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De l’inconvénient d’être née

Posté par francesca7 le 22 août 2015

 

 mylene-farmer
Certains n’ont pas choisi de naître. Ils ne ressentent pas, 
au fond d’eux, ce souffle 
qui bouscule tout, chasse les nuages et vous pousse 
toujours vers la lumière. 
Ils traversent l’existence comme des fantômes, promenant leur 
souffrance comme un fardeau greffé dans leur dos. 
Parfois, ils ont besoin de se pincer très fort 
pour se rappeler à eux-mêmes qu’ils sont vivants. 
Ils ne parviennent pas à aller de l’avant sans être 
paralysés de questionnements. Ils ne sont pas suicidaires,
 non, ni forcément morbides. 
 
Simplement sceptiques. Pourquoi sont-ils nés ? 
Est-ce le fruit  du seul hasard ? 
Leur existence a-t-elle bien un sens ?
 
Autant de doutes qui ne les laissent jamais en paix. Jusqu’à leur dernier soupir, 
il leur faut apprendre à apprivoiser leurs peurs, ne plus redouter la tombée du 
jour comme la promesse d’une nouvelle insomnie.
 
Mylène est de ceux-là. Elle aime à citer un mot de Samuel Beckett qui, dit-elle,
 l’accompagne depuis des années : « Ma naissance fut ma perte. » 

Le 12 septembre 1961, pourtant, c’est un magnifique bébé qui vient au monde à 
l’hôpital du Sacré-Cœur de Pierrefonds. Il est 5 heures 17 quand Mylène voit le jour,
 ce qui lui donne une configuration astrale singulière, Vierge ascendant Vierge. 
Marguerite, sa mère, a déjà donné la vie à deux autres enfants, Brigitte, en 1959, 
et Jean-Loup, en 1960. Pour cette femme de trente-sept ans à la silhouette gracile, 
la naissance de Mylène marque la fin d’un cycle. 

D’ailleurs, alors que les trois premiers enfants se suivent à une cadence rapide, 
le petit dernier, Michel, ne pointera le bout de son nez que huit ans plus tard. 
Une pause semble donc avoir été nécessaire avant d’agrandir encore la famille.
 
Mylène n’ignore rien des circonstances de sa venue au monde. La photographe Elsa Trillat,
 qui a eu des contacts privilégiés avec la famille Gautier en 1987, en témoigne.
 « Une fois, sa mère a fait une projection de photos de famille. J’ai vu Mylène bébé,
 elle était bien costaude. Ravie, elle s’est tournée vers moi et m’a dit : “Tu vois, 
quand je suis née, j’ai déchiré les entrailles de ma mère 8.” » Formule lapidaire qui
 dénote l’humour décapant de la chanteuse. Provocation, aussi, adressée à sa génitrice,
 comme si une rivalité fantasmée avait pu s’instaurer dès l’origine entre les deux femmes.
 Comme si, entre le bébé qui se bat pour naître, et sa maman, se jouait une lutte à mort,
 au terme de laquelle l’un des deux pouvait éventuellement disparaître...
 
                                                   1987-16-a
 
     « Je suis née en colère », affirme Mylène. Un sentiment qui ne la quittera pas, 
signant sans doute une forme d’insoumission dans son tempérament. Surtout, cette colère
 va s’avérer très productive : elle sera le carburant de son expression artistique. 
Bien plus tard, la chanteuse évoquera un cauchemar récurrent qui la poursuit, et dans
 lequel son inconscient revisite cette scène archaïque. « Un lit immense, des draps blancs. 
J’y suis blottie en position du fœtus. Devant moi, un énorme cordon ombilical, 
vraiment énorme...
 
Il m’incombe de le couper. Comment ? Avec les dents ? Je ne suis qu’une enfant. » 
Détresse d’un être qui, malgré ses appels au secours désespérés, doit apprendre à se 
débrouiller seul. À bien des égards, ce mauvais rêve est révélateur d’une obsession 
qui va hanter l’œuvre farmerienne : cette solitude existentielle qu’elle chantera 
sur tous les tons.

