• Accueil
  • > Archives pour le Dimanche 18 octobre 2015

Peut-être lui dit Mylène

Posté par francesca7 le 18 octobre 2015

 

 

   MYLENE   Elle a fait la paix avec les hommes. L’aveu est solennel comme un chant liturgique. Deux notes de piano empreintes de gravité précèdent l’annonce de la bonne nouvelle : « Avant que l’ombre, je sais / Ne s’abatte à mes pieds / Pour voir l’autre côté / Je sais que… je sais que… j’ai aimé. » Tous ceux qui suivent le parcours de la chanteuse depuis ses débuts ont compris, dès la première écoute, que le déclic tant attendu s’est produit : Mylène est amoureuse. Un sentiment qui parcourt tout l’album Avant que l’ombre…, lui donnant une coloration intimiste, voire impudique, comme si nous étions les témoins involontaires d’une relation en tout point idyllique. 

      Que de chemin parcouru pour en arriver là. Que de doutes et d’atermoiements avant d’aboutir à une certitude terrifiante, celle d’un émoi dont il devient impossible de réfuter l’évidence. Souvenons-nous de cette interview accordée à l’émission « Sexy Folies » en 1986. Mylène avait eu recours à la métaphore de la mante religieuse pour expliquer son rapport problématique aux hommes. « Je ne les aime pas », concluait-elle alors avec une moue de dégoût. Une phrase qui résonne, à l’époque, comme une fin de non-recevoir adressée à l’ensemble des représentants du sexe fort. 

 

      Ce qui frappe, là encore, c’est la lenteur qu’il a fallu à Mylène pour accomplir ce chemin qui va de la haine à l’amour. Elle devra attendre le milieu des années 1990 pour trouver les premières clés lui permettant d’avancer. Avant cela, ses chansons portent la trace d’une impossibilité majeure. « Ainsi moi je / Prie pour que tu / Fuis mon exil » énonce un paradoxe qui résume bien la difficulté de rencontrer l’âme sœur. C’est le Je t’aime, moi non plus de Gainsbourg, ce jeu de cache-cache destiné à contourner l’obstacle, éviter le contact qui pourrait faire chavirer les cœurs. Il y a quelque chose de romantique là-dedans : celui qui rêve d’aimer est persuadé de ne pas pouvoir être compris. Une exigence d’absolu aussi, qui fait que l’autre déçoit forcément, quoi qu’il fasse, puisqu’il ne parvient pas à incarner l’idéal. 

Dans Beyond My Control, l’être aimé est puni de mort pour avoir trompé la confiance de l’amoureuse. « Dors en paix je t’assure / Je veillerai ta sépulture / Mon amour », entonne Mylène, qui a trouvé une solution extrême pour que son amour puisse accéder à l’éternité. 

      Dans Regrets, c’est la mort qui sert de subterfuge afin de rendre l’amour impossible. « Debout la tête ivre / Des rêves suspendus / Je bois à nos amours / Infirmes », chante Jean-Louis Murat à la femme aimée disparue trop tôt à laquelle il vient rendre visite au cimetière où elle est enterrée. N’est-il pas plus facile d’idéaliser une morte que de s’éprendre d’une vivante qui, tôt ou tard, montrera le visage de ses défauts ? Car c’est bien la peur du quotidien qui terrifie les tenants de l’amour absolu. Comment la passion pourrait-elle résister à certains instants que nous savons si peu glorieux ? 

      Prisonnière des paradoxes qui l’empêchent d’avancer, Mylène n’a bientôt plus comme ultime recours que de pousser un immense cri, semblable à une prière adressée à l’infini : « On a besoin d’amour / Besoin d’un amour XXL. » C’est bien le prince charmant qu’elle appelle de ses vœux, celui des contes de fées qui ne souffre d’aucune faille et semble avoir pour seule vocation de combler le cœur des femmes. Il y a quelque chose de simple dans cette requête, qui contraste avec les complications prévalant auparavant. De pur aussi. Une ouverture sincère qui vient percer la « bulle de chagrin ». 

