tombe de cheval par exemple, de remonter sur cette scène parce que c’est un véritable challenge ?

MF : Parce que j’en ai très, très envie, parce que le spectacle s’est arrêté brutalement, donc indépendamment de ma volonté, et que j’ai très envie de retrouver le public bien sûr.

EJ : Est-ce que le spectacle va changer ?

MF : Oui : je vais éviter de tomber à nouveau ! (Mylène se garde bien d’ajouter qu’une nouvelle version de « Ainsi Soit Je… » intégrera le spectacle sur certaines dates)

EJ : J’aimerais qu’on parle maintenant de votre image en général, sur scène notamment, on a vu de superbes images. Moi, j’ai eu le plaisir d’être là pour la première de votre tournée, c’était dans le Sud de la France. Et, par rapport à cette image que les gens ont de vous, de quelqu’un de timide, de quelqu’un qui ne se donne pas facilement, là, sur scène, vous êtes beaucoup plus extravertie, beaucoup plus dévêtue. C’est toujours cette dualité entre Mylène Farmer, la véritable personne je dirais, et puis aussi Mylène Farmer telle qu’elle est sur scène, un peu agressive, même agressive sexuellement…

MF : Sur scène, agressive sexuellement, je ne le pense pas ! (rires)

EJ : Un peu déshabillée !

MF : J’ai cette dualité en moi – je crois que beaucoup d’artistes l’ont – : j’aime l’ombre et la lumière. Et c’est vrai que je choisis la scène, et c’est un moment de lumière, donc je donne tout ce que je puis donner : l’émotion et, j’espère, un peu de plaisir, une fois de plus, au public.

EJ : Je voudrais qu’on parle de vos clips vidéo. Le clip vidéo, c’est quelque chose d’important, j’ai cru le remarquer, pour vous. Vous vous impliquez beaucoup dans la fabrication des clips vidéo ?

MF : Je m’investis. C’est quelque chose qui m’intéresse beaucoup, qui m’a toujours intéressée, l’image. J’aime les metteurs en scène.

EJ : J’ai en tête justement le clip que vous avez fait pour le single « California », un clip qui a été fait par Abel Ferrara, grand réalisateur s’il en est. Alors comment ça s’est passé ? Il vous a proposé un script, un scénario ou vous y avez travaillé un petit peu ?

MF : Un petit peu différemment : je l’ai appelé, nous avons conversé. Il m’a demandé qu’est-ce que je voulais faire, qu’est-ce que j’exprimais dans ma chanson. Je lui ai dit que je souhaitais jouer une prostituée et nous avons longuement conversé, puis il m’a demandé de travailler sur le scénario parce qu’il pensait que c’était intéressant dans la mesure où j’ai écrit le texte donc que j’avais probablement des idées, puis nous avons à nouveau conversé et je suis allée à New York pour le rencontrer. Et, ma foi, je lui ai proposé quelques idées, il a ajouté les siennes, et nous avons travaillé de cette façon.

EJ : On connaît Ferrara sur ses films qui sont souvent un petit peu violents. Mais là, il vous a poussée à l’extrême ou c’est vous qui avez joué ce rôle de la prostituée ? Il y a une scène extrêmement violente où la prostituée se fait frapper, etc. dans le clip et ça, ça vous plait encore ?

MF : Quand on va vers un metteur en scène comme Abel Ferrara, on sait ce qu’on fait, donc je savais à quoi je m’attendais, et j’avais envie de cet excès.

EJ : Vous êtes l’invitée principale de cette émission, Mylène Farmer. Une nouvelle fois, merci d’être avec nous.

MF : Merci. (sourire)

EJ : Et on se retrouve tout à l’heure pour une grande et belle surprise avec Mylène Farmer.

Plus tard dans l’émission, Mylène Farmer est présente sur le plateau avec Khaled pour interpréter leur version de « La poupée qui fait non ». C’est l’unique occasion d’entendre la version studio de cette reprise, qui sera jouée live sur scène à deux reprises quelques semaines plus tard.

Après la prestation, Mylène et Khaled répondent brièvement aux questions de Eric Jeanjean.

EJ : Alors quand on a un duo, la première idée qui nous vient à l’esprit c’est qui a eu l’idée, et pourquoi cette chanson de Polnareff, Mylène ?

MF : C’est une idée commune. Nous avions envie de chanter ensemble. Et qui a eu l’idée ? Nous aimons tous les deux Polnareff. Moi, personnellement, c’est, je crois, la première chanson que j’ai apprise il y a très, très longtemps.

EJ : Et la version, je dirais, plus arabisante, c’est Khaled, c’est toi, ça ?!

Khaled : Ah ben oui ! (en réalité, les arrangements de cette nouvelle version sont signés Yvan Cassar, nda)

EJ : J’espère en tous cas qu’on vous reverra très, très bientôt tous les deux ensemble, c’était un vrai bonheur de vous avoir dans « TipTop ». Mylène, on en parlait, nous, tout à l’heure, lorsque nous étions face à face : vous, Bercy c’est le 12 décembre…

MF : 12 décembre.

EJ : …et ce que je vous propose, pour donner un petit avant-goût à ceux qui n’ont pas encore vu le spectacle, lors de sa première partie je dirais, c’est de regarder quelques images !

Diffusion d’un long medley vidéo d’extraits du spectacle (« Désenchantée », « California », « Alice », « L’instant X ») dans le montage qui sera celui de la vidéo du spectacle.

EJ : Mylène, une question un peu naïve, mais ça vous fait quoi de voir ces images ?

MF : (qui entend mal en raison des cris du public) Qu’est-ce que ça me fait de voir ces images ?

EJ : Est-ce que ça vous fait quelque chose, est-ce que ça vous trouble ? Comment vous vous sentez lorsque vous voyez le public qui réagit comme ça, notamment sur « L’instant X », vous vous rappelez, on en avait parlé la dernière fois quand on s’était vus à la radio ? (cf. NRJ, octobre 1995, nda)

MF : (en désignant du doigt le public présent) C’est surtout quand je les entends que ça m’émeut toujours, bien sûr !

EJ : Il vous tarde le mois de décembre maintenant ? (Mylène acquiesce d’un hochement de tête) Est-ce que vous avez une petite appréhension ?

MF : On en a toujours, on a toujours le trac. Je crois que Khaled est pareil ! Mais j’ai l’impression que c’est presque plus difficile de faire des moments, comme ça, de télévision que de monter sur scène.

EJ : Pourtant, moi je trouve que vous vous en sortez particulièrement bien. On est d’accord ? Mylène, pour finir, la question que tout le monde se pose en ce moment – on murmure ça dans les couloirs des télés, des radios : est-ce que c’est votre dernière tournée ?

MF : Je n’ai pas la réponse. Je ne sais pas.

EJ : On n’espère pas !

MF : Je ne l’espère pas non plus ! (rires)

 

Les animateurs lancent alors la chanson suivante

 Article du 24-oct-96 – Présenté par Eric Jeanjean et Nathalie SIMON sur TF1

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ARTICLE SUR LE PROVENÇAL pour les années Mylène

Posté par francesca7 le 1 mars 2016

                            

                                                                                                                                                                   

12-juin-96 :  

Entretien avec Jean-Michel GARDANNE                                                                                                                                                                                                                         

                                                                                                                                     illogical-lamour-nest-rien-warohl                                                                    

A propos de sa préparation physique pour le Tour 96 :                                                                                                                                                                                                                  

- Hervé Lewis s’est occupé de la préparation physique : course, musculation, massages. Au rayon diététique, jamais de viande et des sucres lents. La fatigue vient au bout d’une heure ; le public m’aide à tenir la deuxième !                                                                                                                                                                                                                     

                                                                                                                                                                                                         

A propos de son amour de la scène :                                                                                                                                                                                                                       

- La rencontre avec le public reste quelque chose hors du commun. La scène est un besoin dans ma vie où j’ai si peur de la réalité et de la répétition. Après quatre ans loin du public, j’en ai eu de nouveau très envie. Ce furent quatre années de voyage, de liberté, d’apprentissage de la vie, de rencontres. Le temps d’un déracinement, de s’oublier soi-même.

                                                                                                                                                                                                         

A propos de son état d’esprit :                                                                                                                                                                           

- Je me sens plus légère, ne portant plus le passé comme un fardeau : je ne pourrais plus chanter « Plus Grandir » aujourd’hui. De « Désenchantée » à « XXL », j’ai réfléchi, je me suis détachée des choses : je vis au présent, j’ai guéri de mon enfance.                                                                                                                                                                             

                                                                                                                                                                                                         

A propos de son séjour à Los Angeles :                                                                                                                                                                                                                   

- Los Angeles, c’est d’abord l’espace – il est parfois étouffant. Je ne pourrais pas y vivre définitivement. Cela m’a permis de sortir de ma réalité, de faire une cure. De cette façon, oui, j’ai mué.                                                                                                                                                                                                                       

                                                                                                                                                                                                         

A propos de l’échec de « Giorgino » :                                                                                                                                                                                                                     

- Il a contribué à ce changement. « Giorgino » était très important pour moi. J’avais envisagé l’échec – je le fais toujours- mais je refuse de m’apitoyer sur moi-même. Sans que l’échec ait changé quoi que ce soit à ma relation avec Laurent Boutonnat, j’ai eu envie de talents extérieurs.                                                                                                            

                                                                                                                                                                                                         

A propos de sa conception du spectacle :                                                                                                                                                                                                                      

- Franchement, je ne m’imagine pas chantant toute seule derrière un micro. Quand je pense à la scène, je pense à la danse, à des images, à des couleurs, à la tradition américaine du spectacle. Sans pouvoir encore analyser ma prestation dans ce nouveau tour, je sais que je sors de scène heureuse.                                                                              

                                                                                                                                                                                                         

NB : cette interview a été donnée dans un salon du Zénith de Toulon, au lendemain de la première date du Tour 96, lors d’une rencontre avec plusieurs journalistes.                                                                                                                

                                                                                                                                                                                                         

Mylène Farmer à l’américaine                                                                                                              

Entretien avec Richard GIANORIO                        

 

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UNE MYLENE A L’AMERICAINE dans les années 90

Posté par francesca7 le 24 février 2016

                                                                                                         MYLENE                               

Après un long séjour dans l’androgynie, vous affichez enfin une féminité triomphante…        

- Je n’ai plus peur de le dire : je suis une femme, enfin ! Par exemple, je m’imagine mal chanter « Plus Grandir » aujourd’hui. On m’avait toujours affirmé que la période 30-35 ans serait la plus belle, et c’est le cas !                                                                                                                                                                                 

Cela correspond-il à un épanouissement sexuel ?                                                                                                                                                                                                                          

- (elle rit puis elle rougit) Sûrement !                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                           

Vous apparaissez à demi nue en ouverture du spectacle. De la provocation ?                                                                                                                                                                

- Je ne le vois pas de cette façon. Pour moi, c’est l’évocation de la naissance et de la pureté comme la Vénus de Botticelli, mais je comprends qu’on puisse l’interpréter d’une façon plus sexuelle.                                                                                                                                                                                                                            

N’est-ce pas terrifiant pour vous si introvertie de vous exhiber de cette façon ?                                                                                                                                                                                                                                         

- Au contraire, c’est beaucoup plus facile. La nudité n’est embarrassante que devant l’homme qu’on aime, ou sur un tournage lorsque toute l’équipe est à proximité. Mais sur scène, il y a cette distance qui fait qu’on n’y pense pas.                                                                                                                                                                              

Vous exposez-vous pour mieux vous dérober ?                                                                         

- Probablement. Là où j’ai l’impression de me dénuder vraiment, c’est dans les moments d’émotion.                                                                                                                                                                          

Dans le clip de « California », réalisé par Abel Ferrara, vous jouez à la pute. A l’image, vous êtes souvent malmenée sexuellement. Du plaisir dans l’avilissement ?                                                                                                                                                                                                                                                                                                                   

- Dans la débauche, plus exactement ! (rires)                                                                                                                                                                                                                                                       

On a l’impression que votre univers se rapproche doucement de celui de Madonna…                                                                                                                                                                    

- La comparaison est inévitable : je suis une chanteuse, j’ai des danseurs, je fais un show délibérément ‘à l’américaine’. Madonna est une personne de talent, non ?                                                

Comme elle, vous possédez ce don de vous réinventer à chaque fois…                                                                                                                                                                                                                                                  

- J’ai cette chance, parce que j’aurais pu glisser facilement sur la mauvaise pente, celles des névroses, des obsessions et de l’autodestruction. J’ai vraiment connu l’isolement et l’enfermement : j’étais entourée mais seule.                                                                                                                                                                                                                                    

Est-ce que l’échec de « Giorgino » a marqué la fin d’un cycle ?                                                                                                                                                                                                                                                        

- Oui, la fin d’un cycle de sept ans, comme par hasard. Le film représente pour moi symboliquement une deuxième naissance. J’aurais pu m’apitoyer sur cet échec, j’ai choisi de ne pas le faire. Cela a été libératoire. J’ai mis un terme à l’autodestruction, je vais bien.                                                                                                                                           

La peine n’est donc plus votre amie, comme vous le chantiez naguère ?                                                                                                                                                                                                                                                                 

- C’est un sentiment que je continue d’aimer, mais il y en a d’autres. L’amour, par exemple, est fondamental. J’ai appris le partage, le partage à deux : accepter de recevoir, aller vers l’autre, accepter de me faire aimer, parce que donner est tellement plus facile que recevoir…

 On vous sent plus accessible, plus humaine aussi…                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                           - Oui, même si je ne vais pas non plus me donner en pâture. Mais c’est vrai, j’ai accepté la vie, mais je ne porte plus mon passé comme un fardeau. Je suis plus légère.                                                                                                                                                                                                                                                                               

NB : cette interview a été donnée dans un salon du Zénith de Toulon, au lendemain de la première date du Tour 96, lors d’une rencontre avec plusieurs journalistes.                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                     

FRANCE SOIR –  30-mai-96                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                  

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EUROPE 1 pour Mylène F.

Posté par francesca7 le 24 février 2016

1995

18-oct-95 : Entretien avec Jean-François RABILLOUD

Jean-François Rabilloud : Mylène revient. Vous connaissez peut-être son dernier clip, mais c’est le nouvel album de Mylène Farmer qui sort cette semaine, ça s’appelle « Anamorphosée ». Bonjour, Mylène Farmer.

Mylène Farmer : Bonjour.

JFR : Dans le dictionnaire, l’anamorphose c’est l’image d’un objet déformé par un dispositif optique, une déformation. Pourquoi vous avez choisi ce titre ?

MF : J’ai choisi « Anamorphosée » parce que j’ai pensé à ma perception du monde qui s’est élargie, et l’idée de l’anamorphose c’est pour moi le moyen de rassembler toutes ces impressions, tous ces sentiments pour n’en faire qu’un et pur.

JFR : C’est ça, ça veut pas dire que c’est un monde déformé que vous voyez…

MF : Absolument pas, non. Non.

JFR : Alors, il y a une douzaine de chansons – douze chansons – dont la musique est signée Laurent Boutonnat et les paroles Mylène Farmer. Ca a été écrit aux Etats-Unis ?

MF : Oui, à Los Angeles.

JFR : Est-ce que l’air du temps, si ce n’est l’actualité, vous ont inspirée dans cet album ?

MF : Fatalement. Je parle de moi, mais je parle de l’autre. Oui, le monde m’intéresse.

JFR : Vous n’êtes en France que depuis un mois, après donc ce séjour prolongé aux Etats-Unis. (Mylène acquiesce) Comment est-ce que vous avez retrouvé la France ? Dans quel climat, sur fond d’attentats, puisque vous êtes arrivée il y a un mois, donc, c’est ça ? (à l’été 1995 se sont produit coup sur coup deux attentats, l’un très meurtrier à la station de RER Saint-Michel et l’autre à proximité de l’Arc de Triomphe suivis en septembre d’autres tentatives toujours à Paris, nda)

MF : Oui. Climat extrêmement difficile, extrêmement lourd. Paris est plombé et ma foi, c’est difficile d’y trouver un sourire.

JFR : Vous sentez ça en marchant dans la rue ? C’est quelque chose de pesant ?

MF : Je crois que le ciel est bas. Bas et lourd ! Et puis ma fois, l’actualité et puis je crois si c’est presque vibratoire…

JFR : Vous trouvez que ça se sent…

MF : Oh oui ! Oui. Bien sûr.

JFR : Et quand on marche dans les rues de Los Angeles, on sent quoi par rapport à Paris ?

MF : C’est plus spacieux, je dirais. Peut-être que c’est plus hypocrite, dans le fond !

JFR : Vous trouvez pas que les français réagissent bien, finalement ? Que les gens se comportent pas mal ? Que ça soit les parisiens ou les autres…

MF : Qu’est-ce que vous entendez par ‘se comporter mal ou bien’ ?!

JFR : Ils gardent leur calme, par exemple…

MF : Ca, je ne sais pas. Je ne sais pas bien. Je ne vais pas dans le métro, je suis quelqu’un dans le fond de très protégée. Ils vivent probablement très, très mal. Est-ce qu’ils sont calmes, je ne le pense pas.

JFR : Vous dites qu’on sent ce mal de vivre à Paris : vous allez repartir, vous, aux Etats-Unis ou vous restez là, en France ?

MF : J’ai envie de bouger, j’ai envie du voyage. Maintenant, repartir aux Etats-Unis, je ne sais pas mais c’est vrai que ça donne en tout cas, oui, l’envie que de partir, c’est vrai.

JFR : Aux Etats-Unis, il y a toujours plein d’actualité : la solidarité, par exemple, retrouvée entre Noirs américains et le succès d’une grande marche de ces Noirs américains sur Washington. Est-ce que vous pensez, par exemple avec votre expérience américaine, que les deux communautés noire et blanche finiront par vraiment vivre ensemble un jour ?

MF : Ca, je ne sais pas. C’est pas à moi de me prononcer. C’est le souhait de tout un chacun, maintenant c’est vrai que ça paraît presque utopique.

JFR : On a fait des progrès, quand même !

MF : On a fait des progrès, mais c’est vrai que la violence est j’oserais dire inhérente à ce pays. C’est vrai qu’il y a ce conflit qui est là. Une fois de plus, on le voit quand on se promène dans Los Angeles. Je ne suis pas sûre de l’avoir, moi, rencontré, maintenant c’est vrai qu’il y a des quartiers qui sont plus difficiles et que c’est quelque chose qui est omniprésent, oui.

JFR : Vous me disiez que vous êtes arrivée aux Etats-Unis au moment où commençait le procès Simpson (long procès très médiatisé à l’époque du comédien O.J. Simpson, accusé d’avoir assassiné son ex-femme et l’amant de celle-ci, nda). Vous l’avez suivi, là-bas ? C’était impossible de ne pas la suivre !

MF : Presque malgré moi, j’oserais dire ! (rires) C’est vrai que c’est assez passionnant et assez dérangeant : c’est du voyeurisme mais c’est aussi de l’information. Nous ne sommes pas éduquées et habitués à pénétrer…

JFR : (il la coupe) Donc vous tranchez pas ? Vous dites que c’est trop de reportages à la télé, trop de direct sur ce procès, par exemple ou est-ce que c’est bien ?