 De constitution fragile, Marguerite doit se ménager. Une amie de la famille Gautier,
 Bertha Dufresne, évoque également ses problèmes de dos. Bricoleur, Max Gautier fait 
son possible pour que son épouse puisse s’occuper des trois enfants dans les 
meilleures conditions.  « Dans la salle de bains, il avait installé une planche 
amovible qui permettait à Marguerite de réaliser la toilette de Mylène en évitant 
de se pencher trop en avant au-dessus de la baignoire, car son dos la faisait parfois 
souffrir. »
 
 Entre ce bébé robuste qui, très tôt, semble jauger les êtres, et cette maman 
ralentie par la fatigue, une forme d’incompréhension va s’installer.
 
Mylène ignore encore pourquoi elle ressent cette colère sourde. 
À mesure qu’elle grandit, que son corps s’affine, que son regard sur le monde 
s’intensifie, tout va s’éclairer. Impossible de savoir à quel moment le déclic
 se produit. Toujours est-il que cette découverte va marquer son existence à jamais :
 la fillette prend conscience de sa finitude. Ce que la vie a de révoltant, c’est 
qu’elle s’achève dans la mort. Rien ne dure, nous ne sommes que de passage. 
Comment ne pas éprouver une immense rage face à cette cruelle évidence que le monde
 adulte semble vouloir cacher aux enfants ? Un choc terrible, qui résonne comme 
la fin d’une certaine innocence. « Le fait d’être mortelle est quelque chose 
d’insupportable, dit-elle. Je porte ce fardeau avec moi. »
 
                                                     **
 
      Il lui faut vivre avec cette vérité indépassable, qui ne la réconcilie 
nullement avec sa mère. Car en lui donnant la vie, celle-ci l’a condamnée à 
mourir par la même occasion. Est-ce un hasard si la première chanson de Mylène 
s’intitule Maman a tort ? À l’époque, Marguerite semble dubitative sur le succès 
du 45 tours. Sans doute ne croit-elle pas, à l’époque, aux chances de réussite de 
cette enfant qui lui semble si peu conciliante. Au fond, la comptine dit surtout 
le refus de la fille de s’identifier à la figure maternelle.
 
Lors de son premier spectacle, en 1989, Mylène mettra d’ailleurs en scène une 
dispute avec sa mère, interprétée par Carole Fredericks, sur le thème :
 « Tu n’es pas ma mère et je ne serai jamais ta fille. » Un clin d’œil aux conflits 
qui ont émaillé les rapports entre les deux femmes. 
 
Donner la vie, c’est donner la mort. Le clip de Sans contrefaçon illustre 
bien ce paradoxe. La marionnette de bois ne devient vivante qu’au contact de 
la figure maternelle, incarnée par Zouc ; son regard plein d’amour suffit à l’animer.
 Mais cette vie, qu’elle réussit à lui insuffler, elle la lui reprend aussitôt : dès
 qu’elle s’éloigne, l’héroïne redevient pantin, au grand désespoir de son créateur.
 
                                                    Mylène-Farmer
 
 « Pendant vingt-trois ans, j’ai maudit ma mère de m’avoir mise au monde », avoue-t-elle.
 Avant d’ajouter : « Et puis après, je l’ai adorée. » Il aura donc fallu que 
Mylène entame sa carrière de chanteuse pour trouver un sens à son existence et, 
par conséquent, faire la paix avec celle qui l’a enfantée.
 
Voilà qui en dit long sur l’ambition qui la guide : en devenant artiste, 
elle veut, ni plus ni moins, défier cette mort qui lui gâche la vie. 
Une obsession qui transparaît dans nombre de ses clips, où les personnages 
qu’elle incarne semblent flirter avec la Faucheuse comme pour mieux l’apprivoiser. 
Ainsi Mylène est-elle enterrée dans Plus
grandir, empoisonnée dans Tristana, abattue dans Libertine, noyée dans 
Ainsi soit je, brûlée vive dans Beyond My Control, assassinée dans California, 
suicidée dans L’Âme-Stram-Gram ou encore refroidie dans Fuck Them All. 
Mettre en scène sa propre fin, n’est-ce pas le meilleur moyen d’exorciser 
son angoisse de disparaître ?
 