      Ce que les romantiques préfèrent dans l’amour, ce sont les premiers frémissements, l’embrasement des cœurs, la cristallisation des sentiments. C’est pourquoi Mylène ne pouvait que tomber sous le charme du Choc amoureux, l’essai de Francesco Alberoni, qui décrit le processus à l’œuvre dans l’amour naissant. De ce livre naîtra un album aérien, plein d’espérance : Innamoramento. L’illustration figurant sur la pochette, signée Marino Parisotto Vay, traduit bien ce nouvel état d’esprit. Mylène s’en est d’ailleurs expliquée. « On voit une cage, on voit une silhouette au-dessus, on peut penser à l’oiseau. 

Maintenant, peu m’importe si c’est un oiseau ou non. L’idée est qu’on puisse voir effectivement cette porte entrouverte et cette cage entourée d’eau qui peut être menaçante ou paisible, on ne sait pas bien. 

Personnellement, j’y vois une sorte d’envol et de chute, comme l’amour, qui peut vous porter vers le haut et vers le bas. »       Ce qui caractérise cet album, c’est sa grande unité, comme s’il avait été écrit dans un seul et même souffle. Innamoramento résonne comme un puissant appel à l’amour. Comme le cri déchirant d’une solitude qui veut être brisée. « Trouver enfin peut-être un écho », répète Mylène dans le refrain. Prière qui trouve une expression bouleversante dans cette voix éthérée qui semble résonner à l’infini sur le morceau Mylenium, qui achève l’album. Peu prolixe sur sa vie amoureuse, la chanteuse lâche tout de même quelques confidences lors d’une interview au moment de ses concerts en Russie en mars 2000. 

« Quand on devient une personne publique, il est difficile de trouver l’âme sœur. En général, l’homme a du mal à accepter que sa compagne soit aimée par des millions d’autres personnes. Il souhaite être l’unique. » 

      Il faut croire que le ciel a exaucé son vœu, puisque l’album qui suit, Avant que l’ombre… , est placé, quant à lui, sous le signe de la rencontre. Il n’y a plus de solitude, plus de désespoir né d’une incapacité à communiquer avec l’autre, plus de détresse de n’être pas entendue. Juste une « inquiétude d’amour » qui cache « une envie de bonheur », comme Mylène le chante dans Peut-être toi. Il y a de la prudence dans la déclaration, une pudeur à dire la passion qui pourrait s’éteindre, soufflée par les mots. Une superstition même, qui pousse la chanteuse à répéter plusieurs fois le fameux Shut up ! qui ouvrit paradoxalement les concerts de Bercy en 2005. Dire à l’autre qu’on l’aime, n’est-ce pas risquer de briser le charme ? Voilà pourquoi il faut ajouter un « peut-être », s’empêcher de croire au toujours qui déçoit, se rattacher au présent comme à la seule terre possible. « T’aimer parce que c’est aujourd’hui / C’est ce qui compte vraiment », fredonne-t-elle dans J’attends. 

      On le voit, Mylène n’envisage pas l’amour dans sa conception bourgeoise, qui voudrait en garantir la durée par un contrat où la passion n’a plus sa place. Si l’amour scelle un pacte, c’est celui d’une exigence de sincérité absolue. « Si nos matins / Semblent poussière / Alors… renie-moi… là », renonce-t-elle, prête à tout sacrifier quand les sentiments ne sont plus partagés. Pas question que l’habitude s’installe, aucun droit à l’erreur n’est permis de part et d’autre : « Si par mégarde / La faute est mienne / Alors… renie-moi… là. » L’amour romantique n’est pas de tout repos : il exige sans cesse de nouvelles preuves.

Peut-être toiDans le clip de Peut-être toi, dessin animé réalisé par Naoko Kusumi, les deux amants périssent enlacés, transpercés par une lance mortelle. Un scénario qui rejoue l’histoire de Roméo et Juliette : seule la mort peut garantir l’éternité des sentiments que la vie malmène. 

  Qui est-il, cet homme qui fait le bonheur de la chanteuse ? Celui qui a pris son cœur en otage ? Son portrait se dessine au détour de plusieurs chansons. « Même si je suis dans son lit / C’est son Q.I. qui me lie / À lui pour la vie entière / Bien que solitaire », dévoile-t-elle dans Q.I., précisant qu’il a « des rondeurs d’un Rodin ». Le clip du single, d’ailleurs, montre une Mylène étonnamment fusionnelle, dont les mains, par la magie d’un trucage, fouillent sous la peau de l’amant. Mais la chanteuse lui donne également la parole dans J’attends. « Je t’étreins pour deux, tu es ma vie », explique l’amoureux à la femme adorée, refermant ses bras sur elle sans jamais apaiser ses peurs. Ce qu’elle ressent ? « Un désir d’aimer / Comme un bouclier », dit-elle dans Tous ces combats. 

