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Mylène Farmer est l’anti-people

Posté par francesca7 le 14 novembre 2015

 

 

Mylène interstellaireHugues Royer,  Grand admirateur de la star et auteur de la biographie non-autorisée « Mylène », le journaliste et écrivain Hugues Royer revient sur ce nouveau départ et explique pourquoi la star se sent enfin prête à conquérir le marché américain.

Pour la deuxième fois depuis Bleu noir (2010), Mylène Farmer ne collabore pas avec son complice de toujours, Laurent Boutonnat. Que s’est-il passé pour qu’il soit absent d’«Interstellaires» ?

Entre eux, il y a une sorte de dérive des continents. Laurent Boutonnat, qui a épousé une artiste russe et est devenu papa, entend poursuivre en priorité sa carrière de réalisateur. Des tensions seraient apparues lors de la dernière tournée de Mylène Farmer lorsqu’elle a insisté pour interpréter des titres issus de l’album «Bleu Noir» qui n’étaient pas de lui. Pour ce pygmalion dans l’âme, il n’est sans doute pas aisé de voir sa muse voler de ses propres ailes. Mais rien n’interdit les retrouvailles de ce tandem qui a tant marqué la chanson française…

A-t-elle eu peur de se répéter ?

C’est une artiste à la fois fidèle à son univers mais qui ne cesse d’élargir son horizon. Elle a besoin de prendre des risques et voulait éviter de tomber dans une forme de ronronnement musical. Pour certains de ses fans, les dernières compositions de Laurent Boutonnat n’étaient pas à la hauteur des premières. Les nouvelles collaborations (avec Sting, The Avener ou Martin Kierszenbaum, ndlr) répondent à une demande de son public, très pointu. Elle veut surprendre ses fans, les emmener sur d’autres terrains. Il ne faut pas non plus oublier qu’il s’agit de Mylène Farmer, star aux plus de 30 millions d’albums. Sa notoriété lui permet de s’offrir un duo avec Moby ou Sting…

«Interstellaires» compte des morceaux en anglais. Surprenant ?

A 54 ans, Mylène tente ce qu’elle n’avait pas jamais osé jusqu’à présent : une percée sur le plan international, qui  passe par une présence sur le marché américain. Je trouve cela incroyable et culotté. Jusqu’ici, en dehors des pays francophones, seule la Russie lui réservait un accueil de star…

Pourquoi ne l’a-t-elle pas fait avant ? 

Elle n’était tout simplement pas prête. Elle a longtemps pensé qu’elle ne pouvait pas s’exprimer avec autant de nuances en anglais qu’en français. Puis, avec le temps, grâce à quelques cours et ses relations amicales avec des artistes anglophones, elle est devenue quasiment bilingue. Le parrainage de Sting l’a convaincue que c’était le moment idéal de faire le saut de l’ange.

Alors qu’elle est très discrète dans les médias, les fans sont toujours au rendez-vous. Jouer la carte du mystère, est-ce la clé de sa longévité ?

photo_Pure chartToute sa communication repose précisément sur la non-communication. C’est paradoxal. Alors qu’à ses débuts elle était omniprésente dans les médias, elle se fait très discrète depuis 25 ans. Et ça marche ! Mylène Farmer est l’anti-people : elle brille par sa rareté. On ne s’intéresse pas à la destination de ses vacances, aux secrets de sa ligne ou à l’identité de l’homme avec qui elle passe ses nuits… Sa vie privée est tellement secrète qu’on ne peut s’intéresser qu’à ses disques. Sur le plan marketing, c’est un cas unique dans le paysage musical hexagonal.

Est-elle réellement timide ?

Depuis son plus jeune âge, Mylène Farmer souffre d’une timidité maladive. En même temps, elle possède l’incroyable audace des vrais timides. Et elle se soigne ! Elle semble plus heureuse et moins tourmentée aujourd’hui. L’amour de ses fans est quelque chose qui la réconforte. Pour être digne de leur amour, elle est prête à décrocher la lune.  Tant que dure le sortilège, comment pourrait-elle envisager son retrait ?