Dans Paradis inanimé, l’une des chansons de son dernier album, la chanteuse
 imagine même le scénario de sa mort avec une sérénité déconcertante :
« Dans mes draps de chrysanthèmes / L’aube peine à me glisser / Doucement son requiem
 / Ses poèmes adorés. » Aucune angoisse n’affleure : le repos éternel a des 
allures de long sommeil apaisant. Rien ne viendra désormais perturber ce silence
 qui enveloppe le corps comme un linceul. Et lorsque les pensées ressuscitent le passé,
 c’est avec le sentiment d’une existence pleinement savourée. 

Le meilleur antidote à l’angoisse de disparaître ? L’amour reçu que Mylène garde
 dans son cœur comme un trésor inaliénable. « Et mourir d’être mortelle / 
Mourir d’être aimée », chante-t-elle à la fin du refrain.

Dans le salon de son appartement, en région parisienne, Marguerite Gautier
 expose à la vue des visiteurs le premier disque d’or de sa fille. 
Un signe qui ne trompe pas. Si Mylène a gardé en elle, intacte, cette colère 
qui reste le moteur de sa créativité, elle a fait, depuis longtemps, la paix avec 
celle qui lui a donné la vie.
 

Extrait du livre : MYLÈNE par Hugues ROYER aux Editions Flammarion 2008

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CHAPITRE 1er de MYLENE

Posté par francesca7 le 22 août 2015

1b« Pourquoi moi ? »

       Plus fort que Madonna. La presse n’en finit pas de commenter l’exploit. Les places pour la prochaine tournée se vendent comme des petits pains. Le 28 avril 2008, jour de l’ouverture des guichets, la totalité des 80 000 places du concert au Stade de France, qui aura lieu le 12 septembre 2009, soit plus d’un an après, s’arrachent en deux heures. Pour satisfaire les fans frustrés, une autre date est ajoutée. 

Cette fois, le show affiche complet en une heure et quinze minutes. Record battu ! Dès lors, Thierry Suc, tourneur et manager de Mylène, peut annoncer que la star se lancera dans une vaste tournée en France, en Belgique et en Suisse. Le 23 mai 2008, lorsque les billets sont disponibles, l’hystérie atteint son comble. 

En vingt-quatre heures, 100 000 places sont prises d’assaut. Quant au concert du 4 septembre 2009, à Genève, il affiche, à son tour, complet en un temps record. 

« Nous avons tous été très, très émus. Et Mylène en premier lieu, évidemment, commente alors Thierry Suc. Tous ces gens qui se sont déplacés, qui ont attendu, qui parfois n’ont pas eu de place. C’est la preuve d’un amour réel du public, d’une relation unique et inexplicable. » Au printemps 2008, c’est le manager de Mylène qui est chargé d’assurer la promotion de la tournée. C’est lui qui accorde les interviews à la presse régionale, tandis que la chanteuse, fidèle à elle-même, se tait. « Je pense que Mylène a duré parce qu’elle n’a jamais cherché à expliquer ou expliciter ce qu’elle fait. Elle livre les choses, c’est tout. Et son public les reçoit. Elle fédère l’amour des gens comme personne. En France, aujourd’hui, il y a Johnny et Mylène. »

 Thierry Suc n’a pas tort. En inscrivant son parcours dans la durée, alors que tant d’autres artistes ont sombré dans l’oubli, Mylène s’est forgé une légitimité. Elle est devenue un monument de la chanson. Aussi n’est-il pas étonnant que le grand public lui rende visite sur scène comme on honore un fleuron du patrimoine national. C’est la famille au grand complet, toutes générations confondues, qui va à un concert de Mylène, afin d’entendre ses tubes incontournables, Libertine, Sans contrefaçon ou Désenchantée. Pas sûr, en revanche, que la majorité des spectateurs connaissent par cœur les chansons du nouvel album, Point de suture. 

                                                     **

 

« Après vingt ans de chansons et de scène, je mesure le succès à l’envie du public qui n’a jamais cessé. Cela est essentiel à mes yeux3 », a récemment déclaré la chanteuse lors d’un entretien à Paris Match. Pourtant, Mylène le sait, le succès n’est jamais acquis. Redoutable position que d’être la première de sa catégorie, la chanteuse qui vend le plus d’albums dans l’Hexagone depuis deux décennies. 

