Un corps parfait, c’est Mylène

Posté par francesca7 le 23 septembre 2015

 

 

68836New York, juillet 1999. Mylène s’entraîne avec son coach, Hervé Lewis. Elle n’aime pas le sport. Elle a toujours préféré faire travailler son esprit plutôt qu’imposer des exercices à son corps. Dans une salle de gym, Mylène déprime. Inspirer, expirer, transpirer, compter… Tout ça lui semble à mourir d’ennui. Pourquoi, d’ailleurs, se fatiguerait-elle à faire du sport ? Du haut de son mètre soixante-six, elle affiche une silhouette parfaite. Le temps qui passe n’a rien changé à la chose. Est-ce dû à son tempérament plutôt angoissé ? Par chance, son métabolisme brûle les graisses, avec une facilité déconcertante.

 

Mylène est mince, c’est un fait. Une clé aussi de son succès. Le bébé dodu dont la photographie figure sur la pochette du duo avec Moby, Slipping away, a bien fondu en grandissant. Sur la balance, la jeune fille aux cheveux châtains qui chantait Maman a tort en 1984 et la rousse flamboyante qui, en 2008, ensorcelle ses bourreaux dans la vidéo de Dégénération affichent le même poids plume : quarante-neuf kilos. Ce corps gracile, idéal pour porter l’habit, Mylène a su en faire un atout pour sa carrière. Sans ce physique-là, inestimable cadeau de la nature, comment aurait-elle pu susciter et entretenir le fantasme aussi longtemps ? Une silhouette « bien proportionnée », comme elle le dit elle-même. La taille est fine bien que peu marquée, la courbe du fessier a fait couler beaucoup d’encre, et les jambes, parfaitement dessinées sont devenues, gainées de bas ou de cuissardes, un spectacle à part entière.

 

« Je ne fais de sport que quand je monte sur scène », dit-elle, sans doute pour énerver toutes celles qui transpirent sans résultat dans les clubs. Lorsqu’elle part en tournée, Mylène ne peut pas y couper : le rythme éreintant exige une préparation physique digne d’un sportif de haut niveau. Le corps doit s’habituer à fournir des efforts conséquents afin de produire toute l’énergie dont la  chanteuse aura besoin sur scène. Haltères de deux kilos soulevées lentement, séance d’abdominaux, assouplissement… Avec Hervé Lewis, Mylène enchaîne footing, musculation et séance de combat, avant les répétitions avec ses danseurs. La récompense vient après : un bon massage pour se décontracter.

 

« Elle a un corps très tonique, très costaud. Elle a un petit gabarit, donc elle n’a pas de gros besoins », explique son coach, qui comprend que la star ne  s’entraîne que pour la scène. « Quand elle s’arrête et qu’elle reprend, elle est prête assez rapidement. » L’avantage, c’est qu’elle se montre plutôt

motivée durant ces rares périodes de préparation physique. « Même en gym, elle est douée. Elle a une excellente mémoire musculaire », assure Hervé Lewis.

 

Le plus difficile, pour elle, ce ne sont pas tant les exercices que le régime spécial à base de sucres lents qui s’impose à tous les artistes, comédiens et chanteurs, avant une performance scénique. Non pas que Mylène déteste les pâtes, mais parce que son rapport à l’alimentation n’a rien de simple, et ce depuis l’enfance. Le romancier Philippe Séguy, qui a eu l’honneur de partager sa table dans un restaurant parisien, en atteste. « Elle mange très peu, aborde la nourriture avec suspicion. Quand le plat arrive sur la table, elle l’observe avec une attention quasi chirurgicale. Je me souviens l’avoir vue décortiquer une galette de saumon surmontée d’une tomate. Elle a coupé pour voir ce qu’il y avait à l’intérieur, et elle a eu ce mot : “incision”. »

 

Si Mylène surveille ce qu’elle mange, ce n’est absolument pas par peur de prendre des kilos. « Je ne suis aucun régime et je ne compte jamais les calories», dit-elle. On peut la croire sur parole. De même qu’elle semble sincère lorsqu’elle affirme : « Je ne suis absolument pas obsédée par ma ligne. » Le blocage se situe à un autre niveau, dans le rapport qu’elle entretient avec l’aliment, regardé comme un corps étranger qui pénètre dans son organisme.