MF : Non, je pense que c’est trop. C’est allé trop loin, mais c’est tout de même passionnant.

JFR : Vous avez une idée, comme on en a tous une, sur sa présumée culpabilité ? Il est coupable, il est pas coupable ?

MF : Ha non. Je ne me permettrais pas de dire quoi que ce soit sur ce sujet parce que c’est…

JFR : Et pourtant, toute l’Amérique a un avis là-dessus, pour ou contre…

MF : Tant pis pour l’Amérique !

JFR : Vous êtes rentrée en France il y a quelques temps : les collections, par exemple, c’est aussi l’actualité à Paris. Vous allez beaucoup aux défilés ?

MF : Non. Très, très peu mais j’avais très envie d’aller voir le défilé de Jean-Paul Gaultier (auquel Mylène a en effet assisté la veille de la diffusion de cet entretien, nda). J’aime beaucoup ce créateur.

JFR : Pourquoi ? Qu’est-ce qu’il a de plus que les autres ?

MF : De plus ? Peut-être la fantaisie. Mais il a surtout un grand talent, il a une grande maîtrise de son métier. Une folie, peut-être, en plus, oui…

JFR : Le coup de cœur de Mylène ces jours-ci, qu’est-ce que c’est ?

MF : Depuis un petit moment, c’est un livre que je crois beaucoup, beaucoup de personnes ont découvert, qui est « L’Alchimiste »…

JFR : Oui, qui est un gros, gros succès de ces dernières semaines…

MF : Oui, qui est un livre qu’on a plaisir à conseiller, et c’est une très, très jolie histoire.

JFR : Alors on va se quitter sur un hymne à l’amour, quoi ! « XXL », c’est l’une des chansons de cet album. En résumé, c’est ‘on a tous besoin d’amour’, c’est ça ?!

MF : Oui, c’est ça ! (rires) Merci !

Diffusion d’un extrait de « XXL » pour clore l’entretien.

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RADIO FFN (Allemagne) pour Mylène

Posté par francesca7 le 21 février 2016

 

févr-96 : Entretien avec Matthias FUCHS

« Anamorphosée » est lancé en Europe, et principalement en Allemagne, en janvier 1996 à grand renfort de publicité (PLV, bandeaux dans les journaux, articles…). Mylène joue le jeu de la promotion en accordant une interview à la radio allemande, a priori une première (et une dernière à ce jour !).

Cette interview est notable pour plusieurs raisons. Tout d’abord, c’est la seule fois où l’on peut entendre Mylène s’exprimer publiquement entièrement en anglais (malheureusement, ses réponses sont couvertes par une traduction simultanée), mais plus rare encore elle donne l’occasion de voir Mylène agacée et refusant presque de répondre à une question.

Ce qui suit est une traduction personnelle de la traduction simultanée en allemand.

biographie-2010

A propos des quatre années qui séparent ses deux derniers albums :

- Je n’en avais pas assez de la musique, non. J’avais juste besoin de cette pause car nous avons tourné notre film entre-temps. Il y a toujours dans la vie un moment, comme ça, où on a besoin de faire une pause et de réfléchir sur soi-même et peut-être était-ce important de faire cette pause à ce moment-là, peut-être était-il bon pour moi de m’arrêter de travailler quelques temps.

A propos du changement de son dans « Anamorphosée » :

- Au niveau de la production, oui, c’est plutôt évident. Je voulais des guitares, une basse et une batterie qui sonnent plus ‘live’. C’est un changement sans en être un. On change toujours, donc l’album est probablement différent mais dans le fond, je suis toujours la même, je dirais.

A propos des thèmes abordés dans l’album :

- C’est très difficile de résumer brièvement les paroles de l’album. Ca tourne principalement autour de cette idée de l’esprit, l’idée du voyage. Ca peut tout aussi bien être un court moment dans sa vie, mais je ne suis pas très bonne quand il s’agit de s’expliquer !

A propos de la pochette de l’album :

- Ce que je souhaitais, c’était travailler avec un très bon photographe, c’est pourquoi j’ai demandé à Herb Ritts s’il acceptait. Lorsque j’ai vu cette photo, sans la tête, j’ai trouvé que c’était exactement ce que je cherchais à exprimer : la conscience libre de toute contrainte. C’est le concept visuel que je voulais explorer.

A propos de « Eaunanisme », est-ce une provocation ?

- Non, pas vraiment. L’idée de l’onanisme, c’est d’arriver par soi-même au plaisir, à la jouissance. Je considère que c’est la même chose pour l’écriture. On écrit avant tout pour son propre plaisir, on a besoin de personne, c’est en cela qu’on peut faire le rapprochement avec le mot onanisme.

A propos de son mystère qui ne serait que stratégie marketing :

- Comment pouvez-vous avoir l’audace de me demander si c’est artificiel ou s’il s’agit bien de ma personne ? Mais nous sommes tous comme ça ! Je me demande si je dois vraiment répondre à cela. Bien sûr, tout est artificiel, il n’y a rien de moi. Non, naturellement je ne vous donnerai pas de réponse. Je ne suis pas offensée, je me demande juste comment vous pouvez me demander quelque chose comme ça ! Artificielle, je ne le suis pas. Mais on se doit de théâtraliser, mettre en scène –comme on dit- ses pensées et ses idées pour les porter sur scène, et c’est peut-être en ça que ce pourrait être ce que vous évoquiez.

Merci à Moses pour la retranscription en allemand de l’entretien.

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MYLENE, Entretien avec Frédéric BESSE

Posté par francesca7 le 16 février 2016

NRJ 31 MAI 1996 – Fait rarissime dans sa carrière, Mylène Farmer donne une interview en direct quelques minutes avant d’entrer en scène, ici le soir de la première représentation du Tour 96 à Bercy.

Il faudra attendre son deuxième Stade de France en 2009 pour assister à un nouveau duplex en direct.

1996-02-a

Frédéric Besse : Bonsoir à tous. Nous sommes donc ici à Bercy, où dix­-sept mille cinq cents personnes se sont donné rendez­-vous pour ce premier concert parisien de Mylène Farmer. Mylène a eu la gentillesse de nous ouvrir les portes de sa loge, elle doit monter sur scène dans quelques minutes. Elle est à nos côtés. Mylène, bonsoir !

Mylène Farmer : Bonsoir. FB : Tout d’abord, merci de bien vouloir se prêter au jeu du direct. Ma première question, c’est qu’attendez-­vous de ces retrouvailles avec le public parisien ? J’imagine que ce premier concert au Palais Omnisports de Paris­-Bercy constitue un des moments forts, un des temps forts de votre tournée…

MF : Je considère chaque date comme très importante : Bercy comme Toulon, comme toutes les villes de France. Qu’est-ce que j’attends ? Une formidable émotion, j’espère.

FB : Quels sont les grands souvenirs que vous conservez de vos différentes performances à Bercy ?

MF : Je crois que j’ai à peu près tout effacé, si ce n’est le souvenir de regards, de visages.

FB : Au fil du temps, avez­-vous le sentiment d’être devenue une véritable bête de scène ? C’est en tout cas l’argument qu’avancent vos plus grands fans !

MF : Non, je ne peux pas répondre ! (rires) En tout cas parler de moi en ces termes. En tout cas, j’ai un vrai, vrai, vrai plaisir que de monter sur scène.

FB : Beaucoup de personnes qui nous écoutent en ce moment n’auront peut­-être pas la chance de vous voir sur l’une des dates de votre tournée, alors j’aimerais que vous nous expliquiez un peu comment se constitue cette tournée, comment ça se passe sur scène et comment vous définissez cette formidable scène qui a été mise en place avec je crois dix­-sept personnes sur scène…

MF : Oui, il y a donc dix­-sept personnes, il y a beaucoup de musiciens, il y a huit danseurs qui viennent de New York pour la plupart ­ avec un danseur français tout de même ! (sourire) Que puis-­je vous dire ? Vous parler d’un écran, un écran géant qui fait 55m² et que j’utilise à la fois pour habiller les chansons avec beaucoup d’images abstraites, et ça c’est le travail d’une équipe qui m’a beaucoup aidée pour ça, et également qui pourra projeter ce qui se passe sur scène, des images lives. Il y a après des surprises dans le spectacle, beaucoup de mouvement et j’espère un peu de joie ! (rires)

FB : Je crois qu’il est très important de préciser que le spectacle que les gens vont voir ce soir à Bercy est exactement le même point par point que celui que les gens vont voir en province. Est­-ce que pour vous il est important de pas faire de privilégiés, comme ça ?

MF : C’est en tout cas le souhait et, si je puis dire, j’ai imposé et je n’ai pas eu grand mal parce que Thierry Suc, donc qui est le producteur du spectacle, est d’accord avec moi. J’avais envie effectivement, si je présentais un spectacle, je voulais présenter le même pour tout le monde.

FB : Près de six cent mille exemplaires de l’album « Anamorphosée » ont été vendus. Comment expliquez-­vous cette espèce de mysticisme de vos fans qui caractérise à chaque fois votre carrière ­ enfin, l’évolution de votre carrière ? C’est un petit peu délicat…

MF : Je ne sais pas. Là encore, je vais vous décevoir : je ne m’explique pas tout et je n’essaye pas, dans le fond, d’expliquer. J’essaye de recevoir, c’est tout. (sourire)

 FB : Dans quelques minutes, vous êtes sur la scène de Bercy. Quel contact, quel rituel aimez­-vous instaurer avec votre public ? Est­-ce que vous aimez vraiment rentrer en communion avec eux, qui connaissent à chaque fois chacune de vos chansons ?

 MF : Rentrer en communion, je crois que ça se fait relativement naturellement quand j’ai la chance d’avoir le public que j’ai. C’est vrai qu’il chante toutes les chansons tout au long du spectacle, donc il y a fatalement quelque chose d’assez fort qui se passe.

FB : Voilà, on va laisser Mylène se préparer tranquillement dans sa loge, parce que là il est 21h05 et donc dix­-sept mille cinq cents personnes attendent avec impatience de voir Mylène. Je vous rappelle qu’elle va monter sur scène d’ici très, très peu de temps. On la remercie d’avoir très gentiment voulu se prêter au jeu du direct en notre compagnie.

MF : Merci, au revoir.

FB : Merci, Mylène. Diffusion de « California » pour clore la séquence (on entend Mylène tousser alors qu’est lancée l’intro de la chanson)

 

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SYSTÈME 21 reçoit MYLENE

Posté par francesca7 le 7 février 2016

 

 L’émission débute par un enchaînement de très brefs extraits de tubes de Mylène Farmer (« Sans Contrefaçon », « Pourvu qu’elles soient Douces », « Sans Logique », « Libertine », « Maman a Tort ») qui s’achève sur l’introduction de « L’Horloge ». L’heure tourne. Quatre ans d’absence. Mais cette fois, ça y est : Mylène revient avec un nouvel album.

Rencontre exceptionnelle avec l’artiste la plus énigmatique et la plus adulée du show­biz français.

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Disponible, attentive : c’est l’instant X !

Diffusion d’un jingle dans lequel Mylène invite les auditeurs à découvrir son nouvel album sur la station.

C’est vrai que vous donnez très, très peu d’interviews radio. C’est une des premières fois ? (ce site d’archives, même s’il ne saurait prétendre être exhaustif, permet d’apporter une réponse négative à cette question ! nda)

Mylène Farmer : C’est très, très peu d’interviews en général ! Peu de radio, peu de presse.

C’est la deuxième je crois, puisque je débute la promotion. (la promotion d’ « Anamorphosée » a en effet débuté par les médias belges, nda)

Vous n’aimez pas ?

MF : C’est un exercice difficile pour moi, donc je préfère le rendre rare. Votre tout nouvel album s’appelle « Anamorphosée ».

Ca signifie que Mylène Farmer a décidé de rompre un petit peu avec l’image qu’elle donnait, ou est­-ce que vous avez envie de la transformer ? Quelle métamorphose est en train de se produire ?

MF : C’est plus ma perception du monde qui a changé et qui s’est élargie, donc l’idée de l’anamorphose était pour le moyen de rassembler toutes ces idées, de les concentrer pour n’en faire plus qu’une. Voilà, ce pourrait être l’image autorisée de l’image réelle. Et puis, c’est un jeu de mot ! (sourire)

Vous avez enregistré cet album aux Etats­-Unis, à Los Angeles. C’était la première fois. C’est un passage obligé, les Etats­-Unis, pour un artiste confirmé ? D’où est partie cette envie d’aller travailler là­bas ?

MF : J’ai passé beaucoup de temps aux Etats­-Unis : neuf mois à Los Angeles, un mois à New York. C’est un pays que j’aime bien. L’idée de l’album là­-bas, il se trouve que j’étais là­-bas et que j’avais un besoin, moi, de liberté donc c’est pour ça que j’ai choisi ce pays et qu’il y a de bons studios. Maintenant, l’idée de l’Amérique pour faire un album en aucun cas n’est définie parce que l’Amérique. Il se trouve, une fois de plus, que j’étais là­-bas, donc c’était plus simple pour moi d’amener tout le monde là­-bas !

Qu’est­-ce qui vous plaît, aux Etats-­Unis ? Qu’est-­ce qui vous attire là­-bas qu’il y a pas ici ?

MF : Déjà, le fait que je ne sois pas connue, donc qui pour moi est ‘une grande liberté’, à savoir je peux vivre comme tout le monde. D’autre part, j’aime bien cette notion d’espace, de grandeur. Je préfère définitivement New York à Los Angeles. Aujourd’hui, je peux me l’avouer, en tout cas !

Pourtant, vous consacrez une chanson entière à la Californie !

MF : Oui, parce que c’était un passage qui était quand même important, et une fois de plus, vivre neuf mois dans un pays ou dans une ville, c’est un moment qui est important dans la vie, et c’était un moment important pour moi donc « California », cette chanson, est née effectivement de ce passage.

Diffusion de « California ».

Lorsqu’on écoute, j’ai noté « Rêver », « Comme j’ai Mal », « California » et « Laisse le Vent Emporter Tout », ça parle beaucoup de rupture. C’est un sujet qui vous préoccupe pour l’instant, qui vous inspire particulièrement pour écrire des chansons, des textes ?

MF : Moi j’y vois dans la notion de rupture plus pas quelque chose, pas une notion négative mais au contraire, là encore, je parlerais de passage. C’est plus peut­-être parler d’un niveau de conscience, en tout cas l’esprit qui s’échappe donc, en ce sens c’est probablement une rupture.

Donc peut-­être n’y voyons-­nous pas la même lecture, dans le fond ! Après, ça, c’est quelque chose qui vous appartient puisque ça ne m’appartient pas… La rupture, c’est peut-être un nouveau départ, aussi…

MF : J’y vois dans ce cas-­là effectivement, oui, quelque chose de porté vers le haut, l’esprit qui s’échappe, une fois de plus. Donc oui, c’est une rupture.

Diffusion de brefs passages de « Laisse le Vent Emporter Tout », « Rêver », « Eaunanisme », « Mylène s’en fout », « California ».

1995-07-c

Pour la première fois, vous enregistrez un album aux Etats­-Unis, vous êtes photographiée sur la pochette de l’album par Herb Ritts et pas par Marianne Rosenstiehl qui d’habitude travaille avec vous, je crois, vous avez un nouveau manager (Thierry Suc occupe cette fonction depuis déjà presque cinq ans au moment de cet entretien, pourtant, nda), vous avez un nouveau clip, « XXL », qui a été filmé par Marcus Nispel, si je ne me trompe pas : ça fait pas mal de changements aussi, de ruptures avec le passé. Vous avez décidé de tourner une page par rapport aux gens avec lesquels vous étiez habituée de travailler ?

MF : Je pense pas que ça se… C’est pas quelque chose qui a été défini de cette façon-­là, décidé. Il s’est trouvé donc que ce passage à Los Angeles a provoqué d’autres choses en moi. Par exemple, pour parler du clip, j’ai quand même travaillé dix ans avec Laurent Boutonnat et je pense qu’il était intéressant que d’avoir un autre regard sur moi. Quant à cette volonté que de travailler avec un autre photographe, ça, ça fait appel à la même chose : cette envie que d’avoir un nouveau regard. Maintenant, parler de métamorphose radicale : non, bien sûr que non, si ce n’est qu’on apprend tous les jours et que la vie fait que ou vous changez, ou une fois de plus vous apprenez des choses et cette vie va vous diriger vers d’autres choses, d’autres envies, d’autres pensées. Une fois de plus, en parlant de ce photographe, je savais que lui pouvait m’amener, non pas dans mon univers mais en tout cas photographiquement, amener quelque chose qui était propre à lui et peu t -­être enrichir le mien.

En parlant de changement, justement, on vous sent ­ enfin, c’est une impression toujours personnelle ­ plus préoccupée qu’auparavant des problèmes de société, de la vie qui nous entoure, des problèmes de chacun…

MF : Sans doute. Sans doute, puisque ma vraie préoccupation est dans le fond mon passage et notre passage dans le monde, enfin notre vie terrestre donc c’est vrai que fatalement, on regarde l’autre avec un peu plus d’attention. Auparavant, il me semble que c’était plus axé sur vous.

Là, j’ai l’impression que vous regardez tout à coup plus vers l’autre…

MF : Oui, probablement. Probablement. Mais j’ai toujours regardé l’autre, j’ai toujours été sensible à la sensibilité de l’autre, maintenant c’est vrai que c’est peut­-être moins concentré sur moi.

Peut-­être d’avoir décidé tout simplement d’accepter de vivre, et cette acceptation vous ouvre des portes énormes et vous ouvre très certainement, en tout cas vous acceptez le regard de l’autre et vous acceptez de porter le regard sur l’autre. C’est une certaine maturité…

MF : Très certainement. En tout cas, je ne dirais pas que c’est agréable mais c’est vrai que c’était important pour moi, en tout cas, que ça arrive. (sourire)

Diffusion de « Rêver ».

C’est un album où émerge plusieurs paradoxes : vous parlez d’amour mais à la fois de séparation, vous parlez d’envie de vie et à la fois toujours de cette attirance un petit peu morbide. C’est quelque chose que vous gérez bien, d’être attirée par des extrêmes, comme ça ?

MF : Je vais dire une énorme banalité, probablement mais la mort fait partie de la vie, donc c’est vrai que est-ce que j’ai apprivoisé la mort ou est­-ce que la mort m’a apprivoisée : je ne sais pas bien, si ce n’est que être attirée par les mêmes choses, moi j’appelle pas ça de la morbidité mais simplement un intérêt, en tout cas une interrogation quant à la mort. Maintenant, la vie ­ comme je l’ai dit auparavant­ je tente de l’accepter et de l’apprivoiser.

C’est quelque chose qui vous préoccupe au quotidien ?

MF : Je vis au quotidien de la même façon que vous vivez, donc bien sûr que c’est une préoccupation !

Oui, mais tous les jours vous vous posez une question par rapport à la mort ? C’est quelque chose qui est là, qui est latent, qui vous travaille ?