      L’homme qui partage sa vie a des allures de chevalier des temps modernes. C’est lui, désormais, qui fait barrage entre Mylène et le monde, transmet les messages des fans qui gravitent autour de la star, fait la distribution des autographes. Depuis qu’elle le fréquente, il lui est arrivé de se promener au milieu de la foule, en plein Paris, sans craindre les regards. Ou d’aller dîner à pied, tard le soir, sans autre escorte que son compagnon. En mai 2005, Christophe-Ange Papini raconte comment une fan, ayant réussi à pénétrer dans la résidence où habite la chanteuse, s’est approchée de sa maison. Lorsque l’homme est sorti pour lui demander la raison de sa présence, elle a prétexté que son chien était perdu. Mais aussitôt que Mylène est apparue, la jeune femme s’est précipitée sur elle en lui disant qu’elle l’adorait. La chanteuse aurait alors tourné les talons, se réfugiant chez elle, tandis que son compagnon aurait alerté les vigiles. La veille déjà, cachés derrière les arbres de la résidence, trois fans squatteurs avaient réussi à tromper la vigilance du personnel en charge de la surveillance. 

     Dire le nom de celui qui a inspiré l’album Avant que l’ombre… n’a pas grand sens. Le prénom de Benoît, qui est le premier à être remercié dans le livret de Point de suture, suffit amplement. Impudique dans ses chansons lorsqu’il s’agit de jouer des rôles, Mylène est restée très secrète sur ses amours dans la vraie vie. Malgré tout, elle a levé un coin du voile, pour la première fois, dans une récente interview à Paris Match. « Je cherchais un réalisateur de films d’animation. Il est producteur et réalisateur et il est tout de suite tombé amoureux du petit personnage de C’est une belle journée. » C’est donc en 2002, comme la chanteuse le révèle indirectement, que la rencontre a eu lieu. Une collaboration étroite et fructueuse autour d’un clip conçu à deux a fait le reste. 

     Faire livrer des sushis, visionner des DVD, dessiner sur leur Palm Pilot… Les amoureux ne manquent pas d’occupations lorsqu’ils passent leurs soirées au domicile parisien de la chanteuse. 

Exceptionnellement, on les croise dans des concerts, comme celui de Radiohead, le 10 juin dernier. Le 1er octobre 2007, ils se sont rendus ensemble à l’Élysée pour la remise de la Légion d’honneur à David Lynch, cinéaste ami de la star. Dès qu’ils en ont l’occasion, ils s’envolent pour la Corse : Mylène, qui a longtemps détesté le soleil, vient souvent se ressourcer sur l’île de Beauté. On l’a même aperçue dans plusieurs magazines en maillot de bain, pas franchement épouvantée par le climat si éloigné de celui de son Québec natal. Preuve que cet homme, sans doute venu au bon moment dans sa vie, après tout ce travail accompli sur elle-même en chansons, continue de la combler. Sans doute n’est-il pas étranger, d’ailleurs, à l’extraordinaire vitalité qu’on ressent à l’écoute de l’album Point de suture. 

 

Extrait du livre : MYLÈNE par Hugues ROYER aux Editions Flammarion 2008

Publié dans MYLENE par H.ROYER | Pas de Commentaire »

Tendre et drôle à la fois notre Mylène

Posté par francesca7 le 18 octobre 2015

 

 

      tetuElle derrière un pupitre, Luc Besson à ses côtés. Devant leurs yeux défile une séquence de Arthur et les Minimoys, où l’on aperçoit Sélénia, un personnage de dessin animé aux cheveux roux. Mylène a accepté de prêter sa voix à cette princesse, mais l’art du doublage relève de codes qu’il n’est pas simple d’assimiler du premier coup. Il faut trouver un timbre qui colle parfaitement à l’image, mais aussi synchroniser chaque syllabe avec les mouvements de lèvres du personnage. Le réalisateur est là, attentionné et patient, donnant la réplique à Mylène pour l’entraîner. Elle prononce une phrase, se trompe, éclate de rire parce qu’elle a écorché un mot. Un rire de petite fille facétieuse, de ceux qu’on cache en rentrant la tête dans les épaules, une main sur la bouche. La scène est filmée pour les besoins d’une émission de Michel Drucker.