 MYLENE F

« Son corps est un temple qu’elle ne veut pas mettre en danger par la nourriture », explique Séguy. Mylène a conservé de son enfance une manière très instinctive de se sustenter. Pour qu’elle accepte d’avaler quelque chose, il faut qu’elle ait confiance. L’aspect extérieur est donc fondamental, d’où son

goût pour les fraises Tagada et autres bonbons acidulés, séduisants grâce à leurs couleurs vives.

 

Dans les années 1980, la photographe Elsa Trillat lui a fait découvrir les sushis. Depuis, elle en raffole. La gastronomie japonaise la rassure pour plusieurs raisons : la présentation est esthétique, on sait exactement ce qu’on mange, et on peut consommer de petites bouchées. Rien à voir avec les plats français, souvent trop copieux. Mylène n’aime pas avoir le ventre plein, sentir un poids sur l’estomac.

 

Pour penser et créer, il lui faut rester légère, c’est essentiel. À quoi bon fatiguer son organisme en le torturant par des quantités excessives ? Dans le rapport affectif qu’elle entretient avec la nourriture, le poisson lui semble plus désirable que la viande rouge, qu’elle a bannie de son régime alimentaire. Lorsqu’elle était petite fille, les steaks n’étaient jamais assez cuits à son goût. Aujourd’hui, on n’en trouve plus dans son assiette. « Je ne mange plus de viande, excepté celle de volaille. Je me nourris surtout de fruits et de légumes. » Cette drôle de façon de s’alimenter ne manque pas de surprendre ceux qui approchent Mylène. Ainsi, au moment où elle fréquente le chanteur Khaled, avec qui elle reprendra en duo La Poupée qui fait non de Polnareff, elle semble abonnée aux bananes. Est-ce une lubie passagère ou un moyen de garder son énergie sur scène ?

 

En tout cas, son partenaire n’en revient pas : « Je lui dis bien d’arrêter d’en manger autant, mais elle s’y accroche ! Je ne sais vraiment pas pourquoi… » Comme les enfants, Mylène grignote quand ça lui chante, au gré de ses humeurs, y compris au restaurant, où elle préfère souvent picorer des entrées plutôt que choisir un plat principal. Son rapport à la boisson n’est pas des plus simples non plus. « Quand je l’ai connue, relate Philippe Séguy, elle consommait énormément de jus de carotte. Alors que Bertrand Le Page débouchait des bouteilles de champagne à tout-va, elle préférait souvent boire du thé ou siroter un Coca-Cola, son péché mignon. »  Aux dires de certains proches, la star aurait appris, depuis, à apprécier certains grands crus, initiée à ces plaisirs adultes par quelques amis amateurs.

 

Si Mylène est aussi intransigeante avec tout ce qu’elle absorbe, c’est pour conserver intacte l’intégrité de son corps. Non parce qu’elle vouerait un culte à ses formes avantageuses, mais parce que sa silhouette est le reflet exact de ce qu’elle est au fond d’elle-même, subtil mélange d’énergie et de fragilité. « Les gens minces le sont par prudence, m’a expliqué un jour une amie médium. En évitant de prendre du poids, ils veulent s’assurer qu’ils sauront fuir au moindre danger. » Force est de constater, en tout cas, qu’avec ce gabarit gracile la chanteuse a su se frayer un chemin en échappant aux périls du show-business, où sévissent, selon ses propres mots, des « ennemis mortels ».

 

Pour demeurer un support de projection pour le public, Mylène sait que son corps doit rester parfait. Droit et digne, respectable et désirable à la fois. À ses débuts, elle détestait aussi le soleil pour ça, parce qu’il fait transpirer, ramollit les chairs, rend les peaux moites et collantes. En hiver, les corps sont plus beaux. Alors, non, Mylène n’est pas près de lâcher prise sur le sujet. Maîtriser son corps, n’est-ce pas la preuve la plus éclatante, la seule peut-être, du contrôle qu’on exerce sur soi-même ?

 

 

Extrait du livre : MYLÈNE par Hugues ROYER aux Editions Flammarion 2008

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