Mylène sera une Icône gay

Posté par francesca7 le 26 octobre 2015

 

 

  Mylene-Farmer-    Elle porte une chemise blanche recouverte d’un gilet et un nœud papillon négligemment défait afin de dégager le cou. Ses joues sont maculées de mousse. Un rasoir jetable à la main, des têtes de mort plein les phalanges, elle sourit de la farce qu’elle nous joue. L’image est kitsch à souhait. Pour son grand retour en 2008, Mylène fait la couverture de Têtu. Tout un symbole. En principe, c’est un torse de garçon qui est photographié en une du mensuel destiné à la communauté gay. Mais pour elle, le rédacteur en chef a fait une exception, à condition qu’elle change de sexe le temps d’une séance photo. Ce qu’elle a accepté avec plaisir, manifestement enjouée lorsqu’elle répond aux questions du journaliste Benoît Cachin. Dans les pages intérieures, elle porte un haut-de-forme et une canne au pommeau d’argent. Sur une autre photographie, elle passe trois doigts à travers la braguette de son pantalon et éclate de rire. 

      Entre la star et la communauté homosexuelle, il existe une connivence qui relève de l’évidence. Bien sûr, il faut se garder de toute simplification abusive : tous les gays ne sont pas fans de Mylène Farmer et les fans de Mylène Farmer ne sont pas tous gays. Toutefois, même si la chanteuse touche un très large public, ceux qui sont le plus prompts à l’idolâtrer ont souvent le goût d’aimer des êtres du même sexe. Il suffit de flâner dans les forums qui lui sont consacrés pour s’en convaincre : au même titre que certains livres ou certains films, la star fait partie de ces boussoles qui aident les homosexuels à assumer pleinement leurs penchants. Bref, elle jouit du statut d’« icône gay », avec tout ce que cela suppose de vénération, mais aussi d’exigence. Elle le sait, même si elle prend soin de réfuter l’étiquette par une pirouette : « Je me méfie du terme “icône”… Ce sont celles que l’on brûle en premier. » 

      En outre, bénéficier de l’amour de cette communauté est une chance ; mieux encore, un privilège. « C’est un public pointu, sensible et avant-gardiste. Nous nous suivons depuis de nombreuses années, c’est important pour moi. » En matière de tendances, il est vrai, les gays sont souvent à la pointe. Alors tant qu’ils la soutiennent, Mylène est au moins à l’abri du risque de devenir has been. Sans doute parce qu’ils nourrissent le sentiment qu’elle leur appartient un peu, ils attendent beaucoup d’elle en contrepartie, et elle n’a pas d’autre choix que de se montrer à la hauteur de ce désir. Ce degré d’exigence fait partie des moteurs qui la font avancer, la poussent à toujours donner la pleine mesure de son talent.

« Vous savez, ce public est unique. J’en suis consciente ! C’est lui qui me donne l’envie de me dépasser à  chaque fois. » 

      On ne devient pas une icône gay par hasard. Il ne suffit pas d’avoir à son répertoire une chanson sur le sujet pour mériter ce label décerné avec parcimonie. Il ne suffit pas non plus de le vouloir, encore faut-il l’incarner avec sincérité, sans trucage. Mylène est entrée dans le métier en interprétant Maman a tort, l’histoire d’une jeune fille amoureuse de son infirmière. Pas étonnant que les homosexuels aient immédiatement adhéré à son univers. Avec Sans contrefaçon, elle a encore marqué des points. Cet hymne à l’ambiguïté sexuelle est devenu un référent incontournable dans la communauté gay – dans le film Pédale douce, le réalisateur Gabriel Aghion l’a d’ailleurs utilisé dès la première séquence. Puis il y a eu le look à la garçonne, façon héros de Dickens, de l’époque Désenchantée. Autant de signes de ralliement pour bien des gays. Par la suite, Mylène a conforté sa place dans leurs cœurs en exacerbant, au contraire, sa féminité, comme l’avaient fait avant elle une Dalida ou une Sylvie Vartan. 

     En outre, elle continue à multiplier les œillades dans leur direction. Un exemple ? Le 9 mars 1995, après avoir chanté L’Instant X dans une émission de télévision, elle embrasse sur la bouche Valérie Bony, une de ses danseuses. V  oilà pour les filles qui aiment les filles. Sur scène, lors de la tournée 1996, ce sont plutôt les garçons qui aiment les garçons auxquels elle adresse des signes de sympathie. Ainsi, pour la scénographie de Sans contrefaçon, les quatre danseurs qui l’entourent ont été grimés en drag queens. Shorts pailletés, bottes à talons compensés, perruques frisées et boas multicolores, ils en font des tonnes dans le côté maniéré. Et Mylène s’en amuse, riant aux éclats, tandis qu’elle distribue à l’envi d’amicales fessées. Autre clin d’œil appuyé à ses fans homosexuels, les deux militaires qui s’embrassent à bouche que veux-tu dans le clip de Dégénération, avant de se déshabiller et de s’enlacer. 