      Peu de gens le savent : Mylène Farmer a de l’humour. Non seulement elle rit volontiers, et plus souvent qu’on ne l’imagine, mais il lui arrive de faire rire aussi, parfois à ses dépens, ce qui est la preuve d’un sens profond de la dérision. « L’humour, chez elle, est une forme d’élégance, me confie Philippe Séguy. Une manière de rendre le quotidien plus léger. Par exemple, elle ouvre un paquet de fraises Tagada, m’en propose en lâchant : “On va s’empoisonner !” » Au fond, l’humour c’est ce qui nous reste de l’insouciance de l’enfance, la meilleure arme pour désamorcer la gravité du réel. 

      À ses débuts, on sent Mylène très joueuse avec certains animateurs de télévision, prête à entrer dans tous les délires. En 1985, dans « Platine 45 », Jacky en fait les frais. « Je me souviens d’une émission pendant laquelle elle m’embrassait et me laissait des marques de rouge à lèvres partout sur le visage.

Nous avions beaucoup ri en la faisant, elle et moi. » Dans un autre numéro de la même émission, histoire de s’amuser, elle laisse entendre qu’il existerait une idylle entre l’animateur et elle. « Vendredi soir, j’étais dans ton lit », dit-elle à un Jacky plutôt ravi. Lorsqu’elle est amenée à répondre à un journaliste de Charlie Hebdo, elle montre qu’elle peut avoir des formules pleines d’esprit : « Une question m’a toujours tracassée, Dieu rit-il ? Si oui, je comprends très bien pourquoi. »       

 

Sensible au comique de situation, Mylène peut se révéler très spontanée, voire bon public, face à certains imprévus. Dans son esprit, le rire peut d’ailleurs être une réponse appropriée au sérieux lorsqu’il devient trop pesant. Ainsi, durant le tournage du clip de Tristana, le mobilier prévu pour la maison des nains n’a pas été conçu à la bonne échelle. Emmanuel Sorin, le décorateur, en semble particulièrement chagriné. L’équipe fait une pause pour réfléchir à une solution possible. C’est alors que « Mylène s’assoit sur un tabouret qui casse et se retrouve sur les fesses dans un éclat de rire » ! Un incident cocasse qui permet de désamorcer la situation… 

     Les grands timides sont parfois capables de toutes les audaces. Ainsi, bien que mal à l’aise sur les plateaux de télévision, Mylène apparaît, en de rares occasions, très en verve. À la fin des années 1980, face à un Naguy taquin, qui la questionne sur le fait qu’elle garde, depuis plusieurs minutes déjà, la main posée sous le menton, elle répond, imperturbable : « La main reste comme ça. Elle est fixée. »       

Quant à Bernard Montiel qui, manifestement, l’admire, il se mordra les doigts de l’avoir invitée, en 1988, dans son émission « La Une est à vous », dont le principe est de faire voter les téléspectateurs afin de choisir leur programme. Lorsqu’il demande à Mylène quelle série elle aimerait regarder, elle répond :

« Aucune. » Et se fend même d’un commentaire sur le feuilleton Marie Pervenche, avec Danièle Evenou : « C’est consternant. » Montiel rit un peu jaune. 

     Mais sa plus belle saillie à l’antenne, la chanteuse va la lâcher à « Nulle part Ailleurs », sur Canal+, en 1988. L’œil malicieux, Antoine de Caunes, qui cherche manifestement à la déstabiliser, lui lance : « Depuis le début de l’émission, je me pose la question : pourvu qu’elle soit rousse. Pouvez-vous nous le confirmer publiquement ? » Et Mylène de répondre, du tac au tac : « Elle est rousse. » Puis, après un silence, elle ajoute : « En haut. » 