MF : Dans la mesure où j’ai à la fois, oui, une vraie question que je me pose, des livres qui m’accompagnent qui parlent de ça. J’ai découvert ­ je vais essayer d’être un petit peu plus précise ­ un livre qui je pense m’a beaucoup aidée et qui est très, très intéressant, qui s’appelle « Le livre tibétain de la vie et de la mort » et qui parle justement de cette acceptation de la mort et qui vous parle de la vie comme jamais on n’en a parlé, en tout cas moi c’est mon sentiment.

Vous êtes partie en Inde. Ca a un rapport direct avec ça ?

MF : Non, parce que mon passage en Inde c’était juste un voyage éclair (à l’été 1989, nda), à savoir que quelquefois on a des urgences, il faut absolument partir, donc j’avais choisi l’Inde parce que…je ne sais pas ! Je n’ai pas, non, ressenti grand­-chose en Inde. Maintenant, je sais qu’aujourd’hui, si j’y retournais, je sais que ça serait tout à fait différent. Donc l’Inde, a priori en tout cas sur ce premier voyage, n’a été en aucun cas dirigé par telle ou telle pensée.

Diffusion de « Vertige ».

Est-­ce que vous êtes consciente que sur ce nouvel album ­ certainement, vous l’êtes ­ votre voix a changé ?

MF : Oui, je le suis parce qu’on me l’a dit beaucoup, et puis c’est vrai qu’en studio on s’en rend compte aussi quand on chante.

Certains morceaux sont plus rock qu’auparavant. Vous vous sentez plus rock’n’roll qu’il y a quelques années ?

MF : Non !! (rires) Non, non, non. Simplement faire appel à des instruments lives, ça donne toujours cette connotation rock’n’roll mais en aucun cas ce n’est ma revendication. Non, j’avais réellement le souhait que de travailler, d’avoir des guitares, avoir une batterie live, une basse donc toutes ces choses font que le climat est un peu différent, mais en aucun cas une revendication, non.

Vous écoutez quoi en ce moment, comme musique ?

MF : J’écoute beaucoup Bob Marley, je me suis racheté « Hotel California » (des Eagles, nda), j’ai découvert ­ comme tout le monde, je pense ­ (Alanis) Morissette, que j’aime bien, « Harvest », Neil Young donc, que j’aime vraiment, vraiment beaucoup et je m’aperçois de plus en plus que, indépendamment de l’aspect musical, c’est la voix et la particularité d’une voix qui me touche énormément et c’est vrai qu’entre Neil Young et Bob Marley, ce sont des voix qui sont tellement…qui viennent d’ailleurs !

Diffusion de brefs passages de « Tomber 7 fois… », « L’Instant X », « Vertige », « Comme j’ai Mal » et « XXL », puis de « L’Instant X » cette fois en entier.

Quels souvenirs gardez­-vous de cette grande tournée que vous avez fait il y a six ans, maintenant ?

MF : Oui. Un grand souvenir. Je me souviens du public belge très, très bien. Je l’ai réellement en mémoire. Je sais pas…Un moment qu’on a une fois dans sa vie, parce que je crois que la première fois est la première fois. Si je dois refaire une scène, je ressentirai des choses différentes mais c’est de la même façon que quand on rencontre quelqu’un, la première fois, la première nuit, le premier moment est quelque chose d’absolument magique et qu’on ne peut pas vous enlever, donc c’est quelque chose d’assez étonnant.

Il faut être deux à un rendez­-vous, et là en l’occurrence le public était là, nombreux…

1995-07-dMF : J’ai beaucoup de chance, je le sais. Beaucoup, beaucoup de chance. J’ai eu beaucoup de monde mais ce qu’il y a de plus important, toute cette masse finit par ne faire plus qu’un aussi, donc c’était une attention qui était… Oui, c’est un beau cadeau de la vie, ça !

Quand pourra-­t-­on vous revoir sur une scène en Belgique ?

MF : Je n’ai pas la réponse moi-­même. Je préfère dire que je ne sais pas, parce que je pense que je ne sais pas, dans le fond ! Je ne sais pas…

Diffusion de la fin de « Je voudrais tant que tu comprennes » qui s’enchaîne avec « Eaunanisme » pour clore l’émission.

ISSU de RADIO 21 (Belgique) 21 OCTOBRE 1995

Publié dans Mylène 1995 - 1996, Mylène AU FIL DES MOTS, Mylène en INTERVIEW | Pas de Commentaire »

La romance de la renarde

Posté par francesca7 le 7 février 2016

1995-02-a

Entretien avec Anne-­Marie PAQUOTTE

A propos du titre de l’album, « Anamorphosée » : ­

Pour moi, ce mot exprime à la fois une perception plus large du monde et un moyen de rassembler toutes ces impressions, toutes ces sensations dans une seule image.

A propos des guitares, omniprésentes dans le nouvel album : ­

 Ce sont elles ici qui portent la violence, plus que les mots. ‘Violence’ n’est pas le mot juste : c’est plutôt d’énergie qu’il s’agit.

A propos du fait qu’elle a les bras grands ouverts dans le clip « XXL » :

­ Moi qui avais plutôt tendance à les fermer ! A propos de son goût pour la provocation : ­ Dans la vie comme en littérature, j’aime les personnages provocants. Ils sont le contraire de la tiédeur.

A propos du ton radicalement moins pessimiste de ce nouvel album : ­

C’est plus difficile de parler d’espérance que de partager le dégoût.

A propos du fait que le public pourrait ne plus la suivre : ­

Ma vie ne se résume pas à une chanson !

TÉLÉRAMA 28 OCTOBRE 1995

 

Publié dans Mylène 1995 - 1996, Mylène en CONFIDENCES | Pas de Commentaire »

Mylène : L’Alchimiste Entretien avec Thierry COLJON

Posté par francesca7 le 4 février 2016

1995-01-bAvant d’accepter de nous rencontrer, vous avez demandé à lire l’interview que vous nous avez accordée il y a six ans. (cf. « Le Soir » 12.10.1989, nda) Pourquoi ? ­

MF : Ca ne vient pas de moi, mais sûrement d’une personne qui travaille pour moi. Je ne peux donc pas vous répondre. Il y a trois ans, vous aviez refusé de nous rencontrer, ainsi qu’un confrère, parce que paraît-­il vous n’aviez pas apprécie nos comptes-­rendus du concert à Forest National.

 Aujourd’hui, vous voulez bien. Pourquoi ?

(Thierry Coljon fait allusion à une campagne menée par lui­-même et Rudy Léonet suite au refus de la chanteuse de se faire photographier sur scène pour dénoncer cette attitude, quoique commune à beaucoup d’artistes. En parallèle à cet entretien accordé par Mylène à Thierry Coljon, Rudy Léonet publiait une lettre ouverte à la star dans Télé Moustique pour une fois encore critiquer sa méthode de communication au titre qu’elle avait refusé qu’il participe à cette interview. Cette campagne a continué par la suite, toujours menée par ces deux journalistes, jusqu’à aujourd’hui encore sur le Tour 2009, nda.) ­

MF : J’ai cette faculté d’oublier le passé, à savoir des choses que je ne juge pas essentielles de retenir. En ce sens, je ne peux une fois de plus pas formuler de réponse. C’est le moment présent qui est important, c’est tout ce que je peux dire. Je n’ai donc rien à dire là­-dessus car je n’en ai pas le souvenir. Je ne peux pas être plus sincère que ça.

Venons-­en donc dans le vif du sujet : ce nouvel album mettant fin à un long silence entrecoupé d’un film, « Giorgino », qui a été un échec… ­ Un film qui a été un peu la nature de ce silence, tout de même, car celui qui a réalisé ce long-­métrage est aussi mon compositeur.

MF : L’échec a été plus difficile à vivre pour Laurent que pour moi puisqu’il est l’initiateur et le créateur de « Giorgino ». Moi, je n’ai retenu que l’expérience agréable du tournage. Après, on se dépossède de la chose. D’autre part, j’ai toujours en moi l’idée de l’échec. L’échec de « Giorgino » a été désagréable évidemment, mais de là à dire que ça a ruiné ma vie : en aucun cas. Si ce nouvel album ne doit pas marcher, j’en serai attristée ­ c’est normal ­ mais je ne suis pas attachée à cela. Je dédramatise les choses, c’est assez nouveau pour moi.

Si un disque ne marche pas, est-­ce que ça veut vraiment dire que vous n’êtes plus aimée ou simplement que ce n’était pas le bon moment ?

MF : C’est ce que j’ai essayé de décrire dans « L’Instant X », par exemple, où il y a toute cette concentration d’éléments qui font que quelque chose va ou ne va pas naître. Et puis, j’ai toujours pensé que si je devais m’effacer, je m’effacerais. C’est de la pudeur plus qu’autre chose.

 1995-01-c

Dans quelle mesure « Anamorphosée » découle­t­-il de « Giorgino » ? ­

MF :  Dès la sortie du film, moi, je suis partie aux Etats­-Unis et je suis restée là-­bas neuf mois. J’ai eu une coupure avec le monde d’avant. L’idée de prendre ses bagages, de n’avoir aucune racine, c’est assez nouveau pour moi. C’est la première fois, depuis les dix ans que je travaille, que j’ai ressenti ce sentiment de liberté, de vivre réellement. Vivre à Paris, ça me devenait insupportable ­ même si on est responsable de ça : il arrive un moment où on s’enferme dans ses propres névroses, ses propres angoisses.  Je finissais par m’enfermer et perdre quelque chose de fondamental : le succès vous isole, donc ça s’était accentué.

Vous êtes­-vous sentie à un moment agressée ? ­

MF : En aucun cas. La pression venait de l’intérieur, de mon regard sur l’autre. Etant de nature plutôt discrète, ou mystérieuse si vous préférez, je suis beaucoup moins exposée à une certaine presse, peut­-être aussi parce que j’évite de me mettre les seins nus au bord d’une piscine. Mais je ne fais pas de procès des artistes qui le font, les procédés de ces journaux à paparazzi sont de toute façon détestables. Ces gens-­là me poursuivent tout de même, plus facilement à Los Angeles qu’à Paris, parce qu’il y a l’exotisme. A Los Angeles, j’ai adopté un tout autre art de vivre. Je me déplace : bizarrement, je conduis là­-bas, mais pas ici. J’avais besoin de tourner la page. Si on a réalisé l’album là­-bas, c’est uniquement parce que j’y étais déjà. Laurent m’y a rejoint. En découvrant les photos signées Herb Ritts, la tentation est grande de faire un rapprochement avec Madonna.

Si on vous appelle la Madonna française, prenez­-vous cela pour un compliment ou une insulte ? ­

MF : Je pense d’abord qu’elle est une artiste courageuse et de grand talent, que je n’ai jamais rencontrée mais je crois qu’elle me connaît ­ c’est du moins ce qu’on m’a dit. Toutes les deux on a certainement en nous ce goût pour la provocation, d’évoquer des non-­dits et peut-­être cet intérêt pour l’image. Apparemment, c’est aussi une grande bosseuse et c’est vrai que j’aime assez le travail. Dans l’ensemble, les textes de cet album-­ci sont plus pudiques, moins provocateurs justement.

Vous y êtes plus allusive… ­

MF : Je crois que c’est une question de temps qui passe et d’un être qui change, en mouvement constant. Des choses fondamentales qui ont changé dans ma vie et ont engendré ces idées­-là. Je ne pense pas que ça soit une notion de pudeur mais d’un intérêt qui est autre, tout simplement.

LE SOIR (Belgique) 25 OCTOBRE 1995 

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6 MINUTES AVEC MYLENE

Posté par francesca7 le 22 juin 2015

 

1996-0225 MAI 1996 - M6

Le jour du lancement du Tour 96, une équipe de M6 Toulon Marseille l’y a rencontrée pour quelques images diffusées dans le 6 Minutes national, sous le titre : « Le retour ». On découvre alors, dès la première image,

Mylène en chemisier beige, assise dans le fauteuil orange du Tour 96, placé au centre de la scène.

Mylène Farmer : Traqueuse, mais heureuse. Heureuse de le faire en tout cas !

(en voix­off sur un extrait du clip « California ») Mylène Farmer a le trac. Et pour cause : elle n’est pas montée sur scène depuis huit ans. (sic) (sur des images de Mylène prenant place sur le fauteuil) Son retour, elle a décidé de le faire en grand : une tournée de dix ­neuf concerts. On connaît son goût pour l’image : derrière elle, ses musiciens et ses danseurs, il y a un écran géant de neuf tonnes.

MF : Il y a d’excellents musiciens qui m’entourent. J’ai de très, très bons danseurs. Ils viennent tous des Etats ­Unis, non pas parce que les danseurs français ne sont pas bons, mais tout simplement, j’avais envie d’un métissage donc c’est plus facile aux Etats­ Unis pour trouver ce métissage, cette différence de couleurs de peau. Je suis bien entourée.

(sur un extrait du clip de « California ») Mylène Farmer en tournée, ça commence ce soir, au Zénith de Toulon, avec M6.

 

SIDA, LE GRAND RANDEZ-VOUS

4 JUIN 1987 - Présenté par Jean-Marie CAVADA
ANTENNE 2

A l’époque diffusée sur Antenne 2, cette édition de « La Marche du Siècle » est exemplaire puisqu’il s’agit de l’une des toutes premières émissions en France en prime-time consacrée au Sida. A l’initiative de Line Renaud se sont réunis sur le plateau du débat de Jean-Marie Cavada un grand nombre d’artistes venu afficher leur engagement pour cette cause.
C’est le cas de Mylène qui, en cours d’émission, interprète « Au bout de la nuit ».
1987-09-aPlus tard dans l’émission, Jean-Marie Cavada fait réagir les différents artistes présents sur le plateau. Il se tourne donc, entre autres vers Mylène.

Jean-Marie Cavada : Mylène Farmer, ça vous apparaît aussi à vous la grande peur de la fin du siècle, le Sida ?
Mylène Farmer : Ca m’apparaît… ?! Je n’ai pas compris. 

JMC : La grande peur de la fin du siècle. 
MF : Ca transparaît en tout cas. Le fait que cette émission ait lieu, je pense que c’est quelque chose, oui, qui est très, très grave. C’est un fléau. Maintenant, que dire ? Moi j’ai côtoyé la mort de très près, j’ai vu une personne partir avec un problème de cancer. C’est quelque chose de dramatique et la vie est parfois une vaste plaisanterie. Voilà, je ne sais que dire…

Jean-Marie Cavada fait réagir ensuite Marc Lavoine. Mylène n’intervient plus jusqu’à la fin de l’émission. Notons toutefois qu’étant placée derrière Line Renaud et Jean-Marie Cavada, on la voit très, très souvent à l’image.

 

 

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MYLENE ET ENQUETE TELE

Posté par francesca7 le 22 juin 2015

 

TÉLÉ 7 JOURS 4 NOVEMBRE 1995

1995-05-cSon étrange confession Entretien avec Fabrice GUILLERMET

Vous avez appelé votre nouvel album « Anamorphosée ». Encore des jeux de déformation, de travestissement, la fuite de la réalité…

­ L’anamorphose est un phénomène optique qui rassemble les rayonnements épars. Ma perception de la vie s’est élargie. C’était le meilleur moyen de concentrer cette vision.

Qu’est­ce qui a élargi cette perception ?

­ Voyager. En voyant d’autres choses, d’autres gens, d’autres pays, j’ai enfin accepté la vie. Je suis moins hantée par la vie. Je suis apaisée à l’idée qu’il y ait une vie après la mort. L’idée de la mort m’a longtemps attirée, impressionnée et oppressée. Aujourd’hui, je me suis libérée de cette hantise.

Accepter la vie en acceptant la mort est une chose, s’accepter soi­même en est une autre…

­ Cela fait partie du même mouvement : un long chemin, une façon de relativiser…

Dans votre manière de vous protéger, vous pourriez donner l’impression de vivre hors du monde, entre limousines, suites d’hôtels et villas…

­ Je suis partie de Paris pour avoir une sorte de perte d’identité. A Los Angeles, personne ne me connaît. En me promenant dans la rue en toute liberté, j’ai réveillé des sens que je croyais avoir oubliés. J’étais atrophiée.

Je suis allée là­bas parce que j’avais à la fois besoin d’atmosphère urbaine et d’espace. Île déserte et cocotiers ne me conviennent guère !

Qu’est­ce qui vous était devenu insupportable, ici ?

­ L’idée de l’enfermement, justement, que je m’étais imposé et que mon métier entretenait.

Et ce rapport exclusif que vos fans ont avec vous ?

­ Je ne me suis jamais sentie agressée, mais j’ai du mal à comprendre qu’on puisse m’attendre des journées entières, voire des nuits, devant ma porte. Comment répondre à cette attente ? L’enfermement étant dans ma nature profonde, je me confinais dans cet univers très clos.

Dans l’image que vous avez peaufinée avec Laurent Boutonnat, ces photos tellement surexposées qu’elles n’impressionnaient pas vos traits, n’y avait­il pas le désir d’être transparente, absente ?

­ Sûrement plus qu’une simple volonté esthétique. J’ai toujours en moi le conflit entre l’ombre et la lumière… Quels rapports entretenez­vous avec votre corps ? Vous trouvez­vous bien dans votre peau ?

­ C’est une question pour la rubrique ‘Santé’ ! Plus sérieusement, sur le chemin de l’équilibre, je bascule encore vers l’angoisse. Je ne me suis jamais trouvée jolie, cela ne change pas. A force de ne pas s’aimer, on se ferme aux autres.

Vous avez donc décidé de vous aimer ?

­ De m’accepter et de ne plus me concentrer sur moi­même.

Vous avez souvent évoqué la psychanalyse. Sans sauter le pas ?

­ Je crois avoir fait toute seule un chemin qui s’en approche.

Dans ce chemin, y a­t­il l’aide de Laurent Boutonnat ?

­ Certainement, mais je crois qu’il faut être seul à un moment donné. C’est plus un monologue qu’un dialogue.

Evidemment, Laurent est présent dans ma vie, dans ma vie de tous les jours. Sa présence m’est très importante.

Vous avez tous les deux presque le même âge. Pourtant, dès votre rencontre il a tenu le rôle du mentor, voire du Pygmalion…

­ La seule évidence dans notre rencontre est une chance réciproque qui ne s’est jamais démentie. Sa force est d’avoir une caméra dans la tête qui façonne sans cesse des images. Il n’écrit pas seulement les musiques de nos chansons !

Jamais vous n’avez travaillé séparément, jamais une infidélité. Aucune lassitude ?

­ Aller voir ailleurs ne m’a même pas effleurée !

Dans une des chansons de l’album, vous évoquez le Prozac. Est­ce que les antidépresseurs vous accompagnent ?

­ Je n’en ai jamais absorbé. Je vais m’en tirer par une pirouette : ça a été juste l’occasion d’un jeu de mots.

1995-05-bEt dans « California » : ID, LAPD… N’y a-­t­-il pas du snobisme dans ces allusions indéchiffrables pour qui ne connaît pas Los Angeles ?

­ Au contraire ! J’espère que les gens s’amuseront à aller chercher. C’est ludique !

Votre goût des jeux de mots, comme « Eaunanisme », une autre chanson, c’est un plaisir ancien ou solitaire ?