Interstellaires, Mylène Farmer (Polydor/Universal)

Mylène, Hugues Royer (éd.Flammarion)

Publié dans Mylène 2015 - 2016, Mylène Autrement, Mylène et les AUTEURS | Pas de Commentaire »

Si vieillir lui était compté

Posté par francesca7 le 14 novembre 2015

 Vieillir chez Francesca

      Pour la première fois, le visage n’est pas lisse. Le front est strié de rides d’expression. Les yeux sont creusés de cernes que le maquillage accentue. Les cheveux sont plaqués à l’arrière. Sur certains clichés, elle nous fixe avec gravité. Sur d’autres, elle semble perdue, le regard fuyant. Devant l’objectif de Peter Lindbergh, Mylène a accepté de se montrer telle qu’elle est, loin de l’imagerie diaphane véhiculée depuis ses débuts. Une femme à la quarantaine épanouie. Et ces petits défauts n’enlèvent rien à sa beauté. Au contraire, le photographe a réussi à faire affleurer sur son visage la sourde inquiétude qui nourrit l’artiste. Publiés dans la version française du magazine Vogue, ces clichés en noir et blanc ont créé un réel émoi parmi ses inconditionnels.  

      « Beaucoup de gens m’ont avoué que cette série leur avait montré une Mylène Farmer plus “vraie” », a confié Peter Lindbergh après la séance. Lors de la première rencontre entre le photographe et la star, en 1999, son intention avouée était précisément de « casser son image glamour cheveux roux et bouclés ». Pour parvenir à un tel résultat, le maquillage a été déterminant. S’il sert, d’ordinaire, à masquer les défauts, « nous avons choisi, pour cette séance, de renforcer au contraire ces imperfections ». 

Et, si l’on en croit Lindbergh, la star se serait montrée très satisfaite des clichés. « Cette série a été une sorte d’expérimentation pour Mylène, qui était curieuse de savoir ce qui pourrait en ressortir. Alors que, souvent, les acteurs et les musiciens que je photographie imposent des conditions précises, elle s’est montrée au contraire totalement ouverte à mes propositions. Je crois qu’elle a apprécié la complexité qui se dégageait de ces portraits. » 

     Une Mylène sans artifices, rattrapée par les marques du temps… Sans le défi artistique de confier son visage à l’une des plus prestigieuses signatures de la photographie, la chanteuse aurait-elle accepté d’écorner la belle image ? Peut-être que non. Pour l’esthète qu’elle est, voir sa jeunesse s’enfuir n’est absolument pas un sujet de réjouissance. Dès 1998, elle le dit dans une chanson de l’album Innamoramento, dont le titre Et si vieillir m’était conté, renvoie à un film illustre de Sacha Guitry : « La nuit de ses doigts de fer / A abîmé la chair / De sa rouille cruelle. » Mais pourquoi donc la vie, après avoir donné la beauté, s’acharne-t-elle à la reprendre ? La question ne cesse de hanter le poète depuis l’aube de l’humanité. Il est si cruel, en effet, de voir se faner la beauté des femmes que le XXIe siècle semble livrer une guerre sans merci contre cette infamie.

     Anticiper, n’est-ce pas la seule manière d’accepter l’inacceptable ? Sans doute, mais cela n’empêche pas de se battre pour freiner la course du temps. Interrogée par un journaliste russe en 2000, qui lui demande si elle songe avoir recours, un jour prochain, à la chirurgie esthétique, Mylène répond sans détour. « Je ne crois pas. Beaucoup de femmes avec le temps deviennent plus belles qu’elles n’étaient. Ceci dit, je souhaite rester attrayante longtemps encore ! » 

     Pour continuer à séduire son public, elle le sait, préserver la fraîcheur de ses traits est essentiel. Et la chanteuse relève le défi haut la main, comme le confirment tous ceux qui l’approchent. Daniela Lombroso, qui la reçoit en 2005 dans une émission de France 2, parle même d’un « teint de jeune fille ». En même temps, assumer son âge, pour Mylène, c’est aussi accepter de se montrer plus pulpeuse, avec ces formes plus féminines dont elle rêvait adolescente, lorsqu’elle se trouvait trop fluette. 

