CHAPITRE 1er de MYLENE

Posté par francesca7 le 22 août 2015

1b« Pourquoi moi ? »

       Plus fort que Madonna. La presse n’en finit pas de commenter l’exploit. Les places pour la prochaine tournée se vendent comme des petits pains. Le 28 avril 2008, jour de l’ouverture des guichets, la totalité des 80 000 places du concert au Stade de France, qui aura lieu le 12 septembre 2009, soit plus d’un an après, s’arrachent en deux heures. Pour satisfaire les fans frustrés, une autre date est ajoutée. 

Cette fois, le show affiche complet en une heure et quinze minutes. Record battu ! Dès lors, Thierry Suc, tourneur et manager de Mylène, peut annoncer que la star se lancera dans une vaste tournée en France, en Belgique et en Suisse. Le 23 mai 2008, lorsque les billets sont disponibles, l’hystérie atteint son comble. 

En vingt-quatre heures, 100 000 places sont prises d’assaut. Quant au concert du 4 septembre 2009, à Genève, il affiche, à son tour, complet en un temps record. 

« Nous avons tous été très, très émus. Et Mylène en premier lieu, évidemment, commente alors Thierry Suc. Tous ces gens qui se sont déplacés, qui ont attendu, qui parfois n’ont pas eu de place. C’est la preuve d’un amour réel du public, d’une relation unique et inexplicable. » Au printemps 2008, c’est le manager de Mylène qui est chargé d’assurer la promotion de la tournée. C’est lui qui accorde les interviews à la presse régionale, tandis que la chanteuse, fidèle à elle-même, se tait. « Je pense que Mylène a duré parce qu’elle n’a jamais cherché à expliquer ou expliciter ce qu’elle fait. Elle livre les choses, c’est tout. Et son public les reçoit. Elle fédère l’amour des gens comme personne. En France, aujourd’hui, il y a Johnny et Mylène. »

 Thierry Suc n’a pas tort. En inscrivant son parcours dans la durée, alors que tant d’autres artistes ont sombré dans l’oubli, Mylène s’est forgé une légitimité. Elle est devenue un monument de la chanson. Aussi n’est-il pas étonnant que le grand public lui rende visite sur scène comme on honore un fleuron du patrimoine national. C’est la famille au grand complet, toutes générations confondues, qui va à un concert de Mylène, afin d’entendre ses tubes incontournables, Libertine, Sans contrefaçon ou Désenchantée. Pas sûr, en revanche, que la majorité des spectateurs connaissent par cœur les chansons du nouvel album, Point de suture. 

                                                     **

 

« Après vingt ans de chansons et de scène, je mesure le succès à l’envie du public qui n’a jamais cessé. Cela est essentiel à mes yeux3 », a récemment déclaré la chanteuse lors d’un entretien à Paris Match. Pourtant, Mylène le sait, le succès n’est jamais acquis. Redoutable position que d’être la première de sa catégorie, la chanteuse qui vend le plus d’albums dans l’Hexagone depuis deux décennies. 

À chaque fois, il lui faut remettre son titre en jeu. Voilà pourquoi il lui arrive de s’étonner, avec une humilité non feinte, fût-ce devant treize mille témoins, d’être toujours au sommet. 

Palais omnisports de Bercy, mardi 17 janvier 2006. Mylène donne le quatrième des treize concerts qui font l’événement en ce début d’année. Elle se tient debout au centre de la scène, au côté d’Yvan Cassar, qui l’accompagne au piano pendant la séquence des ballades. Le recueillement est à son comble. Soudain, au beau milieu de Rêver, elle s’interrompt pour confier quelques mots au public, murmurés d’une voix étranglée de petite fille. « Vous n’imaginez pas l’émotion que ça donne. Je n’arrive pas à dormir en ce moment, je me demande pendant des heures “pourquoi moi” ? » 

8

« Pourquoi moi ? » C’est toute la question, en effet. 

 
Comment expliquer que Mylène Farmer soit la seule rescapée, côté filles, des chanteuses
 ayant commencé leur carrière dans les années 1980 ? 

Et, surtout, par quel prodige a-t-elle réussi à relever ce défi qu’elle aurait, à l’âge de 
quatorze ans, lancé à ses camarades : « Je deviendrai quelqu’un » ? 

L’ambition, aussi démesurée soit-elle, n’explique pas tout, même lorsqu’elle est partagée 
avec un  Pygmalion génial. Il faut croire que, depuis ses débuts, un ange veille sur elle.
 Qu’il la préserve des erreurs qui, à maintes reprises, auraient pu lui être fatales. 

En 1984, Laurent Boutonnat et Jérôme Dahan envoient la maquette de Maman a tort à de
 nombreuses maisons de disques, mais se heurtent à un refus unanime. 

Ils auraient pu en rester là, choisir une autre interprète, ou même renoncer à la chanson – 
Boutonnat rêve surtout de cinéma –, mais non. Têtus, ils décident de réexpédier la même 
version en prétendant qu’il s’agit d’un « mix ». Un mensonge qui fait mouche : François Dacla,
 chez RCA,  mord à l’hameçon. Et Mylène enregistre son premier 45 tours. 
Un succès d’estime qu’elle a bien l’intention de réitérer. « On dit souvent qu’il est
 difficile de durer, moi je mise sur une carrière et je préfère y croire, je cherche 
la continuité. »

Pourtant, après l’échec cuisant de son deuxième single, On est tous des imbéciles, 
l’aventure aurait pu s’arrêter là. Mylène doit trouver une nouvelle maison de disques. 
Le métier lui accorde une seconde chance : Alain Lévy, chez Polydor, qui semble 
croire en son avenir, lui permet d’enregistrer son premier album.

 Tout pourrait sembler idyllique, sauf que le choix de Plus grandir comme single, 
imposé par le patron, risque une fois encore de faire capoter la jeune carrière 
de Mylène. Une grave erreur, selon Laurent Boutonnat et Bertrand Le Page, le manager 
de la chanteuse, qui misent beaucoup sur Libertine. 

« Nous sommes tous fiers de cette chanson, persuadés d’avoir le grand succès du disque, 
racontera Jean-Claude Dequéant, le compositeur. 

Le choix d’Alain Lévy a failli tout compromettre. Finalement, c’est le lancement de 
Libertine qui fera décoller l’album. C’est là que tout démarre vraiment, mais au bord du désastre. » 
Et encore, le succès de Libertine va en partie reposer sur le choc provoqué par le clip. 
Sans le soutien de ce petit chef-d’œuvre de raffinement pervers, qui surclasse toutes les 
productions de l’époque, peut-on imaginer que la chanson aurait connu un destin aussi 
prodigieux ?
 Le comble, c’est que ce court- métrage n’a pu être financé que grâce au soutien bénévole 
de Movie Box, une société de publicité où Laurent Boutonnat avait quelques amis. 
Toute l’équipe du clip, acteurs et techniciens, a accepté de participer à l’aventure
 sans la moindre rémunération.

Extrait du livre : MYLÈNE par Hugues ROYER aux Editions Flammarion 2008

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