­ J’aime les mots depuis toujours, leur sonorité et m’amuser avec, voilà tout !

Un côté enjoué que vous nous aviez caché ?!

­ Ma manière d’évoquer la joie n’est peut­être pas décodable facilement. J’ai en moi de l’humour, plus que de la joie.

Pour défendre cet album, on ne vous verra pas à la télé, ou alors très peu, peut­être dans Fréquenstar sur M6. (si Mylène fera plusieurs apparitions à la télévision pour défendre son nouvel album, on ne la verra pas à Fréquenstar, nda) Est­ce encore le besoin de se faire rare ?

­ Rencontrer les médias est un exercice qui m’est toujours aussi difficile, et puis la télévision est de plus en plus anecdotique et inintéressante. Je n’ai pas la prétention de me prétendre au­dessus de cela, mais si je vais à une émission, je veux toujours y trouver mon intérêt.

Sur quoi êtes-­vous le plus critique ?

­ Le clonage, cette tendance à la multiplication des mêmes images et des mêmes propos, et le cynisme. L’invité devient de plus en plus le faire­-valoir de l’animateur. Je la regarde de moins en moins. Depuis mon retour à Paris, seuls les programmes de la chaîne Planète m’intéressent vraiment.

Apparaissant tout à tour mystérieuse puis dévoilée, navigant dans l’ambiguïté, êtes­vous vous­même ambiguë ?

­ Prenons l’exemple d’une relation amoureuse : le non-­dit, une certaine ambiguïté, l’idée de secret me paraissent essentiels pour sa réussite. Et puis, que voulez­vous ? Oui, cela est dans ma nature !

Face à un problème, êtes­-vous hésitante ?

­ Je suis intuitive, même si je prends le temps de réfléchir. Les doutes font aussi partie de moi, pas l’hésitation.

Êtes-­vous indépendante ?

­Je le pense, mais j’ai besoin de l’autre : on apprend toujours de l’autre. Une solitude permanente m’est impossible.

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DU DISQUE A LA DEMANDE POUR MYLENE

Posté par francesca7 le 4 juin 2015

 

NRJ du 31 MAI 1996

 

JOURNALISTE(S) : FREDERIC BESSE

 

téléchargement (3)Fait rarissime dans sa carrière, Mylène Farmer donne une interview en direct quelques minutes avant d’entrer en scène, ici le soir de la première représentation du Tour 96 à Bercy (dont NRJ est partenaire).

Il faudra attendre son deuxième Stade de France en 2009 pour assister à nouveau duplex en direct.

Bonsoir à tous. Nous sommes donc ici à Bercy, où dix-sept mille cinq cents personnes se sont donné rendez-vous pour ce premier concert parisien de Mylène Farmer. Mylène a eu la gentillesse de nous ouvrir les portes de sa loge, elle doit monter sur scène dans quelques minutes. Elle est à nos côtés. Mylène, bonsoir !

-Bonsoir.

Tout d’abord, merci de bien vouloir se prêter au jeu du direct. Ma première question, c’est qu’attendez-vous de ces retrouvailles avec le public parisien ? J’imagine que ce premier concert au Palais Omnisports de Paris-Bercy constitue un des moments forts, un des temps forts de votre tournée…

-Je considère chaque date comme très importante : Bercy comme Toulon, comme toutes les villes de France. Qu’est-ce que j’attends ? Une formidable émotion, j’espère.

Quels sont les grands souvenirs que vous conservez de vos différentes performances à Bercy ?

-Je crois que j’ai à peu près tout effacé, si ce n’est le souvenir de regards, de visages.

Au fil du temps, avez-vous le sentiment d’être devenue une véritable bête de scène ? C’est en tout cas l’argument qu’avancent vos plus grands fans !

-Non, je ne peux pas répondre ! (rires) En tout cas parler de moi en ces termes. En tout cas, j’ai un vrai, vrai, vrai plaisir que de monter sur scène.

Beaucoup de personnes qui nous écoutent en ce moment n’auront peut-être pas la chance de vous voir sur l’une des dates de votre tournée, alors j’aimerais que vous nous expliquiez un peu comment se constitue cette tournée, comment ça se passe sur scène et comment vous définissez cette formidable scène qui a été mise en place avec je crois dix-sept personnes sur scène…

-Oui, il y a donc dix-sept personnes, il y a beaucoup de musiciens, il y a huit danseurs qui viennent de New York pour la plupart –avec un danseur français tout de même ! (sourire) Que puis-je vous dire ? Vous parler d’un écran, un écran géant qui fait 55m² et que j’utilise à la fois pour habiller les chansons avec beaucoup d’images abstraites, et ça c’est le travail d’une équipe qui m’a beaucoup aidée pour ça, et également qui pourra projeter ce qui se passe sur scène, des images lives. Il y a après des surprises dans le spectacle, beaucoup de mouvement et j’espère un peu de joie ! (rires)

Je crois qu’il est très important de préciser que le spectacle que les gens vont voir ce soir à Bercy est exactement le même point par point que celui que les gens vont voir en province. Est-ce que pour vous il est important de pas faire de privilégiés, comme ça ?

-C’est en tout cas le souhait et, si je puis dire, j’ai imposé et je n’ai pas eu grand mal parce que Thierry Suc, donc qui est le producteur du spectacle, est d’accord avec moi. J’avais envie effectivement, si je présentais un spectacle, je voulais présenter le même pour tout le monde.

Près de six cent mille exemplaires de l’album « Anamorphosée » ont été vendus. Comment expliquez-vous cette espèce de mysticisme de vos fans qui caractérise à chaque fois votre carrière -enfin, l’évolution de votre carrière ? C’est un petit peu délicat…

-Je ne sais pas. Là encore, je vais vous décevoir : je ne m’explique pas tout et je n’essaye pas, dans le fond, d’expliquer. J’essaye de recevoir, c’est tout. (sourire)

Dans quelques minutes, vous êtes sur la scène de Bercy. Quel contact, quel rituel aimez-vous instaurer avec votre public ? Est-ce que vous aimez vraiment rentrer en communion avec eux, qui connaissent à chaque fois chacune de vos chansons ?

clip-california-02-Rentrer en communion, je crois que ça se fait relativement naturellement quand j’ai la chance d’avoir le public que j’ai. C’est vrai qu’il chante toutes les chansons tout au long du spectacle, donc il y a fatalement quelque chose d’assez fort qui se passe.

Voilà, on va laisser Mylène se préparer tranquillement dans sa loge, parce que là il est 21h05 et donc dix-sept mille cinq cents personnes attendent avec impatience de voir Mylène. Je vous rappelle qu’elle va monter sur scène d’ici très, très peu de temps. On la remercie d’avoir très gentiment voulu se prêter au jeu du direct en notre compagnie.

-Merci, au revoir.

Merci, Mylène.

Diffusion de « California » pour clore la séquence (on entend Mylène tousser alors qu’est lancée l’intro de la chanson)

Publié dans Mylène 1995 - 1996, Mylène AU FIL DES MOTS, Mylène et ses longs discours | Pas de Commentaire »

DU XXL pour MYLENE FARMER

Posté par francesca7 le 4 juin 2015

 

MUSIQUE PLUS (QUÉBEC) 5 OCTOBRE 1996

JOURNALISTE(S) : GENEVIEVE BORNE

images (1)3 juin 1996. Entre deux dates du Tour 96, la chaîne musicale québécoise Musique Plus enregistre un entretien avec Mylène Farmer dans un salon de l’hôtel Costes, dans lequel s’est installée Mylène le temps des représentations parisiennes du spectacle.

Une version plus longue de cette interview incluant davantage d’extraits du spectacle sera diffusée près d’un an après, en septembre 97, lors de la sortie de l’album « Live à Bercy » au Canada.

Geneviève Borne : Bienvenue à cette émission spéciale qui met en vedette Mylène Farmer. Mylène Farmer est une méga star en France. Elle fascine les gens et tout au long de sa carrière, elle s’est entourée de mystère, elle a accordé très peu d’entrevues et ça, c’est une facette d’elle que ses fans apprécient beaucoup. Et malgré l’image très forte qu’elle projette dans ses vidéoclips, c’est une jeune femme très discrète et très timide que j’ai rencontrée à Paris. J’ai tenté de percer le mystère Mylène Farmer.

On voit alors des images de Mylène assise, prête pour l’interview. Elle porte une large et longue jupe d’un marron doré et un petit top noir recouvert d’une chemise claire transparente.

GB : Mylène, bonjour.

Mylène Farmer : Bonjour.

GB : J’ai beaucoup aimé ton spectacle. Il y avait plusieurs éléments : il y avait un groupe grunge, il y avait des images tirées directement de raves, il y avait des chorégraphies très dance. Ça faisait très années 90 : on prend un peu de tout ce qu’on aime, on mélange tout ça, et puis…Faut savoir bien le faire ! Est-ce que ça a été un grand défi de marier tout ça ?

MF : Non, du tout. Presque naturel. J’ai fait appel à une équipe créative quant aux images et je leur ai demandé, pour ne parler que des images, de l’abstraction pour habiller toutes les chansons. Quant aux chorégraphies, j’en ai fait quelques-unes ; j’ai fait appel également à un chorégraphe français, qui est également sur scène, qui est un des danseurs (Christophe Danchaud, nda), de travailler sur certaines chansons. Et puis, ma foi, tout le reste, c’est…

GB : Alors, tous ces styles-là te plaisent ?

MF : Si tant est que je voulais que ce soit un spectacle qui soit agréable pour les gens, étonnant, et assez complet.

GB : On t’a vue, sur scène, arriver dans une araignée, sur plusieurs des t-shirts vendus au spectacle, il y avait une araignée, tu as écrit aussi une chanson, « Alice », qui parle d’une araignée : qu’est-ce que ça représente l’araignée ?

MF : (rires) Quand j’ai évoqué l’araignée, que j’ai eu envie d’écrire sur cette petite Alice, je pensais à la face, au visage noir de l’artiste, ce que peut ressentir l’artiste, l’autodestruction de l’artiste, donc cette envie de dire à cette araignée de s’effacer, de partir. Voilà. Maintenant, est-ce que tout le monde a compris ça ? C’est pas très, très grave dans le fond. J’avais envie d’évoquer une araignée, donc voilà ! (rires)

GB : J’ai remarqué aussi que tu as changé beaucoup les arrangements de tes chansons : c’est plus rock.

MF : Oui. Il y a plus de guitares, c’est plus ce qu’on appelle ‘live’, moins d’instruments synthétiques.

GB : C’est l’influence de la Californie ou tu commençais déjà avant à aimer le rock davantage ?

images (2)MF : Je crois que j’ai toujours aimé les guitares. Maintenant, je pense qu’il faut parfois du temps pour y venir. Mon passage aux Etats-Unis a dû influencer, inconsciemment en tous cas.

GB : Tu as passé beaucoup de temps à Los Angeles ?

MF : Près d’un an.

GB : Tu avais besoin de partir de Paris ?

MF : Oui.

GB : Pourquoi ?

MF : Des moments, comme ça, dans sa vie où on veut s’échapper d’une normalité, de choses qui sont routinières, donc envie de partir, du voyage.

GB : Tu as pu vivre l’anonymat à Los Angeles ?

MF : Oui.

GB : Ça t’a apporté beaucoup…

MF : Ça apporte toujours : on se restructure, oui, d’une certaine façon parce qu’il y a des passages, comme ça, dans sa vie d’artiste, où on a besoin, oui, d’être isolée, d’être loin de son métier, si je puis dire, de son identité, en tous cas, de chanteuse ou…

GB : Est-ce que ta façon de voir ton métier a changé ?

MF : Non, c’est toujours la même. Je ne me prends pas au sérieux, mais essaie de faire les choses très sérieusement. J’ai toujours la même distance d’avec ce que je fais, malgré tout.

GB : Mais ta façon de voir la vie a changé par contre ?

MF : Elle est plus sereine, peut-être, aujourd’hui, un peu plus tendre.

GB : Tu as dit que tu avais réussi finalement à apprivoiser la mort. Tu étais très hantée par la mort dans le passé. À quel point ?

MF : Au point de se lever tous les matins et d’envisager sa mort, ou la mort du voisin, ou de ses proches. J’avoue que c’est quelque chose, oui, qui me hante moins, qui m’intéresse toujours autant en revanche.

GB : Tu crois maintenant qu’il y a une vie après la mort ?

MF : Je ne suis pas aussi définitive. J’essaie de l’envisager, en tout cas.

GB : Et ça, ça rassure un peu ?

MF : Ça aide en tous cas à vivre sa vie de… Enfin ces moments présents, oui. (sourire)

GB : Tu as rarement accordé des entrevues. À défaut de parler de toi, tu as fait beaucoup parler de toi. Est-ce que tu l’assumes ? Est-ce que tu l’as toujours assumé ?

MF : Non, je n’aime pas parler de moi, j’ai du mal. J’ai du mal. Maintenant, je sais que c’est important aussi pour… Je crois que je me dois, à un moment donné, dans le fond, de parler de moi puisque les gens s’y intéressent un petit peu, donc j’essaie de me faire violence et de faire un effort. (sourire)

GB : Tu préfèrerais être plus discrète ?

MF : Je le suis, de toute façon mais, là encore, c’est plus par pudeur. J’ai l’impression de dire suffisamment au travers de mes textes.

GB : Dans plusieurs des tes vidéoclips, tu te transportais dans une autre époque. Est-ce que tu as le sentiment que tu aurais aimé vivre à une autre époque ?

MF : Non. Je crois que c’est simplement l’idée du costume et essayer justement d’apprivoiser d’autres époques. Maintenant, une nostalgie d’époques que je n’ai pas connues, non, en aucun cas.

GB : Plusieurs de ces anciens clips-là étaient parfois choquants ou avaient une sexualité explicite, tout ça. Est-ce que, consciemment, tu voulais provoquer ou c’était l’idée du réalisateur ?

MF : Non, parce qu’un texte est un texte, donc le texte c’est moi qui l’écris. Maintenant, c’est vrai que j’ai travaillé avec Laurent Boutonnat sur les clips et nous avons beaucoup parlé sur chaque clip, chaque histoire, ce qu’on avait envie d’exprimer. Quant à l’idée de choquer, non c’est quelque chose qui vient, dans le fond, après. C’est plus le spectateur qui va être ou non choqué. L’idée de provocation…J’aime l’idée du non-conformisme par exemple. Maintenant, provoquer pour provoquer n’a aucun intérêt.

GB : Pour vous deux, pour Laurent et toi, une bonne occasion de mettre en valeur vos talents d’actrice et de réalisateur…

MF : Ça, je peux parler pour lui en tous cas (sourire). C’est un excellent réalisateur. C’est quelqu’un qui aime l’image, qui a une jolie narration. J’aime son travail, en tout cas.

GB : Le premier film que vous avez fait ensemble n’a pas eu l’accueil que vous espériez. Quelle leçon tu as tiré de cette aventure-là, de « Giorgino » ?

images (3)MF : De leçons, aucune parce que j’ai toujours envisagé ou l’échec de quelque chose, ou en tous cas son incompréhension, donc une leçon de vie, en aucun cas parce que je crois que j’espère avoir en moi une humilité quant à un travail fait et quant à un résultat envisagé. Maintenant, une déception, certainement oui.

GB : Est-ce que ça t’a pas enlevé l’envie de faire du cinéma quand même ?

MF : Non parce que, là encore, il faut relativiser. Je sais que, essayer de parler d’autre chose que de mon film à moi, il y a tellement de films ou de livres qui sont des livres et des films formidables mais qui ne rencontrent pas leur public. Je pense qu’il y a des moments comme ça qui sont mal programmés.

GB : Est-ce que tu crois au destin ? Est-ce que tu étais prédestinée à faire ce métier-là ?

MF : Je crois à des choses. Est-ce qu’on peut parler de destin, des choses qui vous sont apportées ? Mais après c’est à vous de faire tout le travail, c’est à vous de construire ou de détruire. Donc est-ce que tout est écrit ? En aucun cas, non.

GB : Est-ce que tu as trouvé que la façon de travailler des américains était très différente de celle des français, au moment de faire l’album, au moment de tourner des vidéoclips ?

MF : Je crois qu’ils ont un professionnalisme qui est très étonnant, très performant. Ce sont des gens qui discutent beaucoup avant, qui peuvent discuter après, mais pendant, ils sont là et sont là pour travailler et pour donner le maximum donc ça, c’est peut-être une caractéristique qui est assez étonnante chez eux.

GB : J’aimerais parler de tes plus récents vidéoclips, donc celui pour « XXL », qui a été réalisé par Marcus Nispel : tu te retrouves en figure de proue devant une locomotive. Tu étais réellement sur une locomotive en mouvement ?

MF : Attachée au train, oui.

GB : Ça faisait peur ?

MF : C’est impressionnant, mais surtout sur le dernier plan : c’est un plan très, très large, et là j’étais vraiment seule sur le train, avec des caméras qui étaient très éloignées, et le train prenait réellement de la vitesse. Là, c’est toujours très impressionnant (rires) ! Sinon, j’aime bien l’idée du challenge à chaque fois, sinon je m’ennuie.

GB : Et pour « L’Instant X », ça a été fait à New York ?

MF : Ça a été fait, je crois, en studio à New York, oui. Et là, j’étais plongée dans un bain de mousse, donc c’était plus statique.

GB : Tu t’es impliquée pour le concept de ces vidéoclips-là ?

MF : Oh oui, toujours. Toujours, oui. Je ne peux pas envisager ni de faire ce métier ni de me propulser quelque part sans en, non pas tirer les ficelles, parce que ce n’est pas une très jolie image, mais en tout cas être partie totalement prenante.

GB : Et pour « California » ?

MF : Là, j’ai eu envie de faire appel à ce réalisateur, Abel Ferrara. J’avais envie de jouer une prostituée et, ma foi, il a répondu oui donc c’est une belle aventure pour moi !

GB : Il y a un flash-back, puis on te voit toi avec les petits cheveux courts comme tu avais à l’époque aussi…

MF : Oui, oui. Non, ce pourrait être la version 90 de Libertine, son évolution ! (rires)

GB : Une autre chose qui m’intrigue, c’est que, dans les entrevues que j’ai lues, tu disais régulièrement que tu te trouvais pas nécessairement jolie, alors que tu es une très jolie fille, que tu ne t’aimais pas beaucoup non plus, souvent. C’est tout un paradoxe : ça doit être difficile d’être constamment sous les projecteurs quand on a ces sentiments-là…

MF : Oui, mais, là encore, je ne vais pas combattre ce paradoxe, il fait partie de moi. Il fait partie de, je crois, de la vie d’un artiste tout simplement. On a ses moments d’ombre, ses moments de lumière. Que de ne pas s’aimer ou totalement s’aimer et que d’avoir envie d’être sous ces dites lumières, je crois que c’est tout à fait envisageable.

GB : Au tout début, au départ, tu voulais être comédienne, au départ. Alors, la chanson, c’était venu un peu par accident. C’est devenu un amour plus important aujourd’hui ?

