Être indépendante : le souhait de Mylène F.

Posté par francesca7 le 2 septembre 2015

 
 

mylèneElle a prémédité ce moment depuis des mois. Elle a retenu son souffle jusqu’au 12 septembre 1979.

Ce jour-là, Mylène fête ses dix-huit ans. Elle sait que la majorité lui accorde le droit de dire non. Sûre d’elle, elle annonce à ses parents qu’elle quitte le lycée. À sa propre initiative ? « J’ai fait en sorte d’être renvoyée », lâchera-t-elle dans une des formules laconiques dont elle a le secret. En tout et pour tout, elle n’aura passé que deux jours en classe de terminale A4. Éclats de voix dans le salon. Max Gautier, qui a décroché un diplôme d’ingénieur à la prestigieuse École des ponts et chaussées, rêvait mieux pour sa fille. Quant à Marguerite, elle est consternée de voir Mylène abandonner si près du but. Si au moins elle avait passé son bac… Mais impossible d’aller contre ce choix. Ses parents le savent : elle a mûrement réfléchi sa décision.

Et puis, il faut se résoudre à l’évidence : l’école n’a jamais été sa tasse de thé. Elle n’aura brillé, durant sa scolarité, que dans deux disciplines, le français et l’histoire. Pour le reste, ses résultats ont toujours été médiocres, surtout dans les matières scientifiques, au grand dam de son père. « Comme je détestais l’autorité, j’étais en rébellion perpétuelle », avouera-t-elle. Refus d’être enfermée dans une salle de classe toute la sainte journée, refus d’apprendre, ennui mortel. L’école restera, pour Mylène, associée à une insupportable contrainte. Afin de devancer la souffrance, comme elle le dira plus tard, elle arrive d’ailleurs systématiquement une heure avant l’ouverture des grilles.

À ses parents qui la pressent de questions, veulent savoir si elle a la moindre idée de l’orientation qu’elle envisage, elle répond qu’elle veut devenir monitrice d’équitation. Ne s’entraîne-t-elle pas assidûment au club de Porche fontaine depuis six ans ? De fait, l’équitation est la passion la plus durable de Mylène qui, depuis l’enfance, a montré qu’elle n’était pas d’une constance exemplaire dans ses envies.

Ainsi, s’est-elle essayée à plusieurs instruments de musique, dont le saxophone et le piano, mais sans obtenir des résultats probants. Également douée pour le dessin, elle semble revêche à tout apprentissage qui pourrait lui permettre de progresser dans la maîtrise de son art.

Désormais, Mylène n’a pas le choix : puisqu’elle quitte la voie balisée de l’école, il va lui falloir inventer sa propre histoire. Et c’est bien cette perspective qui aiguise sa soif d’émancipation. « Je voulais faire le chemin toute seule, apprendre, découvrir, et surtout ne pas subir un parcours imposé. Il était essentiel pour moi que je me prenne en charge. » C’est là que le plus dur commence, car la jeune femme de tout juste dix-huit ans n’a pas l’idée d’une vocation. À ceux qui la croisent dans divers stages d’équitation, elle confie vouloir percer dans le show-business. « J’avais envie de me faire remarquer sous une forme ou une autre. D’exister à ma façon51. » Un projet d’autant plus vague qu’elle sait combien nul ne peut exister dans ce milieu sans faire les bonnes rencontres. Et elle ne connaît personne.

L’idée d’être comédienne s’impose à elle. Enfant, en écoutant les récits de sa Mamie Jeannette, elle rêvait de brûler les planches ou d’incarner une héroïne romantique sur grand écran. « J’avais très envie de m’orienter vers le théâtre ou le cinéma. En même temps, je pratiquais l’équitation. J’hésitais entre ces deux voies », dira-t-elle rétrospectivement. Parce qu’elle pense que la scène peut l’aider à sortir de sa coquille, elle décide de s’inscrire au fameux cours dramatique Florent. Pour payer ces leçons, pas question de s’adresser à ses parents. Il lui faut apprendre à se débrouiller seule, ce qui signifie d’abord  gagner sa vie. « Il était alors essentiel pour moi de me prendre en charge. Je possède un orgueil que je crois terrible. J’étais seule face à la vie, mais je n’ai jamais demandé d’argent à ma famille. »