À chaque fois, il lui faut remettre son titre en jeu. Voilà pourquoi il lui arrive de s’étonner, avec une humilité non feinte, fût-ce devant treize mille témoins, d’être toujours au sommet. 

Palais omnisports de Bercy, mardi 17 janvier 2006. Mylène donne le quatrième des treize concerts qui font l’événement en ce début d’année. Elle se tient debout au centre de la scène, au côté d’Yvan Cassar, qui l’accompagne au piano pendant la séquence des ballades. Le recueillement est à son comble. Soudain, au beau milieu de Rêver, elle s’interrompt pour confier quelques mots au public, murmurés d’une voix étranglée de petite fille. « Vous n’imaginez pas l’émotion que ça donne. Je n’arrive pas à dormir en ce moment, je me demande pendant des heures “pourquoi moi” ? » 

8

« Pourquoi moi ? » C’est toute la question, en effet. 

 
Comment expliquer que Mylène Farmer soit la seule rescapée, côté filles, des chanteuses
 ayant commencé leur carrière dans les années 1980 ? 

Et, surtout, par quel prodige a-t-elle réussi à relever ce défi qu’elle aurait, à l’âge de 
quatorze ans, lancé à ses camarades : « Je deviendrai quelqu’un » ? 

L’ambition, aussi démesurée soit-elle, n’explique pas tout, même lorsqu’elle est partagée 
avec un  Pygmalion génial. Il faut croire que, depuis ses débuts, un ange veille sur elle.
 Qu’il la préserve des erreurs qui, à maintes reprises, auraient pu lui être fatales. 

En 1984, Laurent Boutonnat et Jérôme Dahan envoient la maquette de Maman a tort à de
 nombreuses maisons de disques, mais se heurtent à un refus unanime. 

Ils auraient pu en rester là, choisir une autre interprète, ou même renoncer à la chanson – 
Boutonnat rêve surtout de cinéma –, mais non. Têtus, ils décident de réexpédier la même 
version en prétendant qu’il s’agit d’un « mix ». Un mensonge qui fait mouche : François Dacla,
 chez RCA,  mord à l’hameçon. Et Mylène enregistre son premier 45 tours. 
Un succès d’estime qu’elle a bien l’intention de réitérer. « On dit souvent qu’il est
 difficile de durer, moi je mise sur une carrière et je préfère y croire, je cherche 
la continuité. »

Pourtant, après l’échec cuisant de son deuxième single, On est tous des imbéciles, 
l’aventure aurait pu s’arrêter là. Mylène doit trouver une nouvelle maison de disques. 
Le métier lui accorde une seconde chance : Alain Lévy, chez Polydor, qui semble 
croire en son avenir, lui permet d’enregistrer son premier album.

 Tout pourrait sembler idyllique, sauf que le choix de Plus grandir comme single, 
imposé par le patron, risque une fois encore de faire capoter la jeune carrière 
de Mylène. Une grave erreur, selon Laurent Boutonnat et Bertrand Le Page, le manager 
de la chanteuse, qui misent beaucoup sur Libertine. 

« Nous sommes tous fiers de cette chanson, persuadés d’avoir le grand succès du disque, 
racontera Jean-Claude Dequéant, le compositeur. 

Le choix d’Alain Lévy a failli tout compromettre. Finalement, c’est le lancement de 
Libertine qui fera décoller l’album. C’est là que tout démarre vraiment, mais au bord du désastre. » 
Et encore, le succès de Libertine va en partie reposer sur le choc provoqué par le clip. 
Sans le soutien de ce petit chef-d’œuvre de raffinement pervers, qui surclasse toutes les 
productions de l’époque, peut-on imaginer que la chanson aurait connu un destin aussi 
prodigieux ?
 Le comble, c’est que ce court- métrage n’a pu être financé que grâce au soutien bénévole 
de Movie Box, une société de publicité où Laurent Boutonnat avait quelques amis. 
Toute l’équipe du clip, acteurs et techniciens, a accepté de participer à l’aventure
 sans la moindre rémunération.

Extrait du livre : MYLÈNE par Hugues ROYER aux Editions Flammarion 2008

Publié dans MYLENE par H.ROYER | Pas de Commentaire »

 

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