      Par la suite, la chanteuse, ayant décidé de se faire rare, aura de moins en moins l’occasion de s’amuser à l’antenne. Ce qui ne l’empêche pas de conserver intact son sens de l’humour. Interviewée au milieu des années 1990 par Julie Snyder, une Québécoise fantasque, elle semble sensible à l’ironie qui transparaît dans les questions. Quand elle lui dit : « Finalement, vous êtes une petite bi-bite », Mylène reste sans voix. Elle ne comprend pas, mais le mot l’amuse. Elle rit de bon cœur. En 1999, de passage dans le « Hit Machine » de Charly et Lulu, sur M6, pour interpréter Optimistique-moi, elle marche sur la traîne de sa robe et manque de trébucher, ce qui la fait manifestement sourire comme une gamine. 

     fanelo Rire d’elle-même, de ses maladresses, n’est pas exclu. La même année, au côté de Michel Drucker, elle provoque l’hilarité des fans présents dans le studio en bafouillant lorsqu’il s’agit de préciser combien de fois par semaine elle s’entraîne en vue de sa  prochaine tournée. En 2004, durant la conférence de presse annonçant les treize concerts de Bercy, elle commet un lapsus : « Le public me mange toujours. » Se reprend : « Je veux dire, me manque toujours. » Et, constatant la réaction des journalistes présents, éclate de rire. Oui, sans doute, c’est cette peur d’être dévorée par ses fans qui l’intimide à ce point. 

     L’avantage de l’humour, c’est précisément qu’il permet de briser la glace, d’instaurer une forme de communication évitant la fusion que Mylène pressent comme dangereuse. De ce point de vue, les concerts de janvier 2006 sont particulièrement éloquents. Pour la première fois, la chanteuse, d’ordinaire peu loquace, inaugure une forme de dialogue avec le public, grâce au prisme de l’humour. « V chante6zous plus fort que moi ! » clame-t-elle, le 15 janvier, comme un reproche amusé, à la foule déchaînée qui reprend  Désenchantée. Le 21, elle parle d’elle à la troisième personne pour annoncer la fin du quart d’heure des chansons lentes : « Mylène va sécher ses larmes et passer à quelque chose de beaucoup plus gai. » Le lendemain, alors que résonnent les premières notes de Sans contrefaçon, elle lance à la cantonade : « Vous ne la connaissez pas, celle-là, hein ? »

 

     Pour la première fois, durant cette série de concerts, la chanteuse accorde une place à l’improvisation. Parce qu’elle veut ressentir les vibrations de la foule, cette perfectionniste consent à montrer des failles. Certains soirs, par exemple, sans doute à cause de la pression ou de la fatigue, elle se trompe dans les paroles de ses chansons – ainsi elle zappe un couplet de Déshabillez-moi. À plusieurs reprises également, cette fumeuse de cigarettes mentholées est prise de fâcheuses quintes de toux, qui l’obligent parfois à s’interrompre plusieurs minutes. « Ce sont des choses qui arrivent », s’excuse-t-elle au soir du 14 janvier. 

      À travers ces anecdotes, se dresse le portrait d’une autre Mylène, loin de cette star rigide et glacée que certains ont transformée en caricature. « Si je devais résumer Mylène en deux adjectifs, me dit Elsa Trillat, je dirais, aussi surprenant que cela puisse paraître : tendre et drôle. » La photographe a, semble-t-il, gardé un souvenir ému des moments où Mylène venait lui rendre visite chaque jour à l’hôpital, alors qu’elle devait surmonter de graves problèmes de santé. « À ce moment-là, elle s’est comportée comme si elle était un membre de ma famille. Je ne l’oublierai jamais. » 

      Quand elle ne se ferme pas aux autres, paralysée par la méfiance, la chanteuse peut se révéler douce et attentionnée, y compris dans les situations où on ne l’attend pas. Roberto Martocci, danseur recruté pour la tournée 1996, en a fait l’heureuse expérience. Le jour du casting, alors qu’il ne sait pas encore s’il va être choisi, Mylène va lui donner un coup de pouce bienvenu. « Christophe Danchaud, le chorégraphe, entra le premier et nous avons commencé à travailler sur Je t’aime mélancolie. Environ une heure et demie après, Mylène entra silencieusement dans la pièce, dit : “Bonjour !” et jeta un coup d’œil dans ma direction. Le chorégraphe avait du mal à m’apprendre les pas, alors elle s’est approchée et a dit : “Puis-je lui montrer ?” À ce moment-là, l’énergie dégagée par Mylène était vraiment chaude et douce et cela m’a mis à l’aise. Après une heure et demie, elle s’est arrêtée et a rejoint son producteur. Elle a pris ma photo et l’a épinglée avec celles des autres danseurs. »