MF : En tout cas, j’ai eu la chance que d’avoir et Laurent Boutonnat pour le clip et juste l’idée du clip, tout simplement, pour la promotion d’une chanson donc, dans le fond, ça a comblé un vide que j’aurais pu ressentir. Maintenant, un clip n’est pas un long métrage : j’en ai fait un et maintenant, c’est quelque chose que j’aime profondément faire, mais qui n’est plus de l’ordre de l’obsession.

GB : Tu fais des dessins ?

MF : Oui.

GB : Ça fait longtemps ?

MF : Non, j’ai découvert ça réellement sur l’enregistrement de l’album, quand j’étais à Los Angeles, dans des moments -des moments quoi d’ailleurs ? Je ne sais pas ! (rires) Où je devais m’ennuyer, j’ai commencé de prendre mon crayon et de dessiner.

GB : Mais est-ce que tu savais que tu pouvais bien dessiner comme ça ?

MF : Non, mais c’est encore très… (rires) Je n’ai pas un grand, grand talent pour ça, mais j’aime bien le faire.

GB : Quand tu regardes l’ancienne image, la Mylène des clips d’avant, est-ce que tu te reconnais encore ? Est-ce que tu t’identifies encore à cette image-là ?

MF : Oui. D’abord, je ne me regarde pas, c’est plus simple ! (rires) Mais, bien sûr, ça a été une parcelle. Il y a des choses qui sont toujours là, qui sont en moi. Maintenant, j’ai changé, et c’est normal. Le temps nous change.

GB : Dans les dernières années, tu as vécu beaucoup de changements : tu as apprivoisé la mort, tu as changé un peu de style musical, de look, tu as vécu dans une autre ville, donc beaucoup, beaucoup de changements. Ce serait quoi le changement que tu aimerais faire encore ? Quelque chose chez toi que tu aimerais changer, ou quelque chose dans ta vie…

MF : Je ne sais pas. Je laisse la vie m’apporter ce genre de choses. Je crois que je suis déjà assez gâtée.

Diffusion d’un micro-trottoir très enthousiaste à la sortie de Bercy.

GB : Est-ce qu’on va avoir la chance de te revoir au Québec ?

MF : Je suppose que je vais y aller, oui.

GB : En spectacle ?

DU XXL pour MYLENE FARMER dans Mylène 1995 - 1996 220px-XXL_%28Myl%C3%A8ne_Farmer_single_-_cover_art%29MF : Si je peux amener le spectacle, et tout le spectacle, je viendrai. Maintenant, c’est une structure qui est très, très lourde -l’écran est géant. Donc l’idée…C’est pour ça qu’en province j’ai fait peu de dates, parce que je voulais amener tout le spectacle que j’ai présenté à Paris Donc, pour le Canada, si on me dit ‘On peut emmener toute la structure, tout le spectacle’, je le ferai, avec plaisir. (ce projet ne se concrétisera malheureusement pas, ni pour les spectacles suivants bien qu’évoqué pratiquement à chaque fois, nda)

GB : À ton spectacle, samedi soir, tu regardais le visage des gens qui étaient devant toi et tu as dit ‘J’ai les plus beaux visages devant moi’. Moi, je peux pas imaginer qu’est-ce que c’est d’avoir des regards comme ça. Qu’est-ce que tu voyais ?

MF : Des regards. Là encore, c’est des personnes qui vous écoutent et qui vous donnent au travers de leur sourire, de leur regard ou de leur émotion, donc c’est quelque chose. Ça, c’est des cadeaux qui sont très étonnants, très uniques en tout cas.

GB : Tu es heureuse maintenant ?

MF : J’aime ce que je fais. Au jour d’aujourd’hui, j’aime profondément ce que je fais. J’aime le spectacle que je fais, j’aime la rencontre d’avec le public. Donc oui, au jour d‘aujourd’hui, oui !(sourire)

Le générique de fin commence aussitôt

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UNE MYLENE A L’AMERICAINE

Posté par francesca7 le 31 mai 2015

 

FRANCE SOIR du 30 MAI 1996

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JOURNALISTE(S) : RICHARD GIANORIO

Au lendemain de la première représentation du Tour 96, le 25 mai 1996 à Toulon, Mylène reçoit dans un salon du Zénith Oméga plusieurs journalistes de la presse nationale et régionale pour un entretien unique qui servira à alimenter des articles pour chacun des journaux représentés, dans une démarche similaire à ce qui avait été fait suite à la projection de presse de « Giorgino » en 1994.

En l’absence d’un enregistrement de cet entretien, nous faisons le choix de référencer chacune des parutions utilisant celui-ci, parfois partiellement, parfois plus longuement, et ce malgré quelques doublons dans les questions-réponses d’une référence à l’autre.

Après un long séjour dans l’androgynie, vous affichez enfin une féminité triomphante…

-Je n’ai plus peur de le dire : je suis une femme, enfin ! Par exemple, je m’imagine mal chanter « Plus Grandir » aujourd’hui. On m’avait toujours affirmé que la période 30-35 ans serait la plus belle, et c’est le cas !

Cela correspond-il à un épanouissement sexuel ?

-(elle rit puis elle rougit) Sûrement !

Vous apparaissez à demi nue en ouverture du spectacle. De la provocation ?

-Je ne le vois pas de cette façon. Pour moi, c’est l’évocation de la naissance et de la pureté comme la Vénus de Botticelli, mais je comprends qu’on puisse l’interpréter d’une façon plus sexuelle.

N’est-ce pas terrifiant pour vous si introvertie de vous exhiber de cette façon ?

-Au contraire, c’est beaucoup plus facile. La nudité n’est embarrassante que devant l’homme qu’on aime, ou sur un tournage lorsque toute l’équipe est à proximité. Mais sur scène, il y a cette distance qui fait qu’on n’y pense pas.

Vous exposez-vous pour mieux vous dérober ?

-Probablement. Là où j’ai l’impression de me dénuder vraiment, c’est dans les moments d’émotion.

Dans le clip de « California », réalisé par Abel Ferrara, vous jouez à la pute. A l’image, vous êtes souvent malmenée sexuellement. Du plaisir dans l’avilissement ?

-Dans la débauche, plus exactement ! (rires)

On a l’impression que votre univers se rapproche doucement de celui de Madonna…

-La comparaison est inévitable : je suis une chanteuse, j’ai des danseurs, je fais un show délibérément ‘à l’américaine’. Madonna est une personne de talent, non ?

Comme elle, vous possédez ce don de vous réinventer à chaque fois…

-J’ai cette chance, parce que j’aurais pu glisser facilement sur la mauvaise pente, celles des névroses, des obsessions et de l’autodestruction. J’ai vraiment connu l’isolement et l’enfermement : j’étais entourée mais seule.

Est-ce que l’échec de « Giorgino » a marqué la fin d’un cycle ?

-Oui, la fin d’un cycle de sept ans, comme par hasard. Le film représente pour moi symboliquement une deuxième naissance. J’aurais pu m’apitoyer sur cet échec, j’ai choisi de ne pas le faire. Cela a été libératoire. J’ai mis un terme à l’autodestruction, je vais bien.

imagesLa peine n’est donc plus votre amie, comme vous le chantiez naguère ?

-C’est un sentiment que je continue d’aimer, mais il y en a d’autres. L’amour, par exemple, est fondamental. J’ai appris le partage, le partage à deux : accepter de recevoir, aller vers l’autre, accepter de me faire aimer, parce que donner est tellement plus facile que recevoir…

On vous sent plus accessible, plus humaine aussi…

-Oui, même si je ne vais pas non plus me donner en pâture. Mais c’est vrai, j’ai accepté la vie, mais je ne porte plus mon passé comme un fardeau. Je suis plus légère.

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MYLENE ET LES ENFANTS DE LA GUERRE

Posté par francesca7 le 31 mai 2015

 

TF1 du 27 NOVEMBRE 1996

 

hqdefaultJOURNALISTE: JULIEN COURBET

 

Mylène Farmer apparaît dans ce grand show de prime time autour de Luciano Pavarotti qui parraine War Child, un réseau d’associations qui viennent en aide aux enfants touchés par la guerre à travers le monde pour interpréter « Rêver » et répondre aux questions de Julien Courbet très brièvement en raison d’un triste évènement qui a bouleversé le déroulement de l’enregistrement de l’émission : avant d’arriver sur le plateau, Mylène vient en effet d’apprendre le décès d’un proche.

Après avoir interprété son dernier single en date dans la robe lamée qu’elle porte sur scène pour la même chanson et entourée de musiciens différents de ceux qui l’accompagnent sur scène, Mylène rejoint le canapé où l’animateur se trouve aux cotés de Luciano Pavarotti sous les applaudissements du public (dont une partie est composée de membres du Mylène Farmer International Fan Club).

Mylène Farmer : Merci beaucoup.

Julien Courbet : Mylène, cette chanson était de circonstance, « Rêver », quand on voit -alors on a vu ensemble il y a quelques instants, avant le démarrage de cette émission, le reportage qui va suivre, puisque nous allons maintenant parler des orphelins des Enfants de la Guerre. Quand vous avez vu ce reportage, Mylène, vos premières pensées, ça a été quoi, de voir tous ces enfants sans parents ?

MF : D’abord une grande émotion, bien sûr. Manque de mères, manque de femmes autour d’eux. Et surtout, je voudrais dire que je crois que c’est une très belle idée que d’associer la musique à cette douleur, à ce manque donc je suis toute avec eux. (sourire)

JC : En tout cas, c’était bien que vous soyez avec nous ce soir, Mylène.

L’émission continue alors sans que Mylène n’intervienne plus. Elle quitte en effet le studio aussitôt après, ce qui provoque la colère des nombreux fans qui avaient fait le déplacement spécialement pour la voir et à qui on avait promis une présence en plateau plus longue. C’est Mylène elle-même qui donnera pudiquement la raison de ce changement de planning au responsable du fan-club lors de son départ.

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MYLENE ATTENTION FRAGILE

Posté par francesca7 le 29 mai 2015

PARIS MATCH 30 MAI 1996 

JOURNALISTE DANY JUCAUD

 

mylene-farmerCette interview a été réalisée à Los Angeles pendant les premières répétitions du Tour 96.

 

Vous remontez sur scène pour la première fois depuis sept ans. Pourquoi une si longue absence ?

-Je suis toujours très longue à me décider ! D’abord, il y a eu « Giorgino » : entre l’écriture, le tournage, le montage… 

Et le naufrage…

-…il s’est passé beaucoup de temps. Je suis allée me ‘ressourcer’ en Amérique. A Paris, je tournais en rond. À force de vivre dans l’éternel même cercle, on ne voit plus que son nombril. Disons que j’avais besoin de m’oublier –ça prend du temps ! Le ciel plombé, tous les jours, au sens propre comme au figuré, à la longue ça joue sur le moral. J’ai toujours en moi l’idée du voyage, de nouvelles rencontres. Je ne peux trouver mon inspiration que dans l’idée de liberté.

 

Vous passez votre vie à essayer de vous cacher, à fuir. Comment peut-on à la fois rechercher l’ombre et aimer les projecteurs ?

-J’ai viscéralement besoin de cette lumière, mais est-ce que je ne vis que pour ça ? Je ne sais pas. Sur scène, je ne connais pas que des moments d’extase, pourtant c’est magique. La scène est un vertige qui vous porte vers le haut. J’aime son côté sensuel, foudroyant. C’est comme un orgasme !

 Quel regard vous portez-vous ?

-Avec le temps, un regard plus tolérant mais pas amical. J’ai toujours été mon pire ennemi. 

Vous arrive-t-il de douter de votre talent ?

-Bien sûr. J’ai toujours été rongée par le doute et par mes névroses. Longtemps, ça m’a empêchée d’affronter la vie. Le doute est toujours là, mais depuis que j’ai appris à admettre mes défauts, ils ne m’empêchent plus de créer. J’accepte enfin l’idée du temps qu’on ne peut pas retenir. On nous a élevés en nous disant que notre passé fait partie de nous, qu’il fallait vivre avec. On nous plante des fourchettes dans le dos en nous disant ‘Attention à votre futur’. Que faire ? J’ai toujours l’impression d’être sur le fil du rasoir… 

Vous cultivez avec délice l’ambiguïté : toujours moitié victime, moitié bourreau…

-Pourquoi me faire sans arrêt des procès d’intention ? Si je ne veux pas donner la clé des choses, c’est mon choix. Je préfère me montrer insensible qu’‘abîmée’. Je n’ai pas à me justifier, ou alors c’est moi qui le décide. Je me laisse porter. 

Vous entretenez un côté Garbo. On a parfois l’expression que vous exploitez votre mal de vivre à des fins commerciales…

-Par nature, j’aime la discrétion. Si je donne peu d’interviews, ce n’est pas par calcul mais simplement parce que je ne sais pas bien parler de moi. Quand on fait ce métier, il faut savoir donner au public, ce qui ne veut pas dire se jeter en pâture. Je me fiche du qu’en-dira-t-on, pourtant j’ai tendance à vouloir tout contrôler. J’accepte cette contradiction. S’il y a un procès à faire, je préfère le faire à mon encontre que de me dire après ‘Si j’avais su…’. 

Dans votre dernier clip, mis en scène par Abel Ferrara, vous jouez une prostituée. Le sexe, la violence, tout ça sur fond d’Amérique : c’est quand même très racoleur…

-C’est mon idée. Elle me trottait dans la tête depuis longtemps. La liberté, pour moi, ça peut être une pute qui fait le trottoir sur Hollywood Boulevard. Je voulais en savoir plus avant de tourner, je les ai rencontrées : certaines m’ont dit qu’elles prenaient un vrai plaisir à faire ce métier. 

Vous aimez cette indécence ?

-Oui. J’avoue moi aussi que j’y ai pris du plaisir. On a tous en nous un côté vulgaire qu’on refoule. Le sexe fait partie intégrante de notre vie, moi j’accepte sa violence. « Histoire de l’Œil » de Georges Bataille est un de mes livres préférés, mais ça ne veut rien dire. J’adore aussi lire Sade, pourtant je hais la torture. Simplement, je refuse de me censurer. 

Ce thème de la prostitution, c’est un peu une métaphore de votre carrière : vous vous exposez, vous vous vendez mais au fond, vous ne révélez rien de vous…

-Quand j’écris mes textes, je livre beaucoup plus de moi que vous ne le croyez. Il suffit de savoir écouter… 

La chanson française pas plus que le cinéma français ne s’exportent aux Etats-Unis. Pourquoi ?

-D’entrée, on vous dit que c’est mission impossible. Personnellement, je n’ai pas à me plaindre. On m’a proposé de faire un album en anglais, j’ai refusé. Ce n’est pas l’envie qui me manquait, mais je ne peux pas écrire en anglais comme en français. Je n’arrive pas à jouer avec les mots, à aller au-delà d’eux. Je dirais que la chanson française manque d’énergie. Les américains ont une capacité de travail hors du commun : on leur apprend dès l’enfance qu’il faut être numéro un, qu’il faut sortir de la masse. Nous, on nous enseigne exactement le contraire. Comment lutter ?! 

C’est pour ça que vous allez chercher tous vos danseurs en Amérique ?

-Mon spectacle est dans la tradition américaine. J’avais besoin de leur stature, de leur métissage, mais c’est tout car ce que les américains gagnent en professionnalisme, ils le perdent en émotion. On ne peut pas tout avoir ! 

On parle souvent plus de vos clips que de vos chansons. Auriez-vous été Mylène Farmer sans la vidéo ?

-C’est un concept génial. J’ai la chance d’être née avec. Pour moi, l’œil est aussi important que l’oreille. Comment dissocier l’un de l’autre ?! 

Gainsbourg disait que la chanson est un art mineur. Ne trouvez-vous pas que chanter est un métier superficiel ?

-Je ne peux répondre que pour moi : je ne me prends pas au sérieux, mais je mets beaucoup de sérieux dans ce que je fais. Je regrette qu’aujourd’hui il y ait un aspect mouchoir jetable dans ce métier. La quantité prime sur la qualité. Au nom de la rentabilité, on est en train de tuer la création. 

Pourriez-vous vous passer des applaudissements ?

-Il ne faut pas être hypocrite : si on fait ce métier, c’est pour être aimé. Non, je ne pourrais pas m’en passer, mais il y a mille formes d’applaudissements. Dans la Bible, il y a un passage : ‘Dieu vomit les tièdes’. J’ai passé ma vie à rechercher l’extra-ordinaire, je n’ai pas l’intention de m’arrêter. La tiédeur me tue. 

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RADIO CONTACT : LE RENDEZ­-VOUS de Mylène Farmer

Posté par francesca7 le 1 avril 2015

 

1995-01-aCoucou, tout le monde ! Je suis ravie de vous retrouver, comme tous les mercredis soir entre 20h et 21h. Une heure spéciale qui est consacrée ce soir à Mylène Farmer, qui vient de sortir son nouvel album, « Anamorphosée » ­ un mot d’explication sur ce titre dans quelques instants en compagnie de l’intéressée.

C’est rare d’avoir Mylène Farmer en interview, encore plus en radio, donc je vous invite à savourer sans relâche ces soixante minutes passées en sa compagnie ! Tout de suite, « Et Tournoie… », extrait de cet album, « Anamorphosée » : on écoute et on se retrouve en compagnie de Mylène dans quelques minutes !

Diffusion de « Et Tournoie… » «

 Et Tournoie… », extrait du nouvel album de Mylène Farmer, qui nous a rejoint. Mylène, bonsoir !

MF : Bonsoir. Mylène qui nous revient après quatre ans d’absence, vous vous êtes fait attendre !

Vous avez pas trouvé le temps un petit peu long ?

MF : Non, j’avoue que j’ai eu besoin de ce temps. J’ai eu besoin du voyage, j’ai eu besoin de découvrir d’autres choses pour pouvoir, moi, me nourrir et pouvoir écrire, tout simplement.

Ca veut dire qu’il y avait un ras-­le-­bol, une certaine lassitude qui s’était installée ?  Qu’il y avait besoin de faire le vide autour de soi et de changer tout à fait son entourage ou même sa vision des choses ?

MF : Changer son entourage, pas réellement. L’envie que de voyager, oui, définitivement. Et puis après le film, j’avais envie de faire…est­-ce qu’on peut appeler ça une rupture ? Je ne sais pas, mais en tout cas, effectivement, simplement l’envie de découvrir autre chose et de se régénérer.

Voilà qui est fait : Mylène Farmer qui nous revient anamorphosée.

Alors, petite leçon de vocabulaire, je suppose que c’est un mot que tout le monde ne connaît pas ! Je vous laisse nous l’expliquer…

MF : Je vais plutôt vous donner l’explication que moi j’ai bien voulu lui donner ­ je vous laisserai faire l’explication du dictionnaire ! (sourire) Ma perception du monde a probablement changé, en tout cas s’est élargie, et l’idée de l’anamorphose est cette idée que j’ai eu besoin de l’anamorphose pour reconcentrer toutes ces idées, toutes ces impressions, ces sensations pour n’en faire plus qu’une.

Diffusion de « California »

Juste avant la pause, on s’écoutait « Californie » (sic !), un des titres de l’album « Anamorphosée », de Mylène Farmer. Un album qui nous vient d’ailleurs en droite ligne de la Californie, et plus précisément de Los Angeles.

