Divinisation de Mylène Farmer par beaucoup de fans

Posté par francesca7 le 6 octobre 2015

Méfie-toi Mylène

 

Il est logique que les spectacles et les extravagances de Mylène Farmer génèrent des fanatismes, particulièrement parmi les personnes homosexuelles, puisque la chanteuse s’offre fréquemment en Messie crucifié à la communauté homosexuelle – ses délires christiques, proches de ceux de Madonna, le démontrent parfaitement, ainsi que la diversité des reliques qu’elle vend aux enchères sur Internet, même si elle dit ne pas le faire consciemment ni dans un processus d’auto-culte de la personnalité calculé – ; et ensuite, après s’être donnée entièrement dans une exhibition clairement blasphématoire et démesurée, elle se dérobe à ses fans, remonte dans sa limousine aux vitres teintées sans dire au revoir à personne (je vous rappelle la mise en scène de départ filmée comme une déchirure dramatique dans le concert « Avant que l’ombre… à Bercy » en 2006), et s’engouffre dans un silence inexplicable et aussi disproportionné que son don sur les écrans : rien d’étonnant qu’un tel écart d’attitudes – pourrait-on le qualifier de simplement ludique quand il toucherait davantage à la schizophrénie de star ? – provoque chez les esprits en mal d’identité une vraie frustration… donc soit source de fantasme, d’hystérie, d’idolâtrie, voire de violence (rappelez-vous le meurtre du réceptionniste de la maison de disques de la chanteuse par un fanatique en 1991).

Mylène Farmer participe secrètement au processus de divinisation autour de sa personne en faisant du mystère un fond de commerce juteux, même si cela est effectué dans un effacement tellement étudié qu’il est possible que l’artiste, dans une sincérité confondante, ne s’en rende même pas compte elle-même.

Une autre raison que j’invoquerais pour expliquer le succès que Mylène Farmer remporte auprès de ses fidèles homosexuels, c’est qu’elle joue continuellement sur l’inversion et l’ambiguïté sexuelle, autant artistiquement – dans son discours et son répertoire musical – qu’existentiellement.

Mylène représente la bisexuelle dans toute sa splendeur, la femme libérée qui laisse entendre qu’elle goûte à tout type de sexualités sans pour autant vouloir se définir en tant que « lesbienne », « bisexuelle » ou « hétérosexuelle », et assumer les conséquences de ses actes : « Je me fous bien des qu’en dira-t-on, je suis caméléon » chante sa jumelle narcissique de « Sans contrefaçon ». Mylène Farmer joue la dissimulation : la plus belle signature homosexuelle qui soit, non ? Oscar Wilde n’avait-il pas, en son temps, baptisé l’homosexualité comme « l’amour qui n’ose pas dire son nom » ?

Est-elle pour autant lesbienne ? Personne ne l’est complètement, pas même la femme qui se veut 100 % lesbienne. Donc Mylène pas plus qu’une autre. La seule chose qu’on peut dire, c’est que très certainement un désir homosexuel – ou plutôt bisexuel – s’est exprimé à travers les œuvres et les actes scéniques farmériens.

La chanteuse n’hésite pas à cultiver un style « garçonne » ou androgyne, à « rouler des pelles » à ses choristes pendant ses concerts, à prendre son bain nue en compagnie de jeunes demoiselles (c. f. le vidéo-clip de « Libertine »), à simuler l’inceste avec la candide Alizée (c. f. les chansons « Gourmandises », « Veni, Vedi, Vici », « Cœur déjà pris »), à prendre des poses langoureuses avec des femmes pendant certaines séances photos, à camoufler un probable lesbianisme par le traitement de thématiques proches de l’homosexualité telles que la gémellité ou le double spéculaire du miroir narcissique. Par ailleurs, ses chansons sont truffées de clins d’œil explicitement homosexuels (c. f. la chanson « Maman a tort ») ou bien dirigées à un public libertaire censé comprendre des sous-entendus homo-érotiques subtilement cachés dans le texte (la sodomie dans « Q. I. », « Pourvu qu’elles soient douces », « L’Âme-stram-gram », « Porno-graphique » ; le travestissement dans « Libertine », « Sans contrefaçon », « Tristana » ; le Sida dans « Je te rends ton amour », « Que mon cœur lâche » ; etc.). Peu à peu, les paroles musicales de Mylène Farmer se politisent gentiment pour la cause gay : on reconnaît au fil de ses chansons un discours politiquement correct qui reprend à son compte le jargon du militantisme gay friendly classique (c. f. l’emploi d’expressions comme « la tolérance », « le droit d’aimer », ainsi que les références au coming out, dans les chansons « Rêver », « J’attends », « Réveiller le monde », « L’Innamoramento », entre autres).

ce qui explique le plus en profondeur l’attirance des personnes homosexuelles pour Mylène Farmer, c’est que la chanteuse touche du doigt un secret bien gardé de la communauté homosexuelle et qui a à voir avec le viol. L’univers farmérien fait parfaitement écho à la quête esthético-existentielle des personnes homosexuelles : la souffrance du viol (réel et surtout fantasmé) chorégraphiée et esthétisée à l’extrême. Pensons par exemple aux chansons « Je t’aime mélancolie », « Et si vieillir m’était conté », « Comme j’ai mal », « Point de suture », « Les Mots », « Nous souviendrons-nous », etc.. Mylène Farmer est, à mon avis, la chanteuse française qui a poussé le plus loin la représentation du « vouloir être objet »/« vouloir être violé », qui a décidé d’incarner le plus entièrement la femme violée (Jeanne Mas, Barbara, ou Dalida, avaient déjà ouvert la voie, mais avec moins de ténacité) et la femme-objet. Tout dans sa fantasmagorie renvoie aux poupées désarticulées, aux vierges violées, à la femme-enfant perdue ou folle, qui se cache et se venge d’avoir subi la perte de son innocence (c. f. « Allan », « Plus grandir », « C’est une belle Journée », « L’Âme-stram-gram », « Sans Contrefaçon », « La Poupée qui fait non », « Optimistique-moi », « Comme j’ai mal », « Dans les rues de Londres », etc.).

extrait des propos de Philippe Ariño

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