     Quand elle arpentera la scène du Stade de France, le 12 septembre 2009, la star fêtera en public ses quarante-huit ans. « C’est un pur hasard, jure-t-elle. Il y a longtemps que je ne fête plus mon anniversaire.  L’idée de réunir des personnes pour le célébrer me tétanise  ! » Quelle sera alors sa réaction devant des dizaines de milliers de fans hystériques ? Une immense émotion, sans aucun doute, provoquant un torrent de larmes, c’est inévitable. Chaque année, la chanteuse reçoit des centaines de cadeaux de ses admirateurs, envoyés à sa maison de disques ou à son domicile parisien. Impossible pour elle d’oublier la date de son anniversaire : ses fans ne manquent jamais de la lui rappeler. 

     À quarante-huit ans, bien des chanteuses ont pris leur retraite. Mylène est l’exception. Et il y a fort à parier que Jean Paul Gaultier, responsable des costumes de la prochaine tournée, s’apprête à dessiner des tenues de scène sexy en diable. S’exhiber en cuissardes, à la ville comme à la scène, ne lui fait pas peur. « Vieillir, je l’accepte parce que c’est une fatalité. Mais grandir, non  ! » La raison raisonnable, elle laisse ça à d’autres : quand il s’agit de s’habiller, seul compte le plaisir de se sentir désirable, pour soi et pour les autres. 

      Une sorte de fuite en avant ? Certains n’hésitent pas à le penser. « Vieillir devant son public est un risque énorme pour elle, un danger de voir s’écrouler le mythe qu’elle a échafaudé », me dit Christophe Mourthé. Il y aura donc fatalement un cap difficile. Pas facile, en effet, de se projeter dans un futur

lointain quand on a bâti sa carrière sur une image érotique. On le voit bien avec Madonna qui, à cinquante ans, en fait trop dans le côté exhibitionniste.  Certes, comparer les deux chanteuses est une entreprise contestable, un poncif auquel il faut s’empresser de tordre le cou. « Je pense que Mylène a une vision artistique plus profonde et plus riche que celle de Madonna, confie Mark Fischer. Peut-être est-elle moins fashion, mais à travers son travail, elle essaie de nous dire quelque chose au sujet de l’existence. » 

      C’est justement pour cette raison que la star française est à l’abri d’un tel écueil : son répertoire ne repose pas tout entier sur une image érotique. Il y a dans les paroles de ses chansons un regard posé sur l’existence, des messages d’une teneur universelle qui s’adressent à l’esprit et ne se fondent pas exclusivement sur le désir. Et puis, elle a prévenu : « Je sais que viendra le moment où je ressentirai la nécessité de me retirer. » Pas question, donc, pour elle de livrer le combat de trop, celui qui réduirait à néant vingt-quatre ans de carrière. A-t-elle pour autant l’intention de faire ses adieux dans les années à venir ? « Par respect pour le public, je n’utiliserai jamais cela comme un argument promotionnel », répond-elle à Jérôme Béglé, qui lui demande si le Stade de France sera son ultime concert. 

     Partir comme Greta Garbo, demeurer mythique en gardant l’image intacte… C’est une hypothèse qui n’est pas exclue, mais pas totalement séduisante non plus, tant elle exige de renoncer à un métier qui agit comme une drogue puissante, et surtout de ne plus répondre à la vague d’amour qui s’est abattue sur elle. Le retrait de la Divine, aussi bénéfique fût-il pour sa postérité, pourrait bien avoir en même temps gâché sa vie. 