C’est une ville que vous connaissiez déjà avant ?

MF : Oui, j’ai passé beaucoup de temps à Los Angeles, et précisément j’ai passé neuf mois : c’était avant, pendant et après l’album. J’ai passé quelques temps à New York également et ma foi, je m’y sens bien ­ m’y sentais bien, en tout cas. J’avais besoin de cette idée d’espace, à la fois de perte d’identité, puisqu’on ne me connaît pas là-­bas, pour pouvoir moi m’y retrouver, me retrouver.

Ca fait du bien de se replonger dans une espèce d’anonymat, là-­bas, de se dire qu’on peut mener une vie tout à fait normale ?  Parce que bon, ici c’est vrai qu’il y a Mylène Farmer la star : même quand vous vous absentez, il suffit que vous réapparaissiez au détour d’un magazine ou au détour d’un coin de rue et hop, Mylène Farmer la star ressurgit.

Là-­bas, on peut se balader dans la rue, etc.

Ca aide ?

MF : Vivre comme tout le monde, je crois que c’est important, ne serait-­ce que cette notion de vivre normalement. C’était en tout cas très, très important pour moi. C’est vrai que je l’ai trouvée là­bas, j’aurais pu la trouver à Bali ou ailleurs, mais j’avais quand même besoin d’une ville : j’avais besoin moi que de me promener, que de faire les gestes de tous les jours sans avoir quelqu’un qui m’observe. Voilà pourquoi Los Angeles !

C’était un peu votre rêve américain ?

Ou même le rêve californien, puisque la Californie aux Etats-Unis occupe une place à part dans l’univers des américains : il y a le rêve américain pour nous, européens que nous sommes, et puis aux Etats-­Unis c’est le rêve californien, la Californie c’est toutes les stars, c’est le soleil à perpétuité…

MF : Je crois qu’il y a une qualité de vie qui est certaine. C’est vrai que ne serait­-ce que le temps, le climat est très agréable. Je crois qu’ils ont une grande liberté. Avoir ce sentiment que l’américain, en tout cas le californien, ne juge pas l’autre, n’a pas le jugement facile ou parfois ces regards qui vous dérangent, vous savez, parce qu’ils vous jugent de trop près ou anormalement. Maintenant le rêve américain, non, je n’en ai pas. Je n’en ai pas et je préfère New York, par exemple, à la Californie. New York est beaucoup plus proche de ma sensibilité, j’allais dire de ma façon de vivre. Maintenant, pour revenir à la Californie, c’est un endroit qui est agréable.

Qui est agréable quand on peut y vivre bien, faut pas l’oublier non plus !

Non, puisque Los Angeles est la cité de toutes les contradictions, la cité des anges mais également la cité des démons et c’est vrai que la plus grande pauvreté côtoie la plus grande richesse, comme partout aux Etats­-Unis, je vais dire…

MF : Ha oui, c’est très, très fort, là-­bas. C’est vrai que moi j’étais très, très privilégiée. Sans jamais oublier ce qu’il se passe parce que malgré tout, c’est dans la rue, c’est au regard de tout le monde. J’ai passé mon permis de conduire là­-bas, donc c’était un peu tardif mais c’est vrai que c’était quelque chose d’important pour moi que de pouvoir prendre une voiture ­ ça parait désuet comme ça ! (Mylène veut sans doute dire ‘dérisoire’, nda) ­ et que de pouvoir rouler.

C’est vrai que les distances là-­bas et les paysages sont magnifiques, donc c’est une sensation de liberté, tout simplement, dont j’avais envie.

Ha bon ?!

Mylène Farmer a passé son permis de conduire là­-bas ?! Si tardif ?! Pourquoi ?! Elle avait peur de conduire ?! C’est vrai que Paris, c’est pas évident…

MF : Parce que j’ai d’abord un sens de l’orientation absolument déplorable ! Vous savez, parfois on n’explique pas bien les choses : il suffit de changer d’univers pour s’autoriser certaines choses. Effectivement, c’était une peur que j’avais en moi que d’être seule à un volant parce que je pense qu’on m’a toujours dit que c’était dangereux et qu’éventuellement je n’y arriverais pas, et vous vous apercevez que c’est une conquête phénoménale que de le décider et seule, et dans une autre langue dans un autre pays, donc c’est une satisfaction un peu puérile mais très agréable ! (sourire)

Diffusion de « XXL ».

1995-01-bIl y a quelques instants, Mylène Farmer nous révélait qu’elle avait passé son permis de conduire, ce qui ne vous empêche pas, Mylène, de prendre le train, comme dans le clip « XXL ». Pourquoi le train ?

MF : Le train ?

Le train, c’est le voyage. Maintenant, vous dire pourquoi il est utilisé dans ce clip, c’est pas précisément pour cette raison, mais c’est vrai que l’idée de Marcus Nispel ­ le réalisateur ­ était une très, très belle idée selon moi, et que cette idée du ventre qui est le train et qui a tous ces enfants à l’intérieur et toutes ces vies, je trouve que c’est une très, très, très belle idée. Il y a une belle galerie de personnages dans ce clip : il y a des vieilles personnes, il y a des enfants etc. mais, je veux dire, chaque visage a été choisi délicatement ?

MF : Oui. Je pense que c’est un beau travail qu’ils ont ­ ‘qu’ils ont’, parce qu’ils font appel à des assistants qui eux font des castings après acceptation du réalisateur­ mais c’est un beau travail. C’est vrai qu’en Californie, il y a des visages extraordinaires. Ces visages-­là auraient pu être de Hongrie, de Russie… Voilà donc pour le clip qui illustre le premier extrait de cet album, « XXL ».

Mylène Farmer toujours en quête d’amour maximal, je veux dire ?

MF : Oui. Si j’ai envie de résumer en tout cas mes envies d’aujourd’hui, c’est effectivement ­ et je crois que c’est le sentiment de tout un chacun­ c’est un peu plus de sécurité et surtout un peu plus d’amour.

Un amour qui reste quand même je vais pas dire déçu, mais les amours qui transparaissent dans cet album sont quand même plutôt des ruptures, des déceptions. Enfin, moi c’est l’impression que j’en ai…

 MF : Oui, ce qui est intéressant pour moi aujourd’hui, c’est que j’ai écrit les textes et on se dépossède des chansons une fois qu’elles sont et écrites et interprétées, donc maintenant c’est moi qui vais découvrir vos lectures, donc pour moi c’est à la fois une surprise et intéressant. L’évocation de la rupture, je sais pas si c’est que j’ai voulu dire. Peut-­être que c’est ce que j’ai écrit, dans le fond !

Maintenant, moi ma rupture, je la situais plus comme une élévation. C’est toujours compliqué, ou la justification ou l’interprétation des choses, mais c’est cette envie de s’élever, tout simplement, tout en ayant à la fois les pieds bien sur terre et essayant de comprendre l’autre mais en n’oubliant pas, et c’est peut­-être l’espoir que moi je me suis attribué, que la mort n’est pas une fin en soi.

Donc en ce sens, si rupture il y a, c’est j’allais dire une rupture de l’esprit terrestre et cette envie que d’aller découvrir autre chose et d’envisager d’autres choses.

Dans le fond, c’est peut-­être une envie de spiritualité, tout simplement.

Diffusion de « L’Instant X ».

« L’Instant X », ‘L’an 2000 sera spirituel’. Vous-­même, vous êtes à la recherche de cette spiritualité ?

MF : Moi j’en ai fondamentalement besoin et je pense, quand j’écoute et quand j’essaye de lire en tout cas les autres, je crois qu’on a tous envie de ça, parce qu’on vit dans un monde qui est de plus en plus désespérant et totalement bouché, donc qu’on ait ce souhait-­là : oui.

Et pour justifier sa vie, une fois de plus, ici et pour pouvoir l’apprécier, je crois qu’on a envie d’imaginer que notre vie ne s’achève pas, une fois de plus, quand la mort apparaît. C’est vrai que cette notion-­là faisait partie de moi avant et aujourd’hui je n’en veux plus, je ne l’accepte pas sinon moi je n’arrive pas à vivre correctement. Après, c’est au travers de lectures, au travers ne serait-­ce que de réflexions, de méditations. Tout cela est un peu confus ! (rires)

Il y a des livres qui vous ont marquée ?

Puisque là on a parlé de Malraux (‘L’an 2000 sera spirituel’, nda) mais je ne sais pas si Mylène Farmer a un livre de chevet qui l’a peut­-être éclairée justement vers une autre vision des choses ?

MF : Oui. Très, très précisément j’ai eu plusieurs lectures, mais j’ai un livre –je ne sais pas si je peux dire que je recommande, mais en tout cas qui moi m’a beaucoup appris et beaucoup aidé­ qui est « Le livre tibétain de la vie et de la mort » de Sogyal Rinpoche ­ un nom un peu compliqué ! ­ qui vous parle indépendamment du bouddhisme. Je ne sais pas si c’était le sujet qui m’intéressait réellement, mais qui parle justement de votre importance, de l’importance de votre vie et de l’importance de lui trouver une qualité pour pouvoir justement envisager sa mort relativement sereinement et pour pouvoir envisager des choses qui sont l’après­-mort.

Donc ce sont autant de choses qui sont très belles d’abord et qui vous donnent un petit peu d’espoir.

C’est un livre qui vous a aidée à exorciser peut-­être cette image ou cette présence de la mort qui était ancrée profondément en vous ?

MF : D’une certaine manière, oui. Je crois que chaque être est très, très isolé. Même s’il a des amis, même s’il a des conversations, on a quand même en soi cette solitude et cette difficulté que de communiquer donc on se pose de vraies questions, des questions parfois qui vous hantent toute une vie et parfois on trouve les réponses, ou on pense trouver les réponses, donc c’est vrai que j’ai eu sans acharnement cette réponse. Vous pouvez prendre quatre personnes différentes qui vont lire la même chose, elles vont trouver des réponses différentes. Donc moi j’ai trouvé quelque chose comme un baume, donc j’y ai trouvé un sens, voilà, et c’est vrai que ça m’a beaucoup, beaucoup aidée, oui.

Diffusion de « Tomber 7 fois… ».

Mylène Farmer est toujours notre invitée ce soir jusque 21h.

 Mylène, on vient de s’écouter « Tomber 7 fois… » : c’est un peu votre devise dans la vie ?

MF : Oui, en tout cas ça fait réellement partie de moi. Un, je ne me donne pas le droit de tomber, en tout cas plus bas que terre, et j’ai toujours cette volonté donc que de relever la tête. Et c’est surtout pas moi qui ai inventé ça, c’est un proverbe chinois (japonais en réalité, nda) qui dit ‘Tomber sept fois, toujours se relever huit’. C’est toujours une belle idée, c’est toujours cette notion de résurrection, cette envie que de se redresser donc c’était quelque chose que j’avais envie d’exprimer, oui.

Dans un autre genre, plus futile dirons-­nous, il y a « Alice », la petite araignée. Les araignées, ce sont des petites bêtes qui vous intéressent ?!

MF : J’ai une phobie des araignées ! (rires)

Mais j’ai toujours eu en mémoire une tout petite histoire d’une petite araignée dans une cellule et qui était le seul compagnon du prisonnier ­ ce qui n’a rien à voir avec le thème d’ « Alice », mais je peux apprivoiser aussi une petite araignée ! (rires)

Araignée qui est le symbole de ‘Araignée du matin, chagrin ; araignée du soir, espoir’. Est-­ce que l’araignée est un symbole particulier pour vous ?

MF : Non. Non. L’araignée… Vous savez, parfois on a des choses qui vous viennent vous ne savez pas pourquoi et c’est vrai que quand j’ai entendu cette musique qui a cette boucle, cette répétition j’y voyais bien la marche d’un petit animal, comme ça. Et puis après, vous ne savez pas, vous parlez de… Alice est devenue l’artiste et la représentation du mal-­être de l’artiste. (rires)

Diffusion de « Alice » puis de « Sans Contrefaçon ».

Les articles de presse qui vous sont consacrés dépeignent quelqu’un qui me semble être un être bourré de contradictions. A vous voir là en face de moi, vous avez l’air un petit peu fragile, pourtant c’est pas vraiment l’image qui transparaît de vous : on a plutôt une image qui est synonyme de provocation…

MF : Oui, mais je pense que je ne suis pas un cas unique. Je crois qu’on a tous des paradoxes assez violents en soi. Ces paradoxes font partie de moi, oui. Maintenant, moi j’y vois ­ puisqu’on a la pochette devant les yeux ­ là j’y vois quelque chose de plus pur que de provocateur, si ce n’est que l’idée de provocation fait aussi partie de ma vie. Sans parler de revendication, je trouve que c’est important que de provoquer, au moins susciter quelque chose, une réflexion en tout cas, ou une révolte…

Ca ne s’arrête pas à ‘Mylène la provocante’, comme on a pu parfois vous coller cette image parfois un peu excessive…

 MF : Bien sûr, mais ça, malheureusement on ne peut pas faire le procès de ces choses un petit peu ou caricaturales ou réductrices. C’est vrai que dès l’instant où vous chantez ou « Libertine » ou « Sans Contrefaçon », c’est vrai que la notion d’étiquette est quelque chose qui fait partie de notre société, donc dès l’instant où moi j’ai accepté de l’idée de « Libertine », pour ne parler que de ça, il faut accepter tout ce qui va aller avec : et les réflexions et la caricature.

Diffusion de « Libertine ».

Suite aux réflexions et autres commentaires qui ont accompagné cette chanson, parfois vous n’avez pas eu envie de remettre les pendules à l’heure ?

MF : Non. Qu’on ait des coups de colère quant à certaines réflexions ou justement cette façon que de réduire un être à un état ou une provocation : oui, parfois. Moi, c’est plus la notion de colère que de réelle tristesse, parce que dans le fond je n’attache pas beaucoup d’importance à ça, et je crois de tous temps j’ai ressenti les choses de cette façon. Vous dire qu’on n’est pas touché, atteint, ce serait faux et un mensonge mais une fois de plus, je n’y attache pas grande importance. Ce que l’autre pense de moi, s’il a envie d’essayer d’y découvrir certaines choses plutôt qu’un jugement hâtif : tant mieux pour moi. Sinon, tant pis, c’est pas grave ! Moi, je vis bien avec ce que j’ai exprimé, donc voilà !

Diffusion de « Mylène s’en fout ».

1995-01-dCet entretien touche à sa fin mais j’en profite encore quelques minutes car c’est quand même assez rare de vous avoir en promo !

MF : Oui, parce que d’une part c’est un exercice difficile pour moi, d’autre part la justification est un exercice et en soi quelque chose qui n’est pas à mon sens indispensable, si ce n’est que je m’aperçois qu’il faut aussi, de même que j’ai envie qu’on me donne, je me dois de donner. Donc c’est pour ça qu’aujourd’hui j’accepte un petit peu plus l’idée du dialogue, parce que je pense que c’est important. Mais je sais que ça sera de toute façon des moments rares, en tout cas pour moi. Je ne dis pas rare en sa qualité, mais rare en tout cas dans sa multiplication ! (rires)

Alors comme on n’a pas souvent l’occasion de vous rencontrer, on va peut­-être vous laisser un petit mot de conclusion, une pensée que vous auriez envie d’exprimer aux auditeurs belges…

MF : Oh je ne sais pas ! Je ne suis pas sûre d’être très, très, très douée, si ce n’est que j’espère qu’ils aimeront mon album et que j’ai un très, très bon souvenir de mon passage en Belgique sur scène. C’était un moment assez magique !

Moment qui avait été immortalisé d’ailleurs en vidéo… (le film « En Concert » sorti en septembre 1990 a effectivement été tourné pendant les représentations du spectacle à Bruxelles en octobre 1989, nda)

MF : Oui, donc je les remercie pour ce moment ! Merci beaucoup et à très bientôt, on l’espère !

MF : Au revoir !

source : Entretien avec Cathy TROGRANCIC (Belgique) 15 NOVEMBRE 1995

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PARIS MATCH Mylène Farmer : attention, fragile

Posté par francesca7 le 27 mars 2015

 

Vous remontez sur scène pour la première fois depuis sept ans.

Pourquoi une si longue absence ? ­1996-08-c

 

Je suis toujours très longue à me décider ! D’abord, il y a eu « Giorgino » : entre l’écriture, le tournage, le montage… Et le naufrage… ­ …il s’est passé beaucoup de temps. Je suis allée me ‘ressourcer’ en Amérique. A Paris, je tournais en rond. A force de vivre dans l’éternel même cercle, on ne voit plus que son nombril. Disons que j’avais besoin de m’oublier ­ ça prend du temps ! Le ciel plombé, tous les jours, au sens propre comme au figuré, à la longue ça joue sur le moral. J’ai toujours en moi l’idée du voyage, de nouvelles rencontres. Je ne peux trouver mon inspiration que dans l’idée de liberté. Vous passez votre vie à essayer de vous cacher, à fuir.

Comment peut-­on à la fois rechercher l’ombre et aimer les projecteurs ? ­

J’ai viscéralement besoin de cette lumière, mais est-­ce que je ne vis que pour ça ? Je ne sais pas. Sur scène, je ne connais pas que des moments d’extase, pourtant c’est magique. La scène est un vertige qui vous porte vers le haut. J’aime son côté sensuel, foudroyant. C’est comme un orgasme !

Quel regard vous portez­-vous ? ­

Avec le temps, un regard plus tolérant mais pas amical. J’ai toujours été mon pire ennemi.

Vous arrive­-t-­il de douter de votre talent ? ­

Bien sûr. J’ai toujours été rongée par le doute et par mes névroses. Longtemps, ça m’a empêchée d’affronter la vie. Le doute est toujours là, mais depuis que j’ai appris à admettre mes défauts, ils ne m’empêchent plus de créer. J’accepte enfin l’idée du temps qu’on ne peut pas retenir. On nous a élevés en nous disant que notre passé fait partie de nous, qu’il fallait vivre avec. On nous plante des fourchettes dans le dos en nous disant ‘Attention à votre futur’.

Que faire ?

J’ai toujours l’impression d’être sur le fil du rasoir…

Vous cultivez avec délice l’ambiguïté : toujours moitié victime, moitié bourreau… ­ Pourquoi me faire sans arrêt des procès d’intention ?

Si je ne veux pas donner la clé des choses, c’est mon choix. Je préfère me montrer insensible qu’‘abîmée’. Je n’ai pas à me justifier, ou alors c’est moi qui le décide. Je me laisse porter. Vous entretenez un côté Garbo. On a parfois l’expression que vous exploitez votre mal de vivre à des fins commerciales… ­Par nature, j’aime la discrétion. Si je donne peu d’interviews, ce n’est pas par calcul mais simplement parce que je ne sais pas bien parler de moi. Quand on fait ce métier, il faut savoir donner au public, ce qui ne veut pas dire se jeter en pâture. Je me fiche du qu’en ­dira-­t-­on, pourtant j’ai tendance à vouloir tout contrôler. J’accepte cette contradiction. S’il y a un procès à faire, je préfère le faire à mon encontre que de me dire après ‘Si j’avais su…’.