     Parce qu’elle déteste les étiquettes, Mylène refuse toutefois de se laisser enfermer dans une proximité par trop fusionnelle qui pourrait la couper des autres publics qui l’apprécient. « Les homosexuels m’ont toujours porté un grand intérêt et de la chaleur. J’en suis ravie, mais je ne vis pas dans leur monde. » Ailleurs, elle pousse plus loin la confidence : « Ce sont des gens particulièrement sensibles, qui me comprennent et que je comprends. J’aurais certainement pu être homosexuelle mais je ne le suis pas devenue. » 

     Un propos qui a de quoi interpeller les fans. Est-ce à dire que la chanteuse a elle-même, par le passé, douté de son identité sexuelle, comme cela arrive à nombre d’adolescents ? Possible, même si cela ne signifie nullement qu’elle ait goûté aux plaisirs saphiques. Certes, la rumeur, particulièrement prolixe sur son cas, lui prête des liaisons avec des personnes des deux sexes. Mais elle ne s’est jamais expliqué sur la question, et c’est bien là son droit le plus strict. Portons toutefois une oreille attentive au refrain d’Eaunanisme, chanson qui figure sur l’album Anamorphosée : « C’est si doux la brûlure / Là où ta main me touche, Eau / Et coule cette écume / De ma bouche. » Si Mylène possède un tempérament pudique, son œuvre l’est souvent beaucoup moins. 

     « Qu’est-ce qui vous séduirait chez les femmes ? » demande Benoît Cachin à la chanteuse, caressant l’hypothèse, même s’il s’agit d’un jeu, qu’elle pourrait être attirée par des personnes de son sexe. « Leur imprévisibilité, répond-elle. C’est ce qui transforme le quotidien en aventure et la vie en destin. » 

     En réalité, ce que Mylène partage avec les homosexuels, c’est d’abord le sentiment d’une différence. Elle l’éprouve depuis toujours, même s’il lui a fallu du temps pour mettre un nom dessus. Ne pas se sentir comme les autres, au départ, est rarement vécu dans la sérénité. Au contraire, il s’agit souvent d’une épreuve, que bien des homosexuels expérimentent dans la solitude. Face au rouleau compresseur d’une éducation qui tend à normaliser les comportements, renforçant les stéréotypes masculins et féminins, affirmer sa différence demeure problématique. S’opposer à la majorité triomphante n’est pas un combat gagné d’avance. Il faut du courage pour découvrir qui l’on est vraiment et le faire accepter à sa famille, ses proches, ses amis. Même si la société a évolué, même si l’homosexualité n’est plus regardée en France comme un délit ou une perversion, de nombreux témoignages attestent encore de parcours douloureux, voire traumatiques. 

Pour être soi-même, on ne devrait pas avoir à souffrir. Or, peu d’homosexuels parviennent à éviter cette souffrance. Faire la paix avec soi ressemble alors à un défi qui peut prendre des années, et même ne jamais être gagné. En comparaison, le chemin de Mylène ne s’est pas fait non plus sans heurt. Faute de trouver une réponse à ses doutes, une décision a tout changé : devenir artiste a permis à son sentiment d’être incomprise de s’exprimer. Mais cette victoire sur elle-même, couronnée par un phénoménal succès public, n’efface rien de son parcours. Un titre sur son dernier album, C’est dans l’air, nous le rappelle :

mylène7Mylène n’oublie pas ceux qui souffrent de ne pas être dans la norme. « Les cabossés vous dérangent / Tous les fêlés sont des anges / Les opprimés vous démangent / les mal-aimés, qui les venge ? » Le temps d’une chanson, elle se fait le porte-parole des « incompris » et des « fous ».  

      Se ranger du côté des minorités, telle est la vocation de ceux qui se sentent différents. Mylène n’échappe pas à la règle. C’est pourquoi elle est si appréciée par les homosexuels des deux sexes. Ce  qu’elle reçoit en retour est un amour immense, parfois aussi inconditionnel que celui d’une mère. Être une icône gay, revient aussi à être aimée par des hommes qui ne vous désirent pas. C’est doux et sécurisant à la fois, dénué de tout enjeu sexuel. Au fond, Mylène n’est-elle pas la preuve vivante que les homosexuels aiment aussi les femmes ?

 

Extrait du livre : MYLÈNE par Hugues ROYER aux Editions Flammarion 2008

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