     Mylène est-elle prête à un tel sacrifice ? Rien n’est moins sûr, d’autant qu’elle semble désormais comblée sur tous les plans. « Je souhaite faire ce métier le plus longtemps possible », confiait-elle en 2004.      Dès lors, on peut donc très bien imaginer qu’elle continue à publier des albums durant encore dix ou quinze ans – à condition, bien sûr, qu’un tel format musical continue d’exister. Si elle persévère dans cette voie, sans doute peut-elle aspirer à un destin à la Barbara, faire vivre le culte dans le cadre de salles intimistes, accompagnée par un seul piano. Une seconde carrière qui ne manquerait pas de panache. Certes, pour l’heure, elle clame encore son goût de la démesure, mais elle conçoit déjà l’instant où cet appétit aura disparu : « Je saurai quand viendra le moment où il faudra que je change. Non pas le fond de mon expression, mais la forme. » 

     Pour tous ceux qui imaginent Mylène comme une femme conduisant sa carrière d’une main ferme sans jamais trembler, le témoignage de Marie de Hennezel, qui a rencontré la star à plusieurs reprises, permet de nuancer le propos. Quelques mois après l’entrevue sur un plateau de télévision organisée par Jean-Luc Delarue, en 1996, la psychologue répond favorablement à une invitation à déjeuner. « C’est un moment qui m’a beaucoup marquée. C’était chez elle, dans un grand appartement. J’étais touchée qu’elle me fasse ainsi entrer dans son intimité. J’ai pu y voir toute la fragilité et la vulnérabilité de cette jeune femme. La solitude aussi. Car elle est l’objet de tant de projections que cela en devient comme une forme de prison. [...] On sent qu’elle est perméable, qu’elle capte les choses et je pense que c’est au prix d’une certaine solitude. Elle m’a vraiment beaucoup touchée. » 

     Une chanteuse prisonnière de l’image qu’elle s’est construite, condamnée à répondre au désir de Ceux qui l’aiment : telle est l’équation difficile que Mylène doit résoudre en permanence. Certes, son devoir d’artiste est d’exprimer ses émotions, mais elle ne peut que s’inscrire dans la continuité du fil qui la relie au public depuis toutes ces années. Elle l’avoue au détour de la chanson Si j’avais au moins… : « Et moi l’étrange paumée / Fiancée à l’enténèbrement. » Bien qu’elle ait terrassé ses fantômes intérieurs, ils continuent de la poursuivre, comme si elle ne pouvait leur échapper. Sur le plateau du 20 heures de TF1, face à Claire Chazal, elle avoue ainsi s’être amusée avec le mot Dégénération, comme pour adresser un clin d’œil à une autre de ses chansons, Désenchantée. 

    Si vieillir m'était conté Pour demeurer à la hauteur de sa légende, Mylène n’est-elle pas condamnée à ressasser inlassablement les mêmes thèmes, à jongler avec les mêmes états d’âme ? « Tout créateur se répète inlassablement et inexorablement », dit-elle. Elle n’a pas tort. Et c’est même ce qui la différencie d’une Madonna, caméléon qui s’épuise à épouser sans cesse les dernières tendances. La star française possède a contrario une extraordinaire constance. Son entêtement à toujours creuser le même sillon, sans tenir compte des modes, signe sa condition d’artiste véritable.  

     « Le sentiment d’abandon est quelque chose qui me hante », dit-elle. N’est-elle pas, au fond, dans la position de la femme aimée qui, par peur de décevoir son amoureux, se force à incarner son fantasme afin de rester désirable à ses yeux ? « Elle ne cesse de chanter son mystère sans jamais dire son secret », a dit Thierry Demazière à propos de Mylène. Il y a quelque chose de juste et de profond dans cette phrase. Et l’erreur de bien des biographes est sans doute d’avoir cru qu’un tel secret pouvait être exhumé. 

Mieux, que sa révélation pouvait expliquer l’œuvre comme une évidence. Et si cette part de mystère irrésolue ne constituait-elle pas, au fond, la clé d’un succès nourri par les seules projections du public ?

C’est bien connu, le secret est le meilleur terreau pour l’imaginaire. 

     Dire cela ne retire rien à l’exception de ce parcours, ni même à la singularité de l’œuvre. Car quoi qu’on écrive sur elle, Mylène Farmer restera, dans l’Hexagone, la chanteuse phare du dernier quart de siècle. Aussi inspirés que soient les mots employés pour la dépeindre, aucun n’atteindra jamais la puissance lumineuse d’une de ses chansons.

 

 

Extrait du livre : MYLÈNE par Hugues ROYER aux Editions Flammarion 2008

Publié dans MYLENE par H.ROYER | Pas de Commentaire »

 

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