Durant ces années de vaches maigres, Mylène va accepter de multiples petits boulots. Difficile, aujourd’hui, d’imaginer que la star énigmatique qu’on connaît a exercé comme vendeuse dans un magasin de chaussures, puis dans une librairie ; qu’elle a travaillé comme assistante d’un dentiste, puis d’un gynécologue. À l’époque, Mylène est déjà une jeune femme très séduisante. Regard volontaire, silhouette gracile, longs cheveux châtains, manières polies… Elle n’a aucun mal à décrocher de menus travaux. Revers de la médaille, elle n’hésite pas à claquer la porte à la moindre contrariété. « Ça ne durait jamais plus d’une semaine et demie, expliquera-t-elle. Soit parce qu’on s’apercevait de mon incompétence, soit encore parce que ça ne me convenait pas et que je me sauvais. La seule chose qui me faisait tenir, c’était l’idée qu’il fallait être indépendante. »

 

Mal à l’aise au cours Florent, intimidée par le tempérament extraverti jusqu’à l’hystérie de ses condisciples, elle s’aperçoit vite de l’hypocrisie qui règne parmi les apprentis comédiens. La soif effrénée de réussir transforme en une compétition stérile ce lieu qu’elle pensait propice à la méditation.

Pour Mylène, le théâtre représente une épreuve de vérité : ce n’est pas un moyen de se fuir en empruntant d’autres masques, mais de répondre aux doutes qui l’assaillent. Or, rien ne lui permet d’avancer dans cette quête d’elle-même. Écœurée, elle tourne les talons. Avant d’intégrer un autre cours, celui dispensé par l’acteur Daniel Mesguich, histoire de voir si l’ambiance est différente. Elle n’y restera que quatre mois, sans s’y faire davantage remarquer.

 « Je fus profondément choquée par l’artifice développé, je n’y ai vu que prétentions et contorsions », confiera-t-elle à Philippe Séguy. Un verdict sévère, qui traduit d’abord une immense déception. Anne Roumanoff croisera l’élève actrice durant ses pérégrinations théâtrales, où gravitent d’autres illustres inconnus, comme Agnès Jaoui ou Thierry Mugler. Elle se souvient d’une présence « extrêmement discrète ». Et pour cause : contrairement aux autres jeunes gens présents, pleinement concentrés sur leur envie de briller, Mylène n’a pas réglé un dilemme qui continue de la torturer. « Je ressentais déjà l’envie d’être en pleine lumière et de ne pas m’exposer en même temps56. » Ses questionnements existentiels l’empêchent d’avancer. Est-ce à dire qu’elle n’est pas faite pour le métier de comédienne ? Aujourd’hui encore, des années après Giorgino, elle persiste à vouloir être reconnue au cinéma. Impossible de renoncer à son rêve de petite fille.

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La fréquentation assidue de ce milieu lui permet néanmoins de décrocher, chemin faisant, quelques contrats : un peu de mannequinat, différents spots de publicité pour la télévision – les ciseaux Fiskars, Le Chat Machine. Rien de très marquant, même si l’argent récolté lui permet de payer son loyer. Rien en tout cas qui soit susceptible de provoquer ce changement de vie auquel Mylène aspire. Difficile pour elle de s’imposer alors que sa timidité maladive contrarie son désir profond. L’heure de la réussite n’a pas encore sonné. Pour donner le meilleur d’elle-même, elle a tant besoin de se sentir en confiance. Tant besoin d’un regard qui la galvanise.

En 1982, un homme va se pencher sur elle avec ce regard-là. Il s’appelle Laurent Boutonnat. En apprivoisant l’énergie brute de la jeune femme, en révélant, grâce à sa caméra, les trésors que recèle son âme, il va faire d’elle une star.

Extrait du livre : MYLÈNE par Hugues ROYER aux Editions Flammarion 2008

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