 

      C’est dans la tendresse, lorsqu’elle se sent en confiance, que la star exerce le plus volontiers son sens de l’humour. À partir de ces petits riens de la vie qui font réagir sa part d’enfance. Au moment du duo La Poupée qui fait non, sa complicité avec Khaled est évidente. « Mylène ? Elle est trop délirante cette fille ! dira le chanteur. On rigole comme des fous quand on se voit tous les deux. » 

      Ses amis proches, Anthony Souchet, le coiffeur John Nollet, ou même la romancière Nathalie Rheims, pourraient sans aucun doute en dire autant. Mais ils demeurent muets et comment ne pas leur donner raison ? L’amitié véritable ne peut se bâtir que sur une exigence de loyauté absolue qui suppose une part de secret. 

      Il y a aussi une cruauté dans l’humour, qui fait partie du plaisir. Lorsqu’un enfant voit un vieillard tomber, il se contrefiche de savoir s’il s’est fait mal, ou pire, si cette chute ne lui sera pas fatale : il ne retient pas son rire. Au détour d’une conversation, il peut arriver à Mylène d’être féroce, d’assassiner un tiers pour le plaisir d’un bon mot, mais la méchanceté ne fait pas partie de son tempérament. C’est un fardeau nuisible, alors qu’elle doit au contraire sans cesse s’alléger pour aller de l’avant. Ceux qui s’intéressent de près aux paroles de ses chansons savent d’ailleurs que son répertoire n’est pas aussi ténébreux qu’il en a l’air. 

      En attestent de nombreux titres réjouissants, qui manient parfois le second degré avec brio. « Pour plaire aux jaloux / Il faut être ignorée », lance Mylène dans Je t’aime mélancolie en guise de pied de nez à ses détracteurs. Dans L’Instant X, raillant la peur millénariste qui s’est emparée de ses contemporains, elle multiplie les images inattendues comme « J’ai un teint de poubelle » ou l’inoubliable « Mon chat qui s’défenestre. » L’album Avant que l’ombre… donne aussi la part belle à l’humour, au travers des chansons Porno Graphique ou L’Amour n’est rien… Dans Point de suture, la légèreté gagne encore du terrain. « La cruauté… c’est laid / La calomnie… c’est laid / L’âpreté… c’est laid / L’infamie… c’est laid », lâche la chanteuse d’une voix grave dans C’est dans l’air, égrenant avec ironie tous les péchés du monde. « Sculpté de bois / Réjouis-moi », chante Mylène dans Sextonik, évoquant ces accessoires du plaisir qui ne connaissent jamais de panne. Il faudrait encore citer l’humour indolent qui traverse Appelle mon numéro, un titre musicalement très réussi. « Le second degré est, me semble-t-il, une hygiène de vie », dit-elle. 

Mylène-Farmer      De même, certains choix scéniques sont manifestement destinés à faire sourire le public. Chanter Déshabillez-moi dans une camisole de force, comme elle le fait en 1989, c’est jouer sur le décalage, un ressort comique. L’immense fauteuil en velours de Libertine, en 1996, ou la balançoire de Dessine-moi un mouton, en 1999, introduisent également une touche de légèreté dans les shows farmeriens. Plus rare dans les clips, l’humour transparaît tout de même nettement dans Que mon cœur lâche, réalisé par Luc Besson, au travers notamment des dialogues épiques entre Dieu et le Christ. « Père, pourquoi ne m’envoyez-vous pas sur Terre ? » demande Jésus. « La dernière fois, c’était une catastrophe », répond le Créateur. « C’est un sourire, une légèreté que je n’avais pas dans mes autres clips  », dira Mylène. Dans les vidéos, peut-être… Mais dans la vie, il y a longtemps que la chanteuse n’engendre pas que la mélancolie.

  

Extrait du livre : MYLÈNE par Hugues ROYER aux Editions Flammarion 2008

Publié dans MYLENE par H.ROYER | Pas de Commentaire »

 

linergeek |
give to eat by eating |
ecouteconseil |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Hé ! lecteurs à Saint Marti...
| parlons-en!
| Je me SOUVIENS...