Dans votre dernier clip, mis en scène par Abel Ferrara, vous jouez une prostituée. Le sexe, la violence, tout ça sur fond d’Amérique : c’est quand même très racoleur… ­

1996-08-aC’est mon idée. Elle me trottait dans la tête depuis longtemps. La liberté, pour moi, ça peut être une pute qui fait le trottoir sur Hollywood Boulevard. Je voulais en savoir plus avant de tourner, je les ai rencontrées : certaines m’ont dit qu’elles prenaient un vrai plaisir à faire ce métier.

Vous aimez cette indécence ? ­

Oui. J’avoue moi aussi que j’y ai pris du plaisir. On a tous en nous un côté vulgaire qu’on refoule. Le sexe fait partie intégrante de notre vie, moi j’accepte sa violence. « Histoire de l’œil » de Georges Bataille est un de mes livres préférés, mais ça ne veut rien dire. J’adore aussi lire Sade, pourtant je hais la torture. Simplement, je refuse de me censurer.

Ce thème de la prostitution, c’est un peu une métaphore de votre carrière : vous vous exposez, vous vous vendez mais au fond, vous ne révélez rien de vous… ­

Quand j’écris mes textes, je livre beaucoup plus de moi que vous ne le croyez. Il suffit de savoir écouter… La chanson française pas plus que le cinéma français ne s’exportent aux Etats­-Unis.

Pourquoi ? ­

D’entrée, on vous dit que c’est mission impossible. Personnellement, je n’ai pas à me plaindre. On m’a proposé de faire un album en anglais, j’ai refusé. Ce n’est pas l’envie qui me manquait, mais je ne peux pas écrire en anglais comme en français. Je n’arrive pas à jouer avec les mots, à aller au­-delà d’eux. Je dirais que la chanson française manque d’énergie. Les américains ont une capacité de travail hors du commun : on leur apprend dès l’enfance qu’il faut être numéro un, qu’il faut sortir de la masse.

Nous, on nous enseigne exactement le contraire. Comment lutter ?! C’est pour ça que vous allez chercher tous vos danseurs en Amérique ? ­

Mon spectacle est dans la tradition américaine. J’avais besoin de leur stature, de leur métissage, mais c’est tout car ce que les américains gagnent en professionnalisme, ils le perdent en émotion. On ne peut pas tout avoir !

On parle souvent plus de vos clips que de vos chansons. Auriez-­vous été Mylène Farmer sans la vidéo ? ­

C’est un concept génial. J’ai la chance d’être née avec. Pour moi, l’œil est aussi important que l’oreille.

Comment dissocier l’un de l’autre ?!

Gainsbourg disait que la chanson est un art mineur.

Ne trouvez­-vous pas que chanter est un métier superficiel ? ­

Je ne peux répondre que pour moi : je ne me prends pas au sérieux, mais je mets beaucoup de sérieux dans ce que je fais. Je regrette qu’aujourd’hui il y ait un aspect mouchoir jetable dans ce métier. La quantité prime sur la qualité. Au nom de la rentabilité, on est en train de tuer la création.

 Pourriez­-vous vous passer des applaudissements ? ­

 Il ne faut pas être hypocrite : si on fait ce métier, c’est pour être aimé. Non, je ne pourrais pas m’en passer, mais il y a mille formes d’applaudissement. Dans la Bible, il y a un passage : ‘Dieu vomit les tièdes’. J’ai passé ma vie à rechercher l’extra­ordinaire, je n’ai pas l’intention de m’arrêter. La tiédeur me tue.

NB : cette interview a été réalisée à Los Angeles pendant les premières répétitions du Tour 96

source : Entretien avec Dany JUCAUD du  30 MAI 1996

 

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7 EXTRA avec Mylène Farmer (Belgique)

Posté par francesca7 le 27 mars 2015

 

1995-03-bVous voilà de retour après une absence prolongée. Vous n’avez pas trouvé le temps un peu long ? ­

Non. J’en avais besoin pour voyager, redécouvrir certaines choses. Après le film (« Giorgino » sorti un an plus tôt, nda), j’avais envie de faire une rupture, de me régénérer et de me ressourcer.

D’où cet exil momentané à Los Angeles. Les Etats-­Unis, nouvelle terre d’accueil ? ­

J’ai passé neuf mois à Los Angeles : avant, pendant et après l’album. C’est une ville dans laquelle je me sentais bien. J’avais besoin de cette idée d’espace, de perte d’identité pour pouvoir me retrouver. Vivre comme tout le monde, ‘normalement’, c’est important : j’ai pu me promener, faire les gestes de tous les jours sans que l’on m’observe. J’ai le sentiment que les californiens ne jugent pas l’autre. Ils n’ont pas ce jugement si facile que l’on a chez nous, ces regards qui vous dérangent parce qu’ils vous examinent de trop près ou vous considèrent comme anormal. Comme la plupart des personnages publics, vous avez fait les frais de ces commentaires parfois trop hâtifs, on vous a souvent qualifiée de provocante.

Vous n’avez jamais eu envie de remettre les pendules à l’heure ? ­

L’idée de provocation fait partie intégrante de ma vie, sans qu’il y ait derrière cela la moindre revendication. C’est important de provoquer, du moins de susciter une réaction, une réflexion ou une révolte. Mais de là à se focaliser sur un et un seul aspect de la personnalité de quelqu’un, il y a une marge. La notion d’étiquette est parfaitement intégrée dans notre société. Dès l’instant où j’ai accepté de chanter « Libertine » ou « Sans Contrefaçon », je savais que je devais m’attendre à certaines réflexions, mais on ne peut pas faire le procès des choses un peu caricaturales ou réductrices. Dire que je ne suis pas atteinte par ces critiques serait faux, mais je n’y accorde pas beaucoup d’importance. Si les autres ont envie de découvrir d’autres choses en moi plutôt que de bâtir des jugements expéditifs, tant mieux. Sinon, tant pis, ce n’est pas grave. Je vis très bien avec ce que j’ai exprimé. Le premier simple, « XXL », annonce la couleur de l’album : on y retrouve une Mylène Farmer en quête d’amour maximal… ­ Si je devais résumer mes pensées actuelles, c’est vrai qu’elles se dirigent vers ce à quoi nous aspirons tous, je crois, à savoir un peu plus de sécurité et surtout un peu plus d’amour…

Même s’il s’agit d’amours malheureuses, de ruptures ? ­

Je ne sais pas si c’est vraiment ce que j’ai voulu exprimer, mais c’est peut-­être ce que j’ai écrit. Les chansons, une fois qu’on les a composées et interprétées, on s’en dépossède complètement et il est donc intéressant, et même surprenant, de voir les lectures que vous en faites. En ce qui concerne la notion de rupture, je parlerais plutôt d’une élévation : s’élever tout en gardant les pieds sur terre et en essayant de comprendre l’autre en n’oubliant pas que la mort n’est pas une fin en soi. Donc, si rupture il y a, c’est une rupture de l’esprit terrestre avec cette envie d’envisager d’autres choses. Finalement, j’ai peut-­être tout simplement exprimé mon envie de spiritualité.

Vous avez besoin de cette spiritualité ? ­

Oui, fondamentalement. Mais je crois que tous, nous avons besoin de notre dose de spiritualité. On vit dans un monde qui est de plus en plus désespérant et totalement bouché. Pour justifier son existence ici et pour pouvoir l’apprécier, on a envie d’imaginer que la vie ne s’arrête pas une fois que la mort apparaît. Avant, cette notion faisait partie de moi. Aujourd’hui, je n’en veux plus, je ne l’accepte plus. Je suis arrivée à cet état d’esprit grâce à certaines lectures et méditations. J’ai beaucoup appris en lisant « Le livre tibétain de la vie et de la mort ». Il traite de l’importance de donner une qualité à sa vie pour pouvoir envisager sa mort avec une certaine sérénité. Toutes ces notions sont très belles et elles sont porteuses d’espoir. 1995-03-aDans la même lignée, un des morceaux de l’album est basé sur le proverbe chinois (japonais, nda) ‘Tomber sept fois, se relever huit’.

C’est votre devise ? ­

 Je ne me donne pas le droit de tomber, en tout cas pas plus bas que terre. De plus, j’ai toujours cette volonté de relever la tête. ‘Tomber sept fois, se relever huit’, c’est une belle image. Cette notion de résurrection, cette envie de repartir.

Pour en revenir à des choses plus terre à terre, pourquoi cette fuite des médias ?

On ne vous voit que très rarement en promo… ­ D’une part, c’est un exercice difficile pour moi, et d’autre part, je trouve que la justification d’un travail n’est pas indispensable en soi, si ce n’est qu’il faut aussi donner. De même que l’on me donne, je me dois de donner à mon tour. Aujourd’hui, j’ai accepté un petit peu plus l’idée du dialogue, mais je sais que ces moments de promotion resteront rares.

source : Mylène Farmer sans contrefaçon – Entretien avec Cathy TROGRANCIC – 31 OCTOBRE 1995

 

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CONFESSION D’UNE STAR BLESSEE dans VSD

Posté par francesca7 le 27 mars 2015

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À propos de l’aura de mystère qu’on lui prête volontiers :
-Ce mystère, c’est ma nature profonde. C’est la raison pour laquelle je raréfie volontairement mes apparitions publiques. 

À propos de son ouverture au monde :
-J’ai le sentiment de m’être plus ouverte au monde sur le dernier album, mais il est vrai que je ne suis capable que d’envisager mes propres sentiments. L’ennui est un compagnon de longue date, l’activité n’est pas forcément mon mode de guérison : je peux rester prostrée chez moi, ou bien si l’envie m’en prend lire, ou dessiner, ou encore voyager. 

À propos de son séjour aux Etats-Unis :
-Mis à part l’exotisme et l’anonymat, vivre à Los Angeles ne solutionne rien. Paris est aujourd’hui une ville dépressive, plombée par une dépression ambiante. Elle dégage des vibrations qui ne m’aident pas. 

Au journaliste qui évoque la possibilité de se mettre au vert :
-J’ai du mal à envisager une vie à la campagne !

À propos du bouddhisme :
-Il s’agit plus d’une philosophie de la vie, celle qui vous enseigne qu’il ne faut pas s’attacher de façon négative aux gens ou aux choses. Le bouddhisme est un pansement pour l’âme.

À propos de son mal-être :
-Je n’aime pas mon physique, mes doutes. L’amour des autres ne change rien au problème : quand vous exprimez un mal-être, les personnes qui vous aiment finissent par vous conforter dans ce mal-être. 

À propos de sa perception de la scène :
-Un concert est un moment choisi, unique, un moment d’inconscience qui n’appartient à personne d’autre. Bien sûr, une foule anonyme peut être oppressante car ses réactions sont incompréhensibles, mais sur scène je la désire.

À propos du fait qu’elle fonde en larmes parfois sur scène :
-Cela m’arrive quand un thème me touche particulièrement. J’ai remarqué que l’émotion me submerge plus spécialement sur les morceaux lents. 

À propos du trac avant de monter sur scène :
-Chez moi, cela ressemble à des angoisses, à des nœuds. Quand ils sont trop serrés, j’ai envie de tout arrêter !

À propos de ‘ceux de ses fans qui la considèrent comme une déesse vivante’ :
-J’espère qu’ils ont autre chose dans la vie que leur passion pour moi. Pour cette raison, j’ai toujours refusé l’idée d’un fan-club. Je ne réponds pas au courrier, en ce sens que je n’entretiens pas de correspondance, mais je renvoie une dédicace à ceux qui me le demandent. 

À propos de sa famille et de son enfance :
-Je refuse de parler de ma relation avec mes parents pour les protéger et me protéger. J’ai effacé mes souvenirs parce que ça ne m’intéresse pas. Je préfère aujourd’hui à hier et je refuse de penser au futur. Je me voyais plutôt actrice que chanteuse. Je n’admirais personne. Parfois, quand je sortais du cinéma, je rêvais d’être à la place d’une actrice. 

À propos de l’échec de « Giorgino » :
-Quand je fais quelque chose, j’envisage toujours la possibilité d’un échec. Même si celui-là fut violent, je n’en souffre plus. Je ne comprends pas les raisons de mon échec. Depuis, je me pose une question : est-ce que les gens ont envie de voir autre chose de moi que ce qu’ils connaissent déjà ?

À propos de ses envies de maternité :
-Cette envie d’avoir un enfant est assez récente. Il me semble que cela est presque indispensable pour une femme ! Bien sûr, avoir un enfant nécessite d’avoir une vie plus ‘programmée’, mais je crois que la chose essentielle, c’est d’abord l’acceptation de soi. 

À propos de s’imaginer dans le futur :
-Le vieillissement des cellules me terrifie. S’il s’agit de voyager dans le temps, c’est plutôt une chose bénéfique !

À propos de la possibilité de casser son personnage public :
-Oui, c’est une idée qui me traverse l’esprit. J’y pense régulièrement. Je sais que j’arrêterai beaucoup plus tôt que d’autres. J’espère avoir cette honnêteté de mettre un terme à ma carrière lorsque la lassitude deviendra trop importante, ou lorsque je m’essoufflerai. 

source : 5 DÉCEMBRE 1996 – Journaliste : Olivier Wicker

 

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L’ORIENT D’UNE PERLE D’OCCIDENT, Mylène

Posté par francesca7 le 26 mars 2015

 

mylene-farmer-photo-facebookÀ propos de sa chute de scène à Lyon quelques mois plus tôt :
-Je me demande si ce n’était pas une bénédiction. Non, je voulais dire le contraire ! Une malédiction !

À propos du fait que son silence laisse le champ libre à toutes les interprétations :
-Je préfère être un morceau de savon humide qu’on a du mal à saisir. 

À propos d’un rêve :
-Un rêve est ma seule mémoire d’enfance : un lit immense, des draps blancs. J’y suis blottie en position de fœtus. Devant moi, un énorme cordon ombilical, vraiment énorme. Il m’incombe de le couper, mais comment ? Avec les dents ? Je ne suis qu’une enfant…

Les questions suivantes sont rédigées de manière plus conventionnelle :

J’avais de vous une image d’espièglerie intelligente, saine et décapante. Sous la plume de mes confrères, il est question de morbidité, de voluptés décadentes…
-Morbidité, mordre à la vie, le goût du néant répond à un goût d’absolu : un dessin animé comme « Bambi » est coloré de morbidité. C’est vrai que j’ai voulu évoquer le trouble, la confusion des sentiments. Je ne me justifie pas. Je ne me résume pas à des chansons, mais à travers elles –« Libertine »« Désenchantée »« XXL »« Sans Contrefaçon » ou « Sans Logique »- j’ai exprimé ce que j’ai réellement ressenti : oui, je me suis promenée un mouchoir dans le creux de mon pantalon ; oui, qu’on soit des filles de cocktails, des filles rares ou des fleurs de trottoir, qu’on fasse la une des magazines, toutes les filles ont besoin d’amour, d’un amour extra-extra-large ! Naguère, j’ai hanté les cimetières. Il y a toujours quelque chose de fascinant dans le spectacle de la fin, mais le mystère c’est que la vie ne connaît pas de point final. la fin marque l’aurore d’un monde nouveau à venir. Maintenant, je me sens moins oppressée par la mort : d’une, je suis apaisée à l’idée qu’il y ait une vie après, deuxièmement la notion du non-attachement et de l’impermanence m’intéresse. Saisir l’instant, accepter les métamorphoses, l’éphémère, le mouvement… On a besoin d’amour, mais j’aime les dialogues silencieux, ceux que l’on entretient avec les livres, avec la poésie. Une présence humaine à ses côtés, c’est bien mais pas suffisant. Après le désenchantement, l’anamorphose : je suis en pleine renaissance !

1995-03-d‘Anamorphose’ ? Le Petit Robert –qui n’est pas infaillible- dit : ‘image déformée et grotesque donnée par un miroir courbe’
-C’est un grand angle. Pour moi, ce mot signifie à la fois une perception plus large du monde et un moyen de rassembler toutes ses impressions, toutes ses sensations en une seule image. 

Dans vos chansons et vos clips, la violence est surtout dans la musique et l’image…
-Quand la frustration est trop forte, je ne dirais pas ‘violence’, mais ‘énergie’. 

Vous n’avez pas de souvenirs d’enfance, mais avez-vous envisagé d’être mère ?
-L’idée de l’adoption me plaît. J’ai toujours été perturbée par la prolongation de soi, mais maintenant je peux y penser. 

 

source : ANGELINE’S : NOVEMBRE 1996 – Journaliste  : Mohand Mestiri

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MYLENE ALCHIMISTE

Posté par francesca7 le 26 mars 2015

 

 

images (2)Avant d’accepter de nous rencontrer, vous avez demandé à lire l’interview que vous nous avez accordée il y a six ans. (cf. « Le Soir » 12.10.1989, nda) Pourquoi ?

-Ca ne vient pas de moi, mais sûrement d’une personne qui travaille pour moi. Je ne peux donc pas vous répondre. 

Il y a trois ans, vous aviez refusé de nous rencontrer, ainsi qu’un confrère, parce que paraît-il vous n’aviez pas apprécie nos comptes rendus du concert à Forest National. Aujourd’hui, vous voulez bien. Pourquoi ? 

(Thierry Coljon fait allusion à une campagne menée par lui-même et Rudy Léonet suite au refus de la chanteuse de se faire photographier sur scène par la presse locale pour dénoncer cette attitude, quoique commune à beaucoup d’artistes. En parallèle à cet entretien accordé par Mylène à Thierry Coljon, Rudy Léonet publiait une lettre ouverte à la star dans Télé Moustique pour une fois encore critiquer sa méthode de communication au titre qu’elle avait refusé qu’il participe à cette interview. Cette campagne a continué par la suite, toujours menée par ces deux journalistes, avec comme dernier exemple en date un article sur le Tour 2009, nda.)
-J’ai cette faculté d’oublier le passé, à savoir des choses que je ne juge pas essentielles de retenir. En ce sens, je ne peux une fois de plus pas formuler de réponse. C’est le moment présent qui est important, c’est tout ce que je peux dire. Je n’ai donc rien à dire là-dessus car je n’en ai pas le souvenir. Je ne peux pas être plus sincère que ça. 

Venons-en donc dans le vif du sujet : ce nouvel album mettant fin à un long silence entrecoupé d’un film, « Giorgino », qui a été un échec…

-Un film qui a été un peu la nature de ce silence, tout de même, car celui qui a réalisé ce long-métrage est aussi mon compositeur. L’échec a été plus difficile à vivre pour Laurent que pour moi puisqu’il est l’initiateur et le créateur de « Giorgino ». Moi, je n’ai retenu que l’expérience agréable du tournage. Après, on se dépossède de la chose. D’autre part, j’ai toujours en moi l’idée de l’échec. L’échec de « Giorgino » a été désagréable évidemment, mais de là à dire que ça a ruiné ma vie : en aucun cas. Si ce nouvel album ne doit pas marcher, j’en serai attristée –c’est normal- mais je ne suis pas attachée à cela. Je dédramatise les choses, c’est assez nouveau pour moi. Si un disque ne marche pas, est-ce que ça veut vraiment dire que vous n’êtes plus aimée ou simplement que ce n’était pas le bon moment ? C’est ce que j’ai essayé de décrire dans « L’Instant X », par exemple, où il y a toute cette concentration d’éléments qui font que quelque chose va ou ne va pas naître. Et puis, j’ai toujours pensé que si je devais m’effacer, je m’effacerais. C’est de la pudeur plus qu’autre chose. 

Dans quelle mesure « Anamorphosée » découle-t-il de « Giorgino » ?
-Dès la sortie du film, moi, je suis partie aux Etats-Unis et je suis restée là-bas neuf mois. J’ai eu une coupure avec le monde d’avant. L’idée de prendre ses bagages, de n’avoir aucune racine, c’est assez nouveau pour moi. C’est la première fois, depuis les dix ans que je travaille, que j’ai ressenti ce sentiment de liberté, de vivre réellement. Vivre à Paris, ça me devenait insupportable –même si on est responsable de ça : il arrive un moment où on s’enferme dans ses propres névroses, ses propres angoisses. Je finissais par m’enfermer et perdre quelque chose de fondamental : le succès vous isole, donc ça s’était accentué. 

images (3)Vous êtes-vous sentie à un moment agressée ?
-En aucun cas. La pression venait de l’intérieur, de mon regard sur l’autre. Etant de nature plutôt discrète, ou mystérieuse si vous préférez, je suis beaucoup moins exposée à une certaine presse, peut-être aussi parce que j’évite de me mettre les seins nus au bord d’une piscine. Mais je ne fais pas de procès des artistes qui le font, les procédés de ces journaux à paparazzi sont de toute façon détestables. Ces gens-là me poursuivent tout de même, plus facilement à Los Angeles qu’à Paris, parce qu’il y a l’exotisme. À Los Angeles, j’ai adopté un tout autre art de vivre. Je me déplace : bizarrement, je conduis là-bas, mais pas ici. J’avais besoin de tourner la page. Si on a réalisé l’album là-bas, c’est uniquement parce que j’y étais déjà. Laurent m’y a rejoint. 

En découvrant les photos signées Herb Ritts, la tentation est grande de faire un rapprochement avec Madonna (le photographe a fait de nombreuses séances avec Madonna et réalisé l’un de ses clips, nda). Si on vous appelle la Madonna française, prenez-vous cela pour un compliment ou une insulte ?
-Je pense d’abord qu’elle est une artiste courageuse et de grand talent, que je n’ai jamais rencontrée mais je crois qu’elle me connaît –c’est du moins ce qu’on m’a dit. Toutes les deux, on a certainement en nous ce goût pour la provocation, d’évoquer des non-dits et peut-être cet intérêt pour l’image. Apparemment, c’est aussi une grande bosseuse et c’est vrai que j’aime assez le travail. 

Dans l’ensemble, les textes de cet album-ci sont plus pudiques, moins provocateurs justement. Vous y êtes plus allusive…
-Je crois que c’est une question de temps qui passe et d’un être qui change, en mouvement constant. Des choses fondamentales qui ont changé dans ma vie et ont engendré ces idées-là. Je ne pense pas que ça soit une notion de pudeur mais d’un intérêt qui est autre, tout simplement.

« Eaunanisme », au-delà du jeu de mots, est-ce une exception à ce changement ?

-J’ai essayé d’évoquer l’écriture : la liberté de la poésie, du lecteur qui essaie de puiser plus des sensations qu’une réelle explication sur un sujet. J’ai voulu parler de l’écriture, de sa sensualité, du plaisir solitaire de l’écrivain.

Y a-t-il un livre qui vous a marquée ces derniers temps ?

-Oui. Comme beaucoup de personnes, j’ai été beaucoup touchée par « L’Alchimiste » de Paulo Coelho, qui traite d’un sujet merveilleux. Indépendamment, j’aime l’histoire de ce livre qui voyage dans le monde entier. C’est un objet qu’on offre en cadeau à quelqu’un. Ce voyage, également spirituel, est justement le sujet principal de ce livre. Il y a aussi un livre que j’ai évoqué dans le livret de l’album : « Le livre tibétain de la vie et de la mort » de Sogyal Rinpoche, qui est un livre magnifique qui parle du bouddhisme, de sagesse, de l’acceptation de la mort, et donc de la vie. 

Le fait de ne pas fréquenter le petit milieu du show-biz et d’avoir un succès important, cela vous isole et crée des rancœurs et des incompréhensions. On a le droit de vous considérer, de loin, comme hautaine, distante, prétentieuse ou capricieuse, de penser que vous vous trouvez très différente des autres. Vous est-images (4)il si difficile d’avoir des relations simples avec les gens du métier ?

-Je crois que j’ai cette capacité. C’est vrai que j’ai fait un travail sur moi-même. En parlant d’enfermement et de tout ça, j’ai toujours en moi cette attirance pour le néant mais avec le temps, je m’aperçois que ça devient stérile. C’est toujours en moi, mais je me suis rendu compte qu’il y a des urgences qui me poussent à aller voir au-delà. Il y a aussi une timidité de ma part, mais cette timidité que je décèle chez l’autre, parfois je ne la comprends pas totalement. On peut parfois mal l’interpréter. Il y a parfois des gens qui fabriquent de fausses timidités, c’est vrai. Dès l’instant où vous refusez un échange entre un média et un artiste, cela crée ou un mystère, ou une tension, cela j’en suis consciente. Pour moi, c’est une forme de protection. C’est une non-envie de la justification, car elle peut parfois être détournée ou désagréable, tout simplement. Donc là, je vois très peu de personnes avec qui j’accepte d’avoir un échange. Le qu’en dira-t-on ne m’intéresse pas. Me sachant maintenant sous les projecteurs, je sais qu’il va y avoir des personnes qui vont me détester, ou m’aimer, ou être indifférentes. C’est comme ça… 

 

source : LE SOIR (BELGIQUE) – 25 OCTOBRE 1995 Journaliste :  Thierry Coljon

Publié dans Mylène 1995 - 1996, Mylène Autrement | Pas de Commentaire »

Mylène Farmer rencontre sur WIT FM

Posté par francesca7 le 21 février 2015

 

DÉCEMBRE 1996

 1996-07-cBonjour Mylène, je suis tout à fait ravi de vous rencontrer. Je vais commencer par une question concernant l’album « Anamorphosée » : il avait une optique beaucoup plus rock, dira­-t-­on, un son plus rock.

Est­-ce que c’est une manière d’exprimer la violence, une violence plus affirmée que dans les précédents albums qui étaient plus pop ?

Mylène Farmer : Je ne crois pas que c’était réfléchi de cette façon­-là. Je crois que c’est simplement une volonté ­ une envie, plutôt ­ que d’avoir des guitares, mais rien de réfléchi réellement. Parce que c’est vrai qu’on était un peu surpris par rapport à ce qu’on avait l’habitude d’entendre ­ ce qui est pas plus mal, d’ailleurs !

MF : C’est peut­-être mon passage en Californie, peut­-être. Et probablement à force, j’imagine, d’écouter la musique ou californienne ou américaine on s’en imprègne. Et puis un vrai désir que d’avoir des instruments lives puisque j’ai précédemment beaucoup utilisé justement ce qu’on appelle les machines (rires), donc ça a fait une couleur différente, oui. Diffusion de « L’Instant X » Vous vous êtes davantage ouvert sur les autres et sur le monde dans ce dernier album, semblerait­-il. « Rêver », par exemple, votre dernier tube, est un véritable appel à la tolérance, à l’amour de son prochain.

Qu’est-­ce qui a nourri ou quel évènement vous a guidé dans cette écriture de « Rêver » ?

MF : J’ai, je crois, toujours eu ça en moi. Maintenant, c’est vrai que d’affirmer, que de demander aux autres une certaine tolérance, il faut être peut­-être plus en harmonie avec soi­-même donc c’est peut­être ce qui m’a autorisée aujourd’hui à écrire des choses comme « Rêver ».

Vous dites que vous êtes plus en harmonie avec vous­-même : est-­ce que c’est une chose que vous avez ressenti ­ enfin, j’ai pu lire effectivement des interviews dans la presse où vous disiez qu’entre trente et trente­ cinq ans c’est un peu l’accomplissement, enfin on arrive à un moment crucial de sa vie…

MF : Crucial, ça, je ne sais pas, en tout cas c’est un moment qui est plus tendre pour moi, ou plutôt je suis plus tendre envers moi­-même. Donc c’est un moment qui est plus agréable pour moi, oui, la trentaine que l’adolescence, que tout ce que j’ai traversé jusqu’à présent.

Est­-ce à dire ­ pour rebondir sur ce que vous dites ­ que le mythe Mylène Farmer tombe ? C’est-­à­-dire ce mystère qui régnait peut-­être autour du fait que vous étiez moins en harmonie avec vous-­même…

MF : Je ne sais pas. Si vous, vous parlez de mythe, moi je ne pourrai jamais évoquer ça me concernant. Maintenant, est­-ce qu’un mystère ­ puisque vous l’évoquiez également­ tombe parce que tout à coup on est plus réceptif au monde environnant : je ne le crois pas. Maintenant, s’il tombe et s’il est tombé, peu m’importe. Voilà ! (rires)

Diffusion de « Rêver » (live) (il s’agit de la version disponible sur le single de « Rêver », bien avant la sortie de l’album « Live à Bercy ».

La piste est néanmoins la même, simplement amputée de sa pré introduction et de sa reprise avec le public, nda)

Vous nous le disiez, Mylène, vous êtes plus en harmonie avec vous-­même. Ca veut dire aussi que l’expression de la dualité s’exprime moins chez vous, à travers…La dualité, c’est­-à­-dire la violence / la douceur, la vie et la mort ­ un thème sur lequel vous êtes très souvent intervenue, donc cette dualité, notamment dans « Sans Logique »…

MF : Je crois que cette dualité fait partie de moi et fera partie de moi jusqu’à la fin de mes jours.

Maintenant, est­-ce que j’ai envie de l’exprimer aujourd’hui ?

MF : Non. Je crois l’avoir assez fait. J’ai essayé, moi, de panser mes douleurs, maintenant en aucun cas ça n’épuise la dualité, voilà. Mais les douleurs sont moins vives et je suis guérie de certaines choses, donc c’est vrai que je les exprimerais moins facilement. Là encore, c’est pas une…comment dirais-­je ? On change pas radicalement, on passe pas du blanc au noir. Maintenant, on peut avoir certains changements qui sont profonds, qui font que et votre écriture et vos thèmes de prédilection et votre musique vont s’en sentir transformés. Diffusion de « Sans Contrefaçon » (Boy Remix)

Justement, par rapport aux blessures : la compassion, c’est une valeur, une notion importante pour vous ? Je pense notamment à un titre qui s’appelle « Et Tournoie… » : ‘Sous ton âme la plainte amère / Panse­la, donne­la’ : ‘donne­la’, donc ‘partage­la’…

1996-07-bMF : Je crois qu’elle est devenue fondamentale, oui. Je crois qu’avant de s’intéresser à soi­-même il est plus intéressant de s’intéresser à l’autre. Maintenant, vous dire que j’en fais une nourriture quotidienne…Je ne suis pas une sainte ! Mais quant à ces mots comme ‘tolérance’ ou ‘compassion’, ce sont des choses qui sont importantes dans ma vie, oui. Qui dirigent ma vie. Je crois qu’on a tous une difficulté que de vivre –peut­-être pas pour tout le monde, mais on a tous nos problèmes­ et que d’être concentré et être totalement nombriliste est quelque chose de totalement stérile. Diffusion de « Et Tournoie… »

A toutes ces questions qu’on vous pose sur l’enfance, votre vie affective ou amoureuse, votre sexualité, pensez­-vous que vous avez déjà répondu dans toutes vos chansons, dans toute votre carrière jusqu’à présent, à toutes ces questions qui sont insidieuses et qui, à la limite, ne regardent personne ?

MF : C’est­-à­-dire, ça les regarde et ne les regarde pas : c’est toujours l’ambiguïté de ce métier ­ en tout cas, ce métier d’écriture. C’est vrai que si j’évoque quelque chose, on va me demander une justification.

Maintenant, je suis d’accord avec vous : dès l’instant où j’ai écrit et mis ces mots sur un papier, je considère que j’ai fait ce que j’avais à faire, donc que je n’ai plus besoin de cette justification ou qu’alors on aura une lecture effectivement suffisante pour que je n’aie pas à rajouter des choses par rapport à ça. Mais c’est impossible puisqu’on demande éternellement une justification, le pourquoi du comment. Et puis, il faut pas oublier qu’une chanson, ça peut retranscrire un moment précis mais qui va s’évanouir deux heures plus tard.

Maintenant, on a jeté ces mots sur le papier, donc trois jours plus tard il va falloir se justifier quant à ça.

Et si je n’ai pas envie de me justifier ?!

Mais donc voilà, là c’est l’ambiguïté de ce métier… Et alors, par exemple, est-­ce que quand on écrit une chanson, on l’écrit, on la chante, ensuite on la produit, on passe dans le studio etc. donc il y a tout un processus et ensuite on va la produire sur scène –en l’occurrence pour vous c’est vrai que la scène ne suit pas automatiquement chaque album­ est-­ce que vous arrivez à ressentir les mêmes choses ou à faire ressentir les mêmes choses, parce que c’est ça aussi la magie de l’artiste :

c’est arriver à faire passer, même quelques mois après jeté comme ça ses mots sur le papier…

Est­-ce que c’est facile une fois arrivée sur scène, vraiment devant le public, de continuer, d’aller jusqu’au bout de ses paroles ?

 MF : Ca me l’est relativement, si tant qu’il y a certainement des chansons que j’ai mis de coté.

Maintenant, ne me demandez pas lesquelles parce que je ne sais pas moi­-même ! (rires) Mais à partir du moment où je décide d’interpréter une chanson sur scène, il s’agit pas de se dire ‘Voilà, parce que le dernier album est sorti on va mettre tout le dernier album’ : je crois que c’est un peu plus humain que ça. Donc pour répondre à votre question, toutes les chansons qui sont sur scène sont des chansons que je vis et que j’essaye de faire vivre avec le plus d’honnêteté que je puis. Une chanson comme…je ne sais pas…je pourrais chanter « Ainsi Soit Je… », maintenant j’ai préféré « Rêver » parce que c’est une chanson plus récente et qui est plus près de moi aujourd’hui. Mais si je devais chanter « Ainsi Soit Je… », je le chanterais avec la même émotion que sur la scène précédente parce que c’est quelque chose qui a fait partie de moi, donc j’ai la mémoire de tout ça. (« Ainsi Soit Je… » intégrera d’ailleurs le spectacle lors de la reprise de celui­-ci quelques jours plus tard à l’occasion de quelques représentations, nda)

Diffusion de « Plus Grandir » (live)

Par rapport à ces deux chansons que vous citez, c’est assez curieux parce que « Ainsi Soit Je… », c’est une espèce de ‘amen’, comme ça, alors que « Rêver », ça projette des choses dans l’avenir. Estce que c’est ça le changement chez Mylène Farmer aujourd’hui, ou bien… ?

MF : (le coupant) Probablement. Là encore vous me demandez de m’expliquer, ou de tenter de m’expliquer. Il y a fatalement un changement en moi qui s’est produit. Je ne sais pas bien…Peut­-être l’acceptation de certaines choses, ou en tout cas la démission d’autres choses. Diffusion de « Ainsi Soit Je… »

On va parler du spectacle puisque c’est quand même un grand moment pour un artiste : c’est-­à­-dire qu’on est jeté en pâture, comme ça, à son public !

 Moi j’ai eu l’impression en voyant ce deuxième concert ­ j’avais vu le premier­ qu’il y avait peut­-être plus une volonté de grand show, comme ça, et d’avant­-gardisme, même. Est-­ce que vous avez réussi au final à faire ce que vous vouliez ?

MF : Totalement, et là sans prétention aucune. C’est uniquement par rapport à ce que j’ai pu, moi ressentir, totalement en harmonie avec ce que je voulais et évoquer et faire et vivre, donc c’est un joli cadeau pour moi.

Est-­ce qu’on peut mettre ça en parallèle avec systématiquement une manière de faire des remixes pour chaque morceau ? C’est vrai que c’est une tradition, je dirais, chez Mylène Farmer, que de remixer des morceaux. Est­-ce que c’est des choses sur lesquelles vous donnez juste votre aval ou est-­ce que vous le sentez bien ?

MF : Là encore, parfois on est un petit peu bridé par ce genre de choses. C’est vrai que moi j’aime bien les remixes en général et j’aime bien donner ma chanson à quelqu’un qui ne fait pas partie de mon univers, qu’on va prendre en Allemagne ou en Angleterre et qui va posséder la chanson ou la détruire pour en faire quelque chose d’autre. C’est toujours intéressant.

Maintenant, est-­ce que c’est une réussite à chaque fois : je n’en suis pas sûre !

 Il y a des choses qui moi­-même me surprennent et je me dis peut­-être que sur une chanson –parce que souvent ou les anglais ou les allemands procèdent de cette façon : ils enlèvent totalement la chanson, laissent un mot et vont faire après tout le délire qu’on peut faire autour !

Maintenant, je l’ai accepté.

Est-­ce qu’on désincarne totalement une chanson ?

Peut-­être. Mais est-­ce que c’est l’avenir d’une chanson, en tout cas est-­ce qu’elle perdure ? Je ne sais pas bien. Peut-­être c’est volontaire, dans le fond, que de détruire et désincarner quelque chose. Ce sont des choses qui devraient passer et s’oublier. Est­-ce que vous avez la même démarche, pareil, quand vous vous jetez en pâture à un photographe comme Herb Ritts ?

Est­-ce que, je dirais, on paye pour voir quand on va chercher Herb Ritts ou bien est-­ce qu’on se dit ‘J’ai vraiment envie de travailler avec cet homme talentueux’ ?

MF : Non : on paye pour avoir ! Et ça, c’est un privilège, d’abord, que de pouvoir payer pour avoir et puis c’était un moment agréable pour moi, parce qu’on sait déjà qu’on fait appel à un talent qui est certain, donc il y a une angoisse qui est diminuée. Et puis c’est toujours intéressant : j’ai pas beaucoup travaillé avec des photographes hommes, masculins et c’était un regard 1996-07-aqui était différent.

Et c’est quelqu’un qui, je crois, malgré tout me connaissant très peu, a respecté ma personnalité tout en mettant son talent et tout ce qu’il a l’habitude de, lui, projeter. Je voudrais évoquer le concert encore : est-­ce que pendant la tournée le concert a évolué ?

MF : Evolué…Je pense que plus on fait de concerts et mieux c’est. Mais des changements, aucun : ni l’ordre des chansons, ni le choix des chansons (comme précisé plus haut « Ainsi Soit Je… » sera pourtant interprété à quelques reprises à la reprise de la tournée, ainsi que « La Poupée qui fait Non » avec Khaled à Genève et à Paris, nda). Non, parce que là encore je crois que quand j’ai construit le spectacle, je savais ce que je faisais ­ en tout cas ce dont j’avais envie. En ça, ça n’a pas été modifié.

Publié dans Mylène 1995 - 1996, Mylène AU FIL DES MOTS, Mylène en INTERVIEW | Pas de Commentaire »

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